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Titre :
Maintenant
Revue d'idées très en phase avec les débats qui animent la société québécoise durant la Révolution tranquille.

[...]

La revue Maintenant arrive et s'inscrit dans l'effervescence du Québec des années 1960, au moment de la Révolution tranquille. Elle a pour vocation de remplacer la Revue dominicaine en créant un lieu de discussion collé sur l'actualité. Pour s'insérer davantage dans l'activité intellectuelle de son temps, la nouvelle revue affiche une facture moins savante.

Père Henri-Marie Bradet, directeur de la revue depuis ses débuts en 1962, rassemble rapidement de nombreux collaborateurs, clercs et laïcs. Plusieurs dominicains, mais aussi Benoît Lacroix, Louis Lachance, Émile Legault, Gérard Dion et Louis O'Neill offrent des contributions à la revue, tout comme les laïcs Hélène Pelletier-Baillargeon, Louis Fournier, Pierre Saucier, Dr Paul David, Ernest Pallascio-Morin, Jacques-Yvan Morin, Guy Robert et Naim Kattan, parmi de nombreux autres.

La volonté d'actualisation du catholicisme prônée par Maintenant tient ses racines dans le personnalisme des années 1930 et son ouverture à l'individualisme, et coïncide, en 1962, avec le programme de réformes du catholicisme de Vatican II, duquel la revue portera l'esprit au Québec. Elle offre une tribune aux catholiques de gauche, soucieux de montrer un esprit actuel et moderne à la jeunesse intellectuelle.

Maintenant s'adapte rapidement aux changements accélérés en cours dans la société québécoise et devient un lieu de débat important. Les clercs souhaitent se positionner comme porteurs d'une conscience morale évolutive de la société vis-à-vis des intégristes et du contrôle de l'Église. Cet humanisme chrétien motive Maintenant à adopter hâtivement le socialisme démocratique et à cautionner et pousser l'idée de l'indépendance politique du Québec.

Le contexte de laïcisation et de pluralité grandissante des affiliations religieuses, conjugué au déclin de l'attachement national canadien-français et catholique, donne naissance à un nationalisme québécois civique qui se manifeste notamment dans la déconfessionnalisation de l'enseignement public. Maintenant en sera partie prenante.

La revue participe ouvertement aux débats sur la régulation des naissances, mais, par principe religieux fondamental, demeure d'abord contre l'avortement. Et bien qu'elle appuie une laïcité ouverte, la revue refuse affronte la position radicale de la relégation du religieux à la sphère privée. Les audaces que Maintenant se permet font des mécontents à la tête de l'ordre dominicain à Rome, qui demande la destitution du père Bradet en 1965. La maison provinciale de l'ordre ne souhaite pas se ranger dans la réaction. Le père dominicain Vincent Harvey prend la relève de Bradet à la direction et offre au contraire davantage d'autonomie à la revue, qui appuie plus résolument le socialisme et l'indépendantisme québécois.

Maintenant souhaite mettre un terme au nationalisme messianique pour que toute la place soit laissée à un mouvement politique pragmatique, qui envisage la souveraineté politique comme moyen pour le Québec de se développer. Tous les dominicains ne sont toutefois pas à l'aise avec les positions politiques de la revue. L'ordre sort de l'aventure en 1969. Son maigre financement est dorénavant assuré par Pierre Péladeau. La revue délaisse alors presque complètement le contenu religieux pour se concentrer sur les questions politiques, sociales et économiques.

Durant la période qui suit, Maintenant accueille des collaborateurs réputés, dont Robert Boily, Jacques Parizeau, Michèle Lalonde, Fernand Dumont, Jacques Grand'Maison, Jacques-Yvan Morin, Guy Rocher, Camille Laurin, Pierre Vadeboncoeur et Louis O'Neill. Hélène Pelletier-Baillargeon y est toujours et sera d'ailleurs nommée directrice au décès de Vincent Harvey en 1972.

Maintenant est affiliée aux journaux indépendantistes et réformistes Québec Presse (1969-1974) et Le Jour (1974-1978). Les trois cahiers publiés en 1975 sont d'ailleurs distribués avec Le Jour. Plusieurs des collaborateurs des dernières années seront des figures importantes du gouvernement et de l'administration du Parti québécois à partir de 1976.

Source:

ROY, Martin, Une réforme dans la fidélité: la revue Maintenant (1962-1974) et la «mise à jour» du catholicisme québécois, Québec, Presses de l'Université Laval, 2012.

Éditeurs :
  • Montréal, P.Q. :les Dominicains en collaboration avec d'autres clercs et des laïcs,1962-1975,
  • Montréal :Éditions Maintenant inc.,
  • Montréal :Editions Maintenant :
Contenu spécifique :
Juin - septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Revue dominicaine ,
  • Témoins
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Références

Maintenant, 1974-06, Collections de BAnQ.

