Québec science, 1 janvier 1988, Mai
MIX FEUX .IE FORÊT! e combat se •répare S VACCINS Aujourd'hui, Edison lui-même j0 2i travaillerait chez nous Certains des plus grands chercheurs dans le domaine de l'électricité travaillent en effet à l'IREQ, l’Institut de recherche d'Hydro-Québec.L’IREQ regroupe dans ses laboratoires ultra-modernes un personnel hautement qualifié.En association avec des partenaires industriels, on y met au point de nouveaux produits d’une grande efficacité énergétique: l’Institut a ainsi participé récemment à la conception d’un four à infrarouge destiné au séchage industriel.Au Québec et à l'étranger, l’IREQ s'impose plus que jamais comme leader technologique.La recherche, pour Hydro-Québec, c'est un autre moyen d'améliorer notre qualité de vie.L'ÊLECTRIFFICACITÊ \lume 26, numéro 9 SOMMAIRE Mai 1988 18 22 28 34 irgéii- es# 42 ARTICLES L’holographie au service de l’industrie L’holographie est de plus en plus présente dans l'industrie, qui profite de ses étonnantes propriétés.Par Yvon Larose Guerre aux feux de forêt ! À l'approche de l’été, le Québec prépare troupes et équipement à la lutte contre les feux de forêt.Par Gilles Drouin Des sols à décontaminer Les industries laissent souvent des traces de leur activité contaminant les sols et les rendant impropres à la construction.Par Michel Beaulieu Les vaccins «nouvelle cuisine» Des nouveaux vaccins, produits du génie génétique et de synthèses chimiques, mijotent dans la ucuisine» de la microbiologie.Par Michel Groulx Histoire d'y voir clair Si l’origine des lunettes se perd dans le brouillard du passé, leur évolution est cependant bien connue.Par Brigitte Vincent û Page 22 Page 28 Page 34 QUÉBEC SCIENCE, magazine à but non lucratif, est publié 11 fois l’an par les Presses de PUniversité du Québec.La direction laisse aux auteurs l’entière responsabilité de leurs textes.Les dtres, sous-titres, textes de présentation et rubriques non signées •ont dus à la rédaction.Tous droits de reproduction, de raduction et d’adaptation réservés.Télex: 051-31623 Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec Deuxième trimestre 1988, ISSN-0021-6127 Répertorié dans Point de repère 8 Copyright 1988 QUÉBEC SCIENCE PRESSES DE L’UNIVERSITÉ DU QUÉBEC CHRONIQUES 6 POUR OU CONTRE?Le laser a révolutionné l’optique Par Pierre Lavigne 9 INTERVIEW Raymond Duchesne: historien des sciences Propos recueillis par Madeleine Huberdeau 13 ACTUALITÉ Par l’Agence Science-Presse Les moules toxiques: un mystère non résolu Du tabac à l’asperge Sport et cancers «féminins» 46 LA DIMENSION CACHÉE Une détente qui rafraîchit Par Raynald Pepin 47 DES SCIENCES À LOISIR L’ornithologie amateur Par Denis Gilbert ,5^ 5 ENTRE LES LIGNES 7 COURRIER 48 LU POUR VOUS Plantes sauvages des lacs, rivières et tourbières Guide d’identification des algues marines 49 EN VRAC 50 DANS LE PROCHAIN NUMÉRO Page 42 L’ANATOMIE A COLORIER Kapit, W.< as « àntre ., ; ^SEm tOIMlIltL fVIUWIMU VUrtU* WMiMMi 6SS»6 «5» «SCMOWh s «Ér»£»«f*»s.» mmmûgS) i§ I i&ntow I aryctWi ckct nLumt nHTtmutxt ,, WKKTB • -!0 .-v-.v- On pourrait être surpris, au premier abord, d’un livre d’anatomie à colorier qui ne s’adresse pas aux enfants en bas âge; car il ne s’agit pas d’un jeu mais d’une ingénieuse méthode pédagogique qui fait appel au coloriage pour comprendre et mémoriser des concepts, des structures, des organes, des systèmes.Le lecteur participe de façon active et créative à son apprentissage et, de ce fait, mémorise mieux et, surtout, comprend mieux: il y a fort à parier qu’après avoir terminé la page 25 le lecteur n’oubliera pas de si tôt quels sont les «muscles du sourire» et pourquoi le facies de la paralysie du nerf facial est si caractéristique.En plus de détails anatomiques, ce livre enseigne la terminologie.par le coloriage.Sa présentation (feuilles détachables) et son format facilitent la révision des examens.Particulièrement utile aux étudiants (art, médecine, biologie, sciences paramédicales, etc.) cet ouvrage intéressera autant les amateurs de yoga, les sportifs, les esthéticiennes, les curieux et les «amateurs de crayons-feutre».tous ceux qui veulent en savoir plus sur l’anatomie humaine.et l’apprendre en s’amusant.EDISEM, 1987, 142 planches .17,00$ BULLETIN DE COMMANDE Veuillez m’adresser _ .ex.de L’ANATOMIE A COLORIER au prix de 17,00 $ Nom et Prénom_________________________________ (en capitales) Adresse_____________ Ville____________________ Date ____________________ .Code postal.Signature Règlement ci-joint ?Chèque bancaire ?Mandat postal ?!¦¦¦¦¦ ?Date d’expiration __________________ somabec Ltée 2475, Sylva Clapin, Téléphone: (514) 774-8118 Case postale 295, Montréal: 467-8565 St-Hyacinthe, Québec, J2S 5T5 Télex: 05-830549 Jusqu’au 9 octobre 1988 Musée national des sciences naturelles McLeod tout près de la rue Elgin, Ottawa LEUR COEXISTENCE, LEURS RIVALITÉS ET LEURS LUTTES LE LOUP ET LES HUMAINS CONCOURS NATIONAL DE HURLEMENTS Joignez-vous à la meute et inscrivez-vous au Concours national de hurlements.Enregistrez votre plus beau hurlement sur une cassette.Débutant le 26 mai 1988.Pour inscription: 613.996.3102 mMusees nationaux National Museums du Canada of Canada V^d-I Iciv IcTL CLO O ponTiciPocriorii 4 MAI 1988 / QUÉBEC SCIENCE QUÉBEC SCIENCE 2875, boul.Laurier, Sainte-Foy (Québec) G1V 2M3 Tél.: (418) 657-3551 - Abonnements: poste 2854 Rédaction: SCIENCE-IMPACT: (418) 831-0790 On peut rejoindre la rédaction de Québec Science par courrier électronique, au numéro Infopuq QS 00101.DIRECTEUR Jacki Dallaire RÉDACTION La coordination rédactionnelle de QUÉBEC SCIENCE est effectuée par Les communications SCIENCE-IMPACT C.S.I.liée Rédacteur en chef Jean-Marc Gagnon Adjointe à la rédaction Lise Morin Révision linguistique Robert Paré Recherches iconographiques Ève-Lucie Bourque Collaborateurs Jean-Marc Carpentier, Claire Chabot, Gilles Drouin, Claude Forand, François Goulet, Michel Groulx, Fabien Gruhier, Huguette Guilhaumon, Élaine Hémond, Madeleine Huberdeau, Claude Lafleur, Yvon Larose, Claude Mardi, Félix Maltais, Danielle Ouellet, Gilles Provost, Fernand Seguin, René Vézina.PRODUCTION Conception graphique Richard Hodgson Typographie Raymond Robitaille Photo couverture Alain Vézina Séparation de couleurs et photogravure Gravel Photograveur Inc.Impression Interweb inc.PUBLICITÉ Marie Prince 2875, boulevard Laurier Sainte-Foy, Québec G1V 2M3 Tél.: (418) 657-3551, poste 2842 COMMERCIALISATION Abonnements Nicole Bédard Distribution en kiosques Messageries dynamiques Membre de: CPPA Abonnements Au Canada: Régulier: (1 an/11 nos): 25,00$ Spécial: (2 ans/22 nos): 44,00$ Groupe: (1 an/11 nos): 23,00$ (10 ex.à la même adresse) À l’unité 2,95$ À l’étranger: Régulier: (1 an/11 nos): 35,00$ Spécial: (2 ans/22 nos): 61,00$ À l’unité: 3,50$ « /'"Y elui qui les a inventées mériterait qu’on érige une statue en son Ë honneur ou qu’on le couvre de médailles.Partout dans le monde, des millions d’yeux à problème lui sont reconnaissants» écrit une nouvelle collaboratrice, Brigitte Vincent, dans le premier article qu’elle signe dans Québec Science sur l’histoire des lunettes.Malheureusement, déplore-t-elle (et nous aussi!), alors que l’évolution des lunettes à travers les âges peut être retracée assez aisément, le mystère de l’identité de leur inventeur reste toujours à percer.Un autre bienfaiteur de l’humanité, moins anonyme cependant, Denis Gabor, inventeur de l’holographie, serait sans doute très heureux de voir que son invention a fini par trouver des applications commerciales et industrielles, après plus de 25 ans de tâtonnements et d’essais.Yvon Larose fait le point sur l’usage industriel présent et prévisible de l’holographie, une technique dont plusieurs centaines de milliers de Québécois ont pu admirer le potentiel artistique extraordinaire au cours de l’été 1987.Dans la même foulée visuelle, pourrait-on dire, nous avons cru opportun de demander au directeur scientifique du nouvel Institut national d’optique, Pierre Lavigne, de montrer à quel point « l’avènement du laser a révolutionné l’optique et permis à cette science, jusqu’alors essentiellement science de la vision, de devenir la science de la lumière.» À lire dans la chronique «Pour ou contre?».De la lunetterie venue du début du second millénaire à l’holographie et au laser qui nous font passer le seuil du troisième, quel pas immense! Moins grand encore que celui de la «guerre du feu» à la guerre aux feux.de forêt.Quels progrès depuis la découverte du feu et la panoplie déployée pour lutter contre les incendies de forêt que nous décrit Gilles Drouin! Un domaine dans lequel le Québec jouit d’une expertise mondiale.Michel Groulx signe un article sur les vaccins «nouvelle cuisine» dont les ingrédients «ne seraient plus de simples bouillons de microbes potentiellement pathogènes, mais seraient plutôt constitués de substances inertes et inoffensives».Un autre domaine où les scientifiques d’ici sont à la fine pointe.Enfin, ce numéro de Québec Science qui coïncide avec le Mois de l’environnement ne saurait être complet s’il n’attirait l’attention des lecteurs sur un problème écologique de plus en plus fréquent hélas ! à mesure que s’étend l’urbanisation du territoire: la décontamination des anciens sites industriels.Un spécialiste de la question, Michel Beaulieu, fait le point sur la situation et les mesures à prendre.Madeleine Huberdeau a interviewé l'un des auteurs de /'Histoire des sciences au Québec, Raymond Duchesne.Un livre essentiel.Les autres chroniques annoncent le retour de l’été: Denis Gilbert, dans «Des sciences à loisir», parle de ce mélange extraordinaire d’émerveillement et de découverte que représente l’ornithologie amateur.Bien avant la canicule, Raynald Pepin révèle la «Dimension cachée» de la détente qui rafraîchit.Même «Lu pour vous» prend une allure estivale et présente des livres sur les plantes sauvages et les algues marines.Pour abonnement ou changement d'adresse: QUÉBEC SCIENCE C.P.250, Sillery GIT2R1 QUÉBEC SCIENCE / MAI 1988 5 POUR 01 CONTRE?vm « Le laser a