Maintenant, 1 juin 1962, Juin
JUIN 1962 LA NÉO-DROITE CHANOINE JACQUES LECLERCQ CHRISTIANISME ET MORALE P.-A.LIÉGÉ ÉLOGE CHRÉTIEN DE LA POLITIQUE NORBERT FOURNIER LE CATÉCHISME, SUJET D'ACTUALITÉ MAGDELAINE VERDON ENTRE L'ARRIÈRE-GARDE ET L'AVANT-GARDE ROGER ROLLAND LA FOI LUCIEN JOUBERT MÉDECINE: VOCATION OU MÉTIER Il existe, en nos temps, des mouvements vers la droite, des tendances plus ou moins réactionnaires.La Phalange ; le néo-nazisme et le néo-fascisme ; l’antisémitisme et les autres agitations raciales ; le poujadisme naguère et maintenant l’O.A.S.; aux Etats-Unis, la société John Birch et vingt autres groupes de moindre importance mais de penchants identiques ; le Réarmement Moral en pleine reviviscence et la Cité Catholique qui dans certains milieux se répand comme un feu de prairie ; enfin, le nouveau sport dominical de plein air : les manifestations pacifistes.Bien sûr que ces mouvements ne s’estiment pas tous et ne priseraient guère de se retrouver dans une même énumération.Bien sûr aussi que leurs inspirations sont fort diverses et que leurs méthodes couvrent toute la gamme morale, depuis la rigueur mystique jusqu’aux tueries les plus lâches, car ils sont inégalement honnêtes, extrémistes, efficaces.Mais il ne s’agit pas de cela.Il s’agit tout simplement de faits : 1) ces mouvements existent ; 2) ils ont en commun d’être réactionnaires.H.-M.ROBILLARD LA CONFESSIONNALITÉ, UN ÉCHEC ?SUZANNE PARADIS POÈME PIERRE SAUCIER QUI SERIONS-NOUS SANS ELLES?(Sommaire complet au verso) Définition s'il vous plaît L’histoire est un rythme, un mouvement pendulaire.La société est un homme qui marche : elle titube, elle caracole, mais tout ce temps elle avance.Ainsi : à toute gauche une droite, et réciproquement ; à tout levier un point d’appui ; à toute aurore un crépuscule ; à tout régime une opposition.et à tout péché miséricorde.Or le monde actuel n’est pas autrement fait.A toutes les échelles, on trouve deux camps.A l’échelle mondiale comme à l’échelle du Canada français, le phénomène est tout aussi visible.Et tout aussi équivoque.Le fait demeure donc : il y a chez nous — et c’est essentiel à l’équilibre de la société — une réaction, et qui profite de mois en mois : en vitesse, en largeur et en profondeur.Mais d’où vient donc cette réaction ? sommaire Henri Dallaire, O.P.: La néodroite .197 Chanoine Jacques Leclercq : Christianisme et morale .201 P.-A.Liège, O.P.: Eloge chrétien de la politique .204 Raymond Chariand, O.P.: L'Eglise annule-t-elle les mariages ?.206 Norbert Fournier, C.S.V.: Le catéchisme, sujet d'actualité .208 Marielle Tremblay : Le scepticisme religieux au niveau collégial : mode ou réalité?.210 Magdelaine Verdon : Entre l'arrière-garde et l'avant-garde 211 Roger Duhamel : Un défaut de perspective .213 Roger Rolland: La foi .214 Lucien Joubert, m.d.: Médecine : vocation ou métier .219 P.-H.Delhaye : L'Etat et la peine de mort .220 H.-M.Robillard, O.P.: La con-fessionnalité, un échec ?.222 Coup d'œil sur les diocèses .224 H.-M.B.: Conseils aux Touristes 225 Denis Duval : Monsieur Tout-le- monde .226 Pierre Saucier : Qui serions-nous sans elles ?.227 Jean-Paul Vanasse : La parole aux quatre vents du ciel .228 Noël Pérusse : L'éducation syndicale .229 Guy Robert : Une demi-douzaine de chefs-d'œuvre S.V.P.230 Andrée Poirier-Pretty : Musique 231 Réginald-Marie Dumas, O.P.: L'ombre de Gudule .232 Bruno-H.Vandenberghe, O.P.: Sœur Sourire .232 G.R.: Livres .233 Suzanne Paradis, Françoise Gaudet-Smet, Charles Lorenzo : Poèmes .234 H.-M.Bradet, O.P.: Soyons bien sages ! .236 On est comme on naît Dès ses premières démarches sociales, chacun laisse voir une tournure : audacieuse ou craintive ; curieuse ou satisfaite ; prudente ou téméraire.On naît, pour ainsi dire, le pied à l’accélérateur ou au frein.Et c'est vrai des régimes comme des hommes.Or, ces derniers temps, la prime a été à l’initiative, à l’imagination, à l’esprit inventif.Qu’il s’agisse de science ou de pohtique, de beaux-arts, de poésie, d’éducation ou de technique, nous traversons une période d’expérimentation en tous domaines.C’est une vague de fond complexe qui tient sa vigueur d’abord des trois révolutions : la Républicaine, l’industrielle et maintenant la Technique ; mais cela tient aussi au besoin compulsif de reconstruire après deux guerres.Et, localement, il faut reconnaître l’envie de faire le ménage, de changer un peu les meubles de place après une période fort longue et dont la mentalité d’ensemble fut monolithique et peu malléable, qu’il s’agisse de religion, de culture, de politique ou d’économie.Il s’en est donc suivi les bouleversements dont la chronique nous entretient avec fracas.Mais voilà déjà le balancier qui revient.On sent le besoin de consolider les conquêtes, d’opérer un triage, de séparer le caduc, le simplement curieux, le temporaire du classique, de l’utile, de ce qui peut durer encore.« Messieurs de la voilure, prenez du repos et laissez un peu opérer ces messieurs du gouvernail ».Nous voilà en pleine réaction.D’autant que les indifférents et les modestement audacieux, mis en présence d’une gauche inquiétante, fracassière ou trop pressée, s’affolent et virent à droite.En somme, on est un peu partout, lassé des expériences, des remises en question, des découvertes transformantes.On voudrait un peu souffler, assimiler.Les régimes D’où vient ensuite la réaction ?De la banqueroute des régimes.On est lassé de compromis qui ne satisfont personne, de conférences qui ne décident jamais rien, de connivences et de faiblesses qui se refusent a sévir et qui du reste n’en auraient guère la force.On est excédé de voir la Rue mener le Parlement, la Classe Etudiante mener le Sénat Académique, la Pègre mener le Syndicat, le Capital mener la Politique et l’Economie, la Publicité mener l’Industrie et le Public mener un peu tout.On veut enfin des Chefs, des Réformes, des Décisions, la restauration du Bon Sens, de la Sincérité, de l’Intérêt Public.Car l’opinion publique croit naïvement et sans nuances à ces grands idéaux, à ces simplifications irréalistes.Succès à gauche D’où vient en troisième lieu la réaction ?De la gauche elle-même, des excès mêmes et des succès de la gauche.On n’en peut plus d’être manipulé, mené à la houlette, organisé, berné.Comme l’âne récalcitrant que bat le muletier, on baisse la tête et on enfonce les pattes.C’en est trop : on ne marche plus.La gauche est propagandiste et la propagande a fait ses preuves ?Qu’à cela ne tienne : la droite aura sa contre-propagande.La gauche base sa stratégie sur l’infiltration, le noyautage, les petites cellules ubiquitaires ?Qu’à cela ne tienne : à noyautage, noyautage et demi.Le régime nous impose des nouilles, des fats sans échine, des ambitieux ignares et des arrivistes, des ignorants et des sots ?Assez ! On ne nous consulte pas vraiment ?Nous agirons donc ! Au plastique ?A coups d’assassinats ?Jamais ! (Du moins pas tout de suite et pas officiellement).Mais nous agirons : à coups d’intrigue, d’habiles diffamations, de chantage, de pressions morales, tout en posant du reste à l’indignation excédée.Et chez nous ?Chez nous, l’histoire suit le même cours naturel.La réaction multiforme, un temps brimée, couvée, réprimée, mais qui a maintenant pris son élan, arrive en surface comme une irruption volcanique, se répand comme une épidémie, trouve des connivences, des sympathies spontanées un peu partout. Aux derniers temps de l’Ancien Régime, on criait casse-cou au « gauchisme ».L’événement a sans doute donné raison aux crieurs, au moins dans la mesure où ils ne faisaient que décrire les lézardes et mesurer la pression interne.Car leurs prophéties de malheur ne se sont pas toutes accompües, que je sache.Mais il est fatal que sous le Nouveau Régime apparaisse une fois de plus la Réaction.Or, elle ne manque pas, encore qu’elle soit à chercher ses formes et son lit, si l’on peut dire.Ce sont parfois les soubresauts d’une mentalité outrepassée, excédée de se voir désormais impuissante.Parfois aussi c’est l’esprit de la plus haute et sage modération, qui s’effraie des joyeuses dévastations irresponsables, des démolitions gratuites et souvent doctrinaires de valeurs irremplaçables (ou que l’on doit bientôt restaurer, identiques à elles-mêmes, dans un gaspillage insensé).La néo-droite Il apparaît donc, et il s’organise au Canada français, comme dans le reste de l’univers, une droite qui n’a pas dit son dernier mot.Elle peut être signe et cause de santé, puisque ainsi les excès seront contenus et la loyale opposition aura tenu son rôle.Mais gare à une gauche trop forte, qui nivellerait sans égards la droite.Outre qu’elle se priverait, et priverait la société, d’idées justes, son auto-cratisme absolu serait une erreur puisqu’il s’ensuivrait des martyrs, du ressentiment et de la méfiance.Et gare à une droite qui manquerait de confiance en la justesse de ses idées les meilleures et en la nécessité de sa fonction.Il lui faut de la vigueur, mais loyale, pour remplir son rôle.Or pour le moment elle a plutôt tendance au pleurnichage et aux coups bas.La gauche n’est pas morte : mais longue vie à la nouvelle droite.Henri Dallaire, O.P.POUR LA FÊTE DES PÈRES Frais de port garantis si non livrable.RÉDACTION, ADMINISTRATION, ABONNEMENTS ET PUBLICITÉ, 2715, Chemin Côte-Ste-Catherine, Le Ministère des postes, à Ottawa, a autorisé l’affranchissement en numéraire et l'envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.Montréal 26, P.Q.Tél.739-4002.Violaine, quand tu auras un mari, ne méprise point l’amour de ton père.Car tu ne peux pas rendre au père ce qu’il t’a donné, quand tu le voudrais.Le père voit ses enfants hors de lui et connaît ce qui était en lui déposé.Connais, ma fille, ton père ! L’amour du Père Ne demande point de retour et l’enfant n’a pas besoin qu’il le gagne ou le mérite ; Comme il était avec lui dès le commencement, il demeure Son bien et son héritage, son recours, son honneur, son titre, sa justification ! Mon âme ne se sépare point de cette âme que j’ai communiquée Ce que j’ai donné ne peut être rendu.Connais seulement que je suis, ô mon enfant, ton père ! Paul Claudel.