Maintenant, 1 décembre 1973, Décembre
\s tn£> ‘6ZI lepjjuoji , ^ o-fuoa-ls 01U , IbuOHbn 3nboi,3o(Iq [fj numéro 131 Un abonnement de 2 ans à Cinéma/Québec Un "Secjhers" gratuit Lorsque vous souscrivez un abonnement de 2 ans à Cinéma/Québec, vous recevez gratuitement l'un de ces volumes: • La bonne année, de Claude Lelouch • Dernier tango à Paris, de Bernardo Bertolucci • L'Eglantine, de Jean-Claude Brialy • Les noces rouges, de Claude Chabrol • Une journée bien remplie, de Jean-Louis Trintignant (prix au détail de 6 à 9 dollars suivant le titre) Ne peuvent en bénéficier que ceux qui indiqueront un choix de trois titres par ordre de préférences.Cette offre n'est valable que dans la mesure ou les volumes et les titres sont disponibles.Abonnement 2 ans (20 numéros) $1 2.Cinéma/Québec C.P.309, Station Outremont, Montréal, Québec H2V4IM1 Abonnés mécontents Attention : Si vous êtes de ceux qui reçoivent leur numéro avec des délais inacceptables, aidez-nous à en constituer la preuve auprès du Ministère des Postes en nous réexpédiant la formule ci-jointe: Nom I Adresse Numéro du mois de Date de réception à domicile Retournez la formule complétée à Revue Maintenant 2765 Côte Ste Catherine Montréal H3T 1 B5 O) “O Z < < o > CD U CD CD 'CD CD ? w • —¦ K- OC 70 73 U) C ° iïï C S-0 U 3 £ O) O 0 —1 70 73 •S2 70 73 0-9 4 2 v 1 1 1 6 2 3 4 2 10-19 3 4 5 3 2 2 8 7 7 5 2 3 3 2 20-29 6 5 1 1 9 6 3 3 2 3 3 2 3 2 2 1 2 30-39 2 3 4 2 5 8 1 1 6 3 4 2 1 40-49 1 14 13 1 4 1 1 3 50- 3 1 * (Les résultats de 1970 ont été replacés dans les frontières électorales de 1973.) prétendu.S’il y a environ 58 circonscriptions (dont 33 à Montréal) dans lesquelles deux partis totalisent 90% ou plus des suffrages, il y en a encore 38 qui ont connu une lutte à trois et 14 où la lutte s’est faite à quatre.Or, il importe de remarquer que c’est précisément en province que ce tri-partis-me ou ce quadri-partisme s’est maintenu, et tout particulièrement dans les régions où le P.Q.est plus faible.Le tableau 6 montre que le P.Q.est parvenu à accroître son assise dans toutes les régions même là où il est le plus faiblement enraciné.De fait, le Parti Québécois n’a reculé que dans une seule circonscription celle de Laurier (la comparaison se fait à partir des suffrages de 1970 tels que replacés dans les nouvelles frontières électorales).Partout ailleurs, il a avancé, tantôt très faiblement, très souvent de 4% à 5% et dans 40 circonscriptions de 7% et plus.(Voir tableau 7 pour la liste de ces 40 circonscriptions).A l’examen de cette liste, on constate que c’est dans des circonscriptions situées autour de Montréal, dans la ville de Québec et autour de Québec, dans le Bas Saint-Laurent et l’Outaouais que le P.Q.a connu ses plus remarquables progressions augmentant ses suffrages souvent de 10% et même de 15%.C’est aux Iles de la Madeleine que la progression a été la plus spectaculaire, soit 27.0%\ Il faut remarquer aussi que les circonscriptions où le P.Q.a connu une forte progression sont très souvent des circonscriptions urbaines ou contenant une forte population urbaine.Cette analyse possède de très nombreuses limites.Elle nous permet au moins de constater qu’à cette dernière élection, le Parti Québécois a su maintenir ses fiefs, accroître sa présence sur l’ensemble du territoire et manifester un dynamisme notable dans de nombreuses régions qui jusque là ne lui avaient fourni qu’un appui assez faible.Elle nous permet aussi de constater que c’est toujours en milieu urbain ou assez fortement urbanisé que le P.Q.demeure le plus fort, et que là ou les tiers-partis ont réussi à maintenir au moins une partie de leurs forces le P.Q.est demeuré plus faible, comme dans les Cantons de l’Est et une partie de la région de Québec, ou n’a pas réussi à augmenter considérablement son emprise comme dans la région de Trois-Rivières.Une telle analyse ne permet pas, cependant, de voir.dans quelle mesure l’étalement de ce vote, le succès dans certaines régions traduisent une modification de la composition sociologique de l’électorat du Parti Québécois.Un peu plus d’anglophones ont appuyé le P.Q.mais beaucoup moins que chez les autres partis.De même, beaucoup -plus d’ouvriers ont sans doute fait un tel choix, à s’en tenir à l’augmentation des suffrages péquis-tes en milieu urbain, notamment dans Québec, Joncquière, Chicoutimi, Sherbrooke, Montréal, etc.Pour le reste, si on veut en savoir davantage, il faudrait recourir à d’autres types d’analyse.Les résultats de l’élection de 1973 permettent en somme de croire en l’avenir.Il est évident, cependant, qu’ils doivent provoquer chez le Parti Québécois une analyse critique de son comportement, de son approche de l’électeur, de l’image projetée, pour ne mentionner que ces thèmes, afin que la progression s’accélère.Il faudra y revenir, f TABLEAU 7: Pourcentage des suffrages obtenu par le Parti Québécois aux élections de 1970 et 1973, par circonscriptions électorales: 1970* 1973 Augmentation des suffrages de 7% ou plus.Région de Montréal-Ouest Acadie .20.2 31.6 11.4 D'Arcy McGee .4.9 4.9 Jacques-Cartier .17.9 24.4 Marguerite-Bourgeois .21.2 28.3 7.1 Mont-Royal .13.1 13.9 *- Notre-Dame de Grâce .8.1 11.3 Outremont .27.0 32.7 Pointe-Claire .3.9 8.3 Robert-Baldwin .12.7 16.8 Ste-Anne .30.4 33.6 St-Henri .36.8 40.1 St-Laurent .20.2 26.8 St-Louis .24.5 29.4 Verdun .23.1 27.7 Westmount .9.6 13.0 Laval .29.2 29.8 Montréal-Est Anjou :.41.6 45.9 Bourrasse .40.4 40.6 Bourget .44.7 45.9 Crémazie .44.8 45.8 Dorion .44.7 46.5 Gouin .42.0 45.6 Jeanne-Mance .40.9 40.7 Lafontaine .43.7 49.6 Laurier .31.5 30.3 u Maisonneuve .47.5 51.0 Mercier .37.3 41.8 Rosemont .40.9 43.8 Sauvé .46.2 51.5 St-Jacques .44.6 51.7 7.1 Ste-Marie .43.2 46.0 Viau .36.6 36.7 Fabre .36.5 43.9 Mille-Iles .42.8 44.1 Région de Montréal Argenteuil .9.4 15.4 Beauharnois .32.1 33.8 Berthier .20.4 21.9 Chambly .30.5 36.3 Chateaugùay .-.21.9 31.9 10.0 Deux-Montagnes .18.9 29.2 10.3 Huntingdon .10.1 14.8 Iberville .13.8 18.8 Joliette-Montcalm .23.1 37.0 13.9 Laporte .37.0 46.1 Laprairie .22.2 26.6 L'Assomption .32.7 43.7 11.0 Laurentides-Labelle .19.0 31.8 12.8 Prévost .25.0 36.4 11.4 Richelieu .20.0 34.4 14.4 Saint-Hyacinthe .20.5 28.2 7.7 Saint-Jean .27.5 29.5 Taillon .35.0 45.2 10.2 Terrebonne .30.6 40.4 9.8 Vaudreuil-Soulanges .17.5 27.4 9.9 Verchères .23.6 33.1 9.5 *Le$ pourcentages de 1970 correspondent à ceux de l'élection mais plus ou moins modifiés compte tenu des nouvelles frontières électorales de 1973.Ces données proviennent du Parti Québécois.Augmentation des suffrages / 1970 1973 de 7% ou plus.Trois-Rivières Champlain .19.6 22.0 Laviolette .20.9 27.5 Maskinongé .12.2 16.5 Nicolet-Yamaska .9.3 14.3 Saint-Maurice .24.9 28.9 Trois-Rivières .21.0 30.0 9.0 Cantons de l'Est Arthabaska .15.2 16.3 Brome-Missisquoi .12.0 14.0 Drummond .21.8 23.6 Frontenac .18.8 23.8 Johnson .11.0 16.4 Mégantic Compton .8.5 13.7 Orford .12.0 16.2 Richmond .13.8 16.8 Saint-François .18.2 29.2 11.0 Shefford .14.2 17.0 Sherbrooke .22.0 30.2 8.2 Région de Québec Beauce-nord .6.5 15.0 8.5 Beauce-sud .5.0 