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Maintenant
Revue d'idées très en phase avec les débats qui animent la société québécoise durant la Révolution tranquille.

[...]

La revue Maintenant arrive et s'inscrit dans l'effervescence du Québec des années 1960, au moment de la Révolution tranquille. Elle a pour vocation de remplacer la Revue dominicaine en créant un lieu de discussion collé sur l'actualité. Pour s'insérer davantage dans l'activité intellectuelle de son temps, la nouvelle revue affiche une facture moins savante.

Père Henri-Marie Bradet, directeur de la revue depuis ses débuts en 1962, rassemble rapidement de nombreux collaborateurs, clercs et laïcs. Plusieurs dominicains, mais aussi Benoît Lacroix, Louis Lachance, Émile Legault, Gérard Dion et Louis O'Neill offrent des contributions à la revue, tout comme les laïcs Hélène Pelletier-Baillargeon, Louis Fournier, Pierre Saucier, Dr Paul David, Ernest Pallascio-Morin, Jacques-Yvan Morin, Guy Robert et Naim Kattan, parmi de nombreux autres.

La volonté d'actualisation du catholicisme prônée par Maintenant tient ses racines dans le personnalisme des années 1930 et son ouverture à l'individualisme, et coïncide, en 1962, avec le programme de réformes du catholicisme de Vatican II, duquel la revue portera l'esprit au Québec. Elle offre une tribune aux catholiques de gauche, soucieux de montrer un esprit actuel et moderne à la jeunesse intellectuelle.

Maintenant s'adapte rapidement aux changements accélérés en cours dans la société québécoise et devient un lieu de débat important. Les clercs souhaitent se positionner comme porteurs d'une conscience morale évolutive de la société vis-à-vis des intégristes et du contrôle de l'Église. Cet humanisme chrétien motive Maintenant à adopter hâtivement le socialisme démocratique et à cautionner et pousser l'idée de l'indépendance politique du Québec.

Le contexte de laïcisation et de pluralité grandissante des affiliations religieuses, conjugué au déclin de l'attachement national canadien-français et catholique, donne naissance à un nationalisme québécois civique qui se manifeste notamment dans la déconfessionnalisation de l'enseignement public. Maintenant en sera partie prenante.

La revue participe ouvertement aux débats sur la régulation des naissances, mais, par principe religieux fondamental, demeure d'abord contre l'avortement. Et bien qu'elle appuie une laïcité ouverte, la revue refuse affronte la position radicale de la relégation du religieux à la sphère privée. Les audaces que Maintenant se permet font des mécontents à la tête de l'ordre dominicain à Rome, qui demande la destitution du père Bradet en 1965. La maison provinciale de l'ordre ne souhaite pas se ranger dans la réaction. Le père dominicain Vincent Harvey prend la relève de Bradet à la direction et offre au contraire davantage d'autonomie à la revue, qui appuie plus résolument le socialisme et l'indépendantisme québécois.

Maintenant souhaite mettre un terme au nationalisme messianique pour que toute la place soit laissée à un mouvement politique pragmatique, qui envisage la souveraineté politique comme moyen pour le Québec de se développer. Tous les dominicains ne sont toutefois pas à l'aise avec les positions politiques de la revue. L'ordre sort de l'aventure en 1969. Son maigre financement est dorénavant assuré par Pierre Péladeau. La revue délaisse alors presque complètement le contenu religieux pour se concentrer sur les questions politiques, sociales et économiques.

Durant la période qui suit, Maintenant accueille des collaborateurs réputés, dont Robert Boily, Jacques Parizeau, Michèle Lalonde, Fernand Dumont, Jacques Grand'Maison, Jacques-Yvan Morin, Guy Rocher, Camille Laurin, Pierre Vadeboncoeur et Louis O'Neill. Hélène Pelletier-Baillargeon y est toujours et sera d'ailleurs nommée directrice au décès de Vincent Harvey en 1972.

Maintenant est affiliée aux journaux indépendantistes et réformistes Québec Presse (1969-1974) et Le Jour (1974-1978). Les trois cahiers publiés en 1975 sont d'ailleurs distribués avec Le Jour. Plusieurs des collaborateurs des dernières années seront des figures importantes du gouvernement et de l'administration du Parti québécois à partir de 1976.

Source:

ROY, Martin, Une réforme dans la fidélité: la revue Maintenant (1962-1974) et la «mise à jour» du catholicisme québécois, Québec, Presses de l'Université Laval, 2012.

Éditeurs :
  • Montréal, P.Q. :les Dominicains en collaboration avec d'autres clercs et des laïcs,1962-1975,
  • Montréal :Éditions Maintenant inc.,
  • Montréal :Editions Maintenant :
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Revue dominicaine ,
  • Témoins
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Références

Maintenant, 1972-05, Collections de BAnQ.

