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Maintenant
Revue d'idées très en phase avec les débats qui animent la société québécoise durant la Révolution tranquille.

[...]

La revue Maintenant arrive et s'inscrit dans l'effervescence du Québec des années 1960, au moment de la Révolution tranquille. Elle a pour vocation de remplacer la Revue dominicaine en créant un lieu de discussion collé sur l'actualité. Pour s'insérer davantage dans l'activité intellectuelle de son temps, la nouvelle revue affiche une facture moins savante.

Père Henri-Marie Bradet, directeur de la revue depuis ses débuts en 1962, rassemble rapidement de nombreux collaborateurs, clercs et laïcs. Plusieurs dominicains, mais aussi Benoît Lacroix, Louis Lachance, Émile Legault, Gérard Dion et Louis O'Neill offrent des contributions à la revue, tout comme les laïcs Hélène Pelletier-Baillargeon, Louis Fournier, Pierre Saucier, Dr Paul David, Ernest Pallascio-Morin, Jacques-Yvan Morin, Guy Robert et Naim Kattan, parmi de nombreux autres.

La volonté d'actualisation du catholicisme prônée par Maintenant tient ses racines dans le personnalisme des années 1930 et son ouverture à l'individualisme, et coïncide, en 1962, avec le programme de réformes du catholicisme de Vatican II, duquel la revue portera l'esprit au Québec. Elle offre une tribune aux catholiques de gauche, soucieux de montrer un esprit actuel et moderne à la jeunesse intellectuelle.

Maintenant s'adapte rapidement aux changements accélérés en cours dans la société québécoise et devient un lieu de débat important. Les clercs souhaitent se positionner comme porteurs d'une conscience morale évolutive de la société vis-à-vis des intégristes et du contrôle de l'Église. Cet humanisme chrétien motive Maintenant à adopter hâtivement le socialisme démocratique et à cautionner et pousser l'idée de l'indépendance politique du Québec.

Le contexte de laïcisation et de pluralité grandissante des affiliations religieuses, conjugué au déclin de l'attachement national canadien-français et catholique, donne naissance à un nationalisme québécois civique qui se manifeste notamment dans la déconfessionnalisation de l'enseignement public. Maintenant en sera partie prenante.

La revue participe ouvertement aux débats sur la régulation des naissances, mais, par principe religieux fondamental, demeure d'abord contre l'avortement. Et bien qu'elle appuie une laïcité ouverte, la revue refuse affronte la position radicale de la relégation du religieux à la sphère privée. Les audaces que Maintenant se permet font des mécontents à la tête de l'ordre dominicain à Rome, qui demande la destitution du père Bradet en 1965. La maison provinciale de l'ordre ne souhaite pas se ranger dans la réaction. Le père dominicain Vincent Harvey prend la relève de Bradet à la direction et offre au contraire davantage d'autonomie à la revue, qui appuie plus résolument le socialisme et l'indépendantisme québécois.

Maintenant souhaite mettre un terme au nationalisme messianique pour que toute la place soit laissée à un mouvement politique pragmatique, qui envisage la souveraineté politique comme moyen pour le Québec de se développer. Tous les dominicains ne sont toutefois pas à l'aise avec les positions politiques de la revue. L'ordre sort de l'aventure en 1969. Son maigre financement est dorénavant assuré par Pierre Péladeau. La revue délaisse alors presque complètement le contenu religieux pour se concentrer sur les questions politiques, sociales et économiques.

Durant la période qui suit, Maintenant accueille des collaborateurs réputés, dont Robert Boily, Jacques Parizeau, Michèle Lalonde, Fernand Dumont, Jacques Grand'Maison, Jacques-Yvan Morin, Guy Rocher, Camille Laurin, Pierre Vadeboncoeur et Louis O'Neill. Hélène Pelletier-Baillargeon y est toujours et sera d'ailleurs nommée directrice au décès de Vincent Harvey en 1972.

Maintenant est affiliée aux journaux indépendantistes et réformistes Québec Presse (1969-1974) et Le Jour (1974-1978). Les trois cahiers publiés en 1975 sont d'ailleurs distribués avec Le Jour. Plusieurs des collaborateurs des dernières années seront des figures importantes du gouvernement et de l'administration du Parti québécois à partir de 1976.

Source:

ROY, Martin, Une réforme dans la fidélité: la revue Maintenant (1962-1974) et la «mise à jour» du catholicisme québécois, Québec, Presses de l'Université Laval, 2012.

Éditeurs :
  • Montréal, P.Q. :les Dominicains en collaboration avec d'autres clercs et des laïcs,1962-1975,
  • Montréal :Éditions Maintenant inc.,
  • Montréal :Editions Maintenant :
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Revue dominicaine ,
  • Témoins
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Références

Maintenant, 1971-04, Collections de BAnQ.

