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Maintenant
Revue d'idées très en phase avec les débats qui animent la société québécoise durant la Révolution tranquille.

[...]

La revue Maintenant arrive et s'inscrit dans l'effervescence du Québec des années 1960, au moment de la Révolution tranquille. Elle a pour vocation de remplacer la Revue dominicaine en créant un lieu de discussion collé sur l'actualité. Pour s'insérer davantage dans l'activité intellectuelle de son temps, la nouvelle revue affiche une facture moins savante.

Père Henri-Marie Bradet, directeur de la revue depuis ses débuts en 1962, rassemble rapidement de nombreux collaborateurs, clercs et laïcs. Plusieurs dominicains, mais aussi Benoît Lacroix, Louis Lachance, Émile Legault, Gérard Dion et Louis O'Neill offrent des contributions à la revue, tout comme les laïcs Hélène Pelletier-Baillargeon, Louis Fournier, Pierre Saucier, Dr Paul David, Ernest Pallascio-Morin, Jacques-Yvan Morin, Guy Robert et Naim Kattan, parmi de nombreux autres.

La volonté d'actualisation du catholicisme prônée par Maintenant tient ses racines dans le personnalisme des années 1930 et son ouverture à l'individualisme, et coïncide, en 1962, avec le programme de réformes du catholicisme de Vatican II, duquel la revue portera l'esprit au Québec. Elle offre une tribune aux catholiques de gauche, soucieux de montrer un esprit actuel et moderne à la jeunesse intellectuelle.

Maintenant s'adapte rapidement aux changements accélérés en cours dans la société québécoise et devient un lieu de débat important. Les clercs souhaitent se positionner comme porteurs d'une conscience morale évolutive de la société vis-à-vis des intégristes et du contrôle de l'Église. Cet humanisme chrétien motive Maintenant à adopter hâtivement le socialisme démocratique et à cautionner et pousser l'idée de l'indépendance politique du Québec.

Le contexte de laïcisation et de pluralité grandissante des affiliations religieuses, conjugué au déclin de l'attachement national canadien-français et catholique, donne naissance à un nationalisme québécois civique qui se manifeste notamment dans la déconfessionnalisation de l'enseignement public. Maintenant en sera partie prenante.

La revue participe ouvertement aux débats sur la régulation des naissances, mais, par principe religieux fondamental, demeure d'abord contre l'avortement. Et bien qu'elle appuie une laïcité ouverte, la revue refuse affronte la position radicale de la relégation du religieux à la sphère privée. Les audaces que Maintenant se permet font des mécontents à la tête de l'ordre dominicain à Rome, qui demande la destitution du père Bradet en 1965. La maison provinciale de l'ordre ne souhaite pas se ranger dans la réaction. Le père dominicain Vincent Harvey prend la relève de Bradet à la direction et offre au contraire davantage d'autonomie à la revue, qui appuie plus résolument le socialisme et l'indépendantisme québécois.

Maintenant souhaite mettre un terme au nationalisme messianique pour que toute la place soit laissée à un mouvement politique pragmatique, qui envisage la souveraineté politique comme moyen pour le Québec de se développer. Tous les dominicains ne sont toutefois pas à l'aise avec les positions politiques de la revue. L'ordre sort de l'aventure en 1969. Son maigre financement est dorénavant assuré par Pierre Péladeau. La revue délaisse alors presque complètement le contenu religieux pour se concentrer sur les questions politiques, sociales et économiques.

Durant la période qui suit, Maintenant accueille des collaborateurs réputés, dont Robert Boily, Jacques Parizeau, Michèle Lalonde, Fernand Dumont, Jacques Grand'Maison, Jacques-Yvan Morin, Guy Rocher, Camille Laurin, Pierre Vadeboncoeur et Louis O'Neill. Hélène Pelletier-Baillargeon y est toujours et sera d'ailleurs nommée directrice au décès de Vincent Harvey en 1972.

Maintenant est affiliée aux journaux indépendantistes et réformistes Québec Presse (1969-1974) et Le Jour (1974-1978). Les trois cahiers publiés en 1975 sont d'ailleurs distribués avec Le Jour. Plusieurs des collaborateurs des dernières années seront des figures importantes du gouvernement et de l'administration du Parti québécois à partir de 1976.

Source:

ROY, Martin, Une réforme dans la fidélité: la revue Maintenant (1962-1974) et la «mise à jour» du catholicisme québécois, Québec, Presses de l'Université Laval, 2012.

Éditeurs :
  • Montréal, P.Q. :les Dominicains en collaboration avec d'autres clercs et des laïcs,1962-1975,
  • Montréal :Éditions Maintenant inc.,
  • Montréal :Editions Maintenant :
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Revue dominicaine ,
  • Témoins
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Références

Maintenant, 1973-10, Collections de BAnQ.

