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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2009-03-28, Collections de BAnQ.

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L E 1) E V 0 I K .LES SAM E I) I 28 E T I) I M A N ( li E 2 9 M A R S 2 0 II ! ÉDITION Bientôt des livres à la demande?Page F 2 LITTÉRATURE Montréal, à l’encre de nos yeux Page F 3 I 2 m JACQUHS (iRKNIER I.E DEVOIR ENTRETIEN Andrée A.nuits blanches et roman noir Lazy Bird, son huitième roman, est un «vrai» polar tout en musique CHRISTIAN I) E S MEULES La bande sonore que l'on pourrait tirer de ce polar presque classique donne un avant-goût de son atmosphère.Le roman évoque Col-trane, Tom Waits, Gillian Welch, Lou Reed, Billie Holiday, Charlie Mingus, Riders on the Storm des Doors, une version de Georgia on My Mind par Willie Nelson.Du jazz, des accents de blues, des poursuites en pizzicato, la solitude feutrée d’une émission de radio nocturne.La nuit version Andrée A.Michaud.«C’est un peu un défi que je me posais», raconte l’écrivaine, rencontrée chez elle, avec un petit trémolo dans la voix qui trahit la nervosité de celle qui se fait cuisiner.«Même si j'aime beaucoup la musique, je ne me considère pas comme une grande connaisseuse.Ça m’a poussée à faire des recherches, à me rapprocher d’un univers musical particulier», poursuit celle qui me reçoit dans une pièce remplie à craquer de livres.Sa table de travail, plus dépouillée et placée devant une grande fenêtre, donne sur up parc du Plateau Mont-Royal.A un mur, des photographies en noir et blanc de Bob Dylan et de Leonard Cohen veillent comme des icônes.Lazy Bird, son huitième roman, raconte le cauchemar d’un homme, Bob Richard, un Québécois albinos engagé comme animateur de nuit par «la seule station de radio rentable de Solitary Mountain», une petite ville du Vermont («largement imaginaire», précise l’écrivaine).Le cauchemar d’un homme solitaire qui porte, du haut de sa quarantaine, un regard plutôt désabusé sur la vie.L’histoire d’un personnage marginalisé à la naissance et des liens qu’il tissera au cours du «sanglant été 2007» pendant lequel il sera la cible de harcèlement maniaque tandis que vont s’accumuler autour de lui les morts violentes.Un frisson dans la nuit «Bob Richard est un homme qui est en mouvement perpétuel, raconte-t-elle, qui va d’une ville à l’autre et d’un emploi à l’autre.Pour fuir quoi?Peut-être pour se fuir lui-même, pour oublier que, où qu’il se trouve, il ne réussit pas à créer des attaches.C’est un être qui est sans véritables racines et qui, pour cette raison, essaie de trouver un lieu où il va se sentir mieux.Il sait très bien, en même temps, que ça n’existe pas.» Le titre est une référence directe à l’une des pièces de Blue Train, l’un des albums les plus connus de John Coltrane, colosse du saxophone et du jazz.Mais si la musique y est omniprésente, c'est surtout un film de Clint Eastwood de 1971, Play Misty for Me (Un frisson dans la nuit dans sa version française), dont la bande sonore fait elle aussi la part belle au jazz, qui sert de base au roman.Le film d’Eastwood, comme le Lazy Bird d’Andrée A.Michaud, raconte la descente aux enfers d’un animateur de radio traqué par une auditrice obsédée.L’atmosphère du roman est un mélange de Stephen King, de CSI, de Fatal Attraction et, pourquoi pas, de beaucoup d’Andrée A.Michaud.«J’ai essayé de mettre les règles du polar à mon service plutôt que de me mettre au service des codes tra- ditionnels du genre», précise-t-elle en rappelant avoir déjà utilisé, dans plusieurs de ses romans, certains éléments du roman policier.«Cette fois, j’avais envie d’en faire un vrai.Mais je n ai pas l’intention de devenir une au-teure de polar, ce que je suis en train d’écrire n’a rien à voir avec ça.J’avais envie de m’amuser.Et je pense que c’est encore mon univers.» Cinéphilie avancée Tout comme elle l’avait fait dans son roman précédent, Mirror Lake (Québec Amérique, 2006, prix Ringuet), Andrée A.Michaud a pris plaisir à émailler Lazy Bird de nombreuses références à la culture populaire américaine.Aux univers do l’Amérique de Sam She- pard et de David Mamet.«C’est mon nouveau dada», confie l’auteure (YAlias Charlie (1994) et des Derniers Jours de Noah Eisenbaum (1998), plus connue depuis Le Ravissement, qui lui a valu en 2001 le Prix du Gouverneur général.«J'avais peut-être aussi l’impression que je n’étais pas allée au bout avec Mirror Lake.D’abord parce que l’histoire cette fois s’y prêtait bien, que ça se passe aux États-Unis et que je poursuivais ce que j’appelle mon exploration du proche territoire américain.Mais c’est aussi une façon de mettre en parallèle deux cultures: la culture québécoise et la culture étasunienne, qui sont elles-mêmes comprises dans la culture de l'Amérique du Nord à laquelle on appartient.» lx>s références musicales, en ce sens, allaient elles aussi de soi.Pour ce qui est du gros clin VOIR PAGE 1-2; LAZY* BIRD 1 L’atmosphère du roman est un mélange de Stephen King, de CSI, de Fatal Attraction et, pourquoi pas, de beaucoup d’Andrée A.Michaud ^ V v> L K It E VOIR, LES S A M E I) I 28 ET DIMANCHE 29 M A H S 2 0 0 9 LIVRES Le règne de la micro-édition est-il arrivé ?La machine « espresso » du livre fait son apparition à l’Université McGill L’arrivée de la micro-édition sème-t-elle les germes d’une minirévolution dans le monde du livre?Après le livre numérique, l’arrivée de l’impression sur demande contamine lentement le monde universitaire.Après la bibliothèque d’Alexandrie et la Banque mondiale, l’Université McGill s’apprête à imprimer sur demande sa riche collections de documents et livres anciens.VAS:, iVllASK MONTAGE CHRISTIAN TIFFET S ISABELLE PARÉ On l’appelle le guichet automatique du livre ou l’«Es-presso Book Machine» (EBM).Couplé à la numérisation, on prédit que cet appareil qui imprime et recrache sur demande un livre en quatre minutes pourrait changer le monde de l’édition autant que le firent les presses de Gutenberg au XV1' siècle.Supercherie ou réalité?Chose certaine, cette fameuse presse de poche, inventée en 2006 par les visionnaires fondateurs d’OnDemand-Books (ODB), s’apprête à faire son entrée à la bibliothèque de l’Université McGill, après avoir déjà conquis deux autres bibliothèques universitaires canadiennes.McGill devrait recevoir cet appareil pas plus gros qu’une photocopieuse d’ici le début de l’été et l’installer dans l’édifice de la McLennan Library, qui abrite toutes les collections de livres rares et anciens de l’université.«Nous avons l’intention d’imprimer à la demande tous les titres de notre collection de livres rares et les documents originaux qui font partie de notre riche collection et qui sont du domaine public.Cela complète le projet de numérisation de nos collections, laquelle est déjà amorcée grâce à un scanner automatisé», explique Janine Schmidt, directrice des bibliothèques de McGill, qui a déjà mis en ligne des milliers de thèses de ses étudiants.De la photocopieuse au robot L’appareil créé par la compagnie ODB, fondée en 2003 par Joseph Epstein, directeur de la maison d’éditions Random House, et Dane Neller, ex-directeur de Dean & Deluca, ne porte pas le nom d’-Espresso Book Machine» pour rien.À l’instar des Gag-gia et autres machines à café, l’EBM imprime, tranche et relie sous forme de livre à couverture molle n’importe quel fichier numérique en aussi peu de temps qu’il n’en faut pour produire un capuccino.Sorte de minichaîne de montage, l’appareil plie, coupe, colle pages et couverture, accouchant d’une copie en tous points similaire à l’original.D’abord lancée à la bibliothèque de la Banque mondiale à Washington, puis à la bibliothèque d’Alexandrie en Egypte en 2006, pour imprimer de rares documents en arabe, l’Espresso Book Machine a depuis gagné quelques bibliothèques publiques, dont celles de l’Université du Michigan, de l'Université de l’Alberta, à Edmonton, et de l’Université de Waterloo, en Ontario.«En quelques minutes, on peut produire un livre qu’on ne pouvait avant consulter qu’en ligne ou que les gens ne pou vaient que consulter sur place.L’arrivée de cet appareil constitue un moment crucial pour les bibliothèques et la démocratisation de l’accès aux livres», affirme Maria Bonn, directrice de la Shapiro Underground Library de l’Université du Michigan, qui a accès aux trois millions de titres numérisés par les bibliothèques publiques américaines.A McGill, où la bête futuriste est attendue avec impatience, on projette de donner ainsi accès à toute la collection de livres anciens et de documents uniques aux étudiants, doctorants et chercheurs de tout acabit, ainsi qu’au public en général.L’appareil peut aussi être mis en rapport avec n’importe quelle autre EBM dans le monde, ouvrant ainsi l’accès aux titres numérisés à Alexandrie, à Washington, à Waterloo, etc.Evidemment, il faudra payer pour avoir sur demande un exemplaire des mémoires des premiers généraux de la colonie, mais à un prix somme toute modique.Selon la compagnie OBD, il en coûte environ un sou la page pour produire en quatre minutes un livre, soit environ 3 $ pour un bouquin de 300 pages.À la bibliothèque de l’IIniversi-té de l’Alberta, où l’EBM boulonne depuis novembre 2007, on a imprimé depuis quelque 14 000 livres de centaines de titres différents, certains avec profits.Utilisé de 9h à 17h, cinq jours par semaine, l’appareil ne s’arrête pas une minute tant la demande est forte.La microbibliothèque a été rentabilisée en un an et l’on projette déjà de faire l’acquisition d’un second appareil.«Environ 40 % des documents imprimés sont des manuels scolaires, 30 % des livres publiés à compte d’auteur, et pour le reste, il y a un peu de tout.Chaque fois, les étudiants économisent beaucoup d’argent», affirme Todd Anderson, directeur de cette bibliothèque, qui a imprimé ainsi pour 15 $ des manuels spécialisés qui coûteraient autrement 75 $.Des avantages pour tous Mais l’accès au livre sur demande sonnera-t-il le glas des libraires où l’on prend plaisir à bouquiner tranquillement?Pas selon M.Anderson, qui affirme que l’opération n’est rentable que pour les tirages de moins de 500 pages.