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Maintenant
Revue d'idées très en phase avec les débats qui animent la société québécoise durant la Révolution tranquille.

[...]

La revue Maintenant arrive et s'inscrit dans l'effervescence du Québec des années 1960, au moment de la Révolution tranquille. Elle a pour vocation de remplacer la Revue dominicaine en créant un lieu de discussion collé sur l'actualité. Pour s'insérer davantage dans l'activité intellectuelle de son temps, la nouvelle revue affiche une facture moins savante.

Père Henri-Marie Bradet, directeur de la revue depuis ses débuts en 1962, rassemble rapidement de nombreux collaborateurs, clercs et laïcs. Plusieurs dominicains, mais aussi Benoît Lacroix, Louis Lachance, Émile Legault, Gérard Dion et Louis O'Neill offrent des contributions à la revue, tout comme les laïcs Hélène Pelletier-Baillargeon, Louis Fournier, Pierre Saucier, Dr Paul David, Ernest Pallascio-Morin, Jacques-Yvan Morin, Guy Robert et Naim Kattan, parmi de nombreux autres.

La volonté d'actualisation du catholicisme prônée par Maintenant tient ses racines dans le personnalisme des années 1930 et son ouverture à l'individualisme, et coïncide, en 1962, avec le programme de réformes du catholicisme de Vatican II, duquel la revue portera l'esprit au Québec. Elle offre une tribune aux catholiques de gauche, soucieux de montrer un esprit actuel et moderne à la jeunesse intellectuelle.

Maintenant s'adapte rapidement aux changements accélérés en cours dans la société québécoise et devient un lieu de débat important. Les clercs souhaitent se positionner comme porteurs d'une conscience morale évolutive de la société vis-à-vis des intégristes et du contrôle de l'Église. Cet humanisme chrétien motive Maintenant à adopter hâtivement le socialisme démocratique et à cautionner et pousser l'idée de l'indépendance politique du Québec.

Le contexte de laïcisation et de pluralité grandissante des affiliations religieuses, conjugué au déclin de l'attachement national canadien-français et catholique, donne naissance à un nationalisme québécois civique qui se manifeste notamment dans la déconfessionnalisation de l'enseignement public. Maintenant en sera partie prenante.

La revue participe ouvertement aux débats sur la régulation des naissances, mais, par principe religieux fondamental, demeure d'abord contre l'avortement. Et bien qu'elle appuie une laïcité ouverte, la revue refuse affronte la position radicale de la relégation du religieux à la sphère privée. Les audaces que Maintenant se permet font des mécontents à la tête de l'ordre dominicain à Rome, qui demande la destitution du père Bradet en 1965. La maison provinciale de l'ordre ne souhaite pas se ranger dans la réaction. Le père dominicain Vincent Harvey prend la relève de Bradet à la direction et offre au contraire davantage d'autonomie à la revue, qui appuie plus résolument le socialisme et l'indépendantisme québécois.

Maintenant souhaite mettre un terme au nationalisme messianique pour que toute la place soit laissée à un mouvement politique pragmatique, qui envisage la souveraineté politique comme moyen pour le Québec de se développer. Tous les dominicains ne sont toutefois pas à l'aise avec les positions politiques de la revue. L'ordre sort de l'aventure en 1969. Son maigre financement est dorénavant assuré par Pierre Péladeau. La revue délaisse alors presque complètement le contenu religieux pour se concentrer sur les questions politiques, sociales et économiques.

Durant la période qui suit, Maintenant accueille des collaborateurs réputés, dont Robert Boily, Jacques Parizeau, Michèle Lalonde, Fernand Dumont, Jacques Grand'Maison, Jacques-Yvan Morin, Guy Rocher, Camille Laurin, Pierre Vadeboncoeur et Louis O'Neill. Hélène Pelletier-Baillargeon y est toujours et sera d'ailleurs nommée directrice au décès de Vincent Harvey en 1972.

Maintenant est affiliée aux journaux indépendantistes et réformistes Québec Presse (1969-1974) et Le Jour (1974-1978). Les trois cahiers publiés en 1975 sont d'ailleurs distribués avec Le Jour. Plusieurs des collaborateurs des dernières années seront des figures importantes du gouvernement et de l'administration du Parti québécois à partir de 1976.

Source:

ROY, Martin, Une réforme dans la fidélité: la revue Maintenant (1962-1974) et la «mise à jour» du catholicisme québécois, Québec, Presses de l'Université Laval, 2012.

Éditeurs :
  • Montréal, P.Q. :les Dominicains en collaboration avec d'autres clercs et des laïcs,1962-1975,
  • Montréal :Éditions Maintenant inc.,
  • Montréal :Editions Maintenant :
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Revue dominicaine ,
  • Témoins
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Références

Maintenant, 1974-02, Collections de BAnQ.

