Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (6)

Références

Le devoir, 2009-01-17, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
1, E I) E V 0 I K .L ES SAMEDI 17 E T DIMA N C II E IK J A N V I Ë H 2 0 0 D HAMELIN L’année des aigles et des femmes Page F 4 ESSAI Le Canadien nous rend-il dévots?Page F 6 ‘ .A WÆ C V .r r.v; : \ < > Ni:i].Bissf)f)M)atii CARIES POSTAI ES DE L'ENFER CHRISTIAN DESMEULES Des secrets, tout le monde en a, tout le monde en joue.Du Secret avec une majuscule jusqu’au secret de Polichinelle, en passant par le secret professionnel.C’est aussi la matière première de Cartes postales de l’enfer, «souvenirs de nos voyages d’ombre accrochés aux murs intérieurs de notre propre vie», le sixième roman traduit en français de Neil Bissoondath.Résumer les faits?Ils sont importants, la chose est certaine, mais c’est avant tout sous la surface, comme toujours chez Bissoondath, que réside l’intérêt le plus solide du roman.Tous ces mondes en elle (Boréal, 1999), L’Innocence de l’âge ou Retour à Casaquemada (Phébus, 1992): presque tous les livres de cet écrivain, né en 1955 sur l’île de Trinidad, semblent tissés de conflits et de paradoxes personnels, de zones d’ombre et de démons intérieurs.Disons seulement qu’on y suit surtout le parcours d’Alec, fils unique d’une famille de la classe moyenne de la proche banlieue de Toronto — ville qu’on devine mais qui n’est jamais nommée — à travers l’écheveau de mensonges et de faux-semblants dont il a entouré toute son existence.Souhaitant devenir décorateur d’intérieur, Alec se rend compte très tôt Neil Bissoondath Avec Cartes postales de l’enfer, son sixième roman, l’écrivain propose une nouvelle exploration de nos démons intérieurs.ACQUKS GRENIER I.E DEVOIR son?«Les deux, répond tout de suite sans hésiter Neil Bissoondath.Je crois que les personnages du roman, Alec autant que Sumintra, se servent du secret pour s’offrir une certaine liberté.Celle de se fabriquer une identité.Mais le personnage d’Alec, pour sa part, se rend compte que le secret fonctionne trop bien et que ça devient, effectivement, une sorte de prison.» On pourrait aussi se demander s’il faut plus de courage pour mentir ou pour être soi-même.«Mais qu'est-ce que c'est, être soi-même?Réellement?On s’invente tous, d’une certaine façon», dira l’écrivain, qui s’intéresse assez peu au questionnement moral que pourrait suggérer la lecture du roman.«Alec est-il « Lorsque les personnages sont aussi réels qu’ils le sont pour moi, je n’ai pas l’impression d’écrire des mensonges.C’est une réalité inventée, disons.» moins lui-même, avec ses mensonges et ses secrets, avec cette vie fabriquée?La question est très compliquée.Ce qui me fascinait dans le roman lorsque je l’écrivais, c’était de voir comment ces deux personnes, tellement différentes Tune de l’autre, ont essayé de négocier toutes ces questions.Avec eux-mêmes.» Le poids du regard des parents, qui leur font chacun prendre, à des degrés différents, la voie du mensonge, Alec et Sumintra le vivent aussi tous les deux.«Même si c’est un monstre, poursuit Bissoondath, le personnage d’Alec a pour moi quelque chose de très touchant.Je le vois aussi comme une victime.Une victime de ses propres mensonges, de son propre jeu qui a trop bien fonctionné.» NEWSCOM « En tant que romancier, j’ai l’impression que c’est un personnage qui joue aussi avec moi.Où est la réalité?Où se trouve toute la vérité?Je ne sais pas.Si j’avais essayé de creuser, il m’aurait abandonné.» que, pour avoir du succès, il devra faire croire à sa clientèle, mais aussi à tous les gens autour de lui, qu'il est homosexuel.Même si aux yeux de ses parents, jusqu’à leur mort fragique (mais libératrice pour Alec) dans un accident de la route, il ne sera toujours que peintre en bâtiment.Sa rencontre, au dénouement qui pourra sembler choquant et inattendu, avec une jeune Indo-Canadienne de première génération — qui cachera cet amour à ses parents qui souhaitent plutôt la voir épouser quelqu'un de leur communauté — viendra éprouver le vernis de ses certitudes.Sans jamais toutefois faire craquer l’identité qu’il s’est patiemment construite.Cartes postales de l’enfer s’apparente ainsi à la traversée d’un tunnel sombre.Neil Bissoondath nous parle de Cartes postales de l’enfer, qui ne devait être à l’origine qu’une des nouvelles d’un recueil qu’il projetait d’écrire, au cours d’un bref et chaleureux entretien accordé au cœur d’un après-midi montréalais marqué par un froid d’anthologie.A l’heure de Facebook, des alias infinis, de l'anonymat cathodique, rapides réflexions sur le thème de la construction de l’identité et du mensonge.Ia' mentir vrai Ecriture et médiumnité Alec, le principal protagoniste du roman, parle quelque part du «frisson de l’aveu» tandis qu’il se déleste d’une partie de son histoire et de ses lourds secrets au profit du lecteur.Un sentiment qui va de pair avec celui de l’impunité.Le travail de l’écrivain, fait d’invention, de brouillage de pistes, d’un dosage subtil entre le fantasme et la réalité, n’est-il pas lui-même une sorte de mensonge impuni?«Je crois que c'est une autre vérité», répond Neil Bissoondath en éclatant auss% tôt de son rire le plus franc.Il ajoute: «lorsque les personnages sont aussi réels qu’ils le sont pour moi, je n'ai pas l’impression d'écrire des mensonges,, C’est une réalité inventée, disons.Il doit y avoir une différence morale entre réalité inventée et mensonge.» Il est toujours aussi fascinant d’entendre Neil Bissoondath évoquer la relation particulière — quasi ésotérique — qu’il entretient avec «ses» personnages.11 en parle chaque fois comme s’il s'agissait d’êtres vivants, dotés de leur propre volonté, qui lui ont un jour rendu visite pour lui raconter leur histoire.«En tant que romancier, poursuit-il,/’af l'impression que c’est un personnage qui jour aussi avec moi.Où est la réalité?Où se trouve toute la vérité?Je ne sais pas.Si j'avais essayé de creuser, il m'aurait abandonné.» «J'ai du respect dans mes relations avec mes amis, et il faut avoir ce respect-là aussi envers les personnages, explique-t-il encore.Il faut leur faire confiance.Ils finiront Le secret est-il une liberté ou une pri- VOIR PAGE F 2: DÉMONS I, K DEVOIR, LES S A M E I) I 17 E T I) I M A N C H E 18 J A N V I E H 2 O 0 9 V “2 LIVRES Entretien avec Luc Brisson Platon, notre contemporain Le Québécois Luc Brisson boucle la boucle des éditions complètes du maître universel, qui a encore beaucoup de leçons à donner, 2500 ans après sa mort.STEPHANE BAILLARGEON Platon, pour tout à deux dollars, ou tout comme.Le miracle du bon existe bel et bien.Toute son œuvre, y compris les textes douteux et apocryphes, se retrouve maintenant réunie en français dans un seul gros volume vendu à peu près 90 $, soit effectivement deux maigrelets petits huards pour chacun des 45 dialogues.Ce magnifique ouvrage complète comme une clef de voûte la cathédrale éditoriale dont le chantier a été entrepris il y a plus de vingt ans par l’éditeur Flammarion, sous la gouverne du Québécois Luc Brisson.«Je n’aime même pas dire que j'ai été directeur de ce projet», corrige humblement M.Brisson, rencontré cette semaine dans un café de l’arrondissement d’Outremont, à Montréal.Né près de Québec en 1946, le philosophe philologue est installé en France depuis le début des années 1970, ce que traduit à peine son accent.«J’étais modérateur ou organisateur de cette entreprise véritablement collégiale.J’ai relu toutes les traductions et j’ai tenté de donner une direction, un sens à l’ensemble.» Le monument a mobilisé une douzaine de rares spécialistes, dont Monique Canto-Sperber, Jean-François Pradeau et un autre Québécois, Georges Leroux, collaborateur régulier du Devoir.Tout de même, X «organisateur» signe à lui seul la moitié des truchements exactement.Apollodore, tu ne veux pas m’attendre ?Ouvrons Le Banquet, cette «beuverie en commun» que traduirait mieux Je sümposium grec, la version d’Emile Chambry parue dans les classiques Garnier des années 1950 commence ainsi: «je crois être assez bien préparé à vous faire le récit que vous demandez.Dernièrement, en effet, comme je montais de Phalère, où j’habite, à la ville, un homme de ma connaissance qui venait derrière moi, m’aperçut et m’appelant de loin: “Hé, l’homme de Phalère, Apollodore, s’écria-t-il, je te cherchais justement pour te questionner.”» Dans la plus récente traduction, celle de Luc Brisson lui-même, on retrouve plutôt ceci: «J’estime n’être pas trop mal préparé à vous raconter ce que vous cidé de proposer une nouvelle traduction complète des œuvres.» La langue fluide, actuelle, contemporaine évite l’archaïsme sans tomber dans la banale actualité.«Nous avons travaillé avec un souci de clarté et de transparence en pensant au lecteur.Je n’ai jamais conçu l’éducation comme une entreprise militaire, avec ses gradés et ses simples soldats.Les anciennes éditions des Belles-lettres étaient préparées pour l’élite, pas pour le menu fretin.La nouvelle édition s’adresse à tout le monde, vraiment.Nous avons aussi tenu compte de la disparition de la culture classique, «Représente-toi des hommes dans une sorte d’habitation souterraine en forme de caverne.Cette habitation possède une entrée disposée en longueur, remontant de bas en haut tout le long de la caverne vers la lumière.Les hommes sont dans cette grotte depuis l’enfance, les jambes et le cou ligotés.» La République, VII, 514a avez envie de savoir.L’autre jour en effet, je venais de Phalère, qui est mon dème, et je montais vers la ville.Alors un homme que je connaissais et qui marchait derrière moi m’aperçut, et se mit à m’appeler de loin, sur le ton de la plaisanterie.