Le devoir, 25 avril 2009, Cahier F
I- K 1) V.V OIK.L E S S A M E I) I 2 5 K T I) I M A \ ( Il K 2 II A V II I L ORHAN PAM U K M.Flaubert, c’est moi! > Page F 5 2 O O I) .«'I ' » If mm "¦raft ip « 'Éte-' ¦ t ; ¦ jv: - ^ w P ¦ s !S:Ï-'V;I m .m M-mm %v » f Ü JACQUES GRENIER LE DEVOIR C’est la première fois que le prix littéraire Metropolis bleu, qui est accompagné d’une bourse de 10 000 $, est décerné à un auteur britannique Antonia Susan Byatt reçoit le prix littéraire Metropolis bleu Elle a connu une gloire tardive, qui ne se dément plus aujourd’hui.La romancière britannique Antonia Susan Byatt était à Montréal cette semaine pour recevoir le prix littéraire Metropolis bleu.Elle y a parlé de littérature pour enfants, de recherche et de langues.CAROLINE M O NT P E TI T Elle est venue à Montréal pour recevoir le prestigieux prix littéraire Metropolis bleu, mais elle y procède aussi au lancement de son dernier livre, The Children’s Book, publié chez Knopf Canada.La romancière britannique Antonia Susan Byatt y aborde son sujet, la littérature pour enfants, entre autres à travers l’histoire, dont l’époque de la Première Guerre mondiale.L’écrivaine britannique de 73 ans, dont on dit que l’œuvre est très intellectuelle, dévoilait hier sa passion pour les grands écrivains pour enfants que sont Kipling et Nesbitt, par exemple.Elle dit d’ailleurs que, lorsqu’elle est malade, il lui arrive de relire les œuvres pour enfants de Tolkien ou de Pratchett.Et elle considère que J.K Rowling, avec sa série des Harry Potter que les adultes et les enfants s’arrachent, n’est pas du même niveau.«Je ne comprends pas que tant d’adultes la lisent», a-t-elle précisé hier.Il y a quelques années, Antonia Susan Byatt faisait paraître un article où elle qualifiait les enjeux des romans de J.K.Rowling comme «de comiques fantasmes de prépubères».Aujourd’hui, elle dit avoir été mal interprétée.Elle prépare d’ailleurs un autre article sur la littérature enfantine, qui devrait paraître dans le Times sous peu, où il sera de nouveau question, entre autres, de J.K Rowling.Les enfants changent, les livres restent Reste que, dit-elle, il est intéressant de constater que, si les enfants du XK1 siècle sont très différents de ceux d’aujourd’hui, notamment parce que ces derniers sont confrontés beaucoup plus tôt à la sexualité, les livres pour enfants de cette époque ressemblent à ceux d’aujourd’hui.«Si je lis Tolkien lorsque je suis malade, écrit-elle, c’est surtout en raison de l’absence quasi totale de sexualité dans son monde, qui est reposante», écrivait-elle.Et il est tout aussi intéressant de constater que les auteurs de livres pour enfants à travers les âges ont souvent eu des enfants malheureux, ajoute-t-elle.The Children’s Book relate l’histoire d’Olive Wellwood, une romancière célèbre qui rédige un livre pour chacun de ses enfants, à l’époque de la Première Guerre mondiale.«C’est à propos des livres que j'ai lus enfant, mais c’est aussi à propos de l’époque à laquelle ils ont été écrits», dit-elle.La dame est connue pour être une chercheuse passionnée.«Im recherche est une acti- vité glorieuse, à laquelle il vaut la peine de consacrer toute une vie», dit celle qui met souvent en scène des universitaires, des chercheurs et des biographes dans ses romans.Lorsqu’elle fouille un sujet, elle dit faire comme Coleridge, c’est-à-dire qu’elle se procure chacun des livres dont il est question dans les notes en page, puis chacun des livres mentionnés dans les notes en bas de page des livres qu’elle s’est procurés.Elle se documente sur les portraits, les costumes, les routes existant aux époques auxquelles elle campe ses intrigues.«Mon mari a été d’un grand secours pour toute la période de la Première Guerre mondiale», dit-elle.Antonia Susan Byatt, qui parle aussi très bien français puisqu’elle a longuement vécu en France, profitait aussi de l’occasion pour lancer la version française de son premier roman, L'Ombre du soleil, aujourd’hui traduit chez Flammarion, écrit à la fin des années 50, alors qu’elle était étudiante.Elle dit aimer la langue française pour sa précision et «penser différemment en français et en anglais».Dans une nouvelle introduction qu’elle a signée pour L’Ombre du soleil, en 1991, elle mesure le chemin parcouru par les femmes depuis cette époque.«[L’Ombre du soleil] est le roman d’une très jeune femme, écrit par une personne qui devait absolument écrire mais n ’était pas du tout sûre de pouvoir l’avouer, ni même, étant femme, d’en avoir le droit», écrit-elle.Aujourd’hui, Antonia Susan Byatt le reconnaît, les choses ont complètement changé.Alors qu’il n’y avait aucun éditeur féminin quand elle faisait ses débuts en littérature, elles sont aujourd’hui légion.Dans le Times, Antonia Susan Byatt est allée d’ailleurs jusqu’à remettre en question le prix britannique Orange, réservé aux femmes écrivains de langue anglaise, précisant qu’il s’agissait d’un prix sexiste.«On n'accepterait jamais qu'un prix littéraire soit réservé aux hommes», a-t-elle fait valoir en conférence de presse cette semaine.Quant au Booker Prize, qu’el- le a obtenu en 1990 pour son roman Possession, qui a ensuite été porté à l’écran, elle le considère comme une loterie qui, si elle a le mérite de procéder à un changement de jury chaque année, désigne tout de même un auteur qui a tout simplement l’heur de plaire à l’équipe de juges du moment.Elle s’est dite par ailleurs réjouie du prix littéraire Metropolis bleu qui vient de lui être octroyé.Le métier d'écrivain est un métier solitaire, dit-elle, et il est bon de recevoir un jour un message selon lequel on a reçu un prix de l’étranger.C’est la première fois que le prix littéraire Metropolis bleu, qui est accompagné d’une bourse de 10 000 $, est décerné à un auteur britannique.Dans le passé, il a notamment été remis à Margaret Atwood, Marie-Claire Blais, Norman Mailer et Daniel Pennac.Le Devoir L’OMBRE DU SOLEIL Antonia Susan Byatt Traduit de l’anglais par Jean-Louis Chevalier Flammarion Paris, 2009,383 pages «[L’Ombre du soleil] est le roman d’une très jeune femme, écrit par une personne qui devait absolument écrire mais n’était pas du tout sûre de pouvoir l’avouer» v OIK.LES S A M E I) I 2 5 ET I) I M A X < il E 2 (i A V R I L 2 O (( !) LIVRES BIOGRAPHIE Une vie intempestive : Simone Weil GEORGES LEROUX Georges Bataille, qui la connut assez pour en faire le personnage de Lazare dans son roman Le Bleu du ciel, aurait dit de Simone Weil qu’elle était «plus fêlée qu’elle ne le croyait elle-même».Ce propos est rapporté par Laure Adler, dans la conclusion de son récit biographique, alors qu’elle s’interroge sur la tension entre l’intelligence et la folie, dans une vie vécue sous le signe de l’intransigeance et de l’essoufflement.Aller jusqu’au bout de tous ses engagements, politiques, sociaux et spirituels, tel semble avoir été le principe d’une éthique de l’exigence.Qui peut vivre à cette hauteur, qui même le souhaiterait, quand on pense aux extrémités auxquelles cette forme de vie a conduit cette philosophe, morte d’épuisement le 24 août 1943, à 34 ans, à Londres, d’où elle espérait joindre le maquis français?Les jeunes générations la connaissent peu, une lacune à laquelle veulent remédier plusieurs livres parus à l'occasion du centième anniversaire de sa naissance, le 9 février.Parmi tous ces ouvrages, un récit à la fois sombre et lumineux, construit comme une remontée vers le cœur de cette vie brève, fulgurante, à partir des dernières années, celle de la fuite de Paris vers Marseille, et de là vers New York et finalement Londres.C’est à pas lents, et en commençant par l’épuisement final, que Laure Adler s’approche de ce destin tragique.Contrainte à l’exil par ses origines juives, Simone Weil avait réussi à gagner le groupe du général de Gaulle, où elle travaillait comme rédactrice.Mais elle qui avait mené, lorsqu’elle était enseignante de philosophie au lycée, des actions militantes en faveur des syndicats d’ouvriers, n’avait qu’une idée: se retrouver sur le front des combats de la résistance.Intempestive, et pour tout dire un peu voyante, on l’en empêcha.Elle en conçut une amertume profonde et, atteinte de tuberculose, elle se laissa mourir.Son dernier écrit, L’Enracinement, appelle à une révolution spirituelle au service de la SOURCE ACTES SUD Simone Weil vérité: s’appuyant sur ses convictions religieuses autant que sur son humanisme, hérité d’une longue fréquentation de la pensée grecque — dont témoigne La Source, grecque —, Simone Weil attendait quelque chose de la pensée.Mais sa vie montre qu’elle attendait l’essentiel de l’action.Née en 1909, elle avait fait des études de philosophie avec Alain et fut reçue à l’agrégation en 1931.Originaire d’une famille hors du commun, dont le climat nous est restitué dans un beau livre de souvenirs de sa nièce Sylvie (Sylvie Weil, Chez les Weil, André et Simone, Bu-chet Chastel, 2009), elle vécut une enfance studieuse, avec son frère André, un mathématicien de génie.Mais dès les premières années de son enseignement, entre 1931 et 1935, elle s’engage dans l’action ouvrière, au point de devenir elle-même ouvrière en usine chez Renault.Sa santé, déjà fragile, ne lui permet pas d’y demeurer longtemps, mais la guerre d’Espagne va lui donner l’occasion d’un engagement radical: elle rejoint les Brigades républicaines en 1938.Un malheureux accident la contraint de rentrer.Pas pour longtemps puisque, dès juin 1940, la famille décide de se replier sur Marseille.Elle y rencontrera les deux personnes qui seront déterminantes pour son œuvre: d’abord, le père Perrin, un dominicain qui la confirmera dans sa foi chrétienne, mais sans la persuader de demander le baptême, et ensuite Gustave Thi-bon, qui la reçoit chez lui com- Lire Simone Weil Aucun des écrits de Simone Weil ne fut publié sous,forme de livre de son vivant.