L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1 septembre 1925, Septembre
47ÈME VOLUME Québec, Septembre 1925 No 1 LEnsmement Primaire ÉDUCATION- INSTRUCTION 47ème ANNÉE Avec la présente livraison, U Enseignement Primaire entre dans sa 47ème année de publication.PÉDAGOGIE UNE NOUVELLE ANNEE SCOLAIRE Les éducateurs et les éducatrices sont retournés à leur poste respectif et une vivante et intelligente jeunesse a envahi toutes les écoles de la Province de Québec, celles des campagnes comme celles des villes.En cette première semaine d’une nouvelle année scolaire, les maîtres de l’enfance doivent se receuillir afin de mesurer la tâche importante qui leur est confiée, et jeter un regard serein sur la route royale où ils désirent entraîner à leur suite, l’enfance, l’armée de l’avenir.Cette route, c’est celle du 'devoir : devoir envers Dieu, devoir envers les parents, devoir envers la patrie, devoir envers soi-même.Et le bon maître, en contemplant son jeune auditoire d’un regard attendri, ne peut se défendre d’une émotion sincère et profonde qui jaillit du meilleur de son âm.e.En effet, n’a-t-il pas devant lui ce qui constitue le bien le plus précieux de la patrie et le trésor le plus pur de l’Église ?Un noble et ardent désir envahit son cœur: celui de verser dans les intelligences science, lumière et vérité, dans les cœurs amour pour le bien et le beau, et dans les volontés décision, courage et énergie.Alors chante en son âme les paroles du poète, précieux enseignement qu’il se propose d’inculquer à ses élèves dans les dix mois qui vont suivre : Aimez, ô jeunes gens, et respectez la vie: Elle est bonne à celui qui va droit son chemin, Et qui ne garde au fond de son âme ravie Que le rêve d’hier et l’espoir de demain; Elle est bonne à tous ceux qui courent à leur tâche, Comme le laboureur qui se lève au matin, Et retourne son bien sans plainte et sans relâche, Malgré la terre dure et le ciel incertain. 2 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Votre aube vient de naître à l’orient tranquille, Vos bœufs frais attelés se passent d’aiguillon, Votre charrue est neuve et votre champ fertile; Déjà l’épi futur germe dans le sillon.Au travail, au travail! Faites votre journée; Vous êtes au matin, laissez venir le soir; Vous êtes en avril, laissez finir l’année; L’herbe d’ennui se fane où fleurit le devoir.(1) Au travail, au travail! Pour les instituteurs et les institutrices, voilà le mot d’ordre.Au travail! Relisons avec attention les Règlements scolaires qui nous concernent particulièrement.Au travail! Parcourons de nouveau le Programme d’études et étudions en les Instructions pédagogiques, particulièrement les chapitres de Y Organisation pédagogique et de Y Organisation disciplinaire.Au travail! Préparons avec soin et mettons au point avec tact le tableau de l’emploi du temps.Au travail! Préparons consciencieusement nos classes de chaque jour.Au travail! Ornons notre classe et rendons-la agréable aux élèves par l’ordre, l’hygiène et le bon goût.Au travail! Consacrons à l’étude nos rares loisirs, temps précieux qui, bien employé, donne du prix à la vie et une plus grande valeur à notre enseignement.Au travail! Soyons probe à la tâche quotidienne et ponctuel au devoir de tous les instants.Au travail! Veillons sur nous-même et sachons nous bien conduire afin de diriger sagement les autres.Au travail! pour Dieu, la Famille et la Patrie.C.-J.Magnan.LA LECTURE EXPLIQUÉE A L’ÉCOLE PRIMAIRE COMPLÉMENTAIRE (7e ET 8e ANNEES) ET A L’ECOLE NORMALE PRIMAIRE (Pour L’Enseignement Primaire) Monsieur le Directeur, Vous me demandez de devenir votre collaborateur.C’est un honneur dont je tiens d’abord à vous remercier.Depuis trente-cinq ans, vous poursuivez une œuvre pédagogique admirable.En m’y associant aujourd’hui vous me témoignez une confiance et une amitié dont je sens tout le prix.Et quelle tâche me proposez-vous ?Celle d’étudier, après certaines questions générales, quelques belles pages de littérature française.Je n’en saurais souhaiter de plus H.Chantavoine, Travail et Devoir. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 3 attachante, si, pour avoir beaucoup lu et un peu écrit, j’ai senti grandir sans cesse mon admiration et mon amour pour la langue qui est la nôtre.Ma bonne volonté vous est donc assurée sans réserves.Puissent les résultats répondre à vos désirs comme aux miens.* * * Quelques considérations générales, d’abord, sur l’enseignement du français.Peut-être n’en est-il pas de plus difficile et cela non seulement pour des raisons intrinsèques, (pauvreté relative du vocabulaire, subtilité des synonymes, particularités ou caprices de l’orthographe et de la prononciation, difficultés de la syntaxe, etc.,) mais pour cette raison tout extérieure et peut-être un peu inattendue: les élèves ne croient pas à la difficulté du français.Géographie, histoire, sciences leur sont d’abord des domaines inconnus pour la conquête desquels l’effort paraît nécessaire.Ils acceptent de même qu’il faille apprendre les langues étrangères ou les langues mortes.Mais le français ?N’est-ce pas la langue maternelle, et ne la sait-on pas naturellement ?Cette prétention, on ne l’émet pas tout haut, bien entendu; mais on la formule, plus ou moins consciemment, dans le secret de son cœur; et], plus ou moins consciemment, on agit en conséquence, c’est-à-dire, on n’apprend pas le français, ou on l’apprend mal.(Je ne parle, bien entendu, que de ce que j’ai constaté ailleurs, et je ne cite ces faits que pour le cas incertain où l’on en rencontrerait ici d’analogues.) Or rien n’est plus important que l’étude de la langue maternelle.Quelles que soient la valeur pédagogique et l’utilité pratique des autres disciplines, celles du français demeurent primordiales.On ne fait pas de l’arithmétique, de la géographie, de l’histoire tout le jour; mais c’est du matin au soir qu’on parle ou qu’on écrit français, fût-ce pour étudier l’histoire ,1a géographie ou l’arithmétique.La langue maternelle est l’instrument universel, permanent, nécessaire à l’accomplissement de toutes nos tâches.Vérité de M.de la Palisse ?Pour les professeurs, évidemment; pour les élèves, c’est plus douteux, et ce sont les élèves qu’il faut convaincre, fût-ce en leur répétant des vérités les plus élémentaires.Que suppose donc la connaissance d’une langue ?D’abord la connaissance précise, vigoureuse, et, si possible, raisonnée du vocabulaire.Pas de mot dont l’enfant ne puisse rendre compte à lui-même ou aux autres.Sans doute, il ne faut pas tomber dans la minutie ou la sécheresse Mais je crois plus piquant (encore une fois, ma petite expérience a été acquise ailleurs qu’ici) le défaut qui est la négligence involontaire.Nous prêtons volontiers à nos élèves des connaissances qui leur manquent et, sans le vouloir, nous les laissons avec trop d’ignorances.Combien d’enfants, par exemple, pourraient, grâce à des définitions exactes, distinguer une maison d’une demeure, un 'palais d’un château; combien, surtout en ville, savent précisément ce qu’est une chaumière ?Et, si du vocabulaire concret, nous passons au langage abstrait, que d’ignorances ou d’erreurs ne constaterons-nous pas ?Qui croira facile de distinguer la légèreté de Vétourderie, et l’indifférence de l’indolence^.Versons-nous déjà dans la subtilité?Voici, du moins, un exemple de faute grossière, que j’ai rencontré plusieurs fois: versatilité assimilé à souplesse d’esprit.à fécondité de ressources et donc désignant une qualité intellectuelle, quand il désigne un défaut, et un défaut d’ordre moral.D’ailleurs, il ne s’agit pas de raffiner inutilement, surtout avec de jeunes enfants, et l’analyse des abstractions, même relativement faciles, doit être réservée à des esprits plus mûrs. 4 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Cette réserve faite, on ne saurait trop tôt habituer l’enfant à ces deux opérations essentielles: définir, distinguer.On y pourra rattacher les exercices traditionnels : recherche des synonymes, étude des familles de mots, etc., En enrichissant le vocabulaire, ils enrichissent la pensée, qu’ils font plus précise et plus souple.J’oserai ajouter que ces modestes travaux peuvent servir à l’éducation morale.L’amour du mot propre, l’horreur de l’imprécision, de l’inexactitude, cela suppose et développe la probité intellectuelle.Si cette probité suppose elle-même l’amour désintéressé du vrai (rapport exact de la parole avec la pensée, et de la pensée avec la réalité), enseigner aux enfants l’amour du mot propre, c’est les empêcher d’être dupes comme leur interdire de duper.Tant de vertus dans un modeste exercice d’école primaire?Je le crois, pour ma part, et que les charlatans de tout poil auraient moins de succès, si, mieux initié à l’exacte connaissance des mots, le public était mieux prévenu contre leur piperie.Donc, dans les exercices oraux comme dans les travaux écrits, exactitude des termes.Pureté du vocabulaire aussi.Ici la préoccupation doit être double: esthétique et patriotique.Il y a des mots beaux, il y a des mots laids.Un mot laid ou lourd peut être français, on peut en avoir besoin; alors subissons-le.Mais quand, à la laideur, s’ajoute le néologisme inutile ou une origine suspecte, n’hésitons pas à nous montrer impitoyable.La rigueur, l’ostracisme sont d’autant plus nécessaires, que, barbare ou exotique, la laideur devient chaque jour plus envahissante.La langue française est envahie par le jargon.Jargon des ignorants ambitieux, jargon des demi-lettrés qui prennent chaque jour plus de place dans le monde du journalisme et de la politique.Ces messieurs, ignorant la valeur, sinon l’existence, des mots simples et naturels, en fabriquent à leur image.Ils ne savent pas résoudre une question, ils la solutionnent) une mauvaise nouvelle ne les émeut pas, elle les émotionne.J’insiste parce qu’ici le procédé désastreux de ces novateurs est facile à saisir.Oubliant le verbe souche (résoudre, émouvoir), ils prennent le substantiel dérivé pour en tirer, comme par provignement, ces pousses monstrueuses: solutionner, émotionner.De ce train, nous entendrons bientôt les économistes conseiller au public de consommationner surtout les produits nationaux, nous verrons les marins en chambre inviter les autres à embarcationner souvent et à navigationner longuement.Je plaisante?A peine.Si nous n’y prenons garde, la langue française si nette, si vive, deviendra bientôt un amas informe de locutions épaisses et rébarbatives.Contre ce danger, que pouvons-nous, nous professeurs ?Ne mettre si possible entre les mains de nos élèves que des textes d’une langue excellente.Signaler et condamner les néologismes inutiles ou de formation barbare partout où nous les rencontrerons.* Exiger des enfants (réponses verbales ou travaux écrits) un vocabulaire rigoureusement, strictement français.Et nous voici devant un autre danger: l’invasion du français par le vocabulaire étranger.Le développement des rapports internationaux, l’unification progressive des modes, des habitudes (vêtements, jeux, spectacles, etc.), les nécessités de l’information, du commerce, etc., tout cela porte une atteinte chaque jour plus grave à la pureté de notre langue maternelle.Tantôt c’est la transcription brutale du mot anglais lui-même: drive, upper-cut, knock-out; tantôt c’est sa transformation arbitraire en un mot prétendu français, dribbler, shooter, L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 5 enjoyeuser (comme si nous n’avions pas réjouir!); tantôt une double atteinte au vocabulaire et à la syntaxe par la création de mots comme réci'proquer, ou de formules comme course de cinq heures à Montréal, quant une compagnie de chemins de fer veut dire que, de Québec à Montréal, le trajet est de cinq heures.Le péril est universel; les Français ne le savent que trop, et les Parisiens donc ! Mais il risque de devenir particulièrement grand en un pays que bat de tous côtés la vague anglo-saxonne.Contre lui ce ne sont pas seulement les forces scolaires, ce sont toutes les forces nationales qu’il faut mobiliser; et ceci est un tout autre sujet.Dans cette lutte, l’école du moins, peut jouer un rôle considérable.La lecture abondante de beaux textes bien commentés, en donnant aux enfants le sens et l’amour de la langue maternelle, les préparera à la défendre contre les intrus.Leur apprendra-t-elle aussi la grammaire?Parbleu! Je ne veux pas dire qu’elle y suffira, elle seule; et je ne suis pas de ceux qui prétendent substituer à tout autre exercice la lecture expliquée.Il faudra donc apprendre la grammaire, à la vieille et bonne manière: définitions, règles etc.Mais les définitions sont parfois abstraites, les règles difficiles ou d’apparence arbitraire; et quand il s’agit de listes de mots, de conjugaisons, etc., le jeu de la mémoire ne suffit pas, l’intervention de l’intelligence est nécessaire.Elle intervient, il est vrai, dans les travaux traditionnels, dictée, analyse grammticale, analyse logique, exercices précis sur la leçon du jour (emploi du pronom, emploi des temps ou des modes, accord du participe.) Mais, utiles, indispensables même, ces exercices ont nécessairement quelque chose d’arbitraire, d’incomplet; leur répétition peut les rendre mécaniques; d’où monotonie et profit douteux.La lecture expliquée est l’équivalent de tous les autres exercices oraux; elle permet tous les genres de question; elle est une incessante leçon de grammaire appliquée .Excellent moyen de contrôle et de revision, elle met en jeu l’intelligence et la mémoire; elle est un exercice vivant, amusant, passionnant; parce que, sans pédantisme, elle découvre des réalités là où l’enfant n’avait vu peut-être que des mots.Un exemple.Rien d’abstrait, d’inaccessible à une cervelle enfantine comme Ja définition de nos mots invariables.“L’adverbe, dit la grammaire, est un mot invariable qui sert à modifier un verbe, un adjectif ou un autre adverbe.” (Remarquons en passant que l’adverbe ne modifie pas le mot qu’est le verbe mais l’idée exprimée par ce mot; mais acceptons la définitition traditionelle).Nos élèves ayant appris et récité par cœur cette formule, proposons leur d’analyser cette phrase, ou du moins le second vers: L’attaquer, le mettre en quartiers.Sire loup, Veut fait volontiers.Ce qu’on appelle les bons élèves écriront imperturbablement: Volontiers: adverbe modifie eût fait.Sans doute, mais combien, allant plus loin que les formes et les formules auront vu Vid,ée ajoutée au verbe par l’adverbe.Si, au contraire, nous expliquons ce texte, avant la définition grammaticale du mot volontiers, nous en demanderons le sens.Les bons élèves n’auront pas de peine à y découvrir l’équivalent de “avec plaisir”; du coup ils découvriront la nature, la fonction vraie de l’adverbe qui est de remplacer un complément circonstantiel; ils comprendront que l’adverbe ne modifie pas un mot, mais qu’à l’idée principale exprimée par ce mot, il ajoute une idée secondaire de temps (date^/lier; durée: longtemps), de lieu, de manière, de quantité, etc.Evidemment la récitation de la grammaire ou la correction d’une analyse s’accompagnent souvent de telles explications.Il y suffit d’un maître un peu expérimenté.Aussi bien, encore une fois, maintenons-nous comme indispen- 6 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE \ sables les leçons et devoirs traditionnels Nous croyons seulement à la nécessité absolue de la lecture commentée.Elle complète tous les autres exercices oraux; elle prépare à tous les genres de travaux écrits; elle permet une incessante collaboration du maître et de l’élève; elle a l’agrément, la diversité de la vie; l’expérience prouve que, bien conduite, elle forme l’esprit autant qu’elle l’enrichit.Reste à prouver toutes ces merveilles, à justifier ce panégyrique.Il y faudrait la leçon de choses, la leçon vivante de la parole .En matière pédagogique toute démonstration écrite demeure nécessairement incomplète et un peu froide.Nos lecteurs ne doivent donc pas s’attendre ici à des expériences pleinement satisfaisantes pour tous.Aux indications générales de ce premier article, succéderont une série d’exemples, mais non pas de modèles.Car, bien entendu, il n’y a pas, pour l’explication française, de type unique, universel et immuable.Tout est question d’adaptation.D’abord adaptation aux textes mêmes: on n’explique pas une fable de La Fontaine comme un sermon de Bossuet, ni, sans doute, la Cigale et la Four mie comme le Paysan du Danube.Adaptation à l’auditoire ensuite, l’âge, l’origine, la destination probable des élèves étant, ici comme ailleurs, des facteurs essentiels.Enfin, il faut compter avec la personnalité du maître.Celui-ci doit respecter les programmes et méthodes officiels; mais programmes et méthodes ne doivent pas étouffer sa spontanéité, ni supprimer son initiative Or, plus que tout autre axercice peut-être , la lecture expliquée permet au maître de donner librement sa mesure.Pour toutes ces raisons, je voudrais n’apporter ici que des indications, des suggestions fécondes.Si mon exposé prend parfois une allure un peu didactique, si l’ordonnance en devient un peu rigoureuse et sèche, c’est qu’il ne peut être ici qu’impersonnel, et que la formule écrite ne comporte pas les nuances, le mouvement, la vie de l’exposé oral.Parce qu’ils ont eux-mêmes l’expérience de l’enseignement, nos lecteurs suppléeront aux lacunes inévitables; ils excuseront l’aridité de ces propos sommaires.Et d’abord quels textes choisir?La question ne se pose guère, étant en général, résolue par les programmes officiels eux-mêmes.Reste que dans le livre réglementaire lui-même, on peut, faute de temps par exemple, être obligé à une sélection.Dans ce cas, on peut, je crois, s’en tenir à ce principe: aller lentement du concret à l’abstrait.D’abord des descriptions, des récits qui laisseront l’enfant devant des êtres familiers; qui piqueront sa curiosité et développeront en lui le sens du réel.Élargir peu à peu son horizon avec quelque contes.Pour l’enfant le merveilleux ou l’inconnu n’est plus nécessairement de l’abstraction.Il a l’imagination si complaisante! De telles lectures,—lectures de fantaisie, si l’on veut,—on pourra les promettre comme récompense.Elles stimuleront son effort, et elles introduiront dans l’enseignement une variété précieuse .Habitué à suivre l’enchaînement des faits dans un récit, à juger l’exactitude d’un tableau simple et familier, l’élève peut aborder des textes où l’intérêt psychologique et moral primera l’intérêt de curiosité.Psychologie sommaire, morale élémentaire, bien entendu.Mais l’enfant a sa personnalité, qu’il connaît; quant à celle des autres, parents, maîtres, camarades, ne lui arrive-t-il pas de la juger avec une clairvoyance qui nous étonne et.nous effraye.Le moment vient donc assez tôt où, à propos d’une fable par exemple, on peut attirer son attention non plus sur les seuls événements, mais sur les sentiments qui animent les personnages et qui, peut-être, provoquent les faits eux-mêmes.Or de cette analyse sommaire, il tirera très facilement une leçon morale. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 7 L’adolescent, jeune homme, abordera, de 'plus, le domaine des idées, avec les moralistes proprement dits, les sermonnaires, les historiens politiques, au besoin les savants.Et ici, bien entendu, sans cesser d’attacher à la forme (clarté de l’exposition, rigueur de l’argumentation, éclat des images, intensité pathétique) l’importance qu’elle mérite, on s’efforcera surtout de juger les doctrines.Avec prudence, avec équité, mais avec fermeté.Comme le choix clés textes, la méthode d’explication variera avec l’âge des élèves.Dans les classes élémentaires, sans négliger l’agrément d’une analyse littéraire rudimentaire, on devra insister avant tout sur le commentaire littéral et grammatical.Dans les classes moyennes, tout en serrant le texte de très près et en restant fidèle à la grammaire, on fera la part plus grande à la curiosité, à l’imagination, à la sensibilité, au sens esthétique et moral.Dans les classes supérieures, l’étude du vocabulaire et de la syntaxe pourront se rattacher à l’analyse proprement littéraire; et celle-ci, je l’ai dit, sans négliger les questions esthétiques, s’attachera surtout à l’étude de la pensée.Mais, quels que soient les élèves et les textes, la lecture expliquée doit être d’abord une lecture, et une lecture intéressante.Il est indispensable que, le maître ou un très bon élève lise tout haut le texte, sans artifice déclamatoire, mais avec un soin si intelligent que toutes les attentions soient immédiatement conquises et jusques à la fin.Les repos de la voix indiqueront les divisions essentielles du récit; la variété du ton signalera la variété des incidents ou la diversité des caractères.Un silence un peu prolongé réveillera l’intérêt.Que sais-je encore?Une lecture bien faite ne séduit pas seulement l’auditoire; elle le prépare à l’intelligence du texte; elle l’associe, d’avance ,au travail commun.De ces bonnes dispositions, nous profiterons aussitôt pour demander à un élève.un jugement sommaire?Pas du tout, mais un résumé exact, intelligent de la page lue.Avant d’aller plus loin, il importe, en effet, de bien savoir ce dont il s’agit.Or certains esprits compliqués s’embrouillent dans les choses les plus simples; d’autres s’arrêtent à un détail et négligent l’essentiel.Nous exigerons donc tout d’abord un résumé rapide où, l’accessoire étant éliminé, l’élément principal apparaîtra en pleine lumière.Cela fait, quelle méthode suivrons-nous ?Car, il y en a plusieurs.Pour certains, il faut dès maintenant décomposer le morceau en ses parties essentielles, bien marquer la suite des faits, le progrès des sentiments ou le développement des idées.A cette espèce d’analyse logique (au sens le plus large, bien entendu), devrait succéder l’analyse littéraire proprement dite, c’est-à-dire une série de jugements motivés sur l’art de l’écrivain; enfin telles remarques, tels exercices grammaticaux que peut comporter la page étudiée.Cette méthode compte des partisans fort autorisés; mais, à mes yeux, elle convient mieux à une explication écrite qu’à une lecture expliquée, bref à un travail d’étude, qu’à un travail de classe; et je me rallierais plus volontiers à la méthode plus conforme, je crois, aux besoins et aux aptitudes des classes primaires.Donc grâce à la lecture faite par le maître, grâce au résumé intelligent qui a suivi, nos élèves ont compris dans ses éléments essentiels une fable de La Fontaine ou un sonnet de Pamphile Lemay.Avant de les inviter à un jugement, et pour les y préparer, achevons de leur rendre, fable ou sonnet, clair dans tous ses détails.Expliquons ou faisons expliquer tous les mots, toutes les locutions, toutes les constructions qui peu- 8 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE vent l’exiger.Ils sont beaucoup plus nombreux qu’on ne le croit parfois; les vieux professeurs eux-mêmes voient leur étonnement se renouveler devant certaines ignorances.Donc, notamment dans les classes élémentaires et les classes moyennes, c’est l’explication littérale qui doit devancer, préparer et primer l’explication littéraire.