Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Maintenant
Revue d'idées très en phase avec les débats qui animent la société québécoise durant la Révolution tranquille.

[...]

La revue Maintenant arrive et s'inscrit dans l'effervescence du Québec des années 1960, au moment de la Révolution tranquille. Elle a pour vocation de remplacer la Revue dominicaine en créant un lieu de discussion collé sur l'actualité. Pour s'insérer davantage dans l'activité intellectuelle de son temps, la nouvelle revue affiche une facture moins savante.

Père Henri-Marie Bradet, directeur de la revue depuis ses débuts en 1962, rassemble rapidement de nombreux collaborateurs, clercs et laïcs. Plusieurs dominicains, mais aussi Benoît Lacroix, Louis Lachance, Émile Legault, Gérard Dion et Louis O'Neill offrent des contributions à la revue, tout comme les laïcs Hélène Pelletier-Baillargeon, Louis Fournier, Pierre Saucier, Dr Paul David, Ernest Pallascio-Morin, Jacques-Yvan Morin, Guy Robert et Naim Kattan, parmi de nombreux autres.

La volonté d'actualisation du catholicisme prônée par Maintenant tient ses racines dans le personnalisme des années 1930 et son ouverture à l'individualisme, et coïncide, en 1962, avec le programme de réformes du catholicisme de Vatican II, duquel la revue portera l'esprit au Québec. Elle offre une tribune aux catholiques de gauche, soucieux de montrer un esprit actuel et moderne à la jeunesse intellectuelle.

Maintenant s'adapte rapidement aux changements accélérés en cours dans la société québécoise et devient un lieu de débat important. Les clercs souhaitent se positionner comme porteurs d'une conscience morale évolutive de la société vis-à-vis des intégristes et du contrôle de l'Église. Cet humanisme chrétien motive Maintenant à adopter hâtivement le socialisme démocratique et à cautionner et pousser l'idée de l'indépendance politique du Québec.

Le contexte de laïcisation et de pluralité grandissante des affiliations religieuses, conjugué au déclin de l'attachement national canadien-français et catholique, donne naissance à un nationalisme québécois civique qui se manifeste notamment dans la déconfessionnalisation de l'enseignement public. Maintenant en sera partie prenante.

La revue participe ouvertement aux débats sur la régulation des naissances, mais, par principe religieux fondamental, demeure d'abord contre l'avortement. Et bien qu'elle appuie une laïcité ouverte, la revue refuse affronte la position radicale de la relégation du religieux à la sphère privée. Les audaces que Maintenant se permet font des mécontents à la tête de l'ordre dominicain à Rome, qui demande la destitution du père Bradet en 1965. La maison provinciale de l'ordre ne souhaite pas se ranger dans la réaction. Le père dominicain Vincent Harvey prend la relève de Bradet à la direction et offre au contraire davantage d'autonomie à la revue, qui appuie plus résolument le socialisme et l'indépendantisme québécois.

Maintenant souhaite mettre un terme au nationalisme messianique pour que toute la place soit laissée à un mouvement politique pragmatique, qui envisage la souveraineté politique comme moyen pour le Québec de se développer. Tous les dominicains ne sont toutefois pas à l'aise avec les positions politiques de la revue. L'ordre sort de l'aventure en 1969. Son maigre financement est dorénavant assuré par Pierre Péladeau. La revue délaisse alors presque complètement le contenu religieux pour se concentrer sur les questions politiques, sociales et économiques.

Durant la période qui suit, Maintenant accueille des collaborateurs réputés, dont Robert Boily, Jacques Parizeau, Michèle Lalonde, Fernand Dumont, Jacques Grand'Maison, Jacques-Yvan Morin, Guy Rocher, Camille Laurin, Pierre Vadeboncoeur et Louis O'Neill. Hélène Pelletier-Baillargeon y est toujours et sera d'ailleurs nommée directrice au décès de Vincent Harvey en 1972.

Maintenant est affiliée aux journaux indépendantistes et réformistes Québec Presse (1969-1974) et Le Jour (1974-1978). Les trois cahiers publiés en 1975 sont d'ailleurs distribués avec Le Jour. Plusieurs des collaborateurs des dernières années seront des figures importantes du gouvernement et de l'administration du Parti québécois à partir de 1976.

Source:

ROY, Martin, Une réforme dans la fidélité: la revue Maintenant (1962-1974) et la «mise à jour» du catholicisme québécois, Québec, Presses de l'Université Laval, 2012.

Éditeurs :
  • Montréal, P.Q. :les Dominicains en collaboration avec d'autres clercs et des laïcs,1962-1975,
  • Montréal :Éditions Maintenant inc.,
  • Montréal :Editions Maintenant :
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Revue dominicaine ,
  • Témoins
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Maintenant, 1974-10, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
demain matin, montréal m’attend! l'j* « 154 Guy Bourassa Claude Lagadec Michel Régnier Jacques Léveillée Hubert DeRavinel Pierre Vadeboncoeur numéro 139 i *.* tv •Vî ¦if 7^1 W //i 1 r- ¦ Octobre 1974 Lis-donc QUÉBEC-PRESSE chaque semaine .y LIVRAISON PAR COURRIER (DES LE VENDREDI MATIN) ET EN VENTE DANS LES KIOSQUES (DES LE SAMEDI MATIN) Je desire m'abonner à Québec Presse S1 b par annee S 7 50 (six mois) NOM ADRESSE TELEPHONE Faites votre cheque ou mandat-jjoste a l'ordre de Quebec-Presse, 9670 Peloquin, Montreal. M -1 \ l I 1 octobre 1974 numéro 139 Demain matin Montréal m'attend )> Revue mensuelle publiée par LES EDITIONS MAINTENANT INC.Siège social: 775 bouf\Lebeau.Montréal.DIRECTEUR-FONDATEUR: 1962-1965 Henri Bradet DIRECTEUR: 1965-1972 Vincent Harvey DIRECTRICE: Hélène Pelletier-Baillargeon SECRETAIRE DE REDACTION: Laurent Dupont COMITE DE REDACTION: Robert Boily, Fernand Dumont, Laurent Dupont, Jacques Grand'Maison, Michèle La-londe.Louis O'Neill, Daniel Pinard, Hélène Pelletier-Baillargeon, Jean-Yves Roy et Pierre Vadeboncoeur.SECRETAIRE ADMINISTRATIVE: Madeleine Desrosiers CONCEPTION GRAPHIQUE: Louis Charpentier ILLUSTRATION PAGE COUVERTURE: Claude Poirier et Serge Wilson PHOTOS: Jules Nadeau pp 14 et 31 à 34: autres photos Jean-Yves Roy.IMPRESSION: Imprimerie Montréal Offset Inc.DISTRIBUTION: Les Messageries Dynamiques Inc.(514)384-6401 CONDITIONS D'ABONNEMENT: Abonnement d'un an $9.00 Abonnement d'étudiant $6.00 Abonnement de soutien $15.00 N.B.Les abonnements ne sont enregistrés qu'au reçu du versement.Courrier de la deuxième classe Enregistrement no 1419 La revue Maintenant est indexée dans RADAR.RESIDENCE DU SECRETAIRE: 2765 Chemin de la Côte Ste-Catherine, Montréal H3T 1 B5,Qué.(514)739-2758 ! Les démocraties impopulaires Un éditorial de Pierre Vadeboncoeur Montréal ou le tempsdu mépris Michel Régnier Montréal, l'impossible démocratie?Guy Bourassa Si un vrai maire m'était conté Hubert de Ravine! Survol du régime Drapeau, Jacques Lé veillée L'autopsie de nos illusions Claude Lagadec Chrétiens en conflit et lutte des classes Louis O’Neill Le nouveau Portugal Jules Nadeau • 1 9 15 18 20 24 27 30 Signesdu mois Le Journal ajouré Jacques Rivet A propos de corridor de sécurité Jean-Yveà Roy Le français de la loi 22 Jacques Poisson 5 6 ?J3333 0!) £M) IJ J JJ Graphes gratuits i-Bourassa Bourassa 3— Bourassa Votre habitude de lecture de la presse quotidienne est grande?Alors vous pouvez identifier facilement le "BOURASSA" qui appartient à la Presse, au Jour et au Devoir.Alors depuis quelques mois, vous achetez Le Devoir ou Le Jour?Désormais, vous recevez Le Devoir avec Le Jour ou Le Jour avec Le Devoir?Dans un cas comme dans l’autre, parions que vous vous êtes aperçu de la présence du nouveau venu.“Impossible, moi je n’achète toujours que Le Devoir”.Impossible! Voyons voir.De fait, une caricature l’a déjà souligné: en lisant Le Devoir, il vous a été loisible de voir “le jour” au travers; par exemple à la page 2.Page de retournes elle est devenue page d’articles d’information comme “l’autre”?Vous qui ne lisez que Le Devoir, avez-vous pu remarquer que le regroupement d’articles sous le super-signe “Tribunaux” se discerne mieux dans la page lorsqu’il s’effectue au moyen d’un petit trait noir qui les encercle?Et si vous avez cru la formule exclusive, à la prochaine occasion, faites prepve d’abnégation et achetez Le Jour.Au super-signe “Justice”, vous y verrez peut-être Le Devoir au travers.La norme, c'est l'autre En fait les exemples cités ci-haut ont pour but de rappeler qu’une des règles d’action imposée aux media par l’actualité s’énonce ainsi: “La norme, c’est l’autre”.En effet, les media vifs (ceux qui transmettent la nouvelle en dedans de vingt-quatre heures) se doivent d’aligner dans une certaine mesure leurs informations les uns sur les autres.Et cette contrainte du mimétisme réciproque s’exprime aussi dans la forme de présentation de leurs informations.A l’occasion de l’apparition d’un nouveau journal tel Le Jour, ce phénomène a été rendu plus manifeste aux yeux du public-lecteur; du moins durant les premiers mois de son existence.A ce sujet, certains se rappelleront peut-être les réactions de la Presse à la suite de la publication du Nouveau Journal.Celles du Devoir sont analogues.C’est qu’avec l’arrivée d’un nouveau quotidien, le journal qui estime être le plus directement concurrencé profite de la circonstance pour renouveler d’abord sa présentation typographique.Et puis, du point de vue visuel, il n’est pas bon non plus de trop s’écarter de la norme de l’autre.Lorsque le nouveau-né tient le coup, c’est le contenu de son information qu’il est amené à réa- Ces considérations, toutefois, sei suggérer que, dans cette affaire, nouveau venu a la partie facile.Poi il n’en est rien.Car, pour lui am norme, c’est l’autre”.Il lui faut aji façon de travailler sur la façon vailler des autres journaux.D’aut_ dürant les premiers mois de son exis les lecteurs le jaugent à l’habitude ture qu’ils ont des autres journaux spécialement du concurrent immé Habitat 67 est maintenant un super ghetto de riches, et il est même interdit de marcher sur l’herbe, le long du fleuve, face à l’Habitat 67.Le fleuve est à cet endroit strictement ré-I servé aux riches.Nous vivons le progrès à reculons.(Pensez seulement qu’en Suède toutes les rives de tous les t fleuves, lacs ou mers sont entièrement publiques).Quant fi à l’Ile des Soeurs, c’est du hautement spéculatif, un des I plus beaux scandales de notre temps; et comptez-y les ouvriers au salaire minimum! Nous vivons en capitalisme exacerbé, ne nous méprenons pas.Nous sommes dans le même contexte socio-économique que New York, Philadelphie, Boston, Détroit, Toronto, etc.Nous devons donc accepter les mêmes maux.Parbleu! Et pourquoi?Si nous sommes par ailleurs si I prompts à clamer “notre différence”, pourquoi ne serions-nous pas des urbains différents.Pourquoi devons-ïî nous copier les outrances, les scandales, les massacres, j les crimes, des villes précitées, de l’Amérique du Nord en ^1 bref?» / ( Et chaque fois on me répète que je suis irréaliste, que seu-le la liberté des capitaux, des investissements, fait la for- ce de ce pays, et de cette ville.Et que tout contrôle, toute planification trop autoritaire, toute orientation volontairement communautaire, entraîneraient une fuite de ces capitaux, de ces investissements.Et chaque fois je dis non, pour ne pas dire merde.Car enfin en voilà assez d’années où l’on fait bouffer trop de couleuvres aux Montréalais! Il faut bien nommer les choses comme elles sont.Un crime est un crime, un mensonge est un mensonge.Et le viol des Montréalais a assez duré.Des exemples de respect de la ville Il existe dans le monde, des pays et des villes qui vivent en démocratie, et où pourtant les investissements sont sévèrement soumis à des règles d’urbanisme édictées pour le bien-être des collectivités et non pour les seuls profits des promoteurs.Je ne veux pas ici en dresser la liste.Disons seulement qu’à Dusseldorf par exemple, la ville la plus riche d’Allemagne de l’ouest, un pays où l’entreprise libre est ultra-dynamique, à Dusseldorf des compagnies comme Mannesmann (25,000 ouvriers à Dusseldorf seulement) ou Thyssen, ne peuvent tout de même pas construire n’importe quoi n’importe où, selon leurs seuls désirs de rentabilité économique.Des règles sévères d’urbanisme imposent un nombre très restreint de gratte-ciel, et un éloignement les uns des autres, un environnement qui fait que ces édifices deviennent des oeuvres d’art dans une ville équilibrée et non un magma de béton.11 Photo Jean-Yves Roy Photo Jean-Yves Roy \ mmntrêsâ mm le temps êm mépris mort après 17 heures.Disons rapidement qu’à Londres, à Vienne, à Copenhague, et bien d’autres villes, il est impossible de détruire un édifice en ville pour le remplacer par un parking à ciel ouvert.Disons qu’à Helsinki (au climat encore plus rigoureux que le nôtre), on peut toujours chercher en vain un taudis, ou une autoroute pénétrant dans le tissu urbain vivant, ou la destruction d’un immeuble viable pour du parking.Disons qu’à Bologne, toute une ville médiévale et ses nouveaux quartiers contemporains ignorent ce que signifient bulldozer et spéculation.Disons que des dizaines de grandes villes, aussi grandes ou plus grandes que la nôtre, ne connaissent pas cette lèpre que j’ai déjà nommée URBANOSE, ce cancer qui ronge la ville plus sûrement que la véritable lèpre ne le ferait.Et pourquoi?Parce que dans ces*villes, dans toutes ces villes, dans des pays à