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Maintenant
Revue d'idées très en phase avec les débats qui animent la société québécoise durant la Révolution tranquille.

[...]

La revue Maintenant arrive et s'inscrit dans l'effervescence du Québec des années 1960, au moment de la Révolution tranquille. Elle a pour vocation de remplacer la Revue dominicaine en créant un lieu de discussion collé sur l'actualité. Pour s'insérer davantage dans l'activité intellectuelle de son temps, la nouvelle revue affiche une facture moins savante.

Père Henri-Marie Bradet, directeur de la revue depuis ses débuts en 1962, rassemble rapidement de nombreux collaborateurs, clercs et laïcs. Plusieurs dominicains, mais aussi Benoît Lacroix, Louis Lachance, Émile Legault, Gérard Dion et Louis O'Neill offrent des contributions à la revue, tout comme les laïcs Hélène Pelletier-Baillargeon, Louis Fournier, Pierre Saucier, Dr Paul David, Ernest Pallascio-Morin, Jacques-Yvan Morin, Guy Robert et Naim Kattan, parmi de nombreux autres.

La volonté d'actualisation du catholicisme prônée par Maintenant tient ses racines dans le personnalisme des années 1930 et son ouverture à l'individualisme, et coïncide, en 1962, avec le programme de réformes du catholicisme de Vatican II, duquel la revue portera l'esprit au Québec. Elle offre une tribune aux catholiques de gauche, soucieux de montrer un esprit actuel et moderne à la jeunesse intellectuelle.

Maintenant s'adapte rapidement aux changements accélérés en cours dans la société québécoise et devient un lieu de débat important. Les clercs souhaitent se positionner comme porteurs d'une conscience morale évolutive de la société vis-à-vis des intégristes et du contrôle de l'Église. Cet humanisme chrétien motive Maintenant à adopter hâtivement le socialisme démocratique et à cautionner et pousser l'idée de l'indépendance politique du Québec.

Le contexte de laïcisation et de pluralité grandissante des affiliations religieuses, conjugué au déclin de l'attachement national canadien-français et catholique, donne naissance à un nationalisme québécois civique qui se manifeste notamment dans la déconfessionnalisation de l'enseignement public. Maintenant en sera partie prenante.

La revue participe ouvertement aux débats sur la régulation des naissances, mais, par principe religieux fondamental, demeure d'abord contre l'avortement. Et bien qu'elle appuie une laïcité ouverte, la revue refuse affronte la position radicale de la relégation du religieux à la sphère privée. Les audaces que Maintenant se permet font des mécontents à la tête de l'ordre dominicain à Rome, qui demande la destitution du père Bradet en 1965. La maison provinciale de l'ordre ne souhaite pas se ranger dans la réaction. Le père dominicain Vincent Harvey prend la relève de Bradet à la direction et offre au contraire davantage d'autonomie à la revue, qui appuie plus résolument le socialisme et l'indépendantisme québécois.

Maintenant souhaite mettre un terme au nationalisme messianique pour que toute la place soit laissée à un mouvement politique pragmatique, qui envisage la souveraineté politique comme moyen pour le Québec de se développer. Tous les dominicains ne sont toutefois pas à l'aise avec les positions politiques de la revue. L'ordre sort de l'aventure en 1969. Son maigre financement est dorénavant assuré par Pierre Péladeau. La revue délaisse alors presque complètement le contenu religieux pour se concentrer sur les questions politiques, sociales et économiques.

Durant la période qui suit, Maintenant accueille des collaborateurs réputés, dont Robert Boily, Jacques Parizeau, Michèle Lalonde, Fernand Dumont, Jacques Grand'Maison, Jacques-Yvan Morin, Guy Rocher, Camille Laurin, Pierre Vadeboncoeur et Louis O'Neill. Hélène Pelletier-Baillargeon y est toujours et sera d'ailleurs nommée directrice au décès de Vincent Harvey en 1972.

Maintenant est affiliée aux journaux indépendantistes et réformistes Québec Presse (1969-1974) et Le Jour (1974-1978). Les trois cahiers publiés en 1975 sont d'ailleurs distribués avec Le Jour. Plusieurs des collaborateurs des dernières années seront des figures importantes du gouvernement et de l'administration du Parti québécois à partir de 1976.

Source:

ROY, Martin, Une réforme dans la fidélité: la revue Maintenant (1962-1974) et la «mise à jour» du catholicisme québécois, Québec, Presses de l'Université Laval, 2012.

Éditeurs :
  • Montréal, P.Q. :les Dominicains en collaboration avec d'autres clercs et des laïcs,1962-1975,
  • Montréal :Éditions Maintenant inc.,
  • Montréal :Editions Maintenant :
Contenu spécifique :
Juillet-août
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Revue dominicaine ,
  • Témoins
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Références

Maintenant, 1962-07, Collections de BAnQ.