8.4 Bellechasse .8.5 9.7 Charlesbourg .18.7 33.9 15.2 Charlevoix .9.6 17.2 7.6 Chauveau .16.4 29.7 13.3 Jean-Talon .20.6 29.5 8.9 Lévis 14.3 27.6 13.3 Limoilou .20.2 34.9 14.7 Lotbinière .4.5 11.1 Louis-Hébert .28.0 46.8 18.8 Montmagny-L'Islet .4.4 1 1.6 7.2 Montmorency .13.6 31.6 18.0 Portneuf .12.0 16.4 Taschereau .17.5 30.9 13.4 Vanier .17.1 33.8 16.7 Bas St-Laurent, Gaspésie Bonaventure .10.8 18.6 7.8 Gaspé .18.6 29.0 10.4 Iles-de-la-Madeleine .5.8 32.1 26.3 Kamouraska-Témiscouata 8.1 16.2 8.1 Matane .25.1 36.4 11.3 Matapédia .26.8 28.7 Rimouski .29.9 33.6 Rivière du Loup .9.4 17.8 8.4 Saguenây-Lac St-Jean Chicoutimi .30.1 41.0 10.9 Dubuc .24.1 30.9 Duplessis .36.5 43.1 Joncquière .37.5 40.5 Lac St-Jean .33.3 37.2 Roberval .22.5 23.4 Saguenay .45.1 51.1 Nord-Ouest, Outaouais Abitibi-est .15.6 22.9 Abitibi-ouest 8.9 13.6 Gatineau 8.8 15.8 7.0 Hull .15.5 30.0 14.5 Papineau 9.6 23.4 13.8 Pontiac-Témiscamingue .4.4 8.3 Rouyn-Noranda .13.2 17.4 25 4197075 quand on détourne aussi bien une démocratie qu’un avion par Serge Carlos J’avais à peine quinze ans quand Duplessis est mort.Je suis, politiquement, un enfant de la “révolution tranquille”.Je n’ai pas connu les déceptions de plusieurs élections répétées sous la férule du “chef’.Ma réaction n’en est que plus violente aujourd’hui.Il faut condamner sans quartiers cette démocratie libérale qui réduit par un facteur de six l’expression d’un espoir d’autonomie au moment de déterminer le gouvernement et son opposition.J’ai expliqué dans les pages de cette revue que les transformations de la carte électorale ne pouvaient en aucune façon faire disparaître les distorsions du mode de scrutin.Mon collègue Vincent Lemieux a tenté de me convaincre que je n’avais pas très bien compris le problème (sic).Un autre collègue, Daniel Latouche, a exposé dans Maintenant les vices cachés de cette mesure progressive, don du gouvernement Bourassa au peuple du Québec: la liste électorale permanente.Comme des centaines de jeunes dont l’apparence laisse trop percevoir les préférences péquistes, j’ai été radié de la liste électorale à mon adresse de mai dernier sans être inscrit à ma nouvelle adresse.Malgré les formules que je possédais, formules qui sanctionnaient mes démarches de changement d’adresse, le comité de révision a décidé de m’enlever mon droit de vote sans m’avertir, soit sans droit d’appel.Pensez ensuite qu’on a reproché au Parti québécois d’y aller un peu fort dans les demandes de radiation des Québécois dont l’éligibilité pouvait être mise en doute sur la base du critère de citoyenneté! C’est la version-Ryan du reproche, celle du Parti libéral allait jusqu’au racisme.Au moins, ces personnes étaient averties (même avec un délai impossible) 26 qu’on voulait les faire radier, elles avaient un droit de défense.Les jeunes qui ont eu le malheur de déménager récemment n’ont même pas eu cette chance face aux comités de révision libéraux.J’apprécie les discussions sur les valeurs de mes collègues de la revue, mais cette fois je crois qu’elles déplacent le problème.Les Québécois se sont fait tout simplement voler une élection.Ils n’ont plus que ce mode d’expression dans la démocratie libérale et des organisations politiques machiavéliques ont décidé de le leur dérober.En 1970, le coup de la Brink’s était une merveille de propagande électorale malhonnête.Mais au moins ce coup était du domaine de la stratégie politicailleuse.En 1973, on a légalement faussé l’expression démocratique des citoyens au profit du parti gouvernemental.La dernière réforme électorale apparaît maintenant clairement comme une entreprise de détournement de l’envolée québécoise vers un statut de nation.Par diverses technicalités on a volé au peuple son élection.Déjà les politiciens et les éditorialistes ont trouvé d’autres explications pour faire oublier la fraude institutionnalisée de 1973.On a parlé du choix clair et sans bavures du peuple québécois en faveur du fédéralisme en faisant référence au balayage libéral en termes de sièges, alors qu’on sait très bien que le Parti libéral a accru sa base partisane de 18% pendant que le Parti québécois l’augmentait de 25%.Pour contrer cet argument, on laisse entendre que parmi les électeurs péquistes se concentrent les insatisfaits du gouvernement Bourassa, alors que vers les libéraux convergent tous les fédéralistes qu’ils soient d’allégeance unionis- te ou créditiste.Les éléments factuels que nous connaissons à deux semaines des élections invalident ces spéculations partisanes.Nous allons essayer de mettre en lumière quelques-uns de ces faits empiriques tirés des sondages et de l’analyse des résultats au niveau des comtés.1— Au niveau des comtés la situation a peu bougé entre 70 et 73.Une seule chose a changé c’est le degré d’opposition entre le Parti libéral et le Parti québécois.En 1970 il n’y avait aucune relation entre la concentration des voix libérales et des voix péquistes dans les comtés.Le Parti québécois semblait remporter des succès et subir des échecs indépendamment de la présence des libéraux dans les comtés.En 1973, plus le Parti libéral est fort plus le Parti québécois est faible.L’opposition entre les deux partis s’est cristallisée (la corrélation entre le pourcentage des deux partis passe de -0.04 en 70 à -0.39 en 73).Les sondages confirment cette polarisation.Dès le début de la campagne les électeurs prédisaient en majorité les résultats dans l’ordre suivant: Parti libéral - Parti québécois - Parti créditiste - Union nationale.A la fin de la campagne, cette prévision était plus affirmée chez les électeurs.2— L’électorat avait une perception de la bataille telle qu’il s’attendait dans une proportion de 50% à un gouvernement minoritaire.Et quand on demandait aux électeurs des échantillons de sondage, de donner leurs souhaits quant à la composition de l’Assemblée nationale, ils demeuraient cohérents, souhaitant en moyenne 40% des sièges aux libéraux.Ces électeurs avaient perçu que c’est au parlement qu’il fallait continuer d’éclairer le débat sur le coût de l’in- dépendance et ils souhaitaient alors 30vr des sièges au P.Q.Les chiffres du 29 octobre mesurent l’ampleur de la fraude du mode de scrutin.3—L’élection de 1973 a amplifié le débat entre l’indépendance et le fédéralisme.Par un modèle statistique approprié il est possible d’expliquer 85c^ des résultats des comtés, à l’élection de 1970, à l’aide de deux dimensions.La première oppose le Ralliement cré-ditiste et l’Union nationale au Parti libéral et au Parti québécois, c’est la dimension progressisme-conservatis-me.La seconde oppose le Parti libéral au Parti québécois, c’est la dimension fédéralisme-indépendance.Les résultats au niveau des comtés reproduisent les deux mêmes dimensions explicatives en 1973, mais cette fois l’importance de la dimension fédéralisme-indépendance s’accroît aux dépens de l’autre.La position des partis dans l’espace à deux dimensions change peu entre 70 et 73 si ce n’est pour le Parti libéral.Alors qu’il s’éloigne plus vers le pôle fédéraliste, il décroît sur l’échelle