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Titre :
Maintenant
Revue d'idées très en phase avec les débats qui animent la société québécoise durant la Révolution tranquille.

[...]

La revue Maintenant arrive et s'inscrit dans l'effervescence du Québec des années 1960, au moment de la Révolution tranquille. Elle a pour vocation de remplacer la Revue dominicaine en créant un lieu de discussion collé sur l'actualité. Pour s'insérer davantage dans l'activité intellectuelle de son temps, la nouvelle revue affiche une facture moins savante.

Père Henri-Marie Bradet, directeur de la revue depuis ses débuts en 1962, rassemble rapidement de nombreux collaborateurs, clercs et laïcs. Plusieurs dominicains, mais aussi Benoît Lacroix, Louis Lachance, Émile Legault, Gérard Dion et Louis O'Neill offrent des contributions à la revue, tout comme les laïcs Hélène Pelletier-Baillargeon, Louis Fournier, Pierre Saucier, Dr Paul David, Ernest Pallascio-Morin, Jacques-Yvan Morin, Guy Robert et Naim Kattan, parmi de nombreux autres.

La volonté d'actualisation du catholicisme prônée par Maintenant tient ses racines dans le personnalisme des années 1930 et son ouverture à l'individualisme, et coïncide, en 1962, avec le programme de réformes du catholicisme de Vatican II, duquel la revue portera l'esprit au Québec. Elle offre une tribune aux catholiques de gauche, soucieux de montrer un esprit actuel et moderne à la jeunesse intellectuelle.

Maintenant s'adapte rapidement aux changements accélérés en cours dans la société québécoise et devient un lieu de débat important. Les clercs souhaitent se positionner comme porteurs d'une conscience morale évolutive de la société vis-à-vis des intégristes et du contrôle de l'Église. Cet humanisme chrétien motive Maintenant à adopter hâtivement le socialisme démocratique et à cautionner et pousser l'idée de l'indépendance politique du Québec.

Le contexte de laïcisation et de pluralité grandissante des affiliations religieuses, conjugué au déclin de l'attachement national canadien-français et catholique, donne naissance à un nationalisme québécois civique qui se manifeste notamment dans la déconfessionnalisation de l'enseignement public. Maintenant en sera partie prenante.

La revue participe ouvertement aux débats sur la régulation des naissances, mais, par principe religieux fondamental, demeure d'abord contre l'avortement. Et bien qu'elle appuie une laïcité ouverte, la revue refuse affronte la position radicale de la relégation du religieux à la sphère privée. Les audaces que Maintenant se permet font des mécontents à la tête de l'ordre dominicain à Rome, qui demande la destitution du père Bradet en 1965. La maison provinciale de l'ordre ne souhaite pas se ranger dans la réaction. Le père dominicain Vincent Harvey prend la relève de Bradet à la direction et offre au contraire davantage d'autonomie à la revue, qui appuie plus résolument le socialisme et l'indépendantisme québécois.

Maintenant souhaite mettre un terme au nationalisme messianique pour que toute la place soit laissée à un mouvement politique pragmatique, qui envisage la souveraineté politique comme moyen pour le Québec de se développer. Tous les dominicains ne sont toutefois pas à l'aise avec les positions politiques de la revue. L'ordre sort de l'aventure en 1969. Son maigre financement est dorénavant assuré par Pierre Péladeau. La revue délaisse alors presque complètement le contenu religieux pour se concentrer sur les questions politiques, sociales et économiques.

Durant la période qui suit, Maintenant accueille des collaborateurs réputés, dont Robert Boily, Jacques Parizeau, Michèle Lalonde, Fernand Dumont, Jacques Grand'Maison, Jacques-Yvan Morin, Guy Rocher, Camille Laurin, Pierre Vadeboncoeur et Louis O'Neill. Hélène Pelletier-Baillargeon y est toujours et sera d'ailleurs nommée directrice au décès de Vincent Harvey en 1972.

Maintenant est affiliée aux journaux indépendantistes et réformistes Québec Presse (1969-1974) et Le Jour (1974-1978). Les trois cahiers publiés en 1975 sont d'ailleurs distribués avec Le Jour. Plusieurs des collaborateurs des dernières années seront des figures importantes du gouvernement et de l'administration du Parti québécois à partir de 1976.

Source:

ROY, Martin, Une réforme dans la fidélité: la revue Maintenant (1962-1974) et la «mise à jour» du catholicisme québécois, Québec, Presses de l'Université Laval, 2012.

Éditeurs :
  • Montréal, P.Q. :les Dominicains en collaboration avec d'autres clercs et des laïcs,1962-1975,
  • Montréal :Éditions Maintenant inc.,
  • Montréal :Editions Maintenant :
Contenu spécifique :
Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Revue dominicaine ,
  • Témoins
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Références

Maintenant, 1962-11, Collections de BAnQ.

