Le devoir, 22 juin 2009, Cahier A
UNE CHIMIOTHERAPIE POUR GUERIR DU SIDA ?Page A 2 -?w w w .led e v o i r.c o ni ?LE DEVOIR V o L .C N D 1 3 8 ?L K LUNDI 22 .1 U I N 2 O O !) I , 1 O $ + T A X E S = 1,25 $ SONDAGE Le français à Montréal: 90% des francophones sont inquiets PHELPS GAGNE LE 100 M STYLE LIBRE À MONTRÉAL 'irMfâmWm fi m PEDRO RUIZ LE DEVOIR LE MEILLEUR nageur de la planète, Michael Phelps, a conclu de façon éclatante hier la dernière journée de compétitions à la Coupe Canada/Coupe du Québec de natation, à la piscine du Stade olympique, en remportant le 100 m style libre devant ses compatriotes Matthew Targett et George R.Bovell.Phelps, que l’on voit ici au départ de la course, a franchi la distance en 48,65 secondes.Samedi, il avait aussi remporté le 100 m papillon en 50,48 secondes, tout près d’un record mondial.Nos informations en page B 4.Iran : la crise entre dans une phase cruciale Les opposants sont appelés à défier l’avertissement du guide suprême MARCO B É LAI R-CI R I N O Le candidat malheureux à l’élection présidentielle iranienne du 12 juin, Mir Hossein Moussavi, a fait fi des avertissements du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, et a invité hier ses partisans à continuer de manifester leur hostilité au pouvoir tout en faisant preuve de retenue.«Lors de vos protestations, continuez à faire preuve de mo- dération.J’attends pour ma part des forces armées qu’elles s’abstiennent de tout acte dommageable», a-t-il déclaré.«Protester contre le mensonge et la fraude est votre droit, a poursuivi l’ancien premier ministre.Espérez obtenir vos droits et ne permettez pas que ceux qui veulent vous mettre en colère réussissent.» Des décharges de coups de fusil répétées ont retenti dans deux quartiers du nord de Téhéran, ont rapporté des té- moins iraniens hier.«J’ai entendu des tirs répétés alors que la population scandait Allahu Ak-bar [Allah est le plus grand] dans le quartier de Niavaran», a indiqué un témoin qui a tu son identité pour des raisons de sécurité.D’après un autre témoin, des fusillades ont aussi éclaté dans le quartier de Zaferaniyeh.La police a affiché sa détermination à continuer de quadriller la ville pour étouffer toute nouvelle velléité de manifes- tations contre la réélection contestée du président sortant.Mahmoud Ahmadinejad.«Les forces de l’ordre maintiendront leur présence dans les divers quartiers de la ville et s’opposeront avec force à tout rassemblement ou agitation», a affirmé le chef de la police de Téhéran, Azizullah Rajabzadeh.La télévision publique a avancé un bilan de dix tués et de VOIR PAGE A 8: IRAN MARCO B É LA I R - C I R I N O Près de 90 % des Québécois francophones estiment que la langue française est menacée à Montréal.Une opinion partagée par moins d’un anglophone ou allophone sur quatre, révèle un sondage Web Léger Marketing-Association d’études cana-diennes-Quebec Community Groups Network dévoilé à l’avant-veille de la Fête nationale.Le sondage met en lumière un fossé important entre les perceptions des Québécois d’expres- la société québécoise sion française et ceux d’expression anglaise sur la vitalité de la langue de Tremblay sur l’île de Montréal.«On voit qu ’il y a une quasi-unanimité auprès des francophones [.] qui pensent que la langue française est menacée à Montréal, ce qui n'est pas le cas chez les non-francophones», fait remarquer le directeur de l’Association d’études canadiennes (AEC), Jack Jedwab.L’étude du démographe Marc Termote sur les perspectives démo-linguistiques du Québec et de la région de Montréal, qui soulignait à grands traits que les personnes qui s’expriment en français à la maison deviendront minoritaires dans la métropole d’ici à 2021, et l’offensive de l’Office québécois de la langue française ont eu un impact indubi- table sur l’opinion publique, pense M.Jedwab.«Cela a été un tournant», affirme-t-il.«Les non-francophones ne voient pas la situation de la même manière.Dans leur esprit, le français progresse à travers la province [parce que la proportion de] non-francophones qui apprennent le français comme langue seconde [croît]», ajoute-t-il.Un peu moins de 54 % de la population montréalaise parle français à la maison, dévoilait le recensement de 2006 de Statistique Canada.Le gouvernement de Jean Charest «donne le sentiment à l’ensemble de la population québécoise qu’il n ’est pas véritablement prêt à agir.Il y a un sentiment d’inaction, et ça inquiète beaucoup les Québécois», explique Alain G.Gagnon, directeur du Centre de recherche interdisciplinaire sur la diversité au Québec (CRIDAQ).La mollesse du gouvernement du Québec dans l’épanouissement de la langue française au Québec, selon M.Gagnon, est semblable à la