Maintenant, 1 janvier 1962, Janvier
1 A 5> J” JANVIER 1962 L.M.Régis, o.p.DIALOGUE AVEC LA VÉRITÉ.A.M.Perrault, o.p.L'ÉGLISE EST-ELLE OPPOSÉE À LA PSYCHANALYSE ?M.M.Desmarais, o.p.CLINIQUE DE L'ESPRIT.Roger Roland LE SENS DES MOTS.NOUVEAU DÉPART Louis O'Neil, pire LE PROJET LACOSTE : UNE SOLUTION 7 Guy Viau UN ÉLÈVE SOUS-DOUÉ.J.-T.Morin SÉISME EN AMÉRIQUE LATINE.Pierre Saucier ON S'ÉLOIGNE DE LA FÉODALITt Guy Robert UNE LITTÉRATURE SANS RACINE: LA NÔTRE.H.M.Bradet, o.p.ÉDITORIAL (Sommaire oomplel ou rerso) En recherchant non pas une formule, mais une orientation pour cette Revue, j’ai d’abord tenté de fuir les bourbiers de l’actualité.Pourquoi ne point passer avec une indifférence hautaine sur la route qui va de Jérusalem à Jéricho ?Ce fut l’attitude du lévite dans la parabole du bon Samaritain.Il en fut blâmé cependant.En un temps difficile où il n’existe pas de solution facile, où les opinions foisonnent et les rivalités se multiplient, il est séduisant de demeurer un spectateur amusé ou scepdque, méprisant ou indifférent.Et puis, celui qui choisit de ne pas « s’engager » se donne un beau rôle : il s’imagine ou laisse croire qu’il aurait tout réglé s’il était intervenu.Dans cette neutralité pas nécèssairement courageuse, il y a de la joie à critiquer ces gens qui se battent dans la plaine et qui, évidemment, n’aboutissent toujours qu’à des solutions médiocres et imparfaites.Ces sphères élevées ne manquent pas où se réfugier : métaphysique, théologie ou simplement le vaste domaine des principes dans lesquels tout trouve une solution.Disons même qu’en montant très haut dans les principes, on pourrait encore parler de l’unanimité au Québec.Detpc; jéçüeils; sont j à: ^vifér', : : Oublier l’éternel pour ne considérer que le prestigé - du ¦ mdzfde ou négliger ce monde pour mieux servir l’éternité.L’Ordif’ religieux' regpqrisable: de ccette revue est apostolique; aussi les laïcs chrétiens qui travaillent avec' ces religieux et d’autres clercs sont intensément convaincus qu’ils n’ont pas de droit à la désertion.Le malade qui ne soigne pas son corps, disait Pascal, abuse de Dieu.Péguy rappelle que toute la théologie se réflète dans un dicton : « Aide-toi, le ciel t’aidera ».Tout le problème pour des chrétiens consiste donc à manier d’une main pure des moyens temporels pauvres, selon l’expression de Maritain — « les moyens propres de l’esprit.» Nous n’entendons point proclamer une charte qui fixerait une formule, ni non plus des cadres rigides ou des plans d’action qui emprisonnent.Nous avons tout de même une optique qui se veut franchement chrétienne pour témoigner du jusqu’au-bout-de-l’incarnation, c’est-à-dire de cette religion charnelle et spirituelle à la fois.Maintenant se veut fidèle à l’Église, loyal au monde en faisant porter ses analyses sur l’évolution politique et sociale, les mouvements idéologiques et culturels, toutes ces structures dans lesquelles l’homme chrétien accomplit son destin et exerce son influence.Aux collaborateurs présents et futurs ainsi qu’à nos lecteurs, nous proposons les directives nuancées de la vieille théologie qui rattache l’audace à la vertu de force.Il s’agit d’évitèK .‘de ; trop ; çraindrq et.de .trembler à propos de tout, comme de ne pas craindre-aeSe’z.OtL mêrûp’çlç.pé.'pâç/iraindre du tout quand il y a raison de craindfçj ¦ If f jmt évitppde se-kncen follement et à contre-temps comme de fuir la1 TÎp'oste.•qûàtf’d'.elle ;sçf^ijt/opportune.Le Directeur Le Directeur : Nouveau départ .I La Rédaction : Le R.P.A.Lamarche .3 Invitation au forum du 22 Janvier .4 L.-M.Régis, o.p.: Dialogue avec la vérité 5 A.-Ki.Perrault, o.p.: L'Eglise est-elle opposée à la psychanalyse ?3 Kéno : Simple adverbe .9 M.-M.Desmarais, o.p.: Seigneur, que votre silence m'oppresse ! .10 Samuel Stehman, o.s.b.: Pardonnez-leur .11 Roger Rolland : Religion, religieux .12 Qu'en pensez-vous ?.12 Louis O'Neil, ptre : Le projet Lacoste : une solution ?.13 J.-M.Chicoine, c.s.c.: Messe facultative au Collège St-Laurent .14 Guy Viau : Un élève sous-doué .15 J.-M.Parent, o.p.: Pour ou contre l'école confessionnelle .16 Coup d'oeil sur les diocèses.Nos réunions 17 C.Matura, o.f.m.et Pasteur D.Pourcbot : Conversation catholique - protestante .18 H.-td.Robillard, o.p.: La fosse aux lions .20 Encouragez nos annonceurs .21-28 R.-td.Dumas, o.p.: Plus vite laïcisés par le dollar que par le rouble .30 P.-E.Blain : Plaidoyer pour le silence .31 C.-A.Poirier, o.p.: Faut-il maintenir les messes silencieuses ?.32 J.-Y.tdorin : Séisme en Amérique latine .33 René Hurtubise : Conférence sur les ressources renouvelables 35 Pierre Saucier : On s'éloigne de la féodalité 35 J.-P.Vanasse : Enfin, Madame Loranger vint 36 B.Benoit : Une opinion sur le séparatisme 37 Guy Robert : Une littérature sans racine : la nôtre ?.38 Idadeleine tdérineau et Denis Maisonneuve : Poésie .39 L'Estoc : Peinture .3?Jean-Guy Sabourin : Théâtre .40 J.Lamoureux : Cinéma .40 Gilles Potvin : Musique .40 Guy Robert: Disques.Livres .41 Benoit Lacroix, o.p.: Affrontement .42 Nos collaborateurs du mois.Auteurs des prochains textes.Livres reçus .43 H.-M.Bradet, o.p.: Des déçus déçoivent des déçus .44 Le Révérend Père Antonin Lamarche Il est l’homme qui a dirigé la Revue Dominicaine durant dix-huit ans.Qui plus est, il s’est identifié à elle, lui consacrant son temps et son énergie.Surtout toute la sagesse qui était en lui et qui s’est accrue d’une vie priante, silencieuse et éloignée du monde.Un religieux qui a le don de la sympathie, de la bonté pour tout le monde, un caractère affable et que ses collaborateurs regretteront.Une façon toute aimable de signaler qu’un texte devait être, tantôt abrégé, tantôt repris, mais après en avoir relevé d’abord tous les mérites.S’il a parfois refusé des articles, pour diverses considérations et surtout pour l’amour de sa Revue, sa délicate sensibilité a dû en souffrir.Du moins, on le soupçonne.Métier austère, sans grande consolation humaine que la direction d’une Revue.Attendre des textes promis et qui n’entrent pas à la date limite; demander des collaborateurs qui se disent trop occupés pour accepter; se contenter de ce qui plaît peu ou pas, alors que l’on veut d’un grand désir donner aux lecteurs les plus hautes pensées dans la forme la plus pure.Voilà des aspects que je ne peux encore que soupçonner, mais que le Père Lamarche a affronté des années durant.Écrivains sollicités qui ne sont jamais venus ou qui sont venus en trahissant un idéal qu’il portait très haut, hérité de son oncle le T.R.P.Marcolin Lamarche, écrivain de grande classe.Quant aux lecteurs de la Revue Dominicaine, je ne les imagine ni meilleurs ni pires que tous les autres lecteurs de journaux et de revues.Toujours silencieux, à quelques exceptions près, si un texte leur plaisait et leur faisait du bien.Pour les bienfaits intellectuels, on se croit généralement dispensé de toute reconnaissance.Alors que le prédicateur peut, sinon mesurer le bien de sa parole, du moins constater qu’elle intéresse : toute la chaleur du contact humain et toute la joie de la conversation dans la parole parlée.Pour l’écrivain, rien ou à peu près pour la sensibilité.Il a beau se dire et se répéter que les « écrits demeurent » et influencent la pensée et l’action de ses concitoyens, son métier est d’obscurité.Semer sans voir que le grain lève, encore moins espérer la moisson.Atténuons en disant que plusieurs textes du Père Lamarche lui valurent de chaleureux encouragements, pour ne signaler que celui sur la Hiérarchie des droits en éducation (juillet-août 1961).C’est à cette forme d’apostolat que le Père Lamarche s’est consacré.Il en a absorbé jusqu’à la « cuisine », comme la correction des épreuves.Il s’est senti seul, et il l’a été effectivement.Lui-même a souvent désiré une formule plus « engagée » selon l’expression à la mode.L’isolement et le manque d’organisation matérielle ne le lui permirent pas.Dans la formule 4 qu’il a maintenue, la Revue fut d’une tenue telle, qu’à Genève, les membres de l’O.N.U.l’ont déjà proclamée « la plus belle revue d'inspiration catholique jamais vue, tout en se demandant comment une revue si dispendieuse pouvait subsister » (Mémoire présenté à la Commission d’Enquête sur les publications).Il y a une question qu’il serait difficile d’évincer.Pourquoi alors tout ce changement dans la formule, le format et jusqu’au nom ?Besoin de changement ou le réflexe habituel d’un nouveau venu dans une fonction ?Peut-être ! Il y a surtout ce monde de chez-nous qui s’interroge sur d’autres problèmes que ceux de 1915 (date où Le Rosaire devenait La Revue Dominicaine').Chaque génération, à tort ou à raison, veut reviser et retoucher les méthodes de ses pères.Psychologie qui ne devrait cependant pas établir de conflit entre les générations.Au Père Lamarche qui comptera parmi nos collaborateurs, nous l’espérons, nous voulons offrir la gratitude de tous ses lecteurs passés et présents.Qu’il daigne conserver à Maintenant toute sa bienveillance, et son indulgence aussi pour nos premiers pas en des sentiers hasardeux.H.-M.Bradet, o.p.Parlant du rôle des écrivains, le Cardinal déclarait récemment : « Ils renoncent souvent à la paisible tranquilité de tous ceux qui ne s’expriment pas.Ils s’attirent inévitablement des critiques d’une part et trouvent des alliés encombrants ou dangereux d’autre part : leurs vrais amis sont rares.Ils n’ont même pas la consolation d’avoir dit parfaitement ce qu’ils avaient à dire, car l’expression de la pensée est toujours déficiente et inadéquate.Leur seule consolation consiste à s’apercevoir que, grâce à leur travail, les hommes réfléchissent et, à leur tour, font la part des choses.» FORUM: les laïcs et le Concile MAlNTENANT invite ses amis et lecteurs, tant catholiques que non-catholiques, à un FORUM sur le prochain concile du Vatican.La double question qui sera posée est celle-ci : "Qu'attendent les laïcs catholiques romains du Concile; que souhaitent les laïcs chrétiens non-catholiques ?Ce forum aura lieu, lundi le 22 janvier 1961, à 8.30 p.m., dans l’auditorium des Pères Dominicains, Couvent Saînt-AI-bert-le-Grand, 2715, chemin de la Côte Ste-Catherine, Montréal.« Il n’est pas digne de celui qui gouverne de refuser la liberté de parole, pas plus qu’il n’est digne du prêtre de ne pas dire ouvertement ce qu’il pense.En vérité, ô vous qui gouvernez, il n’y a rien de plus agréable au peuple que votre amour de la liberté pour ceux qui vous sont soumis.Cest en cela justement qu’est la différence entre les gouvernants : que les bons aiment la liberté et les mauvais la servitude.Et ainsi, pour un prêtre, il n’y a rien de plus dangereux devant Dieu et de plus honteux devant les hommes que de ne pas proclamer ouvertement sa propre opinion.» Saint Ambroise (Ep.XL, 2) 5 ?DIALOGUE AVEC LA VERITE « Il y a une sœur et un frère que Dieu créa inséparables : la vérité et l’inconvénient.Et je ne crois pas qu’il soit bon d’étrangler sœur-vérité à cause de frère-inconvénient.» (Lamennais) On s’imagine souvent que la besogne la plus ardue de l’homme qui cherche est la découverte de la vérité; celle-ci implique, en effet, une longue et difficile enquête sur les œuvres des penseurs, tant passés que présents, des discussions interminables sur les points de départ et les points d’arrivée, une constante et laborieuse réflexion sur la moisson recueillie afin de séparer cette ivraie qu’est l’erreur d’avec le froment substantiel de Dieu que sont les multiples vérités découvertes au cours de ce long et pénible travail.La vérité qu'il faut prendre en charge Ce n’est pourtant là que l’aspect le plus facile des relations de l’homme avec la vérité : car cette dernière, une fois découverte, devient une maîtresse exigeante, dure comme un acier bien trempé et qui se refuse à toute compromission.Elle remplit la vie de celui qui l’a découverte d’incessants combats, d’innombrables inconvénients, engendrant chez-nous le désir de l’étrangler ! Un proverbe anglais exprime de façon négative ces embarras multiples qu’impose la vérité découverte : "Ignorance is bliss”.Dicton populaire qui vient précisément de l’expérience de la lourdeur de la vérité que l’on a prise au sérieux; car cette légèreté de la vie, qui consiste à suivre ses humeurs, à se délecter dans ses caprices, à se complaire dans la diversité « caméléon-naire » du vieil homme qui sommeille en nous, toute cette béatitude de la facilité qui flatte ce qu’il y a chez nous de complicité avec l’erreur et le mensonge, tout cela doit être purgé quand la vérité se manifeste à nos yeux avec tout l’éventail des devoirs qui l’accompagnent.Le premier dialogue de l’homme avec la vérité consiste exactement dans cette prise de conscience des charges que la vérité fait peser sur nous : car il y a toujours, entre les vérités que découvre l’homme et cette totalité qu’est sa personne, un combat avec l’ange.Combat d’un nouveau Jacob dans la nuit des passions contre ces ténèbres mystérieuses que le Fils de Dieu est venu dissiper, comme dit Jean dans son prologue, pour les illuminer non d’une vérité qu’il suffise de contempler béatement, mais qu’il faut vivre, qu’il faut réaliser dans sa vie.Et c’est cela qui ne se fait pas sans une bataille de tous les instants, bataille qui risque de nous rendre boiteux, déhanchés, comme dit l’Écriture (Genèse, XXXII : 26).Sans ce premier dialogue avec la vérité ainsi envisagée comme règle de vie et non simple curiosité de l’esprit, tout autre dialogue sur la vérité, autour de la vérité n’est que verbiage, potinage sur la place publique, passe-temps de pseudo-intellectuels rentiers de leurs préjugés. 6 La vérité qui est Quelqu'un On dit que toute vérité vient de Dieu, ce qui est vrai; mais toutes les vérités ne viennent pas de Dieu de la même façon; de même les combats qu’elles suscitent au cœur de celui qui les possède n’ont pas les mêmes dimensions ni la même virulence.Ainsi les vérités révélées par Dieu ne sont pas le fruit de notre travail, comme les vérités naturelles, mais le fruit d’une gratuité divine.Ce qui n’est jamais gratuit par contre, c’est le dialogue que chaque personne doit engager avec ces vérités, dialogue dont l’absence stérilise totalement l’action transformatrice de ces mêmes vérités.Ces vérités, en effet, ne sont pas des points de vue sur la réalité créée mais elles sont Quelqu’un : Je suis la Vérité, nous dit le Christ.Et dialoguer avec cette vérité qu’est le Christ, c’est prendre quotidiennement conscience de ses faiblesses, de ses lâchetés, de ses hypocrisies et de l’impuissance dans laquelle on se trouve, malgré son bon vouloir, de s’identifier à cette Vérité : identification qui est toute la vie chrétienne.Cette confrontation perpétuelle entre ce que nous sommes comme fils d’Adam et ce que nous devrions être comme enfants de Dieu, blesse terriblement notre orgueil, et ce nouvel inconvénient, frère de la Vérité divine, nous donne un invincible désir d’égorger cette dernière, de la faire disparaître de notre conscience, de prouver qu’elle est un mythe, une invention cléricale, etc .Ainsi, à partir de l’instant où il y a ce refus de lutter, de dialoguer intérieurement avec la vérité qui est Quelqu’un, commence le dialogue sur la vérité chrétienne, sur sa puissance déformatrice des réalités psychologiques et sociales.La dialectique de la vérité chrétienne Si nous voulons maintenant savoir quelles sont les lois dialectiques qui gouvernent ce dialogue sur la vérité révélée, demandons-les au Christ, dont la vie publique a été une perpétuelle discussion avec ceux-là mêmes qui transportaient, dans le domaine de la vie sociale et politique, des vérités qui commandaient d’abord et avant tout la vie de chaque homme dans ses rapports avec Dieu et son Sauveur.Le Christ nous donne cette leçon de chose à l’occasion d’un reproche que les disciples de Jean et des pharisiens faisaient à lui-même et à ses disciples, parce qu’ils ne se conformaient pas à la tradition pharisaïque qui prescrivait de multiples jeûnes pour la préparation de certaines fêtes.Ce reproche des zélés supposait une confusion de l’esprit religieux et des formes extérieures de la religion, la vérité mosaïque avec le visage qu’elle avait prise au cours des âges.Cette confusion, Jésus la combat dans le style parabolique et énigmatique qui lui est coutumier.Il ne faut pas, dit-il, rapiécer un vieil habit avec une pièce d’étoffe neuve, car elle va augmenter la déchirure et rendre l’habit inutilisable; pas plus qu’il ne faut mettre du vin neuf dans de vieilles outres car celles-ci éclateront et tout sera perdu : et le vin et les outres ! (Marc, II : 21-22).La vérité qui est renouvellement Nous avons beaucoup à apprendre de ce jugement du Christ concernant les discussions sur la vérité qui n’ont pas été précédées de dialogues avec la vérité.Il nous prévient, en effet, que pour dialoguer sur la vérité il faut avoir dialogué avec elle, il faut l’avoir vécue, s’être battu à bras le corps avec elle, l’avoir étreinte, ou plutôt s’être laissé étreindre par elle et en avoir vécu de l’intérieur toute la violence contraignante.Ce n’est qu’à partir de ce moment que l’on est en état de dialoguer sur ses aspects extérieurs, sur ses apparences sociales ou psychologiques.Ces dernières, en effet, vieillissent, elles changent avec les âges et les cultures, avec l’imagerie que l’on se fait de Dieu, de sa puissance, du Christ et de son esprit.C’est là un phénomène de chrétienté : la chrétienté vieillit alors que la vérité chrétienne ne vieillit 7 pas, mais reste toujours aussi jeune que Dieu qui en est la source et que son éternité met à l’abri du changement, donc de tout vieillissement.Ainsi quand on a la présomption de juger la vérité sur les apparences qu’elle revêt au cours des siècles, sur les visages que les hommes lui ont sculptés en la mettant à leur niveau, la rabaissant à leur mesure, on fait ce que le Christ nous a dit de ne pas faire : on rapièce un vieil habit avec une étoffe neuve, on met du vin nouveau dans de vieilles outres, et le résultat est toujours désastreux .Tout se gâte pour nous !.On confond le vin avec l’outre, l’étoffe avec l’habit parce qu’on ne connaît pas le véritable goût du vin nouveau, de cette Bonne Nouvelle qui est encore une « nouvelle » après 2000 ans de durée, 2000 ans d’essais infructueux pour la réduire à notre mesure, la faire entrer dans nos cadres, la politiser, pour en faire des théories sociales, bourgeoises ou marxistes : alors que cette Bonne Nouvelle n’est rien d’autre que celle du salut de chaque homme par l’amour gratuit et inconnaissable de Dieu notre Père, folie et scandale pour la sagesse humaine, parce qu’à nous présentée sous la forme visible d’un Crucifié.La vérité qui est dialogue Pour engager un dialogue fécond entre clercs et laïcs sur la vérité religieuse que nous apporte le Christ, il faut que les deux interlocuteurs sachent que la première condition de ce dialogue est une expérience vécue, un dialogue personnel avec la vérité chrétienne, dialogue au cours duquel, dans ce combat de l’homme avec l’ange de lumière, l’homme, qu’il soit clerc ou laïc, a perdu le désir d’étrangler sœur-vérité à cause des multiples embarras, des inconvénients incessants dont elle est cause pour le vieil homme; il faut avoir expérimenté que sœur-vérité mérite tous ces combats que l’on fait pour elle, qu’elle paie au maximum en joie, en paix, en sécurité les inconvénients que sa découverte engendre.Alors seulement le visage de la vérité divine se distingue de celui que présentent les diverses chrétientés, celle du Québec comme les autres.Alors seulement le vin nouveau n’est pas mis dans de vieilles outres mais commence à fermenter dans ces outres neuves que sont nos catégories contemporaines, nos façons de penser, notre mentalité individualiste et active, allergique au passé comme tel, à tout ce qui sent le musée, le vieillissement.Toute rigidité dans la formulation et la présentation de la vérité divine, sous prétexte de sauvegarder le contenu de la Foi, n’est pas un signe de vitalité chrétienne, mais plutôt un envahissement progressif d’une paralysie surnaturelle, voisine de la mort.La vérité divine a les promesses de vie éternelle parce qu’elle EST la vie éternelle; mais son incarnation à travers les âges et les cultures n’a pas la même pérennité.C’est là l’un des aspects du mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu qui a voulu se présenter à ses frères les hommes sous des traits reconnaissables par eux, afin que fût mieux servi le message d’amour qui dépasse la compréhension que l’homme peut en acquérir.Nous serons d’autant mieux équipés, au XXème siècle, pour incarner ce message de Dieu et pour le rendre reconnaissable par nos contemporains, que son vrai visage nous sera d’abord apparu personnellement dans et par un dialogue constant avec lui, ainsi que par l’acceptation intérieure de tous les conflits, de tous les inconvénients que la vérité divine, plus que toute autre vérité, entraîne inséparablement à sa suite.La fécondité de tout dialogue sur la vérité est à ce prix.L.-M.Régis, o.p. 8 L’EGLISE est-elle opposée à la PSYCHANALYSE?C’est la question qu’on a pu se poser l’été dernier quand la presse, la radio et la télévision ont divulgué l’avertissement du Saint-Office (publié dans l’Osservatore Romano du 16 juillet 1961) interdisant aux clercs et aux religieux d’exercer la fonction de psychanalyste, conformément au Canon 139, par.2.Naturellement, l'interprétation spontanément apportée à ce décret par le public qui s’intéresse à la psychanalyse (et qui ne s’y intéresse pas ?) a varié au gré des positions déjà adoptées par chacun, aussi bien en regard de la psychanalyse qu’en regard de l’Église.Les uns, favorables à la psychanalyse, mais plus ou moins rétifs aux injonctions du magistère ecclésiastique, ont cru y voir une confirmation de leur conviction que le cléricalisme n’a pas fini d’empoisonner la vie des honnêtes gens; toutefois, c’est avec une satisfaction vengeresse que ces victimes du cléricalisme constataient que, une fois de plus, un obscurantisme têtu allait rendre ridicules aux yeux du monde cultivé les autorités ecclésiastiques qui emboitaient le pas derrière les juges de Galilée.Quant à ceux qui se veulent fidèles observateurs des lois de l’Église, il y eut d’une part les adversaires convaincus de la psychanalyse qui se persuadaient que leur cause enfin triomphait, cependant que les sympathisants de la psychanalyse se demandaient avec consternation ce que pouvait bien signifier ce décret émanant de la plus haute autorité de l’Église.Ces derniers peuvent se rassurer, cependant que les autres, affectés d’un préjugé « anti-psychanalyse » ou victimes du prurit anti-clérical, devront cesser de claironner leur victoire ou leur indignation, si tout le monde veut bien se donner la peine de s’informer des véritables proportions de l’événement qui a suscité ces remous dans l’opinion publique.Une mise au point Tout d’abord, qu’il soit bien entendu que ce n’est pas l’affaire de l’Église de légiférer dans le domaine des méthodes scientifiques ou des techniques thérapeu- tiques; l’Église ne s’en occupe en effet que dans la mesure où l’usage de telles méthodes ou techniques pose un problème moral ou spirituel, dont la solution est de son ressort.Les esprits chagrins, qu’afflige un complexe de persécution à l’égard de l’Église, peuvent ignorer ce principe, mais les autorités de l’Église ne l’oublient jamais, elles qui se soucient du bien spirituel des personnes engagées dans ces activités scientifiques ou thérapeutiques.Aussi bien l’Église n’a-t-elle pas à prendre position concernant la valeur thérapeutique de la psychanalyse; il s’agit là en effet d’une question relevant exclusivement de la compétence des théoriciens et des praticiens de la psychanalyse, à qui l’Église laisse la plus entière liberté à l’intérieur des limites de leur spécialité.Le décret du Saint-Office ne constitue donc pas une intrusion des gens d’Église dans un domaine qui ne les regarde pas, puisque l’intention de ce décret n’est aucunement de condamner la psychanalyse, mais simplement d’imposer aux clercs et aux religieux certaines restrictions concernant l’exercice de cette forme de thérapie.Car, contrairement à ce qu’ont pu croire ceux qui ne connaissent pas le Droit canonique, le décret en question ne prétend pas interdire absolument aux clercs et aux religieux l’exercice de la psychanalyse, mais seulement en soumettre la pratique à une condition, celle d’obtenir un induit apostolique, c’est-à-dire la permission de l’autorité suprême de l’Église.Telle est en effet la teneur du Canon 139, par.2, rappelé par le Saint-Office, canon interdisant aux clercs l’exercice de la médecine ou de la chirurgie sans un induit apostolique.Il ne s’agit donc pas de la promulgation d’une loi nouvelle, mais simplement de l’extension de cette loi au cas de la psychanalyse.En somme, l’intention de ce décret est de contrôler l’exercice de la psychanalyse de la part des clercs et des religieux, en les soumettant à une sélection instituée par l’autorité ecclésiastique.L’Église estime en effet que les clercs occupent une position trop en vue pour qu’elle les laisse s’engager imprudemment dans une carrière où certains écarts de leur part risqueraient d’engendrer des conséquences particulièrement regrettables.De plus, certains clercs bien intentionnés, mais insuffisamment éclairés, pourraient porter préjudice à l’exercice de leur ministère pastoral s’ils s’avisaient de prétendre le compléter en y introduisant sans distinction les postulats et les techniques de la psychanalyse.Soucieuse de préserver les clercs aussi bien que les fidèles recourant à eux, l’Église se réserve donc le soin de contrôler l’accès à la psychanalyse de la part des clercs et des religieux.Un usage contrôlé Par un retournement inattendu de la situation, l’Église, qui risquait d’être taxée d’incompréhension et d’étroitesse à l’égard de la psychanalyse, ne démon-tre-t-elle pas plutôt le cas qu’elle fait de cette technique thérapeutique ?En effet, elle l’estime suffisamment pour en réserver l’exercice aux seuls