«Les gens continueront d’aller dans les librairies et en ligne pour acheter les titres à succès qu’il est beaucoup plus rentable de faire imprimer.On est encore loin du jour où l’on remplacera les librairies traditionnelles», dit-il.Les éditeurs, eux, auraient tout à y gagner aussi.Fini les ruptures de stock, les surplus d’inventaires et les invendus.La plupart des clients de Todd Anderson sont d’ailleurs des éditeurs qui souhaitent obtenir rapidement des titres épuisés, sans aller en réimpression, avec les délais que cela suppose.«Pour l’éditeur, ça permet de gérer mieux les stocks, surtout pour les titres spécialisés dont on tient peu d’exemplaires et qui sont souvent épuisés.Quant aux librairies, en concurrence avec les grandes chaînes, elles ont de plus en plus de mal à garder sur leurs tablettes beaucoup d’essais ou de livres qui s'écoulent lentement», explique Hervé Foulon, directeur des Editions Hurtubise HMH.«Cela pourra donner une seconde vie à certains titres, mais ça ne é menace pas les éditeurs.Car pour les grands tirages, il faut donner une visibilité au livre, le faire voir en librairie, le montrer dans les salons.U y a tout un travail de diffusion à faire pour qu’un livre soit vendu», croit Jean-Marc Soucy, éditeur du Groupe Ville-Marie littérature.Consacrée invention de l’année par le magazine Times en 2007, l’EBM, vendue à rabais aux universités, reluque d’autres marchés, notamment celui des 25 000 librairies commerciales américaines.Et pourquoi pas aussi des livres sur demande dans les aéroports, dans les gares ou les commerces, clament ses inventeurs?Le Devoir LAZYBIRD Dans une petite communauté, tout le monde devient rapidement suspect SUITE DE LA PAGE F 1 d’œil au cinéma qui traverse iMzy Bird, l’écrivaine rappelle La traversée de la ville « La Traversée de la ville offre un regard plus Irais que jamais sur une ville, Montréal, que Michel Tremblay connaît pourtant par coeur, lui qui y vit depuis toujours et qui en a fait le théâtre principal de son œuvre [.] Il faut savourer cette douceur en feuilletant La Traversée de la ville.Elle porte en elle la traversée de la vie d'un grand écrivain.» - Caroline Montpetlt, Le Devoii « Maria et Nana marquent padiculièrement La Traversée de la ville, si Intenses, fugueuses et audacieuses, Elles viennent trlpotailler nos sentiments, s’y (rayent un chemin rapidement entre quelques viscères jusqu'au cœur, comme si elles en avaient toujours eu l'habitude.» - Claudia Larochelle.Le journal de Montréal •« Tout est là.Tout ce qui fait la force de l'univers romanesque et théâtral de Michel Tremblay depuis 40 ans.[.| Un Michel Tremblay plus juste que jamais, plus en contrôle que jamais de son ad.» - Danielle Laurin, Elle Québec LIBRAIRIE BONHEUR D’OCCASION Livres d’occasion de qualité Livres d'art et de collections Canadiana Livres anciens et rares Bibliothèque de la Pléiade Littérature Philosophie Sciences humaines Service de presse BD, livres jeunesse Achetons à domicile 514-522-8848 1-888-522-8848 4487, rue De La Roche (angle Mont-Royal) bonheurdoccasion@bellnet.ea NOUS NOUS DEPLAÇONS PARTOUT AU QUEBEC, POUR L’ACHAT DE BIBLIOTHÈQUES IMPORTANTES.(514)524-5558 lemeac^lemeac corn SmiX"* ^ Québec SK & Série de la Place des Arts LbStuAio Littéraire» Lundi 30 mars • 19h30 À la Cinquième Salle de la Place des Arts Alexis Martin lit Léon Tolstoï Préoccupé par la généalogie et la transmission, par ce qui se passe d’une génération à l’autre, Alexis Martin nous livre des extraits de Guerre et Paix afin d’éclairer notre présent et de le rendre plus compréhensible.Une coproduction Les Capteurs , de mots Place des Arts Qudwcit Entrée: 15 $* Étudiants : 10 $* •Taxes incluses.Frais de service en sus.Commanditaire fuÀa 514 842.2112*1 866 842.2112 laplacedesarts.com que son univers est lui-même fortement teinté de références au 7 art.«Je peux difficilement faire autrement que de les mettre dans mes romans.Spontanément, lorsqu’une image me vient ou que je fais certaines comparaisons, c’est souvent des images de films qui s’imposent.Dans le quotidien, ça peut même être parfois agaçant pour mon entourage», reconnaît-elle en riant C’est Montpelier, minuscule capitale du Vermont, qui a servi de modèle à Solitary Mountain.«J’étais passée par là quelques années avant l’écriture du livre, et j’étais littéralement tombée en amour avec cette petite ville.Je m’étais dit qu'un jour j’écrirais un roman qui aurait pour décor Montpelier.» Dans une petite communauté, tout le monde devient rapidement suspect et tout le monde se soupçonne.C’est un terreau parfait, à ses yeux, pour planter ce genre d’histoires.«La ville n’est pas un matériau littéraire qui m’inspire», ajoute-t-elle.Collaborateur du Devoir LAZY BIRD Andrée A Michaud Québec Amérique Montréal, 2009,420 pages LOUIS CORNELLIER L'ART DE DÉFENDRE B SES OPINIONS EXPLIQUÉ^ HÀ TOUT LE Si-, qui fournit les outils pour permettre de défendre simplement, avec intelligence et efficacité, ses opinions sur divers sujets.m ¦ SMONDE v ' 2 Ylb éditeur Une compagnie de Québécor Media > LITTERATURE 2 (» (I fl F : La suite, svp Danielle Laurin Montréal, ses écrivains.Ou plutôt: Montréal, source d’inspiration pour les écrivains.C’est le point de départ d’un ouvrage remarquable, qui vous fera voir autrement Montréal, les écrivains et leurs livres.Il s’agit d’abord et avant tout de rencontres.De rencontres à Montréal, avec des écrivains.Ça va de Claude Jasmin à Stéphane Bourguignon, en passant par Dany Laferrière et Suzanne Jacob.Parmi les incontournables: Michel Tremblay et Yves Beauchemin, évidemment Aussi: des auteurs d’ailleurs qui aiment Montréal, comme Marc Lévy, Jean d’Ormesson et Philippe Besson, qui a écrit, il y a 10 ans, les premières lignes de son premier roman, En l’absence des, hommes, dans un café montréalais.A chacun, la journaliste Florence Meney et le photographe Luc Lavigne ont donné rendez-vous dans un lieu montréalais de son choix.Chaque fois, on redécouvre ce lieu par les yeux de l’écrivain.Ce qui ajoute à l’originalité du projet Dany Laferrière a choisi le carré Saint-Louis.Pas de surprise ici.C’est là, dans un appartement crasseux, au numéro 3670, qu’il avait abouti, en 1978, deux ans après son départ d’Haiti.Là qu’est né son premier livre, Comment jaire l’amour avec un Nègre sam se fatiguer.Michel Tremblay a opté pour quoi, vous pensez?Pas pour une rue du Plateau, non.Mais pour un endroit mythique, sur Saint-Laurent juste en bas de la Main.Le Monument-National, oui.Qu’il a découvert dès l’enfance et auquel il a rendu hommage dans son roman Le Trou dam le mur.Yves Beauchemin, lui, s’est présenté à la croisée des chemins: la station de métro Berri-UQAM.Tandis que Suzanne Jacob s’est glissée dans le cimetière du mont Royal: «On y trouve toute la vie de la montagne, la vie animale», précise l’écrivaine originaire de l’Abitibi.Chacun ses motivations, ses lieux de prédilection.Stéphane Bourguignon a choisi une gare, dans la ville de Mont-Royal.«Comme artiste, confie l’auteur de L’Avaleur de sable et de La Vie, la vie, la première chose que je dois faire au début de chaque projet, c’est me réapproprier la liberté de travailler.Oublier ce que j’ai fait avant, oublier ce que les gens attendent de moi.Et, quand je sem que je suis complètement dégagé, je repars à neuf.Comme pour un voyage.» C’est dans un petit resta du quartier chinois que Claude Jasmin s’est pointé.Parce que c’est là que, enfant, il a eu la première fois l’impression de voyager, d’avoir accès à un certain exotisme.«Mon père, qui avait son magasin de chinoiseries, m ’emmenait avec lui voir ses importateurs», raconte l’auteur de Chinoiseries, né en 1930 dans le quartier Villeray.En passant, vous connaissez le lieu fétiche de Brian Perro à Montréal?Le restaurant Da Giovanni.Oui, oui.Rue Sainte-Catherine, près de Berri.L’auteur de la populaire série d’Amos Daragon, natif de Shawinigan, explique que c’est le premier endroit de la grande ville qu’il a fréquenté assidûment, enfant, avec ses parents.Et puis, et puis.Le Dairy Queen, dans Rosemont, vous connaissez?C’était un des endroits préférés du bédéiste Michel Rabagliati quand il était petit.Ça l’est resté.Cet amateur de sundae aux fraises qui carbure à la nostalgie se définit comme un Montréalais pure laine: «Je suis un p’tit gars de la ville.J’ai vécu sur le béton.Où on demeurait, c’était asphalté à la grandeur.Pour moi, c’est très poétique, le béton.» Chemin frisant, non seulement cette visite guidée de Montréal nous conduit dans des lieux inusités, elle nous permet aussi de mieux comprendre, de l’intérieur, l’univers des écrivains rencontrés.Des univers, parfois, diamétralement opposés.Qu’y a-t-il de commun, à première vue, entre Kathy Reichs et Normand de Bellefeuille?Pourtant, tous les deux sont profondément attachés à Montréal.Et tous les deux sont d’avis qu’ils ne savent décrire que ce qu’ils connaissent.Cela peut paraître étonnant, mais oubliez le mythe de l’écrivain qui a toujours rêvé de devenir écrivain.Sauf pour quelques-uns.Quelques-unes, surtout.Comme Christyne Brouillet, Elisabeth Vonarburg.Qui ont su très tôt quelle serait leur vocation.Même chose pour l’auteure de la série best-seller Les Chevaliers d’Emeraude, Anne Ro-billard: «En moi, je savais dès mon enfance qu’il fallait que je fasse ça avant de mourir.J’aurais gâché ma vie si je n ’avais pas réussi à “sortir” au moins un livre.J’en faisais des cauchemars.Je savais que c’était le but de mon existence.» Toutefois, pour la plupart des auteurs, l’écriture est arrivée par hasard.Pour Claude Jasmin, tiens.Qui s’est mis à griffonner des histoires pour passer le temps, pendant la mémorable grève des réalisateurs de RadioCanada, en 1958.Et qui, fort du succès de ses premiers livres, a rédigé en trois semaines son roman le plus célèbre, Im Petite Patrie.immortalisé à la télé.Quant à Dany Laferrière: «En Haïti, j’étais journaliste.Ici, je voulais continuer, mais personne ne voulait m’engager sans que j’aille à l’université et ce n’était pas dans mes plans.Alors je me suis dit: “fai du temps.Finalement je vais écrire.”» Même Brian Perro ne se destinait pas à l’écriture.C’est le théâtre qui l'intéressait, le métier d’acteur.Mais une fois lancé dans le roman, à 27 ans, il y a pris goût.H a pondu trois livres, pour adultes, où il était question de l’enfance.avant de se lancer dans la littérature jeunesse et de rédiger les trois premiers Amos Daragon en