l’histoire, au climat, à la géographie, au régime politique différents, il y a au moins un commun dénominateur: le respect pour la ville, le respect dû à la ville.Le respect réciproque, une communication plus ou moins efficace et fructueuse entre administrés et administrateurs.Dire qu’il existe des cas plus désespérés que Montréal ne nous sert à rien.Dire qu’en plus de ces cas, des villes jusque-là réputées pour leurs richesses culturelles se dirigent dangereusement vers une dégradation (Bruxelles en tête, mais aussi Paris, Athènes, Manchester.) ne nous sert également à rien, sinon à nous rassurer bêtement.A Dusseldorf par exemple, trois partis se partagent à peu près également les sièges au conseil municipal, représentant l’éventail des classes; à Bologne des conseils de quartier font le lien continuellement entre les citoyens et l’administration pour tout projet, orientation et décision; dans les grandes villes Scandinaves, aucun projet de démolition, de coupe d’un ou deux arbres ne peut prendre corps sans qu’aussitôt toute la population n’intervienne vigoureusement par ses multiples moyens de pression (couper des dizaines d’ormes là-bas, un beau matin, serait impensable).Un maire au-dessus de tout soupçon Nous vivons à Montréal le Temps du Mépris.Ni plus, ni moins.Nous avons un maire qui ne communique jamais avec la population, sinon en période électorale, et comment! Ses discours réguliers à la TV (Télé-Métropole) ne sont que des envolées démagogiques, des mensonges auxquels de toute façon personne ne peut répondre.Ses budgets sont secrets, comme ses projets.Jusqu’au jour où ils sont devenus réalités, et impossibles à modifier.Quand il est trop tard, les choses deviennent publiques.Mais seulement, et toujours quand il est trop tard.Nous assistons ces jours-ci au summum de ces outrances: on va continuer les travaux du complexe olympique, sans soumissions, parce que.cela nuirait à ^efficacité de ces travaux.Et toute la population d’accepter les faisons du messie.Comme si les grands barrages, les grands ponts, tous les grands travaux de génie civil qui coûtent des centaines de millions de dollars étaient moins efficacement construits pour avoir suivi la règle des soumissions publiques.Il serait enfin temps que les journalistes, les juris- tes, les parlementaires et les ministres, bref que tous ceux dont c’est le travail, le devoir d’être vigilants vis-à-vis la chose publique, arrêtent de jouer à l’autruche et défendent sainement et sereinement la chose publique.Car à force d’être “différents” de cette façon-là, on va rejoindre les régimes les plus corrompus de la planète (Saigon, Séoul, Bruxelles, et toutes les capitales des nations colonisées).Depuis qu’il a lancé les travaux du métro, et par là reçu l’ovation populaire, réellement méritée alors, Monsieur le Maire gère sa ville comme son propre compte.Sans demander d’avis à nul autre qu’à lui-même.Tous les arguments, toutes les méthodes, toutes les violations de règlements lui sont bons, puisqu’il est l’élu, le messie, le dépositaire de la volonté unanime de ses administrés.C’est la consécration suprême de la forme suprême du mépris: l’ignorance totale de la masse, de la masse payante, pour la confiance unique en son propre génie, au-dessus de tout soupçon.Cette forme de mépris a déjà d’autres noms, aussi sinon plus illustres (Salazar, Batista, Marcos.) Cela s’appelle aussi Dictature, et cela s’appelle aussi parfois Fascisme.tor Rappelons-nous un instant le morceau d’anthologie que fut la tirade du maire sur nos ondes, après le massacre des J.O.de Munich.Ce massacre était ignoble, et je suis le premier à réprouver de telles méthodes malgré ma sympathie pour le peuple palestinien, surtout au coeur d’un pays qui avait infligé aux Juifs des massacres d’illustre mémoire.Mais la façon dont le maire de Montréal a parlé de cet événement, rejoint l’ignoble du fait lui-même.En voyant cette image, ce visage, et en entendant ces paroles sur mon écran, j’ai eu ce jour-là réellement peur, réellement peur de voir notre pays connaître un jour les horreurs du fascisme.qu jei Rappelons-nous avec quelle docilité, avec quels bâillements, notre gouvernement provincial a acquiescé aux débordements du maire (budgets Terre des Hommes, coupe des arbres de la rue Sherbrooke, suppression des soumissions, contrats à des spécialistes étrangers pour des travaux pour lesquels les spécialistes locaux compétents ne manquent pas, etc.) On a parfois fait un petit baroud d’honneur avant d’accepter le fait accompli.(Et le lâchage du ministre Goldbloom par le premier ministre Bourassa n’est pas des moindres lâchetés de notre histoi re politique, pourtant chargée en ce sens).La "dallasisation" de Montréal ! est commencée Alors, vous me direz, les autres scandales, tous ces scandales à la petite semaine, c’est du fretin, de la bouillie pour journalistes maniaques, maladifs.Alors le massacre du quartier Milton Parc par Concordia qui chasse une population pour en imposer une autre.La destruction de la Gare Windsor, et l’utilisation d’un terrain cédé gratuitement au Canadian Pacific pour fins ferroviaires, à des fins commerciales.La destruction du carré Saint-Louis, le coup de grâce qui a été donné au Vieux Montréal par la tranchée de la Transcanadienne (alors qu’il faut toujours conserver soigneusement un lien naturel, une gradation entre les vieux quartiers historiques et les nouveaux centres d’affaires, ici de St-Paul à Dorchester).La destruc- lue 12 its, n cau- tion des rues Selby, St-Antoine, la démolition des plus belles maisons pour cette horreur de béton qui annule simultanément les efforts louables antécédents de la Petite Bourgogne (ilôts St-Martin).La suppression par Radio-Canada du quartier sur lequel ce centre culturel aurait dû s’asseoir au lieu de faire le désert autour de lui et d’appeler des futures tours spéculatives.La dégradation lentement mais sûrement organisée du quartier Hochelaga-Maisonneuve (fermeture du marché Maisonneuve, permis pour des entrepôts et usines mal placés, projets d’autoroute en plein milieu, voies ferrées.).La suppression de la moitié du Parc d’Ahuntsic pour faire un parking à ciel ouvert (incroyable en 74, mais vrai) près du métro.La construction en 74, alors qu’on a déjà annoncé une politique de récupération des rives, de complexes immobiliers s’accaparant l’exclusivité des rives, avec murs ou clôtures (comme les résidences Angélica, Berthiaume, Bellerive, Castel Laval, etc.des dizaines).La destruction du domaine du Grand Séminaire.La destruction de la maison Van Home (avec l’aide d’un ancien premier-ministre, Jean Lesage s’il vous plaît).Le saccage du campus de M cGill.La destruction dans les plus belles rues de Montréal (Crescent, de la Montagne, Durocher, Jeanne-Mance, etc.) d’une maison sur deux, pour faire du parking ou des clapiers de vingt étages.Et j’en passe et des meilleures.Alors tout cela ne fait même plus bouger ni le monde, ni les comités de citoyens, ni les journalistes, ni les députés, ni personne, sauf quelques utopistes attardés, sauf les Baker, Fish, Marsan, sauf quelques fonctionnaires intègres, sincères, qui s’épuisent à crier contre les murs dans des seryices dont le pouvoir est nul ou presque insignifiant (service d’Urbanisme de Montréal, Ministère des Affaires Municipales, Communauté Urbaine), alors que les bandits aux dents longues roulent Cadillac, et déjeunent parfois en bonne compagnie.La dallasisation (Dallas) de Montréal est commencée depuis longtemps.Au sens propre et figuré.Dans le béton comme dans les esprits.Le changement de direction est-il encore possible?Je crains que non.Nous avons hélas! je crois, atteint le point de non-retour.Je ne veux pas dire retour aux formes physiques de 1950, mais à une qualité de vie urbaine qui préserve une certaine interdépendance des classes, des goûts, des aspirations.Notre ville est irrémédiablement tendue vers la sectorisation à outrance: quartier'd’affaires, de commerce, résidentiel de luxe, moyen et pauvre.Tout ce qui a fait la preuve par l’absurde à Boston, Philadelphie et Dallas, nous le répétons ici.Parce que, par un suprême mépris de toute valeur autre que ses intérêts strictement personnels, le Maire et son conseil muet et plus fidèle que Mé-dor, ont imposé une dynamique, une forme de dynamique, en exemple offert du modèle américain que seuls connaissent ici la plupart des gens.Et en ne montrant, en ne vendant qu’une facette de ce modèle américain dépassé.La facette, la façade aluminium et verre.Mais la façade autre, le trois-quarts, l’arrière: le pourrissement sûr des valeurs urbaines, la croissance du vandalisme et de la délinquance, la suppression hautement dommageable à long terme des acquis historiques, la suppression des liens naturels inter-quartiers, l’équilibre des fonctions et l’interdépendance^ies échanges quotidiens; tout cela n’a jamais été dans le tableau, dans le modèle imposé.On vend encore aujourd’hui un Holliday-In sur Dorchester ou un Hôtel triangulaire avec restaurant tournant, sans jamais parler de la suppression de l’hôtel Laurentien, le dernier grand hôtel avec le La Salle à avoir des prix abordables dans le secteur.On vend le complexe Desjardins (une des plus belles insultes au mouvement coopératif des fondateurs, à l’esprit d’épargne populaire, on y a donné le contrat de l’hôtel non pas aux hôteliers compétents d’ici mais à la chaîne française Méridien) ou le projet fédéral voisin, mais que fait-on du quartier Chinois?Mais qu’est-ce qui pousse donc notre maire à foncer dans une telle dynamique, me direz-vous.Allez le lui demander.Après la période où Jean Drapeau faisait au Musée des Beaux-Arts des conférences où il parlait beaucoup de l’art classique, après ses désillusions de Cité-Jardin, après peut-être son impossibilité de vaincre la pègre a-t-il, comme d’autres avant lui, décidé de se ranger subitement du côté des puissances de ce continent: les promoteurs, le dollar inodore.Après tout, Nerenberg, aujourd’hui à la tête du projet Concordia, a lui aussi un lointain passé plus militant!.Vers Tanti-mémoire de ce que fut une ville Ce qui atteint à l’absurde parfois.Car poussé par cette dynamique de la seule force financière cherchant sa duplication maximum, notre maire en arrive à faire exacte-ment le contraire de ce qu’il pensait.Du lieu culturel des W 13 Photo Jean-Yves Roy montréal ou le temps du mépris siens, de la métropole canadienne capable d’attirer les gens du monde entier par son charme, ses qualités humaines et architecturales, il est en train de faire la unièmç ville nord-américaine noyée dans la spéculation.On annonce maintenant la destruction de l’église Saint-Jacques.Bah! Quelques sentimentaux grognent un peu trop, un peu trop nombreux.Bah! On va leur conserver le clocher.Alors que la plus belle partie est la façade sud du transept, alors qu’il faut conserver intacte toute l’église.Que diable, pourquoi l’Université du Québec ne peut-elle pas intégrer toute l’église Saint-Jacques, alors qu’elle intègre l’affreuse église de Lourdes en face, alors qu’à Moscou (pays sous régime athée à ce que je sache) on conserve les vieilles églises.On a même converti une église en piscine, pour la conserver (l’extérieur est intact, seul l’intérieur a été réaménagé).A-t-on à ce point, ici, acquis le mépris des anciens édifices?Non, ce sont seulement les intérêts des promoteurs, et ceux aussi stupides d’architectes paresseux, non-imaginatifs, qui poussent à la destruction systématique de tout ce qui contrecarre l’érection des masses cubiques.Quand va-t-on imposer aux conseillers municipaux d’aller visiter des villes qui progressent tout en respectant leurs citadins, tout en faisant passer les intérêts collectifs avant les intérêts particuliers?Et notre maire?Passe-t-il ses vacances annuelles à Dallas?Va-t-on enfin comprendre qu’une ville, au sens universel, ce n’est pas comme au sens nord-américain le seul lieu du profit immédiat quel qu’en soit le dommage à long terme; mais le lieu où se prolongent les époques, les traditions, les tendances, le lieu où les acquis, les sociétés comme leurs oeuvres, se continuent, s’additionnent; et non pas se détruisent systématiquement.Va-t-on enfin comprendre qu’une ville, c’est comme une personne, comme un corps humain: on peut y soigner certaines parties, et même y faire certaines greffes, mais on ne peut l’amputer de membres entiers, sans lui donner le coup de mort, sans la diriger vers un fantôme de ville, un squelette de ville, simple anti-mémoire de ce que fut une ville, ou de ce qu’elle aurait pu continuer d’être, de ce qu’elle aurait pu devenir.Va-t-on enfin comprendre que la plupart du temps, les investissements spectaculaires proposés par les promoteurs, les financiers, ne rajeunissent nullement la ville, mais au contraire la vieillissent hâtivement; comme certains riches qui vieillissent dans des Cadillacs et des chemises à trente dollars.Va-t-on comprendre enfin que la fonction passe avant la forme, que la vie passe avant les chiffres d’affaires.Je ne crois pas aux miracles, mais tout de meme.Il y a un mépris suprême de Montréal de la part du maire de la ville, quand sachant très bien tout cela, quand contribuant au travail négatif de tous ceux qui pillent cette ville pour leur intérêt personnel, il n’ose enfin rompre le silence et changer de direction.Je ne crois pas aux miracles, mais