de progressisme-conservatisme.Quand on situe chacun des comtés dans la typologie à deux dimensions, aux élections de 70 et 73, on obtient les résultats suivants: les interprétations faciles des politiciens.Il ne suffit pas de dire que les libéraux permettent le ralliement des forces fédéralistes alors que les pé-quistes recrutent une grande partie des électeurs insatisfaits de la performance du gouvernement libéral.Les sondages montrent que les électeurs libéraux ont une caractéristique fédéraliste dans la même mesure où les électeurs péquistes ont fait un choix pour l’indépendance.Les résultats des comtés confirment cette polarisation mais font aussi apparaître un autre phénomène.Alors que l’accroissement de la connotation fédéraliste du parti libéral coïncide avec un déplacement vers le centre du continuum progressisme-conservatisme, le Parti québécois affirme sa présence en faisant une percée plus grande à la fois dans les comtés progressistes et les comtés conservateurs.Si cette tendance se perpétue, nous risquons de voir des luttes assez peu communes entre un parti occupant le centre du continuum progressisme-conservatisme et un seul autre parti occupant les extrêmes de ce continuum, jusqu’à ce que la question nationale soit résolue.4—Drôle de vie politique que celle du Québec! Le paradoxe des cristallisations au niveau des comtés que nous Fédéralistes Moyens Indépendantistes 1970 1973 1970 1973 1970 1973 Progressistes 14 13 7 2 15 21 Moyens 8 12 11 20 19 6 Conservateurs 17 14 16 12 3 10 On voit clairement que les comtés fédéralistes et moyens sur la dimension fédéralisme-indépendance ont tendance à converger vers la catégorie moyenne du continuum progressisme-conservatisme entre 70 et 73 ( 12 et 20 comparés à 8 et 11 en 70).Pour leur part, les comtés indépendantistes éclatent en deux blocs plus clairement affirmés entre 70 et 73, les comtés indépendantistes-conserva-teurs (10 plutôt que 3) et les comtés indépendantistes-progressistes (21 plutôt que 15).La réalité politique est donc plus complexe que ne le veulent venons de présenter se double de paradoxes équivalents au niveau des électeurs.Les électeurs ont révélé leurs ambiguïtés à leur insu dans les sondages.Quand on leur demande de dire quel facteur était pour eux le plus important dans le choix du parti pour lequel ils allaient voter, ils donnaient dans l’ordre: le programme, le chef, l’équipe des candidats et le candidat local.Quand on mesure leur évaluation respective du Parti libéral et du Parti québécois sur ces quatre facteurs, l’avantage plus grand du Parti libéral s’établit comme suit dans l’or- dre: le candidat local, l’équipe de candidats, le chef et le programme.Le facteur sur lequel les libéraux sont le plus préférés au P.Q.est celui qui est jugé le moins important pour décider de son vote.Par contre celui qui apparaît comme le plus important facteur de choix est celui sur lequel la distance perçue entre les deux partis est la moins grande.Ces ambiguïtés reposent peut-être sur la peur.Si on demande aux électeurs de choisir le thème le plus important à discuter pendant la campagne, ils optent pour la question économique.Quand on tente de mesurer leur satisfaction par rapport à la performance du gouvernement Bourassa, c’est au plan de l’économie que les électeurs sont les moins satisfaits.Par contre quand on leur demande d’exprimer leurs craintes par rapport à la venue de l’indépendance, c’est au sujet de l’économie que la crainte est la plus grande.Même si on est peu satisfait des libéraux sur la question la plus importante, on se tourne vers eux parce que les craintes sont très grandes sur ce thème dans l’éventualité de l’indépendance.En somme nous pouvons affirmer qu’il y a eu polarisation des positions du Parti libéral et du Parti québécois sur le continuum fédéralisme-indépendance.Nous savons par la suite, que les Québécois ont voulu que cette polarisation se perpétue à l’Assemblée nationale pour continuer le débat entre les deux thèses et faire la lumière sur les données contradictoires.De plus, les Québécois semblaient appeler cette confrontation dans la même mesure où ils exprimaient leur incertitude sur la question fondamentale de l’avenir national.Tout autant les résultats de sondages que ceux du scrutin au niveau des comtés font percer cette incertitude.Des technicali-tés ont permis que ces souhaits ne se réalisent pas.Le mode de scrutin a détourné la démocratie politique de son objectif.Le débat souhaité n’aura pas lieu et les fédéralistes disposeront de quatre ans pour laisser la peur irrationnelle s’incruster.Le temps n’est plus aux dissertations sur les valeurs, il faut s’attaquer aux technicalités et vite.0 27 nous ne pouvons plus Jouer les modérés par Jacques GrancTMaison L'entêtement des pères et bientôt ia révolte des fils?Les pères ont botté le derrière des fils.Nous entrons peut-être dans un drame oedipien collectif.Une victoire paternelle écrasante qui préparerait un boomerang violent des fils humiliés.Le conflit prend de la profondeur.H pourrait bien être explosif.La seule explication politique du mode de scrutin “disproportionné!” ne résiste pas.L’in-| terprétation superficielle du nouveau “clivage” idéologique, non plus.Bien sûr on constate un phénomène quasi universel d’unicité et de concentration du pouvoir politique.Conséquence logique de l’omnipuissance monopo-: Lstique de la grande finance et de la classe dominatrice.,e diagnostic est dur et même simpliste mais n’a-t-il pas part de vérité?Chez beaucoup d’opposants, l’enjeu s’était déplacé du pouvoir à la culture.Face aux questions de niveau de vie, certains contestataires ont dressé le défi de nouveaux styles de vie et de société.Mais voici que le pouvoir s’approprie, en le rendant inoffensif, l’enjeu culturel.D offre de troquer la pseudo-souveraineté culturelle contre la dépendance économique et politique.Du coup, resurgit la question politique comme telle.On ne peut plus compter uniquement sur le problème culturel comme fer de lance de politisation, dans la mesure où les libéraux ont mélangé les cartes et réussi à recréer des illusions dans le peuple.La politique linguistique de Bourassa-Cloutier n’a pas encore révélé son caractère vicieux et dilatoire.Par ailleurs, sur le plan économique, va-t-on faire le jeu d’une démocratie parlementaire qui sert de paravent aux vrais pouvoirs exploiteurs?Evidemment, ceux-ci sont déçus de la tournure des événements.Sans représentation minimale de la minorité, le jeu est faussé.Ce qui apparaissait comme la volonté du peuple devient subitement une caricature de la démocratie.Pensons à Nixon qui avait brandi son énorme mandat du peuple.Deux ans après, le peuple sort de son sommeil et connaît à l état-de-veille le cauchemar.Les institutions politiques elles-mêmes voient s’écrouler des grands pans de leur légitimité.Connaîtrons-nous le même scénario quand les balounes de la Baie James et des Olympiques éclateront?Les alibis extérieurs du Président américain ne jouent pas ici.Après avoir hésité devant le saut difficile