une année.Vraiment passionnant à lire, Montréal à l'encre de tes lieux.Et à regarder.C’est vivant, ça bouge.La plume élégante de Florence Meney comme les photos léchées de Luc Lavigne donnent à cet ouvrage un enrobage raffiné.L’ensemble est impeccablement réalisé.Bien sûr, on aurait aimé pouvoir aller un peu plus en profondeur avec certains auteurs.On pourrait aussi mettre en question la sélection des auteurs.Surtout vingt écrivains seulement c’est trop peu.D faut faire une suite, tout de suite.MONTRÉAL À L’ENCRE DE TES LIEUX Florence Meney (textes), Luc l avigne (photos) Québec Amérique Montréal 2008,317 pages LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Le milieu du chemin CHRISTIAN DESMEULES Il arrive que l'heure du bilan sonne avec une force qui foudroie celui qui l’entend.C’est le «milieu du chemin de notre vie» dont parlait Dante, la dépression assurée ou la résurrection, une dernière chance au jeu ou l’évidence d’un échec et mat C’est le point de départ des plus récents romans d’Emmanuel Aquin et de François Désalliers.Durant les trois jours d’un long week-end qui se révélera inoubliable, le protagoniste des Géants anonymes, le cinquième roman de François Désalliers, passera successivement du dégoût à la rédemption, au doute puis au désespoir le plus consommé.Francis, 48 ans, devenu écrivain à plein temps après une frustrante carrière de vendeur d'assurances, est marié à une dynamique gérante de caisse populaire.Père de trois grands adolescents, il vit en banlieue nord de Montréal.En panne d’écriture depuis un certain temps, il cherche vaguement un sens à ce qu’il fait tandis que son dernier roman, qui paraît dans sa propre indifférence, se fait éreinter copieusement par la critique.Sa rencontre intense avec la jeune Carole, voisine et mère de famille monoparentale d’une petite fille, lui ouvrira les yeux.L’espoir serait-il encore permis?Il se récite du Marie Uguay («Je regarde finir le monde et naître mes désirs»), mais retourne chez lui avec une tète de condamné.Une décision s’im- pose.En parallèle à cette histoire de désamour, un voisin looser qui accepte mal son divorce et le départ de ses enfants se prépare lentement à péter les plombs.On devine que se noue un drame familial retentissant.Francis et Léopold, dont les histoires se frôlent, forment ici deux variantes d’un même vide existentiel, deux spécimens d’hommes faibles, petits perdants, soumis chacun à d’autres forces que celles de leur propre volonté.Un angle qui suffit a faire de Géants anonymes un roman de l’échec de la fidélité à soi-même et du désir.Mais le style décousu — qui passe du fantastique au réalisme plat — et le manque de profondeur psychologique en réduisent de façon considérable la portée.Un roman, sans qualité particulière et sans défaut majeur non plus, qu’on oublie malheureusement trop vite après l’avoir lu.La logique du papillon Plus consistant, sur le fond comme sur la forme, Phénix, troisième volet d’une suite mythologique d’Emmanuel Aquin (Icare et Prométhée l’ont précédé), touche aussi à sa pianière au sentiment d’échec.A 47 ans, réviseur linguistique insatisfait de son existence, «plusieurs diraient qu’Albert Ashley est un homme comblé», mais ils se tromperaient Le protagoniste de Phénix porte jusque dans son nom l’allusion à cet oiseau fabuleux qui, selon la légende, a le pouvoir de renaître après s’être consumé en cendres.Il symbolise, dans plu- WWW.LECOSSETTE.COM François Désalliers Les Géants anonymes sieurs mythologies, la mort et la résurrection.Un cycle que vivra lui-même Ashley au fil des pages de ce roman électrique et jazzé.L’auteur d’incarnations, de Désincarnations et de Réincarnations (Boréal, 1990,1991 et 1992) a de la suite dans les idées.Pris au milieu d’une prise d’otages avec d’autres passagers d’un train de banlieue, Ashley sera choisi par les ravisseurs pour être abattu.Maigre estime de soi, sentiment d’échec: «Un homme qui meurt depuis longtemps.On ne va pas l’abattre.On va l’eutha-nasier.Mettre fin à son coma végétatif.Le débrancher pour laisser la place aux autres.Libérer la chambre.» In extremis, cependant, après l’avoir laissé raconter toute sa vie et ses regrets à une passagère, on en choisira un autre que lui pour recevoir une balle dans la tête.Or l’épisode a fait son œuvre, un traumatisme irrémédiable s’opère.Sa frayeur se mue en une culpabilité qui le poussera à connaître les détails de l’existence de celui qui est mort à sa place, un jeune artiste visuel.Incapable de retourner à sa vie d’avant, Ashley épousera les faits et gestes de la victime, vivra à sa place la vie de cette doublure encombrante — presque jusqu’à la métempsycose.Roman onirique et intelligemment construit (le retournement final est parfaitement maîtrisé), Phénix est un parcours effréné, une réflexion sur la conscience de soi et les pouvoirs de l’imagination.Emmanuel Aquin a du style.Un style qui nous change des romans à l’écriture terne qu’on nous propose trop souvent et qui semblent être devenus le lot commun.Petit lot, pour tout dire.Collaborateur du Devoir LES GÉANTS ANONYMES François Désalliers Québec Amérique Montréal, 2009,264 pages PHÉNIX Emmanuel Aquin Leméac Montréal, 2008,192 pages éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature L’éthique au travail sous la direction de Luc Bégin t* direetian de Lw Begin L’éthique au travail étliiuiK' pwMique In»» smr BBE2SH «Éthique publique, hors série» collaborateurs Johanne Arseneault, Jean-Louis Genard, Diane Girard, André Lacroix, Samuel Mercier, Renaud Muller, Alain Pichon, Robert Roy • • - Ci C (EEI C EN BREF Menaud séparatiste En 1937, Félix-Antoine Savard faisait paraître une première édition de Menaud maître-draveuroù son héros était «séparatiste».Ce Menaud de 1937 présente un portrait de l’aliénation québécoise plus vif que dans les autres éditions.Dans sa présentation, Serge Gauthier affirme que cette condition dénoncée dans le Menaud de 1937 n’a nullement été «dépassée de nos jours», puisque les conditions de l’oppression politique demeurent Les amoureux des livres bien faits regretteront cependant, une fois de plus, le travail très amateur des Editions du Québécois: mise en page bâclée, règles typographiques ignorées, équilibre de l’ensemble précaire.C’est à croire que les militants ont fini par oublier qu’il importait de donner des formes même à l’engagement.- Le Devoir ARCHAMBAULT s* Une compagnie de Québécor Media PALMARES LIVRES Résultats des ventes : du 17 au 23 mars 2009 ROMAN OUVRAGE GÉNÉRAL 1 CHRONIQUES D’UNE MÈRE INDIGNE?.2 Caroline Allard (Septentrion) LE SHACK W.Paul Young (Le Jour) LE USEUR Bernhard Schlink (Gallimard) ¦fl MILLENIUM T.1, T.2 et T.3 U Stieg Larsson (Actes Sud) B UN PAYS À L'AUBE Dennis Lehane (Rivages) fri J LESPIUERS DE LA TERRE Ken Follett (Livre De Poche) fr » J HKPQ Michèle Plomer (Marchand de feuilles) SCARPETTA Patricia Cornwell (Flammarion Québec) SANS UN MOT Harlan Coben (Beltond) LE DANGER ARCTIQUE Robert Ludlum / James Cobb (Grasset) JEUNESSE LE GUIDE OFFICIEL DU FILM TWILIGHT Mark Cotta Væ (Hachette jeunesse) FASCINATION T.2: TENTATION Stephenie Meyer (Hachette Jeunesse) VISIONS T.1 : NE MEURS PAS UBEUULE Linda Joy Singleton (ADA) LA PREMIÈRE FOIS DE SARAH-JEANNE U Marie Gray (Guy Saint-Jean) LES CHRONIQUES DU JEUNE H0UDINIT.1 Denis Ramsay (Réunis) SI0NRAH T.1 : LES HÉRITIÈRES Line Bordeleau (Québec Amérique) L’APPRENTI ÉPOUVANTEUR T.5.Joseph Delaney (Bayard-Jeunesse) LE PETIT SPIR0U T.14 Tome/Janry (Dupuis) Muiujest.! Scott Westerfeld (Pocket Jeunesse) TÈA STILTON T.5 : LE VAISSEAU.Téa Stilton (Albin Michell 6ov\§o\^ i^oûte en vigueur TELLE MÈRE, QUEUE FILLE! S.Thibault / M.Larouche-Thibault (de l'Homme) RENÉ ANGÉLIL: LE MAÎTRE DU JEU Georges-Hébert Germain (Libre Expression) LA BIBLE DES ANGES Joane Flansberry (Dauphin Blanc) Mj L'ENVERS DE MA VIE U M.-C.Toupin/M.Servais (tin Monde Différent! ROBERT PATTINS0N Paul Stenning (Hachette) MERCI! QUAND LA GRATITUDE.,.Robert Emmons (Beltond) LE LANGAGE UNIVERSEL DU CORPS ¦¦ Philippe Turchet (de l'Homme) KILO CARDI0 Isabelle Huot (de l'Homme) LA SANTÉ PAR LE PLAISIR DE BIEN.Richard Béliveau / Denis Gingras (Trécanê) N'ARRÊTEZ JAMAIS DE DANSER Gordon Livingston (Marabout) ANGLOPHONE TWIUGHT : DIRECTOR’S NOTEBOOK Catherine Hardwicke (Little Brown S Co) BREAKING DAWN V.4 : TWIUGHT Stephenie Meyer (Little Brown & Co) TWIUGHT; THE COMPLETE.Mark Cotta Vaz (Little Brown & Co) ¦Fl WATCHMEN Alan Moore / Dave Gibbons (H.B.Fenn) MARKED VI P.C.Cast / Kristin Cast (St, Martin's Press) DREAMS FROM MY FATHER : A STORY.Barack Obama (Three Rivers) H DEVIL BONES ££ Kathy Reichs (Pocket) HOLD TIGHT Harlan Coben (Signet) ACT LIKE A LADY, THINK UKE A MAN Steve Harvey (Amistad Press) THE SHACK: WHERE TRAGEDY.William P.Young (Hachette) | " su»- \ » w% I ?C f K ».? L E I) E V 0 I K .I.E S S A M E I) I 2 8 E T I) I M A N C 11 E 2 !) M A K S 2 0 0 !) F 1 L1TTEIIATURE Les richesses naturelles © LOUIS MONIER L’éditeur Christian Bourgois en compagnie d’un des auteurs maison, l’écrivaine américaine Toni Morrison, Prix Nobel de littérature en 1993 Louis Hamelin Supposons que j’organise un concours de beauté dans mes bibliothèques (l’américaine, la québécoise, la classique.,).Trois des cinq finalistes seraient des ouvrages publiés chez Christian Bourgois éditeur: Retour en terre de Jim Harrison; La Vie des pierres de Rick Bass et, du même, La Décimation.La représentation mythique du monde sauvage chez les écrivains de cette génération perdue dans la nature (si je traduisais nature writers par «auteurs naturalistes», on pourrait m’accuser de confondre Emile Zola et H.D.Thoreau) semble avoir le don d’inspirer les maquettistes de la maison.L’école du Montana, tout particulièrement, leur permet d’atteindre à cette beauté toute simple qui tient parfois du prodige (tandis que les bouquins de Roberto Bolano, par exemple, avec cette obsession du mal qui les traverse, y sont illustrés d’une manière tout à fait quelconque).Ainsi, La Vie des pierres, de Bass, est d’abord un livre qu’on a envie, et c’est important, de tenir dans ses mains.De ces écrivains de la nature, Rick Bass est peut-être le plus nature, le moins écrivain.D’abord par le style: étonnamment profuse, pour ne pas dire relâchée, la plume de Bass, dans ces dix histoires, passe de l’abondance