Le devoir, 6 décembre 2008, Cahier C
LE DEVOIR, LES SAMEDI 6 ET DIMANCHE 7 DECEMBRE 2 0 0 8 IDÉES La lourde convergence Page C 5 HISTOIRE Jacques Couture, l’engagé Page C 6 PERSPECT VES Une campagne sans le nom La grande inconnue est l’importance que prendra cette campagne au Québec, que les conservateurs semblent avoir abandonné avec leur ligne d’attaque contre la présence de souverainistes dans les parages de la coalition «MÛ»* BîSii * ' ir » La session parlementaire est prorogée.Le gouvernement Harper promet maintenant de se consacrer à la préparation du budget qui sera présenté le 27 janvier.Il ne faut cependant pas s’attendre à ce que les conservateurs et les députés de l’opposition rentrent discrètement dans leurs terres et se tiennent cois.Ce ne sont pas sept semaines de répit politique que viennent de gagner les Canadiens, mais une campagne tous azimuts, une campagne électorale larvée, sans le nom ni les balises habituelles.MANON CORNELLIER La Toile est en émoi.• Les radios diffusent des publicités.Les citoyens sont appelés à manifester.Des syndicats pigent dans leur cagnotte pour se lancer dans la bataille.Les députés, de retour dans leurs circçnscriptions, prévoient s’activer’sur le terrain.La guerre est ouverte.«La campagne électorale est commencée», lance le politologue alber-tain David Taras.«Une campagne dépourvue de règles, différente d’une course électorale traditionnelle, mais une campagne quand même.Celui qui gagnera cette bataille gagnera la prochaine guerre électorale», prédit-il.Qu’ils soient conservateurs ou partisans de la coalition, les députés répétaient tous, jeudi en pliant bagage, qu’ils ne se perdraient pas dans la nature pendant sept «e-maines.Ils allaient se battre.Pour la démocratie, la légitimité des élus, l’urgence d'agir afin d’aider les Canadiens à traverser la crise.La grande inconnue est l’importance que prendra cette campagne au Québec, que les conservateurs semblent avoir abandonné avec leur ligne d’attaque contre la présence de souverainistes dans les parages de la coalition.L’argument a servi de bougie d’allumage à la contestation au Canada anglais et, à entendre le premier ministre jeudi à sa sortie de chez la gouverneure générale Michaëlle Jean, il ne semble pas prêt à abandonner cette carte.Son appel à travailler de concert avec les autres partis ne s’adressait explicitement qu’aux libéraux et aux néodémocrates et excluait le Bloc québécois.Au Bloc, on n’entend pas laisser le champ libre aux conservateurs.On a décidé de dire par des publicités dans les hebdos régionaux ce que le parti a obtenu avec cette entente, explique le député Louis Pla-mondon.On a entrepris de mobiliser la société civile derrière l’idée d’une coalition et cela fonctionne.Des groupes manifestent leur appui.En fait, la fronde conservatrice contre la contribution des blo-quistes a aidé ces derniers dans leur tâche.Ils s’attendent par conséquent à ce que les conservateurs concentrent leurs énergies au Canada anglais, là où ils veulent taire des gains maintenant «Nous, nous allons faire notre travail et nous pensons que la coalition fera le sien», de dire M.FTamondon.Faire face La pression est donc sur les libéraux, les néodémocrates et les sup-porteurs de la coalition dans le reste du pays.Eux non plus n’entendent pas s’effacer.Ils n’ont toutefois pas les moyens des conservateurs, qui peuvent se permettre des publicités coûteuses, ce qu’ils ont déjà tait cette semaine.Et, au dire du ministre des Transports, John Baird, ce n’est pas près de cesser.«Ce que nous voulons faire, c’est prendre une pause et passer par-dessus la tête des députés et delà gouverneure générale pour nous adresser directement aux Canadiens», a-t-il déclaré sur les ondes de la CBC jeudi.Au quartier général du Parti conser- vateur, on refuse de fournir des détails sur la campagne des prochaines semaines.«Le Parti conservateur va continuer de transmettre son message aux Canadiens, mais je ne vais pas entrer dans les détails en ce qui a trait à la stratégie», a répondu par courriel Ryan Sparrow, le directeur des communications du PC.Les moyens ne manquent pas au parti dirigé par Stephen Harper.Au cours du trimestre se terminant en septembre 2008, le PC a reçu 6,37 millions de dollars en contributions des particuliers alors que les libéraux n’en ont récolté que 1,86 million, le NPD, 1,89 million et le Bloc, 450 519 $.Mobilisation sur la Toile Le PC bénéficie aussi d’une mobilisation sur la Toile et sur les lignes ouvertes des radios.Le blo-gueur conservateur Stephen Taylor insiste sur l’aspect citoyen de ce mouvement qui, s’il appuie la position conservatrice, n’est pas pilotée par le parti.Lui-même toutefois travaille pour le Manning Centre for Building Democracy, fondé par l’ancien chef réformiste Preston Manning, et coordonne le site Canadians for Democracy.Il a créé un nouveau site lundi (wwu>.rally-forcanada.ca) pour publiciser les appels à manifester et pour faire écho aux «initiatives locales».Les contacts ont été établis, dit-il, à travers le réseau social Facebook, où plusieurs groupes opposés à la coalition réunissent déjà des dizaines de milliers de membres.La coalition partisane n’a pas autant d’argent que les conservateurs, et le politologue Stephen Clarkson doute qu’elle soit capable de répliquer à la machine conservatrice, qui a démontré par le passé qu’elle pouvait être sans scrupule.Le politologue Claude Denis, de l’Université d'Ottawa, n’est pas plus optimiste.«Cette campagne est un danger fatal pour la coalition car elle n 'a pas une machinerie politique à elle, alors que le PC peut se fier à la sienne et à ses instincts de chasseur.» Il ajoute cependant que ça peut jouer en feveur de la coalition si les conservateurs «vont trop loin, ce dont ils sont capables; mais avant d’en arriver là, ils peuvent faire beaucoup de dommages».Du côté de la coalition, on n’entend pas s’écraser.Selon le directeur des communications du Parti libéral, Daniel Lauzon, il y aura des «pubs radio dans les jours qui viennent».Dans l’entourage des chefs, on ajoute que les discussions pour peaufiner les propositions budgétaires de la coalition se poursuivront, tout comme les préparatifs pour une éventuelle transition.Pour rejoindre le public, on mise aussi beaucoup sur la Toile, où les sites se multiplient.L’un d’entre eux, entièrement consacré au projet de coalition (wwmmajori-tede62pourcent.ca/coalition), a été VOIR PAGE C 3: CAMPAGNE Cette campagne n’est pas régie ¦ par la loi électorale, ce qui permet aux tiers de se jeter dans la bagarre ^¦Gestion de projets Inscrivez-vous à notre populaire programme en gestion de projets ! Cette formation pratique s'adresse aux gestionnaires et professionnels qui désirent suivre un programme approfondi.Les cours sont offerts une fois par semaine, en soirée,commençant le 12 janvier 2009.Le contenu de ce programme est conforme aux normes reconnues mondialement par le Project Management Institute (PMI®).