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i! .NOVEMBRE 1 962 t! ' [Se | W |j P.-A.UÉGÉ : jS- pii L'ÉGLISE DE L'AUTORITÉ OU L'ÉGLISE ¦I DE LA LIBERTÉ?' I HÜ' U H ANDRÉ NAUD : «li CONCILE ET MISSIONS ! RÉAL HOGUE : | LA PUBLICITÉ DANS L'ÉGLISE DR ET MME PAUL DAVID : MATIÈRE ET AAARIAGE ERNEST PALLASCIO-MORIN : LA RETRAITE DE DON JUAN JEAN-GUY PILON : VOYAGER H U il #¦ Il GUY ROBERT: LA VISION DE TEILHARD DE CHARDIN CATIEN LAPOINTE : POÈME jt' AMBROISE LAFORTUNE : LES FEMMES PARLENT.ENCORE ! flJllt r, 13' Sommaire complet page suivante Entre les générations : coexistence ou conflit ?On sait que le Concile met en présence deux familles psychologiques ; leurs membres sont désignés comme novateurs et traditionalistes, progressistes et intégristes ; ou encore on parle d’une « gauche » et d’une « droite », d’une avant-garde et d’une arrière-garde.On sait également qu’au Concile se heurtent, à moins qu’une coexistence pacifique ne s’établisse, différents âges, particulièrement deux générations.Ce problème, disons-le tout de suite, n’est pas une exclusivité des hommes d’Eglise.De tout temps, il se pose dans toutes les formes de société ou dans toutes les relations humaines, au plan social comme au plan familial, au plan de l’économique comme au plan apostolique.Les familles psychologiques se recrutent parmi les divers âges, en sorte que l’on rencontre des jeunes aux idées vieilles et des vieillards aux idées jeunes.Quant aux rapports entre les générations, ils sont plus nettement marqués et créent des conflits, au moins des préjugés tenaces.Les romanciers et les dramaturges les ont analysés et ils alimentent quotidiennement les discussions qu’ont entre eux, chacun de leur côté, les jeunes et les vieux.Face à tous ces monologues, la tentation est grande de renvoyer les deux clans dos à dos, en se disant que le dialogue ne s’établira jamais.DANS L'ÉGLISE Un ecclésiastique affirmait que « les jeunes ont des initiatives et pas de pouvoir, alors que les vieux ont tout le pouvoir.et pas d’initiative ».L’exagération est évidente, et même fausse, si l’on songe à la jeunesse d’âme du pape actuel.C’est là une exception, dira-t-on, mais d’autres exceptions existent.Sans doute, peuvent-elles se compter facilement. HH sommaire H.-M.Brade», générations : conflit?.O.P.: Entre coexistence 357 P.-A.Liège, O.P.: L'Eglise de l'autorité ou l'Eglise de la liberté ?.361 Chan.Jacques Leclercq : Ce qu'il y a de fort.363 André Naud, S.S.: missions .Concile et 365 Réal Hogue, S.M.M.: La publicité dans l'Eglise .366 Hyacinthe-Marie Robillard, O.P.Et les vocations.371 Dr et Mme Paul David : Matière et mariage .Alexandra et René Robitaille : Foyers chrétiens .Ernest Pallascio-Morin : La Retraite de Don Juan .373 374 376 Bernard Hubert, ptre : Les réformes disciplinaires au collège 378 Diagnostic en vrac .Jacques-Yvan Morin : rompus .Pierre Saucier : Les dans la maison .381 A bâtons 382 imposteurs 383 Jean-Paul Vanasse : télévision .La radio- 384 Noël Pérusse : Bungalows et syndicats de boutique .387 Pierre Vadeboncœur : La C.S.N.devient une force politique .388 Jean-Guy Pilon : Voyager .388 Catholiques français et canadiens sont-ils si différents ?.390 Guy Robert : La vision de Teilhard de Chardin .391 Pierre de Russon : Cinéma 392 Anne de Nomerenge : Situation des musiciens canadiens .393 Gatien Lapointe : Poème .394 Ambroise Lafortune : Les femmes parlent.encore ! .396 DANS LA SOCIETE CIVILE Un même malaise s’exprime sous différentes formes.Les aînés ne cacheront pas leur amertume devant les douceurs accordées aux générations nouvelles : allocations, assurance-hospitalisation, instruction gratuite, etc.« Nous n’avions pas tout cela.et nous nous sommes débrouillés ».Tant mieux si les devanciers ont réussi à créer un monde meilleur.Que ceux-ci n’aillent pas gâcher leurs résultats par une pareille mesquinerie : « Que les autres fassent comme moi : qu’ils paient le collège de leurs enfants et l’hôpital de leurs malades ! » Comme si le monde ne s’avançait pas vers la socialisation, telle que décrite dans la récente lettre de nos évêques ! Dans la dernière campagne électorale, on a vu ce choc et entre les familles psychologiques et aussi entre les générations.Alors que certains voulaient faire table rase du « vieux gang », pour renouveler le parti et la politique ; d’autres brandissaient la menace d’une évolution trop rapide, craignant par-dessus tout « la jeunesse à la barre ».Chacun sait que de nombreux clercs et laïcs ont accepté difficilement les allègements apportés au jeûne eucharistique.D’autres se refusent à ce que l’on traite philosophie, théologie, exégèse biblique, dans une autre langue que celle de 1901.Qu’aujourd’hui, l’on redoute moins l’autorité, dans les séminaires et les noviciats comme chez des laïcs reconnus fervents ; que l’on parle plus franchement et que l’on publie plus librement ses opinions : voilà des faits souvent interprétés comme dangereux, voire même comme une révolte.Qui ne voit que la méfiance règne entre les générations ?C’est le curé qui craint terriblement l’inexpérience et les initiatives de son jeune vicaire et c’est le jeune vicaire qui réplique à son curé que le ministère ne se fait plus « comme dans son temps », que la messe elle-même ne se « dit » plus comme autrefois.Les jeunes se donnent un droit à la critique alors que la génération montante ne souffre pas que l’on remette en question ses idées, souvent hélas ! son confort, son autorité.Aussi se défendra-t-on souvent à la façon de certains chefs durcis, par des abus de pouvoir, au nom de l’infaillible et sacro-sainte expérience.Usi Nti()ii£S) * ( Pc «Ire ^ Slo»; lan C’est «iiitee H ire;, lts «»f • h, 115e .^ «i( % tstls'1 P faiiP*1 liis^ Il est significatif de relever les divers slogans choisis par les partis politiques, désireux de se rajeunir, et empruntant au vocabulaire des jeunes : « C’est le temps que ça change ! » Ou encore : « La situation ne peut pas être pire ».« Vous n’avez rien à perdre ».« Tout s’arrangera toujours ».Les slogans prenaient ou ne prenaient pas, selon les générations et les mentalités en présence.co#* c# ,1e*1 X ' ' tx: ;»*¦:» » S.^3 ', "y ¦> wl «il ilPlIPl XXSXiXXXxXS: r -,:-x , ' ."; ** »i**j'*i:«'> : ;yi |ty il ¦'' ¦ v V #'v\f V.C.''’.; : ¦.¦x:-: ,y UNE COLLECIIUN OE VERITASLES EIVIIES B'ABT 0I6NES OES PLUS LUXUEUSES BIBIIOTHEOUES LES GRANDS CHEFS-D'ŒUVRE DE LA LITTÉRATURE - ILLUSTRÉS PAR LES PLUS GRANDS MAÎTRES GRANDVILLE • GUSTAVE DORÉ • GAVARNI • HONORÉ DAUMIER • TONY JOHANNOT • ETC.EN VENTE PARTOUT À PRIX INCROYABLE DE $1.50 CATALOGUE GRATUIT SUR DEMANDE Distributeur général pour les Amériques : D.KASAN - 226, Est, Christophe Colomb, QUEBEC P.Q. 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entendue au sens propre, elle n’est qu’une fonction, qu’un facteur du grand tout qui s’appelle la mise en marché.Si l’on considère que les firmes consacrent trente ou quarante pour cent du profit aux frais de la mise en marché, on évaluera son extrême importance dans la vente des produits.La mise en marché comprend l’ensemble des activités qui concourent à conduire produits et services vers le marché, en vue d’en assurer la vente.Plus le producteur se trouve éloigné psychologiquement du consommateur, plus aussi la poussée du produit devra se montrer puissante et techniquement impeccable.La mise en marché se divise en cinq opérations : étude du marché, présentation, distribution, promotion du produit, et enfin publicité proprement dite.La présentation du produit veille à le mettre en état d’être vendu.La publicité de son côté met en œuvre toutes ses techniques d’action sur le public, dans le but d’acquérir, de maintenir et de développer une clientèle à son produit.En résumé, le rôle de la publicité consiste à créer un marché nouveau comme à étendre le marché déjà acquis.Elle s’accomplit généralement en trois étapes : faire prendre conscience au public d’un besoin ; faire connaître l’existence du produit en fonction de ce besoin ; attacher au produit un nom et la marque de commerce, et lui acquérir l’avantage sur tout concurrent.La publicité, on le voit et on le sait par expérience, facilite la vente du produit ; bien loin d’être un mal nécessaire, elle assure au producteur un investissement rentable.Toutefois sans rien lui enlever de son importance, répétons qu’elle n’est pas le seul facteur qui garantisse la vente ; c’est l’ensemble de la mise en marché, dont la publicité fait partie, qui compte.On excusera cette introduction commerciale et commercialisante, profane tout à fait.Voyons maintenant si l’Eglise elle-même peut tirer profit de cette connaissance scientifique de la mise en marché.N’a-t-elle pas une marchandise à livrer, pour employer le terme commercial, un message à livrer ?Ne veut-elle pas vendre des idées, un mode de vie ?Je dis vendre, mais non pas à prix d’argent, seulement à prix de sacrifices et de renoncements.Disons qu’elle a un produit mystique à vendre contre un prix ascétique.PUBLICITÉ ÉVANGÉLIQUE Le consommateur, qui est le peuple de Dieu, le fidèle, l’Eglise enseignée, est plus ou moins éloigné du Producteur pour des raisons historiques, psychologiques et sociologiques.Cette distance exigera une poussée plus ou moins forte et une mise en marché soigneusement étudiée et orchestrée.Il faut premièrement faire prendre conscience au fidèle d’un besoin : besoin de bonheur, besoin de Dieu ; lui faire prendre conscience en plus d’un besoin des droits souverains de Dieu.Il faut ensuite faire connaître l’existence du produit divin qui comble ce désir de bonheur, qui rencontre les exigences de la Majesté divine.Nommons ce produit : Evangile, annonce de la venue du Sauveur, annonce de la grâce, du pardon, annonce du ciel, de notre destinée éternelle.Il restera ensuite à montrer les avantages de ce produit céleste sur les produits terrestres concurrents, qui sous des apparences merveilleuses mais trompeuses instillent dans les âmes des poisons funestes.L’Eglise s’abaisse-t-elle en utilisant les techniques scientifiques de publicité et de mise en marché ?Ceux qui le penseraient, accuseraient l’Eglise de fausser l’Evangile en utilisant des moyens trop profanes pour livrer un message supérieur et tout spirituel, de se servir en un mot de moyens impropres aux fins de l’Evangile.Pourtant Notre-Seigneur n’a-t-il pas dit : « Ce que je vous ai dit en secret, prêchez-le sur les toits ».Il voulait sans doute parler de prédication publique, d’annonce et de proclamation ouverte de l’Evangile du haut de la chaire de vérité, chaire de Pierre à Rome, chaire épiscopale du diocèse et aussi chaire de monsieur le Curé, lequel a reçu mandat et juridiction pour annoncer l’Evangile dans sa paroisse.À L'EXEMPLE DU SEIGNEUR Mais Notre-Seigneur veut aussi dire, à n’en pas douter, d’utiliser tous les media disponibles et convenables pour répandre la bonne nouvelle : radio, télévision, journal, magazine et même panneau-réclame.Il s’est montré lui-même le publicitaire inégalable parce que divin.Afin d’attiser le désir des croyants, il fait annoncer à l’avance sa venue par le Précurseur ; il envoie ses apôtres au-devant de lui pour préparer son passage dans les localités.L’Eglise ne doit donc pas s’avouer cou- pable quand elle utilise des méthodes scientifiques : le profane ne fait qu’imiter Dieu.Notre-Seigneur n’a pas reculé devant le sensationnel pour prouver son authentique divinité, pour mousser, peut-on dire, la valeur de son produit.Il avait l’avantage de son côté par la puissance qu’il possédait d’opérer des miracles, des vrais.Il s’est aussi servi de méthodes psychologiques bien au point.Il est mort sur la croix, prenant ainsi le prestige du persécuté à outrance.En tenant ce langage, je ne voudrais pour rien au monde abaisser le caractère sacré de la Rédemption ; je me contente d’écouter Notre-Seigneur qui affirme : « Quand je serai élevé de terre, j’attirerai tout à moi ».Il attirera tout par sa grâce rédemptrice bien sûr, par l’attrait surnaturel qu’il exercera sur les âmes, mais aussi par l’exposition de ce grand amour en croix, ce qui aussi est grâce.Il a recours toutefois à des méthodes de vente qui s’écartent des techniques reconnues de publicité.Le publicitaire chevronné dit : « Mon produit est bon, excellent, inégalable, unique ; il va résoudre votre problème pratique, vous donner le bonheur et il ne coûte pas cher ».L’Eglise par contre, affirme avec l’Evangile : « Ma bonne nouvelle, le salut, la grâce règlent vos problèmes en un sens mais ne soyez pas dans l’erreur ; cela vous apporte aussi des sacrifices ».Notre-Seigneur ne parlait-il pas de porter sa croix tous les jours, de se renoncer ?