(1).Il peut en résulter une certaine sécheresse.Au professeur d’y parer en consultant sa force et celle de ses élèves; mais le principe me paraît incontestable, et nous nous y tiendrons.(2) Dans les classes supérieures mêmes, on pourra réduire l’étude des formes et des règles grammaticales, au profit de l’analyse littéraire; on ne devra jamais la supprimer.Comment, par exemple, porter un jugement esthétique sur le style d’un poète, si l’on ignore le sens propre des mots qu’il emploie au figuré; comment signaler la hardiesse de sa syntaxe, si l’on ne peut analyser telle de ses phrases.Au contraire, une fois tranchées, toutes ces questions primaires et primordiales, on pourra s’arrêter longuement et sûrement aux questions esthétiques, psychologiques ou morales que peut provoquer le plus simple récit comme le couplet le plus magnifique.Nous n’oublierons pas enfin de rattacher l’exercice de classe au travail de l’étude, et le texte expliqué fournira une ample matière de devoirs écrits; exercices de vocabulaire, exercices syntaxiques, analyses grammaticales et logiques, sujet de narrations, de descriptions, de lettres, de dissertations proprement dites.Prenons Le Charretier embourbé, par exemple; cette scène familière se prêtera à une adaptation facile et amusante.Un songe de Sully Prud’homme permettra de discuter sur la solidarité humaine, etc., etc.Mais c’est déjà trop de généralités sans doute, et dès la prochaine fois nous en viendrons aux exemples précis, aux applications pratiques.Nous les demanderons surtout à La Fontaine, le poète de tous les âges et presque de toutes les circonstances.H.Gaillard de Champris, Professeur à V Université Laval, Québec.AUX INSTITUTEURS ET AUX INSTITUTRICES Mot d’ordre Au seuil de la nouvelle année scolaire, lisons et méditons l’admirable page qui suit, que nous empruntons à l’auteur des Paillettes cl’Or: Ton ordre du jour est tracé: Dieu, tes enfants.Reste-lui fidèle.N’entre jamais dans la classe sans t’y être préparée.Que chaque matin, tes élèves trouvent écrits sur le tableau noir les devoirs qu’elles auront à faire pendant la journée.Ne passe pas d’une leçon à une autre, sans t’être assurée qu’elle a été parfaitement comprise par toutes tes élèves.Ne t’écarte jamais du programme qui a été tracé par toi et approuvé par tes supérieurs.) (l) Bien entendu, le commentaire littéral n’est pas l’étude du style, et celle-ci devra entrer dans i ’analyse littéraire proprement dite.(2) Écrivant pour un public anonyme et un peu lointain, nous risquerons de provoquer des critiques contradictoires.A l’un, telle explication paraîtra inutile; un autre, réclamera contre une omission: noué avons préféré pouf tant l’excès à l’insuffisance.A chacun de prendre et d’adapter ce qui lui convient. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 9 Beaucoup d’ordre et de propreté dans les cahiers de tes enfants.Que les devoirs soient toujours parfaitement corrigés, tous bien courts, simples et faciles.N’oublie pas ces sages conseils qui te furent donnés à l’époque de ta première formation: Vatiété de matières.—Division des heures pour ne pas prolonger au-delà d’une demi^-heure une leçon sur le même sujet.Variété d’exercices.— Expliquant, examinant, corrigeant les devoirs ou les faisant corriger par les élèves elles-mêmes.Variété de méthode.-—Parlant tantôt aux sens et à l’imagination, tantôt à l’intelligence et à la raison, au sentiment et à la volonté—sachant à l’occasion conter une histoire et dire une parole qui récrée.N’emploie jamais de ces phrases vides de sens qui ne laissent aucum bon sentiment dans le cœur de l’enfant.Aie soin par une bonne parole, par un bon conseil de tourner son intel-gence vers Dieu.Enrichis son âme de vertus.—Redresse-la, si elle prenait un mauvais pli.Éloigne d’elle tout ce qui pourrait la souiller.L’ENSEIGNEMENT DES SCIENCES NATURELLES (Pour U Enseignement Primaire) Héraclite n’a-t-il pas affirmé que le divin était partout, même dans l’accomplissement de cette prosaïque besogne qui consiste à éplucher des légumes ?N’est-ce pas dire que tout peut être un prétexte à l’élévation de l’esprit ou à sa formation?Les sciences de la vie, po.ir lesquelles certains rofanes ne manifestent que mépris, ne sont qu’une partie de ce tout choisi à cause de son intérêt pratique et de sa haute portée philosophique.Comme conséquence, les maîtres chargés de les enseigner devront bien se pénétrer de cette pensée que les matières inscrites dans les programmes d’enseignement scientifique ne sont pas une fin, mais seulement un moyen: mo en de développer l’esprit d’observation chez l’enfant, moyen d’initier le jeune homme à la science expérimentale, moyen de donner à l’étudiant des notions indispensables pour lui permettre de comprendre la portée des grandes hypothèses.* * * Dans le vaste domaine des sciences’ naturelles, la zoologie, la botanique et la géologie doivent, dès l’école primaire, servir de prétexte à développer l’esprit d’observation.A cette heure critique où s’éveille l’âme de l’enfant, l’enseignement devra plus que jamais être donné avec intelligence.Le professeur, s’il est un spécialiste, devra à tout prix cesser de voir le monde extérieur à travers la fenêtre étroite de sa spécialité.Que la nature soit interprétée comme forme, comme nombres, comme sons; que perçue sous ces divers aspects, elle s’exprime par des lignes, par des chiffres ou par des mots, le dessin, le calcul et la 10 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE grammaire ne doivent à auc m prix correspondre chez l’enfant à des catégories différentes, sous le puéril prétexte que ces divers aspects de savoir peuvent 1 ai être enseignés par des maîtres différents.C’est le moment où l’enfant commence à apprendre et à analyser sa langue.C’est le commencement de la longue période où, dans son esprit, les mots se combinent entre eux suivant l’obscure chimie de l’association, où dans sa mémoire se fixent, en attendant les dissociations futures de son intelligence, les rapports conventionnels, les associations-clichés, établis et transmis par les générations précédentes dont le fond solide constitue la science officielle.N’est-ce pas le moment qu’il faut choisir pour associer dans son esprit le réel et le beau, le bien et l’utile, pour lui enseigner en même temps qu’une nomenclature simple des êtres et des choses qui lui sont familiers comment cette nomenclature, qui n’est que l’expression verbale de ce qui tombe sous nos sens, peut aider à l’expression de la sensibilité de notre cœur et de notre cerveau.Autrement dit, n’est-ce pas le moment de lui montrer comment presque tous les mots de notre langue qui désignent des objets matériels peuvent être empl yés dans ce que nous appelons le langage figuré, pour l’expression de nos idées et de nos sentiments qui, eux, n’ont d’autre figure que celle dont nous les affublons avec des mots.Une série d’exercices sur des mots tels que oiseau, insecte, vol, fleur, fruit, graine, germination, etc., permettront à de jeunes intelligences de comprendre comment on passe du concret à l’abstrait, du sens propre au sens figuré, comment, en dérivant, les mots accroissent leur sens soit par extension, soit par analogie.Enseigner à un enfant ce que c’est que la graine, la racine, la feuille, la fleur, l’insecte ou l’oiseau, ce n’est pas lui enseigner une science au sens pédant du terme, c’est préciser le sens des mots, c’est permettre une plus intime compréhension des choses, c’est empêcher le langage fig iré d’être uniquement du son, c’est rendre ce langage plus précis sans lui enlever de son charme, c’est limiter et préciser les contours des fleurs de rhétorique et c’est encore là une manière nouvelle d’apprendre et d’aimer la langue, c’est déjà faire de la littérature.H1 * * L’enseignement devra d’abord être très concret.On ne saurait trop encourager les enfants à composer des collections d’insectes, de fleurs, de feuilles, de pierres, de fossiles, collections que le maître dirigera, contrôlera et récompensera.D’autre part, toutes les leçons devront être faites avec des objets réels ou des moulages et, lorsque la chose sera impossible, avec des planches illustrées ou avec des projections, de façon à accroître l’intérêt et à empêcher que les mots les plus simples ne restent, pour l’élève, sans aucun rapport avec la réalité concrète.Bien entendu, toute la terminologie grecque et latine, inutile d’ailleu s dans un enseignement élémentaire, devra être bannie; cependant il sera bon, à propos de quelques termes simples, d’exercer les élèves à retrouver leur étymologie.L’enseignement du dessin et celui de la biologie devraient être inséparables.La nécessité où se tixmve l’élève d’avoir à dessiner, le force à l’observation et à l’analyse; c’est une vei’sion graphique qui a sa valeur, version qui devrait avoir pour complément nécessaire le modelage, L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 11 c’est-à-dire le thème.Les modèles doivent être empruntés, si possible, directement à la nature ou au cabinet d’histoire naturelle.Lorsque les modèles de plâtre ou les pièces classiques, susceptibles par leur volume d’être dessinés par toute une classe, viennent à manquer, le professeur de sciences aura vite fait de choisir parmi les mille formes végétales ou animales qui l’entourent.Voyez tout l’intérêt qu’il y a pour l’enfant à dessiner une feuille ou une fleur dont il connaît le nom, dont il a fixé la forme et les contours délicats, dont il peut nommer les diverses parties, dont il n’ignore plus complètement les fonctions.Vienne le professeur de dessin, l’artiste, lui, va quitter l’observation fidèle, et, partant du dessin qui n’est que la reprodcction banale de la forme vivante, il va montrer comment se franchissent les étapes de la stylisation, ce langage figuré de la forme, qui est au dessin, ce que les images de rhétorique sont au langage concret.Et, après avoir montré aux élèves l’aspect décoratif de quelques animaux, des fruits, des feuilles et des fleurs, pourquoi ne pas faire défiler sur l’écran, les reproductions des œuvres des grands artistes animaliers, peintres ou sculpteurs, tels que Baryz, Troyon, Rosa Bonheur, Caïn et Gardet, pour ne citer que les plus grands ?N’y aurait-il pas là un moyen simple d’éveiller ce sentiment artistique qui doit accompagner, mais n’accompagne malheureusement pas toujours le sentiment littéraire ?Et pour fermer le cycle qui nous ramènerait vers les lettres et la littérature d’où nous sommes partis, cet enseignement devrait être complété par la lecture commentée et expliquée de pièces choisies dans les grands écrivains qui ont le mieux observé et poétisé la nature.Essayez, pendant une leçon sur les mœurs des oiseaux ou des mammifères, de lire le Cygne de Sully-Prudhomme, les Eléphants de Leconte de Lisle, ou bien encore une page de la prose ravissante de J.-H.Fabre, et vous verrez si votre classe ne sera pas plus charmée que si vous lui imposez de réciter que le cygne et les oies sont des palmipèdes et les éléphants des probosci-diens.Mais, va-t-on objecter, à cette allure, vous ne parcourrez jamais tout le programme.La belle affaire ! Plus que partout ailleurs, dans les classes élémentaires le programme est un menu dans lequel il faut nécessairement choisir pour pouvoir goûter les mets, les apprécier, les digérer et les assimiler.Vouloir faire tout avaler, c’est préparer l’inappétence et la dyspepsie.Il faut d’ailleurs le répéter sans cesse, les programmes ne portent en eux aucune fin, ils sont seulement des moyens proposés à l’intelligence des éducateurs.Aurons-nous développé chez l’enfant l’esprit d’observation ?L’aurons-nous intéressé ?Aurons-nous fait qu’il aim.e davantage la nature ?Aura-t-il attendu avec impatience l’heure de l’histoire naturelle et celle du dessin?Si oui, notre but est atteint puisque, en imposant des disciplines, nous aurons suscité de l’intérêt, de l’enthousiasme et peut-être de la passion.L’idéal pour un maître n’est pas de dresser des perroquets, ni de fabriquer en série des disques de phonographe, mais de former des cerveaux subtils et des cœurs généreux.L.-J.Dalbis, D.S., Professeur à TUniversité de Montréal. 12 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE DES QUALITES MORALES COMME ELEMENTS D’AUTORITÉ Le fondement solide de Tautorité réside dans les qualités morales.Il faudrait, pour être une éducatrice digne de sa mission, réunir toutes les perfections morales, toutes les vertus qui peuvent embellir, élever, ennoblir une âme humaine.Dépositaire de l’autorité de Dieu, le représentant près de ses élèves, l’institutrice devrait, en effet, pouvoir offrir à leurs regards une image aussi parfaite que possible de la divine perfection; ce serait, pour elle, le véritable moyen d’obtenir le respect, l’obéissance, l’estime, la confiance, l’affection des enfants, d’avoir de l’autorité en un mot.De son divin Modèle, l’institutrice devrait s’appliquer à reproduire surtout trois traits: —la majesté de Dieu dans une parfaite dignité morale.—Sa justice dans un esprit très marqué d’impartialité et de justice.—Sa bonté et sa miséricorde dans une grande bienveillance et un entier dévouement au bien de ses enfants.I—La Dignité Morale La dignité morale d’une institutrice, avons-nous dit, au chapitre des qualités physiques, se reflète dans toute la tenue extérieure par la propreté, l’ordre, le calme, la gravité, la possession de soi-même.Mais pour être telle à l’extérieur, il faut que l’âme même de la maîtresse soit ordonnée, toute dominée et pénétrée de la grandeur, de l’importance, du sérieux de sa mission.Elle doit bien comprendre pourquoi elle est institutrice.Pour élever des enfants et que doit-elle entendre par là ?Elle doit entendre que Dieu lui confie: —des intelligences à former et à éclairer; —des caractères à modifier, en utilisant ce qu’il a de bon en eux, en réprimant les penchants mauvais; —des vies, des âmes à orienter pour qu’elles atteignent leur fin dernière, après avoir occupé sur la terre la place que Dieu leur a assignée dans la société,.En résumé, pour élever des enfants, il faut les conduire à Dieu.Les expressions bien ou mal élevés sont défectueuses.Il n’y a qu’un moyen d’élever les enfants c’est de tourner leur âme vers l’infinie grandeur, l’infinie beauté, la seule vérité, vers Dieu.Si l’éducation n’y réussit pas, les enfants ne sont pas mal élevés, ils ne sont pas élevés.Que l’institutrice soit pénétrée par cette pensée, qu’elle voit sans cesse devant elle ce but à atteindre, voilà la première condition de sa dignité morale.En second lieu, elle doit vouloir remplir sa mission et prendre résolument les moyens d’y parvenir.Si elle a compris qu’établir la discipline, obtenir le silence, parcourir les programmes, avoir du succès aux examens ne sont qu’autant de moyens pour arriver au vrai but: rendre les enfants meilleurs, former leur caractère, corriger leurs défauts, les préparer à la vie, en faire de vraies chrétiennes: aiguillonnée par la valeur de l’entreprise et de la réussite il lui faut ne plus perdre un instant, utiliser toutes les ressources de son cours, de son intelligence, ne rien négliger pour ce triomphe final.La tâche est lourde, la route longue et notre pauvre nature bien inconstante et bien faible, mais pour nous aider, maîtresses chrétiennes, le divin Maître est avec nous.Il nous attend dans l’Eucharistie, dans la prière.Il est là et toujours.Il nous donnera de nouvelles forces. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 13 Donc, une volonté 'persévérante et énergique dans raccomplisseraent du devoir est possible et c’est la seconde condition importante de la dignité morale.Le but à atteindre étant bien compris, la volonté y tendant énergiquement, la maîtresse doit de plus, par un vrai désintéressement, sq dégager de ce qui pourrait rabaisser, avilir et assouvir son caractère.Placée sous l’observation attentive des enfants et de leurs parents, qu’elle évite toutes les recherches d’intérêts et de jouissances personnelles capables de jeter une ombre sur sa dignité.Ce respect d’elle-même et cette dignité morale, par exemple, doivent lui interdire de se laisser aller à une curiosité indiscrète sur les familles de ses élèves, sur les agissements d’une maîtresse qui l’a précédée; à des critiques et des plaisanteries sur sa directrice.Elle doit faire sentir qu’elle ne veut accepter ni bouquets, ni cadeaux, ni intimité avec les mères de ses élèves, ni rien de ce qui lierait sa liberté d’action dans sa charge.Dans ses rapports avec les enfants, tout en étant bonne et affectueuse, elle doit éviter les épithètes déplacées, les familiarités, les caresses multipliées.Dans ses rapports avec les parents, une attitude ferme, un parfait désintéressement joints à une exquise politesse de procédés, à une vraie douceur, sauvegarderont son indépendance et son influence sur les enfants.Nous dirons, en son lieu, avec plus de détails, ce que doivent être les rapports d’uns institutrice, digne de ce nom, avec les parents de ses élèves.Donc, la vue, la vraie intelligence du but, de Vidéal à réaliser: la volonté ferme, arrêtée, constante, en quelque sorte unique d’y parvenir, la noblesse de caractère, la circonspection dans ses démarches et son attitude, voilà le premier élément moral d’autorité pour la maîtresse.Une Ancienne Normalienne.UN COURS DE PÉDAGOGIE EN TABLEAU SYNOPTIQUE (1) L’imagination —a) C’est une faculté organique, appartenant au corps, s’exerçant par organe.Notion: —b) Elle reproduit, car elle conserve et ressuscite l’image.—c) Elle combine les images en les rapprochant.—a) Forme le goût du beau.Avantages.—b) Inspire les inventions.—c) Eend attrayantes les choses.lo -Conservative: facilité ou habitude à un même acte, acquise par une sensa- — tion ou première ou multiple (délire, hallucination) ou par raison physiologique, c’est-à-dire par cette propriété qu’a — _ le cerveau de retenir les impressions reçues.—2o—-Reproductrice, qui est déterminée par —a) excitation physique des organes d’après divers excitants (vin, — — opium).Espèces.—• —b) passion, tel amour, désir, haine, etc.— —c) connaissance, soit sensible, soit intellectuelle, d’après l’association — ^ —; des idées (celle-ci pour nos élèves).3o Créatrice : qui agit sans règle ou sans but, de nombre indéfini, faisant souvent des associations étranges et incohérentes si on ne la soumet - pas à certaines lois et surtout à la volonté : c’est la folle du logis.(l) Voir L’Enseignement Primaire de 1924-25. 14 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Culture.—a) Faire acquérir un grand nombre d’images par intuition: objets, gravures, — __ descriptions, récits, ¦—b) Éviter tous récits terrifiants.—c) Disposer des faits de la nature, de l’Histoire, de la Bible, etc.—d) Précison, netteté, vivacité des perceptions acquises.—e) Étude attrayante, en organisant l’instruction, avec imagerie scolaire.—-/) Faire apprendre les choses vues par dessin, rédaction, etc.—g) Rendre les circonstances de la vie riantes par école bien tenue, belles images, — beaux chants.—h) Les contes font partie de l’hygiène intellectuelle.—i) Les récits sont des contes sur la réalité.L’histoire ne peut s’enseigner sans — l’imagination.¦—- ) Correction de l’imagination, afin d’habituer l’élève à se conduire par réflexion, —• volonté et devoir.—k) Culture du goût par scènes et êtres où la beauté se montre caractéristique.—I) Lectures bien choisies, narrations descriptives: il faut expliquer le tout —- ^ pour préciser l’impression.—m) Écarter récits grotesques, romanesques et gravures médiocres.—n) Histoire, géographie, dessin et musique ont heureuse influence.—.) Le jeu y prend aussi sa bonne part.—¦'p) Enfin, l’éducation chrétienne est le meilleur agent de la bonne imagination.J.-E.Faquin.COMMENT FAIRE PARLER LES ENFANTS Un exercice de conversation J’ai toujours remarqué combien il était difficile de faire parler des enfants sur un sujet défini.Toutes les leçons à l’école, tous les entretiens, sont, en effet, autant d’exercices de langage; mais en histoire comme en leçon de choses, on obtient le plus souvent comme réponse de simples monosyllabes.Les enfants sont paresseux pour faire des phrases et ils ne parlent véritablement que lorsqu’on leur offre un sujet agréable et qui leur est familier.Après avoir employé différents moyens pour faire construire à mes élèves de petites phrases très simples sur un sujet de leçon de choses, d’histoire, de géographie, je résolus, il y a quelque temps, d’essayer un nouveau genre de leçon.Un jour, avant la sortie de midi, je dis à mes élèves: “Mes petits amis, je vais vous demander quelque chose Aujourd’hui, ceux qui vont dîner à la maison observeront ce qu’ils verront dans la rue et ils me diront au retour tout ce qu’ils, auront remarqué et toutes les personnes qu’ils auront rencontrées en chemin.Je donnerai de belles images à tous ceux qui raconteront bien”.Dès la rentrée de la classe, je vis une certaine animation régner parmi mon petit monde et tous mes élèves attendaient avec impatience la causerie promise.Quand je demandai si l’on avait pensé à ma recommandation du matin, un “oui, mademoiselle” fut la réponse générale.—Eh bien, dis-je, à un gros joufflu qui m’avait l’air prêt à parler, dis-moi, René, qui as-tu vu en allant chez toi à midi?—Madame, j’ai vu un charretier, il conduisait une voiture.—Qu’avait-il dans sa voiture?—Mademoiselle, il avait du bois.Et où allait-il avec son bois ?—Mademoiselle, il le portait à une dame pour qu’elle fasse du feu.—et pourquoi fait-on du feu?—Madame, on fait du feu pour se chauffer et pour faire le dîner.C’est bien, mon ami, tu as gagné ton image.LTne Vieille Institutrice. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 15 LE DESSIN A L^COLE PRIMAIRE De la nécessité d’apprendre à dessiner (Pour Enseignement Primaire) L’étude du dessin, si longtemps considérée comme une science réservée exclusivement aux spécialistes, tend de plus en plus à se répandre dans le grand public, qui a cessé de le considérer comme une spécialité ou un “art d’agrément”, espèce de luxe à l’usage des gens du monde.C’est que ce public a compris, depuis quelques années, l’importance de son rôle dans ses besoins.Aussi, occupe-t-il à présent une place presque d’honneur dans toutes les maisons d’éducation de l’enfance et de la jeunesse.Loin de ressembler aux leçons de jadis, où, rarement, deux heures étaient consacrées à ce soi-disant enseignement, et où tous les directeurs d’établissements y attachaient peu d’importance, à l’heure présente, au contraire, un heureux revirement s’est produit, car on a reconnu que le dessin n’est plus une quantité méprisable, mais que, bien au contraire, il est devenu une nécessité pour tous, au même titre que l’orthographe, et l’arithmétique.Qu’est-ce que le dessin ?C’est l’écriture de ce que voient nos yeux, c’est-à-dire l’écriture des formes; c’est le langage universel et le seul international, compris de tous les peuples.Il est le complément souvent nécessaire à l’expression de notre pensée.Il fut même la première façon de s’exprimer dans les temps les plus reculés, alors qu’aucune écriture n’existait, et n’est-ce pas de lui qu’est née l’écriture?Les caractères ne sont pas autre chose que des dessins.N’a-t-on pas fait usage du dessin depuis les temps les plus reculés pour en augmenter l’intérêt, ou pour affirmer d’une façon plus concise tel ou tel ouvrage où les mots n’étaient pas suffisants ?Or.un auteur fait rarement ses illustrations, aussi, est-il rarement satisfait de celles dont il est tributaire pour compléter son œuvre.S’il eut pu faire ses illustrations lui-même,.mais.il n’en est pas capable parce qu’on ne lui a pas appris à écrire des formes.Fort bien, dira-t-on, mais faut-il encore posséder des dispositions.Eh bien! cela est cbm-plètement faux; il n’est pas plus nécessaire d’avoir la moindre disposition pour dessiner qu’il n’est nécessaire d’en avoir de spéciales pour apprendre à écrire ou à faire des chiffres; cet enseignement est une question d’éclucation de l’œil et de la main.On éduque la mémoire (fables ou tous autres morceaux appris par cœur), l’ouïe (solfège, musique), et on ne parviendrait pas à éduquer l’œil?(dessin, écriture des formes).L’effort fourni pour faire une rédaction est exactement du même ordre que celui nécessité pour exécuter un dessin.Or, l’élève qui fait une rédaction est-il un poète ou fera-t-il nécessairement un homme de lettres?Pas le moins du monde, et cependant, on exige qu’il connaisse l’orthographe afin de s’exprimer correctement.Pas plus l’élève à qui on aura appris le dessin ne fera, fatalement, un artiste.L’étude du dessin développe chez les enfants l’esprit d’observation et de raisonnement en même temps qu’il fait naître le goût.Il y gagnera de l’assurance et un jugement sain et lui donnera un moyen de plus pour exprimer sa pensée.(1) (l) L’enseignement du dessin à l’école a pour but:—- -D0 faire acquérir des connaissances et des pratiques techniques, utiles à tous et indispensables aux carrières industrielles, aux métiers et travaux manuels.,, 2o-—-D’aider aux autres études en y collaborant et en se mêlant intimement à la vie intellec- tuelle de l ecole.3° Re contribuer à la formation intégrale: (a) en développant distinctement l’esprit d observation et d imitation, l’imagination, le jugement; (b) en épurant le goût et en disciplinant de méthode et de précision: (c) en affinant l’œil et en assouplissant la main.i-Les Keglements du Comité Catholique du Conseil de l’Instruction publique de la Province de Québec). 16 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Combien de fois, cher lecteur, n’avez-vous pas entendu émettre ce regret au cours d’une conversation ou d’une discussion: “Ah! si je savais dessiner, je vous préciserais ce que je veux dire!” Et pourtant, ces personnes dont le regret est amer ne sont pas de celles pour qui le dessin est une nécessité dans la vie courante, mais combien sa connaissance leur viendrait en aide.Ceci est un tout petit exemple ; il en fourmille de cette sorte qui montrent la nécessité impérieuse de réserver une large part à son enseignement.En Europe, dans tous les pays, de grandes réformes ont été faites dans ce sens et sont perfectionnées à jet continu.L’étude du dessin dans les écoles primaires est poussée et occupe une très large place dans l’emploi du temps.A Paris, deux heures pour les classes élémentaires, trois et quatre heures pour les classes moyennes et six heures par semaine pour les classes complémentaires.Combien parmi tant d’élèves auront une profession qui réclamera l’étude approfondie du dessin ?Peu, sans doute, mais ces jeunes gens iront soit dans des ateliers de fer ou de bois, où ils seront en mesure, grâce à leur connaissance du dessin, d’y acquérir plus rapidement une meilleure situation.Les autres trouveront à employer les leçons qu’ils auront reçues, d’une autre façon.N’aurait-on obtenu que le goût qu’ils ont pu y prendre leur fasse choisir, pour eux, entre deux cravates, la mieux! Le but que nous nous sommes tracé en écrivant ces quelques lignes est de donner des moye'ns sûrs et simples, afin de rendre l’étude moins ardue à l’élève et aussi de guider le maître dans l’application de son programme.En un mot, ce qu’il faut, c’est une méthode: rien de possible sans cela.La méthode que nous allons avoir l’honneur d’exposer ici;, et que nous avons expérimentée dans les écoles de la ville de Paris, nous a donné la plus grande satisfaction, et nous avons pu constater des progrès extraordinaires chez ceux qui ont bien voulu suivre nos conseils.Nous n’avons pas la prétention d’avoir inventé un système, et l’exposé qui va suivre sera seulement une série d’exemples et quelques procédés, nous ne disons pas des recettes, dont l’emploi nous a démontré les avantages.Des remarques et observations qui sont le résultat de vingt-cinq ans d’expériences personnelles viendront, sinon compléter l’exposé, du moins en affirmer l’excellence.Que le lecteur ne s’imagine pas que tout effort sera supprimé et que par une magie, il va sortir un “truc”.Non, il faudra, au contraire, beaucoup de travail et surtout beaucoup de discipline sur soi-même.Or, se soumettre d’abord à la discipline d’autrui est le plus sûr moyen d’arriver à se soumettre à la sienne propre.Notre seule intention est de vous aider à discipliner vos efforts, afin de vous empêcher de vous écarter et vous perdre dans les chemins pleins de ronces.Le programme établi par le Comité Catholique du Conseil de l’Instruction publique de la Province de Québec est rédigé selon les besoins de la vie moderne et^est en accord parfait avec ceux en usage dans les écoles de France, notre mère-patrie.Mais il ne suffit pas que le programme soit établi avec le plus grand soin: il faut pour que les résultats visés par lui soient obtenus, une application raisonnée et gracluée.C’est là qu’est la difficulté.C’est là où nous allons essayer de vous donner les avis qui sont le fruit de nos travaux.Nous nous efforcerons d’être le plus simple possible, et userons surtout d’exemples et de figures dessinées.Nous sommes heureux de reproduire ici le programme type proposé par le Comité Catholique qui sera celui que nous allons développer.Il sera sensiblement le même pour toutes les années, et ne variera que par les difficultés qui iront grandissantes: L—Dessins libres et suggérés de scènes simples, vues et décrites.0 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 17 2.—Tracés rapides d'entraînement de la main.Exercices d’observation (appels à l’esprit d’initiative) Dessins d’après nature, objets usuels empruntés au règne végétal ou animal.3.—Dessin de mémoire.4.—Arrangements décoratifs.5.Dessins géométraux, croquis cotés d’après nature et à main libre, (étude des objets dans les trois dimensions).6.—Eléments de perspective d’observation.Nous compléterons par une série de problèmes simples, que nous intitulerons “Les problèmes dans le dessin d’art”, qui sera une présentation inédite dont nous avons fait l’expérience avec de nombreux élèves de tous les âges et qui a donné les meilleurs résultats, au point de vue de la conpréhension des formes.Tous nos exercices seront faits d’après nature.Aucune copie ne sera tolérée.Notre progression qui s’adressera particulièrement aux cours inférieurs et moyens, sera divisée en dix, correspondant au dix mois de l’année scolaire et répartie comme suit : Progression avec exemples des modèles à employer: lo—Septembre—Dessin à vue.Étude de la forme sphérique, et dérivés.2o—Octobre —Dessin à vue—Étude du plan circulaire horizontal et vertical.Premiers éléments de perspective.Démonstrations de la ligne d’horizon et de l’ellipge.Première étude de la proportion.3o—Novembre.Dessin à vue.—Étude de la forme cylindrique.4o—Décembre.Dessin à vue.—Étude de la forme sphérique et cylindrique combinées.-—Dessin à vue.—Étude du cône et de la pyramide.—Dessin à vue.—Étude de la surface rectiligne dans le plan horizontal.—Dessin à vue.—Étude de la surface rectiligne dans le plan vertical.—Dessin à vue.—Association des deux plans, le parallélépipède.-—Dessin à vue.—Étude des plans obliques.—Dessin à vue.—Les groupements.(Voir présente livraison, au chapitre de la Méthodologie, notre première leçon pratique de dessin.) Gaston Hoffman, Professeur de dessin diplômé de la ville de Paris, Officier de VInstruction publique, Professeur à VEcole des Beaux-Arts de Québec.5o—Janvier 6o—Février 7o—Mars 8o—Avril 9o—Mai IOo—Juin “L’ECOLE CANADIENNE” Nous souhaitons la plus cordiale bienvenue à LJÉcole Canadienne, revue pédagogique, organe mensuel de la Commission des Écoles Catholiques de Montréal.Le premier numéro est paru en juin dernier et le second sera publié en septembre.La revue est présentée par l’honorable juge Lafontaine, président de la Commission scolaire catholique de Montréal, et elle a pour directeur M.Eugène Achard, 25, rue Cherrier Montréal.Abonnement, $2.00 par année.3 18 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Avec Les Études (Laprairie —P.Q.) des Frères de l’Instruction chrétienne (27è année), le Bulletin des Études (Iberville, P.Q.) des Frères Maristes (21e année) et le Bulletin des Études (7e année), Côte-des-Neiges, Montréal, de la Congrégation de Sainte-Croix, U Enseignement Primaire (47è année), L’École Canadienne est la cinquième revue pédagogique de langue française actuellement publiée dans la Province de Québec.De concert avec nos confrères, dans le même esprit et visant au même but, nous poursuivrons la tâche commencée en 1880: contribuer au progrès scolaire chez nous conformément à nos traditions canadiennes et aux meilleures méthodes françaises.C.-J.Magnan.FEU SON ÉMINENCE LE CARDINAL L.-N.BÉGIN Le samedi, 18 juillet 1925, est décédé à Québec, dans son palais épiscopal,le cardinal L.-N.Bégin, archévêque de Québec, à l’âge de 85 ans et 6 mois.La mort du Vénéré Cardinal a causé un deuil universel au Canada et particulièrement dans sa chère ville de Québec, où la population l’aimait à l’égal d’un père.Sa Sainteté Pie XI, le cardinal Vannutelli, doyen du Sacré-Collège, les cardinaux, évêques et archevêques des États-Unis, Son Éminence le cardinal Tou-chet, archevêque d’Orléans, France, les archevêques et évêques de tout le Canada, l’évêque anglican de Québec, le Gouverneur général et le Lieutenant-Gouverneur de notre Province, les Gouvernements d’Ottawa et de Québec, les villes de Québec, et de Montréal, etc., etc., ont pris part au deuil universel par l’envoi de messages de sympathies, et en assistant aux funérailles, samedi le 25 juillet, soit personnellement, soit par des délégués.Le service funèbre fut chanté dans l’antique Basilique restaurée, et donna lieu à des cérémonies d’une grandeur et d’une dignité insurpassables.Son excellence le délégué apostolique au Canada, Mgr Joseph di Maria, a présidé aux funérailles ; son Éminence le cardinal Hayes, archevêque de New-York et les archevêques et évêques de la Province de Québec et de presque tout le Canada avaient pris place dans le hhceur de la Basilique que l’on inaugurait, bien qu’encore in'achevée.L’oraison funèbre fut prononcée par S.G.Mgr F.-X.Ross, évêque de Gaspé.Dans une page magistrale, admirable de fond et de forme, l’évêque de Gaspé a fait revivre avec émotion, la noble figure du cardinal Bégin, notamment sa grande bonté.Son Éminence le cardinal Bégin repose désormais sous le chœur de sa chère Basilique, à côté de ses illustres prédécesseurs, les Laval, les Briand, les Plessis, les Taschfereau.Voici, en résumé, la carrière du regretté primat de l’Église canadienne, résumé que nous empruntons à la Semaine Religieuse de Québec: “S.E.le Cardinal Louis-Nazaire Bégin est né à Lévis, le 10 janviter 1840, de Charles Bégin, cultivateur, et de Luce Paradis.Il fit ses études à Québec et à l’Université Grégorienne de Rome, où il fut ordonné par le Cardinal Patrizi, le 10 juin 1865.Il poursuivit ses études à Rome et à l’Université d’Inspruch, en Autriche, de 1865 à 1868; professeur de théologie dogmatique et d’histoire ecclésiastique à l’Université Laval, de 1868 à 1877; puis alternativement directeur du pensionnat de la même Université, du grand et du petit séminaire de Québec, et préfet des études au même séminaire, de 1877 à 1884; principal de l’École normale Laval de Québec, de 1884 à 1888; élu évéque de Chicoutimi le 7 octobre 1888, et sacré sous ce tirre le 28 octobre suivant dans la basilique de L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 19 Québec, par le Cardinal Taschereau; évêque de Chicoutimi, de 1888 à 1891, où il construisit l’évêché; élu archevêque de Cyrène et coadjuteur du Cardinal Taschereau, le 22 décembre 1891, cum futura successione, le 22 mars 1892; nommé administrateur du diocèse le 3 septembre 1894; devenu archevêque de Québec, le 12 avril 1898; décoré du pallium, le 22 janvier 1899; créé, le 25 mai 1914, cardinal du titre de SS.Vital, Gervais et Protais.“Depuis le commencement de son administration le Cardinal Bégin a érigé plus de soixante et dix nouvelles paroisses, dont treize dans la seule ville de Québec.Il était bachelier ès-arts de l’Univfersité Laval (1862) ; docteur en théologie de TUniversité Grégorienne de Rome (1867); membre de la Société Royale du Canada; auteur de la Primauté et de VInfaillibilité des Souverains Pontifes (1873), de la Sainte Ecriture et la Règle de Foi (1874), de le Culte catholique (1875), d’une Chronologie de l’Histoire du Canada (1886), brochure qui eut de nombreuses éditions, et d’un Catéchisme de controverse (1902), en trois petits volumes.” L’Enseignement Primaire, depuis sa fondation en 1880, a toujours compté le regretté disparu au nombre de ses lecteurs.Et depuis 1890, date où nous prîmes la direction de la revue pédagogique, Mgr Bégin, et dans la suite, le cardinal Bégin, nous a constamment témoigné sympathies et encouragements.C’est sur la proposition de Mgr Bégin, qu’en 1898) le Comité Catholique du Conseil de l’Instruction publique, recommanda au gouvernement du regretté M.Marchand, d’adresser L’Enseignement Primaire à toutes les écoles catholiques de la Province de Québec, écoles sous le contrôle des commissions scolaires.C’est donc un bienfaiteur de notre revue qui vient de disparaître.Le cardinal Bégin a emporté dans la tombe le souvenir de sa grande bonté envers nous, mais ce souvenir reste bien vivant dans notre cœur, et nous demandons à nos nombreux lecteurs de ne pas oublier celui qui fut non seulement un grand évêque suivant le cœur de Dieu et un éminent prince de l’Église, mais aussi un remarquable éducateur.C.-J.Magnan.S.G.Mgr P.-E.ROY, ARCHEVEQUE DE QUÉBEC S.G.Mgr Roy, nommé coadjuteur de Son Éminence le cardinal Bégin, le 1er juin 1920, est devenu archevêque de Québec, à la mort de ce dernier.Le premier acte administratif du nouvel archevêque a été la nomination de S.G.Mgr J.-A.Langlois, auxiliaire de Son Éminence, administrateur de diocèse de Québec.A S.G.Mgr l’archevêque et à Mgr l’administrateur, nos vœux respectueux.LE CARDINAL BÉGIN ÉDUCATEUR Nou£ détachons de l’oraison funèbre prononcée par S.G.Mgr Ross, évêque de Gaspé, lors des funérailles de Son Eminence le Cardinal Bégin, la forte page qui suit, où l’illustre défunt reçoit le noble titre d’éducateur: “Préparé par de fortes études qui avaient admirablement discipliné ses facultés et imprimé un cachet de distinction sur sa personne et dans ses manières; mis en contact avec les esprits les plus cultivés et les penseurs les plus avertis; 20 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE servi par l’aménité d’un caractère et l’affabilité des manières qui lui ouvraient tous lés cœurs, l’abbé Bégin avait su jeter sur toutes ces qpalités humaines le lustre d’une piété simple, mais profonde qui, au témoignage de l’apôtre, “est utile à tout”.C’est ce moteur divin qui allait imprimer le mouvement à ses belles qualités et mettre en valeur les ressources accumulées à l’époque de sa formation.“Ce prêtre fut éducateur et il fut pasteur.Cette classification ne marque pas dans la vie deux étapes qui se suivent chronologiquement, mais indiquent le caractère de l’action qu’il exerce au cours de sa carrière.“Être éducateur, c’est au fond être créateur d’énergies et polisseur d’âmes.On a dit avec raison que enseigner, c’est faire passer de la vie d’une âme dans une autre âme.Et l’enseignement n’est qu’un élément dans l’éducation qui atteint l’homme dans son être tout entier pour l’élever vers plus de vérité comprise, plüs de beauté sentie, plus de vertu pratique.Pour être éducateur, il faut être plus et mieux qu’un savant, il faut être une âme éprise de la beauté des âmes, un cœur aimant qui se donne tout entier sans retour sur soi-même, afin de pénétrer dans les jeunes âmes qui s’ouvrent à la vie pour y buriner les traits de Jésus-Christ, imprégner les cœurs du parfum des vertus chrétiennes en y jetant les ferments évangéliques, et orienter fortement les volontés sur l’honneur et le devoir, en établissant l’Évangile comme règle de la vie dans le fond de la conscience.Pour être éducateur, il faut donc être apôtre et faire bénéficier les autres des ressources dont la Providence et l’éducation ont enrichi son âme.“C’est une paternité spirituelle qui procure les jouissances élevées de la paternité naturelle, puisqu’elle permet de créer des âmes à son image et à sa ressemblance.“Éducateur, l’abbé Bégin le fut d’abord dans les fonctions qu’il exerça au petit et au grand séminaire, au pensionnat de l’Université, dans les chaires et dans les églises et aux cours littéraires d’où sa parole élégante et féconde mettait la pensée de l’Église à la portée des auditoires les plus variés.“Educateur, il le fut, lorsque, quittant le poste apprécié de professeur, d’université, il accepta la fonction de principal d’École normale(l) pour s’occuper de la formation des instituteurs et institutrices de l’enseignement primaire.Permettez-moi de m’incliner devant ce docteur des universités romaines, ce brillant professeur de notre université canadienne, qui laisse ces chaires de haut enseignement pour recommencer à triturer les éléments des connaissances humaines a d’humbles jeunes filles et à de jeunes gens d’une condition sociale peu appréciée; afin de leur apprendre le secret de discipliner les intelligences et de former l’âme des enfants de la nation.Dans ces institutions que l’Église canadienne peut se glorifier d’avoir créées avec le concours dés autorités civiles qui lui en laisse la direction, se préparent ces ouvriers obscurs qui auront sur les destinées de notre avenir une influence à laquelle l’éducation familiale seule peut se comparer.C’est là que se forment les éducateurs de l’âme de l’enfance, qui continuent, complètent et souvent redressent l’éducation commencée en famille, afin de préparer la société de demain.On admire cette fière réponse du comte de Montalembert, déclinant ses noms et titres devant ses juges: “Charles, comté de Montalembert, pair de France et maître d’école.” “Je ne me sens pas moins ému devant le geste du docteur romain, professeur renommé, futur cardinal canadien, descendant de sa chaire universitaire pour consacrer sa belle intelligence à l’œuvre des petites écoles primaires.L’intérêt qu’il porta à cette cause fut toujours vivant, et plus d’une fois nous avons été (l) L’Ecole normale Laval, à Québec. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 21 nous-mêmes soutenus de ses encouragements dans nos humbles travaux pédagogiques.“Éducateur, monseigneur Bégin le fut dans sa carrière épiscopale lorsque, au cours de ses visites pastorales, comme on Ta écrit, “on a vu ce haut dignitaire réunir pendant des années autour de sa personne, d’humbles maîtresses d’écoles et incliner sur ces ouvrières si obscures et si méconnues de notre avenir, son front de docteur, sa majesté de pontife.” “Éducateur, il le fut pendant les longues années de son épiscopat, lorsqu’il suivait de près les études des séminaristes, encourageant les professeurs, stimulant les élèves, favorisant les fortes études classiques et théologiques tant au séminaire que dans les grandes universités européennes.Nous avons recueilli nous-mêmes de sa bouche, il y a encore peu de temps, les déclarations les plus convaincues sur l’importance qu’il attachait aux fortes études du clergé qu’il voulait voir prendre la place d’honneur à la tête des intellectuels de notre pays.“Le souci de l’éducation est une partie des sollicitudes du pasteur, lequel a la mission d’enseigner “Vis plebem et verbis docere et exemplis ?” demande-t-on à l’évêque le jour de sa consécration.Et il répond “Volo”.Dans son sens le plus étendu, tel que nous l’avons défini, l’éducation est comme l’aboutissement général de tous les efforts du pastorat, parce qu’elle tend à la sanctification des âmes et au bon gouvernement de la société chrétienne.