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Titre :
Maintenant
Revue d'idées très en phase avec les débats qui animent la société québécoise durant la Révolution tranquille.

[...]

La revue Maintenant arrive et s'inscrit dans l'effervescence du Québec des années 1960, au moment de la Révolution tranquille. Elle a pour vocation de remplacer la Revue dominicaine en créant un lieu de discussion collé sur l'actualité. Pour s'insérer davantage dans l'activité intellectuelle de son temps, la nouvelle revue affiche une facture moins savante.

Père Henri-Marie Bradet, directeur de la revue depuis ses débuts en 1962, rassemble rapidement de nombreux collaborateurs, clercs et laïcs. Plusieurs dominicains, mais aussi Benoît Lacroix, Louis Lachance, Émile Legault, Gérard Dion et Louis O'Neill offrent des contributions à la revue, tout comme les laïcs Hélène Pelletier-Baillargeon, Louis Fournier, Pierre Saucier, Dr Paul David, Ernest Pallascio-Morin, Jacques-Yvan Morin, Guy Robert et Naim Kattan, parmi de nombreux autres.

La volonté d'actualisation du catholicisme prônée par Maintenant tient ses racines dans le personnalisme des années 1930 et son ouverture à l'individualisme, et coïncide, en 1962, avec le programme de réformes du catholicisme de Vatican II, duquel la revue portera l'esprit au Québec. Elle offre une tribune aux catholiques de gauche, soucieux de montrer un esprit actuel et moderne à la jeunesse intellectuelle.

Maintenant s'adapte rapidement aux changements accélérés en cours dans la société québécoise et devient un lieu de débat important. Les clercs souhaitent se positionner comme porteurs d'une conscience morale évolutive de la société vis-à-vis des intégristes et du contrôle de l'Église. Cet humanisme chrétien motive Maintenant à adopter hâtivement le socialisme démocratique et à cautionner et pousser l'idée de l'indépendance politique du Québec.

Le contexte de laïcisation et de pluralité grandissante des affiliations religieuses, conjugué au déclin de l'attachement national canadien-français et catholique, donne naissance à un nationalisme québécois civique qui se manifeste notamment dans la déconfessionnalisation de l'enseignement public. Maintenant en sera partie prenante.

La revue participe ouvertement aux débats sur la régulation des naissances, mais, par principe religieux fondamental, demeure d'abord contre l'avortement. Et bien qu'elle appuie une laïcité ouverte, la revue refuse affronte la position radicale de la relégation du religieux à la sphère privée. Les audaces que Maintenant se permet font des mécontents à la tête de l'ordre dominicain à Rome, qui demande la destitution du père Bradet en 1965. La maison provinciale de l'ordre ne souhaite pas se ranger dans la réaction. Le père dominicain Vincent Harvey prend la relève de Bradet à la direction et offre au contraire davantage d'autonomie à la revue, qui appuie plus résolument le socialisme et l'indépendantisme québécois.

Maintenant souhaite mettre un terme au nationalisme messianique pour que toute la place soit laissée à un mouvement politique pragmatique, qui envisage la souveraineté politique comme moyen pour le Québec de se développer. Tous les dominicains ne sont toutefois pas à l'aise avec les positions politiques de la revue. L'ordre sort de l'aventure en 1969. Son maigre financement est dorénavant assuré par Pierre Péladeau. La revue délaisse alors presque complètement le contenu religieux pour se concentrer sur les questions politiques, sociales et économiques.

Durant la période qui suit, Maintenant accueille des collaborateurs réputés, dont Robert Boily, Jacques Parizeau, Michèle Lalonde, Fernand Dumont, Jacques Grand'Maison, Jacques-Yvan Morin, Guy Rocher, Camille Laurin, Pierre Vadeboncoeur et Louis O'Neill. Hélène Pelletier-Baillargeon y est toujours et sera d'ailleurs nommée directrice au décès de Vincent Harvey en 1972.

Maintenant est affiliée aux journaux indépendantistes et réformistes Québec Presse (1969-1974) et Le Jour (1974-1978). Les trois cahiers publiés en 1975 sont d'ailleurs distribués avec Le Jour. Plusieurs des collaborateurs des dernières années seront des figures importantes du gouvernement et de l'administration du Parti québécois à partir de 1976.

Source:

ROY, Martin, Une réforme dans la fidélité: la revue Maintenant (1962-1974) et la «mise à jour» du catholicisme québécois, Québec, Presses de l'Université Laval, 2012.

Éditeurs :
  • Montréal, P.Q. :les Dominicains en collaboration avec d'autres clercs et des laïcs,1962-1975,
  • Montréal :Éditions Maintenant inc.,
  • Montréal :Editions Maintenant :
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Revue dominicaine ,
  • Témoins
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Références

Maintenant, 1971-10, Collections de BAnQ.

