Le devoir, 3 décembre 2005, Cahier F
LE DEVOIR.LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE A DECEMBRE 2005 ENQUÊTE f- L’avenir numérique des livres d’occasion Page F 2 n / LE DEVOIR Clarté et rigueur de Raymond Aron Page F 7 mm ¦ ri' sK-Wiiiy?._ a ftmh itWm de Pierre Elliott Trudeau y LOUIS CORNELLIER A partir de 1980, Pierre Elliott Trudeau a toujours affirmé qu’il combattait le souverainisme québécois au nom de la raison.Son libéralisme individualiste de type juridique, incarné dans la Constitution de 1982, constituait un rempart, prétendait-il, contre les passions nationalistes porteuses de dérapages communautaires.Dans Pierre Elliott Trudeau - L’intellectuel et le politique, son ex-conseiller et rédacteur de discours André BureDe revient sur cet épisode en pariant de *la perversion des idées cité-libristes qui a mené au rapatriement de 1982, à la mise au rancart de l'Accord du lac Meech et à la quasi-sécession du Québec en 1995».Trudeau, écrit BureDe, était ouvert au débat à la critique et «sous les dehors de playboy ou de dur à cuire, qu ’il se donnait lorsqu ’il posait pour la galerie, [il] était, en fait, un être profondément moral, esthète et religieux».Sans être un de ses intimes, BureDe entretenait avec lui une amitié inteDectuel- le qui reposait sur leur adhésion commune au per-sonnaDsme communautaire de Mounier et Mari-tain.Cette philosophie, précise-t-ü, s’accommode bien au fédéralisme multinational en ce qu’eDe reconnaît que l’enracinement communautaire des personnes et la gestion juste et efficace d’un bien commun de plus en plus planétaire sont les deux impératifs contradictoires que notre époque doit concüier.Trudeau l’intellectuel, constate Burelle, à l’époque de Cité libre, prônait cette approche, ouverte aux droits coDectifs inscrits dans un cadre fédéral et opposée au principe d’un Canada unitaire fondé sur un Dbéralisme juridique.Même en septembre 1980, lors de négociations postréférendaires, U aurait proposé un projet de renouveau constitutionnel allant en partie en ce sens (caractère distinct de la société québécoise, décentralisation des pouvoirs, droit de veto au Québec) et radicalement différent de celui qu’il imposera en 1982.Influencé par ses conseillers anglophones et, surtout, choqué par l’insistance des provinces à en demander phis, U aurait alors opéré une volte- face politique et idéologique et renié du même coup sa tradition inteDectueDe pour imposer le libéralisme individuaDste «one nation» de 1982, fermant ainsi la porte à une éventueDe évolution personnaliste du pays.Ce fut, pour Burelle, une erreur tragique par laqueüe Trudeau a révélé ses convictions philosophiques les plus profondes: «La vérité vers laquelle Gérard Pelletier aiguillait inconsciemment mon regard et que j’ai mis du temps à reconnaître est que Pierre Elliott Trudeau était un individualiste anti-communautaire par passion et un per-sonnaliste-communautaire par raison.» Ainsi, la raison à laquefle ü en appelait pour combattre un véritable Canada multinational servait surtout à cacher «sa passion anti-nationaliste aveuglante» qui, dans ses combats contre les accords de Meech et de Charlottefown, lui a fait perdre «tout scrupule intellectuel».Ébranlé par ce qu'ü considère presque comme une trahison, Burelle avoue même que, à ses yeux, «le confédéralisme à l’européenne d’un René Lévesque était souvent plus fidèle à l’esprit du fédéralisme canadien que Tunitarisme larvé, pratiqué par Ottawa».Récit commenté et richement documenté de la raison personnafiste trudeauiste pervertie en passion libérale anti-nationaliste, Pierre Elliott Trudeau - L’intellectuel et le politique raconte avec intelligence et dépit comment Trudeau, aidé en cela par toute l’élite politique canado-québécoise de l’époque, a bousillé la dernière chance de sauver le fédéralisme a visage humain, particulièrement au Québec.Malheureusement, et c'est ce qui étonne de la part d’un esprit aussi brûlant, BureDe se contente de s’en désoler au lieu de tirer la conclusion québécoise qui s’impose.La parole des amis André Burelle n’a pas été invité à coüaborer à Trudeau tel que nous l'avons connu, un ouvrage collectif dirigé par la journaliste Nancy Southaçi, qui fut la voisine montréalaise et l’amie intime du célèbre personnage.De nature essentiellement hagiographique, ce projet, dont l’«intention était de VOIR PAGE F 2: TRUDEAU ^’occultation de CERVANTÈS on vc111 MO y 's Vif A Carias Fuçntes Victor Ivanoviçi Isabelle Daunais Mathieu EUlisU lakls Proguidis Yannick Ray Aussi 4^^* ce numéro : Pierre Vadeboncocur Gilles Marcotte Métissa Grégoire Réjcan Beaudoin Serge Bouchard I r 3 LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 DÉCEMBRE 2003 TRUDEAU Les témoignages réunis dans cet ouvrage sont formels : Vhomme avait toutes les qualités.SUITE DE LA PAGE F 1 dévoiler le côté personnel de Fierre, de faire connaître son aspect humain, de permettre au lecteur de le découvrir comme ami, employeur, compagnon de voyage et surtout — c’est là le rôle qu’il affectionnait le plus — comme père», n’allait pas faire de place à une parole critique qui aurait terni son ton insupportablement consensuel.Ainsi, les employés, amis et collègues du flamboyant politicien s’adonnent donc tous, dans ces pages, et sans retenue, à faire son éloge, qui pour souligner la profondeur de sa foi, qui pour s'extasier sur son intelligence politique, qui pour s’incliner devant sa vaste culture (rarement québécoise) et qui pour témoigner de sa fidélité en amitié et de son engagement parental.Les lecteurs québécois seront peut-être surpris de l’apprendre, mais les témoignages réunis dans cet ouvrage sont formels: l’homme avait toutes les qualités.A l’instar de Burelle, je n’ai pas, moi non plus, été invité à livrer témoignage.11 m’est pourtant arrivé, une seule fois il est vrai, de rencontrer Trudeau.C’était à la Maison du Egg Roll, au début des •années 1990.Lors d’une conféren-!ce organisée par la revue Cité '.libre, Gérard Pelletier m’avait invité à la table des huiles fédéralistes pour discuter.Dans une belle unanimité idéologique, les convives exprimaient leur admiration au sujet des Mémoires de Trudeau que venait de diffuser la télévision de Radio-Canada Inspiré par les trois ou quatre bières chinoises que je venais d’ingurgiter, j’avais émis des réserves.A l’autre extrémité de la table, Trudeau, en m’entendant, avait lancé un condescendant «qu’est-ce qu’il dit?» à son voisin en regardant dans ma direction.Instantanément, j’avais eu droit a la réprobation générale, au point où j’ai dû quitter la table et aller vider ma cinquième bière au bar.Quelques minutes plus tard, Gérard Pelletier, un vrai gentleman celui-là, venait s’excuser.Non, je n’ai pas été invité à collaborer à Trudeau tel que nous l’avons connu, mais si j’avais pu le faire, ma contribution aurait été très courte: Trudeau?Hautain, méprisant et imbu de lui-même.louiscornellierCajparroinfo.net PIERRE ELLIOTT TRUDEAU L’intellectuel ET LE POLITIQUE André Burelle Fides Montréal, 2005,480 pages TRUDEAU TEL QUE NOUS L’AVONS CONNU Sous la direction de Nancy Southam Traduit de l’anglais par Geneviève Roquet, Richard Dubois, Hervé Fischer et Michel St-Germain Fides Montréal, Î2005,448 pages ANDY CIARK REUTERS Pierre Elliott Trudeau en visite chez le président chinois Deng Xiaoping en 1983.