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JUILLET-AOÛT 1962 DENIS DUVAL LE MOUVEMENT LAÏQUE.INCOMPRIS ?LE QUÉBEC, VU À TRAVERS LE CONGO M.-M.DESMARAIS LETTRE OUVERTE À UN JEUNE PRÊTRE EN PARTANCE POUR LE BRÉSIL ROGER DUHAMEL LE SOIR D'UNE BATAILLE LE MONDE MODERNE A vrai dire, toute époque est « moderne » au moment où elle est vécue.Elle apporte avec elle le stimulant et les périls de sa nouveauté.Il faudrait pourtant cesser de la mettre en accusation.Le monde moderne est ce qu’il est : on peut accuser les hommes, on n’accuse pas les choses, ou plutôt, on s’accuse soi-même en refusant de voir son siècle et de marcher avec lui.JEAN GAUDREAU LES AIDES AUDIO-VISUELLES DANS L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE GUY ROBERT DU SPIRITUEL ET DU LITTÉRAIRE BERTRAND RIOUX LA FOI EN DIEU ANDRÉ GIROUX LES GARES RHÉAL GAUDET POSTE RESTANTE (PIERRE MICHAUD COMMENCER PAR LE COMMENCEMENT (Sommaire complet au verso) RAISONS D'AIMER Notre premier motif d’aimer le 20e siècle est de simple bon sens.C’est le nôtre et rêver d’une autre époque semble aussi chimérique que le désir d’habiter une autre planète.Le monde moderne est un immense chantier, comme une vaste construction.Tout un brassage d’hommes, d’idées et de problèmes.Certains préfèrent l’immobilité, tout ce qui reste en place, rien de ce qui bouge.Chacun son goût : je préfère ce monde bouleversé, au risque de me faire bousculer, plutôt que de garder un musée avec tous les risques de l’assoupissement.Le monde moderne nous ouvre de vastes horizons.Les événements qui se passent sur un point de la terre — et même dans le ciel — sont immédiatement portés à la connaissance de l’humanité.A notre pensée, on pose tous les problèmes et notre cœur peut communier à tous les drames, grâce aux ressources inouïes des techniques de communication.C’est mieux, me semble-t-il, que le temps où chacun vivait avec le seul horizon de son clocher ! Aujourd’hui, le monde entier est ouvert à l’action du monde entier.Un prochain innombrable, à notre portée, auquel on peut tout aussi bien nuire qu’aider. sommaire H.-M.Bradet, O.P.: Le monde moderne .237 Le Québec, vu à travers le Congo 241 Denis Duval, ptre : Le Mouvement laïque.incompris ?.243 Chanoine Ph.Delhaye : L'usage de la peine de mort .247 M.-M.Desmarais, O.P.: Lettre ouverte à un jeune prêtre en partance pour le Brésil .249 Ludolphus Baas : La pastorale dans une impasse ?.251 André Giroux : Les gares .252 S.D.C.: Tempête à Saint-Tintin .252 Rhéal Gaudet : Poste restante 253 L'Eglise et le monde .254 Jules Gilbert, M.D.: Les Humanités gréco-latines .259 H.-M.B.: Matière grise et meilleur avenir .260 Roger Duhamel : Le soir d'une bataille .261 Pierre Michaud : Commencer par le commencement .262 André Major : La culture avec le peuple .262 Jean-Paul Vanasse : L'aura, l'aura pas ! L'aura pas, l'aura ! .263 Noël Pérusse : Le « péril Hoffa » 263 Jean Gaudreau : Les aides audiovisuelles dans l'enseignement primaire .264 Pierre Saucier : Un instrument de formation de premier ordre : l'école normale supérieure de Montréal .266 Robert Comtois, O.P.: L'immigration au Canada défavorise-t-elle l'élément français ?.267 Guy Robert : Du spirituel et du littéraire .270 G.R.: Livres .271 Jacques Lamoureux : Cinéma .272 G.R.: Disques .273 L'Estoc : Beaux-Arts .274 Bertrand Rioux : La foi en Dieu 276 REGARDER EN FACE Que d’attitudes et de conceptions, en politique comme en religion, restent à la mesure d’un passé disparu ! Psychologie du vieillard qui veut toujours faire passer les hommes par des chemins qu’ils ont depuis longtemps désertés ! Comme si Dieu ne travaillait pas dans le présent, en pleine réalité ! Ainsi, par exemple, on se plaindra sans cesse du phénomène de la déchristianisation, en disant qu’il s’agit bien cette fois d’un mal authentique, caractéristique du monde moderne.Bien sûr, mais encore faudrait-il voir si le mal est dans les choses ou partiellement, au moins dans notre lenteur à prendre franchement en considération le monde tel qu’il est.Il est devenu banal, même si l’aveu fait mal, de répéter que l’Eglise arrive souvent en retard et que notre pastorale s’attache surtout à sauver le monde qui fuit au lieu de présenter une religion au monde qui vient.L'ÉGLISE DEVANCÉE Il me semble que c’est dans cette optique que Pie XI affirmait que le grand scandale du 20e siècle, c’était que l’Eglise avait perdu la classe ouvrière.D’autres que nous, avaient marché plus vite et vu plus loin.L’autre affirmation est du même pape qui dit que l’ignorance reügieuse est « une plaie vive au flanc de l’Eglise ».Cette ignorance, qui serait à la source de la plupart des naufrages spirituels et des faillites morales, doit s’interpréter comme l’absence des connaissances requises et comme une impuissance pour la foi d’adhérer à ses motifs surnaturels.AUJOURD'HUI ENCORE.Trop souvent, les interventions sacerdotales — au cours des sermons, visites, allocutions — laissent entendre que le seul chemin du salut est la participation aux sacrements et à la vie paroissiale.On dénonce le monde moderne et ses occasions de péché.Tout cela est vrai, mais laisse l’impression que l’Eglise ne trouve pas les moyens de concilier notre vocation chrétienne et nos tâches temporelles au 20e siècle. Il s’ensuit un malaise, et par suite, une conclusion que les réalités quotidiennes fort concrètes ne sont pas prises au sérieux par la religion ou encore qu’il faut faire le vide religieux dès qu’il s’agit des domaines sociaux, civiques, politiques et économiques.Pourtant, l’Eglise possède une doctrine aussi belle que réaliste, capable d’un éclairage évangélique de toute la vie moderne.Dans cette perspective, l’encyclique Mater et Magistra est singulièrement en avance sur toutes les réformes qu’on propose ici et là sur l’enseignement de la foi.Aux prêtres et plus particulièrement aux pasteurs (dont l’influence connaît son apogée dans l’instruction du dimanche), revient la tâche urgente de présenter un message chrétien qui soit aux dimensions nouvelles de l’existence.Non pas des notions traditionnelles sans confrontation aux réalités actuelles mais une vision religieuse de la vie vécue.Non pas le prédicateur qui pose au chargé de cours et qui professe hors du monde et hors du temps ; on veut quelque chose d’enrichissant et de concret sur ces tâches qui engagent toute la personne, corps et âme, comme être épouse, être mère et père, être commerçant, professeur, médecin, avocat, employé de bureau, d’usine, etc.Il est une autre accusation fort répandue et trop souvent vraie : le monde ecclésiastique est le plus lent à s’adapter au monde moderne et il se montre volontiers « boudeur » aux premières apparitions des techniques nouvelles.Et que de preuves d’une pareille attitude je pourrais relever, par exemple, vis-à-vis de la télévision, à faire entrer ou non dans les maisons religieuses ! Passons.Regarder en face, ce serait surtout, non pas s’attaquer, puisque c’est déjà fait, mais accélérer la course à l’instruction sous toutes ses formes.« Plus il y a de cerveaux équipés, meilleur est l’avenir » pour reprendre l’expression de la revue Missi que j’analyse un peu plus loin.LA PRÉDICATION Avant tout, course accélérée à l’instruction religieuse.Car, l’ignorance d’un christianisme adulte est « une plaie vive au flanc de l’Eglise » du Québec.Louables sont les efforts entrepris pour un renouveau liturgique et biblique. RÉDACTION, ADMINISTRATION, ABONNEMENTS ET PUBLICITÉ, 2715, Chemin Côte-Ste-Catherine, Montréal 26, P.Q.Tél.739-4002.Le Ministère des postes, à Ottawa, a autorisé l'affranchissement en numéraire et l'envol comme objet de la deuxième classe de la présente publication.Frais de port garantis si non livrable.A mon avis, sans les négliger, je considère comme aussi urgent, aussi impérieux, un renouveau de l’enseignement religieux, non seulement au plan scolaire, mais chez les adultes par la prédication dominicale.Une enquête en divers milieux m’a révélé que c’est là le plus sérieux des griefs faits au clergé.Si dense et si bien adapté que soit le quart d’heure d’instruction, il ne sera cependant pas une panacée et ne dispensera personne de se renseigner par soi-même, en lisant quelques ouvrages religieux de base.Le monde moderne, c’est nous-mêmes.Parmi toutes ses exigences, je veux surtout retenir celle d’un meilleur équipement religieux.On dira que le monde moderne chasse Dieu.Est-ce tellement sûr ?En tout cas, c’est dans ce monde-là que Dieu nous a placés et c’est tout ce monde-là qu’il a aimé.H.-M.Bradet, O.P.PRIÈRE DE L'APÔTRE D'AUJOURD'HUI Ce serait peut-être plus facile, Seigneur, d’accepter une œuvre bien définie, aux contours précis, ce serait plus facile de marcher encadré et maintenu par des consignes nettes ; ce serait plus facile, mon Dieu, d’obéir simplement à ceux qui auraient pour nous tout pensé et tout pesé.Mais ce n’est pas, Seigneur, ce que Vous voulez de nous.Ce que Vous voulez aujourd’hui, Seigneur, c’est de nous mêler à toutes les foules.Vous voulez que, dans le monde qui s’égare bien loin des chemins droits, nous plongions intrépidement et que, ayant touché nous-mêmes la détresse immense de vos enfants perdus, nous puissions élargir nos cœurs à la mesure de leur misère.O Dieu fait homme, rendez nos cœurs assez humains pour que nos frères, en y entrant, se trouvent chez eux.Rendez nos cœurs assez purs pour qu’ils s’y sentent aussi chez Vous.Pour que, dans l’oubli complet de nous-mêmes, nous devenions simplement des terrains de rencontre entre Vous et nos frères ; et que, pour eux, Vous ne soyez plus un Dieu inconnu et lointain, mais un Père tout proche.Mgr Besson 241 LE QUEBEC, vu à travers le Congo isiim- j pli nijiiÉti ¦ ¦ .L’Episcopat du Congo a publié le 2 décembre 1961 une Déclaration aussi importante que réconfortante.Si nous publions de larges extraits de ce document intitulé : L’Eglise à l’aube de l’Indépendance, c’est que nous trouvons une analogie frappante entre la situation analysée là-bas et nos propres problèmes.L’Eglise congolaise prend une nette position de sa nature religieuse, avec une pureté chrétienne toute nouvelle, en se dégageant de toutes les compromissions d’ordre temporel, dans lesquelles se débattent encore de nombreux pays anciens.Le Congo est donc un Etat nouveau ; l’Eglise a accompli de belles choses pour le régime colonial.Celui-ci est passé et l’Eglise subsiste.Il s’agit pour elle d’entrer dans l’Etat neuf, en dégageant les valeurs chrétiennes des contingences politico-sociales.C’est volontiers que Maintenant choisirait pour son manifeste cette Déclaration de l’Episcopat congolais, en raison des similitudes du passé et de l’orientation de notre avenir.Nous citerons donc largement ce document et demandons à nos lecteurs de se rappeler que tout cela a été dit au Congo .mais doit être entendu au Québec.Tout comme nous rappelons avec justesse le rôle de l’Eglise durant trois cents ans, l’Episcopat du Congo loue les mérites qu’ont eus les missionnaires européens pendant plus d’un siècle qu’a duré l’histoire de la colonisation.Ils reconnaissent ce qui a manqué à leur œuvre, en mentionnant cependant qu’il s’agit là de défauts inévitables, étant donné l’époque et l'environnement.Dans le système établi, le clergé a fait ce qu’il a pu.Les évêques enregistrent les faits ; du regrettable souvent, de l’inévitable parfois.L'important est de faire face au monde d’aujourd’hui.(jf.DÉFICIENCES.CONCENTRATION ET CONFUSION :lf^ P .I (jf-1 f* , (T é.Dlf' , / ; ih1’ 1 5/ j .Le christianisme a trop rarement été présenté comme une vie qui pénètre tout et prend l’individu tout entier.On a souvent enseigné un code de morale comportant de nombreuses défenses et ne différant pas tellement d’un règlement administratif.Les dogmes furent expliqués d’une manière trop théorique, trop systématique, en recourant à des considérations trop exclusivement rationnelles.On reproche aussi à l’Eglise d’avoir trop tardé à former une élite intellectuelle.On ne peut que reconnaître qu’il y a eu là une erreur, et qu’on a compris trop tardivement la nécessité d’une telle élite.Pour juger objectivement cette attitude, il faut tenir compte de l’optique générale qui a inspiré la politique de l’enseignement et qui était caractérisée par le souci d’assurer une évolution harmonieuse de toute la population.Les sociétés anciennes et les sociétés primitives sont caractérisées par une concentration et une confusion des pouvoirs spirituel et temporel.Le christianisme, s’appuyant sur la parole du Christ : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu », a introduit le principe de la distinction des deux domaines, spirituel et temporel.Historiquement, cette distinction s’est affirmée et précisée progressivement pour servir aujourd’hui de norme aux rapports entre l’Eglise et l’Etat.Les circonstances ont amené l’Eglise à prendre en charge certaines fonctions relevant du domaine temporel ; par-là elle a rendu un incontestable service à la société.Dans un monde encore indifférencié, comme ce fut le cas dans le haut Moyen Age, où tous les pouvoirs tendaient à se confondre, elle fut amenée à servir de tutrice et même de matrice aux structures civiles.Mais ces structures une fois constituées revendiquèrent progressivement leur autonomie.Elles conquirent ainsi leur indépendance et se laïcisèrent.Inexorablement l’Eglise s’achemine vers une dépossession toujours plus complète des structures accidentelles qu’on croyait faire corps avec elle.Ce n’est là qu’une perte apparente : en réalité, c’est un bien, car elle épure sa visée et se dépouille de tout impérialisme.COMPÉTENCE DE L'ÉTAT L’Etat, fidèle à sa mission propre d’assurer aux personnes les conditions temporelles de leur développement total, possède dans son domaine une autorité qui lui appartient en propre.La nature des hommes en effet, leur impose l’obligation de former entre eux une société et de l’organiser pour le bien de tous.L’Etat répond à cette exigence de nature.A ce titre, il a compétence pour