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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


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  • Montréal :Le devoir,1910-
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  • Journaux
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Le devoir, 2008-11-26, Collections de BAnQ.

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INTERNATIONAL L’échec de la gauche chilienne L’Amérique centrale convoitée NATIONAL L’approche communautaire en santé mentale CULTURE Croupo Cultural Afro Reggae LE JOURNAL VOL.15 NO.4 / DÉCEMBRE 2008 UN JOURNAL POUR UN MONDE DIFFÉRENT WWW.ALTERNATIVES.CA ÜÉÊ PHOTO : FLICKR / EP0 DOSSIER AMÉRIQUE mm Nouvelle gauche et intégration régionale L’Amérique latine est marquée par la montée de la gauche et par une intégration régionale plus poussée, deux phénomènes conjoints, puisque ce sont les gouvernements progressistes qui ont le plus favorisé l’établissement d’institutions et d’accords communs.L’objectif: enrayer le néolibéralisme et l’influence néfaste des États-Unis.Une nouvelle gauche s’appuyant sur des mouvements sociaux apparaît.C’est le cas en Bolivie et en Équateur, deux États marqués par de grandes inégalités sociales.Les réformes des présidents charismatiques de ces pays sont compliquées par les impératifs de la démocratie et par l’opposition d’une puissante minorité.Ils ne veulent pas suivre la voie d’une gauche centriste comme au Chili qui échoue à enrayer les maux sociaux.Ces dirigeants très populaires sont toutefois aux prises avec une dangereuse tentation : imposer les changements en bafouant les règles démocratiques.Des textes d’auteurs brésilien, chilien, équatorien et bolivien alimentent ce dossier sur l’Amérique latine, qui comprend aussi des articles sur l’Amérique centrale, le Mexique et la victoire d’Obama.« Socialisme du XXIe siècle » en Équateur Les défis de l’intégration latino-américaine Démontrant une extraordinaire capacité de récupération, l’Amérique latine s’est transformée.Laboratoire pour les expériences néolibérales durant les années 1980 et 1990, cette région accueille maintenant le plus grand nombre de gouvernements progressistes de son histoire.EMIR SADER Deux phénomènes traduisent le fait que l’Amérique du Sud soit devenue le lieu par excellence de la résistance au néolibéralisme.Premièrement, l’élection de gouvernements misant sur des politiques sociales comme celui d’Evo Morales, en Bolivie.Deuxièmement, la poursuite de projets d’intégration régionale par plusieurs États de la région, processus unique puisque mené indépendamment des Etats-Unis.L’offensive nord-américaine pour imposer une zone de libre-échange des Amériques a été mise en échec au début de la décennie.Mais deux variantes existent en Amérique latine.D’un côté, les États-Unis ont conclu des ententes de libre-échange bilatérales avec le Chili, le Mexique (avec l’ALENA), le Pérou et le Costa Rica.De l’autre, un projet d’intégration régionale initié par le Mercosur (fondé par l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay) et suivi d’initiatives par des pays comme le Venezuela, la Bolivie et l’Équateur.La division fondamentale entre les pays du continent s’est faite entre ceux qui ont entériné des traités de libre commerce avec les États-Unis et ceux qui ont préféré le processus d’intégration régionale.D’un côté, des États qui hypothèquent leur avenir dans une relation fortement inégale avec les Américains; VOIR PAGE 2 : INTÉGRATION Le président de l’Équateur, Rafael Correa, est l’un des leaders de la nouvelle gauche latino-américaine.Il jouit toujours d’une immense popularité, deux ans après son élection en décembre 2006.JORGE LEON Le président Correa brouille les limites entre gauche et droite, notamment parce qu’il n’est pas un proche des organisations contestataires, même s’il est devenu leur représentant.Il est, cependant, le fruit de leurs actions qui depuis longtemps ont tenu tête aux réformes axées sur le marché.Derrière le discours social de Rafael Correa, on peut retrouver la doctrine sociale de l’Église catholique.Fier d’avoir été scout et d’avoir étudié chez les salésiens, le président équatorien a développé son engagement durant sa période universitaire quand il a travaillé pour une mission dans un vil- lage autochtone.Catholique pratiquant, il rejette l’avortement, mais considère normal que les homosexuels aient le droit de former un couple sans adopter des enfants.D’un premier abord, Correa représente un nouveau mariage gauche-catholicisme.Il défend toutefois clairement un État laïc et il n’a pas de problème à se brouiller avec les évêques qui rejettent ses positions.La formation de son gouvernement révèle un axe de modernisation et d’engagement social.La moitié des ministres sont des femmes, dont une autochtone.L’un d’eux est noir.Ils sont jeunes et bardés de doctorats, tout comme Correa, docteur en économie de l’Université d’Illinois.Plusieurs membres de son équipe sont écologistes.Ses ministres sont issus de toutes les régions.Ce sont des gens de classes moyennes, non pas de familles aux grands patrimoines ou aristocratiques, sauf exception.Ils incarnent un changement de génération.Le mouvement politique qui Ta porté au pouvoir, Alianza Pais (AP), est un regroupement d’organisations sociales et de quelques partis de gauche.Ces organisations contestataires et alterna- tives s’identifient avec le gouvernement par son discours nationaliste, anti-impérialiste, favorable à la répartition de la richesse et à un rôle central pour l’État.Actions et politiques publiques Le gouvernement de Rafael Correa veut réorganiser l’État pour qu’il ait un rôle de régulation et d’intervention significatif.Il s’agit de mettre fin au désordre créé par ce que le président appelle « la longue nuit néolibérale ».Dans cette vision néokeynésienne, l’État ne doit pas étatiser, sauf exception.Il doit orienter ou inciter par la planification publique.Par exemple, il peut s’engager dans des domaines comme la production d’électricité ou l’extraction de pétrole pour garantir que les services soient rendus à l'ensemble de la population ou pour assurer des rentrées fiscales.Le gouvernement est d’ailleurs très actif.Les travaux publics ont augmenté à un point tel qu’il manque de ciment! Le but à long terme est de renforcer l’économie nationale pour que le pays ne soit plus un simple exportateur VOIR PAGE 2 : ÉQUATEUR Fête des morts à Oaxaca : célébration d’un mouvement social bien vivant PHOTO ANNE-SOPHIE MARIE Comme chaque début de novembre au Mexique, Oaxaca fête ses morts.Cependant, depuis deux ans, les Oaxaquéniens fêtent de « nouveaux » morts, ceux qui ont été les victimes des manifestations sociales de 2006.ANNE-SOPHIE MARIE Dans la rue Alcala, principale artère du corridor touristique qui conduit jusqu’au Zocalo, est organisé le concours annuel des « autels ».Les étudiants de chaque faculté de l’Université Autonome d’Oaxaca (UABJO) fabriquent de grands autels en effigie aux morts.Cette année, à côté des représentations traditionnelles et très colorées de la Catrina, apparaissent des squelettes représentant les militaires de la Police fédérale qui est intervenu à Oaxaca pour mettre fin aux manifestations sociales de 2006.À quelques rues de là, les employés municipaux s’évertuent à effacer les nombreux graffitis qui « salissent » les murs du corridor touristique.La veille, et comme presque tous les autres jours, le groupe des Artistes révolutionnaires d’Oaxaca (ASARO) a en effet tagué le centre historique.Pour leurs auteurs, ces graffitis et stencils constituent leurs nouvelles manifestations sociales, seul moyen de continuer à dénoncer les injustices sociales commises par un gouvernement corrompu.La majorité des membres d’Asaro sont ou ont été membres de l’Assemblée populaire des Peuples d’Oaxaca (APPO).