à la redondance, réveillant, au passage, un ou deux de ces pléonasmes toujours à l’affût, pareils à des cellules cancéreuses de la langue: «Elle eut soudain l’illusion de voir l’ombre d’un doute ou dime inquiétude tenter de voiler le regard du grand cerf.» Le vieux Churchill, qui enrobait de mystère une énigme avant de l’envelopper de secret, n’aurait pas mieux dit.Autre exemple, que je verrais bien écrit au tableau et souligné trois fois dans une classe de français: «[.] la masse entière de ses bois était entièrement sienne.» La traduction serait-elle en cause?Pas impossible.De toute manière, elle ne saurait expliquer, à elle seule, la manie, évidente ici et là, de souligner à gros traits certains effets, voire d’alourdir le récit en y greffant les conclusions personnelles de l’auteur.Confusion sur l’élan Et si la traduction dénature (au sens littéral.) quelques passages, c’est en faussant le contenu, pas la forme.Ce n’est pas la première fois que je remarque que les traducteurs français de littérature nord-américaine, devant le mot elk, proposent systématiquement «élan» en guise d’équivalent.Le Robert semble encourager cette confusion, lui qui décrit d’abord notre orignal («grosse tête, bois aplatis») avant de renvoyer au mot «wapiti».Une confusion encore aggravée par le Har-rap’s, qui donne, pour elk, «élan» et «orignal».Décidément, la vie est ailleurs.En fouillant un peu, on découvre qu’en Europe elk est synonyme d’élan, d’orignal.Or, dans l’Ouest américain, ce mot sert à désigner le wapiti, lequel, comme le veut l’origine algonquine de son nom, possède une «croupe blanche».L’erreur commise par le traducteur devient évidente lorsqu’il fait cohabiter ces deux mots-animaux (élan, wapiti) à l’intérieur d’une même phrase.J’avoue avoir été, alors, tel le grand cerf lui-même, saisi de l’illusion de l’ombre d’un doute: et si c’était bien un orignal qu’avait abattu l’héroïne de la deuxième nouvelle de Rick Bass?Mon enquête m’a ramené dans mes traces, jusqu’à la page 45, où l’on voit se disperser la harde: «[.] les feuilles dorées étaient de la même couleur que leur pelage.» Vous et moi savons que le pelage d’un orignal n’est pas doré.Ma suggestion au traducteur transatlantique: réalité nord-américaine oblige, traduire elk par «wapiti».On se demandera peut-être si je suis en train d’enculer une mouche, ou même une femelle wapiti.Evidemment, la faute serait moins grave dans un roman policier, ou un thriller politico-apocalyptique.Mais qu’un «écrivain de la nature» veuille me montrer un wapiti et que son traducteur me fasse voir un orignal à la place ne me paraît pas sans conséquence.Quant à «l’aigrette blanche» de la page 22, dont l’espèce «allait pratiquement disparaître de la surface de la terre», il ne peut s’agir, à mon humble avis, que d’une grue blanche d’Amérique, mais avant d’accuser l’ignorance du traducteur ou, ce qui serait plus sérieux, l’incompétence d’un naturaliste né au Texas, à deux pas des aires d’hivernement des derniers spécimens de la grande grue blanche, je devrai, en toute conscience, interroger la version originale.Si j’apprenais que ma grue avait été victime, en l’occurrence, de la censure des vieux pays pour cause de connotations douteuses, il est certain que je piquerais une crise.Remarquez que ces petites enquêtes lexico- sémantiques se révèlent vite plus passionnantes que bien des intrigues de roman.Les textes présentés ici ne sont pas, je crois, à proprement parler des nouvelles.Je les rangerais plutôt sous la rubrique «essais fiction-nels» (ça se dit mieux en anglais), dont le modèle demeure pour moi le mémorable Demon Box de Ken Kesey.Non seulement Bass n’arrive jamais à s’effacer complètement derrière ses personnages, mais on ne peut pas dire qu’il essaie vraiment.En ce sens, le texte emblématique du recueil est le fascinant Fibre, où l’auteur, se débarrassant, comme d’autant de peaux, des oripeaux de la fiction, finit par lancer un appel tout nu, troublant, au secours de sa chère vallée de la Yaak ravagée par la scie.Non sans avoir, au passage, posé cette question capitale: «Quelle histoire ou quel tableau peut-on donner pour compenser la somme toujours croissante de nos destructions?» Enfin, en ces temps de crise, lire la sublime allégorie de l’économie prédatrice qui clôt ce livre.Une histoire qui parle d’elle-même, n’en déplaise à Rick Bass.hamelinSchouetteÇdyahoo.ca LA VIE DES PIERRES Rick Bass Traduit de l’anglais par Marc Amfreville Christian Bourgois éditeur Paris, 2009,273 pages ¦ NDLR: la librairie Olivieri, au 5219 du chemin de la Côte-des-Neiges, accueille le 1" avril, à compter de 19h, Dominique Bourgois, directrice de Christian Bourgois éditeur, et Olivier Corpet, directeur de l’IMEC, qui vient de coordonner l’édition d’inédits de Roland Barthes.La rencontre est ouverte à tous.LA PETITE CHRONIQUE Autour de l’amitié Il était plus que normal qu’un psychanalyste de la trempe de J.B.Pontalis s’intéressât à l’amitié.Il rappelle dans les premières pages de son dernier livre, Le Songe de Monomotapa, que Freud y attacha une grande importance tout au long de sa vie.Monomotapa, c’est le lieu Alire, Librairie indépendante agréée 450.679.8211 | Place Longueuil /fzÜire le plaisir de lire, une richesse accessible à tous Et tant d’univers à découvrir! Qpvieri librairie «'bistro Olivieri Au coeur de la littérature Mercredi le 1ar avril 2009 19 heures Avec le soutien de la Sodée.Entrée libre 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges RSVP : 514 739-3639 Bistro : 514 739-3303 Événement autour de Christian Bourgois, éditeur Avec la participation de Dominique Bourgois, directrice et éditrice de Christian Bourgois éditeur, et d’OuviER Corpet, directeur de l'IMEC, qui a coordonné l’édition des inédits de et sur Roland Barthes parus en 2009.En présence d’auteurs, traducteurs et amis de la maison.ou habitent les inséparables de la fable intitulée Les Deux Amis.«L’un ne possédait rien qui n’appartînt à l’autre», écrit La Fontaine, qui en conclut qu’«MM ami véritable est une douce chose».En un peu plus de 20 courts chapitres, Pontalis fait alterner anecdotes imaginées ou vécues et considérations sur cet étrange sentiment qui nous porte à nous tourner, pour quelque temps du moins, vers l’un ou l’autre de nos semblables.CjpAâcri ÊÊÊ librairie «bistro; LECTURES Olivieri - Le Noroît Paul Bélanger, Répit Hugues Corriveau, Le livre des absents Marie-Andrée Lamontagne, Les fantômes de la Pointe-Platon José Luis Rivas, Pays natal, lu par Patrick Lafontaine Dimanche 29 mars 2009 A 15 HEURES 5219, Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Rés.: 514.739.3639 Brunch au bistro : 514.739.3303 Il s’agit à n’en pas douter d’un petit livre charmant, naviguant à travers des lieux communs sans y succomber.Il en va tout autrement pour Le Pont, un effondrement d'un jeune romancier italien, Vitaliano Trevi-san.S’il y est également question d’amitié, c’est sur un tout autre ton.Le narrateur vit en exil en Al-lemagne depuis 10 ans.En consultant un journal de Vi-cence, sa ville natale, il apprend la mort de Pinocchio, son meilleur ami.Pendant qu’il se prépare à retourner sur la scène de son enfance et des premières années de sa vie d’adulte, il revoit les événements qui ont précipité son départ et se remémore un passé qui lui fait horreur.D’amitié, au fond, il n’est à peu près pas question dans ce livre réquisitoire.Sur un ton qui n’est pas sans rappeler celui de Thomas Bernhard, Vitaliano Trevisan se livre à une violente dénonciation de la vie bourgeoise et de l’Italie.«Ce texte, écrit-il, n’est pas un roman.Et je n’ai pas l’intention de raconter une histoire: aujourd’hui le monde étouffe sous les histoires et les pré- tendus récits, tout n’est qu’his-toire et récit, quel qu’en soit le contenu.Dans ce pays que je persiste à appeler le mien mais j qui n’a jamais été le mien.on ne fait que reconstituer et re-ra-conter.l'échec collectif d’une nation qui s’est effondrée sur elle-même et n’a pu ajouter que des ruines aux ruines.» Citant à l’occasion Passolini, Trevisan met en scène un écrivain accusé injustement d’avoir causé la mort du fils de son ami.Bien qu’exonéré par la justice, il n’en est pas moins soupçonné.Pendant les années de son séjour à Brême, vivant en solitaire, ne voyant qu’un voisin, il a tout loisir de se révolter contre le milieu natal.«Ecrire un essai sur les mères, ai-je songé, mettre enfin noir sur blanc le problème tel qu’il se pose, dire les choses telles qu’elles sont et placer les mères du monde entier, au premier rang desquelles les mères italiennes, face à leurs responsabilités.celle de nous avoir mis au monde pour des raisons qui ne nous regardent absolument pas.quittes ensuite à nous rejeter ou au mieux à nous tolérer., comme on supporte ce qu’on n’a pas voulu.» Pour le narrateur, donc l'auteur, la famille est le piège.«A chaque fois que je pense à une famille, je pense à un piège: une famille, un piège.» La démonstration est convaincante.Volontiers itératif, martelant les accusations, carrément obsessif, le récit est d’une rare puissance.Le désir d’amitié et de communion humaine dont il est question dans ce récit envoûtant n’a rien à voir avec le superficiel mondain.Les liens qui unissaient le personnage central et l’adolescent sont de ceux qui vous imprègnent à jamais.Loin de la vague camaraderie, cette amitié signifie tout.Cesse-t-elle, et pour des raisons qui ne sont pas évidentes, vous êtes en présence d’un effondrement, comme le rappelle le sous-titre du roman.En tous points, un roman remarquable.LE SONGE DE MONOMOTAPA J.B.Pontalis Gallimard Paris, 2009,166 pages LE PONT, UN EFFONDREMENT Vitaliano Trevisan Gallimard, coll.