Maintenant, 1 avril 1974, Avril
y, 4AAtJt&fa&Pvt IrTi \\v •' A ^gmRWQWl ôl Jean-Paul Audet, Hélène P.-Baillargeon, Fernand Dumont, Jacques Grand'Maison, Daniel Pinard, Jean Proulx et Jean-Yves Roy MWNTEN/Wt {^c>ooooooj S oaa 5 q a Q or 0 oh &SOq6 0OOCO C>C>Q O (NTFnANT PW7^ $1 9099899 9999 pierfeh^ tobayash) pdorovv^y Procurez-vous le dernier numéro chez votre libraire ou en écrivant à cinéma/québec C.P.309, Station Outremont, Montréal, Québec, H2V 4N1 Abonnement (10 numéros) $6.50, étudiant $5.00 AVIS AUXABONNES DE 1— Dans toute correspondance avec le secrétariat de la revue, veuillez inscrire la date d'échéance de votre abonnement qui est indiquée à la suite de votre nom: le chiffre qui suit les lettres mt désigne le mois d'échéance.Exemple: mt-12 2— Lorsque vous renvoyez votre avis de réabonnement avec votre paiement, n'enlevez surtout pas l'étiquette collée sur l'avis: cette étiquette, même s'il y a un changement d'adresse à signaler, est indispensable au secrétariat.3— Si vous connaissez déjà votre nouveau code postal, veuillez nous le communiquer.Merci de votre collaboration y H-\V1 avril 1974 Vivre en milieu urbain numéro 135 V / ¦ / ' Revue mensuelle publiée par LES EDITIONS MAINTENANT INC.Siège social: 775 boul.Le-beau, Montréal.DIRECTEUR-FONDATEUR: 1962-1965 Henri Bradet DIRECTEUR: 1965-1972 Vincent Harvey DIRECTRICE: Hélène Pelletier-Baillargeon SECRETAIRE DE REDACTION: Laurent Dupont COMITE DE REDACTION: Robert Boily, Serge Carlos.Fernand Dumont, Laurent Dupont, Jacques Grand'Mai-son.Michèle Lalonde, Daniel Pinard, Hélène Pelletier-Baillargeon, Guy Rocher, JeanrYves Roy, Claude Saint-Laurent et Pierre Vadeboncoeur.SECRETAIRE ADMINISTRATIVE: Madeleine Desrosiers CONCEPTION GRAPHIQUE: Louis Charpentier ILLUSTRATIONS: Claude Poirier et Serge Wilson IMPRESSION: Imprimerie Montréal Offset Inc.DISTRIBUTION: Les Messageries Dynamiques Inc (514)384-6401 CONDITIONS D'ABONNEMENT: Abonnement d'un an $7.00 Abonnement d'étudiant $5.00 Abonnement de soutien $10.00 N.B.Les abonnements ne sont enregistrés qu'au reçu du versement.Courrier de la deuxième classe Enregistrement no 1419 Une ville à rebâtir Un éditorial d'Hélène Pelletier-Baillargeon La vraie nature du phénomène urbain Jean-Paul Audet Des "nous" à réinventer i Jacques Grand'Maison Poème Daniel Pinard Retrouvailles Jean-Yves Poy Le Cegep contre l'humain Jean Proulx D'ailleurs Pierre Migneault Et qu'avons-nous fait de la culture?Fernand Dumont Petite lettre philosophique Pierre Vadeboncoeur Les remèdes politiques du Dr Kissinger Khalil A.Char Atesrisques RÉSIDENCE DU SECRÉTAIRE: 2765 Chemin de la Côte Ste-Catherine Montréal H3T1B5, Qué.(514) 739-2758 A ton choix 5 7 12 18 20 24 28 29 32 32 33 34 f Le sujet de la ville est presque devenu un lieu commun.On a maintes fois mis en accusation les tours de béton gris et terne, on a cité le gigantisme des supermarchés, ce qui n’a pas empêché la ville de se lancer dans l’aventure de tout nouveaux hypermarchés.On a dénoncé l’essoufflante précipitation des heures de pointe.La ville a inventé la cohue du métro.On a prophétisé l’anonymat de l’agglomération urbaine.La cité a proposé l’école anonyme, le carrefour anonyme.Comme si elle n’entendait rien à toutes ces doléances.Où nous arrêterons-nous?Jusqu’où laisserons-nous l’atmosphère s’empoisonner avant de réagir?La ville nous a-t-elle déshumanisés au point de ne plus réagir?Nous faut-il assister, impuissants, à un processus inexorable.A moins que ce ne soit pas vraiment la ville comme espace physique.A moins que quelque chose nous échappe de cet espace d’habitation: la structure et le destin de nos relations humaines.Quelque chose comme l’étouffement de l’espace domestique pas l’espace urbain.Relations en chaînes, micro-relations qui tendent vers l’instant d’une rencontre destinée à demeurer furtive.422851 725 s’inquiète de cette lente érosion de nos liens inter-humains.De ce que devient la relation d’habitation, cette subtile attache qui nous fait nommer “chez-soi” un mur, une rue, un quartier.A travers les périples de l’élève 001 770, 421 993 106 s’interroge sur le milieu de vie que nous préparons pour la descendance de cette humanité devenue modulaire, optionnelle, devenue formulaire.Où est passé l’humanisme qu’il parait presque démodé d’évoquer?Assez curieusement, c’est à l’usine que 212 516 017 semble puiser un certain optimisme.Dans cet univers du travail, parmi ces machines, des nous semblent se forger.Des nous formulés à partir d’un voeu de cohérence réelle.Besoin de se rassembler autour d’une vie à partager.Besoin de réagir devant l’émiettement proposé par la machine qui divise la tâche.221 403 637 se montre moins optimiste.Obsédé par la cité en cubes, agacé par les lignes parallèles et per- pendiculaires, il cherche l’espace vert d’où repartir pour se dépasser sans se démentir.Daniel Pinard refuse tout théorème.Conscient du paradoxe contenu dans une dénonciation trop rationnelle de la cité trop rationnelle, il suggère un poème.Pour évoquer la lourdeur de l’urbanité à l’occidentale, il réfléchit depuis un Tiers-Monde qui s’élabore.Qui veut éviter les monstres qu’on nous construits et qui porte déjà les stigmates du colonisateur colonisé que nous sommes.Pour Pierre Migneault l’évocation est aussi de rigueur.Evocation de l’Ailleurs.Cet autre part où nous rêvons tous plus ou moins de nous évader.Cette échappée en dehors de l’espace habituel.Cette terre promise où nous pourrons enfin respirer à l’aise.Terre d’exil plutôt pour 223 469 065 qui évoque le moment où il quitta, sans le savoir, le monde de la parole pour celui de l’écriture.“Où est donc, se demande-t-il, ce curieux pays où l’on nous a conduits?D’où tenons-nous le droit de raconter les histoires des autres?(.) La laideur des villes, l’enfer monotone de l’usine, la lente agonie d’un pays, l’éloignement d’autrui, la mort du langage dans le délire des messages n’ont-ils d’autres issues que dans nos récits, nos poèmes, notre théâtre, nos philosophies?(.) Qu’avons-nous fait de la culture ?” Car le problème fondamental, c’est celui de la qualité de la vie.De la qualité de l’espace humain que nous bâtirons.Dans un Québec où nous avons encore l’impression de pouvoir innover, dans un pays où le territoire demeure encore à explorer, au moins en partie, il importe que nous songeions sérieusement à la manière dont nous allons aménager l’espace.L’aménagement marque forcément les liens entre les hommes.L’harmonie à trouver peut transformer le patrimoine en un lieu de vie.Une désharmonie pourrait très facilement l’intoxiquer, voire lui donner la mort.Jean-Yves Roy 221 403 637 4 âacrüQŒcoi une ville à rebâtir Même à l’état sauvage, lorsque l’apiculteur n’est pas là pour intervenir à temps, les abeilles savent d’instinct qu’il est un taux de population à ne pas dépasser.Dès que le seuil critique est atteint, une partie de la ruche essaime spontanément sous la conduite d’une autre reine.Entassés en laboratoire pour fins d’expérience, les rats manifestent rapidement leur intolérance à la surpopulation par diverses aberrations psychosomatiques, des somatisations, des déviations sexuelles.Des souris et des hommes Doués de raison et d’infinies ressources créatrices les hommes n’ont cependant pas encore su formuler de réponse collective au problème de la surpopulation urbaine et de son cortège de plaies sociales et psychiatriques qui ont nom pollution, agression, délinquance, aliénation du travail, dépersonnalisation, érosion des relations humaines, stress ou angoisse de la solitude.Tels des rats en cage ou des abeilles artificiellement prisonnières dans la ruche, les hommes tournent en rond, chacun pour soi, à la recherche de la brèche échappatoire où retrouver un peu d’air pur, un murmure de source, un réseau de relations gratuites et valorisantes.Mais dans le tissu social éclaté, morcelé, défait de nos villes, bien peu d’entre nous réussissent à dépasser ce mécanisme de la survie individuelle pour organiser le réaménagement ou l’essaimage collectif.Nos villes sont devenues d’énormes conglomérats d’impuissants privés de mains.“Enlevez tout le monde de la campagne, raille Vigneault, ce sera toujours la campagne.Mais la ville, si vous enlevez tout le monde, ça ne sera plus la ville.” Réalité d’additions incontrôlées, d’alvéoles scellées sur elles-mêmes, la ville se retourne contre l’homme, chaque jour davantage.Qui réussira la concertation nécessaire pour reprendre à zéro un aussi mauvais contrat social?Urbains de fraîche date, les Québécois commencent à peine à identifier et à nommer les réalités de la ville.Les bien nantis s’en échappent chaque semaine, investissant toute leur créativité dans le milieu pré-sélectionné de la résidence secondaire.Les mal nantis des vieux quartiers recréent entre quatre rues les frontières d’un village où ils se terrent pour mieux se protéger.Les demi-nantis des ybanlieues monotones échelonnent durant vingt ans les \mensualités de la solitude grégaire.Par colonisateurs interposés.Curieux paradoxe, la politique municipale ne nous a jamais intéressés.Traditionnellement chez nous, une carrière politique brillante se jouait à Québec ou à Ottawa.“Maire” ou “échevin” étaient des vocables folkloriques bons pour les “Belles Histoires”! Nous étions nés pour être députés comme d’autres sont nés pour un petit-pain.Et nos villes, trop souvent abandonnées à la gérance individuelle d’affairistes sans scrupules, rongent à notre insu le pays que l’on prétend bâtir à un échelon “supérieur”.Ainsi, la grosse part des capitaux investis dans la construction des tours et des conciergeries géantes du centre-ville de Montréal provient des bailleurs de fonds américains qui passent le plus clair de leur temps à Palm Beach ou à Fort Lauderdale et que la destruction du milieu montréalais n’affecte guère.Tels leurs compatriotes astucieux de la côte Atlantique qui, soucieux de protéger leurs crevettes et leurs homards de la pollution pétrolière, sont en train de convaincre le gouvernement Bou-rassa d’ériger à Gros Cacouna le super-port qui les alimentera en fuel une fois les activités de Portland réduites au minimum.La contestation aux champs L’accumulation des frustrations quotidiennes dues à la pollution, au bruit, à l’amenuisement progressif des relations humaines, de la créativité personnelle au travail ou même des zones vertes de l’espace urbain a amené un curieux retour des choses dans les réflexes de “l’intelligentsia” québécoise, ces dernières années.Après avoir combattu le mythe de “l’agriculturisme”, condamné les campagnes de colonisation et villipendé les mânes du curé Labelle pour réorienter leurs compatriotes vers le monde de l’industrie et de la production, un grand nombre de nos agents de transformation sociale retournent un à un à la terre sur la pointe des pieds.Trente arpents récupérés àRinguet, une bible d’alimentation naturelle et un catéchisme de méditation transcendantale: voilà nos révolutionnaires d’hier installés sur la voie d’évitement désaffectée où poussent les boutons d’or et les marguerites.Le phénomène auquel nous assistons depuis quelques années, en effet, présente des caractéristiques nouvelles par rapport aux anciennes traditions de la villégiature estivale.Il commence tout juste à faire l’objet d’études statistiques, telle l’enquête de la C.R.U.R.(Centre de recherches urbaines et régionales) de l’Université du Québec et inquiète déjà le ministère de l’Agriculture: depuis dix ans, en effet, un nombre accru d’excellentes terres arables ont été acquises par des urbains aux environs de villes comme Montréal, Québec, Sherbrooke ou Trois-Rivières.Les villes universitaires sont particulièrement touchées par ce phénomène, un grand nombre de professeurs adoptant massivement ce style de vie nouveau: mi-temps agricole, mi-temps pédagogique.H n’appartient pas au propos de ce numéro de traiter du problème que constitue en lui-même pour l’agriculture québécoise, le cas de ces terres semi-exploitées ou carrément rendues à la forêt par le reboisement.L’intérêt que présente le phénomène de ce “second retour à la terre” dans un dossier sur la vie urbaine, se situe plutôt dans la dépolitisation qu’il risque d’engendrer chez les agents susceptibles de contester aujourd’hui efficacement l’érosion du milieu urbain.5 4 La vraie nature de Bernadette La grande différence qui caractérise, en effet, les problèmes urbains pat rapport aux problèmes nationaux, c’est qu’ils cessent de vous atteindre et de vous blesser pour peu que vous consentiez à faire une heure de voiture (si vous en avez une.).De sorte que tous ces enseignants, ces cadres supérieurs ou ces médecins “retournés à la terre” s’accommodent avec tolérance, durant la petite semaine où ils doivent rentrer en ville assurer leur gagne-pain, de la lente destruction du milieu humain de l’école, de l’usine ou de l’hôpital.Chaque week-end, quand ce n’est pas chaque soir, ils retrouvent leur “vrai milieu” taillé à une échelle qu’ils ont choisie eux-mêmes et apte à leur offrir, aussi bien avec les hommes qu’avec les choses, les authentiques contacts nourriciers dont ils ont besoin pour leur équilibre personnel et leur santé mentale.Ceci permet d’encaisser bien des choses du lundi au vendredi.Pendant ce temps, 25% des Montréalais ne prennent jamais de vacances et 50% ne sortent jamais de la ville durant leurs congés.Et iLfaudrait aussi se demander combien d’entre eux possèdent une voiture et combien d’entre eux sont propriétaires d’une maison?Pendant ce temps le Ministère du Tourisme boude toujours l’idée du “tourisme social” et continue de s’intéresser exclusivement à rentabiliser et à améliorer l’équipement hôtelier mis à la disposition des visiteurs étrangers.Seuls les séjours familiaux en milieu rural organisés par PU.P.A.commencent timidement à permettre à quelques familles urbaines de sortir brièvement de leur déprimant univers bétonné pour voir naître une brebis ou mûrir une tomate sur son plant.Retrouver nos vrais réseaux d'appartenance nous autre chose à opposer qu’une description minutieuse et fonctionnelle des gestes s’étalant tout au long de conventions collectives aussi lourdes que le bottin téléphonique?Lorsque l’infirmière formée pour prendre en charge “les besoins du malade” devient une distributrice automatique d’intra-veineuses en série, quelle relation soignant-soigné peut-il subsister tout au long du corridor bien astiqué où elle distribue la même injection de chambre en chambre durant toute une journée?Pourtant, combien la ligne syndicale ne s’accommode-t-elle pas secrètement d’une description de tâche aussi bien encadrée, bien délimitée, épurée de toute spontanéité de toute gratuité par les technocraties gouvernementales?La rencontre de l'autre est révolutionnaire L’une des plus dangereuses tentations de la gauche québécoise, serait de se contenter d’opposer sur papier à une technocratie froide et déshumanisée, un autre modèle de technocratie tout aussi froide et déshumanisée.à la seule différence qu’elle serait collectivisée.Pourtant Mao avait bien compris qu’on ne change pas des rapports sociaux de prédateurs et de proies sans intervenir d’abord dans le coeur de l’homme et sans réaménager totalement ses rapports avec les autres hommes.Pourquoi, au Québec, les références aux relations humaines, à la famille, ou aux détails de la quotidienneté doivent-ils toujours avoir un relent de droite crédit'iste?Pourquoi les combats de la gauche enseignante ont-ils toujours tendance à se situer en dehors du pôle quotidien normal de l’interaction pârent-enfant-maître, comme si la culture de l’étudiant, sa sexualité ou sa politisation étaient des réalités abstraites privées d’émotion et d’enracinement journalier?Sinon parce que d’un côté, on redoute secrètement que la relation parentale ne vienne introduire dans les termes du conflit un élément subjectif et affectif qui forcément.“renverrait à droite?” Anonymat, asphyxie des relations humaines, dépolitisation, fuite intérieure ou évasion champêtre, tous ces facteurs concourent à paralyser l’entreprise communautaire de redécouverte de l’appartenance urbaine.Dans cet organisme atomisé, comment restaurer nos veines et nos artères encrassés?Aucun projet collectif insigne ne s’est en effet réalisé sans passer par l’étape essentielle d’une création de réseaux fraternels vivants.L’extraordinaire politisation du peuple chilien s’est réalisée à partir de la relation mère-enfant et ce sont les centres maternels de planification familiale et de puériculture qui sont devenus là-bas les premiers foyers ruraux d’animation sociale et politique.C’est peut-être parfois l’autocritique à laquelle nous pouvons nous livrer, chacun pour nous-mêmes.Jusqu’à quel point-notre socialisme est-il muni de la ténacité et du réalisme nécessaires pour s’engager dans la patiente redécouverte d’une fraternité de base qui soit communicative et efficace?Au fallacieux argument que l’entreprise privée, parce que “le client a toujours raison”, vous donne-un service plus personnel, quels exemples concrets de nos propres réalisations communautaires avons-nous à opposer?L’indépendance des pays arabes est pourtant passée, entre autres choses, par les “téléphones du désert”: ingénieux réseaux humains créés par les femmes qui se rencontraient au point d’eau avant de retourner dans leurs villages, le cruchon sur l’épaule.Les habitants des bidonvilles chiliens ont pris en main leurs problèmes d’hygiène publique et d’alimentation parce que leur politisation tirait toute sa force de la révolte intérieure de parents éprouvés par le rachitisme, la malnutrition et les épidémies dont leurs propres enfants étaient victimes.Au Québec même, et encore malheureusement sous-estimé ou sous-exploité par ses dirigeants, il y a à la base du Parti Québécois des forces toute neuves et vives de fraternité chaleureuse en germe dont la dangereuse puissance n’échappe pas cependant au flair de ses adversaires.