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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2008-11-22, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR, LES SAMEDI 22 ET ENTREVUE Jean-François Beauchemin et la foi en la beauté Page F 3 D I M A N ( H E 2 3 N O V E M B R E 2 O O H ESSAI La voiture sans pétrole Page F 10 U PHILIPPE BEHA JEUNESSE Les cent tours dans le sac de Philippe Beha CAROLINE MONTPETIT Il est tapi derrière un chat bleu, ou se cache avec un pingouin dans le réfrigérateur.D lance des interjections de toutes sortes quand il ne s’assoit pas carrément dans un plat de spaghettis.Tout ça pour divertir son lecteur qui en redemande en se tapant sur les cuisses.L’illustrateur Philippe Beha est partout.Il est même invité d’honneur au 31e Salon du livre de Montréal, qui bat son plein'ce week-end à la Place Bonaventure.Si ses deux filles ont pour leur part bien entamé la vingtaine, s’il dessine aussi beaucoup pour les adultes, Philippe Beha n’en a pas perdu pour autant sa folie enfantine.Sa passion pour les enfants, il l’entretient en lisant par exemple des histoires aux enfants de son quartier.Son dernier livre,/ai perdu mon chat, publié aux Editions Imagine, en témoigne.«Cela vient d’une anecdote, ra-conte-t-il.Quand mes filles étaient petites, nous avions perdu un petit chat gris.Et un voisin était revenu avec un gros chat roux et blanc en disant: "fai retrouvé votre chat.”Je suis resté avec cette anecdote en mémoire, mais je suis allé plus loin pour faire ce petit livre.» Dans J’ai perdu mon chat, donc, un enfant qui cherche un chat gris trouve un léopard, un cochon, un éléphant bleu, un canari, un mouton, un pin-goum, un poisson jaune, un chien, une poule, une souris, un scarabée, et j’en passe, avant que ne revienne son petit chat gris.Ce livre est entièrement signé Philippe Beha.Mais l’illustrateur collabore aussi à de nombreux ouvrages, par exemple aux livres Le Meilleur Moment et Le Pire Moment, dont les textes sont d’Andrée Poulin et qui paraissent aussi chez Imagine.Parfois, les images de Beha se tiennent près du texte, à d’autres occasions elles créent à elles seules un univers complet et amènent la phrase beaucoup plus VOIR PAGE F 2: BEHA une chance qu’on l’a celui-là, caramba! 5 ^ J’ai repris la maison familiale.Le vrai territoire de ma famille, c’est l’Aveyron puisque mon grand-père était de là-bas.> i'1 i* fil Michel Folco raconte depuis deux décennies une comédie humaine organisée autour des bourreaux Pibrac et des épateurs Tricotin.Échange avec un admirable écrivain populaire.STÉPHANE BAILLARGEON É vis aux intéressés — et il s’en trouve des # %.masses id comme de l’autre côté de la très gran- JL M de marre — Michel Folco trime fort sur le cinquième volume de sa grande saga des Pibrac-* Tricotin, il en est au quinzième chapitre et l’ac- tion se déroule pendant la première grande boucherie mondiale du XX’ siècle.Une chance qu’on l’a celui-là caramba! Et pour une première fois, on l’a pour vrai, en chair et en os, au Salon du livre de Montréal qui se tennine lundi.D y arrive évidemment sans ce livre à paraître dans un an ou deux ou trois, il ne sait pas, mais avec une excellente réputation d’auteur surpuissant gagnée grâce à ses quatre premiers ouvrages: Dieu et nous seul pouvons (1991), Un loup est un loup (1995), En avant comme avant! (2001) et Même le mal se fait bien (2008).Au total, environ 2000 pages de pur bonheur racontant la vie, les hautes et les basses oeuvres, de la famille des bourreaux Pibrac entremêlée à celle de la lignée des quintuplés Tricotin, dont Charlemagne, terrible vengeur zozotant, adolescent meneur de meute dans le Rouergue, mort baron-général de l’empire napoléonien en Italie.«Le dernier chapitre de Même le mal se fait bien raconte ce que font les personnages au tout début de la guerre», explique Michel Folco, en entrevue téléphonique accordée il y a quelques jours.«Pour Adolf Hitler c’est k samedi 1" août, pour le Pibrac et le Tricotin, c’est le dimanche 2 août.U livre suivant va commencer le lundi 3 août et va se terminer après la guerre de 14-18.» Michel Folco est rejoint chez lui en France, à Valbonne, dans les Alpes-Maritimes.En lançant un cailloux très, très fort, il pourrait toucher le sculpteur québécois Robert Roussil, installé depuis des décennies dans le village voisin de Tourettes-sur-Ixmp.«J'habite Valbonne depuis une quinzaine d’années.J’ai repris la maison familiale.Le vrai territoire de ma famille, c’est l’Aveyron puisque mon grand-père était de là-bas.C’est d’ailleurs comme ça que j’ai choisi le Rouergue pour mes livres.» L’ancienne province du Rouergue (et le Racleterre des romans), c’est maintenant gnKso modo le département de l’Aveyron.La géographie, et surtout les voyages, occupent une place centrale dans l’œuvre folcodienne comme dans sa vie.Au Québec, Michel Folco est déjà venu trois fois, dans les années 1960, deux ans avant l’Expo.D était dans la jeune vingtaine.«Je suis parti avec une 2 CV achetée à Montréal dans l’idée d’aller jusqu’en Terre de Feu.Je me suis arrêté à Panama parce qu 'il n ’y avait plus de route.En plus, je n ’ai eu que des problèmes avec cette voiture.Elle a commencé à se déglinguer au Mexique.Les garagistes fabriquaient les pièces pour la réparer.Ça me fascinait.» VOIR PAGE F 2: FOLCO courte Ï1 Les trois lieues rZé&Z'ïî-.’V.bIImbbWI www.courteechelle.com J rom’* • *¦** y */jd.^ LE DEVOIR.LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 NOVEMBRE 2 0 0 8 F 2 LIVRES LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Généreux et intarissable Jean-Claude Germain ALEXANDRE CADIEUX Il nous avait déjà livré en 2007, avec Rue Fabre, centre de l’univers, les «historiettes de son jeune âge»: «Lorsque la mémoire prend des notes, sa sténo est l'historiette», écrivait-il alors joliment.L’intarissable Jean-Claude Germain, auteur dramatique et chroniqueur de la métropole avec son Feuilleton de Montréal, fait encore ici preuve de sa verve fleurie avec un second recueil de souvenirs publié chez HMH.Le jeune étudiant abîmé par les jésuites du collège Sainte-Marie durant les années 50 trace un portrait animé et émouvant du Montréal des années Duplessis, au fil des balades en «p’tits chars» le long des lignes de tramway.Résolument anticlérical, pas sportif pour deux sous, l’adolescent Germain est évidemment davantage excité par les échos de Refus global, le passage de Citizen Kane au ciné-club, le piano d’André Mathieu et les répétitions du Théâtre du Nouveau Monde dans la salle du Gesù.Il en profite d’ailleurs pour ex- primer son admiration pour le cofondateur Jean Gascon, qu’un Germain trentenaire avait pourtant fortement écorché dans un vif brûlot paru en 1970.Germain n’y allait alors pas de main morte en comparant les fondateurs du TNM, les «fils du père Legault» comme il le disait si bien, aux jésuites eux-mêmes, entrés en théâtre comme on entre en religion pour être soldats du Christ.On imagine bien le Germain du XXL siècle, pipe en bouche devant sa machine à écrire et secoué de fous rires en revisitant ses fonds de mémoire avec un regard plus expérimenté.mais pas nécessairement plus sage.Petite et grande histoire La grande facilité avec laquelle Germain trouve des échos de ses petites histoires dans la grande histoire reste l’un des grands bonheurs de ce dernier projet en date.Décrivant les mornes enseignes en anglais de la rue Saint-Jacques, le chroniqueur remarque que «la Grande Noirceur n’était pas une exclusivité canayenne et catholique, elle allait comme un tuyau de poêle à ce quartier protestant morose, sombre et d’un grisâtre poussiéreux», avant d’ajouter que le service à la clientèle semblait s’y inspirer des méthodes du général Colborne, qui mata les Patriotes lors des événements de 1837-38.L’historiette étant une gâterie littéraire, mentionnons en terminant que l’objet se consomme par petites doses.Pour étirer, oui, mais aussi parce que trop de sucreries d’un seul coup peut gâcher le plaisir, et le flot de Germain s’avère parfois essoufflant Finalement, Tamateur de théâtre ne pourra qu’espérer que Jean-Claude Germain se remette à l’historiette dans un proche futur.Un tome III consacré aux années 60 (seconde jeunesse de l’auteur?) nous gratifierait sans doute de quelques vignettes et réflexions sur Le Petit Journal, où il fut critique, le Théâtre du Même Nom, qu’il anima, et le Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, qu’il fonda il y a aujourd’hui 40 ans.Collaborateur du Devoir EN BREF Alexandrins signés Richard Desjardins Après être monté sur scène pour livrer son monologue Aliénor au festival Voix d’Amériques, en 2007, Desjardins vient de faire paraître ce monologue, illustré par Shrü, aux Editions Lux.Aliénor, c’est en fait Aliénor d’Aquitaine, qui fut mariée successivement au roi de France et au roi d’Angleterre, et qui fut entre autres la mère de Richard-Coeur-de-Iion et de Jean-sans-Terre.Le monologue, écrit en alexandrins, «qui n’existaient pas encore à cette époque», précise l’auteur, est celui d’un paysan, furieux d’avoir été dépossédé par Aliénor, qui s’apprête par ailleurs à la voir mourir dans une abbaye, en 1204.D prépare sa vengeance.En avant-propos, le chanteur-compositeur et cinéaste explique avoir écrit cette chanson de gestes lors d’un séjour à Toulouse en 2000.- Le Devoir Pierre Lespérance, prix Fleury-Mesplet C’est l’éditeur Pierre Lespérance qui a reçu hier le prix Fleury-Mes- Richard Desjardins plet, au Salon du livre de Montréal.Ce prix, qui porte le nom du premier imprimeur de Montréal, récompense une personne qui a participé à l’essor de l’édition au Québec.D y a cinquante ans, Pierre Lespérance a fondé, avec son père Edgar, les Editions de l’Homme.Il a également développé le réseau de distribution des livres au Québec, avec la maison de distribution ADP, qui rejoint aujourd’hui quelque 3000 points de vente au Québec.- Le Devoir Pierre Lespérance F0LC0 SUITE DE LA PAGE F 1 Lui-même a tout de même tenu 13 bonnes années sur la route.C’est en bourlinguant sur la Grande Boule, jusque dans le Pacifique, qu’il s’est découvert un talent pour la photo.Ses clichés lui ont permis d’intégrer l’agence Black Star, puis la célébrissime Gamma où il a mené une première carrière fructueuse.Et l’écriture?Comment a-t-il décidé d’en faire une carrière soudainement, en publiant son premier livre à plus de 45 ans?«J’ai fait des études désastreuses, mais j’ai toujours écrit, répond-il.J’ai commencé un journal le 8 octobre 1961 et je n’ai jamais arrêté depuis.Je disais toujours qu’en écrivant ce journal je faisais mes gammes.» Tout connaître Sa vraie de vraie passion, c’est l’histoire.La grande, avec une grande hache.Celle des petites gens aussi, souvent située du ihauvais côté de la cognée.Michel Folco explique se documenter comme un moine quand il compose, tous les détails étant vérifiés et contre-vérifiés.Pour l’aider, il possède une foisonnante et atypique bibliothèque où se retrouvent des traités de torture comme des livres de recettes d’antan.«J’ai énormément de bouquins, et j’y pioche.Quand j’habitais Paris, j’allais à une sorte de marché aux puces de livres usagés et j’achetais beaucoup.Tout m'intéresse.J’ai une collection très riche sur les Indiens, dont plusieurs commandés sur Internet.J’en ai sur Napoléon aussi, des masses.Comme je ne connais rien sur l’histoire, je dois me documenter sur tout.» Lui-même avoue une passion littéraire pour Thomas Berger.Il lit en ce moment The Return of Little Big Man.Il parle de James Jones, l’auteur de From Here to Eternity.«Mon héros, c’est Tom Woolf.Mes parents m’ont envoyé en Angleterre pendant un an et demi quand j’avais 14 ans et j’en ai conservé une passion pour la culture anglo-saxonne.Je peux aussi parler de La Guerre du feu de J.H.Rosny Aine.Je pense que c’est ce livre qui m’a le plus influencé.» Au fond, il n’y a que deux types de récits: soit les détails sont faux et l’histoire vraie; soit les détails sont vrais et l’histoire fausse.Michel Folco tombe évidemment dans la seconde catégorie.«Dès l’instant où je sais mettre une énormité, je la cerne de mille détails authentiques.Dans mon dernier roman, on croise Hitler à 12 ans et on apprend qui est le grand-père d’Hitler, alors que lui-même ne le savait pas.J’ai pu oser, parce qu’il existe des trous dans l’histoire réelle.» En plus, Michel Folco assume de manière formidable une sorte de passion généalogiste qui lui fait constamment défiler les généalogies de ses personnages, même les plus anecdotiques, parfois en deux lignes, le plus souvent en plusieurs pages, au total dans toute l’œuvre.«Ça me vient peut-être du fait que je suis fils unique, dit-il.J’ai réussi à faire ma généalogie maternelle jusqu’en 1612.Vous savez, sur mes personnages, je tiens des fiches complètes pour ne pas raconter de bêtises» La plus formidable famille d’entre toutes demeure celle des exécuteurs Pibrac, déployée sur huit générations dès le premier tome.C’est sur ce tronc de bourreaux de père en fils que vient se greffer le reste de l’aventure existentielle.