À sa mort, Gustave Thibon, à qui elle avait confié l’ensemble de ses carnets, prépara l’édition du livre qui allait la faire connaître au monde entier, un recueil de Série de la Place des Arts Le^ Studio ibttiraires Lundi 4 mai • 19h30 Au Studio-théâtre de la Place des Arts Carte blanche à Jean-Paul Daoust Le Studio-littéraire offre carte blanche à ce personnage coloré, éclatant et par moment vulnérable et tragique qu’est Jean-Paul Daoust l’héritier de Baudelaire et d’Oscar Wilde.Une coproduction les Capteurs .de mots Place des Arts Québec h Entrée : 15 S* Étudiants : 10 $* •Taxas incluses.Frais de service en sus.Commanditaire fu/ta 514 842.2112- 1 866 842.2112 laplacedesarts.com me ouvrière agricole et à qui elle confiera tous ses carnets.De la révolte à la mort Laure Adler la rapproche très justement d’Antigone, autant par la densité de la révolte contre l’absurdité de lois iniques que par le désir de parler, de se faire entendre.On ne peut en effet que demeurer stupéfait devant la force et l’abondance de son travail d’écriture, au cours de toutes ces années passées à servir des causes qui la dépassaient.Mais les liens entre ses méditations sur la liberté et la foi et ses engagements politiques étaient concrets: Laure Adler rappelle que c’est après avoir lu son texte «Conseil suprême de la révolte» que de Gaulle créa le Conseil national de la Résistance.Relisant tous les écrits qui ont jalonné ces engagements, il semble très difficile de ne pas surinterpréter ce que nous savons d’elle, ses excès, son intensité, son exigence de pureté.Comment comprendre en effet ce refus du corps, ce refus de la féminité, ce refus de l’amour, sinon comme un désir de s’identifier à la misère matérielle et morale des ouvriers après la crise de 1929?Parmi les plus beaux chapitres de ce récit, on retiendra ceux qui racontent son amitié avec Boris Souvarine, Georges Bataille et Colette Peignot, morte en 1938.Simone Weil se présente comme communiste, reçoit Léon Trotski et participe au cercle où elle retrouve Raymond Queneau et Paul Éluard, mais c’est d’abord son amitié pour celle qui avait choisi le pseudonyme de Laure qui frappe ici par sa noblesse.Simone Weil avait écrit qu’il ne fallait même pas désirer l’amitié, mais l’accueillir d’abord comme une grâce, et ensuite la servir comme un devoir.L’histoire de son amitié avec Laure en constitue l’exemple le plus élevé.Sa personnalité lui fait tout vivre en symbiose avec les plus démunis et, quand elle commence à écrire, c’est cela qui frappe le plus.Depuis son enfance, elle se sent franciscaine, éprise de l’esprit de pauvreté.Elle cherche la mendicité, le dénuement absolu, et le récit fragments publié sous le titre Im Pesanteur et la Grâce (1947).Perrin fit de son côté paraître Attente de Dieu (1949).Mais c’est Albert Camus qui entreprit de faire paraître dans sa collection «Espoir», chez Gallimard, les grands livres que de Laure Adler, tout comme la biographie récente de Christiane Rancé (Simone Weil.Le courage de l’impossible.Le Seuil, 2009), montre que là réside la trame profonde de sa vie.En 1938, Simone Weil se rapproche de la foi chrétienne; dans son autobiographie, écrite le 14 mai 1942 et recueillie dans Attente de Dieu, elle raconte l’itinéraire métaphysique qui l’a conduite jusque-là, empruntant le chemin des sagesses orientales autant que celui de la philosophie grecque.Car elle demeure philosophe: son adhésion à l’éthique stoïcienne de l’amour du destin, son affirmation répétée des sources grecques du christianisme sont essentielles.Elle écrit à Thibon que YElectre de Sophocle annonce le dialogue de l’âme et du Christ.Cela fait de sa pensée une sorte de christianisme philosophique, emporté souvent par un souffle mystique surprenant.Une sainte laïque?Georges Bataille la dépeint dans Le Bleu du ciel comme «un être admirable, asexué, avec quelque chose de néfaste».Est-ce sa faute si tout tourne toujours mal autour d’elle?L’époque est catastrophique, ceux qui veulent du pain ne trouvent que des pierres, et Laure Adler termine son récit en évoquant une vie commencée dans la souffrance et transformée par l’engagement: «Toujours aux avant-postes, Simone Weil, dût-elle en mourir.» Alors, de quelle fêlure peut-il être question, s’agissant d’un être né pour finir dans les charniers de la Pologne et qui se débattit jusqu’au bout pour échapper à la folie de son temps?Rien dans son œuvre, pas une ligne, n’est médiocre, chaque fragment est fulgurant, en raison de l’enracinement dans son expérience; elle ne cède jamais aux illusions de l’abstraction et, comme l’écrit à son sujet Michel Serres, «elle ne s’est jamais trompée».Collaborateur du Devoir L’INSOUMISE.SIMONE WEIL Laure Adler Actes Sud Arles, 2008,269 pages sont L’Enracinement (1949), La Connaissance surnaturelle (1950), La Condition ouvrière (1951), La Source grecque (1953).A partir de là, les éditions se sont multipliées, mais il faut attendre 1988 pour que s’amorce la grande édition des Œuvres complètes, publiée sous la direction d’André A.Devaux et Florence de Lussy.Prévue en sept tomes, cette édition regroupe tous les écrits, publiés avec des introductions et un appareil de notes important.Le dernier volume paru est le volume 1 du tome IV, consacré aux Écrits de Marseille (1940-1942).Le lecteur désireux de connaître l’œuvre de Simone Weil peut désormais compter sur l’édition des œuvres principales, recueillies par Florence de Lussy (Œuvres, Gallimard, collection «Quarto»).Cette édition excellente présente une bio-bibliographie et une icono- graphie très riches.La petite anthologie préparée par Stéphane Barsacq (Simone Weil.Le ravissement de la raison, Seuil, 2009) propose un choix introductif très utile, précédé d’un très bel essai.Notons enfin que Florence de Lussy a réuni un choix de textes d’écrivains et de philosophes consacrés à Simone Weil (Simone Weil.Sagesse et grâce violente, Bayard, 2009).On y lira, entre autres, une très belle étude de Robert Chenavier, sur le soin de l’âme et le souci du monde et un essai de Massimo Caccia-ri sur les rapports de sa pensée avçc Platon et la gnose.A ceux qui veulent aller plus loin, on ne peut que recommander la grande biographie de Simone Pétrement, qui fut à la fois disciple et amie de Simone Weil (La Vie de Simone Weil, Fayard, 1978).TEMOIN ‘ y NOTRE TEMPS C’est un survol historique passionnant que vous propose le journaliste Gilbert Lavoie, du quotidien Le Soleil, dans cette publication intégrale des entrevues effectuées avec Jean Pelletier pendant les cinq derniers mois de sa vie, d’août à décembre 2008.Un survol qui permet de mieux comprendre les tractations et les jeux de pouvoir qui accompagnent la vie de tous les gouvernements.2oo pages, 19,95$, ISBN 978-2-89448-586-6 EN APARTE Le Führer lecteur itler a programmé nombre d’autodafés et fait exécuter des écrivains pour délit d’opinion, mais il était pourtant un amoureux des livres, explique Timothy Ryback, journaliste au New York Times, auteur d’un ouvrage intitulé Dans la bibliothèque privée d’Hitler (Le Cherche midi éditeur), «élu meilleur livre de l’année par le Washington Post».Rien ne semble avoir fait plus plaisir au Führer que de recevoir des livres en cadeau et de s’isoler pour lire.Il ne s’endormait jamais sans avoir lu souvent une bonne partie de la nuit.Durant la Première Guerre mondiale, encore simple caporal, cet artiste raté achetait des livres, lisait même tapi au fond d’une tranchée.A la fin de sa vie, on estime que sa bibliothèque comptait environ 16 000 volumes, très souvent annotés de sa main.Sur ses rayons de bibliothèque, on trouve de tout Des ouvrages classiques — Shakespeare, Cervantès, Jiinger, Fichte, Kant, Ibsen, Dickens — mais aussi d’obscurs ouvrages spirites, des romans d’aventures populaires de Karl May — très appréciés par Hitler —, les lourds réquisitoires antisémites de l’industriel américain Henry Ford, sans compter les encyclopédies et des ouvrages techniques consacrés, entre autres, aux diverses armées du monde.Après avoir passé la nuit à lire avec ses lunettes au bout du nez, Hitler commentait très souvent à ses visiteurs du matin des passages entiers de ses lectures de noctambule, capable de citer des passages entiers, étonnant chacun par sa prodigieuse mémoire.Les témoignages sur sa passion de la lecture sont nombreux et visiblement irréfutables.De cette impressionnante bibliothèque, Timothy Ryback a retrouvé la trace d’environ 1200 livres qu’Hitler eut entre les mains entre 1915 et 1945.D les a trouvés au hasard de découvertes, puis dans des centres de recherche en Allemagne, et surtout à la bibliothèque du Congrès à Washington.D a examiné page à page les ouvrages tirés d’un ensemble à jamais perdu dans la déroute de 1945 afin de tirer des annotations marginales d’Hitler la matière d’une biographie d’un genre particulier.Pour conduire son travail, Ryback s’est appuyé sur ime assertion de l’intellectuel et bibliophile Walter Benjamin, une victime du nazisme, qui affirme que les livres «conservent» d’une certaine manière l’esprit de leur collectionneur.Ryback s’est donc lancé dans une reconstitution originale de la vie d’Hitler à partir des fragments annotés de ses lectures.Mais pourquoi les lectures d’Hitler fascinent-elles soudain autant un vaste public?Ce ne sont pourtant pas les ouvrages consacrés au dictateur qui manquent.Soixante ans après la guerre, il ne se passe pas une semaine sans qu’arrive