“Peut-on être à gauche et s’aimer?” me demandait avec un simplisme lapidaire l’ami qui relisait hier .ce brouillon d’éditorial.A quoi bon l’être d’ailleurs, sans passer d’abord par cette élémentaire fraternité de reconstruction?A quoi bon l’être si ce n’est pour substituer Archipelag Goulag à Alphaville?Une ville à rebâtir: ne serait-çe pas cesser de se côtoyer pour commencer à se rencontrer?220 431 746 * A la sur-spécialisation compartimentée des tâches engendrée par une pensée opératoire désincarnée, n’avons- * Hélène Pelletier-Baillargeon 6 I par 422 851 725 L'expérience urbaine la vraie nature phénomène urbain Qu’estrce qu’une ville?Qu’est-ce que le phénomène urbain?Autant demander: Qu’est-ce qu’une forêt?ou Qu’est-ce que la poésie?Puis-je répondre en disant, par exemple, que la poésie est le “contraire” de la prose, et que la forêt est une “extension” des arbres de ma cour: ce qui pourrait tout de suite me conduire à penser, sur le même modèle, que la ville est le “contraire de la campagne, et que le phénomène urbain est une “extension” du phénomène villageois (la ville: simple village agrandi)?En réalité, rien de cela ne tient: la ville n’est pas plus le “contraire” de la campagne que la poésie n’est le “contraire de la prose, et le phénomène urbain n’est pas plus une simple “extension” du phénomène villageois que la forêt n’est une “extension” des arbres de ma cour.Tout le monde sait, du reste,^ que, dans ce dernier cas, ce sont les arbres de ma cour qui sont une extension plus ou moins domestiquée de la forêt, et non inversement.Du point de vue de l’histoire des espèces végétales, la forêt et la steppe sont, en effet, premières, les arbres et les arbustes de ma cour ne constituent, de ce même point de vue, qu’un phénomène dérivé, et, en définitive, tout à fait secondaire.Et pourtant la ville est là, étalée, parfois énorme: je la vois, je l’entends, je la sens, je la touche, je la parcours, je la mesure, je la dénombre, je subis ou j’accepte la multitude de ses contraintes, pour le meilleur comme pour le pire.Mais ce foisonnement de l’expérience urbaine ne m’aide guère: il m’embarrasse plutôt, dès lors que je me propose de parler, avec un minimum de cohérence intelligible, de la ville et du phénomène urbain.Cependant, si notre discours sur la ville est encore si hésitant, ce n est pas que le phénomène urbain lui-même soit récent, et qu’il nous ait pour ainsi dire pris par surprise.Les villes les plus anciennes aujourd’hui connues datent du néolithique proche-oriental: leur fondation première peut ainsi remonter à sept, huit ou même neuf mille ans (Jéricho).L’époque gréco-romaine, au tournant de notre ère, a même connu une période de grande urbanisation, avec des villes qui pouvaient atteindre le million d’habitants.L’option urbaine n’est pas neuve, et l’expérience historique que nous possédons de la ville est extrêmement riche et diversifiée, même si nos informations concrètes sur la vie urbaine du passé demeurent le plus souvent très fragmentaires.Ce que l’époque contemporaine ajoute à l’expérience historique, c’est le phénomène relativement nouveau de la grande urbanisation, et d une urbanisation accélérée.Où le développement tentaculaire de ce phénomène nous conduit-il?Personne ne le sait encore au juste.Du moins la question commence-t-elle à se poser?C’est déjà un progrès.^ * Jean-Paul Audet, professeur au Département de Philosophie, Université de Montréal. Retard des sciences de Thomme Relation et espace d'habitation Espace domestique et espace urbain Structures relationnelles en réseaux La parenté L’ennui, il faut bien l’avouer, c’est que les termes dans lesquels la question pourrait être le plus utilement posée restent fort imprécis.En l’occurrence, la dispersion des sciences de l’homme nous rend d’ailleurs un bien mauvais service.Historiens, urbanistes, démographes, sociologues, psychologues abordent le problème chacun de leur point de vue.Il nous manque l’outillage conceptuel qui nous permettrait de franchir sans trop de dangers, et avec profit, les frontières des disciplines reconnues.Fondamentalement, la ville est, je suppose, un espace d’habitation.Mais qu’est-ce, pour l’homme, individu et groupe, que la relation d’habitation?Que signifie, pour l’homme, “habiter” un espace?Comment s’établit cette relation d’habitation?Quelle est son “histoire”?Quels sont ses seuils critiques?Quels sont ses stades de maturation?Quelles sont ses limites?Quels sont ses accidents de parcours prévisibles, suivant l’expérience?Quelle est la pathologie particulière de cette relation de base de toute vie humaine?Quel est le rapport entre la relation d’habitation telle qu’on l’observe dans notre espèce et la relation “territoriale” telle qu’on l’observe chez les animaux?Toutes ces questions, et bien d’autres, demeurent pour l’instant sans réponse, ou à peu de chose près.Or, ces mêmes questions sont inscrites sur le seuil de l’espace domestique aussi bien que de l’espace urbain, entendus l’un et l’autre comme espaces d’habitation.A partir de là, je risque personnellement une hypothèse, que je voudrais présenter ici très brièvement.L’espace d’habitation n’est pas seulement, ni peut-être même d’abord, un espace physique: à l’intérieur et au-delà de l’espace physique, il s’agit avant tout d’un espace relationnel.Dès lors, ce qu’il importe d’observer et de comprendre en premier lieu dans l’espace d’habitation, c’est la structure et le destin des relations elles-mêmes., M’appuyant cette fois sur l’histoire, je suis porté à croire, en outre, que l’homme n:a créé, au long du temps, que deux espaces d’habitation fondamentaux: l’espace domestique et l’espace urbain, l’espace villageois, en particulier, n’étant qu’une variété intermédiaire, ou hybride, entre l’un et l’autre.D’autre part, l’observation'révèle que chacun de ces deux espaces d’habitations: espace domestique et espace urbain, est caractérisé par une structure relationnelle qui lui est propre: d’un côté, une structure en réseauxét de l’autre, une structure en chaînes.A leur tour, les structures relationnelles en réseaux et les structures relationnelles en chaînes offrent des caractères propres qui permettent de les distinguer assez nettement.En premier lieu, les structures relationnelles en réseaux, établies sur des durées plus ou moins longues, parfois même très longues, tendent en conséquence vers la durée.En second lieu, les structures relationnelles en réseaux s’étendent par mode d’intégration, et non par mode de simple addition.L’exemple le plus typique de la structure relationnelle en réseaux est évidemment celui de la parenté.Certes, par la naissance, on est fils ou fille d’un tel ou d’une telle.Mais on sait aussi que la relation filiale, comme d’ailleurs la relation de maternité et de fraternité, ne s’établit que sur une durée relativement longue.Il n’y a pas de “filialité” instantanée, pas plus que de paternité ou de maternité instantanées.On peut en dire autant, il va sans dire, de l’établissement de la relation frère-soeur, petits-enfants grands-parents, oncles-tantes, cousins-cousines, etc.Il est non moins clair, au surplus, que l’entrée dans le réseau relationnel de la parenté, typique de l’espace domestique comme espace d’habitation, ne se fait pas par simple addition, mais par intégration.La naissance d’un enfant, dans l’espace domestique, suppose un nouvel ajustement de la totalité du réseau existant, quelle que soit son étendue, depuis le père et la mère, les frères et les soeurs, jusqu’aux grands-parents, aux oncles et aux tantes, aux cousins et aux cousines.8 9$*Ü£$Zl ‘ Wl: r Structures relationnelles en chaînes huJt Les choses se présentent très différemment du côté des structures relationnelles en chaînes.Celles-ci sont fondées de relations fonctionnelles, dont les deux conditions préalables et nécessaires sont, d’une part, l’anonymat, et d’autre part, la spécialisation des métiers, des tâches et des rôles.Or, les relations fonctionnelles, comparées aux relations personnelles qui dominent dans les structures en réseaux, offrent deux caractéristiques principales: elles peuvent, d’une part, s’instaurer dans de courtes durées, et à la limite, dans l’instant, et en conséquence, elles tendent vers la non-durée; elles peuvent, d’autre part, s’additionner indéfiniment les unes aux autres comme les maillons d’une chaîne, sans modifier le statut ni les conditions de possibilité des relations préexistantes.Les exemples de ces relations fonctionnelles en chaînes fourmillent dans l’espace urbain, dont il ne faut pas oublier qu’il a créé l’anonymat, — personne, à proprement parler^ ne peut être anonyme dans l’espace domestique, — et qu’il a aussi introduit la possibilité d’une spécialisation virtuellement illimitée des métiers, des tâches et des rôles.o à ;>/ A 2835 Le chauffeurd'autobus Mon exemple préféré, dans ce domaine, est celui du chauffeur d’autobus.Si j’en avais le temps et surtout le goût, je pourrais aisément sillonner la ville de Montréal en alignant et en additionnant simplement les chauffeurs d’autobus comme les maillons d’une chaîne.Tout ce qui est requis, c’est que mon billet soit valide, et que, une fois dans l’autobus, je ne dérange personne (noter la négation!).Quant au reste, mon billet est aussi anonyme que le chauffeur peut l’être.La transaction peut avoir lieu dans l’instant: de toute façon, elle n’appelle pas de soi la durée.Pour des raisons d’efficacité, et donc de rentabilité, elle la refuserait même, si elle tentait de s’instaurer.9 Théoriquement, à tout le moins, je pourrais faire le tour du monde en alignant mes relations fonctionnelles avec une multitude de chauffeurs d’autobus.Supposé que je ne sois pas démoli avant le terme du voyage, ma relation avec le dernier chauffeur d’autobus pourrait être rigoureusement identique à celle que j’ai eue avec le premier.Tout ce qui sera requis de moi, à la fin comme au début, ce sera que je me présente à temps, muni d’un billet valide, et que je me conforme, d’une façon générale, aux normes qui président au comportement jugé normal de tous les voyageurs.A la limite, je pourrai même ne parler à personne durant le trajet, sans que qui que ce soit puisse y trouver à redire, surtout pas le chauffeur.Bref, je suis rivé à ma chaîne de relations fonctionnelles, comme le chauffeur est rivé à la sienne.J’additionne mes maillons comme il additionne les siens.Quelque soit le nombre des maillons, la chaîne relationnelle demeure inchangée.• JP « m La caissière La caissière du supermarché offre un autre exemple du même phénomène.La caissière n’est pas là pour identifier le client: elle est là pour reconnaître l’article, et surtout le prix.Si elle identifie le client et lui dit seulement “Bonjour”, c’est, à la lettre, “par-dessus le marché”, et au-delà de la chaîne fonctionnelle dans laquelle tous deux sont engagés.La transaction, ici aussi, tend vers l’instant, c’est-à-dire, en termes relationnels, vers la non-durée.Si la durée s’y introduit, ne serait-ce que par le “Bonjour” initial, qui à son tour amènera peut-être un bout de conversation anodine, la relation fonctionnelle prévue risquera de passer de la structure en chaîne à la structure en réseau (camaraderie, amitié, amour), et tout le système sera, en conséquence, troublé; ou menacé de l’être.¦ S Wm ' ül l®fS8 Le trottoir Mon troisième exemple est celui du trottoir.Pour ma part, je pense que si nous étions moins “distraits” de ce qui fait réellement l’homme, le trottoir de nos villes nous apparaîtrait comme l’un des lieux les plus dramatiques de l’espace urbain, compris comme espace d’habitation.Le trottoir, mince ruban fonctionnel de nos déplacements, est, sur le quadrillage de nos villes, l’un des lieux privilégiés de l’anti-rencontre.Comment l’homme peut-il ainsi passer à côté de l’homme?La relation, principalement sinon uniquement celle du regard, y naît et meurt dans l’instant: celui de choisir la gauche ou la droite, et de s’éviter.10 I Espace urbain et relations fonctionnelles en chaînes Essence du phénomène urbain Qu'advient-il de l'homme?L'effet d'érosion / • - - / Lorsque deux amis, deux camarades, ou simplement deux connaissances se croisent par hasard sur le même trottoir, leur rencontre ne fait que confirmer la règle: c’est la pression momentanée du réseau sur la chaîne, qui risque au surplus d’en troubler le bon fonctionnement, tout comme le “Bonjour” de la caissière au client qu’elle a reconnue, ou la conversation du chauffeur d’autobus avec le passager.A propos de la relation de l’ouvrier au produit, on a beaucoup parlé de “travail en miettes”.Mais a-t-on assez remarqué que la relation du consommateur à l’objet consommé est du même type: c’est-à-dire qu’à une production en miettes correspond une consommation en miettes?En réalité, ce qu’il faut dire, c’est que l’espace urbain, comme espace d’habitation, tend vers la multiplication virtuellement illimitée des relations fonctionnelles en chaînes, par le jeu combiné de deux facteurs principaux: l’instauration de l’anonymat et la spécialisation très accentuée des métiers, des tâches et des rôles.Comme, d’autre part, les relations fonctionnelles en chaînes tendent d’elles-mêmes vers un raccourcissement de la durée, sinon vers la non-durée, il est aisé de comprendre que l’espace urbain tend du même coup vers la multiplication virtuellement illimitée de micro-relations suivies de micro-ruptures.On le voit,l’espace urbain n’est pas davantage caractérisé par le nombre brut de ses habitants que la forêt peut être caractérisée, comme phénomène végétal, par le nombre brut de ses arbres.Ce dont il s’agit bien plutôt, de part et d’autre, c’est un certain régime relationnel.La ville commence, en réalité, et avec elle le phénomène urbain, à partir du moment où, au-delà de l’espace domestique, tout entier dominé par les structures relationnelles en réseaux, l’espace d’habitation, par l’anonymat et la spécialisation des tâches, devient susceptible de donner naissance à un nombre virtuellement illimité de relations fonctionnelles en chaînes.De ce point de vue, il faut ajouter que la prolifération des microrelations suivies de micro-ruptures, dans l’espace urbain, et principalement dans la grande urbanisation, ne fait qu’accentuer le trait fondamental de l’espace urbain comme espace d’habitation: elle n’en trahit aucunement ni la structure ni l’inclination profondes.Le grand problème, dans tout cela, est évidemment celui de l’homme, non, du moins en premier lieu, celui des architectures, des moyens de transport ou même des espaces verts.La question devient alors celle-ci: s’il est vrai que la vie proprement humaine repose en premier et en dernier lieu sur la qualité plus que sur l’étendue des réseaux relationnels qu’elle réussit à établir dans la durée, que faut-il penser de l’effet global produit par la multiplication accélérée et effrénée des relations fonctionnelles en chaînes sur ces mêmes réseaux relationnels?A mon avis, l’effet global est un effet d’érosion.On ne peut pas penser, en effet, d’une part, que le pouvoir relationnel de l’homme est illimité.L’expérience quotidienne montre qu’il ne l’est pas.On ne peut pas imaginer non plus, d’autre part, que la relation fonctionnelle en chaîne, et moins encore la micro-relation fonctionnelle, pourraient être longtemps vécues dans un isolement relatif, sans interférence avec les réseaux relationnels de base.En réalité, le grand risque, dans de telles conditions, c’est que les relations fonctionnelles en chaînes non seulement usent à leur profit la capacité relationnelle globale de l’homme, mais encore imposent subrepticement leur modèle propre à tous et à chacun des réseaux relationnels de base, sur lesquels repose en définitive la qualité particulière de la vie humaine.C’est là peut-être qu’est le noeud de la pathologie de la ville comme espace d’habitation.L’hypothèse, sans doute, paraîtra sombre à plusieurs.Pour l’instant à tout le moins, et sauf preuve du contraire, je n’en vois pas d’autre qui rende mieux compte de la totalité des faits.Au cours de sa longue histoire, l’homme n’est pas arrivé sans peine, ni sans échecs, à maîtriser son premier et indispensable espace d’habitation: l’espace domestique.La question est de savoir s’il saura maintenant maîtriser dans une mesure relativement satisfaisante cet espace urbain qu’il a commencé à se donner dans un passé déjà lointain, sans être en mesure de prévoir, évidemment, quelles seraient les plus lointaines conséquences de son option.0 11 des «nous» % a réinventer * Jacques GrancTMaison par212 516017* Après plusieurs années de réflexion et d’action au coeur des enjeux vitaux de notre société, je commence à mieux percevoir certains phénomènes profonds qui n’apparaissent pas à la surface sociale.Je me demande si le monde occidental n’a pas perdu l’économie des rapports fondamentaux entre l’individu et la société Bien sûr ces rapports sont différents d’une culture à l’autre.L’anthropologie culturelle nous enseigne, par exemple, que l’Anglo-saxon et le Latin ne voient pas la vie individuelle et collective de la même façon.Lâ prerriière affirme d’abord la liberté et la responsabilité de la personne face à la société.Le second, aussi sensible à l’autonomie de l’individu, n’insiste pas moins sur l’intervention de la collectivité organisée pour assurer les droits de l’homme.Par delà ces deux éthos, il y a le débat idéologique entre le capitalisme et le socialisme.Deux projets économico-politiques où l’on oppose, d’une façon simpliste, l’initiative privée et l’intervention politique.Certains ont pensé que le personnalisme communautaire pourrait être une voie moyenne pour les Occidentaux.Ils craignaient tout autant le collectivisme étatique que l’individualisme libéraliste.Les grands systèmes sont irréfutables dans l’abstrait.L’histoire