Maintenant, 1 mai 1969, Mai
LES VÉRITABLES MAÎTRES DU QUÉBEC: * I A OWER CORPORATION DOSSftà INFORMA TION par/ André Charbonneau Jacques A.Lamarche Jacques Guay Marcel Adam PEUT-EUt ETRE LIBÉRATR "LONGTEMPS! J'AI ÉTÉ UN PRÊTRE par Louis Evely 130 e&UosUal LA VIOLENCE À Le terrorisme nous a fait prendre conscience du problème de la violence physique et de sa menace pour la société.Cette expérience de choc à laquelle nous n’étions pas habitués a secoué notre léthargie et provoqué notre réflexion.Pourtant, si l’on jette un regard sur le champ plus vaste de notre société on constate que la violence prolifère sous les aspects les plus divers: violence physique, morale, politique, agression économique, violence institutionnalisée, etc.Universelle .Les mass-media nous révèlent que la violence ne connaît pas de frontières: elle est universelle.La société internationale ne cesse d’être tiraillée et secouée de convulsions.Même en dehors des périodes de conflits aigus — guerre mondiale ou guerre froide — des agressions perpétuelles nous rappellent que la paix est un objectif difficilement accessible.Des guerres de libération comme le Biafra et le Vietnam, des conflits renaissants comme la lutte israélo-arabe, des troubles raciaux comme aux Etats-Unis et en Afrique du sud, les rébellions armées d’Angola ou d’Amérique latine et même les troubles religieux comme en Irlande du nord caractérisent la fin du XXe siècle.Le sous-développement croissant qui sépare les peuples de l’opulence des peuples de la faim laisse présager d’autres explosions encore plus vastes et percutantes.et quotidienne La violence est omniprésente et pontue notre vie de chaque jour.On est obnubilé par les bombes, mais ces explosions n’ont pas fait de mort, sauf exception.Pourtant il ne se passe pas de moment sans que la violence ne fasse des victimes qui ne déclenchent d’autres réactions que les manchettes de la grande presse: règlements de comptes de la pègre, viols, suicides, bagarres de gangs, troubles sur les campus, accidents mortels de la route, matraquages policiers; jusqu’à l’univers des sports qui n’est pas exempt de victimes avec la boxe ou les courses automobiles.A côté de cette violence directe d’autres formes d’agression violent la dignité de la personne; la discrimination sous toutes ses formes; prostitution, jeu et trafic de la drogue sont à la source de graves calamités sociales.La pollution de l’air et des eaux mine la ni Mo santé plus subtilement que les taudis.Quant à la violence économico-sociale elle n’est pas le chapitre le plus reluisant au calendrier de la violence.Le chômage est un indicateur assez juste de l’économie d’un ^ pays.On ne cesse de battre ses propres records et le ^ sous-emploi réduit des catégories sociales entières à la condition de citoyens de seconde zone.Agriculteurs, ¦ manoeuvres, immigrants, cols blancs privés de travail, souvent aussujettis à la maladie physique ou mentale, tout un prolétariat est entretenu dans une passivité voisine de l’hébétude.Il n’est rien de plus destructeur et de plus dissolvant que la non-participation, l’impossibilité de se livrer à un labeur ou à un loisir créateur.La violence politique ajoute à l’oppression.On proclame que nous vivons en démocratie, que chaque citoyen est égal devant la loi et que le droit à la participation est assuré par nos institutions.Avec la carte électorale, le mode de scrutin, le financement des caisses électorales, sans parler du mensonge et de la fraude, faut-il s’étonner de la désaffection grandis santé des citoyens à l’endroit de la démocratie?Le malaise s’accroît avec la prise de conscience, quand |st on constate la domination d’un groupe ethnique sur un autre et le rôle occulte des pouvoirs comme la haute finance.L'affaire Geoffroy La violence de l’ordre établi est à la source des explosions de bombes qui secouent le Québec depuis le premier FLQ de 1963.Du côté des terroristes l’objectif s’est considérablement radicalisé.Nous en trouvons une preuve flagrante dans le réquisitoire de l’avocat de Geoffroy, Me André Daviault, qui rendait compte en ces termes de la motivation de son client: “La jeunesse, dit-il, est dégoûtée et écoeurée .de lai pauvreté au Canada et ailleurs, des profiteurs qui exploitent ; les indigents car, dit-il, les aînés n’ont rien fait pour remédier) à ce climat de violence, d’exploitation des classes défavorisées: et de corruption généralisée.Dans un tel climat il est devenu! “presque normal” d’avoir recours à des moyens extrêmes pour , recréer une nouvelle société humaine fondée sur la dignitéj humaine”.Et Me Daviault termine sa plaidoirie en disant qu’“en| raison du climat de violence et d’injustice qui a entouré l’en-i fance et la jeunesse de Geoffroy, il se croit justifié de deman-i der la clémence du tribunal.Mais, ajoute-t-il, il ne faudrait pas le punir pour des actes dont la société est en grande partie responsab le”.M las Its itss DISTRIBUTION: Les Messageries Dynq miques Inc., 9820 rue Jeanne-Mance, Montréal — 384-6401 :ill!S IMPRIME AUX ATELIERS DE IMPRIMERIE MONTREAL OFFSET IN< directeur-administrateur: VINCENT HARVEY, O.P.adjoints à la direction: PIERRE SAUCIER HELENE PELLETIER-BAILLARGEON ANDRE CHARBONNEAU YVES GOSSELIN, O.P.conditions d'abonnement: ABONNEMENT D'UN AN .$ 7.00 ABONNEMENT D'ETUDIANT .$ 5.00 ABONNEMENT DE SOUTIEN .$10 00 rédaction, administration, abonnements: 2715, CHEMIN COTE-STE-CATHERIf N.B.Les abonnements ne sont enregistrés qu'au reçu du versement.MONTREAL 250, P.Q.— Tél.: 739-275 ' -• ' < 'tïiKMiliilS HSIIBI 131 MER ET A DEPASSER Pierre Saucier A la violence qu’engendre la société s’ajoute la violence institutionnalisée qui vient au secours de la démocratie formelle, pour réprimer les mouvements de contestation: grèves, manifestations, terrorisme.Au seul poste “police” du nouveau budget de Montréal on prévoit une dépense record de 33.5 millions.Manipulation des consciences La violence étend encore son rayonnement par le truchement de la publicité qui permet de manipuler les consciences.Les techniques les plus avancées de la psycho-sociologie sont ainsi mises à contribution pour endormir le sens critique.Et l’une des façons les plus adroites et les mieux camouflées d’aliéner la liberté consiste à faire naître de faux besoins en créant des désirs irréalisables pour un bon nombre de citoyens.La main-mise sur l’information peut s’opérer dans la légalité et il devient possible de conditionner l’opinion au point de rendre presque illusoire la liberté d’opinion.On compte aujourd’hui les entreprises qui échappent aux diktats des establishments.La violence étend même son empire jusque dans le domaine des arts.Ce n’est pas sans raison qu’après les assassinats des deux Kennedy et du pasteur King le Sénat américain a institué un sous-comité chargé d’étudier la violence à l’écran.Même dans un pays démocratique et aussi pacifié que le nôtre nous vivons dans un réseau de violences de toutes sortes.Notre existence individuelle et collective est tissée de violence que l’on subit et que l’on fait subir aux autres.Nous avons notre ration quotidienne de violence.Cette constation faite essayons de prendre un peu de recul pour tenter d’y voir clair.Comme l’amour, l’instinct de violence et de mort est au coeur de notre être, inscrit dans notre système biologique, psychique et notre être spirituel (“le Royaume des deux souffre violence et ce sont les violents qui l’emportent”).Meurtre du père Pour acquérir son autonomie et atteindre une certaine maturité, Lindividu doit rompre les liens de Vincent Harvey O.P.dépendance, s’opposer à ceux-là mêmes qui lui ont donné la vie afin de s’affirmer comme personne et liberté.Le “meurtre du père” est un processus indispensable d’affirmation de soi, de conquête de son autonomie et de sa' lijberté.Ce n’est qu’après cette douloureuse évolution comportant des oppositions et des affrontements, que l’individu devient autonome vis-à-vis de ses parents.Cette autonomie si chèrement acquise ne suffit pas cependant à l’élaboration t’une personnalité; il faut encore que l’individu ffronte d’autres tensions pour se situer et s’insérer dans la société.Il devra mener d'autres combats, subir la compétition, accepter les autres tout en se distinguant d’eux et se faire violence à lui-même pour s’engager dans des projets communautaires.Une fois