Maintenant, 1 mars 1973, Mars
PER M-154 0-ï tr .-.e • * - * • .; ‘f ^ .?r> JpJ ••-l> 5.’¦ '?•: ¦ ¦ .mmm 1 HI.i , > w SR-i s;i|Ih t»V4 .• -'^ - •'• - ^ ïïmæ ^ &ô$9mt®p%:> ~a z® s Zi'&£'r ' St- ' •>'.jk r'Hr A';,'-'» - an® '62; ly3dlNÜw - - * ¦’Ha 0(Ul SINjO-lb 3 .„ aiVNQliVN 1V031 iQaau 6dl-yr/59 - * iN USEZ cinema québec Disponible chez votre libraire ou en écrivant à Cinéma/Québec Case Postale 309, Station ''Outremont'' Montréal 1 54, Québec Tél.(514) 272-1058 Le magazine québécois d'information scientifique.Une publication de l'université du Québec.Lisez dans le numéro de mars ?Comment le stress protège votre organisme ?Comment il est urgent de contrôler la fusion nucléaire ?Pourquoi les pommes de terre canadiennes auront enfin accès au marché européen.En vente dans les kiosques $0.50 Abonnement à 10 numéros (1 an) $3.50 Etudiants $2.50 Soutien $10.00 C.P.250, Sillery, Québec 6, Québec.Tel.: Québec, 657-2435.|f | ?o % n êsîiw, ee- c É V Z) 0 lli, 1 :||||||| II, sill?:,, ::i h 00 CD ; TJ : ?¦liÉI || ‘ S m.flill::,.'' - - (b c “D _o ,:A m LO ’o TD D if:;, E ¦’MmM îr D k “O , [J ¦¦s .S n CL :xx • 0) æs.h- o illllliil::: ; Z c zizfizi < TD s Z 0 LU _ t— •'¦'«K;: Z c 0) Iliiÿ < E CD tî) t- c c T3 0 O y > _Q E 0) O E U Q) !¦ 0 t/> lilllïlï! * ?00 00 o 3 0) 00 00 'CD “O é y ~ü, ,E — E y ”D 9) c “= ® »— Z ?E 5 < E o» je Z S ° c'S tu t- rsii z C O «.° 3 < LU > “C 0 Z 00 c lO c CO ^ O - O 0) o CO ¦“> ts 8 §2 "Sû I tom15 WINTEf i ¦ - ME! I Imnt fe: llütSoily, Ml tot 8; :-1 D'A?tat, ••7ÜS m c aJsa jlDIIIS' ÜCBETA JfeeAi 1CEPI te Cita |»8ESS ' Huillen Nî84 ''U j ^err,£ ! W, - "ÛCOfiemi 1 igj püreçy I ^locn sommaire mars1973 naméro124 Editorial En prison pour cause de vérité Pierre Vadeboncoeur ' Revue mensuelle publiée par LES EDITIONS MAINTENANT INC.Siège social: 9820 Jeanne-Mance.Montréal.DIRECTEUR-FONDATEUR: 1962-1965 Henri Bradet DIRECTEUR: 1965-1972 Vincent Harvey COMITE DE DIRECTION: Laurent Dupont, secrétaire Hélène Pelletier-Baillargeon.Richard Gay.Robert Boily.Serge Carlos.COMITE DE REDACTION: Robert Boily, Guy Bourassa, Serge Carlos.André D'Allemagne.Fernand Dumont.Laurent Dupont.Richard Gay, Jacques Grand'Maison.Michèle Lalonde.Jacques-Yvan Morin.Louis O'Neill, Hélène Pelletier-Baillargeon.Guy Rocher.Claude Saint-Laurent, Pierre Vadeboncoeur, Jean-Yves Roy.ADMINISTRATION: Yves Gosselin SECRETAIRE ADMINISTRATIVE: Hélène Audette CONCEPTION GRAPHIQUE: Louis Charpentier IMPRESSION: Imprimerie Montréal Offset Inc.DISTRIBUTION: Les Messageries Dynamiques Inc.(514) 384-6401 CONDITIONS D'ABONNEMENT: Abonnement d'un an $7.00 Abonnement d'étudiant $5.00 Abonnement de soutien $10.00 N.B.Les abonnements ne sont enregistrés qu'au reçu du versement.Résidence du Secrétaire: 2765 Chemin de la Côte Ste-Catherine Montréal 250.Québec (514) 739-2758 Courrier de la deuxième classe Enregistrement no 1419 PHOTO COUVERTURE Claude Archambault Défense de vieillir 9 Les Rencontres-3ème âge" Thérèse Desjardins 10 Un âge colonisé Hubert de R aviné He 16 La vie me révèle mon âge, autrui ma vieillesse André Beauchamp 20 Pourquoi vieillir?Jean-Yves Roy 23 Education permanente et Sème âge Pierre Tousignant 24 Et le Sème âge.dans les Congrégations religieuses Thérèse La fer ri ère 27 Pour une véritable politique de la vieillesse André Bergeron 28 Nous sommes tous .des vieux Hubert de Ravi nette 33 Signes du mois 5 Atesrisques 8 Rappel-Sondage « Il est important que tous les lecteurs y répondent.Si vous ne l'avez déjà fait, retournez-nous S.V.P., complété, le court questionnaire qui apparaissait dans le numéro de février. en pri/on pour cou/e de vérité L’emprisonnement des chefs syndicaux est un symptôme parmi d’autres dans une société gravement dominée.Dans une démocratie alerte et dont l’activité en imposerait, il y a des choses que le pouvoir ne songerait même pas à s’offrir.Le nôtre a toutes les insolences et ne s’en porte guère plus mal.Parmi cent autres exemples, prenez la loi 63: on n’insulte à ce point qu’une démocratie bien faible.Par ailleurs, je connais des quinquagénaires qui s’amusent quelque part à faire semblant de gouverner quelque chose.Pendant ce temps précieux, partout les signes d’une domination inouïe s’accumulent, domination politique, domination nationale, domination sociale, domination culturelle, domination économique, domination totale.Presque rien: la concentration du capital, ses bases internationales qui le mettent hors d'atteinte, son avancée continuelle sur notre territoire, sa puissance gigantesque: la mise sur pied d’une police intérieure formidable et d’un système d'espionnage extrêmement ramifié: les plans qu’on ne peut pas prouver, mais dont on croit bien voir les effets, qui visent à saper et diffamer les mouvements de véritable opposition ou même de simple indépendance; l’argent dont il y a des indices qu’il coule à flots pour recruter le personnel nécessaire à toutes les trahisons; l’inefficacité voulue de la démocratie électorale; l’effort visant à engouffrer la jeunesse dans le système de l’éducation fonctionnelle; le harcèlement et la persécution des professeurs et des étudiants qui montrent encore une grande indépendance d’esprit; les capitaux grandissants consacrés au divertissement calculé des masses et à la publicité; l’assaut donné aux centrales syndicales conscientes.Tout cela est déjà fort avancé mais l’on ne voit rien.Il faudrait faire la liste de ceux qui ne voient rien: cela ferait un bon sujet d’article et serait fort instructif.Les présidents écroués et le silence qui les entoure se présentent comme des témoins de ce qui se joue et de ce qui se trame immensément contre la liberté, au fil d une histoire incomparablement plus lourde et redoutable que les événements et figurants tels qu’on les soupèse quotidiennement au confessionnal du Dcro/r .L’emprisonnement des chefs syndicaux est un effet mais bien davantage un symptôme de la domination.Il la révèle sans doute chez ceux qui ont la force, mais il montre mieux encore la perfection de la domination, qui se trouve dans la dégénérescence de la démocratie.Duplessis, qui avait de l’énergie, n’aurait pas osé faire ce que le petit Bourassa a tenté et réussi; il faut qu’il y ait un écrasant pouvoir derrière l’Etat, un pouvoir qui soit également dissolvant.Sonder ce pouvoir, l’imaginer, donnent le vertige.Lever seulement un coin du voile a provoqué une espèce de complot contre la CSN, complot dont on a vu les résultats.J’ai peut-être bien tort, mais je pense que si les chefs syndicaux sont en prison, ce n’est pas simplement pour avoir bravé une injonction, non, car le pouvoir n’aurait pas poussé si loin sa politique devant les tribunaux, il aurait été plus conciliant, il n’en aurait pas demandé tant.Je pense que si Pépin, Laberge et Charbonneau logent aujourd’hui à Orsainville, c’est parce que les centrales syndicales ont commencé à regarder un peu trop fixement le Monstre.4 Pierre Vadeboncoeur Le projet de loi sur la protection de la jeunesse: Depuis sa présentation, le 23 novembre 1972, le projet de loi 65 sur la protection de la jeunesse a suscité de très vives réactions.Après le mémoire du Barreau du Québec, on a pu lire celui de la Ligue des Droits de l'Homme puis celui de la Fédération des Services Sociaux aux Familles (FSSF).Parallèlement, les journalistes ont accordé à l’événement une place de choix; parmi les divers articles parus, il faut citer deux textes importants, soit un éditorial de Laurent Laplante, le 17 février 1973 et un texte de Marc Lecavalier, au même Devoir, le 21 du même mois.Devant ces développements multiples, et pour faire suite à notre propre article de la dernière livraison de Maintenant, il nous parait opportun de faire le point.En effet, ces divers documents convergent et.désormais, leur analyse amène à quelques conclusions précises.Un projet de loi bâclé La ligue des Droits de l'Homme se demande comment il se fait que le législateur ait rédigé cette loi d’une façon aussi inappropriée.Pour plus de détails sur la confection elle-même du texte de loi, il suffit de consulter les critiques très judicieuses du Bareau du Québec.Visiblement, en rédigeant cette loi.on ne s’est guere soucié de la philosophie sociale qui devrait présider a l'élaboration d’une pensée cohérente sur la situation de la jeunesse québécoise.Faut-il considérer cette loi comme une simple technicalité qui vise à mettre sur pied un organisme quelconque de protection de la jeunesse?Tel est l’avis qu'exprime la rédaction de “65 à l'heure" dans sa dernière livraison.La plupart des analystes pensent, au contraire, qu'il s’agit là d’une loi qui devrait être fondamentale et que, dans l’état rudimentaire où elle nousest livrée, elle est inacceptable pourquiconque.Une loi prématurée Le projet de loi 65 parait prématuré pour deux raisons: absence de consultations suffisantes et absence de ressources adéquates.La Ligue des Droits de l’Homme a émis, le 18 janvier dernier, un communiqué qu’endossaient une vingtaine d’associations professionnelles très immédiatement préoccupées par la protection de la jeunesse.Pour eux, il est clair que le projet de loi est parachuté du sommet; il est de plus évident que la province avant de prendre position sur le sort de la jeunesse, doit se donner au moins six mois de réflexion, de discussions et de consultations.Le mémoire de la FSSF souligne, à juste titre, que l’on ne crée pas des services ou des institutions simplement en promulguant une loi.Ils remarquent l’absence d’institutions adéquates, foyers nourriciers, ressources spécialisées pour diabétiques, caractériels, enfants psychotiques, etc.Or.c’est souvent a ce niveau des ressources que se posent les problèmes.Une loi plus judiciaire qu'humaine Laurent Laplante (17-02-73, Le Devoir) soulignait la nécessité de délégaliser une situation dont les composantes sont avant tout humaines.La FSSF réclame que l’on confie les services prévus par le bill 65 aux Centres des Services Sociaux, plutôt qu’aux tribunaux.Le Barreau lui-mème s’inquiète des pouvoirs juridiques immenses du directeur général de l’Organisme de Protection de la Jeunesse.La Ligue des Droits de l’Homme revient à de multiples reprises sur les caractères trop sèchement administratifs du projet de loi.Une loi incomplète La protection de la jeunesse est une tâche très vaste, qui nécessite des interventions à des paliers divers, multiples et forcément complémentaires.Il est impos-sible de concevoir une protection “adéquate” de la jeunesse sans prévoir une législation qui touche à la fois les Services Sociaux.les Tribunaux, le monde de l’Education et même le monde du Travail.C’est l’opinion de la Ligue des Droits de l’Homme: c’est aussi l’opinion de Marc Lecavalier.Nous endossons entièrement cette vue : le secteur de la protection de la jeunesse n’est pas un de ces petits sous-secteurs publics qu’on traite à la bonne franquette; il s’agit d’un des axes primordiaux de notre société et il faudrait lui consacrer une loi d’envergure convenable, ce qui n’est pas le cas du présent projet de loi.Jean-Yves Roy L'élection d'Yvon Dupuis L’élection d’Yvon Dupuis à la tète du Ralliement créditiste a suscité bien des commentaires acerbes et des inquiétudes chez certaines couches de la société québécoise qui se veulent de centre ou de gauche.Il me semble cependant que.la plupart du temps, l’on est demeuré à ce que j’appellerais une attitude moralisatrice.Considérant l’homme lui-méme, ses antécédents et ses idées, chacun a voulu dire son rejet d’un tel choix.Si cela peut satisfaire la bonne conscience, ne vaudrait-il pas mieux analyser froidement les causes et implications d’une telle élection pour arriver à mettre au point une stratégie qui puisse contrer ce mouvement?Autrement, pendant que les bien pensants seront horrifés, le phénomène prendra peut-être une ampleur incontrôlable.A cet égard, retenons dans cette brève analyse trois réflexions d’inégale importance.En tout premier lieu, il faut répéter que cette élection représente pour le mouvement créditiste un tournant majeur.On peut croire que se trouve ainsi brisée, et sûrement pas pour le mieux, un certain type d’engagement politique qui avait malgré tout ses qualités faites notamment de désintéressement et de bonne foi.On trouvait là aussi une certaine conception de la démocratie qui, par certains aspects, était loin d’ètre seulement à dédaigner.Tout ce que l’on a dit et écrit sur le récent congrès prouve bien qu’il y a ici un comportement fort significatif qui a été modifié.Bref, certaines valeurs que colportait le créditisme risquent fortement d’ètre déracinées.A cela s’ajoute une constatation qui se veut avant tout réaliste.Que l’on aime cela ou non, la force que représente ce mouvement va sans cesse grandissant.En 1970, près de 270,000 personnes avaient opté pour le parti de Camil Samson.En 1972, c’est 600,000 votants qui posent ce geste lors des élections fédérales.On dira bien qu’il ne faut pas confondre les deux niveaux politiques.Pour ma part, j’en doute quand je vois à quel point le choix d’Yvon Dupuis a été influencé par l’aile fédérale du créditisme.De toute manière, les gains du Crédit Social dans la région montréalaise, pour ne citer que cet exemple, soulignent une réalité indiscutable.Avec l’élection d’Yvon Dupuis, ce n’est plus tellement le mouvement créditiste, avec son idéologie socio-économique sur laquelle on a beaucoup ironisé, qui m’importe mais bien l’existence d’une force politique majeure qui répond à une aspiration réelle et qui a une longue tradition au Québec.Une large couche des citoyens n’a pas été récupérée, elle n’a pas eu la chance d’orienter ses aspirations de manière qui, selon moi, aurait été valable et on peut maintenant s’inquiéter des croisades qu’on saura lui proposer.Il n’en reste pas moins qu’un vide n’a jamais été comblé par d’autres formations ou idéologies politiques.Il y a là un constat d’échec pour certaines de nos élites politiques, de tendances passablement variées, qu’il serait trop facile de passer sous silence ou de noter avec hauteur.En conséquence, le retour d’Yvon Dupuis, de ce qu’il représente et peut canaliser, fait voir l’impérieuse tâche d’éducation et d’encadrement qui s’impose non seulement aux autres partis politiques mais surtout peut-être à certains groupes et mouvements dans la société québécoise.Par exemple, combien de militants syndicaux fort valables ont longtemps adhéré et adhèrent encore au créditisme faute d’avoir reçu une bonne connaissance des implications et orientations fondamentales de ce mouvement?En politique comme ailleurs, l’ignorance mène à des choix souvent regrettables et négatifs.Il faut donc promouvoir cette éducation et cet encadrement qui expliqueront à ces milliers de citoyens, tout aussi intéressants que les autres québécois, le sens véritable des changements qu’a connus récemment la société québécoise, les difficultées que cela comporte mais aussi