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WWW ytl de msms ^lUTERAUS '1 sommaire SIGNES DU MOIS • LE CONGRES DU P.Q.: TENSIONS ET UNITÉ Robert Boily.99 • POUR QUÉBEC PRESSE, UNE PLACE AU SOLEIL Louis O'Neill.100 • ARISTOTE "RIDES AGAIN" Claude Saint-Laurent.101 • LE LIVRE NOIR: UN CRI D'ALARME Richard Gay.103 L'ENJEU DE LA LUTTE DES ENSEIGNANTS Claude Péloquin.104 LE LIVRE NOIR ET LE RAPPORT PARENT Jacques Poisson .108 TÊTE BIEN FAITE OU TÊTE BIEN PLEINE ?Maurice Da Silva, Bernard Proulx, Jean Proulx .111 LE N.P.D.-QUÉBEC: AUTODÉTERMINATION ET NOUVELLE ALLIANCE Jacques-Yvan Morin.114 CHRISTIANISME ET NOUVELLE CULTURE Vincent Harvey.117 LE VIEILLARD DANS L'ÉGLISE: 40e PRIORITÉ Hubert de Ravinel .121 LES FILMS À SUCCÈS: DEUX TENDANCES Richard Gay .125 JE DOIS VOIR DOUBLE Pierre Vadeboncoeur.Avril 1971 numéro 105 Mensuel publié par LES EDITIONS MAIN TENANT INC FONDATEUR Henri Bradet DIRECTEUR Vincent Harvey ADJOINTS A LA DIRECTION Hélène Pelletier Baillarqeon.Richard Gay COORDONNATEUR DE LA REDACTION Yves Gosselin SECRETAIRE DE REDACTION Laurent Dupont COMITE DE REDACTION Robert Boily, Serge Carlos, Fernand Dumont.Jacques Grand'Maison.Pierre Harvey, Jacques-Yvan Morin, Guy Rocher, Claude Saint-Laurent, Pierre Vadetroncoeur.CONCEPTION VISUELLE: Lise Nantel IMPRESSION: Imprimerie Montréal Offset DISTRIBUTION: Les Messageries Dynamiques Inc., 9820 rue Jeanne-Mance, Montréal.(514) 384-6401.CONDITIONS D'ABONNEMENT: Abonnement d’un an $ 7.00 Abonnement d'etudiant $ 5.00 Abonnement de soutien $10.00 N.B.Les abonnements ne sont enregistrés qu'au reçu du versement.2715 Chemin Côte Ste-Catherine, Montréal 250, P.Q.— (514) 739-2758 Courrier de la deuxième classe Enregistrement no 1419 128 U V\-M signes du mois 5.(0 Jie' LE CONCRÈS DU P.Q.tensions et unité Comment faire le bilan du dernier congrès du P.Q.?Quelle impression retenir qui soit fidèle vraiment à la réalité extrêmement mouvante et complexe de ce millier de membres rassemblés pour continuer le travail d’élaboration d’un programme sans cesse remis en cause mais toujours poussé plus avant, pour se choisir des dirigeants et exprimer des volontés d’action qui tantôt sont des critiques à peine voilées à l’endroit des chefs, tantôt des perceptions de nouveaux aspects de notre réalité politique?Quelle conclusion tirer de ces votes partagés sur la langue, sur la position à prendre vis-à-vis des procès de Vallières, Gagnon, Larue-Langlois, Lemieux et Chartrand?Comment interpréter l’élection de Bourgault?Comme une critique d’une certaine manière d’être des dirigeants du P.Q.ainsi que Bourgault lui-même y a habilement invité les membres?Comme un hommage à un leader du mouvement de l’indépendance du Québec?Comme une réaction à certaines manoeuvres remarquées pour empêcher cette élection et jugées étrangères à l’esprit démocratique du parti?Comme une radicalisation en matière sociale, économique ou nationale?Comme du radicalisme?Au niveau des mots.?Un grand parti Comment évaluer, par exemple, cette impression d’un observateur qui à l’écoute de certaines discussions en atelier, se demandait s’il n’assistait pas à une sorte de colloque de représentants du Parti libéral, de l’Union nationale, du RIN et bien sûr du P.Q., plutôt qu’à un groupe de travail pleinement en possession du programme du Parti québécois et de son esprit?Quelle portée réelle accorder à ce rassemblement impressionnant de centaines de délégués, de milliers de militants et sympathisants travaillant d’arrache-pied pendant deux jours et demi sur un programme fort varié de questions difficiles, et toujours soucieux et jaloux de leur droit à construire leur Québec?Comment faire le partage entre les sentiments d’admiration, d’enthousiasme même, de perplexité, voire d’inquiétude que l’on peut ressentir à la vue de ce parti qui oblige, par exemple, des hommes aussi différents que les nouveaux élus de l’exécutif, — différents et dans une certaine mesure représentatifs justement des tendances et des aspirations diverses qui animent ce grand parti —, qui les oblige à travailler ensemble et à être coresponsables d’un programme qu’ils ont contribué à définir à des degrés divers et qui en outre ne reflète peut-être pas leur pensée autant qu’ils l’auraient souhaité?Car sur le plan, compte tenu de certaines interventions décisives et non déguisées des membres de l’exécutif, le pouvoir appartient toujours fondamentalement aux membres.En somme, comment rendre compte en un ensemble cohérent ou du moins significatif de toute une série d’événements, de discussions, d’interventions, de résolutions et de votes qui révèlent une diversité certaine, des tendances évidentes et qui suscitent chez l’observateur des réactions tout autant d’enthousias- me, de satisfaction que d’interrogation et d’inquiétude?Voilà la toile de fond sur laquelle se détachait un malaise toutefois à la lecture de certains commentaires de journaux ou à l’écoute d’interviews sur le congrès, de même qu’en présence de quelques réactions.Je ne pouvais m’empêcher alors de ressentir, si ce n’est clairement un désaccord, une vague impression de demi-vérités.Ainsi face, par exemple, à ceux qui interprètent l’élection de Bourgault à l’exécutif comme un signe de radicalisation du parti, comment ne pas penser à certaines personnes qui tout en n’approuvant pas Bourgault ne peuvent tout de même pas être placés parmi des conservateurs.Loin de là! De même, face à ceux qui ne parlent que d’électoralisme sinon de conservatisme à propos du P.Q., je ressens le même malaise.Il suffit pourtant, me semble-t-il, de songer à toute une série de propositions et de discussions ouvertes au sein du parti pour s’apercevoir qu’on est loin d’un simple souci d’électoralisme.Soumis à de fortes tensions De fait, il faut reconnaître qu’il est fort difficile de cataloguer d’une manière complètement satisfaisante le P.Q., surtout à partir de ses manifestations au dernier congrès.Ce parti apparaît fondamentalement soumis à de fortes tensions, des tensions qui découlent de son succès même et de ses objectitfs.Aussi peut-on parler paradoxalement autant de consolidation que de fragilité accrue du parti à la suite de son congrès.Consolidation?Certainement.L’ampleur de ce congrès, la force qui s’en dégage, le rodage de l’appareil et même la diversité des militants et des tendances attestent que le P.Q.a atteint un pallier décisif de son évolution.Consolidation aussi, du fait — une fois de plus — de la pratique franche et loyale bien que difficile de la démocratie à l’intérieur d’un parti politique.Sur ce point, les reproches que l’on pourrait adresser au P.Q.demeurent de peu d’importance quand on songe à la sorte de démocratie à laquelle nous ont habitués depuis si longtemps les ^ autres partis au Québec.?99 2 Mais, fragilité accrue du parti également, quand on considère la plus grande diversité qu’ont introduite dans le parti une masse de militants tout récemment arrivés d’horizons très divers et qui n’ont pas encore assimilé la pensée authentique qui a prévalu à la naissance de ce parti et qui s’est maintenue jusqu’aux dernières élections, pensée qui, à mon avis, a clairement été exprimée par André Larocque.Fragilité parce que la diversité des militants et des tendances qui l’accompagnent, en même temps qu’elle traduit un succès certain auprès de nouveaux secteurs de la population, produit des tensions très grandes à l’intérieur d’un parti-programme, des tensions que pourrait supporter plus facilement sans réellement changer de nature un parti de type traditionnel.Parti politique à la poursuite d’une libération nationale, le P.Q.est pratiquement soumis jusqu’à la victoire à la présence d’éléments hétérogènes en son sein qui donnent un poids différent aux divers chapitres de son programme.C’est le handicap qu’ont connu les partis qui ont poursuivi à travers la voie parlementaire un tel objectif.Néanmoins, il demeure extrêmement important que le Parti Québécois consacre ses efforts à intégrer le plus grand nombre de ses membres à l’esprit de son programme et à ses objectifs fondamentaux: la poursuite de la construction d’une société socialement et économiquement différente dans le cadre national du Québec, et non la simple poursuite de la souveraineté nationale dans le statu quo social et économique.Robert Boily 100 POUR QUEBEC UNE PLACE AU SOLEIL J’ai étonné quelques-uns de mes amis en acceptant de m’intéresser au développement de QUEBEC-PRESSE.Selon eux, cette entreprise a trop de défauts: agressivité dans les prises de position, goût excessif pour la critique et la contestation, style populacier, information incomplète, etc.Je reconnais le bien- fondé de certaines critiques à l’endroit de ce journal.Comme toute autre publication, il n’est pas à l’abri des erreurs et des faux- pas.C’est une entreprise pleine de risques de chercher à formuler dans un langage et une présentation populaires des modes de penser et une idéologie familiers à des milieux dits d’intellectuels.Le défi est de taille quand il s’agit de concurrencer sur leur propre terrain des publications dont la seule préoccupation est commerciale et qui n’ont cure des idéologies qu’ils véhiculent.Même LE DEVOIR évite ce genre de difficulté parce qu’il oblige son lecteur à le rejoindre tel qu’il se présente plutôt que de chercher à rejoindre, là où elles se trouvent, de nouvelles catégories de lecteurs.D’ailleurs, la vocation propre du DEVOIR n’exige pas de lui d’entreprendre une telle démarche.Le problème de communication demeure néanmoins tout entier et QUEBEC- PRESSE cherche à le résoudre.La caractéristique spécifique de QUEBEC- PRESSE n’est pas d’être un journal indépendant.D’autres journaux méritent aussi bien que lui ce titre.Par exemple, LE DEVOIR.Sans compter qu’à l’intérieur de publications dites dépendantes, c’est-à-dire sous le contrôle de grands intérêts financiers, des journalistes réussissent bien, à titre individuel, à exercer leur métier en faisant preuve d’une étonnante liberté d’expression.On en trouve même à LA PRESSE, sous le pontificat de Jean-Paul Desbiens.De toute façon, on n’est pas indépendant de tout le monde et de toute idéologie.QUEBEC- PRESSE s’inspire de certaines idées et de certaines valeurs dont il veut bien dépendre.C’est pour préconiser ces idées et ces valeurs qu’il existe.Il n’est pas non plus indépendant de servitudes matérielles.A preuve, la sollicitation qu’il a entreprise auprès de ses amis et de son public-lecteur afin de consolider une situation financière fragile.¦0 Pr giste11 loin t'fst iff;; w flflf fcpw fisiW il®: ftit i ip sert iinanii] lore lerté it, ai Ce qui me plaît, dans QUEBEC-PRESSE, c’est cette volonté d’incarner une publication idéologique d’allure populaire, qui rejoint le lecteur à un moment de la semaine où il dispose de plus de temps pour réfléchir, c’est- à- dire le dimanche.Le journal veut aussi dépasser la seule information: il cherche à conscientiser.Il souligne le fait à retenir, avec le risque que comporte une telle méthode de donner une information orientée, parfois un peu biaisée.Il est nettement au service de valeurs collectives québécoises, la priorité étant accordée aux problèmes des milieux économiquement faibles ou défavorisés.Pour lui, le Québec dont il faut promouvoir le développement et la liberté, c’est d’abord le Québec des démunis, des éclopés de la vie quotidienne; le Québec des travailleurs à faibles revenus, syndiqués ou non.Grâce à l’appui de groupes syndiqués forts et bien organisés et à celui de citoyens dits de milieux bourgeois, il s’efforce de mettre au service des milieux populaires un instrument efficace itorii psitioi l'n aut , EB1 itères ilecte n favi iégiona ifdactii jietqi luipei |u)llâOo Miltipl [nécoise pofi I marqué ÏCOll; ii - >1 h B se iser lesi .fuie • • • 3 1 le de 'être lires fini 3| de ites, de lour, titre ren derté ne a t de pas ttde SSE it de e, la r:s .t:i: bEf- onté tien is de ire le me le 1 que e de mtée, 1 est ileurs norite s des es '."J :dont ; nient uedee la vie des eouSi oui de bien 15 dits ref de ilien* d’information, de conscientisation et de promotion collective.Son existence résulte d’une solidarité entre groupes dont les intérêts sont loin d’être toujours convergents.C’est ainsi que plusieurs professionnels soutiennent l’action de QUEBEC- PRESSE, alors même que le journal, dans sa présentation des problèmes actuels et ses prises de position, ne se gêne pas pour émettre à leur sujet des propos peu flatteurs.C’est une solidarité d’amis qui se crêpent le chignon à l’occasion.Le seul point où QUEBEC- PRESSE me semble jouir d’un consentement unanime de la part de ses amis, c’est dans son option socio-politique globale.Tout en critiquant parfois les comportements de certains indépendantistes, il adhère de façon assez ouverte au projet d’un Québec libre à construire.Il fait sienne l’optique d’un Pierre Vadeboncoeur selon laquelle une nation de prolétaires ne peut accéder à une liberté réelle sans rapatrier le pouvoir politique.Ce n’est pas superflu qu’une publication endosse une telle idée, alors que la plupart des autres journaux, surtout dans leurs éditoriaux, favorisent nettement une position contraire.Un autre trait qui rend l’expérience QUEBEC- PRESSE particulièrement intéressante, c’est sa volonté d’aider le lecteur à s’identifier à son journal en favorisant une prise en charge régionale dans la composition et la rédaction des textes.Il est possible en effet que dans un proche avenir, des équipes régionales assurent une collaboration directe qui permette au journal de mieux refléter les multiples aspects de la société québécoise et d’en atténuer ainsi la coloration montréalaise un peu trop marquée actuellement.Si ce projet de collaboration régionale se réalisait, QUEBEC-PRESSE deviendrait en quelque sorte le porte-parole dominical de cet ensemble de forces vives qui, aux quatre coins du Québec, s’emploient activement à cristalliser les courants d’opinion favorables au développement d’une collectivité nationale dynamique et en pleine possession des instruments dont elle a besoin pour sa libération.Louis O'Neill La publicité, c’est la liberté, or, la liberté est le bien suprême de la société.Donc, la publicité est le bien suprême de la société.ARISTOTE “RIDES AGAIN" C'est cous qui payez, servez- vous de votre tête, et vous accéderez enfin à la Sagesse et sinon à la sagesse, du moins au Bonheur et sinon au bonheur du moins au Confort, et sinon au confort du moins au bien-être individuel, et sinon au bien-être individuel du moins au Bien-Etre social, grâce à la bienveillance désintéressée de votre publicitaire préféré.Et que les associations de consommateurs aillent se faire voir! Ces gens-là ne comprennent rien à la philosophie.Comme disait un fameux général, (Jacomy) on leur apporte la liberté et ils ne savent pas quoi en faire.Il faudra donc remercier le PUBLICITE CLUB de Montréal de nous avoir donné un mois de réflexion sur cette dimension essentielle de la Société juste qu’est la liberté des publicitaires.Car à qui demanderons-nous la liberté, pauvres citoyens que nous sommes, quand Monsieur Turner et Monsieur Goyer, dispensateurs prébendés de ces grands bienfaits, nous offrent des lois d’exception.Persuasion clandestine Quand Vance Packard en 1957 lança sa première petite bombe dans le bel édifice de la société de consommation, (The Hidden Persuaders) il apparut que les publicitaires s’étaient approprié les instruments de persuasion terriblement pernicieux que la psychanalyse avait démontés.Freud ^ s’étant départi volontairement des ?101 méthodes suggestives il les avait mises au rancart, convaincu de leur incompatibilité avec le projet psychanalytique qui en est un de libération et de liberté.L’homme, même parvenu au stade adulte tient toujours la main d’un enfant et il n’est pas toujours possible de savoir lequel des deux conduit l’autre.Etre de désir, son accession à la rationalité est précaire car la révolte contre la réalité continue de l’habiter.Le principe du plaisir régit les sphères les plus ombreuses mais aussi les plus déterminantes de son moi.Ce conflit est irréductible et la civilisation a pour but justement d’élaborer des institutions et des normes qui l’aident à maintenir un équilibre viable entre la convoitise infantile, égocentrique, insatiable, omnipotente et les exigences de la relation objectale (domaine de l’autre) là- même où le prochain pose sa propre existence.Dialectique de l’Etre et de l’Avoir.La persuasion clandestine (Packard), c’est la méthode par laquelle vous arrivez à convaincre celui qui doute de lui- même (l’être) à s’en consoler par l’acquisition (l’avoir) de tous les objets que vous avez eu soin de marquer d’un signe de puissance, de prestige, d’érotisme, etc.Vous lui vendez 350 chevaux- vapeur, un grille- pain à 4 trous, un agitateur à pile pour ses cocktails ou même une encyclopédie Oméga dont il ne saura quoi faire, comme disait notre général.Et, comme est toujours éphémère la consolation pour la blessure de l’être, vous arriverez à le persuader jusqu’à sa mort d’acquérir des choses, — désespéré qu’il sera de ne jamais parvenir à se posséder lui-même.('es considérations ne sont pas neuves (Mauvaise publicité!).Les associations de consommateurs les ont répandues dans leurs publications et s’en servent pour nous donner l’alerte.C’est pourquoi, sans doute, la relance se fait cette fois du côté de la philosophie et que les publicitaires se font péripatéticiens.La publicité, c’est la liberté .La liberté vous coûte de l’argent; servez- vous de votre tète! En fin de compte, c’est ça le secret qui fait que les gars sont satisfaits.La technochose Le célèbre économiste Américain, John Kenneth Galbraith a tenté à travers plusieurs livres importants de définir la structure du pouvoir politico-économique des sociétés dites avancées.Il a surtout souligné le fait que l’organisation dirigeante ne cherche plus exclusivement dans le profit le critère de son succès; elle vise aussi et surtout sa propre croissance sans limites .autres que celles du monde même.Cette organisation dirigeante — comprenant des ingénieurs, des savants, des directeurs d'usine, des directeurs des ventes, des spécialistes de marketing, des chefs de publicité, des comptables, des juristes, des démarcheurs de ministère — je l’ai nommée ‘’technostructure." Et croyez- vous que cette technochose érige son pouvoir, l’organise et le maintient en vertu de quelque délégation démocratique de l’autorité du peuple, c’est- à- dire, dans des conditions de liberté?ou même qu’elle détient ce pouvoir en échange de ses seuls services à la communauté ou du fait qu’elle comble les besoins des hommes et sert les institutions qu’ils se sont données dans les cadres de la société politique?Nenni.La technostructure, n'assure plus sa sécurité, s a cm i s sa ne e, s e s performances techniques, l'augmentation de ses bénéfices en se contentant de répondre passivement aux sollicitations du marché ou de la conjoncture politique: elle le fait en influant activement, selon sa taille et sa puissance, sur les prix, le coût, les habitudes du consommateur, l'attitude du public et du gouvernement.(Le Nouvel Observateur, le débat Galbraith, No.326).Qu’est- ce à dire?La technostructure ne peut définir les fins et les objectifs de la société.La liberté qui est sienne en vertu du pouvoir de l’argent et de l’appropriation des produits du travail de tous, n’est pas la nôtre.La liberté de chacun de nous est fondée sur la lucidité non sur l’éblouissement, sur la critique non sur la séduction par la pacotille, sur la coopération de tous les hommes libres non sur la sériation des consommateurs et sur l’universelle exploitation de nos faiblesses.C'est assez! A mesure que le temps vécu se trouve occupé par la ronde infernale des événements et la multiplication des objets qui forcent notre attention, le temps de méditation et d’intention en est inversement et proportionnellement réduit; nous devenons alors des proies faciles offertes à toutes les machines de manipulation.Il y a quelque chose de tragique dans la société de consommation en fuite devant la mort et le temps, c’est l’échange invisible du temps intérieur contre les produits de consommation et de culture.Dans cette optique, le cri de Péloquin est prophétique (Vous êtes pas écoeurés de mourir, bande de caves!), et les objections de Roger Lemelin paraissent superficielles et stupides.La publicité n’est pas la liberté, elle est un moyen terriblement efficace de solliciter et de capter notre désir.Sa seule chance de contribuer à notre liberté (car cela est possible) lui viendrait de la contrainte où nous pourrions la mettre de servir la vérité — les vérités les plus humbles à commencer par celles de ses victimes les plus jeunes et les plus dépourvues.Galbraith disait encore l’autre jour à Paris: Il faut savoir que la publicité et la persuasion font partie intégrante du système par lequel la technostructure manipule les gens.Il faut lui résister pour devenir libre.