¦ (514) 398-5454 | www.mcgill.ca/conted-general Une carrière en traduction vous intéresse?Un certificat ou un diplôme en traduction peut vous donner accès à une profession langagière en pleine expansion.Une soirée d'information au cours de laquelle on présentera les exigences et le contenu des programmes se tiendra le 6 janvier 2009, au 688, rue Sherbrooke Ouest, salle 1025, à 18 h.(514) 398-1484 www.mcgill.ca/conted-translation ^ McGill Centre d'éducation permanente LE DEVOIR, LES SAMEDI fi ET DIMANCHE 7 DÉCEMBRE 2008 C 2 PERSPECTIVES La démocratie révisée Gil Courtemanche Les gens qui invoquent régulièrement la démocratie sont souvent ceux qui la méprisent et la restreignent George Bush et Stephen Harper font partie de ces personnes sans scrupules qui donnent à tous des leçons de démocratie et qui, régulièrement la foulent aux pieds.Le premier ministre a menti deux fois à la population.En prétendant qu’il avait besoin d’un mandat pour résoudre la crise économique, puis, doté de ce mandat en tentant de modifier radicalement le paysage politique du pays sans proposer de solution à la crise.Comme le cow-boy arrogant qu’il est le compéti-teur de rodéo, il a pris prétexte de nos difficultés communes pour satisfaire ses fantasmes idéologiques.C’est lui qui tentait un coup d’Etat en voulant changer le pays contre la volonté du pays.Et pour une fois, la première depuis trois ans, l’opposition a mis ses culottes pour s’opposer à ce gouvernement qui tente de gouverner comme s’il possédait un mandat majoritaire.Parlons de démocratie.C’est le règne de la majorité de la population qui s’exprime par le vote.Le régime parlementaire britannique, aussi suranné que la monarchie britannique, permet à quelqu’un qui ne récolte que 37 % des suffrages populaires de gouverner.Le même système oblige celui-ci à obtenir la confiance de la Chambre, la confiance de la majorité des électeurs.Que fait le démocrate Harper?Il ferme le parlement, suspend les droits démocratiques des Canadiens et de leurs représentants.Pis encore, il ferme le parlement alors que des décisions urgentes pour l’économie doivent être prises.M.Happer a interdit la démocratie.Cela s’appelle un coup d’Etat ¦ > ms V ¦ «r '•* * -j* ERIK DE CASTRO REUTERS La présençe d’une armée d’occupation est inacceptable aux yeux de très nombreux Irakiens.m* t l'W -’% m Ici, au Québec, nous allons voter dans deux jours.Je suis absolument sidéré par le manque d’enjeux, par l’incapacité des partis à imposer un thème mobilisateur.Serait-ce que les deux grands partis n’ont plus d’idées et que Mario Dumont ne peut rien faire d’autre que de récupérer tous les thèmes démagogiques qui firent son succès lors de la dernière campagne?Le malaise est plus profond.Le PQ et le PLQ, influencés par le résultat de l’ADQ lors des dernières élections, se sont mis à la recherche des mêmes électeurs, la classe moyenne, et ont articulé les mêmes thèmes.On ne parle que de famille, de santé et de sécurité économique pour la classe moyenne.Sur ces sujets, le PQ et le PLQ ne se distinguent que par des nuances sur les moyens.D n’y a pas de débat politique dans cette province.Nous avons besoin de nouvelles voies, de nouvelles idées, de nouvelles manières d’envisager notre avenir.Une société ne peut pas progresser dans l’unanimisme, la pensée dominante.Elle doit entendre d’autres voue.C’est dans la confrontation des points de vue qu’une société progresse.Bien sûr, tous ces points de vue différents existent dans notre société, mais ils manquent de crédibilité car ils n’obtiennent pas la sanctification parlementaire et donc l’attention des médias.On dirait que de bonnes idées ne peuvent faire les manchettes et animer le débat que si leurs porte-parole sont des députés.Le Québec a besoin de nouvelles voix pour parler de la lutte contre la pauvreté, de l’économie sociale, de l’environnement, d’une agriculture respectueuse de l’environnement, de la construction de logements sociaux.Durant le débat des chefs, ces thèmes n’ont pas été abordés, sinon par Mario Dumont qui a relié la pauvreté à la criminalité et les autochtones à la contrebande.Si quelques candidats de Québec solidaire étaient élus, la dynamique politique québécoise serait modifiée.Les thèmes et les solutions progressistes que le parti propose seraient présents dans le débat public.Françoise David est une femme exceptionnelle, d’une rigueur intellectuelle et d’une honnêteté remarquable.Femme d’engagement, proche des gens, sincère, généreuse.Le Québec ne peut pas se priver d’une telle femme.Nous serions tous perdants si elle n’était pas élue dans Gouin.Amir Khadir est une sorte de génie.Un homme courageux et franc.Je ne sais pas comment il fait pour concilier médecine, grosse famille et vie politique.Nous avons besoin d’hommes comme lui pour défendre le système de santé public.Alors, dans Mercier, pour l’avenir du Québec, il faut voter Amir.Vous me direz que deux députés de Québec solidaire ne changeront rien.Vous vous trompez.Les idées, les discours différents, les remises en question, ne doivent pas se limiter aux blogues et aux lettres confidentielles.Ces voix nouvelles et nécessaires doivent obtenir leur légitimité démocratique pour s’imposer dans le débat politique québécois.Le Québec sera plus riche avec Françoise David et Amir Khadir, plus riche en idées et en diversité, plus riche en réflexion et en innovation.Ne serait-il pas temps d’avoir des représentants élus qui nous parlent d’enjeux fondamentaux avec une approche différente de celle des deux grands partis?L’élection de Françoise David et d’Amir Khadir améliorerait notre démocratie et donnerait enfin une voix à toutes les forces progressistes qui sont aujourd’hui exclues du débat collectif.Collaborateur du Devoir JACQUES NADEAU LE DEVOIR Françoise David George W.Bush n’a pas attendu l’élection de Barack Obama pour envisager des dates de retrait L’accord Bagdad-Washington satisfera-t-il les Irakiens ?CLAUDE LÉVESQUE Il a toujours été difficile de prédire quand l’aventure américaine en Irak prendrait fin, mais on commence au moins à disposer d’indices et même de quelques repères temporels.D’abord, le prochain président américain a répété cette semaine qu’Û veut mettre fin à l’engagement militaire