les possibilités nouvelles qui sont offertes, enfin ce que peut être une démocratie politique véritable, aucunement teintée de fascisme ou tournée vers un ordre social qui ne peut plus exister.Ce type d’éducation laisse place à bien des nuances partisanes ou idéologiques et il ne s’agit pas de trancher ici laquelle doit l’emporter.L’essentiel est de souligner que cette éducation doit se faire et qu’elle n’a guère été amorcée jusqu’ici.Bref, l’élection d’Yvon Dupuis nous rappelle que la situation est sérieuse et urgente et qu’il faut l’affronter sur son véritable terrain.A ce sujet, on peut se demander si les remarques du chef du Parti Québécois au lendemain de cette élection ne sont pas une manière de voiler les véritables problèmes et de laisser de côté les tâches auxquelles il faut s’attaquer car est-il si sûr que l’arrivée de Dupuis à la tête du Ralliement Créditiste favorise la montée du seul parti qui puisse actuellement renouveler le contenu de la vie politique québécoise?Guy Bourassa national du R.Q.Une fois encore le miracle a eu lieu.Au terme d’un long processus impliquant les organisations de comté, les congrès régionaux et l’exécutif lui-même, plus d’un millier de militants élus, venus de tous les coins du Québec se sont penchés, durant deux jours et demi, avec une application quelque fois passionnée, sur un nombre formidable de résolutions dans le but audacieux de proposer aux Québécois un programme de gouvernement et une feuille de route vers l’avenir.Parce que le P.Q.se veut démocratique — et Dieu sait si le militant péquiste en congrès est chatouilleux sur cette question! — parce que d’une manière générale il l’a été dans le passé, plusieurs en viennent à trouver cela normal au Québec et se plaisent à déceler les accrocs.On a, avec raison, beaucoup d’exigences pour ce parti.Peut-être oublie-t-on trop facilement ce- pendant ce que cela veut dire au Québec: être et demeurer authentiquement un parti politique démocratique, quand on songe au poids des habitudes traditionnelles, des conditions de vie, de l’absence de formation et d’information politiques?Bien des gens au Québec on parlé de démocratie.Bien des partis se sont présentés comme démocratiques.Certains même n’ont pas hésité à parler de “peuple au pouvoir’’.Mais combien ont réalisé leurs objectifs ou leurs slogans?Combien ont tout simplement tenté de le faire?Faut-il s’étonner alors du profond scepticisme politique des Québécois?Mais qu’un parti, jour après jour, congrès après congrès, fasse l’expérience de la démocratie et en fasse la démonstration de plusieurs manières, que ses militants conservent toujours à cet égard leurs exigences, que ses dirigeants demeurent forcés de tenir compte continuellement de ces exigences, voilà qui est peu ordinaire.Bien sûr, je le sais, des membres de l’exécutif pèsent de tout leur poids lors de certains débats.Mais dans quel autre parti de tels débats sur la place publique?Dans quel autre parti, le risque énorme que comporte le jeu ouvert de cette sorte de congrès compte tenu de nos règles politiques et de l’enjeu impliqué, est-il couru avec autant de courage, de franchise?Bien des critiques peuvent être adressées à ce parti et devront l’ètre à partir de normes absolues, qui demeurent les seules valables.Mais je veux aujourd’hui, volontairement, surtout me souvenir de tous les efforts, de tous les périls que représente, même après quelques années, surtout après quelques années, ce défi très grand de vouloir faire vivre un parti politique qui soit autre chose que l’instrument d’un homme, le jouet d’organisateurs et de manipulateurs d’hommes et de fonds, le prétexte de fabricants d’images et de slogans, au service des mêmes minorités exploitantes.Le P.Q.a réussi non seulement à maintenir mais à propager, renforcer l’idée démocratique au Québec.Il a été et demeure, quoiqu’on dise, une école de démocratie.Son dynamisme démocratique ce parti le puise dans ses idées, dans ses principes et objectifs.Il le puise aussi dans cette impression que ressent tout militant de travailler à son avenir, d’avoir la chance de donner à son avenir un visage qui lui ressemble.On a beaucoup dénoncé un certain nationalisme au Québec et avec raison.Il faudra bien reconnaître cependant que le P.Q.a donné, après le RIN, un caractère positif à l’idée nationale en la faisant devenir pleinement politique, en lui donnant un contenu social et économique.Le nationalisme retors, rétrograde, dangereux est encore vivant au Québec.Il vient de trouver un nouveau chantre en la personne d’Yvon Dupuis.De nouveau il devient mensonge et exploitation.De nouveau il cherche à bercer et endormir.Ce que le P.Q.fait de l’idée nationale, c’est autre chose.Il réveille, provoque.Il recherche un nouveau projet social dans de nouvelles frontières, les frontières nationales, celles du Québec.Il reste au sein du P.Q.des nationalistes traditionnels mais ils ne caractérisent pas, il me semble, ce parti.Ce qui le caractérise vraiment et de plus en plus c’est la recherche d’une voie vers une société libérée politiquement mais aussi socialement, économiquement.Le dernier congrès a fait un pas de plus sur cette voie.Se peut-il que tant d’efforts, tant de recherches, de réflexion, d’honnêteté ne réussissent pas?Très certainement, dans la mesure où il ne suffit pas de vouloir .mais encore faut-il être perçu, reçu.Très certainement aussi, dans la mesure où cette lutte politique est dure, âpre et qu’elle le sera encore plus.Pendant que par principe les uns se feront un honneur d’observer toutes les règles officielles du jeu politique et de respecter la dignité des citoyens auxquels ils s’adressent d’autres continueront sans sourciller à fausser ces règles et d’autant plus que ce jeu politique risquera d’échapper à leur contrôle.Après avoir trop souvent maintenu un peuple dans l’ignorange politique, en avoir facilité l’exploitation, ils continueront toujours, au nom du bien commun, à tenter de le garder captif.Ce que l’on ne pourra plus gagner par le raisonnement, on cherchera à l’enlever par la crainte.Dans ce genre de lutte entre Candide et Machiavel, Candide part généralement perdant.Il arrive pourtant, lorsque Candide sait rejoindre les préoccupations profondes de ses concitoyens, que ces derniers décident de surmonter leur crainte et de parier sur leurs rêves.Ces rêves, le P.Q.a continué à son dernier congrès de les façonner.Ces rêves ne sont pas des utopies et rejoignent de fait de nombreux problèmes du Québec.Il reste pourtant au P.Q.de faire en sorte que les gens retrouvent dans les propositions de ce parti leurs aspirations.Il reste aussi au P.Q.de concrétiser au-delà des craintes ses projets .Il lui reste encore de demeurer fidèle à ses principes démocratiques car là réside sa crédibilité première.Le défi est de taille pour ce parti et pour les Québécois.Robert Boily 7 CÜfcfi/fi/t|U£/ Wî Les vaches maigres Peut-être y a-t-il des cycles dans la vie politique d’une nation.Beau sujet de recherche pour nos très sérieux politicologues.On dirait tantôt le cycle des vaches grasses, tantôt le cycle des vaches maigres.Depuis quelque temps, c’est comme une désescalade de la qualité, du talent.De Jean Lesage à Robert Bouras-sa, de Georges-Emile Lapal-me à Claire Kirkland-Cas-grain, de Paul-Gérin-Lajoie à François Cloutier, de Daniel Johnson à Jean-Jacques Bertrand: toujours la même courbe descendante.Avec des exceptions: un Claude Caston-guay, un René Lévesque.Yvon Dupuis chef d’un parti, jamais Duplessis n’est apparu si grand.L.O.PROP —ART Tiré de la colonne des décès d’un journal montréalais: “A l’âge de 70 ans, vient de partir, et bien rapidement, pour la maison du Père, le confrère très estimé quoique plutôt effacé qu’était le frère A.D.(des Ecoles chrétiennes).“Intelligent, doué d’aptitudes marquées pour les oeuvres d’art (sic), il obtint les brevets d’enseignement.En fait, il en-seigna occasionnellement mais préféra s’adonner aux services de propreté dans diverses institutions.” Humour noir Des disciples de monsieur Nixon ne manquent pas d’humour.Ils ont proposé son nom comme candidat au prix Nobel de la paix.Comme si Martha Adams aspirait au titre de présidente des Entants de Marie.Le difficile de l’affaire, c’est de choisir, parmi beaucoup de glorieux faits d’armes, celui qui honore le plus monsieur Nixon.Est-ce la guerre du Laos ou du Cambodge?Ou plutôt les massacres perpétrés au Nord-Vietnam par les bombardiers américains?Ou les tortures qui ont cours au Brésil sous l’égide de la C.I.A.?Car la bonne volonté américaine d’imposer la paix n’a pas de limite.Pour l’amour de la paix, on ne se priverait d’aucune violence.Comme ces empereurs romains qui promenaient chez les peuples dits barbares le glaive pacificateur.Auprès d’un pacifiste de la taille de monsieur Nixon, le modeste Dom Camara risque de passer inaperçu! Souriez.Le chef de la pègre se leva et dit: —Il nous faut un portrait de famille.Jojoqui nettoyait nonchalem-ment une mitrailleuse, rétorqua: —Z’êtes pas fou, chef, on va se faire repérer.Le chef se mit à rire d’un grand rire sarcastique et lui lança, comme à un chien un os: —On voit bien que tu n’es pas encore parmi les intouchables.Et il déposa son cigare.—Oui, mais, répliqua Jojo qui tenait visiblement à se racheter, ça va nous coûter cher.Ca, c’est moins bête, admit le chef.Puis se tournant vers Priscilla: —Demain, dit-il, tu nous séduis le ministre pour qu’il nous fasse le cliché, gratis, c’est compris.Ah les psychiatres! C’était, il y a de cela une qua-rantaine d’années.Les psychiatres étaient très rares et, en tout cas fort chers.Pourtant cette dame s’était tout de même décidée à consulter l’un d’eux.—C’est au sujet de mon fils, expliqua-t-elle.Il parle tout le temps, ne tolère pas que l’on émette une opinion, affronte ses professeurs.Vraiment, docteur, je le trouve sans vergogne; je dirais même effronté.— Ecoutez, madame, répondit le psychiatre, imperturbable: vous savez que les enfants ont grand besoin de s’affirmer.Il ne faudrait tout de même pas le frustrer.La dame réfléchit longtemps puis, sortant un billet de banque qu’elle glissa au psychiatre: —Bon.puisque vous le dites.je le laisserai faire.— C’est ça, acquiesça l’homme, et s’il se passe des choses, revenez me voir, madame Dupuis.J.-Y.R.Priscilla est morte: car cette histoire est vieille.Mais grâce à elle, tous les 20 ans, le bon guvernement demande aux gars de la pègre de ne pas bouger, juste le temps d’un por- P.V. défen/e de vieillii • C’e.s^ un des derniers interdits que la société nous impose.La vie quotidienne nous le prouve à chaque instant: défense d'être chômeurs à quarante ans, de ne plus avoir vingt ans, d'avoir des rides ou du ventre.• Cet interdit révèle une fuite devant le vieillissement, un refus d'accepter les réalités du Sème âge, une obsession du temps présent.• Nous avons décide de regarder cette réalité en face et de noter quelques évidences relatives au Sème âge.On peut songer a analyser en premier lieu une situation telle qu'elle se présente en 197S.On s’apercevra que sur bien des rapports le Sème âge est un âge colonisé.Comme tel, il est en butte à nos ignorances, à nos préjugés, à notre bonne conscience.A tel point qu'il semble légitime de se demander: pourquoi vieillir?Pourquoi ajouter des années à notre vie alors que la société en retranche.• Cependant il y a un risque, celui de disserter en spécialistes du Sème âge.Aussi convient-il de laisser la parole à des citoyens âgés qui ont présenté les différents aspects de leur situation au cours d'un colloque récent placé sous les auspices du Service de l’Education Permanente de l’I Jniversité de Montréal.• Et à ce sujet, il semble que le troisième âge ne tourne pas nécessairement le dos â l'éducation.L’éducation permanente n’est pas l’apanage des technocrates.ou ne devrait pas l'être.• Dans le cadre de ce dossier apparaît un témoignage personnel qui, à partir d’évocations de la vie quotidienne, tente de dégager la signification globale de son âge et de sa vieillesse.Tout cela est analyse, présentation de faits, refus d'une injustice globale.Le mécanisme est démonté, mais il faut présenter maintenant les jalons d’une recherche (pour une politique de la vieillesse) et présenter quelques conditions fondamentales indispensables à l’épanouissement d’un troisième âge qui est en fait notre âge.Hubert de Ravinelle 9 Si; v;;-; Si Si SS;; Si i 1 il iS sss il si le/ f encontre/ i Mr eme 09e PAR THÉRÈSE DESJARDINS Service de l'Éducation permanente Université de Montréal L’automne dernier, le Service d’éducation permanente de l’Université de Montréal organisait en collaboration avec divers organismes préoccupés par les problèmes des personnes âgées, les Rencontres-Se Age.Les 14 et 21 octobre 1972, se réunissait en effet à Montréal plus de 200 personnes âgées, venues à titre individuel ou comme représentantes d’associations.Regroupées en dix-huit ateliers, elles ont abordé les problèmes relatifs à la retraite, aux services, au logement et aux loisirs.Elles ont dressé le bilan de la situation des personnes âgées dans la région métropolitaine, proposé des solutions aux divers problèmes soulevés et présenté de nombreuses suggestions.L’intérêt de ces Rencontres ne tient pas tant à la nouveauté de ce qui s’est dit, mais au fait que ce sont les personnes âgées elles-mêmes qui sont venues le dire.Mises en situation d’exprimer leur point de vue, elles l’ont fait avec beaucoup de spontanéité et parfois même beaucoup de verve.A l’occasion des divers thèmes proposés, elles ont également raconté leur expérience quotidienne, leurs difficultés de vie, leur volonté de changement.C’était là le premier objectif de ces Rencontres-3e Age: permettre aux personnes âgées de formuler elles-mêmes leurs besoins d’ordre économique, social, culturel aussi bien que proprement éducatif.A cet égard, il faut dire que les deux journées n’ont été que l’aboutissement et non l’occasion d’une assez longue période de sensibilisation.C’est en effet au cours de réunions préparatoires avec des personnes âgées et des représentants d’organismes tels que les clubs d’Age d’Or, Jeunesse et Troisième Age, Amitié service et Troisième Age, qu’ont été précisés l’orientation, le programme et la plupart des modalités concrètes des Rencontres - 3e Age.Grâce à certains groupes implantés dans les quartiers, des réunions “hors colloques” se sont également tenues dans lesquelles les personnes âgées qui ne pouvaient venir aux Rencontres ont discuté des questions qui y seraient abordées.Le compte rendu de ces discussions, joint à ceux de chacun des ateliers des Rencontres, ont fait l’objet d’une publication intitulée: Ce qui s’est dit aux Rencontres - 3e Age.