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' h / /, >:R 1154 1 m/ Pierre Vallières Louis Rousseau Louis O'Neill Hélène Pelletier- Perrault wr*4i4.ir ¦U*+C4scii'l4s &uc ^ Oi! tilts f fKefcJu r r»*c3-iÀ>'rjL, &Aa-vufc, '' ^ Au.' A* ^ JU« OpfiAéH&ê - S £ *jtOL 'JeoAfitltil AAt AAAÀ-^Éi^ f Jüu* AA^ccXCue/t^.y ^t*wi, £»./U*4& rfo.r 4 ^o« VvvAM.^AHH.avu't % üa, Ma,-^ Kmacc 4 C^“ ectA^ain t ^ CJ^ Fernand Dumont Patrick Straram le Bison ravi Jean Paré André Major Raoul Duguay Yves Lever JU dbo^CJL * X' Vï»n , „ 4 ^.AUlUAâ/i/ * b**+*«L* i JC & comme site du futur aéroport international.9 JUILLET : Sanction de la loi fédérale sur \e bilinguisme au Canada.23 OCTOBRE: Dépôt à l'Assemblée nationale du Bill 63 pour "promouvoir la langue française au Québec".Sanction le 28 novembre avec l'appui des libéraux.18 NOV.: Le gouv.du Québec publie un livre blanc sur les allocations familiales.8-10 DECEMBRE troisième conférence constitutionnelle, à Ottawa.12 DECEMBRE : Création du ministère québécois des Communications.13 FEVRIER: Super-bombeà la Bourse de Montréal.4 MARS: Pierre-Paul Geoffroy (FLQ '69) est arrêté.Il sera jugé et condamné à la prison à perpétuité.7 OCTOBRE: Grève dés policiers de Montréal: le Mouvement de Libération du Taxi et des sympathisants s'attaquent au garage de Murray Hill.25 OCTOBRE: Constitution du Français (FQF) contre le bill 63.Front du Québec 27-31 OCTOBRE: "Ce n'est qu'un défaut, continuons le combat!": slogan du FQF dans ses manifestations à travers le Québec.Marche sur Québec (le 31): 25,000 personnes.; I ]0C| et H A 1970 Création d'une loterie d'Etat.25 JANVIER : Formation d'une aile provinciale créditiste.29 AVRIL: Elections au Québec.Victoire du Parti libéral.Robert Bourassa, 1er ministre.Le vote: L.72 (44%); U N.1 7 (20%); R.C.12(1 1%); P.Q.7 (24%).7 JUILLET : Rapport Castonguay-Nepveu sur la Santé et le Bien-être social.15 OCTOBRE: L’armée canadienne arrive à Montréal et à Québec, à la demande de Bourassa et Drapeau.16 OCTOBRE: Le fédéral proclame la Loi sur les mesures de guerre: début des arrestations de gens soupçonnés de sympathie ou d'appartenance au FLQ.25 OCTOBRE: Victoire de Drapeau lors des élections municipales.1er NOVEMBRE: Entrée en vigueur de [Assurance-maladie au Québec.3 DECEMBRE: Libération de Cross par le FLQ.Les ravisseurs obtiennent des saufjconduits pour Cuba.MAI: Vallières libéré après trois ans et huit mois de détention sans condamnation (le 26).1 er JUIN : Descente de la police au village de Prévost: 6 personnes arrêtées.On découvre un "complot" pour enlever le consul des USA à Montréal.5 OCTOBRE: Enlèvement de James Richard Cross par le FLQ.(Début de la "crise d'octobre").8 OCTOBRE: Lecture sur les ondes de Radio-Canada du manifeste du FLQ.10 OCTOBRE: Enlèvement du ministre Pierre Laporte par le FLQ.17 OCTOBRE: Découverte du corps de Laporte.28 DECEMBRE: Arrestation de Paul et Jacques Rose, et de Francis Simard.1971 26 JANVIER : Rapport Castonguay-Nepveu sur la sécurité du revenu.29-30 JANVIER: Conférence fédérale-prov.des ministres de la Santé et du Bien-être social.Claude Castonguay réclame pour le Québec la primauté en matière de politique sociale.8-9 FEVRIER: Séance de travail de la conférence constitutionnelle, à Ottawa.Les onze chefs de gouv.se mettent d'accord sur une formule d'amendement.29 AVRIL: Bourassa rend public le projet de la Baie James.18 MAI: Entente Québec-Ottawa sur le rôle du Québec dans la politique canadienne d'immigration.18-19 JUIN : Congrès de l'U.N.: Gabriel Loubier élu chef du parti.14-16 JUIN:4ème conférence constitutionnelle à Victoria.Castonguay revient bredouille.Projet de charte constitutionnelle.23 J UIN : Le Québec rejette la Charte constitutionnelle de Victoria.15 AOUT : Concession à ITT d'une forêt sur la Côte-Nord d'une superficie égale à 4 fois la Belgique.1er OCTOBRE: Accord Québec-Ottawa sur la place du Québec dans l'Agence de coopération culturelle et technique des pays francophones.6 JANVIER: Paul et Jacques Rose, Francis Simard, Bernard Lortie accusés de l'enlèvement et de l'assassinat de Laporte.Début de la "guérilla judiciaire".16 FEVRIER: Chartrand et Lemieux libérés après avoir été détenus pendant quatre mois.13 MARS: Le protecteur du citoyen, critique la conduite des forces policières pendant la crise d'octobre.16 AOUT: "Nolle Prosequi" contre 32 personnes arrêtés en octobre 70.29 OCTOBRE: Manifestation organisée par le Front commun contre le lock-out de La Presse: 12,000 citoyens se heurtent à des centaines de policiers.2 NOVEMBRE: 1 5,000 personnes participent au Forum à la plus grosse assemblée intersyndicale et populaire de l'année au Québec.13 DECEMBRE: Vallières, entré dans la clandestinité le 9 sept.71, rompt avec le FLQ.(01 1972 4 JANVIER: Claude Castonguay laisse entendre qu'il pourrait quitter son poste s'il ne lui est pas possible, à cause de l'attitude d'Ottawa, de mettre en oeuvre un programme de sécurité du revenu convenant au Québec.16 FEVRIER: Le gouv.du Québec renonce à contester la validité du nouveau régime fédéral d'assurance-chômage.13 MARS: Publication d'une lettre de Trudeau à Bourassa dans laquelle le fédéral propose un arrangement administratif sur \es allocations familiales.MAI: Grève illégale du Front commun syndical: Arrestation des 3 leaders syndicaux et d'une trentaine d'autres syndiqués. TRAVAIL SYNDICALISME EVENEMENTS CULTURELS LIVRES REVUES EGLISE RELIGION % AUTOMNE: Conclusion d'ententes collectives à l'échelle du Qué.avec les instituteurs, le personnel hospitalier, les professeurs de CEGEP.7 OCX.: Arrêt de travail des pompiers et policiers de Montréal (vandalisme surla rue Ste-Catherine).28 NOV.: Création du ministère de la Fonction publique.8-18 OCX.: Grève des médecins spécialistes au Québec.ï i 31 MARS: Début des négociations entre le Gouv.du Québec et les 250,000 travailleurs des secteurs publics et para-publics (Front commun).JÜIL.; 21 ème congrès de la Corporation des Enseignants du Québec (CEQ).L'organisme entend devenir une centrale syndicale active sur le plan socio-politique.7 JUIL.: Projet de loi 64 sur le syndicalisme agricole.6 OCX.: La CSN publie un document de travail d'orientation socialiste: "Ne comptons que sur nos propres moyens." 26 OCX.: Lock-out total au journal La Presse.» MAI: Le Front commun: grève générale.Kamouraska.d'Anne Hébert.'i No spécial d'Europe (fév.69): "Littérature du Québec” Marcel Rioux, La Question du Québec.Jean-Charles Bonenfant, La naissance de ia Confédération.Jacques Grand'Maison, Vers un nouveau pouvoir.Le 1 9 octobre, 1er numéro de Québec-Presse.Parution en nov.du mensuel Point de Mire.1er JAN.: L'archevêque de Rimouski annonce la tenue d'un synode diocésain.12 JAN.: Suite à de profondes divergences sur la nature de la JEC, l'exécutif national rompt avec le mouvement."La Nuit de la poésie" au Gesu, le 27 mars.L'homme rapaiiié de Gaston Miron.Un amour libre, récit de Pierre Vadeboncoeur.Médium Saignant, pièce de Françoise Loran-ger.Le mépris n'aura qu'un temps, film d'Arthur Lamothe.Un pays sans bon sens, film de Michel Brault et Pierre Perrault.On est au coton, i\\m de Denys Arcand.Début d'une série de films "érotiques” réalisés au Québec.L'initiation, Valérie .Parution de la revue Critère.Léandre Bergeron, Petit manuel d'histoire du Québec.Jacques Grand'Maison, Nationalisme et religion.Lancement le 20 oct.de Mainmise.En collaboration: Ecole et société au Québec.JAN.: Nouveau comité de rédaction à Relations et nouvelle orientation idéologique.8 JAN.: Remise à M.Sharp par des missionnaires Oblats d'un mémoire sur la politique extérieure du Canada envers l'Amérique latine.17 OCX.: Le cardinal Roy fait lecture à Radio-Canada d'une Déclaration des évêques québécois sur la crise d'octobre.5 DEC.: Une vingtaine de curés des comtés de Matane et de Matépédia signent un manifeste dénonçant les injustices sociales dans ces régions.Fondation de la troupe Le Trident par Paul Hébert et Laurent Lapierre, à Québec.L'acadie, TAcadie!,J\\m de Michel Brault et Pierre Perrault.Mon onde Antoine,i\\rr\ de Claude Jutra.Faut aller parmi le monde pour /'savoir, film de Fernand Dansereau et Michel Brault.Ouverture du Grand Théâtre de Québec.(Fin de la polémique autour de la phrase célèbre de Claude Péloquin gravée dans la murale de Jordi Bonet."Vous êtes pas écoeurés de mourir bande de caves! C'est assez!").Le réel absolu (poèmes 1948-1965),de Paul-Marie Lapointe.F.-A.Angers, Les droits du français au Québec.Fernand Dumont, La vigile du Québec.Claude Ryan, Le Devoir et la crise d'Octobre 70.Parution de la revue Cinéma Québec (mai).' Jean-Luc Migue, Le Québec d'au-jourd'hui-regards d'universitaires.Parution de la revue Presqu'Améri-que.JAN.: Appui des prêtres de la région de Maniwaki à la cause des ouvriers menacés de perdre leur emploi.FEV.: Fermeture de l'église Ste-Cu-négonde (décision de la communauté).16 DEC.: Publication du Rapport Dumont sur les laïcs et l'Eglise.— "Quand l'espoir se fait parole" (recueil de prières liturgiques utilisées par la communauté St-Albert Le Grand.(Rédaction: André Gignac, o.p.) i Les oranges sont vertes, pièce de Claude Gauvreau, à la Comédie Canadienne, par le TNM.La vraie nature de Bernadette, film de Gilles Carie.Poésie (poèmes 1953-1971) de Fernand Ouellette.Claude Morin, Le pouvoir québécois JAN.: Tranquillement, pas vite, film en négociation.d'une communauté de base avec l'ai- D „.lj u xl.de technique de Guy Côté (l'O.N .F ).Parution de la revue mjoo-üueôec.No spécial de l'Action Nationale: "Victoria: fin du fédéralisme?" P.Vadeboncoeur.Indépendance(s).Jean Bouthillette, Le Canadien français et son double ( «what was happening, then, In quebec ?» par Lysiane Gagnon journaliste Je n’ai à peu près rien connu de ce qui a précédé la “Révolution tranquille”, sinon l’atmosphère un peu irréelle et presque familiale des collèges classiques.A 18 ans, je savais à peine ce qu’était un syndicat, je savais — mais très vaguement — qu’il y avait deux paliers de gouvernement, l’un à Québec et l’autre à Ottawa, et la mort de Duplessis, quelque temps auparavant, m’avait beaucoup moins impressionnée que la censure qu’on pratiquait alors sur les films étrangers.Duplessis?Connais peu.A 18 ans et demi, sans même faire un crochet par l’université, j’ai commencé à travailler dans un journal.Ce fut très simple, très progressif et très empirique: c’est par mon métier, au jour le jour, que j’ai découvert le Québec.J’étais partie de loin.Le jour des élections du 22 juin 1960, les autres journalistes, très énervés, né parlaient que de cet espoir qu’ils nourrissaient depuis longtemps: “Et si, enfin, les Libéraux gagnaient.”.Moi, je n’avais même pas droit de vote, et je les écoutais distraitement, et j’avais hâte qu’ils changent de sujet de conversation.J’ai été complètement étrangère à la grande explosion de joie qui allait saluer, dans les milieux de l’information, la victoire de l’équipe de Lesage.à un point tel que j’avouais candidement ma surprise de voir “un homme comme René Lévesque” (le seul dont le nom me disait vraiment quelque chose) hériter d’un ministère aussi peu intéressant que celui des Richesses naturelles.“Pourquoi, demandais-je un peu partout, ne lui a-t-on pas donné le ministère des Affaires culturelles?Ca, c’est bien plus important!”.Mes camarades, tous plus âgés que moi, m’expliquaient gentiment les choses de la politique.A force d’écouter les gens parler, et à force de faire des interviews, on finit par s’informer.Mais je n’ai jamais cru à la “révolution tranquille”, peut-être justement parce que je venais tout juste de sortir de ma petite noirceur à moi — c’est-à-dire l’ignorance totale des phénomènes politiques et sociaux.Tous les changements qui se sont amorcés au début des années ‘60 me semblaient tellement normaux que vraiment, ça ne valait pas la peine de s’extasier et de crier victoire.La nationalisation de l’électricité, la réforme scolaire, tout cela relevait pour moi de l’évidence, de même d’ailleurs que les idées prônées par le Mouvement laïque de langue française.Je participais à tout cela d’assez loin et sans passion.d’autant plus que je n’étais pas anticléricale, n’ayant jamais eu à souffrir, ni dans ma famille ni dans les collèges que j’avais fréquentés, des abus du pouvoir religieux.Mais en revanche, d’autres mouvements d’idées m’ont atteinte très tôt.Le Rassemblement pour l’indépendance nationale, par exemple, me paraissait fondé sur des principes aussi naturels que l’air qu’on respire.Le RIN, pour moi, ce fut un peu comme mon métier: une sorte de famille, une école et une façon de penser.On y parlait le langage de la dignité, de l’intelligence, de la solidarité et de la chaleur humaine, et encore aujourd’hui, je reste convaincue que le Parti Québécois est le prolongement du RIN et non pas de l’aile réformiste du parti libéral.Je n’ai jamais été attirée par les groupuscules, quoique j’y aie compté bien des amis.Si j’en avais le goût, je pourrais écrire des choses méchantes sur les intellectuels québécois.et notamment qu’ils sont fragiles, vite essoufflés, qu’un rien suffit à les décourager, que certains se réfugient dans le confort idéologique d’un groupuscule fermé, et que d’autres vendent leur cerveau pour la moindre subvention ou pour se donner l’illusion qu’ils participent au pouvoir.Mais je m’arrête ici.D’abord parce que les