acquise sa part d’autonomie, de liberté et de socialisation, l’homme devient capable d’altruisme, de dialogue, de respect de l’autre et d’amour véritable.Il peut alors non seulement réassumer son père dans un nouveau type de relations (amicales) mais encore se réconcilier avec l’autorité et les structures de la société.Affirmation collective On pourrait faire la même analyse au niveau du groupe social ou de l’ethnie.Un peuple naît et se développe un peu de la même façon.On se lie pour construire ensemble une personnalité collective: un héritage culturel partagé par tous, une manière propre de vivre, une liberté commune dans les différentes sphères de l’existence nationale.Cette affirmation collective occasionne des tensions et nécessite des oppositions dont l’intensité et la violence varient selon les différentes conjonctures politiques.Idéalement les peuples devraient découvrir d’abord leur complémentarité.Mais la psychologie sociale de même que l’histoire nous montrent que les choses se passent autrement.Tout comme l’individu un peuple ne devient capable de vivre la complémentarité qu’une fois conquise et assurée sa personnalité collective.Aussi longtemps qu’un peuple demeure menacé dans sa culture, sa langue, ses institutions et son automomie, on ne peut exiger de lui la même assurance et la même sérénité dans le dialogue et les échanges inter- Sn m rVl O i H A “Longtemps j'ai été un O m m a I r 6 pretre païen" Louis Evely .Lettre aux inquiets de ce temps La violence à assumer et à André Major .dépasser Vincent Harvey et Dossier information Pierre Saucier .130 En collaboration .Service de la vérité, Autres sophismes de service des pauvres l'Establishment Fernand Dumon' .134 A"°fd .La crise du temps Raymond Montpetit .158 L'affaire Cardonnel, un Concile enterré Hélène Pelletier-Baillargeon .160 Courrier de la deuxième classe.Enregistrement no 1419. 132 ethniques.L’instinct de défense et de survie accapare alors le champ de la conscience et le gros des énergies de la collectivité, comme on le constate en temps de guerre ou d’occupation.Des pays européens auraient-ils songé à un marché commun pendant l’occupation allemande?L'instinct de domination .Combien précaires du reste sont les aménagements internationaux! L’instinct de domination, qui n’est qu,’une autre facette de l’instinct de violence peut à tout moment s’emparer d’une collectivité comme d’un individu.Il s’agit d’entrer un peu en soi-même, de regarder autour de soi et de jeter un regard sur l’histoire pour s’en rendre compte sans qu’il soit besoin d’en faire longuement la preuve.Si l’on n’y prend garde, l’instinct de domination s’introduit subtilement dans les gestes apparemment les plus désintéressés et les plus altruistes.Pensons à certaines formes d’aide aux pays en voie de développement.Raymond Bloy observe avec justesse que “nous trouvons toujours la violence à l’origine, dans le développement et au terme de toute condition humaine” (Dans Violence humaine violence libératrice?, p.252).au coeur de la condition humaine Depuis l’éveil de sa conscience l’homme s’est toujours interrogé sur l’origine et la signification de la violence inhérente à sa condition.Les mythes tragiques anciens en reportaient l’origine aux dieux eux-mêmes, soit à un ou plusieurs d’entre eux, soit à une fonction divine, la Némésis (colère), plus ou moins hypostasiée.La pensée judéo-chrétienne qui conçoit Dieu d’abord comme amour attribue le mal de la violence principalement au péché de l’homme.Nous retrouvons cette interprétation à plusieurs reprises dans la Bible: là où règne le péché il n’y a que rivalités, colère, débauche, dispute, rancune, sectarisme, jalousie et meurtre.Au contraire, là où règne l’esprit (de sainteté du Christ), il y a charité, joie, paix, bienveillance, bonté, grandeur d’âme, douceur, fidélité (s.Paul, Galates 5:18-24).Selon la tradition prophétique d’Isaïe, le Messie devait apporter la justice et la paix sur la terre, réconcilier les hommes entre eux en enlevant d’abord leur péché, cause principale de mésentente et de guerre entre les individus, les groupes et les nations.Il s’agit de changer le coeur des hommes et la violence disparaîtra de la surface du globe.Ferment de libération Plusieurs penseurs chrétiens sont portés à tirer de là ainsi que de l’attitude non violente du Christ (“Celui qui se servira de l’épée, périra par l’épée”) une théologie de la non-violence.Par contre, d’autres penseurs chrétiens aujourd’hui tentent d’élaborer une théologie de la révolution, voire même de la violence.Et il ne manque pas de textes dans l’Ecriture et la tradition théologique de l’Eglise pour appuyer leur démarche.Ils retrouvent, en particulier dans la composante temporelle de l’espérance chrétienne (trop longtemps tronquée par le dualisme d’origine platonicienne et réduite à l’Au-delà), un ferment révolutionnaire de transformation du monde, d’aménagement de la demeure humaine.L’eschatologique risque de devenir une évasion pour le chrétien s’il n’est pas perçu aussi comme un dynamisme inséré au coeur de l’homme et de son histoire, comme une tâche à assumer.Péché originel et finitude humaine Sans prétendre trancher un débat fort utile et qui doit se continuer, nous voudrions cependant soumettre aux lecteurs certains éléments de réflexion.L’explication de l’origine de la violence dans l’humanité par le péché de l’homme comporte une large part de vérité; elle n’est pourtant pas exhaustive.Disons d’abord qu’on ne peut plus tenir aujourd’hui, selon une conception fixiste, que l’homme a été créé dans un état de perfection paradisiaque dont il serait déchu au point que sa nature en soit bouleversée de fond en comble.Malgré les obscurités qui entourent encore les origines de l’homme, il semblé bien au contraire que l’itinéraire humain est une longue et pénible émergence de la conscience dont les étapes demeurent encore assez mal connues.Il ne faut donc pas attribuer au péché, soit originel soit actuel, ce qui relève de la finitude humaine.Celle-ci explique une foule de nos comportements, dont la violence.Violence et non-violence Mais ce qu’il y a de merveilleux chez l’homme c’est sa capacité de surmonter ses limites, d’acquérir une maîtrise de ses instincts et de développer un amour désintéressé allant jusqu’au don total de soi pour les autres.Il est incontestable que l’épanouissement humain se situe au-delà de la souffrance et de la violence subie ou exercée.C’est dans l’amour, la fraternité et la paix que les individus comme les collectivités trouvent leur accomplissement et leur bonheur.La violence meurtrière surtout parait incompatible avec l’idéal de paix et de fraternité qui nourrit l’espérance des hommes, qu’ils soient chrétiens ou pas.“L’homme est né, affirme-t-on de plus en plus aujourd’hui, le jour où il a édicté ce précepte: tu ne tueras point”.C’est pourquoi des prophètes de l’idéal humain, tels Jésus, Gandhi, Martin Luther King, ont préféré la voie de la non-violence.Ce témoignage en faveur de la justice et de la fraternité au prix même de sa vie demeure indispensable à l’humanité qui risque toujours de sombrer dans une violence de plus en plus destructive dont les visées ne sont pas toujours humanitaires.C’est un rappel nécessaire que la violence meurtrière est un mal profond que l’humanité doit travailler à éliminer et qu’on ne peut le faire sans renoncement de la part des individus.nsi «i; Vers un dépassement de la violence Mais peut-on proposer le choix de la non-violence comme une norme morale à laquelle tous les chrétiens du moins devraient se soumettre?Nous ne le pensons pas.Il faut tenir compte des charismes individuels et des situations particulières que les chrétiens partagent avec tous leurs compagnons de route.Nous n’avons pas plus le droit de renier Jeanne d’Arc et Camillo Torres que Gandhi et Martin Luther King.Nous faisons partie d’une humanité en marche vers la fraternité parousiaque ou celle du “Grand Soir”; mais nous sommes encore loin du terme, semble-t-il.Avons-nous beaucoup dépassé, dans l’aménagement des relations internationales, la loi du Talion (oeil pour oeil, dent pour dent) et la formule de César: t’est Gtfi si uis pacem para bellum (si tu veux la paix prépare la guerre)?Nous connaissons pourtant cette autre loi du pardon évangélique, de l’amour des ennemis.Et une nouvelle formule