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Maintenant
Revue d'idées très en phase avec les débats qui animent la société québécoise durant la Révolution tranquille.

[...]

La revue Maintenant arrive et s'inscrit dans l'effervescence du Québec des années 1960, au moment de la Révolution tranquille. Elle a pour vocation de remplacer la Revue dominicaine en créant un lieu de discussion collé sur l'actualité. Pour s'insérer davantage dans l'activité intellectuelle de son temps, la nouvelle revue affiche une facture moins savante.

Père Henri-Marie Bradet, directeur de la revue depuis ses débuts en 1962, rassemble rapidement de nombreux collaborateurs, clercs et laïcs. Plusieurs dominicains, mais aussi Benoît Lacroix, Louis Lachance, Émile Legault, Gérard Dion et Louis O'Neill offrent des contributions à la revue, tout comme les laïcs Hélène Pelletier-Baillargeon, Louis Fournier, Pierre Saucier, Dr Paul David, Ernest Pallascio-Morin, Jacques-Yvan Morin, Guy Robert et Naim Kattan, parmi de nombreux autres.

La volonté d'actualisation du catholicisme prônée par Maintenant tient ses racines dans le personnalisme des années 1930 et son ouverture à l'individualisme, et coïncide, en 1962, avec le programme de réformes du catholicisme de Vatican II, duquel la revue portera l'esprit au Québec. Elle offre une tribune aux catholiques de gauche, soucieux de montrer un esprit actuel et moderne à la jeunesse intellectuelle.

Maintenant s'adapte rapidement aux changements accélérés en cours dans la société québécoise et devient un lieu de débat important. Les clercs souhaitent se positionner comme porteurs d'une conscience morale évolutive de la société vis-à-vis des intégristes et du contrôle de l'Église. Cet humanisme chrétien motive Maintenant à adopter hâtivement le socialisme démocratique et à cautionner et pousser l'idée de l'indépendance politique du Québec.

Le contexte de laïcisation et de pluralité grandissante des affiliations religieuses, conjugué au déclin de l'attachement national canadien-français et catholique, donne naissance à un nationalisme québécois civique qui se manifeste notamment dans la déconfessionnalisation de l'enseignement public. Maintenant en sera partie prenante.

La revue participe ouvertement aux débats sur la régulation des naissances, mais, par principe religieux fondamental, demeure d'abord contre l'avortement. Et bien qu'elle appuie une laïcité ouverte, la revue refuse affronte la position radicale de la relégation du religieux à la sphère privée. Les audaces que Maintenant se permet font des mécontents à la tête de l'ordre dominicain à Rome, qui demande la destitution du père Bradet en 1965. La maison provinciale de l'ordre ne souhaite pas se ranger dans la réaction. Le père dominicain Vincent Harvey prend la relève de Bradet à la direction et offre au contraire davantage d'autonomie à la revue, qui appuie plus résolument le socialisme et l'indépendantisme québécois.

Maintenant souhaite mettre un terme au nationalisme messianique pour que toute la place soit laissée à un mouvement politique pragmatique, qui envisage la souveraineté politique comme moyen pour le Québec de se développer. Tous les dominicains ne sont toutefois pas à l'aise avec les positions politiques de la revue. L'ordre sort de l'aventure en 1969. Son maigre financement est dorénavant assuré par Pierre Péladeau. La revue délaisse alors presque complètement le contenu religieux pour se concentrer sur les questions politiques, sociales et économiques.

Durant la période qui suit, Maintenant accueille des collaborateurs réputés, dont Robert Boily, Jacques Parizeau, Michèle Lalonde, Fernand Dumont, Jacques Grand'Maison, Jacques-Yvan Morin, Guy Rocher, Camille Laurin, Pierre Vadeboncoeur et Louis O'Neill. Hélène Pelletier-Baillargeon y est toujours et sera d'ailleurs nommée directrice au décès de Vincent Harvey en 1972.

Maintenant est affiliée aux journaux indépendantistes et réformistes Québec Presse (1969-1974) et Le Jour (1974-1978). Les trois cahiers publiés en 1975 sont d'ailleurs distribués avec Le Jour. Plusieurs des collaborateurs des dernières années seront des figures importantes du gouvernement et de l'administration du Parti québécois à partir de 1976.

Source:

ROY, Martin, Une réforme dans la fidélité: la revue Maintenant (1962-1974) et la «mise à jour» du catholicisme québécois, Québec, Presses de l'Université Laval, 2012.

Éditeurs :
  • Montréal, P.Q. :les Dominicains en collaboration avec d'autres clercs et des laïcs,1962-1975,
  • Montréal :Éditions Maintenant inc.,
  • Montréal :Editions Maintenant :
Contenu spécifique :
Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Revue dominicaine ,
  • Témoins
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Références

Maintenant, 1967-09, Collections de BAnQ.