journalistes n’échapperaient pas à ce genre de condamnation, et aussi parce qu’il est très facile de faire de la démagogie sur le dos des intellectuels.Je pense simplement qu’il n’y a pas une idée qui ne vienne des entrailles du peuple, et que la seule fonction des intellectuels, c’est de la lui retourner après l’avoir inscrite dans des cadres de réflexion.Autrement dit, les intellectuels transforment en concepts les sentiments et les instincts d’une collectivité, et l’intelligentsia n’est pas une'avant-garde: elle n’a fait qu’exprimer, dans les meilleurs des cas, les colères et les désirs non-formulés d’un peuple scandaleusement exploité.Je n’aime pas qu’on valorise le rôle des intellectuels.Je n’aime pas non plus cette sorte de conscience coupable de certains d’entre eux, qui, dans une optique essentiellement religieuse, se reprochent à eux-mêmes d’être nés en milieu bourgeois, d’avoir été instruits et de ne pas tra- 16 vailler en usine.Ce genre d’attitude aboutit généralement à l’ouvriérisme (qui est une forme subtile de mépris envers les travailleurs) ou au masochisme parasitaire: le grand rachat par l’assurance-chomage.mais pour un temps seulement, car le pouvoir sait fort bien que rien ne s’achète plus facilement qu’un intellectuel désabusé.Legrand marais du "peace and love” J’ai vu, chez mes aînés et chez les gens de 30 ans, beaucoup d’individus que le pouvoir a récupérés d’une façon ou d’une autre.Je vois maintenant ceux qui suivent se faire happer par un courant de récupération sans précédent, infiniment plus subtil et efficace: de Perspectives-Jeunesse à Initiatives locales, des festivals pop à la consommation massive des “soft drugs”, le Québec bascule doucement dans un grand marais de “peace and love”.Si j’étais au pouvoir, je subventionnerais les pushers, la revue Mainmise et les communes, et je pourrais fonctionner en paix.Les jeunes de plus en plus démobilisés, toutes les colères désamorcées, le “bag” de la “révolution individuelle”, et puis, suprême démagogie de la part d’une fraction de nos soi-disant élites, la glorification du jouai.Tout va bien, les Natives se tiennent tranquilles, ils font de la méditation transcendantale, parlent d’écologie et fument en écoutant Led Zeppelin.L'école déracinée Le système scolaire, du plus haut sommet du ministère de l’Education jusqu’aux enseignants de la base, s’est fait objectivement le complice de la dépolitisation des nouvelles générations de Québécois.• L’autorité y est partout et nulle part, elle est omniprésente, mais permissive en apparence et dépersonnalisée.Aujourd’hui, les cégépiens se révoltent contre un règlement qui interdit les jeans, mais quant au reste.C’est d’autant plus paradoxal que jamais les programmes du secondaire etdu collégial n’ont compté autant de cours d’initiation aux sciences sociales et politiques.• D’un cours d’initiation à ceci à un cours d’initiation à cela, avec, en plus, la spécialisation précoce qui a bouleversé tous les enfants de la réforme scolaire, la formation générale a été atomisée au profit de l’accumulation de connaissances fragmentaires et superficielles, et sacrifiée à la production en série de techniciens “rentables”.La méthode de travail, l’effort soutenu, le sens critique et la rigueur dans la pensée, autant de choses que le système scolaire ne suscite plus guère.Cela aboutit, sur le plan intellectuel, à la facilité, et sur le plan politique, au désengagement.• Le système scolaire est en train de produire une génération de Québécois plus scolarisés que leurs parents, mais qui ne lisent plus et ne savent pas écrire.L’apprentissage de la langue écrite (qui est à la base de la formation générale) a été compromis par des programmes-cadres axés sur la langue parlée, par la sous-culture des posters et de l’audio-visuel, et par un nouveau snobisme qifi confond les options de gauche avec le délabrement du langage et l’ultra-simplification de la pensée.• L’enseignement de l’Histoire produisait, presque toujours, des nationalistes et des indépendantistes, et c’est (en partie) de la conscience historique que naissent les mouvements révolutionnaires.L’Histoire?On lui a fait son affaire: complètement éliminée du niveau élémentaire, elle est devenue matière optionnelle au secondaire et au collégial.C’est clair et assez tragique: voici venir des générations encore plus déracinées que celles des collèges classiques, qui cette fois diront: “La Conquête?Connais pas.L’Algérie?Où ça?”.Il reste que l’expérience du travail (j’en sais quelque chose: je me souviens de moi, à 18 ans.) transforme quelqu’un, et lui fait prendre conscience qu’il vit au sein d’une collectivité.Mais encore faut-il travailler quelque part, et faire, dans un milieu donné, l’expérience des conflits sociaux et de la solidarité.C’est en ce sens que la tendance au “dropping-out” est dangereuse.Ce sont, en effet, des travailleurs et des citoyens organisés qui, ces dernières années, ont marqué l’évolution du Québec: il y a eu Cabano, Tembec, Firestone, les luttes au sein des quartiers urbains, les fronts communs intersyndicaux sur la rive sud et à Joliette, et peu à peu, des leaders naturels, parfaitement implantés dans leur propre milieu, remplacent les grandes vedettes de la politique et même les grands chefs syndicaux.Au fond, c est ce vieux Michel Chartrand qui avait raison, lui qui s est toujours fait le farouche adversaire des rivalités intersyndicales et qui, comme Gaston Miron ou François-Albert Angers (sur d’autres plans) a toujours conservé intacts certains instincts élémentaires.Ce sera la Louisiane, ce sera T Acadie L’instinct, justement.C’est cela qui manque aux technocrates dont le pouvoir sera, il me semble, de plus en plus contesté.C’est cela qui manque (avec le sens de la dignité, qui en est une composante) à ceux qui forment le gouvernement le plus servile que nous ayions eu.-j 7 C’est cela qui manque, dans une certaine mesure, à ce Parti Québécois qui a axé sa dernière campagne électorale sur le budget de l’an 1, sans jamais s’attarder sur le problème linguistique et culturel.alors que c’est cela qui est à la base même de son option politique (autrement, ses militants seraient du NPD, et travailleraient à la so-cial-démocratie pan-canadienne).La langue.C’est un sujet de conversation dont je commence, comme bien d’autres, à me lasser.En juin dernier, au cours des audiences de la Commission parlementaire sur le bill 22, j’ai entendu pendant des jours les mêmes arguments, de part et d’autre, que ceux qui avaient marqué en 1969 la crise du bill 63, et, en 1971, le débat autour de la restructuration scolaire de l’île de Montréal.Les mêmes affrontements, la même confusion délibérément entretenue.Irons-nous donc toujours d’échec en échec?Est-il si étonnant qu’une bonne partie des créateurs soient “vidés” à 40 ans, et que les plus jeunes ne croient plus guère à la possibilité de changements politiques et sociaux, dans un pays dont toute l’histoire a été marquée par une série de défaites tristes et minables et par un sentiment d’impuissance caractérisé?.Je pense qu’on pourrait dire, en analysant les choses rationnellement, que l’histoire du Québec, en tant que nation, tire à sa fin.Il se pourrait que dans une cinquantaine d’années, les injustices sociales et économiques les plus criantes se seront atténuées ou auront pris d’autres formes, mais alors les habitants de ce territoire seront en voie d’assimilation rapide.Ce sera la Louisiane, ce sera Sudbury, ce sera l’Acadie.Un bon sujet d’étude pour les futurs MacLuhan et les futures Margaret Mead.Je serais à court d’arguments rationnels pour contester ce genre de prédictions — que je fais miennes, parfois, et peut-être plus souvent ces temps-ci à cause des débats qu’a suscités le bill 22.Et pourtant, il y a l’instinct, le pur instinct de survie qui me fait croire que rien n’est irrémédiablement détruit, que L’avenir est flou et donc peut-être beau, et que rien n’est un plus grand facteur de changement que la colère d’un peuple longtemps soumis, bafoué et trompé.J’ai bien vu que certaines choses se sont produites au Québec, ces 15 dernières années, qui n’avaient pas été prévues, et je crois aux courants souterrains qui échappent à la perception des intellectuels et des journalistes.Je ne sais pas vers où nous nous en allons.C’est peut-être la foi du charbonnier, c’est peut-être de l’optimisme béat, c’est peut-être la réaction du cancéreux qui se dit: “Non, je vais guérir”, mais quant à moi, j’ai le sentiment que nous sommes et resterons dans un sous-bois où le soleil perce parfois sans qu’on puisse prévoir d’où il viendra.Je me contente, d’ailleurs, de sentiments simples, au sujet de mon pays: je suis bien ici, au Québec, qui est le lieu de toutes mes racines et de tout ce que j’aime, je ne serais vraiment moi-même qu’ici-même: l’exil, non merci.Et après tout, si mes intuitions n’étaient pas justes et si l’avenir me donnait tort, je ne m’en apercevrais qu’à peine, à travers les brumes de la vieillesse, accrochée à des étoiles mortes, pendant que dans les salles de classe, à Laval et au Saguepay, des jeunes diraient: “ What was that old stupid crazy thing about bill 22?What was happening, then, in Quebec?” # 18 .par Jacques Godbout ^ Le Québécois est un être apeuré, il a toujours vécu comme un vésuvien, menacé par la CATASTROPHE: s'il faut en croire les intellectuels, depuis la conquête, le québécois est MENACE DE DISPARAITRE.Or le catastrophisme peut être catastrophique.Menacé dans son économie, menacé de perdre ses ter- * res ou son âme, menacé dans sa langue, menacé dans sa culture, va-t-il placer ses enfants à l'école anglaise, va-t-il être traître à ses ancêtres ou trahira-t-il ses descendants?Le Québécois a-t-il seulement le droit de vivre?Que restera-t-il de ceux qui étaient une fois dans l'Est: des travestis?Le monde du spectacle, dominé par ces êtres tragiques et désespérés qui femmes, se prennent pour des hommes, ou hommes s'épanouissent en dentelles, ren-voie-t-il au Québec qui ne sait plus de quel côté s'arrimer?De même que les Chinois n’ont pas fini de se débarrasser de l'esprit de Confucius, de même nous sommes loin d'avoir éliminé Saint-Jean-Baptiste.Ce n'est pas parce qu'on transforme une parade en fête populaire que le tour est joué.Qu'est-ce donc que l'esprit du prophète juif en pays conquis qu'était Saint-Jean-Baptiste?C'est celui qui prêche dans le désert, vos jours sont comptés, repentez-vous avant qu'il ne soit trop tard, il faut avouer vos fautes avant de mourir, laissez-vous baptiser et demandez pardon à Dieu car il peut vous anéantir, mais si vous êtes comme des agneaux le Père enverra son Fils, un intellectuel bien sûr, qui guidera vos pas vers la Cité éternelle.La société canadienne-française selon Saint-Jean-Baptiste, menacée d'une catastrophe nationale, à tous les instants, devrait nous inciter à la repentance.Mais depuis trois cents ans que nous sommes là, donc il faut que nous soyons joyeusement naïfs pour tomber encore dans le panneau des prophètes de la catastrophe! Et tant qu'on présentera l'idée d'indépendance comme l'occasion d’un sacrifice (qui donc, hors le masochiste, veut se priver?) ce n’est pas dans l’indépendance que nous écrirons notre histoire.Si l’homme est le sujet de l’histoire, c’est que le verbe, l’histoire, demande un sujet.Mais l’idée même d'histoire précède aujourd'hui la démarche historique. est- ce ainsi qu’on subjugue les québécois ?L’évolution d’une société, maintenant que nous sommes instruits ou marxistes, devrait, aux yeux de l’intelligentsia, suivre une certaine cohérence.pourquoi pas! N’ayant plus à combattre des tabous personnels, les problèmes sexuels s’étant entre autres anovulés, les intellectuels reportent le débat moral au niveau de la collectivité à qui ils sont prêts à permettre ceci et à défendre cela.Les directeurs spirituels d’hier ont trouvé un autre emploi, et les élèves se nomment téléspectateurs, électeurs, lecteurs, nation, collectivité, peuple, mondor-dinaire.Pendant ce temps l’esprit et le corps des Québécois évoluent, à l’intérieur d’un système scientifique et culturel dont les règles sont commerciales, c’est-à-dire qui trouve son dynamisme dans le profit qu’en peuvent tirer les individus.A mesure-qu’augmente le PNB apparaissent de nouvelles mesures sociales progressistes, et chaque nouvel investissement gouvernemental est en fait le timbre-prime d’une marchandise nommée productivité.Aujourd’hui les intellectuels sont inquiets.Ils essaient de se placer en perspective et d’évaluer les derniers soubresauts de la Révolution tranquille.Oubliant qu’ils avaient attendu quinze ans avant de prendre le pouvoir, en I960, et qu’ils l’ont détenu pendant sept ans, les intellectuels, de nouveau dans l’opposition depuis 1967, piétinent et rêvent de l’instant-power.Or, s’il y a plusieurs façons d’écrire l’histoire (c’est-à-dire de donner un sens à l’aventure collective des habitants) il en est une seule qui permette d’orienter cette évolution, comme on le fait d’un voilier contre le vent, en louvoyant, et c’est le pouvoir politique.Quand nous avons créé le MSA puis le Parti Québécois nous nous donnions un outil collectif utile.Le programme du Parti Québécois regroupe de plus en plus d’objectifs qu’autrefois nos mouvements d’intellectuels assumaient.Je ne m’en sens