clercs qu’elle jugera capables de la manier correctement, car elle en redoute l’usage imprudent ou malavisé de la part de sujets insuffisamment qualifiés.Plutôt que de bouder l’Église sans chercher à la comprendre, ne devrait-on pas la remercier de cet effort pour écarter de la profession de psychanalyste des individus jugés incompétents ou incapables ?Sans doute les considérations inspirant la conduite de l’Église ne visent-elles pas d’abord et avant tout l’assainissement de cette profession, singulièrement convoitée par les charlatans, mais bien 9 la sauvegarde des clercs et des religieux, ainsi que des fidèles commis à leurs soins.Mais il n’en reste pas moins que l’application de ce décret du Saint-Office aura comme conséquence d’opérer une sélection professionnelle dans un secteur dont le moins qu’on puisse dire est qu’il en a un immense besoin.Les nombreuses sociétés de psychanalyse du monde, ne disposant pas encore d’une autorité institutionnelle analogue à celle des collèges de médecins, ne peuvent dénoncer ni écarter efficacement les incapables ou les sans scrupules qui s’approprient sans compétence ou sans conscience le titre de psychanalystes.N’est-il pas piquant de constater que l'Église catholique, par son souci de protéger ses ouailles avec leurs pasteurs, vient indirectement en aide à ces sociétés ?Est-ce à dire que l’Église approuve sans réserve tout ce qui se fait, se dit ou s’écrit sous la rubrique mouvante de la psychanalyse ?Et puis, comme il existe de si nombreux courants et si différents, entre eux, qui tous revendiquent la qualification de psychanalytiques, de quelle forme de psychanalyse l’Église entend-elle parler ?Déclinant toute compétence pour opérer un partage de ces courants, l’Église vise un ensemble de principes et de méthodes se retrouvant, selon un dosage très varié, dans les nombreuses tendances issues de l’œuvre de Freud, soit qu’elles restent fidèles à l’esprit du patriarche de la psychanalyse, soit qu’elles s’en différencient par des changements de perspectives ou par l’apport d’éléments nouveaux, tout en conservant cependant un esprit commun touchant les positions de principes et de méthodes.Sans doute l’écart entre ces formes revisées de la psychanalyse et leur étalon originel pourra atteindre une amplitude telle qu’il ne reste plus de psychanalytique dans ces systèmes que le nom devenu désormais équivoque.Mais, à toutes fins pratiques, l’Église considérera comme susceptible de recevoir la mention « psychanalytique » toute pensée commandée par certains postulats éclos, à tort ou à raison, sous le couvert de la thérapeutique initiée par Freud; postulats dont voici quelques échantillons escortés des répercussions morales qui peuvent en originer : condition universellement anormale de l’homme; importance exorbitante attribuée au facteur sexuel dans la vie psychique de l’homme; indulgence excessive concernant le contenu des ab-réactions, ou remontées à la conscience de données de l’inconscient; négation ou réduction indue de la liberté humaine au bénéfice des déterminismes psychiques inférieurs; rejet d’une liberté d’exécution et admission d’une seule liberté d’intention, avec la conséquence inévitable que seule compte aux yeux de Dieu l’intention, et non l’action extérieure; encouragements à commettre des péchés qu’on déclare seulement matériels — mais qui souvent sont des fautes formelles —- dans le but de libérer de certains états névrotiques; confusion entre complexe morbide de culpabilité et authentique culpabilité morale, celle-ci étant finalement évacuée au profit de celui-là (1).La prudence s'impose Ces postulats, et d’autres qu’on pourrait encore dégager, sont considérés par l’Église comme inacceptables par suite des conséquences morales regrettables qui en découlent nécessairement; et ces propositions se retrouvent sous la plume d’auteurs qui pratiquent la psychanalyse et semblent considérer ces énoncés comme partie intégrante de leur système conceptuel.Toutefois, confiante qu’une étude objective et impartiale de la réalité psychique de l’homme ne peut contredire les principes moraux qu’elle tient pour intangibles, l’Église ne redoute pas une confrontation de sa doctrine morale avec les conclusions des recherches scientifiques les plus exigeantes.Elle désire au contraire semblable confrontation; et en ce qui concerne la psychanalyse, elle souhaite que des croyants bien formés s’y intéressent pour mener de sérieuses observations et fournir de saines interprétations de faits souvent mal évalués par des psychanalystes, s’inspirant de principes aberrants qui n’ont rien à voir avec les exigences objectives de la psychanalyse.Or, parmi les croyants, les clercs et les religieux, grâce à la formation choisie qu’ils ont généralement reçue, peuvent évidemment apporter une contribution précieuse à ce travail destiné à décanter la psychanalyse des résidus pseudo-philosophiques erronés qui l’encombrent et à assurer progressivement des bases saines et solides à cette discipline encore en train de chercher sa voie.Toutefois, l’Église ne se cache pas les risques d’une telle entreprise, étant donné la situation historiquement créée à la psychanalyse aujourd’hui: aussi tient-elle à s’assurer de la valeur des clercs et des religieux qui sont prêts à se consacrer à cette tâche.Devant les (1) Ces énoncés sont empruntés à un récent article paru dans « Divinitas » (3, 1961.pp.798-837), revue officielle de l’Université du Latran, à Rome, sous le titre : « Psicanalisi e morale cattolica », article signé du R.P.Raimondo Verardo.O.P.Commissaire du Saint-Office.aberrations lamentables dont trop de soi-disant psychanalystes donnent le spectacle, faut-il chercher noise à l’Église parce qu’elle ne veut pas risquer imprudemment l’équilibre psychique et spirituel de ses fils d’élection ?A.-M.Perreault, o.p.Angelicum, Rome Simple adverbe Il y a clairement, justement, complètement, sérieusement, bêtement et que d’autres ! Dans toute la famille adverbiale, c’est maintenant que je préfère.C’est que lui me situe dans le temps, c’est-à-dire dans ce bien à caractère unique.On s'attriste de sa fuite et on l’estime plus précieux que l’argent.On en jouit, on le gaspille ou on le donne aux autres.Mais on ne le remplace jamais : provision limitée qui ne peut se renouveler.j’aime demain, après-demain et c’est mon erreur d’y vivre trop.Hier et tout le passé m’intéressent moins.Ils ne sont plus.Plus qu’à aujourd’hui, plus qu’à bientôt, c’est à maintenant que la conversation se réfère sans cesse et c’est à partir de maintenant que l’on fixe son agenda et élabore ses projets.Maintenant, c’est le moment le plus présent, le seul qui m’appartienne vraiment, celui qu’il importe de sanctifier.C’est maintenant que je commence, dit l’Écriture; c’est maintenant que je peux m’en aller, s’écrie le vieillard Simeon, après avoir vu le Sauveur.Dans l’Ave Maria : « Priez pour nous maintenant et à l’heure de notre mort ».Cest bien cet autre moment qui importe, mais c’est maintenant qu'il se prépare.Maintenant, c’est aussi le verbe main tenir.Non pas le fixisme ni le con servatisme, mais la garde des vraies valeurs en les insérant dans le maintenant qui est à vivre.Allons enfin jusqu’à la fantaisie MAIN-TENANT, et ce serait l’idée de solidarité et d’entraide que notre adverbe exprime.Symbole de l’amitié aussi qu’une poignée de mains.Kéno VOTRE SILENCE "J’ai entendu dans mon enfance cette histoire d’un conférencier anticlérical qui, juché sur un tréteau, accordait cinq minutes à Dieu pour le foudroyer.Vous voyez bien que Dieu n’existe pas, disait-il, en remettant sa montre au gousset." André Blanchet, sj.Mes yeux se lèvent vers Vous.Ils se heurtent, hélas ! à une calotte de plomb, fermée, bouclée, sans échappée.Au mieux, j’aperçois, de votre Fils, l’effigie en plâtre saint-sulpicien, promenée en l’air comme dans "La dolce vita”.Ces mots maladroits que j’aligne rendent bien mal mon angoisse et celle de tant d’humains de bonne volonté.Mon inquiétude et ma frustration me prennent aux entrailles.Elles ne se nourrissent pas, comme chez certains anticléricaux à la petite semaine, de potins et de scandales ecclésiastiques.Un ami me disait, ces jours derniers : "Que le Pape en vienne à entretenir une maîtresse, je m’en fous royalement.Je veux une certitude sur Dieu.Existe-t-il ?M’écoute-t-il ?S’occupe-t-il de moi, minuscule moisissure sur un grain de sable perdu dans les effarantes galaxies ?.Tout le reste : de la foutaise !” Propos impertinents et brutaux qui indiquent pourtant à quelle hauteur se situe le problème de Dieu pour les esprits sérieux.Vous semblez prendre plaisir, Seigneur, à nous déconcerter.Déjà tant de situations illogiques, tant de drames autour de nous ébranlent notre foi.Depuis dix ans, ce jeune couple de mes connaissances milite pour vous dans un milieu hostile.Alors pourquoi leur enlever, dans un accident stupide, leur SEIGNEUR! QUE M’OPPRESSE! petit garçon tant aimé, alors que vous laissez vivre tant d’êtres inutiles et pervers ?Me troublent également ces mécréants fortunés dont la prospérité scandaleuse insulte à la gêne humiliante de si nombreux honnêtes gens.Ces anomalies, déjà incompréhensibles dans l’hypothèse d’un BON Dieu, n’égalent pourtant pas les monstruosités du triomphe où les sans-Dieu semblent confortablement installés.Voilà une nation qui, certes, ne monopolise pas le vice mais qui, tout de même, affiche depuis 1917 un athéisme militant, vous proscrit des consciences, recourt avec cynisme à des procédés auprès desquels les astuces de Machiavel semblent jeux d’enfants.Et c’est justement ce peuple qui exhibe sa supériorité dans la maîtrise de la matière par des explosions atomiques dont on devine qu’intensifiées, elles feraient éclater le globe.Ajoutons à cette U.R.S.S.ses satellites et la Chine, et c’est la moitié de la terre qui vous renie et vous insulte.Comment ne pas nous poser de questions à votre sujet ?Votre absence devient oppressante, suffocante.Etes-vous l’Etre parfait que décrivent vos représentants autorisés ?Ne vous suffirait-il pas, alors, d’une infime intervention pour rabattre le caquet de vos contempteurs ?Je vous place trop haut pour vous supposer capable de trucs mélo-dramatiques : vous ne vous abaisseriez sûrement pas à désamorcer les bombes, quitte à laisser pantois et confus les savants incrédules.Cependant votre toute-puissance ne pourrait-elle pas agir sur les cœurs et les âmes des chefs qui se prétendent omnipotents ?N’avez-vous pas, en un seul éblouissement, transformé le Saul persécuteur du chemin de Damas en un Paul, apôtre embrasé de zèle et d’amour ?Sans parler des plaies d’Egypte, du labarum de Constantin, des chevauchées de Jeanne d’Arc.Pour sauver une peuplade de bédouins de l’oppression des Pharaons, pour établir une paix chrétienne sur le pourtour de la Méditerrannée, pour bouter des étrangers hors d’un pays aux frontières restreintes, vous avez dérangé l’ordre des choses "in signis et por-tentis”.À l’heure présente, il s’agit d’une tragédie aux dimensions du monde et vous n’intervenez pas.Vous abandonnez des âmes droites aux horreurs des cachots concentrationnaires.Vous permettez à des millions d’hommes de vous défier de façon grossière, comme dans telles pièces représentées des centaines de fois sur des scènes parisiennes."Est-ce que tu m’écoutes, Dieu sourd ?”, répéta impunément, soir après soir, le Gœtz impie de "Le Diable et le bon Dieu”.Avouez, Seigneur, que votre colossal silence a de quoi nous déconcerter."Lève-toi, pourquoi dors-tu, Seigneur ?” (Ps.44, 24) .Seigneur, mon agitation intérieure se calme.La poussière aveuglante se dépose au sol.L’eau trouble retrouve sa limpidité.Dans le secret de mon cœur, j’entends votre murmure.Certes, aucune de vos paroles en moi n’a la transparence du cristal.Vous aimez le clair-obscur.Vous respectez tellement la liberté humaine que vous renoncez à vous imposer par la force d’une évidence fulgurante.Je ne m’étonnerai donc pas que mes doutes ressurgissent, meute glapissante et jamais totalement muselée.Comment m’en étonner puisqu’une sainte, pourtant équilibrée et généreuse, Thérèse de Lisieux, fut torturée dans sa foi au point de frôler l’abîme du désespoir.Seigneur, venez au secours de mon incrédulité.Je prolonge la nombreuse tribu de ceux qui, au cours des siècles, osèrent vous interroger.Celui qu’on appelle "le saint homme Job” vous lança des cris qui apparaissent des blasphèmes à bien des dévots.À son interrogatoire haletant, vous avez répondu par des questions."Ceins tes reins comme un brave, lui dites-vous, je vais t’interroger et tu m’instruiras.Où étais-tu quand je fondai la terre ?.As-tu, une fois dans ta vie, commandé au matin, assigné l’aurore à son poste ?.As-tu pénétré jusqu’aux sources marines ?.Est-ce sur ton ordre que l’aigle s’élève et place son nid dans les hauteurs ?.» Et vos questions s’alignent sur des pages et des pages de ma Bible.Job admit votre transcendance et avoua qu’il avait tenu des propos insensés. Seigneur, notre erreur vient de ce que nous glissons avec une facilité extraordinaire sur la pente de l'anthropomorphisme.Une inclination quasi irrésistible nous pousse à vous considérer comme un copain ou un serviteur (du soleil pour mon jour de congé !), tout au plus comme un surhomme, génial et d’une vertu sans faille.Notre esprit se cabre devant la notion d’infini et hésite à reconnaître que "vos voies ne sont pas nos voies”.Quelle stupidité ! Un Dieu dont notre intelligence parviendrait à cerner tout le mystère serait-il encore Dieu ?Comprenez-nous cependant, Seigneur.Terreux, embourbés dans l’opacité de la matière, quelle tentation de vous juger à l’aune de nos limites ! Votre plan à nous révélé par votre Verbe, quelle difficulté les Apôtres eux-mêmes n’ont-ils pas eue à l’admettre ! "Hommes de peu de foi !”, ne cessait de leur répéter le Christ.Si ces privilégiés s’affolèrent devant la mer déchaînée de Tibériade, vous nous pardonnerez de perdre parfois la tête devant les cyclones de notre monde d’aujourd’hui.Quand je m’apaise et réfléchis, je reconnais les signes mystérieux de votre présence attentive et pleine de sollicitude.Vos interventions spectaculaires se font parfois attendre de longs siècles.Avec plus de fréquence, au creux de l’âme de vos fidèles, vous signalez de temps à autre la vérité de votre amour par des touches d’une indéniable réalité et d’une persuasive douceur.Ni l’imagination, ni les conceptions les plus élevées de l’esprit ne peuvent déclencher ces expériences incommunicables qui nous arrachent comme à Pascal le cri : "Joie ! Joie ! Pleurs de joie !” Alors des pans entiers de ténèbres s’éclairent.On comprend moins mal que "votre royaume n’est pas de ce monde”.Ah ! s’il l’était, oui, ! des légions d’anges ramèneraient l’ordre en quelques secondes.Vous préférez aux prestiges de la puissance les séductions de l’amour.La croix de votre Fils, cette infamie et cette absurdité, continue de conquérir les âmes.Et, d’échec en échec, votre règne progresse.Deux mille ans après le Calvaire, des jeunes renoncent encore à leurs rêves humains et à leurs illusions pour se consacrer à vous.L’on voit des héroïsmes inattendus surgir sur le terreau nauséabond des plus grandes misères.Et quand des secteurs entiers du monde ferment leurs portes à l’Evangile, un vieux Pape parle d’un printemps de l’Eglise.Vous demandez tout, Seigneur ! Quelle effroyable exigence ! Comment ne pas frémir ?Toutefois, si, en pleine lucidité et avec une confiance aussi totale que celle d’un bambin en son père, on se lance dans l’abîme de vos mystères, si on accepte en bloc votre Révélation sans ergoter sur les détails, alors, sous l’agitation inapaisable des surfaces, on trouve la paix des profondeurs.On cherche encore en gémissant, on avance les mains tendues dans l’obscurité, mais on possède la certitude granitique de cheminer sur la voie royale qui aboutit, dans vos bras, à l’éternel amour.Seigneur silencieux, Seigneur déroutant, Seigneur de toute transcendance, je crois en Vous.M.-M.Desmarais, o.p.Pardonnez-leur.Le procès Eichmann a ramené l’attention sur une forme d’intolérance qui s’est révélée plus grave qu’aucune autre dans ses effets : Vantisémitisme.L’ampleur et la cruauté de la persécution hitlérienne font horreur à tous.Et pourtant, ne subsiste-t-il pas des ferments d’antisémitisme dans l’esprit de certains chrétiens, n’y a-t-il pas une manière assez courante de considérer le peuple juif et son rôle dans la Passion de Jésus qui prête à Vantisémitisme ?En quoi consiste cette opinion (plus ou moins claire) et que vaut-elle du point de vue de la saine doctrine chrétienne ?Au prétoire de Pilate, une foule juive poussa un cri que l’Évangile nous a rapporté : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! » Cette phrase continue de frapper l’imagination des foules catholiques.Dans l’esprit de beaucoup, elle constitue comme la signature d’une condamnation du peuple juif et d’un châtiment qui le poursuivrait.Faut-il dire d’abord que ce cri n’engageait que ceux qui le proférèrent ?La majorité des Juifs, à ce moment n’était pas à Jérusalem; la plupart ignoraient ce qui s’y passait.Faut-il les en rendre responsables ?Et à plus forte raison les Juifs d’aujourd’hui ?Mais il y a plus.Croire que cette phrase ait entraîné condamnation et châtiment du peuple juif dans son entier et de façon permanente, c’est supposer que DIEU A EXAUCE cette imprécation.Une telle supposition serait tout bonnement sacrilège.Mais, dira-t-on, c’est cependant un fait que le peuple juif n’a cessé d’être persécuté parmi les nations où il était en exil ?Disons d’abord que ces persécutions fréquentes, en effet, et périodiques, ne permettent pourtant pas de penser qu’il DOIT en être ainsi.(Souvent, d’ailleurs, c’est parce qu’on le pensait qu’on ne se gênait pas.On était même tenté de croire qu’on exécutait la volonté de Dieu !) Allons encore plus loin.D’où prendrait-on que la souffrance doit être le signe d’un châtiment divin, et d’une sorte de malédiction ?« Pardonnez-leur » a dit Jésus.De qui s’agit-il ?Question qui peut surprendre, car la réponse semble évidente: il s’agit des Juifs.Mais lesquels ?TOUS les Juifs ?De partout et de tous les temps ?De ce Juif aussi que nous croisons dans la rue ?Ce serait de nouveau admettre que tous et chacun sont coupables de la mort du Sauveur, et qu’EUX SEULS en sont coupables.Or, la conscience chrétienne sait bien que ce sont tous les péchés de tous les hommes et de tous les temps qui portent cette culpabilité — et c’est bien pour le rachat de TOUS les péchés que Jésus a offert sa vie.Pourtant, en faisant cette prière, Jésus parlait des Juifs ?Oui — et non.Derrière cette petite foule qu’il avait sous les yeux, Jésus voyait l’humanité tout entière, que cette foule juive représentait.Pour bien comprendre cela, il faut s’aviser du rôle qu’a joué le peuple d’Israël dans l’histoire du salut.Tout au long de l’Ancien Testament, ce peuple a été comme un prototype, une image et en quelque sorte une ébauche de l’humanité rachetée; car l’Alliance de Dieu avec ce peuple était à la fois l’image et la préparation de la nouvelle et éternelle Alliance dans le Christ, à laquelle tous les hommes sont appelés.C’est ainsi que la part du peuple juif qui a rejeté Jésus (une autre part, ne l’oublions pas, l’a suivi et a constitué la première Eglise), cette portion rebelle du peuple juif a été, dans ce rejet et ce refus du Christ, l’image, là aussi, de l’humanité, et de l’humanité pécheresse.On peut dire de ces Juifs-là qu’ils ont porté le péché du monde en le commettant, alors que Jésus, lui, l’a porté pour le racheter.C’est aux hommes pécheurs, à tous les hommes, par conséquent, que Jésus pensait lorsqu’il priait son Père de « leur » pardonner.Dom Samuel Stehman, O.S.B. Religion, religieux Puisque la nouvelle revue MAINTENANT est lancée par les Pères Dominicains, je ne vois rien de plus approprié, en inaugurant cette chronique sur "le sens des mots”, que d’exorciser les mots RELIGION et RELIGIEUX.La religion est tout l’appareil rituel, verbal et institutionnel qui oriente et régit les relations de la créature avec son créateur.Selon les pays et les hommes, la religion s’exprime diversement, et prend un caractère et une couleur qui lui est propre.Il reste que la religion chrétienne, elle, est centrée autour du Christ qui est amour et ne saurait dès lors, malgré les pays et les hommes, souffrir aucune déviation essentielle sans trahir son esprit et sa raison d’être.Que cette religion devienne soudain dominatrice, orgueilleuse, pharisaïque ou possessive, elle n’est plus charitable et ne peut plus remplir son mandat.Qu’elle ait une foi et une espérance inébranlable, si elle n’a pas la charité, elle n’est plus au dire même de saint Paul, qu’une cymbale retentissante.La charité est la seule vertu, comme la haine est le seul vice.Mais qu’est donc la charité pour être si difficile à entendre et presque impossible à pratiquer ?Elle est, au départ, acceptation et par conséquent compréhension des autres.Si je ne sais pas comprendre mon prochain, lui apporter intérêt et sympathie, comment puis-je prétendre l’accepter et l’aimer ?Or, pour s’intéresser aux êtres, il faut déjà s’intéresser un peu moins à soi.Pour les comprendre, il faut comprendre qu’ils puissent être (ils le sont toujours) différents de soi.Pour les accepter, il faut accepter qu’ils nous touchent, qu’ils nous émeuvent, qu’ils nous remuent.Mais nous sommes à nous-mêmes ces monstrueuses prisons dont nous sommes les implacables geôliers.Nous nous croyons menacés par tout ce qui nous environne et nous barricadons sans cesse un cœur qui devrait sans cesse être ouvert à tous.Car c’est cette menace précise, et que nous éprouvons comme telle, qui doit être apprivoisée, réduite jusqu’à devenir salutaire et libératrice, jusqu’à ce que nous ayons compris que nous ne pouvons rien recevoir que nous n’ayons au préalable donné."Quand tu donnes un festin, dit le Seigneur, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux et des aveugles et tu seras heureux de ce qu’ils ne peuvent te rendre la pareille; — "Dans la rénovation du clergé, il y a comme partout le problème de l’homme.Il est fondamental.Je me demande souvent si nous ne sommes pas en train de passer sous silence cette vérité qui, dit-on, va de soi.Évidemment on fait figure de trouble-fête quand, au milieu d’un cercle où tout le monde pose la question : "Qu’allons-nous faire ?”, on demande : "D’abord songeons-nous à être ?” Question gênante dont l’impertinence fait écarquiller les yeux de ceux qui déjà avaient reconstruit le monde.Elle ramène au terre à terre d’une réalité traditionnelle.” (P.Jean Laplace, s.j.Culture et Apostolat, p.10) car cela te sera rendu à la résurrection des justes.” Voilà bien le chemin humble et tendre qui passe par les hommes pour mener à Dieu.Et c’est cela d’abord "pratiquer” sa religion.Mais la religion que nous pratiquons a-t-elle ce langage ?Nous invite-t-elle vraiment à nous comprendre et à nous aimer ?Mieux, invite-t-elle à ses festins les pauvres, les estropiés, les boiteux et les aveugles ?Reçoit-elle dans son cœur ceux qui marchent mal, ceux qui ne voient pas encore ?Aime-t-elle ses ennemis ?Fait-elle du bien à ceux qui le haïssent ?Prie-t-elle pour ceux qui la maltraitent ?Juge-t-elle ?Condamne-t-elle ?Pourtant, dit encore le Seigneur, "ne jugez point, ne condamnez point., aimez vos ennemis .et vous serez les fils du Très-Haut qui est bon aux ingrats et aux méchants.” N’est religieux que celui qui, clerc ou laïc, recherche la seule vérité qui réside dans la charité universelle.A celui-là, ne demandons pas d’être effacé, mais de manifester au contraire sa présence avec ardeur pour que cet univers de haine, de jalousie et de méfiance se transforme peu à peu et devienne enfin fraternel.fioger Ronand — "Je pense, écrit le Père Aimé Duval, s.j.(Vérité et Vie — Série XLIX, p.43), que des temps viendront bientôt où les chrétiens ne comprendront plus rien aux dogmes bichonnés, objets de nos travaux théologiques.Ces merveilles resteront dans leur coffret à perles.Pour les chrétiens dans la panique, il n’y aura de ressources qu’à crier au Seigneur : "Sauvez-nous, nous périssons”.Pourquoi attendre ces jours-là pour familiariser nos chrétiens sur la personne de Jésus qui nous dit tout au long de l’Évangile : "Croyez en moi.Moi, je vous dis : je vous ressusciterai.Faites comme moi” etc . 13 INFORMATIONS PROJET LACOSTE: UNE SOLUTION?Les suggestions de réforme du système d’enseignement au Québec, telles qu’énoncées par le professeur Paul Lacoste, ont donné une tournure nouvelle au débat amorcé l’an dernier par le Mouvement Laïque de langue française.Le projet Lacoste élargit les dimensions du débat.Il met en avant moins la question de non-confessionnalité que l’aspect culturel, ce qui suscite l’intérêt de tous ceux qui ont à cœur l’avenir du Canada français.Une structure compliquée ?Il est difficile de voir ce que donnerait dans la réalité un système s’inspirant du schème proposé par Me Lacoste.Une première impression, c’est celle d’une complication de notre réseau d’enseignement, surtout au palier des commissions scolaires.Théoriquement, il faudrait envisager la possibilité qu’une ville comme Québec mette sur pied six commissions scolaires, afin de respecter tant les exigences culturelles que religieuses.