(I) Pour une institution d’enseignement comme l’Université de Montréal, c’est une voie éducative nouvelle et prometteuse que de créer les conditions et de fournir les ressources permettant à un groupe d’exprimer des besoins d’abord non-différenciés pour en arriver ensuite à expliciter ceux qui sont d’ordre sociaux-économiques et ceux qui sont proprement éducatifs.L’expérience en elle-même est déjà d’ordre éducatif, puisqu’elle permet aux intéressés de reconnaître eux-mèmes leurs besoins; elle permet également d’éviter les stéréotypes éducatifs qui se soldent par tant de pertes d’énergie et de frustrations.En fin de compte, elle ne demande que de la souplesse et du temps.Le présent article résume les discussions des ateliers et quelques-unes des suggestions proposées au cours des Rencontres.Plutôt que d’en reformuler le contenu, nous avons voulu respecter dans la mesure du possible le ton même des discussions.(I)—Cette brochure, distribuée aux participants, est envoyée aux organismes qui en font la demande. Il ne faudra donc pas s’étonner de trouver parfois dans ce texte des répétitions ou des contradictions; c’est à travers elles qu’on peut en arriver à se faire une idée assez juste de la situation vécue par les personnes âgées.La retraite C’est dans les ateliers portant sur la retraite que les participants ont le plus élargi le débat et exprimé le mieux leur crainte et leur anxiété face à la société actuelle.Il ne fait pas de doute que l’état de “pensionné” implique une nouvelle relation vis-à-vis la société et qu’il conduit à une interrogation sur les valeurs et les modes de fonctionnement de cette dernière.On a donc discuté des pensions, du travail, de l’intégration sociale, des relations entre générations et d’un éventuel regroupement des personnes âgées dans une association.Les pensions Les pensions de vieillesse constituent le plus souvent le seul revenu des personnes âgées.Quant aux fonds de retraite privés et au régime de rentes, ils existent depuis trop peu d’années pour assurer à eux-seuls un revenu décent (II).Or.la pension de vieillesse maximum à $150.00 par mois ou $280.00 (au lieu de $300.00) pour un couple, est nettement insuffisante.Comme on pourra le constater plus loin, le problème financier est sous-jacent à l’ensemble des difficultés qu’affrontent les personnes âgées.Citant l’exemple de la Colombie Bri-; tannique, on suggère donc: Que la pension de vieillesse soit portée à au moins $200.00 par mois.C'est \ l augmentation minimum proposée.Que les gouvernements augmentent d abord les pe nsi o n s avant d envisager la mise sur pied de nouveaux services.Le travail Il a été aussi longuement question du travail, dans les ateliers.Ce n’est pas étonnant puisque la retraite est avant tout perçue comme l’envers, le négatif de la période de travail.On constate que d’une façon générale le travail rémunéré est seul valorisant dans la société actuelle, et cela quelle que soit la classe sociale à laquelle on appartienne.D’où le sentiment de peur que lait naître chez tous les travailleurs l’idée de la retraite.Cette hantise s’accroît lorsqu’on pense aux effets psychologiques et physiologiques trop souvent déplorables que provoque une mise à la retraite obligatoire.Forcer une personne encore habile et en santé à se retirer complètement du marché du travail suscite chez celle-ci un sentiment de frustration, de désarroi, un laisser-aller.voire même une volonté d’autodestruction.Cette situation est particulièrement fréquente chez les hommes qui ont orienté toute leur vie vers une activité extérieure au foyer.Si l'on songe que l'évolution technologique tend à rendre périmées de plus en plus tôt les connaissances et l’expérience acquise, la situation risque de se détériorer et d’inclure dans la catégorie gens âgés des personnes de plus en plus jeunes.De façon générale le problème se pose dans le cadre des rapports entre générations.Les personnes âgées sont contraintes de prendre leur retraite pour faire place aux jeunes et l’on va même jusqu’à dire que ce sont les personnes âgées qui paient indirectement pour le chômage qui sévit actuellement.Quels sont les responsables de cet état de fait?Personne, c’est-à-dire tout le monde, gouvernements, syndicats, patrons.Une solution valable ne peut donc venir que d’une collaboration de toutes les instances concernées.syndicats s’occupent des retraités, en revendiquant, par exemple, pour eux du travail a temps partiel ou du travail de suppléance.Que l’arrêt de travail ne soit pas brutal mais que l’on instaure un système de diminution progressive des heures de travail — sans toutefois que la pension de vieillesse en soit affectée.L'intégration sociale La mise à la retraite modifie le statut social et les relations de l’individu: relations de travail, de compagnonnage, relations avec ses proches.Car, même s’il habite avec un conjoint, le retraité se sent seul, inutile, coupé de la société.Il s’adapte mal à sa nouvelle situation parce qu’il a l’impression d’être diminué.Les problèmes psychologiques liés à l’état du pensionné sont donc aussi importants que les problèmes matériels et financiers.Si ceux-ci empêchent le retraité de vivre une vie confortable et décente, le fait de ne pas avoir de rôle social défini empêche la réalisation du désir de vivre avec les autres.Or, on l’a répété maintes fois au cours des Rencontres, les autres sont plus importants que l'argent, ce qui traduit le besoin essentiel pour la personne âgée de vivre une certaine forme de vie communautaire.Ce besoin d’une nouvelle intégration sociale se fait sentir à deux niveaux.Tout d’abord l’intégration au groupe de la même génération est nécessaire.Par manque d’information, de communication et d’organisation, les per- (II)—“Tous ceux qui étaient en dehors du marché du travail avant le 1er janvier 1966, ou qui avaient alors atteint 70 ans sont exclus pour leur vie durant des bénéfices de ce régime.Il en va de même pour tous ceux qui n’ont ou ne feront jamais partie du groupe de travailleurs retirant une rémunération." Pour une politique de la vieillesse, annexe 17.p.132-133.1 1 A ce sujet, on demande: Que les le/ rencontre/ sonnes âgées sont pour la plupart très isolées.Elles l’ont constaté et ont fait plusieurs suggestions, tels un regroupement et la mise sur nied de meilleurs services à domicile; nous en reparlerons plus loin.Par ailleurs, l’intégration des personnes âgées au reste de la société apparaît aussi essentielle, car il est certain que le 3e âge a quelque chose à apporter à l’ensemble de la société.Mais pour que cet apport soit bien réel, il faut opérer un changement dans les mentalités, autant chez les jeunes que chez les personnes âgées elles-mêmes.Il faudrait dans le même temps une modification des structures sociales et des politiques gouvernementales.Dans cette tâche d’intégration des couches d’âges, les institutions d’enseignement pourraient jouer un rôle important.Les enfants et les autres jeunes Le problème de l’intégration soulève la question des relations avec les enfants.Nombreux sont les participants qui déplorent la disparition de l’esprit familial chez les enfants.Le départ de ces derniers provoque toujours un choc puisque là aussi de nouveaux modes de relations doivent s’établir.Et il est pénible de devoir s’y ajuster brusquement.La conséquence de cette situation c’est l’ambiguïté avec laquelle sont perçus le nouveau rôle des parents et celui des enfants.Ceux-ci représentent-ils encore une charge?Doivent-ils au contraire devenir une aide pour les parents?C’est une situation difficile pour une génération qui entend formuler ces questions pour la première fois.Chose certaine, les parents tiennent à prendre leur distance, du moins en ce qui concerne le logement: il est exclu d’aller vivre chez les enfants.C’est une question d’orgueil autant que d’incompatibilité de mode de vie.Cette dernière remarque nous amène à parler des relations entre l’ensemble de la jeune génération et celle dite du troisième âge.Les participants ont fait état des difficultés de communication entre générations et ont dressé une liste de griefs envers les jeunes.Ceux-ci ne s’occupent pas assez des plus vieux, et leur manquent de respect; ils n’ont plus le sens des responsabilités.ils sont trop individualistes.Toute la société les y encourage en valorisant la jeunesse au détriment des au très groupes d’âge.Les vieux vivent cette situation avec peine, au point où le caractère pénible de la retraite découle, selon certains, autant de la perte du respect des plus jeunes que de la perte de l’autonomie.Cela n’empèche pas les participants de reconnaître les torts des personnes âgées elles-mêmes et de souhaiter de leur part une meilleure compréhension des jeunes.Il faudrait en arriver, en somme, à décloisonner les âges tout en laissant chacun être ce qu’il est.Une retraite, ça se prépare.Même si les participants ont longuement fait état des difficultés relatives à la situation de retraite, on a aussi souligné des aspects positifs.Elle apparaît à plusieurs comme un repos bien mérité après une vie trépidante.Plus que cela, elle peut être considérée comme une période de renouveau.La retraite, en effet, est la période de la vie oü Ton peut s’adonner à des activités auparavant négligées à cause du manque de temps ou développer un talent resté en friche.La définition de la retraite formulée par un groupe de participants valorise son aspect positif: La retraite, a-t-on dit, est une continuation d'activités propices à la réalisation d’objectifs non commandés, présentant des intérêts particuliers: travail, loisirs, bénévolat.Cette définition implique une distinction entre travail et activités de même qu’une valorisation des dernières parce qu’elles correspondent aux intérêts des individus eux-mêmes.Mais pour que la retraite puisse cor- respondre à cette définition, elle doit être préparée.Mais comment?En plus de s’assurer une certaine sécurité financière, il faut développer des intérêts pour des formes d’activités nouvelles.Pour permettre aux individus de s’intéresser progressivement à des activités autres que le travail on propose: Que la période annuelle de vacances se prolonge à mesure que l’âge de la retraite approche.Que dans les industries, les quartiers, partout, s’offrent des services de préparation à la retraite.Une idée: un regroupement Tout au long des discussions, l'idée d’un regroupement est revenue tellement souvent que l’on se doit d’y accorder une importance particulière.Soulignons d’abord que les organismes existants n’ont pas semblé répondre à l’idée que les participants se faisaient d’un regroupement.Celui-ci, pense-t-on, devrait permettre aux personnes âgées de prendre leurs affaires en main, d’assumer leurs responsabilités sociales, de constituer une véritable force de pression face aux gouvernements.On a insisté sur la nécessité de bien structurer ce regroupement qui devrait englober tous les organismes existants.L’information des personnes âgées constituerait la tâche prioritaire de ce regroupement.On fait remarquer également que les aptitudes des personnes âgées, bénévoles ou non, pourraient être employées de façon rationnelle si le regroupement se donnait pour objectif de faire le lien entre les services existants et les besoins de la population.On a parlé de regroupement au niveau de chaque quartier, parallèlement à cette idée d’un regroupement au niveau de la région métropolitaine, sans arriver toutefois à une entente sur la priorité de l’un ou de l’autre.Il a été aussi question du rôle des leaders et de nece; peut Main ,esser rai Jtiirpei «serv •üpers siileiij ^Sf ùep Jallo T % 12 la nécessité d’intéresser au regroupement des personnalités influentes.Certains participants ont déjà commencé à travailler à la réalisation de cette idée.Les services Dans les ateliers traitant des services, on a tout d’abord constaté un manque de personnes-ressources pour répondre à la demande actuelle, tant chez le personnel rémunéré que chez les bénévoles.On a souligné, de plus, le problème de la trop grande diversité des organismes dont relèvent les services et leur coordination insuffisante.Mais si une certaine forme d’unification est nécessaire, il faut éviter la bureaucratisation qui dépersonnalise les relations entre les bénéficiaires des services et le personnel qui a pour fonction de les rendre accessibles.On suggère donc: Que les services soient décentralisés; qu'ils soient assurés par des organismes implantés au niveau des quartiers; que la nécessaire coordination tienne compte de la diversité des besoins propres à chaque quartier.Autre suggestion: Mettre en place des structures et des services assez souples pour que les personnes âgées elles-mêmes puissent participer à leur fonctionnement.En effet, s’il est nécessaire d assurer aux personnes âgées une série de services indispensables, il faut surtout leur permettre, dans toute la mesure du possible, de se donner elles-mêmes les services dont elles ont besoin.Car les personnes âgées ne réclament non seulement de meilleurs services, elles veulent aussi rendre des services.Leur sentiment d’inutilité sociale, leur repliement découlent en grande partie du peu de participation qu’on leur alloue dans la vie sociale.Pour faciliter la véritable réintégration sociale des personnes âgées, les bénévoles ne doivent pas tant leur dispenser des services que plutôt les aider à s’organiser elles-mêmes.L'information Le rôle de l’information est aussi primordial, car elle est à la fois un service et la voie d’accès à tous les autres services.Or, le constat est général: les personnes âgées sont mal informées.Certaines ne réclament même pas le total de la pension auquel elles ont plein droit, faute d’information.Qu’il s’agisse des services juridiques, des services d’aide sociale ou encore des services de santé, on a unanimement reconnu que le fait d’ignorer leur existence ou leur mode de fonctionnement constituait le plus grand obstacle à leur utilisation rationnelle.Il ne suffit pas, toutefois, d’assurer une large diffusion de l’information pour que celle-ci soit efficace; encore faut-il qu’elle soit rédigée en des termes compréhensibles pour tous, surtout lorsqu’il s’agit des aspects légaux d’une situation donnée.La vulgarisation de l’information est aussi importante que sa diffusion.Face à ces problèmes on a proposé des solutions relativement simples qui contribueraient à améliorer la situation actuelle.1.Créer un centre d’information pour la région de Montréal, centre qui serait en liaison avec un grand nombre de personnes-ressources et d’organismes capables de satisfaire les besoins exprimés.2.Mettre sur pied un service de renseignements téléphoniques pour répondre aux demandes des personnes âgées.3.Publier un journal qui s’adresserait spécifiquement aux personnes âgées pour les informer de tout ce qui les intéresse et les concerne.4.Concevoir et diffuser une émission d’information d’une demi-heure par semaipe à la radio et à la télévision; cette émission porterait sur les ressources existantes, les services juridiques