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S mm y! la crise die réiiergie • l'Ouest québécois • la souveraineté culturelle • l'Université Loyola • Une théologie de participation que Vol.3.No 4 i' §| Iff isTruffaut/Michei Vergne sLefebvre.an 10 .de Pierre Duce revue mensuelle disponible chez votre libraire ou en écrivant à cinéma/québec C.P.309, Station Outremont, Montréal, Québec, H2V 4N1 Abonnement (10 numéros) $6.50, étudiant $5.00 AVIS AUXABONNÉS DE -Dans toute correspondance avec le secrétariat de la revue, veuillez inscrire la date d'échéance de votre abonnement qui est indiquée à la suite de votre nom: le chiffre qui suit les lettres mt désigne le mois d'échéance.Exemple: mt-12 -Lorsque vous renvoyez votre avis de réabonnement avec votre paiement, n'enlevez surtout pas l'étiquette collée sur l'avis: cette étiquette, même s'il y a un changement d'adresse à signaler, est indispensable au secrétariat.Si vous connaissez déjà votre nouveau code postal, veuillez nous le communiquer.Merci de votre collaboration.0 l/> < 0) U ; 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Parce que, finalement, quand on retrace l’évolution des clairement vu.Encore qu’il y a deux ou trois ans, le gou-marchés de l’énergie ^depuis quelques années, quand on vemement américain donnait déjà des signes évidents de pfiprrtip À JfliQSAr Hp niStA rp mii apmhlp tAmr»r«rï»ii*P nn pr>i- nervosité 0MM® De chambardement en chambardement jusqu’à la crise ————T - -h .“jaf /:• .rVj ¦- A l’origine de ces chambardements, il y a le mode de fixa- la, en Asie ou en Afrique, à quel prix allaient-on les ven-tion du prix mondial du pétrole.dre?Sûrement pas au-dessous du prix américain, si le gouvernement des Etats-Unis voulait éviter de saboter Le prix mondial du pétrole: ses propres producteurs.Bien sûr, il aurait pu les proté- IPIt@ curieuse histoire ger avec des droits de douane élevés.Cela aurait fait des Etats-Unis une région où l’énergie aurait coûté cher par U*' rapport à l’Europe ou au Japon.Il n’en eait pas question.C est, rétrospectivement, une curieuse histoire.Le premier grand producteur mondial de pétrole a été les Si bien que le prix de base américain, (golfe du Mexique) Etats-Unis.Certaines des plus importantes compagnies reconnu par une demi-douzaine de grandes compagnies pétrolières se sont développées à partir de la production internationales qui contrôlaient la production au Moyen-domestique américaine.Les producteurs étaient très Orient, le transport à peu près partout dans le monde, et nombreux; au contraire, les compagnies qui raffinent, une bonne partie de la distribution.—ce prix américain transportent et distribuent se sont très rapidement con- est devenu le prix du monde occidental, centrées.Et elles se sont entendues pour établir un prix de base américain.Les compagnies ne s’en plaignaient pas.Leurs profits sur les pétroles du Moyen-Orient, du Vénézuéla ou même Puis elles sont allées à l’étranger.Avec quelques sociétés d’Asie étaient énormes par rapport aux profits sur les pé-européennes.Tous les gisements qui ont alors été décou- troles américains, verts avaient ceci de particulier, que, sans exception, ils étaient plus faciles d’exploitation et donc moins chers Ln fait, au cours des années 1950, non seulement on ne que les puits américains.voyait pas les prix du pétrole comme étant trop bas, ainsi! qu’on le dira au cours de la décennie suivante, mais on ju-——- »-r + honteusement de 12 ¦ • SiU/f u.uu 0 iül ÉHi sf~ r r—•JV0' -Lpsy-s-p' ^ : .¦ - ; :¦ , 1 C'estce ientatt' Etjus^ [jniss'f coBtrole iecho îutresp D’atiorc Devant àer.i’E nadnell èarb «sgiset poimait fs seraii P%ès leur pouvoir de monopole.C’est le sens de leur dénonciation par les Nations-Unies.C’est ce qui explique, au cours des années qui suivent, les tentatives pour casser le monopole.Et l’opération a été graduellement réussie.Petit à petit, des gouvernements de pays producteurs se sont fait payer leur royauté en pétrole plutôt qu’en argent, des flottes indépendantes de tankers sont apparues, les sociétés d’Etat dans certains pays européens (et d’abord en Italie, sous l’égide de Mattéi) ont repris une certaine autonomie d’action.Et c’est justement parce que le “gouvernement mondial” des compagnies s’est lentement disloqué que les prix mondiaux du pétrole ont forcément assez peu monté jusqu’à récemment.La concurrence retrouvait graduellement ses droits.Et jusqu’à récemment aussi, le gouvernement des Etats-Unis s’était résigné à protéger ses producteurs avec des contrôles de plus en plus farouches sur des importations dont le pays n’avait pas encore besoin, mais qui autrement auraient fait irruption.Le charbon et l’énergie nucléaire Face à cette relative stabilité des prix du pétrole, deux autres phénomènes se produisaient.D’abord le charbon devenait trop cher.Il y a beaucoup de main-d’œuvre dans l’extraction du charbon.En dépit d’améliorations techniques importantes dans les charbonnages, la hausse des salaires rendait l’équilibre financier de la plupart des mines de charbon terriblement précaire.Devant la concurrence d’un pétrole relativement peu cher, l’Europe et les Etats-Unis ont planifié la fermeture graduelle mais rapide d’une partie de leurs minps de charbon.Tout se passait comme si une technologie en remplaçait une autre.Comme l’ampoule électrique avait remplacé le bec à gaz.En même temps, on mettait, au cours des années 1950 et 1960, les techniques nucléaires au point.Dans l’esprit de plusieurs des dirigeants européens ou américains, il y avait là la clef de l’avenir.Le grand programme.On fermerait le charbon.Le pétrole prendrait la place.Les gisements américains s’épuiseraient tôt ou tard.Il pourrait théoriquement alors y avoir pénurie mondiale de pétrole, mais l’énergie nucléaire arriverait juste à temps.Quant à l’énergie hydroélectrique, on ne pourrait pas en augmenter la production puisque la plupart des sites seraient déjà utilisés.Et quant au gaz, les réserves prouvées ne laissaient pas croire qu’on puisse y voir autre chose qu’une source d’énergie d’appoint.Décidément la clef de la situation était bien dans la technologie nucléaire.Cette nouvelle technologie est, en fait, moins nouvelle qu’on l’imagine.La première centrale nu- cléaire, construite en Grande-Bretagne, aura bientôt vingt ans.D n’en reste pas moins que par rapport au pétrole, elle a été longtemps d’un coût élevé: pour trois raisons distinctes.D’une part, comme dans tout nouveau procédé, les premiers proto-types coûtent chers à construire et n’ont pas une efficacité de fonctionnement normale.D’autre part, le coût du kilowatt/heure d’origine nucléaire tombe rapidement en fonction de la taille de l’unité de production.Forcément, on ne commence pas avec des unités de très grande taille.On y arrive graduellement, au fur et à mesure que les procédés sont correctement mis au point.Enfin, les procédés actuels n’utilisent qu’une très faible partie de l’énergie potentielle des matières radioactives.On sait que dans une deuxième étape, celle des surgénérateurs (les premiers surgénérateurs sont construits), on pourra faire beaucoup mieux.On sait aussi que lorsque le procédé de fusion aura été mis au point, on aura enfin tiré de l’énergie nucléaire son plein potentiel, mais ce n’est pas pour demain.En tout cas, le coût de production de l’énergie nucléaire, à l’origine beaucoup plus élevé que le coût de l’électricité produite avec du pétrole, est tombé relativement au niveau de ce dernier, d’une façon assez régulière, au fur et à mesure que se corrigeaient les déficiences initiales, que s’amélioraient les performances et que s’accroissait la taille des unités.Le bas prix du pétrole rendait cependant ce glissement d’autant plus long.En outre, la mise au point du fonctionnement et des normes de sécurité a pris beaucoup plus de temps que prévu.La crise devait arriver Si bien qu’un “trou” est apparu.On avait rapidement liquidé une partie des charbonnages.On avait moins rapidement commencé à ouvrir des centrales nucléaires.La demande de pétrole sur les marchés mondiaux s’accroissait rapidement.Les pays producteurs s’émancipaient, renforçaient leurs positions, adoptaient des attitudes communes pour profiter d’une inévitable pénurie.L’étincelle aura probablement été l’abandon par les Etats-Unis de leur splendide isolement pétrolier.Depuis quelques années, les Américains ont dû commencer à importer du pétrole étranger en grande quantité.D’un seul coup, leur système de contrôles des importations s’est effondré.Et la demande intérieure américaine monte beaucoup plus vite que la production nationale disponible.Un temps, on a pensé que la découverte d’un gigantesque bassin pétrolier en Alaska réduirait la pression.D a fallu vite déchanter.Le gisement de l’Alaska est prometteur mais ce n’est que dans quelques années qu’il pourra fournir des quantités vraiment considérables.Rien ne pouvait plus arrêter le déferlement, pour la pre- 13 crise et politiques de l’énergie mière fois, d’une demande américaine explosive sur un capables maintenant de stabiliser les prix, servent de 1 - - -1 t 1 J ^ X I A J -3 X- ^"3 «A J « « y"» La y» 1 «A y* y-J yv ^ «a yA AA A aaa « a a « a AA À a T A a.1 A A _ _ _ 1 marché mondial du pétrole déjà tendu.Les pays arabes ont bougé avec une rapidité étonnante.Bien sûr, la guerre d’Israël a servi de prétexte.En fait, rien ne pouvait plus empêcher les prix du pétrole de monter en flèche.Et les compagnies internationales, in- chaîne de transmission à chaque hausse, en percevant leurs profits en chemin.De telles hausses forcent la plupart des gouvernements à réviser ou même à renverser leurs politiques énergétiques./ De nouvelles politiques énergétiques C’est ainsi, par exemple, que les attitudes à l’égard de la production du charbon sont brutalement transformées.L’exploration pétrolière s’accélère dans des zones qui sont sous la dépendance directe de pays industriels (la Mer du Nord, la Côte est des Etats-Unis et du Canada).Le gouvernement Nixon a lancé un gigantesque programme de développement technologique des procédés nucléaires.Pour la première fois, les sables ou les schistes bitumineux vont donner lieu à un effort massif d’exploitation.La baisse du prix du pétrole va rendre rentable ce qui jusqu’à maintenant était laissé en réserve.Des effets économiques considérables Bien sûr, la plupart de ces initiatives vont prendre du temps, et dans l’intervalle, la crise de l’énergie va avoir des effets économiques considérables.Nulle part ces effets ne risquent d’être aussi spectaculaires que dans le domaine monétaire par le truchement des balances des paiements.journaux canadiens vont forcément refléter ce genre de préoccupations.Une situation canadienne unique Tout cela est très bien.A une condition.C’est que les Canadiens (et les Québécois) n’oublient pas que la situation canadienne est unique, qu’elle ne peut d’aucune façon être décrite à partir des conditions qui précèdent.Comme d’habitude, le danger pour toute discussion un peu sensée du cas canadien, va être de transposer ici des considérations ou des circonstances américaines, britanniques ou françaises.Elles risquent de ne pas être pertinentes.En effet, on calcule maintenant que les dernières hausses du prix du pétrole vont ajouter cinquante milliards de dollars à la valeur des importations des Etats-unis, de l’Europe et du Japon.Des pays qui avaient jusqu’ici un excédent à la balance de leurs comptes courants, dont la monnaie avait été très forte, risquent de se retrouver soudainement dans la situation inverse.Mais comme les pays industriels vont être inégalement frappés, l’effet sur les taux de change sera différent.On peut se demander, par exemple, dans quelle mesure il restera possible de faire en sorte que les monnaies européennes flottent ensemble par rapport au dollar américain.A cet égard, les tentatives d’établir une certaine uniformité dans l’évolution des taux de change en Europe, viennent de recevoir un coup très dur.Examiner le cas canadien implique d’abord une constatation simple, élémentaire mais fondamentale: le Canada est le seul pays industriel qui produit plus de produits énergétiques qu’il n’en consomme.Une politique canadienne de l’énergie va donc avoir des caractéristiques et une problématique tout à fait spéciales.Il faut d’abord dégager les grandes lignes de ce qui s’est produit depuis un certain nombre d’années pour comprendre l’apparition présente d’une nouvelle politique énergétique.De même, pour un bon nombre de pays sous-développés qui ne sont pas producteurs de pétrole, la crise actuelle rend plus précaire encore des équilibres de balance des paiements déjà très aléatoires, et retarde d’autant leur développement.On trouve, sans doute, au Canada certains cheminements assez semblables à ceux qui ont été observés ailleurs.Les mines de charbon de la Nouvelle-Ecosse ont été fermées pour la plupart.Dans plusieurs provinces, et en particulier en Ontario, on ne dispose plus, à toutes fins pratiques, de sites hydrauliques économiquement utilisables.Au Québec, au Manitoba et en Colombie Britannique il en reste dont le caractère économique a donné lieu (surtout dans le cas de la Baie James) à pas mal de discussions.Comme tant de pays industriels, le Canada s’est résolument engagé dans la construction de centrales nucléaires.L’expansion s’est surtout faite en Ontario, et a été sujette à des difficultés de mise au point comme ailleurs.Les difficultés proprement canadiennes ont surtout été liées à la production d’eau lourde, et des délais ont été encourrus à cause de cela.On pourrait ainsi, et cela va se faire dans les mois qui viennent, étudier les conséquences de la hausse des prix de l’énergie sur l’économie mondiale.La question est intéressante pour les uns, critique pour les autres, et les 14 Jusqu’ici rien de bien original.quest inter»1 centre prohib au (P cevoir tredm Seule» Améri' dieiiS: Ceo’e: 'Ce que iétédel C’est surtout dans le secteur pétrolier que la situation canadienne est unique, et à ce titre mérite des commentaires plus détaillés.Testa pliquei il'excep tantiel Cela vi Jjauti trèssér litre® tmtde Piemie! eliersqt técoiss moins p etleCai lues et La découverte du gisement de pétrole de Leduc en 1947 marque le véritable démarrage de la production pétrolière.Les gisements que l’on découvre en Alberta et en Saskatchewan ne sont pas aussi riches ni aussi économiques que ceux du Vénézuéla et du Moyen-Orient.Au prix international, ils ne sont, au départ, que vendables au centre du continent, là où les frais de transport rendent prohibitifs les pétroles sud-américains ou moyen-orientaux, et où ils ne rencontrent que la concurrence des pétroles américains, eux-mêmes relativement chers.Le marché logique pour le pétrole de l’Ouest n’est donc, au début, ni Montréal ni même Toronto, où l’on peut recevoir bien moins chers les pétroles importés: c’est le centre du continent.Seulement l’entrée aux Etats-Unis est capricieuse.Les Américains veulent bien importer des pétroles canadiens, mais pas trop pour ne pas, comme on l’a dit plus haut, gêner leurs propres producteurs.Ils se servent de quotas pour utiliser l’Alberta comme une espèce de soupape dont on augmente ou diminue le débit à volonté.Ce n’est pas très satisfaisant.Le Canada divisé en deux par la ligne Borden C’est alors qu’en 1961 le gouvernement canadien fait appliquer le principe selon lequel le marché de l’Ontario, à l’exception de la vallée de l’Outaouais, devra être “substantiellement” approvisionné par du pétrole de l’Ouest.Cela va provoquer une augmentation considérable de la production des Pariries, accélérer le développement de l’industrie du raffinage en Ontario et établir les conditions d’un nouveau départ pour l’industrie pétrochimique dans cette province.Ce que l’Ontario gagne, Québec va le perdre.Montréal a été de loin le plus important centre de raffinage du Canada, approvisionnant une vaste zone de l’Ontario, grâce à un pipe-line de produits raffinés.Maintenant Montréal va se contenter d’un marché qui vers l’Ouest s’arrête le long d’une ligne Cornwall-Ottawa et qui, vers l’Est, s’étend de moins en moins loin, au fur et à mesure que se construisent des raffineries dans les provinces maritimes.Il faut dire que les Québécois étaient placés devant un très sérieux dilemme.La seule façon pour eux de vendre librement en Ontario, aurait été d’acheter du pétrole brut de l’Ouest à la place des pétroles importés.Mais les premiers livrés à Montréal auraient été nettement plus chers que les seconds, si bien que les consommateurs québécois auraient payé davantage pour leurs produits pétroliers et certaines industries québécoises auraient été moins concurrentielles.Québec accepta donc de s’isoler et le Canada fut