situation qui prévaut à Ottawa.L’échec du Bloc québécois à faire adopter une politique linguistique qui s’appliquerait aux institutions fédérales sur le territoire du Québec, la mise en veilleuse du programme de contestation judiciaire par le gouvernement de Stephen Harper, les compressions en culture ou son refus de suppléer aux revenus publicitaires insuffisants à VOIR PAGE A 8: FRANÇAIS Autres textes en page A 4 et B 1 ¦ La chronique de François Brousseau, page B 1 60 % des Québécois d’expression française estiment que les anglophones du Québec comprennent mal REUTERS «¦ J IRAK 73 morts dans un attentat attribué à al-Qaïda ¦ À lire en page B 1 INDEX Annonces B 2 Avis publics.B 6 Convergence.B 7 Décès B 2 Météo B 5 Mots croisés.B 5 Sudoku B 4 Télévision B 7 Les Molson : du hockey depuis 85 ans Le Fonds de solidarité parmi les acheteurs du Canadien Wi 'xnwtu.Hütf CHRIST1NNK MUSCHI REUTERS Le Centre Bell, résidence du Canadien de Montréal.Un consortium dirigé par les frères Geoffrey, Andrew et Justin Molson vient de racheter l’équipe.L’ENTREVUE L’école déboussolée Voulons-nous des consommateurs ou des citoyens?demande le pédagogue Philippe Meirieu Pédagogue français de renommée internationale et auteur prolifique, Philippe Meirieu a enseigné à tous les niveaux.Sa réflexion a inspiré des réformes des systèmes d’éducation dans plusieurs pays de la francophonie, y compris le Renouveau pédagogique québécois.L’Université de Montréal décernait ce mois-ci un doctorat honorifique au penseur, aujourd’hui professeur en sciences de l’éducation à l’Université Lumière-Lyon 2.JEAN DION En 1923, quand l’homme d’af-faires William Northey, le sénateur Donat Raymond et le patron du Canadien Pacifique Edward Beatty ont eu l’idée de bâtir un nouvel amphithéâtre de hockey dans ce qui était alors la métropole du Canada, ils ont pris contact avec des investisseurs potentiels.Parmi les premiers à répondre positivement à l’appel se trouvaient le colonel Herbert Molson, président de la brasserie du même nom, et son cousin William Molson.L’année suivante, le Forum de Montréal ouvrait ses portes.Certes, le Forum avait été construit pour accueillir les Maroons de Montréal, l’équipe des «Anglais» de la ville.Mais, au bout de trois ans, il allait aussi devenir le domicile permanent du Club de hockey Canadien.Les Maroons n’ont pas survécu à la Grande Dépression et ont déclaré forfait au terme de la saison 1937-38.Moins de vingt ans plus tard, les Molson refaisaient surface alors qu’un autre sénateur, Hartland Molson, et son frère Thomas se portaient acquéreurs du Canadien.A part deux brefs intermèdes, l’associa- tion entre la famille et l’équipe n’a pas défailli depuis.Par-delà les clivages linguistiques, c’est dire si «Molson» et «hockey» sont synonymes depuis un sacré bout de temps à Montréal et que l’achat du Canadien par le consortium dirigé par les frères Geoffrey, Andrew et Justin Molson annoncé samedi s’inscrit dans l’ordre naturel des choses.Le ministre des Finances, Raymond Bachand, a d’ailleurs reconnu le fait hier, saluant le retour VOIR PAGE A 8: MOLSON C LAI RAN D R É E CAUCHY Source d’inspiration pour les architectes de la réforme d’éducation au Québec, le pédagogue français Philippe Meirieu estime que l’école occidentale vit une période charnière.«Pour la première fois, nos démocraties doivent se mettre d’accord sur les objectifs d’un système éducatif.Dans une dictature, les valeurs viennent du ciel, elles s’imposent.Dans une démocratie, elles sont élaborées par les hommes, de manière souvent conflictuelle», explique le pédagogue et philosophe.Il voit dans ce carrefour une occasion de réfléchir non seulement sur l’école, mais plus large ment sur le «profil de l’honnête homme du XXL siècle».La tâche s’avère beaucoup plus complexe que par le passé.«Toutes les JACQUES GRENIER LE DEVOIR Le pédagogue et philosophe français Philippe Meirieu tmm- formes archaïques d’éducation, qui confondaient éducation et normalisation, instruction et catéchisme, ont progressivement disparu.On veut maintenant une éducation libératrice, émancipatrice.Aujourd’hui, il y a des débats de société en VOIR PAGE A 8: ÉCOLE A 2 LE DEVOIR.LE LUNDI 22 JUIN 2009 r ICTDALITES Importante percée théorique Une chimiothérapie pour guérir du sida ?LI SA- MARIE GERVAIS une mauvaises Guérir du sida?On s’en approche de plus en plus grâce à une équipe de chercheurs canadiens et américains qui a fait une importante découverte menant à une nouvelle façon de traiter l’in-fection au VIH.Il pourrait désormais être possible d’éliminer le virus, qui se cache notamment dans des cellules «réservoirs» du système immunitaire en ajoutant à la trithérapie déjà utilisée une chimiothérapie ciblée semblable à celle qui traite, par exemple, la leucémie.Cette découverte est le fruit d’une approche fondamentale, menée par l’éminent chercheur Rafick-Pierre Sékaly et Nicolas Chôment, stagiaire post-doctoral au département de microbiologie et immunologie de l’Université de Montréal, combinée à une approche clinique fournie par le D' Jean-Pierre Routy, hématologue au CUSM, chercheur en Infection et immunité à l’Institut de recherche du CUSM.