« Je suis venu apporter le glaive sur la terre » disait-il encore.Je donne le bonheur sûrement ; mais bienheureux ceux qui souffrent.Que celui qui veut venir après moi, prenne sa croix sur son épaule et qu’il me suive dans le renoncement.Ce que je vous offre coûte cher.Celui qui perd sa vie la gagne.Il faut aller jusquà perdre sa vie, jusqu’au prix de sa vie.Quelle différence d’attitude entre l’Eglise qui tient le langage du divin Maître et le publicitaire qui s’ingénie à amadouer le client, à flatter ses instincts.L’Eglise entend Dieu lui dire : « Prie et ne cesse jamais, pour annoncer les péchés à mon peuple ; dis-leur qu’ils ont péché, qu’ils ont fait mal, blâme-les en mon nom ».Cette méthode de présenter le message divin revient pratiquement à dire : « Ce que je vous offre coûte cher et vous seriez insensés de le refuser ».Voilà comment le Maître lui-même a utilisé une mise en marché et une publicité de sa fabrication.Nous le 370 comprendrons mieux en étudiant les lois de la mise en marché, tout en convenant qu’il s’est souvent écarté de ces lois humaines et naturelles, parce qu’il était Dieu que nous devons adorer et imiter.MISE EN MARCHE DE L'ÉVANGILE Loin d’être une faute, l’emploi de la publicité est pour l’Eglise une obligation.Soit pour apporter au public la simple nouveOe religieuse, soit pour répandre le Message proprement dit.Or les gens intéressés à cette publicité s’aperçoivent qu’il devient de plus en plus difficile de faire passer la nouvelle religieuse, et qu’elle est souvent déformée quand elle réussit à passer.Que faut-il en penser ?Il ne s’agit pas évidemment de publicité payante, laquelle passe toujours après avoir été acceptée par le client.Il s’agit de publication gratuite que les journaux et la radio en particulier ont toujours fournie à l’Eglise.Autrefois les journalistes couraient après la nouvelle religieuse ; aujourd’hui ils en ont plus que leurs colonnes ne peuvent en absorber.Ce qui oblige à faire un choix.Il n’y a pas lieu de se vexer par conséquent si notre nouvelle ne passe pas.Souvent elle passe, laissons cette fois le tour aux autres.Il ne faut pas non plus se révolter et dire : « Ils n’en auront plus ! » Fournissons aux publicistes la nouvelle religieuse, mais laissons-leur pleine liberté de l’utiliser ou non suivant les possibilités de chacun.Disons-leur nettement : « Je vous envoie de la nouvelle lorsque je le juge opportun.Si de votre côté vous ne la jugez pas assez importante ou ne pouvez pas la passer par abondance de matière, soyez bien tranquilles, je n’en serai aucunement blessé ».Voilà une très bonne formule, très charitable et de relation extérieure parfaite.LE PARTIAL Que faut-il penser du journaliste qui fausse la nouvelle ou le discours ?Il ne se trompe pas toujours de gaieté de cœur en rapportant ou interprétant la nouvelle.Il doit travailler très vite, penser et juger vite et juste.Il n’a pas l’avantage de lire d’autres journaux avant de rédiger son papier ; sur réception de la nouvelle ou sur réception du discours, il lui faut écrire un commentaire.Je ne parle pas évidemment de celui qui, sectaire ou partial, s’amuse à déformer la nouvelle ; je parle de l’homme sincère, du journaliste consciencieux et professionnellement propre qui tout en voulant faire de son mieux, peut se tromper.Placez-vous aussi dans la tête du journaliste : il cherche la nouvelle qui frappe et intéresse son lecteur ; il arrive qu’il mette l’accent, en rapportant un discours ou un fait, sur un point secondaire qui faussera le sens du discours ou du fait ; nous devons pardonner et comprendre.Il a détaché la nouvelle de son contexte dans le but de donner l’expression neuve d’une vérité banale, quotidienne.J’entendais dire par un des plus éminents chroniqueurs religieux de Montréal : « Lorsque je me couche le vendredi soir, tout mon article me revient à la tête et je le repasse phrase par phrase d’une façon inquiète, me demandant si je n’aurais pas pu m’exprimer autrement ou dire tout simplement autre chose ».Sur l’acceptation de la nouvelle religieuse, il me paraît maladroit de la refuser carrément et absolument dans un pays à grande majorité catholique.Du reste je ne vois pas pourquoi on passerait des nouvelles sportives ou de théâtre, alors qu’on omettrait tout le domaine religieux.N’a-t-il pas une grande importance, et ne garde-t-il pas aux yeux des lecteurs beaucoup d’intérêt ?Je sais par exemple que la disparition de certaine chronique religieuse dans un journal a fait l’objet de critiques et a surpris le public.LE SENSATIONNEL On a souvent reproché aux journalistes d’insister sur le petit côté de l’Eglise, sur les défauts de son visage humain.En fait un expert en recherches du nom de Martindell, de religion protestante, et qui a dirigé une vaste enquête en 1956 avec la société New York American Institute of Management, concluait son rapport par cette constatation : « Très souvent l’Eglise met ses pires vêtements quand elle se montre, alors qu’elle pourrait si facilement revêtir ses meilleurs ! » Société étrange, pensait-il.Les professionnels condamneraient les publicitaires de n’importe quelle firme industrielle ou commerciale qui, au lieu de vanter leurs produits et leurs services, les décrieraient pour les vendre ! D’autre part s’il existait un bureau d’information ou un bureau de presse organisé et très ouvert, non seulement au Vatican, à la Délégation Apostolique, mais dans chaque diocèse, les journalistes seraient peut-être moins portés à inventer de toutes pièces et à broder sur les termes imprécis ou sur des événements peu connus ; ajoutons que les journalistes doivent aussi comprendre que l’Eglise a droit à sa vie intime, à ses secrets de famille et à la discrétion de ceux qui l’abordent.D’après cette expertise scientifique dont nous parlions plus haut, l’Eglise se classait avec une moyenne de 88% dans l’ensemble des points ; sur le programme d’amélioration en matière d’information publique et de propagande, l’Eglise obtenait 81.25%, ce qui n’est pas si mal.Il faut ajouter que l’Eglise ne sera jamais une abondante source de nouvelles à sensation.Elle se développe lentement, elle évolue calmement, normalement, de l’intérieur ; les révolutions d’âme avec leurs tempêtes et leurs destructions, ou la résurrection d’une conscience morte ne justifieront jamais des six colonnes à grandes manchettes.L’Eglise doit cependant entrer en concurrence efficace sur le marché moderne des idéologies, en exploitant méthodiquement tous les media de publicité.Etant donné que le marché, ou le public, est déjà saturé de réclames, il faudra que l’Eglise déploie beaucoup de méthode pour publier son message, tout en tenant compte de certaines exigences de sa nature spirituelle : Corps mystique du Christ extrêmement respectable, le Christ étant sa tête et le ciel sa destinée.La nouvelle ne sera donc jamais tapageuse.La nouvelle d’Eglise ne s’annonce pas comme une liqueur douce.Il ne faut pas trop en donner subitement, sous prétexte qu’elle a été trop rare précédemment.Je termine en disant que dans l’Eglise, tant sur le point universel que diocésain, paroissial ou institutionnel, cette tâche de la publicité et de l’information publique reviendra de plus en plus aux laïcs, à des publicitaires professionnels qui s’acquitteront de cette tâche avec un zèle prudent et compétent.Le laïc doit de plus en plus prendre sa place dans l’Eglise ; et s’il est un domaine qui lui appartient, c’est celui des bureaux de presse et de publicité.Réal Hogue, s.m.m. PENSEZ-VOUS ET LES VOCATIONS.Le problème de la « vocation » occupe, dans un système chrétien d’éducation, une place considérable.Il va sans dire que nous entendons ici le mot vocation dans son sens le plus large, et que la réalité visée concerne autant les laïques que les prêtres ou les religieux.Il ne saurait en particulier avoir d’autre acception légitime dans des institutions soutenues par l’Etat et travaillant pour le compte d’un Etat chrétien ou simplement pluraliste.Et la manière d’envisager ce problème a ses répercussions sur la discipline scolaire, l’enseignement religieux et l’orientation de la vie.Sans pousser trop loin dans le menu détail et les implications de la chose, nous voudrions en traiter ici avec la franchise et le sérieux que son importance appelle.La vocation : gratuité et mystère de foi Si on la regarde en Dieu qui appelle, — et c’est le point de vue de la Bible, — la vocation concerne toujours le salut.Certes, il y a un premier appel à l’existence, qui implique notre insertion dans ce monde-ci, ce temps-ci, cette nature-ci.Mais cet appel n’a de sens qu’en fonction d’un second, en quoi consiste notre vraie vocation : l’appel à la vie et au bonheur éternels, en Jésus-Christ Notre-Seigneur.Si on la regarde en l’homme qui est appelé, — point de vue légitime également, et sur lequel insistent particulièrement Jérémie et saint Paul —, la vocation concerne notre propre histoire, ceUe de nos tâtonnements et de notre essor libre et personnel vers ces choses « que l’œil n’a pas vues, que l’oreille n’a pas entendues, qui ne sont pas montées au cœur de l’homme, et que Dieu a préparées pour ceux qui l’aiment ».A ce plan, on peut associer à l’idée de vocation celle de la recherche de son épanouissement personnel, de son être et de sa perfection la plus vraie.Ce que Dieu veut, en effet, ce à quoi il nous appelle, c’est à la réalisation d’une sainteté qui n’est pas diminution, déshumanisation, désincarnation, mais au contraire accession à cette divine image dans laquelle nous avons été créés, avec mission de l’achever en nous.Or c’est justement parce qu’elle est cette rencontre et ce dialogue de Dieu et de sa créature que la vocation est chose mystérieuse, sacrée, échappant à toute emprise et entremise étrangères, secret réservé à l’Appelant et à l’appelé.Les mystères ne se fixent qu’avec les yeux de la foi : les visées humaines, les tentatives d’embrigadement, d’acclimatation, d’exploitation ne peuvent avoir ici que la portée du sacrilège et de la profanation.Certes Dieu veut que l’homme aide son frère et que, sur la voie du salut, comme sur les autres, nous portions les fardeaux les uns des autres ; mais il s’attend surtout à ce que nous respections ses arrêts.« Je fais miséricorde à qui je fais miséricorde et j’ai pitié de qui j’ai pitié ».Dans quelle mesure respecte-t-on ce mystère ?Que d’efforts pour « sauver » des vocations, ou pour empêcher qu’elles se « perdent », ressemblent bien plutôt qu’à un zèle pour Dieu à une question de propagande humaine.Que de comparaisons, d’insinuations, de très petites intrigues — qui sentent d’ailleurs leurs motifs intéressés et leur psychologie rudimentaire (instinct grégaire, rivalité des clans, etc.), — pour essayer d’enlever à Dieu son initiative première et de substituer à son action imprévisible les déterminations de ses préférences individuelles.Comme si Dieu ne tenait pas plus que ses apôtres au progrès des âmes et à la survie de son Eglise.« Toi, qui es-tu, demande saint Paul, pour juger un serviteur d’autrui ?Qu’il reste debout ou qu’il tombe, cela ne concerne que son maître ; d’ailleurs il restera debout, car le Seigneur a la force de le soutenir ».Orienter le serviteur contre le gré du Seigneur, sauver les âmes contre Dieu même.tentation moins rare qu’on ne pense ! Il y a eu, dans certaines communautés, et dans certaines maisons d’enseignement, des mesures prises pour « sauver » les vocations, ou pour les « promouvoir », qui témoignent d’un manque de foi en Dieu ou d’un souci de s’immiscer dans les interventions de sa providence, qui voisinent l’impiété d’Achaz ou les vues intéressées de Simon le Magicien.La vocation : quête et mystère d'espérance Suivre sa vocation n’est donc pas se mortifier, se détruire ; c’est au contraire chercher à se réaliser de la seule manière qui vaille : en Dieu ! Mystérieuse réponse au plus mystérieux des appels.Le chemin de chacun à Dieu est personnel, unique ; il ne peut être foulé deux fois.Pour tous il comporte ses ivresses, mais aussi ses désillusions, ses errances, ses nuits.Certains ont eu la lumière toute vive au départ, — je pense à Abraham, à la Vierge Marie, à Jésus au baptême, — mais ont traversé ensuite des déserts aux angoisses infinies.D’autres ont osé, après des tâtonnements, des révoltes, des indécisions multiples, crier à Celui qui s’était fait si longtemps chercher : « Pourquoi es-tu venu si tard, Beauté de ma vie ?» Tous pourtant étaient bien élus, bien dans leur voie : une voie que personne ne voudrait, après coup, avoir été autre, tant la sagesse divine s’y révèle à chaque tournant.D’où l’imprudence et le danger qu’il y a à parler de perte de la vocation ; d’en parler par dépit ou par menace ! Que de scrupules, de fausses perspectives, de vies diminuées ou du moins sauvagement torturées par cette espèce de mauvais sort jeté sur ceux qui ont refusé de s’orienter du côté qu’on espérait.Comme si on avait la vocation écrite sur le front dès la naissance ; comme si les prêtres ou les mères avaient pouvoir de lire dans ce secret des cœurs, fermé même aux anges et aux élus.Comme si d’hésiter, de ne pas savoir, de ne pas pouvoir, était la preuve d’une trahison ou d’une désertion, et non déjà et à soi seul une vocation à l’abandon, au détachement ; une souffrance valable et méritoire, une grâce ! Quel prêtre n’a pas rencontré de ces âmes 372 qui, toute une vie, cherchent leur voie ?Des saints n’ont-ils pas frappé à la porte de deux, trois, cinq communautés, affligés du fardeau d’être insupportables à eux-mêmes quand ce n’était pas aux autres ?On songe ici au psalmiste chantant dans son angoisse : « C’est ta face, Seigneur, que je cherche, ne me cache point ta face.C’est toi mon secours, ne me laisse pas, ne m’abandonne pas, Dieu de mon salut ! » Mystère de foi, la vocation est aussi un mystère d’espérance.Elle exige de chacun, comme des patriarches, qu’il « quitte le pays de son père », où toutes choses sont bien rangées, connues, prévues, et qu’il « vive sous des tentes », cherchant une patrie meilleure, mettant sa foi, sa confiance, en celui qui ressuscite de la mort.Misérables donc ceux qui, en matière de vocation, ferment des portes au lieu d’en ouvrir d’autres ; ceux qui mêlent les pistes ; ceux qui brouillent délibérément les cartes routières, qui ne laissent le choix qu’entre ce qu’ils apprécient et estiment pour eux-mêmes, et le désespoir de l’autre.Croit-on que Dieu soit dupe de ces subterfuges ?Qu’il sera moins sévère pour les faux aiguilleurs que pour les coupe-gorge tapis le long des voies divines ?Je sais qu’il y a des endroits où l’on chante haut le thomisme, mais où on saute à pieds joints par-dessus le traité des Etats de Vie, parce que saint Thomas s’y révèle un défenseur un peu trop enthousiaste de la vie religieuse.C’est pourtant le seul endroit où la théologie traditionnelle aborde le problème spécifique de la vocation : faut-il s’étonner qu’on en parle ensuite si mal et qu’on en fausse si souvent les perspectives ?Comment peut espérer, persévérer, lutter celui à qui on n’a jamais expliqué le vrai sens de sa marche et de sa lutte ?Comment un être libre peut-il prendre la pleine responsabilité de ses options si on ne l’a nourri ou laissé nourrir que de peurs, d’ignorances ou de préjugés sur les voies qu’on a jugées pour lui impossibles ou non avenues ?Je pense à ce bon chanoine à qui on a permis de répéter, dans tant de collèges, aussi bien à la retraite des finissants qu’à celle des rhétoriciens, que les religieux ne pouvaient faire du bien « parce qu’ils ne