chez les libraires un nouvel ouvrage consacré de près ou de loin au Führer, si bien que souvent on ne les remarque plus.Mais cette idée soudaine qu’Hitler ait pu être autre chose qu’un inculte maboul — puisqu’il lisait beaucoup d’excellents livres — dérange visiblement Les livres donnent des idées, bien entendu.Ils peuvent donc être dangereux.Et si le Führer avait trouvé dans ses lectures matière à ses délires de puissance?De là, il n’y a qu’un pas à faire pour essayer de reconstituer les pensées d’Hitler sur la piste laissée par ses livres, une avenue périlleuse sur laquelle se risque VrStv Jean-François Nadeau tout de même Ryback avec beaucoup de doigté.L’exercice de reconstitution conduit par Ryback est sédui-sant, mais tout de même un rien simplet.Car de même qu’on ne connaît pas forcément l’état de santé de quelqu’un à partir de sa diète, de même est-il impossible de connaître ses pensées seulement en refaisant le chemin de ses lectures, si passionnantes soient-elles.Entre les lectures et les pensées qui semblent en découler, les causes et les effets ne sont pas toujours é-vidents.Hitler lisait beaucoup, mais l’arrimage de ses idées ne formait pas pour autant autre chose qu’un édifice à l’architecture intellectuelle assez limitée.Même les généraux d’Hitler trouvaient la formation de base de leur Führer trop mince pour soutenir le poids de grandes abstractions, bien qu’il s’employât avec passion, pour pallier ses déficiences, à lire Herder, des biographies de Frédéric le Grand, Clause witch et d’autres classiques propres à fonder son pouvoir.La correspondance privée d’Hitler, du temps où il n’était pas encore entouré de secrétaires fidèles, est truffée de fautes, souvent assez grossières pour mesurer les lacunes de l’éducation fondamentale du maître de l’Allemagne nazie.Son Mein Kampf premier tome de ce qui devait être un friptyque, n’était pas terminé qu’il ne rêvait que d’en consommer les fruits immédiats: Hitler souhaitait utiliser les revenus tirés de ses droits d’auteur pour acheter la Mercedes-Kom-pressor de ses rêves! Mais avant que le livre ne soit imposé au public par la force, il ne s’en vendit au mieux que quelques centaines d’exemplaires.Dans Mein Kampf, histoire d’un livre (Flammarion), Antoine Vit-kine raconte la trajectoire peu ordinaire de cet ouvrage qui finit par se vendre à plus de 12 millions d’exemplaires.Mais lors de la parution de Mein Kampf en juillet 1925, même ses proches de la droite radicale se moquèrent de sa plume lourde et du propos indigeste de ce livre somme toute banal et grossier pour quelqu’un qui avaij tant lu.Comment des chefs d’État étrangers pouvaient-ils prendre au sérieux les écrits insignifiants d’un putschiste de brasserie avant l’ascension politique fulgurante de son auteur?Les lectures personnelles d’HiÜer donnent évidemment des indices intéressants quant aux nourritures intellectuelles qui alimentaient les passions de ce mégalomane.Mais traquer Hitler sur la piste de ses lectures très variées ne doit pas faire oublier que chaque homme recompose en lui, à sa manière unique, c’est-à-dire selon ses sensibilités et ses expériences, des ouvrages souvent lus et commentés avant lui par des milliers d’autres personnes.Si Hitler aimait Don Quichotte, comme il l’affirma, ce n’est évidemment pas pour les mêmes raisons que Fidel Castro, qui en fit aussi ses délices, ou encore l’écrivain Carlos Fuentes, qui l’a commenté tant et tant mais d’un autre point de vue encore.Les livres dépassent toujours les vies de ceux qu’ils inspirent Il ne suffit pas d’avoir sur son bureau un buste de Schopenhauer — dont Hitler n’arrivait guère à écrire le nom sans erreur — et des piles de volumes pour arriver à voyager vraiment au-delà de soi-même.Les lecteurs passionnés aujourd’hui par les délires d’Hitler au point de tenter de les faire revivre en font sans cesse la preuve.Septentrion yqc.ca Membre de ('Association nationale des éditeurs de livres p 3 UJ«/> 5 *c — 7Z » a *El LIBRAIRIE BONHEUR D’OCCASION Livres d’occasion de qualité Livres d’art et de collections Canadiana Livres anciens et rares Bibliothèque de la Pléiade Littérature Philosophie Sciences humaines Service de presse BD, livres jeunesse Achetons à domicile 514-522-8848 1-888-522-8848 4487, rue De La Roche (angle Mont-Royal) bonheurdoecasion ©bellnet.ea NOUS NOUS DEPLAÇONS PARTOUT AU QUÉBEC, POUR L’ACHAT DE BIBLIOTHÈQUES IMPORTANTES.nMUMIMMi I- K l> E V I li ¦ LES S A M EDI 2 5 E T I) I M A N (' Il E 2 li A V K I I.2 0 Ü !l LITTERATURE Martine au spa Danielle Laurin est une découverte.Son nom: Maia Loinaz.Elle est née en 1979 à Montréal, d’une mère québécoise et d’un père basque.Comédienne, elle gagne sa vie comme massothérapeute.Et publie son premier roman: La Massothérapeute.—Je suis massothérapeute.— Tes masseuse?C’est le genre de confusion à laquelle l’héroïne de ce roman aux allures de vaudeville est confrontée à répétition.Martine, c’est son prénom.Elle travaille dans un spa du centre-ville et ne dit pas non à un flirt, de temps en temps, dans un bar branché.Le préjugé est tenace, ça la tracasse.«Ma formation m’a coûté assez cher comme ça, je ne veux pas en plus qu’on sous-tende que je masturbe des hommes d’affaires pour gagner ma vie», s’indigne la jeune femme.Les petits «extras», ce n’est pas son fort Tenez-vous-le pour dit.Vous voulez savoir comment elle procède?Elle va tout vous expliquer, par A plus B.Comme si vous y étiez.Il y a l’éclairage, tamisé.Il y a la musique, tibétaine.Quand ce n’est pas le chant des baleines.Il y a les huiles essentielles, l’odeur de thym et de romarin.Et les corps, bien sûr.Les corps nus qui s’abandonnent, un à un, à ses mains expertes.Mais n’allez pas vous illusionner.Vous savez à quoi elle pense, quand elle masse les dos, pétrit les peaux, chasse les tensions, la belle Martine?«Avec l’expérience et comme dans n’importe quel boulot, j’ai développé une façon de faire mon travail tout en dressant ma liste d’épicerie.» Et puis elle en a assez d’être prise pour un déversoir de frustrations, de manques, de souffrances, d’envies.Elle en a déjà trop entendu.Aucune compassion.Elle ne l’a pas facile elle non plus, alors basta.«Moi aussi, j’ai une envie de cul qui ne correspond pas à mes rêves d’enfant.Comme quatre-vingt-dix-neuf pour cent des gens, en fait.» Désabusée, Martine?«Pour survivre, il faut savoir se détacher.» C’est son mot d’ordre, son mantra.Coupée du monde.Et d’elle-même.Cadenassée de l’intérieur, la petite.«À force de ne pas vouloir me laisser envahir, j’ai fini par devenir une forteresse.» Le ton.Le ton du roman, c’est ça.On pense à un mélange de Suzanne Myre et de Nadine Bismuth.Des phrases courtes, qui fessent.Des réflexions caustiques.Des méchancetés à la pelle, drôlement savoureuses.De la légèreté, aussi.Saupoudrée ici et là.De l’exagération, de la parodie.Surtout: un décalage constant entre la voix intérieure de la narra- trice et ce qu’elle dit réellement à voix haute aux autres autour d’elle.Tout ça sur fond de désespoir.De désespérance, qui va en grandissant.Car Martine est en pleine crise existentiel-le: c’est le nœud du roman.Elle est massothérapeute, oui, et puis après?L’essentiel est ailleurs.L’essentiel, c’est qu’elle est seule, désœuvrée.Que son amant vient de la plaquer.«Aujourd’hui, quelque chose vient de mourir sur le balcon de Yannick.Et je crois que c’est mon espoir.» Le pire, c’est qu’elle n’arrive même pas à avoir un vrai chagrin.«Pleurer un copain est normal, pleurer un amant qui n’appelait jamais est juste masochiste.» Le bilan s’impose, implacable.«Je m’accroche aux miettes que les hommes veulent bien me donner.» Pour le reste: «J’entrevois mon existence comme une longue suite monotone de pétrissages.» Pas une once d’ambition chez elle.Pas le goût de se prendre en^main, de mettre sur pied sa propre entreprise.A quoi bon?«Je n’ai pas envie de.convaincre les gens de mon expertise, de mes connaissances, de mon talent.Je n’arriverais pas à me croire moi-même.» Alors, voilà.Sa vie ressemble à ça.Le vide, total.Le vide sans filet.Que faire?L’air de rien, Martine nous raconte ses journées.Les clients qui puent des pieds ou crient qu’ils veulent se faire défoncer.La réceptionniste désagréable, le patron exigeant, les esthéticiennes maniérées, leurs sourcils épilés.Et le collègue-ami qui carbure à la nourriture macrobiotique, pra- tique la sexualité tantrique.On rigole, on rigole.Mais à vrai dire, tout cela finit par tourner un peu en rond.Jusqu’à ce qu’un beau jeune homme se pointe au spa, qui va émous-tiller Martine au plus haut point, lui faire perdre ses moyens.Il faut dire qu’elle est en manque, en manque de sexe, oui.