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Jeanne-Mance, Montréal.FONDATEUR Henri Bradet DIRECTEUR Vincent Harvey ADJOINTS A LA DIRECTION Hélène Pelletier-Baillargeon, Richard Gay COORDONNATEUR DE LA REDACTION Yves Gosselin SECRETAIRE DE REDACTION Laurent Dupont SECRETAIRE ADMINISTRATIVE Louise Boileau COMITE DE REDACTION Robert Boily, Serge Carlos, Fernand Dumont, Jacques Grand'Maison.Jacques-Yvan Morin, Guy Rocher, Claude Saint-Laurent, Pierre Vade-boncoeur.CONCEPTION GRAPHIQUE: Louis Charpentier IMPRESSION: Imprimerie Montréal Offset Inc.DISTRIBUTION: Les Messageries Dynamiques Inc.(514) 384-6401 CONDITIONS D'ABONNEMENT: Abonnement d'un an $ 7.00 Abonnement d'étudiant $ 5 00 Abonnement de soutien $10.00 N.B.Les abonnements ne sont enregistrés qu'au reçu du versement.Résidence du Directeur: 2765, Chemin Côte Ste-Catherine, Montréal 250, Québec (514) 739-2758 Courrier de la deuxième classe Enregistrement no 1419 O O L'ordre et le chaos, le privé et le public U Jacques Grand'Maison OQ L'école, le Rapport Dumont et l'opinion de Mgr Grégoire O Z.Hélène Chénier OC On ne fait pas de bien au peuple O U Pierre Vadeboncoeur éditorial changer le contrat social Un conflit qui s’est déroulé une fois de plus au-dessus de nos têtes.C’est là une impression partagée par plusieurs.Il était bien difficile même les gens qui voulaient se enter d’avoir les données à de la main par les canaux ments avec leurs technocrates respectifs s’affrontaient derrière le rideau et des porte-parole de l’une éf de l’autre partie venaient de temps en temps sur la scène nous servir des slogans, des déclarations ambiguës ou contradictoires.On ne peut certes espérer que la négociation complexe d’un contrat de travail se fasse sur la place publique ou sous les feux de la caméra.Mais si le manque d’information est habituellement plus tolérable dans un conflit du secteur privé qui ne concerne qu’un nombre limité de travailleurs et une entreprise particulière, il le devient beaucoup moins cependant dans le cas d’une grève du secteur public qui touche à des services importants et vitaux pour-la collectivité.Tout le monde pour ainsi dire en ressent ou est susceptible d’en ressentir les conséquences immédiates.Dans un conflit qui met aux prises le gouvernement et les syndicats, l’opinion publique s’avère en outre l’arme décisive pour l’une comme pour l’autre partie.On peut se demander si les syndicats n’ont pas présumé trop facilement que l’opinion publique leur était plutôt favorable et qu’elle le demeurerait tout au long du conflit.Peut-être ont-ils cru que leurs brochures et publications, rédigées dans une rhétorique nouvelle et souvent importée, avaient passé suffisamment la rampe pour leur assurer cet appui de la population?Ont-ils également tenu suffisamment compte des préjugés et critiques qui circulent dans le peuple au sujet du syndicalisme et que certains politiciens et profiteurs du système actuel s’ingénient à entretenir?Conscient du courant populaire en faveur du “law and order”, de ses succès antérieurs dans l’art de manipuler l’opinion publique et des collaborations qui lui seraient spontanément offertes en ce sens, le gouvernement entrait donc dans le conflit avec un net avantage et pouvait se permettre de crâner.Il ne lui était point nécessaire de faire appel à une politique sociale très élaborée pour se gagner la faveur du public.Il lui a suffi, de fait, de distribuer à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires une brochure publicitaire (dans le style des annonces de la HFC et des compagnies de savons) dans laquelle il tentait d’impressionner monsieur-tout-le-monde par des chiffres globaux et des moyennes salariales qui camouflaient habilement les failles de sa politique.Une brochure, en outre, tout à fait dans la veine de la société de consommation où, par hasard, les habitants de la rue de la paix sont célibataires, ou avec charge familiale minimale, et dont le salaire permet de se payer le luxe d’un manteau de fourrure, d’une vacance à l’ombre des palmiers, etc.J’imagine que le ministre des affaires sociales n’y a pas trouvé la philosophie qui a présidé à la rédaction du volumineux rapport de la Commission Nepveu-Castonguay dont il fut le principal artisan.On se doute bien que le scénario gouvernemental n’a pas été laissé entièrement à l’improvisation.Il eut été très malhabile de la part du gouvernement de ne pas manifester aux yeux du public une volonté de négocier.Mais chose curieuse! Alors que monsieur l’Ailier faisait des efforts louables et sans doute sincères en ce sens, monsieur Bourassa jetait de l’huile sur le feu par des déclarations impertinentes, l’appareil judiciaire fabriquait des injonctions inédites et exemplaires avec une diligence inhabituelle, administrateurs d’hôpitaux (beaucoup moins loquaces durant la grève des médecins spécialistes) et certains journaux, écrits notamment dans la langue de Shakespeare, semaient la panique dans la population en dramatisant la situation au jugement même du ministre de la fonction publique qui fit des mises au point au cours d’une conférence de presse convoquée à cet effet le mercredi 12 avril (cf.Le Devoir, 13 avril).La situation se serait-elle tellement détériorée par la suite qu’il fallait y aller avec une main de fer pour ordonner le retour au travail?Sur ce point enèore le public manque d’information.Une fois la crise passée, il serait du devoir du gouvernement et des syndicats, par respect pour le peuple et la vérité, d’instituer une commission d’enquête composée, par exemple, de membres choisis pour un tiers par le gouvernement, pour un tiers par les syndicats et pour le troisième tiers par l’une et l’autre partie, et qui serait chargée d’établir ou de rétablir les faits selon le cas.A partir des résultats de cette enquête on pourrait mieux juger du bien-fondé de la loi 19 et de son intention véritable: visait-elle uniquement à assurer le retour au travail ou encore à matraquer les syndicats en minant le prestige de leurs chefs et en ralentissant l’oeuvre de politisation qu’ils ont entreprise ces dernières années?Malgré l’affirmation amadouante de M.Bourassa à savoir que “le syndicalisme est un instrument de progrès social”, on peut se demander si l’actuel gouvernement libéral et ses principaux bailleurs de fonds-ne voient pas d’un mauvais oeil la radicalisation récente des permanents syndicaux et la philosophie socio-économique que véhiculent leurs documents.Le capitalisme industriel s’accommode assez bien d’un syndicalisme d’affaires.L’un et l’autre se sont apprivoisés dans la société américaine.Mais quand le syndicalisme, au niveau de ses cjiefs tout au moins, démasque le système et s’oriente vers un autre type de société cela devient plus inquiétant.Serait-ce cette inquiétude un peu affolée qui a dicté la loi 19 dont le moins qu’on puisse dire avec le maximum d’indulgence, c’est qu’elle ne passera pas, au regard de l’histoire, pour un chef-d’oeuvre de pondération et de sagesse juridiques?Plusieurs ont reproché aux syndicats de jouer à la fois sur deux tableaux au cours de cette négociation: le syndical et le politique.Quel 3 # m ediloria que soit le parti au pouvoir, il appartient à tout groupe de pression et en particulier aux syndicats de faire évoluer les politiques sociales d’un gouvernement.Le front commun syndical a sans doute indisposé ou dérouté le gouvernement en lui proposant un projet social qui, somme toute, ne bouleversait pas de fond en comble le système économique actuel.Au lieu d’accuser le front commun de s’ingérer dans le domaine politique sans mandat — excuse trop facile —, le gouvernement aurait peut-être pu démontrer qu’il possède une certaine marge de liberté par rapport aux pressions de l’entreprise privée et qu’il entretient certaines préoccupations d’améliorer le contrat social au Québec, en prenant sérieusement en considération les demandes syndicales concernant le salaire minimum de 100 dollars par semaine, la réduction de l’accentuation des écarts de salaire entre les fonctionnaires et l’égalisation des avantages sociaux pour tous les syndiqués du secteur public.Ce sont des mesures que la majorité de la population accepterait assez volontiers, car la disparité croissante des revenus dans le Québec devient de plus en plus scandaleuse.On se demande en outre pourquoi M.Castonguay n’a pas saisi cette occasion unique de mettre en branle sa politique du revenu garanti?En était-il empêché par ses collègues ou par quelques petites susceptibilités constitutionnelles du gouvernement central?Face à des concessions gouvernementales raisonnables, le front syndical aurait sans doute modifié certaines de ses recommandations qui semblent, du reste, contredire partiellement leur option socialiste.Comment peut-on, en effet, prôner d’une part la réduction des disparités salariales et réclamer d’autre part, dans la même négociation, que le gouvernement calque son échelle de salaires pour les différentes catégories d’employés sur celle du meilleur employeur du secteur privé?On sait que la grosse entreprise multinationale paye grassement ses technocrates et ses administrateurs.Quelle que soit l’issue du présent conflit, il aura appris un certain nombre de choses à beaucoup de gens.Le gouvernement se rendra 4 compte, du moins nous l’espérons, que personne n’y gagne à laisser pourrir la situation et à régler ensuite les problèmes de façon cavalière par des lois bâtardes et préjudiciables à la démocratie.Les syndicats reconnaîtront à leur tour que pour mener à bien une grève dans le secteur public il faut d’une part que les objectifs de celle-ci soient précis et clairement expliqués à la population au préalable, et que d’autre part ses modalités soient bien définies et largement divulguées de façon à éviter la panique et les dramatisations démagogiques.Deux philosophies sociales s’affrontent désormais au Québec.Jusqu’à maintenant, l’affrontement était surtout verbal; il commence à s’exprimer dans des fronts communs intersyndicaux et des stratégies concrètes.Ce que M.Bourassa appelle le malaise qui existe dans les syndicats apparaît au contraire comme un signe d’espoir à ceux qui veulent un changement profond denotre société.On ne peut que se réjouir que les syndicats sortent de leurs visées restreintes de simples revendications salariales pour leurs membres et s’intéressent à l’aménagement global de la société.Nous ne pouvons plus faire de distributions artificielles, affirmait Louis Laberge au 12e congrès de la F.T.Q.en novembre dernier, entre des luttes strictement syndicales et des revendications dites sociales .Le travailleur n 'est pas bâti en pièces détachées.Qu’il soit opprimé comme locataire mal logé, comme consommateur exploité, comme citoyen faisant face à des pouvoirs anti-démocratiques ou comme outil de production d’entreprises qui l’épuisent et le jettent sur le pavé, il s’agit toujours d’un seul et même homme et c’est lui en entier qu'il faut libérer.(Un seul front, p.79).Cette libération de l’homme exige également qu’on s’occupe du culturel et qu’on promeuve la mise en place de structures de participation à l’intérieur de toute la société.Le Front du Québec Français groupant les sociétés Saint-Jean-Baptiste, l’U.C.C.et les Centrales syndicales, ainsi que les rapprochements des syndicats avec les comités de citoyens sont autant d’étapes prometteuses dans cette évolution.Un autre signe encourageant est l’autocritique que pratiquent les syndicats.Au début de ce même discours, M.Laberge disait aux congressistes de la F.T.Q.: La réflexion forcée qu'a engendrée l'actualité depuis le dernier congrès ne nous a pas renseignés que sur les autres.Elle nous a ouvert les yeux sur nous-mêmes, sur nos faiblesses, sur nos divisions, notre manque de cohésion, les difficultés de nos communications internes.Elle nous a même porté à nous interroger sur le sérieuX de nos prises de position en congrès, et il ajoute un peu plus loin: il faut s’adonner carrément à cette autocritique que nous commandent les événements.Il faut déceler avec précision les lacunes qui risquent d’empêcher notre mouvement d’être à la hauteur des tâches qui l’attendent (ibid, p.7 et p.9).Suit un examen de conscience franc que bien peu de partis politiques oseraient faire en public.Le travail de politisation de leurs membres ne sera pas chose facile.Il faudra plus que des publications venant du sommet de la pyramide.Ces informations doivent être transmises et digérées à la base dans des comités de formation des militants comme le propose le CFP (Centre de formation populaire) de la CSN dans sa brochure: Les travailleurs face au pouvoir, pp.146 et 147.La formation s’acquiert, en outre, dans la conjonction du savoir et de l’action, dans une fécondante réciprocité de l’un et de l’autre.Changer le contrat social dans la société actuelle, ce n’est pas seulement substituer une classe dirigeante à une autre, pour tomber sous la férule d’un capitalisme d’Etat où la nouvelle caste, celle des technocrates, imposerait ses valeurs et ses finalités aux travailleurs, c’est changer la nature même de la société de consommation qui nous aliène subtilement jusqu’au plus intime de nous-mêmes en nous imposant de faux besoins et des idéaux à ras-de-sol de pantouflards.Nous avons, tous et chacun de nous, un important virage à prendre pour nous convertir aux exigences de partage et de créativité d’un véritable socialism! dont aucun modèle dans le monde n’est encore pleinement satisfaisant.Vincent Harvey v y- • «.«¦^•.•¦•.