faisaient que passer », tandis que les prêtres séculiers restaient sur place, etc.Pour moi qui suis religieux, j’aurais beaucoup plus de raisons et des bien meilleures à donner à un jeune homme que je voudrais encou- rager à entrer dans le clergé séculier ! Et je serais heureux de les lui donner, si je le trouvais intéressé à cette vocation d’importance fondamentale dans l’Eglise.Seulement on ne bâtit pas une aussi grande chose sur des mensonges ou à force de distribuer des œillères : car ce n’est pas là bâtir sur Dieu, mais sur des artifices indignes de Lui.La vocation : engagement et mystère d'amour La vocation, je le répète, est toujours vocation au salut.Or le salut des hommes, de par la volonté de Dieu, est une entreprise communautaire.S’il est vrai que l’on souffre et que l’on meurt seul, on ne se sauve pas seul.En langage biblique, l’homme est « fils d’homme ».C’est là sa définition et son classement.Non seulement il est d’une race, d’un clan, mais il est avant tout fils spirituel du premier homme, qui fut terrestre, ou du second, qui est céleste, c’est-à-dire, en termes de petit catéchisme, fils d’Adam et pécheur, ou fils adoptif de Dieu en Jésus-Christ et rené.Aussi y a-t-il, à l’origine de tout appel divin, depuis le premier moment de l’entrée dans l’existence, une orientation vers l’Eglise, hors de laquelle il n’y a point de salut et par qui seulement le salut vient au monde.Je n’ai pas l’intention de distinguer ici les degrés d’appartenance à cette Eglise, mais je veux insister, parlant à des catholiques, sur Yaspect ecclésial et donc sacramentel de la vocation.Si souvent on n’a étudié le problème que sous son aspect moral ! Il y a un sacrement de la vocation, et c’est la Confirmation, prolongement, comme on sait, de la Pentecôte et de l’effusion charismatique de l’Esprit sur le Corps Visible du Christ (parallèle de son effusion sur l’humanité de Jésus, au Baptême, commencement de sa grande œuvre).C’est à cet Esprit, en effet, don du Christ glorieux à son Eglise, qu’il appartient de créer cette diversité des ministères nécessaire au progrès et à l’achèvement du Corps, afin qu’il reçoive « concorde et cohérence par toutes sortes de jointures qui le nourrissent et l’actionnent selon le rôle de chaque partie ».Le Baptême nous fait naître comme chrétiens, mais la Confirmation, sacrement de l’âge adulte, nous oriente vers ce secteur du ministère où nous sommes appelés à travailler, avec le Christ, à la rédemption du monde.On peut dire aussi bien, selon une autre comparaison, que c’est à la Confirmation que nous sommes signés, comme pierres vivantes, pour entrer dans la construction, à l’endroit fixé par le Seigneur, et servir à l’édification de sa demeure sur la terre.On voit, dès maintenant, jusqu’à quel point une théologie de la vocation appuyée à cette base échapperait aux perspectives par trop mesquines et individualistes, et retrouverait son sens de mystère de grâce et de don généreux.Si l’Esprit, en effet, sait déjà mieux que chacun ce qu’il devrait « demander à Dieu » et le demande de fait en nos lieu et place, il sait infiniment mieux encore ce qui est utile à l’Eglise, et ce qui répond aux vues de Jésus sur elle.Aussi la prière à l’Esprit-Saint, pour le « succès » (!) des vocations, prendrait une autre tournure si elle devenait simplement une prière pour le « progrès » de l’Eglise, comme Dieu le veut et autant qu’il le veut.Replacer le problème de la vocation dans son contexte spirituel, c’est donc également lui rendre son caractère de mystère de Vamour.L’Esprit est lien d’amour entre le Père et le Fils, il est lien d’amour entre le Verbe incarné et son Epouse l’Eglise.Or le dernier mot de cet amour, qui n’a rien de la concupiscence et de l’intérêt humains, c’est : que l’homme soit, que l’Eglise soit, que la communauté humaine se réalise enfin, dans cet Homme nouveau en qui seulement est le secret de son parfait épanouissement.C’est donc ainsi également que chaque responsable doit le prendre.Dans l’esprit des parents, dans l’esprit des chargés d’âmes, le seul apostolat valide en matière de vocations, est de désirer pour tous les siens : « qu’ils soient ! » qu’ils se réalisent comme Dieu le veut, comme l’Esprit l’inspire, comme Jésus, Roi et Pontife, le juge utile et préférable à son Eglise, et à l’humanité qu’il a faite sienne.En tout cela, — je m’excuse d’y revenir, mais en somme, je n’avais rien d’autre à dire, — nos vues personnelles comptent bien peu.Que sais-je, moi, de l’utilité réelle de mon ordre, de ma profession, de ma condition sociale, etc., pour le vrai bien de l’Eglise dans le monde où elle devra survivre au siècle prochain ?Dès lors pourquoi ne pas nous en tenir à l’attitude, si humble et si ardente à la fois, de Jésus demandant à ses Apôtres, non pas de chauffer à blanc ou d’embrigader la jeunesse dans leurs rangs, mais de « prier le Maître de la maison qu’il envoie des ouvriers à sa moisson ».Hyacinthe-Marie Robillard, O.P. 373 Matière et mariage Appareils électriques et tapis mur-à-mur « L’homme ne vit pas seulement de pain.! » Ce qui revient à dire, qu’il ne vit pas seulement d’appareils électriques et de tapis mur-à-mur ; et pourtant son amour conjugal est parfois installé au creux d’un coussin.Tel ou tel jeune couple a combiné dans le mariage, une bonne dose de désir physique, avec une assurance contre la solitude et l’insécurité et enfin une organisation matérielle en plein essor.Pas de grands mots, chez eux, mais du solide, du concret ! « As-tu vu, ma chère, la machine à laver de nos amis, et puis leur ensemble de salon ?» Etc.Ce n’est plus la course aux armements, c’est la course aux modèles de luxe ! Une course effrénée, d’ailleurs ! L’amour en vient à se confondre avec la réussite matérielle, il est consacré dans l’agencement intérieur de la maison, tributaire du tapis, des fauteuils et des lampes.On croit avoir signé un contrat avec le bonheur, parce que l’argent a permis de tout obtenir, on croit naïvement alimenter son amour et on ne fait que satisfaire sa vanité.Au-delà de la vanité, il y a aussi l’insécurité qui poursuit le cœur humain et le projette dans le matérialisme.On veut posséder, et plus, et plus encore et préserver ses possessions, ainsi croit-on l’amour et la vie seront protégés entre l’homme et la femme.Joindre les deux bouts Mais, il y a ceux qui se débattent dans de réelles difficultés financières, qui joignent rarement les deux bouts, qui s’aigrissent peu à peu et dont l’amour tend à s’éteindre à travers les luttes journalières.Ils connaissent l’envers du problème des autres.Mais le problème reste le même.C’est l’esprit de pauvreté et la confiance en Dieu, qui manquent dans les deux cas.Le Christ connaissait tellement ces faiblesses qu’il est revenu sans cesse dans son Evangile sur ces questions : « Bienheureux les pauvres en esprit, le Royaume des Cieux, leur appartient » et une autre fois : « Considérez les oiseaux du ciel.Regardez les lis des champs.Ne soyez donc pas inquiets ».Mariage et esprit de pauvreté Il parle à plusieurs reprises du renoncement nécessaire, du dépouillement, Il nous talonne avec cette idée, personne n’y échappe, pas plus les gens mariés que les autres ! Pourtant, certains diront qu’il y a contradiction avec les nécessités de la vie : plus ils possèdent, plus leur existence est agréable, plus ils économisent, plus leur avenir est assuré.On dira d’eux : « Ils ont tout ce qu’il faut pour être heureux, pour s’aimer tranquillement ! » Et pourtant non, l’amour véritable ne choisit pas nécessairement le confort pour s’épanouir, puisque l’essentiel de l’amour, c’est le dépouillement, le don de soi-même.Si notre amour a besoin de luxe, c’est qu’il est de qualité inférieure, basé sur l’égoïsme.Il doit aller puiser sa force dans un esprit de pauvreté.j’insiste encore sur le mot esprit, car il ne s’agit pas de transformer la maison en cellule monastique, et de distribuer son salaire aux autres à la fin du mois.Il s’agit de se dégager de l’esclavage du matériel et que l’argent soit un serviteur et non un maître et s'il fait défaut, de rester convaincu que la Providence se débrouillera avec le budget.La foi déplace les montagnes, après cela elle peut bien faire n’importe quoi ! Donc l’amour conjugal pour vivre et s’épanouir, doit s’inspirer du renoncement intérieur et non de la soif des biens temporels.Progrès, confort et matérialisme Les découvertes modernes feraient l’émerveillement des hommes d’autrefois : téléphone, automobile, avion, électricité, radio, télévision, satellite, et fusée.Ces innombrables progrès ont contribué à rendre la vie plus facile, à améliorer ce qu’il est convenu d’appeler le standard de vie.Celui-ci fait la convoitise des peuples sous-développés et des individus moins fortunés.Nous, du continent nord-américain, avons profité de la formidable industrialisation d’un peuple jeune et vigoureux et avons précisément un des standards les plus enviés du monde.Mais, à toute médaille, il y a deux faces.Avec le confort, s’est installé un esprit matérialiste qui confond trop aisément le succès de l’individu à l’ampleur de ses possessions matérielles : maison, automobile, appareil électrique, quantités d’assurances, etc.L'homme « arrivé ».Plus un homme possède, plus on le dit « arrivé ».La publicité aidant, on encourage la course au confort par la vente à tempérament ou à crédit.Posséder tout de suite et payer plus tard.Système économique qui a connu la crise catastrophique de 1929 et la prospérité d’après-guerre.Dangereuse prospérité qui a introduit dans nos foyers et chez nos enfants une mentalité d’argent, un esprit matérialiste où tout se compte en cents et en dollars.Mais, quel que soit le standard de vie, chaque pays a ses riches et ses pauvres.Entre les deux, une classe bourgeoise qui fait tampon.Pour établir un certain équilibre, les gouvernements ont imaginé des systèmes de sécurité de toutes sortes : assurance-hospitalisation, assurance-chômage, assurance-accident de travail, pension de vieillesse, allocation familiale, instruction gratuite, etc.Le tout est payable par une taxation qui grossit au fur et à mesure que les responsabilités augmentent.Alors que rôde sur le globe le spectre de la dévastation atomique et une terrifiante insécurité internationale, nous exigeons de nos gouvernements des gages sans cesse accrus de sécurité matérielle individuelle.Dans ce paradoxe mondial, comment protéger nos foyers contre cet esprit matérialiste qui les pénètre ! .Et son amour Un surplus d’aisance et un manque de confort constituent tous deux des menaces certaines au bonheur conjugal.L’aisance et la richesse peuvent détourner de l’essentiel.Lorsque rien ne s’oppose à l’ambition matérielle, il est facile pour la femme de devenir coquette, mondaine, dépensière, paresseuse et vaniteuse.Pour l’homme qui connaît la puissance du dollar, il peut se payer toutes les sensations de la vie et acheter tous ses « bonheurs » les uns après les autres.Mais, l’amour conjugal risque fort de subir les répercussions d’une vie devenue libertine.Car au fond, l’argent peut bien dans une passagère euphorie masquer défauts et qualités mais un jour renaîtront la vraie personnalité de l’homme et de la femme et cette sensation de vide qui avec l’âge 374 et le temps devient insupportable.Les enfants élevés dans cet esprit risquent fort de confondre eux aussi l’essentiel et l’accessoire.Et toute leur vie peut-être, ils paieront les dividendes d’une éducation molle et sans objectif et manqueront l’exemple d’un foyer uni et courageux.L’absence de confort peut, elle aussi, compromettre le bonheur conjugal.La misère et la pauvreté sont source de découragement, d’aigreur et d’envie.Il n’est pas facile d’élever une famille dans un appartement trop petit et de lutter lorsque l’essentiel manque.Le découragement peut s’exprimer de diverses façons : alcoolisme, paresse, abandon du foyer, dépression nerveuse et abdication de tout idéal humain et religieux.Les enfants élevés dans ce contexte de misère traînent sur les trottoirs et trouvent dans leur imagination et leurs rencontres une évasion à la dure réalité d’un foyer misérable.Ces enfants formeront, si la société ne leur tend pas la main, ce groupe croissant de jeunes délinquants qui manifestent par le bruit et le bris, leurs conscientes ou inconscientes revendications.En somme, le surplus ou le manque de confort et d’argent créent l’un et l’autre un danger au bonheur conjugal.Il en est également de même pour ceux qui n’ont ni surplus, ni manque.Car pour tous, le matériel doit être soumis au spirituel.La domination du matériel déséquilibre le sens des valeurs.Et c’est pourquoi, l’Evangile nous enseigne, en toutes circonstances, l’esprit de pauvreté.La religion du Christ n’est pas une religion de confort, de facilité, de gratuité, de dépendance matérielle et de socialisation plus ou moins hypocrite.C’est la socialisation d’un monde d’hommes vivant les uns pour les autres et non pas les uns aux dépens des autres.Dans cet esprit, l’aisance devrait développer le goût de la charité et de la philanthropie.A l’ambition de posséder, devrait se juxtaposer la joie de donner et d’aider.Car le grand principe, la grande loi de l’Evangile demeure l’Amour du prochain.Qui est ce prochain ?Le moindre des hommes vivant n’importe où dans notre univers.Dr et Mme Paul David Foyers chrétiens : le monde attend votre témoignage Soyez unis dans l’Eglise, et gardez la ferveur de votre premier amour, que vous avez offert au Seigneur au grand matin des noces.(Cardinal Léger aux F.N.D.le 23 septembre 1962).Dans notre siècle de matérialisme et de sensualisme, il est assez surprenant de voir près de 800 jeunes couples se réunir durant quatre jours pour entendre des conférences, participer à des colloques et à des forums, avec un enthousiasme soutenu.Mais ce qui est surtout renversant, c’est de constater que le sérieux des sujets traités ne les a même pas rebutés, et que chacun s’y est plongé de tout cœur, avec une joie évidente.LE GRAND CONGRÈS C’est dans cette atmosphère tout empreinte de fraternité, de chaleur et de charité que se déroulait dernièrement le troisième Congrès provincial des Foyers Notre-Dame, dont le thème était Le rôle du foyer chrétien dans l’Eglise.