organiser, diriger, administrer la société et il a le droit de faire respecter l’autorité dont il dispose pour l’exercice de cette compétence et de refuser l’ingérence d’un autre pouvoir dans ce domaine que lui confie la nature.Aussi l’Eglise réprouve-t-elle et condamne-t-elle toute manifestation de cléricalisme, c’est-à-dire la substitution des autorités de la société religieuse à celles de l’Etat dans le domaine de celui-ci.L’Etat en ce sens est laïc : son pouvoir n’a pas pour origine une concession de l’Eglise mais il a son fondement dans la nature des hommes telle que l’a voulue le Créateur.Instrument du bien public temporel, l’Etat se développe suivant les besoins et l’ampleur de l’œuvre à accomplir.Aujourd’hui, l’extension du réseau des relations humaines, l’impact croissant de la politique, de l’économique et du social, le développement technique élar- gissent chaque jour le domaine de la compétence de l’Etat et le champ de ses responsabilités.Dans un pays jeune, la nécessité, pour vivre, d’entrer en compétition sur le plan économique et social avec des nations hyperindustrialisées, impose à l’Etat un effort accru de rationalisation et de coordination.L'ÉTAT NE PEUT IGNORER L'ÉGLISE L’Etat ne peut, en invoquant sa légitime laïcité, vouloir ignorer les Eglises constituées et spécialement l’Eglise catholique qui, en raison de sa structure hiérarchique est représentée par le Saint-Siège.Refuser de respecter la vie religieuse et d’en garantir la liberté dans la nation, à plus forte raison empiéter sur le domaine propre de l’Eglise, est renier le principe même de la laïcité qui repose sur la distinction nécessaire entre l’ordre de l’Etat et l’ordre spirituel dépendant de l’Eglise ; c’est verser dans le laïcisme, erreur par laquelle l’Etat prétend ou ignorer l’Eglise, ou régir des matières qui relèvent de la compétence de celle-ci.REVISION DES TÂCHES .Dans le domaine médical, l’extension rapide a également nécessité une rationalisation poussée.Les religieuses, au lieu de pouvoir, selon leur désir le plus intime, se donner en toute charité à chaque malade, sont forcées de gérer des institutions comportant du personnel nombreux et de consacrer le plus clair de leur temps à un travail purement administratif, encombrant et déshumanisant.Au prix d’efforts gigantesques, dirent les évêques, l’Eglise a établi un réseau scolaire sans égal dans le continent africain.Mais ne faut-il pas reconnaître que, faute de personnel, l’animation spirituelle de l’enseignement est déficiente ?Il y a tant à faire pour assurer le niveau des études que l’éducation proprement dite en souffre.De là ces douloureuses déceptions en voyant tant de jeunes et d’adultes formés dans nos écoles devenir indifférents ou même se révéler méfiants ou hostiles à l’égard de l’Eglise.Nous faisons des chrétiens, la vie nous les enlève.Au cours de l’histoire, pendant un temps, l’Eglise a possédé un monopole de fait dans les divers domaines sociaux où elle déployait la charité chrétienne.Si elle se réjouit de la contribution qu’elle a pu ainsi apporter au développe- ment du pays, elle ne considère cependant pas comme un droit acquis ce monopole qu’elle n’a jamais sollicité.A une époque nouvelle correspondent des besoins nouveaux et de nouveaux moyens de les satisfaire : la vraie charité chrétienne impose de choisir les plus efficaces.Partout où le malheur est véritablement soulagé, partout où le besoin est comblé, l’Eglise est en sympathie.Dans la civilisation actuelle, l’Etat seul est à même d’assurer la coordination indispensable des moyens les plus adéquats pour réaliser le bien commun.L’Eglise n’entend pas s’abriter derrière une façade historique.La charité, loi de sa vie, lui fait condamner toute attitude qui paralyserait les initiatives légitimes de l’Etat et qui, par-là, entraverait le développement de l’homme.RÔLE DES LAÏCS Au deuxième Congrès mondial pour l’apostolat des laïcs (Rome, 1957) Sa Sainteté Pie XII, après avoir exposé quelques aspects fondamentaux de l’apostolat des laïcs, traite de l’exercice de cet apostolat.le Saint-Père (.) donne cette directive : « Collaborez avec les mouvements et organisations neutres et non catholiques, si et dans la mesure où, par là, vous servez le bien commun et la cause de Dieu ».C’est à cause des problèmes posés par l’évangélisation que les papes multiplient leurs appels aux laïcs pour les associer plus étroitement aux responsabilités pastorales de la hiérarchie.Il s’agit, avant tout, d’éveiller une angoisse en tant de chrétiens que le destin du monde ne remue pas dans les profondeurs de leur être.Se replier, ne pas s’engager, c’est se fermer pour le Seigneur.Se mettre activement en Eglise, c’est s’insérer dans la voie de Dieu.En présence de ces appels, une réserve se manifeste un peu partout dans le monde catholique : à une attitude trop paternaliste du clergé a répondu, ces dernières années, un retrait des laïcs parfois très prononcé.Il en résulte un malaise : on a parfois l’impression de quelque chose qui ressemble à l’existence de deux partis, celui des clercs et celui des laïcs.Ces derniers se plaignent qu’on ne tienne aucun compte de leurs initiatives, comme si leur devoir était d’obéir.Si le chrétien doit savoir se pencher sur tous les problèmes de la vie, les prêtres, les évêques qui les guident et les conseillent ne risquent-ils pas d’etre amenés à intervenir partout et de vouloir tout diriger ?N’y aurait-il pas un danger de cléricalisme ?La question est importante et mérite d’être mise au point.Il y aurait cléricalisme si l’Eglise prenait elle-même en charge l’organisation de la cité terrestre et intervenait pour imposer des solutions techniques aux problèmes posés par son administration.C’est là le domaine de l’action temporelle.Mais il n’y a pas de cléricalisme lorsque l'Eglise rappelle les principes moraux ou religieux qui doivent inspirer l’organisation de la recherche de ces mêmes solutions.C’est ici de l’action spirituelle.L’expression « doctrine sociale de l’Eglise », elle-même prête à équivoque.L’enseignement social de l’Eglise n’est pas une doctrine à mettre sur le même plan que le libéralisme, le capitalisme, le socialisme ou le communisme.Il n’est pas un « système » de la société, élaboré à partir d’une quelconque vision philosophique du monde, mais la déclaration des implications sociales d’une foi religieuse.L'ORDRE TEMPOREL ET LE CHRÉTIEN De plus, ce n’est pas au titre de fidèles que les laïcs doivent aménager l’ordre temporel : c’est au titre de citoyens, citoyens christianisés, certes, mais citoyens, c’est-à-dire membres non pas de la cité de Dieu, mais de la cité des hommes.Il importe dès lors de laisser au chrétien son autonomie dans l’ordre temporel.Si la suppléance est parfois nécessaire faute d’hommes suffisamment formés, elle doit s’effacer à mesure que la formation progresse.Dans toutes les branches de l’activité humaine, les chrétiens doivent être présents, d’abord parce qu’ils sont hommes ensuite parce que la puissance libératrice de la conception chrétienne de l’homme doit profiter au bonheur de tous.Mais ils doivent avoir soin, en chaque branche, de se tenir de plain-pied, avec leurs partenaires, traitant d’économie en économistes, de politique en politiciens, d’organisation sociétaire en sociologues, conscients d’ailleurs que l’économie, la politique, la sociologie bien comprises et bien conduites leur permettront, à la fois et du même coup, de dialoguer avec tous leurs concitoyens et de servir leur idéal spirituel. 243 ills Certes, l’apostolat est, lui aussi, une activité nécessaire, spécifique et sans suppléance possible.Il exige ses militants et il a ses méthodes.Mais il faut éviter de mêler les compétences et les dévouements, et tendre à créer des organisations spécifiques les unes non confessionnelles, poursuivant des fins purement sociales et des objectifs nettement politiques, les autres, confessionnelles, à but religieux.Ainsi toute ambiguïté sera levée.On saura que le confessionnel ne recouvre que du religieux, et qu’en contrepartie le social, et, en général, le temporel se veut et se prouve extra-confessionnel.• Ainsi le chrétien, lorsqu’il anime le temporel, est non pas un fidèle mais un citoyen.Cette affirmation nette permet aux chrétiens de collaborer sans arrière-pensée, comme citoyens, avec les citoyens non chrétiens, au bien commun de la cité.Les incroyants exigent de nous cette simple honnêteté, mais notre foi ne réclame pas moins cette parfaite netteté.Il faut affirmer la distinction des activités de la religion et celles qui procurent le bien commun naturel, car ces deux ordres ne se situent pas sur le même plan.Mais cette distinction ne signifie nullement une rupture car leur dualité se résorbe dans l’unité des consciences individuelles.C’est grâce à l’union de l’homme et du chrétien que le croyant peut remplir sa mission profane, à la fois avec une conscience professionnelle inattaquable et des vertus authentiquement surnaturelles.Le Mouvement Au goût de plusieurs, une situation a déjà trop duré.Des conflits dus à des équivoques se sont envenimés et des durcissements d’attitudes de part et d’autre ont augmenté le malaise.Les innombrables mises au point auxquelles le Mouvement laïque s’est cru contraint témoignent de la mauvaise compréhension qu’il avait le sentiment de recevoir.Lorsqu’on est régulièrement mal compris par un très grand nombre, il est normal de suspecter la bonne foi des gens, mais, à la fin, c’est gênant ; c’est le moment pour le M.L.F.de se demander s’il n’est pas partiellement responsable du brouillamini.TEMPS NOUVEAUX, RESPONSABILITÉS NOUVELLES Contribuer à l’éclosion de la civilisation, surtout dans les circonstances actuelles, est une tâche exaltante mais difficile.Cette tâche requiert une réelle maturité intellectuelle, morale et religieuse.A plusieurs reprises nous avons souligné l’autonomie des laïcs dans Faction temporelle.Il en résulte que les laïcs seront affrontés à des situations et des problèmes qui requerront d’eux tout à la fois une grande maturité de jugement et un sens aigu de leurs responsabilités.Dans le domaine du temporel, ils ne peuvent attendre de l’Eglise des solutions toutes faites.Reprenons l’exemple des problèmes sociaux.L’Eglise nous enseigne le sens véritable de l’activité économique, sa place dans la hiérarchie des valeurs.Elle précise sa pensée en condamnant des situations et des institutions injustes.Mais elle n’indique pas positivement quelles sont, dans l’état actuel des besoins du monde, les solutions les plus aptes à y répondre.Lorsque l’Eglise suggère des orientations positives, elle ne veut que stimuler et éclairer la libre recherche des techniciens.De là pour le laïc, le devoir strict d’unir à un sens chrétien affiné une compétence aussi parfaite que possible dans son domaine professionnel.Il devra donc avoir le souci constant de sa formation technique et humaine et de mettre en valeur les talents que Dieu lui a départis.Certains objectent que l’exercice de cette compétence est entravé par les impératifs de la foi.Il est bien vrai que le chrétien est lié intérieurement par les obligations morales, mais ces obligations sont précisément le moyen d’accéder à la vraie liberté.En observant ces règles, le chrétien s’attache au seul absolu, Dieu.Il acquiert de ce fait, à l’égard des valeurs terrestres, une « indépendance » d’un ordre supérieur.Il sait que rien de tout cela n’a valeur d’absolu.Il lui sera donc plus facile de se dégager d’institutions, si respectables soient-elles ; il sera aussi plus aisément prêt à un renouvellement nécessité par les circonstances.Il ne se contentera jamais de situations acquises, mais ne cessera d’en appeler de la justice établie à une justice meilleure.Il participera à une permanente remise en cause des certitudes et des sécurités.Il restera « ouvert » au monde nouveau qui surgit prêt à l’accueillir pour qu’il soit davantage au service de l’humanité.De plus, le souci d’instaurer efficacement le bien commun fait aux chrétiens le devoir de dépasser tout intérêt égoïste, qu’il soit personnel ou de groupe, et de travailler en collaboration étroite avec tous.L’Eglise à l’aube de l’indépendance.Déclaration de la Ve assemblée plénière de l’Episcopat (Congo ex-belge).— Edition : Secrétariat général de l’Episcopat, Congo, Léopoldville.1961.51 p.— Imprimé sur les presses de la Société Missionnaire Saint-Paul.N.D.L.R.