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ils ont milité dans tous les mouvements qui ont travaillé le milieu.Leur cheminement pourrait servir de fil d’Ariane pour dégager et analyser les principales étapes de l’évolution de la société québécoise.Notre projet originel aurait pu comporter une étude aussi ambitieuse.Mais outre l’ampleur qu’aurait pris un tel travail, nous nous rendons compte, dans une certaine mesure, de son inutilité, du moins pour le lecteur d’âge moyen qui n’aura aucune peine à retrouver dans le fond de sa mémoire les visages, les événements et le panorama du Québec évoqués dans le présent numéro.semblent surgir de la problématique actuelle, bardés d’idées et de paroles dans le vent, sollicités par les conflits de la nouvelle génération.Cette impression confirme sans doute la très féconde actualité de la pensée et de l’action de ces deux aînés mais elle ignore la dimension historique indispensable à la compréhension de l’itinéraire des Chartrand et de la gestation du Québec d’aujourd’hui.Les grandes contestations qui ont donné aux jeunes générations une place stratégique dans la dynamique sociale présente et un levier d’action face aux situations qu’elles veulent modifier, ont commencé il y a trente ans.A l’époque, nos maîtres consacrés faisaient régner sur le pays l’intimidation, la peur, l’ignorance et une certaine prétention messianique qui voilait notre profonde soumission aux institutions coloniales.Déjà à ce moment là, au premier rang des insoumis on remarquait le couple Chartrand; déjà on entendait résonner le verbe de Michel défiant Duplessis, la Iron Ore, la John-Mansville et les propagandistes diplômés de la bourgeoisie nationale.C’est l’histoire de ces combats qui a façonné, éprouvé et authentifié l’engagement de Michel et Simonne Chartrand.Ce qui nous frappe d’abord dans leur expérience singulière, c’est leur évolution constante.Alors que d’autres, qui avaient partagé un temps les mêmes idées et participé aux mêmes luttes ou bien ont rétrogradé, ou bien se sont arrêtés en chemin, sombrant dans la monotonie, la lassitude et la résignation.Souvent les luttes usent petit à petit les hommes, émoussent leur dynamisme, les rendent pessimistes et en font des éteignoirs.Chez les Chartrand rien de tel.Au contraire, les événements d’octobre, par exemple (quatre mois et demi de détention, procès et tracasseries de toutes sortes), leur ont donné un nouvel élan, de nouvelles raisons de continuer la lutte sur de nouveaux fronts.Le ressort n’a pas perdu de sa force.Pour les jeunes Québécois le combat des Chartrand se présente bien autrement.Michel et Simonne leur Une des raisons de ces continuels rebondissements, c’est peuLêtre leur capacité de détachement vis-à-vis des combats qu’ils ont menés et des mouvements qu’ils ont mis sur pied ou ceux dans lesquels ils ont milité.Ils n’en ont pas fait leur chose, leur propriété; alors que d’autres militants se sont à ce point identifiés à leur oeuvre qu’ils s’y sont agrippés et leur dynamisme créateur s’est par la suite ralenti ou éteint avec le piétinement ou la mort de leur mouvement.Bien différente est la démarche prophétique des Chartrand.On oppose souvent prophétisme et réalisme.D n’y a rien de plus faux.Le prophétisme c’est le nerf même de l’action constructive.Le prophète va d’emblée au coeur des problèmes, au noyau du réel, et perçoit, par une sorte d’intuition génératrice de certitude les véritables solutions à long terme.C’est pourquoi le prophète joue toujours un rôle critique par rapport à des politiques, des attitudes ou des activités qui ne se situent pas dans les perspectives de sa clairvoyance.Ce qui n’empêche pas le prophète de s’engager dans des actions très concrètes et diversifiées, mais il le fait dans un esprit qui lui est propre, celui de l’absolu et de l’intransigeance.Contrairement aussi à un autre préjugé courant, le prophète ne vit pas dans les nuages.Il est spontanément et profondément incarné.A l’opposé du cérébral qui, lui, vit à son insu dans les nuages tout en se prétendant réaliste.A la base des engagements multiples et divers des Chartrand, on retrouve deux valeurs qui ont constamment alimenté leur action et leur contestation: le sens de la justice et le sens de la liberté: justice pour les pauvres, les démunis, les exploités, et liberté pour tous ceux qu’aliène le système politique, économique, social, judiciaire et ecclésiastique.Dès 1934, alors qu’il militait dans les mouvements nationalistes, Michel réclamait une authentique autonomie pour le Québec.De son propre aveu, il était déjà séparatiste à cette époque.Il avait cette conviction profonde que les Québécois ne commenceront à se libérer que le jour où ils se seront donné une identité.Ce qui ne peut s’accomplir 255 qu’avec la possession et la construction d’un pays bien à eux.Dès avant la réforme de l’Education et l’instauration d’une nouvelle pédagogie, les Chartrand luttaient pour la démocratisation de l’enseignement, contre un système autoritaire et profondément injuste qui n’ouvrait ses portes qu’aux privilégiés.D’où leur engagement dans le mouvement de l’Ecole des parents autour des années ’40.C’est ce même sens de la justice qui a poussé Michel Chartrand à faire de l’organisation syndicale pour défendre les ouvriers contre les exploiteurs qui garnissaient la caisse électorale de Maurice Duplessis.La grève d’Asbestos, entre autres, restera célèbre dans les annales du Québec.Michel était sur place et c’est là, sauf erreur, qu’il eut ses premiers démêlés avec les services d’ordre.Quelques années plus tard, en 56-57, alors qu’il s’occupait des grèves dans le fief de Duplessis, à Shawinigan et à Trois-Rivières, on lui fera de nouveau l’honneur de la prison.Au sein même du syndicalisme, Michel est toujours demeuré critique.Il avait compris au départ que pour résoudre les problèmes de tous les travailleurs, les syndicats doivent déboucher sur l’animation et l’action politiques; ce que beaucoup de dirigeants syndicaux n’ont pas encore perçu avec la même conviction.Le système judiciaire fut aussi une des cibles préférées de Michel.Ses nombreux contacts avec les juges et les avocats ont, certes, enrichi ses connaissances dans ce domaine.Mais n’avait-il pas senti depuis longtemps, avec le peuple, que le système judiciaire est inféodé aux pouvoirs politique et financier?Les petites gens disent à qui veut l’entendre que la justice, ce n’est pas pour eux, qu’ils y perdent tout le temps, mais que ceux qui ont l’argent et le pouvoir s’en tirent toujours sans trop d’embêtements.Ce que Michel reproche, entre autres, aux avocats, c’est de manquer de sens critique et de se laisser enfermer dans un système légal qu’ils ne se préoccupent pas de faire évoluer dans le sens d’une véritable justice.Membres de l’Action catholique de 1937 à 1942 et soucieux de découvrir une spiritualité pour laïcs, les Chartrand ont vite perçu l’asservissement de l’Eglise à l’Establishment, surtout au temps de Duplessis.Ils ont décelé la connivence du clergé avec le capitalisme et le pouvoir politique.Ils se sont heurtés au cléricalisme et à son mépris pour ceux qui osaient mettre le doigt sur le décalage entre l’Evangile et le système ecclésiastique.L’Evangile est source de libération de l’homme et ferment révolutionnaire; or l’Eglise du Québec, victime pour une part d’une situation historique, maintenait sa domination sur les consciences et défendait le statu quo de la société capitaliste, ou n’osait proposer que des réformettes sociales.A travers toutes ces luttes, les Chartrand ont su conserver et développer une grande capacité d’accueil et d’amour.Les écarts de langage de Michel et sa franchise impitoyable, à laquelle personne n’échappe, peuvent laisser croire que ce lion se nourrit de haine.Rien de plus faux.En réponse à un ami qui avait peine à contenir son indignation devant les mesures de guerre et des arrestations arbitraires, Michel écrivait de prison, en janvier dernier: “Aime et fais ce que tu veux’’ — C'est toujours ce que tu as fait.Alors! — J’ai fermé les yeux de ma mère à 88 ans, petite mère de 14 enfants que je n’avais jamais vue en colère de ma vie.Alors je lui ai dit: “Tu sais bien que Dieu est amour et tu as aimé toute ta vie.Tu n’as jamais fait autre chose qu'aimer.Alors II te connaît bien, il n’y aura rien de changé”.Et plus loin dans la même missive: Ne t'en fais pas pour moi, je ne suis pas aigri.Le coeur est fait pour aimer et j’en profite durant mon repos forcé.Je n’ai ni le goût, ni le loisir, ni l’habitude d'avoir des ennemis, ça m’emmerde .De plus, je suis plus préoccupé par la misère et l’injustice que subit le peuple que de perdre mon temps à penser aux crétins.Facilité de détachement, capacité d’amour, liberté intérieure, voilà les principales conditions psychologi- ques de l’action que Simonne et Michel semblent posséder presque naturellement.Plusieurs des luttes menées par les Chartrand et par d’autres, avant 1960, ont amorcé la révolution tranquille: la recherche d’une identité québécoise a fait du progrès, l’éducation est devenue en principe accessible à tous, le syndicalisme s’est considérablement développé, l’Eglise elle-même brûle au creuset évangélique.Quant à l’appareil judiciaire, il est mis en cause essentiellement: par les jeunes avocats, par diverses associations populaires, par la Commission Prévost, par une enquête du Barreau, par les policiers eux-mêmes! Du reste, les procès d’octobre ’70 ont mis à jour ses failles, son hypocrisie et sa servilité.Malgré les échecs du CCF, du NPD dans le Québec et du PSQ, l’idée socialiste a gagné du terrain dans plusieurs couches de la population, depuis les salons d’Outremont jusqu’aux cuisines des Comités de citoyens.Des mouvements naissent et disparaissent, mais les idéaux qu’ils sèment demeurent et se multiplient un peu à la façon de plantes vivaces.i Les Chartrand ont été contestés et le sont encore.Plus Michel que Simonne, bien sûr.Question de style et de thorax! Toute action de portée prophétique exerce une fascination certaine, mais suscite aussi des réserves, des craintes et souvent provoque la réprobation.Cela s’explique assez facilement.Une action de ce type, en effet, dénonce habituellement avec vigueur des comportements, des mentalités, des habitudes, voire des engagements que l’on croyait valables et tout à fait acceptables; ça dérange, c’est agaçant et ça peut devenir insupportable.Mais ça oblige aussi chacun de nous à s’interroger et à se remettre brutalement en face d’exigences énormes qui ont un caractère d’absolu.A l’évidente croisée des chemins où se trouve de plus en plus paralysée l’évolution du Québec, l’énormité de ces exigences peut se révéler demain la seule voie du réalisme et du salut collectif.