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Titre :
Maintenant
Revue d'idées très en phase avec les débats qui animent la société québécoise durant la Révolution tranquille.

[...]

La revue Maintenant arrive et s'inscrit dans l'effervescence du Québec des années 1960, au moment de la Révolution tranquille. Elle a pour vocation de remplacer la Revue dominicaine en créant un lieu de discussion collé sur l'actualité. Pour s'insérer davantage dans l'activité intellectuelle de son temps, la nouvelle revue affiche une facture moins savante.

Père Henri-Marie Bradet, directeur de la revue depuis ses débuts en 1962, rassemble rapidement de nombreux collaborateurs, clercs et laïcs. Plusieurs dominicains, mais aussi Benoît Lacroix, Louis Lachance, Émile Legault, Gérard Dion et Louis O'Neill offrent des contributions à la revue, tout comme les laïcs Hélène Pelletier-Baillargeon, Louis Fournier, Pierre Saucier, Dr Paul David, Ernest Pallascio-Morin, Jacques-Yvan Morin, Guy Robert et Naim Kattan, parmi de nombreux autres.

La volonté d'actualisation du catholicisme prônée par Maintenant tient ses racines dans le personnalisme des années 1930 et son ouverture à l'individualisme, et coïncide, en 1962, avec le programme de réformes du catholicisme de Vatican II, duquel la revue portera l'esprit au Québec. Elle offre une tribune aux catholiques de gauche, soucieux de montrer un esprit actuel et moderne à la jeunesse intellectuelle.

Maintenant s'adapte rapidement aux changements accélérés en cours dans la société québécoise et devient un lieu de débat important. Les clercs souhaitent se positionner comme porteurs d'une conscience morale évolutive de la société vis-à-vis des intégristes et du contrôle de l'Église. Cet humanisme chrétien motive Maintenant à adopter hâtivement le socialisme démocratique et à cautionner et pousser l'idée de l'indépendance politique du Québec.

Le contexte de laïcisation et de pluralité grandissante des affiliations religieuses, conjugué au déclin de l'attachement national canadien-français et catholique, donne naissance à un nationalisme québécois civique qui se manifeste notamment dans la déconfessionnalisation de l'enseignement public. Maintenant en sera partie prenante.

La revue participe ouvertement aux débats sur la régulation des naissances, mais, par principe religieux fondamental, demeure d'abord contre l'avortement. Et bien qu'elle appuie une laïcité ouverte, la revue refuse affronte la position radicale de la relégation du religieux à la sphère privée. Les audaces que Maintenant se permet font des mécontents à la tête de l'ordre dominicain à Rome, qui demande la destitution du père Bradet en 1965. La maison provinciale de l'ordre ne souhaite pas se ranger dans la réaction. Le père dominicain Vincent Harvey prend la relève de Bradet à la direction et offre au contraire davantage d'autonomie à la revue, qui appuie plus résolument le socialisme et l'indépendantisme québécois.

Maintenant souhaite mettre un terme au nationalisme messianique pour que toute la place soit laissée à un mouvement politique pragmatique, qui envisage la souveraineté politique comme moyen pour le Québec de se développer. Tous les dominicains ne sont toutefois pas à l'aise avec les positions politiques de la revue. L'ordre sort de l'aventure en 1969. Son maigre financement est dorénavant assuré par Pierre Péladeau. La revue délaisse alors presque complètement le contenu religieux pour se concentrer sur les questions politiques, sociales et économiques.

Durant la période qui suit, Maintenant accueille des collaborateurs réputés, dont Robert Boily, Jacques Parizeau, Michèle Lalonde, Fernand Dumont, Jacques Grand'Maison, Jacques-Yvan Morin, Guy Rocher, Camille Laurin, Pierre Vadeboncoeur et Louis O'Neill. Hélène Pelletier-Baillargeon y est toujours et sera d'ailleurs nommée directrice au décès de Vincent Harvey en 1972.

Maintenant est affiliée aux journaux indépendantistes et réformistes Québec Presse (1969-1974) et Le Jour (1974-1978). Les trois cahiers publiés en 1975 sont d'ailleurs distribués avec Le Jour. Plusieurs des collaborateurs des dernières années seront des figures importantes du gouvernement et de l'administration du Parti québécois à partir de 1976.

Source:

ROY, Martin, Une réforme dans la fidélité: la revue Maintenant (1962-1974) et la «mise à jour» du catholicisme québécois, Québec, Presses de l'Université Laval, 2012.

Éditeurs :
  • Montréal, P.Q. :les Dominicains en collaboration avec d'autres clercs et des laïcs,1962-1975,
  • Montréal :Éditions Maintenant inc.,
  • Montréal :Editions Maintenant :
Contenu spécifique :
Janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Revue dominicaine ,
  • Témoins
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Références

Maintenant, 1962-01, Collections de BAnQ.