« A voir ces couples et à les entendre, j’ai mieux compris jusqu’à quel point ce sacrement est grand » nous confiait un membre éminent de notre clergé.Débutant à l’Auditorium du Plateau, sous la présidence de Son Ex- cellence le Lieutenant-Gouverneur et de Madame Paul Comtois, ce congrès se clôturait à l’Hôtel Reine-Elisabeth par une émouvante causerie de Son Eminence le Cardinal Paul-Emile Léger.Au cours de ces journées nous avons pris conscience, non seulement d’appartenir à l’Eglise, mais d’être l’Eglise.Tous les foyers chrétiens ne sont-ils pas en effet des cellules vivantes de l’Eglise ?C’est tellement vrai que le rôle que cette dernière attend du foyer chrétien est non seulement de donner des enfants à Dieu dans la maternité physique, et des prêtres à l’Eglise, mais aussi d’apporter Dieu au monde par l’apostolat familial.Le foyer chrétien par ses efforts à se perfectionner et à rayonner, doit servir d’exemple, de guide et de tremplin, pour que soit donné un sens, un but, un idéal aux autres foyers, et même aux foyers non chrétiens.LUMIÈRE, PAIX, AMOUR Le foyer chrétien doit aussi apporter trois choses au monde : la lumière, la paix, l’amour : la lumière : c’est-à-dire apporter au monde la lumière de la foi, par l’exemple de sa vie intérieure, en se projetant au-dehors dans son entourage et en déployant un effort sérieux pour apporter la vérité sur toutes ces erreurs répandues dans le monde ; la paix : apporter la paix dans le monde ; oui, mais à condition que les époux chrétiens soient capables de la réaliser d’abord au foyer.Voir un foyer aimant, serein et gai, c’est réconfortant pour les autres foyers, et c’est par le fait même donner le Christ aux autres.Malheureusement, notre siècle semble méconnaître qu’en plusieurs domaines, il a lamentablement croulé ; qu’une désastreuse anarchie s’est installée à la place de la famille chrétienne ; l’amour : le monde se meurt de manque d’amour.On est souvent loin de la vie évangélique, même nous, qui prétendons être de bons chrétiens.L’amour conjugal vrai, fait de délicatesses mutuelles et de dévouement est le plus beau témoignage chrétien de l’amour.S’il est nourri à une spiritualité conjugale vécue quotidiennement, cet amour est le reflet même de l’Amour du Seigneur et se déversera nécessairement sur les voisins, les compagnons.L’apos- 375 tolat ne s’alimente-t-il pas du trop-plein de la vie intérieure ?Partout où ira ce foyer, cet homme, cette femme, on pourra dire : ils sont chrétiens et ça vaut la peine d’être chrétiens.Cependant, si le foyer chrétien veut exercer une influence réelle dans tous les secteurs de notre monde moderne, les époux devront vivre intensément leur foi, réaliser entre eux une profonde compréhension, et un amour sincère dans une fidélité inviolable.En outre, ces époux devront développer leur personnalité, accroître leurs connaissances tout particulièrement sur la doctrine de l’Eglise et ses enseignements, rechercher l’occasion d’approfondir le message du Christ dans son Evangile et les Saintes Ecritures.Dans une société qui tend à démolir les efforts des éducateurs, il serait opportun de découvrir ce que pense l’Eglise en matière d’éducation, en matière de justice sociale, etc.Les parents n’ont-ils pas le rôle de former les citoyens de demain, qui seront en mesure d’accepter leurs responsabilités, en ne se fiant pas uniquement à l’Etat dans l’organisation de leur vie personnelle ?L’assistance nombreuse à ce troisième congrès annuel des Foyers Notre-Dame nous démontre la rapide expansion de ce mouvement et constitue une preuve évidente qu’il répond sûrement à un besoin de notre époque.Vraiment si le mouvement n’existait pas, il faudrait le fonder.QUE SONT LES FOYERS NOTRE-DAME ?Les Foyers Notre-Dame sont une association de jeunes époux dont le but est le perfectionnement et le rayonnement de la famille chrétienne.C’est donc un mouvement de spiritualité conjugale et d’apostolat familial, et même plus, c’est une école de sainteté conjugale.Fondé en septembre 1954, par M.Albert Lapointe, P.S.S., ce mouvement constitue le prolongement normal du Service de Préparation au Mariage, qui a apporté un bien immense aux futurs époux, maintenant nos foyers actuels ; mais son rôle bienfaisant cesse avec le mariage, alors que c’est précisément après que les problèmes de toutes sortes guettent les nouveaux époux : adaptation des personnalités, spiritualité et morale conjugales, régulation des naissances, éducation des enfants, budget, etc.Les Foyers Notre- Dame désirent apporter aux époux une réponse à ces problèmes angoissants et leur procurer la force et le courage nécessaires pour appliquer les solutions proposées.Ils veulent aider les époux d’aujourd’hui à vivre leur mariage dans un esprit chrétien, à perfectionner en eux « l’homme intérieur », par la connaissance et l’application de la spiritualité conjugale.QUI PEUT EN FAIRE PARTIE?Ce n’est pas un groupement fermé ; tout jeune ménage de moins de 20 ans de mariage peut en faire partie, s’il désire se perfectionner et vivre vraiment sa vie d’époux chrétiens.Cependant le mouvement n’accepte que le couple, et tout se fait en fonction de cette entité qu’est le couple.Les Foyers Notre-Dame aident certainement le foyer chrétien à rayonner dans le monde moderne, en exerçant une influence bienfaisante sur leurs membres, sur un triple plan : Sur le plan de l’intelligence : le mouvement leur apporte une meilleure connaissance de leur métier d’époux et de parents chrétiens.Par le fait que le couple entend ensemble les mêmes vérités (conférences-forums, réunions d’équipe, congrès, etc.), il invite au dialogue, base essentielle de la bonne entente au foyer ; sur le plan de la foi : il apporte aux gens mariés une authentique spiritualité conjugale et familiale, vécue réellement par les membres, (messes communautaires, direction spirituelle, retraites conjugales, etc.) ; Sur le plan de la société : il permet d’établir des amitiés et des contacts très fructueux, en rendant les membres réceptifs au bon exemple des autres foyers, et à leur expérience (agapes fraternelles).A moins d’être un foyer égoïste et fermé, ou d’avoir mal compris son christianisme, il faut que cette richesse nouvellement acquise déborde à un moment donné, c’est plus fort qu’eux : d’où l’apostolat familial.EXPANSION DES FOYERS NOTRE-DAME De 22 foyers à la première rencontre de 1954, le mouvement compte maintenant 1 250 foyers, répartis en 19 sections à travers la province.Neuf de ces dernières fonctionnent à Montréal, deux à Sherbrooke, tandis que les autres se trouvent à Québec, à Shawini-gan, à Longueuil, à Saint-Jérôme, à Val-leyfield, à Amos, à Granby et à Asbestos.Alexandra et René Robitaille — Un correspondant nous signale que la phrase trop souvent attribuée à LOUIS VEUILLOT : « Quand les libéraux sont au pouvoir, nous leur demandons la liberté parce que c’est leur principe ; et, quand nous sommes au pouvoir, nous la leur refusons parce que c’est le nôtre » n’est pas de VEUILLOT mais de MONTALEMBERT.Sur quoi l’auteur de la remarque, M.le notaire DONAT DEMERS, renvoie le lecteur aux Œuvres complètes de L.V., éd.Le-thielleux, t.13 des Mélanges, p.332.— On signale que des religieuses américaines (Marymount, Palos Verdes, Calif.) ont décidé d’enseigner à leurs filles, au lieu du traditionnel ballet classique, qu’elles n’aiment pas, les danses modernes.On a fait la même chose dans la High school voisine, pour les garçons.On a cru s’apercevoir qu’en enseignant des pas plus difficiles, sur une musique jouée partout, on combattrait mieux l’idée que la danse est uniquement matière à péché mortel et qu’on en ferait, même pour ceux qui sont moins doués de musicalité, un passe-temps élégant et agréable.Chose certaine, les jeunes dansent sur la musique qui se joue ; et s’ils ne dansent pas toujours bien, c’est peut-être un peu parce qu’on ne leur a jamais enseigné qu’on pouvait bien danser.La nature ne connaît pas de riches.Tous, elle nous engendre pauvres.Nous ne naissons pas avec des vêtements.Nous ne sommes pas nés au monde avec de l’or, ni avec de l’argent.C’est nus que la nature nous met au jour et ayant besoin d’aliments, de vêtements et de boisson.C’est nus, également, qu’un jour elle nous reçoit.Au pauvre, comme au riche, suffit comme sépulture le bout d’un champ et la terre, trop petite pour les désirs du riche vivant, l’avale tout entier lorsqu’il est mort.Comment reconnaître parmi les morts, riches et pauvres ?Creusez la terre et montrez-moi le riche- Ambroise de Milan 376 LA RETRAITE DE DON JUAN Lorsque je l’ai connu, il était très jeune, très beau, très élégant, très spirituel, et surtout très avocat.Il avait choisi cette profession car, disait-il, elle lui servait de tremplin pour secourir les femmes en détresse.Femmes mal mariées, mal aimées, femmes délaissées, femmes avec ou sans problèmes, les femmes quoi ! S’il n’avait pas eu de fortune personnelle, cette profession qu’il exerçait brillamment n’aurait pas été rentable.Il n’était pas question pour lui d’honoraires.Il aurait cru se desservir lui-même.Il avait cette élégance de dîner avec la jeune femme dont il venait de gagner le procès.Il n’y avait que sa jolie secrétaire qui connaissait ce secret, mais elle le gardait bien, ainsi que d’autres l’intéressant personnellement.Elle n’était même point jalouse des nombreuses clientes du patron.Ne passait-elle pas les heures ensoleillées de la journée avec lui, car il allait aussi au bureau ?* * * Sa vie donjuanesque était connue ! Elle avait commencé entre deux guerres et elle se poursuivait encore, alors que les tempes de notre homme grisonnaient un peu déjà.Et il n’avait que trente-huit ans.Un ami, conscient d’un danger évident de vieillissement précoce, l’exhortait à une conduite plus sage.Il répondit avec assez d’humour : — L’usage n’amène pas infailliblement l’usure ! Une passion toute neuve venait de s’emparer de lui et ce jour-là, il n’avait pas d’oreilles.Elle dura comme toutes les autres : six mois ! Tant il est vrai que la répétition ardente des amours ne produit jamais l’amour.Cependant, cette nouvelle femme était fort bien vue dans la société de la ville et elle n’entendit pas qu’on lui fît subir un sort dont elle avait déjà ri.Elle fit des scènes lamentables dans les coquetels, les réunions où la société prenait le premier plan.Naturellement, il partit pour la Grèce (comme Byron) avec une autre.C’est en voyage qu’il apprit le suicide raté de la belle.Il n’eut même pas le cynisme de pleurer.Deux mois plus tard, par le même ami, il apprenait que la désespérée avait épousé le fils d’un juge.Il se confirma à lui-même que ses affaires sentimentales finissaient toujours par s’arranger à la condition de choisir, le plus souvent possible, des femmes amoureuses.Ce qui lui fit penser d’ailleurs que la Grèce n’offrait pas un climat favorable à la nouvelle.Il la jeta délibérément dans les bras d’un officier de la garde présidentielle.La femme était romanesque et en Grèce cela se porte assez bien.Notre ami ne pouvait trouver une meilleure solution.Il lui trouva un nom : le partage du midi.* * * De nature nostalgique, cependant, il songea au retour.Il revint donc au pays avec ses quarante-six ans, un regard moins éclatant, une taille moins cambrée, une allure qui trichait encore un peu sur son âge, et surtout, plus insatisfait que jamais.Une visite chez le médecin s’imposait.Il prit rendez-vous avec un confrère de ses lointaines philos.Ce fut long et minutieux comme examen.Agacé, il demanda brusquement : « Alors, vieux, qu’est-ce que j’ai ?La réponse ne se fit pas attendre : — Tu as soixante ans, c’est tout ! — Ne blague pas ! Nous sommes confrères.Tu sais fort bien que j’ai quarante-six ans ! — Sur ton certificat de naissance, peut-être ! Mais pour moi, tu as soixante ans ! — Alors ?— Tu dois te conduire comme un homme de soixante ans ! Il te reste encore de belles années, à la condition d’être prudent ! » 377 C’était beaucoup lui demander ! Qui n’est pas raisonnable à quarante-six ans ne le sera jamais ! Il fit une concession à la vie ! Il courtisa des femmes dans la trentaine.Certaines avaient sans doute vécu beaucoup ; les autres pas assez ! Le problème changeait de palier mais conservait ses risques ! Mon ami se disait en lui-même que la nature, si elle est aussi bien faite que la médecine le prétend, se refait avec le repos et des loisirs bien organisés.* * * Il ferma son bureau qu’il n’avait jamais sérieusement ouvert.Il voyagea encore, mais cette fois, avec une femme de son âge qui avait oublié d’aimer ! Londres, Venise, Rome, Tripoli, Casablanca, Paris, enfin tout ce qui peut tourner la tête et à tout âge.Elle revint sans lui.Il s’était arrêté au lac de Côme prétextant qu’il devait écrire ses mémoires.Elle eut un mot cruel : — Je lirai surtout le chapitre de tes vingt ans ! Il eût peut-être songé à la retraite, à ce moment-là, si un médecin qui voulait entretenir son moral à la hausse, ne lui avait attaché une infirmière compétente et dévouée.Cette intimité quotidienne ne lui disait rien de bon.Il se rendait compte, par les ordonnances prescrites, que la jeune femme était au courant du comportement de son cœur.Elle possédait donc les meilleurs points d’argumentation lorsqu’il tentait de lui faire oublier le rôle qu’elle tenait auprès de lui.Il se lassa vite du lac de Côme, de l’infirmière, des ordonnances, du médecin.Aussi de ses mémoires dont il n’avait rédigé que deux ou trois pages.Il se retrouva à Paris où il avait étudié.Sa solitude lui pesait terriblement.Il tenta vainement de retrouver de vieux amis.La guerre en avait fauché un bon nombre et les autres étaient sagement mariés et pères de famille.Il essaya l’Espagne.Puis le Brésil.Puis l’Amazone.C’était le plein du vide ! Il rentra au pays et songea à la retraite.Que faire ?