^ La rédaction 256 1 signes du mois H ,\ • LA LOI-CADRE DU CINÉMA: un nouveau Multi-Media?v_____________________J Une conscience approfondie des conditions de vie du cinéma québécois a amené le milieu cinématographique d’ici à exiger du Ministère des Affaires culturelles une loi-cadre du cinéma.Depuis le début de la révolution tranquille ou plus particulièrement depuis 1964, l’année où Gilles Groulx présentait son CHAT DANS LE SAC, tous répètent que le cinéma québécois naît.Mais comment se réalise cette naissance?N’y a-tril pas danger de fausse-couche?Feuilleter dans les journaux les pages publicitaires des salles de cinéma, marcher rue Ste-Catherine, c’est toujours vivre un complexe.Notre cinéma qui se fait, et il se fait de plus en plus, y est absent.On l’oublie, on le cache, on le tue.Actuellement, une trentaine de films attendent presque désespérément d’être distribués.Vous me direz que certains films québécois sont quand même là, sur la place publique.Mais lesquels?PILE OU FACE, APRES-SKI, Y’A PLUS DE TROU A PERCE: un cinéma aliénant, tricheur ou méprisant.Pendant ce temps, le cinéma authentiquement québécois, révéla- teur de notre réalité et de notre avenir, dort sur les tablettes.Des films importants ne sont pas distribués.Parfois une distribution marginale cherche à déjouer le système: c’est le cas de FAUT ALLER PARMI LE MONDE POUR LE SAVOIR (Fernand Dansereau) actuellement utilisé par les Sociétés SainLJean-Baptiste.Souvent aussi les films sont victimes de censure.ON EST AU COTON de Denis Arcand connaît une censure totale: le directeur de l’ONF a dit non.UN PAYS SANS BON SENS de Pierre Perrault connaît lui, une censure partielle: on peut l’obtenir à l’ONF, c’est vrai, mais il ne sera pas distribué commercialement (contrairement à ce qu’on avait tout d’abord cru) et il ne sera pas montré à la télévision.Deux exemples parmi plusieurs .Devant cette situation frustrante et déconcertante comment ne pas réagir?C’est exactement ce qu’ont fait les cinéastes, les producteurs, les critiques.Tous ont réfléchi à voix haute, tantôt sous forme de comités ou de colloques, tantôt sous forme de lettres, d’articles et de mémoires.Le travail n’a pas été facile et il s’est échelonné sur plusieurs années, cherchant constamment à provoquer une loi-cadre gouvernementale protégeant et stimulant le cinéma d’ici.Depuis un an, le Ministère des Affaires culturelles semble finalement décidé à créer une loi-cadre du cinéma.Le Ministre Cloutier l’a promis et a promis aussi que cette loi serait le fruit de la consultation et de la participation.Que s’est-il produit au juste?Les gens ont été convoqués, oui, mais souvent individuellement et à des rencontres privées.Les associations ont été appelées aussi, mais on conditionna leur parole et leurs propositions possibles.Le sens des réunions était souvent préalablement orienté.En fait, au début, la parole n’a pas été véritablement libre et la consultation pas toujours franche.La participation, encore une fois, ne semblait être qu’un mot.La situation difficile et aliénante de notre cinéma actuel, d’autre part les possibilités stimulantes que pourrait réserver un cinéma québécois sain et libre dans son épanouissement, les 5,000 personnes qui travaillent actuellement à l’industrie du cinéma au Québec, tout cela aurait dû provoquer au Ministère des Affaires culturelles, un esprit de véritable participation.Curieusement, le contraire se produisait.Cependant, devant cette consultation de surface, le milieu cinématographique a réagi et même violemment.Les porte-paroles du milieu, en particulier les délégués des cinéastes et des producteurs, ont forcé le gouvernement à comprendre qu’il n’avait pas le droit de tendre une oreille plus ou moins attentive aux revendications formulées, de créer une loi-cadre sans tenir vraiment compte du milieu parce qu’a-lors cette loi en serait une contre nos cinéastes, contre nos producteurs, contre notre cinéma et finalement contre notre culture, ce qui, de la part d’un Ministère des Affaires culturelles, constituerait un crime impardonnable.Des représentants du milieu, je pense à Fernand Dansereau en particulier, ont dû se battre pour être entendus et empêcher que la loi-cadre s’élabore ailleurs et plus haut, de la technocratie à la technocratie.Grâce à leur énergie, le gouvernement a dû tenir sa promesse de participation et ne pourra pas, semble-t>il, céer un nouveau Multi-Media à participation faussée." Devant une telle vitalité, un tel sérieux, une telle volonté d’être et d’être mieux, comment ne pas mettre toute sa confiance et tout son espoir dans le cinéma québécois.C’est peuhêtre ce qu’ont finalement compris les technocrates de Québec.Richard Gay I 257 Z J'ÉTAIS CÉKAÀCISTE.(ou les confidences d'un transfuge) Certains jours, une fois.d’autres jours, deux fois.Je ne savais pas toujours résister.J’étais parfois en proie à une certaine assuétude.Dès que je sentais l’heure du Point du Jour arriver, je tournais le bouton: je savais alors que j’écouterais jusqu’au bout.Il m’arrivait même de lire les Anti-propos alors que je les avais entendus.Et vice versa, surtout vice.Comment guérir?Me mettre à l’écoute de Mme X?J’ai horreur de la bêtise et de la vulgarité.Prêter l’oreille à Alban Flamand?Les vociférations prétentieuses de ce tabellion défroqué me cassent les oreilles.Faire une cure d’écoute en m’accrochant à Radio-Canada?Non plus: l’invasion de ce réseau par l’insigni- fiance officielle et l’objectivité confédérale aurait pu faire que le remède fut plus nocif que la maladie.Je ne crois pas au roseau pensant de Pascal.J’estime plutôt que la pensée et les convictions qui lui donnent vie sont comme le sang de nos artères; qu’il suffit d’un régime graisseux ou sans substance pour en détruire les éléments vitaux.Avec Yvon Dupuis comme maître queux les cékaâcistes seront mis à la graisse, à Radio-Canada on leur servira sans répit de la barbe-à-papa ou des ombres chinoises.Je ne suis donc plus cékaâciste.Je laisse ma place à M.Emilien Lafrance, notre ancien ministre de la Pureté, qui a écrit Bravo, M.Dupuis, vous êtes l’As des vrais contestataires! J’écouterai des disques aux postes FM et je lirai des livres publiés aux Editions de l’homme que dirige maintenant Jean Lévesque.Je réfléchirai sur le sens de cette décision de CKAC.Car il faut bien dire que la dévaluation du Point du Jour pose un certain problème.M.Pierre Beaudoin porte-parole de CKAC a dit qu’il passait le micro à Dupuis parce qu’il voulait atteindre plus de monde.Comme on sait que cela n’est pas vrai (Jean Lévesque avait la meilleure cote d’écoute de tous les animateurs de hot-lines) il faut donc chercher d’autres motifs.Il y a deux méthodes, la première nous conduirait à réfléchir sur les données de marché.Problème de marqueting.Si je garde le midi telle clientèle, intelligente, inquiète, soucieuse d’information, dynamique et contestataire, je risque d’avoir à relever le menu l’après-midi et le soir.Il faudra donc assurer la qualité du produit, ouvrir les studios à des producteurs exigeants et finalement engager mon entreprise dans la révolution culturelle du Québec.Ça peut devenir payant mais c’est risqué; les bailleurs de fonds et les autorités politiques pourraient nous retirer contrats et protection.Allons chercher plutôt dans le viscéral, la tripe est inépuisable et l’on peut y déverser n’importe quoi, à prix réduit.Notre gros Yvon n’a pas de limites, il nous fait du gras avec les plus maigres petits reliefs de la chronique québécoise.Bon.La deuxième méthode consisterait à se demander qui est ce Yvon Dupuis, à quoi a-t-il servi depuis quelques années.Au temps où il n’était rien, il est devenu député libéral.Fort en gueule, on l’a chargé d’attaquer et de détruire si possible les représentants d€ la contestation aveugle de nos campagnes, les crédi-tistes.S’il réussissait cette opération, on en ferait un ministre.Survient un petit scandale, une affaire de piste de chevaux, notre Yvon est coincé par les institutions légales.Il s’en tire, s’ébroue un peu et rentre dans la vie publique aux petites heures du matin alors que le jour pointe à peine.Il a de nouveau attiré l’attention en jappant très fort mais cette fois contre ceux qui l’avaient payé naguère: Il est maintenant aboyeur chez les créditistes: il en veut aux étudiants, aux gauchistes, aux socialistes, aux réformateurs, à l’état libéral, aux journalistes de Radio-Canada.Il est contre le fluor, le Bill omnibus, le droit de vote à 18 ans, la réhabilitation des prisonniers, les bourses d’études et le service social.Maître Réal le remarque, lui pardonne ses péchés d’antan et tente de le faire élire chez des créditistes en le faisant surgir magiquement d’une chambre de toilettes au beau milieu d’un congrès politique.Les partisans disent non.Yvon revient à ses exercices matinaux.Il lance un canard que ses lecteurs cuisent pour lui: le Défi.Sa photo est à la une; les gauchistes, les travailleurs sociaux et les syndicalistes n’ont qu’à se tenir.Yvon tonitrue et se fait remarquer encore, cette fois par les zotorités de CKAC qui le font avancer comme magiquement du clair-obscur de l’aube au point du jour où la lumière risque encore une fois de le révéler un bien petit Jean Lévesque! Claude Saint-Laurent 258 UNE LECTRICE NOUS ÉCRIT N.O.L.R.: Nous n'avons pas l'habitude de publier les lettres de nos lecteurs.Nous publions toutefois celle-ci, d'une lectrice de Grand-Mère, avec son autorisation.Elle fait écho aux deux articles de Vincent Harvey: Christianisme et nouvelle culture (avril et mai 1971).Comment aurions-nous pu laisser sous le boisseau tant de lumière?Ce témoignage émouvant ne pourrait, en outre, trouver meilleure place que dans la présente livraison de la revue.Mai 1971 M.Vincent Harvey, Dans votre article du mois d’avril vous tendiez une perche à ceux qui cherchent, qui s’interrogent, leur demandant de vous faire part de leurs découvertes, de leur expérience personnelle.Heureuse de cette invitation, j’ai noirci une dizaine de pages espérant qu’elles seraient de quelque utilité.Après la lecture de votre deuxième article, j’ai remisé mon gribouillage.Vous y allez tellement d’une main de maître.Vous décortiquez et analysez si bien les problèmes et situations.Vous posez des jalons et échafaudez si bien l’avenir, qu’il faut quasiment dire: amen.En terminant votre épître vous nous proposez la lecture de savants maîtres.C’en fut assez pour réfrigérer mon enthousiasme et me faire ressentir plus aigue’, ma pauvreté.Oh! pas tellement pauvreté de sous, des sous ça fait mal des fois d’en manquer, mais être pauvre de langage, de vocabulaire, de concision, avoir de la difficulté à encadrer sa pensée, à endiguer ses sentiments dans des mots disciplinés, être pauvre de moyens d’expression: c’est bien triste.Malgré cet handicap, je veux vous demander ce que les penseurs, les théologiens, les intellectuels de tout acabit ont fait pour nous du prolétariat, pour nous valoriser, pour nous relever à nos propres yeux, pour nous libérer, pour nous faire prendre conscience des valeurs que nous vivons dans cette masse besogneuse et anonyme?Qu’ont-ils fait pour racheter les captifs