et sociaux; elles informerait les personnes âgées de leurs droits.5.Faire parvenir à chaque retraite, avec le chèque de la pension de vieillesse, une brochure concernant les droits des personnes âgées.La santé Les longues attentes dans les cliniques, le manque d’argent, le manque de personnel disponible en permanence accentuent l’anxiété que crée un état de santé très souvent précaire.Les suggestions proposées tentent de remédier à la fois au climat d’insécurité créé par l’organisation actuelle et à l’absence de ressources suffisantes: Doter chaque quartier de cliniques externes où des médecins sont disponibles en permanence.Former des infirmières en plus grand nombre et élargir leur champ de responsabilités.Elles pourraient ainsi visiter bien plus de domicile qu’actuellement et fournir sur place les soins requis.Centres de jour.Visite à domicile.Popote roulante.La formule des centres de jour répond aux besoins de sécurité, d’enracinement et d’intégration sociale des personnes âgées.C’est en effet un lieu de rencontre privilégié pour les gens d’un quartier.On peut y prendre des repas en commun et organiser des loisirs.On s’y retrouve quotidiennement ou de façon hebdomadaire.Les services médicaux y sont dispensés.L’esprit d’entraide qui y règne rassure les personnes âgées.Tout en leur offrant diverses sortes d’activités, on les laisse entièrement libres; c’est donc progressivement et selon leur désir qu’elles peuvent se joindre à l’un ou l’autre des groupes institués.Les visites à domicile doivent être organisées sur une vaste échelle.En effet, elles ne constituent pas actuellement un service suffisamment structuré sur lequel pourrait compter les personnes âgées qui ne peuvent^ se déplacer.Organisées à l’échelle d’un le/ fencontie/ quartier, ces visites pourraient mobiliser des bénévoles de tout âge.Elles assureraient aux personnes complètement isolées des contacts avec l’extérieur tout en leur procurant une sécurité relative.C’est là un des rôles du service de repas à domicile (popote roulante).Mais ce service est trop épisodique et n’est offert qu’à trop peu de gens actuellement.Il n’a pas pour cette raison l’importance qu’il pourrait avoir.Le logement Seul.Le besoin d’enracinement, déjà formulé à propos des revendications touchant les services, a été exprimé encore plus fortement dans les discussions concernant le logement.Un fait se dégage, clair: les personnes âgées préfèrent rester dans leur logement le plus longtemps possible.Quand on songe à toutes les ruptures qui accompagnent le vieillissement, on comprend que les personnes âgées désirent garder ce lien presque vital avec leur espace quotidien.Cela pose beaucoup de difficultés car la situation actuelle est assez lamentable.Il y a d’abord, cela va de soi, le problème financier.Les logements coûtent cher et il n’est pas rare que 50% du budget y soit consacré.Il arrive très souvent aussi que dans les maisons de chambres et les habitations à loyer modique (HLM) l’augmentation de la pension de vieillesse soit immédiatement absorbée par l’augmentation des loyers.Nombreuses sont alors les personnes âgées qui, à cause de difficultés financières, décident d’aller vivre dans un foyer d’hébergement.Considérant l’énorme coût de construction et d’opération de ces centres, les personnes âgées suggèrent qu’une partie de cet argent leur soit octroyée directement pour permettre à celles qui le désirent de demeurer dans leur logement.On demande en conséquence: Qu’une aide financière soit accordée à ceux qui peuvent et désirent demeurer dans leur logement mais n ’en ont pas les moyens.Par ailleurs, la mauvaise qualité de certains logements peu coûteux en incite plusieurs à vouloir les quitter.Quant aux maisons de chambres, surtout celles officieusement réservées aux personnes âgées, elles présentent de très nombreux inconvénients.Les pièces mal aménagées, les risques d’incendie, les commodités sanitaires insuffisantes y rendnt la vie pénible et peu rassurante.Parfois même les résidents n’ont pas accès au téléphone.Enfin, il arrive que les services de conciergerie contribuent à l’exploitation des résidents.Pour remédier à cette situation franchement inacceptable: On demande que les maisons de chambres habitées par les personnes âgées soient l’objet d’une meilleure inspection gouvernementale.Si de nombreuses personnes âgées désirent loger dans des centres d’hébergement, cela s’explique sans doute en partie par la situation décrite plus haut.La vie dans les centres d’hébergement, foyers et résidences offre une sécurité tant sur le plan financier que du point de vue des services offerts.Si cela est particulièrement vrai pour les malades, les personnes bien portantes y trouvent aussi leur intérêt.En effet, la vie sociale y est souvent plus agréable, les contacts entres les gens s’y établissent facilement: c est un lieu où la barrière entre les riches et les pauvres a des chances d’être franchie.Par contre les inconvénients y sont nombreux.Le très petit nombre de résidences entraîne des listes d’attente fort longues et on ne peut pas être assuré de s’y loger au moment souhaité.De plus, il semble que les concepteurs ignorent les besoins réels des résidents, de sorte que la residence, même moderne, est parfois inconfortable.Enfin, le prix qu’il faut payer est jugé excessif surtout si l’on songe a la dimension des chambres ou des appartements, sans compter que l’accès à certaines résidences est.en pratique, réservé au petit nombre de ceux qui sont financièrement favorisés.Les problèmes psychologiques que les centres d’hébergement posent à leurs usagers sont aussi importants.On fait remarquer à cet égard que la vie communautaire est lourde et parfois déprimante parce que des personnes encore en santé se voient contraintes de vivre avec des personnes malades et que les personnes âgées y sont en quelque sorte condamnées à ne rencontrer que d’autres personnes âgées.Cela accentue leur sentiment d’exclusion du reste de la société.iiiisirs levoulo U idc loisi' Pi ère cou; Ici ont acci cllst mra ¦f lapcwc La rigidité des horaires dans certains de ces centres et le caractère enfantin de certains règlements briment les résidents et nuient à leur libre épanouissement.On demande de respecter l’autonomie des résidents des centres en leur aménageant des espaces privés où ils pourraient, par exemple, faire la cuisine, regarder la télévision, etc.Seul.mais avec les autres Comme on le voit, chacun de ces modes de vie comporte à la fois des avantages et des inconvénients.Devant cette situation, il n’est pas étonnant que les participants en soient venus à formuler des propositions qui tendent à concilier ce qu’il y a de positif dans chacune des deux formules.Puisque la vie communautaire est agréable, à condition qu’elle ne soit ni forcée ni pour toujours, on suggère l'implantation dans les quartiers de nombreux centres de jour où les services seraient accessibles et la vie sociale plus facile et intéressante.Pour éviter que les foyers ne deviennent des ghettos qui isolent les personnes âgées de leurs proches, on suggère l'implantation de petits foyers dans tous les secteurs, foyers qui pourraient éventuellement étendre leurs services à la population qui habite a proximité.ic nfe iae tota 1! nisatte Cela lare r saler- tolérafcr m éesaiK: le de; act! » et p ClMC;;.Musier P(it Quan l'( coiitéle te Üciiem ^l’O mi sont|ei évii !( exilai U$ti\ ;°iel( «pa Pens es te 14 ;3!fr( est, 'itbte fa- Malet e.Onl Mieco 'r: 11! 'Main naaiat y >ont a ne « ~ ajé aime lété, ; eena tn:an ment ike é] .'t f - « '¦Mill -.oip a ‘M ecesli dftavi Ces foyers de quartiers appelés à devenir des centres de services permettraient à chacun de choisir ce qu’il préfère, logement individuel ou logement collectif, tout en favorisant l’intégration de ceux qui veulent ou doivent habiter dans les centres.Les loisirs Les loisirs rajeunissent.encore faut-il le vouloir.De nombreux obstacles empêchent les personnes âgées de profiter pleinement de tout leur temps de loisirs.Première constatation: les personnes âgées ne connaissent pas les loisirs qui leur sont accessibles.Même quand elle est membre d’un Club d’Age d’Or, la personne âgée très souvent ne sait pas à quoi lui donne droit sa carte de membre, sans parler de son igno-rance totale des structures d’organisation et des objectifs de son club.Cela la rend très dépendante des organisateurs et très passive.Le manque d’argent restreint aussi considérablement l’accès des personnes âgées aux loisirs.Sans doute existe-t-il des activités de loisir ouvertes à tous et gratuites.Mais déjà le coût des transports en commun constitue pour plusieurs un facteur limitatif important.Quant aux activités sportives, le coût élevé de l’équipement les rend difficilement accessibles.etoûDi n venu ntendi -üitda Puisq jreable torcée ;r!i« l.'V’if La participation relative des personnes âgées aux loisirs tient aussi à leurs attitudes.Les personnes âgées n’ont pas vécue dans un monde (est-ce si changé?) oû des activités de loisir pouvaient avoir une autre fonction que celle de remplir le temps non consacré au travail.La conception des loisirs comme ensemble d’activités servant à l’expression de soi leur est absolument étrangère.Quels sont leurs loisirs?devil K !e> P1 On ne peut évidemment répondre de façon exhaustive à cette question.ills luifl jrt b hSf Lorsque les participants parlent des loisirs, ils pensent aux loisirs-passe-temps, tels les cartes, le bingo, les da mes, les soirées dansantes, les specta- cles quand ils sont offerts à prix réduit, les voyages même de courte durée, la télévision.On reconnaît cependant la nécessité de diversifier encore ces loisirs et d’y ajouter des activités qui exigent une plus grande participation.De façon générale on a proposé de faire une distinction entre les loisirs individuels et les loisirs communautaires, les premiers favorisant l’expression de la créativité, les seconds permettant un plus grand contact entre les personnes et une prise de conscience de groupe.Leur complémentarité est évidente.Les hommes semblent beaucoup plus réticents à se joindre à des clubs de loisir car ils s’y retrouvent moins nombreux que les femmes.Peu habitué à faire autre chose que tra: vailler, bon nombre d’entre eux mam quent d’imagination, d’intérêt et de ressources pour occuper le temps autrefois consacré au travail.Les femmes par contre se trouvent plus facilement des occupations et se joignent plus aisément aux associations.Mais même pour la plupart d’entre elles, les loisirs passent après l'astiquage; ils ne constituent pas encore, loin de là, un mode d’expression ou de réalisation de soi.Que faire pour améliorer les loisirs des personnes âgées?On suggère: d'utiliser les écoles fermées pour des activités de loisir-variées et les gymnases pour des séances de culture physique; d'aménager des salles de lecture et de musique.De rendre les cartes des Clubs d'Age d’Or interchangeables et gratuites, pour permettre aux membres à titre individuel, de visiter d’autres clubs; cela n 'exclurait, bien sûr, ni les visites de groupes entre les clubs ni d'autres types de sorties telles les visites industrielles.De présenter à la radio et à la télévision des émissions récréatives qui s.adresseraient autant aux personnes âgées qu'aux autres groupes d'âge.Il faut ajouter que plusieurs participants ont déploré la passivité des personnes âgées face à leurs loisirs et ex- primé la volonté de corriger cette situation.Par exemple, on a suggéré: de mettre sur pied une coopérative d'artisanat administrée par les personnes âgées elles-mêmes.Cela favoriserait l’expression créatrice chez plusieurs et même la découverte de talents ignorés.Des loisirs valorisants pourraient ainsi devenir une source possible de revenus.On a aussi réclamé la tenue de causeries culturelles et autres cours dans les clubs et les centres de loisirs.Ce serait là un moyen privilégié d’élargir l’éventail actuel des loisirs.De telles activités permettraient aux personnes âgées de s’ouvrir au monde actuel qui leur apparaîtrait ainsi moins étranger.Dans les ateliers-loisirs un thème est revenu à plusieurs reprises en rapport avec l’accessibilité des loisirs pour tous, jeunes et vieux: on veut être, comme tout le monde.Les loisirs peuvent satisfaire au moins partiellement ce désir d’intégration car c’est souvent dans le temps de loisir qu’une réelle communication entre les générations peut s’établir.Des divers ateliers ressort clairement un désir d’intégration sociale, un désir de redéfinition du rôle social des personnes âgées.Après une vie de travail donnée à la société, elles réclament des moyens de vivre dignement.Sans vraiment remettre en cause le système des valeurs dont elles sont surtout victimes, elles commencent à questionner sérieusement ses plus flagrantes contradictions.De plus, elles ont manifesté une volonté très réelle d’autonomie et de participation; elles veulent désormais jouer un rôle actif dans la conception et l’organisation des services privés et publics qui leur sont destinés.Cette tendance appa-rait irréversible d’autant plus que les personnes âgées commencent à prendre conscience de leur réalité de groupe et de la force de pression qu’éventuellement elles pourraient constituer.Force de pression qui s’avère indispensable pour que cesse l’exploitation silencieuse et indifférente d’une fraction importante de la population.0 %- 1 PAR HUBERT DE RAVINELLE * une journée.don/ la vie d’une vieille dame Un petit logement au fond d’une cour.Un escalier extérieur.Un baril à huile sur la galerie.Une cuisine surchauffée, une petite chambre mal aérée.Une fournaise au centre.Des souvenirs au mur, de vieilles photographies.Madame Lemire regarda sa télévision.Il est dix heures du matin.Elle n’ose pas sortir.Elle ne peut guère lire; ses lunettes ne sont plus très bonnes, il faudrait qu ’elle les change, mais c ’est 30 dollars.Et justement la vieille télévision qu’il a fallu faire réparer: 9 dollars et 49 cents pour deux lampes.Elle a lu quelque part qu’elle pourrait se faire faire des verres à l’Université mais il faut prendre rendez-vous.A qui téléphoner?Il faut deux autobus en plus du métro: ’‘Moi, l’autobus, j’ai peur.J’ai 73 ans, j’ai peur de tomber.Le taxi, il ne faut pas y songer, c’est presque trois dollars, rien qu’un voyage.Il faut ensuite attendre trois semaines pour aller chercher les verres.Pour lire quoi?: Tous les journaux sont les mêmes: des crimes, du sang, du sexe, des crises, des manifestations ou alors des mensonges.Ils ont dit à la télévision qu’ils allaient nous augmenter.Cette promesse rappelle à madame Lemire que les élections s’en viennent.Elle est très sceptique et ne sait vraiment pas pour qui voter.Elle est quasiment indifférente, comme vague spectatrice d’un monde qui se passe fort bien d’elle.Responsable du mouvement Les petits frères des Pauvres Jeunesse et Troisième