— L'Annonce faite à Marie 201 SPIRITUALITE Christianisme et morale C’est la question du rôle de la morale dans le christianisme.Peut-on discuter là-dessus ?Mais oui ; et il existe diverses attitudes.D’abord les moralisants pour qui il n’y a que la morale.L'essentiel, pour eux est de ne pas pécher.L’utilité de la religion est de préserver la conduite.Les parents, par exemple, qui ne pratiquent pas, mais veulent que leurs enfants aillent à la messe, « parce que la conduite se perd quand la religion se perd ».De même, j’ai connu des maîtresses de maison qui n’allaient pas à la messe, mais voulaient que leur cuisinière y aille.Et qu’elle aille à confesse.Comme cela elles se croyaient sûres de ne pas être volées.C’est peut-être de la naïveté ; mais cela représente une conception de la religion.L'orthodoxie n'est pas une absolution Une autre se trouve chez ceux qui s’attachent à l’orthodoxie, sans préoccupation de morale.C’est un style fort caractéristique de la race ibérique.Au XVIe siècle, quand les soldats du duc d’Albe sont arrivés en Belgique, ils ont scandalisé les populations, à la fois par leur piété démonstrative et leur inconduite affichée.Ce fut d’ailleurs le cas général des conquistadores espagnols en Amérique.D’une façon générale, dans l’histoire de l’Eglise, on a vu des cas assez nombreux de défenseurs de l’orthodoxie, qui se montraient d’une grande liberté de mœurs, sans penser qu’ils rendaient par là inefficace leur action doctrinale.Le cas le plus célèbre est celui des papes et cardinaux scandaleux du XVIe siècle, qui condamnaient avec indignation les protestants, sans songer le moins du monde que la cause principale du protestantisme se trouvait dans leur conduite.Et ce genre de défenseur de l’Eglise justifie sa position en disant : « Tant qu’on reste dans l’orthodoxie, il n’y a que demi-mal à pécher ; car il suffit de se repentir et d’aller à confesse pour que tout soit effacé.Tandis que, lorsqu’on est sorti de l’orthodoxie, le mal est sans remède ».Donc d’abord être orthodoxe ; le péché n’est pas très grave puisqu’il y a toujours un remède.Un certain nombre de prédicateurs ont toujours essayé de réagir contre cet esprit ; mais, en même temps, ils insistaient sur l’importance des pratiques religieuses, ou pratiques du culte, en particulier sur l’importance de la confession.Et pour amener à confesse, ils insistaient sur le danger d’une mort imprévue.Comme, par ailleurs, ils n’insistaient pas moins sur le culte de la Sainte Vierge et sur la puissance de son intercession, les pécheurs qui brûlaient des cierges à la Madone, avaient en celle-ci une confiance qui leur permettait de pécher en toute tranquillité, car ils étaient sûrs que la Sainte Vierge viendrait à leur secours au moment de la mort, et ils avaient une foi indestructible dans sa toute-puissance d’intercession.Je sais bien que tout cela ne s’applique pas au Canada ; mais on le trouve de façon fréquente dans l’histoire espagnole, et pour réfléchir à la question, il est utile d’aligner les cas extrêmes. Dogmatisme ou morale D’ailleurs, dans la vie catholique, dans l’enseignement, dans les mouvements d’Action Catholique, on retrouve constamment ce dilemme : dogmatique ou morale.Les uns trouvent que le plus important est d’enseigner la dogmatique, qu’il faut d’abord une solide formation doctrinale ; les autres, qu'il faut avant tout, une bonne formation morale, qui sera formation spirituelle, s’il s’agit d’une élite.J’ai souvent vu des ouvrages où l’on impliquait que le fondement de la loi chrétienne est le Décalogue, alors que celui-ci vise uniquement la vie morale, et encore la morale naturelle ; qu’il vient d’ailleurs de Moïse, qu’il est la loi fondamentale des Juifs ; et que, s’il est loi fondamentale du christianisme, le Christ n’aurait ajouté que peu de chose à la loi juive.La morale du Christ Quand on se reporte au Christ lui-même, tel qu’on le trouve dans l’Evangile, les perspectives changent profondément, et tout ce qu’on vient de lire paraît singulièrement artificiel et unilatéral.Le Christ vient renouveler notre vie.Sans doute n’efface-t-il pas le Décalogue, mais il le dépasse tellement que le Décalogue n’est plus qu’une sorte d’introduction.Il s’agit cependant de vie.Le Christ n’est pas un moraliste ; c’est un maître de vie.Ce qu’on entend généralement par moraliste, c’est un homme qui étudie les détails pratiques de la vie ; le Christ ne fait pas cela ; il indique une orientation ; il exprime le sens de la vie.Son enseignement est avant tout cela.Son disciple est celui qui vit dans la ligne que le Christ a tracée.Il y a cependant une doctrine chrétienne.Assurément, mais en vue de la vie.On ne peut suivre le Christ que si on sait qui il est et ce qu’il vient faire.Ce qui correspond aux deux traités de dogmatique sur l’Incarnation et la Rédemption.Mais si le Christ nous a révélé cela, ce n’est pas simplement pour nous instruire, pour nous former l’esprit, pour que nous connaissions la vérité ; c’est pour orienter notre Me.Lorsqu’on cormaît l’Incarnation et la Rédemption, la vie doit être transformée ; et c’est pour transformer notre vie que le Christ est venu.On voit le lien de la doctrine et de la vie.La vie ne peut être transformée comme le Christ le veut, que si on sait ce qu’est l’Incarnation et la Rédemption.Et on ne peut comprendre l’Incarnation que si on connaît le dogme de la Trinité, et on ne peut connaître la façon dont elle s’insère dans la vie que si on connaît la doctrine de la grâce et celle de l’Eglise.Tout cela forme un tout ; mais le but de ce tout est de gouverner notre vie.La doctrine pour la vie Si donc on fait de la bonne théologie, mais qu’on ne vit pas selon le Christ, tout est raté.Je dis bien tout, parce que la doctrine est pour la vie.D’ailleurs la vie est aussi par la doctrine.Comment prendre à l’égard du Christ l’attitude vraie, si on ne sait pas qui il est, si on ne sait pas s’il est vivant, etc.?Comment prendre à l’égard de l’Eglise l’attitude vraie, si on ne sait pas non plus ce qu’elle est ?« Je suis la voie, la vérité, la vie, dit Jésus ?Nul ne vient au Père que par moi » (Jean, XIV, 6).Il y a là un mot qui vise la doctrine : « La vérité ».Mais il est inséré entre deux autres qui visent l’action : « voie » et « vie ».Après cela, il est question d’aller au Père.Mais cela encore, c’est de l’action.On ne va pas quelque part, ou à quelqu’un, en restant sur place. L’esprit du Sauveur est donc clair.Il s’agit de transformer la vie.L’œuvre du Christ est de bouleverser l’existence.Il ne s’agit pas, d’un côté d’admettre une certaine doctrine, et, de l’autre, de vivre honnêtement, comme d’honnêtes païens peuvent aussi le faire, en donnant à cette action une valeur surnaturelle, grâce à un certain nombre de rites, de façon que cette vie naturellement honnête, ouvre sur le paradis.Il s’agit de bouleverser toute la vie, ici-bas.Il n’y a pas un mot dans la prédication du Christ qui donne à penser que, dans son esprit, son enseignement se bornera à faire de ses disciples d’honnêtes gens, au sens naturel du mot, quitte à leur ouvrir le ciel, grâce à une valeur surnaturelle donnée à cette honnêteté, qu’on qualifiera donc de surnaturelle, mais qui ne diffère pas extérieurement de l’honnêteté naturelle.L’œuvre du Christ se présente comme un drame, qui aboutit, on le sait, à la Passion, une sorte de corps à corps avec le démon, qu’il qualifie de « prince de ce monde ».C’est une lutte violente de laquelle doit se dégager un homme nouveau, un drame de sang et d’amour.Le vrai disciple Le disciple doit donc se placer dans cette optique ; il doit se donner à l’œuvre du salut en lui et dans le monde.Et ceci résout bien la question de la doctrine et de la morale dans le christianisme.L’œuvre du Christ est une œuvre d’action.C’est ce qu’on dit en le qualifiant de Sauveur.Il vient nous sauver, non simplement nous instruire.Il n’est pas un maître d’école, mais un maître de vie.Par ailleurs, cette vie qu’il nous apporte repose sur un ensemble de données qui sont intellectuelles.Pour donner à l’Eucharistie la place qu’elle doit avoir dans notre vie, nous devons savoir ce que c’est.Mais il ne suffit pas de savoir ce que c’est pour que la vie du Christ se développe en nous.Cette connaissance n’a d’autre raison d’être que de nous faire adopter certaines positions de vie.On ne peut donc séparer : la doctrine manifeste sa valeur par la vie, et, lorsque des catholiques capables de bien exposer la doctrine, ne la confirment pas par leur vie, ils la discréditent.Beaucoup ne s’en rendent pas compte.Ils s’étonnent de ce que les incroyants n’acceptent pas des doctrines qui leur paraissent lumineuses, et ils ne comprennent pas que pour les incroyants, dire : « Les catholiques ne vivent pas mieux que les autres » soit un argument décisif contre la religion.On fait alors de nouveaux raisonnements pour démontrer que cette attitude n’est pas valable, et on s’étonne à nouveau que ces raisonnements ne portent pas.Mais l’attitude de ces incroyants est conforme à celle du Christ lui-même.On pourrait citer vingt textes d’Evangile desquels il résulte que, dans l’esprit du Christ, ses disciples ne se reconnaîtront pas à une profession de foi, mais à une vie.Encore une fois, ceci n’implique pas qu’une vie chrétienne authentique ne doive être fondée sur l’enseignement du Maître, et que dix-neuf siècles après, cet enseignement n’ait besoin d'être précisé, plus qu’il n’était nécessaire pour ceux qui suivaient le Maître, humainement présent sur la terre.Mais, quelle que soit l’importance de la doctrine, elle reste toujours cependant une condition, une préface, et l’état de chrétien reste une vie.C’est de vivre qu’il s’agit, et tout le reste gravite autour de la vie, prépare la vie, et n’est efficace que s’il se manifeste par la vie.Jacques Leclercq 204 ELOGE CHRETIEN DE LA POLITIQUE Le Cardinal Suhard, archevêque de Paris, racontait l’anecdote suivante : Il était reçu par Pie XII, et le pape avait insisté sur l’attention plus rigoureuse que les catholiques devraient accorder à la réalité politique, dans une perspective d’éducation morale et de témoignage apostolique.Le Cardinal Suhard acquiesça à la pensée du pape, mais fit observer le discrédit que le mot « politique » évoquait aussitôt pour les catholiques français : « La politique qui nous a fait tant de mal ! » « Alors, dit le cardinal à Pie XII, ne vaudrait-il pas mieux parler de préoccupation civique ?» Mais Pie XII répondit : « Si vous voulez, et pour éviter des équivoques, dites civique, mais le vrai mot est politique ».I — Qu'est-ce que la réalité politique ?Les hommes d’aujourd’hui sont particulièrement invités à découvrir la dimension politique de toute réalité humaine.II n’en a pas été de tout temps comme cela : il y eut des temps beaucoup moins politiques que les temps modernes.Je ne dis pas simplement : beaucoup moins politisés, ce qui pourrait être péjoratif, mais beaucoup moins politiques.Pourquoi cela ?Parce que le monde d’aujourd’hui est un monde dans lequel la complexité de l’existence, la démographie galopante, les forces d’opinion et la rapidité de leur transmission, tout cela fait que l’homme moderne est un homme activement socialisé, un homme intégré dans une humanité totale où tous les faits prennent un caractère globalisant.On ne peut plus définir simplement l’homme à un niveau technique, ni à un niveau économique, ni à un niveau social ou familial.C’est le signe d’un manque de conscience politique la plus élémentaire que de dire par exemple : « Moi, vous savez, j’ai le sens du concret, je me limite au familial ».Car aujourd’hui le familial est de toutes parts dépassé par le mondial ; le familial s’enracine, s’il veut être lui-même, dans des conditionnements tellement universels, qu’il dépasse les frontières et se trouve sans cesse en dialogue