É C H O Anne Hébert au Studio littéraire Dans le cadre du Studio littéraire, Danièle Panneton, petite cousine d'Anne Hébert, fera la lecture d'Au rélien, Clara, Mademoiselle et le lieutenant anglais en s'associant au comédien Vincent Davy et à la violoncelliste Hélène Boissinot Ensemble, ils recréeront, pour une représentation seulement, l'atmosphère d’Aurélien, Clara.Mademoiselle et le lieutenant anglais, :un ronuui d'Anne Hebert spéciale huent adapté pour l’occasion, j L'événement aura lieu au Studio ¦théâtre de la Place des Arts le : mercredi 14 décembre à 19h30.Pour information: (514) 842-2112 ou .- U Devoir Prix Jean Finot L'historien Charles Rhéaume, auteur de l'ouvrage Sakharov.Science, morale et politique, paru aux Presses de l’Université Laval l'an dernier, a remporté le prix Jean Finot du meilleur livre d'orientation humanitaire 2005 de l’Académie des sciences mo raies et politiques de France.L'historien s’est vu remettre son prix lors du traditionnel palmarès annuel de l'Académie tenu sous la coupole du Palms de l'Institut de France à Paris.- Le Devoir —«r Livres ^- Le choc Internet dans le monde des livres d’occasion Selon une étude américaine réalisée par Book Industry Study Group, l’arrivée d’Internet a donné une impulsion phénoménale au marché du livre d’occasion.FRÉDÉRIQUE DOYON La vague Internet n’a pas seulement ébranlé l’industrie du disque.S’il y a un autre secteur (parfois concomitant) qu’elle a bouleversé, c’est celui du livre d’occasion.Tandis que le marché du livre d’occasion fleurit sous l’impulsion de la vitrine virtuelle, de manière globale les boutiques qui ont pignon sur rue pâtissent Si les joueurs montréalais majeurs restent bien en selle, quelques libraires ont fermé leurs portes, d’autres ont migré vers le Web ou ont vu leur chiffre d’affaires décliner.Si l’impact diffère selon qu’on vende des livres d’intérêt général, des livres anciens, de collection, en anglais ou en français, chose certaine, Internet a provoqué des remous chez les libraires.«Depuis dix ans, le sujet qui est sur toutes les lèvres dans le milieu, c’est Internet», lance Adrian Edwards, de la vénérable librairie The Word, sise rue Milton à Montréal depuis 30 ans.Contrairemènt à plusieurs de ses congénères, il a mis tous ces efforts dans la poursuite de ses affaires en boutique.Aidé par l’affluence quotidienne des étudiants du quartier de l’université McGill, il s'en tire bien et n'a pas connu de baisse de revenus.«Depuis l’époque où [la vente sur Internet] a commencé sérieusement, il y a eu ici une diminution de l’ordre de 20 à 25 %», indique de son côté Michel Lefebvre, de la librairie Henri Julien.H a tenté l’expérience du Web pendant deux ans parallèlement à son travail en boutique, mais les efforts déployés annulaient les revenus amassés.Troquant son «téléphone à roulette» pour le branchement haute vitesse, François Côté libraire, qui avait pignon sur rue dans l’est de la métropole, a fait le grand saut sur Internet à la fin des années 90, renouant avec une grande tradition de la librairie ancienne, la vente par correspondance.«Déjà, au XVT siècle, des libraires vendaient des livres d’occasion par correspondance», évoque-t-il.Le monde du livre d’occasion repose en grande partie sur des listes de livres, des bibliographies bien documentées dont le Web facilite la circulation auprès d’un bassin d'acheteurs à dimension planétaire.«On rejoint plein de monde, note M.Côté.Il y a des choses, des périodiques comme L'Action nationale, que je me jurais de ne pas racheter et qui se vendent.» Un marché en expansion Selon une étude américaine réalisée par Book Industry Study Group en septembre dernier, l'arrivée d’Internet a donné une impulsion phénoménale au marché du livre d’occasion.la vente en ligne a crû de 30 % par année et accapare maintenant les deux tiers de ce marché.Depuis 2002, la croissance des ventes de livres d’occasion a même dépassé celle des ventes de livres neufs.On pense spontanément aux eBay et autres Amazon.Mais au Canada, un autre joueur contribue largement à ce nouvel essor.Fondé en 1995, Abebooks (de Advance Book Exchange) a conçu un prototype de logiciel pour créer les listes bibliographiques, distribué gratuitement aux libraires.«Ça ouvert la façon de faire», indique M.Côté, qui fait partie de la base de données universelle regroupant en collectif plus de 13 000 libraires indépendants du pays, dont une multitude de libraires montréalais.L’entreprise basée à Victoria, en Colombie Britannique, génère des ventes de l’ordre de 160 millions.Le site, qui offre quelque 70 millions de titres, accueille une moyenne de quatre millions de visiteurs par mois.Les libraires payent un montant mensuel allant de 30 à 350 $ par mois selon le nombre de titres répertoriés et Abebooks retient une commission de 8 % sur les ventes.Pendant ce temps, les ventes dans les boutiques de briques et de béton stagnent M.Edwards en sait quelque chose.«À San Francisco, 85 librairies ont fermé depuis 10 ans.A Toronto, de nombreux amis libraires ont mis la clé dans la porte et ont ouvert boutique sur Internet seulement.» A Montréal, l’exode virtuel n’a pas été aussi intense, notamment parce que le coût des loyers demeure décent, alors qu’à Toronto la révolution Internet s’est accompagnée d'une hausse des loyers.Même que L’Echange, avenue du Mont-Royal, vient de faire l’acquisition du Toume-Livre voisin et s’apprête à doubler son espace, l’achalandage de l’avenue du Mont-Royal, coeur du Plateau, aidant Sans nier qu’internet affecte ses affaires, le propriétaire, Yves Charbonneau, n’a pas enregistré de baisse de ventes, sauf au rayon des disques.