âge 16 eme âge un age coloni/é Les personnes âgées dans leur grande majorité subissent une forme de colonisation; elles s’en nourrissent, elles en vivent et cette condition se reflète tous les jours dans leur personnalité.Personnalité qu’il est d’ailleurs assez difficile de cerner dans son ensemble, tant il est vrai qu’il y a autant de personnalités que de personnes âgées.La psychologie des personnes âgées dépend étroitement de facteurs sociaux et culturels de sorte que tel ou tel de leurs traits que nous pourrions analyser ne concerne pas tellement la personne âgée qu’une personne humaine conditionnée par son milieu, sa fortune, son éducation.Autrement dit, dans bien des cas, ce n’est pas en âgée qu’une personne réagit avant tout, mais en personne appartenant à une classe donnée.Il est évident par contre que l’on peut noter sur le plan psychologique des traits communs à tous ceux et celles qui ont atteint un certain nombre d’années.Toutefois, aujourd’hui, en 1973 il est difficile d’affirmer qu’il y a, à proprement parler, un problème de personnes âgées.Il y a plutôt un ensemble de problèmes sociaux communs à tous les hommes y compris les personnes âgées; ces dernières sont les laissées pour compte d’une société efficace et peu humaine.Surtout celles que l’on appelle pudiquement défavorisées.Avant tout, je pense que les traits qui les caractérisent sont pratiquement les mêmes que ceux qui les ont marquées quand elles avaient 20 ou 30 ans de moins.Si elles sont dépendantes, peu instruites, pauvres, c’est qu’elles avaient de grandes chances de l’être en 1950 ou en 1940.Des traits propres au vieillissement sont venus bien sûr aggraver en les amplifiant les phénomènes perceptibles aujourd’hui.Mais on oublie trop souvent que les personnes âgées dont on veut analyser les réactions sont avant tout des êtres façonnés tout au long de leur vie par des conditions d’existence le plus souvent peu épanouissantes.Il importe de toujours se souvenir de cela.Prenons, par exemple, une vieille personne habitant aujourd’hui dans un petit logement du bas de la ville, en butte à des difficultés matérielles considérables, à l’ennui et à l’insécurité; je suis sûr que nos parents auraient pu croiser cette même personne pour peu qu’ils se soient aventurés dans l’est de la métropole il y a vingt ou trente ans.Ainsi toute mesure visant à améliorer le sort ou les horizons de vie de cette personne devra tenir compte de sa condition sociale, passée et présente, ce qui implique qu’une réforme qui n’a pas pour but d’arriver à une connaissance approfondie de cette personne sera immanquablement vouée à l’échec.Cela dit revenons à cette personne de la rue Ontario, dans le bas de la ville.C’est une dame seule, âgée de soixante-treize ans, disposant de quelques $150.00 par mois pour “vivre”.Elle a un petit appartement assez propre, un chat, une vieille télévision, une machine à laver habillée de cretonne rose; elle sort peu, elle lit le journal et les magazines de fin de semaine que lui prête la voisine, elle se méfie des gens, elle a trois garçons qui sont fort occupés par leur propre famille et qui viennent la voir environ tous les mois, et une fille religieuse qui prie pour elle.Ce a co d'ail |K% tlsi Des, Elle s’ennuie bien sûr, sa santé est assez bonne, elle ne s’en plaint pas trop, mais elle ne sort presque pas.D’ailleurs elle a peu de raison de le faire, elle n’est pas tentée par les quelques loisirs organisés du quartier.Elle vit largement dans le passé, car le présent n’a pas de sens pour elle.C’est d’ailleurs là un des points les plus importants de la psychologie de beaucoup de personnes âgées: vivre dans le passé, lui faire sans cesse référence.Le passé, c’est pour elle la vie, même s’il s’agit le plus souvent d’une vie qui est loin d’avoir été toujours rose.C’était le temps des enfants même s’ils lui causaient souvent des ennuis et des souçis.On était actif même si l’ouvrage la tenait rivée à son comptoir ou à ses planchers à longueur de jour .On était alors quelqu’un.On était Madame Ouellet et non pas la vieille du 2114B qui ne parle à personne .Cette constante référence au passé n’est pas un symptôme de vieillissement.C’est un cri de vie, un appel de toutes ses forces vers une époque révolue sans doute mais vivante, c’est la réaction d’un être qui ne peut se résoudre à vivre entre un chat, une télévision, un chèque mensuel et une épicerie du coin.De plus, madame Ouellet n’aime pas les jeunes, elle en a même souvent peur peut-être parcequ’ils représentent à ses yeux cette société qui ne veut plus d’elle.En fait, elle nous ressemble beaucoup.Comme nous, elle se soucie de son lendemain, elle se méfie de ce qui bouge trop vite.Tout ce qui change d’ailleurs, a été synonyme pour elle de diminution et de malheur parfois, de perte de statut toujours.Elle en a confusément conscience, et comme nous, elle se rabat sur ce qui lui semble plutôt rassurant, et ce qui est rassurant à ses yeux, c’est ce qui ne bouge pas.Ainsi, ce n’est pas parce qu’elle est vieille que madame Ouellet a peur du futur et aussi du présent, c’est parce que seul le passé a signifié pour elle quelque chose de toujours neuf, de toujours vivant, d’humain en fin de compte.une journée.“Quant à la télévision, les programmes ne sont pas toujours bons, mais c’est mieux que rien.Ils nous montrent de belles choses, mais ce n’est pas pour nous autres!” Madame Lemire sent confusément qu’elle participe par la télévision à un monde qui n’est pas le sien.On l’invite à acheter une salle à diner, pour aussi peu que 600 dollars, à termes si désiré.On lui propose gentiment les merveilleuses aubaines de printemps, d’été, d’automne, d’hiver, d’anniversaire, d’agrandissement, de famille, de promotion.Le comédien qu ’elle aime bien dans son feuilleton du mardi, lui propose des vacances, des plages de sable fin, bien entendu du soleil, les quatorze soleils d’Air Canada.Quatorze soleils, alors qu’elle n’en a pas un seul, ni dans son coeur, ni dans sa cour.On l’invite à partir en Floride avec ses vedettes préférées.En fait de FloHde, elle va partir tout-à-l’heure pour son club de loisirs.“J’y vais un peu à reculons, je n’aime pas tellement les cartes, alors, vous savez, à part les cartes, il n’y a pas grand-chose.Il y a les gens de la rue, on peut jaser, les animateurs sont fins.Ils sont bien instruits, on a du café et des biscuits, ça passe le temps”.Madame Ouellet se méfie avant tout d’elle-même.Bien sûr elle se connaît, elle a conscience de certaines de ses qualités qu’elle attribue le plus souvent d’ailleurs à l’éducation qu’elle a reçue.Elle met ces qualités à l’imparfait.Quand elle était jeune, elle assimilait comme tout le monde la vieillesse à une sorte de déchéance.Comme tout le monde elle avait peur de vieillir.Et devenue vieille, elle s’est trouvée petit à petit acculée à un ensemble de pressions sociales beaucoup trop fortes pour elle: Vous êtes trop vieille pour faire cela, lui répétait-on sans cesse, il faut vous reposer, vous avez fait votre temps, on va s’occuper de vous, il vous faut du calme.Il aurait fallu à madame Ouellet une force de caractère assez extraordinaire pour résister à une telle pression, ou alors il lui aurait fallu la sérénité que confèrent la culture, l’habitude des responsabilités, l’usage régulier des biens matériels.Il est certain que dans sa jeunesse on ne l’avait jamais tellement convaincue de sa valeur, de ses qualités, de ses aptitudes.A deux heures, madame Lemire descend lentement son escalier mais, auparavant, elle prend son chèque de pension qu’elle avait serré soigneusement.Elle va le porter à monsieur Bouchard, l’épicier, qui le lui change.Elle paie sa commande d’épicerie du mois d’avant; elle va ensuite payer son loyer: 45 dollars par mois, plus le chauffage.Elle n’a pas d’eau chaude.Il y aurait des réparations mais, le propriétaire, elle ne le cannait pas.C’est un Trust: “Ils ne s’occupent pas de ça, eux autres.D’abord, que le loyer soit payé en temps.Je déménagerais bien, mais ça ne m’apporterait pas grand-chose”.Il lui reste 68 dollars et 32 cents pour un mois! 17 b- une journée.Madame Lemire remonte serrer son argent et, lentement, descend à nouveau son escalier pour aller aux loisirs.Elle est assez contente, plus de dettes.Les comptes impayés, ça la fatigue.Par ailleurs, elle pense qu’elle va pouvoir s’acheter un manteau d’hiver à “La Boutique Ste Cunégonde”, gérée par la St-Vincent-de-Paul.“Souvent, ils ont du beau linge, propre, pas neuf, bien sûr, mais pour 5 dollars, on ne peut pas demander l’impossible.” Au club d’Age d’Or, aujourd’hui, il y a bingo pour 25 cents.C’est pas cher.“Si je pouvais gagner les belles tulipes en plastique.Il y a les mêmes chez Dupuis, mais 69 cents la tulipe.C’est trop cher.D’ailleurs, je n’y vais plus chez Dupuis.Il y a trop de belles choses.Moi, j’aime à acheter pour les autres, mais je n’ai pas assez d’argent.” “Je n’ai pas eu de chance, je n’ai rien gagné au bingo.En m’en revenant, j’ai rencontré madame Tardif sur la rue Ste Catherine.Madame Tardif, ça c’est une dame, elle reste sur le boulevard St-Jo-seph.Elle vient me visiter tous les mois; elle fait partie des femmes chrétiennes.Elle m’a promis qu’elle viendrait m’aider à remplir les formules de taxe d’eau.Je n’y comprends rien.Je ne suis pas supposée la payer.Ils le savent pourtant.Ils me connaissent bien puisqu’ils m’écrivent: Madame Vve Lemire Andréa.Je le sais que je suis veuve.Mon mari avait trouvé un bon emploi après cinq ans de secours direct.Il est parti en trois semaines.Un bon mari; j’ai été chanceuse.” Il est 5 heures, l’heure des programmes favoris de madame Lemire.Avant, il faut manger, comme tous les jours, suivant une routine fastidieuse.Il faut manger sur le coin de la table de cuisine, toute seule, en silence.Des rôties, du fromage en tranches.L’épicier lui en a fait acheter un paquet double; il était en spécial.Du café Sanka, décaféiné à 18 Alors, madame Ouellet, par lassitude, par goût du repos, s’est identifiée à cette image qu’on lui offrait avec insistance.Elle a accepté pour être tranquille d’être vieille, de suivre les conseils reçus, de renoncer à ses activités, de se couler doucement, gentiment, avec l’assentiment de tous, dans un nouveau statut plus sécurisant, plus respectable aux yeux de tous! Et des milliers de Madame Ouellet ont fait de même.Elles se sont presque toutes identifiées à l’image que l’on se faisait d’elles.Et c’est la raison pour laquelle il est si difficile, maintenant que le mal est fait, de convaincre les personnes âgées de leur valeur, de l’originalité de leur personnalité, de leur possibilités.Nous, on ne veut que jouer aux cartes, on a toujours fait ça, on aime ça .on nous a toujours appris à penser qu’on n’est plus capable de rien apprendre passé un certain âge .Ce manque de confiance en soi, ce refus de découvrir des horizons nouveaux est le lot des personnes âgées, et non pas seulement de notre madame Ouellet.Il semble aussi que ce trait n’est pas lié au vieillissement.Madame Ouellet s’est enfermée dans un cercle étroit d’impuissances et d’inactivités parce qu’elle n’avait rien d’autre à sa portée.Elle n’avait pas d’armes à sa disposition, pas d’instruction, pas de moyens financiers, pas de rôle social (en avait-elle d’ailleurs quand elle était plus jeune?).Par contre d’autres personnes de son âge disposent de telles armes et de ce fait ont de leur valeur une conscience beaucoup plus aiguë.Elles ont sans doute eu la chance de naître du bon bord.Ainsi la vie de madame Ouellet n’apparaît pas très variée ni très drôle.Elle est assez seule et on dirait qu’elle écarte les gens qui par gentillesse, voudraient venir la voir, la distraire avec parfois plus de bonne volonté que d’intelligence .Elle leur raconte toujours la même chose, elle s’étend sur ses problèmes de santé même s’ils sont relativement bénins.En un mot, elle n’est pas très distrayante ni attrayante.Elle vieillit disent les gens du quartier.Oui, elle vieillit pas parce qu’elle prend de l’âge, mais parce qu’elle prend de l’ennui, de la solitude.Elle n’a pas grand-chose à conter, elle respire un air jamais renouvelé, ses contacts avec l’extérieur s’atrophient.En fait, même si elle voulait sortir un peu, s’intéresser à d’autres choses, elle n’en aurait pas les moyens.Et pourtant, elle a du temps devant elle, elle rêve, elle se souvient quand elle était petite fille, elle redécouvre en elle une enfant qui renaît un peu si par hasard on s’intéresse réellement à elle, si on lui dit une chose gentille.Alors elle s’émeut, elle s’attache à celui ou celle qui essaie de la découvrir réellement.Comme beaucoup de personnes de son âge elle est dotée d’une capacité surprenante et toujours renouvelée d’accueil.Ce n’est pas sans raison d’ailleurs.Elle a gardé, longtemps refoulées en elle, des possibilités insoupçonnées d’aimer, de s’attacher, de ressentir la joie et la peine.Alors la première personne qu’elle rencontrera, un peu gentille, un peu souriante, elle s’attachera à elle, elle dépendra d’elle, elle la placera au besoin sur un piédestal, et si la personne en question n’y prend pas garde, les rapports deviendront très vite difficiles.Car dé[ Prc mo dé[ La doi Les de n'a On non très ils| nés r.plié torn n'a[ fera pon K dorl d’un côté, il y aura une personne libre de ses attaches, plus jeune, et de l’autre, une personne essentiellement dépendante.C’est cette dépendance qui caractérise madame Ouellet et ses milliers de compagnons et compagnes.Cette dépendance les fait vivre, les rassure, les maintient en vie.Probablement que madame Ouellet plus jeune ne devait pas être tellement moins dépendante.Mais l’âge n’est pas venu arranger les choses.La dépendance frappe surtout les personnes âgées les plus démunies financièrement et culturellement, mais elle n’épargne pas les autres.Même avec de l’argent, des relations, de la culture, on peut se sentir seul, écarté des postes de commande, sans motivation et de ce fait on peut devenir aigri, replié sur soi et dépendant de la “bonne” volonté des autres.La même référence au passé existe chez les personnes âgées moins défavorisées mais elle est plus subtile, moins permanente.De toute façon, quelle que soit leur condition sociale, la psychologie des personnes âgées, riches ou pauvres, instruites ou incultes, est largement marquée par le fait qu’elles se trouvent le plus souvent mises à l’écart, repoussées tout doucement avec le sourire.Les autorités responsables ont certainement conscience de cette situation mais elles ne semblent pas en tenir compte.On dépense des millions pour construire de luxueux foyers d’hébergement, on essaie réellement d’assurer un confort authentique à une infime proportion de personnes âgées mais on ne s’attarde guère à prévoir la formation de personnel spécialisé, doté des connaissances humaines requises.Dans les foyers presque toutes les relations humaines se nouent sous l’angle du nursing.On ne sait pas parler aux personnes âgées.On n’a presque rien à leur dire.On leur sert la soupe avec le sourire.On agit sous la poussée d’habitudes anciennes à peine modernisées.Et c’est normal.Les technocrates du 3e Age n’ont pas de leur propre vieillesse une idée très haute.Ils connaissent fort peu celle des autres.Alors, ce qui est très grave, ils prennent des décisions qui engagent des années d’existence pour des dizaines de milliers d’êtres humains.Et ces décisions sont fondées parfois sur l’arbitraire: on décide quels loisirs conviennent aux vieillards; on sait d’avance quel type de chambre ils seront heureux d’habiter; on construit des chambres de bain dans lesquelles les chaises roulantes ne peuvent même pas entrer, etc.Au fond on ne se rend pas compte que la vieillesse est encore largement un phénomène de classe.Une personne âgée cultivée aura le plus souvent peu de contacts avec une personne de son âge pauvre et peu instruite: elles n’appartiennent pas au même monde.Par contre le vieillard isolé et pauvre restera en contact avec son fils chômeur.Et des “responsables”, détenteurs de pouvoirs, se mêlent de diriger le sort de citoyens dont ils ignorent tout! C’est là le vrai problème.Il est de taille.C’est pour,cela qu’il est si facile de l’éluder en dorlotant nos aînés ou en les oubliant, ce qui revient peut-être au même.0 une journée.97L7c, un restant de Jello d’hier.C’est terrible, tout a augmenté.Il y a de bonnes tartes chez Steinberg, mais on ne peut pas commander par téléphone, et c’est 75 cents pour la livraison.Tant pis, elle s’en passera.Elle s’estime chanceuse, son frigidaire n’a pas fait défaut depuis plus de trois mois; la dernière fois, elle avait perdu presque tout son manger.