• Claude Saint-Laurent 102 4 LE LIVRE NOIR un cri d'alarme! L’association québécoise des professeurs de français (l’A.Q.P.F.) veut alarmer le public quant à l’impossibilité (presque totale) d’enseigner le français au Québec.Elle a donc signé un LIVRE NOIR qu’elle a fait publier récemment aux Editions du Jour.Ce LIVRE NOIR a l’allure et l’impact d’un cri, un cri tourmenté devant l’urgence d’une situation impossible.Le titre caricatural mais pleinement signifiant du mémoire laisse déjà entendre au lecteur qu’il s’agit d’un cri d’alarme, d’une sorte de S.O.S.La dédicace, en hommage à Montréal pour son deuxième rang parmi les villes françaises et accompagnée de photographies d’annonces publicitaires anglaises, indique bien aussi, et cela par la facilité même du gag, que le texte qui suit veut décrier d’une manière incisive une imposture scandaleuse.C’est un cri parce que l’A.Q.P.F.ne prétend pas traiter du problème dans toute sa complexité pré .sent texte n 'est pas exhaustif) mais elle veut surtout le pointer du doigt .Et c’est ce qu’elle réussit particulièrement bien par certaines réflexions placées ici et là dans les différents chapitres.Des réflexions comme celle-ci par exemple: Vous pourrez gagner un magnifique volume donné par l’Office de la langue française si vous dites au Bureau régional de diffusion du français de Québec comment on dit en français un fan et un jack.Vous pouvez gagner votre vie si vous dites fan et jack.L’A.Q.P.F.veut donc rejoindre, toucher, provoquer et pour cela elle ne mâche pas ses mots.Le LIVRE NOIR comporte trois parties.La première, très brève, esquisse la situation critique de la langue et de la vie françaises au Québec en montrant que les media d’information sont pollués par la langue anglaise et que finalement celle-ci suffit pour vivre et travailler au Québec alors que plus de 80% de la population est d’expression française.La deuxième partie, intitulée les faits pédagogiques accusent veut prouver que le gouvernement ne cherche en rien à assurer par l’école, par l’éducation un Québec français: l’enseignement élémentaire et secondaire, l’équipement audio-visuel, la situation générale du français dans le système scolaire, les immigrants, l’enseignement collégial, l’université, la formation des maîtres, l’enseignement aux adultes, les manuels scolaires autant de chapitres dans cette deuxième partie et autant de secteurs de déficience sur le plan de l’utilisation de la langue française.La troisième et dernière partie du LIVRE NOIR est consacrée à la politique linguistique ou plutôt, pour reprendre une expression du livre, au chaos linguistique du Québec.l’A.Q.P.F., lucide dans sa démarche, constate en effet les conséquences néfastes de la loi 63 et aussi une contradiction très grave: le gouvernement paie de nombreux professeurs de français — ils sont prés de 60,000 — alors qu’une absence de politique linguistique rend inefficace le travail de ces enseignants qui se butent à l’immobilisme des structures, à la marée de l’anglicisation, à l’indifférence des étudiants qui demandent: le français qu’ossa donne au Québec.Après cette analyse en trois parties, l’A.Q.P.F.formule 54 résolutions, toutes directement conséquentes de la première: que le gouvernement du Québec proclame le français seule langue officielle en son territoire.Dans ces temps où la parole semble menacée, une association s’est levée et a parlé.Evidemment l’A.Q.P.F.traite d’un problème qui la concerne directement et dans ce sens elle n’a pas vraiment raison d’écrire que, par ce LIVRE NOIR, elle met momentanément en veilleuse sa finalité professionnelle normale: au contraire, ce mémoire fait partie intégrante et parfaitement normale du rôle des professeurs de français.L’A.Q.P.F.a parlé et sa parole, bien que noire, cherche à assurer une démocratie véritable au Québec, une dignité de l’homme d’ici.Il faudrait que d’autres associations assument leur rôle dans la société québécoise, se lèvent et crient tout haut que le temps du mépris pour les Québécois a assez duré.Il faudra que de nombreux groupes parlent: le gouvernement, s’il veut éviter d’autres octobres, devra écouter et agir, car comme l’écrivait le Frère Untel dans ses INSOLENCES de 1960: Les congres, les concours de bon usage, les campagnes sont pratiquement inefficaces.Seul l’Etat, gardien du bien commun, peut agir efficacement au niveau de la civilisation.Richard Gay 103 L’ENJEU DES DE LA LUTTL ENSEIGNANT! ' Une crise grave a secoué le monde de l’éducation au Québec dès la fin janvier, crise qui ne semble pas près de se terminer même si, au moment où cet article est écrit, on apprend que la Commission parlementaire de l’Education a été saisie du problème.Le tout a éclaté quand la Commission des Ecoles Catholiques de Montréal (CECM) s’est avisée subitement d’infliger des coupures de traitement, décision qui agit rétroactivement, à certains de ses professeurs.Au dire de l’Alliance des Professeurs de Montréal (APM), plus de 600 membres seraient actuellement touchés par ces coupures.Sur un total de 10,000 professeurs, c’est un nombre relativement peu élevé.Mais le problème prend des proportions inquiétantes lorsque l’on constate que le processus de classement n’en étant qu’à ses débuts, plus de 2,000 professeurs sont déjà déclassés et subiront de ce fait, lors de l’entrée en vigueur de la prochaine convention collective de travail, des pertes de traitement.Devant ces mesures, pour le moins fort discutables, l’Alliance a riposté immédiatement déclenchant des grèves rotatives dans les écoles de la CECM.Trait spécifique de cette crise: le scénario se déroule presqu’-exclusivement dans la région métropolitaine, l’Alliance recevant par ailleurs certains appuis des syndicats de professeurs des commissions environnantes.Autre trait: une fois le mouvement de contestation lancé par l’Alliance, il a vite débordé dans le secteur des Collèges d’enseignement général et professionnel (CEGEP); c’est alors que les journées d’études se sont succédées dans des CEGEP de Montréal et dans quelques-uns de province.Dans les CEGEP St-Laurent et du Vieux-Montréal, la crise s’est à ce point envenimée que les cours ont été stoppés pendant plusieurs jours.04 Pour l’instant, 15% à 20% des professeurs de CEGEP auraient à subir éventuellement des coupures de traitement, mais le processus de déclassement étant là aussi à l’oeuvre, l’application du document annexe au règlement numéro 4 du Ministère de l’Education conduirait à des déclassements massifs.La toile de fond de la crise Ce qui, pour une bonne part, rend les données du problème difficiles à saisir, c’est la complexité des structures, des mécanismes et des conventions de travail propre au monde de l’éducation.Il y a bien sûr le Ministère de l’Education mais, aussi, au-delà de 1,200 commissions scolaires réparties sur l’ensemble du territoire québécois et plus d’une trentaine de Corporations de CEGEP.Du côté des professeurs on compte de nombreux syndicats, dont l’Alliance des professeurs de Montréal, pour la plupart affiliés à la Centrale syndicale appelée Corporation des Enseignants du Québec (CEQ).Or, une distinction fondamentale est à opérer entre le secteur élémentai-re-secondaire et le secteur CEGEP car ces deux niveaux sont régis par des conventions collectives de travail qui comportent des dispositions et des mécanismes différents: le premier secteur est régi par une seule convention, négociée au lendemain du fameux Bill 25 et qui s’appelle l’Entente, le second par des conventions locales propres à chaque CEGEP mais fort semblables dans l’ensemble.En vertu de ces conventions chaque secteur est doté de ce qu’on appelle un comité provincial de classement (CPC) des professeurs (il y en a même deux dans le secteur itune Hiap! CEGEP).Ce comité est un corn paritaire qui a pour mandat superviser l’évaluation des prof< .seurs déjà faite au niveau local; p précisément il a pour fonction d’é blir, en référence au règleme numéro 5 du Ministère de l’Edut tion, la scolarité réelle des diplôn enseignants.A noter que ce sont deux facteurs: scolarité et expérier qui servent à déterminer le trai ment.pn Et:, Si la distinction est à mainte: entre les deux secteurs, il faut soi gner cependant le fait qu’en vertu la logique de Puniformisati chère au Ministère, l’influence ( décisions du CPC élémentaii ^nçai: secondaire a tendance à déborc dans le secteur CEGEP.Donc, te les professeurs sont pratiquemepBa dans le même sac.aven fini ataplie l'un lais ce siM :::;h : Or, il se trouve que le CPC compoliialof un vice de structure grave: chac partie y est représentée, mais président démissionnaire, M.I Rossignol, ancien fonctionnail^ prenait seul la décision quand représentants n’étaient pas una mes.De sorte que sur un total de décisions rendues par le comité classement, 34 ont été prises parj§ président seul.De plus, il faut soi v.gner que l’Entente ne prévoit auc (f mécanisme d’appel de ces décision Voilà la toile de fond sur laque peuvent se détacher et s’éclai certaines données du problème.Le fond du problème On a prétendu en certains milieux notamment du côté des commissic scolaires, que l’Entente compo une clause qui permet à l’employe le cas échéant, de procéder a diminutions de traitement applh T blés rétroactivement.Dans ces ditions les professeurs cq n’aurai ®piei monté !Dt d (tüdî: iiioun Kiden in ialu eus •tonna; •feire c ^Uii Mipij € N PAR CLAUDE PELOQUIN professeur au CEGEP Bois de Boulogne idat profe Edois ^ontl amtei ut sou vertu-lisatii edort ueme y onnaii jand S U.talüi imité espa mim M.lL'1 laque leclai: me ni lülovei r,- era ces® aura1 aucune raison de se plaindre avant ratifié par avance les mesures qu’on leur applique présentement.La vérité est différente.Il est vrai d’affirmer que les professeurs ont paraphé cette clause; il est vrai également qu’ils ont accepté le principe de l’uniformisation du classement.Mais ce qu’ils n’ont jamais approuvé et signé c’est la dévaluation des diplômes en termes d’années de scolarité.Or c’est précisément ce qu’a fait le CPC.C’est là que gît le fond du problème.Voici des exemples.Jusqu’à maintenant le Bac entai français était évalué à 14 ans de scolarité, c’est-à-dire le nombre d’années requises pour son obtention jusqu’à la réforme récente du système français; or le CPC par une décision unilatérale de son président ipoil’évalue maintenant à 13 ans.Deuxième exemple: présentement les cégépiens, sauf une toute petite minorité, mettent 14 et même 15 ans savant d’obtenir le DEC (diplôme d’études collégiales).Or le CPC naijtoujours par une décision de son président, l’évalue maintenant à 13 ans.En autre, ce qui est tout aussi ^rave, c’est le refus de la même nstance à reconnaître les études de perfectionnement qui ne condui-omraient pas à un diplôme universitaire.Voilà quelques exemples extraits d’un tableau très chargé.A la lumière de ces observations comment ne pas admettre que l’ensemble des décisions du CPC constitue un préjudice grave à l’endroit des enseignants.Primo, il faut reconnaître qu’il y a eu en cette affaire un excès de juridiction cer-oiBPortain de la part du président Rossignol.Rien dans son mandat ne l’autorisait à procéder à la dévaluation des diplômes et, par suite, au déclassement massif de plusieurs groupes d’enseignants.Secundo, et c’est plus grave, on ne semble pas, ni au CPC, ni au Ministère, se souvenir que l’application d’une convention collective, tout comme la négociation d’ailleurs doit toujours tenir compte du principe des droits acquis.Je sais bien que ce principe est délicat à manier et qu’il ne peut revêtir une portée absolue.Appliqué sans discernement, il signifierait, pour la société, l’immobilisme le plus complet et le maintien de graves injustices.Néanmoins il constitue un principe de base pour toute négociation saine.Le principe des droits acquis est une règle qui, au moment d’instaurer dans un domaine donné des normes et des exigences plus élevées, plus rationnelles, vise dans la mesure du possible et sans aller à l’encontre du bien commun, à protéger l’acquis des gens qui ont fonctionné de bonne foi et depuis un certain temps selon des critères moins sévères.Il est souverainement injuste de juger un ancien système selon les normes d’un nouveau; poussée à sa limite cette attitude ne peut conduire qu’à une instabilité et à une insécurité dangereuses pour l’ensemble du corps social.Analogiquement, c’est comme si, dans les dernières négociations avec les médecins lors de l’instauration du régime étatique de l’assurance-santé, on s’était mis à dévaluer les diplômes médicaux des années 30 ou 40 sous prétexte que la formation donnée à l’époque se trouve en deçà des normes et exigences actuelles.Le principe des droits acquis doit d’abord s’appliquer sans l’ombre d’un doute aux diplômes décernés par l’ancien système d’éducation: par exemple, que le brevet classe C, si obtenu après une 12ème année soit reconnu comme valant 14 ans de scolarité tout comme par le passé et non 13 ans comme le veut la décision du CPC.De même, que le B.A.qui se faisait en 15 ans soit reconnu encore à 15 ans de scolarité.Le principe doit aussi s’appliquer aux études de perfectionnement même si elles ne conduisent pas à un grade universitaire; pendant des années on a invité les professeurs à se perfectionner en poursuivant des études le soir ou pendant les vacances afin d’améliorer la qualité de leur enseignement: il n’est que juste de les créditer pour leurs efforts.Enfin il y a les cas de scolarité soufflée.Des commissions scolaires, à cours de personnel enseignant, ont en effet soufflé parfois la scolarité des candidats pour rendre l’offre plus attrayante.Dans ces cas on devrait, à mon avis, geler le traitement jusqu’à ce que par le biais des années d'expérience, le professeur ait rejoint dans l’échelle de la scolarité réelle, l’échelon qui correspond au traitement actuel.L'enjeu de la lutte La dévaluation des diplômes a pour conséquence majeure d’entraîner une dévalorisation générale de la profession enseignante.Dans ces conditions l’objectif final de la lutte menée par les enseignants n’est ni plus ni moins que la reconnaissance par la société de la valeur de leur fonction dans le système social, et corrélativement l’obtention d’un statut correspondant dans le droit positif.Le président de l’APM, M.Mathias Rioux, avait parfaitement raison d’affirmer que les conséquences les plus graves de ce problème du déclassement se situent au plan psychologique et moral.En définitive, c’est la perception que les enseignants ont d’eux-mêmes qui est en cause.Et les réactions des professeurs de CEGEP vont dans le même ^ 105 sens sur ce point.Je connais personnellement des professeurs qui, devant la situation actuelle faite aux enseignants, songent spontanément à quitter l’enseignement pour s’orienter ailleurs.Cette quête de la reconnaissance de son rôle social ne se comprend bien qu’à l’intérieur d’une certaine vision de l’homme et de la société.Que l'homme soit un animal social on en convient assez facilement, mais c’est une affirmation en un sens beaucoup trop timide, car c’est d’animal politique qu’il faut parler à la suite d’Aristote, en ce sens profond que la conscience humaine a besoin de la reconnaissance d’autrui pour s’accomplir.C’est sa propre vérité qui est là en cause.Elle a besoin du regard d’autrui: d’un regard bienveillant, porteur d’affirmation, qui est à l’opposé du regard méprisant qui aliène la liberté (Sartre).Dire de l’homme qu’il est animal politique, c’est plus qu’affirmer qu’il a des besoins d’ordre économique et corporel, c’est dire aussi qu’il a un impérieux besoin d’être confirmé comme conscience et liberté.Je dirais que le même raisonnement s’applique à l’homme par rapport à ses divers rôles sociaux.Comme partie intégrante d’une structure sociale déterminée, en l’occurrence le monde des enseignants, celui-ci a besoin et demande d’être reconnu par la société globale comme excercant une fonction valable et utile à l’ensemble de la société.Une véritable intelligence du problème ne peut omettre cette dimension fondamentale sans sombrer dans un aveuglement inqualifiable.Il faut affirmer davantage: si la société québécoise reste sourde à cet appel lancé par le monde enseignant, c’est, à mon avis, toute la réforme de l’éducation qui sera bel et bien compromise.Depuis le début des années ‘60 le peuple du Québec conscient de son immense retard en éducation et désireux de se mettre à l’heure des sociétés modernes a entrepris une gigantesque réforme de ses structures éducationnelles.Il y a investi des milliards de dollars et des énergies humaines considérables, parce qu’il était convaincu que sa propre libération comme peuple en dépendait au premier chef.Or si la crise actuelle qui affecte l’ouvrier principal de cette réforme, ne se dénoue pas par l'acte de reconnaissance collectif dont je parlais plus haut, le Québec assistera à une désertion massive et rapide des éléments les plus valables engagés dans la tâche d’éducateur.Un stratagème du gouvernement?En guise de réponse aux protestations des enseignants, le gouvernement a accepté, depuis déjà quelques semaines, de rouvrir les négociations sur cette question.Il a effectivement admis par la bouche du ministre J.P.L’Allier que des injustices ont été commises à l’endroit des enseignants.Il est prêt en outre à annuler les décisions du CPC, à garantir le traitement d'ici la fin de la présente convention collective et à rembourser les coupures déjà effectuées.Mais tout ceci à une condition inacceptable pour les enseignants: celle d’effectuer lui-même le classement de tous les enseignants quitte à constituer un comité paritaire consultatif auquel il soumettrait les règles d’application du règlement numéro 5.C’est surtout ce dernier point de l’offre gouvernementale qui a fait échouer les pourparlers et amener la convocation de la Commission parlementaire de l’éducation.Les professeurs estiment et avec raison qu’ils ne peuvent remet- tre une question aussi vitale entre les seules mains du gouvernement.Comment se fait-il qu’en fin de compte le gouvernement se soit si bien accommodé d’une pareille manoeuvre?On peut suggérer à titre d’hypothèse l’explication suivante.Les conventions collectives qui régissent les enseignants prendront fin l'été prochain et il est fort probable que les syndicats demanderont des échelles de traitement plus élevées lors des prochaines négociations.Le gouvernement aurait alors imaginé le stratagème du déclassement par lequel il lui sera possible tout à la fois de se montrer bon prince en accordant des augmentations de traitement sans pour autant devoir augmenter la masse salariale totale dévolue aux enseignants.Il fallait y penser! Resituée dans un contexte plus large cette manoeuvre permet au gouvernement d’épargner une somme considérable d’argent, ce qui le mettrait en meilleure posture pour payer les médecins.En fait on n’a jamais su publiquement comment s’est soldée la négociation avec les médecins et à quel coût pour l’Etat.Les médecins de leur côté sont depuis muets comme une carpe.De deux choses l’une: ou bien ce silence est l’oeuvre d’une exceptionnelle et inattendue vertu de soumission de la part de ce corps professionnel, ou bien il est le résultat d’un règlement qui aurait finalement tourné à l’avantage des médecins.De fait, des rumeurs qu’on a tout lieu de croire fondées dans l’officielle conspiration du silence, osent donner pour certain que les demandes des médecins ont été finalement agréées dans une proportion de 85%.Dans ce cas, c’est l’enseignant qui serait .chargé — mission glorieuse, n’est ce pas! — de défrayer la note.