que nous sommes?Vous nous avez servi une citation de Bonhoeffer: Certains hommes ont été tellement maltraités par la vie, dès leur jeunesse, qu’ils ne se permettent plus de nourrir de profonds désirs; ils ont perdu l’habitude d’étendre leurs efforts sur de longues périodes et, en compensation, ils se procurent des joies à court terme, satisfont des besoins plus faciles à assouvir.C’est là le destin des couches prolétariennes, et la ruine de toute fécondité intellectuelle.Cher Bonhoeffer, n’a-t-il jamais vu la procession d’ouvriers et d’ouvrières, boîte à lunch à la main, jour après jour pendant quarante, cinquante ans ou jusqu’à ce que mort s’en suive, à visser le même boulon, à grimper sur le même échafaudage, à souder de sempiternelles pièces de métal, avec les mêmes boss, pour rapporter au foyer la pitance de la nichée .ils ont perdu l’habitude d’étendre leurs efforts sur de longues périodes .De même pour la mère de famille qui recommence sans trêve ni relâche le ménage, les repas, qui redonne sans cesse la vie à un ou l’autre des siens, qui sert de tampon dans les accrochages familiaux.Perpétuelle tendue entre un budget trop restreint et des besoins trop grands, et qui, malgré des horizons plus sereins ailleurs, reste là avec les siens jusqu’au bout de sa tâche, jusqu’au bout du: mission accomplie .elles ont perdu l’habitude d’étendre leurs efforts sur de longues périodes .Une chance que le Christ est venu pour tous.Avec lui point de haut verbillage intellectuel, mais une présence au milieu de la populace, sans discrimination de classes; une main tendue, un lève-toi et marche, tu es sauvé, je mange chez toi aujourd’hui; il a relevé l’obole de la veuve.C’est pendant sa vie qu’il s’est vraiment incarné dans le monde, sans oublier les couches prolétariennes.On a perdu son message en chemin .Pour qu’une église ou communauté nouvelle refleurisse, il faudra, à la manière du Christ, remettre en valeur le plus grand des sacrements, sans lequel les autres n’ont plus de sens, ni les rites non plus; c’est le sacrement des relations humaines.Le plus grand reproche que je fais à l’église romaine, c’est de s’être classée parmi les parvenus de ce monde, avec ses biens, sa vérité, son infailli-bité et de s’être hissée bien haut dans les méandres des intellectuels.Avec toutes ces hautes aspirations, le prolétariat fut écrasé par un style de vie qui ne lui convenait pas.A son tour, aujourd’hui, l’église hiérarchique n’est-elle pas écrasée et prisonnière des mots, des lois et d’une morale qu’elle a érigés en système?Elle, la libératrice, porteuse d’un message d’espérance et de salut .C’est le début dejnai, l’hiver fut long pour qui le chauffage et les vêtements sont comptés.C’est avec combien de gratitude que je salue, ce matin, ce premier petit brin d’herbe qui m’apporte à sa façon un message de résurrection.Qu’il est beau dans sa couleur, sa fragilité, sa souplesse à se laisser cajoler par le vent et le soleil, sa docilité à pointer partout, jusqu’à côté de la plus grise mansarde.Merci Seigneur pour cette joie à court terme que tu destinais à tous, jusqu’au plus petit d’entre les tiens.Tout au long de ma contemplation je m’élève un peu de ma lourdeur, pour rejoindre dans l’adoration celui qui est .peut-être.probablement.Et si ce n’était d’arracher la vie à ce brin d’herbe, je le placerais entre mes pouces et index pour vous siffler, à en ébranler les galaxies, mon message de bonheur et d’espérance en un devenir du christianisme.A.Descôteaux Grand-Mère 259 L'histoire que vous allez lire est celle d'un homme et d'une femme dont la vie de couple a été, depuis plus de trente ans, intimement liée à l'histoire religieuse, sociale, culturelle, syndicale et politique du Québec.Je dis bien “histoire'', car il m'a été donné de recevoir la majeure partie de cette longue confidence de Simonne Chartrand en des circonstances tout à fait étrangères à la préparation d'une interview ou d'un dossier pour MAINTENANT.D'où son inimitable accent intimiste.C'était au printemps dernier, à Ottawa, lors d'une rencontre des évêques de la Conférence catholique canadienne avec un groupe d'une soixantaine de femmes du Canada.Les journées s€ passaient en ateliers, mais les repas et les soirées, propices à la spontanéité des échanges personnels, amenaient souvent les Québécoises à dresser à tour de rôle bilan de leurs engagements respectifs.Toute vibrante e éprouvée encore par les événements d'octobre, Simonne, un soir, chez Mar- par Mk hm d'en ¦ P( Simonne et mithel Ihortrnnd : trente uns du Québec Photos: Michel Giroux, John Taylor, René Derome, André Mitchell.0 M rôfeï mm the Legault, se mit à nous parler de Michel.de Michel et de ce Québec humilié dont elle venait df entretenir le Canada anglophone, depuis les campus universitaires de Vancouver, Saskatoon, Toronto, Ottawa .et dans la petite voiture de Jean-Guy Dubuc qui devait nous ramener à Montréal le len- demain, Vémouvante saga se poursuivit encore longuement.Dans les semaines qui suivirent me vint peu à peu Vidée de rassembler les pièces éparses de cette admirable courtepointe du Québec et d*en compléter la chronologie par quelques entrevues plus dirigées.Michel vint plus tard sfasseoir à deux ou trois reprises à notre table pour achever le travail de quelques belles touches vigoureuses et incendiaires sans lesquelles les couleurs de Simonne n’eussent point chanté leur vrai chant.Hélène Pelletier-Baillargeon -.?ïîffiniîîkiîih: Les gens ne connaissent souvent de Michel que ses discours publics et le jugent rapidement sur ses gros effets de voix, son langage populaire, imagé, parfois emporté (il aime bien y mettre un sacre de temps à autre .on peut trouver l’idée discutable, mais lui pense être mieux compris ainsi).Ça, c’est le style qui lui est tardivement venu en faisant des discours aux ouvriers.Mais avant sa grande période d’activités syndicales, Michel n’avait pas du tout le même style.on grand jeune- homme-un peu austtre” Vous l’auriez connu au moment de notre mariage, en 1942 .un grand jeune homme un peu austère, toujours accompagné de livres énormes tout soulignés, annotés de commentaires personnels, et tenant un langage de puriste que j’étais presque tentée de trouver précieux pour l’époque! C’est une amie commune, Alexandrine Leduc (aujourd’hui Alec Pelletier, femme de Gérard) qui nous avait présentés l’un à l’autre car Michel, jeune typographe, militait dans la J.LC.(Jeunesse indépendante catholique), tandis qu’A-lec et moi faisions partie de la J.E.C.F.(Jeunesse étudiante catholique féminine).Si, par une formation semblable (Michel avait étudié au Collège Jean de Brébeuf, moi au Couvent Marie-Rose) et nos engagements respectifs dans l’Action Catholique, nous possédions beaucoup en commun, en revanche, nos origines familiales différaient quelque peu.262 une fille de juge d‘ Ootremont J’étais l’unique fille du Juge Amédée Monet.J’habitais avec mon frère (aujourd’hui juge lui aussi) une vaste maison ombragée d’Outre-mont.Sans soucis matériels d’aucune sorte, j’avais toujours pu cultiver ce goût très vif des idées qui, à vrai dire, ne m’a jamais quittée plus tard et m’a permis, même en élevant nos sept enfants, de toujours continuer à étudier.Michel, né comme moi à Outremont, était cependant issu d’une famille nombreuse (le 13e de 14 enfants), besogneuse et très chaleureuse.S’il a parfois connu la gêne, enfant, en revanche, il a gardé une richesse de créativité constante issue de ses contacts précoces et concrets avec la vie.Aussi, chose curieuse, lorsque nos enfants étaient petits, c’était moi qui prenait l’attitude pédagogique, qui discutait de tel ou tel comportement en éducation.iitlft Michel, lui, jouait, riait avec eux, les baignait, les promenait, mettait et enlevait les habits de neige, avec une infinie patience, épinglait les couches à sécher dans la salle de bain, après la veillée, sans sembler jamais incommodé par la présence remuante des enfants qui lui était toute naturelle: loin de déranger ses réflexions, c’était ces données même de la vie qui les nourissaient constamment.Cette attitude d’esprit était déjà très caractéristique de sa façon critique d’envisager la J.LC.au moment de notre rencontre: On l’appelle Jeunesse indépendante, me disait-il.quelle farce! y a-t-il moins indépendants que tous ces petits employés sans sécurité d’emploi que nous regroupons?Quoique cérébral et studieux, Michel n’était pas spontanément séduit, comme je l’étais souvent, par une idée ou une théorie: il partait plus volontiers de la vie pour remonter aux étiquettes.C’est pourquoi, s’il se définit aujourd’hui epmme socialiste et révolutionnaire, il n’a rien de commun, comme forme d’esprit, avec ces jeunes universitaires de gauche qui préparent leur révolution dans un jargon théorique, russe ou chinois, incompréhensible pour les travailleurs d’ici et qui n’ont probablement jamais partagé les soucis, les rêves et la vie quotidienne d’une famille ouvrière québécoise.Mon père, qui était un ancien militant libéral désenchanté (il avait été député sous le régime Taschereau), aimait beaucoup discuter avec Michel.Comme ce fut le cas pour des hommes tels que Jean-Marie Nadeau ou Georges-Emile Lapalme, il avait été de ces libéraux aux idées sociales trop avancées pour les habitudes politiques sclérosées de leur temps: au fil des années le parti devait les rejeter un à un discrètement.Mon père avait ainsi accepté une nomination de juge qui lui permettait de se retirer non sans amertume, de politiques auxquelles il ne voulait pas avoir de part.De Michel, il me disait: Un garçon comme lui, jamais le pouvoir ne l’aura comme il nous a eus: il est bâti pour aller jusqu’au bout de ses convictions! * rien de ce ;o'on garçon promet à une fille Pourtant, dès qu’il fut question de mariage entre Michel et moi, ma mmille s’opposa.Mon père avec un certain déchirement: il estimait Michel, mais croyait qu’un gendre pourvu d’une tête pareille ne saurait apporter à sa fille qu’une existence aventureuse pleine de déboires et d’insécurité matérielle.Et Michel ne niait pas.Je ne puis rien lui promettre de ce qu’un garçon promet généralement à une fille u’il épouse: avec moi elle ne sera 'amais assurée d’avoir une existence paisible, une maison confortable.La seule chose que je puis vous jurer, c’est que je l’aimerai toute ma vie.Car déjà Michel savait qu’il combattrait toujours du côté des gagne-petits perpétuellement oubliés des gouvernants et, malheureusement aussi, des gens d’Eglise.Forte de cette unique promesse, je dus faire face à ma famille.Comme celle-ci entretenait de bonnes relations avec les prêtres de notre paroisse (St-Germain d’Ou-tremont), aucun d’eux ne consentit à bénir notre mariage, soi-disant pour m’empêcher de courir à mon plus grand malheur.Trois évêques avec qui j’avais travaillé à l’Action Catholique encourageaient ma famille dans son opposition.%.