réel avec les données de l’organisation de la société au plan de la patrie et au plan international.L’éducation des enfants, le comportement du couple, la place de la femme dans la société, tout cela ne peut être perçu qu’en dépendance d’une quantité de faits qui sont d’emblée des faits englobants.De même celui qui déclarerait : « Moi, je fais de la technique ! » Ce qui guette une quantité de technocrates d’aujourd’hui.La façon d’être technicien est fonction des besoins et des mouvements actuels de l’humanité, fonction d’une économie planifiée, fonction des mouvements politiques, de l’organisation internationale, des rapports de force du tiers monde et du reste du monde.De même encore, l’homme qui dirait : « Moi, je fais du social ! » c’est-à-dire : j’essaie d’établir une certaine justice dans des groupes humains immédiats sans faire de l’idéologie, me méfiant des grands plans.Mais aujourd’hui le social, à quelque niveau qu’on le saisisse, serait-ce au niveau le plus élémentaire du syndicat, est nécessairement, non pas politisé, mais inscrit dans une dimension politique.En conséquence, nous voici invités à élargir notre vision du monde, à découvrir que le bien commun des hommes ne se joue totalement à aucun des niveaux énumérés précédemment, ni familial, ni interpersonnel, ni simplement technique, ni simplement économique, ni simplement social, mais que, dans le monde d’aujourd’hui, toutes ces réalités partielles, toutes ces solidarités sociales, ces proximités géographiques, ces communautés culturelles, se trouvent saisies au-delà d’elles-mêmes, dans une réalité qu’il faut bien appeler la réalité politique parce qu’elle englobe et unifie tous ces phénomènes partiels.Il est quelque peu illusoire de faire du familial apolitique, du social apolitique et même de faire du civique apolitique, comme aujourd’hui encore certains le prétendent, pour se garer des risques, réels certes, de la politique.Nous sommes embarqués ; que nous le voulions ou non, nous sommes dans un monde dont la dimension est politique.Qui que nous soyons, même si, pour des motifs légitimes, nous ne pouvons pas ou ne devons pas nous engager dans l’action politique, nous devons avoir une conscience politique.il — De la réalité politique à l'action politique Normalement, une conscience politique doit conduire à une action politique.Evitons tout de suite un malentendu : il arrive qu’après avoir reconnu la politique comme une dimension nécessaire de l’existence, on s’en remette à des techniciens de la politique pour l’action.C’est une démission.Il y a une conscience politique qui débouche dans cette responsabilité exigeant haute compétence et spécialité qui fait les « hommes politiques » ; ce n’est pas la vocation de tous.Mais ce qui est la vocation de tous, c’est d’être solidaire d’une action politique, et de ne pas se décharger paresseusement sur quelques techniciens de la chose politique.Dans un siècle dans lequel chacun peut avoir sa part de responsabilité solidairement avec les autres, les hommes et les femmes arrivés à l’âge adulte ne peuvent pas ne pas s’embarquer dans une certaine action politique.Ce qui ne veut pas dire immédiatement s'engager dans un parti politique ; encore qu’il arrive un moment où le parti politique apparaît comme nécessaire, quand on a constaté l’insuffisance des forces de pression.C’est l’itinéraire d’un certain nombre d’hommes qui sont entrés dans l’action politique au niveau des forces de pression, excluant les partis politiques comme trop arbitraires ou trop formels : un jour ils se sont aperçus que les forces de pression, type syndicat ou fédération, soutenaient encore trop des intérêts particuliers et risquaient d’être particularistes ; il fallait passer à une action qui soit plus franche, davantage à découvert, employant les moyens démocratiques avec leur grandeur et leur risque, à savoir l’action au niveau du parti politique. Double scrupule Il semble que beaucoup de chrétiens aient du mal à s’engager dans l’action politique parce que leur éducation les fait difficilement échapper à un double scrupule.Le premier scrupule, lié à la crainte de s’engager dans l’action politique de façon trop absolue, d’en faire un combat passionné ; il est vrai que l’action politique a de quoi susciter un engagement absolu et facilement même idolâtre, avec un coefficient de passion qui, très vite, en fait un combat difficile, périlleux pour quelqu’un qui n’a pas une grande maîtrise de lui-même, une conscience informée et profondément rectifiée.Ou bien, à l’autre extrême on recherchera tellement la pureté idéale de l’action qu’on reculera toujours l’engagement et l’action ; cette recherche de la pureté paralysante est assez dans la ligne d’une certaine éducation moralisante.Action humaine Il faudrait enfin se rappeler que l’action politique est une action profondément humaine, c’est-à-dire que si elle est l’art du possible, elle ne devrait jamais ère un jeu.L’adulte est précisément un homme qui sait que la vie ne s’établit pas d'emblée au niveau des grands principes idéaux ; qu’on n’a jamais de sentiments tout à fait purs, mais qu’on purifie ses sentiments ; que c’est en agissant qu’on corrige son action ; et que le réalisme de la vie conduit à intégrer à son action des risques de se tromper.La réussite adulte est toujours sur la base d’un certain compromis pratique : pas un compromis au niveau des grandes visées, mais un certain compromis pratique, parce qu’il faut le maximum de ce qu’on peut faire et non pas le maximum idéal, parce qu’il vaut mieux ne pas pécher par omission, en refusant de s’engager et d’agir, du moment qu’on ne pourrait pas faire le maximum idéal.Il faudrait aussi se rappeler que l’action politique demande beaucoup de maîtrise de soi et de désintéressement, parce qu’il faut accepter d’agir longtemps sans succès visible, d’être souvent contredit, d’être mis souvent au bord du découragement par des forces adverses.Il faudrait enfin se rappeler que l’action politique n’est pas d’abord une morale, même si elle doit être animée par une morale, et même plus que par une morale pour le chrétien ; qu’on ne fait pas une action politique pour défendre d’abord des « intérêts supérieurs », ce que trop souvent les partis confessionnels ont voulu faire, devenant cléricaux.Mais qu’on mène d’abord une action politique parce que le bien commun de la cité est en jeu ; parce que la justice ne règne pas dans le monde ; parce que la réalité exige qu’on lutte pour l’accomplissement véritable de l’homme dans une société authentique.Car selon la parole de Pie XI : « Ce domaine politique regarde les intérêts de la société tout entière et, sous ce rapport, c’est le champ de la plus vaste charité, de la charité politique.Charité politique, dont on peut dire qu’aucune autre ne lui est supérieure sauf la charité qu’inspire le domaine de la religion ».Ill — Education politique Dans le monde d’aujourd’hui, l’éducation politique qui intéresse surtout les adultes devrait être un souci pédagogique et éducatif en direction des jeunes.Il faudrait les protéger contre ce qui est la tentation de quelques-uns, parfois les plus généreux : un engagement prématuré.Il n’est jamais trop tôt pour commencer à faire découvrir aux jeunes d’aujourd’hui la dimension politique du monde dans lequel ils vivent.Et c’est ce qui a manqué à beaucoup d’adultes : toute leur enfance, toute leur adolescence se sont passées dans un univers apolitique, et c’est seulement à l’âge adulte, et trop tard, qu’ils ont découvert la dimension politique du monde.Il n’est jamais trop tôt pour faire découvrir progressivement — je sais que c’est très difficile à l’âge où l’on voit les préjugés bien-pensants et petits-bourgeois.Il serait très important aussi qu’on ne conduise pas les jeunes à un mépris prématuré des hommes politiques.Il faudrait progressivement — je sais que c’est très difficile à l’âge où l’on voit les choses simples et idéales — leur faire découvrir que, quelles que soient les impuretés possibles, on y peut être le plus pur possible.Voilà ce que disait en ce sens Emmanuel Mounier : « Le plus souvent, le tempérament politique, qui vit dans l’aménagement et le compromis, et, d’autre part, le tempérament prophétique, qui vit dans la méditation et l’audace, ne coexistent pas dans le même homme.Il est pourtant indispensable aux actions concertées de produire les deux sortes d’hommes et de les articuler les uns sur les autres ; sinon le prophète isolé tourne à l’imprécation vaine ; sinon, le tacticien s’enlise dans les manoeuvres ».Si les jeunes hommes chrétiens de la génération qui monte pouvaient n’être ni ces tacticiens qui s’enlisent dans les manoeuvres, ni ces prophètes qui tournent à l’imprécation vaine, ce serait la réussite de cette éducation politique commencée très tôt au plan de la conscience pour déboucher, le temps venu, dans une action politique qui porte ses fruits.P.-A.Liège, O.P. 206 L’Eglise annule-t-elle les mariages?Depuis 1946 nous avons au Canada des tribunaux ecclésiastiques qui jugent les causes de nullité de mariage.Ils ont été institués par un décret de la sacrée congrégation des Sacrements pour remplacer les tribunaux locaux de chaque diocèse, et cela en vue de mieux administrer la justice dans les procès de cette espèce.Au nombre de sept, ils siègent dans les villes suivantes : Québec, Montréal, Halifax, Ottawa, Toronto, Regina et Vancouver.Leur activité, qui commence à être connue du grand public, n’est pas toujours bien comprise.On s’étonne parfois, quand on ne se scandalise pas, qu’un mariage, même s’il a été célébré à l’église, puisse être déclaré nul.Il faut avouer que les profanes en la matière commettent une méprise facile sur le sens d’une telle décision.Ne dit-on pas par exemple qu’un tel a demandé et obtenu une annulation de son mariage ?N’assimile-t-on pas la sentence d’un tribunal ecclésiastique à celle d’une cour de divorce ?Une déclaration de nullité n'est pas un divorce Il importe d’abord de fixer le sens des termes employés afin d’éviter toute équivoque.Quand on dit qu’un mariage a été annulé par décision d‘un tribunal ecclésiastique, on entend signifier tout simplement qu’il a été déclaré nul, et rien de plus.Sans doute il a pu y avoir cérémonie ou célébration à l’église, mais à cause d’un empêchement dirimant ou d’un défaut substantiel de consentement, ce mariage n’a pas été véritablement contracté et n’est pas reconnu en droit canonique.La décision du tribunal compétent, de qui la chose relève, ne fait que reconnaître officiellement qu’il n’y a jamais eu de mariage.Ce serait donc parler improprement que d’appeler une telle décision annulation de mariage, comme s’il s’agissait de la rupture du lien matrimonial.Le mariage chrétien est indissoluble, et une fois qu’il est consommé par les relations conjugales, il ne peut être rompu que par la mort d’un des conjoints.Cela est certain, tant en vertu des déclarations officielles du Saint-Siège que de l’enseignement