• 106 ILUISTRB GUERRE MONRIALE Le triomphal succès de l’édition mondiale publié simultanément aux U.S.A., en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Italie, en Espagne, et par MARABOUT dans les pays de langue française.La collection dont Peter Townsend dit: « Un prodigieux panorama de toutes les péripéties de la Seconde Guerre mondiale sur tous les théâtres d’opérations.» • de l’action à toutes les pages • d’innombrables photos, cartes et plans, authentifiés par (’Imperial War Museum et par les plus hautes autorités militaires • des auteurs spécialisés, historiens et experts de tous les pays • des renseignements jamais publiés à ce jour • trois séries : batailles, campagnes, armes • 2 volumes par mois • 80 volumes en préparation yHgHâ ri Ml .LesCommandos SMjottrs de siège gratuitement l sur simple demande à l’adresse ci-dessous, vous recevrez régulièrement le Magazine illustré en couleurs et le catalogue général.Distributeur général pour les Amériques : KASAN Ltée-226 Est, Christophe Colomb, QUEBEC P.Q.¥ marabout EN VENTE PARTOUT A PRIX POPULAIRES 107 La cmsE du FrançaIs LE LIVRE NOIR ET LE RAPPORT BURENT L’enseignement de la langue maternelle est devenu presque impossible dans nos écoles, d’après l’Association québécoise des professeurs de français.Cette désaffection, qui tient aux autorités et à l’attitude des élèves, s’accompagne curieusement d’efforts pour imposer le français aux groupes minoritaires.Le présent article ne porte pas sur ce comportement contradictoire, mais il contribuera peut-être à en dégager certaines causes.Une ambiguïté dangereuse Notons tout d'abord une ambiguïté dangereuse, fréquente chez le nouveau Québécois.Le français qu’il aimerait imposer à McGill, par exemple, oscille dans son imagination entre la norme internationale et le parler populaire.Ce flottement n’est sûrement pas étranger à la difficulté d’identification qui caractérise notre peuple à l’étape présente de son évolution.Les progrès du joualisme On dirait, en observant le Québec, que certains des nôtres se sont donné pour mission de défranciser notre patrie.On mène une vigoureuse campagne pour le jouai, on élabore des théories contraires au maintien du français comme langue d’enseignement, on attise les passions contre la France, on sème la confusion dans les esprits par toutes sortes de mythes, dont ceux du contexte nord-américain et des ordinateurs parlant l’anglais.Et peu à peu le Québec se dissocie de ses origines, se complaît au bilinguisme patois-américain et évolue vers le syndrome de l’assimilation.Le jouai ne pouvant servir de support à une civilisation moderne, 108 il faudra éventuellement choisir entre la langue des Etats-Unis et celle de la France.Or, comme la francophobie est propagée systématiquement dans notre pays, notre avenir de peuple francophone m’apparaît comme très aléatoire.Le tournant de 1964 La réforme scolaire de 1964 a constitué, à mon avis, une étape décisive de notre défrancisation.Cette opinion pourra sembler présomptueuse, car il n’est pas de mise chez nous d’aborder cette question d’un oeil critique.Il me faudra donc passer outre au tabou, celui-ci faisant obstacle à la compréhension de l’impasse culturelle où le Québec se débat.Traquenard à désamorcer Si la réforme Parent a rallié une adhésion générale et mobilisé bien des snobismes, c’est qu’elle a enfermé les intellectuels dans un dilemme.Il fallait accorder un suL frage inconditionnel ou passer pour solidaire du régime sclérosé de l’Instruction publique.L’intimidation s’est présentée sous la forme d’un package deal, dont il semblait impossible de rejeter un élément sans refuser le tout.Les "package deals" Resserrons notre sujet, et demandons-nous comment le Québécois peut réagir devant le traquenard d’un package deal, cette arme insidieuse de manipulation.Package deal: an offer or agreement involving a number of related items or one making acceptance of one item dependent on the acceptance of another (Webster).Considérons d’abord un package deal qui ne fasse pas jouer trop de réflexes, qui ne risque pas de déclencher de forts mouvements affectifs.En France, le référendum tenu le 27 avril 1969 obligeait à s’abstenir ou à répondre par un oui ou un non à une question portant sur deux points distincts: l’abolition du sénat et la régionalisation administrative.C’était en quelque sorte un package deal, sans la lettre.Le procédé a manifestement aliéné au général de Gaulle, malgré son rôle extraordinaire dans le redressement de la France, une fraction importante de ses admirateurs.Exemple d'un "package deal" québécois cousu de fil blanc Le projet de loi 63 semble avoir été conçu selon le principe du package deal.La multiplicité des éléments, toutefois, y était plus apparente que réelle:de simples énoncés de bonnes intentions à l’adresse des Québécois ne pouvaient faire pendant à un privilège bien concret et bien défini en faveur des anglophones et des anglicisants.Les passages ci-après illustrent ce déséquilibre: .prendre les mesures nécessaires pour que les cours d’études du niveau de la première à celui de la onzième inclusivement, adoptés ou reconnus pour les écoles publiques catholiques, protestantes ou autres, selon le cas, soient dispensés à tous les enfants domiciliés dans le territoire soumis à leur juridiction s’ils sont jugés aptes à suivre ces cours et désireux de s’y inscrire.Ces cours doivent être donnés en langue française. ete a in' des PAR JACQUES POISSON Ils sont donnés en langue anglaise à chaque enfant dont les parents ou les personnes qui en tiennent lieu en font la demande lors de son inscription; les programmes d'études et les examens doivent assurer une connaissance d'usage de la langue française à ces enfants et le ministère doit prendre les mesures nécessaires à cette fin.Les cours en langue anglaise sanctionne officiellement et dans l’immédiat le bilinguisme scolaire du Québec, alors que doivent assurer une connaissance d'usage de la langue française ne pose qu’un principe et ouvre la voie à des procédures dilatoires sans fin.A propos, une interprétation rigoureuse de chaque enfant pourrait contraindre une commission scolaire à dispenser un enseignement complet en langue anglaise, pour un seul élève.Ce lapsus en dit long sur la mentalité de nos législateurs! Quant aux dispositions destinées à l’indigénat, les auteurs du texte n’ont pas dû se forcer longtemps les méninges pour aboutir à la salade que voici: L’Office de la langue française peut entendre toute plainte de tout employé ou tout groupe d’employés à l’effet que son droit à l’usage de la langue française comme langue de travail n'est pas respecté.Privilège comportant la possibilité extraordinaire de formuler des voeux, comme tout le monde! Après avoir entendu toutes les parties, considéré la langue de la majorité dans l’entreprise ou dans la division de l’entreprise dont il s’agit, la nature du travail, et toutes les autres circonstancess, l’Office fait les recommandations qui s’imposent, lesquelles sont publiques.La ficelle était trop voyante pour que l’illusion soit possible.Si la population n’a pas été dupe, ses représentants, soumis au jeu d’une pseudo-démocratie, ont adopté le bill à la quasi-unanimité.Cette ténébreuse affaire a valu une victoire, dans l’immédiat, au parti des anglicisants, mais à un prix qui pourrait bien se révéler exorbitant un de ces jours.La Loi pour promouvoir la langue française au Québec est non seulement scandaleuse et mensongère par le fond, mais cynique dans l’énoncé, qui pue la traduction.Nos législateurs fantoches ont-ils donc perdu jusqu’à la pudeur laplusélémentaire?Le grand "package deal" des années 60 Le rapport Parent a vu le jour sous des auspices favorables.Le Québec, après des années d’immobilisme, était en mal de réformes.Aussi le document a-t-il été accueilli avec ferveur, d’une manière générale.Il a même suscité un mythe, comme seuls peuvent le faire des livres dont on parle beaucoup mais qu’on ne lit pas.Il faut dire que la somme était massive, et truffée de lieux communs.Une fois dépouillée de sa gangue de généralités, puisées pour une bonne part aux sources du monde libre, dont James Bryant Conant, ce croisé de l’anticommunisme et de la suprématie américaine, elle peut se réduire à un package deal en trois points: modernisation, démocratisation et anglicisation ou alignement sur les comités américains de l’éducation ou sur les study committees.Ce dernier point pouvait échapper à l’attention, si on l’abordait tout pénétré du chapitre sur la langue maternelle, qui regorgeait de principes édifiants.Conant ne s’en serait pas contenté, lui qui a écrit: But what can convince the Soviet leaders, someone may ask?Not words but facts:the stubborn fact of the successful leadership of the United States among the non-communistic nations.(1).Nos commissaires, quant à eux, ont-ils donné inconsciemment dans le verbalisme ou exploité la propension québécoise à se payer de mots?Toutes les disciplines du programme ont leur utilité et leur noblesse, mais elles n'existeraient pas sans le langage, et en particulier sans la langue maternelle (vol.3, p.23).L'importance qu’on accorde à l'enseignement de la langue maternelle devra se refléter non seulement dans les cours centrés sur cet enseignement proprement dit, mais dans l’enseignement de toutes les matières .chacun des professeurs, à tous les degrés, dans toutes les matières, est aussi un professeur de langue maternelle et doit avoir atteint une connaissance spécialisée dans ce domaine .On ne doit pas oublier que, durant des heures et des heures, la langue que parle un enseignant imprègne la conscience linguistique de tous les enfants, à la manière d'un modèle, (ibidem, p.41).Ces passages, notamment celui où il est question de la conscience linguistique, ne disposaient guère à prévoir que d’autres, plus concrets et plus proches du commerce, allaient entraîner un satellisation de notre enseignement.Moins encore si le lecteur hypothétique s’était arrêté à ce qui suit: Les répercussions psychologiques de la dichotomie linguistique imposée à un Canadien français dont la langue de travail est l'anglais comportent sans doute un danger pour l’équilibre de sa personnalité.(ibidem, p.44) Comment M.Arthur Tremblay, penseur de la commission Parent, et 109 sous-ministre de l’Education depuis le 13 mai 1964, a-t-il pu concilier l’instauration d’une dichotomie semblable au sein même du système scolaire avec les principes énoncés plus haut et les recommandations qui suivent?Nous recommandons que tous les manuels utilisés dans les écoles de la province soient examinés par un comité général des manuels composé de linguistes, de spécialistes dans les arts graphiques et de critiques littéraires.Nous recommandons que des méthodes d’enseignement de la phonétique, pour la lutte contre l’anglicisme, soient étudiées et expérimentées par des groupes de spécialistes nommés à cet effet.Nous recommandons que la législature du Québec soit invitée à promulguer des lois et règlements pour faire connaître et respecter partout le français dans les documents officiels, la publicité et l’affichage, dans les services publics, l’hôtellerie, le commerce et l’industrie.Face à tant d’inconsistance, il est difficile de ne pas se demander si les commissaires étaient inconscients et manipulés de l’extérieur ou s’ils ont participé délibérément à une gigantesque fumisterie.L'importance de l'enseignement pour l'avenir d'une nation Quand il s’agissait de préserver la foi catholique chez les fidèles, le Québec percevait avec netteté les incidences non didactiques de l’enseignement.Aujourd’hui, ses idées sur ce point sont des plus confuses.Le témoignage d’un Raymond Aron, en la matière, ne serait donc pas superflu: L'idéologie implicite de la société américaine a pour notion centrale le consensus: une société suppose l'adhésion, inconsciente avant d'être consciente, de tous ses membres à des valeurs communes dont la famille et l'école constituent les agents principaux de transmission.Une nation qui s’est formée grâce à l’acculturation de millions d'immi- 110 grants, de langues et de cultures différentes, pense immédiatement la société comme le résultat d’une socialisation: attentive au procès de socialisation parce qu’il s’opère pour ainsi dire en plein jour et demeure imparfait dans la mesure où il laisse subsister la diversité des origines.Le consensus que les saint-simoniens et les positivistes voulaient rétablir par delà l’effondrement des religions de salut, redevient, un siècle et demi plus tard, l’idéal implicite d’une nation qui doit surmonter tout à la fois l'hétérogénéité de sa population, l’immensité de son territoire, la jeunesse de son Etat et les troubles d'une industrialisation plus rapide que partout ailleurs.(2).Adhésion au rapport Parent Les éléments modernisation et démocratisation, manifestes dans le rapport Parent, ont fait passer un troisième élément, implicite celui-là, soit celui de l’anglicisation, de l’américanisation.Il y aurait lieu de consacrer une série d’études aux incidences des éducation committees du Royaume-Uni et des U.S.A.sur l’esprit et la conception générale de notre enseignement, et à celles des study commitees sur l’orientation culturelle et sociale des disciplines particulières.On constaterait vraisemblablement que notre gauche québécoise s’est fourvoyée dans son adhésion au rapport Parent.Elle aurait cautionné, sauf erreur, une vaste entreprise de conditionnement idéologique inspiré d’une part par la recherche de la cohésion sociale aux Etats-Unis, et d’autre part par le principe du leadership américain dans le monde libre.Conséquences du "package deal" La première conséquence peut s’inférer des propos de Raymond Aron cités plus haut.Depuis la réforme scolaire de 1964, nos collèges et nos écoles contri- buent, avec les universistés et les établissements pédagogiques, à la propagation du consensus américain dans les couches instruites de la population.Ce consensus se superpose à notre désunion fondamentale, politique, sociale et religieuse.La tentation du joualisme compte sans doute parmi les effets indirects des contradictions introduites dans notre système de valeurs.Eventuellement, le consensus américain apparaîtra comme incompatible avec notre condition de peuple francophone.Alors il faudra faire un choix entre la personnalité collective québécoise et celle que continuera de nous proposer notre enseignement de peuple satellite.Si la logique de l’assimilation joue normalement, l’option sera déterminée par les critères empruntés au consensus.¦v A vau-l'eau Quel que soit le degré d’exactitude des considérations qui précèdent, je m’étonne toujours de l’inconscience avec laquelle notre peuple, obnubilé par ses luttes séculaires contre l’occupant anglais et ses successeurs anglo-canadiens, se laisse emporter par un gigantesque courant idéologique, par une sorte de religion sociale, sans s’interroger sur ce qui lui arrive.Ira-t-il ainsi à vau-l’eau encore longtemps sans que nos philosophes, nos sociologues, nos pédagogues, nos théologiens, nos spécialistes de l’anthropologie culturelle se résolvent à faire le point, à nous situer dans les guerres d’influence que se livrent les grands pays.Sous ce rapport, nous sommes peut-être le peuple le plus innocent de la terre.Si l’ambiguïté actuelle se prolonge trop longtemps encore, les facultés d’analyse n’auront elles-mêmes plus de fonction.Les penseurs d’ailleurs nous auront fait accepter à jamais la minorité intellectuelle.» (1) James Bryant Conant EDUCATION IN A DIVIDED WORLD, p 30 (2) Raymond Aron, LES DESILLUSIONS DU PROGRES, p 166 Le Rapport Roquet* et la Philosophie au CEGEP TÊTE BIEN FAITE OU TÊTE BIEN PLEINE?PAR MAURICE DA SILVA, BERNARD PROULX, JEAN PROULX.PROFESSEURS AU CEGEP AHUNTSIC.A notre avis, une notion de la culture implique une conception de l'éducation, qui elle-même implique un objectif de formation générale qu’on viendra chercher au Cegep.Et la place accordée à la philosophie dans un Collège découlera de l'objectif précité.C’est parce qu’il va une corrélation réelle entre les divers thèmes invoqués, qu'il importe d’en faire une analyse progressive et détaillée.Puissent les membres de la commission Roquet, les éducateurs de carrière et les responsables des politiques d'éducation accepter notre humble réaction a un Rapport qui est-susceptible d’orienter la formation de quelques générations de Québécois! Culture verticule et horizontale Jean Dubuffet, dans ASPHYXIANTE CULTURE, opposait à la culture verticale, de forme pyramidale et hiérarchisée, une culture horizontale au fourmillement chaotique et au foisonnement infiniment diversifié.(1) Au-delà de ces appellations conventionnelles, tentons de préciser les notions en présence.A la culture verticale est rattachée l’idée d'une hiérarchie des valeurs, et donc les idées de conservation, de sommet et de classement.Se fixer des objectifs, établir des critères d’appréciation, faire l’ordre de ses connaissances, sont des caractéristiques de cette culture verticale, et de toute culture, reconnue comme appel et réalisation toujours inachevée d'unité.(2) A la culture horizontale est rattachée l’idée du caprice, du goût personnel, du bon plaisir, de l'humeur naturelle qui doivent constituer les valeurs et les nouvelles normes d’appréciation.La pensée doit se rendre compte que sa fonction en est une de mobilité et de propulsion, i.e.d'incessant abandon d'un lieu pour sauter à un autre.(3) Pour sa part, Pierre Angers a déjà fait la distinction, chez nous, entre la culture au sens descriptif et la culture au sens normatif.Il entendait par la première, le fait social et collectif d’un milieu donné, les pensées et les sentiments qui traduisent telle société à telle époque, la culture de masse dont parle Edgar Morin dans L’ESPRIT DU TEMPS.Cette culture de masse, toute centrée sur le monde de l’image et de la parole, c’est le reflet de la conscience spontanée ou perceptive de l’homme.Par contre, la culture au sens normatif, c’est la culture qui choisit selon des critères d’évaluation et qui transforme le fait en valeur, tout en hiérarchisant les options retenues.Cette culture savante ou scolaire, toute centrée sur le monde de l’imprimé et de l’écrit, c’est le reflet de la conscience réflexive de l’homme, qui radicalise ses options philosophiques, scientifiques, littéraires, techniques et religieuses.C’est donc elle qui donne un sens à la vie de l’homme.Voulant souligner le caractère aliénant de la quotidienneté, Henri Lefèbvre dans LA VIE QUOTIDIENNE DANS LE MONDE MODERNE, (coll.Idées #162), parle de l'absence de référentiel pour celui qui vit un temps homogène et gris, sans pôle de réference et sans axe.Ne pourrait-on pas dire la même chose de la culture de masse?Sans critères de référence, celui qui s’y modèle suit les caprices de son milieu socio-culturel dont la norme est l’opinion publique.Il a une conscience qui ne juge pas.De plus, une “culture de masse”, négligeant le développement de la culture personnelle, serait propice à la création d'attitudes intransigeantes qui érigeraient le comportement moyen en règle absolue et jugeraient tout comportement particulier comme étant normal ou anormal par rapport à cette seule règle absolue.Le résultat ne pourrait en être qu 'une influence stérilisatrice pour ceux qui auraient encore quelques velléités d'originalité.(4) Or, à notre avis, quand le rapport Roquet veut conserver pour chaque étudiant la possibilité de garder contact avec chacun des grands univers de connaissance (5) et qu’en vue de réaliser cet objectif, il favorise la fragmentation du savoir en l'appelant un humanisme élargi et diversifié (6), il fait de la culture horizontale, de la culture de masse, du nivellement des personnalités par la base.N'est-il pas assez pénible à l’homme d'aujourd’hui de se donner une vue unifiante de son milieu, sans ajouter au défi qu’il doit surmonter?Cette culture à base d’information et non de formation, peut-elle conduire à autre chose qu’à un engorgement de connaissances superficielles et mal digérées?L'éducation collégiale La tâche de l’éducation collégiale, on l’a souvent répété ces dernières années, n’est pas tant de donner des connaissances que d’apprendre à apprendre, non pas tant d’informer que de former.Et cela ne pourra se faire que par l’acquisition d'une méthode rigoureusement charpentée.C’est ce qu’a bien vu la commission Roquet, en formulant les objectifs pédagogiques (inspirés de Benjamin S.Bloom, dans TAXONOMIE DES OBJECTIFS PEDAGOGIQUES) de la formation générale: Acquisition d'habiletés intellectuelles fondamentales, attitude critique, Rapport du comité d'étude des cours communs à tous les étudiants du CEGEP, 1er décembre 1970. compréhension d'un monde en devenir, créativité, sens des valeurs et des responsibilités, relativisation des divers champs d'activités.