¦ emmaillotes dans on grand drapeau fleur delyse C’est finalement l’abbé Groulx, dont Michel était un fervent élève et disciple, qui accepta de bénir priyé-ment notre union dans une petite chapelle de l’église Notre-Dame.On parle toujours du Chanoine Groulx historien et nationaliste.Pour notre famille, il fut aussi le prêtre.Après notre mariage, l’abbé Groulx baptisa successivement chacun de nos sept enfants que Michel, catholique et nationaliste, portait toujours sur les fonds baptismaux, emmailloté religieusement dans un grand drapeau fleurdelysé.Au moment de notre mariage, notre grande affaire à Michel et à moi était de nous lancer à la découverte d’une spiritualité laïque.Comme tous les jeunes militants de cette époque nous lisions Psichari, Guar-dini, Léon Bloy (LA FEMME PAUVRE fut un de ces livres qui bouleversa Michel!), les Etudes carmélitaines.nous commencions à entendre parler des groupements de 1’ ANNEAU D’OR que mettait sur pied, en France, l’abbé Caffarel.Or tout ce que nous trouvions dans l’Action Catholique du temps, c’était une sorte de réduction de la spiritualité monastique à l’usage des laïcs: mortifications, méditations, détachement des choses terrestres en vue d’accéder aux valeurs spirituelles, etc.-.Michel, qui était un esprit très entier, avait bien tenté autrefois de vivre à fond ce programme de sainteté: il avait même passé deux ans à la Trappe d’Oka comme oblat de choeur! Une fois sorti de cette expérience pour lui sans issue, il s’était bien promis de trouver enfin une forme de spiritualité chrétienne proprement laïque.D’instinct, Michel pressentait déjà ce que les théologiens du Concile ont formulé longtemps après: à savoir que ce n’est pas en fuyant leurs réalités quotidiennes que les chrétiens vivent vraiment l’Evangile.Mais ce n’est qu’au cours des années que la nature de cet engagement dans le monde s’est précisée pour lui et pour moi.\ Révolution et révolutionnaires MICHEL: Une révolution, c’est un changement radical de la société.Changer le capitalisme pour instaurer le socialisme, c'est une révolution: alors moi, je suis révolutionnaire.Je suis donc prêt, en ce sens, à collaborer avec tous ceux qui appellent comme moi ce changement.Une révolution, ça peut se faire démocratiquement si certaines données démocratiques sont réunies.Ça peut se faire dans la violence.Ça dépend du choix du peuple.Du choix qu'il veut faire, du choix surtout qu'il peut faire.Quand on fait du syndicalisme, on n'a pas à pousser à la grève des ouvriers qui n'ont pas envie de la faire, ou qui ont peur de la faire.On n'a pas non plus à empêcher de faire la grève les ouvriers qui sont décidés à la faire.C'est la même chose pour la révolution socialiste.Certains estiment qu'il y a espoir de la faire démocratiquement: c'est un jugement valable.D'autres disent au contraire: A chaque fois que le Québec va essayer de relever la tête, il va recevoir l'armée sur la gueule.Alors nous, on prend le bois, on s'arme, on s'entraîne pour mieux se défendre.Moi je dis que c'est plutôt difficile de répondre à cela vu que le processus de la riposte armée a été inauguré en octobre.Alors je laisse à chacun son jugement valable.Savoir si j'aide directement ou indirectement les partisans de l'action violente?Ce n’est pas mon problème.Mon problème, c'est d'annoncer la révolution à laquelle, moi, je crois.Le choix des moyens dépend de la marge de démocratie réelle sur laquelle le peuple peut compter.263 Le nationalisme.qu'est-ce que c'est?MICHEL: Le nationalisme, je n'ai pas à discuter cela, je dois le prendre comme une donnée de la nature aussi fondamentale que l'instinct de conservation.Pour moi, le nationalisme est à un peuple, ce que l'instinct sexuel est à la personne.On sait ce qui se produit quand on essaie de nier ou de refouler la sexualité: ça donne de la folie furieuse qui se jette n'importe où, dans la soif de puissance et de domination.Nier le nationalisme d'un peuple, c'est créer un climat propice à la violence, c'est courir au désastre.Or le capitalisme, pour se survivre, ne peut laisser libre cours au nationalisme, le capitalisme, par essence, est apatride, a-national, a-familial, amoral, parce que tous ces liens humains entravent la course folle des affaires.Or le capitalisme a besoin d'être libre de traiter avec n'importe qui car sa seule morale, c'est la maximisation du profit et la supression des concurrents.Le vrai nationalisme qui veut être au service de tout le peuple et servir son épanouissement ne peut donc pas cohabiter avec le capitalisme .Ce qui n'empêche pas certains capitalistes de se prétendre nationalistes: Duplessis était un bandit et il se croyait bien nationaliste! Le nationalisme, c'est le préalable de l'ouverture sur le monde: on ne peut accéder à l'international que par la médiation de la nation.Une personne ne peut entrer en relation avec une autre qui si elle se connaît et se définit elle-même d'abord.C'est la même chose pour la nation canadienne-française.Les anthropologues situent les Canadiens français plus proches des Russes que des Anglo-Saxons .et l'on essaie malgré cela de nous persuader qu'une voie ferrée entre deux trous d’eau, ça peut nous tenir lieu de pays et d'unité nationale! Ça, c'est un peu l'histoire de ma vie: j'ai commencé à comprendre et à dire ces choses-là vers 1934.On peut donc dire que je suis indépendantiste depuis près de 40 ans! os/fior) w Mais à peine Michel siège-t-il à l’exécutif national du CCF qu’il souhaite pour le Québec un sigle et des structures autonomes (déjà dirait-on, il est séparatiste.) On parle alors du sigle PSD (Parti social démocratique), appellation acceptée lors d’un congrès provincial au Québec.Le PSD devient par la suite PSQ (Parti socialiste québécois) lors d’un congrès spécial au Québec qui consomme la scission du PSQ d’avec le PSD fédéral.Très vite Michel a senti (lors de réunions de l’exécutif fédéral du NPD où il siégeait) se creuser un désaccord profond avec David Lewis, le même désaccord exactement qui opposera, dix ans plus tard, le même Lewis avec Raymond Laliberté au congrès du printemps 1971.Car le CCF, devenu NPD en 1961, a admis, en principe, l’idée des deux nations grâce à l’intervention acharnée de l’aile québécoise où siégeaient Roger Provost, Philippe Vaillancourt, Jacques-V.Morin, Jean-Marie Bédard, etc.).Mais c’est une idée restreinte à l’acceptation culturelle des deux nations.Dès qu’il s’agit d’autonomie politique, l’idée des deux nations est aussitôt combattue.Aujourd’hui les Waffle et le NPDQ de Raymond Laliberté et de Laurier Lapierre se heurtent exactement aux mêmes crans d’opposition irréductible où Michel s’était buté auparavant.Pourquoi faut-il qu’à chaque génération, oublieux de l’enseignement des échecs passés, une nouvelle fournée d’hommes jeunes et doués se cassent les uns après les autres le nez au même point névralgique, ou alors tournent autour en faisant semblant de ne pas le voir?N’est-ce pas là aussi le sens de l’oeuvre tronquée de Daniel Johnson, notre ancien camarade de l’Action Catholique?Les Québécois et les élections fédérales MICHEL: Aux dernières élections fédérales, je n'ai pas voté parce que j'étais absent.Cette fois-ci je vais y aller pour empêcher que quelqu'un ne vote à ma place.Sur mon bulletin je vais écrire: Merde.(Cf.P E.Trudeau aux gars de Lapalme.) Ce n'est peut-être pas élégant, mais je pense que c'est clair.C'est ça qu'il faudrait: que des millions de bulletins québécois sortent avec le mot Merde écrit dessus .ce serait merveilleux! Peut-être alors commencerait-on à comprendre que les Québécois ne sont plus intéressés à cette sorte de démocratie, qu'elle est cassée, qu elle ne joue plus.Soyons sérieux, moi je suis séparatiste depuis 1934, alors le fédéral, ça ne me concerne plus.Battre Trudeau, Marchand, Pelletier, ça servirait à quoi au juste?A les remplacer par d'autres libéraux pareils à eux?Ou par des conservateurs qui en seront les copies conformes?Ou par des créditistes?Depuis Laurier que tous les beaux esprits du Québec se sont épuisés à faire battre celui-ci ou celui-là au lieu de s'unir pour faire le parti neuf dont ils parlent toujours mais qu il ne font jamais parce qu'ils s'usent sur des têtes-de-turc comme Duplessis! Cent ans d'essai de la Confédération, ça suffit! Le Rassemblement de 1958, c'était la même petite stratégie vide: il fallait faire battre Duplessis à tout prix, ce qui viendrait après on ne savait pas trop, c était même embêtant de trop préciser! Il y avait là-dedans de tout comme tendances, depuis les savants gauchistes du Québec, jusqu'aux femmes des SSJB On y rencontrait Jacques Perrault, Pierre Trudeau, Thérèse Casgrain, Maurice Sauvé, Pierre Dansereau .Falardeau faisait des interventions au Cercle Universitaire sur la dichotomie mythique ! ! ! Aujourd'hui Jean-Paul Lefebvre prétend légitimer I é-lection de Drapeau en disant H a eu des votes.Mais Duplessis, dans ce temps-là, lui aussi avait eu des votes: là n'était pas la question.Simonne et moi nous disions: ne perdons pas de temps avec Duplessis: fondons au plus vite le parti socialiste québécois dont nous parlons depuis si longtemps! C'est avec ça, si nous avons raison, que les Québécoise se libéreront.Si on y avait travaillé, peut-être depuis 1958 aurions-nous fait déjà un bon bout de chemin?Mais le Rassemblement ça n'a pas marché dans ce sens-là.il y avait là-dedans trop de libéraux qui avaient peur du socialisme, qui évoquaient le national-socialisme hitlérien quand nous en parlions .Alors Pierre Trudeau qui était responsable du bulletin du Rassemblement écrivit: Nous nous rendons compte que nous sommes en train d'opérer ta révolution au niveau des superstructures; nous nous accordons donc une année sabbatique!.Et le socialisme a fini en queue de poisson avec la mort de Duplessis et l'arrivée au pouvoir de "l'équipe du tonnerre” qui devait nous rendre maîtres chez nous .Mais Lesage ne voulait ni des Trudeau.Marchand et Pelletier pour faire sa révolution tranquille.Il n'a toléré que Lévesque qui, à peine en selle, nous avouait .Us sont aussi pourris que les bleus! Alors plus tard les trois colombes se sont envolées à Ottawa.Aujourd'hui, avec les rumeurs de Bloc populaire québécois, c’est la même tentation idiote qui réapparaît: tous se liguer contre Trudeau! ! ! Mais quand il ne sera plus là, si le capitalisme n'est pas changé, ce sera un autre tout aussi impuissant à faire les transformations nécessaires que nous nous serons usés à mettre au pouvoir! Occupons-nous donc plutôt de nos affaires: nos affaires sont au Québec, c'est là qu'il faut se bâtir un pays et un Etat qui soit à nous.Ne nous berçons d'ailleurs pas d'espoirs même avec le NPD de Lewis.Lewis je le connais de longue date: il ne fera rien pour aider le Québec à se libérer; il prétend qu'il ne fera rien non plus pour l'en empêcher! Alors, au fédéral, il n’y a rien de sérieux qui puisse nous inté resser.279 Durant ses activités avec le CCF, Michel connaît des démêlés au plan syndical (il est toujours en fonction à la CTCC) avec Jean Marchand qui juge ses idées trop radicales pour le mouvement.Par deux fois Marchand tente de lui faire perdre son poste mais à chaque fois Michel est réinstallé par voie d’arbitrage (dans l’un des deux cas, c’est même Pierre Trudeau qui abitrera).Puis c’est à la Fédération des Métallos que les démêlés commencent avec la CTCC qui condamne ses activités politiques avec le CCF et l’enjoint de quitter la Fédération ou de quitter la politique .Il quitte les deux mais avec peine: aucun autre parti ne rencontrera jamais, autant que le CCF de cette époque, les exigences profondes de Michel.