“Hé! l’homme de Phalère, toi, Apollodore, tu ne veux pas m’attendre!”» Le savant explique justement qu’au point de départ, en 1984, on lui avait demandé de compléter les fameuses traductions de Chambry.Il travaillait alors au Centre national de recherche scientifique (CNRS), à Paris, dans un groupe de recherche sur le néoplatonisme.H avait accepté cette commande parce que le traitement d’une tumeur au cerveau le forçait au repos.«L’éditeur Louis Audibert m’a approché pour traduire les Lettres, de Platon, inédites dans la collection de Flammarion.Monique Canto a voulu refaire le Gorgias.Les deux volumes ont connu un grand succès à leur sortie en 1987 et Audibert a alors dé- JACQUES GRENIER I Terry Cochran Lauréat du prix Spirale Eva-Le-Grand 2008 Le magazine culturel Spirale a l’immense plaisir de remettre à Terry Cochran le prix Spirale Eva-Le-Crand 2008 pour son brillant essai De Sarmon à Mohammed Atta.Foi, savoir et sacrifice humain (Éditions Fides).Nos lectrices et lecteurs sont chaleureusement invités à venir célébrer avec nous la remise de ce prix.Nous profiterons de l’occasion pour souligner la parution des deux plus récents titres de la collection « Nouveaux Essais Spirale » aux Éditions Nota bene, La poésie immédiate.Lectures critiques 1985-2005, de Pierre Nepveu, et Plaidoyer pour une littérature comparée, de Terry Cochran.Au plaisir de vous rencontrer ! Jeudi 22 janvier 2008,17 h Librairie Olivieri 5219, Côte-des-Neiges, Montréal (Métro Côte-des-Neiges) piral POUR INFORMATION : en construisant un appareil critique complet.Nous avons finalement considéré la recherche mondiale sur Baton.» Les notes s’accumulent jusqu’à dix à la page dans les éditions à la pièce, jusqu’à un millier pour le petit texte du Timée.Elles ont presque disparu du volume unique, qui fournit quand même des annexes contextualisantes, par exemple pour comprendre le territoire de la cité dans Les Ij)is ou les systèmes antiques de monnaies et de mesures.A quoi bon ?Tout ça pourquoi, alors, en poche comme en édition de table?La question peut paraître béotienne, voire obscène, mais il faut bien la poser: pourquoi retraduire, rééditer et relire ce très vieil auteur deux fois et demie millénaire?Cette fois, Luc Brisson répond en plongeant carrément dans le débat politique.«On touche au cœur du problème de la démocratie.Ce n’est pas pour rien qu’il y a eu une guerre en Europe, une guerre mondiale sur des bases idéologiques et politiques, menée par des systèmes autoritaires, hiérarchisés, très conservateurs.En Angleterre, aux États-Unis, au Canada, les systèmes étaient beaucoup plus démocratiques.Platon est très intéressant dans ce contexte et toujours très actuel aujourd’hui.Il aide par exemple à réfléchir sur les valeurs absolues qui prédominaient dans l’Europe continentale des dictatures et qui ont mené aux camps de concentration.Comme critique violent de la démocratie, il aide aussi à questionner la valeur d’un régime fondé sur l’opinion publique dictant la norme.C’est important de considérer cette perspective critique, même et surtout quand on valorise la démocratie.Pour moi, avant d’être un philosophe, Platon est donc un penseur de la Cité, un penseur politique.» Ses origines nord-américaines l’ont aidé à développer cette vision.Les vieux Européens avaient tendance à valoriser les JACQUES GRENIER LE DEVOIR «Pour moi, avant d’être un philosophe, Platon est un penseur de la Cité, un penseur politique», fait observer Luc Brisson en faisant référence à l’actualité de l’œuvre du disciple de Socrate.derniers dialogues dogmatiques, les textes sur la fabrication du monde sensible ou la constitution d’une cité fermée, comme dans La République et Les Lois.Les Anglo-Saxons ont plutôt recentré l’intérêt autour des premiers dialogues où Socrate se questionne sur la vertu ou la place de la parole dans la vie commune.«Platon, on peut le lire de manière utile, sans l’instrumentaliser.Platon a vécu il y a 2500 ans dans un tout autre contexte, mais il peut aider à vivre aujourd’hui.D’ailleurs, j’observe que la démocratie évolue énormément dans le sens de l’ancienne conception athénienne.La parole domine.La dernière élection américaine se résume à cela.Obama s’exprimait beaucoup mieux que ses adversaires et il a dit ce que les citoyens voulaient entendre.C’est de la rhétorique et en même temps c’est essentiel.» Le vieux Grec donne également à réfléchir sur la place du matérialisme dans notre société de turboconsommateurs.«Platon nous dit qu’on n’arrivera à organiser la société au sens matériel (nourriture, logement, commerce) qu’en se fixant des objectifs qui ne soient pas purement quantitatifs justement.Si la production croissante devient le but de la vie en commun, la société est immanquablement entraînée vers la guerre civile ou la guerre de conquête.» L’aventure éditoriale du «modérateur» Luc Brisson continue avec le néoplatonicien Plotin (205-270), toujours dans le même esprit d’ouverture et de réflexion sur le monde actuel.Le huitième volume paraîtra bientôt, le neuvième et ultime de cette série, d’ici deux ans.«On relit tout en groupe.Les gens se réunissent chez moi et on tient compte de toutes les remarques importantes.» Une sorte de banquet d’un autre âge.Ce nouveau chantier comme l’autre complété sur le plus célèbre philosophe de tous les temps masquent le déclin massif et généralisé des études classiques partout dans le monde.Le latin n’est presque plus enseigné au secondaire.Le grec devient une hyperspécialisation qui ne mène presque nulle part sur le plan professionnel.«Ce monde est en train de disparaître et a déjà disparu complètement dans certains pays, conclut le traducteur passionné./e ne suis pas passéiste.J'ai été élevé dans le.système des cours classiques et je ne souhaite pas qu'il revienne.Seulement, je pense qu’on comprend bien mieux sa propre langue moderne en connaissant ses racines.De même, on comprend aussi beaucoup mieux notre monde en connaissant son histoire.» Le Devoir PLATON, ŒUVRES COMPLÈTES Sous la direction de Luc Brisson Flammarion Paris, 2008,2204 pages Manon Plante • Magazine culturel Spiralc • Tél.: 514-934-5651 spiralemagazine@iyahoo.com « www.spiralemagazine.com Série de la Place des Arts Lesftudù) Luttiraùer Lundi 26 janvier • 19h30 À la Cinquième Salle de la Place des Arts % f La Soupe de Kafka Si vous alliez dîner chez Marcel Proust, Italo Calvino, Virginia Woolf ou Raymond Chandler, que vous serviraient-ils ?Le Londonien Mark Crick répond à la question avec La Soupe de Kafka, une série de savoureux pastiches de quelques-uns des plus grands écrivains du monde, qui se présentent sous forme de recettes de cuisine.Lu par : Daniel Brière, Antoine Bertrand, Patrice Coquereau, Kathleen Fortin et Catherine Trudeau Une coproduction Les Capteurs .de mots Place des Art* QjÉtacii Entrée : 22 $' Étudiants : 15 S* •Taxes Incluses.Frais de service en sus.Commanditaire 514 842.2112- 1 866 842.2112 laplacedesarts.com DEMONS Attente, patience, écoute active, c’est son secret d’écrivain SUITE DE LA PAGE F 1 par révéler, à un moment donné, tout ce qu’il faut pour que [histoire soit aussi complète que possible.» Une relation toujours délicate: «Un des risques aussi, je crois, si j’essayais d’aller plus loin, ce serait de commencer à fabriquer, de lui imposer des éléments qui ne lui sont pas propres.» Et la fabrication, non merci, pas pour lui.Attente, patience, écoute active, c’est son secret d’écrivain.Car les personnages, insiste-t-il, possèdent une autonomie qui dépasse de loin le contrôle de l’auteur,.Mis à part un recueil de nouvelles encore à faire, on l’a dit, c’est vers un livre campé dans l’Espagne du XV' siècle que se tournent à présent les talents de médium de Neil Bissoondath.Un curieux objet, à mi-chemin entre le roman et le livre d’histoire, auquel il pourra entièrement se consacrer au cours de l’année prochaine, puisqu’un congé sabbatique attend ce professeur en C’est vers un livre campé dans l’Espagne du XV' siècle que se tournent a present les talents de médium de Neil Bissoondath création littéraire de l’Université Laval, à Québec.