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n - I 54 Ovi- ZOOli HOr PI O >J]H rci pin -¦ o owe » HP] Piz MAf* ;• lDi*lùcC ¦ ^l| ]¦' ] Hi 3- :;e- A 1 I x4M/C4*tCA, CAHIER SPÉCIAL : $1.00 L’EXEMPLAIRE ffli 234 TO BE OR NOT TO RÉDACTION, ADMINISTRATION, ABONNEMENTS, 2715, Chemin Côte-Ste-Catherine, Monfréal-26, P.Q.Tél.739-2758 Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l’affranchissement en numéraire et l’envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.Frais de port garantis si non livrable ce:æ ps H il" o: r: it -p iellectue Kt;:;:: ¦¦ tati : [pu pe: !s ¦' Une ] tars de j j Nous éta'.::-.: «• Cl deviic E:"'.tùC.;,;:-; F-"-:” fe t.li leiij Î-S.HON pa « Etre ou ne pas être, voilà la question ».Le problème de notre existence ou de notre non-existence comme nation francophone, telle est la question fondamentale à laquelle il nous faut désormais répondre sans ambiguïté.Dans son dernier message aux Etats généraux, le chanoine Groulx nous rappelait cette vérité primordiale.Nous fe m feiis-i .$% t te nr 'ferme ifs t4 lil.k DES CANADIENS PAS COMME LES AUTRES N.r Pour définir l’existence d’une nation il faut s’interroger sur ses origines, sa situation actuelle et ses aspirations.D’où venons-nous ?De France indubitablement.Que nous ayons été vaincus ou non, abandonnés ou trahis, que nous soyons par la suite devenus adultes, autonomes et façonnés k\:, par les réalités du nouveau monde n’y change rien : nous f;r, sommes issus de la grande lignée française et apparentés parjîttj un étroit cousinage aux grandes communautés francophones o «1111 licjer, % ( "«la fe d’Europe, d’Asie, d’Afrique et d’Océanie.Cette donnée initiale comporte deux implications.Premièrement, nous sommes différents des communautés qui nous environnent en terre d’Amérique.Nous formons une nation, sociologiquement tout au moins, sinon juridiquement.Deuxièmement, selon que nous développerons ou non cette spécificité nationale, la itp francophonie conservera ou ne conservera pas sa dimension t américaine avec ce que peuvent représenter de vital les particularités culturelles dans l’élaboration d’une civilisation : mondiale.Cette spécificité nationale nous l’avons entretenue et développée, en dépit des obstacles historiques que nous avons rencontrés.Dans tous les domaines qui n’étaient pas les chasses-gardées du colonisateur, le Canadien français a imposé son vouloir-vivre français.fe ’’fe ^ k V ¦ ’t 235 Qui sommes-nous donc encore ?Une nation amoindrie certes par deux siècles de vassalité et de colonialisme mais aussi une nation agitée par cette sourde fièvre nationaliste qui renouvelle ces années-ci les aspirations de groupes aussi divers que ceux du Québec, du « black power » et des ligues paysannes latino-américaines.Une nation divisée entre des intellectuels, plus nombreux depuis quelques années, plus compétents, plus fiers, plus revendicateurs, et une masse tantôt épuisée par le marasme économique, tantôt obnubilée par les slogans publicitaires de l’« American way of life ».Une nation enfin à qui échappent encore d’importants secteurs de sa vie nationale.Nous demeurons économiquement asservis à des capitaux étrangers.Cette domination économique, qui n’était qu’un inconvénient mineur dans une société de type traditionnel, est devenue un obstacle majeur à notre épanouissement dans une société de type industriel.Nous maîtriserons désormais notre économie, ou nous disparaîtrons.Si nous avons réussi à conserver la maîtrise des moyens de diffusion de la culture traditionnelle : écoles, publications, théâtre ; nous n’avons cependant guère de pouvoir de décision dans l’orientation des moyens modernes de diffusion et de création de la culture nouvelle : radio-diffusion, cinéma, presse, disques et techniques audio-visuelles.Nous contrôlerons ces techniques, ou elles se retourneront contre nous.LîP' it 11 s’inifA® DI pi/ Ifl ut ion* it'1 ji ¦ V, NON PAS SAUVER L'A.A.B.N.MAIS SAUVER LE QUÉBEC Nous avions, en vertu de la constitution de 1867, la pleine maîtrise de notre organisation sociale.Les mesures centralisatrices d’après-guerre nous ont, depuis, obligés à partager cette juridiction avec un gouvernement que nous ne pouvons influencer que partiellement.Aussi longtemps que cette organisation sociale n’exigeait pas une planification conforme à un choix de valeurs intimement liées à des données culturelles et économiques, il s’agissait d’un moindre mal.Aujourd’hui la récupération de cette juridiction s’impose.Dans une société de type traditionnel, la politique ne jouait qu’un rôle auxiliaire en regard des facteurs constitutifs d’une nation.Aujourd’hui on peut dire : tant va la politique tant va la nation.La politique est englobante.Elle couvre tout.De plus, elle ne peut influencer aucun des secteurs particuliers de la vie nationale sans tenir compte des autres variables en présence.En somme l’Etat structure tout et devient la clé de voûte qui tient en place l’édifice national.Dans ce contexte, se contenter d’un pouvoir parcellaire, c’est se résigner à la paralysie.Or, les aspirations, si contradictoires en apparence de la nation canadienne-française, ont ceci en commun qu’elles affirment un opiniâtre vouloir-vivre.Réclamer d’une part un standard de vie supérieur et d’autre part une culture originale, tenir à la fois à notre spécificité nationale et à l’avènement d’une conscience internationale, s’accrocher à son autonomie et tendre vers la coopération, ce n’est pas faire preuve d’illogisme ou d’irréalisme.Tout ou rien, voilà le dilemme auquel nous sommes affrontés.Ceux qui voudraient nous forcer à opter entre notre standard de vie et notre culture, entre notre nationalisme et notre internationalisme, entre notre affirmation collective et notre volonté de collaboration interethnique, faussent le problème.Notre vouloir-vivre affirme, par exemple, notre désir d’améliorer simultanément notre situation économique et la qualité de notre culture.Il ne s’agit pas de sacrifier quelque partie de notre être national à une autre, il s’agit d’en promouvoir le développement intégral et harmonieux, condition essentielle à l’efficacité de notre présence au monde.Bref, être ou ne pas être, voilà la question.Nous n’avons donc pas à honorer à tout prix la constitution de 1867, mais à honorer le Canada français, son destin comme état francophone et les libertés essentielles à sa pleine réalisation nationale.Les hommes ne sont pas faits pour les constitutions, mais ce sont les constitutions qui doivent servir les hommes.La constitution qu’il nous faut est celle qui nous rendra libres, celle qui nous permettra d’être une nation complète qui assume toutes les exigences de sa situation.Or, quelles sont ces exigences ?Fondamentalement, elles se ramènent à quatre : l’unité territoriale, l’unité linguistique, la maîtrise des institutions vitales et la capacité juridique de nouer des relations internationales.NOTRE PATRIE Pour qu’un peuple se reconnaisse et se définisse, il faut une patrie.Péguy disait : « une patrie charnelle » .Seuls les apatrides sont citoyens du monde, mais d’une façon parasitaire.Car si certaines écoles américaines de sociologie annoncent la disparition éventuelle des nationalismes, la coloration des néo-nationalismes africains et latino-américains semble vouloir, au contraire, renouer avec la continuité victorieuse de petits pays comme le Danemark, la Pologne, et les Pays-Bas qui, après des fidélités millénaires, ont fini par donner au monde des formes culturelles irremplaçables.D’autres écoles croient, au contraire, que parallèlement à la prolifération des communications et des grands ensembles internationaux, les hommes ressentiront plus que jamais le besoin de s’identifier à des communautés culturelles et politiques très caractérisées et à l’échelle nationale.Aujourd’hui comme hier, au plan national, au plan artistique, au plan culturel, comme au plan personnel, l’homme n’accède à l’universel que par son insertion dans l’individuel, le particulier, l’incarné.Depuis quelques années d’ailleurs, nos jeunes poètes, ces prophètes de l’histoire à refaire, nous réapprennent à leur façon à identifier avec une ferveur neuve, à nommer et à tracer les contours estompés de notre première patrie.Avec, parmi tant d’autres, les chansons de Vigneault, les poèmes et les films de Pierre Perreault, nous refaisons peu à peu la carte de notre pays oublié que nous nous réapproprions.Notre première patrie laurentienne bien sûr, Gaspésie, Bas-du-fleuve, Côte-Nord, Saguenay, mais aussi le Labrador, le nord de l’Ontario, le nord du Nouveau-Brunswick, toutes ces régions, tantôt délaissées, tantôt convoitées par Ottawa, mais où des hommes et des femmes qui sont des nôtres tâchent péniblement de vivre en français et, si possible parfois, selon le mot de Louis Robichaud, d’y « bien vivre » en même temps.Car c’est cette frontière linguistique continue et naturelle, regroupant toutes ces régions, qui est seule signifiante pour nous.Tel est le territoire qui nous est familier et essentiel pour asseoir une vie française bien incarnée en Amérique du Nord.Nous ne saurions accepter pour délimiter notre territoire les frontières arbitraires et strictement juridiques que nous tenons de la Confédération.Celles qui cernent véritablement le cadre de notre patrie, ce sont les frontières sociologiques d’une francophonie quotidiennement vécue.Mais qu’on ne vienne pas mettre en balance la vitalité d’une communauté sociologiquement rassemblée et la survie 236 de minorités disséminées dans la diaspora anglophone.Celles-ci, du reste, sont les premières à placer leur espoir dans l’affirmation d’un Québec dynamique et redéfini.NOTRE LANGUE Si une dimension américaine de la francophonie est viable au Québec, c’est à une condition essentielle : la langue française doit y devenir, à la plus brève échéance, souveraine et omniprésente dans les usines, les ateliers, les bureaux, les administrations, les commerces et les écoles.Un vague créole à usage domestique et familial est sans avenir et ne nous intéresse pas.Tout ceci doit se traduire par des mesures législatives précises : il est urgent de définir une politique véritable de la langue.Comment d’ailleurs tolérer la vie d’aquarium quand on a connu la pleine mer ?Or un nombre croissant de nos intellectuels et de nos étudiants ont séjourné assez longuement en France pour éprouver ce sentiment grisant et libérateur qui ne s’oublie jamais plus : vivre enfin en français, intégralement, tout au long de ses journées et dans les moindres détails de sa vie, après avoir connu si longtemps les tensions et les frustations du mendiant importun qu’on refoule et qui s’obstine jusqu’à l’absurdité au téléphone, au supermarché, à bord des trains et des avions de son propre pays.Or pour réaliser cet unilinguisme essentiel au redressement, à l’épuration et à l’enrichissement de notre langue, deux mesures s’imposent de toute urgence.Si, conformément au droit des minorités, l’école primaire anglaise peut demeurer unilingue tant que les parents en expriment démocratiquement le vœu, il importe, au niveau secondaire et post-secondaire, de faire des « Quebekers » des Québécois.Il s’agit en somme d’exiger qu’à ces deux niveaux, un nombre sans cesse croissant de matières soient enseignées en français, afin que tout Québécois d’origine anglaise puisse accéder à des universités marquées du sceau de la culture française du Québec.Qu’on se souvienne cependant que toute évolution linguistique vient des masses et non des élites : au 16e siècle, les élites de France eurent beau se cramponner au latin, à en imposer la culture livresque dans les cours, les églises et les écoles, elles n’empêchèrent pas le français naissant, le français parlé par le petit peuple de France, de triompher partout.Il faut, en outre, assurer l’autonomie complète du Québec en matière d’immigration.Car, actuellement chez nous, le taux décroissant de la natalité chez les francophones, conju-gé avec l’anglicisation rapide des néo-Québecois, met en péril le caractère majoritaire de la communauté francophone, particulièrement dans la région métropolitaine.C’est d’ailleurs à Montréal, ville affectée de façon cruciale et rapide par ce problème, que s’expriment les requêtes les plus âpres et les plus radicales en faveur de l’unilinguisme.Pour cette entreprise à réaliser, toutes les énergies sont requises à tous les niveaux.Ainsi, tant que nos chefs et nos éducateurs syndicaux ne s’uniront pas au-dessus de leurs rivalités de prestige à « 1/4 de cent de plus de l’heure » pour donner aux travailleurs la fierté et les moyens personnels et politiques de réclamer des contremaîtres français et du français à l’usine, à quoi nous sert-il d’entretenir à l’étranger des étudiants post-gradués pour nous composer des petits cénacles de Dagenais et de Le Bi-dois : dans un siècle nous parlerons tous « jouai ».NOS INSTITUTIONS Les pouvoirs économiques, politiques, sociaux et culturels que nous avons préalablement reconnus comme essentiels à notre affirmation nationale, c’est à notre Etat qu’ils devront être confiés.Indépendamment des ententes que notre gouvernement pourrait être amené à conclure avec d’autres gouvernements, conformément aux intérêts réciproques que les nations trouvent dans les formules analogues à celle du marché commun, il demeure essentiel que la source du pouvoir jaillisse de la communauté québécoise à travers un gouvernement entièrement représentatif de sa spécificité.Ce gouvernement devient alors apte à exprimer la nation québécoise auprès des autres nations.Il est d'ailleurs le seul à pouvoir le faire.Il pourra, certes, conclure des alliances, en accordant une importance particulière à la nation canadienne-anglaise, vu les liens géographiques, historiques, économiques et autres qui nous rapprochent, mais il conservera toujours la liberté de reviser sa politique extérieure, si ces ententes viennent à détruire ce qu’il cherche à construire.Tout ce que venons d’analyser constitue les conditions mêmes d’existence de toute nation.Nous ne saurions en escamoter aucune.Mais il y a plus.Vu le système économique que nous subissons par suite de notre situation nord-américaine, vu nos limites en ressources humaines, vu enfin notre présence actuelle au sein de la Confédération, des mesures essentielles et spéciales s’imposent.MU P coMtion kitiÉi pnion Hais il s [«lilioue! Miîr NECESSITE DU SOCIALISME Pour de multiples raisons l’option socialiste nous paraît particulièrement conforme à l’épanouissement de l’homme moderne, ainsi que nous l’avons déjà expliqué à plusieurs reprises dans Maintenant.Mais indépendamment de cette considération générale, l’option socialiste nous paraît indissociablement liée à l’option nationaliste au Québec.La nécessité de domestiquer l’économie québécoise, celle de rattraper les retards accumulés, celle de diriger l’économie au moyen de la gérance, à défaut du capital, celle de contrebalancer dans un système de concurrence le gigantisme des entreprises capitalistes qui nous entourent, celle enfin de créer et de développer un système économique original qui nous dispense d’importer sans cesse des principes et des formules que nos puissants voisins mettront toujours au point avant nous, voilà autant d’impératifs à l’option socialiste.En d’autres termes, cette option nous fournit notre seule chance de posséder et d’animer culturellement notre économie.Cette prise en charge par l’Etat de l’économie lui permettra d’établir une politique sociale conforme aux aspirations du Québec.Par ailleurs, seule une planification globale des différentes composantes de la vie nationale peut garantir notre développement et nous permettre de résister aux pressions extérieures.L’animation culturelle des masses, la réforme scolaire, les réaménagement régionaux, voilà, entre autres, autant d’entreprises collectives que seule une action concertée et dirigée par un gouvernement puissant et dynamique peut mener à terme.Enfin, un gouvernement socialiste, parce qu’il aura pour souci constant de susciter et d’organiser la participation des masses aux tâches communes, vivifiera au sein de la population l’esprit national, de sorte que nous puissions reprendre, après deux siècles d'aliénation, nos réflexes d’identité et de fierté.Il ne faut plus avoir peur des mots.L’avenir de la nation canadienne-française passe par le socialisme.Bien sûr, il ne peut s’agir que d’un socialisme démocratique de participation qui est à inventer et qui devra être original.On trouvera à travers les articles de ce numéro spécial, quelques-uns des jalons de ce socialisme en gestation, de caractère proprement québécois et fidèle aux plus authentiques aspirations historiques de notre communauté québécoise.in risjiif Mite fit notre Won, Dèj We son ‘•aires dation N* tu II !*W- >• C0| hk tll Ï ' 'Ut Q 'J'S Ùt i N, f;- " TOeL Ptty N 237 rte joli' COniM IQS CD ^ îconomiqi BOld-l®11' eÉ i»1 joui paffl fllWllU i'iiiip111' 6SJIllS(0'' fOijuei qui à celle à ice à pot ers m m lié.Ce got 1*°* DE LA PARTISANNERIE POLITIQUE À L'UNITÉ NATIONALE poiïoirle Cette option socialiste, et les tâches qui nous attendent en regard des quatre jljolfô conditions essentielles à l’épanouissement de notre vie nationale (territoire, langue, jj[iijjjtj institutions vitales, relations extérieures), nous paraissent être le dénominateur (j;|lliej|j commun autour duquel toutes les forces vives de la nation doivent se regrouper.Mais il serait illusoire de penser arriver à un tel consensus national, si nos partis politiques continuent, pour des motifs électoraux, à privilégier un ou plusieurs aspects de ce programme indivisible au détriment des autres.Un des drames de notre collectivité ne réside-t-il pas précisément dans le fait que les nationalistes se sont toujours trouvés coincés dans l’impasse suivante : ou bien ils devaient l!ri sacrifier une politique interne dynamique à une politique intransigeante à l’égard ,, d’Ottawa, ou bien ils optaient pour des mesures orientées vers le progrès intérieur au risque de se retrouver mal servis, mal défendus, sinon trahis par un parti de mentalité outaouaise.De tels choix sont absurdes et nous conduisent à nous couler par notre politique intérieure ou extérieure.Il est donc urgent de soustraire la question nationale à la partisanerie électorale.Autour des exigences du « to be or not to be » devrait se regrouper dans flisi» le plus bref délai toutes les forces politiques et idéologiques du Québec.