‘Tes Presses Sociales la plus belle convention collective du monde ” Visiblement mauvais stratège politique et incapable de compromis, Michel retourne donc pour un temps à son ancien métier de typographe.Il fonde alors, à même la maison, une petite entreprise d'imprimerie qui revêtra le caractère familial, communautaire et artisanal cher à ses goûts secrets et ou il rêve d'instaurer entre lui et ses employés le type de relations humaines qu'il a J v SH* !.*>A Ml %• toujours préconisées.La plus belle convention collective de tous les temps s’élabore dans un climat idéal: les Presses Sociales sont fondées.Nous imprimons des tracts, des documentations syndicales, nous imprimons de ieunes poètes comme Vigneault, Denis Vanier, Claude Péloquin dit Pélo, les essais de Pierre Vadeboncoeur (L’AUTORITE DU PEUPLE).Six employés y sont à l’oeuvre et nous habitons en haut de l’imprimerie.A l’heure de la pause-café, les hommes montent boire une bière autour de la table de la cuisine.Nos enfants sont là, ils nous parlent des leurs .l’entente patron-ouvrier semble mirifique.Malheureusement Michel n’a calculé se réserver qu’un $100.00 par semaine pour nous faire vivre .Un beau matin, ayant appris que les employés venaient d’être augmentés et moi pas, je fais irruption à l’imprimerie et demande à voir le patron: “Je cherche un emploi supplémentaire, lui dis-je, devant ses ouvriers, ne pourriez-vous pas m’embaucher?Ce que mon mari apporte à la maison est nettement insuffisant pour faire vivre sept enfants’’ — “Quel métier connais-tu?” me demande vivement Michel, piqué au vif.Je demeure bouche bée et Michel, absolument furieux, me renvoie à ma cuisine “d'où, crie-t-il pour la galerie, une femme ne devrait jamais sortir!” Pourtant, chose paradoxale, à cette époque, sous son instigation, je me demande sérieusement si je ne serai pas moi-même candidate NPD aux prochaines élections?En tous cas, je cours les assemblées, j’y prends fréquemment la parole au micro.Michel, dans sa retraite, je le sens bien, manque ses bains de foule habituels.Pendant ces années de retraite artisanale, il observe et lit beaucoup sur le monde de la construction et se sensibilise au problème de la langue du travail.Quand il remontera sur la scène syndicale, c’est avec les syndicats de la construction qu’il ira tout droit peu après l’affaire de l’échangeur Turcot, où, faute de protection élémentaire, sept ouvriers engloutis dans le ciment humide devaient perdre la vie sans que la compagnie n’écope d’une sentence autre que le simple verdict de mort accidentelle rendu par le Juge Jacques Trahan.L'avenir de la langue française MICHEL: Si on n'a pas le courage de prendre les moyens nécessaires pour sauver la langue française,- il faut avoir le courage de dire aux générations gui s'en viennent qu'on s'en va vers une assimilation nécessaire et à brève échéance.Si on veut survivre, il faut que le Québec soit français comme l'Ontario est anglais et cesser de se conter des histoires avec le bilinguisme.Les conneries de M.Trudeau sur le bilinguisme ou de M.Lévesque voulant qu'on garde aux Anglais tous leurs privilèges,ça n’est pas vrai! Les Anglais n'ont pas besoin de privilèges: le Québec est le pays du monde où les minorités sont le mieux respectées.Nous avons même créé des écoles italiennes à Montréal pour que les enfants de ces immigrants puissent passer de leur langue maternelle à la langue française: ça n'existe nulle part ailleurs dans le monde une chose comme celle-là! Ce qu'il faut donc, c'est aménager les écoles primaires de telle sorte qu'elles permettent à tous et chacun des non-francophones du Québec de passer ainsi, à partir de sa langue maternelle d'origine, à la langue française.Et qu'ensuite l'école supérieure et l’université soient françaises.Alors forcément, la langue seconde sera l'anglais.Nous serons donc de culture française, bilingues, avec l'anglais, comme langue seconde Mais aujourd'hui au contraire, à la CECM, 89% des immigrants passent, par option, du côté des classes anglaises! Moi je ne connais pas de pays qui se force ainsi à se noyer lui-même! C'est un suicide avec notre propre argent! Vouloir sauver sa peau, ça n'est pas du racisme quand même! Quand on entend tous ces petits ministres, avec Cloutier ministre de la culture en tête et Cournoyer ministre du travail, nous inviter à devenir bilingues pour gagner notre vie.il y a au Québec 250,000 chômeurs de plus en plus instruits, de moins en moins catholiques, et presque tous bilingues.alors, qui dit mieux?Une langue, sa langue, c'est capital pour la formation de la pensée.On dit que les enfants peuvent devenir facilement bilingues ou trilingues: oui, avec leurs oreilles, ils peuvent emmagasiner facilement des mots.Mais maîtriser profondément une langue, ça c'est autre chose! Il faut d'abord maîtriser solidement sa langue maternelle avant d'en aborder une autre.Autrement on devient un assimilé.Dans tous les pays du monde on constate que le bilinguisme réel, la maîtrise des mots et des formes de pensée de deux langues à la fois, c'est une performance accessible à une infime minorité .J'en ai vu de ces fameux bilingues dans le Nord-Ouest québécois, en Nouvelle Angleterre, à Montréal .Alors, ça fera, pour ce bilinguisme-là ! 281 • • • XJ™*«** ¦«S S.- 1 liU K 11 '.> _^1 UnuiM .mui !•• .4im( homm Aujourd’hui, depuis surtout le mouvement d’opposition au bill 63 et son emprisonnement d’octobre 70, Michel est redevenu une figure connue du grand public.Il a repris un poste au Conseil Central (CSN) dont il est président.Nationaliste et québécois, Michel l’est toujours avec la même ardeur, mais aussi avec la même lucidité.Quand il songe à tous nos efforts déployés par exemple dans le domaine de l’éducation, il constate que nous n’avons même pas touché, en nous scolarisant massivement, à la racine de notre vrai problème collectif.Le rapport Parent, pense aujourd’hui Michel, a isolé la question dé l’éducation des Québécois de sa dimension nationale et sociale.C’est un rapport qui eût tout autant valu pour l’Ontario.D’où ses limites et son impuissance à résoudre nos vrais problèmes.Autrefois, dit-il encore, nous étions catholiques non instruits, unilingues: tous nos problèmes étaient censés venir de là.Aujourd’hui, nous sommes de moins en moins catholiques, nous sommes instruits et bilingues: nous avons toujours les mêmes problèmes.C’est donc pense-t-il, ce système qui ne respecte pas la personne humaine qui est vicié à la base et qu’il faut changer?Le slogan capitaliste des libéraux Qui s’instruit s’enrichit rend d’ailleurs Michel hors de lui-même: il le trouve d’un matérialisme affreux.Pour Michel le socialisme est actuellement prioritaire par rapport au nationalisme.D’où ses distances pourtant sympathisantes vis-à-vis du P.Q.D’aussi loin que remonte notre évolution, à l’époque où la dimension chrétienne était englobante, le socialisme a été la façon privilégiée selon laquelle nous pensions qu’il était possible de vivre le partage évangélique fraternel. reîO, ligure repris, GM: nstate U, eut, à: Irlème pense •j.ciaie, lires ues: émes !-il « j b per- ; sm- Oî: : en?11 Michel n’est pas agressif envers l’Eglise comme le sont certains anticléricaux inguérissables.Simplement il a placé ailleurs son espoir immédiat en l’avènement d’un ordre plus juste et plus fraternel.Pour le moment, il n’attend rien du côté de l’Eglise institutionnelle.De temps à autre, il lit avec curiosité ce qui se passe de ce côté-là: la lettre de Paul VI sur la démocratie le printemps dernier, par exemple, ou celle de nos évêques sur la violence, cet automne, il les a lues avec attention.Mais pour lui, en matière de justice et de réformes sociales, c’est l’ABC de ce qu’il affirmait il y a vingt ans et de ce qu’il aurait fallu dire alors.Il n’est pas fermé, il n’est même pas déçu, il est même disponible.Simplement il n’attend pas de prophétisme de ce côté-là jusqu’à nouvel ordre.C’est sans doute aussi le cas de bien des ex-militants de notre génération.Moi, je suis restée religieuse au sens précis du terme, en ce sens que, si aujourd’hui je n’étais pas chrétienne, je serais bouddhiste ou autre chose, selon ma culture, mais j’aurais une façon très engagée de faire place à la dimension religieuse dans ma vie.D’où mon métier de recher-chiste à l’émission 5D à Radio-Canada.Michel, lui, n’a pas besoin de cadres de ce genre.Il n’est pas resté religieux au sens courant et traditionnel du mot parce qu’il a toujours été surtout un hàmme d’espérance.C’est un homme dont les échecs n’ont pas raison, un homme de foi qui se relève toujours, un homme au tempérament heureux qui accepte volontiers de recommencer à zéro aussi souvent qu’il le faut.C’est pour cela que la prison et les vexations qu’il a subies n’ont pas eu raison de lui.Peu après sa libération, notre fille Marie-Andrée est morte accidentellement.Nos enfants, comme tous ceux de la nouvelle génération, ne sont peut-être pas ce qu’on appelle des pratiquants mais, spontanément, tous ont décidé que les funérailles de leur soeur devaient être faites à l’église.Et c’est Michel, tourné vers nous, qui a tiré de lui-même un monologue sur la Vie éternelle et l’Espérance de ce temps, qui valait pour moi et les enfants, toutes les homélies de la terre.La crise d'octobre un an après MICHEL: Moi, le 16 octobre 1970, je n'ai rien appris que je ne savais déjà: j'ai toujours su que le capitalisme, le fascisme, l'armée, ça va toujours de pair.Alors quand on a commencé à arrêter des poètes, des chansonniers, des petits rédacteurs de petits périodiques de gauche, j'ai compris que j'avais eu raison de dire aux gars de Lapalme, devant le parlement à Ottawa, quelques mois auparavant: Nous avons ici un gouvernement du même type que les gouvernements d'Amérique latine qui prennent leurs ordres de la C I.A.américaine.Depuis la Magna Carta de 1215, les pays civilisés ont toujours préconisé l'autonomie, l'indépendance, la souveraineté du système judiciaire par rapport au système politique.Eh bien, la loi sur les mesures de guerre bafouait ce vieux principe élémentaire du pouvoir judiciaire lorsqu'elle décrétait qu'aucun prisonnier ne pouvait être libéré sans l’autorisation personnelle du ministre de la Justice.C'est donc le pouvoir politique qui passait par-dessus la tête de son propre système judiciaire.J'ai tenté de dire cela à bien des