est en train de naître, qui renverse celle de César et qu’on pourrait énoncer ainsi: si tu veux éviter la guerre, construis la paix en instaurant la justice et la fraternité entre les hommes et les pays.Technique parfois nécessaire Il faut pourtant faire entendre de nouveau la voix du réalisme.Les grands discours et les pressants appels au partage, à l’équité et au service des autres ne convertiront pas les nantis, les privilégiés, les potentats de la finance, les castes dirigeantes et les exploiteurs de toutes sortes.Contre l’injustice établie et maintenue par la force, comme en certains pays de l’Amérique latine par exemple, existe-t-il d’autres moyens efficaces que la révolution et sa part inévitable de violence?L’utilisation de la force devient alors une technique d’action nécessaire qui relève de la prudence politique.On la jugera du point de vue de l’efficacité dans telle ou telle situation donnée, compte tenu de tous les dangers qu’elle comporte.Surtout on se rappellera sans cesse que la violence ne peut être qu’une étape et qu’elle est finalisée par l’établissement d’un ordre social juste où tous les citoyens puissent trouver la dignité et la possibilité d’épanouissement.Tout bon révolutionnaire vise une terre où les hommes entretiennent des rapports pleinement humains.Ces réflexions peuvent-elles jeter de la lumière sur la situation québécoise?Dans notre milieu, la violence a pris une nouvelle forme en entrant dans une phase plus aiguë: le terrorisme.Que cela plaise ou non, les bombes, ça existe et cela traduit une insurrection contre le pouvoir établi.Pour que l’on en soit arrivé à des explosions en chaîne, il fallait bien que la situation ne soit pas tout à fait normale.Le terrorisme ne sort pas de nulle part.Cette accélération de la violence est causée par une insatisfaction ressentie en profondeur.Un type de violence tel que le terrorisme a certes des effets traumatisants, mais cette violence en soi n’est pas plus condamnable que d’autres formes de violence.De tout temps le terrorisme, la guérilla ont été des moyens de libérer les peuples.Dans d’autres pays, des rébellions, des insurrections ont provoqué des changements et amené, en bien des cas, des progrès indéniables.Qu’il suffise de citer les libertés démocratiques obtenues par la révolution américaine et 1789.La révolution de 1917 elle-même a eu aussi des conséquences qui ne sont pas toutes négatives.Et que dire des guerres de décolonisation qui ont affranchi une trentaine de nations depuis 1945?Nègres blancs A la source des bombes il faut donc reconnaître en toute honnêteté un état de mécontentement qui n’est pas superficiel.Le plaidoyer du procureur de Geoffroy n’est pas seulement une pièce d’éloquence circonstancielle; c’est aussi une amorce d’analyse de notre situation de dépendance.Ce texte se situe très exactement dans le prolongement d’un livre comme LES NEGRES BLANCS D’AMERIQUE, de Pierre Vallières.La violence terroriste pose des problèmes angoissants et un lourd défi à relever; autrement que par des opérations “crime check”! C’est la guerre civile 133 en germe, le début de l’insurrection armée.On peut se demander si le terrorisme peut être vraiment un moyen efficace dans la conjoncture actuelle du Québec.A cette question notons tout de suite qu’il serait trop facile de répondre par un “non” catégorique.Aurions-nous eu la Commission Lauren-deau-Dunton et l’actuel processus de revision constitutionnelle sans le FLQ?Proposerait-on, sinon comme idéal, tout au moins comme slogan électoral une “société juste”, si nous vivions dans le meilleur des mondes?Qu’est-ce qui a effectivement révélé le Québec aux anglophones sinon les bombes?Depuis le FLQ on a commencé de prendre vraiment conscience de l’existence du fait français et les bombes ont plus fait que tous les congrès de langue française.Il est donc impossible de prononcer un “non” catégorique.Par ailleurs, il serait trop simple également de voir là l’unique voie de solution.Une escalade déraisonnable dans l’utilisation des explosifs plutôt que de conduire à une libération authentique n’aurait-elle pas pour effet d’engendrer une répression policière capable de confisquer la liberté démocratique?A supposer même que le terrorisme réussirait par impossible à renverser le régime, n’aboutirait-on pas fatalement à la dictature?Entre la dictature et la démocratie la conciliation est impossible.Les termes sont contradictoires.Puisque l’on cherche en fin de compte un humanisme, il faut s’orienter vers d’autres chemins et il est bien sûr qu’aucun progrès réel et viable ne saurait être concevable sans éducation.Violence et efficacité Au simple plan de l’efficacité si les bombes meurtrières sont finalement inefficaces, il en va peut-être différemment des bombes symboliques qui se limitent strictement à la destruction matérielle de monuments ou d’édifices symboliques de la dépendance et du système.A titre de rappel, tout au moins, quand les réformes se font désespérément attendre, on peut être amené à ce genre de terrorisme.Ces destructions ne sont pas plus coûteuses économiquement que les grèves ou les occupations qui sont devenus des moyens courants de dernier recours quand il s’agit d’obtenir la justice pour les ouvriers: de meilleurs salaires et des conditions de travail plus humaines.Une propagande ne cesse - par une sorte de contre-terrorisme intellectuel - d’insinuer que le terrorisme provoque une baisse catastrophique des investissements.Pourtant on sait fort bien que la thèse est spécieuse.Un financier américain en haut poste de responsabilité s’informait récemment de la situation chez nous auprès d’un Québécois en voyage aux Etats-Unis.L’homme d’affaires ignorait tout de la dernière vague de bombes et en apprenant ces désordres il eut cette simple remarque: “J’ignorais que vous connaissiez ces secousses mais cela n’a rien d’é-tonnant et de singulier sur un continent où la contestation fait partie de la vie quotidienne”.A l’hypothétique chute des investissexnents que pourraient provoquer les bombes, il eut cette remarque: “Vous faites partie du système de défense nord-américain, et l’on ne peut se passer de vous.Y eut-il quinze morts par jour chez vous que l’on continuerait à investir au Québec!” Un projet viable Mais essayons de discerner quel projet pourrait être viable pour le Québec.Il ne suffira pas de réfor- 134 mettes.Il ne faut pas faire l’autruche et minimiser l’importance du mouvement insurrectionnel ni douter de la volonté d’un changement radical, sous prétexte que les actes de violences sont le fait d’une minorité.Que diable peut-on parler de minorité avec des manifestations qui atteignent l’ampleur de celle de McGill?On sait fort bien que toutes les révolutions ont été faites par des minorités.Il serait trop facile de se rassurer à si bon compte.Comme moyen de redresser la situation, il faut écarter à tout prix la répression policière.Si perfectionnée soit-elle, qu’elle s’exerce par des limogeages, des opérations d’épuration ou par la dénonciation de ceux qui sont soupçonnés de subversion, une telle pratique ne peut qu’irriter et jeter de l’huile sur le brasier.Chose certaine, les Vallières, les Gagnon, les Geoffroy qui sont en prison deviennent des symboles.Ils sont peut-être plus puissants dans leurs cellules que dans la clandestinité.Gare aux illusions! de la culture, une maîtrise raisonnable de l’économie et tous les leviers politiques nécessaires à l’affirmation collective et à la détermination du genre de vie de son choix.L’humanisme n’est pas un schéma abstrait, c’est un idéal que l’on poursuit à travers des situations particulières vécues et très concrètes.C’est seulement après avoir atteint sa pleine stature, sa maturité que l’on est en mesure d’engager un dialogue fructueux avec l’autre, des relations d’égal à égal, bref un dialogue d’adulte.On ne dialogue pas quand on est aux prises avec des complexes de culpabilité ou d’infériorité, quand on est tourmenté.sacre I feuJ Le défi est difficile rigueur.Ce qui est une le Québec libre à édifier Positivement ce que réclame le Québec c’est bâtir lui-même son avenir par des moyens démocratiques.Nous ne sommes ni le Congo, ni Cuba.C’est la conquête de son autonomie, de sa liberté et de sa personnalité collective qui intéresse le Québécois.Cette volonté d’épanouissement implique le développement à relever et il exige de la voie de facilité ce serait de continuer à replâtrer le fouillis actuel qui nous maintient dans une dépendance aliénante parce que essentiellement non-créatrice.Un Québec amadoué et gâté par Ottawa pour le retenir en son sein ressemblerait à cet impubère mal élevé et entretenu par un père exagérément complaisant et qui en réalité rend le plus mauvais service à son fils en le tenant en laisse, même si c’est dans une Cadillac! Qu’est-ce qui est plus aliénant au bout du compte que la peur, sinon la peur de l’effort?Le monde appartient non pas aux soumis, aux esclaves, mais à ceux qui se font violence.La liberté ça se prend et ça se mérite.