«Ce n’est pas autant que dans la vente des disques neufs, mais il y a une baisse de 7 à 9%», dit-il L’envers de la médaille Cette expansion fait figure d’exception dans un paysage plus généralement gris.Plusieurs petits commerces de la rue Saint-Denis ont American Darling Quand l’occasion ravigote le marché du neuf Depuis l'avènement d'Internet le marché du livre d'occasion a pris un nouvel envol.Et contrairement à La croyance commune, cette croissance pourrait s'avérer bénéfique au commerce des bouquins neufs, selon une étude américaine.Les grands perdants: les boutiques de livres d’occasion ayant pignon sur rue.Selon une étude conclue en septembre par la Book Industry Study Group aux États-Unis, les ventes de livres d’occasion ont augmente de 11 % de 2003 à 2004.Cette croissance est largement due à Internet puisque, à elle seule, la vente en ligne a bondi de 33 %, tandis que la vente traditionnelle a crû de seulement 4,6 %.Si actuellement un livre acheté sur douze est d'occasion, l'étude prévoit que ce ratio passera à un sur onze d’ici 2010.les sites tels Amazon.com et eBay, qui offrent des bouquins d'occasion parfois dès le lendemain de leur sortie en neuf en magasin, à des prix plus qu’alléchants, ont évidemment alarmé les milieux de l’édition et les auteurs, qui craignaient une chute importante des ventes de volumes neufs et donc des redevances aux artistes.Or ces craintes ne sont pas tout à fait fondées, selon une recherche effectuée en 2004 par des universitaires new-yorkais.Les Amazon et autres boutiques virtuelles de l'occasion cannibalisent les ventes de neuf dans seulement 15 % des cas.Les chercheurs émettent même l’hypothèse que les prix plus bas des grimoires déjà baptisés par un lecteur laissent plus d'argent dans les poches des consommateurs, élargissent le bassin de lecteurs, donc d'acheteurs de livres neufs, tout en augmentant la visibilité des auteurs à un plus large public.F.D.Les Éditions du Noroît mm Nouveautés de l’automne 2005 Ken Norris www.lwooroit.com norri Montréal Hôtel Montréal Traduction par Pierre DesRuisseaux Pierre Ouellet (far À force de voir Histoire de regards A farcrdt «or m : s ¦ : JACQUES GRENIER LE DEVOIR Michel Lefebvre, de la librairie Henri Julien, a tenté l’expérience du Web pendant deux ans parallèlement à son travail en boutique, mais les efforts déployés annulaient les revenus amassés.disparu; ceux qui restent gardent le cap tout au plus ou s’en tirent bien parce qu’ils se spécialisent Internet a certes changé la donne du marché.Les libraires contactés par Le Devoir rappellent que toute innovation technologique a du bon et du mauvais.La fraude et les arnaques se sont multipliées.Des livres annoncés comme de grands crus, payés à prix fort avant de découvrir qu’il s’agissait de rééditions, ont côtoyé des ventes faites par des incompétents en quête d’aigent vite gagné.«De plus en plus de gens se sont improvisés libraires, souligne entre autres Bruno Lalonde, du Livre voyageur.Cela a eu un effet de déflation sur les livres.Alors, le libraire qui a pignon sur rue avec des taxes et un loyer à payer se retrouve en compétition avec des gens qui baissent les prix.» De fait, la rareté qu’entretenaient les petits libraires s’est dégonflée.Toute une catégorie de livres dite intermédiaire, réunissant des premières éditions qui se vendaient souvent à 60 $, a pratiquement disparu.Leur grand nombre en a fait des ouvrages communs, se vendant désormais à 15 $.«Cest la règle du marché, il faut vivre avec elle, rétorque, plutôt optimiste M.Côté.Pour ce qui est du marché global, [Internet] a été extraordinaire.» Est-ce à dire, comme l’avancent certains, que les bouquinistes ne peuvent se permettre de ne pas aller en ligne?La désillusion des libraires tenant boutique à Montréal gagne pourtant même ceux qui vendent aussi des bouquins en ligne.«Au début, c’était mieux: maintenant, il y a plus de monde qui le fait alors.», note Joseph Block, de Bibliomania qui a déménagé il y a cinq ans dans des locaux peu visibles à l’étage, rue Sainte-Catherine Ouest, afin de miser davantage sur la vente en ligne tout en gardant quelques clients particuliers.Devançant tout le monde, Bruno Lalonde avait ouvert sa librairie virtuelle en 1995.«f étais sûr que c'était l’avenir et ça semble être le cas», dit celui qui a finalement abandonné le Web deux ans plus tard, débordé par le travail cumulé de ses boutiques réelle et virtuelle, mais surtout rebuté par le côté solitaire du travail en ligne.Ce qui nourrit davantage cet air de désenchantement relève toutefois moins d’Internet que d’une morosité livresque plus généralisée.Les gens ne Hsent phis, ü n y a pas de relève, répètet-on.«Cest de plus en plus difficile pour les librairies d'occasion et indépendantes de surriire dans un contexte de grande perte de culture», déplore Bruno Lalonde.Lage d’or des bouquinistes est chose du passé, eux aussi victimes d une désaffection de la lecture, de l'homogénéisation des titres privilégiés et de la multiplication des formes de divertissement (DVD.jeux vidéo, etc.).Pourtant on apprend à aimer les livres en allant à la Ubrairie», rappel le M.Lalonde, un brin nostalgique.Le Devoir I < LE DEVOIR.LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 DECEMBRE 2005 F 3 ?T Littérature Une grande gorgée de bonheur Roxane Bouchard, lauréate du prix Robert-Cliche 2005, signe avec Whisky et paraboles un premier roman plein d’émotion Suzanne Giguère * V f l xi.i Agnès, une petite fille de huit ans, débarque dans la vie d’Élie, trente ans, chasse son blues d’amour et métamorphose sa vie en une {Me de printemps.Roxane Bouchard, lauréate du prix Robert-Cliche 2005, signe avec Whisky et paraboles un premier roman vit fantaisiste, tendre, écrit dans un style très imagé et une langue libre, éclatée.La fraîcheur de ton et la légèreté donnent toute sa force à ce récit en forme de quête de soi.Amorosa •Du passé qui fait si mal que, parfois, on dirait que notre vie n’avance plus On trébuche, on tombe et on reste par terre.» Anéantie par une rupture amoureuse qui l’a laissée au bord du silence, Elie se réfugie au fond des bois, dans un chalet au bord d’un lac.Elle reste des heures dehors à regarder les étoiles filantes «valser» daqs son verre de vin.Elie fuit.Au bar du village, elle flotte, dans les brouillards des whisky à 40 %, bus et rebus.Elie a peur de se souvenir de.Quand elle parle, elle laisse ses phrases en suspens.Une manière pour elle de s’esquiver.De n’avouer à personne, surtout pas à eUe-même, qu’eDe est une «irresponsable d'amour».Elie ne voyage plus qu’à l’intérieur de ses propres murailles, de ses propres peurs.Quand Agnès, la petite voisine, rebondit dans sa vie, elle ne résiste pas à l’appel et au désarroi de cette enfant qui traîne derrière elle un passé de coups et de cauchemars.Une complicité merveilleuse se développe entre elles, au quotidien.