et la vie tout court nous semblent cependant bien plus complexes.Déjà les comportements quotidiens en témoignent.Par exemple, il y a chez nous des gens qui se disent socialistes et se comportent effectivement comme des capitalistes dès que le moindre de leurs intérêts personnels est compromis.D’autres proclament les vertus de la commune chinoise sans se rendre compte qu’ils n’y vivraient pas un long moment.Mais à nos yeux, même cette critique éthique ne mord pas sur le vrai sous-sol de la vie actuelle.Il faut d’abord nous laisser interroger par certaines réalités brutales qui échappent aux intentions des uns et des autres et aux grands cadres d’analyse.) Entre les grosses patentes et les projets individuels Face à une société organisationnelle et instrumentale de plus en plus complexe beaucoup se replient sur des projets purement individuels.Des jeunes professeurs me disaient que leur profession était de plus en plus marginalisée par rapport à leurs vrais centres d’intérêt.C’est un exemple, parmi d’autres, de cette crise d’appartenance aux institutions de la société programmée.On ne voit pas comment le projet individuel peut s’articuler sur l’organisation sociale actuelle.Il y a d’une part un univers collectif bureaucratisé, et d’autre part une sujectivité exacerbée, chaotique, sauvage.Tout au plus, croit-on pouvoir atteindre une certaine cohérence vitale sur le plan d’un arrangement provisoire de ses activités libres 12 et spontanées.Les référénces collectives, surtout institu-’ tionnelles, ne servent plus aux itinéraires de vie qu’il s’agisse du mariage légal, de l’organisation où l’on travaille, du syndicat ou des instances politiques.Seul le terrain privé demeure un point d’appui un peu consistant pour “vivre sa vie”.Individualisme?Dépolitisation?Dé-; sintégration sociale et culturelle?Que se passe-t-il au juste?On entend souvent cette expression: “Je ne fonctionne plus là-dedans.” L’insatisfaction est profonde.Faut-il se laisser vivre à la manière de Moustaki puisque l’écheveau social actuel est indébrouillable?La seule chose qu’on peut soi-même planifier, c’est sa fin de semaine ou ses vacances.Mais plusieurs n’arrivent même^ pas à rendre intéressant ce terrain privé qu’ils croyaient capable de toutes les fécondités.Là aussi l’insatisfaction est profonde.Cette liberté individuelle férocement défendue et promue, on ne sait qu’en faire.Tout se passe comme si les rituels collectifs vidés d’humanité communiquaient leur fadeur à la vie privée.Les fausses pistes Les écologistes, à la suite de certains utopistes, redécouvrent les vertus des communautés à taille humaine.Nous aurions perdu le sens des échelles d’appartenance et de it; “convivialité” (Y.ILLICH).Par exemple, l’enfant ne peut plus s’identifier, s’épanouir, se socialiser si on dépasse certaines limites de groupe, d’environnement, de cadre de vie.L’école élémentaire de 700 élèves, à côté de chez moi, constitue une structure écrasante pour cet enfant, en dépit de tous les efforts d’humanisation tentés: “aire ouverte”, subdivisions communautaires, etc.Quelque chose échappe aux divers spécialistes .serait-ce l’économie des rapports humains à la base de la vie sociale?En tout cas les techniques sociales ne peuvent créer d’elles-mêmes une texture communautaire quotidienne, pas plus que le réaménagement des structures dont on a tant attendu.On retrouve le même problème en urbanisme, en organisation du travail, dans les services publics et dans les vastes marchés de consommation.La tuyauterie corrompt la source.Pour les uns, la ville n’est plus vivable.“Retournons à la campagne, réassocions-nous avec la nature, débarrassons-nous des grosses patentes.” Etrange récurrence du retour à la terre, mythe clérical qu’on dénonçait hier avec virulence! Ne resterait-il que le choix entre la nouvelle technologie de l’écologiste et le camping permanent dans la nature?Ni l’une ni l’autre pourtant dè ces deux solutions ne nous offrent une économie proprement humaine des rapports sociaux.Pour d’autres, les environnements, urbains ou champêtres, sont toujours extérieurs .Alors pourquoi ne pas faire l’expérience de l’intériorité orientale en se retirant dans les joutes de son âme et conscience?La communion au Tout, à tous les hommes, à l’univers et cela sans les contraintes des structures ou de la nature.Les néo-mystiques occidentaux font ici des prélèvements ambigus sur cette culture religieuse dont ils ne savent pas l’économie.A la limite, ils sont de nulle part, ni d’ici ni d’ailleurs.Ils poursuivent une expérience décrochée des tissus sociaux occidentaux ou orientaux.Ils deviennent des asociaux, des individus sans identité.Une première brèche Le problème reste entier.Pour leur part les mouvements communautaires récents, de la commune rurale à la communauté de base urbaine, veulent refaire une vie humaine plus solidaire.Ils ne croient plus aux solutions techniques ou même politiques.On recommence à zéro, sans cadre préétabli sans modèle prédéterminé.On invente une société et un homme nouveau à partir de solidarités inédites.Nouvelle culture, nouvelle communauté.Liberté individuelle maximale dans un groupe permissif.Le moins de règles et de cadres possibles.Je caricature pour mieux marquer les intentions de pointe.L’entreprise à long terme devient artificielle.L’illusion communarde ou communautariste, c’est de croire qu’on crée des solidarités un peu comme on plante des arbres.Cette économie de jardin botanique ne résiste pas aux intempéries de la vie en plein air.Les solidarités ont besoin de plus de naturel.L’éco-système humain est plus complexe que cela.C’est à même les multiples circuits du terreau réel de la vie collective que doit circuler longtemps un courant de solidarité.Un “nous” est le fruit d’une longue maturation sociale et culturelle.Il ne deviendra “modèle diffusible” qu’après une longue histoire.Certains scientifiques nous effraient presque en nous montrant la lente et laborieuse montée des rapports humains durant les quelques millions d’années de l’évolution hominienne.De quoi nous ramener à un certain réalisme devant nos faciles prétentions à créer des modèles sociaux inédits.Les sciences humaines de leur côté se font conservatrices.Mais certains de leurs porteurs oublient que les civilisations sont nées là où les hommes ont risqué l’utopie d’un nouveau destin.En cela, les communards des divers tournants historiques ont opéré des brèches qui préparaient des sauts qualitatifs.Les nouvelles communautés ont souvent été aux avant-postes de l’histoire de notre propre civilisation.Elles ont véhiculé des vécus originaux dans des formes neuves d’expression, d’interprétation, de solidarité et d’action, souvent au moment où les institutions vieillies auraient en quelque sorte achevé de durcir et tuer les rapports vivants entre les hommes.L’histoire des structures mortes s’est répétée épisodiquement.A chaque fois, des néo-communards apparaissaient pour créer des nouveaux “nous” prophétiques, anticipateurs de la société nouvelle à l’horizon.Entre les anciennes structures et les nouvelles, il y a donc ce passage obligé par l’instance communautaire.Celle-ci s’affirme presque toujours comme une anti-structure avant de déclencher une neuve institutionnalisation d’un style de vie inédit.Si telle est la place du regain communautaire dans la grande économie historique, cela ne nous donne pas pour autant la clé des économies quotidiennes qui façonnent ces “nous” simples, forts, familiers, capables de faire vivre.Il faut poursuivre notre quête davantage à ras de sol.13 des «nous» à réinventer Les support systems et les cartes de relations Un ami psychiatre qui revenait d’un congrès international, tenu récemment à Harvard, me parlait qvec enthousiasme d’une conférence sur les support systems.Il s’agit de ces réseaux de relations quotidiennes qui exercent sur l’individu une influence majeure.Ainsi, une femme qui envisage un avortement serait moins influencée par le médecin ou par le travailleur social consultés que par ce noyau de personnes qu’elle fréquente souvent.Selon une vue plus large, le conférencier signalait qu’après les grandes brisures récentes des solitarités institutionnelles, religieuses et idéologiques, il ne restait à vrai dire que cette appartenance de base.Des études sociologiques ont déjà montré que ces noyaux quotidiens existaient même dans les milieux les plus défaits, par exemple dans les tourists room.v à New York., s J’ai fait part à mon interlocuteur d’une expérience que j’avais vécue avec des jeunes militants ouvriers à la fin des années 50.Avec beaucoup de flair et de réalisme, ces jeunes non seulement avaient découvert ces support systems et leur rôles, mais aussi s’étaient donné des mains pour les assumer et les féconder.A même leurs propres instruments, j’ai consitué un coffre d’outils qui permet de saisir et de transformer ces tissus sociaux de base des gens ordinaires.Ils s’agit d’un ensemble de car* tes de relations servant à identifier les “nous” à trois niveaux: 1) Les expériences spontanées —Les réseaux de personnes en relation.—Les réseaux de lieux et moments privilégiés.—Les réseaux d’activités et de centres d’intérêt.2) Les expériences structurées —Les réseaux d’appartenance (organismes, institutions).- —Les réseaux de pouvoirs et de leaderships.—Les réseaux de techniques utilisées.3) Les expériences signifiées (symboles, fins, idéologies) —Les réseaux de mots et d’expressions-clefs.—Les réseaux de signes quotidiens.—Les réseaux de tendances (valeurs, idéologies, politiques) ^Les limites de cet article m’empêchent de déballer tout ce coffre d’outils.Je me limiterai à quelques exemples vécus au premier niveau dans le monde ouvrier.Du "nous" spontané au "nous" structuré a) Les réseaux de personnes en relation La première carte est constituée par une observation systématique du réseau de compagnons que le travailleur de base rencontre plus souvent.Il pointe sur sa carte la fréquence des contacts qu’il a avec certaines personnes de son département, de son milieu de travail ou de ses au- tres milieux de vie ouvrière.Qui rencontre-t-il le plus souvent?Quels sont les rapports entre ces diverses personnes?Comment ces personnes se relient-elles?Quelle place occupe-t-il dans ce réseau?Y a-t-il un noyau plus restreint autour duquel pivotent d’autres personnes?Quels leaderships sont exercés?Comment ces rapports évoluent-ils?La carte se renouvelle de semaine en semaine.Le travailleur la précise.Il voit de plus en plus clair sur son réseau immédiat de relations.Il pointe des solidarités existantes et primaire.Il connaît davantage les personnes auxquelles il se sent lié.Il commence à se situer lui-même dans ce contexte profondément humain.Certains travailleurs qui ont fait cette expérience m’ont dit qu’ils avaient auparavant une bien piètre connaissance de leur milieu de vie: —“Je ne voyais rien dans le département, j’avais des idées et des jugements tout faits, je n’avais qu’une vague impression de ce qui se passait autour de moi.Peu à peu avec la carte des relations, j’ai acquis une qualité d’attention qui a eu un drôle d’effet.Je suis devenu sans m’en rendre compte celui à qui on venait parler.peut-être parce qu ’on sentait que j’étais attentif à ce qui se passait.Les drames personnels ne m’échappaient pas, de même les tensions et les solidarités dans le groupe.Je comprenais que mon département avait sa petite histoire à lui, sa propre évolution.Je voyais se constituer des noyaux de relations’’.— “Quand j’ai été élu délégué de département, j’ai misé sur ces noyaux.J’ai misé ainsi sur des agents de communication à qui tout le monde parle, et qui parlent à tout le monde.Les solidarités se sont élargies à même ce noyau de base principal qui s’était constitué à partir de ces rapports que j’avais établis avec ceux que je sentais plus à l’aise avec moi.Je me suis rendu compte qu’iLy avait différentes formes d’influence et de communication.Certains pouvaient, beaucoup mieux que moi, entrer en contact avec tel ou tel travailleur du département ou de l’usine, par exemple pour des questions de loisirs, ou des activités syndicales, ou des batailles de quartier” — “Peu à peu le département est devenu un véritable milieu de vie non seulement par la qualité de nos relations, mais aussi par ce que nous faisions ensemble.Par exemple, je n’étais plus ce délégué syndical de département auquel on s’en remettait passivement.C’était notre affaire à tout le monde.Un grief personnel devenait la préoccupation de tout le monde.Devant la direction, on faisait vite front commun.Dans les luttes à l’usine ou dans la ville, on se retroüvait ensemble.On en discutait tous les jours.On se préparait, on élaborait nos stratégies, on les révisait après coup.Je tiens à le dire: je ne suis pas un travailleur exceptionnel.Il y avait des gens plus forts que moi dans le département.Ils ont continué à jouer leur rôle.Je ne visais pas mon pouvoir personnel.Je me préoccupait davantage des solidarités, des actions communes, peu importe qui en prendrait le leadership.Mais je pense que je suis d’abord un militant qui cherche 14 à multiplier les militants, à assumer ou à créer des noyaux de relations et d’action.La carte des relations a été ce qui a déclenché toute cette évolution que je viens de décrire”.b) Les réseaux de lieux et de moments privilégiés Le réseau des relations s’articule aussi sur un ensemble de lieux et moments privilégiés de rencontre et de communication.Ce peut être l’heure de la pause-café ou du lunch où des individus se retrouvent habituellement ensemble.Ce peut être la rencontre à la taverne où l’on va échanger le chèque de paye.Le restaurant du coin, le garage du quartier, le salon de barbier, la cafétéria de l’usine, le sous-sol d’un tel sont parfois les lieux d’échanges soutenus et intenses.Des amitiés s’y nouent, des groupes s’y coalisent, des relations profondes s’y tissent.La plupart des hommes ont un réseau ou des réseaux de lieux et de moments privilégiés qui constituent un milieu de vie.Combien en sont conscients?Est-ce que les militants savent emprunter ces circuits?Ont-ils jamais fait eux-mêmes leur propre géographie de relations?C’est pour tant aussi concret que vital.J’ai fait plus d’une fois l’expérience avec des travailleurs.Leur vie apparaissent tout à coup plus claire et leur milieu plus saisissable.En dessous des repères institutionnels: l’usine, la famille, l’école, la paroisse, le centre d’achat, l’aréna, il y avait d’autres lieux plus proches de leur vie d’adultes, plus déterminant pour saisir leur expérience, leur mentalité.Ils arrivaient à faire un portrait plus concret de leur cheminement.Us devenaient capables d’entreprendre une action, d’imaginer une stratégie.Ils voyaient des possibilités de militance, d’interventions plus “naturelles”, plus vraies, plus profondes.Us pouvaient observer, repérer d’autres noyaux de relations grâce à une prospection attentive de ces lieux privilégiés.Certains arrivaient à tracer une géographie humaine de la cafétéria, de l’usine, ou des carrefours de leur quartier, ou des noyaux d’amis dans leur milieu.Cette méthode était concrète, simple et en même temps très pédagogique.Certains développèrent une connaissance profonde et utile de leur milieu de travail.Ils savaient situer les faits de vie, les évènements révélateurs dans l’évolution du milieu.Evidemment il s’agissait d’un effort soutenu d’observation, de contact, de réflexion et d’action.Un milieu de vie ne se révèle pas facilement.Il faut savoir l’interroger, saisir ses dessous invisibles, ses phénomènes latents, ses impondérables humains.