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1 A 5> J” JANVIER 1962 L.M.Régis, o.p.DIALOGUE AVEC LA VÉRITÉ.A.M.Perrault, o.p.L'ÉGLISE EST-ELLE OPPOSÉE À LA PSYCHANALYSE ?M.M.Desmarais, o.p.CLINIQUE DE L'ESPRIT.Roger Roland LE SENS DES MOTS.NOUVEAU DÉPART Louis O'Neil, pire LE PROJET LACOSTE : UNE SOLUTION 7 Guy Viau UN ÉLÈVE SOUS-DOUÉ.J.-T.Morin SÉISME EN AMÉRIQUE LATINE.Pierre Saucier ON S'ÉLOIGNE DE LA FÉODALITt Guy Robert UNE LITTÉRATURE SANS RACINE: LA NÔTRE.H.M.Bradet, o.p.ÉDITORIAL (Sommaire oomplel ou rerso) En recherchant non pas une formule, mais une orientation pour cette Revue, j’ai d’abord tenté de fuir les bourbiers de l’actualité.Pourquoi ne point passer avec une indifférence hautaine sur la route qui va de Jérusalem à Jéricho ?Ce fut l’attitude du lévite dans la parabole du bon Samaritain.Il en fut blâmé cependant.En un temps difficile où il n’existe pas de solution facile, où les opinions foisonnent et les rivalités se multiplient, il est séduisant de demeurer un spectateur amusé ou scepdque, méprisant ou indifférent.Et puis, celui qui choisit de ne pas « s’engager » se donne un beau rôle : il s’imagine ou laisse croire qu’il aurait tout réglé s’il était intervenu.Dans cette neutralité pas nécèssairement courageuse, il y a de la joie à critiquer ces gens qui se battent dans la plaine et qui, évidemment, n’aboutissent toujours qu’à des solutions médiocres et imparfaites.Ces sphères élevées ne manquent pas où se réfugier : métaphysique, théologie ou simplement le vaste domaine des principes dans lesquels tout trouve une solution.Disons même qu’en montant très haut dans les principes, on pourrait encore parler de l’unanimité au Québec.Detpc; jéçüeils; sont j à: ^vifér', : : Oublier l’éternel pour ne considérer que le prestigé - du ¦ mdzfde ou négliger ce monde pour mieux servir l’éternité.L’Ordif’ religieux' regpqrisable: de ccette revue est apostolique; aussi les laïcs chrétiens qui travaillent avec' ces religieux et d’autres clercs sont intensément convaincus qu’ils n’ont pas de droit à la désertion.Le malade qui ne soigne pas son corps, disait Pascal, abuse de Dieu.Péguy rappelle que toute la théologie se réflète dans un dicton : « Aide-toi, le ciel t’aidera ».Tout le problème pour des chrétiens consiste donc à manier d’une main pure des moyens temporels pauvres, selon l’expression de Maritain — « les moyens propres de l’esprit.» Nous n’entendons point proclamer une charte qui fixerait une formule, ni non plus des cadres rigides ou des plans d’action qui emprisonnent.Nous avons tout de même une optique qui se veut franchement chrétienne pour témoigner du jusqu’au-bout-de-l’incarnation, c’est-à-dire de cette religion charnelle et spirituelle à la fois.Maintenant se veut fidèle à l’Église, loyal au monde en faisant porter ses analyses sur l’évolution politique et sociale, les mouvements idéologiques et culturels, toutes ces structures dans lesquelles l’homme chrétien accomplit son destin et exerce son influence.Aux collaborateurs présents et futurs ainsi qu’à nos lecteurs, nous proposons les directives nuancées de la vieille théologie qui rattache l’audace à la vertu de force.Il s’agit d’évitèK .‘de ; trop ; çraindrq et.de .trembler à propos de tout, comme de ne pas craindre-aeSe’z.OtL mêrûp’çlç.pé.'pâç/iraindre du tout quand il y a raison de craindfçj ¦ If f jmt évitppde se-kncen follement et à contre-temps comme de fuir la1 TÎp'oste.•qûàtf’d'.elle ;sçf^ijt/opportune.Le Directeur Le Directeur : Nouveau départ .I La Rédaction : Le R.P.A.Lamarche .3 Invitation au forum du 22 Janvier .4 L.-M.Régis, o.p.: Dialogue avec la vérité 5 A.-Ki.Perrault, o.p.: L'Eglise est-elle opposée à la psychanalyse ?3 Kéno : Simple adverbe .9 M.-M.Desmarais, o.p.: Seigneur, que votre silence m'oppresse ! .10 Samuel Stehman, o.s.b.: Pardonnez-leur .11 Roger Rolland : Religion, religieux .12 Qu'en pensez-vous ?.12 Louis O'Neil, ptre : Le projet Lacoste : une solution ?.13 J.-M.Chicoine, c.s.c.: Messe facultative au Collège St-Laurent .14 Guy Viau : Un élève sous-doué .15 J.-M.Parent, o.p.: Pour ou contre l'école confessionnelle .16 Coup d'oeil sur les diocèses.Nos réunions 17 C.Matura, o.f.m.et Pasteur D.Pourcbot : Conversation catholique - protestante .18 H.-td.Robillard, o.p.: La fosse aux lions .20 Encouragez nos annonceurs .21-28 R.-td.Dumas, o.p.: Plus vite laïcisés par le dollar que par le rouble .30 P.-E.Blain : Plaidoyer pour le silence .31 C.-A.Poirier, o.p.: Faut-il maintenir les messes silencieuses ?.32 J.-Y.tdorin : Séisme en Amérique latine .33 René Hurtubise : Conférence sur les ressources renouvelables 35 Pierre Saucier : On s'éloigne de la féodalité 35 J.-P.Vanasse : Enfin, Madame Loranger vint 36 B.Benoit : Une opinion sur le séparatisme 37 Guy Robert : Une littérature sans racine : la nôtre ?.38 Idadeleine tdérineau et Denis Maisonneuve : Poésie .39 L'Estoc : Peinture .3?Jean-Guy Sabourin : Théâtre .40 J.Lamoureux : Cinéma .40 Gilles Potvin : Musique .40 Guy Robert: Disques.Livres .41 Benoit Lacroix, o.p.: Affrontement .42 Nos collaborateurs du mois.Auteurs des prochains textes.Livres reçus .43 H.-M.Bradet, o.p.: Des déçus déçoivent des déçus .44 Le Révérend Père Antonin Lamarche Il est l’homme qui a dirigé la Revue Dominicaine durant dix-huit ans.Qui plus est, il s’est identifié à elle, lui consacrant son temps et son énergie.Surtout toute la sagesse qui était en lui et qui s’est accrue d’une vie priante, silencieuse et éloignée du monde.Un religieux qui a le don de la sympathie, de la bonté pour tout le monde, un caractère affable et que ses collaborateurs regretteront.Une façon toute aimable de signaler qu’un texte devait être, tantôt abrégé, tantôt repris, mais après en avoir relevé d’abord tous les mérites.S’il a parfois refusé des articles, pour diverses considérations et surtout pour l’amour de sa Revue, sa délicate sensibilité a dû en souffrir.Du moins, on le soupçonne.Métier austère, sans grande consolation humaine que la direction d’une Revue.Attendre des textes promis et qui n’entrent pas à la date limite; demander des collaborateurs qui se disent trop occupés pour accepter; se contenter de ce qui plaît peu ou pas, alors que l’on veut d’un grand désir donner aux lecteurs les plus hautes pensées dans la forme la plus pure.Voilà des aspects que je ne peux encore que soupçonner, mais que le Père Lamarche a affronté des années durant.Écrivains sollicités qui ne sont jamais venus ou qui sont venus en trahissant un idéal qu’il portait très haut, hérité de son oncle le T.R.P.Marcolin Lamarche, écrivain de grande classe.Quant aux lecteurs de la Revue Dominicaine, je ne les imagine ni meilleurs ni pires que tous les autres lecteurs de journaux et de revues.Toujours silencieux, à quelques exceptions près, si un texte leur plaisait et leur faisait du bien.Pour les bienfaits intellectuels, on se croit généralement dispensé de toute reconnaissance.Alors que le prédicateur peut, sinon mesurer le bien de sa parole, du moins constater qu’elle intéresse : toute la chaleur du contact humain et toute la joie de la conversation dans la parole parlée.Pour l’écrivain, rien ou à peu près pour la sensibilité.Il a beau se dire et se répéter que les « écrits demeurent » et influencent la pensée et l’action de ses concitoyens, son métier est d’obscurité.Semer sans voir que le grain lève, encore moins espérer la moisson.Atténuons en disant que plusieurs textes du Père Lamarche lui valurent de chaleureux encouragements, pour ne signaler que celui sur la Hiérarchie des droits en éducation (juillet-août 1961).C’est à cette forme d’apostolat que le Père Lamarche s’est consacré.Il en a absorbé jusqu’à la « cuisine », comme la correction des épreuves.Il s’est senti seul, et il l’a été effectivement.Lui-même a souvent désiré une formule plus « engagée » selon l’expression à la mode.L’isolement et le manque d’organisation matérielle ne le lui permirent pas.Dans la formule 4 qu’il a maintenue, la Revue fut d’une tenue telle, qu’à Genève, les membres de l’O.N.U.l’ont déjà proclamée « la plus belle revue d'inspiration catholique jamais vue, tout en se demandant comment une revue si dispendieuse pouvait subsister » (Mémoire présenté à la Commission d’Enquête sur les publications).Il y a une question qu’il serait difficile d’évincer.Pourquoi alors tout ce changement dans la formule, le format et jusqu’au nom ?Besoin de changement ou le réflexe habituel d’un nouveau venu dans une fonction ?Peut-être ! Il y a surtout ce monde de chez-nous qui s’interroge sur d’autres problèmes que ceux de 1915 (date où Le Rosaire devenait La Revue Dominicaine').Chaque génération, à tort ou à raison, veut reviser et retoucher les méthodes de ses pères.Psychologie qui ne devrait cependant pas établir de conflit entre les générations.Au Père Lamarche qui comptera parmi nos collaborateurs, nous l’espérons, nous voulons offrir la gratitude de tous ses lecteurs passés et présents.Qu’il daigne conserver à Maintenant toute sa bienveillance, et son indulgence aussi pour nos premiers pas en des sentiers hasardeux.H.-M.Bradet, o.p.Parlant du rôle des écrivains, le Cardinal déclarait récemment : « Ils renoncent souvent à la paisible tranquilité de tous ceux qui ne s’expriment pas.Ils s’attirent inévitablement des critiques d’une part et trouvent des alliés encombrants ou dangereux d’autre part : leurs vrais amis sont rares.Ils n’ont même pas la consolation d’avoir dit parfaitement ce qu’ils avaient à dire, car l’expression de la pensée est toujours déficiente et inadéquate.Leur seule consolation consiste à s’apercevoir que, grâce à leur travail, les hommes réfléchissent et, à leur tour, font la part des choses.» FORUM: les laïcs et le Concile MAlNTENANT invite ses amis et lecteurs, tant catholiques que non-catholiques, à un FORUM sur le prochain concile du Vatican.La double question qui sera posée est celle-ci : "Qu'attendent les laïcs catholiques romains du Concile; que souhaitent les laïcs chrétiens non-catholiques ?Ce forum aura lieu, lundi le 22 janvier 1961, à 8.30 p.m., dans l’auditorium des Pères Dominicains, Couvent Saînt-AI-bert-le-Grand, 2715, chemin de la Côte Ste-Catherine, Montréal.« Il n’est pas digne de celui qui gouverne de refuser la liberté de parole, pas plus qu’il n’est digne du prêtre de ne pas dire ouvertement ce qu’il pense.En vérité, ô vous qui gouvernez, il n’y a rien de plus agréable au peuple que votre amour de la liberté pour ceux qui vous sont soumis.Cest en cela justement qu’est la différence entre les gouvernants : que les bons aiment la liberté et les mauvais la servitude.Et ainsi, pour un prêtre, il n’y a rien de plus dangereux devant Dieu et de plus honteux devant les hommes que de ne pas proclamer ouvertement sa propre opinion.» Saint Ambroise (Ep.XL, 2) 5 ?DIALOGUE AVEC LA VERITE « Il y a une sœur et un frère que Dieu créa inséparables : la vérité et l’inconvénient.Et je ne crois pas qu’il soit bon d’étrangler sœur-vérité à cause de frère-inconvénient.» (Lamennais) On s’imagine souvent que la besogne la plus ardue de l’homme qui cherche est la découverte de la vérité; celle-ci implique, en effet, une longue et difficile enquête sur les œuvres des penseurs, tant passés que présents, des discussions interminables sur les points de départ et les points d’arrivée, une constante et laborieuse réflexion sur la moisson recueillie afin de séparer cette ivraie qu’est l’erreur d’avec le froment substantiel de Dieu que sont les multiples vérités découvertes au cours de ce long et pénible travail.La vérité qu'il faut prendre en charge Ce n’est pourtant là que l’aspect le plus facile des relations de l’homme avec la vérité : car cette dernière, une fois découverte, devient une maîtresse exigeante, dure comme un acier bien trempé et qui se refuse à toute compromission.Elle remplit la vie de celui qui l’a découverte d’incessants combats, d’innombrables inconvénients, engendrant chez-nous le désir de l’étrangler ! Un proverbe anglais exprime de façon négative ces embarras multiples qu’impose la vérité découverte : "Ignorance is bliss”.Dicton populaire qui vient précisément de l’expérience de la lourdeur de la vérité que l’on a prise au sérieux; car cette légèreté de la vie, qui consiste à suivre ses humeurs, à se délecter dans ses caprices, à se complaire dans la diversité « caméléon-naire » du vieil homme qui sommeille en nous, toute cette béatitude de la facilité qui flatte ce qu’il y a chez nous de complicité avec l’erreur et le mensonge, tout cela doit être purgé quand la vérité se manifeste à nos yeux avec tout l’éventail des devoirs qui l’accompagnent.Le premier dialogue de l’homme avec la vérité consiste exactement dans cette prise de conscience des charges que la vérité fait peser sur nous : car il y a toujours, entre les vérités que découvre l’homme et cette totalité qu’est sa personne, un combat avec l’ange.Combat d’un nouveau Jacob dans la nuit des passions contre ces ténèbres mystérieuses que le Fils de Dieu est venu dissiper, comme dit Jean dans son prologue, pour les illuminer non d’une vérité qu’il suffise de contempler béatement, mais qu’il faut vivre, qu’il faut réaliser dans sa vie.Et c’est cela qui ne se fait pas sans une bataille de tous les instants, bataille qui risque de nous rendre boiteux, déhanchés, comme dit l’Écriture (Genèse, XXXII : 26).Sans ce premier dialogue avec la vérité ainsi envisagée comme règle de vie et non simple curiosité de l’esprit, tout autre dialogue sur la vérité, autour de la vérité n’est que verbiage, potinage sur la place publique, passe-temps de pseudo-intellectuels rentiers de leurs préjugés. 