(7) Seulement, la commission Roquet prend-elle les moyens d'atteindre ces objectifs en étendant son éventail de cours de formation générale?Nous pensons que non.Nous croyons qu’en multipliant les introductions et les initiations à diverses disciplines, elles se complaît plutôt dans une sorte de tourisme intellectuel, empêchant l’étudiant de se donner ce que Descartes appelle des points fixes ou des axes de référence qui lui permettent de se situer dans la culture de son milieu et de son époque.(8) Or, s’il faut en croire Livia Thür, la société d'aujourd'hui et plus encore la société future n'a et n'aura que faire des têtes bien pleines.Ce qui compte, ce sont les têtes bien faites qui seront aptes à fonctionner par elles-mêmes, qui chercheront davantage à comprendre, à raisonner qu'à réciter.(9) Donc, la tâche de l’éducation collégiale n’est pas de couvrir le maximum de matière possible; c'est la qualité des connaissances qui doit l'emporter sur la quantité, la qualité de certains univers de connaissances étant seule à assurer à la personne des possibilités de développement et d'adaptation ultérieure.(10) Tout le monde conviendra que l’éducation collégiale doit renoncer, aujourd’hui plus que jamais, à l’idéal illusoire d’une connaissance encyclopédique de toutes choses, à fortiori s’il ne s’agit que d’une initiation ou d’une introduction aux grand univers de connaissance, comme nous y invite le rapport Roquet.Comment, en effet, défendre le caractère formatif de la formation générale, dans cet examen du contenu de chacun des grands univers de connaissance tel que décrit au no.16 du rapport Roquet, à savoir: a) identifier l’objet propre de la discipline ou de la technique concernée; b) décrire sa méthode et en faire une critique; c) amener l’étudiant à faire l’expérience de cette méthode.; d) présenter l’histoire du développement de la discipline ou de la tech- 112 nique concernée, décrire sa situation actuelle et laisser entrevoir les perspectives d’avenir.(11) Cette information diversifiée à l’extrême ne fait jamais référence à un centre, à un pôle d’unification qui donnerait un sens à tout le savoir.Elle laisse voir la conception de la culture et, finalement, de l’homme qui l’inspire, bien qu’on veuille s’en défendre.C’est celle de la fragmentation du savoir, de l’aliénation de l’homme envers les biens de consommation.Cette initiation aux grands univers de connaissance semble préconisé pour des buts utilitaires ou pragmatiques.En quoi cela pourrait-il conduire à un véritable humanisme, à des connaissances qui éclairent l’activité humaine, qui transforment l’être en profondeur, qui intègrent toutes les composantes d’une personnalité, en l’ouvrant à tout l’humain?La question est d’importance et si, depuis la Renaissance, et particulièrement au XXe siècle, nous vivons sous le signe de la culture brisée, il n’en reste pas moins que l’homme a gardé la nostalgie de l'unité perdue.Cette unité, l’homme peut penser la refaire en jetant un regard rapide et furtif dans toutes les provinces du savoir: ce sera alors une notion bâtarde (de l’unité), une sorte d'ersatz de l'impossible encyclopédie.(12) Cette unité perdue, l’homme peut aussi vouloir la refaire, en tentant de récapituler en soi l’univers des connaissances, sans les posséder toutes.Cette recherche de la clef de l’unité de son être, cette récapitulation du savoir en un principe, c’est dans la reconnaissance de l’homme que chacun porte en lui qu’il la trouvera, comme c’est dans la mise en ordre des valeurs qui polarisent son être, son agir et son savoir que l’homme se développera.Cette réflexion de Malebranche, faite en 1674, reste toujours actuelle: De toutes les sciences, la science de l’homme est la plus digne de l’homme; cependant, cette science n'est pas la plus cultivée, ni la plus achevée que nous ayons.Le commun des hommes la néglige entièrement.Entre ceux mêmes qui se piquent de science, il y en a très peu qui s'y appliquent, et il y en a encore beaucoup moins qui s'y appliquent avec succès.Parce qu’elle est recherche d’unité, l’éducation collégiale ne doit pas aller dans le sens de la culture de masse à base d’informations nombreuses et diversifiées, mais dans le sens de la culture savante qui donne des normes et des critères d’évaluation.Ce sont des modèles culturels d’hier et d'aujourd’hui que l’éducation collégiale proposera à l’adolescent, plutôt que des modèles populaires lancés par les mass media.C’est dans la découverte de l’homme et à partir des grandes questions qui lui sont perpétuellement posées, problèmes de la liberté, de l’amour, du transcendant, etc., que pourra se refaire, en chacun de nous, l’unité de notre culture.Paradoxalement, c’est dans le mouvement de radicalisation vers la profondeur de l’être que l’on retrouvera l’universel, autrefois chanté par Térence: Je suis homme et rien de ce qui est humain ne m 'est étranger.Croire, comme nous y invite le rapport Roquet, que tous les grands univers de connaissance pourraient également nous conduire à l’humanisme, doit être envisagé comme une fausse piste.Lorsque la masse parvient à déterminer le contenu de l’éducation, elle en fait un apprentissage de ce qui est utile pour la vie; elle en attend le développement du sens pratique (ce qui, pour elle signifie l’ensemble des moyens qui permettent de se débrouiller dans l’existence, y compris dans les règlements de circulation des grandes villes); elle lui demande de former des personnalités (et ce qu’elle entend par là, c’est d’une part la débrouillardise, et, d'autre part, l’absence de discipline, l'abandon aux penchants et aux plaisirs les plus communs qu’elle identifie au naturel); elle s ’ o pp ose à un développement rigoureux, animé par une idée directrice, parce qu'un tel système d'éducation crée des distances et établit une hiérarchie dans l'être au lieu d’aboutir à une pure efficacité.(13) La philosophie au Cegep La philosophie jouant un rôle de réflexion synthétisante, radicale et critique a toujours son mot à dire dans la formation de culture générale que le Cegep prétend donner.Cela n’est pas remis en question par les auteurs du rapport Roquet, mais, tenant compte des critiques formulées à l’égard de la philosophie, ils ont cru bon de maintenir un rôle important à cette discipline, tout en ne le gardant pas prépondérant.Elargir ainsi le champ des cours communs et obligatoires, c’est réduire la philosophie à n’ètre plus qu’un univers de connaissances complémentaires aux autres.Ce nivellement joue bien dans le sens de l’esprit du temps où tout est réduit a l’horizontal.Nous pensons, plutôt, que la philosophie demeure une discipline qui manifeste, en raison de son intention et de sa méthode, une plus grande capacité d’unification et qu'elle doit d’autant plus continuer a jouer ce rôle que le danger de morcellement des connaissances devient plus grand, avec la formule proposée par le rapport Roquet.En effet, à trovers l'analyse et la critique comparative des problèmes (la philosophie) poursuit un effort de totalisation vers une vision du monde qui n'est cependant jamais achevée, certaine.( 14) En outre, les objectifs pédagogiques visés par le rapport Roquet sont déjà rejoints dans l’aménagement actuel des cours de philosophie; qu’on en juge soi-même: Cours 101: Compréhension et analyse; Cours 201: Analyse, critique et relativisation; Cours 301: Créativité; Cours 401: Sens des valeurs et des responsabilités.Et les professeurs de philosophie ont aussi commencé à forger des instruments pour rejoindre ces objectifs: ils s’appellent résumé, analyse logique et conceptuelle, critique, essai, dissertation, etc.Il restera à préciser toujours davantage ces objectifs et ces instruments, pour aboutir à une véritable maïeutique.Nous voulons souligner une autre recommandation du rapport Roquet: celle qui propose la tenue de cours interdisciplinaires ou multidisciplinaires, sans toutefois préciser la nature de ceux-ci.A la condition d’être conscients des dangers d’une formation générale de type encyclopédique, nous acceptons cette recommandation, la philosophie nous paraissant, ici encore, indispensable, en raison de sa démarche critique, réflexive, synthétisante et radicalisante.A ce titre, nous imaginons très bien la place centrale qu’un professeur de philosophie pourrait occuper dans ce cours multidisciplinaire de type synthétique.Si par la technique et la science, l’homme d’aujourd’hui apprend à maîtriser les forces de la nature, ces sciences ne suffisent pas, par ailleurs, à répondre aux grandes interrogations de son existence.L’homme pragmatique, l’homo technicus sera toujours en quête de son âme.Parlant de la philosophie dans le monde d’aujourd’hui, Gabriel Marcel écrit qu’il se pourrait que ce monde spécifique de pensée et d'existence fut lié à la sauvegarde de ce qu'on a jusqu'à nos jours appelé du mot aujourd'hui presque discrédité de civilisation.J'ai la conviction profonde, va-t-il jusqu’à dire que le sort de la philosophie et celui de la civilisation sont directement et intimement liés.(15) Si l’on en croit Oswald Spengler (L’HOMME ET LA TECHNIQUE), l’histoire de notre technique tirerait rapidement à sa fin.Quoi qu’il en soit, puisse, pour la formation humaniste de l’étudiant de Cegep, l’enseignement de la philosophie avoir un avenir dans un Québec à la recherche de son identité! • (1) Dubuffet.Jean, ASPHYXIANTE CULTURE, coll.dir.par J.-F.Revel, J.-J.Pauvert, éditeur, Paris, 1968; p.14.(2) Lauzière et Laporte, "Tuer la Philosophie, c'est tuer la culture" in MAINTENANT, #89, oct.1969; p.240 (3) Dubuffet, Jean, op.cit., p.124.(4) Thür, Livia, "L'éducation, le changement et la société contemporaine" in PROSPECTIVES, vol 3, #6, déc.1967, p.383.(5) Rapport Roquet, p.32.(6) Rapport Roquet, p 27.(7) Rapport Roquet, p 30 et p.40.(8) Rapport Roquet, p.32.(9) Thiir, Livia, art.cité, p.384.(10) Thür, Livia, art.cité, pp.384-385.(1 1 ) Rapport Roquet, p.37.(12) Thévenaz, Pierre, L'HOMME ET SA RAISON, La Baconnière, Neuchastel, T.Il, p.79 (13) Jaspers, Karl, LA SITUATION SPIRITUELLE DE NOTRE EPOQUE, Paris, 1951, p.126.(14) Lauzière et Laporte, "Tuer la philosophie, c'est tuer la culture" in MAINTENANT, #89, oct.1969, p.240.(1 5) Marcel, Gabriel, LES HOMMES CONTRE L'HUMAIN, La Colombe, Paris, 1951, p.99.113 LE N.RD.-QUÉBEÇ: AUTOaÉTERMiNATioN ET nouveUe aIIîance Le socialisme a toujours éprouvé de sérieuses difficultés à intégrer le phénomène national.Au siècle dernier, notamment, le nationalisme paraissait avant tout comme une arme entre les mains des classes bourgeoises, en vue d’asservir leur puissance au sein de chaque nation.Dans cette perspective, le socialisme se présentait comme une sorte d'antidote au nationalisme: les travailleurs n'ont pas de patrie.Tout au plus le nationalisme pouvait- il être utilisé, selon les cas, en fonction de son apport à la lutte des classes.Bien sûr, il se trouva des socialistes, à cette époque, pour comprendre que la nation était une dimension fondamentale de la société humaine et non une simple caractéristique de l’époque du capitalisme ascendant, comme l’écrivit plus tard Staline.Les socialistes qui vivaient dans l’empire austro-hongrois et qui se trouvaient constamment affrontés aux réalités nationales, comme ces hommes de pensée remarquables que furent Karl Renner et Otto Bauer, en étaient venus à reconnaître la nécessaire autonomie des peuples à l’intérieur de la société socialiste.Un équilibre malaisé Il reste que l’équilibre entre le projet socialiste, qui transcende les frontières (presque par définition) et les divers projets nationaux, qui réclament de telles frontières, au moins pour certaines fins, demeure précaire parce que les esprits tendent si facilement à simplifier les réalités et à opter pour l’une aux dépens de l’autre: classe ou nation.Pourtant, qui dit socialisme, se dit également partisan de la liberté; et qui dit nation ne peut, aujourd’hui, bâtir rien de viable sans l’intervention de l'Etat, donc sans une certaine socialisation.A l’époque du P.S.Q.(Parti socialiste québécois), Henri Gagnon avait fort bien résumé cela dans une étude sur 1 14 la question nationale: Le socialisme veut le rapprochement des nations.Il vise à une fusion librement consentie des nations, ce qui est impossible sans leur libération.La suite de son texte montrait la complexité, peut-être même l’inévitable ambiguïté, des luttes qui se veulent à la fois sociales et nationales: Le socialisme appuie inconditionnellement le droit des nations à l’autodétermination et, dans le cadre des Etats multinationaux, cela inclut le droit à la séparation.Mais le socialisme vise en même temps à l’unité de classe des travailleurs contre le capitalisme monopoleur, premier responsable de l’oppression des nations dans le monde.Socialisme et centralisation Le socialisme canadien se heurte depuis quelques années à ces vieux problèmes.Il n’en fut guère question à l’époque du Manifeste de Régina (1933), ni même dans la Déclaration de principes de la C.C.F., en 1956, qui fut pourtant l'année où le Québec énonça lui aussi des principes politiques porteurs d’avenir, dans le rapport de la Commission Tremblay.S’est- on jamais demandé dans quelle mesure cette inattention a empêché la gauche de s’enraciner solidement au Québec?La C.C.F.paraissait véhiculer une idéologie étrangère et, compte tenu de sa propension naturelle aux solutions centralisatrices, son socialisme devenait, aux yeux de bien des Québécois, le cheval de Troie du pouvoir fédéral.Les Québécois qui, naguère, étudièrent le droit constitutionnel avec Frank Scott, savent à quel point ils étaient à la fois attirés par ses idées sociales et rebutés par ses tendances centralisatrices.Le professeur faisait — en était- il parfaitement conscient?— du socialisme, mais également du nationalisme anglo- canadien.Comment faire autrement, d’ailleurs, lorsqu’on est authentiquement Canadian et que l’on veut donner à la nation anglo- canadienne les moyens de demeurer elle- même?Seulement, les Québécois authentiques, eux, s’ils acceptaient les vues sociales de Scott, étaient conduits à épouser un autre nationalisme.Le Nouveau Parti Démocratique du Canada, malgré certains efforts, n’est point parvenu à s’ajuster au nationalisme de l’autre, dont l’étendue et la profondeur l’ont pris par surprise.De sa fondation, en juillet 1961, à la scission de juillet 1963, qui donna naissance au Parti Socialiste du Québec, on peut constater que le Québec demeurait une énigme insondable pour les socialistes anglophones, malgré la bonne volonté évidente de certains.Pour d’autres, dont la postérité n’est pas éteinte, le Québec était tout simplement rétrograde: le stumbling block empêchant le progrès, c’est- à-dire la réalisation des objectifs anglo-canadiens.Le socialisme et les Québécois Le P.S.Q.n’eut d’ailleurs pas beaucoup plus de succès que le N.P.D.Mal organisé et en butte à la méfiance des syndicats, il fit du bon travail sur le papier et mourut avec l’élection québécoise de 1966.Décidément, le Québécois n’entendait guère se faire tatouer la poitrine du mot socialisme avant d’ètre sûr que le modèle lui convînt.Il ne faut pas se leurrer, d’ailleurs: le socialisme, c’est avant tout, pour la majorité des gens, une abstraction, qui, de surcroît, n’a pas joui de la faveur des encycliques.Il fallait donc prendre la question par le côté concret, lequel, en ce temps et en ce lieu, tient dans la réalité nationale.C’est ce que firent, spontanément, le Mouvement Souveraineté-Association, puis le Parti Québécois. PAR JACQUES-YVAN MORIN Le P.Q.n’est sans doute pas un parti socialiste, mais la place qu’il fait à l’intervention de l’Etat et à la participation des citoyens est suffisamment considérable pour que nombre d’anciens membres du N.P.D.et du P.S.Q.s’y retrouvent.A sa manière et compte tenu de l’environnement nord- américain, le P.Q.est socialisant, un peu comme l’est la Social- Démocratie allemande, en fonction du milieu européen de l’Ouest.La majorité des péquistes en sont venus à des solutions de type socialiste, non par une vue de l’esprit, mais parce que, concrètement, la survie du Québec en tant que nation l’exige.Cette pensée a du moins le mérite de n’être pas importée ou plaquée sur la réalité.Le nationalisme du N.P.D.-Canada Devant cette transformation de la situation et les résultats obtenus par le P.Q.aux élections du 29 avril, quelle allait être l’attitude du N.P.D.et, en particulier de l’aile autonome du parti au Québec?Donner la main au nouveau parti québécois?Le repousser à cause de ses éléments non-socialistes?Les militants les plus ouverts du N.P.D.-Québec avaient déjà réussi à faire accepter par leurs collègues canadiens la thèse du statut particulier, encore qu’on ne se fût guère entendu sur le contenu concret de ce concept.Cependant, outre le fait que le N.P.D.s’arrogeait de la sorte le droit de dire aux indigènes québécois ce qui était bon pour eux, il ne tira de cette concession aucun avantage politique, ni à l’élection fédérale de 1968, ni à l’élection québécoise de 1970.Que faire en pareille situation?D’aucuns diront que la conduite d’un vrai socialiste est toute tracée: elle consiste à s’incliner devant la liberté de l’autre.Mais les choses ne sont pas si simples.Le N.P.D.est nationaliste lui aussi; à tout le moins il courtise un électorat Canadian pour lequel le nationalisme consiste beaucoup plus à contenir le Québec qu’à tenir tête aux Etats-Unis.En d’autres termes, le N.P.D.- Canada doit tenir compte, sur le plan électoral, du One Canada de P.E.Trudeau.Aussi pouvait- on s’attendre à ce que le parti continue de tourner autour du pot, sans y risquer plus que le doigt.Liberté de chacun mais combat commun C’est le grand mérite du document Boudreau- Lapierre que d’avoir proposé au N.P.D.- Québec, lors de son récent congrès, une attitude qui respecte à la fois le socialisme et le droit des Québécois de choisir leur avenir politique librement.La solution aux problèmes déchirants qui se posent à la nation canadienne-française ne saurait être autre chose qu'une solution québécoise, peut- on lire dans ce document réfléchi.Cette solution doit donc être déterminée par la population du Québec elle-même, et non (.) élaborée à l’extérieur et imposée au peuple du Québec.Si la décision des Québécois allait en faveur de la souveraineté, celle- ci devrait être reconnue sans difficulté et sans amertume par le Canada anglophone.Voilà pour la liberté.Quant aux exigences du socialisme, elles ne sont pas perdues de vue, pour autant.Même dans l’éventualité de l’indépendance, ajoute le document Boudreau-Lapierre, il est souhaitable et il serait mutuellement profitable, à cause des réalités économiques et géographiques du Canada et du continent nord-américain, (ainsi que) de l'interdépendance qui en découle, que soit négociée une nouvelle alliance entre le Québec et le Canada.On aurait pu ajouter ou dire plus clairement, sans trahir l’esprit de cette intéressante démarche, que les travailleurs québécois et les travailleurs canadiens ont des intérêts communs et que, tout en s’assurant de leur liberté nationale respective, ils doivent savoir dépasser leur nationalisme pour affronter ensemble les injustices de la société nord-américaine.Les indépendantistes québécois qui refuseraient ce combat commun et les exigences qu’il comporte, donneraient raison à Edgar Morin, lorsqu’il disait craindre pour le Québec un nationalisme étroit à la manière, disons, en France, du chauvinisme du petit bourgeois."Un droit absolu à l'autodétermination" Les idées de MM.Lapierre et Boudreau ont fortement influencé le congrès du N.P.D.-Québec (19-21 février), même si leur document de travail n’a pas été distribué officiellement aux membres à cette occasion.Le parti a redéfini son attitude fondamentale et son rôle à l’égard du Québec, dont il perçoit la silhouette nouvelle.En premier lieu, dit la résolution sur l’orientation du parti, le Québec a un droit absolu à [’autodétermination, c’est- à- dire à déterminer le degré de souveraineté qui lui convient dans tous les domaines.En second lieu, le N.P.D.- Québec, indépendant constitutionnellement du N.P.D.-Canada, entend maintenir les liens les plus étroits avec les socialistes anglo- canadiens en vue de formuler une nouvelle alliance entre les deux peuples, en raison notamment de la commune domination de nos économies par des intérêts capitalistes étrangers.Quant à son rôle, le N.P.D.