«Il paraît qu’il faut avoir une vie sexuelle très saine en tant que massothérapeute.Vous m’en direz tant.Quant à moi, il vaut mieux avoir en tout temps une vie sexuelle saine, peu importe sa profession.Mais il parait que c’est pire quand tu touches plus de cinq corps tout nus par jour.Je comprends le raisonnement.» Parallèlement, une vieille dame désagréable va s’amener dans le décor.Avec une demande hors du commun.Là, ça se complique.Les histoires s’imbriquent Les récits dans le récit se multiplient On se croirait tout à coup dans une saga familiale.Adultère et mensonge compris.On aura même droit à une incursion dans la vie d’un révolutionnaire basque.Que de diversions! Et de rebondissements.Elle a de l’imagination, Maia Loinaz.Et du souffle.Elle a le don, surtout, de ne pas perdre de vue son filon.Tout en imposant son style.Une vraie, une belle découverte.LA MASSOTHÉRAPEUTE Maia Loinaz Marchand de feuilles Montréal, 2009,242 pages LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE L’appel à la vie Écriture ciselée, sobre et épurée, empreinte d’une remarquable sensibilité: il y a quelques années, Tomber du ciel révélait une rare maturité littéraire pour un premier livre.Voici le deuxième qui arrive.Le deuxième recueil de nouvelles de Caroline Montpetit.DANIELLE LAURIN La justesse de ton, la délicatesse de cœur y sont, encore une fois.Mais il y a plus.Il y a une fouille plus approfondie, une plongée plus abrupte dans les sentiments mêlés, les contradictions, les angoisses qui peuvent nous assaillir de tous bords, tous côtés.Il y a plus de chair après l’os, autrement dit Comme si notre collègue journaliste de longue date au Devoir s’était faite à l’idée que, oui, elle est bel et bien écrivaine désormais.Et qu’écrire, écrire vraiment, c’est foncer tête baissée, prendre des risques, oser se révéler.Caroune Montpetit Caroline Montpetit Se révéler, bien sûr, n’a pas qu’à voir avec l’autofiction.Se révéler, c’est d’abord écrire avec ce qu’on a dans le ventre.Peu importe les mises en situation, les personnages, les histoires qu’on invente.Sans vouloir faire de mauvais jeux de mots, on sent bien que les six nouvelles qui composent ce nouveau recueil viennent du ventre.Parce qu’elles traitent toutes de l’appel du ventre?Du ventre dans le sens de l’utérus.Dans le sens de donner la vie.L’Enfant.C’est le titre du livre.Qui s’interroge de toutes les façons sur les liens qui nous unissent aux enfants.Ceux qu’on désire, ceux qu’on a perdus.Ceux que nous avons été.Ceux qu’on n’a jamais reconnus, jamais vus.Ceux qu’on met au monde ou qu’on adopte, aussi bien.Ce sont les mères, à travers les enfants, qui sont mises en scène ici.La plupart du temps.Les mères, oui, mais pas seulement Michel R&bagli&ti v .‘A* à ’1,^ WSikS'âP.:«'*¦¦¦: 'Aul.'V, I 19,95 ' li Prix régulier; 27,95$ MICHEL RABAGLIATI sera en séance de dédicace à la Librairie Monet dimanche 26 avril de 14h à 16h Pour plus d'infos visitez Ubrairiemonet.com ii TTÎ/urû/^Oÿ.labeny Montréal Qc H3M 1L3 T 514 337-4083 JACQUES GRENIER LE DEVOIR Les pères aussi sont là, en creux.Les pères, et donc les couples.Avec tout ce que cela comporte de malentendus, d’attentes, de désirs déçus.D’espoir, aussi.Sans compter les autres membres de la famille autour, quand il y en a.Les frères, les sœurs.Même les nounous, auxquelles les enfants s’attachent parfois plus fort qu’à leurs parents, sont concernées.La première nouvelle, dont une autre version a déjà paru dans les pages du Devoir, est en soi une petite merveille.Ramassée sur elle-même, concise, pré cise, elle n’en charrie pas moins plusieurs émotions.C’est l’histoire d’un accou- chement Mais un peu particulier.D’abord, la future maman est seule, pas de conjoint à l’horizon.Et puis, elle est aveugle, de naissance.Ainsi: «Toute sa connaissance du monde n’était tissée que de sons, de sensations, d’odeurs, d’émotions.Et en ce moment crucial de l’accouchement, elle était plus que jamais livrée aux impressions de son corps.» Mais le pire, la plus grande source de tension pour cette femme, outre la peur de la mort et la peur de perdre l’enfant consiste en ceci: elle craint en donnant la vie, de transmettre à son enfant la maladie dont elle a elle-même hé rité en venant au monde.Réponse à la question qu’elle se pose: à la dernière ligne.Le sens du punch, l’art de la chute, elle maîtrise, Caroline Montpetit.Dans toutes ses nouvelles, ça se vérifie.La dernière du recueil est sans doute la plus déchirante, la plus bouleversante.On y côtoie une famille crie, dont les enfants ont connu les pensionnats pour autochtones, ont été arrachés à leurs parents, leur culture, leur langue, leur milieu.Au centre de l’intrigue: le deuil impossible d’un garçon disparu.Entre ces deux nouvelles: une histoire de banque de sperme, qui nous réserve tout un dénouement On voyagera aussi jusqu’en Inde, où pullulent les enfants des rues, abandonnés à leur sort.Et où une Québécoise, qui a passé l’âge d’avoir des enfants, s’interroge sur l’adoption tout en remettant sa vie en question.éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature Margaret Somerville ^imagination éthique A la recherche d’une éthique partagée Maronna Sonimillt L’IMAGINATION ÉTHIQUE S Li irrhmlw iftHR* rtlw|»fr 200pages, 22 dollars Au final, même s’il s’agit de nouvelles, on a l’impression d’un tout.Un tout très riche, très prenant, qui nous touche là, au cœur.et au ventre.Qui appelle la vie.Collaboratrice du Devoir L’ENFANT Caroline Montpetit Boréal Montréal, 2009,136 pages ARCHAMBAULT Une compagnie de Québécor Media PALMARÈS LIVRES Résultats des ventes: du 14 au 20 avril 2009 ROMAN OUVRAGE GÉNÉRAL MÉMOIRES D’UN QUARTIER T.3 L, Tremblay-D’Essiambre (Guy Saint-Jean) TARMAC Nicolas Dickner (Alto) CHRONIQUES D’UNE MÈRE INDIGNE T.2 Caroline Allard (Septentrion) VI LE LISEUR Bernhard Schlink (Gallimard) A.N.6.E.T.S : CODEX ANGÉUCUS Anne Robillard (Michel Brûlé) LE SUM0 QUI NE POUVAIT PAS GROSSIR Éric-Emmanuel Schmitt (Albin Michel) El US LETTRES OU MERCREDI Jason F.Wright (City) K » j MILLÉNIUM T.1, T.2 ot T.3 Stieg Larsson (Actes Sud) LE SHACK W.Paul Young (Le Jour) LES FILLES Lori Lansens (Alto) JEUNESSE FASCINATION T.4: RÉVÉLATION Stephanie Meyer (Hachette Jeunesse) ERAGON T.3 : BRISINGR Christopher Paolini (Bayard-Jeunesse) AHIELUE QUEEN T.7: LE VOYAGE DES HUIT / J.Michel Lévesque (Intouchable) Mj VISIONS T.1 : NE MEURS PAS LIBELLULE Linda Joy Singleton (ADA) LE GUIDE OFFICIEL DU FILM TWHJGHT Mark Cotta Vaz (Hachette jeunesse) | TRAPÈ2E AMOUR ET JONGLERIE Émilie Rivard (Boomerang) LES CHRONIQUES DU JEUNE HOUDUAT.1 Denis Ramsay (Réunis) L’ŒUF DU SERPENT T.1 Fitzgerald McCurdy (ADA) Pll JOURNAL D’UN VAMPIRE Usa Jane Smith (Hachette Jeunesse) SION RAN T.1 : LES HÉRITIÈRES Line Bordeleau (Québec Amérique) PAUL A QUÉBEC Michel Rabagliati (Pastèque) L’ÉNIGMATIQUE CÉLINE DK>H Denise Bombardier (XO) RAPIDO-PRESTO Geneviève O’Gleman (La Semaine) IV LES DÉLICES DE JEAN CHEN By| Jean Chen (Académie Culinaire du Québec) CE QU’IL FAUT SAVOIR AVANT DE MOURIR / John Izzo (Un monde différent) TELLE MÈRE, QUEUE FILLE! S.Thibault/ M, larauche-Thibault (de l’Homme) Hj RENÉ ANGÉUL: LE MAÎTRE DU JEU Georges-Hébert Germain (Libre Expression) KILO CARD» Isabelle Huot (de l’Homme) LA BIBU DES ANGES Joane Flansberry (Dauphin Blanc) LES 7 ÉTAPES DU LACHER-PRISE Colette Portelance (Du Cram) ANGLOPHONE ECLIPSE Stephenie Meyer (Little Brown & Co) TWHJGHT : DIRECTOR’S NOTEBOOK Catherine Hardwicke (Little Brown & Co) WATCHMEN Alan Moore / Dave Gibbons (H.B.Fenn) Rj CHOSEN V.3 U P.C.Cast / Kristin Cast (St.Martin's Press) DEVIL BONES Kathy Reichs (Pocket) TWIUGHT: THE COMPLETE.Mark Cotta Vaz (Little Brown & Co) THE SHACK : WHERE TRA6E0Y.William P.Young (Hachette) HOLD TIGHT Harlan Coben (Signet) TRIBUTE Nora Roberts (Jove) WHERE ARE YOU NOW 7 Mary Higgins Clark (Pocket) Consultez notre circulaire! Place A7 I) K V (MR.I.K S S A M E I) I I) I M A X < Il K A V 11 I L LITTERATURE L’invention du père Louis Hamelin ¦ est un sujet si vaste, qui ouvre sur ^ de telles profondeurs, que je ne sais pas trop par quel bout l’aborder ce matin.Des imagps disparates se bousculent dans mon esprit.A la librairie Gandhi de Mexico, Auguste Monterroso, lutin facétieux se tenant derrière une longue table de conférence, lance, en réponse à une question du public, que, dans le procès de Kafka contre son père, il se range du côté de ce dernier.Rires gênés dans la salle.Un de mes amis était incapable d’évoquer la scène de la réconciliation de Caleb et de son géniteur, Adam, sur le lit de mort du second, dans la très belle série télévisée tirée d’À l'est d’Éden, sans que les larmes fassent des grosses bulles dans sa voix.Lui qui n’avait pas eu droit à cette reconnaissance de la filiation, ses tribulations ici-bas n’étant, dès lors, rien d’autre que la recherche à bras raccourcis d’une permission d’exister.Tuer le père, cliché freudien par excellence, passé dans le langage courant.Mieux, devenu en soi un courant, qui charrie dans ses eaux Mai 68, le Flower Power et la Maison du pêcheur de Percé.L’ado rebelle d'hier, aujourd’hui dûment cravaté, est aux commandes des agences de pub et des boîtes de corn, et dans son monde qui est parvenu à récupérer jus- qu’à la pulsion de s’opposer et l’esprit de révolte pour en faire un conformisme de plus, la boutade de Monterroso sur le bonhomme Kafka prend tout son sens: qui donc défendra les pères?Manquant, le père a tort.Présent, c’est encore pire: les bons pères ne font pas d’histoires et c’est pourquoi la littérature depuis toujours trempe son pinceau dans le sang et s’ingénie à peindre, entre ces épaules précocement voûtées qui portent le monde pour nous, les cercles concentriques d’une cible.Peu importe, écrit John Burnside, «le mal qu’on se donne pour éviter ça, la paternité est un récit, une chose racontée».Burnside est un écrivain écossais, un poète, auteur de quelques romans.Son dernier livre se donne à lire comme un récit à la première personne dont la très haute qualité littéraire laisse loin au-dessous, c’est entendu, non seulement les flots de l’inondation autobiographique ordinaire, les recettes de bonheur et de pensée positive à deux sous et autres lucratifs bricolages de l’esprit quincaillier, mais aussi tous ces romanciers qui donnent l’impression d’écrire sous la dictée de leur petit pop-psychologue intérieur.Héritage et contenu La plus belle fille ne peut donner que ce qu’elle a, dit le proverbe.Et c’est pareil pour les pères.Le contenu de l’héritage importe peu, c’est la transmission elle-même, comme acte, qui compte.Et donc, père enfant trouvé, fils perdu.On veut tellement