“Aussi.peut-on dire que, dans toute sa carrière épiscopale, et jusqu’à la fin, l’éminentissime cardinal Bégin fut éducateur de son peuple dans le sens le plus élevé et le plus universel du mot, par ses attitudes tranchées, ses directions nettes, énergiques, ses enseignements lumineux dans toutes les questions qui agitèrent la vie religieuse au pays, sur toutes les situations morales qui réclamèrent une direction de l’autorité ecclésiastique, telle que l’école neutre, les dangers du théâtre, les questions ouvrières, l’alcoolisme, le mouvement social, le honteux deshabillé clés modes païennes et les danses immorales qui envahirent la société chrétienne.” PÉDAGOGIE PRATIQUE La maladie de la forme Je la croyais tellement “vieux jeu”, que je ne me proposais pas d’en parler.Mais telle que ces maladies endémiques qui, lorsqu’on les croit disparues d’un pays, ont des réveils soudains, elle s’est dernièrement manifestée autour de moi par des symptômes si certains que je ne crois pas inutile de l’examiner ici.Donc, l’autre jour, une maîtresse de classe me manifestait son déplaisir de^ placer première de sa classe une petite fille peu intelligente dont le seul mérite est d’avoir des cahiers bien écrits et irréprochablement tenus.“Tandis que les petites N.et Z.ajouta-t-elle, enfants très intelligents, sa vent et comprennent leurs leçons, font peu de fautes dans leurs devoirs, réussissent leurs problèmes, mais que voulez-vous, elles écrivent mal.et on est toujours disposé favorablement pour une enfant qui montre de beaux cahiers.” Je ne dis pas non, et je regardai ces devoirs de première de classe.Certes, ils étaient d’une écriture moulée, pas une ligne ne dépassait l’autre, les barres à l’encre étaient symétriques et sans bavures, mais.les devoirs étaient criblés de fautes ou vides de sens.Certes, bien écrire et bien tenir ses cahiers est un 22 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE mérite d’écolière, et il faut faire comprendre aux petites X.et Z., qu’elles doivent s’appliquer à l’acquérir, mais que ce seul mérite fasse attribuer la première place à une élève des plus médiocres, c’est un vrai symptôme de maladie de la forme.Cela me rappelle une digne personne, dont j’ai été naguère collaboratrice et près de laquelle j’ai appris d’excellentes choses, je le dis avec un souvenir reconnaissant.-—mais, qui, tous les soirs, passait près d’une heure à mettre elle-même des titres en ronde aux devoirs de ses enfants.Que cette heure aurait été mieux employée en lectures personnelles-—qu’elle ne faisait jamais — et en préparation de classe! Il y a d’autres cas, de cette maladie, il y a la maîtresse qui veut “son mot” et qui donne une note plus faible quand même le mot de l’élève serait juste et témoignerait par son cachet de personnalité qu’elle a très bien compris.Il y a la maîtresse qui n’admet que “son genre” de rédaction.Telle élève a des idées originales, un tour de phrase pittoresque, il n’y aurait qu’à lui enseigner à mettre de l’ordre clans tout cela et à redresser ce qui n’est pas parfait comme correction.Non, cela sort du genre de la maîtresse,-—note faible.Enfin, il y a,—et ce dernier cas est tout moderne—la maîtresse qui a la superstition de l’horaire et du programme.Je dis superstition et non respect, car le respect est excellent, je le prône et je le professe.Mais supposez qu’aujourd’hui lundi, une heure et demie, nous devions faire de l’arithmétique et expliquer la réduction des fractions au même dénominateur.Vendredi dernier on n’a pas très bien compris les simplifications.Croyez-vous que nous ne ferions pas mieux de revenir sur cette dernière leçon! “Ah! non, vous comprenez, nous avons nos programmes! il faut bien avancer.” Est-ce que ce ne serait pas avancer beaucoup plus que de consacrer la moitié de notre leçon d’aujourd’hui à faire bien comprendre ce qu’on ne saisissait qu’imparfaitement vendredi, quitte à laisser l’un des cas de réduction pour l’expliquer à la prochaine classe, en même temps que l’addition, qui nous obligera d’ailleurs à réduire encore au même dénominateur?Autre exemple: il fait très beau aujourd’hui, ce n’est pas le jour de la leçon de sciences, mais il y a des fleurs au jardin, la saison n’est pas bien avancée, il peut revenir des giboulées qui nous claquemureront demain, tandis qu’en ce moment le soleil met un peu d’effervescence dans les jeunes têtes qui suivent bien distraitement les rapports du litre et des sous-multiples du mètre cube.Si nous descendions au jardin faire une bonne et intéressante leçon sur la fleur?Vous savez, c’est le programme,nous en sommes là, je ne suis pas anarchiste, tout au plus légèrement révolutionnaire.Ah! mais non, il n’y a pas que le programme, il y a l’horaire.et c’est le moment du système métrique! Eh bien, vous avez beau dire, cela est encore la maladie de la forme.¦—Comment ferons-nous donc pour garder le fond et sauver la forme ?Nous garderons tout, je l’entends bien: Soin de l’écriture et des cahiers, exactitude des termes, ordre des idées et correction du style, respect du programme et de l’horaire.Mais nous nous dirons une fois pour toutes.un mot toujours vrai: il ne faut pas confondre la lettre et Vesprit.M.Decaux, Institutrice française. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 23 LA DISCIPLINE A L’ÉCOLE MATERNELLE ET AU COURS PRÉPARATOIRE DE L’ÉCOLE PRIMAIRE ÉLÉMENTAIRE La discipline est l’art de ramener les enfants dans la voie du bien et de les y maintenir.A Fécole maternelle et au cours préparatoire, c’est l’ordre dans chaque exercice.Il faut que tous les mouvements soient prévus, réglés et que la maîtresse tienne la main à leur exécution.C’est une place marquée pour chaque élève, pour chaque groupe d’élèves: c’est une sage succession dans les exercices, conformément à un emploi de temps méthodique et scrupuleusement observé.C’est le silence relatif régnant dans la classe et l’attention des enfants excitée et tenue en éveil par la leçon.C’est aussi tout cela dans les deux ou trois premières années de l’école primaire élémentaire.MOYENS DE l’y ÉTABLIR 1.Choix des leçons.Pendant le temps qu’il passe à l’école, l’enfant ne doit pas être surchargé de travail, mais il doit être occupé.Le moment qui suit l’entrée en classe est celui pendant lequel il est plus essentiel d’obtenir le silence; si l’on a préludé au travail par un chant, il se fera de lui-même, sans difficulté; cependant il est bon de commencer la classe par une leçon propre à captiver l’attention des enfants, l’ordre est ensuite plus facile à maintenir.' Il n’est pas si difficile d’obtenir le silence qu’on se l’imagine.Quand la maîtresse sait intéresser à ce qu’elle dit toutes ces imaginations vives et mobiles, quand elle entre en communication avec ses jeunes élèves et fait vibrer leurs sentiments naïfs ou éclaire leur raison naissante, alors l’attention est éveillée par l’attrait et l’ordre s’établit de lui-même.C’est pourquoi toute bonne institutrice préparera chaque leçon avec soin, afin que n’ayant plus à se préoccuper de ce qui en fait le fond, toute son attention puisse se porter sur son auditoire pour en surveiller les impressions.IL-—Variété.-—S’il est une chose importante au maintien de la discipline avec les jeunes élèves, c’est la variété du sujet et de la forme des exercices.La variété éveille et entretient l’attention, car changer de travail délasse autant que l’inaction.Et ces jeunes esprits battraient la campagne, si au bout d’un quart d’heure, vingt minutes (30 minutes au plus en deuxième et troisième années) tout au plus, on ne changeait d’exercice.Il ne faut pas que les leçons soient plus longues; si l’on va au-delà, les enfants sont fatigués et n’écoutent plus.D’ailleurs, l’immobilité ne doit être exigée que par séances d’autant plus courtes que l’enfant est plus jeune.Il faut aussi mettre une habile alternance dans les travaux; entremêler sagement les sujets sérieux et les récréatifs; placer un chant, une historiette, un jeu entre deux leçons qui demandent plus de tension d’esprit.III.Préparation des leçons.—Quelque variés et animés que soient les exercices scolaires, il faut aux enfants des récréations.Il leur faut l’air, l’espace pour prendre leurs ébats à leur aise.Ces récréations seront courtes, mais multipliées, afin que le plaisir comme le travail soit proportionné à la délicatesse de leur âge.C’est ainsi qu’une discipline douce, mais ferme, s’établira dans la classe sans avoir besoin de mettre en œuvre aucun moyen répressif.Et l’application n’empêchera pas les enfants d’être gais, souriants, expansifs.L’équilibre sera maintenu entre le corps et l’esprit et une égale satisfaction sera donnée à toutes les exigences de leur constitution.Une Sous-Maîtresse. 24 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE L’HABITUDE (1) Définition.-—L’habitude peut se définir la tendance acquise par la répétition à conserver ou à produire avec une facilité croissante les états ou actes antérieurs.En effet, nous gardons la trace de toute activité exercée, de toute impression reçue, à condition que la modification ne soit ni trop violente ni contraire à notre nature.Tous les faits de conscience peuvent devenir des habitudes.Origine et nature.—L’enfant n’a d’abord que des tendances; les habitudes sont des canalisations de ces tendances, et elles deviennent de plus en plus nombreuses à mesure que le vivant possède et révèle une énergie plus spontanée, plus indépendante, plus puissante.Toute habitude se développe en vertu des lois de reviviscence des états psychologiques dont la formule nous est donnée par Paul Janet: 11 Les états psychologiques passés ont une tendance à se reproduire; ils se reproduisent de fait dans la mesure ou cette tendance à la reviviscence se compose avec les tendances qui répondent à l’état de conscience du moment.” La nature de l’habitude a donné lieu à deux théories, Pour certains philosophes, elle est une loi de l’activité, le privilège de la vie, la propriété exclusive du vivant: c’est la théorie dynamique.D’autres soutiennent avec Descartes, Comte, Ravaisson, qu’elle est une pure passivité, une conséquence de l’inertie.Si nous considérons l’nabitude, non comme une modification reçue mais comme une tendance à reproduire cette modification, nous regarderons comme insuffisante la théorie mécaniste, laquelle ne rend pas compte de l’accroissement de force produit par la répétition.De plus, cette passivité tendrait à faire perdre à l’individu ce caractère d’unité et d’identité que constituent la continuité et le développement des habitudes.Il faut donc considérer l’habitude comme une activité.Conditions de l’habitude.—L’habitude dépend moins du nombre des actes que de leur intensité.Un seul acte suffit pour l’engendrer.“C’est au premier acte que l’habitude doit sa naissance, dit M.Lemoine.C’est lui qui possède la vertu de préparer, de susciter, de faciliter les suivants:” Il importe donc de connaître les conditions d’efficacité des actes.Elles sont de trois sortes: 1.—Conditions biologiques.On peut énoncer la loi suivante: “La force d’une habitude sera toujours proportionnelle à la force des tendances originelles qu’elle canalise.” L’habitude est, en effet, une tendance canalisée; elle sera d’autant plus forte que la tendance est plus marquée.2.—Conditions physiologiques.Elles se résument dans la plasticité des tissus.On peut dire que l’habitude est d’autant plus forte qu’elle a discipliné les organes et les tissus qu’elle utilise et qu’elle est d’origine plus ancienne et d’exercice plus fréquent.“Chaque acte spécial accroît la puissance spéciale de le reproduire.Agir accroît la force d’agir dans sa quantité et à la fois dans sa qualité, dans sa nature, et, en même temps, dans sa direction naturelle.” (Lemoine).3.-—Conditions psychologiques.Elles se résument dans la loi suivante: “Une habitude est d’autant plus forte qu’elle sera le produit d’une collaboration plus intime delà conscience et du corps, et que l’attention y interviendra, plus énergiquement.” Le rôle de la conscience est de choisir, d’organiser et de systématiser les (l) Voilà une primeur que nos lecteurs apprécieront.Cette étude constitue l’un des chapitrer de la Psychologie appliquée à Véducation, qui paraîtra bientôt à Paris.Toute notre gratitude à l’auteur , M.L.Riboutet, notre éminent collaborateur Fr.P.-G., auteur également de l’excellente Histoire de la Pédagogie que nous avons déjà annoncée. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 25 mouvements utiles et d’éliminer les autres; celui de Vattention est surtout d’intensifier les actes.Classification des habitudes.Le nombre des habitudes est infini.On distingue: des habitudes 'physiologiques, se rapportant à l’organisme; des habitudes musculaires, qui assouplissent le corps et rendent plus faciles certains mouvements; des habitudes de la sensibilité, par lesquelles nous réagissons contre certaines émotions; des habitudes intellectuelles, se rapportant à nos facultés de connaître; des habitudes de volonté, relatives à la volonté elle-même ou aux motifs d’après lesquels elle se détermine, etc.Mais on adopte généralement la classification suivante: 1.—Habitudes actives et habitudes passives.Les habitudes actives sont celles qui créent des mécanismes et des savoir-faire: lire, écrire, jouer du piano, faire de la gymnastique, observer, réfléchir, accomplir son devoir, etc.Les habitudes passives sont des “accoutumances”, des dispositions à ressentir de moips en moins les états de conscience: endurcissement à la fatigue, à la souffrance, etc.Dans toute habitude, il y a de l’activité et de la passivité.Rayaisson a formulé la loi suivante: “L’habitude exalte l’activité et abaisse la passivité”.2.'—Habitudes générales et habitudes spéciales.Les habitudes générales sont celles qui prédisposent à une plus grande diversité d’actes.Elles forment l’homme tout entier; ce sont elles que l’éducation doit surtout développer.Les habitudes spéciales ne prédisposent qu’à certains actes.Elles donnent un savoir-faire précis et forment des spécialistes.Souvent elles sont préjudiciables aux intérêts bien compris de l’individu, car toute spécialisation prématurée se fait au détriment de l’éducation générale.Domaine de l’habitude.L’habitude embrasse la vie tout entière et toutes nos vies: L—La vie physiologique.Les habitudes du corps sont nombreuses: habitudes organiques, qui assument le jeu des fonctions de nutrition, de circulation, de respiration; habitudes musculaires, qui président à la vie de relation et de mouvement; habitudes nerveuses, qui sont à la base de toutes les habitudes organiques.2.—La vie psychologique.C’est par des habitudes qu’elle se manifeste: habitudes de la sensibilité, les unes passives, les autres, en plus petit nombre, actives: habitudes d’impatience, d’ironie, de plaintes, de larmes, etc.—habitudes de l’intelligence, celles que nos facultés acquièrent par l’exercice: habitudes de perception, de mémoire, d’association, d’analyse, de synthèse, de raisonnement, etc.,—habitudes de volonté; selon la formation qu’elle reçoit, elle devient ferme, passive, indécise.Sa force dépend aussi des motifs qui la font agir: passion, devoir, intérêt.3.—La vie sociale.Des habitudes collectives sont une source d’unité; elles réalisent une espèce d’unanimité sur les points essentiels; sentiments, jugements, actes.Ainsi la contagion des habitudes affermit la vie sociale et prévient les conflits qui sont presque toujours des conflits d’habitudes.4.—La vie morale et religieuse.—Toute habitude orientée vers la réalisation d’un bien moral ou religieux devient une habitude morale.“Vertus et vices ne sont que des habitudes du bien et du mal”; convictions, croyances et principes ne sont que des habitudes de penser et de juger d’après des critères moraux et et religieux, qui constituent la conscience morale et religieuse”.(Baudin).Importance de l’habitude.—Le rôle de l’habitude est donc d’une extrême importance.W.J.James écrit dans ses Causeries pédagogiques: “Le quatre vingt 4 26 RENSEIGNEMENT PRIMAIRE dix-neuf pour cent de notre activité est purement automatique et habituel, de notre lever à notre coucher.La façon dont nous mettons nos habits et les ôtons, dont nous mangeons et buvons, nos salutations, nos adieux, nos coups de chapeau, nos actes de politesse, et même les formes de notre langage ordinaire, sont des faits tellement fixés par la répétition qu’on pourrait presque les appeler des actions réflexes”.1.—L’habitude est le grand moyen d’adaptation.Par elle, l’individu assouplit, modifie ses organes, acquiert des mécanismes qui rendent les actes plus faciles et, en somme, s’adapte aux nécessités de l’existence.2.—Elle est une condition de continuité.Elle fait l’unité de l’individu et de la vie; elle prépare l’avenir par le passé.“Pour le vivant, pour l’être intelligent, il n’est pas vrai de dire que le passé n’est plus, ni même que l’avenir n’est pas encore.Pour lui, le passé s’accumule et se résume dans le présent; il y est tout entier sous la forme de l’habitude; le présent est, pour emprunter à Pascal un mot célèbre, un raccourci du passé.” 3—Elle est un instrument de progrès.C’est par elle qu’on apprend à marcher, à parler, à écrire, à travailler.Elle fortifie et développe toutes les fonctions, toutes les aptitudes.Elle rend de plus en plus facile ce qui est compliqué, et ainsi elle économise des forces que l’on peut utiliser pour des efforts nouveaux et supérieurs.“On flétrit quelquefois l’habitude du nom de routine.Ce n’est pas l’habitude, cause et essence même du progrès, qui mérite ce blâme et arrête la marche de la science ou le perfectionnement de la vie, c’est le mauvais usage qu’en peut faire la paresse de l’esprit et de la volonté”.(Lemoine).4.-—Elle est la condition de toute éducation.L’éducation consiste, en effet, à corriger les tendances défectueuses et à doter l’enfant de bonnes habitudes: habitudes physiques surveillance dans la tenue, dans la façon de se nourrir, de se récréer, etc.-—habitudes intellectuelles travail sérieux et constant, excité par l’amour du vrai, par le désir de réaliser un idéal, par le soin d’écarter ce qui dissipe et devient un obstacle à cette réalisation:—habitudes morales consistant surtout à vouloir le bien et à reproduire facilement et agréablement les actes moraux.Ce serait une erreur d’attribuer là l’habitude l’origine des principes et des sentiments moraux ou de soutenir que les habitudes détruisent la vie morale en diminuant la conscience.(à suivre) L.Riboulet.“ SAINT PIERRE CANISIUS ” La Compagnie de Jésus vient de donner un nouveau saint à l’Eglise, Pierre Canisius, le grand apôtre de l’Allemagne, canonisé par Pie XI, le 21 mai dernier.Peu d’hommes ont fourni une carrière aussi remplie et aussi féconde.Par la parole et par la plume il est sans cesse sur la brèche pour défendre et propager la foi catholique.Il arrêta en Allemagne les progrès de l’hérésie, et son catéchisme, traduit dans toutes les langues, a fait pénétrer la vérité .dans des millions d’intelligences.Comment ramasser en quelques pages une vie si chargée d’œuvres et de mérites.Le R.P.Lecompte a réussi cependant à nous donner une large vue d’ensemble où se déroulent les diverses choses de sa carrière.On lira avec intérêt cette brochure qui fait revivre une des plus grandes figures de l’apostolat catholique.La brochure ne se vend que 10 sous l’exemplaire, $6.00 le cent et $50.00 le mille.S’adresser à l’Action Paroissiale, 1300, rue Bordeaux, Montréal. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 27 CHRONIQUE JUDICIAIRE INTERPRÉTATION DU MOT ‘‘ENTREPRISE’ —COMMISSAIRES D’ÉCOLES RECEVANT DE L’ARGENT DE LA COMMISSION EN PAIEMENT DE TRAVAUX FAITS POUR ELLE—“QUO WARRANTO” Le 6 décembre 1922, à La Malbaie, Thon, juge Stein a rendu le jugement résumé ci-dessous, dans la double cause de Lavoie vs Fortin et Lavoie vs Simard: lo dans l’article 2641 des Statuts refondus, le mot “entreprise” signifie entreprise à la journée autant que entreprise à forfait; 2o dans le cas des commissions scolaires comme dans celui des corporations municipales, les représentants du public ne doivent pas être dans une position telle qu’ils aient à choisir entre leur intérêt et celui du public; 3o l’exercice abusif d’une charge publique, tout comme son usurpation, expose à la procédure du Quo warranto.Voici la principale partie des notes du juge résumant la cause et motivant le jugement: Le 12 août 1921, les Commissaires d’écoles de la municipalité de Baie-St-Paul-Ouest passèrent la résolution suivante: “Sont présents: Thomas Simard, Éloi Simard, Zémilda Fortin, Jules Audet et Napoléon Bouchard.“ Proposé par Nap.Bouchard et résolu unanimement que Zémilda Fortin et Éloi Simard “ soient autorisés à faire transporter la maison achetée pour l’école No 14, St-Jérôme, et “ de continuer les travaux pour que cette maison soit finie le plus tôt possible.” Or, les commissaires Éloi Simard et Zémilda Fortin sont les présents défendeurs.Les deux causes ont été réunies pour l’enquête, et les exhibits ont été déclarés communs, vu qu’il s’agit de deux cas identiques.Le 1er septembre 1921, le demandeur assermentait contre chacun des défendeurs une requête libellée dans laquelle il demande à la Cour de déclarer que les défendeurs usurpent, occupent et exercent illégalement la charge de commissaires d’écoles, et qu’ils en soient dépossédés.Il allègue qu’à la suite de la résolution du 12 août 1921, ils ont agi comme inspecteurs des travaux de démolition de la vieille école et de reconstruction de la nouvelle, et qu’ils y ont travaillé eux-mêmes, moyennant rémunération.Il ajoute que le travail se continue, que les défendeurs sont en même temps inspecteurs et entrepreneurs des travaux, moyennant rémunération, que la construction de la nouvelle école est défectueuse, que les journées de travail ne sont pas complètes, au préjudice des contribuables, et que les défendeurs, qui sont incompétents pour ce travail, continuent l’exercice de leur charge de commissaires, mettant ainsi leur propre intérêt en conflit avec celui des contribuables.Les défendeurs ont contesté cette action.Ils admettent que le requérant est un contribuable et qu’il est intéressé à la bonne administration des affaires scolaires.Ils prétendent que Lavoie n’a eu recours à eux que parce qu’il ne pouvait pas trouver dans la municipalité les hommes dont il avait besoin, et que les travaux étaient urgents.Et ils plaident spécialement qu’il s’agit là d’un travail à la journée et non pas d’une entreprise, et que tout a été fait de bonne foi.En réponse à ce plaidoyer, le demandeur allègue que le nommé Lavoie est un insolvable, peu intelligent, n’ayant aucune qualification pour remplir la charge alléguée, et que sa présence n’a été requise que pour servir de couverture à l’entreprise des défendeurs.Les défendeurs ont nié cette réponse et ils se sont inscrits en droit contre cette allégation relative à Lavoie, sous prétexte qu’elle est inutile et ne peut affecter le litige.La Cour, présidée par l’honorable juge Sévigny, a ordonné “preuve avant faire droit”.Or, je n’ai aucune hésitation à dire que, dans mon humble opinion, cette allégation, relativement à Lavoie, était opportune, dans les circonstances, et que le demandeur devait avoir la permission d’en faire le preuve pour établir, s’il en était capable, la simulation qu’il alléguait, de la part des défendeurs et de la Commission scolaire.Voilà pourquoi je dois décider que l’inscription en droit sera rejetée, avec dépens. 