- Québec le conçoit essentiellement au niveau fédéral, quoiqu’il entende apporter sa pleine contribution aux initiatives de tout organisme démocratique de citoyens au sein même du Québec.115 • • • Mais il laisse implicitement la définition du socialisme québécois à ces organismes, dont on peut penser qu'ils sont avant tout le P.Q.et le FR AP.Un rôle de charnière Pour peu que cette nouvelle orientation passe dans les faits, il ne manquera point de Québécois pour s’en réjouir.Les socialistes, parce qu’ils pourront enfin dialoguer intelligemment avec leurs amis anglo-canadiens; les nationalistes, parce que la légitimité de leur cause sera enfin reconnue et défendue au niveau fédéral.Du coup, l’un des graves dilemmes du P.Q.se trouve résolu: comment se faire entendre du Canada anglais alors que, par son objectif même, il renonce à la politique fédérale?Non pas que le N.P.D.- Québec s’allie au P.Q.(le nouveau président, Raymond Laliberté, a pris soin de préciser qu’il n’en était pas question), mais il servira de charnière entre les deux socialismes et, s’il réussit à percer sur le plan électoral, il ne lui sera pas difficile de faire mieux que les quelques malheureux conservateurs québécois qui tentent tant bien que mal, à l’heure actuelle, de faire comprendre aux Communes qu’il se passe des choses au Québec.Et si l'on pense à l’avenir, point n’est besoin d'une imagination exceptionnelle pour entrevoir le rôle crucial que pourrait jouer le N.P.D.- Québec, lors de l’arrivée au pouvoir du Parti Québécois.Un parti écartelé entre ses principes h et la tactique Il n’y"a qu’un hic.Le N.P.D.- Canada ne semble pas priser, pour l’instant du moins, l’attitude de son 116 homonyme québécois.Des cinq candidats au leadership du parti fédéral, seul James Laxer, du groupe Waffle, s’est dit favorable à l’autodétermination des Québécois.Les autres, et notamment David Lewis, dont on prédit volontiers l’élection, se portent à la défense du fédéralisme et s’opposent à toute idée de séparation du Québec.Il semble que, par crainte des pertes que le N.P.D.pourrait subir dans les provinces anglophones s’il endossait la démarche québécoise, on en soit venu à confondre systématiquement l’indépendance et le droit à l’autodétermination.Ce sont là des calculs qui relèvent davantage de la tactique électorale que d’un effort de réflexion sur le Québec, à la lumière du socialisme.Après tout, se demandent sans doute les socialistes canadiens, combien de votes pouvons- nous espérer obtenir au Québec, quelle que soit notre attitude?Raymond Laliberté devra les convaincre, à leur congrès d’avril, qu’à long où à moyen terme, ils n'ont peut- être pas de meilleur allié que le peuple du Québec.Toutefois, on lui demandera peut- être d’établir un commencement de preuve .électorale.Il faudrait alors s’attendre à une certaine rupture, annoncée à grand renfort de discours devant les auditoires anglophones.Le N.P.D.-Québec ne s’en porterait d’ailleurs pas plus mal, sans doute.Uae certaine conception de la liberté Il serait pourtant dommage d’en être réduit, fût- ce seulement au niveau des apparences, à de tels déchirements.Quand donc l’un des partis fédéraux se décidera- t- il à assumer la question du Québec plutôt que d’en nier méthodiquement l’existence?Il ne leur est même pas venu à l’esprit qu’il était possible, sans illogisme, d’ètre défavorable, voire hostile, à l’indépendance du Québec — c’est leur droit le plus strict — tout en se montrant disposés à respecter la volonté collective des Québécois, le cas échéant.Le N.P.D.ne serait ni moins canadien, ni moins socialiste, s’il disait: nous ferons tout pour persuader les Québécois d’opter pour le Canada mais, quoiqu'il arrive, la conception que nous avons de la liberté nous oblige à nous incliner devant leur choix.Pour une question de principe, les Québécois seront plus exigeants pour le N.P.D.que pour les autres partis fédéraux, en ce qui concerne l’autodétermination.Des partis traditionnels, ils n’attendent rien, au moment de l’indépendance, sauf les pressions et les propositions plus ou moins sordides qui, en pareil cas.ont pour but de protéger divers intérêts.Tandis que du N.P.D., plusieurs attendent les attitudes ouvertes sur lesquelles ils pourront fonder la nouvelle association dont les deux nations ont tellement besoin.• CHRISTIANISME ET NOUVELLE CULTURE PAR VINCENT HARVEY, O.P.Nous sommes au coeur d’une transformation religieuse, culturelle et sociale qui nous laisse parfois désemparés, parce que les contours de cette civilisation nouvelle qui se crée actuellement ne sont pas encore discernables, non plus que ses lignes de force multiformes et parfois contradictoires.Comme toujours lorsque nous sommes engagés dans un processus de mutation assez radicale, nous manquons de ce recul nécessaire à l’analyse du phénomène; par ailleurs, je ne crois point que nous puissions trouver dans l’histoire des points de repere dont le caractère analogique nous prédirait de façon satisfaisante l’aboutissant de cette transformation, — encore que l’humanité n'en soit pas à sa première crise d’évolution ou de mutation.Pensons à ce que pouvait représenter d’angoisse et d’inconnu pour la civilisation occidentale et l’Eglise, la chute de l’Empire romain, de même que les bouleversements moraux de la Renaissance et les déchirements dramatiques de la Réforme.Pourtant, le christianisme non seulement a su résister a l’épreuve mais a également retrouvé des regains d'énergie qui se sont aussi traduits en dynamisme culturel.Malgré donc ce que j'affirmais au tout début, c’est sur la mémoire historique que j'appuie aujourd’hui ma vision positive du christianisme dans l’élaboration de la nouvelle culture.Le christianisme a fait preuve dans le passé d'une très grande capacité d’adaptation et de créativité, pourquoi n'en serait- il pas ainsi pour les prochaines décennies?Un monde où tout avait sa place La génération des 40 ans et plus a vécu dans une société relativement calme et structurée qui avait ses cadres de classification et d’interprétation des phénomènes.Quelque événement nouveau surgissait- il qu’on pouvait toujours le situer dans un ensemble de concepts ou en référence à un ensemble de concepts qu’Abraham Moles dans SOCIODYN AMIQUE DE LA CULTURE (1) représente de façon graphique comme un écran géométriquement cadrillé où chaque nouveauté trouvait sa place sans bouleverser nos schèmes mentaux.Comme l’écrivait Huxley; On passait par un réseau intégrateur harmonieux des porcelaines de Chine aux carburateurs à injection ascendante.C'était cette culture humaniste, réservée à une classe et à une élite, que les maîtres se donnaient pour tâche de transmettre en décrivant leur responsabilité d’éducateurs à peu près de la façon suivante: pour faire un homme cultivé, enseignons-lui quelques grands concepts, ces concepts carrefours: principes de la géométrie, éléments du latin et de langues étrangères, grandes idées philosophiques; il disposera d'un fil d'Ariane, d'une trajectoire, d'un mode d'emploi, qui lui permettront d'appréhender les événements, de les jauger, de les mesurer, de les coordonner dans son esprit par rapport aux autres, de leur trouver une place toute préparée dans l'ameublement de son cerveau.(2) * Quand les Eglises transmettaient la culture Cet héritage culturel a été, pour une très large part, élaboré et transmis par les Eglises chrétiennes.Il y eut d'abord cette récupération des oeuvres de l’antiquité gréco- romaine: sans le travail patient des moines du moyen âge transcrivant les tragédies grecques, Virgile, les poésies de Plaute, de Térence, pas toujours édifiantes, voire L’ART D’AIMER d’Ovide, encore moins édifiant, notre connaissance de la littérature grecque et latine aurait été plutôt mince.Sans l’étude des chefs-d’oeuvre de l’antiquité, aurions- nous eu un Corneille, un Racine, un Shakespeare?Récupération aussi des oeuvres phil osophiques: Platon, Aristote et Plotin dont la pensée a servi à la construction de la sagesse chrétienne depuis Origène jusqu’à Pascal, en passant par Augustin, Bon aventure, Thomas d’Aquin, Duns Scotus et Luther.Faut- il rappeler que ce sont les clercs qui, après la chute de Rome, ont assumé la charge de l’instruction et de l’éducation pendant plus d’un millénaire.Il y eut d’abord la fondation des écoles monastiques à l’époque carolingienne, puis les écoles presbytérales et enfin la création des Universités.La responsabilité exclusive de l’éducation, dont l’Etat du reste s’est longtemps désintéressé, a permis aux Eglises de vraiment fabriquer cette culture occidentale dont nous avons vécu jusqu’à nos jours.Hiérarchie et statu quo Cette culture occidentale contenait une vision du monde ( Weltanchaung) axée sur deux pôles corrélatifs: l’absolu et le relatif, l’infini et le fini, l’éternel et le temporel.Vision du monde que les penseurs chrétiens ont élaborée, en assumant avec un peu trop de complaisance, comme l’a souligné Harnack et bien d’autres après lui, la philosophie grecque, notamment 117 Platon et Plotin.La principale limite de cette conception, c’est de ne pas avoir toujours réussi, loin de là, à maintenir et à défendre, face à l’absolu, à l’infini et à l’éternel, l’autonomie de l’homme, la positivité du monde et la valeur de l’histoire.Se concevant comme serviteur de Dieu, ange déchu qui se souvient des deux, pèlerin dans la mouvance ténébreuse du temps, le chrétien ne risquait- il pas de limiter ses possibilités d’épanouissement intérieur, les ressources de son dynamisme créateur et, partant, ses responsabilités dans l’aménagement fraternel de ce monde-ci, en s’évadant finalement dans une spiritualité désincarnée et une eschatologie sans continuité avec les combats historiques de ses frères humains?C’est en ce sens, à mon avis, que porte l’accusation de Nietzsche qui proclamait la mort de ce Dieu afin de libérer et de sauver l’homme.Cette conception hiérarchique du monde accrochée à l’absolu et à l’éternel soutenait et justifiait une organisation pyramidale de la société dans laquelle l’autorité, tant civile que religieuse, jouissait, à tous les échelons, du caractère d’inviolabilité propre au domaine du sacré.Toute autorité vient de Dieu, avait dit saint Paul parlant de l’autorité civile.Cette phrase de l’Apôtre a été largement utilisée pour appuyer les gouvernements en place dès lors que ces derniers consentaient aux Eglises des alliances et des concordats avantageux.On comprend ainsi que le christianisme institutionnel ait eu tendance, en général, dans le passé, à défendre les statu quo politico-économiques ou tout au moins à ne pas s’opposer ouvertement à des establishments exploiteurs.On exhortait, bien sûr, les possédants à la générosité et à la charité (rarement à la justice cependant!); on encourageait, par ailleurs, les miséreux et les exploités à la résignation en leur prêchant la béatitude des pauvres et le royaume des deux.Comme l’a noté justement R.J.Nogar, La faille dans la présentation de l'action rédemptrice du Christ sur l’homme en ce monde est un scandale que Vatican II a essayé de combler.(3).Auparavant, l’oeuvre de Theillard de Chardin s’y était amplement et profondément adonnée.Nous commençons donc à sortir d’une culture de chrétienté où une conception de Dieu, de l’homme et de l’univers informait nos structures mentales, nos comportements affectifs et l’aménagement de nos rapports sociétaires.Nous sommes entrés dans l’ère de la sécularisation.Les plus jeunes d’entre nous sont déjà arrivés au stade de la sécularité.On pourrait définir globalement la sécularisation avec René Marié (4) comme le phénomène selon lequel les réalités constitutives de la vie humaine (réalités politiques, culturelles, scientifiques .) tendent à s’établir dans une autonomie toujours plus grande par rapport aux normes ou institutions relevant du domaine religieux ou sacré.Affranchie de la tutelle religieuse La société séculière rejette donc la mise en tutelle du profane ou du terrestre par toute religion de l’au-delà.Disons immédiatement, pour éviter toute confusion, que ce rejet de la tutelle religieuse n’est pas nécessairement la négation de la religion et du monde de la transcendance.Dans son volume devenu un best- seller, THE SECULAR CITY, Harvey Cox distingue très clairement sécularité de sécularisme.La sécularisation (qui conduit à la sécularité) implique, écrit- il, un processus historique, presque à coup sûr irréversible, au cours duquel la société et la culture sont affranchies de la tutelle d’un contrôle religieux et, aussi, de conceptions trop étroitement métaphysiques .ce qui est essentiellement un mouvement libérateur.Le sécularisme, par contre, est une idéologie, une nouvelle conception du monde, sans ouverture et qui fonctionne tout comme une nouvelle religion .C’est un de ces terribles mots en isme, avec tout ce que cela suppose de borné.Le sécularisme menace l’ouverture et la liberté apportées par la sécularisation (p.50).La société séculière ne dogmatise donc pas en matière de religion, elle conserve même une ouverture à l’égard des différentes religions.Mais elle estime n’en pas avoir besoin pour organiser la vie des citoyens en ce monde- ci, le seul pour lequel elle est habilitée.La consistance et l’autonomie des valeurs humaines lui suffisent pour aménager un monde juste et fraternel.C’est au nom de ces valeurs que la société séculière prend en charge l’éducation, le soin des malades, des infirmes, des orphelins, les services aux déshérités, qu’elle promeut la culture, travaille au bien-être et à l’épanouissement de l’homme.Ce sont là autant de tâches que tous les membres d’une société peuvent et doivent assumer, indépendamment de leurs options religieuses et même philosophiques.En outre, ces tâches portent en elles-mêmes leur positivité et il n’est pas besoin de leur ajouter un pour Dieu.Elles suffisent théoriquement tout au moins à fonder une éthique humaine commune et à donner un sens noble et valable à l’existence humaine.Ce phénomène de sécularisation, qui tend à se généraliser dans nos sociétés occidentales, s’accompagne d’un changement de mentalité, d’un renversement psychologique.Une société sans Dieu-providence Dans la mentalité sacrale de chrétienté, tous les aspects de la vie, les joies et les peines du quotidien, les événements heureux et les catastrophes, les maladies et les guérisons, les chances et les malchances étaient immédiatement perçus dans une optique providenti a H s te et souvent interprétés en termes de punitions, récompenses, épreuves, avertissements, ou accumulation de mérites pour le ciel.La lecture de l’histoire collective et individuelle se faisait spontanément à travers la grille du Dieu- providence, maître du cosmos et de l’histoire, et de la fin ultime ou de l’au-delà.Une mentalité sécularisée lira les mêmes événements de façon différente en s’attachant davantage aux causes immédiates d’ordre technique et scientifique, aux responsabilités humaines proches et lointaines.Elle ne cherchera pas une explication hors du monde, dans une volonté extérieure, mais dans ce monde- ci: le monde naturel de l’homme.Et s’il demeure encore des mystères, c'est une question de délai, car on a la certitude que la science pourra tôt ou tard les expliquer et partant les contrôler.L’homme moderne devient de plus en plus conscient de son pouvoir sur la nature et le cosmos.Ceux- ci ont donc perdu le rôle de médiation sacrale qu’ils exerçaient dans une civilisation antérieure où l’homme se sentait plus dépourvu en face des forces de la Nature.En somme, l'homme moderne veut vivre et bien vivre sans éprouver le besoin qu’à tout moment Dieu vienne le protéger ou le sortir de l’impasse.Il est sa propre providence dans ce monde profane et autonome qui lui appartient et qu’il a pour tâche de dominer pour en faire un monde humain.L'homme sécularisé: un pragmatique.A cette affirmation franche de la profanité et de l’autonomie du monde qui constitue la première caractéristique de la mentalité sécularisée.Harvey Cox en ajoute une seconde: l’esprit pragmatique.Par pragmatisme, écrit- il, nous entendons l'attitude de l'homme séculier qui pose la question: Cela fonctionnera-t-il?L'homme séculier ne s'occupe guère de mystères.Il ne s'intéresse guère à ce qui paraît résister à l'application de l'énergie et de l'intelligence humaines.IIjuge des idées par le résultat qu’elles auront dans la pratique.Et un peu plus loin, il complète sa description de la façon suivante: (Le pragmatique) s'adonne à l'étude des problèmes en les isolant de toute considération étrangère au sujet, en utilisant les compétences de diners spécialistes, en étant prêt a s'attaquer à de nouveaux problèmes quand les premiers auront trouvé une solution provisoire.Pour l'homme technopolite, la vie est une série de problèmes, mais elle n'est pas un mystère insondable.Il met entre parenthèses les questions insolubles et s'occupe de celles qui peuvent être résolues.Il passe peu de temps a résoudre des questions de finalité ou de religion.Et il est capable de vivre avec des solutions tout a fait provisoires.II ne voit pas le monde comme une énigme indéchiffrable, éveillant un sentiment d'imposant respect, mais plutôt comme une suite de projets complexes et corrélatifs qui requièrent une compétence spécifique.Il est bien rare qu'il s’attarde à ce que nous appelons les questions religieuses, car il se sent capable de se tirer parfaitement d'affaires dans ce monde sans se soucier d'elles.tourné vers l'avenir Une autre caractéristique de la mentalité séculière, c’est la conception de l’homme comme projet.Dès lors, en effet, que l’homme prend en main son destin et sa réalisation, non pas selon un modèle pré-établi par la culture traditionnelle et auquel il n’aurait qu’à se conformer, mais comme une virtualité, une possibilité d’ètre dont l’amplitude demeure encore insoupçonnée, il ne peut se définir qu’en se jetant, qu’en se propulsant en avant: vers l’avenir, dans une action autocréatrice.Dans cette nouvelle perspective, la conception de la liberté comme dynamisme s’enrichit: elle devient pouvoir de faire, d’innover, d’inventer; elle devient également sens aigu de la responsabilité sociale, puisque l’homme ne peut se faire qu’en s’engageant dans une praxis humanisatrice de la collectivité.Cet aspect a très bien été montré par Yves Jolif: Ce qui est par P fait même souligné fortement, c'est le caractère créateur de la liberté, la réalité efficace de l'action: quand l'homme agit, il innove.La liberté, c'est le pouvoir de faire, en ce sens très fort.Ceci conduit d'une part a un sentiment aigu de la responsabilité humaine: ce qui est fait, c'est moi qui l'ai fait: et je suis responsable aussi de tous les malheurs qu'engendrent mon inaction, ma lâcheté.D'autre part, si l'action fait advenir de l'inédit, le monde n'est plus la constante réédition d'un modèle immuable: il a une histoire, il est -grâce a l'action humaine — engagé dans un processus cumulatif: l'avenir apparaît ici comme la possibilité d'un progrès indéfini, comme la promesse d'un bonheur croissant pour l'humanité (5).Le conflit de deux cultures Cette anthropologie nouvelle est entièrement tournée vers l’avenir et elle privilégie presque absolument l’avenir contrairement a l’anthropologie de la culture traditionnelle qui, elle, privilégiait le passé allant par f o is jusqu'à l’hypostasier.Ceci explique l'indifférence actuelle des jeunes vis-à- vis du passé, de l'histoire et des traditions.Pour eux la culture est a faire et à refaire, a bâtir plutôt qu'a transmettre et encore moins à recevoir.Cette attitude fait de l'homme sécularisé un expérimentateur, un homme qui fait des expériences, qui innove, qui crée et laisse souvent la bride sur le cou a sa spontanéité, sans trop savoir où cela le conduira.N’ayant aucun modèle culturel a imiter, ni de principes intégrateurs qui lui permettraient d’orienter et de situer ses expériences dans une synthèse pré-établie, il s’installe psychologiquement d’emblée dans le relatif, la mouvance, le changement et le provisoire.Abraham Moles a montré l’absence actuelle d’une sagesse qui serait rassurante pour les plus âgés qui voient leurs valeurs contestées et pour les plus jeunes eux- mêmes qui se trouvent dans la situation inconfortable de frayer leur chemin sans boussole dans une forêt inexplorée.Ce conflit de deux cultures, l’une traditionnelle et l’autre en état incohatif, explique les tensions que nous vivons tous à des degrés divers, qu’il s’agisse de la contestation globale de la société, de l’enseignement distribué dans nos Cegep et nos Universités, des comportements parentaux, des modes de vie hier encore généralement admis sans remises en question, ou tout simplement de la façon de se vêtir et de se couper (ou de ne pas se couper) les cheveux.Inutile d’ajouter que la solution à ce conflit ne réside pas dans la répression du law and order, mais