À Québec comme à Montréal en effet, on remarque une diversification suffisante des groupes religieux et culturels qui légitime une structuration aussi complexe.En réalité, les choses s’arrangeraient peut-être de façon fort simple.Ainsi, à Québec, deux commissions scolaires, l’une française, l’autre anglaise, pourraient être responsables de la direction de tout l’enseignement primaire et secondaire.Le comité de langue française serait inévitablement composé de catholiques dans la proportion de neuf représentants sur dix.Un sous-comité catholique aurait la responsabilité du caractère religieux des écoles confessionnelles et pourrait même avoir droit de regard sur l’enseignement de la religion dans l’unique (probablement) école non-confessionnelle de la ville.Un sous-comité non-confessionnel prendrait la charge de cette unique école qui répondrait aux besoins des groupes minoritaires français : protestants, agnostiques, juifs, etc.Nous incluons ici les protestants francophones, car il est avéré que ces derniers opteraient pour l’école non-confessionnelle.Le secteur de langue anglaise serait sous la responsabilité d’un même comité pédagogique, avec des sous-comités responsables des diverses écoles confessionnelles et de l’unique (probablement) école non-confessionnelle de langue anglaise.Ici aussi, il est possible en réalité que deux sous-comités, l’un catholique, l’autre non-confessionnel, répondent amplement à tous les besoins, s’il s’avérait que la population non-catholique de langue anglaise opte en bloc pour l’école non-confessionnelle.Concrètement, il semble donc possible que le projet Lacoste prenne forme dans des structures relativement simples.Avantage culturel Si le projet Lacoste offre l’avantage, semble-t-il, de satisfaire aux réclamations des divers groupes religieux qui composent la société québécoise, c’est surtout au plan culturel qu’il présente des avantages certains.Reprenons l’exemple d’une ville comme Québec.L’unité pédagogique au sein du secteur anglais ne pourrait que favoriser un meilleur niveau culturel de ce milieu, dont la population restreinte est coupée en deux par la barrière religieuse.Du côté français, les avantages seraient encore plus marqués.On mettrait fin à l’anglicisation systématique des minorités non-catholiques de langue française.De plus, on pourrait offrir aux familles non-catholiques de langue anglaise qui désirent assurer à leurs enfants une éducation en langue française (et il s’en trouve plusieurs à Québec), des cadres favorables pour répondre à leur souhait.Cette unification culturelle serait donc grandement profitable pour le Canada français.D’autre part, de sérieuses garanties juridiques et la composition même de la population assureraient aux catholiques que les va- leurs religieuses ne seraient aucunement mises en danger par l’application d’un tel système.Respectueuse de la culture, une telle division du système d’enseignement est particulièrement conforme à la nature même de la société civile qui, en tant qu’entité naturelle, prend forme à partir de la réalité culturelle et linguistique comme un de ses caractères distinctifs fondamentaux.Notons que le projet Lacoste, à cause des avantages évidents qu’il comporte au plan culturel, ne peut que plaire aux séparatistes, dont les revendications ont comme un point de départ les handicaps culturels dont la communauté française souffre au sein de l’État canadien.Des notions à préciser Parlant d’écoles non-confessionnelles, il est inévitable que l’image qui surgisse dans nos esprits soit celle de l’école laïque française, longtemps hostile aux valeurs religieuses, parfois caractérisée par un anticléricalisme militant.L’évolution actuelle de l’école non-confessionnelle dans un pays comme la France ne peut faire oublier l’image première, alourdie et assombrie par les disputes scolaires.En réalité, seul un débat scolaire trop prolongé et aggravé par les préjugés et les haines pourrait donner naissance à ce type d’écoles chez nous.Il y a lieu de prévoir que la non-confessionnalité chez nous prendrait une couleur sut generis, influencée par le milieu.Dans le secteur français, on verrait un enseignement dont les responsables seraient inévitablement (sauf si les non-confessionnels se livrent à la discrimination) en majorité des catholiques, car ce sont ces derniers qui composent la presque totalité du personnel enseignant.De plus, un enseignement scolaire qui veut tenir compte de la réalité sociologique et éviter à l’enfant des heurts douloureux avec le milieu social dans lequel il vit, devra tenir compte du fait catholique et chrétien.Une école non-confessionnelle qui ne voudrait pas tenir compte de cette réalité serait forcée de se mettre sur la défensive, développerait un complexe de persécution et serait obligée d’adopter une attitude hostile aux réalités religieuses.Elle aurait cessé à ce moment-là d’être non-confessionnelle.Autrement dit, dans le contexte actuel qui prévaut chez nous, une école non-confessionnelle devrait adopter une attitude positive et quasi préférentielle à l’endroit de la réalité catholique, sous son aspect sociologique.Un exemple de cette exigence imposée par le milieu sociologique nous est fourni par le cas de nos instituts technologiques et les écoles de Beaux-Arts.Ces institutions sont officiellement non-confessionnelles; pourtant aux yeux de plusieurs, elles apparaissent comme catholiques.C’est que l’apport catholique, assuré par la majorité des professeurs et la presque totalité des étudiants, contribue inévitablement à donner à ces maisons d’enseignement un caractère bien particulier de non-confessionnalité, une non-confessionna-lité d’inspiration catholique.Ceux qui désirent que s’organise chez nous un réseau d’écoles non-confessionnelles devraient actuellement chercher à définir quel pourrait être le type de non-confessionnalité que l’on puisse adapter à notre milieu.Autrement, introduisant ici un produit exotique, ils risquent de voir la non-confessionnalité rêvée, soit aboutir à un échec et s’avérer incapable de survivre, soit se transformer en hostilité religieuse militante et en sectarisme anticatholique mesquin.Et qu'est-ce que la eonfessionnalité ?La eonfessionnalité, voilà une autre notion qu’il faudrait préciser.A-t-on suffisamment considéré que la confes-sionnalité peut prendre des allures assez diverses ?Des non-catholiques, mal à l’aise dans telle institution religieuse, se plaisent à vivre dans telle autre.Il existe des collèges qui s’apparentent à des juvénats, d’autres qui sont des cénacles de l’esprit bourgeois, au sein desquels on dose savamment la part d’esprit mondain et la part d’esprit religieux.Certaines institutions se distinguent par une attention particulière apportée à respecter la liberté des consciences, par exemple en mesurant prudemment l’obligation d’assister aux offices religieux.Il y a des religieux que leur état de vie n’empêche aucunement d’être des dispensateurs d’un humanisme authentique et dont la dé- licatesse manifestée dans la présentation des problèmes idéologiques ne blesse aucunement les susceptibilités des élèves non-catholiques.Un signe de cette souplesse dont l’enseignement confessionnel est capable, c’est l’exemple fourni par les écoles missionnaires en d’autres pays.En maints endroits, par exemple au Maroc, au Liban, en Israël, en Jordanie, des communautés enseignantes dispensent un enseignement à une majorité d’élèves non-catholiques, respectant en même temps les exigences de la liberté des consciences et celle du témoignage religieux.L’exemple des écoles missionnaires montre que, dans le concept que nous nous faisons de la confessionna-lité, il y aurait lieu d’introduire de multiples nuances.En réalité, ce n’est peut-être pas la non-confessionnalité que réclament certains catholiques non-pratiquants ou des agnostiques, c’est parfois simplement une confessionnali-té plus accueillante, moins exhibitionniste.On parle peu d’universités non-confessionnelles.C’est qu’en fait nos universités constituent un milieu nettement plus ouvert à l’idée de pluralisme et au respect de la diversité des options en matière religieuse.La eonfessionnalité, bouc émissaire ?Souhaitons qu’en parlant de réformes de l’enseignement, on n’en arrive pas à discuter de la eonfessionnalité comme étant la source de tous nos maux.Un aspect intéressant du projet Lacoste, c’est de mettre en relief le problème culturel au lieu de trop centrer les discussions uniquement sur l’aspect religieux.La eonfessionnalité bouc émissaire, voilà une tentation de facilité ! L’archevêque de Québec, Mgr Maurice Roy, signalait un jour, avec une pointe d’humour, que plusieurs pays se débattent actuellement dans de grandes difficultés relatives à la réforme de leur système d’éducation et que pourtant, dans ces pays, les évêques n’ont rien à dire dans l’enseignement public ! Un bouc émissaire, c’est un moyen aisé pour se défouler, mais ça ne règle pas beaucoup de problèmes.Poursuivre le débat Le projet de Me Lacoste est encore trop neuf pour qu’on puisse dire avec certitude qu’il constitue « la solution » au problème actuel des réformes de structures qui s’imposent au sein de notre système d’enseignement.Mais il semble un projet sérieux, offrant apparemment beaucoup d’avantages.Souhaitons que se poursuive le débat à son sujet.Il s’ensuivra sûrement une meil- leure évaluation tant des éléments positifs que des aspects déficients qui en marquent la composition.Louis O'Neil Messe facultative au Collège St-Laurent Notre expérience débuta il y a cinq ans.Elle se continue, même si les résultats sont modestes, sans la secrète nostalgie de la "belle époque” ou d’un retour en arrière.Les étudiants des classes de philosophie, dans notre collège, n’étaient pas obligés à la messe quotidienne depuis vingt-cinq ans environ.Les éducateurs de l’époque avaient pressenti que, pour des étudiants plus âgés, au seuil de la vie universitaire, les cadres de la pratique religieuse obligatoire devaient être élargis.Cette initiative s’accordait également avec l’ensemble du régime éducationnel offert aux étudiants de ces classes : discipline plus souple, logement dans les chambres individuelles, etc.Il y a cinq ou six ans, on remit en question "l’assistance” quotidienne à la messe pour les étudiants des autres classes.Les internes seulement étaient soumis à cette pratique religieuse intensive, l’horaire ne permettant pas aux externes de s’y associer.Les raisons suivantes militèrent en faveur d’un élargissement des cadres : la saturation ressentie et avouée des jeunes après deux ou trois ans de participation quotidienne à la messe, la difficulté à susciter chez eux un mouvement spontané d’intérêt à la messe, la nécessité surtout de les éduquer à une vie chrétienne personnelle et davantage autonome.La décision fut prise par suite de l’unanimité du personnel enseignant, et plus spécialement de ceux qui étaient chargés de la vie spirituelle des étudiants : professeurs de religion, directeurs spirituels, etc.Un texte de Sa Sainteté Pie XII sur la "modération” dans l’éducation religieuse des jeunes nous stimula à passer plus rapidement à l’action : "Même les exercices de piété doivent connaître la juste mesure, disait-il, pour qu’ils ne deviennent pas un poids presqu’insuppor-table et ne laissent pas dans le cœur du dégoût.Souvent on a noté le déplorable effet d’un zèle excessif sur ce point.On a vu des élèves de collèges, même catholiques, où l’on ne tenait pas compte de la modération, mais où l’on voulait imposer un genre de pratiques religieuses, pas même proportionnées à de jeunes clercs, oublier, de retour dans 15 UN ELEVE SOUS-DOUE la famille, les devoirs les plus élémentaires du chrétien, comme l’assistance dominicale à la sainte messe” (Osserva-tore Romano, 21 avril 1956).L’expérience fut mise en marche progressivement.Deux messes hebdomadaires furent maintenues, la première année.Présentement, il n’y a plus de messe obligatoire sur semaine, sauf en certaines occasions.L’heure de la messe quotidienne a été déplacée.Pensionnaires et externes peuvent prendre part à la messe, chaque jour, à la fin de l’avant-midi.Des messes de groupe s’organisent spontanément au niveau des différentes classes.Très tôt, nous avons pu constater un climat de "détente” en face de la messe.Il n’y avait plus ce mécontentement, cette sorte de révolte, et surtout cette lassitude qui bloquait, presqu’au point de départ, tout travail d’initiation à la messe.Chaque semaine, nous voyons des étudiants prendre l’initiative de s’intéresser à la messe.Ils nous demandent spontanément de les aider, de leur fournir de la documentation.Ils acceptent de travailler ensemble à découvrir la messe ou d’autres aspects de la vie liturgique de l’Église.Plusieurs participent avec enthousiasme à l’animation des assemblées liturgiques.Pour un certain nombre, la messe est devenue "intéressante”.L’un d’eux m’exprimait récemment sa situation : "J’ai vraiment l’impression, au collège, de célébrer avec le prêtre”.Quelques-uns s’offrent, dans leur paroisse respective, à travailler au renouveau liturgique.Le bilan n’est pas que positif.Plusieurs étudiants peuvent s’abstenir totalement d’une participation même occasionnelle à la messe sur semaine.Aucun organisme de contrôle ne surveille les abstentions.Nous savons que ces cas existent.Ils nous révèlent parfois des situations spirituelles appauvries, surtout ils nous stimulent à un travail d’éducation plus intensif.En fait, cette transformation des cadres éducationnels, au niveau de la participation à la messe, a remis en question toute notre action pastorale auprès des étudiants.Les résultats de l’expérience sont étroitement liés à ce qu’on pourrait appeler une "pastorale d’ensemble”.La mise en place des divers éléments de cette pastorale est une entreprise complexe et exigeante.Elle requiert, en plus d’une mobilisation de toutes les énergies disponibles, un grand respect des délais de Dieu et des rythmes déroutants de l’homme en croissance.Jean-Marc Chico/ne, c.s.c.Chaque mois, on distribue aux enfants canadiens-français catholiques de la province 500,000 exemplaires d’une revue qui s’appelle « L’élève » et qui est approuvée par le Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique.La revue se propose de compléter le programme scolaire de chaque classe du cours primaire en l’illustrant par des exercices, des explications et des dessins.Quelle est la qualité pédagogique et artistique de cette publication ?La question est d’importance car tant vaut « L’élève », tant vaut le maître, puisque « L’élève » suit à la lettre le programme et reflète consciencieusement l’esprit qui, l’un et l’autre, président à l’enseignement primaire.La page couverture donne déjà le ton de la revue.Celle du numéro de septembre illustre un petit garçon et une petite fille qui puisent à même leur sac d’école la graine avec laquelle ils ensemencent un champ fraîchement labouré.À l’horizon, un immense soleil rouge.À droite, l’église flanquée du presbytère.À gauche, la ferme.Cette scène symbolique, d’un symbolisme d’ailleurs discutable et quelque peu anachronique, accuse le défaut majeur de la revue, celui de vouloir tout dire.Chaque image n’est rien moins qu’une théogonie et une cosmogonie, se veut une synthèse globale de l’idéal chrétien et humain.Cette surcharge se détruit elle-même, alors qu’une simple allusion marquerait davantage l’imagination de l’enfant.Deuxième défaut : le moralisme.Tout dans cette revue est prétexte à moraliser, sermonner, endoctriner, édifier.Cela part d’un bon naturel mais se révèle, à l’usage, un mauvais calcul.Si tout est prétexte à autre chose, rien n’a plus d’importance en soi.On propose un idéal, ce qui est bien, mais on vide l’aujourd’hui, l’actuel, de sa réalité propre.On verse dans l’angélisme.Au lieu de sans cesse faire la leçon, les éducateurs devraient tout simplement incarner leurs convictions.La page trois de la revue destinée aux élèves de première année donne un exemple de ce que je veux dire.Dans la moitié du haut, on montre le petit catéchisme dont on dit qu’il est le livre par excellence.Dans la moitié du bas, on invite à coller la photo d’un prêtre qu’on aura découpée dans un journal.Je dis qu’on est ici en pleine mythologie, pareille à celle qui consiste à coller des joueurs de hockey dans un album.La réalité cède le pas aux symboles.Page cinq, la leçon trois est consacrée à l’existence de Dieu.Dieu est représenté comme un patriarche magnanime et barbu à des enfants à qui on enseigne pourtant qu’étant pur esprit, Dieu est invisible.Anthropomorphisme désastreux.En page six, voici quelques créatures de Dieu : un chien, un soleil, une fleur, tous en pointillé que l’enfant doit compléter, et une fillette dont il doit colorier la robe.Ce qui m’amène à souligner d’autres défauts de la revue : l’enfantillage et le prosaïsme.Si on veut montrer la beauté de la création, que ce soit par des documents qui ne l’avilissent pas, ou par des images qui manifestent un minimum d’intelligence et d’émotion devant elle.Si on veut développer l’esprit d’observation et l’habileté manuelle des enfants, qu’on leur propose des modèles vivants et des jeux vécus.Page huit, on tente d’illustrer que Dieu est Providence par un échantillonnage de toute la création.Des flèches indiquent les choses dont Dieu prend soin, comme si Dieu ne prenait pas soin de tout sans exception.L’enfant doit nommer ces choses, compléter celles qui sont en pointillé et colorier l’ensemble.Pas étonnant que dès leur entrée à l’école, les enfants perdent l’habitude de dessiner avec cette spontanéité et cette fraîcheur qui caractérisaient leurs dessins faits à la maison ou à la maternelle.La page suivante est blanche et la légende demande aux enfants de découper dans les journaux des gravures qui illustrent que Dieu est bon, que Dieu est puissant, que Dieu prend soin de nous.C’est une incitation directe à forcer le sens des images, à faire de « l’annexionisme » spirituel.Pourtant les desseins de Dieu sont impénétrables.La leçon cinq invite les enfants à prier en ces termes : « MERCI, MON DIEU, DE M’AVOIR FAIT NAITRE DANS UNE FAMILLE CATHOLIQUE ».Je peux me tromper, mais je trouve cette conception un peu étroite.Une naissance catholique, c’est un immense privilège mais dont on ne doit pas user égoïstement, c’est un engagement essentiellement altruiste. 16 La revue « L’élève », on l’a compris, est principalement consacrée à l’enseignement du catéchisme.Les maîtres, dit-on, sont très heureux de l’utiliser, parce que le catéchisme est la matière qui leur paraît la plus difficile à enseigner.Ce qui tend à démontrer l’échec de l’enseignement religieux qu’ils ont eux-mêmes reçu.Mais les matières profanes dans « L’élève » sont enseignées de la même façon, par un appareil de formules toutes faites, de règles desséchées, de trucs, et le recours aux moyens graphi- Au Congrès du Mouvement Laïque, le 5 novembre dernier, M.André Lussier a prononcé une causerie sur « Notre École confessionnelle et l’Enfant » dont le texte intégral a paru dans Cité Libre, no 42, décembre 1961, pages 8-19.L’auteur emprunte au livre de M.Gilson, intitulé « Pour un Ordre catholique », Paris, Desclée de Brouwer, 1934, quelques phrases ou parties de phrases détachées de leur contexte; à première lecture, beaucoup auront l’impression que le savant historien de la pensée médiévale partage les préférences du Mouvement Laïque pour l’école non confessionnelle.Le même découpage est infligé aux textes de trois religieux.Aucune référence de M.Lussier n’indique la page du livre ou de l’article cités; le lecteur pressé pourra difficilement contrôler et il risque de mal interpréter la pensée des auteurs concernés.En toute justice pour M.Gilson, à l’adresse de ceux qui ne connaîtraient pas ses convictions profondes sur le rôle irremplaçable de l’école catholique, voici quelques passages d’un chapitre du livre déjà mentionné : ce témoignage est d’autant plus significatif que son auteur a fait une brillante carrière dans l’Enseignement de l’État; il sait ce que les catholiques peuvent en attendre, et il le dit franchement : « Tout d’abord, ne croyons pas qu’un catholique qui entre dans l’Enseignement de l’État y fasse pénétrer le catholicisme avec lui.Celui qui se ques les plus vulgaires, ceux-là même qui caractérisent les bandes illustrées, les pires « comics » des journaux commerciaux.En qualité d’éducateur et de parent, je n’hésite pas à flanquer un zéro à cet élève sous-doué qui n’a qu’une excuse : celle de n’être pas plus mauvais que la plupart des manuels en usage dans nos écoles.Il serait donc inutile de le réformer si on ne réformait d’abord l’esprit et les méthodes dont il s’inspire.Guy Viau dévoue à l’enseignement libre, dans une école, un collège ou une Université catholique, aura le devoir et la joie d’y enseigner en catholique; cette joie sera la plus grande consolation qu’il puisse espérer de ses sacrifices; il l’aura méritée, mais que l’autre ne prétende pas l’avoir : il ne l’aura pas, parce qu’il n’y a pas droit.Une école catholique est faite pour donner un enseignement catholique; une école de l’Etat est faite, en principe, pour donner un enseignement qui soit neutre; si vous y entrez, vous devrez observer la règle du jeu ».(Pour un Ordre catholique, pp.195-196).« Mille catholiques instituteurs, dont pas un n’enseignera l’erreur, différeront toujours en espèce d’un seul instituteur catholique, dont la classe commencera par un Notre Père, et qui, avec la vérité, enseignera librement à ses élèves quelle est la Source de la Vérité.« Reste donc seulement à savoir s’il est nécessaire de l’enseigner ?À quoi je réponds sans hésiter : oui, parce qu’au moment même où j’écris ces lignes, j’ai sous les yeux la preuve que cela est nécessaire.À 180 kilomètres de Paris, un village sans école chrétienne, où trois instituteurs successifs, dont chacun était d’ailleurs parfaitement respectable, ont réussi, en une quarantaine d’années, à vider complètement l’église de tous ceux qui la fréquentaient.Sur environ 600 habitants, il n’y a pas un seul paysan qui mette jamais les pieds dans ce magnifique édifice, que l’on croirait construit pour une race aujourd’hui disparue.Quelques enfants vont encore au catéchisme, mais l’admirable prêtre de Paris, qui s’est volontairement dévoué, corps et âme, depuis sept ans, au relèvement de cette paroisse, n’a pas encore réussi à obtenir d’un seul garçon ou d’une seule fille qu’ils persévèrent après l’année de leur première communion.Pas une seule âme de paysan français touchée en sept ans; pas une première communion d’enfant français qui ne soit la dernière, voilà le bilan de cet effort héroïque.« Le travail de ces instituteurs est vraiment du travail bien fait.Car ce sont eux qui l’ont fait.Il suffit de le leur demander pour qu’ils le disent; et ils le disent, comme ils l’ont fait, sans méchanceté, avec la conscience de qui remplit un devoir.La religion est fausse, pourquoi n’en détourneraient-ils pas les enfants?» (ibid., pp.197-198).« Le jour où l’éducation chrétienne du foyer ne s’alimenterait plus de celle de l’école; le jour où même les parents qui le voudraient ne pourraient plus demander à l’Eglise de les suppléer dans une tâche qui est sienne, et dont ils ne se sentent pas toujours capables, on n’assisterait pas seulement à l’extinction progressive de l’éducation chrétienne, on verrait l’éducation laïque prendre sa place, au foyer comme à l’école, et peut-être même remonter de l’école au foyer.» (ibid., pp.200-201).Les convictions de M.Gilson n’ont pas varié.Dans la sorte d’autobiographie qu’il publiait l’an dernier sous le titre « Le Philosophe et la Théologie », après avoir souligné l’importance du Symbole des Apôtres et du Catéchisme dans l’éducation chrétienne, pp.16-18, il écrivait à la page 22 : « Je veux simplement dire que si, sachant ce que je lui dois, je me fourvoyais aujourd’hui chez les adversaires de l’école chrétienne, j’éprouverais pour moi-même un parfait mépris.» Le sujet lui tient tellement au cœur qu’il y revient plus loin, p.75 : « L’enseignement du catéchisme est donc le plus important de ceux qu’un chrétien est appelé à recevoir au cours de sa vie, si longue et si nourrie d’études qu’elle doive être.Il est d’une importance vitale que cet enseignement soit immédiatement chargé de toute la vérité religieuse qu’on peut lui faire porter.» Qui potest capere, capiat.J.-M.Parent, o.p.Pour ou contre l’école confessionnelle?Le témoignage de M.Etienne Gilson 17 Il s’accomplit au Canada un travail pastoral varié.Les informateurs nous manquent encore pour en rendre compte.De plusieurs chancelleries de l’ouest nous arrivent des lettres exprimant le désir de savoir ce qui s’accomplit ailleurs et nous félicitant de cette initiative.Cette chronique voudrait simplement faire « sentir » le souci pastoral qui se manifeste partout, nous « sentir les coudes » et renouveler aussi notre courage.Il s’agit moins d’idées nouvelles que de souligner des initiatives.Les dimensions de notre pays expliquent pour une large part que l’on s’ignore d’un diocèse à l’autre, souvent d’une paroisse à l’autre.Prêtres et laïcs, militants de l’Action Catholique, directeurs de publications trouveront dans cette chronique qui s’enrichira à mesure que se multiplieront nos correspondants, une information utile.Une revue ouverte à toute l’actualité chrétienne voit dans une telle chronique l’un de ses principaux objectifs.Montréal À Son Excellence Mgr Paul Grégoire, respectueux hommages.MAINTE-| NANT arrive tard sur la place publique.Chacun aura dit les qualités, les mérites, les hauts faits de Son Excellence.Il ne s’agit donc pas de renchérir sur tant de paroles sincères et de justes sentiments.Nous les faisons nôtres et offrons à Monseigneur notre modeste collaboration qui s’ajoute à tant d’autres.Le recensement religieux du 19 novembre dernier dans l’Archidiocèse de Montréal sous la direction de l’abbé Norbert Lacoste manifeste un vif souci pastoral.Pour agir plus efficacement, nos chefs religieux veulent affronter la rigueur des chiffres.Lors de la réunion des Eglises à la Nouvelle-Delhi, Son Eminence le Cardinal Léger demandait des prières pour son succès.Geste qui traduit une fois de plus l’ardente volonté du Cardinal d’établir le dialogue avec tous et partout.L’Institut dominicain de pastorale lançait récemment une publication « Communauté chrétienne ».Revue de pensée et d’action pastorales qui se veut un instrument de travail pour prêtres et laïcs.Soulignons le 10e anniversaire du Forum catholique dirigée par le R.P.I.Beaubien, s.j.C’est que l’œuvre mérite tous les encouragements.Son Éminence a prononcé une allocution sur « Le Forum Catholique et l’Œcuménisme.» Québec Le discours de Mgr Maurice Roy devant les instituteurs catholiques a obtenu une large publicité.M.André Laurendeau, dans l’éditorial du Devoir, en date du 29 novembre dernier, relève justement « l’intérêt extrême avec lequel Mgr Roy observe l’évolution du milieu, sa sérénité devant les critiques souvent passionnées ., aussi le détachement et la générosité avec lesquels l’Archevêque de Québec aborde de graves problèmes.» Nicolet Mgr l’Evêque fait reproduire chaque mois des textes choisis à l’usage de ses prêtres.Magnifique initiative pour favoriser la lecture, si on songe à la difficulté de se procurer certaines revues en des presbytères éloignés des bibliothèques.Amos Son Excellence Mgr Albert Sanscha-grin, o.m.i., administrateur d’Amos vient d’opérer le jumelage de sente paroisses en même temps.Et ces prêtres ainsi libérés pourront aller en Amérique du Sud.Sacrifice des prêtres et des fidèles pour repenser les structures paroissiales.