«Un jour, je suis tombé sur le livre Le Métier de bourreau de Jacques Delarue.Sur le plan historique, c’est la totale, depuis l’origine.Il décrivait le préjugé, le mariage entre eux, etc.J’ai compris que personne ne voulait faire ce boulot.Quand on en voulait un, on allait le chercher dans la mouise en lui offrant en échange la libération à condition de faire le bourreau.Le reste est venu tout seul.» Le reste s’avère de moins en moins éthique à vrai dire.Ou plutôt, le portrait de la grande famille humaine tracé par maître Folco s’avère finalement noir comme du charbon, rempli de peurs et de furies, complètement imbibé de représailles, de cruauté, de massacres et de crimes contre l’humanité.Exilé dans les bois, Charlemagne tue pour punir.Devenu soldat, il trucide par devoir et par plaisir.Son descendant Hitler va pousser la logique de la méchanceté à l’extrême.«C’est thérapeutique, et le livre dit finalement: “Venger vous et vous vous sentirez mieux après”, commente Michel Folco en rigolant Les militaires massacrent en toute impunité depuis longtemps.Et sans en payer le prix en plus.» L’exceptionnel conteur projette toujours une comédie humaine en 40 volumes.Sans blague.Pourtant il a bien 65 ans passé et n’écrit qu’au rythme d’une publication aux quatre ou cinq ans.«Vous savez, on vit vieux maintenant.J’ai du temps devant moi.Je bosse tous les jours, mais je suis lent.Rien ne me vient facilement, sauf les idées.» Bien noté.Alors au boulot, et en avant comme avant! Le Devoir BEHA SUITE DE LA PAGE F 1 loin que là où elle serait allée toute seule.«J’essaie de créer un moment magique, un moment de sourire qui donnera le goût de la lecture», dit l’illustrateur, qui préfère laisser à d’autres les histoires tristes.Après avoir étudié en France, Philippe Beha est arrivé au Qué- bec en 1976, et y demeure depuis.Après avoir tâté de la télévision, il signe notamment un album aux Editions Héritage, Le Bout du monde, avec Henriette Major, qui restera sa fidèle collaboratrice jusqu’à sa mort, en 2006.Philippe Beha a d’ailleurs signé plusieurs illustrations du dernier recueil de chansons d’Henriette Major, publié aux Éditions Fides, Chansons des quatre saisons.En fait, ce qui passionne Philippe Beha, c’est le défi d’aller toujours un peu plus loin, de faire chaque fois quelque chose de nouveau.Avec les mots et les images.Avec l’amour et l’humour.Du beau côté de la vie.Le Devoir FINALISTES PRIX LITTÉRAIRE DES COLLÉGIENS 2009 Champagne, Monique Proulx Boréal J’ai l’angoisse légère Francine Noël Leméac * Le ciel de Bay City Catherine Mavrikakis Éditions Héliotrope Mégot, mégot, petite mitaine Johanne Alice Côté Éditions Triptyque Un enfant à ma porte Ying Chen Boréal Ât Collégiens www.prixlitterairedescollegiens.ca BANQUE CwHur* NATIONALE •' » » LE Québec ü» CgÉ-CQ ’ ârc Yoùr'jl.".îtSSPHipon „„ QUEBECOR Québec So Uè—i • ipim • rmmrtr/ rJ>JEQ ?RADIO AM MM» I •J'M.'.IF.TrVd NAm EXIQUEB FlQRdDE QU B A «SK ïmfKWtwicKU i ARCHITECTURE J ARTISANAT • SITES ANCIENS^ PYRAMIDES MUSÉES FÊTES 101410 jGUADEIXXJPE ILLS GRECQUES i T wà{ * l.LIIHS * > VOIR sHïC___ lin Ifactbiprwtt S GUIDES VOIR Une compagnie de Quehtxor Modh www.gioupolihiox.com ; * f « t 86 LE DEVOIR, LES SAMEDI 22 ET D I M A \ C II E 2 3 N O V E M B R E 2 O O 8 F 3 LITTERATURE Le manque de lui À X Danielle Laurin Cette façon de voir le monde qui n’appartient qu’à elle.Cette façon d’être là complètement, dans le présent.Et cette façon de plonger en soi, de se mettre à nu totalement.Pas de doute, c’est bien un livre de Geneviève Robitaille.Depuis bientôt dix ans, le même scénario se reproduit.Depuis Chez moi.Où elle a ouvert pour la première fois la porte de son intimité.De son univers, si particulier.Elle dit les choses directement.Elle ne se met pas en scène, elle est telle qu’en elle-même.Telle qu’elle se voit, se perçoit, se sent.Sans en mettre pour la galerie.Sans apitoiement non plus.Elle est malade, oui.Souffre d’arthrite rhumatoïde.Une maladie dégénérative.Elle se déplace en fauteuil roulant.Regarde le monde à travers des lunettes loupes.Tout ça, on le savait déjà, depuis Chez moi.Elle l’a redit ensuite dans Éloge des petits riens.Elle le redit dans Désamours aujourd’hui.Dès les premières pages, dès la première phrase, elle fonce, elle y va.Elle parle de ses yeux voilés.Qui «voient encore».Et de son corps cassé.Qui «vibre encore».Elle parle de sa solitude aussi.«Depuis longtemps, ma solitude, une plénitude, me comble de bonheur», note-t-elle.Et pourtant.Pourtant, il y a cette tristesse.Ce manque de lui.De tous les lui qu’elle a repoussés dans sa vie.Qu’elle n’a pas vus, pas reconnus.Pas aimés., Voilà le véritable sujet du livre.A 46 ans, cette femme-là, dans son fauteuil roulant, devant sa fenêtre, confie: «Je regrette l’amoureuse en moi que j’ai négligée.Je me regrette.» La voici plongée dans ses souvenirs.Ses souvenirs d’amours ratées.Depuis l’adolescence.La voici qui tente de comprendre pour- ¦ v.' T'" quoi.Pourquoi elle a fermé la porte à l'amour dans sa vie.Pas l’amour de son frère, non.Pas l’amour de ses proches, de ses amis.Ou des enfants de ses proches.Tout ça fait partie de sa vie, la réchauffe, l’habite.Mais l’amour avec un grand A.Le vrai.Pourquoi lui a-t-elle toujours tourné le dos?Elle avance à petits pas.Recule, puis recommence.Tourne en rond, par bouts.Cherche.Et cherche encore.Fouille, ressasse son passé.En se posant mille et une questions.Des questions sur elle-même, sur la lignée de femmes tristes dont elle fait partie, sur sa famille.Sur son oncle, par exemple, mort à 80 ans, qui a toujours vécu comme un reclus: «Pourquoi ma famille avait-elle une si forte lignée de célibataires?D’où venait notre aversion pour l’intimité?» Il y avait le regard de sa mère, aussi, lorsqu’elle était enfant.Ça lui revient Sa mère, née d’une libanaise immigrante, regardait son fils, oui, mais pas sa fille.Pas vraiment.Elle avait plutôt un regard «détourné» de sa fille.Regard que la fille traduit aujourd’hui comme un «mépris sur toutes les femmes, une méprise», autrement dit: «regard millénaire de ma famille libanaise sur les femmes qu’elle oblige à la discrétion devant la majesté des hommes».Et puis, bien sûr, il y a la mort du père.Le père aux yeux de qui elle était «la princesse héritière».En perdant son regard à lui, sans doute s’est-elle perdue: «trop petite pour soutenir un regard disparu».Mais pas d’amertume, non.«Je suis la seule coupable de cette abdication.J’ai choisi le voile, voile des femmes du désert, voile des couventines, pour ne pas me mettre à nu, pour ne pas séduire, terrifiée de mes récoltes et de ce trou noir dans lequel me propulsait l’abandon amoureux.» MIC H KL ROBITAILLE Geneviève Robitaille Ethnoépidémiologie de la détresse psychique à la Martinique Raymond Massé Raymond Massé Détresse créole Ethnoépidémiologie de la détresse psychique à la Martinique ISBN 12-7637-8604-9.290 pages .34,95 $ LES PRESSES DE L’UNIVERSITÉ LAVAL Geneviève Robitaille Désamours Le premier abandon amoureux.Celui du père: «Je me suis épuisée à huit ans, relevant sans cesse mon père désespérément soûl.» Le père, mort devant elle, sur le plancher de la cuisine.Et puis?Et puis, «je suis partie me coucher dans mon lit à jamais».Il est là depuis le début, depuis le premier livre de Geneviève Robitaille, ce père-là, avec ses soûleries et son abandon, sa mort.11 est une clé, oui.La clé la plus importante?Comment savoir.Il y a ce corps, son corps, qu’elle n’a jamais aimé.Même dans la vingtaine.Son corps trop rond, trop ceci, pas assez cela.Il y a ce constat: «je ne crus jamais en ma beauté de femme».Et il y a cette confidence: «Aujourd’hui, avec mon visage rond comme une lune à cause des effets secondaires de mes médicaments pour l’arthrite rhumatoïde, ni mince, ni ronde, mes épaules disparues, mes mains toutes croches, mes cheveux fous, mes yeux à moitié aveugles, l’un brun, l’autre mauve, les deux grossis par mes lunettes loupe, je me vois telle que je suis et lance les bras en l’air, capitulant, remerciant le temps de ne plus avoir vingt ans.» 11 y a cette constatation, que d’une certaine façon elle a toujours fait barrage à l’amour.Qu’elle a fait d’elle quelqu’un d’inaccessible.Pour ne pas se perdre dans l’amour.Il y a cette phrase de Duras qui l’habite: «Tu me tues, tu me fais du bien.» Cette façon d’associer l’amour et la mort, de les superposer, constamment Et il y a ce passage-là, qui peut-être résume tout: «Je n’ai pas peur de l’amour, fai peur du désamour.Je n’ai pas peur de l’engagement, fai peur du désengagement, fai si peur, que je ne sais pas comment aimer, plus peur que de perdre la vue, la vie.» Il y a, dans Désamours, une force extraordinaire.Et une vulnérabilité effrayante.Il y a une grande beauté.Une grande authenticité.Et une voue, unique.Collaboratrice du Devoir DÉSAMOURS Geneviève Robitaille Leméac Montréal, 2008,96 pages ENTREVIE Jean-François Beauchemin : la foi en la beauté du monde CAROLINE MONTPETIT Il a survécu à un coma prolongé, et cette expérience l’a marqué pour toujours.Jean-François Beau-chemin, qui signait récemment Ceci est mon corps, chez Québec Amérique, est invité d’honneur du 31' Salon du livre de Montréal.Ceci est mon corps est en fait le deuxième ouvrage d’une trilogie, entamée avec La Fabrication de l’aube, que l’auteur a rédigée après ce coma.Il y revient dans le corps de Jésus, en donnant à ce Jésus la personnalité d’un vieillard qui veille son amante.Autre particularité, le Jésus inventé par Jean-François Beauchemin est complètement athée.En entrevue, Jean-François Beauchemin précise d’ailleurs que l’expérience de son coma lui a enlevé toute foi en Dieu, lui qui n’était par ailleurs qu’agnostique avant cet épisode.«Maintenant, j’ai la certitude que Dieu n’existe pas.Je suis devenu complètement athée», dit celui qui croit que si Dieu existait, il se serait forcément manifesté à lui à ce moment-là.«Tous ceux qui ont la foi font le choix d’avoir la foi, dit-il.On parle beaucoup de la foi comme étant une expérience, une révélation.Je crois plutôt que ceux qui ont la foi ont pris la décision de croire en Dieu pour des raisons qui leur appartiennent.» Tout athée qu’il soit donc, Jean-François Beauchemin a choisi de s’intéresser à la figure de Jésus parce que c’est un être qui le fascine depuis toujours, notamment aux plans historique et philosophique.«Jésus a eu une courte vie très intéressante», dit-il, même s’il considère que son message est aujourd’hui «complètement dépassé».Au moment d’écrire Ceci est mon corps, il croyait d’ailleurs la société actuelle plus athée qu’elle ne Test en réalité.«S’il m’est apparu plus intéressant de parler d’un être humain que d’un demi-dieu, écrit-il dans la postface du livre, c’est donc parce que cela convient mieux à notre époque qui ne peut plus prétendre sérieusement s’en remettre au surnaturel pour expliquer le monde.» Or, après la publication du livre, Jean-François a été fort surpris de recevoir une avalanche de courriels de croyants qui se sont dits offusqués de voir ainsi profané l’objet de leur foi.«On m’a dit: 'Vous n’avez pas le droit de profaner un dieu.Vous n’avez pas le droit de travestir non seulement le Christ, mais sa vie.Vous insultez les croyants”.J’étais un peu sidéré.Je savais que cela existait, mais pas à ce point-là», confie-t-il.En libérant Jésus de son aura surnaturelle, Jean-François Beau- www.pulaval.com — im m : " ¦¦ - Grand Prix du livre de Montréal Lauréate 2008 Catherine l Mavrikakis Le ciel de Ha v City Héliotrope « Dans un roman chargé, un roman de la charge, te ciel de Bay City, Catherine Mavrikakis propose une écriture qui ne laisse aucun répit.Ici, la rage crie à pleines pages, ici, quelqu’un crache à la lace du monde sa honte d'être né et son refus de se faire avaler par le poids de la culpabilité.Les fantômes convoqués par l’écrivain sortent au grand jour et nous appellent à la vie.La force d’évocation de ce roman exceptionnel s’appuie sur un dispositif narratif d’une rare richesse.Analytique et expressif, te ciel de Bay City est un livre de libération.» Georges Leroux Président du jury vl Ile.montreal.qc.ca/cul turc/gpl m Montréal chemin avait pourtant l’impression de découvrir un «révolutionnaire extraordinairement en avance sur son époque, un visionnaire ouvert sur le monde et l ïnjinie diversité des cultures, féru d’histoire, mais pour qui les vieilles idées et les traditions séculaires teintant les comportements de toute une société n’étaient pas acceptables».En perdant sa divinité, l’homme n’en devenait à ses yeux que plus intéressant Changement de style Jean-François Beauchemin écrit depuis longtemps.En 1998, il publiait son premier livre, Comme enfant je suis cuit.Mais son style a radicalement changé depuis ce coma qui l’a transformé.