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le régime Numéro 129 néma québe Voulez-vous recevoir gratuitement l’un de ces scénarios romancés?La bonne année de Claude Leiouch Dernier tango à Paris de B.Bertolucci L’Eglantine de Jean-Claude Brialy Les noces rouges de Claude Chabrol Une journée bien remplie de Jean-Louis Trintignant (prix en librairie de 6 à 9 dollars suivant le titre) Cinéma/Québec, pour souligner ses deux premières années d'existence, en collaboration avec les éditions Seghers, offre un volume à chacun de ses lecteurs qui souscrira un abonnement de 2 ans (soit $12).Ne tardez pas Profitez-en.Envoyez vos nom et adresse à Cinéma/Québec en indiquant trois titres par ordre de préférence.Cette offre n'est valable que dans la mesure où les titres sont disponibles.Ecrivez tout de suite à Cinéma/Québec, c.p.309, Station Outremont, Montréal 1 54, Qué.Cette offre n est valable que pour les résidents du Canada.gy&b*c scl&nc* Le magazine québécois d'information scientifique.Une publication de l'université du Québec.Dans le numéro d'octobre: ^ "Machines à pluie” et modifications du climat: les nuages ne se laissent pas facilement apprivoiser.^ La langue française en danger: "SITEST”, une initiative canadienne, comblera le très alarmant déficit de notre vocabulaire scientifique.^ Education: il en coûte de plus en plus cher pour former des scientifiques spécialisés.et appelés à travailler en dehors de leur domaine.^ L'aérodrome de Mirabel — Ste-Scholastique: cette porte ouverte sur le ciel de l'An 2000 donne bien des soucis aux écologistes d'aujourd'hui.?Baie James: les travaux vont bon train, et, tandis que les polémiques détournent l'attention et monopolisent les journaux, les super-barrages se préparent à surgir.En vente dans les kiosques .75 le numéro Abonnement à 10 numéros (1 an) $5.00 Etudiants $3.50 Soutien $10.00 C.P.250, Sillery, Québec 6, Québec.Tél.: Québec, 657-2435.0 0 CD ?0.?0 O) t— Z £ E'5 < E _c Z i's LU y~ o ïi § Z C S ° 3 < LU > 0 S c in ^ c en ^ 0 — 0 o> o CO —>0 k 8 §2 Bt/ue m it:.oie D'AI DupM, Michèle tahet, ! cw,, WMlNIi ÏïsGos WUSIH Bande Po '«PRESS '"ïnineoi LssMi ^»emf NI ^ “% Seidi octobre 1973 numéro 129 Appel au lecteur Hélène Pelletier-Baillargeon -—-T-^ Le régime Bourassa S é rtjm * II s’agit de notre propre pouvoir J Editorial de l'équipe de Maintenant Revue mensuelle publiée par LES EDITIONS Trois ans et demi avec Robert.MAINTENANT INC.Siège social: 775 boul.Le- Jacques Guay beau, Montréal.DIRECTEUR-FONDATEUR: 1962-1965 Henri Bradet DIRECTEUR: 1965-1972 Vincent Harvey DIRECTRICE: Hélène Pelfetier-Baillargeon SECRETAIRE DE REDACTION: Laurent Dupont * COMITE DE REDACTION: Robert Boily, Guy Bourassa, Serge Carlos, André D'Allemagne, Fernand Dumont, Laurent Dupont, Richard Gay, Jacques Grand'Maison, Michèle Lalonde, Jacques-Yvan Morin, Louis O Neill, Hélène Pelletier-Baillargeon, Guy Rocher, Claude Saint-Laurent, Pierre Vadebon-coeur, Jean-Yves Roy ADMINISTRATION: Yves Gosselin SECRETAIRE ADMINISTRATIVE: Madeleine Desrosiers CONCEPTION GRAPHIQUE: Louis Charpentier ILLUSTRATIONS: Claude Poirier et Serge Wilson IMPRESSION: Imprimerie Montréal Offset Inc.DISTRIBUTION: Les Messageries Dynamiques Inc.(514) 384-6401 CONDITIONS D'ABONNEMENT: Abonnement d'un an $7.00 Abonnement d'étudiant $5.00 Abonnement de soutien $10.00 N.B.Les abonnements ne sont enregistrés qu'au reçu du versement.Résidence du Secrétaire: 2765 Chemin de la Côte Ste-Catherine Montréal 250, Québec (514) 739-2758 Courrier de la deuxième classe Enregistrement no 1419 Les mensonges d'Ulysse Robert Boily Les libéraux de 1973: après nous le déluge! André d'Allemagne Litanie de nos peurs québécoises Guy Rocher L'économique à la Bourassa Gabriel Gagnon De la santé à la maladie Jean-Yves Roy Un style politique nouveau?Guy Bourassa Fin d'un régime ou régime d'une fin Jacques Grand'Maison Le nain et le néant Pierre Vadeboncoeur A ton choix A tes risques X 6 9 12 14 17 20 24 26 28 31 32 34 ?030333a Chers lecteurs, Vous lisez et aimez Maintenant?Pourtant Maintenant n’est ni très attrayante, ni colorée, ni visuellement moderne, ni pétillante d’allure.Elle est austère.Non pas parce que ceux qui la font la souhaitent ainsi.Mais parce que, depuis toujours, Maintenant a dû opérer dans des conditions matérielles qui ne se prêtent guère aux coûteuses trouvailles.Lorsque, répondant à l’enquête de notre confrère Serge Carlos (juin 73) vous disiez souhaiter “davantage d’entrevues et de reportages”, vous mettiez là le doigt sur le bobo de notre mode d’opération: réussir à publier une revue des plus vivantes sans se payer de journalistes! Photo Alain Renaud Quelques membres du comité de rédaction de Maintenant au lancement de l'homme d'espérance chez Fides.: Mm ¦: $ F Pas encore un SOS .mais .Contrairement au Devoir d’autrefois ou, plus près de nous à Québec-Presse, Maintenant n’a jamais été forcée de vous lancer de S.O.S.alarmistes.Les divers appuis dont la revue jusqu’à ce jour a bénéficié lui permettaient, bon an, mal an, de vous épargner le récit de ses vissicitudes budgétaires.Le temps est venu, croyons-nous, de vous mettre dans le coup de cet aspect très concret de la vie d’une revue dont vous êtes, depuis de plus ou moins nombreuses années, les fidèles lecteurs.Non pas, rassurez-vous, parce que l’unquelconque de ses appuis essentiels lui serait brusquement retiré, mais parce qu’une situation imperceptiblement déficitaire s’est installée dans nos livres depuis quelques années sans le redressement de laquelle ces mêmes appuis s’avéreront bientôt nettement insuffisants pour poursuivre l’opération.Or cette situation déficitaire est due, en tout premier lieu, au statu quo dans le nombre de nos abonnés.L’optimisme et la détermination figurant à notre menu quotidien, nous sommes convaincus qu’avec une aide ordinaire de chacun de ses lecteurs, Maintenant pourrait sortir de sa crise larvée, sinon riche, du moins passablement re-gaillardie par une plus grande indépendance d’action et un rayonnement nouveau.Cette aide très ordinaire que chacun d’entre vous pourrait nous apporter, elle se déduit logiquement de l’exposé de nos conditions matérielles d’existence.En vous situant concrètement par rapport à ces conditions, comme abonné, lecteur occasionnel, diffuseur indirect, annonceur ou bienfaiteur en puissarice, sans doute découvrirez-vous facilement avec nous quelle démarche individuelle vous pourriez faire pour transformer ces sombres perspectives qui montent tout doucement à notre horizon en perspectives d’avenir. Le prix de la liberté .La liberté se paie très cher, Maintenant en a souvent fait l’expérience.Plusieurs fois, son existence a été menacée à cause des diverses réactions provoquées par ses prises de position.Positions théologiques autrefois, puis, plus près de nous, sociales et politiques: appuis retirés, plafonnement ou chute temporaire d’abonnements ou, plus chroniquement encore, impossibilité pratique d’intéresser des annonceurs en nombre suffisant pour nous constituer un coussin publicitaire d’appoint.et la pécari té du bénévolat Il est bien entendu au départ que Maintenant ne rénumère pas ses rédacteurs, ou, si elle le fait à l’occasion, c’est de manière purement symbolique.Ses collaborateurs occasionnels, comme à tout premier titre les membres de son comité de rédaction, ne s’attendent à aucun cachet lorsqu’ils écrivent pour la revue.Pourtant, plusieurs d’entre eux, universitaires ou écrivains, doivent par ailleurs gagner leur vie grâce à cette même plume qu’ils mettent gratuitement au service de Maintenant mois après mois.Quant aux permanents de la revue, un dominicain et une mère de famille, ils doivent pour le moment à leur “statut-un-peu-particulier” de pouvoir se consacrer presqu’à plein temps à une entreprise non lucrative.En plus de donner à l’équipe qui ànime la revue un caractère d’instabilité inhérent d’ailleurs à toutes les formes de bénévolat, cette situation freine sans cesse la revue dans ses projets de donner un style et une allure plus journalistique à sa présentation en recourant, par exemple, davantage aux services de pigistes professionnels rémunérés.En plus de varier les formes d’exploration de ses thèmes, la collaboration régulière de journalistes de métier permettrait à la revue d’opérer plus sûrement une percée nouvelle auprès du public, percée essentielle pour transformer Maintenant en une publication non déficitaire.Si Maintenant doublait simplement demain le nombre de ses abonnés elle cesserait aussitôt d’être déficitaire .or, pour ce faire: 1.SI VOUS ETES DEJA ABONNE, vous pourriez dès demain: a) excuser temporairement la fatalité des services postaux qui, depuis des mois, vous occasionnent des délais désagréables dans la réception de votre exemplaire (que vous voyez peut-être aux kiosques depuis dix jours!) Dans la mesure du possible nous nous donnons cette année comme priorité de corriger cette situation intolérable; b) Repérer dans votre entourage, ce parent, ce collègue, cet ami auquel vous refilez à tous moments votre exemplaire de Maintenant, le per-suader de s’abonner lui-même dès aujourd’hui afin de contribuer à son tour à épauler une publication qu il apprécie tout autant que vous; .c) .enfin, si le destin vous a choyé en vous en octroyant la possibilité, transformer vous-mêmes votre propre abonnement ordinaire à $7.00 en abonnement de soutien à $10.00 2.SI VOUS ETES UN LECTEUR PLUTOT OCCASIONNEL qui achète au kiosque, au gré des thèmes du mois, un exemplaire de Maintenant, peut-être pourriez-voys songer que: a) sur le $1.00 que vous paierez désormais au kiosque, la revue ne percevra, pourcentage de commission déduit, qu’un montant de $0.55 avec lequel elle réalisera un bien petit profit; b) alors qu’en vous abonnant à $7.00, non seulement vous économiserez sur le prix de vos dix numéros annuels, mais encore vous avancerez, sans intérêt, la même somme à notre entreprise pour lui permettre d’opérer avec une bonne prévisiblité budgétaire.3.SI VOUS ETES UN HOMME D’AFFAIRES VOIRE UN CHEF D’ENTREPRISE QUEBECOIS qui partagez nos visées, nos idées, nos valeurs et la bonne volonté de nos engagements, vous pourriez penser à nous dans votre budget publicitaire en vous rappelant que si Maintenant n’est pas une revue à très large diffusion (10,000 exemplaires de tirage) elle est en revanche une revue de prestige par la qualité de conscientisation et le degré de scolarisation élevé de ses lecteurs (cf.Enquête auprès des lecteurs, no Juin-Juillet 73).4.SI VOUS ETES UN SUPPORTEUR PARTICULIEREMENT FAVORISE ET SYMPATHIQUE, peut-être pourriez-vous penser que, pour éponger ce douloureux déficit accumulé de $5,000.00 qui paralyse de façon lancinante nos mille projets créateurs, il suffirait de 50 dons de $100.00, de 100 dons de $50.00 et de 200 dons de $25.00 (sans compter tous ces sous additionnés qui, nous disaient nos parents, finissent toujours par faire des dollars si beaucoup de bonnes volontés se donnent le mot.) Chers lecteurs, je vous laisse sur ces points d’interrogation, et ces conditionnels .Nous en reparlerons le mois prochain: il y a chez nous toute une équipe au travail ( .elle est presque du tonnerre elle aussi.) qui attend de vous le feu vert d’un plébiscite concret pour redonner à Maintenant un second souffle! Hélène Pelletier-Baillargeon 5 Les articles que vous pouvez lire dans ce numéro semblent indiquer qu’on voudrait bien ne plus avoir à faire le bilan du régime Bourassa: celui-ci a lassé les esprits au point de les rendre las également de le juger.C’est un pensum que de le faire.Le procès est instruit depuis trop longtemps, depuis Octobre, depuis Victoria, depuis Mai, depuis toujours: gouvernement insipide, sans projet, hostile à la démocratie marchante, indifférent au Québec, manipulé, et quelque peu tripoteur par surcroît.La page est tournée.On n’a plus le goût d’y revenir.Ce n’était pas assez intéressant.Cette page, d’ailleurs, se terminait inachevée sur quelques mots encore plus moches, le mot patronage, le mot pègre.M.Caston-guay a fait ce qu’il a pu, mais il a hâte, en homme qui n’a pas de temps à perdre, de tirer sa révérence.Tirons la nôtre aussi.il s’agit -«j ^ Cil?1 Le Québec est abandonné: nous avons besoin de le reprendre.Le gouvernement lui-même s’est abandonné, à tant de points de vue, culture, intérêts nationaux, économie, travail, justice, au gré d’Ottawa, au gré de l’étranger, des maîtres de l’argent ou de petits entremetteurs locaux, selon les cas, et avec un luxe de prévenances dans chaque cas.Après ce gouvernement nul et perfi- __ de à la fois, nous avons besoin d’une résurrection de la volonté po- ttOUTC litique,—démocratique et autochtone.Nous voudrions oublier ce régime: c’est le pouvoir des “autres”.Il ne peut s’agir désormais que de notre propre pouvoir.De notre pouvoir, de notre volonté, de nos choix, de nos affaires, de nous! Le régime Bourassa est un gouvernement qui n’a jamais été capable de dire hoü.s à aucun titre.C’est le nationalisme qui, depuis dix ou douze ans, a le plus fortement demandé des comptes à ceux qui détournaient la démocratie.Etonnés, nous nous sommes aperçus que nous n’étions plus d’aucune façon maîtres chez-nous.L’aliénation du pouvoir suivait de près l’aliénation des richesses.C’est sous Bourassa que nous avons subitement saisi l’ampleur de la dépossession: pillés dans nos avoirs, voici que le pouvoir public, en tout domaine, passait à son tour sans résistance à l’étranger.Cette évidence nouvelle est dangereuse et il fallait être stupide pour nous la montrer.Si l’on parle de pouvoir, Bourassa a réussi l’incroyable sottise de nous enlever la chose, mais aussi son apparence.Nous n’étions rien par rapport aux richesses; il a fait en sorte que nous ne fussions rien par rapport aux gouvernements, le sien compris, et que nous en devenions convaincus! Nous nous réveillons maintenant dans une drôle de condition, qu’on peut déjà sentir à Montréal et qu’on découvrira ailleurs d’ici dix ans si rien ne change: la condition de minoritaires et d’immigrés parmi d’autres sous notre propre gouvernement, dans notre propre maison, vendue avec le ménage.i Cette disposition du politique avec le reste, dans l’encan général, est une faute de taille, car elle nous dépouille du peu que nous gardions et dissipe les illusions que l’on pouvait encore se faire sur la façon dont un peuple, pensait-on, peut, dans la Confédération, ne pas glisser.Nous savons maintenant que le politique peut s’y bazarder du soir au matin, comme les gisements de fer.L’histoire sera inexorable pour ceux qui n’auront pas gagné.Les politiciens 6 adversaires de l’indépendance, on sait désormais ce qu’ils sont: ce sont des liquidateurs.Nous savions que le capitalisme aliénait les peuples, mais, ici, notre histoire s’opposait à ce qu’il disposât d’absolument tout.Dans le passé, nous défendions, en tout état de cause, deux choses au moins: notre culture, et nous-mêmes comme peuple.La Révolution tranquille a cherché appui sur cette volonté nationaliste, saisie intuitivement.Or, le passé récent brise même avec ce reste de politique; au grand jour, on offre tout à l’envahisseur: langue, pouvoir de l’Etat québécois, statut majoritaire de la nation et solidarité nationale, — dernier effet, particulièrement révélateur, de la servilité demandée par la ploutocratie.Il y a du nouveau maintenant: les traîtres se trahissent! Le Parti québécois est beaucoup plus qu’un parti.De toute évidence, c’est aussi un mouvement.Parti et mouvement, il s’agit d’une tentative ultime pour rattraper le politique, actuellement en solde sur les comptoirs.Les gens qui, avec assez de légèreté, font là-dessus des gorges chaudes, ne prévoyant pas clairement, selon eux, l’avenir économique et social sous un éventuel gouvernement péquiste, feraient bien de s’aviser de la profondeur de l’entreprise: au moment où l’establishment exige et obtient qu’on laisse précisément tout tomber, l’instrument et non seulement les fins, le Parti québécois surgit de la nation et se voue à la récupération du politique, qui est l’instrument.Démarche capitale, la seule qui ait vraiment un sens global devant l’ultimatum de l’empire, qui ne veut rien laisser subsister de pouvoir à part le sien.C’est la nation elle-même qui est atteinte le plus généralement, le plus majoritairement en quelque sorte, par la menace; c’est donc elle qui nous en avertit, selon un sens politique qu’elle eut souvent d’ailleurs dans les heures graves.Il faut prendre la résistance où elle se trouve.De quoi s’agit-il, dans la conjoncture présente?Il s’agit de sauver notre Etat.Cela ne peut se faire ici que par la nation, informée d’un projet de pouvoir national souverain.La revue Maintenant appuie donc le PQ.Il représente à nos yeux la volonté politique, partout ailleurs dissoute au niveau de l’Etat et dans les autres partis, tous aliénés.Nous le chargeons donc (du reste, il s’en est chargé lui-même) d’intentions politiques de tous ordres, elles-mêmes présentement sacrifiées par le laisser-aller de l’Etat.Le programme du PQ expose ces intentions, démocratiquement arrêtées.En ce moment de péril national, nous n’aurons pas la petitesse de penser que peut-être il n’y donnera pas beaucoup suite.Du reste, cette hypothèse mesquine serait la plus gratuite.Il est beaucoup plus raisonnable de croire que notre premier gouvernement national agira largement, comme tout régime qui commence un chapitre de l’histoire.Telle est notre conviction.L’expérience que nous avons déjà du PQ au surplus la soutient.Les partis investis d’une mission sont rares; il s’en trouve à peu près un par siècle.Nous avons de la chance: le PQ dans le chaos actuel, en est un.