divisé en deux.A partir de 1971, les contrôles américains s’écroulent, et les exportations montent en flèche.On en arrive à une situation où le Canada exporte environ 1 million de barils par jour (davantage depuis quelques mois) et importe 900,000 barils.La ligne Borden, le long de l’Outaouais, reste le pivot de la politique pétrolière.Puis la crise mondiale éclate.Les prix internationaux montent.Donc le prix des importations dans l’Est.En fait les Québécois ont assisté à des augmentations sensationnelles des prix de détail.D’un hiver à l’autre, l’huile à chauffage est passée, de 20 cents à 35 cents le gallon.Compte tenu de la politique qu’on vient de décrire, c’était inévitable et automatique.Côté Ouest, plusieurs voies étaient possibles Côté Ouest, il n’y avait rien d’automatique.Plusieurs voies étaient possibles.La première consistait pour les premiers ministres de Saskatchewan et de l’Alberta de se transformer en Sheiks arabes.C’est-à-dire d’augmenter leurs royautés de façon à aligner le prix de leurs pétroles sur les prix internationaux, ou à peu près.Ils ont été très tentés.Ils ont montré leurs biceps pendant quinze jours, annoncé qu’ils feraient un malheur, posé des gestes qui touchaient à tout sauf au fond de la question.La deuxième voie possible était de laisser les compagnies exploitantes augmenter les prix et empocher d’énormes profits, puisque la crise israélo-arabe ne changeait en rien les coûts d’exploitation aux portes d’Edmonton.La troisième voie possible — celle qui fut choisie — était pour le gouvernement fédéral de: a) geler les prix en Ontario et dans l'Ouest puisque les coûts n’avaient pas monté, b) créer une taxe à l’exportation, qui ajoutée au prix canadien, deviendrait le prix de vente aux Etats-Unis.La taxe serait ajustée au fur et à mesure que les prix internationaux monteraient.De cette façon, Ottawa: a) stabilisait le prix pour tous les consommateurs à l’ouest de la ligne Borden.Excellent pour les élections.b) empêchait les compagnies d’augmenter indûment leurs profits.Sourires de M.Lewis.c) faisait beaucoup d’argent.Au taux actuel, la taxe rapportera 2.5 ou 3 milliards en 1974.La distribution de cet argent entre les provinces est la plus belle carte de négociation dont un ministre des finances ait disposé de mémoire d’homme.I 15 crise et politiques de rénergie d) évitait de dépenser de l’argent.Cela demande quelques commentaires.Les paiements de péréquation sont payés aux provinces dont les recettes au titre de 16 impôts provinciaux (et bientôt scolaires) sont inférieures, per capita, à la moyenne nationale du rendement de ces mêmes impôts.Parmi les 16 impôts en question, il y a les royautés sur le pétrole.Si les apprentis Sheiks avaient bougé assez vite, la hausse du rendement des royautés aurait amené le gouvernement fédéral à augmenter ses paiements de péréquation de 800 millions par an.En instituant une taxe à l’exportation, même temporaire, il n’a pas à payer tout de suite et se donne le temps de renégocier la péréquation.Il n’y a pas que la voie choisie qui (jusqu’à la conférence d’Ottawa) est brillante dans la politique fédérale.La célérité dans l’application l’est tout autant.Côté Est, le fédéral vient au secours L’initiative fédérale laisse cependant le Canada divisé en deux.Mais les caractéristiques de chaque bloc ont changé.C’est à l’Ouest de la ligne Borden que le pétrole est bon marché.C’est à l’Est qu’il est cher.Et l’Est pourrait être menacé de pénuries.Il faut poser un geste pour l’Est.Surtout qu’à l’Est, il y a le Québec.Donc le séparatisme.La situation est pleine de dangers.L’industrie québécoise, si rien n’est changé, va être défavorisée par rapport à l’industrie ontarienne.Le consommateur québécois se sentira abandonné à son sort par le gouvernement fédéral.Si, en plus de la hausse des prix, il fallait que le rationnement soit nécessaire, l’image risquerait de s’accréditer d’un Canada central et occidental superbement riche, prospère et approvisionné à bon marché, et d’un Québec jeté aux loups (ou aux Arabes).On va donc poser d’autres gestes pour bien indiquer ce que signifie l’unité nationale.a) M.Turner annonce que les prix à l’Ouest de la ligne Borden seront augmentés graduellement pour réduire la différence entre l’Est et l’Ouest.La formule actuelle est donc temporaire.Inutile de s’énerver sur les désavantages présents pour l’économie du Québec.b) Un pipe-line sera construit de Sarnia à Montréal.Plus tard, un autre sera construit de Winnipeg à Montréal.Les Québécois ne manqueront donc pas de pétrole quoiqu’il arrive.c) Une société nationale (fédérale) des pétroles sera créée pour accélérer l’exploration et la recherche, pour entrer ensuite dans d’autres opérations pétrolières, de façon à concurrencer les compagnies privées et donc à les empêcher de profiter des situations de crise.Elle opérera, bien sûr, non pas seulement d’un seul côté de la ligne Borden mais partout au Canada.16 Avant la conférence fédérale provinciale, il ne manquait qu’une pièce à ce remarquable assemblage: soit un programme de subventions temporaires au consommateur de l’Est pour l’essence, mais surtout pour l’huile à chauffage, en attendant que les prix dans l’Ouest et dans l’Est soient alignés.Déjà les premiers ministres des provinces maritimes l’avaient demandé, ainsi que le ministre québécois des richesses naturelles.Il ne restait qu’à savoir si le gouvernement fédéral l’offrirait.tiolifr On sait maintenant qu’un programme de subventions temporaires a été adopté.On sait aussi que le gouvernement fédéral a infléchi ses intentions originales, en ce sens que les subventions qu’il s’est engagé à verser vont absorber la totalité de ce qui lui restera de la taxe à l’exportation après en avoir distribué la moitié aux provinces productrices.C’est-à-dire qu’au point où en sont les choses, on risque de rater la mise en place d’une société nationale des pétroles.Au fur et à mesure que le prix de l’Ouest montera, la taxe à l’exportation rapportera moins, et les royautés de l’Alberta et de la Saskatchewan rapporteront davantage.Il faudra alors que le gouvernement fédéral révise la formule de péréquation.Puis, si le prix de l’Ouest rejoint le prix international, la taxe à l’exportation ne rapportera plus rien, les prix au consommateur dans l’Est ne seront plus subventionnés, et on n’aura plus les sommes nécessaires pour créer une société publique des pétroles d’une taille significative.il à ‘iiporti loe Il faudra attendre encore quelques mois pour savoir l’occasion a, en fait, été ratée.si Ce qu’a été jusqu’ici la politique québécoise de l’énergie De son côté, la politique énergétique du Québec consiste depuis quelques années à faire défiler des images devant les yeux des badauds, puis à rectifier le tir au besoin lorsque les circonstances l’exigent.En ordre chronologique, cela veut dire jusqu’ici: a) Qu’on crée SOQUIP (Société québécoise d’initiative pétrolière).Et qu’on lui donne assez peu d’argent pour être certain qu’elle ne pourra pas s’imposer.b) Qu’on annonce le développement hydraulique des cinq rivières de la Baie James et qu’on refuse de s’engager dans l’énergie nucléaire.c) Qu’on se replie sur la rivière La Grande, et qu’on se lance, sans en parler trop fort, dans l’énergie nucléaire, avec l’aide du gouvernement fédéral.d) Qu’on annonce que l’on a gagné la bataille du pipeline de gaz de l’Arctique.Quitte à se faire dire par le ministre fédéral de l’énergie que la bataille n’est pas encore ternie:! l'ïleur 1 %•[ St, commencée.permetti foies pa e) Qu’on annonce dans un livre blanc sur l’énergie, que l’on doit créer, dans le champ des activités pétrolières, un secteur-témoin public.Quitte à laisser le livre blanc sur les tablettes.f) Qu’on annonce un super-port pétrolier sur la rive sud du Saint-Laurent.Quitte à prendre des risques avec les pêcheries et avec le tourisme de la Gaspésie, mais de façon à assurer une voie d’entrée pour les pétroles bruts importés vers les Etats américains des Grands Lacs.g) Qu’on annonce des tractations avec les Italiens pour établir une raffinerie à Sept-Iles.Donc un autre port pétrolier.h) Qu’on est bien forcé d’accepter le pipe-line de Sarnia dont la capacité suffira à assurer la croissance des besoins de Montréal pour plusieurs années et qui rend encore plus “américain” le caractère du projet de super-port.Face à l’avalanche de déclarations, de projets et d’images, au Québec, il faut reconnaître que l’influence fédérale a été jusqu’ici bénéfique: Ottawa fournit des idées claires et des projets étudiés.Peut-on se fier à la politique fédérale?Il n’en reste pas moins que dans la politique fédérale, telle qu’elle est en train de se dessiner tout n’est pas nécessairement conforme aux intérêts du Québec.C’est ainsi, par exemple, que le pipe-line de Sarnia ne sera vraiment utile à Montréal, que si on peut discuter des conditions d’approvisionnement et des prix par rapport aux pétroles importés.On ne peut compter sur les compagnies pour négocier.Imperial Oil, par exemple, a des opérations dans tout le Canada, et dans le reste du monde est lié à Exxon.Le prix du pétrole à Montréal n’est qu’un pion sur un échiquier très compliqué.On ne peut pas non plus se fier à l’Office Fédérale de l’Energie.Ses décisions ont négligé "si souvent les intérêts du Québec, au cours des dernières années, qu’on est en droit de se méfier.D’autre part, sur le plan de l’exploration et de la mise en valeur des gisements pétroliers, la Société fédérale des pétroles peut avoir bien d’autres priorités que le golfe du Saint-Laurent: les sables bitumineux d’Arthabaska dans l’Ouest, par exemple.Enfin, même si une subvention est payée au consommateur de 1 Est, on ne dispose pas encore de mécanismes qui permettent d’empêcher les compagnies de maintenir entre les pays producteurs et Montréal un niveau de profits raisonnable.Le livre blanc québécois sur l’énergie a fourni à cet égard quelques exemples particulièrement éloquents.Quelques grandes lignes de force d’une politique québécoise de l’énergie Dans ces conditions, et compte tenu des débats récents, on pourrait imaginer qu’une politique québécoise intégrée de l’énergie s’appuie sur les quelques grandes lignes de force suivantes: a) L’aménagement du bassin de la rivière La Grande devra se poursuivre.On arrivera au cours de 1974 à un stade que l’on appelle en aviation le “point of no return”.b) Le programme de construction, de centrales nucléaires et d une usine d’eau lourde doit se poursuivre aussi et être prolongé.Le Québec ne peut pas se permettre de rater une révolution industrielle majeure.c) Il faut élargir rapidement le cadre d’opération de SO-QUIP, et y intégrer toutes les opérations qui vont de l’exploration à la distribution; pour cela il faudra que SO-QUIP achète des compagnies existantes.d) SOQUIP doit être au Québec ce que la Société fédérale des pétroles peut être dans le reste du Canada.Comme il y a une Régie des rentes du Québec et un Canada Pension Plan, il doit y avoir une SOQUIP et une Société fédérale des pétroles.A même le produit de la taxe a l’exportation, Québec devrait alors demander au gouvernement fédéral, une dotation pour SOQUIP (même si cela impliquait une réduction des subventions sur l’essence) e) SOQUIP aurait des droits d’importation comme raffi-neur.C’est par la concurrence qu’elle livrerait aux compagnies, qu’elle agirait sur les prix aux consommateurs.f) SOQUIP doit être le seul acheteur du pétrole venant de Sarnia.Elle le raffinerait elle-même ou le distribuerait aux autres compagnies.Mais elle seule négocierait les conditions d utilisation du pipe-line.Constitutionnelle-ment, cela ne pose pas de difficultés (alors qu’un monopole d importation en poserait).g) Le projet de super-port doit être abandonné.Si des installations portuaires sont nécessaires dans le Saint-Laurent, elles ne seraient construites que pour satisfaire les besoins du Québec.* * * C’est dans ce sens que la conférence d’Ottawa a été décevante.Elle ne comprenait pas toutes les pieces d’une politique québécoise de l’énergie, et elle rend très aléatoire l’élargissement du rôle de SOQUIP et son financement comme secteur-témoin.En voulant pousser trop loin un programme de subventions temporaires, on compromet la possibilité d’opérer des changements permanents dans la structure des prix que seule une société d’Etat solide pouvait assurer.Le fédéralisme, pour une fois, pouvait être rentable.A cause des Arabes, sans doute.Temporairement, peut-être.Mais le Québec (comme le Canada), en aurait profité pour s’équiper et prendre le contrôle de nouveaux leviers d’une politique énergétique.% L’utopie ou la mort x de René Dumont 1 A l’autre extrême, certains pays subventionnent des restrictions de production, accumulent des surplus, alimentent des pays socialistes mis en échec en ce domaine.Mais voici qu’un autre tiers-monde s’installe au milieu de nous.Ainsi la Californie, en trente ans, va recouvrir de béton plus de la moitié de ses terres arabes.Une seule livraison du NEW YORK TIMES déboise six hectares de forêt canadienne.Un peu partout sur la planète, une industrialisation mal conçue provoque des érosions qui se soldent par une perte de 250,000 hectares par an.Nous ne savons plus l’économie naturelle de “l’écosystème.” 1111 H üü ¦ " Hi ly-ï: 1 : lyl.ÿïi Y;!:'!;; René Dumont, économiste-agronome, travaille depuis près de quarante ans à des projets de développement et cela sur les cinq continents.C’est l’homme d’une expérience forte, réaliste.Il sait de quoi il parle quand il plaide pour un remariage de l’homme et de la nature, pour une toute autre stratégie de développement.C’est l’homme d’un long itinéraire.Depuis dix ans, surtout, ce vieux terrien ne cesse de revenir à la charge en haussant chaque fois le ton: Nous allons à la famine (1966) L’Afrique noire est mal partie (1969), Cuba est-il socialiste?(1970) et enfin L’utopie ou la mort (1973).Son dernier ouvrage est un cri d’une force inouïe.Le choix entre l’utopie et la mort ne fait plus de doute à ses yeux.Il reproche, par exemple, au Club de Rome de n’avoir pas remis en question le modèle de base qui fonde une économie aveugle, inhumaine et catastrophique.Le gaspillage reste le moteur d’une industrie de la fausse abondance.* * Après avoir négligé les recherches sur les engrais naturels, les spécialistes connaissent le cul de sac des pollutions sans retour avec des engrais de plus en plus artificiels et corrosifs.La société d’abondance n’aura duré qu’un moment dans une petite partie privilégiée du monde.Un tel progrès a été accompagné de déchets humains scandaleux et de néo-paupérisation avant de déboucher sur le chômage, l’inflation et la pénurie de biens essentiels.qu’exigeaient les économies d’hier.La concentration urbaine croissante, chargée de fortes servitudes, amène des rendements décroissants en tous domaines.Ainsi l’autobus parisien de 1974 ne va pas plus vite que l’omnibus à traction animale du siècle dernier.Détail cocasse mais combien révélateur! Seule une société comme celle de la Chine actuelle avec son économie d’auto suffisance pourrait tenir le coup.Que faire?Une révolution mondiale pour contrer la recolonisation que tente d’opérer le club des riches dans une suprême tentative au moment où ses intérêts immédiats semblent gravement compromis?Un gouvernement planétaire?ip Pendant ce temps, le développement du sous-développement s’accroît.Genève (1964), New Delhi (1968) et Santiago (1972) en témoignent.La révolution verte n’a pas tenu ses promesses, comme vient de nous l’annoncer la FAO.Comment le Tiers-Monde peut-il enfin décoller avec ce boulet de 80 milliards de dettes?Les Arabes montreront-ils le chemin qui mène à un front commun des exploités?On se souvient qu’entre 1955 et 1970 la part des pays les moins développés dans les exportations mondiales de produits agricoles est tombée de 46% à 34%.Voilà un test de vérité pour des économies encore majoritairement agraires.Les réformes ont servi les intérêts des grandes exploitations.Des millions de travailleurs agricoles ont perdu ce qui leur restait.Pires encore les folies humaines qui détruisent, comme au Vietnam, la faune, la flore et les hommes (5 millions de civils et 1 million de militaires.) Quelques bom-¦ bardements ont suffi pour faire sauter les digues du fleuve rouge, oeuvre de mille ans.La nourriture donnée aux chiens et aux chats des Américains contient les protéines nécessaires à 60 millions d’enfants asiatiques.