\ Malgré cette difficulté, déjà les lieux et les moments d’échanges intenses permettent une première saisie géographique des comportements, des gestes, des paroles.Géographie des solidarités et des tensions, des clans et des regroupements, des communications vitales, quotidiennes, des leaderships et des influences.Voici un noyau de militants dans le milieu des téléphonistes du Bell.Progressivement, l’équipe s’était refermée sur elle-même.A bout de patience,.je leur fais une grosse colère: “Vous êtes devenues un petit groupe de méméres qui s’organisent pour se rendre la vie intéressante.A ma connaissance, il y a, à Saint-Jérôme, au moins trente filles du Bell, qui vivent déracinées, dispersées, isolées, en chambre, La plupart sont en crise ou dans des situations impossibles.Qu’attendez-vous pour aller les voir, pour toucher du doigt les vrais problèmes?” Le choc fut bénifique.Elles se partagèrent là tâche des visites.Elles firent la carte des relations et des lieux.Elles découvrirent des situations dramatiques qui leur avaient échappé totalement.Leurs contacts devenaient alors possibles dàns le milieu de travail.De là, plusieurs initiatives de solidarité et de soutien naquirent.Activités culturelles (club de couture, loisirs en commun, etc.).Action collective au travail; on sait les conditions pénibles de travail: heures brisées, stress très poussé, impossibilité de participer aux associations et aux activités des autres milieux de vie.Il fallait donc créer un premier terrain de relations entre elles.Pour ce faire, l’équipe a établi la carte de noyaux existants de re-latiqns, des amitiés.Par ce filon, elles ont pu établir un système de communication et d’information rapides.Les mots de passe faisaient rapidement le tour du milieu de travail.Au bout d’un certain temps, l’atmosphère était profondément changée.L’équipe s’était multipliée.De nouvelles solidarités apparaissaient.Les filles commençaient à élargir leur champ d’existence pour s’intéresser à des questions plus larges dans la communauté locale, dans le milieu syndical ou dans le parti politique.c) Les réseaux d'activités et de centres d'intérêt k Qui se regroupent, où, quand, comment?Il faut aller plus loin et faire la carte des activités et des centres d’intérêt pour mieux comprendre les motivations, les aspirations, les véritables dynamismes.Cette carte élaborée sur une période suffisamment longue montre les tendances (les trends), les déplacements de centres d’intérêt.Comment mener une action sociale, syndicale ou publique sans connaître à fond ces réseaux de choix et d’actions?Peut-on passer à côté des activités qui regroupent effectivement, ou des centres d’intérêt qui occupent le champ de conscience?Quel est le contenu de ces centres d’intérêt?Bien sûr, le repérage des diverses activités d’un milieu ou d’un groupe indique déjà les contenus humains particuliers qui constituent ces collectifs.La carte ira plus loin si elle commence à établir des rapports entre les diverses activités, entre leurs formes, leurs démarches et leurs visées.C’est ainsi que certains militants ont découvert comment beaucoup de travailleurs adoptent un type de loisirs qui correspond à leur genre de travail.La réflexion sur le contenu démasque de terribles illusions.Par exemple, dans quelle mesure le travailleur se rend-il compte qu’il se trompe en croyant qu’il choisit vraiment ses loisirs?N’a-t-il pas assimilé læstructure de dépendance qu’il vit au travail au point de la reproduire partout ailleurs?Il est alors parfaitement conditionné.D’autres travailleurs sont allés encore plus loin.Leur car- ^ te de relations leur a révélé que les luttes sur le front de la W 15 des «nous» à réinventer consommation mettent souvent la charrue avant les boeufs: ils ont compris que la manipulation publicitaire tire sa force de l’aliénation du travailleur dans l’action productrice.Leur découverte est peut-être plus profonde que l’analyse économique d’un Galbraith montrant comment la technostructure crée le marché, les besoins, les attitudes et les conditionnements.Ces deux découvertes se renforcent.Mais celle des travailleurs comporte une conscience critique qui mord sur des réalités fondamentales de leur condition humaine.C’est par la maîtrise de son travail que l’homme devient sujet, qu’il s’auto-construit et transforme le monde.Aliéné au coeur de son travail, l’homme perd tout dynamisme d’auto-détermination.Il s’asservit ou se fait oppresseur à son tour.Il vivra, par exemple, des relations sado-masho-chistes avec son conjoint, ses enfants, son patron, ses compagnons de travail.Il se soumettra à la nature comme à la culture dominante.Le couple domination-esclavage constituera une dialectique totale et englobante, rie laissant place ni à la libération ni à l’être-pour-soi-même.Il perdra toute confiance en lui-même et dans les changements qu’il pourrait faire.Il se voit comme ne pouvant se changer lui-même.Sa situation devient mythe fatal, dogme inaltérable, lieu absolu de contrainte.La simple élaboration de la carte des réseaux d’activités et de centres d’intérêt atteint parfois une lucidité extraordinaire, même si le travailleur n’a pas l’équipement idéologique pour prononcer les diagnostics précités.Mais ceux-ci émergent progressivement de cette prise critique sur la réalité, sur le milieu spatio-temporel.Certaines cartes commencent à cerner les relations entre les comportements, entre les modes d’être et d’agir au travail, à la maison, à la taverne et devant la T.V.Un travailleur m’expliquait ainsi le rapport saisissant qu’il avait établi sur sa carte: '‘Je suis allé visiter Roger chez eux.Il était seul dans le sous-sol, bien assis devant sa télévision.Sa femme et ses enfants s’occupaient en haut.Je le retrouvais comme à l’usine, solitaire et silencieux devant sa machine.Il était rivé à l'appareil, incapable de se sortir de sa passivité.L'oeil sur l’écran, il causait à bâtons rompus.Le dialogue était impossible.Pourtant je l’entretenais de problèmes qui le concernaient au plus haut point.Il revenait sans cesse à l'écran et demeurait lointain, inaccessible.Mon amitié avec lui me permit de réagir violemment.Il m’avoua qu 'il avait perdu tout ressort, tout intérêt.Tous les soirs, il s’enfermait comme cela dans son sous-sol, ne voulant rien savoir.“Ca fait douze ans que je tire mon fil (.) j'ai perdu toute capacité de faire autrement.Je continue de tirer mon fil à la T.V.Je fais l’amour un peu comme ça.Je ne sais pas quoi dire avec mes gars et mes filles.Je suis comme bloqué.Je vis en dehors du réel, dans le rêve.Je suis joueur de hockey, vedette, chanteur, politicien, mais jamais moi-même.Je suis l’ombre des autres .de ma machine, de la T.V.Tu ne peux rien faire avec moi.Essaie plutôt avec des plus jeunes.Moi, c’est fini”.‘J’étais muet devant Roger.Jamais je n’ai autant compris les causes profondes de l’absence de solidarité, de conscience ouvrière, d’implication syndicale chez les gars.J’ai vu comment sa femme le dominait.Il avait besoin d’elle comme du boss.Il était incapable de communiquer d’une autre façon.Il s’en remettait toujours à un patron.A vrai dire, il ne pouvait même pas être un compagnon de travail, encore moins un membre actif du syndicat.Il fait partie de tous ces silencieux aux assemblées syndicales.Il parle peu, même à la taverne.Je suis sorti de chez lui un peu découragé.Mais j’ai compris ce qui se passe en faisant le lien entre l’usine et la maison, entre deux manières d’agir.Je meserais assis à mon tour, si je n’avais pas saisi qu’il existe d’autres rapports positifs chez ceux qui ont un noyau de relations, qui se joignent à d’autres dans une activité quelconque.Je pense aux équipes de bowling.En établissant ma carte, j’ai vu que ces équipes correspondaient à des groupes que je voyais à la cafétéria et à la taverne.On a tout transformé l’action syndicale en passant par ces groupes et leurs leaders.On a eu des actions collectives au travail de la même façon.Jusque là on n’avait pas réussi à mobiliser les gars”.Une étape politique nécessaire Voilà l’exemple d’une, praxis quotidienne capable de réinventer des “nous” au coeur des solidarités existantes ou possibles, latentes ou manifestes.La démarche de la carte de relations peut fonder une action soutenue et réfléchie, une maturation des solidarités vitales, une dynamique collective d’identification et d’intervention, une militance lucide et efficace, enfin une transformation profonde d’un milieu de vie.J’ai vu comment des “non instruits” ont connu une évolution personnelle, sociale et politique extraordinaire grâce à cette pédagogie de réflexion et d’action.Un tel apprentissage leur permettait de faire de leur vie un terrain permanent d’information, de formation et d’engagement, un matériau très riche pour l’auto-libération d’une solidarité bien concrète, une rampe de lancement pour des interventions collectives de plus en plus larges et profondes.Je me demande si on n’a pas télescopé ces humbles cheminements des expériences quotidiennes spontanées, structurées, finalisées et signifiées.Tout le beau monde du savoir ritualisé, du canon scientifique, de l’expertise technique lèvera ici les épaules en signe de scepticisme.Mais avec ces riches appareils a-t-il jamais accouché de praxis sociales capables d’assumer les dynamiques internes d’un milieu humain?Certains nouveaux idéologues révolutionnaires ne font pas mieux, d’ailleurs.Ils ne savent pas l’économie quotidienne des socialisations et des politisations populaires.Par exemple, l’asphyxie actuelle des mouvements de base dans les zones grises de Montréal doit beaucoup à ces charriages idéologiques artificiels qui ont “écoeuré” ou dépolitisé des milliers de citoyens que des démarches plus réalistes 0 trop acte: poil' dî faut COllC tioo tout liver Qui; idea sis' pour vraii cher les n Cep lecti ses( Les tecli den esseï Plus tenti et sa Non écon d'un dani prof etd1 Lap: mé,i vre,i l’une doive réeei La L tuer 16 avaient éveillés à la fin des années 60.Cette erreur est trop grave et encore trop souvent répétée pour que nous acceptions de la taire sous prétexte de ne pas réjouir les pouvoirs en place.Faut-il le répéter, le petit cadre d’analyse qu’on dit marxiste, transporté d’une réunion à l’autre par certains idéologues militants n’a jamais accouché de vraies praxis d’engagement populaire, d’action quotidienne soutenue.Il manque ici une pédagogie concrète, acculturée, articulée sur les dynamiques collectives propres à un milieu.Qui sait si bien des scientifiques, des technocrates et des idéologues n’auraient pas beaucoup à apprendre des praxis que des hommes modestes et solidaires façonnent pour dynamiser leurs milieux de vie?S’est-on équipé vraiment pour saisir leurs dynamiques d’action?La recherche des idéologies, des valeurs, des attitudes n’est pas inutile, loin de là.Elle permet des regards précis sur les modes de vie, mais elle est incapable de saisir les principaux nerfs de l’action collective en ces milieux.Une économie retrouvée Ce qui est important à ce point-ci de notre évolution collective, c’est le façonnement de praxis quotidiennes grosses de solidarités fécondes, signifiantes et engageantes.Les milieux populaires ont paradoxalement une plus gfande liberté en ce domaine.En effet, sans s’en rendre compte, les “instruits” sont engoncés dans l’amoncellement de rationalisations, de thèmes, d’appareils, de techniques qui sont souvent des obstacles pour mettre en marche des actions concrètes de transformation des milieux de vie.Ici de modestes militants ouvriers nous apprennent l’abc d’une vraie praxis quotidienne.A y regarder de plus près, on y découvre les premières démarches essentielles de la science, de la pédagogie et de la politique.Nos sociétés occidentales, disions-nous au début de cet article, ontperdu l’économie des “nous” quotidiens.Plusieurs citoyens se sentent coincés entre les grosses patentes publiques et une vie privée individualiste, informe et sans but.Or voici que des travailleurs nous réapprennent le chemin de la praxis.Nous pourrions ramasser les principaux traits de cette économie de création des “nous quotidiens” en disant d’une phrase qu’elle comporte un vécu original collectif dans un champ circonscrit qui a trouvé ses formes propres d’expression, d’interprétation, de solidarité et d’action.La praxis des “nous quotidiens” est donc un vécu exprimé, interprété, partagé et transformé.C’est un savoir vivre, dire et faire collectif.On peut cheminer à partir de l’une ou l’autre de ces coordonnées.Mais toujours, elles doivent toutes se retrouver au bout du processus pour constituer une dynamique collective spontanée, structurée et finalisée.La libération de la parole, par exemple, ne peut constituer une praxis quotidienne, si elle n’est qu’une forme originale d’expression.Les travailleurs gueulaient autrefois à la taverne.Mais leur parole ne portait pas parce qu’elle ne s’inscrivait pas dans des réseaux quotidiens d’interprétation, d’action et de solidarité à même les activités et les circuits ordinaires où ils vivaient leur vie, leurs problèmes, leurs défis et leurs aspirations.Le jour où cette parole s’est constituée agent de “nous quotidiens” transformateurs, elle a eu force d’éducation et de libération collectives.La libération de la parole est peut-être le facteur le plus fréquent d’émergence d’une praxis.Mais le point de départ peut tout aussi bien être une action collective soutenue qui promeut un nouveau sens collectif, ou encore une solidarité particulière à vivre.Par exemple, je me suis rendu compte, dans un regroupement récent de jeunes chômeurs, que leur premier objectif (encore mal explicité) n’était pas d’abord une réponse fonctionnelle (immédiate) à leur recherche d’emploi, mais plutôt un besoin profond de se retrouver ensemble, de se donner un réseau quotidien de relations.Plus ou moins consciemment, ils sentaient qu’il fallait prioritairement refaire un tissu humain capable de supporter d’autres démarches jusqu’à leur fin.La praxis des “nous” se prête donc à de multiples cheminements.Des groupes plus instruits par exemple, vont accorder plus d’importance, au départ, à la fonction d’analyse et d’interprétation de la situation.A la manière de Christophe Colomb, plusieurs parmi nous cherchent les Indes.Les voilà tout à coup en Amérique.Savent-ils reconnaître que les autochtones l’ont découverte avant eux, ou plutôt la vivent depuis longtemps.Les “nous quotidiens” existent.Ils cachent des forces latentes ou endormies, des germinations secrètes.Les longs détours par les Indes ont assez duré.Détours technocratiques des lourds appareils anonymes et stériles.Détours idéologiques de cadres d’analyse abstraits et déculturés.Détours mystiques des lointaines spiritualités orientales.Détours politiques des modèles chinois ou autres.Nous avons à apprendre à tricoter nos propres mitaines.Cet apprentissage ne se fera que dans l’authentique tissu historique de notre peuple avec ses formes originales d’expression, d’interprétation, de solidarité et d’action.C’est üne conviction que j’ai acquise après ving ans de militance en milieu ouvrier.Ceux qui craignent ici un enfermement culturel et politique dans la “québécitude” ignorent que l’homme accède à l’universel par le particulier.L’homme de la rue et le savant doivent emprunter ce passage obligé.Sans ces “nous quotidiens” transformateurs, aucun programme politique, aucun grand système idéologique n’aura force de mobilisation du peuple d’ici.Après tant d’échecs électoraux, certains militants doivent réviser leur stratégie de base plutôt que de geindre sur les vices des superstructures impériales de la démocratie libérale.Ils se laissent ainsi entraîner au deuxième étage des avoirs, des savoirs et des pouvoirs, par-dessus la tête de la masse des citoyens.Au bilan, nous avons trop peu investi au premier étage, là où se façonnent les vraies praxis de solidarité et de libération d’un peuple.£ 17 étranger en nordique amérique tu te crois Scandinave tandis que placidement tu rêves à la ville idéelle avide de pittoresque et de déjà vu friand de cartes postales berlinois à l’affût du moindre souffle de vent grand érecteur de murs tisseur de toiles barbelées trameur de coulbirs aériens tout à la cour de l’événement grand consommateur de nouvelles tu entonnes toujours reconnaissant ô progrès ô technique ô croissance héros du solitaire grand prêtre de ton espace chèrement acquis virtuose adroit de ta quotidienneté aux premiers rangs privatisés de la fête du don tu t’efforces pervers et méritant autant que faire tu peux d’obéir à l’injonction qu’on te fait d’être heureux viens à Salvador chantre a capella du désir incomblé toujours étranger comme moi muet chemise collée au dos les doigts gourds de silence ataviques sauras-tu jamais conjurer les sept femmes du diable comme le font les baianais sur le monocorde de leur birimbau?on te convie à la fête délaisse en toi les paysages mornes la fausse histoire des hivers quotidiens où tout mouvement meurt avant même de naître reprends ta terre voyageur sans lieu propre et pour cela toujours avide de pèlerinages laisse là pour un temps la plus berlinesque des villes plaie ouverte béante du nord au sud les pauvres comme toi y roulent sur caoutchouc parqués comme cheptel à l’abri des clôtures soustraits aux regards indiscrets des autres qui comme nous viennent de leur harlem en autocar et te pressent sans te voir sur dominion square convives choyés des travel-tours pèlerins du délire de l’abondance ailleurs vivant le trip universel et planétaire on less than ten dolars a day double occupancy trip to the world’s most famous wax museum and saint joseph’s basilica included vénus fessue et bigarrées porteurs de lance muets chez a et w howard john-son simpson’s sears on saint Catherine street what a name for a bordello je t’invite au voyage pauvre villon muet en ta cour-des-miracles-miracle-mart arrache-toi si tu le peux encore à l’inépuisable prodigalité tandis qu’il en est temps encore délaisse l’inexorable hémisphère les taxis jaunes de new jéricho s’affairent comme des poux au miroitant phallus bancaire.presse à jamais le bouton-poussoir si tu es parfois las des soirées mondiales et moroses bâillonne les sermons pieux du prophète autophage délivre-toi de l’astronaute qu’on nourrit par télécommande un tube de plastique au cul d’orange synthétique et merde recyclée viens si tu te sens un tant soit peu humilié et privé d’émotion calviniste quand ce boy-scout lunaire lit “for you” la genèse en américain tu trouveras ailleurs ton histoire voyageur pauvre aux riches aventures sache qu’en haut du machu pichu des indiens incolas berbères enturbannés saouls de grand hair et avides de mémoire mastiquent lentement la coca déclinant en qué-chua les accessoires de luxe de la so generous and ever so humane amerique. î «sill «iy A nous sommes sabines en cette Jérusalem mondiale et meurtrie paladin paladine notre mémoire est Palestine ailleurs aussi des jaunes périlleux baccilles minuscules s’affairent aux rizières d’asie microsillonnent sournoisement sapant mao merci ce rêve victorien aztèque québécois appauvri tout amour du châtiment éclaboussé d’absolutions onaniste au dortoir venu encore une fois contempler cette histoire qu’on t’a faite à genoux dans la neige en carême tu grimpes ton humiliation un coeur dans une bouteille de parfait amour au drug store universel et tellement catholique de ton héros andré quasimodo sans sexe et sans esmeralda humble portier de notre dame imitateur de Jésus christ et chaste à défaut d’autre chose les cent mille morts grimpent au paradis des promesses chômeurs sans doigts griffant paravents sourds leur vie usée de Tenvers à l’endroit leur passé sur eux comme peau racornie les poumons râles de cire dévote tu rêves innocent des quatorze soleils à Salvador da bahia des états-unis du brésil tu reverras encore une fois ta ville des crabes (sourdes mécaniques) grincent aux piliers retors pinces extendues de robots mendiants ouvriers eux aussi consommant consumés le cycle prolétaire du crabe morceaux épars de cathédrales tuiles mauresques éparpillées galets bleus amenés pour faire des esclaves les ruelles une fumée monte des ports miniers d’où on exporte tout même et surtout sa mémoire à la baie James la machine agressive soulève les wigwams dans une cacophonie de dollars tandis qu’à la sous-capitale un roi nègre frêle et trop bien coiffé prince sans rire puissant par alliance rêve son cauchemar vide à la grille toute déjà intime et trop vécue de la dépossession les vautours du brésil sont comme les banquiers des grands oiseaux voraces des poules noires fantomatiques et démoniaques qui se gorgent en une lenteur méthodique et pressée de la viande humiliée de notre carcasse là les paysans mangent silencieusement en cachette ici on ne sait plus imaginer qu’un passé morne dans les salles sombres et froides du fine arts museum on sherbrooke street et pourtant nos ancêtres avaient la fière allure de l’ange de lorca de saint jean la froidure nous nous évaderons comme les grands pour construire la ville la mienne la tienne comme l’amour indien solennelle et bizarre notre passé nous fait un signe sourd à Salvador l’humiliée à Salvador la saccagée se lèvent les mulâtres majestueux qui auront de l’ancêtre commun le rire fort et le verbe éloquent Nous passerons un jour de la parole à l’ACTE daniel pinard * * -• .s.s - WÊmMmmMmmmM I L Pi 'V WÆffî&â ' I ji «B?x-.' *¦ ' ¦ ^ v ' "X.