28 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE L’on voit, par ce qui ressort de la preuve, que les défendeurs ont mal renseigné leurs procureurs, en leur disant que Joseph Lavoie avait participé avec eux, à la démolition de la vieille école, et qu’ils avaient travaillé sous ses ordres.En effet, il n’y a pas lieu de discuter en quelle capacité Lavoie pouvait agir, à la démolition, car il n’y a participé en aucune façon.Cela est admis par le témoignage des défendeurs, et ce n’est pas contesté.Mais, malgré que Lavoie n’ait pas participé à cette démolition, à laquelle les deux défendeurs ont travaillé avec Théodule Simard, Lavoie a pris sur lui de faire une “feuille de temps” ou “un rôle de paye” des défendeurs, pour ce travail de démolition de la vieille école, dont il n’est pas même prouvé qu’il ait eu connaissance.Ce “temps” fourni par les défendeurs pour la démolition de la vieille école est indiqué au livret D-2 qui est le cahier dans lequel Jos.Lavoie a indiqué aussi les heures et les jours d’ouvrage fournis pour la reconstruction, par Imbeau, par les défendeurs, et par lui-même.Or, ce seul fait nous prouve, de la part des défendeurs, de concert avec Joseph Lavoie, une simulation pour cacher la vérité au demandeur, et aux autres contribuables ainsi qu’à la Cour.Mais, les défendeurs, à l’argument oral, et au moyen des autorités qu’ils ont citées, s’efforcent de démontrer qu’il s’agit ici d’un travail à la journée exécuté par les défendeurs et que ce cas n’est pas compris dans la prohibition prévue par l’article 2641 des Statuts Refondus, qui se lit comme suit: “Toute personne occupant une charge qui lui a été conférée “ par une commission scolaire, en vertu de la présente loi ou qui a une entreprise pour cette “ corporation, ou qui se trouve dans le cas prévu par l’article 2807 ne peut être membre “ de cette commission scolaire.” (62 Y., ch.28, sect.147.) Et, à l’argument oral, les savants avocats des défendeurs ont admis que le principe en jeu est celui-ci: Il ne faut pas que le Commissaire d’école se trouve exposé à choisir entre son intérêt pécuniaire et celui de la corporation scolaire.Or, dans mon humble opinion, quand le travail se fait à la journée, c’est beaucoup plus facile, pour le commissaire d’école, de travaller lentemént, pour prolonger le plus possible le temps durant lequel il sera ainsi rémunéré par la Commission scolaire.Au contraire, s’il s’agissait d’un contrat à forfait dont le prix aurait été fixé d’avance par la commission, l’intérêt du commissaire qui exécuterait ce contrat serait plutôt d’en hâter l’exécution, cela se conçoit.Mais l’interprétation que les défendeurs donnent au mot entreprise, contenu dans cet article, est-elle acceptable ?Je ne le crois pas.Je crois que ce mot entreprise, ici, veut dire contrat, ou convention quelconque.L’on peut entreprendre un travail à forfait, mais on peut aussi l’entreprendre à la journée et je crois que c’est le cas des deux défendeurs, malgré que leur salaire n’ait été fixé qu’après que les travaux eussent été complétés.C’est là mon humble opinion.Certes, j’ai le plus grand respect pour l’opinion, qui semble contraire à celle-ci, exprimée par des juges très distingués de la Cour supérieure et de la Cour de revision re: Larochelle et Roy, 27 C.S., 55, 1905.Mais, avec la plus grande déférence, je me crois obligé de rejeter cette interprétation de l’article en question.En recherchant le sens du mot “entreprise”, je crois qu’il faut se guider aussi d’après la règle d’interprétation contenue à l’article 13, S.R., cette règle s’appliquant à tous les Statuts de la province, d’après l’article 1, S.R.Les savants avocats des défendeurs se sont appliqués à prouver, pour exclure toute idée d’entreprise, qu’aucun devis n’avait été fourni à leurs clients pour l’exécution des travaux.Mais ils ont produit, comme exhibit D-l, une lettre de l’inspecteur d’école démontrant que la construction était acceptée par le département de l’Instruction publique.Or, l’article 2748 S.R.nous dit que les maisons d’écoles doivent être construites conformément aux plans et devis approuvés ou fournis par le Surintendant.Et le paragraphe 4 de l’article 2573 décrète que l’un des devoirs des inspecteurs, est de constater si les dispositions de la loi et des règlements scolaires sont suivies et observées.Et les articles 38 et suivants des Règlements contiennent des instructions à ce sujet.Or, je crois que l’on doit tirer de là une présomption défavorable à la prétention des défendeurs.D’ailleurs, les défendeurs, ici, ne me paraissent pas sincères, non plus que leurs témoins.On a vu que le secrétaire des écoles est le frère du défendeur Simard.Quand on lui pose directement la question de savoir si ce sont les défendeurs qui ont construit l’école, il ne va pas jusqu’à dire, positivement, non, mais il dit qu’il l’ignore.Le président peut affirmer que c’est lui qui a engagé Joseph Lavoie, et qu’il l’a autorisé à employer des hommes pour lui aider.Mais ce n’est pas au président que Joseph Lavoie s’adresse d’abord, il s’adresse au défendeur Simard, et Simard, qui semble avoir eu peur de L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 29 se compromettre, lui dit: Va t’arranger avec le président.Mais Simard, après bien des tergiversations, nous laisserait croire que c’est lui qui a demandé au président de retenir les services de Lavoie.Dans tous les cas, on voit comment les choses se sont passées.A entendre le président, on croirait qu’il a commencé par retenir les services d’un ouvrier compétent, Joseph Lavoie, qui aurait à son tour retenu les services des défendeurs, mais on a procédé à l’inverse, ce qui, pour moi, confirme la prétention du demandeur.Et le défendeur Simard, dont le témoignage a été admis comme devant être aussi celui que rendrait le défendeur Fortin, est obligé d’admettre cette situation ridicule : lorsque s’est fait le travail de démolition de la vieille école, les défendeurs étaient les deux surveillants, et ils étaient là pour surveiller un seul homme, Théodule Simard.Et, lors de la reconstruction, ils étaient encore tous les deux les surveillants de deux hommes: Imbeau et Joseph Lavoie, et, à certains jours, Imbeau ne travaillait pas.Et, d’après le témoignage de Lavoie, et du président, c’est lui, Lavoie qui aurait été chargé par le président de diriger l’ouvrage.Et le président nous dit que, à la séance du 30 octobre, la Commission en est venue à la conclusion que les défendeurs avaient agi comme surveillants, et qu’ils méritaient un salaire de $2.00 par jour.Mais ce témoin affaiblit son témoignage, quand, par exemple, il affirme que le livret D-2 contient le compte d’une foule d’autres employés.En effet, on y voit que le nom d’un seul autre homme, Imbeau, qui n’a pas travaillé tout le temps.Les défendeurs ont allégué que les hommes étaient rares à cette époque, qu’il était difficile de s’en procurer, et que le travail était urgent.Mais le demandeur a prouvé, sans être contredit, qu’il était très facile de se procurer des hommes à cette époque, dans la municipalité, même sans avoir recours aux membres de la Commission scolaire.Ainsi, Bouchard, industriel, propriétaire de moulin, entr’autres, nous prouve ce fait.Il payait lui-même, à cette époque $1.25 par jour à ses hommes, et leur fournissait, en outre, la nourriture.Or, cette preuve nous laisse entendre qu’il aurait été facile, pour les Commissaires, de trouver à $2.00 par jour, prix alloué par eux aux défendeurs, des hommes pour travailler à leur place.C’est, d’ailleurs, ce que nous dit Théodule Simard, par qui les défendeurs se sont fait aider une couple de jours, pour la démolition, mais dont ils n’ont pas songé à requérir les services pour la reconstruction, bien qu’il fut disponible.Nos cours ont déjà interprété largement, dans des cas urgents et exceptionnels, des dispositions de nos lois municipales et scolaires semblables à celle contenue en l’article 2641, S.R.Maintenant, quand même les défendeurs, pour éviter les suites de l’action, signifiée le 9 septembre 1921, n’auraient pas assisté aux deux sessions de septembre et d’octobre, cette conduite ne les libère pas.Ils étaient commissaires, au moment de l’action et ils l’étaient encore, d’après le secrétaire, le 6 juillet, 1922, lors de l’enquête.Or, le jugement est censé être rendu le jour de la signification.Une question intéressante, qui a donné lieu à deux opinions différentes, est celle de savoir si une semblable action peut être intentée après que les travaux sont terminés, et que le commissaire ou conseiller en a été payé.Cette question est décidée affirmativement par M.le juge Cross, dans la cause que je viens de mentionner.Mais elle ne se présente pas ici, l’action ayant été prise longtemps avant l’achèvement des travaux et le paiement.Jugement (Extrait).—13.Considérant que le défendeur a ainsi abusé de sa position, en n’exécutant pas lesdits travaux d’une façon aussi efficace qu’il aurait dû le faire, dans l’intérêt public; Maintient.Déclare que ledit défendeur a usurpé et usurpe, a exercé et exerce illégalement sa charge de commissaire d’école pour ladite municipalité de Baie-St-Paul-Ouest, et qu’il a abusé de sadite charge”.^ Eugène L’Heureux.AUX PRIÈRES Révérende Mère Sainte-Marie-Rose, supérieure générale de la Congrégation de Notre Dame, décédée (juin 1925).Révérende Mère Marie des Saints-Anges, supérieure des Sœurs de la Présentation de Marie (mission d’Amérique). 30 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE METHODOLOGIE LE DESSIN A L’ÉCOLE PRIMAIRE Première leçon pratique (septembre 1921) U élève n’a jamais dessiné—Matériel nécessaire L’élève se munira d’un carton rigide, simple ou double de 26 x 20 pouces environ et d’une feuille de papier blanc dite: "Ingress”, ce papier étant reconnu le meilleur pour l’étude; de quelques punaises ou mieux encore de deux pinces à linge en bois, à l’aide desquelles il fixera son papier au carton, afin d’éviter à celui-là tout déplacement pendant le travail; quelques fusains plutôt tendres, d’un fil à plomb dont le fil devra être fin et noir et de mie de pain pour effacer.La gomme, excellente pour le crayon, ne convient pas pour le fusain qu’elle étale.La mie de pain sera choisie rassie; fraîche, elle graisse le papier et rend ce dernier inutillisable aux endroits frottés.Nous conseillons vivement l’emploi d’une boîte en métal (boîte à pastilles ou bonbons) fermant hermétiquement.On bourre la mie de pain fortement dans la boîte et on pourra s’en servir pendant plusieurs jours, puisqu’étant à l’abri de l’air, elle se desséchera très lentement.C’est la gomme idéale pour le fusain.Pour l’emploi, prendre dans la boîte une petite quantité de mie que l’on pétrira entre les doigts, de façon à constituer une boulette de la grosseur d’un gros pois.On lui donnera la forme pointue en la roulant entre les doigts, ce qui permettra d’effacer avec une très grande précision la ou les lignes erronées sans nuire aux voisines.La séance terminée, on ferme soigneusement le couvercle et la mie non employée se maintient en état pour'servir à une séance suivante.Ce mode a l’avantage d’éviter l’emploi d’un gros morceau de pain qui généralement est gâché et a l’inconvénient de salir le plancher.Le matériel sera complet avec un crayon pierre noire genre: Conté No 2 ou 3 (tendre).Installation.—Position de l’élève.—Nous supposons que l’école possède une salle de dessin.L’élève s’installera sur un tabouret en face du modèle choisi, ce dernier devra être bien éclairé, de façon à ce que les lumières et les ombres soient très écrites.L’élève ne sera pas trop éloigné de son modèle afin de le bien voir.Son carton reposant d’une part sur ses genoux et d’autre part contre un support quelconque (tabouret, chaise, chevalet ou tout autre objet stable).Le torse droit, la main gauche tenant légèrement le carton.(Fig.1.) Manière de tenir son fusain ou son crayon et position du bras.—Afin d’obtenir de la légèreté dans le trait (ceci est de la plus haute importance, un trait ne doit jamais être noir, y veiller avec sévérité), de la souplesse du poignet et la faculté d’orienter son outil dans n’importe quel sens sans avoir à tourner le carton, celui-ci ne doit jamais bouger de la position verticale et l’élève ne doit jamais se contorsionner, le crayon ou le fusain devra être tenu comme l’indique la figure II et non comme l’élève a l’habitude de tenir son porte-plume.De plus, on veillera à ce que l’outil soit autant que possible dans la direction de l’avant-bras ou pour mieux dire, dans son prolongement.Il faut une verticale ?le bras descend entraînant avec lui l’outil qui n’aura besoin d’aucune pression pour marquer; s’il s’agit d’une horizontale, le coude sera levé jusqu’à ce que l’avant-bras prenne cette position; l’outil étant dans son prolongement il n’y aura qu’à le déplacer dans le même sens et de gauche à droite pour obtenir la ligne horizontale.Pour une oblique l’avant-bras sera mis dans le sens de la ligne à obtenir et ainsi de suite pour toutes les lignes.S’agit-il d’une courbe, celle-ci sera obtenue avec bien plus de facilité, l’articulation de l’épaule aidant à faire pivot.Manière pratique de tailler le fusain.—On travaillera le fusain en forme de sifflet, ce qui procure l’avantage d’obtenir des lignes fines et légères pour les lumières et des lignes plus ^[TTCf-^5 pji L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 31 I crs^.^ A Toutes les lignes A A’ sont des verticales.Observer la distance entre B et A A’ horizontalement. 32 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE larges lorsqu’on veut indiquer les ombres en faisant faire au fusain un quart de tour sur lui-même.Fig.III.Dujïl à 'plomb.—Il est indispensable que l’élève se familiarise le plus rapidement possible avec la direction verticale et la direction horizontale et qu’il prenne l’habitude de ramener toutes les lignes qu’il aura à reproduire à l’une de ces deux directions.Que l’habitude d’imaginer une ligne verticale ou horizontale contre une oblique devienne chez lui un reflexe, il saura très rapidement apprécier un angle.On formera l’éducation de son œil dans ce sens en traçant au tableau des lignes obliques isolées qu’il devra reproduire très exactement comme direction.Pour vérifier, à l’aide d’un fil à plomb, le maître tracera la verticale sur le tableau, montrera l’angle ainsi formé par cette nouvelle ligne et chaque élève fera la même opération sur son dessin.Remarque.—Pour reporter la direction verticale prise avec le fil placé à bout de bras devant l’œil sur le papier, il faut se servir du bord de la feuille de papier, mesurer horizontalement la distance du bord de la feuille au point de départ de l’aplomb et reporter en descendant la même distance en commençant toujours par le bord de la feuille.Ex.: Pour avoir la direction A B sur notre feuille, nous prendrons la distance X A que nous descendrons à la hauteur de B, ce qui nous donnera le point Z A, qui marque la verticale.Fig.IV.En aucun cas l’élève ne commencera par employer le fil à plomb.Celui-ci ne devant venir que pour vérification.Il apprendra ainsi à voir les angles : on lui fera voir si l’angle est pointu, large, ouvert, très ouvert ou fermé.Nous commencerons nos démonstrations par des lignes de la “famille” des verticales.Ex.Fig.V.Pour les lignes horizontales ou voisines de cette direction, l’étude sera identique, à la différence près, que la vérification avec le fil se fera en étendant les deux bras en avant, chaque main tenant une extrémité du fil.L’élève arrivera très vite à placer son fil parfaitement horizontal.Les mêmes lignes seront tracées au tableau ainsi qu’il a été fait pour les verticales.Quand l’élève aura pris ainsi l’habitude de se servir du fil, il arrivera avec sa seule imagination à voir le fil entre lui et le modèle, et les erreurs seront minimes.De Vappréciation de la direction des lignes de courtes longueurs.—Il arrive fréquemment que l’œil a à juger une ligne dont la direction lui échappe, soit que sa pente soit très peu prononcée ou bien que celle-ci soit très courte; l’appréciation en est très difficile.Penche-t-elle à gauche ou à droite, est-elle verticale ou oblique?Prenons notre fil à plomb ettendons-le devant notre œil à l’aide des mains de façon à faire coïncider parfaitement le fil avec la ligne que nous voulons lire.Cette opération, notre fil étant tenu par ses extrémités, nous donne une ligne bien plus grande et qui se trouve par superposition être la direction cherchée.Il ne nous reste plus qu’à regarder notre fil et nous avons dans l’œil sa direction.Ex.Fig.VII.On débutera la progression qui a été indiquée dans l’article précédent (présente livraison de L’Enseignement Primaire), par l’étude de la forme sphérique pour le mois de septembre.Les modèles à emprunter seront les ballons simples et divisés, la mappemonde, les pommes, les boules de jardin ou de billard, les oranges, les billes, le melon, la pelote de laine, etc On laissera au maître l’initiative de trouver des formes répondant au programme, ces quelques indications ne venant que comme guide.On exigera dès le début un dessin qui remplira la feuille.Si le modèle est petit on coupera la feuille en deux, en quatre ou au besoin en huit, mais il faut habituer l’élève à faire son dessin le plus grand possible dans sa feuille.Dès que les dessins auront été exécutés, ils seront ramassés par le maître qui, la séance suivante, fera exécuter le même dessin de mémoire.Puis ensuite ce dessin de mémoire sera demandé à plus grand intervalle.Chaque dessin fait de mémoire sera comparé au dessin exécuté d’après nature.Il est bien entendu qu’aucun dessin ne doit être fait d’après un autre dessin, gravure ou image quelconque: le seul modèle à employer sera toujours un objet en relief.Les dessins d’après objets usuels pourront être coloriés soit au moyen de crayons de couleurs ou encore à l’aquarelle, afin de développer en même temps chez l’enfant l’observation de la forme et de la couleur.Gaston Hoffman, Professeur de dessin à l’École des Beaux-Arts de Québec. L’ENSEIGNEMENT Fig.VII ^Xcf> «''IC IvC., Iv^-cüiow - 5 q.^ 34 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE LA REDACTION A L’ÉCOLE PRIMAIRE {Pour VEnseignement Primaire) La rédaction et la composition, à l’école, ont pour but d’apprendre aux élèves à écrire dans une forme convenable, leurs pensées.Un exercice qui force l’enfant à concentrer tout son esprit sur un sujet pour le pénétrer, pour en tirer des pensées justes et les rendre intelligemment, est l’exercice de formation par excellence.Oui, sans doute, à condition que l’orientation du travail et le choix des sujets tendent expressément vers cette noble fin.Former l’enfant, c’est lui apprendre à vivre, et à vivre en homme de devoir, en homme de cœur.N’est-ce pas viser trop haut avec des enfants?N’est-ce pas exiger trop de sérieux de cet âge?Oui, si tous les sujets revêtaient un tel caractère.Trop sérieux?Pour apprendre à lire, écrire, compter, observer l’ordre en tout, rester silencieux pendant des heures, cela ne demande t-il pas beaucoup de sérieux de la part de l’enfant?Et l’éducateur craindrait d’aborder, de temps en temps, un sujet sérieux ?C’est à l’école de fournir à l’enfant les occasions de réfléchir sur les devoirs qu’il aura à remplir plus tard, et de l’armer contre les tendances, malheureusement trop accréditées, de faire de l’argent et des jouissances le but de la vie.Au commencement de l’année scolaire, il convient de choisir pour sujet de rédaction, Les devoirs de Vécolier ou Ce que je dois faire à l’école.Le même sujet sera donné à toutes les divisions, et étudié dans une causerie, qui servira d’exercice de langage préparatoire à la rédaction.Laissés à leurs seules ressources, plusieurs élèves se contenteraient de répondre par une seule proposition.Le maître se gardera bien de dicter un canevas, procédé des plus condamnables, parce qu’il étouffe l’initiative et habitue au verbiage et à l’insincérité.Il s’efforcera, au contraire, de recueillir les idées par des questions qui laissent toujours la grande part à l’initiative des élèves.Nous n’entreprendrons pas d’écrire ici toutes les interrogations à faire et toutes les réponses à obtenir, à cause de l’incertitude où nous sommes relativement aux réponses des élèves, et aux modifications à apporter aux interrogations.Nous nous contenterons d’indiquer la marche, par quelques questions sur les principaux aspects du sujet, en suivant autant que possible un ordre rationnel, propre à développer l’esprit de suite chez les é èves, et l’enchaînement dans les idées.N’interrogez qu’un seul élève à la fois; ne le désignez qu’après avoir formulé la question; exigez toujours des réponses pleines, complètes; ne précipitez point les élèves lents, donnez leur le temps de réfléchir.Que tous, à tour de rôle, soient appelés à collaborer au travail de l’invention.On pourra procéder à peu près comme suit: Qui vous envoie à l’école?—Ce sont mes parents qui m’envoient à l’école.—Pourquoi vous y envoient-ils?—Ils m’y envoient pour vue j’apprenne à lire et à écrire.-—-Devez-vous apprendre encore autre chose à l’école?—Nous devons aussi apprendre à compter.—N’y a-t-il pas encore une chose plus importante que lire et compter ?—La prière, le catéchisme.—-Que nous apprennent la prière et le catéchisme ?—-Ils nous apprennent à servir Dieu, notre souverain maître.