“La production industrielle pour chiens a représenté, par tête de chien américain en 1967, environ le revenu moyen indien.” Quand on a vu à Recife des enfants disputer aux chiens des déchets de repas, à Calcutta des victimes de la faim cueillis au tombereau à tous les matins, en Haïti des vieux qu’on laisse mourir pour diminuer les bouches à nourrir, comment ne pas comprendre la véhémence du vieil économiste en rage devant les folies actuelles d’une technologie de gadgets: du Concorde au yacht de plaisance, de l’ou-vre-boîte ultra rapide au skidoo polluant?-Avec un humour cynique, René Dumont rappelle qu’en Angleterre les droits des animaux ont été proclamés plusieurs décennies avant l’affirmation des droits de l’enfant.Ce même pays importait, en plein coeur du XXe siècle, le blé d’une Inde affamée qui n’avait pas l’argent pour acheter sa propre production.René Dumont s’attache plutôt à certaines tâches urgentes: annulation des dettes des pays pauvres, organisation mondiale des marchés de matières premières, fournitures d’équipements gratuits, croissance zéro de la population riche et de sa consommation industrielle globale, limitation puis suppression des armements, impôt international, transports collectifs contre voitures privées, chantiers collectifs de type coopératif, freinage de l’urbanisation, propriété commune des mers et de leurs richesses, plateforme progressiste commune pour le Tiers-Monde.Timidement et avec beaucoup de circonspection l’auteur suggère aux Occidentaux des remèdes inspirés du modèle chinois sans le copier servilement.Ce qu’il y a de sûr, c’est que nous ne pouvons continuer dans la foulée actuelle sans aller rapidement vers la catastrophe.Bon gré mal gré nous sommes acculés à des utopies de survie.Une révolution immédiate et sanglante serait suicidaire.Mais | le problème fondamental n’en demeure pas moins politique, aux yeux de René Dumont.Paradoxalement, les sociétés modernes ultra-complexes vont moins bien se défendre — les sociétés traditionnelles l’auraient mieux fait — devant les prochaines crises.La nouvelle pénurie aura des conséquences insoupçonnées sur ces systèmes extrêmement dépendants des sources d’énergie tirées à bon compte des pays pauvres.L’homme des sociétés technologiques n’a ni la résistance ni la polyvalence ; Celui-ci nous laisse au seuil de cette dernière constatation.Il se contente de dire: “Tous ceux qui s’accrochent aux privilèges de la société de consommation, qui refusent les réformes de structures indispensables à la justice sociale à l’échelle mondiale et à la survie, peuvent être considérés comme les assassins des plus démunis.” Quant aux jeunes, il leur souhaite de ne pas devoir dire au soir de leur vie comme Louis D’Aragon “ma vie comme un jeu terrible où j’ai perdu, que j’ai gâchée de fond en comble.”Ce serait aussi tragique que le cri des vétérans de la guerre du Vietnam dans Winter Soldier.L’utopie d’une terre nouvelle ne se passe pas du réalisme des mains.Avant de songer aux violences du sang, il faut investir d’abord dans une économie solidaire des sueurs de tous, des miennes.“Oui, je le sens, j’appartiens à la minorité privilégiée.Cet essai est donc aussi une auto-critique.” 40 ans de travail acharné pour la libération et le développement.A-t-on les mêmes scrupules?IW Iff * René DUMONT, L’utopie ou la mort, - Ed.du Seuil, 1973.** Le Club de Rome, Halte à la Croissance?Fayard, 1972.Jacques Grand'Maison ritoh lift jt(0 il te ri' (ffS( Lco roit corn/ En p cim l’ouest québécois : un nouveau labrador En 1966, la commission Dorion faisait remarquer que le Québec était plus menacé de l’intérieur que de l’extérieur.L’ennemi, en somme, ne cernait pas seulement ses frontières: il était déjà dans la place.Tel était, disait-on, le véritable problème que posait la question de l’intégrité du territoire.Depuis, le gouvernement d’Ottawa a étendu son emprise sur de grands pans de territoire: Sainte-Scholastique, Fo-rillon, parc de la Mauricie, Hull, voila autant de têtes de pont nouvelles ajoutées aux propriétés portuaires, aeroportuaires, réserves, etc.Le cas de Hull est le plus troublant.Déjà dans les faits, faute de liaisons adéquates, out l’Ouest québécois (l A-bitibi, le Témiscamingue, la Gatineau, l’Outaouais jusqu’aux portes de Deux-Montagnes) dépendait davantage de l’Ontario que du Québec.Les relations commerciales, les échanges touristiques et les mass media en particulier demeuraient branchés sur Ottawa.Le mémoire qui suit (que nous a fait parvenir la Société Nationale des Québécois de l’Outaouais) illustre admirablement bien les nouveaux reculs subits depuis la parution du rapport Dorion.En peu d’années, grâce (?) à des politiciens de l’acabit d’un Oswald Parent, le Québec se livre pieds et poings liés à l’administration fédérale.Cela reflète le fédéralisme rampant du gouvernement Bourassa.Hélas! N.D.L.R.Novembre 1973 Monsieur Robert Bourassa, Premier Ministre du Québec, Hôtel du Gouvernement, Québec, Québec.Monsieur le Premier Ministre, Le présent mémoire sur Hull et T Ouest-Québécois en rapport avec la capitale fédérale et la Commission de la Capitale fédérale (CCN) a été préparé à votre intention, à l’intention de l’Assemblée nationale, de tous ceux qui se préoccupent de l’avenir du Québec.Ce texte sera déposé à titre d’information au bureau de M.Douglas Fullerton, responsable d’une étude sur le rôle de la Commission de la capitale fédérale (CCN) dans notre région.Eugène Lavoie, 166, rue Sherbrooke, Hull, Québec.* * * L'esprit et le style d'un pouvoir Les pouvoirs de la Commission de la Capitale fédérale dans l’Ouest Québécois, sa mainmise sur de vastes territoires, la discordance de ses orientations et initiatives par rapport aux pouvoirs, responsabilités et besoins québécois, les conséquences culturellement assimilatrices de son action ont atteint une telle ampleur qu’a moins de prises de position et d’action énergiques et adéquates de la part du Gouvernement du Québec, l’Ouest Québécois aura bientôt irrémédiablement perdu sa vocation et son âme québécoises.Le gouvernement fédéral, par l’inter* 1 médiaire dé cette Commission, s’est déjà approprié 150 milles carrés de territoire dans la région de Hull, dont 30% de la superficie de la ville.Quarante lacs, un réseau de routes et d’immenses boisés de grande valeur échappent ainsi au pouvoir québé-icois.* La Commission de la Capitale nationale, en vertu de sa loi constitutive, a un champ d’action qui englobe 800 milles carrés (480,000 acres) de territoire québécois.Lorsque le gouvernement fédéral a révélé en 1971 un programme d’implantation d’éditices fédéraux à Hull, certains éléments de la population, associations et individus, conscients de l’insouciance sociale et de la nature puissamment assimilatrice de la fonction publique fédérale (1) ont fait des mises en garde et demandé des garanties.Un ministre fédéral a fait savoir qu’aucune garantie n’était possible quant à la langue de travail dans les futurs édifices fédéraux à Hull, et que les Hullois allaient devoir défendre leur langue avec acharnement.Or on sait que la santé de la langue française * Ce contrôle d’espace vital est à ce point abusif, que pour assurer à la population de Hull et de la région 225 acres de la C.C.N.nécessaires à l’expansion de la Cité étudiante et à la relocalisation du C.E.G.E.P., le Gouvernement du Québec se voit présentement pressé par la C.C.N.de lui céder juridiction sur 12,500 acres de forêts et de lacs de la région de Masham dont 3,000 acres à peu près constituant le gros de la réserve cantonnale.1.A Ottawa, 95% des fonctionnaires francophones utilisent l’anglais comme langue de travail.Le gouvernement accorde peu d’importance au développement des unités de langue-française recommandées par la Commission Laurendeau-Dunton.Le taux d’assimilation des francophones à Ottawa d’après les données du dernier recensement est de l’ordre de 30%.—j l’ouest québécois dans l’Ouest Québécois était déjà inquiétante avant même le projet d’implantation d’édifices fédéraux.(2) Premiers d’une série, deux édifices à bureaux du gouvernement fédéral, viennent de s’ouvrir au coeur de Hull, l’édifice Fontaine, rue Laurier, et la tour # 1, de Place du Portage.Deux ministères nouveaux y prennent place: la Consommation et les Corporations, et l’Environnement; depuis septembre 1973, six mille fonctionnaires, unilingues anglais à 98%, y accèdent quotidiennement par le nouveau pont du Portage en provenance d’Ottawa.Ils seront bientôt 8,000.L’objectif des prochaines années est de 18,000.Une autre tour se construit présentement.D’autres suivront.Dans le coeur de cette ville à 88% francophone, la langue française perd du terrain à vue d’oeil.Dans certains restaurants, l’accueil se fait dorénavant en anglais.Dans les boutiques de rez-de-chaussée de Place-du-Portage, le français est devenu langue étrangère.(3) A l’endroit du Québec et des Québécois, il s’agit d’un attentant sociologique et culturel d’une gravité sans précédent.Responsabilité québécoise La thèse selon laquelle le bien-être économique justifie des risques de 2.Les élèves francophones de la Commis- sion scolaire régionale de l’Outaouais, d’après les résultats de la dernière année, sont les plus forts en anglais et les plus faibles en français de toute la province.3.Cf.les reportages du journal Le Droit, 8 décembre 1973 et 7 février 1973.tous ordres, y compris la dégradation de l’identité culturelle d’une population, défie le sens commun.Dans le cas du programme des édifices fédéraux, on ne s’est pas donné la peine de réfléchir sur l’importance de l’impact culturel et sociologique de l’intervention massive et inconditionnelle de fonctionnaires unilingues anglophones dans une population déjà en perte de vigueur culturelle.Imaginons la réaction d’une ville de l’Ontario ou de la Colombie britannique de même importance que Hull à qui on voudrait imposer sans conditions, en nombre croissant de 6,000 à 18,000, la présence quotidienne d’une population francophone unilingue traditionnellement réfractaire à la langue anglaise.Le toit lèverait sur la ville.Le sapin ne passerait pas.Et nous alors?Dans le respect du Québec et de l’identité culturelle de la population de Hull, le Gouvernement du Québec se doit: a) d’exiger dans l’immédiat la suspension du programme d’édifices fédéraux.b) de mettre à l’oeuvre une équipe de spécialistes, sociologues, linguistes, démographes, économistes, responsables d’études d’impact socio-culturel et de recommandations relatives au projet fédéral en rapport avec les besoins de la population ouest-québécoise.c) d’insister auprès du fédéral sur le remplacement des fonctionnaires unilingues anglophones occupant les édifices actuels par des francophones (unités de langue française et services requérant de tout son personnel la capacité de travailler et de communiquer dans les deux langues).d) d’établir avec le fédéral une convention, en rapport avec l’usage par le fédéral de territoire ouest-québécois, propre à assurer le respect de l’identité socio-culturelle de la population.En rapport avec le potentiel touristique de la région, Hull a un immense avantage économique à faire valoir à plein, intelligemment, avec goût, et à accentuer son caractère français et québécois.e) d’assurer que dorénavant tout programme d’utilisation ou de construction d’édifices à des fins fédérales dans 1 Ouest Québécois s’ajuste au rythme de création et d’installation des unités et services fédéraux de langue française.f) de créer une loi établissant pour l’Ouest Québécois le français comme langue prioritaire et obligatoire de l’affichage, et prévoyant des subsides pour remplacer les affiches non conformes.Alors même que le Québec prétend affirmer son “autonomie culturelle” et faire du français la langue de travail, le gouvernement fédéral fait de Hull une ville culturellement assiégée, et met au défi le Québec tout entier.La situation est d’autant plus grave que l’intervention fédérale tend de mille et une façons à détourner Hull de sa vocation de métropole économique, administrative et culturelle de l’Ouest Québécois.Le réseau routier, les ponts et les parcs, les incroyables réserves de terrains sont visiblement et expressément agencés dans une perspective d’intégration à la capitale fédérale.Crédibilité constitutionnelle La Commission de la Capitale fédérale s’adresse volontiers à la population de Hull à la manière d’un duc en son duché.Présentement à l’occasion de l’étude Fullerton sur le rôle, la dimension et les structures de la “C.C.N.”, M.Fullerton invite les Hullois directement à lui présenter des mémoires sur leur conception de la participation de Hull et de la région à un ensemble fédéral.Comme si en des matières qui impliquent des éléments majeurs de la juridiction québécoise et qui intéressent le Québec en son entier (le territoire, son aménagement, la culture et la langue, la responsabilité municipale) il n’était pas du devoir de la C.C.N.de s’adresser au gouvernement légitime de la population en cause plutôt qu’à cette population.Ce genre de court-circuit ne peut que porter atteinte à la crédibilité de l’ordre constitutionnel.La fréquence des délits de ce genre provient à n’en pas douter de la nature même de la C.C.N., organisme constitutivement anarchique par rapport à l’ordre constitutionnel, privé de véritables assises et de responsabilités démocratiques, au service d’une politique surannée de prestige où l’ampleur et le charme du domaine l’emportent sur le respect de la population, de ses institutions, de ses valeurs, de ses besoins.La C.C.N.suscite des colloques entre étudiants des deux rives sur l’intérêt d’une capitale bilingue et biculturelle, et elle y délègue son directeur de publicité.De plus en plus, à titre d essai et par divers porte-parole, elle propose la formule du district fédéral.Par la bouche de son président, eüe se plaint de la nécessité et de l’embêtement d’avoir à traiter avec de nombreuses municipalités et divers ordres de gouvernement.Les exigences du processus démocratique répugnent à la C.C.N.La volonté québécoise existe-t-elle?Tandis que la thèse fédérale s’exprime et gagne des adeptes, nulle personne en autorité, nul corps public n’exprime au bénéfice de la population, les droits, les intérêts et les objectifs du Québec.En regard de la précision de la perspective et des objectifs de la C.C.N., de l’omniprésence de ses initiatives, de son action publicitaire et idéologique soignée et persévérante, le Québec fait figure d’administration confuse: incapable de planification globale, d’analyse de potentiel, de définition de vocations et d’objectifs, de politiques précises et déterminantes dans le respect des valeurs et des responsabilités québécoises.L’approche est pragmatique, morcelée, sans vision et sans promesses.L’érosion de la fidélité québécoise est manifeste.Dès 1969, la Commission Dorion, à la lumière d’une solide étude sur la région, soulignait la gravité de l’envahissement fédéral.Si par insouciance le Québec devait abandonner Hull au sort qui le menace, c’en serait tait de la vocation québécoise de toute la région, l’une des plus belles de l’Ouest Québécois.Car une région sans métropole est un territoire sans âme ni défense.Le territoire du Québec appartient a tous les Québécois, il constitue pour eux une valeur fondamentale et inaliénable.Or l’intégrité de ce territoire et la culture de ses habitants sont gravement menacés ici.A moins d’une intervention ferme et systématique de la part du gouvernement du Québec, appuyée par la population, l’Ouest Québécois atteindra bientôt un point de non retour; 1 ap- partenance au Québec y ayant perdu toute résonance, les loyautés de ses habitants s’orienteront vers d’autres pôles d’attraction.Ainsi se perd un pays.Votre gouvernement et les Québécois ont-ils la volonté de garder l’Ouest Québécois?Le temps presse Si oui, le Québec a le devoir de remettre en question l’appareil de la C.C.N., ses pouvoirs anarchiques, sa loi constitutive.Instrument d’un gouvernement extérieur au Québec, la Commission ne rend de comptes à aucun palier de gouvernement québécois.Et pourtant son action s’exerce au Québec dans un domaine de compétence provinciale: l’aménagement du territoire.D’où son peu de respect pour les populations et pour les exigences d’un fédéralisme véritable: elle agit en fonction de données et de perspectives qui n’ont souvent rien à voir avec les besoins et les priorités de la population québécoise directement concernée.La population d’ici est, en ce qui touche les aménagement et les politiques de la C.C.N., une population sans voix, sans pouvoirs et sans importance.C’est une situation d’indignité.Je vous prie instamment de venir dire à l’Ouest Québécois quelles mesures le Gouvernement du Québec entend prendre pour assurer ici le respect de notre territoire, de notre population et de notre culture.Le temps presse.Eugène Lavoie, courtier et évaluateur agréé. mm WJQ ?ao Le missionnaire l’apostat le sorcier Il faut d’autant plus souligner l’exemple