aucunement diminué ou volé.En fait, loin de me sentir perdu aujourd’hui parce que je ne suis plus “indispensable” sur la place publique, j’ai l’impression d’être de plus en plus, à quarante ans, en 1974, un citoyen normal.J’entends par là qu’intellectuel je peux avec d’autres me consacrer aux idées, écrivain je peux aimer et me préoccuper de littérature, cinéaste j’agis en cinéma, électeur je suis membre d’un parti qui appartient à ses membres (comme autrefois le parti libéral de Jean-Marie Nadeau) et dont le programme, d’année en année, se perfectionne et devient le dénominateur commun dont nous avons besoin.Il y a de moins en moins de contradictions entre mes vies privée et publique.Certes le Parti Québécois est dans l’opposition.Pour qu’il prenne le pouvoir, il faut donc affaiblir le Parti Libéral, tout en sachant que si le Premier Ministre utilise les tactiques de Maurice Duplessis, il ne s’en nomme pas moins Robert Bourassa.C’est cela regrouper l’opposition, ce n’est pas la faire discuter.indéfiniment.Bourassa a volé à l’Union Nationale (qui en est morte) son modèle politique et l’a adapté à notre société banlieusarde.R nous reste à développer des modèles québécois de contestation, qui ne serviront pas d’alibi à la répression.Mais aussi, aujourd’hui, un Québécois a tout à gagner à cesser de se comparer: la tactique d’assujettissement du Parti Libéral consiste à répéter en manchettes que Toronto est en avance sur Montréal, que l’Ontario a plus que le Québec, et nous voilà comme des lévriers détallant derrière le lapin électrique du plus avoir.Quelle catastrophe menace la tomate de Manseau?Nous avions le plus beau métro du monde jusqu’à ce que l’incendie d’un pneu nous en rende honteux.C’est cela, l’être catastrophé.Quand je suis arrivé en société québécoise nous nous détestions.Depuis, nous avons appris à nous aimer un peu.Il nous reste à accepter d’être ce que nous sommes.Il est mathématiquement impossible qu’individuellement les six millions de Québécois soient des gens extraordinaires et que collectivement nous soyons désespérants.J’ai appris qu’on dompte des chiens en leur laissant croire qu’à tout moment le ciel peut leur tomber sur la tête.Est-ce ainsi qu’on subjugue les Québécois?# notes sur la question québécoise par Jean Paré journaliste / Au questionnaire de Maintenant, il semble manquer une manière de mode d’emploi: avant de répondre, réunissez sociologues, anthropologues et linguistes, écoutez deux ans les suggestions, récriminations et pressions des corps constitués, faites effectuer toutes études idoines, mijotez amplement avant de conclure (en retard) et appelez le tout Rapport Paré .L’intelligentsia québécoise, comme vous dites, inscrirait un point supplémentaire, mais un point seulement, sur une trajectoire marquée par les rapports Massey, Tremblay, Laurendeau, Parent, Caston-guay, Parti Pris, les Etats généraux et tutti quanti.En vingt ans, les Québécois ont liquidé nombre de mythes et d'idées reçues.On a, dans les facultés, fouillé le passé dont la trame économique et sociale est désormais aussi bien connue que naguère la guirlande patriotique.Le présent a été analysé et réanalysé, disséqué, soupesé, trituré.Et les données sont suffisantes pour entrevoir la suite des trajectoires, l’avenir selon les hypothèses A, B et C, avec ou sans optimisme.La pile d’analyses est bien haute et le temps, me semble-t-il, est venu de penser avec ses couilles.Dieu me garde des pensées seulement pensées Avec l’esprit des hommes Celui dont le chant est durable pense avec la moelle de ses os.Le quatrain est de Yeats, je crois.Le geste sans réflexion est une folie mais l’analyse qui ne débouche sur rien est une masturbation.La question qui se pose est celle d’Hemingway.En avoir ou pas.Assez pour prendre quelques risques.Les gens qui partagent ce pays avec les Québécois ont fait le pari que les Québécois n’en ont pas.Jusqu’à présent, leur pari a été rentable.Certains diront que le seul fait de-poser la question est une injure grossière.Ce n’est ni une injure ni une grossièreté.N’en avoir pas, c’est être si profondément aliéné qu’on est incapable, ayant intellectuellement conçu la notion de liberté et éprouvé sa possibilité, de lui donner un contenu et un usage, et qu’on n’éprouve pas impérieusement le besoin de contribuer à un collectif, à une culture, et de participer à la construction d’un avenir.Hubert Aquin parlait de fatigue culturelle.La plupart des nations qui ont trouvé depuis 25 ans le chemin de leur liberté ne l’avaient perdue qu’au début de ce siècle.Deux générations, quelquefois trois, rarement davantage.Sauf erreur, les Québécois constituent, avec les Antillais francophones, le groupe dont la domination est la plus ancienne.215 ans cette année.Les occasions n’ont pas manqué.Le refus “rationnel” est-il rationalisation de l’incapacité?Il importe assez peu de savoir si l’intelligentsia a provoqué l’évolution des vingt dernières années ou si elle n’a que suivi et incarné des changements dûs plutôt à des impacts extérieurs, à des mutations économiques, à des mouvements migratoires globaux.Il est moins que certain que le Mouvement laïque de langue française a forcé la déchristianisation du jQuébec.Il en a été certainement le reflet, en même temps que le chroniqueur.Le point tournant des 20 dernières années est-il la création d’un ministère de l’Education?Ce pourrait être tout aussi bien l’apparition de la télévision ou même l’ouverture, il y a une douzaine d’années, du canal 10 de la télévision privée.Sans le 10 et ses pareils, 1973 aurait-elle été l’année du dilemme “jouai”?Sans les forces dont le 10 est le fourrier: forces multinationales de la pepsification forcée, de l’ame-rican way of life, du get rich quick have your own pool what the fuck, ce peuple s’interrogerait-il sur ce qu’il est?Et quel est l’événement culturel le plus signifiant des 20 dernières années?La construction de la Place des Arts, ou les horribles belles-soeurs de Tremblay, bâtardes et infécondes génisses beuglantes, fruit monstrueux de la déculturation et de la liberté.Ou encore Valérie, film naïf, et dohc important.W PP ceihi relie lorii toienl Ohj neno puis te, de alérie languit au couvent, dans la touf-mr d’une nubilité qui n’y éclora jamais.!’est le sacrilège à roulettes d’une indus-rielle, technologique et pétaradante mo-Dcyclette qui vient l’y chercher et l’ame-er en ville, goûter tous les plaisirs, sur-out défendus.Hélas! Comme l’avait pré-it le curé Labelle, elle s’y perdra.Elle s’y endra — à des étrangers, comme on vend es forêts, des mines (foin des comparai-ons freudiennes) comme on vend de la nain d’oeuvre.)enis Héroux croyait tourner un film de ,ul: il a mis en images les sermons 1900.’est d’ailleurs par un étranger qu’elle se era carrément “fourrer”, découvrant u’il n’est pas de plus grand bien que i’êtfe “maître chez soi”.Retour sur le pas-oral Mont-Royal, rencontre d’un jeune uébécois aimant, mariage, enfants.Or, :e Québécois est un artiste-peintre, crû de Montparnasse.Voilà réaffirmé le passé, 'onjuçé l’avenir, confirmée la vocation ar-istique-culturelle-missionnaire-messia-ique de ces latins qui n’ont pas la bosse es affaires.On s’en tirera, même sans en voir.Le sursaut des années soixante en-ourage.Valérie inquiète.C’était l’automne 1959.Duplessis allait wurir, si impensable que cela parais-e, à lui et à nous.Les efforts politiques les plus constants et les mieux organi-~és avaient fait patate.L’avenir semblait bouché.Le Québec serait arriéré ou ne serait pas.Rural ou anglais.Catholique ou capitaliste.C’était l’alliance du télégraphe et du goupillon.On allait soigner à Paris sa nostalgie culturelle.Les tenants du salut individuel préféraient le Texas, la Californie, la Floride ou la NASA à des sous-fonctions de nègres de service en liberté surveillée ici.Beaucoup de ceux qui restaient parlaient d’envoyer leurs enfants à l’école anglaise, comme d’autres choisissaient carrément le pouvoir fédéral comme antidote à la connerie locale.Le Chef avait soixante-cinq ans et régnait depuis vingt ans.Robert Bourassa qui n’en a que quarante et ne règne que depuis quatre a réussi à ressusciter le même climat d’angoisse, de défaitisme, de corruption, de colère et de rébellion contradictoirement mêlées.Mais il y a une différence.Les Québécois avaient toujours cru avoir une culture.Or, à part quelques artéfacts, elle n’était que religieuse, et la religion s’effoirant dans sa vétusté poussiéreuse comme une momie trop brutalement secouée, ils se sont découverts tout nus, arguant de leur francité, de leur joualité, de leur américanité.Ils s’étaient crus Canadiens français.Ils n’étaient ni Français ni Canadiens.Ils allaient tenter de se faire Québécois.Mais l’école qui les avait maintenus CFC (Canadiens français et catholiques), l’organe reproducteur de la société, l’école bête I \ mais-efficace, l'école-avec des objectifs politiques, religieux et sociaux autant qu’éducatifs, cette écoledà ne voulait plus être qu’un atelier d’apprentissage, un Steinberg de la carte de compétence.L’école au service de la société devenait l’école au service des employeurs.Rien d’étonnant: il n’y a pas d’école sans Etat, sans gouvernement, c’est-à-dire sans que la nation s’organise.Il reste l’école “parallèle”: rue, télé, publicité, monde, rayonnement des “autres”.Au contraire de la précédente, les Québécois n’en contrôlent ni les programmes ni les méthodes.L’école parallèle, c’est la réforme scolaire faite par les autres, l’ITTéi-sation, la pepsification, la simardisation.Le cabinet québécois actuel en est le produit parfait.De 1962 à 1966, la droite québécoise a fait échouer le projet en réforme scolaire qui aurait dû consister à changer d’objectifs de société.Plutôt que de s’avouer vaincue, remplacée par un Québécois nouveau, la droite catholique-bourgeoise-franco-saxonne a préféré fermer l’école.Il se pose des questions auxquelles il faudra rapidement répondre: —la route vers l’autonomie et la liberté passe-t-elle, dans un pays occupé par une puissante minorité dominante, par la voie parlementaire ou par d’autres formes d’action collective?—Qu’est-ce qui pourrait secouer l’immense aboulie syndicale actuelle, qui fait des forces les plus puissantes qu’on puisse imaginer les satrapies qu’elles sont devenues.—La prochaine — et imminente — bataille ne se livrera-t-elle pas, cette fois, non plus entre colonisateurs et colonisés, mais entre québécois et franco-saxons, entre québécois et assimilés-sans-le-savoir, entre patriotes et Phanario-tes * (Regardons vite l’encyclopédie: l’histoire des Phanariotes de Constantinople est instruisante.) —La violence inattendue des années soixante, nécessaire pour démythifier la supposée supériorité du pouvoir dominant, a-t-elle été utile ou le pouvoir s’est-il avéré aussi résistant que la statue du Commandeur et l’expérience n’a-t-elle fait qu’ajouter à d’épaisses strates de culpabilité et d’angoisse ?Valérie Le pouvoir de l’Etat n’étatit que l’émergence politique des forces culturelles dominantes, on comprend qu’il ne faille rien attendre de l’Etat actuel et que la' conquête du pouvoir politique non seulement risque d’être décevante, mais difficile tant que le national-prolétariat québécois ne sera pas lui-même devenu culturellement dominant dans le territoire, c’est-à-dire tant qu’il n’aura pas compris que la coexistence n’est qu’une forme lente de la guerre.La libération ne peut se faire que par des groupes constitués, et par des groupes constitués pour la libération.Les groupes existant à d’autres fins ne peuvent que servir d’appoint ou se condamner à l’inutilité.Dans une société en lutte, qui pratique le “rien vouloir savoir”, un Bill 22 se lirait comme suit: —Le français est la langue du Québec (Sans qualificatif) —la majorité a le droit de rester la majorité.—La majorité a le droit de prendre les moyens pour rester la majorité.—Là majorité a le droit de profiter pleinement des avantages sociaux, politiques et économiques que confère le fait d’être majorité.