—Est-ce que vos parents ne pourraient pas vous apprendre cela à la maison?—Ils le pourraient peut-être, mais ils n’en ont pas le temps, obligés qu’ils sont de travailler pour subvenir aux besoins de la famille — Les parents qui ne peuvent ou qui ne veulent pas enseigner à la maison toutes ces choses à leurs enfants, sont-ils obligés de les leur faire enseigner ailleurs ?—Oui, ils sont obligés de les leur faire enseigner à l’école.—Quel est l’élève qui peut me dire pourquoi les parents sont tenus d’enseigner ou de faire enseigner à leurs enfants les prières, le catéchisme et les différentes branches du programme ?—Parce qu’ils doivent s’occuper de l’âme de leurs enfants comme ils s’occupent de leur corps.—Que font vos parents pour votre corps?—Us le_ nourrissent, le vêtent et le soignent dans la maladie.-—-Y a-t-il quelque chose en nous de plus important que le corps?—-Il y a l’âme, qui est supérieure au corps.—-Savez-vous ce que les facultés de votre âme vous permettent défaire?—Elles nous permettent de comprendre, de discerner le bien et le mal.—Notre devoir se borne-t-il à discerner ce qui est bien de ce qui est mal?—Notre devoir demande plus: il exige que nous fassions le bien et évitions le mal.—Pour cela, il faut vouloir ce que la raison a décidé. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 35 —Ainsi vos parents comprennent qu’ils doivent vous instruire; aussi ils vous envoyent à l’école.Leur volonté suit leur raisonnement.Et vous, vous y venez, pourquoi?—'Nous y venons pour répondre à leur désir.—En leur obéissant, .obéissez-vous en même temps à quelqu’un qui est bien au-dessus d’eux?—Oui, nous obéissons à Dieu, notre créateur, notre souverain maître.—Qui remplace vos parents à l’école?—C’est vous qui les remplacez.—-Que devez-vous faire pour répondre à mes désirs, qui sont ceux de vos parents?—'Nous devons vous obéir.— Est-ce difficile d’obéir?.Vous hésitez à répondre?Soyez franc, et répondez sincèrement.— Oui, Monsieur, c’est parfois difficile.—-Comment cela?—Il faut garder le silence, alors j’aimerais à parler à mon voisin.—Et vous, Joseph, qu’est-ce que vous trouvez difficile ?—-C’est de rester sur mon banc à y rien faire, quand j’aimerais tant à jouer dehors.—-C’est vrai; obéir, c’est faire la volonté de celui qui commande; c’est souvent un sacrifice pénible; mais s’il est dans votre intérêt personnel, ou pour l’ordre dans la classe, ou la justice à l’égard de votre prochain, comment devez-vous l’accepter ce sacrifice?—Nous devons l’accepter sinon avec plaisir, au moins sans murmurer.—-Qu’arrive-t-il, quand vous faites en rechignant, ce que vous commandent vos parents ou ceux qui les remplacent?—-Il arrive que je perds le mérite de mon action.—Comment cela ?—Le bon Dieu me fera peu de crédit pour un acte accompli de mauvais gré; de plus j’ai le sentiment de n’avoir satisfait personne, ni celui qui a commandé—s’il a constaté mon dépit—ni moi-même, puisque je suis privé de la satisfaction du devoir accompli de bon cœur.—C’est vrai.En est-il ainsi quand vous avez obéi tout de suite et de cœur gai?—Il en est tout autrement:—Expliquez-vous.—Celui qui m’a commandé est content; je le suis encore plus pour avoir fait plaisir à quelqu’un, et par dessus tout, je sais que le bon Dieu me récompensera de cet acte.—Comme vous le voyez, tout sacrifice porte en soi sa récompense; tout acte d’obéissance accompli avec entière soumission vous est méritoire.Pensez-vous être les seuls qui soient obligés d’obéir ?—Je crois bien qu’il y en a d’autres.— Qui?—Tout le monde?—Nommez-en.—Mes parents sont obligés d’obéir aux règlements du conseil municipal, de la commission scolaire, aux lois de la province et du pays.—Et dans le domaine religieux; à qui devons-nous tous obéissance?—Nous devons obéir à nos pasteurs qui sont les représentants du bon Dieu.—Ceux qui refusent d’obéir à l’ordre, à la justice, au bien, sont-ils réellement plus libres?—Non, puisqu’ils obéissent au désordre, à l’injustice,; au mal, ce sont des esclaves, et les pires esclaves.—Ainsi, obéir est nécessaire à tout le monde: j’y suis obligé comme vous.LTn élève a dit qu’il trouvait difficile, dur même, de rester immobile sur son banc, alors qu’il aimerait tant à jouer.Etes-vous seul à travailler ?—Non, Monsieur, tous mes camarades doivent travailler aussi.—En dehors de l’école, y a-t-il des personnes obligées de travailler plus fort que vous ?—Mes parents travaillent plus fort et deux ou trois fois plus longtemps.— A part vos parents, vous devez en voir bien d’autres, parce que tout homme qui veut gagner honorablement sa vie, doit travailler, le riche pour conserver ses biens, le pauvre pour se procurer le nécessaire.—Le travail n’offre-t-il pas une récompense pour l’effort déployé ou le sacrifice consenti?—Il apporte un bien légitimement acquis, et, en plus, la satisfaction du devoir accompli.—Et les enfants qui vont à l’école sont-ils tenus de travailler?—Ils y sont tenus en proportion de leur âge et de leur force.—-Ils ne sont pourtant pas obligés de gagner leur vie, puisque leurs parents s’y emploient courageusement?—-Ils sont tenus de se préparer à la gagner plus tard, lorsque leurs parents manqueront de force, ou que l’âge les obligera de pourvoir à leur subsistance.—Qu’avons-nous déjà dit de l’école par rapport à la vie?—Vous avec déjà dit que ‘d’école est l’apprentissage de la vie’ .—Comprenez-vous bien ce que cela signifie?—Je comprends que si je ne profite pas demon séjour à l’école pour me préparer à gagner ma vie, je me ménage des regrets pour plus tard.—-Comment le séjour à l’école peut-il préparer à gagner sa vie ?—L’élève qui profite bien des leçons données à l’école sera mieux armé pour les luttes de la vie que celui qui y a perdu son temps.—-Quelle arme l’école fournit-elle à ceux qui la fréquentent ?—Elle fournit l’instruction qui permet d’exercer une profession, un métier avec plus de chance de succès.—Expliquez cela par un exemple.—Le cultivateur assez instruit peut tenir sa comptabilité, faire les calculs dont il a besoin, et comprendre les traités d’agriculture et les revues agricoles est plus en état de cultiver sa terre avec intelligence et profit que l’illettré.—Qu’est-ce que le cultivateur peut trouver dans les revues et les livres agricoles ?—Il peut trouver les résultats avantageux d’expériences qu’il était incapables de faire, et que des savants, des spécialistes ont faites.—En est-il ainsi des autres professions se perfectionnant autant si non plus, par l’étude que par la pratique. 36 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Comme conclusion de cette causerie, ne devez-vous pas prendre une résolution?—-Oui, Monsieur, nous devons prendre celle de bien profiter de tout ce qui nous sera enseigné à l’école.—Il y va de votre intérêt en cette vie et dans l’autre.Il vous reste à développer le sujet dont nous venons de trouver ensemble les principales idées.—Comme elles sont éparpillées dans ce long exercice de langage, il sera bon de les rassembler, de les ramasser en préparant le plan à suivre.Il faut de T’ordje dans le développement: rien n’est beau sans ordre.J’oubliais de vous dire que les idées réveillées au cours de cette causerie, ne sont pas les seules sources où vous puiserez pour développer le sujet.Ce que vous avez constaté dans la famille, chez les voisins ou ailleurs, offre peut-être les arguments les plus à votre portée, recourez-y.Ne vous écartez pas du sujet.Il ne vous demande pas d’écrire vos impressions, c’est-à-dire les sentiments que vous y éprouvez, non; il nous commande d’écrire ce que vous ferez à l’école pour en tirer avantage.Le maître aidera les élèves à résumer avec ordre les principales idées, afin d’en dégager un plan convenable.Des élèves de deuxième année il n’exigera que des noms, des adjectifs, des verbes se rapportant à l’école, au travail des élèves, etc.; des autres, il exigera que les idées soient combinées en phrases d’autant plus correctes et enchaînées qu’ils seront avancés.Exigez la sincérité dans la pensée.Le développement ci-dessous peut convenir à un élève du cours supérieur, de l’école primaire élémentaire, qui n’aime pas l’école.CE QUE JE DOIS FAIRE A L’ÉCOLE A vrai dire, je n’aime pas l’école; mais cela ne m’empêchera pas de m’y appliquer.Mes parents m’y envoient, en me répétant chaque matin: “Sois biensage, Jules; sois attentif, poli; profite bien des leçons.” Hé bien! oui, je serai sage, poli, attentif, appliqué, puisqu’il le faut.Ah! ce qui m’encourage dans cette résolution, c’est cette phrase, échappée des lèvres de mon père, qui, hier soir, me voyait rechigner à résoudre un problème incompris: “Courage! Jules, travaille: plus vite tu avanceras, plus tôt je te garderai avec moi.Si tu comprenais combien je souffre de n’en pas savoir assez, tu t’appliquerais bien davantage.” Mon père me le dit, je le crois.Il est souvent embarrassé dans ses lectures, dans ses calculs; j’ai hâte de pouvoir lui aider.D’ailleurs il y va de mon intérêt, puisque j’en sortirai plus tôt; et ce serait de l’ingratitude à l’égard de mon bon maître que de ne pas correspondre, par mon application, à ses efforts inlassables.On apprend tant de choses à l’école, qu’on finit pas s’y intéresser.Je ne suis pas assez sérieux pour comprendre l’utilité de tout ce qu’on m’y enseigne; mais je me dis: “Le programme l’exige, ceux qui l’ont préparé ont plus d’expérience que moi, allons-y de bon cœur”.Cette pensée m’aide à chasser l’ennui et la paresse.N.Tremblay.LA VIE RURALE Ses vertus domestiques, ses traditions (Pour VEnseiynement Primaire) (Lecture en classe et commentaire'.École complémentaire, 7e et 8e années) Dans nos campagnes les mots famille chrétienne et famille canadienne sont synonymes.La famille est restée ce qu’elle doit être: une institution sacrée.Nous avons conservé la pureté de nos glorieuses origines.C’est un fait historique que les colons qui fondèrent la Nouvelle-Frapce furent pour ainsi dire triés sur le volet.Louis XIV défendait d’admettre dans la colonie, les hérétiques et les vicieux.De leur côté les Jésuites avaient la surveillance du recrutement.Il fallait être sain physiquement et moralement pour être admis à traverser les mers.Et il en fut ainsi pour les femmes et les filles héroïques choisies pour être les mères L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 37 de la Nouvelle-France.Avec de tels éléments, les vertus domestiques les plus chrétiennes s’implantèrent dans les foyers nouveaux qui surgissaient sur les rives du Saint-Laurent.On juge un peuple par sa natalité.C’est le thermomètre non seulement de sa vitalité, mais aussi de sa moralité et de sa foi.Il faut le dire avec fierté et en rendre grâce à Dieu, dans ce siècle d’égoïsme et de dissolution morale qui détruisent presque partout la famille, la nôtre est restée saine et forte, tout particulièrement dans nos campagne.Des anciennes statistiques nous apprennent qu’autrefois la natalité était dans la colonie de 63 par 1000 âmes.Aujourd’hui elle est encore de 40 à 60.Ces chiffres sont le plus bel éloge que l’on puisse adresser à notre peuple.Dans nos campagnes, comme dans l’ancien temps, on se marie jeune et on élève autant d’enfants qu il plaît à Dieu d’en envoyer.On prend pour modèle la Sainte Famille et non, comme il est de mode dans les foyers modernes, les aventures des couples héros de romans et de cinéma.Nos mères canadiennes ne craignent pas les familles de 12 enfants et plus.Elles sont des femmes de devoir.Nous ne vivons donc pas au pays du fils unique.De retour en France, après sa première visite au Canada français, M.le chanoine Coubé publiait une magnifique étude sur les vertus prolifiques de la race canadienne française.Il citait entre autres exemples, les suivants, dont voici la substance: Le grand père paternel de S.E.le cardinal Bégin comptait à sa mort 324 descendants directs, enfants petits-enfants et arrière-petits-enfants.La vénérable mère de S.G.Mgr Roy a donné naissance à 20 enfants, deux filles et dix-huit garçons, dont un évêque et quatre prêtres.La grand’mère du chanoine Chartier a laissé à sa mort 258 descendants.Tous ces exemples sont tirés de la vie rurale dont ils font la gloire.C’est cela la revanche des bers canadiens qui a inspiré à des écrivains illustres de France des pages qu’on ne saurait lire sans émotion et fierté.Aujourd’hui les femmes déchristianisées, émancipées, réclament pour se soustraire à leurs devoirs de mères, de prétendus droits.Nos femmes canadiennes, comme leurs ancêtres, conservent leurs droits à peupler les berceaux.C’est là le féminisme de nos mères; c’est aussi celui de l’Église, celui dont se sert la Providence pour accomplir le miracle de notre survivance.Sans doute, c’est là une vie de sacrifices et de mérites.Le père et la mère doivent travailler ferme pour élever, nourrir, instruire et établir tant d’enfants.Pour accomplir une pareille œuvre, il faut plus que des sentiments naturels, il faut de solides vertus chrétiennes.Le Canadien français est patriote, il a la foi simple, robuste et vivace, il met toute sa confiance dans la Providence.Il est fidèle à toutes les pratiques religieuses commandées par l'Église.Dans nos campagnes, très rares sont ceux qui négligent leur devoir pascal.Presque partout, chaque jour après le souper on se réunit au pied du crucifix et on fait la prière en famille.L’habitant a le culte du passé, l’amour des traditions, il a conservé toutes les pieuses coutumes de la vieille France chrétienne.Il est charitable et hospitalier.Le quêteux aussi bien que l’hôte distingué sont les bienvenus.Le vrai bonheur règne au foyer rural.Il n’y a guère sur la terre de gens plus joyeux, plus heureux que nos terriens.Dans “son poste de solitude” l’habitant, en remplissant fidèlement ses devoirs d’état et religieux, en restant attaché aux vertus domestiques et aux traditions des ancêtres, accomplit T’œuvre de salut du Canada français.Paul Tardivel.ENSEIGNEMENT DIRECT DE LA LANGUE ANGLAISE (1) IIL—ÉTUDE DU VOCABULAIRE Deux moyens, simples, efficaces, sont à la disposition du maître qui ne veut pas se servir de la langue maternelle comme unique, ou 'principal intermédiaire, lo L’intuition; 2o L’interprétation des termes nouveaux au moyen des termes connus.I.—Intuition 1.Intuition directe: lo Montrer dans la réalité les objets que nous nommons; montrer aussi dans les choses les qualités perçues par les sens: long, short, large, red, hot, cold, smooth, sweet, etc.(l) Voir L’Enseignement Primaire d’avril et mai 1925. 38 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 2o Exécuter, ou figurer, les actes que nous énonçons: I walk to the door.I write on the blackboard.I open my book.I read in my book.I STAND up.I sit down.I fold my arms.I draw a square.2.Intuition indirecte: Quand il n’est pas possible de montrer la chose elle-même, on se sert d’une image qui la représente; on peut encore en faire une esquisse sommaire au tableau noir.3.L’antithèse: L’expérience montre qu’il y a profit à employer ensemble les mots qui s’opposent ou qui sont en corrélatiqn: stand up et sit down; long, short, etc.Ce procédé est indispensable pour l’étude des adjectifs, car la qualité est une particularité qui se remarque moins facilement que l’identité de l’objet: vous montrez un livre en disant: This book is red; mais ce livre peut être aussi gros ou petit, épais ou mince, vieux ou neuf, bleu, etc.; quelle qualité voulez-vous faire considérer?L’élève peut très bien ne pas le voir.Pour aiguiller l’attention sans erreur possible, montrez plusieurs objets différents qui soient rouges, montrez aussi plusieurs livres dont un seid soit rouge; vous aurez ainsi opposition ou variété, et dans les objets, et dans les qualités: The book is red.This book is red.My pencil is red.This book is not red.The paper is red.This paper is not red.Etc.Etc.Voir le Livre préparatoire, lie semaine.Si l’on en veut consulter aussi la table des matières, on verra qu’il est fait grand usage du procédé par antithèse: les mots en corrélation étroite étant étudiés ensemble: yes — no read — write this — that new — old big — small good — bad his —• her short — long hot — cold my — your I — you in —- on put — take stand up — sit down open — shut right — left run — walk he — they 4.L’action figurée et le geste: Quand il est peu pratique, ou impossible, d’exécuter réellement un acte énoncé, il suffit souvent de \q figurer par un geste expressif.La mimique, mieux que l’espéranto, est une langue universelle.Tout professeur a vu quelquefois un élève faire un geste pour représenter ou évoquer un mot “qui ne lui vient pas”, ou encore pour désigner une chose dont il ignore le terme; qui n’a surpris le geste muet de l’élève qui demande le couteau d’un camarade pour aiguiser son crayon ?Soit le verbe want à interpréter.Nous avons vu qu’un mot ne doit pas être enseigné isolément, celui-ci surtout qui exprime une action mentale.Si le maître, pensant à un certain objet qu’il lui faut, tâchait de peindre sur sa figure le désir, le besoin qu’il en a, tout en disant: 1 want.I want.il manquerait certainement son coup: personne ne le comprendrait.Voici plutôt comment il faut procéder si l’on recourt au geste figuré, à la mimique.Le maître allant au tableau fait mine de vouloir écrire; il cherche des yeux un morceau de craie, en disant: “I want a piece of chalk;” il répète la phrase tout en cherchant.Enfin il a ce qu’il lui faut, et le mot est écrit.Ayant fait mine de l’effacer, le maître fera pour la brosse à tableau le même jeu que pour la craie, la nouvelle phrase est donc: I want a brush.Prenant un crayon, le maître fait mine de l’aiguiser avec le doigt, il dit: I want a knife.”11 Un élève lui ayant prêté le sien, le maître essaye de l’ouvrir; n’y réussit pas, il dit: “I want to open the knife.” Il procéderait de même pour la phrase, I want to shut the knife.On voit facilement le geste qui expliquerait, traduirait le verbe want dans les phrases suivantes : L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 39 It is cold, I want to shut the window.It is warm here, I want to open the windoiu.I have a glass, I want to drink.I take my book, I want to read.I want a chair.—Etc.Jusqu’ici le maître a acté seul, les élèves se sont contentés de répéter les phrases, en lui adressant la parole, You want a piece of chalk; etc.Il pourrait, et on le lui conseille fortement, faire reproduire les petites scènes à tour de rôle par les meilleurs élèves; peut-être quelques-uns pourraient-ils inventer une ou deux applications nouvelles; c’est à encourager.5.L’intonation jointe au geste: L’intonation corrobore ce que le geste, l’intuition ont déjà pu faire comprendre; elle sera très différente pour: How beautiful it is! et How beautiful is it?—La phrase: Poor blind boy! comporte un geste et une intonation exprimant la compassion.Il en est de même pour le commandement.Si l’on avait à lire la phrase suivante: “I will poison the other two, and then I shall have all the money to myself”, on lirait le premier verbe comme si on disait: C’est ça, empoisonnons.et l’autre verbe: Oh, la bonne aubaine! (Cette phrase est tirée de la première leçon du Troisième livre.) Ces moyens que nous venons d’exposer sont employés à l’exclusion de tous les autres dans le Livre préparatoire.Il est nécessaire de l’étudier attentivement pour avoir la clef, l’esprit de la méthode directe.Les élèves qui n’ont pas fait cette gymnastique souffriront de cette lacune.Les maîtres qui ne l’auraient pas enseigné agiraient judicieusement en s’en servant comme d’un vade-mecum pour s’en inspirer dans leur enseignement de l’anglais.Le vocabulaire des élèves s’enrichira ainsi peu à peu, pour nous offrir bientôt de nouvelles ressources, de plus grandes facilités pour l’enseignement des mots nouveaux.Sans négliger les premiers procédés, loin de là, on pourra interpréter les termes nouveaux au moyen des termes connus.Un Frère de l’Instruction chrétienne.L’INSTRUCTION ET L’EDUCATION (1) (Essai pédagogique) I—L’INSTRUCTION (Par Mlle Ida G., élève-institutrice de l’École normale de Hull.) Je me sens réellement accablée d’honneur et d’impuissance, mais convaincue que le sujet que j’ai l’intention de traiter est, de par sa nature, fort intéressant et beau, avec une courageuse confiance, je lis ma conférence sur l’Instruction.D’abord, me suis-je demandé: qu’est-ce que l’on entend par une personne instruite?— Pour moi, une personne instruite, ce me semble, est celle qui a des clartés de tout et qui par conséquent veut se rendre utile aux autres dans son poste providentiel.L’instruction qui s’adresse directement à l’intelligence fait acquérir ces connaissances variées: les littéraires, les scientifiques, etc., etc.En effet, on définit l’instruction, l’art d’orner l’esprit de connaissances.Elle s’applique surtout à exercer, à développer et à fortifier les différentes facultés de l’esprit.D’où, son importance capitale.Combien cependant, semblent oublier que le cerveau a été créé pour la pensée! Aucun don naturel ne peut se passer de l’Instruction raisonnée, c’est d’expérience quotidienne.Pour acquérir de l’influence, pour donner au bienfait toute sa valeur, toute sa portée morale, il faut une intelligence qui ne s’obtient que par l’étude et la réflexion attentive.Sainte-Thérèse, disait: “Que chacun nous fasse profiter de son esprit: personne n’en a de trop.Personne, non plus, n’aura jamais trop d’instruction.” L’Église aussi reconnaît l’importance de l’Instruction, non seulement pour les riches, mais pour le peuple; les peuples lui doivent même l’école populaire; l’école, veux-je dire, où (1) Débat pédagogique: Cercle pédagogique de l’École normale de Hull, 2 avril 1925. 40 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE elle leur prodigue l'instruction aussi gratuitement que possible, grâce à ses congrégations enseignantes.