— Les sous-titres sont de nous.laïque.incompris?J’utiliserai un processus fondamental en relations humaines et appelé « feedback » (nutrition à rebours).Voici en quoi il consiste : quelqu’un a émis un signal à mon intention, dans le jargon technique « je lui donne du feedback » si je lui fais connaître comment je perçois son signal, ce que j’y comprends et quelle impression j’en ressens.Le procédé a l’avantage de permettre ainsi à l’émetteur de rectifier une émission subséquente ou de modifier son code s’il découvre que ce que j’ai compris ne correspond pas à ce qu’il voulait réellement me faire appréhender.Je dirai donc comment, à cette date, je perçois le M.L.F.Ce n’est pas un procès d’intention ; d’après ce que vous émettez je vous dis comment je vous perçois.Eventuellement cet exposé aidera à comprendre pourquoi et comment le M.L.F.s’est cru souvent, et parfois avec raison, victime de procès d’intention.Je ne pense pas être fanatique mais sincèrement désireux de vérité, de liberté et de respect ; je m’honore de l’amitié de personnes aux idées que je ne partage pas ou aux conduites que je déplore ; cela dit, j’expliquerai au Mouvement laïque la grande part de mes perplexités. OPPORTUNITÉ ET AMBIGUÏTÉS Depuis quelques années, une foule de chrétiens attentifs, y compris bon nombre de clercs, avaient pris conscience d’un cléricalisme indéniable, le jugeaient anachronique, aspiraient et travaillaient à une normalisation des situations.Ces saines dispositions étaient indubitablement favorables aux initiatives orientées dans ce sens ; ce serait manquer de justice et de justesse de le nier.Malheureusement l’initiative qui est devenue Mouvement laïque s’est présentée avec des antécédents peu empreints de sérénité, de sympathie et d’offre de coopération ; la mauvaise humeur et la dureté y étaient davantage marquées.Mettons sur le compte d’un agacement exacerbé et passons.La naissance officielle du Mouvement eût pu faire oublier des préliminaires un peu âcres.Il n’en fut rien.Un protestant exprime sa déception et son inquiétude : « Ce qui me fait peur dès cette première réunion, c’est l’intransigeance de pensée que montrent certains participants ».Après s’être excusé d’avoir paru abuser la bonne foi de ses lecteurs en les invitant à une réunion qui n’a pas été ce qu’il croyait qu’elle serait, le directeur du journal des Protestants de langue française répond : « Avec notre correspondant, je déplore le fait que certains « esprits forts », du moins c’est l’impression qu’ils ont réussi à créer, se sont crus dispensés de respecter les convictions religieuses de quelques participants et ont, par le fait même, porté certaines personnes à croire que l’Association était composée en majorité d’Anti-Re-ligieux.Aux officiers de l’Association nous conseillons fortement d’avoir l’œil au guet ».Credo, déc.1961.Un personnage plus intimement impliqué, et l’un des plus sincères et lucides qu’on puisse souhaiter, formule officiellement l’inconfort où il se sent, en dépit et en raison de son espoir dans l’initiative.Gérard Pelletier presse le groupement d’éliminer dès le départ les équivoques qui, autrement, ne manqueront pas d’envenimer des débats inévitablement menaçants pour la concorde.L’assemblée ne croit pas devoir lui donner raison ; à un an et demi de distance il ne semble pas que les faits lui aient donné tort.Gérard Pelletier refuse la raison sociale dont il analyse les implications.« Chez qui sommes-nous ?» demande-t-il.Accepté sans plus, le terme « laïque », accolé audit mouvement n’est pas sorti du dilemme où l’enfermait Pelletier.Evacuée l’acception ecclésiale suivant laquelle « laïque » définit à l’intérieur de l’Eglise le groupe de croyants fidèles qui n’a pas reçu les Ordres, le spécieux vocable dissimule avec gêne sa parenté avec le sens politico-religieux clairement identifié en d’autres pays il y a quelques décennies.On peut toujours user d’arguties et de distinctions, des relents semblent inexpugnables.Un observateur d’aplomb exprime dès le lendemain de la fondation du M.L.F.de sérieuses réserves partagées par plusieurs : Gérard Filion écrit : « des esprits lucides, qui souhaitent le progrès sans pour autant mettre la hache dans ce qui existe, s’en trouveront gênés (il s’agit des prises de position du Mouvement laïque).Ces positions coaliseront toutes les forces de résistance du Canada français, elles sont nombreuses et puissantes, contre toute modification au système scolaire de la province de Québec ».Pelletier et Filion ont-ils été bons prophètes ?LE DÉROULEMENT DE L'INITIATIVE Lancé sous le signe du pluralisme, le Mouvement n’a pas dissipé les ambiguïtés du début ; l’équivoque s’est parfois atténuée, souvent accentuée, jamais évanouie.Le M.L.F.continue à rassembler des éléments hétérogènes et les défauts de la soudure agacent et inquiètent.Combien longtemps des chrétiens soucieux de purifier et de panser l’Eglise tiendront-ils avec des concitoyens qui la détestent ?La présence entre eux de tenants d’options moins caractérisées ne résout pas l’antagonisme sous-jacent.Aurèle Kolnai, dont nous connaissons l’amitié et la justesse de diagnostic, écrit : « C’est avec un cœur peu léger que j’entrevois la perspective d’une coalition fraternelle et enthousiaste avec des activistes incroyants inspirés en partie par un esprit formellement antichrétien et comprenant ceux qui, masqués aujourd’hui comme champions de la liberté de conscience, attendent le jour où ils pourront opprimer l’Eglise et persécuter la foi en Dieu par les moyens du pouvoir public et la pression sociale organisée d’en haut.Pourvu qu’en pensant nous prémunir contre le danger futur, nous ne contribuions pas à le créer ! » M.Kolnai n’écarte pas toutefois l’opportunité d’une coo- pération temporelle des chrétiens et des autres dans la tâche de normaliser les institutions canadiennes-françaises, mais il complète sa pensée : « Mais je soulignerais le caractère temporaire qui convient à cette coopération temporelle, nullement exempte de dangers ».Cité libre, avril 1961.Si tel était le contexte, la participation au Mouvement de chrétiens avérés demeurerait-elle positive ou servirait-elle de caution et de prestige à des visées qu’ils désapprouveraient ?Le contexte est-il tel ?Qui peut dire ?Le M.L.F.a donné l’impression d’avoir un agenda déclaré et un agenda secret.Je dirai sur quoi cette impression me paraît fondée ; au lecteur de juger.La dignité et le ton objectif de plusieurs documents officiels sont réels et, quand bien même les objectifs pourraient faire le sujet de bien des discussions, il y a dans le volume « L’Ecole Inique », dans des déclarations officielles et dans la déposition devant la Commission Parent une louable réserve et un respect heureux de bien des valeurs.A ce titre, le mémoire déposé devant la Commission Parent marque un appréciable progrès dans l’ensemble.Sommes-nous parvenus enfin à des clarifications qui éclairent ?Le soulagement qui en découle est-il prématuré ou candide ?La suite de l’histoire le dira ; les raisons que nous avions de n’être point tranquilles, et que nous allons examiner, seront-elles résorbées ou limogées, continueront-elles de justifier notre insatisfaction ?UNE TÉNACITÉ TENACE Se demandant quelle place il convient de donner à l’école neutre dans l’ensemble du système d’éducation québécois, le M.L.F.écarte la formule de la laïcité intégrale.« Quoi qu’on en dise, avec une ténacité qui résiste à toutes les mises au point et qui par là même devient suspecte, ce n’est pas la position du Mouvement laïque ».Mémoire à la Commission Parent.J’ignore si cette ténacité tiendra ; trop de facteurs venaient la nourrir jusqu’ici pour qu’elle mourût faute d’aliments.LES IMPLICATIONS INQUIÉTANTES Il y avait d’abord les implications inquiétantes contenues dans les « buts et principes » du Mouvement, notamment dans l’article II du Congrès de 245 fondation (cf.L’Ecole laïque, p.20) et dans l’avis d’incorporation paru dans la Gazette officielle, concernant l’instauration de la neutralité religieuse dans les institutions politiques.Je suis d’accord avec Aurèle Kolnai et je pense qu’un grand nombre de personnes le sont également lorsqu’il écrit : « Cela va-t-il tout simplement de soi qu’en tant que catholiques, nous nous hâtions de renoncer, non pas à la fiction de l’unanimité, mais à la réalité de la prépondérance catholique traditionnelle dans une société donnée ?Je ne vois pas pourquoi il serait impossible, ou sans intérêt, de considérer, pour s’en inspirer d’une manière adaptée aux circonstances de temps et de lieu, les grandes réalisations historiques du concept de l’Etat autonome et non clérical à signe catholique.comme s’il fallait être honteux d’appartenir à une civilisation catholique, comme si le christianisme et sa place dans la vie de l’homme n’avait rien à voir avec la chrétienté et comme si le mot même de chrétienté ne pouvait avoir qu’une signification comique ou méprisable ».(loc.cit.) LA LAÏCITÉ INTÉGRALE Comment expliquer que la laïcité intégrale ait tellement été redoutée, encore que si souvent niée par le M.L.F.?Des personnes qui ont assumé et assument encore le leadership du Mouvement ont des attitudes qui laissent à réfléchir.L’un des plus sérieux penseurs du Mouvement, Marcel Rioux, n’a pas caché ses positions : « Ceux qui préfèrent envoyer leurs enfants à des écoles confessionnelles continueraient de les envoyer à des écoles privées que l’Etat subventionnerait, si elles possédaient les mêmes normes d’enseignement que l’Etat exigerait de ses écoles publiques.« L’Ecole laïque », p.68.Le sérieux et la solidité de M.Rioux interdisent qu’on minimise ses propos, lui-même n’a pas coutume de régresser dans sa pensée et rien ne nous indique qu’il l’ait fait sur le point en question.Le professeur Rioux boit-il toujours son vin entier ?Le préfère-t-il maintenant coupé ?Encore au niveau des officiels du Mouvement, de petits faits ont pu paraître significatifs.Lorsque le secrétaire du M.L.F.se frotte les mains de satisfaction de ses relations avec la triste Ligue d’enseignement, il n’y a pas que Gérard Filion qui est agacé ; la mise au point souligne l’aspect platonique de telle amitié, cela risquait de nous échapper.Un peu plus tôt, c’est un autre officiel qui se déclare surpris que le Mouvement n’ait pas rencontré jusqu’à ce moment plus d’opposition.Pourquoi le mouvement s’y attendait-il tant ?Ou bien nous considérez-vous stupides et fanatiques ?De toute façon, cette déclaration m’a déplu.Jusqu’à des croyants marquants et respectés qui, à travers des textes par ailleurs très fouillés, ne manifestent guère d’amour filial et de respect à l’endroit de l’Eglise.André Lussier n’use pas la perspicacité de son esprit analytique à se compromettre pour la cause de l’Eglise et des valeurs qu’elle préconise ; Jean LeMoyne, dans la splendeur d’un style unique chez nous, expose avec une puissance et un amour impressionnants sa compréhension affectueuse et intime du Christ, de la vie spirituelle, de la Bible ; cet homme au cœur généreux nous fait le chagrin d’être tellement dur pour Mater Ec-clesia, lui pourtant si sensible aux conditions concrètes de l’incarnation.DES ÉTATS D'ESPRIT L’impression inquiète a aussi d’autres motifs ; les exposer peut aider à comprendre des états d’esprit.Il arrive que les astuces ont leur contreparties ; avec trop d’habileté le M.L.F.a semblé rallier tout ce que notre monde semblait comporter d’esprits affranchis, évolués, pour ne pas dire éduqués et intelligents.Alors, lorsque ce beau monde a déclenché et maintenu un battage antireligieux, une impression se dégage et se solidifie.Au fond, il apparaît que le M.L.F.a encore plus de mal à venir à bout de ses amis que de ses opposants.Robert Elie signale très justement : « .la majorité chez les catholiques et les non-catholiques désire que la recherche de solutions équitables pour tous se poursuive dans un climat d’amitié.Mais les agités, cette fois encore, n’ont pas tardé à crier sur les toits ».L’Ecole laïque, p.15.Et comment ! Coïncidence ou pas, on a vu depuis l’initiative du M.L.F.une levée de critiques outrées ou impitoyables, des reparties vexatoires et ironiques, des commentaires crânes et désinvoltes, des propos haineux et méprisants.Tout cela éveille à la défensive les esprits dis- posés plutôt favorablement.Que dire de ceux, nombreux, qui étaient déjà inquiets et tendus ?— On a mis un coquet plaisir à justifier leurs alarmes.Quand, au nom de la liberté et de la démocratie, on bafoue, on ridiculise, on moque tout ce qui est cher aux interlocuteurs, les croirait-on dans l’erreur, il est téméraire ou naïf de prétendre stimuler une coopération fructueuse.Faudrait-il que les tenants d’un certain ordre acceptent d’être tous des minus habens, d’avoir tort sur la plupart des points et d’être incompétents sur tous les autres, de n’avoir jamais fait quoi que ce soit de valable pour que puisse s’établir le serein dialogue ?Je veux bien un peu, beaucoup d’humilité et même d’humiliations, c’est bon pour tout le monde ; mais n’est pas masochiste qui veut ! il y a des plaisanteries trop longues et des traitements excessifs.A la fin, n’y a-t-il pas impudeur et fanatisme, apparents du moins, à vouloir être les seuls futés ?DEUX PROTESTANTS PROTESTENT Le protestant André Luchaire écrit : « Nous nous battons volontiers pour la liberté des agnostiques et des libres penseurs, mais à condition qu’on ne brime pas notre liberté à nous, chrétiens.Le Mouvement, comme l’Ap-prenti-Sorcier pourrait déclencher un mécanisme plus fort que lui et qui étoufferait notre liberté de chrétiens et en fait la liberté de tous ».Credo mars 1962.« Lorsque des tenants de l’athéisme usent de la notion de laïcité pour servir leur anticléricalisme ou même leur haine de toute religion, ils prostituent le sens du mot et mettent à la gêne des croyants qui croient sérieusement à la laïcité ».Pasteur Jacques Beaudon, Credo, mars 1961.L’exécutif du M.L.F.répond à M.Luchaire (Credo, avril 1962) «Activités personnelles de membres dont le radicalisme n’est un secret pour personne et qui au reste ont abandonné le M.L.F.en lui reprochant de n’en pas manifester suffisamment à leur goût.Nous nous étonnons que M.Luchaire fonde ses légitimes inquiétudes sur un soupçon sans fondement ».Fort bien, et il n’y a pas de raison de mettre en doute la mise au point.Ce n’est pas des fois isolées mais incessamment que les défroques et les attitudes de l’anticléricalisme et de l’antithéisme sont apparues chez nous depuis un an. 246 « DÉLIVREZ-MOI DE MES AMIS» Ce qui a manqué au M.L.F., ç’a été de se désolidariser carrément des manières détestables d’êtres excessivement agressifs et discourtois.L’identification simpliste s’est renforcie, je me demande si les catholiques du M.L.F.ont pu eux-mêmes ne pas la sentir sans quelque gêne.Il sera donc vrai encore une fois qu’il est plus difficile de se défaire de ses amis que de ses ennemis ! A Winnipeg, en mai dernier, M.Douglas, chef du P.S.D.se désolidarise totalement des communistes qui affectent de lui fournir leur appui ; le M.L.F.aurait bien fait de poser un tel geste à l’endroit d’individus qu’il faudrait être candide pour exonérer de sectarisme.Cela n’ayant pas eu lieu, les équivoques déparent et font même mettre en doute les meilleures déclarations ; « Le mouvement laïque en groupant les gens de toutes croyances, qu’ils soient protestants, catholiques, juifs ou incroyants, cherche à briser les barricades de préjugés.Nous croyons qu’une école laïque où les enfants de toutes croyances pourraient se côtoyer dans cette atmosphère de respect serait une école de justice et de véritable esprit démocratique ».Dr.J.Makay, Message de Noël aux Protestants, décembre 1961.Comment voulez-vous que « cette atmosphère de respect » nous séduise, tant qu’il n’y aura pas une amputation officielle de votre escorte ?