révolutionné Foptique par Pierre LAVIGNE optique et laser», deux (mots qui ont maintenant une allure de formule magique utilisée comme solution à toutes sortes de problèmes.On les associe à des domaines aussi variés que le bouclier anti-missile du projet d’initiative de défense stratégique, la mise au point de nouveaux traitements de l’athérosclérose par l’angioplastie au' laser ou encore, la reproduction fidèle de votre pièce musicale préférée avec le lecteur de disque compact.Qu’est-ce qui justifie un tel engouement pour cette vieille discipline scientifique qu’est l’optique?Cette science qui, il y a à peine une trentaine d’années, était perçue comme une «vieille» science maintenue au programme de quelques universités jugées trop traditonalistes alors que la mode commandait de s’intéresser à la physique nucléaire et aux particules élémentaires.Après avoir fait un bref historique de la découverte du laser, nous allons décrire les propriétés exceptionnelles de la lumière laser et montrer comment celles-ci ont permis de révolutionner certains champs d’activités.La révolution de l’optique débuta en fait en 1960 dans les laboratoires de T.H.Maiman qui oeuvrait au Hughes Research Laboratories.Celui-ci, suivant une proposition de Charles Townes et A.L.Schalow, éclairait une tige de rubis avec des lampes éclairs et plaçait un miroir à chaque extrémité pour obtenir l’action laser pour la première fois.Il venait d’inventer une nouvelle source de lumière avec des propriétés révolutionnaires.L’enthousiasme gagna vite les milieux scientifiques et les chercheurs obtenaient rapidement l’action laser dans différents matériaux: gaz, solides et liquides, et à différentes longueurs d’onde (ou couleurs), tant dans le visible que dans l’infrarouge ou l’ultraviolet.Quelles sont donc les propriétés uniques de la lumière émise par le laser qui enthousiasmèrent alors les milieux scientifiques et qui permirent à l’optique de modifier notre façon de faire dans beaucoup de secteurs d’activités?En termes scientifiques, on qualifie la lumière laser de temporellement et spatialement cohé- rente.La très grande pureté spectrale (ou de couleur) de la lumière laser résulte de sa cohérence temporelle.La propriété de la lumière laser de se propager sous forme de faisceau étroit lui vient de sa cohérence spatiale.C’est cette même propriété qui fait que la lumière laser focalisée par une lentille, forme une tache de très petite dimension et permet d’atteindre des densités de puissance très élevées.Un laser au C02 de 100 Watts, focalisé par une lentille, formera par exemple une tache de 0,001 cm de diamètre et produira une densité de puissance de cent millions de Watts/cm2, alors qu’une ampoule de même puissance ne produira qu’environ 1 Watt/cm2.L’invention du laser a permis de remplacer l’expression «Supposons que nous disposons d’une source idéale de lumière monochromatique d’une puissance P émettant à une longueur d’onde.» que l’on retrouvait dans les manuels scientifiques d’avant 1960 par «Supposons que nous utilisons un laser de puissance P émettant à une longueur d’onde.».Ces propriétés de cohé- rence donnèrent à la lumière des possibilités jusqu’alors insoupçonnées.UN RAYONNEMENT DANS BIEN DES DOMAINES Comme la lumière laser se propage en faisceaux, on peut l’utiliser aussi bien pour jouer le rôle de ligne de référence dans la construction d’édifices que pour contrôler automatiquement et avec précision les niveleuses lors de la construc- tion de routes ou de pistes d’atterrissage.C’est parce qu’on peut focaliser la lumière laser en un très petit point que l’on peut stocker de l’information à très haute densité et reproduire des pièces musicales avec une fidélité qu’on ne pouvait pas imaginer.La possibilité d’atteindre de très grandes densités de puissance fait du laser un outil idéal pour effectuer certaines opérations chirurgicales jusqu’alors impossibles ou présentant un très haut risque.C’est aussi un accessoire essentiel pour faire la découpe et la soudure de matériaux dans certaines chaînes de montage robotisées.La personnalisation de la production devient alors possible.La pureté des couleurs de la lumière laser a mené à l’holographie qui reproduit les objets en trois dimensions.Une extension de l’holographie permet maintenant de fabriquer des instruments optiques nouveaux qui informent le pilote de l’état de son appareil sans quitter des yeux la vitre avant de son avion.Cette même pureté de couleur rend possible le traitement de certains cancers par destruction sélective de cellules malades.De plus, elle rend quasi illimitée la capacité de transmettre de l’information par fibre optique.Ce ne sont que quelques-unes des applications maintenant courantes de l’optique résultant de l’invention du laser.D’autres innovations technologiques sont attendues dans des domaines aussi variés que la production d’énergie, le traitement de certaines maladies et l’ordinateur optique, pour n’en citer que quelques-uns.L’avènement du laser a réellement révolutionné l’optique et permis à cette science, jusqu’alors essentiellement la science de la vision, de devenir la science de la lumière et la science du futur.Le danger qui nous guette maintenant, c’est d’y voir la solution à tous les problèmes, en oubliant qu’il peut encore exister, dans certaines situations, des techniques plus efficaces et plus économiques.Pierre Lavigne est directeur scientifique à l’Institut national d’optique.6 MAI 1988 / QUÉBEC SCIENCE MÊÊ'ÉS COURRIER I i opat l«'al al ¦E irfiifl to(4 tiCltt fel ptoiK' llifll itiflO IS.Ill il»# ilsopi liloltili 0 to o.&« ssift I til is tapacii tit 61# ims nits jilisti ilOlf1 ItSilS # ttroii iltr Ï LE TRANSFERT INTERNATIONAL DE TECHNOLOGIE Les revues scientifiques et techniques publient abondamment sur la R-D et sur le transfert du laboratoire à l’entreprise, mais rarement nous parle-t-on du transfert de technologie éprouvée d’une entreprise à une autre.Québec Science a innové en publiant, en novembre dernier, l’article «Le marché des technologies».Il est vrai que le transfert de technologie est une bonne façon, pour une entreprise, de s’initier à la R-D et que le transfert est une voie complémentaire à la R-D pour acquérir de la technologie, non un substitut.Toutefois, aussi surprenant que cela puisse paraître, il est généralement faux de dire «qu’il est plus intéressant de percevoir des droits sur une technologie vendue que d’en payer».Les gens d’affaires et les économistes s’entendent à dire qu’une entreprise a plus d’intérêt à exploiter elle-même une technologie qu’à la laisser exploiter par d’autres.C’est pourquoi les Américains préfèrent les filiales et les projets conjoints (même minoritaires) aux licences, et que même les entreprises fortes en R-D, comme Dupont, 3 M et Procter & Gamble, ont établi des départements pour l’acquisition de technologie étrangère.L’exemple des entreprises mentionnées dans l’article (Lassonde et Bombardier), correspond à celui des nations.Le fait que l’Allemagne ait une balance en technologie largement déficitaire suggère que le plus important n’est pas d’enregistrer un surplus mais plutôt d’avoir un volume important de transferts dans les deux sens, ce qui est un signe que la technologie utilisée par ces entreprises est concurrentielle avec celle du monde entier.Les pays ayant un surplus des recettes en technologie sur les paiements (par exemple la Suisse, la Suède) sont connus pour l’importance de leurs multinationales dans leur économie.Concernant l’aide aux entreprises, le Programme d’aide à la recherche industrielle (PARI) du CNRC fait plus qu’aider à faire, ou faire-faire, de la R-D.Depuis 1985, le PARI aide également les entreprises à chercher à l’étranger les sources aptes à leur fournir les technologies qu’elles ne peuvent trouver au Canada.En deux ans d’activités, environ 300 entreprises ont fait appel au Service international du PARI et 42 demandes de technologie ont été satisfaites ou sont en négociation.Pour bénéficier de ce service, l’entreprise communique avec le conseiller en technologie du PARI le plus près (voir «technologie» dans les pages jaunes).Le conseiller aidera l’entrepreneur à formuler une demande de technologie qui sera disséminée à travers le réseau des contacts du CNRC à l’étranger.Le réseau comprend 26 agents de transfert technologique, qui sont placés dans nos ambassades pour trouver des offres de technologie répondant à ces demandes.Avec l’aide du conseiller, l’entreprise pourra obtenir une subvention du ministère des Affaires extérieures pour aller évaluer la technologie sur les lieux de l’entreprise qui l’offre, ou encore, une aide du PARI pour faire faire une étude d’évaluation par un spécialiste.Fait remarquable, les Québécois font plus appel à ce service de transfert international que les autres provinces.En plus du Centre d’innovation industrielle de Montréal (CIIM) et du Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ), les entreprises peuvent également faire appel aux services d’un courtier en technologie (professionnels dont le nombre augmente en ce moment).Pour apprendre comment réaliser un transfert, on peut se procurer gratuitement le Guide pour la structuration et la négociation des accords de transfert de technologie (n° 2-1986) auprès du ministère fédéral de l’Industrie (5 E-325, Queen, Ottawa, K1A 0H5; (613) 995-2235).René Pigeon Transfert international de technologie CNRC, Ottawa REVUE INTÉRESSANTE Je me réabonne avec plaisir à votre revue et vous dis mon enthousiasme envers ce magazine qui est mon préféré entre tous.Continuez à produire une revue de grande qualité dont l’intérêt est toujours renouvelé.Marie de Passillé Dallaire Murdochville LA MILITARISATION DU NORD J’ai beaucoup aimé votre article sur le Grand Nord canadien, dans le numéro de décembre 1987 et je l’utilise avec mes étudiants.Cependant, j’aimerais éclaircir un point qui me semble important.Dans l’encadré intitulé «La souveraineté passe par la militarisation» il est écrit que «le gouvernement canadien a également