6 La vérité qui est Quelqu'un On dit que toute vérité vient de Dieu, ce qui est vrai; mais toutes les vérités ne viennent pas de Dieu de la même façon; de même les combats qu’elles suscitent au cœur de celui qui les possède n’ont pas les mêmes dimensions ni la même virulence.Ainsi les vérités révélées par Dieu ne sont pas le fruit de notre travail, comme les vérités naturelles, mais le fruit d’une gratuité divine.Ce qui n’est jamais gratuit par contre, c’est le dialogue que chaque personne doit engager avec ces vérités, dialogue dont l’absence stérilise totalement l’action transformatrice de ces mêmes vérités.Ces vérités, en effet, ne sont pas des points de vue sur la réalité créée mais elles sont Quelqu’un : Je suis la Vérité, nous dit le Christ.Et dialoguer avec cette vérité qu’est le Christ, c’est prendre quotidiennement conscience de ses faiblesses, de ses lâchetés, de ses hypocrisies et de l’impuissance dans laquelle on se trouve, malgré son bon vouloir, de s’identifier à cette Vérité : identification qui est toute la vie chrétienne.Cette confrontation perpétuelle entre ce que nous sommes comme fils d’Adam et ce que nous devrions être comme enfants de Dieu, blesse terriblement notre orgueil, et ce nouvel inconvénient, frère de la Vérité divine, nous donne un invincible désir d’égorger cette dernière, de la faire disparaître de notre conscience, de prouver qu’elle est un mythe, une invention cléricale, etc .Ainsi, à partir de l’instant où il y a ce refus de lutter, de dialoguer intérieurement avec la vérité qui est Quelqu’un, commence le dialogue sur la vérité chrétienne, sur sa puissance déformatrice des réalités psychologiques et sociales.La dialectique de la vérité chrétienne Si nous voulons maintenant savoir quelles sont les lois dialectiques qui gouvernent ce dialogue sur la vérité révélée, demandons-les au Christ, dont la vie publique a été une perpétuelle discussion avec ceux-là mêmes qui transportaient, dans le domaine de la vie sociale et politique, des vérités qui commandaient d’abord et avant tout la vie de chaque homme dans ses rapports avec Dieu et son Sauveur.Le Christ nous donne cette leçon de chose à l’occasion d’un reproche que les disciples de Jean et des pharisiens faisaient à lui-même et à ses disciples, parce qu’ils ne se conformaient pas à la tradition pharisaïque qui prescrivait de multiples jeûnes pour la préparation de certaines fêtes.Ce reproche des zélés supposait une confusion de l’esprit religieux et des formes extérieures de la religion, la vérité mosaïque avec le visage qu’elle avait prise au cours des âges.Cette confusion, Jésus la combat dans le style parabolique et énigmatique qui lui est coutumier.Il ne faut pas, dit-il, rapiécer un vieil habit avec une pièce d’étoffe neuve, car elle va augmenter la déchirure et rendre l’habit inutilisable; pas plus qu’il ne faut mettre du vin neuf dans de vieilles outres car celles-ci éclateront et tout sera perdu : et le vin et les outres ! (Marc, II : 21-22).La vérité qui est renouvellement Nous avons beaucoup à apprendre de ce jugement du Christ concernant les discussions sur la vérité qui n’ont pas été précédées de dialogues avec la vérité.Il nous prévient, en effet, que pour dialoguer sur la vérité il faut avoir dialogué avec elle, il faut l’avoir vécue, s’être battu à bras le corps avec elle, l’avoir étreinte, ou plutôt s’être laissé étreindre par elle et en avoir vécu de l’intérieur toute la violence contraignante.Ce n’est qu’à partir de ce moment que l’on est en état de dialoguer sur ses aspects extérieurs, sur ses apparences sociales ou psychologiques.Ces dernières, en effet, vieillissent, elles changent avec les âges et les cultures, avec l’imagerie que l’on se fait de Dieu, de sa puissance, du Christ et de son esprit.C’est là un phénomène de chrétienté : la chrétienté vieillit alors que la vérité chrétienne ne vieillit 7 pas, mais reste toujours aussi jeune que Dieu qui en est la source et que son éternité met à l’abri du changement, donc de tout vieillissement.Ainsi quand on a la présomption de juger la vérité sur les apparences qu’elle revêt au cours des siècles, sur les visages que les hommes lui ont sculptés en la mettant à leur niveau, la rabaissant à leur mesure, on fait ce que le Christ nous a dit de ne pas faire : on rapièce un vieil habit avec une étoffe neuve, on met du vin nouveau dans de vieilles outres, et le résultat est toujours désastreux .Tout se gâte pour nous !.On confond le vin avec l’outre, l’étoffe avec l’habit parce qu’on ne connaît pas le véritable goût du vin nouveau, de cette Bonne Nouvelle qui est encore une « nouvelle » après 2000 ans de durée, 2000 ans d’essais infructueux pour la réduire à notre mesure, la faire entrer dans nos cadres, la politiser, pour en faire des théories sociales, bourgeoises ou marxistes : alors que cette Bonne Nouvelle n’est rien d’autre que celle du salut de chaque homme par l’amour gratuit et inconnaissable de Dieu notre Père, folie et scandale pour la sagesse humaine, parce qu’à nous présentée sous la forme visible d’un Crucifié.La vérité qui est dialogue Pour engager un dialogue fécond entre clercs et laïcs sur la vérité religieuse que nous apporte le Christ, il faut que les deux interlocuteurs sachent que la première condition de ce dialogue est une expérience vécue, un dialogue personnel avec la vérité chrétienne, dialogue au cours duquel, dans ce combat de l’homme avec l’ange de lumière, l’homme, qu’il soit clerc ou laïc, a perdu le désir d’étrangler sœur-vérité à cause des multiples embarras, des inconvénients incessants dont elle est cause pour le vieil homme; il faut avoir expérimenté que sœur-vérité mérite tous ces combats que l’on fait pour elle, qu’elle paie au maximum en joie, en paix, en sécurité les inconvénients que sa découverte engendre.Alors seulement le visage de la vérité divine se distingue de celui que présentent les diverses chrétientés, celle du Québec comme les autres.Alors seulement le vin nouveau n’est pas mis dans de vieilles outres mais commence à fermenter dans ces outres neuves que sont nos catégories contemporaines, nos façons de penser, notre mentalité individualiste et active, allergique au passé comme tel, à tout ce qui sent le musée, le vieillissement.Toute rigidité dans la formulation et la présentation de la vérité divine, sous prétexte de sauvegarder le contenu de la Foi, n’est pas un signe de vitalité chrétienne, mais plutôt un envahissement progressif d’une paralysie surnaturelle, voisine de la mort.La vérité divine a les promesses de vie éternelle parce qu’elle EST la vie éternelle; mais son incarnation à travers les âges et les cultures n’a pas la même pérennité.C’est là l’un des aspects du mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu qui a voulu se présenter à ses frères les hommes sous des traits reconnaissables par eux, afin que fût mieux servi le message d’amour qui dépasse la compréhension que l’homme peut en acquérir.Nous serons d’autant mieux équipés, au XXème siècle, pour incarner ce message de Dieu et pour le rendre reconnaissable par nos contemporains, que son vrai visage nous sera d’abord apparu personnellement dans et par un dialogue constant avec lui, ainsi que par l’acceptation intérieure de tous les conflits, de tous les inconvénients que la vérité divine, plus que toute autre vérité, entraîne inséparablement à sa suite.La fécondité de tout dialogue sur la vérité est à ce prix.L.-M.Régis, o.p. 8 L’EGLISE est-elle opposée à la PSYCHANALYSE?C’est la question qu’on a pu se poser l’été dernier quand la presse, la radio et la télévision ont divulgué l’avertissement du Saint-Office (publié dans l’Osservatore Romano du 16 juillet 1961) interdisant aux clercs et aux religieux d’exercer la fonction de psychanalyste, conformément au Canon 139, par.2.Naturellement, l'interprétation spontanément apportée à ce décret par le public qui s’intéresse à la psychanalyse (et qui ne s’y intéresse pas ?) a varié au gré des positions déjà adoptées par chacun, aussi bien en regard de la psychanalyse qu’en regard de l’Église.Les uns, favorables à la psychanalyse, mais plus ou moins rétifs aux injonctions du magistère ecclésiastique, ont cru y voir une confirmation de leur conviction que le cléricalisme n’a pas fini d’empoisonner la vie des honnêtes gens; toutefois, c’est avec une satisfaction vengeresse que ces victimes du cléricalisme constataient que, une fois de plus, un obscurantisme têtu allait rendre ridicules aux yeux du monde cultivé les autorités ecclésiastiques qui emboitaient le pas derrière les juges de Galilée.Quant à ceux qui se veulent fidèles observateurs des lois de l’Église, il y eut d’une part les adversaires convaincus de la psychanalyse qui se persuadaient que leur cause enfin triomphait, cependant que les sympathisants de la psychanalyse se demandaient avec consternation ce que pouvait bien signifier ce décret émanant de la plus haute autorité de l’Église.Ces derniers peuvent se rassurer, cependant que les autres, affectés d’un préjugé « anti-psychanalyse » ou victimes du prurit anti-clérical, devront cesser de claironner leur victoire ou leur indignation, si tout le monde veut bien se donner la peine de s’informer des véritables proportions de l’événement qui a suscité ces remous dans l’opinion publique.Une mise au point Tout d’abord, qu’il soit bien entendu que ce n’est pas l’affaire de l’Église de légiférer dans le domaine des méthodes scientifiques ou des techniques thérapeu- tiques; l’Église ne s’en occupe en effet que dans la mesure où l’usage de telles méthodes ou techniques pose un problème moral ou spirituel, dont la solution est de son ressort.Les esprits chagrins, qu’afflige un complexe de persécution à l’égard de l’Église, peuvent ignorer ce principe, mais les autorités de l’Église ne l’oublient jamais, elles qui se soucient du bien spirituel des personnes engagées dans ces activités scientifiques ou thérapeutiques.Aussi bien l’Église n’a-t-elle pas à prendre position concernant la valeur thérapeutique de la psychanalyse; il s’agit là en effet d’une question relevant exclusivement de la compétence des théoriciens et des praticiens de la psychanalyse, à qui l’Église laisse la plus entière liberté à l’intérieur des limites de leur spécialité.Le décret du Saint-Office ne constitue donc pas une intrusion des gens d’Église dans un domaine qui ne les regarde pas, puisque l’intention de ce décret n’est aucunement de condamner la psychanalyse, mais simplement d’imposer aux clercs et aux religieux certaines restrictions concernant l’exercice de cette forme de thérapie.Car, contrairement à ce qu’ont pu croire ceux qui ne connaissent pas le Droit canonique, le décret en question ne prétend pas interdire absolument aux clercs et aux religieux l’exercice de la psychanalyse, mais seulement en soumettre la pratique à une condition, celle d’obtenir un induit apostolique, c’est-à-dire la permission de l’autorité suprême de l’Église.Telle est en effet la teneur du Canon 139, par.2, rappelé par le Saint-Office, canon interdisant aux clercs l’exercice de la médecine ou de la chirurgie sans un induit apostolique.Il ne s’agit donc pas de la promulgation d’une loi nouvelle, mais simplement de l’extension de cette loi au cas de la psychanalyse.En