«Du Monde entier» Paris, 2009,185 pages Gilles Archambault Les Éditions du Noroît CLAIRE ROCHON Fragments de Sifnos www.lenoroit.com Fragments de Sifnos Claire Rochon Va-nu-pieds Normand Génois Nomwwl Gi'iKè> Va-nu-pieds NOW*! Aï LE DEVOIR.LES SAMEDI 2 R E T D I M A X C II E 2 !t M A K S 2 O O !t LITTERATURE F 5 LITTERATURE QUÉBÉCOISE Dysfonction Deux nouvelles revues d’avant-garde : OVNI et Le Bathyscaphe j I CHRISTIAN DESMELLES Deux nouvelles revues littéraires ont fait leur apparition ces derniers mois: OVNI et Le Bathyscaphe.OVNI est un objet difficile à identifier, comme on s’en doute.La revue est dédiée en principe à la littérature, à l’art et au cinéma.On sent bien toutefois que ce magazine élégant n’a que la liberté comme véritable programme.OVNI est pilotée et soutenue par plusieurs auteurs de la nouvelle génération.Au sommaire du nouveau numéro, entre autres choses, une rencontre avec Catherine Mavrikakis, le travail de la photographe Olga Chagaoutdinova, une chronique philosophique du «technicien coiffeur» Bertrand Laver-dure et un regard sur le cinéaste Denis Côté.Lecteur de littérature en quête de nouveautés et de haute tenue graphique, vous pouvez aussi lire Le Bathyscaphe.Nous plongeons ici dans «les grandes profondeurs» d’un univers plutôt surréaliste.Au programme du plus récent numéro, en première page, une réflexion déjantée sur l’importance toute relative des blogues.Les profondeurs joyeuses de la revue sont ani- mées par une jolie équipe éditoriale composée de plusieurs noms connus de ceux qui s’in- téressent au meilleur de l’édition québécoise de la marge, notamment Benoît Chaput et Alexandre Sanchez.Le Devoir Benoît Quessy situe l’action de son premier roman, À Juillet, toujours nue dans mes pensées, dans un futur proche.En un début de millénaire où le sexe tient lieu de sentiment, Juillet, une jeune femme qui cherche à «sauver le monde», milite au sein d’une organisation écologiste clandestine qui se finance au moyen d’un «site trash d’écoporn underground» — la technologie permettant dorénavant à chacun, notamment grâce aux combinaisons intégrales et aux scénarios virtuels, d’avoir une vie sexuelle épanouie.Séduite à distance par un admirateur qui lui a envoyé quelques poèmes de son cru, la jeune femme accepte de le rencontrer — la narration du roman donne l’impression d’alterner entre l’un et l’autre.Une idylle naît.Visiblement amoureux, Frank confie à son grand ami Lou qu’il trouve Juillet «fascinante, bandante et surtout pas emmerdante pour deux sous».Juillet, qui s’était déjà éprise d’une adolescente rapidement intégrée à leurs chaudes activités de financement, aura peine à surmonter le choc de la mort violente de celle-ci dans un attentat sexuel et écologiste kamikaze.Scénario évidemment prétexte à des scènes érotiques: «Oui, ta langue caresse mes lèvres gourmandes, la mienne cherche les tiennes.Ma langue perdue dans ta bouche, ma bouche suçant ta langue, nos langues mêlées et nos bouches aspirées.Perdus l'un dans Vautre.Baise-moi vite, mon amour.Vite, vite.» S’il le faut, relire à voix haute avec les intonations et la voix de Jacques De-mers pour en mesurer toute l’efficacité érotique.Au final, une vision pessimiste et mal articulée du futur de l’humanité — ou d’une certaine humanité — où l’amour, dans un monde qui fout le camp, serait devenu impossible.Clin d’œil lesbien, réflexions sur l’amitié entre hommes, humidité, badigeon de critique sociale: Quessy y mêle des personnages éthérés dont les préoccupations, nourries de sexualité abstraite et d’idéalisme écologiste, n’arrivent pas à nous intéresser.Roman flasque écrit dans un style sans impact et miné par une construction inefficace, A Juillet, toujours nue dans mes pensées est un exercice de pornographie littéraire cyberpunk qui laisse froid.Pour le moins.Collaborateur du Devoir À JUILLET, TOUJOURS NUE DANS MES PENSÉES Benoît Quessy Québec Amérique Montréal, 2009,176 pages LITTERATURE FRANÇAISE Le brûlot Maupassant Wald Lasowski n’a pas son pareil pour évoquer les amitiés, le fantasque, le grivois GUYLAINE MASSOUTRE Qui aurait pu mieux raconter ce qui se tramait, en fait de parties de jambes en l’air, que le professeur et essayiste des libertins Patrick Wald Lasowski, comme il le fait dans La Maison Maupassant?On sait que le vigoureux écrivain naturaliste Maupassant n’aimait pas, de la nature, uniquement celles qui sont mortes.Qu’il prisait les sens, surtout les siens, avec ce tempérament sanguin des amateurs de propriétés d’enfance, d’hôtels particuliers et de mai- sons closes, avant la fameuse Maison blanche de Passy.D’un domicile à l’autre bordel, le fantasque et cauchemardesque écrivain, pétri de vertu mais plus emballé par les délires ivrognesques, s’abandonne à la dérision des mœurs, lui-même aussi dissipé qu’il plonge dans le bonheur d’éternelles vacances, hantées de belles tirées à quatre épingles, de jambes fines et de peaux savoureuses.La Seine méan-dreuse embourbera son esprit, lui l’amateur de Byron, de Spinoza et de Sade comme des fredaines et des farces — et Dieu sait s’il va les chercher.Wald Lasowski n’a pas son pareil pour évoquer les amitiés, les sautes d’humeur, le fantasque, le grivois.La maladie du sexe sature le motif.Cette syphilis incendie les amitiés, les mariages, et ce sera bientôt le feu des armes et des torches qui embrasera ces têtes folles en leur logis, trop vaste pour se consumer dans l’espace clos d’un foyer.Ce Maupassant-ïà est bien loin du maître de classe: ses hantises ont ici des échos concrets, une voix véritable.La piqûre d’épouvante, qui aiguillonnera votre lecture délicieuse, en brandissant son bouquet de carnaval, «plante baroque grandie dans le terreau de la vérole», dit combien l’insatiable amoureux a gardé en lui une âme d’adolescent.L’essayiste la suit jusqu’à son crépuscule, avec ses cloches de démence, mais aussi dans ses chuchotements subtils d’angélus.Ce petit «puits d’ombre» est un noir bijou.Collaboratrice du Devoir LA MAISON MAUPASSANT Patrick Wald Lasowski Gallimard, coll.«L’un et l’autre» Paris, 2009,101 pages EN BREF Polytechnique À l’heure où le film Polytechnique ramène à nos mémoires le di;ame du 6 décembre 1989, les Editions JCL font paraître un roman sur ce même sujet.Soudoyer Dieu, écrit par Thérèse Lamartine, présente une femme qui, ayant perdu son amie sous les balles du tueur fou, fait une retraite dans les Laurentides pour méditer sur le drame et tenter d’y trouver un sens.Soudoyer Dieu propose donc une réflexion sur cette tragédie qui pèse encore dans notre histoire.-Le Devoir Merrill Block « Le roman étranger dont tout le monde parle.» Elle Un roman beau et puissant sur la maladie d’Alzheimer.» Les Inrockuptibles EN BREF Pour la conversion écologique de l’Eglise la crise écologique est «le défi éthique le plus grave de notre époquç», un «signe des temps» que l’Eglise doit reconnaître comme tel de toute urgence pour être à la hauteur de sa mission évangélique, écrit le prêtre, théologien et spécialiste de l’environnement André Beauchamp dans Environnement et Église (Fides, 2008).11 est impératif, pour les chré- tiens, «de réinterpréter l’invitation biblique à dominer le monde», afin de «retrouver les lieux de l’immanence divine sans pour autant glisser vers le polythéisme ou le panthéisme».La bonne conscience individuelle ne suffit plus et doit faire place à un engagement à la fois moral et politique en faveur d’une «éthique de la modération».Dans L’Église et la question écologique (Arsis, 2008), le père Dominique Lang pré-sentç des documents officiels de l’Église des 60 dernières années liés à l’enjeu environnemental.Il cite notamment éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature André Lacroix Critique de la raison économiste L’économie nest pas une science morale André Lacroix Critique delà raison économiste Ués>Mt»nt«p tt’esl pas une Defence morale 184 pages, 22 dollars jiÉMit ©Michel Caron Paul VI qui, en 1970, appelait l’homme à «dominer sa domination».Dans une saine tradition chrétienne, explique le père Lang, «le monde, comme environnement, n’est pas un dé- cor ou une carrière de ressources naturelles.Il est d’abord l’espace offert pour que la rencontre de l’homme avec son Dieu soit rendue possible».- Le Devoir LAURÉAT DU PRIX ÉMILE-NELLIGAN EN 2007 POUR Calme aurore (s’unir ailleurs, du napalm plein l’oeil) dannypk H KDE cellule esperanza (n’existe pas sans nous) ('HEXAGONE Le dernier tome d’une trilogie inavouée qui évoque, en un souffle aussi acéré que rageur, l’abandon de la liberté.« l Ti chef d’œuvre sur un sujet délicat.Un choc.>> Le Figaro Magazine Tout simplement admirable.> Le Monde Albin Michel c c LE DEVOIR.LES SAMEDI 2 X ET DI M A N (' Il E 2 9 M A R S 2 0 0 9 LITTERATURE AUTOBIOGRAPHIE Savoureuses réminiscences de Claude Fournier FRANÇOIS LEVESQUE Plus de cinquante ans que Claude Fournier oeuvre dans le milieu culturel québécois.Cinquante ans, c’est les noces d’or.Offrande pour le public, cadeau qu’il se fait pour i’occasion, l’autobiographie de Claude Fournier est à l’image du personnage.Tantôt sérieuses, tantôt amusées, les anecdotes retenues pour l’exercice forment un tout hoipoge-ne des plus attachants.Ecrin d’une somme considérable d’aveux candides et de confidences souvent touchantes, la grosse brique rouge — près de 700 pages — annonce d’emblée les couleurs d’un homme de cœur.De Fournier, je connaissais surtout l’œuvre cinématographique et télévisuelle; son adaptation de Bonheur d’occasion a bercé mon enfance.Si vous logez à la même enseigne, je serais tenté de dire que vous êtes privilégiés, dans la mesure où les rencontres, événements et bouleversements narrés sont dignes d’une bonne fiction, de celles dont il vaut mieux tout ignorer pour mieux en jouir.Ainsi présentée, la vie de Claude Fournier prend des allures de récit picaresque, de la naissance modeste à la sagesse, on le devine, plus aisée.Difficile de ne pas sourire dès les premières pages où, annonçant tacitement une approche chronologique, l’auteur relate sa propre venue au monde.L’attention portée au détail significatif, élément-clé d’une bonne création d’atmosphère, est manifeste.On voit la petite maison, la pelouse mal entretenue alentour; l’odeur de l’humidité nous envahit les narines.Il y a là un beau sens de du temps et du lieu.Et tout cela coule: écriture fluide, langue riche.L’enfance J’avoue m’être délecté du volet consacré à l’enfance: sa mère, femme sensible et discrètement courageuse; la relation avec son jumeau Guy (son «bes-son»); le magasin de grand-père, figure sympathique et cha-leureuse.que de belles rencontres.Plus tard arrive le pensionnat et, avec lui, les aléas de l’éducation religieuse; descriptions pudiques mais limpides où la sérénité apparente semble couvrir une certaine amertume, dessous.Entre les deux époques, la découverte du cinéma, média qui passionne Fournier depuis