«Avant, ce que j’écrivais était plus drôle, plus léger.[.] Je me cachais derrière l’humour», dit-il aujourd’hui.En fait la gravité qui l’anime aujourd’hui était aussi présente autrefois, se souvient-il, mais cachée derrière autre chose.«Aujourd'hui, je n’ai plus le goût de la cacher.» H se défend pourtant d’être devenu austère.«Je ne suis pas du tout un homme triste», dit-il.Cette expérience de frôler la mort lui a tout simplement donné une profondeur nouvelle, en toutes choses, dans la vie comme dans les livres.Il déjà terminé le troisième tome de sa trilogie, qui devrait s’intituler Cette année, s’envole ma jeunesse.Après ce cycle, d’autres romans viendront sans doute: entre autres un roman d’anticipation, déjà entamé, qui se déroule en l’an 3000.On y jouit, semble-t-il, de jours meilleurs qu’aujourdTiui.«J’ai imaginé une société, une civilisation plus vieille de 1000 ans, une société de l’an 3000, et ce monde est un monde où il fait bon vivre», dit-il.L’écrivain est donc optimiste pour la survie de l'humanité «à long terme».Dans son esprit, «cela va aller assez mal pour les pro- © MARTINE DOYO.N Jean-François Beauchemin chains siècles, peut-être les deux prochains, qui seront difficiles.Il n’y aura plus de pétrole, l'économie va virer de bord et on va penser les choses autrement».Selon lui, l'humanité se retrouvera alors au pied du mur, avant d’inventer de nouvelles façons de vivre.«Je pense souvent aux gens de l’avenir.[.] Comment ils vont nous juger sévèrement.Ils vont se dire: “Mais à quoi il pensaient, ils couraient à leur perte et ils ne faisaient rien"», dit-il.Est-ce donc, malgré tout, ce qu’on appelle la foi en l’humain qui anime Jean-François Beauchemin aujourd’hui?«f ai fait le choix de ne parier que de la beauté, dit-il.J’ai toujours été sensible à la beauté, mais après avoir vécu une expérience comme cela, la sensibilité que j’avais a été poussée un peu plus loin.» Le Devoir CECI EST MON CORPS Jean-François Beauchemin Québec Amérique Montréal, 2008,200 pages ARCHAMBAULT Une compagnie de Québécor Media PALMARÈS LIVRES ROMAN OUVRAGE GÉNÉRAL LA TRAVERSÉE DE LA IflUl Michel Tremblay (Leméac) L'ART DE LA MÉDITATION Matthieu Ricard (Nil) R PORTES DE QUÉBEC T.3: LE PRIX DU.Jean-Pierre Charland (Hurtublse HMH) LES ILLUSTRES CANADIENS Collectif (H.B.Fenn) H TERREUR à TRACADIE Kathy Reichs (Robert Latfont) LA FROUSSE AUTOUR DU MONDE Bruno Blanchet (La Presse) Mj LE DIXIÉME CADEAU Jane Johnson (Libre expression) D U SUIDE DU VIN 2009 Michel Phaneuf (Homme) UN MONDE SANS FM Ken Follett (Robert Laftont) n PARCE QU'ON A TOUS DE LAVWIf Ricardo (arrivée (La Presse) BMILIÉNIUM T.1, T.2 et T.3 Stleg Larsson (Actes Sud) WARIWUUF T.1 ; U raEMIER DES RilA Bryan Perro (Intouchables) LES FILLES TOMBÉES Micheline Lachance (Québec Amérique) D SEUL LE SILENCE B.J.Blory (Sonatine Édition) MÉMOIRES D'UN QUARTIER T.Z Louise Tremblay-D’Essiambre (St-Jean) IjR > ¦ H.N ¦ il KILO CARDK) Huot / Lavlgueur / Bourgeois (de l'Homme) NAKEm WORKMAN iROOCimOMAHCf N.Womman / M.Bolduc (Ubre Exjmslon) LA LNH : UN RÊVE POSSIBLE Luc Géllnas (Hurtublse HMH) DERRIÈRE L'ÉTAT OESMARAU: Robin PhltpatflmouchaWas) LE RUIDE DE L’AUTO 2009 Denis Duquel / Gabriel Géllnas (Trécarré) JEUNESSE ANGLOPHONE RÉVÉLATION Stephenie Meyer (Hachette Jeunesse) HARRY POTTER ET LES RELIQUES DE.J.K.Rowling (Gallimard-Jeunesse) yi ¦ v • ¦ K b a ¦V’1 VISIONS T.1 : NE MEURS PAS UBELLULE Linda Joy Singleton (ADA) LE JOURNAL D’AURÉLIE LAFLAMME T.5 India Desjardins (Intouchables) SÉU T.1 : LE LIVRE DES DIEUX D.Mativat / C.Pelletier (Pierre tlsseyre) LE CLUB DES DISEUSES.T.1 Dotti Enderle (ADA) CATNT’S BOOK S.Sean / J.Weisman (Bayard-Jeunesse) LE DICO DES FILLES 2009 Collectif (Fleurus) JE JOUE À TOC TOC TOC : LES ANIMAUX Carole Tremblay (Imagine) ASCII T.1 : LA PROMESSE Brigitte Marteau (Boomerang! IWAMMU 4 : BREAUNR DAWN Stephenie Meyer (LitHe Brown S.Company) HONOURED CANADIENS Andrew Podnieks (H.B.Fenn) WORLD WITHOUT END Ken Follet! (Signet) D BRISINGH INHERITANCE V.3 « Christopher Paollni (Knopf) DOUBLE CROSS James Patterson (Vlsloni B REMEMBER ME?Sophie Klnsella (Bantam Books) j BONES TO ASHES Kathy Reiehs (Pocket Books) PILLARS OF THE EARTH Ken Follet! (Signet) CONFESSOR Terry Goodkind (Tor Books) YOU : BEING BEAUTIFUL Michael F.Rolzen / Mehmet C.Oi (Free Press! carte-cadeau \ Du plaisir à la carti ARCHAMBAULT3* * * F 4 LE DEVOIR.LES SAMEDI 2 2 ET DI .MANCHE 23 NOVEMBRE 2008 ITTERATURE LITTÉRATURE AMÉRICAINE La vie dans les marges Siri Hustvedt, auteure du magnifique Tout ce que j’aimais, Prix des libraires du Québec, éclaire doucement la constellation du secret.CHRISTIAN DESMEULES On n’a semble-t-il pas fini de ressentir l’onde de choc créée par les attentats du 11-Septembre dans la littérature, le cinéma, les arts en général.Le trauma qui a suivi l’événement, qu’il soit social, politique ou intime, est une matière extrêmement riche à laquelle puisent les phis solides romanciers.Cet épisode de la vie américaine encore en processus de mythification, Siri Hustvedt, 53 ans, conjointe de l’écrivain Paul Auster, l’aborde d’une manière bien à elle en signant un roman très personnel qui s’alimente à la fois à la tragédie col- lective et à sa propre existence.L’auteure du magnifique Tout ce que j'aimais, best-seller paru en 2003 et Prix des libraires du Québec, captivée par les secrets familiaux, signe une autre délicate exploration intérieure campée dans le milieu artistique et intellectuel new-yorkais.De retour à New York après l’enterrement de son père, le narrateur d’Élégie pour un Américain, Erik Davidsen, un psychiatre divorcé qui vit à Brooklyn, raconte sa vie et celle de sa sœur, Inga, veuve d'un écrivain célèbre.Le frère et la sœur découvrent que le vieil homme leur a laissé le manuscrit de ses mé- moires.«Fils de paysan» et descendant d’immigrants norvégiens devenu professeur d’histoire à l’université, Lars Davidsen y raconte notamment sa participation à la Seconde Guerre mondiale — vécue dans le Pacifique.cente, Erik semble vivre en suspens, marinant dans une solitude qui lui pèse de plus en plus, espérant un signe d’ouverture d’une belle et mystérieuse voisine.Les personnages sont occupés à ressasser leurs souvenirs, à échanger avec beaucoup Il y a une gravité tranquille qui émane du quatrième roman de Siri Hustvedt Ici, la réalité donne Iq main à la fiction: les passages à’Elégie pour un Américain extraits des mémoires de Lars Davidsen proviennent directement de ceux du père de Siri Hustvedt, à qui elle avait demandé la permission peu de temps avant sa mort Tandis qu’Inga soigne le deuil de son mari — qui cicatrise mal — et s’inquiète pour sa fille adoles- de sensibilité et d’intelligence sur le sens de la vie en citant Freud ou Kierkegaard, à nommer ou à nier leurs traumatismes: la mort d’un mari, celle d’un père, l’effondrement des tours du World Trade Center, le vide constant du quotidien.Une certitude les habite plus qu’aucune autre: le refus de vivre dans «un monde où les immeubles s’effondrent et où on fait la guerre sans raison».Il y a une gravité tranquille qui émane du quatrième roman de Siri Hustvedt, que vient éclairer doucement toute la constellation de secrets qui nous seront dévoilés peu à peu.Avec beaucoup de sensibilité et de savoir-faire, Elégie pour un Américain le nomme et en fait la démonstration: ce qui compte vraiment dans la vie d’un homme ou d’une femme subsiste peut-être d’abord dans les marges, les «tiroirs secrets», sous les paupières.Collaborateur du Devoir ÉLÉGIE POUR UN AMÉRICAIN Siri Hustvedt Traduit de l’anglais (États-Unis) par Christine Le Bœuf Leméac/Actes Sud Montréal et Arles (France), 2008, 400 pages ROMAN QUÉBÉCOIS L’imaginaire à la merci du réel MICHEL LAPIERRE L* île des Pas perdus, parc muséal consacré à la pré-' servation des œuvres de l’architecte Saul Adde, est en train de rétrécir! Elle va disparaître! Voilà ce que signale l’écrivain J.R Berger à sa fille Caroline.Les deux habitent l’île, formée jusqu’à maintenant de 92 % de particules imaginaires.Le parc muséal rétrécirait parce qu’il étouffe l’art rivant.Encore extérieur à l’île, le réel quasi total, ce terrible pis-aller, sauvera-t-il l’imaginaire moribond?C’est la question que pose le roman Le Maître du Château rouge, de Bertrand Gervais, professeur de littérature à l’UQAM.La réponse qui peu à peu se dessine dans ce livre aux allures de fable, le narrateur la résume en conclusion.Selon lui, il y a, «hors des murs de notre imagination», de la matière, bien sûr, mais également de la rie, «tout aussi insaisissable que de l’encre qui se détache d’une feuille».Le réel concurrencerait l’imaginaire dans le domaine de l’infiniment petit de la subtilité, de la légèreté.Mais alors, à quoi tient sa solidité légendaire?De toute évidence, Gervais fait sienne la réflexion énigmatique du narrateur.L’ensemble du roman reflète pourtant quelque chose de plus clair et de plus concret le conflit entre les partisans de l’art rivant, réunis dans l’ART FLIPP (sigle de l’Action révolutionnaire tactique du Front de libération de Tile des Pas perdus), et la Fondation Saul-Adde, maîtresse absolue de l’étendue de terre.L’ART FLIPP prétend que la fondation muséale a trahi Saul Adde, ce grand disparu, en fossilisant son art en isolant ses œuvres de l’imagination créatrice qui leur a donné naissance.Mais l’écrivain J.R Berger explique à Caroline et à Théo, un jeune insulaire dont on apprendra qu’il est le fils de Saul Adde et l'animateur de l’ART FLIPP, que la fondation n’est pas, en fait responsable du rétrécissement de l’île.La cause est beaucoup plus profonde.Elle se trouve dans l’être même de certains insulaires.«Pour l’île des Pas perdus, dit Berger, nous sommes plus réels, nos particules réelles sont en pourcentage plus élevé.Et elles ont empoisonné les particules imaginaires de l’île.Il faut quitter l’île au plus pressant.» Le professeur lint maître du Château rouge, Berger et Caroline réussiront à s’enfuir vers un autre monde: celui de la réalité.Bertrand Gervais LA PETITE CHRONIQUE Aimer avoir peur Petit musée des horreurs propose un panorama de nouvelles dans lesquelles voisinent aspects cruels, macabres et terrifiants MICHELLE ALLEN Pourquoi Gervais, dont l’écriture ludique n’est pas sans rappeler l’aspect le plus voyant de celle de Perec, tient-il à opposer farouchement l’imaginaire au réel alors que l’œuvre d’art est un mélange presque inconscient des deux?Le narrateur perce le mystère en affirmant «Le temps n’a rien de réel, il est une donnée imaginaire.Il se construit et se défait au gré des pensées.» Qui dit temps dit histoire.Peut-on concevoir, au Québec ou ailleurs, une littérature sans un lien, si microscopique et si détourné soit-il, avec l’histoire d’une société?Le simple fait de se le demander crève le cœur.Les îles abstraites disparaissent tellement rite.Collaborateur du Devoir LE MAURE DU CHATEAU ROUGE Bertrand Gervais XYZ Montréal, 2008,200 pages Je l’avoue d’entrée, je ne suis plus depuis longtemps un amateur de livres ou de films d’horreur.Adolescent, je ne détestais pas frémir en suivant à l’écran les aventures de Frankenstein et ^ de Dracula, mais ce goût m’est passé.Ce qui ne signifie pas que je méprise pour autant le fantastique.Deux parutions récentes m’ont rappelé une inclination pour ce genre inquiétant Michel de Gheldero-de est surtout cpnnu pour son théâtre.A une certaine époque, cet auteur belge d’origine flamande, mais qui écrivait en français, a été fréquemment joué en France.Le dramaturge excellait à mettre en scène des personnages excessifs, proches du guignol, prestes à dénoncer la tranquillité bourgeoise.Si j’en parle à l’imparfait c’est qu’on ne le joue plus guère.Sortilèges est un recueil de douze contes qui tous font appel à l’étrangeté, à la fascination de la mort.En règle générale, le personnage central est un solitaire qui a d’étranges lubies ou qui fréquente des gens qui en ont L’auteur excelle à créer des atmosphères troubles dans lesquelles se meuvent ou sont englués des Gilles Archambault Sortilèges est un recueil de douze contes qui tous font appel à l’étrangeté, à la fascination de la mort êtres, des hommes la plupart du temps, qui rencontrent des fantômes ou la Mort elle-même.L’approche est à peu près toujours la même.Le lecteur entre dans un univers qui paraît paci-fiant, rassurant.Peu à peu s’installent l’inusité, le mystère.On est convaincu la plupart du temps.Lorsqu’on l’est moins, l'allure du récit, délicieusement désuet, nous charme.Petit musée des horreurs propose un panorama de nouvelles dans lesquelles voisinent aspects cruels, macabres et terrifiants et qui ont la particularité d’avoir été écrites à la fin du XIXe siècle.Comme il est habituel dans la collection «Bouquins», l'édition est établie avec soin.Nathalie Prince a répertorié des textes courts provenant de tous les horizons.Certains auteurs nous sont connus.Comment du reste faire l’impasse sur Mau-passant Remy de Gourmont Léon Bloy, Marcel Schwob ou Jean Lorrain si l’on veut illustrer un genre qui eut en ce temps la faveur du public?S’ajoutent des écrivains dont le nom ne nous est pas parvenu.Pour nous aider à y voir clair, un Dictionnaire des auteurs d’une cinquantaine de pages est proposé à la suite de cette anthologie inquiétante.Il n’est évidemment pas question (Je lire d’affilée les textes retenus.A moins d’être visités par une morbidité soutenue.Du reste, la qualité littéraire de ces contes varie énormément.C’est d’ailleurs l’un des mérites de cette anthologie de nous proposer des textes qui autrement nous auraient échappé.Parus la plupart du temps dans des revues, ils étaient oubliés.