« J’ai un prêtre pour 500 âmes, alors que là-bas, il y a un prêtre pour 40,000 et parfois 70,000 âmes.» À l’émission « Les uns les autres, » Mgr Sanschagrin déclarait vouloir faire acte de solidarité apostolique, et ce faisant, obliger les laïcs à reviser leurs responsabilités dans une paroisse.N.D.L.R.MAINTENANT accueillera tout renseignement sur les initiatives apostoliques à travers le pays, comme par exemple : l’effort accompli dans les domaines catéchétique, pastoral, biblique, liturgique, etc .Nos réunions MAINTENANT veut devenir l’expression de personnes qu’intéressent la pensée et l’actualité chrétiennes chez nous.Dans ce but, des rencontres, des tables rondes, des discussions entre groupes variés seront occasionnellement organisées par la Revue.Dans ses pages, des rapports ou comptes-rendus seront donnés, aussi des textes naîtront des discussions.Ainsi la Revue n’exprimera plus seulement les idées de quelques écrivains isolés.Autour d’elle ou plutôt par elle et à travers ses pages se créera une amitié entre ceux et celles qui aiment les idées.Et nous pourrons parler un jour, assez prochain, nous l’espérons, d’amis de la revue, au sens d’équipes qui échangent leurs pensées et leurs aspirations pour tous les lecteurs de « Maintenant ».Au Monastère St-Albert le Grand, 2715 Chemin de la Côte Ste-Catherine, Montréal 26, il n’y aura plus seulement une rédaction et une froide administration, mais aussi des groupes qui se retrouveront pour discuter, c’est-à-dire échanger.Voici une simple mention des rencontres organisées durant la période de fondation.Au cours de l’automne, ces réunions furent principalement d’orientation.Ce sont d’abord les Pères de St-Albert qui s’interrogent entre eux; puis des groupes de laïcs sont invités à dire ce qu’ils attendent d’une telle revue.Six directeurs de revues participent à une table ronde au bureau de la direction : M.Guy Viau interroge le P.Richard Arès, s.j.{Relations), F.-A.Angers {Action nationale), Gérard Pelletier {Cité libre), Pierre de Bellefeuille {MacLean), André Belleau {Liberté), Jacques Perron {Situations).Mentionnons aussi nos consultations auprès des prêtres de la Maison Léon XIII; une soirée avec des étudiants de l’Université de Montréal et quelques pasteurs protestants.Merci à tous pour une chaude sympathie, des conseils judicieux, des noms et des thèmes suggérés.Dans l’espoir d’un retour sur de magnifiques possibilités. Conversation catholique-protestante Tout homme qui se veut soumis au Christ est affligé par la division qui existe entre les chrétiens des diverses confessions.Il désire profondément qu'un jour se réalise la prière du Seigneur: «Que tous soient un.» [Jean, 17,21).L'unité — qui est une grâce, — Dieu seul peut la réaliser.Aussi le chrétien doit-il la demander au Père des miséricordes.Il lui faut également s'y préparer.Mais comment ?MAINTENANT a invité M.Guy Viau à interroger sur ce point M.le Pasteur Daniel Pourchot, de l'Église luthérienne, et le R.P.Cantius Matura, franciscain.Les lignes qui suivent sont un extrait de ce dialogue fraternel.GUY VIAU — M.le Pasteur Pourchot, vous êtes au Canada, depuis quelques années .Quelles ont été vos impressions premières sur le milieu dans lequel vous exercez votre ministère, milieu en majorité de culture française et également catholique ?PASTEUR POURCHOT — Mes impressions sont en général favorables.Dès que je suis arrivé ici, en septembre 1958, j’ai vécu dans des conditions particulièrement heureuses : les Canadiens que j’ai rencontrés (que ce soit dans le clergé ou ailleurs) m’ont toujours reçu avec beaucoup d’amitié et de courtoisie.J’avais déjà l’habitude en France de rencontres œcuméniques; j’avais de nombreux amis dans le clergé catholique et j’avais décidé en mon coeur qu’il devait en être ainsi au Canada.J’avais donc, à l’avance, en partant, une intention et j’étais prêt à retrouver ce qui me permettrait de réaliser cette intention, de l’exaucer.En ce qui me concerne personnellement, je ne me suis pas senti isolé, ni rejeté, ni exilé pour cause de profession religieuse différente de celle de la majorité des Canadiens français.Et je dois même dire que je me sentais plus à l’aise parmi ceux-ci que parmi mes confrères de langue anglaise.Je pense d’ailleurs que les affinités culturelles ou ethniques sont pour beaucoup dans cette sympathie.Donc, en ce qui (*) (*) Est-il besoin de dire, comme nous le faisaient remarquer M.le Pasteur Pourchot et le R.P.Matura, que ce dialogue de deux théologiens n'a aucun caractère officiel ?me concerne, j’aurais tort de me plaindre.Au reste, deux mois après mon arrivée ici, j’ai été invité par un Père à prendre part à des réunions interconfessionnelles.Mais çà ne m’empêche pas de comprendre que ce qui m’est arrivé à Montréal, dans un milieu universitaire, ne se reproduit pas nécessairement dans toutes les régions du Canada français.J’imagine facilement qu’entre laïcs surtout, d’un côté comme de l’autre, il puisse y avoir dans certains milieux des réticences et même des réactions inimi-cales.Dans notre Eglise, par exemple, je peux citer le cas de ma femme.Elle me disait que, dans les milieux qu’elle fréquentait en faisant ses courses, elle se sentait comme dans un monde à part du fait qu’elle n’était pas catholique.Mais il me semble que ce soit là une impression assez légère et qui n’a pas duré longtemps.Surtout à partir du moment où ses relations sont devenues plus importantes, plus profondes.P.MATURA — En fait, vous avez rencontré en arrivant ici un milieu privilégié, un milieu très ouvert au point de vue œcuménique.J’entends le milieu que vous fréquentez.Je pense toutefois que, sans aller bien loin, il y a plusieurs milieux où vous auriez rencontré, sinon de l’hostilité, du moins de l’indifférence.Même des prêtres du ministère ou de l’enseignement ignorent tout de l’œcuménisme.P.P.— Au reste, comme je vous le disais, le fait que nous soyons de la même langue, de la même race et de la même culture est sans doute pour beaucoup.Je suis certain que ce désir d’un dialogue entre communions chrétiennes n’existe pas d’une façon aussi vive chez mes confrères de langue anglaise qui ont vécu d’une manière plus isolée, plus enclose, que nous ne l’avons fait en France.Nous avons peut-être un sens différent (je parle de ce qui se passe chez les protestants) de ce qu’est l’Eglise : nous pensons en termes de chrétienté et pas seulement en termes de congrégation locale ou de confession particulière.Et je crois que c’est cet esprit qui commence également à pénétrer ici, à Montréal, d’un côté comme de l’autre; et je suis heureux, très fier que cet esprit se trouve d’abord chez mes frères au point de vue de culture.G.V.— Vous parlez d’un esprit.Mais peut-on dire qu’un dialogue s’engage effectivement, est effectivement amorcé?P.P.— Il me semble que nous aurions du mal à dire le contraire, puisque, depuis quatre ans, sur le plan des professionnels — si on peut dire —, du clergé et des théologiens, on l’a amorcé.C’est le plan qui m’intéresse presqu’unique-ment : le plan doctrinal qui est le vrai plan de Pœcuménisme.En tout cas c’est le premier d’emblée.On aborde d’ailleurs ce dialogue dans l’esprit de charité, de reconnaissance de ce qu’est le frère dans la foi au Christ.Si on fait un pas dans l’unité ce sera d’abord sur le plan de la foi, de la doctrine, de l’enseignement, du catéchisme de l’Église.G.V.— Et vous, Père Matura, pensez-vous que ce désir du dialogue soit profond ?P.M.— C’est là une question à laquelle on ne peut répondre qu’avec nuance.Dans certains milieux, tant du côté catholique que du côté non-catholique, ce fl BUVEZ A VOTRE SANTE! VICHY CELESTINS EAU MINÉRALE ALCALINE NATURELLE - PROPRIETE DE L’ETAT FRANÇAIS *?&>¦ .f LA SEULE véritable eau de Vichy vendue au Canada Importée directement de l'établissement Thermal de Vichy, à Vichy, France Méfiez-vous des imitations ! ! ! 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P.M.— Toutefois, ce qui donne bien i des raisons d’espérer c’est, je crois, que ce besoin de dialogue est un fait universel et tout-à-fait propre à notre temps.Dans tous les domaines, dans les domaines politique et culturel, dans le domaine simplement humain, il y a cette volonté de rencontre, de dialogue.On cherche à régler les problèmes non plus à coup de polémiques et d’oppositions, mais vraiment par des conversa-rions amicales, par une mise en commun.Même si, pour le moment, le besoin de rencontre œcuménique n’est pas complètement éveillé dans la masse chré-! tienne, je crois qu’il sera très facile de l’éveiller.Des événements récents — ce qu’on voit à Rome, ce qu’on voit au Conseil œcuménique des Églises — éveillent dans le peuple chrétien des réactions extrêmement sympathiques et même malheureusement quelque peu illusoires.P.P.— C’est là qu’il faut se garder des tentations .Il faut que ce désir de rencontre, de dialogue, ce vœu d’unité demeurent très purs.Il ne faut jamais perdre de vue les vraies fins du dialogue entre chrétiens.Il faut en éliminer ce qui serait désir de manifester une puissance plus grande par le nombre ou encore la volonté de résister à des tentatives idéologiques, pohriques ou autres .Beaucoup de chrétiens ont sur ce point des idées peu justes.Ils disent que si tous les chrétiens étaient unis, ce serait une force beaucoup plus considérable pour lutter contre le communisme.À mon avis, c’est déformer à la base le dialogue œcuménique, c’est lui donner de fausses prémisses ou des fins qui ne sont pas celles que nous cherchons.P.M.— On veut faire de l’Église du Christ une sorte de puissance politique.L’unité serait alors au service de ces vues politiques.Même s’il est légitime de lutter contre l’idéologie communiste, ce n’est pas du tout l’objectif du dialogue œcuménique.P.P.— À mon sens, dans le dialogue œcuménique, les yeux de tous doivent converger vers le Christ.Les intentions avouées ou non-avouées, qui seraient différentes, écartent, du point focal de la réflexion œcuménique.Elles font passer le dialogue à côté de ce qu’il vise.P.M.— En fait, l’histoire nous montre que lorsque certaines tentatives d’union ont eu lieu dans le passé sous des pressions politiques plus ou moins conscientes, elles furent éphémères; elles n’eurent pratiquement aucun résultat et demeurèrent sans lendemain.Qu’on pense aux relations entre l’Église d’Orient et l’Église de Rome, au Concile de Florence .P.P.— Il faut même écarter les tentatives prématurées qui seraient faites pour rendre le fonctionnement ou la vie administrative de l’Église plus facile.Il faut écarter la tentation pratique.Vous ne croyez pas ?P.M.— Oui.P.P.— Il faut toujours revenir à l’essentiel : l’union que le Christ veut.Et cette union, seul lui peut la faire.Il faut que ce soit toujours dans ce sens là que s’oriente le dialogue entre chrétiens.P.M.-— En somme, ce n’est pas seulement un problème pratique qu’on pourrait résoudre autour d’une table de discussion.C’est un mystère.Nous pouvons quelque peu collaborer à sa solution, mais, en définitive, c’est le Seigneur seul qui peut réaliser l’unité.P.P.— C’est avant tout une question d’obéissance au Christ.Il ne s’agit pas de faire un « big business ».G.V.— Le grand public est donc forcé de s’en remettre au cercle des théologiens.Et pourtant, vous n’êtes pas d’accord sur ce point : vous croyez que ce dialogue doit dépasser le cercle des théologiens.P.M.— Il doit commencer d’abord et se poursuivre dans le cercle des théologiens.Car c’est à ce plan qu’il y a une certaine unité, et qu’il y a malheureusement une grande division.Toute unité qui se ferait au dépens de la vérité évangélique serait une unité à rabais, une infidélité pire encore que la division actuelle.P.P.— Absolument ! D’autre part quand on dit « théologiens », on dit presqu’inévitablement « clergé ».À plus forte raison d’ailleurs en ce qui regarde les théologiens catholiques, car tout théologien catholique est un membre du clergé.C’est un peu moins vrai chez les protestants .Mais l’Église n’est pas seulement un clergé : c’est tout le peuple chrétien.Nous croyons au sacerdoce universel, n’est-ce pas ?Il faut donc par conséquent que tous les chrétiens soient imbués, soient inspirés par ce désir d’unité, qu’ils soient guidés par les principes que nous avons invoqués.Il faut que tous dans l’Église, depuis le théologien ou celui qui a une part dans le ministère jusqu’à l’enfant à qui on enseigne les rudiments de la foi chrétienne, soient instruits, soient informés, soient incités.G.V.— Alors quels gestes positifs, croyez-vous, devraient être posés dans ce sens là, des gestes qui atteignent davantage le grand public ?P.P.— Il y a plusieurs sortes de gestes.Il y a ce qui peut être fait à l’intérieur d’une confession chrétienne pour informer les laïcs membres de cette confession.Il y a les gestes qui se font d’une confession à l’autre.Je crois que, dès maintenant, chez nous, on fait ce qu’on peut pour allumer le feu, le souci de l’unité.Il y a d’abord la pénitence, la souffrance de l’Église en face de sa déchirure, puis la réflexion qui doit pousser chaque chrétien à une obéissance plus grande à la volonté du Christ, à la communion à sa prière.Il faut préparer aussi les esprits, leur faire voir en chaque chrétien d’une confession différente un membre de la même famille.Cela à l’intérieur de la confession elle-même.Enfin, il y a les gestes qui peuvent se faire entre les différentes confessions.P.M.— En fait, ce que vous dites, Pasteur, rejoint parfaitement l’effort qui s’esquisse à l’intérieur du catholicisme et qui se poursuit depuis cette annonce d’un concile qui, dans l’intention du Pape, doit être d’abord un concile de « renouveau intérieur ».Nous devons prendre conscience de nos défaillances, de notre manque d’adaptation, nous devons nous efforcer de retrouver l’Évangile d’une façon plus pure.Alors, nous serons plus en mesure d’aborder un dialogue plus vrai, plus charitable.Ceci ne veut pas dire cependant que nous devons nous enfermer dans une sorte de ghetto pour travailler uniquement à notre propre perfection.Il faut qu’il y ait parallèlement un mouvement d’ouverture qui, en premier lieu, doit se faire à la base, au niveau doctrinal, par des contacts 28 théologiques, et aussi d’une façon plus large par la lutte contre les préjugés.P.P.— À ce point de vue, je crois que beaucoup a déjà été fait.Même peut-être assez pour provoquer un trop grand optimisme.Le mot le plus important ici est celui de « patience ».Il existera toujours cette tentation de croire que çà se fera vite.P.M.— Oui.Il a fallu des siècles pour consommer définitivement la division.Et depuis des siècles nous sommes désunis.Je pense que — à moins de miracle — ce n’est certainement pas nous qui verrons l’unité totale des chrétiens.P.P.— Nous sommes toujours tentés de juger en termes humains.Nous désirons voir les choses se faire de notre vivant.Mais je crois que là, il faut une certaine vue de l’histoire.J’entends une vue humaine, car je ne pense pas ici à l’intention divine.Mais il faut quand même ne pas l’oublier; il faut le répéter : la patience est nécessaire.Je ne veux pas être pessimiste, mais avec toute la joie que j’éprouve à voir ce qui se fait dans le sens du dialogue, à constater la charité qui émeut maintenant les chrétiens les uns vers les autres, je ne peux pas oublier qu’il reste bien des questions qui ne sont pas résolues, qui paraissent, à vue humaine, même insolubles, lorsque nous nous plaçons sur le plan sérieux, le plan de la confrontation théologique.Nous devons nous en souvenir.C’est très important.Il faut le rappeler à ceux qui s’enthousiasment trop vite et qui risquent par leur hâte de faire déborder ce mouvement ou bien de l’infléchir, de le faire sortir de la voie qui est la seule indiquée.G.V.— Et dans cette charité qui s’instaure entre chrétiens trouvez-vous que l’on fait une assez grande place à la prière, à la prière commune ?P.M.— La prière est certainement essentielle puisque — comme nous le disions tantôt — l’unité ne peut pas être l’œuvre des hommes, ni même, en un certain sens, l’œuvre de l’Eglise.C’est le Seigneur qui, à un moment donné, rassemblera ce qui a été dispersé.Il faut donc lui demander cette grâce.Dans ce domaine de la prière, il y a des réalisations pratiques qui sont possibles : il y a cette semaine de l’unité qui commence à se répandre de plus en plus chez les catholiques et dans tous les groupements chrétiens.Elle peut servir à éveiller également cette conscience qu’il y a un problème et qu’il faut que nous nous tournions vers le Seigneur pour lui demander de le résoudre.P.P.— Je pense que le Seigneur en priant devant ses Apôtres et ses disciples nous a donné là une leçon, une prédication en acte.Il nous a dit justement ce qu’il fallait faire.La préoccupation œcuménique vient ranimer le sens de la prière qui a toujours existé dans nos liturgies (par exemple, la prière pour la guérison du Corps du Christ, de son Chef).Je crois aussi que c’est le premier geste de tout chrétien.Le premier geste et, dans un sens, le plus difficile, parce que toujours il y a ce désir des choses spectaculaires.Et la prière, ce n’est pas une chose spectaculaire.La prière, c’est l’œuvre de la patience et de l’amour.De la patience et de l’amour qui ne s’affichent pas au dehors.LA FOSSE AUX LIONS Griffe à gauche.1 — Si, à l’heure présente, dans un pays d’Utopie, cinq mille hommes et femmes, ayant renoncé au mariage, à la possession personnelle de tous biens, à l’accomplissement de leur volonté propre; hommes et femmes dont on ne peut mettre en doute la bonne volonté et les qualifications ordinaires; hommes et femmes qui, par leur profession religieuse elle-même, témoignent qu’ils croient en Dieu, au devoir de conscience, à leur responsabilité immense, à ce jugement final où rien ne restera caché et où il faudra rendre compte de tout, se présentaient devant un chef d’Etat un tant soit peu intelligent et objectif pour lui offrir leur service fidèle et dévoué en matière d’éducation, celui-ci leur répondrait-il : "Allez, je n’ai pas besoin de vous, ni de ce que vous représentez ! » Cette force, par la seule grâce du Christ, nous en pouvons disposer chez nous.Comme d’autres, ne saurons-nous que la saboter, sans jamais pouvoir la remplacer ?2 — Que les religieux et religieuses enseignants soient marqués de faiblesse humaine, on le sait assez.Que la poursuite de leur haut idéal les oblige à ajustements difficiles, pas toujours réussis, d’accord ! Mais quel poids les ramène vers le bas, sinon un poids que les laïques connaissent bien aussi ! Et dans quel milieu mène-t-on une lutte plus serrée contre tout relâchement qu’en milieu religieux.Sait-on que chaque semaine les religieux enseignants ont leur Chapitre, leurs conférences spi- P.M.— La prière œcuménique doit être très pure.Elle ne peut pas prétendre imposer ses vues au Seigneur, lui dire : « C’est comme ça que vous devez faire.Ramenez tout de suite les Protestants à l’Eglise catholique.» Il faut vraiment demander que cette union se fasse comme le Seigneur la veut et par les moyens qu’il connaît lui-même.L’acheminement vers l’unité en tout cas nous échappe complètement.P.P.— C’est, d’ailleurs, si l’on peut dire, sa seule garantie de succès .Puisque c’est une question d’obéissance, il faut demander que la volonté de Dieu se fasse.rituelles, leurs admonitions, leurs rappels à l’ordre ?Quelle Commission scolaire a eu de la difficulté à obtenir le renvoi de tel religieux indésirable ?Avec quelle promptitude les destitutions ne se font-elles pas, sous la pression de l’obéissance ?Avec quel souci de la réputation de l’Eglise, quel respect des enfants et de leur moralité ?En quoi ce système expéditif est-il dommageable à la constitution d’un Corps enseignant responsable et respecté ?3 — On voudrait toujours, vieille rengaine, que l’enseignement religieux se borne au Catéchisme.A-t-on lu le sermon sur la montagne : est-ce un appel pour sacristains ?Croit-on que l’amour du prochain, la justice, la lutte à la paresse, à l’intempérance, le souci de la vérité avant et au-dessus de tout n’intéressent que les fidèles de la messe de sept heures et demie ?Certains chrétiens d’aujourd’hui qui veulent être d’avant-garde feraient bien de ne pas commencer par rompre avec leurs propres bases et de craindre un encerclement qui fut fatal à bien d’autres.Clément d’Alexandrie était beaucoup plus audacieux, qui ne se gênait pas pour déclarer : "Notre Athènes, à nous, c’est le Christ !” On a parfois l’impression que c’est maintenant Athènes qu’on veut substituer chez nous au Christ.4 — Je veux bien que des bourdes et des sottises incroyables se soient répétées pendant les trente dernières années Les religieux éducateurs 29 :doii ràtn- im iPtO' «1 aittt mas .Pali-net, il rii?etiilt raHel dans nos classes de catéchisme.On le sait et on lutte ferme, à l’heure présente, contre ces déviations et ces misères.Mais qu’on n’oublie pas qu’elles ne sont pas toutes attribuables à des religieux et à des religieuses.Je pourrais citer bien des cas de professeurs laïques qui font du catéchisme une drôle de chose.Une chose étonnante, mais constante, c’est par exemple l’intransigeance ordinaire des laïques en matière de religion.Demandez à un prêtre quelconque ce qu’il pense du prêtre tel que le voient Bernanos, Green et bien d’autres qui se sont fait un nom dans la littérature et dans les salons à tâter ce sujet ! Il répondra, avec indulgence : "Romantisme !” et, poussant plus loin, lui qui cherche pourtant dans sa vie une perfection plus haute, il ajoutera : "Trop tendu ! trop logique ! arbitraire !” Il faut avoir été très exigeant pour soi-même pour comprendre l’importance de la douceur, de la discrétion.En conclusion, tous nos problèmes d’enseignement, même ceux qui touchent à l’enseignement religieux proprement dit, ne tomberont pas le jour où nous aurons chassé tous nos religieux enseignants.«fl if f A A if A Griffe à droite.1 — Il y a un point qui m’a toujours surpris, — probablement parce que je suis mauvaise tête, — et qui est le suivant.Ayant consulté quelques Règles religieuses (il faut reconnaître que beaucoup de changements sont maintenant introduits), j’ai toujours été choqué de voir qu’une Communauté enseignante faisait presque toujours passer la « sanctification personnelle » de ses membres avant sa fin propre, qui est l’éducation de la jeunesse.Je me demande si cela est vraiment sans conséquences tant au plan individuel qu’au plan social.Pourquoi ne pas poser la vraie fin, d’abord : l’éducation chrétienne de la jeunesse; et la sanctification personnelle comme moyen, voire comme condition sine qua non à l’obtention de cette fin.U ne s’agit pas, que je sache, pour le religieux enseignant de se sanctifier aux dépens de ses élèves, — de se faire d’eux, par exemple, une occasion de pratiquer la patience, la charité, etc.— mais bien de se sanctifier en les servant: le devoir d’état étant ici la première source de sanctification.C’est une œuvre supérieure de charité spirituelle qui est visée là : que veut-on de plus comme moyen de sanctification personnelle ?Pourquoi chercher ailleurs que dans ce devoir d’état la source première et principale de son progrès spirituel ?Tout le reste préparant et rendant possible l’accomplissement parfait de cette grande œuvre.2 — Il y a plus.Sait-on assez qu’à partir du moment où une Communauté n’enseigne plus pour ses fins propres, mais pour celle de l’État qui la prend à son service, elle est tenue à accomplir fidèlement ce service ?Je pourrais ici citer saint Paul, mais passons.Ce que l’État attend de ses éducateurs, religieux ou laïques, c’est qu’ils lui préparent des citoyens aptes à remplir toutes les charges indispensables à sa survie et à son progrès.L’État n’a certes pas objection, s’il est simplement honnête, à ce que des prêtres et des religieux sortent de ses institutions, — puisqu’ils sont aussi des citoyens utiles, — mais il ne met pas là son but premier.Comment ne pas voir, dès lors, l’injustice d’un certain abus de confiance qui fait qu’on dresse tout l’édifice de l’éducation en vue de la préparation de futures vocations religieuses ?Comment honnêtement accepter qu’un cours de préparation à la vie, par exemple, donné à 24 finissantes d’une École Primaire (parmi lesquelles 20 se destinent au mariage), comporte un enseignement de neuf mois sur la vocation religieuse, une semaine sur les fréquentations et une heure sur le mariage ?L’inverse ne s’imposait-il pas plutôt, ou du moins de sérieuses rectifications ?Croit-on servir la gloire de Dieu en trahissant la justice sociale ?Était-ce là répondre même au véritable besoin de l’Église en ce pays ?Quel désir de haute perfection chrétienne peuvent avoir des laïques à qui, par de telles pratiques, on a donné en somme le sentiment qu’ils n’avaient en restant dans le monde qu’une vocation de déchet ou, pis encore, une vocation manquée ! 