* Créee le 17 juin 2006, cette organisation est née d’un regroupement spontané de citoyens ordinaires qui se sont unis aux professeurs grévistes de l’université dans leur lutte contre le gouvernement régional d’Ulyses Ruiz.Cependant, TAPPO devint une organisation de plus en plus politisée et mue par des intérêts divers.Flavio Soza, important actionnaire d’Oaxaca, fut en effet imposé comme leader du mouvement social.Il était soupçonné d’être l’envoyé de deux gouverneurs d’Oaxaca, Diôdoro Carrasco et José Murat, ennemis d’Ulyses Ruiz.Rodrigo Villanueva Melchor, étudiant à l’université, fut de ceux qui défendirent l’enceinte de l’université, devenu fief politique de TAPPO en 2006.Il prit également les commandes de Radio Université, unique voix du mouvement dans un contexte de censure de l’information.Toutefois, comme beaucoup d’autres, il s’avoue aujourd’hui totalement désillusionné par cette organisation : « Plusieurs d’entre nous se sont faits tuer.Nous étions bien innocents, mais on s'en est rendu compte qu’apris.En fait, les assemblées de l’APPO n’ont jamais marché.Nous avons été impressionnés par les discours politiques.On nous a parlé de révolution, de communisme.Mais les gens ne se sont jamais exprimés.On ne les a jamais laissés s'exprimer.» Au fur et à mesure qu’augmenta la violence du conflit, TAPPO perdit chaque fois plus de son soutien populaire.Des jeunes, souvent issus de quartiers pauvres, payés par le gouvernement pour semer la pagaille, ainsi que des guérilleros révolutionnaires venus de nombreux États voisins intégrèrent le mouvement.Armés, ils recoururent à des actions extrêmes, et commirent de nombreux crimes (vols des commerces, viols des femmes, etc.).L'APPO suscita alors la peur du citoyen ordinaire qui ne souhaitait plus que le retour de la paix sociale.Aujourd'hui, pour une grande partie de la population, les sigles UABJO, APPO et ASARO désignent tous la même réalité : des révolutionnaires, des délinquants et des fauteurs de troubles qui ont rompu la paix sociale et qui sont responsables de la crise économique actuelle.L’art comme moyen de résistance Les gens applaudissent.Les trois meilleurs autels aux morts vont être récompensés.Le jury est composé de trois grands peintres d’Oaxaca, également enseignants de la Faculté des Beaux Arts de l’université.Parmi eux figure Raul Herrera, l’initiateur du mouvement ASARO : « Lorsqu'en juillet 2006, mes étudiants sont venus me demander ce qu'ils pouvaient faire pour participer à la lutte, je leur ai conseillé de faire des graffitis.L’art urbain était la seule alternative qui nous restait pour faire face à la répression et à l’absence totale de liberté d’expression.» Les artistes d’ASARO se réunissent désormais chaque samedi sur une place publique du centre-ville dans ce qu’ils appellent leur « marché culturel »; ils y organisent des concours de graffitis et autres événements culturels.Les graffitis dénonciateurs sont exposés dans la rue tels des œuvres d’art : caricatures d’Ulyses Ruiz accompagnées de sarcasmes, la vierge Guadalupe érigée en symbole de la répression, un masque à gaz ou un bâillon sur la bouche.« Il ne s'agit pas d'actes de délinquance, mais réellement d’expressions artistiques.Il est important que les jeunes des banlieues d’Oaxaca puissent exprimer leurs revendications sociales », dit Jorge, membre du collectif.Sur la même place publique, à la nuit tombée, le fameux groupe de musique traditionnelle Racine vient chanter la chanson, déjà connue de tous, La barricade, en référence aux barricades construites en 2006 pour se défendre contre la police.La jeune chanteuse Bibi commente les origines de la chanson : «Face aux balles et démunis de fusils, nous luttons avec nos jaranas (un dérivé de la guitare baroque).» De leur côté, intellectuels et écrivains d’Oaxaca s'arment désormais de leur plume.Rodrigo Villanueva Melchor et ses compagnons ont créé tout récemment la revue La Main gauche, qui tente de comprendre comment agissent les «institutions de Tordre».Depuis quelques mois, les journalistes, écrivains et chercheurs les plus reconnus d'Oaxaca travaillent à la publication d’un recueil d’articles et de photographies témoignant du conflit.Pour le peintre oaxaquénien Ruben Leyva, qui coordonne et finance Touvra-ge, « il «st impératif pour nous de remplir ce devoir de mémoire.Les familles des victimes, et toute la société oaxaquénienne, en ont besoin ».r \ I 2 JOURNAL ALTERNATIVES • DÉCEMBRE 2008 ¦MMHMHMHMMMMMI Amérique Latine La perte de légitimité de la gauche au Chili Après 18 ans de gouvernement de centre-gauche, le processus politique chilien cache mal l’immobilisme.Le Chili est encore marqué par l’héritage de Pinochet et par de profondes divisions sociales dans un système politique verrouillé à double tour et un modèle économique néolibéral dont la légitimité est de plus en plus contestée.MARCELO SOLERVICENS L’effritement de la participation électorale et de la popularité de la coalition Concertation de partis pour la démocratie (CPD) affecte la classe politique toute entière.La Concertation est la coalition qui a eu le plus long règne continu de l’histoire du Chili.Fruit de l’union des opposants au régime de Pinochet lors du plébiscite de 1988, elle réunit, entre autres, le centre historique chilien représenté par le Parti démocrate-chrétien (PDC) et les partis survivants de l’Unité populaire de Salvador Allende, dont le Parti socialiste (PS) et le Parti radical social-démocrate (PRSD).La Concertation a exclu le Parti communiste; exclusion imposée par le PDC, qui fut aussi une des conditions du pacte entre la Concertation et les militaires pour le retour d’un gouvernement civil en 1990.En face, la droite politique, gardienne du modèle et de l'héritage de Pinochet, est réunie dans l’Alliance pour le Chili, composée de l’Union démocrate indépendante (UDI) et de la Rénovation nationale (RN).Elle fait office d’opposition éternelle, favorisée par le système électoral.En coulisse, opère le pouvoir institutionnalisé des militaires, des groupes économiques et des partisans de l’ancien dictateur décédé en 2006.C’est un bloc d’opposition efficace contre les changements souhaités par les gouvernements démocrates chrétiens de Patricio Aylwin (1990-1995) et d’Eduardo Frei (1995-2000), ainsi que par les socialistes Ricardo Lagos (2000-2005) et Michèle Bachelet, actuelle présidente, dont le mandat s’achève en mars 2010.Les élections municipales du 26 octobre, qui devaient donner le ton à la campagne présidentielle de décembre 2009, n’ont pas donné les résultats escomptés.Pour la première fois, la Concertation s’est présentée en deux listes séparées dont la somme a fait 45 % du vote.Le pacte d’omission entre la Concertation et le Juntos Podemos Mas, une coalition de gauche qui regroupe entre autres les communistes et les humanistes, a permis l’élection de certains candidats de gauche.Par contre, pour les élections des maires, la droite a gagné la mairie des plus importantes villes, dont Santiago et Valparaiso.Fait symbolique, la fille de Pinochet s’est fait élire à la municipalité de Vitacura.Près de la moitié de l’électorat ne participe pas aux élections ou rejette le processus électoral.Les aménagements introduits à la constitution de Pinochet, en 1989 et en 2005, sont insuffisants et les partis politiques, de plus en plus coupés des gens, sont motivés par le clientélisme.Le système politique vit une crise de légitimité semblable à celle vécue par d’autres pays latino-américains.Le pari du pragmatisme vieillit mal.Néolibéralisme modernisateur en perte de légitimité Le bilan de 18 années de la gauche so-ciale-démocrate au Chili est mitigé.Certainement, le gouvernement de la Concertation a réussi le pari de la stabilité, résultante du pragmatisme et de la modernité.Mais il n’a pas réussi à affranchir la politique chilienne de l’héritage de Pinochet, à formuler un projet de justice sociale moderne et proprement latino-américain qui dépasse le néolibéralisme.L’abandon d’un projet de développement national le place à contre-courant du reste de la région.Économiquement, les taux de croissance annuels de 8 à 10 % des années 1990 se sont transformés en taux de 5 % depuis 2004.Après vingt ans de croissance, le modèle économique néolibéral axé sur les exportations et l’ouverture sur le marché mondial s’épuise.L’augmentation de la production traditionnelle du cuivre, aux mains de multinationales, a ramené encore une fois le Chili à sa caractéristique traditionnelle d’économie enclavée.La diversification des exportations n’a pas eu lieu.L’ouverture de l’économie chilienne s’est traduite par l’augmentation de la propriété étrangère et l’exportation de capitaux.L’exploitation intensive de ressources naturelles a créé des problèmes environnementaux graves et a permis des projets comme la mine Pascua Lama par la minière canadienne Barrick Gold.Le Chili en 2008 est une île néolibérale qui est isolée des processus d’intégration latino-américains.Le Chili est l’un des pays les plus inégalitaires de la planète, le 12e au monde selon l’ONU.La répartition de la richesse est plus déséquilibrée que dans les années soixante.La privatisation des services de santé et de l’éducation est une réalité au Chili.Les 190 millions de dollars d’épargne des régimes de retraite sont gérés par des compagnies privées.Les gouvernements de la Concertation ont introduit des changements élargissant les services de santé, d’éducation et des régimes de retraite, mais sans transformer la logique néolibérale.Le tout privé renforce l’individualisme encourageant la concurrence et l'égoïsme social.De plus, l’impunité règne avec l’incapacité de la justice à poursuivre les responsables des violations des droits humains pendant la dictature militaire.L’insuffisante