«La plupart du temps, il s’agit de textes sulfureux, contagieux, au style macabre et aux tons morbides, dissolus ou corrompus, par-delà le bien et le mal, et volontiers insupportables, inadmissibles, immoraux.» Cet avancé de Nathalie Prince est juste.Il conviendrait toutefois d'ajouter qu’on ne frémit pas toujours à la lecture de ces courts récits.On sourit devant des traits trop appuyés.Pour en revenir au cinéma que j’évoquais plus haut, il est évident que la démarche saccadée de Boris Karloff incarnant le robot maléfique ne me terrorise plus tellement.Il en va de même pour bon nombre des contes recueillis dans ce livre.Si la peur n’est pas toujours au rendez-vous, il n’en reste pas moms qu’on est curieux de constater l’attirance qu'on a eue vers 1880 pour le fantastique le plus échevelé.Une anthologie réussie à n’en pas douter.Collaborateur du Devoir SORTILÈGES Michel de Ghelderode L’Imaginaire/Gallimard Paris, 2008,224 pages PETIT MUSÉE DES HORREURS Nouvelles fantastiques, cruelles et macabres Bouquins/Robert Laffont Paris, 2008,1104 pages V .RlfS" n i i i „ 'W'îÿ'y.„ , vÈÉËBm n .pi X.k S uu = 2ZÎ UÜ (?> ¦ Danielle Laurin.Elle Quèhec (514) 524-5558 leineac@leineac corn Québec «îîi L ObSCURi EAUX LA OU VOUS NE SEREZ PAS ANT QUE JE SERAI NOIR GU V SEREZ A NUDI IS FEMMES LA NU DES FE CAO NE SERE TRACEY EN MILLE MORCEAUX Heureux Les Allusifs, nos traductrices CLAIRE CHABALIER et LOUISE CHABALIER remportent cette année le Prix du Gouverneur général pour leur excellente traduction du roman WWW.LESALLUSIFS.COM de Maureen Medved, TRACEY EN MILLE MORCEAUX.« Un autre roman très fort des Allusifs, une écriture très nerveuse, proche de l'oralité, efficace.» Michel Vézina «Ce court roman est la version moderne de LAttrape-cœurs dans le monde urbain et impersonnel des années 90, Tracey s'élève en héroïne en quête d'espoir.» Le Libraire \C/r]eS\ CULTUREL NOVEMBRE - DÉCEMBRE 2008 BESTIAIRE II EXPOSITION 31 octobre 2008 au 30 novembre 2008 Confessions animales Assistez aussi à la conférence de Serge Bouchard le 27 novembre! CONFÉRENCE Jeudi 27 novembre à 19 heures f#j Avec Serge Bouchard dans le cadre de l'exposition Confessions animales ENTRETIEN samedi 29 novembre à 14 heures Avec Julie Gravel-Richard et Eric Simard autour du roman Enthéos paru chez Septentrion Colette Boky U; » haut d une femme CAUSERIE samedi 6 décembre à 14 heures Avec Colette Boky et Mireille Barrière autour de la biographie Colette Boky, Le chant d'une femme parue chez Triptyque.Galeries Normandie - 27S2, de Sa la berry Montréal, Qc HIM IL! Téléphone: (S14) 337-4083 • www.librairiemonet.com RENCONTRE dimanche 30 novembre à 14 heures Avec Lise Bissonnette et Yvon Roy autour de la bande dessinée Agaguk La rencontre sera suivie d’une séance de dédicace! M Librairie É WeA AGAGUK mm t IVRES CARICATURE Les dessins de Garnotte PAUL CAUCHON était une bonne année!», s’exclame Michel Carneau, dit «Garnotte», caricaturiste au Devoir depuis 12 ans.On ne peut pas le contredire: une campagne américaine historique, une élection fédérale, la crise de l’essence, des Jeux olympiques en Chine, l’affaire Maxime Bernier-Julie Couillard, Stéphane Dion qui essaie de s’imposer, bref la matière était abondante, particulièrement pour un journal qui aime beaucoup la caricature politique.La publication annuelle des dessins de Garnotte est devenue incontournable.Garnotte 2008 c’est la sixième édition des meilleures caricatures publiées dans Le Devoir, et la 4' publiée chez Les Intouchables.Garnotte avait publié à compte d’auteur les deux premières éditions.Deux innovations cette année.Le livre est particulièrement beau, l’éditeur ayant choisi un papier plus glacé qu'à l’habitude.Et non seulement l’auteur et l’éditeur ne sont pas chiches, offrant plus de 185 dessins, mais ils ont eu l’excellente idée de publier plusieurs esquisses inédites, des projets de caricatures qui n’ont jamais été publiées par Le Devoir.Non pas par censure, mais parce que Garnotte avait trouvé une meilleure idée sur le même sujet, ou parce que le traitement était peut-être un peu.vulgaire, de son propre point de vue.Quoique Pauline Marois qui fait un doigt d’honneur comme «geste de souveraineté», dessin inédit, c’est pas mal.Tout comme Berlusconi enterré sous les sacs d’ordures, sous le thème de «Trouvez Charlie à Naples».Garnotte a un faible pour certains sujets.L’affaire Mulroney-Schreiber par exemple, «un ancien À MÈt JACQUES GRENIER LE DEVOIR Michel Garneau, dit «Garnotte», à sa table à dessin, au Devoir premier ministre qui accepte une valise contenant 300 000$ dans une chambre d’hôtel, c’est vraiment délirant», dit-il.Le sujet lui a inspiré plusieurs dessins mordants, tout comme les péripéties incessantes de Nicolas Sarkozy.Le volume couvre la période de l’automne 2007 à l’automne 2008, incluant de récents dessins de la LUX SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL STAND 367 Richard Des jardins ALIÉNOR 144 pages - 22,95$ Richard Desjardins, poète, chanteur et cinéaste, est i'une des consciences les plus respectées du Québec contemporain.Il relate ici, à la façon des « chansons de geste », la terrible histone d’Aliénor d'Aquitaine et de Gauthier sans Avoir.Le texte est illustré par Shrü.Séance de signatures Samedi, 22 novembre : 14h à15h30.- i ¦ r- ¦ www.luxediteuf.com V «a taifeur de “Bci/iiure AU SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL JEUDI 20 NOVEMBRE DE 18 h 30 à 20h SAMEDI 22 NOVEMBRE DE 13 h 30 à 1S h 30 DIMANCHE 23 NOVEMBRE DE 11 h à 13 h campagne électorale fédérale.On peut donc déjà prévoir que l’édition 2009 s’ouvrira sur l’actuelle campagne provinciale.Et Garnotte se frotte déjà les mains à l’idée que Michael Ignatieff soit le prochain chef du parti libéral fédéral, parce que sa tête inspire déjà beaucoup son crayon satirique! Le Devoir GARNOTTE 2008 Les Intouchables 160 pages BÉDÉ L’intégrale Michel Vaillant : vroooaarr ! SYLVAIN CORMIER C> est le «père Vaillant» qui serait content Je parle d’Henri Vaillant, le patron fondateur de la firme, grincheux intraitable et vrai pro.Bien bâtie, dirait-il à propos des quatre volumes parus (sur seize!) de l’intégrale des «exploits de Michel Vaillant».Comme les Vaillante.Du beau travail, en effet.Le souci de la belle finition.Ça se sent dans les mains-solidité, fiabilité.Voilà une intégrale dont les volumes ne craqueront pas de la tranche au premier cahot, dont les pages ne deviendront pas volantes avant la fin de la garantie sur la carrosserie (j’ai le cuisant souvenir d’une intégrale Oumpah-Pah qui avait cassé au premier tour de piste).Ça se voit et ça se lit, aussi: élégante mise en page, utile mise en contexte de chaque épisode, luxe de suppléments, croquis divers, splendides reproductions de couvertures du Journal Tintin, histoires courtes jamais parues en album, historique de la course automobile, etc.Plus qu’une intégrale: la totale! Je l’entends d’ici, monsieur Henri: «Bravo les enfants!» Et Steve Warson, le grand copain américain, d’ajouter: «Very good!» Et Michel Vaillant, modeste mais heureux, de célébrer: «Nous la voulions, cette victoire, nous l'avons!» Et maman Vaillant, souriante mais éternellement inquiète, de s’exclamer, avec les mêmes mots qu’à la fin du plus mythique album de la série créée en 1957 par le dessinateur et scénariste Jean Graton, Le 13 est au départ «Michel est sauvé! Michel est sauvé!» Pour qui n’aurait jamais lu un Michel Vaillant, le précédent paragraphe a pour but de souligner un fait rarissime en bande dessinée, surtout la bédé d'avant 1970: le héros a une famille.Mieux, une vie de famille.On est loin de Superman, orphelin, dont toute la parenté a explosé en même temps que sa planète natale, Krypton.On est loin de Buck Danny, l’aviateur de la US Navy, dont le génial scénariste Jean-Michel Charlier, celui-là même qui donna à Jean Graton sa première chance à l’agence World Press au début des années 50, régla l’histoire familiale de son héros en une demi-planche: à peine a-t-on aperçu une mère éplorée, un frérot, qu’ils disparaissent à jamais.Tintin?Sans aïeuls ni progéniture: à Séraphin Lampion les p’tits morveux.Michel Vaillant?lui, embrasse sa maman depuis cinquante ans.Ça ne l’empêche pas d’être champion coureur automobile toutes catégories fil a tout remporté, le championnat de la Fl d’avant l’infamante ère Ecclestone, les 24 heures du Mans, les 500 milles d’Indianapolis, la Panaméricaine, le Paris-Dakar.).Dans la série de Jean Graton — reprise par son troisième fils, Philippe, à la retraite du paternel — on se marie, on a des enfants, on fête Noël.On meurt peu, cependant, et on vieillit très lentement seule l’actualité de la course automobile est JEAN GRATON suivie au présent récent C’est la grande trouvaille de Graton père, le parti-pris qui assure la pérennité de la série: l’intégration de Michel Vaillant et des voitures de la marque familiale, les Vaillante, au monde véritable de la course automobile, avec ses vraies pistes, ses vrais pilotes, jusqu’aux authentiques journalistes spécialisés (te légendaire Gérard Crombac, notamment).Gage de crédibilité.Ce n’est pas pour rien que te pilote Alain Prost signe la préface de l’intégrale: s’il est devenu champion de Fl, c’est pour faire te Michel Vaillant Un sacré pari Cela étant une bédé ayant pour cadre la course automobile et pour héros un bon fils vivant ses chez parents, était un sacré pari en 1957.«Un pilote de course?Mais lorsqu’il aura tourné une douzaine de fois autour du circuit de Francorchamps, que lui ferez-vous faire de plus?» avait dit André Fer-nez, 1e rédac-chef de Tintin, à Jean Graton.Fatalement des histoires de courses, ça allait finir par tourner en rond.C’était mal connaître 1e jeune homme, ce Nantais passionné de vitesse qui savait déjà tout des coulisses du métier de coureur tes 15-20 premiers épisodes de la série, tout particulièrement, sont fertiles en rebondissements, sur fond de chronique familiale.C’était sans compter la patte formidable du dessinateur, capable de doimer sous tous tes angles et de toutes tes manières une impression de vitesse extraordinaire aux bolides impeccablement reproduits (il est moins fort pour tes visages, à la physionomie limitée).Même tes onomatopées de bruits, de «vrooap» en «vroom», sont infiniment mobiles dans tes Michel Vaillant.On s’y croirait Bien plus qu'au cinéma, d’ailleurs: le film Michel Vaillant de 2003, ratage complet n’avait pas le dynamisme de la bédé.Bédé culte, vous pensez bien.Surtout les premiers épisodes.Ce samedi même, à l’Hôtel Marcel-Dassault, la maison de ventes aux enchères Artcu-riual propose une vingtaine de planches originales de Graton père, toutes évaluées entre 6000 et 8000 euros.En janvier dernier, une planche de l’album De l’huile sur la piste atteignait 11 520 euros.Philippe Graton n’y sera pas puisqu’il passe la semaine au Salon du livre de Montréal, dédicaçant dans décélérer les tomes de l’intégrale, mais aussi 1e 7fr album de la série {24 heures sous influencé) et un volume des Dossiers Michel Vaillant consacré à Gilles Ville-neuve.Non, il n’est pas venu en Vaillante.Le Devoir MICHEL VAILLANT - L’INTEGRALE Jean et Philippe Graton Quatre volumes parus Le Lombard, Bruxelles, 2008 non * ro.OT Î>I .S Mi t Poésie • 80 paues • 19,93 ÿ SALON DU LIVRE DE MONTREAL SÉANCE DE DÉDICACE • STAND N°474 Samedi 22 novembre de 14h 30 à 15 h 30 Dimanche 23 novembre de 15 h à 16 h ÉDITIONS DE LA DIFFÉRENCE {CoL@b> Laboratoire de communautique appliquée Isabelle MAHY i Creation et Gestion au Cirque du Soleil Isabelle COUl*sseS 6 l'innovat,on Création et gestion Cirque du Sole.Dans ie cadre des Rencontres du CRILCQ Olivieri : '.librairie »bistro P Olivieri au cœur de la littérature Lundi 24 novembre à 19h00 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges RSVP : 514 739-3639 Bistro : 514 739-3303 LOUISE DUPRE « Cet espoir inquiet QUI FAIT LES LIVRES » Poète, dramaturge et romancière, elle a notamment publié : La Peau familière, La memoria, La Voie lactée, Stratégies du vertige et, cette année, le recueil de nouvelles L’été funambule.La rencontre sera suivie du lancement du livre d’Anne-Marie Jezequel, Louise Dupré : le Québec au féminin Animatrice Élisabeth Nardout-Lafarge Avec le soutien du Conseil des Arts du Canada et de la Sodée.