3 — Ce souci des intérêts de la Nation, de ses intérêts temporels sans lesquels les spirituels eux-mêmes ne peuvent être sauvegardés, nous a-t-il jamais conduits jusqu’à des réflexions pratiques et conséquentes sur notre manière de vivre en société, de nous y organiser, etc.?Quand a-t-on jamais enseigné à des Canadiens-Français ce qu’est une démocratie, et par des gestes, des exercices, dès l’École, comment on vit chrétiennement un idéal démocratique ?Comment voudrions-nous que notre peuple fasse bon usage de la liberté de Parole, de Presse, etc., si on ne laisse jamais à l’enfance la possibilité et les moyens d’en jouir un peu : pour voir, et pour apprendre ! Quelle école de charité, de justice de générosité, que la poursuite d’un idéal vraiment démocratique : respect de l’adversaire, soutien des minorités, haine de la haine, de la révolte inutile, du racisme, etc.! Apprentissage d’un engagement personnel, du sens de ses responsabilités sociales, etc., c’est cela même que nous avons saboté au nom du principe d’autorité, interprété au sens du principe de l’absolutisme.Non pas que l’idéal religieux de l’obéissance prête à cette confusion, mais peut-être ne déplaisait-il pas de l’interpréter ainsi pour la satisfaction de telles tendances que le véritable esprit d’obéissance condamne au départ.4 — Enfin, puisque nous sommes tous solidaires, nous prêtres et religieux prêtres, avons-nous jamais compris l’extraordinaire grandeur de la vocation du religieux et de la religieuse enseignante ?Les avons-nous soutenus ?Les avons-nous écoutés ?Combien ils sont souvent plus proches que nous de la population, de la vie réelle, des besoins actuels de la partie la plus importante de notre Nation : de celle qui a les promesses d’avenir ?Que de rivalités sottes ?De bâtons jetés dans les roues avec inconsidération, ou avec malice ?Et vous aussi, chrétiens laïques !.Quelle oreille prêtiez-vous à vos Frères et à vos Soeurs quand ils vous invitaient à des réunions de parents ?quand ils vous proposaient des réformes ?Vous étiez si heureux de vous décharger sur eux seuls du soin de l’éducation de vos enfants ?Ils vous coûtaient peu cher et, les sachant faits « pour la pénitence », vous n’aviez qu’à leur donner l’occasion de la pratiquer « un peu plus », par vos abstentions et vos réticences.Et vous aussi, chers gouvernants : vous étiez fort aise d’avoir à votre service un Corps enseignant, toujours docile, qui ne vous forçait pas trop à monter les taxes, qui ne vous faisait pas la grève, et que vous pouviez renvoyer à ses patenôtres quand il réclamait des améliorations indispensables ! Que celui ici qui est sans péché jette la première pierre ! Que plutôt le débat présent serve à tous d’examen de conscience.L’Église, c’est chacun de nous; l’État, c’est chacun de nous; l’éducation, c’est l’oeuvre de la nation entière.Les péchés de nos éducateurs religieux sont péchés canadiens.Leurs vertus sont vertus d’Église.Hyacinthe-Marie Roblllard, o.p. 30 Plus vite laïcisés par le dollar que par le rouble.Réginald-Marie Dumas, O.P.Croquis de l'étudianMype Le véritable matérialisme Une enquête scientifiquement menée dans une institution universitaire dégage les traits suivants de l’étudiant-type, représentatif de son milieu : Il veut, après s’être assuré d’une situation qui le mette à l’abri du besoin, mener une vie tranquille auprès de ses amis, entouré de leur respect et jouissant, de par son travail humble mais utile, de la considération générale.Il serait, bien entendu, très heureux s’il pouvait par son travail enrichir la culture universelle mais, à ses yeux, cet élément ne revêt pas une importance capitale.Parfois il rêve d’une vie « dangereuse », mais cette aspiration cède le pas au besoin d’être considéré par la société et aux exigences de la vie quotidienne.Il n’éprouve qu’un besoin relatif de mettre en pratique les valeurs idéologiques et sociales qu’il considère comme importantes.Il n’a pas l’ambition (ou du moins dans une très faible mesure) d’avoir un poste en vue et qui implique des responsabilités.Et surtout, en aucun cas, il ne voudrait disposer d’une grande fortune ou d’un grand pouvoir politique.Ce croquis très bourgeois répond exactement au visage que les éducateurs attentifs voient spontanément monter devant eux lorsqu’ils pensent à notre monde étudiant.Jeunesse qui s’interroge et qui manie les syllogismes, comme l’ont toujours fait toutes les jeunesses; mais — phénomène nouveau — jeunesse pour qui toute préoccupation est académique, sauf celle de s’établir sobrement dans son lot d’existence pour y puiser, dans l’estime et la paix de son entourage, les éléments de culture, de bien-être et de solidarité auxquels le hasard de la naissance lui permet de s’incorporer pour quelques décennies.Jeunesse studieuse, sinon toujours par goût, tout au moins par obligation, qui aimera se libérer l’esprit de temps à autre en une fête mondaine assez endiablée, mais qui refuse de se reconnaître dans les quelques blasés des cafés ou exaltés des mouvements anti.Toutes les jeunesses du monde Le sondage que nous venons de citer n’a pourtant pas été effectué au Québec, mais à l’université de Varsovie.Son résultat révélé, après tant d’autres enquêtes menées ailleurs, l’actuelle similarité de pensée de toutes les jeunesses du monde.Le phénomène vaut la peine qu’on s’y arrête, car il s’agit d’une espèce de polygénisme mental.Sans connivence, d’un bout à l’autre de la planète, les jeunesses élaborent une vision commune de l’avenir.Fait d’autant plus étonnant qu’après avoir toutes lu les mêmes auteurs (Camus, Hemmingway), elles s’en dissocient toutes dans la pratique.Sans préméditation elles se retrouvent toutes, là où on s’attendait le moins de les rencontrer, au carrefour des gens en place « ajustés à leur environnement » (pour employer le français international des technocrates), démythisés, réalistes.Après s’être embusquée contre l’ambition des aînés qui avait entraîné ’14, après s’être désespérée de l’homme qui avait laissé se renouveler le même drame un quart de siècle plus tard, la jeunesse a maintenant cessé de croire sérieusement en toute idéologie, puisque la bêtise humaine se révèle décidément incurable.La génération qui a fait ’39 était pourtant celle qui, à vingt ans, s’était révoltée contre ’14.La jeunesse d’aujourd’hui refuse de devenir celle qui fera ’70.Se sachant impuissante à préserver les grandes valeurs de l’humanité, elle consacre son attention à sauvegarder les petites valeurs de l’individu et des groupements sociaux restreints.Dans cette suburbia de l’esprit qu’habite la jeunesse d’aujourd’hui, les valeurs religieuses n’ont évidemment pas d’ampleur.On élimine ce qu’elles ont de transcendant, d’absolu — disons, de fanatisant — pour n’en attendre qu’un baume contre l’inquiétude métaphysique Une pareille conséquence religieuse est aussi universelle que le phénomène qui la provoque.À ce point de vue, la similarité de la jeunesse québécoise avec celle du reste du monde apparaît telle qu’elle oblige à penser notre problème de déchristianisation dans une optique très différente de celles où nous nous complaisons habituellement (anti-cléricalisme, éveil de la conscience, attrait de la jouissance).Encore une fois la Pologne apparaît très proche de nous, comme il ressort d’un reportage particulièrement objectif des « Informations catholiques internationales» (1er novembre 1961) sur la situation religieuse dans ce pays.« Les Polonais seraient plus vite laïcisés par le dollar que par le rouble.Cette formule imagée signifie que le matérialisme pratique de type occidental menace plus dangereusement la foi polonaise que le matérialisme idéologique de type soviétique.On va même plus loin : le marxisme « protège » la foi polonaise contre les effets dissolvants du matérialisme pratique.— On ne va naturellement pas jusqu’à préférer positivement un communisme « dur » à un socialisme « mou ».Mais il est clair que le communisme « dur » a eu l’avantage de reculer, de dissimuler ou de corriger les effets du matérialisme pratique en remplissant les églises et en maintenant les consciences éveillées ».Marx et Engels à droite La situation polonaise confirme ce qu’on peut observer ailleurs, à savoir que dans la voie vers l’athéisme le marxisme se présente comme aussi rétrograde que le capitalisme de Père « opium du peuple ».Ce n’est pas par le contenu de sa doctrine qu’il favorise l’agnosticisme, mais par le cadre social qu’il propose, cadre qui ne se distingue guère somme toute du milieu occidental : bien-être et culture.Comme le note le reporter des l.C.l.: 31 « Le marxisme est étranger au processus sociologique qui inquiète glise}.Tout au plus joue-t-il le rôle de catalyseur, d’accélérateur.L’urbanisation, l’éducation, l’avènement des loisirs et du confort, la « technicisation », la laïcisation des institutions sont des faits universels, indépendants des régimes et des idéologies.Le marxisme au pouvoir n’est pas le moteur principal de la déchristianisation ».Dans un contexte apparemment différent, il est important de constater que notre situation religieuse est tout-à-fait assimilable à celle des Polonais.Le cléricalisme ou l’anti-cléricalisme, la censure ou l’opération déblocage, ne fournissent que l’occasion d’accélérer un processus d’atrophie spirituelle progressive dont la cause véritable est aileurs.C’est sur cette cause, et en fonction de ce défi, qu’il importe de faire porter l’accent de nos réponses.Toute solution en-deça d’un affrontement sur le plan cosmique, négligeant le fait de notre super-civilisation et les droits de la rigueur scientifique, ne fait que reporter le problème.Le jeune d’aujourd’hui ne cesse pas de prier parce qu’il nie l’autorité pontificale ou la Présence réelle, mais tout simplement parce qu’il ne trouve pas, dans son univers mental, l’endroit adéquat où loger un Dieu vivant, intéressé à l’homme.POINTS DE VUE Plaidoyer pour le silence Aussi sûr que je suis assis à cette table, une bonne petite religion mène droit en enfer.Une bonne petite religion assoupissante et bénisseuse.C’est celle-là que le démon préfère.Il faut lire et relire Duguet, qui fut un grand réveilleur.Julien Green (Le Bel Aujourd’hui.) Le rythme trépidant de nos vies quotidiennes, a presque entièrement supprimé les temps d’arrêt, les moments de silence.Certes, les travailleurs intellectuels continuent de se concentrer sur les sujets de leur compétence; sans doute, l’homme d’affaires et l’industriel méditent parfois de longues heures pour trouver des éléments de solution au problème qui les confronte, et quelques artistes savent encore s’arrêter pour écouter l’inspiration.La pensée cependant reste liée, pressée par des objets précis de l’art ou de la technique et l’homme est toujours privé de cette qualité du silence qui lui permettrait d’émerger au-dessus de lui-même, sans éclat, sans réussite apparente, mais en pleine possession de tout son être et libre de toute préoccupation immédiate.J’entends ici, on l’aura noté, le temps d’arrêt, la zone de silence qui permet à l’homme de s’interroger sur lui-même, de décanter son existence et non ces phases de détente qui font suite aux périodes de « stress » et dont le seul objet est la récupération et le maintien de l’équilibre physique.Il restait pourtant un endroit où il était encore possible de faire le plein intérieur dans une atmosphère de recueillement et de méditation .l’église, à la messe dominicale.Là, nous pouvions chercher à nous identifier et tenter d’établir un contact avec Dieu à l’occasion du sacrifice essentiel renouvelé sur l’autel.Non pas une vague rêverie sentimentale ni l’attente angoissée de transes extatiques, mais la prière virile de l’homme qui ne craint pas d’offrir à son Créateur son âme bougonne connue ses plaisirs matériels et même ses crispations amères, sachant bien que rien de ce qui est humain n’est étranger à Dieu.Il ne s’agissait pas d’assister passivement au Sacrifice, ni de bouder les prières du Propre et du Commun de la messe.Au contraire, ces prières nous les formulions dans le silence de nous-mêmes en les accompagnant d’un effort de réflexion personnelle susceptible de nous établir sur la longueur d’ondes nécessaire pour rejoindre un Dieu personnel dont l’amitié et la miséricorde nous ont été reconquises par Tarte rédempteur du Fils prolongé et continué sur l’autel.Or voici qu’un nouveau mouvement liturgique, sous prétexte de mettre l’accent sur l’aspect communautaire de la messe et dans le but de provoquer une participation active des fidèles, a décidé d’établir la messe dialoguée.Soyons de bon compte; je ne prétends pas qu’il faille bannir absolument toute messe dialoguée, et je conçois que cette nouvelle formule réponde aux besoins de plusieurs fidèles.D’autre part, pourquoi les autorités ecclésiastiques ne s’interrogeraient-elles pas sur l’opportunité de conserver certaines messes non dialoguées.À quoi rime ce nivellement systématique des prières et des gestes d’une assistance adulte à qui on impose presque un moniteur pour lui rappeler qu’elle participe à la messe.Pénétrez dans l’église au cours de l’office divin, et vous êtes immédiatement plongés dans un bruit de paroles plus ou moins bien scandées, débitées sans ferveur par une foule qu’on a voulue bien cadrée.Et pourtant il y a des hommes qui ont besoin de recueillement et de silence pour rejoindre en eux ce qu’il y a de plus humain et établir le climat spirituel nécessaire à la vraie prière.Est-il indispensable que chacun récite la même oraison en même temps que son voisin pour que la messe devienne un acte communautaire ?Comment croire que l’enseignement religieux dispensé dès le bas-âge dans nos écoles et pendant toutes nos études, n’a pas réussi à donner, sinon à tous, du moins à la plupart d’entre nous la possibilité d’assister à la messe en ayant pleine conscience de ce qui se déroule à l’autel ?Encore une fois, il ne s’agit pas de supprimer toute messe dialoguée mais que dans une même paroisse on divise l’Horaire dominical en messes dialoguées et non dialoguées.Nous pourrons alors nous retrouver dans la maison du Père et sur l’invitation du célébrant: « Orate Fratres », nous aurons le loisir de prendre conscience de notre qualité de catholiques et dans une méditation commune demander à la Trinité de nous permettre d’ajuster chacune de nos vies aux exigences de notre état.Voilà comment je conçois une messe : temps d’arrêt, moment de réflexion sur nous-mêmes dans notre relation vis-à-vis le prochain et le Créateur par la méditation des prières liturgiques.Tâchons de nous rappeler que le canon de la première messe a été récité dans le silence du Jardin des Oliviers.Montréal, le 8 décembre 1961.Paul-Émile Blala Faut-il maintenir les messes silencieuses?Il ne manque pas, à nos messes dominicales, de commentateurs bavards et indiscrets, de lecteurs détestables, de célébrants dont le ton est celui du maître de discipline; il y a des assemblées tapageuses et peu disciplinées, des chorales qui font souhaiter de ne plus entendre chanter, et des organistes dépourvus de goût.Comment prendre tout cela au sérieux et y voir l’Église en prière, le culte en esprit et vérité ?Comment espérer que s’y retrouvent tous ceux-là qui, depuis longtemps, ont pris l’habitude de s’associer avec ferveur, dans le calme et le recueillement, à la prière que prononce le prêtre à l’autel ?La mise en œuvre brusque et sans transition du Directoire pastoral de la messe, surtout par des gens qui sont venus au document « de l’extérieur », qui n’y ont vu qu’un recueil de rubriques, qui n’ont pas fait l’effort requis pour capter l’esprit qui animait ses directives, dégoûtera plus d’un fidèle et leur fera regretter l’atmosphère des messes silencieuses où il était encore loisible à chacun de rencontrer Dieu.Mais il ne faudrait pas non plus oublier la nature des réalités sacramentelles et leur droit, comme signes, à évoquer, à exprimer le maximum de vérité.Et les gaucheries et les abus et les pures bêtises ne changeront rien à cette exigence.N’est-il pas déjà assez triste de constater que tant de gestes chrétiens, galvaudés par un usage dé- pourvu de toute signification, nous aient réduits au rôle d’automates.Or, si je comprends bien, à la messe, on annonce la Parole de Dieu (l’utilisation plus large de la langue vivante nous en fait peu à peu prendre conscience), on l’annonce au peuple assemblé, et il y a normalement une réponse et une préparation à cette audition en commun, qui se fait dans la prière et le chant scripturaire.Cela n’a jamais été, de droit, une fonction présidentielle : la Parole adressée à l’assemblée trouve son écho dans le chant ou la prière de l’assemblée.La messe comporte aussi des éléments de dialogue.Le célébrant s’est habitué au cours des âges à ne s’entretenir qu’avec un servant, mais notre époque a perçu l’anomalie, et nous acceptons enfin de répondre aux salutations et aux invitations de celui qui préside l’eucharistie.Le Kyrie est la réponse du peuple à la «prière des fidèles», dont le diacre détaillait autrefois les intentions.On arrive difficilement à se convaincre que la louange du Gloria avec sa succession de formules plurielles (Nous vous louons, nous vous bénissons, nous vous adorons .) ait toujours émané d’un individu, que les amples formules du Sanctus, de même que la profession de foi du Credo (malgré son introduction tardive dans la messe) aient été prévues pour un seul.Mais sans qu’il soit besoin de poursuivre ce relevé, rappelons tout simplement que c’est l'Église qui célèbre la messe, l’Église, dont le peuple assemblé, peuple sacerdotal, est le signe vivant.L’Église n’est pas en dehors de ce peuple fidèle venu à la messe dominicale.La messe est louange de l’Église associée au Christ, sacrifice de l’Église, repas de l’Église.Et cela ne peut pas sempiternellement s’exprimer dans le silence.Au nom même de l’authenticité du signe.Le repas, par exemple, pris avec ses amis ou les membres de sa famille, n’est pas que consommation de nourriture; c’est aussi le rassemblement, et la joie de se retrouver ensemble, et l’échange fraternel : nous sommes loin du restaurant morne et silencieux, où chacun mange sans bruit, souvent distraitement, le nez dans un journal.Je m’arrête là, mais en reconnaissant qu’il existe dans la messe des zones de silence et qu’elles ont leur importance.Le silence préparé, rendu plus intense par la prière communautaire, sera vraiment un temps fort où l’homme se tiendra devant Dieu, envahi par sa présence.Mais la liturgie, acte communautaire, demeure ce qu’elle est : elle appelle un certain bruit, une certaine jubilation, c’est sa nature même qui l’exige.Et le silence si bienfaisant, que recherche avec raison tout chrétien en quête de profondeur, il faudra l’aller chercher la plupart du temps ailleurs : lorsque, en d’autres moments, seuls devant Dieu, dans la prière silencieuse, nous referons le plein pour les heures d’agitation.Claude-A.Poirier, o.p. Séisme en Amérique Latine par Jacques-Yvan Morin L’Amérique latine sort de son isolement traditionnel.Ce continent dont nous nous faisions une image stéréotypée et dont les cris ne nous parvenaient que sous la forme d’une musique de carnaval, voilà qu’il bouge.Tout au long de la Cordillère, on enregistre les secousses d’un séisme polidque dont l’épicentre se situe à La Havane.Tout le monde semble avoir été pris par surprise, les Américains les premiers, bien qu’ils aient reçu maints avertissements au Guatémala et ailleurs depuis 1956.Il est vrai qu’ils étaient très occupés en Asie, en Afrique et en Europe à faire face à des menaces plus pressantes.D’ailleurs, les républiques latines n’étaient-elles pas leurs amies de longue date et même leurs alliées ?La solidarité hémisphérique ne s’était-elle pas concrétisée en 1947-48, après plus d’un siècle de vie commune dans un traité de défense mutuelle et une organisation régionale dont les buts élevés comprennent l’établissement « d’un système de liberté individuelle et de justice sociale » et la coopération économique « essentielle au bien-être et à la prospérité de tous ».Au début, on crut qu’il s’agissait d’une autre de ces révolutions par laquelle la clique du Colonel Domingo chassait la famille Lara du pouvoir.Mais on dut rapidement se rendre à l’évidence : les Cubains étaient en proie à Yidéologie tant redoutée.Le vent froid, qui souffle sur l’Asie et sur l’Afrique depuis quelques années, avait traversé les mers pour se glisser dans la serre chaude où, depuis la doctrine de Monroe, par le « big stick » du premier Roosevelt et le « good neighbor policy » du second, les États-Unis cultivent les républiques latines.Une affaire de famille Ce n’est pas que les relations aient toujours été faciles entre ces anglo-saxons et ces latins que l’aventure coloniale avait forcés à vivre, côte à côte, sur un continent qui sembla trop étroit deux siècles à peine après qu’on l’eût découvert.Il fallut bien que les Yankees, dont la « destinée manifeste» était de s’étendre jusqu’au Pacifique, enlèvent la Floride, le Texas et la Californie aux Mexicains (pour être juste, il faut dire qu’ils auraient volontiers acheté ces territoires, comme ils le firent pour la Louisiane et l’Alaska, si on les leur avait offerts).Il fallut aussi intervenir à plusieurs reprises par la force armée pour faire respecter le droit, l’ordre et les intérêts des ressortissants américains dans les Antilles et en Amérique centrale.En 1933 encore, les Marines débarquaient à Cuba.Tant et si bien que les juristes latins mirent au point un certain nombre de règles de droit, dont le but était de mettre un frein aux velléités nord-américaines.Tel est, par exemple, le principe de non-intervention qui fut accepté par les États-Unis en 1936 et qui constitue maintenant l’article 15 de la Charte de l’Organisation des États Américains.Somme toute, la doctrine de Monroe s’était retournée contre ceux qui l’avaient formulée.Mais il est remarquable que, malgré ces difficultés, les républiques soient demeurées si longtemps attachées à leur concept de solidarité continentale et d’exclusivisme hémisphérique.L’explication de ce phénomène doit sans doute être recherchée dans leur méfiance vis-à-vis du monde extérieur et leur besoin d’un commerce qui, tout au long du 19e siècle et jusqu’à la moitié du 20e, ne pouvait trouver de débouchés sérieux qu’aux États-Unis.Durant la dernière Grande Guerre encore, cette attitude se traduit par un effort de neutralité collective qui ne fut abandonné qu’à regret et précisément parce que le protecteur états-unien était attaqué.Le plus beau moment du panaméricanisme fut sans doute la période 1945-55.La solidarité née de la guerre et le prestige de Roosevelt contribuèrent à créer un climat favorable au développement des institutions inter-américaines.Sur l’ancienne Union vinrent se greffer des organes nombreux, tels le Conseil, la Conférence quinquennale, les réunions consultatives des Ministres des Affaires étrangères et les organismes spécialisés.De plus, le Traité d’assistance réciproque de Rio de Janeiro (1947) affirme le principe qu’une attaque contre un État américain constitue une attaque contre tous, tandis que le Pacte de Bogota (1948) stipule que les parties contractantes reconnaissent l’obligation de régler leurs différends sur le plan régional avant de faire appel au Conseil de Sécurité de YONU.Devant les prérogatives envahissantes de la communauté mondiale, et les nouveaux dangers que l’année 1947 voyait poindre à l’horizon, les Amériques avaient donc un geste de recul. À l’intérieur, elles entendaient régler leurs affaires en famille; à l’extérieur elles opposaient une doctrine de Monroe commune.Tout semblait rentrer dans l’ordre séculaire.La contagion fidéliste Pourtant, en 1961, tout est remis en question.Appelés aux quatre coins du monde, les États-Unis ont entouré le monde communiste d’une chaîne presque ininterrompue d’alliances.Ces lourdes responsabilités leur ont fait négliger leurs vieux amis du Sud et ces derniers n’ont pas encore pardonné à leur riche cousin cette trahison de l’idéal panaméricain.En somme, l’appartenance des républiques au système inter-américain a joué contre elles dans le contexte de la guerre froide : on a pris pour acquis qu’elles étaient inéluctablement rivées au colosse du Nord.D’autre part, en se comparant à ses nouveaux voisins d’Afrique ou d’Asie, l’Amérique latine se découvre elle aussi pauvre et sous-développée.Les mouvements d’extrême-gauche et la jeunesse ont tôt fait d’identifier les « Yankis » comme étant la cause première de cette condition.Puisque les États-Unis ont abandonné l’isolationisme et ont fait porter la doctrine de Monroe sur des pays lointains, l’Amérique latine, maîtresse négligée, se tourne aussi vers le monde.Il n’en faut pas plus pour expliquer l’état de crise du panaméricanisme.Aux prises avec des problèmes socioéconomiques aussi sérieux que ceux de l’Asie, certaines républiques ont même découvert dans le marxisme la panacée qu’elles cherchaient.Les États-Unis leur apparaissent alors, non plus comme les défenseurs des libertés républicaines de l’Amérique, mais comme les nouveaux maîtres de la Sainte-Alliance tant redoutée naguère et contre laquelle Monroe s’était élevé.Cette idée, qui est à la base de toutes les attaques de Castro contre les États-Unis, fait son chemin à travers tout le continent, si bien que la situation actuelle rappelle celle de l’Europe en 1947, alors que l’Union Soviétique fomentait la rébellion armée en Grèce et exerçait ses pressions partout ailleurs.L'Alliance pour le Progrès En 1947, le Général Marshall proposait à l’Europe le plan qui porte son nom; en août 1961, la conférence de Punta-del-Este étudiait le projet d’Al-liance pour le Progrès soumis par le Président Kennedy et qui comportera dans sa première étape, une contribution états-unienne de $500,000,000.Cer- tes, le geste, pour tardif qu’il soit, n’en sera pas moins utile, d’autant plus que les donateurs exigent la mise en vigueur de certaines réformes sociales, avant de faire les versements.On peut se demander toutefois, si le mouvement d’indépendance des républiques n’a pas atteint des proportions telles que le panaméricanisme doive être considéré comme une chose du passé.La solidarité latino-américaine n’avait de sens que dans un contexte d’isolement conjoint; même alors, l’Argentine, le Brésil et le Mexique s’étaient depuis longtemps montrés réticents à l’égard de l’égide trop entreprenante du grand voisin.Même à la vue des millions promis, ces pays trouveraient « prématuré » de rechercher maintenant la condamnation du régime Castro par les Ministres des Affaires étrangères de l’O.E.A., ainsi que le Président Frondizi le rappelait récemment à Monsieur Stevenson.Ce n’est pas qu’ils approuvent nécessairement les excès où sombre la révolution cubaine, mais l’intervention américaine ne leur paraît ni utile, ni souhaitable.L'Amérique sans les États-Unis ?On sait bien, en Amérique latine, que la prochaine décennie s’annonce difficile.Même les régimes réformistes, comme ceux des Présidents Bétancourt et Lieras Camargo, n’arrivent qu’à grand-peine à se concilier les masses populaires et la jeunesse.La population augmente au taux de 2.7% par an, alors que l’accroissement du revenu national, qui n’a jamais été élevé, a encore ralenti.Avec des économies rudimentaires, ou reposant sur un produit unique, il faudra autre chose que l’Alliance pour le Progrès si l’on veut sortir le continent de la dèche.C’est pourquoi, tout en acceptant les offres américaines et en développant leur commerce avec l’Amérique du Nord, les républiques devront se tourner aussi vers elles-mêmes et vers le monde.Vers elles-mêmes en ce sens qu’il faudra créer, tôt ou tard, un marché commun latino-américain dont les États-Unis seront très probablement exclus.En effet, d’une part, cette union douanière est indispensable à une époque où se consolident les blocs commerciaux et, d’autre part, le déséquilibre qui existe entre les niveaux de vie de l’Amérique septentrionale et les républiques latines ne permet pas d’envisager la participation nord-américaine, à moins que ces dernières ne renoncent à développer leurs industries secondaires.L’Amérique latine devra aussi se tourner vers le monde pour trouver les capitaux, l’assistance technique ainsi que les méthodes de développement et de planification qui lui seront indispensables.On a calculé qu’il faudrait investir un minimum de vingt-milliards de dollars au cours des prochains dix ans, mais il faudra aussi une révolution rapide et profonde dans les domaines de l’instruction publique, de l’administration et de la fiscalité ainsi que dans le régime agraire — tout cela sans tomber dans le piège de l’idéologie ! Or, de telles transformations sur les plans économique et social entraînent en général des modifications dans l’ordre politique.Ainsi qu’on a pu le constater récemment, à l’occasion des accords de Montevideo, il est possible que l’Amérique latine, arrivant à l’âge adulte, cherche à se passer de la tutelle encombrante des États-Unis.Bien sûr, il est impossible de rejeter complètement l’influence de ces derniers : le castrisme a démontré cette vérité et les républiques sauront sans doute en tirer les leçons qui s’imposent.Mais elles savent aussi qu’elles ne peuvent demeurer à la remorque du capital américain, ni servir de claque à Washington aux séances de l’Assemblée Générale de l’ONU.Les pays sous-développés sont le véritable enjeu de la co-existence et de la concurrence pacifiques entre l’Est et l’Ouest.L’Amérique latine, dix ans après l’Asie, s’en rend compte.Le Nouveau Monde s’en va rejoindre le Tiers Monde.C’est ainsi qu’on verra peut-être naître un panaméricanisme sans les États-Unis.Ce sont aussi ces hommes d’affaires britanniques qui prennent des contacts avec des capitaux américains et leur apprennent le chemin de Montréal.A coup sûr, le rôle de la finance anglaise dans le développement et l’épanouissement de l’industrie dans la métropole ne saurait être sous-estimé.Raoul Blanchard (Le Canada français.) 