«Je l’ai prise dans mes bras, renversée sur le lit et lui ai infligé la meilleure raclée de chatouülis jamais vue.» Elie croit au pouvoir guérisseur des rêves.Elle raconte à Agnès des histoires insolites avec des fleurs qui se bercent dans de grands soleils «jusqu’à terre».La presence de la fillette aux coups d'œil taquins et au spurire lumineux l'aide à tourner la page de son passé.Elie reprend pied, arrête la fuite.«S'accepter avec ses manques, ses faiblesses, ses craintes [.] apprendre à se pardonner tout ce qu’on ne peut pas être.» Dans la lumière bleue de l’été naissant, Elie retrouve «l’euphorie d’exister».Elle prend la phis grande decision de sa vie: adopter Agnès.La renomme Amorosa Amour fou des mots Les artistes qui gravitent autour d'Elie cherchent également un sens à leur vie.Richard, auteur-compositeur-interprète.a beaucoup de peine à mettre de l’ordre dans sa vie amoureuse débordée.Manu F Amérindien.quand il joue du piano, c’est tout un continent de douleurs et d'humiliations qui glisse sur quelques notes: «Quand tu n’as plus le droit de suivre la piste des ancêtres et que les arbres ne t'appartiennent plus, où tracer ton sentier?» Elie hii donne le recueil de Miron.Qui appelle à la fin de l'agenouillement •J’ai fait de plus loin que moi un voyage abracadabrant/ Ùya longtemps que je ne m étais pas revu / me voici en moi comme un homme dans une maison / qui s’est faite en son absence / je te salue, silence /Je ne suis pas revenu pour revenir/je suis arrivé à ce qui commence.» Dans Whisky et paraboles, Roxane Bouchard «aspire à grand goulot» (sic) de nombreux écrivains did, fait flotter sur le roman l’esprit du conte qui ravive les imaginaires et les mémoires collectives.Elle explore, expérimente la langue française, jongle avec les mots, les fait virevolter, crépiter.Parfois elle force un peu la note poétique et se perd dans des passages verbeux et diffus.D lui faudra apprendre à tempérer cet amour fou des mots.Travailler sur la langue, c’est travailler sur l’émotion Whisky et paraboles en est plein.A lire pour la tendresse, l’amitié, pour «tous les rêves que l’on bâtit sur l’espoir».Bref, les rêves restent allumés longtemps.Bref les rêves restent allumés.Bref, les rêves restent Bref les rêves.Bref Collaboratrice du Devoir WHISKY ET PARABOLES Roxane Bouchard VLB éditeur Montréal, 2005,280 pages jAcqims i.ki nii k i r DKvom Roxane Bouchard, lauréate du prix Robert-Cliche 2005.R -N-Vï V—'- rsce- ':;§w MICHEL LAPIERRE Dans l’élégante maison des Carpenter, couple très distingué, on trouvait un numéro du New Yorker bien en évidence près des toilettes.Brenda Bowman, d’Elm Park (Illinois), qui fait des courtepointes dans ses loisirs et qui séjourne à Philadelphie durant l’Exposition nationale d’artisanat, n’a pu que s’en scandaliser.«La subtilité du magazine mêlée aux grognements et aux efforts les plus intimes; à ses yeux, l’idée même était obscène», prédse Carol Shields (1935-2003), qui fait du personnage qu’elle a créé dans le roman Au moment même le type de l’Américaine prête à croire que la passion de l’artisanat annonce renaissance spirituelle des États-Unis.Encore imprégnée du vieux puritanisme anglo-saxon, Brenda est de la même génération que la romancière, cette native de l’Hlinois devenue plus tard citoyenne canadienne.Nous sommes dans les années soixante-dix.Pour la première fois, Brenda, âgée de quarante ans, a laissé durant quelques jours son mari Jack seul avec les enfants dans leur maison d’Elm Park.Ce qui n’empêche pas notre ar-tisane en cavale d’avoir de la suite dans les idées.Après s’être scandalisée de la présence du New Yorker près du siège d’un cabinet d’aisances, Brenda est outrée en ÉCHOS Prix pour Habermas Le philosophe allemand Jurgen Habermas a reçu cette semaine en Norvège le prix Holberg pour saluer l’ensemble de son travafl.Âgé de 76 ans.le philosophe a accepté À.prix doté d’une bourse de 520 000 euros (715 000 Scan).Le prix Holberg, qui en est à sa deuxième édition, a été attribué à l’auteur de L'Agir communicationnel pour sa définition de «nouvelles perspectives en droit et en démocratie», a souligné le jury.- (AFP?Prix Cervantès Le prix littéraire Cervantès, considéré comme le «Nobel» des lettres hispaniques, a été décerné à l'écrivain et traducteur mexicain Sergio Pitol.a annoncé la ministre espagnole de la Culture, Carmen Calvo.Sergio Pitol est publié notamment à Montréal, aux Editions Les Allusifs.Rtol, âgé de 72 ans, compte parmi ses œuvres El arte de la Fuga (L’Art de la fugue) et La casa de la tribu (La Maison de la tribu).-AFP LITTÉRATURE CANADIENNE Elle les aime petites.KEWIN FRAYER PC Carol Shields (1935-2003) pénétrant dans la chambre d’hôtel qu’elle partage avec la Virginien-ne Verna.Elle vient d’apercevoir un postérieur masculin rougeaud.•La petitesse des fesses mascu- © Plaça des Art* „ ^ ^ Studio-théâtre Le Studio littéraire s*“on20O5-2OO6 14 décembre 2805 Au* ttébart, ta fan et ta ÿlace Accompagnée de la violoncelliste Hélène Boissinot et (te l’homme de théâtre Vincent Davy, la comédienne Danièle Panneton propose, lors d'une soiree intimiste, la mise en lecture d'ertrarts de louvre de rétemede jeune fMe qu'était Anne Hébert Tarifs StwUo-tfcMt» ISllvpnm »»X • avoMi-mi Unes la prenait toujours par surprise», note innocemment Carol Shields.En présumant que Verna BERNARD ANTOUN Mémoires de ciels et de vents Contes de genre zen et soufi, pleins de sagesse, d'humour et de poésie '•D» * 4,160 pages (13 mis et plus) LE CŒUR DE MONSIEUR GAUGUIN Marie-Danielle Croteau Illustrations d’Isabelle Arsenault Ijes 4(X) Coups Montréal.2(X)4,24 pages (5 ans et plus) PALMARÈS LIVRES ARCHAMBAULT si 0 QUEBECOR MEDIA Résultats des ventes : Du 22 au 28 novembre 2005 ROMAN LE ROMAN DES JARDINS Alexandre Jardin (Grasset) I COMME UNE ODEUR DE MUSCLES Fred Pellerm (Planète rebelle) HARRY POTTER ET U PRINCE DE.J K.Rowling (Gallimard) LES SOEURS DE BLOIS T.4 Louise Trembla»-d'Es»ambre (G Saint-Jean) DANS MON VUAGE, Il Y A (EUE.Fred Pellerin (Planète rebelle) | MEURTRES i LA CARTE I Kathy Reichs (Robert Laffont) ! LE CAMER BLEU I Michel Tremblay (Leméar.1 L'ATTENTAT Tasmina Khadra (Julliard) Il FAUT PRENDRE U TAUREAU PAR.Fred Pellerin (Ptanete rebelle) ET SI CtlMT ÇA U RONMEUR Francine Rue! (Libre expression) LIVRE DE POCHE amos ih-nftatm t i Bryan Perro (IntouctiaWesi | Dan Brown (Pocket) SOIS TON THl port, TH VAS PISSER.I Fred Peèerin (Sarraanei 110 I Mario Franc» (Intouchable» et si C'Etait vrai Marc Lévy (Pocket) IM PETIT PM POM LK Stéphane Dompierre (Québec Améfou HR DMAKNi A LA tOSCRH A MA Ga Courtemanche (Borèafi metwirepi MXï?) «Nuurr p*m* et lor J X Rowing (GaSènard) FOUI Hetty Arcand (Seuifi OUVRAGE GÉNÉRAL BfttSEJt U SILENCE Michel VasteI (Libre Expression) ASTERIX T.11 U CCI UN TOMBE.R Gosclnny / A Uderzo (Hachette) JACQUES DEMERS EN TOUTES LETTRES Mario Leclerc (Stanké) RECETTES DE JANETTE Janette Bertrand (Libre Expression) LE GUTOE DU VIN 2000 Michel Phaneuf (Homme) HEY BOULE DE COMME,SERAIS-IU.Sophie Durocher (Libre Expression) | U GUTOE 0C L'AUTO 2000 Cokectlt (Trécarré) ! ALIMENTS CONTNE U CANCER | Richard Bélrveau (Trécarré) PETIT LIVRE OU SUOOKU Peter Srnden (Hors-Collection) LAME EN MM CoKectlt (Remue-Ménage) NOUVEAUTE ANGLOPHONE THE I John Gnsham (Dett) STM NANS: REVENGE 0F TME SfTN Matthew Storer (Battantmej MERNNRS OP A GEISHA Arthur Golden (Seal) BRonom I ken Fo«et (Nat) MSNTEOUT Nick Mason (Ptwemxi UH EXPECTANCY Dean Koonta (Bantarm Robert Ludkjm (St Martin s Press) MRBC GP TME NTICR HM I R A Salvatore Wizards ot the CoaaQ A FEAST PM CMN1 George R R Martre (Bantomr STATE OF FEAR AhchwH CrtcMon tHarpercoMnei F LE DEVOIR.LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 DÉCEMBRE 2005 -Essais ^- ESSAIS QUÉBÉCOIS Les refus militants de Serge Mongeau Louis Cornellier Une leçon, modeste et lucide, de militantisme vrai Comme la plupart des Québécois informés, je connais Serge Mongeau de réputation et pour l’avoir un peu lu.Ainsi, pour moi, ce médecin contestataire est d’abord l’homme de la simplicité volontaire et un penseur plutôt zen qui appartient au courant de la contre-culture baba cool.N’étant pas très friand de ce courant qui canalise son désir de changement social dans un art de vivre marginal, j’ai entrepris la lecture du tome 1 de l’autobiographie de Mongeau, Non, je n’accepte pas, un peu à reculons.Encore un éloge d’une sorte de nouvel âge politique et engagé, me disais-je.J’ai pourtant dévoré cet ouvrage dynamique, captivant et, surtout, profondément honnête.On ne peut pas, en effet, quand on a l’esprit militant, résister à ce récit d’un homme dont toute la vie est marquée au sceau de l’engagement très concret en faveur de la justice sociale.Sans être d’accord avec toutes les causes embrassées par Mongeau au cours de ses quarante premières années, on ne peut qu’être respectueux devant une telle leçon, modeste et lucide, de militantisme vrai qui ne craint pas l’autocritique.Mongeau, sa vie durant, a choisi de «s’écarter du courant dominant».Paradoxalement, c'est à la bien conformiste philosophie scoute, apprend-on ici, que ce jeune Montréalais de milieu moyen doit les bases de son engagement, c’est-à-dire le sens du devoir et l’autonomie.Jeune homme, il voudra même se faire prêtre parce qu’il trouve là «la voie royale du service aux autres et du renoncement per- sonnel», mais cette tentation ne réjouit pas le sportif et l’homme de désir qu'il est déjà.Ce sera, finalement, la médecine.Bénévole à l’hôpital Pasteur qui héberge des victimes de la poliomyélite, Mongeau assistera alors à un quasi-miracle: un jeune garçon que l’on dit condamné recouvrera la santé grâce à l’attention et à l’amour que lui donne l’étudiant en médecine.Dès lors, le germe de la contestation ne le quittera plus.Critique à l’égard d’un enseignement déshumanisé de la médecine qui assomme les étudiants à coups de savoir encyclopédique et d’interminables travaux au point de leur faire oublier ce qui se passe ailleurs dans la société pour mieux entretenir leur élitisme, Mongeau se lancera dans le projet des Chantiers de Montréal, une initiative inspirée par l’œuvre de l’abbé Pierre et qui consiste à améliorer les conditions de logement dans les taudis de la ville.Pour lui, se préoccuper de la santé, c’est aussi et d'abord ça.Reçu médecin en 1963, Mongeau pratiquera pendant deux ans sur la Rive-Sud en appliquant les principes d’une médecine populaire.Rapidement, toutefois, il constatera que cette approche de type curatif demeure insatisfaisante.Le combat contre l’injustice ne pouvait se contenter de telles actions à la pièce qui permettaient au système capitaliste de perdurer.Indépendantiste En 1965, dans un geste qui confond ses parents et collègues, Mongeau quitte la pratique médicale et retourne à l'université pour étudier l’organisation communautaire.Devenu indépendantiste lors d’un stage d’été à Ottawa, il se lance alors dans une croisade en faveur du planning familial et d’une éducation populaire à la sexualité.Dans les pages du Photo-Journal et sur les ondes de CKAC, il devient une référence en ces matières et dénonce les dérives qui ne manquent pas d’accompagner cette évolution, notamment le danger de se servir de la contraception pour faire du contrôle de population, entre autres dans les pays en voie de développement.< En 1970, Mongeau tente aussi de se faire élire comme candidat du Parti québécois dans Taillon et doit, pour ce faire, affronter une petite mafia pé-quiste locale.La même année, il sera un des fonda- ARCHIVES LE DEVOIR Serge Mongeau en compagnie de Jacques Hébert, en 1968.leurs du Mouvement pour la défense des prisonniers politiques québécois, ce qui le mènera en prison en octobre.Toujours obsédé par la nécessité d’opérer une transformation de la médecine libérale vers une médecine qu’il qualifie de socialiste, Mongeau dirigera pendant un certain temps le Québec médical, la revue de la Fédération des médecins résidents du Québec, dans laquelle il dénoncera la médecine de riches et les entreprises pharmaceutiques.Il conclura, finalement, au relatif échec de son action, comme dans le cas de son expérience péquiste.Le militant, pourtant, même marié et père, de quatre enfants, ne se laisse jamais démonter.Etu- diant au Chili lors du coup d'État de 1973, il fera pression sur l’ambassade canadienne afin qu elle ouvre ses portes aux réfugiés.Les pages qu’il consacre à cet épisode de la chute d’Allende sont nombreuses et marquantes.A son retour au Québec, en 1974, Mongeau se lance dans le projet de l’implantation du CLSC de Saint-Hubert, dans lequel il voit un véhicule plein de promesses pour incarner sa conception de la médecine et de l’action communautaire: «Le CLSC de Saint-Hubert veut aider les citoyens à se libérer de la maladie, de l'exploitation et des contraintes financières.» Une double résistance — à droite, ceUe de la Fédération des médecins omnipraticiens et à gauche, celle des gauchistes qui cherchent à instaurer un climat de lutte sans merci partout — aura raison de ses espérances.Mongeau quittera donc ce bateau, mais ce sera pour renouer avec d’autres combats puisque vivre, pour lui, c’est lutter.Militant dans l’Association québécoise pour l’application du droit à l’exemption de l’enseignement religieux, fondateur de La