î celte «» \é&xü' siléile DIVERSES FORMULES, UN OBJECTIF iis Déjà quelques points positifs sont acquis.Ainsi on peut normalement espérer que le rassemblement inédit des groupements sociaux au sein des Etats généraux csfllj dégage un remier consensus.Le comité parlementaire sur la constitution, si jamais on se décide à s’en servir, pourra également fournir des suggestions utilisables en vue des démarches ultérieures.Les recherches entreprises au Ministère des Affaires intergouvemementales devraient donner une base solide en vue d’une élaboration d’une future constitution.Après quoi il faudra que tous les partis soient invités à se réunir en Constituante pour statuer de la forme à donner à notre gouvernement interne, tant au niveau de la réforme de la carte électorale qu’à celui du régime parlementaire qui doit, semble-t-il, s’orienter vers le système présidentiel.tEn tous cas, il est un principe indiscutable : les hommes ne sont pas faits poulies constitutions, mais ce sont les constitutions qui doivent servir les hommes.En plus de ces réformes internes urgentes, la Constituante devra élaborer un .;l0D> projet concret de négociation avec le reste du Canada.Tout doit être mis en œuvre our faire comprendre à nos compatriotes de langue anglaise que le Canada a ,10,1 tout intérêt à s'édifier sur la base de communautés nationales pleinement épanouies et autonomes.Toute coopération, conçue dans une société évoluée, suppose l’acceptation réciproque intégrale de la personnalité respective des parties, chacune sou-^ .rfftieuse de développer la spécificité de l’autre en vue de l’enrichissement individuel Vincent Harvey Pierre Saucier Hélène Pelletier-Baillargeon André Charbonneau Louis Racine Yves Gosselin Jet communautaire.Etats associés, statut particulier, indépendance, voilà autant ;‘f jl,i,iM’approches qui nous ont fait prendre conscience de ce que nous sommes et qui nous Sîcheminent vers une solution définitive.Quoi qu’il en soit, la nation canadienne-française existe, et existera.Quant ru Canada, nous sommes prêts à le réinventer sur une base d’égalité, mais non à notre détriment, cela va de soi.Reste à savoir si la nation canadienne-anglaise sera , î6< arête à en faire autant.« That is the question som maire 15 septembre 1967, nos 68-69 « To be or not to be » L'équipe de direction 234 Figures du nationalisme L.Balthazar.238 Un pays à bâtir J.Girard .243 L'âge de l'impatience L.Ouellet .245 Politique étrangère P.Painchaud .250 L'heure du tocsin J.-Y.Morin .253 Promotion économique J.-F.Méar .256 Instruments de libération R.Bourassa .262 Lettres québécoises A.Le Grand 267 Situation de la langue J.-C.Corbeil 273 La bataille culturelle A.Charbonneau P.Saucier 276 Education et développement P.Dandurand 279 Québec nouveau Eglise nouvelle L.Racine 282 Et de Gaulle vint J.-M.Léger 287 « Vive le Québec libre » 292 238 LES NOMS DU PAYS Tous les noms de son pays, ceux qu’elle entendait tous les jours, comme ceux qu’elle n’avait entendus qu’une fois, se réveillèrent dans sa mémoire : les mille noms que des paysans pieux venus de France ont donnés aux lacs, aux rivières, aux villages de la contrée nouvelle qu’ils découvraient et peuplaient à mesure.lac à l’Eau-Claire.la Famine.Saint-C œur-de-Marie.Trois-Pisto-les.Sainte - Rose - du - Dégel.Pointe - aux - Outardes.Saint-A ndré-de-l’Epouvante.Eutrope Gagnon avait un oncle qui demeurait à Saint-An-dré-de-l’Epouvante ; Racicot, de Honfleur, parlait souvent de son fils, qui était chauffeur à bord d’un bateau du Golfe, et chaque fois c’étaient encore des noms nouveaux qui venaient s’ajouter aux anciens : les noms de villages de pêcheurs ou de petits ports du Saint-Laurent, dispersés sur les rives entre lesquelles les navires d’autrefois étaient montés bravement vers l’inconnu.Pointe - Mille - Vaches.les Escoumains.Notre-Dame-du-Portage.les Gran-des-Bergeronnes.Gaspê.Qu’il était plaisant d’entendre prononcer ces noms, lorsqu’on parlait de parents ou d’amis éloignés, ou bien de longs voyages ! Comme ils étaient familiers et fraternels, donnant chaque fois une sensation chaude de parenté, faisant que chacun songeait en les répétant :« Dans tout ce pays-ci nous sommes chez nous.chez nous ! Vers l’Ouest, dès qu’on sortait de la province, vers le Sud, dès qu’on avait passé la frontière, ce n’était plus partout que des noms anglais, qu’on apprenait à prononcer à la longue et qui finissaient par sembler naturels sans doute ; mais où retrouver la douceur joyeuse des noms français ?Les mots d’une langue étrangère sonnant sur toutes les lèvres, dans les rues, dans les magasins.De petites filles se prenant par la main pour danser une ronde et entonnant une chanson que l’on ne comprenait pas.! ci.Louis Hémon, Maria Chapdelaine, roman, Montréal, Fides, 1966, pp.209-210.FIGURES DU Tous les mouvements politiques, même les plus révolutionnaires, cherchent à se légitimer en faisant appel à des ancêtres réels ou fictifs.Les nationalistes canadiens-français ne font pas exception à cette loi.Combien d’entre eux s’af fichent aujourd’hui comme les héritiers spirituels des Patriotes de 1837 ou de certains apôtres nationalistes des générations précédentes ! Ces recours au passé pour justifiables qu’ils soient, peuvent créer l’impression d’une évolution continue du nationalisme canadien-français ; impression qui me paraît être à la source de toutes sortes d’ambiguïtés.Car, depuis quelques années, nous sommes en présence d’un phénomène tout à fait nouveau qui, à maints égards, contredit profondément tout ce que nous appelions autrefois nationalisme.Il suffit d’examiner le nationalisme d’hier et celui d’aujourd’hui pour apercevoir le fossé qui les sépare et peut-être mieux entrevoir ce que sera le nationalisme de demain.NATIONALISME FOLKLORIQUE Quand on parcourt les différents ouvrages consacrés à l’analyse du phénomène nationaliste dans le monde, il nous apparaît presque impossible de trouver une catégorie qui convienne au Canada français d’hier.Le nationalisme, en général, semble indissolublement lié à un mouvement vers le progrès, l’émancipation et la modernisation.Il correspond à l’idéal d’une nouvelle élite s’opposant à des structures anciennes et cherchant à regrouper les forces d’un peuple autour de la structure de l’Etat-nation.Or, ce que nous avons qualifié chez nous du mot « nationalisme » rappelle au contraire une stabilité, une docilité, un conservatisme qui ne menaçaient en rien les institutions traditionnelles.C’est même au nom du nationalisme qu’on a encouragé la résistance aux techniques et à l’urbanisation.Au plan politique, ce nationalisme se résumait à l’état de siège en face des invasions du gouvernement d’Ottawa.Quant à la dimension économique, elle était presque absente.Etre nationaliste, c’était se retrancher, se protéger contre l’extérieur dans un sentiment de crainte et de xénophobie secrétant une certaine dose de racisme Cocon protecteur Toutes ces attitudes relèvent d’un nationalisme folklorique et se réduisent à une fidélité à des sentiments communs, une religion commune, une histoire ressentie comme une frustration collective.Elles sont caractéristiques d’une société où prime la connaissance intersubjective, c’est-à-dire une connaissance élémentaire, globale, faite de communion entre des hommes qui se définissent d’abord selon la collectivité à laquelle ils appartiennent.C’est un type de société fermée sur elle-même ; tout y est conçu statiquement, cristallisé pour toujours.Dans un tel cadre, le nationalisme n’est autre chose qu’un mécanisme de défense et il recouvre nécessairement tous les autres éléments de solidarité : religion, idéologie politique, mœurs, etc.Velléités laïcistes Sans doute, la société canadienne-française n’a jamais correspondu dans toutes ses parties à ce modèle théorique.Il s’est trouvé, à divers moments de notre ttpiié Ns Nm hil ta M feules ÜeiBli, ft en ®iÿion toiie se ta ta tail! [ Jl ta ta ta "'‘Ne, ^ modi ta S ta 1 A K Si s j % ta.tas 239 DU llW ¦ P ¦ : si reii';: ; saiil * ^ di .il) IDO1 rtjtisflî K !» ^ .yijaP M « Ja»> NATIONALISME LOUIS BALTHAZAR histoire, des avocats de l’émancipation politique, voire économique.On peut aussi lista retracer au début du XIXe siècle l’existence d’un véritable mouvement laïque inspiré des idées libérales européennes.Mais le cadre même de notre société n’a i( jamais été touché par ces mouvements.Jamais le laïcisme du XIXe siècle n’est arvenu à gagner l’ensemble d’une population dont la structure sociologique emblait imperméable au nationalisme moderne.ï cm S"' Sll o» * si» JD conto i souci de cnpB®1* Cléricalisme ultramontain L’autorité ecclésiastique, il est vrai, a étouffé complètement les tendances libérales manifestées au cours du XIXe siècle.C’est elle qui a imposé une sorte ri de nationalisme ultramontain, en vertu d’une alliance tacite avec l’autorité coloniale qui, en retour de concessions linguistiques et culturelles, bénéficierait de la soumission politique des Canadiens français.II est bien vrai que l’homogénéité de notre société, sa mentalité cléricale et son nationalisme folklorique ont été abondamment entretenus par une action concertée d’un clergé conservateur qui devint presque tout-puissant à compter du milieu du XIXe siècle.,-i# „ iJî»1 Monolithisme d'Ancien Régime Mais on peut se demander comment il se fait que le laïcisme ne soit pas parvenu à germer chez nous au début du XIXe siècle, alors que l’Eglise était encore relativement peu puissante.Il faut se demander surtout pourquoi l’Eglise a si bien réussi à imposer, après l’échec de la rébellion de 1837, un nationalisme conservateur et à étouffer par la suite les mouvements libéraux tels l’Institut canadien de Montréal.Pourquoi la bataille a-t-elle été gagnée au Canada tandis qu’elle devait être perdue en France ?C’est ici qu’il faut avoir recours, je crois, au modèle théorique décrit plus haut.En d’autres pays, notamment en Europe, la dialectique des idéologies se manifestait pleinement.Des éléments d’Ancien Régime étaient confrontés à des éléments bourgeois qui, à leur tour, devaient faire face aux nouvelles vagues prolétariennes.Au cléricalisme traditionnel s’opposait un laïcisme en progrès constant.Chez nous, rien de tout cela.Au dire de l’historien Fernand Ouellet, « la société canadienne-française d’alors (début du XIXe siècle) possède toutes les caractéristiques d’une société d’Ancien Régime, hormis toutefois la présence bienfaisante d’une grande bourgeoisie d’affaires, la ^Bseule qui aurait pu servir de moteur efficace au laïcisme» («Nationalisme et laïcisme au XIXe siècle», Recherches sociographiques, IV, 1 (1963) p.49.).Tout s’est passé comme si on avait découpé un morceau de l’Ancien Régime français pour le cultiver ici, pour ainsi dire, « in vitro ».La mentalité féodale, qui n’était demeurée en France qu’un courant parmi d’autres, devait devenir ici un idéal national.Le Canada français constituait donc une terre de prédilection pour un clergé ultramontain qui ne parvenait pas à s’imposer en Europe.L’action de ce clergé a consisté à protéger une structure sociale qui ne se prêtait pas à l’éclosion du nationalisme moderne.Ce que nous avons vécu ici est plutôt, comme le soulignait Mason Wade, « un provincialisme intense compliqué par des facteurs religieux et ethniques ».Le catholicisme, l’amour de la langue française et la conscience ethnique ont évolué dans une constante interpénétration sous la préoccupation dominante de la « survivance ».'u»» •i p .P , ,0# J»'" ,4 NOSTALGIE SOURDE .Pouvoir t’oublier rivière des Métis Sainte-Angèle et tout le Bas-fleuve qui coule atrocement dans mon âme j’étais née pour m’accouder sans ambages au flanc de tes montagnes dans les soleils de cuir et le vent des bouleaux j’étais née pour d’humbles camarades identiques à mes châteaux d’es-pagne Je veux vous redire dans ma langue de déracinée que votre ciel et tous vos noms ont chu dans ma mémoire ma solitude s’est comblée de souvenirs jaunis et quand j’avance frelatée à travers rues et ruelles de cette ville à pacquage c’est à vous que je pense Bas-fleuve de liberté de blanc silence j’ai beau me morfondre embrasser l’homme-frère dans la foule serrée un rien de nostalgie nous disloque nous sépare et nous met en charpie.Je suis née comme j’ai pu dans un frisson d’avril en plein éboulis de neige la souffrance plantait ses crocs qui saura jamais le prix des accidents mortels Tâter le pouls de la race humaine m’enrôler dans cette horde matérialiste de clinquant et d’ordure m’acclimater m’acclimater mais j’ai peur que mon rire de flammèche encor vivace décime détruise crée au sein de ce bal chahutant une esclandre de casseurs de veillée Gemma Tremblay, Poèmes d’identité, Jean Grassin éd.Paris, coll.Poètes présents, 1965, p.28. La chrysalide éclate SOCIÉTÉ RÉBARBATRICE Etienne avait repris pied au pays avec l’intention de se vouer corps et biens à une intense action intellectuelle et sociale.Il n’avait jamais ignoré que, justement à cause de cela, les déceptions n’allaient pas lui être épargnées.Il commençait à présent à l’éprouver dans son cœur et dans sa vie ; et c’était là une autre science.Non seulement nul n’allait lui faire un pont d’or ou attendre de lui quoi que ce fût, mais — il avait été obligé de s’en apercevoir — plusieurs se liguaient déjà pour l’abattre.Ceux-là n’auraient de cesse qu’il n’eût jeté le manche après la cognée.Mais qui « reconnaîtrait les lieux » si lui, qui n’avait jamais songé à rien d’autre, se dérobait au moment d’entreprendre ?Ce qu’il avait à affronter — il lui semblait le discerner assez bien maintenant ¦—- c’était cette société rébarbative, tournant à l’aigre faute d’avoir jamais été révélée à elle-même, cette communauté jalouse, mesquine coupeuse de têtes, mégère inapaisable, tyra-nique, perplexe, empêtrée dans l’êchevelure de ses projets, trahissant et piétinant à chaque instant dans ses actes les valeurs qu’au même instant, dans son délire, elle revendiquait.Société et peuple vraiment perdus comme on se perd quand on récusse ses propres absolus, quand un haut orgueil se tourne contre lui-même, collectivité qui reniait ses anciennes fiertés mais ne trouvait pas les voies nouvelles où s’engager.Pierre De Grandpré, La Patience des Justes, roman, Le Cercle du Livre de France, 1966, pp.237-238.Il fallut attendre les lendemains de la seconde guerre mondiale pour assister à l’éclatement de cet idéal de survivance.Il est évident que des signes avant-coureurs s’étaient manifestés auparavant comme il est certain que demeurent encore aujourd’hui bien des attitudes propres à l’ancienne société.Mais, aux abords des années ’50, une nouvelle génération commençait de faire entendre des slogans nouveaux.Le vieux monolithisme, la vieille unanimité semblaient devoir se briser.Les solidarités et les fidélités d’antan étaient mises en cause et ce procès de l’idéologie traditionnelle s’accompagnait d’un rejet du nationalisme, entendons (distinction qu’on ne pouvait faire alors) ce « petit nationalisme » purement culturel et conservateur.Nous accédions peu à peu à une connaissance différenciée, à une libération des conditionnements collectifs, à la reconnaissance de l’individu, à la prise de conscience de l’industrialisation que nous avions subie, à l’acceptation du pluralisme religieux et idéologique comme conséquence d’une véritable liberté.Ce mouvement, depuis lors, n’a cessé de s’accentuer et nous a menés, paradoxalement, à une redécouverte du nationalisme.Uol mam COM# se mi face saisie {Be NATIONALISME MODERNE lé, C, ' On a parlé alors de néo-nationalisme pour signifier le mariage du progressisme au sentiment national.Il s’agissait bien d’une conception tout à fait nouvelle qui, cette fois, correspond bien à ce que les auteurs de science politique décrivent comme étant le nationalisme.Examinons quelques caractéristiques de ce nationalisme tel que nous le voyons se dessiner chez nous depuis 1960 environ.1.Mobilisation sociale «sailli «éerli D’aiilci Mit» leur», Les nationalistes québécois se préoccupent de plus en plus d’industrialisation, de libération économique.La nationalisation de l’électricité, la création d’une Société générale de financement, les projets d’industrie sidérurgique ont été conçus et élaborés sous le signe d’un nationalisme qui s’accentue à mesure que se poursuit intensément et rapidement l’urbanisation de notre société, ou plus précisément l’assimilation de ces phénomènes au niveau de la mentalité collective.Car le nationalisme va de pair avec le phénomène de mobilisation sociale, c’est-à-dire l’exode des campagnes vers les villes et, en conséquence, l’augmentation des communications sociales de toutes sortes : mass-média, commerce, manifestations artistiques et culturelles, éducation.L’individu, se trouvant alors détaché des coutumes anciennes, de la solidarité imposée par la tradition, forcé de communiquer avec des gens qui lui sont relativement étrangers, éprouve le besoin de créer de nouvelles solidarités.C’est alors que la langue nationale prend une importance nouvelle et par là la nécessité d’une affirmation nationaliste.Sans doute, au même moment, peut intervenir aussi un processus d’assimilation à la langue du groupe dominant dans les milieux les plus avancés techniquement.« L’assimilation à une nouvelle langue, écrit Karl W.Deutsch, est en progrès si le nombre de personnes qui l’apprennent durant une période donnée est plus grand que le nombre de personnes qui l’ignorent encore mais qui entrent en même temps dans un contact intensif (économique, social et politique) avec ceux qui la parlent » (Nationalism and Social Communication : An Inquiry into the Foundations of Nationality, Cambridge, Mass., Technology Press, 1953, p.99.) Or, cela ne pouvait pas se produire dans la région de Montréal (ni a fortiori dans les autres villes du Québec).Le nombre des Canadiens français mobilisés socialement a été beaucoup plus grand que le nombre de ceux qui se sont assimilés.Si puissante que soit la minorité anglophone de Montréal, elle ne parvient pas à happer la masse francophone qui, socialement mobilisée à un rythme très rapide, affirme au contraire de plus en plus farouchement son identité culturelle et linguistique.Nous assistons au phénomène contraire dans les autres provinces canadiennes, là où les Canadiens français sont trop peu nombreux pour résister à l’assimilation.Quitter son village, pour un Franco-manitobain, c’est presque automatiquement devenir anglophone.Ainsi l’exode vers la ville a des conséquences diamétralement opposées au Québec et dans les autres provinces.Tandis que l’isolation préservait le nationalisme traditionnel, la mobilisation sociale engendre l’un ou l’autre extrême, l’intensification du nationalisme moderne ou l’assimilation pure et simple, selon que la population mobilisée est assez forte ou non.Mive limita Vfo; ^ lot f le défi fpar! aj «faj. 241 '.ti .'ci':: ;c JfKii Æ .: Jevoi : : .A.-' ; :ja:'[':.i' iccecia Ji liteii OJW i iscri'^1 : jiioi i'1111 éli iiHf" i( fO®™ précis®31 J'".'' .