somme, l’intention de ce décret est de contrôler l’exercice de la psychanalyse de la part des clercs et des religieux, en les soumettant à une sélection instituée par l’autorité ecclésiastique.L’Église estime en effet que les clercs occupent une position trop en vue pour qu’elle les laisse s’engager imprudemment dans une carrière où certains écarts de leur part risqueraient d’engendrer des conséquences particulièrement regrettables.De plus, certains clercs bien intentionnés, mais insuffisamment éclairés, pourraient porter préjudice à l’exercice de leur ministère pastoral s’ils s’avisaient de prétendre le compléter en y introduisant sans distinction les postulats et les techniques de la psychanalyse.Soucieuse de préserver les clercs aussi bien que les fidèles recourant à eux, l’Église se réserve donc le soin de contrôler l’accès à la psychanalyse de la part des clercs et des religieux.Un usage contrôlé Par un retournement inattendu de la situation, l’Église, qui risquait d’être taxée d’incompréhension et d’étroitesse à l’égard de la psychanalyse, ne démon-tre-t-elle pas plutôt le cas qu’elle fait de cette technique thérapeutique ?En effet, elle l’estime suffisamment pour en réserver l’exercice aux seuls clercs qu’elle jugera capables de la manier correctement, car elle en redoute l’usage imprudent ou malavisé de la part de sujets insuffisamment qualifiés.Plutôt que de bouder l’Église sans chercher à la comprendre, ne devrait-on pas la remercier de cet effort pour écarter de la profession de psychanalyste des individus jugés incompétents ou incapables ?Sans doute les considérations inspirant la conduite de l’Église ne visent-elles pas d’abord et avant tout l’assainissement de cette profession, singulièrement convoitée par les charlatans, mais bien 9 la sauvegarde des clercs et des religieux, ainsi que des fidèles commis à leurs soins.Mais il n’en reste pas moins que l’application de ce décret du Saint-Office aura comme conséquence d’opérer une sélection professionnelle dans un secteur dont le moins qu’on puisse dire est qu’il en a un immense besoin.Les nombreuses sociétés de psychanalyse du monde, ne disposant pas encore d’une autorité institutionnelle analogue à celle des collèges de médecins, ne peuvent dénoncer ni écarter efficacement les incapables ou les sans scrupules qui s’approprient sans compétence ou sans conscience le titre de psychanalystes.N’est-il pas piquant de constater que l'Église catholique, par son souci de protéger ses ouailles avec leurs pasteurs, vient indirectement en aide à ces sociétés ?Est-ce à dire que l’Église approuve sans réserve tout ce qui se fait, se dit ou s’écrit sous la rubrique mouvante de la psychanalyse ?Et puis, comme il existe de si nombreux courants et si différents, entre eux, qui tous revendiquent la qualification de psychanalytiques, de quelle forme de psychanalyse l’Église entend-elle parler ?Déclinant toute compétence pour opérer un partage de ces courants, l’Église vise un ensemble de principes et de méthodes se retrouvant, selon un dosage très varié, dans les nombreuses tendances issues de l’œuvre de Freud, soit qu’elles restent fidèles à l’esprit du patriarche de la psychanalyse, soit qu’elles s’en différencient par des changements de perspectives ou par l’apport d’éléments nouveaux, tout en conservant cependant un esprit commun touchant les positions de principes et de méthodes.Sans doute l’écart entre ces formes revisées de la psychanalyse et leur étalon originel pourra atteindre une amplitude telle qu’il ne reste plus de psychanalytique dans ces systèmes que le nom devenu désormais équivoque.Mais, à toutes fins pratiques, l’Église considérera comme susceptible de recevoir la mention « psychanalytique » toute pensée commandée par certains postulats éclos, à tort ou à raison, sous le couvert de la thérapeutique initiée par Freud; postulats dont voici quelques échantillons escortés des répercussions morales qui peuvent en originer : condition universellement anormale de l’homme; importance exorbitante attribuée au facteur sexuel dans la vie psychique de l’homme; indulgence excessive concernant le contenu des ab-réactions, ou remontées à la conscience de données de l’inconscient; négation ou réduction indue de la liberté humaine au bénéfice des déterminismes psychiques inférieurs; rejet d’une liberté d’exécution et admission d’une seule liberté d’intention, avec la conséquence inévitable que seule compte aux yeux de Dieu l’intention, et non l’action extérieure; encouragements à commettre des péchés qu’on déclare seulement matériels — mais qui souvent sont des fautes formelles —- dans le but de libérer de certains états névrotiques; confusion entre complexe morbide de culpabilité et authentique culpabilité morale, celle-ci étant finalement évacuée au profit de celui-là (1).La prudence s'impose Ces postulats, et d’autres qu’on pourrait encore dégager, sont considérés par l’Église comme inacceptables par suite des conséquences morales regrettables qui en découlent nécessairement; et ces propositions se retrouvent sous la plume d’auteurs qui pratiquent la psychanalyse et semblent considérer ces énoncés comme partie intégrante de leur système conceptuel.Toutefois, confiante qu’une étude objective et impartiale de la réalité psychique de l’homme ne peut contredire les principes moraux qu’elle tient pour intangibles, l’Église ne redoute pas une confrontation de sa doctrine morale avec les conclusions des recherches scientifiques les plus exigeantes.Elle désire au contraire semblable confrontation; et en ce qui concerne la psychanalyse, elle souhaite que des croyants bien formés s’y intéressent pour mener de sérieuses observations et fournir de saines interprétations de faits souvent mal évalués par des psychanalystes, s’inspirant de principes aberrants qui n’ont rien à voir avec les exigences objectives de la psychanalyse.Or, parmi les croyants, les clercs et les religieux, grâce à la formation choisie qu’ils ont généralement reçue, peuvent évidemment apporter une contribution précieuse à ce travail destiné à décanter la psychanalyse des résidus pseudo-philosophiques erronés qui l’encombrent et à assurer progressivement des bases saines et solides à cette discipline encore en train de chercher sa voie.Toutefois, l’Église ne se cache pas les risques d’une telle entreprise, étant donné la situation historiquement créée à la psychanalyse aujourd’hui: aussi tient-elle à s’assurer de la valeur des clercs et des religieux qui sont prêts à se consacrer à cette tâche.Devant les (1) Ces énoncés sont empruntés à un récent article paru dans « Divinitas » (3, 1961.pp.798-837), revue officielle de l’Université du Latran, à Rome, sous le titre : « Psicanalisi e morale cattolica », article signé du R.P.Raimondo Verardo.O.P.Commissaire du Saint-Office.aberrations lamentables dont trop de soi-disant psychanalystes donnent le spectacle, faut-il chercher noise à l’Église parce qu’elle ne veut pas risquer imprudemment l’équilibre psychique et spirituel de ses fils d’élection ?A.-M.Perreault, o.p.Angelicum, Rome Simple adverbe Il y a clairement, justement, complètement, sérieusement, bêtement et que d’autres ! Dans toute la famille adverbiale, c’est maintenant que je préfère.C’est que lui me situe dans le temps, c’est-à-dire dans ce bien à caractère unique.On s'attriste de sa fuite et on l’estime plus précieux que l’argent.On en jouit, on le gaspille ou on le donne aux autres.Mais on ne le remplace jamais : provision limitée qui ne peut se renouveler.j’aime demain, après-demain et c’est mon erreur d’y vivre trop.Hier et tout le passé m’intéressent moins.Ils ne sont plus.Plus qu’à aujourd’hui, plus qu’à bientôt, c’est à maintenant que la conversation se réfère sans cesse et c’est à partir de maintenant que l’on fixe son agenda et élabore ses projets.Maintenant, c’est le moment le plus présent, le seul qui m’appartienne vraiment, celui qu’il importe de sanctifier.C’est maintenant que je commence, dit l’Écriture; c’est maintenant que je peux m’en aller, s’écrie le vieillard Simeon, après avoir vu le Sauveur.Dans l’Ave Maria : « Priez pour nous maintenant et à l’heure de notre mort ».Cest bien cet autre moment qui importe, mais c’est maintenant qu'il se prépare.Maintenant, c’est aussi le verbe main tenir.Non pas le fixisme ni le con servatisme, mais la garde des vraies valeurs en les insérant dans le maintenant qui est à vivre.Allons enfin jusqu’à la fantaisie MAIN-TENANT, et ce serait l’idée de solidarité et d’entraide que notre adverbe exprime.Symbole de l’amitié aussi qu’une poignée de mains.Kéno VOTRE SILENCE "J’ai entendu dans mon enfance cette histoire d’un conférencier anticlérical qui, juché sur un tréteau, accordait cinq minutes à Dieu pour le foudroyer.Vous voyez bien que Dieu n’existe pas, disait-il, en remettant sa montre au gousset." André Blanchet, sj.Mes yeux se lèvent vers Vous.Ils se heurtent, hélas ! à une calotte de plomb, fermée, bouclée, sans échappée.Au mieux, j’aperçois, de votre Fils, l’effigie en plâtre saint-sulpicien, promenée en l’air comme dans "La dolce vita”.Ces mots maladroits que j’aligne rendent bien mal mon angoisse et celle de tant d’humains de bonne volonté.Mon inquiétude et ma frustration me prennent aux entrailles.Elles ne se nourrissent pas, comme chez certains anticléricaux à la petite semaine, de potins et de scandales ecclésiastiques.Un ami me disait, ces jours derniers : "Que le Pape en vienne à entretenir une maîtresse, je m’en fous royalement.Je veux une certitude sur Dieu.Existe-t-il ?M’écoute-t-il ?S’occupe-t-il de moi, minuscule moisissure sur un grain de sable perdu dans les effarantes galaxies ?.Tout le reste : de la foutaise !” Propos impertinents et brutaux qui indiquent pourtant à quelle hauteur se situe le problème de Dieu pour les esprits sérieux.Vous semblez prendre plaisir, Seigneur, à nous déconcerter.Déjà tant de situations illogiques, tant de drames autour de nous ébranlent notre foi.Depuis dix ans, ce jeune couple de mes connaissances milite pour vous dans un milieu hostile.Alors pourquoi leur enlever, dans un accident stupide, leur SEIGNEUR! QUE M’OPPRESSE! petit garçon tant aimé, alors que vous laissez vivre tant d’êtres inutiles et pervers ?Me troublent également ces mécréants fortunés dont la prospérité scandaleuse insulte à la gêne humiliante de si nombreux honnêtes gens.Ces anomalies, déjà incompréhensibles dans l’hypothèse d’un BON Dieu, n’égalent pourtant pas les monstruosités du triomphe où les sans-Dieu semblent confortablement installés.Voilà une nation qui, certes, ne monopolise pas le vice mais qui, tout de même, affiche depuis 1917 un athéisme militant, vous proscrit des consciences, recourt avec cynisme à des procédés auprès desquels les astuces de Machiavel semblent jeux d’enfants.Et c’est justement ce peuple qui exhibe sa supériorité dans la maîtrise de la matière par des explosions atomiques dont on devine qu’intensifiées, elles feraient éclater le globe.Ajoutons à cette U.R.S.S.ses satellites et la Chine, et c’est la moitié de la terre qui vous renie et vous insulte.Comment ne pas nous poser de questions à votre sujet ?Votre absence devient oppressante, suffocante.Etes-vous l’Etre parfait que décrivent vos représentants autorisés ?Ne vous suffirait-il pas, alors, d’une infime intervention pour rabattre le caquet de vos contempteurs ?Je vous place trop haut pour vous supposer capable de trucs mélo-dramatiques : vous ne vous abaisseriez sûrement pas à désamorcer les bombes, quitte à laisser pantois et confus les savants incrédules.Cependant votre toute-puissance ne pourrait-elle pas agir sur les cœurs et les âmes des chefs qui se prétendent omnipotents ?N’avez-vous pas, en un seul éblouissement, transformé le Saul persécuteur du chemin de Damas en un Paul, apôtre embrasé de zèle et d’amour ?Sans parler des plaies d’Egypte, du labarum de Constantin, des chevauchées de Jeanne d’Arc.Pour sauver une peuplade de bédouins de l’oppression des Pharaons, pour établir une paix chrétienne sur le pourtour de la Méditerrannée, pour bouter des étrangers hors d’un pays aux frontières restreintes, vous avez dérangé l’ordre des choses "in signis et por-tentis”.