Rive-Sud à bécane, qui prône la «vélorution», et de l’Association québécoise pour la protection des malades, qui deviendra le collectif Socialisme et santé, le contestataire est increvable.Les appels au «refus de consommer», pour en finir avec «cette organisation sociale pourrie qu’est le système capitaliste», que l’on rencontre dans ces pages annoncent déjà, les combats actuels du fondateur des Editions Ecosociété.On pourra, bien sûr, les trouver intempestifs, y lire un radicalisme plutôt déboussolé et y reconnaître les travers d’une critique contre-culturelle qui fait plus de bruit qu’elle n’obtient d’effets.On ne pourra pas, toutefois, dénier à Mongeau la noblesse de son engagement compulsif et le bel esprit militant qui anime cette première tranche de son autobiographie.louiscornellietifjparroinfo.net NON, JE N’ACCEPTE PAS Autobiographie, tome 1 (1937-1979) Serge Mongeau Ecosociété Montréal, 2005,296 pages REVUES Un Québec en mutation ULYSSE BERGERON La revue intellectuelle française Cités, qui débat d’enjeux contemporains, brosse le portrait du Québec d’aujourd'hui à l’intérieur de son plus récent numéro: Le Québec, une autre Amérique.D’entrée de jeu, le directeur de recherche du CNRS, Yves Charles Zarkha, qui signe l’éditorial, souligne la spécificité du Québec en le présentant comme un pays: «Je préfère ce terme à celui de région ou de province.» Le ton est donné., On y trouve plusieurs collaborations notables.Ainsi, Pierre Anetil propose une analyse des défis liés a la gestion de l’immigration, Anne I.égarée y explique les relations entre le Québec et la mère patrie, Georges Leroux y présente un portrait de Léon Dion, Louis Çousseau aborde le déclin des Églises dans la province et Christian Poirier avance une lecture fort pertinente de la chanson d'ici.Cités livre ainsi un panorama hautement instructif des grands enjeux, mais surtout des spécificités qui font du Québec le château fort d'une identifé qui détonne par rapport au reste de l’Amérique du Nord, particulièrement dans un contexte où son voisin du Sud, constate Zarkha, «fiait, défait et refait le monde dans une autre langue».Ce qui mérite une attention particulière est sans contredit un entretien avec Joseph Facal.L’ancien ministre péquiste, qui apposait récemment sa signature au bas du manifeste Pour un Québec lucide, soutient que l'avenir de la province passe bel et bien par la souveraineté.Par contre, il admet que «le problème actuel du mouvement souverainiste tient au fait que ceux qui le soutiennent consacrent une énergie folle à débattre de questions tactiques et stratégiques qui [lui] apparaissent secondaires».Facal ajoute que la souveraineté doit, entre autres, se faire pour des raisons démographiques: «Le nombre de francophones à l’intérieur du Canada baisse rapidement et continûment.Notre déclin démographique va inévitablement se traduire par un déclin d'influence politique, à moins de sortir du régime fédéral.» L’autre raison, on s’en doute, relève essentiellement du contexte actuel de mondialisation, aussi bien économique que culturelle: le Québec ne peut défendre ses intérêts sur la scène mondiale qu’en étant souverain.À l’heure où plusieurs se plaignent du manque de contenu et de débats dans la présente course à la chefferie du Parti québécois, Cités offre pour sa part un petit trésor de réflexions sur les réalités propres à un Québec en pleine mutation.Collaborateur du Devoir LE QUÉBEC, UNE AUTRE AMÉRIQUE Cités, n° 23 PUF Paris, 2005.276 pages Olivieri librairietbistro Olivieri Au cœur des débats Mercredi 7 dec.à 19 heures Entrée 5$ (saut Amis d Obvient 5219, Côté-ctes-Neiges Metro Côte-dos Neiges RS VP : 739-3639 POSTNATIONALISME ?Quels sont les avantages et les limites du concept de nation pour saisir et comprendre les mouvances qui marquent l'évolution de la société québécoise ?Le temps serait-il venu de passer à un autre grand paradigme interprétatif de la condition québécoise ?À l’occasion de la parution de la revue Cités, ayant pour titre Le Québec, une autre Amérique Dynamismes d'une identité Participants Jacques Beauchemin sociologie, UQAM Jocelyn Létourneau histoire et CÉLAT, U.Laval Jocelyn Maclure philosophie.U.Laval Ahuoateub Georges Leroux philosophie, UQAM Avec le concours de la Chaire de recherche du Canada en histoire et économie politique du Québec contemporain.Université Laval.Edouard Montpetit en mémoire LOUIS CORNELLIER Le nom d’Édouard Montpetit reste connu, mais on ne le cite phis comme une référence dans les débats actuels.Dans La Pensée impuissante, par exemple, Gérard Bouchard lui réserve ce jugement sévère: «On peut en effet tenir Montpetit pour une sorte de réplique intellectuelle de Groulx — la fougue, le panache, la thématique —, mais le souffle en moins.» Selon Marcel Fournier, le projet de Montpetit de faire entrer le Canada français dans la modernité sans renier ses traditions aurait été un échec.La lecture de Réflexions sur la question nationale, tme anthologie de textes du sociologue et économiste de l’Université de Montréal publiée dans la collection «Bibliothèque québécoise», nous porte à donner raison à ces commentateurs.Prosateur élégant et nationaliste sincère, Montpetit n’arrive toutefois jamais à formuler une véritable pensée forte et originale à même de transcender son époque.Le sociologue Robert Leroux, présentateur de cet ouvrage, essaie de sauver la mise en attribuant à cette pensée une «fonction de mémoire».mais il finit presque par corroborer la thèse de Gérard Bouchard en faisant remarquer que «chez Montpetit, qui est autant essayiste que scientifique, tout a tendan- SOURCE DIVISION DES ARCHIVES DE L’UDM, FONDS VICTOR MORIN Édouard Montpetit (1881-1954) ce à s'entremêler le patriotisme avec le souci d’objectivité, une glorification parfois excessive du passé avec des vues sur l’avenir», Montpetit aimait son peuple et voulait qu’il perdure.Il se réjouissait donc de son fort taux de natalité, mais n en appelait à la responsabilité collective devant la forte mortalité infantile qui entravait notre développement Pour donner ses fruits nationaux, le capital humain, insistait-il.devait être préservé et instruit.La question nationale, pour Montpetit était devenue une question économique et dans cette nouvelle étape de notre mission collective, il fallait à la fois le nombre et les compétences.D’où les appels répétés de l’économiste en faveur d’une meilleure formation technique et scientifique, seule à même d’assurer le rayonnement du Canada français.A une époque — la première moitié du XX' siècle — où il était encore possible d'être fédéraliste pour un nationaliste