^•vt- >• ‘f- gre,•-• -'•>.' .r- ¦ Sc : : i;ôi imm ¦¦¦ LE GOUVERNEMENT ET SON BILL 19 Le 21 avril 1972, M.François-Albert Angers, Président de la SSJB de Montréal, fit une vigoureuse déclaration sur la loi 19.Cette déclaration eut peu d’écho dans les journaux et brilla particulièrement par son absence dans Le Devoir.La tournure des événements dans la négociation qui devait avoir lieu entre le mouvement syndical et le gouvernement, pour les employés du secteur public et para-public, n’a lieu de réjouir personne.Dans les milieux syndicaux, on accusera le gouvernement; dans les milieux gouvernementaux, les syndicats auront tous les torts.Tout un courant de l’opinion publique aura tendance à donner raison au gouvernement parce qu’il est le gouvernement, symbole de l’ordre.En réalité, les choses ne sont pas si simples.Pas si simples, que M.Bourassa lui-même les a simplifiées en disant que si les syndicats veulent affronter l’Etat, ils devront apprendre que l’Etat ne cédera pas, parce que c’est l’Etat qui est élu et qui représente la population.M.Bourassa devra reprendre ses traités de droit et de philosophie du droit pour mieux percevoir les distinctions entre l’Etat et le gouvernement dans l’Etat.Cela seul permettra de voir si le mouvement syndical s’est vraiment attaqué à l’Etat - c’est-à-dire au bien commun de la population — ou s’il a contesté un gouvernement qui, faute de bien gouverner, met en péril le bien commun de l’Etat.Dans une juste conception de l’Etat, le pouvoir n’est pas non plus en lui-même la norme de la morale civique ou des exigences du bien commun.Si la justice veut être respectée, dit un adage, il faut qu’elle soit respectable.Parallèlement, on peut dire que si un gouvernement veut faire accepter les solutions de force comme conformes au bien commun, que ce soit la force de la loi, de la police ou de l’armée, il faut d’abord qu’il gouverne de façon à mériter la confiance populaire.Ce n’est pas le cas du gouvernement actuel à Québec sur de nombreux points majeurs du bien commun québécois.La législature québécoise reconnait aux travailleurs de la fonction publique le droit d’association et de négociation.Et il devait le faire parce qu’il s’agit là de droits fondamentaux.Or dans le présent cas, a-t-il vraiment négocié de bonne foi avec les syndicats?A-tril vraiment fait la preuve que les demandes syndicales étaient déraisonnables dans l’état actuel de la conjoncture québécoise?Il a affirmé un certain nombre de choses dans ce domaine, mais où est le dossier probant?En existe-t-il même un, le fait étant notoire qu’il n’y a pas, que l’on sache, de véritable politique salariale au gouvernement de Québec.L’opinion publique elle-même le perçoit qui, aux lignes ouvertes, ne manque pas de signaler toutes les incohérences et toutes les contradictions de la politique d’un gouvernement qui administre vaille que vaille au jour le jour sans vraiment gouverner.Le législateur a également reconnu aux employés de la fonction publique le droit de grève.Mais à quoi bon alors une telle reconnaissance, si c’est pour la dérision de laisser les travailléurs s’engager dans ce qui devient un cul-de-sac, si la grève doit être arrêtée par des injonctions ou des lois coercitives juste au moment où elle pourrait produire les effets qui sont censés en découler?Comment une opinion impartiale peut-elle admettre la modification en cours de route, à son avantage par une partie, de règles du jeu auxquelles elle a consenti au départ?Le gouvernement dans l’exercice du droit de souveraineté n’est pas, pour autant, autorisé à briser les règles d’un jeu qu’il a accepté de jouer au départ quand il agit dans sa fonction patronale.Il a violé les droits reconnus des travailleurs en n’acceptant pas d’en sortir, pour cette fois, par le jeu de la négociation, quitte à revenir ensuite comme législateur pour l’avenir sur le fonctionnement de ces règles au cours d’un débat normal.Autrement dit, dans les responsabilités à attribuer aux diverses parties en cause dans le présent litige et dans son dénouement imposé, il faut se rappeler que c’était au gouvernement d’abord, parce qu’il doit être le gardien naturel du bien commun, de donner l’exemple de la bonne foi, de la cohérence, de la vision nette des vrais problèmes.D est impossible de considérer que ces conditions se sont trouvées respectées dans la présente négociation syndicale.Et il y a malheureusement trop d’exemples de la manipulation de nos gouvernements par des intérêts qui n’ont rien à voir au bien commun pour qu’il soit objectivement possible d’approuver le genre de raideur et d’excès dans la raideur qui a été mis à casser le prestige syndical dans la fonction publique sous prétexte d’éviter l’anarchie.Dans ce domaine comme dans tant d’autres il faut conclure que le gouvernement actuel du Québec, élu d’ailleurs par une minorité des votes, ne mérite pas la confiance qu’il réclame pour se justifier de régler, par le bill 19 actuel, les négociations syndicales dans la fonction publique.François-Albert Angers 5 LE FRONT COMMUN: UNE REMISE EN CAUSE DU SYSTÈME?L’opinion suivante est extraite d’un éditorial de M.Emile Bouvier publié sur les ondes de TELE 7, Sherbrooke, le 7 avril 1972.(.) Très souvent dans l’histoire, certains événements ont provoqué des déclenchements massifs; ainsi des malaises publics causés par le chômage, par des prix en flèche, par l’écrasement de profiteurs, l’exploitation des consommateurs entraînent la création de fronts politiques comme en font foi les documents récents de la C.S.N.Ces déblocages historiques ne sont pas nouveaux; ils découlent de l’évolution inévitable et irréversible des sociétés modernes qui transforment les systèmes d’idées, de valeurs, de pouvoirs, d’institutions.Les syndicats et les régimes de relations de travail n’y échappent pas.Ceux-ci guidés par leurs bureaucrates abandonnent les politiques syndicales de revendications pour des politiques de contes- tation globale et d’accaparement du pouvoir politique.Il ne s’ensuit pas que ces ambitieuses visées syndicales atteignent automatiquement les convictions de la base; mais à la longue, la masse se fait manoeuvrer.Et si cette masse n’obtient pas gain de cause dans les revendications essentielles, telles qu’augmentations salariales, garantie d’emploi, bénéfices sociaux, elle s’emparera du pouvoir pour arriver à ses fins.L’Angleterre, la France, la Belgique ont connu ces révolutions socialistes.Soulignons, en passant, que ce socialisme diffère du système marxiste, du système soviétique; même avec un parti travailliste au pouvoir, il multiplie les contrôles de l’activité économique par l’Etat, élargit la zone du secteur public par rapport au secteur privé et favorise la politique des services sociaux et du plein emploi à l’égard de la classe des défavorisés.Pour atteindre à ces objectifs, il faudrait une masse ouvrière unie, cohérente, guidée par une idéologie politique.Or, au Québec, il n’existe pas de conscience de classe; l’individualisme des travailleurs, la morale du chacun pour soi, la poursuite des intérêts personnels: salaires, emploi, pension, sont tellement ancrés dans la mentalité de nos Québécois, que l’établissement d’une politique ouvrière est encore loin.Il suffit de rappeler les querelles inter-syndicales F.T.Q.— C.S.N., les alliances politiques fragiles entre la F.T.Q.et le NPD.Même si pour des cas d’espèce, les chefs se sont donné la main, la plupart des accolades n’étaient que pour un temps limité.Même aujourd’hui, en dépit d’un front commun F.T.Q.— C.S.N.contre le gouvernement, les deux mêmes centrales en viennent-elles aux coups sur les chantiers de construction de Sept-Iles et de Schefferville.Même, en dépit des fronts communs, les travailleurs s’affichent ou bien libéraux, ou bien créditistes, ou bien péquistes, ou bien unionistes.La base est sans cesse travaillée par des options politiques traditionnelles.Voilà pouquoi il existe entre les technocrates des centrales et les travailleurs qui votent des fossés larges et creux qui défient les sauts en longueurs.(.) Emile Bouvier prochaine étape.quand nous serons vraiment chez nous collj nou1 opte lisiri, le P.LE MANIFESTE oup.a Le Manifeste que vient de faire paraître la direction du Parti Québécois demeure dans la même ligne idéologique que celle du programme officiel de ce parti.Il y a ici conti nuité et non retour en arrière ou rupture.Par rapport au programme cependant de nombreuses précisions sont apportées en ce qui a trait aux objectifs et aux moyens préconisés pour les atteindre.Au total on peut parler d’un certain glissement à gauche, notamment en ce qui a trait à l’organisation économique.En effet on retrouve dans le Manifeste acec lu dpi' Elle j [ conte I loatio collect % du (Jr ci Si lospoc a fait ,, fions 0 Moins s Maniff % comme dans le programme la présence de trois secteurs économiques, l’étatique, le mixte et le privé, mais il nous semble que dans le Manifeste les deux premiers prennent encore plus d’importance.De même le rôle dévolu aux mouvements coopératifs au sein du secteur de la propriété collective ou sous contrôle de l’Etat nous apparaît un autre trait caractéristique de ce glissement à gauche.Il y a donc accentuation d’une même tendance; continuité mais non rupture.Le Manifeste se veut réaliste et opte pour ce qu’il appelle le gradualisme plutôt que pour un bouleversement soudain et global, ce qui n’exclut nullement la volonté de tirer le maximum de l’occasion privilégiée que représente l’accès à la souveraineté.Pas plus que dans le programme on ne retrouve dans le Manifeste l’expression d’un socialisme complètement articulé; les nombreuses précisions apportées dans le Manifeste en ce qui concerne le domaine de l’économie le démontrent.Il nous semble toutefois que ce gradualisme dans l’atteinte d’objectifs somme toute porteurs de profonds bouleversements situe mieux et plus nettement le P.Q.dans ce qui peut devenir la voie québécoise du socialisme.C’est un fait que les présents objectifs pourraient être portés plus avant, élargis sur certains points.Le rythme nécessaire pour les atteindre pourrait-il, lui, être profondément modifié?Le Québec peut-il échapper à ce qui au Chili est apparu comme la démarche la meilleure et la plus sûre?La réponse à cette question ne doit pas être cherchée dans l’absolu.Elle se trouve dans une analyse du contexte québécois, dans une évaluation de la conscience politique collective, dans la juste appréciation des forces en présence à l’intérieur du Québec et à l’extérieur de celui-ci.Si elle n’en transmet pas toutes les coordonnées, la direction du P.Q.a fait une telle analyse.Les propositions du Manifeste en sont les applications conséquentes.Moins développé sur les aspects non économiques du programme, le Manifeste de l’exécutif du P.Q.reconnaît cependant volontiers les faiblesses du programme en ce qui touche le problème du régime politique, ce qui l’amène à opter franchement pour un système présidentiel, et celui des structures régionales.Si on discerne bien dans le Manifeste tout comme dans le programme le souci de structures démocratiques et le rôle immense dévolu à l’Etat, on ne voit pas toujours aussi bien la place de l’individu et ses moyens d’intervention et de contrôle au sein de cet immense appareil étatique.Notons toutefois qu’ici et là des indications importantes sont apportées concernant, par exemple, le rôle des travailleurs dans la gestion des entreprises.Pas plus que lors de notre analyse critique du programme de 1970 ici dans la Revue Maintenant, nous ne pouvons nous défaire de l’impression que pour une large part les objectifs généreux de démocratie dépendraient en grande partie des vertus de l’Etat, d’un Etat très puissant.Indéniablement il s’agit là d’une partie du programme où beaucoup reste à faire.N’oublions pas cependant que sur ces questions le P.Q.se situe en plein terrain de recherches et d’interrogations.Au total il s’agit d’un texte clair, bien structuré, solide, exempt de démagogie facile, très stimulant et que tout Québécois a profit à lire.Au long des pages il y retrouvera le style imagé et nerveux de Lévesque et les démonstrations rigoureuses, sûres et impassibles d’un Parizeau.Le Manifeste représente une réflexion et une explication du programme par ceux qui ont la responsabilité de le faire connaitre mais aussi d’y réfléchir.Derrière ce texte: beaucoup de travail de recherche et de débats.Il faut se réjouir qu’il soit rendu public de nombreux mois avant le Congrès national d’automne et au moment où toute une série de textes documentaires sont aussi publiés par le Parti.C’est ainsi que la discussion démocratique et la participation peuvent et doivent être maintenus dans ce Parti.Nul doute que les débats seront nombreux et sérieux, mais cette fois les points de discussion sont mieux définis.Le débat en sera sans doute plus clair et plus fructueux.D’ores et déjà les critiques adressées au Manifeste par certains représentants du pouvoir économique attestent le sérieux et l'importance de ce texte! Quelles que soient cependant les analyses et les critiques que l’on pourra faire de ce texte, il faut dire et répéter qu’il est extraordinaire pour le Québec qu’apres plus de trois ans, ce Paiti poursuive, avec sérieux, compétence et un grand sens démocratique son projet de présenter aux Québécois une esquisse de plus en plus précise de ce que peut être le Québec de demain avec le P.Q.Malgré tous ces efforts, on continuera d’exiger davantage de ce Parti, on continuera d'épier chaque pas, de commenter chaque déclaration et de proclamer très haut chaque écart et chaque erreur.Tant mieux pour le Parti et pour le Québec.On peut se demander cependant pourquoi plusieurs de ces observateurs et de ces critiques ne mettent pas autant d’efforts à suivre d’aussi près les autres partis.On demande au P.Q.de tout prévoir et de tout garantir.A-t-on autant d’exigences à l'égard de ceux qui nous gouvernent?Alors où se situent l’aventure, la malhonnêteté intellectuelle.l’irresponsabilité et l’exploitation de la bonne foi?La création d’un parti de masse, démocratique, financièrement autonome, conscient de la responsabilité d’amener un peuple à la libération était un pari énorme.Avec la publication du Manifeste et le processus de discussion qu’il implique, le pari continue d’être maintenu.Robert Boily la chaise du maréchal ferrant I ou la vérité du pays .dans notre prodigieux pays dès qu’un Jean Goupil meurt, tout aussitôt un autre naît Il suffit d’une chaise, d’une vilaine chaise de maréchal ferrant, peinte à la suie et calcinée par endroit, pour que Jacques Ferron prenne parole et que son écriture se mette à nous raconter.La simplicité d’une chaise devient ici le noyau magique de l’écriture; c’est-à-dire le point de liaison entre les personnages, les événements et les lieux, et le cheminement de leur ensemble vers l’oeil du lecteur.Ainsi, pour que le conte soit, le conteur doit connaître la magie et maîtriser ses formules.Cette bonne dame a dû livrer de bien grands secrets à Jacques Ferron car, voilà bientôt vingtrcinq ans que, par elle, il raconte aux Québécois la légende de leur pays.De partance incertaine, ce pays a poussé, emplissant chaque oeuvre de sa toute présence, non seulement au plan géographique, mais bien par sa vie à l’intérieur de chaque personnage et son infatigable murmure sous chaque événement.Au fond, le Québec est le grand héros ferronnien; et si le Québec réel se précise peu à peu, Jacques Ferron y est pour quelque chose, qui l’a nommé par tous ses biais.Dans la chaise du maréchal ferrant, roman que les Editions du Jour ont publié, Ferron demeure fidèle à la marche de son oeuvre et continue la nomenclature de son pays.Il a donc suffi d’une chaise.Mais, admettons-le, cette chaise est peu ordinaire: elle peut voler et, surtout, elle permet un déplacement instantané vers le lieu choisi par celui qui saura la manier.Cette chaise de maréchal ferrant tient son pouvoir merveilleux du diable .et quiconque parle du diable sait pertinemment qu’il rôde non loin des hommes.Déjà, nous voilà sur la piste, l’argument naît et Jacques Ferron nous mène.Le livre est divisé en quatre parties et s’ouvre sur un conte qui, de fait, en compose à lui seul la première partie.Ce conte nous montre comment le diable qui est toujours dupe d’un Québécois plus malin que lui, sera roulé par un certain Jean Goupil, ex-contrebandier et riche retraité de Cap-Chat, et perdra sa merveilleuse chaise aux mains des hommes.Ce premier Jean Goupil mourant, un autre apparaît.Et la deuxième partie nous parle d’abord de l’origine du nom des Goupil et nous raconte ensuite comment un orphelin, à qui l’on donne le nom de Jean Goupil, réussira à s’emparer de cette chaise.Pour la troisième partie, on se trouve à changer de genre, à passer du conte à la chronique qui.doit s’inscrire dans une époque, entre telle et telle année de l’ère chrétienne.Ainsi Jacques Ferron, tout en nous décrivant l’ascension particulière de ce second Jean Goupil vers un poste de Sénateur, pourra, comme il aime bien le faire, inclure dans son récit nombre de détails de