tout de même: si un jour à la TV ou dans le journal, j’apprenais l’abandon de telle ou telle folie de cent millions de dollars pour entamer la restauration de 10,000 logements en danger.Si j’apprenais l’abandon de l’autoroute dans Hochelaga-Maisonneuve et la restauration de ce quartier avec le même argent.Si j’apprenais le bannissement des automobiles sur Ste-Catherine et les rues voisines.Si j’apprenais la création de deux, de trois centres d’affaires bien distancés et non plus la concentration unique.Si j’apprenais la fermeture de tous les parkings à ciel ouvert et la gratuité du transport public.Si j’apprenais que tout le monde peut bénéficier des rives, s’y promener tranquille.Si j’apprenais enfin que Montréal a rejoint la liste des villes saines, démocratiques, humaines.Si Montréal fout le camp, que devient le Québec?On me dit souvent également, que l’attachement aux valeurs historiques, à l’héritage culturel et urbain, que sauver la ville de Québec ou Montréal, c’est secondaire pour les Québécois; qu’il faut d’abord sauver la langue, seul point de ralliement du peuple entier.Que tant que nous n’aurons pas imposé, et sauvé notre langue, le reste est secondaire.Alors je réponds encore: oui, il faut absolument sauver la langue; il faut l’unilinguisme français ici comme on a l’unilinguisme espagnol au Mexique, ou norvégien en Norvège.Mais il faut aussi être vigilants avec notre héritage physique, géographique, matériel.Car si nous sauvons un jour notre langue, pour nous apercevoir alors que nous n’avons plus de pays, serons-nous bien avancés?Si le jour où nous aurons enfin imposé notre langue, les terrains ne nous appartiennent plus, les édifices qui nous entourent sont ceux de Kansas-City, nos rives appartiennent à des gens de Houston ou Philadelphie, que ferons-nous; nous ne serons plus alors colonisés par l’oreille, mais par les pieds, nous ne saurons plus où nous serons, où aller; nous serons de nouveaux Palestiniens: ce ne sera pas drôle! Pensez aussi que le peuple juif a toujours eu sa langue, sa culture, mais qu’il a mis combien de temps à se trouver un pays.Et voyez aujourd’hui ce qui se passe.Nous sommes loin du dilemme israélien et palestinien, je crois que nous n’y arriverons jamais, je l’espère.Mais il faut tout de même se poser la question, comme les Polonais avant nous: un pays sans coeur, ce n’est plus un pays.Si Montréal fout le camp, que devient le Québec?C’est mépriser les gens aujourd’hui, que d’éviter cette question, en continuant le saccage de Montréal, et de Québec aussi d’ailleurs.0 \Hes«»ispas fier d’y être : : Wmà 14 Photo Jules Nadeau montréal, l’Impossible démocratie?par Guy Bourassa mm cjzm.Notre propos ici est de replacer la situation actuelle de Montréal dans une perspective historique et sous un éclairage comparatif.Cette tentative découle de la conviction qu’une juste compréhension de la conjoncture politique présente à Montréal ne peut être acquise sans un important regard sur l’évolution même de la ville, depuis presqu’un siècle et demi, non plus que sans un aperçu du cheminement parcouru par des agglomérations semblables en Amériaue du Nord et plus particulièrement par ce tout que constitue l’ensemble des villes le long de la côte de l’Atlantique.On voit alors que plusieurs traits majeurs décelés dans la situation de Montréal de même que maintes critiques formulées à son endroit ont des racines profondes qui se sont développées depuis quelques décennies et qu’il serait faux, donc inutile sur le plan de l’action, de les attribuer exclusivement au régime Drapeau même si celui-ci, comme on l’a souvent souligné çt comme le montre bien dans ce numéro l’article de Jacques Léveillée, a largement contribué à accentuer ces difficultés et lacunes.Autrement dit, une juste analyse se doit d’examiner Iles diverses étapes de la situation montréalaise pour en dégager certains points-charnières.Ce sera là l’essentiel de notre effort pour déboucher sur la période actuelle qui, 'croyons-nous, constitue précisément un tournant dans l’évolution du système politique montréalais.De là viendront, bien sûr, quelques propositions pour l’avenir aussi bien sur le plan de la connaissance politique du système montréalais que sur celui des actions à entreprendre pour l’améliorer.Il ne faut d’ailleurs pas se cacher que l’enjeu est de taille puisque maints observateurs, et des plus prestigieux aux Etats-Unis (R.A.Dabi), et en France (M.Cas-tells), affirment que pour une bonne part /l’avenir de la démocratie se jouera probablement au sein de ces nouveaux ensembles sociaux que sont les grandes villes modernes.Dans ce qui suit, nous allons d’abord retracer à grands traits les principales étapes de l’histoire du système politique montréalais en insistant, bien sûr, sur la période la plus proche de nous pour dégager le sens véritable de ces multiples phases.A partir de là, nous réfléchirons sur le dynamisme, plus ou moins vacillant présentement, des mécanismes démocratiques municipaux, et tâcherons de discerner quelques tâches propres à les vivifier à l’avenir.15 montréal, l’impossible démocratie?Quelques étapes de Thistoire politique de Montréal Il ne saurait être question ici de revoir en détail les multiples phases du développement des institutions politiques montréalaises.Plutôt s’agit-il d’un aperçu global pour mettre en relief certaines dates déterminantes pour éclairer progressivement la situation actuelle.L’on sait que l’histoire politique de Montréal commence en 1832, année où lui fut accordée sa première charte.Les premières élections eurent lieu en 1833 mais les troubles des années ‘37-‘38 interrompirent l’expérience démocratique qui ne reprit qu’en 1840.De cette date à nos jours, l’on peut distinguer trois grandes étapes dans l’histoire politique de Montréal.De 1840 à 1900, une première période qui est celle de la mise en place des institutions politiques alors que Montréal devient un ensemble socio-économique d’envergure.Pendant ces soixante ans, peu de grand débats municipaux et gouverner à Montréal se réduit pour une large part à assurer le fonctionnement et l’administration des services essentiels.Il faut rappeler que ce n’est que vers 1865 que Montréal dépasse le cap des 100,000 habitants.Avant de nous attarder à cette troisième période, jetons un rapide coup d’oeil sur l’évolution des caractéristiques des leaders élus.Pour l’essenteil, de 1833 à nos jours cette histoire est celle d’une ouverture lente mais sûre qui a déplacé une élite faite d’hommes d’affaires puissants au profit d’un nouveau type de leader issu des classes moyennes et s’appuyant sur la popularité et le nombre.Deux dates peuvent servir de repères: 1873 qui marque la fin de la prédominance d’une aristocraite financière, 1914 qui amorce le début d’une époque où émerge ce qui semble devoir être une,nouvelle classe d’hommes politiques principalement d’origine canadienne-française, issus de milieux sociaux moyens et s’appuyant sur la masse.Ce sont des traits à conserver en mémoire pour mieux saisir la situation présente.La seconde période va du début du XXe siècle à 1943.Période de troubles où Montréal est à quelques reprises placée sous tutelle et marquée en même temps par les premiers leaders municipaux.d’envergure.C’est une époque où le système montréalais est appelé à exercer des fonctions de plus en plus nombreuses et diverses dans les domaines sociaux et économiques sans toujours avoir les moyens pour ce faire d’où de fréquentes et pures crises financières.En somme, au cours de ces quarante années les institutions se développent par soubresauts et l’autorité provinciale est souvent amenée à exercer un contrôle strict tout en laissant la façade des mécanismes déiho-cratiques: élections, etc.Il faut maintenant souligner qu’à nos yeux, et c’est une constatation largement partagée, la troisième période, un peu plus de trente ans depuis 1943, mérite d’être subdivisée.Deux dates font encore voir l’apparition de valeurs et exigences nouvelles dans la vie municipale.D’abord, 1954 qui clôt le régime de Camilien Houde et, avec la première élection de Jean Drapeau, fait connaître au régime politique montréalais une période qu’ont traversée auparavant plusieurs grandes villes américaines: ce que l’on a appelé le “good government”.Après une longue tradition d’administration plus ou moins valable où le poids de la petite politique se faisait grandement sentir ce sont les valeurs d’efficacité et de compétence qui sont mises de l’avant.En somme, il s’agit de mettre le mode de gouvernement de Montréal au diapason des exigences modernes.Nul ne peut contester qu’au cours des vingt années qui ont suivi les progrès ont été nombreux et souvent majeurs.Les nombreuses réussites de la “nouvelle administration” sont là pour le prouver.Troisièmement, découpons une période qui va, avec des nuances importantes que nous allons préciser plus loin, de 1943 à nos jours.Les représentants élus par la population ont reconquis leurs prérogatives et, après 1943, une certaine orientation de type parlementaire sera donnée à la vie politique montréalaise, ce que souligne notamment l’apparition de partis politiques municipaux.Durant ces années l’organisation politique et administrative s’affermit.Le budget de la ville passe de 50 millions, en 1941 à plus de 250 vingt-cinq ans plus tard.La structure administrative prend de l’ampleur: le nombre de services municipaux double entre 1944 et 1964 et on compte près de vingt mille fonctionnaires vers 1970.Puis, une nouvelle coupure semble apparue après 1966, la quatrième victoire de Drapeau, et surtout après 1970.On doit replacer ici l’évolution de Montréal dans le contexte général de la Révolution tranquille.Après un essor remarquable un peu dans toutes les directions, de nouvelles exigences veulent supplanter, ou mieux compléter celles qui prédominent depuis 1954: efficacité et compétence.Ces nouvelles exigences s’expriment plus ou moins clairement et elles portent essentiellement sur la nécessité de démocratiser la vie municipale, d’y insérer une authentique participation ce qui devrait nécessairement entraîner un réaménagement majeur des structures politiques et administratives.On admettra que cette transition-là s’accomplit moins aisément que celle de 1954.Les structures en place ont un grand pouvoir d’inertie et de résistance et c’est souvent en marge des institu-.tiens officielles que se créent des “circuits parallèles”: comités de citoyens, groupements de toutes sortes qui tentent de faire entendre leur voix dans un régime qui n’est guère fait pour le permettre.Néanmoins, il reste que depuis cinq ou six ans surtout les montréalais, en tout cas une bonne partie d’entre eux, ne se satisfont plus d’être « ta tost peter Jtltie Meti N Mive 16 / ! - \ - bien gouvernés mais veulent aussi contrôler et choisir les options qui engagent pour l’avenir.Arrêtons-là ces considérations sur les causes profondes et tâchons pour conlcure de cerner quelque peu les tâches urgentes à accomplir pour donner à ces valeurs Bref, depuis près de cent cinquante ans le système montréalais a indéniablement évolué vers une certaine forme de société politique véritable avec ses groupes, ses conflits et ses idéologies pour ne mentionner que les principaux éléments.C’est maintenant sur les conditions de nouvelles un prolongement visible.Ces tâches sont nombreuses et nous ne voudrions ici que citer certaines qui nous semblent particulièrement impérieuses.D’abord, il faut que la prise de conscience des problèmes succès d’une telle opération qu’il faut réfléchir.Quelques remarques et propositions Disons d’abord que ce qui précède nous conduit à dégager un paradoxe dans les moeurs politiques montréalaises et aussi une urgence très nette si un changement radical doit se faire avec fruit.municipaux et du rôle que chacun peut exercer soit étendue et approfondie.A Montréal comme dans d’autres i villes comparables ce n’est pas facile de stimuler et maintenir une opinion publique valable en ces matières mais aussi longtemps que cet élargissement ne sera pas acquis les luttes se dérouleront en vase clos et toujours à l’avantage de l’équipe en place.Cette nécessité entraîne aussi celle de mettre sur pied une organisation politique réalis- Pour ce qui est du paradoxe, rappelons que d’une part on souligne fréquemment la nécessité d’un renouveau dans le régime montréalais, renouveau inspiré surtout par une volonté de démocratiser.Il n’est pas inutile de répéter à ce propos que cette tendance n’est nullement propre à Montréal, les situations de Toronto, New York ou Chicago sont à peu près comparables compte tenu de certains aménagements, ni au régime Drapeau qui s’inscrit plutôt dans une certaine tradition de leadership municipal et c’est là le véritable problème à approfondir en vue d’une action fructueuse.te c’est-à-dire se donner les moyens de mener une lutte sur des points et dans des circonstances où il est politiquement possible de l’emporter.A voir certaines tentatives passées ou actuelles on a nettement l’impression que plusieurs sont bien peu conscients de l’ampleur du courant à renverser ou même de la puissance énorme de certaines structures municipales que des leaders se sont plus ou moins appropriées.Ce n’est pas qu’il ne faille point combattre mais la stratégie élémentaire exige que les objectifs soient bien perçus et