que donnent les Presses de l’Université de Montréal avec la Bibliothèque des Lettres québécoises.On regrettera seulement que cette Bibliothèque se constitue si lentement, faute de moyens sans doute.Par leur présentation magnifique, leur appareil érudit, les deux ouvrages parus — les Oeuvres de Saint-Denys Garneau et cette Relation de Lejeune — sont des modèles pour cette vaste entreprise que nous souhaitions et qu’il est peut-être encore possible d’entreprendre.Les Relations, on le sait, constituent un des documents essentiels sur nos origines et l’une des sources capitales pour l’ethnographie.Plus encore, elles fondent une sorte de tradition, en ce sens que la vue des choses qu’elles projettent sur la Nouvelle-France a fortement inspiré notre historiographie.Je me souviens de certaines pages acerbes de Benjamin Suite qui s’insurgeait contre la mythologisation de notre passé par la prépondérance de l’in- terprétation jésuitique.11 marquait justement une évidence: d’une prodigieuse richesse d’information, les Relations n’en étaient pas moins oeuvre de propagande missionnaire: leurs auteurs ne l’ont d'ailleurs pas caché.Relations de 1634 de Paul Lejeune.Le missionnaire, l'apostat, le sorcier.Edition critique par Guy Laflèche, Les Presses de l’Université de Montréal, 1973.On ne nous en donne ici qu'un extrait.Ce qu’il ne faut pas confondre avec des “morceaux choisis”: car la portion retenue a été découpée non pas comme un échantillon mais comme un emplacement d’où on peut percevoir la signification de l’ensemble.Pour tout dire, on nous propose de sortir de l’uniformité plate que présente à prime abord la collection des Relations pour accéder à une certaine façon de la lire.L’intention première de propagande se trouve retournée: nous sommes placés devant un drame.L’interrogation qu’ont portée beaucoup de Québécois, ces dernières années, sur l’identité et le devenir du pays ont provoqué, entre autres manifestations, un engouement pour la littérature québécoise du passé.On nous a donné de nombreuses rééditions, les unes bien faites, les autres hâtives.Dans ce cas comme dans d’autres, certains marchands livrent littéralement au pillage un patrimoine plus riche qu’avaient bien voulu nous le dire les manuels; on sature ainsi un marché qui ne pourra plus s’offrir ensuite pour des travaux sérieux.Ici encore, on peut reprocher au Ministère des Affaires culturelles, à nos universités et sans doute à d’autres institutions de ne pas avoir pris l’initiative d’une vaste entreprise concertée de réédition, à l’exemple de ce qu’ont réalisé depuis longtemps bien d'autres peuples.Pour l’essentiel, Lejeune nous raconte un hivernement chez les Montagnais.“Mission volante” dont l’objectif premier était d’apprendre la langue indigène.Voici donc le missionnaire confronté à des paradoxes.Pour convertir les sauvages ambulants, il faudrait “les arrêter”, observe-t-ii; mais lui-mème devient nomade.Et puis, la langue ne se réduit pas à des mots ou à une grammaire: elle renvoie à un statut, un usage, une finalité de la parole.Nous assistons à des joutes passionnantes et à des affrontements plus subtils où les personnages principaux sont des cultures.M.Laflèche le dit pertinemment dans son introduction: Lejeune “a peut-être appris imparfaitement la langue des Montagnais, mais il en connaît bien le langage: toute la partie descriptive de la Relation lui est consacrée.Mais tout cela s’est fait en vain.Le missionnaire se retrouve avec un plaisir d’ethnologue sans plus.Lejeune s’est bien démené comme un diable dans l’eau bénite, il y a bien eu plusieurs combats avec le sorcier et quelques mêlées générales, il réussit peut-être même à semer quelquefois le doute et l’angoisse, il reste qu'il n’est pas parvenu à ébranler sérieusement le langage qu’il apprenait.En niant la valeur opératoire de ce qu’il apprenait, il pouvait tout apprendre et il a tout appris — la description est là pour le montrer, — sauf la puissance et en particulier celle de changer un seul iota à ce qu’il apprenait — et cela, la description est là pour le cacher”, (p.XXXVI).Ce passage suffira à indiquer la portée de l’interrogation que M.Laflèche projette non pas seulement sur le texte de Lejeune mais sur les Relations tout entières.Le travail de l’éditeur est digne de la collection: l’introduction et l’appareil critique méritent de grands éloges.On regrettera seulement que la science se fasse, par places, un peu pédante.Fernand Dumont tu mis, m survie, 'oiiidlt ^ mai) Ptojettp uuciens ieurcoei 22 t Un Québec qui bougeait JEAN-PIERRE WALLOT, Un Québec qui bougeait, Editions du Boréal Express, 1973,345 p.Collection d’études publiées en diverses circonstances, l’ouvrage de J.P.Wallot n’est pas pour cela dépourvu d’unité.Concentré sur la vie québécoise au début du XEKè siècle, il décrit la recherche d’identité d’une “nation canadienne” (au-.jourd’hui, on dirait “québécoise”), consciente d’être différente de la nation conquérante anglo-saxonne et désireuse de bâtir un pays qui lui appartienne.“La bourgeoisie besogneuse” du temps et beaucoup “d’habitants” qui lui accordaient leur appui avaient compris la réalité des deux nations obligées à vivre ou à coexister sur le même territoire: réalité que la haute bourgeoisie de nos jours, monsieur Trudeau en tête, tente de nier avec véhémence.Pour eux, c’était l’évidence quotidienne, confirmée par mille et un faits et d’incessants affrontements.Cette collectivité québécoise qui lutte pour sa survie, l’auteur la décrit comme indépendante d’esprit, récalcitrante, en conflit aussi bien avec l’évêque que le seigneur.Les ancêtres des patriotes de 1837 étaient frondeurs.Contrairement à ce qu’on écrit sur leur peu d’aptitude à vivre en démocratie, ils avaient compris, peut-être mieux que les dominateurs anglo-saxons, les avantages d’un régime parlementaire.Ils ne voulaient pas d’une démocratie d’apparat, qui laisse à quelques nantis le contrôle du pouvoir.Le gouvernement des autres, par les autres et pour les autres, qui caractérise de nos jours le régime Bourassa, ne les intéressait aucunement.Cette fameuse démocratie, dont on leur avait vanté les mérites, ils avaient décidé de la rapatrier.Voilà pourquoi leurs comportements inquiétaient le gouvernement Craig, et presqu’autant les “gens à places,” les seigneurs et l’évêque de Québec, Mgr Plessis, qui considérait la démocratie comme un fléau de l’époque.La période que nous présente J.P.Wallot apparaît pétillante de vie, pleine de conflits, imprégnée d’une ferme volonté de survie.Survie dont on retrouve aujourd’hui l’image chez ceux qui ont repris en main le projet d’un Québec libre, ce projet que, sans le formuler clairement, les anciens de cette époque portaient dans leur coeur.Un mérite de l’ouvrage bien documenté de J.P.Wallot est de nous montrer que les projets d’aujourd’hui s’enracinent dans un lointain passé.Louis O'Neill La convivialité IVAN ILLICH, La convivialité, Seuil, 1973,150 p.De tous les textes d’Illich, la convivialité m’apparaît à la fois comme le plus dramatique et le plus fertile en espérance.Le penseur solitaire de ce très beau village de Cuernavaca nous livre, dans un essai très torturé, ses réflexions abruptes sur le gouvernement humain.Et sa pensée gravite autour d’une notion centrale, celle du monopole radical.Le monopole, explique-t-il, se définit comme un contrôle trop exclusif d’un certain secteur de l’économie, v.g.G.Motors exerce un certain monopole dans le domaine de l’automobile.Le monopole radical, c’est encore plus: c’est la prise en charge totale, par une agence publique ou par une entreprise quelconque, de tout un secteur de l’activité humaine.L’enterrement des morts, parce qu’il ne se fait plus que par des thanatologues, et n’est désormais plus confié aux gens, constitue un exemple de monopole radical.La médecine, devenant trop — et artificiellement — complexe constitue un monopole radical: les gens ont désappris le soin de leur santé.Le monopole radical, poursuit Illich, sabote le potentiel créateur des êtres humains.Le citoyen n’invente plus, mais tolère qu’on fasse à sa place, qu’on décide pour lui.Il faut renverser la vapeur et renvoyer l’homme à ses vraies ressources: il faut redonner à l’homme les moyens qui lui appartiennent.A Los Angeles, regrette Illich, on n’a même plus la possibilité de marcher à pied: voilà un autre monopole radical.Dans Société sans écoles, Illich dénonçait l’absence de solution alterne à la formule traditionnelle d’acquisition des connaissances et ce, dans une société où il est techniquement peu probable qu’on parvienne à une scolarisation significative des masses populaires.Cette fois, Illich va plus loin et dénonce, dans divers champs, le peu de confiance que l’on accorde à la créativité du sujet.Illich rêve d’une société où chacun se prendrait en main, s’assumerait, se soucierait de soi (self-care).Une telle société préconiserait la “convivialité”.On aurait pu souhaiter une critique plus nuancée, une texture plus homogène: le livre aurait beaucoup moins choqué; mais ceux qui s’attaquent aux mentalités, ceux qui affrontent le préjugé n’ont guère, de choix: ou la critique est radicale, ou elle est vite désamorcée.On peut dilficilement repousser du revers de la main un cri aussi violent que cet n secours lancé par le prophète de Cuernavaca.Il serait désolant qu’un tel livre n’existe pas.collection de théologie héritage et projet ] —La seconde évangélisation par Jacques Grand'Maison Tome 1 : Les témoins.$4.00 2— Tome 2: Volume 1 : Outils majeurs.$6.00 Volume 2: Outils d'appoint.$6.00 3— Les catholiques face à l'athéisme contemporain Etude historique et perspectives théologiques sur l'attitude des catholiques en France de 1945 à 1965, par André Charron.$12.00 4— Condition chrétienne et service de l'homme Essai d'anthropologie chrétienne par Rémi Parent.$5.00 5— L'homme d'espérance Recueil d'articles (1960-1972) de Vincent Harvey réunis par l'équipe de la revue Maintenant.$5.00 6— Le divorce — l'Eglise catholique ne devrait-elle pas modifier son attitude séculaire à l'égard de l'indissolubilité du mariage?par la Société canadienne de théologie $6.00 7— L'incroyance au Québec — Approches phénoménologique, théologique et pastorale.(En collaboration).$7.00 8— Acculturer l'Evangile — Mission prophétique de l'Eglise.par Fran çois Faucher.$4.00 En vente partout et chez Fides Jean-Yves Roy 245 est boul.Dorchester, Montréal 129 Tél : 861-9621 23 I ce bloc enfariné eHidcme ne me dit rien qui vaille I I V / par Camille Laurin Pour se faire pardonner une victoire électorale disporportionnée qui constitue une entorse à la démocratie et un danger pour la paix sociaL, Robert Bourassa a déclaré, le soir même de l’élection, qu’il n’abuserait pas de sa majorité et qu’il se mettrait à l’écoute du pays par tous les moyens, parlementaires et non-parlementaires, dont le peuple pouvait disposer.C’était là, comme d’habitude, rouerie, astuce, propagande, car il n’en a rien été et il n’en sera rien.Dès le début de la session, la masse libérale s’est abattue sur la minime opposition péquis-te, lui chicanant avec hargne et mesquinerie les droits que l’on reconnaissait de tout temps à l’Opposition officielle.Le comportement du premier ministre et de ses ministres à l’Assemblée n’a lui aussi pas changé: on ignore les vrais problèmes et on laisse à Ottawa l’initiative dans tous les domaines, on lance des pavés de l’ours à la tête de l’opposition, on ne répond pas aux questions, on souffle des bilans lé- gislatifs et économiques qui n’ont de réalité que celle de la baudruche.Non, vraiment, ce bloc enfariné ne nous dit rien qui vaille.C’est ce que redoutait le plus le Parti Québécois lors de la dernière campagne électorale.Il avait pourtant averti les Québécois qu’un vote pour le Parti Libéral constituait un vote pour la stagnation, la régression et la démission.En ce sens, la victoire du Parti Libéral ne ferait que retarder une in- 24 dépendance qui signifie libération, conquête de notre identité nationale et mise en chantier d’une société humaniste et égalitaire.Mais elle perpétuerait également le pourrissement de problèmes qui pouvaient, même à l’intérieur du régime politique actuel, trouver du moins un commencement de solution.De malheureux résultats Le problème économique est de ceux-là et ce n’est pas le ministre de l’Industrie et du Commerce, même s’il vient de proclamer que le Québec a connu sa meilleure année économique en 1973, qui nous convaincra du contraire.Car c’est là un exemple parfait de camouflage.Derrière les indicateurs classiques, tous à la hausse, dont il fait état et qui témoignent d’une relance artificielle et précaire de notre économie, se profilent, en effet, d’amères réalités qu’il préfère ne pas mentionner: augmentation effrénée du coût des aliments, du vêtement, du transport et des autres biens et services de consommation courante, inflation gaiopante qui gonfle pour le moment le trésor québécois et permet de ne pas augmenter les impôts, stagnation des années précédentes dans le secteur des investissements et immobilisations que la reprise de cette année ne corrige encore que faiblement, augmentation de la productivité qui a valu des profits considérables à l’entreprise mais des gains plus que modestes aux salariés à revenu faible ou moyen,maintien d’un écart marqué entre la croissance du Québec et celle du Canada et surtout de l’Ontario, augmentation des disparités régionales, structures économiques dont l’aspect vieillot, sclérosé et incohérent est à peine corrigé par l’action timide et parcellaire du gouvernement depuis 1970, nombre incroyable de chômeurs dont la plupart sont des jeunes, sans compter les bénéficiaires de cours de recyclage et les assistés sociaux qui sont plus nombreux au Québec qu’ailleurs au Canada.Nous devons ces malheureux résultats à un gouvernement qui manque déplorablement d’idées, de souffle et de courage, qui déploie les seuls talents qu’il a pour masquer son ineptie et qui de fait a laissé à d’autres pouvoirs la responsabilité du développement du pays.On multiplie les études régionales mais on les laisse ramasser de la poussière sur les tablettes.On élabore péniblement une stratégie industrielle mais c’est celle d’Ottawa que l’on applique.Les livres blancs, verts et jaunes font gloser fonctionnaires et journalistes mais ne se concrétisent jamais.On nous promet urbi et orbi des réformes majeures mais les crédits des divers ministères suffisent à peine à l’administration des programmes courants.On prétend aider les municipalités, après les avoir accablées de charges nouvelles, mais les subventions qu’on leur consent ne suffisent même pas à les tirer de leur pétrin.On laisse vivre les entreprises du secteur public, Soquem, Soquip, Rex-for, Sidbec, SGF, mais on se refuse à en faire l’instrument majeur d’un développement planifié et intégré.A la merci du géant américain A la vérité, ce gouvernement de façade et de pacotille ne veut rien faire de plus.Ayant renoncé à l’exercice effectif et efficace de ses responsabilités, il croit et espère qu’elles seront assumées par d’autres.Par le géant américain d’abord qui semblait récemment, jusqu’à la crise du pétrole et le scandale du Watergate, avoir secoué sa léthargie.Il devenait alors habile et facile de se laisser porter ou traîner par lui.Si la table américaine se garnit, il en tombera bien quelques miettes pour le Québec.La relance économique et les emplois viendront alors tout seuls, même s’il convient alors, en bonne stratégie libérale, de s’en attribuer tout le mérite.Ce qu’on cachera, cependant, au Québécois, c’est qu’ils seront les victimes obligées de toute récession américaine, si minime soit-elle, à moins qu’Ottawa vienne nous défendre, ce qui ne fait que changer le mal de place.Ce qu’on leur cachera aussi, c’est que les intérêts américains, particulièrement ceux des compagnies multinationales, ne sont pas nécessairement les nôtres, comme le démontrent les rapports Watkins et Gray, les études de Kierans et Levitt et surtout la politique des cartels minier, forestier et pétrolier.Toutes ces entreprises pourront certes créer de nouveaux emplois, mais à quel prix! Subventions et avantages fiscaux de toutes sortes qui coûtent très cher au trésor public, profits exorbitants qui retournent trop souvent en totalité ou presque à la compagnie-mère, mise en coupe réglée du territoire où l’on se comporte en maître absolu, dilapidation de nos richesses naturelles non renouvelables, sujétion totale au siège social étranger de succursales qui doivent se cantonner dans le secteur primaire, importer technologie et personnel de gérance, acheter et vendre conformément aux ordres qu’elles reçoivent.En somme, colonisation intégrale, négation