la petite histoire, ici, celle de 1938 à 1949.Les hommes publics, les Maurice Duplessis et Mackenzie King entre autres, n’ont pas toujours été ce que l’Histoire veut qu’ils soient.En ce sens, la parole de Ferron approche peutrêtre davantage la vérité par son rôle d’envers de médaille.Enfin, dans la quatrième partie, le Sénateur Jean Goupil pourra céder son siège merveilleux à sa fille, Jean Goupille, qui, à son tour, dupera le diable.Ce dernier se convertira à la vie- humaine .parce qu’il aimerait jardiner .et la vilaine chaise de maréchal ferrant cessera ses activités, les choses à dire ayant été dites.En plus de raconter, la chaise du maréchal ferrant a aussi d’autres fonctions, dont celle de situer.Le livre devient peu à peu, dans la suite des pages, un grand voyage aux intérieurs du pays.Car Ferron n’est pas photographe et ses descriptions prennent vite le sens d’une pénétration, en descendant vers le coeur de la race plutôt que de demeurer en surface, aux simples frictions de l’oeil sur la vie.H y a tout d’abord la Gaspésie: Cap-Chat, le Capucin, les Méchins .Rivière-aux-Renards, Rivière-Blanche .Rimouski, Matane, Sainte-Anne-des-Monts .Gros-Morne, et Madeleine, et Chi-pâgan pour ne nommer que ces lieux.Autant de villages, autant de noms peuplés qui prennent vie au rythme des phrases, que Ferron connaît pour les posséder dans la géographie de son oeuvre, pour les savoir se lever sur l’étendue de son pays.Il y a aussi Québec, la ville, et Montréal; Montréal avec son port, sa rue de la Friponne .Et dans ces rues, et au bout des rangs, mêlés à l’odeur de leur terre, à la sève de leurs arbres, vivent les Québécois.Le docteur Ferron les transpose par l’encre de son écriture sur du papier.Les Jean Goupil, le curé Godfrey, Lorraine Létourneau, Emery Samuel, le pape Poulin, la Romaine .les marins, les débardeurs qui emplissent la taverne Neptune, même l’étranger venu s’installer ici, venu prendre part à la vie commune .tous saisis dans la simplicité de leur vie quotidienne, dans la simplicité de leurs extravagances, aussi parfois, et qui entrent de plain-pied dans la légende, dans la vérité de leur pays.Par l’oeuvre de Ferron, dont la chaise du maréchal ferrant est peut-être le chef-d’oeuvre, les Québécois grandissent en eux-mêmes et deviennent ces géants qu’une aile de vent pourrait animer.Jacques Ferron raconte pour l’édification des peuples de mon pays.Raymond Plante Jacques Ferron, LA CHAISE DU MARECHAL FERRANT, 224 pages.Editions du Jour, Montréal 1972. où S'EN VA CLAUDE MORIN?On a dit beaucoup de choses de Claude Morin, sous-ministre responsable du contentieux fédéral-provin-cial pendant près de dix ans.On n’a pas assez souligné que c’était un haut fonctionnaire heureux.Début des années 60.Fin des années 60.Toujours le même.Toujours débordé.Disponible comme pas un.Un air mystérieux qu’il a peut-être emprunté à son Maigret préféré, en signes oci mois même temps que la pipe.Une façon de faire confiance désarmante.Déjà au départ, des collègues disaient de lui: il est plus proche du political executive que du grand commis de l’Etat.Parce qu’il avait commencé par écrire des discours politiques pour le premier ministre Lesage?Peut-être.Ou peut-être encore parce que identifié plus carrément aux politiques mises de l’avant par M.Lesage face à Ottawa?Mais Arthur Tremblay était nettement identifié à la réforme de l’Education, et ça n’était pas la même chose.De même pour Jacques Parizeau, identifié à certaines politiques économiques et salariales.Proches du pouvoir, Tremblay réagissait avec l’assurance nerveuse d’un ordinateur lâché dans un poulailler, Parizeau avec la jubilation rentrée d’un Lucien Saulnier en tuxedo.Morin, lui, était de toutes les photographies, de toutes les épopées, O Canada et vive de Gaulle, et il promenait sa petite machine du Québec-pointrd’appui-du-Cana-da-français avec une allégresse qu’il faisait bon de voir.En 1963, Morin disait: — D est vrai que je n’étais pas ferré dans les questions constitutionnelles, mais je crois qu’il suffit de consacrer trois ou quatre heures à un bon dossier, et l’on arrive à y voir clair.Morin disait encore: — La devise du Québec, maintenant, c’est: on a fini de taponner! Et sur la gueule d’Ottawa, par Lesage interposé, je te fous des Québec-expression-politique-du-Canada-français, des Québec-foyer-principal-de-la-culture-française, des Québec-levier-du-groupe-fran-cophone.Un peu plus, et ce pauvre Lester B.Pearson, avec sa casquette bleue, aurait créé par mégarde une commission royale d’enquête sur les séries mondiales de baseball! Mais voilà, à compter de 1966, la belle grosse machine à Morin et à Lesage est toujours là, mais quelqu’un a chipé le moteur.Daniel Johnson a beau mettre le grand Charles derrière le volant, on a eu beau cacher Jean-Jacques Bertrand dans le coffre à gants, rien n’y a fait.Mais quand Claude Morin a compris que Robert Bourassa avait décidé de s’asseoir carrément sur le siège arrière, en défendant même qu’on joue du klaxon, Morin a serré son petit bonheur déjà plus anémique et s’est dit, et nous a dit, et nous l’avons compris: je deviens conseiller spécial du gouvernement libéral québécois.C’était après Victoria, où il avait peutrêtre senti qu’on avait déjà fait au sous-ministre des Affaires intergouvemementales un statut particulier .Et puis en février, c’est la rupture.C’est lui qui décide de couper tous les ponts avec le gouvernement libéral.Serviteur toujours loyal de l’Etat, il n’allait quand même pas obliger le premier ministre Bourassa à prendre une décision: quand il s’agit d’une volonté d’Ottawa, Morin a toujours rêvé de garder l’initiative.Alors nous on s’est dit, quand même, où esLce qu’il s’en va ce gars-là?Lui qui déchiffre le dossier le plus compliqué en quatre heures, lui qui jabbait allègrement ce pauvre Lester éberlué en turlutant doucement: on a fini de taponner! Trois mois plus tard, toujours rien.Des attaques à fond de train contre Ottawa, contre Québec.Mais pas d’option partisane.Après avoir consulté Claude Ryan, Fernand Dumont, Léon Dion, Yvon Dupuis et Guy Lafleur, j’avais cru pouvoir penser que cet homme-là s’orientait vers le Parti Québécois.Nous avons tous oublié de consulter le politicologue Gérard Bergeron.En effet, M.Morin se prononcera sur son option après avoir écrit deux ou trois livres.Après sans doute une autre dizaine de conférences, et sept ou huit interviews à la télévision.Claude Morin me disait l’autre jour, au moment où les portes de l’ascenseur allaient se refermer sur lui: — je signalais, souvent, autrefois, que la devise du Québec ne.devait plus être Je me souviens, mais: On ne sait jamais .Ca promet! Je parierais ma chemise que ce gars-là va devenir journaliste .Louis Martin 9 une longue hi/loifc.te crédit /octal PAR ROBERT BOILY Qui pouvait penser, il y a quelque temps encore, que tout n’allait pas pour le mieux chez les créditistes provinciaux du Québec?Le souvenir des péripéties quelque peu grotesques de leur premier congrès à la chefferie s’était peu à peu estompé et le rôle indéniable de M.Samson dans le succès relatif de son parti aux élections de 1970 nous semblait propre à lui avoir procuré un leadership mieux assuré.Malgré des écarts qui provoquaient en même temps le sourire et l’inquiétude, compte tenu de la curieuse logique du chef céditiste, M.Samson semblait vouloir donner de nlus en plus l’image d’un homme sérieux, travailleur, pondéré et de moins en moins celle d’un amuseur public enclin aux simplifications abusives et outran-cières.Certes l’image n’était pas encore au point.Quant aux parlementaires créditistes, à en juger par leur comportement, ils témoignaient eux aussi de leur volonté de remplir consciencieusement leur mandat.Actifs et présents ils savaient affronter le mépris facile de plusieurs collègues de l’Assemblée et défendre en même temps que leurs croyances, les intérêts de leurs électeurs.Conscients d’être arrivés sur la scène provinciale à la toute dernière minute, sans programme précis et dans de curieuses conditions, les leaders créditistes avaient décidé d’un congrès d’orientation pour mars 1972.Il s’agissait de parfaire l’image de sérieux du parti tout en prenant le pouls des militants.Un tel congrès devait ac- coucher normalement d’un programme issu de la base et pouvant servir par la suite de cadre d’action aux leaders.On espérait aussi, à partir d’un tel programme, élargir la base du Crédit social vers de nouveaux groupes sociaux, en termes d’âge, d’activité et d’origine géographique.Une démission imprévue Face à cette évolution positive et devant la décomposition progressive de la ci-devant Union nationale, plusieurs appréhendaient cet élargissement de la base du Crédit social.Or c’est précisément au moment même où nous pensions commencer à mieux connaître nos créditistes provinciaux, et où un renforcement était possible, que M.Samson remit sa démission et qu’à la suite de toute une série de passes d’armes il se retrouva exclu du groupe parlementaire créditiste en Chambre et chef d’un autre parti créditiste, celui-là bien à lui.De nouveau, deux partis créditistes se réclament de la même clientèle et proclament leur légitimité.De nouveau l’énigme.Assistons-nous à une simple lutte au sommet qui n’atteindra pas l’ensemble des militants ou sommes-nous témoins plutôt d’une sorte de schisme?Les implications de ces péripéties peuvent être nombreuses et graves pour les prochaines années.Sans doute faudra-t-il, pour mieux mesurer la portée réelle des présents événements, attendre quelque temps.Alors nous pourrons peutrê-tre en évaluer les effets parmi les militants, ces militants qui, pour ê-tre très sensibles aux charismes de leurs chefs, n’en sont pas moins profondément convaincus de leurs croyances.Aussi n’entendent-ils pas qu’on leur soit trop infidèle comme M.Caouette lui-même a dû s’en rendre compte quand il a voulu par un tour de passe-passe imposer son candidat, M.Dupuis, la conscience des masses du Québec.Le phénomène créditiste C’est un fait que pour nous, ici, de la région de Montréal, le mouvement créditiste est toujours demeuré dans une très large mesure une énigme.Aussi, convaincus que pour mieux comprendre les événements actuels il fallait les replacer dans leur contexte historique, nous avons, quelques étudiants et moi-même, rencontré M.Michael Stein du Département de Science politique de l’Université McGill.Avec M.Maurice Pinard, son collègue de sociologie, M.Stein est un de ceux qui a consacré depuis déjà quelques années beaucoup d’efforts à l’étude du phénomène créditiste au Québec.Son interprétation globale de ce phénomène sera bientôt publiée à Toronto sous le titre: The Dynamics of Right Wing Protest: Social Credit in Quebec.Pour bien comprendre la nature du phénomène créditiste il faut, selon le professeur Stein, se rappeler que d’une certaine manière le phénomène créditiste c’est d’abord celui d’un large mouvement politique aux origines déjà lointaines et qu’ensuite c’est celui d’un parti politique fédéral ou provincial, point d’aboutissement de l’évolution du mouvement mais qui demeure une forme d’action parmi d’autres de ce mouvement.Le phénomène-parti, que ce soit au niveau provincial ou fédéral, n’a jamais à lui seul recouvert tout le phénomène-mouvement politique chez les créditistes.Il a retenu de son origine de mouvement plusieurs aspects et en a fortement subi les influences.Jusqu’à tout récemment on pouvait presque parler de parti-mouvement.Ce qui serait en train de se passer, ce serait la tentative chez certains créditistes pour que ce parti-mouvement devienne pleinement un parti politique aux attaches de plus en plus lâches avec le mouvement pour ne pas dire coupé de lui.Il y aurait tout particulièrement la volonté de modifier ce qui fut jusqu’à maintenant le style créditiste, le type de clientèle, les limites géographiques d’implatation du mouvement, le caractère amateur comme parti politique.Aussi est-ce en revenant sur les différentes phases de développement du phénomène créditiste, telles que nous les a présentées Michael Stein, que nous pouvons le mieux en percevoir le double aspect: mouvement-parti ainsi que les interinfluences de ces deux dimensions.C’est peut-être ainsique nous aurons le plus de chances de mieux saisir le sens de la crise actuelle.10 ¦’expression clfun profond moloise L'ancienneté du mouvement Nous sommes facilement portés à réduire le phénomène crédi-tiste à un phénomène exclusivement de parti politique dont les débuts remonteraient à 1957 soit au moment de la fondation du Ralliement des créditistes sous la direction de Réal Caouette.En fait le phénomène créditiste fait partie intégrante du panorama politique du Québec depuis les années de la crise (1936).Connus avant tout sous l’appellation de bérets blancs de 1939 à 1957, les Créditistes du Québec se rattachent à l’idéologie du major Douglas, fondateur du Crédit social en Angeleterre.Dès le début, on les trouve dans les villes et villages du Québec à l’extérieur de Montréal.Une autre exception à l’implantation créditiste, la Gaspésie.Partout ailleurs, on les retrouve dans les fermes, villages et villes de la plupart des grandes régions du Québec, le Nord-ouest (Rouyn-No-randa), les Cantons de l’Est, la ville de Québec, la région du Saguenay-Lac St-Jean.Dans les meilleures années, vers 1948, leur journal VERS DEMAIN, publié deux fois la semaine et distribué par les militants, rejoint peubêtre quelque 60,000 personnes.Dès cette époque, les membres du mouvement ont une participation directe à des élections fédérales ou provinciales.En 1948, on présente des candidats et on parvient à gagner environ 109r du vote provincial.En plus donc de l’ancienneté du phénomène nous retrouvons là des traits connus du Crédit social: son implantatation géographique, le militantisme des membres et la pratique des élections.Michael Stein découpe en trois phases l’histoire de ce mouvement.Une première phase, celle de mobilisation, irait de 1936 à 1957.C’est celle de la Ligue du Crédit social, de l’Union des électeurs avec Louis Even et Gilberte Côté-Mercier et de la première génération de créditistes.Vient ensuite la phase de consolidation du mouvement, 1957-1970 environ, phase pendant laquelle la seconde génération de créditistes apparaît sur la scène politique du Québec et se retrouve particulièrement dans le Ralliement des créditistes autour de Réal Caouette.Enfin, au cours7 des toutes dernières années, avec les représentants de la troisième génération de créditistes (Phil Cossette, André Fortin, René Matte, etc.) se serait amorcée une troisième phase, celle de l'institutionnalisation.Parler de phases plutôt que de périodes, c’est vouloir souligner qu’il ne s’agit pas d’un simple découpage chronologique mais qu’à chacune de ces phases certains traits nouveaux apparaissent cependant que certains des traits anciens demeurent.A chacune de ces phases correspondent des hommes, des comportements, des choix et bien souvent des crises.Aussi suivre le mouvement créditiste à travers son évolution c’est retrouver ses principaux traits, ses ambiguïtés et ses contradictions.1ère phase: la mobilisation 1936-1957 C’est en 1936 qu’apparaît le mouvement créditiste au Québec, sous le nom de La Ligue du Crédit social de la Province de Québec.Ses fondateurs: Louis Even, Armand