les tactiques définies avec rigueur.D’autre part, malgré cette nécessité maintes fois évoquée il faut bien reconnaître une incapacité réelle à organiser valablement l’expression de ces revendications, à les faire déboucher sur des actions concrètes et cela, non plus, n’est pas exclusif au système montréalais.Au delà des tentatives en ce sens ébauchées au cours des dernières années il faut rejoindre les causes réelles qui dépassent, tout en ne les niant pas, les circonstances particulières qui ont favorisé et qu’a su exploiter l’administration Drapeau.A ce sujet, on ne peut que déplorer la quasi-totale absence, jusqu’à tout récemment, des groupes sur la scène municipale.Ces agents de politisation et d’action si efficaces en d’autres domaines se comportaient comme si la chose municipale appartenait de fait à l’oligarchie qui la croyait sienne.Il faudra que ces groupes investissent davantage dans l’opération globale car sans eux, l’expérience l’a abondamment démontré, le dynamisme d’une société est singulièrement appauvri.Il en va de même des pouvoirs d’information dont on a souvent dit aussi l’impuissance.Ils constituent un mécanisme essentiel, de la démocratie et, à ce titre, certains organismes doivent assu- tique municipale a toujours ete bien faible.C’est à toute une tradition qu’il faut en quelque sorte s’attaquer.On pourrait peut-être aussi citer une certaine conception négative et restreinte de la politique et de la démocratie qui a largement marqué nos moeurs, non seulement municipales, et qui rendait encore plus ardue une véritable prise en mains de l’avenir des gouvernés par eux-mêmes.En tout cas, toute la vie municipale au Québec témoigne de cette lacune.Des systèmes majeurs ont lentement pris fomes dans diverses régions sans que soient élaborés en même temps les mécanismes indispensables à la démocratie.rail etre approîondi sans le concours des trois autres.A Montréal présentement la conjoncture politique offre certaines possibilités et en bloque d’autres.Il importe d’analyser justement la situation et d’entreprendre les actions les plus prometteuses.C’est dans ces conditions qu’un éveil réel dont on ne sent pas à coup sûr l’iminence, pourra se faire et amener la mise sur pied, dans le quotidien et au ras du sol, d’un renouveau articulé, assuré.Ces analyses étant acquises, il n’est pas souhaitable de les prolonger indéfiniment et il importe plutôt de préciser le plan d’action dont on perçoit déjà maintes bribes qui restent trop inorganisées.17 à par Hubert de Ravinel L’homme qui préside aux destinées municipales de notre métropole était jadis un peu l’idole des personnes âgées: à la fois leur père, leur grand frère et leur protecteur.Aujourd’hui, il apparait, face au plus grand nombre d’entre elles, comme un homme plus ou moins indifférent à leur sort, voire franchement injuste et en tout cas éloigné complètement de leurs espoirs et de leurs soucis.Plutôt que de critiquer la politique sociale municipale (ou plutôt l’absence d’une telle politique) je préfère relater les impressions imaginaires que me ferait un autre homme qui, lui, aurait à coeur de réellement servir sa population: il s’agit la d’un rêve un peu naïf peut-être, mais il est parfois bon de rêver et d’imaginer ce que le coeur au service de l’intelligence pourrait apporter à la population.Monsieur le Maire est bien perplexe: il caressait le rêve de donner à la ville dont il préside aux destinées un lustre nouveau, un prestige éclatant, en proposant un programme audacieux qui devait inclure la réalisation d’objectifs grandioses comme la tenue de jeux olympiques, la mise sur pied d’un plan gigantesque de constructions ultramodernes, le bouleversement de quartiers entiers.Monsieur le Maire est songeur car cela a été dur pour lui de tourner le dos à un tel programme.Et pourtant, il a dû renoncer car il ne voyait pas comment concilier ses rêves et les exigences sociales de sa fonction.En particulier, il pensait aux personnes âgées: ces dernières avaient déjà toute sa faveur.Il avait pris, depuis plusieurs années, un ensemble de mesures visant à les réintégrer dans la cité.Le premier au monde, et malgré l’opposition acharnée de son entourage, il avait décrété la gratuité totale des moyens de transports en commun pour tous les citoyens de plus de soixante-cinq ans, sans distinction de fortune.Il était persuadé que dans une grande métropole comme la sienne, les citoyens ainés avaient droit à quelques privilèges dont celui de se déplacer gratuitement.En effet, le déplacement constitue un remède efficace contre l’isolement et dans une ville comme Montréal, de ne jamais pouvoir se déplacer même à l’ennui mortel.Il s’agissait là d’une innovation hardie dans le domaine des transports en commun.Mais ce n’était pas, et de loin, la première des mesures sociales audacieuses dont il était à l’origine.Toujours au service de la personne âgée, il avait conçu des unités sociales d’environnement qui pouvaient s’apparenter de l’extérieur à de simples logements à prix modiques, mais en réalité constituaient un ensemble novateur au sein duquel l’habitat ne constituait pas l’élément essentiel.Les personnes âgées étaient logées certes, mais surtout se sentaient partie intégrante de la population.Ellès disposaient d’animateurs formés par la Ville, elles demeuraient dans leur quartier d’origine.A ce sujet, le Maire avait résisté aux pressions de puissantes sociétés immobilières multinationales qui avaient nourri le dessein de vider le centre-ville de sa population âgée pour y construire des immeubles de luxe éminemment lucratifs.Le Maire était convaincu qu’à moins d’être un génie ou un crétin obsédé de prestige, isolé de sa population, il n’était pas possible de concilier une politique municipale audacieusement sociale et une soi-disant politique de grandeur: “A quoi bon”, disait-il souvent à ses interlocuteurs, “A quoi bon doter ma ville d’une renommée internationale, à quoi bon la faire connaître à la face du monde, si la population âgée se voit condamnée à végéter, à s’ennuyer, et surtout ne reconnaît plus sa ville et ses mille visages quotidiens et familiers.Toutes ces considérations avaient finalement rallié les membres de son conseil, réputés pourtant pour leur indépendance d’esprit à son égard.Et ainsi depuis quelques années on assiste, dans la métropole, à toute une série de mesures qui font de notre ville une Cité-pilote en matière de gérontologie.Citons entre autres réalisations: —la création de dizaines de restaurants m : municipaux permettant aux personnes âgées du quartier de se procurer, à peu de J frais, d’excellents repas chauds dans une j ambiance agréable.fi I —La mise sur pied d’un service de distri-; bution de repas à domicile, destiné aux J personnes âgées incapables de fréquenter les restaurants municipaux.—La création de services d’animation à domicile, sous forme de visites, d’artisanat et aussi de sensibilisation des gens aux problèmes des vieux de leur immeuble.-i —La création de centres culturels regroupant des jeunes et des personnes du troisième âge.— L’élaboration et l’amorce d’une politique d’éducation permanente à l’usage des I personnes approchant l’âge de la retraite, 1 en collaboration avec la C.E.C.M.„ / ( —Enfin, et surtout la mise sur pied d’un centre municipal d’information sous la forme d’un service téléphonique de 24 | heures par jour: les personnes âgées sont invitées à s’exprimer par ce moyen sur tous lés problèmes qu’elles peuvent rencontrer.On les renseigne, on les met en re-I lation avec les services appropriés, on les I aide, on reste en contact avec elles si leur | problème présente un caractère plus complexe.L’élaboration de ce programme ne s’était pas faite sans douleur! On avait objecté que la Mairie n’était pas un service social, que la province avait dans ce sens des responsabilités précises sur lesquelles il convenait de ne pas empiéter.Le Maire répondait à ces remarques en affirmant qu’il valait bien mieux assurer à la population des mesures préventives, assurant un maximum d’épanouissement, que de dépenser des fortunes à placer les gens dans des institutions.Il lui semblait plus intelligent de rendre le quartier sympathique aux vieillards plutôt que de construire des centaines de cifbes d’aluminium et de béton, véritables ghettos modernes sans âmes et sans vie.On lui disait que la jeunesse primait, que le tourisme était une valeur sûre: il répondait que des gens heureux dans leur ville constituaient une valeur bien plus sûre encore.Ce n’était donc pas sans peine que le Maire était arrivé, peu à peu, à redonner de l’espérance à sa population âgée.Cette dernière avait reconnu d’ailleurs à plusieurs signes que la municipalité évoluait sensiblement vers une meilleure compréhension des problèmes sociaux.Les fonctionnaires eux-mêmes étaient invités à venir accueillir tous ceux et celles qui viendraient leur présenter leurs problèmes, et l’horaire de travail avait été assoupli dans ce sens.Sous le régime du précédent Maire, il était fortement déconseillé de tomber malade ou d’avoir besoin d’un service de placement entre le vendredi après-midi et le lundi matin.Aucune permanence de nuit ou de fin de semaine n’était prévue.Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.Les services sociaux de la Mairie sont loin d’être parfaits, mais ils ont visages humains, ils sont efficaces.Le Maire lui-même, sensible à la condition difficile d’une grande partie de la population, a considérablement modifié son style de vie: on ne le voit presque plus en compagnie des hommes d’affaires, des grands de la ville: il se sent mal à l’aise dans les milieux absolument indifférents au sort d’une population dont il a la charge.Par ailleurs, très sensible à l’impact des médias modernes, et aux retentissements qu’ils peuvent avoir sur l’évolution d’une situation donnée, il a à coeur de partager avec les journalistes ses projets, ses soucis,, ses espoirs.Ces derniers ont toujours plaisir à collaborer avec lui, même s’il ne leur ménage pas ses critiques, car ils savent à quel point le Maire tient en estime leur coopération et le travail qu’ils font auprès du public.Par exemple, dans la création de l’Office montréalais du troisième âge, sa tâche a considérablement été simplifiée grâce à la collaboration des médias de communication: les articles, les reportages, les tables rondes ont vraiment aidé le public à saisir l’utilité d’un tel office.Cet organisme, fierté du Maire, constitue une présence permanente des personnes âgées sur le terrain des décisions municipales.Des ret rai-tés, des spécialistes, des fonctionnaires mettent sur pied tout un programme d'informations.de loisirs, d'éducation destiné au troisième âge.Les bureaux de l'Office sont implantés dans les quartiers.L’Office montréalais'du troisième âge n’est qu’un exemple des préoccupations du maire et de son équipe.En somme le Maire a délibérément opté pour le bien de sa pc pulation.C’est beaucoup plus difficile aujourd’hui^ beaucoup plus complexe qu’hier: il ne suffit plus de se dévouer à la cause publique, de vouloir le bien ou la grandeur d’une ville, il faut se mettre réellement à l’écoute de la population.Il faut rompre définitivement avec un monde politiquement fermé, fondé exclusivement sur le développement des affaires et la construction immobilière désordonnée.Une telle politique ne pouvait qu’enrichir les riches et appauvrir les pauvres, même si on prétendait à grands renforts de publicité “se mettre au service de la population’’, phrase malheureusement usée par l’usage abusif qui en est fait.Je pourrais continuer a rêver, à présenter les exigences fondamentales d’une politique municipale humaine au service des personnes âgées.Mais il faut bien retomber sur terre et constater malheureusement que le rêve est très loin d’une réalité bien peu respectueuse de ceux qui ont contribué à construire notre ville et notre société.On peut reprocher bien des choses à l’administration municipale actuelle, mais pour moi la plus grave des critiques est celle de reprocher à notre Maire actuel d’avoir perdu et l’affection et la confiance des personnes âgées.Ces dernières ne comprennent peut-être pas toujours grand’chose aux mystères de la politique, mais quand elles perdent confiance en un homme, qui était jadis pour elles un peu providentiel, évidemment quelque chose de grave se produit; et pour terminer je reprendrai à mon compte cet aveu d’une personne âgée: on nous vole notre ville! 