Ë > O U O r""-'' < L’état Encyclopédie historique et géopolitique : ONDE Toss les pays (te !a planète ¦ U lîtofitte inpm Wi tes grands «nj«u* mtsmatiorui» La Découverte .Tous les pays de la planète .Le monde depuis 1945 .Les grands enjeux internationaux .Nombreuses cartes, richement illustré STAND 160 MARCHAND DE FEUILLES CHEZ HACHETTE LES PRESSES DE L’UNIVERSITÉ LAVAL www.pulaval.com LE DEVOIR, LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 NOVEMBRE 2 0 0 8 ESSAIS Les fées de Jacques Prévert NORMAND BAILLARGEON Quand Jacques Prévert est né, le 4 février 1900, les fées des arts se sont penchées sur son berceau.Elles lui ont dit l’avenir, et il était très beau.«Tu vivras une longue vie durant laquelle tu connaîtras l’amour et l’amitié», dit la première, fée Nicotine, réglant ainsi le plus important et Élisant de la sorte une promesse qu'elle ne lait pas souvent.«Tu feras du théâtre», annonça une deuxième.«Tu seras scénariste et dialoguiste de films», reprit une autre.«Tu écriras de nombreuses chansons», dit une quatrième.«Tu publieras plusieurs recueils de poèmes», dit encore une autre.«Tu feras des collages sublimes et troublants», dit une dernière.La fée Ressentiment, une fée malingre et méchante, se tenait en retrait, ne sachant plus que dire.Croyant enfin avoir trouvé, elle s'avança: «Tu seras.» Toutes les autres retenaient leur souffle.«Tu seras.po-pu-lai-re! Et tu le seras dans tout ce que tu feras!» Les autres fées éclatèrent de rire.Populaire?Qu’y a -t-il de mal à cela quand on a le génie de Prévert?Loin de m’inquiéter, la popularité de Prévert me rassure.Elle prouve que le peuple a son génie à HENRI CARTIER-BRESSON Au cours de sa vie, Jacques Prévert a entrenu de nombreux liens avec des photographes de renom.lui, celui-là même qui lui a permis de reconnaître Shakespeare ou Molière, à défaut de lui avoir permis d'éviter de tomber sous le charme de quelques autres, dont nous tairons le nom.Et pour bien mettre les choses au clair, une fée qui n’avait pas encore parlé s’avança pour dire: «Et dans tous les domaines où tu œu- vreras, tu laisseras des chefs-d’œuvre qui parleront à tout le monde de ta voix qui ne ressemble à celle de personne et les plus grands, dans chacun de ces domaines, diront de toi que tu es leur égal.Et pour faire bonne mesure, en plus de tout ce que mes collègues ont dit, tu travailleras aussi avec les plus grands peintres et les plus grands photographes, qui seront tes amis.» La fée Ressentiment s’éloigna, confuse.Trente et un ans après sa mort survenue en 1977, la ville de Paris rend hommage à Prévert à travers une exposition réalisée avec la précieuse collaboration de sa petite-fille, Eugénie Bachelot-Prévert L’exposition, qui se tient à l’Hôtel Les bandits contre l’État DALI E GIROUX Depuis la publication de son magistral Age des extrêmes.Le Court Vingtième Siècle, l’historien Eric Hobsbawm n’a probablement plus besoin de présentation.Praticien soucieux de son art et chercheur engagé envers une idée forte de justice sociale, il s’est notamment intéressé à l’histoire de l'impérialisme du capitalisme, aux luttes politiques associées au mouvement ouvrier, et à l’histoire des révolutions européennes.Il s’est également penché, cherchant les faits sociaux et politiques derrière les chansons et légendes, sur l’histoire du banditisme.Lux offre une nouvelle édition révisée par l’auteur de ce texte désormais classique publié originellement en 1969.Les bandits, tel que le rappelle d’emblée l’historien qui a été intrigué par ce fait, figurent en bonne place parmi les personnages mythiques qui peuplent l’imaginaire collectif.Ils sont corsaires et pirates, voleurs de grands chemins, criminels notoires, rebelles de tout acabit.Le grand criminel, parce qu’il défie l’Etat et sa loi, parce qu’il échappe à la violence destinale qui L’historien propose un livre qui demeure une contribution scientifique à l’histoire des formes des révoltes sociales précapitalistes est le lot du sujet ordinaire, toujours fascine le peuple.C’est bien ce que rappelait Walter Benjamin dans sa Critique de la violence, réflexion sur l’arbitraire du droit qui trouve une sorte d’écho distante dans l’histoire comparée du banditisme proposée par Hobsbawm.Les bandits, depuis longtemps rêvés, chantés et racontés par de nombreux peuples, sont souvent dépeints comme des bandits au grand cœur, volant aux riches pour donner aux pauvres, défendant la société, traditionnelle contre l’Etat, et fidèles, tant par leur sollicitude que leur prodigalité, à la paysannerie qui les a vus naitre.Ils sont alors des bandits sociaux, c’est-à-dire des bandits dont l’action comporte non seulement une dimension privée d’accumulation de richesse et de pouvoir, mais également une dimension politique.Ainsi de Robin des bois, de Billy the Kid ou de Rancho Villa - panthéon illustre auquel Hobsbawm ajoute au fil de son récit plusieurs noms.L’historien propose un livre qui demeure avant tout une contribution scientifique à l’histoire des formes des révoltes sociales précapitalistes, dans lequel il procède essentiellement à la construction de cette catégorie du banditisme social.Le Bandito, telle que l’indique la signification de ce mot italien, «désigne un homme qui se trouve placé en dehors de la loi».C’est-ànJire qu’il s’agit d’une catégorie qui se comprend essentiellement en relation avec le pouvoir, dans un rapport d’extériorité par rapport à un certain ordre.Dans le cas du banditisme social, les groupes d’hommes libres que l’on nommait bandits ont essentiellement proliféré dans .les campagnes, aux marges d’Etats naissants auxquels ils résistaient, protégeant un certain mode de vie et un certain usage, une certaine forme de propriété de la terre.C’est ainsi, dans qne dialectique territoriale avec les Etats en formation, que s’expliquerait selon Hobsbawm le phénomène du banditisme social : «Aucun Etat ne pouvait prétendre contrôler ses frontières avant le XIX' siècle, et aucun ne s’y essayait, à supposer que le tracé de ses frontières ait été clairement établi.Aucun État d’avant le XIX' siècle n’avait les moyens de maintenir une force de police rurale efficace, susceptible d’agir comme l’agent direct du gouvernement central, et couvrant l’intégralité du territoire», A mesure que le pouvoir de l’État est consolidé sur un territoire donné, le banditisme social ou rural, cette fonne de révolte sans projet de transformation de la société, tend historiquement à disparaître, bien que, invoquons Edouard Mallarmé, le squatter qui a pris sur lui la rage des expropriés de Mirabel dans un beau roman de Louis Ha-melin, le bandit social persiste à exister dans l’imaginaire.Collaboratrice du Devoir LES BANDITS, Eric J.Hobsbawm, Traduit de l’anglais par J.R Rospars et N.Guilhot Lux Montréal, 2008,345 pages Les propos d’une fine observatrice de LA SOCIÉTÉ QUI NE CRAINT PAS LE DÉBAT, AU RISQUE DE DÉPLAIRE Catherine Millet Jour de souffrance us» autre vie ( atherinc M Denise Bombardier AU RISQUE DE DEPLAIRE •,ja Connue pour son sens critique et ses prises de position à contre-courant, Denise Bombardier présente ici un recueil de ses chroniques publiées dans Le Devoir depuis mars 2006.«Pourquoi ne pas dire tout haut ce que l’on pense?Quel est l'intérêt intellectuel à rechercher un unanimisme?» se demande l’auteure dans l’avant-propos de son livre.Des questions qui donnent le ton à cet ouvrage qui rend compte d'événements qui ont fait l’actualité, tels les accommodements raisonnables et l'avenir de la langue française et de la culture au Québec.Denise Bombardier sait surprendre, déranger et faire réfléchir le lecteur vlb éditeur Une compagnie de Québécor Media « Dans les semaines qui ont suivi la sortie de la Vie muelle de Catherine M., \e me suis rendu compte qu'une question revenait toujours dans les réactions des lecteurs : "Comment avez-vous fait avec la jalousie V J'ai alors pensé que mon projet n'était pas abouti tant que je n'avais pas répondu à cette question.» Catherine Millet « C'est divinement bien écrit.Et étouffant, angoissant au point où la jalousie devient contagieuse.[.] C'est effrayant mais très agréable à lire.» Katia Chapoutier - SRC « C'est écrit dans la douleur mais formidablement bien écrit.{.] La lecture de votre livre m'a fait mieux comprendre l'amour.» lorraine Pintal - SRC Flammarion de Ville de Paris, du 24 octobre 2008 au 28 février 2009, trace le large portrait du parcours de celui qui a emprunté en toute liberté tant de sentiers de la création.Et puisque son héritière a généreusement ouvert ses coffres aux trésors, on a la chance, comme en témoigne ce luxueux catalogue, de découvrir des documents rarement vus, voire inédits.L’ouvrage, tout comme l’exposition dont il est issu, se décline d’abord sur un mode chronologique: on découvre pour commencer l’enfance et l’adolescence de Prévert, puis son passage chez les surréalistes.On aborde ensuite les genres que Prévert va pratiquer, tour à tour ou simultanément.C’est d’abord l’épisode du groupe Octobre du théâtre d’agit-prop, pour agitation propagande! Vient ensuite le cinéma, où Prévert signe de nombreux chefs-d’œuvre.Puis la poésie et la chanson, avec le recueil Paroles et tous ceux qui lui succéderont Un chapitre revient sur les nombreux liens de Prévert avec tant de photographes (et pas les Trente et un ans après sa mort, survenue en 1977, la ville de Paris rend hommage à Prévert à travers une exposition moindres: Doisneau, Izis, Vil-lers, Brassai et bien d’autres) et des peintres (ici encore, de très grosses pointures: Picasso, Chagall, Miro, par exemple).Le livre se termine sur ces collages que Prévert réalise jusqu’à la fin de sa vie et qui font aujourd’hui les délices des collectionneurs.On trouvera encore, dans ces pages, des entretiens avec de nombreux compagnons de route de Prévert, de collaborateurs et de témoins de sa vie, une somptueuse iconographie, des textes de spécialistes, sans oublier une bibliographie et une filmographie.Si vous connaissez un amoureux de Prévert, il vous suffira de glisser ce livre dans son petit soulier pour être certain de le combler de joie.Collaborateur du Devoir JACQUES PRÉVERT PARIS LA BELLE Eugénie Bachelot-Prévert et NT.Binh Flammarion, Paris, 2008 Rendez-vous avec la folie Les journalistes de La Presse Katia Gagnon et Hugo Meunier viennent de lancer un recueil d’entrevues avec des personnes souffrant de problèmes de santé mentale, Au pays des rêves brisés, publié aux éditions La Presse.En avant-propos, les deux journalistes expliquent que l’idée de ce livre leur est venue après qu’ils eurent réalisé à quel point la maladie mentale demeurait un tabou, tant dans le monde des affaires que dans le monde politique.Au pays des rêves brisés vise donc, à sa manière, à briser l’isolement social dans lequel vivent ces personnes «désinstitutionnalisées».On y rencontre autant l’anorexique qui a triomphé de la maladie et qui allaite maintenant son enfant, que Guy La-fleur, père d’un enfant souffrant d’hyperactivité et d’un déficit de l’attention et qui est aux prises avec la justice, en passant par l’homme qui a tué son beau-père alors qu’il était en proie à une crise de paranoïa, ou par le chanteur Stefie Shock racontant ses attaques de panique.Les journalistes, accompagnés des photographes Patrick Sanfa-çon et Martin Tremblay, rencontrent autant des personnes qui souffrent de maladie mentale que des membres de leur famille ou des gens qui leur donnent des soins.Certaines histoires sont particulièrement touchantes.Celle de Lisette Guérin, par exemple, décédée depuis la rédaction du livre, la «sainte de Pointe-aux-Trembles» qui a notamment fondé une maison d’hébergement pour les «désinsitutionnalisés» qui ont du mal à trouver leur place au soleil.Le Devoir les éditions du remue-ménage stand 474 (Dimedia) Micheline Dumont Signature ven 21 nov.• 18 h 30 à 20 h 30 La violence dans la vie de mon enfant : comment intervenir ?animation avec Diane Prud’homme sam 22 nov.à 15 h 45 à l’Agora Signature ven 21 nov.sam 22 nov.13 h 00 à 14 h 00 16 h 30 à 17 h 30 Francis Dupuis-Déri et Méllssa Blais Signature jeu 20 nov.• 19 h 00 à 20 h 00 dim 23 nov.• 16 h 00 à 17 h 00 rfo 4m MMMWKr.wuWtaftrr % Enjeux et défis de l’allaitement en 2008 rencontre avec Lysane Grégoire, Marie-Anne Poussant et Alexandrine Agostini dim 23 nov.à 10 h 30 au Carrefour Desjardins Signature ven 21 nov.• 10 h 30 à 1 5 h 00 sam 22 nov.• 14 h 30 à 16 h 30 dim 23 nov.