-iinlu art*1 it#11 J#jS: ,o»v*e 0 ei# ,) a',fC ;* ' 99) '.tf11,1 i rap1* ed1 t# 01 j#v 2.Mobilisation politique La mobilisation sociale entraîne avec elle une plus grande politisation des masses.L’individu des villes a physiquement besoin, dans sa vie quotidienne, des commodités collectives que seule l’autorité politique peut lui accorder.Plus la vie se poursuit dans un milieu anonyme et technique, plus grand est le besbin de l’intervention et de la protection du pouvoir politique.Le nationalisme, accentué par la mobilisation sociale, devient alors directement relié à la politique.C’est bien ce à quoi nous assistons ici.Il est difficile de décrire le sentiment nationaliste sans le relier directement à nos problèmes politiques.Le néo-nationaliste canadien-français accepte d’emblée que son gouvernement soit interventionniste ; car il n’a guère d’autres moyens de s’affirmer que par la force de l’autorité politique.Il appartient au gouvernement de nous rendre « maîtres chez nous », de créer un « Québec fort », d’intervenir en matière linguistique, etc.Le nationalisme d’antan comportait, bien sûr, une dimension politique ; témoin les luttes constitutionnelles de nos pères, l’action des Papineau, LaFontaine, Cartier, Mercier, Bourassa et autres.Mais cette action politique, dans l’ensemble, visait bien plus à défendre des droits, à protéger une culture et une religion qu’à créer les conditions d’une émancipation positive.S’il s’est trouvé un gouvernement assez interventionniste pour créer, à la fin du XIXe siècle, un ministère de l’éducation, il s’en est trouvé bientôt un autre pour le supprimer, et pour longtemps.D’ailleurs la méfiance des Québécois à l’égard du pouvoir politique n’est-elle pas traditionnelle ?N’était-ce pas, au fond, l’Eglise qui détenait ici le véritable pouvoir temporel ?C’est cette situation qui est en train de changer aujourd’hui.Un geste comme celui que vient de poser l’évêque de Montréal en renonçant à sa prérogative de nommer des commissaires d’écoles, montre bien que l’Eglise entend se limiter à son action spirituelle et laisser le champ libre au pouvoir politique dans une foule de domaines.3.L'ouverture au monde Le néo-nationalisme, contrairement au nationalisme fermé d’autrefois, n’entraîne pas avec lui l’isolation, le repliement.Bien au contraire, il est une façon de se définir face aux autres et ainsi de s’ouvrir une fenêtre sur le monde.Qui aurait pu parler, il y a dix ans, de la personnalité internationale du Québec sans faire sourire ?Aujourd’hui, c’est là le sujet d’un débat quotidien.« Autrefois, écrit le professeur Louis Sabourin, des Canadiens français étaient individuellement ouverts au monde ; aujourd’hui, c’est le Canada français qui commence à s’intéresser à la chose internationale.Il y a plus qu’une différence numérique ; c’est toute la dimension du problème et la façon de l’envisager qui sont changées ».(« Québec et la vie internationale », Le Devoir, 30 juin 1967, supplément, p.7.) Les Canadiens français ont enfin compris qu’ils ne peuvent s’épanouir comme nation sans entretenir des liens avec les autres pays francophones, sans s’insérer dans l’ensemble de la culture française dans le monde.Il peut être intéressant de noter ici que le sentiment nationaliste a pris naissance dans le monde précisément à l’époque où les relations internationales, les communications entre citoyens de différents pays se développaient comme jamais auparavant.Le nationalisme peut donc être interprété comme un besoin de se définir dans ses rapports avec les autres, ces rapports n’étant pas nécessairement entendus sous le signe de l’hostilité.Selon Hans Kohn, la croissance même du nationalisme sur toute la terre, suscitant le réveil des masses, la participation à la vie politique et culturelle, a préparé la voie à des contacts culturels plus étroits entre toutes les civilisations du genre humain.les séparant et les unissant à la fois.{The Idea of Nationalism, New York, Macmillan, 1944, p.12.) Il semble donc que la phase du nationalisme soit nécessaire pour en arriver à cet internationalisme dont rêvent les humanistes.Cette phase a été et peut encore être marquée de conflits égoïstes et mesquins.On peut chercher, par toutes sortes de moyens, à atténuer ces conflits mais il ne serait pas sage d’ignorer leur réalité.PRIÈRES Pour les viveurs de Canadair les ferblantiers Des Shops Angus pour les dix mille couturières Sur la grasse Main les serveuses bayaderes Bon marché des Snack Bars j’ièv’ mon chapeau mité Pour les éleveurs de porcs les forçats laitiers Qui donnent leurs sueurs aux firmes carnassières Pour les geôles Noranda Murdoch-la-colère Pour les homrobots des Sani-vans orduriers Pour les frotteurs de rues les cireurs de chaussures Au Windsor pour les décrot-teuses d’urinoirs Les nègres de pullmans pour les putains d’un soir Les guides de chasseurs plus chargés que montures Voici mes gants troués pour les pêcheurs de Gaspé Vidant les morues doigts bleuis sur le tranchoir Pour les laveurs de vitres serins aux perchoirs Pour la bonne empalée au patron canapé Pour les trappeurs Mistassini pris au collet Par la Hudson Bay pour tous qui matin halettent Et soir s’abrutissent j’éteins ma cigarette Je courbe le dos et je prie en perroquet.Jean-Robert Rémillard, Sonnets archaïques pour ceux qui verront l’indépendance, Parti pris, Montréal, 1966. 4.Sécularisation croissante Enfin, le nationalisme moderne est un phénomène séculier.L’éveil du mouvement des nationalités en Europe peut être considéré comme le reflet au plan collectif de la philosophie des droits individuels, philosophie essentiellement séculière.Certains peuples affirment encore aujourd’hui leur identité au nom d’une religion ; ce sont peut-être ceux-là qui entretiennent le nationalisme le plus dangereux.Au Canada français, le sentiment nationaliste se détache de plus en plus du fait religieux.On a compris que le catholicisme ne pouvait prêter son support institutionnel à une affirmation nationale particulière et le nationalisme d’un incroyant est certainement aussi authentique que celui d’un chrétien.L’évolution de l’Eglise du Québec, accentuée par le Concile Vatican II, a contribué pour beaucoup à cette dissociation du nationalisme et de la religion.Mais cette évolution n’aurait pu se poursuivre si la mentalité du milieu n’avait été transformée par l’éclatement des vieux cadres.La distinction entre les ordres, qui est une tradition foncièrement chrétienne, ne peut être vécue vraiment que dans une société urbanisée où prime la connaissance différenciée.L'AVENIR DU NATIONALISME On voit mieux, j’espère, à quel point le nationalisme de l’heure se dissocie de l’idéologie traditionnelle de la survivance.Il serait bon de garder toujours en mémoire cette distinction quand on fait le procès du nationalisme : il n’est certainement pas juste d’accuser les nationalistes (au moins ceux qui se rattachent aux attitudes que je viens de relever) de vouloir s’isoler ou d’entretenir une situation anachronique.Qu’il soit bon ou mauvais, le sentiment nationaliste n’est pas encore dépassé, comme certaines gens voudraient le croire.Nous vivons encore au niveau de l’Etat-nation et il ne paraît pas que nous cessions d’en vivre demain.Même dans un pays où le mot nationalisme a mauvaise presse, comme aux Etats-Unis, les caractéristiques d’une affirmation nationaliste sont présentes.Qui osera dire que les Américains n’éprouvent pas vivement un sentiment d’identité nationale ?Pour ce qui est de notre peuple, je ne me demande pas ici si notre nationalisme doit se situer au niveau canadien plutôt qu’au niveau québécois.Je me contente d’enregistrer le fait du nationalisme québécois et la pâleur du nationalisme canadien.Il n’est peut-être pas inutile de rappeler ici la distinction de Karl Deutsch entre le nationalisme extrémiste et le nationalisme modéré.Le premier relève d’une société où les messages nationaux sont seuls perçus à l’exclusion des messages humains ou internationaux tandis que le second n’entrave en rien la communication au niveau de l’humanité.L’Expo 67 aura contribué à nous immuniser contre le nationalisme extrémiste.Mais un peuple n’est jamais à l’abri des aveuglements que peuvent engendrer les enthousiasmes collectifs.Combien de temps vivrons-nous encore du nationalisme ?Selon Deutsch, tout indique que nous devrons tenir compte de ce phénomène pour cinquante sinon cent ans à venir.(Adresse présentée au Congrès de l’« American Political Science Association », New York, septembre 1966.) L’intensification du pouvoir entre les mains de gouvernements nationaux (phénomène sans précédant dans l’histoire) ne peut que renforcer le sentiment national entretenu à dessein par ces mêmes gouvernements.La dépendance de plus en plus grande des petits Etats à l’égard des grandes puissances n’annonce pas davantage la disparition du nationalisme.Ce phénomène semble au contraire provoquer un plus grand désir d’affirmation chez ceux dont l’identité est menacée.Dans ce contexte, les Canadiens français ne semblent pas devoir faire exception, eux qui se perçoivent et se définissent comme une entité culturelle bien distincte et bien vivante, eux qui ont un gouvernement provincial de plus en plus fort à qui ils confient spontanément leur destinée nationale.Le présent mouvement ne peut donc que s’accentuer, que ce soit dans le cadre d’un fédéralisme révisé ou dans celui de la souveraineté totale.Si nous devons demeurer Canadiens français (ce qui n’est peut-être pas si certain à très longue échéance), nous n’avons pas le choix d’accepter ou de refuser le nationalisme.Souhaitons seulement que nous fassions l’économie d’un nationalisme extrémiste.^ LA PATRIE Moi qui marche de misère de claudiquante liberté J’ai mal pour le troupeau marqué au fer de l’inconscience et qui polit ses chaînes et n’en sent plus le poids J’ai mal quand je vois la mare du sang des esclaves de la terre partout s’étendre comme une langue partout s’épandre comme la mer Je me veux solidaire à ma race Qui parle avec le courage de ses mains Où tout est à faire Je suis de ceux qui croient Des hauts fours du vouloir Je suis de ceux qui espèrent Je suis de ceux qui s’acharnent à vivre D’un patient dégagement du temps.La patrie c’est un peu de terre au creux de la mémoire aux semelles qui font le tour du temps c’est un coin de chaleur au désert des hivers La patrie c’est aussi la couleur au visage des bruines De ta bouche un mot tendre et le chant qui console C’est une aube qui naît le printemps qui jaillit un oiseau dans l’azur ans i’éiii îielsfai i OiA M mes ÜJMEf Eore, ¦tjaiéi ’biaisai N s’e ¦tOB «t» Wstfe "ailles) I, S SD S La patrie c’est toi qui marches sans passé sans attente qui avance de confiance sur un pont suspendu.Marie Laberge, D'un cri.à l’autre, Editions-de-l’Aile, Sillery, 1966, pp.22, 32, 39.LOUIS BALTHAZAR, S.J.: Sociologue. lipiiiiiliii rp fiim?^ ¦C0f l‘ III# rfOlW Joir $(t0' icbow it ii”1' lt,0 ill»1 .v Mon pays, c’est le Québec.Deux ans d’études en Europe, au cours desquels j’ai eu l’occasion de voyager beaucoup, n’ont fait que confirmer cette certitude qui est aujourd’hui inébranlable.C’est parce que j’ai cette conviction, c’est parce que mon appartenance est au Québec que je veux dire ici quelles sont mes impressions après deux ans d’absence.FUMEURS D'OPIUM / ira En rentrant dans ce pays à construire, j’ai été vite frappé par l’existence généralisé d’un sentiment d’euphorie aussi malsain que pernicieux.Ce sentiment peut s’expliquer partiellement.L’exposition universelle est une réalisation dont tous sont fiers, et avec raison.Mais il ne faudrait pas se leurrer et mettre en veilleuse pour autant les problèmes fondamentaux.Montréal est une ville qui respire la prospérité, mais ce I.qui se fait à Montréal se fait-il par nous et pour nous, ou, par d’autres et pour d’autres ?Ne sommes-nous pas les bénéficiaires marginaux de ce développement dont nous nous enorgueillissons ?Et puis, il faut ajouter que Montréal — la palissade que nous sommes tentés d’ignorer — n’est pas toute la province.Il me semble qu’il est des chiffres et des réalités qu’on oublie trop allègrement.J’en citerai maintenant quelques-uns qui me semblent tout particulièrement significatifs.RÉVEIL BRUTAL Revenu inférieur Le revenu moyen par habitant en 1964 dans la province de Québec était de $1,608.00 par année, alors qu’il était de $2,125.00 en Ontario.Nous nous classions au 6ème rang des provinces canadiennes.La situation ne s’est guère améliorée, de telle sorte que nous sommes toujours en deçà de la moyenne canadienne.Seules les provinces maritimes, dont l’état de grande et quasi endémique pauvreté est bien connu, viennent derrière nous.¦h's 243 UN PAYS A BATIR Démographie déclinante De 1951 à 1961, le taux d’accroissement de la population au Québec est de l’ordre de 29.7%, alors qu’il était de 35.6% en Ontario.Et encore une fois le taux québécois était inférieur au taux canadien.Si nous voulons un Québec fort, il est essentiel que nous ayons un taux d’accroissement de la population beaucoup plus fort que celui que nous connaissons à l’heure actuelle.Le rythme présent accentue notre caractère minoritaire.Une politique québécoise de l’immigration conçue intelligemment et appliquée avec dynamisme est une nécessité absolue.C’est un impératif qu’il faut réaliser dans les plus brefs délais.Assistés et chômeurs Le Québec compte un nombre effarant d’assistés sociaux, ce qui bien sûr grève les caisses du trésor provincial et entrave le dynamisme de notre Etat.Par 1,000 habitants en 1964, 6.9 québécois recevaient les allocations d’assurance-vieillesse, alors que seulement 3.8 ontariens en bénéficiaient; 0.5 québécois recevaient les allocations aux aveugles, tandis que 0.3 ontariens les touchaient ; 3.7 québécois recevaient les allocations aux invalides pendant qu’au même moment 2.4 ontariens seulement les percevaient.Enfin, en ce qui regarde l’assurance-chômage, la différence est encore beaucoup plus marquée.Toujours en 1964, et par 1,000 habitants, 44.1 québécois ont bénéficié de l’assurance-chômage alors que seulement 22.0 ontariens se voyaient dans cette situation.Et encore ici, le nombre d’assistés québécois était bien supérieur au nombre d’assistés canadiens.De tels chiffres démontrent amplement notre état d’infériorité économique.Vassalité économique Si nous passons au chapitre de la production industrielle et des investissements, les chiffres ne sont pas plus reluisants.La production industrielle atteignant en 1962, au Québec, 25.4% JACQUES GIRARD seulement de la valeur de la production industrielle canadienne, alors qu’elle atteignait 40.6% en Ontario.Les investissements du Québec, en 1964, n’atteignaient que 71.9% des investissements de l’Ontario et 25% des investissements canadiens.Point n’est besoin d’être grand clerc pour juger de la gravité de la situation.Il nous faut favoriser les investissements, ce qui ne veut pas dire qu’il faille accepter pour autant de devenir un peu plus les vassaux économiques de l’Ontario et des Etats-Unis.Il est possible de concevoir une politique intelligente et audacieuse des investissements qui, tout en nous permettant d’obtenir les capitaux essentiels à notre développement, nous assurerait aussi le contrôle de notre destinée.PAYS À BÂTIR Des statistiques de cet ordre, nous pourrions en aligner sur des pages entières.Force nous est d’admettre que loin de conduire à un sentiment d’euphorie, elles devraient provoquer une prise de conscience, qui elle-même devrait faire naître un sentiment d’urgence.Nous avons un pays à construire, et il faut le construire vite.Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre un seul instant, lorsqu’il s’agit du destin d’une nation, c’est toutes les forces vives qu’il faut mettre à l’œuvre.MAIS DÉSERT D'IDÉES Ce qui caractérise aussi le Québec actuel, c’est l’absence d’idées.On a l’impression de vivre dans un grand vide, dans un désert.Au début de la révolution tranquille, on a beaucoup parlé d’éducation, et puis, ce fut la Commission Parent et la difficile période des recommandations.Il y eu aussi la nationalisation de l’électricité.Ces deux grands thèmes furent l’objet de longs débats et de nombreuses discussions qui firent perdre conscience aux Québécois d’un éventail de proglè-mes qui leur étaient jusque là demeurés étrangers ou auxquels ils avaient été très peu sensibles.Ces discussions publiques de problèmes vitaux sont essentielles en 244 toute saine démocratie, parce qu’elles favorisent le processus indispensable de politisation de la masse.C’est pourquoi, il m’apparait vital à l’heure actuelle de lancer quelques grands thèmes.Ces thèmes devraient être d’ordre économique.Il faut sensibiliser les québécois au problème de leur infériorité économique.S’ils ont compris vite, ou tout au moins assez vite, les dangers auxquels les exposaient leur infériorité sur le plan de l’éducation et la nécessité impérieuse de modifier le système en profondeur, ils comprendront aussi, à condition qu’on leur explique, que c’est à la disparition, à l’anéantissement que les expose leur déplorable situation économique.Dès qu’ils auront pris conscience de cette réalité, ils presseront eux-mêmes pour que les mesures nécessaires soient prises et en toute urgence.LUXE DE RICHES: LE GASPILLAGE Déjà dans certaines régions de la province, régions les plus délaissées, des expériences intéressantes ont été faites et se poursuivent.Des secteurs importants de la population sont ainsi amenés à prendre conscience de leur situation et à tenter de mettre sur pied les organismes qui contribueront à l’amélioration de leur sort.Cette démarche nous apparaît essentielle.Les grandes réformes ne peuvent se faire que lorsque la nécessité absolue de les opérer est nettement perçue.Les expériences pilotes telles celles du B.A.E.Q.ou de l’opération Gaspart dans le nord-ouest québécois montrent que la population n’est pas aussi amorphe qu'on veut bien le laisser croire.Il est à souhaiter que le gouvernement du Québec à la suite de l’opération Gaspart, décide de passer à l’action.Cette opération, comme nous le disait Pierre Vennat, dans un excellent article paru dans l’édition du samedi 12 août de « La Presse », consiste en une vaste campagne d’information et surtout de discussion avec la population du nord-ouest québécois des problèmes économiques et sociaux de la région.On veut ainsi a-mener les gens de la région à se rendre compte de leur situation pour faciliter ensuite l’implantation d’une politique de planification.Le nom même de l’opération est composé des premières syllabes des deux mots : gaspillage et participation — gaspillage des ressources humaines et naturelles qui règne depuis toujours dans la région et participation — indispensable participa- tion — de la population à son évolution.D’autres expériences d’animation sociale ont été tentées, et en particulier, à St-Jérôme et dans la région du Lac St-Jean.Il serait essentiel que ces mouvements se multiplient à la largeur de la province.Malgré ces expériences isolées que nous venons de citer, la situation demeure désespéremment calme et l’acceptation de situations inacceptables demeure la règle.C’est le désert d’idées et le vide d’action.CREVER L'ABCÈS Les journaux, la radio, la télévision, les corps intermédiaires font bien peu de cas de ces problèmes.Les problèmes sociaux et économiques sont très discutés et probablement parce que leur gravité et leur complexité font peur.Il est pourtant grandement temps de crever l’abcès.Il serait essentiel que les dirigeants