“L’instruction pour tous” est un mot éminemment chrétien; il a été prononcé par Innocent III, au XIII siècle.Quels bienfaits, l’instruction ne procure-t-elle pas! Ai-je à mentionner celui d’assurer le pain quotidien par des situations pécuniaires améliorées?Ensuite, n’est-ce pas la science qui a doté l’humanité de ses utiles savants, tels: Linné, illustre naturaliste suédois, donnant sa précieuse classification des plantes, en vingt-quatre classes; Pasteur, savant chimiste français, connu surtout par ses travaux intéressants sur la fermentation et qui ont servi si efficacement à combattre la peste des microbes; et le savant Galilée, déclarant que le soleil, et non la terre, est le centre du monde planétaire et que la terre tourne autour de lui, comme une autre planète; à part ses inventions de lunette astronomique, etc., etc.L’instruction a fait des savantes aussi.des savantes, j’entends, non les pédantes de Molière.Car la vraie science fait des femmes fortes par l’intelligence, fortes par le jugement et par le caractère; de là, des femmes sensées, réfléchies, appliquées, sérieuses.Certes, je n’entends pas parler de ces femmes qui caquettent sur tout, avec des apparences de grandes penseuses.Monsieur de Maïstre en aperçut une dans la personne de Madame de Staël et il écrivait en ricanant: “C’est la science en jupon” et ses œuvres sont de “brillantes guenilles” .J’entends ici, parler de femmes très éclairées et sachant écrire.Monseigneur Dupanloup en parle avec louange.“Sainte Thérèse, a-t-il écrit, est un des plus grands, sinon le plus grand prosateur de l’Espagne, et même parfois, elle cultivait la poésie”.N’a-t-elle pas eu de si grandes lumières sur les choses divines, que ses ouvrages lui méritèrent le titre de “Docteur de l’Église” ?Sainte Catherine enseignait la philosophie chrétienne et confondait les philosophes païens dans les écoles d’Alexandrie.Sainte Gertrude, sous Dagobert, savait toutes les Écritures et les traduisait du grec.et combien d’autres.Avec raison, Mgr Dupanloup a écrit que le génie est parfois descendu sur une intelligence de femme.Quant à l’influence de l’Instruction, elle ne peut être contestée, même pour l’intelligence féminine.Une jeune fille, initiée aux joies sérieuses de l’esprit, ne sera pas réduite à chercher le monde, à multiplier ses relations pour fuir l’ennui, ni à masquer le vide de ses pensées, par les interminables bavardages des salons.Si elle connaît les vraies richesses de la littérature, elle n’aura ni le temps, ni le désir de perdre des heures entières à de vaines lectures de romans.Elle préférera un récit historique, un journal de voyage, lesquels la mettent en face de la réalité, et lui donnent l’avantage d’accroître ses connaissances.Pour l’institutrice elle-même, la science est un trésor, un aimant qui lui attire ses élèves.Écoutez à ce propos, un grand pédagogue: “Le prestige du savoir est immense sur l’enfant.On dit parfois, que l’enfant est gagné quand on a pris son cœur.Oui, si par le cœur, vous arrivez à saisir l’esprit; mais tant que l’esprit n’est pas à vous, craignez toutes les inconstances et tous les retours de la sensibilité.Or, la maîtresse s’adresse à l’esprit; si elle s’impose à lui par le savoir, elle arrivera bientôt à posséder tout l’être: “Celui-là dirige la barque, qui tient le gouvernail”.Mais, me dites-vous, impossible à chaque individu, d’atteindre l’apogée de la science.Augmenter le nombre des savants est-il pour vous l’unique but de l’instruction ?—A Dieu ne plaise que je m’abuse à ce point! Non, les sublimes hauteurs sont réservées à l’élite; descendons sur les plateaux, dans la plaine même, et voyons quelle instruction il convient de donner aux femmes, aux enfants de la petite école.L’instruction, tout d’abord, doit être simple et pratique: départie à chacun selon ses aptitudes, sa condition, son milieu; elle doit répondre aux exigences d’une vie ordinaire.C’est ce que résumait un Français, dans ces mots: “Nous voulons que les élèves soient avertis peu à peu de ce qui est; qu’ils emportent du collège, un certain nombre de notions justes sur ce qu’est l’homme dans la nature; leur temps dans le temps; leur pays dans le monde; et le monde autour de leur pays, et qu’ils n’en sortent pas comme des oiseaux effarés et incertains, d’une volière close dans des espaces inconnus.” Quant aux enfants de l’école primaire, on ne peut compter en faire des savants, pendant la courte durée de l’âge scolaire.Si l’on ne sait pas limiter son programme aux connaissances fondamentales, dit un pédagogue, on se donne beaucoup de peine, on se fourvoie; car de tant de notions montrées comme à travers une lanterne magique, que restera-t-il dans les jeunes esprits ?—Rien de distinct, un pêle-mêle d’idées vagues et confuses, l’illusion du savoir, pire qu’une franche ignorance.Le Programme général a donc besoin d’être réduit à de modestes proportions; celui de Québec répond aux exigences pédagogiques; aux institutrices de s’y conformer. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 41 Mgr Dupanloup, parlant de la nécessité de Tinstruction pour les femmes, en général, dit: “Ce que je désire avant tout, ce sont des femmes intelligentes, judicieuses, attentives, instruites de tout ce qui leur est utile de savoir comme mères, comme maîtresses de maison et femmes du monde; ne dédaignant jamais le travail des mains, et toutefois sachant occuper non seulement leurs doigts, mais aussi leur esprit et cultiver leur âme tout entière; ne se contentant pas de savoir la lecture et Forthographe, mais connaissant la littérature avec ses chefs-d’œuvre, la philosophie dans sa partie positive au moins, l’histoire, l’esthétique, les arts d’agrément, la religion”.L’École normale de Hull, grâce au programme sagement établi par le Conseil de l’Instruction publique, donne à la normalienne une culture générale, solide, de littérature, de philosophie, de langues, d’histoire, de mathématiques, etc., etc., suffisante pour la carrière d’institutrice qu’elle doit embrasser.Certains pensionnats ont des cours supérieurs pour les jeunes filles; elles peuvent aller jusqu’aux grades universitaires.Oh! si les circonstances nous favorisent, ne craignons pas de nous développer davantage! Si Dieu nous a donné le don de l’intelligence, comme créature à son image, c’est pour en faire un usage convenable: la parabole de l’Évangile le prouve.S’instruire et enseigner, belle destinée! N’est-elle pas grande, noble, en effet, la mission de la femme, consacrant ce qu’elle a de meilleur, au bien de la société?Car l’enfant c’est l’homme de demain; et jeter, faire germer le grain de la science dans une tête aux pensées légères et fugitives comme les évolutions capricieuses du papillon, n’est-ce pas une lourde tâche?.Tâche bénie toutefois, et consolante, à mesure que l’esprit devient plus sérieux.L’adolescence est pleine de fleurs et de parfums, riche en espérance.les fleurs promettent des fruits!.L’espérance! Oh! c’est ici l’atmosphère réconfortante, stimulatrice dans laquelle vit la maîtresse d’école.Ma semence est bien humble, doit-elle se dire; de purs éléments, les premières bases de l’instruction.mais que deviendront ces germes ?quelle en sera l’éclosion?—Ne commençai-je pas à façonner un grand poète, un grand écrivain, un grand savant un grand philosophe, un grand historien, un grand industriel, un grand commerçant?Car’ le savoir n’est pas infus, il faut l’acquérir.Comme le chêne géant doit sa force, sa grandeur à un simple gland, la vraie science tire d’ordinaire sa valeur des éléments rudimentaires bien acquis; c’est la base que pose fort souvent la modeste institutrice dans un coin ignoré du globe où retentira, puissante, la voix d’un héros de l’esprit: son élève devenu célèbre.Enfin, quel est celui ou celle d’entre nous qui, en voyant se dérouler les étonnantes merveilles du génie humain dans le cours des siècles, n’a pas compris la grandeur de la science! Savants, artistes, littérateurs, philosophes, hommes et femmes célèbres de tous les âges, proclament haut la puissance de l’esprit de l’homme perçant des horizons jusque là dans la nuit, grâce au flambeau de l’instruction.Normaliennes, qui demain serons de bien modestes lanternes, éclairant la jeunesse écolière, soyons des enthousiastes de la science! Et pour nous stimuler aux heures de lassitude rappelons-nous les paroles de saint Augustin, répétées par Mgr Dupanloup: “Il n’est permis à aucune créature, à aucune de celles à qui Dieu a confié la lampe de l’intelhgence, de se conduire en vierge folle, de laisser imprudemment s’épuiser l’huile de la lampe, faute de l’entretenir ou de la renouveler; de laisser ainsi s’éteindre la lumière qui doit d’abord l’éclairer elle-même, puis d’autres qu’elle.” Concluez, Mesdemoiselles.Ne s’agit-il pas tout particulièrement de l’institutrice et de ses élèves ?(l’éducation dans la 'prochaine livraison) COMPOSITION La première institutrice canadienne Dans l’étude si intéressante des origines de la colonisation française en Amérique, toute une phalange de femmes héroïques excite notre admiration: nommons d’abord Marie de l’Incarnation et ses compagnes, Madame de la Pel trie; plus tard, Jeanne Mance, Marguerite Bourgeoys, Mademoiselle de Verchères, et tant d’autres. 42 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Mais, sous le voile de la plus profonde humilité, sa cachent d’autres femmes non moins héroïques, ni moins dévouées que les premières; à peine l’histoire nous livre-t-elle leurs noms De ce nombre est Marie Rollet, la vaillante épouse de Louis Hébert, la première femme française venue au pays.C’est en 1617 qu’elle débarqua au Canada, amenant avec elle ses trois enfants en bas âge.La traversée, très difficile, avait durée treize longues semaines Dès son arrivée, Louis Hébert, construisit une petite maison de bois à la haute ville, non loin de l’habitation de Québec, et se mit à défricher la forêt.En peu d’années, les blondes moissons remplaçaient les verdoyantes futaies et la brise du grand fleuve, en caressant les épis dorés, les faisait onduler au gai soleil canadien.Pendant ce temps, son épouse, non sans fatigue, ouvrait un petit jardin et y semait les graines apportées de France.Bientôt un joli parterre faisait l’admiration des pauvres sauvages.Même, après quelques années, l’air était embaumé par les parfums qu’exhalaient les fruits savoureux des robustes pommiers de Normandie.C’est au milieu de ces richesses de la nature qu’elle aimait à se promener, le soir, avec ses enfants, les entretenir de la bonté du Créateur et leur soufflant au cœur l’amour du bien et du vrai et l’attachement à la patrie canadienne.Cependant, l’épreuve vint bientôt assombrir ce bonheur.Dans l’espace de quelques années, elle perdit successivement sa fille aînée et son propre époux, le vaillant colon canadien, qui rendit à Dieu sa grande âme de chrétien et de pionnier, après avoir recommandé à son épouse le soin des pauvres sauvages.Madame Hébert pendant la famine de 1629, alors qu’aucun secours n’arrivait de France, et que les soldats, manquant de tout, étaient sur le point de succomber, devint la providence visible de tous.A plusieurs Français elle sauva la vie en leur envoyant des vivres.C’est pourquoi on l’a comparée à la femme forte dont parlent nos saints Livres: “Elle a fourni à tous la subsistance et ses serviteurs n’ont manqué de rien.” On raconte qu’un jour, à l’occasion d’un baptême, elle donna un festin sans pareil.aux Hurons qui se montrèrent très sensibles à cette marque d’affection.Pensez donc, il fallait faire les choses en grand! Madame Louis Hébert tenait sur les fonts baptismaux l’enfant d’un sauvage huron, et Monsieur de Champlain n’avait pas cru abaisser sa dignité de représentant du roi de France en devenant son parrain!.Après la mort de son époux, libre des soucis de la famille, elle ouvrait, dans sa propre maison, une école—-la première petite école canadienne—et se faisait l’institutrice de quelques filles sauvages dont les familles demeuraient à Québec.Six petites huronnes assistaient régulièrement à ses classes où l’on apprenait le catéchisme, l’hygiène et la tenue du ménage.C’était sans doute une rude besogne d’initier ces filles indigènes aux usages de notre civilisation; mais les rudes tâches, Madame Hébert y était habituée depuis longetmps.Combien intuitives et patientes devaient être les leçons données par la charitable institutrice! Tout en s’occupant de ses élèves, elle surveillait le pot-au-feu d’où s’échappait une appétissante odeur de soupe aux légumes qui aiguisait l’appétit de ses protégés.Au dehors, on pouvait apercevoir, par la porte entr’ouverte, les vastes champs de blé se balançant au gré de la brise.Midi venu, on dînait gaiement et la classe reprenait.Les petites sauvagesses profitèrent si bien des leçons de leur dévouée maîtresse que, devenues grandes, elles épousèrent des Hurons convertis et se montrèrent dignes de leur éducatrice en fondant des foyers chrétiens.Après une carrière si bien remplie, Madame Hébert aspirait au repos; sa mission terminée, elle quittait la terre sans regret, entourée de ses enfants, de ses petits enfants et de ses protégées.Tu peux dormir en paix, ô noble aïeule! La terre canadienne te sera légère.Tu laisses au pays pour continuer et amplifier ton œuvre d’éducation, d’autres femmes de France, les “Vierges de la prière”, ainsi que les appellent les sauvages: Marie de l’Incarnation et ses compagnes, établies au pays depuis 1639, se donnent tout entières à l’œuvre de l’évangélisation des sauvages.Élève-institutrice (2e année), École normale de Rimouski. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 43 DOCUMENTS SCOLAIRES ASSOCIATION DES INSTITUTEURS CATHOLIQUES DU DISTRICT DE QUEBEC 178ième réunion de l’association des instituteurs de la circonscription de l’école NORMALE LAVAL (13 juin 1925) La séance s’ouvre à 9 h.30 sous la présidence de M.B.-O.Filteau, professeur à l’école normale Laval.Présents: Mgr Th.-G.Rouleau, P.A.et principal de l’École normale Laval, M.C.-J.Simard, soùs-sécrétaire de la Province; M.C.-J.Magnan, inspecteur général des écoles catholiques; MM.les abbés L.-A.Caron, J.-J.Dubé, assistants-principaux, J.Mathieu, R.Couture, J.Pelletier, surveillants; MM.les professeurs de l’École normale: N.Tremblay, B.-O.Filteau, G.Brûlé, Z.Tousignant, J.-P.Garneau, R.Létourn'eau;; MM.les inspecteurs L.-P.Goulet, A.Filteau; M.les instituteurs P.-P.Magnan, R.-V.Morissette, P.Latulippe, J.Plamondon, G.Poulin, T.Tremblay, N.Fortin, E.Allard, L.-A.Gagné, J.-R.Paradis, H.Goupil, C.-A.Pelletier, J.-E.John, Lucien Gagné, Laurent Gagné, Aim.Goulet, J.Asse-lin, J.-M.Badeau, H.Hudon, G.Filteau, T.Lamontagne, W.Carbonneau, R.Croteau, F.-X.Gérard, J.-P.Poulin, J.-E.Vézina, T.Lessard, J.Peacock, E.Badeau, L.-P.Goulet, W.Leclerc, A.Rouleau, É.Perron, R.Gravel, J.Talbot, A.Sitnard, W.Beaumont, J.-W.Caron, D.Savard, L.Faguy, A.Duval, P.Marceau, E.Labrecque, G.Jean, G.Gagnon, W.Goulet, F.-X.Goupil, C.-A.Lever, J.-M.Maillot, L.Tanguay, P.-E.Pagé, R.Goulet, L.Lavi-gueur, J.-E.Goulet, L.Lemay, E.Arteau, A.Diohne, R.Roy, P.Plaisance, P.-E.Bérubé, R.Mercier, A.Duchesneau, C.Lemieux, C.Tanguay, E.Asselin, A.Lessard, E.Michaud, P.Paré, R.Pouliot, O.Picard et les élèves-maîtres de l’École normale Laval.M.l’abbé J.-J.Dubé, assistant-principal, récite la prière d’ouverture, puis M.le président souhaite la bienvenue à tous et exprime, en quelques mots, sa vive satisfactiqn de voir une assistance si nombreuse.COMMUNICATIONS, RAPPORTS, ÉLECTIONS Le procès-verbal de la dernière réunion est adopté tel que lu, puis le secrétaire donne lecture du rapport du Bibliothécaire de l’Association.Bien qu’organisée depuis à peine cinq mois, la bibliothèque compte déjà une centaine de volumes qui, dès septembre prochain, seront mis à la disposition des membres de l’Association.Les plus sincères remerciements sont offerts à M.le sous-secrétaire provincial pour sa générosité et pour l’intérêt qu’il porte à la formation de notre bibliothèque, à Mgr.le Principal qui a bien voulu fournir la salle pour y loger la bibliothèque, à M.Z.Tousignant qui s’acquitte de sa tâche avec tant de dévouement et de succès, à M.le président qui ne néglige aucune occasion pour seconder le Bibliothécaire dans son travail d’organisation.M.le Conseiller législatif Du Tremblay, MM.les Commandeurs C.-J.Magnan et L.-P.Turgeon prient l’Association d’agréer leurs sincères remerciements pour les messages de félicitations qu’elle leur a adressés et auxquels ils ont été très sensibles.M.le Surintendant de l’Instruction publique, MM.G.-E.Marquis et L.Bergeron remercient l’Association de l’invitation reçue et s’excusent de ne pouvoir assister à la réunion.On procède ensuite à l’élection des officiers: le résultat suivant est inscrit: Président: M.C.-A.Pelletier, professeur à l’Académie St-Joseph; Vice-Président: M.J.-P.Garneau, professeur à l’École normale Laval; Secrétaire-trésorier: M.J.-A.Drolet, professeur à l’Académie St-Roch; Assistant-secrétaire-trésorier: M.G.Jean, professeur à l’École du St-Sacrement; Bibliothécaire: M.Z.Tousignant, professeur à l’École normale Laval.Délégué à la Commission du fonds de pension: M.J.Ahern, professeur à l’École normale Laval. 44 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Comité de régie: MM.les officiers en charge, plus MM.N.Tremblay, B.-O.Filteau, L.Faguy, A.Rouleau, J.Plamondon, L.Gagné, P.P.Magnan.DISCOURS, CONFÉRENCES, TRAVAUX DU CONCOURS M.B.-O.FILTEAU, PRÉSIDENT M.le Sous-Ministre, Mgr le Principal, M.ITnspecteur général, Messieurs, Immédiatement après la fondation de FÉcole normale Laval, il y a de cela bientôt soixante-dix ans, les premiers professeurs de cette maison, comprenant la nécessité de s’unir pour la protection de leurs intérêts et pour le bien de l’œuvre qu’ils avaient missioti d’accomplir, se joignaient aux inspecteurs d’écoles et aux instituteurs de la région pour jeter les bases de cette association connue depuis sous le npm de Conférence de la circonscription de l’École normale Laval.Les débuts de cette association furent pénibles et difficiles.Le petit nombre des instituteurs de la ville de Québec à cette époque, l’éloignement de plusieurs des membres, la défection de quelques autres étaient autant de causes de faiblesse difficiles à faire disparaître.Cependant, grâce à l’énergie de ses fondateurs; grâce aux généreux encouragements et à la paternelle hospitalité de Mgr Rouleau et de ses vénérés prédécesseurs, grâce surtout au dévouement et à l’enthousiasme des anciens professeurs de l’Ecole normale : les Juneau, les Thibault, les Cloutier, les Laçasse, les Toussaint, les Létourneau, dévouement et enthousiasme dont nous retrouvons encode des modèles aujourd’hui dans M.l’Inspecteur général, dans M.Nérée Tremblay et plusieurs autres, les activités de la Conférence ne se ralentirent jamais, et deux fois chaque année ses membres se réunissaient pour se serrer la main, pour s’encourager mutuellement, pour étudier et discuter les problèmes toujours imparfaitement résolus de la pédagogie et pour se retremper dans cette atmosphère de cordialité qu’on respire toujours au foyer de l’Alma Mater.Pendant plus de cinquante ans, le nombre des membres ne s’âccrut que très lentement, mais vers 1915, s’ouvrit une ère de développements considérables.Nous constations alors avec joie que nos cadres commen aient à s’élargir.Peu à peu, par suite de l’accroissement annuel du personnel enseignant laïque de la ville de Québec, nos effectifs se doublèrent puis, rapidement se triplèrent, de sorte que, au lieu d’une trentaine de membres au plus que nous parvenions à réunir en 1915 aujourd’hui nous avons la satisfaction de nous grouper confiants et résolus, au nombre d’au moins soixante-quinze.Et ce sont ces soixante-quinze à quatre-vingt professeurs, inspecteurs et instituteurs, M.le Sous-Ministre, qui, d’un commun mouvement avec leur vénéré père Mgr Rouleau, avec leur sympathique Inspecteur général M.C.