0 Photo Jean-Yves Roy survol du régime drapeau pa r Ja cq ues Lé vei liée I Elu en 1954, à la mairie de Montréal, Jean Drapeau cédait sa place à Sarto Fournier en 1957.Il redevint maire en 1960 et s’affirma comme le chef incontesté d’une nouvelle formation politique, le Parti Civique, fabriqué à son image, et pour son service.Lors des élections municipales de novembre 1974, Jean Drapeau se vantera d’avoir à son crédit dix-sept années d’administration honnête, dynamique, progressiste .de la ville de Montréal.20 Il y aurait beaucoup à dire de ces dix-sept années de ges-; tion municipale.D’un côté nous pourrions repérer les: personnes et les groupes qui ont tiré avantage des politiques municipales adoptées et des développements urbains encouragés.De l’autre, c’est-à-dire chez ceux qui; ne font pas partie des bénéficiaires du régime, nous re-1 trouverions ceux qui ont payé la note par des taxes plus élevées ou par l’abandon forcé de leur maison, de leur rue, ! de leur quartier à la réalisation des rêves de Jean Drapeau et des intérêts économiques qu’il dessert.Les bénéficiaires actuels du régime n’ont aucune raison) de retirer leur appui au Parti Civique et à son chef Jean Drapeau.Au contraire, ils en demandent toujours plus, | car ils se répandent désormais dans presque tous les! quartiers de Montréal.En effet, la marée montante desj nouveaux pouvoirs économiques, les spéculateurs et les) promoteurs immobiliers, envahissent progressivement! tous les quartiers montréalais faisant en sorte que certains groupes sociaux qui se croyaient, et se croient encore, malgré tout, défendus par le Parti Civique du maire Drapeau, le sont de moins en moins.Nous croyons que la force du régime Drapeau réside dans le fait qu’il entretient chez tous les groupes sociaux le sentiment qu’ils sont tous bien représentés, qu’ils sont tous défendus de façon égalitaire par le Parti Civique.Les images projetées du Parti et du Chef ainsi que le discours qui accompagne leur diffusion, réapparaissent à chaque élection: le Parti Civique est au service de toutes les classes sociales, la qualité de ses membres est une garantie de leur efficacité aussi bien que de leur capacité à comprendre les besoins de chaque groupe; en posant un geste favorable au Parti Civique lors de la prochaine élection, chaque citoyen se paie une police d’assurance sûre et confie à un courtier compétent la gestion de ses affaires.v Le discours démocratique du Parti Civique a toujours été de cette farine.Et parce qu’avant la tentative du FRAP en 1970, il n’y avait jamais eu à Montréal de pression pour que le système politique institue des mécanismes de participation démocratique, les dirigeants officiels et occultes du Parti Civique ont organisé la vie démocratique des Montréalais de telle façon que les droits démocratiques de chacun se résument au droit de voter à tous les quatre ans.‘ Quel que soit le point de départ adopté pour l’analyse, la même constatation réapparait sans cesse comme une obsession: le maire Drapeau et ses acolytes influents à l’exécutif ou au sein de son cabinet personnel ont dépouillé successivement le Conseil, le Parti, le fonctionnarisme municipal, les journaux et les contribuables de leurs facultés critiques et participationnistes afin de jouir d’une latitude plus grande dans l’administration des affaires de la ville.Le Conseil Les 52 conseillers municipaux de la ville de Montréal sont, depuis l’élection d’octobre 1970, tous membres du Parti Civique.La ville étant divisée en 18 districts électoraux, chaque district a l’insigne avantage d’être représenté par trois conseillers du Parti Civique dans 15 districts, 4 dans St-Michel, 2 dans Rivière-des-Prairies, 1 ( dans Saraguay.Tout citoyen âgé de 18 ans et plus a droit de voter pour les conseillers de son district et pour le candidat de son choix à la mairie.Les 52 conseillers du Parti Civique se rencontrent statutairement quatre fois par année pour mettre sous forme législative (règlement) les désirs et les demandes des citoyens de leur quartier et de la ville dans son ensemble.Ils sont les seuls et uniques porte-parole officiels de l’électorat montréalais.Comment parviennent-ils à se mettre à l’écoute des populations de leur district?Disposent-ils d’un appareil partisan assez développé pour bien canaliser les attentes des citoyens de leur quartier?Questions difficiles puisque la méconnaissance des relations entre les populations et leurs conseillers est très grande.Trois situations sont plausibles: a) Il existe une organisation partisane au sein de chaque district et cette organisation constitue une courroie de transmission efficace entre les conseillers et les contribuables aussi bien en temps d’élection qu’entre les élections.Le peu que nous connaissions du fonctionnement du Conseil et du Parti Civique nous permet de rejeter cette interprétation.b) De par leur statut socio-économique, les conseillers sont en étroite communion avec les commerçants, les entrepreneurs et les industriels de leur quartier et traduisent, aussi bien qu’il leur soit permis par Monsieur le Maire, les intérêts de ces derniers au Conseil sur des sujets impliquant leur quartier.Il existe à ce sujet une hypothèse sur le partage des tâches entre les conseillers et l’exécutif de la ville: le maire et son exécutif accepteraient que les conseillers conservent une mince marge de manoeuvre pour l’obtention de contrats, de petits travaux, etc., dans leur quartier à condition que sur les questions d’importance (Terre des Hommes, Place des Arts, projets immobiliers d’envergure, Olympiades 1976) ils se cantonnent dans un mutisme total.c) Une variante de cette situation plausible, et probablement réelle, se rapporte à la qualité des conseillers.Les conseillers du Parti Civique ont été triés sur le volet après une étude de leur situation financière, de leur dossier judiciaire, de leur réussite dans leur domaine respectif d’activité professionnelle.Un tel groupe d’hommes, une élite, par définition, possède, également par définition, un sens inné de ce qui est bon, juste et raisonnable pour toutes les classes de la société sans qu’il soit nécessaire de multiplier les relais entre eux et le peuple.Les assemblées du Conseil Municipal de la ville de Montréal ne peuvent, dans ces conditions, qu’être des exercices futiles.Les quelques tractations entre les conseillers et l’exécutif ont eu lieu derrière le décor.De plus, comme les conseillers appartiennent tous au même parti et à cette couche sociale dont la vertu caractéristique est de pouvoir dépasser ses propres intérêts pour penser à l’intérêt général, les réunions du Conseil sont autant d’occasions de démontrer que Montréal, contrairement à la majorité des villes du monde, n’est pas minée par des intérêts divergents et conflictuels.Un consensus communautaire préside à ses destinées.Le Parti Civique Advienne des questions qui pourraient susciter des controverses au sein du Conseil, le Parti prend la relève pour sauvegarder l’image consensuelle.Ainsi, la convocation du caucus du Parti permet aux leaders, et en particulier à Drapeau, d’expliquer aux conseillers les enjeux, les détails, les modalités des décisions à prendre.Regaillardis par ces assises où prédomine le discours rationnel, nos conseillers — hommes-du-monde peuvent désormais prendre siège dans la salle du Conseil et faire preuve d’une unanimité inébranlable devant les quelques journalistes qui s’obstinent encore, profession oblige, à assister à ces “séances” municipales.Hormis les conseillers du Parti, personne n’a jamais, à ce qu’il semble, assisté aux caucus du Parti Civique.Par contre, le maire Drapeau les a toujours présentés comme des moments démocratiques forts au sein de son Parti.Les quelques commentaires faits par ceux qui, depuis 1960, ont été bannis du Parti pour mauvaise conduite (s’être présenté comme candidats à des élections provinciales ou fédérales, avoir fait preuve d’indépendance d’esprit) nous portent à croire que ces réunions, peu nombreuses, permettent au chef, en plus d’instruire les conseillers sur les décisions qu’il a déjà prises mais qu’il faut adopter au Conseil pour se conformer à la loi, de leur rappeler le crédo qu’ils ont récité lors de leur intronisation au Parti.En résumé, le Conseil Municipal de Montréal fonctionne sur le mode consensuel parce que le Parti Civique, qui détient la totalité des sièges, impose à chacun de ses membres une discipline militaire.Cette discipline est d’autant plus facile à faire observer que les membres de la confrérie appartiennent tous à une même catégorie sociale.Il suffit, pour les dirigeants du Parti et pour les intérêts qu’ils desservent en priorité, de consentir quelques miettes du gâteau montréalais aux intérêts de cette catégorie pour que cette dernière se déclare disposée à contresigner toutes les décisions que le maire a déjà prises.Le fonctionnarisme municipal Il arrive, dans certaines villes canadiennes, américaines ou européennes, que le fonctionnarisme municipal contribue à la qualité de la démocratie municipale en diffusant une information susceptible de permettre aux citoyens de se former un jugement sur les questions de l’heure comme sur le développement à long terme de leur ville.Dans certains cas, le fonctionnarisme parvient même à se hisser au rang de pouvoir parallèle en constitue ainsi un contrepoids au pouvoir politique.Telle n’estpas la situation à Montréal.Les administrations Drapeau-Saulnier et Drapeau-Niding sont parvenues à étouffer toutes les initiatives à ce niveau.Le syndicat des fonctionnaires municipaux a bien menacé l’administration Drapeau-Niding de se transmuer en chien de garde de leur gestion municipale lors des discussions relatives à la signature de leur dernière convention collective.La menace fut sans lendemain.Aussi, les dirigeants du Parti Civique gardent la main haute sur le fonctionnarisme.Ils interdisent aux directeurs de service de faire 21 survol dw régime drapeau, des déclarations publiques.Ils éliminent les directeurs qui ne se conforment pas à la consigne.Ils négligent de consulter leurs experts sur des questions d’une importance capitale pour la ville.Ils contredisent dans leurs actions les recommandations pourtant explicites de certains documents issus des services municipaux de la ville.En somme, ils manipulent le fonctionnarisme municipal de la même façon qu’ils soudoient le Conseil et le Parti.A l’exception de quelques franc-tireurs qui diffusent, sous le manteau, des informations en provenance des services qui sont financés à même nos contributions, le fonctionnarisme municipal participe de plain-pied à la perpétuation d’un régime qui place au sommet de ses priorités la non-information des citoyens.Les mass média A la faveur de la crise d’Octobre 1970, le Devoir s’est découvert une vocation anti-drapiste.Du côté anglais, le journal La Gazette prend généralement ses distances par rapport à l’administration Drapeau.Cependant, d’une façon gnérale, les journaux sont ou bien absents, ou bien mielleux, ou bien grincheux dans leurs reportages et dans leurs commentaires sur Drapeau, le Parti Civique et le gouvernement municipal.La radio et la télévision offrent très peu d’émissions d’information municipale.Les propriétaires de ces mass-média, exception faite de Radio-Canada, n’ont pas jugé important de former un personnel capable d’aller chercher la nouvelle et de l’analyser.Aussi les postes de radio et de télévision ne disposent que d’une source pour l’élaboration de leurs bulletins de nouvelles municipales, soit les miettes d’information que l’administration Drapeau consent dédaigneusement à laisser tomber de sa table bien garnie.Tout comme pour le Conseil, le Parti et le fonctionnarisme municipal, l’administration Drapeau est parvenue à museler les mass-média.Le maire ne fera confiance à ces moyens modernes de communication que s’il peut les utiliser à son avantage ( vg: Canal 10, le dimanche matin).Le maire Drapeau exprime un jugement très sévère sur le rôle des mass-média.Inutile de dire que ce jugement cadre très mal avec ce que l’on dit généralement du rôle que pourraient jouer les mass-média sur le plan de la démocratie.Les contribuables Le maire Drapeau répète depuis des années que le peuple montréalais n’est pas intéressé à assister à des combats oratoires au sein du Conseil municipal.Conformément à la théorie du gouvernement démocratique par élite clairvoyante interposée, le peuple est satisfait de porter un jugement sur les hommes politiques et sur leurs réalisations à tous les quatre ans.La devise du Parti de Drapeau semble donc: bien faire ou tout simplement faire et laissez braire les quelques esprits tordus qui ont un besoin vital de proférer des critiques n’ayant de toute façon aucun impact sur les citoyens montréalais.Inutile alors de se surprendre du peu d’attrait qu’exerce sur la population montréalaise le droit de voter pour le maire et pour les conseillers municipaux.Les taux de participation électorale lors des scrutins municipaux montréalais sont généralement très faibles, sinon inexistants, comme lorsqu’il y a élection des conseillers par “acclamation”, c’est-à-dire par défaut de contestation.On en arrive ainsi à cette situation pour le moins curieuse que le maire de Montréal et les conseillers du Parti qu’il dirige se présentent comme la seule et unique voix autorisée de toutes les classes de la population montréalaise alors même que jamais plus de 35% de cette population désire expressément qu’il en soit ainsi.Toutes sortes de raisons rendent compte de cette érosion de la participation démocratique de la population montréalaise à la chose municipale: volonté de ne pas cautionner une parodie électorale qui tient plus du plébiscite que de l’élection; non reconnaissance dans les hommes et les simili-programmes présentés; dégoût profond à l’égard de cette administration municipale qui agit toujours contre nos intérêts; énergie dépensée à trouver des solutions hors du cadre étroit de la politique municipale.Quelles que soient, cependant, les raisons qui motivent les citoyens à délaisser la scène politique montréalaise, une conclusion est évidente.Aucun effort n’est fait, de la part de l’administration Drapeau, pour créer des mécanismes susceptibles