de son pays d’ici à 16 mois, quitte à interpréter ce calendrier de façon large, en écoutant ses conseillers sur le terrain.Ce retrait devra se faire de façon «responsable», a dit Barack Obama.Le Parlement irakien lui a récemment donné cette latitude en approuvant un «accord sur le statut des troupes» américaines (SOFA, pour employer l’acronyme anglais) qui prévoit un départ complet de celles-ci à la fin de 2011, soit dans 24 mois.Il faut toutefois noter que cette entente a été entérinée, le 27 novembre, par une faible majorité des législateurs irakiens, qui en étaient parfois venus aux coups pendant leurs débats, et qu’elle devra faire l’objet d’un référendum l’été prochain, Les Etats-Unis signent des «SOFA» avec tous les gouvernements des pays où des troupes américaines sont stationnées.La durée de cette présence militaire fait souvent l’objet d’ententes séparées.Quand les négociateurs américains ont commencé à discuter avec leurs vis-à-vis irakiens, il y a près d’un an, ils refusaient de considérer des dates pour le retrait des G.I.’s.Mais il est clair que le président sortant George W.Bush n’a pas attendu l’élection de Barack Obama, le 4 novembre, pour changer d’avis sur cette question, sur laquelle le premier ministre irakien Nouri al-Maliki s’est montré intraitable.A Washington, il devenait évident qu’on ne pourrait pas garder indéfiniment plus de 140 000 soldats en Irak tout en renforçant le contingent en Afghanistan, où r«insurrection» gagne en puissance.Et il devenait de plus en plus difficile de justifier le coût de l’opération à mesure que se multipliaient les signes avant-coureurs du ralentissement économique qui est maintenant confirmé.Le 30 juin 2009 L’accord sur le statut des troupes remplacera le mandat confié à ces dernières par l’Organisation des nations unies, qui vient à échéance le 1" janvier.Il prévoit que les militaires américains se retireront totalement des villes irakiennes d’ici le 30 juin procham, alors que le départ des derniers soldats est prévu pour décembre 2011.Pour convaincre une majorité de parlementaires, le gouvernement à majorité chiite du premier ministre al-Maliki a dû arracher des concessions aux négociateurs américains.Outre ce calendrier de retrait, Washington a dû accepter que les soldats américains et les contractuels de la Défense soient dorénavant soumis aux lois irakiennes et, par conséquent, sujets à d’éventuelles poursuites pénales.C’est la situation qui prévaut dans la plupart des pays où des troupes américaines sont stationnées mais, jusqu’à présent, les soldats et les autres agents de l’oncle Sam bénéficiaient dans les faits de l’impunité en Irak.L’entente limite en outre le droit qu’ont les militaires américains d’arrêter et de détenir des suspects irakiens.D’autre part, sur le plan intérieur, Nouri al-Maliki a dû faire des concessions politiques.La tenue d’un référendum répond à une exigence qui avait été formulée par les partis sunnites et les nationalistes.L’intervention de l’influent ayatollah chiite Ali al-Sistani en faveur de cette disposition a contribué à aplanir les difficultés à ce chapitre.Le gouvernement irakien a également promis de confier quelques ministères additionnels à des députés issus des partis sunnites et d’alléger les lois qui interdisent aux anciens membres du parti Baas de Saddam Hussein d’occuper des emplois dans la fonction publique.«Cet accord est un succès à plusieurs niveaux.C’est la première fois qu’on voit en Irak un accord transcommunautaire et transethnique qui a fait l’objet d’un UD ATI, débat public», observe Sami Aoun, professeur de science politique à l’Université de Sherbrooke.L’opposition la plus farouche au «SOFA» a été menée par Moqtada al-Sadr, un leader chiite populiste généralement considéré comme radical, dont l’appui avait permis à Nouri al-Maliki de prendre le pouvoir en 2005.Depuis lors, les relations se sont détériorées entre Sadr et Maliki, ce dernier ayant mâté les milices du premier avec l’appui américain, le printemps dernier.Une cause de perdue Moqtada al-Sadr, qui a toujours réclamé le départ des troupes américaines, se trouve en quelque sorte obligé de décrier un accord qui lui fait perdre une de ses principales causes.«Moqtada al-Sadr se cherche une place dans le jeu politique irakien.Il a beaucoup de partisans dans le sud du pays et dans Sadr City [un quartier chiite de Bagdad], mais il ne dispose par d’un parti politique.Il ne pouvait faire autrement que d’être contre l’entente.Depuis le début de l’occupation, ses milices sont pourchassées, par les Américains puis par l’armée irakienne.Par son opposition, il vise à affirmer son existence.De plus, il est en contact avec l’Iran, qui a des réserves sur le pacte», note Louhay Bahry, professeur de science politique irakien et chercheur au Middle East Institute de Washington.L’Iran a jusqu’ici envoyé des messages contradictoires, certains hauts responsables de ce pays décriant l’accord américano-irakien et d’autres vantant les talents de négociateur du premier ministre irakien.«Maliki s’est imposé comme un leader irakien capable de jouer les médiateurs entre Téhéran et Washington.Il a compris qu’il devait ménager les intérêts des deux capitales», observe Sami Aoun.Si l’accord est rejeté par référendum en juillet procham, le gouvernement irakien devra entrer dmis une nouvelle ronde de pourparlers avec les États-Unis afin de mettre fin à l’occupation plus rapidement Même si on se dit confiant officiellement à Washington et à Bagdad, un verdict négatif n’est pas totalement exclu.«Le climat est confus.D’ici un an, trois élections auront lieu en Irak: des élections provinciales en janvier, un référendum en juillet et des élections générales à la fin de 2009», rappelle Louhay Bahry.Les stratèges américains et l’actuel gouvernement irakien s’entendent sur la nécessité d’une présence militaire américaine minimale en attendant que l’armée irakienne puisse assurer la sécurité sur tout le territoire; en même temps, la présence d’une armée d’occupation est inacceptable aux yeux de très nombreux Irakiens.