démocratisation de l’appareil étatique s’est traduite par la répression contre le peuple autochtone mapuche, dans le sud du pays, suivant les intérêts des compagnies pa-petières.Les militants mapuches sont jugés selon la loi antiterroriste héritée de Pinochet.Une situation dénoncée par Amnistie internationale et par le rapporteur sur les droits humains de l’ONU.Le pari de l’humanisation du néolibéralisme par la gauche sociale-démocrate connaît des ratés.De grandes manifestations ont secoué le Chili cette année en raison de l’introduction d'une nouvelle loi sur l'éducation qui ne répond pas aux demandes liées à l’accessibilité ou à la gratuité.Des centaines d’étudiants et de professeurs ont été arrêtés de force par les autorités policières.La gauche a-t-elle encore un avenir?Dix-huit années après le retour de la démocratie au Chili, la gauche chilienne ne s’est pas encore reconstruite.Le terrorisme d’État de Pinochet et la crise idéologique résultant de la chute du « socialisme réel » l’ont désarticulée, pendant qu’en Amérique latine sont proposées de nouvelles alternatives « socialistes » et humanistes.Les gouvernements de la Concertation ont promu le néolibéralisme, malgré deux présidents socialistes.L’élection au parlement de représentants de la gauche qui n’appartiendrait pas à la Concertation est possible, comme une recomposition de l’alliance traditionnelle du 20' siècle entre socialiste et communiste.Cependant, l’effritement du vote par l’usure du pouvoir et la peur d’une possible victoire de la droite aux présidentielles de 2009 peuvent favoriser la candidature de l’ancien président démocrate-chrétien Eduardo Frei, et cimenter encore une fois l’alliance démocrate-chrétienne dans la coalition de gouvernement.Au-delà de cette gauche sociale-démo-crate pragmatique existent des initiatives de partis, de mouvements et de groupes de gauche fragmentés ayant des visions partielles.Ces projets donnent peu de résultats.L’émergence d’une nouvelle gauche est possible, mais les alternatives extérieures au système de partis officiels sont quasiment inexistantes.L’effet principal de la gauche au pouvoir a été de mettre en veilleuse les débats traditionnels de la gauche chilienne et le développement de nouveaux partis.Dans ce cadre, le pari de la gauche chilienne en 1989, de récupérer la démocratie dans le carcan imposé par les militaires, s’est avéré un échec, ou bien une possibilité sans cesse reportée.L’histoire du Chili montre que souvent le déblocage de la gauche peut provenir de l’extérieur.Les effets de la crise économique et les débats de la gauche latino-américaine ouvrent des possibilités intéressantes aux secteurs progressistes chiliens.L'auteur est politologue.PHOTO : FLICKR / VONBERGEN.NET v W WÆM Ü1& f INTÉGRATION SUITE DE LA UNE de l’autre, des pays qui s’appuient mutuellement, qui diversifient leur commerce international au lieu de le concentrer, et qui développent des projets pour étendre leur marché interne.La présente crise financière montre que des pays comme le Mexique, dont 90 % du commerce extérieur se fait avec les États-Unis, sont beaucoup plus vulnérables à une récession que ceux qui ont augmenté leur commerce régional et renforcé la consommation dans leur marché interne.Ils ont de meilleurs mécanismes de défense pour contrer la récession.La naissance d’Unasur La grande nouveauté en Amérique latine - en fait, surtout en Amérique du Sud - c’est l’expansion et la multiplication de projets d’intégration régionale.Le Mercosur, une zone d’intégration commerciale entre le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay, était menacé d’extinction lorsque ces États étaient dirigés par des présidents néolibéraux, comme l’Argentin Carlos Menem et le Brésilien Fernando Henrique Cardoso.Leurs orientations ont mené à des batailles commerciales très dures entre les entreprises de ces deux pays pour le contrôle du marché régional.Le changement presque simultané à la tête de trois de ces quatre pays a permis d’agrandir le Mercosur avec l’incorporation de la Bolivie, du Venezuela, de l’Équateur.L’objectif n’était pas tant une expansion géographique qu’un moyen pour profiter de l’énorme capacité d’action du gouvernement vénézuélien d’Hugo Chavez.Par la suite, la création de l’Union des nations sud-américaines (Unasur), dont le traité de fondation a été entériné en mai dernier, a permis d’intégrer formellement tous les pays de l’Amérique du Sud, ce qui représente 381 millions de personnes.En ce moment, le processus d’intégration au sein de l’Unasur se fait lentement en raison de l’ampleur de la tâche.Par exemple, la création du Conseil sud-américain de défense a dû attendre plusieurs semaines avant que le président colombien, Alvaro Uribe, accepte d’y participer en juillet.Il avait des réticences concernant les objectifs d’empêcher la présence de troupes états-uniennes dans la région et d’interdire éventuellement les bases militaires des États-Unis.Les autres États ont toutefois fait preuve de détermination dans leur volonté de ne plus voir des soldats étrangers fouler le sol des pays membres.Le processus d’intégration atteint son point le plus avancé avec la mise sur pied en décembre 2007 de la Banque du Sud (Banco del Sur).Même dans sa phase initiale, cette banque construit une architecture financière régionale différente des institutions internationales.La banque a pris forme, même si plusieurs questions ne sont pas réglées, comme l’apport monétaire de chaque pays ou la répartition de leur droit de vote.La crise des ban- HISTORIQUE D'UNE INTÉGRATION LATINO-AMÉRICAINE 1969 Pacte andin 1993 Système d’intégration d’Amérique centrale 1994 Mercosur 2004 ALBA 2005 Telesur 2007 Banco del Sur 2008 Unasur Conseil sud-américain de défense Ia, ques nord-américaines pourrait favoriser la position de ceux qui remettent en question les dépôts aux États-Unis, qui offrent un retour marginal.Les taux d’intérêt demandés aux emprunteurs restent à discuter à la Banco del Sur.Certains préconisent des taux subventionnés, avec comme conséquence des pertes de fonds, afin de se différencier radicalement des autres institutions financières, tandis que d’autres proposent des taux correspondant au marché pour que la banque puisse être rentable.Le projet d’intégration touche aussi aux questions énergétiques.Un projet de gazoduc continental est en discussion.Le gaz du Venezuela serait acheminé à travers le Brésil jusqu’en Bolivie et en Argentine.Le premier tronçon passerait par la forêt amazonienne pour atteindre l’État de Pernambuco dans le nord du Brésil.Du côté culturel, la station de nouvelles télévisées Telesur est toujours alimentée presque exclusivement par le Venezuela, même si le nombre de canaux retransmis a été augmenté.Le modèle de l’Alba En raison de ses visées dans des domaines très divers avec des pays très différents, l’Unasur ne peut pas procéder à une intégration en profondeur.Cette institution rassemble les États qui privilégient une intégration régionale poussée et ceux, plus réticents, qui maintiennent un modèle néolibéral orthodoxe, comme le Pérou, le Chili et la Colombie.Les États qui prônent une rupture avec le néolibéralisme, comme le Venezuela, la Bolivie ou l’Équateur ou qui, comme c’est le cas de Cuba, n’a jamais adopté ce modèle, se sont donné une autre forme d’intégration plus poussée qui s’appelle l’Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA).Cette alliance permet des échanges qui ne répondent pas à la logique du marché.La solidarité et la complémentarité sont ainsi valorisées : chaque pays offre ce qu’il possède et reçoit ce dont il a besoin.L’ALBA a commencé avec un accord d’échange entre Cuba et le Venezuela qui troque son pétrole sans tenir compte de sa valeur marchande.En retour, Cuba fournit du personnel et un savoir-faire en éducation, en santé et dans les sports.La Bolivie, le Nicaragua et le Honduras se sont joints plus tard au mouvement.Ils développent ainsi ce que le Forum social mondial désigne comme le commerce équitable.C’est de cette initiative qu’est née l’Opération miracle, qui a permis à un million de personnes ayant des problèmes de vision d’être soignées gratuitement dans des hôpitaux cubains, vénézuéliens et boliviens.De la même manière, l’École latino-américaine de médecine située à Cuba et au Venezuela a déjà formé la première génération de médecins pauvres d’Amérique latine.Par ailleurs, les méthodes cubaines pour combattre l’analphabétisme ont permis au Venezuela de rejoindre Cuba, devenant ainsi le deuxième pays du continent à s’en être libéré.La Bolivie et le Nicaragua progressent dans cette direction.L’Amérique latine devra définir au cours des prochaines années la physionomie du continent pour la première moitié de ce siècle.Ceci va dépendre de la continuité des gouvernements en place, puisqu’il y aura des élections dans pratiquement tous les pays l’année prochaine, comme en Uruguay, en Bolivie, au Brésil, en Colombie, au Salvador et au Chili.La poursuite des orientations actuelles va consolider l’intégration et rendre difficile un renversement des acquis.L’auteur est secrétaire exécutif du Conseil latino-américain des sciences sociales.