* * * Pas question de reprendre la tâche au bureau.De jeunes avocats faisaient merveille ! Deux ou trois de ses amis étaient déjà juges.Les femmes de son temps l’avaient pratiquement oublié.Il se retrouva seul, affreusement seul.Comme le dit si bien Aznavour, les jours passés ne nous font plus jamais face.Il faut continuer ! Comment ?Avec qui ?Pourquoi ?Trop intelligent pour être totalement désœuvré, il se constitua une très belle collection de disques, de livres ; il apprit à jouer aux échecs.Un homme comme lui ne saurait vivre sans amis.Il obtint une carte de membre dans les clubs et les cercles les mieux cotés.Je l’ai donc revu là, un beau soir.Nous étions assurément du même âge.Mais je n’ai pas su retenir un geste d’étonnement.Il s’en rendit compte.Avait-il besoin d’un ami plus qu’à l’accoutumée ?Je ne sais pas.Mais je me retrouvai bientôt chez lui.C’était très gentil, très accueillant.Il avait une gouvernante.Il me dit presque sans y penser : — Ma gouvernante sait tout faire, même la cuisine.Nous avons échangé des souvenirs, car il en avait beaucoup plus que moi.J’ai tout de même osé lui demander ce qu’il pensait des femmes.Il regarda longuement le feu qui rongeait les bûches dans la cheminée.Puis, après avoir avalé le reste du contenu de son verre, il me répondit non sans amertume : — Je n’ai aimé que deux genres de femme.Celles qui disaient toujours non et celles qui me paraissaient fatiguées d’avoir trop dit oui.La retraite de don Juan avait sonné ! ERNEST PALLASCIO-MORIN IP V • AFFRONTEMENT Dans un récent numéro de Maintenant, le R.P.Hyacinthe-Marie Robil-lard, O.P., lançait un cri d’alarme à tous ceux qu’intéresse le problème des réformes disciplinaires dans les maisons d’enseignement secondaire.Ce cri est l’écho de nombreuses remarques faites, ici ou là, par des parents ou des éducateurs sur la « discipline » dans les collèges.L’alarme est sonnée pour donner l’alerte aux responsables qui ne semblent pas préoccupés de la gravité de certains problèmes, puisqu’il n’y eut personne pour en traiter devant les membres de la Commission Royale d’enquête sur l’éducation.Voulant créer un état de conscience autour de certaines « situations » disciplinaires, le Révérend Père ajuste son tir sur des points névralgiques, il touche, par de dures réflexions, les objectifs suivants : motivations du « renvoi » d’un élève, respect de la personne de l’étudiant et de ses possibilités d’avenir, collaboration des parents à l’œuvre des éducateurs, compétence du personnel de la « discipline ».Les questions que pose l’auteur de l’article sur ces importants sujets ne sont pas théoriques et d’un lointain intérêt, elles partent de faits accablants qui laissent supposer de graves lacunes chez les éducateurs.Qu’en est-il effectivement ?Il est urgent que des personnes concernées le disent.Pour ma part, je n’ai d’autorité que celle d’un éducateur ayant neuf ans d’expérience dans un collège diocésain.Au cours des trois dernières années, j’ai été directeur des étudiants dans une maison de 650 élèves.En tant que tel, j’ai vécu ces « situations » disciplinaires, j’y ai été impliqué.Je crois que, sans aucun doute, les problèmes énumérés sont réels.Est-ce à dire que je veux entériner toutes les réflexions du Père ?Non, car des distinctions me semblent nécessaires.Je ne veux, non plus, de façon apologétique, défendre toutes les décisions et attitudes des éducateurs responsables de discipline.En me basant sur mon expérience de directorat, en ne faisant référence qu’au milieu que j’ai connu, je voudrais: Les réformes disciplinaires au collège 1 ) commenter certaines affirmations du Père Robillard ; 2) dire quels sont, à mon avis, les vrais objets de réformes disciplinaires ; 3) proposer quelques éléments de solution pour une meilleure œuvre d’éducation.I Ceux qui se sont tus Le texte auquel je fais allusion se termine comme ceci : « Ceux qui me reprocheront de parler sans connaissance de cause ne seront pas pour autant dispensés du reproche de s’être tus, eux qui connaissaient la cause ».Tout d’abord, je tiens à dire que je me réjouis du fait qu’un professeur de l’enseignement supérieur s’intéresse activement à ce qui se fait ou ne se fait pas dans les collèges, particulièrement du côté disciplinaire, car il prouve, par-là, la foi qu’il a en notre travail, l’importance qu’il lui accorde, l’intérêt du bien commun qu’il y trouve.L’éducation n’est pas le monopole de ceux qui en sont chargés, c’est le plus grand bien de toute la nation, c’est donc la responsabilité de chaque citoyen.Et pourtant cette phrase me blesse, car je la trouve injuste, même si je comprends que l’auteur était en droit de la formuler.Il y a des silences extérieurs qui ne laissent point soupçonner le bouillonnement de la vie, à l’intérieur d’un organisme.Ce silence, en un sens, il est réel.Les responsables de discipline ne sont habituellement pas des gens qui prononcent des conférences ou qui publient des volumes ! Des malins diraient même que plusieurs d’entre eux n’agissent qu’en casuistes, car tout leur temps utile se passe à « régler des cas », ou à « accorder des permissions ».Ce silence, en fait, n’est dû qu’à un défaut bien québécois, celui de ne pas oser parler, celui de ne pas livrer le message qui est le nôtre.C’est une faiblesse, c’est une lâcheté, je le sais ! Je connais plusieurs éducateurs qui ont totalement remis en cause certains principes pédago- giques, qui en ont discuté longuement avec des collègues, qui ont exigé qu’on les écoute et qui, finalement, n’ont pas eu le courage de publier le fruit de leur travail et d’appliquer toutes leurs conclusions de réforme.J’ajouterai qu’à la réunion des directeurs d’élèves, en novembre 1961, nous avions exprimé l’avis que le mémoire de la Fédération des Collèges Classiques, à la Commission Parent, ne pouvait être complet si, officiellement, les directeurs d’élèves ne donnaient pas leurs opinions sur la discipline au collège.Le plan dudit mémoire s’étant élaboré en haut lieu, nous n’avons pas été consultés, nous n’avons pas exigé d’être entendus, nous n’avons donc pas eu l’occasion de nous exprimer.Bien plus, depuis deux ans, deux sessions d’études, d’une durée d’une semaine chacune, ont été consacrées par les directeurs d’élèves à réfléchir sur l’éducation à la liberté (juin 1962) et sur les principes sous-jacents à notre action d’éducateurs (juin 1961).Une fausse modestie et une habitude des œuvres non parfaitement achevées nous ont empêchés de diffuser largement les rapports de ces travaux.Motivations de renvoi Quant aux exemples apportés pour illustrer l’attitude des autorités et des responsables de discipline face aux cas d’exclusion, je trouve la « charge » disproportionnée ! D’une part, il faut aux éducateurs le moyen d’assurer le bien commun qui, je l’affirme avec force, doit toujours être l’épanouissement des étudiants vers la liberté, et, les conditions nécessaires à ce cheminement ; cela implique la possibilité d’exclusion d’un élève qui empêche cette œuvre.D’autre part, c’est là une arme dangereuse dont certaines gens peuvent être tentés de se servir pour intimider à tout propos ou parfois pour briser le caractère de jeunes à qui on reproche des insignifiances.Que faisons-nous en pratique ?Dans le cas que je connais, je crois qu’il est faux d’affirmer qu’« on chasse qui l’on veut, quand on veut, pour les raisons qu’on veut ».Je ne sais pas ce qui se passe dans les autres maisons, mais j’attribue à ces gens autant d’intelligence et de vertu qu’à mes collègues et à moi-même ! Je ne nie pas cependant qu’il peut y avoir des motivations discutables, des maladresses, des injustices et cela, c’est un problème.Pour obvier à cet état de choses, je ne crois pas en un code de motivations approuvé par je ne sais qui, ou, en une Commission Disciplinaire extra muros.Sans possibilité d’aléatoire, on aboutirait aux mêmes résultats car le problème de l’étudiant ne serait pas pour autant solutionné.A mon avis, le problème des renvois est secondaire, il faut d’abord reviser nos conceptions de l’éducation et établir les besoins en personnel qualifié.Avec des moyens adéquats et une éducation qui correspondent aux aspirations vitales des jeunes de 1962, il y a certes possibilité de réduire au minimum le nombre de renvois de nos collèges.II Lignes de forces à utiliser Le passage du pôle de l’enfance à celui de la maturité se fait à travers des lignes de forces que l’on pourrait désigner du nom des diverses quabtés ou vertus.Ces lignes de cheminement, un collège ne peut les choisir arbitrairement, pour cela il est toujours tributaire du milieu social d’où lui viennent ses élèves.Il est donc important pour des éducateurs de concevoir leur système d’éducation en relation avec ce qui se fait dans la famille et la société canadiennes-françaises.A ce propos, il est intéressant de noter que, du temps où la famille était rigidement structurée sur la verticale par l’autorité paternelle, on retrouvait dans la société la même réalité et, dans les collèges, l’éducation était axée sur la docilité et la vertu d’obéissance.Aujourd’hui, le malaise qu’éprouvent beaucoup d’étudiants à se conformer aux exigences disciplinaires, ne viendrait-il pas du fait qu’au collège on a conservé une structure à sens unique de haut en bas alors que l’Etat est devenu démocratique et que la famille a vu ses cadres s’assouplir au point, en certains cas, de disparaître ?Tel est, me semble-t-il, le premier objet d’une réforme disciplinaire.Au lieu de créer un Etat-providence où tout est prévu, où l’étudiant n’a qu’à sagement accomplir ce qu’on lui demande pour atteindre à la formation, ne pourrait-on pas utiliser principalement les lignes de forces de liberté et de responsabilité ?Après observation de quelques expériences glanées ici ou là, je puis affirmer que cela ne supprime pas les exigences, la docilité, l’obéissance, l’autorité ; tout au contraire, ces valeurs sont mieux reçues.De plus, comment pourrions-nous prétendre former des hommes responsables pour l’Eglise et la démocratie sans l’apprentissage de vraies responsabilités et sans une certaine latitude dans la liberté ?Notre immaturité civique ne se compose-t-elle pas mieux avec un certain autoritarisme et le sentiment de dépendance qu’avec le dialogue et le bon usage du libre arbitre ?Cette liberté si chère n’est cependant pas à confondre avec les libertés ! Une réforme disciplinaire visant à donner une éducation d’homme libre ne consiste pas à ajouter de nouveaux tissus à une vieille pièce, i.e.à réajuster un vieux règlement.En ce cas, on aboutit à une impasse : les étudiants ayant gagné du terrain, n’en ont jamais assez, il leur apparaît illogique que telle faveur soit accordée et telle autre refusée, ils « butent » immanquablement sur le privilège refusé.Pour un système de liberté et de responsabilité, il faut partir à neuf, déterminer les quelques exigences qui serviront de cadres, graduer ces exigences selon l’âge et suivre les jeunes, non en « policiers », mais en adultes et en chrétiens.Engagement ou éparpillement Un autre point qui me semble devoir être révisé, c’est celui de la coordination des activités étudiantes.Les modifications aux programmes des études ont été faites pour intégrer toutes les connaissances nécessaires à un savoir contemporain.Il en résulte que, même à travers certaines « concentrations » ou cours optionnels, l’étudiant demeure polarisé par divers centres d’intérêt intellectuel.A cela s’ajoutent, pour l’élève, de pressantes invitations à s’intéresser à la marche de l’Eglise, aux renouveaux biblique et liturgique, aux problèmes du Tiers Monde, à la vie des arts, à développer son sens social dans les organisations d’étudiants, à participer aux activités de l’éducation physique.Pour devenir un homme « mature », faut-il vraiment absorber toute cette alimentation ?Je crois, au contraire, que ces multiples sollicitations expliquent l’anorexie intellectuelle et la « facilité » de la plupart de nos étudiants.Cette suralimentation, ajoutée à la fébrilité de la vie contemporaine, empêche une véritable vie de l’esprit.Il m’apparaît urgent que tous ceux qui ont charge d’inscrire des activités à l’horaire se rencontrent et établissent une planification des exigences de formation du chrétien contemporain.Pour ma part, j’insisterais beaucoup plus sur la part qualitative de ces exigences que sur leur aspect quantitatif.Ici encore, on doit laisser place à l’apprentissage de la liberté et à l’application de la hiérarchie des valeurs.L’humanisme réside davantage dans l’aptitude à la vie et à la contemplation que dans l’expérience de toutes les activités humaines.Je trouve important, en plus, qu’on respecte, dans le rythme de vie, le temps nécessaire à l’absorption, à la dégustation, à l’assimilation des réalités présentées à l’étudiant.Un personnel qualifié Un autre sujet sur lequel il est important de revenir, c’est celui d’un personnel éducateur en mesure d’assumer pleinement toutes les tâches à faire.Depuis quelques années, plusieurs collèges se sont donné des locaux et des services (bibliothèque, laboratoires), commandés par une éducation moderne.Cela est bien, mais relativement facile à obtenir car les améliorations sur le plan matériel se motivent d’elles-mêmes.S’il est vrai que nous nous préoccupons autant du problème du personnel que des locaux, le budget est là pour en témoigner, — il nous faut quand même avouer que nous sommes moins hardis pour bâtir une équipe de maîtres que pour édifier des collèges aux cadres d’avant-garde.Mon intention n’est pas d’accuser les autorités compétentes de ne pas fournir des professeurs en nombre suffisant ou en qualité satisfaisante.Tout au contraire, je soutiens que, depuis quelques années, il y eut pour cela une sérieuse préoccupation et que des sacrifices ont été faits pour hausser la qualité des corps professoraux.Je souhaiterais, cependant, un supplément d’audace pour réaliser, au plan du personnel, une preuve aussi splendide que celle de nos belles maisons.La pauvreté des moyens matériels est un handicap à l’éducation, la pénurie de maîtres véritables en est un plus grand.Les maîtres de discipline Puisqu’il est question, dans cet article, de réformes disciplinaires, je ne parlerai que des maîtres