«Si un gouvernement irakien fait des pas vers une réconciliation entre les différents groupes ethniques et religieux du pays, rétablit la situation économique et met fin à la corruption, on peut être sûr d’assister à un retrait total des forces américaines.Sinon, ce gouvernement devra demander au gouvernement américain une protection prolongée», juge Louhay Bahry.Accaparés par le maintien d’une armée et d’une police nombreuses et en grande partie détournées dans les méandres de la corruption, les revenus pétroliers ne suffisent pas pour relever le niveau de vie des Irakiens.D’autre part, l’insécurité qui perdure éloigne les investisseurs.Depuis le début de 2008, les attentats ont connu une certaine recrudescence, même si on est loin du sommet atteint un an et demi auparavant.La violence semble aujourd’hui plus ciblée: on a assisté récemment à des tentatives d’assassinat contre des personnalités politiques et à des attaques contre des édifices gouvernementaux, de même qu’à une montée de la violence contre la minorité chrétienne.Le Devoir MAHMOUD RAOUE MAHMOUD REUTERS Les policiers irakiens ont surveillé de près les manifestations des opposants à l’accord.« D’ici trois élections auront lieu en Irak: des élections provinciales en janvier, un référendum en juillet et des élections générales à la lin de 2009» * LE DEVOIR.LES SAMEDI 6 ET DIMANCHE 7 D.É C E M B R E 2 0 0 8 C 3 PERSPECTIVES Dérive autoritaire en France ?La ministre de la Justice propose l’emprisonnement des délinquants dès l’âge de.12 ans CHRISTIAN R I O II X La scène est digne d’un film de gangsters.Elle ne se déroulait pourtant pas dans une banlieue sordide, mais dans une école secondaire tout ce qu’il y a de plus normal à Marciac, une petite ville tranquille du Gers surtout connue pour son festival de jazz.Selon le témoignage de Zoé, 13 ans, le 19 novembre dernier des gendarmes ont fait irruption dans sa classe de troisième année du secondaire avec un chien.Celui-ci a déchiré plusieurs sacs et reniflé chaque élève.Ceux devant lesquels il s’arrêtait étaient aussitôt traînés dans le couloir et fouillés au corps.L’écolière décrit les gestes de la policière: «Elle cherche dans les replis de mon pantalon, dans les doublures de mon t-shirt sans bien sûr rien trouver.Elle fouilla alors dans mon soutif [soutien-gorgej et chercha en passant ses mains sur ma culotte!» Et dire que les élèves s’attendaient à une simple rencontre pour discuter des dangers de la consommation de drogue.L’événement serait probablement passé inaperçu si le père de Zoé n’avait affiché le témoignage de sa fille sur Internet.Alertée, la presse découvrit finalement que de telles fouilles avec des chiens s’étaient déroulées dans plus d’une vingtaine d’écoles secondaires et de lycées de la région.La routine, quoi! L’événement a soulevé l’indignation jusqu’au ministère de l’Intérieur, où la ministre Michèle Aliot-Marie s’est étonnée et a commandé une enquête.Plusieurs dérapages policiers récents laissent malheureusement penser qu’il est loin de s’agir d’un cas isolé.La semaine dernière, l’ancien directeur de la publication de Libération Vittorio de Filippis a été arrêté à 6h40 du matin à son domicile par trois policiers.«Habillez-vous, on vous emmène», lui disent les policiers alors que ses enfants de 14 et 10 ans sont à la maison.Une fois au poste, il est menotté et on lui demande à deux reprises de se déshabiller complètement pour qu’on puisse le fouiller.Tout cela à cause d’une simple plainte en diffamation déposée par un homme d’affaires poursuivi en justice, qui reproche au journal d’avoir publié sur son site Internet un commentaire qualifié de diffamatoire.Commentaire dont la direction du journal se dit, elle, incapable de retrouver la trace de l’auteur.Comme il s’agit d’un journaliste et non d’un simple étudiant, l’affaire défraie la manchette dès le lendemain.Loin d’être ébranlée, la ministre de l’Intérieur juge cette procédure «tout à fait régulière» puisque, dit-elle, l’individu n’aurait pas répondu à deux convocations précédentes.Elle sera aussitôt désavouée par le premier ministre François Fillon, qui se dit «choqué», et le président Nicolas Sarkozy, qui affirme comprendre «l’émoi» suscité par cette arrestation.Sans plus d’enquête et de consultation, Sarkozy appelle à une réforme de la procédure pénale sans qu’on sache exactement ce qu’il propose.Toute la classe politique protestera.Le directeur de Libération, Laurent Joffrin, sera pourtant le seul à souligner que, si le cas de Vittorio de Filippis fait tant de bruit, c’est parce qu’il est journaliste alors que de telles procédures sont devenues normales aujourd’hui en France.' /TLIA' m m » I ¦s ' ¦ *- y m, /•g —h .V» 1 *•» *¦.I X Jlliï La prison à 12 ans?Les chiffres semblent donner raison à ceux qui parlent de dérive sécuritaire.De 2001 à 2007, le nombre de gardes à vue, qui permettent d’emprisonner un suspect pendant 24 heures ou même 48 heures, est passé de 336 000 à 560 000.Une augmentation de 66 %! Cette offensive policière se double d’une véritable agitation législative en matière de sécurité.Le magistrat et ancien syndicaliste Dominique Barella a dénombré pas moins de 21 lois et 16 décrets dans ce domaine seulement depuis 2002, époque où Nicolas Sarkozy était ministre de l’Intérieur.La dernière réforme en vue consisterait à abaisser à 12 ans l’âge où une condamnation pénale sera possible.La proposition vient d’être faite par le rapport de la commission Varinard, qui porte sim la délinquance des mineurs.L’idée ne plait guère au premier ministre François Fillon, mais elle n’a pas été rejetée par le président Sarkozy.Elle a surtout été accueillie très favorablement par la ministre de la Justice, Rachida Dati.«Dire qu’un mineur d’aujourd’hui peut justifier une sanction pénale à partir de 12 ans me semble correspondre au bon sens», a-t-elle déclaré.Les commissaires invoquent évidemment l’augmentation des infractions commises par les mineurs.Pour la ministre de la Justice, Rachida Dati, une au bon sens.Or, selon le président de l’Union syndicale des magistrats, Christophe Régnard, les propositions de cette commission seraient «en contradiction avec la Convention internationale des droits de l’enfant, qui prévoit des institutions spécialement conçues pour les enfants suspectés, accusés ou convaincus d’infraction à la loi pénale».Plus d’une centaine de chercheurs, de sociologues, de psychanalystes et de médecins ont signé une pétition intitulée «Emprisonner n’est pas éduquer».Interrogé par le quotidien Le Monde, le juge Thierry Baranger, président du tribunal pour enfants de Nanterre, parle d’une «profonde régression».Le docteur Olivier Boitard, président du Comité d’action de la psychiatrie qui regroupe six syndicats de psychiatres, dénonce quant à lui une «ap-proçhe exclusivement sécuritaire».A ces arguments, Rachida Dati rétorque qu’il y aurait aujourd’hui en France «204 000 mineurs mis en cause pour des faits graves».Une affirmation contestée par le président du tribunal pour enfants de Bobigny, Jean-Pierre Rosencz-veig, selon qui ce chiffre inclut tous les jeunes interpellés par les