* L’AMÉRIQUE LATINE Bahamas \ \ Mexique ?Me*")ue Cuba République Dominicaine o- Porto Rico Me'des , Petites Antilles AnUles •.|-Guyanne Suriname Guyanne ¦y Française Belize ^ ^ SuatemaiTX^T^THo"d"ras El Salvador- VrKr- Costarica Panama Venezuela" Colombie Équateur Bolivie ' s Argentine ÉQUATEUR SUITE DE LA UNE de ressources naturelles et devienne énergétiquement autonome d’ici dix ans.Les politiques sociales demeurent une priorité pour le gouvernement équatorien afin de réduire la pauvreté, améliorer la santé, l’éducation, le logement et l’environnement.Le budget dans ces domaines a presque doublé.Correa a rempli ses promesses grâce aux mirobolants revenus pétroliers.Mais l’augmentation des dépenses prévues, combinée à la chute actuelle du prix du pétrole, remet en question ces généreux plans gouvernementaux.À bien des égards, ces propositions ressemblent aux projets des années 1970 des militaires nationalistes, modernisateurs à l’époque.Elles ressemblent aussi aux socialismes européens du 19e siècle en ce qu’elles définissent un cadre général afin que le secteur privé se développe et que les entrepreneurs nationaux acceptent les responsabilités et les normes de l’État en échange d’une reconnaissance de leurs droits.D’un point de vue politique, Correa a gagné aisément deux référendums depuis son élection en 2006.Le premier pour mettre sur pied une assemblée constituante chargée d’écrire une nouvelle constitution; le second pour approuver la Constitution.L’appel à une assemblée constituante lui a permis de contourner l’opposition du Congrès et de faire une Constitution qui, en plus d’affirmer de manière inédite un État plutinational et pluriethnique, donne plus de pouvoir à l’exécutif.Le but de sa coalition politique est ce qu’il appelle « la révolution citoyenne », qui mettrait de côté les partis et, en principe, établirait une nouvelle éthique publique pour résoudre les grands problèmes du pays avec l’active participation citoyenne.En créant le Conseil de participation citoyenne et de contrôle social, formé de citoyens indépendants des partis, la nouvelle Constitution a institué un véritable quatrième pouvoir d’État.Ce conseil a reçu des compétences qui étaient autrefois du ressort du législatif.Il pourra même prendre des ini- « tiatives législatives ou avoir un droit de regard sur toutes les activités de l’État.Une compétition entre ce nouveau pouvoir et le législatif est prévisible.Grâce à la nouvelle Constitution, le président pourra être réélu.En 2009, le pays va élire tous ses représentants à tous les niveaux.On escompte une large victoire du gouvernement et le commencement d’une nouvelle période pour Correa qui veut rester 12 ans au pouvoir.Premières dissensions au sein de son équipe Rafael Correa est en froid avec une bonne partie de son mouvement Alianza Pais, notamment avec les écologistes et les autochtones.Il veut exploiter les principales réserves du pétrole dans des zones protégées de l’Amazonie.Correa est aussi devenu le principal allié des compagnies minières, malgré les impacts environnementaux liés à cette industrie.Correa ne lésine sur rien pour renforcer cette économie d’extraction au détriment des autres alternatives, sans doute plus exigeantes et aux résultats non immédiats.Malgré tout, Rafael Correa reçoit l’approbation de 70 % de la population équatorienne, alors que les présidents antérieurs en obtenaient moins de 30 %.Dans un pays qui, au cours des 12 dernières années, a eu 7 présidents dont 3 démis à la suite de protestations populaires, la frustration et la méfiance politique sont vives.C’est précisément cela qui explique la popularité de Correa, qui promet de l’ordre et du changement avec un discours antiparti.Selon lui, les partis seraient les responsables des problèmes de l’Équateur.Fort de la perte de légitimité des partis politiques, Correa fait de la lutte politique un choix entre le bien et le mal.Si on n’est pas avec lui, on est contre lui.Plutôt autoritaire, il ne parvient pas encore à faire une place aux débats propres à la démocratie.Il alimente une polarisation constante contre ses opposants, et dans le plus pur style populiste, il se constitue en leader, en communication directe avec la population, sans la médiation d’une organisation politique.Le gouvernement s’oppose à toute forme de corporatisme, qu’il vienne de la chambre de commerce, d’associations de professionnels, de paysans, d’autochtones, de femmes.L’État, pour Alianza Pais, devrait garantir l’égalité de tous sans privilège pour personne.Le président veut donner l’image d’un pouvoir incontesté parce qu’il dispose de l’appui populaire.Ceci lui donne la légitimité afin de se placer au-dessus de la loi.Dans son entourage, on considère que pour réaliser les changements nécessaires, un pouvoir de ce type est essentiel.Changement d’époque La période Correa, c’est la fin du dogmatisme du marché et l’émergence d’une autre époque, qui met en valeur plus de régulation.Ce socialisme du XXP siècle, sans filiation idéologique nette, a recours à des valeurs du passé comme la nation ou la religion autant qu’aux idées contemporaines.En faisant de la lutte contre l’inégalité sociale sa priorité, ce socialisme généreux, et sans véritable plan pour répondre à tant de besoins, est invivable sans une économie solide.L’aspect populiste autoritaire de Correa rappelle un vieux problème en Amérique latine : la difficulté d’intégrer démocratie et changement social.Devant le poids des oligarchies, il y a la tendance à privilégier le poids d’un caudillo.Le rapport direct de celui-ci avec la population, en court-circuitant les partis politiques, finit par vider la politique et la convertit au seul choix d’appuyer les causes du leader, alors que les acteurs actifs de la société perdent de leur dynamisme.L’auteur est analyste politique au Centre de recherche sur les mouvements sociaux de l'Équateur.« JOURNAL ALTERNATIVES • DÉCEMBRE 2008 3 Amérique Latine La Bolivie à l’heure des réformes « Le problème est que le pays vit une période de réformes.mais tant l’opposition que le gouvernement agissent comme s’ils étaient en face d’une révolution*» MANUEL DE LA FUENTE La Bolivie fait les manchettes depuis quelques années.Premièrement parce que pour la première fois un autochtone, Evo Morales, occupe la présidence.Ce pays a toujours été dominé par les élites blanches ou métissées, malgré la présence de plusieurs autochtones à des postes importants de l’appareil de l’État, tant au niveau national que local depuis la révolution démocratique de 1952.Deuxièmement parce qu’Evo Morales et son parti, le Mouvement vers le socialisme (MAS), ainsi que les mouvements sociaux, les syndicats et les groupes de gauche de différentes tendances proposaient de faire la révolution dans le cadre démocratique bolivien.Une révolution qui remet évidemment en cause non seulement le modèle néolibéral en vigueur dans le pays, mais aussi le système capitaliste; une révolution qui se dresse contre l’état de dépendance de la Bolivie dans l’économie mondialisée; une révolution au visage autochtone qui modifie les relations de pouvoir entre les différents groupes ethniques en donnant la prééminence aux peuples indigènes.Ce programme a suscité l’enthousiasme de millions de gens habitant la Bolivie, mais aussi à l’étranger, chez ceux qui ont émigré ou parmi les milieux pro- gressistes.Il a cependant fait peur aux groupes dominants du pays qui ont usé de tous les mécanismes, juridiques ou autres, pour éviter que le changement nuise à leurs intérêts.La confrontation est alors devenue permanente, et les violences politiques spontanées ont coûté la vie à beaucoup de personnes.Mais peut-on parler de révolution bolivienne?Quelques exemples nous permettent d’affirmer qu’il n’y a pas révolution et qu’en réalité nous vivons un processus de réformes profondes et nécessaires.Le premier exemple concerne les hydrocarbures.En mai 2006, le gouvernement Morales a annoncé en grandes pompes la nationalisation de l’industrie pétrolière, qui est aux mains de multinationales.L’État a saisi les puits de pétrole et les édifices des entreprises étrangères.Mais après ce coup de force, avant tout médiatique, la nationalisation a montré son vrai visage : une renégociation des contrats avec les compagnies.Ces pourparlers ont permis au pays d’obtenir une plus grande partie des bénéfices de la rente pétrolière.ainsi qu’une participation majoritaire dans le capital de ces entreprises.Dans