« COMMENT POURRAIS-JE ?.» Il faudra perdre, à un bout ou à l’autre, dans l’éventail des adhérents et sympathisants du Mouvement.« Comment pourrais-je en même temps puiser aux sources chrétiennes et travailler à les tarir ?» écrit G.Pelletier.Comment espérer atteindre le dialogue entre des extrémistes ?On ne vous demande pas de causer avec des intégristes, cessez de vous laisser annexer des radicaux au risque de passer pour semblables.André Lussier a déjà noté que l’intégrisme risque beaucoup d’engendrer l’intégrisme ; l’intégrisme n’est pas plus intelligent ni plus « dia-logal » à un bout qu’à l’autre.Je sais que l’embêtement ne doit pas être mince d’éviter l’intolérance dans un mouvement de tolérance.Paradoxe si l’on veut ; on y est tôt intolérant pour ce qui paraît conformiste.Par ailleurs la sélection des membres dans tel organisme devient subtile ; pluraliste, ne doit-il pas accepter tout candidat ?OH, PRÉCISIONS, TARD VENUES ! La lumière viendrait-elle de Québec ?Pourquoi faudrait-il qu’elle demeure trop discrète ?Lors de la première assemblée du M.L.F.à Québec, en vue de la fondation d’une section québécoise, une discussion s’est élevée qui aurait pu faire la nouvelle ; dommage que les journalistes présents l’aient négligée ! Un citoyen de Giffard, Néo-Canadien, exprime très simplement qu’il est anticlérical ; à partir de cette déclaration, un scientifique, présent à la réunion, interroge les délégués venus de Montréal à savoir si un anticlérical peut faire partie du Mouvement.Avec quelques distinctions les délégués de la Métropole finissent par admettre que l’anticléricalisme est incontestablement une forme de sectarisme et, sitôt retranscrit au plan politique, il devient un stimulus d’oppression ; partant, l’anticlérical est exclu par l’article 2 paragraphe 1 « .le mouvement.exclut formellement toute forme de discrimination ou d’intolérance ».M.Lebœuf au nom du panel, remercie les participants à la discussion d’avoir indiqué la ligne de conduite seyante.Soyons logiques, soyons conséquents, personne n’a dispense là-dessus ; la réponse formulée à Québec est-elle entérinée par le Comité Exécutif ou n’est-elle valide que pour les petites villes de province ?Cela serait par trop énorme qu’un mouvement basé sur l’égalité des citoyens égaux refuse à la légère un Québécois anticlérical s’il accepte de garder dans son sein des Montréalais anticléricaux ! JUGEMENTS, TRAITEMENTS RÉCIPROQUES Ne pas juger le Mouvement d’après les individus qu’il peut comprendre mais d’après ses porte-parole autorisés ; fort bien, pour ma part, j’y suis doréna- Quelle que soit l’urgence de l’action, il nous est interdit d’oublier, faute de quoi cette action demeurera stérile, la vocation qui doit la commander.Saint-Exupéry (Lettre à un otage) vant plus disposé.A l’inverse, ferai-je observer que l’opinion catholique autorisée n’est pas celle d’une « mère de famille effrayée », d’une « religieuse malheureuse » ou d’un « prêtre indigné ».Le Cardinal de Montréal et le Primat de l’Eglise canadienne ne se privent pas de donner les positions du magistère d’enseignement et de pastorat.Après un an et demi d’existence, le Mouvement admet avoir dû opérer des ajustements de pensée et de positions ; « nous demandions au début un troisième secteur, reconnaît le Dr Mackay, mais nous avons laissé ce vœu de côté parce qu’il ne nous paraissait guère réalisable ».Le Devoir, 8 juin, cité par Claude Ryan.Après un an et demi d’existence, le M.L.F.se déprend comme il peut de certains adhérents turbulents et encombrants, il indique même un désir de purification, si l’on se reporte à l’incident de Québec, du désir au besoin !.Après une existence notablement plus longue, l’Eglise catholique chez nous, dans ses ajustements et ses purifications ne peut-elle compter sur la compréhension de tous ses fidèles et des autres aussi ?Denis Duval, pire S’il m’arrive de mettre en cause l’Eglise, ce n’est pas dans le ridicule dessein de contribuer à la réformer.Je ne crois pas l’Eglise capable de se réformer humainement, du moins dans le sens où l’entendaient Luther et Lamennais.Je ne la souhaite pas parfaite.Elle est vivante.Pareille au plus humble, au plus dévoué de ses fils, elle va clopin-clopant de ce monde à l’autre monde, elle commet des fautes, elle les expie, et qui veut bien détourner un moment les yeux de ses pompes, l’entend prier et sangloter avec nous dans les ténèbres.Dès lors, pourquoi la mettre en cause, dira-t-on ?Mais parce qu’elle est toujours en cause.C’est d’elle que je tiens tout, rien ne peut m’atteindre que par elle.Georges Bernanos (Tiré de la première version des « Grands Cimetières sous la Lune »).Informations Catholiques Internationales, 1er avril, 1957. 247 L’usage de la peine de mort Souvent ?Toujours ?Jamais ?L’Etat, avons-nous dit en une autre occasion (Maintenant, numéro 6), a fondamentalement le droit de condamner un délinquant à mort.Doit-il le faire souvent ?toujours ?jamais ?Ce sont des questions auxquelles il vaut la peine de réfléchir un instant.« Jamais » paraît une position difficilement soutenable car, comme nous l’avons dit, aucun Etat n’a complètement renoncé au droit de glaive, notamment pour l’espion qui trahit sa patrie engagée dans une guerre.Reste le problème : « souvent ?» « toujours ?».— En y réfléchissant, nous aurons l’occasion de préciser les buts et les conséquences du châtiment capital.Ceci nous amènera à envisager la peine de mort sous deux aspects : la protection de la société d’une part, les exigences de la justice d’autre part.Notre recherche ici sera d’autant plus détachée que nous sommes devant une « question libre ».Un chrétien ne peut nier le principe de la peine de mort affirmé par l’Ecriture mais il a parfaitement le droit de souhaiter qu’on l’applique rarement ou même qu’on la réserve à des cas absolument exceptionnels.On ne voit pas pourquoi il ne pourrait pas militer en ce sens et même — ce qui me paraît bien plus opportun — préparer des conditions sociales et politiques où la peine de mort deviendrait inutile.I - DÉFENSE DE LA SOCIÉTÉ En paix comme en guerre.Mais, pour l’instant, à mon humble avis, nous n’en sommes pas là.Ce n’est pas seulement pendant la guerre que la société doit se défendre contre les ruses de l’ennemi.Elle est constamment menacée par des individus pour qui la vie humaine ne compte pas.Ces hommes s’associent dans le but de voler et ils posent comme loi de leur « gang » que quiconque s’opposera à leurs entreprises sera « liquidé ».Qui plus est, nous avons vu renaître à notre époque des bandes de tueurs à gages comme on en avait connu à la Renaissance.Us mettent leurs services très « particuliers » au service de causes qui ne les intéressent même pas au point de vue idéologique et cherchent seulement à gagner de fortes sommes en se faisant exécuteurs de basses œuvres.M.Greven, professeur à la Faculté de droit et juge à la Cour de Cassation de Genève, résumait ainsi ce point de vue dans la Revue de Criminologie et de police technique (janvier 1952, p.96) : « Les crimes contre la sécurité de l’Etat en temps de guerre sont certes très graves mais les attentats multipliés contre la vie humaine ne le sont pas moins.Se débarrasser des criminels indélébilement tarés est aussi un acte de défense sociale.Pourquoi ne pas agir à leur égard comme on le fait pour les traîtres en temps de guerre ?» Et la prison ?On dira évidemment : « Ne suffirait-il pas d’interner ces assassins et de les éduquer ?» La solution, à première vue, est simple.Elle est hélas ! trop simple ! Il est pratiquement certain qu’une condamnation à la prison perpétuelle sera commuée, un jour ou l’autre, en une peine de prison à temps.Tôt ou tard, l’assassin sera libéré.D’autre part, il y a le danger des évasions.C’est à tout moment que des révoltes éclatent dans les pénitenciers réputés les plus sûrs.Des gardiens sont souvent tués.Certains détenus s’enfuient et commettent de nouveaux assassinats, en commençant parfois par ceux qui les ont fait arrêter ou qui jusque-là ont pu échapper à leur haine.On ne peut donc pas dire que l’internement suffise et que la prison protège efficacement la société.Pour en arriver là — et c’est sur ce point que devrait porter l’effort de ceux qui militent contre la peine de mort — il faudrait réaliser des conditions telles que l’internement soit absolu et définitif dans la sécurité.Amendement des coupables ?Reconnaissons-le d’ailleurs, ces mesures de précaution devraient se doubler d’un effort d’éducation morale.LTn assassin vraiment converti est aussi peu dangereux — nous ne discutons pour l’instant que la sécurité — qu’un assassin solidement bouclé.Est-il impossible d’en arriver là ?Non, je veux l’espérer.Un crime passionnel, un assassinat dû à des circonstances qui ont entièrement changé les réactions d’une personne normalement morale sont des faits qui ne se reproduiront sans doute plus.Mais peut-on en accepter le risque ?Tel homme a assassiné dans la colère.Il paraît assagi.Qui nous dit qu’un jour il ne verra pas rouge à nouveau et ne tirera pas son couteau une seconde fois ?L’Etat a-t-il le droit d’exposer l’ordre public à de pareils aléas ?Sans compter que tous les assassins n’en sont pas venus à leur forfait « par surprise », pour parler comme certains.Il y a des hommes assez pervertis pour avoir pris goût à verser le sang et qui, ayant tué une fois peut-être sans trop y songer, finissent par considérer l’assassinat comme une chose très possible, admissible.Les journaux, même les plus réservés, relatent de temps à autre les exploits de ces criminels invétérés.Les dossiers de la police sont encore évidemment plus complets et plus prolixes (Revue de Criminologie et de police technique, 1952, p.119 ss.).Signalons un cas où l’assassinat devient « un des beaux arts » selon la remarque d’un spécialiste de l’humour noir.Le 17 septembre 1951, l’Agence France-Presse annonçait qu’un dangereux criminel, Pascal Trombetto, avait été arrêté dans un bar.Trombetto, né à Naples, était chef d’un gang de racketters et trafiquants de tissus en Europe occi- 248 dentale.Il avait participé à de sanglantes vendettas en France, en Allemagne et en Italie où son gang était entré en conflit avec une bande rivale dirigée par les Frères Delle Donne, autres malfaiteurs notoires.L’enjeu de la lutte était la direction de l’approvisionnement clandestin de l’Allemagne occidentale en tissus de contrebande.Le 13 octobre 1950, au cours d’une vive fusillade à Hambourg, Trombetto avait grièvement blessé Charles Delle Donne.Le 11 novembre, il échangeait des coups de feu dans un magasin de tissus avec lean Delle Donne, le frère du précédent.Les combattants ne furent pas atteints mais, dans le magasin, une Allemande fut tuée, deux autres personnes furent gravement blessées.Comment nier que la société ait le droit et le devoir de protéger les citoyens pacifiques contre de tels énergumènes ?Comment pourrait-on espérer les récupérer par une éducation ou les mettre définitivement hors circuit par une simple réclusion ?Il-LES EXIGENCES DE LA JUSTICE Les partisans de la peine de mort n’insistent pas toujours sur le thème de la défense sociale qu’ils estiment plutôt pragmatique.Ils préfèrent invoquer la justice moralisatrice qui exige d’une part une réparation du droit violé et d’autre part la force des exemples répressifs.Une peine vindicative Qu’il nous soit permis de mettre à nouveau en scène la droite et la gauche, comme pour le premier article ! Nous dirons que la droite tient beaucoup au rôle moralisateur de l’Etat.L’autorité civile doit apporter le poids des moyens de coercition, qui lui sont propres, à la mission moralisatrice de l’Eglise.Et parmi ces moyens, il y a les « peines vindicatives » dont le but n’est pas seulement d’amender le coupable mais de lui faire réparer l’injure qu’il a faite à l’ordre public.La « gauche » déclare que l’Etat n’a pas une tâche positive dans le domaine moral.Il se contente d’empêcher les propagandes contraires au droit naturel.En cas de crime, il ne poursuit pas l’expiation de la faute mais la réparation des dommages causés et l’amendement du coupable.Le pape Pie XII n’a pas caché qu’il regrettait voir le droit moderne abandonner toute idée de peine vindicative (Discours du 3 octobre 1953) mais il n’a pas demandé pour autant une modification des institutions.Dans la plupart des pays, les opinions les plus diverses s’expriment si bien qu’il est difficile d’imposer une conception rigoureuse.On retrouve ici en quelque sorte l’application de la célèbre distinction du siècle dernier entre « thèse » et « hypothèse ».Aussi bien sur le terrain pratique, y a-t-il peut-être moyen de trouver une solution.Rien ne dit que la peine doive être absolument calquée sur la faute.Sans quoi, il faudrait en revenir au droit médiéval qui faisait couper la main du voleur et arracher la langue du blasphémateur.Une longue peine de prison peut, elle aussi être une réparation et une expiation.Elle aura peut-être même l’avantage de permettre au coupable de se repentir, de s’amender et de montrer par sa conduite qu’il regrette d’avoir outragé l’ordre social.Au moyen âge, le condamné, à genoux, en chemise et corde au cou, faisait amende honorable avant de monter sur l’échafaud.Il peut tout aussi bien le faire et d’une manière plus convaincue, plus personnelle, après s’être amendé en prison.C’est ce que notait Pie XII le 5 février 1955 : « Une libération de la faute, profonde, complète, durable, est souvent un long processus qui ne mûrit que graduellement, surtout si l’acte coupable a été le fruit d’une disposition habituelle de la volonté ».En envisageant ainsi les choses, c’est-à-dire en condamnant les assassins à de lourdes