policiers mais dont un grand nombre ne seront jamais accusés de quoi que ce soit.Le juge dénonce l’augmentation des peines pour mineurs, qui permet aujourd’hui de condamner jusqu’à 10 ans d’incarcération un jeune qui arrache avec violence un téléphone portable à quelqu’un dans un autobus ou le métro.ERIC FEEERBERG AFP sanction pénale à partir de 12 ans correspond De 2001 à 2007, le nombre de gardes à vue est passé de 336 000 à 560 000.Une augmentation de 66 %! Un fichier des malades mentaux Selon le sociologue Laurent Mucchielli, depuis 30 ans la délinquance des mineurs n’a pas augmenté plus que celle de la population en général.Depuis 1989, la proportion des crimes commis pas les mi- neurs serait même d’une «stabilité quasi parfaite», écrit-il dans un texte faisant suite aux propos de la ministre.Quant aux crimes de sang commis par des enfants de moins de 14 ans, ils se comptent sur les doigts de la main.Le sociologue dénonce la surenchère médiatique.Le 16 octobre 2008, Rachida Dati avait déclaré à la télévision sur un ton courroucé: «Je viens de rencontrer un mineur de Marseille, 190 délits, 52fois condamné.Alors, à un moment donné, il faut mettre un coup d’arrêt à cette délinquance!» La journaliste du Canard enchaîné Dominique Simonnot a longuement enquêté à Marseille et conclu que ce délinquant n’avait jamais existé.Après les mineurs, c’est au tour des malades psychiatriques de goûter à la même médecine.Trois semaines après l’assassinat d’un jeune homme par un schizophrène qui s’était échappé d’un hôpital de Grenoble, Nicolas Sarkozy a annoncé un durcissement de la sécurité à l’égard des patients psychiatriques incluant l’utilisation de bracelets permettant de localiser les malades où qu’ils soient.Le président a de plus reformulé une vieille idée qu’il avait été forcé d’abandonner à cause des protestations durant la campagne électorale.Il s’agit de la création d’un fichier des malades mentaux hospitalisés d’office.Même lorsqu'ils n’ont pas commis l’ombre d’un crime, ils seraient automatiquement inscrits sur un fichier de police.A quand un fichier des cancéreux?«Encore une fois, Nicolas Sarkozy instrumentalise un fait divers pour avancer ses projets», a déclaré Olivier Labouret, autepr du livre La Dérive idéologique de la psychiatrie (Editions Erès).«Le président affiche la volonté de garantir le risque zéro.Or, non seulement celui-ci n’existe pas, mais chercher à l’atteindre déboucherait sur une société totalitaire.» Correspondant du Devoir à Paris CAMPAGNE SUITE DE LA PAGE C 1 mis sur pied pour faire connaître l’entente et faire circuler une pétition.Une coalition populaire, menée par des syndicats, a lancé le sien et un troisième, né tout de suite après les élections, est entré dans la danse.Là encore, on appelle à la mobilisation et on fait circuler une pétition.Un groupe de soutien est aussi apparu sur Facebook et il compte lui aussi quelques dizaines de milliers de membres.Un autre a été créé sur Twitter et des liens sont donnés avec des tiers qui appuient la coalition, des groupes environnementaux, progressistes, syndicaux, culturels, de femmes et autres.Le PLC a fait appel à ses membres pour faire pression, diffuser le message et afficher leurs couleurs.Ils peuvent télécharger des affiches et des cartes postales, prendre connaissance des lieux de rassemblement, et ainsi de suite.Cependant, le site du PLC n’offrait toujours pas de lien hier vers un site consacré à la coalition et insistant sur le fait que les trois partis ont obtenu ensemble 62 % des voix lors des dernières élections.Le lien avec ce site est en manchette par contre sur celui du NPD, qui invite d’entrée de jeu à signer une pétition en faveur de la coalition.Au NPD, on est surpris par les offres non sollicitées de services pour de la publicité et les troupes sont gonflées à bloc, dit le porte-parole de Jack Layton, Karl Bélanger.«Si les conservateurs, et cela semble être leur intention, ouvrent la machine de propagande, on ne les laissera pas faire.» Le nerf de la guerre reste l'argent.Or cette campagne n’est pas régie par la loi électorale, ce qui permet aux tiers, qui n’ont plus le droit de financer les partis politiques depuis l’entrée en vigueur en 2004 de la Loi sur le financement populaire, de se jeter dans la bagar- re.Plusieurs groupes, en particulier les syndicats, n’entendent pas laisser passer cette occasion d’être actifs politiquement, confie un stratège néodémocrate.Le Congrès du travail du Canada a déjà mis la main à la pâte en assumant les coûts de la publicité radio invitant les gens à manifester jeudi dans tout le pays et à Toronto et Montréal samedi.Comme d’autres syndicats, il examine ce qu’il fera par la suite, explique Jeff Atkinson, directeur des communications du CTC.Miner de l’intérieur «Le problème de la coalition est toutefois ailleurs.Il est en son sein même, à sa tête en fait», dit la politologue Jennifer Smith, de l’université Dalhousie, à Halifax.Et elle croit que le Parti libéral souffrira de cette alliance parce que Stéphane Dion, justement n’a pas le doigté politique nécessaire pour en assurer la direction.Cela nuit à l’image de la coalition dans le public et mine ses appuis.Les sondages publiés depuis deux jours montrent que ce sont les conservateurs qui profitent de la crise.La prorogation de la session parlementaire a redonné l’initiative aux conservateurs et a brisé d’une certaine manière l’élan qu’avait depuis une semaine la coalition libérale-néodémocrate appuyée par le Bloc québécois.Les tensions dans le caucus libéral au sujet du leadership de Stéphane Dion refont surface et viennent brouiller les cartes.Cela ne signifie pas une remise en question du projet de coalition pour l'instant, mais met plutôt en relief une de ses faiblesses.Claude Denis juge que Stéphane Dion a nui à sa crédibilité cette semaine avec son allocution télévisée mal ficelée, ce qui a affaibli la coalition, qui avait besoin d’établir la sienne.H pense que les conservateurs vont exploiter sans relâche cette faiblesse.David Taras en convient.Les conservàteurs vont tout faire pour briser cette coalition en s’attaquant à son point faible, c’est-à-dire Stéphane Dion, et en misant tout sur le budget Selon lui, le gouvernement va tenter, avec le budget dont il dispose, de répondre aux inquiétudes des milieux d’affaires pour ensuite mettre la coalition au défi de le défaire et ainsi se retrouver en campagne électorale.Idéalement, à leurs yeux, contre Stéphane Dion.A l’opposé, M.Taras pense que la coalition tiendra le coup pourvu qu’aucun partenaire ou candidat au leadership libéral ne