l’intention de construire un brise-glace géant».D’après les nouvelles officielles du printemps dernier, ce n’est plus une intention.Les appels d’offre ont été lancés et mm les chantiers, choisis.Selon le capitaine Pullen, on y songe depuis près de vingt ans et la décision semble avoir été prise.Mais une question épineuse demeure : de qui dépendra ce brise-glace?De la marine ou de la garde-côtière, qui est une branche du ministère des Transports?Notre importante flotte de brise-glace dépend de la garde-côtière ; le Polar 8, ce futur brise-glace, qui porte déjà un nom, aura-t-il un équipage militaire ou civil?Gisèle Blanc Lavoie Sydney, Nouvelle-Écosse Le contrat de construction du brise-glace Polar 8 a été accordé à un chantier maritime qui a fait faillite depuis.Le gouvernement canadien semble avoir toujours l'intention de construire ce brise-glace.Polar 8 appartiendra à la garde-côtière et aura un équipage civil.Sa principale fonction sera d’aider à la navigation dans le Grand Nord canadien.Jean-Marc Carpentier LA VIE INTELLIGENTE EXTRATERRESTRE Je voudrais féliciter M.Claude Lafleur pour son article «La vie intelligente extraterrestre», paru dans le numéro de janvier 1988 de Québec Science.Je trouve dommage que les recherches sur la vie extraterrestre soient souvent inconnues du public, car c’est un sujet très intéressant à approfondir.Je me suis posé d’innombrables questions sur cela, sans jamais trouver de réponses.Les faits exposés clairement dans l’article m’ont aidé à m’y retrouver.Je juge aussi que c’est un des articles les plus intéressants qu’il m’ait été donné de lire sur le sujet.Tout était bien ordonné et facile à comprendre.J’ai apprécié, plus particulièrement, que l’on ne mélange pas indices ou fausses alertes, avec preuves.Comparativement à d’autres textes que j’ai eu l’occasion de lire, celui-ci m’a semblé écrit de façon très réaliste.Étant donné mon désir de faire des recherches et d’approfondir certains points de l’article, comme les méthodes d’émission de signaux destinés aux extraterrestres ou les méthodes d’écoute des extraterrestres, les références ajoutées à vos articles me seront d’une grande utilité.En cette année de vingt-cinquième anniversaire, je profite de l’occasion pour vous féliciter, vous remercier et vous inciter à continuer votre beau travail [.].Charles Gagnon Brossard QUÉBEC SCIENCE / MAI 1988 7 L’INSTITUT ARMAND - FR APPIER au service de la santé publique depuis 50 ans.jmi é ÈtSSI ta I .Y ' • •• ¦ .li I Mi _ fàmm mm 2» - ¦ VACCINS VIRAUX: Polio, Rougeole, Rubéole Oreillons, Fluviral.VACCINS BACTÉRIENS: DCT, D2T5, BCG, Anatoxine tétanique.••• Institut Armand-Frappier •^9 Laval, Québec H7N 4Z3 INTERVIEW I RAYMOND DUCHESNE : historien des sciences ii ¦ Ipll i m mmM mmm Raymond Duchesne, lauréat du prix de la recherche d’excellence 1987.».Propos recueillis par Madeleine HUBERDEAU année 1987 a été faste pour ' le jeune historien Raymond Duchesne.À 35 ans, il devient l le premier boursier du prix de la ji recherche d’excellence, décerné : par l’Université du Québec pour ! souligner la contribution exception- Inelle d’un de ses jeunes chercheurs.C’est également l’année de publication d’un livre important, dont il est coauteur, qui retrace l’histoire des sciences du Québec.À cause de son jeune âge (peut-être.), il pose un regard neuf sur l’histoire, qu’il réussit à dépoussiérer de quelques préjugés et inexactitudes.Québec Science — Dans une société où les sciences dites exactes sont très valorisées, au détriment souvent des sciences humaines, devient-on historien des sciences à défaut d’être un scientifique?Raymond Duchesne — Je m’intéresse à la science comme phénomène social et historique.Je suis plutôt un littéraire.Durant mes études classiques, je n’étais pas très porté sur les sciences.Par contre, pendant mon baccalauréat en philosophie, j’ai développé un grand intérêt pour l’épistémologie, la philosophie de la connaissance, du savoir «dur», des sciences, en somme.Les grandes questions que pose l’épistémologie me passionnaient: qu’est-ce que connaître?quelles sont les méthodes de la connaissance?comment distingue-t-on une vraie connaissance d’une : connaissance fausse?Malheureusement, c’était la branche la moins ; populaire de la philosophie, dont l’enseignement était davantage axé sur la philosophie du langage, les philosophies politiques.Q.S.— Comment se sont orientées vos études en histoire?R.D.— À la fin de mon baccalauréat, l’Université de Montréal a mis sur pied, à grand renfort de publicité, l’Institut d’histoire et de sociopolitique des sciences.Mon goût pour l’épistémologie m’y a poussé.Encore là, les gens qui s’y intéressaient, du moins à la manière des philosophes, n’étaient pas nombreux.Par contre, l’Institut attirait des gens de disciplines diverses, qui ont su créer un milieu de formation très intéressant, très dynamique.Q.S.— Cette pluridisciplinarité, vous la vivez encore à la Télé-université où vous enseignez depuis quelques années?R.D.— Oui.Les structures mêmes de cet établissement universitaire, où j’enseigne depuis 1982, exigent la pluridisciplinarité.Pour mieux saisir cette dimension, il est important de préciser, pour ceux qui l’ignorent, que la Télé-université fait de l’enseignement à distance.Elle n’a pas de campus et ses étudiants sont dispersés aux quatre coins du Québec.Dans certains cas, les cours sont câblodiffusés; pour une majorité de cours cependant, l’enseignement se fait avec du matériel écrit.QUÉBEC SCIENCE / MAI 1988 9 Louise Bilodeau Q.S.— Au plan pédagogique, ce type d’enseignement est-il très différent?R.D.— Pour l’étudiant, le téléenseignement est très différent de l’enseignement traditionnel sur campus.L’étudiant travaille chez lui, de façon individuelle.Son seul contact personnel se fait avec un tuteur, chargé de l’encadrement, qu’il peut rejoindre, selon un horaire préétabli, pour recevoir de l’aide dans son cheminement.Pour le professeur cependant, le travail n’est pas si différent.La matière à couvrir est la même, les travaux exigés aussi, à quelques nuances près.'En fait, la différence la plus grande, c’est le temps que l’on consacre à la préparation du cours, qui peut prendre facilement un an.C’est un travail considérable, mais, quand on y pense, c’est comme écrire un manuel scolaire.Les documents de cours que nous concevons doivent être clairs du début à la fin.Nous ne pouvons compter sur les réactions des étudiants en classe pour ajuster notre enseignement au fil des semaines, comme c’est le cas dans l’enseignement traditionnel.Il faut éliminer dès le départ toutes les ambiguïtés possibles.Cela exige un travail très méticuleux de rédaction et de présentation.Jusqu’à maintenant, j’ai conçu quatre cours axés sur l’histoire des sciences.Il y en a un autre en chantier, qui vient d’ailleurs de bénéficier d’une importante subvention du Secrétariat d’État.Ce cours, inspiré en partie du livre sur l’histoire des sciences au Québec, fera l’objet d’une série télévisée.Destiné aux étudiants de la Télé-université, il pourrait éventuellement être diffusé pour le grand public.Q.S.— Cette formule de l’enseignement à distance comporte-t-elle des inconvénients?R.D.— La formule du télé-enseignement n’est pas gênante en soi.Ce qui est plus difficile, quand on enseigne dans un petit établissement (la «fai conçu quatre cours axés sur l’histoire des sciences et un cinquième, en préparation, inspiré du livre sur l’histoire des sciences au Québec.» Télé-université regroupe une vingtaine de professeurs), c’est d’être souvent le seul représentant de sa discipline.Cela nous ramène d’ailleurs à la question de la pluridisciplinarité abordée plus tôt.La difficulté vient alors de ce qu’on ne peut échanger avec les confrères sur des problèmes, des théories propres à sa spécialité.Et, au-delà des cours, de l’enseignement à proprement parler, je pense qu’un professeur retire beaucoup des interactions, des échanges qu’il a avec ses collègues.Cette dimension contribue sûrement à son enrichissement personnel et professionnel.Par ailleurs, le fait d’enseigner à la Télé-université permet de côtoyer des professeurs de formations très variées.Nous sommes exposés à un large éventail de champs disciplinaires avec lesquels nous ne serions pas facilement en contact dans un département d’histoire, par exemple.Lors de la réalisation de cahiers de cours ou de documents audio-visuels, nous travaillons aussi en collaboration avec des pédagogues, des graphistes, des linguistes, des techniciens en audio-visuel.Ce volet de notre travail nous permet de nous familiariser avec des spécialisations que nous n’aborderions probablement pas dans un contexte universitaire habituel.Q.S.— Il y a quelques mois, vous deveniez le premier boursier du prix de la recherche de l’excellence, de l’Université du Québec; comment avez-vous accueilli cet honneur?R.D.— Sans vouloir jouer les modestes ou me déprécier, je vous avoue que j’ai été étonné d’obtenir cette distinction.Je pense sincèrement qu’il y a de très bons chercheurs dans le domaine des sciences humaines à l’Université du Québec, qui ont déjà à leur actif des réalisations très valables et qui auraient pu aussi remporter cet honneur.PASSIONNÉ POUR LES LIVRES Etudiant tranquille qui n’a pas fait la vie dure à ses professeurs, Raymond Duchesne avoue qu’il n’a pas eu non plus de maître à penser.Lorsqu’il avait des questions, il préférait trouver lui-même les réponses à la bibliothèque.De cette époque il a cependant gardé le souvenir d’un professeur : Camille Limoges.Ni idéologue, ni chef de file, ce dernier a le grand mérite d’avoir appris à ses élèves à bien travailler, à poser les bonnes questions.Il avait de plus, selon M.Duchesne, une qualité certaine: la rigueur.Pour Raymond Duchesne, c’est là une des qualités nécessaires à l’historien, qui doit aussi être un observateur sans parti-pris, soucieux de la nuance et attentif aux détails.L’historien doit travailler avec des faits, des événe- ments passés sur lesquels il n’a aucune influence, aucune prise.Bâtir la «vérité» historique demande alors beaucoup de temps et de détachement.L’histoire ne se traite pas de la même manière que l’actualité, qui est plus «sollicitante», plus nerveuse.Même s’il ne le reconnaît guère, une «passion» semble pourtant animer Raymond Duchesne: les.livres.Comme au temps où il était étudiant, il a gardé la certitude que l’on peut tout y apprendre.Au point que c’est là qu’il préfère y découvrir les choses et les lieux.Cette «déformation professionnelle», comme il la qualifie, l’a même rendu mauvais touriste.Sédentaire convaincu, il apprécie plutôt les charmes de la vie familiale bousculée, à ses heures, par ses trois jeunes fils.