• 11 h 00 à 15 h 00 Jan J.Dominique Signature sam 22 nov.• 12 h 30 à 14 h 30 www.editions-remuemenage.com I F 10 LE DEVOIR.LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 NOVEMBRE 2008 ESSAIS ENVIRONNEMENT La révolution de la voiture Une revue critique en profondeur des technologies de motorisation et des filières énergétiques LOUIS-GILLES FRANCŒUR Avec Rouler sans pétrole, qui vient de paraître aux Editions Multi-Mondes, le physicien Pierre Langlois déchire le rideau de la méconnaissance pour faire apparaître un fait troublant la révolution de la voiture électrique est déjà un fait technologique accompli.Et ce n’est pas le marché qui ne suit pas, car les consommateurs réclament déjà des voitures moins énergivores.La réalité est beaucoup plus sinistre: la transition vers des véhicules moins énergivore est d’abord bloquée par des constructeurs automobiles qui ne veulent pas perdre le marché lucratif des pièces de rechange, lequel disparaîtrait en grande partie avec des véhicules nécessitant pratiquement aucun entretien, et qui verraient la longévité des véhicules augmenter considérablement À lire ce livre, troublant à plusieurs égards, on en vient presque à souhaiter que les grands constructeurs actuels passent l’arme à gauche durant crise économique ac- tuelle afin de laisser la place à de plus audacieuses entreprises qui sauront bâtir, avec les travailleurs disponibles, de nouvelles usines et satisfaire dès lors un marché qui ne demande qu’à évoluer malgré la résilience d’un indécrottable segment de dinosaures.Un livre actuel et unique Même si le Québec compte au moins trois grades annuels de l’auto, un genre à peu près inconnu ailleurs dans le monde, personne n’avait, en tout cas dans la francophonie, fait un bilan technologique et politique des progrès accomplis en matière de motorisation électrique.Il y avait bien L’Odyssée du transport électrique, de Pascal Gri-set et Dominique Larroque, publié en 2006 chez Cliomédia en France.Mais ce livre, à distribution restreinte, n’était pas disponible sur le marché, du moins au Québec, Et il a surtout une valeur historique et n’est pas un bilan actualisé.Par contre, Rouler sans pétrole fait le tour des technologies présentement disponibles, testées et bien documentées, déjà utilisées PIERRE LANGLOIS ; ¦ mmm û ‘ ¦____ I ¦ ¦ dans différentes stratégies de motorisation moins énergivores, de l'hybride classique représenté par la Prius jusqu’aux modèles à moteur-roue que Volvo veut mettre en marché dans.10 ans.Ce constructeur, comme d’autres, veut sans doute rentabiliser encore davantage ses vieilles chaînes de montage plutôt que de prendre tout de suite les devants avec une solution qui est à deux doigts de ce que proposait il y a 15 ans déjà le chercheur Pierre Couture, d’Hy-dro-Québec.Pierre Langlois consacre d’ailleurs un chapitre à ce dossier pourri qui demeurera un stigmate cuisant dans la réputation d’Hydro-Québec.Selon le physicien Langlois, en abandonnant la mise au point d’un véhicule hybride déjà fort avancée au lieu de limiter le projet à son seul moteur-roue, Hydro-Québec a fait rater au Québec la chance de prendre la tête du futur marché mondial de l’automobile avec une solution de 20 ou 30 ans en avance sur son temps.Le physicien Pierre Langlois, qui a déjà remporté plusieurs prix avec d’autres ouvrages de vulgarisation scientifique, aborde aussi de façon très critique les filières de l’hydrogène et des biocarburants, qui bénéficient elles aussi de progrès importants.Comme l’hydrogène n’existe pas à l’état naturel elle doit être produite avec d’autres filières énergétiques, certaines plus énergivores et polluantes que d’autres: danger.Pierre Langlois estime plus réaliste d’augmenter l’efficacité des hybrides actuelles ou de produire massivement des tout-électriques déjà capables de répondre aux besoins de la majorité des consommateurs urbains.En optimisant les techniques disponibles on pourrait, dé-montre-t-il facilement, réduire la consommation de pétrole des voitures de 75 à 80 % avec des solutions déjà éprouvées.Progrès Les progrès accomplis dans le stockage de l’électricité, principalement avec les piles lithium-ions, explique le physicien, permettent déjà à des voitures, des autobus, des motos ou scooters et même à des camions de livraison ou de long cours de parcourir des distances qu’on pensait réservées, il y a 10 ans, uniquement à des moteurs conventionnels.Déjà, les diesels produits massivement en Europe permettraient des économies de 15 à 30 % si seulement les constructeurs, comme Volvo, rendaient disponibles ici les modèles qu’ils vendent depuis des lunes en Europe.Pierre Langlois aborde avec un œil tout aussi critique la production des biocarburants qui risquent de provoquer une crise alimentaire mondiale si les champs alimentent de plus en plus les voitures plutôt que les humains pour faire des profits.Certes, il y a d’autres filières comme la biomasse, mais ce n’est pas celle que privilégient dans les faits les gouvernements, beaucoup plus intéressés à séduire les électeurs du monde agricole qu’à protéger la biodiversité.Rouler sans pétrole est tout cela: une revue critique en profondeur des technologies de motorisation et des filières énergétiques, qui remet en question la courte vue de nos politiques publiques et corporatives.Un livre essentiel pour voir venir et accélérer le changement Le Devoir ROULER SANS PÉTROLE Perre Langlois Editions MultiMondes Québec, 2008,294 pages POLITIQUE HISTOIRE La gauche du PQ LOUIS CORNELLIER S* il est vrai qu’ils se situent sur la gauche du spectre politique québécois, les membres des Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ libre) ne sont pas les radicaux dépeints par plusieurs commentateurs.Dans Sans référendum pas de souveraineté, Marc Laviolette et Pierre Dubuc, principaux porte-parole de ce club politique affilié au Parti québécois, présentent leur programme.Convaincus que «l’accession à l’indépendance du Québec nécessite l’union de tous les souverainistes au sein d’une même formation politique» —raison pour laquelle ils contestent la pertinence d’une formation comme Québec solidaire —, Laviolette et Dubuc précisent aussi que «la mise au rancart de la souveraineté et l’adoption de politiques de droite entraînent irrévocablement une désaffection de l’électorat à l’égard du Parti québécois et de la politique en général».Leur plateforme se veut donc résolument souverainiste et sociale-démocrate.Partisans d’un Québec français pleinement libre de ses décisions (indépendant, expliquent-ils, le Québec aurait refusé l’aventure militaire en Afghanistan et ne serait pas soumis aux intérêts pétroliers de l’Alberta et financiers de l’Ontario), Laviolette et Dubuc rejettent aussi une soi-disant «mo- dernisation» de la social-démocra-tie, qui n’est, pour eux, que l’autre nom d’un abandon des politiques de gauche, comme le prouvent les reculs sociaux engendrés par le «New Labour» britannique.Opposés à une plus grande ouverture au secteur privé en santé, une politique qui ne bénéficierait, selon eux, qu’aux assureurs et aux plus riches, les dirigeants du SPQ libre s’opposent aussi, comme le docteur Lazure dont ils s’inspirent, à la construction de deux centres hospitaliers universitaires.Suivant la même logique, ils remettent en cause le financement public des écoles privées, qui crée un apartheid scolaire au Québec.Ils rappellent «que la Finlande — ou il n’y a pas d’écoles privées — se classe au premier rang mondial pour la réussite de ses élèves».Sur le plan de la fiscalité, Laviolette et Dubuc rejettent la «pédagogie des lucides», qui propose notamment une réduction des impôts en échange d’une tarification des services publics.Un tel transfert du fardeau fiscal comporte, en effet, le danger d’affecter les classes moyenne et populaire.Il aurait été intéressant, cela dit, de lire sous leur plume un commentaire des propositions d’un Jean-François Usée qui, dans son essai Pour une gauche efficace, tente de définir les paramètres d’une tarification progressiste.En esquivant cette discussion, NOUVEAUTÉS • l’HEXAGONE Uno compagnie de Quetxjcor Media YVES PR F Fl INT VINT Les mots tremblent • MIXACr ri mm: rt kmuin personne n a trouve d'angle à la beauté «Pii #'?NE Les mots tremdlent Yves Préfontaine Écrits surtout entre 2001 et 2008, ces poèmes rassemblés portent un regard lucide et douloureux sur l’état actuel du monde.Yves Préfontaine se questionne ici sur l’horreur, la destruction, la perte du sens et de repères qui rongent l’humanité.Sa parole grave, engagée, est hantée par l’inquiétude et la colère, mais aussi par un grand amour désespéré pour l’être humain et le monde qui l’entoure.Personne n’a trouvé d’angle à la beauté Robbert Fortin Ce recueil posthume rassemble des poèmes inspirés de lieux et de moments qui ont marqué la vie de l’auteur, de Paris à Montréal en passant par Londres et Barcelone.Tantôt mélancoliques, tantôt passionnés, ces poèmes nous renvoient à ce qu'il y a de beauté, d'espoir et de désillusion dans l’inévitable errance humaine.les têtes d’affiche du SPQ libre prêtent le flanc aux accusations de rigidité idéologique.Une modernisation de la social-démocra-tie qui ne serait pas une trahison est-elle possible?Il faut au moins accepter d’en discuter, même si la vigilance à l’égard d’un insidieux dérapage vers la droite s’impose.Laviolette et Dubuc ont certainement raison d’affirmer, par exemple, que la syndicalisation reste une condition nécessaire à la justice sociale et de refuser tout compromis dans ce dossier.Pour briser le «carcan fédéral» qui «étouffe» le Québec, le SPQ libre propose d’accomplir dès maintenant de «nouveaux gestes de souveraineté»: invoquer la clause nonobstant pour se soustraire à l’arrêt Chaoulli qui impose plus de privé en santé, investir dans Télé-Québec «pour en faire une véritable télévision nationale», réduire la dépendance du Québec, royaume de l’hydroélectricité et éventuellement de l’énergie éolienne nationalisée, au pétrole et, finalement, adopter une loi sur un référendum d’initiative populaire sur l’indépendance nationale.Même si elle émane d’un noble souci démocratique, cette dernière proposition apparaît très discutable.La présence d’un noyau dur de souverainistes au Québec rendrait assez facile la récolte des 500 000 signatures suggérées pour mettre en marche la mécanique référendaire.Or rien ne garantit que les hésitants suivraient à l’heure du vote, selon la conjoncture.Aussi, un tel processus risque de mener les souverainistes à une autre défaite amère.Sur le plan stratégique, il est loin d’être sûr que cette voie soit porteuse.Lors de son passage à l’émission Tout le monde en parle du 16 novembre dernier, Jacques Parizeau souhaitait que le Parti québécois reste un parti d’idées et de débats.Le SPQ libre, à cet égard, joue un rôle essentiel.Il n’évite pas toujours la facilité — dire qu’un Québec indépendant pourrait allouer plus de ressources à la santé parce qu’il sabrerait les dépenses militaires frise la démagogie —, une certaine rigidité idéologique — pas touche à ma social-démo-cratie traditionnelle — et le tapage médiatique intempestif, mais il n’est pas l’antre de dinosaures gauchistes dépeint par les commentateurs de droite ou d’extrême centre.Sa présence au sein du PQ rappelle à ce dernier que ce n’est pas en trahissant ses racines qu’il sera à la hauteur de sa mission.Collaborateur du Devoir SANS RÉFÉRENDUM PAS DE SOUVERAINETÉ Marc Laviolette et Pierre Dubuc Du Renouveau québécois Montréal, 2008,188 pages FABIEN DEGLISE Montréal SOUTERRRID Sous le béton, le mythe Un souterrain prolifère depuis plus de 40 ans dans les entrailles de Montréal.Creusé une galerie à la fois, il s’étend aujourd'hui sur 30 kilomètres de tunnels gris, d’escaliers mécaniques, d’avenues larges et éclairées, de vastes places intérieures où la restauration rapide règne et où scintillent les magasins garnis de miroirs et de mille marchandises.Fabien Deglise est descendu sous le béton où, à une autre époque, une ville souterraine a été rêvée à l’abri du froid brutal de l’hiver et des chaleurs accablantes de l’été.Il s’est aventuré dans les développements successifs d'une ville intérieure qui, il n’y a pas si longtemps, faisait dire de Montréal qu’elle serait la métropole du 21e siècle.Il a arpenté ce réseau disparate, complexe, pour en comprendre les enjeux, en saisir le fonctionnement - à rebours des idées reçues.172 PAGES • 21,95 $ [ H É L I 0 T ROPE] Le regard d’une reine JEAN-FRANÇOIS NADEAU \ A quoi songeait la reine Victoria lorsque les révolutionnaires de 1837-1838 furent déportés de sa colonie canadienne vers sa colonie australienne?A-t-elle noté, dans les pages de son journal, ses impressions sur la guerre anglo-afghane?Que trouverait-on dans ces pages, à supposer qu’elles existent, au sujet des violentes opérations menées par les Britanniques contre les Russes en Crimée?A la fin de son long règne, Victoria éprouvait-elle des sentiments à l’égard des quelques milliers de Boers qui résistaient tant bien que mal en Afrique du Sud contre les attaques de ses armées?Dans un style assez pauvre bien que très franc, la reine Victoria a tenu un journal tout au long de sa vie.Nous n’en connaissons à ce jour que des fragments.Sans compter que sa fille, après sa mort, remania semble-t-il quelque peu l’ensemble, dans un souci de bienséance qui concerne évidemment moins la vie politique de la souveraine que sa vie privée.Vient de paraître, en français, quelques pages du journal de Victoria qui mettent l’accent, justement, sur cet «intime» mis en rapport avec les amitiés franco-britanniques.En juillet 1855, La Capricieuse, un navire de la Marine impériale fran- çaise, remonte le cours du fleuve Saint-Laurent pour la première fois depuis la Conquête.Cette reprise des relations entre la France et l’Angleterre a d’importantes conséquences sur la vie de la population canadienne-française.Elle est due à un assouplissement marqué des rapports entre les deux puissances impériales à J’occasion de la guerre de Crimée.