de faire naître un débat public sur les questions de fond de la vie urbaine montréalaise.Il est d’autant plus facile'de gouverner à sa guise que les évaluations des citoyens sont approximatives, que les juge^ ments sont partiels, que les programmes de rechange sont inexistants.L’inexistence d’un parti, d’un mouvement, d’un groupe d’action politique au plan municipal pour affronter le Parti Civique sur son propre térrain fait en quelque sorte que l’administration actuelle peut continuer auprès des citoyens l’invasion et le musellement qu’elle exerce sur le Parti, le Conseil, le fonctionnarisme et les mass-média.Incapable de se rattacher à un système de pensée et d’organisation qui canaliserait ses intérêts et ses aspirations aujourd’hui diffus, la population n’a qu’une seule alternative: ou bien se laisser convaincre par la seule force politique municipale compétente qui existe actuellement, ou bien se retirer qui dans sa ruelle, qui dans son église, qui dans la culture de ses petits pois.Le FRAP avait voulu briser cette alternative et proposer une autre voie.Pour de multiples raisons, la tentative a échoué.Que le mouvement renaisse ou non dans la forme adoptée en 1970, il m’apparaît évident qu’une ou plusieurs autres formations politiques apparaîtront bientôt sur la scène politique municipale autour d’intérêts qui, eux aussi, se découvrent brimés par les effets tangibles de l’administration Drapeau.' Les regroupements politiques nouveaux pouvaient logiquement se structurer autour de deux ensembles de groupes sociaux: d’un côté, les petits propriétaires fonciers, les petits commerçants et les petits industriels qui sont de plus en plus placés en état de minorité sur le plan spatial comme sur le plan de la représentation de leurs intérêts par le pouvoir politique municipal; mais ils n’ont 22 pas su, jusqu’à ce jour, avoir développé une conscience claire de ce qui les frappe.Le mouvement Démocratie-Montréal aurait pu être un révélateur de leurs conditions spatiales et politiques.Ce dernier ne semble cependant pas devoir apparaître comme une solution de rechange pour les prochaines élections.L’opposition au maire Drapeau et à son Parti Civique se concentre donc dans cet autre ensemble de groupes logiquement capables de concevoir un programme et de monter une équipe de remplacement au plan municipal (LeRCM).Une conclusion importante Cette brève revue de l’état de la démocratie à Montréal nous conduit à une conclusion importante: tous les mécanismes de participation et de contrôle démocratique qui pourraient théoriquement jouer un rôle dans le système politique montréalais sont en pratique mis au service d’un groupe unique, soit l’exécutif de la ville et en particulier le maire Drapeau.Cette hégémonie de l’exécutif et du maire Drapeau procède d’un système complexe et voulu de dépossession successive de l’électorat, des mass-média, du fonctionnarisme, du Parti Civique et du Conseil municipal, de leurs facultés critiques.L’électorat: Même affranchi des contraintes traditionnelles (lois électorales) l’électorat n’afrive que difficilement à articuler ses intérêts pour les traduire dans un programme et une organisation capable de dénoncer le discours idéologique prévalant et ainsi parvenir à une critique sérieuse des intérêts économiques et politiques que dessert l’administration actuelle.Les mass-média: Dépendants pour leur diffusion et leur survivance économique et idéologique du maintien de Montréal comme ville importante, les mass-media cachent sous des critiques passagères et anodines leur profonde adhésion au style de politique ayant cours à l’Hôtel de ville de Montréal.Le fonctionnarisme: Malgré quelques réticences passagères, le fonctionnarisme municipal s’est résigné à sa colonisation par un exécutif politique qui prend généralement soin de respecter les règles formelles du jeu lors de ses intrusions dans le travail des fonctionnaires.ou bien recourt à des spécialistes non intégrés au système administratif officiel.I Le Parti Civique: Triés au départ sur le volet, les membres du Parti doivent ou bien avoir des ressources personnelles importantes, ou bien dépendre de la caisse du Parti pour mener à bien (se faire élire) leur action électorale dans le cadre du régime électoral actuel.Cette dépendance électorale des membres du Parti, ajoutée aux interdits très explicites que formulent les dirigeants du Parti à leur endroit, fait de cette confrérie de petits propriétaires, entrepreneurs, commerçants des encenseurs indéfectibles des dirigeants du Parti et en particulier de son chef.tions à débattre lors des assemblées du Conseil parce qu’ils ne sont législateurs qu’à temps partiel (leurs sources de revenus principales proviennent de leur business) et parce que l’exécutif leur diffuse l’information de base au compte-goutte, ils font confiance aux membres du Comité exécutif qui sont également les officiers supérieurs de leur parti.Le Comité exécutif et le maire Drapeau: Libérés de toutes ces tracasseries démocratiques qui encombrent généralement l’institution municipale, le Comité exécutif et le maire Drapeau peuvent, sans craindre, investir les énergies et les argents de la ville dans les secteurs de développement qui répondent le mieux à la construction des villes modernes, le tout à l’avantage du capitalisme immobilier et financier.Ainsi, après avoir consenti quelques parcelles du gâteau montréalais aux classes moyennes et à leurs représentants au sein du Conseil, après avoir endormi les velléités contestataires des classes laborieuses par des discours ou même par des gestes rares mais exemplaires, largement amplifiés par les thuriféraires du régime, le Comité exécutif et le maire Drapeau peuvent consacrer tout leur temps à la satisfaction des demandes de ces nouveaux princes de la cité moderne, soit les grands promoteurs immobiliers et leurs acolytes financiers, commerciaux et industriels.Perspectives à court terme Certains groupes de citoyens des quartiers ouvriers de Montréal, ont commencé à prendre conscience du décalage qu’il y a entre la réalisation éventuelle de leurs intérêts et le type de représentation politique au Conseil municipal et au Comité exécutif.Cette prise de conscience ne pourra que s’amplifier à mesure que des expropriations, des destructions systématiques de quartier, etc.seront dénoncées pour ce qu’elles sont véritablement: alors elles “collectiviseront” des constatations faites isolément par des locataires et des ouvriers.Est-ce que cette collectivisation du ressentiment aboutira à la formation d’une force politique cohérente?Est-ce que cette prise de conscience qui dispose maintenant d’une communauté urbaine favorable pour se développer s’appuiera assez tôt sur des bases autonomes pour éviter la récupération?Il faut évidemment le souhaiter.Mais il faut aussi être éveillé au fait que, parallèlement à ce mouvement qui naît et se développe dans les quartiers populaires ou ouvriers, une force naît ou naîtra bientôt sur la scène municipale montréalaise.Cette force politique sera dominée par ce groupe plus ou moins cohérent que sont les petits commerçants, les petits entrepreneurs, les petits industriels, les petits propriétaires fonciers.Tout comme les classes laborieuses ils prendront conscience du décalage qu’il y a entre leur majorité au sein du Conseil et le sens véritable des décisions et des développements qui modifient, de plus en plus à leur désavantage, le tissu urbain montréalais.Avec des moyens généralement plus grands que ceux possédés par les classes ouvrières, ils tenteront de réaliser une adéquation entre leur représentation politique au sein du Conseil et la marche effective des affaires municipales qui leur échappe de plus en plus.Le Conseil: Etant tous membres du Parti Civique, les conseillers transposent au Conseil la servilité dont ils font preuve au sein du Parti.Mal renseignés sur les ques- Dans quelle mesure tenteront-ils, et réussiront-ils à convaincre les classes ouvrières qu’il y a complémentarité des deux combats?0 23 l’autopsie wM$ de nos illusions .ién riitii i,, ' par Claude Lagadec Sur Jean Drapeau, je crois bien que tout a été dit.Je ne ferai donc pas l’anatomie du gouvernement municipal de Montréal, mais plutôt l’autopsie de nos illusions.Jamais aura-t-on vu de façon plus éclatante la puissance de cette idéologie démocratique à laquelle nous continuons de rendre un hommage, que dis-je, un culte inconditionnel, alors que cette même démocratie nous fait le plus cruellement défaut.Nos rêves et nos illusions démocratiques demeurent intacts sous l’assaut répété d’une réalité qui les contredit.Nous avons des montres à l’épreuve des chocs et des rêves à l’épreuve des choses.Et certains d’entre nous demeurent même capables de plaindre sincèrement les pauvres citoyens d’URSS et de Cuba livrés au système barbare du parti unique.Au Québec, je crois bien que nous avons maîtrisé l’art de gouverner un village.Mais notre gestion devient tout autre dès que l’agglomération urbaine dépasse la taille d’un gros village ou de 4 ou 5 paroisses, comme à Montréal ou à Québec.Le rituel démocratique devient alors une pure fiction idéologique.Je veux dire qu’il continue d’habiter notre tête, mais qu’il est si manifestement irréel, vide, dérisoire et à côté de la réalité que, comparée à lui, la danse de la pluie apparaît comme un mécanisme d’une merveilleuse efficacité.Et pourtant nous continuons la danse démocratique, la religion électorale, comme si la réalité devait un jour, forcément, se conformer à l’idée que nous en avons.Et quand il ne pleut pas, nous regardons le ciel démocratique, impuissants mais convaincus que le rituel sera efficace la prochaine fois.C est cette impuissance que je veux interroger ici.Nous sommes un peu dans le cas du chômeur affamé et démuni qu’un immense appareil social convainc de sa propre déchéance.Les institutions et l’idéologie de la société indtrstrielle sont là pour le convaincre que c’est de sa faute s’il se sent impuissant et débile, que ses propres lacunes singulières sont responsables de son malheur.Sa tâche est d’apprendre que sa faiblesse est réelle, mais que l’explication est idéologique.Il doit apprendre que quelqu’un ou quelque chose lui a dérobé la force qui lui fait défaut, et aller la reprendre là où elle est.Pour nous, c’est du côté de notre histoire culturelle qu’il importerait de rechercher les fils conducteurs d’une réforme efficace de notre gestion urbaine, les forces et les formes d’une vie urbaine possible.me! SX rnif liée f mu.; dos Commençons par l’idéologie démocratique.Paradoxalement pour nous, c’est dans la ville que la démocratie est née.Historiquement, la démocratie et la ville sont des soeurs jumelles qui ont grandi ensemble, le développe-U ment de l’une rendait possible et nécessaire celui de l’au-tre.nit Le gouvernement par voie de représentation en Europe fut conquis par le bourgeois, l’habitant du bourg, aux dépens du propriétaire terrien, l’aristocrate.Cette conquête, rendue possible par le développement commercial et industriel de l’agglomération urbaine, le propulsa à son tour dans le grand capitalisme du 19e siècle.L’industrie a enfanté le bourgeois qui a enfanté la ville qui a enfanté le capitalisme et la démocratie.ay mai;; dust r.j'jj Le concept de liberté est une invention bourgeoise, indissociable à la fois de l’hégémonie de la ville sur la campagne et du remplacement de la terre par le capital comme unique source de la richesse.Lorsqu’en 1871 les prolétaires urbains que le système capitaliste avait engendrés voulurent en quelque sorte “municipaliser” la révolution de 1789 dans la Commune de Paris, et faire sur les bourgeois l’opération que les bourgeois avaient faite sur les nobles, la tentative échoua parce que cette révolution politique urbaine ne s’accompagnait d’aucune révolution économique correspondante.desti cupai incon 'Mi aprc lest dene m toril] U La ville et la démocratie sont donc demeurées aux mains des bourgeois, par les bourgeois et pour les bourgeois, au double-sens urbain et économique.Le bourgeois avait emprunté son modèle de liberté au monde rural du seigneur, qui ne rencontrait de contraintes qu’à la limite de ses terres.C’est pourquoi notre concept de liberté demeure encore à ce jour un concept négatif: nous disons que la liberté est l'absence de contrainte (comme si une telle chose pouvait exister), et que ma liberté finit là où corn mence celle de mon voisin.- H5,es! tfpris n'es eanl eau, fcsi; fetes) 24 slî' ppe- !:au.