de l’indépendance, la génération montante pourrait bien rejeter durement les pères qui ont trop longtemps refusé de forcer un tantinet leur destin.Avant de voir comment on pourrait faire l’économie d’une telle violence, il faut bien évaluer les causes et les sources que certaines élites refusent de considérer.28 Un crypto-pouvoir absolu Derrière ce qu’on qualifie comme la “grande peur” des Québécois d’âge mûr, il y a peut-être la continuation d’un vieux style autocratique qui va accroître la révolte des fils.Ces milliers de jeunes militants qui constituent une des forces les plus vitales et dynamiques de la nation, après un repli de dégoût ou de découragement, s’appliqueront peut-être à faire dérailler le train.Un objectif devenu possible dans une société ouverte comme la nôtre.L’histoire récente en témoigne.Evidemment, dans plusieurs cas, ce militantisme du désespoir a favorisé l’émergence des totalitarismes fascistes.Mais les pères ne pourront mâter indéfiniment leur progéniture, surtout si la dislocation des grandes institutions nées du libéralisme se poursuit.Evidemment dans une société comme la nôtre, il y a encore les apparences de la tolérance, de la modération.Les élites au pouvoir savent bien définir elles-mêmes le sens et les limites de cette mesure.Quand leur pouvoir est assuré, elles manifestent une certaine ouverture.Jusqu’ici le peuple s’y est laissé prendre.Quand les ministres libéraux ont défilé devant les caméras, au soir de la victoire écrasante de leur parti, il fallait une écoute en creux pour repérer, derrière la modération avouée, l’autocratisme qui s’y cachait.Le ministre Choquette a fait le lapsus du law and order.Le premier ministre Bourassa a caricaturé tout ce qui pouvait menacer son pouvoir absolu.Pour minimiser l’enjeu de la proportionnelle, il a pris un exemple dépassé depuis longtemps, celui de la France des années 40 et 50.Il poursuivait ainsi la logique de sa campagne: ne s’était-il pas attaqué aux chefs syndicaux, tout en flattant les travailleurs?Pour qui sait lire en filigrane, il cachait une entreprise de délégitimation d’un pouvoir que les travailleurs eux-mêmes s’étaient donné.D’une façon moins avouée que celle du maire Drapeau, le premier ministre offrait au peuple un pouvoir unique pour assurer stabilité, paix, sécurité.Etrange plaidoyer, même au plan économique! En effet, comment progresser sans risques?Un peuple infériorisé comme le nôtre s’enfoncera dans son aliénation s’il ne joue que la carte-sécurité.Intéressé uniquement par le pouvoir, Bourassa a bien appris cette leçon de Machiavel.Désengagement des jeunes?Mais nos élites autochtones exténueront-elles longtemps les profondes aspirations collectives d’une couche grandissante de citoyens qui ne supportent plus cette stratégie de survivance folklorique et débilitante?Il est arrivé, dans l’histoire, que certaines manipulations de la peur chez des peuples asservis ont déchaîné des mouvements violents, longtemps contenus dans l’inconscient collectif.La dramatique freudienne n’est pas une invention de laboratoire.Des commentateurs du “bon sens à courte vue” soulignent le désintérêt actuel de bien des jeunes pour faire croire à l’impossibilité d’un backlash.La marginalisation volontaire des jeunes serait inoffensive.Un luxe coûteux en bourses et en subventions, mais payant en termes de neutralisation politiquç.Voilà un calcul très irresponsable.Nos chers libéraux n’ont pas grand-chose à offrir comme objectifs de vie.Une bonne job, un bon boss.Deschamps et Tremblay ont su démasquer cette psychologie de prolétaire.La catharsis se fait attendre.Qui sait s’il n’y â pas ici une bombe à retardement?On ne saurait nier la privatisation des sôus-cultures chez les jeunes.Il y a une indéniable crise de la subjectivité.Plusieurs ont perdu confiance dans l’action politique traditionnelle.Watergate ou crise chilienne là-bas, corruption du vieux parti dominant ici.Mais ce repli durera-t-il?Chez les meilleurs, l’idéal de construire un pays bien à eux comblait le vide terrible ressenti par les jeunesses d’occident.Or voici que le libéralisme d’ici nous ramène à l’aplatissement le plus bête de l’esprit collectif.Québec prend les résidus du capitalisme le plus haïssable en Amérique du Nord.Il promet des projets refusés aux Etats-Unis et au Canada anglais.Quelle fierté les Québécois peuvent-ils tirer d’une telle politique et d’une telle appartenance?Passe pour la génération précédente .mais qu’adviendra-t-il de ceux qui envisagent encore un demi-siècle de vie ici?Accepteront-ils d’investir beaucoup d’eux-mêmes?Se révolteront-ils devant leurs pères qui hypothèquent gravement l’avenir pour gagner des avantages immédiats?Et si les aventuriers les plus irresponsables étaient du côté des partisans du statu quo.?Les arguments servis avec succès à la masse québécoise seront peut-être retournés à leurs auteurs un jour.En reculant sans cesse certaines échéances, on rendra les négociations non violentes de moins en moins possibles.Triste héritage que les jeunes auront peut-être à assumer un jour.Un monde populaire irrémédiablement aliéné?Et le monde populaire?N’a-t-il pas dit non aux escalades gauchistes récentes, aux réformes de la dernière décennie, aux risques de l’indépendance, aux nouveaux pouvoirs (même ceux qui sont sortis de son sein)?D’aucuns, non sans une part de vérité, soutiennent que le vote massif pour le statu quo est autant relié aux refus de l’extrémisme artificiel des crises d’octobre qu’à la peur du projet indépendantiste.Ce faisant, ils minimisent le poids du vote pour un changement profond chez 38% des francophones.Ce qui se passe dans les zones grises plus “animées” et politisées de Montréal, a pourtant valeur de signe avant-coureur.Chez moi, à St-Jérôme, dans un bloc à appartements pour petits salariées, 52 foyers sur 54 ont des dettes dont la moyenne est de $8,000.Ils sont pris à la gorge pour une période qui va de 10 à 20 ans.Ces gens-là sont ahuris, humiliés.Jusqu’ici, ils ont contenu leur révolte.Mais, pour eux, cette société prospère des libéraux et de certains éditorialistes est la plus vaste supercherie.Ils n’attendent rien des institutions politiques actuelles qui ont épuisé ^ leurs batteries de réformes.Tout ce qu’on a de politiciens 9 29 HÜHS ne pouvons plus |©ner les modérés et de technocrates a prétendu régler leur sort.Or, même les allocations actuelles ou promises ne changent pas vraiment leur situation de fond.Il faut bien reconnaître que notre système libéral a su mettre en place des mécanismes très raffinés de manipulation et de neutralisation.Les opiums quotidiens jouent à plein: la loto, l’astrologie, le sport commercialisé, le spectacle continu à la TV et à la radio, les leurres des compagnies de finance, les drogues de toutes sortes, la pornographie, etc.On n’a pas encore évalué ce phénomène massif de l’aliénation collective à ras de quotidienneté.Les scandales politiques de patronage sont une goutte d’eau dans ce magma visqueux où s’enfoncent les plus courageuses résistances.Un pouvoir pseudo-vertueux et “tartufe” se tait.