À l’été, la reine Victoria visite même Paris.Victoria est la première souveraine anglaise à visiter la capitale française depuis 1431.Quel regard la souveraine porte-t-elle sur tout cela?C’est un peu le thème de ce livre qui, à force de ne rien dire, dit beaucoup.La politique royale se résume parfois à peu de choses: «Matinée délicieuse: l’air est doux, le soleil brille, charmant murmure des fontaines.[.] Le café est excellent, le repas simple et très bon.» Il n’est pas sûr qu’on comprenne toujours mieux la marche du monde en suivant les petits pas de ceux qui semblent la commander mais qui ne font, très souvent, que l’accompagner.Le Devoir PAGES DU JOURNAL DE LA REINE VICTORIA Traduit et annoté par Olivier Gabet Gallimard Paris, 2008,156 pages Le lézard amoureux présente deux nouveaux recueils.La plaquette cubaine, recueil collectif de José Acquelin, Bertrand Laverdure et Yannick Renaud Inquiétudes, enthousiasmes et confusions temporelles se côtoient au beau milieu de ce recueil magique.— tkvM'MMl Ijrl-Bir'rtwf» ; ; .I < X * I Sans Ouranos, de Catherine Morency Bestiaire des pulsions féminines en même temps que traversée des enfers terrestres.Sans Ouranos Catherine Morency Le lézard amoureux * « LE DEVOIR, LES SA M E I) I 22 E T D I M A N C II E 2 3 N O V E M B R E 2 O O K ESSAIS ESSAIS QUÉBÉCOIS De la philosophie utile Louis Cornellier En lançant la série «Devoirs de philo» dans les pages du Devoir, le collègue Antoine Ro-bitaille a eu une sacrée bonne idée.Sans cesse remis en question par des esprits obtus pour lesquels la réflexion critique est toujours une perte de temps, l’enseignement de la philosophie au collégial n’a pas toujours été bien défendu par ses propres artisans et partisans.Pour faire pièce au discours selon lequel cette matière ne servait à rien, ces derniers, tout en soulignant la nécessité de développer un esprit critique, se sont souvent complu dans un éloge de î’inutilité comme nourriture essentielle de l’être humain.Cette réplique, qui contient sa part de vérité, reste néanmoins peu convaincante.Et la philosophie, surtout peut valoir autrement et même plus.Ceux et celles qui en ont fait leur compagne de vie ne se contentent d’ailleurs pas de ce tour de passe-passe argumentatif.Ils savent et c’est la raison pour laquelle ils la chérissent que la philosophie donne du sens à leur vie, les éclaire quant aux significations à tirer des événements d’hier, mais surtout d’aujour-dhui, car c’est toujours dans l’aujourd’hui que la pertinence d’une pensée trouve son socle.En invitant ces amis de la philosophie à relever le défi d’une réflexion sur l’actualité nourrie à la tradition philosophique, Antoine Robitaille, à sa mesure, les a forcés à sortir de leur quant-à-soi afin de partager, avec les lecteurs du Devoir, ce qui constitue pour eux l’utilité de la philosophie, au-delà du seul plaisir de la connaissance pure.Une sacrée bonne idée, oui.Jean Laberge, qui enseigne cette matière au Cégep du Vieux-Montréal, n’a pas craint l’épreuve.Trois de ses «devoirs de philo» ont été publiés dans nos pages et sont devenus la prémisse d’un ouvrage complet consacré à des exercices du genre.En quête de sens, explique-t-il, se veut «une enquête sur le sens des choses» dont la méthode est simple.«Chaque chapitre, écrit Laberge, propose une vision particulière d'un sujet d’actualité ou d’un élément de la culture ambiante à partir de ce qu’en aurait pensé un phibsophe de la tradition occidentale.» La perspective d’ensemble privilégiée par le philosophe est le scepticisme.Aussi, presque toutes les thèses présentées sont soumises au doute critique et aux objections.«Loin de se complaire dans le doute stérile, précise toutefois Laberge, le scepticisme enseigne l’enquête, la recherche, la poursuite infatigable de b vérité.» Souvent de bon aloi en ce qu’il permet au penseur d’éviter le dogmatisme, ce parti pris finit parfois par décevoir, comme on le verra plus loin.Intention ou conséquences ?Qu'aurait pensé Kant, demande par exemple Laberge, de l’attitude de Jean Chrétien dans le scandale des commandites?Ce dernier, on s’en souvient a justifié ce programme, malgré ses ratés, par la nécessité de préserver l’unité nationale.Cette affaire permet à Laberge d’aborder le débat entre les morales déontologiste et conséquentialiste.«Une loi, questionne-t-il, est-elle bonne parce qu’elle aura des conséquences heureuses dans l'avenir ou parce qu’elle-est juste en elle-même, indépendamment de ses conséquences?» Selon le déontologiste Kant, seule l’intention compte, ce qui signifie que la fin ne justifie jamais les moyens.Dans le cas des commandites, l’intention («acheter la conscience fédéraliste des Québécois») qui guide l’action étant mauvaise, elle s’avère immorale en soi, peu importe le résultat Cette opposition entre les morales déontologiste et conséquentialiste sert aussi à Laberge pour réfléchir à la justification morale de la guerre en Afghanistan.Les proguerre avancent parfois, dans une logique déontologiste, que l’intervention militaire repose sur le respect de la dignité des Afghans, «malgré les effets malheureux qui en résultent inévitablement».Par ailleurs, dans une logique conséquentialiste, ils affirment aussi que, «pour reconstruire l’Afghanistan, [il est] impossible d’éviter les violences de la guerre».Ici, comme le remarque Laberge, «le proguerre ne désire pas la guerre pour elle-même, mais pour le bien qui peut résulter de celle-ci».Le pacifiste joue lui aussi sur les deux tableaux; déontologiste, il rejette la guerre parce qu’elle tue; conséquentialiste, il la rejette parce qu’elle «engendre plus d’insécurité que de paix».Laberge décèle, surtout chez les seconds, une contradiction: si la guerre engendrait la paix, en effet, changeraient-ils d’idée?Cela lui fait conclure qu’«on ne peut être en même temps déontologiste et conséquentialiste».Pourtant, dans la vraie vie, nous sommes très souvent l’un et l’autre à la fois sans que cela nous paralyse.Avec les thèses du philosophe Isaiah Berlin sur les libertés négative et positive, Laberge éclaire le débat entre les lucides et les solidaires.Qu’est-ce, au fond, qu’être libre?Est-ce, négativement, ne pas être empêché de faire ce qu’on veut ou, positivement, «disposer de ressources ou de moyens permettant d’agir»?La liberté formelle (de droits) vaut-elle si la liberté réelle (de conditions) n’est pas au rendez-vous?Une foule d’autres débats fondamentaux animent les pages de ce livre.Peut-on penser une société juste dans une perspective libérale individualiste (Rawls) au mépris des communautés qui donnent sens à la vie (communautarisme de Sandel)?L'esprit est-il matériel ou immatériel?John Searle a peut-être raison d’en faire une ‘propriété émergente», c’est-à-dire issue du cerveau, mais transcendant ses parties.Maurice Richard est-il un héros stoïcien?Le philosophe britannique athée Antony Flew a-t-il erré en devenant déiste grâce à la théologie naturelle?Malgré certaines interprétations contestables (on peut, en effet, défendre le travail dans une perspective kantienne), l’enquête philosophique de Laberge s’avère très stimulante.Son scepticisme, toutefois, qui lui fait saps cesse suspendre son jugement, finit par irriter.Etape nécessaire à la réflexion, le doute ne saurait en constituer le terme.Même le sceptique, au quotidien, finit pas être ' SOURCE GROUPE LIBREX Jean Laberge obligé de se brancher pour ne pas se condamner à la paralysie intellectuelle lou i scoCasym paiico.eu EN QUÊTE DE SENS Jean Laberge Logiques Montréal, 2008,248 pages CHRONIQUES Orwell et le non-sens du pouvoir t MICHEL LA P1E R R E Les lendemains de la Deuxième Guerre mondiale paraissent prometteurs.Mais George Orwell, partisan du socialisme démocratique, écrit «]e pense qu’il faut poursuivre la lutte politique, exactement comme un médecin doit tenter de sauver la vie d’un patient, même si celui-ci a de.grandes chances de mourir.» L’écrivain anglais livre la clé de son œuvre en définissant le pouvoir établi comme «une sorte de maladie mentale» de l’humanité.Nous sommes en 1946.Orwell — il mourra quatre ans plus tard — vient de publier La Ferme des animaux, satire du régime soviétique, ce totalitarisme qui sort vainqueur de la guerre, du moins en Europe de l’Est Le chroniqueur de Tribune, hebdomadaire de l’aile gauche du parti travailliste britannique, a-t-il raison de s’alarmer?Assurément.Mais, pour comprendre la portée de son propos, il faut le réinsérer dans l’ensemble des 80 chroniques familières qu’il a publiées, de 1943 à 1947, sous le titre À ma guise.Enfin traduits au complet en fran- ARCHIVES LE DEVOIR George Orwell en 1945 çais, ces textes forment un livre enrichi des commentaires de Jean-Jacques Rosat et de Paul Anderson.Orwell y démasque une folie inhumaine qui, par-delà les nations, les idéologies, la guerre et la paix, risque de contaminer même les êtres les mieux équilibrés.Il le fait en déplorant les maux de la vie quotidienne, comme la réinstallation de grilles autour des PHILIP MARCHAND - - IRTSCS?~ ' DE CES FRANÇAIS QUI ONT FAILLI CONQUÉRIR L’AMÉRIQUE DU NORD PHILIP MARCHAND L’EMPIRE UVNTAISQLIONTFAIUI HH L’AMÉRIQUE IM N°RU Les Presses de l’Université Laval www.pulaval.coni squares privés de Londres pour empêcher les enfants pauvres d’aller y jouer, à l’époque où l’Angleterre participe à la croisade des démocraties contre les nazis.La persistance de privilèges gênants rappelle, comme le sousentend Orwell, que l’inégalité sociale est un fléau occulté.L’écrivain s’en prend à «l’hypocrisie qui consiste à dénoncer la guerre tout en souhaitant préserver le type de société qui la rend inévitable».C’est l’une des réflexions saisissantes qui nous permettent de comprendre une pensée frondeuse qui, à première vue, déroute.Orwell ose désapprouver les pacifistes qui condamnent le bombardement des populations civiles.«Pourquoi serait-il plus grave de tuer des civils que des soldats?[.] Pourquoi serait-il pire de tuer une femme que de tuer un homme?», se demande-t-il.Dans son esprit, tenter de rendre la guerre plus humaine, plus chevaleresque, c’est retourner au Moyen Âge en la justifiant II s’oppose aussi à ceux qui, tel l’écrivain catholique Chesterton, défendent, de manière plus directe, une fidélité au passé idéalisé en croyant qu’il n’y a pas d’idées nouvelles.Il leur réplique: «L’idée qu’une civilisation avancée n’a pas besoin de reposer sur l’esclavage est rebtivement nouvelle: elle est même beaucoup plus jeune que la religion chrétienne.» La nécessité des guerres justes, des sociétés inégalitaires, comme le Royaume-Uni, ou totalitaires, comme l’Union soviétique, relève, à ses yeux, d’un immobilisme fragile.