ïf i: mii 10 MAI 1988 / QUÉBEC SCIENCE «7e m’intéresse à la science comme phénomène social et historique.» wmmmm Q.S.— Cette distinction était accompagnée d’une bourse de 25 000$; à quoi emploierez-vous cette somme?R.D.—Je consacrerai sûrement une partie de cette bourse à un projet que je prépare depuis deux ans environ.Je m’intéresse à un groupe de Québécois bien précis, les anciens d’Europe ou «les retours d’Europe», comme on les appelait, qui de 1920 à 1960 ont fait des études de spécialisation, à Paris en France, comme le précisait le texte de loi, puis, au fil des ans, ailleurs dans le monde.Les candidats dits des universités — médecine, sciences, sciences sociales — avaient la préférence, mais la clientèle admissible s’est par la suite étendue au monde des arts et des lettres — peinture, chant, théâtre, écriture.Cela représente plus de 600 personnes.J’ai l’intention de dresser, domaine par domaine, une biographie collective de ces gens.Recenser leur provenance socio-économique, leurs études à l’étranger et, surtout, mettre en lumière l’influence déterminante qu’ils ont exercée, à leur retour, sur la société québécoise.Un premier travail a déjà été entrepris dans le domaine des sciences.Il est d’ailleurs I très intéressant de constater la nette évolution du rôle du professeur d’université dans les années 20 et 30, sous l’impulsion de ces jeunes étudiants québécois qui s’étaient initiés au modèle d’enseignement européen.Déjà à cette époque, en Europe, un professeur faisait de la recherche, assistait à des congrès scientifiques, publiait des articles scientifiques.Peu répandu au Québec francophone, ce modèle du professeur-chercheur s’est installé progressivement au fil «des retours d’Europe».Pour chaque discipline scientifique, on peut citer un ou plusieurs noms de professeurs qui ont amorcé ces changements ici, réclamant, à leur retour, des labos et s’engageant activement dans la recherche.Cette influence a été plus marquante durant les 20 premières années, décroissant progressivement, par la suite, au fur et à mesure que les structures locales étaient mises en place.Il sera intéressant de vérifier les types de changements provoqués par les «retours d’Europe» dans d’autres domaines.Q.S.— Vous avez également à votre actif de nombreuses publications, dont un livre sur l’histoire des sciences qui vient tout juste de paraître.R.D.— Nous sommes trois à avoir écrit ce livre : Luc Chartrand, journaliste que je connais depuis longtemps, et Yves Gingras, ancien confrère d’université, actuellement professeur à l’UQAM, qui terminait, comme moi à l’époque, sa thèse de doctorat.L’idée du livre est de Luc qui nous avait suggéré de faire une synthèse de l’histoire des sciences au Québec, à partir de nos travaux de thèses et de ce qui avait déjà été fait sur le sujet.Une fois l’idée lancée, nous nous sommes mis au travail tous les trois et cela a duré quelques années.Q.S.— Votre livre révèle-t-il des choses inédites sur notre passé scientifique?R.D.— Au plan historique, nous n’avons rien découvert de radicalement neuf.Par contre, l’ouvrage nuance certains chapitres de notre histoire.Un exemple marquant est sans doute cette croyance largement répandue voulant que l’Église catholique ait été fortement opposée aux sciences.Notre intuition de départ était la suivante: si cette institution avait vraiment été contre la science, comment expliquer que plusieurs scientifiques réputés de cette époque aient été des membres du clergé?Nos recherches ont confirmé notre thèse : nous n’avons trouvé aucun article, sermon ou amendement épiscopal, prononcé ou publié par l’Église, qui condamnât officiellement les sciences.Il est certain cependant que l’Église a pu nuire indirectement au développement de la science ; l’objectif premier de l’Église était de former des «honnêtes gens» et non des personnes spécialisées.Comme elle contrôlait le système d’éducation, elle s’efforçait de décourager tout ce qui se faisait en dehors d’elle, dont certaines initiatives laïques ou gouvernementales, dans les domaines scientifiques notamment.À ce chapitre, on peut lui faire un bout de procès.Mais une condamnation globale ne tiendrait pas compte d’une réalité plus complexe qu’il n’y paraît au premier abord, comme c’est le cas d’ailleurs pour beaucoup de choses.?QUÉBEC SCIENCE / MAI 1988 11 I,’UNIVERSITÉ DU QUÉBEC P 0 TROIS-RIVIfRtS Créée en 1968 par l’Assemblée nationale, l’Université du Québec constitue aujourd’hui un réseau implanté dans sept villes et rayonne, en outre, dans quelque 35 sous-centres.Le réseau compte 11 établisse ments : six universités constituantes — l’Université du Qué bec à Montréal (UQAM), l’Univer sité du Québec à Trois Rivières (UQTR), l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), l'Université du Québec à Hull (UQAH), l’Université du Québec en Abitibi Témiscamingue (UQAT); deux écoles supérieures — l’École nationale d’adminis tration publique (ENAP), l’École de technologie supérieure (ETS); deux instituts de recherche — l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), l’Institut Armand Frappier (1AF); un établissement de formation à distance —- la Télé université (TELUQ).L’Université du Québec regroupe aujourd’hui une communauté universitaire de plus de 78000 étudiants, plus de 1 800 professeurs réguliers et 3000 employés non enseignants.L’Université du Québec offre 370 programmes d'études de 1er cycle, 117 programmes d’études de 2e et 3e cycles.Elle rassemble aussi une communauté scientifique travaillant sur plus d’un millier de projets de recherche recensés et disposant annuellement de 34 millions de dollars en subventions, contrats et commandites.Université du Québec ï LE RÉSEAU DE L’ EXCELLENC Les moules toxiques : un mystère non résolu L’acide domoïque provenant de l’algue rouge Chondria armata est-il vraiment la toxine responsable de l’intoxication aux moules survenue en décembre dernier ?Des experts en doutent.par l’Agence Science-Presse Des experts mettent en doute les conclusions des scientifiques fédéraux qui affirmaient, en décembre dernier, avoir résolu le «mystère des mollusques toxiques».Selon ces chercheurs indépendants, les causes de la contamination des moules de rîle-du-Prince-Édouard par une substance hautement toxique, qui avait provoqué plus de 130 empoisonnements, dont trois mortels, restent mystérieuses.L’identité de la toxine elle-même serait incertaine.L’affaire des mollusques toxiques remonte au 24 novembre dernier, lorsque deux Montréalais tombent malades après avoir consommé des moules de l’île-du-Prince-Édouard.Le 27 novembre, des tests de laboratoire révèlent que ces empoisonnements ne sont pas dus à la «toxine paralysante des mollusques», généralement à l’origine de telles intoxications, mais à une substance inconnue.Le Conseil national de recherches du Canada et le ministère fédéral de la Santé et du Bien-être mettent alors sur pied deux équipes de recherche, ayant pour tâche d’identifier la mystérieuse toxine et de découvrir sa provenance.Le 18 décembre, à peine cinq jours après le début des travaux, ces deux équipes affirment avoir résolu le problème: la toxine serait une substance nommée acide domoïque; elle proviendrait d’une plante marine, l’algue rouge Chondria armata.On suppose donc que les moules auraient accumulé la substance toxique en se nourrissant de l’algue.Trois mois après cette déclaration, le mystère semble pourtant loin d’être éclairci.Un expert renommé des toxines d’origine marine, le Dr Yuzuru Shimizu, de l’Université du Rhode Island, émet en effet des doutes sur l’identité de la toxine elle-même.«L’acide domoïque n’est pas toxique s’il est absorbé par voie orale, explique-t-il.Au Japon, on l’utilise depuis des années pour le traitement des parasites intestinaux chez l’homme.» Or, les chercheurs fédéraux ont constaté que l’acide domoïque était toxique lorsqu’injecté à des souris, mais ils n’ont pas vérifié sa toxicité par voie orale; aussi le chercheur américain estime-t-il qu’il est prématuré de déclarer que les intoxications sont dues à l’acide domoïque.Par contre, M.Shimizu a isolé, à partir des moules contaminées, deux extraits causant des intoxications chez les souris mais ne contenant pas d’acide domoïque.Un de ces extraits renferme une substance apparentée à l’acide domoïque.Selon le chercheur, ce serait cette substance, seule ou en combinaison avec l’acide domoïque et peut-être avec d’autres composés, qui serait à l’origine des intoxications.La quarantaine d’experts que le gouvernement a réunis, depuis janvier, sous la bannière du Groupe d’étude de la contamination des mollusques, restent malgré tout persuadés que l’acide domoïque est relié de très près aux intoxications de décembre.«L’acide domoïque était présent dans tous les mollusques toxiques que nous avons analysés», affirme Réal Boucher, porte-parole de ce groupe d’étude.«Mais il n’est peut-être pas la seule substance en cause», reconnaît-il.Pour M.Shimizu, «le problème est si complexe qu’on ne saura probablement jamais la nature de cette toxine».Le groupe d’étude QUÉBEC SCIENCE / MAI 1988 13 Èvc-Lucie Bourque ¦ fédéral travaille sans relâche pour tenter de résoudre le problème.L’identité de la toxine n’est pas seule à être controversée : il n’est pas du tout certain que l’algue Chondria, que les chercheurs fédéraux avaient incriminée, soit à l’origine des empoisonnements.Ces scientifiques fondaient leur assertion sur une publication scientifique japonaise, où l’on relatait la présence d’acide domoïque chez Chondria.Or, sur la côte est d’Amérique du Nord, cette espèce est rare.