À l’heure présente, il s’agit d’une tragédie aux dimensions du monde et vous n’intervenez pas.Vous abandonnez des âmes droites aux horreurs des cachots concentrationnaires.Vous permettez à des millions d’hommes de vous défier de façon grossière, comme dans telles pièces représentées des centaines de fois sur des scènes parisiennes."Est-ce que tu m’écoutes, Dieu sourd ?”, répéta impunément, soir après soir, le Gœtz impie de "Le Diable et le bon Dieu”.Avouez, Seigneur, que votre colossal silence a de quoi nous déconcerter."Lève-toi, pourquoi dors-tu, Seigneur ?” (Ps.44, 24) .Seigneur, mon agitation intérieure se calme.La poussière aveuglante se dépose au sol.L’eau trouble retrouve sa limpidité.Dans le secret de mon cœur, j’entends votre murmure.Certes, aucune de vos paroles en moi n’a la transparence du cristal.Vous aimez le clair-obscur.Vous respectez tellement la liberté humaine que vous renoncez à vous imposer par la force d’une évidence fulgurante.Je ne m’étonnerai donc pas que mes doutes ressurgissent, meute glapissante et jamais totalement muselée.Comment m’en étonner puisqu’une sainte, pourtant équilibrée et généreuse, Thérèse de Lisieux, fut torturée dans sa foi au point de frôler l’abîme du désespoir.Seigneur, venez au secours de mon incrédulité.Je prolonge la nombreuse tribu de ceux qui, au cours des siècles, osèrent vous interroger.Celui qu’on appelle "le saint homme Job” vous lança des cris qui apparaissent des blasphèmes à bien des dévots.À son interrogatoire haletant, vous avez répondu par des questions."Ceins tes reins comme un brave, lui dites-vous, je vais t’interroger et tu m’instruiras.Où étais-tu quand je fondai la terre ?.As-tu, une fois dans ta vie, commandé au matin, assigné l’aurore à son poste ?.As-tu pénétré jusqu’aux sources marines ?.Est-ce sur ton ordre que l’aigle s’élève et place son nid dans les hauteurs ?.» Et vos questions s’alignent sur des pages et des pages de ma Bible.Job admit votre transcendance et avoua qu’il avait tenu des propos insensés. Seigneur, notre erreur vient de ce que nous glissons avec une facilité extraordinaire sur la pente de l'anthropomorphisme.Une inclination quasi irrésistible nous pousse à vous considérer comme un copain ou un serviteur (du soleil pour mon jour de congé !), tout au plus comme un surhomme, génial et d’une vertu sans faille.Notre esprit se cabre devant la notion d’infini et hésite à reconnaître que "vos voies ne sont pas nos voies”.Quelle stupidité ! Un Dieu dont notre intelligence parviendrait à cerner tout le mystère serait-il encore Dieu ?Comprenez-nous cependant, Seigneur.Terreux, embourbés dans l’opacité de la matière, quelle tentation de vous juger à l’aune de nos limites ! Votre plan à nous révélé par votre Verbe, quelle difficulté les Apôtres eux-mêmes n’ont-ils pas eue à l’admettre ! "Hommes de peu de foi !”, ne cessait de leur répéter le Christ.Si ces privilégiés s’affolèrent devant la mer déchaînée de Tibériade, vous nous pardonnerez de perdre parfois la tête devant les cyclones de notre monde d’aujourd’hui.Quand je m’apaise et réfléchis, je reconnais les signes mystérieux de votre présence attentive et pleine de sollicitude.Vos interventions spectaculaires se font parfois attendre de longs siècles.Avec plus de fréquence, au creux de l’âme de vos fidèles, vous signalez de temps à autre la vérité de votre amour par des touches d’une indéniable réalité et d’une persuasive douceur.Ni l’imagination, ni les conceptions les plus élevées de l’esprit ne peuvent déclencher ces expériences incommunicables qui nous arrachent comme à Pascal le cri : "Joie ! Joie ! Pleurs de joie !” Alors des pans entiers de ténèbres s’éclairent.On comprend moins mal que "votre royaume n’est pas de ce monde”.Ah ! s’il l’était, oui, ! des légions d’anges ramèneraient l’ordre en quelques secondes.Vous préférez aux prestiges de la puissance les séductions de l’amour.La croix de votre Fils, cette infamie et cette absurdité, continue de conquérir les âmes.Et, d’échec en échec, votre règne progresse.Deux mille ans après le Calvaire, des jeunes renoncent encore à leurs rêves humains et à leurs illusions pour se consacrer à vous.L’on voit des héroïsmes inattendus surgir sur le terreau nauséabond des plus grandes misères.Et quand des secteurs entiers du monde ferment leurs portes à l’Evangile, un vieux Pape parle d’un printemps de l’Eglise.Vous demandez tout, Seigneur ! Quelle effroyable exigence ! Comment ne pas frémir ?Toutefois, si, en pleine lucidité et avec une confiance aussi totale que celle d’un bambin en son père, on se lance dans l’abîme de vos mystères, si on accepte en bloc votre Révélation sans ergoter sur les détails, alors, sous l’agitation inapaisable des surfaces, on trouve la paix des profondeurs.On cherche encore en gémissant, on avance les mains tendues dans l’obscurité, mais on possède la certitude granitique de cheminer sur la voie royale qui aboutit, dans vos bras, à l’éternel amour.Seigneur silencieux, Seigneur déroutant, Seigneur de toute transcendance, je crois en Vous.M.-M.Desmarais, o.p.Pardonnez-leur.Le procès Eichmann a ramené l’attention sur une forme d’intolérance qui s’est révélée plus grave qu’aucune autre dans ses effets : Vantisémitisme.L’ampleur et la cruauté de la persécution hitlérienne font horreur à tous.Et pourtant, ne subsiste-t-il pas des ferments d’antisémitisme dans l’esprit de certains chrétiens, n’y a-t-il pas une manière assez courante de considérer le peuple juif et son rôle dans la Passion de Jésus qui prête à Vantisémitisme ?En quoi consiste cette opinion (plus ou moins claire) et que vaut-elle du point de vue de la saine doctrine chrétienne ?Au prétoire de Pilate, une foule juive poussa un cri que l’Évangile nous a rapporté : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! » Cette phrase continue de frapper l’imagination des foules catholiques.Dans l’esprit de beaucoup, elle constitue comme la signature d’une condamnation du peuple juif et d’un châtiment qui le poursuivrait.Faut-il dire d’abord que ce cri n’engageait que ceux qui le proférèrent ?La majorité des Juifs, à ce moment n’était pas à Jérusalem; la plupart ignoraient ce qui s’y passait.Faut-il les en rendre responsables ?Et à plus forte raison les Juifs d’aujourd’hui ?Mais il y a plus.Croire que cette phrase ait entraîné condamnation et châtiment du peuple juif dans son entier et de façon permanente, c’est supposer que DIEU A EXAUCE cette imprécation.Une telle supposition serait tout bonnement sacrilège.Mais, dira-t-on, c’est cependant un fait que le peuple juif n’a cessé d’être persécuté parmi les nations où il était en exil ?Disons d’abord que ces persécutions fréquentes, en effet, et périodiques, ne permettent pourtant pas de penser qu’il DOIT en être ainsi.(Souvent, d’ailleurs, c’est parce qu’on le pensait qu’on ne se gênait pas.On était même tenté de croire qu’on exécutait la volonté de Dieu !) Allons encore plus loin.D’où prendrait-on que la souffrance doit être le signe d’un châtiment divin, et d’une sorte de malédiction ?« Pardonnez-leur » a dit Jésus.De qui s’agit-il ?Question qui peut surprendre, car la réponse semble évidente: il s’agit des Juifs.Mais lesquels ?TOUS les Juifs ?De partout et de tous les temps ?De ce Juif aussi que nous croisons dans la rue ?Ce serait de nouveau admettre que tous et chacun sont coupables de la mort du Sauveur, et qu’EUX SEULS en sont coupables.Or, la conscience chrétienne sait bien que ce sont tous les péchés de tous les hommes et de tous les temps qui portent cette culpabilité — et c’est bien pour le rachat de TOUS les péchés que Jésus a offert sa vie.Pourtant, en faisant cette prière, Jésus parlait des Juifs ?Oui — et non.Derrière cette petite foule qu’il avait sous les yeux, Jésus voyait l’humanité tout entière, que cette foule juive représentait.Pour bien comprendre cela, il faut s’aviser du rôle qu’a joué le peuple d’Israël dans l’histoire du salut.Tout au long de l’Ancien Testament, ce peuple a été comme un prototype, une image et en quelque sorte une ébauche de l’humanité rachetée; car l’Alliance de Dieu avec ce peuple était à la fois l’image et la préparation de la nouvelle et éternelle Alliance dans le Christ, à laquelle tous les hommes sont appelés.C’est ainsi que la part du peuple juif qui a rejeté Jésus (une autre part, ne l’oublions pas, l’a suivi et a constitué la première Eglise), cette portion rebelle du peuple juif a été, dans ce rejet et ce refus du Christ, l’image, là aussi, de l’humanité, et de l’humanité pécheresse.On peut dire de ces Juifs-là qu’ils ont porté le péché du monde en le commettant, alors que Jésus, lui, l’a porté pour le racheter.C’est aux hommes pécheurs, à tous les hommes, par conséquent, que Jésus pensait lorsqu’il priait son Père de « leur » pardonner.Dom Samuel Stehman, O.S.B. Religion, religieux Puisque la nouvelle revue MAINTENANT est lancée par les Pères Dominicains, je ne vois rien de plus approprié, en inaugurant cette chronique sur "le sens des mots”, que d’exorciser les mots RELIGION et RELIGIEUX.La religion est tout l’appareil rituel, verbal et institutionnel qui oriente et régit les relations de la créature avec son créateur.Selon les pays et les hommes, la religion s’exprime diversement, et prend un caractère et une couleur qui lui est propre.Il reste que la religion chrétienne, elle, est centrée autour du Christ qui est amour et ne saurait dès lors, malgré les pays et les hommes, souffrir aucune déviation essentielle sans trahir son esprit et sa raison d’être.Que cette religion devienne soudain dominatrice, orgueilleuse, pharisaïque ou possessive, elle n’est plus charitable et ne peut plus remplir son mandat.Qu’elle ait une foi et une espérance inébranlable, si elle n’a pas la charité, elle n’est plus au dire même de saint Paul, qu’une cymbale retentissante.La charité est la seule vertu, comme la haine est le seul vice.Mais qu’est donc la charité pour être si difficile à entendre et presque impossible à pratiquer ?Elle est, au départ, acceptation et par conséquent compréhension des autres.Si je ne sais pas comprendre mon prochain, lui apporter intérêt et sympathie, comment puis-je prétendre l’accepter et l’aimer ?Or, pour s’intéresser aux êtres, il faut déjà s’intéresser un peu moins à soi.Pour les comprendre, il faut comprendre qu’ils puissent être (ils le sont toujours) différents de soi.Pour les accepter, il faut accepter qu’ils nous touchent, qu’ils nous émeuvent, qu’ils nous remuent.Mais nous sommes à nous-mêmes ces monstrueuses prisons dont nous sommes les implacables geôliers.Nous nous croyons menacés par tout ce qui nous environne et nous barricadons sans cesse un cœur qui devrait sans cesse être ouvert à tous.Car c’est cette menace précise, et que nous éprouvons comme telle, qui doit être apprivoisée, réduite jusqu’à devenir salutaire et libératrice, jusqu’à ce que nous ayons compris que nous ne pouvons rien recevoir que nous n’ayons au préalable donné."Quand tu donnes un festin, dit le Seigneur, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux et des aveugles et tu seras heureux de ce qu’ils ne peuvent te rendre la pareille; — "Dans la rénovation du clergé, il y a comme partout le problème de l’homme.Il est fondamental.Je me demande souvent si nous ne sommes pas en train de passer sous silence cette vérité qui, dit-on, va de soi.Évidemment on fait figure de trouble-fête quand, au milieu d’un cercle où tout le monde pose la question : "Qu’allons-nous faire ?”, on demande : "D’abord songeons-nous à être ?” Question gênante dont l’impertinence fait écarquiller les yeux de ceux qui déjà avaient reconstruit le monde.Elle ramène au terre à terre d’une réalité traditionnelle.” (P.Jean Laplace, s.j.Culture et Apostolat, p.10) car cela te sera rendu à la résurrection des justes.” Voilà bien le chemin humble et tendre qui passe par les hommes pour mener à Dieu.Et c’est cela d’abord "pratiquer” sa religion.Mais la religion que nous pratiquons a-t-elle ce langage ?Nous invite-t-elle vraiment à nous comprendre et à nous aimer ?Mieux, invite-t-elle à ses festins les pauvres, les estropiés, les boiteux et les aveugles ?Reçoit-elle dans son cœur ceux qui marchent mal, ceux qui ne voient pas encore ?Aime-t-elle ses ennemis ?Fait-elle du bien à ceux qui le haïssent ?Prie-t-elle pour ceux qui la maltraitent ?Juge-t-elle ?Condamne-t-elle ?Pourtant, dit encore le Seigneur, "ne jugez point, ne condamnez point., aimez vos ennemis .et vous serez les fils du Très-Haut qui est bon aux ingrats et aux méchants.” N’est religieux que celui qui, clerc ou laïc, recherche la seule vérité qui réside dans la charité universelle.A celui-là, ne demandons pas d’être effacé, mais de manifester au contraire sa présence avec ardeur pour que cet univers de haine, de jalousie et de méfiance se transforme peu à peu et devienne enfin fraternel.fioger Ronand — "Je pense, écrit le Père Aimé Duval, s.j.