quelques cas seulement, comme avec les raffineries de Petrobras, l’État a dû acheter l’ensemble des actions parce que la compagnie refusait de s’associer avec la société publique qui a la formidable tâche de diriger les entreprises mixtes qui contrôlent pratiquement la totalité de l’industrie gazière et pétrolière bolivienne.De plus, cette société publique a la gigantesque mission d'industrialiser le secteur du gaz, ce qui est une révolution pour le pays, puisque la Bolivie se caractérise comme exportateur de matière première.Le second exemple concerne les terres.Une vaste réforme agraire était espérée, mais dans les faits, le gouvernement applique une loi approuvée en 1996 et modifiée en 2006.Cette loi permet une certaine redistribution des terres en expropriant les grands domaines exploités de manière archaïque et les propriétés toujours régies par des relations de servage.Grâce à l’application de la loi, des millions d’hectares ont été octroyés aux autochtones.Mais cela n’a en rien affecté les grands propriétaires de fermes agricoles ou d’élevage qui ont pu justifier la « fonction économique et sociale » de leurs terres.Comme preuve qu'il ne s’agit pas d’une réforme agraire en profondeur, la nouvelle constitution propose que les nouvelles dimensions maximales des propriétés ne soient pas imposées rétroactivement.Ceci veut donc dire que les actuels propriétaires ne verront pas leurs terres amputées.Un dernier exemple touche l’assemblée constituante qui devait modifier radicalement la place des différents groupes ethniques du pays en donnant une place prépondérante aux peuples indigènes.Cette assemblée, formée pour accoucher d’une nouvelle constitution, était considérée comme étant au-dessus des pouvoirs établis.Boudée par l’opposition, elle a présenté en 2007 un document très polémique.Ce texte fut toutefois modifié par un groupe restreint de gens appartenant au MAS et aux partis d’opposition.300 des 400 articles de ce projet de constitution ont été changés.Cet accord n’a pas été soumis aux membres de l’assemblée constituante.Il a plutôt été ratifié par le Congrès.Cette proposition constitutionnelle sera votée par référendum en janvier.Même si elle représente une avancée importan- y# PHOTO : FLICKRIOLMOVICH te pour les peuples indigènes, ainsi que pour les droits citoyens, il reste que cela coupe court aux revendications des militants des mouvements sociaux associés aux autochtones.Ceci ne répond pas non plus aux demandes des oppositions régionalistes qui désiraient une « pleine autonomie », c’est-à-dire la majorité des pouvoirs pour les départements qui seraient autonomes après l’approbation de la nouvelle constitution.Le MAS, qui s’est opposé à plusieurs reprises à l’autonomie départementale et qui a tenté de maintenir la centralisation et le cumul des pouvoirs dans les mains du président, a dû modérer ses ardeurs.Ici, comme dans d’autres dossiers, les choses ne sont pas réglées.Une fois que la constitution sera ratifiée par référendum, une série de lois devront être approuvées pour permettre la mise en œuvre de ses articles.Des luttes entre les centralisateurs et les autonomistes sont de nouveau à prévoir, tout comme des tensions entre les groupes indigènes et les métis.I La Bolivie est l’un des pays les I plus pauvres d'Amérique latine.démocratie avec des institutions et des règles que ne facilite pas nécessairement le changement.De plus, le fait que la majeure partie des ministres, des fonctionnaires, des sénateurs et des députés du MAS n’aient aucune expérience dans la gestion de l’État entrave le bon fonctionnement du pouvoir exécutif et législatif, tout comme les actions de l’opposition qui, elle, connaît bien l’État, mais tente de bloquer toute tentative de changement.Ceci affaiblit les institutions et suscite une polarisation qui pourrait être catastrophique.Il ne reste qu’à espérer que les derniers accords concernant la constitution, conclus par le MAS et l’opposition à l’encontre de leurs factions radicales, ouvrent la voie à un dialogue fructueux et au respect inconditionnel de la démocratie en Bolivie.* Citation de Marco Aurelio Garcia, conseiller du président brésilien Lula, tirée d’un article de Raûl Zibechi publié dans www.ircamericas.org/esp/5551.La révolution proposée par Evo Morales L’auteur est professeur à l’Université San devait se réaliser en démocratie, une Simon de Cochabamba.Cuba La poursuite de la résilience Combat de titans pour l’Amérique centrale KCt" à mm.m rt vu PHOTO : THOMAS CHIASSON-IEBEL La Révolution cubaine célébrera son cinquantenaire au début janvier et il n'est pas exagéré d’affirmer que cet anniversaire relève presque du miracle.SUZY VÉZINA Pendant près d’un demi-siècle, Cuba aura été la cible d’une invasion avortée, d’un blocus naval, de nombreuses attaques terroristes orchestrées par les États-Unis, ainsi que de deux embargos économiques majeurs, dont le dernier perdure encore aujourd’hui.Elle aura également eu à survivre à l’effondrement de l’URSS, son principal partenaire économique de l’époque.C’est à la suite de cet événement que Cuba entreprit d’importantes réformes, avec des conséquences qui, encore aujourd’hui, teintent le paysage socioéconomique du pays.Avec la chute de l’Union soviétique, Cuba fait face à une crise économique majeure et à de graves pénuries.Le niveau de vie des Cubains chute dramatiquement et la nourriture, l’électricité, le gaz ou les médicaments viennent à manquer.L’économie, exclusivement entre les mains de l’État, est paralysée, ce qui favorise grandement l’émergence d’un marché noir encore actif aujourd’hui.Pour éviter de sombrer, Cuba doit se réinventer.Au plan strictement économique, les mesures se déploient sur plusieurs axes : expansion du tourisme à grande échelle, investissements afin de stimuler la recherche et le développement de produits pharmaceutiques exportables, alliance et accords avec le Venezuela comprenant l’envoi de main-d’œuvre et d’équipements médicaux en échange de produits pétroliers à prix avantageux, ainsi que le développement et l’exportation de matières premières (nickel, rhum, tabac).L’entreprise privée et le travail autonome sont autorisés dans certains domaines, tout comme les investissements étrangers et le dollar américain (remplacé en 2004 par un peso convertible d'égale valeur).En d’autres termes, Cuba passe d’une économie planifiée et centrée sur le sucre, à une économie mixte et à une production plus diversifiée, et ce, tout en ne délaissant pas ses acquis sociaux (système de santé et d’éducation gratuit).Ces efforts ont permis à Cuba de résister, mais cette réussite ne va pas sans la création de paradoxes et de déséquilibres toujours présents.Une société duale?La coexistence de deux monnaies, un peso fort et un peso faible, s’accompagne insidieusement d’une division au sein de la population.Il y a, d’un côté, ceux qui sont confinés à une économie plus traditionnelle, payés par l’État et donc moins bien nantis et, de l’autre, ceux travaillant dans les secteurs les plus payants, tel le tourisme, ou qui reçoivent de l’argent provenant des familles vivant à l’extérieur.Cette nouvelle classe, plus riche, tend à embrasser de plus en plus les idées libérales en matière d’économie.Et parce que le gouvernement peine à combler les carences dans l’infrastructure publique - comme la pénurie de logements et l’inefficacité du transport en commun — et dans les biens de consommation, il devient particulièrement vulnérable aux critiques qui souhaitent ultimement que Cuba intègre le marché mondial.De plus, il ne faut pas oublier que les succès de l’industrie touristique et, dans une moindre mesure, ceux de la biotechnologie se sont accomplis aux dépens d’un investissement dans des secteurs tout aussi importants, en particulier l’agriculture.En le délaissant, le pays est devenu dépendant de l’extérieur pour se nourrir puisqu’il importe présentement 84 % de son alimentation.Avec la flambée des coûts des denrées alimentaires, le problème devient criant.Cuba peut compter sur une population en santé, éduquée ainsi que sur une main-d’œuvre hautement qualifiée.Le hic, c’est que les professionnels sont tentés de quitter leur emploi pour une économie émergente aux salaires et aux conditions plus alléchantes que les leurs.Il importe aussi d'encourager une production intérieure plus variée, notamment sur le plan agricole, et des exportations plus diversifiées.Et pour contrer l’émergence de solutions s’inspirant du néolibéralisme, le secteur public doit être plus attentif aux demandes des citoyens qui réclament plus de transparence et une plus grande participation à la gestion des entreprises d’État.Raul Castro, qui a succédé officiellement à son frère en février dernier, n’est pas sourd aux demandes du peuple.Dans un discours à la séance d’installation