«On n’a jamais rapporté sa présence dans les eaux d’où provenaient les mollusques contaminés», admet Réal Boucher.Même si l’on découvrait l’algue Chondria, dans les eaux baignant FÎle-du-Prince-Édouard, le problème ne serait pas résolu pour autant.«Cette algue croît sur les fonds marins, indique Louis Fortier, biologiste au Groupe interuniversitaire de recherche en océanographie du Québec.Or, les moules se nourrissent, par filtration, d’organismes planctoniques en suspension dans l’eau.Les moules pourraient avoir absorbé des fragments d’algues détachés des rochers par l’érosion marine, mais cela reste toutefois à démontrer.» Un biologiste de l’Université de l’île-du-Prince-Édouard, Louis Ha-nic, a cependant fait une découverte qui permettrait d’expliquer la contamination des moules de l’île.Il a observé que, dans les estuaires d’où provenaient les moules toxiques, proliférait une algue microscopique, la diatomée Nitzschia.Des extraits de ces algues planctoniques, injectés à des souris, les ont tuées en 40 minutes.Des tests ont confirmé que les diatomées renfermaient de l’acide domoïque en forte concentration.Le seul moyen de vérifier si la diatomée est bel et bien à l’origine de la contamination des moules serait d’en cultiver en laboratoire.Malheureusement, le groupe d’étude fédéral n’a considéré cette hypothèse que tardivement.Il était alors impossible de se procurer des diatomés pour en faire la culture, ces algues étant absentes, l’hiver, des eaux baignant rîle-du-Prince-Édouard.«Il faudra CES HIRONDELLES QUI FONT LE PRINTEMPS __________i V % ¦ .;V Lfl .>V Une hirondelle ne fait pas le printemps, c’est bien connu.Mais transformer une mangeoire hivernale en couvoir capable d’accueillir une nichée d’hirondelles bicolores est certainement une façon d’attirer l’été.Voilà pourquoi sans doute M.Gérard Larivière, un citoyen de Saint-Laurent, a créé un nouveau style de couvoir convertible en mangeoire (et vice-versa!).Fabriquées en plastique blanc, conçues selon un design original destiné à faciliter l’entretien, isolées pour soutenir des températures extrêmes, les cabanes nouveau genre de M.Larivière permettent également d’éloigner les visiteurs indésirables tels que les écureuils et les moineaux.attendre l’été prochain avant d’en savoir davantage», déplore M.Hanic.Même si l’origine et l’identité de la toxine demeurent toujours mystérieuses, les experts fédéraux croient que des empoisonnements attribuables à cette toxine ont peu de possibilité de se reproduire.«Nous avons développé un test permettant de déceler la présence d’acide domoïque chez tous les mollusques», précise la chimiste Diane Kirkpatrick.De plus, l’injection systématique des extraits de mollusques à des souris permet d’identifier tout échantillon de mollusques toxiques que le test chimique n’aurait pas retenu comme suspect.» Il n’y aurait donc aucun danger pour la santé.à condition que l’acide domoïque soit véritablement «le» coupable, ou du moins qu’il accompagne toujours le vrai coupable.De son côté, une équipe de l’Institut de neurologie de Montréal a entrepris une étude épidémiologique chez les Montréalais victimes de l’intoxication aux moules.Cette étude, qui s’étendra sur deux ans, vise à évaluer à long terme les effets du poison sur la santé, et à comprendre ses mécanismes d’action.Les chercheurs de l’Institut croient que la mémoire est la principale faculté affectée par cette toxine mais ils ne savent pas pourquoi quelques-unes des victimes ont été gravement touchées (quatre d’entre elles en garderont peut-être des séquelles permanentes) alors que d’autres semblent n’avoir été que légèrement incommodées.L’affaire des moules n’a pas seulement affecté la santé des consommateurs de fruits de mer, elle a causé de lourdes pertes financières aux producteurs, notamment en rendant les gens méfiants face aux produits de la mer.Les producteurs de fruits de mer attribuent largement cette méfiance à la confusion qui a entouré l’affaire ; ils ont réclamé une compensation au gouvernement fédéral qui n’a consenti qu’une aide de 1,5 million de dollars, destinée à lancer une campagne publicitaire.Michel Groulx : 14 MAI 1988 / QUÉBEC SCIENCE A If « Itl'lli .oat dtl'iii rist fell (titniii Stilt (jilt lacilc is Is® ipmih1 fllltot «Hti Du tabac à l’asperge Les producteurs de tabac éprouvent de plus en plus de difficultés à écouler leurs récoltes, notamment parce qu’il y a de moins en moins de fumeurs ! Or, selon des chercheurs de l’Université Laval, ces producteurs pourraient se tourner vers une culture lucrative et recherchée : celle de l’asperge.Les exigences de croissance de l’asperge sont en effet semblables à celles du tabac.Yves Desjardins et André Gosselin, du Département de phytologie de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval, travaillent à réorienter la vocation des champs de tabac du Québec.Leurs recherches sont réalisées grâce à une subvention de 105 000$ accordée par Agriculture Canada.Leur cheval de bataille : la micropropagation de l’asperge par culture in vitro.Si la production du tabac fait face à des problèmes de marché, la culture de l’asperge, au Québec, ne va pas non plus sans difficultés, principalement à cause de l’absence de variétés productives adaptées à notre climat.Pourtant le marché est là: le Québec importe 75% des asperges destinées à la transformation.En tout, on importe 285 tonnes annuellement.La production d’asperges, chez nous, est relativement nouvelle.Les superficies consacrées à cette culture ont augmenté considérablement dans les années 70, passant d’environ 100 hectares à près de 300.Elles se sont stabilisées au début des années 80 à environ 650 ha, mais des hivers rigoureux et des cultivars peu adaptés ont diminué les rendements.«Pour obtenir une augmentation rapide des superficies, affirme Yves Desjardins, il faut avant tout démontrer qu’il est possible d’avoir des rendements élevés avec cette culture.Pour ce faire, nous misons sur la micropropagation pour multiplier à • -V ‘ Q.V ; ¦ feL'.,- ¦> -7 .¦ - ¦ .1 V* ’ Alors que la production du tabac diminue au Québec, celle de l’asperge progresse au rythme des recherches qui visent à obtenir, par micropropagation, une variété d’asperges robuste et à rendement élevé.grande échelle des plants adaptés à nos conditions et offrant un rendement exceptionnel.Ainsi, la superficie consacrée à la culture de l’asperge pourrait passer de 500 ha à environ 2 000 d’ici quelques années.» En attendant, la culture de l’asperge fait face à de nombreux problèmes.Outre le climat difficile, un champignon pathogène, le fusarium, fait d’importants ravages dans les champs.En théorie, une griffe (racines tubéreuses du jeune plant d’asperge) peut survivre jusqu’à 50 ans, mais, en raison des méfaits de ce champignon, son espérance de vie ne dépasse guère dix ans.Les deux chercheurs de Laval tentent de trouver une solution à tous ces problèmes.Plutôt que de transférer la griffe de la pépinière aux champs, comme cela se faisait jusqu’à maintenant, ils proposent de cultiver en serre, par micropropagation, des variétés d’asperges sélectionnées, puis de transférer les plants directement dans les champs du producteur.Les premières expériences réalisées l’été dernier dans une ferme d’Agriculture Canada, à L’Assomption, sont positives: des transplants d’asperge de 12 semaines, produits dans des conditions optimales en serre, ont eu un taux de reprise aux champs, de 95%, comparativement à 65 % pour des griffes transplantées de façon traditionnelle.L’utilisation de semences et de substrats de croissance stérilisés a en effet permis d’éliminer les problèmes dus aux champignons pathogènes.L’équipe de Laval espère également sélectionner des variétés d’asperges mieux adaptées à nos rudes conditions climatiques.Selon Yves Desjardins, ce processus de sélection permettrait d’accroître le rendement de l’asperge de cinq à sept fois.Brigitte Vincent QUÉBEC SCIENCE / MAI 1988 15 S v LES DÉPRESSIFS MANQUENT-ILS DE LUMIÈRE?Chez certaines personnes, le moral suit de près le cycle des saisons: il remonte au printemps, est au beau fixe en été et.s’effondre en hiver.Des scientifiques ont émis l’hypothèse que ce syndrome, auquel ils donnent le nom de «syndrome affectif saisonnier», serait causé par la baisse de l’intensité lumineuse qui caractérise la morte saison.Pour vérifier cette hypothèse, ils ont choisi comme sujets expérimentaux des travailleurs de la base de Halley, en Antarctique, laquelle ne reçoit pas un rayon de soleil en hiver.Ils ont exposé certains des hommes à deux heures de lumière artificielle intense chaque jour.Résultat: ceux qui avaient reçu ce «supplément lumineux» n’étaient ni plus gais, ni plus déprimés que les autres.Il faudrait peut-être aller chercher ailleurs les causes de la déprime hivernale.LE VRAI MANTEAU QUATRE-SAISONS Des vêtements qui vous réchauffent lorsqu’il fait froid et qui vous rafraîchissent lorsqu’il fait chaud, sans aucune dépense d’énergie?Ce miracle est désormais possible, grâce à un procédé mis au point par des chimistes du ministère américain de l’Agriculture.Il suffit de traiter les vêtements de votre choix — laine, coton ou tissu synthétique — avec une substance nommée polyéthylène glycol.Ce polymère peu coûteux (c’est le principal composant de l’antigel) a la propriété d’absorber la chaleur lorsque le mercure monte, et de la relâcher lorsqu’il descend.Ce procédé pourrait être commercialisé bientôt.SPECIAL AAAS L’A SSOCIATION De notre envoyé spécial: Jean-Pierre ROGEL Sport et cancers «féminins » HÜ&Bi mm sSjPsfjË pggppg lOr* .