Ça le sert trop bien.Une telle quotidienneté abêtissante continue de saccager ce’’qui reste de santé dans la masse des citoyens.Leçon d'une expérience personnelle Exagération?Après 20 ans de travail dans les milieux populaires, je ne peux retenir ce sentiment d’indignation.La fausse sagesse de ces “modérés” qui pontifient leur bon sens au parlement ou dans-la pressq “concentrée” suscite chez moi un écoeurement.Et dire que ces gens-là se disent des hommes au service du peuple, responsables et efficaces.Ils qualifieraient facilement mon propos d’idéologie abstraite.Je la connais bien cetté tactique officielle.Au soir des élections, par exemple, on a fait venir deux commentateurs “neutres” qui n’avaient jamais caché leur allégeance.Ils étaient du côté du pouvoir, donc ils n’avaient pas d’idéologie.Et l’on voudrait que nous jouions leur carte.Ne nous force-t-on pas à récuser ce jeu faussé des institutions libérales?Cette violence invisible pourrait bien amener certaines minorités à prendre des moyens non légaux, contre leur gré.Qui en sera le premier responsable?Particulièrement depuis octobre 1970, comme beaucoup d’autres militants sociaux, j’ai pu constater les effets désastreux des accusations à peine voilées que les vieux pouvoirs ont souvent lancées.Ceux-ci nous ont associés aux felquistes.Nous avons tout fait pour bien démontrer notre esprit démocratique, même au risque de céder à un certain réformisme dont nous savions les dangers.Que peut bien signifier pour nous une opposition “modérée”?Elle nous apparaît comme un luxe réservé à ceux qui ont tout le pouvoir en arrière de leur prétendue tolérance.Nous avons vu quel sort le P.Q.a connu devant les manoeuvres de chantage du vieux pouvoir (plus unifié qu’on ne le croit).Nos aînés, massivement ont signé un refus absolu et global.Ils ne nous laissent pas le choix: il faut leur opposer un engagement aussi total, une critique aussi radicale, une force aussi rude.Ce n’est pas par esprit vindicatif.Nous ne voulons pas récolter un avenir sans issue au moment où ils nous remettront leurs démissions en passant d’un monde à l’autre.La résistance passive a déjà trop duré.Nos fondements spirituels Notre indignation est l’envers d’une dignité que nous allons défendre jusqu’au bout.Nous nous souvenons de ce peuple qui, un jour, a préféré d’être provisoirement une nation pauvre et libre plutôt que de demeurer une nation asservie et bien nourrie.Il y a ici une filiation spirituelle avec une tradition de l’histoire humaine.Les premiers chrétiens qui vivaient leur foi sous le mode de rapports sociaux égalitaires, remettaient en cause radicalement un système de pouvoir et de domination.Vous voyez ça, des esclaves qui se comportent effectivement comme des hommes libres.Aurions-nous oublié le caractère subversif de nos origines spirituelles?Personnellement, je n’ai jamais autant pris conscience de la radicalité de ma condition humaine de croyant.Je découvre le sens politique caché derrière cette accusation portée contre Jésus de Nazareth par les pouvoirs: “il soulève le peuple”.Je discerne aussi un autre sens politique caché dans la pauvreté évangélique.Celle-ci véhicule le risque de la liberté solidaire, de la dynamique de partage, de la mort à ses intérêts personnels pour déclencher, comme anticipation du Royaume, une politique humaine de libération et de promotion collectives.Un certain style d’Eglise et de foi a nié le lieu politique des deux pâques, juive et chrétienne.Bien sûr, l’horizon de la foi dépasse nos projets historiques de justice fraternelle.Mais, en même temps, il retentit sur notre aventure humaine comme une demande instante de constants dépassements.Le dernier jugement portera sur nos oeuvres de justice.Foncièrement égaux devant Dieu, nous avons comme première tâche, nous croyants, de faire des égaux dans la cité pour qu’elle ne soit pas une caricature, mais plutôt un signe du Roÿaume de fraternité.Je ne pense pas que l’amour évangélique commence par des réconciliations.Il faut d’abord des partis pris et des confrontations.Sinon, nous versons facilement dans la médiocrité d’un bon ententisme qui fait le jeu d’un statu quo injuste pour les “déclassés” d’une société déjà déséquilibrée et agressive.Le courant prophétique de protestation aurait-il moins d’importance que le courant sacerdotal de conservation?La lecture retenue par une certaine Eglise marque ici un renversement de la primauté prophétique qui s’affirme.progressivement dans “l’histoire du salut.” Comment concilier une espérance audacieuse et un conservatisme social désengagé?N’y a-t-il pas ici une idéologie politique camouflée, en contradiction avec le retentissement historique d’une eschatologie prégnante et d’une Eglise militante?Les derniers événements et leurs retentissements dans l'Eglise Le débat politique au Québec commence à refluer dans l’Eglise.Certaines forces prophétiques s’affirment depuis quelques années, autant dans l’épiscopat que dans des groupes de base.Evidemment la pastorale ordinaire, habituelle reste très marginale par rapport aux enjeux collectifs.L’image globale du christianisme d’ici reste médiocre et marginale.Pourtant, l’Eglise locale a retrouvé une liberté évangélique qui devrait mordre sur les vrais défis de libération d’un peuple que l’Eglise elle-même a contribué largement à façonner.Le retrait au moment d’un tel tournant historique est déjà une position politique aussi ambiguë que certaines fausses politi-s at ions.Un cléricalisme bien connu sait réduire les conséquences compromettantes du message chrétien afin que son pouvoir soit sauvegardé.L’histoire québécoise en témoigne.Etrange paradoxe que ce retrait accompagné de manoeuvres en coulisse pour protéger les intérêts du pouvoir religieux! Nous sommes sortis heureusement de ces collusions cachées.Certains censeurs voudraient, toutefois, que la communauté chrétienne comme telle reste distante du lieu politique.Mais, ils ne s’inquiètent pas de l’indifférence, de la médiocrité d’une masse de chrétiens qui n’est plus interpellée prophétiquement à même l’histoire réelle et les signes de l’Esprit.La foi n’est pas que distance critique.Elle est aussi engagement dans un contexte historique.Bible et Evangile nous le rappellent.Mais on reviendra à la charge, en signalant le danger d’idéologisation de la foi, de fausse politisation de l’Eglise, de néo-cléricalisme.Bien sûr, ces dangers existent.Est-on aussi conscient par contre de l’intemporalisation de la foi, du désengagement des chrétiens, de la tiédeur des communautés ecclésiales, des silences de l’Eglise, de l’absence d’éthique évangélique collective, d’abstentions qui cachent une idéologie implicite?J’ai souvent constaté qu’on qualifiait d’idéologique toute traduction concrète des implications collectives de la foi sur le terrain séculier.Cette critique qui vient la plupart du temps de théologiens désengagés ou loin des défis réels de leur Eglise locale, nous fait comprendre pourquoi les chrétiens engagés dans la cité ne trouvent ni dans