“Remarquez, je préférerais me passer de manger que de téléphone.Pour moi, le téléphone, c’est tout.Il ne sonne pourtant quasiment jamais.Mon garçon reste à Toronto, alors, vous comprenez, les longues distances .! il ne fait pas de gros salaires.Mais ça ne fait rien, s’il m’arrive quelque chose, mon téléphone est là”.Les programmes destinés aux jeunes, les annonces commerciales, les nouvelles, les feuilletons, les émissions scientifiques ou de fiction, c’est l’horizon du soir de madame Lemire.C’est sa famille, sa parenté, ses loisirs, ses sorties, sa vie: elle connaît bien mieux Sympho-rien ou le Père Gédéon que ses cousins et ses nièces.La soirée s’étire, les nouvelles, la météo: brumes, nuages, averses.Madame Lemire s’assoupit.Elle rêve à son univers, à son passé, aux formulaires, à son club de loisirs, à son escalier, à son huile qu’elle doit demander, à sa pension, à son loyer.Elle s’endort avec sa rue, dans le bas de sa ville, au fond de sa cour.Telle a été fidèlement relatée la journée du 27 septembre dans la vie de dame Veuve Florent Lemire, née Andréa Legault, âgée de soixante treize ans, et native de Ste-Madeleine, comté de St-Hyacinthe, libre citoyenne d’une cité “démocratique et prospère”.19 Ici vie me révèle mon ôge (ivtrui mo vieille//e PAR ANDRÉ B EAU CH AM P/Responsable de l'équipe de Chantier 73 % M : S- ^ ^ ¦¦¦ %=¦ Photo H Guérard 5aP%; 20 Quel est l’animal, qui marche à quatre pattes le matin, à deux le midi et à trois le soir, demandait le sphinx.C’est le symbole de l’homme.Est-il identique à travers les âges de sa vie?Chaque étape, enfance, adolescence, âge adulte, vieillesse, peut-elle être isolée et vue pour elle-même.Une approche spécifique des âges de l’existence a-t-elle un sens, une justification?Au contraire doit-on plutôt insister sur l’identité de l’homme tout au long de sa vie, faisant de l’âge une désignation secondaire?Si on est du premier dire, il faut davantage insister sur une psychologie propre au troisième âge.Comme il y a une pédagogie et une pédiatrie, comme il y a désormais une andragogie (éducation des adultes), il nous faut entrevoir une gérontologie et une gériatrie.Si on est du deuxième dire, il faut plutôt rappeler que l’attitude à l’égard des person-nesâgéesest inséparable de toute notre attitude à l’égard de l’homme, quels que soient son âge, son sexe, sa couleur.Le vieillard n’est qu’un cas d’espèce, révélateur de notre attitude profonde à l’égard de l’homme tout court.L’âge est tout dit le premier, l’âge n’est rien dit le second.Ce que nous disons du jeune et du vieux, nous pourrions le dire de l’homme et de la femme, du blanc et du noir.Quand la différence devient-elle ségrégation, quand la volonté de justice devient-elle négation de l’évidence?C’est reprendre d’un bloc toute la question du troisième âge.Esquissons une hypothèse d’interprétation: la vie me révèle mon âge, autrui ma vieillesse.Je ne saurais prétendre offrir ici une analyse de la symbolique de la vieillesse dans notre société.Il faudrait d’autres moyens que les miens et un autre cadre d'étude.Il s’agira plutôt de brèves évocations de la vie quotidienne pour signifier l’âge et la vieillesse.La vie me révèle mon âge Je n’ai pas directement conscience de mon passé.J’ai conscience d’aujourd’hui, de l’hier immédiat, du demain tout proche.Mais mon passé lointain m'échappe.Je me rappelle bien avoir été un petit garçon qui jouait sur la rue Foucher et qui allait à l’école chez les frères.Ce n’est pas trop malin.Il a fallu être le fils de quelqu’un, connaître une maison, une rue.un quartier, des amis, des professeurs.Cela va de soi.Mais Freud a bien montré que notre mémoire du passé est une mémoire reconstitutée, une mémoire fabriquée par nos ambitions d’aujourd’hui.Je ne revis pas cinq ans, je les évoque depuis une situation d’adulte.J’en fais une lecture nouvelle, une interprétation depuis mon point de vue, maintenant.Or voilà que subitement la vie me révèle mon âge.J’ai une certaine conscience d’avoir été cet enfant de cinq ans et de l’être toujours.Mais l’album familial me révèle l’image vraie de mes cinq ans.Je suis petit, blond et maladif, j’ai les joues roses et les cheveux dans les yeux.Je me sens autre que cet enfant.“Je suis moi et personne d’autre”.Pourtant je ne suis plus l’enfant que j’ai été.Je suis moi, mais le moi d’il y a trente ans gravé dans la photo est autre que le moi construit dans l’intériorité de mon souvenir.Contre toute évidence de continuité, la vie me révèle mon âge.Je me sens toujours jeune.Mais voilà la première ride.Au fond, ce n’est rien.Un peu de rimmel pour les femmes, ou la chirurgie plastique.On se fait remonter le visage, les seins, rabaisser les jambes, rétrécir le cou.rentrer le ventre.Peine perdue.Je suis en forme.Je combats l’embonpoint.Et voilà la calvitie qui apparaît.On ne dit pas que l’important c’est l’âge du coeur.A 18 ans.on a la jeunesse insolente.Il y a soi et les autres, vieux, croulants, dépassés, dans le même “bag”.A 30 ans.on fait des distinctions, l’âge se fait sentir.La fatigue aussi.“Je ne puis plus passer des nuits blanches comme autrefois”.“Quand j’étais jeune”.“Il y a quelques années”.“A vingt ans” .L’automne dernier, je regardais le vingtième anniversaire du canal 2.Puis j'ai avalé le gala du douzième anniversaire du canal 10.La nostalgie m’a pris.C’était hier.On compte déjà les morts sur les photos.La télévision a déjà une histoire.Elle se perd dans ses mémoires, dans ses reprises, dans sa louange de son passé, un passé embelli par sa propre imagination.Faut-il si peu pour engendrer un passé et faire naître une épopée?Je ne suis ni vieux ni jeune.Je suis moi mais le temps me marque et mon âge se révèle.La vie ne va pas en arrière mais en avant disait Gibran.Toutes les astuces n’y font rien.Je ne danse plus ni ne cours plus comme autrefois.J’ai de la mémoire déjà, et bientôt je la perdrai.Quand mon neveu s’est marié, mon frère a changé d’âge.Il a tourné carrément le cap d’une génération.Le mariage des enfants, c’est à la fois le souvenir de sa propre jeunesse et le signal de sa prétérition.Toutefois l’âge n’a pas qu’un sens négatif.Il est aussi très positif.C’est la maturité.L’âge qui m’advient m’accomplit.A mesure que mes souvenirs me font, j’ai davantage la conviction de me comprendre.Plus j’avance, plus je suis moi.Nous savons ce que l’affirmation de la jeunesse cache d’angoisse.“Il ne suffit pas de faire vingt fois la même chose pour avoir de l’expérience” disent les jeunes.Mais c’est typiquement une parole de jeunes, aussi illusoire que la jeunesse du coeur chez un homme de 40 ans.L’âge me donne d’être.La vie va vite, le savoir va vite, la technique va vite.Mais l’homme va devant, à son rythme, à son chemin.Je m’accomplis dans l’âge.J’apprends qui je suis dans le déploiement de mon histoire.Le mûrissement ne peut aller sans l’âge.Voila pourquoi je ne regrette rien.L’enfance et l’adolescence sont déjà loin.Tant de projets d’hier me font déjà sourire.L’âge a beau me révéler que je ne suis plus cet enfant-là, cet homme-là, je sais que l’homme que je suis a surgi de son passé et que sa mémoire est partie dans un projet qui le pousse en avant.En avant, qu’y a-t-il?La décroissance biologique, la mort! Mais bien plus aussi, à savoir la clé de ma propre énigme dans la victoire sur mon destin.L’âge est ambigu, à la fois ami et ennemi, secours et menace.Peut-être est-ce pour cela que nous cherchons tant à le nier en exaltant la jeunesse et qu’il nous faut le domestiquer.Voilà pourquoi aussi l’âge que la vie me révèle est inséparable de l’appréciation qu’autrui me donne de mon âge.La conscience que j’ai de moi passe par la conscience que les autres ont de moi et qu’ils me révèlent.21 mo vieilk//e Autrui me révèle ma vieillesse L’âge est neutre en quelque sorte.Je suis plus ou moins âgé, plus ou moins en forme.Je puis bien avoir avoir des problèmes d’âge, de maturité, d’audition, de respiration, de mémoire.Ca fait partie du lot de l’existence.Mais, en quelque sorte, c’est la société qui décide de la vieillesse.La vieillesse est dictée par autrui.On est jeune à 15 ans, adulte à JO.vieux à soixante, c’est décidé par la société.Ktre vieux est un scandale.Il faut cacher les vieux.C’est une peste.Hier on se vantait de son âge; aujourd’hui, le camoufler est une tâche prioritaire.Toffler parle, non sans humour, de l’ère du prèt-à-jeter.Et l’on jette les personnes aussi vite que les choses.On n’est pas vieux tout court.On est vieux par rapport à un jeune, à cause d’un certain nombre de critères qui nous cataloguent dans une catégorie plutôt que dans une autre.Sous cet aspect, le premier signe de la vieillesse est un chiffre, 65 ans.La majorité c'est 18 ans, indépendamment de la sagesse de chacun.La vieillesse 65, quel que soit votre degré de folie.Sa majesté, l’âge! En général il signifie automatiquement la retraite avec tout son cortège d’évocations: la mise au rancart, le passage du statut de producteur-responsable-autonome au statut de dépendant-consommateur-bouche inutile.Dans la société de l’éphémère et du produit manufacturé, le vieillard est un prèt-à-jeter.Parce qu’il n’est plus bon pour cela, qui s’appelle travail dans un certain contexte très précis et très limité, il n’est plus bon à rien.Le sort du vieillard de la société traditionnelle était-il meilleur?Certes sa fonction sociale lui assurait un indéniable prestige.Mais il créait aussi une distance, une rancoeur.Avoir 65 ans, c’est acquérir un statut de marginal dans la> société.“L’âge d’or, c’est être hors d’âge”.Les plus fortunés y échappent et dorent la prison avec des voyages, des loisirs, des distractions.La vérité crue reste à l’horizon: les vieillards sont citoyens de seconde zone.Pour ceux qui l’oublieraient et que la retraite n’atteindrait pas, le premier chèque de pension de vieillesse le rappellera.On n’échappe pas si facilement à son destin.Le deuxième signe de la vieillesse, c’est le muséq.J’aime beaucoup les musées.J’y vais avec vénération, quelques fois par année.Je me paie alors ma journée de culture et de gratuité.Le musée est beau, émouvant.Il témoigne d’une grandeur et d’une transcendance indéniables.Mais il appartient au monde de l’inutile.Entrer au musée c’est subir une mise à l’écart, c’est ne plus servir à rien.Il n’y a pas vingt-cinq ans nous avons jeté des cargaisons complètes de vieux meubles, de chaudrons, de livres périmés, d’horloges inexactes.En les jetant nous avons créé leur rareté .et leur valeur.Voilà maintenant qu’à commencé la chasse au vieux et la falsification du vieux.Loin de moi d’en rire, car ce mouvement traduit une aspiration et annonce une réconciliation des générations.Je dis simplement qu’il nous arrive d’aimer les vieilles cho- 22 ses quand elles sont simplement devenues vieilles et archaïques.C’est en tant qu’elles sont sans valeur et sans signification qu’elles acquièrent valeur et signification.La nouvelle faveur pour les personnes âgées pourrait bien signifier cela: maintenant qu’on les a résolument mises à l’écart (retraitées, soignées et parquées), les personnes âgées ne sont plus menaçantes.On peut les aimer et les magnifier à loisir.Mais les personnes âgées n’ont besoin ni de pitié, ni de musée.Solidarité et justice onld’autres visages.Si je me laisse prendre aux sortilèges de la publicité, vieux a le sens d'authentique.La bonne recette de grand-mère à la portée de la main, sans effort.Tout le secret de l’expérience, depuis la mélasse de l’aïeule en passant par la tourtière, la bière, les meubles .la vieillesse évoque qualité, soin, application.Mais ce qui m’afflige, c’est la bêtise de ces gens-là qui prennent tant de temps pour faire des choses que, maintenant, on nous offre en un tour de main.C’est la vieillesse rendue facile.Quand je goûte au fameux gâteau sensé pareil à celui de maman, je reconnais bien la supercherie.Cette utilisation de la vieillesse est-elle utilisation ou respect?Je préfère, pour ma part, l’âpre vérité de Caillou Lapierre.Que reste-t-il à la vieillesse?Quel sens peut lui donner notre société?Dans quelle image peut-elle l’évoquer?Inutile et retraité, mis au musée des horreurs et des vieilles choses qu’on admire de loin, le vieillard peut-il redevenir un partenaire?Même si Eaton me rappelle que ce jour est le premier jour du reste de ma vie (on n’a plus les prédicateurs qu’on avait) et que d’autres évoquent le spectre du troisième âge pour me forcer à l’épargne, je crois percevoir, malgré tout, une recherche pour donner un sens positif à la vieillesse.Certes l’intérêt pour le troisième âge peut ne cacher qu’une rancoeur à l’égard des jeunes dont on a trop parlé et qui ont trahi notre confiance.Mais la redécouverte de la beauté des choses d’hier, la relecture de notre histoire et surtout la reprise du nationalisme québécois semblent indiquer les voies d’une réconciliation.Dans la Dalle des morts il est émouvant de voir la vieille grand-mère acquiescer au cri de révolte et de défi de sa petite-fille par-dessous le refus.et la peur de la mère.Dépouillée de son autorité et de son prestige, la personne âgée retrouve sa liberté.Est-ce la promesse d’un dialogue des générations entre ces marginaux que sont les jeunes et les vieux, marginaux parce que davantage considérés comme jeunes et vieux que comme citoyens?Certains regroupements des personnes âgées, certaines prises de la parole laissent pressentir qu’un mouvement s’amorce.Malgré des cultures et des univers différents, jeunes et vieux retrouvent des aspirations communes qui annoncent le refus de certaines discriminations, dont celles relatives à l’âge.La vieillesse pourrait alors signifier un état de disponibilité et de compréhension, une attention aux personnes, quels que soient les types de solution politique que l’on se donne.Peut-être, alors, cessera-t-on d’avoir honte de son âge.Peut-être, surtout, les personnes âgées assumeront-elles les défis de l’écoute, de l’attention, du respect, de l’amour.Ni dieux, ni parias, elles peuvent être les frères aînés d’une famille lourdement disloquée.Mais y a-t-il encore une place pour elles?