dans une ouverture des mentalités qui fournit la base indispensable à un dialogue que les jeunes désirent peut-être beaucoup plus que ne semblent le croire bon nombre d’adultes, dès lors qu’on ne leur oppose pas une fin de non recevoir.Défis nouveaux et salutaires La sécularisation comporte un bilan positif indéniable, même s’il pose un défi nouveau pour le christianisme.Mais c’est un défi purificateur et salutaire.En fait, la critique de la religion et du Dieu de la religion que véhicule la sécularisation peut sans doute être très bénéfique à la foi chrétienne en la forçant d’abord à se départir de son statut de chrétienté et à se réincarner dans le présent en rejoignant le vrai message de l’Evangile qui est pour tous les hommes de toutes les cultures et de toutes les époques.Lorsque Nietzsche caractérisait la religion comme un platonisme pour le peuple et décrétait la mort de Dieu pour sauver la grandeur de l’homme, il avait vu bien plus juste qu’on ne le pensait .Dans la mesure, en effet, où le christianisme qu’il avait sous les yeux maintenait l’homme dans une passivité craintive, une dépendance sans initiative et dans une liberté encarcanée, il faut bien reconnaître que ce christianisme contribuait à aliéner l’homme et que le Dieu qu’il lui proposait était un Dieu dominateur, le contraire même du Père de Jésus-Christ qui, en son Fils, s’est donné pour l’homme, pour la glorification de l’homme.On pourrait faire les mêmes considérations au sujet de la critique marxiste de la religion.Si la croyance en Dieu et l’espérance d’une vie posb mortale ont pour conséquence de garder l’homme dans une attente fataliste de l’au-delà, de l’empêcher de prendre en main son destin dans l’histoire et de faire les nécessaires révolutions sociales, sous prétexte que la vie sur terre est une vallée de larmes et que, de toute façon, là-haut justice sera faite, cette croyance et cette politique d’attente paralysent l’homme, l’aliènent.Ces contestations de la religion et des fausses conceptions de Dieu de même que la mentalité de l’homme sécularisé et les revendications autonomistes de la société séculière nous obligent à réexaminer sérieusement notre christianisme; plus spécialement il nous faut reviser notre insertion comme chrétiens dans le monde d’aujourd’hui, assumer les nouvelles approches du mystère chrétien par la mentalité séculière que nous retrouvons aussi bien chez les croyants que les non-croyants, et enfin emprunter les problématiques et les cheminements propres à la culture actuelle pour approfondir et raffermir aussi bien notre foi en l’homme que notre foi en Dieu.La première est tout aussi menacée que la seconde; l’une ne va d’ailleurs pas sans l’autre.De l’aveu même de Nietzsche, la mort du Dieu qu’il proclamait entraînait du même coup la mort d’un certain type d’homme.Nous assistons à la naissance laborieuse d’un homme nouveau.Par quels cheminements cet homme nouveau va-bil rejoindre Dieu?Le Dieu de Jésus-Christ peubil être encore signifiant pour l’homme sécularisé?Comment le chrétien doit-il s’insérer dans ce monde sécularisé?Voilà autant de questions angoissantes auxquelles nous essaierons de répondre dans de prochains articles.Et j’invite les lecteurs qui vraiment s’interrogent et cherchent à me faire part de leur expérience personnelle.# (1) MOLES Abraham, SOCIODYNAMIQUE DE LA CULTURE, Monton, Paris, La Haye.1967, p.28 (2) Ibid, p.22 (3) NOGAR Raymond J, L'HUMANISME EVOLUTIONNAIRE ET LA FOI, in Concilium 1 6, p.69 (4) Dans ETUDES, janvier 1 868, p.62 (5) JOLIE Yves, L'HOMME COMME PROJET, in Communauté Chrétienne, mars-juin 1970, pp.105-106.120 LE VIEILLARD DANS L'EGLISE 40ème pmomTÉ PAR HUBERT DE R AVINE L responsable des petits frères des Pauvres (Jeunesse et Troisième Age) La société actuelle, dans son ensemble, ignore les personnes âgées, les rejette impitoyablement dans l’oubli.Elle est impuissante à résoudre une contradiction fondamentale: le monde construit par les hommes est inhumain.Parmi tous ceux qui souffrent de cette contradiction, les personnes âgées se situent au premier plan.Elles se trouvent à la fois les premières à être victimes d’un type de société en révolution permanente, et les dernières à pouvoir s’intégrer à cette société.Hors du monde des vivants Les autorités, souvent conscientes du problème, essaient de trouver des solutions.Dans les meilleurs des cas, les réalisations permettent d’aboutir à une amélioration de la situation matérielle et morale des personnes âgées.A ce sujet, les récentes réalisations en matière de logement en sont un exemple.On commence aussi, lentement il est vrai, à assurer certains services à domicile qui permettent dans quelques cas de retarder le placement dans les foyers.Si ces réalisations sont assez minimes par rapport aux besoins, elles ont le mérite d’exister.Par contre, il est un domaine beaucoup plus vaste et fondamental qui est complètement en friche, c’est celui de l’intégration des personnes âgées au monde des vivants.Ce dernier, souvent inconsciemment, a expulsé de son sein les personnes âgées, sous le fallacieux prétexte qu’elles ne jouent plus de rôle social, économique, politique, culturel, etc.Et il n’attend plus rien d’elles.Or si l’on juge, pour une part importante, une société à la manière dont elle traite ses vieux, notre monde occidental apparait vraiment comme un monde en voie de sous-développement.Les Eglises qui font partie intégrante de la société ont leur part de responsabilité.Elles se situent au coeur du problème du troisième âge en raison d’abord de l’espérance de la vie qu’elles ont charge de soutenir ou de faire naître chez tous les hommes, à tout âge de la vie.Or il est évident que les personnes âgées suivent difficilement, voire à contrecoeur, l’évolution religieuse actuelle, et que les Eglises, de leur côté, sont loin d’inscrire dans leurs priorités pastorales les besoins et les attentes propres au troisième âge.Si le message de l’Evangile éprouve de la difficulté à se concrétiser dans un monde en pleine mutation, il a encore plus de mal à s'incarner dans un milieu presque totalement aujourd’hui coupé de la vie, comme celui des vieux.En premier lieu, il importe donc d’envisager la situation critique des personnes âgées dans la communauté chrétienne ou plus largement dans l’Eglise d’aujourd’hui.C’est ce que nous essaierons de faire.Puis un rappel des grands traits de la psychologie et de la spiritualité du troisième âge nous permettra d’ètre sur la piste de quelques solutions au problème.On ne veut plus des vieux Dans notre société, notamment en milieu urbain, les forces vives de l’Eglise (catholique romaine, pour ne parler que de celle que je connais bien) ne sont guère préoccupées par la situation des gens âgés.Certes, personne ne met en doute la volonté de beaucoup de pasteurs et de fidèles d'associer les gens du troisième âge a leur cheminement en quête du Christ et â leur essai de construction d'un monde humain.Beaucoup de prêtres, de religieux et religieuses témoignent d'une profonde affection pour les vieillards.Nombreux même sont les rappels provenant des autorités religieuses au sujet de nos devoirs envers les gens du troisième âge.Mais dans l’ensemble.l’Eglise reste étroitement liée à une société qui, en fait, ne veut plus des vieux.Aussi essaie-t-elle de porter le message évangélique dans le monde actuel en consacrant toutes ses ressources et ses efforts aux jeunes et à ceux qui sont dans la force de l’âge.Son attitude vis-à-vis des personnes âgées, surtout celles qui n'ont pas eu les moyens de s'offrir une culture ou de se donner des relations sociales, reflète l'attitude d'un monde obsédé par l’efficacité et qui a tout juste le temps de s’occuper de ses membres actifs.D’une façon générale, à de multiples indices et si l’on en croit un grand nombre de confidences, il semble qu’aux yeux de l’Eglise, les personnes âgées ont fini leur temps.Elles apparaissent un peu comme les témoins désuets d’une époque révolue.Elles continuent d’incarner une conception de la religion dont on ne veut plus à l’heure actuelle: on juge peu chrétienne l’attitude de résignation et de soumission qui est fréquemment la leur.Désormais, les vieux, n’intéressent plus que les politiciens au temps des élections, et les Eglises au temps des fêtes.Combien de manuels de cathéchèse pour tous les âges, excepté pour le troisième, combien de mouvements spécialisés d’action catholique pour tous les âges, excepté le troisième, combien de sessions, de symposiums, 121 de colloques, de forums, de tables rondes, de pannels, de commissions, de débats, de conférences de presse, de séminaires, sur tous les âges de la vie, mais rarement sur le troisième! Quand l’Eglise pense jeunesse, elle raisonne en termes d’action: animation de milieu, formation d’éducateurs, sessions de catéchèse, etc.Quand elle pense vieillesse, son message évoque quelque chose qui finit, un retdur en arrière avant de faire le grand saut .Aussi combien de jeunes prêtres consacrent-ils de leur temps au service des vieux?Combien de jeunes aumôniers dans les foyers de personnes âgées?Combien de jeunes chrétiens soucieux de partager leur foi et leur espérance avec les vieux?A-t-on même déjà songé sérieusement à intégrer les personnes âgées à la liturgie nouvelle?Il existe bien sûr des communautés paroissiales où les vieux se sentent chez eux, mais dans la plupart des cas, surtout dans les centres urbains, ils ont l'impression de n’intéresser personne.Ôr même si le cadre paroissial devait éclater un jour, il serait souhaitable que cela s’opère avec la participation des personnes âgées.En attendant, la situation actuelle est plutôt triste."Heureusement qu'il y a des vieux." Ce dont les vieux souffrent le plus c’est du manque d’information sur tout ce qui se passe de neuf dans la paroisse.Ils ne sont guère préparés à toutes ces transformations qui les effraient un peu.Ceux qui ne peuvent se déplacer sont les plus touchés par le problème.Ils souffrent aussi du fait de ne pas se sentir concernés, impliqués dans tel ou tel changement, ce qui fait qu’immanquablement, ils regrettent le style de la religion de l’ancien temps et se réfugient dans le passé, symbole pour eux de la vie.Les vieux sont en général des hypersensibles.Ils souffrent plus que les autres des changements en cours, notamment des changements de prêtres: ils ont de la difficulté à s’adapter au nouveau venu, d’autant 122 plus qu’ils sont rarement informés du pourquoi de ces déplacements.Dispersés, ils se regroupent à leur manière, souvent dans le cadre des loisirs (bingos, danse, âge d'or, etc), ce qui n’est pas mauvais en soi, mais accentue leur isolement dans la communauté paroissiale.Quant au clergé, il manifeste le plus souvent respect et affection pour les vieux, il réalise souvent des contacts personnels fructueux, mais les vieux ont parfois conscience d’être traités au nom d’une charité dont ils perçoivent fort bien le côté paternaliste.Ils n’apprécient plus beaucoup certaines initiatives à leur profit.Heureusement qu'il y a des vieux et des malades dans la paroisse, me disait l’un d’eux, car Monsieur le Curé ne saurait plus comment stimuler la charité de ses paroissiens .Mais c’est surtout dans ce qu’on appelle la liturgie de la Parole qu’apparaît le malaise entre le clergé et les personnes âgées.Il est très difficile aux prêtres de parler intelligemment aux vieux.Beaucoup se sentent mal à l’aise, et les homélies s’en ressentent.Ils se rendent compte du caractère artificiel d’une parole adressée à des gens dont ils connaissent si peu la psychologie et le mode d’existence.Ils ont de la difficulté à faire passer un message en soi vivant mais dont ils devinent qu’il ne sera pas perçu par un auditoire toujours maintenu en dehors de la vie.Aussi le plus souvent, ils se servent de clichés vides de sens.Si l’attitude du clergé vis-à-vis les personnes âgées reflète celle de la société en général, l’attitude des fidèles est assez semblable.Nous consacrons aux vieillards le temps qui nous reste.Nous découvrons au moment des fêtes ou des cataclysmes qu’il y a des Pauvres parmi nous, nous sommes par instants sensibles à la discrétion muette des vieux qu’on abandonne, puis nous retournons aux vrais problèmes.Nous nous préoccupons souvent de l’évolution religieuse de nos enfants, de nos adolescents, ou de leur absence d’évolution, mais nous ne sommes guère inquiets de la vie ou de la mort intérieure de nos parents et grands-parents.Nous tenons comme acquis, une fois pour toutes, qu’en matière spirituelle les vieux ne peuvent guère changer; nous portons sur eux des jugements définitifs à la manière du journaliste français tout fier d’avoir découvert le Québec après un séjour d’une semaine à Montréal .Courageusement silencieuse! Si l’Eglise quotidienne, liée au sort d’une société qui exclut les vieux, assume quoique difficilement des contacts personnels avec les personnes âgées, elle ne s’est pas encore clairement définie face au problème même du troisième âge et des injustices sociales qui le touchent.Pourtant quels que soient les domaines, là où la justice est bafouée, l’Eglise ne devrait-elle pas être une force d’interpellation et de contestation?Mais dans des domaines aussi variés et vitaux que le coût élevé des transports en commun, l’absence des services à domicile, la grande pitié de beaucoup de foyers d’hébergement, la brutalité des mises à la retraite, l’Eglise semble faire courageusement partie de la majorité silencieuse.Les autorités religieuses perdraient-elles grand prestige à mettre au service du troisième âge leur coeur et leur intelligence, ne serait-ce que par solidarité?On peut s’étonner à ce sujet que tant de personnalités religieuses âgées ne manifestent aucun intérêt particulier pour les autres vieillards avec lesquels d’ailleurs elles n’ont que l’âge physique en commun.Tout le reste, responsabilités, culture, relations sociales, mode de vie, les séparent, et d’une façon générale, dans l’Eglise, ceux qui pensent, qui influent sur l’opinion, même s’ils sont âgés, n’ont guère partagé le drame quotidien d’être vieux, seul et pauvre avec des vieux, seuls et pauvres.Une spiritualité "quétaine"?Négligées et oubliées, les personnes âgées n’auraient-elles pas cependant un rôle propre à jouer dans l’église?Mais avant de répondre il semble d’abord nécessaire de s’arrêter un peu à certains aspects importants de leur spiritualité pour pouvoir esquisser quelques voies possibles de solution.Les personnes âgées se réfèrent presque immanquablement au passé en matière de vie, notamment en matière religieuse, et de ce fait critiquent les innovations religieuses et liturgiques.Elles ne se sentent pas à l’aise dans les assemblées actuelles, elles regrettent le temps des belles cérémonies, des processions, des directeurs de conscience, des vêpres, des saluts du Saint Sacrement, etc.Ce sentiment et cette attitude proviennent du fait que le passé est encore bien vivant en elles alors que le présent ne l’est presque plus.Et pourtant, lorsqu’ils sont mis en confiance, lorsqu’ils sentent qu’on leur porte attention, les vieux en viennent souvent à accepter et même à accueillir avec joie le message chrétien renouvelé et le style nouveau qui en découle.La morale tient également une grande place chez les vieux.Elle résulte d’une éducation et aussi d’un profond sentiment d’insécurité: face à un monde qui bouge si cite, sans moi, il faut que je me rattache à des principes; faute de dialoguer avec des interlocuteurs, j'obéis à des préceptes.Beaucoup de personnes âgées vivent une foi réelle.Leur vie spirituelle est souvent profonde.Elles font preuve de sérénité et manifestent un esprit réel de détachement.Mais le contexte de leur vie de prière rend souvent celle-ci équivoque.Elles se trouvent plus ou moins en relation avec un Dieu justicier, elles n'ont pas toujours conscience de leur valeur propre, elles placent la résignation au rang des vertus, elles remercient la Providence et du bien qui leur arrive et des souffrances qu’elles éprouvent.Leurs conditions économiques et sociales font d’elles des êtres à genoux, très loin des enfants que le Père a voulu à son image.Quel dommage qu’une vie de prière authentique dans son inspiration se développe dans ce contexte psychologique tellement favorable à la distorsion.Nous en sommes largement responsables.Beaucoup de vieillards qui devraient tenir la place de choix qui leur revient dans le peuple de Dieu, se sentent marginaux et considèrent avec inquiétude et méfiance les efforts d’une Eglise qui cherche à se renouveler.Cette attitude s’explique au fond par une situation d’isolement et une absence de communications dont nous n’avons guère pris conscience.Il est donc essentiel de rétablir des liens personnels avec les vieux avant de mettre sur pied une pastorale qui les concerne.Si l’on accepte de regarder les personnes âgées en face, de lier une amitié avec eux, voire une affection vraie, les résultats sont alors surprenants.La plupart des vieux deviennent spontanés, ils sont prêts à découvrir de nouveaux horizons, ils sont plus naturels que bien des adultes.Ils vivent de cet esprit d’enfance qui nous manque tellement.Ils sont souvent larges d’esprit à condition de se sentir valorisés, utiles.Ils aiment les nouveautés à condition de s’y sentir concernés.Ils s’attachent très vite, mais souffrent d’autant plus des déceptions.Ils ont le temps de prier et à ce sujet on peut imaginer la qualité et la force que pourrait atteindre la prière d’un vieillard serein, détendu et riche d'une longue expérience de vie.Malheureusement, les conditions de vie lamentables de la plupart ne leur permettent guère de réellement prier, tout au plus de réciter des prières en attendant que ça passe .Quelques jalons d'une solution Au cours d’une enquête récente, de nombreuses personnes âgées ont exprimé leurs besoins en matière de pastorale, en particulier dans le domaine de l’information religieuse.C’est, nous l’avons vu, une des lacunes les plus graves de la situation.Il devrait être possible, dans chaque quartier, de mettre sur pied des réunions de pastorale destinées aux personnes âgées.Ces réunions pourraient avantageusement faire partie d’un ensemble d’activités qui d’ailleurs existent déjà dans beaucoup de quartiers.Il serait important que les animateurs de ces réunions de pastorale connaissent déjà bien les participants.Ces derniers s’ouvriraient alors par le biais des contacts personnels aux réalités de la vie chrétienne, dans un climat plus chaleureux et détendu que celui des assemblées dominicales.Déjà des personnes âgées dans chaque quartier sont sorties de leur isolement et ont retrouvé une raison de vivre.Avec l’aide des animateurs elles pourraient très bien faire connaître aux autres leur cheminement spirituel, de la même façon qu’elles parlent des problèmes sociaux et politiques qui se posent à elles.C’est dans le cadre familier du quartier que pourra se réaliser le mieux un regain de vie et d’espérance, dans le quartier où le vieillard conserve encore quelques traces d’indépendance, où il a ses amis, ses habitudes.Par delà la vie de quartier les personnes âgées suivent avec grand intérêt les programmes de radio et de TV.Il est surprenant qu’aucune émission, religieuse ou non, ne leur ait encore été consacrée! C’est pourtant par ces média aussi qu’elles se rattachent au monde des vivants, et elles n’ont comme fenêtres ouvertes sur ce monde que des émissions toujours inadaptées à leur âge.Comment pourrait-il en être autrement quand on connaît si peu la psychologie du troisième âge.A ce propos, il est non moins surprenant qu’aucun cours, aucune formation n’existe à l’intention des personnes travaillant dans des milieux où vivent beaucoup de personnes âgées.Là encore c’est une question de motivation ou de sensibilisation.Si l’on n’est pas intéressé par le problème, c’est normal que rien n’existe.D’une façon générale, l’Eglise ne se rend pas encore compte qu’il est devenu nécessaire d’aborder les personnes âgées et leurs problèmes par une approche spécialisée.Les résultats seront d’ailleurs très lents, car ce n’est pas en quelques mois que peut s’épanouir à nouveau un être qui vit depuis longtemps dans l’isolement social et souvent dans l’extrême pauvreté.Et cette approche devra être aussi gratuite que possible.Ca ne sera pas facile car cette attitude va à l’encontre du système d’efficacité et de rendement 123 que le monde actuel nous impose.Il semblerait indispensable que des prêtres en quartier vivent de façon permanente en contact étroit avec des personnes âgées.Consciente de ce fait la hiérarchie invoque souvent la pénurie de vocations pour parer “au plus important”! Trop timides pour contester En fait le drame du vieillard oublié, disparaissant petit à petit sans nous déranger, c’est le sort que nous réservons à ceux d’entre nous qui sont trop discrets pour nous contester, organiser des sessions d’études, faire des grèves, en somme trop timides pour nous provoquer et nous intéresser.Lazare est à notre porte, et une fois de plus nous ne le savons pas.Le malaise de la plupart des vieux au sein de l’Eglise, l'indifférence dont ils sont victimes, sont le signe que les chrétiens d’aujourd’hui sont encore pris dans un individualisme et un souci de salut privé, au détriment d'une communion de vie avec ceux qui ne peuvent obtenir justice.Nous sommes en fait des riches, par la culture, la formation religieuse, les responsabilités.Nous partageons nos richesses entre nous et jetons les miettes à ceux qui nous ont précédés.Nous sommes dépendants d’un type de société qui élimine ou écarte les vieux.Pourtant nous pourrions faire face au problème si nous le voulions bien.Quoi qu’il en soit les vieux ne nous feront jamais de reproches, mais ils seront toujours là témoins soit de notre complicité avec un monde inhumain, soit au contraire de notre volonté de changer le monde en découvrant les hommes.