québécois, Montpetit développe une réflexion nationale pour le moins ambivalente.Les Canadiens français, explique-t-il, sont «les maîtres de leurs destinées» depuis 1867 et «acceptent aujourd’hui pleinement la domination anglaise», même s’ils vivent dans tme province de la France.Le Canada, toutefois, ne reconnaît pas vraiment «la diversité de caractère dont nous nous réclamons» et trahit ainsi l’esprit de l'empire britannique qui prône Tumté dans le respect de la diversité, un empire auquel nous pouvons être fiers d’appartenir puisque «la loyauté est un des plus beaux caractères de l'esprit français».Devant cela, on comprend mieux ce que Gérard Bouchard entend par pensée fragmentaire et équivoque! Dans cette même logique de l'ambivalencè, Montpetit, d’une part appelle de tous ses vœux une littérature vraiment nationale qui pénétrerait «jusqu'au silence de l'âme canadienne pour en manifester les sensibilités profondes et atteindre les sources de notre vie» et ajoute.d’autre part, que «nous servirions la France [.] en chantant les clochers de chez nous, les paysages, qui en sont les décors harmonieux, les humbles pleins de mérite, la légende même étrangement féconde, tout ce qui, n’étant qu'un coin de France, la contient pourtant tout entière, à la fois héroïque, tenace, vaillante et généreuse».Une littérature vraiment nationale, donc, mais dont la vérité ultime est de n'être celle que d’un coip de France.Édouard Montpetit comme tous ses contemporains, a dù négocier avec les contradictions de son époque et de son peuple.D serait injuste de lui en faire procès a posteriori.Force est toutefois de constater, à la lecture de ces Réflexions sur la question nationale, que si sa pensée, comme le précise l’éditeur, «mérite d’occuper une place d'honneur dans l’histoire des sciences sociales au Québec», elle ne peut nous être d’un quelconque secours pour surmonter nos contradictions actuelles.Collaborateur du Devoir RÉFLEXIONS SUR LA QUESTION NATIONALE Édouard Montpetit Textes choisis et présentés par Robert Leroux Bibliothèque québécoise Montréal, 2005,192 pages BANDE DESSINÉE Balade dans la sonorité des images FABIEN DE G LISE Llobjet est inclassable.Un peu r bande dessinée, beaucoup ro- EXPOSITION Stéphane Poulin du 1*rdécembre 2005 au 5 janvier 2006 Paire libre (5V41 337-4083 2752 dé Sabberry Gâteriez Normandie Montréal, Qc H3M 1 L3 wwwLibrairieMonet.com man illustré, il est aussi hautement musical avec cette invitation à assembler une vingtaine de titres du répertoire jazz des années 40 et 50, à écouter dans l'ordre, au fil de la lecture, pour mieux savourer le contenu.Normal.Avec un titre comme le sien — La Fugue (La Pastèque) —.cette création de l’illustrateur Pascal Blanchet ne pouvait que laisser présager une balade tout en sonorités et en Quelques livres pendant le temps des fêtes.“àlire Place Longueuil 825, ro* Saint-Laurent Ouest 450 679-8211 images.Chose que le jeune artiste de Trois-Rivières, qui signe ici sa première «bédé», ne dément certainement pas.«Im musique m’a donné la couleur et les balises de ce livre, ex-plique-t-il à l’autre bout du fil.Et forcément, elle occupe ici une place importante» Pour sûr.Évasion dans le Montréal des années 40 et de la Deuxième Guerre mondiale, cette fugue s’inspire en partie de la vie des grands-parents du jeune homme, qui entre 1941 et 1946 ont quitté le petit hameau d'Hem-mings Falls prés de Drummond-ville pour la métropole.«Un trip de jeunesse», résume M.Blanchet, qui leur a permis de développer une passion pour le jazz qui, dans la famille, semble se transmettre de génération en génération.Avec en trame de fond les Woody Herman.Silvana Mangano et autres Billie Holiday, l’illustrateur s’en donne donc à cœur joie en explorant dans ce récit en partie fictif l’esthétisme de l’époque page après page.Sans paroles.Sans vignettes.Mais avec une poésie étonnante qui est loin de laisser insensible.Le Devoir LA FUGUE Pascal Blanchet La Pastèque Montreal 2005,68 pages t LE DEVOIR, LES SAMEDI ET DI M A X C H E 4 DECEMBRE 2 O O 5 F V SSAIS" Clarté et rigueur de Raymond Aron L’œuvre d’Aron est tout entière consacrée à penser les deux grandes calamités politiques du XXe sièclç, les régimes totalitaires et les grandes guerres entre Etats Une Sublime Porte modernisée JEAN-PIERRE DERRIENNIC L’ œuvre de Raymond Aron ' s’est développée dans trois directions principales.La première est la philosophie de la connaissance sociologique; les ouvrages principaux en sont Introduction à la philosophie de l’histoire (1938) et Les Etapes de la pensée sociologique (1967).La deuxième est l'étude de la guerre, autour des deux monuments Paix et guerre entre les nations (1962) et Penser la guerre: Clausewitz (1976).La troisième est la théorie des régimes politiques et de leur rapport avec les structures sociales.L’énorme recueil qui vient d’être publié sous le titre Penser la liberté, penser la démocratie réunit des écrits correspondant à peu près à ce troisième champ d’étude.On y trouve les trois cours de la Sorbonne sur les sociétés industrielles publiés au début des années soixante, Dix-huit leçons sur la société industrielle, La Lutte de classes et Démocratie et totalitarisme, ainsi que Les Désillusions du progrès (1969).On y trouve aussi plusieurs textes qui analysent les régimes nazi et soviétique ou la politique française: écrits du temps de guerre à Londres, polémiques du début des années cinquante, prises de position en faveur de l’indépendance de l'Algérie en 1957 et pour la défense de l’université en 1968.Les deux premiers textes du recueil, celui de 1936, «Une révolution antiprolétarienne: idéologie et réalité du national-socialisme», et celui de la conférence de 1939 devant la Socjété française de philosophie, «Etats démocratiques et Etats totalitaires», dont on connaissait l’existence par les Mémoires, deviennent ici facilement accessibles.On y observe déjà la lucidité politique et la clarté analytique de celui qui deviendra notre maître en hygiène intellectuelle.Aron était un penseur classique, dans la lignée de Montesquieu, Tocqueville et Max Weber.Mais, dans le monde intellectuel français de la deuxième moitié du vingtième siècle, il était très atypique.Philosophe de formation, il n’en avait pas gardé l’affectation du jargon et le goût des paradoxes, si prisés à Paris, mais plutôt l’exigence de la clarté et de la rigueur.Sociologue par vocation ou par décision, il était capable comme ces illustres prédécesseurs et bien plus que ses contemporains d'intégrer un grand nombre de faits empiriques dans des synthèses qui rendent intelligibles les rapports entre