juges: "Défendez-vous.on vous met en tutelle, on usurpe vos prérogatives, c'est extrêmement grave pour votre profession!" Pensez-vous .ils hochaient la tête sans répondre! Leurs nominations sont des nominations politiques, ils sont liés par la reconnaissance envers le régime, envers leurs anciens amis.Un juge m'a même avoué que j'avais raison sur toute la ligne.Mais lui non plus n'a pas protesté.Quand on a saisi les dossiers professionnels de Robert Lemieux pour les lui remettre sans explications quatre mois après, croyez-vous que le Barreau a protesté pour défendre l'un de ses membres victime d'une violation du secret professionnel et privé ainsi de ses instruments de travail indispensables?Jamais de la vie! Ils se sont tus peureusement.Mais aujourd'hui, ils font du zèle: ils vont le citer devant ses pairs pour je ne sais quelle irrégularité de la part d'un de ses clients et essayer de l'empêcher, parce qu'il est l'un des seuls à consentir à le faire, de défendre ses clients.D'ailleurs, l'empêcher de défendre ses clients, c'était le but et la raison de ses deux arrestations et de ses quatre mois de prison.Lisez les rapports des perquisitions effectuées par tous nos corps policiers fédéraux, provinciaux et municipaux sous la houlette de M.St-Pierre durant l'état d'insurrection appréhendée (in LIFE 22-1-71, p.12): sur 5000 descentes effectuées, on a trouvé 33 armes à feu.21 armes offensives, parmi lesquelles il faut compter 3 bombes fumigènes, 9 couteaux de chasse et 1 sabre.La loi des mesures de guerre, ce fut donc une entreprise de terrorisme.C'est la plus grande fumisterie du siècle au Canada! Aux USA où un Président a pourtant été assassiné, où Bob Kennedy a été descendu en public en pleine campagne électorale, jamais on a eu l'idée de passer une loi pareille.Si MM.Trudeau, Bourassa, Drapeau et Marchand ont imaginé cela, c'est que la démocratie populaire était en train d'apparaître sous un jour dangereux pour leur prestige.Dans les assemblées publiques un grand nombre de Québécois se solidarisaient avec les diagnostics socio-économiques contenus dans le manifeste du F.L.Q.Ce n'est pas le manifeste qui a terrorisé le peuple: la démagogie ce n'est pas de crier fort, d'employer des gros mots, mais c'est de faire croire aux gens de façon perfide les faussetés qui servent vos plans secrets.Le terrorisme, c'est M.Trudeau qui l'a exercé à la TV le soir de son fameux discours où il a dit que désormais le F.L.Q.pourrait bien s'attaquer à un enfant, à un fermier, à un gérant de Caisse populaire.L'usurpation de pouvoir, ce n'est pas le 16 octobre qu'elle risquait de se produire: elle s'était déjà produite le 29 avril précédent quand on a vu élire un Louis-Philippe Lacroix pour représenter 6000 Madelinots alors que le syndicaliste Robert Burns, à lui seul, devait représenter un comté de 60,000 ouvriers et chômeurs de Montréal! 283 Après le désastre de Saint-Jean-Vianney, les artistes qui se rendaient à Chicoutimi pour un gala-bénéfice au profit des familles éprouvées lui ont demandé de venir prendre la parole avec eux.J’accompagnais Michel.La salle était pleine à craquer, les policiers l’entouraient, ayant reçu ordre, me confiaient-ils, d’intervenir pour couper les micros ou se saisir de lui au cas échéant .alors Michel s’est avancé sur scène et il a simplement lu à la foule réunie ces deux beaux passages de MENAUD: Alors Menaud eut peur! U se mit à voir partout des signes étranges, prostrés, funèbres .des formes comme des formes humaines ensevelies sous l'immense linceul.Dans tous les trous noirs où il enfonçait, il sentait des griffes, entendait des menaces .// ramassa ce qui lui restait de forces pour grimper le surplomb de neige au bord de la coupe .mais, épuisé, vaincu des pieds à la tête, H s'affaissa dans un trou tandis que tous les démons de la tempête hurlaient au-dessus dans les renversis.Alors, il fit signe à l'un de ses chiens d’aller au secours en bas .Puis, se rappelant ce que son défunt père lui avait toujours dit: que la Sainte Vierge n’abandonne point un homme qui n'a jamais sacré dans le bois .il se fit un burgau de ses mains et se mit à appeler dans l'entonnoir de la coupe tumultueuse.La nuit noire était tombée .D’immenses silant .suaires s'abattaient en Ohé! Ohé! vous autres .les saints pitoyables qu'il avait toujours priés .les morts .la terre .le grand bois qu'il était venu défendre .Ohé! vous autres .,,les conquérants! Sa voix râlante n'était plus maintenant qu’une petite chose perdue, blessée, bavolant de ci, de là, à travers les huées de la rafale.Ohé! Joson .Joson .Bientôt, le râle ne déborda plus du trou de neige tandis que les pieds de l'homme gelaient dans le linceul où il était entré debout! • .jusqu'aux abords où passent les filles parvient le gémissement du lapidé .Marie s'arrête.—Mes soeurs, dit-elle, peut-être y a-t-il ici quelque chair en souffrance .ou c'est l'oreille gauche qui me bourdonne — funeste présage — Mais le plaint revient encore .Alors le coeur lui fait mal; elle s'élance et voit les ravages du combat et la forme noire qui se débrage et se lamente dans la verse des genévriers.—Bon Jésus! dit-elle.C'est lui! C'est lui! Mon doux! Mon doux! Alors, dans ses mains tremblantes, elle presse la pauvre tête, et de son tablier elle essuie le sang et les chairs souillées.— Vite! aux hommes, dit-elle à ses soeurs! Et tandis que la troupe enjambe les broussailles vers le secours, pour l'inanimé, dans le gobelet de loupe, elle verse deux gouttes de vin sombre; puis, comme le spectre de la Ma/hurée parfois au fond de la nuit noire appelle son chasseur perdu: "Alexis.Alexil" crie-t-elle, sur les yeux fermés.Mais le malheureux se lamente et son esprit bringuebale dans le délire du combat poursuivi.Passèrent des nuits et des jours durant lesquels le pauvre n'en menait pas large.Toutes les femmes du voisinage apportaient leurs remèdes au chétif.Qui, du vin de salsepareille, qui, des harts rouges ou de T her be aux sept vertus.Mais quand la main de Marie passait dans la chevelure, alors brillotait le regard de l'affaissé.Un beau matin, il se leva comme on s'éveille d'un long pesant; et, le premier soir qu'il revint chez la fille, il demeura longtemps avec Menaud.Alors, par la croisée ouverte au vent neuf où ruisselait l'appel du large frais et bleu, Marie put comprendre que les deux hommes parlaient de liberté.• I I prejuJ seuls, cours coura| joursi sdl I Ce I I silencl m'a ij adveri 284 'trite, rions Certai tram mes systè: I ; |«/te FnscmnnT et EncomBRnnT PAR LOUIS O'NEIL I- M-' I I 1/WOfS ; p Iffi/eei I /jfje Qui, I ie sul oil J’ai entretenu jadis quelques préjugés à l’égard de Michel Chartrand et certains de nos amis communs firent beaucoup pour confirmer ces préjugés.Il y a chez Michel Chartrand une verdeur et une apparence de démesure qui heurtent en moi l’image du citoyen-modèle-modéré que m’a léguée une éducation traditionnelle.Mais à mesure que j’ai appris à mieux connaître cet homme, les préjugés se sont estompés.A eux seuls, le témoignage qu’il a donné au cours des événements d’octobre et le courage dont il a fait preuve dans les jours qui ont suivi, ont fait le poids sans difficulté avec les brouettées de lâchetés dont accouchèrent, au cours de cette même période, maints représentants attitrés de la majorité silencieuse.La valeur de l’homme m’a fait oublier les critiques de ses adversaires.En écoutant ce que dit Michel Chartrand sur le nationalisme québécois, l’avenir de la langue française, le rôle du syndicalisme, l’attitude ambiguë' de l’Eglise face au capitalisme, je me sens d’accord, au moins dans les grandes lignes.Cet homme nous oblige, dans son langage dru et franc, à regarder bien en face des vérités désagréables que nous aimerions mettre un peu en veilleuse, tellement elles nous dérangent.Certains jugements de Michel Chartrand sur les situations et les hommes (par exemple ce qu’il dit du système judiciaire) manquent de nuances.Ce refus de la nuance, c’est une faiblesse chez lui.Mais ce qui en revanche est une force, c’est l’évi- dente sincérité, la volonté de transformer quelque chose, le langage coloré qui franchit la rampe et fait que le message, au lieu de demeurer prisonnier de formules astiquées et polies, rejoint ceux qui ont besoin de l’entendre: les travailleurs qui se demandent si la société juste est autre chose qu’une fumisterie de politiciens, les chômeurs qui scrutent dans le ciel les signes annonciateurs des 100,000 emplois, les consommateurs exploités par la publicité et les compagnies de prêts, les mal logés qui paient le coût des rêves de grandeur du maire Drapeau, les francophones des quartiers défavorisés de Montréal qui commencent à penser que la colonisation a vraiment assez duré.C’est à eux que Michel s’adresse et non pas aux notables de la Grande-Allée, du Sil-lery Gardens ou de Ville Mont-Royal.Le langage qui choque ou traumatise les uns éclaire et encourage les autres.On peut lui reprocher de frôler parfois le piège de la démagogie; mais il sait se tenir à cent lieues de l’hypocrisie.Un trait qui me frappe chez lui, c’est une fidélité d’esprit et de coeur à des valeurs dont l’enracinement évangélique me semble indéniable.Quand il dit: Il n’y a pas, je le repète, de bon capitalisme, parce que le capitalisme, c’est la morale du plus fort, l’écrasement du plus petit, il tient un langage qui, en pratique, est plus proche de l’Evangile que nos subtiles distinctions sur le capitalisme en soi et les abus du système.En effet, l’histoire montre que les deux aspects sont plus intimement reliés que ne le laissent croire de telles distinctions.Ce qui n’est pas moins apparenté à l’Evangile, c’est son parti pris spontané en faveur de ceux de la base, ceux qui sont les éternels perdants d’une lutte économique où triomphent trop souvent ceux qui contrôlent l’argent et considèrent l’apport des travailleurs comme une denrée négociable qu’on peut manipuler à son gré.Ce qu’il rappelle souvent n’est que la transposition en termes populaires de l’affirmation d’un Pie XII réclamant qu’on respecte chez le travailleur son titre de sujet de l’activité économique, au lieu de le réduire à l’état d’objet, une des données qu’on est obligé d’inclure dans les coûts de production.Un dernier trait qui marque l’action sociale de Michel, c’est qu’elle a été indissociablement liée à l’engagement humain, social et politique de Simonne Chartrand.Car avant de faire équipe avec d’autres militants syndicaux, Michel a d’abord vécu un engagement avec sa femme.Ce témoignage du couple militant ressemble peu à l’image idyllique du petit couple tranquille qui a souvent eu la faveur de certaines équipes de foyers.Mais c’est en fait une image qui dépasse le portrait-modèle reçu et nous projette en avant: celle du temps d’une Eglise qui semble vouloir de plus en plus prendre ses distances avec un ordre social trop marqué par des valeurs dites bourgeoises et pressent que débute une époque de révolution structurelle