de « La Presse » comprennent l’urgente nécessité de donner autre chose à lire dans le domaine économique et financier que les articles édulcorés et benêts de Laurent Lauzier.Les autres journaux de la province ne se trouvent guère dans une situation plus glorieuse.OPÉRATION RÉVEIL Il m’apparaît salutaire qu’un ministre du gouvernement québécois se livre à une grande campagne d’information populaire dans le domaine économique semblable à celle que fit le ministre Gérin-Lajoie dans le domaine de l’éducation en 1962.Il serait essentiel aussi que dans les plus brefs délais le gouvernement refasse certaines lois à caractère économique.Je ne veux citer ici que la loi des compagnies et la loi des valeurs mobilières.Les deux accusent présentement des retards inadmissibles et de nature à rebuter les investissements.MYTHE DE LA PARITÉ Les syndicats se devraient aussi de parler moins de parité salariale avec l’Ontario et les Etats Unis, pour parler davantage de réformes structurelles de notre économie.La parité de salaire ne sera jamais qu’un mythe ou une réalité artificielle, tant que les bases économiques du Québec ne seront pas mieux assises.Et qu’on ne me dise pas que les ouvriers sont incapables de comprendre de tels problèmes.Les syndicats ont une lourde tâche à accomplir dans le domaine de l’éducation populaire dont ils s’acquittent plus ou moins bien suivant les secteurs.Il est indéniable que dans le domaine de l’éducation l’apport des syndicats fut très précieux.On attend le même effort d’eux dans le domaine économique.L'ÉLECTROCHOC DU 24 JUILLET La visite du Général de Gaulle, salutaire par tous ses aspects, aura eu aussi ce grand mérite de démontrer à quel point il est essentiel de parler franc, de n’avoir pas peur des mots et des idées.L’idée du Québec libre est vitale.Il ne faut pas avoir peur d’en parler, comme il ne faut pas avoir peur d’expliquer pourquoi il est essentiel d’imposer des taxes et pourquoi ceux qui prétendent gouverner et assurer le progrès du Québec et une plus juste répartition des ressources, tout en diminuant les taxes, sont des imposteurs.On accuse les Québécois de ne rien connaître aux affaires économiques et en général, on se contente de faire l’affirmation sans chercher à comprendre pourquoi il en est ainsi.Nous ne comprenons rien à ces questions, parce qu’on ne nous en a jamais parlé, et qu’on nous a toujours laissé croire que c’était là l’affaire d’un petit groupe qui s’y connaissait.L'AFFRANCHISSEMENT RÉEL Ce sentiment d’euphorie, joint à ce désert d’idées sont tragiques pour le Québec.D’ailleurs, l’un est la cause de l’autre.C’est parce que bien peu d’idées circulent que les gens peuvent se maintenir dans ce sentiment d’euphorie.La création d’un ministère comme celui des institutions financières, création, paraît-il, imminente, pourrait être l’occasion d’une campagne d’éducation populaire.Il faudrait aussi que le bureau de la planification fasse connaître ses projets et explique pourquoi la planification est essentielle.Bref, sans abandonner le débat constitutionnel, qui s’est vu donner des dimensions nouvelles par la visite du Général de Gaulle, il faudrait s’ingénier à mettre sur le marché quelques thèmes économiques.D’ailleurs, il est impossible d’isoler ces problèmes, ils sont tous liés entre eux et il ne serait pas trop tôt pour qu’une grande partie de la population découvre que le débat constitutionnel n’est pas un débat théorique, mais un débat qui met en jeu notre exitence.^ JACQUES GIRARD : Ministère des Affaires intergouvemementales, Québec. 245 ¦ rteiioi ispreciem ' DOUAMES grATou Québec \'\\V Yimrimni*} Cjb1!(.ills, aura f« L’ÂGE DE L’IMPATIENCE LIONEL OUELLET paili! 6 noli tl its pen i'en pas avoi esisen- Kiessio-poifwi ° SOLEIL ROUGE IK pi® il (« ois ifJî econo®' ouge est la face du soleil sur les continents de sommeil et noir le sol dessous les giroflées de pierre or mon pays tremblant libère xso« front de jute à la lumière ainsi N1® ,0* Ml jaillit de sa propre fange (desists villes grises sur la hanche et des chansons glacées dans sa gorge superbe il tourne fruits il tourne gerbes il tourne à l’est ses tempes blanches as* ^0 Berger sans astre, son histoire boit aux fontaines de mémoire son temps d’aïeul jaillit du cœur bleu de vieux songes et le troupeau à bout de longe mène sa grande soif y boire Après des jours satis fin sans nombre de pain durci et d’amours sombres l’arbre de douleur saigne et l’heure capitale souffle sans frein sur l’aube étale la rafale de son visage.Pays menacé d’ombre rouge front découvert — ô mains qui bougent sur des jardins désordonnés, .ijrf dans le tumulte 1(1,0,“', des hommes jetés à la route sous les regards crevés du dou- ¦JF.te — la P ' j’invente pour toi la victoire j afI-i' du soleil rouge de la gloire et11 aux deux versants de la colline où monte encore derrière des cerceaux d’aurore le cri d’un enfant inconnu.j’es1 ' Suzanne Paradis, Le Visage offensé, 1966, pp.42-45.Garneau, Québec, Il a suffi d’une courte visite du Général de Gaulle pour sortir tout le monde d’une torpeur où les « centennial celebrations » nous avaient engourdis.Par l’intermédiaire de son accueil délirant au Président de la France, le petit peuple de chez nous, par-dessus la tête de ses notables, de sa presse partisane (Le Soleil surtout) et de ses maquignons de la politique a affirmé au Canada anglais et au monde sa volonté d’autogestion et le rejet d’un certain colonialisme dont la malhonnêteté de la presse « Canadian » à l’égard de cette visite a fait une^ preuve éclatante.Maintenant, la crise est dans la place, le congrès conservateur à Montmorency Payant confirmée à qui voulait l’ignorer ; mais comment en sortirons-nous ?Si, d’une part, le Québec aspire à la souverainté, d’autre part, il semble encore désireux, d’après le sondage d’opinion qui a suivi la crise, d’accorder cette souveraineté avec le maintien de l’entité politique canadienne : est-ce la quadrature du cercle ?Beau défi, en tous cas, à l’imagination des penseurs, politiciens et administrateurs du pays.Les propos qui suivent se veulent un essai d’aligner quelques jalons méthodologiques pouvant conduire à la clef tant cherchée du problème canadien ; auparavant, toutefois, il nous faut essayer de préciser les éléments de ce problème, à partir d’une perspective québécoise puis canadienne.I - LES ÉLÉMENTS DE LA CRISE CANADIENNE Il est inutile de nous cacher que nous, Canadiens, avons été de piètres imaginatifs et créateurs politiques.Au lieu d’inventer toutes sortes d’institutions et de mécanismes qui nous auraient permis de maîtriser le développement de cet immense et rude territoire que nous avons reçu en héritage, nous nous sommes cantonnés dans l’attentisme économique et dans un juridisme paralysant qui sont aujourd’hui la cause de notre sujétion à des centres de décisions économiques extérieurs à nos frontières et la racine de notre dissension politique intérieure, entre partisans de formules constitutionnelles contradictoires.Toutefois, la conscience de cette situation et son refus par le Québec commencent à se faire jour.A Marchand qui parle de la nécessaire intégration aux circuits économico-culturels de l’Amérique, Pépin répond que les travailleurs du Québec refusent le mode d’organisation de la société américaine (voir son discours « Une Société pour l’Homme ») et l’ensemble de l’Administration québécoise affirme qu’elle conduit la Nation canadienne-française à son déclin : une civilisation qui n’est pas elle-même génératrice de sa recherche, de son édification industrielle et de son aménagement est une civilisation déjà promise à la disparition.Voilà l’enjeu fondamental de la crise canadienne : l’échec outaouais de créer la canadianité, parce que celle-ci passe obligatoirement par Québec et que ce dernier, depuis cent ans que dure le pacte des dupes, n’a jamais été autrement que toléré dans ses idées, dans sa culture et dans son gouvernement.Evanoui le rêve des Pères de créer ici une civilisation autre que celle d’outre 45°, le Québec retire son écot, décide d’assumer lui-même son destin et tente d’accéder à la souveraineté politique, si possible au sein de la Confédération ; c’est la dimension québécoise de la crise.Par sa récente offensive constitutionnelle et son incessante et inacceptable ingérence dans les affaires provinciales, via les programmes à frais partagés, le gouvernement fédéral repousse cette prétention dans la théorie et dans la pratique ; c’est la dimension outaouaise de la crise.Voyons cela de plus près. 246 A - La dimension québécoise de la crise Ces dernières années, nous avons assisté, au Québec, à la liaison entre le problème national et la politique, entre le problème socio-culturel et son expression dans la pratique et les structures politiques : « Maîtres chez nous », « Québec d’abord » n’ont été que des formules heureuses traduisant l’incarnation dans les partis et le personnel politiques des mouvements sociaux de prise de conscience et de réforme désignés par l’étiquette générale et globale de « Révolution tranquille ».Traumatisée par l’expérience du nationalisme verbal et apparemment stérile de Duplessis, et peut-être plus encore par l’horreur du nazisme qui liait faussement des valeurs nationales indiscutables avec une métaphysique destructrice et un racisme démentiel, une génération entière d’intellectuels québécois s’est naguère détournée de l’autonomie provinciale pour embrasser, par-delà une « fédéralité » essentiellement émotive, un internationalisme pour le moins irréaliste sinon encore teinté d’un ridicule messianisme.Aujourd’hui, les temps sont changés.Les valeurs nationales ont été réhabilitées et l’importance de les enraciner dans une structure politique sûre, donc québécoise, est désormais reconnue (car la prétention fédérale à représenter la culture française au Canada ne dupera jamais personne) .« J’ai mal à ma nation », pourrait être le leitmotiv de toute une école de pensée psychosociologique pour qui la personnalité politique atrophiée du Québec, telle que concrétisée par son statut juridique de province semi-souveraine, entraîne un complexe collectif d’infériorité, une personnalité dépressive et une sorte de douleur lancinante dans l’inconscient de l’homme québécois, qui vicient fondamentalement sa créativité et son courage.En bref, pour cette école, notre production intellectuelle sera handicapée tant que ne sera pas réglée la question nationale.D’autre part, l’Administration provinciale expérimente journellement la fatigue harassante et le gaspillage éhonté de son temps dans les efforts qu’elle doit consacrer à contrer les « initiatives » fédérales dans les domaines administratifs qui sont pourtant les siens propres ; cette position-remorque, à laquelle la contraint la pratique outaouaise du fédéralisme, explique en partie sa faible productivité.Pour le Québécois de la « Révolution tranquille », comme pour Malraux, la nation est le point d’appui à l’humanisme universel et non le repli sur soi, puisque pour donner il faut avoir, puisque pour dialoguer il faut s’appartenir, puisque pour participer à l’édification de l’humanité selon son style propre, il faut être souverain.Parce que la souveraineté politique n’est pas partageable entre divers niveaux de gouvernement et que seules des tâches administratives peuvent ainsi être réparties, le Québécois de 1967 se fait une idée passa- blement plus exigeante que jadis de l’autonomie de son Etat.De Gaulle aura été l’événement qui a fait déboucher la Révolution tranquille sur le plan global et canadien de la pleine souveraineté politique, de parcellaire et strictement québécoise qu’elle était.Car il faut bien scruter les réactions de la foule aux slogans gaullistes.J’y étais.J’ai été à même de remarquer la tiédeur du peuple québécois aux « Vive le Canada-français » et sa ferveur instantanée aux « Vive le Québec ».Ce n’est donc pas l’égalité du français from coast to coast qu’on a applaudie, mais l’égalité d’un Etat, au sein d’une organisation politique plus vaste, en prenant l’hypothèse le plus favorable au Canada, ou au sein du concert des nations, en acceptant l’hypothèse indépendantiste.De ces deux hypothèses, je retiens pour le moment la première à cause du sondage d’opinion dont il fut question plus haut.Dans les deux cas, cependant^ il est clair que le malaise québécois vient de passer du stade culturo-national au stade structuro-politique.J’en conclus que la Révolution tranquille doit être transcrite dans la structure politique canadienne : les Québécois veulent un Etat souverain, à eux, où ils organiseront le genre de vie et de société qui leur ressemble ; ils ne veulent plus modeler l’image du Canada tout entier, mais être chez eux au Québec, leur territoire et leur Etat.Le temps des constructions préalables, le temps des « devenons compétents » est expiré (le retrait à la chaîne des groupes québécois des organismes dits « nationaux » le montre assez).D’une part parce que, dans la structure coloniale actuelle, nous sommes toujours « incompétents », condamnés que nous sommes à nous ajuster à une pensée et une pra- tique qui nous sont étrangères ; d’autre part, parce qu’il y a assez longtemps que nous tâchons de nous donner des instruments institutionnels de notre devenir et qui ne sont jamais à point parce que la souveraineté nous manque qui pourrait seule en assurer la complète efficacité.Pour réaliser ici la société de leur choix et assumer eux-mêmes leur destin, les Québécois aspirent à la souveraineté politique, laquelle est actuellement partagée entre leur Etat et une superstructure fédérale qui représentera toujours de fait et de droit une collectivité qui leur est étrangère.Pour être saine, la souveraineté doit être l’apanage d’une collectivité homogène ; exercée de fait par une collectivité majoritaire donnée sur une collectivité minoritaire différente culturellement parlant, comme c’est le cas pour le Canada anglais sur le Québec via le Gouvernement fédéral, elle devient l’expression d’une stricte domination coloniale : la rage de la Presse « Canadian » aux propos gaullistes a éclairci l’ambiguïté de la situation et montré ce que nous pouvons attendre d’un mythique « fédéralisme coopératif » et des possibilités de statut particulier pour le Québec dans l’hypothèse du statu quo.Le problème est actuellement sans issue parce que la structure fédéraliste canadienne est fausse, par suite du partage de la souveraineté entre deux niveaux de gouvernement, selon les secteurs.Le seul fédéralisme acceptable au Québec ne peut consister qu’en un partage de tâches administratives dont les politiques auront été au préalable négociées et librement acceptées par l’Etat provincial souverain.Je reviendrai plus loin sur les modalités techniques d’une telle pratique politique.Pour le moment, il me faut, après avoir précisé ce que je crois être la dimension québécoise de la crise, dire un mot de sa dimension outaouaise.B - La dimension outaouaise de la crise L’opposition du gouvernement fédéral aux efforts du Québec d’accéder à la souveraineté est à la fois curieuse, hypocrite et contradictoire.D’une part, il évoque la constitution pour contraindre le Québec à son statut subalterne (cf.l’affaire des ententes culturelles), d’autre part il multiplie les ingérences dans le domaine provincial, via les programmes à frais partagés ou même sans utiliser cet écran protecteur (cf.l’affaire du Vieux Montréal).Concernant la constitution, il m’apparaît qu’une certaine démystification s’impose.D’abord parce que le droit n’étant qu’une superstructure qui n’a de signification que comme reflet d’une situation politique objective, le texte constitutionnel n’a aucune valeur sacrale intrinsèque ; ensuite, parce que le respect ou le viol de la pratique constitutionnelle n’ont pas non plus de signification en eux-mêmes : cette signification, c’est l’acte politique violateur qui la leur confère.Par souci de réalisme et pour ne pas s’enfermer dans un carcan constitutionnel dépassé et au demeurant stérilisant, il faut admettre honnêtement et ouvertement la primauté de la politique sur le droit.La recherche d’un nouveau pacte confédératif, s’enracinant dans le rapport réel des forces politiques, dans l’évolution des intérêts réciproques, dans le raffinement du dialogue et l’imagination institutionnelle, me paraît infiniment plus prometteuse de satisfaction, de bien-être et même de cohésion nationale que le blocage psychologique et politique vers lequel les attitudes butées des politiciens fédéraux du genre Trudeau, Marchand et Chrétien nous acheminent lentement.Du reste, la nouvelle fièvre consti-tutionnalisante d’Ottawa a de quoi surprendre et choquer les observateurs québécois du cirque outaouais.C’est surprenant de la part d’un gouverne- MfflK SmcM laiîoi i pie [ N l'a Kl» mit fui n’avait tek Viitlt p; IJiéec, titille j tfcpr» JÉiitl soit doi petal, Ni ii 1® ie i tepc pire, talion lotte M», Pouvoir fa ti0 ktied, tesîfc ttoati.lam s H, % de ^ ^Miliq %» bSii Pis J11' 'te 247 is; d'iu .ftnent qui ne s’est jamais embarrassé de i ' | l’entrave constitutionnelle et qui s’est toujours estimé légitimé de dépenser ou '111 de réaliser directement dans des do-" maines administratifs strictement pro-vinciaux (éducation et ressources), sous prétexte que ses parlementaires lui votaient des fonds ou que la Cour Su-IÊ |jj [il prême (son organe juridictionnel pro-|el]idestin pre) l’autorisait à outrepasser à la sou-'let veraineté de la Couronne provinciale, pourtant clairement établie dans K l’A.A.B.N.et que la Cour impériale ell£[at0( n’avait jamais mise en doute.C’est sur-(ljyjt tout très choquant, quand on est qué-giG becois, de constater que cette fièvre iœd'li vient précisément au moment où le djjg Québec, enfin sorti de sa torpeur juri-|.£0[1[,j dicisante, se met à imaginer pour lui-.même des organismes (délégations) et ( .j.l; des processus (ententes scientifiques et ' i jjjj culturelles) dont d’autres provinces se sont dotées avant lui.Le raidissement ,r, Çfédéral, au titre de la constitution, me "j i l, paraît une mauvaise stratégie politique qui ne peut qu’envenimer l’abcès cana-j.jp.dien et qui est, au surplus, mystifica-‘ trice pour le Canada anglais, lui laissant , [0.croire, parce que les protagonistes (ou pions de l’échiquier) sont canadiens ' fror»r*oîc /-iu’ilo onf /-i n al /~i 11 * ifliiiiïP0: français, qu’ils représentent quelque ;'.j chose du Québec d’aujourd’hui.K f 1: Marchand, Trudeau et Pelletier ; ma ssj génération qui peuple déjà l’Adminis-jliso# (ration et l’Université, ma génération je S®)® |à moi n’a rien de commun avec eux.sealtf’ Ces gens-là ont été marqués par leurs {Bel*11 luttes antérieures contre les mauvais démons de la société québécoise ; leur lfS ail®1 anti-duplessisme et leur inimitiés person-p»®1 nelles avec des gens actuellement au ijl s# pouvoir à Québec, nous on s’en fout, lir[ejn»> c’est trop vieux pour nous et ça fait dif partie de ce qui grouille, grenouille, etc.'S’ils ont été des héros pour ceux qui nous ont précédés, pour nous ils ne sont aiiÇC rien, s’ils ne nous traduisent pas à Otta-is wa.Or, que voit-on chez ces nouveaux doctrinaires du constitutionnalisme verbal à tout prix ?l’expression d’un désir systématique de contrer le mouvement dynamique d’un Québec en expansion et dont les aspects institutionnels ne sont pour lui que des corollaires.Je ne dis pas que, d’un point de vue fédéral, le gouvernement central n’a pas intérêt à établir un dialogue soutenu avec iQuébec, au chapitre de ses relations el jii avec l’extérieur ; je dis simplement que J(ji# p’est pour lui une très mauvaise straté-,[ii# gie de se gendarmer et de fulminer les „ (anathèmes : indépendamment des idéo-.