commun de l’Eglise.On entretiendrait donc une décevante illusion en imaginant que dans un avenir prochain, pour de graves motifs de bien commun ou de salut des âmes, Rome apporte des adoucissements à cette intransigeante indissolubilité et finisse par reconnaître le divorce comme solution à un problème matrimonial malheureux.Mais il ne semble pas impossible que l’Eglise, à qui est confiée l’économie des sacrements, avec pouvoir d’en déterminer la matière et la forme, précise davantage les notions actuelles de sacramentalité et de consommation du mariage, d’impuissance sexuelle et de stérilité des époux.Il reste encore quelques incertitudes sur ces notions, et la discussion reste ouverte entre théologiens et canonistes.Rien qui doive étonner en cela.N’est-ce pas à la suite d’une longue controverse, au Xlle siècle, entre les universités de Paris et de Bologne que l’Eglise a décidé que le consentement des époux suffit pour qu’il y ait mariage véritable ?Il n’est pas nécessaire à cet effet que les relations conjugales soient établies entre les époux, mais seule la consommation rend le mariage des baptisés absolument indissoluble.Et c’est par le moyen de cette distinction que le Saint-Siège se reconnaît le droit de dissoudre le mariage sacramentel non encore consommé, droit qui a passé dans la pratique jurisprudentielle des congrégations romaines.Plus récemment, sous les pontificats de Pie XI et de Pie XII, la même jurisprudence a résolu une autre question longtemps débattue, celle de savoir si le mariage entre un chrétien et un non-baptisé est sacramentel ou non.De la solution négative donnée à cette question est sortie la pratique de dissoudre de tels mariages, même après consommation, quand les conditions exigées sont remplies.Chefs de nullité de mariage Pour contracter validement mariage, il faut en premier lieu que les deux conjoints soient exempts des empêchements dirimants de mariage.S’ils sont affectés par l’un ou l’autre de ces empêchements, même à leur insu, ils ne peuvent s’engager dans un mariage valide.Il faut de plus que leur consentement soit donné avec sincérité et réciprocité, c’est-à-dire avec l’intention de transmettre au conjoint les droits conjugaux et de les accepter de sa part.Avec délibération aussi, c’est-à-dire en connaissance de cause et en toute liberté.Engageant réciproquement chacun des conjoints au don de soi, pour toute la durée de la vie, sur le plan des relations spécifiquement conjugales, on voit tout de suite que le mariage requiert un consentement personnel soustrait à toute contrainte extérieure.Aucun pouvoir humain n’y pourrait suppléer.Personne ne reçoit pouvoir sur ce qui relève de la liberté d’autrui que par son consentement.Enfin, parce que le mariage est un fait social d’une importance capitale, intimement lié à la destinée des hommes et de la société tant civile que religieuse, l’Eglise prescrit que le consentement soit manifesté extérieurement selon des formalités précises, dont quelques-unes sont requises pour la validité elle-même du mariage.S’il ne satisfait pas à ces exigences essentielles, le consentement ne sera pas reconnu comme produisant ses effets aux yeux de l’Eglise.Le mariage sera nul et de nul effet.C’est dire qu’un mariage peut être nul par suite d’un empêchement dirimant, par défaut de consentement, par vice de forme.Examinons brièvement chacun de ces chefs possibles de nullité.Vice de forme Seuls sont valides en droit canonique, dans les circonstances ordinaires de la vie, les mariages qui sont célébrés devant l’évêque du diocèse, ou son vicaire général, en présence du curé de la paroisse, ou du vicaire, ou d’un autre prêtre dûment délégué, et devant deux témoins.Un catholique ne peut donc pas contracter validement mariage devant un ministre de culte non catholique ou un officier civil quelconque.S’il le fait, comme la chose arrive parfois chez les divorcés qui savent très bien qu’ils ne peuvent pas se remarier religieusement, il contracte invalidement mariage.La cause de nullité d’un tel mariage est facile à juger et la procédure pour l’instruire est simplifiée.Il suffit d’établir avec documents à l’appui le vice de forme.Les complications viendront de la loi civile, même dans la province de Québec où la jurisprudence des tribunaux concernés reconnaît comme valide tout mariage, y compris celui d’un catholique, célébré devant un ministre du culte autorisé à tenir des registres de l’état civil.Il faudra donc, après avoir obtenu une déclaration de nullité du tribunal ecclésiastique, recourir éventuellement à un divorce pour ce qui concerne les effes civils du mariage.Empêchements dirimants Dans les procès de nullité de mariage engagés sous le chef d’un empêchement dirimant, celui que l’on rencontre le plus souvent est le lien matrimonial.Il s’agit de pseudoépoux qui se sont remariés alors qu’ils étaient déjà liés par un mariage antérieur non dissous.Le second mariage est invalide évidemment et la procédure pour le déclarer nul est sommaire, tout comme celle du procès de nullité pour vice de forme.Lorsqu’un document authentique et digne de foi prouve l’existence du lien actuel, le tribunal prononce la nullité du second mariage, après citation des parties et intervention du défenseur du lien.Une telle cause est jugée par un seul juge, au lieu de trois comme requis dans les autres procès de nullité.Dans la même catégorie de procès pour empêchement dirimant, nos tribunaux sont parfois saisis de demandes de nullité à cause de l’impuissance sexuelle de l’un des conjoints.Ces procès sont plus rares que les précédents et beaucoup plus compliqués.On sait qu’il s’agit d’une inhabilité radicale, antécédente au mariage et perpétuelle, à avoir des relations sexuelles normales avec son partenaire.Une telle inhabilité peut être organique et fonctionnelle, soit que les organes sexuels comportent de telles malformations ou lésions que l’acte sexuel puisse être fait naturellement, soit que les organes sexuels, bien que normalement conformés, ne remplissent pas leurs fonctions.L’impuissance sexuelle peut être aussi d’ordre purement psychique, sans base anatomique discernable.Attribuée à de graves perturbations mentales, elle est beaucoup plus difficile à établir avec certitude, même par des experts en médecine, dont le concours est toujours requis en ces sortes de causes.De fait les cas de jurisprudence où l’impuissance psychique a été reconnue comme chef de nullité de mariage sont excessivement rares.La plupart du temps, vu la difficulté de juger l’impuissance perpétuelle et inguérissable, la sentence prononcée est négative, mais quand la preuve de la non-consommation du mariage est nettement fournie, le souverain Pontife, sur recommandation du tribunal, accorde dispense du lien matrimonial.C’est une solution semblable qu’il y a lieu de proposer au problème du mariage des homosexuels.Si le mariage n’a pas été consommé par relations conjugales normales, et que la preuve en est faite hors de tout doute, le conjoint normal peut recourir à la dispense du lien contracté et reprendre sa liberté.La solution suggérée récemment à l’effet que l’homosexualité comme telle soit constituée empêchement dirimant de mariage semble moins appropriée.Il faudrait alors la considérer comme une véritable impuissance sexuelle d’ordre psychique, mais la perpétuité et l’incurabilité de l’homosexualité sont loin d’être certaines.D’autre part, si l’homosexualité dans un cas concret était déterminée par des affections pathologiques, nous serions en présence d’une véritable maladie mentale.Envisagée sous cet aspect, l’homosexualité serait-elle une maladie mentale assez grave pour priver ses victimes de la capacité de donner un consentement matrimonial suffisamment qualifié pour être reconnu en droit ?Nous sommes ici en un domaine scientifique.La nature et l’importance des maladies mentales, leurs effets sur les facultés de l’agir humain relèvent de la psychiatrie, et ce sont les psychiatres compétents qui peuvent les faire connaître avec exactitude.Seuls ils sont en mesure d’apprécier à leur juste valeur les incapacités intellectuelles de ces malades, les déviations de leur jugement, leur inhabilité à comprendre les obligations du mariage et à faire un choix libre et délibéré.Défauts de consentement Dans les causes de nullité de mariage par défaut de consentement, il s’agit de connaître exactement quelle a été la volonté positive des contractants au moment où ils ont échangé leur consentement.La chose est loin d'être facile, puisque le consentement matrimonial est un fait interne de la volonté par rapport à la manifestation extérieure qui a lieu au cours de la célébration du mariage.Les défauts que l’on peut invoquer n’affectent pas le consentement avec le même résultat.Si certains défauts, tels l’ignorance de la nature du mariage, la privation de l’usage de la raison, la simulation par laquelle le mariage lui-même est refusé, détruisent le consentement intérieur, d’autres, au contraire, sont sans effet sur la volonté des contractants et par le fait même non avenus en droit.Il peut arriver enfin que le consentement soit privé des qualités essentielles qu’il doit avoir, et pour autant soit vicié au point de rendre le mariage nul et de nul effet.C’est le cas des mariages contractés sous l’empire de la crainte grave et injuste, ou handicapés par la maladie mentale.Malgré les précautions imposées par le droit canonique pour s’assurer que rien ne s’oppose à la célébration valide et licite du mariage, malgré la minutieuse enquête sur la rectitude d’intention des futurs conjoints avant de les admettre à la cérémonie nuptiale, on découvre encore après coup de ces défauts de consentement qui rendent le mariage invalide.De fait les actions en nullité de mariage intentées sous ce chef sont de beaucoup les plus nombreuses, et les sentences, favorables ou défavorables aux requérants que les tribunaux ecclésiastiques prononcent, sont les moins comprises de la part de nos gens.Ce n’est qu’en consultant les volumineux dossiers de ces causes que les équivoques regrettables pourraient être dissipées.Aspect pastoral L’administration de la justice dans les procès de nullité de mariage s’exerce sous le signe du salut des âmes.Elle y trouve son unité supérieure et son but suprême.De si grands intérêts d’ordre privé et social sont ici en jeu, que l’on pourrait difficilement faire abstraction de l’aspect pastoral de ces causes.Il s’agit, en effet, de traiter en même temps des impératifs de la loi divine de l’indissolubilité du mariage, du bien général des fidèles à ne pas scandaliser par des décisions arbitraires et enfin des intérêts spirituels des époux qui recourent à nos tribunaux.Seuls un sens éclairé de la justice et un souci pastoral profond peuvent sauvegarder toutes ces exigences.Raymond Charland, O.P. PENSEZ-VOUS LE CATECHISME, SUJET D’ACTUALITÉ Depuis deux ans, de nombreuses voix se sont élevées ici et là pour dénoncer les lacunes de l’enseignement religieux dans notre milieu canadien-français.Les journaux, les revues, la radio, la télévision ne cessent de nous poser des problèmes qui, jusqu’ici, préoccupaient trop peu l’opinion publique.Le Frère Untel, Cité Libre, le Mouvement laïque, ont exprimé, chacun à sa façon, un flot de critiques sur notre école confessionnelle, et en particulier sur la qualité de l’enseignement religieux qui se donne à nos jeunes.Que penser de toutes ces opinions ?Est-il bien vrai que le catéchisme tel qu’il s’enseigne dans nos institutions souffre de lacunes sérieuses ?Notre éducation religieuse se trouve-t-elle en pleine décadence ?Par contre, n’y aurait-il pas eu des progrès réalisés dans notre enseignement religieux depuis quelques années ?Posons-nous ces questions afin d’être le plus objectif possible dans nos appréciations.Lacunes de notre enseignement religieux Les autorités scolaires, les professeurs de religion à tous les niveaux, les spécialistes de la catéchèse, tout comme Nosseigneurs les Evêques, admettent sans hésitation que la formation religieuse, telle qu’elle se donne aux tout-petits dans le milieu familial, et l’enseignement de la religion, tel qu’il se fait dans nos écoles publiques et dans nos collèges classiques, laissent beaucoup à désirer.Son Eminence le Cardinal Léger décrivait la situation avec nuance et réalisme dans son Allocution du 17 juin 1961.