épars signai HARVEY O.P.et P.SAUCIER restai ¦- - ._____________________________ DE LA VÉRITÉ DES PAUVRES siitcèé mière prit rtle ¦¦¦¦ 'V;.y.¦ y.¦ • y yyyy ¦ yuuy y FERNAND DUMONT Je suis rentré tantôt de l’office pascal.Il a neigé tout le jour.Que sont devenus les samedis saints ensoleillés de notre enfance?Il a dû neiger souvent aussi en ces années-là, mais nous ne nous souvenons que du soleil.Avec moi, mes aînés, Marie et François, ont dissimulé un peu partout les oeufs de sucre que les petits vont ramasser demain matin.Véronique, Hélène, Geneviève ne savent pas encore que ces coutumes nous viennent du plus lointain des âges, rites anciens de la fécondité et de l’éternelle joie des hommes à l’annonce du printemps.Mémoire de l’humanité qui nous émeut à travers nos enfants.A travers notre propre enfance aussi, celle qui supplie toujours au fond de l’homme qui vieillit.Vous vous rappelez l’eau de Pâques qu’on allait puiser, au lever du soleil, dans le ruisseau encore à moitié gelé?Pâques: promesse et appel Nous voici cheminant, à % notre âge, à côté d’une autre foi.Plus sévère, à l’image de nos quarante ans.Pourtant, dans l’office de tout à l’heure, elle empruntait le vieux langage du sacré.Celui de la lumière, du feu, de l’eau, du pain, du sang.Mais nos enfances ont été portées, avec les années, au point où il faut affronter en face la nostalgie et la promesse des vieux symboles.Aux débouchés de notre jeunesse qui s’attarde, il y a ce Dieu mort dont nous faisons mémoire et qui ramène à lui le monde et les chemins épars de nos souvenirs, de nos signes.Je me dis que peut-être le vieillissement et l’agonie des symboles trouvent ici leur avenir.Les enfants dorment, le silence ressemble à la sourde passion de la quarantaine.Les questions se durcissent.Un Dieu mort et ressuscité: voilà le dernier défi, la certitude forcée de se circonscrire.Comme les Noëls sont loin .Nuit de Pâques, nuit de la dernière ferveur.Il ne reste plus que les chemins têtus.Ce ne sont pas seulement les linges qui l’enveloppaient que le Seigneur a rejeté au matin de Pâques: ce sont aussi les suaires du sacré, les bandelettes des vieux symboles.Il est nu comme l’Esprit.Ainsi nous dépouille la vie quotidienne.Mais voici que nous vient une autre joie.Plus grave, plus déchirée et plus paisible à la fois.Ne serait-ce point la grâce de notre âge, celle qui succède péniblement à la première naïveté en la portant plus avant vers des achèvements qu’elle n’osait s’avouer?En une nuit comme celle-ci, comme on voudrait, pour une fois, saisir en ce qu’il a de, décisif, l’appel du Seigneur.Serait-ce sa Résurrection?Oui, en un sens: que deviendrions-nous sans cet Evénement, sans cette promesse qui dépasse toutes les doctrines?C’est à cette promesse que, cette nuit, les croyants que nous sommes s’abandonnent sans la moindre culpabilité.Ressuscités avec lui, ce n’est pas l’heure de songer à ios indignités.Il reste tous les autres jours de l’année pour éprouver des remords.Mais cette promesse doit être un appel.A quarante ans, on ne voue sa foi entière qu’aux espoirs qui sont proportionnés à des tâches.Lire le message de Jésus dans sa brutalité “Ayant achevé tous ces discours, écrit saint Matthieu, Jésus dit à ses disciples: “La Pâque, vous le savez, tombe dans deux jours, et le Fils de l’homme va être livré pour être crucifié” (26, 1-2).Dans son Evangile, Matthieu a placé ce passage juste après la description du jugement dernier, de ce jour où “le Fils de l’homme viendra dans sa gloire”.Les émotions, les sensibleries des images sacrées sont vite effacées.Le cérémonial imaginé par le Christ est plus bref qu’un rite universitaire ou que l’intronisation solennelle d’un curé de paroisse: “Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis les origines du monde.Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venu me voir” (25, 34-36).Dans le témoignage de Matthieu, Dieu s’identifie avec notre prochain, et avec le plus démuni.Est-ce là simplement une image, une autre de ces allégories pieuses auxquelles nous ramenons si souvent le texte des Evangiles?Nous sommes fort habiles à diluer ainsi la lettre du message, à transposer les terribles invites du Seigneur en de pâles confirmations de ce que nous croyions déjà savoir dans la spontanéité de nos impulsions égoïstes.Un peu d’imagination suffit, par exemple, pour se dire que la dénonciation des richesses par Jésus invite à un détachement “spirituel”; du même coup, on a le délicieux sentiment d’avoir une âme et de garder intact son compte en banque.Du témoignage de Matthieu, il est bien des façons d’émousser la portée.Je peux “faire la charité” en marge de mon métier: celui-ci conservera son autonomie quant à ses critères, ses fins, sa rémunération.Je 135 peux aussi ordonner mon travail au prochain mais d’une manière tout abstraite, en suivant la ligne de ces spiritualités des intentions générales qui rassurent la bonne conscience et ne troublent pas la vie quotidienne.Tel n’est pas, sans aucun doute, le sens obvie du texte évangélique.Il parle de faim, de soif, de dénuement, de liberté.Il n’y a pas de raison de croire que c’est là un langage à l’usage des simples et des naïfs incapables de comprendre des concepts plus abstraits.Il faut réapprendre à lire le message de Jésus dans sa brutalité.Pour le passage qui nous occupe, il n’est pas d’autre sens premier que le rappel impérieux à la quotidienneté du service d’autrui comme à la fin première de nos actes.Les difficultés de la juste recherche.Pour celui qui fait métier d’intellectuel, cette brutalité est particulièrement troublante.Que nos réflexions qui se veulent subtiles et nos tourments face à la page blanche paraissent loin de la faim, de la soif, du dénuement des pauvres! .La vérité est-elle un besoin élémentaire comme le pain et le gîte?D’ailleurs, dans notre métier, nous ne connaissons que des vérités fluentes et provisoires.Il est déjà si difficile de distinguer, à chaque instant, à chaque détour de la réflexion et de la phrase, ce qui est la passion de la juste recherche et la tentation de faire place à sa vérité personnelle.Il y a aussi les rites du métier qui font passer l’enchantement de dire avant le souci de ceux qui ne peuvent parler, l’alibi d’une culture qui semble être un Royaume en soi d’où le pauvre est exclu par convention.Par précaution aussi.En tout cas, il est des “vérités” qui font oeuvre de dominations.Nos vérités d’intellectuels ne sont pas pures, fussent-elles strictement fidèles aux critères méthodologiques les plus stricts.La science économique du XVIIIe et du XIXe siècles a manifesté un rare souci de rigueur technique; elle n’en a pas moins servi à opprimer les pauvres.Les pouvoirs et les 136 égoïsmes y auraient suffi sans doute; mais la science aura permis aux riches de s’abriter, par surcroît, du manteau de la Raison.Ouvrez un manuel courant de sociologie industrielle: derrière les “variables” et les statistiques, derrière l’ordonnancement apparemment tout académique des chapitres, vous apercevrez dans le poids des questions traitées, dans le privilège accordé au “rendement”, dans le choix même des principes d’explication, que quelque chose d’autre a joué que la raison pure.Vous vous direz que les commanditaires des recherches résumées dans le manuel y sont peut-être pour quelque chose; non pas nécessairement parce qu’ils ont exigé que l’on fasse de la propagande mais parce que les questions qu’ils ont posées aux chercheurs sont leurs questions.Les pauvres ne contribuent pas aux frais des institutions de recherche.Solidaires de ceux qui sont privés de pain et de culture Il faut donc admettre