- ' , I /•À'\ à m wmm m 11 liiiiiili** ¦ • I I I i::::'::::':'-: I : - ; -, ^; ' '' s J.-y« .- .' , I 1 m mà lii-:- mm W8&& ' v v-3 / BÊÊMÊÈÈÈÈM retrouvailles par221 403 637* L’air est pollué.Cette atmosphère est devenue irrespira- ble.L’eau est souillée.Chargée de coliformes.Dénaturée par les rebus des usines de transformation.La terre est meurtrie, maquillée de béton, couverte d’asphalte.Et l’énergie elle-même est devenue source de tracas.Les anciens, eux, avaient déjà repéré l’eau, la terre, l’air et le feu comme éléments vitaux; nous redécouvrons l’essen-tialité de ces quatre éléments dans une dramatique nouvelle qui remet en cause, au-delà du seul fait de la pollution, notre civilisation globale.La société de gaspillage où nous tentons de survivre nous amène tragiquement à reconsidérer les postulats fondamentaux de.notre mode de vie.La lutte contre la pollution est entreprise.Et notre inten- tion n’est certes pas de négliger cette guerre contre l’abus de l’homme.Mais nous sommes tentés d’aller au-delà de cette revendication pour l’espace vert.D’en dégager des sens et des lignes de force qui nous paraissent tout aussi essentiels.L’espace vert que l’on réclame est également un espace neuf, un terrain vierge où entreprendre une nouvelle façon de vivre.Et c’est cette nouvelle civilisation qui noùs paraît intéressante.La ville est trop droite, trop rectiligne.L'univers urbain n'est qu'un vaste réseau de parallèles et de perpendiculaires.Un damier de cubes aux arrêtes trop vives.Sans accident, sans courbe, sans imprévu.Un quadrillé qui facilite l'efficacité.La production.Mais la ville, c'est aussi une façon de voir.Une manière de concevoir les rapports humains.L'angle droit appelle des relations efficaces.Détermine des liens précis.L'angle droit tolère mal l'interpellation poétique.Quant à la banlieue, elle multiplie à des milliers d'exemplaires l'habitation stéréotypée.Les maisons se succèdent, toujours pareilles, toujours semblables.Parées d'arbres qui donneront de l'ombre dans vingt-cinq ans, peut-être.Et cette stéréotypie s'étale sur des * Jean-Yves Roy arpents et des arpents.Comme si l'homme avait per- 20 ) > du la capacité de conférer une singularité à l’habitacle de ses jours.ï .' , \ Mais la banlieue est aussi déracinement.Coupure.Rupture.La banlieue se planifie dans les bureaux de contracteurs qui décident de ce qui leur convient davantage, de ce qui sera le plus rentable.Qui bulldo-zent la terre sans égard pour le vieil arbre ou le bloc de granit racines au milieu du champ.La banlieue n’a pas d’histoire; elle est issue de nulle part.La banlieue se fabrique en laboratoire, à partir d’une carte, non à partir d’une géographie humaine.Déracinement.Et la banlieue détermine en conséquence des aménagements humains fondés sur la similitude et la platitude.Même piscine, même jardin, même manteau de fourrure.Le sol sans aspérité commande des rapports de voisinage sans différence.La même automobile pour tous.Le même nombre de pièces et d’enfants.La même cuisine dans le même coin en entrant.La lutte contre la pollution réclame une atmosphère plus saine.Je ne suis pas certain que ce soit seulement l’impureté du gaz atmosphérique que l’on dénonce.On en appelle aussi à la pureté du lien, à la franchise de la relation humaine, à l’authenticité de la rencontre.A l’atmosphère où l’on habite.Les liens humains sont également pollués.* La publicité nous a convaincus de la nécessité de la blancheur.Ce qui est blanc surpasse le gris et davantage encore le noir.C’est ainsi qu’on nous a motivés à manger notre pain plus blanc que blanc.Et, £>our ce faire, on a décortiqué le blé, parce que son enveloppe donne à la pâte une teinte grisâtre.Par ailleurs, il a fallu remplacer les vitamines, les protéines et les sels minéraux de l’écorce du blé par des produits synthétiques qui respectent la blancheur du produit.On a oublié l’odeur du pain, le pétrissage; on a perdu le sens du pain, la valeur symbolique du pain.Le pain de la grande boulangerie est strictement nutritif! ! ), efficace, hygiénique.Mais le geste de boulanger est aujourd’hui dépourvu de signification.On parle de retourner aux sources.Quelques intellectuels lassés d’une littérature de laboratoire ont déménagé leurs pénates à la campagne.Croyant que c’était la cité qui pervertissait le sens des travaux et des jours.Le retour aux sources a été confondu avec le retour en arrière.Avec la nostalgie de l’antan.Reste à savoir si notre civilisation est capable de retrouver le sens des gestes sans abandonner le progrèsi Si la technologie peut être utilisée à des ¦J fins d’humanisation.Sortir du système ou y rester.Rejeter le système avant d’en être rejeté.Lutter à l’intérieur de la cité ou protester en quittant la cité.Etouffer ou respirer.New-York est devenue une ville infecte.Tous le reconnaissent.Et ils sont des millions à le crier dans les journaux, à la télévision, aux manifestations populaires.Mais ils sont des millions à habiter New- York.Ils sont des millions à s’entasser dans l’atmosphère visqueuse des cités industrielles.New- York est devenue, entre autres choses, le théâtre du plus grand nombre de manifestations populaires anti-urbaines.Ils sont des millions à dénigrer New-York; ils sont des millions à convoiter la ville.La ville rectangulaire, cubiculaire.La ville qui propose des rapports anonymes.Avec une place pour chaque moment.Une chambre pour se coucher, une cuisine pour popoter, un salon chic pour les amis.L’hospice pour les vieillards.Le ghetto pour les pauvres.L’asile pour les fous.L’école pour apprendre à compter.Une petite case pour la littérature, un cubi-cule pour la poésie.Un ami pour le bridge, une maîtresse pour discuter de cinéma, des copains pour le club nautique, des relations pour les affaires.Un espace pour chaque geste.Un lieu pour chaque chose, un moment pour chaque activité.Il est remarquable que le mouvement contre la pollution survienne simultanément avec celui pour la participation, Car la participation appelle une société circulaire, non rectangulaire.Autour du cercle, chacun est présent à chacun.Autour du cercle, comme autour du bivouac, chacun est amené à percevoir tous les autres.La société cubiculaire, elle, prévoyant un espace clos pour chaque activité, va à l’encontre de la participation.On est toujours en quelque sorte dans la mauvaise pièce.La relation entre personnes est devenue un rapport d’efficacité.Or les gens réclament des liens, des attaches plus vraies, près des sources de l’humain.Retourner aux sources, ce sera redescendre en dedans de soi pour y retrouver des émotions enfouies et plus senties.Des attouchements moins cubiculaires.* On a imaginé de nouvelles formes de thérapie, au cours desquelles l’individu est invité à se dévêtir, à toucher son voisin.A fouiller en dedans de lui pour retrouver l’émotion vraie, le sentiment premier, le cri originel.Je ne vais pas discuter de l’efficacité relative de ces formes de traitement.Elles sont là et leur présence doit bien avoir un sens.Faut-il, dans notre civilisation, pour se toucher ou pour s’avouer des sentiments, s’embarrasser du prétexte de la thérapie?Une civilisation qui ne sait plus toucher, qui ne sait plus sentir peut bien désirer retourner aux sources.Parce qu’on ne savait plus faire l’amour, à ce qu’il semble, on a improvisé la sexologie.Il ne s’agit pas de déni- ^ grer les énoncés scientifiques des sexologues; la sexologie W 21 retrouvailles i i i existe qui a démystifié le sexe, procuré une analyse scientifique de certains de nos comportements érotiques.Mais quelle est donc cette civilisation qui a besoin de s’inventer un savoir pour réapprendre à faire l’amour?Retourner aux sources.Pour mieux étudier l’homme, la science le décompose en parcelles analysables, en pièces détachées.Eléments que l’on peut ensuite soumettre à l’observation objective.Eléments quantifiables.Repérables.Calculables.Mais cette méthode a ses limites que l’on se refuse à reconnaître.Plutôt que de remettre en cause la méthodologie de nos savoirs, on se plaint couramment que l’homme ne se plie guère aux exigences de la méthode.Car on souhaite, d’une manière à peine voilée, que l’homme en vienne à ressembler au modèle mathématique qu’on a élaboré de lui dans les couloirs de l’Université.L’homme linéaire, rectiligne, aussi logique que le système d’analyse.Homme sans aspérités.Jamais irrationnel ni illogique.Pourtant, dans certains C.E.G.E.P.maintenant, des jeunes se dévêtent.On retrouve cette tendance au nudisme ailleurs.Comme si les gens voulaient rejeter avec violence les habits qu’on les contraint de porter.Les rôles qu’on les amène à jouer sans considération pour leur démarche intérieure.Retour aux sources à l’intérieur de soi.Aspiration à l’authentique, au vrai.L’eau de la source est souillée, dénaturée.Mais le sentiment qui déborde cette constatation, c’est que l’être intérieur risque de se dénaturer lui aussi pour peu que l’on continue de la sorte à l’écraser, à le nier.Sous l’habit, se révèle le corps.Un corps qu’il nous faut mettre au vestiaire quasi à chaque instant.En recherchant le corps, les gens protestent à leur manière contre la linéarité du raisonnement.Contre la logique devenue inexpugnable du système de pensée.Car le corps est paradoxe, contradiction, besoin, courbe au lieu de ligne droite.i Devant cette reification progressive, le mysticisme prend tout à coup valeur de subversion.Et la nouvelle generation n’a pas choisi au hasard le mysticisme qu’elle oppose à l’opérationnalité: elle a choisi le mysticisme hindou.Celui qui refuse et rejette la competition.Celui qui propose un retour sur soi, une méditation dans un monde qui voudrait forcer l’être à ne plus même réfléchir.Car la réflexion devrait, selon les prémisses du système, appartenir à quelques penseurs chargés de cette tâche par une collectivité.Nous avons, j en ai peur, invente une nouvelle espèce d etres humains: l’Homo Ordinator.L’homme qui a réponse à tout.Qui dissèque les problèmes en une longue suite de dichotomies, une succession de oui et de non qui éliminent les fausses réponses et dirigent le chercheur vers la réponse exacte.L’ordinateur a une mémoire électronique, ce qui est bien pratique pour une civilisation qui a perdu le souvenir.L ’ordinateur est objectif, car il ne ressent pas de sentiment.Il n’éprouve pas de préjugé.Il décortique les situations avec froideur.Les journaux sérieux sont devenus semblables à ces ordinateurs.Dès le matin, l’éditorialiste lucide vous met engarde contre Untelquia, la veille, laissé transparaître ses émotions.Et la journée s’achève par un bulletin de nouvelles où, de sa voix imperturbable, l’annonceur vous débite, sans sourciller, les drames les plus tragiques, les gestes les plus révoltants, les anecdotes les plus farfelues.Toujours de sa même voix neutre, objective, censurée.Face à l’ordinateur, une seule réplique: l’émotion.L’ordinateur procède par dichotomies, par oui et non, par tout ou rien.L’homme affectif est capable simultanément du oui et du non.Et l’ordinateur ne comprendra jamais cette contemporanéité de deux contraires.(o# tait110 boré11 Lasof l'oflcti' opéra1 c!#1 oDsen lerok sezfe sir dal unité* aveclf [aux à divers Üiiect nique gasp* qu'on i lamer Lam Inékt Or ia; pse répon îhéor toute i L’ordinateur est linéaire.L’homme est sinusoïdal.Vibrant.Courbe.La logique cartésienne débouche forcément sur Manhattan.La ville logique, triomphe du rationalisme et de l’automatisme.La logique cartésienne débouche sur l’objectivité au détriment de la subjectivité.Sur la division des tâches en multiples modules opérationnels.De sorte que le citoyen passe à côté du moribond sans lui adresser le moindre regard: ce n’est pas son rôle, ce n’est pas sa fonction.Le pragmatisme productif chosifie les sujets, pour avoir plus d’emprise sur eux.Pour mieux les saisir, les manipuler.Le boulevard et l’autoroute sont rectilignes.L’homme est sentier, détour.Devant l’objectivité, une seule arme: la subjectivité.* Srole, le sociologue qui a dirigé, il y a quelques années, l’étude sur le Mid-Mannhattan, était obligé de conclure que la ville ne produisait pas davantage de pathologie que la campagne.Mais que l’un et l’autre milieu produisaient un taux terriblement élevé de maladies mentales.Srole en arrive à accuser le Système.Le système qui amène l’homme à se barricarder derrière le béton, derrière la production.Qui amène l’homme à se cloîtrer.quomi hem sire:, «ire (fi Al'O/u Sonwi l'être profile 22 ïftilljj le 2 com.'ooié.!Pen.?#i(i (West (rQi«.wrun (non, ml innee!! inclure e irodui 5, lernere Pour ne pas penser à là mort.Le christianisme qui a prévalu jusqu’à ces derniers temps fournissàit une réponse à l’angoisse de mort.Il promettait un ciel.Il donnait un sens à l’événement.Il avait élaboré un réseau de symboles où les faits et réalités puisaient un sens, une signification.Quel réseau de symboles a-t-on inventé pour remplacer ce symbolisme perdu?La société cubiculaire avec son insistance sur le rôle ou la fonction sociales, son apesantissement sur la situation opérationnelle du sujet devenu objet, propose un site à chaque individu, une raison pour chaque geste, mais mon un sens.Le rôle est et demeure événement de surface.La thématique du retour aux sources, dans la contre-culture, dit assez bien le besoin vivement ressenti de profondeur.Le désir de la souche, de la racine.De la continuité, par opposition à la rupture.De la continuité avec l’histoire et le passé, soit, mais de la continuité avec le soi, de cette continuité qui fait qu’on ne sent pas faux à chaque geste posé.Qui fait qu’on se reconnaît en divers points de son existence.Une continuité organique qui s’oppose à la césure mécanique imposée par la pensée opérationnalisée.Ce n’est pas par hasard que l’on dénonce l’aliment artificiel et qu’on réclame le retour à l’organique.Au tissulaire.C’est la mentalité opératoire de toute la civilisation qui est remise en cause.* La question qui demeure sous-jacente à tous ces propos, c'est celle de la mort.La mort est indice de la limite: limite infranchissable.Inélucàtable.La mort, c'est notre petitesse.Or la ville et la logique sdnt là pour tromper notre angoisse de la mort.L’autoroute est supposée être une réponse infaillible au risque de la conduite routière.Théoriquement, l'autoroute évite systématiquement toute cause d'accident.L’ordinateur a réponse à toutes les questions; il n’existe donc pas de questions sans réponse, théoriquement.La cadence de l'usine se substitue aux rythmes de la biologie.Les agences matrimoniales s'occupent, si vous le désirez, du choix de votre partenaire de vie.Pas de risque d'erreur.Avons-nous oublié, ce que veut dire le verbe aimer?Sommes-nous si peu capables de faire confiance à l'être humain que nous devions soumettre tous nos problèmes à l'Ordinateur?Ce système entretient une notion étonnamment appauvrissante de l'homme.Un système de surprotection d'un être perçu comme fra- * gile et bête.Incapable de trouver ses réponses.Ce système mutile l’homme.On exclut le vieillard pour ne pas le voir mourrir.On excluera l'enfant, peut-être, pour ne pas être témoin de sa spontanéité, de ses questions, de son insolence dans sa quête de savoir sur l’adulte.La femme a obtenu accès au monde du travail.Mais la femme, historiquement, était dépositaire d'une série de valeurs, telles la tendresse, la nostalgie, l'intuition, la délicatesse.Ces valeurs ne sont pas très commodes si on les considère en termes de production ou de martialité.Je ne me plaihs pas des femmes au travail.Je ne crois pas non plus que l'intuition et la tendresse soient l'apanage de la féminité.Simplement, ces valeurs, mâles ou femelles, n'ont plus de lieu d'expression.Sont repérées comme subversives.La société cubiculaire semble avoir inventé un espace réservé au vécu émotionnel?Un lieu d'*'encounter” d'où l'on revient avec son petit diplôme attestant que Ton a vécu trente heures d'émotions fortes.Des psychiatres à qui Ton peut parler.Pour n'avoir pas à ressentir d’émotions dans le circuit de production.Pour mieux fonctionner.Fonctionner: quel terme violent.Il ne s'agit certes pas de se rebeller contre la garderie, ni contre le progrès.Mais de se demander quel sera le rapport de présence de la société à l’enfant?De T enfant à la société?Le lieu précis où se développera Ten-fant importe relativement peu.En autant que l'adulte puisse être présent à l'enfant.Le couple peut être transformé, la famille modifiée, mais à compter du jour où nous serons des étrangers les uns aux autres, à compter du jour où nous ne rencontrerons jamais plus d'enfants, ni de vieillards, ni de femmes, ni de gens tristes; quand les ghettos seront si complètement fermés que nous ne saurons plus ce qui s'y passe, nous saurons alors que nous nous étions trompés.Que nous avions été épouvantablement hypocrites.Il est loin d'être curieux que dans une civilisation qui a poussé si loin ses recherches exactes, sont opérationnalité, ses techniques, un langage plus humanisant se fasse entendre.Le langage du retour aux sources.Le langage de l’économie des ressources.Le langage de l’humilité de notre petitesse.Cet air est impur.Cette atmosphère est devenue irrespirable.Mais surtout et d'abord pour l'homme intérieur.Et le retour aux sources n’est autre qu’un désir de renouer avec une certaine intériorité.Sinon, c'est peine per due ï Non pas pour renier le progrès, ni par simple nostalgie du passé.Mais pour se retrouver.Parce qu'il importe d'abord de se retrouver si Ton veut arriver à se dépasser sans se démentir.