quitte le navire.Il ne prévoit pas cette perspective car la perte de confiante à l’endroit de Stephen Harper, qui cimente la coalition, est totale et le premier ministre n’a rien fait pour la rétablir.A son avis, l’image de Stephen Harper est d’ailleurs ternie de manière ineffaçable, y compris auprès de conservateurs modérés qui chuchotent, même en Alberta, que le parti serait mieux servi avec Jim Prentice à sa tête.Jennifer Smith pense, au contraire, que les sondages favorables vont raffennir sa position auprès de ses députés.Stephen Clarkson, de l'Université de Toronto, pense que le chef conservateur a gagné la première manche de la guerre de relations publiques mais a ruiné son image puisque plus personne ne lui fait confiance.Et les deux hommes croient que la décision de M.Harper de jouer la carte de l’imité nationale pour attaquer la coalition «reviendra le hanter».Il a déjà perdu le Québec mais, «s’il faut qu’une crise de l’unité nationale se surimpose sur la crise économique, ce sera désastreux et les élites canadiennes-anglaises ne le lui pardonneront pas», de dire M.Taras.Collaboratrice du Devoir Le devoir de platitude Michel David n avril 2004, à l’issue d’une entrevue au Soleil dont le contenu avait semblé particulièrement mince, Jean Charest avait déclaré, comme pour s’en excuser «C’est mon job d’être plate.» Le chef libéral peut certainement se féliciter de d’être acquitté de son devoir de platitude avec autant d’application au cours du dernier mois.Depuis un bon demi-siècle, aucune campagne électorale au Québec n’aura suscité aussi peu d’intérêt.M.Charest n’a pas seulement été plate.Il a aussi été chanceux.Au lendemain de sa performance très moyenne au débat des chefs, la campagne aurait pu prendre une autre tournure, mais la crise parlementaire à Ottawa est venue occuper la totalité de l’espace médiatique.Dans la balance, cette démonstration des inconvénients d’un gouvernement minoritaire a sans doute pesé plus lourd que le «Quebec bashing» auquel on a assisté au cours des derniers jours, et auquel M.Charest a réagi bien tardivement.A en croire les résultats du sondage CROP réalisé entre le 28 novembre et le 3 décembre, qui accorde 16 points d’avance au PLQ, force est de constater que la stratégie de la platitude était la bonne, même si rien ne justifiait objectivement un appel aux urnes cet automne.En réalité, c’est au cours des 15 derniers mois que Jean Charest a gagné ses élections, en réussissant à faire oublier le personnage détestable du premier mandat et en redorant la marque de commerce économique du PLQ.Dans la mesure où la population était généralement satisfaite du gouvernement et n’éprouvait donc pas le besoin d’en changer, il aurait fallu une performance désastreuse de M.Charest pour la faire changer d’idée.Il n’a même pas eu besoin d’imposer le thème de l’économie, qui s’est plutôt imposer de lui-même.Les Québécois ne pouvaient pas échapper au climat d’inquiétude qui règne sur l’ensemble de la planète.Tout le reste allait inévitablement devenir assez secondaire.M.Charest a simplement le mérite d’avoir su garder le cap, sans se laisser distraire par les inévitables incidents de parcours.Bien sûr, il a été d’un opportunisme enrageant, mais la politique est précisément l’art de profiter des circonstances.Depuis Maurice Duplessis, aucun chef de parti au Québec n’a réussi à obtenir trois mandats d’affilée, même si M.Charest a été passablement écourté son deuxième.?Dans l’état où était le PQ après le départ d’André Boisclair, Pauline Marois pouvait difficilement espérer mieux que l’opposition officielle.Toute la question était de savoir si sa performance et les résultats des élections seraient suffisants pour que les militants péquistes lui accordent une deuxième chance.Dans l’entourage de Mme Marois, on dit douter de l’exactitude du sondage CROP, mais les sondages ont généralement tendance à surestimer le vote péquiste, plutôt que l’inverse.Un résultat inférieur à 30 % serait catastrophique.Cela signifierait qu’il n’y a eu aucun progrès depuis le départ d’André Boisclair.Même à 33 %, Bernard Landry n’a pas été capable de survivre plus de deux ans.De toute manière le PQ étant ce qu’il est, Mme Marois peut être certaine d’être contestée sous prétexte de tiédeur souverainiste.Malgré un passage difficile durant la deuxième semaine, quand elle s’est empêtrée dans la question des mises à la retraite de 1997, elle a pourtant mené une bonne campagne dans les circonstances, surtout après le débat des chefs, quelle a remporté.Il est vrai qu’on avait dit la même chose de son prédécesseur.M.Boisclair faisait cependant face à un gouvernement qui avait atteint des sommets d’impopularité au cours des années précédentes.La tâche de Mme Marois était plus beaucoup plus difficile.Non seulement elle n’a aucune des graves lacunes personnelles qui avaient disqualifié M.Bois-clair, mais cette première expérience d’une campagne en qualité de chef lui donnera peut-être ce qui lui manquait le plus: la confiance en elle.On ne peut jurer de rien, mais il y a de bonnes chances que celle ou celui qui sera chef du PQ lors des prochaines élections devienne le prochain premier ministre, ce qui ne manquera pas d’attiser les convoitises.M.Charest a semblé très embarrassé hier, quand on lui a fait remarquer que plusieurs au Canada anglais rêvent de le voir effectuer un retour sur la scène fédérale.Un autre pourrait-il faire mieux que Mme Marois?Immanquablement, les yeux vont se tourner vers Ottawa.Après sa malheureuse tentative de mai 2007, tout le monde sait que le poste intéresse Gilles Duceppe, mais, si besoin était, les événements des derniers jours ont démontré à quel point sa présence à la Chambre des communes est précieuse, aussi bien pour le mouvement souverainiste que pour le Québec tout entier.On voit mal comment Mario Dumont pourra se remettre de la raclée qui s’annonce.11 serait même très étonnant que l’ADQ réussisse à conserver son statut de parti officiellement reconnu à l’Assemblée nationale et les ressources qui y sont rattachées.Après être passé si près du but, M.Dumont n’acceptera certainement pas de retourner à la solitude de ses premières années, et il est douteux que son parti puisse lui survivre.La disparition de l’ADQ serait néanmoins une perte pour le Québec.Elle a été très utile dans son rôle de laboratoire d’idées, même si certaines pouvaient paraître farfelues.Sa remise en question du modèle québécois aura au moins forcé à réfléchir aux raisons de le préserver et surtout aux moyens de l’adapter aux nouvelles réalités.On peut très bien être en désaccord