^ ’équipe de Maintenant 7 le régime bourassa “Si notre espèce doit périr, elle périra de dégoût et d’ennui.La personne humaine aura été lentement rongée, comme une poutre par des champignons invisibles.Et le moraliste discutera des passions, l’homme d’Etat multipliera les gendarmes et les fonctionnaires, l’éducateur rédigera des programmes.On gaspillera des trésors pour travailler inutilement une pâte désormais sans levain.” Georges Bernanos.MiRoiR., MON BEAU ^MiRoiR._^ O ^ Certains pourront s’étonner du contenu et du genre de ce numéro sur le régime Bourassa.Pourquoi Maintenant décide-t-il de consacrer tout un numéro au régime Bourassa et ne prend-il pas la peine d’analyser systématiquement les diverses politiques gouvernementales, en pesant soigneusement le pour et le contre?Nous l’avons fait dans le passé à propos de toute une série de questions: lois électorales, loi pour la protection du consommateur, politique linguistique, intégration scolaire à Montréal, problèmes de l’habitation, etc.Nous avons voulu plutôt, autour de certains thèmes, faire ressortir quelques-uns des caractères profonds de ce régime et, à travers eux, retrouver le Québec qu’il tente de façonner.L’idéologie libérale et ses silences, l’idée de développement économique, la conception du citoyen et de la démocratie telle que révélée à travers divers comportements de ce régime, au Parlement, en élection ou ailleurs, la dévalorisation du politique, le passage de la Révolution tranquille à la Restauration pour ne pas dire à la Dépression tranquille, tels sont quelques-uns des thèmes principaux abordés ici.Toutefois, même si à l’occasion de ces thèmes des faits précis sont évoqués, certaines politiques passées en revue, un trait particularise tous ces articles: le refus ou presque, d’analyser froidement, calmement.Tous se rejoignent dans une condamnation sévère, globale de ce régime.Tous accusent l’ennui, l’hypocrisie, la démission de ce gouvernement.C’est comme si, ces personnes, pourtant fort différentes, bien ancrées dans leur milieu de travail et dans l’action, avaient fait tout le chemin d’analyse politique possible, et que la frontière était atteinte.C’est comme s’il ne fallait plus uniquement décortiquer, catégoriser, nuancer à l’infini.Il faut dire sa fatigue et sa colère.Il faut mettre en accusation sans pour autant cacher son inquiétude.Il faut marquer l’étape et après un dernier regard en arrière, se tourner vers l’avenir.Ce dernier regard, à l’image du Québec, ne pouvait être gai et le numéro s’en ressent.L’orientation vers l’avenir se devait d’être autre.C’est ce que nous avons voulu dire dans l'éditorial qui précède.Robert Boily 8 trois dns et demi avec rdbert.par Jacques Guay Lorsque Maintenant m’a demandé un article sur les libéraux vus de la tribune de presse, j’ai accepté avec enthousiasme.Enfin, me suis-je dit.j’vais pouvoir me vider le coeur, écrire ce que je pense sans me préoccuper des susceptibilités de mon employeur.Je ressentais le besoin — un besoin qui était presqu’une rage — de tracer mon bilan de ce gouvernement que je vois à l’oeuvre depuis mai 1970.Pour ensuite tourner la page et penser à autre chose.A n’importe quoi d’autre.La culture des radis ou la cueillette des champignons.Et puis le vide.Une impuissance à aborder ce sujet.J’ai recommencé je ne sais combien de fois.Comme si je n’avais plus rien à dire.Ou comme si tout ceci m’apparaissait fort inutile.Après tout si vous lisez Maintenant c’est que la chose publique vous intéresse.Ce gouvernement-là vous le connaissez aussi bien que moi.Auriez-vous le goût d’en parler?Mieux vaut l’oublier au plus vite.De session en session, de discours en discours, de communiqué en communiqué, j’ai fini par prendre en horreur ma fonction de courriériste parlementaire.J’ai perdu la foi en ce gouvernement.Même les examens de conscience périodiques de VI.Castonguay me laissent froid.Et j’ai l’impression que c’est ce que ressentent la plupart de mes confrères.A les entendre il n’y a jamais eu gouvernement québécois plus médiocre, plus insi- " gnifiant, plus inconsistant.Remarquez que ça ne se remarque pas toujours à la lecture des articles et surtout à l’audition des bulletins de nouvelles de la radio ou de la télévision.C’est qu’il faut bien gagner sa vie et que malgré tout il y a des choses qui ne se disent pas.Et puis parfois le plus prudent peut se laisser prendre à une confidence — fausse bien sûr — du premier ministre.A vrai dire, parler de ce gouvernement c’est parler de son chef.Mine de rien, c’est lui qui mène ou, du moins, qui donne le ton.Je vais donc vous raconter un peu M.Bourassa ou plutôt Robert pour parler comme tout le monde dans le milieu parlementaire.9 trois am et demi avec rdbert.Là encore je crois bien que c’est inutile.Je n’apprendrai rien à ceux qui le connaissent bien.Ils vont cependant me trouver bien “salaud”.Et j’ai peur que les autres ne me croient pas.Que de fois lors de séances de commissions parlementaires j’ai désigné à des leaders syndicaux le coiffeur de Robert, Bernard.La plupart du temps ils croyaient que je blaguais.Et pourtant, il coiffe.Sauf très rares exceptions — et je le souligne par pur souci théorique de ne pas trop généraliser — Robert tutoie tous les journalistes et la majorité d’entre eux le tutoient également.Même si bon nombre, chez les plus jeunes, n’en avaient entendu parler avant le printemps 70.Les rencontres — avec ce que ses conseillers appellent “la presse” — sont toujours, en apparence, sympathiques.La bonne humeur est de rigueur.Ce n’est pas toujours très spirituel mais c’est “bien le funne’’ comme dirait le ministre des Forêts, Kevin Drummond.Personne ne semble se prendre au sérieux, premier ministre ou journalistes.Ça paraît cependant rarement dans les comptes rendus.Surtout à la télévision.Car c’est, avant tout, une question d’image.D’où le coiffeur — car il a le cheveu fou (Bernard Dixit) — et Charles — l’attaché de presse — pour le bon profil (la caméra doit toujours être à sa droite lorsqu’il la regarde de face).Je pourrais bien sûr faire une longue analyse des promesses et des réalisations de ce gouvernement.A partir des 100,000 “Djobbes” pour 1971 qui se réaliseront peut-être en 1973.En passant par les vantardises linguistiques qui se font de plus en plus rares à mesure qu’approche l’échéance.Je pourrais aborder le fédéralisme rentable et la primauté législative en matière d’allocations-familiales.Ou bien le “souverainisme culturel’’.J’aurais l’impression de jongler avec des ballons.Et je crois bien que d’autres personnes, plus qualifiées, se chargeront de l’autopsie dans cette livraison de Maintenant.Je vais me contenter de vous décrire en quelques traits, authentiques, le personnage qu’interprète Robert, le jeune “économiste” ambitieux, sur cette scène de mauvais guignol.J’étais arrivé à Québec depuis peu.Une quinzaine de jours tout au plus, lui aussi.Mi-mai 1970.J’avais connu Robert Bourassa cinq ou six ans plus tôt alors qu’il était secrétaire de la commission Bélanger et moi, courriériste-parlementaire à La Presse.Je le croise dans un corridor, il m’invite à souper avec lui à l’Europe, rue Sainte-Angèle, un endroit qu’il fréquentait à cette époque d’avant octobre, alors qu’il habitait toujours un petit hôtel rue Saint-Jean et qu’il flânait le soir, ou affectait de le faire, dans les discothèques à la mode.Entre deux verrres de vin, il me dit: “Qu’est-ce que tu ferais à ma place.Bernard Pinard veut démissionner.Claire n’est pas contente.” Et voilàtout le nouveau cabinet qui défile entre la poire et le fromage.Un autre jour, alors que je l’interviewais avec un magnétophone, il me demande: “Crois-tu que je suis opportuniste?J’ai conservé la bande.Si jamais il devient célèbre ce sera un document intéressant.Un jour j’entends un de mes confrères qui est à faire la leçon au téléphone à ce que je crois être un de ses collègues.“Voyons tu sais bien que ça ne se fait pas .Tu nous prends pour des outres.Arrête de nous emplir.” J’apprends, par la suite, qu’il était tout simplement en train d’expliquer un de ses articles au premier ministre pas satisfait de l’image qui s’en dégageait.Lorsque vous êtes seul le soir à la tribune, il peut arriver que le téléphone sonne et que vous entendiez une voix familière, un peu traînante, comme épuisée, s’épancher ainsi “Qui parle?Jacques?C’est Robert.Tu travailles donc bien tard.Tu ne m’as pas manqué dans ta dernière chronique.Qu’est-ce que tu prépares de bon dans le prochain Maclean.10 Au début, je l’avoue, ça fait un petit velours.Jusqu’à ce qu’on s’aperçoive qu’il est arrivé la même chose à Bernard, Paul, Pierre, Jean, etc.Le Parlement de Québec, c’est un gros collège.Tout se sait.Après quelques mois tout le monde en avait soupé des confidences de Robert.Tellement secrètes que si tu ne publies rien, tu le lis quelques jours plus tard dans un autre journal.Et d’ailleurs Robert n’est pas ainsi seulement avec les journalistes.Guy Joron, par exemple, raconte que Robert, qui semble s’ennuyer beaucoup, lui téléphone ainsi pour placoter.Petite parenthèse.Quand Robert parle de René, il s’agit, vous l’aurez deviné, de René Lévesque.De Gaby, de Gabriel Loubier.De Camil, de Camil Samson.Etc.Si vous ne connaissez pas les prénoms, vous ne comprenez rien à ses confidences.Robert est, habituellement, la source première de toutes les rumeurs que ses ministres, et lui-même parfois, ont à démentir.C’est lui, par exemple, qui avait annoncé que la fille de Jean-Jacques Bertrand, Louise, allait se présenter sous la bannière libérale dans Missisquoi.Conversation politique typique de M.Robert Bourassa, premier ministre: “Mon image est encore meilleure que celle de René.D’après le dernier sondage je suis plus populaire chez les femmes de 35 ans et plus et chez les hommes de 33 l/2et 471/4 ans.” Ça termine, bien souvent, toute conversation qui se veut un peu sérieuse sur le contenu de la Souveraineté culturelle ou la Baie James.Moi, je ne sais pas encore s’il est vraiment naïf, s’il joue à l’ètre, s’il l’est un peu ou pas du tout.Mais je ne crois à peu près plus à rien de ce qu’il me raconte.Même, et surtout, dans les communiqués de Charles.Et je ne suis pas le seul.Veuillez m’en croire.Un jour, c’est un vice-président d’Esso, assis à ses côtés, qui avoue, lors d’une conférence de presse, que ce n’est pas à cause ‘ ‘de la confiance dont jouit le gouvernement” que sa compagnie investit je ne sais plus combien de millions pour moderniser sa raffinerie.Contrairement, cela va de soi, au communiqué remis aux journalistes par M.Charles.Un autre jour, revenant de la Baie James, un journaliste de La Presse apprend du premier ministre, qui l’avait invité à prendre place à ses côtés, que “le gazoduc de l’arctique, c ’est réglé.Il passera par le Québec”.Manchette chez Power.Le lendemain le ministre fédéral des mines, de passage à Québec, dément tout en soulignant que les études préliminaires ne font que commencer.C’est toujours ainsi.Je commence à croire qu’il ment.Ou du moins qu il est très libéral lorsqu’il s’agit d’interpréter les faits.Mais le gouvernement, direz-vous, ce n’est pas lui.Du moins pas lui tout seul.Vous avez entièrement raison, quelques ministres, les Castonguay, Toupin, L’Allier (des fois) et Cournoyer ont quand même quelque chose à dire.A dire, oui.Connaissez-vous toutefois un seul dossier de ces messieurs, surtout en matière de relations fédérales-provinciales qui ait mené quelque part'i’ Conformément aux grands principes énoncés?Primauté législative dans le domaine des allocations-familiales?Juridiction sur la main-d oeuvre, le câble.Grains de provende ou loi de “rachats des petites fermes ?C’est un gouvernement déprimant.Si seulement c’est un gouvernement.Face à lui il y a Gaby qui répète: “ce qui fait ma force c est que je n ai pas d image .(Authentique).Dupuis qui .et a quoi bon en parler, vous savez qui c est.Alors?Alors on va répétant que les journalistes sont péquistes.Ont-ils un autre choix comme citoyens?En attendant qu’il y ait un gouvernement ils font comme si, au nom de l’objectivité.Et ils servent le régime en donnant l’impression qu il se passe quelque chose à Québec.Et ils trompent leurs lecteurs .C’est déjà trop long.Et Robert va encore me dire que j’ai été injuste.# les mensonges d’ulysse •.Qu’on se rassure, je ne prétends pas ici fournir une interprétation nouvelle de l’Odyssée.Je tiens aussi à m’excuser auprès d’Eugène Cloutier de l’utilisation quelque pe peu abusive du Titre de ses récits de voyage.Mais, à vrai dire, comme de nombreux québécois “j’ai mon voyage” et la lecture des discours de notre Premier ministre à tous, Bourassa-le-petit, publiés sous le titre Bourassa/Québec, lors de la dernière campagne électorale, m’a fait penser aux mensonges d’un long voyage au bout de la nuit.Au fait, le sous-titre de ce gentil petit livre était: “Nous gouvernerons ensemble une société prospère.Grâce à l’impact de partis démocratiques comme le R.I.N., le P.Q., le N.P.D., et aussi d’une certaine organisation politique, la F.L.Q.(à ne pas confondre), qui, il y a plusieurs années, eut la témérité de croire en la possibilité de démocratiser une vieille dame (Le Parti libéral), les partis et leurs “cheuffs” sentent le besoin maintenant de publier leur Pensée.Le “leur” englobe ici les illustres inconnus qui écrivent les textes.L’avantage d’une telle pratique, c’est de pouvoir revenir sur ces textes et de, “masochistement”, se souvenir.C’est à un tel plaisir que je me suis vicieusement livré et j’espère vous le faire partager dans les lignes qui suivent.Dois-je préciser que je ne prétends pas avoir fait un choix qui relève de l’analyse systématique de contenu! Ces divers textes montrent abondamment que si les techniques ont changé et les thèmes varié, le mensonge demeure le même.Le respect du citoyen est tout aussi absent.Pour de nombreux politiciens d’aujourd’hui, une élection, c’est l’occasion de f.le monde, tout comme pour plusieurs de leurs dignes prédécesseurs.Ces textes montrent aussi que les calculs sont faits à très court terme en misant sur le manque de mémoire des électeurs.Bien des textes cités ici conservent, heureusement (!), une actualité et une acuité étonnantes.D suffit souvent de remplacer UN par P.L.Q.et Bertrand par Bourassa.importante du revenu des Québécois .sans parler de l’augmentation des prix.Pourtant, Dieu sait s’ils augmentent! Ces gouvernants seraient-ils déjà vieux?Là où le futur Premier ministre excellait, c’est lorsque, se souvenant de connaissances attrapées au vol, au gré de ses pérégrinations d’universitaire, il déclarait: “Mais la science politique nous enseigne qu’une société est secouée par la violence chaque fois que des groupes importants en viennent à remettre en cause la légitimité du pouvoir, en viennent à douter de la capacité des autorités légalement constituées de résoudre des problèmes graves et urgents”.p.18.“.gouverner, ce n’est pas maintenir le statu quo, prolonger l’ordre établi.Gouverner, c’est au contraire bâtir un nouvel ordre social, en s’inspirant des conceptions les plus modernes de l’équité et de l’efficacité”, p.19.Et saviez-vous que: “Les radicaux, les contestataires posent des questions très pertinentes sur la pauvreté, sur la justice, sur l’égalité économique et sociale”.p.19.Et que la plupart du temps: “on leur répond par des clichés, quand on se donne la peine de leur répondre ”.p.19.Comment voulez-vous que les jeunes ne protestent pas! Toutefois: “A mon avis, ce n’est pas en lâchant les chiens contre des protestataires pacifiques que les gouvernants parviendront à gagner le respect et la confiance de la jeunesse.” p.19.“Mais dans un certain sens, lorsque les gouvernants doivent faire intervenir les forces de l’ordre, ils ont déjà perdu la partie.Tls ont failli à leur fonction essentielle en démocratie, qui est de permettre à toutes les opinions et à toutes les aspirations de s’exprimer librement et d’influer sur l’organisation de la société”, p.19.Au chapitre du développement économique, Bourassa reprochait à J.J.Bertrand d’utiliser des statistiques officielles qui ne traduisaient pas toute la réalité, car “Bertrand a oublié d’ajouter une chose bien importante, celle de l’augmentation des prix.” “Ce truc de vieux politicien employé par le chef de l’Union nationale pour farder la réalité n’est pas à son honneur”.p.17.Peut-être ai-je mal entendu, mais il me semble avoir ouï le ministre Garneau parler dernièrement d’une augmentation très A croire que M.Bourassa pensait à M.Drapeau! Ces jeunes ingrats qui en 1970 ont voté P.Q., ou qui par la suite se sont mis à douter de la politique à l’instar de beaucoup de leurs aînés, ces jeunes savaient-ils que Robert les comprenait, qu’il était comme eux soucieux, tout comme il était ouvrier, pêcheur, agriculteur et homme d’affaires, selon les clientèles et les photos.N’avaient-ils pas lu ce noble texte?“Pour intégrer la jeunesse à l’ensemble de la collectivité, il faut un nouveau style de leadership, de nouvelles méthodes de gouvernement.En un mot, il faut que les nouveaux leaders soient capables de capter la longueur d’ondes du nouveau cinéma, des nouvelles formes d’art, de la nouvelle littérature, capables de saisir la nouvelle philosophie de l’existence, d’apprécier la nouvelle conception des rapports sociaux qui sont l’apanage de la jeunesse d’aujourd’hui”, p.19.M.Robert Bourassa s’est sûrement souvenu de “ses” paroles en nommant Madame Kirkland Casgrain, ministre des Affaires culturelles: en quoi Tremblay exprime-t-il le peuple québécois?Je ne peux malheureusement pas, page après page monter en épingle chaque perle.Voici donc pêle-mêle, en vrac, quelques unes des autres vérités du jeune gurou libéral à propos de toute une série de questions.Comme dirait Clairette: c’est qu’il a un savoir universel, ce petit! A moins qu’il n’y ait beaucoup plus qu’on pense de gens de Science politique qui se soient trouvé une place de scripteur auprès de ce parti! “Les libéraux du Québec doivent être prêts d pousser la logique du fédéralisme jusqu’à ses conséquences ultimes — et certaines d’entre elles pourraient fort bien prendre au dépourvu leurs vis-à-vis fédéraux”, p.22.Qui fut le plus dépourvu, quand la bise fut venue?ii/if P1 précis1 it pou CD# I0i droits i : s'eii '¦ fij! "" jih o ihf tir aur fr '?n'y 3 ?F" " i’insta capél iutns nm cmptt M, Ce le IL h',! accusé “On a dit que j’aurais des tendances séparatistes, parce que j’étais très proche de René Lévesque avant qu’il ne quitte le Parti.D’autre part, on a fait courir la rumeur que je serais “l’homme d’Ottawa”.C’est pas possible, ce que les gens sont menteurs! “Ce sont deux affirmations qui se contredisent, comme vous pouvez le constater.En fait, j’ai une liberté d’action totale et je considère cette liberté comme étant essentielle.Je n’ai fait de promesses à personne.J’ai les mains absolument libres pour diriger la province; le Québec a besoin d’avoir un chef et une équipe dont les mains sont complètement libres, pour pouvoir faire face aux problèmes qui attendent en ce moment leurs solutions”, p.23.Je dois mal lire mes journaux, car il me semble de nouveau avoir entendu parler dernièrement de certaines relations .Mais il y a tellement de petits journalistes “péquisses” comme dit un certain monsieur Dupuis.“M.Bertrand devrait se rappeler l’histoire de son lamentable bill 85 et du curieux bill 63, version originale.Parce L.âj Puis m éi kh penser Initça Prîtes met non pli lirai PPtiii Mi M ete '•koiir •%üil hisse;.«J'ons Ifip s; hçaif H Sa Nue 12 ou de l’utilisation du verbe électoral wwm K sai.