«Un livre dont je parle depuis une vingtaine d’années», dira-t-il.Et une véritable passion, on le comprend vite.Pour l’Espagne comme pour ce projet ambitieux.Son regard brûle d’un autre feu tandis qu’il m’explique ses intentions ou qu’il évoque Vejer de la Frontera, un petit village d’Andalousie près de Cadiz.Nous sommes tous les deux ailleurs.Le froid de janvier n’existe plus.Collaborateur du Devoir (Voir la critique de Danièle Laurin en page F 3) CARTES POSTALES DE L’ENFER Neil Bissoondath Traduit de l’anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné Boréal Montréal, 2009,248 pages i C Ht *t C 4 I- E I) E V 0 I R , L E S S A M E I) I 17 K T I) I M A N ( Il K IS J A X V I li R 2 0 0 !) LITTERATURE Identités troubles LITTERATl IRE) JEBÉCOISE A quoi tient notre identité?De toutes les façons, Neil Bissoonda-th, né à Trinidad dans une famille d’origine indienne et Québécois d’adoption, n’a cessé dans son oeuvre, depuis près de 25 ans, de poser cette question.Son nouveau roman ne fait pas exception.Cartes postales de Venfer pousse à l’extrême cette idée que l’identité n’est qu’une construction, une pure fiction.L’identité que l’on affiche en public, du moins.Celle que l’autre nous renvoie.Imaginez un homme qui toute sa vie a menti à tout le monde sur sa véritable identité.Un homme blindé.Dont la réussite sociale et professionnelle repose sur du toc.Imaginez cet homme qui, de mensonges en mensonges, se rend compte qu’il ne peut plus reculer.Qu’il est allé trop loin.Que se passerait-il si tout à coup quelqu’un découvrait qui il est vraiment?Pensez à L’Adversaire, d’Emmanuel Carrère, récit terrifiant inspiré d’une histoire vraie, celle d’un mythomane psychopathe appelé Jean-Claude Roman.Vous vous en souvenez?Jean-Claude Roman est devenu fou furieux quand il a compris qu’on était sur le point de découvrir sa véritable identité: il n’avait jamais été médecin, contrairement à ce que tout le monde croyait, y compris ses proches.qu’il a fini par assassiner.Cartes postales de l’enfer nage dans les mêmes eaux: on y suit à la trace un homme qui peu à peu s’enfonce dans le mensonge.Et qui, un beau jour, se retrouve pris au piège.Jusqu’à commettre l’irréparable.Sauf qu’ici, c’est lui qui raconte son histoire.Au début, du moins.Car on va changer de perspective en cours de route.On va dévier, pendant un certain temps, de sa vie à lui, pour entrer dans celle d’une jeune femme.qu’il n'aurait jamais dû rencontrer.Commençons par le début.Qui ressemble à un aveu de culpabilité.Notre homme dit vouloir se départir de secrets inavouables qu’il porte en lui.Il nous interpelle.Nous dit que nous aussi nous devons en avoir, de ces secrets qui font que «nous vivons dans la terreur d’être un jour £ démasqués».Il compare cela à H des cartes postales E de l’enfer, c’est-à-dire «des cartes postales jamais envoyées, souvenirs de nos voyages d’ombre accrochés aux murs intérieurs de notre vie, où ils se fondent en quelque sorte dans la trame cachée».Bien mystérieux, tout ça.Mais accrocheur.Troublant.On avance à pas de loup, loin de se douter de ce qui s’en vient On assiste, à rebours, à la construction de la fausse identité du héros.N I I l BlssoondAth CARTES POSTALES DE f ENFER Imaginez un homme qui toute sa vie a menti à tout le monde sur sa véritable identité.Dont la réussite sociale et professionnelle repose sur du toc.8 Ourial re confiance.Et cette confiance, dont ne saurait se passer un décorateur d’intérieur comme moi, naît de préjugés tenaces.Dans mon domaine, l’homosexualité — ou les manifestations qu’on lui associe — inspire confiance.C’est l’un de mes secrets.» Le monde est rempli de préjugés?Jouons là-dessus.C'est sa ligne de conduite.De toute façon, tout est faux, artificiel, Tout se joue à l’adolescence.Tandis que, fils unique dans une famille modeste, sans ambitions, de Toronto, il trouve la vie de ses parents, et la sienne par conséquent, morne à souhait.Il commence par mentir sur ses études.Fait croire à ses parents qu’il suit un cours en rénovation, alors qu’il se spécialise en décoration intérieure.Puis, il leur cache qu'il a mis sur pied sa propre entreprise de design: eux croient qu’il est peintre en bâtiment.Ensuite, il ment aux autres, à tout le monde.Il se persuade que, pour réussir dans son métier, il doit avoir l’air efféminé: ses clients doivent croire qu’il est homosexuel.Et ça marche! Ainsi: «Mes manières ont pour but d’inciter mes clients à me fai- qu’il se dit.Foutaise, à ses yeux, ce que prônent les psys: qu’il faut «être vrai, authentique, fidèle à soi».Pour lui, c'est Shakespeare qui a raison: «Le monde entier est un théâtre, et les hommes et les femmes ne sont que des acteurs.» Alors, il acte sa vie.Voilà.C’est aussi simple que ça.Et l’amour, dans tout ça?C’est ici que le bât blesse, justement.Car notre homme va tomber éperdument amoureux.La deuxième partie du roman est consacrée à la jeune personne dont il s’éprend.On change de narrateur, on passe à la troisième personne du singulier.Et on entre dans un univers complètement différent.On ne voit pas le lien.Pas tout de suite.On est dans une famille d’im- migrants originaire de l’Inde, établie en banlieue de Toronto.Les parents s’accrochent à leur culture d’origine, tandis que leur fille unique tente en secret de s’émanciper, d’échapper à leur traditionalisme.La douleur de l’exil, du déracinement, mais aussi la ghettoïsation malsaine des immigrants enfermés dans les stéréotypes sont des thèmes chers à l’auteur de Tous ces mondes en elle et du Marché aux illusions.Mais ici, pas d’analyse en profondeur, un simple constat, froid, implacable.On va à l’essentiel: comment cette jeune fille élevée dans la culture indienne mais confrontée aux valeurs du pays d’adoption de ses parents se cherche, cherche à exister par elle-même, en dehors des diktats familiaux.Comment elle en vient à garder secrète une partie de sa vie.Comment elle s’enfonce dans le mensonge.Elle aussi.Et voilà.Voilà que ces deux-là, la jeune fille et le décorateur intérieur du début, qui mentent comme ils respirent, se retrouvent dans le même lit.Voilà que les narrations vont s’entremêler, que les choses vont se bousculer.C’est la troisième et dernière partie du roman.Qui nous réserve un choc, un dénouement inattendu.On se croirait dans une histoire à la Hitchcock, tout à coup.Neil Bissoondath, auteur de thrillers?Pourquoi pas?Merveilleux conteur, en tout cas.Son roman fourmille d’apartés, de retours dans le passé, et pourtant, c’est extrêmement condensé, ça coule.L’auteur ménage ses effets, construit brique par brique son édifice, sans en avoir l’air.Jusqu’au coup final.Terrible.Collaboratrice du Devoir CARTES POSTALES DE L’ENFER Neil Bissoondath Traduit de l’anglais par Lori Saint-Martin et Paul Gagné Boréal Montréal, 2009,248 pages Chercheur d’étincelles SUZANNE GIGUERE Cy est peut-être un mécanisme que l’on pourrait rapprocher de celui des rêves.11 arrive aux gens plein d’histoires incroyables, mais ils ne les consignent pas.Imaginez un grand brûlé devenu clown qui fait un éloge grinçant des apparences, un duel entre un fauve incontinent et un quadragénaire déprimé en quête d’un sapin de Noël, un univers loufoque peuplé de clones de Margaret Atwood ou encore un plongeur célèbre qui traverse une forêt de pins douglas à la vitesse d’une fusée, et vous aurez une idée des nouvelles du premier recueil de Mark Anthony Jarman, inédit en français.Le nouvelliste canadien, à l’imagination foisonnante, n’hésite pas à mélanger le réalisme et la fantaisie dans un cocktail surprenant et tonifiant.Rien ne semble à son épreuve.Cela ne l’empêche pas de fouiller la psychologie de ses personnages.Dans les fausses histoires vraies qu’il ra- conte, Jarman nous projette dans la peau de personnages désespérés, obsessifs, ou furieusement comiques, et met à vif leur fragilité et leur courage.«R y en a vingt qui ont vraiment l’occasion de se mettre en valeur, vingt qui ont me petite chance et vingt qui sont des véritable sens des mots liberté, indépendance et dignité.Le point culminant du recueil est une rencontre à la fois émouvante et drôle avec un «chercheur d’étincelles» qui se rappelle avec nostalgie les heures souriantes de sa vie qu’il croyait inépuisables {Cougar).Chercheurs Le nouvelliste canadien, à l’imagination foisonnante, n’hésite pas à mélanger le réalisme et la fantaisie dans un cocktail surprenant et tonifiant bouche-trous, des ratés, des losers.De quel groupe fais-tu partie?Le sais-tu ?En est-on jamais vraiment sûr?Toute ma vie, tmte ma vie je me suis posé la question» (La Complainte du découvreur).Mêlant humour et gravité, tendresse mélancolique et jubilation, il relate avec humanité des drames personnels ou familiaux, dissèque les thèmes de la solitude, de l’amour, de la mort En remarquable peintre des sentiments.Il nous fait redécouvrir le incessants, interrogateurs clairvoyants, les personnages de Jarman «ne regrettent rien, ils avancent», po,ur reprendre le beau vers d’Eluard.Cherchant la gloire, ils rencontrent forcément l'obscurité, mais toujours ils célèbrent la vie telle qu’elle est en réalité, c’est-à-dire à la fois crqelle et magnifique.Ecrit avec une lucidité amusée et une ironie d’une rare finesse, 19 couteaux comprend quatorze nouvelles dont le style déjanté — véritable tour de force stylistique — et une langue vivante pleine d’acrobaties lin- guistiques nous rappellent avec brio que l’exploration de l’imaginaire, donc de la littérature, peut stimuler nos sens et nous faire sortir de façon étonnante des balises du quotidien.Originaire d’Edmonton, Mark Anthony Jarman a été professeur à l’Université de Victoria et enseigne aujourd’hui la littérature à l’Université du Nouveau-Brunswick, à Fredericton.Il est l’auteur d’un roman, Salvage King Ya!, d’un essai, Ireland’s Eye, et de trois recueils de nouvelles, dont 19 knives, traduit aujourd’hui aux Editions Les Allusifs par Uni Saint-Martin et Paul Gagné, qui ont su adhérer à l’écriture