que la vérité ne trouve pas seulement sa voie dans le ciel de la logique.Ce que l’on cherche n’est pas dissociable de ceux au nom de qui on cherche.La vérité ne se juge pas seulement par la méthode qui y mène mais aussi par les appartenances et les solidarités de celui qui la poursuit.La vérité est la montée vers l’universel abstrait de la Raison, c’est entendu.Mais c’est aussi l’universalisation progressive de la situation et des enracinements singuliers de celui qui s’y voue et de ceux à qui elle est destinée.Qu’on le veuille ou non, la vérité est un service.Service des puissants, des repus; ou service des pauvres, de ceux qui ont faim de pain et de paroles.Penser, écrire, ce n’est pas nécessairement se restreindre aux problèmes de développement économique ou d’aménagements de logements salubres.Ce serait fabriquer de la vérité à l’usage des pauvres et abandonner les plus hautes interrogations de l’homme aux loisirs des riches.C’est alors qu’il faut relire à l’envers, pour ainsi dire, le texte de Matthieu.S’il est vrai que le pain, l’eau, la liberté donnés aux pauvres sont donnés au Christ, il sont ainsi davantage que les surplus de nos greniers.Ils deviendraient alors une nourriture, une liberté, une vérité mesquines.Ailleurs, dans les Evangiles, le Christ dit qu’il est la vérité.Il est le pauvre, il est le vrai.La vérité est une personne.En Jésus, l’identification est complète, alors que nous, ses disciples, nous ne pouvons que parler de la vérité; et encore est-elle barbouillée d’erreurs et d’injustices.Mais par nos solidarités avec ceux qui sont privés de pain et de culture, peut-être est-il possible de rejoindre Celui qui a voulu nous élever jusqu’à lui.La vérité dernière, ce sont les hommes.Pour une science "combattante" En secret, dans les jours sombres de l’occupation, se cachant des polices et des pouvoirs, Emmanuel Mounier n’en écrivit pas moins un volumineux et rigoureux traité d’anthropologie.Il avait éprouvé le profond besoin de dire au liminaire de son livre: “Personne ne traite objectivement de l’homme.Mais comme il est coutumier de déguiser son parti-pris sous un vêtement scientifique, nous préférons déclarer à visage ouvert que notre science, pour être une science honnête, n’en est pas moins une science combattante.” En des jours apparemment plus paisibles, où le pauvre, la justice et la liberté sont opprimés sans que l’histoire l’enregistre, il n’est pas d’autre justification dernière de nos recherches et de nos écritures.Pourquoi se laisser aller ainsi à des confessions?Il faut dire que la nuit s’y prête et le métier aussi.Et puis, après tout, la certitude de Pâques atteint chacun au creux de sa tâche.Demain, tâche et certitude se trouveront à nouveau séparées.Peut-être est-ce le sens permanent de la joie qui nous saisit aujourd’hui que de pouvoir se déverser dans les devoirs incertains des jours à venir.Fernand DUMONT : ______________________________________________________________________________________________________________________________________ ¦ Mi-: Marc Oraison: Tête dure, Le Seuil, 1969.On sait l'importance de l'oeuvre de l'abbé Oraison dans renouveau des idées et de la pratique chrétiennes.Les laies étaient si peu importants dans les arcanes du pouvoir ecclésiastique qu'il aura fallu ce PRETRE (et d'autres) pour redéfinir le statut de la sexualité .Il est vrai que ce prêtre a d'abord été chirurgien, urologue par surcroit.Dans ce livre, il esquisse ses "mémoires".Il a rédigé un peu à la diable, avec un mouvement et une allégresse qui sont fort sympathiques.Que voilà un chrétien occupé, lucide, drôle et en santé.Si vous êtes un réformateur angoissé ou un persécuté ennuyeux, lisez.A la recherche d'une g.théologie de la violence, Ed.du Cerf, 1968.Recueil de textes sur un problème dont il n'est pas nécessaire de dire l'actualité.Lés dimensions bibliques, psychanalytiques, sociologiques sont tour à tour évoquées.Le marxisme et la foi chrétienne sont cités 6 la barre.Sur la guerre et la violence, M.Dabezies propose des réflexions qui débordent infiniment, et heureusement, le titre de son étude.Ce petit livre se donne comme un préalable à des réflexions proprement théologiques; cette répartition en deux temps est, de soi, un heureux défi aux tentatives des systématiques chré- iitu ifim ' ¦.tiennes.S:.\ : ' ¦ ' .- Pierre Grelot: Réflexions sur le problème du péché originel, Caster-man, 1968.M.Grelot a réuni dans ce mince volume des articles d'abord parus dans la Nouvelle revue théologique.Je le signale sans plus tarder, même si j'espère y revenir dans un plus ample article où je voudrais le confronter avec d'autres.Je ne connais pas, pour l'instant, de meilleure situation de cette très difficile question et qui soit plus accessible à un lecteur à la fois non-spécialiste et très exigeant.Fernand DUMONT ¦ .: m Il y a seulement quelques années, beaucoup de bons livres et d’articles s’efforçaient de définir la place du laïc dans l’Eglise.Et un évêque bien intentionné choisissait ce titre frappant: “Les laïcs, aussi, sont d’Eglise”, comme si un général écrivait: “Les soldats, malgré tout, font partie de l’armée”.Mais aujourd’hui, le problème n’est plus là.Les laïcs, théoriquement au moins, sont partout à leur place dans l’Eglise et dans le monde.Ce qu’il faudrait s’attacher à découvrir, c’est la plane du prêtre dans l’Eglise, et s’il en a encore une.UNE EGLISE TOTALEMENT CLERICALISEE fidèles; ceux-ci, dépouillés de leurs droits, de leur liberté, de la fierté de leur vocation, se sont assoupis dans un organisme qui se gérait et fonctionnait sans eux.Notre Eglise s’est calquée sur la société impériale et féodale et n’a pas encore opéré sa révolution démocratique.Non que l’Eglise soit une démocratie, pas plus qu’une monarchie ou un empire.Elle a un statut original qui lui vient du Christ, mais qui s’est réalisé concrètement par des emprunts aux formes des sociétés où elle s’est propagée.Si elle empruntait aujourd’hui à nos Etats modernes les élections, la représentation populaire, le droit pour le peuple de contrôler et voter le budget, rien ne serait perdu de sa constitution divine.logique que la désignation suive la constatation publique de la capacité?Et comme celle-ci n’est pas nécessairement permanente, pourquoi faut-il que la fonction le soit?Quel est le domestique qui s’arrogerait la propriété de son emploi?Le clergé se dit au service du peuple de Dieu.De quel droit conserverait-il ses fonctions à partir du moment où, de l’aveu général, il est incapable de bien les remplir?Des barrières à abattre Il y a une série de barrières à abattre entre le clergé et le laïcat pour réaliser l’unité du peuple de Dieu, un échange vivifiant de l’un à l’autre et la disparition de cette “caste” sacerdotale dont le Christ n’a jamais voulu faire partie, qui l’a persécuté, et que nous avons fidèlement reconstituée.La barrière du temps Cette situation est la réaction naturelle à un abus.L’Eglise a été totalement cléricalisée, c’est-à-dire que quelques-uns se sont accaparé ce qui appartenait à tous: sacerdoce commun des fidèles, responsabilité de tous dans les affaires d’Eglise, théologie, exégèse, liturgie, prophétie.Le clergé s’est constitué en une classe séparée, se recrutant par cooptation au lieu d’élection, s’arrogeant toute autorité et toute dignité.Ce cléricalisme a déchristianisé l’Eglise en prolétarisant les Bien au contraire, nous retrouverions des traditions très anciennes de l’Eglise primitive où le peuple était consulté, les dignitaires élus, les femmes diaconesses ou prophétesses, et les fidèles responsables.Car, si les prêtres sont au service des fidèles, ceux-ci ne sont-ils pas les mieux placés pour juger du service qui leur est rendu?N’est-il pas un peu naïf de croire que la capacité suit toujours la désignation par l’autorité?Ne serait-il pas plus D’abord, la barrière du temps: les fonctions ecclésiastiques doivent devenir temporaires, comme le sont les capacités qui y correspondent.On sera prêtre ou évêque pour trois, cinq ou dix ans, après lesquels on pourra être réélu ou rendu à la vie commune.On n’est pas “prêtre pour l’éternité”, comme on le répète à tort: au ciel, il n’y aura ni prêtres, ni évêques, ni sacrements.On devient prêtre pour rendre certains services à la communauté, et celle-ci a le droit' 138 de déterminer le temps et les