-J.Magnan, avec MM.les Assistants- Principaux Caron et Dubé, avec tous les professeurs et les élèves actuels de cette maison, sont heureux de vous présenter leurs hommages et de vous remercier de l’extrême bienveillance qui, ce matin, vous a conduit vers nous.Et ces hommages que les membres de cette Association se font une joie de vous présenter, permettez-moi d’en faire modestement trois petits paragraphes à la mode d’un pauvre primaire plus entraîné à l’enseignement rigide de la grammaire et des mathématiques qu’à la souplesse de l’éloquence académique.Bien que je sache devoir blesser votre modestie, je suis sôr de raduire très fidèlement la pensée de mes confrères en vous disant qu’ils se plaisent à voir en vous un triple modèle.Ces maîtres d’écoles, vous le savez, ça vous a la manie de l’enseignement et cette manie les pousse à donner ou à prendre des leçons partout.En outre, ils ont pour principe de baser leur enseignement sur l’intuition, c’est-à-dire sur des exemples vivants et cohcrets.Souffrez donc que je vous fasse connaître ce que, sans vous en douter sans doute, vous personnifiez pour eux d’une manière très vivante et très concrète.MM.les instituteurs voient d’abord en vous un modèle d’activité; et sûrement, je ne dis rien là qui'vous surprenne.Il suffit d’avoir passé une fois par votre bureau, d’avoir été témoin des assauts incessants dirigés contre votre porte de toutes les avenues du Palais législatif; il suffit de songer à l’énorme courrier à dépouiller tous les matins, aux réponses sans nombre à rédiger ou à dicter; il suffit d’avoir vu M.le Sous-Secrétaire derrière sa table L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 45 de travail, donner des ordres à un messager, signer un document dont l’expédition presse, prendre connaissance d’un dossier que l’on veut remporter immédiatement, et cela tout en répondant très aimablement à un visiteur, pour comprendre une fois pour toutes, et de la manière la plqs intuitive possible, quelle somme d’énergie et d’a)ctivité vous êtes appelé quotidiennement à déployer.En secbnd lieu, ces messieurs instituteurs m’ont fait savoir qu’ils trouvaient encore en vous un modèle d’urbanité.Et croyez m’en bien, cette seconde qualité les a touchés encore plus que la première.Il est beau sans doute, il est digne d’un homme de volonté de se complaire dans le travail et l’activité; mais ce qu’il y a de plus beau encore, c’est d’être capable, en dépit d’une besogne si énervante, de conserver sa sérénité, d’accueillir si aimablement les importuns, les fâcheux, les solliciteurs au nombre desquels se trouvent parfois des professeurs, des inspecteurs, voire même des instituteurs; c’est d’être capable de les écouter avec cette courtoisie et cette affabilité qui les met si à l’aise et de leur répondre de cette manière encourageante et généreuse qui vous à mérité la réputation, fâcheuse pour votre tranquillité sans doute, d’être le plus aimable fonctionnaire du gouvernement de cette province.De cette amabilité, M.le Sous-Ministre, nous avons d’autres preuves; et votre présence ici, ce matin, en est une des plus touchantes.Quand un homme débordé comme vous l’êtes par le travail, prend la peine de s’arracher à son bureaü, un samedi matin, après une absence de plusieurs jours, au retour d’un voyage de nuit, pour se rendre au désir d’humble gens comme nous, faut-il se demander si cet homme est aimable ?Mais il y a plus.Je vous ai déjà dit, messieurs, avec quelle faveur j’ai été accueilli par M.Simard lorsque je suis allé lui faire part de votre demande de subvention; et je ne crains pas de répéter aujourd’hui, en sa présence, que c’est entièrement de sa faute si, cette subvention, nous avons réussi à l’obtenir.Enfin M.le Sous-Ministre, mes confrères ont fait une autre découverte.Et puisque j’ai déjà commencé à vous lancer des pavés, peut-être vaut-il mieux laisser encore échapper ce troisième de sorte que si vous réussissez à vous en garer, vous n’aurez plus ensuite rien à craindre de notre part.Ces messieurs ont appris à la première page de leur pédagogie que l’éducation de l’homme, pour être complète, doit comprendre à la fois la formation de l’intelligence, la formation du cœur et la formation de la volonté.En ce qui concerne la volonté, pas la moindre inquiétude à avoir sur votre compte puisque cette activité incessante dont j’ai parlé tout à l’heure n’est que la manifestation extérieure d’une volonté fermement trempée.Quant à la formation du cœur, la question ne se pose même pas, et ce n’est qu’en alignant tous les synonymes du dictionnaire, de manière à en faire un bel exercice de vocabulaire très propre à faire sourire d’aise leur ancien professeur de français, que M.M.les instituteurs ont réussi à rendre complètement leur impression: amabilité, affabilité, bienveillance, bonne humeur ,civilité, courtoisie, cordialité, délicatesse, générosité etc.etc.politesse et urbanité, telles sont les médisances que ces messieurs se plaisent à faire circuler contre votre personne.Restait le côté de l’intelligence proprement dite.Eh bien ! ces messieurs ont eu la malice de découvrir que vous étiez encore un modèle de culture intellectuelle.Votre puissance de travail, votre facilité pour saisir et résoudre une question, votre largeur de vue, les hautes fonctions que vous avez été appelé à remplir, voilà déjà autant de preuves accusatrices.Mais ce qui fait davantage notre édification, c’est la manière dont vous utilisez même vos loisirs.Ceux d’entre nous qui ont le bon goût de suivre les cours publics de l’Université ont pu voir à maintes reprises, M.le Sous-Secrétaire assis sur l’une des pre-mières^banquettes et suivant attentivement les intéressants cours de nos doctes professeurs de^ l’Ecole normale supérieure.Nous savons de plus que vous êtes un assidu et un membre très actif de l’Institut Canadien, de la Société du Parler français, membre du Conseil des Arts, membre de la Société géographique du Canada, membre du jury des examens de l’École des Hautes Etudes de Montréal, et que sais-je encore.Et c’est bien là, me semble-t-il, l’exemple sur lequel il importe le plus d’attirer l’attention de nos jeunes instituteurs si exposés à perdre leur temps dans des divertissements futiles.Le temps perdu entre vingt et trente ans, à cette époque où la capacité d’assimilation atteint son plein développement, est certainement le plus regrettable de tous.Sully Prud’homme, le délicat et profond penseur de l’École Parnassienne, a écrit sur ce sujet un remarquable 46 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE sonnet intitulé précisément: “Le temps perdu.” Permettez-moi de vous en rappeler les jolis vers: “Si peu d’œuvres pour tant de fatigue et d’ennui; “De stériles soucis, notre journée est pleine, “Leur meute sans pitié nous chasse à perdre haleine “Nous pousse, nous dévore, et l’heure utile a fui.“Demain.j’irai demain voir ce pauvre chez lui; “Demain.je reprendrai ce livre ouvert à peine, “Demain.je te dirai mon âme où je te mène, “Pas aujourd’hui.“Aujourd’hui, que de soins, de pas et de visites.“Oh ! l’implacable essaim des devoirs parasites “Qui pullulent autour de nos tasses de thé ! “Ainsi chôment le cœur, la pensée et le livre, “Et tandis qu’on se tue à différer de vivre, “Le vrai devoir, dans l’ombre attend la volonté.Eh bien ! chez vous, M.le Sous-Ministre, ne chôment ni le cœur, ni la pensée, ni le livre, mais toujours avide de cohnaissances nouvelles, sans cesse tourmenté parle besoin du mieux, vous employez même vos rares moments de liberté à parfaire cette œuvre toujours inachevée de perfectionnement intellectuel, et en cela vous êtes un excellent modèle du véritable instituteur.M.le Sous-Ministre, je vous demande pardon d’avoir ainsi mis à jour ce que vous accomplissez si naturellement et sans ostentation.Mais en voyant devant moi ces jeunes gens et surtout mes jeunes élèves de cette année, je me suis senti pris à mon tour de la manie de l’enseignement et je n’ai pu m’empêcher de profiter de l’ôccasion pour donner à ces jeunes gens ce qui me semblait devoir être une excellente dernière leçon.L’instituteur a besoin lui aussi d’être un homme de volonté, un homme actif, besogneux, travailleur; l’instituteur a besoin d’être un homme aimable, dans son école, à l’égard des parents, envers les autorités; l’instituteur a besoin d’être un ihtellectuel, un homme de goût, un homme cultivé.Les modèles sont rares; vous étiez là tout près: je n’ai pu résister à la tentation.Je vous en demande pardon.Maintenant, M.le Sous-Ministre, si votre patience n’est pas trop lassée, nous désirerions vous faire entendre la lecture de quelques travaux préparés par quelques-uns des membres de l’Association.Si modestes soient-ils, ces travaux sont des primeurs.Ce sont les premiers travaux du premier concours organisé, par votre faute, grâce à la généreuse subvention qui nous est venue du Trésor provincial, et c’est pourquoi nous avons voulu vous les présenter comme hommage de notre très vive et très sincère reconnaissance.TRAVAUX DU CONCOURS Le manque d’espace ne nous permet de donner ici qu’un faible résumé des travaux présentés.M.Gérard Filteau, concurrent dans la classe A.est invité adonner lecture de son travail : “Le jeune instituteur et les études personnelles”.On entend parfois dire dans certains milieux: “L’instituteur est un demi-instruit.” Ceux qui ont entendu proférer cette sentence n’ont pas été sans se sentir monter le sang à la tête.Cette asccusation porte-elle à faux?A-t-on le droit de nous imposer ce compliment?A chacun d’y répondre après avoir fait un petit examen de sofi bagage scientifique.Au cours de cette enquête nous nous apercevrons bien vite que notre formation n’a pas le défaut d’être trop complète.Nous avons des notions éparses sur le vaste ensemble de la science, insuffisamment pour nous en contenter, assez cependant pour nous indiquer un programme.La plupart d’entre nous désirent monter, l’enseignement élémentaire n’est que le marchepied qui les conduira à une position supérieure.L’École normale donne une science suffisante à celui qui veut se consacrer pour toujours à l’enseignement élémentaire, mais les belles perspectives ne sont à la portée que du maître qui a beaucoup appris.Seule une étude raisonnée et méthodique nous permettra d’acquérir une formation solide et nous mettra en état de donner une direction assurée, évitant les erreurs qui proviennent toujours du manque de formation ou des étroitesses d’esprit.Pour bien profiter des études, il nous faut un idéal L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 47 précis qui soutienne notre effort, une méthode sûre qui nous dirige et un champ de travail qui nous attache.“Heureux celui qui porte en soi un idéal de beauté qui lui obéit, idéal de l’art, idéal de la science, idéal de vertus de l’Évangile.Ce sont là les sources des grandes actions et des grandes pensées.Toutes s’éclairent des reflets de l’infini.” Seuls ceux qui se livrent à l’étude connaissent les joies que le travail prdcure ; ils trouvent dans l’étude un charme qui les dédommage de leurs sacrifices.Il est également de devoir pour nous de continuer à nous instruire.Nous nous devons l’épanouissement cotn-plet de toüs nos talents et de toutes nos facultés.L’intelligence comme le sang se transfuse, si bien que l’élève devient la réplique même de l’esprit de son maître.De plus, il nous faut étudier pour nous consacrer plus efficacement au service du bien.Saint B ona venture dit: “La vrai sagesse consiste à tirer profit de soîi instruction, à savoir plus, pour mieux aimer.” M.Filteau explique longuement sur quelles matières doivent porter principalement nos études et sur la manière d’étudier.Le travail de M.Filteau est fort goûté par toute l’assistance qui ne lui ménage pas ses applaudissements.MM.A.Duval, L.Gagné et A.Rouleau concurrents de la classe B.donnent lecture de leurs travaux.Sujet: “L’enseignement de l’histoire à l’école primaire, but, méthode et procédés.” L’enseignement de l’histoire à l’école primaire, dit M.Rouleau, ne consiste pas à faire apprendre un manuel par cœur, à graver dans la mémoire de l’enfant des noms, des dates et même des faits qui ne disent rien à son intelligence.Non, l’histoire, comme les autres matières du programme des études d’ailleurs, a un but éducatif: former le cœur et développer l’intelligence.L’histoire étant le culte du souvenir, son enseignement doit tendre à inculquer à l’enfant le dévouement à la patrie, c’est-à-dire le pratiotisme; patriotisme qui l’attache au sol natal, lui inspire l’amour et la vénératiofi de notre langue et de notre foi, le rend fier de l’œuvre des fondateurs de la colonie : les Jacques Cartier, les Champlain, etc, et fait briller à ses yeux l’auréole de nos martyrs ; patriotisme qui montre la main de la Providence dans l’arrivée de Mgr de Laval au Canada, fait voir le colon, tantôt défrichant un coin de terre, tantôt luttant pour la défense de son patrimoine contre les attaques sournoises des Iroquois; patriotisme qui exalte la vaillance des Montcalm, des Lévis et rend hommage au dévouement inlassable du clergé assurant la survivance de la nationalité canadienne française, vante le courage de nos hommes d’État livrant des combats politiques pour la défense de nos droits; patriotisme enfin le plus pur, le plus vivant, celui-là qui élève l’âme jusqu’à l’amour du sacrifice et impose au véritable citoyen l’élan qui le porte à payer bravement sa dette à la patrie.L’instituteur aura soin, en parlant des hommes célèbres, de faire admirer les traits de charité, d’abnégation, de courage, en un mot, il mettra en lumière les vertus religieuses, morales et civiques qui sont une leçon pour tous les âges.Le maître fera apprécier par les élèves, dès qu’ils seront en état de le faire, les faits et les personnages au point de vue moral, social et religieux, il les amènera à établir des comparaisons entre le présent et le passé, il leur donnera une idée exacte du juste et de l’injuste, il leur inculquera l’amour des vertus chrétiennes et la répulsion des vices.M.le président, B.-O.Filteau, fait ccnnaitre ensuite les décisions du jury, et les prix sont présentés comme suit par M.C.-J.Simard, Soûs-Secrétaire de la Province.Classe A.—1er prix $15.décerné à M.Gérard Filteau.Classe B.—1er prix $15.décerné à Antonio Rouleau.Classe B.—2ème prix $5.décerné à M.Lucien Gagné.Classe B.—3ème prix $5.décerné à M.A.Duval.M.le Sous-Ministre est invité à prendre la parole.Il se dit un peu co'nfujs d’avoir à parler devant un auditoire composé de professeurs et d’inspecteurs d’écoles, puis il accuse M.le président d’avoir fait de lui un portrait un peu chargé.Vraiment, dit-il, si j’avais eu les qualités qu’il me prête, je serais, je crois, mort depuis longtemps.Il a cependant oublié de vous dire que j’aime et adore le sport.Si après plusieurs années de travaux continus, je suis encore capable d’activité, je dois l’attribuer à la pratique du sport.M.Simard félicite les concurrents des deux concours, principalement les auteurs des travaux primés.H parle de la nécessité de l’étude, recommande de nous efforcer d’acquérir une culture générale, culture qui malheureusement, tend à dis- 48 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE paraître de nos jours.On est en train, dit-il, de tout spécialiser, surtout chez nos voisins les Américains Dans l’enseignement de l’histoire, soyons véridiques, et que l’emploi du manuel ne soit pas d’un usage trop fréquent.M.Simard remercie l’Association de son aimable invitation et l’assure de son appui le plus sincère.M.l’abbé L.-A.Caron, M.le Commandeur C.-J.Magnan rendent un juste tribut d’ho-mages au zèle et au dévouement de M.Simard pour tout ce qui intéresse la noble cause de l’éducation.La séance est ajournée à deux heures.Séance de l’après-midi.Présents: les mêmes, plus M.Devallière, professeur de diction française.M.E.Badeau, professeur à l’École St-Patrick, donne une conférence des plus intéressantes sur l’enseignement intuitif.L’observation, dit-il, doit être la base de tout travail intellectuel.L’enseignement intuitif consiste à s’adresser à l’esprit et au cœur par l’intermédiaire des sens en procédant des choses aux mots, des mots à l’idée, de l’idée à la formule.La curiosité est le levier de l’instruction ; les coïinaissances ne viennent que parles sens; il faut donc, autant que possible, faire toucher du doigt aux élèves ce qu’on veut leur enseigner.MM.B.-O.Filteau, N.Tremblay, P.-P.Magnan et autres félicitent M.Badeau de son travail.M.Devallière, professeur de diction française, est le conférencier suivant.Il remercie de l’accu€|il bienveillant dont il est l’objet de la part de l’Association; puis, en termes très éloquents, il manifeste tout le plaisir qu’il éprouve de se trouver au milieu d’une population aussi sympathique que celle de Québec.M.Devallière n’est au Canada que depuis quelques mois.Il explique ensuite au long sa manière de procéder avec les élèves qui suivent les cours du Conservatoire dont il a la direction.La conférence sera publiée en entier dans le Terroir.^M.le président félicite et remercie le conférencier.La diction, dit-il.est en honneur à l’École normale Laval.II y a 40 ans, M.Lagacé, après une assez longue tournée en France, publiait un volume encore en usage.Il me fait plaisir de constater que M.Lagacé et M.Devallière sont en parfait accord.M.Devallière nous a fourni une excellente leçon intuitive; je le remercie et lui souhaite to\it le succès possible.VOEUX Il est proposé par M.G.Jean, secondé par M.F.-X.Goupil, que l’Association fasse les demarches nécessaires auprès du Comité Catholique du Conseil de l’Instruction publique, le priant d’adopter ce qui suit: “Que dans toutes les écoles, le titulaire de chaque classe, s’il est qualifié, donne lui-même les cotars de culture physique et qu’il soit rémunéré d’après le procédé établi par le Service des Cadets du Canada (non permanent).” La principale raison qui milite en faveur de cette proposition, dit M.Jean, c’est que le système de distribution des corps de cadets, tel qu’il existe actuellement, est loin d’être équitable; il arrive fréquemment que les instituteurs qualifiés donnent les cours de culture physique, et, seul l’instructeur nommé, avec un léger travail additionnel, reçoit la paye pour le travail que les dits instituteurs ont fait, quelquefois pendant toute une année.Le Comité Catholique ayant déjà refusé de se rendre à une demande à peu près semblable, l’Association ne croit pas devoir se rendre à la demande de M.Jean.Il est proposé par M.P.-P.Magnan, secondé par M.A.Rouleau et résolu unanimement que les plus sincères remerciements soient offerts à M.B.-O.Filteau, président, pour les nombreux et précieux services qu’il a rendus à l’Association.Pour faire suite à une requête reçue du Cercle pédagogique Morissette, M.A.Rouleau propose, secoindé par M.P.-P.,Magnan, que l’Association soit invitée à étudier le projet de fonder une Association dite des anciens élèves de l’École normale Laval.Cette question est référée au comité de régie pour étude et rapport en janvier prochain.L’Association étant informée que 12 instituteurs au service de la commission scolaire de Québec ont été remerciés de leurs services, M.J.-P.Garneau propose, secondé par M.R. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 49 Létourneau, que la résolution suivante soit inscrite au procès-verbal de la réunion et que copie en soit adressée à MM.les membres de la Commission scolaire de Québec: aLJAssociation des Instituteurs catholiques du district de Québec a appris avec un vif regret le renvoi d’un certain nombre d’instituteurs au service de la Commission scolaire de Québec; plusieurs de ces instituteurs étant mariés et pères de famille; “L’Association verrait avec plaisir le réengagement de la presque totalité de ces messieurs qui ont fait de l’enseignement une carrière et se sont toujours acquittés de leurs devoirs avec honneur et dévouement ; “L’Association s’autorisant des bonnes dispositions de MM.les commissaires envers leur personnel enseignant, espère que le cas de ces instituteurs sera l’objet d’une attention toute particulière de la part de MM.les membres de la Commission scolaire de Québec.” Sujet du concours pour la réunion de janvier prochain.Section A.—-Des exercices de langage et de rédaction au cours élémentaire.Section B.—De la mémoire—Dans quelles limites et pour quelles fins doit être cultivée cette faculté.Par quels exercices doit-on la développer à l’école primaire.Plusieurs instituteurs s’inscrivent comme conférenciers pour la prochaine réunion et la séance est levée J.-A.Drolet, Secrétaire.155e CONFÉRENCE DE L’ASSOCIATION DES INSTITUTEURS DE LA CIRCONSCRIPTION DE i’ÉCOLE NORMALE JACQUES-CARTIER.(29 MAI 1925) Membres présents: M.M.A.Desrosiers, principal de l’École normale J.-C., J.-E.Paquin, prof., École normale de St-Hyacinthe, J.-B.Lagacé, N.-Z.Chabot, M.D., R.-Z.Beaulieu, J.-N.Perrault, N.Eudore Gobeil, Guido Morel, G.-E.Pagé, H.Meloche, W.Lanoie, A.Brassard, M.Tessier, Ernest Brabant, E.Bergeron, J.-A.Gérard, J.-M.Tremblay, Achille Langlois, J.-E.-R.Marcil, E.Deschatelets, J.Ménard, J.-D.-R.Bergeron, Télesphore Berland, P.Guimont, G.Bellefleur, Napoléon Brisebois, président, A.-B.Charbonneau, secrétaire, M.l’abbé Saint-Maurice et tous les élèves-maîtres de l’École normale J.-C.M.le président ouvre la séance, remercie les membres présents d’avoir répondu à son appel, puis demande au secrétaire de lire les minutes de la 154e conférence.Celles-ci sont adoptées.De même le rapport du trésorier est également adopté.M.J.-N.Perreault, délégué de l’Association au Fonds de pension fait rapport.Il résume les opérations du comité, mentionne les motions qu’il a faites pour améliorer le sort des fonctionnaires de l’enseignement primaire, puis répond à une question de M.J.-D.-R.Bergeron en expliquant la manière de payer les arrérages dûs par une veuve sur le salaire de son défunt mari.Il lui conseille de sjadresser au Surintendant de l’Instruction publique.M.le Principal de l’École normale J.-C.est ensuite prié de faire sa causerie intitulée.“A travers le dernier rapport de M.le Surintendant de l’Instruction publique.” Ce n’était pas une mince besogne de résumer les quatre cent cinquante pages de ce volumineux rapport.M.le Principal l’accomplit de façon intéressante.Il s’attache surtout à la mise en pratique du nouveau programme d’études et, à l’aide des rapports des inspecteurs d’écoles, démontre les bons résultats obtenus.L’analyse du nouveau programme le retient assez longtemps.Cela se conçoit: c’est un peu son enfant.Il voudrait bien qu’un certificat couronnât les études primaires; il espère que la question reviendra devant le Conseil de l’Instruction publique.Le programme des Écoles normales pour garçons lui paraît trop chargé; il va falloir allonger le cours; celui des filles fonctionne mieux.Le stage de deux ans pour l’obtention d’un diplôme élémentaire n’a pas fait diminuer le nombre des élèves dans les Écoles normales Malgré la crise agricole, il constate qu’il y a beaucoup de progrès dans les écoles sous les rapports: construction, ameublement, outillage, etc., que la durée de la scolarité s’allonge grâce au nouveau programme qui permet des 5e et des 6e années dans la petite école de rang.Les salaires augmentent quelque peu et le nombre des titulaires non diplômés diminue. 50 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE M.le président remercie le conférencier, puis il présente M.J.-B.Lagacé qui va nous parler des monuments de Montréal.M.Lagacé débute de façon humouristique par la définition du badaud, puis il invite ses auditeurs à “faire le badaud” à travers les parcs de la métropole.C’est d’abord le monument Villeneuve, pardon, celui de Sir Georges-Etienne Cartier au parc Mance, qui essuie le feu de sa critique, puis celui du “Strathcona Horse” au carré Dominion.Il admire les bas-reliefs du monument Sir John Macdonald au même carré et le cénotaphe des soldats de la Grande-Guerre.L’œuvre de Hill est passé en revue, puis celle de Philippe Hébert pour qui il a une grande admiration.Les nombreuses œuvres du grand sculpteur canadien sont finement analysées.Le monument Maisonneuve surtout fait la gloire de son auteur.L’œuvre de Laliberté qui constitue la deuxième période d’art au Canada lui permet un parallèle entre ces deux sculpteurs canadiens: Hébert et Laliberté.La description du monument Dollard, par Laliberté, au parc Lafontaine, par Aegidius Fauteux met bien en relief les beautés de cette œuvre d’art Enfin, après avoir vagabondé ici et là à travers les parcs de la ville, semant de l’esprit à profusion à la façon lagacienne, faisant pouffer de rire les jeunes auditeurs et même les vieux, le conférencier exprima le désir d’aller se coucher et ce fut son dernier mot.M.M.Brisebois et Langlois adressent tour à tour des félicitations au conférencier.M.Langlois fait allusion à la présence des élèves de l’École normale J.-C.à la fête de Dollard au parc Lafontaine et signale le beau geste qu’ils ont fait.M.le président remercie encore une fois tous les membres présents, particulièrement M.M.J.-E.Paquin, G.-E.Pagé et J.-N.Perreault.Et la séance est levée.A.-B.Charbonneau, Montréal, 29 mai 1925
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