• le cegep contre F humain par421 993 106 Quand les étudiants font de l'humour malgré tout! IMMATRICULATION SOCIALE numéro de dossier:.numéro d'assurance sociale:.numéro de téléphone:.adresse:.numéro d'appartement:.numéro de zone postale:.numérologie astrale:.j numéro d'échelle sociale (auto-critique) :.date de naissance:.chiffre chanceux:.précisions secondaires: Nom:.prénom:.(Le présent Guide a été conçu et réalisé par le service d'infor-mation.Collège Ahuntsic)._____________/ ________ * JeanProulx, professeur de philosophie, Collège Ahuntsic.24 • \ , -, / • ¦ : 1 fbP' cstf llistotf6 iies.il P1 Maw estf iioelpoi rise nü peotfti Au début du siècle, Gabriel Marcel écrivait un volume intitulé: les hommes contre l’humain.Il suffit aujourd’hui de vivre dans une grande cité ou d’enseigner dans un gros collège, pour constater que certaines oeuvres de l’homme peuvent devenir la négation même de l’humain.De toutes manières, on ne s’entend même plus sur le sens du mot “humain”.Certains vont même jusqu’à dire que ce mot n’a plus de sens et qu’il faut maintenant proclamer la “mort de l’homme”.Ce en quoi, d’ailleurs, il font admirablement le jeu du “système”.Unei étud Enenti l’applic rer tou Pour ma part, je ne puis entrer ici dans une définition approfondie de l’homme ou de l’humain.Mais puisque j’affirme que le Collège est devenu, à l’image de la technopole, un milieu inhumain, je me dois de suggérer au moins certains critères de ce que pourrait être un milieu, ou, plus largement, une médiation humaine.voir, ou unhora Ainsi, pour être un “lieu de l’homme”, tout milieu et toute médiation me semblent devoir porter en eux, à quelque niveau, des possibilités d’appartcuaucc et de reconnaissance.Voilà au moins deuxconditions fondamentales qui rendent possibles l’avènement et l’actualisation de l’homme.D’abord,'une possibilité d'appartenance.Appartenir signifie ici “avoir part à” ou “faire partie de” quelque chose.A la limite, l’appartenance est la participation à un monde, qui se déploie de façon plus ou moins structurée devant la conscience.Si la conscience de chacun participe vraiment à ce monde, elle en devient une partie et se le donne comme “son monde”.Ç’est en ce sens que Tillich, par exemple, parle de tout courage d’être comme d’un “courage d’ètre en participant.” Vue sous un autre angle tours à res: elle 'ut si 24 ; l’appartenance rejoint l’enracinement aussi bien dans un espace que dans un temps et dans un langage.Le nomade est sans racines.Mais le sédentaire se donne un lieu, une histoire et une parole comme “son monde”.Il prend racines, il participe, il appartient.J Mais, précisément, on participe et on appartient à ce qui est devant soi comme un monde, à ce qui est séparé de soi.Et, en définitive, cette participation et cette appartenance n’ont de sens que dans la mesure où ils fondent la reconnaissance des personnes.Chaque conscience qui se donne un monde comme “son monde” cherche, ce faisant, à se réaliser elle-même.Un lieu hümain permet à chacun d’être reconnu et promu dans ce qu’il est profondément.Il favorise cet aspect essqptiel du courage d’être que Tillich appelle “le courage d’être soi.” Ainsi, un lieu sera d’autant plus humain qu’il favorisera cette bi-pola-risation de l’appartenance et de la reconnaissance, de la participation et de l’individuation, de la communauté et de la personne.Il est' peut-être déjà possible d’entrevoir à quel point le Collège, à l’instar de la technopole, ne favorise ni l’appartenance ni la reconnaissance et, par là, ne peut être regardé comme un authentique “lieu de l’homme”.Mais ,cela, il faut maintenant le montrer.Une journée dans la vie de 001770, étudiant En entrant au Collège, 001770 avait choisi sa spécialité: l’application thermique.Bien sûr, il n’avait pu se procurer toute l’information nécessaire pour éclairer son choix.D’ailleurs, à 17 ans, connaît-on toujours bien ses goûts et ses aptitudes?Toujours est-il que nous le retrouvons aujourd’hui, au moment même où il, a décidé de changer d’option: il ira en bio-chimie.Un peu perdu dans cette immense “boîte”, il s’informe.Quelques copains lüi suggèrent d’aller voir le D.S.P.Il apprend, par le fait même, qu’un D.S.P.existe et qu’il s’agit de celui qui dirige les services pédagogiques.Il ira le voir, mais à 2h p.m.seulement, car aujourd’hui 001770 a un horaire chargé: il doit suivre des cours, sans arrêt, de ,8h a.m.à 2 h p.m.et de 4 h p.m.à 6 h.p.m.Ses deux premiers cours (de 8h à 10 h) sont des cours de français.Là, il apprend que le “français normatif’ est un sous-produit de la bourgeoisie.Il découvre aussi que “ça” parle en lui.Il n’y a évidemment aucune lecture obligatoire.De lOh à 12h, il retrouve quelques copains dans un cours de spécialité.Il prend des notes pendant deux heures: elles lui seront fort utiles pour donner un bon rendement sur le marché du travail.C’est l’essentiel! Après tout, les cours de formation générale, c’est, bien beau, mais “qu’ossa donne?” Le professeur de spécialité lui-même est d’accord pour dire que ces cours sont une surcharge et enlèvent un temps précieux à la formation professionnelle.Pourtant, de!2h à 14h, 001770 doit, tout en grignotant son sandwich, assister au cours de philoso- phie.Heureusement, ce professeur-ci n’est pas trop exigeant.On vient au cours une semaine sur deux; on lit les journaux ensemble.L’objectif du cours de philosophie est d’apprendre à lire à l’étudiant.Ce cours de philosophie est très différent de celui de la première session dans lequel il y avait des cours magistraux, plusieurs travaux, des textes philosophiques à étudier et une correction des fautes de français.D’ailleurs, 001770 a aussi entendu parler d’un cours de philosophie où tout le monde s’assoit par terre, se laisse parler ou se touche, selon l’exigence intérieure.A 2h, 001770 va chez le D.S.P.Malheureusement, il n’est pas encore revenu de son repas du midi.Il faut attendre.A 3h, le D.S.P.arrive et informe sa secrétaire que de tels problèmes(changement d’orientation) relèvent des conseillers en programmes.001770 en est avisé.Il va chez le conseiller en programmes.Il est près de 4h.Ce dernier le met au courant des démarches nécessaires et des échéances: il lui reste une semaine pour prendre rendez-vous avec les deux directeurs d’enseignement concernés par ce changement.Après cette date, il ne pourra pas changer d’orientation.On l’avise de se hâter à prendre ses rendez-vous, car les directeurs d’enseignement aussi ont de nombreuses réunions et doivent parfois prolonger leurs repas du midi.Quoiqu’il en soit, ce sera pour demain.Car il faut maintenant assister au cours programmé de physique appliquée.Manquer une heure, à ce cours, c’est risquer de perdre le pas pour le reste de la session.Les objectifs y sont précis et les démarches, scrupuleusement ordonnées.Après une journée aussi remplie, 001770 se croit justifié de regarder à la télévision la partie de hockey entre la Californie et Toronto, qui s’annonce pourtant assez terne.Demain, quand le directeur d’enseignement lui demandera le nom de ses professeurs, il ne saura répondre.On les retrouvera par les numéros des groupes auxquels il appartient.Que voulez-vous, le Collège de Grande City compte 4,500 étudiants et 300 professeurs! C’est ce que certains appellent la “démocratisation” de l’enseignement.De toutes manières, le problème de 001770 n’est pas là.Il doit aller se reposer, car demain il devra assister à cinq heures de cours et passer un test objectif en physique appliquée programmée.Il a peut-être raison de rêver au jour où il aura un bon “boss”, une bonne “job” et un “travail en miettes” plus payant.Le Collège de Grande City: un milieu inhumain La description qui précède est à peine caricaturée.Elle permet, en tout cas je l’espère, de saisir certains aspects de l’inhumanité de ce lieu et de l’aliénation dans laquelle il place la majorité des étudiants (et même des professeurs).Il v a bien, ici ou là, quelques lieux d’appârtenan-ce et certains actes de reconnaissance.Mais il semble que ce soit “comme malgré la structure”.Le Collège de Gran- 25 le cegep contre l’humain de City ressemble, en effet, par plusieurs de ses traits, à la technopole, dont “l’humanité” n’est pas précisément la caractéristique distinctive.Le Collège de Grande City est un milieu pluraliste.Ce pluralisme comporte d’abord un morcellement du temps et des matières à l’étude, à un point tel que l’unification n’en est plus possible.Mais il oblige surtout 001770 à se confronter avec une multitude de pratiques pédagogiques qui, à lajimite, se contredisent et se nient: la dynamique de groupe concurrence l’enseignement programmé.Plus profondément, c’est à des “idéologies” contradictoires que 001770 aura à faire face.Certains professeurs se réclameront, par exemple, dans leur conception de la pédagogie, du behaviourisme de Skinner (le dernier à la mode!) ou de l’humanisme optimiste de Rogers; certains axeront leur cours sur l’homme ou sur le sens des valeurs, tandis que d’autres proclameront la mort de l’homme et l’inutilité de la question éthique.Des rêveurs applaudiront à cette diversité.Mais un pluralisme tel qu’il nie toute appartenance possible chez un étudiant de 17 ans, dans les années 70, n’est pas fécond, mais aliénant.001770 est démuni, sans cohérence interne, sans critère, sans appartenance.Le Collège de Grande City est un milieu anonyme.Les rapports entre professeurs et étudiants, tout autant que les relations entre étudiants (et à plus forte raison, les contacts avec l’administration), tendent, dans un tel milieu à devenir anonymes.Les gens ne se reconnaissent plus, faute de se connaître.001770 est un numéro oublié dans le grand tout.Il passe d’un professeur à l’autre sans qu’aucun n’arrive à le “nommer”.Il connaît peu ses confrères, qui changent d’une classe à l’autre.Cela lui laisse une grandç liberté de manoeuvre, mais qu’il doit payer du prix de l’incognito.Le Collège de Grande City est un milieu pragmatique.001770 y est d’emblée installé dans le principe du rendement et de l’efficacité.Il se prépare d’ailleurs à bien fonctionner dans la société, à servir au mieux les objectifs de la production et de la consommation en système capitaliste.L’éducation n’y est pas d’abord conçue en fonction d’une actualisation des possibilités humaines, mais d’une édification de la société industrielle avancée.Le Collège offre de moins en moins de rupture avec cette société.Il se modèle sur elle, pour mieux la servir et s’y asservir.On apprend déjà à 001770 à juger les êtres d’après leur efficacité, leur rentabilité et leur fonctionnalité.Du coup, se trouve justifié le mépris de cette société à l’égard de ses handicapés, de ses malades, de ses vieillards et de ses déshérités: ils n’entrent pas dans la catégorie du rendement.Ils ont à peine le droit d’être reconnus.Non seulement le Collège de Grande City est-il de moins en moins un lieu de l’homme etde plus en plus un reflet de la société technologique avancée, mais il est devenu, pour une bonne part, un milieu de déracinement.001770 y passe vite; il vise au plus tôt, comme il se doit, une place 26 sur le marché du travail.Pendant son séjour à Grande City, il aura sans cesse été ballotté d’une classe à l’autre, d’un professeur à l’autre.Bien peu l’auront connu et surtout reconnu.Là où il aurait pu prendre racines, auprès de tel groupe, dans telle matière, avec tel professeur, le temps aura manqué.Grande City impose la mobilité dans l’espace et le temps, tout comme dans les relations humaines.Ce Collège initie à la civilisation du “prêt à jeter” de Toffler.Qui sait, peut-être un jour, comme dans Le meilleur des mondes de Huxley, les mots indiquant la continuité, l’appartenance, l’attachement ou la liberté seront-ils devenus “tabou” à Grande City! Le Collège de Grande City est enfin un milieu où régne “la profanité’’.J’entends, par là, que 001770 y assiste quotidiennement à “la mort des dieux”, c’est-à-dire à l’effritement de toute valeur à laquelle il aurait pu donner son adhésion; à la négation des modèles dans l’ordre du savoir, au profit d’un développement des capacités de souplesse et d’adaptation requises par la société industrielle avancée; à la disparition des maîtres (avoués) qui laissent trop souvent la place à des animateurs pseudodémocrates, dont le principal souci est de se modeler sur la jeunesse.001770 apprend tout de même des choses: par exemple, que défendre passionnément une valeur est une attitude dogmatique et fermée aux possibilités de l’avenir et qu’en conséquence la tolérance et l’indifférence lui sont préférables; par exemple, que reconnaître un modèle est une négation de la créativité pure dont chacun est capable quand on le laisse à ses bons instincts; par exemple, que tout maître (avoué) est une image paternelle, synonyme de dépendance et de castration.Peut-être que dans cette ligne de la facilité et de la médiocrité, les consensus seront, un jour, possibles! Mais ce sera au prix de l’enracinement et de l’autonomie, de l’appartenance et de la reconnaissance, de la participation et de l’individuation.Des voies d'humanisation Il n’y a sans doute pas de Collège aussi déshumanisant.Du moins, c’est à espérer.Pourtant, les processus de l’éducation dans la société industrielle avancée nous y conduisent, à moins qu’ils ne soient réorientés.C’est à une “croissance zéro” de ces processus que je voudrais convier ici les éducateurs, ainsi qu’à une réorientation de leur dynamisme, dans le sens de l’humain, c’est-à-dire en direction de l’appartenance et de la reconnaissance.Il faut d’abord affirmer fortement que la finalité'principale de l’éducation est celle d'une formation de l’homme en chacun et non celle d’une servitude aux objectifs d'une' société donnée.Le Collège est d’abord un service de l’homme avant d’être un service de la société.Ainsi, la formation générale ou fondamentale, dont la visée est l’actualisation des grandes possibilités humaines de participation et d’individuation, devrait être prioritaire et englobante.L’éducation authentique n’est pas d’abord fonctionnelle ou utilitaire.Elle se donne l’homme pour ï’IlOP etiiela (jfC0f co®®1 précis* sect®® téJa (ions ii IllfiC ce et P iel'lic il® ainfn Cesse lègelti lieux i( aussi I àl'ini petite parten dans le etpou] c'est le me, le’ 1! reste sible'i me.de tioi),to l'idéolo dierchi ainsi te l% dans ut mite, p quil'es fin, par delà tous les objectifs secondaires qu’il est légitime de se fixer.On ne doit pas enfermer l’étudiant dans l’univers restreint de la division du travail et des fonctions économiques, sans pour autant nier cet univers.Mais, pas plus qu’un bastion de la société établie, le Collège ne doit être un moyen d’endoctrinement pour changer la société.Sa vocation première est d’être un “lieu de l’homme”, une médiation de l’appartenance à l’humain et de la reconnaissance de l’humain.Le Collège doit, de plus, passer de l’état de société à l’état de communauté.Ce qui distingue essentiellement la communauté de la société, c’est que la première permet précisément l’appartenance et la reconnaissance que la seconde sacrifie, au profit de l’efficacité et de la rentabilité.La communauté favorise la participation et les relations interpersonnelles.Le Collège devrait s’établir à cette échelle communautaire.Puisque les bâtisses et les murs du Collège de Grande City sont maintenant en place et peuvent recevoir 4,500 étudiants, ne les jetons pas par terre.Mais pour refaire la communauté comme lieu de l’homme, il faudra créer des “petits collèges” dans le grand Collège.Alofs, la boîte à outils sera au service de l’humain et les objectifs mesurables seront subordonnés aux finalités et aux valeurs.Ces sous-ensembles (petits collèges dans le grand Collège) trouveraient peut-être avantage à .se définir comme lieux idéologiques.J’entends, par idéologie, l’affirmation explicite d’un système de représentations et de valeurs, communes à un groupe.Le pluralisme des insignifiances auquel nous sommes acculés est dissolvant et conduit aussi bien les étudiants que les professeurs à l’informe et à l’indifférence maladive.Le consensus devient le plus petit commun dénominateur.Il ne signifie presque plus rien.On ne s’y reconnaît pas plus qu’on ne lui appartient.Il nous faut bâtir des vérités, refaire de véritables consensus autour de certaines valeurs, rétablir des pôles d’appartenance, en un mot, définir des lieux idéologiques dans le grand Collège.La chose il est vrai, n’est pas facile et pourrait éventuellement aboutir au fanatisme.Mais c’est le risque à courir pour dépasser l’amorphe, l’informe, le visqueux aussi bien que l’indifférence généralisée.Il reste qu’en deçà de cette éventualité il devrait être possible “de poursuivre des fins avouées mais sans fanatisme, de proposer des valeurs mais san§ sectarisme, d’enseigner mais sans dogmatisme” (Plaidoyer pour l’essentiel, dans Revue Critère, no.9).Dans un autre article, il serait intéressant d’analyser les grandes idéologies qui semblent se partager actuellement le monde de l’éducation, tout en se neutralisant les unes les autres, dans leur recherche d’un consensus aussi lointain qu’éphémère: 1.l’idéologie humaniste, qui affirme sa foi dans l’homme, et cherche avant tout à faire advenir le sens et les valeurs ainsi qu’à conduire à leur appropriation; 2.l’idéologie critiqu ', qui se tourne vers la connaissance ou la culture, dans une entreprise de démystification radicale et, à la limite, révolutionnaire; 3.l’idéologie pragmatiste, pour qui l’essentiel est de fonctionner efficacement et de bien s’adapter dans la société présente; 4.l’idéologie psychothérapeutique qui refuse les idéologies précédentes au nom d’un intérêt porté, non aux contenus de l’éducation, mais aux motivations, problèmes et démarches de chaque étudiant.Que chacune de ces idéologies s’affirme et on verra enfin au grand jour les culs de sac auxquels nous conduisent certaines d’entre elles.Le Collège, pour devenir un lieu de l’homme a besoin de modèles et de maîtres.