l’Eglise actuelle ni chez ses penseurs de service, une compréhension de leurs propres requêtes d’intelligence du christianisme qu’ils vivent.Ces militants ne peuvent plus alors rattacher leur témoignage à une Eglise institutionnelle qui ne saisit pas de l’intérieur leur expérience originale de foi.Au moment où des groupes de chrétiens et de pasteurs commencent à exprimer leur foi collectivement, dans des tâches historiques concrètes, certains théologiens leur rappellent qu’ils ne sont pas l’Eglise.Or ces théologiens répétaient hier encore: “vous êtes l’Eglise”.On perçoit ici une contradiction latente reliée à une conception monolithique de l’Eglise.Il ne resterait alors que le discours officiel de la hiérarchie pour prononcer une parole ecclésiale publique.Parole que les pasteurs, les théologiens et les militants se contenteraient de répercuter.Mais n’y a-t-il pas d’autres paroles et d’autres gestes collectifs qui ont valeur d’Eglise, sans, pour autant, entraîner l’adhésion complète de toute l’Eglise?Au fond le néo-cléricalisme le plus évident est du côté de ceux qui voudraient refuser toute identification ecclésiale à ces prêtres ou militants engagés qui portent une option séculière et une lecture chrétienne différentes de celles d’un certain pouvoir clérical.Or, il se fait que les “éléments” rejetés sont précisément ceux qui affirment ouvertement la dimension politique du christianisme, ceux qui pointent la radicalité sociale de l’Evangile.Comme dans le cas du pouvoir séculier actuel, on veut prêcher une modération qui, à nos yeux, signifie médiocrité et démission.Nous devrons donc lutter autant dans l’Eglise que dans la société pour défendre et notre option évangélique et notre option politique.Nous faisons confiance au peuple chrétien, comme au peuple tout court, pour juger de la pertinence de l’une ou de l’autre.Aussi préférons-nous un vrai débat et des engagements démocratiques ouverts et explicites à cette politique cléricale camouflée qui défend, sans l’avouer, une Eglise introvertie et une théologie intemporelle.Nous craignons, comme membres de l’Eglise d’ici, ce genre de christianisme émigré de l’intérieur, téléguidé par une instance romaine lointaine qui n’a pas encore fait place légitime aux Eglises locales et à leurs contextes historiques particuliers.Au sein de la vie ecclésiale, par exemple, l’évêque n’apparaît plus comme le pilote d’un seul club, mais comme le président d’une ligue à plusieurs franchises .Quant à nous, nous appartenons à une famille spirituelle décidée à faire entendre sa voix à la fois dans l’institution ecclésiale et dans l’arène politique.Pour le moment, à cause des événements importants que vit notre société, je tiens à terminer par une dernière considération d’ordre politique.Une lutte aussi positive que radicale Certains nous disent que depuis octobre ‘70, les Québécois auraient été acculés à des alternatives impossibles ou, du moins disproportionnées.Mais n’est-ce pas l’indice d’un virage historique de plus en plus impératif?Une minorité grandissante de citoyens, surtout en bas de quarante ans, ont de bonnes raisons pour poser crûment le problème de l’avenir du Québec.Nos courbes actuelles ne projettent pas un moyen terme ascendant.Bien au contraire.Les plus vieux voudraient se contenter de freiner la descente.Rien de vraiment dynamique.Plusieurs “définisseurs” aussi, plus conservateurs que critiques, ne semblent pas comprendre que les forces vraies et jeunes de la nation risquent de sombrer dans l’apathie.Bouras-sa soutient qu’il a empêché bien des jeunes de s’expatrier.Voici que l’argument se tourne contre lui.Combien parmi eux parlent souvent de partir, tellement ils se sentent floués de partout par leurs vieilles élites têtues?Je ne veux pas céder ici au dépit ou a la violence aveugle.Solidaires, pour le meilleur ou pour le pire, de notre peuple, nous sommes nombreux à vouloir lutter jusqu’au bout pour le convaincre de se risquer enfin dans la construction d’une société neuve, dynamique où il sera premier maître à bord.Nous avons déjà fait la preuve de travaux et projets constructifs.Mais en même temps, nous avons laissé les hauts pouvoirs continuer leurs manoeuvres d’aliénation de notre patrimoine collectif.Devant ces trahisons, nous ne pouvons jouer les “modérés”.Q quelle opposition?par Fernand Dumont Depuis le 29 octobre, et même chez quelques-uns qui nous avaient conseillé de voter libéral, on s’interroge sur le sort qui sera réservé à l’opposition face à un pouvoir aussi écrasant.On plaide pour une “opposition dans la rue”.Certains rêvent déjà de fronts communs, de manifestations et de manifestes.A moins que, comme le disait ces jours-ci un spécialiste de la gauche, il faille attendre la prochaine crise.Sans doute, vont proliférer à nouveau les projets de parti ouvrier, de rassemblements des puretés les plus diverses.J’allais moi-même tirer mes boulettes de papier en direction de M.Bourassa.Je me suis arrêté en plein élan.A la lecture d’une autre analyse des élections que publie un journal en fin de semaine.Dernière retombée de l’événement avant que l’on passe à autre chose, cet article rend compte des propos de trois spécialistes réunis en table-ronde.A vrai dire, je n’ai rien appris de bien nouveau, rien en tout cas qui puisse entraver une plume habituée de courir librement son chemin.M.Laliberté souligne que le P.Q.“ne pénètre pas dans les classes de travailleurs plus bas”, M.Lemieux que “les gens qui appuient le P.Q.dépendent d’une façon assez immédiate de l’activité de l’Etat et que le P.Q.prône un renforcement de l’Etat”; M.Jones parle “des compromis” possibles “de la gauche et de la droite sur la plate-forme socio-économique”.Une autre discussion à laquelle j’ai assisté en spectateur quasi muet a fini par me désarçonner tout à fait.Des gens de gauche, qui n’ont pas levé le petit doigt pendant la campagne parce que supposément le “vrai débat n’était pas là”, faisaient l’autopsie du P.Q.: les classes sociales étant ce qu’elles sont, le parti étant un parti de classes moyennes, etc., on a fini par conclure, si j’ai bien compris, qu’il n’y avait rien à faire.Sauf de l’exégèse.Depuis tant d’années que nous entendons ces mêmes diagnostics, une conclusion s’en dégage à la fin: malgré les divisions et le pluralisme dont on parle au sujet du Québec, une unique façon de poser le problème est en train de faire l’unanimité, du dernier député libéral à l’étudiant du CEGEP qui vient de découvrir le socialisme.On connaît la chanson.Ceux qui profitent de l’Etat votent pour le P.Q.