>‘e Js •'H® w soi lS«J{ que le Parti libéral du Québec, lui, avait une politique linguistique claire et précise, M.Bertrand a été bien heureux de pouvoir compter sur les travaux des congrès libéraux pour améliorer considérablement son projet de loi sur les droits linguistiques”, p.25.Et dire qu’il s’en trouve pour penser que le Bill 63, c’était l’U.N.! Quelle ingratitude ! fairts iFlJflû.f ¦ n souve.lep-qu'il a trouve parti! '/if être ne dit imcei ¦f elles ire ait tu 0 .y:.: iis Irèij (jit'ilne a lé serais is possi- "fi ira.L,‘ snlredi- mW lolala pro' i/itsai 110 Or, il se trouve aujourd'hui à Ottawa des hommes, des hommes du Québec, décidés à reconstruire le Canada.Imaginons tout le profit que les Québécois pourraient tirer de cette reconstruction s’ils avaient à Québec une équipe d’hommes compétents, décidés à exploiter au maximum cette situation des plus favorables”, p.27.C’est un fait.Mais il n’y a plus besoin d’imaginer.D ne nous reste qu’à comptabiliser.les pertes.C’est pourquoi il est grand temps d’installer à Québec un gouvernement capable d’entamer avec Ottawa et les autres provinces des négociations serrées sur un nouveau partage des compétences législatives”, p.27.Non, non, ce n’est pas Parizeau, c’est Bourassa, le 17 octobre 1969 à Montréal.Dès le départ de sa carrière, M.Bourassa a été obsédé par le problème du français au Québec — ce n’est pas pour rien quron l’a accusé de séparatisme.En homme d’affaires averti il a été tout particulièrement sensible au problème de l’usage du français dans le milieu du travail.“Je ne suis pas de ceux qui croient que ceci peut être réalisé essentiellement en légiférant.C’est une illusion que de penser que l’on fera apprendre le français aux hommes d’affaires anglophones en adoptant simplement des lois à cet effet.L’objectif ne sera pas atteint non plus par l’intimidation.Je ne dirigerai pas un gouvernement qui procédera ainsi; de toute façon, ceci détruirait la bonne foi et la confiance ”.p.34.Ah ça, on ne peut pas dire que l’on n’avait pas été prévenu! Mais rassurons-nous: “Aucun gouvernement du Québec ne saurait se satisfaire d’une attitude de laissez-faire à cet effet”, p.35.travail, ce sera pour eux une façon plus facile de gagner leur vie”, p.36.J’en passe et des meilleures, comme on dit souvent au Québec.Je saute aux dernières pages de ce petit livre rouge et je ne retiens encore que quelques phrases qui attestent de la franchise et de la lucidité de ce jeune, dynamique et bien coiffé “cheuff”.Il suffit comme je le suggérais, pour découvrir cette clairvoyance — le mot “clair” est un mot qu’affectionne beaucoup M.Bourassa — de remplacer U.N.par P.L.Q.Admettez-le, il était normal pour un futur chef de gouvernement qui appréhendait une insurrection, d’employer un code.“L’Union nationale, c’est visible, essaie par tous les moyens de s’accrocher aupouvoir(.) “Je suis, pour ma part, convaincu de son échec.Les Québécois ont payé trop cher cet électoralisme dans le passé pour qu’ils soient encore prêts à en être les victimes.D’ailleurs, ils ont à leurs yeux des faits et des événements qui, tous les jours, les sensibilisent aux questions urgentes, immédiates et importantes”.p.81.Un homme averti en vaut deux.Que l’U.N.ne vienne pas nous parler de souveraineté culturelle! “Les réformes et autres transformations qu’a connues notre système d’éducation ont placé nos jeunes gens dans une position où ils peuvent maintenant réfléchir sur les inégalités de nos structures sociales et politiques.Etant donné cette capacité nouvelle de réflexion, il est étrange que certains soient maintenant surpris de constater l’impatience des jeunes à l’égard des ’politiques traditionnelles.Il faut être conscient que cette importance nouvelle du phénomène jeunesse est appelée, à plus ou moins long terme, à changer les rapports sociaux à l’intérieur de notre société et à provoquer les pires “cassures” si les hommes politiques ne parviennent pas à percevoir l’ampleur du phénomène.Il faut prendre au sérieux les revendications de nos jeunes gens lorsqu’elles sont fondées”, p.102.|o parlet': I0HS ; ' "': jin#.parc* Soyons honnêtes.On a pu vérifier l’efficacité d’une telle politique à G.M.Cessons de nous inquiéter et considérons d’une manière réaliste l’avenir: “Je pense donc que si nous faisons en sorte que le français soit la langue de travail — et comme chef de gouvernement ça sera l’une de mes priorités — les immigrants iront naturellement à l’école française, puisque, le français étant la langue de On reconnaît bien là celui qui déclara un jour, que lui aussi avait été intéressé par les idées de gauche .dans sa jeunesse.Dommage que les roses ne durent que .C’est cette même lucidité froide que l’on trouve dans le texte suivant: “La société complexe qu’est devenue le Québec sur le plan idéologique a besoin d’autre chose que de ce leadership préconisé par certains, et qui ne serait rien de plus que de bonnes paroles à droite et le refus de dialoguer à gauche”, p.118.“R serait au contraire extrêmement dangereux, d ce stade-ci du développement de notre société, qu’un chef réussisse à faire durer le statu quo, laisse pourrir les problèmes et remettre le couvercle sur la marmite bouillonnante d’idées, d’énergies et de possibilités nouvelles qu’est devenu le Québec.A brève échéance, ce serait l’explosion”, p.118.Qui déjà a dit: “Connais-toi, toi-même”?Quel que soit le plaisir que vous ayiez éprouvé à la lecture de ces pensées qui témoignent d’une capacité d’analyse, de prévision et même de prémonition sans égal, le dernier passage suivant emportera sûrement votre adhésion.Veuillez toutefois excuser l’erreur typographique qui a fait écrire U.N.au lieu de P.L.Q.! “A première vue, la situation qui prévaut à l’heure actuelle au Québec semble justifier les plus sombres prédictions.Les Québécois envisagent l’avenir avec d’autant plus d’inquiétude qu’ils sont profondément désabusés par leurs dirigeants.(.) Pendant ce temps, le gouvernement de l’Union nationale s’agite plutôt qu’il n’agit, improvise, s’essouffle, réagit à l’événement qu’il n’a pas su prévoir.U parait complètement dépassé par les difficultés auxquelles le Québec est en butte.Il s’est montré incapable de mobiliser les énergies des citoyens afin que se poursuive la modernisation de la société québécoise amorcée par les libéraux au début des années 60.Usés ou paralysés par l’esprit partisan ou l’immobilisme de l’Union nationale, plusieurs fonctionnaires parmi les plus compétents ont quitté la fonction publique québécoise; ceux qui restent doivent s’accommoder des rivalités personnelles et des luttes d’influence au sein du parti au pouvoir, quand on ne les oblige pas à administrer l’Etat en fonction bien plus du favoritisme et du népotisme politiques que de la rationalité et de l’efficacité.On aurait tort toutefois de conclure à la faillite irrémédiable du renouvellement et de la rénovation des institutions québécoises lancés en I960.’ ’ pp.123-124.Qui osera dire que cela ne correspond pas à ce que ressentent présentement un grand nombre de Québécois! Merci M.Bourassa, vous avez bien raison.Quelle que soit la grisaille actuelle, nous continuerons d’espérer le soleil et le printemps.Robert Boily 13 les libéraux de 1973: apres nous, le déluge! par André d'Allemagne Aux prochaines élections, il ne manquera sans doute pas de gens pour dire que durant leur court mandat les libéraux n’ont pas fait grand-chose.Ils auront tort.En trois ans, le gouvernement libéral a accompli une véritable performance.Il a réussi à compromettre, sinon à détruire, à peu près tout ce qui avait été construit de positif au Québec, sur le plan politique, durant la décennie de 1960 à 1970, soit en gros la période de la “Révolution tranquille”.L'avortement de l'Etat Une des entreprises du gouvernement Lesage, poursuivie par celui de Johnson, avait été la formation au Québec d’un authentique Etat.Le projet, bien sûr, s’était trouvé étroitement limité par les perpétuelles barrières constitutionnelles.Mais le “spoies system” (distribution générale des postes aux amis du parti) qui avait marqué auparavant les lendemains d’élections avait dans une large mesure cédé la place à l’établissement d’un personnel politique permanent, dévoué et compétent.Il en était résulté le développement d’organismes d’Etat existants (Hydro-Québec), la création de nouveaux ministères (Education, Richesses naturelles, Affaires intergouvernementales) et la mise en oeuvre d’amples réformes (éducation, sécurité sociale).Pour les jeunes fonctionnaires choisis en fonction de leur formation plutôt .que par simple favoritisme, pour les stagiaires de l’ENA de retour au pays, le “service de l’Etat” semblait prendre un sens.Et dans cet Etat naissant, nombre de Québécois, qui n’étaient pas nécessairement indépendantistes, voyaient cet instrument d’affirmation collective que René Lévesque appelait à l’époque “le plus grand des nôtres”.Par le rétablissement d’un patronage généralisé les libéraux ont porté un premier coup à tous ces espoirs.Faisant passer avant toute autre préoccupation les intérêts du parti ainsi que leurs intérêts personnels et ceux de leurs petits amis, ils ont réduit à la passivité ceux qui s’étaient consacrés au service de la collectivité.Déjà sous le gouvernement de J.-J.Bertrand, dans cette période de transition par le vide, le départ d’un Jacques Parizeau illustrait ce désenchantement, cette impression combien motivée qu’il n’y avait plus rien de constructif à faire dans le cadre existant.La démission subséquente d’une Claude Morin, fondée globalement sur les mêmes raisons et aboutissant au même engagement, est venue confirmer cette constatation, tout comme le retrait des quelques ministres qui bénéficiaient d’une réputation de sérieux et de compétence.Enfin, l’acoquinage désormais notoire des milieux gouvernementaux avec ceux de la pègre a achevé de dissoudre toute confiance que certains s’efforçaient de garder en l’appareil politique.Le projet collectif d’un Etat moderne s’appuyant sur un personnel compétent et honnête, soucieux des véritables problèmes de la population et à la recherche de solutions à la fois rationnelles et humaines se trouve donc maintenant remplacé par un gouvernement de machinations aux mains d’un club fermé d’intendants-gestionnaires.La prosternation devant Ottawa Un autre phénomène qui a marqué ces trois ans de gouvernement libéral, c’est l’effondrement du “pouvoir québécois” (pour reprendre les termes de Claude Morin) dans ses rapports avec l’autorité fédérale.Après le régime Duplessis caractérisé, qu’on le veuille ou non, par sa résistance au “fédéral”, les libéraux de la Révolution tranquille avaient pris soin de donner à leur parti une allure québécoise.Après s’être amplement — et facilement — moqués de la “totonomie provinciale” (“qu’essa-mange en hiver?”, demandait Georges-Emile Lapalme), ils avaient été entraînés par la force des choses à défendre les aspirations du Québec sur le plan constitutionnel .quitte, à l’occasion, à mettre théoriquement en cause le système fédéral.Les rotomontades de Lesage au lendemain de chaque conférence fédérale-provinciale, si elles n’avaient guère de conséquences pratiques, entretenaient du moins un certain climat dans lequel les québécois avaient encore l’impression d’exister au sein de cette “patente” nommée Canada.Par la suite, le fédéralisme conditionnel de Johnson (“Egalité ou indépendance”) apportait, sous forme de menaces, un instrument de négociation au Québec dans ses interminables querelles avec le pouvoir central.Là encore, si l’attitude du gouvernement “provincial” ne donnait guère de résultats concrets, elle avait au moins le mérite dei tin .V, vin 'IM ne 'K dec en |V fais e:: ::: ¦ i i - j .¦>'i : H ¦: : 14 de refléter l’existence .et la dissidence .d’une collectivité nationale vivante.Avec Bourassa on assiste à l’éclosion du fédéralisme inconditionnel, à l’asservissement total des structures provinciales au pouvoir central.Depuis plus d’un quart de siècle, Bourassa est le seul premier ministre du Québec à ne pas avoir mis en cause au moins verbalement le système fédéral tel qu’il existe.On serait tenté de parler de capitulation.On ne le peut même pas.La capitulation marque le terme d’un combat perdu.Or il n’y a pas eu l’esquisse d’un combat.L’attitude du régime Èourassa a trouvé de façon claire et nette son aboutissement logique en octobre 1970 où tout le monde a pu constater l’inexistence politique du Québec.L'hypothèque sur les ressources On reprochait à Duplessis, non sans raison, de brader les richesses du Québec aux Américains.Ce que Duplessis faisait, Bourassa ou plutôt ceux qui le manipulent le font en plus grand.C’est sans doute, ce qui s’appelle s’adapter à l’époque et au contexte nord-américain! L’affaire de la Baie James en est probablement l’exemple le plus frappant, et elle est lourde de conséquences.Elle accentue notre inféodation économique et risque de la conduire à un point de non-retour.Comptant sur notre bois, nos mines, notre électricité, nos voisins du sud en viendront prochainement à compter sur une autre de nos richesses appelée à devenir un produit de luxe: l’eau douce.A force de leur céder nos ressources, en échange de quel-c, es emplois secondaires et d’investissements retentis-¦s":ts.ïes intendants libéraux tissent entre les .A -r eams et nous des liens de dépendance .mais on ne souligne pas assez souvent que cette dépendance joue dans les deux sens.A chacun de deviner ce qui arrivera lorsque les Américains, en perte de puissance sur l’échiquier mondial, nous considéreront comme un élément essentiel de leur prospérité, voire de leur survie, surtout si à ce moment-là nous entendons récupérer une partie de ce qui nous appartient.Mais qu’importe! Les libéraux nous ont fixé un grand objectif collectif: attirer les capitaux.“Invest Québec”, telle est l’invitation que le gouvernement de la “Province of Quebec” lance aux capitalistes américains.En anglais comme en français, ce slogan, oeuvre de quelque publici- taire dont le bilinguisme laisse à désirer, veut dire “investissez le Québec”.* Les Américains ne se le feront pas dire deux fois, mais rassurons-nous: pas besoin de “marines” tant qu’il y a les libéraux! L'hypothèque sur le territoire Jusqu’à tout récemment, le vol du Labrador n’avait jamais été accepté par les gouvernements québécois.En 1959 et dans les années qui suivirent, les cartes mises à la disposition du public par le gouvernement de la province non seulement n’indiquaient pas la frontière du Québec et du Labrador terreneuvien mais portaient même, dans un coin encadré, l’inscription “La frontière du Labrador n’est pas indiquée sur cette carte .pour cause”.C’était assez éloquent.L’attitude des gouvernements québécois, jusqu’à celui de Bourassa, laissait donc la question en suspens.En s’affichant en compagnie du premier ministre du Canada et de celui de Terreneuve à l’inauguration des travaux d’aménagement des chutes Churchill, Bourassa a rompu avec cette tradition.Pour la première fois, un premier ministre du Québec a reconnu implicitement l’octroi du Labrador à Terreneuve.Il est évident qu’un tel geste ne renforcera pas la position du Québec dans toute tentative future de récupération de cette partie de notre territoire.La rechute dans l'isolement Lesage et Johnson avaient mis en oeuvre une politique de présence du Québec sur la scène internationale.Présence timide et discrète, bien sûr, mais qui pouvait marquer une étape.Il y eut donc la fondation de “maisons du Québec” à Paris, puis à Londres et à New York.Il y eut ensuite, notamment sous le gouvernement Johnson, les gestes d’affirmation du Québec dans le cadre de la francophonie qui donnèrent lieu en diverses occasions à des affrontements humoristiques (querelle des drapeaux) qui prenaient néanmoins une valeur symbolique.En fait, il s’agissait, tout en s’efforçant de respecter la lettre de la constitution canadienne, d’exprimer le désir du peuple québécois de sortir de l’isolement culturel, linguistique et politique dans lequel le système fédéral 1 avait toujours tenu.Par la bande, c’était aussi faire connaître au monde, par l’intermédiaire d’un “Etat” provincial, l’existence de la collectivité nationale québécoise. les libéraux de *973: après nous, le déluge ! Le gouvernement Bourassa a promptement mis fin à ce genre de prétentions.La participation du Québec aux organisations internationales, même dans les simples domaines de l’éducation et de la culture, est devenue de plus en plus discrète .discrète au point que l’on en n’entend plus parler.La dévalorisation du politique La Révolution tranquille, en lançant l’idée de l’Etat chez un peuple qui ne l’avait pas encore découverte, avait fait naître chez les Québécois un intérêt pour le fait politique.Après s’être fait dire et répéter que la “politique” était une chose sale dont il valait mieux se tenir à l’écart, de nouvelles générations avaient compris — ou allaient comprendre — que le pouvoir politique bien employé peut être pour une société un instrument de progrès, d’affirmation, d’épanouissement.L’importance de ce pouvoir politique, levier de la collectivité, ressortait dans les nombreux débats consacrés aux thèmes de la planification et de la participation.L’appropriation du politique semblait le prélude à la reprise en mains de l’économique.Les libéraux de la cuvée Bourassa ont fait retomber le politique dans le domaine trivial de la politicaillerie.Là où l’on espérait voir apparaître des hommes d’Etat, on ne retrouve plus que des “patroneux” et des organisateurs d’élections.Le mode de gouvernement qui se fondait sur la recherche de l’appui populaire (qu’on se souvienne des campagnes pour la nationalisation de l’électricité, pour la création du ministère de l’Education, ou même pour l’adoption de la formule Fulton-Favreau), a cédé la place au gouvernement fondé sur le cynisme et le mensonge (les 100,000 emplois, la Baie James, l’affaire Laporte).Propagande à l’appui, les gouvernements d’hier essayaient de convaincre.Celui d’aujourd’hui mise sur la confusion.La démoralisation d'un peuple La confusion, en effet, mais accompagnée et renforcée de l’exploitation de la peur.La Révolution tranquille — et c’est là sans doute ce qu’elle avait de plus positif, de plus “révolutionnaire” — avait instauré au Québec un climat de liberté et de re- cherche de la démocratie.Elle avait accouché d’un foisonnement d’idées, de discussions, de projets, de mouvements.Notre société sortait de la pâle homogénéité pour découvrir la richesse de la diversité.Dans ce petit monde paroissial qu’est le Québec, il y avait plus de concurrents que d’ennemis.La haine ne s’était pas encore installée.Peuple muet, nous avions découvert la parole.C’était l’heure des débats.Entre nous, nous nous parlions et nous nous écoutions.Et cette nouvelle liberté d’expression nous semblait l’annonce de bien d’autres libertés.Les élections de 1970 volées dans plusieurs comtés (on sait ce qu’ont donné les contestations judiciaires), le “Coup de la Brink’s”, la “piastre à Lévesque”, le chantage de Marc Carrière à Sept-Iles, octobre 1970, ont brisé cet élan.(L’histoire du Québec est faite d’élans brisés).Devant le terrorisme intellectuel du régime, la parole est presque morte.En tout cas, elle semble inutile.Il y a ceux qui sont pour .il y a ceux qui sont contre.Il n’y a plus d’adversaires, il y a des ennemis.Ceux qui ont encore, au lieu de simples intérêts, quelques idées et quelques sentiments, oscillent souvent entre les deux pôles de l’impuissance et de la révolte violente.