Turpin et Louis Dugal.Even était un journaliste qui avait acquis ses connaissances de la doctrine du major Douglas au moment où il travaillait pour un industriel progressiste, J.J.Harpell, propriétaire d’une imprimerie à Gardenva-le, au Québec.Turpin, employé d’une compagnie à Hull, se familiarise avec les idées du Crédit social à travers surtout des journaux d’Ottawa, après l’élection d’Aberhart et des créditistes fédéraux d’Alberta en 1935.En 1936, le père Georges-Henri Lévesque l’invite à écrire dans l’Action nationale quelques articles sur le Crédit social.Quant à Louis Dugal c’était, au moment de la fondation du mouvement, un jeune avocat.C’est principalement parmi les membres des professions libérales et chez certains représentants de l’élite des grandes villes que les trois fondateurs développent leurs premiers cercles d’études.En 1938, ils recrutent la famille de Rosaire Côté, propriétaire aisé d’une compagnie de chaussures à Montréal et dont la fille, Gilberte, avait accompli des études de philosophie à l’Université de Montréal.Cette même année, attirée par les idées de Douglas, Gilberte Côté avait invité Louis Even à l’accompagner dans une tournée du Québec, de l’est de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick.A la suite de l’accueil très favorable des fermiers et des ouvriers elle offre à Louis Even de payer son salaire s’il quitte son emploi chez Harpell et accepte de se dévouer à plein temps pour le mouvement.En 1939, Louis Even et Gilberte Côté fondent le journal bi-mensuel VERS DEMAIN.Sur le plan spirituel, c’est à la propagation de la doctrine sociale de l’Eglise que le journal se consacre tandis que sur le plan temporel il se fait le propagandiste du Crédit social.Malgré l’opposition de Dugal et de quelques autres, Louis Even et Gilberte Côté ont déjà l’intention de transformer ce petit cercle d’étude, limité à une élite, en vaste mouvement de masse; ce sera en 1942, l’Union des électeurs.De 1939 à 1948 donc, sous leur impulsion le mouvement grandit rapidement.La méthode de recrutement était simple mais très efficace.On attribuait à chaque membre un certain quota de nouveaux membres à recruter.La formule d’abonnement se trouvait dans VERS DEMAIN.Ceux qui atteignaient un certain quota (25 membres) étaient nommés automatiquement membres de l’Institut d’Action politique qui regroupait en quelque sorte l’élite du mouvement.Ils étaient dans les meilleures années, de 2,000 à 3,000 membres.Les plus fidèles et les plus actifs devenaient directeurs du mouvement.Quant au nombre d’abonnements à VERS DEMAIN, il passe de 2,000—3,000 en 1940 à 35,000 en 1943 et à 65,000 en 1948 où le mouvement atteint son apogée.Louis Even et Gilberte Côté (Côté-Mercier après 1940) sont les véritables chefs du mouvement.Louis Even, c’est le prophète et le traducteur des idées du major Douglas auprès des classes modestes du Québec.Gilberte Côté-Mercier, c’est l’organisatrice, la propagandiste par excellence qui définit généralement les stratégies et introduit les symboles comme, par exemple, les fameux bérets blancs.Jusqu’à la formation du Ralliement, ils maintiendront un contrôle très strict sur le mouvement; Gilberte tolérant difficilement l’opposition, plusieurs purges auront lieu.En 1944 une alliance avec les membres du parti Crédit social de l’Ouest s’élabore.Les tensions viendront rapidement, par suite de divergences de vue sur la question de la conscription et de l’orthodoxie de l’aile nationale et de son journal, 11 une longue hi/loiie ••• après que Manning et Salon Low eurent opéré une purge des orthodoxes en 1948.Une amère rupture devait s’ensuivre.La participation électorale Sur le plan de la participation aux luttes électorales, c’est dès 1940 que le mouvement fait son entrée.Il s’agit avant tout de faire avancer les buts éducatifs du mouvement.Aux élections fédérales de 1940, Louis Even et Armand Turpin sont candidats, mais ils sont défaits.Aux élections provinciales de 1944 le mouvement présente 11 candidats, mais tous perdent leur dépôt.En 1945, au fédéral, c’est 40 candidats cette fois, mais vainement.En fait la première et seule victoire sera celle de Réal Caouette à l’élection fédérale partielle de 1946 dans Pontiac.Par suite de ce succès, Caouette et quelques autres jeunes poussent les directeurs du mouvement à présenter des candidats dans toutes les circonscriptions (92) à l’élection provinciale de 1948.Ils obtiennent 150,000 votes mais tous les candidats sont battus.En 1949 on tente de nouveau le coup au fédéral avec 50 candidats mais sans succès, ce qui amène les directeurs du mouvement à décider le retrait des campagnes électorales.Toute une série de tactiques seront par la suite utilisées pour la défense des idées créditistes: campagne de lettres aux ministres à Ottawa, rencontre avec Paul Martin, ministre de la Santé et du Bien-Etre, pénétration dans la politique locale, marche à Québec et même une alliance avec les Libéraux de Lapalme en 1956 dans un front d’opposition à Duplessis.Toutes ces tactiques ont échoué.En fait le mouvement tourne au ralenti.Le contenu du journal et les réunions sont devenues de plus en plus spirituelles (prières à la Vierge, etc.).Le nombre des membres commence à décliner.La réaction ne pouvait tarder.Elle provient de membres de la deuxième génération de créditistes; ils ont entre 25 et 35 ans en 1957.Us entendent séparer l’aspect religieux et l’aspect temporel du Crédit social pour mettre l’accent sur l’action électorale.Us provoqueront une scission et établiront sous forme de parti leur propre aile du mouvement.Ainsi avec la formation de l’Union des électeurs — qui se veut une réaction à la tendance de la Ligue à n’è-tre qu’un mouvement d’éducation au niveau d’une petite élite d’intellectuels et de membres de professions libérales — le Crédit social devient véritablement un mouvement politique et le demeurera jusqu’en 1957.A l’instar des partis politiques et des groupes de pression un mouvement politique cherche à influencer les décisions politiques et ceux qui les prennent.Contrairement au groupe de pression le mouvement politique poursuit des objectifs très larges à base d’éducation politique et de mobilisation de masse.Il faut noter que d’une manière générale un mouvement politique cherche à articuler toute une série de croyances et de buts plus ou moins utopiques sous forme d’idéologie.Tel fut le Crédit social avec l’Union des électeurs.En cela, il peut s’apparenter à un parti politique.A l’encontre d’un parti politique cependant, le mouvement politique ne cherche pas à prendre le pouvoir.De fait l’Union des électeurs a toujours nié, même lorsqu’elle participait à des élections, qu’elle cherchait à prendre le pouvoir.Par l’éducation des masses on voulait faire pression sur les gouvernants, les persuader d’appliquer les idées du Crédit social.Tout comme le major Douglas, l’Union des électeurs rejetait le système de parti qu’elle considérait comme un jeu de marionnettes aux mains des grands financiers, des banquiers, etc.Ce n’est qu’après bien des hésitations que le mouvement se décida à participer à des élections, mais non sans avoir affirmé très haut que.ses candidats étaient choisis démocratiquement par une union des électeurs et que s’ils étaient élus, ils devraient se considérer comme des délégués de leur circonscription et demeureraient sujets au rappel.Le Crédit social de cette période, comme c’est souvent le cas dans les mouvements politiques, connait un leadership fort.Déjà les dirigeants tirent une large partie de leur autorité de leur rôle reconnu d’interprète privilégié de la foi créditiste mais aussi de leurs qualités d’agitateurs et de propagandistes.Ce sont des individus entièrement dévoués à leur cause.Un mouvement de protestation Par son style, son organisation, ses dirigeants, ses modes d’action, le Crédit social de cette période est un mouvement social à caractère politique.Par son idéologie il est un mouvement de protestation de droite.Le Crédit social cherche avant tout à modifier les décisions dans certains secteurs ainsi que quelques unes des normes qui servent de critères pour ces décisions, mais sans porter atteinte fondamentalement au système.Il est de droite dans ce sens où il fait alors appel avant tout à des secteurs de la population qui connaissent une régression et entendent préserver à tout le moins les conditions du présent et si possible recréer la société du passé.Il est de droite aussi et peut-être davantage, parce que son appel est essentiellement conservateur et orienté vers la préservation d’un ordre social et économique que l’on croit menacé de disparition.Pour les Créditistes, les valeurs traditionnelles d’obéissance, de devoir, de moralité étaient plus répandues dans la société du passé.Ces valeurs pourront être rétablies aussitôt qu’il sera mis fin à l’influence corrompue du capitalisme monopolistique et que les appétits des banquiers seront restreints par le système du crédit social.Elles le seront également dès que l’on endiguera les idées pernicieuses du socialisme, idées véhiculées par les mass media en provenance surtout de Montréal.Un curieux mélange Nous retrouvons donc dès cette période toute une série de traits qui nous sont familiers et dont les comportements des créditistes actuels continuent de témoigner.Dès cette époque, il y a ce curieux mélange de soucis démocratiques et de style plébiscitaire, de forte dénonciation de la pauvreté des laissés pour compte du progrès et de profond conservatisme des solutions, de religion et de politique.Ces divers traits sont toujours demeurés et ont toujours continué de marquer le comportement des Créditistes alors même que le mouvement allait connaître des transformations tant du point de vue des orientations que de celui des modes d’action.12 2ème phase: la consolidation 1957-1970 Cette phase se caractérise avant tout par l’émergence de Réal Caouette comme leader du mouvement crédi-tiste.Caouette appartient au mouvement depuis 1940 et possède une solide réputation de propagandiste doué et efficace.On l’appelait “le tonnerre” (Vers Demain, 1943).Après sa victoire électorale de 1946 son goût de la politique électorale se développe.L’homme a trouvé son terrain.Avec d’autres créditistes de la deuxième génération.Gilles Gré-groie, fils de E.Grégoire, Francis Even, fils de Louis Even, Roland Corbeil, Laurent Legault, excellent organisateur et administrateur, Caouette croit qu’il faut s’opposer à l’aspect trop religieux de l’Union des électeurs.En septembre 1957.12 membres de l’Union des électeurs se rencontrent pour former le Ralliement des Créditistes.A l’origine il n’est nullement question d’établir une organisation tout à fait nouvelle par rapport à l’Union des électeurs.Ce que l’on souhaite créer c’est une organisation parallèle mais dans le cadre de l’Union.C’est face à l’opposition farouche des directeurs Even et Côté-Mercier qu’on doit se résoudre à former une entité différente.Dès le printemps on parle du Ralliement comme d’un nouveau parti-mouvement.Caouette dira parti ou mouvement, c'est la même chose.Pour Laurent Legault le Ralliement était un parti, un instrument nouveau du mouvement et devait être très distinct de celui-ci.Si on maintient les tâches d’éducation, il faut avant tout consacrer les efforts à organiser l’électorat afin de faire élire le plus grand nombre de candidats et d’arracher le pouvoir.La progression du Ralliement est tout d’abord très lente.Très largement, le Ralliement se compose d’anciens membres sécessionnistes de l’Union des électeurs.En 1960.Caouette et Legault tentent une Union avec les créditistes de Robert Thomson.En 1961, ils sont présents à la convention d’Ottawa, en compagnie d’une délégation assez importante.C’est par une mince marge que Thomson est élu.Caouette devient le chef adjoint, sous Thomson.Mais ce qui fut beaucoup plus important, c’est que dès 1958 le Ralliement met sur pied une série de programmes à la télévision, une série qui devient rapidement populaire.En 1960, de nouveaux éléments viennent au parti-mouvement, de nouveaux éléments qui ne sont pas d’anciens créditistes (Dr Marcoux, Chapdelaine, Frenette).Le groupe des bérets blancs demeure toutefois prédominant, en particulier à la direction du mouvement.Avec Legault.les structures électorales et méthodes de financement demeurent celles des bérets bancs: il s’agit essentiellement d’un système d’auto-financement.L’idéologie demeure celle de l’Union des électeurs.Les associations de comté continuent de se préoccuper de l’éducation politique des membres.A vrai dire, seule a changé la stratégie: le Ralliement est entièrement dévoué aux objectifs d’un parti politique, c’est-à-dire l’obtention du pouvoir.Le résultat de tout ce travail devait se faire sentir à l’élection fédérale de 1962: le Ralliement obtient 26U du vote et 26 sièges.Les fiefs sont les mêmes que ceux de VERS DEMAIN et de l’Union des électeurs.En 1963, grâce à une expansion dans la région de Montréal, le Ralliement atteint 29rr du vote exprimé.Par la suite, malgré bien des efforts, le Ralliement verra son appui diminuer, 19rr en 1965, 16rr en 1968 avec seulement 14 sièges.A cette dernière occasion le parti anéliore malgré tout certaines de ses positions.Une période de tensions Il est important de se souvenir que cette période en fut une de tensions, de scissions et de retrouvailles.Deux types de problèmes ont été les occasions de ces tensions, le problème du caractère national — coast to coast — du parti créditiste et le problème de l’entrée, ou plutôt du retour, sur la scène provinciale.Le rappel de ces diverses crises montre que le mouvement possède une capacité extraordinaire d’absorber les crises qui peuvent originer de ses ailes politiques.Il y eut tout d’abord le conflit Caouette-Thomson, conflit qui aboutit à la scission de Granby (août 1963) et à la formation de deux partis créditistes en Chambre, celui de Caouette et celui de Thomson, les deux recrutant des appuis au Québec.La réunification devait se faire par la suite.Le deuxième type de conflit, celui du niveau d’action à privilégier, le fédéral ou le provincial, est de loin le plus important pour le Québec.De fait ce débat remonte à l’Union des électeurs.A ce moment-là, même si on croyait que la doctrine créditiste ne pouvait s’appliquer qu’au fédéral, l’Union participa à des campagnes électorales provinciales.Caouette y fut candidat.Par la suite, surtout après 1965, Caouette devait moins s’intéresser à ce niveau et même s’opposer à un retour sur la scène provinciale.Dès le lendemain de la victoire de 1962, soit en août 1962, une partie des Créditistes, sous la direction du Dr.Marcoux, entendait se préparer pour l’élection provinciale.Cette idée fut débattue en Congrès et rejetée sous l’influence de Caouette.De nouveau en 1963 l’idée revient au Congrès et une fois de plus elle est battue.A Montréal, en janvier 1964.un questionnaire remis aux militants montre qu’une majorité de Créditistes voulaient rentrer sur la scène provinciale, mais seulement 42^7 acceptaient Caouette comme chef provincial.Caouette n’avait donc pas tout à fait tort de considérer depuis le début cette idée comme une menace à son leadership.A l’été 1964, à Québec, on vote en faveur de la création de structures provinciales.A St-Jérôme, en 1965, Laurent