de toute planification et stratégie industrielle sérieuse, aliénation économique, sociale et culturelle en pleine terre d’abondance.Pour être mieux habillés et nourris, les Québécois n’en restent pas moins des scieurs de bois, des porteurs d’eau et pour beaucoup d’entre eux, heureux de l’être par surcroît.On comprend la firme Fantus qui déplore que le mouvement nationaliste et syndicaliste tente de les arracher tous à une hypnose aussi rentable pour ceux qui l’entretiennent.La chasse aux investisseurs La deuxième recette du gouvernement.c’est la chasse aux investisseurs.On pratique en ce domaine un racolage de tous les instants.Si la pèche est bonne, ce sont les étrangers qui développeront le Québec.Il ne sera plus nécessaire alors de se fatiguer, d’inventer, de créer à même notre propre fonds, selon notre génie et nos besoins.Ce que l’on cachera encore aux Québécois, c’est que ces investisseurs font parfois la vie dure à nos entreprises autochtones quand ils ne les détruisent pas, qu’on leur consent des subventions et des avantages fiscaux inutiles ou ruineux, qu’ils prennent la place d’investisseurs locaux dont il aurait fallu stimuler l’initiative et le goût du risque par une assistance technique et financière appropriée, dans le cadre d’un plan où ils apprennent à trouver leur juste place.25 ce bloc enfariné La bouée de Tentreprise privée La troisième bouée de sauvetage à laquelle s’accroche ce gouvernement, c’est la grande et sacro-sainte entreprise privée.On la cajole, on la courtise, on la consulte, on lui accorde des adoucissements fiscaux tels que exemptions de taxe sur la machinerie et amortissements accélérés.On évite soigneusement de la froisser et de lui nuire en quoi que ce soit avec l’espoir que d’elle-mème elle se mette à investir et produire davantage dans des secteurs toujours plus nombreux et difersifiés, permettant ainsi au gouvernement de continuer sa sieste.Ce qu’on omettra cependant de dire aux Québécois, c’est que la grande entreprise d’ici ne s’illustre guere par son dynamisme, qu’elle est plus axée sur le profit que sur le développement, qu’elle tarde beaucoup trop à se moderniser et à prospecter de nouveaux marchés, et qu’elle se défend mai contre une concurrence ontarienne, .américaine ou mondiale toujours plus acharnée.On passera aussi pudiquement sous silence qu’elle freine le développement social, perpétue l’hégémonie anglophone sur notre vie économique et politique, bloque l'accès des francophones aux postes de commande, résiste a la promotion du français au niveau de l’école et du travail, s’annexe les immigrants et s’oppose par tous les moyens à l’émergence d’une identité et d’une société proprement québécoises.Sous le contrôle du pouvoir fédéral Mais c’est le pouvoir fédéral qui constitue l’ultime recours et rempart de ce gouvernement.Par les pouvoirs qu’il possède ou s’arroge, par son budget propre et par le contrôle important qu’il exerce sur le budget du Québec, Ottawa se charge de notre développement dans des domaines toujours plus nombreux et importants alors que pour sa part le Québec s’enfonce de plus en plus dans sa condition d’entretenu et d’assisté social politique.Les paiements de péréquation augmentent chaque année, ce qui traduit la faiblesse croissante de notre économie par rapport à celle de l’Ontario et de l’Ouest.C’est Ottawa qui légifère en matière de pensions de vieillesse, d’allocations familiales, d’assurance-chômage, d’assurance-hospitalisation, d’assurance-maladie, etc.et qui en assume le coût, à 100%, 75% ou 50%.Par ses programmes, normes et subventions, Ôttawa contrôle à toutes fins pratiques les domaines de l’habitation, des affaires urbaines, du développement agricole, de la recherche scientifique, de l’édition, du cinéma, de la radio, de la télévision, de l’action communautaire, du conditionnement physique, des sports, etc.Il se lance maintenant dans la constitution de banques de terrain à proximité de nos grandes villes et se prépare à affirmer sa présence dans le secteur, crucial pour l’avenir, des transports en commun.Notre premier ministre vante alors la rentabilité du fédéralisme mais il omettra de dire aux Québécois que le Québec a reçu et reçoit malgré tout moins de services du fédéral qu’il ne lui paie d’impôts.Ce qu’il cachera surtout soigneusement à la population, ce sont les conséquences désastreuses de sa démission et de son inertie: duplication coûteuse de services, inadaptation à nos besoins spécifiques des politiques fédérales quand ce n’est pas leur caractère nocif (v.g.ligne Borden, inflation, aéroport international, grains de provende, districts bilingues), accentuation de notre dépendance et de notre sous-développe-ment dans les secteurs les plus névralgiques, perte graduelle de notre identité, de notre dynamisme et de notre créativité.Pour mieux berner un peuple qu’il dit n’être intéressé qu’au pain et au beurre le gouvernement fait mine de réclamer un nouveau partage des pouvoirs et des ressources, souffle le ballon de la souveraineté culturelle, exige qu’on le consulte sur l’élaboration et la mise en oeuvre des politiques fédérales.Mais ce n’est là que du battage publicitaire.Le coeur n’y est pas.La lutte est molle, superficielle et sporadique.Dans le concret, ces valets pseudoréalistes acceptent le fédéralisme unificateur actuel, dût l’avenir du Québec s’en trouver irrémédiablement compromis.C’est là de fait l’imposture suprême de ce gouvernement.il a fait croire à la population qu’il se battait pour un ordre nouveau alors qu’il s’est acharné, en réalité, à défendre un ordre établi et périmé, que ce soit celui du pouvoir fédéral, de la haute finance, de la grande entreprise, du libéralisme économique, de l’impérialisme anglophone, de la corruption de nos moeurs politiques et électorales.Une imposture de plus en plus savante Il existe d’ailleurs un lien logique et nécessaire entre les divers éléments de ce système, qui aboutit aux complicités, épaulements réciproques et collusions qui se sont manifestés lors de la dernière campagne électorale.Sans le vouloir et le savoir toujours, les partisans de ce système ne peuvent qu’unir leurs forces et mener une action commune, comme s’ils sentaient confusément qu’ils ne peuvent régler ou sombrer qu’ensemble.Au fur et à mesure, cependant, qu’ils se sentent acculés au pied du mur, l’imposture doit devenir plus savante.Il faut cacher l’ivresse que procure le pouvoir sous des dehors nobles, généreux ou insignifiants.Il faut pervertir le sens des mots pour les utiliser à ses fins propres.Il faut mener des opérations de diversion sur tous les Aliboron et autres boucs émissaires qui s’offrent à la vindicte publique.Mais la vérité finit par reprendre ses droits.Sous les masques qui tombent, le tissu de ces différents pouvoirs apparaît comme lézardé et sclérosé.Les performances sont pauvres et inefficaces.L’événement se répète d’une façon morne et lassante sans pouvoir instituer une histoire.Vienne donc le jour où les forces vives qui bouillonnent sous cette croûte la feront bientôt craquer.Il sera alors possible pour l’organisme qu’elle comprimait de prendre son expansion et de manifester son dynamisme.Avec beaucoup de retard, nous pourrons enfin résoudre les problèmes laissés en plan en même temps que réaliser le projet collectif déjà conçu.0 26 pour un temps de reconstruction / K par Jean-Paul Audet professeur à l'Université de Montréal Une chose nous paraît d’abord suffisamment évidente: considérée dans sa visée globale et dernière, la théologie chrétienne est au service de la promotion de l’espérance de l’évangile.A son tour, il va sans dire, cette espérance constitue l’héritage distinctif de la communauté chrétienne.Pris dans sa totalité, le labeur théologique se présente donc, dès le départ, comme l’un des nombreux services grâce auxquels la communauté chrétienne pourvoit aux nécessités de sa vie propre, à mesure que les besoins eux-mêmes se révèlent au milieu des situations changeantes créées par l’histoire.Au service de Tespérance de Tévangile Cette première approche définit la théologie par ce que nous croyons être sa destination permanente.Elle met en avant trois choses.D’abord, ce que nous avons appelé la promotion de l’espérance de l’évangile: par où nous entendons souligner que la théologie s’apparente, de façon très étroite, d’un côté, au projet évangélique de Jésus lui- même, et, de l’autre, à l’action apostolique de ses disciples immédiats.En second lieu, notre définition met en avant la communauté chrétienne: par où nous voulons marquer une continuité profonde entre l’intention théologique, d’une part, et l’intention évangélique d’un rassemblement “dans l’unité des enfants de Dieu disper-sés”(Jn, 11:52) à travers le monde, d’autre part.Enfin, notre définition souligne que la théologie n’est que l’un des nombreux services grâce auxquels la communauté chrétienne pourvoit à ses besoins: par où nous voudrions mettre en lumière l’insertion de l’effort théologique, non seulement dans le champ d’exercice propre du service pastoral, mais encore, plus généralement, dans l’ensemble de l’action chrétienne.Dans une certaine mesure, nous nous écartons ainsi d’une présentation plus courante, qui voit essentiellement, dans la théologie, une “intelligence de la foi” (intellectus fidei, fides quaerens intellectum).Cette dernière présentation nous paraît offrir, en effet, dans la pratique, deux inconvénients sérieux.Le premier, et non le moindre, c’est qu’une telle présentation cdnduit trop facilement à oublier que la foi n’a pas de finalité globale dans son ordre propre.Dans la langue de la génération apostolique, la foi est plutôt conçue comme l’accueil de la “bonne nouvelle” d’une espérance (entre autres, le texte classique d'Hébr., 11:1; comp.Mc, 1:14-15).A travers l’ensemble de l’événement évangélique, cette espérance, on ne l’ignore pas, s’est elle-même peu à peu dévoilée comme une espérance de “vie” en Jésus, Christ et Seigneur (par exemple, Jn, 20:31).Accueil d’une telle espérance, la foi se trouve donc tournée, dès sa première démarche, vers le terme d’une route qui se définit lui-même par le bien suprême de la “vie”.La foi devient ainsi la lumière et l’assurance qui nous guident et nous accompagnent sür ce chemin.J’en conclus que la théologie est essentiellement une “dynamique” de la route, comme la foi elle-même.Prise globalement, la théologie se voit donc, du même coup, orientée vers la promotion effective de l’espérance de l’évangile, plutôt que vers l’exploration, aussi précise et aussi rigoureuse qu’on voudra, de la route elle-même sur laquelle la foi nous invite à marcher.Certes, la connaissance du véritable chemin nous importe souverainement (Jn, 14:5).Mais pourvoir à la marche effective de la communauté chrétienne sur le chemin qui conduit à la “vie”_* doit normalement nous importer encore bien davantage.# 27 une théologie « wmmmimm.Je puis me tromper, mais j’ai depuis longtemps acquis la persuasion que définir la théologie comme une “intelligence de la foi” constitue, en fait, une invitation permanente à développer tôt ou tard une curiosité de plus en plus inquiète, — souvent sourcilleuse d’ailleurs, — à l’endroit du moindre paysage et de la moindre sinuosité de la route, aux dépens des intérêts supérieurs de la promotion de l’espérance de l’évangile.Le second inconvénient d’une théologie conçue comme une “intelligence de la foi”, c’est de conduire presque fatalement, d’abord à une curiosité, puis à une subtilité toutes deux excessives.Avec la subtilité, c’est le règne du spécialiste qui s’instaure dans toute l’étendue de la théologie chrétienne.Avec le règne du spécialiste, c’est, d’autre part, — et par voie de conséquence, — l’ensemble de la communauté chrétienne elle-même qui, très vite découragée par le sentiment de son irrémédiable impuissance à entrer dans le jeu des experts, opte pour la solution du décrochage.Cette solution est-elle saine à tous égards?Nous ne le pensons pas.Un tel désintérêt, déjà regrettable en ce qui concerne le gros de la fraternité chrétienne, devient encore plus aberrant et plus désastreux lorsqu’il affecte jus-1 qu’aux premiers responsables du service pastoral de l’église.Quels sont les prêtres, quels sont les évêques mêmes, qui se meuvent à l’aise dans notre tradition théologique de Inintelligence de la foi”?Une poignée de grands “lettrés”! Il nous semble permis d’espérer, en revanche, qu’une théologie qui accepterait une bonne fois de se définir en dernier lieu par la promotion de l’espérance de l’évangile, qui mettrait dès lors son langage et ses méthodes en accord avec cette visée globale, aurait encore des chances sérieuses, du moins à la longue, de susciter l’intérêt actif et d’obtenir la participation efficace de secteurs relativement étendus de la communauté chrétienne.Une théologie de participation Au-delà d’une théologie d’experts, nous pensons donc, pour l’avenir, à une théologie de plus large participation.Telle serait, en fait, la seule situation normale.Ajoutons que cette théologie de participation, pour être fidèle à son intention première, devrait commencer par surveiller de près la direction et l’équilibre de ses intérêts fondamentaux.C’est dire que la théologie à laquelle nous pensons, 28 adopterait d’emblée la communauté de base comme premier cadre de référence de ses préoccupations et de ses recherches.C’est, en effet, la communauté de base qui est le lieu propre, et obligé: 1) de l’établissement de la relation chrétienne; 2) de l’expérience initiale de la fraternité évangélique; 3) du partage réel et de la transmission effective de l’héritage chrétien.Faute d’un aménagement convenable de cette communauté de base, et faute d’une théologie prête à lui accorder sans ambages la première part de son attention, nous en reviendrons toujours, quoi que nous fassions, à une église du pouvoir et de l’anonymat, qui ne pourra rien faire d’autre, en définitive, que voiler tant bien que mal l’échec profond de la fraternité par la prolifération de plus en plus lourde des cadres administratifs, des réglementations, des déclarations et des documents officiels.Priorité organique de la communauté de base sur la communauté universelle, d’une part, et primauté corrélative du titre baptismal sur le titre de service, quel qu’il soit, d’autre part: telles seraient, croyons-nous, les deux considérations essentielles qui devraient commander, dans le proche avenir, l’effort d’une théologie de participation toute entière consacrée à un service de promotion de l’espérance de l’évangile.Nous parlons d’un service.De notre point de vue, à tout le moins, c’est le terme propre.Ce service, il devrait être souvent audacieux; il devrait être libre de ses mouvements; il s’efforcerait, en tout cas, d’être réaliste.Mais il faudrait également qu’il soit modeste.Une théologie de large participation créerait peut-être, une fois ou l’autre, de vastes monuments, comparables à ceux du passé.Mais, en dernière analyse, elle se tiendrait satisfaite d’avoir édifié, pour chaque chrétien, l’humble demeure de son espérance.La théologie chrétienne n’est pas seulement une certaine “littérature”, qu’il importerait par-dessus tout à notre honneur de continuer à pourvoir de nouveaux chefs-d’œuvre: encore moins une “littérature” qui viserait sans cesse au sublime.Dans l’évangile, et, d’une manière plus générale, dans l’ensemble de la Bible, il existe un nombre étonnant de modestes maisons, fort simples très souvent, qui ne prétendent en aucune façon rivaliser, dès maintenant, avec les splendeurs de la “Jérusalem céleste”.Voilà sans doute les modèles les mieux appropriés suivant lesquels l’Esprit nous invite à construire, ici même, les innombrables demeures de l’espérance des hommes.Dans un monde pluraliste et profane Cette espérance: celle d’ici et de maintenant comme signe et anticipation d’un dépassement dernier de nos plus hautes attentes, — la théologie sait mieux que jamais aujourd’hui qu’elle n’est pas seule à y pourvoir, même à l’intérieur de la communauté chrétienne.Les problèmes de la poussée démographique et de l’urbanisation, par exemple, ont diverses incidences dans la théologie chrétienne, mais des incidences seulement.Il en est de même du régime de propriété, de l’accès de l’ensemble de la communauté humaine aux richesses de notre monde, de la lutte contre l’analphabétisme, la faim, la maladie, la misère, les préjugés raciaux, les discriminations économiques et sociales, la violence et la guerre, pour ne nommer ici que les principaux champs d’inquiétude de notre époque.De partout, la justice, l’amour de cet homme blessé qui est “mon prochain” (Le, 10:29-37), font appel à notre conscience et à notre initiative.Mais la théologie