—La majorité reconnaît l’existence de minorités dont elle tient à protéger les droits suivants (.) qui ne devront en aucun cas mettre en danger ceux de la majorité.Q citoyen du monde ou/et québécois?par Pierre Vallières Depuis vingt ans, depuis mon adolescence donc, je m’interroge sur le destin québécois en même temps que sur celui de l’humanité, des collectivités et des individus qui la forment.Identifié publiquement à la lutte de libération des Québécois dans ce monde crevassé par les guerres, les famines, les génocides, la pollution et les prisons multiples, je n’ai jamais cru que le salut d’un peuple puisse se réaliser en dehors de profonds changements qualitatifs dans le monde, pas plus que je ne crois au salut individuel en ce monde ou dans un autre.Nous sommes tous embarqués dans la folie universelle, pour le meilleur et pour le pire.Enraciné en sol québécois, je pars d’ici par nécessité pour agir sur le monde et pour réfléchir sur lui.Je pars donc d’un sol ingrat, plus souvent qu’à son tour gelé par la peur ou par le confort factice créé par l’industrie de consommation et encouragé par le syndicalisme d’affaires.Je pars d’un gros village craintif, paresseux, sans fierté, décourageant.Je pars d’une famille lente à agir et peu consciente des dangers qui la menacent.Je pars d’un être mal identifié et faible structuralement que l’empire américain bouffe quotidiennement sans rencontrer de véritables résistances.Je pars aussi d’une certaine tradition d’anarchie instinctive qui fait de nos révoltes épisodiques autant de combats sans lendemain.En réaction contre notre lâcheté quotidienne, je suis souvent tenté de combattre ailleurs qu’au Québec l’exploitation de l’homme par l’homme.Mais mon appartenance à la race blanche me situe d’em- blée dans le camp des exploiteurs de l’humanité, et même mes réflexions écrites re-1 posent sur une culture et des outils pro- ] duits à même l’asservissement et le sous-développement organisé des deux tiers au ] moins de l’humanité.I Parfois je ne sais plus si je dois d’abord m’identifier comme “citoyen du monde” ou comme Québécois.Mais je sais que le peuple québécois, en tant que collectivité particulière, ne pourra enrichir l’histoire des hommes de son destin s’il refuse les risques de l’indépendance nationale et, à partir d’elle, ceux d’une révolution radicale.Je sais également que le monde entier doit choisir rapidement entre cette révolution ou la mort.Je sais enfin que les systèmes et les régimes en place préfèrent la mort à la révolution, y compris les régimes à étiquette socialiste.Je tente d’apporter ma contribution, du mieux que je peux, à la construction d’une solidarité québécoise.Mais cet idéal est proposé à une société blanche (exploitée, certes, mais relativement confortable aussi) qui, enfermée dans le ghetto des valeurs établies et des préjugés faciles, ne se sent pas solidaire de la majorité des humains, si ce n’est, de temps à autre, pour souscrire une obole aux affamés d’Afrique.Les Accords de Paris venaient à peine d’être signés par les Princes de ce monde que la guerre du Vietnam disparaissait aussitôt de nos préoccupations, ne méritant plus, un jour sur trente, que deux ou trois paragraphestdans nos journaux démocratiques.Après quinze ans de lutte indépendantiste, un parti politique propose encore aux Québécois un minimum de dignité collective à assumer.Et ce minimum est encore perçu par eux comme un défi irréaliste.Chaque événement — crise de l’énergie, instabilité monétaire, hausse du coût de la vie — n’est pas l’occasion d’une remise en question du système en place mais prétexte à justifier le statu quo le plus bête.D’où le triomphe des cent deux sangsues libéra- I les, le 29 octobre dernier.Et ce n’est pa i l’effondrement des masures unioniste et 1 créditiste qui me convaincra que ce triomphe fut aussi celui de la raison.Entretemps, ce qu’on baptise ici d’opposition politique mène des campagnes tellement Respectueuses des adversaires pourris, qu’elle livre aux citoyens l’image d’une quasi-complicité dans le statu quo.On se tape la cervelle à coups de budgets hypothétiques, comme pour démontrer à la population que les maux dont elle souffre sont le produit d’une mauvaise comptabilité.Les espoirs de révolution s’évanouissent dans des concours d’études commerciales où tous les aspirants font l’unanimité sur les règles du jeu.L’interrogation du( système en vigueur, non seulement au Québec mais dans le monde, a cédé la place aux débats télévisés sur le coefficient d’élasticité et le rendement/les capitaux.22 / :tite$feî En marge, quelques sectes marxistes-léni- llisr seen êtes' D'oi ira pa :e t! nistes tentent de faire retrouver à leur clientèle les vertus, tant décriées jadis, de la scholastique, du dogme et delà papauté.A gauche comme à droite, on change parfois les couleurs.Mais les drapeaux signalent tous notre impuissance à balayer notre condition de soumis.Au moindre jappement du pouvoir, nous agitons le drapeau blanc de nos pieuses intentions avant de nous coucher en rond dans la satisfaction d’appartenir “quand même” à la prospère Amérique du nord.Nous nous consolons facilement des nombreux Paragon de notre régime en ouvrant toutes grandes les pages de nos journaux aux odeurs des autres dont Watergate est devenu le grand symbole.Non contents d’être soumis, nous sommes hypocrites et bien-pensants.Même à gauche.Notre littérature se nourrit de cette vocation à l’absurde que nous nous sommes donnée avec le temps.Cela se comprend un peu.Notre littérature est surtout montréalaise.Et' Montréal vit encore à l’heure duplessiste, quinze ans après la mort du célèbre vachier de notre “intégrité” nationale.Les Montréalais ont toujours accusé les “provinciaux” d’être responsables de nos retards historiques sans être capables eux-mêmes de faire le ménage dans leur cité.C’est à peine si nos gens de la grande ville osent tolérer l’idée d’un changement de régime dans leur Hôtel de ville, comme si le pouvoir à Montréal, venant d’en haut, devait par nature commander lui-même d’en haut tout changement éventuel d’administration.L’autogestion politique, économique, sociale et culturelle n’est pas pour demain.La critique et l’action sont encore trop timides et trop peu soutenues pour donner un peu de réalité, de concret, aux espoirs qu’avaient suscités chez nous, malgré lui et malgré nous, la mort de Duplessis.J’ai bien peur que notre opposition s’enlise dans le sous-sol du pouvoir, comme ces “honnêtes travailleurs” du contracteur Padovani par lesquels Denys Arcand a voulu rappeler notre complicité collective dans le maintien du statu quo et des abus de pouvoir.Que faut-il donc faire quand on ne veut ) ( pas mourir au Québec avec la mention “poète maudit” ou “révolutionnaire de la désespérance”?Le système aimerait nous voir recourir à nouveau aux bombes, parce qu’il sait tirer parti de la peur et de la mort.Mais nous savons que le terrorisme, depuis Athènes jusqu’à Santiago du Chili, est l’arme suprême des vautours.Nous savons aussi qu’après avoir accordé un triomphe aux minables patroneux de l’équipe Bourassa, nos citoyens ont repris leurs mauvaises habitudes de vaincus paisibles et que leurs récriminations se noient à nouveau dans les vapeurs des tavernes.Lors du prochain duel courtois que se livreront en 1977 ou 1978 nos respectables partis politiques, que restera-t-il du réveil des années 60?Si un jour prochain, les Américains décident que la solution à leurs gigantesques problèmes énergétiques, écologiques et sociaux doit absolument passer par la “récupération” des ^ ressources naturelles du nord, et donc par l’annexion du Québec et du Canada à leur territoire, ils nous trouveront complètement désarmés et peut-être même aux trois quarts assimilés.Mais, peut-on se demander, le monde en sera-t-il plus affecté que nous le sommes nous-mêmes par la menace d’extinction qui pèse sur pertains peuples du Sahel ou par le génocide des Indiens des deux Amériques?Le monde a survécu à la disparition de bien des peuples, et nous-mêmes, à l’école, nous avons appris que ces disparitions étaient historiquement nécessaires.Des massacres de Juifs, d’indiens, de Bengalis, de Biafrais, etc.à peine avons-nous retenu le sentiment, après un vague sursaut d’horreur morale, qu’heureusement “ça ne se passe pas ici”.Et “ce-qui-ne-se-passe-pas-ici” importe peu à nos intérêts villageois.Décidément, si nous lorgnons de temps à autre en direction du Tiers Monde, celui-ci ne se reconnaît pas en nous.Certains d’entre nous ont voulu — et veulent toujours — pour les Québécois un destin différent de celui du grand frère yan-kee.Est-ce possible?Je veux encore le croire.Mais, lors du “coup pétrolier” des Etats arabes, j’ai entendu la majorité de mes frères souhaiter que les Etats-Unis règlent leurs comptes une fois pour toutes ¦¦¦¦Il : SMMi ISM à ces “furieux Arabes” qui, disaient-ils, veulent s’enrichir à nos dépens! J’ai bien entendu aussi quelques critiques sur les grandes compagnies pétrolières, mais leur conclusion était que ces consortiums étaient de connivence avec les pays arabes.L’impérialisme?Connais pas! Pendant ce temps, le gouvernement québécois utilise le slogan de “la souveraineté culturelle”, comme autrefois Duplessis se servait de l’autonomisme, pour masquer la vente aux enchères de ce qui nous reste de pays.Le développement de la baie James, exemple parfait du pillage de nos dernières richesses naturelles et du génocide indien, est devenu, parla coïncidence du machiavélisme du pouvoir et de notre propre apathie, le symbole des luttes ouvrières fratricides.L’Etat a réussi ce tour de force incroyable de substituer le banditisme syndical au banditisme économique des monopoles, et de convaincre à nouveau la majorité de la population québécoise que les syndicats constituent une menace plus grande à son “bien-être” et à son développement que les grandes sociétés multinationales de l’empire.De la crise d’octobre 1970 aux violences de la baie James, le même scénario réédite les mêmes peurs, les mêmes démissions, les mêmes fausses pistes.Méfions-nous aussi des illusions encore entretenues par les gains( (en pourcentages) réalisés par l’opposition péquiste en octobre 1973.Ces gains sont fictifs au niveau concret de l’action pratique.Ils ne portent en eux-mêmes aucune fatalité de changement pour 1977 ou 1978.Les Libéraux au pouvoir s’appuient sur une force d’inertie considérable qui, à défaut d’une profonde secousse, entraînera d’elle-même demain ce qu’elle a suscité — ou ressuscité — hier.Secouer énergiquement cette inertie collective est la tâche de l’opposition.Mais encore faut-il qu’au préalable cette opposition sorte du sous-sol du pouvoir et des règlements de comptes comptables ou encore scolastiques.£ (Notes pour, un essai en préparation sur l’opposition au Québec) 23 un peu plus mal dans par Jean BouthiMette Signe de notre impuissance que ce numréo-bilan de Maintenant?Ressas- ' .ser.Liquider.Analyser froidement.Pour la Nième fois! Je ne puis parler écrivain 38.Sa modernité et son universalité: la décolonisation du monde.Enfin le — Québécois reconnaît en l’Anglais son colonisateur et le démasque, se libé- rant du même coup intérieurement (le colonisé doit lutter à la fois contre lui-même et contre l’Autre) et posant les conditions objectives de sa libération nationale.Les années 60, c’est la légitime défense des Effelquois;lasombreluciditéde Parti pris (première manière); l’explosion d’une créativité libérée dans tous les domaines.C’est le chemin de notre vraie liberté collective tracé après deux siècles d’une servitude bien déguisée.Les années 70.Du radicalisme des années 63 à 70, que reste-t-il?Recul, lassitude, timidité, souci de la respectabilité.Et des glissements dangereux.Des ambiguïtés.On veut rassurer.On édulcore.On veut libérer un peuple avec des gants blancs.Tout se brouille à nouveau, se dissout, nous glisse entre les doigts.Mot d’ordre mensonger: “Nous ne voulons faire l’indépendance contre personne”.Voilà le soporifique de nos consciences, le danger mortel.L’indépendance se fera contre l’Anglais ou elle ne se fera pas.Voilà la dure réalité.On veut l’oublier! Dans la situation coloniale au Québec, l’Anglais est l’ennemi.A long terme, c’est lui ou nous.Pas un Québécois qui ne le pressente au fond de lui-même.Mais nos vieux réflexes de colonisés reprennent le dessus.Voyez encore une fois l’Anglais se voiler à nos yeux comme colonisateur.On n’en parle plus que comme frêle minorité à protéger.Un tas de d’Artagnan, se trompant d’orphelin, volent à son secours, au nom du grand principe abstrait de la justice.* WKt mil.Ht 41 «nu.191! «omuf StM LIBRE NUMERO SPECIAL CONSACRE AU SOMMAIRE Priiitntalion Gérard PELLETIER La nouvelle trahison des clercs Pierre-E.TRUDEAU Le séparatisme ou le respect au statu quo Raymond et Albert BRETON En plus, des textes de Guy Viau, Pierre Vallièrcs, Michel Patenaude et Yem Kempt La justice.Une vraie névrose.Une obsession.Notre culpabilité encore une fois qui se renverse, se pare de vertu.Dernière veulerie d’un peuple (ses penseurs) qui retarde les échéances nécessaires.Mais la justice, c’est à nous qu’on la doit! Notre indépendance est juste à la face du monde, quelles que soient les injustices qu’elle entraîne à l’endroit du colonisateur.L’indépendance de l’Algérie s’est faite dans l’injustice: un million de “Français” — c’étaient des Algériens depuis plus d’un siècle — ont dû abandonner leur pays.Tout le monde a fermé les yeux, pudiquement.Cela faisait partie de la logique implacable de la décolonisation.Il ne peut pas y avoir de Québec indépendant sans injustice puisque l’Anglais a tout à j perdre.Allons au bout du scandale: l’injustice est nécessaire, puisque l’indépendance est nécessaire.Mais l’injustice peut être humaine.Si l’Anglais nous aime tant, comme il le répète, qu’il devienne semblable à nous.Nous lui laisserons le temps.Sinon — et il marquera en même temps son mépris — il lui restera la vaste Amérique, cette Amérique qu’il nous flanque à la face comme un pavé à chaque fois que nous avons la velléité de lever le petit doigt.Comme l’Anglais a repris de l’arrogance (par Bourassa et compagnie interposés) depuis 1970! Le Rhodésien de René Lévesque se sent de nouveau bien dans sa peau.Mais nous, un peu plus mal.