avec le programme de l’ADQ.Au fil des ans, il est néanmoins devenu un tout cohérent, dont la clarté contraste souvent avec le vague de la plate-forme des «vieux partis».En réalité, ce n’est tant son programme qui aura conduit l'ADQ à sa perte, mais plutôt le discours trop souvent irréfléchi de son chef et l’inexpérience criante de son équipe, qui ont démontré qu’ils n’avaient tout simplement pas la compétence requise.mdavid(à)ledevoir.com ) ÉLECTIONS QUÉBÉCOISES EDITORIAL Un nécessaire contrepoids Rarement campagne électorale aura si peu captivé l’attention des Québécois que celle déclenchée le 5 novembre par le premier ministre Jean Charest.Celle-ci arrive à son terme.Il faut, comme tous les électeurs, tirer nos conclusions.c ette élection n’avait pas raison d’être, si ce n’est au point de départ la volonté du gouvernement Charest de profiter de circonstances favorables pour obtenir un mandat majoritaire.Le prétexte de la crise économique a fait long feu lorsque le premier ministre a présenté un plan de soutien à l’économie qui ne requérait nullement l’assentiment des partis d’opposition ou de l’électorat.Son gouvernement minoritaire avait toute la latitude requise pour affronter un ralentissement économique appréhendé.Beaucoup d’électeurs ont réagi négativement à cette élection inutile et pourraient être tentés de punir le Parti libéral ou de s’abstenir de voter.Agir ainsi serait dévaloriser le processus électoral.Voter est un geste important qu’il faut poser en conformité avec ses convictions et ce que l’on croit être les meilleurs intérêts du Québec.?Les partis d’opposition ont été pris au dépourvu par cette élection qui les a trouvés désorganisés et financièrement exsangues.Tout particulièrement l’Action démocratique, qui avait amorcé depuis quelques mois la descente aux enfers que l’on sait Le talent de son chef, Mario Dumont, qui se déploie le mieux en campagne électorale, n’aura pas suffi à stopper celle-ci.Il ne pouvait en 30 jours remonter le cours des 18 derniers mois, alors que dans le rôle d’opposition officielle son parti avait été très décevant.D’aucune façon il ne pouvait prétendre être la solution de rechange au gouvernement Charest.L’ADQ a sans doute sa place à l’Assemblée nationale puisqu’elle représente un courant d’idées.Mais elle a encore besoin de faire ses classes.Au lendemain de l’élection de 2007, il a fallu peu de temps au Parti québécois pour devenir, malgré sa deuxième place sur les banquettes de l’opposition, la vraie opposition officielle.Il ne pouvait en être autrement en raison de la qualité de sa députation et de l’expérience acquise au gouvernement.C’est là d’ailleurs que se trouve son meilleur argument on peut trouver chez les candidats péquistes de quoi former un gouvernement tout aussi solide que l’actuel cabinet Charest II y a là des gens d’expérience et de qualité, tout particulièrement sa chef, Pauline Marois.Le problème du Parti québécois dans cette élection est aiËeurs.D se trouve dans l’état général de ce parti qui, depuis la défaite de 2003, a évolué dans une sorte de no man’s land idéologique.Le parti se cherche et, la campagne électorale nous l’aura démontré, il ne s’est pas encore retrouvé.En arrivant à la direction du parti à l’été 2007, Pauline Marois a pris acte des raisons de l’amer échec qui quelques mois plus tôt avait ramené le PQ à 1973 en matière de suffrages.Elle a mis de côté le «référendis-me», retouché le modèle social-démocrate pé-quiste et choisi de défendre lors de cette campagne électorale un programme de bon gouvernement.A la différence de 1976, où la promesse de bon gouvernement avait porté le PQ au pouvoir, la souveraineté et les réformes ont été évacuées du discours péquiste d’aujourd’hui.D’où la déception manifestée par ses alliés naturels, comme les syndicats affiliés à la FTQ.Ce déplacement du Parti québécois vers le centre de l’échiquier politique aura été une erreur dans la mesure où il lui a fallu partager cet espace avec le Parti libéral récemment campé au même endroit.On a ainsi vu libéraux et péquistes multiplier des propositions qu’on aurait pu croire écrites par la même main tant elles se rapprochaient.Et lorsque Pauline Marois arrivait à se distinguer, comme en santé, elle se faisait rappeler les erreurs passées des gouvernements auxquels elle a participé.Le PQ ne pouvait qu’avoir de la difficulté à marquer sa différence.Pauline Marois, inspirée par la crise politique au parlement d’Ottawa, a semblé se rappeler en ces dernières heures de campagne que la souveraineté est ce qui doit guider l’action de son parti, même et surtout en campagne électorale.S’il est possible de croire que le Parti libéral peut assurer le prochain gouvernement, il ne faut pas pour autant lui accorder un chèque en blanc Bernard Descôteaux mkm LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910.FAIS CE QUE DOIS Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédacteur en chef JEAN-ROBERT SANSFAÇON Vice-présidente, finances et administration CATHERINE IABERGE Directrice de l’information JOSÉE BOILEAU Directeurs adjoints de l’information PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE, JEAN-FRANÇOIS NADEAU Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directrice, ventes publicitaires MANON BÉLAND LETTRES Jeunes, sortons voter en masse ! Plus que deux jours avant les élections.Dans la situation actuelle, il faut feuilleter longuement les journaux et voir se défiler plusieurs manchettes des médias électroniques avant de s’informer sur les enjeux et les propositions des candidats.Partout nous entendons que la campagne n'intéresse personne, à part les partis qui tentent de se rassurer Que le taux de participation au scrutin risque d’atteindre un niveau record vers le bas.Que le cynisme envers la politique est omniprésent, notamment chez les phis jeunes électeurs.Le Forum jeunesse de la région de la Capitale-Nationale lance un défi aux 18-35 ans: sortons voter en masse, influençons massivement notre gouvernement Nous vous proposons un calcul simpliste, nous le reconnaissons, afin de vous convaincre qu'il est vraiment possible d’influencer le Parlement de Québec, en commençant par sa composition, et que votre vote compte plus que jamais.Etablissons d’abord quelques faits: au Québec, les 18-35 ans représentent un peu plus de 25 % de la population.D est admis qu’environ un jeune sur quatre a voté lors des dernières élections, auxquelles le taux de participation global fut d’un peu plus de 70 %.En y regardant de plus près, on peut penser que le vote des jeunes ne représente que 10 % des voix exprimées, donc 10 % d'influence et par le fait même, de préoccupation chez nos représentants au Pariement Maintenant, extrapolons et rêvons.Dans la formule consacrée, si la tendance se maintient, le taux de participation devrait connaître une légère baisse.