Legault est choisi comme chef intérimaire provincial.On vote aussi des fonds pour une élection provinciale et on recommande la tenue d’une assemblée pour le choix d’un leader.Caouette accepte tout d’abord l’ensemble des décisions mais au cours de l’hiver 1966, il rejette tous les efforts d’organisation de Legault et de ses compagnons.C’est dans ce contexte que les responsables provinciaux rencontrent René Jutras, chef de l’ancienne droite du RIN et qui s’est séparé de ce parti pour former le Regroupement national.Présent à l’élection de 1966 sous le nom de Ralliement national (RN), le nouveau parti créditiste provincial ne recueille que 3.2^7 du vote.Déjà cependant il réussit en Abitibi, au Saguenay-Lac St-Jean et près de Québec à aller chercher un vote relativement important.Au moment où Gilles Grégoire devient leur chef, au Congrès de Victoriaville, à l’été 1966, le RN est moribond.Lorsque Grégoire négocie une 13 I*expie//ien d’un profond moloi/e alliance avec le MSA en 1967, une partie des membres du RN le suivent, une autre partie retournant au Ralliement créditiste.De nouveau en 1970 on réussit à convaincre Caouette que Faction provinciale est désirable.De nouveau le problème de la chefferie se pose.On connaît la suite: en mars 1970 l’incident Y-von Dupuis et en avril l’élection de 12 créditistes dont leur chef Camil Samson.Les crises ont donc été nombreuses mais toujours jusqu’à maintenant les Créditistes se sont retrouvés fidèles à eux-mêmes.Il est vrai qu’en 1970, le RC du Québec ne semble pas avoir réussi à récupérer la totalité des votes créditistes au fédéral.Doit-on voir là un signe de l’affaiblissement accru du mouvement ou plus simplement le refus de certains électeurs de suivre sur le plan provincial?Au-delà de cette question du niveau d’action, il est certain que la présente crise possède ses traits propres qui correspondent à une nouvelle phase du mouvement créditiste au Québec.3ème phase: l'institutionnalisation Cette phase correspond généralement dans les mouvements politiques avec la recherche de compromis, d’alliances.Le mouvement y perd de sa vigueur première, de sa pureté originelle.Le pragmatisme a de plus en plus tendance à l’emporter sur la rigidité idéologique.Cela survient généralement avec la venue d’hommes nouveaux, issus de l’extérieur du mouvement, échappant en grande partie à la culture du groupe.Le goût du pouvoir pousse au changement, à la professionnalisation et à la nécessité de dépasser les assises traditionnelles.Pour Michael Stein le mouvement créditiste serait entré depuis peu dans une telle phase.On pourrait en trouver des signes dans l’arrivée aux élections fédérales de 1968 d’hommes nouveaux comme Matte, Fortin et Rodrigue.La formation de l’aile québécoise, l’élection d’hommes nouveaux autour desquels la présente querelle se développe en seraient d’autres signes.Un Phil Cos-sette et un Armand Bois représenteraient au Québec un type nouveau 14 alors qu’un Camil Samson ou un Dumont continueraient de représenter le type créditiste traditionnel.Au coeur du débat, il y a la volonté des hommes nouveaux de moderniser le parti, de mettre quelque peu et progressivement la sourdine sur certaines thèses créditistes, et de remiser au rancart certains comportements types qui ont attiré si souvent sur les Créditistes le sarcasme ou du moins le sourire.Conscients du péril de s’appuyer uniquement sur certains secteurs en voie de régression, ces hommes cherchent à élargir la base sociale du parti, à pénétrer plus avant dans des centres urbains d’importance.Il y a une modernisation à opérer qui tout au bout ferait du R.C.un véritable parti politique, animé par des professionnels soucieux de compétence et d’efficacité.Au folklore et au charisme des chefs, on entend substituer le comportement pondéré et responsable d’une direction compétente et plus technocratique.L'énigme demeure Cette rétrospective historique permet de mieux comprendre les traits de comportement des Créditistes, surtout des militants mais aussi dans une certaine mesure des électeurs.Depuis la Ligue, le mouvement créditiste a connu au Québec toute une série de transformations, mais tout au long de cette longue aventure, aussi longue que celle de l’Union nationale mais avec un militantisme bien différent, le mouvement a toujours conservé à côté des traits nouveaux, des traits anciens, qu’il s’agisse du rôle de la discussion religieuse, de l’implantation sociale et géographique, de la manière de faire la politique et de la concevoir.Parti des mécontents, le Ralliement créditiste se trouve placé dans une situation difficile: aussi longtemps que les mécontents demeurent prisonniers de l’idéologie traditionnelle, le mouvement peut sembler, par sa violence dans la dénonciation des injustices mais aussi par son respect des valeurs traditionnelles, religieuses, nationales, sociales, sinon la meilleure réponse, du moins le meilleur choix.A mesure cependant que l’érosion des valeurs traditionnelles (religion, famille, école, travail, etc) se développe et, que la conscience de classe et la conscience nationale s’élargissent, le Crédit social risque de voir sa clientèle porter son choix ailleurs.Le comportement électoral des ouvriers à Montréal et ailleurs en province en avril 1970 nous semble de ce point de vue significatif.~Y>ur maintenir sa présence et éventuellement l’accroître, le R.C.peut demeurer le parti des mécontents, des nostalgiques, des conservateurs, de la droite mais à condition de modifier son idéologie pour devenir plus explicitement le parti du statu quo, de la résistance au changement, en faisant appel à toutes les couches sociales.Déjà le parti rassemble ces deux types d’électorat, les Créditistes et les mécontents venus d’ailleurs, et pour que cet électorat s’élargisse encore il faut, ou que le R.C.se substitue pleinement à l’U.Q.ou qu’il s’y intègre, et pour y arriver il faudra qu’il échappe à ce qu’il fut jusqu’à maintenant.D lui faut modifier profondément son image.D fut, non sans ambiguité le parti des mécontents.Il lui faudrait devenir explicitement le parti de la réaction.Si tel est le projet de ceux qui présentement s’opposent à M.Samson, ce qu’ils visent constitue un défi énorme, le plus grand peut-être qu’a eu à relever jusqu’à maintenant ce mouvement.Une telle démarche ne peut que rapidement prendre figure de reniement et d’infidélité à la foi du mouvement et il est indéniable que M.Samson tient là une arme qui peut être encore efficace aux yeux des militants.Pour rendre compte de la signification à long terme de ce qui serait en train de se jouer, il faudrait donc moins parler de schisme mais plutôt d’un processus de laïcisation du mouvement.Aux yeux d’un croyant créditiste, c’est probablement plus grave.Aux yeux de plusieurs des électeurs, ce l’est probablement beaucoup moins.Il reste que dans cette lutte, les militants conservent un pouvoir non négligeable.Pour un avenir prochain, l’énigme demeure.# PAR GUY ROCHER ¦von illkh févoMionnaife ou féactionnaire?Il y a une mode pour ne pas dire un mythe Ivan Illich.On se réfère volontiers à lui comme au penseur le plus d’avant-garde de la réforme scolaire.Les idées radicales qu’il a exprimées ont attiré sur lui l’attention et lui ont valu une popularité considérable.Il n’est cependant pas nécessaire de lire beaucoup Ivan Illich pour connaître sa pensée sur l’école.C’est toujours les mêmes thèmes qu’il exprime, que ce soit dans ses articles de The New York Review of Books, Les temps modernes, Esprit, ou dans ses livres Deschoo-ling Society, (traduit en français sous le titre Une société sans école) et Celebration of Awareness (traduit sous le titre Libérer l’avenir).Ces thèmes sont les suivants.L’institution scolaire est néfaste à l’homme et à la société, car c’est sur elle que repose la société de consommation.L’école sert moins à transmettre le savoir, comme le veut l’idéologie officielle, qu’à développer chez l’individu les attitudes et les motivations qui le conditionnent à accepter la société de consommation, à l’entretenir et à la perpétuer.Pour sauver l’homme contre lui-même et reconstruire une société humaine qui respecte l’homme au lieu de respecter les choses que produit l’homme, il ne reste qu’une solution: il faut abolir l’école.Cela ne veut cependant pas dire qu’il faille abolir l’éducation.Il faut plutôt retrouver de nouvelles formes d’éducation hors des cadres de l’école et de l’enseignement officiel, en s’appuyant sur des communautés de base et des regroupements plus ou moins spontanés.L'école dans la société de consommation Ce qui frappe en premier lieu dans la thèse d’Illich, c’est qu’elle tranche sur l’analyse marxiste de l’enseignement et cherche à aller au-delà de celle-ci.C’est moins en terme de classe sociale qu’en fonction de la société de consommation qu’Illich fait la critique de l’enseignement contemporain.Dans la perspective marxiste, l’école est considérée comme l’instrument de la domination de la classe exploitée par la classe exploitante.C’est par l’école que se reproduisent les rapports de production et que se maintient l’emprise idéologique autant qu’économique de la classe dominante.Pour Illich, c’est plutôt la société de consommation dans son ensemble et comme telle qui est mise en accusation.Ce que montre bien Illich, quoique dans un langage souvent plus romantique que rigoureux, c’est que l’école est le creuset où le petit de l’homme apprend à aimer les biens et les vertus que la société de consommation a besoin qu’il aime et elle l’empêche de se poser les questions qu’il devrait se poser.L’école a pour mission de faire de lui un être lamentablement spécialisé, attaché à la poursuite de biens matériels, souvent superflus, sinon inutiles; elle lui impose la poursuite d’un diplôme qui conditionne non seulement sa vie scolaire mais aussi toute sa carrière professionnelle; elle lui inculque une notion du succès qui fait de sa vie la poursuite folle de buts souvent artificiels.Au total, l’effet de l’école est plus qu’une aliénation, c’est une déshumanisation.De ce point de vue, on peut dire que l’analyse d’Illich ne se réduit pas, comme la critique marxiste, à la seule société capitaliste; elle s’étend à toute la société industrielle, productrice et consommatrice, et à toute la civilisation moderne, socialiste aussi bien que capitaliste.Bien qu’elle ne soit guère explicitée par Illich lui-même, cette dimension globale de son analyse critique est un aspect important de sa pensée.La critique d’Illich dépasse les cadres d’un système économique pour s’adresser à ce qu’on pourrait appeler la domination des impératifs économiques dans la société industrielle et post-industrielle.C’est de cette manière qu’Illich a apporté un élément nouveau au dossier déjà lourd de la discussion qui se poursuit depuis quelques années sur l’enseignement dans les sociétés modernes.La société scolarisée Un deuxième aspect original de la pensée d’Illich, c’est la notion de société scolarisée.Pour Illich, l’école n’est pas une institution comme les autres de la société moderne.Elle en est venu à y occuper une place centrale et elle imprègne de son influence tout l’esprit et les structures de cette société.Je parle de “l’ére scolaire”, écrit Illich, dans le sens où nous utilisons habituellement ce substantif lorsque nous disons “Tère féodale” ou l’ère chrétienne.“L’ère scolaire” débuta donc il y a environ deux siècles.L’idée fit peu à peu son chemin que l’enseignement était indispensable si l’on voulait devenir quelqu’un d’utile dans la société.(Libérer l’avenir, page 120).Pour vivre et survivre dans la société moderne, il faut avoir passé plusieurs années à l’école.Cela confère le droit au travail, à la respectabilité, au statut social, au prestige.Plus la fréquentation scolaire a été longue, plus on peut espérer accéder à un emploi bien rémunéré et bénéficier des avantages de la société.Cette domination de l’école est couronnée par l’impérialisme du diplôme: celui-ci ouvre toutes les portes et élargit les avenues.Pour mieux souligner l’emprise qu’exerce l’école sur la mentalité de l’homme contemporain, Illich l’assimile souvent à un culte religieux.L’analogie entre enseignement et religion revient sans cesse sous sa plume.Il parle des dogmes qui entourent l’école, des rites qu’elle a élaborés, de la caste sacerdotale qui l’entretient, du salut qu’elle promet.C’est, selon son expression, la vache sacrée du monde moderne.Le défilé de professeurs en robe dont nous avons été les témoins évoque l’ancienne procession des clercs et des chérubins le jour de la fête du Corpus Christi.L’Eglise, sainte catholique et aspostolique, est concurrencée par l’école, accréditée, obligatoire, intouchable et universelle.L'Alma Mater a pris la place de notre mère l’Eglise.Le pouvoir que possède l’école de secourir l’habitant du taudis est semblable à celui de l’Eglise de sauver de l’enfer le Maure musulman.L’école moderne est devenue l’église établie des temps séculiers.Cette image, qui n’est pas sans fondement, permet à Illich de mettre en lumière le rôle croissant que le système scolaire et sa mentalité ont acquis dans la société moderne à mesure que celle-ci se sécularisait.D’anciennes fonctions sociales exercées par la religion ont été progressivement transférées à l’école.L'enseignement, obstacle au développement Cette prédominance excessive de l’école, Illich croit qu’elle est d’abord apparue dans les nouvelles sociétés industrielles du XVIIIe siècle.Elle résultait alors de la complexité croissante de la division du travail et des nouvelles exigences du milieu industriel.Depuis quelques années, on a vu le même phénomène se répandre dans les pays en voie de développement, où les conséquences qu’il produit sont plus néfastes encore que dans les sociétés industrielles avancées.Ainsi que le montre Illich — c’est le troisième thème qu’il développe — le coût économique et social que le culte de l’école impose aux pays pauvres est exagéré et même improductif.En s’engageant sur la voie de la scolarisation obligatoire de toute la jeunesse, les jeunes nations sont obligées d’investir dans l’enseignement une part trop considérable de leurs maigres ressources financières et humaines.Cet excès d’investissements dans le système scolaire entraîne l’effet inverse de celui qu’on attendait; il devient un obstacle au développement.On détourne au profit de l’école des capitaux qui devraient plutôt servir à d’autres fins plus rentables.En réalité, l’argent consacré à l’enseignement dans ces pays ne sert trop souvent qu’à créer, aux dépens de la population pauvre, une classe instruite plus occupée à s’enrichir et à imiter la bourgeoisie des pays avancés qu’à faire servir son savoir au bénéfice de son pays.Même dans un pays aussi riche que les Etats-Unis, ajoute Illich, on se rend maintenant compte que l’enseignement de haute qualité qu’on souhaite pour chaque citoyen est pratiquement irréalisable.Pour atteindre un tel objectif, il faudrait consacrer à l’enseignement des sommes si énormes que cela prouve par l’absurde l’inflation scolaire dont souffre la société moderne.S’il en est ainsi pour les sociétés industrielles avancées, on imagine a priori l’étau qui va bientôt étouffer les pays en voie de développement qui se croient obligés de consacrer à l’édification d’un