où il sera devenu impossible de faire le raccommodage des vieilles étoffes, des vieilles façons de penser et d’agir.Michel et Simonne Chartrand annoncent cette époque.0 285 r un nuiRE uishce .DE L'EnCHGEniEnT CHREIIEn PAR RENE ET CLAUDINE VALLERAND Nous n’avons pas connu Michel et Simonne Chartrand intimement, c’est-à-dire au point de suivre leur cheminement.Nous les observions de loin, et parfois nos chemins se croisaient.Pourtant, nos vies se ressemblent en ce qu’elles ont tendu vers le même idéal.Nous étions tous quatre profondément engagés.Cet idéal que fut-il et qu’est-il encore aujourd’hui pour nous?Libérer l’individu, le couple, la famille, les groupes par une information et une éducation réalistes.En 1940, au début de l’Ecole des Parents, seuls l’intuition d’une tâche sociale à accomplir par des laïcs, l’épanouissement d’une vie débordant de projets, la nécessité impérieuse de vivre l’authenticité de notre christianisme nous motivaient.Quelques années plus tard nous fûmes attirés par la jeunesse dynamique de Michel et Simonne Chartrand, Réginald et Pauline Boisvert, Gérard et Alec Pelletier, et combien d’autres.La similarité de nos idéaux nous rapprochait.Toutes ces personnes représentaient à nos yeux une relève à laquelle nous songions, au plus fort du combat.Nous demeurions par ailleurs incapables d’accepter l’Action Catholique.Cette armée manipulée par la hiérarchie et son clergé, offrait des applications de vie soi-disant pratiques mais irréalistes et tarabiscotées et une spiritualité livresque et désincarnée.Aussi sommes-nous assez d’accord avec le jugement de Simonne sur l’Action Catholique, mais nous nous objectons fortement au jugement qu’elle porte sur les couples de l’Ecole des Parents quand elle dit: C’est là que Michel et moi touchons du doigt la coupure profonde qui sépare la religion de la vie .(Ci.p.267).Ce jugement de Simonne souligne mieux que toute autre preuve ne pourrait le faire, la déformation profonde opérée chez certains militants même des plus sincères, par l’Action Catholique de l’époque.Déformation qui pouvait aller jusqu’à une obsession maladive d’une spiritualité conjugale toujours introuvable.Parmi les couples responsables de l’Ecole des Parents, à une ou deux exceptions près de personnes non croyantes, motivées par une attitude authentiquement philantropique, les autres essayaient de vivre aussi authentiquement leur christianisme, s’accomplissaient dans la joie de se mettre au service de leurs compatriotes.Ils étaient appelés à fournir, non seulement le fruit de leur savoir, mais aussi de leurs deniers pour soutenir l’oeuvre dans laquelle ils s’étaient engagés.C’est pourquoi aucun d’entre eux n’était obsédé par la recherche d’une spiritualité conjugale.Ils en vivaient en tant que couples fraternisant et en témoignaient de leur mieux dans l’action, sans trop se poser de questions.Nous ne sommes pas d’accord non plus quand Simonne Chartrand parle du mutisme complet de l’Ecole et de son inengagement dans les problèmes sociaux .Informer nos semblables, les dépanner dans maintes occasions, servir de conciliateurs entre la Commission des Ecoles Catholiques de Montréal et le syndicat des professeurs et réussir à mettre fin en une nuit à une grève qui s’envenimait de jours en jours, etc .N’est-ce pas là un engagement dans les problèmes sociaux?Nous le croyons.Nous n’oublierons jamais, nous non plus, le passage de l’abbé Robert Llewellyn parmi nous.Il liait les générations, suscitait les initiatives.Comme un Jean XXIII, il ouvrit portes et fenêtres et le christianisme vivant pénétra partout sur son passage.C’est par son esprit et son style de vie qu’il nous révélait toute une dimension nouvelle du prêtre.Il y avait chez lui cette confiance dans le laïc, confiance dont nous avions tant besoin.Nous constatons à la lecture émouvante du récit de Simonne qui nous fait revivre toute une tranche de notre histoire, que nous avons réellement mené le même combat par des voies et des moyens bien différents.Les couples de l’Ecole des Parents, libres, indépendants, affranchis du cléricalisme, assumaient à plein leurs responsabilités dans les domaines où pouvaient servir leurs compétences.Personne ne pouvait mettre en doute la valeur, l’intégrité et l’authenticité de ces couples.Ceci nous permettait d’aller de l’avant et de mettre nos détracteurs devant les faits accomplis.Au moment où Michel se radicalisait, nous demeurions confiants dans les techniques d’actions auxquelles nous avions recours depuis toujours, dans les valeurs que nous avions toujours servies pour la promotion de la famille.Nous croyons plus que jamais que tant vaut la famille tant vaut la société.A notre grande joie, nous nous sentons aujourd’hui, comme couple, dans notre action quotidienne, solidaires de toute une pléiade de laïcs, de clercs, de religieuses, qui oeuvr.ent sur le plan de la revalorisation de la famille.En cette collaboration même des clercs et des laïcs, il faut bien reconnaître que les temps sont changés.Nous croyons très urgent, nous aussi, avec beaucoup d’autres de prendre conscience des forces hypocrites, intéressées qui nous manipulent tous.Elles brouillent les pistes et tentent par tous les moyens: la propagande, le noyautage, une publicité tapageuse et souvent malhonnête, de nous intimider et de nous empêcher d’accéder à notre maturité .C’est précisément parce que j’étais d’abord chrétienne, que je suis ainsi devenue socialiste nous dit Simonne Chartrand.Mais de quel socialisme s’agira-t-il?Nous croyons qu’il faut le créer de toutes pièces selon nos besoins et nos aspirations en tenant compte des valeurs authentiques, profondément humaines qu’il faut sauver à tout prix, afin de ne pas sombrer dans le matérialisme dépersonnalisant imposé à tant de peuples qui n’ont pas su s’en protéger.0 286 l'homme dans l'entreprise deux essais d’importance capitale L’Européen, à force de s’entendre exposer ses handicaps, nourrit un complexe d’infériorité.Il est temps de remettre les choses au point et de dissiper les mythes du fossé technologique, de l’inefficacité des moyens de recherche, du retard définitif en informatique, etc.L’Européen garde toutes ses chances dans la compétition civilisatrice de l’avenir : il est sans doute seul au monde capable de faire l’équilibre entre la technique, l’action et la vision intérieure.C’est à lui que revient de promouvoir le véritable humanisme scientifique de l’avenir.Marabout Service n° J32*** H.OStPti BASItF ^8aœâ;:W.>A.n3.Ki iei AojerwTtsreas?: les atouts de l’Europe lascience, faction, la pensée Un des hommes politiques les plus lucides de l’Europe d’aujourd’hui, tenant d’un socialisme nouveau, humaniste et ouvert, fait un examen critique, d’une précision remarquable, de la société industrielle néo-capitaliste confrontée avec les idéaux de la gauche.Ces deux courants sont-ils inconciliables ou peuvent-ils s’harmoniser ?Et comment ?A ces questions d’un intérêt capital, notamment pour ceux qui travaillent au sein d’une entreprise moderne, Henri Simonet donne, mieux peut-être que certains plaidoyers récents, des réponses claires et pratiques, qui serviront sans doute de base à de prochains dialogues.liPiPJ SIMONE T la gauche et la société industrielle OfïUX tEVrbîJ «rittyrxvftUia ?^ Marabout Service n° 133*** marabout ÿ EN VENTE PARTOUT A PRIX POPULAIRES déjà parus dans marabout service .sx x’ V: la formation s culturelle des cadres et des dirigeants l'étude économique , dans l'entreprise ;; - le leasing nouvelle technique de financement ox*xrn?rt s «quifM la psychologie dans l'industrie i la psychologie dans l'industrie gratuitement : sur simple demande à l’adresse ci-dessous, vous recevrez régulièrement le Magazine illustré en couleurs et le catalogue général.Distributeur général pour les Amériques : KASAN Ltée-226 Est, Christophe Colomb, QUEBEC P.Q. ELOGE DE milHEI [HORTROnD Voilà un homme dont le langage public, le langage privé et même le discours intérieur sont exactement le même.Voilà plus de trente ans que cet homme-là exprime à tout venant le fond de sa pensée, une pensée fruste et vigoureuse sur les situations et le régime, sur les événements comme sur les acteurs de la comédie humaine contre lesquels il tourne la force de son verbe et de ses sarcasmes.Il est probablement le trouble-fête le plus irritant que le Québec ait produit.Ce passionné, souvent excessif, tout plein d’intransigeance et de feu, est animé en son fond par des idées d’une générosité sans pareille.Il n’a aucune ambition mesquine ni aucune crainte; il ne fait aucun calcul et n’a aucune prudence.Comme il ne se soucie pas d’ailleurs de revenir sur ses attitudes, il ne corrige guère au fur et à mesure son tir, ni ce que j’appellerais sa politique, ou, pour mieux dire, sa pratique.On peut entretenir pour cette raison d’assez grandes réserves sur celle-ci.Je n’ai pas manqué pour ma part de lui exprimer à l’occasion les miennes, mais j’ai toujours admiré la force du personnage, son extraordinaire intégrité et son courage, d’autant qu’ayant pendant vingt ans travaillé non loin de lui, je sais qu’il n’y a pas d’écart entre ses gestes et ses paroles, entre ses paroles et ses pensées, sauf par où sa fougue verbale parfois l’entraîne.On pense bien qu’un tel volcan, qui fait penser à Léon Bloy par certains côtés, a plus d’une fois été injuste, par manque de nuances, et s’est parfois trompé de cible, faute de s’arrêter aux raisons qui expliquent quelquefois les différences d’attitudes entre gens pareillement sincères.Mais dans tout cela, sa générosité n’est pas en cause.Cet homme trop entier ne distingue pas toujours ce qu’il faudrait distinguer dans l’accomplissement de ce que j’appellerais sa mission, sa difficile mission, qui est de déchirer de haut en bas le voile de l’hypocrisie sociale et politique.Clamer des vérités que tout le monde tait plus ou moins.Venger par la parole l’humiliation des faibles.S’attaquer sans répit à de plus puissants que lui, au nom d’une cause.Payer pour cela de sa personne.J’ai souvent observé que Chartrand, capable d’excuser ceux qui n’ont pas toujours la force de ne pas fléchir, est au contraire impitoyable pour les habiles.Ce virulent, ce grand vivant, sans cesse éperonné par le scandale social, profère ses anathèmes comme on prophétise.On ne peut pas nier 1 étrange perspicacité que lui confèrent souvent son instinct de redresseur de torts et son mépris du calcul.Ce pamphlétaire, dont plusieurs ont du mal à saisir l’unité et la vérité du message sous son torrent verbal, il faut savoir entendre ce qu’il dit.Il y a une vérité de paix sous son langage agressif.Il y a une vérité de liberté sous sa parole intransigeante.Il y a une excellente nature sous son verbe offensant.Ce malcommode énorme est un superbe ami de l’humanité, quoiqu’on dise.Il n’a jamais cessé en tout cas de la défendre.Il faut bien en prendre acte.PIERRE VADEBONCOEUR \
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