• * "Après nous, le déluge" Quant aux libéraux, tout cela ne semble pas les concerner.Leur visée est simple.Il s’agit, tant qu’ils sont en place, de tirer plein parti de cette entreprise “rentable” qu’est le gouvernement d’un peuple.Profitons de ce qui passe et qu’importe “la suite du monde”! L’héritage sera lourd.Ils nous laisseront un Etat lézardé, un pouvoir dévalorisé, un système politique discrédité, un pays hypothéqué, un peuple démoralisé.Dans l’histoire, ils passeront sans doute pour un des pires dangers qui aient pesé sur notre peuple.Pour nous et pour ceux qui nous suivront il est urgent de s’en débarrasser.# * Investir: entourer de troupes une place de guerre (cf.Petit Larousse).16 litanie de nos peurs québécoises DES JbUSS, DOCTEUR, OÙ ÇA ME DONNE I FRANCHEMENT DES ANGOISSES par Guy Rocher Le problème, ce n’est pas d’avoir peur.C’est de retuser de le reconnaître, ne pas se l’avouer, se le cacher.C est ne pas oser nommer ses peurs, c’est éviter de les exprimer, ne pas les regarder et ne pas permettre à d’autres de les regarder.C’est aussi, une fois les peurs reconnues et nommées, de ne pas prendre le temps de les assumer et de les dépasser dans une réflexion et une action qui s’adressent non plus aux fantômes mais aux réalités et aux conflits réels.La peur engendre l’angoisse.Et l’angoisse est ce qui tait le plus souffrir l’homme.Il faut donc l’éviter, la taire, la fuir, la nier.Ceci n’est pas vrai que des personnes.Sans vouloir pousser à bout de fausses analogies ni psychologiser indûment le collectif, on peut dire que c’est aussi vrai des sociétés.Il y a des peurs collectives, comme il y a des peurs individuelles, qu’on n’arrive pas à exprimer et qu’on n’aime pas entendre exprimer par d’autres.Tout comme chacun porte en soi des peurs et des angoisses qu’il cherche à faire taire en les niant, parce qu’il préfère ne pas avoir à leur faire face, chaque peuple, chaque nation entretient aussi des craintes et nourrit des fantômes plus ou moins secrets.Nous n'avons plus envie de parler La psychanalyse nous a enseigné la vertu dynamique et positive de l’angoisse, pourvu qu’on sache la nommer et la regarder.Pourquoi ne pas tenter de dire nos peurs, collectives autant qu’individuelles?Celles qu’on peut identifier, tout au moins.Cela m’apparait, en tout cas, un moyen de sortir de la torpeur toujours plus épaisse et lourde que le régime Bourassa fait peser sur le Québec.Après le temps de la révolution tranquille, où les Québécois avaient pris la parole et commencé de s’exprimer, le gouvernement Bourassa s’est caractérisé par le refoulement de la parole.Non pas qu’il nous ait imposé une censure.Non pas qu’il nous ait enlevé ou qu il nous ait restreint le droit de parole.Ce n’est même pas cela.C’est pire.Le régime Bourassa nous a prices du goût de la parole, parce qu’il nous a donné trop d exemples de l’inanité du verbe.Nous n’avons pas peur de parler, nous n’en avons plus envie.Nous avons été enveloppés d un flot de paroles molles, sans prise sur la réalité.Nous avons flotté dans les vapeurs de mots qui endorment au lieu d’éveiller, qui anesthésient au lieu de stimuler.Pour retrouver, dans cette atmosphère, le goût et le sens d’une parole vivifiante, peut-être faut-il recommencer 17 litanie de nos peurs québécoises par dire les choses les plus primitives, les plus élémentaires, c’est-à-dire nos peurs, celles de l’homme québécois d’aujourd’hui.Effet de catharsis, sans doute, de déblocage, de régression momentanée peut-être, pour mieux retrouver le sens de ce que nous sommes et surtout de ce que nous voulons être.De quoi donc avons-nous peur?Essayons de répondre à cette question en recourant au langage le plus cru, le plus direct possible, de manière à serrer de plus près quelques-uns de nos fantômes.Nous avons peur des autres Les Anglais.Nous avons peur qu’ils nous exploitent, qu’ils nous trompent, qu’ils nous dominent, qu’ils nous méprisent, comme ils l’ont toujours fait.Mais nous avons aussi peur qu’ils nous quittent, car nous serions alors, comme des enfants, laissés à notre inexpérience, notre ignorance, notre anarchie, notre pauvreté, notre incompétence.Que Dieu nous sauve des Anglais, et que Dieu nous garde qu’ils nous abandonnent! Les immigrants.Ils sont chez nous, ils s’incrustent, ils s’installent, mais ils ne sont pas de chez nous.Ils sont ambitieux, ils travaillent fort, ils économisent, ils vont finir par prendre nos places, celles de nos enfants.Et ils ne parlent même pas notre langue.Peut-être nous méprisent-ils déjà, eux aussi, comme les Anglais et les Juifs?Que sommes-nous pour eux?Un petit peuple marginal et écrasé, auquel ils n’ont aucun intérêt à s’identifier?Les Juifs.Ils nous ont toujours trompés.Ils se sont enrichis à nos dépens.Les Juifs qui ont réussi, les Bronfman, les Pollack et autres.Quant aux orthodoxes, ils ne nous voient même pas, nous n’existons pas à leurs yeux.(Ils sont pourtant drôlement visibles, eux!) Et il y a parmi eux des socialistes et des marxistes.Les Juifs sont donc aussi menaçants quand ils sont pauvres que quand ils sont riches.Et de toute façon, les Juifs ne sont jamais vraiment pauvres! Les Français.Ce qui comprend les Belges, les Suisses et tous ceux qui parlent un trop beau français.Ils nous font sentir notre infériorité linguistique, notre difficulté à parler, à nommer les choses, les machines, les trucs, avec les vrais mots qui vont avec les affaires qu’on veut dire.Ils nous font avoir honte de parler, ils nous réduisent au silence.Nousavons peur de la révolution Le FLQ.Une chance, on n’en entend pas trop parler.Espérons qu’il est mort! Mais on a toujours peur que ça recommence, comme en octobre 70.Des bombes, des enlèvements, des menaces, des meurtres, des batailles de rue.Comme en Irlande, quoi! Ca s’en vient peut-être.“Ils” se préparent quelque part, cachés, en silence.A Cuba, en Algérie, dans les Laurentides.Des jeunes fous, montés par quelques têtes chaudes, des étrangers sûrement.Ils veulent tout détruire, mais ils ne savent pas quoi mettre à la place.Des révolutionnaires, qui veulent la révolution pour la révolution.On sera pire après qu’avant.Les Anglais seront partis avec leur argent, les Américains vont nous boycotter, les Français ne nous aideront pas.On va avoir l’air fin! Les communistes, les socialistes, les marxistes, les maoïstes, les trotskystes.Tout du monde à jeter en prison, avant qu’ils fassent trop de ravage.Ou bien, qu’on les envoie donc vivre en Russie, en Chine ou à Cuba s’ils trouvent que ça marche si bien que ça là-bas, mais qu’ils arrêtent de nous énerver ici.' Les jeunes.Ils ne sont pas rassurants, avec leurs jeans, leurs cheveux, leurs barbes, leurs drôles de lunettes, et surtout avec leurs questions et les réponses qu’ils se donnent.Il y en a là-dedans qui pensent qu’ils vont changer le monde et que ça va aller mieux après.Ils ne nous écoutent même pas, ils se moquent de notre expérience, de nos conseils, de nos avertissements.Où est-ce qu’on s’en va avec cette jeunesse-là?C’est bien inquiétant.Ça fait peur.Nousavons peur pour la morale Les jeunes encore une fois.Est-ce qu’ils en ont une, morale?Ils ont l’air de ne plus croire à rien, ni au bien ni au mal.Quand il n’y a plus de péché, il ne peut plus y avoir de morale.Tout devient permis.Surtout quand on a perdu le sens du sacrifice, du renoncement.Tout se gagne dans la vie, tout se paye.Les jeunes, eux, veulent avoir tout cuit, sans effort.Ça fait qu’ils n’apprécient pas ce qu’ils ont, parce qu’on sait bien qu’on n’apprécie que ce qui nous a coûté des sacrifices.Quelle sorte de monde ça va faire, demain?à La boisson, la drogue, les piqûres, la colle, la bière, la mari, la cigarette.Ça fait une belle jeunesse, ça! C’est bien effrayant.Où est-ce qu’on s’en va?Et puis le sexe.Un monde dévergondé.La pilule à 16 ans.C’est épouvantable, ce qui se passe dans les polyvalentes et les Cegep.Il paraît que c’est rendu qu’ils font l’amour dans les parterres et dans les corridors.Evidemment, avec les films que la jeunesse voit, les livres qu’elle lit, même en classe, comment voulez-vous qu’elle soit saine?C’est rendu que même l’homosexualité, ce n’est plus un péché! Ce serait bien effrayant, que mon garçon ou ma fille devienne “ça”.Ce serait pire que tout! Et au fond de nous tous, il y a tout ce que nos mères québécoises nous ont enseigné à faire et surtout à ne pas faire, et qui s’en va chez le diable! Leur morale sévère et 18 pure nous avait formé une conscience avec laquelle nous avons maintenant de gros comptes à régler! Quand la morale change, c’est un peu nos mères que nous renions.Ca fait mal! 5 Nous avons peur que l'argent manque Le chômage.Il nous menace toujours.L’usine peut fermer.Il y en a beaucoup qui ont fermé.Et puis, il faut toutes sortes de diplômes qu’on n’a pas.Les jeunes arrivent avec les nouveaux parchemins, des techniques, des idées nouvelles.La retraite avant le temps: à un certain âge, perdre son emploi, ça équivaut à ça.Plus moyen de se replacer.Il reste la sécurité sociale.C’est pas drôle! La crise économique.On est toujours au bord d’une récession.Il vaut mieux ne pas trop lire les journaux, parce qu’ils en parlent tout le temps.Tout pourrait s’arrêter, comme dans les années 30.Il paraît que ce n’est plus possible, mais ça pourrait bien quand même arriver.Si le dollar continue à se dévaluer, est-ce qu’on ne s’en va pas vers une crise?La montée des prix.Tout augmente.Plus vite que nos salaires.Est-ce que c’est la faute des syndicats, ou des patrons, des trusts, des gouvernements?Ils se renvoient la balle.En tout cas, plus nos salaires augmentent, plus ça coûte cher pour vivre.Ca ne pourra pas continuer comme ça longtemps.Qu’est-ce qui va arriver?L’inflation.C’est quoi, au juste?C’est pas facile à comprendre.Il paraît que c’est quand il y a trop d’argent, ça fait monter les prix.Est-ce qu’ils ne pourraient pas arrêter d’en faire, de l’argent?Ca ne doit pas être cela, la solution, ce serait trop simple.En tout cas, c’est sûrement dangereux, l’inflation, de la manière dont les journaux en parlent.C’est un mot qu’on n’aime pas: il fait peur.Nous avons peur de la politique Les hommes politiques.Ils nous ont tellement trompés.Toutes les promesses pas remplies.Il y en a qui ont l’air honnête, mais comment le savoir à l’avance quand il faut voter?Ils finissent toujours par se corrompre et se pourrir.La politique, les honnêtes gens touchent à ça le moins possible.Mieux vaut s’en tenir loin, si on veut garder sa réputation.Tôt ou tard, tous les hommes politiques se font prendre la main dans le sac.Et c’est nous qui payons.Les fonctionnaires, les bureaucrates, les technocrates.Ils sont à Québec.Ils prennent des décisions de loin, sans connaître les réalités.Ils sont bornés.Ils font des plans, ils appliquent des plans.Ils n’ont pas d’â ne, ils n’aiment personne, ils obéissent aveuglément à des ordres.Ils envoient leurs inspecteurs pour nous faire du trouble.Il faut se méfier d’eux.Le mieux, c’est d’avoir affaire à eux le moins possible.Les taxes, l’impôt.Ils nous sucent le sang.Ils prennent tout ce qu’ils peuvent.Pas moyen de leur échapper, surtout quand on est salarié.C’est retiré à la source, avant même qu’on en voie la couleur.Quand on sait comment le gouvernement dépense notre argent! Le pire, c’est qu’ils peuvent toujours venir nous en redemander n’importe quand pour les années passées.On ne sera donc jamais tranquille! Nous avons peur de l'éducation Le changement.Il s’est fait trop vite, sans tenir compte de ce qu’il y avait de bon.Est-ce que c’est bien mieux, ce qu’on a mis à la place?Nos enfants sont devenus des numéros dans des écoles trop grandes.Les professeurs ne sont plus ce qu’ils étaient avant, ils n’ont plus le même dévouement, ils n’ont plus l’air à en savoir autant.Il y a des révolutionnaires parmi eux, qui mettent toutes sortes d’idées dans la tête des jeunes.Nos enfants, des cobayes.Voilà ce qu’ils ont été dans tous ces changements.On leur a fait subir des régimes nouveaux, des programmes non expérimentés, des changements de structure, des professeurs sans formation ou sans expérience.C’est assez pour les dégoûter des études.On nous dit pourtant que dans le monde moderne, il faudra bien des diplômes pour réussir à gagner sa vie.Les études.Les jeunes n’y croient pas tous, parce qu’ils ont le sentiment qu’on leur impose arbitrairement des cours qui ne serviront à rien, que les programmes ne mènent nulle part et qu’on veut faire d’eux des robots comme leurs parents, des esclaves du Système et du 9 à 5.Ils s’insurgent de la manière dont professeurs et administration les traitent, sans tenir compte de leur individualité, de leurs idées, de leurs goûts, de leurs intérêts.Les grands campus.Trop grands.Inhumains.On a parqué nos jeunes dans des immeubles sans âme, anonymes, impersonnels.Ils y sont livrés à eux-mêmes, dépersonnalisés, aliénés.C’est assez pour devenir fous.Les professeurs de nos enfants.Ils nous intimident.Ils nous jugent.Ils nous parlent de nos enfants comme des juges.L’avenir de nos enfants tient au bout de leur crayon, selon qu’ils donnent une bonne note ou une mauvaise.C’est effrayant, quand on pense à cela.Et quelle sorte de préparation ils ont eue, pour faire cela?Mieux vaut avoir peur d'avoir peur La peur.C’est le pire: avoir peur.Il y a tant de choses qui peuvent nous arriver.Et on n’y peut rien: c’est suspendu au-dessus de nous.Une menace permanente.A cause de ça, pour ne pas être trop malheureux dans la vie, mieux vaut toujours avoir peur d’avoir peur.Comme ça, si le pire arrive, on s’y attendait.Et s’il n’arrive pas, on sera content! # 19 l’économique à la bourassa cl,© la baie jantes à o’bront par Gabriel Gagnon Département de Sociologie Université de Montréal Elu sur sa réputation d’économiste en avril 1970, Bourassa prétendait remettre en ordre l’économie du Québec sans trop se préoccuper des fioritures que semblaient constituer pour lui culture, sentiment national ou aspirations constitutionnelles.Cependant, à mesure que son nouveau gouvernement put exprimer son programme électoral en un ensemble de politiques concrètes, on a vu s’évanouir, avec la promesse des 100,000 emplois, toute perspective globale d e développement véritable.Tous les grands projets esquissés par Lesage et la “révolution tranquille” ont été soit 20 mis en sourdine soit vidés de leur contenu sous le couvert d’une conception du libéralisme économique depuis longtemps dépassée même dans les démocraties libérales.On en revient ainsi aux pires époques des régimes Taschereau et Duplessis.Au moment où il aurait besoin d’un second souffle, le Québec se retrouve devant un économiste à la petite semaine, asservi d’un côté au capitalisme américain et de l’autre aux couches sociales favorisées qui l’ont porté au pouvoir.On voit donc apparaître, après trois ans seulement de règne, des accusations de plus en plus sérieuses de patronage et de liens directs avec la pègre.C’est donc au niveau même des projets économiques qui devaient faire sa spécificité et sa grandeur qu’on est amené à faire les critiques les plus sévères du gouvernement libéral.Les 100,000 jobs Le premier engagement de Bourassa c’était de créer des emplois par tous les moyens possibles.D’un point de vue global, un objectif ainsi exprimé pouvait apparaître louable, même si le plein-emploi devient un objectif de plus en plus discuté dans les sociétés industrielles.Il était par ailleurs nécessaire pour occuper la main-d’oeuvre issue de l’accroissement démographique de l’après-guerre et de l’expansion toute récente du système d’éducation.Aujourd’hui, malgré toutes les acrobaties comptables du premier ministre, il apparaît clairement que l’objectif des 100,000 ¦’s'î: : vs-s-:-:-:-:-:-: : emplois n’a jamais été atteint.On se souvient des diverses tentatives de camouflage de Bourassa: comparer une période de fort emploi d’une année avec une période de fort chômage de la précédente pour dégager un indice de forte croissance économique; énumérer toutes les implantations d’entreprises obtenues à coup de subventions en oubliant les usines souvent fermées par les même compagnies par suite de leur modernisation; comptabiliser de la même façon tout type d’emploi, qu’il s’agisse d’un ingénieur ou d’un veilleur de nuit.Somme toute, le régime Bourassa n’a modifié en rien la structure économique vétuste du Québec ni atténué sérieusement les hauts taux de chômage que nous subissons.L'appel au capital étranger Une politique économique fondée sur la croissance visible à court terme de l’emploi ne peut, dans la conjoncture nord-américaine actuelle, se baser que sur un appel constant aux capitaux étrangers.Voilà le deuxième volet de la logique économique de Bourassa.Le Québec doit créer des emplois nouveaux.La seule façon de le faire, c’est d’y amener des investissements privés étrangers.Il faut donc éviter tout ce qui risquerait d’effaroucher ces investisseurs privilégiés.C’est dans cette optique qu’il faut comprendre la politique linguistique du gouvernement comme son comportement durant la crise d’octobre.Elle explique aussi la stratégie suivie lors du conflit dans la fonction publique en mai 1972: il fallait encore là tenir compte des répercussions possibles des hausses de salaires sur les maillons les plus faibles du secteur privé.Et pourtant, de nombreux économistes, à la suite de François Perroux, ont montré que croissance économique n’était pas développement qui implique meilleure répartition du produit national et participation des travailleurs à la gestion de l’économie.Des auteurs plus récents comme Samir Amin (L’Accumulation à l’échelle mondiale.Anthropos, 1970) et André Gunder Frank (Le développement du sous-développement.Maspéro, 1972) ont prouvé par des chiffres comment l’implantation de capitaux étrangers loin de développer les pays du tiers-monde ne faisait que les asservir davantage aux pays capitalistes et ap-profondir ainsi leur sous-développement.La même démonstration a été faite récemment pour le Canada par le rapport Watkins sur l’investissement étranger et surtout par l’ouvrage de Kari Levitt sur notre “capitulation tranquille’’ vis-à-vis les Etats-Unis.Même le gouvernement du Canada, pourtant dirigé lui aussi par de chauds partisans du libéralisme, a dû se rendre à l’évidence et poser les premiers jalons d’une législation qui effectuerait un certain tamisage des investissements américains.C’est là un des seuls points sur lesquels on a entendu une critique un peu sévère du gouvernement central de la part de Bourassa.Le Québec, selon lui, aurait encore besoin des capitaux américains qui ne sont plus nécessaires à l’Ontario et aux provinces plus développées; il serait donc injuste de l’en priver.Le meilleur exemple de cet aspect essentiel de la politique libérale, c’est l’immense concession de territoire accordée à la fameuse firme International Telephone and Telegraph (LT.T.) sur la Côte Nord.Lorsqu’on connaît les antécédents de cette entreprise, en particulier le financement de la campagne de Nixon et les projets de renversement du gouvernement chilien d’Allende, on ne peut s’empêcher de suspecter, derrière les avantages économiques, des contributions