de Jarman et la rendre lisse.Collaboratrice du Devoir 19 COUTEAUX Mark Anthony Jannan Traduit de l’anglais par Lori Saint- Martin et Paul Gagné Les Allusifs Montréal, 2008 Nature et culture chez Gilbert Bordes GUY LAI NE MASSOUTKE Vous arrive-t-il de regretter la première fois que vous avec lu George Sand, Maupassant, Mauriac ou Genevois?Un roman de la terre, naturaliste, régional?Les premiers films de Chabrol?Déjà vu, certes, mais efficace.Vous pourriez retrouver cette sensation de familiarité ancienne, fascinante le temps d’une soirée d’hiver, dans l’écriture et la narration de Gilbert Bordes.Dans La Malédiction des louves, le prolifique auteur, amateur de faits divers régionaux balzaciens, bien campés à la manière d’un scénario fil- mique, avec des personnages fortement caractérisés et des drames humains, fait le plein d’émotions.Bordes y démonte la mécanique d’un double meurtre dans un village de Touraine, qui met en scène les notables et les fermiers, les ouvriers et les patrons à la fin des années 70.Tout tourne autour d’une fabrique, une petite entreprise désormais non rentable et vouée à disparaître, ce qui entraîne la fin des emplois dans un secteur largement délocalisé.Lieux maudits C’est moins la politique qui compte, dans le livre, que les personnages et leurs secrets de famille.11 n’est pas surpre- nant d’y retrouver des têtes dures, des esprits butés et bornés, des honneurs intègres et sans concession qui se heurtent à ce qu’ils ne veulent pas admettre.Ces temps décrits avec énergie, évoqués non sans brio, sous la forme classique du polar psychologique, ont une allure sépia.On se demande comment ils se retrouveraient dans un monde actuel, avec leur brutalité et leur morale plus dure que le fer.Sous les vies tracées, ces mentalités inflexibles conduisent aux drames qui prennent des lustres avant de se révéler.Tout a longuement couvé et pourri.C’est un constat universel que Bordes propose dans ce 23' ouvrage, la fin des temps qui grince, à chaque génération trop forgée à avoir cru en un monde éternel, le sien.Le regard porté dans ce thriller sur l’inexorable et la rectitude produit une forte émotion, la catharsis antique.Après l’automne des prix littéraires et la rentrée avec ses jeunes loups, cette histoire de règlement de comptes, rondement menée, frappe par sa claire et franche intensité.Collaboratrice du Devoir LA MALÉDICTION DES LOUVES Gilbert Bordes l-affont Paris, 2(X)8,267 pages Tranches de vie Un étonnant premier recueil de nouvelles signées Natalie Jean CH R1STI AN DESMEULES T a ville est pleine d’odeurs, " JL^/de couleurs, de gens, ma ville est pleine d’histoires.» Je jette mes ongles par la fenêtre, première publication de Natalie Jean, réunit onze nouvelles atmosphériques toutes situées plus ou moins à Québec.De courtes et subtiles histoires de malheur amoureux ou de solitude heureuse, d’émancipation, d’instant présent, de douceur, de vengeance, toutes servies par un regard en mouvement qui se veut chaque fois sensible et voyeur à la fois.Dans la première d’entre elles, un caméraman rêvant d’amour et de chaleur humaine, mais bien englué dans sa solitude, se meurt de désir pour une comédienne (Focus).Une histoire de rendez-vous manqué.Dans une autre, un ambulancier secrètement amoureux de sa collègue est au premier rang pour saisir toute la dureté de la vie (Contraste).Dans Détails, après trois années passées en Afrique, au Sénégal, une femme revient dans sa ville.C’est l’occasion d’une déambulation amoureuse à travers les rues de Québec tandis que s’y déploie un regard de voyeur particulièrement sensible: «Dans une chambre aux fenêtres aveugles, un homme, torse nu, en pantalon de cuir, dort les yeux ouverts à côté d’une seringue et d’un éclat d’ampoule électrique.Sur le bord de la table couverte de brûlures, une cigarette finit de se consumer, le fi- let de fumée monte vers le plafond jauni et s’y installe.Dans le coin du lit, une fille pleure, roulée en boule dans des draps qui puent.» Des tranches de vie qui débordent de saveur, comme dans Le son du sourire ou L’odeur de la poudre, toujours bien servies par une espèce de folie permanente qui parvient à transcender l’ordinaire.Avec juste ce qu’il faut de dessein tordu, l’auteure donne vie à des personnages qui cultivent avec soin leur innocence et qui la protègent.Pour plusieurs d’entre eux, comme pour la narratrice de Café, qui fait ses premiers pas d’adulte et dont le regard a l’éclat de celui d’un nouveau-né, le plus grand d’entre tous les malheurs serait de «s'habituer» à la vie.Ces petites histoires toutes très différentes, reliées entre elles par une sensualité avide et souterraine, parviennent à nous transmettre quelque chose.Un souffle, une leçon, un instant de bonheur ou d’étonnement, une envie de relire.Car Natalie Jean, surtout, pose sur le monde et sur ses personnages une attention qui déborde de douceur et d’empathie.«Je suis biophile, je suis pour la vie, je la collectionne, j’aime particulièrement les courbes, ce qui rebondit.» Encore.Collaborateur du Devoir JE JETTE MES ONGLES PAR IA FENÊTRE Natalie Jean L’Instant même Québec, 2008,159 pages ARCHAMBAULT S) Une compagnie de Québécor Media PALMARÈS LIVRES Résultats des ventes : du 6 au 12 janvier 2009 ROMAN OUVRAGE GÉNÉRAL MILLENIUM T.1, T.2 et T.3 Stieg Larsson (Actes Sud) LES FILLES TOMBÉES Micheline Lachance (Québec Amérique) LES ÂMES VAGABONDES Stephenie Meyer (Lattes) Rj GIN TONIC ET CONCOMBRE IJ Rafaële Germain (Libre Expression) U VOUS QUI CROYEZ ME POSSÉDER Denis Richard (Michel Lafon) LA GRANDE MASCARADE A.B.Winter (Un Monde Différent) LA TRAVERSÉE DE LA VILLE Michel Tremblay iLeméac) SOUTIEN-GORGE ROSE ET VESTON NOIR Rafaële Germain (Libre Expression) WARIWULF T.1 : LE PREMIER DES RÂJ Bryan Perm (Intouchables) SEUL LE SILENCE R.J.Ellory (Sonatine Édition) JEUNESSE B FASCINATION T.2 : TENTATION Stephenie Meyer (Hachette Jeunesse) LES CONTES DE BEEDLE LE BARDE J.K.Rowling (Gallimard-Jeunesse) VISIONS T.1 : NE MEURS PAS UBELLULE Linda Joy Singleton (ADA) 88 lucky LUKE T.3: L'HOMME DE.Laurent Gerra / Acheté (Lucky Comics) LE CLUB DES DISEUSES.T.1 Dotti Endede (ADA) HARRY POTTER ET LES RELIQUES DE.J.K.Rowling (Gallimard-Jeunesse) 88 LE JOURNAL D'AURÉLIE LAFLAMME T.5 U India Desjardins (Intouchables) 8 » j LE0NIST.12 Mario Francis (Intouchables) [vi LE ROYAUME DE U FANTAISIE Geronlmo Stilton (Albin Michel) PAKKAL T.10 : LE MARIAGE DE LA.Maxime Roussy (Marée Haute) KILO CARDW Huot/Lavigueur/Bourgeois (de l’Homme) L'ART DE LA MÉDITATION Matthieu Ricard (Nil) MANGE, PRIE, AIME Elizabeth Gilbert (Calmann -Lévy) 88 PARCE QU'ON A TOUS DE LA VISITE KJ Ricardo Larrivée (La Presse) LE GUIDE DU VIN 2009 Michel Phaneuf (de l'Homme) PLEIN DE SANDWICHES D'ICI Fédération des Producteurs.(de l’Homme) El LES ILLUSTRES CANADIENS HtM Collectif (H.B.Fenn) LE GRAND LIVRE DE LA MU0TEUSE Broquet (Collectif) LA GLORIEUSE HISTOIRE DES CANADIENS P.Bruneau / L.Normand (de l'Homme) VIVRE AUTREMENT Mario Proulx (Bayard) ANGLOPHONE ECLIPSE Stephenie Meyer (Little Brown S Co| THE TALES OF BEEDLE THE DARD J.K.Rowling (Bloomsbury) TNE ROAD Cormac McCarthy (Vintage) REMEMBER MET ¦J Sophie Kinsella (Bantam Books) WORLD WITHOUT END Kan Follet! (Signet) THE APPEAL John Grisham (Dell) 88 tne host Stephenie Meyer (Little Brown & Co) PILLARS OF TNE EARTH Ken Follett (Signet) |8 DEVIL BONES : A NOVEL Kathy Reichs (Scribner) A PRISONER OF BIRTH Jeffrey Archer (St.Martin's Press) carte-cadeau \ Du plaisir à la cart< ARCHAMBAULT» cm L E I) E V 0 I n , L E S SAMEDI 17 E T DIMANCHE IS JANVIER Ï 0 ifiti veut it ne utdéH?juste Pourquoi revisiter Vatican II?* —1 La dissidence qui porte fruit Une Église québécoise bouleversée Des braises sous la cendre 'Entrevue exclusive avec Louise Arbout Aussi dans ce numéro: entrevue exclusive avec Louise Arbour HÎTIIIÎI Pour consulter le sommaire détaillé : www.revuerelations.qc.ca Oui, je désire un abonnement de an(s), au montant de 8 NUMÉROS PAR ANNÉE, 44 PACES Un an : 35 $ Deux ans : 65 S A l'étranger (un an) : 55 $ Étudiant : 25 S (sur justificatif) Abonnement de soutien : 100 S (un an) Par téléphone : (514) 387-*54’ P “6 Par courriel : relations@cjf.qc.ca Par la poste Relations 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 EN VENTE DANS LES KIOSQUES ET LIBRAIRIES 5,50 $ + TAXES ADRESSE ______________________________________________________________ VICIE _________________________________________________________________ CODE POSTAI_____________________________ TÉLÉPHONE (__________)_______ Montant total :______________$ Je paie par chèque (à l'ordre de Relations) U ou par Visa NUMÉRO DE LA CARTE ___________________________________________________ EXPIRATION ________________________ SIGNATURE ________________________ $ ?J LA PETITE CHRONIQUE Romans policiers peut-être Il est des romans policiers comme du roman en général.On ne sait au juste ce qui en fait le charme, mais on les lit tout de même.Parfois, en regrettant que le temps qu’on leur consacre soit enlevé à celui qu’on emploierait à relire Proust ou Tolstoï.Aurais-je lu Bird, de Marc Villard, si son auteur avait choisi de le baptiser autrement?Peu probable.Bird, c’est le surnom de Charlie Parker.Comme chacun sait.D’où une curiosité.L’action se