(Vérité et Vie — Série XLIX, p.43), que des temps viendront bientôt où les chrétiens ne comprendront plus rien aux dogmes bichonnés, objets de nos travaux théologiques.Ces merveilles resteront dans leur coffret à perles.Pour les chrétiens dans la panique, il n’y aura de ressources qu’à crier au Seigneur : "Sauvez-nous, nous périssons”.Pourquoi attendre ces jours-là pour familiariser nos chrétiens sur la personne de Jésus qui nous dit tout au long de l’Évangile : "Croyez en moi.Moi, je vous dis : je vous ressusciterai.Faites comme moi” etc . 13 INFORMATIONS PROJET LACOSTE: UNE SOLUTION?Les suggestions de réforme du système d’enseignement au Québec, telles qu’énoncées par le professeur Paul Lacoste, ont donné une tournure nouvelle au débat amorcé l’an dernier par le Mouvement Laïque de langue française.Le projet Lacoste élargit les dimensions du débat.Il met en avant moins la question de non-confessionnalité que l’aspect culturel, ce qui suscite l’intérêt de tous ceux qui ont à cœur l’avenir du Canada français.Une structure compliquée ?Il est difficile de voir ce que donnerait dans la réalité un système s’inspirant du schème proposé par Me Lacoste.Une première impression, c’est celle d’une complication de notre réseau d’enseignement, surtout au palier des commissions scolaires.Théoriquement, il faudrait envisager la possibilité qu’une ville comme Québec mette sur pied six commissions scolaires, afin de respecter tant les exigences culturelles que religieuses.À Québec comme à Montréal en effet, on remarque une diversification suffisante des groupes religieux et culturels qui légitime une structuration aussi complexe.En réalité, les choses s’arrangeraient peut-être de façon fort simple.Ainsi, à Québec, deux commissions scolaires, l’une française, l’autre anglaise, pourraient être responsables de la direction de tout l’enseignement primaire et secondaire.Le comité de langue française serait inévitablement composé de catholiques dans la proportion de neuf représentants sur dix.Un sous-comité catholique aurait la responsabilité du caractère religieux des écoles confessionnelles et pourrait même avoir droit de regard sur l’enseignement de la religion dans l’unique (probablement) école non-confessionnelle de la ville.Un sous-comité non-confessionnel prendrait la charge de cette unique école qui répondrait aux besoins des groupes minoritaires français : protestants, agnostiques, juifs, etc.Nous incluons ici les protestants francophones, car il est avéré que ces derniers opteraient pour l’école non-confessionnelle.Le secteur de langue anglaise serait sous la responsabilité d’un même comité pédagogique, avec des sous-comités responsables des diverses écoles confessionnelles et de l’unique (probablement) école non-confessionnelle de langue anglaise.Ici aussi, il est possible en réalité que deux sous-comités, l’un catholique, l’autre non-confessionnel, répondent amplement à tous les besoins, s’il s’avérait que la population non-catholique de langue anglaise opte en bloc pour l’école non-confessionnelle.Concrètement, il semble donc possible que le projet Lacoste prenne forme dans des structures relativement simples.Avantage culturel Si le projet Lacoste offre l’avantage, semble-t-il, de satisfaire aux réclamations des divers groupes religieux qui composent la société québécoise, c’est surtout au plan culturel qu’il présente des avantages certains.Reprenons l’exemple d’une ville comme Québec.L’unité pédagogique au sein du secteur anglais ne pourrait que favoriser un meilleur niveau culturel de ce milieu, dont la population restreinte est coupée en deux par la barrière religieuse.Du côté français, les avantages seraient encore plus marqués.On mettrait fin à l’anglicisation systématique des minorités non-catholiques de langue française.De plus, on pourrait offrir aux familles non-catholiques de langue anglaise qui désirent assurer à leurs enfants une éducation en langue française (et il s’en trouve plusieurs à Québec), des cadres favorables pour répondre à leur souhait.Cette unification culturelle serait donc grandement profitable pour le Canada français.D’autre part, de sérieuses garanties juridiques et la composition même de la population assureraient aux catholiques que les va- leurs religieuses ne seraient aucunement mises en danger par l’application d’un tel système.Respectueuse de la culture, une telle division du système d’enseignement est particulièrement conforme à la nature même de la société civile qui, en tant qu’entité naturelle, prend forme à partir de la réalité culturelle et linguistique comme un de ses caractères distinctifs fondamentaux.Notons que le projet Lacoste, à cause des avantages évidents qu’il comporte au plan culturel, ne peut que plaire aux séparatistes, dont les revendications ont comme un point de départ les handicaps culturels dont la communauté française souffre au sein de l’État canadien.Des notions à préciser Parlant d’écoles non-confessionnelles, il est inévitable que l’image qui surgisse dans nos esprits soit celle de l’école laïque française, longtemps hostile aux valeurs religieuses, parfois caractérisée par un anticléricalisme militant.L’évolution actuelle de l’école non-confessionnelle dans un pays comme la France ne peut faire oublier l’image première, alourdie et assombrie par les disputes scolaires.En réalité, seul un débat scolaire trop prolongé et aggravé par les préjugés et les haines pourrait donner naissance à ce type d’écoles chez nous.Il y a lieu de prévoir que la non-confessionnalité chez nous prendrait une couleur sut generis, influencée par le milieu.Dans le secteur français, on verrait un enseignement dont les responsables seraient inévitablement (sauf si les non-confessionnels se livrent à la discrimination) en majorité des catholiques, car ce sont ces derniers qui composent la presque totalité du personnel enseignant.De plus, un enseignement scolaire qui veut tenir compte de la réalité sociologique et éviter à l’enfant des heurts douloureux avec le milieu social dans lequel il vit, devra tenir compte du fait catholique et chrétien.Une école non-confessionnelle qui ne voudrait pas tenir compte de cette réalité serait forcée de se mettre sur la défensive, développerait un complexe de persécution et serait obligée d’adopter une attitude hostile aux réalités religieuses.Elle aurait cessé à ce moment-là d’être non-confessionnelle.Autrement dit, dans le contexte actuel qui prévaut chez nous, une école non-confessionnelle devrait adopter une attitude positive et quasi préférentielle à l’endroit de la réalité catholique, sous son aspect sociologique.Un exemple de cette exigence imposée par le milieu sociologique nous est fourni par le cas de nos instituts technologiques et les écoles de Beaux-Arts.Ces institutions sont officiellement non-confessionnelles; pourtant aux yeux de plusieurs, elles apparaissent comme catholiques.C’est que l’apport catholique, assuré par la majorité des professeurs et la presque totalité des étudiants, contribue inévitablement à donner à ces maisons d’enseignement un caractère bien particulier de non-confessionnalité, une non-confessionna-lité d’inspiration catholique.Ceux qui désirent que s’organise chez nous un réseau d’écoles non-confessionnelles devraient actuellement chercher à définir quel pourrait être le type de non-confessionnalité que l’on puisse adapter à notre milieu.Autrement, introduisant ici un produit exotique, ils risquent de voir la non-confessionnalité rêvée, soit aboutir à un échec et s’avérer incapable de survivre, soit se transformer en hostilité religieuse militante et en sectarisme anticatholique mesquin.Et qu'est-ce que la eonfessionnalité ?La eonfessionnalité, voilà une autre notion qu’il faudrait préciser.A-t-on suffisamment considéré que la confes-sionnalité peut prendre des allures assez diverses ?Des non-catholiques, mal à l’aise dans telle institution religieuse, se plaisent à vivre dans telle autre.Il existe des collèges qui s’apparentent à des juvénats, d’autres qui sont des cénacles de l’esprit bourgeois, au sein desquels on dose savamment la part d’esprit mondain et la part d’esprit religieux.Certaines institutions se distinguent par une attention particulière apportée à respecter la liberté des consciences, par exemple en mesurant prudemment l’obligation d’assister aux offices religieux.Il y a des religieux que leur état de vie n’empêche aucunement d’être des dispensateurs d’un humanisme authentique et dont la dé- licatesse manifestée dans la présentation des problèmes idéologiques ne blesse aucunement les susceptibilités des élèves non-catholiques.Un signe de cette souplesse dont l’enseignement confessionnel est capable, c’est l’exemple fourni par les écoles missionnaires en d’autres pays.En maints endroits, par exemple au Maroc, au Liban, en Israël, en Jordanie, des communautés enseignantes dispensent un enseignement à une majorité d’élèves non-catholiques, respectant en même temps les exigences de la liberté des consciences et celle du témoignage religieux.L’exemple des écoles missionnaires montre que, dans le concept que nous nous faisons de la confessionna-lité, il y aurait lieu d’introduire de multiples nuances.En réalité, ce n’est peut-être pas la non-confessionnalité que réclament certains catholiques non-pratiquants ou des agnostiques, c’est parfois simplement une confessionnali-té plus accueillante, moins exhibitionniste.On parle peu d’universités non-confessionnelles.C’est qu’en fait nos universités constituent un milieu nettement plus ouvert à l’idée de pluralisme et au respect de la diversité des options en matière religieuse.La eonfessionnalité, bouc émissaire ?Souhaitons qu’en parlant de réformes de l’enseignement, on n’en arrive pas à discuter de la eonfessionnalité comme étant la source de tous nos maux.Un aspect intéressant du projet Lacoste, c’est de mettre en relief le problème culturel au lieu de trop centrer les discussions uniquement sur l’aspect religieux.La eonfessionnalité bouc émissaire, voilà une tentation de facilité ! L’archevêque de Québec, Mgr Maurice Roy, signalait un jour, avec une pointe d’humour, que plusieurs pays se débattent actuellement dans de grandes difficultés relatives à la réforme de leur système d’éducation et que pourtant, dans ces pays, les évêques n’ont rien à dire dans l’enseignement public ! Un bouc émissaire, c’est un moyen aisé pour se défouler, mais ça ne règle pas beaucoup de problèmes.Poursuivre le débat Le projet de Me Lacoste est encore trop neuf pour qu’on puisse dire avec certitude qu’il constitue « la solution » au problème actuel des réformes de structures qui s’imposent au sein de notre système d’enseignement.Mais il semble un projet sérieux, offrant apparemment beaucoup d’avantages.Souhaitons que se poursuive le débat à son sujet.Il s’ensuivra sûrement une meil- leure évaluation tant des éléments positifs que des aspects déficients qui en marquent la composition.Louis O'Neil Messe facultative au Collège St-Laurent Notre expérience débuta il y a cinq ans.Elle se continue, même si les résultats sont modestes, sans la secrète nostalgie de la "belle époque” ou d’un retour en arrière.Les étudiants des classes de philosophie, dans notre collège, n’étaient pas obligés à la messe quotidienne depuis vingt-cinq ans environ.Les éducateurs de l’époque avaient pressenti que, pour des étudiants plus âgés, au seuil de la vie universitaire, les cadres de la pratique religieuse obligatoire devaient être élargis.Cette initiative s’accordait également avec l’ensemble du régime éducationnel offert aux étudiants de ces classes : discipline plus souple, logement dans les chambres individuelles, etc.Il y a cinq ou six ans, on remit en question "l’assistance” quotidienne à la messe pour les étudiants des autres classes.Les internes seulement étaient soumis à cette pratique religieuse intensive, l’horaire ne permettant pas aux externes de s’y associer.Les raisons suivantes militèrent en faveur d’un élargissement des cadres : la saturation ressentie et avouée des jeunes après deux ou trois ans de participation quotidienne à la messe, la difficulté à susciter chez eux un mouvement spontané d’intérêt à la messe, la nécessité surtout de les éduquer