être voulu.Désiré.Burnside sur l’acide mérite de figurer aux côtés de Baudelaire et de sa confiture magique, de Huxley sur la mescaline Nos parents n’étant que les premiers d’une longue série d’échantillons humains dans les yeux desquels nous nous mettrons soudain à exister, un jour.C’est le moteur du monde, dont l’essence est l’amour.Le récit cpm-mence sur une route du nord de l’Etat de New York.Le narrateur-conducteur s’arrête pour prendre un auto-stop-peur en veine de confidences, qui finit par lui poser la question qui tue le fils: «Alors.il était comment, ton père?» Le mensonge auquel il recourt alors pour s’en sortir n’est pas innocent.C’est comme s’il tirait sur un fil qui dépasse et que toute la trame suivait.Ce tissu de mensonges, c’est sa vie.Les mensonges de l’enfant, l’héritage du père.L’étymologie du mot «mentir» ramène à la pensée elle-même:,mens, mentis, «intelligence, esprit».A question innocente, réponse coupable, donc, et la quête inaugurée par la curiosité du pouceux va nous entraîner dans une passionnante réflexion sur l’inextricable emmêlement de ces notions: souvenir, vérité, histoire, mémoire, récit, mensonge.Les blessures de l’enfance ne débouchent pas toutes sur la beauté.C’est même l’exception quand le viol de la confiance et, par exemple, les inavouables tripatouillages ensoutanés des pensionnats autochtones produisent un grand roman à la manière de Tomson Highway.Burnside écrit: «[.] il était simpliste, je le savais, de dire que mon père m’avait blessé et que j’avais mis des années à guérir de cette blessure.Je savais [.] que la vie est beaucoup plus complexe que nos récits.J’aurais même pu dire — si je l’avais compris — que j’avais conscience du fait que mon père avait lui-même souffert de blessures que je ne pouvais même pas imaginer.» Mais il va essayer! Et cette même imagination qui fut le refuge de son enfance va maintenant lui servir à tenter de concevoir, par-delà leur relation détruite, l’auteur de ses jours et artisan de ses malheurs, pour donner ce livre magnifique.On n’y trouvera ni raclée, ni sévi-ce sexuel.L’œuvre de démolition de la personnalité est presque subtile, faite de menace, de violence verbale, de harcèlement psychologique et de dénigrement systématique.En fait, la seule véritable violence quotidiennement exercée par cet inoubliable personnage de raté tient en deux mots: médiocrité, alcoolisme.Le plus souvent, une telle pauvreté culturelle va se reproduire, peut frapper des populations entières, copime dans les petites villes industrielles d’Ecosse et du nord de l’Angleterre décrites par l’auteur.Après avoir tué le père, le jeune va connaître une dérive existentielle à travers drogue et folie qui offre des pages dignes des grands classiques du genre.Burnside sur l’acide mérite de figurer aux côtés de Baudelaire et de sa confiture magique, de Huxley sur la mescaline.Sa plongée sous les eaux de surface de la santé mentale m’a rappelé le Mark Vonnegut d’Eden Express.Là, le père était çcrivain et cinglé, le fils schi-zo.Au nord d’Eden, c’est le fils sur le LSD qui vire fou raide et devient écrivain.UN MENSONGE SUR MON PÈRE John Burnside Traduit de l’anglais par Catherine Richard Métailié Paris, 2009,309 pages LITTERATURE QUEBECOISE Un lieu de légende Les histoires de Lyne Richard charrient sans distinction, mêlées à l’air du large, la beauté et l’amertume du quotidien CHRISTIAN DESMEULES Est-ce vraiment un recueil de nouvelles?D’autres n’auraient pourtant pas hésité à parler de roman pour désigner ce livre d’histoires brèves construit comme une mosaïque.Une collection d’une vingtaine d’histoires lâchement reliées entre elles et toutes campées à Roses-sur-Mer, une petite ville imaginaire du Bas-du-Fleuve «où la mélancolie a des odeurs d’algues et de roses qui s’accrochent à la peau».Lieu bâti sur une légende — celle d’un marin noyé et d’une femme morte de chagrin — où la vie n’a pas tout à fait le même goût qu’ailleurs, Roses-sur-Mer dégage un parfum de fleurs et d’eau salée.Elle a l’appétit d’un monstre pour les vies humaines, qu’elle engloutit sans les compter et dont elle recrache les restes avec chaque nouvelle marée.Il est venu avec des anémones, le second titre de fiction de Lyne Richard, explore ce territoire de désir et de perte.L’écrivaine, née à Québec en 1953, surtout poète, a publié il y a deux ans Le Bruit des oranges (Québec Amérique), Lyne Richard Il est venu avec des anémones un «vrai» premier roman ou se conjuguaient déjà mal de vivre, absence, familles éclatées, sensualité forte et quête d’absolu.Sans oublier le fleuve, immense personnage omnipotent, capable de tout donner et de tout prendre.On y trouve des personnages morcelés à la recherche de leur vérité — vérité qui se confond parfois avec la mort.Elles s’appellent Ophélie, Florence, Béatrice, Océane, Blanche, Emma ou Mado.Presque seulement des femmes, et surtout des femmes seules.Elles ont aimé et ont été aimées, elles ont été Les livres qui ne circulent pas meurent L'ÉCHANGE 707 H 713 MONI-ROYAL CSÏ ©MONÏ-ROm, 514-523-6389 BIBLIOVENTE LA MÉGAVENTE DE LIVRES USAGÉS DES BIBLIOTHÈQUES DE LAVAL • Près de 50 000 documents en bon état vendus à 2,50$ te kilo, à l'exception des encyclopédies vendues à prix fixe.• Des romans, des revues, des documents audiovisuels et des documentaires, en français et en anglais, pour les jeunes et les adultes, offerts à très bas prix.Vendredi 1er ruai, de 17 h à 21 h.Samedi 2 mai, de 8 h 30 à 16 h.Paiement en argent comptant et par INTERAC.Prévoir ce qu’il faut pour rapporter vos achats : sacs ou boites.Lieu : aréna Cartier (quartier Laval-des-Rapides, 100, montée Major (à côté de la station de métro cartier./ r=l Téléphone : 311 | f| ou 450 978-8000 - (de l’extérieur de Laval) www.ville.laval.qc.ca (onglet Culture) trahies, délaissées, laissées derrière par leur mère, par un homme ou simplement par le temps.Leur désir en friche leur rappelle parfois toute l’étendue des possibles.Il est venu avec des anémones peut être lu, en ce sens, comme une variation énigmatique sur le thème des départs et de la séparation.Une amoureuse inconsolée pose sa tête sur les rails d’un train, la propriétaire d’un petit restaurant, incapable de nier plus longtemps ses rêves et ses désirs, y met le feu et met les voiles sans se retourner, un homme regarde la femme qu’il aime, un peu folle, se baigner librement dans le fleuve.Une femme est secrètement obsédée par un bibliothécaire local, une autre y revient dix ans après l’avoir quitté, offrant de porte à porte l’amour qu’elle n’a jamais pu recevoir.Teintées de poésie, et parfois aussi d’un peu de fantastique, les histoires de Lyne Richard charrient sans distinction, mêlées à l’air du large, la beauté et l’amertume du quotidien.«Ne reste que Roses-sur-Mer, ventre ouvert dans lequel se dépose, poème après poème, toute la vérité de la mort.» Collaborateur du Devoir IL EST VENU AVEC DES ANÉMONES Lyne Richard Québec Amérique Montréal, 2009,184 pages LA PETITE CHRONIQUE Rimbaud, encore et encore Il peut sembler bizarre qu’on évoque le terme «œuvres complètes» quand il s’agit des écrits d’Arthur Rimbaud.Sauf pour Une saison en enfer et quelques poèmes, il n’a pas vu lui-même à la publication de son œuvre.Vient de paraître dans la bibliothèque de la Pléiade une nouvelle édition des écrits connus à ce jour de ce météore de la poésie, la troisième à voir le jour dans cette même collection.Faut-il la préférer à celles que l’on trouve aisément chez plusieurs éditeurs, et disponibles?Je n’ai pas l’érudition nécessaire pour en décider.En 1991 avait paru chez Ar-léa une édition dite du centenaire sous le titre d’œuvre-vie.Dirigée par Alain Borer et mettant à contribution plusieurs spécialistes rimbal-diens, elle reprenait évidemment tous les poèmes et les entremêlait chronologiquement à tous les documents qui pouvaient éclairer l’œuvre.Il m’avait semblé à l’époque que Yœuvre-vie était une entreprise passionnante destinée en priorité aux convaincus.On s’intéressait à l’œuvre et à la biographie du poète un peu comme depuis quelques décennies on s’attache à des figures mythiques, tels Kerouac, Lowry, Robert Walser, Kafka.L’édition d’André Guyaux et d’Aurélia Cervoni n’est pas à ÉSM Gilles Archambault rlvieri llbrairiexbistr La spécifité culturelle JUSTIFIE-T-ELLE UN QUELCONQUE ACCOMMODEMENT?Causerie avec Olivieri Au cœur des idées Jeudi le 30 avril 2009 à 19 h 00 Une présentation de l'Elf dans le cadra de la Semaine d'action pour l'intégration de Côte-des-Neiges Avec le soutien de la Sodée 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges RSVP : 514 739-3639 Bistro : 514 739-3303 Djemila Benhabib Ma vie à contre-coran, vlb, 2009.C’est avec passion, colère et douleur et à travers une réflexion approfondie que Djemila Benhabib, québécoise d’origine algérienne, réagit au rapport de la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables.Animatrice Marie-Andrée Bertrand professeure émérite à l’École de criminologie de l'UdeM et Officier de l’Ordre national du Québec.non plus avare de documents connexes.Les lettres de Rimbaud, évidemment, mais aussi des extraits du journal de Vi-talie Rimbaud, la sœur du poète, s’ajoutent à des missives de correspondants divers.Pour le lecteur » très occasionnel de poésie que je suis, une occasion renouvelée de baguenauder dans des poèmes connus ou non, oubliés ou mal lus.Je ne céderai pas à la tentation de commenter une œuvre sur laquelle tout a été écrit.D’avoir connu au sortir de l’adolescence la Chanson de la plus haute tour ne m’empêche toutefois pas d’être ému plusieurs décennies plus tard de lire: «Oisive jeunesse / A tout