déroule dans le milieu parisien des clochards.Le héros a été musicien de jazz, il est maintenant clodo.Quand il en a la force, il joue dans le métro.Un jour, il assiste à un meurtre commis par des ados qui s’amusent à terroriser les sans-abri.Entrant en possession du téléphone portable à multiples fonctions qui a permis au jeune salaud de filmer l’attentat, il est poursuivi par un policier véreux chargé par le père de l’ado, politicien en campagne, de récupérer à tout prix le document incriminant.Il y a aussi que Bird est le géniteur de Cécile, secouriste au SAMU social, et que celle-ci s’est donné pour mission de retrouver coûte que coûte son papa absent.11 en résulte, avec quelques difficultés de lecture dues à l’argot, un roman policier, certes, mais surtout un plaidoyer social.Gilbert Keith Chesterton, romancier anglais (1874-1936), a été en son temps un romancier très à la mode.Si on le lit encore, c’est surtout à cause de ses romans policiers.Il a créé un personnage, le père Brown, prêtre catholique à la perspicacité légendaire.Chesterton s’était converti au catholicisme, ce qui explique probablement le choix de ce héros.On a réuni chez Omnibus les cinq recueils qui constituent l’intégralité des enquêtes du père Brown.Dans Le Plaidoyer pour le roman policier, qu’on a ajouté aux textes de fiction, Chesterton écrit: «Non seulement le genre policier possède une dimension artistique parfaitement fondée, mais il offre certains avantages authentiques et bien précis en tant que chambre d’écho de la rue.» Il ne faudrait pas croire toutefois que Fauteur anglais débusque les travers de la société anglaise à la façon du roman dont je parle d’entrée.Le style de Marc Villard est nu, très direct, va droit au but.Il est clair qu’on est en plein cauchemar.Rien de semblable chez le Chesterton des enquêtes du Père Brown.Pour commencer, Chesterton est un ironiste de haut vol.Il décrit avec force détails une atmosphère, y insère une intrigue dont la solution fournie par le père Brown découle toujours d’un raisonnement imparable.La plupart du temps, l’ecclésiastique n’apparaît qu’en fin de course.L’auteur n’en a pas parlé, à peine l’a-t-il mentionné.Et le fin mot du mystère découle invariablement de l’observation.«Pour ce qui est de l’évocation de la sauvagerie manifeste de la grande cité, le roman policier est manifestement son Iliade.Personne n 'aura manqué de remarquer que le héros, ou le détective, traverse Londres avec quelque chose de la solitude et de la liberté d’un prince de conte de fées.» Cet extrait du toujours même plaidoyer, tout éclairant qu’il est, ne s’adresse qu’aux néophytes.Les autres ont déjà fait leur miel de ces nouvelles dans lesquelles le prêtre irlandais à l’allure lourdaude mais au cerveau si opérant apparaît vite comme l’illustration même de la sympathie.D’autant que Chesterton sait décrire une situation, se livrer à une crique sociale en multipliant les traits les plus fins et les plus acérés.A dose raisonnable, c’est-à-dire en ne se croyant pas tenu de les lire toutes d’affilée, des nouvelles pour le moins réjouissantes.Collaborateur du Devoir Gilles Archambault Félicitations à nos auteurs!) 6 prix pour les Éditions de THomme! Gourmand World Cookbook Awards 2008 ft LES EDITIONS DE L’HOMME Une compagnie de Québécor Media www.edhomme.com LE GUIDE DU VIN 2009 Michel Phaneuf et Nadia Fournier Meilleur guide des vins au Canada en langue française BISTRO \cttc I Le» recette» préférée* t!< «* ;»ïuülc LES RECETTES PRÉFÉRÉES DE MA FAMILLE Claudette Taillefer À\a poil et tl plume GIBIER A POIL ET A PLUME Jean Paul Grappe et Pierre Beauchemin Meilleur livre de recettes faciles à réaliser au Canada en langue française Meilleures photographies dans un livre de recettes au Canada en langue française et Meilleur livre de recettes présentant une thématique unique au Canada en langue française BISTRO Jean-François Plante Meilleur livre d'un chef cuisinier au Canada en langue française Weuni.landwicAei.d'ici #•©1 PLEIN DE SANDWICHES D’ICI La Fédération des producteurs de lait du Québec Meilleur livre de cuisine régionale au Canada en langue française j C c : .-!«c \ c c c ac L li I) E VOIR, LES S A M EDI 17 E T I) I M A N (! HE IS .1 A N V I E R 2 O II il F 5 I LIVRES Une femme sous emprise GUYLAINE MASSOUTRE Très beau cinquième roman que ce récit à la première personne, L’Excuse, de Julie Wol-kenstein, née en 1968, professeure à l’Université de Caen.L’histoire se situe à Martha’s Vineyard, où l’héroïne, qui a hérité d’une riche maison, découvre des photographies anciennes de sa famille, des cassettes et un manuscrit.Elle déballe ce trésor, en prenant son temps, en réfléchissant dans cet environnement propice à la méditation et à l’introspection rêveuse.Un récit onirique, fortement dirigé par sa vie psychique, met en branle le discours sentimental, méticuleux en apparence, rythmé par les sensations du climat et du paysage.Il entraîne le lecteur dans une vaste construction mémorielle, sise au présent et à l’imparfait, sans évincer le futur.Le temps repensé, on le sait, n’a rien de linéaire.Entre tris conscients, hypothèses, retours explicatifs, allusions, supputations et autres conjectures, un registre géographiquement étajé sur deux continents, entre la France et les Etats-Unis, mêle intelligemment les vérités micropsychiques et les oublis entre membres d’une famille disjointe.Décortiquer le monde Au cœur, la narratrice, accrochée à son écri- ture, est tentée par l’expérience de s’abandonner aux synergies de la mémoire.Rebutée par l’ambition d’y souscrire, elle avance par touches, qui prennent la forme des images, déblayant l’absence et les signes.Des coïncidences lui font des clins d’œil, du moins se le dit-elle en doutant de tout.Elle les investit sous nos yeux.C’est précisément la modestie souple et intérieure, si réussie, dans le ton feutré et intime du livre, qui le baigne de grâce.On y côtoie une personne sensible et prompte à livrer ce journal, entre les home movies et Le Temps de l’innocence d’Edith Wharton.Assez rapidement, la narratrice, Lise, âgée de vingt-trois ans, est entraînée dans le manuscrit de Nick, son cousin, qui l’incite à lire, entre autres.Portrait of a Lady, d’Henry James, dont il s’est servi pour évoquer sa mère, sujet de ces pages.Jane Austen croise le modèle.Lise veut désormais égaler son cousin et cette femme, dont elle a des souvenirs distincts mais vagues, enfantins.Elle entre dans une émulation toute faite par elle-même.Elle bute sur ses propres visées, se confronte à elle-même, croyant rejoindre ce qui l’entoure.Elle se cale dans la peau des autres comme dans les fauteuils, si confortablement assortis à l’espace.Fondu enchaîné Deux livres entrent alors en concurrence.Wolkenstein joué de l’orgue, sans jamais nous perdre dans chaque délire, car c’en sont deux, dominés par le goût de la fiction.Comme le vécurent les deux frères James, Henry et James; Alice James, leur sœur, tenait elle-même un journal.L’écriture demeure claire et concrète, sans effet littéraire recherché apparent, sans formule ni phrase qui tranche.L’impression explicative — d’où le titre, car il y a bien justification qui s’ignore, culpabilité secrète — fait tache d’huile, dans les commentaires littéraires, la narration du jour, les remarques linguistiques et bilingues, la quête langagière, mémorielle.Et soudain, le roman bascule: «Là il charrie.J’arrête.Même s’il a toujours exactement pénétré mes pensées, ça va trop loin.Je ne joue plus.» C’est à peu près la seule phrase isolable.Révolte prévisible après l’expérience des doubles visités.Une deuxième partie, au double sens du jeu et du livre, commence.La suite offre plus de contorsions mentales.Les cultures s’affrontent, les âges, les mots, les pensées dans un seul espace fusionné.Lise s’attaque aux stéréotypes, boit un peu trop, combat son double.Son désir de mémoire est-il manipulé par le texte antérieur de son cousin?Quelle est cette histoire de famille?Va-t-elle se faire avoir?Flouée, sans certitude palpable, mais grevée de ressentiment, elle cherche sa prise.Familles littéraires On est au cœur du principe littéraire, qui déréalise le monde et le complexifie selon les lois de l’humain.Fille de l'académicien Bertrand Poirot-Delpech, elle traite le «déjà vu».Qu’on pense à Nathalie Reims, à Anne Viazemski, à Florence Delay, à Suzanne Lilar, à Marie Nimier, et toute la différence explose: Wolkenstein métamorphose les données personnelles en échos de lecture.L’excuse est le nom d’une carte essentielle au tarot, une clé.Elle vaut toutes les autres cartes, qui ont une valeur, un chiffre, un symbole.Elle permet le retrait et le jeu en même temps, marque la conscience, prête à fondre sur son objet.Je ne vous dévoilerai pas le dernier stratagème de Wolkenstein.Il faut lire pour jouer et voir abattre les cartes de ses protagonistes, comment Julie retournera cette impression d’impasse dans laquelle elle s’est jetée.C’est un excellent jeu, situé dans un avenir proche, trompe-l’œil mélancolique qui fait la preuve habile, comme l’a écrit Henry James, qu’à même le piège on construit toujours son destin.Collaboratrice du Devoir L’EXCUSE Julie Wolkenstein RO.L Paris, 2008,345 pages L’écriture demeure claire et concrète, sans