(Je me situe, vous l’aurez deviné, dans la lignée humaniste).Le modèle se situe ici dans “l’ordre de la connaissance” alors que le maître s’affirme, pour sa part, dans “l’ordre de l’être”.L’un et l’autre, cependant, favorisent l’appartenance et la reconnaissance.Le modèle est précisément une forme ou une structure qui, une fois intégrée, sert d’armature intellectuelle.Si “toute structure solide destinée à servir d’armature s’acquiert aux dépens d’une certaine dose de liberté” (de choix) (LORENZ, Les huit péchés capitaux de notre civilisation, p.115), elle n’en est pas moins nécessaire à l’avènement de l’autonomie authentique.Par ce biais, il me semble que l’éducation est confrontée avec deux conceptions fondamentales de la liberté: libre-arbitre ou liberté d’achèvement, liberté de choix ou autonomie, liberté d’indifférence ou liberté de perfection.La liberté comme autonomie, achèvement et perfection vise, non la maîtrise initiale d’un acte que possède tout adolescent (choix), mais la maîtrise de soi que possède le sage (actualisation de l’humain en soi, perfection).Cette conception de la liberté fait appel aux modèles, propose des formes, élabore des critères, indique des valeurs.H me semble que la pédagogie qu’elle implique est la meilleure condition de possibilité d’une appartenance et d’une reconnaissance, la meilleure chance d’humanisation pour l’étudiant.Mais le modèle ne se sépare pas plus du maître, que l’ordre du connaître n’exclut l’ordre de l’être.Le maître est une médiation nécessaire de la conquête de soi et de la recherche du sens de l’existence.Le maître témoigne d’une réalisation des possibilités humaines et, par là, invite chacun à réaliser sa propre vérité.Le maître invite à la sagesse par delà le savoir.S’il est une image paternelle, il n’est pas pour autant l’affirmation d’un paternalisme aliénant.Les pédagogies libertaires d’aujourd’hui n’ont pas plus raison que les pédagogies autoritaires d’hier.La médiation du maître est nécessaire à l’éveil des possibilités humaines en chacun.Quand elle n’est pas déformée dans le dogmatisme et l’idolâtrie, elle est un lieu de l’homme, elle favorise l’appartenance et la reconnaissance.La médiation du maître indique des voies au courage d’être en participant et au courage d’être soi.Les professeurs eux-mêmes peuvent remplir ces fonctions de modèles et de maîtres, pour une part.Mais l’une de leurs tâches essentielles est d’ouvrir l’étudiant sur de plus grands modèles et de plus grands maîtres.Ceux qui refusent l’idée même de maître et de modèle s’illusionnent à souhait.Ils s’en donnent de toute manière et les transmettent naïvement et inconsciemment: ce qui est toujours plus pernicieux, comme tout ce qui est clandestin.# 27 d’ailleurs L’Ailleurs ne peut pas être Ici; l’Ailleurs loge toujours Ailleurs, dans des terres lointaines, en d’autres Temps.L’Utopie, c’est Ailleurs, comme le Mal et ses délicieuses contrefaçons.Le Graal, l’Or pur, la Vérité, l’Extase, la Folie, c’est toujours Ailleurs.L’Ailleurs et l’Ici, c’est comme l’histoire d’Ulysse et de Pénélope qui ne se rejoignent que le temps de réaliser qu’ils ne peuvent pas se rejoindre vraiment.Les grandeurs et les misères d’ici, c’est d’épouser les limites du ventre matriciel et du lieu de sépulture; les explorations, les grands travaux, les aventures mythologiques, les transgressions, les philtres et les épices, tout cela se trouve Ailleurs.Un Ici sans Ailleurs, c’est insupportable.Un Ailleurs sans Ici, c’est la déraison, les châteaux sans Espagne.Même Dieu n’a pu supporter l’Iei; il est venu d’Ailleurs et il y est retourné.La trajectoire d’Ulysse, à la découverte de l’Ailleurs, commence des la naissance et se poursuit toujours.On quitte d’abord l’espace du ventre, puis le territoire délimité par le Père.La grande frustration des parents est peut-être de réaliser que pour leurs enfants, ils ne sont que les parents d’ici.Nous, les pères, nous sommes tous des cocus de l’Ailleurs, pour nos enfants et nos épouses.et c’est tant mieux qu’il en soit ainsi.L’Ailleurs doit rester Ailleurs.Puis les divers apprentissages, puis le moratorium de la vingtaine, et puis le Klondike sous toutes ses formes; c’est toujours Ailleurs.C’est curieux.A l’aube de la quarantaine, quand la vie nous met elle-même en quarantaine, Candide et Ulysse s’attardent un peu plus longtemps au port quand ils reviennent faire le vide et le plein, quand ils reviennent fourbir leurs armes; entre les périodes de navigation, ils ont le temps de devenir aubergistes.Ils ont alors un peu plus le temps et le goût d’explorer leur Ici, leur histoire de famille, leurs terres et leurs amours en friche qu’ils n’avaient pas eu le temps ni l’intelligence d’ensemencer.Ils montent aussi au grenier de leur enfance, ils se remémorent, ils se taisent; ils entendent alors de vieux chants, de vieilles berceuses; de vieux souvenirs d’entrailles, des souffles chauds dans le cou et au coeur.Et pour la première fois, le bilan, le décompte de la pêche et de la chasse deviennent pénibles à faire et a envisager; on regarde autour de soi ce qu’il est devenu de la maison et de la terre familiales, du village, de la ville, du pays, de la planete et surtout de soi; tout ce qu’il faut détruire, démolir, souiller, piétiner, profaner pour arriver à se bâtir une épitaphe qui nous fait pitié et devant laquelle on ne pourra bientôt que déposer des fleurs de plastique.Et tout ce temps qu’on a mis a chercher l’AilIeurs, Ailleurs, alors qu’il n’est Nulle Fart.C’est peut-être en dedans de soi qu’il faut chercher l’Ailleurs qu’on sait très bien qu’on ne trouvera jamais.C’est peut-être seulement là qu’on a parfois l’impression de l’avoir frôlé, comme la Mort.La ville, verticale, bétonnée ou souterraine, la campagne, en ville ou en campagne, les chalets Suisse construits en rangée, dans des rues asphaltées donnant sur des pentes de skis, tout cela ressemble à de sérieux faux-problèmes ou à des solutions-écrans qui évitent alors de se poser comme le véritable problème.On continue, là encore, à chercher Ailleurs pourquoi il est si difficile de vivre Ici, avec soi-même.D’ailleurs.Pierre Migneault ( et qu’avons-nous fait la culture ?par 223 469 065 Montmorency, 1942.Lumière dorée du mois d’octobre.En huitième année, dans la classe du frère Georges.Durant des heures, de braves petits garçons avaient rêvé en silence, les yeux vides sagement fixés sur le maître.Bredouillant à bon escient, par intervalles, des réponses convenables.A trois heures et demie, nous avions droit à la récompense des jours fastes.Le frère Georges allait nous raconter une histoire.i Du frère Georges à la culture \ Le frère Georges s’égara lui aussi dans son rêve.Il nous raconta une histoire réservée aux fils du médecin et de l’épicier qui nous avait quittés au mois de mai pour faire leur ço’irc "L.ssique.Il s’est pris, ma foi, pour un prêtre, peut-être même pour un jésuite.On lui avait pourtant confié les enfants pour qu’il les menât jusqu’à la facterie, toute proche, de la Dominion Textile.Maudit soleil d’octobre.R)ctobre, disait Bachelard, le mois où toutes les écoles sont jeunes >.D ordinaire, les contes du frère Georges étaient anonymes.Ce jour-là, il nous n^rra l’histoire des Horace et des Curiace.Il s’empêtra même dans des commentaires, nous confiant que de cette histoire un dénommé Cor- » ’Fernand Dumont neille avait tiré une pièce de théâtre.De fil en aiguille, il entreprit un éloge de Corneille qui se confondit avec le remue-ménage des chaises et le claquement des pupitres refermés.Peut-être pour que le panégyrique ne fut pas tout à fait perdu, j’allai lui demander de me prêter le livre.Il fallut descendre jusqu’au corridor des frères.Je mis dans mon sac un livre relié en noir, couleur de soutane et de connaissance.La nuit tombée, mes devoirs terminés, je lus le Menteur et j’entamai le Cid.Je venais de quitter, sans le savoir, le monde de la parole pour celui de l’écriture.Ce que j’ai fait depuis n’est que la suite de ce premier exil.Tous ceux qui écrivent ont rencontré le frère Georges, fut-il déguisé en jésuite, en Mère Sainte-Euphémie ou en professeur de CEGEP.Où est donc ce curieux pays où l’on nous a conduit?D’où tenons-nous le droit de raconter les histoires des autres?Dans le dernier numéro de Maintenant, nops avons accompagné Michèle Lalonde dans l’hallucinant voyage de l’autobus 80.Humiliation d’un peuple perdu dans la grisaille de l’hiver, danse macabre des signes où se succèdent les pâtisseries grecques, les pet shop, les Di Maulo Snack bars.Michèle est enfin descendue de cet autobus pour écrire un beau texte.Mais l’autobus 80 promène toujours dans Montréal notre fatigue, notre angoisse, notre rancune; dans les pages refermées de la revue, l’autobus est aussi devenu Ecriture.Ecrire: salut de la ferraille, rédemption j)our les rêves des peuples, regret des jours gris?La laideur des villes, l’enfer monotone de l’usine, la lente agonie d’un pays, l’éloignement d’autrui, la mort du langage dans le délire des messages n’ont-ils d’autres issues que dans nos récits, nos poèmes, notre théâtre, nos philosophies?Trois points de repère pour une géographie éventuelle.Pompidou et la culture: le vieux Dans un livre (encore un!) sur le design, Georges Patrix nous rapporte comment se déroulent les apparitions du président Pompidou à la télévision française.L’O.R.T.F.a fait fabriquer spécialement pour ces circonstances un bureau de style Louis XV que le garde-meuble, j’imagine, doit épousseter à chaque moment de crise ou de solennité.Derrière M.Pompidou, le téléspectateur peut admirer une magnifique bibliothèque de style Empire: ce n’est' 29 et qii’avons-iiotis Sait de la culture?qu’une photographie prodigieusement agrandie.Enfin M.Pompidou entre en scène après quelques mesures d’une musique de Lulli.La culture française accompagne le Président, lui confère légitimité, lui donne le droit de mettre son discours dans la foulée de la tradition.Du conservateur des musées nationaux au potache qui rêve de supplanter la revue Tel quel, de l’ouvrier qui pousse son fils aux études à l’instituteur de Colombay-les-deux Eglises, chacun peut éprouver que les signes sont bien en place et que la parole enfin aura un sens.Le quart d’heure terminé, les employés de l’O.R.T.F.remettent le bureau dans le hangar, roulent soigneusement la photo de la bibliothèque, vont porter le disque de Lulli à la discothèque en retour d’un reçu timbré.Et les téléspectateurs ouvrent le frigidaire; quoi de mieux qu’un sandwich au jambon pour regarder le prochain film?La culture, ça ouvre l’appétit.(Exercice proposé pour un étudiant de CEGEP qui doit suivre le cours obligatoire de français: vous inspirant de la culture française, modèle assuré de la francophonie internationale, décrivez le dernier entretien télévisé de M.Bourassa ou de M.Trudeau; n’oubliez pas de parsemer votre récit de citations de Marx, de Lévy-Strauss et du gérant de votre caisse populaire locale: des trois, de préférence).M.Pompidou résume, assume, consacre, ce que font tous les gens de culture.Il ordonne de placer de vieux meubles dans le studio de télévision?Vous avez déjà fait de même dans vos maisons: vous avez peut-être acheté une ferme à la campagne.Il met des livres derrière lui?Les bibliothèques sont aussi prospères que les cimetières.Il propose un décor qui n’a rien à faire avec la cuisine où on l’écoute?Attendez que les ouvriers aillent voir au musée le Sens fixé sur des tableaux, le contraire de la saleté de l’usine des matins du lundi.Pompidou: ou les “beaux dimanches” de la culture.Le sandwich au jambon au théâtre: jeunesse de la culture Mais tout cela va changer.Finis les musées et les vernissages, finis les écoles et les apprentissages artificiel.JM.Jacques Michel confiait l’autre soir à Madame Payette que son souhait le plus vif à l’égard de son enfant qui vient de naître, c’est qu’il n’aille jamais à l’école: promesse pour des lendemains qui chantent enfin accessibles à tous, y compris pour la caissière de Radio-Canada).Finies les soirées pénibles où, après une dure journée de travail, il faut vous raser de frais, changer de chemise et de cravate, accompagner en ronchonnant votre épouse au théâtre, pour entendre chanter M.Jacques Michel, par exemple.Grâce à M.Michel Garneau, qui se fout de M.Pompidou comme de votre bibliothèque, vous pourrez désormais assister au théâtre à l’heure du lunch.C’est simple et ce reste au ras de la vie.A midi, vous refermez votre livre de comptabilité ou vous laissez votre stétoscope à la salle d’urgence.Vous prenez votre voiture pour vous rendre au théâtre plutôt qu’à la cafétéria.(Si vous êtes manoeuvre à la Canadian Precision, prenez l’autobus).Une fois parvenu au rendez-vous de la culture, plutôt que de manger comme d’habitude en parlant à votre voisin, regardez, éqoutez.Regarder, écouter: ce reste toujours la culture, comme chez M.Pompidou.Mais quelle différence, au fond, toute la différence! Vous ne serez pas aliénés dans la France éternelle ou les alibis bourgeois des vieux meubles.C’est de vous qu’il sera question, de votre vie quotidienne.Sur la scène, un comédien, entre deux bouchéés de votre modique sandwich, va vous raconter une “Histoire d’amour et de Q” (c’est le titre de la pièce) pendant qu’un autre fera “ressortir le récit en regardant des revues cochonnes ou encore en faisant l’amour avec un mannequin gonflable” (Le Devoir).Ces deux messieurs vous feront part de bien d’autres prodiges encore qui se rapportent, je le répète, à votre vie la plus quotidienne et à vos joies les plus humbles.“Pour faire changement à l’heure du lunch”, écrit le criti-qtie du Devoir, à propos de cette pièce (16 mars 1974, p.25).Il parle aussi d’“un divertissement facile, agréable.” Et je cite encore, juste pour vous mettre l’eau à la bouche: “L’amour, c’est le Q.et le Q, c’est l’amour.Tel est le sujet de la pièce.Cette pièce à deux personnages est ( un bon moyen de passer l’heure du lunch, malgré un rythme trop lent et une facture poétique pas toujours heureuse.La façon amusante dont le sujet est traité aide à distraire le public.” Elle aide aussi, je présume, à oublier Tristan et Iseult.Allons, reprenez votre comptabilité, votre stétoscope ou votre autobus.Et que M.Pompidou se le tienne pour dit: enfin la culture ne se promène plus au ciel de la théorie ou de la poésie en vase clos. Les professeurs animés abolissent la culture M.Garneau a bien du mérite de mettre la culture dans votre sandwich.Ce ne sont pourtant que des représentations.Il faut aller plus loin, déraciner courageusement les alibis bourgeois qui vous incitent à envoyer vos enfants à l’école et qui vous font attendre la noirceur pour vous glisser jusqu’au théâtre.La culture, c’est de la politique.Les classes dominantes se pressent dans la boîte du souffleur quand vous croyez voir s’agiter sur la scène les personnages de Racine.dent du syndicat, Réal Guilbert, “d’ici mardi prochain, ils auront réagi différemment et réalisé que nous avons atteint les objectifs recherchés, malgré tout”.Mardi ou mercredi, qu’importe.Nous sommes dans la bonne voie.Ayant compris qu’ils ne sont que des reproducteurs de la culture dominante, les professeurs vont démissionner.Simple question de logique.M.Guilbert ne sera plus président.Les animateurs iront animer ailleurs: pourquoi pas les vieux qui ont payé pour la réforme de l’éducation et qui risquent de mourir avant de savoir qu’ils sont des cons?Uniquement soucieuse de rendre la culture au peuple, consacrant pour cela une fraction importante des contributions syndicales à de jeunes spécialistes qui ont le loisir de lire des livres de MM.Bourdieu, Passeron, Establet, etc.pour en faire des manifestes, la C.E.Q.a tracé un vaste programme de remise en question de l’école, lieu de toutes les aliénations.En effet, qui sait mieux qu’un professeur que la culture, c’est de la foutaise?Il gagne sa vie avec la culture.Lui, au moins, quand il mange son sandwich au jambon, il sait de science certaine qu’il mange de la culture.Aussi, 1200 membres du syndicat des professeurs de la ville de Laval se sont réunis, le 20 mars, pour discuter du rôle de l’enseignant et de l’école dans la société.Juste pour orienter cette prise de conscience, on l’avait centrée sur le manifeste de la C.E.Q.intitulé: “L’école au service de la classe dominante”.Ne vous récriez pas: ce n’était pas de la propagande, comme celle que diffuse M.Pompidou dans ses vieux meubles.Il y avait des animateurs: vous savez, ces spécialistes qui ne pensent à rien sauf à vous faire penser par vous-mêmes.Il paraît (voir Le Jour du 22 mars, p.6), que les professeurs ont protesté: “On veut nous manipuler, les questions sont orientées, etc.”