de l’Assemblée nationale, il a reconnu la nécessité d’une réforme économique et d’une rationalisation de la bureaucratie en avouant le « besoin d'une structure plus compacte et fonctionnelle » afin de « concentrer des activite's économiques décisives actuellement dispersées dans plusieurs organismes », ce qui rendrait « plus efficace le travail du gouvernement.» Mais il est intraitable sur un point : toute transition devra se faire dans un cadre socialiste et respecter les conditions et caractéristiques intrinsèques du pays.Les dirigeants cubains ont frais en mémoire les conséquences désastreuses de la « thérapie de choc » imposée à l’ex-URSS.Il y a bien eu une ouverture de la part du régime avec la création de vastes consultations populaires, mais il ne faut pas se leurrer, la légère libéralisation économique permise par l’État ne s’est malheureusement pas doublée d’une égale ouverture politique : le régime est toujours autoritaire, avec un parti unique et une répression de la dissidence politique.Le spectre d’une éventuelle intervention américaine est entretenu par le régime pour verrouiller l’arène politique.L’avenir de Cuba est donc lié à l’attitude des États-Unis envers elle.Lors de la présidentielle américaine, Barack Obama a mentionné vouloir entreprendre des discussions avec le gouvernement cubain et lever les restrictions de voyage et d’envois de fonds.Serait-ce le prélude à un assouplissement de l’embargo?Ce ne sont pas des lendemains chantant qui attendent les Cubains, même si les affres de la récession des années 1990 sont loin.Cuba a fait montre d’une formidable résilience, il n’est donc pas impossible qu’elle réussisse à contourner les obstacles qui se dressent devant elle aujourd’hui.L’Union européenne négocie en ce moment un accord d’intégration économique avec l’Amérique centrale.Les liens commerciaux et politiques de l’Amérique centrale sont pourtant davantage tournés vers les États-Unis.Seulement 0,38 % du commerce extérieur de l’Union européenne se fait avec l'Amérique centrale.Pourquoi alors ces pourparlers?THOMAS CHIASSON-LEBEL La ç” rencontre de négociations entre l’Union européenne et l’Amérique centrale pour la conclusion d’un Accord d’association (AdA) s’est tenue au Guatemala en octobre dernier.Bien que les textes en négociation ne soient pas rendus publics, on sait qu’ils abordent trois domaines : le commerce entre les régions, le dialogue politique et la coopération.Tom Kucharz, militant d’un réseau écologiste espagnol a participé au Forum social des Amériques pour renforcer les liens entre les organisations européennes et centraméricaines qui luttent contre l’AdA.Il est bien au fait de la position européenne : « La stratégie de l’Union européenne cherche à conjuguer une politique interne d'abandon des droits sociaux avec une politique agressive vers l'extérieur par la signature de traités commerciaux.Ce qu’ils veulent, c’est prendre une part de marché avec leurs produits qui ont une très grande valeur ajoutée et gagner un meilleur accès aux ressources naturelles dont ils dépendent.Quatre-vingts pour cent des matières premières utilisées en Europe proviennent de l'extérieur.» Pour ce qui est du dialogue politique, «il a pour objectif de pousser l’Amérique centrale à adopter les points de vue de l’Union européenne dans les organisations internationales, explique Jorge Coronado de l’Alliance sociale continentale.un réseau panaméricain qui milite contre l’intégration économique néolibérale.Ils veulent qu'à l'ONU ou à L’OMC, l’Amérique centrale soit liée aux positions de l’Europe ».La composante de coopération ne serait, selon lui, que le bonbon donné aux gouvernements centraméricains pour qu’ils se taisent et acceptent l’accord.La situation actuelle : le DR-CAFTA Par sa situation géopolitique, l’Amérique centrale est déjà intégrée économiquement aux États-Unis par un accord commercial qui a été ratifié pour l’essentiel en 2005, le DR-CAFTA (The Dominican Republic - Central America-United States Free Trade Agreement).Elle représente en Amérique latine le deuxième marché en importance pour les États-Unis après le Mexique.À la façon de l’accord de libre-échange nord-américain, le DR-CAFTA a eu pour effet de libéraliser le commerce international entre les pays signataires.Sa ratification avait suscité de nombreuses manifestations d’opposition en Amérique centrale, et plusieurs mouvements sociaux en critiquent aujourd’hui les résultats, « Toutes les promesses qui avaient été faites n'ont pas été remplies.Ils ont dit qu’on allait vendre plus aux États-Unis, qu'on allait doubler les exportations.Au contraire, il y a une augmentation impressionnante des importations en provenance des États-Unis.Le déficit commercial s'est creusé de manière significative, affirme Jorge Coronado.L’investissement direct étranger, une autre des promesses, n’est pas venu.Celui qui est venu a été orienté vers l’achat d’entreprises qui existaient déjà.Il n’y a pas eu de création d'emplois », ajoute-t-il.Én observant ces résultats, les organisations qui s’opposent à l’AdA craignent qu’une entente avec l’UE ne reproduise les mêmes effets.Pendant ce temps, à gauche Les gouvernements de gauche de l’Amérique cherchent aussi à approfondir l’in- Manifestation devant l’édifice à Guatemala où se déroulaient en octobre des négociations en vue d’un accord entre l'Union européenne et l'Amérique centrale.Les protestataires veulent que l’eau soit exclue de toute entente.tégration continentale.Depuis 2004, les gouvernements cubains et vénézuéliens s’efforcent de construire un modèle d’intégration alternatif : l’Alternative boliva-rienne pour les peuples des Amériques (ALBA).L’ALBA a été lancée comme contrepoids aux projets néolibéraux d’intégration tels que la Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA), qui était alors en négociation.Son objectif est de produire une intégration solidaire qui mettrait l’accent sur la lutte à la pauvreté et à l’exclusion sociale.Plusieurs gouvernements s’y sont joints, dont ceux de la Bolivie et du Nicaragua depuis qu’ils sont dirigés par un gouvernement de gauche.Le gouvernement du Honduras, bien qu’il ne soit pas associé à la gauche, a lui aussi décidé d’entrer dans l’ALBA en août dernier.L’ALBA est constituée d’une panoplie d’accords dans différents domaines, qui vont de programmes d’échanges étudiants à des traités régulant le commerce international de certaines denrées, notamment par des échanges préférentiels de pétrole vénézuélien contre des médecins cubains ou du soja bolivien.Bien que l’ALBA soit généralement bien vue par les mouvements sociaux, Mora Millân, une autochtone mapuche de la Patagonie, demeure critique : « Je crois que l’ALBA est un espace intéressant dans lequel nous devons participer pour l'améliorer.Il faut cependant questionner le modèle de développement qu’il prône.Va-t-on continuer à contaminer la terre en extrayant le pétrole et en se promenant en 4 x 4, en augmentant la consommation?Cela ne veut pas dire qu'on est meilleur! » Mora Millân faisait ici allusion à l’importance du pétrole pour l’économie vénézuélienne, qui demeure le point central de l’ALBA.La Chine négocie avec le Costa Rica Pendant ce temps, la Chine entame la négociation d’un accord de libre-échange avec le Costa Rica.Un traité de libre-échange entre Taiwan, le Honduras et le Salvador est déjà en vigueur depuis janvier.Si l’Amérique centrale ne représente ni une grosse économie (moins de 1 % du PIB mondial) ni un gros marché (un peu plus de 1 % de la population mondiale), elle est toutefois située dans le giron des États-Unis.Selon Jorge Coronado, « la multiplication des négociations avec d’autres parties du monde n’est pas un pari commercial.Il est question de la lutte géopolitique entre les États-Unis, l'Europe, la Chine, la Russie et l'Inde qui se battent pour des territoires afin d'agrandir leur marché.On se bat en ce moment pour dominer la cour arrière des États-Unis.» L’auteur est membre du conseil d’administration d’Alternatives et il a participé à la délégation d’Alternatives qui s’est rendue au Forum social des Amériques en octobre dernier. 