# poufquoi vieillir ?PAR JEAN-YVES ROY Certains esquimaux, de tradition nomade.abandonnent aux intempéries ceux de leur bande qui ne peuvent plus chasser ou dont le pas devenu trop lent appesantit l’allure de la tribu.On se scandalise volontiers à la seule évocation d’un rejet aussi manifeste des impotents: on en profite pour louanger la civilisation et le “respect” qu’elle a des hommes.On peut se demander si cette “civilisation”, qu’on invoque là, n’est pas qu’un maquillage, et si cette même civilisation n’a pas aussi ses rituels d’exclusion, d’oubli, voire de meurtre raffiné.La ségrégation que l’on impose à divers marginaux renforce, en tout cas, cette impression d’un meurtre psychologique.Ceux-là que l’on désigne ici comme marginaux, déviants ou improductifs amènent à réfléchir sur les valeurs normales ou normatives de notre société.L’exemple, enfin, de certains sociétés où la longévité a cours, remet sérieusement en question certains des théorèmes prétendument civilisés.Un rituel d'euthanasie différée Quand il a dépassé la soixantaine, le vieillard de nos sociétés est invité à se retirer.On lui offre un hospice, on le tolère chez des parents, on l’envoie au Club de l’Age d’Or ou bien il se paie une retraite en résidence privilégiée.La plupart du temps, on l’exclut du champ social, l’invitant plutôt à jouer aux cartes arec des amis, à s’exiler en quelque sorte dans un univers clos, sans lien réel avec le monde actif.A ceux qui rouspéteront, on soumettra quelque projet caduc, les invitant à investir leurs énergies dans des causes absurdes.On les invite à jouer au sens où le jeu est une activité réglementée, ressemblant en tous points aux activités productives, mais sans produit, sans vraie responsabilité.Le vieillard un peu plus fortuné jouit d’un exil un peu plus doux: on lui fait ses repas, on l’amuse honorablement dans des locaux fort agréables (du moins au goût de nos designers.), etc.Tant qu’il peut consommer, on lui fait la vie douce.Mais, la plupart du temps, le troisième âge se caractérise justement par un faible niveau tant de consommation que de production.La société est incapable de tolérer cet état de choses.Dès qu’il s’avoue malade, dès qu’il radote un peu, le vieux est entré à l’hospice.En moyenne, il bouffe 12.8 ingrédients pharmacologiques à dose active par jour dont trois tranquili-sants .qu’est-ce qu’un individu peut faire, avec 13 sortes de pilules par jour, je vous le demande! On les intoxique, purement et simplement .Les Clubs de l’Age d’Or ont eu le mérite de tenter d’animer la vie des vieillards.Toutefois, on peut se demander si les vieux sont toujours fiers d’ètre réduits à ne rencontrer que des vieux.Ou d’aller visiter, ensemble, la savonnerie Unetelle.Ces activités se déroulent la plupart du temps, dans des mondes factices, préfabriqués sans lien réel avec le monde des adultes.Ce sont des univers de réclusion, au même titre que l’asile.On ne tue pas, on élimine, c’est plussubtil.Les valeurs normales Si le vieillard en est réduit a pareil abandon, c’est qu’il ne représente plus rien de valable aux yeux de la société et qu’il témoigne de nos limites à maîtriser la mort: d’où notre préférence à le maintenir dans un oubli systématique.Notre société est axée sur la jeunesse, la production et la consommatiôn.Avez-vous déjà aidé une personne âgée à s’acheter des vêtements?C’est plus que difficile: rien n’est à leur taille, rien qui soit de leur goût.Jusqu’à tout récemment les marchands n’étaient tout simplement pas intéressés à fabriquer des vêtements pour ce public qui ne consommait pas ou peu.Au travail, le vieillard ne rapporte pas.Comme chez les esquimaux, il ralentit l’allure de la masse (de producteurs).On l’abandonne à son sort, aux intempéries, à la maladie, bref à lui-mème.On n’a prévu aucun rôle réel pour les gens âgés.A l’hôpital, on oubliera aussi ce qu’ils essaient de vivre.Le bon docteur, entouré de ses étudiants, néglige la chambre du mourant au cours de sa tournée.A moins qu’il ne craigne tellement une poursuite judiciaire qu’il se mette à insérer dans le moindre orifice repérable quelques tubules magiques qui prolongent la survie d’un ensemble de systèmes biologiques en bon état.Etre oublié, ou à l’inverse, être considéré comme une mécanique en plus ou moins bon état, voilà le sort de nombreux vieillards.Jerry Avron rapporte les expériences d’Albert Kurland, psychiatre américain de la région de Baltimore.Cet homme a tenté d’alléger l’agonie des vieux qu’il traitait.La méthode (l’emploi du LSD) est discutable; un fait demeure: notre science, aussi exacte qu’elle soit, néglige hélas! l’aspect humain des phénomènes pour s’acharner sur l’efficacité de ses méthodes.En cela, la médecine traduit fidèlement les valeurs normatives du système et oublie, elle aussi, le vieux et sa réalité humaine.Un autre modèle Le docteur Leaf est le seul interniste qui se soit donné la peine, à ma connaissance, de faire enquête sur les plus-que-centenaires.Il a découvert chez ces très grands vieillards, quelques constantes: tous vivaient au grand air et faisaient de l’exercice; ils avaient eu une vie sexuelle active jusque vers les 80 ans; les sociétés où ils vivaient leur avaient conservé des responsabilités sociales réelles tout au long de leur existence.Quant à notre société elle n’a pas prévu de rôle pour ses vieux.Elle les imagine mal faisant l’amour après soixante ans.Aux gens de quarante ans, déjà, elle propose davantage de confort que d’exercice physique.Par-delà le sort qu’on fait aux vieux, c’est le sens et l’orientation même de notre projet collectif qu’il faut reconsidérer.Si on gave le vieillard de médicaments qui lui maquillent son angoisse, c’est certes qu’on veut faire taire cette angoisse plutôt que d’en entendre la signification.Si on isole le vieux dans un hospice, fût-il doré, sans lui donner de tâche autre que de consommer là ses biens chèrement gagnés, c’est que, cette omniprésente consommation mise à part, on n’a pas prévu grand-chose dans notre monde.Si.dès qu’on ne produit plus, on est écarté du revers de la main, je peux comprendre comment certaines personnes se demandent: pourquoi vieillir?23 éducation permanente et Vème âge PAR PIERRE TOU SIGNANT Responsable du programme Service de l'Education permanente Université de Montréal La personne âgée a droit à une existence culturelle, ce qui entraine le libre accès aux travaux de formation culturelle ainsi qu’aux possibilités de perfectionnement.* Cette citation illustre fort bien le caractère purement théorique des résolutions généralement contenues dans les déclarations de droits.Car si les personnes âgées doivent pouvoir accéder aux travaux de formation culturelle ainsi qu ’aux possibilités de perfectionnement, le système d’éducation conserve par devers soi, dans un monde imperméable aux non éligibles, les équipements et les ressources encore indispensables à la réalisation du voeu de la déclaration.Pour cette raison, et pour cette autre que les personnes âgées sont, dans le Québec d’hier et d’aujourd’hui, le plus souvent peu scolarisées, économiquement faibles et culturellement passives, on ne peut aborder la question de la relation entre l’éducation et le troisième âge que sur le mode de l’utopie.D’une utopie étayée cependant sur la reconnaissance de certains indices de changements timides mais bien réels: de rares activités éducatives inscrites dans le cadre vaste et imprécis à souhait de l’éducation des adultes peuvent apparaître fort instructives à cet égard.Mais avant d’entrevoir les conditions qui permettraient aux personnes âgées et à d’autres groupes sociaux de ne plus se situer dans une marginalité absolue par rapport au système éducatif, il faut se remettre rapidement en mémoire les finalités traditionnelles de ce dernier, de même que les principes sur lesquels se fondent la récente idéologie de l’éducation permanente.Le règne des initiés Il est assez à la mode d’établir des analogies entre les sociétés dites primitives et les sociétés occidentales contemporaines.Dans les premières, une initiation fortement ritualisée permettait à un individu de se considérer de plein droit membre de la société à laquelle il appartenait.De nos jours, cet important processus initiatique est assumé par le système éducatif.L’éducation sanctionnée par le diplôme ouvre en effet les portes de l’univers magique du savoir à l’ensemble des jeunes adultes, ou encore à ceux d’une classe déterminée, selon les besoins globaux de la société et les modes courants de production.Dans une société initiatique la perception des rôles sociaux est exempte d’ambiguïté: on est ou on n’est pas un initié, on sait ou on ne sait pas, ce qui revient à dire qu’on peut ou non exercer un pouvoir.Cette règle du tout ou rien n’empêche cependant pas la reconnaissance d’une différence chez les initiés eux-mêmes: certains d’entre eux, très souvent des anciens, des personnes âgées, ont accumulé plus de connaissances que d’autres et sont par conséquent plus aptes à exercer le pouvoir.Ce modèle est bien connu, comme le sont les nouvelles caractéristiques d’un savoir qui est venu perturber l’ordre séculaire des choses.Certes l’incroyable extension et la complexification de prime abord déroutante des connaissances occultaient encore davantage l’univers des initiés et renforçaient les rites pour y accéder.Mais le nouveau savoir s’accommodait mal de la règle du tout ou *,,Déclarationdesdroitsde8per8onnesâgées”, formulée par la Fédération européenne pour les personnes âgées et l’Association internationale des personnes âgées; publiée en 1965.24 rien; il multipliait plutôt comme par jeu les épreuves initiatiques, provoquant ainsi chez les initiés un sentiment d’insécurité vis-à-vis la valeur de leur formation et soulevant chez eux le doute quant à leur véritable rôle social.En même temps qu’il se complexifiait, le savoir voyait diminuer considérablement son espérance de vie.Les anciens sont ainsi devenus des détenteurs de connaissances périmées, donc socialement inutiles.Les plus jeunes ont également assisté, parfois avec angoisse, à l’effritement du caractère de permanence présumément rattaché à leur initiation.Le système d’éducation fut bien obligé de s’adapter, avec lenteur il va sans dire, à la demande nouvelle et fort pressante des innombrables adultes menacés à la racine même de leur insertion sociale.Ils furent nombreux à revenir, admirablement résignés, sur les bancs de l’école pour s’y mériter une nouvelle carte de membre de la grande confrérie.Il se trouva même parmi eux des “parasites” qui ne cherchaient pas d’abord de nouvelles qualifications professionnelles pour éviter le chômage ou la mise à la retraite prématurée, mais qui profitaient de l’assouplissement des horaires et des conditions d’éligibilité propres au sous-système d’éducation des adultes pour accéder aux valeurs culturelles que ce dernier véhiculait.Ce faisant, ces adultes ne se doutaient pas qu’ils jetaient, avec leur argent, du sable à pleine poignée dans des rouages fort bien huilés par les siècles.Une nouvelle idéologie C’est ici que les idéologues de l’éducation commencèrent à se poser de très sérieuses questions.Si l’apprentissage des jeunes se périme aussi rapidement et de façon si radicale, il faut concevoir l’éducation, dans sa définition même, comme un processus continu, comme l’affaire de toute une vie.Les écoles doivent donc s’ouvrir sans discrimination à toutes les classes d’âges, il faut étendre au maximum le sous-système d’éducation des adultes, ou encore intégrer les adultes dans les classes des jeunes étudiants, etc.Evidemment, on ne pouvait s’en tenir longtemps à ce concept de l’extension de l’enseignement.Il consolidait la situation parfois absurde, attristante et odieuse de l’individu forcé de se recycler, de se réinitier deux, trois ou quatre fois dans sa vie active, et ce dans des conditions pénibles et fort coûteuses.De plus, il ne prenait pas en considération le fait élémentaire qu’un adulte en situation d’apprentissage n’est pas assimilable à un plus jeune placé dans la même situation, parce qu’il traîne avec lui une expérience professionnelle et une maturité dont l’influence se fait forcément sentir sur ses besoins réels d’information et de formation.L’idée de l’école ouverte ignorait enfin complètement la très puissanteconcurren-ce des moyens de communication de masse vis-à-vis le système d’éducation, au moins pour tout ce qui concerne les valeurs culturelles.Ce sont des réalités de cet ordre qui amenèrent les idéologues, de fil en aiguille, à proclamer que l’éducation a) est un processus continu qui concerne tous les individus de tous les âges; b) déborde largement le cadre désormais jugé fort étroit des contenus traditionnels et des méthodes pédagogiques classiques; c) est d’abord et avant tout l’affaire des s’éduquants (dirent-ils), et non d’abord celle des enseignants, des administrateurs, des corporations professionnelles, de l’industrie, etc.Dans ce contexte, on ne voit pas pourquoi les marginaux ne se- raient pas intégrés d’une façon ou d’une autre dans le système d’éducation, pourquoi celui-ci ne deviendrait pas ce qu’il aurait toujours dû être: un service qui saurait respecter les besoins différenciés de tous les groupes sociaux, et à l’intérieur de ceux-ci, de chacun des individus.On pourrait se demander comment il se fait que le considérable effort de réflexion des idéologues ait abouti à des affirmations aussi simplistes en apparence.Pour le comprendre, et avant d’en venir à la situation spécifique des personnes âgées, il semble opportun d’emprunter un dernier petit détour.Production, production.Le système d’éducation n’a pas poussé comme les champignons sur la première souche venue.Le type d’individu qu’il a produit correspond au contraire parfaitement, compte tenu du décalage temporel inévitable, aux besoins de la société dans laquelle il prend racine.C’est cette dernière (qui est-elle au juste?) qui évalue le nombre de médecins, d’administrateurs, de techniciens, de fonctionnaires, d’ouvriers spécialisés, de balayeurs de rues dont elle a besoin pour fonctionner dans sa normalité.C’est encore elle qui répond à des questions comme: que faut-il savoir pour être bon médecin, bon administrateur, etc.?C’est toujours elle qui détermine le degré d’implication de chacun dans l’univers culturel, qui juge, par exemple, s’il convient qu’un avocat ait jamais entendu parler de Cicéron (sic), ou qu’un chauffeur d’autobus ait développé l’art oratoire.Les administrateurs scolaires et les enseignants exécutent alors les directives dictées par l’impératif social.Ils établissent les programmes, fixent les normes d’admission et veillent à ce que le produit soit bien conforme à la demande.Est-il possible d’imaginer qu’il en soit autrement?Il se trouve cependant que les besoins sociaux ont une fâcheuse propension à s’identifier aux besoins de la production.Il en résulte une assimilation forcée de la valeur d’un individu à sa valeur de producteur.Celui-ci cesse-t-il son activité?Il perd immédiatement la reconnaissance sociale qui le valorisait à ses propres yeux.Les retraités en savent quelque chose, mais aussi les chômeurs, les femmes, les étudiants.Les idéologues de l’éducation permanente, par leur conception naïve de l’éducation, remettent en question sans trop le savoir ou sans trop le dire la prééminence des besoins de la production sur les autres besoins sociaux et les besoins individuels.S’ils dénoncent le caractère répressif des programmes scolaires, c’est parce que ceux-ci reflètent les exigences du système de production.S’ils déplorent l’uniformisation des produits éducatifs, c’est que cette uniformisation convient aux modes actuels de production.En centrant le processus éducatif sur la personne (l’idéologie de l’éducation permanente est fortement colorée de personnalisme, pour le meilleur comme pour le pire) plutôt que sur ce que la société actuelle attend de la personne, les enfants terribles du monde de l’éducation proposent rien de moins qu’une petite révolution copernicienne.Ils veulent en effet découvrir les besoins réels cachés sous l’épaisse couche des besoins abstraits définis par d’autres que les premiers intéressés selon des normes qui s’apparentent plus au souci de l’accroissement de la productivité qu’à celui du développement de l’homme.Ils veulent en somme la du règne de l’imposture qui consiste à attribuer le carac- J/r 25 éducation permanente tère d’universalité et de naturalité à des besoins qui sont en fait uniquement ceux de la société industrielle au stade présent de son développement.L’ampleur de la réforme proposée par les idéologues laisse présumer qu’ils rencontreront de grandes difficultés, c’est le moins qu’on puisse dire, dans la réalisation de leurs objectifs.Il n’y a qu’à se demander d’où vient l’argent nécessaire à leurs recherches et aux activités éducatives qu’ils prévoient mettre sur pied pour constater la précarité de leur situation.Malgré ce fait, la libéralité de principe du système actuel d’éducation n’a pas encore été entièrement exploitée.Les administrateurs scolaires ressentent parfois assez vivement les contradictions inhérentes à leur rôle et ne restent pas toujours indifférents aux sollicitations des groupes marginaux.Il n’est donc pas totalement illusoire de penser qu’une petite porte latérale s’entrouvrira prochainement pour les personnes âgées.Le troisième âge Les personnes âgées connaissent une nouvelle dimension temporelle qui n’est pas tellement le fait d’un rapport arithmétique entre le nombre d’années à venir et le nombre d’années écoulées, mais qui provient plutôt de leur situation d’exclusion du marché du travail.Certes ils partagent cette situation avec beaucoup d’autres groupes; mais leur mise à l’écart, pour ne pas dire leur mise au rancart, a ceci de particulier qu’elle est presque toujours définitive.Sous l’aspect de l’intégration sociale, les personnes âgées ressemblent aux malades chroniques et aux déficients mentaux encore plus qu’aux chômeurs et aux prisonniers.Le temps vécu par les producteurs se caractérise par l’importance du lendemain, dans la mesure même où ils doivent épouser les objectifs de l’entreprise pour conserver et accroître la reconnaissance sociale de leur valeur.Le présent apparaît alors comme un mauvais moment à passer, une tentation constante à laquelle il faut résister à tout prix puisque la satisfaction des désirs immédiats risquerait fort de compromettre la satisfaction des désirs futurs.Tel n’est plus le cas pour les gens du troisième âge qui, ne pouvant plus raisonnablement espérer une valorisation par leur participation au monde de la production, retrouvent le sens du temps présent et à travers lui le sens du corps.Ce retour a l'immédiat, considéré isolément, indique certainement la fin d’une aliénation.L’individu se réapproprie le temps de sa vie, il recouvre l’autonomie qui lui permet de reconnaître ses conduites comme vraiment siennes; ses gestes ne sont plus soumis aux cadences de la machine, ses semaines ne sont plus programmées d’avance par d’autres.Les éducateurs ne trouvent généralement pas beaucoup de temps pour s’arrêter à des considérations de ce genre.S ils veulent toutefois établir des relations de service fructueuses avec les personnes âgées, ils devront en tenir compte.Ils devront admettre que les ressources éducatives, les contenus, les méthodes doivent absolument et explicitement se référer à des réalités comme l’autonomie potentielle des personnes âgées, leur perception du temps, la valeur qu’ils attribuent au corps (est-ce parce qu il est parfois menacé?), etc.26 Les éducateurs devront également cesser de dissocier arbitrairement, comme ils en ont l’habitude, les problèmes éducatifs des problèmes économiques et sociaux des individus et des groupes avec lesquels ils entrent en relation.Ils devront reconnaître que la personne âgée paie très cher sa virtuelle autonomie; celle-ci la cantonne le plus souvent dans l'isolement et l’insécurité financière qui deviennent alors des facteurs bien plus aliénants que ceux rencontrés par les producteurs.Introduire des réalités de cet ordre au niveau même des activités éducatives ne serait pas une simple question de décence, mais dénoterait une juste conception des besoins de formation: ceux-ci ne sont pas foncièrement différents des besoins économiques et sociaux, ils ne sont qu’un moyen parmi d’autres de faciliter leur satisfaction.La collusion du système éducatif et du système de production ne laisse aucun doute à ce sujet.L’idéologie de l’éducation permanente, comme le personnalisme dont elle s’inspire, se montre résolument optimiste vis-à-vis les ressources de chaque individu.Elle n’est pas loin de dessiner une image de l’homme ressemblant par plus d’uù trait au bon sauvage de Jean-Jacques Rousseau, un sauvage qui parviendrait avec une once de bonne volonté à préserver ses vertus de la corruption instaurée en système social.En raison même de cette perception.les idéologues oublient volontiers de prendre sérieusement en considération les ravages qui causent les différents visages de l’aliénation rencontrés tout au long de l’existence.Ainsi, il serait tout à fait illusoire de penser que les personnes âgées placées subitement, et souvent contre leur gré, dans un contexte jugé à certains égards libérateur iront sortir du grenier les comportements-témoins de leur autonomie retrouvée.Ce serait faire fi non seulement des nouvelles difficultés économiques et psychologiques qu’elles vivent avec angoisse, mais également du poids de l’habitude, de l’auto-percep-tion négative, du désir vieilli à force d’avoir été frustré.Dans ce contexte, il devient fort risible d’inviter tout bonnement les personnes âgées à participer à des activités éducatives et de loisirs en leur expliquant qu’elles sont désormais des s'éduquant, des êtres responsables et autonomes, etc.Fort risible et fort méprisant, en y songeant bien.Vivre l’autonomie s’apprend à tout âge, mais il faut y mettre le temps.C’est ce que semblent d’ailleurs constater plusieurs groupes de travailleurs qui ré : nt des cours de préparation à la retraite.Ils veulent etre renseignés sur les droits des retraités, sur les services et les loisirs qui leur seront accessibles.Ils veulent également atténuer la brutalité du passage de l’état de producteur à celui de pensionné.Mais ils veulent surtout savoir ce qu’il faut faire pour reconstruire ’a vie autour d’un autre pôle que l’usine ou le bureau.Les éducateurs ne peuvent pas bien sür répondre à cette dernière question parce que les possibles sont innombrables, mais ils peuvent comprendre l’importance du problème.Détenant en principe une certaine expérience de la vie des groupes, ils peuvent aider les gens du troisième âge à faire un petit bout de chemin du côté de la liberté.Tout l’intérêt de l’éducation permanente réside d’ailleurs dans ce petit bout de chemin qu’elle aimerait bien voir parcourir par le plus grand nombre; car en distinguant les besoins réels des besoins abstraits, elle dévoile, pour la rejeter, l’abstraite et fausse liberté sur laquelle se couche la bonne conscience des producteurs.Les personnes âgées partagent sans doute cet avis.• eme el k* don/ le/ congrégation/ religieu/e/ ÔQe I ;s:; a 9 M K PAR THÉRÈSE LAFERRIÈRE Service d'information intercommunautaire.il Une étude sociologique entreprise il y a deux ans, Recherche-Action, a fait l’inventaire chez les congrégations du diocèse de Montréal, tant des fonctions actuelles et de l’expérience des répondants (ils étaient 8,201) que de leurs aptitudes particulières et de leurs aspirations.On obtient l’éventail suivant: (cf.Rapport R.-A.p.225) Fonctionsà l’intérieur des Communautés: Education: Service social: Santé: Activités paroissiales: Service du Clergé: Loisirs et Culture: Communications Sociales: Autres postes: 26.6 18 16.7 14 13.8 7.6 I 3.2 2.8 7r La population canadienne est vieillissante; les statistiques le proclament sans conteste: en 1970, air Canada.1,699,381 personnes de plus de 65 ans, soit 12%; au Québec, 402,257; à Montréal, 180,000.Ce n’est un secret pour personne que les Congrégations religieuses accusent un même état; chez les religieuses, l’âge moyen est de 55.3 ans; chez les religieux, de 49.5.Deux réactions sont possibles devant un tel problème: ou bien, on attend patiemment le passage final, tout en s’occupant, vaille que vaille, à de menus travaux communautaires, incluant un maximum d’heures de prière; ou bien, on s’oriente vers les diverses avenues ouvertes maintenant aux religieux.L’heure de l’objectif unique des communautés: éducation de la jeunesse ou travail hospitalier, est révolue.Les religieux sont du peuple de Dieu; ils oeuvrent dans ses rangs.C’est pourquoi, il n’est pas rare de les rencontrer à l’intérieur des organismes paroissiaux et diocésains de toutes sortes; les associations, dites séculières, reçoivent aussi fraternellement tel religieux, telle religieuse, aptes à y remplir un rôle.Et pour vivre leur vie religieuse au rythme du groupe, de petites maisons ou fraternités se forment de plus en plus; on veut habiter dans le quartier où l’on oeuvre, fraterniser avec les voisins ou les co-équipiers de travail.Concurramment à cette recherche, s’élaborait à Montréal un projet groupant les religieuses, dites responsables de réorientation à l’intérieur des communautés.Le Senicc d'information Inter-communautaire (SU) est né de la fusion des recherches et échanges de ces personnes.Un des objectifs de ce service est d’aider religieux et religieuses à s'orienter, après la première étape de leur vie professionnelle, vers un emploi ou un service répondant a une situation d'urgence.Le Service s’est d’abord arrêté aux priorités exprimées par les répondants lors de la recherche: Service au Troisième Age.Service à la Famille.Incidemment, ces priorités comptent le plus grand nombre d’appels téléphoniques que le SU reçoit.Deux comités ont été mis sur pied pour recevoir les S.O.S.et trouver les personnes pour y répondre.Notre politique toutefois n’est pas de faire chapelle à part, mais de nous unir aux organismes existants; c’est ce à quoi les responsables travaillent présentement.Il est intéressant de constater qu’au SU, on est en contact avec de nombreuses associations, avec des personnes désireuses d’offrir un emploi, de solliciter les services de religieux et religieuses; les domaines suivants ont déjà reçu des ouvriers: Pastorale, Education, Secrétariat, Accueil à la réception, Aide au clergé, Imprimerie.Les II f-Y III 9 personnes engagées sont heureuses de leur nouvelle expérience: elle éveille l’espérance chez ceux et celles qui seraient §§ hantés par l'insécurité, face aux années à venir.Il Voici, à titre d’exemples, certains dépannages opérés par des religieux et des religieuses: —aide apportée à une dame angoissée: —six semaines passées chez une parente en dépression; —rencontres et visites à la Porte-du-Ciel ou à la Tour-de-David: —visite à une personne invalide: Eucharistie partagée avec elle: —trois semaines de cuisine dans une maison de retraite; —encouragement apporté à une personne mal prise; —travail en paroisse avec les Petits Frères; —quatre semaines de travail à la Popote roulante: —visites à l’Accueil Bonneau, au Foyer St-Henri.à St-Charles-Borromée; —travail en paroisse à la cure, en milieu riche mais difficile; —soin régulier d’un jeune mongol.i U-' I A l’intérieur même des maisons religieuses, maisons-mères, maisons d’accueil pour religieuses âgées, une certaine ‘‘éducation permanente" est organisée: des religieuses retraitées, autrefois spécialistes en français, initiation biblique, histoire et géographie, arts plastiques, bibliothéconomie, prennent en charge un groupe de leur âge et, en avant! les esprits essayent de conserver leur vitalité! Déjeunes professeurs de yoga viennent même veillera l’assouplissement des muscles de leurs ainées! Des ateliers de couture, tricot.artisanat, ont été ouverts.La Croix Royge, les milieux défavorisés, les handicapés, tel pays de mission bénéficient de leur esprit créateur, de leurs talents variés, de leur savoir-faire.La récente participation des religieux et religieuses à la Foire de Bienfaisance.Place Alexis Nihon.a sans doute valorisé le travail artisanal de nos ainées.Voilà! les Communautés qu’on disait, hier encore, repliées sur elles-mêmes, s’ouvrent aux besoins de leurs frères et ainsi, assument ce vieillissement qui nous guette tous.iliii S a 27 V ft i.îï: m V IV I I v V .f \%3fc -v.'-: VX v %.> Î*W^P ¦ v.rijc^tC A*-'.#' i:^m: Cc C " •^js*i&&i< jtihm m 4 i 'Mm »Xf:->5^c*cW^ / ^ a* ?v SC’SSüawiO^.iyyK ; f >' :y-v ••¦%.î$^ vÿ^X.r'xN •>.¦ •' XX:.«.W: ¦fêY.->Y.&> ill « IgSjS ¦f s ^ ^ ISifc ^.< i %.' v'€: .‘ ‘ y.‘- & .^ /
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