modes d’exercice des fonctons qu’elle attribue.La barrière du travail Ensuite la barrière du travail: non pas des “prêtres-ouvriers”, mais des travailleurs prêtres, des ouvriers, artisans, employés, professeurs, des gens “normaux” qui seront prêtres à quart de temps, à dixième de temps.Les prêtres à plein temps d’aujourd’hui sont comme les rentiers du dix-neuvième siècle: des gens qui ont des loisirs pour s’occuper de bonnes oeuvres.Il est temps qu’on cesse de considérer le travail comme une disqualification; le sacré ne consiste pas à être chômeur.La barrière du mariage Barrière du mariage: il faut ordonner prêtres des gens mariés.C’est une nécessité évidente partout, mais particulièrement en Afrique, en Amérique latine.L’Eglise commet une faute grave en refusant, pour conserver son droit canon (le célibat des prêtres et évêques n’a pas été mstitué par le Christ), l’exercice par ses fidèles d’un droit divin: recevoir les sacrements.Le célibat est une vocation et non une obligation.La vocation sacerdotale existe chez beaucoup indépendamment de la vocation “religieuse”.Et beaucoup de “moines” ne sont pas faits pour être prêtres.Le sacrement de mariage ne confère aucune indignité au sacerdoce.Il est ridicule d’admettre des diacres mariés, mais de'faire de leur mariage un empêchement à leur sacerdoce complet.Beaucoup de fonctions dans l’Eglise seraient mieux remplies par des pères de famille équilibrés que par de jeunes prêtres célibataires.Et il y aura probablement plus de vocations de prêtres célibataires quand ils seront sûrs de trouver un apostolat à leur taille, au lieu de devenir des professeurs, des solitaires, ou des administrateurs, même de sacrements! La barrière du sexe Et enfin la barrière du sexe! Dans le Christ, il n’y a ni homme, ni femme, tous deux sont égaux et appelés.Si le sacerdoce est une “paternité” (parenthood) spirituelle, la femme en est plus capable que l’homme, car elle est davantage mère qu’il n’est père.Le Christ n’a pas ordonné de femme?C’était impossible de son temps, et il a fallu précisément des siècles d’évolution chrétienne pour libérer assez la femme, et sortir l’homme de sa suffisance et de son despotisme.Parce que le Christ était homme?Alors dites tout de suite qu’une moitié de l’humanité a été inégalement rachetée! Non, un clergé exclusivement masculin est évidemment une grave faiblesse dans l’Eglise; celle-ci a besoin de femmes-prêtres qui inventeront leur façon à elles de remplir ce ministère.Et alors, quand tout chrétien, marié, célibataire, homme, femme, travailleur, pensionné, se posera la question: ne dois-je pas être prêtre, ne dois-je pas me mettre à la disposition de mon Eglise, alors, pour la première fois depuis très longtemps, on pourra être tout ensemble pleinement humain et pleinement d’Eglise! Et devant l’abondance merveilleuse des vocations, on comprendra la culpabilité de ceux qui les repoussaient, en déplorant leur absence! DU SACERDOCE “CULTUEL.Mais il faut aller plus profond.La régénération du clergé ne se réalisera pas seulement par le travail, le mariage, l’élection, l’accession (pourvu que ce ne soit pas l’invasion) des femmes à la prêtrise.La vraie cause du désarroi des prêtres, c’est qu’ils ne savent plus au juste quelle est leur tâche.L’éducation cléricale produisait un prêtre “cultuel” un prêtre païen.Or le monde actuel se détache de plus en plus du culte et de ses fonctionnaires.Il n’y a plus place, aujourd’hui, que pour des prêtres chrétiens.Expliquons-nous! Le prêtre païen se consacre à assurer les relations entre les hommes et Dieu, entre un monde d’en-haut, sacré, seul réel et durable, et le monde d’en-bas, profane, triste, fugitif, où nous sommes en transit.Il tâche de faire passer un peu de sacré dans le profane de cette vie, et le plus possible d’hommes dans l’autre.L’homme moderne conteste violemment la réalité de cette dichotomie et la nécessité de cette médiation, de cette négociation perpétuelle entre dux mondes.Pour lui, pour nous, le monde n’est pas divisé.Il n’y a qu’un monde.Il n’existe pas d’au-delà du monde.Dieu est entré dans ce monde et il n’en est pas sorti.Il n’y a qu’un sacré, et il est enfoui dans la réalité d’apparence profane où il faut le découvrir.L’Eglise, le prêtre, ne sont chargés que de cette “révélation”.)ii té pi.AU SACERDOCE PROPHETIQUE Le prêtre chrétien est prophète du sens: il annonce cette Bonne Nouvelle que chacun de nos actes peut prendre une valeur absolue, chacun de nos moments peut être éternisé, chacun de nous est infiniment plus vaste et plus important qu’il ne le pense, et que l’humanité est appelée à faire de cette terre un lieu où la justice habite et où on s’aime les uns les autres.' IH m %; L’originalité du sacerdoce chrétien est là: le vrai culte à rendre à Dieu est d’annoncer l’Evangile.S.Paul dit que sa mission n’est pas de baptiser, mais “je sers Dieu de toute mon âme en prêchant l’Evangile de son Fils” (Rom I, 9) “Ce n’est pas pour baptiser que le Christ m’a h % 'll» envoyé, mais pour annoncer l’Evangile” (I Cor I, 17) “chargé du service sacré de l’Evangile de Dieu pour que l’oblation des Gentils, sanctifiés par l’Esprit Saint, lui soit agréable” (Rom 15-16).Quel prêtre actuel peut dire cela?Le prêtre païen est propriétaire du sacré; sans lui, impossible de plaire à Dieu, d’atteindre Dieu, d’obtenir pardon de nos fautes.Mais le prêtre chrétien est révélation que nous avons tous accès auprès de Dieu, communication libre, aisée, directe, que nous sommes tous également ses fils et sa famille, et que nous n’avons pas besoin d’intermédiaire pour nous approcher de lui.PORTEURS DE "MAUVAISE NOUVELLE"?.OU ARTISAN DELIBERATION?Le prêtre chrétien est fondateur et animateur de petites communautés avec lesquelles il vit, travaille et lutte pour leur libération et celle de leurs frères.Ses eucharisties célèbrent des victoires.“Quand tu auras libéré mon peuple, alors tu viendras m’offrir un sacrifice sur la montagne!” Quelles sont nos messes qui célèbrent une libération?Le prêtre de la Nouvelle Alliance est quelqu’un qui sait partager le pain et qui sait réconcilier les pécheurs, de telle façon qu’il y ait présence de l’Esprit d’amour et de joie dans ce partage et dans ce pardon.Tous devraient s’y exercer, et on consacrerait celui qui y réussit.Il est triste de penser que les prêtres sont devenus porteurs de “mauvaise nouvelle”, qu’ils ont exclu les fidèles de ce qui leur revenait de meilleur, parce qu’ils l’avaient accaparé.Il est triste aujourd’hui de voir le prêtre, à son tour, isolé et exclu de ce monde qui s’en va loin de lui, sans lui, parce qu’il a été infidèle au témoignage qu’il devait rendre! __ Autant le prêtre à l’ancienne mode tombe à plat dans un monde sécularisé, autant le prêtre chrétien se sent à l’aise dans cet univers pour lequel les hommes se passionnent ou dont ils désespèrent, et sur lequelMl leur apporte une révélation pleine d’espérance.Hélas, il faut constater que, malgré des années de formation ecclésiastique, de prière et de sacrements, quand on enlève un prêtre “classique” à son sacerdoce cultuel, il n’a pas de Bonne Nouvelle à annoncer au monde.Une fois sortis de leur chaire, de leur confessionnal, une fois descendus de leur “podium”, ne fois devenus des hommes omme les autres, ils n’ont plus ien à dire.Ils n’ont pas reçu de onne Nouvelle, et ils n’en ont donc pas à transmettre.Longtemps, j’ai été assez païen pour entendre la parole du Christ “les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez”, d’abord comme un pouvoir donné à l’Eglise.Un redoutable pouvoir de juger: “je remets?.je ne remets pas?” Et j’ai mis des années à comprendre que c’est surtout une responsabilité: “prenez garde, tous ceux que vous aurez traités avec assez d’amour et de respect pour leur faire accepter leur pardon, pour qu’une réconciliation s’opère, pour qu’une fraternité se rétablisse, réjouissez-vous, c’est aussi à moi que vous les avez réunis.Mais ceux que vous aurez maltraités, rebutés, découragés, hélas, c’est aussi vis-à-vis de moi qu’ils resteront paralysés”.Et chacun d’entre nous est responsable de ce pardon des péchés.Et longtemps j’ai été assez païen pour comprendre les paroles du Christ: “qui vous écoute, m’écoute.Qui vous méprise, me méprise!”, comme un droit à être écouté et comme une condamnation de ceux que je n’avais pas