ÿÿ' logies et des légitimités qu’on croit avoir :;1' en politique, il ne faut pas perdre le sens de la conjoncture.Bien sûr, c’est beaucoup demander à Pearson ! Ces politiques se dessinaient déjà sous Lesage mais c’était un ami et il n’avait pas commis d’essai sur le fédéralisme ; aussi Ottawa préférait-il alors parler de « fédéralisme coopératif » que de soulever délibérément la question constitutionnelle.Si le mythe est l’explication d’une situation par de fausses raisons, la fièvre actuelle d’Ottawa, autour d’un problème dit constitutionnel alors qu’il est politique, est un processus de mystification en plein enfantement.Au « trudeauisme », je préfère les positions fi'1" »»> £ y .c/ y CRI DU CŒUR le pays que je travaille pour est un câlisse un enfant de chienne de nous maudire icitte sans une bougrine sans un ancêtre sinon le nôtre hostie d’humus ma jeunesse a crissé la camp comme un voleur emportant tout sinon des dettes et des cassures à réparer sémantique du blasphème et de l’injure rien d’autre n’avons-nous sinon perclus au fond des tripes entêté jappant sans cesse le cri bêlant d’un pays à naître Gérard Godin, Les cantouques, Parti pris, Montréal, 1967, p.9.franches d’un Robarts qui permettent d’espérer des solutions négociées, parce que ces positions donnent les problèmes pour ce qu’ils sont, sans jésuitisme.Parallèlement à cette soudaine « ins-titutionnalite », le gouvernement fédéral ne craint pas de s’embarquer dans l’activité provinciale au moyen de « programmes conjoints » de plus en plus exhaustifs (santé, A.R.D.A., institutions financières, etc.).C’est illogique certes, mais au fond il n’y a là rien d’étonnant puisque de tels mouvements sont en accord avec l’évolution de l’Etat moderne.Au Canada comme ailleurs dans le monde, l’Etat cherche à planifier l’activité économico-sociale, pour toutes sortes de bonnes raisons que je n’ai pas à expliquer ici.Ce qu’il faut voir, c’est que la volonté planificatrice des gouvernements fédéral et provinciaux repose systématiquement le problème du fédéralisme canadien et le défie dans ses fondements eux-mêmes.En effet, la Confédération a été pensée à l’époque de l’Etat-gendarme et du laissez-faire et c’est depuis l’adoption des conceptions du « Welfare State » et du Rapport Rowell-Sirois (qui en a été la première transcription politique) que le malaise canadien s’est considérablement précisé.Il est certain que la planification globale en est rendue difficile de conception et d’exécution, par suite du partage constitutionnel des compétences dans les domaines qui constituent précisément les armes gouvernementales de la planification.Sauf le commerce extérieur, et les études, et la fiscalité, et le crédit, et le secteur industriel et commercial public, et la réglementation administrative sont, à des degrés divers, des instruments manipulés par les différents niveaux de gouvernement.Aussi bien la planification véritable (je ne dis pas la programmation) est-elle actuellement impossible pour chacun d’eux pris isolément et c’est ce qui a motivé la technique bien canadienne de gouvernement que sont les programmes à frais partagés.Québec a constamment refusé une telle technique.Dans la mesure où de tels programmes sont conçus unilatéralement par Ottawa et soumis en ultimatum aux provinces, il faut admettre que les réticences québécoises sont justifiées.On l’a vu par le programme relatif à l’enseignement technique et celui qui est appliqué par la Société Centrale d’Hypothèque et de Logement, ces pro- grammes aboutissent à déterminer des priorités d’action qui ne sont pas nécessairement celles du Québec et à fixer des conditions de participation qui reflètent automatiquement une philosophie, une culture et un mode de vie.Ces derniers, qui ne sont sûrement pas uniformes au pays et ne doivent sans doute pas l’être, soulèvent des difficultés d’application considérables.Non seulement les programmes de conception outaouaise sont-ils le plus souvent inadéquats à la situation objective québécoise et, pour cette raison, politiquement indésirables, mais encore, ils introduisent dans le fonctionnement de l’activité gouvernementale des distorsions scientifiquement déplorables et administrativement insupportables.Par le biais des conditions assorties aux programmes à frais partagés, l'administration fédérale se trouve introduite dans la préparation des plans provinciaux de réalisation et dans les processus administratifs internes d’exécution des projets.Cette situation est fondamentalement malsaine parce que génératrice de tensions inutiles entre les diverses administrations.Rejeter les modalités actuelles des programmes à frais parta-gés ne veut pas dire qu’il y a pas de rôle fédéral désirable et que des techniques adéquates de fonctionnement fédératif ne peuvent être imaginées : il y a là simplement un « challenge » à l’imagination des politiciens et administrateurs, politicologues et économistes de notre pays.Il semble que l’heure qui marque le centenaire du Canada soit aussi pour lui celle du dépassement d’un statu quo frileux et d’un constitutionnalisme idéologique et stérile.A l’époque de la cybernation, où le caractère fonctionnel du moindre objet utilitaire constitue son principal argument publicitaire, nous devons peut-être tenter de penser la politique en termes moins amateuristes que ne l’ont fait les Pères de la Confédération et nous efforcer d’imaginer des méthodes d’évolution qui soient réalistes, fonctionnelles et dynamiques.La planification négociée des activités gouvernementales provinciales et fédérales me paraît être cette méthode permettant de créer l’avenir du pays, à condition, toutefois, que le Canada anglais (et Ottawa, son porte-parole) acceptent le Québec tel qu’il est, qu’ils le laissent décider de son genre de vie, de ses priorités et de ses amours. 248 II - VERS LE DENOUEMENT DE LA CRISE Si Ottawa ne s’était pas plus ingéré dans les affaires provinciales que Québec dans les affaires fédérales (du moins jusqu’à l’affaire des ententes culturelles), il n’y aurait pas de crise constitutionnelle.C’est évident.Ottawa argue qu’il n’a pu faire autrement, que la pression du Canada anglais était irrésistible, que le bien-être suprême des citoyens commandait son action, etc.(on sait la chanson).Peut-être ! Mais alors il faut reconnaître la constante opposition du gouvernement de Québec, quel qu’y soit le parti régnant, et traiter ce gouvernement pour ce qu’il est, c’est-à-dire le représentant d’une collectivité distincte du reste de la collectivité canadienne, homogène et décidée à maintenir ses caractères distinctifs, quel qu’en soit le prix économique et social.Québec veut son genre de vie à lui, ses priorités ne sont pas celles de l’Alberta (St-Paul, projet du centenaire payé par tout le Canada et inauguré par un ministre fédéral : une piste d’atterrissage pour soucoupes volantes ! ! !).Québec a un porte-parole qui a toujours soutenu le même langage, Ottawa n’a donc qu’une chose à faire s’il veut continuer son action au Canada anglais et faire taire Québec : la déduction fiscale, et on n’en parle plus.C’est pourtant simple ! Mais la majorité des Canadiens-anglais sont butés ! Au fond, le gros problème c’est leur impérialisme : ils veulent nous faire vivre selon leurs manières, avec leurs goûts, leur « opportunities ».Ils n’ont pas encore compris que c’est précisément ça qu’on ne veut pas, parce que ça serait pour nous changer d’âme.Et la crise continue de se congestionner un peu plus chaque année, sans qu’on prenne garde au danger.Il y a pourtant des points de repère : le retour de l’Union Nationale, l’ouverture du Québec sur l’extérieur, le triomphe offert par la population à de Gaulle ; mais les « Canadians » ne veulent pas voir : leur presse menteuse dans l’affaire de Gaulle, leurs replis d’autruches à Montmorency, leur choix délibéré des extraits faisant leur affaire dans les discours prononcés par les nôtres (Drapeau).Enfin, on n’en finirait plus d’énumérer les cas de bêtise, de mauvaise foi, de falsification des faits.Beaucoup de Québécois s’en aperçoivent et deviennent sceptiques sur l’utilité du dialogue.Aussi l’idée se fait-elle jour, petit à petit, que nous sommes, Canadians et Québécois, dans une structure politique génératrice de conflits artificiels, inutiles et dangereux, et qu’il faut la retoucher, de manière que chacune de ces deux collectivités puisse suivre son destin propre sans nuire à l’autre, tout en restant reliées entre elles par des rapports souples, sains et libres.Confédération ou néo-fédéralisme, je ne sais la formule.Ce que je sais, c’est qu’il y a deux problèmes à résoudre : 1 — Que le Canada anglais nous ac- cepte et accepte que nous soyons nos propres maîtres ; 2 — Que la structure et les pratiques conflictuelles d’aujour- d’hui soient remplacées par d’autres techniques plus fonctionnelles et partant plus saines et plus efficaces.A - Que les « Canadians » acceptent un Québec souverain De toute façon, et il importe ici de le constater, ce n’est pas l’unité canadienne qui est mise en cause par les efforts québécois critiqués par les tenants outaouais du statu quo mais un style de fédéralisme auquel ils sont historiquement habitués, de même qu’un mode d’organisation et des procédures politiques périmées.Les tenants du fédéralisme à la King •—• St-Laurent veulent astreindre à l’uniformité juridique le développement de toutes les provinces, sans tenir suffisamment compte de leurs objectifs variables, de leur diversité culturelle et de leur disparité économique.Cela m’apparaît peu réaliste, peu courageux et dangereux car les temps sont changés, Québec n’étant plus l’enfant sage de naguère et les techniques socio-politiques s’étant suffisamment développées pour permettre la diversité dans l’union.Québec s’est donné un personnel administratif et des moyens Institutionnels lui permettant d’aspirer à de nouveaux objectifs.Quand ces objectifs sont considérés comme vitaux, ainsi qu’on le voit actuellement, il faut craindre de les contrer brutalement.Une collectivité homogène dans sa composition et unanime dans ses objectifs ne saurait être matée sans de graves périls.L’époque du désaveu et des oukases étant révolue, le personnel politique d’Ottawa devra s’habituer à consulter le personnel politique provincial, à discuter et négocier les objectifs politiques du pays, aussi bien entre parlementaires, par-delà les allégeances partisanes, qu’entre administrations des deux niveaux, par-delà les structures juridiques formelles.Ce à quoi doivent tendre les Canadiens clairvoyants, raisonnables et adultes, c’est à l’établissement d’une direction nationale souple et acceptée des provinces.Une telle recherche conduit non pas à la balkanisation du pays, ainsi que veulent nous le faire croire les esprits arrêtés, mais à un nouveau style de gouvernement et d’arrangements politiques qui ne demandent en somme qu’un peu de souplesse mentale, d’imagination créatrice, de compétence admi- nistrative et de bonne volonté politique.Par ses techniques d’expression, de négociation et de réalisation, la planification me paraît être l’outil de renouvellement politique dont nous avons besoin et la voie vers le fédéralisme de demain, du reste déjà préparé par le concept du « fédéralisme coopératif ».Ce concept n’ayant pas été explicité, il nous appartient, à nous Canadiens du deuxième centenaire, d’en inventer les modalités de fonctionnement qui seront, à ce que je crois, en dehors des sentiers battus et des formules éculées des auteurs classiques.Ce peut être à la fois le défi et la contribution canadienne à la science politique que d’inventer un fédéralisme fonctionnel et non plus juridique.Québec ayant retrouvé confiance en lui-même et affirmant actuellement son dynamisme avec la joie et la soif de l’adolescence, on doit s’attendre à ce qu’il constitue encore quelque temps une source de dérangement pour un Canada qui a trop tendance à s’intégrer à la pensée et aux réseaux d’échange du pays voisin et à s’accomoder de sa domination économique et culturelle.Exposé par sa propre situation à se trouver inconfortable le Québec peut même représenter pour le Canada un constant facteur d’interrogation, de vigilance et de renouvellement politique : ce peut être agaçant mais c’est une contribution précieuse qu’il ne faut pas neutraliser.Pour la conserver, il est peut-être moins besoin d’une armature juridique spéciale du type « état associé » que d’une pratique gouvernementale appropriée, permettant aussi bien l’épanouissement des provinces selon leur volonté respective que le maintien de l’unité nationale : la déduction fiscale automatiquement consentie sur demande provinciale suffirait à résoudre le problème.Par conséquent, le rôle fédéral est à repenser et ce peut être une enivrante aventure humaine et intellectuelle que de s’y attaquer.Du moins, n’est-ce seulement après la liquidation des situations conflictuelles de l’heure que le Canada trouvera enfin la paix intérieure.1 ment r as loi puer a résoi [toiles.B - Que soit instaurée au Canada une nouvelle pratique gouvernementale Il y a lieu, au Canada, d’approndir la théorie et le fonctionnement du fédéralisme en dehors du carcan juridique constitutionnel et de la vision traditionnelle que s’en font les auteurs macropolitiques du genre K.C.Wheare.Selon la ligne fonctionnelle de pensée qui m’apparaît la seule prometteuse de solutions applicables à la situation canadienne, je veux proposer à votre réflexion que la planification, comme technique gouvernementale, pourrait bien contenir les avenues d’une pratique gouvernementale nouvelle et adéquate à 249 ir faite s et pi politfî OU, de K planiSta tetoJvsle m teoii [in [ooeept du i gplicité iiditnî ' K# (jiiiïWdi iBiilti't’ ; des !,J-ils Its iveatet 10 P orn é ®]1 utltWl lai«eî iieot acco»* : (I ^ jiBitie5 Ijaitee ïeC^' eiiÜ’ BIO® ii fs* laid |10i ivfî,ilJ 1^‘Ï ji»stli vera" (t# ln'Ljti» notre situation car les perspectives fonctionnelles de gouvernement auxquelles nous conduisent les techniques de la planification auraient l’avantage sur le droit constitutionnel de renouveler de fond en comble la politique canadienne, de la sortir de ses frustrantes impasses juridiques et de l’adapter aux facteurs réels du devenir national.La détermination des objectifs politiques obéit, comme la planification, à un processus cybernétique : elle procède de l’identification des besoins sociaux vers les objectifs gouvernementaux, en passant par les conditions d’élaboration de ces objectifs.Au cours de cette élaboration sont faits certains choix opérationnels portant sur les finalités sociales, la répartition politique des tâches et la participation technique aux prises de décisions ; ces choix sont à leur tour effectués par divers opérateurs comme les collectivités locales, le gouvernement-parti-administration et les groupes sociaux.Des opérations, des opérateurs et des processus opérationnels, voilà les éléments abstraits de l’évolution politique et ce sont précisément les facteurs matériels du processus fonctionnel de la planification.Aussi suis-je porté à croire que les techniques de la planification pourraient nous inspirer de valables méthodes de gouvernement, capables de s’adapter à toute conjoncture et, par conséquent, aptes à résoudre les tensions politiques actuelles.Pour illustrer cette ligne de pensée, prenons un cas concret : l’eau.Ottawa nous prépare actuellement un programme à frais partagés du genre A.R.D.A.L’effet politique et administratif de tels programmes est d’introduire le fédéral dans les compétences et activités provinciales puisque, en effet, Ottawa, par le biais de l’approbation des projets mis de l’avant dans le cadre général d’une telle entente, se trouve à s’introduire dans le travail administratif provincial en fixant des normes, jugeant des priorités entre divers projets, déterminant des procédures et fixant des répartitions et modalités de financement.Or l’administration des ressources est une compétence provinciale.Par conséquent, en plus de constituer un stress administratif, le projet d’ARDA-eau est politiquement inacceptable au Québec.Toutefois, si le gouvernement fédéral veut y jouer un rôle, au nom des intérêts supérieurs du pays, il y a peut-être moyen de l’imaginer de telle manière que son désir de voir démarrer une politique de l’eau soit satisfait, sans pour autant lui permettre de s’immiscer indûment dans ce secteur administratif provincial.C’est de telles recettes gouvernementales que la méthodologie de la planification peut nous révéler.Voyons cela de plus près.Les activités des services publics s’occupant de l’eau peuvent se grouper comme suit : 1 ) les actes de puissance publique (réglementation, aménagement, stimulants fiscaux et financiers, recherche et formation) ; 2) la gérance du domaine de l’Etat ; 3) l’approvisionnement-disposition des eaux de consom- mation ; 4) le règlement judiciaire des litiges.De ce nombre, le premier groupe d’activités doit être centralisé alors que les autres peuvent être décentralisés avec avantage.Les actes du premier groupe (que j’appelle actes de puissance publique) se subdivisent à leur tour, d’un point de vue administratif, en opérations de conception, d’exécution, de coordination et auxiliaires : conception et exécution (ou planification et aménagement) constituent indiscutablement des rôles primaires qui ne peuvent être partagés entre divers niveaux de gouvernement ; il en va différemment de la coordination et des activités auxiliaires (recherche, normalisation, formation, financement) qui sont des rôles secondaires susceptibles d’être répartis ou assumés conjointement par des niveaux différents de gouvernement.Pour satisfaire aux exigences et contraintes naturelles de la planification, à la place d’un programme du type ARDA que nous prépare le ministère de M.Pépin et dont la logique est de faire participer le fédéral à des réalisations concrètes (ce qui l’entraîne dans la gestion directe ou indirecte de la ressource, domaine provincial, bien entendu), ne pourrait-on concevoir l’effort fédéral comme une participation à la charge que représente pour les provinces la conservation et l’aménagement de cette ressource ?On peut imaginer une technique de calcul de la subvention objectivement nécessaire et proportionnellement juste que le fédéral pourrait verser aux provinces aux titres de l’irrigation, du drainage et de l’épuration.L’inventaire des terres à irriguer ou drainer ainsi que le relevé des rejets municipaux et industriels permettraient d’établir, par province, un système de points auxquels elles auraient scientifiquement droit, à chacun de ces titres.En multipliant les points accumulés par la population réelle, on pourrait déterminer un montant de subvention juste et ne privilégiant pas les provinces industrialisées aux dépens des provinces agricoles ou inversement.Une telle méthode évite le problème épineux de discuter de la priorité de tel projet dans une province donnée, plutôt que tel autre dans une autre, problème économiquement insoluble puisque c’est au niveau du bassin quûine étude bénéfice-coût a du sens.Bien sûr, la subvention fédérale une fois calculée, scientifiquement réaliste et politiquement juste, peut être soit versée inconditionnellement sous forme de déduction fiscale, soit attribuée conditionnellement à un organisme autonome de réalisation, qu’il soit provincial ou mixte (les trois niveaux de gouvernements).Par un tel système, le gouvernement fédéral atteindrait les buts qu’il se propose (démarrage d’une politique de l’eau et péréquation pour que tous les Canadiens bénéficient des mêmes services) sans pour autant pénétrer dans l’administration de ce secteur (qui n’est pas de sa compétence) et sans bouleverser les structures ou processus administratifs provinciaux.En bref, les méthodes de la planification appliquées au cas de l’eau (j’ai pris celui-là parce que je le connais mais tout autre cas de ressource aurait pu servir d’exemple) me permettent de suggérer les généralisations suivantes, en ce qui concerne le rôle fédéral tel qu’il serait acceptable au Québec.Délaissant absolument la gestion-réalisation et, par conséquent, abandonnant la technique des programmes à frais partagés, le gouvernement fédéral devrait se spécialiser dans les fonctions suivantes : 1 — la fonction d’orientation-animation, à titre d’état-major du pays, promoteur des intérêts pan-nationaux ; 2 ¦— la fonction d’harmonisation et de complément aux politiques provinciales, à titre d’agent de liaison interprovinciale ; 3 — la fonction de péréquation des chances et des moyens, à titre de responsable de la justice distributive pour l’ensemble du territoire ; 4 — la fonction de fiduciaire de services communs pour les tâches dépassant manifestement le rayon d’action provincial, comme la politique monétaire ou extérieure, auxquels cas cependant les politiques dites « nationales » seraient négociées par tous les gouvernements dans une perspective de polysy-nodie et non régale comme c’est actuellement le cas.