.Car dans ce genre de spectacle culturel, à l’encontre de ce qui se passe avec M.Pompidou ou M.Garneau, on peut parler.Malgré cela, les résultats sont encourageants si j’en crois le journal: “Le po-itique, nous n’y sommes pas encore préparés, ont dit les professeurs, et le maoisme, le marxisme et autres ismes ont peur; mais au demeurant ils ont convenu que l’école abrutit 1 enfant et que le problème de l’école qui reproduit les classes sociales, ils le vivent”.Et le journal ajoute: Plusieurs animateurs, en fin de journée, étaient un peu découragés.Mais comme nous l’expliquait le prési- Détrompés sur M.Pompidou, sur l’amour et le Q, sur l’école, sur la culture, qu’allons-nous faire de tout ce monde enfin conscient?Je crois le savoir.Retour au frère Georges Je me souviens à quoi rêvaient, en cette journée d’un automne de naguère, les élèves du frère Georges: à l’usine toute proche où, sous la protection de la Dominion Textile, on pouvait entrer après sa huitième année, ayant atteint enfin l’âge légal.Le frère Georges est bien coupable de nous avoir raconté cette histoire des Horace et des Cu-riace.Dangereuse échappée sur le songe, sur la culture.Pervertisseur de la jeunesse, non syndiqué au surplus.Je me revois, cédant à la pitié, m’avançant vers lui pour lui demander de me prêter le livre.Il n’aurait pas dû.Il m’aura fallu M.Pompidou, M.Michel Garneau et la C.E.Q.pour comprendre qu’en lisant Corneille à l’école des Frères, je m’engageais dans une voie sans issue.Que j aurais mieux fait de suivre mes camarades et mes pères: de manger mon sandwich au jambon avec mon oncle Raoul, de m’inscrire à la C.E.Q.et de prendre, quand je vais à Montréal, l’autobus 80.Le frère Georges est mort.Il y a cinq ans, quelque part du côté de Chicoutimi.Il enseignait les mathématiques, avant de devenir aveugle.Je lui pardonne.Je ferai davantage: plus tard, je vous raconterai son, histoire.Si vous êtes sages.Par une de ces journées d’octobre où on lève les yeux de son livre pour regarder le soleil et que tous les deux vous mettent dans le coeur je ne sais quel orgueil: celui qui porte à écrire.% 31 1 Petite lettre | philosophique || Oscar Wilde, qui aimait les paradoxes et Iff qui en fit beaucoup de superficiels et quelques-uns de profonds, écrit quelque part que la nature finit toujours par ressembler à la peinture.Il ne croyait pas si bien dire, pour l’époque qui viendrait après la sienne.Aujourd’hui la peinture, les miroirs, il §§ n’y a plus que peintures et miroirs, presse, If livres, images, sons, messages, — au-ü jourd’hui des miroirs innombrables en effet ne sont plus seulement des véhicules et Il des reflets, ils sont la nature, notre ciel 11 même et la philosophie.Il Ce' phénomène est proprement affolant.Devant le cinéma, devant la littérature et l| le contenu de tous les media, devant le §§ chaos et la folie qu’ils roulent et qu’ils déif versent comme d’une bouche d’égoût, les SI» Les remèdes politiques du docteur Kissinger Ü:' ::-r 1 ¦ Désengagement Indochinois, normalisa- !| tion avec Pékin et Moscou, cessez-le-feu au Proche-Orient, voilà ce que l’Histoire retiendra des actions diplomatiques || d’Henry Kissinger.Celui qui occupe le || sous-sol die la Maison-Blanche est devenu || en ce dernier quart de siècle, l’interlocuteur préféré des Grands de ce monde.§1 Quelle est la philosophie politique de cet homme qùi jongle avec toutes les crises internationales, et semble les résoudre avec Il une étonnante facilité?If Professeur d’Histoire, Henry Kissinger Il montra dans deux de ses ouvrages, Nu-• clear Weapon and Foreign Policy et The f| Necessity for Choice que toute la vie politique internationale était placée sous le si- insouciants tiennent le contrepied de l’aphorisme de Wilde: “Après tout, cela reflète notre époque”, disent-ils, et tel cinéaste, par exemple, parmi tant d’autres, selon la mode et l’habitude, fera des films qui en effet seront des miroirs.Or, nous avons passé un seuil assez terrible.Une idée qui n’était du temps de Wilde qu’un paradoxe esthétique a fini par correspondre à une formidable réalité de civilisation.Aujourd’hui notre propre image, une image affreusement réaliste et surmultipliée, notre ignoble reflet,1 nous environne et nous pénètre, nous conditionne et nous enseigne misérablement.Crimes, incohérences, passions lâchées, pensées brisées, tout ce que nous sommes à l’état brut, proies de l’angoisse, possédés de nous-mêmes, tout cela projeté au dehors et répercuté vers nous par mille écrans, forment la matière de l’enseignement que nous recevons.Nous sommes les premiers dans l’histoi à devenir les disciples de notre bassesse.Cela n’aurait pu être en d’autres temp mais dans le nôtre, qui est une chambi tout en miroirs, les éclairs de notre fol remplissent l’espace et nous illuminent.Tout se dit, tout se fait, tout se rapport tout se montre et tout s’écrit de ce qi nous sommes; tout se proclame; tout glorifie; nous avons rempli le monde < nos bribes d’idées et de tous nos artifice La peinture a pris des proportions hallut nantes.Et l’homme finit dès lors horribl ment par ressembler à ce qu’il est.Voilà ce que je me disais l’autre soir, à sortie du cinéma, en invoquant faibl ment la pensée, l’âme, l’esprit, mais aus l’amour, entre autres souverainetés am ques, comme par regret.Pierre Vadeboncoet * gne de la force.Parfait disciple de Metter-nich, sa théorie politique des relations internationales peut se résumer à ces trois points: —le concept de force —les rapports de force —le jeu stratégique.Sa démarche politique est donc des plus traditionnelles.Comment expliquer alors tous ses “succès” diplomatiques?Le protégé de la Maison-Blanche est un habile stratège ayant une personnalité convaincante, et sachant accepter le compromis.Lors de ses différents rounds avec Le Duc Tho, il a su concéder du terrain à son adversaire tout en assortissant ses déclarations de menaces d’employer la force.De même, en proférant des menaces contre les pays arabes producteurs de pétrole, le Prix Nobel de La Paix fit pression sur Israel pour qu’il retire ses troupes des territoires occupés.Kissinger considère donc la vie politique internationale comme un échiquier où le jeu stratégique entre des mêmes rapports de force peut décider de l’issue de la pa tie.Il ne fait que jouer un pion contre v autre.Tout en concédant du terrain à son adve saire du moment, tout en affirmant q> l’ère des super-puissances est révolu tout en restructurant le monde bipolai en monde multipolaire, le chef de la dipl matie américaine n’a qu’un but: préserv la position dominante des U.S.A.dans monde.Pour y arriver, il exploite les dive gences au sein des alliés traditionnels d Etats-Unis, comme au sein du mom communiste./ Malgré son dynamisme, le “pompier t plomatique”, ne peut qu’apporter des pe liatifs aux différentes crises internation les.Car, comment trouver une véritab solution aux principaux problèmes inte nationaux lorsqu’ils ont pour cause l’il périalisme américain?A défaut d’êt poète, le “cher Henry” est indéniab ment un parfait prosateur.Khalil.A.ChJ »% rophétie ;'spp(itt f ce Pi ^allm te soii i setts aai nontiei sonadvi st revo üoraseï i.i aonneis .mon n’y a pas beaucoup de ystère; les choses d’ordinai-sont tellement bêtes.Les r,ï:t«iit )mmes font beaucoup de fu-ée tout autour, s’imaginant )Saniticj ut mystifier, mais la réalité t si simple, si commune, l’elle s’annonce pour ainsi re d’elle-même.Prédire l’a-nir, c’est d’abord savoir l’il ne sera pas très différent fait;; i présent.Au total, ce n’est isaïo is deviner le futur, mais tout mplement deviner le pré-nt.imagine donc que M.Tru-Mncoei iau, qui fait de la fumée de-ûs dix ans, en a encqre pour lelque temps.Mes raisons nt futiles, je le sais, et je ne 3 invoque pas, mais je dis ut de même, comme un ti-ur d’horoscope, à peu près qui suit: M.Trudeau se fera élire et son parti avec lui; M.jrner attendra, c’est un »mme intelligent; le Québec tera pourM.Trudeau, c’est ident; mais M.Trudeau, un au matin, passera ses pou-irs à quelqu’un d’autre.dus aurons alors M.Turner, ii n’aura pas été élu, après e nous aurons cru élire M.udeau, qui n’aura pas été ttu.Cela ne changera rien à :n, les choses seront eomme vant, chacun content, l’un rivant, l’autre partant, le emier entrant dans l’histoi-en y entrant, le second en «¦w tant.m a,cn jfjjjfjl t great French-Canadian”, •a M.Turner de M.Tru-fTiÉi!Dt(au; “A Sreat Canadian”, Ig 11-a M.Trudeau de M.Tur-ïiètr; “A SreaT country”, ont l’un et l’autre.Et tout •a dit, en attendant les moments.P.V.31 secondes, c'est trop! “Lire avec la main s’avère 4.7 fois plus rapide.Lisez “Papillon” en moins de 2 heures; une page du journal Jour ou revue Maintenant en 31 secondes; ou un chapitre de “Sociologie Politique” de Du-verger en 11 minutes.” Merci à l’Institut de lecture interna^ tional (Filiale de lecture dynamique Evelyn Wood) polir cette méthode révolutionnaire de “lecture manuelle”.Stimulé par cette invention révolutionnaire le docteur School est à mettre au point une méthode de lecture podiale dont le slogan sera: “Ne faites plus marcher vos doigts! Faites marcher vos pieds!” Ceux qui parmi nous sauront maîtriser à la fois la “lecture manuelle” et la “lecture podiale” seront assurés de la victoire aux grandes olympiques du livre.Merci encore une fois à nos voisins du Sud! On s’inquiète par contre de constater qu’il faut encore 31 secondes pour lire une page de la revue Maintenant.31 secondes! Quels sont donc ceux qui parmi nous s’évertuent à ralentir notre grande course collective?Il ne faut pas moins de 37 secondes pour lire une page de Grand’Maison! C’est trop! Beaucoup trop! Zut aux Dumont, Grand’Maison, Vadeboncoeur, Pelletier-Baillargeon et autres laquais de la contre-révolution culturelle.Mort à ces Confucius qui s’évertuent à ralentir notre course.L’aile dissidente de la revue Maintenant, armée de la pensée de Roger Lemelin a su apprendre des éditorialistes de La Presse.On sait que la page éditoriale de La Presse se lit en moins de 3 secondes “sans perdre une once de cbm-préhension!” A la prose abstraite de Grand’Maison nous rétorquerons par la limpide écriture de Jean Pellerin.A Fernand Dumont nous opposerons Vincent Prince! A Pierre Vadeboncoeur nous répliquerons avec Roger Lemelin lui-même.Que ces Confucius se le tiennent pour dit.Ils ne sauront ralentir notre course en avant! Au nom de l’aile dissidente, Daniel Pinard.> Ventes, vendeurs et vendus Nous avons un régime, capitaliste, contre lequel il faut défendre jusqu’à des mottes de terre, le sol, la propriété agricole, le bien national foncier, lequel disparaissait jusqu’ici par gros morceaux mais dont on sait maintenant, par des nouvelles récentes, qu’il nous file aussi entre les doigts comme du sable, par petits lots.Des Américains s’en emparent, paraît-il, avec une extraordinaire célérité.Les cultivateurs, trop heureux de les céder aux plus offrants, ne sont pas très regardants naturellement sur l’acquéreur.Une loi réglerait la question, en prohibant la propriété étrangère du sol.Mais comme Bourassa est en train de vendre le pays, le peuple, les richesses, trois siècles d’histoire, la culture, celle-ci par le ministère de M.Baise-la-piastre, lui-même propriétaire, de biens-fonds et commerciaux, (et aussi de vendre les ouvriers, dans ce cas grâce à un ministre du Travail qui connaît bien les syndicats qu’il faut et ceux qu’il ne faut pas, ayant été pendant vingt ans la queue de veau des grands patrons du Bâtiment), comme, en résumé, Bourassa est en train de tout vendre, il est bien clair qu’il n’y aura jamais une loi contre la vente de quoi que ce soit.Ce n’est pas le genre de la maison.Des lois.Je pensais à des lois.Je dois être un rêveur.Je pensais à la terre.Je dois être un intellectuel.Or justement il a été question de terre, récemment, à propos d’un autre sujet.Il s’agissait de la destruction rapide des sols arables de la vallée du Saint-Laurent par la spéculation foncière, l’exploitation industrielle du terrain et le cancer de l’expansion urbaine, en rapport encore une fois avec la vente de leurs terres par les cultivateurs aux plus offrants.Ce n’est pas une petite question.C’est une question qui intéresse l’avenir de l’alimentation de l’humanité.Des lois?Il n’y aura pas plus de loi contre la destruction des sols arables qu’il n’y en aura contre l’achat de nos terres par les Américains ou contre la destruction de la nation ou de la culture.Tout est à vendre.Tout?Non, sauf des ministres: c’est déjà fait.P.V. Û tfQQ QCKJLQ L’Art et l’Etat L'Art et l’Etat de Robert ROUSSIL, Denys CHEVALIER et Pierre PERRAULT, Editions Parti pris, Montréal 1973, Collection Aspects, No 21.Trois textes juxtaposés, sans autre lien entre eux que le sujet proposé par le titre.Roussil n’arrive pas à communiquer.Dommage, car l’introduction lapidaire est juste et laissait espérer.Mais voilà, tout au long de l’entrevue qui suit (curieuse idée de faire un livre quand on est tellement plus évidemment doué-pour le marteau ou le chalumeau que pour l’écriture) Roussil parle à coups de paradoxes, de déclarations abstruses pour le bon peuple, voire d’anathèmes portés contre tout le grand “bordel” des artistes qui n’ont pas assez de dignité pour se garder purs et oublier combien il est agréable de manger à sa faim.Ça agace le bourgeois et peut-être aussi les artistes impurs, mais, cela mis à part, où est l’utilité?Par ailleurs, malgré l’intérêt initial que comportait sa tentative de réunir la parole écrite à la communication imagée de la reproduction photographique, il n’en résulte ici qu’hermétici-té.En partie à cause de la qualité inférieure de l’illustration, mais également, il faut bien l’admettre, du choix même des formes présentées comme' de l’ironie elliptique du commentaire qui n’arrive à éclairer ni le contenu assez maigre des images, ni une quelconque séquence entre elles.Echec du message.Coquetterie de provocation.Littérature de chapelle.Pourquoi ai-je l’impression que l’article de Denys Chevalier n’a pas été conçu à l’ori- gine pour être “intégré” à ce livre?Il reste étrangement distant par rapport au contexte québécois du problème et demeure beaucoup plus fidèle au thème polyvalent de “l’intégration”, développé par lui en tryptique, qu’à celui de l’art ou de l’artiste face à l’Etat.En fait, seul le deuxième volet s’avère réellement pertinent.J’avoue cependant m’être laissée entraîner avec délices dans la disgression, par le premier, qui démolit avec une logique historique impeccable cette satanée doctrine de la synthèse des arts, comme par le troisième, relatif aux sculptures habitables, qui m’enchante exactement commue jadis l’histoire de “Kiki Courtequeue” et de son merveilleux terrier creusé entre les racines d’un gros arbre.Peu de choses importantes.Chevalier semble oublier un peu, qu a toutes les époques, à cause bien sûr de l’énormité de ses matériaux et de son coût, l’art monumental dont il traite ne put que demeurer lié au bon vouloir des princes de tous poils.Faudrait-il en conclure, dans la logique de sa propre pensée, que si tant de chefs-d’oeuvres architecturaux furent néanmoins produits, c’est que les Etats n’atteignirent pas tous et tout le temps au même degré d’intérêt obtus, ou, que l’intérêt a, contre toute attente, ses bons côtés.A moins que les artistes aient réussi à contourner tout cela.Si Chevalier s’était employé à défendre, avec plus de précision, l’artiste contre toute forme “d’intégration” par des structures contraignantes, idéologiques ou autres, il aurait tenu un beau filon.Perrault, lui, refait d’abord, avec un peu trop de complaisance il me semble, l’histoire ancienne de ses “difficultés avec la liberté” avant d’en arriver au vif de la question.“Autant l’admettre tout de suite” (il était temps!) convient-il alors, “l’art est un sous-produit de la richesse”.Bon, et pourtant, faut-il refuser les commandes?Doit-on passer sa vie à crever de faim?L’artiste appartient-il au prince qui paie le prix de l’art?Nous y voilà enfin.« Tout à coup, devant le dilqmme si clair ment posé, Perrault se met à crier et c’e terrible d’angoisse.que l’on essaie ( bien me comprendre; je ne sais commei exprimer mieux, que par cette image i brin escessive, l’extraordinaire déferl ment du texte.Toutes nos misères y pa sent pêle-mêle: la censure de l’ONF, “ccpquête”, le capitalisme, la tragéd des Amérindiens, celle des colons lanc vers les régions hostiles, celle encore, sa: grandeur, de ces Québécois qui continue à survivre avec la bière des Anglais et littérature des Français, celle même d Felquistes d’octobre.Ce tumultueux p norama manque peut-être parfois d’obje tivité (voilà une phrase, pourtant bien u le à l’occasion, que l’on ose désormais peine prononcer, M.Ryan) mais certes) mais de passion ou de vivante poésie, i centre de tout cela, Perrault n’oublie j mais de situer l’artiste qui ne veut plus i rôle d’amuseur.Arrivé au point où n’importe qui d’aul amènerait son inévitable théorie socia j’aime entendre Perrault reconnaître av lucidité, qu’une collectivité qui met l’< tiste à son service risque fort de devei prince à son tour, de “fabriquer un au1 pouvoir, imposer une autre vérité”.Sol.nitsyne est tout proche.Il n’y a donc de berté possible pour l’artiste que celle qi “prend”.Espérait-on une autre solutio Il n’ÿ a pas de recette universelle, Perrai l’annonce bien nettement.Ce qu’il prop se en revanche aux artistes, c’est “la pai le” prise dans son sens le plus vaste, le c voir de dire comme l’a déjà défini D mont, le courage de se faire “souffre-dc leur” et “porte-parole” de l’histoire et c hommes.Que ceux qui dérobent aux art tes le droit de parole soient coupables la violence.A vrai dire, l’apport de Perrault me se ble conférer sa seule valeur indéniabb un petit livre si nécessaire et si décevs en fin de compte.Si nécessaire, que je s
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