convaincus! Mais je sais, aujourd’hui, le sens vrai de cette parole et la nature exacte de la charge qu’elle impose: “Quand tu parles, Pierre, si tu as 139 assez de respect et d’amour pour ceux à qui tu t’adresses, si tu m’as écouté assez pour que ce soit moi qui parle à travers toi, c’est moi qu’ils écoutent en t’entendant.Mais tous ceux à qui tu ne seras pas parvenu à faire reconnaître et accepter ma Bonne Nouvelle de libération, ils resteront fermés, tristes, liés, esclaves.A cause de toi.ils ne m’auront pas entendu!” VERS UNE RESPONSABILITE PARTAGEE PAR TOUS Nous sommes tous responsables de propager cette parole et d’opérer ces libérations.Nous sommes tous frères en cela, tous responsables d’églises, tous responsables de partages de pain et de partages de pardon.Le prêtre chrétien est celui qui annonce cette bonne nouvelle de l’abolition des sacerdoces aristocratiques et des murs de séparation en réalisant des communautés où l’homme vit libre et aimant.Comme on voudrait pouvoir crier à beaucoup de prêtres en difficulté que leur malaise ne vient pas seulement de leur faiblesse, comme ils sont tentés de le croire, mais de ce qu’on leur a imposé un fardeau qui n’est pas celui du Christ.Ils craignent de lui être infidèles, ils sont en danger de perdre leur foi en Dieu en perdant seulement confiance en leur manière païenne d’exercer leur sacerdoce.Ah, si on pouvait leur faire comprendre que le Christ les appelle au fond même de leur détresse, qu’ils se rapprochent de lui en rejetant ce qui les étouffe et qu’au moment même où ils s’angoissent de tout ce qu’ils sont en train de perdre, ils découvrent une ressemblance avec Lui qu’ils n’avaient jamais connue.Cela, ce serait une Bonne Nouvelle pour eux et pour tous leurs frères chrétiens.LOUIS EVELY 40 ' I'JIIKK Je vous écris comme si vous étiez tous des amis très chers en vous priant de répondre à ma lettre.Il paraît qu'on peut s'écrire, se parler; le monde moderne tolère encore cette extravagance, il nous laisse cette sublime liberté de vider son coeur dans l'oreille du prochain.Je suis un modeste citoyen qui a, à son crédit ou à son débit - comme vous voudrez-, quelques livres et une petite réputation, mais ce n 'est pas à ce titre que je vous écris, car mes moyens sont aussi fragiles que mes certitudes.Je veux tout simplement vous dire ce que j'ai sur le coeur, même si, c'est difficile; je suis encore jeune, encore éloigné de la trentaine, bien que la vie ait fait de moi un citoyen intégré à une cité ni juste ni libre, et mon devoir d’homme, d’écrivain, consiste à parler au moment opportun comme au moment inopportun, à prendre la parole, faute de prendre le pouvoir dont je ne saurais d'ailleurs que faire.Une fois que j'ai pavé ma cotisation au Parti Québécois, parce que pour moi, c’est le parti de la dignité, de la liberté et de l'avenir, je suis là à me demander que faire.Militer?Me lancer dans l'action?Je connais mes ressources et mes limites.J'ai une certaine connaissance des mots.C’est tout et c’est assez peut-être pour participer à la vaste entreprise de renouvellement dont un peuple comme le nôtre ne peut se dispenser s'il tient à survivre à ses contradictions.Un peuple autonome au sein d’un continent qui lui est, spirituellement et culturellement, étranger, quel défi! Le parti Québécois s’est fortifié du suicide, puis de l’intégration des nnistes.C'était ce qu'on peut appeler un malheur nécessaire et heureux même.J’avais beau ne pas être un militant constant, j’étais attaché au RIN, j’étais sensible à son esprit fait d'intransigeance, de pureté, de dignité et d'audace; et c’est cet esprit que je regrette et que nous ne retrouverons sans doute jamais tel que nous l'avons connu.Je le regrette d’autant plus que le P.Q.est presque obligé d’être un parti modéré, ayant à affronter le monstre électoral, et je ne suis pas un modéré; j'espère que je ne vivrai pas assez vieux pour le devenir, car on commence par se modérer, et l’on finit par se résigner, mais la résignation est, la plupart du temps, un vice de faibles.Tout cela pour déclarer que je vous écris en mon nom propre, au nom de personne d'autre.En parlant, on fait parfois avancer les choses.Ensuite il reste à leur pousser dans le dos.Les choses sont par nature paresseuses, elles ont besoin d'un coup de main.Le Québec, lui aussi, est paresseux et d'autant plus qu’il ne sait plus très bien où aller.Il y a des naïfs qui veulent avoir une patrie sans bouger le petit doigt, sans y mettre du leur, sans lui donner un peu de leur vie, comme si une patrie ne se nourrissait pas de l'amour de ses enfants.Nous avons beaucoup à faire avant que nos enfants naissent avec une patrie dans leur coeur.Pour le moment, nous leur transmettons nos propres contradictions nous engendrons des apatrides, futurs bilingues menacés d’assimilation, des êtres dénaturés, divisés, des infirmes, si vous préférez.Il n’y a pas quatre façons pour un peuple de se tenir et de vivre: c’est debout sur ses jambes et la tête haute.On nous dit qu'en Amérique du nord, les choses étant ce qu'elles sont, il vaut mieux marcher ventre à terre et le nez dans sa crotte, ce qui profited bien du monde, mais cette mauvaise posture finit par déformer l'échine et ternir le regard.Son avantage, c 'est qu 'on y perd le sens de sa dignité et qu 'on oublie le sens de mots trop abstraits comme le sont, paraît-il, les mots de liberté et d’amour.Car on n'aime pas dans la honte de soi et le mépris; on peut cependant tout justifier, à commencer par sa propre humiliation, puis l’écrasement systématique d'un peuple incapable de se relever, fut-ce pour mourir en beauté, le temps de se faire photographier pour le compte du FBI.Il suffit donc de parler du contexte nord-américain qu'il ne faut jamais perdre de vue, évoquer une sorte • de réalisme assez grossier, et l’objecteur, pauvre type, se trouve sur-le-champ rejeté dans idéalistes.la déplorable catégorie des dangereux etteri o«r On nous a fait trop souvent le coup, sans que nous l’|/, axions pu renverser l’opinion publique sur ceth question, on nous a fait tant de fois le coup d l’objectivité qu 'il n 'est plus possible de ne pas fourni une réponse définitive, une réplique qui soit vraimenl ce qu 'on appelle une réplique et qui puisse éclairer h débat en forçant chacun à avouer une fois pour toute!' que personne ne détient miraculeusement ou naturellement le principe de la vérité et la totalité d( l'objectivité.Quand l'avenir d'un peuple est l'enjei WP.W Mit S agence du livre français y d’un débat, on devrait avoir la sagesse de ne pas invoquer la seule compétence de quelques experts pour mieux dénier à tous les autres le droit de voir juste et de sentir bien.Trop d’hommes sérieux séparent l'Histoire de l’existence individuelle, ne voyant sans doute pas le lien étroit qui rattache chaque homme au destin collectif.Sous prétexte que la conscience individuelle n’a plus les moyens de diriger l’Histoire, on voudrait donc confier l'avenir à quelques experts auxquels on accorde préalablement tout le crédit de la vérité humaine.Je comprends, par exemple, que les fédéralistes soient embarrassés par un fait évident, et qu’ils essaient de le nier en le dénaturant: la plupart des artistes québécois qui sentent la réalité des choses, qui devinent et expriment les sentiments profonds de leur communauté, ce sont aussi des citoyens qui croient que, pour durer, pour vivre, il serait nécessaire de changer l’ordre actuel, de rompre les alliances mortelles et d'établir un nouvel équilibre reposant sur l’égalité de fait des peuples canadiens.Mais les fédéralistes, race têtue et dépassée par les événements, continuent de croire et de faire croire que ces gens-là, ces déclassés, ne représentent rien, n’expriment guère plus que des sentiments personnels.Ils auront beau vouloir isoler l’artiste, l’engraisser, le couper de la vie réelle, il est trop tard: notre artiste ne veut plus vivre dans l'illusion d'une solitude désenchantée, il ne veut plus vivre exilé de l'âme nationale.Parce qu'il ne s'accorde pas avec les valeurs dominantes, parce qu'il entend même les remplacer par d’autres, on le disqualifie, on lui nie le pouvoir de sentir juste, de voir clair et de comprendre en profondeur la réalité dans laquelle il baigne autant sinon plus que notre prétendu expert ou notre prophète réaliste.Quant à nous, qui avons l'impression de subir les événements, nous les pauvres citoyens, un jour nous délirons d’espoir et le lendemain de rage désespérée.Nous commettons l'erreur de croire l'Histoire intemporelle.Il faudra finir par comprendre qu'il n'y a d'Histoire que quotidienne, que l'avenir dépend de chacun, même si sa vie est une petite vie, de cette journée qui passe et qu’on doit remplir de sens.On maudit souvent le quotidien, chez nous: c'est un alibi.On se sert de lui pour excuser ses faiblesses et son impuissance: et pourtant le quotidien c'est la vie, la seule que nous vivons, la vie quotidienne, il n’y en a pas d’autre, quoi qu’on croie, du moins en ce monde.L’Histoire s’écrit NOUVEAUTES LANGAGE ET CONNAISSANCE Suivi de six essais sur la philosophie du langage par Adam Schatf.