* * * Le monde évolue vers une civilisation volontariste, technicienne et collective et plusieurs pays ont adopté la planification comme méthode d’ajustement interne et d’insertion dans les nouveaux réseaux mondiaux de production : le succès de la Communauté Economique Européenne ne s’explique pas autrement.Au Canada, l’armature territoriale, l’infrastructure industrielle et les réseaux de commerce font souvent du pays une mosaïque dont les parties ont des échanges plus considérables avec l’extérieur qu’entre elles ; aussi les problèmes d’identité et d’unité nationales se posent-il avec acuité.Plus que tout autre, en effet, l’histoire canadienne est l’expression d’une volonté politique, depuis la construction des chemins de fer jusqu’à celles des pipelines, au point que certains auteurs parlent du « non-sens de l’entité canadienne ».Par conséquent, l’avenir de ce pays ne va pas de soi : il faudra continuer de le construire, collectivement et avec des méthodes appropriées à notre époque du fonctionnalisme heuristique et de la cybernation.L’activité raisonnée (ou planifiée) des gouvernements désormais désireux de modeler l’avenir, a précipité, depuis quelques années, le fédéralisme canadien dans un état de crise dont la solution ne viendra pas tant du droit constitutionnel que des techniques mêmes de l’art de gouverner, auxquelles nous conduit le processus fonctionnel de la planification.A LIONEL OUELLET : Professeur au département de science politique, Université Laval. 250 - MISSIONS POLITIQUE ÉTRANGÈRE PAUL PAINCHAUD Jusqu’à une époque très récente, les processus internationaux se caractérisaient principalement de deux façons : la politique étrangère avait sa substance propre — les affaires diplomatico-militaires — et les Etats étaient pratiquement les seuls « acteurs » du système international.Cette situation est en voie de changer.La politique étrangère n’a plus un caractère aussi déterminé.Le développement des communications lui a donné un contenu très diversifié, qui couvre à peu près tous les secteurs de la vie en société.Mais surtout, de nouveaux acteurs internationaux sont apparus.Les organisations internationales, tout d’abord, puis des groupes non-gouvernementaux, ou para-gouvernementaux, exercent parallèlement à l’entité étatique un rôle de plus en plus considérable dans les rapports internationaux.Enfin, en perdant le monopole du jeu international, l’Etat a perdu aussi celui de l’exercice des fonctions diplomatiques : les alliances, les communautés, les organismes internationaux, ont très souvent des politiques étrangères autonomes, distinctes de celle des Etats.Tout se passe donc comme si des « paliers », ou des niveaux, étaient en voie de se créer dans l’élaboration et la gestion de la politique étrangère.Ce phénomène trouve son équivalent sur le plan interne dans la multiplication des agences administratives qui traitent directement de problèmes internationaux.LES RELATIONS INTERNATIONALES DU QUÉBEC C’est sur cet arrière-fond, esquissé ici d’une façon sommaire, qu’il faut situer le problème des relations internationales du Québec.En termes strictement juridiques, la position du Québec est assez défendable.La doctrine juridique classique, qui repose elle-même sur une certaine vue du système international, s’oppose à ce que soit brisé le monopole diplomatique des Etats.Cependant, considérée à la lumière de l’évolution globale des rapports internationaux, la thèse internationale du Québec apparaît, sinon comme orthodoxe, du moins comme tout à fait défendable.Pour cette raison, et dans la mesure où elle correspond au vœu général de la population, pourquoi ne deviendrait-elle pas à son tour créatrice de droit ?En fait, rien ne s’y oppose, sinon une intention politique contraire.Les arguments juridiques d’Ottawa, en effet, sont sans doute valables, mais ils n’ont rien d’absolu.Comme bon nombre de thèses constitutionnelles, ces arguments tiennent d’abord à une conception particulière de l’ordre politique — à laquelle, bien sûr, le Québec répond de son côté par une autre.Le droit strict, dans les circonstances, ne saurait donc être le critère premier pour décider du problème.Une autre démarche s’impose, dont l’élément principal, à mon sens, devrait être l’analyse sociologique des rapports internationaux.A cet égard, on ne voit pas pourquoi des « niveaux » ne pourraient pas être créés dans la gestion de la politique étrangère du Canada, celui-ci devenant, dans ses relations avec le Québec, une « communauté » à l’image de celles qui sont en voie d’apparaître à l’échelon international proprement dit ?Certes, de nombreux obstacles devront être franchis avant que cette communauté puisse être traduite en termes juridiques précis, et l’ambition nationaliste à la base même de l’Etat fédéral n’est pas le moindre de ces obstacles.Mais le problème canadien est-il autre chose, désormais, qu’un problème « international », et le relativisme structurel qui se dessine dans les relations internationales, ne pourrait-il pas également être utilisé pour le résoudre ?Tant que le système international était lui-même rigide, une telle démarche aurait été impensable.Mais à partir du moment où apparaissent d’autres formules d’intégration et d’aménagement des fonctions diplomatiques entre les entités étatiques, rien n’interdit au Canada de s’engager dans un processus similaire.UNE RECHERCHE S'IMPOSE Dans l’immédiat, il serait cependant prématuré de définir avec précision les juridictions internationales respectives du Québec et d’Ottawa à l’intérieur de cette communauté.Et ceci, à mon sens, parce que d’autres recherches fondamentales n’ont pas encore été entreprises, notamment au sujet des vertualités du « développement politique » au Québec.Dans une communication récente au Devoir sur les problèmes constitutionnels canadiens, Monsieur Marcel Faribault soulignait fort justement l’absence de critères dans les discussions actuelles sur le partage des pouvoirs entre les deux niveaux de gouvernement.Malheureusement, ici encore, la démarche juridique s’avère insuffisante.Le droit constitutionnel ne peut tout au plus fournir que les données existantes du fédéralisme, tel qu’il se pratique un peu partout dans le monde.Il est absolument incapable de saisir le problème dans ses aspects les plus dynamiques, à savoir : essentiellement la nature et l’étendue des instruments sociaux dont le Canada français doit s’équiper pour préserver sa culture propre, dans le contexte très particulier qui est le sien.Cette question fondamentale n’a fait jusqu’ici l’objet que de réponses intuitives et partielles.Mais s’il est vrai que pour survivre une culture doit déboucher sur un ordre de civilisation, c’est-à-dire s’incarner dans un certain nombre d’institutions sociales bien à elle, il faut alors se demander à quel palier de la vie collective ces institutions doivent se situer.Et comme à notre époque toute la vie sociale s’articule profondément à la vie politique, il faut également s’interroger sur le type d’institutions politiques à mettre sur pied. ¦nnHiHiHiiii E ÜD eais i K «(»• tioœ avK s qui sont mut il! tliis a'*1 unes j«-mèiui la Mais la |U'U0 pt°' jUisi^' IjasiS1' le ))«»* ele aurai1 je#; ectirts fi" #¦ ® Ijiuiutai"’ iUjilJs W.P ,:;»»¦ A ces questions nous ne pouvons, à mon avis, apporter une réponse ferme qui, au delà des idéologies (même celle de l’indépendance), reposerait sur une recherche sérieuse.Il y a donc là une tâche urgente pour toutes les sciences sociales du Québec et les études sur le développement politique dont précisément les principales perspectives de recherche concernent le problème de l’instrumentalité culturelle.Au sujet des relations internationales du Québec, un fait mérite cependant d’être souligne.Jusqu’à tout récemment, le dynamisme et le progrès des sociétés se forgeaient à l’intérieur des cadres de l’Etat, souvent même sous l’impulsion directe de ce dernier.Désormais, ce dynamisme puisera partiellement son inspiration et sa vigueur dans l’évolution même du système international.Une « société » internationale, en effet, est en voie de formation, qui aura ses propres traditions et instruments d’expansion.Le développement de la coopération et des organismes internationaux n’est qu’un aspect de ce phénomène.Aucune culture par conséquent, à moins de se confiner à une existence folklorique, ne peut renoncer à participer à l’élaboration de ces forces nouvelles qui détermineront profondément la civilisation de demain.UNE COOPÉRATION POSSIBLE AVEC OTTAWA Quels que soient les prétentions du gouvernement fédéral à représenter à l’étranger les intérêts du Canada français et ses efforts pour proposer une image biculturelle du Canada, c’est le réalignement des forces politiques dans le monde qui justifie le rôle international du Québec.A un certain niveau des affaires internationales, les Québécois n’ont pas vraiment d’intérêts spécifiques à défendre sur le plan diplomatique.A cet égard, leurs intérêts coïncident avec ceux de toute la « communauté » canadienne, dont ils partagent la précarité.A un autre niveau, cependant, celui-là même qui a justifié la création de l’Etat du Québec, les Canadiens français ont un intérêt certain à assumer eux-mêmes, et par cet Etat, leurs responsabilités internationales.Loin d’ailleurs d’affaiblir la politique étrangère canadienne, un tel arrangement ne ferait que la renforcer, en la débarrassant de toutes les ambiguïtés dont le « biculturalisme diplomatique » a fini par l’encombrer.Libérés de l’hypothé-que québécoise, tous les Canadiens pourront se retrouver dans la poursuite d’objectifs diplomatiques nets, que seul le contexte politique international justifiera.251 POUR UNE VÉRITABLE POLITIQUE INTERNATIONALE DU QUÉBEC Dans ces conditions, et n’ayons pas peur des mots, une véritable politique étrangère du Québec peut naître dans les domaines de sa compétence.Il me paraît important de souligner, cependant, trois préalables à l’efficacité de cette politique étrangère.Le premier d’entre eux me semble être le respect intégral de la diplomatie fédérale.Rien ne serait plus nuisible à l’essor international du Québec que de mêler ses politiques extérieures à des débats diplomatiques qui seront du domaine réservé d’Ottawa.En agissant ainsi, le Québec compromettrait le capital de sympathie internationale que ses efforts lui vaudront au niveau de sa propre juridiction.Mais surtout, il rendrait très aléatoires les politiques de coopération qui seront l’objet essentiel de son activité internationale.En d’autres termes, le « parapluie » canadien doit être accepté sans équivoque.D’autre part, l’activité internationale du Québec devra déborder largement les cadres du monde francophone.S’il est nécessaire que s’établissent entre le Québec et la France des liens très intimes qui conduisent à une sorte de Commonwealth, s’il est également opportun d’approfondir la coopération avec tous les pays de langue française, il serait préjudiciable au Québec de s’en tenir à cette seule dimension de la vie internationale.C’est à l’ensemble du monde moderne, à sa gestation continuelle dans tous les domaines et dans tous les pays, que le Québec doit participer.Enfin, une politique internationale québécoise ne saurait avoir d’autre fondement ni d’autre source que le dynamisme interne de l’Etat.Les relations extérieures du Québec ne seront jamais un substitut à des politiques conservatrices.Or c’est bien là le danger qui guette un peuple faible et démuni comme celui du Québec : le danger de l’évasion en face des réalités intérieures premières.L’urgence de certaines tâches sur le plan linguistique, social, économique et culturel, commande donc que les politiques internationales du Québec se développent en rapport très étroit avec la planification intérieure, dont elles devraient d’ailleurs n’être qu’une dimension.C’est à ce prix d’abord qu’une politique étrangère québécoise sera efficace.A PAUL PAINCHAUD : Professeur au département de science politique, Université Laval.'.il M'\ ii# ¦ (O»- ;> e# CONTRIBUTION DU «DEVOIR» Fin juin, à la veille du congé du premier juillet LE DEVOIR faisait paraître un numéro spécial qui mériterait d’être repris sous forme de volume.On y trouvait un ensemble d’études et d’analyses remarquablement bien informées sur l’avenir du Québec à partir de l’hypothèse d’un statut particulier.Cet effort de recherche considérable n’a malheureusement pas connu tout le retentissement qu’on eût espéré.Pour ne parler que de la presse an- glophone, celle-ci quand elle ne t’a pas carrément passé sous silence, a donné des interprétations souvent très sommaires de cette recherche.On pourrait citer au moins sept à huit études d’une très haute tenue, rédigées par des spécialistes éminents et compétents.La plupart des analyses incitent à des réflexions très constructives.Le directeur Claude Ryan a lui-même formulé un programme cohérent d’une rigueur, d’une lucidité et d’une précision rare- ment égalées.A la veille de la tenue des Etats généraux on souhaiterait que ces textes soient présentés et réunis sous la forme d’un volume compact et facilement maniable.Il n’est certes pas fréquent que l’on dispose d’une somme d’informations aussi documentées.Toutes proportions gardées ce recueil d’analyses serait comparable aux rapports préliminaires de certaines enquêtes gouvernementales, et des meilleures. 252 Il y a quelques années des « définisseurs de situation » comme Michel Brunet ont inventé le mythe de l’agriculturisme.Que n’avait-on écouté les prophètes isolés comme Erroll Bouchette qui nous invitaient plutôt à nous emparer de l’industrie ?Sans doute le Canada français a-t-il manqué la révolution industrielle, mais l’agri-culturisme en question n’a pas eu que des effets négatifs.Nous lui devons, s’il faut en croire Raoul Blanchard, la reconquête de vastes régions de notre Québec, qui autrement nous eussent échappé.Blanchard évoque la reconquête des Cantons de l’Est, des pays d’en haut et de l’Ottawa.On aurait pu ajouter d’autres extraits traitant de la conquête du Saguenay — Lac Saint-Jean et du Nord-Ouest québécois.Voici de belles pages de l’épopée moderne du peuplement signées du père de la géographie québécoise : Ë U PRISE DE POSSESSION DU TERRITOIRE Au début du XIXe siècle Varmée des défricheurs est en marche le long du rivage.Mais cette chaudière de peuplement logée aux rives du haut estuaire bouillonnait trop fort pour ne pas déborder.Elle a épanché de puissants courants dans deux directions : par mer, vers le bas estuaire ; vers l’intérieur sur les plateaux.Au bord de l’estuaire et du Golfe, les Canadiens progressaient en terrain libre, n’ayant à lutter que contre la sauvagerie.Dans les Cantons, non contents de se débattre avec les rudesses de la nature, ils se heurtaient à la mauvaise volonté, à l’hostilité même, de la plupart des Britanniques déjà installés.Au Nord, la besogne fut rondement menée dans Dorchester et Beauce, que des Français avaient abordés les premiers.Montant des paroisses installées sous le régime français le long de la Chaudière, les Canadiens ont occupé les plateaux ; renforcés par des gens de Lauzon et de Bellechasse, ils ont cerné la vigoureuse pousse irlandaise de Dorchester, qui s’est peu à peu étiolée.L’infiltration française était plus difficile dans le reste des Cantons, où les Anglais étaient arrivés les premiers et comptaient déjà 63,000 têtes au milieu du XIXe siècle.Elle a procédé de plusieurs façons.Il y a d’abord la progression en tache d’huile des populations des bords du fleuve : de ces paroisses déjà surchargées d’hommes, des files d’émigrant s gagnent à travers les savanes le Piedmont des Bois Francs, où les rejoignent des gens de Lévis, de l’île d’Orléans, de Montmagny.De même les habitants de la plaine de Montréal pénètrent irrésistiblement dans le Piedmont méridional, du Saint-François au Missisquoi.Aussi la marée canadienne monte-t-elle vite.Dans les anciens Cantons anglais, les Français sont 32,000 en 1851 et forment le tiers de la population.Dès cette année-là ils enlèvent la majorité dans les comtés d’Arthabaska et Mégantic, la conquièrent en 1861 dans Wolfe et Shefford, en 1871 dans Drummond, en 1891 dans Richmond et Sherbrooke, en 1901 dans Compton ; les Anglais ne gardent un avantage déjà fortement ébréché qtie dans les trois comtés méridionaux.Les Cantons de l’Est sont devenus une nouvelle province française, affublée des noms anglais que lui ont attribués les arpenteurs britanniques.Laurentides et plaine de Montréal.