«C’est la découverte qu’on a qui peut avoir le maximum d’impact clinique.Depuis cinq ans, Nicolas a travaillé très fort, et cet article-là c’est un couronnement», a lancé le D’ Sékaly.Comme d’autres, les deux chercheurs de l’Université de Montréal avaient remarqué que, malgré une intense trithérapie, le virus était toujours présent dans le corps des malades et continuait de se répliquer dans certains types de cellules T, les fameuses cellules «mémoires» du système immunitaire qui entrent en jeu pour faire fonctionner un vaccin.«On ne comprenait pas pourquoi, même en le bombardant d’antiviraux, le virus demeurait là.On s’est dit qu’il fallait adopter une thérapie complètement différente», a expliqué le Dr Sékaly, qui vient de déménager son équipe de laboratoire au Vaccine and Gene Therapy Institute, en Floride, où il mènera désormais la plus grande partie de ses recherches.Publiés dans Nature Medicine, les travaux des chercheurs ont montré qu’augmenter la force et la puissance des antirétroviraux n’empêchait pas le virus de continuer à se multiplier dans le processus normal de la division cellulaire.«Le virus caché dans les cellules mémoires qu ’on a identifié est passivement multiplié, c’est-à-dire qu’il ne réinfecte pas de nouvelles cellules, mais continue d’exister parce qu’il se multiplie», a indiqué pour sa part le Dr Jean-Pierre Routy.«On est donc passé d’un problème pharmacologique à un problème immunologique, qui est le même que pour la leucémie.» La difficulté sera d’élaborer chimiothérapie intelligente qui ne tuera pas toutes les cellules, bonnes et Virus contre cellule Dans le milieu de la re- cherche mondiale sur le sida, on commençait à admettre que la trithérapie à elle seule, même en augmentant sa force, ne venait pas à bout de toutes les traces du virus dans le corps.Les conclusions de l’équipe du Dr Sékaly sont venues quelque peu bouleverser cette croyance.Ces derniers ont d’ailleurs mis cinq ans pour convaincre la communauté scientifique qu’il fallait s’intéresser à la cellule comportant le virus et non exclusivement au virus lui-même.«On a fait des biopsies du rectum et on a regardé le réservoir de cellules immunitaires dans l’appareil digestif, là où il y ale plus de VIH.Avec nos résultats, on a fini par convaincre les chercheurs de nous publier», a dit le D' Routy, responsable de la partie clinique du projet.«Pour la première fois, cette étude prouve que les réservoirs du VIH ne sont pas dus à une insuffisance de puissance des antirétroviraux, mais à la persistance du virus dans certains types de cellules immunitaires mémoires.» Cette découverte suggère une autre façon de s’attaquer au virus.Plutôt que de s’acharner à augmenter la puissance des antirétroviraux, qui coûtent cher et causent d’importants effets secondaires chez le patient, il faut s’attarder à trouver un moyen de détruire les cellules immunitaires qui se multiplient, ces cellules «réservoirs» où se cache le virus.Pour ce faire, il faut agir sur les facteurs encourageant la multiplication des cellules T, à savoir le vaccin, qui les stimule, et une hormone qui permet de maintenir le nombre de cellules à un niveau stable.«Si on peut déterminer les facteurs qui font que ce virus peut vivre longtemps, on peut déstabiliser ces facteurs et tuer les cellules qui ont le virus.Dans quelques mois, les cellules qui ne sont pas infectées vont redevenir saines.C’est une approche plus oncologique», a souligné le Dr Routy.La difficulté sera d'élaborer une chimiothérapie intelligente qui ne tuera pas toutes les cellules, bonnes et mauvaises, mais qui ciblera plutôt les cellules «réservoirs» dans lesquelles le virus se cache.Une fois ces mauvaises cellules enlevées, le corps du séropositif en régénérerait d’autres qui ne seraient pas infectées puisque l’on aurait continué la trithérapie.Si et seulement si toutes les cellules contenant le virus sont éradiquées, le séropositif pourra se passer de trithérapie.Les chercheurs sont toutefois réalistes: il y a loin de la coupe aux lèvres.Néanmoins, le D' Routy est optimiste.«On peut s'attendre à une avancée significative avant dix ans.» Le Devoir Sous la direction de l.uuis LOUIS-ANDRE RICHARD A NATION WNSl»'
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.