à une vie chrétienne personnelle et davantage autonome.La décision fut prise par suite de l’unanimité du personnel enseignant, et plus spécialement de ceux qui étaient chargés de la vie spirituelle des étudiants : professeurs de religion, directeurs spirituels, etc.Un texte de Sa Sainteté Pie XII sur la "modération” dans l’éducation religieuse des jeunes nous stimula à passer plus rapidement à l’action : "Même les exercices de piété doivent connaître la juste mesure, disait-il, pour qu’ils ne deviennent pas un poids presqu’insuppor-table et ne laissent pas dans le cœur du dégoût.Souvent on a noté le déplorable effet d’un zèle excessif sur ce point.On a vu des élèves de collèges, même catholiques, où l’on ne tenait pas compte de la modération, mais où l’on voulait imposer un genre de pratiques religieuses, pas même proportionnées à de jeunes clercs, oublier, de retour dans 15 UN ELEVE SOUS-DOUE la famille, les devoirs les plus élémentaires du chrétien, comme l’assistance dominicale à la sainte messe” (Osserva-tore Romano, 21 avril 1956).L’expérience fut mise en marche progressivement.Deux messes hebdomadaires furent maintenues, la première année.Présentement, il n’y a plus de messe obligatoire sur semaine, sauf en certaines occasions.L’heure de la messe quotidienne a été déplacée.Pensionnaires et externes peuvent prendre part à la messe, chaque jour, à la fin de l’avant-midi.Des messes de groupe s’organisent spontanément au niveau des différentes classes.Très tôt, nous avons pu constater un climat de "détente” en face de la messe.Il n’y avait plus ce mécontentement, cette sorte de révolte, et surtout cette lassitude qui bloquait, presqu’au point de départ, tout travail d’initiation à la messe.Chaque semaine, nous voyons des étudiants prendre l’initiative de s’intéresser à la messe.Ils nous demandent spontanément de les aider, de leur fournir de la documentation.Ils acceptent de travailler ensemble à découvrir la messe ou d’autres aspects de la vie liturgique de l’Église.Plusieurs participent avec enthousiasme à l’animation des assemblées liturgiques.Pour un certain nombre, la messe est devenue "intéressante”.L’un d’eux m’exprimait récemment sa situation : "J’ai vraiment l’impression, au collège, de célébrer avec le prêtre”.Quelques-uns s’offrent, dans leur paroisse respective, à travailler au renouveau liturgique.Le bilan n’est pas que positif.Plusieurs étudiants peuvent s’abstenir totalement d’une participation même occasionnelle à la messe sur semaine.Aucun organisme de contrôle ne surveille les abstentions.Nous savons que ces cas existent.Ils nous révèlent parfois des situations spirituelles appauvries, surtout ils nous stimulent à un travail d’éducation plus intensif.En fait, cette transformation des cadres éducationnels, au niveau de la participation à la messe, a remis en question toute notre action pastorale auprès des étudiants.Les résultats de l’expérience sont étroitement liés à ce qu’on pourrait appeler une "pastorale d’ensemble”.La mise en place des divers éléments de cette pastorale est une entreprise complexe et exigeante.Elle requiert, en plus d’une mobilisation de toutes les énergies disponibles, un grand respect des délais de Dieu et des rythmes déroutants de l’homme en croissance.Jean-Marc Chico/ne, c.s.c.Chaque mois, on distribue aux enfants canadiens-français catholiques de la province 500,000 exemplaires d’une revue qui s’appelle « L’élève » et qui est approuvée par le Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique.La revue se propose de compléter le programme scolaire de chaque classe du cours primaire en l’illustrant par des exercices, des explications et des dessins.Quelle est la qualité pédagogique et artistique de cette publication ?La question est d’importance car tant vaut « L’élève », tant vaut le maître, puisque « L’élève » suit à la lettre le programme et reflète consciencieusement l’esprit qui, l’un et l’autre, président à l’enseignement primaire.La page couverture donne déjà le ton de la revue.Celle du numéro de septembre illustre un petit garçon et une petite fille qui puisent à même leur sac d’école la graine avec laquelle ils ensemencent un champ fraîchement labouré.À l’horizon, un immense soleil rouge.À droite, l’église flanquée du presbytère.À gauche, la ferme.Cette scène symbolique, d’un symbolisme d’ailleurs discutable et quelque peu anachronique, accuse le défaut majeur de la revue, celui de vouloir tout dire.Chaque image n’est rien moins qu’une théogonie et une cosmogonie, se veut une synthèse globale de l’idéal chrétien et humain.Cette surcharge se détruit elle-même, alors qu’une simple allusion marquerait davantage l’imagination de l’enfant.Deuxième défaut : le moralisme.Tout dans cette revue est prétexte à moraliser, sermonner, endoctriner, édifier.Cela part d’un bon naturel mais se révèle, à l’usage, un mauvais calcul.Si tout est prétexte à autre chose, rien n’a plus d’importance en soi.On propose un idéal, ce qui est bien, mais on vide l’aujourd’hui, l’actuel, de sa réalité propre.On verse dans l’angélisme.Au lieu de sans cesse faire la leçon, les éducateurs devraient tout simplement incarner leurs convictions.La page trois de la revue destinée aux élèves de première année donne un exemple de ce que je veux dire.Dans la moitié du haut, on montre le petit catéchisme dont on dit qu’il est le livre par excellence.Dans la moitié du bas, on invite à coller la photo d’un prêtre qu’on aura découpée dans un journal.Je dis qu’on est ici en pleine mythologie, pareille à celle qui consiste à coller des joueurs de hockey dans un album.La réalité cède le pas aux symboles.Page cinq, la leçon trois est consacrée à l’existence de Dieu.Dieu est représenté comme un patriarche magnanime et barbu à des enfants à qui on enseigne pourtant qu’étant pur esprit, Dieu est invisible.Anthropomorphisme désastreux.En page six, voici quelques créatures de Dieu : un chien, un soleil, une fleur, tous en pointillé que l’enfant doit compléter, et une fillette dont il doit colorier la robe.Ce qui m’amène à souligner d’autres défauts de la revue : l’enfantillage et le prosaïsme.Si on veut montrer la beauté de la création, que ce soit par des documents qui ne l’avilissent pas, ou par des images qui manifestent un minimum d’intelligence et d’émotion devant elle.Si on veut développer l’esprit d’observation et l’habileté manuelle des enfants, qu’on leur propose des modèles vivants et des jeux vécus.Page huit, on tente d’illustrer que Dieu est Providence par un échantillonnage de toute la création.Des flèches indiquent les choses dont Dieu prend soin, comme si Dieu ne prenait pas soin de tout sans exception.L’enfant doit nommer ces choses, compléter celles qui sont en pointillé et colorier l’ensemble.Pas étonnant que dès leur entrée à l’école, les enfants perdent l’habitude de dessiner avec cette spontanéité et cette fraîcheur qui caractérisaient leurs dessins faits à la maison ou à la maternelle.La page suivante est blanche et la légende demande aux enfants de découper dans les journaux des gravures qui illustrent que Dieu est bon, que Dieu est puissant, que Dieu prend soin de nous.C’est une incitation directe à forcer le sens des images, à faire de « l’annexionisme » spirituel.Pourtant les desseins de Dieu sont impénétrables.La leçon cinq invite les enfants à prier en ces termes : « MERCI, MON DIEU, DE M’AVOIR FAIT NAITRE DANS UNE FAMILLE CATHOLIQUE ».Je peux me tromper, mais je trouve cette conception un peu étroite.Une naissance catholique, c’est un immense privilège mais dont on ne doit pas user égoïstement, c’est un engagement essentiellement altruiste. 16 La revue « L’élève », on l’a compris, est principalement consacrée à l’enseignement du catéchisme.Les maîtres, dit-on, sont très heureux de l’utiliser, parce que le catéchisme est la matière qui leur paraît la plus difficile à enseigner.Ce qui tend à démontrer l’échec de l’enseignement religieux qu’ils ont eux-mêmes reçu.Mais les matières profanes dans « L’élève » sont enseignées de la même façon, par un appareil de formules toutes faites, de règles desséchées, de trucs, et le recours aux moyens graphi- Au Congrès du Mouvement Laïque, le 5 novembre dernier, M.André Lussier a prononcé une causerie sur « Notre École confessionnelle et l’Enfant » dont le texte intégral a paru dans Cité Libre, no 42, décembre 1961, pages 8-19.L’auteur emprunte au livre de M.Gilson, intitulé « Pour un Ordre catholique », Paris, Desclée de Brouwer, 1934, quelques phrases ou parties de phrases détachées de leur contexte; à première lecture, beaucoup auront l’impression que le savant historien de la pensée médiévale partage les préférences du Mouvement Laïque pour l’école non confessionnelle.Le même découpage est infligé aux textes de trois religieux.Aucune référence de M.Lussier n’indique la page du livre ou de l’article cités; le lecteur pressé pourra difficilement contrôler et il risque de mal interpréter la pensée des auteurs concernés.En toute justice pour M.Gilson, à l’adresse de ceux qui ne connaîtraient pas ses convictions profondes sur le rôle irremplaçable de l’école catholique, voici quelques passages d’un chapitre du livre déjà mentionné : ce témoignage est d’autant plus significatif que son auteur a fait une brillante carrière dans l’Enseignement de l’État; il sait ce que les catholiques peuvent en attendre, et il le dit franchement : « Tout d’abord, ne croyons pas qu’un catholique qui entre dans l’Enseignement de l’État y fasse pénétrer le catholicisme avec lui.Celui qui se ques les plus vulgaires, ceux-là même qui caractérisent les bandes illustrées, les pires « comics » des journaux commerciaux.En qualité d’éducateur et de parent, je n’hésite pas à flanquer un zéro à cet élève sous-doué qui n’a qu’une excuse : celle de n’être pas plus mauvais que la plupart des manuels en usage dans nos écoles.Il serait donc inutile de le réformer si on ne réformait d’abord l’esprit et les méthodes dont il s’inspire.Guy Viau dévoue à l’enseignement libre, dans une école, un collège ou une Université catholique, aura le devoir et la joie d’y enseigner en catholique; cette joie sera la plus grande consolation qu’il puisse espérer de ses sacrifices; il l’aura méritée, mais que l’autre ne prétende pas l’avoir : il ne l’aura pas, parce qu’il n’y a pas droit.Une école catholique est faite pour donner un enseignement catholique; une école de l’Etat est faite, en principe, pour donner un enseignement qui soit neutre; si vous y entrez, vous devrez observer la règle du jeu ».(Pour un Ordre catholique, pp.195-196).« Mille catholiques instituteurs, dont pas un n’enseignera l’erreur, différeront toujours en espèce d’un seul instituteur catholique, dont la classe commencera par un Notre Père, et qui, avec la vérité, enseignera librement à ses élèves quelle est la Source de la Vérité.« Reste donc seulement à savoir s’il est nécessaire de l’enseigner ?À quoi je réponds sans hésiter : oui, parce qu’au moment même où j’écris ces lignes, j’ai sous les yeux la preuve que cela est nécessaire.À 180 kilomètres de Paris, un village sans école chrétienne, où trois instituteurs successifs, dont chacun était d’ailleurs parfaitement respectable, ont réussi, en une quarantaine d’années, à vider complètement l’église de tous ceux qui la fréquentaient.Sur environ 600 habitants, il n’y a pas un seul paysan qui mette jamais les pieds dans ce magnifique édifice, que l’on croirait construit pour une race aujourd’hui disparue.Quelques enfants vont encore au catéchisme, mais l’admirable prêtre de Paris, qui s’est volontairement dévoué, corps et âme, depuis sept ans, au relèvement de cette paroisse, n’a pas encore réussi à obtenir d’un seul garçon ou d’une seule fille qu’ils persévèrent après l’année de leur première communion.Pas une seule âme de paysan français touchée en sept ans; pas une première communion d’enfant français qui ne soit la dernière, voilà le bilan de cet effort héroïque.« Le travail de ces instituteurs est vraiment du travail bien fait.Car ce sont eux qui l’ont fait.Il suffit de le leur demander pour qu’ils le disent; et ils le disent, comme ils l’ont fait, sans méchanceté, avec la conscience de qui remplit un devoir.La religion est fausse, pourquoi n’en détourneraient-ils pas les enfants?» (ibid., pp.197-198).