¦ S»#! En empruntant au bourgeois son idée négative de liberté, le communard de Paris en a fait un mythe.Si la “Commune” est encore aujourd’hui un grand mythe en France, une représentation symbolique qui continue à inspirer l’imagination des hommes, c’est qu’elle est profondément ancrée dans l’histoire française.Nous n’avons rien de tel au Québec.Notre ville n’est pas née de l’émancipation du bourgeois par rapport au seigneur, elle est née de la paroisse.Le moulin banal du seigneur ou du monseigneur n’a pas fonctionné assez longtemps pour nous donner le sentiment bourgeois “qu’au moins en ville on est chez soi”, ni faire de la ville autre chose qu’une paroisse agrandie ou un gros village.Les quelques termes marxistes qui sont utilisés ici ne sont donc pas exacts.Je parle du Québec avec des termes européens.Je n’en ai pas d’autres.Dans le conflit séculaire au Québec qui a opposé le village à la paroisse, le curé maître de la paroisse était bien le tenant-lieu idéologique du seigneur féodal, mais il ne détenait pas la force économique réelle en cause, et les conflits entre le curé et le maire du village ont souvent été sans importance en face des liens unissant le curé au député.Nos bourgeois ont été des quasi-bourgeois, des bourgeois de seconde zone, soumis à la fois à la domination de l’occupant qui ne s’est jamais assimilé et à celle du défenseur inconditionnel de l’ordre institué par l’occupant qu’était l’Eglise.L’occupant se chargeait de la loi (protection de la propriété privée) et le curé se chargeait de l’ordre (reproduction des valeurs).Dans une véritable démocratie, c’est plutôt le bourgeois autochtone qui s’investit aussi bien de la loi que de l’ordre.En somme, jusqu’à une date récente, nous n’avions au Québec ni ville ni bourgeois véritable, au double sens historique et économique.La liberté du bourgeois urbain, même sous sa forme mythique et socialiste de la Commune, est demeurée chez nous une plante importée qui a niai repris ou qui n’a pas repris du tout.Il n’est donc pas étonnant que nous éprouvions devant Jean Drapeau la même impuissance que nos aînés (Trudeau, Pelletier, Laurendeau) éprouvaient devant Duplessis.Ce sont les mêmes tempêtes idéologiques inefficaces qui autrefois s’appelaient Cité Libre et le Bloc Populaire et qui maintenant s’appellent le FRAP et le RCM./ Tout n’est pas perdu et l’histoire n’est pas terminée, la bourgeoisie s’en vient.Elle a commencé par se débarrasser de l’Eglise, ce fut l’essentiel de la révolution tranquille.En dix ans, l’Eglise a perdu ses écoles et ses hôpitaux, et pendant que Drapeau enseignait aux canadiens comment financer une administration publique par une “taxe volontaire”, le bingo remplaçait ce qui restait du cens ecclésiastique.Et de une.La bourgeoisie montante butte maintenant sur l’occupant.C’est le PQ.Que faire?J’avoue bien candidement que je n’ai pas de stratégie à proposer pour le 10 novembre à Montréal.Ce ne pourrait être qu’un pur exercice de style, même si l’on distinguait stratégie socialiste et stratégie bourgeoise.Les jeux sont faits et les dés sont pipés.L’autopsie de nos croyances démocratiques doit être poussée beaucoup plus loin, et c’est toute une philosophie sociale qui est à repenser.Je suis persuadé que nous ne connaissons pas à l’heure actuelle les médiations concrètes du pouvoir municipal, je veux dire comment se matérialise concrètement le pouvoir que nous concédons par voie de vote, et que c’est cela qui importe.— Qu’est ce qui se passe, après que nous avons voté?Où va le pouvoir?Il me semble que c’est là la question que nous devrions nous poser, mais nos illusions démocratiques demeurent beaucoup trop fortes encore pour que nous acceptions de poser la question.L’impuissance actuelle des Montréalais à influencer la gestion de leur ville ne serait guère modifiée si l’élection du maire le 10 novembre prochain était remplacée par la nomination d’un gérant par Québec.Il y aurait même un avantage certain dans le fait que le gérant aurait enfin à répondre de sa gestion à quelqu’un.Mais nos illusions démocratiques subiraient un affront insupportable.Où va le pouvoir?Une des raisons qui font que le pouvoir est de nos jours l’une des choses les plus mystérieuses ou les plus mal connues, c’est qu’il est toujours le fait d’un intermédiaire, d’un médiateur ou d’un entremetteur.En anglais on dirait un “middle-man” ou un “go-between”.Le détenteur du pouvoir est toujours quelqu’un qui “représente”, soit au sens électoral, soit au sens économique, soit en d’autres sens.Jean Drapeau détient le pouvoir par voie électorale, et en ce sens il “représente” ses électeurs.Mais il “représente” aussi une foule de forces économiques dont il n’est que le pantin inconscient.A leur tour ces forces économiques représentent autre chose, et ainsi de suite, indéfiniment.J’insiste sur la question du pouvoir parce qu’il me semble que la personnalité de monsieur Jean Drapeau n’est pas en cause, que ce sont de puissantes forces sociales que nous n’avons pas identifiées qui nous ont amenés là où nous sommes.Le remplacement de Jean Drapeau ne changerait rien à l’affaire.Je donne un exemple de médiation concrète.La tendance actuelle du gouvernement municipal le porte de façon irrésistible vers la fusion des petites unités en de très grandes.Chaque fois qu’une telle fusion est proposée et réalisée, c’est au nom de l’économie et de l’efficacité.25 Ill Cette fois, c’est l’idéologie industrielle qui est à l’oeuvre, et qui nous convainc d’âvance sans le moindre doute que la constitution de grandes unités urbaines permet des économies d’échelle et une efficacité accrue.La réalité est tout autre.Les services municipaux mis en commun sont plus coûteux qu’ils ne l’étaient avant la fusion, et je ne connais pas d’exemple de fusion de villes qui ait entraîné une diminution des coûts.La fusion occasionne une croissance de l’appareil administratif et entraîne un éloignement du citadin et de l’élu, la perte de ce sentiment “aappartenance” et d’identification de l’individu au.colléctif qui entre pour une bonne part dans notre idée de la démocratie.La fusion crée une société dans laquelle la majorité est silencieuse et rejette le citadin dans l’individualisme-refuge.La fusion des villes se réalise par la séparation des individus.On invoque encore des raisons d’efficacité.Mais de quelle efficacité s’agit-il et pour qui?L’augmentation des coûts de la fusion est probablement causée en partie par une hausse de la compétence technique des services rendus.Le chef de police ou le directeur de service d’une grande ville ont des exigences techniques plus élevées que celles de leurs collègues d’une ville plus petite.Les services seront donc rendus par un appareil technique plus avancé, ce qui ne veut pas nécessairement dire que le citoyen sera mieux servi.En revanche, cela veut nécessairement dire à l’heure actuelle qu’il sera plus impuissant pour influencer les décisions, la définition des orientations et des priorités.Il est impossible que cette spoliation générale résulte de la seule volonté du “représentant”.Où donc le pouvoir s’en est-il allé?Tout le monde ne peut pas perdre dans ce genre d’opération, et il doit bien y avoir quelqu’un quelque part qui en profite.Il y a plus étrange encore.Le bourgeois est l’homme qui est l’égal de sa condition, l’homme qui est “arrivé”.Depuis toujours en Europe le bourgeois séjourne dans son univers, occupe le centre de la ville, et refoule vers le faubourg (oude faux bourg) le prolétaire, l’hôpital pour lépreux, l’asile de fous et le bordel."En Amérique du nord c’est le contraire qui se passe.Pour mille raisons, le bourgeois fuit vers la banlieue, vers la résidence secondaire et vers la Floride.De son côté le prolétaire nord américain condamné à vivre en ville n’est pas l’égal de sa condition et veut la fuir en surconsommant.Il tente de faire en rêve et à crédit ce que le bourgeois fait en réalité: fuir.La ville désertée par son propriétaire histori-.que, le bourgeois, est livrée à la “rénovation” qui la nettoie sans cesse de son contenu historique, rase indistinctement taudis et maisons bourgeoises pour faire place à l’autoroute permettant de la fuir plus vite encore.Ce mouvement de fuite est devenir si fort qu’il entraîne maintenant l’usine de l’industrie de pointe (IBM à Bro-mont) aussi bien que le drop-out instruit du nouveau retour à la terre.26 C’est un peu comme si le citadin pensait de la grande ville ce que l’ouvrier dit de l’usine, à savoir que l’on y existe, mais que l’on n’y vit pas et que la vraie vie est ailleurs.Encore une fois, où donc le pouvoir s’en est-il allé?Supposons que l’aliénation industrielle coïncide maintenant avec l’anomie urbaine.Nous savons qui profite du pouvoir que l’ouvrier a perdu, mais nous ne savons toujours pas qui profite de l’exode urbain.\ Je ne sais pas quel atavisme ou quelles forces sociales sont à l’oeuvre.Ce que je sais, c’est que le citadin nord-américain se pense électeur, démocrate et bourgeois, mais que son mot d’ordre réel semble être “sauve qui peut”, et que tous ne peuvent pas.Je conclus.Nous pensons notre réalité avec des idées ina déquates.Mais nous ne reviendrons jamais à l’ancien village ni au fiacre.La tendance actuelle au gigantisme urbain apparaît irrésistible, non pas parce qu’il coûte moins cher ou parce que les hommes le désirent, mais bien parce que les formes actuelles et concrètes du pouvoir entraînent d’autant plus irrésistiblement dans cette direction qu’elles ont été insuffisamment identifiées.Affirmer avec des arguments dans le style “on n’arrête pas le progrès” que le citadin est voué éternellement à son impuissance actuelle est aussi stupide et idéologique que de vouloir retourner à l’ancien village.En 1900, l’automobiliste devait être un expert-mécanicien.Qui aurait pu prévoir alors que l’automobile devien drait un jour à la fois beaucoup plus complexe et beaucoup plus accessible à tous?Cette révplution, au sens ancien de rotation sur un axe, fut rendue possible par le fait que toute la société s’est restructurée autour de cet objet Nous sommes “embarqués” dans un monde politique qui |ieà est technique, et la seule voie qui nous est offerte est celle de l’identification et de la ré-appropriation des forces réelles qui gouvernent notre vie, par-delà les rêves des idéologies démocratiques, industrielles et autres qui gouvernent notre pensée.Ce n’est pas la conscience qui détermine la vie, c’est l’existence sociale qui détermine la conscience.• chrétiens en conflit A et lutte des classes r Lpuis O'Neill ]• r$ I, î 121! Notre co-équipier Louis O’Neill ursuit actuellement une année sab-tique à l’Université de Strasbourg en ance.La place tenue dans l’opinion iblique française par la conscientisari et l’engagement des chrétiens poli-és lui a inspiré les réflexions suivah-goil .Certaines de ses observations, nous verrons, ne manquent pas de perti-|ice, si l’on veut bien les entendre une certaine prospective de la si-' tjon québécoise.N.D.L.R.: A : f h \ Les étincelles du printemps, L’été 1974, en France, a été chaud.Le pouvoir n’a pas eu des vacances tranquilles.Il y^eut d’abord la révolte des paysans.Ensuite les émeutes dans les prisons.Et aussi une bagarre entre chrétiens.Pas un conflit de sacristie, mais une confrontation qui concerne de près le pouvoir politique et révèle au grand jour un vieux problème non réglé: celui du rapport entre la foi et l’engagement politique.Ca couvait sous la cendre depuis quelque temps.Les mileiux orthodoxes n’avaient pas apprécié favorablement le geste des mouvements d’action catholique ouvrière qui endossèrent publiquement la candidature de François Mitterand.Un jésuite éminent, le Père Riquet, profita de l’hospitalité du Figaro pour dénoncer ceux qui prétendaient légitimer au nom de l’Evangile leur appui à la gauche.(Lui pouvait se permettre de légitimer son appui à Giscard tout en restant officiellement aô-dessus de la lutte: subtilité de jésuite qui dépasse les talents d’un jociste).Il y eut le deuxième tour aux présidentielles.Et on s’est dit: encore un léger déplacement du vote des chrétiens et ça y est: on bascule la droite dans l’opposition.Voilà de quoi rendre nerveux ceux qui étaient prêts, au fond de leur coeur, à arroser d’eau bénite l’aventure giscardienne.Le congrès de la J.O.C Puis eut lieu à l’été le grand rassemblement national de la J.O.C.Ils étaient 40,000.Ce fut une fête merveilleuse.On se déclara, au nom de Jésus-Christ, solidaires de tous les travailleurs en lutte contre le capitalisme, contre les pouvoirs socioéconomiques oppressifs.On fit même un accueil triomphal Georges Marchais, secrétaire du Parti Communiste et on termina la fête en chantant l’Internationale.DansTesprit de Lourdes Ce beau tapage jociste qui scandalisa les cercles orthodoxes pouvait tout de même revendiquer une paternité spiri-> tuelle à l’intérieur de l’Eglise.Eh effet, le 28 octobre 1972, les archevêques et évêques de France, réunis à Lourdes, avaient paraphé une déclaration non dépourvue d’audace sur le rôle des chrétiens dans la construction du socialisme et sur la lutte des classes.(Déclaration qui avait quelque peu déplu aux cercles pompido-liens de l’époque et aussi, paraît-il, à feu le cardinal Daniélou).C’est d’un regard sympathique (mais non dépourvu de sens critique), que les évêques français signalaient l’attrait que les idées de gauche exerçaient sur les militants chrétiens.