chrétienne, cela est trop clair, n’est pas seule à répondre à cet appel.Elle n’est pas seule à discerner le bien de l’homme; elle n’est pas seule à juger de la justice et à tracer les voies de la compassion; elle n’est pas seule à pouvoir parler va-lidement au nom de la conscience humaine.L’interprétation du sens et des nécessités de l’histoire n’est pas non plus, pour elle, un domaine réservé.La théologie chrétienne n’a pas toutes les compétences, et elle n’a qu’une voix dans les conseils permanents où notre humanité s’interroge, décide et s’oriente chaque jour.Ce fait, qu’il est presque banal de rappeler ici, ne constitue pas pour nous, il va de soi, une raison de nous retirer dans la passivité et le silence.Il représente, cependant, un motif clair de tenir un compte fraternel de la présence d’autrui.Quelles que soient les attitudes qu’elle ait pu hériter, tout spécialement, de certaines périodes de son long passé, la théologie chrétienne, à moins d’être aveugle, ne peut plus aujourd’hui se donner l’illusion de croire qu’elle incarne à elle seule toute la légitimité humaine.L’aménagement juste et fraternel de la demeure des hommes se fera par l’initiative et sous la responsabilité de l’ensemble de la famille humaine, au-delà du pluralisme religieux lui-même, — ou il ne se fera jamais.Il n’y a aucune apparence d’ailleurs que, pour procéder à un tel aménagement, la communauté humaine attendra que les théologiens se soient mis d’accord sur ses modalités.Mieux vaudrait donc pour nous renoncer carrément à la chimère de l’hégémonie spirituelle sur la société, si par hasard, dans un repli de notre coeur, nous en cultivions encore le rêve attardé.Laissons les morts ensevelir leurs morts.Nous n’avons qu’une voix au milieu de la multitude.Tout ce qu’il nous demeure loisible de souhaiter, à partir de là, c’est que cette voix se révèle, en fait, intelligible à tous, juste, lucide, courageuse, attentive à l’expérience, au savoir et à la liberté d’autrui.Qu’il soit clair, également, que notre voix, lorsqu’elle réussit à se faire entendre, voudrait être moins magistrale que fraternelle, et que cette qualité soit visible sans qu’il soit trop nécessaire de le dire.Au reste, comme nous l’avons déjà suggéré, la théologie rendra un bien meilleur service à la communauté humaine si, au lieu de faire toujours les mêmes grandes déclarations de sollicitude et de rapprochement en ce qui concerne les relations de l’église et du monde, elle commençait par pourvoir aux aménagements concrets de la fraternité évangélique à l’intérieur de la communauté chrétienne elle-même.Comme toujours, la parole restera de peu de poids si elle n’est pas appuyée sur l’exemple.C’est l’une des grandes pitiés de notre temps que les valeurs les plus précieuses de la fraternité chrétienne soient finalement allées se perdre, pour une bonne part, dans les décevantes structures du pouvoir et de l’anonymat.Nous l’avons déjà laissé entendre, au surplus: un nouveau partage des responsabilités de la théologie dans la communauté humaine s’opère sous nos yeux.Nous assistons, semble-t-il, à la fin d’une longue époque, qui fut celle de la théologie encyclopédique du droit de regard et du pouvoir indirect.Dans l’intervalle, nombre de champs d’observation se sont peu à peu affranchis.Ils se sont également spécialisés.Depuis un siècle surtout, bien des tâches que la théologie avait cru pouvoir assumer autrefois, sont passées l’une après l’autre, notamment, aux diverses branches des sciences humaines.Aussi, des chantiers nouveaux ont été ouverts: entre autres, celui de la ^ préhistoire.Rien n’indique, d’ailleurs, que cet immense W 29 une théologie développement soit à la veille de toucher son terme.Tout compte fait, il ne nous paraît pas que la théologie doive regretter un instant que de nombreuses compétences soient ainsi tombées en d’autres mains.Il y a plutôt lieu de penser que, de ce partage, la théologie chrétienne retirera finalement une conscience plus aiguë de ses méthodes et de sa destination propres.Deux voies de recherche pour la théologie Au surplus, nous ne croyons pas que la théologie soit, de ce fait, menacée de se trouver bientôt sans emploi à l’intérieur de la communauté humaine elle-même.Beaucoup dépendra ici, à vrai dire, de l’intelligence que la théologie aura de ses responsabilités spécifiques dans la situation nouvelle qui lui est faite.A ce propos, il n’est pas question de tracer ici un programme d’avenir.Nous voudrions, néanmoins, pour terminer, indiquer brièvement deux voies de recherche qui, à elles seules, pourraient bien nous occuper fort longtemps.La première concerne la situation du christianisme en regard de l’ensemble du phénomène religieux.L’observation des religions de la préhistoire et des religions du monde conduit, en effet, à poser, à ce propos, deux problèmes distincts, encore qu’ils soient trop souvent confondus: d’une part, celui d’un certain “particularisme”, plus ou moins épisodique, de l’héritage chrétien, et, d’autre part, celui de l’“originalité” profonde, durable, de ce même héritage chrétien à l’intérieur d’un phénomène reconnu, dans sa dynamique essentielle, comme foncièrement un.En présence de ce double problème, qui devient de jour en jour plus inéluctable, quelle sera la principale tâche de la théologie de demain?Elle sera d’opérer, justement, le difficile mais nécessaire partage entre particularisme et originalité.Remarquons tout de suite, du reste, que la théologie ne doit pas craindre cette opération.On peut penser qu’un discernement de cette sorte pourra conduire, en fait, à faire ressortir l’universalité réelle du christianisme: 1) au-delà de son universalité simplement supposée, telle que celle-ci se présente couramment dans l’acceptation non-critique et plus ou moins indifférenciée des valeurs dites “traditionnelles”; 2) au-delà aussi de ce qui ne serait rien d’autre, au fond, qu’une entreprise de diffusion universelle de l’originalité et du particularisme 30 chrétiens fondus ensemble et pris, en conséquence, l’un pour l’autre.C’est d’ailleurs en percevant son originalité authentique dans la perspective générale du phénomène religieux que l’héritage chrétien préservera le plus efficacement, pour demain, ses chances d’offrir un sens valable à l’ensemble de la famille humaine.De toute manière, la contestation radicale du particularisme chrétien que les religions du monde portent en ce moment jusqu’au centre de la pensée théologique, aura certainement de vastes conséquences.Ou bien, en effet, cette contestation tendra à diluer le christianisme dans les religions du monde, faute, en particulier, de la part de la théologie, d’avoir perçu à temps la véritable originalité de l’héritage chrétien; ou bien, à l’inverse, elle tendra à renforcer la perception interne de l’originalité de l’héritage chrétien, pour porter alors à son vrai niveau le sens durable des religions du monde.On le voit, la tâche est énorme, et ses résultats, quoi qu’il arrive, intéresseront au premier chef la conscience profonde de l’ensemble de la communauté humaine.Enfin, ces dernières années, personne ne l’ignore plus, sacré, profane, sécularisation, désacralisation sont devenus des thèmes majeurs de l’interrogation chrétienne.Beaucoup de chrétiens sincères s’en inquiètent.D’autres s’enivrent d’une mutation capitale qu’ils semblent reconnaître pour la première fois.Certains, par ailleurs, ont l’air de penser que tout ce développement a été inauguré, en Occident d’abord, par l’action destructrice de quelques esprits aventureux.Disons simplement que le phénomène est beaucoup plus ancien, et aussi, beaucoup plus profond.Dans ces conditions, il importe que la théologie, notamment, ne perde pas pied.Personnellement, nous sommes persuadé que le christianisme n’a rien à redouter d’un monde qui se sera reconnu profane.Nous croyons, au contraire, que l’héritage chrétien authentique pourra fleurir dans un tel monde.A une condition essentielle, cependant: c’est que, sous l’éclairage d’une théologie moins assoiffée de sécurités faciles, le christianisme reconnaisse qu’il est lui-même naturellement accordé, malgré certaines apparences, non à une extension maximale, mais bien plutôt à une extension minimale du sacré.Appuyée sur ce discernement initial, la théologie pourrait certainement, sans entamer sa consistance propre, offrir une participation beaucoup plus dégagée et beaucoup plus féconde à la longue entreprise de la construction de la demeure humaine.£ r incarnation et le destin des hommes i par Louis O'Neill Le fond du problème pour un chrétien, c’est l’incarnation.Tout autant et même plus peut-être que la résurrection.La nouvelle catéchèse parle beaucoup de résurrection, pour, une part, contrebalancer les excès d’une spiritualité trop axée sur la mort, celle du Christ et celle de chacun de nous.Mais l’incarnation pose au point de départ l’interrogation radicale, affirme le caractère insolite de la foi chrétienne: croire que le projet de Dieu pour l’homme, les choses du “salut”, la “grâce” passent vraiment par les choses de l’homme, les plus humaines, les plus charnelles qui soient.Pas au-dessus, pas en faisant semblant, pas en dénaturant, mais bien au-dedans, au coeur des choses.Quand l’évangile ne pénètre plus le réel humain le plus concret, sensible ou affectif, économique-me, social ou politique, il n’y a plus d’incarnation.Quand la bonne nouvelle est célébrée sans que ces choses soient rejointes, assumées, ennoblies, la fête est tronquée.Du mystère de l’incarnation restent les vestiges, telles les expressions de tendresse et de bonté dont Noël, par exemple, fournit l’occasion: l’attention aux pauvres, le folklore, l’éveil des nostalgies enfantines, les décors de lumière, la neige artificielle; sans oublier l’énorme trafic capitaliste qui vient balayer les bribes de “surnaturel” dans l’esprit de ceux qui attendaient autre chose de l’événement; cette autre chose, à laquelle nous rêvons malgré tout, devinant que la joie de la fête n’est pas mensongère et que si la promesse ne s’est pas encore réalisée, celle du “Dieu parmi nous”, rien ne nous dit que cela n’adviendra pas un jour.L’événement est admirable et merveilleux, disent la théologie et la liturgie dans leurs langages traditionnels.Par l’Incarnation, le Verbe assume la nature humaine, il l’ennoblit, mais il ne la dénature pas.“Créée de façon admirable”, elle est “rénovée de façon encore plus admira- 'ble”, mais demeure nature de l’homme.Jésus enfant le fut en toutes choses, sauf pour l’“instinct” de mal.Il était pareil aux autres enfants, comme sa mère a été femme comme les autres femmes, juive parmi d’autres juives.La “Sainte Famille”, ce devait être du monde ordinaire, avec l’air bien naturel des gens ordinaires.Mystère au sein de l’être humain, au coeur des êtres, l’incarnation n’escamote pas la réalité humaine et ses exigences premières: la qualité de la vie, la qualité des choses, la recherche de vérité, de beauté, de justice, l’épanouissement des êtres.Elle n’est pas étrangère non plus à l’intervention des dynamismes vitaux: goût de vivre, amour, désir de possession et de pouvoir, qui influent sur l’histoire des individus et des groupes.Ni étrangère au rêve d’une montée collective et solidaire des hommes, à commencer par le projet de libération des plus pauvres parmi eux, puisque, selon les témoignages de l’évangile, le Christ s’est fait proche manifestement des plus démunis.* * * Ce rêve d’une “nature humaine” renouvelée par l’insertion d’une “vie divine”, se heurte à de nombreux obstacles, issus du “péché originel”.Des forces vitales, positives mais ambivalentes, habitent l’homme.Ce sont, au sens originel du terme, des “daïmons”, des inclinations qui pèsent sur le destin de l’homme, tout au long de son existence.On peut vouloir les réprimer, prétendre les ignorer, se résigner à subir leur poids ou chercher à les assumer.De toute façon, elles influent sur la vie des hommes et compliquent l’existence du chrétien.Confrontés avec ces forces vitales, ces “puissances du monde”, les chrétiens “les plus fervents” n’ont pas hésité à recourir aux solutions héroïques.Aux puissances qui portent les noms d’instinct de survie et sexualité, d’instinct de possession et argent, d’instinct de domination et pouvoir, on a opposé une triple barrière: la sublimation, le détachement et l’obéissance.Ainsi prirent forme les trois fondements classiques de la vie religieuse.Même le chrétien ordinaire désireux de “perfection spirituelle” y trouvait une inspiratiorvpour sa conduite.La femme résignée qui devient enceinte sans joie et qui élève courageusement de nombreux enfants, le travailleur exploité qui accomplit une tâche sans attrait et se contente d’un maigre salaire, l’homme d’affaires qui se fait pardonner des “peccadilles” en se montrant généreux envers les bonnes oeuvres, le citoyen apolitique et peureux qui subit silencieusement le joug de tous les pouvoirs sans croire qu’il pourrait y changer quelque chose, autant d’images qui véhiculent l’idée d’une nature humaine blessée, où la foi et la grâce apportent consolation et résignation mais où apparaît bien peu l’espoir de changer la condition humaine, de transformer l’ordre actuel des choses, 1 ordre établi, “la destinée”.31 F incarnation Cette approche, classique en théologie et en pastorale, relie directement Incarnation et Rédemption.Le monde sauvé par Jésus est une vallée de larmes.Le bonheur ne dépend pas de la vie elle-même, qu’on doit subir.La joie de vivre est un trompe-l’oeil.Une minorité de favorisés semble connaître le bonheur, mais ce ne sont qu’appa-rences.Il est sans doute vrai que “ la nature humaine a été refaite de façon encore plus admirable”, comme dit la liturgie, mais cela n’a rien à voir avec la nature humaine concrète, quotidienne, charnelle.La transformation humaine qualitative est un rêve plus qu’une tâche.Tout, ici-bas, est relatif, contingent, sans importance, “rempli de vains appâts”.L’homme ne fait que passer en ces lieux, “comme l’herbe qui est verte le matin et séchée le-soir”.Dans ces perspectives, en raisonnant ainsi, on peut traverser des phases de vie difficiles et tenir le coup, garder espoir.Cette approche, il faut le reconnaître, a nourri la foi de milliers de chrétiens.Elle a consolidé les convictions des collectivités rudes et résistantes de Pologne, d’Irlande et d’ailleurs, elle a soutenu l’espoir des chrétiens persécutés, d’hommes et de femmes écrasés par la misère et qui voulaient encore croire en la bonté et la justice de Dieu.Pour ces croyants, l’Incarnation, célébrée surtout à Noël, était moins la certitude que les choses pouvaient vraiment changer ici-bas qu’une fuite dans le rêve: le rêve de ce que seraient les choses si enfin le “Bon Dieu” se mettait de la partie.Une foi sombre, têtue, tenace alimentait ce rêve.On chantait “Venez, divin Messie”, mais on se résignait à ce que ça prenne beaucoup de temps avant qu’il vienne vraiment.Cette vision des choses n’est pas dépourvue de validité.Ni entièrement décrochée de la réalité.En effet, des milliers d’hommes et de femmes, emprisonnés, brimés dans leur dignité, exploités dans de nombreux pays soumis à l’oppression, doivent se contenter d’une espérance à très long terme.Les centaines de milliers de gens que la famine vient de frapper en Ethiopie attendent peut-être un Messie dans une vallée sombre qui est celle des larmes et de la mort.Et combien d’êtres, dans les milieux défavorisés, que de lourdes peines heurtent en plein coeur, que le poids de la vie écrase de sa lourdeur! L’espoir qui naît pour eux de la bonne nouvelle proclamée à travers le mystère de Noël revêt, en ces cas, une signification des plus précieuses.La question est de savoir si l’incarnation se limite à cette dimension extrême de l’existence humaine, ou si l’espérance ne doit pas inclure plus que cela.Savoir si la vision et la tâche d’une meilleure qualité de la vie dans un monde mieux aménagé sont étrangères au projet de Dieu pour l’homme.On a vu, disions-nous, dans le sexe, l’argent et le pouvoir les trois “daïmons”, les trois grandes attirances de l’homme qui compliquent l’existence de ceux qui désirent imprégner leur vie quotidienne d’un esprit “plus évangélique”.Or le Christ a peu parlé de sexualité, mais, dans les faits, c’est elle qui a surtout préoccupé les chrétiens, aussi bien les théologiens que les maîtres de la vie spirituelle.Quand les auteurs pieux parlent de “la sainte vertu”, ils ne désignent ni la justice, ni la charité, mais la chasteté.Quand ils parlent de tentations, d’occasions de péché, ils pensent surtout aux problèmes de sexe.Les traités de morale traditionnelle contiennent des analyses longues et minutieuses sur les problèmes soulevés par la sexualité, l’amour humain, les impulsions charnelles, alors qu’en matière de justice ils dépassent peu le palier des considérations générales.Cette préoccupation excessive a déteint sur les chrétiens ordinaires, d’hier et d’aujourd’hui.Jadis on discutait de modes, de danse, de fréquentations.Ces années-ci, on s’est entretenu surtout de pilule, de contraceptions et d’avortement.Ce comportement s’explique diversement.D’abord, à cause de l’universalité du problème qui rejoint toutes les catégories d’individus, et cela dans leur vie quotidienne et très intime.Aussi, parce que la vie religieuse — tout comme le célibat des prêtres — était presque toute axée sur l’idée de vertu et de perfection par rapport à la chasteté.Cette insistance à influencée les façons de voir des chrétiens ordinaires.Enfin, le christianisme, dans son effort pour marquer l’activité humaine, s’est surtout occupé de la famille, de sa stabilité, des comportements les plus aptes à assurer cette stabilité.Or, les revendications de la vie affective y apparaissaient souvent comme des obstacles, des dangers, voire des perversions.Il importait d’enfermer dans des limites rigides les manifestations d’impulsions vitales dont les effets sont ambivalents.La morale bourgeoise, intervenant au nom de l’ordre, de la discipline et de la stabilité, a influé sur les esprits dans le même sens et a réussi peu à peu à faire avaliser par les forces religieuses sa propre échelle de valeurs.La convergence de ces divers facteurs a marqué en profondeur la sensibilité morale chrétienne.