asservie, / Par délicatesse / J’ai perdu ma vie./ Ah! Que le temps vienne / Où les cœurs s’éprennent».L’insatisfaction D’autres avant nous ont exprimé leur étonnement, leur déception face à l’abandon de l’écriture du poète.Ce n’est certes pas le contenu de sa correspondance abyssinienne qui apporte quelques lueurs d’explication.Rimbaud, le génial poète, devenant marchand dans un coin perdu et ne cessant de réclamer à sa mère une aide financière, cela fait partie de l'histoire littéraire depuis belle lurette.Et pourtant, des milliers de lecteurs continueront dans les années à venir à s’interroger sur la destinée d’un homme d’exception de ce qu’on n’a jamais cessé d’appeler le mystère de la création.André Guyaux, commentant dans sa préface les vers que j’ai cités plus haut, rappelle: «Ce qui fut toujours, depuis ses premiers vers, le grand sujet de Rimbaud: l’insatisfaction — nostalgie, désir de l’ailleurs, vagabondage sans but — se renouvelle dans la forme elusive et déliée d'une poésie que l’on murmure ou que l’on fredonne comme une chanson.» Comment ne pas croire qu’une partie importante de la poésie a souvent des rapports avec la chanson?Pas n’importe laquelle évidemment.Comment ne pas songer à Verlaine, l’ami gênant, mais poète enchanteur, à Baudelaire, à Aragon?Que des auteurs de chansons aient été attirés par leurs vers au point de les mettre en musique n’a donc rien de surprenant.Dans le même texte, André Guyaux avance que le double sens est le langage de Rimbaud.Il y a dans les poèmes apparemment les plus clairs de l’auteur des Illuminations une ambiguïté, un non-dit à peu près constant.Ayant constaté cela, on s’étonne un peu moins du destin d’auteur qui ne cesse de vous éblouir.ŒUVRES COMPLÈTES Rimbaud Bibliothèque de la Pléiade Paris, 2009,1100 pages Arthur Rimbaud -î, SOURCE AFP «Quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui disparaît.» Et lorsqu’une librairie ferme ses portes.?http://agentimmobilier.blogspot.conn/ £ W.-, IC - •» I IC I I K 1) E V OIK.I.K S S A M E I) I 2 E T I) I M A \ ( Il K 2 li A V K I L 2 0 0 M.Flaubert, c’est moi ! Selon Orhan Pamuk, Prix Nobel de littérature, l’auteur de Madame Bovary est l’inventeur d’une posture, celle du romancier ermite culte d’une petite élite.C’est peut-être au risque de la popularité de la littérature ORHAN PAMUK Dans la dernière partie de son voyage en Orient, Gustave Flaubert, après avoir visité l’Égypte, la Palestine, le Liban et la Syrie, arriva à Istanbul en octobre 1850, avec Maxime Du Camp.Les deux amis avaient déjà voyagé ensemble auparavant, écrivant leurs expériences, et s’en étaient bien trouvés.Du Camp était un vrai ami, issu de bonne famille, efféminé, mais fiable et amoureux des arts et de la littéra-ture.Pendant leurs voyages, Flaubert était plus occupé de lui-même, par son avenir et ses soucis.En fait de soucis, il s’agissait surtout des souffrances que lui imposait la syphilis, contractée à Beyrouth.Outre la maladie, le voyage lui-même, qui durait depuis plus d’un an, l’avait mené au bord de l’épuisement.Ses cheveux, ses dents tombaient; il aspirait à retrouver sa maison et sa mè,re, sa vie à Rouen.A Istanbul, en date du 15 décembre 1850, Flaubert écrit à sa mère ces phrases que je me répétais à moi-même à voix basse, en essayant d’y croire, alors que je n’avais pas encore atteint la trentaine: «Je me fous du monde, de l’avenir, du qu’en-dira-t-on, d’un établissement quelconque, et même de la renommée littéraire, qui m’a jadis fait passer tant de nuits blanches à la rêver.» A la fin des années 1970, alors que je vivais seul avec ma mère à Istanbul et essayais de faire publier mon premier roman, je me souviens d’avoir tenté de retrouver l’hôtel Justiniano, à Gala-ta, où Flaubert séjourna et où il écrivit ces mots.Je m’efforçais de le prendre pour modèle, comme lui-même l’avait fait avec ses «grands hommes».Car si l’un des dogmes de l’éthique littéraire moderne est la nécessité de se tenir à l’écart de la vie bourgeoise et de ses leurres, l’autre en est l’admiration des grands auteurs, ceux qui ont su respecter leurs vœux quasi sacerdotaux avec sincérité, et auxquels il convient de s’identifier.L’écrivain doit se tenir à l’écart de la vie, fuir toutes les institutions, la richesse, toute vie familiale, regarder la réussite et la gloire littéraire avec suspicion.Voilà les dogmes absolus de la vocation de ce nouveau clergé séculier, et de toute la morale littéraire moderne.Le jeune homme qui se prépare à la vie difficile et ennuyeuse d’écrivain doit avoir une foi sincère dans ce sacerdoce moderne et savoir, si le succès se lait attendre (et parfois il n’arrive jamais), ne pas succomber au découragement, mais continuer, en se contentant de peu, sur la voie qu’il s’est choisie, celle de la foi en l’écriture.Je persiste à penser que cette morale moderne d’écriture est une chose à laquelle tous les écrivains depuis le milieu du XIX' siècle ont cru, et qu’ils doivent vénérer s’ils veulent rester de- Flaubert était pour moi un qu’un ermite : le premier à de ces saints ermites de la moderne qui ont tourné le et au succès superficiel bout face au mercantilisme.C’est une autre des grandes réussites de Flaubert que d’avoir, en dehors du succès de ses œuvres elles-mêmes, pu vivre en conformité avec cette morale formulée à l’âge de 29 ans.Quand je les lisais, dans les années 1970, je pensais moi aussi, comme Flaubert, qu’il serait possible de me tenir éloigné de la vie, des succès faciles, de la société, et des puissants.De ce point de vue, Flaubert était pour moi un saint autant qu’un ermite: le premier à vrai dire de ces saints ermites de la littérature moderne qui ont tourné le dos à la vie et au succès superficiel.Joyce, Proust, Kafka, Pessoa, Walter Benjamin et Borges sont ma généalogie.Mon attachement à ces auteurs prend sa source autant dans leur refus du succès facile que dans leurs créations littéraires et dans les horizons nouveaux qu’ils ont défrichés, en cherchant à mettre le monde en mots.Et je pense toujours que, dans les pays non occidentaux en particulier, où la culture moderne du roman et de la littérature et l’habitude de lire ne sont pas enracinés, les écrivains doivent prendre exemple, pour résister et durer, sur des existences comme celle de Flaubert et s’identifier à ces modèles de sacerdoce.Mais ces vœux comportent aussi certains problèmes.Tout d’abord, la façon dont nous vivons, le lien qui nous unit aux écrivains ermites aboutit à rejoindre, dans les cultures traditionnelles des pays non occidentaux, les formes et les expressions d’admiration, de vénération et d’adoration qu’on y voue aux saints et aux ermites.C’est de cette façon qu’a été vécu et importé en Turquie le modernisme littéraire.Je me souviens que, dans les années 1960-1970, l’admiration qu’une poignée de jeunes écrivains turcs vouaient à Kafka ressemblait à ces dévotions traditionnelles que suscitaient aupara- saint autant vant le* /oncla' teurs d ermi- vrai dire tages, et les , défunts saints littérature du soufisme.De même que ceux-là avec la vie de Kafka, je lisais la vie de Flaubert, dix ans plus tard, comme si c’était une hagiographie dans la tradition soufie.Une des conséquences imprévues de cette éthique moderniste de la littérature, et ce type de dévotion, c’est la propension à évaluer les écrivains en fonction de leur vie, et non de leurs livres.Tous les lecteurs ont un désir commun et secret: que l’auteur qu’ils admirent ait une vie sans succès, malheureuse, et inquiète.Dans les années 1960 et 1970, des poèmes compris et appréciés de tous diminuaient plutôt qu’augmentaient l’admiration pour leur auteur.Les rues des petits pays de second ordre, où la littérature ne se vend pas, où les journaux et les télévisions ne donnent aucune place aux livres, sont pleines de poètes et dos à la vie LITTÉRATURE FRANÇAISE Pèlerins de l’extrême Asie L’étrange faculté de maîtriser les rêves donne à certains romans des allures de cahots dans un paysage connu.Impossible de jauger la distance parcourue dans l'imaginaire.La vas-titude embrassée fait dévier l’itinéraire.Voyage avec Alain Nadaud et Christian Garcin, toujours plus haut et plus loin.GUY LA I N E MASSOUTRE Le Passage du col d’Alain Nadaud paraîtra impeccable aux amateurs de dépaysement tibétain, de moines rieurs, de marche entre des monastères, de conversations ésotériques avec des lamas.Rien de compliqué dans cette escapade rebondissante, conséquence d’un réel voyage au Tibet.Tout coule dans ce roman, même trop vers le déjà-lu.Mais cette lecture fluide tient bon le suspens.Un narrateur y mêle adroitement un Himalaya de cartes postales, aux tankas enfumés et aux symboles pittoresques, au drame orchestré par des Chinois infùsant dans le mentir vrai.Rebondissant d'un éditeur à l’autre, d’un pays à l’autre, jadis à Québec, Nadaud vit aujourd’hui en Tunisie.Peu familier des archives, contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce lecteur de Borges, de Baudelaire et de Stevenson aime figurer les gouffres romanesques et les ambiances troubles.Son imagination se plie au roman d’aventures.Ses scénarios colorés cherchent moins le style que le plaisir adolescent.Tout y fait illusion, telle la lune dans l’eau.Les rêves, surtout, projettent le narrateur jusque dans les romans précédents.La roue du temps bouddhiste y décrit ses cycles.Grâce à ce subterfùge, les sens immédiats se trouvent déportés vers l’irréel, tandis qu’en décrochant de l’inattendu, la pensée hallucinée de l’écrivain se recharge d’actualité.Son pèlerin occidental y affronte ainsi les tracasseries chinoises, les intempéries, les avalanches, la douleur et