35 L’EVENEMENT AUTOPSIE CONFERENCE SUR LES RESSOURCES RENOUVELABLES La conférence nationale sur « Les ressources et notre avenir », tenue à Montréal du 23 au 28 octobre dernier, réalisait une idée qui remontait déjà à février 1958.Il serait peut-être utile de rappeler que la conférence portait sur les ressources renouvelables, comme l’agriculture, l’eau, la forêt, la pêche, la faune, etc.à l’exclusion des richesses fongibles comme les mines, par exemple, qui s’épuisent à l’usage.La conférence visait au recensement de nos richesses, ou, en des termes plus explicites, à la connaissance des modes d’exploitation en usage et des difficultés présentes, ainsi qu’à l’amorce d’une rationalisation de l’exploitation future.Si nous précisons en outre que parmi les quelque 700 délégués réunis dans la métropole, une cinquantaine de juristes tout au plus nageaient tant bien que mal au milieu du flot d’experts — économistes, ingénieurs, sous-ministres, etc.— c’est admettre encore que l’accent fut centré sur une idée : l’efficacité ! C’est ainsi par exemple que l’un d’eux critiqua sévèrement la politique forestière passée, déplorant le fait que l’on avait négligé d’assurer la croissance du bois de qualité sur des terrains faciles d’accès.En d’autres termes, après une coupe de bois, on levait le camp pour aller faire chantier plus loin, dans des terrains de plus en plus éloignés, ce qui rendait excessifs les frais d’exploitation et ne tenait pas compte du fait que ce même terrain aurait pu reproduire dans 20 ans si l’on s’était donné la peine de replanter des arbres.C’est ainsi également que des économistes ont préconisé des réformes administratives précises, comme la création d’un ministère fédéral des affaires économiques, dans l’intention de centraliser la recherche et d’assurer une planification technique.Mais comme dans tout problème canadien, l’efficacité ne peut régner seule.Les complications d’ordre consti- tutionnel se posent.Certes, nous admettons que les provinces sont les premières responsables de l’exploitation des richesses naturelles dont elles sont propriétaires, mais le parlement fédéral n’a-t-il pas compétence législative sur les pêcheries, sur le commerce interprovincial et international, et juridiction prioritaire sur l’agriculture, sans ajouter qu’il gouverne le Yukon et les territoires du Nord-Ouest.Ceux qui ne sont pas familiers avec le droit pourront facilement comprendre combien la situation est complexe lorsqu’ils apprendront qu’un seul élément, l’eau, offre les complications suivantes : le lit des rivières et les poissons appartiennent aux provinces, alors que le droit de réglementer les pêcheries et la circulation relève du pouvoir central.Ces difficultés, cependant, sont inhérentes à tout système fédéral, et le succès de toute entreprise chez nous dépend de la collaboration, et non de l’imposition d’une idée, si valable soit-elle, à une minorité, qui s’en méfie pour des raisons tout aussi valables.Bref, outre les rencontres et les échanges d’idées, un des résultats les plus tangibles de la Conférence aura été la publication préalable des 2 volumes comprenant 80 rapports d’experts, qui à eux seuls auront atteint le but majeur de la Conférence, à savoir une prise de conscience fructueuse afin d’assurer pour l’avenir une exploitation plus rationnelle de nos ressources naturelles renouvelables dans les cadres de notre système constitutionnel.R.H.ON S’ÉLOIGNE DE LA FÉODALITÉ L’actualité est d’une singulière richesse au chapitre éducation.Jusqu’ici le phénomène dominant a été le rôle prépondérant que les circonstances historiques ont dévolu à l’Église.À défaut d’une action concertée de l’État, le pouvoir religieux a pris la gouverne : à tous les niveaux l’influence cléricale a joué un rôle déterminant.Le Comité catholique a décidé de l’orientation des études, fixé les programmes et approuvé les manuels.Jusqu’à tout dernièrement les clercs avaient encore la direction des écoles normales.Seul l’enseignement technique spécialisé échappa au dirigisme clérical.L’enseignement classique est le fief indiscuté du clergé, même si de nombreux laïcs sont venus prêter leur concours au personnel enseignant.Quant aux sections classiques de l’école publique, elles ne représentent encore qu’une infime proportion par rapport aux collèges.On sait par ailleurs que nos universités sont toutes régies par des chartes pontificales.La nomination de vice-recteurs laïcs est une mesure palliative qui compense l’autorité exclusivement réservée aux clercs.En bref, nous sommes en présence d’une situation qui prolonge le moyen-âge en plein vingtième siècle.Ce fait historique est maintenant l’objet d’une révision.On éprouve aujourd’hui le besoin d’une direction ferme de la part de l’État qui puisse orienter les divers secteurs selon les besoins vitaux de la nation.La formation d’un ministère de l’éducation n’est peut-être pas pour demain, mais il faudra réformer le D.I.P.et introduire un peu de continuité et de logique dans l’ensemble du système.Le maintien d’une situation aussi anachronique jusque dans la seconde moitié du vingtième siècle a quelque chose de paradoxal dans une société qui évolue vers un pluralisme de plus en plus accentué.Hélas, au niveau de la province, des administrations insouciantes et léthargiques, heureuses de ne pas assumer de nouvelles responsabilités ont entretenu la peur du changement et cultivé les mythes de l’immobilisme, de l’isolationnisme en matière d’éducation.Eaut-il se scandaliser si, à la faveur de cette défection, le pouvoir central a manifesté un esprit de plus en plus interventionniste dans ce secteur réservé à la juridiction provinciale ?Il fallait un renversement politique radical pour révéler brutalement le malaise engendré par une pareille situation.Il n’y a pas à s’étonner de la violence des réactions.Les opinions trop longtemps muselées s’expriment au grand jour.Après le procès du jouai et du Département de l’Instruction publique par le frère Pierre Jérôme — qui expie sa dénonciation imprudente dans le silence d’un couvent à quelques milles de Rome — les universitaires ont lancé à leur tour leur bombe en disant non aux Jésuites.L’intervention des intellectuels de la montagne (je serais tenté de les appeler « montagnards » à cause du climat prérévolutionnaire où nous vivons) a eu le rare mérite de condamner l’improvisation.On exige des comptes et la Commission Parent marquera une étape capitale dans l’élaboration d’une politique rationnelle.On ne saurait permettre à des corporations privées de décider des besoins de la population à la place de l’État.La révolution qui s’est amorcée est un bienfait qui ne peut que réjouir les chrétiens soucieux de progrès.L’Église au reste par ses représentants les plus autorisés reconnaît l’urgence d’une ré- forme et accepte une réduction de son influence maintenant que l'État est prêt à assumer toutes ses responsabilités.Des pressions constantes ne manquent pas de rappeler à l’État ses droits et ses devoirs.Un aménagement satisfaisant devra modifier les structures conformément à l'évolution en cours.Parmi les manifestations les plus éloquentes suscitées par la crise de l’enseignement il faut faire une place importante au Mouvement Laïque de Langue Française.Ce groupement n’a pas encore un an d’existence, mais son influence dépasse largement l’auditoire de ses quelque 700 membres inscrits.Son congrès de novembre a été constructif.Que l’on songe par exemple aux mérites de la solution Lacoste, dont il faudra tenir compte dans la refonte des structures.Les militants du MLLF ont dénoncé toutes les formes d’archaïsme et plaidé vigoureusement en faveur d’une minorité qui n’obtient pas justice dans le contexte actuel.Les francophones protestants, orthodoxes, juifs ou sans dénomination religieuse ont le droit inaliénable de recevoir un enseignement dans leur langue maternelle et dans le respect total de leurs convictions.Le secteur neutre s’impose de toute nécessité pour des raisons de justice et, sur le plan pratique, pour mettre fin à l’hémorragie qui dirige les francophones vers l’étude de l’autre grammaire.Chez les instituteurs on assiste à un réveil très sain.Les maîtres de l’école primaire, qui jusqu’ici ont consacré le meilleur de leurs efforts à lutter sur le plan syndical pour obtenir de meilleurs traitements, s’attaquent aux problèmes intrinsèques de leur métier.Le renvoi du professeur Guérin à l’École normale Jacques-Cartier a provoqué une levée de boucliers.Des anciens condamnent l’enseignement qu’ils ont reçu et réclament une enquête approfondie.Nous arrivons au cœur du problème puisque la qualité même de l’enseignement est l’enjeu du procès.Voilà, au moment où nous écrivons quelques-uns des faits les plus saillants dans le monde de l’enseignement.1962 promet dans ce secteur une fermentation soutenue par des inquiétudes légitimes.Au Canada français on s’éloigne peu à peu de la féodalité.On est résolu à rattraper le temps perdu.p.s.ENFIN, MADAME LORANGER VINT.Devant les réussites plus ou moins douteuses de la plupart de nos téléromans, passés ou actuels, on aurait pu se demander si ce genre de prose n’était pas voué à une espèce d’inoffensive médiocrité et cela à perpétuité.Évidemment, je me place ici sur le plan de la création artistique.Non pas que le genre soit en lui-même inutile ou méprisable.Au contraire, je crois que le téléroman tel que nous l’avons connu est non seulement acceptable, mais nécessaire.Comme divertissement, c’est une formule qui a ses mérites.Le public se familiarise avec des personnages qui deviennent presque des gens de la maison, des êtres aussi vrais que ceux que l’on coudoie quotidiennement et dont on épouse les sentiments.Genre nécessaire : il est extrêmement important qu’un peuple trouve sur l’écran de sa télévision un reflet de lui-même.Et ce sont d’ailleurs les téléromans qui renvoyaient au public sa propre image qui ont obtenu le plus de succès.Le narcissisme peut facilement dépasser l’individu et devenir un phénomène collectif, surtout dans une petite société repliée sur elle-même.L’énorme succès qu’a eu Lemelin tenait à cela : dans les meilleurs moments de ses Plouffe, les personnages se comportaient exactement comme se comportent des milliers de Canadiens français dans la vie de tous les jours.Il y avait étroite relation entre l’action qui se déroulait sur l’écran et l’existence quotidienne du public.Les petites joies, les succès, les angoisses des membres de la famille Plouffe, le téléspectateur y participait, les comprenait, y adhérait.Il y avait le commun dénominateur de la vie entre les personnages de Lemelin et une large tranche de notre société.Sans compter que très souvent, l’émission était un bon spectacle.C’est pour des raisons toutes autres que le public suivait assez fidèlement La Pension Velder, de Robert Choquette.Il y avait là des sentiments qu’un large public pouvait éprouver.Pour l’ensemble des téléspectateurs, ce n’était pas au niveau des choses quotidiennes ni probables, mais possibles.C’était d’humanité moyenne.Le téléspectateur s’y sentait moins accordé qu’à la famille Plouffe; cependant c’était du théâtre populaire d’une certaine qualité d’âme et d’écriture, et ma foi puisque l’histoire était joliment contée, on aurait eu mauvaise grâce à ne pas la suivre — si on aime ce genre de choses évidemment.Quant au Survenant, c’était pour beaucoup de gens leur ration hebdomadaire de rêve, un retour sur un passé encore bien près de nous et dont nous avons toujours la nostalgie.Cap aux Sorciers était également très près de l’âme po- pulaire.Il avait d’ailleurs un charme bien particulier, en plus, lui aussi, d’une vertu de dépaysement.Parmi les téléromans qui tiennent actuellement l’affiche et qui sont dans la tradition « classique », il faut signaler La Côte de Sable, de Marcel Du-bé.Et ici, de toute évidence, mais avec des moyens qui lui sont propres bien sûr, le jeune dramaturge prend la relève de Lemelin.Dans le temps, il prend la famille canadienne-française là où Lemelin l’a laissée.C’est une chronique sans prétention des petits événements survenus dans une famille pendant la guerre.Dubé choisit parmi les milliers de petits drames individuels suscités par ce grand drame collectif : la guerre.L’auteur pince une corde sensible : quelle famille n’a pas été touchée directement ou indirectement par le conflit de 1939 ?Avec Dubé, des milliers de Canadiens français revoient une étape de leur vie.C’est donc une situation d’époque, romancée à souhait et recréée avec bonheur.Avec vérité aussi et de façon souvent émouvante.C’est une humanité sympathique.Ce n’est pas faire injure à Lemelin, à Giroux, à Madame Guévremont, à Robert Choquette ni à Marcel Dubé de dire que leurs romans télévisés si intéressants, si nécessaires soient-ils (restant fidèle à sa propre image, le public reste aussi fidèle à la télévision française et chez nous cela a son importance) n’appartiennent qu’à la périphérie de la littérature, de l’art dramatique.Denrée littéraire éminemment périssable en tout cas.Ce n’est d’ailleurs pas dans une perspective de création artistique qu’il faut juger ces œuvres.Ce serait injuste à l’endroit des auteurs; à la télévision, ces écrivains exercent un second métier : celui de scénariste-amuseur public.Si l’on veut juger le créateur chez Lemelin, il faut lire ses romans.À moins, disais-je, que le téléroman soit d’une qualité artistique telle qu’il n’ait besoin d’aucune autre justification.À moins que par l’universalité des sentiments qu’il exprime l’auteur nous rejoigne.À moins qu’un écrivain ait quelque chose de personnel à nous dire et qu’il choisisse de le dire à la télévision plutôt que dans un roman.À moins qu’un auteur se soit volontairement fixé des limites — un nombre d’épisodes déterminé d’avance : ce qui évite la tentation d’étirer le texte et de faire tourner les personnages en rond; ainsi l’écrivain s’engage à faire une œuvre et non pas à remplir interminablement une demi-heure hebdoma- 37 daire de télévision.Et tous ces « à moins que », je crois bien qu’il faut les inscrire à l’actif de Madame Françoise Loranger.Faute d’avoir pris des notes je me contenterai de livrer en vrac les fortes impressions que fait naître en moi le téléroman Sous le Signe du Lion.D’abord, je crois que cette œuvre marque une étape extrêmement importante : elle établit de façon irréfutable que le téléroman peut être une œuvre littéraire, avoir une certaine profondeur et une certaine densité humaine.Et il ne faudrait pas se surprendre si le roman de Madame Loranger avait une influence considérable sur le genre.Ce qui est à souhaiter.Par la formule Quatuor, Radio-Canada avait en quelque sorte amorcé le véritable téléroman composé en chapitres, comme un livre, mais aucun écrivain ne s’était risqué à tenir le coup pendant 26 semaines.Et pour la première fois, un auteur réussit ce tour de force : faire vraiment progresser une œuvre d’une semaine à l’autre, y jeter assez d’éléments et avec assez de vigueur pour retenir l’attention des téléspectateurs les plus exigeants.Di-sons-le tout de suite : par l’envergure du propos, la densité des personnages, les qualités dramatiques, le sérieux des idées, la vérité des problèmes essentiels que vivent les personnages, Sous le Signe du Lion surclasse et de haut tout ce que Radio-Canada a fait dans ce genre.Il faut ajouter à cela une qualité de jeu — révélation d’un grand comédien : Ovila Légaré — qui étonne à chaque émission.Et de plus, une mise en scène où l’on chercherait vainement une faiblesse.Id, le téléroman est sorti du simple divertissement; il a acquis une valeur d’œuvre significative.Quand le générique paraît à la fin de l’émission, on ne se dit pas qu’on a passé une bonne demi-heure; on ne dit pas non plus, faisant allusion à son petit milieu : c’est bien à notre image.On évite ces réflexions banales car on sent que pendant trente minutes on a été mis en présence de cet « être ondoyant et divers » : l’homme.L’humanité de Françoise Loranger n’est pas diaphane, ni simple, ni toute pure; elle n’est pas monolithique non plus.Grandeurs et misères de la vie.Comme au sortir d’un roman de Mauriac ou de Luc Estang, on a l’impression après avoir vu Sous le Signe du Lion qu’on a quelque peu progressé dans ce labyrinthe : le coeur humain.Et tout cela est solidement composé, d’une écriture très ferme.Le dimat des premiers épisodes m’avait fait penser au Nœud de Vipères, de Mauriac, et je n’ai pas été déçu depuis.D’autres m’ont dit avoir évoqué Les Grandes Familles, de Maurice Druon.Et malgré cette charge d’humanité, Sous le Signe du Lion demeure un excellent spectacle qui respecte les règles du genre.Pendant plusieurs émissions, il y avait « suspense » qui a dû tenir en haleine plus d’un téléspectateur.Je pense que désormais le public sera plus exigeant à l’endroit des auteurs de téléromans.Il se souviendra de Sous le Signe du Lion.J.-P.V.Une opinion sur le séparatisme Si nous faisions l’hypothèse suivante : Les J,000,000 de Canadiens français de la province de Québec sont maîtres de leur économique.En Abitibi, ils sont propriétaires des mines et les exploitent; en Mauricie, les pouvoirs d’eau leur appartiennent de même que les usines fabriquant le papier; au Saguenay et au Lac St-Jean, même chose; pour la Côte Nord, ils fondent tout un empire par le développement de leurs richesses naturelles, mines, forêts; en Gaspésie, négligeant la pêche à la morue, ils puisent l’huile là où elle se trouve et extraient le cuivre qui fait partie de leur propriété collective; au sud du Fleuve St-Laurent, de Rimouski à Valleyfield, de Lon-gueuil à Sherbrooke, les industries dirigées par eux sont nombreuses et toutes ont un nom bien français; à Montréal, les grandes, moyennes et petites usines, leur propriété, permettent le commerce national et les situent au sommet de l’activité économique; même que le fleuve St-Laurent est la source de leur commerce international et nombreuses sont les compagnies de navigation au long cours, dont le drapeau exprime la puissance et les richesses de l’état du Québec.Ce portrait de ce qui devrait être, couvre l’esquisse du séparatisme futur.C’est-à-dire que si nous étions maîtres chez nous, si nous étions fortunés individuellement et riches collectivement, il ne serait plus question de séparatisme.Car négociant cette richesse, nous aimerions, nous voudrions, — ce serait un impératif — faire commerce avec les neuf autres provinces du Canada.Nous voudrions faire fructifier tous ces biens.Riches, nous ne penserions pas comme les pauvres que nous sommes.Exactement comme l’ouvrier syndicaliste, qui pense différemment lorsqu’il devient patron capitaliste.Pourquoi, depuis la conquête, n’avons-nous pas réussi à être les maîtres de notre économique ?Parce que la politique bleue et rouge nous a divisés; parce que notre individualisme nous a éloignés les uns des autres; parce que le besoin de nos familles nombreuses a épuisé le peu que gagnait chaque chef de famille; parce que, depuis au-delà de 50 ans, nous sommes trop nombreux les clients des banques canadiennes anglaises; parce que dans cette même période de temps, nous avons exporté aux quatre coins du monde des centaines de millions de dollars en primes d’assurances générales et d’assurance-vie; parce que etc., etc .Si demain, les 5,000,000 de Canadiens-français décident de s’entr’aider et non plus de se détruire; si par un acte puissant de volonté, ils décident que toutes leurs transactions bancaires se feront dans leurs banques et leurs caisses populaires; si le 80% de primes de l’assurance-vie se paye aux sièges sociaux de compagnies d’expression française du Québec alors qu’en I960, ce même 80% représentait $320,000,000 et a été payé à Londres, à Amsterdam, à Munich, à Los Angeles, à Chicago, à Winnipeg, à Toronto, à New York, etc., nous serons alors les témoins heureux du miracle économique canadien-fran-çais, tout comme tous les peuples du monde furent étonnés du miracle allemand, de 1945 à 1955.Spontanément et poliment, le cana-dien-anglais sera tout respect pour son compatriote canadien-français.Parce que l’anglo-saxon juge son voisin au nombre de ses dollars.D’ailleurs, comme nous évaluons souvent notre amitié à proportion de la richesse ou de la pauvreté de la personne qui nous est présentée.Peuple riche, peuple fort.Nation riche, nation forte.Toute l’histoire de l’humanité le prouve abondamment.Lorsque nous serons riches et forts, seront terminées les discussions interminables de priorité de la langue anglaise sur la langue française.Sans être obligés de quémander, nous prendrons « toute la place qui nous revient et non plus des places », tous nos droits et non plus quelques privilèges.Égal à l’autre, nous lui parlerons sur le même ton.Et lui, en retour, estimant notre puissance et notre vigueur, vérifiera notre force et constatera notre résolution de vivre debout, en homme riche et fier.