Êes paris sont ouverts.Mais si les jeunes votent massivement, disons trois sur quatre, le poids de ce vote jeune pourrait grimper à 25 %.Vous rendez-vous compte que ça commence à résonner dans la tête des politiciens! Jamais l’influen- ce des jeunes n’aura été aussi grande.Du coup, nous démontrerons que nous nous préoccupons de notre avenir.Phis que deux jours pour faire votre choix, pour accepter notre défi et pour convaincre d’autres jeunes de le relever.Informez-vous et osez parier politique lors de vos soupers de famille et d’amis.C’est aussi cela, une démocratie en santé.Le 8 décembre, sortons voter en masse.Déstabilisons positivement notre politique.Ensemble, nous pouvons avoir une grande influence.Yeswecan.Stéphanie Borgia, présidente du Forum jeunesse de la région de la Capitale-Nationale, Cancer du sein: éviter la confusion Le 4 décembre 2008J’ai pris connaissance de l’article publié dans Le Devoir du 28 novembre 2008 intitulé «Des cancers du sein traités inutilement?» et j’en ai été fort vexé.D’une part parce que le titre m’apparaît inutilement «accrocheur» et peu digne de votre journal D’autre part, parce que le contenu renferme plusieurs affirmations souvent fausses mais surtout propres à semer la confusion chez les femmes bénéficiaires du Programme québécois du dépistage du cancer du sein.Je ne nie pas aux journalistes le droit et la responsabilité d’informer le public de controverses médicales comme cela est mentionné au début de l’article.Cependant la médecine demeure toujours à la fois un art et une science, et de ce fait les mises en garde sont toujours nécessaires, surtout quand il s’agit de «nouvelles scientifiques médicales», ce qui commande de faire les nuances appropriées.Parfois, trop d’information mène à la désinformation, avec les conséquences néfastes qui en découlent Le dépistage du cancer du sein par mammographie a fait ses preuves et il demeu- re le moyen internationalement reconnu pour pratiquer ce dépistage.D serait regrettable que des femmes s’y soustraient à la suite de la lecture de tels articles, et cela à leur plus grand détriment Pierre Audet-Lapointe md,frcs (c), médecin-conseil, Programme québécois de dépistage du cancer du sein Montréal, le 4 décembre 2008 Des envolées qui ne planent pas haut! En tant que femme dans la jeune trentaine, professionnelle éduquée et active au sein de sa communauté et surtout en tant que citoyenne qui ne se croit pas la seule à l’être (professionnelle, éduquée et active), je me surprends, moi qui crois tant à la démocratie et au rôle de nos institutions et de nos dirigeants, à ressentir une forme de mépris, d’arrogance, voire d’irrévérence envers notre sens de la réflexion, de l’argumentation et de l’analyse des véritables enjeux de notre société.Force est de constater que cette campagne électorale québécoise, qui tire à sa fin, ne semble pas s’adresser à des citoyens éclairés et intelligents.Les envolées cachent de lourdes rhétoriques et je suis ennuyée et clairement irritée lorsque j’entends des affirmations tordues, des arguments à l'emporte-pièce et des interprétations de la réalité hautement étriquées.Et cette forme de mésestime s’est aggravée avec les événements qui se tiennent à Ottawa.Je crois qu'il y a des limites à prendre les gens comme des «monsieur et madame Tout-le-monde», pour ce que ce lieu commun veut dire.Oui, chers politiciens, vos citoyens sont également intelligents, allumés et vifs d’esprit Je vous en prie, pouvez-vous les considérer?Mélanie Lagacé Sherbrooke, le 3 décembre 2008 REVUE DE PRESSE Un pays sur la corde raide ?Selon les sondages, les électeurs semblent enclins à vouloir reporter le Parti libéral au pouvoir.Ils ne le font toutefois pas avec enthousiasme.C’est là plutôt une sorte de passage obligé qu’on empruntera par défaut puisque les autres options proposées ne suscitent pas davantage d’enthousiasme.Dans le contexte économique actuel, ils optent pour le statu quo puisque ce qu’ils ont vu ces derniers mois de Jean Charest les a rassurés.Les craintes que le chef libéral inspirait à l’élection de 2007 se sont atténuées.Ces 18 derniers mois, Jean Charest a gouverné tranquillement.Minoritaire est manifestement un état qui lui va bien et qui l’a bien servi.Reporté au pouvoir, poursuivra-t-il sur la même voie?S’en tiendra-t-il à son engagement de faire du soutien à l’économie sa seule priorité ou sera-t-il tenté de revenir à son programme de 2003 beaucoup plus à droite?S’il est possible de croire que le Parti libéral peut assurer le gouvernement que les Québécois attendent en période d’incertitude économique, il ne faut pas pour autant lui accorder un chèque en blanc.Dans les circonstances présentes, il faut, au contraire, préserver un sain équilibre des forces à l’Assemblée nationale.D faut une opposition forte.Ne l’oublions pas, un gouvernement n’est jamais aussi bon que lorsqu’il est talonné par une opposition vigoureuse.Si la tempête économique que l’on nous promet est forte, il faut surtout que le prochain gouvernement soit à l’écoute et s’appuie sur une volonté commune de tous les partis et de tous les acteurs sociaux.Dans cet esprit, il ne faut pas craindre de voter pour des partis d’opposition qui sont capables d’apporter de nouvelles idées.Pour certains, le choix sera l’ADQ.Pour d’autres, Québec solidaire, qui mérite de faire élire un premier député à l’Assemblée nationale.Le meilleur choix demeure toutefois le Parti québécois, car lui seul peut être un contrepoids efficace au gouvernement Lui seul peut être une solution de rechange aux libéraux.Lui seul défend avec la vigueur nécessaire l’avenir du Québec comme Etat national des francophones en Amérique du Nord.la crise politique qui sévit à Ottawa depuis une semaine constitue un rappel très clair que la place du Québec au sein du Canada reste toujours en suspens.Il ne faut pas croire que l’économie est le seul enjeu de cette élection.bdescotea uxjalede vo ir.com Manon Cor nellier Harper joue avec le feu en agitant le spectre de l’unité nationale pour attaquer la coalition du PLC et du NPD.L'idée est revenue sans arrêt cette semaine dans certains éditoriaux canadiens-anglais, mais d’autres sont venus lui fournir des renforts.Le Toronto Star affiche son irritation devant l'insistance de Harper de parler
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