% la pensée aux paroles par Yves Lever critique de cinéma Finissant du cours classique, il y a une douzaine d’années, on me disait (et je le croyais) que j’avais acquis une pensée, même, LA pensée.Comme tout le monde, je pouvais jouer à “toute chose a une place, mettre chaque chose à sa place”.Aujourd’hui, je ne crois plus posséder une pensée, seulement une jolie collection de paroles et quelques pensées vivantes.Je ne cherche plus la place des choses, mais plutôt à faire de la place à celles qui importent.Bien que frôlant divers milieux à l’occasion d’études philosophiques, sociologiques et théologiques et bien que pénétrant dans divers mondes par le travail (enseignement, animation, pastorale), c’est dans la pratique de la critique cinématographique que s’est accompli pour moi le passage du discours aux paroles.Dislocation de mes paysages extérieurs et intérieurs par l’apport des multiples locations (en langage de cinéma: les lieux de tournage hors studio) du cinéma québécois et étranger.Les voyages déniaisent.Prise de possession du territoire, constitution de “l’album de famille”, comme dit un personnage de Perrault, éclatement des frontières du village.Et j’ai compris que la promenade et le braconnage de nos caméras dans tous les coins du pays ne correspondent pas seulement à un besoin de bougeotte, mais surtout à un désir d’explorer et de créer des locations de/en liberté.Dislocation de mon discours bien organisé par l’entendement des “paroles belles” criées ou murmurées à travers toute l a-venture du cinéma direct.Avant de parler de cinéma direct, on disait “cinéma-vérité”, comme si on était à la recherche d’un nouveau discours.Mais il faut encore se contenter des paroles.La prétention métaphysique ne dura pas longtemps: si l’enregistrement en direct d’images avec son synchrone faisait ressortir'quelques vérités belles ou utiles, il signalait surtout le gouffre entre le monde des penseurs et celui de la vie vraie.Faut aller parmi Vmon-depour le saVoir.‘f O.K.Laliberté On est au coton Taire des hommes Un pays sans bon sens Chez nous, c'est chez nous Ma critiqpe, c’est de contribuer au ra-paillage de ces paroles en prise (emprises) sur la vie et la mort, le quotidien et l’histoire (surtout la petite), la terre et l’underground, l’acharnation et l’acharnement, sur un chez nous à construire.De m’émerveiller aussi sur des titres de films aussi merveilleusement subversifs que Taire des hommes; Chez nous, c’est chez nous; On est au coton; Le retour de l’immaculée conception; On n’engraisse pas les cochons à l’eau claire; O.K.Laliberté; Un pays sans bon sens, etc.D’inviter tout le monde à se mettre en gang pour écouter ou dire ces paroles, car elles sont alors tellement plus le fun.La primauté des paroles sur le discours, je l’ai vue aussi dans les bombes du F.L.Q.éclatant dans la rue avant la lecture de leur manifeste à la télé.Dans l’existence (trop) éphémère de revues comme Pres-qu’Amérique, Media, L’oeil et l’esprit, Champ libre, Tilt, etc.(“Les paroles s’envolent.”).Dans la popularité des lignes ouvertes à la radio et celle, à la télévision, des Sel de la semaine, Pierre Jean jasent, Rencontres, Appelez-moi Lise,Le 60, etc.Dans l’édition d’essais ou de recueil d’essais, plutôt que des traités philosophiques ou sociologiques.Dans les créations collectives du jeune théâtre, dans les écritures de Hobo Québec et de Main-mise.Chez les chrétiens préférant se réunir en communautés de base plutôt qu’à l’église paroissiale.Etc, etc.En 1974, je me retrouve avec une belle collection de paroles, une mosaïque assez intéressante d’images.Je sais que je ne saurais articuler un discours qui les comprendrait toutes.Quelqu’un peut-il le faire en ce pays?J’ai bien rencontré des gens qui dogmatisent rapidement leurs paroles et en feraient volontiers un catéchisme unique.Ceux-là, je m’en méfie autant que des agences de publicité, les politiciens et les vedettes de cinéma.“Lesparoless’envolent.”.Qu’importe, si on peut avec elles parler, chanter et changer la vie! • 26 A l’époque je sortais à peine et un peu essouflé du grand voyage classique, encore tout ébouriffé de latinage, instruit de mer inaccessible, imprégné d’exploits littéraires.Tout ce beau monde de l’écriture était à ma portée mais ma propre réalité m’apparût au-dessus de mes moyens.Il m’arrivait d’essayer de décrire une rivière Richelieu, une rue de Montréal, un cap Tourmente et, en me relisant, je reconnaissais une Loire, un grand boulevard ou un Finistère.Divorce des mots et de l’écriture.Peut-être que l’écriture ne ressemble qu’à l’écriture et le cinéma au cinéma.Toujours est-il que j’avais l’impression de vivre dans un pays étranger à mon âme d’emprunt.sans pour autant me sentir coupable.Personne ne nous avait jamais parlé de nous-mêmes sauf pour nous mépriser du haut des humanités.Nous n’avions au fond rien à perdre, diraient les créditistes qui ont dans leur belle naïveté, dans leur excessive honnêteté un sens aigu de la dernière extrémité.mais ils se refusent encore à en tirer une conséquence.Il m’apparaissait toutefois, vaguement, qu’il était abusif de confondre humanité avec écriture.Les livres pour moi finirent par relever de l’archéologie et chaque ligne, en se déroulant, me restait sur le coeur comme si je dévidais les bandelettes d’une momie.A cause de la distance.Je n’arrivais pas à souder ce merveilleux sarcophage qu’est un livre avec les morts de ma connaissance.Et confusément, je me mis à la recherche d’un monde à ma portée.Pour que les cartes enfin reproduisent mes rivages.Ou alors, me contenter de l’estime.Naviguer à l’estime parmi les hommes de mon calibre.Autrement, partout ailleurs, je me sentais étranger, rapporté de paroisse, comme ' on dit à Baie Saint-Paul (le pays longtemps a été à l’échelle de la paroisse).Et une telle étrangeté à Tailleurs était doublée par la difficulté d’une identité silencieuse dans mon propre entourage.Toute écriture entretenait l’exil et la confusion.Et je sentais qu’on peut aimer les humanités contre les hommes, pour mieux leur interdire accès à leur âme; tous les moyens sont bons pour domestiquer les hommes et vendre des livres.Pourtant je fréquentais de source, sans trop savoir pourquoi, ces maitres-draveurs, maitres-forgerons, maitres-ar-tisans, meuniers, débardeurs, bûcherons et j’apprenais quelque chose sur mon propre compte.C’était comme une reconnaissance.Bien sûr, on m’accusait de folklore.Et à Cannes et à Montréal, on disait que Pour la Suite du Monde s’intéressait à des demeurés.A Avignon, on reprochait aux étudiants acadiens de ne pas connaître le vocabulaire de la lutte des classes employé couramment à l’université de Grenoble.Je comprenais qu’on me plaignait de fréquenter ce monde domestique et sans grandeur.Mais par ailleurs je me sentais trahi par l’intelligence qui ignore obtensiblement ce goût du Québec qui naissait en nous.Quelle est cette langue dite de grande civilisation qui fait une insulte du mot paysan?J’étais le dernier habitant d’un royaume en ruine.Avec un magnétophone et à même le grand discours les hommes de Charlevoix, d’Acadie, d’Abitibi, de partout, j’entrepris pourtant de me refaire, tout seul, d’instinct, des humanités québécoises.Pour me comprendre.Pour me situer.J’avais besoin de balises ailleurs que dans des portulans chimériques.Je posai la question: qu’est-ce qu’un habitant, à l’habitant lui-même, sans passer par l’histoire ni la sociologie.Mais en passant par les yeux et les oreilles de la caméra fraternelle de Bernard Gosselin et de Michel Brault.(.)* Pierre PERRAULT mars 1974 * Extrait de la postface de Marins du Saint-Laurent, par Gérard Harvey, aux Editionsdu Jour. Que nous en ferons par André Major écrivain ¦4 V !• Je suis un peu embarrassé d’avoir à répéter ce qui est devenu evident et apparemment indiscutable, à savoir la rennse en question de l’idéologie traditionnelle, pas aussi monolithique qu’on l’a prétendu puisqu’en examinant les choses d assez près on se rend compte que le conservatisme a toujours dû s’affirmer contre la renaissance d’un certain libéralisme jadis apparenté au patriotisme et qui de nos jours s appelle souverainisme.Au fond, et pour tout dire en quelques mots, au moment où les Canadiens français commençaient à se muer en Québécois, prenaient conscience de l’ambiguïté de leur statut collectif et cessaient de se définir négativemént en fonction de 1 Autre, leur pensée avait déjà éclaté et rejailli d’une part en contestant l’impératif religieux et d’autre part en concevant un projet historique en rupture totale avec 1 ordre socio-politique.2.Disons que tout a commencé par un doute, une faille dans le système-abri qui avait jusque-là assuré notre salut (et je pense à Saint-Denÿs-Garneau, par exemple, comme à Jean LeMoyne qui s’est arrêté de penser après avoir signalé les vices majeurs de notre univers psychoreligieux).Cité libre, davantage préoccupé par le politique, eut le mérite de mettre le doigt sur la corruption d un régime, sans aller jusqu’à en tirer toutes les conséquences, ce qui l’eût sans doute forcée à renier son libéralisme inavoué et qui se traduisit finalement par un engagement à contre-courant des grandes idées qui émergeaient sans encore converger pour se fusionner, comme cela devait se produire un peu plus tard.Personnellement, étant donné mon âge — j’avais 17 ans eh 1960 —, j^ai été marqué par les Insolences, Cité libre, le Journal a un Inq uisiteur de Gilles Leçlerc et puis par la Revue socialiste où, enfin, se trouvaient conjuguées la pensée laïque, la pensée socialiste et la pensée nationaliste, triade reprise ensuite par l’équipe de Parti Pris dont je fus.Mais cette évolution, on aurait tort de la réduire à ses origines purement intellectuelles; elle flottait dans l’air, elle inspirait les artistes, elle créait un climat.Les mouvements etudiants formaient avec le RIN une sorte d’avant-garde idéologique.Comment ne pas souligner l’intervention radicale des felquistes dont j’étais, comme bien d’autres, si près?La révolution tranquille, nous sentions que c’était de la poudre aux yeux, exception faite de la nationalisation de l’Hydro, et peut-être de la réforme de l éducation.Il est évident que sans le terrorisme le pouvoir de négociation du gouvernement Lesage eût été mince.Mais j’oublie les essais de Vadeboncoeur, la politisation des syndicats, Vallières et Gagnon, Aquin, Ferron et Miron, la décision prise par René Lévesque de se jeter dans la bagarre, etc.3.Les intellectuels ont certainement été la conscience de cette évolution, je dirais même qu’ils l’ont provoquée, amorcée et nourrie, jouant parfois un rôle que nos hommes politiques dédaignaient par inconscience ou lâcheté.Ce sont eux qui, à la fin des années 50, fomentaient un nécessaire antiduplessisme, comme ce sont eux qui, au début des années 60, luttaient pour la reconnaissance d’un jU>( COJ cep DUS É crf ce n pa rei fa pluralisme religieux et un nationalisme laïque, soucieux de justice sociale.Ce rôle d’initiateurs ou de provocateurs, comme on voudra, ils l’ont joué à peu près seuls jusqu’au moment où des personnalités politiques comme Lévesque sont devenues les véritables porte-parole du combat.Le Parti québécois n’a pas signifié le repli des intellectuels, mais il les a en quelque sorte remis à leur place.Depuis lors, et même durant la Crise d’octobre, les intellectuels ont continué de combattre mais sur le terrain idéologique quoi qu’il y ait, bien entendu, des cas d’exception, celui de Jacques-Yvan Morin par exemple.4.Le mouvement laïque dont je fus également a contribué non seulement à remettre en question le système clérical mais à rendre publiques certaines de ses anomalies.Il a pesé sur la réforme de l’éducation, ne serait-ce qu’en créant un climat de tolérance et de libre discussion.Mais c’était un mpuvement bâtard qui rassemblait des libéraux uniquement préoccupés de liberté de conscience (style Jean LeMoyne) et d’éventuels socialistes que le droit à la dissidence ne satisfaisait pas totalement et qui pressentaient déjà la nécessité d’une pensée globalisante.5.Le syndicalisme, s’il a essentiellement évolué, c’est dans la mesure où il a cessé de se percevoir comme le partenaire du patronat pour prendre conscience de sa responsabilité politique, laquelle consisterait à contester non seulement les injustices dérivant du capitalisme mais son alibi idéologique et ses origines économiques.Mais voyons au-delà: la culture populaire s’exprime diversement et au grand jour, en plein coeur des débats actuels et non plus par personnes interposées.Prendre la parole a cessé d’être un privilège, un monopole de caste; remarquez, que le peuple a toujours parlé mais jamais avec la conscience d’exercer un droit fondamental.H a fallu qu’on le trompe assez pour qu’il cesse de se croire représenté là où les décisions se prennent.Il a fallu qu’il en ait plein son casque.Il a fallu qu’il se dise: si j’ai quelque chose à dire, aussi bien le dire moi-même.Quant à l’idée de l’indépendance, je la crois solidaire de la conscience qu’un peuple a de lui-même, et en ce sens tout effort de libération à quelque niveau qu’il se manifeste rejoint et consolide ce projet historique fondamental.Nous avons donc, en moins de vingt ans, fait tout ce chemin, enterré le duplessisme, ouvert les esprits, réformé l’enseignement, donné droit de cité à toutes les interprétations possibles de la vie, mais si nous avons progressé, et c’est incontestable, nous avons dû assister au pourrissement de certains problèmes sociaux ou culturels (la fermeture de certains villages^et la loi 63, par exemple) que les libéraux sont manifestement impuissants à résoudre, prisonniers qu’ils sont d’une