de comportement.A mon avis, le surveillant ou le maître de salle ou le maître de disci- pline (pourquoi craint-on de l’appeler « l’éducateur ») est un témoin et un maître de vie.Appelé par ses fonctions à être présent parmi les élèves, « l’éducateur » est, dans le milieu de vie des jeunes, le témoin de ce qu’est l’adulte.S’il est à la hauteur de sa mission, sa vie spirituelle, sa culture, son équilibre psychologique sont autant de témoignages vécus de ce qui est proposé à l’étudiant par les maîtres.Certes, les directeurs spirituels et les professeurs doivent jouer ce rôle mais « l’éducateur », lui, par nomination, a à le faire en vivant dans le groupe même des jeunes.Il y est aussi pour aider ces personnes à faire l’intégration de leur personnalité.La formation du caractère, l’acquisition des vertus humaines, le contrôle de l’émotivité, voilà autant de champs où « l’éducateur » exerce, à l’année longue, son rôle de maître de vie.Tout en étant appelé à «individuer» son travail d’éducation, il a aussi la responsabilité du groupe ; amitié, joie, santé sous toutes ses formes, paix, ordre sont les valeurs sur lesquelles il doit veiller.Pour qu’un tel travail se fasse, il faut qu’on mette à la surveillance des « hommes exceptionnellement doués », qu’ils soient en nombre suffisant, que leur responsabilité se limite à un groupe de « dimension humaine ».En plusieurs endroits, on a réparti les élèves en groupes selon l’âge psychologique, on a cassé le monobloc de la communauté, pour que chaque étudiant vive davantage à l’échelle humaine.L’expérience est à suivre et, si les résultats s’avèrent concluants, à généraliser.Expertises Parallèlement à ce problème de l’éducation du comportement, j’aimerais souligner que si, dans les collèges, on avait des spécialistes en psychologie, le nombre des renvois pourrait peut-être ne se chiffrer que par quelques unités.La vie moderne est ainsi faite que beaucoup de jeunes ne trouvent pas le conditionnement nécessaire à l’obtention d’un bon équilibre psychologique.Certains présentent même un déséquilibre qui nécessite des thérapies pour être solutionné.Que ce soit la famille, le milieu social, le collège qui ait causé le traumatisme, pour l’éducateur, le plus important n’est pas de distribuer les responsabilités, mais de pouvoir comprendre à temps ce qui se passe chez le jeune « qui est mauvaise tête » afin de pouvoir l’aider.Seuls des spécialistes en la matière peuvent découvrir la problématique de certains cas et nous con- seiller l’action concrète pour éduquer.Il ne s’agit pas de remplacer les éducateurs par des psychologues, mais de confier à ceux-ci les cas complexes qui dépassent notre compétence.Ne pourrions-nous pas, d’ailleurs compter sur ces personnes pour nous éclairer lorsqu’un problème se présente à nous, ou de façon nouvelle, ou avec une acuité plus marquée, comme par exemple l’éducation du sentiment ; ce qui exigerait peut-être de nous, aujourd’hui, des attitudes différentes de celles qui ont prévalu dans le passé ?Suggestions Voilà plusieurs points de réforme disciplinaire qui m’apparaissent cruciaux.A ma connaissance, plusieurs personnes ont déjà longuement discuté de ces questions, sans que pour autant une doctrine claire et définitive couronne leur travail de réflexion.Tous ensemble, nous cherchons la lumière et devons exprimer ce qui nous apparaît comme éléments de solution.C’est pourquoi, sans me reconnaître d’autorité en la matière, je me permets de faire quelques suggestions.Concevoir l'idéal En premier lieu, je trouve qu’il serait important, avant toute discussion d’un point concret, d’établir clairement une philosophie de l’éducation du chrétien contemporain.J’entends par-là définir quel type d’homme le jeune étudiant doit devenir pour s’inscrire dans l’Eglise et l’Etat comme un être épanoui et responsable.Une Eglise missionnaire, un Etat démocratique postulent de leurs membres des qualités précises qui doivent être les traits fondamentaux de l’homme d’aujourd’hui.Quels sont ces traits ?Aux théologiens et aux spécialistes des sciences humaines de les proposer.J’aimerais voir aussi, dans cette même philosophie, un chapitre où, d’une part, on insisterait autant sur les droits de l’étudiant que sur ses devoirs, et où, d’autre part, on trouverait affirmés les devoirs et les droits des éducateurs.Un institut de recherche Il n’est pas suffisant de connaître très bien le terme de l’éducation, il faut aussi savoir par quelles voies on peut y arriver.Je propose donc qu’il y ait création d’un Institut de recherches en éducation.Ce centre pourrait accomplir un double rôle : 1) proposer des expériences pédagogiques, aider à les mettre en œuvre, les suivre de près, et surtout, faire de leurs résultats une critique scientifique ; 2) alimenter, des résultats de leurs recherches, les professeurs des écoles de pédagogie.Trop souvent, hélas ! il ne reste rien des expériences qui sont faites dans les différentes maisons.Avant même qu’on ait épuisé les possibilités d’une formule, on s’engage dans une nouvelle expérience ; ou encore, on ne fait jamais d’autocritique de la démarche pédagogique entreprise.Comme c’est le cas pour les autres disciplines, il faudrait que notre pédagogie soit scientifique.Planisme Pour en arriver à une véritable politique de grandeur en éducation, il faut, à mon avis, coaliser toutes les forces.Comment travailler à une orientation sérieuse des étudiants, comment établir des programmes d’études valables, si des économistes n’ont pas, au préalable, établi quels seront, dans dix ans, vingt ans, 1 ) les besoins en hommes dont les activités primaires (agriculture), secondaires (indutrie), tertiaires (administration, professions, etc.) et 2) les sommes nécessaires au financement de l’éducation ?De même, notre pédagogie appliquée ne gagnerait-elle pas en efficacité si elle était basée sur les données de la psychologie et de la sociologie ?Enfin, n’y aurait-il pas lieu de faire entrer des parents dans les cadres institutionnels de nos maisons, v.g.au conseil d’administration ou au comité pédagogique ?Leur présence serait de nature à poser des exigences tant aux parents qu’aux éducateurs et pourrait être un moyen concret de collaboration.Bernard Hubert, pire ABONNEMENT ETUDIANT Prix spécial pour les étudiants, à partir de novembre, 6 mois : $2.00, un an : $3.50.Inscrire nom et adresse du collège, ainsi que l'année de cours. 381 DIAGNOSTIC EN VRAC — félicite les prêtres et étudiants des Universités du Québec et d’Ottawa qui ont fait la Montée à Saint-Benoît.— apprend avec plaisir que le collège SAINT-DENIS prendra bientôt possession de ses nouveaux locaux, et souhaite longue et heureuse carrière à cette institution laïque.A ceux d’ex-trême-droite qui grinceraient des dents nous demandons : où la charité a-t-elle été la plus active ?Dans les institutions cléricales, qui ont claqué et fermé des portes, confortablement assises sur leurs sacro-saints règlements ?Chez les laïques, qui ont cherché au moins à sauver des vies ?-—• a été vivement ému du geste posé par le Consistoire de VEglise Unie (Montréal) qui a adopté à Funanimité la résolution proposée par le Rév.JACQUES BEAUDON et secondée par le Rév.Dr C.M.MADSWORTH (église unie de Montréal-Ouest), demandant à toutes les paroisses relevant de ce Consistoire de prier pour le succès du Concile Vatican II.¦ ¦ ¦ — se réjouit en même temps de voir les journaux étudiants mener leurs enquêtes et comptes rendus d’un manière plus positive et plus objective ; tout en regrettant que le Quartier Latin de l’Université de Montréal ait laissé imprimer quelques « grosses farces bé-bêtes », sur les clercs et les nonnes {A qui de droit : chers Petits, vous voulez être à la page ?changez de page ! ) — signale à l’attention les vues pratiques et la théologie avertie de Mme MARTHE HENRIPIN, cf.Paroisse et catéchisme, dans Communauté chrétienne no 5.— félicite le maquettiste de La Presse — qui est aussi le sien — du prix d’excellence « Typographie ’62 » obtenu au concours organisé par la Society of Typographie Designers et la Compagnie de papier Rolland.Revue trop modeste, Maintenant n’a pas osé prendre part au concours.— préférerait que la religion informe et inspire à ce point nos politiciens, qu’ils n’éprouvent même pas le besoin d’utiliser la religion comme instrument de leur propagande électorale : que ce soit pour louer et bénir nos saintes traditions, ou pour juger de la culpabilité morale de ceux qui accusent leurs adversaires d’être opposés à la religion.— appuie Cité libre contre les dernières attaques de la V.V.V.Etonnant qu’on se donne la peine de foncer sur un adversaire supposé croulant (cf.La Fontaine, Le lion devenu vieux) et même mort.« Qui fait la Vérité vient à la Lumière » : la place publique n’est-elle pas, dans les questions d’intérêt public le meilleur antiseptique des idées fausses ou simplistes ?Le sang-froid et les tactiques de défense de Cité libre font un contraste étrange avec le ton Vieux-Vénéneux et Vision-i| naire de Via Veritas et Vita.— rappelle à propos du système de ségrégation de nos voisins du Sud, qu’avant de voir la paille dans l’œil des autres.Beaucoup d’étrangers, professeurs et élèves, ayant séjourné à l’Université de Montréal, en particulier, ont signalé avec délicatesse mais.vérité aussi que l’accueil leur avait paru exceptionnellement froid.Des Canadiens qui ont fréquenté McGill, l’Université de Toronto, de Chicago, reconnaissent que leur problème de leur adaptation avait été infiniment plus facile en ces endroits qu’à Montréal.Enfin des Noirs d’expression française ont prétendu avoir plus souffert de la ségrégation à Montréal et au Canada que partout ailleurs.Avant de protester, peut-être ferions-nous bien de les écouter ?— s’excuse de ne pas recourir, pour sa propagande, aux moyens ordinaires : sollicitations auprès des Curés, utilisation de la Visite Paroissiale, appui de lettres épiscopales, indulgences et promesses de guérison.Terrain trop encombré.— a suivi avec intérêt les débats politiques, où tant de sympathisants travaillent pour Maintenant: v.g.« MAINTENANT ou jamais ! » (Parti libéral) ; « Le peuple veut SAVOIR » — et donc lit Maintenant ! (Union nationale) ; « Vous n’avez rien à perdre » — pour les indécis! (Crédit Social).— félicite les étudiants dominicains du monastère Saint-Albert-le-Grand, qui ont réuni les jeunes clercs de Montréal, tant séculiers que réguliers pour s’entretenir du Concile.Les préoccupations du jeune clergé sont à l’unité et à l’esprit d’équipe.— informe ses lecteurs que des protestations sont venues à la suite de déclarations de quelques-uns de ses rédacteurs : 1) Des membres d’un Tiers-Ordre n’acceptent pas à la légère qu’on tienne leur mouvement pour dépassé à l’heure du Concile (cf.La Presse, 29 septembre, Qu’attendez-vous du Concile ?témoignage du Père Bradet, O.P.).Maintenant promet d’apporter les nuances que ne permet pas un communiqué aux journaux.2) La presse de Québec a souligné fortement le compte rendu d’une conférence du Directeur devant le Syndicat des instituteurs et institutrices de Québec, surtout le passage où il était dit que « le fait ecclésiastique occupe trop de place dans les manchettes » et surtout « une place qui serait mieux employée à combler le vide de la pensée religieuse proprement dite ».3) Enfin le Père Robil-lard, O.P., a été invité à défendre ses vues sur les Réformes disciplinaires {Maintenant, sept.’62) devant les Directeurs et Directrices de nos maisons d’enseignement, relevant de la Fédération des Collèges classiques, à la Maison Montmorency, le 22 octobre. POLITIQUE internationale Feu le Commonwealth Le Premier Ministre du Canada s’est fait, à Londres, le porte-parole des adversaires du Marché Commun.S’il n’a pas réussi à faire de l’Angleterre une colonie canadienne, du moins aura-t-il contribué à donner quelques bons atouts à Monsieur MacMillan pour ses négociations avec les Six.Mac pourra leur lancer à la figure le beurre néo-zélandais, le blé australien, le fromage canadien et autres rejetons du tarif préférentiel ; aussi n’était-il sans doute pas fâché de toutes ces sorties.Quant à Dief, ces touchantes preuves de fidélité envers la Couronne et le fromage ne pourraient sûrement pas lui nuire advenant de nouvelles élections.Au fond, tout le monde y trouve son compte, sauf le Commonwealth.Au pays des vins et des partis Les Français préféreront-ils leur Président au Parlement ?Oui et non ; la France est le pays des nuances.Les observateurs pensent que de Gaulle obtiendra l’appui qu’il désire au référendum, tandis que l’U.N.R.pourrait bien subir un sérieux recul aux élections.Quoi qu’il en soit, les partis opposés à la « dictature », c’est-à-dire, somme toute, la gauche, le centre et la droite — la France est aussi le pays des paradoxes — auront sans doute l’occasion de prendre leur petite revanche sur le Général avant longtemps.En effet, pourquoi l’Assemblée, comme l’a suggéré le Professeur Du-verger, ne s’attacherait-elle pas à l’instauration d’un véritable régime présidentiel basé sur la séparation et l’équilibre des pouvoirs ?Le Président y perdrait quelques plumes, son droit de dissolution et les pleins pouvoirs de l’article 16.Maintenant que l’hypothèque algérienne est levée, ces présages ne sont pas de mauvais augure.Peut-être de Gaulle a-t-il même prévu, voire même voulu, cette évolution.A BATONS ROMPUS De toute façon, un changement de régime ou d’hommes ne modifierait pas sensiblement la politique étrangère française.Les seules innovations du gouvernement gaulliste auront été, jusqu’ici, la force de frappe, la décolonisation et l’attitude cavalière à l’égard de l’O.N.U.Encore cette dernière tient-elle plus au style du Président qu’à une orientation profonde de sa politique.La nécessité de décoloniser était admise par la classe politique de la IVe République, mais elle n’eut pas le courage d’en assumer la responsabilité ; il fallait cette tête dure du Général pour faire la politique de la gauche avec les hommes de la droite et amener le peuple français à se rendre compte de l’échéance historique à