« Notre enseignement religieux, disait-il, ne serait-il pas trop abstrait ?Ne se borne-t-on pas à réduire le Message du salut, qui est esprit et vie, à l’exposé de notions arides et sèches ?Au lieu de fixer l’attention sur la personne du Christ, qui est au cœur du message révélé, ne la détourne-t-on pas sur des aspects accessoires et sentimentaux ?Notre enseignement religieux n’aurait-il pas une tendance trop individualiste, centré trop exclusivement sur des préoccupations morales et oublieux de l’insertion du chrétien dans la grande communauté qu’est l’Eglise ?Ne risque-t-il pas, soit à cause de la pauvreté de son contenu doctrinal, soit à cause de l’indigence spirituelle de l’enseignement, d’entraîner à une pratique religieuse conventionnelle et passive qu’une foi sans chaleur n’anime pas ?» Cette description de Son Eminence résume bien la situation actuelle de notre éducation religieuse.Un catéchisme savant et abstrait au cours élémentaire, un enseignement religieux trop livresque et didactique au cours secondaire, une formation spirituelle individualiste, moralisatrice, coupée de la vie, dépourvue de culture religieuse, à tous les niveaux : voilà le résumé des nombreuses critiques lancées de tous côtés dans notre milieu.Causes de cette situation Si nous cherchons les causes de ce problème angoissant, nous en trouverons plusieurs.Disons d’emblée qu’il serait puéril d’attribuer cette situation au caractère confessionnel de notre système scolaire, à la présence des Evêques au Conseil de l’Instruction publique, ou encore aux communautés religieuses de sœurs et de frères qui se consacrent, en grand nombre, à l’éducation de notre jeunesse.Le récent volume du Frère Hector Parenteau n’a-t-il pas bien éclairé cette question ?1 Où se trouve donc la cause des lacunes que nous déplorons dans la formation religieuse des jeunes ?Il y a d’abord le milieu lui-même avec ses tendances matérialistes : les professeurs de religion, comme les jeunes d’ailleurs, sont nécessairement conditionnés par le milieu dont ils sont issus et où ils vivent tous les jours.Notre catholicisme fortement sociologique, souvent conventionnel et routinier, la faiblesse de notre pensée religieuse, notre traditionalisme 1.Réflexions pastorales sur notre enseignement.Montréal, Fides, 1961, pp.23-24.dans les questions sociales et pédagogiques ont eu des répercussions sur l’esprit et les cadres institutionnels de notre enseignement religieux.Une autre cause, qui regarde plus directement le cours de religion, c’est le manque de formation des catéchistes : on ne donne pas ce qu’on n’a pas ! Les professeurs de religion sont trop souvent mal préparés à leur mission dans l’Eglise.Cette déficience apparaît à la fois sur le plan pédagogique et sur le plan doctrinal.Les manuels de religion qui sont enseignés au cours élémentaire sont reconnus de plus en plus comme déficients.Ce n’est pas sans raison qu’on souhaite, en plusieurs milieux, le remplacement du Catéchisme catholique qui s’enseigne de la 3e année à la 7e année.Les méthodes utilisées dans l’enseignement religieux sont beaucoup trop scolaires : il y a un abus de mémorisation et d’inquiétantes déficiences dans la conception des examens de religion.Tous ces faits paraissent authentiques.Ceux qui critiquent l’efficacité de notre enseignement religieux ne sonnent donc pas de fausses alarmes.Personne, qu’il soit pasteur d’âmes, éducateur ou parent, n’ose soutenir que la formation spirituelle de nos jeunes se trouve à point.Mais ce qu’on connaît moins et ce qui est rarement affirmé dans les revues, journaux, radio, télévision, ce sont les efforts positifs qui ont été faits et les progrès qui ont été réalisés depuis quelques années.Un renouveau catéchétique au Canada français Dès 1935, certains pédagogues perspicaces s’inquiètent de l’esprit trop déductif et notionnel de l’enseignement religieux dans les écoles de notre Province.M.l’abbé Charles-Eugène Roy publie un ouvrage intitulé « Méthode pédagogique de l'enseignement du catéchisme » ; Sœur Saint-Ladislas, A.S.V., vient en aide aux catéchistes grâce à ses volumes « Aux petits du Royaume »; divers comités se mettent au travail dès 1942 pour refaire le programme et le manuel de religion du cours élémentaire ; enfin, en 1952, l’Episcopat de la Province de Québec fonde l’Office catéchistique provincial pour orienter et coordonner les efforts catéchétiques dans notre milieu.Ces faits nous montrent comment l’enseignement religieux préoccupe depuis longtemps les pasteurs d’âmes ainsi que les pédagogues.Si notre Programme de religion au cours élémentaire est loin d’être parfait, tout de même il a marqué une étape décisive dans la promotion d’une catéchèse renouvelée et authentique.Nos manuels de religion laissent beaucoup à désirer, certes, mais il faut bien avouer qu’ils ont été mal enseignés par un très grand nombre de catéchistes, même par ceux qui sont sortis de nos écoles normales ! Depuis une dizaine d’années environ, un vaste mouvement catéchétique se répand à travers notre Province.Grâce à l’Office catéchistique provincial fondé et dirigé par Son Excellence Mgr Gérard-M.Coderre, on voit surgir de tous les côtés des efforts et des réalisations très opportunes : des sessions d’études pour les catéchistes de tous les niveaux, de nombreuses publications, diverses commissions pour étudier les programmes, etc.Signalons enfin l’influence profonde de certains spécialistes européens venus chez nous à quelques reprises pour y donner des cours et des conférences : M.François Coudreau, s.s., les RR.PP.Pierre Babin, o.m.i., P.-A.Liégé, o.p., Marcel van Caster, s.j., etc.La formation des catéchistes Ce qui a le plus contribué au renouveau catéchétique chez nous, ce fut sans contredit la présence de plusieurs étudiants canadiens aux centres européens de catéchèse, notamment à l’Institut Supérieur catéchétique de Paris et au Centre International « Lumen Vitæ » à Bruxelles.De retour au pays, ces spécialistes de la catéchèse ont introduit chez nous des perspectives nouvelles.Sans toucher au programme et aux manuels, ils ont d’abord travaillé dans leur milieu respectif auprès de jeunes à qui ils ont transmis une doctrine plus solide et plus vitale.Peu à peu, ces spécialistes de la catéchèse se sont mis à rayonner : dans les milieux universitaires, dans les divers organismes diocésains, dans les congrès et sessions, etc.A l’heure actuelle, plus de soixante Canadiens français sont allés se spécialiser en catéchèse dans les centres européens.Grâce à eux, les cours de religion se sont renouvelés dans plusieurs écoles normales et dans un grand nombre de collèges classiques.Un autre apport digne de mention, c’est celui de l’Institut Supérieur de Sciences Religieuses de l’Université de Montréal.Depuis sa fondation en 1953, l’Institut a contribué à la formation doctrinale de nombreux religieux et religieuses ainsi que de plusieurs éducateurs laïques.Le nombre des diplômés de l’Institut se chiffre maintenant à 138 (Baccalauréat et Maîtrise).A cela, on pourrait ajouter de nombreux étudiants libres qui ont suivi des cours de théologie et de pastorale catéchétique : seules les sessions d’été en catéchèse ont réuni à date environ 325 participants.D’autres efforts, faits en vue d’améliorer l’enseignement religieux, méritent d’être connus de l’opinion publique : les cours donnés depuis quatre ans à Val Morin pour environ 200 Frères-éducateurs, les sessions d’études catéchétiques organisées par la Faculté des Arts de l’Université de Montréal pour les professeurs de religion des collèges classiques masculins et féminins, les congrès catéchétiques dans les diocèses, dans les congrégations religieuses et même dans certaines commissions scolaires.Ce vaste mouvement de formation des catéchistes ne se confine pas aux membres du clergé et des communautés religieuses.Un nombre grandissant de professeurs laïques s’intéressent à la catéchèse ; certains mêmes se spécialisent dans cette discipline.Un fait digne de mention : chaque année, la Commission des Ecoles Catholiques de Montréal envoie à ses frais quelques professeurs laïques aux études en Sciences religieuses.Appréciation de nos efforts catéchétiques Cet ensemble d’efforts a-t-il pénétré les divers niveaux de la formation religieuse de nos jeunes ?Le cours de religion se trouve-t-il désormais parvenu à un degré suffisant d’authenticité ?Quels sont les acquis et les déficiences de notre mouvement catéchétique ?Voilà des questions complexes et fort délicates.Les esquiver serait facile.Pourtant la vérité n’a-t-elle pas ses exigences ?Il reste établi qu’à côté des lacunes qui ont caractérisé notre enseignement religieux, des efforts sérieux ont réalisé des progrès indubi- tables qu’il serait injuste de ne pas signaler.Un grand nombre d’écoles normales, il faut bien l’avouer, n’ont pas encore été atteintes par le renouveau catéchétique, au point de vue doctrinal comme au point de vue pédagogique.C’est pourtant là qu’il fallait d’abord travailler.Par contre, au niveau des collèges classiques, le mouvement a pris beaucoup d’ampleur.Dans les écoles secondaires publiques, la présence de catéchistes spécialisés a amélioré considérablement le cours de religion donné aux adolescents.Il faut toutefois regretter que ces progrès ne soient pas encore introduits dans l’ensemble de ces institutions à travers la Province.Le plus paradoxal de toute cette affaire, c’est qu’au niveau des écoles élémentaires, où l’enseignement religieux se trouve le plus critiqué, et au niveau de l’initiation chrétienne des tout-petits dans la famille