effet littéraire recherché apparent LETTRES FRANCOPHONES Les illusions de la littérature-monde PIERRE-FRANCK COLOMBIER AGENCE FRANCE-PRESSE Camille de Toledo POÉSIE Les mots aimés de Bahman Sadighi et de René Lapierre USE GAUVIN Vous chercheriez en vain le Flurkistan dans un atlas géographique ou dans quelque guide touristique.Le Flurkistan est un pays fictif, né de l’imagination de Philippe de Toledo, qui en fait le lieu symbolique de la littérature.Un lieu qui emprunte tout autant au monde des livres qu’à celui d’un imaginaire du lointain.Car le Flurkistan est une réminiscence du Far-ghestan de Julien Gracq dans Le Rivage des Syrtes.L’ouvrage se présente comme un contre-manifeste, son auteur s’attachant à démonter les unes après les autres les affirmations contenues dans le manifeste publié dans Le Monde du 16 mars 2007 et intitulé «Pour une littérature-monde en français».Le manifeste du Monde, que Camille de Toledo décrit comme «l'offensive des géants», puisqu'il réunit les signatures les plus prestigieuses de la littérature française, doit être interrogé de plus près: il s’appuie en effet sur une idéologie du réel, et de la littérature, pour le moins simpliste.En opposant le centre et la périphérie, les écrivains voyageurs aux sédentaires, la «poussière des routes» au regard tourné vers soi, les signataires feraient preuve d’une grande naïveté.Mais les manifestes, rappelle à juste titre l’auteur, sont d’abord des objets de volonté et de pouvoir.Il s’agit de fonder une «histoire officielle» de la littérature dont l'essentiel serait: «le lent déclin du roman français épuisé par les idéologues des années 70 et le sursaut magnifique de quelques dissidents rejoints par les cultures du monde».On aura réussi tout au plus à remplacer une idéologie par une autre, celle d’un retour au «réel» dont la littérature se serait écartée, enfermée dans son formalisme et obsédée par le soupçon et le doute.Le polémiste reproche aux signataires de perpétuer une représentation archaïque du voyage, car aujourd’hui «le voyage n'est plus ce qu’il était» et «les voies d’accès au monde se sont multipliées».Pourquoi alors inscrire l’intériorité d’un côté et les chemins de l’autre?Le livre des fuites de Jean-Marie G.Le Clézio serait le meilleur exemple de cette dichotomie factice, car il met en scène des identités en suspension engagées dans l’aventure d’un parcours immobile.Et l’auteur de se demander de quelle «étrange boîte» serait sorti ce «frisson du dehors» que réclament les écrivains-voyageurs.Peut-on vraiment parler d’un dehors, voire d’un «ailleurs» dans ce monde post-exotique où «tout se déterritorialise et devient importable, exportable, reproductible et duplicable?» Existe-t-il d'autres ailleurs que celui du Farghestan de Gracq, soit comme «rêve, désir et menace»?Existe-t-il vraiment d’autres voyages qu’intérieurs?Le centre est partout Les auteurs du manifeste affirment que le centre est désor- mais partout, aux quatre coins de la planète.Or il est caricatural, selon Camille de Toledo, de dresser la périphérie contre le centre comme il est inutile de choisir entre «le devenir créole de l’identité et le vertige de sa perte».Et l’auteur d’ajouter «qu’il n’y a pas à choisir, il n’y a qu’à osciller».Il faudrait encore, pour que cette pluralité de centres puisse vraiment exister, que le système de reconnaissance de langue française accueille, «à égalité de chances, les livres écrits ici et ailleurs».Le modèle anglo-saxon repose sur un système éditorial décentré, réparti sur plusieurs continents.Tel n’est pas le cas de la production littéraire de langue française, coincée dans son centralisme parisien: car «à aucun moment, les signataires ne sortent du système de reconnaissance qu’ils critiquent.Plus ils le dénoncent, plus ils lui donnent de l’importance».Comment en effet comprendre autrement la référence aux prix littéraires parisiens de la rentrée 2007, attribués à des auteurs «venus d’ailleurs» mais tous publiés par de grandes maisons parisiennes?Est-ce vraiment l’indice d’une pluralité de centres?On aurait aimé en lire davantage sur ce sujet.Au sujet de la langue, l’auteur insiste pour dire que, plutôt que de polariser la scène littéraire, et de voir dans la créolisation un phénomène entièrement nouveau, il faudrait chercher dans l’histoire, voire dans la «fabrique» (sic) de la langue, les raisons de sa déterritorialisation, de sa dénationalisation.Et de rappeler le travail accompli dans ce sens par les Rabelais, Bellay et autres.Il s’agit là d’un propos que je ne peux que saluer au passage, y reconnaissant des thèmes et des termes familiers.On pourrait longuement épi-loguer à propos des contradictions du manifeste.La démons-tration de Camille de Toledo est convaincante bien que, dans son désir de déconstruire les oppositions manichéennes du texte, il oublie de parler de celle, fondamentale, qui consiste à associer le concept de «littérature-monde» à une langue, aussi glorieuse soit-elle, et omet de décrire, sinon de façon allusive, les conditions particulières d’exercice de la littérature dans le monde francophone.Malgré la pertinence des arguments énoncés, on ne peut s’empêcher de noter un certain agacement chez l’auteur devant la place occupée par les écrivains dits «périphériques».Quoi qu’il en dise, son point de vue, comme celui des signataires du manifeste qu’il dénonce, reste d’abord franco-français.La francophonie littéraire n'a pas dit son dernier mot.11 appartient maintenant à ses écrivains de se faire entendre.Collaboratrice du Devoir VISITER LE FLURKISTAN OU LES ILLUSIONS DE LA LITTÉRATURE-MONDE Camille de Toledo PUF Paris, 2008,109 pages m me HUGUES CORRIVEAU Né à Téhéran en 1960, Bahman Sadighi fut finaliste au prix Alain-Grandbois de l’Académie des lettres du Québec pour ses Semences syllabes (2004).Cette fois, le pronom «tu» est pris à partie dans Partages de tu, telle une entité vivante.Le livre est magnifique d’énergie rythmique cumulative, utilisant l’énumération et une homophonie discrète qui chante dans les syllabes et les voyelles.On croirait assister à la rencontre improbable entre Gilles Cyr et Jacques Prévert.Le mot est aimé pour ce qu’il est, bulle de sens qui danse et qui saute.En Mt, il s’agit d'un long cri qui va vers l’autre absent, tendu par l’attrait qu’il suscite, mais qui résiste.Et constamment il faut se méfier du ton allègre de ces poèmes qui cachent bien leur souffrance.C’est peut-être bien dans cette subtile concentration du ton que le recueil est le plus fort «Naissent quatre choses / des langues // lui toi nous moi // toi la musique / moi l’écriture / lui le sable / nous // la corde / la nuque»-, et quand les poèmes se mettent à jouer d’un instrument, on n’est pas loin d’un pas chorégraphié, malgré la mort qui se cache et qui étreint, l’artiste bien prêt de se pendre au détour.Alors, «le vers est un fleuve farouche», de ceux qui charrient leur part de bouleversement, allant droit vers «le requiem // dialogue de pierre / dialogue de nuit / dialogue de sans / dialogue de rose // la musique du vent / la danse du doigt du dé du mot».Il y aurait tant à citer pour donner le EN BREF Je me souviens de Gargouille Même les héros finissent par prendre un coup de vieux.Ir* célèbre personnage de bande dessinée Gargouille, sorti tout droit de l’imagination de Tristan Demers, a aujourd’hui 25 ans.Et pour souligner l’événement, les Editions goût de ce plaisir constant qui nous entraîne vers la joie et la mélancolie, vers la paix et la fulgurance! H nous suffira peut-être d’insister sur la qualité de cette œuvre et de souhaiter qu’elle soit ouverte en de très nombreux lieux.Et quand le poète dit, à la toute fin: «je suis là // n’aie pas peur / écris // j’assume tout // pauvre toi», on a le goût de se laisser porter par notre lecture, au creux même de notre pauvreté de lecteur.Itinérance Parler d’un recueil de René Lapierre est toujours risqué puisque c’est très savant et d’une si forte culture qu’on craint de n’en rendre compte que trop partiellement, mais c’est beau et d’une très grande richesse.