réseau scolaire une part exorbitante de leur faible revenu national.L'école n'est pas l'éducation En définitive, ce que nous enseigne surtout Illich, c’est à ne pas confondre l’école et l’éducation.Dans les sociétés anciennes, l’éducation relevait de la famille, de la parenté, des anciens, des prêtres, du clan, de la tribu.Dans les sociétés modernes scolarisées, la fonction éducative a été de plus en plus absorbée par cette institution artificielle qu’est l’école.Celle-ci en est venu à exercer un véritable monopole non seulement de l’enseignement mais de l’éducation.Il nous semble cependant que, lorsqu’il parle des sociétés industrielles avancées, Yvan Illich néglige ce qu’on est convenu d’appeler “l’école parallèle”.Tous les éducateurs constatent que l’enfant et l’adolescent sont soumis à de nombreux agents éducateurs autres que l’école et que ceux-ci exercent sur lui une bien plus grande influence que les enseignants.L’imprimé sous toutes ses formes, les moyens de communication de masse, les amis occupent dans la vie des jeunes une place plus importante que l’école et concurrencent le monopole que celle-ci pourrait exercer.Quoiqu’il en soit de cette réserve, Illich a raison de nous mettre en garde contre la tendance à croire que l’école est le tout de l’éducation.Et puisque Illich attribue à l’école un monopole sur l’éducation, monopole qu’il faut à tout prix briser, la seule solution logique à laquelle mène son analyse est d’abolir l’école.C’est cette suggestion, pour le moins originale dans les sociétés modernes, qui a fait la popularité d’Illich.Ce dernier ne propose pas d’abolir l’enseignement, mais de faire exploser le canal principal présentement utilisé pour dispenser l’enseignement.Illich propose de remplacer l’école -, es ies a w :ei ila de ÏS1 les on ent par divers réseaux de communication et d’échanges susceptibles de remplir mieux et à meilleur compte la fonction d’enseignement et d’éducation actuellement dévolue à l’école.Par exemple, un grand nombre d’objets et de choses pourraient avoir une vertu éducative, mais l’école telle qu’elle fonctionne empêche les jeunes d’avoir accès à ces objets.Il suffirait donc soit d’organiser une circulation de ces objets, soit de mettre sur pied un système de visites à ces objets.Ou encore, Illich propose de favoriser la création spontanée de groupes de personnes portant intérêt à une même question: de telles équipes d’étude, constituées de personnes également intéressées à un même sujet, formeraient un milieu d’enseignement et d’éducation plus riche et plus valable que le milieu scolaire artificiel.Quant au personnel enseignant présentement conscrit dans les écoles, il devrait être libéré de la routine scolaire et mis en disponibilité pour des tâches d’animation culturelle et éducative.sei- ses ica- ient eiin nfllP Faut-il abolir l'école?Autant l’analyse que fait Yvan Illich du rôle de l’école dans la société de consommation est riche de perspectives nouvelles et d’aperçus originaux, autant la solution qu’il pro-S pose me paraît dangereusement sim-; plificatrice, malgré, ses apparences i radicales.1 II n’est pas difficile de se rendre ) compte, en effet, que l’application d’une telle solution aurait pour conséquence de favoriser plus encore ceux qui le sont déjà.Ce : sont les milieux culturellement plus riches qui pourraient profiter davan-; tage de cette organisation semi-?spontanée de réseaux d’enseigne-; ment non-scolaire.Dans un tel régime, on verrait l’écart entre les milieux culturellement riches et ceux qui le sont moins aller en s’accroissant au lieu de diminuer.Ivan Illich propose d’abolir les lois qui irendent la scolarité obligatoire.Il propose que le premier article d’une déclaration des droits uans une ociété humaniste abolirait l’obliga- tion scolaire.Mais pour être logique, il faudrait que le second article interdisse à tout citoyen d’ouvrir des écoles.Je trouve personnellement que la déscolarisation proposée par Illich souffre d’une triple faiblesse.Tout d’abord, en abolissant les structures d’enseignement, Illich renvoie la solution du problème aux individus.Il semble croire que, libéré des contraintes de l’école, chaque citoyen, jeune ou adulte, saura trouver la formule d’éducation qui lui est le plus appropriée et en tirer pleinement profit.Au nom d’une société humaniste, Illich fait fi des pressions et des contraintes sociales et économiques, pour ne s’appuyer que sur la volonté et l’intérêt de chaque personne.Dans la société hiérarchisée et inégale que l’on connaît encore partout dans le monde, une solution aussi individualiste prend un caractère plus réactionnaire que révolutionnaire.En second lieu, il parait plus facile et plus simple de liquider l’école que de la réformer.Mais il n’est pas certain que ce soit la meilleure voie.Avant d’abolir l’école, ne faut-il pas plutôt se demander comment modifier ses objectifs?Dans la société industrielle, le système scolaire est tout entier axé sur la formation de travailleurs.C’est cette fonction de l’école qu’il faut remettre en question.L’école de l’avenir devra d’abord être un milieu où l’enfant et l’adolescent apprendront à vivre, à s’épanouir, à se développer selon ce qu’ils sont et selon les goûts et les tendances qui les caractérisent; la formation scolaire ne devra pas être en fonction du marché du travail, mais elle devra être repensée pour l’enfant ou l’adolescent et son actualisation la plus complète.Au lieu d’être dominée par les programmes, l’école devra être pour l’enfant, à sa mesure et selon ses besoins.Telle est la profonde révolution scolaire qui s’impose, si on veut vraiment humaniser l’école.Enfin, il ne sert à rien d’abolir l’école ni même de la transformer si on ne s’occupe pas en même temps ivon illich d’opérer dans la société moderne une véritable révolution culturelle.Il faudra en particulier apprendre à mettre sur un pied d’égalité le travail manuel et le travail non manuel et accorder à l’un et à l’autre le même respect et le même statut.La discrimination entre les deux remonte loin dans l’histoire de l’humanité et il ne sera pas facile de s’en débarrasser.Pourtant, aussi longtemps que cette hirérarchie sans fondement continuera à exister dans les esprits et dans les faits, toute réforme scolaire sera vouée à un demi-échec, sinon à l’échec complet, car l’école continuera toujours à être dominée par le prestige des mains blanches.Ce dernier se perpétue dans les sociétés socialistes aussi bien que dans les sociétés capitalistes, de sorte que les réformes scolaires ont avorté dans les régimes socialistes aussi bien que dans les pays capitalistes.Ce n’est qu’en Chine maoiste qu’on a entrepris de déraciner ce préjugé d’une manière radicale, sinon brutale; il reste encore à voir avec quel succès.1 On constate une fois de plus combien la réforme scolaire est étroitement liée à la réforme sociale et culturelle.La première dépend de la seconde et on peut probablement affirmer que la seconde est conditionnée par la première.C’est peut-être aussi ce qui explique la résistance que rencontre toute réforme scolaire: c’est qu’on sent bien qu’elle met en question les fondements de la société établie, d’un certain ordre social donné, d’un état d’esprit et d’une philosophie de la vie.Toucher à l’école, c’est toucher à l’homme.Et on n’atteint pas à l’homme sans passer par la société dans laquelle il s’inscrit.Il ne suffit donc pas comme le croit Illich, d’abolir l’école pour libérer l’homme des contraintes actuelles qui pèsent sur son éducation.Si l’on peut être d’accord avec Illich pour vouloir déscolariser la société, dans le sens où il l’entend, c’est-à-dire démythifier le pouvoir et le monopole de l’école, il faut tout autant songer à réformer la société qu’à redéfinir l’école.0 ki qucfelle OUlOUf du cenbe inlerno tionol de criminologie comporée PAR MARIE ANDRÉE BERTRAND Département de criminologie Université de Montréal Place de la criminologie au Canada et au Québec Au Québec, la criminologie a un nom et une existence pédagogique depuis plus de 11 ans.Le département de criminologie de l'université de Montréal, fondé en même temps que sa contrepartie américaine, l'école de criminologie de l'université de Californie à Berkeley, est un pionnier de cette science.Tour à tour, au cours des dix années qui ont suivi, on a vu se créer soit des programmes, soit des centres, soit des écoles de criminologie aux universités de Chicago, de Floride, de Toronto, d'Ottawa, d'Alberta, etc .Les écoles ou départements sont des institutions pédagogiques de plein droit.Quant aux centres et programmes, ils sont logés ou en droit ou en sociologie.Plus récemment, aux Etats-Unis, on a pu assister à une Horaison de programmes axés sur la science policière (police science) ou même sur la police scientifique au niveau universitaire.La criminologie est une denrée abondante en terre canadienne, relativement parlant.Le Québec, pour sa part, a été tout particulièrement accueillant pour cette science nou- velle.Outre une école universitaire, notre province s’est maintenant dotée d'au moins un D.E.C.en sciences policières et en techniques auxiliaires de la justice.Un autre D.E.C.en techniques humaines ( ouvert dans 6 CEGEP) peut en partie être orienté vers l’apprentissage des techniques de rééducation auprès des délinquants.Dans cette même ligne (rééducation institutionnelle), l'on dispose d'ailleurs à l'université de Montréal d'une école de psycho-éducation dont il n’est pas exagéré de dire que la majorité des énergies y sont consacrées à élaborer des techniques de resocialisation des délin-quants.Une Société de criminologie du Québec — avec filiales permettant le regroupement des membres en province, par exemple à Chicoutimi, à Trois-Rivières, à Québec, etc .offre aux agents de libération conditionnelle.aux officiers de probation, aux agents de sécurité des institutions pénales, aux avocats, aux magistrats, aux membres des différents corps de police, un lieu d’échanges (panels, symposia, etc .).Il existe une Société canadienne de criminologie, une autre société savante, une Société internationale ¦¦¦ "¦ ¦ : > UC ,\ , I ?* I m de criminologie (dont le siège est Paris), deux associations américa: nés, etc .y ; .Ill 1*11! Une Association professionnelle des criminologues du Québec regroupe ceux qui ont un grade en criminologie.- in! 111!! I lllliii III!! Enfin, depuis trois ans, un Centre international de criminologie comparée, né de l’initiative de Denis Szabo et d’une entente entre la Société internationale de criminologie (Paris) et PUniversité de MonL réal, est logé dans cette université.En principe, ce centre est indépendant de l’école de criminologie de la même université.Cependant, le directeur du Centre enseigne à l’école de criminologie et plusieurs professeurs de l’Ecole de criminologie collaborent au travail du Centre.Le C.I.C.C.reçoit plus de trois quarts de millions de dollars en subventions, de la Fondation Ford, du Solliciteur général du Canada, du Conseil des Arts du Canada.L’Université de Montréal contribue aussi à son fonctionnement.(1) Quant à l’Ecole de criminologie, elle retient Les subventions du C.I.C.C.s'établissent comme suit: La Fondation Ford $70,000 par année, pendant 5 ans — $350,000 L'A.C.D.I $62,500 par année, pendant 4 ans = $250,000 Solliciteur général $50,000 par année, pendant 3 ans — $150,000 Université de Mtl $50,000 fond de roulement Conseil des Arts $18,000 subvention de recheche 18 .mmmmmmmmmmm ___ < &§$&&&¦# f X-s^^'^s sx $5 > x'^, & 'O \"* Illustration: P« .—.lives 11 mars 1 972 ,ent les services de 17 professeurs à temps plein et compte environ 300 étudiants (200 sous-gradués et 100 gradués, en chiffres ronds).Son budget approche le demhmillion.Puisqu’il n’existe pas d’autre centre universitaire formant des criminologues dans la province, les étudiants viennent de partout, depuis les Hes de la Madeleine en passant par le Bas du Fleuve jusqu’au Lac Saint-Jean.A l’Ecole de criminologie de l’Université de Montréal, on ne vient pas chercher une maîtrise de surplus comme c’était le cas durant les premières années.On y prépare maintenant des criminologues de qui on n’exige plus qu’ils aient une autre discipline de travail, et ils peuvent exercer leur profession avec un simple B.Sc (3 ans) s’ils le désirent.La criminologie, sa montée au Québec, constitue un phénomène qui se prête maintenant à l’examen.L’Association professionnelle des criminologues du Québec (ÂPCQ) pourra sans doute nous aider bientôt à discerner les orientations de ses membres, ce qu’ils perçoivent comme insuffisant dans leur forma- S:; tion.Mais il est un autre type d’examen qui s’impose: face au bilan de la criminologie québécoise, comment les payeurs de taxe, les parents, les étudiants, les criminels, les délinquants, voient-ils les réalisations, les structures d’enseignement et de recherche?La rentabilité du secteur police J’ai mentionné plus haut la récente multiplication, au sein des universités américaines, de programmes de science policière ou de police scientifique.Concomittamment, ici, au Québec, il nous faut constater que plusieurs projets de thèses de doctorat en criminologie portent sur la police.Le Centre international de criminologie comparée a consacré cette dernière année d’étude à la police et tient son symposium sur ce thème (“La police et la société moderne”), ces jours-ci, au Mont Gabriel, avec des participants venus pratiquement du monde entier.Quel sens faut-il donner à cette orientation?Faut-il tâcher d’y voir simple- hcace T ment un la détection de volonté de rehausser le prestige des forces de l’ordre en leur donnant accès à l’université?Par les programmes de police science, un moyen, pour l’Etat, de s’assurer une prise plus facile sur ces milieux Un peu remuants que sont les universités?Un moyen de faire vivre un centre de recherche, les subventions étant relativement abondantes (en provenance de l’Etat), dans ce domaine délicat de la répression?Les fonctions de départements et de centres universitaires Il est sûrement légitime de tâcher d( rendre la police plus habile à détecter les crimes et à appréhender les criminels, encore que ni la détection ni l’arrestation ne doivent se faire au mépris de la vie et de la dignité des hommes.Il est probablement utile de comparer les méthodes policières d’un pays à l’autre, de provoquer une sorte d'élévation générale de la qualité des services de la police, des conditions de détention, etc .encore qu’il peut être aussi important d’apprendre à ne pas intervenir qu’à intervenir et qu’il faille bien admettre que collaborer avec la police de certains pays constitue une façon d’aider à opprimer de larges groupes de citoyens.Mais l’entraînement de la police n’est pas une tâche relevant des universités, non plus que la comparaison des méthodes policières.La formation aux techniques policières ne relève pas non plus des collèges réguliers.Les candidats policiers peuvent recevoir dans les collèges une formation utile dans certaines techniques en sciences humaines.Les contraintes du milieu de travail sont telles que la nouvelle recrue est incapable, me dit-on, de jeter sur les connaissances le regard détaché, scientifique, “ouvert”, qu’un candidat au D.E.C.doit avoir.Non seulement la comparaison à l’échelle internationale des méthodes policières