ou à l’école maternelle, l’influence du renouveau catéchétique soit assez faible et limitée à des milieux très restreints.Pourquoi cela ?Il serait téméraire d’en jeter tout le blâme sur telles personnes ou sur tels organismes.Les commissions scolaires pouvaient-elles former des spécialistes en catéchèse alors que l’opinion publique à l’exception de quelques intellectuels, ne voyait là aucun problème ?Les communautés religieuses de leur côté ne se sentaient pas poussées à concentrer leurs efforts pour la catéchèse faite au cours élémentaire.En effet, les frères-éducateurs s’orientaient de plus en plus vers les écoles secondaires.Quant aux religieuses, elles visaient d’abord à assurer la formation générale strictement requise pour enseigner aux divers niveaux ?Les autorités ecclésiastiques ont tout de même fondé des offices et centres diocésains grâce auxquels la majorité des instituteurs des écoles élémentaires ont pris conscience du problème de l’enseignement religieux.Quant aux professeurs de religion, ils ont montré leur bonne volonté chaque fois qu’on leur a offert des cours sur la catéchèse : il suffit de mentionner la réponse formidable des professeurs du Diocèse de Montréal aux cours organisés par le Centre catéchistique diocésain.Quelques réalisations L’ensemble des efforts, des activités et des recherches réalisés dans tous les coins de la Province exigeait qu’on 210 fasse le point.En janvier 1961, l’Office catéchistique provincial convoquait à Saint-Jean tous les spécialistes cana-diens-français à un Congrès de catéchèse.Cette réunion, la première en son genre dans notre pays, fut, pour tous, une prise de conscience de l’ampleur et des lacunes de notre mouvement catéchétique.Depuis lors, de nombreuses expériences surgissent ici et là dans la Province.En certains endroits, on a adopté le Catéchisme allemand au cours élémentaire.Plusieurs écoles maternelles s’efforcent de promouvoir une authentique initiation chrétienne des tout-petits.Dans un bon nombre de jeunes foyers également, l’éveil religieux des enfants se fait selon des méthodes sûres et judicieusement appliquées.La formation spirituelle a tendance à s’unifier en puisant le Message chrétien aux sources vivantes de la Bible et de la Liturgie.Il est fort probable qu’un bon nombre de ceux qui critiquent notre enseignement religieux seraient les premiers surpris de voir comment il y a eu évolution depuis deux ou trois ans.Sur le plan de la pensée, nous sommes en pleine recherche dans le domaine de la catéchèse.Quelques volumes canadiens ont été publiés en cette matière depuis deux ans.Plusieurs des nôtres collaborent aux revues de catéchèse et de pastorale.L’Institut Supérieur de Sciences Religieuses a inauguré en septembre dernier une nou- velle série de cours en Théologie pastorale catéchétique et une cinquantaine d’étudiants y sont inscrits.L’Institut de catéchèse de l’Université Laval ouvrira ses portes en septembre prochain afin de répondre aux besoins de la région de Québec.Pierres d'attente pour l'avenir Le renouveau catéchétique dans notre Province s’affirme comme un fait historique incontestable.Il est malheureux que tous les efforts dont nous avons parlé ne soient pas suffisamment connus.Par rapport aux autres pays du monde entier, c’est la Province de Québec qui, proportionnellement, a envoyé le plus d’étudiants en catéchèse dans les centres européens.Chaque année, ces centres doivent refuser plusieurs des nôtres par manque de places.Evidemment, on ne peut s’attendre à ce que notre renouveau catéchétique atteigne du jour au lendemain des proportions étendues.Le catéchisme n’est-il pas l’enseignement le plus difficile à faire ?Quel sera l’avenir de notre mouvement catéchétique au Canada français ?Que pouvons-nous légitimement attendre désormais de ceux qui orientent nos institutions de formation religieuse ?Le problème numéro un de la catéchèse, chez nous, réside dans la formation des maîtres.Les universités, les écoles normales, les centres diocésains et les autres organismes d’éducation doivent le plus possible nous préparer des catéchistes vraiment compétents, et même des penseurs susceptibles d’orienter judicieusement nos efforts pour renouveler l’enseignement du Message chrétien.Avec raison, les catéchistes réclament de meilleurs manuels avec des guides et des livres du maître.Les parents ont besoin de formation et d’instruments pour mieux s’acquitter de leur mission dans l’éveil religieux des tout-petits et dans le prolongement du travail accompli à l’école par les catéchistes.Nos institutions d’enseignement devront davantage s’orienter vers une pastorale d’ensemble, de concert avec la paroisse et avec les divers groupements de jeunes, et en particulier sur le plan des loisirs.Conscients de ces divers besoins, les responsables de la catéchèse se trouvent en état d’alerte.Us écoutent avec attention et intérêt les suggestions qui leur sont faites.Avec les moyens dont ils disposent, ils cherchent à promouvoir, à tous les niveaux, une catéchèse authentique, à la fois doctrinale et psychologique.L’opinion publique saura-t-elle appuyer leurs efforts en vue d’assurer une meilleure formation chrétienne de nos jeunes ?Norbert Fournier, c.s.v.Le scepticisme religieux au niveau collégial: mode ou réalité?Afin de répondre à cette question le plus objectivement possible, nous avons fait une enquête auprès de plusieurs compagnes de rhétorique et de philosophie junior.Avant de faire connaître le résultat de notre sondage, il serait peut-être bon de préciser l’expression « scepticisme religieux ».Nous entendons par là ce doute de l’esprit qui se manifeste envers tout ce qui n’est pas évident, cette prise de position tendant plutôt à nier, à rejeter le mystère, à refuser l’adhésion aveugle à des croyances qui dépassent les conditions actuelles de notre savoir.Cette attitude se rencontre-t-elle chez nous ?Il semble que non.Notre doute nous incline plutôt à une remise en question des valeurs, en vue d’un rengagement personnel dans une foi adulte assumée.S’il est vrai que pour sauter d’une pierre à une autre il existe un moment de déséquilibre, ce moment même n’en demeure pas moins une marche vers l’avant.Ce qui doit inquiéter n’est donc pas le fait même de la remise en question, puisqu’elle est la condition sine qua non d’un christianisme lucide, pensons-nous, mais bien plutôt la modalité selon laquelle s’effectue cette remise en question, ou encore la qualité de l’élan qui permet le saut sur la pierre voisine.De plus en plus l’étude des sciences positives forme l’étudiant à la critique des données nouvelles.Dans les différentes disciplines étudiées au niveau du baccalauréat, en physique comme en chimie et en biologie, en sociologie comme en psychologie même, l’étudiante vérifie en laboratoire la théorie qu’on lui présente.Aussi, n’est-il pas surprenant de constater chez les jeunes, face à la religion, ce même esprit critique, ce même besoin de concrétisation, enfin un contrôle intellectuel proportionnel à celui qui est exercé à l’égard de toute matière d’étude.Arrêtée devant l’impossibilité de comprendre les mystères de la foi catholique, l’étudiante se trouve décontenancée : le mystère fait vieux jeu au vingtième siècle, le mystère fait monde à part, monde fermé à son esprit scientifique, à sa formation pratique — pourtant, chose étonnante, les sciences sont remplies de mystères et cela, l’é- tudiante l’accepte.Face à la foi, l’étudiante se tait.Elle est réservée mais ne nie pas.Elle craint et ne cherche pas toujours.Quelques observations nous feront davantage comprendre son état d’esprit : d’abord, elle s’informe très rarement lorsque des questions dans le domaine de la foi surgissent dans son intelligence ; elle ne recourra à peu près pas, non plus, à des moyens surnaturels pour mettre fin à son doute ; enfin le thème religieux n’est pas un sujet dont elle cause librement en groupe ou avec un ami.Strictement personnelle, hors du contexte social et culturel, cette question demeure un quelque chose que l’on ne sait pas intégrer dans le quotidien.Ainsi, à cet âge de la vie où l’étudiante fixe son orientation future, affermit ses goûts, se forme des principes de base et découvre la valeur de la politique, la foi religieuse semble n’occuper qu'une place de second plan.Pourtant, elle se révèle comme un malaise chronique, elle est là qui veille, surgit à l’improviste, et s’impose.Devant l’hésitation qu’elle éprouve, il arrivera à l’étudiante d’être profondément malheureuse ou de capituler dans une froide indifférence.Le médiocre n’a pas sa place.Selon son attitude, elle désire ou non le remède pour en- rayer le mal sous-jacent à tous ses problèmes.Mais pour sortir de son impasse, l’étudiante a besoin de direction, de conseils.Or, pour être orientée, il lui faut d’abord s’exprimer, et il est rare qu’elle sache le faire clairement.Sa remise en question à l’état de trouble et de malaise ne s’extériorise qu’avec difficulté ou maladresse.Et l’étudiante se replie sur elle-même.Si son doute est alimenté par la littérature contemporaine, il est toutefois issu d’une réflexion personnelle et souvent encouragé par un milieu chrétien affadi.D’autre part, l’étudiante ne sait pas qui interroger.Elle a perdu confiance dans le clergé administratif de sa paroisse et dans les autorités du collège trop mêlées à sa vie de tous les jours.Elle sent l’acuité de sa situation et craint que les conceptions quelque peu conformistes du monde adulte ne la rebutent à jamais.L’étudiante est de bonne foi, elle ne désire pas une religion négative, mais une foi vivant d’amour et d’exigences positives.Elle cherche une foi qui s’exprimerait dans une forme neuve, voire d’avant-garde, et elle est convaincue de ne trouver chez les adultes que des formes toutes faites et dépassées.De conséquence logique, elle en vient bientôt au scepticisme à moins que n’apparaisse un homme de foi robuste et saine qui sache, sous ses yeux vivre d’une religion sereine, qui la convainque non par des arguments rationnels, mais par des témoignages vivifiants.Au niveau collégial, l’étudiante n’est pas sceptique.Elle est à la croisée des routes qui la mèneront ou vers le refus ou vers l’engagement.Il n’existe pas de troisième route au vingtième siècle.Les conditions sociologiques forcent l’adulte nouveau à opter, puis à se rendre au bout de son choix : la position religieuse actuelle est une position dynamique et repensée.Tout compte fait, on peut établir que la plupart des étudiantes sont sincères lorsqu’elles remettent en question certains problèmes religieux.Leur attitude correspond donc à une réalité et ne saurait être qualifiée de mode.Elles n’emploient peut-être pas les moyens pour assurer l’efficacité de leur réflexion personnelle et ce, probablement par respect humain ou snobisme, crainte ou indifférence, comportement bien explicable puisqu’elles sont à la recherche d’elles-mêmes tout en étant à la recherche de l’Autre.Marielle