«Un poème est aimant dam ce qu’il a d’impitoyable./ Il est le plus aimant où il s’oublie le plus», nous dit René Lapierre dans son Traité de physique.Cette formule belle et ambiguë présente bien ce travail qui hésite entre le récit assez conventionnel et le poème en prose ou en vers libres.Comme dans L’Eau de Kiev d’ailleurs, mais avec une constance plus grande.Le résultat est captivant et convie les domaines scientifique et poétique, les gestes concrets et le questionnement qui en découle, alors qu’on voyage avec des personnages de référence, comme ce Libchaber, qui fut réellement membre de l’Académie des sciences, ou ce Landau, né en Azerbaïdjan.Ainsi, le lecteur se voit interpellé par deux tons diamétralement opposés.D’une part, nous lisons: «Tachka souriait, l’air absent.Elle Boomerang ont décidé de retracer le parcours atypique de ce drôle d’oiseau en écrivant un lû chapitre de ses aventures, sur le mode de la rétrospective.Intitulé Gargouille, 25 ans et toutes ses dents, l’objet comique revient donc sur les traces de ce personnage, créé en 1983 par un p’tit gars de 11 ans, et qui a marqué toute une génération de lecteurs souriait au beurrier de cristal: un pétale de beurre doux, vingt-deux calories.Ses mains étaient fines, ses bras parfumés.Joshua déposa le pétale sur une bouchée de pain chaud, il mollit lentement.» Et à la page suivante, cette très belle strophe: «Nous voudrions toucher / d’autres maim, des lèvres / qui prononceraient notre nom / et d’autres noms encore / incompré-hemiblement beaux.» Mais quelle que soit l’approche, il est ici question de beauté et de tendresse.Les récits s’accumulent pour se perdre dans le poétique, pour y mener fatalement Cette translation donne à ce recueil son battement de cœur.On s’étonnera bien un peu du prosaïsme de certains textes, mais confrontés tout à coup au poème, nous nous laissons porter ep cette Russie lointaine ou aux Etats-Unis, pays à la fois des étrangetés froides et des images familières.Ce Traité de physique parle en effet du réel et de la langue, de l’actualité de la langue quand elle narre et poétise.Les lois de la physique soulèvent le sens à travers ses fouilles, pour mieux comprendre ce qui nous attire entre les nombres et les mots afin d’en saisfr les règles.Collaborateur du Devoir PARTAGES DE TU Bahman Sadighi Editions du Noroît Montréal, 2008,136 pages TRAITÉ DE PHYSIQUE René Lapierre Les Herbes rouges Montréal, 2008,150 pages — et de lectrices —, mais aussi des emballages de popsicles.On y parle bien sûr de Gargouille magazine, de son incursion au petit écran, de son voyage à Paris, et ce, toujours avec ces fidèles compagnons Zig Zag, Fouineux et Rita, dont le classicisme, tout comme celui de Gargouille, n’a pas pris une ride en un quart de siècle.- Le Devoir J "tùmnfic Wpîi dWM La souffrance chez Paul de Tarse et Simone Weil avec Daniel Cadrin, op Mercredi 21 janvier 19 h 30 / / WjuUnes Beaucoup plus qu'une librairie! Salle de conferences et café-resto 2661 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585 Contribution suggérée de 5 $ Avec le soutien de la Sodée SODEC Québec r* c* .1.¦: • le I.K I) K V I) I li , I.K S SA M K I) I 17 E T DIMANCHE I K J A N V I E R 2 (I 0 9 mm ESSAIS Le Canadien nous rend-il dévots ?SHAUN BEST REUTERS Le travail en équipe, la nécessité de se surpasser, une sélection impitoyable, une rétribution selon le mérite, la soumission aux lois du marché et la légitimation de la violence sont des valeurs véhiculées par le Canadien dont certains se servent pour construire leur vie Louis Cornellier Un soir de décembre dernier, regardant L’Antichambre à RDS après avoir lu, le matin, les pages sportives des journaux, je me suis fait la réflexion que tout cela était plutôt délirant.J’ai beau être un fan du Canadien, n’y a-t-il pas une limite?Tant d’heures consacrées à cela, au lieu de traiter d’enjeux sociaux, de politique, de philosophie, de littérature ou de religion?Parmi tous ceux qui vouent un culte au CH en lui consacrant des heures de leur vie, combien accepteraient d’en faire autant pour d’autres réalités?Aussi, je n’ai pas été surpris d'apprendre, quelques jours plus tard, que deux théologiens, par ailleurs grands sportifs devant l’Eternel, préparaient un livre dans lequel ils allaient se demander si le Canadien de Montréal n’est pas devenu une religion.Quand un phénomène suscite un tel engouement soutenu, la question, en effet, se pose, même si elle peut sembler déplacée au premier abord.Codirecteur de La Religion du Canadien de Montréal, le théologien Olivier Bauer est un des premiers à se mouiller, non sans un certain humour.Même s’il lui manque, écrit-il, «une référence explicite et assumée à une Transcendance, à un Dieu», le Canadien «présente bien des aspects d'une religion, peut-être dans la valeur que certains lui attribuent, mais surtout dans les comportements qu’il génère».Bauer sait bien que cette mise en relation du sport et de la religion en surprendra quelques-uns.C’est la raison pour laquelle il démontre d’abord que sa démarche s’inscrit dans une tradition.Saint Paul, rappelle-t-il, n’a pas hésité à faire une analogie entre les croyants et les sportifs.«Moi donc, écrivait-il, je cours ainsi: je ne vais pas à l’aveuglette; et je boxe ainsi: je ne frappe pas dans le vide.» De même, des historiens, des ethnologues et des théologiens ont aussi suggéré des liens, parfois pour finir par les réfuter, entre le baseball, le soccer, le hockey et la religion.Qu’en est-il, alors, du Canadien?Tout dépend de la définition de la religion qu’on retient Bauer en propose quelques-unes (instituée, populaire, implicite, civile et quasi-religion) et tente d’évaluer si elles s’appliquent au Canadien comme phénomène.Il obtient ses résultats les plus probants avec les notions de religion implicite et de quasi-religion.Définie par le Britannique Bailey, la première se caractérise par un engagement, son rôle de «foyer intégrateur» (elle unifie les dimensions de l’existence) et ses effets extensifs (elle affecte l’ensemble de l’existence).Pour certains fans finis, le Canadien joue en effet ce rôle.Par chance, pourrait-on ajouter, ces dévots sont tout de même rares.Attribuable au théologien Paul Tillich, la notion de quasi-religion définit certaines idéologies politiques (libéralisme, communisme, fascisme) qui font office de «religions séculières, qui ne se réfèrent pas à un principe ou à un être transcendant, mais qui proposent une réponse à la question du sens de l’existence».Est-ce le cas du Canadien?Si la réponse était affirmative — le CH comme sens de la vie! — il faudrait s’inquiéter de l’état moral des Québécois.Bauer ne va pas aussi loin, mais il suggère néanmoins que le club de hockey «promeut des valeurs dont certains se servent pour construire leur vie».Lesquelles?Le travail en équipe, la nécessité de se surpasser, une sélection impitoyable, une rétribution selon le mérite, la soumission aux lois du marché et la légitimation de la violence.Ce désolant darwinisme social, qui a bel et bien la cote dans certains milieux au Québec — mais que Bauer se garde bien d’entériner — mérite-t-il d’être considéré comme une religion?Ce serait là un bien triste culte.L’analyse de Bauer, au fond, vaut surtout à titre de solide introduction aux sciences religieuses appliquées.Ce qu’elle dit du Canadien, dans ce contexte, intéresse et divertit, mais ne convainc pas.Elle ne parvient jamais à donner tort au cinéaste Bernard Emond — résumé et cité par Bauer dans ces pages — qui notait, en 1973, «qu’utiliser m discours religieux pour en parler, c’est arracher le hockey à sa dimension sociale, à son statut réel d’industne, pour en faire un produit symbolique, un “merveilleux monde du sport", anhisto-rique, innocent, lieu d’utopies humanistes».Emond a ajouté, au sujet de la fonction idéologique du hockey comme religion, qu'«e« reportant les racines de la signification hors du social, [il] sanctionne un monde dépolitisé, anhistorique».Quand le théologien Alain Pronkin affirme que la Fondation des Canadiens de Montréal, en répondant à l’appel des grandes religions par son aide aux plus démunis, permet à ses bénévoles «d’atteindre le divin» et de devenir «de meilleures personnes», il se laisse aller à une hallucinante enflure verbale.On veut bien que cette Fondation, comme à peu près toutes les autres, ait son mérite, mais en traiter sur ce ton emphatique, en négligeant l’arrière-fond sauvagement commercial de cette entreprise et le mépris de la justice que cache trop souvent cette industrie de la charité, relève de l’aveuglement.L’autre codirecteur de cet ouvrage, le prêtre et éducateur physique Jean-Marc Barreau, blague-t-il quand, dans un essai extravagant dont on peine à suivre la logique, il fait appel au leadership prophétique de Bob Gainey afin d’humaniser la religion sportive?On le souhaite.Denise Couture, en «commentaire d’après-match», regrette que les femmes riaient pas assez part à l’univers du hockey, qui devrait leur appartenir à elles aussi.André-A.Laffance, en évoquant avec une belle nostalgie le lien affectif que le Canadien lui a permis d’établir avec son père et, aujourd’hui, avec son fils, fait dans une saine mesure.Ce thème de la nostalgie est probablement la véritable clé de compréhension de tout ce phénomène.En sacralisant Maurice Richard au moment de sa mort en 2000, les fidèles, comme l’explique Benoît Melançon, ne communiaient pas tant à la religion du CH qu’ils disaient qui «il fut un temps heureux où l’on pouvait croire en plus grand que soi.Dorénavant, les idoles sont bien trop souvent terrestres.On paraît le regretter.» Voilà.Tout simplement.louiscoftsym patico.ca LA RELIGION DU CANADIEN DE MONTRÉAL Sous la direction d’Olivier Bauer et Jean-Marc Barreau Fides Montréal, 2009,192 pages Tout l’art PAUL CAUCHON C> est ce qu’on appelle un pavé, un vrai.Ix?livre est énorme et pèse une tonne.Et son projet rédactionnel est d’une grande ampleur: tracer une véritable histoire de l’art sur 30 000 ans, à l’aide de 1000 chefs-d’œuvre provenant de partout sur le globe, et de toutes les cultures.Vaste programme, très représentatif de cette obsession bien contemporaine du catalogue, ou du «best of».Champlain et la Nouvelle-France festive à voir une sensibilité étonnante chez les hommes de cette époque.Mais la grande force de cet ouvrage, c’est vraiment de mettre en relation les œuvres de différentes cultures aux mêmes époques, dans une perspective différente de l’histoire dominée par l’art occidental.Au VIII' siècle, par exemple, en plein Moyen Age européen, l’ouvrage donne à voir de magnifiques œuvres créées dans la civilisation maya ou au Japon de l’époque Nara.Ce même choc des cultures, La grande force de cet ouvrage, c’est vraiment de mettre en relation les œuvres de différentes cultures aux mêmes époques, dans une perspective différente de l’histoire dominée par l’art occidental Le pavé commence avec la plus ancienne statue découverte.un homme à tête de lion, en ivoire de mammouth, statue découverte en Allemagne et qui remonte à 28 000 avant J.