À ce moment-là, le séparatisme aura vécu.B.B.Cette chronique a été rédigée en collaboration par Bernard Benoit, René Hurtubise, Pierre Saucier, et Jean-Paul Vanasse. UNE LITTÉRATURE SANS ¦«H RACINE: LA NÔTRE?GUY ROBERT La littérature canadienne d'expression française connaît, depuis une dizaine d'années, une profonde et troublante crise de mûrissement.Les oeuvres s'accumulent et témoignent de qualités solides.Quelques écrivains développent un style original et persistent dans la recherche d'une expression littéraire plus efficace et mieux intégrée.Or le mûrissement peut tendre vers l'équilibre des forces en présence et, ainsi, éliminer les courants dangereux ou, du moins, les inclure dans des cadres orthodoxes; ou le mûrissement peut conduire au dynamisme des composantes significatives, et ainsi apprivoiser les risques manifestes.Quelle que soit la modalité du mûrissement qui l'emporte finalement, dans une phase historique donnée, il faut toujours tenir compte du passé, plus ou moins récent, que ce présent continue, modifie, renie.Tradition ou révolte, fidélité ou invention, d'où un problème de racines : un problème de liens entre le passé et le présent, qui donne au présent sa courbure, sa vitalité, sa signification.Dans cette maïeutique qu'est au fond toute expérience artistique, qu'elle soit littéraire ou autre, nous pouvons distinguer des racines d’ordre géographique, intellectuel et moral.Racines géographiques On ne peut séparer une littérature de sa géographie : il y a là plus qu’une simple relation de contenant ou de milieu, il y a vraiment un lien d’incarnation, d’animation.L’écrivain, à proprement parler, n’écrit pas : UN écrivain, bien situé dans le temps et l’espace, peut seul écrire, qu’il soit ou non en fraternité avec ses lieu et époque.Incarnation d’abord, c’est-à-dire démarche d’une conscience à travers un corps charnel, bien situé ici et maintenant; animation ensuite, c’est-à-dire participation du paysage historique, explicite ou non, à l’incarnation de la conscience.Le régionalisme trouve sous cet angle un sens moins restreint.On retient trop l’aspect négatif de ce phénomène artistique, pourtant fondamental.Le grand art est toujours régionaliste, mais il l’est d’une qualité suffisante pour transcender les contraintes locales et temporelles, et ainsi atteindre à l’uni-versel.Le régionalisme comme tel ne nuit d’aucune façon, sinon à cause d’une mauvaise interprétation, aux idées de progrès et d’évolution.Le régionalisme constitue l’assise même de l’universalisme.Une œuvre d’art jouit d’une qualité universelle quand elle est assez puissante et assez riche dans son régionalisme pour s’imposer d’elle-même localement et à l’étranger, par ses propres valeurs.Nous déplorons parfois l’immensité de notre pays, y trouvant une excuse à notre souffle court : ce qui revient à dire, au fond, que le pays est trop grand pour l’homme qui l’habite, qui l’occupe mal et en partie seulement.Le Canadien manquerait-il de grandeur d’âme pour posséder un tel paysage ?Possession du paysage, secret ressort d’un régionalisme universel, où l’homme n’est plus en exil, n’est plus dépaysé.Racines intellectuelles La tradition culturelle d’un groupe ethnique ne peut être dissociée de son passé, qu’elle comprend, assimile et prolonge.On fait son passé, en choisissant en lui les éléments susceptibles de permettre le devenir, dans le creuset du présent.Ainsi, dans le passé statique, le présent choisit, plus ou moins logiquement, des valeurs qui deviennent sources et principes de dynamisme.Notre tradition concilie deux héritages particulièrement généreux, celui d’une France artistique et celui d’une éducation chrétienne.Un étrange atavisme et de déplorables incidents ont toutefois contribué à dilapider en grande part ce précieux héritage, à ne retenir trop souvent de la France que la tendance au verbiage sonore et à la fantaisie politique; à ne retenir parfois du catholicisme que ses contraintes disciplinaires et ses rigidités hiérarchiques.Confrontations de l’esprit français de liberté et de l’impérialisme britannique; confrontations de l’idéalisme chrétien et du pragmatisme américain.Et oubli, vertigineux oubli de l’entité Canada.Fidélité approximative à la langue française, résignation à la victoire anglaise, obédience au clergé catholique, confiance à l’influence américaine : le Canadien devient dans cette situation une ombre, un mot, d’ailleurs peu souvent prononcé.Nos racines sont à Paris, à Londres, à Rome, à Washington, non pas à Montréal, Vancouver, Québec, Ottawa.On parle de bilinguisme, de dualisme culturel ?Il faudrait parler au moins de cinq langues : le français, l’anglais, le latin, l’américain et le jouai; et il faudrait parler d’autant de cultures .Or un peuple n’a qu’une langue, qu’une culture : les siennes.C’est entendu, nous continuerons, pour le meilleur et pour le pire, d’être catholiques et de parler français (aucune nuance séparatiste dans ces propos !).Et le Canada continuera d’être aux quatre cinquièmes anglais, et les États-Unis n’évacueront pas l’Amérique du Nord.Et nous devrons conserver le championnat incontesté de la plus inextriquable situation culturelle jamais étudiée dans l’histoire de l’humanité .Racines morales Les racines morales d’une littérature sont celles qui concernent le système des valeurs selon lequel se conduit le peuple dont rend compte la dite littérature, en respectant les inévitables incartades d’outranciers énergumènes.Le seul moyen d’expression globale d’un peuple, c’est sa langue.Or la langue même de tout peuple possède ses paliers, ses niveaux.À la limite, il faut se résigner à l’étude d’expressions individuelles, plus ou moins fidèles à l’expression collective théorique.L’orgueil et l’angoisse de la solitude font de toute expression personnelle un faux miroir d’une réalité communau- 39 taire : il y a dans l’aventure littéraire une gravité, directement dépendante de l’engagement assumé.Écrire, en somme, c’est s’interroger pour les autres, c’est fixer un moment de son âme, c’est imposer à son intelligence la difficile gymnastique d’une expression lucide.Il y a sans doute les pièges rituels du style, qui poursuivent dans l’écriture les joutes superficielles de la parole.Mais l’écriture authentique demeure avant toute incarnation de la pensée, dans le but exigeant de trouver, pour l’écrivain, « sa » vérité.Écrire, c’est agir sur l’esprit, sur le sien et sur celui des autres : d’où cette responsabilité, ce risque de l’écrivain dans une dimension fondamentale, globale, celle de son unique personnalité.Et c’est ici surtout que notre littérature québécoise trahit sa principale faiblesse.On a trop longtemps ramené les valeurs morales à un certain nombre de tabous négatifs et infantiles, à des images menaçantes de feu éternel et de Dieu-gendarme, à des cotes de livres et de films.Il serait trop long de trouver les sources d’une religion devenue trop formaliste et conventionnelle, les raisons d’un clergé qui a fait trop souvent ses armes favorites des valeurs de prestige et de suffisance.Il en est résulté une confusion pitoyable dans notre climat moral, et nous souffrons tous, à des degrés divers, d’inhibitions gênantes, qui empêchent encore notre écrivain de poursuivre en toute liberté sa recherche spirituelle.La morale n’est pas tellement contrainte que dynamisme du comportement.Une force et non pas un poids, un tremplin et non pas des chaînes.De même, la religion peut être libération plutôt qu’atavisme, risque plutôt que carcan, oxygène plutôt que gaz carbonique.C’est à cette condition seulement que le peuple québécois reviendra à une religion dont il s’est éloigné sans révoltes sanglantes ni bouleversements politiques : délaissement assez fréquent de la pratique religieuse sans doute, mais surtout désintéressement envers un message chrétien affadi.Fidélité ou invention ?Choisir, c'est surtout refuser.Refuser tous les autres possibles pour n’en retenir qu’un.Choisir entre la tradition et 1 action, entre le confort et le risque, entre l’équilibre et le dynamisme.D un côté la fidélité de la langue et de la rebgion et, de l’autre, la recherche de 1 art et de la pensée.Est-ce aussi simple ?Ces éléments s affrontent-ils réellement, au point de sembler s’exclure ?Seuls des malheureux durcissements d’attitudes, des refus de compréhension réciproque, ont occasionné ces barricades inutiles.La question se pose au fond à peu près comme suit : peut-on concilier la fidélité à la langue française et à la religion catholique avec la recherche d’une expression authentique, non-censurée, dans notre art et notre pensée au Québec ?Le mot magique de la réponse serait évidemment Dialogue.Dialogue laisse entendre liberté, égalité, fraternité (!) : liberté, et non contraintes, des deux côtés; égalité, et non hiérarchie; fraternité, et non suffisance.L’écrivain québécois, qui verra son paysage moral et religieux balayé de ses nuages lourds, de sa grisaille menaçante, de ses épouvantails médiévaux, pourra enfin retrouver (ou trouver) cette liberté intellectuelle nécessaire au geste d’écrire; et la possession du paysage géographique suivra naturellement, à l’échelle même du continent nord-américain.Car pour un homme libre, les espaces ne sont plus des contraintes, et les racines sont généreuses sources.Notre écrivain pourra maintenir son paysage.il a lancé son sourire en travers de mon chemin il a posé son regard au creux de mes deux mains et me suis retrouvée le coeur captif les mains remplies toute enroulée de joie et d’anneaux lourds d’amour mes pieds mes dans ses pas et mes mains dans ses doigts marielle mérineau POÉSIE mes parcelles de rêve je les mettrai dans tes mains pour continuer ton chemin sans ta tête lourde de nuages mes parcelles de rêve je les sèmerai sur ton voyage à la hauteur de ton idéal mes parcelles de rêve seront les diamants de tes songes denis maisonneuve PEINTURE Dans le numéro 23 de Vie des Arts, été 1961, Jean Cathelin nous affirmait que « l'é- cole de Montréal existe » : on s’en doutait bien un peu, mais il était utile de l'entendre dire par un étranger.On peut maintenant constituer une litanie assez longue de peintres canadiens, où il n’est plus besoin de monter en épingle nos primitifs Krieghoff, Plamondon, Walker.A partir du Groupe des Sept, dont les principaux sont MacDonald, Lismer, L.Harris, Jackson et Varley, nous pouvons ensuite rappeler les noms d'individualistes comme Leduc, Thomson, Motrice, Cullen, R.Haris, Clarence Gagnon, avant de passer à la prestigieuse liste des professeurs montréalais : Pellan, Dallaire, Cosgrove, Bor-duas, Roberts, de Tonnancour, Dumouchel.En marge de ces maîtres, citons Bellefleur, Riopelle, Giguère, Maltais, Steinhouse et le jeune Germain.Et rappelons l’enquête que Le Devoir faisait fin novembre 1961 auprès de douze peintres montréalais significatifs : Retendre, Mongeau, Tremblay, Fauteux-Massé, Filion, Belzile, Voyer, Charbonneau, Moli, Mc Ewen, Gendron, Jaque.La liste est impressionnante, d’autant plus qu’elle est fort partielle ! Citons une phrase de Jean Cathelin : « Pour avoir une vue d'ensemble du paysage mental de la peinture canadienne, il faut venir ici à Montréal, parcourir les galeries, voir les expositions de groupe ou les collections du Musée ».En effet, cet automne 1961 fut une saison particulièrement remarquable, en ce qui touchait la peinture canadienne.Mais pouvons-nous vraiment parler d’une « école de Montréal » ?Si nous prenons comme références l’école de Paris ou l’école de New-York, nous remarquons qu’il existe là-bas des ateliers de maîtres qui ont une influence très nette sur des jeunes artistes, et ensuite une certaine homogénéité dans l’expression diversifiée : deux choses qui sont à peu près absentes ici.Notre peinture montréalaise s’appuie sur un principe nettement individualiste, et chaque artiste tend à développer son style personnel, forçant même souvent les éléments qui le singularisent davantage.En soi, cette façon de concevoir la peinture est louable, à condition qu’elle n’affecte pas l’originalité de la création au point de la dégrader en maniérisme.Elle traduit bien l’âme d’un pays jeune et immense, aux possibilités encore à peine entamées.Les influences européennes se font de plus en plus minces et, d'ailleurs, nos artistes ne sentent plus le même besoin d'aller s’accomplir nécessairement à Paris ou à Milan : plusieurs refusent même la confrontation, non pas parce qu’ils ont peur, mais bien parce qu’ils se sentent parfaitement à l’aise ici.L’influence américaine affecte d’une façon systématique les moins authentiques et les moins aguerris de nos peintres, mais la plupart du temps pour une période restreinte seulement.Dans les galeries, chez les collectionneurs, dans les colonnes de critique, on entend souvent revenir le thème de l’accession de notre peinture canadienne au marché international.Pellan a été le premier à être reconnu comme un grand peintre, ce qui veut dire concrètement que ses œuvres sont achetées, pour des sommes assez élevées, non seulement par les musées et les collections locales (ce qui est le.propre de marché local, que nombre de peintres ne dépassent jamais), mais aussi par les musées et collections des pays étrangers, dont les principaux sont actuellement les Etats-Unis, la France, l'Italie, le Japon, l’Angleterre, le Brésil, la Belgique, la Suisse, l’Allemagne, la Norvège et la Suède.Après Pellan, nous avons eu plusieurs peintres canadiens qui sont parvenus à une certaine ouverture sur le marché international, dont Borduas.Mais c’est Jean-Paul Riopelle, installé à Paris depuis plus de douze ans, qui fut la première grande vedette internationale de notre peinture : Riopelle devenait à trente-cinq ans un des grands noms de l’école de Paris ! Et depuis un an, notre peinture montréalaise s'impose à l’attention des critiques, des amateurs et des spécialistes du monde entier : des noms déjà connus depuis quelques 40 années comme ceux de Bellefleur, de Ton-nancour, Dumouchel, Lemieux, profitent de l'élan et du dynamisme de la jeune génération et, tous ensemble, connaissent un accueil sympathique qui est bien mérité.D’ailleurs, il n’est pas dans les techniques du marché international de bâtir à partir de peu de choses des petits succès artificiels et provisoires, qui se trouvent parfois dans les limites bien nettes d’un certain marché local, contrôlé par une poignée d’intéressés.La jeune génération de peintres montréalais manifeste une énergie peu commune et une fougue dans la recherche qui ne peut pas ne pas la conduire très loin.Des problèmes se posent en marge du figuratif et du non-figuratif, mais ces problèmes concernent beaucoup plus le critique et le public que le peintre lui-même, lequel œuvre directement dans la matière passionnée, sans se soucier bien longtemps de ces chicanes d’esthètes.Le vrai problème en art en est un, fondamentalement, de qualité, peu importe qu’il s'y trouve un motif identifiable ou non.Il semble, à un attentif examen de plusieurs récentes expositions, que le non-figuratif évolue vers une formalité qui, sans flirter trop dangereusement avec l’objet identifiable, n’en revient pas moins à un contexte poétique où des impressions de formes se devinent, où une interprétation devient possible sans pour autant verser dans la fantaisie gratuite.L’Estoc THÉÂTRE La documentation sur le théâtre se développe rapidement.Nous pouvons maintenant nous procurer de nombreux albums de luxe sur les comédiens, les metteurs en scène et les décors.C’est en feuilletant quelques-uns de ces albums sur les décors que j’ai pu constater combien nos représentations théâtrales se rapprochaient visuellement de celles de Paris.Certains décors présents dans ces volumes nous ont été servis dans nos théâtres sans autre modification que la signature du responsable.Il n’est pas dans les coutumes du théâtre de mentionner la bibliographie des ouvrages auxquels on s’est référé avant la construction d’un décor ou l’élaboration des costumes.Cette lacune ne peut exister que parce qu’il est aussi dans les coutumes du théâtre que les décorateurs et les costumiers créent leur produit.Je conçois très bien qu’on peut ne pas ignorer comment d’autres ont résolu certaines difficultés avant nous, mais de là à calquer les œuvres de ses prédécesseurs, il y a une marge.Je veux bien croire que, parfois, le temps manquant et la paresse aidant, on trouve plus facile de pousser son crayon dans la trace d’un décor déjà réussi.Alors il faudrait rester dans les mêmes dispositions et calquer la signature du créateur, et payer les droits d’auteur .Mon propos n’est pas de citer des plagiaires, mais de permettre au public de se référer au besoin à des documents pour évaluer à leur juste valeur le talent et la recherche de tel ou tel artiste.Nous donnons aujourd'hui tant de place au culte des vedettes qu’il ne faudrait pas, en plus, faire erreur sur la personne.Et puis, au rythme où se développe le théâtre à Montréal, il serait vraiment trop bête de ne pas mieux utiliser nos énergies.Jean-Guy Sabourin CINÉMA Cela est incroyable : on a pu voir à Montréal ces derniers temps une suite de films classés parmi les grandes réussites du 7e art.Je veux parler de La Dolce Vita, des Sourires d’une nuit d’été, de la Source, du Visage, de La Ballade du Soldat, du Grand Secret, etc.On peut voir là un effet direct de la création, il y a deux ans, du Festival International du Film de Montréal.Cette manifestation a prouvé (si jamais il fallait le démontrer) qu’il y a à Montréal un large public adulte intéressé à autre chose qu’aux productions spectaculaires mettant en vedette des acteurs connus.La qualité, quelle que soit son origine, est ce qui compte avant tout.Je ne sais duquel de ces deux films il faut parler en premier lieu : La Dolce Vita ou Sourires d’une nuit d’été.Tous deux, à des titres divers, ont droit à notre plus grande attention.Si La Dolce Vita (en plus de ses qualités cinématographiques) possède une valeur de document social, les Sourires d’une nuit d’été se présentent comme un « film parfait ».La Dolce Vita est un documentaire au sens strict du terme : c’est un « document » sur le vide de la vie d'une certaine couche de la population.Fellini ne mâche pas ses mots : il nous lance à la figure une succession d’images d’un monde qui court frénétiquement après le plaisir, l’atteint, s'y livre jusqu’à l’écœurement.Certes, le tableau n’est pas de tout repos : les orgies succèdent à des « parties » qui font place à d'autres « parties » suivis d’autres orgies .Les scènes de débauche de La Dolce Vita ne sont pas sans rappeler celles d’un film suédois, Le Chemin du Ciel, dans lequel les orgies du roi Salomon inspiraient un dégoût aussi prononcé.Ceux donc qui sont scandalisés par certaines séquences de l’œuvre de Fellini le sont en fait par les orgies elles-mêmes, sans tenir compte du style de Fellini, de l’optique particulière du réalisateur, ce qui a pour effet d’en changer complètement le sens.On pourrait aussi s’étendre très longtemps sur le style éblouissant, la facture particulièrement efficace de certaines séquences (la vedette de cinéma en voyage à Rome), l’expression des thèmes les plus courants de Fellini.La Dolce Vita est un film-monstre un peu comme cette bête visqueuse qui gît sur la plage à la fin du film .Les Sourires d’une nuit d’été sont d’un tout autre ordre.Bergman y déploie un style étincelant qui jamais ne défaille.Nous sommes en présence d’un film qui a atteint un haut degré de perfection : rarement voit-on une œuvre où tous les éléments cinématographiques sont si justement équilibrés et si magnifiquement fusionnés pour créer un seul bloc.Scénario, dialogues, découpage, mise en scène, décors, costumes, accessoires, éclairage, trame musicale, interprétation se rejoignent pour créer un véritable ballet où les couples mal assortis se désunissent, où de nouveaux liens se créent.Commencé sur un ton de marivaudage, le film prend soudain, avec la séquence du souper chez la vieille femme, un tour tragique.Si Bergman semble prôner une philosophie basée uniquement sur le plaisir, il ne faut pas oublier qu’il montre également que le plaisir réside avant tout dans l’harmonie intérieure.Soulignons que la publicité faite ici à ce film était d’un mauvais goût tel (dessin et texte) qu’il faussait le sens du film : en effet, d’après l’affiche, on pouvait facilement s’imaginer qu’il s’agissait d’un vulgaire film « cochon ».Je m’en voudrais de ne pas dénoncer un film qui, à cause de son sujet, risque d’induire en erreur plus d’un spectateur.Il s’agit de King of Kings, film qui prétend nous raconter l'histoire du Christ.Ce suave efféminé aux yeux bleus-verts (Jeffrey Hunter) n’a aucun rapport avec la personnalité du Christ tel que les Evangiles Le décrivent.Avec ce film, nous retournons à l’art de St-Sulpice.J’ai donc toutes les raisons de croire que King of Kings sera très populaire dans cette province.Un seul bon point : le scénario, qui téléscope avec bonheur certaines pages de la vie de Jésus.Jacques Lamoureux MUSIQUE L’exécution récente, aux concerts d’abonnement de l’Orchestre Symphonique de Montréal, des Six Pièces pour grand orchestre Op.6 du compositeur autrichien Anton von Webern remet en lumière l’étonnante personnalité de ce musicien contemporain dont l’importance et l’influence semblent grandir de jour en jour.Webern naquit à Vienne en 1883 et mourut accidentellement d’une balle tirée par les troupes d’occupation près de Salzbourg en septembre 1945.L’existence de Webern n’offre rien de particulièrement sensationnel et il est quelque peu ironique de penser à l'étrange façon dont il mourut.Tout au long de sa vie, il eut à subir les manifestations hostiles du public qui assistait à la création de ses œuvres.En 1913, lors de la première audition des Six Pièces de l’Op.6, sous la direction de son maître Arnold Schoenberg, la bagarre éclata et la police fut obligée d’intervenir.Les œuvres de ce compositeur, qui adoptent tout le système dodécaphonique élaboré par Schoenberg, sont remarquables par leur brièveté et leur intense concentration.Elles sont relativement peu nombreuses et très difficiles à exécuter.Entre sa toute première œuvre, la Passacaille Opus 1 pour orchestre, datant de 1908 et très influencée par Brahms et sa dernière œuvre, la Cantate No 2, Op.31 écrite en 1943, il existe un univers sonore d’une telle variété et d’une telle complexité que seule l’audition répétée de ces œuvres peut en donner une juste idée.Les principes qui gouvernent l’esthétique de Webern peuvent se résumer à deux ou trois règles principales.Tout d’abord, aucun motif ne doit être développé au sens où les maîtres classiques l’entendaient.Tout au plus, tolère-t-il qu'une brève progression soit répétée, mais immédiatement.Une fois énoncé, le thème doit exprimer tout ce qu'il a à dire; il doit aussitôt être suivi d’une nouvelle idée.C’est l’expressionnisme absolu voulu par Schœnberg et en ceci Webern dépassera son maître.On n’a qu’à écouter les Cinq Pièces pour orchestre, écrites entre 1911 et 1913, les Six Bagatelles pour quatuor à cordes et les Trois petites Pièces pour violoncelle et piano pour se rendre compte jusqu’à quel point Webern arrive à une concentration sonore qui n’est pas sans analogie avec le pointillisme pictural.Une autre caractéristique est l’utilisation intégrale de ce que Schœnberg appelle en allemand Klangfarbenmelodien, procédé qui consiste à distribuer à des instruments différents toutes les notes d’une même mélodie.Les possibilités des instruments sont de plus exploitées à leurs limites : sons harmoniques, pizzicati, sons bouchés, etc Comme les notes de ces mélodies sont surtout écrites sur les temps faibles de la mesure, il en résulte un effet de fluidité inusité.La brièveté des pièces de Webern est une conséquence de l’abandon des formes traditionnelles.Elles ne peuvent pas épouser la dimension et le format des œuvres classiques.Ce sont des mélodies nées d’un seul jet.formant un tout.Ce phénomène de désintégration sonore, préconisé par un Debussy, trouve chez Webern sa réalisation extrême et quasi totale.A un tel point que si l’expérience se poursuivait, la musique cesserait d’exister.L’une des Cinq Pièces de l’Op.10 n’a que six mesures et dure un quart de minute à peine.Aujourd’hui, près de vingt ans après sa mort, Webem occupe une position éminente qu’il n’a pourtant jamais recherchée.Les jeunes compositeurs de tous les pays s’émerveillent à mesure qu’ils étudient et découvrent les travaux de ce novateur.D'autres 41 compositeurs, tels que Stravinsky, ne cachent pas leur admiration pour Webern et vont i jusqu’à adopter le système dodécaphonique (intégral.L’univers sonore de Webern est traversé d’éclairs et d’éblouissements mais il est organisé avec une logique indiscutable.Ses oeuvres ne sont pas mélodiques dans le sens habituel i du mot mais sont profondément expressives à leur manière, tout comme l’œuvre d’un Paul Klee ou d’un Kafka.Remercions le jeune chef d’orchestre Zubin Mehta de nous avoir révélé Webern.Gilles Potvin DISQUES Nous vous proposons trois disques qui peuvent servir de première initiation à la musique de notre siècle : Ravel, Honegger, Jolivet, Stravinsky et Webern, cinq mondes, cinq continents sonores, divers et fascinants comme les continents même de notre planète.Ravel (1875-1937) : Trio en la mineur pour piano et cordes (1914); Honegger (1892-1955): Sonatine pour violon et violoncelle (l932) et Sonatine pour piano et violoncelle (1925); BAM, LD 059.Le trio de Ravel, pièce chatoyante et somptueuse, demeure l'une des grandes pages de la musique dite impressionniste, à la fois fignolée dans les moindres détails et très fortement structurée dans l’ensemble.On dirait une somme de l'œuvre de Ravel : quatre mouvements indépendants, mais se répondant par leur unité de style et par la virtuosité grammaticale du compositeur.Piano, (Noël Lee) violon, (Robert Gendre) et violoncelle, (Robert Bex) nous offrent les arabesques de leurs merveilleux microcosmes, dialoguent avec une souplesse féline, ou créent des tutti d’une incroyable puissance rythmique et technique.L'orchestration ravélienne, ainsi dépouillée des joliesses parasites dans la sévère formule du trio, atteint une grandeur et une noblesse exceptionnelles.Comme en peinture il n’y a pas réellement rupture, mais seulement glissement du langage pictural entre Rembrandt et Renoir, ainsi, entre Mozart et Ravel, il y a un renouvellement des valeurs musicales, tout en demeurant dans la grande tradition mélodique.Honegger, membre du Groupe des Six, croyait en un bouleversement plus marqué des formes et des valeurs de son art : « On perçoit une série de constructions thématiques, mais chaque protagoniste se meut dans un terrain personnel, et met en action des éléments qui lui sont propres ».Il faut traduire qu’un duo n’est plus concertant, mais plutôt combattant : ces Sonatines constituent des esquisses de grandes symphonies où les multiples groupes orchestraux coutumiers ont délégué leurs pouvoirs aux deux « protagonistes », qui doivent donc tout mettre en œuvre pour exploiter leurs propres ressources au delà de leurs portées normales.Plusieurs effets de détail (insistances martelées, audaces dissonantes), de même que l’architecture générale des deux Sonatines, peuvent étonner après Ravel, mais sans atteindre la rupture plus nette d’un Stravinsky ou d’un Webern.En somme, Honegger pousse un peu plus loin l’impressionnisme d’un Ravel, d’un Debussy, d’un Dukas, et demeure dans l’ensemble de son œuvre (surtout dans «Jeanne au bûcher» et dans « Pacific 231 ») un élément de transition beaucoup plus qu’un ferment de révolte.Ces deux Sonatines résument fidèlement les grandes lignes de la musique de Honegger : fortes charpentes rythmiques, projections sonores audacieuses, indépendance relative des groupes instrumentaux, téléscopages mélodiques approchant parfois la syncope du jazz, exploitations de nouvelles articulations musicales influencées par le machinisme contemporain.Le Fernand Léger de la musique.André Jolivet (1905- ) : Concer- to pour ondes Martenot et orchestre, Concerto pour harpe et orchestre de chambre, Collection Présence de la musique contemporaine, Véga, C-30-A-3.