la faim, avant d’accéder à l’ermitage de Philong Ta, écho au mythique Shangri-La de James Hilton.Là croissent toutes les divagations sur l’espace-temps.Bienvenue aux fantasmagories du non-agir.De ce cliché ressort la question des apparences et l’irréel, qui a toujours hanté Nadaud.Toute simple, l’allégorie veut que chaque rêverie contienne l’ébauche d’un roman et que l’auteur en possède des milliers.Un viol, par exemple, y est décrit tel un pugilat entre tigres- se et narrateur — scène d’autant plus délicieuse qu’elle est invraisemblable.Le dénouement surenchérit dans la fiction.Sourire garanti.Au pays des libertés perdues, ce Passage du col vit d’accidents fébriles, au milieu de pièges à regrets inconscients.En pays mongol Plus corsé, remarquable dans le beau corpus des textes chamaniques, un exil plus crépusculaire de l’imagination, La Piste mongole, de Christian Garcin, se déroule entre Mongolie réelle et fantasmée.L’auteur n’en est pas à sa première incursion asiatique.Au bout de celle-ci, il livre un roman touffu, bourré d’inventions littéraires mariées à celles de précieux devanciers, Bernardo Carvalho, Eric Faye, Thierry Hesse et Antoine Volodine.Jeunesse éternelle du roman! Les rêves télétransportent les personnages de la Mongolie à la Russie jusqu’en Chine.Des noms aux consonances mythiques — Amgaalan, Pagmajav-la-barrique, Barkhaa, Gü, Xuenchen, Otgonbayat, Sürgündü-jambes-d’os.ou le lac Baikal et les yourtes d’Ulan Baatar — font rêver de voyages instantanés, de métamorphoses de contes, de communications parallèles aux langues, de traversées dans la beauté du monde.Bien sûr, il y a une panoplie du nomadisme, de l’humour et des palabres strictement inutiles, mais c’est ô combien divertissant.Ces gamineries feront-elles long feu?Les inframondes sophistiqués de Volodine ne sont-ils pas plus signifiants?Oui mais, au demeurant, en plus de vous transférer son énergie, cette surenchère de mises en scène chamaniques ajoute des trésors au feuilleton exceptionnel des romans.Dans ces greniers pleins de croyances et d’actes joués, notre ennuyeuse culture standardisée résiste au risque d’en voir la diversité rayée.Collaboratrice du Devoir LE PASSAGE DU COL Alain Nadaud Albin Michel Paris, 2009,327 pages LA PISTE MONGOLE Christian Garcin Verdier Paris, 2009,309 pages DDF / KATJA I.ENZ AFP Orhan Pamuk d’écrivains incorruptibles dans leur éthique moderniste, qui tirent gloire du fait que leurs livres ne se vendent pas et ne sont pas évoqués dans les journaux.Le problème fondamental que je vois dans l’adoption de cette éthique littéraire, et l’adhésion enthousiaste dont elle jouit, depuis son expression par Flaubert, parmi les connaisseurs, à Istanbul ou dans d’autres centres littéraires en dehors de l’Occident, c’est que, cent ans après, la littérature continue d’être perçue comme une chose qui n’est destinée qu’à ces mêmes connaisseurs.Beaucoup d’écrivains, à un moment de leur vie, ont désiré, comme moi, «être Flaubert».Or, parmi les écrivams qui désirent «être Flaubert», il en est à mon sens de deux sortes, et je vais résumer, en la simplifiant, cette distinction qui fait ressortir deux aspects fondamentaux de l’art du roman.La première catégorie de flaubertiens, ce sont les admirateurs de cette voix indignée qui le caractérise.Je veux par- ler de cette colère, tantôt ironique, tantôt outrée, que son intelligence fait tonner contre la banalité, la médiocrité de la vie bourgeoise, sa superficialité et sa bêtise.Cette ironie prend pour cible la stupidité humaine et surtout bourgeoise, et tire sa force de l’intelligence, mais aussi du talent très particulier de parodiste de Flaubert.Au XX' siècle, les jeunes écrivains admirateurs de Flaubert attachent une grande importance à imiter cette ironie, à prendre ce ton spirituel, à arborer ce masque cynique.Quand on lit Lolita de Nabokov, on sent, derrière les piques adressées à quelques traits saillants du rêve américain, une sensibilité de flaubertien.Mais si cette ironie est la seule force d’un roman, le bel esprit et le cynisme ont tôt fait de se changer en condescendance, en mépris de la vie des gens moyens, peu instruits, ou dont la culture est differente, dont les habitudes se démarquent des nôtres et souffrent de la comparaison.Il convient de prendre en considération ces questions, qui relèvent de l’éthique, pour comprendre la façon dont le modernisme européen est accueilli dans les pays non occidentaux.Cependant, malgré toute sa colère et toute son ironie, Flaubert n’était pas un auteur méprisant.Il a inventé une langue qui lui permettait d’observer au plus près, à l’intérieur du roman, ses personnages, ces êtres si différents de lui.Pour s’approcher au plus près des pensées de ses personnages, Flaubert avait développé une technique, une voix narrative, particulière.Cette voix, cette technique de narration, qui fut ensuite imitée, d’abord en France, puis dans le monde entier, et que les spécialistes de Flaubert savent mieux apprécier que ses lecteurs, est appelée «style indirect libre».Ce procédé, qu’il n’inventa pas mais développa, consiste à ne pas dissocier les pensées des personnages du milieu et des événements qui les entourent et qui leur sont familiers.Ce «style indirect libre» a eu une grande influence dans beaucoup de pays non occidentaux, comme la Turquie, où l’art du roman et le langage narratif moderne ne se sont développés et n’ont été pratiqués et appréciés qu’après l’époque de Flaubert.Le Flaubert que j’aime et que j’admire, celui auquel je m’identifie, c’est ce deuxième écrivain, ce grand auteur qui a su inventer de nouveaux chemins pour parvenir, dans les vastes cadres et les décors du roman, mais aussi parfois en quelques mots seulement, jusqu’au cœur de ses personnages.Et seul un écrivain capable de cette compréhension, de cette profonde tendresse envers les personnages que réclame l’art du roman, pouvait déclarer: «Madame Bovary, c’est moi!» Mais le Flaubert ironique et désobligeant dont je viens aussi de parler n’est jamais bien loin du Flaubert sentimental.Et il n’est pas du tout difficile, pour un lecteur qui aime Flaubert, de se représenter celui-ci comme deux parties d’un seul cœur.Et quant à moi, j’ai toujours voulu, comme bien d’autres écrivains, m’identifier à la fois à l’écrivain en colère, irritable, et à celui qui, nourrissant une telle tendresse pour ses semblables, les comprend mieux que quiconque.Si bien que, chaque fois que je le relis, je m’entends dire: «M.Flaubert, c'est moi!» Le Monde CATHERINE MAVRIKAKIS remporte le Prix littéraire des collégiens 2009, pour son roman Le ciel de Bay City publié aux Éditions Héliotrope.P-4 Âi Collégiens www.prixlitterairedescollegiens.ca BANQUE Culture nationale " c°Québec E3 îï 1 • \l 0 N 0 A T I 0 N • A M a r c B o u r 0 I 8 Québec un QUEBECOR LE DEVOIR r a Cl^ILCQ ¦ iitJtté • N»[»t—« MSSS »RADI0 I.K I» K V OIH.L K S S A M E I) I 2 5 E T I) I M A N C II E 2 (I A V Kl L 2 (I 0 !) ESSAIS ESSAIS QUÉBÉCOIS Des philosophes qui donnent leur 110% Le Canadien de Montréal n’est peut-être pas une religion, comme le suggéraient récemment, sans trop y croire, deux théologiens québécois, mais le hockey peut certes inspirer les philosophes.Est-ce parce que ce sport est particulièrement philosophique?Pas vraiment.C’est plutôt que les philosophes, c’est leur vertu, ne reculent devant rien et ont cette remarquable faculté de transformer n’importe quoi en objet de réflexion ou de ratiocination.Aussi, le hockey, pour les philosophes québécois, c’est du bonbon.Enfin, se disent-ils, on prêtera peut-être attention à nos propos.Premier titre à paraître dans la collection «Quand la philosophie fait Pop!» des Presses de i’Université Laval, 1m Vraie Dureté du mental.Hockey et philosophie, comme les ouvrages qui suivront à cette enseigne, entend «conjuguer accessibilité et humour, avec la volonté de cerner ces aspects de notre condition humaine que nous révèle [la culture populaire]» et, plus spécifiquement ici, le hockey.On ne peut pas dire, toutefois, que l’équipe constituée pour mener à bien ce projet «sort fort».Pendant les deux premières périodes de ce match intellectuel, respectivement consacrées à la philosophie sociale et politique et à la mythologie et à la métaphysique, seuls Tony Patoine, qui plaide en faveur d’une Équipe Québec pour raffermir notre sentiment identitaire collectif, et Jean Grondin, qui se penche avec humour sur la métaphysique du hockey pour finir par suggérer qu’il en est des meilleures, méritent vraiment leur «temps de glace».11 faut donc attendre la troisième période, consacrée aux enjeux éthiques et esthétiques, pour voir les philosophes donner vraiment leur 110 -îer %.Et la première étoile de ce match revient sans conteste à Daniel M.Weinstock, qui se livre avec brio à un «éloge des matchs nuis».L’introduction récente du principe de la fusillade, pour en finir avec les matchs nuis dans la LNH, lui est restée dans la gorge.Partisan d’un «progressisme modéré», l’éthicien rejette le «sophisme originaire» selon lequel «l’essence ou l’esprit d’un phénomène est pleinement révélé au moment de sa première apparition, tout éloignement par rapport à cette origine étant de ce fait une perte».Il sait trop, par exemple, que la démocratie athénienne n’était pas parfaite.Aussi, il est bien prêt à accepter des modifications au phénomène original, mais uniquement dans la mesure où ces dernières en respectent l’esprit et les conditions d’identité.D distingue, dans l’univers du hockey, trois catégories de modifications.Essentielles, elles visent à corriger des anomalies imprévues qui «éloignent le jeu de son esprit».Quand