— La besogne était plus aisée à proximité des prolifiques populations massées sur la rive gauche du fleuve et dans la plaine de Montréal.Le mince cordon irlandais allongé à la base des Laurentides était trop frêle pour résister à la poussée.Les Français du bas pays ont un si pressant besoin de terres qu’ils débordent vers l’intérieur, passant au travers des minces lignes britanniques ; sans guides, sans conseillers, ils s’enfoncent par petits groupes dans les bois, à la suite des plus hardis.La pénétration dans l’Ottawa.•— La vallée de l’Ottawa ne pouvait échapper à ce flux, d’autant qu’une pousse française y avait été plantée dès les débuts du peuplement, parmi les premiers Britanniques.En 1851, la Petite Nation compte 3,000 têtes ; elle commence à déborder sur les flancs et surtout à se propager vers l’intérieur ; ce groupe français dépasse 5,000 en 1861, atteint presque 12,000 en 1881 : une inondation.Un solide pilier canadien a été ainsi planté au travers de la vallée de l’Ottawa.Or de chaque côté de ce pilier, d’autres Français s’insinuent.Du comté de Deux-Montagnes (plaine de Montréal), ils se glissent dans Argenteuil, où ils rachètent des terres d’Ecossais qui s’en vont.A l’ouest de la Petite Nation, les C anadiens sont attirés par les travaux du bois.Ainsi chaque année une inondation de jeunes Français, solides et entreprenants, se répand aux rives de l’Ottawa et de ses affluents.tout un anneau d’établissements français enserre par l’arrière les groupes irlandais de la rivière et de la basse Gatineau.Ainsi cette région de l’Ottawa, qui a été longtemps un domaine britannique, a fini par passer aux mains des Français.La récupération des villes.— Enfin la poussée britannique qui s’était si vigoureusement manifestée au milieu du XIXe siècle dans les deux villes principales est non moins vigoureusement stoppée par une contre-attaque française.Aussi les ruraux accourent-ils s’embaucher, enflant le contingent français.A Québec, celui-ci passe de 34,500 têtes en 1861 à 57,000 en 1901 ; or les Britanniques au même moment plient bagage, les Irlandais gagnent les Etats-Unis, les Anglo-Ecossais rallient Montréal ; ils étaient 24,000 en 1861 et ne sont plus que 10,800 en 1901, leur pourcentage étant tombé de^ 40 à 16.Il ira s’affaisant de plus en plus au XXe siècle.P our M ontréal, on a vu que les Britanniques se sont assuré la majorité dès 1831 et qu’ils la gardent en 1861 avec une cohorte de 46,000 têtes dont le corps de bataille est irlandais ; à cette date, les Français sont un peu moins de 44,000.Mais dès 1871, les Français sont 57,000 et surclassent les 48,000 Britanniques ; au cours des 30 années suivantes, dans l’agglomération qui s’enfle démesurément, le pourcentage anglais fléchit régulièrement jusqu’à 33, tandis que celui des Français se hausse à 63 ; Montréal sera dorénavant une ville aux deux tiers française.Raoul Blanchard, Le Canada français, Librairie Arthème Fayard (Canada) Liée, Montréal, 1960, 83-90.Nr pp- N 253 L’HEURE DU TOCSIN JACQUESYVAN MORIN Au cours du banquet de la St-Jean, je me trouvais entre !un tout jeune homme et un monsieur important.Inévitable-l[ïï (.piment, la conversation tomba sur l’avenir de la collectivité, i Mon jeune voisin, sur un ton passionné, soutint d’emblée ¦ que le temps travaillait contre le Canada français, tandis que mon autre interlocuteur, délaissant un instant son cigare, maintint fortement qu’au contraire, le temps jouait en notre faveur, « pouvu qu’on sache faire des affaires ».Le jeune honne eût voulu régler tous les problèmes d’un lijifr' ¦: seul grand coup de cravache constitutionnel, tandis que l’au-ffilMi'Jtre, estimant qu’aucun risque immédiat ne nous menaçait i/jirdw* uifiiisf” ni 0: lliiim J.’i'O-l ,1 {ll'WJ i-i iifoti | en tant que collectivité, eût volontiers renvoyé toute l’affaire aux calendes canadiennes.Comme je me taisais depuis le début de cette discussion, ils tournèrent tout à coup vers moi des yeux interrogateurs.Le temps travaille-t-il pour ou contre le Canada français ?J’avouai que je n’en savais rien.Ne sont-ce pas les hommes plutôt que le temps, qui travaillent plus ou moins j (filin/ intelligemment, qui s’attachent à des choses plus ou moins Il 0 ils importantes et qui réalisent des actes plus ou moins porteurs ' J |d’avenir ?Ce fut souvent brutal, malaisé et pas« tranquille » du tout, mais on sentait que certains dirigeants avaient identifié des objectifs prioritaires et qu’ils s’y attaquaient avec les moyens du bord.Hélas, bien avant les élections du 5 juin 1966, on vit déjà les reliefs s’estomper et des problèmes secondaires noyer les priorités.Simple essouflement des gouvernants ou volonté délibérée de freiner les aspirations croissantes qui résultaient du traitement-choc ?Peut-être l’un et l’autre ; quoi qu’il en soit, le Québec a perdu l’initiative dans plusieurs domaines cruciaux et ne l’a pas retrouvée depuis.Et le temps passe.On me rétorquera que le Québec a marqué quelques points, notamment sur le plan fiscal.Je n’en disconviens pas, mais je songe à tout ce qu’il serait possible d’accomplir, et dont nous ne nous rendons pas compte, tandis que s’éloigne, dans un domaine après l’autre, l’heure du tournant décisif.A titre d’exemple, je retiens les priorités qui me paraissent les plus importantes pour qui veut sauver l’avenir : le développement économique, l’immigration, la politique de la main-d’œuvre et la recherche scientifique.jib'1, IIIS"11" Jri’l l/r.i* ii«?|LES RIMEURS A GAGES SONT DEJOUES .h s/s/I' Justement, au cours de l’été peu ordinaire que nous ve- Uji/iii nons de traverser, le débat constitutionnel s’est accéléré con-:sidérablement et d’aucuns croient rattraper le temps perdu.En dépit de toutes les sottises inventées par les rimeurs à gages du centenaire pour nous faire croire que tout va pour île mieux dans le meilleur des pays, les hommes politiques et des partis admettent, les uns après les autres, que les insti-Itutions politiques du pays ne convienent plus au Québec et qu’un nouvel équilibre doit être trouvé entre les deux nations._ Pour couronner le tout, le passage parmi nous du Pré- "^Isident de Gaulle a porté la crise canadienne à la connaissance du monde entier.La réalité du fait français ne peut plus être niée et même les esprits les plus fermés et les plus partisans devront désormais en tenir compte.De tous ces faits, nous ne pouvons que nous féliciter.Toutefois, lorsque j’ouvre mentalement le dossier des pro-filial blêmes concrets et immédiats du Québec, je me demande ^Bri- çi tant rpln çitffirn n nnnc tirpr rl’pffpirp On nn m’annncpT-a fin ‘*1 ll'rfp I 110 ;ï2 i'11, si tout cela suffira à nous tirer d’affaire.On ne m’accusera point, je pense, de sous-estimer l’importance des questions constitutionnelles ; elles sont essentielles dès que l’on entend orienter l’avenir à long et même à moyen terme.Mais que il >/ !lj ; i fait-on pendant que les déclarations se multiplient ?jl 1(10 /¦*/¦»»¦» fa t'a r1»o 11 /“*/vht*o /-î aoz-ittal 1 Certes, diverses conférences, au cours desquelles sera étudié l’avenir politique et constitutionnel, vont avoir lieu sous peu, mais on a pris soin de nous prévenir qu’elles avaient un caractère surtout exploratoire.Le débat s’amorce, mais il sera long et ardu et l’on peut d’ailleurs compter sur bon nombre de participants pour faire dévier les questions et traîner les choses.Et que fera-t-on pendant ce temps ?LA DÉGRADATION DES ÉCONOMIES RÉGIONALES Quiconque a parcouru le Québec au cours des deux dernières années a pu constater de profonds changements dans les mentalités et attitudes régionales, particulièrement dans le Bas-St-Laurent, le lac St-Jean et le Nord-Ouest.Presque partout, l’impatience croît de mois en mois à l’égard des disparités qui caractérisent le développement économique du territoire.L’expérience du B.A.E.Q., malgré tous les retards, semble, à ce sujet, avoir joué le rôle de catalyseur et il se trouve de nombreux citoyens qui, au niveau des régions, comprennent maintenant que l’atrophie économique ne peut être combattue que par la planification.Spontanément dans bien des cas, ils ont formé des conseils d’expansion économique régionaux et des conseils d’orientation ; ils cherchent maintenant à unir leurs efforts au sein de « conseils régionaux de développement ».Ces initiatives traduisent le profond marasme des économies régionales.Faute de croissance organisée, le laisser-faire favorise invariablement les espaces les plus développés, en l’occurence la région de Montréal.L’industrie secondaire s’y concentre de plus en plus et attire la main-d’œuvre des régions excentriques.Certes, le phénomène n’est pas nouveau puisque, déjà en 1901, la région représentait 46.53% de la population du Québec, mais il s’accentue, puisque le pourcentage atteignait 53.94% en 1961.Au cours des cinq dernières années, d’après le rapport présenté par l’économiste Bernard Robert au IVe Congrès international des économies régionales, près de la moitié des comtés du Québec affichent un bilan démographique régressif, tandis que 14 des 18 comtés qui accusent un progrès sont situés dans la région de Montréal.jV m liw .MAIS LES PROBLEMES DEMEURENT A l’heure actuelle, les problèmes semblent se fondre tous dans une même grisaille et attendre je ne sais trop quel coup de baguette magique.Depuis quelques années, les Québécois s’étaient habitués à plus de relief ; tantôt, ce fut une grande option économique qui domina la scène, tantôt ce fut l’éducation, puis les questions sociales prirent le dessus.Les conséquences de ce déséquilibre démographique croissant pour le Québec et le Canada français, sur tous les plans, sont très graves et les régions défavorisées, d’instinct, l’ont compris.Montréal et sa région fournissent environ 68% de l’emploi manufacturier et 67% de la valeur de la production (1959-61) et contrôlent 80% du commerce de gros; les régions se vident de leurs hommes les plus jeunes et les plus entreprenants, dont elles ont payé l’instruction, et ainsi s’amorce la spirale descendante de la stagnation. 254 LA SOTTISE INSTITUTIONNALISÉE Aussi les divers conseils économiques régionaux sont-ils aux aguets et les démarches auprès du gouvernement québécois se multiplient-elles.Malheureusement, l’improvisation et le manque de coordination les empêchent d’avoir prise sur la réalité.En février dernier, les Conseils du Bas-St-Laurent et de la Gaspésie réclamèrent une politique d’ensemble qui permettrait une meilleure orientation de leurs efforts.Tirant profit de l’expérience du territoire-pilote, ils voudraient que toutes les régions s’animent et participent à la création « d’institutions régionales de promotion sociale et économique » ; ils affirment avec raison « le droit des populations régionales à participer à la prospérité du Québec industriel et urbain ».En outre, le mémoire soumis au gouvernement demandait une loi-cadre sur les « conseils régionaux de développement », qui doterait chacune des dix régions d’un organisme de consultation, d’animation et de représentation.Le gouvernement, pour sa part, canaliserait toutes ces énergies, les synchroniserait et préparerait un « plan provincial ».Or, aucun de ces projets n’a encore été réalisé, malgré toutes les démarches entreprises.Bien entendu, il y aura toujours du « grenouillage » et des rivalités de clochers, mais pourquoi faut-il que ce soit souvent ceux-là mêmes qui ont la charge des intérêts de la collectivité, députés et ministres, qui donnent dans ces travers ?Il y a quelques années, je suivis les leçons d’un vieux professeur d’histoire qui terminait son cours en nous rappelant, qu’à côté de ces importants facteurs historiques que sont l’économie et le social, il fallait constamment tenir compte de cet autre facteur déterminant qu’est la sottise humaine.Voilà une leçon qui devrait être enseignée dans nos CEGEP et nos universités, pourvu qu’il soit encore temps ! TOUT S'ACCÉLÈRE EN DÉSORDRE Et que dire des efforts du Conseil d’orientation économique du Québec, dont on ne sait encore s’il deviendra l’Office du Plan ni quels seront ses pouvoirs réels ?Il n’existe pas de véritable coordination entre les divers organismes gouvernementaux et les tentatives récentes pour la création d’un ministère de l’Equipement, qui eût peut-être réussi à planifier les dépenses, se sont soldées par un échec.On se plaint souvent du manque d’hommes compétents, mais on se méfie de ceux que l’on a ; les rapports s’accumulent et la machine tourne à vide.Et pourtant, le Québec recèle d’immenses réserves d’énergie qu’un peu d’intelligence et d’intérêt bien compris suffiraient à canaliser et à orienter.Certaines lignes de forces apparaissaient déjà au niveau régional et la concertation des agents économiques devient de plus en plus possible.Il est vrai que la densité des hommes compétents n’est pas encore très grande, mais une impulsion venue du centre pourrait déjà revitaliser toute la vie socio-économique des régions, tant est forte la volonté de transformation.Au lieu de cela, tout s’accélère en désordre ; on forme des conseils économiques régionaux malgré l’absence de fonds suffisants, mais le « courant » ne passe pas entre ces mouvements spontanés et le gouvernement, ni entre le Conseil d’orientation et les ministères.De ci de là, les bras commencent à tomber ; à quoi bon lutter dans de telles conditions ?Ainsi, l’heure des choix passe.Bientôt, il ne sera guère possible de revenir en arrière, à moins d’une immense explosion de colère collective ; mais c’est plutôt la paralysie qui nous guette.L’avenir constitutionnel, comme l’avenir économique, dépend d’une multitude de « petites » décisions prises au moment opportun, au jour le jour, et qui dictent à long terme les « grandes » options.UNE COURSE CONTRE LA MONTRE : L'IMMIGRATION Au second rang des objectifs les plus pressants du Québec, je place l’immigration, parce qu’elle joue doublement contre le Canada français depuis que, de simple préoccupa- tion d’ordre culturel, elle est devenue, de surcroît, l’un des instruments majeurs de la planification économique et démographique.S’il y eût jamais le moindre doute sur l’orientation fondamentale de la politique fédérale dans ce domaine, l’Annuaire du Canada pour 1957-58 contient, à la page 155, un aveu capable d’étonner même les moins naïfs : « Cependant les derniers obstacles à une colonisation plus poussée n’ont été finalement levés qu’après l’expulsion des Acadiens en 1755, la prise définitive de Louisbourg en 1758 et la chute de Québec en 1759 ».Nous sommes en présence d’une politique anglo-canadienne qui n’a point subi de fluctuation pendant deux siècles ; cela force l’admiration ! Cette politique a réussi à réduire les Canadiens français à l’état d’immigrants allogènes dans les autres provinces ; elle est en train de transformer également la structure ethnique du Québec.Les chiffres sont connus : la population néo-qué- ' becoise ne comporte que 13.4% de Français contre 25.6%] de Britanniques ; 49.3% de tous les immigrants ne parlent que l’anglais et 77.7% utilisent cette langue.Et le rythme s’intensifie, puisque 53.8% des Néo-Québecois sont arrivés au cours des dix dernières années.Dans la région métropolitaine de Montréal, les chiffres sont encore plus frappants : les Canadiens français sont devenus minoritaires dans la moitié des villes de la région et ne représentent que 63.2% de la population.Il faut éviter de tomber dans le simplisme et de croire qu’une telle situation puisse être corrigée radicalement du jour au lendemain ; nous avons fait preuve depuis trop longtemps d’inertie collective dans ce domaine, en refusant d’adapter notre système scolaire aux besoins des immigrants et en abandonnant au laisser-faire des questions aussi cruciales que la langue de travail.Mais on eût pu s’attendre, depuis le temps que la question est agitée avec un certain fracas, à ce que Québec esquisse une politique précise et s’engage dans une action décisive.c.¦.¦/' L / ian -T.U «s a :;,;7 ; Oj i.b • : ; ; E3: :« .«sa : pwv;:r< ièé s K.~- Deta Rliii-ti ! h.:-; te PP i; Pïlilll ; tes : HûUVèii?vie é^i is VA! La Direction générale de l’Immigration est rattachée depuis sa création aux Affaires culturelles, mais on s’est rendu compte, fort heureusement, que la question intéressait également le développement économique et le peuplement.Tout l’effort du Québec a porté jusqu’ici sur l’accueil, l’orientation et le placement des arrivants, lesquels sont encore choisis par les services fédéraux en fonction d’objectifs qui, pour parler euphémistiquement, ne coïncident pas nécessairement avec nos besoins ; en somme, le gouvernement québécois s’est contenté, jusqu’ici, de pallier les conséquences de la politique d’Ottawa.Dans certains cas, à la demande d’immigrants francophones, nos services se sont trouvés dans la situation d’avoir à leur trouver des écoles anglaises ! Quand va-t-on se rendre à l’évidence ?Ne prévoit-on pas que, d’ici dix ans, le nombre des Néo-Québecois aura plus que doublé ?L’immigration touche à tous les aspects de notre croissance économique et culturelle ; elle intéresse donc plusieurs ministères.Certain parti politique en était venu à la conclusion qu’il était urgent de créer un ministère spécial, donc une politique d’ensemble.Or, à l’heure actuelle, la Direction générale ne compte encore que 16 ou 17 fonctionnaires et employés et l’on étudie la possibilité de rattacher ce service et la coordination des divers aspects de l’immigration au .Secrétariat de la Province ! C’est à désespérer, quand on songe qu’il faudrait, dès maintenant, organiser non seulement le^ recrutement à l’étranger, mais aussi le contrôle de la sélection selon les besoins les plus pressants.S’il est une modification constitutionnelle urgente, c’est bien celle qui donnerait au Québec la compétence nécessaire à cet effet ; il n’est point de domaine où le temps puisse jouer plus rapidement contre le Canada français, que l’immigration.On le sait à Ottawa ; on devrait commencer à s’en douter à Québec.POUR UNE POLITIQUE QUÉBÉCOISE DE LA MAIN-D'ŒUVRE Parmi les grands objectifs prioritaires, je classerais également l’amélioration des conditions de vie et de travail de la population ouvrière du Québec et la politique de la main- , Faille fnnmisj.ttlecL: .'Tail «US, J j Its %i ijj ce Sen 255 )ii, I'm i Billion fo wine, to h 15), 11 definite usée no: æen I® nleiieQii ie foliliifi ion fondu ili Éœ;tî on neo-o” nte Î5if ne pule i le ryiit sont Ji'l'i iniétiof1’' frapp®; lins li im' ¦1 de croii ileme»1 J i trop 1®! mi!»?,' ssiciww idie,Jf liinfe1 et sW?j rim* iii of sfl ni»1®61: neiitl®16' «eil.^ ton! »»* biec'«ML ;néc»*l ,l,oéf! iBCfS 1 tanJ»^ ,és^ 101 éfOil^fl jinn [P ,7e »c« fliO» e, i
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