\ f.: ^ Les jeunes filles qui font beaucoup d’exercice physique risquent moins de contracter un cancer du sein ou du système reproducteur que leurs amies qui ne font pas de sport.C’est du moins ce qui ressort d’une étude portant sur des femmes américaines, réalisée par l’École de santé publique de Harvard.Les résultats de cette recherche — la première qui porte sur les effets à long terme du sport sur la santé des femmes — ont été présentés lors du congrès de l’Association américaine pour l’avancement des sciences (AAAS), en février dernier, à Boston.On sait depuis quelque temps que la pratique intensive du sport peut perturber assez sérieusement le système reproducteur des femmes.Chez les jeunes athlètes, les premières règles apparaissent tardivement et sont souvent irrégulières par la suite, quand elles ne disparaissent pas complètement, rendant ces femmes temporairement stériles.«Cependant, notre étude démontre que l’exercice physique, pratiqué assez jeune, a des effets bénéfiques à long terme, et cela est une bonne nouvelle», a déclaré : lui ci l exercice pnysique pratique de façon intensive protégerait les jeunes filles contre les cancers du sein, de l’utérus et des ovaires.le Dr Rose Frisch, de l’Université Harvard au congrès de l’AAAS.Le Dr Frisch et ses collègues ont comparé l’état de santé de 5 398 femmes diplômées du niveau collégial aux États-Unis, âgées de 21 à 80 ans et réparties en deux groupes.Le premier groupe, celui des «athlètes», était formé de femmes qui, lorsqu’elles étaient au collège, s’entraînaient régulièrement, deux fois par semaine, dans un sport d’équipe.On a aussi indu des «joggeuses» qui couraient régulièrement, au moins deux fois par semaine.Donc, des sportives, mais pas nécessairement des athlètes d’élite.Le second groupe était formé de «non-athlètes», qui ne faisaient pas d’exercice physique régulier et intensif.L’étude montre que le groupe de non-athlètes affiche deux fois plus de cancers du sein que les athlètes, et deux fois et demie plus de cancers du système reproducteur, c’est-à-dire de le Kl I t; ¦'¦“lîî I V.9 IV 1% Il I- If 16 MAI 1988 / QUÉBEC SCIENCE ICAINE POUR L’ AVANCEMENT DES SCIE N C E S s» 1# l’utérus et des ovaires.Par contre, le taux de fertilité est semblable dans les deux groupes, ce qui tend à confirmer que l’infertilité due au sport n’est que temporaire et totalement réversible.«En fait, commente le Dr Frisch, tout se passe comme si la pratique intensive d’un sport à l’âge de 17-20 ans protégeait la femme contre le risque de cancers du sein ou des ovaires, susceptibles de se déclarer à un âge avancé.» Mais quelle peut donc être l’explication de ce curieux phénomène de «protection»?Les médecins américains remontent aux taux d’œstrogènes (une hormone féminine) des deux groupes étudiés.Ayant commencé jeunes à faire beaucoup d’exercice, les femmes athlètes sont entrées dans la vie adulte plus minces que leurs collègues non-athlètes et leur métabolisme de production d’hormones s’en est trouvé très différent.«Une plus faible production d’œstrogènes, pensent les auteurs de l’étude, peut avoir réduit, chez ces femmes, la prolifération de cellules dans le sein et dans les tissus du système reproducteur.Dans ces conditions, il y a moins de possibilités d’une division anormale des cellules, donc d’une tumeur.» Une seconde hypothèse, avancée par les chercheurs, veut que le régime à long terme des sportives contienne moins de gras que celui des non-sportives.«En fait, remarque le Dr Frisch, il devient de plus en plus clair que le sport établit un mode de vie qui réduit le risque de cancer du sein.» On le savait déjà pour les femmes qui font de l’exercice physique régulièrement à l’âge adulte, et cette nouvelle étude indique les effets bénéfiques à long terme de la pratique du sport chez les jeunes filles.Y a-t-il de quoi inspirer les éducateurs?Les chercheurs de Harvard l’espèrent bien.Selon le Dr Tenley Albright, «il n’y a nul besoin de transformer nos écoles et nos collèges en centres de sports de compétition.Mais l’introduction d’un peu plus d’exercice physique intensif pour les jeunes filles serait un investissement dans leur santé à long terme.» LA «BIBITTE» QUI MANGE DU PÉTROLE Après des années de tâtonnements, les chercheurs ont trouvé une «bi-bitte» qui aime vraiment les résidus de pétrole, qui les ingurgite et laisse intact le pétrole lui-même.Une bi-bitte, pas vraiment, puisque c’est en fait un produit chimique extrait d’une bactérie qui fixe les résidus.Mais le résultat est là, comme le rapportait récemment, au congrès de l’AAAS, le microbiologiste Ananda Chakra-barty, un pionnier dans ce domaine.On a ajouté le produit chimique à 6 200 barils de boue épaisse tapissant le fond des réservoirs d’une compagnie de pétrole du Moyen-Orient.Quatre jours plus tard, les ouvriers ont récupéré 5 600 barils de pétrole brut de bonne qualité.Une aubaine! D’autres essais auront lieu bientôt, a précisé M.Chakrabarty, mais la compagnie qui a acheté les droits exclusifs sur le procédé d’extraction, Petrogen, de l’Illinois, semble promise à un bel avenir.PENSER VITE NE FATIGUE PAS Le cerveau des gens qui réussissent bien dans les tests d’intelligence utilise moins d’énergie que celui de ceux qui réussissent moins bien.C’est le résultat surprenant qu’a rapporté un chercheur de l’Université de Californie à Irvine, Richard Haier, lors du congrès annuel de l’AAAS.En effet, des images produites par un appareil de tomographie moderne, le scanner PET, ont révélé que le niveau d’activité cérébrale des gens «brillants», tel que mesuré par la dépense en glucose, était très inférieur à celui des gens moins brillants — le terme «brillant» étant relatif, dans ce cas-ci, à la performance des individus dans le test d’intelligence RAPM.Le chercheur californien pense qu’il est possible que ce résultat soit dû à une meilleure utilisation des circuits de neurones chez les «forts en tests», que chez ceux dont les performances sont plus modestes.Tout serait dans la manière, quoi! OUI, NOUS SOMMES DE LA POUSSIÈRE D’ÉTOILE ! Un an après l’explosion de la supernova nommée 1987-A, le physicien américain Larry Sulak soutient qu’une analyse détaillée des données recueillies confirme son hypothèse selon laquelle l’essentiel de l’Univers est fait de «poussière d’étoile recyclée».C’est notamment parce qu’il a enregistré, quelques heures après l’explosion de la supernova, des «bouffées de neutrinos», à l’aide d’un récipient-détecteur rempli de huit millions de litres d’eau très pure, que ce chercheur de l’Université de Boston a pu confirmer son hypothèse initiale.«Nous savons maintenant que plus de 99% de l’énergie issue de cette explosion thermonucléaire a été convertie en neutrinos et que les ex- plosions d’étoiles de ce genre produisent tous les éléments lourds, comme l’or, le nickel et l’uranium, a-t-il déclaré, lors du congrès de l’AAAS.Cela signifie que nous sommes de la poussière d’étoile recyclée.» QUÉBEC SCIENCE / MAI 1988 17 L'HOLOGRAPHIE AU SERVICE DE L1MXJSTRIE Après une entrée remarquée dans les musées, l’holographie est de plus en plus présente dans l’industrie, qui profite de ses étonnantes propriétés.par Yvon LAROSE Un cinquantenaire de Faculté, cela ne passe pas inaperçu.Surtout pas à l’Université Laval, où se sont déroulées, en octobre dernier, des cérémonies entourant le cinquantième anniversaire de la Faculté des sciences et * de génie.À cette occasion, les autorités de l’université ont remis six prix Summa.Produits de haute technologie, ces prix d’excellence étaient en fait des hologrammes arc-en-ciel représentant en même temps le logo de la Faculté et la lettre grecque sigma, laquelle symbolise la somme des sciences et du génie.Le mot «holographie» est entré dans le vocabulaire scientifique en 1947.Cette année-là, le chercheur britannique Dennis Gabor découvrait les principes théoriques de cette méthode de photographie révolutionnaire.Il restait toutefois à mettre au point la technique qui permettrait d’enregistrer les hologrammes, ce qui fut fait en 1962 aux États-Unis par les chercheurs Emmett Leith et Juris Upatnieks.En résumé, l’enregistrement d’une image holographique repose sur l’utilisation d’un laser (à l’argon, au krypton, à l’hélium-néon ou autre).Le laser (acronyme de Light Amplification by Stimulated Emission of Radiation) est une source de lumière émettant un faisceau continu ou pulsé de lumière extrêmement pure.Celle-ci permet d’obtenir, sur une plaque photosensible et après un temps d’exposition variant de quelques secondes à une dizaine d’heures, une image en trois dimensions qui, telle une copie au carbone, reproduit un objet de façon extrêmement fidèle (voir Québec Science, janvier 1981).La stabilité de l’enregistrement est assurée, entre autres, par l’utilisation de tables spéciales, en structures laminées métalliques ou en granite.Comme s’il s’agissait d’un magnétophone visuel, l’hologramme enregistre tout ce qu’il voit et le renvoie dans toutes les directions, selon une multitude de points de vue.L’INTERFÉROMÉTRIE : POUR CONTRÔLER LA QUALITÉ DU PRODUIT Promise dès ses débuts à un brillant avenir commercial, la technologie des images en trois dimensions fut immédiatement confrontée à de nombreux problèmes techniques, auxquels s’ajoutèrent des coûts de production élevés.Bref, une vingtaine d’années de croissance lente furent nécessaires avant d’assister à un essor dans ce secteur de pointe.Aujourd’hui, l’holographie commerciale est une industrie en croissance, ce qui se vérifie, depuis trois ou quatre ans, par les inévitables litiges reliés à des brevets d’invention.En revanche, la technique industrielle appelée interférométrie holographique connaît un succès certain, depuis plusieurs années aux États-Unis.Cette technique, aussi appelée testing non destructif holographique, est très peu connue du public.Pourtant, de grandes industries, notamment dans le secteur aérospatial, en font usage, depuis les années 60, pour contrôler la qualité des pièces soumises à de fortes tensions.Chez le fabricant de pneus d’avion par exemple, la vérification se déroule de la façon suivante.Un premier hologramme du pneu est pris lorsque celui-ci est dans un état X, disons gonflé à une certaine pression ou placé dans une chambre à atmosphère contrôlée.Ensuite, on diminue la pression du pneu et on fait une deuxième exposition: s’il existe un défaut, par exemple une bulle d’air dans le caoutchouc, la superposition des deux images sur une même plaque holographique (ce qui produit un interférogramme) fera ressortir l’altération sous la forme d’une modification locale d’un patron de lignes noires, ou franges d’interférences, qui recouvrent l’image du pneu.fei 18 MAI 1988 / QUÉBEC SCIENCE I 1 fe I \ «VOIR» LE STRESS MÉCANIQUE Chez Holospectra, entreprise québécoise spécialisée dans la production d’hologrammes industriels et l’une des rares firmes spécialisées dans la production d’hologrammes commerciaux, les chercheurs produisaient, il y a quelques mois, une série d’in-terférogrammes à partir d’une plaque Le laser reproduit très fidèlement un objet.L’industrie profite de cette caractéristique pour contrôler la qualité et la fiabilité des pièces qu’elle utilise.chauffante de laboratoire.