Tremblay Entre l’arrière-garde et l’avant-garde Un chrétien lucide qui observe le fonctionnement de l’Eglise souffre souvent en sourdine.Tout ne lui semble pas marcher rond.Certains ministres le déçoivent.Il sait pourtant que Dieu qui a confié le gouvernement de son Eglise à des humains faillibles, Dieu Lui-même ne s’attend pas à une perfection continue de la part de ses créatures.Il lui faut donc s’appuyer sur la parole de Dieu pour se convaincre que la barque de Pierre, en dépit de tous les remous, ne périra jamais.Et c’est ainsi qu’un vrai chrétien parvient à ne pas se laisser aller au découragement devant les scandales de l’Eglise, à ne pas haïr le Christianisme qu’il est porté à tenir responsable parfois d’un tel état de choses.Un curé d'Ars de temps en temps « Et les portes de l’Enfer ne prévaudront point contre Elle ».Un Curé d’Ars de temps en temps, et le miracle se produit ! Pas tellement intelligent ce Jean-Marie Vianney ! Plutôt ignorant ! Il ne sait même pas prêcher ! Il ne comprend rien aux jeux de la théologie ! Il est tout juste bon à cacher dans un confessionnal.Pourtant cet ignorant sait.Et c’est ainsi que son « cadavre », comme il le dit lui-même, peut rester immobile seize heures de jour et de nuit dans un confessionnal étroit où les pécheurs vont chercher un reflet de Dieu et le trouvent.Sur lui déferlent toutes les misères les plus dégoûtantes qu’il écoute sans curiosité morbide.S’il ne se salit pas à leur contact, c’est qu’il est un cristal qui reçoit, réfracte et diffuse l’esprit de Dieu.Il a voulu se donner et vit hanté par la misère des autres.Il aime chacun plus que lui-même.Voilà la définition du sacerdoce dans sa perfection éternelle.Le chrétien qui s’attend à rencontrer tous les jours une telle perfection peut sûrement être taxé d’enfantillage.Mais a-t-il tellement tort de regarder avec perplexité les deux clans bien distincts qui partagent actuellement le clergé québécois : les traditionalistes-jansénistes, d’une part, et les avant-gardistes d’autre part, bataillant les uns contre les autres au nom de la religion ?.Des hommes sincères dans l’ensemble, menant une vie propre, dévoués, plutôt religieux, ça va de soi ! et animés du grand désir de sauver leur âme.Le chrétien lucide qui n’est pas opportuniste, qui s'applique à n’entretenir aucun préjugé, qui se veut aussi impartial que possible se demande avec angoisse lequel des deux clans viendra à bout de la crise religieuse qui s’amorce à l’horizon du Québec.Le régime de la peur Il n’aime pas tellement les traditionalistes-jansénistes.En toute bonne foi, il lui semble que la soumission aveugle à un ordre établi peut, inconsciemment, être inspirée par la lâcheté ou l’indiffé- 212 rence.Il lui semble indispensable de respecter la liberté d’autrui, toujours.Lui qui rêve d’amour — du seul vrai — ne peut accepter les interdictions générales pour tous, les contraintes un peu hypocrites d’un régime de la peur qui ne cadre pas avec le souci du perfectionnement.Il étouffe dans le négativisme.Il veut poser des actes positifs, mais la litanie des « Tu ne feras pas.» paralyse ses élans.Il rêve de gratuité ; on ne lui parle que de châtiments et de récompenses depuis toujours.Avant d’avoir obtenu un soupçon de lucidité, il lui a fallu extirper certaines idées préconçues, ancrées profondément dans les mœurs, parce qu’elles ne concordaient absolument pas avec l’intelligence et la compréhension qu’on attribue à Dieu.C’est donc sans remords qu’il s’est débarrassé à jamais de certains principes infantiles — principes à hauteur d’homme, sincères pourtant ! — mais qui désiraient avant tout se protéger eux-mêmes.Il a une confiance illimitée en la miséricorde divine depuis qu’il n’est plus obsédé par la pensée du seul péché mortel et du péché honteux.Il peut enfin se renoncer de plein gré, dans une optique surnaturelle.Depuis qu’il ne croit plus que celui qui mange du prêtre en crève, il admire — oh ! combien — le vrai prêtre qui en impose, et qui n’a jamais trouvé une seule phrase lapidaire pour se faire respecter.Donc, l’âme assoiffée de vérité d’un chrétien lucide est en conflit avec le système traditionaliste-janséniste.Pour demeurer juste, elle se répète inlassablement que « la Sagesse a tous ses enfants pour la justifier ».Des humains au service des âmes Elle cherche du côté des avant-gar-distes.Ceux-là voient plus clair, on dirait ! Pour arriver à enrayer une crise religieuse qui pourrait être désastreuse, pour tenter de repêcher les brebis qui cherchent à s’éloigner du bercail, ils s’attaquent honnêtement à un déhride-ment.Ils ont vu et compris que le régime de la peur — même s’il a produit des saints réels, du genre ascète — s’avère inefficace pour le commun des mortels, et est responsable de l’anémie de la foi au pays.Ils s’accusent humblement d’avoir erré.Ils consentent à perdre certaines prérogatives qui leur tenaient à cœur.Ils renoncent à passer pour des purs esprits et s’appliquent à redevenir des humains au service des âmes.Ils balaient le jansénisme, se- couent les superstitions nuisibles, rendent aux laïcs la place à laquelle ils ont droit dans l’Eglise.Ils ont enfin adopté le thème adorable de l’amour de Dieu, délaissant à jamais les descriptions « Grand-Guignolesques » de l’enfer.Ils s’adaptent à la vie moderne, utilisent tous les moyens modernes pour la diffusion de la Vérité.Parfois, aux yeux de certains, ils ont l’air mondains ; ils sont invités à des cocktails, bénissent les baptêmes et les mariages chics ; prononcent — non plus des sermons — mais des conférences devant un public select.Ils s’attaquent presque exclusivement aux intellectuels, vu que c’est dans ce milieu qu’ils croient avoir décelé une menace pour la foi.Ils voient loin : ils visent jusqu’au salut des chrétiens séparés : protestants, anglicans ou autres.Et les athées sincères se disent en les voyant agir qu’il n’y a plus d’anticléricalisme possible depuis l’avènement de tels hommes ! Pendant ce temps-là, les autres, ceux qui composent la masse, — le plus grand nombre — ne comprennent rien aux polémiques, si théologiques soient-elles.Et de très belles âmes doutent de la religion telle qu’elle leur fut enseignée, et croient à une apostasie.En prendre et en laisser.Le vrai chrétien se sent subitement beaucoup moins lucide.Il pèse le pour et le contre et ne comprend plus bien où tout cela mènera.Il ne se prétend ni clérical, ni anticlérical, lui ! Ce mot est vide de sens pour lui qui mise surtout avec Dieu.Ça lui paraît un pot à consonance politique.Clérical ?.Anticlérical ?.Que peuvent bien valoir ces qualificatifs pour un Dieu ?N’existe-t-il pas des dénommés anticléricaux profondément religieux ?.Et des cléricaux notoires à qui la foi sert de paravent ?.Justement, pour demeurer lucide envers et contre tous, un authentique chrétien ne peut tout accepter aveuglément.S’il doit se méfier de la critique vinaigrée, il lui faut chercher beaucoup de « pour » afin de contrebalancer ses « contre ».Il lui faut surtout croire en la parole de l’Ecriture : « La sagesse a tous ses enfants pour la justifier ».Il comprend enfin que l’Eglise de Dieu est dirigée par des humains qui donnent habituellement le meilleur d’eux-mêmes, mais que ce meilleur ne s’appelle pas toujours la Grâce.« L’Esprit souffle où il veut ».Parfois chez un janséniste convaincu.Aussi bien dans l’agitation mondaine que dans le silence recueilli.Peut-être chez ce petit vicaire humble et ridiculisé qui a accepté de « perdre son âme pour la sauver ?».Peut-être chez ce vieux religieux impotent, « bon à rien », mais tellement près de Dieu qu’il échange des dialogues miraculeux avec les passants anonymes qui n’ont pas droit à un confesseur réservé !.Aussi bien chez un fils à papa, choyé comme pas un, et qui a eu la force de donner ses biens aux pauvres ! Chez tous ces curés d’Ars ignorés dont on n’écrira jamais la vie.Ces quidams dont on ne sait même pas le nom.En réalité, ils ne sont ni traditionalistes-jansénistes, ni avant-gardistes, ni de la Droite, ni de la Gauche, n’ayant pris parti nulle part.excepté, oui ! le parti de chaque âme quelle qu’elle soit.Magdelaine Verdon La révolution sociale la plus farouche se hâte de réintroduire des droits et des devoirs.La révolution culturelle la plus iconoclaste s’empresse de forger de nouveaux principes, de nouvelles règles.De même, la révolution religieuse la plus radicale devrait réinventer un culte, une orthodoxie, une charte de vie en commun.Mais il se trouve que cette révolution porte un nom dans l’histoire des religions : elle s’appelle le christianisme.Dans le sillage de Jésus, l’Eglise des temps apostoliques a rejeté les vieilles pratiques sacrificielles : elle a conçu une doctrine, qu’on peut commenter en cent volumes, mais qui tient dans moins de dix mots : Aimez Dieu et votre prochain comme vous-même ; enfin, elle a élaboré une discipline qui a ses exigences, mais qui, finalement, accable si peu que maints ascètes se sont plu à la resserrer.Dès lors, en religion, la révolution n’est plus à faire : le christianisme est cette révolution.A condition, bien entendu, qu’on en use de façon révolutionnaire pour se changer et changer le monde.Henry Duméry : « La Foi n’est pas un cri » UN DEFAUT DE PERSPECTIVE Un dicton, qui doit être humoristique, veut que les généraux meurent toujours dans leur lit ; non pas forcément le leur.C’est une solution heureuse, si le dieu des combats ne les a pas auparavant happés au zénith de leur gloire.S’ils se survivent, ces guerriers chevronnés ont la détestable habitude, outre d’écrire, sous l’enseigne de mémoires, des plaidoyers personnels, de se mêler de ce qui ne les regarde guère et de ce qu’ils entendent peu.On n’a pas oublié les naïvetés émises par le général Montgomery à son retour d’un voyage en Chine.Le général Eisenhower prononçait l’autre jour une allocution dans son pays du Kansas, lors de l’inauguration d’une bibliothèque qui perpétuera son nom.Il a parlé tour à tour de son père, de sa mère, de Washington, de Lincoln et de l’inévitable Benjamin Franklin.Ce qui était touchant et prévu.Ce qui ne l’était pas moins, c’est le cantique qu’ü a entonné sur l’air des progrès étonnants accomplis depuis un siècle et de la grandeur pérenne de la libre Amérique.Cela fait chaud au cœur.Si le général-président s’était contenté de cette pieuse homélie, il n’y aurait eu qu’à applaudir poliment.Où les choses ont vraiment commencé à se gâter, c’est quand Eisenhower s’est porté durement à l’assaut du changement.Comme son illustre pair de France, il s’en tient sans démordre à l’époque des diligences, des lampes à huile et des caravelles.En améliorant nos moyens de transport et d’éclairage, sans compter quelques a-vantages additionnels, nous aurions compromis notre idéal, nos aspirations, notre morale.Dans ces conditions comment affirmer péremptoirement du même souffle que l’Amérique détient les promesses de la vie temporelle ?L’orateur fournit deux exemples à notre méditation.Si