peines de prison, on éviterait en tout cas, la confusion entre justice et vindicte qui apparaît souvent dans les objections de la « gauche ».Une peine exemplative La dispute reprend à propos du caractère exemplatif du châtiment suprême.Il intimide vraiment, dit la droite ; il n’intimide pas, dit la gauche.Aussi bien tout le monde se retrouve-t-il devant les statistiques.Hélas ! la déception est universelle : les assassinats sont sensiblement aussi nombreux dans les pays qui ont pratiquement aboli la peine de mort et dans ceux qui l’ont conservée.Peut-être d’ailleurs la réponse des faits est-elle trop nuancée pour pouvoir être interprétée par le simplicisme et la brutalité des chiffres.Il faut envisager plusieurs aspects des choses.Tout d’abord, on doit le constater, la plupart des pays évolués ont renoncé aux exécutions publiques.Celles-ci favorisaient le sadisme des foules et donnaient aux condamnés un aspect de martyr que d’autres malfaiteurs leur enviaient.C’est qu’en effet, dans le milieu des « mauvais garçons » certains se font un titre de gloire de se montrer assez forts pour ne pas craindre la corde ou le couperet.Incapables de se faire remarquer dans le bien, ils espèrent la notoriété dans le mal comme dans ce risque qu’ils assument de perdre la vie.La longue humiliation de la prison serait une perspective autrement terre à terre et « démythologiserait » la situation de criminel.Il n’empêche que tous les assassins ne viennent pas de la pègre.Tous les futurs assassins ne sont pas des adeptes de la « mystique de l’échafaud » et, raisonnant plus normalement, craignent la peine de mort comme on craint toute peine, ainsi que le constatait saint Paul dans le texte cité dans l’article précédent.Si les voleurs n’étaient pas arrêtés et punis, ce méfait social s’étendrait encore.Mais il faut bien le constater, ce n’est pas parce qu’on condamne des voleurs qu’il n’y en a plus.Toute peine a une valeur exemplative mais d’une manière relative.Il ne faut exiger ni plus ni moins pour la peine de mort.Elle fait réfléchir certains et les détourne du crime.Mais à elle seule, elle ne suffit pas à ramener tout le monde dans le droit chemin.CONCLUSION Dans un débat, il est une manière certaine de faire l’uniformité contre soi, c’est de vouloir raisonner, donner raison aux uns et aux autres sous certains aspects.Et cependant il y a là aussi une exigence d’honnêteté intellectuelle.Disons donc une dernière fois avec « la droite » que dans les circonstances actuelles, la peine de mort est le seul moyen de protéger la société dans la guerre que lui font les malfaiteurs et les assassins.Mais suggérons à « la gauche » de trouver un autre moyen de protection.Alors on pourra supprimer la peine de mort.La justice vindicative trouvera à se manifestei autrement.Ph.Delhaye 249 Lettre ouverte à un jeune prêtre en partance pour le Brésil Bien cher, Le sort en est donc jeté.Tu nous quitteras bientôt pour le Brésil.Je m’attendais à te voir bondir de joie.Tu m’écris pour me confier ton amère déception.C’est à un autre pays que tu rêvais d’apporter la haute flamme de ton zèle apostolique.Oui, je comprends ! Dans tes songeries d’enfant et d’adolescent, tu te voyais missionnaire en pleine brousse, dans un pays de tigres, de lions et de forêts vierges, avec au bout du chemin un martyre répondant à toutes les exigences des procès de canonisation.Aussi bien, quel désappointement de te voir assigné par tes supérieurs à Sao Paulo, cette ville de civilisation raffinée, cette cité ultra-moderne, l’une des plus progressives du monde.Pour comble d’ironie, on t’envoie comme « missionnaire » dans un pays de 65 millions d’habitants dont la presque totalité est catholique.Pourquoi ?Pourquoi ?Je t’en prie, essaie de comprendre la stratégie apostolique de l’Eglise qui veut garder au Christ les populations de l’Amérique latine.Pour atteindre ce but, Rome estime nécessaire d’adjoindre des auxiliaires au clergé local.Tu deviendras membre d’une de ces équipes volantes dont on ne saurait exagérer le rôle dans le maintien du caractère catholique des peuples sud-américains.Pour dissiper tes hésitations et rallumer ton enthousiasme, songe au proverbe brésilien que Paul Claudel a placé en exergue de son « Soulier de satin » : « Deus escreve direito por linhas tortas ».Oui, mon cher, Dieu écrit droit en se servant de lignes courbes.Au soir de ta vie, quand tu embrasseras d’un seul coup d’œil les péripéties de ton existence, tu rendras grâces au Seigneur de t’avoir choisi pour les tâches magnifiques vers lesquelles t’achemine aujourd’hui l’obéissance religieuse.Un pays charmeur .J’interromps ici mes considérations mystiques, quitte à les reprendre un autre jour.D’ailleurs, pourquoi m’attarder à prêcher à un converti ?Je cours donc au plus pressé en te présentant « le Brésil vu par un Canadien ».Un séjour de trois ans là-bas, suivi de voyages périodiques pour des tournées de conférences, m’a acquis une certaine expérience dont je veux te faire profiter.J’avoue tout de suite un gros préjugé.Vois-tu, entre le Brésil et moi, ce fut le coup de foudre, l’amour dès la première rencontre.Et cet amour n’a cessé de se fortifier au cours des années.Tu constateras toi-même la puissance d’envoûtement de ce pays aux mille charmes.Ne te défends pas contre la séduction qu’il exercera sur ton esprit et sur ton cœur.Rien ne vaut une attitude d’accueil et de réceptivité pour comprendre et aimer un peuple étranger.Que! comportement adopter ?N’imite d’aucune façon les touristes qui abordent de nouvelles « ways of life » avec un complexe de supériorité.On les voit condamner a priori les manières de voir, de penser et d’agir qui diffèrent des leurs « at home ».Ne te contente même pas de l’adage : « A Rome, il faut vivre comme les Romains ».On sent trop dans cette attitude une concession momentanée, une condescendance éphémère avec but utilitaire : on accepte de se conformer à des coutumes exotiques dans l’espoir de mieux se donner un agréable petit frisson de dépaysement, quitte à revenir bien vite à ses propres traditions nationales, les seules jugées valables.Engage-toi plus avant.Déploie toute ton ingéniosité affective à prendre par le bon côté les coutumes dont tu affronteras l’étrangeté dans ton pays d’adoption.Tiens ! voici un exemple qui illustrera ma pensée.« Até amanha » Tel que je te connais, tu piafferas d’impatience, dès ton arrivée, devant ce que tu appelleras « un manque chronique de ponctualité ».Habitué comme tu l’es à une vie chronométrée, avec un agenda prévoyant un maximum de rendement pour l’emploi de ton temps, tu frémiras de colère dans l'attente de gens qui arriveront à tes rendez-vous avec d’énormes retards.Tu blêmiras de rage quand on remettra au lendemain (até amanha) la solution de problèmes dont l’urgence te semblera évidente.Garde-toi bien alors de céder à une tentation inévitable.Garde-toi de soupirer : « Ah ! que ne puis-je injecter à ces lambins nos vertus canadiennes d’efficience ! » Oui ! attention ! car ton orgueil te ferait passer à côté de richesses humaines extrêmement précieuses.Sache qu’une féconde philosophie habite l’apparente nonchalance brésilienne.(J’emploie à dessein l’épithète « apparente », car comment taxer de paresseuses et d’inefficaces des méthodes qui réussissent à assurer la croissance prodigieusement rapide de villes comme Sao Paulo, Rio et Brasilia ?) Sommes-nous plus sages ?Un de mes amis, « carioca da gemma », me confiait récemment : « Un séjour de quelques mois à Montréal m’a donné beaucoup à réfléchir.Qu’avez-vous donc à vivre sous une constante tension, dans une si désastreuse fébrilité ?Vous brûlez la chandelle par les deux bouts.Pourquoi cette projection constante vers l’avenir comme si le temps ne fuyait pas assez vite ?Votre journal anglais du matin commence à se vendre dès la veille au soir.Vos hebdomadaires, datés du dimanche, se trouvent dans les kiosques le jeudi précédent.Les modèles d’auto 1962 ont circulé bien avant la fin de l’année 1961.Votre gent féminine arbore des chapeaux de paille au mois de mars pour saluer un printemps encore en 250 léthargie sous la neige et la glace.Que d’autres exemples je pourrais apporter de votre trépidante précipitation ! « Pourquoi donc êtes-vous si pressés ?Vous me répondrez peut-être que toute cette hâte s’explique par votre volonté de vous préparer une heureuse vieillesse.« Tout d’abord, qui vous garantit ces « vieux jours » tant rêvés ?.En suppo-tant que l’excès de travail ne vous fauche pas prématurément par infarctus ou thrombose, saurez-vous jouir de vos loisirs de rentiers ?.Chose certaine, dans la meilleure des hypothèses, une fois devenus vieux, vous n’aurez plus votre jeunesse pour croquer à belles dents dans les plaisirs de la vie.Vivez donc que diable ! Carpe diem ! » Ainsi me parlait un de ces Brésiliens à qui une affection profonde me lie à la vie à la mort.Tu reconnaîtras sans doute, cher ami, la sagesse que recouvrent ces paradoxes.Quoi qu’il en soit, je te conseille de t’adapter, de confiance et dès ton arrivée, au rythme brésilien.Bien vite, tu en apprécieras les avantages et surtout la valeur d’humanité.Tu souris ?.Tu n’as pas l’air convaincu ?.Permets-moi d’insister.Je voudrais tant t’éviter les maladresses qu’une déplorable incompréhension te ferait commettre.Lis donc avec ferveur la lettre que m’adressait un jour un dominicain de Rio dont j’ai toujours apprécié la perspicacité et le bon sens.Un émouvant témoignage Je me trouve, m’écrivait en substance ce Père, dans la capitale de l’Etat d’Espirito-Santo où je suis venu prêcher.Voyage à travers des paysages de rêve.Le tortillard de la Léopol-dina met 24 heures pour franchir les quelque 600 kilomètres qui séparent Rio de la pittoresque Victoria.La Léo-poldina est une compagnie déficitaire dont les trains ne dépassent pas 30 kilomètres à l’heure.Au fond, cette lenteur est une bénédiction quand on traverse des paysages merveilleux comme ceux du sud d’Espirito-Santo.Le convoi grimpe péniblement les montagnes, oubliant à chaque arrêt qu’il est décoré du nom pompeux de « rapide ».Oh ! la poésie de ces voyages dans les petits trains du Brésil.C’est alors qu’on peut observer sur le vif le caractère de notre peuple.Peuple que l’on serait tenté de croire mou, mais qui n’est au fond qu’un peuple patient, qui n’aime pas aller plus vite que la nature dans laquelle il est plongé.Devant ces arrêts interminables dans des petites gares de rien, personne ne proteste.Les plus fougueux laissent échapper de temps en temps : pacien-cia.Comme s’ils en manquaient ! Je me rappellerai longtemps cette scène de l’autre jour : arrivé au point le plus haut de la « Serra » (chaîne de montagnes), le train s’arrête au beau milieu de la voie et attend patiemment qu’une ribambelle d’enfants aient fini de vendre aux passagers des petits oiseaux chanteurs qui s’appellent curios et qu’ils offrent dans des cages rustiques fabriquées par eux-mêmes.Si un jour vous montez la Serra da Mantiqueira par le petit tacot de la R.M.V., vous verrez le train s’arrêter également aux bords d’une source pour permettre aux passagers de boire une eau qui n’a pas sa pareille dans la région.Des gosses sont là avec des verres ou des tasses en fer-blanc : « O senhor quer beber ?E bom pra saude ».(Voulez-vous boire ?C’est bon pour la santé.) J’ai vu ailleurs un autre « rapide » s’arrêter en pleine montagne seulement parce qu’à cet endroit il y a un vieux nègre qui offre un café fameux ; il gagne sa vie comme cela depuis des années.Il ne viendrait à la tête d’aucun mécanicien de lui passer sous le nez à toute allure.Tous les trains s’arrêtent là, religieusement.Dix minutes d’arrêt ne troubleront la vie de personne et seront par contre très précieuses pour le vieux nègre.Cela ne se voit qu’au Brésil.Pouvez-vous imaginer un grand train américain s’arrêter à mi-chemin, entre deux gares, seulement pour permettre à un vieux nègre de vendre aux passagers du Coca-Cola et gagner ainsi sa vie ?Ce sont des petits faits comme ceux-là qui me font penser que notre peuple, malgré toutes ses misères, est encore un peuple heureux.Car le bonheur réside dans les choses simples de la vie.Croyez-vous que notre peuple sera plus heureux quand son pays sera couvert d’une forêt de cheminées d’usines, avec des milliers de businessmen en course perpétuelle avec leurs chiffres et leurs calculs ?Le jour viendra peut-être où le Brésil aura, lui aussi, la gloire de fabriquer des bombes et des canons.Mais ce jour-là, les voyageurs de ses grands trains n’auront plus le temps d’aider les vieux nègres à gagner leur vie, et les enfants ne viendront plus offrir aux passagers leurs oiseaux enfermés dans des cages rustiques.Ce jour-là les anges du Brésil pleureront.Médite ce texte, toi, mon cher ami en partance pour le Brésil.Tu y trouveras des principes directeurs pour une meilleure compréhension des mœurs brésiliennes.Devant certaines lenteurs, au lieu de t’irriter, au lieu de condamner, tu chercheras à comprendre et à mieux apprécier.Un passionnant problème Et maintenant, alors que le Christ du Corcovado t’ouvre déjà les bras pour t’accueillir, tu aimerais sans doute connaître mon opinion sur l’état du catholicisme là-bas.Comment apparaît, sous l’aspect religieux, le Brésil vu par un Canadien ?Au risque de te surprendre, j’affirmerai sans hésitation qu’en général les Brésiliens sont plus religieux que nous.Pourquoi alors, me demandes-tu, envoyer tant de nos prêtres en ce pays lointain ?Pour une raison bien simple : faute d’un clergé suffisant, les fidèles pratiquent peu leur religion.De ce fait, en notre monde atomique, leur foi se trouve vulnérable et menacée.N’empêche que spontanément le Brésilien moyen nous dépasse en mysticisme.Est-ce à cause d’une nature hostile et indomptée qui aiguise sans cesse la conscience de la fragilité humaine ?Est-ce en raison d’un climat qui invite à la méditation ?Toujours est-il que là-bas les gens semblent vivre en présence de Dieu d’une manière quasi permanente.A ce point de vue, le langage courant est bien révélateur.Au lieu du banal merci, on vous dira souvent : « Deus lhe pague ! » (Que Dieu vous le rende !) Presque toujours, on terminera l’énoncé d’un projet par « Se Deus qui-ser ».