Sean Avery, par exemple, gesticule stupidement devant le gardien Martin Brodeur pour le déconcentrer, il ne transgresse aucune règle écrite.Pourtant, il viole l’esprit du hockey.Une modification a donc été apportée aux règlements.Protectrices, elles visent à protéger les joueurs (port du casque obligatoire, par exemple).Populistes, elles visent à rendre le jeu plus spectaculaire.S’il ne s’oppose pas radicalement aux modifications relevant des deux dernières catégories, Weinstock impose néanmoins une condition à leur acceptation: le respect de l’esprit du hockey.Or, selon lui, la fusillade — du genre spectaculaire — ne remplit pas cette condition.Le hockey, explique l’éthicien, est un sport d’équipe, ce qui entraîne que les buts, sauf exceptions, «sont notamment le résultat de la coordination de plusieurs joueurs».La fusillade, qui correspond au principe du face-à-face, nie donc l’esprit de ce sport.Plus encore, elle nuit à la fonction morale du hockey.Ce dernier, en effet, est porteur de leçons de vie.Il rappelle notamment la nécessité de sublimer l’agressivité et le fait qu’un comportement moral peut constituer un avantage.L’égoïsme, au hockey, n’est pas payant.Or la fusillade, en envoyant le message que, «dans la vie, il y a toujours des gagnants et des perdants, est une mauvaise leçon de vie».La vie, écrit Weinstock dans une belle conclusion, «donne souvent lieu à des événements indéterminés».Elle est faite de Le dialogue interreligieux : impasse ou espérance?Avec Henri Boulad sj Conférencier et écrivain renommé en Europe et en Égypte Reservation obligatoire M/7 Beaucoup plus qu'une librairie ! 'fy) Salle de conférences et café-resto «.2661 Masson, Montréal, Qc Jaultnes 514849-3585 Contribution suggérée de 5 $ JACQUES NADEAU LE DEVOIR Hockey et esprit d’équipe vont de pair.L’égoïsme, au hockey, n’est pas payant, rappelle l’éthicien Daniel M.Weinstock.victoires, de défaites et de matchs nuis.Aussi, «en éliminant le match nul de l’ontologie morale du jeune, nous le rendons moins capable qu’il l’aurait autrement été à [sic] faire face à cette dimension inéluctable de la vie humaine».C’est plus fort que du Dave Moris-sette, mettons.Grâce à son texte suggérant qu’«il est plus que temps de mettre K.O.les bagarres», Christian Boissinof codirecteur de l’ouvrage avec Normand Baillargeon, remporte la deuxième étoile.A l’argumentation des «déréglés de l’hypophyse» selon laquelle les bagarres permettent de «faire sortir le méchant» engendré par la rudesse du jeu et de policer l’espace au profit des bons joueurs, le professeur de philosophie au collégial réplique que d’autres sports rudes interdisent les bagarres, que seuls le Canada et les États-Unis les permettent au hockey, que la virilité ne passe pas par les poings et, surtout, que l’agressivité bagarreuse n’a rien d’un besoin inné.«Ce déterminisme ou matérialisme primaire, qui fait de l’homme un automate, prisonnier de forces hors de son contrôle, incapable de liberté et de choix, n’est défendu que par une poignée de scientifiques illuminés», écrit Boissinot Normand Baillargeon et Chantal Santerre se partagent la troisième étoile.Le premier, pour ses considérations sur l’esthétique du hockey et sur le dopage.La deuxième, pour son plaidoyer original en faveur d’un hockey kantien dans lequel les joueurs «se rendent eux-mêmes au banc des punitions».Charles Le Blanc, qui s’amuse comme un fou en appliquant une grille de lecture kierkegaardienne au «mental» des gardiens de but, mérite aussi une mention.On pourrait parler, dans son cas, de style papillon philosophique.Composée d’un quintette de choc et de solides plombiers et plombières qui travaillent fort dans les coins de la réflexion, l’équipe de La Vraie Dureté du mental est à l’image de nos Canadiens, c’est-à-dire capable du meilleur, mais aussi du médiocre.Elle s’en distingue néanmoins en prenant le tout avec humour et philosophie.louiscc/asympatico.ca LA VRAIE DURETÉ DU MENTAL Hockey et philosophie Sous la direction de Normand Baillargeon et Christian Boissinot Presses de l’Université Laval Québec, 2009,276 pages Félicitations à PIERRE SZALOWSKI récipiendaire du Grand Prix de la relève littéraire Archambault.?Hurtubise www.editionshurtubise.com Pierre Szalowski ; froid modifie la trajectoire des poisson; > pages » rflXhjmvm (U Ql^fc Zoos FINALISTES CATEGORIE ROMAN QUEBECOIS : SOIREE DE DEVOILEMENT Le LUNDI 11 MAI 2009 À19HOO au LION D’OR (1676, RUE ONTARIO ESTÀMONTRÉAL) ENTRÉE GRATUITE MISE EN LECTURE: CATHERINE TRUDEAU (PORTE-PAROLE).PAUL AHMARANI ET HUGO TURGEON ACCOMPAGNÉS EN MUSIQUE PAR : ALEXIS MARTIN LE CIEL DE BAY CITY Catherine Mavrikakis (Héliotrope) « Dorénavant il y a un morceau de ciel mauve dans le paysage de la littérature québécoise.On ne sait pas si la lumière qu’il dispense est sombre ou claire, tant il est chargé d’une profonde ambiguité : l’orage et le beau temps y sont mêlés, le bienfait et la malédiction ne s’y distinguent plus l’un de l’autre.» Donald Servais Librairie La boutique du livre (Québec) DU BON USAGE DES ÉTOILES Dominique Fortier (Alto) « Pages de journaux Intimes, extraits d’ouvrages scientifiques, poèmes et menu de Noel ; le tout agencé par un narrateur habile nous raconte l’histoire du Terror, de l’Erebus et de leurs équipages, restés prisonniers de l’Arctique au 19' siècle.Le rythme saisissant avec lequel les éléments disparates du roman sont agencés stimule la curiosité du lecteur, qui ne peut que poursuivre ce récit où l'imagination devient l'alliée de l'Histoire.» Geneviève Caron Librairie Renaud-Bray (Montréal) LA MACHINE A ORGUEIL Michel Vézina (Québec Amérique) « À la suite du suicide de son amie, un ancien punk est amené à revoir son existence.Ce retour aux sources lui fera rencontrer un ormite qui deviendra son complice.SI La Machine à orgueil est un roman à l'humour grinçant voire décapant, c'en est aussi un rempli d’amour et de tendresse.Une tendresse exprimée souvent de façon bourrue, malhabile, mais qui redonne goût à la vie et à l’espoir.Merci à Michel Vézina pour ce vibrant hommage à la liberté.Robert Boulerice Librairie Le Parchemin (Montréal) ZAKURO Aki Shimazaki (Leméac /Actes Sud) « Un homme replonge dans le passé troublant de sa famille et y découvre des secrets enfouis depuis plusieurs décennies.Ce court roman d’Aki Shimazaki , écrit dans un style puissant et minimaliste, hantera longtemps ses lecteurs.» Julien Lefort-Favreau Librairie Gallimard (Montréal) FINALISTES CATEGORIE ROMAN HORS QUEBEC : TOUTMACCUSE Véronique Marcotte (Québec Amérique) « Les vies de Victoire et Auguste, deux écorchés, deux torturés, se croisent.Avec d'infinies précautions, ils s'aideront à panser leurs blessures et briseront un temps l'isolement dans lequel les confinent leurs angoisses.Véronique Marcotte décrit avec une précision chirurgicale les zones sombres de l'âme de ses personnages et leur insuffle une grande dose d’humanité, tant et si bien que l'on ne sait plus si l'on doit éprouver de la sympathie ou du dégoût pour ces Individus rendus monstrueux par leurs obsessions.» Anne-Marie Genest Librairie Pantoute (Québec) LA OÙ LES TIGRES SONTCHEEEUX jean-Marie Bias de Roblès (Zulma) « Superbe galerie de personnages grâce auxquels on hume, goûte et contemple le Brésil contemporain.En quête de savoir, de plaisir, de pouvoir ou de justice, les protagonistes nous entraînent dans un roman d'aventures, un conte politique cruel, un récit du 17* siècle et ailleurs encore Certains personnages dlsparaitront, mais parviendront à nous transmettre leur ivresse.» Geneviève Caron Librairie Ronaud-Bray (Montréal) LA ROUTE Cormac McCarthy (de l’Olivier) « Un roman d'une immensité qui se construit pas â pas, un pied devant l'autre en fait, sur une route au beau milieu do nulle part, dans un monde résiduel, après l’apocalypse.Une errance singulière qui laisse en nous des empreintes qui ne s'effaceront plus.» Donald Servais Librairie La boutique du livre (Québec) SEUL LE SILENCE R.|.Ellory (Sonatine) « Pondant la Deuxième Guerre mondiale, un tueur en série sévit en Géorgie Un Jeune homme, malgré lui constamment relié aux meurtres, cherchera désespérément qui en est l'auteur et cette obsession deviendra peu à peu le moteur de sa vie.Avec une habileté exceptionnelle, Ellory nous fait visiter les recoins les plus sombres de l'être humain.Au delà du polar, ce roman est l'étude psychologique d'une âme qui cherche la rédemption.» Robert Boulerice Librairie Le Parchemin (Montreal) SYNGUÉSABOUR (Pierre de patience) Atiq Rahlmi (P.0.L) « Afghanistan : une chambre, un matelas, un homme blessé, sa femme.Sur fond de tirs et de bombes, une femme veille son mari comateux.D’abord soumise et craintive, elle en prend soin tout en récitant ses prières.Puis, peu à peu, elle se rebelle et au rythme de la respiration de son mari ses prières se transforment en confidences.Par son récit, elle se libère de l'oppression conjugale, sociale et religieuse.L'écriture sobre de Atiq Rahiml accentue la force du témoignage qui se veut la voix de milliers de femmes.» Suaane Duchesne Librairie Monet (Montréal) TOUTE LA NUIT DEVANT NOUS Marcus Malte (Zulma) «< Mystérieux château en ruine servant de camp de vacances, jeune fille prête à tout pour ses convictions, réflexions d'un jeune de là cité doué pour le foot : chacune des nouvelles de ce recueil nous étonne par son atmosphère troublante.Un livre envoûtant.» Marie-Hélène Vaugeoià Librairie Vaugeois (Sillery) WWW.PRIXDESLIBRAIRES.QC.CA gap Conseil des Arts Canada Council du Canada for the Arts Canadian Patrimoine Heritaga canadien LE DEVOIR métr© >
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