nos ancêtres revenaient parmi nous, eux qui affectionnaient et pratiquaient le menuet, comment découvriraient-ils quelque beauté dans le twist ?Je doute fort pour ma part que les courageux et misérables passagers des stagecoaches s’enfonçant dans les savanes du Far West fussent des danseurs aussi éprouvés que les marquis poudrés s’ébrouant à la cour de Versailles.Ne confondons pas les plaisirs d’une élite très minoritaire avec les jeux frustes du peuple.Selon l’exclamation du maître de danse Marcel : « Que de choses dans un menuet ! » Oui, mais elles n’étaient pas toujours saines et conformes à l’idéal et à la morale.Malgré ses contorsions, le twist vaut bien notre gigue traditionnelle.Il n’est pas plus un signe de décadence que l’était le charleston des années 25.Affaire de mode, dont il est vain de tirer des conséquences philosophiques.Je tombe entièrement d’accord avec le penseur Eisenhower quand il regrette que la vulgarité, la sensualité et l’ordure encombrent le cinéma, le théâtre, les livres et les revues.Encore faudrait-il procéder avec plus de nuances.Pourquoi cependant soutenir que les œuvres de Michel-Ange et de Léonard de Vinci n’attirent plus l’attention respectueuse et avertie des amateurs, que leurs préférences vont à ces toiles sur lesquelles il semble qu’on ait projeté avec violence une boîte de peinture ?Là surgit l’équivoque dont les victimes sont nombreuses.Pour beaucoup de gens, le principe fondamental est le suivant : le beau est ancien, la laideur est contemporaine.Après Beethoven, c’est le néant, après Shakespeare, tout n’est que désert.Comme le miracle, le génie ne serait plus de notre siècle ! C’est oublier trop aisément que la Providence — ou la nature, pour ceux qui préfèrent ce terme plus neutre — n’a pas tari les sources de sa générosité.Nous manquons de perspective et, par crainte de nous tromper, nous rejetons tout en bloc, l’excellent et l’exécrable mêlés.Il nous faut des valeurs consacrées.Bien sûr, Shakespeare était et demeure grand, mais son succès se comparaît à celui de John Lyly, de Robert Greene et de Thomas Kyd.Le Tasse a survécu, mais beaucoup d’Italiens du XVIe siècle lui préféraient Campanella et Marini et Tassoni.En même temps que Cervantes et Lope de Vega vivaient et prospéraient Gongora, Villegas, Avellaneda et combien d’autres.Racine eut beaucoup à souffrir de la gloire viagère de Pradon.Nous ne nous gardons pas suffisamment de ce confort intellectuel, si curieusement dénoncé par Marcel Aymé.En regard du passé, le présent joue perdant.Il offre sa marchandise en vrac ; à chacun de choisir ce qui lui convient.On n’ose s’approcher ou, si l’on s’y risque, on le fait avec des mines d’avance dégoûtées.Ionesco, c’est troublant ; tandis qu’avec Henry Bataille, on sait très bien où l’on va, on ne le sait que trop.Nous accordons une grande confiance au classement de la postérité, oubliant la boutade désabusée d’Elémir Bourges : « La postérité ?Mais pourquoi dans cinquante ans les hommes seraient-ils moins bêtes qu’au-jourd’hui ?» La fraîcheur, la disponibilité, l’esprit de sympathie et d’accueil sont vertus difficiles et nécessaires.Au risque de la sclérose.Sans doute l’excès contraire est-il aussi dangereux et ridicule, qui consiste à exalter toutes les nouveautés ; le snobisme y pourvoit largement.Il y a bien une trentaine d’années, Maurois souhaitait comme suprême faveur d’être capable, même vieillissant, de goûter les œuvres nées après lui et relevant d’une esthétique à laquelle il ne saurait plus se donner lui-même.Il est parvenu à cet ultime versant et il a été exaucé.Il y aura toujours quelque part un Mozart assassiné et que nous n’aurons pas cormu.Nos descendants retiendront-ils Picasso ou tel obscur artiste qui manie au bout de son pinceau une paillette du génie humain ?Tout est tellement relatif.« De mémoire de rose, on n’a jamais vu mourir un jardinier ».Ah ! l’exquise formule, et qui nous interdit de refuser systématiquement le refus.Roger Duhamel de l'Académie canadienne-française Je ne cherche pas à convaincre d'erreur mon adversaire mais à m’unir à lui dans une vérité plus haute.Lacordaire LE SENS DES MOTS LA FOI Si l’on m’apprenait aujourd’hui que le Christ n’est pas fils de Dieu, l’Evangile demeurerait quand même pour moi parole de vie.Il me faudrait, bien sûr, apporter quelques modifications à mes croyances, particulièrement par rapport à la vie éternelle et aux mystères que nous savons.Mais l’essentiel demeurerait, à savoir que le salut, c’est l’amour de l’autre.Il me faudrait, par contre, conclure que le Christ était un formidable imposteur, qui disait vrai, en mentant.Ce serait là un singulier mystère, plus troublant encore, peut-être, que les autres, auquel faire face.Est-ce à dire qu’à partir de là chacun peut faire son choix et croire ce qui finalement lui paraît le plus raisonnable, le plus plausible ?Ce serait réduire la question à un simple argument d’ordre logique, ou historique, et nous n’en serions guère avancés : déjà, les contemporains de Jésus, qui pourtant avaient toutes les chances de se rendre à l’évidence, ne sont pas parvenus à se mettre d’accord.Déjà, à l’époque, il y avait les croyants et les incroyants.Au départ, la foi est une attitude.Croire en soi, aux autres, à la vie, suppose un acte d’amour préalable, une vaste intuition, généreuse et dynamique, qui permet d’abolir les pemières limites de l’espace et du temps.Sans foi, il n’y a pas de lendemain possible, pas de conquête, pas de création, pas de communication véritable entre les êtres.On n’imagine pas un Napoléon, ou un Schweitzer, doutant de soi.Le doute est facteur d’isolement, alors que la foi rapproche tout, relie tout.Le premier, négatif, appartient à la haine.Le second participe à la vie, et la déborde.A tel point que l’on peut dire que les vrais vivants sont d’abord les croyants.Ce serait sans doute trop facile de partir de là pour sauter tout de suite au surnaturel et conclure que la foi en Dieu n’est que l’aboutissement de la foi tout court.Entre les deux se situe le mystérieux cheminement de la grâce, que personne ne peut forcer, que personne ne peut imposer, ni à soi-même ni aux autres — et dont personne par conséquent ne saurait se glorifier ou s’enorgueillir.Il reste cependant que ce mouvement surnaturel s’appuie sur le précédent, le prolonge et le complète.Car si la vie est essentiellement a-mour, et si Dieu est le principe de tout amour, croire en Dieu n’est rien d’autre que de croire à la vie éternelle, c’est-à-dire en un amour qui n’a ni début ni fin, qui ne connaît ni l’espace ni le temps, qui rassemble tout, qui résume tout.Rien d’autre, c’est vite dit.Surtout quand on sait quel défi pose à notre scepticisme apeuré pareille démesure.Pourtant, qu’on songe à la soif de chacun, aux gouffres sans fond qu’y creuse le moindre désespoir.Cette Présence réelle et sans limite n’est-elle pas précisément à la dimension de l’homme et de ses besoins fondamentaux ?D’où certains tirent prétexte pour affirmer que c’est l’homme qui a créé Dieu, afin de pouvoir, ainsi, combler ses propres aspirations et ses désirs.Mais nous revenons encore au doute, et à son mécanisme d’isolement et de destruction.Comme si nier pouvait rassurer.Comme si, surtout, il y avait, à croire en Dieu, motif de crainte et d’épouvante.Dieu m’inquiète.Je doute donc de lui.Je le déteste.Je le nie.Cela n’a sans doute pas beaucoup d’importance, car Dieu, s’il est Dieu, a foi en moi, et il m’aime.Roger Rolland L'EGLISE EN ETAT DE DIALOGUE Le dialogue, je le vois d’abord à l’intérieur de notre Eglise : au sein du diocèse, entre les mouvements apostoliques, qui trop souvent se sentent en concurrence ; dialogue aussi entre la paroisse et ses mouvements, mais aussi entre nos mouvements d’une part et de l’autre les chrétiens, qui appartiennent à d’autres milieux, sociaux ou politiques, que le nôtre.Dialogue également avec nos frères protestants et orthodoxes : ils sont chrétiens, ne l’oublions pas ; ils sont baptisés ; ils se sentent soumis au même Seigneur et ont souvent eux-mêmes la nostalgie de l’unité perdue.Dialogue enfin avec le monde non chrétien : n’est-ce pas là un aspect essentiel du Concile.Dès maintenant il faut réfléchir aux tâches communes qui nous relient aux autres hommes, car croyants et incroyants participent à une vocation humaine qui est commune.Il faut voir cette vocation comme une pierre d’attente pour le message.Ne disons pas qu’il faut être « tolérants » à l’égard des non-croyants: ce terme garde un son péjoratif qui va à l’encontre de la charité véritable.Il ne s’agit pas d’une concession mais d’un dialogue : chacun des participants reçoit de l’autre.Il y a dans un livre du Père Congar une image que je crois frappante et juste aussi : « L’Eglise et le monde ont besoin l’un de l’autre.L’Eglise est pour le monde, salut, mais le monde est pour l’Eglise, santé (.) Ce n’est pas côte à côte que l’Eglise et le monde sont jetés dans l’histoire, c’est corps à corps.comme le nageur qui peine à ramener au rivage un noyé qui se débat, mais qu’il ne laissera pas couler ».Jean Grootaers, rédacteur en chef de la revue de Maand.Revue diocésaine de Tournai, avril 1962 marcel martel Ijaute couture 2285 st matfjteu, apt 2 toe.2=5918 AVEC LES COMPLIMENTS DE MANUFACTURIER D'APPAREILS DE CHAUFFAGE AUTOMATIQUE OGUi MONTREAL - QUEBEC - TORONTO SAINT-HYACINTHE OFFREZ UN CADEAU DE GRADUATION ABONNEZ UN AMI ÿ # / (Voir enveloppe-réponse jointe à l’intérieur) COMPÉTENCE SERVICE DISCRETION PRESTIGE SPECIALISTE EN PERSONNEL DE BUREAU SECRÉTAIRE • STÉNOGRAPHE • RÉCEPTIONNISTE AGENT ADMINISTRATEUR ET VENTE DRAKE PERSONNEL LTD.635 ouest, Dorchester UN.1-9672 2261 Rockland 735-1561 P.BOURBONNAIS ENTREPRENEUR • Réparations générales • Menuiserie • Peinture 3434, NORTITCLTFEE Tel.HU.8-3701 SUCCURSALE 150, boul.Curé-Labelle Ste-Thérèse, Que.Tél.: 625-1933 p.dwiiws lu#* 102 ans en affaires PIÈCES ET ACCESSOIRES D'AUTOMOBILES Outillage de garagistes 2424.RUE DES CARRIÈRES, MONTRÉAL 35, ÇUÉ.CANADA MAISON 100°/o CANADIENNE-FRANÇAISE RAYMOND HURTUBISE président Tél.: CR.4-5571* Consultez Louis-Philippe LUSSIER, m.d.r.t pour vos uBureau Ire.1-3331 |/?és/c/ence |hU.1-4724 problèmes d’assurances-vie HUnter 6-4079 4333 Coolbrook MONTRÉAL J.i , L.L.B.COURTIER EN IMMEUBLES « Conseiller indispensable » Membre de la Corporation des Courtiers en Immeubles de la Province de Québec Spécialité : Expert Expropriateur Spécialités : HAJBIT CLÉRICAX, PARDESSUS, DOUILLETTE Confection sur mesure Tél.: AVenue 8-4714 Maison canadienne-française établie en 1900 175 est, rue SAINTE-CATHERINE F R A N K 9 SPÉCIALISTES EN FONDATIONS • Pieux • Caissons • Poutrelles • Palplanches • Etudes des sols • Reprises-en-sous-œuvres HOMMAGES D’UN AME 884654 -da ^pédénztio-a de tZué&ec deà Tdvtioful téÿio-uateà de& feafeutai%e& 'De&ja'idittû • 10 • 1 250 • 1 300 000 Unions régionales Caisses populaires Sociétaires Stea -vo-HA i'cctt de ce& &
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