«Le but visé», explique Alain Beauregard, président et directeur scientifique de la firme de Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier, «consistait, d’une part, à vérifier le comportement de la plaque sous un stress mécanique appliqué et, d’autre part, à voir comment elle se déforme sous l’effet de la chaleur.» L’expérience s’est déroulée au laboratoire d’optique et laser de l’Université Laval.Lors de la première partie de l’expérience, les chercheurs ont appliqué une tige de métal sur la plaque, puis ont enregistré la déformation sur un interférogramme.QUÉBRC SCIENCE / MAI 1988 19 LROL/Université Lavai ' .1 2 LMT .J 3 La superposition de deux images sur une même plaque holographique produit un interférogramme qui révèle les déformations des pièces dues à un stress.Photo 1) l’hologramme de la plaque à l’état initial.Photo 2) un interférogramme montrant l’effet d’un stress mécanique (la barre foncée) provoqué ici par la présence d’une tige d’aluminium appuyée sur la plaque.Photo 3) cet interférogramme révèle l’effet d’un stress thermique.La source de chaleur se situe à l’endroit où le patron des lignes se modifie.I h a Les franges interférométriques visibles sous la forme de grandes barres noires ont permis d’établir que la déformation maximale, ou mouvement de la surface, avait été très, très faible sous le stress mécanique appliqué, soit quelques millièmes de millimètre.Dans la deuxième partie de l’expérience, les scientifiques québécois ont d’abord fait un premier hologramme de l’objet à la température de la pièce.Puis une seconde exposition a été effectuée après avoir augmenté la température.Résultat, après superposition des hologrammes: des franges concentriques, dont le centre se situait présumément à l’endroit où se trouvait l’élément chauffant, ont démontré que la plaque ne chauffait pas de façon uniforme.DES OUTILS DE PRÉCISION AUX AILES D’AVION Selon M.Beauregard, à peu près personne, actuellement, n’utilise cette technique au Québec et son usage demeure très limité au Canada.«Pourtant, souligne-t-il, il y a là de grandes possibilités de contrôle de qualité pour les pièces critiques, notamment dans le secteur de la haute technologie.» Le président d’Holospectra donne comme exemple les ailes d’avion ainsi que tous les éléments un peu délicats pour lesquels sont conçues des structures laminées, à partir de différents matériaux, pour obtenir une très grande rigidité.«Dans ces cas-là, ajoute M.Beauregard, le constructeur peut avoir recours à l’interférométrie holographique pour savoir si toutes les couches ont bien adhéré les unes aux autres.» M.Beauregard poursuit en disant qu’il existe d’autres méthodes de testing que l’interférométrie holographique, dont les ultra-sons.Mais, selon lui, «les méthodes holographiques peuvent donner des indications spéciales, c’est-à-dire montrer des choses qu’on ne peut voir autrement ».En 1986, un chercheur d’Hydro-Ontario a pour sa part eu recours à des méthodes d’interférométrie holographique pour vérifier l’existence possible de défauts dans les barres de combustible servant à l’alimentation des réacteurs nucléaires ontariens.L’outillage de précision constitue un autre champ d’application du testing non destructif holographique.Selon Alain Beauregard, l’industriel intéressé à cette technique doit d’abord réaliser un premier cylindre (dit cylindre principal) frisant la perfection.Ensuite, on réalise l’hologramme de cet objet.Cette image tridimensionnelle ainsi obtenue est par la suite utilisée comme référence lors de la production de nouveaux cylindres.«En positionnant, dit M.Beau-regard, en temps réel et au micron près, le cylindre nouvellement produit par rapport à l’image holographique du cylindre principal, on pourra facilement détecter les petites variations et les corriger.» LES ÉLÉMENTS OPTIQUES HOLOGRAPHIQUES Au nombre des applications secondaires de la technologie holographique, on compte la fabrication d’éléments optiques tels que miroirs, lentilles, lames séparatrices, réseaux de diffraction, etc.Le directeur scientifique chez Holospectra explique qu’il est possible, par exemple, de combiner une lentille et un réseau de diffraction au même moment sur une plaque de verre.«De plus, affirme-t-il, dans certains cas, l’holographie a des capacités vraiment uniques pour aider à produire de tels éléments, tout en ramenant à presque rien le poids et le volume de l’objet.» M.Beauregard soutient qu’une fois la plaque de verre éclairée à la lumière laser, on peut tout à fait obtenir l’effet d’une lentille suivie d’un réseau, ou vice versa, et ce, avec un volume absolument négligeable et un poids très faible.Alain Beauregard ajoute que l’holographie permet de fabriquer des éléments optiques qui, autrement, seraient très difficiles, voire impossibles à réaliser avec des techniques conventionnelles.«Avec l’holographie, explique-t-il, on peut fabriquer artificiellement des fronts d’ondes capables de fonctions précises qu’aucun élément optique conventionnel ne peut faire aujourd’hui.» Les lecteurs optiques utilisés notamment sur les caisses enregis- è Ca «¦ là ra sioi ai i® lu® treuses constituent certes l’application la plus connue dans laquelle interviennent des éléments optiques holographiques.Cela dit, certains appareils spécialisés, tels que spec-tromètres, monochromateurs et systèmes d’affichage holographique occupent la plus grande part du marché des éléments optiques holographiques.Bien qu’ils soient peu répandus au Canada, les lecteurs optiques de caisses enregistreuses ont pour fonction de lire l’information codée con- tenue dans le symbole UPC (Universal Product Code), ce petit rectangle fait de lignes noires parallèles que l’on retrouve maintenant sur les emballages de tous les produits manufacturés.APRÈS LES AVIONS, LES VOITURES DE DEMAIN Alain Beauregard raconte que les premiers lecteurs optiques, basés sur une technologie non holographique, fonctionnaient plus ou moins bien et L’HOLOGRAPHIE COMMERCIALE Pour combattre encore plus efficacement la contrefaçon, la firme multinationale américaine MasterCard annonçait, en juillet dernier, son intention d’agrandir l’hologramme qui apparaît depuis quelques années sur les cartes de crédit de ses 130 millions de clients.Quelques mois auparavant, les fabricants de jouets américains Tonka et Hasbro lançaient, pour la première fois, des jouets incorporant des hologrammes.L’utibsation d’hologrammes sur les cartes de crédit MasterCard et Visa, ainsi que les hologrammes parus sur la page couverture de deux numéros du magazine National Geographic — un hologramme arc-en-ciel de l’aigle américain, notamment, apparaissait sur l’édition de mars 1984 —, ne sont que quelques exemples illustrant le développement récent de l’industrie nord-américaine des hologrammes commerciaux.Chez Holo-spectra, quelques réalisations, à ce chapitre, sont également dignes de mention.À l’automne 1987, la jeune PME de Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier livrait 50 hologrammes arc-en-ciel à la Faculté des sciences et de génie de l’Université Laval.Ce type d’hologramme, dit «par transmission», doit être regardé à l’aide d’une source lumineuse placée derrière l’image.En traversant celle-ci, la lumière se décompose en plusieurs couleurs, d’où le nom d’arc-en-ciel.Un an auparavant, Holospectra, qui se spécialise également dans la fabrication et la consultation en optique et laser, remettait au Musée du Séminaire de Québec un hologramme par réflexion reproduisant le mécanisme d’une vieille horloge de cheminée datant du XVIIe siècle.Par Hologramme réalisé pour le 50e anniversaire de la Faculté des sciences et du génie de l’Université Laval.définition, l’hologramme par réflexion est monochrome et doit être regardé du même côté que la source lumineuse.Placée dans une vitrine, elle-même encastrée dans le mur de la salle des objets scientifiques, l’authentique horloge anglaise, fabriquée par Maud et fils n’était jusque-là observable que de face et de côté.Alain Beauregard, président d’Holospectra, raconte qu’étant donné la beauté de son mécanisme on décida de laisser l’horloge dans sa vitrine et d’exposer à côté un hologramme représentant la partie arrière de l’objet.«Malheureusement, explique M.Beauregard, on ne voit pas l’horloge au complet parce qu’elle est énorme (51,9 cm de hauteur, 27,8 cm de largeur et 18,6 cm de profondeur).La porte est ouverte sur la droite et, en se penchant, on peut voir la poignée sur le dessus.Après le développement, on a traité l’hologramme pour le rendre jaune or.» qu’il fallait passer plusieurs fois le produit au-dessus de la vitre de la caisse pour faire réagir le lecteur.Aujourd’hui, les systèmes les plus perfectionnés réussissent au contraire à lire le code en une fraction de seconde et ce, peu importe la façon dont le produit est placé sur la vitre.Ces machines développées par IBM utilisent essentiellement une composante holographique principale.