lors.Les amateurs de «showbiz» trouveront certainement leur compte dès l’arrivée à Montréal.Des chastes fréquentations avec une Dominique Mi- Dans son autobiographie, Claude Fournier compagnie du sénateur Jean Lapointe.JACQUES GRENIER LE DEVOIR plusieurs personnalités.On le voit ici en chel à l’aube de la célébrité jusqu’aux ébats enfiévrés avec une Judith Jasmin indulgente en passant par son amitié durable avec feue Juliette Huot (de qui il tient une recette de pudding chômeur fameuse), l’élan narratif se fait romanesque.Suivent les voyages, New York et les accointances privilégiées, notamment avec une certaine Indira Gandhi.Et Marie-José, son grand amour, son point d’ancrage.A mi-parcours, le rythme se fait plus achoppé.Peut-être épouse-t-il celui de l’existence, reste que le ton change, subrepticement.Les noms s’accumulent au fil des rencontres nombreuses.La capacité de Fournier à forger une ambiance est là, intacte, mais on s’y perd un peu, par moments.Avec l’épisode du film Alien Thunder, entreprise ayant connu de nombreux problèmes de post-production, et celui de La Pomme, la Queue et les Pépins, long métrage presqu’aussi mythique que Deux femmes en or qui faillit ne pas prendre l’affiche pour des motifs légaux étonnants, la truculence côtoie une rancœur souriante (Ah! Damnés critiques!).C’est de bonne guerre.Quasiment ro-cambolesques, ces passages ouvrent pourtant la voie au segment le plus sensible du livre, celui consacré à ses petits-enfants chéris, Arnaud et Eloi.Dès lors, tout s’enchaîne très vite, presque trop, et la lecture est finie.Claude Fournier nous a conté son histoire, qu’il achève sur une note réflexive, comme incertain de la suite des choses.L’apanage d’un second tome?Collaborateur du Devoir À FORCE DE VIVRE Claude Fournier Libre expression Montréal, 2009,688 pages PHILOSOPHIE Du conflit au dialogue des civilisations GEORGES LEROUX Dans sa préface à ce recueil d’études, Lahouari Addi évoque le lourd contentieux qui afflige les relations de l’Orient musulman avec l’Occident chrétien.De toutes les responsabilités des intellectuels dans le monde actuel, le devoir d’épurer ce contentieux par le dialogue et la recherche de la justice est certainement le plus urgent.Contre tous ceux qui, marchant dans les pas de Samuel Huntington, ne cessent de durcir les oppositions conduisant à un «conflit des civilisations», les travaux de ceux qui, s’efforçant en sens contraire de montrer les proximités et les collaborations possibles, n’en deviennent que plus nécessaires.C’est l’objectif de ce livre, et on peut se réjouir non seulement de le voir produit ici, mais d’apprendre qu’il résulte d’une recherche menée en commun par une équipe de l’Université Laval et un collectif de chercheurs issus de douze pays, appartenant surtout au monde musulman.Parler de dialogue entre les civilisations suppose qu’on accepte d’abord que ce concept complexe demeure pertinent: n’est-ce pas, d’une part faire déjà une concession trop importante à une sorte d’essentialisme qui fige les cultures dans des représentations stéréotypées, ouvrant ainsi la voie aux théories du choc, et ne convient-il pas plutôt, d’autre part, de rabattre toutes ces discussions sur des analyses politiques et économiques, où les interlocuteurs sont des nations et non pas des entités insaisissables?Même lorsqu’ils sont critiques des modèles «civilisationnels», les auteurs de ce livre promeuvent une rencontre des cultures, et aucun ne veut réduire l’enjeu à une question géopolitique.C’est un choix difficile, mais sans doute estce le seul possible si on veut engager un dialogue sur les normes, les symboles, les croyances et les identités.C’est ce que montrent entre autres, les contributions de Homayoun Hemmati et Azzezine G.Mansour et d’Ali Hassan Zaïdi: le dialogue, s’il doit dépasser la mise en scène complaisante de la correction politique, doit accepter la mise en présence de systèmes différents et peut-être irréductibles dans la recherche de la compréhension mutuelle.Toute perspective d’influence ou de prosélytisme doit en être exclue.Illusion ou utopie nécessaire ?Est-ce possible?Dans le contexte de la mondialisation, les acteurs se sont multipliés — ONG, groupes religieux, médias internationaux et tant d’autres — et le dialogue n’en est que plus complexe.Dans leur introduction, les directeurs de la publication, Lise Garon, A G.Mansour et El-Mostafa Chadli, parlent d’une rhétorique de la suspicion et ils ont raison: c’est cette peur séculaire qui brouille les perspectives de rencontre et il faut d’abord élaborer les conditions du dialogue.Non seulement en critiquant les visions réductrices de l’islam, mais surtout, comme y insiste Ali Hassan Zaidi, en discutant la thèse occidentale d’un processus unique et nécessaire de la modernité.Toute la philosophie européenne, de la théorie critique à la déconstruction, semble incapable de proposer un modèle de dialogue où la différence historique des formes de la raison serait prise en compte.Même la pensée de Mohammed Arkoun, lui qui insiste tant sur l’émergence de nouvelles logiques d’émancipation, est ici soumise à une rude critique: comment réconcilier en effet le projet religieux et le désir émancipateur?Une part importante de ce livre est consacrée à diverses expériences de dialogue: A G.Mansour revient sur al-Andalous et le mythe d’un âge d’or pluriculturel, Ahmed Renima évoque la belle figure de Raymond Lulle au XIII' siècle.On lira aussi avec intérêt un très beau texte de Sami Aoun sur le dialogue islamo-chrétien, qui relève avec lucidité les points de crispation les plus sensibles.D’autres recensent l’expérience des réfugiés bosniaques et explorent toute la problématique de l’intégration, mais c’est dans la troisième partie de l’ouvrage que lise Garon met en place le dispo sitif complet des relations internationales et des systèmes de communication qui font obstacle au dialogue: de l’analyse du discours médiatique (par exemple, al-Jazi-ra au Canada) aux schémas politiques de l’ami et de l'ennemi, hérités de Carl Schmitt, toute la nébuleuse des préjugés se déploie sur une scène où s’activent surtout des acteurs intéressés.Peut-on espérer dépasser ces limites?Quel pourrait être le rôle des intellectuels et des médias?La conclusion du livre ne manque pas de courage: les auteurs font état des embûches, mais ils ont espoir que la construction d’espaces communs de connaissance et de mémoire n’est pas un vain mot.Ce livre fournit une contribution indispensable à la réflexion sur les enjeux du dialogue Islam-Occident aujourd’hui et, à ceux qui le déclarent a priori impossible, il apporte une solide amorce de réfutation.Collaborateur du Devoir L’ISLAM ET L’OCCIDENT Biopsies d’un dialogue Lise Garon, Azzezine G.Mansour et El-Mostafa Chadli (sous la direction de) Presses de l’Université Laval Québec, 2008,407 pages Vlliade et YOdyssée, la biographie Flaubert, dans son Dictionnaire des idées reçues, soutient, comme d’autres l’ont fait et le feront après lui, qu’Homère «n’a jamais existé».Si nous ne savons rien de leur auteur, à la vérité, l’existence des deux œuvres colossales qui lui sont attribuées, \Tliade et l'Odyssée, ne fait, elle! aucun doute.Journaliste polyglotte né à Buenos Aires, lecteur avide, Alberto Manguel nous en offre la très riche «biographie».L’auteur d’Une histoire de la lecture, qui vit aujourd’hui en France, nous raconte la longue histoire des lectures et des traductions de \Tliade et de YOdyssée, de Platon à Dante, de Montaigne à Nietzsche et à Joyce (Bayard).- Le Devoir Born in the USA L’influence que les États-Unis exercent sur l’expression culturelle au Québec est énorme.En 2007, l’École des médias de l’UQAM avait organisé une rencontre sur ce thème, avec une quinzaine de conférences et quelques tables rondes.Les sujets étaient très variés: histoire des relations de la puissance américaine avec ses voisins, état des médias américains, STEPHANE DE SAKUTIN Alberto Manguel expérience d’entreprises québécoises aux États-Unis, comme le Cirque du Soleil, influence de la télévision américaine sur les créateurs d’ici, et ainsi de suite.Les Presses de l’Université du Québec viennent de regrouper dans un livre les communications présentées lors de l’événement, ainsi que la transcription des tables rondes.Born in the USA: les médias québécois sous influence?sous la direction d’Yves Théorêt, Antoine Char et Margot Ricard, est publié aux Presses de l’Université du Québec.- Le Devoir flw ét/ifet/j* cfe Yénie Libéra Zuppiroli Marie-Noëlle Bussac Christiane Grimm Presses polytechniques et universitaires romandes 506 pages, 129 $ Traité de la lumière Comprendre la lumière, c’est embrasser d’un seul regard le rayon, l’image, la clarté sans images.L’ouvrage fait une large synthèse des savoirs autour de la lumière et touche autant à la philosophie naturelle qu’à la science.Toute création, y compris scientifique, est poétique et puise sa source dans l’imaginaire.Offert à la librairie Olivieri Tel.: 514-739-3639 www.polymtl.ca/pub livres inspirants _»r ie bouddhisme l-LAMA Comprendre le rôle primordial du dalaï-lama I M Dans votre vie professionnelle Dans votre vie personnelle Une compagnie de Québécor Media www.edjour.com c IC CI i: l « E DEVOIR.LES S A M E I) I '1 S E T I) I M A N C II E 2 !) M A R S 2 O O II LIVRES ENTRETIENS Edgar Morin, un homme complexe MARCEL FOURNIER Il y a chez Edgar Morin quelque chose d’insaisissable: il se déplace d’une discipline à une autre — anthropologie, sociologie, philosophie — et s’intéresse à une multitude de sujets, des stars à la pensée complexe en passant par un petit village breton, sans oublier ses diverses interventions politiques.Souvent au centre de controverses, Morin est l’objet tantôt d’admiration, tantôt de haine.Qui est cet anthropologuesociologue français, fort bien connu au Québec où il est venu à plusieurs reprises comme conférencier et professeur invité?Un groupe d’étudiants en sociologie de l’Université de Montréal a même créé, à la fin des années 1960, une revue éphémère, Anthropolitique, en référence à un ouvrage que Morin venait de publier, Introduction à me politique de l’homme.Des épreuves, des combats Edgar Morin a déjà parlé de lui-même dans quelques-uns de ses ouvrages, dont Le Vif du sujet.La