4 JOURNAL ALTERNATIVES • DÉCEMBRE 2008 I Points de vue 1 MMWMMHHMMI BILLETS La victoire d’Obama fait peur en Israël Michel Warschawski Les Israéliens sont peut-être le seul peuple de notre planète à être déçu du résultat des élections américaines, et pas seulement les élites politiques.C’est aussi le seul à regretter George Dabelyou Bush.On racontait d’ailleurs que ce président états-unien aimait beaucoup visiter Israël, car c’était le seul endroit où il se sentait aimé, ou au moins admiré.Bush, avec son islamophobie congénitale et sa guerre permanente et préventive, était en symbiose totale avec la politique israélienne, et son départ de la Maison-Blanche en fait pleurer plus d’un dans la classe politique israélienne.Malgré la distance prise face au président sortant et son opposition à la guerre en Irak, John McCain avait nettement la préférence des Israéliens : républicain, ancien combattant et, surtout, blanc.Car être Noir, voire Métis, c’est être déjà à moitié Arabe.Quand en plus on a pour second nom Hussein et pour père un musulman, ça commence à inquiéter.Le mandat du nouveau président états-unien est d’entreprendre un tournant dans la politique interne aussi bien qu’internationale.C’est ce que veulent aussi bien le peuple américain que les élites au pouvoir.Ce tournant aura évidemment ses limites, celles que fixeront les grandes corporations qui gouvernent les États-Unis.Mais l’idée même d’un tournant provoque déjà en Israël le début d’un vent de panique.Avec les néoconservateurs au pouvoir, les va-t-en-guerre et autres colons avaient les mains libres pour mener leur offensive coloniale et leurs opérations militaires dans et au-delà des frontières de l’État juif.Par ailleurs, le business ne s’était jamais si bien porté, faisant d’Israël un État riche et performant sur le plan commercial et financier.En ce sens, les années Bush ont été l’âge'd’or du capitalisme colonial israélien.Les déclarations scandaleuses de Barack Obama lors de sa visite à Jérusalem prônant la non-partition de la ville n’ont pas réussi à convaincre l’opinion publique qu’on pouvait compter sur lui pour soutenir les revendications annexionnistes de l’État juif.Pire : Obama n’a jamais caché qu’il entendait ouvrir des négociations avec l’Iran et tenter de trouver un terrain d’entente avec la République islamique.On est loin de l’attaque préventive que les néoconservateurs israéliens et américains promettaient de lancer.Car, en ce qui concerne le Moyen-Orient, McCain et Obama, ce n’est pas blanc bonnet et bonnet blanc.Le nouveau président s’est clairement positionné contre l’unilatéralisme des néoconservateurs et contre la stratégie de guerre préventive.Qu’on ne s’y trompe pas : depuis quatre décennies, toutes les administrations états-uniennes, qu’elles soient démocrates ou républicaines, ont soutenu Israël et ont, l’une après l’autre, renforcé l’alliance stratégique qui les lie a l’État d’Israël.Obama ne fera pas exception.C’est ce que ne cesse de répéter le premier ministre Ehoud Olmert afin de calmer les craintes de l’opinion publique israélienne.En choisissant un sioniste notoire (et demi-israélien) comme chef de cabinet, Obama vient de donner un premier gage aux Israéliens et à leurs nombreux alliés dans l’opinion publique américaine que l’alliance stratégique ne sera pas remise en question.Gageons que la seconde garantie que va donner la nouvelle administration se concrétisera par un nouvel accord de coopération militaire et beaucoup d’armes.C’est en tout cas ce que le gouvernement israélien exige d’Obama pour faire preuve de ses bonnes intentions.C’est moins que le bombardement de l’Iran, mais c’est tout de même un bon marché.La bataille de Grant Park Le lendemain des élections américaines, ce n’était pas que le Canada qui avait le mal de bloc, mais quasiment tout l’Occident.Chez nous, le discours de la victoire de Barack Obama depuis Chicago est passé vers minuit.Dans mon salon, j’avais déjà vu des événements majeurs sur ce maudit petit écran - la chute du Mur de Berlin, parmi d’autres.Mais ce soir-là, j’étais prêt à rester debout jusqu’à l’aube pour voir le dénouement de la soirée - la victoire de Barack Obama.J’ai été le dernier à y croire, malgré tous les sondages.Ayant grandi à Chicago pendant les années i960, j’ai connu de près les émeutes qui ont suivi l’assassinat de Martin Luther King, et la ségrégation qui coupait les quartiers, dont le mien, en deux.Malgré les résultats affichés à la télé, une partie de moi refusait d’y croire.Ma joie lors du discours d’Obama était douce-amère, un peu à cause du cadre.Là, je parle de Grant Park, au centre-ville de Chicago.J’ai vu au petit écran le discours, la foule, la protection antiballes qui se voulait discrète.Oui, je pleurais, j’ai été ému par une scène de la vie politique américaine, chose rare dans ce pays qui nous a conditionnés au cynisme depuis un bon bout de temps.L’émotion, mais le souvenir amer aussi.Car il y a 40 ans et quelques mois, en août 1968, l’herbe de Grant Park ruisselait du sang des manifestants venus de partout aux États-Unis et d’ailleurs (le poète voyou français Jean Genet, important pour le mouvement homosexuel, était venu y faire un tour, accompagné d’Allan Ginsberg) pour protester contre la guerre du Vietnam et pour tenter de changer la position du Parti démocrate concernant cette mésaventure.Réponse des autorités de la ville sous la direction du maire Richard J.Daley : une « émeute policière », c’est le terme de la Commission d’enquête chargée d’évaluer le désastre.Les jeunes manifestants ont été brutalisés par les forces de l’ordre, un des pires épisodes de cette époque qui pourtant n’en manquait pas.Une autre soirée chaude deux ans plus tard, à l’été 1970, encore à Grant Park : le groupe Sly and the Family Stone, qui devait s’y produire, décommande.Le public ne veut pas se disperser, la police arrive pour faire son travail de nettoyage.Cette fois, les jeunes ne voulaient pas être martyrisés.J’ai pris vingt points de suture au front, mais elles en valaient bien le coup, pour le plaisir de la vengeance et la beauté des voitures de police incendiées.Cette nuit a fini avec la réalisation que ce pays était devenu invivable pour moi.La soirée des élections n’a pas effacé ces souvenirs, au contraire.Je vivais sur ces deux tableaux en regardant cette fête.Parmi les exclamations - « l’Amérique a changé! » -, j’ai tenté de démêler enthousiasme et réalité.Je ne suis pas le seul.Le discours de Barack Obama avait pour mission de baisser les attentes dès les premiers moments de la victoire.Savamment, il a évité le style exalté du prédicateur Martin Luther King.Au lieu de s’inspirer de l’Ancien Testament, il a raconté une histoire très simple d’une vieille femme qui a voté pour la première fois de sa vie.Tout cela avec une humilité et une maîtrise de soi qui juraient avec l’atmosphère de fête.Obama était quasiment trouble-fête.Et cela, sciemment.Pour freiner les ardeurs et baisser les attentes.L’homme est conscient de ses limites et des limites des gouvernements en général.Comment croire au poids des gouvernements comparé à l’influence des grandes entreprises, surtout lorsqu’elles sont en état de panique et qu’elles crient à l’aide?C’est comme ça que j’interprète, en partie, la sobriété du discours d’Obama.Il a gagné, oui.La victoire est plus que symbolique, mais le vrai pouvoir se joue ailleurs, dans la faim et le désarroi des capitalistes en déroute.David Homel ALTERNATIVES DIRECTEUR GÉNÉRAL : Michel Lambert RESPONSABLE DE L'INFORMATION : Emmanuel Martinez MONTRÉAL - 3720, avenue du Parc, bureau 300, Montréal (Québec) H2X 2J1 Tél.: (514) 982-6606 Fax : (514) 982-6122 QUÉBEC - 266, rue Saint-Vallier Ouest, Québec (Québec) GiK 1K2 Tél, : (418) 521-4000 Fax : (418) 521-4000 Courriel : commentaircs(g)alternatives,ca • Site Internet : www.alternatives.ca Ce journal est produit par Alternatives, réseau d’action et de communication pour le développement international, en partie grâce à l’appui financier de l’Agence canadienne de développement international (ACDI).Le contenu n’engage en nen ce dernier organisme.Tirage : 50 000 exemplaires.Le journal Alternatives est distribué de façon indépendante et ce numéro est publié dans l’édition du 26 novembre 2008 du quotidien Le Devoir.La reproduction des textes est autorisée.Veuillez mentionner la source.Les points de vue exprimés par les auteurs n’engagent que ceux-ci.COORDINATION ET RÉDACTION : Emmanuel Martinez - COMITÉ DE RÉDACTION : Alain Ambrosi, Pierre Beaudet, Stéphan Corriveau, France-Isabelle Langlois, François L’Écuyer, Denis McCready, Alexandre Touchette -CHRONIQUES : Normand Baillargeon, Pierre Beaudet, Francis Dupuis-Déri, David Homel, Naomi Klein, Judy Rebick et Michel Warschawski - RÉVISION ET CORRECTION DES TEXTES : Gilles McMillan - INFOGRAPHIE ; Brigitte Beaudet - CARICATURE : Boris - RECHERCHE : Alain Ambrosi H'OHTVAS MF Ç'AMèliOFBÇ.AO CANADIAN mining ».^ IMTBie NA Tl OM AJ.PtUMPgPlNg AMP U©.LIVRE La Via Campesina.Une réponse paysanne à la crise alimentaire Annette Aurélie Desmarais, éditions Écosociété, 2008, 316 page.Ce livre parle de la naissance et du développement de l’organisation Via Campesina et du contexte politique et agricole qui l’entoure.L’auteure, qui enseigne à l’Université de Régina, a été conseillère technique auprès de Via Campesina dès sa fondation en 1993 et a pratiqué l’agriculture pendant 14 ans en Saskatchewan.ANNC n fe AURtl.ie OfcSMAWAIS LA VIA CAMPESINA Va» Ut A-.