• C'EST LE TEMPS DE VOUS ABONNER FAITES-LE MAINTENANT 52 numéros.$20.00 25 numéros .$10.00 12 numéros .$ 5.00 POINT DE MIRE C.P.120, REPENTIGNY, QUEBEC TEL: 581-4157 NOM ADRESSE VILLE JE PAIE PAR CHEQUE ?PAR MANDAT-POSTE ?’Jl PLUS QUE JAMAIS NOUS AVONS BESOIN D'UNE PRESSE LIBRE envoyez votre formule d'abonnement aujourd'hui I S S3 O a « (T 3 r\ c" in en O et Q» (0 n 3“ O 2 iÔ' (A s- et c 3 Q 0“ O 3 3 et 3 et 3 et et < o £ ?5 ° 8: £ 3 "H 9.Q/ ?" ¦r 3 o.2.Q’ “ 3 Q.Ln ?Q> (t 10 O C (t 3 TA 2715, Chemin Côte Sainte-Catherine Montréal 250 (514) 739-2758 124 LES FILMS Â SUCCES DEUX TENDANCES PAR RICHARD GAY Combien de fois les critiques de cinéma se font reprocher de ne pas s’intéresser aux films qui réussissent commercialement! Combien de fois on nous accuse de concentrer presque toute notre attention sur un cinéma difficile, un cinéma d’élite! Et, en fait, ce reproche, mille fois répété, est en partie fondé et cela principalement parce que la parole critique est pour ainsi dire hypnotisée par la parole créatrice qui se veut la plus signifiante possible et qui, par conséquent, s’accommode souvent mal du commercialisme.S’il m’est arrivé, en tant que critique, de succomber souvent à cette hypnose, je voudrais ici tenter de réparer partiellement ce tort.Les paragraphes qui suivent analyseront donc le cinéma qui, aujourd’hui, réussit commercialement, soit les films à succès de l’heure.J’avoue cependant que je triche un peu, que la chose m’est facile, car, parmi les derniers succès commerciaux, plusieurs réalisations sont précisément très valables sur le plan de l’art, le septième bien entendu.Quoi qu’il en soit, il ne sera question ici que de films récents qui ont constitué des réussites industrielles.Je dis industrielles, car, il ne faut pas l’oublier, si le cinéma est art, il est aussi industrie.Dans la production cinématographique actuelle, il est sûr que les films à caractère sexuel sont très populaires au guichet.Cependant, ce genre de films constitue une catégorie bien spéciale et il n’en sera pas question ici, d’autant plus que nous avons déjà consacré dans ces pages, tout un article à ce phénomène.De toutes façons, quoique certains pensent le contraire, les succès commerciaux de l’heure ne se limitent pas à ce genre de films: au-delà des films de fesse, d’autres réalisations réussissent commercialement.Si l’on examine de près ces réalisations, on y remarque rapidement deux tendances très précises et aussi très différentes: d’une part des films axés sur la société et les problèmes qui y surgissent, d’autre part des films qui ne tiennent absolument pas compte des problèmes actuels de l’homme et qui plongent le spectateur dans une fiction qui retourne à la fiction.Il est très intéressant d’ailleurs de constater que ces films de nature complètement opposée obtiennent maintenant le même succès auprès du grand public.Un cinéma de conscientisation Tout film, au moins en partie, est marqué par la société où il prend naissance.Certains réalisateurs contemporains cherchent à exploiter cette composante de la création et font des films qui consciemment et explicitement se veulent avant tout des reflets de la société dans ses manifestations les plus significatives.Ils mettent en images la violence, les hippies, la jeunesse et sa nouvelle culture, le fossé entre les générations, les manigances politiques, les contestations de toutes sortes, la police et sa présence de plus en plus accaparante, enfin tout ce qui caractérise la société d’aujourd’hui.Il n’est pas facile de déterminer exactement quand est apparu ce cinéma de conscientisation socio-politique.Cependant des titres viennent tout de suite à l’esprit: EASY RIDER, MEDIUM COOL, JOE, L’AVEU, ENQUETE SUR UN CITOYEN AU-DESSUS DE TOUT SOUPÇON.Parmi ces réalisations axées sur la société et ses phénomènes, plusieurs ont pour sujet les festivals-pop.Deux de ces films connaissent une très grande réussite commerciale, WOODSTOCK et GIMME SHELTER.En fait, ces deux oeuvres dépassent de beaucoup la simple description du nouveau phénomène que sont les festivals-pop: WOOD-STOCK et GIMME SHELTER cristallisent et révèlent les forces agissantes de notre société qui se fait et se défait pour se refaire.A eux deux, ces films constituent un tableau étonnant de notre civilisation déchirée.Une sorte de fresque.Une peinture de moeurs.Le couple WOOD-STOCK-GIMME SHELTER représente l’exemple le plus révélateur de ces réalisations à grand succès axées sur la société.WOODSTOCK fait vivre au spectateur l’expérience vécue et partagée par cinq cent mille jeunes lors d’un festival-pop tenue en ‘69 dans la région de la ville de Woodstock aux Etats-Unis.Cette expérience en fut une de musique, d’amour et de paix.Les images du film, souvent divisées et multipliées, respirent la musique et la prolongent visuellement: le spectateur part automatiquement en voyage.Sur les ailes du rythme.Et dans ce voyage qui s’élabore sur l’écran, tout est beau: tous se sentent libres, tous s’aiment et s’entraident, les sourires répondent aux sourires, la joie à la joie, la paix à la paix, l’amour à l’amour.Le festival dura trois jours, le film dure trois heures.Trois jours inoubliables.Trois heures qui se souviennent.Voir WOODSTOCK ce n’est pas uniquement vivre par l’image un festival merveilleux.Bien sûr, c’est aussi cela, mais c’est aussi beaucoup ?plus.Les plans d’une fraîcheur W 125 souvent psychédélique, toujours débordants de jeunesse, ces plans mêlés à la musique qui multiplie leur impact formulent dans l’esprit du spectateur, et cela qu’il le veuille ou non, une prise de conscience, une constatation.En effet, voir ce film, c’est du même coup voir plus qu’un film.C’est fixer son regard et son attention sur une jeunesse qui se rassemble et qui grouille.Elle grouille tout d’abord d’insatisfaction devant une société qu’elle considère absurde et déshumanisante et surtout elle grouille d’espoir devant la possibilité d’un monde meilleur, d’une société plus humaine à faire.C’est cette soif d’un autre monde, de nouveaux rapports entre les individus, d’une liberté créatrice qui saisit le spectateur de WOODSTOCK et cette soif apparaît d’autant plus fortement qu’elle semble rejoindre son but là sur l’écran; car WOODSTOCK c’est un peu la société meilleure en acte, au moins en puissance, c’est en quelque sorte l’éden de cinq cent mille jeunes réalisé et vécu.Vécu dans les volutes de la mari, mais surtout dans la paix, la joie, l’amour et la liberté totale et expressive.Dans ce sens, WOODSTOCK est une grande oeuvre d’espoir, l’espoir de la nouvelle génération et de la nouvelle culture qui s’est réalisé pendant trois jours, trois jours d’amour et de musique, et qui continue de germer dans des coeurs de plus en plus nombreux.GIMME SHELTER, axé aussi sur le phénomène des festivals-pop, présente, en fait, l’envers de la médaille.Ce qui étonne dans cette réalisation, c’est tout d’abord une composition d’ensemble dynamique, renouvelée dans sa logique et particulièrement percutante ainsi que la musique qui par sa transcription stéréophonique réussie et son volume extrême, transporte le spectateur très loin au coeur même de l’image.Cette musique est celle des Rolling Stones qui sont les principaux personnages du film, bien que la caméra soit plus particulièrement centrée sur Mick dagger, leader du groupe.En fait, GIMME SHELTER suit les Rolling Stones dans leur dernière tournée américaine qui s’est terminée par un festival-pop à Altamont.Ici tout comme dans WOODSTOCK, l’image dépasse le 126 niveau de la description pure et simple d’une situation et synthétise des forces agissantes de la société.Cependant alors que dans WOOD-STOCK les images cristallisent un désir profond de renouvellement, une soif de paix et d’amour, GIMME SHELTER entraîne le spectateur dans un labyrinthe noir de tensions.Dans WOODSTOCK, le festival-pop est lieu d’amour, de paix et de vie, ici le festival-pop est lieu de violence, de tiraillements et de mort.Et pourtant, dans les deux cas, la jeunesse est le principal protagoniste.GIMME SHELTER montre comment le festival-pop d’Altamont a exigé des tergiversations de la part de l’Etat et de la police, comment la sécurité a dû être assurée par les Hell Angels,comment les Stones ont dû interrompre leur spectacle à maintes reprises devant les mouvements violents de la foule et comment le tout s’est terminé avec le meurtre d’un noir par un blanc.En fait, GIMME SHELTER, esquisse dans un ton cru.angoissé, violent comme la musique même des Stones, les maux qui ravagent notre société.C’est l’envers de WOOD-STOCK parce qu’ici la violence rejoint la jeunesse, la pollue, sabote ses volontés de renouvellement pour finalement empêcher le beautiful.Un cinéma loin de la vie Tel que nous l’avons déjà précisé, on remarque parmi les réalisations qui réussissent commercialement aujourd’hui d'une part des films axés sur la société soit des oeuvres telles que WOODSTOCK et GIMME SHELTER et d’autre part des films qui en fait sont tout le contraire, c’est-à-dire des films qui ne tiennent absolument pas compte de la société d’aujourd’hui et des problèmes qu’elle suscite, des films parfaitement fictifs, des films qui, en dernière analyse, ne renvoient aucunement ou presque pas au vécu social d’aujourd’hui.L’exemple parfait de cette deuxième tendance, et je suis sûr que vous l’avez déjà deviné, a pour titre LOVE STORY.Ce film réalisé d’après le best-seller d’Erich Segal se mérite actuellement un succès insoupçonné: les producteurs auraient récupéré leurs investissements trois jours après le début de la distribution.Certains diront sans doute que ce film est très actuel et qu’il reflète bien, par exemple, le problème du mariage entre deux jeunes de deux classes sociales très différentes.En fait, si ce film est actuel, c’est uniquement au niveau du décor, des vêtements et du langage cru employé.Tout le reste n’est que reprise à la moderne de thèmes exploités depuis fort longtemps tant au cinéma que dans les autres arts.Les relations tumultueuses entre le père et le fils, par exemple, constituent, il faut bien l’avouer, un cliché dramatique et cela depuis les premières pièces de l’antiquité tandis que le problème du mariage entre ces deux jeunes de classe sociale opposée est une situation qui apparaissait dans les pastorales du moyen-àge ou chevaliers et bergères s’aimaient tendrement.Dans ce sens, LOVE STORY est une sorte de pastorale moderne.En fait, LOVE STORY a très peu de liens véritables avec la réalité d’aujourd’hui.Les deux étudiants au centre de l’intrigue sont paradoxalement, et cela il faut bien l’avouer aussi, hors de la vie étudiante.En effet, le film n’esquis&e à aucun moment les problèmes qui bousculent la vie des campus américains; aucune scène traite de contestation, ni même de participation; à aucun moment, il n’est question de la situation des étudiants noirs; aucun plan rappelle le désarroi généralisé des étudiants d’aujourd’hui.Les deux héros sont d’une certaine façon étiquetés jeunes étudiants, mais c’est une étiquette bourgeoise, rien de plus.Tout ici se situe au niveau des émotions: tout part du sentiment et renvoie au sentiment.En fait, c’est un peu UN HOMME ET UNE FEMME version américaine, mais avec plus de pathos.Deux jeunes se rencontrent, se parlent et s’attirent, s’aiment et se marient, puis, choc suprême, la jeune mariée est malade et meurt.L’intrigue et la portée du film sont donc nettement sentimentales et, en fait, la réalisation atteint son but puisque effectivement le spectateur est non seulement touché mais profondément ému tout au cours du long métrage et plus particulièrement à la fin lorsque la jeune femme meurt et que le jeune homme se retrouve seul et désemparé devant la vie.Il serait absurde de discréditer totalement ce film tout simplement parce qu’il ne reflète pas la société qui se fait.Un réalisateur a le choix de travailler dans un sens ou dans l’autre: c’est là le fait de la liberté créatrice.Ici, le réalisateur a choisi de raconter une histoire d’amour émouvante et en fait, il émeut, A l’intérieur de sa tentative, il a donc réussi d’autant plus que la réalisation est très souple, agile, jeune comme les personnages eux-mêmes.Il demeure qu’il faut situer LOVE STORY à l’opposé d’un film tel que GIMME SHELTER.Ce cinéma s’il provoque l’émotion reste loin de la vie d’aujourd’hui et de ses manifestations significatives.A la rencontre des deux tendances Il est impossible d’analyser le cinéma qui réussit aujourd’hui commercialement sans songer au dernier film d’André Cavatte MOURIR D’AIMER qui, en plus de se mériter le Grand Prix du Cinéma, connaît une popularité remarquable au guichet.En fait, le succès de MOURIR D’AIMER, s’explique très bien.En effet, cette réalisation synthétise les deux tendances les plus importantes des films à succès de l’heure, soit les deux tendances expliquées plus haut.Ce film se penche sur la société et ses problèmes et dans le même mouvement chante une grande et belle histoire d’amour, une love story.Comment ne pas voir que ce film est très près de la société troublée d’aujourd’hui?Tout d’abord, l’intrigue est une histoire vécue.Vécue par Gabrielle Lussier, jeune professeur de lycée, qui en 1968 a aimé Christian Rossi, un de ses éleves à la maturité précoce et follement amoureux de son professeur.Ces amants se sont vus séparés tout d’abord par les parents de Christian, puis par la police et les psychiatres mis en branle par le père et la mère: Christian a été éloigné dans des cliniques; Gabrielle a connu la détention préventive; la direction du lycée a voulu renvoyer le jeune professeur et la cour a cherché à rendre une sentence sévère pour la jeune femme.Conséquence de cet acharnement contre Gabrielle Lussier: le 1er septembre 1969, elle s’enferme dans son appartement et se suicide au gaz.C’est ce drame, moderne et authentique à la fois, que Cavatte reprend à l’écran.Du même coup, Cavatte secoue trois bases importantes de notre société: la famille, l’enseignement et la justice.Ce regard critique porté sur ces trois réalités sociales, c’est celui de milliers de français a l’époque de mai '68.Dans ce sens MOURIR D’AIMER, prolonge en partie le souffle de mai, d'autant plus que le drame a été vécu en mai ‘68 et que plusieurs images du film montrent des jeunes qui discutent, se lèvent et contestent.Cavatte souligne l’attitude condamnable des parents qui traitent leur fils comme un criminel ou un malade alors qu'il est amoureux, soit tout le contraire; il souligne aussi l’attitude tout à fait inhumaine de la police et de la justice et il n’oublie pas non plus les autorités enseignantes qui font preuve d’un conservatisme contraire même à l’enseignement véritable.Mais, encore une fois, MOURIR D’AIMER ne doit pas être réduit à cet aspect de réflexion sociale; c’est aussi une tragédie d’amour interprétée avec une force discrète mais profondément touchante par Annie Girardot dans le rôle du jeune pro fesseur.Comme dans LOVE STORY, il y a dans ce film au titre révélateur, une part importante de passion, de lyrisme, d’amour fou et de tristesse aussi puisque les deux films se terminent avec la mort de l'amoureuse.En fait, ici aussi le sentiment l’emporte et, il faut bien le dire, c’est aussi ce sentiment qui emporte les milliers de spectateurs.Comment expliquer le succès de cette tendance sentimentale?Il est sûr, en tout cas, que la vie d’aujourd’hui laisse souvent peu de place au lyrisme et que l’homme du XXe siècle a soif de sentiments.Il s’est créé un monde fonctionnel ou tout est rationnalisé, mais il a constaté amèrement qu'il avait besoin de plus: de poésie, d’amour, de folie et c’est ce qui se retrouve dans un film tel que LOVE STORY par exemple.En fait, ce retour au lyrisme, n’est-ce pas ce qui était demandé, appelé dans WOODSTOCK9 Les cinq cent milles jeunes de cette fête cherchaient précisément à vivre un éden d’amour et de sentiments honnêtes.Il semble donc que leurs chants aient été entendus, au moins de quelques cinéastes: plusieurs autres suivront sans doute.Il demeure qu’un danger guette cette nouvelle orientation.Une grande partie de la production cinématographique risque de se couper de la vie telle qu’elle se vit.Il ne faudrait pas que le cinéma devienne aveugle, que la caméra cesse de voir.Même à l'intérieur de cette nouvelle tendance, il serait souhaitable que le cinéma continue de voir et de refléter le monde et ses phénomènes.Ce danger, MOURIR D’AIMER, l’a évité, LOVE STORY, non.* 127 v ¦1/ Ht - - 6546-129 R Mr AU DEPOT LEGAL BT Bl .NATIONIAlE 5 70 0 PUE R T - '„)E ' 5 S MONTREAL 129* SUE* ( * > je dois voIr double Il importe de faire exactement ce que la droite, la vraie droite, la droite sérieuse, la droite capitaliste, fédéraliste, impérialiste, anglo-saxonne, américaine, attend de vous.Ce n’est pas compliqué, c’est une ligne toute tracée d’avance: la gauche n’a qu’à la suivre, c’est tout simple.Cette droite-là cherche à identifier la gauche à une extrême-gauche férue d’idées importées; il est évident qu’il faut lui faciliter les choses.Elle vise à prévenir la politisation des travailleurs.Il tombe donc sous le sens qu’il faut faire l’impossible pour rebuter ceux-ci, boucher les voies de la réflexion populaire par la rhétorique indigeste de la révolution mythique, arrêter l’étude des problèmes immédiats et concrets, suspendre l’action relative à ces problèmes, en un mot, faire en sorte que le travailleur, dans le monde de la pensée comme dans celui de l’action, tombe dans le vide de la contemplation vertigineuse d'un nouveau grand soir et s’immobilise dans ce vide comme un brahmane.Il faut exclure les travailleurs de ce grand mouvement de masse.Cela va de soi.Il faut à la fois les appeler et les éloigner.C’est indiscutable.Le meilleur moyen d’y parvenir, c’est de les exposer au conditionnement susdit: la recette est infaillible et la gauche, au surplus, ne peut se récrier puisqu'on le fait en son nom.La droite, j’entends la droite costaude, celle qui dirige vraiment quelque chose, a horreur des mouvements qui s’organisent, qui progressent et qui ne donnent pas toutes les garanties de se conformer à la politique qui est la sienne.Il faut tenir compte de ce sentiment-là.Aussi faut-il dissoudre ces mouvements, si possible; sinon, les décapiter, si possible; sinon, remettre toute l'initiative à la base et plus ou moins paralyser la tète du mouvement, si possible; sinon, et à défaut de mieux, poursuivre à tout hasard un bon travail de sape.C’est la lumière même.On fait ce qu’on peut, compte tenu des circonstances.Dissoudre, comme on a dissout l’UGEQ; décapiter ou ôter l'initiative au centre névralgique du mouvement, comme au ERAP; dénoncer, saper, en prenant le PQ ou les syndicats pour cibles.Il est évident que le socialisme et l’indépendance ne s’en porteront que mieux.L'indépendance, notamment, est honnie du grand capitalisme.Aussi faut-il.dans une bonne stratégie de gauche, abimer la seule force qui rende l’indépendance plausible.Cela s’entend.Comme par hasard.Une politique de gauche décalque la politique de droite, comme par hasard.Je dois voir double.$ NM 16 HÈQU^ louM-t PIERRE VADEBONCOEUR 0^
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