-C.Les œuvres retenues sont ensuite présentées par ordre chronologique.Chaque œuvre est photographiée pleine page, accompagnée d’un petit texte qui la situe dans son contexte historique et culturel.Le développement des différentes représentations artistiques dès la préhistoire est assez fascinant, et nous donne qu’on retrouve partout dans l’ouvrage, se poursuit à l’époque contemporaine.Dans les années 60, par exemple, à côté de pièces incontournables de Warhol ou d’( Mdenburg, l’ouvrage choisit de proposer un exemple typique du réalisme socialiste chinois, ou une magnifique œuvre du N ige-ria.Cette ouverture aux autres cultures est forte, mais l’ouvrage n’explique pas vraiment les liens qui pouvaient se développer entre les créateurs de différentes cultures.Je ne suis pas un spécialiste, mais pour une véritable histoire de l’art il me semble qu’il faut encore se référer aux travaux d’Ernst Gombrich, qui a écrit une célèbre histoire de l’art.sans cesse rééditée et améliorée de 1950 aux années 90, qui montrait comment les artistes pouvaient s’influencer d’un pays à l’autre (par exemple, les liens entre artistes italiens et flamands lors de la Renaissance).Autre remarque.L’ouvrage est magnifique, mais il soulève la question de la hiérarchie entre les œuvres.Et surtout, on comprend mal à partir de quels critères réels les 1000 œuvres ont été retenues.On pourrait supposer qu’elles l’ont été à cause de leur pertinence ou de leur influence dans le monde.Si c’est le cas, on ignore pourquoi, chez De Vinci par exemple, on a retenu le portrait de Ginevra de Benci plutôt que La Dernière Cène ou La Joconde.Dans le cas de Michel-Ange, on n’a pas retenu La Pietà ou le David.Pour Van Gogh, on a choisi le portrait du surveillant Trabuc, qui ne me semble pas être l’œuvre lp plus marquante de l’artiste.A partir des années 70 et 80, on laisse beaucoup de place au land art et aux installations, mais il n’y a rien sur Basquiat ou Keith Hearing.Bref, un très bel ouvrage qui laisse perplexe.Le Devoir 30 000 ANS D’ART Phaidon, Pains, 2008,1065 pages Histoire des grandes expéditions PAUL CAUCHON Comment un livre peut-il rivaliser avec le multimédia et Internet?National Geographic tente de relever le défi en produisant un magnifique objet, un coffret consacré à l’histoire des grandes expéditions.Si le sujet n’est pas nouveau, ici c’est le traitement qui fait sensation.Cette histoire des explorations prend la forme d’un grand volume inséré dans un boîtier.Sur chaque double page du livre une grande expédition est racontée: Christophe Colomb, Ix'wis et Clark, l’exploration scientifique de l’Amérique latine, la recherche des sources du Nil, et ainsi de suite.La mise en page est très dynamique, comme si l’on vou- lait récréer le principe des hyperliens: textes courts, encarts, profusion de petits illustrations et de photos, et ainsi de suite.Mais ce n’est pas tout.L’éditeur a également inséré dans le livre de petites pochettes qui contiennent des reproductions de documents rares et anciens: par exemple, aquarelles des explorateurs, journaux de bord ou cartes anciennes.Prière de coloniser Aussi, dans la pochette du chapitre consacré aux Français en Amérique du Nord, on retrouve la reproduction complète de la lettre de François l" adressée à Jacques Cartier, cinq feuillets écrits des deux côtés, lui enjoignant de coloniser la vallée du Saint-Lau- rent (honnêtement, l’écriture du roi est plutôt difficile à déchiffrer aujourd’hui.).Et comme si ce n’était pas assez, cette encyclopédie propose également un cédérom qui regroupe 35 cartes historiques en couleurs, la première remontant à 1285 (avec Jérusalem au centre du monde), la plus récente datant de 1933 (le premier relevé complet d’un désert de l’Arabie Saoudite).Un album somptueux.Le Devoir LES GRANDES EXPÉDITIONS Beau Riffenburgh National Geographic Environ 80 pages, un cédérom et une trentaine de documents imprimés.MICHEL LA P 1ER RE \ A l’occasion des 400 ans de Québec, on a écrit sur Champlain l’explorateur, le cartographe, le colonisateur, le partisan de la tolérance dans une société française où catholiques et protestants rivalisaient entre eux.Mais n’a-t-on pas négligé sa participation aussi bonhomme que résolue au sens de la fête, presque à l’exemple de ces Montagnais qui «vont, après leur mort, trois fois l’an faire un festin, chantant et dansant sur leur fosse»?C’est pourtant le fondateur de la Nouvelle-France lui-même qui mentionne cette croyance, avec une discrète sympathie, dans ses Voyage^ (1613), que l’érudit français Éric Thierry a publiés en langue moderne pour en rendre enfin accessibles la fraîcheur et l’originalité.Savamment présentée et annotée par le spécialiste de la colonisation de l’Amérique du Nord sous Henri IV et Louis XIII, la nouvelle édition des récits de Champlain s’intitule Les Fondations de l’Acadie et de Québec (1604-1611).La nécessité réciproque d’une alliance entre les Français et un groupe de nations autochtones — en particulier les Montagnais, les Algonquins, les Durons — pour lutter contre l’hégémonisme iro-quois donne lieu à un échange culturel prononcé.Après la fondation de Québec en 1608, cet échange se manifeste lorsque les Européens emmènent en France un Amérindien, à titre d’invité d’honneur, et que les autochtones gardent chez eux le Français qu’on leur a confié.De retour au Canada, Champlain décrit l’expérience de ce dernier: «Je vis mon garçon qui vint habillé à la sauvage, qui se loua du bon traitement des Sauvages, selon leur pays, et me fit entendre tout ce qu’il avait vu en son hivernement et ce qu’il qvait appris desdits Sauvages.» À lire le colonisateur, on a l’impression que la rigueur climatique du pays, le scorbut et la guerre contre les Iroquois ne sont que les inconvénients inévitables d’un grand jeu.Anthropologue avant la lettre, Champlain raconte comment les femmes «toutes nues» de ses alliés amérindiens plongent dans l’eau pour rapporter des canots les têtes arrachées des ennemis et en montrer une, «bien précieuse», au roi de France.En fondant, l’hiver 1606-1607, pour ses compagnons français, l’ordre de Bon Temps, groupe fraternel et carnavalesque où régnaient la ripaille et rhilarité, il annonçait des outrances, parfois terrifiantes, que Rabelais n’aurait pas reniées.Dans son remarquable guide Québec, capitale de la Nouvelle-France (1608-1760), l’historienne québécoise Raymonde Lita-lien insiste sur l’aspect festif que, dès 1603, à Tadoussac, Champlain intègre à l’alliance franco-amérindienne qui rendra possible l’édification de la Nouvelle-France.Par le calumet de paix, les palabres, l’éloquence, l’apparat, les présents, le chant et la danse, les autochtones ont initié les Français à un rituel qui favorise l’osmose — le mot n’est pas trop fort — de deux cultures si distinctes.Les formes verbales propres aux usages immémoriaux de l’Amérique s’imposent.L'historienne signale que «même les traités adoptent ce langage imagé».C'est dans l’art de la guerre que l’osmose se manifeste le plus.Dans leur lutte contre les Britanniques, les Canadiens, ces Français nés en Nouvelle-France, choisissent la guérilla chère aux Amérindiens.Pour illustrer la tactique, Raymonde Litalien se réfère au récit que fait Charlevoix (1682-1761) du raid de Phips, militaire de la Nouvelle-Angleterre, contre Québec en 1690.«Les Canadiens voltigeaient de rocher en rocher tout autour des Anglais, qui n’osaient se séparer.», relate l’historien.Ceux-ci «prenaient, poursuit-il, les Canadiens pour des Sauvages, et on les entendit dire en se retirant qu’il y avait des Indiens derrière tous les arbres».In preuve la plus éclatante de l’osmose festive entre autochtones et Canadiens, c’est paradoxalement cette observation des Anglo-Saxons, les pires ennemis de l’alliance franco-amérindienne, qui nous la livre.N’appelleront-ils pas «French and Indian IVar» la guerre sans merci qu’ils mèneront pour sceller le destin de l’Amérique du Nord?Collaborateur du Devoir LES FONDATIONS DE L’ACADIE ET DE QUÉBEC Samuel de Champlain Septentrion Québec, 2008,294 pages QUÉBEC, CAPITALE DE LA NOUVELLE-FRANCE Raymonde Litalien Les Belles Lettres Paris, 2008,240 pages Saint-Ignace de toyola (1491*1556) Symbolique du pèlerinage et exercice du leadership L'exemple de Saint-Ignace de Loyola avec Gisèle Turcot, SBC Lundi 19 janvier 19 h 30 Beaucoup plus qu'une librairie ! fyj Salle de conférences et café-resto 1* 2661 Masson, Montréal, Qc laulines 514 «49-3585 Contribution suggérée de 5 $ Avec le soutien de la Sodcc soute QuCbei "SS im C c
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.