n’est pas une oeuvre de type universitaire, mais il faut aussi penser aux justifications, aux diplômes d’innocence que certains délégués de pays autocratiques retirent de leur participation au symposium du C.I.C.C.Des organismes gouvernementaux, des consultants auprès des gouvernements ou des centres supra nationaux peuvent se charger de comparer les polices locales et nation: les.L’enseignement universitaire et la recherche en criminologie sont à un tout autre niveau.Ils visent à apprendre aux étudiants et aux futurs chercheurs à bien poser les problèmes de la justice, du contrôle social, de la déviance et de la criminalité.En criminologie, ce sont les rapports entre société et ses déviants qu’il faut pouvoir analyser sereinement sans décider a priori qui est du côté des justes.Il faut aussi rester capables de poser les graves questions: Qui définit qui?Pourquoi?Qu’est-ce qu’entraîne ce processus définitionnel?Puisque le contrôle social (qui s’exerce en partie par le pouvoir de dicter des conduites aux forces de l’ordre) et le contrôle politique se recouvrent (on l’a bien vu en octobre 1970), il devient suprêmement important que le criminologue — qui est par excellence le professionnel du contrôle social — ait fait et refasse constamment cette analyse des rapports de force.Il est clair que les criminologues — sauf peut-être E.Sutherland avec son étude de la criminalité des cols blancs — ont manqué à ce devoir.Si des réformettes sont amorcées à propos des criminels ordinaires ( ceux qui échouent ), la criminologie n’a pas abordé la criminalité du pouvoir, celle des grandes corporations et des vrais crimes économiques.Pour cette raison même, nos études ne mettent pas non plus en cause la définition du criminel.Nous avons d’emblée accepté que les groupes au pouvoir étaient les légitimes “définisseurs”, même si ces groupes ne représentent pas l’opinion de la majorité tant s’en faut et même si leur définition du criminel contribue de façon troublante à entretenir la 19 coincidence déjà gênante entre pauvreté et criminalité.Quelques-uns des criminologues membres du jet-set^ international et de ce qu’on appelle en souriant la mafia des grands “entrepreneurs” en criminologie, commencent eux-mêmes à reconnaître cette erreur d’aiguillage.Témoin, ce passage d’une interview donnée par Marvin Wolfgang, sociologue américain auteur et éditeur de nombreux volumes bien connus, à la revue Issues in criminology, (winter 1972, vol.7, no 1, p.52).Si l’on accepte d’abord une perspective de contrôle social, il nous faut ensuite trouver des explications causales aux comportements criminels dont on a déjà décidé qu’il fallait les contrôler de quelque ~a ;on.Ainsi, la recherche opérationnelle et l'analyse systémique mariées aux systèmes de justice criminelle, se voient engagées dans une quête d'efficacité et d'économie par rapport au contrôle de la l riminalité.On se voit donc ainsi amené de toute nécessité à améliorer l'opération police ou a faire circuler plus rapidement et plus efficacement les gens à travers l'appareil de justice.(Sans s’interroger sur la valeur ou même l’éthique de ces systèmes).Après quoi, il faut bien expliquer l'existence du crime comme le résultat d'un échec du système judiciaire.La causalité est donc liée à la base à une hypothèse thérapeutique.Comme processus intellectuel, on ne peut dire que ce soit là une démarche inappropriée, mais comme une méthode de recherche, cela emprisonne le criminologue dans le système social existant de façon assez dramatique.Son approche n'a rien d'une démarche heuristique qui partirait d’une hypothèse de base qu’on se propose de vérifier.Les grandes questions adressées au CICC 1— La première et non la moindre serait sûrement le fait même de son existence en terre québécoise au moment où nous écrivons ces lignes.Nous avons tenté au début de cet article de décrire au sommet de quelle pyramide se situe cet organisme, quels échanges il commande et rend possibles (entre chercheurs, professionnels, professeurs), combien il coûte.A une époque oû il devient clair que le pays et surtout la province doivent faire l’examen de leurs priorités, est-il certain qu’un “consensus éclairé” se ferait autour de cette activité?2— La deuxième est son appartenance à un milieu universitaire et la nature de ses recherches.Le centre vit surtout d’octrois en provenance de la Fondation Ford, de l’ACDI et du Ministère responsable des services de police (solliciteur général).Ces sources de financement sont beaucoup plus importantes que celles d’organismes de fonds de recherche (Conseil des Arts) qui ont établi une longue tradition de respect des démarches intellectuelles des chercheurs et qui acceptent que ces démarches soient gratuites.Certes, il est possible de faire de la recherche heuristique même avec des subventions du ministère responsable de la police canadienne, mais à certaines conditions.Par exemple, une distance s’impose entre le bailleur de fonds et le chercheur.(3) Cette distance n’est pas toujours respectée au C.I.C.C.L’absence de rapports sociaux n’est d’ailleurs pas de soi une condition suffisante pour garantir au chercheur cette vue en sJiplomb.Celle-ci procède de tâtonnements, de mises en question de ses valeurs personnelles et de ses apriorismes sur les phénomènes sociaux.Elle exige un “détachement structurel,” comme dit Bourdien, sans quoi les questions de fond ne sont pas posées et on se fait emprisonner dans des hypothèses qui raccourcissent singulièrement la démarche scientifique.La démarche dialectique qui va au fond des problèmes est-elle possible dans la conjoncture décrite plus haut à propos du C.I.C.C.?3—La troisième question porte sur le mariage CICC-police.Le directeur du CICC étant le fondateur et l’ex-directeur du département de criminologie de l’Université de Montréal, ses propos, ses engagements, ses articles ont tendance à déteindre sur la criminologie.Beaucoup de temps, d’argent de publications sur la police occupent de ce fait la scène de la criminologie.C’est un accident indu.4—La quatrième découle de la troisième: c’est le mariage avec le pouvoir.Fort heureusement la criminologie d’aujourd’hui a largement dépassé les hypothèses qui trahissent ses alliances avec l'establishment, telles celles des années 1950 qui faisaient du crime l’effet d’une patho logie individuelle (laissant quelque milliards de crimes inexpliqués).Elle a dépassé les hypothèses de la fin des années 1950 et des années 1960 (le crime fruit de “certaines” conditions sociales) et même l’hypothèse des institutions pénales elles-mêmes sources de déviance, cette dernière constituant une première critique un peu timide du système.La criminologie critique de 1970 reconnaît qu’il est de plus en plus difficile de départager la criminalité, la désobéissance civile, la contestation (2) L'auteur de cet article prend note du fait que Denis Szabo a récusé les propos que lui a prêtés le journaliste Pierre Turgeon dans Perspectives du 11 mars, à savoir que le CICC contribuerait à la répression dans les pays totalitaires en y entraînant les forces policières.— Les questions qui suivent se situent à un autre niveau.(3) A la Commission LeDain, au cours de deux ans et demi de leur mandat, les Commissaires se sont abstenus de rencontrer le ministre responsable, socialement et autrement, sauf pour recevoir leur mandat et déposer des tranches de leur rapport.Lorsqu'ils ont rencontré un autre membre du Cabinet, c'était pour l'informer que leur enquête allait s'étendre à son champ juridictionnel.20 politique ou même la dissidence morale.Cette criminologie ne sé contente pas d’accepter les règles (du contrôle social) sans se demander pourquoi ces règles ne sont pas respectées, mais elle met en cause la validité même des hypothèses sur lesquelles reposent ces normes.La criminologie en arrive à un point où elle voit cette mise en question comme son principal mandat.(J.Skolnick, Issues in Criminology, vol.4, no 2, p.117) Le C.I.C.C.est-il disposé à cette mise en cause?Certains de ses travaux en témoignent-ils?5—La dernière question adressée au CICC porte sur ses intentions à l’endroit du Tiers-Monde.La criminologie, issue du droit pénal, de la sociologie, de la psychologie, est née en Occident.La criminologie scientifique est née au Québec et en Californie.Très liée aux cultures dont elle est redevable, elle n’a certes pas encore pris les distances qui s’imposent pour rendre une partie de ses acquis universellement applicables.L’aurait-elle fait qu’on pourrait quand même à juste titre lui demander de quel droit elle s’exporte.La criminologie n’a d’ailleurs pas le monopole de ce genre de problèmes.Les économistes, les anthropologues, les travailleurs sociaux, les biologistes, les physiciens, les chimistes .sont sans doute amenés à se poser les mêmes questions.Cela n’absout pas pour autant le criminologue.La question adressée à l'Ecole de criminologie.Quant à l’ex-département de criminologie, devenu école professionnelle, il faudrait voir si, dans un voisinage de collaboration avec le CICC, il lui est possible d’adopter une démarche carrément universitaire, moins commanditée qu’heuristique.La criminologie critique n’est pas d’abord critique des institutions politiques.C’est ne rien comprendre à la connaissance critique que de ne pas savoir qu’elle est d’abord critique de sa propre démarche.Nous sommes loin ici des connaissances engagées qui projettent professeurs, chercheurs et étudiants tantôt à droite tantôt à gauche.Il s’agit d’un processus fort délicat où l’esprit humain lutte contre la propension à approcher les problèmes comme ils l’ont toujours été et comme les institutions en place tolèrent qu’on les pose.Ici non plus, la criminologie n’est pas la seule science appliquée qui doive réexaminer périodiquement sa tendance à être plus appliquée que scientifique.Les écoles professionnelles ont fort à faire pour se dégager de ce que C.W.Mills appelle la bonne conscience des do-gooders, le professionnalisme et son idéologie apaisante.Hausser les préoccupations intellectuelles à un niveau digne de la mul-tiversité, cela ne va pas de soi: éternellement trompé par l'illusion qui veut que l'homme ait découvert les secrets du contrôle et de la "correction” de la conduite humaine, l’agent définisseur (policier, juge, agent de probation et de libération conditionnelle, etc .) travaille à sa façon à compléter la représentation symbolique du déviant en prétendant qu'il peut guérir celui-ci ou l'organiser (cure him or fix him).Ainsi toutes les contingences sont prévues.Si le sujet est appréhendé à nouveau, il continue simplement d’être un voleur.S’il change son style de vie, il devient ‘‘celui qui était un voleur et qui s’est amendé”.La bienveillance de la société et la sagesse de l’Etat sont ainsi réaffirmées .(D.Matza, Becoming deviant, p.197) et le changement social réel devient impossible.• Les professeurs dont les noms suivent ont pris connaissance de ce texte et partagent les préoccupations de l’auteur en ce qui touche aux rapports entre les activités académiques et les structures politiques et étatiques.Ils souhaitent aussi que le rôle des grandes fondations de recherches fasse l’objet d’un examen attentif et comptent s’intéresser de près à cette question.Jean-Paul AUDET Département de philosophie Pierre BEAUCAGE Département d’anthropologie Robert BOILY, département de science politique Guy BOURASSA Département de science politique Maurice DAOUST, Département de biologie Gabriel GAGNON, Département de sociologie François GAUTRIN Département de mathématiques Jacques L’ECUYER, Département de physique René LEVESQUE, Département de physique Jean-Guy LORANGER, Département de sciences économiques Louis MAHEU, Département de sociologie Roger MORAZAIN, Département de bio-chimie Edouard PAGE, Département de biologie Marcel RIOUX, Département de sociologie Léo ROEBACK, Département de relations industrielles 21 ou fi/quc.J- é« Na^ Sf*- on H#- i *m* i * MU ffr n MARABOUT DES «HaMnaatt.Un homme de culture moyenne dispose d’un vocabulaire de 5 000 à 6 000 mots seulement.Le dictionnaire Marabout des mots croisés en contient 200 000, soit 40 fois plus ! Le « crustacé en x lettres » qui n’est pas un homard, une langouste, une crevette ni un crabe, mais un animal plus rare (dont vous avez le nom sur le bout de la langue), vous le découvrez aisément.Ainsi, sans rien enlever à votre plaisir de chercheur, notre dictionnaire vous évite d’être bloqué par un hasard malheureux.Il y a plus : l’ouvrage peut également servir de dictionnaire analogique ou de synonymes.Au total : une aide précieuse en cas de trou de mémoire, mais aussi une importante source d’enrichissement de votre vocabulaire.PARUS DANS LA MEME COLLECTION : Le guide Marabout des jeux de société — Le guide Marabout des échecs — Le guide Marabout du bridge.gratuitement l sur simple demande à l’adresse ci-dessous, vous recevrez régulièrement le Magazine-cataloguegénéral illustré en couleurs.Distributeur général pour les Amériques : KASAN Ltée-226 Est, Christophe Colomb, QUEBEC P.Q.T marabout EN VENTE PARTOUT A PRIX POPULAIRES on ne foil 00/ de bien ou peuple Il faut toujours être avec les autres.On ne fait pas de bien aux autres.11 faut être avec eux.Les impérialismes, les colonialismes, les fonctionnalismes, les universalismes artificiels, le canadianisme, la politique comme pur système administratif, introduisent ou maintiennent dans l’histoire l’orgueilleuse obsession meurtrière de la force, quelquefois soi-disant investie d’une mission.Il n’y a pas non plus d’homme seul, il n’y a pas de ces hommes que le pouvoir prétendument isole.S’il s’en trouve, ils ne sont, quelles que soient leurs illusions, que des malfaiteurs schizophrènes, destructeurs de peuple et d’humanité, tyrans tranquilles méditant leurs abstractions dévastatrices, ou bien tyrans féroces caressant leur force de mépris, bien au-dessus du peuple, bien au-dessus d’un peuple, et n’ayant plus avec lui que le contact du prestidigitateur avec les foules ou que celui du maître doué du don de terrifier.On ne fait pas de bien au peuple.Il faut être avec lui.On ne fait pas de bien à un peuple.Il faut être avec lui.Il faut être de lui.S’éloigner du peuple, s’éloigner d’un peuple, tout en prétendant agir pour lui, c’est en réalité se vouer à exercer sur lui le pouvoir maléfique des dieux antiques, qui étaient, par leur souveraineté même et leur distance, ni bons en eux-mêmes ni méchants, mais d’une race étrangère à celle de l’homme, et ne pouvant partant que lui être funestes.La distance est le principe du mal social.Il y a la distance par rapport au peuple.Il y a la distance par rapport au pays.Il y a la distance par rapport à la nation.Il y a la distance de l’esprit d’abstraction.Il y a la distance de l’esprit de système.Il y a les distances forcées des projets schématiques, si caractéristiques de notre ère.Et il y en a bien d’autres.Le nationalisme est de nos jours plus qu’une idée, bien plus qu’une idéologie: il est une intuition.Il opère, on sent vivement qu’il opère une réduction radicale des distances.Je pense à Bernadette Devlin.Je pense à René Lévesque.Ce ne sont pas des rtiwito Ils rassemblent ce qui était aliéné.Ils rapatrient, REÇU ou Pierre Vadeboncoeur.
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