formule de l’entretien (avec un journaliste) lui permet, en vieil homme qu’il est devenu (il est né en 1921), de parler, certes de son œuvre, mais aussi et surtout de sa propre «expérience de la vie».Un récit de vie, quoi! Edgar Morin parle d’abord de la premiè- re épreuve qui va le marquer pour toute sa vie: la mort de sa mère alors qu’il n’a que 10 ans.D parle aussi de son père, Vidal Na-houm, né à Salonique, qui tient une boutique spécialisée dans la vente d’articles de bonneterie.Né d’une famille de nationalité italienne, d’ascendance judéo-espagnole, le jeune Edgar développe une identité plurielle: français, juif, méditerranéen, européen, humain.Il se présente lui-même comme un «juif-gentil» ou un «néomarrane».Deuxième épreuve: la montée du fascisme et la Seconde Guerre mondiale.Premiers actes politiques: son engagement en 1937 — il a 16 ans — dans un mouvement antifasciste international puis, en 1940, à Toulouse, son entrée dans le mouvement de résistance (sous le pseudonyme de Morin) et en 1942, son adhésion au Parti communiste français, qu’il quitte à la fin des années 1950.Le militant fait son autocritique et se transforme en intellectuel engagé: la guerre d’Algérie, la création en 1956 de la revue Ar-guments, qu’il qualifie d’«interrogative» et dont les cofondateurs sont Roland Barthes et Jean Du-vignaud.Son identité politique devient «ouverte»: heideiggérien et marxiste non orthodoxe, de gauche mais indépendant de tout parti et fidèle aux aspirations communautaires et libertaires.Morin est l’un des rares analystes politiques qui ont prévu l’éclatement de l’URSS.Polémique, Edgar Morin se fait plusieurs ennemis, comme on le voit lorsqu’il prend la défense de la Palestine contre Israël: il est accusé d’antisémitisme.Ses combats les plus récents s’inscrivent dans ce qu’il appelle une «politique de civilisation» (ou politique de l'homme) et dont les principaux chantiers sont la solidarité (il défend l’idée Edgar ?d’un service civique de solidarité et propose la création de Maisons de la solidarité), l’écologie et la réforme de l’éducation.Face à la crise planétaire qui risque d’être catastrophique, il se montre optimiste: «Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve» (dixit Hôlderlin).De l’anthropologie du cinéma à la pensée complexe Sur le plan professionnel, Edgar Morin est souvent identifié à la sociologie, une identification qu’il ne reiuse pas mais qu’il trouve restrictive; il préfère se présenter tout simplement comme un chercheur, ce qui correspond à son statut au Centre national de recherche scientifique (CNRS); boulimique, il se cultive «en buti- nant dans toutes les fleurs».Ni agrégé ni détenteur d’un doctorat, il ne se considère pas comme un vrai universitaire.D’ailleurs, dans le milieu universitaire, il est souvent vu comme «déviant, superficiel», bref atypique.L’œuvre de Morin est elle-même dispersée: d’abord des études sur la culture de masse avec des ouvrages intitulés Le Cinéma, Les Stars, L’Esprit du temps’, ensuite, la réalisation d’un film, Chronique orln d’un été, avec Jean Rou-ch, et des enquêtes seule village de Plozévet ou la rumeur à Orléans, qui s’inscrivent dans la «sociologie du présent»’, enfin, à la suite d’un séjour en Californie où il «s’immerge» dans les théories de l’information, des systèmes et dans la cybernétique, la rédaction de six grands ouvrages sur la complexité humaine et dont le premier s’intitule tout simplement La Méthode.Une «mission impossible», reconnaît Morin, mais ü ajoute immédiatement «H m’était impossible d’y renoncer.» La réception est mitigée: on loue «l’exploit sportif) de Morin sans reconnaître sa contribution à la pensée.On est cependant surpris, en écoutant Morin, de voir l’énorme influence de sa réflexion dans le monde, principalement en Amérique latine.Des amitiés, des amours, une mort annoncée Une vie bien remplie, peut-on conclure.«Votre vie a-t-elle été réussie?», lui demande Djénane Kareh Tager.«J’ai horreur de ce mot», répond Morin.Le journaliste revient à la charge: «A-t-elle été heureuse?» Morin refuse à nouveau de répondre directement, mais il reconnaît qu’il a connu de «fugitifs moments de bonheur avec mille émerveillements» et qu’il a vécu des périodes d'«extases historiques» (la libération de Paris, les premières semâmes de Mai 68, la chute du mur de Berlin).Il parle avec émotion de ses amis (Marguerite Duras, François Fejtô, Kostas Axelos), de ses deux filles (il n’a pas été un bon pere) et des trois amours de sa vie, dont Johanne, une «éblouissante» Montréalaise qui a été la vedette du film de Claude JutraÀ tout prendre.Les propos se situent entre la réflexion philosophique et la confidence.Morin parle de lui-même: il se présente comme un «homme moyen» avec «une intelligence moyenne, sans génie particulier», il reconnaît ses carences et ses faiblesses, et lui qui se dit mystique sans croire au salut ne cache pas son angoisse de la mort Aujourd’hui, Edgar Morin continue de travailler.Ses Entretiens sont le témoignage et le testament d’un chercheur à l’affût de tout «Je suis, conclut-il, en chemin comme je l’ai été toute ma vie.Je continue.Je suis toujours à la recherche, je cherche, j’aime, je vis, je vis, je jouis.» Collaborateur du Devoir EDGAR MORIN.MON CHEMIN Entretiens avec Djénane Kareh Tager Fayard Paris, 2008,362 pages LE CURE DU MILE END Robert Maltais ROMAN Le Code Da Vinci de l’évolutionnisme LOUIS CORNELLIER Darwin avait-il des choses à cacher?Etait-il un imposteur?Prix Pulitzer pour ses reportages dans le New York Times, le journaliste et romancier américain John Darnton explore ces pistes romanesques dans un thriller scien-tifico-historique intitulé La Conspiration Darwin, Les multiples problèmes de santé du savant anglais trouveraient-ils leur source dans un puissant sentiment de culpabilité?Darnton, qui le suggère, déploie trois trames narratives qui se recoupent afin de nous mener en bateau: l’enquête de deux jeunes naturalistes d’aujourd’hui, le récit du voyage sur le Beagle et le journal intime retrouvé d’Elizabeth Darwin, fille rebelle du grand homme.Et si Darwin, finalement, avait volé sa théorie, non pas à son collègue et compétiteur Wallace, une hypothèse parfois soulevée, mais à d’autres, anonymes, qu’il aurait cherché à faire taire pour sauver sa gloire?Sorte de Code Da Vinci de l’évolutionnisme, La Conspiration Darwin ne convainc bien sûr pas, mais fascine pendant près de 400 pages.C’est n’importe quoi, mais très habilement mené.Sur le même sujet, dans un registre plus sérieux, on peut aussi lire Dieu versus Darwin.Ij>s créa-tionnistes vont-ils triompher de la science?(Albin Michel, 2009), du dominicain Jacques Arnould, qui permet entre autres choses de prendre une mesure historique de la place des créationnistes dans le débat public, et L’Hippopotame du Saint-Laurent (Multi-mondes, 2007), dans lequel le journaliste scientifique J etm-Pi erre Rogel nous informe agréablement des «dernières nouvelles de l'évolution»).Collaborateur du Devoir LA CONSPIRATION DARW IN John Darnton Le livre de poche Paris, 2009,384 pages Les éditions de THexagone et la Librairie Gallimard vous invitent à assister a une rencontre avec 'Kl >l.( I, FtRXWU UI'RH’os le partage de l’usure miriilé ne devoili une femme érm Fernand Durepos pour Le partage de l'usure et Carole Forget pour La nudité ne dévoile pas une femme émue, le 29 mars 2009 à 14 heures précises.Cet entretien sera suivi d'une lecture.• PHEXAGONE Une compagnie de Québécor Media ijbmirie Gallimard 3700, bout Saint-Laurent Montréal Lise Blouin Dissonances L’histoire de Florence, c’est celle d’une féministe née dans l’Estrie au temps de la crise des années trente, à une époque où les femmes étaient soumises.Florence sera de tous les combats: elle se dépensera sans compter pour la défense des démunis, des mal payés, des femmes.roman, 272 p„ 25 $ I assonance L’arbre qui glapit Françoise Cliche L’arbre qui glapit Roméo, un plombier à la retraite, ne sortira pas indemne de son séjour au Guatemala où, avec sa femme Marie et cinq autres bénévoles, il est allé construire une classe supplémentaire à une école.Mais il y connaîtra aussi de grandes joies.Un récit savoureux! roman, 272 p., 25 $ r„_Tr j 1781, rue Saint-Hubert, Montréal (Québec) H2L 3Z1 « ¦ Mi\ Téléphone : 514.525.21.70•Télécopieur : 514-525-75-37 cilltcnr courriel : lnfo@xyzedit.qc.ca • www.xyzedit.qc.ca Photos de Luc Lavigne Préface de Michel Désautels Dans ce très beau livre rempli de photos, vingt écrivains aux styles et aux parcours éminemment variés, de Montréal ou d'ailleurs, dévoilent comment la ville et ses lieux façonnent leur écriture.Aline Apostolska Yves Beauchemin Normand de Bellefeuille Philippe Besson Stéphane Bourguignon Chrystine Brouillet Jean-François Chassay Suzanne Jacob Claude Jasmin Dany Laferrière Curt Leviant Marc Levy Jean D'Ormesson Bryan Perro Michel Rabagliati Kathy Reichs Anne Robillard Michel Tremblay Tripp et Loisel Élisabeth Vonarburg QUÉBEC AMÉRIQUE www.quebec-amerique.com I1’ K __L K l> K V OIK, I- K S S A M K I) I 28 E T 1) I M A N C H K 29 Al A K S 2 » 0 9 E S.