(Il est bien entendu que les hommes d’affaires qui votent libéral ne profitent pas de l’Etat).Le P.Q.ne pénètre pas dans la vraie classe ouvrière.La bourgeoisie ne fait pas de politique.On ne poursuit pas une révolution avec les classes moyennes.Etc.Etc.Voilà pourquoi si votre fille n’est pas muette, l’opposition l’est.32 Pourquoi des gouvernements aussi absolus J’allais laisser en plan ma ferveur oppositionniste et mon article pour revenir à des travaux plus sérieux quand une constatation banale m’en a empêché.Je me suis demandé bêtement pourquoi nous nous retrouvons, en des endroits de plus en plus nombreux, devant des gouvernements aussi absolus.Non seulement au Parlement de la Province, mais aux conseils de ville de Montréal, de Québec, d’ailleurs.Depuis quelques années, les Québécois sont-ils en train de pratiquer cette variété de la démocratie qui consiste à élire des dictatures et à pratiquer librement les jeux de la gauche à l’ombre des pouvoirs?Je suis surpris de voir encore transposer à la société québécoise des schémas tout faits par les gauches étrangères: ces transpositions sont souvent effectuées par des gens qui dénoncent par ailleurs notre colonialisme politique et économique.Je me souviens de tel conflit de travail où, sans connaître les données du problème en cause, déjeunes conscientisés sont venus prêcher la vraie révolution au mépris de celle qui peut-être allait germer chez les gens concernés.Manoeuvre odieuse qui ressemble à cette mouture marxiste que l’on fait pleuvoir sur des hommes qui, sur le terrain, sont en train de prendre conscience pour eux-mêmes de l’exploitation autrement concrète qui pèse sur eux.On peut se demander, après tout, si les Québécois n’ont pas tant de mal à entendre les paroles de la gauche parce que, à l’exemple des boss anglais, cette gauche ne parle pas leur langue.Comme dirait un de mes amis qui a de la culture: quand rien ne va plus au royaume du Danemark, il faut examiner comment ça va dans la république de Spartacus.Lorsque l’on me dit que “le P.Q.ne pénètre pas dans les classes de travailleurs plus bas”, je demande: 1) si le syndicalisme y réussit mieux; 2) qui a voté pour O’Neill dans Mercier.Quand on me propose une géométrie de la société québécoise où la gauche serait rejetée par le prolétariat des assistés et des ouvriers de la petite industrie parce qu’ils sont trop dépendants du Système, par les classes moyennes parce qu’elles ne font jamais de révolution, par la bourgeoisie parce qu’elle est de collusion avec les pouvoirs, j’ai envie: 1) de renvoyer tous ces beaux par- leurs à leur classe respective; 2) de jurer de fuir chaque fois qu’un chef syndicaliste invoquera devant moi “les travailleurs”.Je commence à en avoir assez d’entendre parler des classes sociales comme on parle des enfants dans la publicité qui leur est encore destinée à la T.V.En tant que sociologue, je crois savoir que nous ne disposons pas encore de la moindre étude un peu sérieuse sur les classes sociales au Québec, pas plus d’ailleurs que sur la clientèle du P.Q.En tant que citoyen, je sens que cette politique géométrique est le contraire de la politique.Celle-ci, par définition, rassemble des gens qui ne le seraient pas autrement; s’imaginer qu’elle n’est qu’un reflet des situations sociales départagées par les analystes de gauche et de droite, c’est mettre la droite au pouvoir.La démonstration, me semble-t-il, n’est plus à faire.Pour de plus amples informations, voyez MM.Trudeau, Drapeau, Bourassa et autres garants paternels de nos bavardages.Une politique articulée sur des problèmes concrets Avant de parler de classes (en attendant, en tout cas que nous ensachions quelque chose), une constatation banale crève les yeux.Des problèmes graves, quotidiens, confrontent une grande partie des Québécois: éducation, assistance, habitation, langue, conditions de travail (à ne pas confondre, bien entendu, avec les emplois de M.Bourassa), etc.Ce sont ces problèmes qui peuvent actuellement départager des classes au point de vue politique.Ce sont ces problèmes qui risquent d’être sortis de la politique au profit de l’abstraction libérale.Ce sont ces problèmes, signes d’une dépendance quotidienne, qu’il faut mettre carrément en relation avec la dépendance plus globale dont la souveraineté politique est la nécessaire contrepartie.J’y ai souvent pensé durant la campagne électorale, en particulier au cours de certaines assemblées de cuisine.J’ai constaté que la dépendance du Québec inquiète les Québécois de toutes catégories (contrairement à ce qu’on prétend) mais qu’il en est ainsi des problèmes de la consommation et du crédit, de l’habitation à bon marché pour les riches, d’un système d’éducation qui suppose que les parents sont aussi instruits que les professeurs, d’une organisation médicale plus inhumaine que jamais, etc.Les gens ne font pas toujours le lien avec le budget de l’an I ou le dernier manifeste de la C.E.Q.Ne serait-ce pas la première tâche que de mettre en forme ces aspects concrets de leur condition, d’en nourrir le projet politique?Je sais bien que c’est ce que tentent justement des coopératives populaires ou des groupements de citoyens, par exemple; mais, entre ces regroupements à la base, cette pédagogie au ras du sol et les forces politiques comme le P.Q.ou le syndicalisme qui oeuvrent à un niveau plus global, la jonction se fait difficilement.En tout cas, lors de la dernière campagne, le P.Q.a rarement fait allusion à ces questions.Nous avons surtout assisté à des batailles d’opinions et d’experts.Sur le plan proprement politique, une fois clos le grand tournoi de la boîte à scrutin, faut-il se croiser les bras ou, tout au plus, recruter des membres et participer annuellement aux opérations-mars?Les 110,000 membres vont-ils.après la campagne, retourner à leurs foyers?Ce qui, pour ma part, me donne une confiance indéfectible dans l’avenir de notre bataille, c’est que le P.Q.n’est pas seulement un parti mais un mouvement social rassemblant des gens qui sont souvent engagés par ailleurs dans leurs milieux respectifs: il faut que ces engagements refluent sur le parti, non pas seulement au niveau de son programme mais dans sa vie même.Il ne s’agit pas pour autant de s'infiltrer, comme on dit, dans les organismes divers: n'alourdissons pas de nouvelles structures et de nouvelles stratégies officielles un mouvement qui en comporte déjà bien assez.Objectif modeste, dira-t-on.Il est vrai qu'il n’est pas à la mesure de notre colère.Mais il mène peut-être à l’élaboration de ces assises profondes sans quoi la victoire électorale que nous escomptons sera sans lendemain.D’ailleurs, en attendant la prochaine élection provinciale, on pourrait toujours, l’automne prochain, se faire les dents sur le maire Drapeau.Voici que je me prends à rêver de choses toutes proches: d’un parti municipal distinct du P.Q.qui, à Montréal, en 1974, constituerait une opposition au Conseil à partir de problèmes concrets comme l’habitation, le transport, etc.Je vois d’ici Rocher, Vadeboncoeur, O’Neill, Boudreau, Cliche et d’autres dans l’antre du maire.Ne seraient-ils que six, comme au Parlement, qu’ils nous redonneraient le sentiment que nous ne jouons pas à l’opposition comme les enfants jouent au cerceau devant la maison des adultes.Ils nous rappelleraient aussi utilement que la vraie place de la gauche ce n’est pas la rue mais le pouvoir.0 33 Triomphe Il y avait-le petit voleur précieux et très collet-monté, qui s’efforçait sans succès de se donner des airs de truand.Il y avait le