vision arriérée de la réalité et surtout des intérêts qui les maintiennent au pouvoir.6.a) C’est désormais un fait irréfutable que la chute des valeurs traditionnelles au profit de valeurs d’importation facilement et rapidement véhiculées par la télévision.Il y a eu substitution, simplement.De toute manière, les valeurs locales se mouraient d’anémie.Ou on en créait de nouvelles ou on adoptait celles du voisin.C’est encore ce qui se passe.L’important, en fin de compte, c’est de se reconnaître même dans ce qu’on va chercher au bout du monde, c’est de le mettre à sa main, comme on dit.b) Cet extrait du Rapport Parent, tout bien intentionné qu’il me paraisse, je me demande à quoi il correspond, certainement pas à la réalité actuelle.Ce que j’ai l’occasion de constater me permet seulement d’affirmer que le système actuel ne tient pas les promesses du dit Rapport.c) Vallières a raison de dire que la lutte sera longue et pénible, mais que nous vaincrons car nous sommes les plus forts, j’en doute.D’abord nous ne sommes pas les plus forts.Nous sommes là, c’est tout.Seulement là, à vivre, à passer de l’espoir à l’amertume, selon les événements.Tout est possible, et tout dépend de nous, toujours.7.Ce serait long et un peu complaisant.Je serai télégraphique.Je suis né catholique, je suis devenu bernano-sien, puis athée militant et marxisant, tout en ne perdant jamais de vue la nécessité d’une libération nationale; et puis, pour diverses raisons déjà formulées ailleurs, j’ai obliqué à droite, le temps qu’il me fallait pour comprendre, grâce à Péguy, qu’on ne peut pas détourner les yeux de la misère sans du fait même l’autoriser à prospérer.Et je suis revenu à un socialisme sans doctrine, sans alibi scientifique, un socialisme assez primaire, à l’ancienne mode si vous voulez.8 et 9.Ma démarche, je n’ai jamais cherché à la comparer à la démarche collective, encore moins à les faire concorder.Tant mieux si la mienne recoupe celle de Vallières, pour prendre un cas qui s’est présenté.Non, ni exilé, ni en marge des courants actuels; seulement indifférent à certains phénomènes dominants mais que je sens sur le point de décliner (le jouai comme langage de libération et qui tend à devenir un mythe compensatoire, un refuge, un folklore urbain).10.Au début des années 60, je militais beaucoup tout en éprouvant un constant malaise, le sentiment de ne pas faire ce que j’avais vraiment à faire.J’étais trop influencé par mes lectures.J’avais une vision préfabriquée de la réalité.C’est un défaut que nous partagions presque tous, mes amis et moi, et dont chacun, plus tard, s’est plus ou moins corrigé.Moi, il m’a fallu retourner travailler dans un grand magasin pour me rendre compte que, des fois, on est à des milles de ce qui se passe vraiment.Mais je n’ai pas évité ce piège qui consiste à vouloir que les idées et les faits se mirent sans se déformer.Une autre erreur, courante celle-là, fut ce tout ou rien qui nous caractérise encore, et qui explique cet extrémisme, ce violent va-et-vient entre l’exaltation et le désespoir, ce besoin du miracle, maisje m’arrête ici.11.J’ai certainement travaillé à l’affirmation de la litté- Faweinlf1 ee «pie nous en ferons rature québécoise, d’abord parce que j’ai écrit et que je continue d’écrire, et ensuite parce que j’ai, en tant que journaliste, passé une dizaine d’années à rendre compte de ce qui se passait, travail que je poursuis à la radio maintenant.Mais un bilan critique, je me vois mal m’y atteler.Tout ce que je puis dire, c’est que je fais ce que je peux, avec moins de zèle qu’auparavant puisque la littérature québécoise est désormais la fille de la maison et qu’il me semble plus important maintenant de l’examiner d’une manière critique.12.Non, je ne suis pas attentivement ce qui se passe dans tous ces domaines.Je prends un peu partout ce qui me tente.Les créateurs, c’est un monde, et comment le réduire à quelques formulations forcément injustes?Que les créateurs créent, chacun selon son tempérament propre, en toute liberté, voilà ce qili importe.C’est déjà oeuvrer pour l’avenir que de créer.13.On peut avoir l’impression d’un affaiblissement de la conscience québécoise parce qu’effectivement les forces de libération ou les manifestations libératrices sont plus diffuses, du moins pas totalement canalisées par la voie politique.Si le Parti québécois est à juste titre considéré comme l’instrument du pouvoir québécois, il a cessé d’exprimer à lui seul tout le champ de la conscience québécoise, ce qui donne l’impression d’un éparpillement, sinon d’un amoindrissement.En fait, l’impasse actuelle — car c’en est une — crée un climat de confusion tel qu’on multiplie les contradictions, les ambiguïtés, les erreurs flagrantes, comme si le sens critique s’était pratiquement absenté de cette assemblée délibérante que nous donnons parfois l’impression de former.14.J’ai l’impression, et je la donne pour ce qu’elle vaut, que les forces d’opposition préfèrent suivre l’itinéraire qui leur est propre tant qu’il n’y a pas urgence, je veux dire tant que chacune ne se sent pas menacée au point d’éprouver un vif besoin de solidarité.Alors là, au nom de la démocratie en danger, on se rallie et encore est-ce avec des scrupules de Dames de Sainte-Anne.Mais pour le moment, il semble bien que les aristocrates, les puristes de la Sainte Idéologie marchent tout seuls, surtout soucieux de dénoncer l’hérésie social-démocrate qu’incarne le Parti québécois.15.La question se pose, à mon avis, en termes plus crus: dans quelle mesure avons-nous singé les clichés en circulation?Je m’excuse, et je ne m’exclue pas du tout de ceux que j’accuse ici, mais notre marxisme, tout comme notre contre-culture ou notre pseudo-personnalisme, c’est de l’importation.Attention: je ne dis pas que 4e défaut est là, dans le fait d’importer, étant le premier à souhaiter que nous puissions sans gêne dans tout ce qui existe ailleurs; je prétends seulement que nous avons poussé le zèle jusqu’à caricaturer les modèles que nous tentions de prendre à notre compte.Les demi-colonisés que nous sommes manquent tellement de foi en eux-mêmes qu’ils adoptent tels quels, sans les réévaluer ni les réinterpré- ter, les modèles idéologiques ou culturels dont nous avons besoin soit dit en passant, pour nous définir nous-mêmes.Cette absence de sens critique est terrifiante.Après avoir eu honte de nous-mêmes, nous voilà en train de survaloriser tout ce qui émane de notre personnalité collective.De même, par réaction émotive, nous devenons francophones et américanophiles, bêtement, sans nuances, sans réserves.Mais l’influence des idéologies sur la population, si elle n’est pas frappante, elle se manifeste indirectement, via les conflits sociaux.Ne soyons pas dupes de certaines déclarations, la majorité demeure prisonnière de l’idéologie dominante, à savoir le culte libéral des libertés individuelles.16.C’est une question-piège parce que je risque de vous dire ce que je souhaiterais que Mme Tartampion-de-la-rue-Panet pense, alors que je n’en sais vraiment rien.Je prends connaissance d’opinions diverses, juste assez pour me rendre compte d’un phénomène très normal: c’est qu’il y a des travailleurs qui sont aussi radicaux que les intellectuels d’avant-garde et d’autres travailleurs qui pensent aussi craintivement que certains intellectuels.En ce sens, le clivage idéologique ne renvoie pas nécessairement à un clivage social.Il y a des courants de pensée qui circulent librement d’une classe à l’autre.Chose certaine également, il y a encore des gens qui prétendent parler au nom du peuple, comme si ce dernier était unanime en même temps qu’inapte à s’exprimer.Personnellement, j’ai appris à parler d’abord en mon nom.C’est une démarche moins impressionnante mais sûrement plus modeste, sinon plus honnête.17.Je n’ai rien d’un prophète, je ne me fais aucune idée du Québec.Je le vois en train de changer, je le vois forcé de changer ou de crever.Et puis, quand on croit comme c’est mon cas que le Québec est encore en gestation, un être en devenir, un pays à l’état d’hypothèse, on ne peut se faire une idée bien précise de ce qu’il sera.C’est comme si on me demandait qu’ést-ce qu’un Québécois, je répondrais en haussant les épaules parce que le Québécois c’est ce que nous essayons tant bien que mal de devenir.Le Québec sera le résultat des combats que nous menons, rien de plus, rien de moins.Pour le moment, c’est un territoire livré à la voracité.Et le lieu d’un intense désir d’affirmation.18.Cette question, je me trouve à y avoir répondu ci-haut quand je disais que l’avénir sera ce que nous en ferons.C’est peu dire, je l’avoue.Peut-être suis-je en ce moment, comme bien souvent, passablement inquiet de notre avenir parce que si j’ai l’espoir d’un salut je sens que c’est à l’encontre des faits que cet espoir se maintient.Mais ce n’est certainement pas une raison pour tout laisser tomber.Serais-je d’ailleurs convaincu que c’est en pure perte, je lutterais, je crois.Comment faire autrement?Disons tout de même que je n’en suis pas à méditer sur nos fins dernières.La volonté des petits peuples a souvent triomphé des plus grandes armées.Tout près de nous, il y a le Viet-nâm.C’est une leçon.0 ou sont nos vrais enjeux ?par Jean-Paul Audet M üi: J’envie ceux qui sont prêts à livrer en cinq pages leurs impressions sur les vingt dernières années du Québec.Vingt ans, dans la vie d’un groupe relativement complexe, c’est encore l’actualité, à peine refroidie.Le risque est grand, dans ces conditions, que mes “impressions” ne soient utiles qu’à moi-même.Quand des intellectuels se tournent vers un passé proche, dont ils peuvent encore penser qu’il leur appartient, il leur est souvent bien difficile de ne pas interpréter l’histoire en premier lieu comme un mouvement d’“idées”.Je ne nie pas l’importance de certaines des “idées” qui ont connu leurs heures de fermentation plus ou moins intense parmi nous durant ces deux dernières décades.Mais ce qui me frappe, c’est l’usure extrêmement rapide d’“idées” qu’on avait d’abord cru résistantes, et solidement implantées dans la réalité québécoise.Le domaine de l’éducation a peut-être été celui qui a fait parmi nous durant cette période la plus incroyable consommation d’“ idées” passagères, depuis celles qui présidaient à la construction des écoles jusqu’à celles qu’inspiraient les méthodes et les programmes, et définissaient les priorités dans les objectifs.Rien n’indique d’ailleurs, pour l’instant, que cette consommation soit à la veille de se stabiliser dans un rythme moins effréné, et sans doute en même temps mieux accordé à la réalité humaine.En matière d’“i-dées”, je crains pour ma part que nous nous soyons un peu trop complu aux séances d’essayage.Sans doute serions-nous mieux avisés de laisser mûrir tranquillement certaines “idées” plutôt que de passer no- tre temps à tirer dessus pour qu’elles poussent plus vite, au risque de les déraciner complètement.Nous avons les “idées” volontiers impatientes, en beaucoup de domaines.A quoi cela tient-il?Mais nous ne sommes pas les seuls dans cette situation, si cela peut nous consoler.Je ne veux pourtant pas céder ici outre mesure au penchant des intellectuels pour l’observation des “i-dées”.Je me demande, en fait, si à la longue on ne s’apercevra pas que, durant ces vingt dernières années, l’accélération marquée de l’urbanisation au Québec a représenté à elle seule un phénomène beaucoup plus important et profond que tous les mouvements d’“i-dées” qu’on a pu observer avant, pendant et après la “révolution tranquille”.Il se peut d’ailleurs qu’il y ait un lien souterrain entre le rythme auquel nous avons essayé et consommé tant d’“idées” de toutes sortes durant cette période, et notre accès généralisé, direct ou indirect, à l’espace urbain comme espace relationnel et comme espace d’habitation.Est-il impossible, en effet, que transportées subitement dans l’espace urbain, nos vieilles patiences rurales, — je ne dis pas paysannes, — aient éclaté?Ce qu’il me paraît important à retenir de toute façon, à ce propos, c’est que le passage à l’urbanisation, et à plus forte raison à la grande urbanisation (Montréal), touche et transforme l’homme lui-même à une profondeur que les mouvements d’“idées” même les plus vigoureux n’atteignent pas.Ce qui est atteint alors, c’est l’espace relationnel des individus et des groupes comme espace d’habitation.Finalement, et tout compte fait, je me demande donc si la principale condition de notre avenir, au Québec et ailleurs, n’est pas également là: plus précisément dans la figure particulière que nous saurons, ou ne saurons pas donner à notre espace d’habitation, qui sera de plus en plus quoi que nous fassions, un espace urbain.De ce point de vue, j’avoue que je ne suis pas trop rassuré.Mais j’ajoute aussi que mes raisons de craindre me semblent alors assez éloignées de celles que je pourrais tirer, entre autres, comme tout le monde, de mes insatisfactions politiques.Aujourd’hui comme il y a vingt ans, qu’il est difficile de savoir où sont les vrais enjeux! En sera-t-il autrement demain?# 31 7 productions culturelles/ lutte des classes fragments par Patrick Straram le Bison Ravi esquisses pour DIANNE ALBERT / “naïvement” et BRUNO CORRIVEAU/“le temps d’une génération entre nous” camaradement v Intelligentzia: classe des intellectuels.