$ 9.25 IDEOLOGIE ET RENAISSANCE NATIONALE — l'Egypte moderne — par Anouar Abdel-Malex .$12.90 D'UNE SAINTE FAMILLE A L'AUTRE — de Sartre à Althusser — par Raymond Aron.$ 5.75 LES DIMENSIONS DE L'HOMOSEXUALITE par le Dr Jacques Corraze .$ 6.10 INITIATION A LA PSYCHANALYSE POUR EDUCATEURS par Anna Freud.$ 3.70 PROBLEMES DE LA JEUNE GENERATION par Ernest Fischer.$ 4.70 ESSAIS SUR LE LANGAGE En Collaboration .$ 6.95 NIXON PRESIDENT par Bonnefoy et Magnun.$ 3.30 ESSAIS SUR BERTOLT BRECH par Walter Benjamin.$ 1.70 RACISME ET SOCIETE sous la direction de Comarmond et de D.Duchet$ 5.15 REVUE L'HOMME ET LA SOCIETE (Freudo-marxisme et sociologie no.11 — 1er trimestre 1969 de l'aliénation).$ 4.20 REVUE: LES TEMPS MODERNES no.mars 1969 — 273 .$ 1.65 AGENCE DU LIVRE FRANÇAIS 1249 ouest, rue Bernard — Montréal tel: 271-6888 142 chaque jour, aussi terne soit-il.Elle est une durée, notre durée.Elle fait notre vie mais nous la faisons aussi, modestement, c’est-à-dire avec nos petits moyens.Vous allez me dire qu’on ne peut pas changer la vie.Je vous crois: Est-ce que j’aurais rêvé tout haut?Ce qui compte, c’est de l’améliorer, d’améliorer la qualité de notre vie quotidienne.L'Histoire, finalement, n’est rien d’autre que ce qu'un peuple fait de sa vie de tous les jours.Quand nous aurons accepté de vivre dans le relatif, quand nous aurons cessé d’attendre des événements spectaculaires, des actes éclatants, nous aurons fait un grand pas.Méfions-nous des attitudes romantiques: tout ou rien et tout de suite.Nous avons le défaut des esprits absolus qui vont de l’exaltation à la dépression.Ce monde insupportable, il est en train de s’écrouler: regardez la jeune végétation qui fracture ses assises, qui lézarde ses murs, qui grimpe, vie nouvelle qui fait son chemin dans la vieillesse du monde et qui tout doucement l’étrangle jour après jour, avec la force de l’instinct de conservation.Evidemment, les-vieilles choses ont la peau dure et le coeur parfois plus dur encore.Notre société ne se laissera pas faire, soyez-en assurés, elle fie voudra surtout pas que la jeunesse ait raison, que la liberté et l’esprit aient le dernier mot.Les vieux partis, ses gardes-du-corps, ses chiens de garde, jumeaux bleu et rouge de la mère Province, frères mal vieillis, mal engagés sur la voie du cimetière, sont toujours là pour terroriser la population, confondant volontiers les intérêts de l'élite sociale avec ceux du peuple, s'adressant non pas à l’esprit mais au ventre du citoyen, lui annonçant des maux terribles, une famine épique, s’il ose désirer la liberté, accéder à la simple dignité du refus.En parlant au seul ventre, en croyant le peuple sourd à d'autres appels, les gras jumeaux font preuve de mépris; ils se trompent en voulant nous tromper, mais le peuple, lui, ne se trompera pas toujours, il se sentira humilié de ce mépris, rabaissé par ce bas langage dont usent avec un si grand naturel les porte-parole des Chambres de commerce qu'on les croirait nés avec ces mots-là dans la bouche.Des mots si bas qu'on doit se mettre à genoux pour les comprendre.Or, le peuple a mal crqx genoux depuis le temps qu'il s'agenouille pour des riens, devant de fausses idoles, et c'est pourquoi il se méfie, il se raidit, droit debout, fier de son modeste pouvoir d'électeur qu'il peut, s’il le veut, tourner contre ceux qui lui parlent de son ventre au moment où il découvre qu'il a une conscience capable de s’indigner èt donc de se révolter.Que les profiteurs réfléchissent là-dessus: si le peuple se scandalise, sa colère sera aussi grande que l'a été, trop longtemps, sa résignation.Les marchands de moutons devront changer de métier, aller cirer les souliers des seigneurs d'une cité libre et juste qui n 'existe que dans leur imagination.Je sais, je sais, je me gave d’optimisme: l'inconscience est encore grande, et ce ne sont pas nos postes de radio et de télévision, ce ne sont pas nos journaux, nos élites dévorées par l’égoïsme qui la réduiront, cette inconscience trop profitable.Ll est plus difficile qu’hier de parler librement, chers lecteurs, cela me coûte bien des efforts, mais en même temps j'y trouve une sorte de paix, de joie, une sorte de matin frais, une enfance nouvelle, parce que j'ai enfin l'impression de parler de choses essentielles et d'être compris.J'avais tant de choses a dire, que j'ai dites n'importe comment, d'un seul trait, comme si le temps m'était compté.Ces jours-ci, les mots commencent à peser lourd.On peut payer cher le droit à la libre expression de ses opinions.Plus les choses avancent, moins on peut miser sur le sens démocratique des propriétaires des imprimés.Les moyens d'information vont se trouver dans les mains de quelques-uns, potentats improvisés qui imposeront leurs lois et mettront hors-la-loi tous ceux qui leur paraîtront suspects, tous ceux qu 'ils pourront qualifier de révolutionnaires.Mais être révolutionnaire, justement, qu'est-ce que cela signifie?Crier avec les autres, boire du café en déclamant des poèmes de Mao ou des slogans du père Lénine (Marx ait son âme!)?Justifier les injustices des pays socialistes?Mourir pour une idéologie?Non.C'est peut-être tout simplement se ranger sans condition du côté des humiliés, des offensés, des pauvres gens, lutter avec eux pour la dignité, le bonheur, la paix et l'amour, s'inquiéter autant de leur âme que de leur ventre, et commencer a vivre soi-même comme si les gens s’aimaient les uns les autres.Et puis pour le jeune révolutionnaire, la révolution n'est plus seulement un chambardement qui fait passer le pouvoir des mains de ces messieurs â celles de nouveaux messieurs, c'est une rénovation du monde par la purification du coeur et de l'esprit, c'est le refus de croire à la perfection de tout système ou de toute idéologie, c'est le désir d'être meilleur pour améliorer la qualité de la vie, c'est aussi, pour finir, une tentative de rajeunissement, un retour à certaines vertus de l'enfance.Dans un monde où l'homme est menacé de n'être plus le maître des machines qu'on croyait libératrices, cette révolution semble arriver trop tard.Tant que la conscience a le pouvoir de s'indigner, il n'est pas trop tard, on l'a vu, cet automne, quand les jeunes ont décidé de ne plus fonctionner comme on le leur commandait, quand ils ont tout arrêté et pris les choses en mains.Tout le monde a cru qu'il s'agissait là d'une revendication d’ordre matériel, mais on a été forcé de constater qu'ils voyaient plus loin, qu'ils refusaient jusqu’à cet avenir incertain qu'on leur offre.Est-ce que par hasard une époque ne viendrait pas de finir?Désormais les jeunes entendent vivre différemment et non enfermés dans le cercle infernal de la production-consommation.Ils rêvent d’une vraie vie, pas ailleurs, mais ici, une vie vivable pour tous où l’amour supplanterait enfin la religion du profit, où l’esprit aurait sa place, la meilleure possible.Tout le progrès du monde ne nous servira pas si nous perdons l’essentiel, si la technique, par exemple, nous exile loin de notre liberté.L’homme-robot sera un excellent citoyen, docile contribuable, consommateur consentant: humainement, il ne vaudra pas cher.Et c’est parce que nous aimons la vie, vous et moi, que nous refusons cet esclavage très confortable, et c’est parce qu’il reste en nous une part de liberté intacte que nous refusons le monde tel qu’il est.André MAJOR ! f 143 marabout université LA PRESTIGIEUSE COLLECTION CULTURELLE OU TOUT SAVOIR UNIVERSEL A PRIX TRES POPULAIRE ftj : : -f- v> jÿj;
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