(Si Dieu le veut).Que de fois pour dire sa joie de l’heureuse tournure des événements, on recourra au savoureux « Graças a Deus».(Grâce à Dieu).Et ainsi de suite.Une noble mission Cher ami, comme notre regretté Jean Désy, toi aussi, à ta manière, tu seras ambassadeur.Sans doute rien ne t’est plus étranger que ce détestable impérialisme qui, autrefois, contaminait souvent le zèle apostolique des prêtres appelés à exercer leur ministère dans un pays étranger.Tu représentes le Christ, lui d’abord, lui surtout, lui exclusivement.Mais c’est en vertu même de ce mandat que tu travailleras à l’amitié entre nos deux pays.Comment en pourrait-il être autrement ?La loi de base de l’Evangile ne prescrit-elle pas l’amour du prochain ?Quoi qu’il en soit, je te souhaite bonne chance.L’avouerai-je ?Je t’envie ! Tu pars pour un pays extraordinaire, un pays promis aux plus éblouissantes destinées, un pays peuplé par la population la plus attachante qui soit, un pays que tu aimeras et qui t’aimera.Un jour prochain, tu murmureras comme moi, avec un cœur bouleversé d’émotion : « Brasil querido ! » Marcel-Marie Desmarais, O.P.Si nous ne sommes pas capables, nous les hommes de l'Occident, qu’on appelle les hommes libres, les spiritualistes, de demander et d’obtenir de notre jeunesse, en lui en donnant les moyens, exactement autant d’abnégation qu’en temps de guerre, autant de service gratuit pouvant même aller jusqu’à l’héroïsme et au don de sa vie, dans les tâches de la paix qui sont de bâtir, de loger, de donner du travail, d’enseigner, de nourrir les pays qui souffrent à travers le monde et les gens dans tous les coins qui souffrent, si nous ne sommes pas capables de cette mobilisation pour les tâches de la paix, avec une gratuité dans le service comparable à la gratuité que l’on pratique en temps de guerre (qui en temps de guerre demanderait une augmentention pour partir à l’attaque, où pourtant il sait qu’il risque sa peau ?), nous n’avons même pas le droit de leur demander de risquer leur vie, car bien que nous ayons sauvé une justice et une liberté, en réalité, elles sentent déjà le cadavre.Abbé Pierre, « La Vie Spirituelle », mars 1957.La pastorale dans Il semble presque impossible actuellement de provoquer la conscience du besoin du salut.Pourquoi ?Monsieur Ludolphus Baas, codirecteur de l’Institut Néerlandais de Pastorale, nous en a donné l’explication suivante, qui inspire l’orientation de l’Institut.« L’homme ne sent plus le besoin de salut, parce qu’il ne vit pas sa détresse dans sa totalité humaine.Il n’est pas ouvert à l’offre de salut, parce que l’humain, tout l’humain ne lui est pas présent.La pastorale doit, non pas simplement adapter la rédemption à l’humain, mais faire en sorte que l’humain appelle le salut.Ce sont ces constatations qui nous ont guidé dans la mise en place des structures de l’Institut Néerlandais de Pastorale.Nous pourrions résumer ainsi notre vision : il est apparu dans le renouveau de la pensée chrétienne une nouvelle théologie, qui est marquée par un ressourcement, c’est-à-dire par un retour aux faits fondamentaux de la Révélation.On retourne à l’Ecriture sainte, aux Pères de l’Eglise, à l’Histoire des Conciles ; on fait appel à tous les textes du magistère ecclésial.On essaie de retrouver les traits essentiels de la bonne nouvelle.Cependant malgré ce ressourcement, malgré cette « nouvelle théologie », il apparaît que le court-circuit entre ce qu’on doit apporter aux hommes et l’accueil qui est fait à cette bonne nouvelle reste frappant.Une issue : le double ressourcement La raison en est, à mon avis, la suivante : on a oublié dans l’effort de ressourcement mentionné plus haut de prendre un soin suffisant pour opérer un ressourcement aux faits essentiels de l’existence humaine.Grâce au ressourcement théologique, on a réussi à présenter le message évangélique avec un nouvel éclat et attrait, mais on a oublié de prospecter de tous côtés la terre dans laquelle cette bonne nouvelle devrait germer.Il semble cependant nécessaire qu’on explore fidèlement et minutieusement l’homme dans toute son humanité, comme être créé, et précisément selon des lignes qui pourraient offrir des points de contact avec la Bonne Nouvelle venant d’en haut.Alors seulement une nouvelle harmonie serait trouvée et le court-circuit serait éliminé.une impasse ?Options pratiques : A cause de cette nécessité de résoudre l’impasse actuelle de la pastorale en partant non pas seulement de données théologiques, mais aussi des points de contact qu’on pourrait trouver dans l’homme, la direction de l’Institut Néerlandais de Pastorale est formée de deux directeurs, un directeur-prêtre et un directeur laïc.Aussi, dans les autres activités cette même vision apparaît par l’intégration des sciences profanes comme la sociologie, la psychologie, la psychiatrie et la psycho-hygiène.Mais ceci se manifeste surtout dans l’apparition progressive d’une méthode permettant de colliger les fruits de l’expérience de la communauté chrétienne.Cet effort de description, de collection et de structuration offre une possibilité de préciser davantage les questions et d’amorcer des solutions que les théologiens pourront ensuite approfondir et compléter.Jusqu’ici cette méthode a été appliquée à des thèmes divers.Des rapports ont été publiés sur la situation du mariage et de la famille, sur la situation de la foi de ceux qui ne sont pas complètement intégrés dans l’Eglise (cette catégorie ne comprend pas seulement les non-pratiquants, mais les 80% des fidèles qui ne peuvent pas s’identifier pleinement avec l’Eglise telle qu’ils la rencontrent dans leur vie quotidienne), sur les visites paroissiales, pour ne parler que de quelques enquêtes.II y a encore bien des points au programme.Une collaboration internationale Mais il est déjà évident que la mise en place d’une pastorale vraiment scientifique est impossible dans les limites d’un petit pays.Bien des contacts ont déjà été établis en Europe occidentale.Peut-être est-il possible d’élargir encore davantage cette collaboration et de voir les choses en contexte intercontinental.Le tout est tellement vaste et complexe.La méthode d’approche de la situation actuelle est aussi tellement nouvelle sur bien des points, qu’un effort spécial s’impose.Si le public canadien est intéressé à une vue plus complète de nos méthodes de travail, il pourrait s’adresser directement à nous.Notre adresse est « De Horstink », Kon.Wilhelminalaan 17, Amersfoort.Ludolphus Baas 252 LES GARES La semaine dernière, comme des milliers d’hommes et de femmes, je me suis rendu à la gare accueillir des amis qui profitaient du grand congé de la Fête du Canada.Et parce que, d’une part, j’arrive toujours avant l’heure fixée aux rendez-vous et que, d’autre part, le train était en retard, j’ai longuement arpenté la salle des pas perdus ; à loisir, j’ai scruté les visages qui passaient à la hauteur de mon regard et médité à tous les sentiments qui se croisent, et s’affrontent peut-être dans ce petit lieu du monde qui, au même moment, groupe presque toutes les vertus, presque tous les vices.Départs ! Retours ! Joie du départ qui est retour, chagrin du retour qui est départ.Tristesse du départ qui est arrachement, bonheur du retour qui est réunion.Arrachement douloureux des êtres qui s’aiment, séparation délicieuse des cœurs qui, sans se le dire, ne s’aiment pas, ou ne s’aiment plus, ou se haïssent sous l’écran fragile des étreintes distraites et des baisers indifférents.Il n’est sans doute pas un endroit au monde où ne s’échangent tant de baisers vrais, tant de baisers mensongers.Judas habite les gares du monde entier, et sa sœur aussi qui n’a pas de nom.Tout comme si la trahison était, des mâles, le triste privilège exclusif.Les couples se séparent dans la gare.Les deux ont de la peine.Ou l’un éprouve du chagrin tandis que l’autre, en appelant à sa rescousse tous les mensonges qu’il peut distiller, masque difficilement une joie attendue, une joie escomptée.Ou personne n’a de peine, et les deux pleurent.Ou les deux sourient minablement pour masquer le chagrin présent ou pour masquer l’absence du chagrin ou pour rendre palpable le chagrin absent.Impatience des gares ! L’heure du départ n’en finit plus d’arriver.Et pourtant, déjà la trahison est installée au cœur de l’homme, au cœur de la femme, déjà la trahison attend sa pâture à quelques coins de rues, à quelques battements de cœur, un peu plus rapides, un peu plus bousculés que le battement des secondes aux énormes horloges suspendues.Déjà la trahison se rase ou s’épile ou se parfume, et pas encore n’ont tourné les moteurs de la locomotive.Plus vite que les mo- teurs flanchent les amours humaines que l’on disait éternelles.Brouhaha des gares.Silence des hommes ailleurs volubiles.Toutes les paroles essentielles qui ne franchissent pas les lèvres parce que l’échéance les fige.Toutes les paroles qui ne seront jamais prononcées et qui se voulaient prononcées, et que l’autre attendait, le regard cramponné aux aiguilles de sa montre.Paroles qui auraient modifié des vies et peut-être dissous le train ! Et le vide atroce des paroles qui n’ont pas été ouïes.De la gare, le malade s’arrache aux êtres aimés et part, confiant certes, vers le grand médecin, vers le grand hôpital, avec, au cœur, un petit pincement fait d’ignorance teintée d’angoisse.Certitude du retour, probabilité du retour, possibilité du retour.Départ de la toute jeune épousée, qui reviendra lourde de son amour ou, plus lourde encore, de sa déception.Départ du missionnaire, piaffant d’impatience.Départ de l’enfant qui vole vers les vacances, qui traîne vers le pensionnat.De l’enfant tout tendu vers l’avenir avec, derrière, des regards aimants qui ne le retiendront jamais plus.Les arrachements nécessaires des enfants pour que les adultes apprennent leur rôle d’adultes ! Départs tragiques pour St-Vincent-de-Paul ; départs épouvantables pour Bordeaux.Le bras enchaîné à un autre bras, et l’amour n’unit pas ces deux bras si totalement étrangers.Avec, à travers la glace, des yeux rivés à d’autres yeux qui pleurent, et l’immense nostalgie de ce qui aurait pu être, de ce qui aurait dû être, de ce qui n’a pas été.Départ vide de celui que personne n’accompagne à la gare, que personne n’attend à l’autre gare, que personne n’accompagne à la vie, que des inconnus magnifiquement indifférents accompagneront à la mort en parlant d’autre chose.Départs vers les transactions financières qui comblent des vies, ou vers des amours qui comblent des cœurs.All aboard ! En voiture ! Tous en voiture ! Mais quelques-uns croient rester sur le quai ! Gares des hommes, gares du monde, gares de la vie.Croisement des êtres, visages fugitifs qui émeuvent deux secondes le cœur, pour ensuite s’engouffrer dans l’oubli ou l’inaltérable nostalgie.Départ final ! Entre quatre planches de bois et des clous.Avec la belote au-dessus du macchabée et les fesses des hommes qui jouent aux cartes.Destination inconnue ! André Giroux Tempête a St-Tintin, P.Q.Le petit village de Saint-Tintin, P.Q., est tout en émoi.Sous le coup d’une campagne pour l’éducation, on veut y bâtir — non autant d’écoles qu’il y a de confessionnalités dans la place, ce qui ne ferait pas beaucoup, nous n’en sommes pas encore là ! — mais une nouvelle école primaire, à la périphérie, pour les résidents trop éloignés du centre.En soi, le problème purement profane pouvait donner lieu à un beau débat, qui eût rendu palpitante, pour un an ou deux, la politique locale.Malheureusement, voilà qu’il s’est aggravé d’une complication ecclésiastique, ce qui le rend d’autant plus intéressant.en dépit d’un certain chatouillement inévitable, provoqué par l’incident, au creux de nos consciences chrétiennes.Il est à craindre que nombre de mères de familles, tout en brassant leur soupe quotidienne, se mettent à réfléchir et sentent, comme moi, la nécessité de le faire à voix haute.Il ne s’agit plus ici de compter les mailles d’un tricot ou de mémoriser une recette de cuisine ! C’est plus sérieux : une tempête s’est levée sur un paisible village du Québec et cette tempête est sortie du presbytère ! Voici donc quelques réflexions à ce sujet : a) Quel est le rôle d’un curé par rapport à ses paroissiens ?Je ne sais trop ce qu’en disent les théologiens, mais pour moi, le curé doit être, dans la paroisse, un peu comme le mari (quand il est là !) dans la famille : il est le père spirituel des enfants que l’Eglise lui a confiés.b) Que peuvent exiger les paroissiens de leur curé ?Plusieurs devoirs sollicitent nos pasteurs : la direction spirituelle de la famille paroissiale, le ministère, l’enseignement religieux, l’administration de la Fabrique, conjointement avec MM.les Marguilliers (cela va de soi !), la distribution de conseils d’ordre temporel — lorsque requis — et finalement l’exemple à donner d’un 253 chrétien qui, comme nous, doit faire son possible pour ne pas trop contredire les textes évangéliques qu’on lit le dimanche.c) Un curé a-t-il le droit de prendre ouvertement parti pour un groupe de paroissiens, au détriment d’un autre groupe, sur une question qui ne relève pas de sa juridiction ?