substantielles à la caisse électorale et un danger permanent d’intervention indue dans notre vie politique.La Baie James Pour faire oublier sa politique à la petite semaine, Bourassa conçut donc le grand projet de la Baie James qui devait être pour son régime ce que fût la Manicouagan pour les précédents.Le nouveau symbole n’a pourtant encore réussi à gagner ni l’enthousiasme de la population, ni la conviction des experts.On n’a jamais réussi à définir précisément ni le coût, ni l’impact économique véritable du projet.Les considérations écologiques et les discussions sur l’avenir de l’électricité face à l’énergie nucléaire ont fait mettre en doute son opportunité.Le rôle dominant joué par l’entreprise américaine Bechtel dans la réalisation et le financement du projet à remis en cause la crédibilité de 1’Hydro tout en concrétisant une fois de plus notre condition dépendante.Quelque soit son impact réel sur l’avenir, la Baie James n’a sûrement pas encore cimenté les bases économiques du régime Bourassa.La planification à l'eau Alors que, depuis 1960, Lesage et % Johnson avaient peu à peu créé les TP 21 l’eeotiomique à la honrmÈêm : instruments d’une intervention possible de l’Etat dans le secteur économique, la logique de Bourassa lui interdit une telle activité, sinon pour accorder largement des subventions inconditionnelles aux entreprises.L’Office de Planification et de Développement du Québec (O.P.D.Q.), qui aurait dû constituer le pivot de toute la stratégie économique de l’Etat, ne joue plus qu’un rôle secondaire: on dirait souvent que Bourassa ne sait comment s’en débarrasser.Longtemps privé de directeur, l’Office a été plus ou moins amputé de sa section “planification”, qui travaillait à l’élaboration d’un plan global pour le Québec, pour de-venir presqu’exclusivement l’instrument d’application des ententes Québec-Ottawa dans le domaine de l’“expansion” économique.On sait aussi les mésaventures de la Société Générale de Financement (S.G.F.) dont la plupart des entreprises ont à tel point périclité que l’Etat dût racheter toutes les actions encore dans les mains du public ou des caisses populaires.L’échec de la S.G.F.se concrétise dans la fermeture de l'entreprise de montage d'automobiles SOMA, les tractations interminables autour de la SOGE-FOR et des entreprises forestières de la région de Ylont-Laurier comme dans les déficits répétés de Marine Industries de Sorel.Derrière toutes ces difficultés, il faut voir d’abord l’absence d’une stratégie industrielle pour le Québec.Cette stratégie, on en parle toujours, mais on ne la voit jamais.Et cela se comprend puisque l’Etat ne s’est gardé aucune autonomie dans le secteur industriel, cédant toute la place aux entreprises privées, en particulier aux multinationales.Lorsque le ministre Guy Saint-Pierre 22 annonce une fois de plus le Plan de développement industriel qu’il compte dévoiler d’ici la fin de l’année, il parle “d’insérer davantage les sociétés multinationales dans les institutions économiques canadiennes-françaises tout en multipliant l’aide à la petite et moyenne entreprise québécoise”.C’est assez vague comme projet et plutôt contradictoire.Parions que le fameux plan ne verra pas le jour avant les prochaines élections et que, s’il est jamais dévoilé, il n’indiquera pas encore quelle stratégie globale de développement inventer pour nos ressources naturelles pillées, pour notre industrie manufacturière en stagnation et pour un secteur tertiaire à la fois trop développé dans les emplois peu rémunérateurs et pas assez dans les secteurs de pointe où pourraient trouver place les nombreux diplômés de nos Cegeps et universités.Somme toute, si l’on y regarde de près, le bilan économique du gouvernement Bourassa est, comme lui, déprimant et insaisissable.Un nouveau patronage Et pourtant, ces politiques à la petite semaine, elles doivent bien profiter à quelqu’un.Les révélations récentes sur le patronage et les liaisons pègre-politique semblent bien indiquer à qui.Le parti libéral, plusieurs études l’ont montré, a toujours pratiqué le gros patronage invisible, alors que l’Union nationale se contendait du petit, au niveau des comtés, à la fois le plus évident mais aussi le moins dangereux.Depuis la naissance et la montée du Parti Québécois, le Parti libéral recrute essentiellement ses membres et surtout ses militants francophones parmi cette couche d’avocats, d’ingénieurs, de compta- bles et d’affairistes qui vivent essentiellement des services rendus aux entreprises privées canadiennes ou mul-ti-nationales implantées ici.Ces gens dominent parmi les députés et l’entourage de Bourassa.Sans base économique stable, cette couche sociale inutile partage le pouvoir politique avec la bourgeoisie anglophone qui en a bien besoin pour déguiser son emprise aux yeux de la population.Dans ce milieu, perméable à toutes les combines, on est sans cesse à l’affût de la bonne affaire, honnête ou pas: les gens de la pègre y appartiennent aussi, eux qui sont aussi des hommes d’affaires dont les opérations ne sont que partiellement clandestines.Depuis la période Lapalme, au cours des années cinquante, le pouvoir restait partagé au sein du parti libéral québécois entre ces affairistes et un groupe d’“intellectuels”, sans attaches dans l’entreprise privée et désireux de renforcer leur rôle grâce au développement des activités de l'Etat.Avec le départ de René Lévesque en 1967, les affairistes occupèrent presque toute la place: la fuite de Castonguay représente leur victoire totale.C’est donc la composition sociale même du Parti libéral qui explique et sa politique économique et le patronage qui en constitue une dimension essentielle.On ne peut at- -tendre d’un parti dont les membres vivent des opérations de l’entreprise privée, surtout multinationale, qu’il ait une stratégie économique cohérente ni qu’il touche à aucun des privilèges des classes dominantes.Tout au plus financera-t-il quelques politiques sociales, dans les secteurs de la santé et de l’éducation par exemple, en égalisant un peu plus par l’impôt les revenus des classes moyennes, lorsque la conjoncture électorale le nécessitera. D'autres stratégies de développement On voit donc que l’incohérence apparente de r“économique à la Bouras-sa” déguise au fond une vaste campagne d’enrichissement rapide pour une classe sociale menacée à long terme par l’implantation même des entreprises multinationales qu’elle accueille à bras ouverts et à plus court terme par la montée du mouvement indépendantiste.Face à cette stratégie de pillage, le Parti Québécois prétend offrir un véritable projet québécois de développement.Il veut refaire la révolution tranquille sans les entraves constitutionnelles qui en auraient selon lui amené le trop rapide essoufflement.Sa dimension nationaliste comme son insistance sur le rôle de l’Etat confèrent à ce projet la cohérence et la popularité qui le différencient de celui du Parti libéral.Les artisans évincés de la révolution tranquille comme les nouvelles couches sociales qu’elle a mis au monde savent bien que leur salut et leur progrès résident dans l’expansion accrue du pouvoir d’un Etat enfin délivré de son asservissement aux parasites qui le minent.Ils prétendent bien que travailleurs et assistés sociaux profiteront aussi de la transformation.Leur tranquille assurance cache quand même un dilemme.S’ils choisissent une stratégie de type capitaliste, même fortement étatique, ils risquent de ne pouvoir sortir le Québec du sous-développement relatif dans lequel il se trouve vis-à-vis les grands blocs économiques et les entreprises multinationales.En ne décrochant pas du système capitaliste mondial, un nouvel Etat du Québec risque de s’y faire difficilement une place enviable au cours des prochaines années.Les places semblent en effet de plus en plus rares pour les petits pays qui arrivent en retard au rendez-vous de l’impérialisme.Par ailleurs, une stratégie purement socialiste de développement, optant pour une transformation radicale des structures de propriété, pourrait, vu notre situation géographique, nous faire affronter des difficultés semblables à celles vécues par un Cuba trop dépendant du monde socialiste, ou un Chili qui arrive mal à équilibrer marxisme et légalité.^lême une formule de développement faisant surtout appel au secteur coopératif est loin d’assurer toutes les garanties du côté de l’efficacité et surtout de la démocratie: on sait les craintes du mouvement coopératif québécois vis-à-vis le secteur industriel et la trop faible différence actuellement existante entre lui et l’entreprise capitaliste classique.Indépendance ne signifie donc pas nécessairement développement, surtout si celui-ci exige la participation de toutes les classes sociales aux retombées de la croissance économique.Voilà pourquoi la stratégie du Parti Québécois ne fait pas encore l’unanimité chez les travailleurs francophones.L’ouvrier syndiqué de la General Motors de Sainte-Thérèse, qui dispose d’un bon niveau de vie, peut s’imaginer que l’indépendance lui enlèverait les avantages économiques durement gagnés par le syndicalisme, en faisant fuir ailleurs son entreprise.Le cultivateur gaspésien des Opérations Dignité ne voit pas toujours la convergence entre ses intérêts et ceux du “barbu de Montréal ’ dont le mode de vie lui semble si différent du sien.Pour le journalier de la Beauce, l’indépendance c’est encore la carte de compétence, l’autobus scolaire et les technocrates qui l’empêcheront de poursuivre en paix son existence habituelle.Pour l’enseignant montréalais, le Parti Québécois représente souvent une nouvelle tentative de la “petite bourgeoisie” pour reprendre à son profit la domination étrangère sur l’économie et les travailleurs.L’étudiant qui vit en commune ne voit pas quant à lui l’intérêt d’un nouveau schéma de développement économique puisqu’il adhère à l’idéologie de la croissance zéro et s’intéresse avant tout aux transformations profondes au niveau de l’individu et du petit groupe.Comment la stratégie de développement des indépendantistes pourra-t-elle faire converger les intérêts et répondre aux critiques de ces groupes déjà fort diversifiés qm forment la société québécoise?C’est l’inquiétude profonde du sociologue lorsqu’il se sert des instruments d’observation et d’analyse que lui fournit son métier, même s’il sait pourtant, comme l’écrivait récemment Pierre Vadeboncoeur, que “ce qu’il y a de nouveau pour nous dans le temps actuel, c’est que nous ne sommes plus portés par 1 histoire et que.pleinement pour la première fois peut-être, nous aurons à décider de demeurer ou de partir .0 23 de la santé % a la maladie par Jean-Yves Roy Les marchands d’élection nous ont vendu en 1970, l’image d’un Robert-Bourassa jeune, compétent, dynamique et audacieux.Les textes ici réunis trois ans et demi plus tard, peuvent nous aider à prendre conscience — si ce n’est déjà fait - à quel point cette image publicitaire était mensongère.Pour ma part, je voudrais seulement évoquer ce qui s’est déroulé, sous le régime Bourassa, dans un secteur très important, celui de la santé.On sait que le ministère des Affaires sociales administre l’un des deux plus gros budgets du gouvernement provincial.Mais, ce qui importe davantage, c’est que l’objectif No 1 de ce ministère: le régime d’assurance-santé, qu’on nous avait promis et qui a soulevé un espoir immense, constitue aujourd’hui une sorte de “Manie” avortée.Il est particulièrement désolant de constater à quel point les idéaux se sont dégradés dans ce secteur que j’aimerais utiliser ci-après, comme une sorte de test de l’exercice Bourassa.Programme de santé ou programme de soins On a trop facilement tendance à considérer la santé comme la seule négation de la maladie.Selon cette façon de voir, en effet, est en santé celui-là qui n’est pas malade c’est-à-dire pas atteint de maladie.Dans cette logique, un programme de santé ne peut devenir qu’un programme de soins.Puisque la santé est un état de non-pathologie, il suffit de traiter tel furoncle, d’énucléer telle tumeur pour se donner l’illusion d’assurer la santé du peuple.Dès lors, il est facile, pour l’Etat, de vendre à ses industriels l’idée d’un programme de soins.En effet, on sait pertinemment que l’absentéisme est une des causes majeures des difficultés de production de l’entreprise.Il n’y a donc qu’un pas à franchir pour accepter la thèse selon laquelle une assurance-maladie d’application uni-verselle réduira ce taux d’absentéisme et accroîtra, indirectement, la production: si l’ouvrier a gratuitement accès à un éventail de soins adéquats, il a moins de chances de s’absenter longtemps de l’usine.Il en va tout autrement des véritables politiques de santé.Et j’entends par santé un état de bien-être bio-psychosocial.Par exemple, la santé à laquelle a droit l’aveugle, ce n’est pas encore, dans l’état actuel de notre connaissance, la vue.Malheureusement, nous ne pouvons aujourd’hui qu’exceptionnellement redonner la vue à celui qui ne voit pas.Mais la santé à laquelle cet homme a fondamentalement le droit, c’est d’une part, le meilleur traitement biologique connu de sa maladie, et, d’autre part, une existence personnellement satisfaisante, sur les plans psychologique et social.Il importe, ici, d’expliciter ce concept fondamental de la santé; je crois qu’on l’a malheureusement perdu de vue.On sait très bien, par exemple, que la bronchite qui se répète trouve très souvent son origine dans des conditions déplorables de logement.On connaît également le rôle de l’alimentation dans les diverses atteintes de l’appareil digestif et le rapport entre l’absence de certaines vitamines et l’existence de maladies spécifiques.Les pathologies pulmo- \ naires dues à la pollution surprennent par leur nombre.Penser santé, c’est intervenir à ces divers niveaux.Penser santé, c’est étudier l’effet de la cadence d’une usine sur la vie de ses employés.Pour planifier la santé, il faut pouvoir imposer des politiques qui respectent la vie, l’écologie humaine.Pour respecter la vie, il faut souvent lutter.Beaucoup plus, en tout cas, que pour traiter le seul malaise déclaré.Cette conception brille par son absence dans le cas du bill 65 sur la protection de la jeunesse.Le ministère des Affaires Sociales n’a pas pu élaborer, au sein de ce brouillon de projet de loi, quelque politique à long terme.Ce qu’il est parvenu à rédiger, c’est au mieux une série de mesures palliatives à considérer dans les cas où l’échec de l’éducation serait flagrant.Mais, c’aurait été en envisageant un au-delà du seul niveau palliatif, que le législateur eût pu s’engager dans la voie de la prévention, de l’information et de la santé.Cette attitude, cependant, risque de remettre en question certaines valeurs sociales.Or cette remise en question n’est pas rentable, du point de vue électoral.La rentabilité à tout prix L’équipe Bourassa cherchait la rentabilité.A tout prix.Elle voulait un fédéralisme rentable, un programme de santé rentable .Elle s’en est tenu à ces limites désolantes.Mais, penser santé, c’est encore plus.Ce n’est pas simplement dénoncer les causes médiates de la maladie avérée, c’est aussi mettre sur pied des programmes d’information et de prévention primaire; amener, idéalement, le citoyen 24 à participer à sa santé.Le Suédois de 60 ans, dit-on, est en meilleure condition physique que le Québécois moyen de 30 ans.Il y a des raisons à cet état de fait inacceptable.Quel effort sérieux a-t-on accompli pour le prévenir?Je connais les médecins qui se préoccupent d’information et de prévention: ils se comptent sur les doigts des deux mains.Mais, dans chaque cas, il s’agit d’initiatives personnelles, d’un concours de circonstances; rarement leur geste s’insère-t-il dans un projet gouvernemental dûment planifié.Les Centres Locaux de Services Communautaires (CLSC) devaient s’orienter vers une formule au moins partiellement axée sur la prévention.Le rapport Castonguay-Nepveu suggérait même que les professionnels de la santé utilisent 25% de leur temps à des activités d’information-prévention.Or le CLSC qui semble le plus progressiste dans ce secteur, le CLSC Hochelaga-Maisonneuve, consacre environ 2% de son temps à des tâches d’information-prévention.C’est vraiment peu.On entretient volontiers, par ailleurs, le préjugé de l’impotence du vieillard.On imagine le retraité comme un être réduit, diminué, sans vie sexuelle, malade, radoteux, sans intérêt.Le drame de la vieillesse, c’est la désinsertion sociale.Cette désinsertion constitue l’un des drames primordiaux de notre civilisation.Une planification, en termes de santé, doit prévoir non seulement l’hébergement des gens du troisième âge, mais elle doit s’inquiéter aussi de la mise au rancart des citoyens.Or le régime Bourassa ne semble pas se soucier de la mise au rancart de quelque citoyen que ce soit.Dans certains quartiers populaires, par exemple, on avait mis sur pied des structures démocratiques et représentatives d’action-santé.Ces structures, très voisines de l’idéal du rapport Caston-guay-Nepveu, ne correspondaient plus à la réalité des CLSC telle que conçue par l’Assemblée nationale.Le gouvernement a refusé l’accession des centres communautaires au statut de CLSC comme il a tué, dans d’autres secteurs, les volontés démocratiques manifestées.On a eu peur de la conscience populaire qui anime ces quartiers.Et on a étouffé leur volonté d’auto-gérer leurs centres de santé.Pourtant, ces centres préconisaient des techniques d’information et de prévention tout à fait dans l’esprit du rapport Caston-guay-Nepveu.L’esprit de ce rapport s’est drôlement émoussé depuis sa mise en application par l’équipe libérale; c’est le moins qu’on puisse dire.Et il ne faudrait pas croire, surtout, que c’est au seul niveau régional qu’on a sapé les initiatives d’action-santé.Au niveau provincial, le gouvernement procédait d’une autre façon, c’est tout.Pour prévoir, pour planifier, pour informer, il faut s’appuyer sur un ensemble de données dont, particulièrement, la recherche.La plupart des recherches en cours dans le domaine de la santé portent sur le traitement de la maladie avérée.Tout le champ de l’épidémiologie des maladies mentales, industrielles, urbaines est complètement négligé.Le plus grand reproche que l’on peut faire à la loi 65, c’est d’être rédigée comme si la médecine savait tout de toutes les ma- ladies et n’avait plus rien à acquérir de la recherche.On a également très sérieusement délaissé le problème de la formation de nouveaux médecins.Probablement pour ne pas déplaire — en les remettant en question — aux 10,000 médecins en place.Ils représentent quand même un demi-milliard de dollars de pouvoir d’achat! .Le meilleur des mondes Le gouvernement ne dit mot de tout cela.Mais on retrouve les bons coups du régime actuel en matière de santé dans les bulletins périodiques de la RAMQ et dans un petit journal nommé 6ô à l’heure.D’après les textes de ces publications, tout va très bien, comme dans le meilleur des mondes.L’ordinateur fonctionne à pleine capacité.Les technocrates sont bien rodés.Tout est parfait.Nulle part, cependant, on ne retrouve de véritable politique de la santé.Pourtant, et manifestement, Claude Castonguay entretenait au point de départ quelques projets articulés en cette matière.Seulement, il semble qu’il ait dû jouer du compromis.Quand un premier ministre réussit à transformer son idéal de fédéralisme rentable en une sorte de fédéralisme rampant, il devient difficile d’élaborer des politiques à long terme.Claude Castonguay a annoncé son départ en affirmant qu’il avait accompli ce qu’il lui était possible d’accomplir dans les circonstances présentes.C’est triste.Triste de voir que “ce chevalier qui partit d’un si bon pas” en pensant santé, a été conduit, sous un régime de comptables, à penser maladie.