« L’art est le moyen d’exprimer une vision du monde qui est une foi » a déclaré Jolivet, un des compositeurs français remarquables de notre siècle : sans avoir la haute stature de Varèse ou de Honegger, Jolivet fonde sa composition sur une dynamique subtile et bien balancée, et aussi sur le développement d’une zone tonale particulière, qui n’est plus tout à fait mélodique et n'est pourtant pas encore dissonante.Le Concerto pour ondes Martenot et orchestre établit un dialogue habile et significatif entre un ensemble instrumental aux possibilités bien exploitées et bien définies, et un nouvel outil, d’une souplesse et d’une singularité troublantes, que Ginette Martenot manie avec beaucoup de grâce et de virtuosité.D'inédites harmoniques jaillissent de cette conjugaison des ondes et de l’orchestre, créant au cours des trois mouvements (admirablement bien « mis en scène » par le compositeur) une dimension musicale d'une grande profondeur de champ rythmique et d’une non moins grande puissance lyrique, dont la finale fournit un échantillon de toute première valeur.Le Concerto pour harpe et orchestre de chambre oblige la soliste, Lily Laskine, à la mise en œuvre de toutes les ressources de son instrument, dans ie contexte traditionnel d’une riche et ample sonorité aussi bien que dans celui, plus récent, d’un langage tonal-limite.Le jeu très neuf de la harpe est d’ailleurs magnifiquement soutenu par un petit orchestre de chambre dont le compositeur a soigné fort bien l’écriture.Stravinsky (1882- ) ; Variations sur le choral « Von Himmel Hoch », et Canticum Sacrum; Webern (1883-1945) : Cantate op.29 et Cantate op.31.Collection Présence de la musique contemporaine, Véga, C-30-A-120.Un habile technicien de la composition est parfois porté à écrire des variations, puisque c’est là une sorte de défi qu’il se lance à lui-même : les cinq variations sur le choral de Bach témoignent généreusement en faveur de Stravinsky et de ses grandes ressources d’écriture orchestrale et vocale.Canticum Sacrum (1956), en cinq chants, rappelle la majestueuse Symphonie des Psaumes (1930), et possède un aspect mystique indéniable, empreint d’un authentique sentiment religieux.Le texte biblique latin est beau, et la musique l’enveloppe dans une forme large et bien drapée.Webern forme avec Berg et Schoenberg le grand trio de la musique allemande moderne, caractérisé surtout par l’écriture poly-tonale.Boulez dirige superbement les deux Cantates de Webem, exécutées avec dévotion et minutie par les chorales mixtes de Elizabeth Brasseur.Les voix imposent au compositeur des exigences précises, qui « humanisent » en quelque sorte les explorations instrumentales parfois torturées et trop techniques d’une certaine écriture musicale récente.Le dialogue, dans ce disque, entre les voix et l’orchestre fournit une synthèse exceptionnelle pour la compréhension de l’art musical actuel.(Ces trois disques d’excellente qualité technique sont distribués à Montréal par Ed.Archambault.) G.R.LIVRES son écriture caustique ne laisse pas indifférent.Mais de trop faciles effets de chocs, qui manquent de chaleur humaine et de naturel psychologique, réussissent à peine à faire se traîner des pantins maladifs dans un décor d’un «cliché affreusement banal» (p.169).L’histoire n'est pas bête : une adolescente cynique et désabusée dérobe à sa mère, comédienne défleurie devenue habituée d'hôtel discret, son pitoyable amant, un professeur dégoûté d’une vie conjugale désolante.On a voulu parler de Sagan, de Simone de Beauvoir, dans la publicité tapageuse : mais c’est d'une Sagan qui ne saurait pas construire correctement toutes ses phrases et nous servirait des joliesses de style d’une sensiblerie toute romantique; mais c’est d’une Simone de Beauvoir moins cette passion et cette philosophie poignantes; c’est une Christiane Rochefort à l’eau de rose, et je crains que l’éditeur se soit trompé : tel quel, le livre conviendrait mieux à la collection romanesque.Des petites méchancetés au fond peu troublantes viennent rouiller la prose souvent mal ponctuée (distractions de la correction d’épreuves ?) de cette petite fille de Jean-Charles Harvey qui ne possède, hélas, pas l'élégance littéraire et les idées percutantes de son grand-père.Claude Jasmin : Délivrez-nous du mal, A la Page, Montréal, 1961.Il y a de l’éloquence, de la gesticulation, de l’exhibitionnisme chez Jasmin.Il en met trop, par crainte de passer inaperçu.Il y a aussi une sincérité, que je soupçonne d'être humoriste à mesure que je connais mieux le gars Jasmin, amusant et versatile.Comme il l'écrit lui-même dans son roman : « Les petits jugements à l’emporte-pièce ne sont pas ce qu’il y a de meilleur à tirer de lui» (p.81).Jasmin sait raconter, mais il ne touche pas à la vraie littérature.Ce troisième roman, le plus faible, accuse les principaux défauts des deux précédents sans marquer sous d’autres angles des améliorations.Volonté de choquer, décousu de la narration, cocktail de styles : en somme, un trio de percussion sans orchestre.Jasmin s’engage dans la voie de Thériault : écrire des livres sans préoccupation littéraire, et les mêmes embûches, les mêmes trouvailles, l’attendent, avec peut-être en plus un petit goût de réchauffé.Pierre Angers, s.j.: Venseignement et la société d’aujourd’hui, Éditions Sainte-Marie, Montréal, 1961.« Les jeunes élèves ne croient pas à la formation intellectuelle parce que les maîtres n’y croient pas assez.Le médiocre idéal des aînés se transmet à la jeune génération.» La vieille expérience du Père Angers coïncide avec ma jeune expérience de professeur : les étudiants et les maîtres manquent d’à peu près toute curiosité intellectuelle, dans l’ensemble.La faute à qui ?On fait beaucoup pour y remédier : on en parle.C’est suffisant.Et j'ai cru rêver (agréablement, aux anges) quand j’ai lu : « Aux niveaux primaire et secondaire, 15 ou 20 élèves par professeur est un maximum à ne pas dépasser; au niveau supérieur, une dizaine au plus ».Je connais pourtant des classas de 50 au secondaire et de 100 au supérieur.Ce qui explique peut-être le manque d’enthousiasme de la part du professeur et le manque d’intérêt de la part de l’étudiant, en ce qui touche la formation intellectuelle, qui ne se fait ni à la chaîne ni au bulldozer.Guy Robert Diane Giguère: Le temps des jeux, Cercle du Livre de France, Montréal, 1961.Quand les fruits sont amers, les dents grincent.Ce premier roman d’un nouvel auteur déçoit beaucoup et séduit un peu.Il séduit surtout par quelques noyaux d’espérance : Diane Giguère possède du mordant, du souffle, de la verdeur; son encre est acide, AFFRONTEMENTS) (.) vous m’écrivez que la Revue Do-minicaine s’assure maintenant d’un nouveau départ et qu’elle espère déjà d’heureux dialogues entre clercs et laïcs.Permettez-moi, puisque nous nous connaissons bien ! — de vous dire tout de suite : c’est impossible, mon Père.Comment, en effet, nous, vos laïcs, vos fidèles d’en bas de la chaire, vos fils spirituels, vos pénitents dont vous connaissez trop bien les misères cachées, vos élèves dont vous avez été les maîtres si assidus, comment, pourquoi oserions-nous vous affronter ?Impossible et inutile ! Vous le savez très bien : les chrétiens ne sont pas des êtres de dialogue.Au point de départ, la foi; au point d’arrivée, la foi.Nous voilà bien encadrés ! Surtout les prêtres ! Vous avez des réponses toutes cuites à l’avance, toujours les mêmes depuis 2000 ans.Vous avez hâte de nous les servir.Nous voulons parler, exprimer une opinion ?À la jonction de nos raisons et de nos doutes, de nos critiques et de nos révoltes, arrive la parole fatale : « C’est de foi.le Pape l’a dit ».Enfin, des faits et des faits pas très lointains m’obligent à vous rappeler que vous avez un Supérieur, que vous êtes d’une communauté.Vous n’êtes donc pas libre de vos opinions publiques.Comment allez-vous écrire tout ce que vous pensez ?U Imprimatur ! "L’Imprimi potest ! Je vous admire et je vous plains, Père Lacroix.Michel Laduraniaye Difficile ou impossible ?Cher Michel, Difficile, si ! Impossible, non ! C’est vrai, l’habileté à discuter par questions-réponses est chose rare en toute sphère et pour tout le monde.Des hommes qui savent dans la dignité même de leur liberté exposer leurs pensées sur des sujets vitaux sans se sentir tout de suite victimes ou bourreaux, j’en connais peu.Trop de mots déjà dits, aussitôt écrits, qui font taire l’autre ! Tant d’amateurs ! Tant d’artifices ! — Quand nous montrons-nous tels que nous sommes ?C’est pourtant essentiel.Les dialogues, les vrais dialogues vont au delà des masques, des complaisances, des défiances, des vanités; là où habitent ensemble, en harmonie, Amour et Liberté, à la frontière fragile du vrai et du moins vrai.Vous m’écrivez que les chrétiens ne sont pas des êtres de dialogue.Depuis quand ?Si c’est cela que nous vous avons enseigné, nous avons eu tort.La foi au Christ, la vraie foi, nous place tous les deux, en tant que baptisés, dans une situation idéale de départ.En un sens, nous sommes égaux puisque nous nous retrouvons au même plan objectif des mêmes grandes questions de la paternité de Dieu, de la divinité du Christ, de la survie, de la fin des temps, des relations entre l’homme et le cosmos, etc.Ces questions posées à nous par une première démarche de foi et d’accueil, présentes aussi à nos frères non-baptisés, par d’autres voies plus indirectes, crient sans cesse au secours.Fides quœrens intellectum, disait le moyen âge.Pourquoi si peu de dialogues ?Jusqu’ici les dialogues ont été plutôt rares.J’en conviens.Comment expliquer cela ?Il y a des raisons humaines d’abord.Peuple minoritaire, notre défiance vis-à-vis de l’autre est instinctive; manque de vocabulaire; manque de maturité intellectuelle, manque de culture théologique de part et d’autre, etc.— Peut-être avons-nous eu tort, nous prêtres, d’avoir voulu vous éviter à tout prix les difficultés de l’acte de foi adulte, de la dure conquête du doute, de l’exigente présence de Dieu en nous ?Plus souvent que moins, il nous est arrivé de vous chanter les douceurs de croire, la belle paix de l’âme chrétienne .Tant de berceuses ! Tant de sommeil ! Mais quels réveils aussi ! De plus, nous nous sommes rarement expliqués sur notre vie sacerdotale.Quand avons-nous osé vous parler de notre vie de foi à nous ?Pourquoi cacher les difficultés de notre espérance devant tout ce qui arrive ?Quel laïc peut se rendre compte qu’il nous faut souvent plus de foi pour vous parler qu’il vous en faut à vous pour nous écouter ?Être homme et dire les mots de Dieu, être ce qu’on est et faire les gestes d’un Autre ! ECCE HOMO ! Vers des échanges au plan de l'expérience Oui, il est temps, Michel, que nous abandonnions nos complexes de suzerain et de maître et que nous nous expliquions en toute franchise, en tant que frères du Christ et citoyens de la même Cité.Vous nous apporterez une expérience concrète des affrontements de la vie en société « chrétienne », nous vous offrirons l’expérience des études théologiques et de la pastorale.Quelle merveilleuse conversation nous aurons le jour.où nous nous serons enfin rencontrés ! La censure : oui ! Quant à la jolie persécution qui menace toujours les clercs qui osent s’interroger avec des laïcs sur des questions religieuses, je vous répondrai franchement à mon tour : vous exagérez.La menace n’est pas si sérieuse ni aussi fréquente que vous le pensez.Mais ayons, si vous voulez, des idées claires sur le sujet.Nous avons des cadres, nous obéissons à des lois, nous recevons des ordres.Nous avons accepté tout cela en acceptant d’être prêtres du Christ et de l’Église.Je vous le dis sans la moindre honte, gêne ou crainte -.Nous avons une censure et nous ose ®u (£ D:: l'Alh; lüiuff.Awt amis, Pii::: ma Dis: d: ¦ «ïïï: ï te Wiilî Hroil P: it It'll fcfe l’acceptons de pleine lucidité et sans tristesse.Que le directeur de Maintenant ne puisse pas publier tel ou tel article, cela pourra se produire, pour raisons sérieuses seulement.Déjà nous pouvons vous garantir l’honnêteté, l’expérience et l’ouverture d’esprit des théologiens qui seront nos censeurs.Ce sont nos amis, des hommes libres au sens fort du mot, libres parce que responsables.Nous avons confiance.Même s’il nous arrive quelques fois de différer d’opinion avec eux au plan de l’immédiat, nous sommes assurés qu’ils sont assez généreux intérieurement et extérieurement pour ne pas nous créer d’embarras inutiles.Est-ce assez clair ?D’ailleurs et entre nous, Michel, connaissez-vous une revue, un journal, un organisme si libre qui n’aie pas sa censure plus ou moins avouée, plus ou moins subtile ?C’est normal : la liberté, la vraie liberté choisit toujours.Enfin, pourquoi tellement craindre NOTRE censure quand vous êtes presque toujours les premiers à profiter de nos silences ?Pour le moment et avant toute discussion, c’est l’art même du dialogue qui reste à inventer.Moi, en tout cas, clerc, moine, prêtre du Québec, professeur, donc maître, j’éprouve un grand besoin de relire — et le plus tôt possible s’il vous plaît ! — le petit traité posthume de Pierre Nicole ( + 1695), gentiment intitulé: Qu'il y a beaucoup à craindre dans les contestations pour ceux qui ont raison.life, ftolSf de Fm hritfl; ; -, ’te: feus Sg Pr+: *i.itauJif te (te te ( ter te te, te te (( te + % Le danger d’avoir raison ! Quelle menace déjà !.Fraternellement, Benoit Lacroix, o.p.(1) Chaque mois veut confronter lettres et réponses. Q-CuC OS COLLABORATEURS U MOIS noît, (Bernard): Directeur des relations extérieures ’Alliance.BS B !» MS St' trt prèle tous line on B tlt f lirai " Jjii- im ni» ain, (P.-E.): Avocat.îsmarais, (M.-M., op.): Prieur au monastère St-Albert-le-Grand.amas, (R.-M., op.): Directeur de Témoins et prédicateur spécialisé auprès des jeunes.artubise, (René): (Professeur à la faculté de droit de l’Uni-Iversité de Montréal.croix, (Benoît, op.): Professeur à l’Institut d’Études médiévales de l’Université de Montréal.imoureux, (Jacques): Secrétaire Rédacteur à'Objectif 61.atura, (C.-M., ofm.): Professeur d’Écriture sainte au Scolasticat des Franciscains à Rosemont.orin, (Jacques-Y.): Professeur à la faculté de droit de l’Université de Montréal.Membre de la Cour ((les- permanente d’arbitrage (La Haye).Neil, (Louis, ptre): Professeur à l’Académie de Québec.(rent, (J.-M., op.): Professeur au Collège dominicain d’Ottawa.irrault, (A.-M., op.): Professeur de psychologie à l’Angelicum, (Rome).airier, (C.-A., op.): .v Recteur de l’église conventuelle Saint-’1 Albert-le-Grand.ourchot, (Daniel): Pasteur de l’Église luthérienne, otvin, (Gilles): Critique de musique au Devoir.Responsable d’émissions musicales à Radio-Canada.égis, (L.-M., op.): Professeur à la Faculté de Philosophie de l’Université de Montréal.obert, (Guy): Critique d’art.Professeur de littérature, obillard, (H.-M., op.): Professeur de Théologie à l’Institut supérieur des Sciences religieuses de l’Université de Montréal.tolland, (Roger): Directeur des programmes des réseaux français de Radio-Canada.iabourin, (Jean-Guy): Directeur de la troupe des Apprentis-Sorciers.Professeur au Collège Ste-Marie.Saucier, (Pierre): Adjoint à l’Information française à l’Office national du film.Journaliste.Vanasse, (Jean-Paul): Directeur de l’Information française à l’Office national du film.Critique littéraire.Viau, (Guy): Professeur à l’École des Beaux-Arts et commentateur à la Radio et à la Télévision.Membre du conseil provincial des arts.nllü lai1’ nfîS' dill0?1 il!» kP" J1 QUELQUES AUTEURS DES PROCHAINS TEXTES Anne Marie : Auteur de « L’aube de la joie » et « La nuit si longue ».Audet, (J.-P., op): Professeur à l’école biblique de Jérusalem et au Collège dominicain d’Ottawa.Crépeau, (Paul-André) : Professeur à la Faculté de droit de l’Université McGill.Dallaire, (Henri, op.): Professeur à l’Ecole polytechnique et à l’Institut supérieur des Sciences religieuses de l’Université de Montréal.David, (Dr Paul): Directeur de l’Institut de cardiologie de Montréal.Girard, (Jacques): Directeur du Quartier latin.Giroux, (A.): Ecrivain.Jasmin, (Claude): Romancier et critique d’art.Kattan, (Naïm): Secrétaire du cercle juif de langue française et rédacteur de la page internationale du Nouveau Journal.Lachance (Louis, op.): Doyen de la Faculté de Philosophie de l’Université de Montréal.Lavigne, (Françoise) : Vice-présidente de l’Association des femmes diplômées des Universités.Lemay, (Henri-Paul) : Professeur de droit fiscal et président de la Corporation des Hautes Études Commerciales.Liégé, (A., op.): Professeur à l’Institut catholique de Paris.Major-Charbonneau, (Rolande): Directrice à'Échange s spirituels.Pallascio-Morin, (Ernest): Homme de lettres.Pérusse, (Noël): Agent des relations extérieures à la Fédération des Travailleurs du Québec.Et les auteurs de nos rubriques mensuelles.LIVRES REÇUS Barnard, (Julienne): Mémoires Chapais, T.l.et T.2.Éditions Fides, Montréal, Paris, 1961; 308 et 376 pp.Berge, (André): Propos aux parents et aux éducateurs.Col).« L’enfant et la vie ».Aubier, Ed.Montaigne, Paris, 1961; 294 pp.Bruchési, (Jean): Témoignages d’hier.Éditions Fides, Montréal, Paris, 1961; 301 pp.Chantrier, (Théo.) : Psychologie de la vie quotidienne.Éd.du jour, Montréal, 1961; 155 pp.Daignault, (Pierre) : Vive la compagnie.Éd.de l’homme, Montréal, 1961; 124 pp.De Paul Rende, (Vincent): Dieu, notre Père.Coll.« L’eau vive ».Éd.du cerf, Paris, 1961; 218 pp.De Roussan, (Jacques): Mes anges sont des diables.Éd.de l’homme, Montréal, 1961; 126 pp.Duval, (André): Le Mercenaire.Librairie Garneau, Québec, 1961; 220 pp.Hurteau, (Laure): L’École de la vie.Éd.Fides, Montréal, 1961; 167 pp.Lefebvre, (Jean-Paul) et Parenteau, (Roland): Comment joindre les deux bouts.Éd.du jour, Montréal, 1961; 157 pp.Marcotte, (Marcel) : Cœur à cœur.T.l.Éd.Bellarmin, Montréal, 1961; 159 pp.Moreau-Rendu, (S.): Le couvent Saint-Jacques.Éd.du cerf, Paris, 1961; 276 pp.Régnier, (Michel): Montréal, Paris d’Amérique.Éd.du jour, Montréal, 1961; 160 pp.Ricour, (Pierre): Quand chante la source.Éd.Fides, Montréal, Paris, 1961; 135 pp.Runes, (Dagobert D.): The art of thinking.Philosophical library, New York, 1961; 90 pp.Stepkovic, (Nada): Lignes (Poèmes).Éd.Beauchemin, Montréal, 1961; 74 pp.Thériault, (Thérèse): Visage de la politesse.Éd.Fides, Paris, Montréal, 1961; 365 pp.West, (Morris L.): La seconde victoire, Plon, Paris, 1961; 278 pp.REVUE MENSUELLE DE CULTURE ET D'ACTUALITÉ CHRÉTIENNES PUBLIÉE PAR LES DOMINICAINS EN COLLABORATION AVEC D’AUTRES CLERCS ET DES LAÏCS.directeur administrateur: H.M.BRADET, O.P.comité de rédaction: H.DALLAIRE, B.LACROIX, G.TELLIER, o.p.PIERRE SAUCIER, GUY ROBERT, GUY VIAU.publicité et relations extérieures: SERGE DE BROUX CONDITION D’ABONNEMENT ABONNEMENT D'UN AN 5.00 ABONNEMENT DE SOUTIEN 10.00 RÉDACTION, ADMINISTRATION, ABONNEMENTS ET PUBLICITÉ, 2715 Chemin Côte Ste-Catherine, Montréal 26, P.Q.Tél.739-4002.N.B.Les abonnements ne sont enregistrés qu'au reçu du versement.Le Ministère des postes, à Ottawa, a autorisé l'affranchissement en numéraire et l'envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.Imprimé au Canada Vente au numéro: Les Messageries Coopératives de Montréal.411 rue Claude, Montréal.Tél: 866-5448.N.B.LA REVUE N’EST PAS RESPONSABLE DES ÉCRITS DES COLLABORATEURS ÉTRANGERS À L'ORDRE DE SAINT-DOMINIQUE CUM PERMISSU SUPERIORUM DES DÉÇUS DÉÇOIVENT -3 DES DÉÇUS Il s’agit d’un problème aussi vieux que les religions elles-mêmes : celui des relations entre les adeptes d’un culte et ceux qui en sont les représentants.De tout temps, à partir des religions primitives en passant par les temps bibliques jusqu’à notre christianisme canadien, un conflit ouvert ou latent s’est installé entre ceux qui se disent et sont effectivement les ministres, c’est-à-dire les intermédiaires entre Dieu et l’humanité et cette même humanité qui n’accepte jamais complètement de passer par des humains pour atteindre son Dieu.Que l’on songe à l’Ancien Testament où prêtres et prophètes se mêlent constamment de politique en vue d’établir la reconnaissance des droits de Dieu, en son nom et à sa place.Même dans la religion musulmane qui n’a point de sacerdoce officiel, il y a des chefs politiques, héritiers et successeurs de Mahomet et qui sont aussi à leur façon des intermédiaires entre Allah et ses fidèles.Les laïcs sont déçus par leurs prêtres sur plusieurs points.Parmi les reproches faits aux gens d’Eglise, c’est-à-dire aux clercs, relevons-en quelques-uns.Pour les uns, les prêtres ne sont pas assez saints pour représenter le Seigneur de toute sainteté.Pour d’autres, ces prêtres sont trop saints, entendons par là trop désincarnés, pour devenir les intercesseurs de pécheurs plongés dans les tâches terrestres.Il est devenu gênant à un prêtre de poser la question « Qu’attendez-vous de mon sacerdoce ?» Dans notre Québec façonné par le clergé, où les souvenirs chrétiens nous arrêtent à chaque pas, la réponse n’est pas toujours hostile.Loin de là ! Elle est le plus souvent indifférente, vague et parfois très négative.Ôn attend à peu près rien de ses prêtres, si ce n’est des sauveurs qui sauvent des exploiteurs, du désordre social, de la pauvreté en cer- taines circonstances; en tout cas, pas de sauveurs qui sauvent du péché, de l’ignorance, du mal étemel.Même déception éprouvée par les Juifs qui s’attendaient à un Sauveur qui réglerait toutes les difficultés, notre rédemption exceptée.Mais les prêtres aussi sont déçus par leurs fidèles.D’abord, parce que vous ne nous posez à peu près jamais de problèmes proprement religieux.Vos connaissances profanes nous épatent et vous faites figure d’hommes parvenus à la maturité.En ce qui concerne vos connaissances et vos préoccupations religieuses, elles ne dépassent guère le stade de l’enfance.En passant, cette ignorance religieuse ne serait-elle pas l’une des explications de votre complexe d’infériorité ?Parce que vous vous considérez comme des chrétiens de second ordre, vous devenez agressifs.Vous nous laissez le privilège de la connaissance théologique et d’une vie religieuse approfondie.Pareil catholicisme est dangereux dans une période de lutte et de révolution; il est de plus une cause de conflit.Que de prêtres déçus par les problèmes posés à eux dans une journée ! Lettres de références pour une position; intercessions auprès d’un notable; foyers déchirés et jeunes délinquants; mendiants réels ou exploiteurs, etc .Toutes choses qui font appel à la puissance temporelle, à la psychologie, à la psychiatrie ou à la Banque ! Que de prêtres fort compréhensifs s’inspirent d’un Jésus dialoguant avec la Samaritaine quand il s’agit d’âme à âme ! Deviennent-ils officiels, que nous les sentons lointains, livresques, dogmatiques, voire durs.Ils ont alors la peur de s’associer aux noms à l’orthodoxie douteuse, aux gens mal réputés chez les « bien-pensants ».Et qu’ils craignent donc de parler d’un Christ mangeant avec les pécheurs, allant à la noce et changeant l’eau en vin ! Si prêtres et laïcs se déçoivent mutuellement et que d’accusations précises seraient à relever d’un côté comme de l’autre, c’est par manque de réalisme.C’est que nous refusons d’aller jusqu’au bout de l’incarnation, que nous sommes trop obsédés par un christianisme de transcendance ou par un christianisme d’incarnation.Il n’est pourtant pas question de laisser de côté l’élément divin de la religion ni non plus de la réduire à une forme d’humanisme.S’orienter dans cette ligne de considérations pourrait aider nos relations.Pour une solution positive à nos malentendus entre clercs et laïcs, voyons ce qui peut nous unir.Nos seules faiblesses nous divisent et rien ne servirait d’en prolonger la liste.L’Eglise, c’est-à-dire « Jésus-Christ continué » comme disait Bossuet, ne déçoit pas.Les réponses à l’angoisse du monde et à la nôtre ainsi que les forces pour triompher du mal ou du moins pour en sortir, l’Eglise les fournit toujours.Et c’est en ce sens qu’Elle n’a rien perdu de sa jeunesse, de sa vitalité et de son adaptation.Ni « un homme dans l’espace », ni une « fusée sur Vénus », ni « le bébé éprouvette » ne sont des obstacles à la foi.Le message du Christ transmis par l’Eglise n’est pas si facilement désarmé.Pour paraphraser le mot de St-Exupéry: S’aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, mais marcher ensemble dans la même direction.De même, il s’agit pour tous les croyants de regarder ensemble vers cette Eglise ou plutôt de la construire sans se laisser désarmer par leurs déficiences mutuelles.Rien n’est plus anti-évangélique que d’opposer des groupes sociaux les uns aux autres; encore moins clercs et laïcs, membres d’une même Eglise.Tous, prêtres et laïcs restent assoiffés de Dieu et de son message.Le malaise et les malentendus ne se dissiperont qu’à mesure que l’Eglise sera représentée sous son vrai visage.Il faudra de plus en plus expliquer — vouloir supprimer serait chimérique — les attitudes et les bêtises catholiques pour mieux voir que l’Eglise vaut mieux que ses fidèles, que son centre est la vie surnaturelle, qu’elle est le moyen très incarné de relier, de rattacher les hommes à Dieu.Moins de vues sur les structures et les méthodes de l’Eglise, mais une vision de l’Eglise.Cette perspective est essentielle pour que des déçus cessent de décevoir des déçus.Pas des gens qui s’observent pour se prendre en défaut, mais qui regardent vers un même Seigneur vivant dans une même Eglise.H.-M.Bradet, o.p.
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