(Comme le choix du site d’une école primaire).Je pense que droit ou pas, si le curé a du sang de Canadien français dans les veines, on peut être à peu près sûr qu’il se rangera pour ou contre.C’est son privilège de citoyen libre, vivant en démocratie.Mais s’il se mêle aux débats, s’il prend position publiquement, s’il critique l’usage que des paroissiens font de leur liberté d’exercer les prérogatives qui leur sont propres, si, en face d’avis contraires au sien, il fait des colères blanches, violettes ou rouges suivant la liturgie du jour, il désacralise sa fonction, manque à la justice envers une partie de ses fidèles et risque de causer du tort à l’Eglise, qu’il représente en l’entraînant dans des discussions desquelles il devrait être absent.Pendant longtemps, dans notre province, Messieurs les curés ont eu souvent le loisir d’intervenir dans le temporel.Ils ont eu, pour la plupart, de fortes tendances à régenter, outre leur vicaire, ménagère et sacristain, les commissaires d’écoles et quelquefois même, les conseillers municipaux.On en connaît encore, à l’heure présente, qui possèdent de puissantes relations et qui ne reculent pas devant un ou deux petits voyages à Québec dans le but de nouer d’innocentes intrigues qui feront triompher leurs opinions temporelles.Et tant pis pour la charité chrétienne : on s’arrangera pour accuser les paroissiens « désobéissants » d’être des fauteurs de troubles ! d) Quelles sont les obligations des fidèles envers leur curé ?Les fidèles ont l’obligation de respecter leur curé comme un père, de lui obéir lorsqu’il parle au nom du Christ et de l’Eglise, de l’aimer et de le faire vivre convenablement.En cas d’offense, ils sont tenus de lui pardonner et doivent se garder de le mépriser à cause de ses défauts connus.Même s’ils croient devoir l’accuser, ils doivent avoir l’humilité de se confesser à lui.Mais ces obligations ne les engagent nullement à ne jamais contredire leur pasteur, surtout si ce dernier leur nie toute habilité à gérer leurs propres affaires ! Bernanos disait en juin 1940 : « La liberté que l’Eglise nous laisse est un bien positif, un droit positif.» et je ne reconnais pas à nos curés le pouvoir de nous en priver.Les villageois de St-Tintin seraient heureux que leur curé veuille bien, sur le litige scolaire qui les divise actuellement, s’abstenir de faire des commentaires, fût-ce même dans l’oreille discrète des Dames de Sainte-Anne ! A ce compte seulement, il pourra aider ses fidèles à rétablir l’harmonie.Il leur prouvera du même coup, qu’à ses yeux, ils sont tous égaux, qu’il les tient pour des adultes capables de se débrouiller et qu’il entend respecter les plates-bandes profanes, tout autant qu’il désire voir respecter les jardins ecclésiastiques.S.D.C.Poste restante Mon cher ami, Je suis un homme heureux ! Je me lève tous les matins, à la même heure.Je bois un café, je mange un œuf, je donne des conseils aux enfants, j’embrasse ma femme, je mets mon chapeau.et je vais travailler.Vers midi, je quitte le bureau pour aller au restaurant avec des copains.J’aime ce moment de détente : nous parlons de sport, de nos voitures, de la politique, de la guerre, des fusées et des lunes artificielles.Puis je retourne à mon travail.Un travail formidable.que j’accomplis fidèlement depuis quinze ans ! Et avec le minimum d’effort physique, mon cher ! Je suis toujours assis.dans un fauteuil très confortable (un cadeau des employés.) et je classe des papiers.C’est facile et c’est agréable : quand je vois, sur un papier, le numéro 120.je dépose ce papier dans la fiche 120.Si un papier porte le numéro 240, naturellement, il appartient à la fiche 240 : ça je le vois tout de suite.On m’a déjà dit, il y a très lon-temps, que j’aurais pu devenir musicien, ou poète ; que j’avais une personnalité forte, que j’aurais pu connaître beaucoup de succès dans le monde.Mais je sais bien que toutes ces histoires sont absurdes.C’était une façon habile de me flatter, de m’entraîner dans une voie qui n’était pas la mienne.D’ailleurs, tout cela était faux ! J’ai préféré la tranquillité, le calme de mon bureau, la ponctualité, la paix.Pourquoi participerais-je à toutes ces querelles ?Ces luttes ?Pourquoi serais-je un homme « engagé » comme on dit ?Pourquoi souscrirais-je aux projets insensés de tous ces révoltés, ces inventeurs de bombes ?Non et non ! Je préfère rentrer chez moi tous les soirs, à cinq heures, retrouver mon journal, ma page sportive, et les bons plats de chez nous.dont ma femme a le secret.Je suis un homme comblé.Je te le répète, je suis un homme heureux ! Et puis il y a les jours de congé.et les dimanches : c’est merveilleux ! Les copains viennent nous voir, nous parlons de sport, de politique, de nos voitures et de tout ce que nous aimons.Nous recevons aussi la visite de parents : des oncles et des tantes que nous aimons bien.Ma belle-mère vient souvent (et j’adore ma belle-mère) elle fait de si bonnes tartes et elle nous donne de si précieux conseils.Que de belles soirées nous vivons : les chants, les rondes.comme tout cela est magnifique ! Comme tout cela est simple, facile ! Quand je pense qu’il y a des imbéciles qui se tourmentent.qui passent leur temps à lire, à courir les spectacles, à s’inquiéter de tout ce qui se passe autour d’eux.et dans le monde ! Tout cela me paraît tellement inutile ! Quand je pense aussi à tous ceux qui disent que le bonheur n’a pas d’histoire.que le bonheur ne se raconte pas ! Mais, mon cher ami, le bonheur a une histoire : c’est la mienne ! Je suis un homme heureux.depuis quinze ans ! Le bonheur, pour moi.ça fait quinze ans que ça dure, et j'en ai assez, assez, assez ! Rhéal Gaudet Limites de l’amour.— Ton amour peut renverser des montagnes ?Je n’en doute pas.Mais prends garde aux impondérables! Tout serait trop simple et trop facile s’il ne s'agissait que d’abattre des montagnes et si les grandes passions ne connaissaient que de grands obstacles.Il est autour de toi mille fatalités mesquines qui, par leur insignifiance même, n’offrent pas de prise à ton grand amour et lui font échec sans recours.Le fer des héros vibre dans tes mains : il t’a débarrassé déjà de plusieurs géants ennemis.Mais de quoi te servira-t-il contre cet irritant moucheron qui rôde autour de ta tête ?Gustave Thibon — Ce que Dieu a uni 254 L’ÉGLISE ET LE MONDE Sous ce titre, nous reproduisons de belles définitions données de l’Eglise et de son rôle dans le monde.Que certaines personnes les coiffent de l’épithète ambiguë et péjorative de « progressiste », c’est là une possibilité, à moins qu’on y voit une « tendance » de la revue.Pour Maintenant, ce n’est qu’une attitude réaliste et historique ; la seule spiritualité active et optimiste qui doit rajeunir notre christianisme.Transcendante ou incarnée ?Les Informations Catholiques reproduisent la lettre pastorale de l’évêque de Segorbe, dont voici le dernier paragraphe : Il n’y a plus de doute possible sur la question de savoir si l’Eglise doit être transcendante ou incarnée.Si elle doit se tenir à l’écart du train multiforme de la vie quotidienne seulement attentive à sa contemplation de Dieu et à fomenter une compassion supérieure pour le « pauvre monde » empêtré dans les chaos du siècle ; ou si, au contraire, elle doit se compromettre et sympathiser (souffrir avec) avec ses enfants, prendre sur elle tous leurs travaux et leurs difficultés.(Extrait du Billet de Pierre-Henri Simon dans Choisir, mai 1962).L'Eglise a besoin du monde et le monde a besoin de l'Eglise Les valeurs profanes du monde, après s’être violemment opposées au catholicisme, se rapprochent de lui.Nous avons déjà parlé de l’élargissement progressif du contenu de la morale naturelle.Ces symptômes sont de la plus haute importance, car l’Eglise et le monde ont besoin l’un de l’autre pour s’accomplir.En effet, si la technique est le salut matériel du monde (elle donne à manger à ceux qui ont faim) et si l’Eglise est le salut spirituel du monde (elle lui révèle qu’il est racheté par l’Homme-Dieu), le monde est la santé de l’Eglise.Sans lui, elle n’aurait pas de raison d’être, elle ne se comprendrait pas elle-même, elle se recroquevillerait, comme une peau de chagrin.Le cardinal Montini déclarait en 1957 au congrès de l’Apostolat des laïcs : « La mission de l’Eglise est de mettre en contact le profane avec le sacré dans une relation telle que le premier ne soit pas contaminé, mais communiqué et que le second ne soit pas altéré, mais sanctifié ».On ne saurait mieux évoquer la dialectique des rapports entre le monde et l’Eglise.A la « désacralisation » du monde, œuvre du christianisme naissant, nous l’avons vu à propos de la laïcité, doit succéder une « consécration du monde ».Cette expression était chère à Pie XII qui l’a employée lors du même congrès de l’Apostolat des laïcs.C’est en effet aux laïcs qu’il revient d’imprégner le monde des valeurs chrétiennes avec la discrétion nécessaire à des apôtres de la liberté spirituelle ; non pas tant par de nouvelles institutions spécifiquement chrétiennes, que par leur témoignage au sein de tous les groupements profanes.Jusqu'à l'extinction de la race humaine Catholicisme, religion de demain ?Dans cette perspective, la réponse n’est pas douteuse.Instrument privilégié de l’unité spirituelle du monde, une religion qui pose l’équation évangélique : aimer Dieu = aimer son prochain, ne peut mourir avant l’extinction de la race humaine.En dépit de ses trahisons, l’Eglise suit, imperturbable, la route qui lui a été tracée par son fondateur.Sûre de sa foi en elle et sûre de la destinée glorieuse d’un monde qu’elle sait enté sur Dieu, l’Eglise trouvera toujours des artisans pour accomplir sa mission, même si leur nombre doit fléchir provisoirement.Comment périrait une religion capable de trouver son bien dans tous les aspects de la réalité sans en renier aucun ?Le péché lui-même lui sert de tremplin depuis que la Croix a été plantée au Golgotha.L’Eglise visible restera en chantier jusqu’à la fin des temps.Dans vingt siècles son visage sera aussi différent que Factuel peut l’être de celui des premiers siècles.Ainsi le veut la loi du progrès.Mais derrière tous ces changements de forme, de langage, de traditions, coule d’âge en âge la même sève créatrice de liberté et d’amour.Telle l’espérance de Péguy, l’Eglise catholique est encore une petite fille aux apparences fragiles.Mais qu’on ne s’y trompe pas : elle représente comme cette vertu indéracinable du cœur de l’homme, le vouloir-vivre de la création en quête de dépassement.Extrait de H.Fesquet, Le catholicisme, religion de demain, cité par Témoignage chrétien, 20 avril, 1962.S.Exc.Mgr Whelan, o.m.i., archevêque de Bloemfontein, en Afrique du Sud disait récemment : « L’athéisme militant des Soviets est moins redoutable que la pourriture sèche de l’athéisme pratique de l’Occident ».Au sujet de l’apostolat des laïcs, le même archevêque dénonce la « mentalité de ghetto » qui fait vivre les catholiques en vase clos, repliés sur eux-mêmes, renfermés dans un petit groupe, qui se protège et s’admire, alors que les catholiques doivent vivre parmi tous les hommes, pour qui le Christ est venu et dont l’Eglise est responsable (C.C.C.le 25 avril 1962).La réaction ^’intégriste, en religion comme en politique, est une réaction d’attardé et de craintif.Ne pouvant supporter l’affrontement des nouvelles doctrines et des critiques, /’« intégriste » s’accroche au monde du passé et met le monde moderne entre parenthèses.Il refuse d’avancer.Il refuse le dialogue et l’existence même des « autres ».Il refuse de se laisser transformer, en avançant, par une foi plus vivante et plus pure, passée au crible des critiques, ou des découvertes récentes.Ou bien, en politique, il refuse de comprendre et de juger une société, ou des actes de gouvernement, avec d’autres critères que ceux du passé.L'intégrisme est littéralement invivable à la longue.Tôt ou tard, son échec devient manifeste.A.-M.Henry, O.P.Simone de Beauvoir ou l’échec d’une chrétienté. 2285 st matïjieu, apt 2 toe.2=5918 marcel martel k l)aute couture HUnter 9-3889 î: :: il; J.-E.BRAZEAU Liée ENTREPRENEURS GÉNÉRAUX - 7357 OUEST, RUE SHERBROOKE 'atki- BS11 Hi®* I iti MONTRÉAL-28, P.Q.IDacvufruai Tout le monde parle de la nouvelle.Revue mensuelle Revue rédigée dans un style simple et dépouillé ' ,riil(’ fin • Revue d'idées sur tous les thèmes : religion, politique internationale, actualités canadiennes, arts, littérature et opinions controversées • Revue qui a su capter des milliers d'abonnés par des articles sérieux, objectifs, assez brefs pour être lus par des hommes bousculés 'Tfe remette^ fate h detttaût.c tet nteU*ite*iMWS fff#% 102 ons en affaires PIÈCES ET ACCESSOIRES D'AUTOMOBILES Outillage de garagistes 2424, RUE DES CARRIÈRES, MONTRÉAL 35.ÇUÉ., CANADA RAYMOND HURTUBISE président Tél.: CR.4-5571* HUnter 6-4079 4333 Coolbrook -MONTRÉAL Consultez Louis-Philippe LUSSIER, m.d.rt.pour vos problèmes d’assurances-vie ureau E.1-3331 èsidence U.1-4724 BL1I1IARD, L.L.B.COURTIER EN IMMEUBLES « Conseiller indispensable » Membre de la Corporation des Courtiers en Immeubles de la Province de Québec Spécialité : Expert Expropriateur Spécialités : HABIT CLÉRICAL, PARDESSUS, DOUILLETTE Confection sur mesure Tél.: AVenue 8-4714 Maison canadiennc-françaisc établie en 1900 175 est, rue SAINTE-CATHERINE LE RÔLE DE L’ÉTAT EN MATIÈRE D’ÉDUCATION La coordination des structures scolaires et la démocratisation de l’enseignement sont deux secteurs très vastes qui dépassent largement les possibilités des individus et des sociétés particulières.Ces deux domaines relèvent donc de l’Etat qui, en régime démocratique, représente la société civile dans son entier.Mandaté par l’ensemble des citoyens et directement contrôlé par eux, l’Etat a le devoir et le droit d’instaurer ou de favoriser, si elles existent déjà, les conditions matérielles et intellectuelles susceptibles d’assurer le plein épanouissement des citoyens.La responsabilité de l’Etat en face de chacun des citoyens se double d’une responsabilité non moins réelle à l’égard de l’ensemble de la société.Il en découle que l’Etat doit prendre l’initiative des politiques scolaires ; l’Etat ne peut se contenter de tenir un rôle de coordonnateur passif.(Extrait d'une allocution prononcée par le ministre de la Jeunesse devant la Société d'Educaîion du Québec, à Québec, le 8 décembre 1961).MINISTÈRE DE LA JEUNESSE JOSEPH-L.PAGE sous-ministre PAUL GÉRIN-LAJOIE, ministre GUSTAVE POISSON, sous-ministre associé B*î- 'pècCé'iatiau etc Zué&ec de& 'Zdctiottà 'léÿiaaaCeé cte& frafeuCaC'ie
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