# 25 un style politique nouveau?par Guy Bourassa Un bilan du régime libéral actuel peut, entre autres choses, tenter d’isoler ce que ce gouvernement a modifié, ou pas, dans le fonctionnement de la démocratie québécoise ou, de façon plus précise, dans l’évolution de notre parlementarisme.Survenue à un moment qui semble devoir marquer une étape dans notre histoire, l’élection de l’équipe Bourassa a-t-elle entraîné des transformations notables dans notre “mode de vie politique”?S’il me semble qu’on puisse juger un gouvernement à ses résultats dans divers champs particuliers (éducation, politiques économiques, mesures sociales, etc.) on devrait pouvoir aussi le juger en tant qu’agent de développement dans une société, en tant que moteur et dès lors son style, ses manières d’être reflètent une conception fondamentale qui peut aider à mieux saisir les évolutions en cours.Bien sûr, une réflexion comme celle-ci ne saurait prétendre être totalement rigoureuse et reposer sur des preuves indiscutables.Il importe plutôt, en jetant un coup d’oeil sur l’ensemble d’une période, de tenter de mettre en évidence certains traits qui l’ont marquée et qui paraissent particulièrement significatifs par rapport à l’avenir.Il s’agit d’amorcer une analyse de l’état actuel du corps politique québécois et des particularités nouvelles que révèle son système.Les commentaires qui suivent s’inspirent donc d’un retour sur les événements depuis plus de trois ans, et des orientations prises par les principaux leaders gouvernementaux: la compilation de ces éléments est en elle-même un exercice long, mais plutôt stimulant.Bref, comment situer le gouvernement actuel, et ceux qui le composent, par rapport aux leaders qui l’ont précédé depuis quinze ans?Après le régime Duplessis, la Révolution Tranquille et ses suites, qu’est-ce qui caractérise le gouvernement libéral du début des années 70, et que semble devoir être l’avenir de la démocratie québécoise?Voyons donc d’abord les caractéristiques majeures de ce gouvernement et de son chef.Un tel bilan, tenté à quelques reprises au cours des dernières années, pourra servir d’assise à quelques hypothèses pour demain."Réconcilier deux sociétés au Québec" Une interview accordée par Robert Bourassa, dès juillet 1970, fait bien voir les options de son équipe et annonce des tendances qui n’ont fait que s’accentuer depuis.Selon lui, l’objectif primordial à atteindre au début de son mandat était de “réconcilier deux sociétés au Québec”.Non pas deux sociétés ethniques comme on pourrait le croire mais plutôt une société rurale et conservatrice, d’une part, et de l’autre, une société urbaine et davantage dynamique.De cette rencontre devait se dégager un nouvel univers social et politique.Pour y parvenir, Bourassa divisait son mandat en deux parties à peu près égales.Dans un premier temps, il s’agissait de mettre en ordre l’appareil administrat if et politique, dans un second, son gouvernement réformiste proposerait les mesures pour satisfaire les exigences d’une société nouvelle.C’est cette conception du changement social que voulait retenir le gouvernement Bourassa.Il semble bien que de là découlent trois traits déterminants de notre régime politique depuis 1970.Ce régime, en effet, en est un de gestion plus que d’innovation, il a été placé sous une sorte de leadership souvent incertain et ambigu, finalement il a été marqué par une conception assez traditionnelle de la vie politique.Un régime de gestion Fort d’une victoire plutôt surprenante le 29 avril 1970, Bourassa acquiert au cours des premiers mois de stn mandat un prestige qui l’impose rapidement.Un prestige qui se veut avant tout fait d’efficacité et de compétence.Après “l’équipe du tonnerre”, c’est avec Bourassa la période des “ministres ordinaires”.Les super-stars n’ont plus cours.Toutefois, de l’avis général, on devait reconnaître que l’image de prestige s’effrite assez rapidement.Il faut dire que les événements se succèdent nombreux et difficiles: on n’a qu’à se rappeler les crises qui ont marqué les deux premières années de ce régime.Assez tôt donc, le style gouvernemental hésite entre un retour aux moeurs politiques traditionnelles et un “technocratisme” plus moderne.On verra que c’est là un paradoxe, une ambiguité toujours présente à l’heure actuelle.Gouvernement de gestion plutôt que d’innovation — on l’a souvent souligné —, ce choix témoigne d’une volonté de consolider ce qui a été acquis grâce, parfois, à une évolution trop rapide, quitte à négliger des problèmes, des secteurs ou à se priver d’une conception plus tournée vers l’avenir.Dans cette perspective, l’accent est mis sur l’efficacité.Sauf un grand secteur, celui des affaires sociales, il n’y a pas dans les autres de vastes projets, de dessein d’ensemble qui prévoient et aménagent les possibilités.Cette lacune apparaît surtout dans le domaine économique.Le court terme accapare très largement 26 l’attention au détriment d’une “vision” qui apporterait des réponses à des problèmes nouveaux aussi bien en matière de relations fédérales provinciales que pour les questions linguistiques, culturelles ou autres.Certes, ce jugement est quelque peu caricatural, mais il s’agit bien ici de mettre en évidence les aspects les plus marquants.Autrement dit, tout laisse croire que ce régime se situe encore entre un passé qui ne saurait survivre et un avenir qu’on n’ose envisager et bâtir trop carrément.Un leadership incertain Tout cela est accentué par le jeu d’un leadership qu’on arrive difficilement à saisir.D’une part, — c’est peut-être une amélioration dans le fonctionnement de notre démocratie —, à la place du leader puissant, écrasant même, on trouve une autorité diffuse et qui, à première vue, se prête davantage au contrôle.En ce sens, Bourassa appartiendrait à une catégorie un peu spéciale parmi nos hommes politiques.D’autre part, une analyse un peu plus attentive fait voir que les choses n’ont pas tellement changé.Dans sa vie interne, le parti au pouvoir paraît bien respecter les habitudes traditionnelles.Rien ne laisse croire que la consultation et la participation authentique y aient acquis un prestige réel et nouveau.Chez les libéraux, notre style démocratique traditionnel ne semble guère avoir changé.On n’a qu’à penser aux remarques faites par certains membres de caucus libéral pour mieux apercevoir cette stabilité.Appuyé sur une très forte majorité à l’Assemblée Nationale, le chef du gouvernement ne semble pas s’être préoccupé d’insuffler une vie nouvelle à des structures déjà bien établies.La même remarque vaut à peu près pour ce qui est du fonctionnement de l’ensemble de nos institutions parlementaires: le travail du Cabinet en témoigne à sa manière.En fait, le leadership plus discret mais non moins entier, semble-t-il, du chef du gouvernement peut surtout s’expliquer par une volonté de prudence, un parti-pris de stratégie politique.Il faut bien reconnaître, cependant, que rien dans tout cela n’implique des transformations capitales.i Une conception traditionnelle de la politique Finalement, quand on considère le “style de ce gouvernement, c’est peut-être une certaine conception des relations politiques elles-mêmes, c’est-à-dire les relations entre les élus et le peuple, qui éclaire le plus.Sous cet angle, l’observateur notera que bien peu de choses ont change quant au fond et que ce ne sont que des modalités qui ont par la force des choses évolué.La dimension politique, plus précisément partisane au sens restreint, paraît d’abord extrêmement présente dans les préoccupation de ce gouvernement.Tout cela est assez normal, mais ce qui frappe davantage, c’est l’importance qu’on y attache.A mi-terme de son mandat, Robert Bourassa affirme: “En politique, durer c’est un peu gagner”.Le souci électoral, dans le sens le plus classique, façonnera bien des comportements.Il faut être réélu et, pour ce faire, se rapprocher autant que possible de l’électorat, mais d’une manière qui révèle un “style” bien connu.Les instruments changent, le but poursuivi est le même.Certes, les fluctuations de l’opinion publique pèsent lourd à certains moments.Ce gouvernement, dit-on, consacre plus de soins que tout autre qui l’a précédé à l’étude des sondages.L’on peut néanmoins se demander si un tel souci de l’opinion, en plus d’informer ceux qui gouvernent, ne pourrait point servir à mieux renseigner les gouvernés et, par voie de conséquence, créer un climat politique radicalement différent.En démocratie, l’information est une pierre angulaire: elle doit favoriser les choix conscients et lucides.Elle constitue sans doute un des meilleurs tests pour évaluer lavitalité de nos régimes.L’équipe gouvernementale actuelle et surtout son chef n’en sont encore qu à apprivoiser les techniques de la télévision et de la radio.On peut douter une fois de plus que cela corresponde à une véritable politique d’innovation.Un style politique nouveau?Comment 1 affirmer à la suite de ces divers coups d’oeil.Peut-être se dégage-t-il de ce mode de gouvernement une impression de stabilité et de calme, mais celui qui l’observe de l’extérieur y verra surtout une certaine incapacité de définir de véritables projets politiques en maintenant une utilisation poussée et habile des attitudes et comportements traditionnels.Une fois de plus, disons que ce style politique n innove que bien rarement et qu’il caractérise un état intermédiaire, fait d’hésitation entre une projection politique hardie et les certitudes rassurantes des moeurs bien établies.C’est le paradoxe, fondamental à mon avis dans ce cas-ci, de vouloir concilier l’efficacité et la technicité modernes avec les attitudes et comportements politiques traditionnels.L’hypothèse demanderait bien sûr une vérification plus rigoureuse.En tout cas, elle ne saurait être rejetée sans plus.® 27 par Jacques G rand'Maison tin d’un régime ou régime d’une fin Quand le scandale éthique devient politique Dans la logique libérale, version Bourassa, nous devrions en bons comptables vérifier les livres d’une administration qui s’est présentée au peuple de ‘70 comme une future gérance honnête.Aurions-nous plutôt connu l’histoire de l’intendant infidèle?Patronage, scandales, aliénations des biens publics.Le passif est déjà lourd.La lignée Taschereau-Duplessis se poursuit désespérément, un peu comme celle de Houde-Fournier à Montréal.Notre fibre morale tressaille.Mais n’y a-t-il pas ici un danger de noyer le “politique” dans le moralisme?Bien sûr, il faut re-inventer une éthique collective.Mais isoler cette démarche, c’est peut-être céder au pharisaïsme étroit des puretés sans risque et sans histoire.L’opportunisme libéral profite déjà trop de l’opposition idéologique pure d’une certaine gauche.Comme en littérature, on ne fait pas un vrai gouvernement avec des bons sentiments ! “Vous dites que la politique, c'est toujours sale.mais n’est-ce pas inévitable”, laissent entendre les politiciens de Watergate à Washington, du crime organisé à Montréal.Il faut être pratique.Un ministre bavard et vaseux, après la crise d’Octobre ‘70, affirmait que la pègre, au moins, respectait les règles du jeu.En ‘73, on comprend mieux la portée de ces paroles tragiques au moment où la démocratie libérale en prend un coup.Où sont-ils les champions de l’intégrité qui avaient hier le culot de faire la morale à leurs opposants?Bourassa, Pinard et tant d’autres sont pris en flagrant délit de patronage.Un certain héros de la crise célèbre est à son tour démystifié.Derrière les manoeuvres anti-démocratiques d’un P.Desrochers, il y a une vieille politique qui décide de tout en dehors des institutions parlementaires dont les libéralistes réclament la paternité.Lors des dernières élections scolaires à Montréal, la machine libérale a travaillé en sous-main pour assurer l’élection des candidats dociles aux intérêts du parti et de ses entrepreneurs-sou-teneurs.L’argent d’appoint ne manquait pas.On dit que l’opération aurait coûté quelques centaines de mille.Mais n’est-ce pas monnaie courante dans les secrétariats de comté?Bien peu de dépenses publiques échappent à ce tissu de contrôles bien serré.qui s’étend des ministères jusqu’aux plus petites intitiatives locales.Même les congrès libéraux nous ont montré comment l’élite libérale sait manipuler ses militants de service.La belle jambe de l’administration Bourassa devient cancéreuse.Le poison prolifère jusque dans les moindres cellules.Les parasistes se multiplient.On arrive à une limite-critique.Bien en deçà et au-delà de l’amoralisme politique, ce sont crédibilité et légitimité libérales qui commencent à pourrir dans tout l’organisme.Jusqu’ici on cachait la maladie dans des aires privées et locales.Le cancer devient généralisé, public.On ne sait plus comment le contenir.28 Mais une inquiétude nous tenaille: devant un tel affrontement, le peuple sera-t-il complice de 1 aveuglement qui refuse de reconnaître et le virus et ses échéances mortelles?Ce n’est pas sécurisant de voir l’édifice social sapé à sa base, qu’il soit libéral ou autre.Le vieux politicien à la maison blanche comme sur la colline d’Ottawa ou de Québec sait miser sur cette crainte.Pour sauver l’assiette institutionnelle, ne faut-il pas fermer les yeux sur les failles humaines de l’édifice?On mesure ici le danger d’une critique moralisante.Car, le problème devient politique au sens fort du terme.Le contrat libéral ne tient plus.Ses lois, ses politiques, ses structures révèlent des contradictions tellement profondes et radicales qu’il nous faut songer à un autre projet politique.Surtout au moment historique où un peuple est acculé à être ou ne pas être.Nos vieux libéraux, d’une conférence canadienne à l’autre, d’une législation à l’autre, ne semblent pas reconnaître l’enjeu.Evidemment, ils savent abuser des mots et des slogans.Telle la nouvelle entourloupette du premier ministre qui parle de “souveraineté culturelle”, à la suite du Rapport Gen-dron.On reporte les décisions par des mesures délétères en matière de langue, de réforme scolaire, d’immigration, de démographie et surtout de développement économique autochtone.Castonguay appelle “compromis payants” ses reculs.Les ministres rivalisent de rationalisation pour éviter les questions de fond.Voilà ce qu’il nous faut aborder si nous voulons démasquer le régime Bourassa jusque dans ses derniers retranchements.Une prétention de compétence économique à démystifier Il faut bien commencer par la critique économique, puisque le premier ministre se donne ici la médaille d’or.Les nombreux petits salariés québécois devraient reluquer drôlement le petit athlète sur son podium.La performance est très basse sous la normale.La paupérisation des familles modestes s’est accrue à un rythme affolant ces dernières années.Et que dire de la situation tragique des assistés dans cette escalade essouflante du coût de la vie.On aborde habituellement ces problèmes en termes de politiques sociales.Après la maxi-solution bureaucratique de l’opération 55, connaîtra-t-on les mêmes avatars avec le bill 65?Sur quelles politiques économiques repose 1 audace sociale qu’on vante tant au ministère le plus progressif du régime?C’est là une première question.On a le goût de répondre que le gouvernement Bourassa est en train de prendre les résidus d’une exploitation que des capitalistes n’arrivent plus à mettre en place ailleurs.ITT est chassée du Chili.On la remet en cause aux Etats-Unis.Nous, nous lui présentons nos ressources à bon compte.Elle sait si bien “exploiter” les richesses! Nous pourrions ajouter une longue liste des performances bourassiennes: les pétroliers menaceraient tous les autres, sauf nous; les corporations peuvent élire domicile dans laprovince canadienne la plus réaliste! L’Ouest gagne la bataille du grain sur notre dos, pas seulement au grand dam de nos agriculteurs, mais aussi au détriment de nos industries québécoises qui doivent pa- yer la note des échanges internationaux du Canada, alors que l industrie ontarienne bénéficie de larges mesures de protection.Il ne reste au Québec que les résidus et les compensations bien menus du ministère de l’expansion régionale.Notre faible structure économique de base reste aussi arriérée, dixit le ministre de l’expansion.