«Les idées ne changent peut-être pas, mais l’accent qu’on met sur elles change constamment.» Voilà, pour Orwell, le principe qui devrait éclairer les progressistes.L’insistance sur un aspect ou l’autre de la réalité s’exprime par le langage, dont l’écrivain souligne le rôle crucial, phénomène bénéfique ou, comme ce sera le cas dans son roman 1984, funeste.Le langage hante Orwell, qui a le génie de proclamer que le crime se trouve dans les intentions et les mots plus que dans la guerre elle-même.Selon lui, le civil anglais qui, en 1944, insulte l’ennemi allemand participe davantage à l’horreur que le soldat convaincu de l’urgence de la guerre, antidote terrible mais inévitable de la tyrannie.Orwell ne craint pas d’écrire: «On fait moins de mal en larguant des bombes sur les gens qu’en les traitant de “Huns”.» Le chantre de la bonne vieille Angleterre, de l’intimité du foyer anglais et des délices sous-estimés de la cuisine du pays n’hésite pas, en 1945, à saluer «l’intelligentsia littéraire française^) qui, en dépit de collaborateurs notoires, «s’est bien comportée sous l’occupation allemande».On croit rêver! Au nom de son amour intransigeant de la vérité, Orwell va encore plus loin: «Si l’Angleterre avait également été envahie, la situation aurait été désespérée et la tentation d’accepter l’Ordre nouveau beaucoup plus forte.» En plus de dévoiler les velléités fiascisantes de la na tion impérialiste et conservatrice qui se targue d’être la mère de la démocratie moderne, cette phrase résume l’indépendance d’esprit de l’écrivain britannique.Si le national-socialisme et le communisme, termes qui en soi pourraient avoir tin sens positif, cachent en réalité l’horreur, pourquoi la démocratie parlementaire, même anglaise, serait-elle à l’abri de ce qu’OrweU réprouve: la rage du pouvoir?Collaborateur du Devoir À MA GUISE George Orwell Agone Marseille, 2008,528 pages nptyqtie www.triptyque.qc.es triptyque@etlidoiKriptyque.cdn! Tel: (514) 597-1666 Johanne Alice Côté MÉGOT MÉGOT PETITE MITAINE miivveHcs, l.tî }>., I.S $ «Scs nouvelle!» sont comme de petites ouvertures dans ta glace d'un lac ptofumi.Quand on s'y faufile, qu'un s'y laisse couler, c’est tout un monde qui apparaît.I-.J L,a vois de cette qui les raconte est ferme, assurée, irrésistible » Marte-Claude f-ortln, l.,i Prme Johanne Alite Côté |gÉH&J Mégot mégot W& petite mitaine Æm,.Philippe Be ri simon La Citadelle Philippe Bensimon LA CITADELLE roirum, 254 p., ti $ " Un Ityre de combat et de fureur sourde, une léthtxUon sur la solitude servie dans une langue belle et meurtrie, d'une poésie éraflée, qui la rend à ta fois crue et ludique.Une voix, si vops préférez.» Tristan Malavoy-Racine, VWr Salon du livre de Montréal-Stand 474 “.c,c,v.Gouverneur V A en poésie a lenteur du monde Avec La lenteur du monde, i Michel Pteau nous invite à une j célébration du merveilleux.Ce recueil empreint de nostalgie réveille en nous, tout en douceur, les gestes simples propres à l'enfance.À l'écoute des mondes, il nous invite à , un retour vers l'essentiel, les éléments naturels, la fraîcheur et la lumière pour magnifier la beauté de l'univers.(Jury du Prix du GG1 La lenteur du monde Dédicaces : dimanche 23 novembre 13h à 14h — 16h à 17h htC t stand SAIONDiUlVW !>l Los Huilions www.editionsdavid.com mfo@editionsdavm.com (613) 830 3336 *?i Mk t I F 12 l K l> K V 0 I R , LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 NOVEMBRE 2 0 0 8 ESSAIS Claude Lévi-Strauss : l’écrivain, l’algébriste et l’écologiste .PASCAL PAVANI Claude Lévi-Strauss, photographié en 2005, aura 100 ans cette semaine.MB 4L CAROLINE MONTPET1T Cy est un explorateur de la pensée, et peut-être, d’abord et avant tout, un artiste.Il aura cent ans le 28 novembre prochain.Le Magazine littéraire lui a décerné il y a quelques mois le titre emphatique de «penseur du siècle».Observateur du monde, Claude Lévi-Strauss en explique certaines constantes, dans les domaines les plus divers, de l’analyse des mythes aux structures familiales, en passant par l’opéra et l’alimentation.En s’inspirant de la linguistique, qui travaille à partir d’un ensemble fini que forment les phonèmes et qui les agence entre eux, Lévi-Strauss tente, avec le structuralisme, d’établir une sorte d’algèbre de la vie, du mariage, par exemple, et même des différentes composantes des mythes à travers le monde.Ses théories ont eu une influence jusque dans la critique littéraire.Dans un entretien accordé à Arte France en 1972, Lévi-Strauss expliquait comment la philosophie était, au départ, la discipline la plus accueillante pour loger son immense soif de savoir et ses intérêts éclatés.«f avais un goût pour la peinture, pour la musique, pour les antiquités.Tout cela pouvait se marier plus ou moins avec l’étude de la philosophie, plus facilement qu’avec une autre spécialité, qui m’aurait obligé à compartimenter mon existence et mes curiosités.Mais pendant [la période de mes études], ce qui m’occupait le plus c’était très certainement la politique.J’avais été introduit au socialisme par un jeune so-cialiste belge [.] C’est lui qui m’a fait lire Marx et Engel, et qui m’a emmené au socialisme militant», raconte-t-il.C’est ensuite sa découverte de l’anthropologie qui lui a fait quitter la philosophie.Dans PHILOSOPHIE l’entrevue à Arte, il explique aussi comment, après avoir découvert que Freud arrivait à dévoiler des mécanismes rationnels cachés derrière les comportements les plus irrationnels des individus, il avait tenté d’adopter ce principe analytique en ethnologie, auprès d’une collectivité.Dans cet ample souffle qui a modifié le monde, tous les humains se retrouvaient sur le même pied, qu’ils soient dits «primitifs» ou «évolués», qu’ils viennent du fin fond de l’Afrique ou du cœur de Paris.«Après Paul Radin (1927) et Marcel Griaule (1948) il démontre que la pensée, chez les peuples sans écriture, est aussi complexe que dans les sociétés dites développées du monde occidental: il développe ainsi une théorie des classifications autochtones», écrit à son sujet Jean-Jacques Nattiez, dans Lévi-Strauss musicien, qui vient d’être publié chez Actes-Sud.Optimisme messianique En général, sa théorie était ambitieuse.Jean-Jacques Nattiez parle à son sujet à’«optimisme messianique», qui cherchait rien de moins que de «se faire une idée plus juste de ce qu’est l’Homme, de redessiner son avenir, et de le guérir».En fait, Lévi-Strauss établit une nouvelle façon de penser plutôt qu’une théorie précise, signale Vincent Debaene dans la préface des œuvres de Lévi-Strauss qui ont été publiées aux Editions La Pléiade, au printemps dernier: «L’héritage de Lévi-Strauss est moins une école ou un mouvement que l’ouverture d’un espace de problèmes et une certaine façon de penser, moins une lignée qu’une brèche dans la pensée.» Pour plusieurs, Lévi-Strauss est aussi tout simplement un écrivain.Et sa langue, fluide et passionnée, s’applique à l’infini à capter la réalité qui l’entoure, au fil des voyages, mais aussi en réflexion, chez lui, à la.lumière de collectes effectuées par d’autres anthropologues à travers le monde.«Je hais les voyages et les explorateurs», écrivait-il, ironiquement, en guise d’introduction à Tristes tropiques, dont plusieurs disent que c’est son chef-d’œuvre et dans lequel il relate pourtant en détail son aventure sur le terrain auprès des autochtones du Brésil.Dans les années 1960-1970, selon Jean-Jacques Nattiez, on attendait le dernier livre «comme d’autres attendaient le dernier Simenon ou le dernier Tintin».«On pourrait dire que l’œuvre de Lévi-Strauss est littérature, au sens où elle institue une lecture qui n’est pas simple acquisition de connaissances ou saisie d’une réalité à travers sa représentation, mais expérience de soi et expérience sur soi», écrit encore Vincent Debaene.Passionné d’art sur tous les plans, aussi curieux de l’opéra que des formes artistiques les plus humbles, la vannerie par exemple, Lévi-Strauss aura lui-même fait une œuvre.Et au-delà de tout cela, Lévi-Strauss a aussi été un visionnaire, un écologiste avant l’heure.L’opposition entre nature et culture a été, tout au long de sa vie, au centre de ses préoccupations.Et lors d’une enquête menée en 1965, au cours de laquelle on avait demandé à diverses personnes ce qu’elles mettraient dans un coffre qui serait enfoui à l’intention des archéologues de l’an 3000, Lévi-Strauss avait fait la réponse suivante: «Je mettrai dans votre coffre des documents relatifs aux dernières sociétés primitives en voie de disparition, des exemplaires d’espèces végétales et animales proches d’être anéanties par l’homme, des échantillons d’air et d’eau encore non pollués par les déchets industriels, des notices et illustrations sur des sites bientôt saccagés par des installations civiles et militaires.[.] Mieux vaut donc laisser quelques témoignages sur tant de choses que, par notre malfaisance et celle de nos continuateurs, ils n'auront pas le droit de connaître: la pureté des éléments, la diversité des êtres, la grâce de la nature, la décence des hommes.» Plus de quarante ans plus tard, le commun des mortels commence à peine à réaliser ce péril que subit la planète.Il a à peine mesuré la valeur de ce qui l’entoure.Et est encore très loin d’y avoir trouvé de véritables solutions.Le Devoir ŒUVRES Claude Lévi-Strauss Gallimard, «La Pléiade» Paris, 2008,2064 pages Mythe, musique, langage Un hommage à la pensée musicale de Claude Lévi-Strauss GEORGES LEROUX Le sous-titre nous prévient, il sera question de résister à cette tentation de l'homologie.Fin connaisseur de la pensée de Lévi-Strauss, et encore davantage des corpus musicaux qui furent sollicités par lui pour éclairer la structure de la pensée mythique, Jean-Jacques Nattiez entreprend dans cet essai de revisiter tous les recoins de l’anthropologie strtictu raie pour mesurer la portée exacte de l’analogie musicale.Car, personne n’en doute, cette analogie a joué un rôle sur plusieurs plans.D’abord, pour rappeler l’évidence, le recours à la musique a servi un projet d’écriture qui considérait la musique comme le lieu de son esthétique la plus accomplie.Mais ensuite, et de manière moins nette, la musique n’a cessé d’être mobilisée au service d’un art contrapuntique des cultures, dont le structuralisme serait pour ainsi dire l’équivalent harmonique.Les déclarations de Lévi-Strauss sont cependant souvent sibyllines ou paradoxales, et dans cette étude Nattiez nous montre que l’analogie est certes très riche, mais qu’elle a aussi des limites.Nattiez nous présente d’abord un rappel très utile des principes du structuralisme, car ce mouvement d’idées, pluridisciplinaire par essence, paraîtra à plusieurs lecteurs déjà bien lointain: le miracle, ici, est de le faire revivre, et de donner presque le goût de s'engager à nouveau dans ce discours du privilège de la forme et des structures.C’est en effet au cœur de l’effervescence de ces années héroïques que naissent les quatre volumes des Mythologiques et que, déjà en 1955, Lévi-Strauss parle de la lecture des mythes comme de la lecture d'une partition.S’il peut écrire dans L’Homme nu que tout système mythique révèle une forme contrapuntique, il est légitime de se demander s’il ne s’agit là que d'une métaphore.Sémioticien critique, Nattiez veut démonter l'analyse et, s’agissant de ces éléments des objets-systèmes qui sont communs aux mythes et aux musiques, montrer comment ils sont définis.Proche des travaux de Jean Molino, Nattiez ne veut pas préjuger de la nature purement formelle de ces objets et il tient à conserver une dimension herméneutique à son approche: le sens ne découle pas purement des oppositions, il appartient aux éléments en place.Il y a des homologies entre les formes qui permettent d’expliquer par exemple les transformations des récits, mais il y a aussi du sens à l’œuvre dans les motifs.Thème, motif, forme C’est ce qu’illustre un superbe chapitre sur le thème du renoncement à l’amour chez Wagner, que Lévi-Strauss a présentée dans Le Regard éloigné.Wagner offre en effet un exemple on ne peut plus clair de la transformation des motifs, et la question de la priorité de la structure, de son caractère transcendant par rapport à l’analyse, permet à Nattiez de prendre position: la structure n’est pas immanente, elle résulte de la construction de l’analyste ou du musicien.Ces réserves importantes ne disqualifient pas l’analyse, elles ne font que souligner son importance, et notamment dans le domaine musical où le structuralisme a connu, après Lévi-Strauss, un développement considérable.C’est en étudiant notamment l’œuvre de Pierre Boulez, et en particulier le débat autour du fondement naturel de la musique sérielle que Lévi-Strauss avait déclenché en la condamnant, que Nattiez fait voir chez les Modernes une reprise paradoxale du formalisme de Lévi-Strauss.Il consacre à ce débat, fondé sur un malentendu, un chapitre essentiel: discutant de la forme, Boulez et Lévi-Strauss parlaient-ils de la même chose?Pour Lévi-Strauss, les structures sont porteuses de significations et d’émotions; pour les compositeurs sériels, la forme n’a aucune dimension émotive.Nattiez a raison de voir dans cette discussion le cœur de la sémantique musicale, qui ne va cesser de se développer chez des compositeurs et des théoriciens plus récents.On pourrait presque parler, lisant cet essai, d'un malentendu lévi-straussien de la forme musicale, engendré par une importation non critique du structuralisme.N’est-ce pas cela qu’illustre la La musique imprègne le regard de Lévi-Strauss sur le monde des mythes, la musique et le mythe étant «des machines à supprimer le temps» w — Marie-France Lmd 04 Hîrîgoyen LzJ > P NOUVELLES SOLITUDES | ’¦ O J* ® #, U #i m 'W 1 o /-
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