économie, structures sociales et régimes politiques.Lors de la conférence de 1939, il déclare en répondant à une objection: «Je n’ai pas comparé la doctrine démocratique et la doctrine totalitaire, j’ai comparé deux sortes d’États qui existent devant nous, qui, d’ici peu, se feront peut-être la guerre.» Vingt ans plus tard, dans Démocratie et totalitarisme, il ne cherche pas à élucider l’essence du phénomène totalitaire, à la manière de Hannah Arendt, mais à décrire les mécanismes institutionnels et les rapports sociaux AGENCE FRANCE-PRESSE Penseur classique, dans la lignée de Montesquieu, Tocqueville et Max Weber, le philosophe Raymond Aron est décédé en 1983 à Paris.qui existent dans l’URSS de la fin des années cinquante.Mort en 1983, Aron n’a pas assisté à la lin des régimes communistes européens.Il ne l’avait pas prévue et en aurait presque sûrement été surpris et heureux, comme la plupart d’entre nous.Mais son analyse nous préparait un peu à comprendre les faiblesses, les blocages et la rigidité du système soviétique, donc la difficulté de le réformer sans le faire s’effondrer.Les Désillusions du progrès L’œuvre d’Aron est tout entière consacrée à penser les deux grandes calamités politiques du vingtième siècle, les régimes totalitaires et, les grandes guerres entre les Etats.Nous vivons des temps différents, dont les dangers sont sans doute moins graves mais plus déroutants.C’est pourquoi un de ses livres les moins connus, Les Désillusions du progrès, est peut-être le plus actuel.En le relisant, on est frappé de la distance qui existe entre un certain libéralisme doctrinaire qui s’affirme aujourd'hui et le libéralisme d’Aron, fondé sur l’observation des conditions de fonctionna ment des sociétés modernes plutôt que sur des principes abstraits.Aux marxistes, Aron faisait l’objection que l’économie ne détermine pas de manière absolue le devenir des sociétés, et il a toujours affirmé le primat de la politique.On peut opposer le même argument à ceux qui voient dans le marché le seul mécanisme acceptable de régulation sociale, le seul moteur efficace des progrès humains, ou même le seul critère de la justice.Capables du piçe totalitaire ou guerrier, les Etats sont aussi pour Aron des instruments indispensables de justice.Lecteur attentif de Tocqueville et convaincu par l’observation de la réalité que le lien social ne peut pas être seulement économique, il place au centre des Désillusions l’aspiration à l’égalité et les difficultés de sa mise en œuvre.Il ne cherche pas à nier l’importance ou la valeur de cette aspiration, mais, comme toujours, à identifier les possibles avant de décider ce qui est préférable.Certains de ceux qui se déclarent aujourd’hui libéraux, et même parfois aroniens, semblent prêts à accepter n’importe quelle inégalité pour assurer leur propre liberté.Il n'est pas inutile de rappeler que la liberté défendue par Raymond Aron était la liberté de tous, celle dont Tocqueville écrivait qu’elle ne peut s'établir sans l’appui de l’égalité.Collaborateur du Devoir PENSER LA LIBERTÉ, PENSER LA DÉMOCRATIE Raymond Aron Gallimard, «Quarto» Paris, 2005,1820 pages éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature sous la direction de Christian Nadeau et Marion Vacheret Le châtiment Histoire, philosophie et pratiques de la justice pénale COLLABORATEURS Pascal Bastien Jean-Paul Brodeur Claire Finkelstein Matt Matravers Christian Nadeau Marion Vacheret Michael Wasser ULYSSE BERGERON D* ici l’adhésion ou non de la Turquie à l'Union européenne, le nombre d’ouvrages à son sujet devrait vite s’accroître.Semih Vaner, directeur de recherche au Centre d’études et de recherches internationales (CER1) à Paris, rassemble ici 15 spécialistes français et turcs afin d’offrir une presentation sobre, mais pour le moins éclairée et éclairante, du premier pays musulman a avoir entrepris une réelle modernisation.On s'en réjouit, le panorama est complet Les auteurs offrent un rigoureux portrait historique, politique et culturel de l’héritière de l'Empire ottoman, les textes passent en revue aussi bien l’autoritarisme turc que scs avancées démocratiques, sa laïcisation et les revendications culturelles qui se sont faites à travers son cinéma et sa littérature.Sous plusieurs aspects, le recueil aurait pu être rebaptise «Cette grande inconnue».Vaner indique que l’engagement démocratique de ce pays n'a été que trop «rarement reconnu à su juste valeur».Toujours selon lui, l'histoire turque du XX' siècle s’est forgée à même les principes démocratiques et les débats qui en émanèrent.Et c’est en partie ce qu’il désire mettre en relief avec cet ouvrage.Il rappelle que ce sont ces mêmes principes — liberté, laïcité, sécuralisme et progrès — qui «ont constitué les pierres angulaires de la pensée et de l’action» des leaders et élites du pays, que ce soit lors de l’essoufflement de l’empire avec les actions des Jeunes Ottomans ou à l’occasion de la révolution des Jeunes Turcs.Et ce sont ces mêmes principes, ajoute-t-il, qui se trouvent à la base des transformations apportées par Mustafa Reniai (Atatürk), le père incontesté de Ja nation.À la lecture de l’ouvrage, on n’a d’autre choix que de résumer ce pays — vaste pont entre l’Orient et l’Occident — à un terme bien précis: complexité.Une complexité qui semble de toute évidence découler des enchevêtrements ethniques et religieux ainsi que des diverses visions politiques qui ont nourri et nourrissent toujours la Turquie.Une complexité, épatante sur le plan culturel, qui peut aisément être considérée comme la marque de commerce de sa vitalité.Avec raison, Vaner constate: «Pays carrejitur, ni tout fl fait ici, ni tout à fait ailleurs, nulle part et partout à la jim, la Turquie moderne est marquée par un héritage lourd à assumer, qui combine une fiirte tradition étatique et les restes d'un empire multiethnique et multiconfessionnel réduit fl une peau de chagrin.» Collaborateur du Devoir IJV TURQUIE Sous la direction de Semih Vaner Fayard Paris, 2(X)5,733 pages HJRKiYf OJMHPRiYET MERKH BANK A SI AOÛ 000000 J TÜRK LIRAII REUTERS Le billet de 20 millions de livres turques avec en effigie un {lortrait du père de la Turquie moderne, Mustafa Ketnal (Atatürk).)’ici l'adhésion ou non oc la Turquie à l'Union européenne, le nombre d’ouvrages à son sujet devrait vite s'accroître.À QUÉBECi.NOUVELLE7ANTENNE £// Saw Car raw H;.NOUVEHE ACQUISITION grâce aux Etudiants ir:«vPirsrrk-cf=ii^iD LE CHAT A ENCOREFRAPPÉ PHILIPPE GELUt'K LE CHAT A ENCORE FRAPPÉ waom-Toi, ¦GXAêJ&CH tn a\ 5 Le nouveau Chat ! casterman SS U**vt*S
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