“Ça.ne depend pas de mon gouvernement’’, répliquera M Bourassa.C est vrai que la technostructure nord-américaine est assez mal en point.On parle même d’une récession retenue et reportee grâce à des dispositifs d’urgence de la finance internationale.Mais face à urr Marché commun et à un Japon en surboom, l’Amérique du Nord semble être engagée dans des difficultés économiques dont la gravité s accuse d’année en année.La crise monétaire frappe durement le colosse qu’on croyait omnipuissant.Aux Etats-Unis comme au Canada, le libéralisme a refusé cette necessaire planification économique que beaucoup d Etats européens ont réalisée selon diverses formules e?i^S 5ue ^ues d®cennics- Ce retard rend précaires les velléités de lutte contre l’inflation et le chômage.L’Amérique vit sur de terribles illusions.et le Canada à sa suite.C’est un grand arbre avec de petites racines.Il risque de nous entraîner dans sa chute.Comment pouvons-nous accepter ces apologies de la part de M.Bourassa à ses retours de New-York?Comment nous glorifier de ces emprunts massifs et cumulatifs au titre de débiteur honorable?Un délégué québécois a fait récemment un lapsus révélateur en affirmant que le Québec se vend mieux que jamais.Serions-nous un des derniers réservoirs d’exploitation du capitalisme le plus haïssable?C’est ce qu’a laissé entendre le Premier ministre de la Colombie Britannique en parlant du Québec.Dans quelle mesure ce pragmatisme libéral à courte vue hypothèque-t-il irrémédiablement l’avenir?Il est important de revenir sur notre propre terrain pour évaluer s’il y a cohérence et dynamisme politiques dans le champ très circonscrit du gouvernement québécois.Le ministre St-Pierre soutient que nous avons tout ce qu’il faut pour un développement autochtone.En lisant les dossiers de son ministère, on ne trouve plus cette belle assurance, ni la moindre stratégie sérieuse de développement.J’ai pu suivre de près certains projets d’envergure.Tel celui du développement autour de Mirabel, comme premier banc d’essai de la planification métropolitaine.On cherche vainement là la moindre politique dynamique qui vous donnerait espoir.Chacun au ministère tire à hue et à dia.On a l’impression d’un fouillis indescriptible à Québec.Combien de compétences se découragent.Pendant ce temps, M.Bourassa est au téléphone pour répondre aux commandes d’épiceries de son club.Mythes et contradictions Aû-dessous de ma fenêtre, je vois le curé Labelle, qui tourne le dos à Montréal et pointe le doigt vers le Nord, comme si l’avenir était là.Les mythes ont la vie dure.Cent ans plus tard, un libéral pragmatique qui se dit économiste voudrait accrocher notre destin économique à la Baie James.Est-ce la remontée du vieux modèle de la colonisation sous un masque technologique prestigieux?Etrange plaidoyer au moment où Montréal cesse 4^ d’être un réseau économique national et international w 29 important! Après la version Expo du mythe du St-Lau-rent, il y a la version mythique Baie James suivie de celle des Olympiques.Mais sont-ce là de vraies politiques autochtones de développement?Certains économistes de service sauront bien justifier cet étrange mariage du ministre-comptable et du maire-pharaon.Les roitelets des régions et pays sous-développés ont su créer ces illusions d’optique chez les masses.La démystification n’aura pas d’impact politique en demeurant une critique d’intellectuels ou une pure dénonciation idéologique.Les assises populaires des oppositions valables restent aussi étroites que fragiles.Aurons-nous le réalisme du NPD de l’Ouest pour formuler une ou des politiques de rechange?Pouvons-nous faire l’économie de l’étape souveraineté-sociale-démocratie, surtout dans un environnement anglo-saxon et nord-américain.Certains plaidoyers de l’extrême gauche risquent d’apparaître comme une solution de rechange aussi mythique dans le contexte actuel.Ils refoulent alors la protestation populaire vers le créditisme.Ne vaut-il pas mieux analyser les contradictions libérales avec une pensée politique susceptible de se donner mains et projets dans les luttes collectives d’aujourd’hui et de demain?Nous avons tellement abusé de la scolastique idéologique pour répondre aux sophismes libéraux! Les retombées des mobilisations récentes témoignent de ce style d’opposition stérile.Combien de citoyens se sont sentis partie prenante dans ces escalades.Faut-il signer une orthodoxie idéologique pour exercer sa propre fonction critique et inventer solidairement d’autres chemins politiques?Il me semble qu’il y a des enjeux que le citoyen ordinaire peut comprendre sans recourir à une dogmatique.Voyons un exemple.Les nouvelles politiques sociales sont une sorte d’aboutissant du nouveau rôle de l’Etat et du secteur public.Le ministère des Affaires sociales prétend inscrire sa nouvelle stratégie unifiée dans un cadre cohérent de développement.Ainsi, les prestations suivront l’évolution économique pour une plus juste indexation.Mais voilà la contradiction: le panier de consommation est soumis aux volontés du réseau privé de pouvoirs économiques.La socialisation du secteur public ne peut tenir devant des forces indépendantes qui agissent sur le coût du panier de consommation.Alors si on va au bout du problème de l’indexation, on pourrait amener le gouvernement jusqu’à la limite-critique d’un véritable contrôle économique.Un régime libéral ne saurait tenir ici.En refusant de l’acculer à des décisions vigoureuses en ce domaine, on laisse pourrir le système libéral et on ne se prépare pas à le remplacer.Nous pourrions dire la même chose de certains choix et priorités économico-politiques.Chercher d’abord le plein emploi ou d’abord le revenu garanti, relève de deux philosophies et de deux praxis différentes.On n’y met pas à la même place, dans l’échelle de valeurs, le travail, la sécurité, le risque collectif, la responsabilité personnelle.Le sécurisme, par exemple, ne créera jamais des citoyens forts et vigilants, un peuple autonome et progressif.Il faut savoir les ultimes dangers des solutions bureaucratiques actuelles.Et ce ne sont sûrement pas les priorités de la castonguette qui susciteront des dynamiques collectives de promotion populaire.Trop souvent les critiques visent à renforcer î’Etat-Providence au détriment de chantiers collectifs créateurs.Voilà un exemple entre plusieurs.Vers des choix politiques décisifs Déjà ces enjeux majeurs et bien concrets forceraient un débat politique plus qualitatif.Les libéraux nous savent gré de ne pas pousser très loin l’évaluation des choix politiques.Nous nous battons dans leur cadre à eux, celui d’une mosaïque incohérente de législation à la pièce, de réformes tantinettes.Les livres blancs, verts et autres, les commissions d’enquêtes font partie de cette stratégie sur le tas où s’amoncellent tellement de mesures accessoires qu’on perd de vue l’essentiel.Batailles de contenants: la carte électorale, la caisse du parti, la juridiction du câble, l’administration des allocations familiales.Les questions de contenu restent périphériques.Constantes dérives des problèmes de fond! N’est-ce pas le cas des olympiques à Montréal?Au début, on a posé la question en termes de choix politiques, de priorités économiques, d’échelle de valeurs.Aujourd’hui on discute de la monnaie olympique ou du parc Viau.Que ce soit sur l’asphalte ou dans le nouvel espace vert, sommes-nous capables de projets humains signifiants et engageants?Boulot, dodo et métro, loto, astro et tripot.suivent les mêmes rails de l’économie marchande libérale.Aussi faut-il nous avouer nos complicités avec les maquillons et les “patronneux” des nouveaux opiums?Nous n’éviterons pas de chercher et dé faire une politique qui a assez de sens, de force et d’horizon pour assumer et orienter notre élan culturel québécois et les dynamismes qui l’accompagnent.Cela ne paraît pas dans les livres de comptabilité du petit commis là-bas, loin des hommes d’ici, ni dans cette administration des choses incapable d’accéder à une économie des hommes, d’un peuple, d’un destin collectif.Se peut-il qu’on ne puisse pas parler de ces choses en ces temps pré-électoraux?Est-ce farfelu de penser à des élections qui ne soient pas, pour une fois, l’antique tournoi de foire servi à la moderne dans une campagne style opéra-savon.Ce triste fuel que savent bidonner les vieux partis est de la pire drogue.Il faut le dire dans un non sans équivoque.Ressasser le scandale de la T.V.en couleur nous ramène aux querelles de fabriques.Nous devons forcer le débat avec le réalisme du pain et le dynamisme du sens.Nous ne sommes pas que des salariés ou des assistés comme le voudrait une certaine administration libérale.Nous appartenons à un peuple qui doit jouer des cartes décisives.» Le régime Bourassa a fait la preuve de son incapacité à prendre un tel tournant.Saura-t-il bénéficier d’un vote francophone aussi divisé?Se fera-t-il élire grâce à l’apport massif des anglo-québécois qui détiendraient la balance du pouvoir sur notre propre terrain?Le projet péquiste rejoindra-t-il cette aspiration populaire que le créditisme fait dévier vers de stériles protestations sécuristes?La tendance inquiétante au désengagement chez la masse et au subjectivisme contre-culturel chez les nouveaux émancipés pourrait bien être un plus lourd obstacle que celui des purs qui attendent la grande révolution.Au moment où le libéralisme atteint les limites de ses contradictions, reportera-t-on l’échéance d’un choix historique qui sera de plus en plus difficile.Au moins faut-il gagner une forte minorité progressiste qui devienne l’opposition officielle, pour engager une lutte plus décisive.0 IIAiiO NUMÉRIQUE Page(s) manquante(s) ou non-numérisée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec E3 ES ES ES un JSSl eret fa erde un .a prochaine évolution ^ÊON DION, La prochaine révolution, jeméac, 1973, 356 p.a prochaine révolution n’est pas un essai, ontrairement à ce que peut laisser croire a jaquette.Mais une série d’articles, de onférences, de rares inédits, prononcés u écrits entre 1959 et 1972.Léon Dion ne nérite pas le reproche que l’on adresse ha-Dituellement à ces recueils de texte, savoir ’éparpillement.Et ce, parce que, juste-nent, il ne s’éparpille pas sur son objet, son objet, c’est l’homme québécois.C’est \ travers cette préoccupation unique que e livre conserve son unité biologique.1,’homme québécois envers lequel Léon Dion manifeste une qualité de présence, )articipe à une écoute singulière.Chaque ;vénement devient une occasion de éfléchir: Jean Lesage est-il un homme ontradictoire?vers quelle espèce de leadership évoluons-nous?Pareillement, ^éon Dion s’interroge sur le devenir de ’université.Comment les questions hu-naines vont-elles modifier notre société?chaque fois, Léon Dion dépasse le sim-)le commentaire.Chaque événement tnalysé conduit à une question.A une in-uition.Parle biais de l’écriture, l’homme émoin songe à la direction que l’homme l’ici emprunte et au-delà de laquelle on liscerne l’homme.Les problèmes de lea-lership et de participation souvent ibordés dans ce recueil sont universels.La [uestion de l’accès au savoir est posée par-out.Ces questions sont tellement actuel-es, en fait, qu’elles constituent à travers le nonde les prémices d’une inévitable prohaine révolution.Jean-Yves Roy proj" Jp 'fUfllA jiU* d'un (.Au I# Tête de bouc JEAN CHARLEBOIS, Tête de Bouc, Editions du Noroît, 1973, C.P.244, Saint-Lambert, comté de Chambly, Québec.Les éditions du Noroît viennent de publier le deuxième recueil de Jean Charlebois: Tête de Bouc.Un titre qui est à la fois une direction et une manière d’être, une provocation sans équivoque: “pour éviter — c’est Charlebois qui parle — toute confusion dans les milieux intestins de la grosse littérature, Tête de bouc est une tendresse slack.Rien de plus.Rien de moins.” Mais “le monde est en fusil”, “la terre à l’ère folle parce qu’il y a du monde qui ne laisse pas le monde être du monde”.Pour comprendre cette expérience d’écriture — encadrée par une conception graphique qui n’a rien de banal — il faut dire l’importance des organes (la tête, le coeur, le sexe) pour qui parle comme il écrit et écrit comme il parle.Aussi le mot h’est pas ici retenu pour sa qualité, son signifiant, pour sa justesse mais plutôt parce qu’il devient l’occasion d’un déferlement, d’une bousculade et peut-être même d’une revanche.Charlebois ne se fait pas d’illusion.Il aborde sans détour la quête du langage et la difficulté du politique.A chaque situation son expression: à l’amour sa magie, à l’amour du pouvoir son patois et son anglais mal francisé, à l’amouraison sa crudité et son coup de fouet.Tête de Bouc, c’est l’histoire d’une friche, d’une plantation dans les limites de ce qui apparemment satisfait la peur: quoi de plus rassurant que de se retrouver nez à nez avec les pages d’un bottin téléphonique — description fidèle de la deuxième partie — ou un motel à l’île d’Orléans! “Power does not mean a bloody thing.Yes it does.Sorry”.Alors où donner de la tête?Dans l’indigestion de la ration quotidienne de bêtise?Charlebois mise sur les forces organiques.Qu’importe la manière.Il va au plus pressé: “mes organes me désignent ici ma place de vivant.Ils m’imposent leur réalité.J’y reste.Il faut savoir gré à Jean Charlebois et aux éditions du Noroît de chercher ailleurs que dans le machin sür, rentable et bien en place.Tête de Bouc, ça fonce, ça accroche, ça blesse au passage une pudeur froide, ça maintient la brutalité de l’émotion.A plus tard donc les pots cassés et l’archéologie de la tendresse.Michel Côté collection de théologie héritage et projet 1 —La seconde évangélisation par Jacques Grand'Maison Tome 1 : Les témoins.$4.00 2— Tome 2: Volume 1 : Outils majeurs.$6.00 Volume 2: Outils d'appoint.$6.00 3— Les catholiques face à l'athéisme contemporain Etude historique et perspectives théologiques sur l'attitude des catholiques en France de 1945 à 1965.par André Charron.$1 2.00 4— Condition chrétienne et service de l'homme Essai d'anthropologie chrétienne par Rémi Parent.$5.00 5— L'homme d'espérance Recueil d'articles (1960-1972) de Vincent Harvey réunis par l'équipe de la revue Maintenant.$5.00 6— Le divorce — l'Eglise catholique ne devrait-elle pas modifier son attitude séculaire à l'égard de l'indissolubilité du mariage?par la Société canadienne de théologie $6.00 7— L'incroyance au Québec — Approches phénoménologique, théologique et pastorale.(En collaboration).$7.00 En vente partout et chez Fides Ei 245 est bout.Dorchester, Montréal 129 Tél.: 861-9621 33 Ji-f-UJJJ JJJJ Des élections! Pauvre monsieur Bourassa! Ce n’est pas drôle, pour un premier ministre! Imaginez: le peuple réclame l’autonomie.Le peuple aurait voulu qu’il ait de l’échine, notre premier ministre.Et qu’il se tienne debout à Ottawa, aux conférences fédérale-pro-v.inciales.Qu’il ait du leadership, qu’il tienne tête à des gens comme Trudeau et compagnie.Mon Dieu que ce n’est pas drôle! Pauvre monsieur Trudeau à qui le peuple n’a confié qu’une partie minoritaire de sa confiance! Et qui doit faire des.concessions.Qui doit chercher à satisfaire les uns et les autres et réfléchir longtemps avant de parler.Mon Dieu que ce n’est pas drôle, pour un politicien, d’être captif de l’opinion publique, d’être attrapé dans la vilaine souricière de la démocratie.Dieu que les peuples sont méchants! Vraiment, messieurs, si nous étions à votre place, nous songerions sérieusement à dissoudre les peuples québécois et canadien et à déclencher l’élection de nouveaux peuples.J.-Y.R.Poids et mesures Je me demande comment il se fait que Jérôme Choquette, que j’ai connu garçon tranquille, un peu bonasse, pas malin pour deux sous, soit devenu du jour au lendemain cet acharné criard, ce gendarme excité et tout mystique de son état, ce shérif de comic strip, ce dur.Pour les gaffes, il me semble qu’on aurait pu les prévoir.Mais ce qui me dépasse, c’est l’agressivité et la violence, que je n’attendais pas de ce gros-là.Comment la même carcasse peut-elle successivement incarner deux types aussi opposés?Le secret de la bonne pâte que j’ai connue et celui du flic suant qui fait aujourd’hui les manchettes, qu’est-ce que c’est donc?Qu’est-ce qui explique ces deux contraires apparemment compatibles dans la même masse?La lourdeur, sans doute.P.V.Pq$ trop vieux pour bâtir Il y a dix ans paraissait Pacem in terris.Son auteur: Jean XXIII, dont le réformisme souriant a bouleversé les vieilles habitudes ecclésiastiques.Dans ce monde où la jeunesse est une manie ou une obsession, ce sont souvent des vieux qui ont dis-cerné les tournants de l’histoire et ont dirigé la manoeuvre.Mao, Jean XXIII, Ho Chi Minh, De Gaulle et quelques autres.L’instigateur de la reprise de la révolution culturelle chinoise est septuagénaire?Ces vieux n’ont pas manqué de créativité.Au Québec, on dirait que le goût de la paternité disparaît plus vite.La plupart des pères de la Révolution tranquille semblent épuisés.Ils ne veulent plus rien changer et s’énervent si d’autres laissent entendre que ladite révolution était seulement un point de départ et non un point d’arrivée.On peut être relativement jeune d’âge et attraper “un coup de vieux’’ qui atteint les fibres du coeur et de l’esprit.LO.L'oeuf de colon Les Québécois, du temps qu’ils étaient primaires, avaient, comme peuple, plus de-sens politique qu’aujourd’hui: du moins, leur instinct national, toujours fort, toujours présent, était-il par lui-même politique.Mais beaucoup, de nos jours, se croient plus malins; ils ont réduit la politique à l’administration et ne soupçonnent rien de la faiblesse politique qui en résulte.Un peuple entier risquerait de se faire avaler par l’histoire et donc complètement déclasser, que rien dans les indices fonctionnels qu’ils consultent ne les en avertirait.C’est très fort.On a été très fûté, dans les salons.Il y a une théorie de la rationalisation de la politique qui est au fond une théorie de l’abolition de la politique.Il y a une théorie de la rédemption de la politique qui est une théorie de la péremption de la politique.Cela s’appelle la théorie de la politique fonctionnelle.Ce n’est rien.Ce n’est que la négation de l’effort démocratique mondial depuis deux siècles et de l’effort national du Bas-Canada depuis autant de temps.Il s’agissait d’y penser.P.V.34 pour y rester.Si vous êtes entré au Canada sans autorisation ou y êtes venu à titre de visiteur le ou avant le 30 novembre 1972, et si vous voulez y rester, vous avez jusqu'au 15 octobre 1973 à minuit pour régulariser votre situation.Si vous avez réussi à vous tailler une place parmi nous au Canada, pourquoi ne pas profiter pleinement des avantages accessibles aux immigrants reçus ou même naturalisés.En lançant ‘‘Opération Mon Pays”, le gouvernement canadien vous offre une occasion exceptionnelle de mettre fin à tous les problèmes qu’une telle situation entraîne, sans risque de poursuites.Pour vous faciliter les choses, le ministère a élargi ses critères de sélection.Vous pouvez obtenir votre statut d’immigrant reçu: si vous êtes un réfugié ayant droit à la protection accordée par la Convention des Nations-Unies relative au statut des réfugiés: si vous êtes dépendant d’un citoyen canadien ou d’un résident permanent du Canada: si un citoyen canadien ou un résident permanent est à votre charge; si vous êtes âgé de 18 ans ou plus et avez démontré que vous vous étiez établi avec succès ou que vous avez d’excellentes chances d’y arriver.Votre cas sera étudié en tenant compte généreusement de facteurs tels que votre stabilité financière, vos antécédents de travail, vos liens familiaux, et tout autre fait attestant que vous pouvez devenir un bon citoyen .un bon Canadien, un seul de ces facteurs suffisant à assurer votre admission.Si votre demande était refusée, vous pourriez alors exercer votre droit d’appel.Droit que vous perdrez automatiquement si vous ne présentez pas votre demande avant le 15 octobre 1973 à minuit.Tout est mis en oeuvre pour vous faciliter les choses.Ne courez pas le risque d’avoir plus tard des ennuis ou même d’être expulsé.Vous avez tout à gagner en agissant sans tarder.Une fois devenu immigrant reçu, vous pourrez comme tous les Canadiens vous faire une place au soleil en homme libre, mettre à profit tous vos talents et même devenir citoyen canadien.Pour plus de renseignements au sujet d’“Opération Mon Pays”, téléphonez, écrivez ou rendez-vous au Centre d’immigration du Canada ou au Centre de Main-d’oeuvre du Canada le plus près de chez vous.Tous ces services sont gratuits.Les Centres d’immigration du Canada resteront ouverts, durant “Opération Mon Pays”, de 8h a.m.à 8h p.m.chaque jour de la semaine, de 9h a.m.à 5h p.m.le samedi, et de 8h a.m.à minuit le lundi, 15 octobre .oyez chez vous, chez nous ¦ J.Main-d’œuvre Manpower 1* et Immigration and Immigration Robert Andras, ministre Robert Andras, Minister À
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