* U Via campesina years is enouç Via Campesina regroupe des associations de paysans, de femmes du milieu rural, d’ouvriers agricoles et d’autochtones de tous les continents.Au total, 149 organisations de 56 pays en font partie.La mise sur pied de Via Campesina s’inscrivait dans le cadre de négociations commerciales qui avaient lieu à l’époque, afin de libéraliser l’agriculture.Les paysans du monde entier étaient exclus de ces pourparlers.Ils sentaient alors le besoin de s’organiser à l’échelle internationale pour contrer l’avancée des grandes entreprises agro-industrielles aidées par les tenants du néolibéralisme comme l’Organisation mondiale du commerce.L’auteure explique bien la marginalisation progressive des agriculteurs.Comme l’affirme une citation du livre, « il y a toujours eu des paysans.Ce qui n’existait pas avant, ce sont les investisseurs, les industriels, les partis politiques ».Les paysans qui contrôlaient tous les aspects de leur production et une bonne partie de leur mise en marché ont été peu à peu dépossédés.Ils dépendent du bon vouloir de multinationales pour les engrais, ils sont attachés à des contrats d’approvisionnement par des distributeurs, leurs semences sont brevetées, etc.Le résultat est que malgré les progrès technologiques les paysans s’appauvrissent.De là donc la réponse de Via Campesina : défendre une agriculture à visage humain avec le paysan au cœur de la prise de décision.Elle fait la promotion du concept de souveraineté alimentaire qui s’organise autour d’une production vivrière variée; des prix décents; une régulation de la production sur le marché intérieur; une suppression de toutes les aides à l’exportation et le respect de l’environnement.En ralliant des paysans de toute la planète dans un projet commun, Via Campesina est devenue un acteur important sur la scène internationale.Même si la tâche pour influencer les États demeure énorme, un but fondamental a été atteint : mondialiser une autre vision du monde! Croupo Cultural Afro Reggae Une arme d’implication massive PHOTO : STEFF LANGLEY Confronté au trafic de la drogue et à la violence endémique dans la favela brésilienne de Vigârio Gérai où il résidait, à Sao Paolo, José Junior a pris au mot le dicton populaire voulant que la musique adoucisse les mœurs.En 1993, il met sur pieds le Groupe Cultural AfroReggae.Quinze ans plus tard cette ONG est présente dans quatre favelas, coordonne plus de 70 projets au Brésil et ailleurs, et encadre 14 groupes artistiques affiliés.BENOÎTE LABROSSE Le Groupe Cultural AfroReggae (GCAR) a bien modestement commencé ses activités grâce à un journal dont l’objectif était de valoriser auprès des jeunes afro-brésiliens la culture musicale dite noire — le reggae, le soul et le hip-hop.Cette publication cristallise la mission d’AfroReggae : « Promouvoir l’inclusion et la justice sociale, en utilisant l’art, la culture afro-brésilienne et l’éducation comme outil dans la création de ponts unissant les différences et servant de fondation pour la durabilité de l’exercice de la citoyenneté.», selon son site Web.Malheureusement, le fondateur réalise rapidement que le journal ne permet pas aux jeunes habitants de la favela de s’engager directement.C’est pourquoi le GCAR inaugure un premier centre communautaire culturel chargé de proposer des ateliers en tout genre, de la danse au recyclage des déchets en passant par la percussion, le théâtre et la capoeira.C'est l’inauguration d’un second centre culturel en 1997, qui véritablement assoie la crédibilité de l’organisme dans la capitale brésilienne.En plus des nombreux ateliers, GCAR offre un programme qui per- met à des enfants d’âge préscolaire de la favela de participer à des activités de socialisation et d'alphabétisation leur garantissant ensuite une place à l’école municipale.Plus qu’un outil de lutte contre la pauvreté, le GCAR «veut être perçu comme une organisation qui lutte pour la transformation sociale à travers la réalisation de rêves réveillant le potentiel ainsi que l’autoestime des couches populaires ».C’est pourquoi une grande part de son action est centrée sur les arts et la culture, et plus particulièrement sur la musique.L’ONG dirige la carrière de quatre groupes professionnels, dont le plus connu est la Banda Afro Reggae.Ce groupe a même enregistré un album en 1998, Nova Cara, sous l’étiquette Universal Studios, devenant le premier groupe brésilien, issu d’un projet social, à travailler avec une étiquette de cette envergure.Depuis, le GCAR a fondé sa propre maison de production.En plus de collaborer au rayonnement des groupes d’artistes soutenus par les différents projets de l’ONG, elle y réinvestit une bonne partie de ses profits.« À l’inverse de la trajectoire naturelle du marché, où les grandes entreprises créent des institutions ou des fondations pour appuyer les projets culturels ou sociaux, nous sommes une organisation qui a créé une entreprise pour appuyer notre travail social », s’enorgueillit d’ailleurs le GCAR.Depuis un peu plus d’un an, l’organisme travaille également à accroître la diffusion des œuvres de ses protégés grâce à une station de radio communautaire en ligne.Cette première radio Internet, retransmise en direct d’une favela, est entièrement produite par ses jeunes résidents qui y diffusent la musique des groupes affiliés au GCAR, mais aussi d’artistes brésiliens et internationaux.Elle sert également de radio-école aux élèves de la toute nouvelle École de radio et de multimédia qui y est rattachée.La formation gratuite de six mois apprend aux étudiants les rudiments de l’écriture, la prise de son, l’animation et la production radio, mais aussi la mise en ligne de sites Internet, de photos et de vidéos.Mais il n’y a pas que les apprentis musiciens ou communicateurs qui trouvent leur compte chez GCAR.Depuis 1996, les amateurs de cirque peuvent s’intégrer à une troupe qui forme jongleurs, trapézistes, acrobates et autres clowns en collaboration avec Cirque du monde.Les comédiens en herbe ont quant à eux accès à une compagnie théâtrale qui tente de faire passer des messages sur les soins de santé aux communautés des favelas par le biais de l’humour.Étendre son succès à la planète.et aux salles de classe Au-delà de son succès brésilien, le Groupo Cultural AfroReggae s’est bâti une réputation internationale enviable.II collabore notamment à l’ONG britannique Favela to the World.Ce partenariat soutient depuis sept ans des projets dans les quartiers défavorisés de Londres, Manchester et Newcastle.Il a fait sienne la philosophie de GCAR, comme en témoigne son slogan « Culture is our weapon! » (la culture est notre arme!).Il n’y a pas que les Londoniens qui trouvent l’histoire du GCAR inspirante.Les cinéastes Jeff Zimbalist et Matt Mochary ont été si impressionnés par le travail accompli par José Junior et sa bande qu’ils ont décidé de leur dédier un documentaire, Favela Rising.« Ce documentaire illustre comment les jeunes ont la capacité de changer positivement leur propre situation quand ils ont l’appui de la communauté », résume Jeff Zimbalist.Sorti en 2005, le film tourné en portugais a depuis récolté une trentaine de prix dans le cadre de festivals internationaux et nationaux dont ceux de Sydney, New York et Vancouver.Des étudiants de l’Université Columbia (New York) en ont même fait le fondement d’un programme de cinq leçons destiné à faire comprendre aux élèves des écoles secondaires américaines « le pouvoir de la communauté à s’attaquer aux problèmes locaux ».Cette approche ne pourrait-elle pas avoir du succès de ce côté-ci de la frontière?La radio d’AfroReggae : www.afroreg-gaedigital.com/indexEng.htm ALTERNATIVES EN ACTION UN PROJET ÉCOLOGIQUE À CUBA En partenariat avec un institut de recherche cubain, Alternatives a favorisé l’installation de biodigesteurs qui recyclent le lisier de porcs dans trois régions du pays.Ce projet règle des problèmes écologiques et sanitaires, tout en améliorant les conditions de vie des paysans par la production de biogaz servant à des fins domestiques.Les biodigesteurs permettent de recycler des résidus porcins nocifs, d’offrir une alternative énergétique pour la cuisson d’aliments et de produire des fertilisants biologiques qui augmentent la richesse des sols sans contamination chimique.Alternatives travaille depuis plus de dix ans à Cuba.Alternatives est une ONG qui a des projets au Canada et ailleurs dans les Amériques, au Proche-Orient, en Asie et en Afrique.Alternatives défend la démocratie citoyenne, la justice sociale, l'égalité entre les pays du Nord et du Sud, et la protection de l'environnement.1 ter natives .pour un monde différent * '««sr-.Pour obtenir plus d’information ou pour faire un don : 514 982 6606 ou www.alternatives.ca Emmanuel Martinez •- i
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