“L’histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire de la lutte des classes.” Pierre Soulages.“Peinture/16 juillet 1961”.Luigi Nono.“Contrappunto dialettico alla Mente” (Contrepoint dialectique pour la compréhension), 1968 (disque Deutshe Grammophon / Avant-Garde, stéréo 2543006).1— En 20 ans, l’intelligentzia québécoise a mis fin à un ignorantisme catholique / féodal anachronique.Mais, procédant empiriquement au lieu que dans le sens d’un matérialisme dialectique, elle s’est alignée sur l’idéologie de la classe dominante, et contribue à l’ignorantisation des classes travailleuses (productrices) entreprise par les Appareils Idéologiques d’Etat afin que dure la propriété privée des moyens de production.2/3 — En résumé, l’histoire des idées au Québec depuis 20 ans, sous-tendue par l’Histoire dans le monde, s’articule autour du Refus Global et de “Cité libre”, de l’Hexagone, de la transformation de la C.T.C.C.en C.S.N., du cinéma québécois de 1958 à 1964, du travail de Roussil et de Vaillancourt, et plusieurs peintres et quelques musiciens et 3 ou 4 “chansonniers”, de “Parti Pris”, du F.L.Q., du Bill 63, de la fondation de l’Université du Québec, du Front Commun des centrales syndicales et de la régression/répression qui atteint aujourd’hui son point culminant, presque tous les intellectuels au service des Appareils Idéologiques d’Etat ou satisfaits d’être réduits à l’état de marchandises.Au fascisme dans lequel se fige le Québec correspond bien le leurre “Vie et Culture du Jour”, mythologie (plurielle) au moyen de laquelle toute production d’idées n’est analysée qu’en fonction de la rentabilité et de l’inoffensif de sa consommation, l’absence de critique nécessaire au maintien de la propriété privée des moyens de production.Il est significatif qu’un penseur aussi progressiste et aussi intègre que Pierre Vadeboncoeur écrive, résumant exactement la contradiction contenue dès l’amorce de cette histoire, “qu’on peut maintenant considérer Pierre Elliott Trudeau comme l’anti-Borduas”.Mais au lieu qu’on analyse et utilise la spécificité concrète de la coupure ainsi énoncée, celle-ci, reproduite en d’innombrables exemplaires, sert à séparer politique et production de signes, division au seul profit de la classe dominante.Le Refus Global est désamorcé sur tous les marchés où on le “vend” et l’équipe “Cité libre”, à l’exception de Vadeboncoeur, administre un pouvoir régi par l’ennemi principal: l’impérialisme américain.L’exemple paraît édifiant à de multiples groupuscules qui ne se constituent, dans le champ“cul-turel”, que pour succéder à ces premiers “libéraux”.Opportuniste, l’intelligentzia québécoise depuis 5 ans joue en virtuose son rôle de figurante dans les fausses représentations qui occultent, qui coupent du réel, qui réi-fient, qui inertisent: ainsi prouve-t-elle qu’elle s’est servie, plus qu’elle n’a contribué à les produire, des événements antérieurs à l’octobre 70 de sa démission., 4— Le Mouvement Laïque de langue française a pu pré- cipiter la mise en pratique de certaines réformes que l’Etat aurait de toutes façons décidées, et il permit à certains éléments de la petite-bourgeoisie une prise de conscience nécessaire.Il a surtout été le lieu où d’autres éléments de la même petite-bourgeoisie s’initiaient aux stratégies opportunistes qui leur permettraient d’accaparer des micro-pouvoirs au moment d’un transfert des outils de domination des classes travailleuses (productrices)./ 5— L’évolution depuis 20 ans du mouvement syndical est l’élément principal dans la transformation de la société québécoise./ Il est indispensable que d’urgence des intellectuels et les responsables syndicaux non opportunistes travaillent en commun à la formation d’un parti prolétarien contre la propriété privée des moyens de production.6— (Je pense au film de Pierre Maheu “Le bonhomme” et à l’éloge de “El Topo” par Pierre Vallières; à l’irréel dans lequel se désintègre tout Cegep et à l’idéel auquel incite “Mainmise”; aux “pratiques” mystico-“théâtrales” aujourd’hui d’un Paul Chamberland ou d’un Raoul Luoar Yaugud Duguay; à la “politique” d’un Victor-Lévy Beaulieu; au “crédit social” débile de “Ho-bo/Québec”.) “Là où le mot d’ordre “Pour l’humanisme!” n’est toujours pas complété par le mot d’ordre “Contre les rapports de propriété bourgeois!”, le tournant de la littérature en direction du peuple ne s’est pas encore accompli.” Bertolt Brecht.“Sur le réa- 32 lisme” (coll.“Travaux” 8/1’Archeed.).(.) 12/13/14/15—Conscience et contestation n’ont de sens qu’en fonction d’un champ théories de la production / productions dans une pratique, qu’on interroge spécifiquement en le plaçant dans l’un ou l’autre des deux termes d’une seule alternative: matérialisme dialectique/ opportunismes.Rien ne mérite examen qui ne soit précédé de la question préalable de Mao Tsé-toung: “D’OU VIENNENT LES IDEES JUSTES?” Et de la réponse: “TOMBENT-ELLES DU CIEL?NON.SONT-ELLES INNEES?NON.ELLES NE PEUVENT VENIR QUE DE LA PRATIQUE SOCIALE, DE TROIS SORTES DE PRATIQUE SOCIALE: LA LUTTE POUR LA PRODUCTION, LA LUTTE DES CLASSES ET L’EXPERIMENTATION SCIENTIFIQUE.” Une libération nationale n’a de sens que dans une lutte des classes pour éliminer la propriété privée des moyens de production.Ce que ne propose aucun parti politique québécois de quelque consistance, et le dernier souci de l’écrasante majorité des intellectuels ici.Ainsi les mieux intentionnés se font-ils les instruments du brouillage idéologique et de l’ignorantisation nécessaires au Pouvoir en perpétuant les mythologies les plus nocives, qui ne résistent à aucune expérimentation scientifique mais ont “force de loi” dans “l’opinion publique”: l’inspiration, le “don”, l’“exceptionnalité” de “créateurs” et de l’Art, au lieu qu’ils commencent par le commencement: démythifier ce que la classe dominante impose pour mieux tromper les classes travailleuses (productrices), et faire comprendre qu’il n’y a pas de “Créateurs” et d’Art au-dessus des classes, qu’il n’y a que production et producteurs de signes, pour établir des rapports sociaux, que déterminent des rapports de production.(.) 17/18— Le Québec, tout y est à faire, ne fait que commencer.Son statut de colonie et la dépossession, qui obligent d’abord à l’appropriation d’une identité, accentuent les contradictions, qui prédisposent à la transgression, dans tous les champs, et infléchissent l’énergie dans l’action révolutionnaire permanente.Le fait de l’occupation américaine (structures d’une société bureaucratique de consommation dirigée, accroissement des ingéalités creusant un fossé s’élargissant entre nantis/dominants et démunis/dominés, le spectacle simulacre d’une culture et l’appareil policier pour soumettre à l’ordre fasciste ainsi engendré, pour norme l’injustice, l’inconsistance et l’indifférence) rend ces contradictions intolérables de plus en plus.Le Québec ne peut que disparaître dans l’agonie du capitalisme, ou se faire le pays du Tiers Monde qu’il est objectivement, au terme du matérialisme dialectique pour y parvenir devenant concret le projet de changer la vie, le Québécois, trop longtemps exploité, en son “être” même, l’un des plus aptes à ne plus tolérer, à aucun prix, la propriété privée des moyens de production.Quels que soient les coups encaissés et l’angoisse que distille l’ignorance “ordonnée”, les doutes dans l’équilibre des terreurs et le combat esquintant pour éviter l’amertume, dans cet isolement infernal où m’incarcèrent travail de production et exigences intellectuelles qui donnent un sens à ma vie, sans lesquels je n’aurais aucune raison d’être, de plus en plus j’aime vivre, de plus en plus vivre et plaisir à vivre.Ceci n’est possible qu’au moyen du marxisme-léninisme, ceci n’est possible pour moi qu’ici maintenant au Québec.Quelles que soient errances et erreurs, il y a cette structure fondamentale à laquelle est lié indossolublement mon devenir, et un présent à produire sans cesse le plus intègre et le plus intégral, qui me fait considérer que tout-travailleur culturel contre la propriété privée des moyens de production) (ou il ne s’agit précisément que d’“Artiste” ou d’intellectuel entièrement coupé du réel) doit commenter par questionner la proposition préalable de Mao Tsé-toung D’OU VIENNENT LES IDEES JUSTES?/ DE TROIS SORTES DE PRATIQUE SOCIALE: LA LUTTE POUR LA PRODUCTION, LA LUTTE DES CLASSES ET L’EXPERIMENTATION SCIENTIFIQUE, qui me convainctque j’ai pour tâche principale de proposer à tout travailleur culturel comme matériaux de base explicitant le travail à faire “Pour connaître la pensée de Karl Marx’’ dé Henri Lefebvre (ed.Bordas), “Sur le réalisme” de Bertolt Brecht (coll.“Travaux” 8/1’Arche éd.) et “Essais critiques” de Roland Barthes (coll.“Tel Quel” / éd.du Seuil).Alors est-on libéré de la honte paralysante que l’idéologie de la classe dominante a toujours voulu innoculer à l’intellectuel, pour le diviser en lui-même et le séparer de la collectivité, et un travail de production d’idées est-il partie intégrée/intégrante de la lutte des classes, vivre fondé sur dialectiquement pratiqués le produire et le jouir.Luigi Nono.“Contrappunto dialettico alla Mente” (Contrepoint dialectique pour la compréhension), 1968 (disque Deutsche Grammophon / Avant-Garde, stéréo 2543006).Gilles Hénault.“Signaux pour les voyants” (coll.“Rétrospectives” / éd.de l’Hexagone).“La mémoire est substance sonore, écho multiplié des images qui nous assaillent, et c’est en vain que nous la projetons hors de l’espace.Toujours elle retombe face au soleil, dans un pays au long visage quadrangulaire, tendu comme une peau de bison sur tout l’espace palpable, sur l’étendue qui déplie son ruban magnétique d’une mer à l’autre/’ (Voyage au pays de mémoire”, “Exil”.) “Nuage neige nuit le mot naître gèle dans la bouche l’homme git l’âme à vif sous l’opacité des jours Mais une dalle se lève au fleuve du devenir une dalle d’aube se lève pour la résurrection des sèves pour la métamorphose des rêves en signes dénombrables.L’inondation délie la langue.” (Sémaphore”, “Sémapho- re’VXI.) Ainsi je vis le devenir du Québec et mon amour.Montréal, 6 mai 1974.(diatju 4b 6 mai 1949 — la P.P.arrête et matraque les mineurs d’As-bestos en grève depuis le 13 février.33 vaincrons-nous ?continuons le combat par Gilbert Langevin 1959 marque la mort de Duplessis mais non la fin du duples-sismequi loge maintenant sous la bannière libérale.En 1959, j’abandonnais le Séminaire de philosophie de la Côte-des-Neiges pour entrer au Parti communiste canadien.Je participai alors au congrès du Parti et provoquai avec Yvon Dionne et quelques autres personnes la création du Parti communiste du Québec.Après mes premières rencontres avec Gaston Miron et Gilles Leclerc, période brève d’action politique en compagnie de François Mario Ba-chand, Raymond Villeneuve et Jacques Giroux qui devinrent membres du Front de libération du Québec par la suite.Plus tard, fondation, avec d’autres rêveurs de mon genre, du Mouvement fraternaliste.Le fraternalisme, alliage de marxisme et d’existentialisme, devait être la philosophie de notre génération.Le fraternalisme coïncida avec la phase beatnick et l’avènement du “pacem in terris” ou “peace and love”.Il coïncida avec le lancement de l’Opération 55 et la naissance des Cégeps.Il coïncida aussi avec VAction Socialiste pour l’Indépendance du Québec, dirigée par Raoul Roy.En somrpe, le fraternalisme, un élément sociologique marginal dont on ne retrouve à peu près aucune trace dans la presse de l’époque.Autour de 1963, Parti pris allait enfin créer “le lieu et la formule” d’une réflexion radicale sur le devenir du Québec.1 Depuis ce temps-là, l’idée de l’indépendance a fait son cK*»-min mais le socialisme, lui, où en est-il?Sans être pessimiste à outrance (je crois toujours au dynamisme bénéfique des syndicats en attendant le deuxième souffle des comités de citoyens), je pense que notre socialisme actuel hésite entre le lièvre et la tortue.Il ne s’agit pas encore d’une impasse mais leaders et militants semblent passablement éreintés.Nous débouchons ainsi sur un combat symbolique.C’est sur le plan socio-culturel que ça bouge au maximum présentement.Les artistes ou travailleurs culturels sont de plus en plus engagés, pour ne pas dire enragés.Dans une société aussi permissive que la nôtre, ils risquent cependant de n’être qu’une soupape de défoulement parmi tant d’autres et cela avec la bénédiction des gouvernements eux-mêmes.Mais alors, où se trouve la répression?Partout mais plus subtile qu’auparavant.On n’a qu’à songer aux chiffres du budget de police de la Communauté urbaine de Montréal.Cette masse de fric ne défraie quand même pas uniquement le coût des uniformes de flic.Et la radio et la télévision face à tout ça, que véhiculent-elles?Et les autres média?Quand on retrouve en page 18 d’un important quotidien ce qui devrait normalement paraître en grande manchette, on se pose de sérieuses questions quant à la fameuse objectivité dont tout le monde se vante.Information ou déformation?Tripotage qui sert bien les intérêts de l’Westablishment.Du ruralisme à l’urbanisation, on est peut-être sorti du bois mais on est loin d’être sorti du trou. * 34 ^ ?éi^Ca.c^.~ Çz/~c^2-/''•*,' * 3 I+ZcA" 2- '?- /^L l e- ^ ^ c^f 6Z^ ^
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