“Aujourd’hui, un fait nouveau fait irruption dans l’actualité.Des chrétiens de divers milieux — ouvriers, ruraux, intellectuels — expriment ce qu’ils vivent avec un vocabulaire de “lutte des classes”.Cette expression rend compte à leurs yeux d’une situation qui leur est faite et qu’ils n’ont ni inventée ni choisie.Beaucoup n’entendent pas seulement décrire une situation: l’expression est pour eux la clé fondamentale d’intelligibilité et d’explication des situations concrètes.Elle caractérise aussi un type opératoire et efficace d’action collective”.Mais ce beau message de Lourdes sur la pratique chrétienne de la politique date de près de deux ans.Et depuis lors, des évêques ont équilibré leur pendule,.Les succès de François Mitterand en ont inquiété quelques-uns.Sans compter qu’ils subissent, en France comme ailleurs dans le monde, l’incessante pression de la droite: hommes politiques, littéraires genre Maurice Druon, haute bourgeoisie catholique, etc.Il devenait inévitable que quelqu’un y aille de son paternel petit coup de crosse à l’endroit des chrétiens tentés par les projets politiques de la gauche.27 1 I chrétiens en conflit et lutte des classes "Aujourd'hui, un fait nouveau fait irruption dans l'actualité.Des chrétiens de divers milieux — ouvriers, ruraux, intellectuels — expriment ce qu'ils vivent avec un vocabulaire de lutte des classes''Cette expression rend compte à leurs yeux d'une situation qui leur est faite et qu'ils n'ont ni inventée ni choisie.Beaucoup n'entendent pas seulement décrire une situation : l'expression est pour eux la dé fondamentale d'intelligibilité et d'explication des situations concrètes.Elle caractérise aussi un type opératoire et efficace d'action collective".(Déclaration de Lourdes des évêques français, le 28 octobre 1972).Une mise en garde Face à un parterre de politiciens, de militaires haut gradés et de notables (et où les jocistes brillaient par leur absence) l’évêque de Strasbourg, Mrg Elchinger, profita de la célébration du 14 juillet pour asséner un coup sur la tête de l’ACO et de la JOC.Il mit en garde les chrétiens “contre le matérialisme de droite et celui de gauche”, contre l’attrait du socialisme et l’acceptation des principes de la lutte des classes.Il réprouva la théorie selon laquelle on prétendait, selon lui, justifier un tel choix “comme découlant nécessairement de l’Evangile”.Par surcroît, il reprocha aux chrétiens de gauche de manquer d’honnêteté intellectuelle: il parla d’Egli-ses parallèles et d’intoxication des chrétiens.Coïncidence seulement, semble-t-il, Paul VI dénonça à son tour, le 31 juillet, la tentation de la lutte des classes, “le mirage aveuglant d’une révolution sociale radicale”.“La libération chrétienne ne doit pas être exploitée dans des buts principalement politiques ni mise au service d’idéologies fondamentalement opposées à la conception religieuse de notre vie”.“La libération chrétienne prendrait une signification contraire à sa vraie va= leur(.) si, elle aussi, devenait synonyme de luttes entre les classes sociales.Les classes sociales sont appelées aujourd’hui plus que jamais, par les lois mêmes du progrès économique, à concevoir leurs rapports dans des termes de complémentarité, de comparition et de collaboration.Elles ne doivent pas être entrainées par le mirage aveuglant d’une révolution sociale radicale destinée à finir en un dommage commun très difficilement réparable”.La J.O.C.répond Attaquée publiquement par Mgr Elchinger, la J.O.C.répondit publiquement, par la voix de ses représentants strasbourgeois, en équipe avec l’A.C.O.Dans leur déclaration, les jeunes militants' rapportent d’abord à l’évêque ce que des travailleurs disent à son sujet: “il a voulu faire plaisir au président de la République — c’est une déclaration politique — une réaction d’homme de clause”.Et ils ajoutent: “Membres de l’ACO, JOC, JOCF, ACE, nous sommes des travailleurs comme tous les autres.A ce titre, nous sommes engagés dans différentes organisations ouvrières: syndicales, familiales et politiques.Dans ces organisations nous luttons contre l’oppression et l’exploitation que nous impose le capitalisme pour la,libération collective des travailleurs.Pour mener cette lutte, l’Evangile ne nous donne pas de lumière, nous ne cherchons pas non plus l’appui de l’Eglise, mais nous avons besoin des analyses de nos différentes organisations et de toute l’expérience de la lutte de la classe ouvrière”.“.Nous croyons que ‘Taction du mouvement ouvrier est un chemin privilégié de la rencontre de Jésus-Christ avec la classe ouvrière”.” “Nous ne comprenons pas ce qui vous permet de nous accuser de “bricolage”, de malhonnêteté intellectuelle, de constitution d’églises parallèles, d’intoxication des chrétiens.” “C’est en luttant pour un monde plus juste, en classe ouvrière, que nous contribuons à construire l’Eglise universelle appelée à rassembler tous les hommes de tous les temps, de toutes les races, de toutes lès classes.De ce fait nous sommes l’Eglise en classe ouvrière.” Il Trois commentaires Pour André Mandouze, professeur à l’université de Paris-Sorbonne, il ne fait aucun doute que le geste de Mgr Elchinger a une portée politique.“L’évêque de Strasbourg, dit-il, ne peut ignorer que mettre dans un même sac — même évangélique — “matérialisme de droite” et “matérialisme de gauche” en un pays et en un moment où le “matérialisme de droite” est au pouvoir, c’est le fait opter pour le “matérialisme de droite”.Et il ajoute: “Aussi bien me paraît-il plausible que l’é vèque de Strasbourg ait voulu signifier à l’ensemble de l’Eglise de France qu’il est temps de stopper une évolution des chrétiens qui a déjà failli, lors des dernières élections, amener au pouvoir François Mitterrand et qui, dans un avenir relativement proche, entraînera la fin des ambi tions de la nouvelle et fragile majorité”.Selon Henri Fesquet, cette querelle révèle que l’Eglise elle-même est traversée par la lutte des classes.Il conclut ainsi son analyse: “Les jocistes ne prétendent pas être des docteurs de la foi.Ils se brûlent peut-être|aj| les doigts dans leurs luttes politico-sociales.Il n’est pas interdit de le leur rappeler, mais peut-être vaudrait-il mieux pour cela être des leurs.Où est aujourd’hui l’é-vêque-ouvrier qui pourrait leur donner des leçons?” “L’incident provoqué par le rassemblement jociste aura du moins servi à quelque chose: à réveiller la lutte des classes laten-tequi traverse l’Eglise elle-même.Quoi de plus mortifère en effet que les unanimitéslnt|ii factices d’antan et que le mythe d’unepio r Loi Eglise corporatiste absorbant l’agressivité qui est cependant la plus créatrice en matière politique?” “Si Vatican II, par exemple, a tant fait avancer l’Eglise, n’est-ce pas parce que les;' évêques se sont mis tout à coup à exprimer; en public ce qu’ils pensaient mais qu’il n’osaient pas dire auparavant pour ne pa déplaire à l’autorité?” André Piettre, membre de l’Institut, considère que cette querelle n’est qu’unL^ symptôme de plus d’une situation qu’il est inutile de se cacher: l’état de schisme dan.s|; lequel est plongé l’Eglise.D’où rurgence^ d’un rassemblement “au sommet”, “d’un|/J concile laïque d’action et de pensée.” Vi.“Qu’au-delà de toutes les oppositionsJm qu’au-delà de tous les schismes (car l’Egli^ se aujoud’hui est en état de schisme, il néles sert à rien de se fermer les yeux) des chrétiens se rassemblent qui soient des chréuCci tiens avant toute chose (avant d’être “om % vriers”, patrons, cadres, etc.) et qu’ils pro-1 posent enfin, je ne dis pas des solutions dé principes (nous n’en avons que trop! ) maiïN, dt un ensemble constructif d’une société soü^Fie c daire, mais les assises concrètes d’un humanisme économique”.P (1! 28 Le fond du problème Si orfremonte aux sources de la “doctrine sociale” de l’Eglise, on retrouve déjà l’ambiguïté qui nourrit le débat actuel.Léon XIII, tout en étant attentif aux “choses nouvelles” (les “rerum novarum” de son jgemps), demeurait un partisan de l’ordre 'social ancien.Pour lui: 1) les inégalités sociales et économiques sont inéluctables, car elles viennent de la nature; 2) la division des classes est non moins naturelle; 3) il est conforme à la nature que les classes sociales (ainsi divisées) collaborent, se complètent et non pas s’opposent entre el-¦iiles.:f La thèse sur les inégalités sociales fera lon-îit ;ue route.On la retrouve encore chez Jean çoiKXIII (vg.dans Ad Petri Cathedram).ivi Mais dans Pacem in terris, elle est l’objet nÜi’une habile mise en veilleuse.A sa place ;e profile un “signe des temps”: l’aspira-sn ion des hommes à l’égalité.Juant à la thèse sur l’incompatibilité en-re la pensée chrétienne et le concept de lutte des classes”, elle est ébranlée peu à oeu: 1) comme théorie, ainsi que cela apparaît dans les analyses des théologies de ¦^libération; 2) comme pratique, avec le A-ombre croissant de militants qui, pour éprendre une expression de la déclaration lira Lourdes, s’approprient le concept de fritte des classes comme “type opératoire tefficace d’action collective”.uoique s’affirmant apolitique, la posi-on doctrinale que viennent de reprendre Mgr Elchinger et Paul VI est indéniable-lent politique, c’est-à-dire que, dans les d'j! jjuations concrètes, elle favorise une op-;;1, on politique aux dépens des autres.Elle ; !! intribue à recouvrir du manteau de Noé ie partie vulnérable du système capita-, Je.Elle est, à sa façon, une “position de inti asse”.que» À ti comprend le motif religieux d’une telle ^ isition: rapprocher, sous l’égide de la îlie stice et de la charité, ceux que des inté-ts contradictoires mettent en position nititlnflictuelle.Mais ce qui arrive, c’est tqui’aux yeux de beaucoup de chrétiens so-quïitfelement et politiquement engagés, la rfdJstice et la charité réclament au contraire 'mgel ne pas escamoter le conflit, de libérer le " "fjrps social d’une permanente antinomie ,e" i est elle-même une atteinte à la justice à la charité.De là le décalage entre la sition officielle et des stratégies mili- VfjOitlUI .îlK c, ,j*KContrairement à toute apparence, eL e stratégie révolutionnaire, de lutte È^J cIasses, ouvre une perspective d’uni- ]é' arsalité, tandis qu’une stratégie réfor-ste, de “collaboration de classe” de celle à laquelle l’Eglise lie du au- jiÿl ird’hui son sort, emprisonne dans une jWbque de division, de mutilation des L'état de schisme dans l'Eglise C'est-à-dire que les catholiques en sont arrivés à cheminer parallèlement et à cacher de profondes divergences spirituelles sous le couvert de “l'esprit communautaire".Certains affirment qu'il en aurait toujours été ainsi de tous temps, sauf qu'aujourd'hui les cassures apparaissent à ciel ouvert sans que les leaders religieux s'inquiètent trop de l'affaire.Beaucoup de ceux-ci préféreraient cette situation de tolérance à des affrontements ouverts- L.O'Neill.hommes, car elle enferme dans des structures caractérisées par la division des classes, par la séparation entre les hommes et le produit le plus essentiel de leur force vitale, par le règne de la marchandise et de l’argent.” “C’est ce qui permet d’affirmer que le choix stratégique révolutionnaire n’est pas le simple renversement du choix stratégique réformiste; il n’est pas son semblable opposé, comme le récipient inférieur du sablier est semblable au supérieur et appelé bientôt à occuper la même place.Le choix révolutionnaire est un “déplacement”, une rupture avec le type de relation entre politique et foi impliqué dans le choix réformiste actuel.Il est vrai que toute stratégie religieuse implique l’insertion dans une stragégie politique; il nous apparaît maintenant qu’il est des choix politiques qui aliènent la foi, la réduisent et l’enferment, et d’autres qui lui ouvrent la possibilité d’une libération, d’un approfondissement, d’un développement.C’est pourquoi à beaucoup de chrétiens le choix stratégique actuel de l’Eglise paraît néfaste et contraire aux exigences de la foi; là encore le combat religieux se trouve donc aujourd’hui placé au niveau de la stratégie politique”.(7) Se revoir en concile Le débat sur la lutte des classes n’est qu’un symptôme de ce qu’André Piettre appelle l’état de schisme dans l’Eglise.C’est-à-dire que les catholiques en sont arrivés à cheminer parallèlement et à cacher de profondes divergences spirituelles sous le couvert de “l’esprit communautaire”.Certains affirment qu’il en aurait toujours été ainsi de tous temps, sauf qu’au-jourd’hui les cassures apparaissent à ciel ouvert sans que les leaders religieux s’inquiètent trop de l’affaire.Beaucoup de ceux-ci préféreraient cette situation de tolérance à des affrontements ouverts.Quoi qu’il en soit, la suggestion d’André Piettre est intéressante.On pourrait réunir des Eglises locales en synode et là, dans un climat de libre expression de toutes les opinions, on aborderait les principaux problèmes qui sont à l’origine de l’état de schisme: la confusion entre l’appareil du pouvoir et le ministère ecclésial, les solidarités politiques de l’Eglise-institution, la lutte des classes, les rapports entre l’institution et les chrétiens ordinaires.la condition du prêtre, le statut de la femme dans l’Eglise, la morale conjugale officiel-leet l’éthique sexuelle, etc.De quoi alimenter des semaines d’échanges fructueux, de quoi faire éclater un certain nombre de vérités emprisonnées, de quoi fournir à l’Esprit-Saint l’occasion de jouer des tours embarrassants pour les gardiens de la “pax ecclesiastica”, cette apparence de calme qu’on obtient en enterrant des problèmes au lieu de les affronter.Mais quel évêque os'era le premier se lancer dans une aventure aussi périlleuse?Q Références: 1) Pour une pratique chrétienne de la politique, 28 octobre 1972.Voir Documentation Catholique, 19 nov.1972, n.1620, p.1015.2) Voir Le Monde, 2 août 1974.3) Voir Dernières nouvelles d’Alsace, 10 août 1974.4) Voir Le Monde, 2 août 1974.5) Voir Le Monde, 2 août 1974 6) Voir Le Monde, ll-12août 1974 7) Guichard, Jean, Eglise, lutte des clas: ses et stratégies politiques, Paris, Ed.du Cerf, 1972, p.155.* 29 le nouveau Portugal par Jules Nadeau W S.0-^
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.