\\IS ESSAIS QUÉBÉCOIS Le livre noir d’Internet La jeunesse philosophique de Comte-Sponville Surnommé (’«Antéchrist de la Silicon Valley», l’essayiste Andrew Keen, membre du sérail numérique, a suscité la polémique un peu partout dans le monde avec son nouvel essai.LOUIS CORNEL LIER Surnommé V«Anté-christ de la Silicon Valley» par le quotidien français Libération, l’essayiste californien Andrew Keen, membre du sérail numérique, préfère se présenter comme «un apostat qui a renoncé pour de bon au culte d’Internet».Son plus récent essqi, d’abord lancé aux Etats-Unis en 2007 et qui a suscité la polémique un peu partout dans le monde, vient d’être traduit et publié en français par les Editions de l’Homme.On peut, en effet, considérer Le Culte de l’am@teur: comment Internet tue notre culture comme le premier véritable livre noir d’Internet.Le Web 2.0, une expression qui désigne le tournant communautaire et interactif d’Internet, allait, selon ses prophètes de la Silicon Valley, «tout démocratiser», c’est-à-dire autant l’information, le savoir, le contenu, la création et l’auditoire que les médias, les entreprises, les gouvernements et les spécialistes.Les Wikipédia, YouTube, les blogues et les sites de réseautage personnel tels MySpace et Fa-cebook annonçaient, selon leurs chantres, le règne des «nobles amateurs», enfin libérés de la tyrannie de la communication à sens unique.Andrew Keen, lui, a déjà eu le temps de dégriser.Le jugement qu’il porte sur les impacts de ce nouvel âge du numérique est dévastateur.MySpace et Facebook auraient créé «une culture du narcissisme numérique», Wikipédia minerait l’autorité des enseignants et des experts, YouTube, «par l’inanité et l’absurdité de son contenu», aurait engendré une génération «davantage intéressée à s’exprimer elle- même qu’à connaître le monde réel», et le règne des blogues insensibiliserait «les jeunes aux voix des spécialistes informés et des journalistes professionnels».Keen conclut donc à «une cité numérique d’une médiocrité prodigieuse» qui contribue «à répandre le dilettantisme, le fiel et le mensonge au sein de nos sociétés».L’amateurisme, désormais, remplacerait l’expérience, le savoir et le talent, «une nouvelle attitude qui menace l'avenir de nos institutions culturelles».L’idéal de l’amateur noble serait «une variante informatique du bon sauvage de Rousseau: iil] représente le triomphe de l’innocence sur l’expérience, du romantisme sur le pragmatisme éclairé de la raison».Dans Wikipédia, par exemple, le point de vue d’un collaborateur anonyme vaut celui d’un spécialiste reconnu et la «sagesse» de la masse peut même avoir raison de l’érudition.Cette encyclopédie à contenu autogéré surpasse maintenant en popularité un site de référence comme YEncydopædia Britannica, pourtant nettement plus digne de confiance, mais qui en est réduit, aujourd’hui, à diminuer son personnel.Mensonges et rumeurs La multiplication des blogues, ou du «journalisme rédigé par des non-journalistes», entraîne la propagation des mensonges et des rumeurs — dans le chaos créé par l’ouragan Katrina, en 2005, les rumeurs les plus folles et les plus fausses se sont répandues comme une traînée de poudre —, remplace l’information fiable par la conversation amateur et crée une fragmentation du contenu qui nuit au débat public en encourageant le sectarisme idéologique.Résultat: «La majorité l’am@teLir I Comment Internet tue notre culture fÊÊM S, [3.d’entre nous sommes incroyablement mal informés; malgré tout, nous avons des opinions très tranchées.» Que gagne-t-on, demande Keen, à nourrir sans esprit critique ce phénomène, alors qu’on devrait savoir que «les individus compétents et talentueux ne passent pas leur temps en pyjama devant leur ordi à rédiger des blogues ineptes ou des critiques de films anonymes.L’éclosion des talents et des compétences nécessite une infrastructure complexe où travail, compétences et investissements ont tous un rôle à jouer.Les médias traditionnels disposent d’une telle infrastructure.» Keen poursuit sur sa lancée en déplorant aussi la disparition, et la perte de savoir-faire qui l’accompagne, des magasins de disques, des librairies, des cinémas, des clubs vidéo et la chute de popularité des réseaux de télévision et des stations radiophoniques professionnels, tous victimes du culte de la gratuité créé par In-ternet.De plus, précise-t-il pour répliquer par avance aux optimistes, «l’économie Web 2.0 ne crée aucun emploi pour remplacer ceux qu’elle supprime».Elle n’en crée, en tout cas, pas suffisamment.Désordre moral?Keen s’inquiète aussi du «désordre moral» engendré par la révolution Web.Le vol de propriété intellectuelle et le plagiat font désormais partie des mœurs de citoyens par ailleurs respectables.Aux Etats-Unis, note-t-il, même les prêtres et les pasteurs volent des sermons sur Internet! Le jeu en ligne, plus susceptible de créer une dépendance que les casinos, selon les spécialistes, fait des ravages, même s’il est interdit aux Etats-Unis.La porno y est omniprésente et accessible aux enfants.Mal gérées, les bases de données de certains sites très fréquentés se retrouvent parfois dans le domaine public et menacent la vie privée.«Je ne suis pas contre le progrès et la technologie», plaide Keen, qui affirme qu’il s’agit plutôt «de préserver notre culture et nos valeurs tout en profitant des bienfaits que nous offre la technologie de Web 2.0».Il propose donc, en conclusion, quelques solutions juridiques (pour le jeu en ligne, la porno, le vol de propriété intellectuelle et d’identité), pratiques (un usage de l’ordinateur mieux encadré à l’école et à la maison) et idéologiques (défense des médias et du journalisme traditionnels, encouragement au projet Citizendium, une sorte de Wikipédia supervisé par des spécialistes) afin de réformer la révolution numérique.Fidèle à la méthode d’argumentation américaine qui procède par une dynamique combinaison d’anecdotes et d’idées afin d’illustrer une thèse, l’ouvrage d’Andrew Keen nous met efficacement en garde contre «le chaos démocratisé du contenu autoproduit», qui risque de tuer le meilleur de notre culture au profit d’une insignifiante culture de soi.louisco@sympatico.ca LE CULTE DE L’AM@TEUR comment Internet tue NOTRE CULTURE Andrew Keen Traduit de l’américain par Jacques-Gilles Laberge Editions de l’Homme Montréal, 2008,176 pages Louis CORNELLIER EN BREF Musique et cerveau Le neurologue Oliver Sacks est doublé d’un mélomane averti.Pourquoi, se demande-t-il, l’être humain est il à ce point un animal musical?La musique, on le sait, a des effets bénéfiques sur les malades.Mais jusqu’où l’effet de la musiquç va-t-il?Dans Musi-cophilia (Éditions du Seuil), Sacks explore toutes les facettes qui lient le cerveau humain à la musique.Un livre qui a du rythme et du mouvement, placé sous la direction de la science.- Le Devoir MimopHlllA L'IMMENSE ABANDON DES PLAGES Mylène DURAND Mylùm* Dutànd ; L’IMMENSE ABANDON DES Pl.AGÉ&fr Aux îles' de-la-Madeleiwe, ou se souvient de cette histoire devenue presque une légende.I?e cette femme disparue et de ses trois jeunes enfants errant sur les plages à sa recherche.Leurs voix se mêlent à celle de ("océan, fantomatique, qui s'infiltre dans le récit telle une mélopée, pour les bercer et étouffer les rumeurs.Roman, 108 pages, 18,95$ Pleine Lune www.pleinelune.qc.ca m m fs SAM HAR00N am Haroun propose une 'Ô K m oo LE CANADA ET LA réflexion politique sur l’approche canadienne de 3- °?GUERRE la guerre, de Laurier à Harper.z CÛ ¦ Sf.PT£Nt«ION Comment et pourquoi le Canada a-t-il participé à six guerres dans l’espace d’un siècle tandis qu’il a refusé de s’engager en Égypte en 1956 et en Irak en 2003?Quels effets la participation du Canada à ces guerres a-t-elle eus sur l’opinion publique à l’intérieur du pays et sur l’évolution de sa politique étrangère ?Septentrion.qc.ca Membre de l'Association nationale des éditeurs de livres vieri librairie ?bistr Olivieri Au cœur de la littérature Lundi le 30 mars 2009 à 19 h 00 Avec le soutien de la Sodée 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges RSVP : 514 739-3639 Bistro : 514 739-3303 L’opéra du samedi Pourquoi cette émission de radio, en provenance du Metropolitan de New York, a connu un tel engouement au Québec ?Causerie avec Réal La Rochelle Pour souligner la parution de son livre L'opéra du samedi, PUL, 2008, Réal La Rochelle nous exposera le contexte historique de ce succès de Radio-Canada, tout en portant un regard critique sur notre tendance actuelle à céder aux chantres du divertissement.Accompagné d’extraits sonores.Animateur Georges Nicholson LOUIS CORNELLIER Première œuvre d’André Comte-Sponville, rédigée alors qu’il avait 25 ans et demeurée inédite, Du corps (édité aux Presses universitaires de France) est un recueil d’aphorismes qui, malgré ses faiblesses reconnues comme telles par l’auteur, contient déjà les lignes de force de l’admirable œuvre à venir.Attaché à la définition épicurienne de la philosophie comme «activité qui, par des discours et des raisonnements, nous procure la vie heureuse», Comte-Sponville y exprime son admiration pour les grands auteurs du passé (Lucrèce, Spinoza, Montaigne) et ses convictions matérialistes et rationalistes.«J’écrivais moins pour dire ce que je pensais que pour le découvrir», avoue-t-il aujourd’hui dans une longue et émouvante préface.«Je voulais philosopher au premier degré, ajoute-t-il.C’était revenir aux Grecs et au présent, contre la mode et les historiens.» Et déjà, dans Du corps, se dessine cette brillante distinction, qu’il approfondira par la suite, entre la valeur, c’est-à-dire ce qui vaut pour nous, de façon subjective, et la vérité, c’est-à-dire ce qui est objectivement vrai.«Les sciences, écrivait-il par exemple, ne nous disent pas comment être heureux, comment vivre, ni même s’il faut cultiver les sciences.Elles n’en sont pas pour cela moins vraies; mais la philosophie en est plus indispensable.» Comte-Sponville plaide aussi, dans cette œuvre de jeunesse, pour le souci de la clarté qui caractérisera ses écrits ultérieurs.«Beaucoup ne sont brillants qu’à proportion de l’obscurité qu’ils s’autorisent, déplore-t-il.[.] La clarté, c’est être, pour ce qu’on a à dire, le plus accessible possible.Cela suppose qu’on ait quelque chose à dire.L’obscurité permet de s’en dispenser.» Ce souci, toutefois, ne confine pas à la sécheresse méthodique d’une certaine tradition analytique.La philosophie, pour Comte-Sponville, reste aussi un art, tant il est vrai que «le philosophe et l’artiste découvrent dans la nature ce qui n’y était pas en exprimant ce qui s’y trouve».Trente années séparent cette œuvre des écrits actuels du philosophe, Trente années pendant lesquelles le raffinement de la pensée et du style, notamment lorsqu’il s’agit d’aborder les questions religieuses ou sexuelles, a fait d’André Comte-Sponville le penseur profond, délicat et nécessaire qu’Û est devenu.Collaborateur du Devoir Robert LALONDE UN CŒUR ROUGE DANS LA GLACE « Une nouvelle et jouissive facette de l'écrivain.» Jade Bérubé, La Presse «Une quête du bonheur étroitement liée à la lecture et aux auteurs.C'est plus que l'histoire qui touche : ce sont les mots, le rythme.Une maîtrise de la langue, une poésie extrêmement intéressante.C'est très beau.» Aude Jimenez Radio-Canada Robert Lai.ondiî UN CŒUR ROUGE DANS LA GiACE Nouvelles 248 pages • 22,95 $ Boréal www.editionsboreal.qc.ca
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