“Je n’ai pas de péché à accuser”, déclare le pénitent à son confesseur.C’est-à-dire pas de faute sexuelle, autrement dit, rien de vraiment important.Ce n’est que récemment que les progrès de la spiritualité conjugale ont modifié cette mentalité et révélé aux chrétiens qu’une approche purement négative de l’amour humain et de la vie affective n’était pas la meilleure façon d’assumer les valeurs affectives intimement liées à une perspective d’incarnation, par laquelle le Christ englobe les réalités charnelles non moins que les autres.Cette fixation de la sensibilité morale sur la sexualité a contribué largement à façonner l’image bien connue de ces milieux chrétiens aux moeurs rigides, où le devoir familial est hautement estimé et où un jugement sévère pèse sur tous ceux qui n’obéissent pas aux normes officielles.Elle a suscité, certes, de multiples exemples de courage, de fermeté, de fidélité héroïque.Mais les nombreux effets négatifs révèlent bien que, dans ce domaine, le projet d’incarnation est resté partiellement en plan: déviations de la vie affective, frustrations, repliement de la personnalité, atrophie de la créativité, drames conjugaux qu’une approche plus humaine aurait pu éviter, fidélité religieuse morose, rancune sourde contre une éthique oppressive et insensible aux situations concrètes.La suite est connue: la volonté de rapatrier les valeurs affectives et de donner à l’amour sa place au soleil n’est pas étrangère à la forte baisse de la pratiqde religieuse.La plupart du temps, ce n’est pas l’Evangile que l’on rejette, mais une mentalité historique et une approche culturelle qui prétendent en réfléter les exigences dans les moindres replis de la vie intime.Une recherche de nouveaux critères, marquée par de nombreux faux-pas a suivi ce rejet.Voulant contrecarrer ce courant, Humanae vitae est in- 32 tervenue, mais en vain, dans l’espoir de récupérer l’adhésion d’hommes et de femmes qui cherchent ailleurs une réponse à leur désir d’assumer la totalité de leur vie affective.Il est assez souvent question d’argent et des richesses dans l’Evangile.Le Christ en parle la plupart du temps de façon négative, par des mises en garde.L’argent apparaît comme un obstacle majeur à l’entrée du Royaume.Jésus n’est pas gêné d’aborder ce sujet même si la majorité de ceux qui l’écoutent sont des gens ordinaires.Faut croire que la question est grave dans ses conséquences spirituelles.Et encore plus pour nous qui, comparés aux habitants du tiers-monde,sommes tous devenus, à divers degrés, des bien nantis.A ce propos, le Noël moderne est un paradoxe dans les pays d’économie d’abondance.Au lieu de la fête avec les pauvres, c’est devenu la fête de l’argent.Comme dit la Sagouine, fêter Noël, c’est pas une affaire de pauvres./ L’argent a toujours embarrassé les chrétiens.On l’a à la fois méprisé et recherché.On a essayé la solution radicale: le voeu de pauvreté.Mais les effets furent ambigus.La pauvreté individuelle des moines, jointe aux dons des fidèles, a engendré la richesse des abbayes.Les religieux pauvres sont devenus détenteurs d’une puissance économique impressionnante qui provoquait l’admiration des gens simples d’esprit, l’animosité des pauvres et éveillait la cupidité des princes et des rois en quête de sous pour garnir leurs coffres.L’activité quotidienne des religieux les portait du côté des petits, mais l’appareil collectif qu’ils avaient construit les identifiait aux puissances économiques.A l’aide pour condamner les moindres “faiblesses de la chair”, les théologiens et les maîtres de la vie spirituelle ne savent trop que faire face à l’argent.On condamne le prêt à intérêt, mais on accepte les dons des usuriers.On aide les pauvres, mais on ne remet pas en question l’ordre social qui engendre la pauvreté.On rappelle aux riches le devoir de l’aumône, mais on conseille aux pauvres la résignation et la soumission à l’ordre établi.Dans ce contexte, l’Eglise “servante des pauvres”, c’est un mythe et l’Eglise instrument de domination des riches, c’est aussi un mythe.En réalité, l’ambiguïté de l’attitude des Eglises face au capitalisme, aux puissances financières, au monde des affaires, reflète la perplexité de la plupart des chrétiens face à l’argent.L’argent, d’un point de vue, est méprisable, mais il est aussi condition de mieux-être, de développement, de sécurité.La production des biens est une tâche légitime, mais le monde de l’argent constitue un système de normes où beaucoup de chrétiens ne se retrouvent pas facilement.On a parlé, à bon droit, de la jungle de la vie économique.La légalité y tient lieu de moralité et ce sont les puissants qui y imposent les lois.Ce qui compte, c’est produire, vendre, enregistrer des profits et produire encore, posant comme principe qu’au bout du processus chacun y trouvera son avantage.L’utilité, la légitimité de ce qu’on produit, vend ou achète est une question secondaire.La croissance est décrite comme étant la clé du progrès humain.L’activité économique trouve en elle-même sa propre justification.On est même prêt à vendre sa propre patrie ou dépouiller celle des autres, si l’opération s’avère rentable.Durant plusieurs années, une usine de Montréal a produit le napalm dont se servaient les aviateurs américains pour assassiner des enfants et des vieillards au Vietnam.Ceux qui fabriquaient ce napalm étaient des chrétiens.La France et le Canada sont deux pays qui se classent au premier rang parmi les pays exportateurs d’armements.Aux U.S.A., pays de tradition puritaine, on forme ceux qui enseignent aux militaires latino-américains comment torturer les contestataires qui nuisent au bon rendement des investissements américains.Jadis, des chrétiens d’Europe se livraient à la traite des esclaves tout en veillant à ce que ceux-ci soient baptisés avant de mourir.Peu de gens s’opposèrent à l’odieux trafic, même parmi les hommes d’Eglise.Dans cette jungle où pirates et prédateurs s’en donnaient à coeur joie, les chrétiens exprimaient des réticences, avouaient quelque gêne, mais finalement accordaient le bénéfice du doute à ceux qui s’engageaient dans de telles entreprises et souvent compensaient par des aumônes le mal dont ils s’étaient rendus coupables.I Le monde de l’argent et du profit vit d’une existence autonome.Les normes morales ne le rejoignent que de l’extérieur, par la bande.Incertains, ne sachant que faire, les chrétiens suivent les habitudes du milieu et relèguent au domaine du privé la sensibilité morale que leur foi anime.Leur situation est celle de la jeune secrétaire “bonne chrétienne” qui travaille pour une compagnie de crédit.Son rôle consiste à signer des lettres, adresser des réclamations aux débiteurs et travailler en solidarité avec ceux qui exploitent la naïveté des emprunteurs.Sa foi, utile pour le dimanche, ressemble en semaine à un passeport invalide.La force transformatrice de l’Evangile n’a pas encore pénétré le monde de l’argent et des affaires.Ni celui des producteurs de biens, ni celui des consommateurs, maîtres-gaspilleurs des économies d’abondance dont l’obsession de l’avoir camoufle la pauvreté de l’être.L’incarnation marque ici un échec.Mais ça ne semble inquiéter en pratique qu’un petit nombre de chrétiens, probablement ceux qui, par exemple, remettent radicalement en question le système et sont de plus en plus attirés par les conclusions de la théologie de la révolution.Les autres donnent l’impression d’entrer volontiers dans le grand jeu capitaliste.L’économie de gaspillage, l’exploitation du tiers-monde, les inégalités sociales, l’endettement sont des questions qui, semble-t-il, ne concernent pas leur foi.Celle-ci se limite à la vie privée et intime.Pour le reste, l’occasionnel geste de charité posé à l’occasion d’une collecte en faveur des lépreux, des missionnaires, des victimes d’une famine suffit pour leur donner bonne conscience.Les difficultés posées par l’instinct de domination et la fonction du pouvoir occupent une place relativement importante dans l’Evangile.Le Christ et son entourage discutent de royauté, de privilèges, de préséance, de légitimité, de service des autres.Les nouveaux pouvoirs affrontent les anciens.L’autorité que s’attribue Jean le Baptiste dérange les pharisiens et l’establishment religieux.Les disciples rêvent de prestige et ont de la difficul- ^ té à accepter l’idée d’un Royaume où le service l’emporte 33 F incarnation sur la domination.Dominés par des pouvoirs étrangers, les Juifs attendent leur libération.Hérode, qui collabore avec le pouvoir romain, s’entend aussi avec les élites indigènes pour maintenir son pouvoir sur le peuple.Ponce-Pilate, qu’une décision administrative a plongé dans le guêpier palestinien, surveille les autorités subalternes.Un trait commun à ces pouvoirs en place: un souverain mépris pour les petites gens, qu’ils exploitent.Un seul rôle est reconnu aux gens ordinaires: obéir, se taire et payer dîmes et impôts.A la longue, l’enseignement de Jésus dérange l’ordre établi.La parole libératrice s’adresse à tous indistinctement, mais avec un impact plus grand chez les plus pets, les plus assoiffés.Elle proclame l’avènement de la li-erté, une liberté avant tout spirituelle et intérieure, nais non sans conséquence sur la libération de l’homme total.Ce levain nouveau, fermentant dans les coeurs, fera peu à peu craquer les vieilles pâtes humaines du conservatisme et de la domination.Le vin neuf fera éclater les vieilles outres.Mais cela n’adviendra que lentement, au long des siècles, car les chrétiens eux-mêmes ne comprendront qu’à la lumière des signes des temps, la portée globale du message libérateur.Ce n’est que peu à peu qu’ils discerneront l’impact révolutionnaire du message, tel que l’évoque Marie dans son Magnificat.Les premiers chrétiens, regroupés en petites sectes, ne contestent pas le pouvoir politique.On enseigne l’obéissance aux pouvoirs établis, tout en souhaitant que ces derniers favorisent la paix et laissent aux croyants le droit de vivre selon leur foi.Mais cet apolitisme sera de courte durée.Le pouvoir romain est soucieux de protéger les dieux de l’Empire, les cultes reconnus qui assurent l’ordre public et la stabilité.Il se méfie de ces petits groupes de spirituels qui vivent comme si les dieux officiels n’existaient pas.On dénonce l’athéisme des chrétiens.On les soupçonne de véhiculer une idéologie qui porte atteinte à l’ordre établi.Ainsi commence l’ère des persécu-tions.Avec l’avènement de Constantin, les chrétiens, qui ont acquis une influence politique considérable, sont conscients de l’importance du pouvoir et le mettent à leur service.Ils sacralisent ce que les premiers chrétiens avaient désacralisé.En effet, en disant que toute autorité vient de Dieu, on voulait au départ affirmer surtout qu’elle n’appartient pas aux hommes qui l’exercent, lesquels ne sont donc pas des personnages sacrés.En sacralisant le pouvoir, les chrétiens de l’ère constantinienne s’alignent plus sur la tradition impériale que sur l’Evangile.D’où découlera cette ambiguïté au sujet de la notion chrétienne d’autorité et d’obéissance, ambiguïté qui pèsera d’un lourd poids dans l’histoire de la chrétienté.A sa manière, la spiritualité médiévale incarne la Royauté de Jésus-Christ dans l’image de la Cité chrétienne.Les pouvoirs religieux et civils se complètent, se hiérarchisent, s’affrontent parfois, mais toujours à l’intérieur de la même idéologie qui leur attribue, aux uns et aux autres, une origine divine.L’instinct de domination et le service de l’autorité profitent également de cet ennoblissement.Empereurs et rois se décernent le titre de princes très chrétiens et conçoivent leurs privilèges comme originant d’en haut.Affublée d’un sens nouveau, la doctrine de l’o- rigine divine du pouvoir facilite la soumission des peuples.Il reste aux gens ordinaires de prier pour que les princes, dont certains sont des mécréants notoires, pensent moins à assouvir leur soif de domination qu’à s’acquitter convenablement de leurs devoirs.Mais le rêve de liberté évangélique et la conscience de la dignité du chrétien sauvé par Jésus-Christ modifient cet ordre de choses, peu à peu, sans bruit.L’idée que l’autorité est d’abord un service mine l’idolâtrie du pouvoir, trop hâtivement sacralisée par les chrétiens.Peu à peu les hommes rapatrieront le pouvoir politique, souvent par des innovations dont on ne discerne pas les racines spirituelles, car le processus emprunte parfois un visage antireligieux.Il en sera de même pour les mouvements socioéconomiques qui ébranleront l’appareil des privilèges révolus.La conscientisation politique demeure, toutefois, de nos jours, un phénomène minoritaire, au sein des communautés chrétiennes.Même au-delà: on est encore loin de la démocratie gouvernante.Mais, chez nos contemporains, on commence à découvrir peu à peu que tout a une incidence politique.Tout processus de développement, tout projet d’instaurer plus de justice croise, à un moment donné, le champ du politique.En voulant ignorer la dimension politique des problèmes, les projets de justice et de fraternité se réduisent à de bonnes intentions sans suite.Dans un monde où l’éthique est en grande partie structurelle, l’apolitisme rend inefficace la volonté de bien.Le projet d’un monde meilleur, issu du rêve que fait naître en nous l’événement de l’Incarnation, ne peut faire l’économie de l’engagement politique.Or, dans ce domaine, la foi des chrétiens se révèle souvent d’une notoire impuissance.Le plus souvent, sauf de rares exceptions, elle exerce une influence qui tent à consolider de vieux pouvoirs, à maintenir les idéologies conservatrices, à encombrer le carrefour de l’histoire de régimes décadents et réactionnaires.La triste histoire de la Grèce, du Brésil, de l’Espagne illustre bien ce phénomène.On parle de plus en plus actuellement de théologie de la révolution, entendant par là une théologie dont le discours comporte une re-lecture de l’Evangile avec la mise en lumière de son caractère transformateur et révolutionnaire.L’avantage de ce courant sera sans doute de contribuer à insérer dans la conscience chrétienne une dimension de l’incarnation que jusqu’ici le comportement des communautés chrétiennes avait mise en veilleuse.Il s’agit peut-être là d’un autre signe des temps.* * * L’histoire du christianisme montre que l’espérance engendrée par la bonne nouvelle coexiste, à tout âge de l’histoire, avec un constat d’échecs répétés, en maints domaines où les hommes souhaitent du plus profond de leur coeur la rénovation de leur être personnel et collectif.Mais l’espérance demeure, ce qui explique que, malgré tout, Noël réussit à éveiller nos espoirs, à secouer nos découragements et à donner le goût des recommencements.L’essentiel, c’est de comprendre que nous vivons toujours dans le temps de l’espérance.Se reprendre à espérer, se remettre à élaborer des projets de vie meilleure, de monde plus humain, de société plus juste, c’est la façon chrétienne d’attendre la venue de Jésus-Christ.£ 34 Découpez et envoyez au ministre du travail âtm wmm - ' , - - W*'WX’T: | ^ W^-o, ^ a S f :;-»3sSx^ mw *'à m m -.A ._.- - -'- .->> .V- v - - • .: -: >¦'¦
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