laquelle il faisait face.Quant à l’usine atomique de Pierrelatte, elle se situe dans la ligne de la politique de puissance du Président et s’explique par sa volonté de voir l’Europe jouer le rôle d’arbitre autonome entre l’Est et l’Ouest.Un retour à la IVe ne pourrait sans doute pas modifier cette impulsion.Pour le reste, qu’il s’agisse de l’Europe ou de l’Alliance Atlantique, de Gaulle a repris, en les atténuant quelque peu, les thèmes et les ambitions des hommes de la IVe.Son voyage en Allemagne est beaucoup plus un triomphe pour ses prédécesseurs que pour lui-même, tant il est vrai que les personnages ne sont historiques que dans la mesure où ils ont le sens de l’histoire.L'Algérie se tourne vers l'extérieur.Ahmed ben Bella, qui ne sait plus que faire de ses fellaghas, les enverra-t-il combattre Israël aux côtés du Grand Frère Nasser ?Il y a quelques mois, au moment de l’indépendance, on avait annoncé que le F.L.N.serait disposé à envoyer 100 000 soldats combattre au Proche-Orient.Ben Bella lui-même s’empressa de démentir la nouvelle et fit savoir qu’il s’agissait d’une provocation de l’Agence d’information égyp- tienne.Pourquoi alors rallumer la mèche en exigeant, lors de son premier discours à l’O.N U., le rapatriement des Arabes palestiniens ?Le monde est plein d’injustices et l’Algérie ne manquera pas de torts à redresser, si telle est sa vocation.Aux dernières nouvelles, il était question d’expédier les fellaghas en Angola ; pourquoi pas au Congo, puisque tout le monde s’y est donné rendez-vous ?Heureusement pour les Etats-Unis, ben Bella a laissé entendre qu’il n’avait pas l’intention de se mêler de l’affaire cubaine.L’Algérie, qui profite déjà de l’unité du Pouvoir que lui a donnée son Premier Ministre, a droit à ce que ses dirigeants lui consacrent le plus clair de leur attention et de leur compétence.Grand Guignol ou Grand Modérateur ?Il faut avouer que les Cubains ont été prompts à comprendre les avantages qu’ils pouvaient tirer de la nouvelle Assemblée générale de l’O.N.U.Le Président Dorticos voudrait qu’elle condamne les Etats-Unis comme agresseurs, car le blocus maritime indirect que ceux-ci cherchent à établir autour de l’île serait, selon lui, une forme d’agression.Or, l’agression, sur la définition de laquelle les Etats n’ont jamais pu s’entendre, est une scélératesse qui relève en premier lieu du Conseil de Sécurité, de même que les sanctions qui doivent normalement en découler.La désignation de l’agresseur demeure un acte politique qu’il n’appartient pas à l’Assemblée de poser.C’est seulement dans le cas où le Conseil est paralysé par le veto qu’elle s’est arrogé le pouvoir d’intervenir, depuis la fameuse résolution Union pour le maintien de la Paix de 1950.Même alors, elle ne peut faire que des « recommandations » à ses membres, ce qui portait un malin à se demander si l’Union pour la paix ne risquait pas d’entraîner la division pour la guerre.D’ailleurs, l’Assemblée 383 sait le danger des gros mots, puisqu’elle a toujours évité de désigner explicitement l’agresseur, se contentant d’invoquer une « rupture de la paix ».Qu’espère donc le camarade Dorti-cos ?Tout au plus une recommandation qui engagerait les protagonistes à une plus grande souplesse ou, but plus réaliste, une pression discrète de la ma-i jorité des Membres sur la délégation américaine.Le nouveau rôle de l’Assemblée I comme modérateur de puissance est fà j I AUTOPSIE DE L’EVENEMENT s ^ ! ] i# if.l/J Dans le style incisif qu’on lui connaît Gérard Pelletier a dénoncé dans le dernier éditorial de Cité libre l’imposture des Ligues.Fondées à l’origine pour exalter la gloire du Sacré-Cœur, les Ligues ont dévié à un tel point de leur but premier qu’elles utilisent leur puissance de pression à des fins temporelles sans tenir le moindre compte de l’opinion de leurs membres.Ce genre de fausse représentation discrédite et vicie sérieusement le mouvement.A moins d’une réforme en profondeur on n’envisage guère qu’une issue : la disparition pure et simple des Ligues.Ce ne serait pas la première fois que l’Eglise modifie ses techniques d’apostolat, qui ne sont que des moyens contingents de diffuser efficacement son message éternel.Ce qui intéresse le chrétien de 1962, c’est moins la définition de nouveaux dogmes que l’adaptation de l’Eglise aux exigences de l’heure.Or c’est un fait que parmi les diverses incarnations de la présence ecclésiale certains groupes représentent une défiguration inquiétante, voire une caricature du vrai visage de l’Eglise.Les Ligues notamment offrent un masque bien grimaçant alors ainsi mis en relief.La majorité, composée désormais de petits ou moyens Etats qui échappent à l’emprise directe des Grands, peut se permettre de jouer les conciliateurs.Du reste, ce rôle semble plaire énormément à certaines personnalités du tiers monde, ce qui ne les empêche pas d’ailleurs de faire la politique de leurs intérêts et d’écarter hautement l’intervention de l’Assemblée dans leurs propres petites affaires.Il s’agit là d’une évolution capitale, encore qu’il convienne de ne pas sures- timer l’importance du seul nombre.Dans l’état actuel de la société internationale, il n’est pas possible au tiers monde d’imposer son arbitrage ou de condamner une grande Puissance sans l’appui du Bloc opposé ; on voit comment cela pourrait dégénérer en Grand Guignol.Le rôle modérateur de l’Assemblée n’en constitue pas moins un progrès qui, à lui seul, suffirait à justifier l’existence de l’O N.U.Jacques-Yvon Morin LES IMPOSTEURS DANS LA MAISON qu’on devrait se tourner vers la sérénité qu’exige le pluralisme.Elles ont une assurance insolente à se donner comme les interprètes infaillibles de la vérité et cette détestable manie de présenter « leur vérité » comme la Vérité de l’E-glise.Le vent de réforme qui a soufflé récemment sur un groupe jusque-là passablement en porte à faux face aux besoins du siècle, les Dames de Sainte-Anne, ne semble pas hélas ! avoir suscité beaucoup d’émulation dans les cénacles des Ligues.Parmi toutes les espérances que fait naître le concile les perspectives œcuméniques sont chères à beaucoup et occupent certes une place importante.C’est justement dans cet esprit que le dernier numéro de Maintenant s’est efforcé de favoriser un échange entre diverses familles chrétiennes.Cependant, si l’on espère un rapprochement avec nos frères séparés il serait sans doute opportun d’opérer dans notre propre maison les rectifications qui s’imposent.Quel attrait peut bien offrir une église qui tolérerait dans ses rangs l’imposture ?Si l’on regarde les mouvements qui sollicitent notre participation à l’action de l’Eglise — et Dieu merci il y en a pour tous les goûts, on peut difficilement avoir la tentation de faire partie des Ligues : leurs procédés autocratiques et militaires répugnent.On ne sollicite pas notre avis et l’on nous embrigade de force : la manœuvre est proprement intolérable.Au surplus n’est-il pas permis d’estimer que d’autres mouvements qui réclament notre attention représentent des incarnations beaucoup plus proches de l’idéal évangélique ?C’est ainsi que les groupes d’action catholique autorisent les plus grandes espérances.La J.O.C.et la J.E.C.continuent de donner des hommes de valeur à nos élites, tout en se gardant bien de se livrer à cette imposture qui consiste à parler au nom de toute la chrétienté.Les conférences de Saint-Vincent-de-Paul soulagent bien des misères humaines et ne se mêlent pas de prendre parti en notre nom contre l’école neutre.Les tiers ordres laissent à leurs membres une marge généreuse de liberté face aux engagements temporels.Et que dire des mouvements de foyers qui redonnent à tant de tièdes la ferveur qui les poussera à l’action temporelle. 384 La radio-télévision Du format de poche au format géant et des opinions de Glenn Gould Si l’on attache vraiment du prix au climat de fraternité qui se développe jalousement au sein de l’Eglise, le respect entre chrétiens, nous devons entretenir de la diversité.Un des moyens les plus efficaces de faire avancer l’Unité est assurément de réformer d’urgence (ou de dissoudre) toutes les formes archaïques et périmées de la présence chrétienne.En ce sens la démonstration du rédacteur en chef de Cité libre était opportune.Il est vrai qu’avant lui le Cardinal avait fustigé avec virulence les « sacristains ».Mais il fait bon de voir un laïc éminent réclamer à son tour le redressement.Parmi les facteurs qui expliquent la désaffection de beaucoup de chrétiens face à l’Eglise, le maintien de structures autocratiques et surannées compte pour beaucoup.On serait en droit d’attendre que l’Eglise canadienne — qui participe activement au renouveau imprimé par le concile — revise certaines de ses structures.Le message récent des évêques insistait sur la socialisation et celle-ci ne saurait se faire sans une très large démocratisation.Une forme d’action comme les Ligues •—- négation même du progrès et de la liberté — freine dangereusement l’essor des laïcs qui se voient conscrits à leur corps défendant pour des combats d’arrière-garde.Mais on peut espérer que cette anomalie prendra bientôt fin, car le nombre des laïcs augmente qui refusent d’être conduits comme des moutons de Panurge.Ils exigent des formes d’apostolat loyales, plus démocratiques et mieux accordées au temps présent, et ne toléreront plus longtemps des imposteurs dans la maison.Pierre Saucier .Je profite de l’occasion, également, pour vous mettre en garde contre une certaine littérature qui présente des qualités d’orthodoxie, mais qui a toujours inquiété l’Episcopat français.Comme directive personnelle dans le diocèse, je vous mets en garde contre toute infiltration de cet esprit, qu’il soit répandu par des livres, des journaux ou des promoteurs de ce mouvement.Nos braves gens n’ont pas assez de formation religieuse pour trouver la vérité en lisant uniquement des Encycliques des Papes ou des documents pontificaux sortis de leur contexte historique.(Cardinal Paul-Emile Léger, La semaine religieuse de Montréal, 25 septembre 1962) — P.782 L’émission d’un quart d’heure, que ce soit à la radio ou à la télévision, est loin d’être une nouveauté à Radio-Canada.Mais d’où vient que soudain — est-ce simple coïncidence ou effort de renouvellement qui déjà porte fruit ?— trois émissions de ce genre nous accrochent, retiennent notre attention.Il s’agit d’Eloge du repos, qu’animait Gérard Pelletier, de Souvenirs, confié à Eloi de Grandmont, et enfin, à la télévision, du quart d’heure Vous êtes reporter, avec le concours de Jacques Languirand.L’horaire d’automne a fait disparaître ces trois émissions.Mais il vaut la peine de s’y arrêter car il semble qu’on a trouvé là une formule intéressante qu’on pourrait reprendre à la radio comme à la télévision.Les raisons du succès de ces émissions ?Il y en a deux.D’abord la présence d’animateurs intelligents, efficaces, discrets — et cette dernière qualité n’est certes pas la moindre dans un monde où foisonnent les « m’as-tu vu » et les prime donne.Chez un Gérard Pelletier, la discrétion va de soi : un animateur aussi sûr de ses moyens et aussi équilibré que lui ne sent pas le besoin de rivaliser de brio avec son interlocuteur.Il s’efface et laisse son invité prendre la vedette.Mais ce qui a plus d’importance ici c’est que Pelletier possède à un haut degré ce sens de la question essentielle qui aide l’interlocuteur et l’amène à exprimer le fond de sa pensée.L’animateur ne sollicite un détail que si celui-ci ajoute une dimension concrète à un propos par trop détaché du réel ou de l’immédiat.Il faut ajouter tout de suite qu’à cet Eloge du repos, les interviewés avaient quelque chose à dire, qu’ils voulaient le dire et enfin qu’ils savaient le dire.C’est peut-être par-là que l’émission était en quelque sorte exemplaire.Je soupçonne que cette émission n’était pas improvisée à la dernière minute, mais préparée avec soin, du moins dans ses grandes lignes.Quant à Eloi de Grandmont, qui a présidé à l’évocation en plusieurs chapitres des Souvenirs de Marcel Valois et de Jean Béraud, il fut lui aussi d’une remarquable efficacité.Un rôle volontairement réduit au minimum, mais rempli de façon impeccable.Interventions toujours très brèves et uniquement pour favoriser le déroulement heureux de l’entretien, pour lancer l’interlocuteur sur une nouvelle piste, lui demander une précision.Il faut bien sûr éviter qu’un entretien se change en monologue, mais rien n’est plus agaçant qu’un animateur qui intervient à tout propos, empêche l’invité de s’exprimer de façon complète.sous le prétexte fallacieux de « faire plus naturel, plus conversation ».La vérité des êtres Vous êtes reporter — c’est le public qui se fait ici reporter — était souvent un des bons moments de la semaine à la télévision durant l’été.Du très bon Languirand.Et comme la télévision nous révèle la vérité d’un être ! Qu’on pense à cette émission où Marcel Du-bé est venu nous entretenir de son œuvre avec une sérénité qui était presque du détachement.Auteur dramatique lancé, il ne craint pourtant pas de dire très simplement qu’il a révisé ses opinions sur la langue que doit employer un auteur de pièces réabstes comme les siennes ; il n’hésite pas à nous entretenir de ses combats avec la phrase, de l’apprentissage qu’il fait d’un nouveau métier : celui de romancier.Ce n’est certes pas de ce Marcel Dubé si profondément sincère qu’on pourra jamais dire qu’il se prend pour un autre.Pourtant si d’autres avaient eu autant de succès.Il serait heureux qu’on s’inspire de ces trois émissions pour pousser ce genre -— l’émission format de poche — à une espèce de perfection-choc.On y parviendra à deux conditions essentielles : des animateurs comme ceux qu’on vient de nommer, des invités qui ont quelque chose à dire et qui consentent à se livrer à fond, sans ces réticences ridicules qui caractérisent parfois les interviews. D»4 *?écténatio4t de 2.ué&ec de& 'Zt&iùutà 'léÿfowcLteà deé (?,cU4Ae& frafruCcUïeà 'De&fevidùtà • 10 • 1 250 • 1 300 000 Unions régionales Caisses populaires Sociétaires £te4-
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