« Le jour où l’éducation chrétienne du foyer ne s’alimenterait plus de celle de l’école; le jour où même les parents qui le voudraient ne pourraient plus demander à l’Eglise de les suppléer dans une tâche qui est sienne, et dont ils ne se sentent pas toujours capables, on n’assisterait pas seulement à l’extinction progressive de l’éducation chrétienne, on verrait l’éducation laïque prendre sa place, au foyer comme à l’école, et peut-être même remonter de l’école au foyer.» (ibid., pp.200-201).Les convictions de M.Gilson n’ont pas varié.Dans la sorte d’autobiographie qu’il publiait l’an dernier sous le titre « Le Philosophe et la Théologie », après avoir souligné l’importance du Symbole des Apôtres et du Catéchisme dans l’éducation chrétienne, pp.16-18, il écrivait à la page 22 : « Je veux simplement dire que si, sachant ce que je lui dois, je me fourvoyais aujourd’hui chez les adversaires de l’école chrétienne, j’éprouverais pour moi-même un parfait mépris.» Le sujet lui tient tellement au cœur qu’il y revient plus loin, p.75 : « L’enseignement du catéchisme est donc le plus important de ceux qu’un chrétien est appelé à recevoir au cours de sa vie, si longue et si nourrie d’études qu’elle doive être.Il est d’une importance vitale que cet enseignement soit immédiatement chargé de toute la vérité religieuse qu’on peut lui faire porter.» Qui potest capere, capiat.J.-M.Parent, o.p.Pour ou contre l’école confessionnelle?Le témoignage de M.Etienne Gilson 17 Il s’accomplit au Canada un travail pastoral varié.Les informateurs nous manquent encore pour en rendre compte.De plusieurs chancelleries de l’ouest nous arrivent des lettres exprimant le désir de savoir ce qui s’accomplit ailleurs et nous félicitant de cette initiative.Cette chronique voudrait simplement faire « sentir » le souci pastoral qui se manifeste partout, nous « sentir les coudes » et renouveler aussi notre courage.Il s’agit moins d’idées nouvelles que de souligner des initiatives.Les dimensions de notre pays expliquent pour une large part que l’on s’ignore d’un diocèse à l’autre, souvent d’une paroisse à l’autre.Prêtres et laïcs, militants de l’Action Catholique, directeurs de publications trouveront dans cette chronique qui s’enrichira à mesure que se multiplieront nos correspondants, une information utile.Une revue ouverte à toute l’actualité chrétienne voit dans une telle chronique l’un de ses principaux objectifs.Montréal À Son Excellence Mgr Paul Grégoire, respectueux hommages.MAINTE-| NANT arrive tard sur la place publique.Chacun aura dit les qualités, les mérites, les hauts faits de Son Excellence.Il ne s’agit donc pas de renchérir sur tant de paroles sincères et de justes sentiments.Nous les faisons nôtres et offrons à Monseigneur notre modeste collaboration qui s’ajoute à tant d’autres.Le recensement religieux du 19 novembre dernier dans l’Archidiocèse de Montréal sous la direction de l’abbé Norbert Lacoste manifeste un vif souci pastoral.Pour agir plus efficacement, nos chefs religieux veulent affronter la rigueur des chiffres.Lors de la réunion des Eglises à la Nouvelle-Delhi, Son Eminence le Cardinal Léger demandait des prières pour son succès.Geste qui traduit une fois de plus l’ardente volonté du Cardinal d’établir le dialogue avec tous et partout.L’Institut dominicain de pastorale lançait récemment une publication « Communauté chrétienne ».Revue de pensée et d’action pastorales qui se veut un instrument de travail pour prêtres et laïcs.Soulignons le 10e anniversaire du Forum catholique dirigée par le R.P.I.Beaubien, s.j.C’est que l’œuvre mérite tous les encouragements.Son Éminence a prononcé une allocution sur « Le Forum Catholique et l’Œcuménisme.» Québec Le discours de Mgr Maurice Roy devant les instituteurs catholiques a obtenu une large publicité.M.André Laurendeau, dans l’éditorial du Devoir, en date du 29 novembre dernier, relève justement « l’intérêt extrême avec lequel Mgr Roy observe l’évolution du milieu, sa sérénité devant les critiques souvent passionnées ., aussi le détachement et la générosité avec lesquels l’Archevêque de Québec aborde de graves problèmes.» Nicolet Mgr l’Evêque fait reproduire chaque mois des textes choisis à l’usage de ses prêtres.Magnifique initiative pour favoriser la lecture, si on songe à la difficulté de se procurer certaines revues en des presbytères éloignés des bibliothèques.Amos Son Excellence Mgr Albert Sanscha-grin, o.m.i., administrateur d’Amos vient d’opérer le jumelage de sente paroisses en même temps.Et ces prêtres ainsi libérés pourront aller en Amérique du Sud.Sacrifice des prêtres et des fidèles pour repenser les structures paroissiales.« J’ai un prêtre pour 500 âmes, alors que là-bas, il y a un prêtre pour 40,000 et parfois 70,000 âmes.» À l’émission « Les uns les autres, » Mgr Sanschagrin déclarait vouloir faire acte de solidarité apostolique, et ce faisant, obliger les laïcs à reviser leurs responsabilités dans une paroisse.N.D.L.R.MAINTENANT accueillera tout renseignement sur les initiatives apostoliques à travers le pays, comme par exemple : l’effort accompli dans les domaines catéchétique, pastoral, biblique, liturgique, etc .Nos réunions MAINTENANT veut devenir l’expression de personnes qu’intéressent la pensée et l’actualité chrétiennes chez nous.Dans ce but, des rencontres, des tables rondes, des discussions entre groupes variés seront occasionnellement organisées par la Revue.Dans ses pages, des rapports ou comptes-rendus seront donnés, aussi des textes naîtront des discussions.Ainsi la Revue n’exprimera plus seulement les idées de quelques écrivains isolés.Autour d’elle ou plutôt par elle et à travers ses pages se créera une amitié entre ceux et celles qui aiment les idées.Et nous pourrons parler un jour, assez prochain, nous l’espérons, d’amis de la revue, au sens d’équipes qui échangent leurs pensées et leurs aspirations pour tous les lecteurs de « Maintenant ».Au Monastère St-Albert le Grand, 2715 Chemin de la Côte Ste-Catherine, Montréal 26, il n’y aura plus seulement une rédaction et une froide administration, mais aussi des groupes qui se retrouveront pour discuter, c’est-à-dire échanger.Voici une simple mention des rencontres organisées durant la période de fondation.Au cours de l’automne, ces réunions furent principalement d’orientation.Ce sont d’abord les Pères de St-Albert qui s’interrogent entre eux; puis des groupes de laïcs sont invités à dire ce qu’ils attendent d’une telle revue.Six directeurs de revues participent à une table ronde au bureau de la direction : M.Guy Viau interroge le P.Richard Arès, s.j.{Relations), F.-A.Angers {Action nationale), Gérard Pelletier {Cité libre), Pierre de Bellefeuille {MacLean), André Belleau {Liberté), Jacques Perron {Situations).Mentionnons aussi nos consultations auprès des prêtres de la Maison Léon XIII; une soirée avec des étudiants de l’Université de Montréal et quelques pasteurs protestants.Merci à tous pour une chaude sympathie, des conseils judicieux, des noms et des thèmes suggérés.Dans l’espoir d’un retour sur de magnifiques possibilités. Conversation catholique-protestante Tout homme qui se veut soumis au Christ est affligé par la division qui existe entre les chrétiens des diverses confessions.Il désire profondément qu'un jour se réalise la prière du Seigneur: «Que tous soient un.» [Jean, 17,21).L'unité — qui est une grâce, — Dieu seul peut la réaliser.Aussi le chrétien doit-il la demander au Père des miséricordes.Il lui faut également s'y préparer.Mais comment ?MAINTENANT a invité M.Guy Viau à interroger sur ce point M.le Pasteur Daniel Pourchot, de l'Église luthérienne, et le R.P.Cantius Matura, franciscain.Les lignes qui suivent sont un extrait de ce dialogue fraternel.GUY VIAU — M.le Pasteur Pourchot, vous êtes au Canada, depuis quelques années .Quelles ont été vos impressions premières sur le milieu dans lequel vous exercez votre ministère, milieu en majorité de culture française et également catholique ?PASTEUR POURCHOT — Mes impressions sont en général favorables.Dès que je suis arrivé ici, en septembre 1958, j’ai vécu dans des conditions particulièrement heureuses : les Canadiens que j’ai rencontrés (que ce soit dans le clergé ou ailleurs) m’ont toujours reçu avec beaucoup d’amitié et de courtoisie.J’avais déjà l’habitude en France de rencontres œcuméniques; j’avais de nombreux amis dans le clergé catholique et j’avais décidé en mon coeur qu’il devait en être ainsi au Canada.J’avais donc, à l’avance, en partant, une intention et j’étais prêt à retrouver ce qui me permettrait de réaliser cette intention, de l’exaucer.En ce qui me concerne personnellement, je ne me suis pas senti isolé, ni rejeté, ni exilé pour cause de profession religieuse différente de celle de la majorité des Canadiens français.Et je dois même dire que je me sentais plus à l’aise parmi ceux-ci que parmi mes confrères de langue anglaise.Je pense d’ailleurs que les affinités culturelles ou ethniques sont pour beaucoup dans cette sympathie.Donc, en ce qui (*) (*) Est-il besoin de dire, comme nous le faisaient remarquer M.le Pasteur Pourchot et le R.P.Matura, que ce dialogue de deux théologiens n'a aucun caractère officiel ?me concerne, j’aurais tort de me plaindre.Au reste, deux mois après mon arrivée ici, j’ai été invité par un Père à prendre part à des réunions interconfessionnelles.Mais çà ne m’empêche pas de comprendre que ce qui m’est arrivé à Montréal, dans un milieu universitaire, ne se reproduit pas nécessairement dans toutes les régions du Canada français.J’imagine facilement qu’entre laïcs surtout, d’un côté comme de l’autre, il puisse y avoir dans certains milieux des réticences et même des réactions inimi-cales.Dans notre Eglise, par exemple, je peux citer le cas de ma femme.Elle me disait que, dans les milieux qu’elle fréquentait en faisant ses courses, elle se sentait comme dans un monde à part du fait qu’elle n’était pas catholique.Mais il me semble que ce soit là une impression assez légère et qui n’a pas duré longtemps.Surtout à partir du moment où ses relations sont devenues plus importantes, plus profondes.P.MATURA — En fait, vous avez rencontré en arrivant ici un milieu privilégié, un milieu très ouvert au point de vue œcuménique.J’entends le milieu que vous fréquentez.Je pense toutefois que, sans aller bien loin, il y a plusieurs milieux où vous auriez rencontré, sinon de l’hostilité, du moins de l’indifférence.Même des prêtres du ministère ou de l’enseignement ignorent tout de l’œcuménisme.P.P.— Au reste, comme je vous le disais, le fait que nous soyons de la même langue, de la même race et de la même culture est sans doute pour beaucoup.Je suis certain que ce désir d’un dialogue entre communions chrétiennes n’existe pas d’une façon aussi vive chez mes confrères de langue anglaise qui ont vécu d’une manière plus isolée, plus enclose, que nous ne l’avons fait en France.Nous avons peut-être un sens différent (je parle de ce qui se passe chez les protestants) de ce qu’est l’Eglise : nous pensons en termes de chrétienté et pas seulement en termes de congrégation locale ou de confession particulière.Et je crois que c’est cet esprit qui commence également à pénétrer ici, à Montréal, d’un côté comme de l’autre; et je suis heureux, très fier que cet esprit se trouve d’abord chez mes frères au point de vue de culture.G.V.— Vous parlez d’un esprit.Mais peut-on dire qu’un dialogue s’engage effectivement, est effectivement amorcé?P.P.— Il me semble que nous aurions du mal à dire le contraire, puisque, depuis quatre ans, sur le plan des professionnels — si on peut dire —, du clergé et des théologiens, on l’a amorcé.C’est le plan qui m’intéresse presqu’unique-ment : le plan doctrinal qui est le vrai plan de Pœcuménisme.En tout cas c’est le premier d’emblée.On aborde d’ailleurs ce dialogue dans l’esprit de charité, de reconnaissance de ce qu’est le frère dans la foi au Christ.Si on fait un pas dans l’unité ce sera d’abord sur le plan de la foi, de la doctrine, de l’enseignement, du catéchisme de l’Église.G.V.— Et vous, Père Matura, pensez-vous que ce désir du dialogue soit profond ?P.M.— C’est là une question à laquelle on ne peut répondre qu’avec nuance.Dans certains milieux, tant du côté catholique que du côté non-catholique, ce fl BUVEZ A VOTRE SANTE! VICHY CELESTINS EAU MINÉRALE ALCALINE NATURELLE - PROPRIETE DE L’ETAT FRANÇAIS *?&>¦ .f LA SEULE véritable eau de Vichy vendue au Canada Importée directement de l'établissement Thermal de Vichy, à Vichy, France Méfiez-vous des imitations ! ! ! 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