gros voleur épais, qui se contentait de rouler de gros yeux et qui crachait par terre, de temps à autre, en tapant du pied pour affirmer son autorité; mais, de toute évidence, celui-ci n'était pas très intelligent.Il y avait un autre voleur, homme d’étude, dont le regard était toujours ailleurs, je ne sais pourquoi, ou plutôt je le sais: ce voleur-là ne pensait qu'à l'argent et devait bien avoir aussi quelque commerce.Il y avait le voleur riche et fainéant.complètement inepte et sans idées; mais il avait des entrées égales chez les voleurs et chez les riches, pour la bonne raison qu’il était riche et qu’il était voleur, excellents titres chez les'uns et les autres.11 y avait aussi le voleur de grands chemins, mais celui-ci avait fait faux bond au reste de la bande la veille du grand coup et l’on n’avait plus jamais entendu parler de lui.Arriva le grand coup.On rafla tout: non seulement les biens des citoyens, mais l’autorité sur le pays, et non seulement le pouvoir, mais la majesté.Ce fut une opération gigantesque.On vola tout ce qui était matériel et tout ce qui ne l’était pas, tout ce qui pouvait enrichir et tout ce qui pouvait orner.On s'appropria les apparences, on s’empara des mots et des idées, des choses et des droits également.On prit tout ce qui pouvait se prendre, la loi comprise; on vendit tout ce qui pouvait se vendre, et d'abord soi-même, sa conscience ou ce qui en restait.On embaucha des journaliers-voleurs, a tant de l’heure ou du coup particulier dans le grand coup général.Tout cela tint du sacré et de l’Apocalypse, et les morts mêmes, on ose à peine le croire, ressuscitèrent et volèrent à leur tour, mieux encore que les vivants: les morts volèrent, ainsi que les chiens et les chevaux, et aussi les étrangers, que les voleurs utilisèrent pour porter à un degré inimaginable la puissance de vol de cette armée inouïe de voleurs.Le chef de bande se proclama chef de l'Etat quand tout fut bien fini.Or.ce n’était pas fini.Il y avait une chose qu’on n’avait pas encore volée.Chose curieuse, on n’y avait pas encore pensé.C’était le pays.Cela ne tarda pas; on le vendit aussi.P.V.La tragédie d'un paroissien C’est comme prêtres que certains clercs de Saint-Thomas-d’Aquin se sont prononcés au cours de la campagne électorale.Mais ce n’est pas du tout comme libéral, fonctionnaire fédéral et ami intime de Jean Marchand son saint patron que M.André Giroux s’en scandalise, intervient le jour des élections et va chercher ses “messes ailleurs”.De part et d’autre, on est quitte, chacun tïdele à son parti en effet, la Sainte Eglise dans le cas' de Giroux, le PQ dans le cas des curés.Le parti libéral, Ottawa et la fédérastie?— aucun rapport avec la dévotion du paroissien Giroux, qui ne mêle jamais la politique avec la religion, le 29 octobre encore moins.C’est bien fait pour la cure: M.Giroux paiera sa^ dîme à d’autres.C’est un grand “drame”, comme il dit, de changer de paroisse.Voilà ce romancier en plein drame en effet, car au lieu de prier dans un temple, il ira prier dans un autre.C’est un bien grand malheur.P.V.Nos trois colombes à Ste-Scholastique Trudeau, Marchand et Pelletier sont partis là-bas à Ottawa en nous disant qu’ils allaient bâtir le pouvoir francophone sur le haut-lieu fédéral.Une majorité des nôtres les a crus.Aux objections de leurs interlocuteurs critiques, ils ont répondu par des arguments fonctionnels.Ils nous ont invité au pragmatisme efficace.Voici qu’un de leurs confrères, ministre anglo-saxon, nous avoue que la trouvaille: le ministère d’expansion régionale, n’a pas fait avancer le Québec d’un pouce.L’affaire Mirabel met un comble à cette imposture.Pickering et Ste-Scholastique avaient une situation semblable par rapport à leur métropole respective.Or les expropriés de Ste-Scholastique reçoivent en moyenne $200 - -$300 l’acre, et leurs homologues ontariens $2,500.Une “disproportion” de 1 à 6.Marchand répond aux nègres de chez nous que la spéculation là-bas avait imposé des contraintes.Le vice rentable devient vertu.Un peu plus et il accusait d’incompétence ces cultivateurs qui avaient su développer efficacement leurs terres.L’incompétence de n’avoir pas spéculé.Puis d’un même souffle il offre son panier de St-Vincent de Paul, assorti de quelques indemnités.Vous savez ce genre d’arrangement administratif qui pourrait résoudre tous nos problèmes québécois dans le cadre de la confédération.Bien oui, c’est ce que nous a dit le Devoir durant la dernière campagne électorale.Certains pragmatistes ne respectent pas toujours leur idéologie comptable.Comme si leurs choix à eux étaient purement rationnels.Qu’ils aillent tenir ce langage à Mirabel, on verra bien! J.G.Les pédagogues de la dépolitisation Un événement aussi politique qu’une campagne électorale donne au public l’occasion d’entendre diverses propositions concernant la définition de ce qu’est le domaine politique.Et tous les vieux livres des sciences politiques auront beau insister sur le fait que le politique est un rapport de forces axé sur la réalisation d’objectifs collectifs qu’une société canalise en fonction de règles d’action qu’elle juge équitables pour ces forces, il y aura toujours quelques Cyrano pour en parler différemment comme s’il s’agissait de leur nez.Voyons les plus récentes tirades de certains d’entre-eux: Tirade Ryan: Voyez-vous, M.Bourassa n’est pas un homme arrogant.On voit mal comment il pourrait faire mauvais usage de sa forte majorité Les vieux livres: L’arrogance politique n 'a rien à voir avec le tempérament ou le caractère d'un homme politique.Elle lui vient de la puissance politique que lui accordent les citoyens.La modération retrouvée de M.Trudeau aurait-elle alors quelque chose à avoir avec la situation de son gouvernement minoritaire?Tirade Bourassa: (Sans lien évidemment avec l’image créée par Ryan en “prime time”).J’ai l’intention de gouverner comme si j’avais été élu avec 60 députés.Les vieux livres: Ca veut dire que M.Bourassa va ignorer 42 députés.Ca fait beaucoup pour un homme qui, par ailleurs, veut continuer à gouverner avec le caucus.A moins que ce ne soit une figure de style non étrangère à sa douceur moutonne?Au fond, si la situation politique présente donne naissance à de telles tirades, c’est que certains pédagogues de la dépolitisation viennent de réaliser que la population n’apprend pas la définition du politique dans les livres mais bien à travers les événements.Cette situation à leurs yeux aurait-elle des traits aventureux qui les poussent à ouvrir leur grande gueule en vue d’éclairer différemment les faits?Jacques Rivet Lis-donc QUÉBEC-PRESSE dimanche.J # ,x / '# «1 Ce qui est détestable.mais les hommes qui, ayant les avantages du pouvoir, n'en remplissent pas les devoirs; ce sont les hommes qui, ayant le pouvoir de redresser les torts, refusent de prêter attention aux pétitions qu'on leur adresse; ce sont les hommes qui, lorsqu'on leur demande un pain, donnent une pierre".Sir Wilfrid Laurier ^pNÂTÏûfe reçu 13 UE DÉC 1973 UU 'i üïs
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