«Il s’agit, explique M.Beauregard, d’une roulette sur laquelle on retrouve une vingtaine d’éléments optiques holographiques qui sont des réseaux de diffraction holographiques spécialisés.Le faisceau laser est d’abord dirigé dans la roulette qui tourne très rapidement.Chaque petite section de la roulette fait alors balayer le faisceau dans une certaine direction, le balayage pouvant s’effectuer dans vingt directions en une fraction de seconde.» Dernièrement, aux États-Unis, des scientifiques faisaient une incursion dans le domaine de l’holographie pour le compte de l’armée de l’air.Il en est résulté la mise au point d’un système utilisant des miroirs holographiques spéciaux qui, en faisant dévier la lumière produite par le tableau de bord d’un avion de chasse, projettent les données de vol pertinentes dans le champ de vision du pilote.Au dire d’Alain Beauregard, cette technologie serait maintenant en voie d’application dans les avions de ligne commerciaux.«Certains pensent même à équiper les voitures de demain avec de tels systèmes holographiques», de conclure le chercheur.?Pour en savoir davantage: Françon, M., Holographie, Masson, Paris, 1969, 124 pages.SAXBY, G., Hologrammes — De la prise de vue à leur présentation, traduit par Jacques Pasteur, Masson, Paris, 1984, 179 pages.GOODMAN, J.W., Introduction à l'optique de Fourier et à l’holographie, traduit par C.Durou et J.-P.Perez, Masson, Paris, 1972, 287 pages.VEST, C.M., Holographic Interferometry, John Wiley and Sons, New York, 1979,465 pages.QUÉBEC SCIENCE / MAI 1988 21 wamm KKSIa ?Pour lutter contre les feux de forêt, le Québec possède de nombreux combattants très bien équipés et toujours sur le pied de guerre.par Gilles DROUIN ruyamment, un gros avion jaune amorce sa descente vers les eaux calmes du lac.Au contact de la surface, le bruit des moteurs s’amplifie et l’écume jaillit de part et d’autre de l’appareil.En une dizaine de secondes, le CL-215 ingurgite quelque 5 500 litres d’eau.Rapidement, le bombardier d’eau reprend de l’altitude et fonce en ligne droite sur l’ennemi: le feu.iifagif 22 MAI 1988 / QUÉBEC SCIENCE Ministère de l’Énergie et des Ressources QUÉBEC SCIENCE / MAI 1988 23 pp«T*£r LES COMBATTANTS Au Québec, presque tout le monde sait reconnaître un avion-citerne.Ces colorés appareils amphibies sont devenus au fil des années le symbole de l’efficacité des Québécois dans la lutte contre les feux de forêt.C’est la renommée internationale : n’ont-ils pas volé dans le ciel des Galapagos pour sauver ce sanctuaire du pire désastre?Mais, au-delà de la fierté nationale flattée dans le sens du poil, il faut reconnaître que les CL-215 et les Canso ne sont que la partie la plus visible et la plus spectaculaire d’une impressionnante organisation de protection de la forêt.Les 17 CL-215 et les 4 Canso québécois, par leur vitesse d’intervention, sont un élément clé de la lutte contre les feux de forêt.Mais, contrairement à ce que plusieurs pensent, on n’éteint pas les feux uniquement avec des avions-citernes.Ces derniers ralentissent la marche d’un feu et constituent l’attaque initiale, une première salve qui ébranle l’adversaire.Mais le reste du travail est effectué par des équipes terrestres, mètre par mètre, arbre par arbre, avec force motopompes, boyaux, gicleurs, haches, scies mécaniques, pelles et bouteurs.PRÉVENIR PLUTÔT QUE GUÉRIR Dans une perspective de protection de la forêt contre les incendies, le Québec aurait pu choisir d’investir massivement dans l’achat de CL-215.Au coût de 11 à 12 millions pièce, la facture aurait grimpé rapidement, sans être nécessairement une garantie de succès.«Nous pourrions disposer d’une escadrille de 50 avions-citernes et de centaines de combattants au sol, mais si nous découvrons le feu alors qu’il a déjà pris de larges proportions, nous ne pourrons que limiter un peu les dégâts.Seule la nature pourra en venir à bout», explique Régis Proulx, chef du service de la protection des forêts au ministère de l’Énergie et des Ressources (MER).Selon Peter Kourtz, de l’Institut forestier national (IFN) de Petawawa, en Ontario, seulement 3 % de tous les —-x-' «S Le quartier général de lutte contre les incendies de forêt dans la région Québec-Mauricie.Le support informatique permet une représentation intégrant les différents indices de la situation sur le territoire couvert par chacune des sept sociétés de conservation régionales qui veillent à la prévention et à la suppression des feux de forêt.Créées en 1972, les sept sociétés de conservation régionales sont des organismes sans but lucratif.Le ministère de l’Énergie et des Ressources (MER), les propriétaires de boisés privés de plus de 800 hectares et les industriels forestiers qui exploitent la forêt publique en sont membres.Ces sociétés ont la responsabilité de la prévention, de la détection et de la suppression des incendies forestiers sur leur territoire respectif.Elles travaillent évidemment en étroite collaboration avec le service de la protection contre le feu du MER et particulièrement avec le Centre de coordination de la lutte (CCL).Le CCL, situé à l’aéroport de Québec, joue le rôle d’aiguilleur des 21 avions-citernes répartis sur neuf bases à travers la province.Une carte murale permet de localiser les appareils en tout temps.Le CCL coordonne le travail des avions, qu’il répartit selon la demande mais aussi selon les probabilités de risque pour une région donnée.Le système est conçu de façon à ce qu’un avion-citerne ne soit jamais à plus de six minutes de vol d’un point d’eau.Dans les locaux des sociétés de conservation, tout est pensé en prévision du combat.Les équipes terrestres doivent être en mesure de couvrir de 80% à 90 % du territoire en 45 minutes.Répartis sur le territoire de chaque société, on retrouve une trentaine de dépôts d’outils, qui ne sont jamais à plus de 15 minutes de vol l’un de l’autre en hélicoptère.Généralement, un hélicoptère décolle avec une équipe de trois ou quatre combattants munis d’un équipement minimal.Après avoir déposé ces guerriers en bordure du feu, l’appareil repart chercher l’équipement supplémentaire nécessaire.Grâce à une stratégie de lutte bien rodée et constamment améliorée, 95% des feux sont contenus dans la même journée.Un contrôle est toujours effectué le lendemain.On compte environ 500 combattants au Québec, auxquels peuvent s’ajouter des centaines de volontaires selon le besoin.À certains moments, comme en mai 1977, il y en avait 1 000 à l’oeuvre dans une seule région.Dans ces moments particulièrement «chauds», on fait appel aux pompiers des municipalités, aux autochtones et aux ouvriers des compagnies forestières membres des sociétés de conservation.Créé en 1986, le Centre de transfert technologique de Maniwaki (CTTM) a pour mandat de faciliter et d’accélérer le transfert des technologies développées par l’Institut national forestier de Petawawa vers les sociétés de conservation et le CCL.Il peut également offrir ses services aux autres provinces et aux pays étrangers.Le Centre compte quatre informaticiens et un ingénieur en électronique.24 MAI 1988 / QUÉBEC SCIENCE feux de forêt au Canada ont dépassé les 200 hectares au cours de la décennie 1974-1984.Cependant, ces feux sont responsables de 97% de toute la superficie brûlée.«Les statistiques et l’expérience, écrit-il, montrent que nous ne sommes pas efficaces dans la lutte contre les grands feux.» Généralement, ces conflagrations s’étei- Sgnent faute de combustible ou simplement parce que la pluie s’est mise ]l de la partie.Dans ce contexte, une stratégie i de prévention et de détection rapide se comprend aisément.«Notre philo-; ;• sophie, précise Régis Proulx, est simple: il s’agit d’intervenir le plus rapidement possible, alors que le feu ; n’en est qu’au début et avec la force la plus appropriée qui soit.» Le Québec a pris le virage de la prévention au tournant des années 70 avec la création des sociétés de conservation régionales et l’instauration des patrouilles aériennes, plus flexibles que les 500 tours d’observation répar- ties sur le territoire.À la même époque, les premiers CL-215 sont apparus dans le ciel.Le tout a permis de couper drastiquement l’appétit du feu (voir l’encadré «La moyenne baisse»).Au fil des années, le système de prévention et de détection s’est amélioré en intégrant les derniers raffinements technologiques.Malgré tout, le grand public contribue toujours à détecter 75% des feux de forêt.De façon significative, les activités humaines sont à l’origine de ces incendies dans les mêmes proportions ! La foudre, quant à elle, allume environ 25% des feux.À L’HEURE DE L’INFORMATIQUE Pour intervenir le plus rapidement possible et avec une intensité ou une force optimale, les officiers responsables de la protection de la forêt contre le feu avaient besoin d’un sys- tème qui rende accessibles quasi instantanément un grand nombre d’informations.«Nous avions besoin de solides banques de données qui regroupent toutes les informations acquises par les gens qui oeuvrent sur le terrain », explique Ghyslain Ouellet, gérant de la Société de conservation de l’Outaouais.Il s’agissait alors de concevoir un outil d’aide à la prise de décision.C’est ainsi que l’idée du Système de gestion en protection des forêts (SGPF) est venue au monde.D’abord conçu par l’équipe de Peter Kourtz de l’IFN de Petawawa, en Ontario, ce système de gestion informatisé a ensuite été mis à l’essai au Québec par la Société de conservation de l’Outaouais.Ce sont les informaticiens et chercheurs du Centre de transfert technologique de Maniwaki (CTTM) qui ont effectué ces tests.Il s’agissait d’adapter les différents logiciels à la réalité du terrain.Aujourd’hui, tout le réseau québécois de lutte contre les feux de forêt a accès au SGPF par le biais d’un réseau de communication télématique.Le cœur du système d’informations est constitué par l’indice forêt-météo (IFM).C’est à partir de cet indice que l’on établit le degré de risque de feu de forêt diffusé à la radio ou sur des panneaux le long des routes, pendant tout l’été.Pour établir l’indice forêt-météo, on tient compte de cinq éléments : en se basant sur les précipitations précédentes, il est possible d’évaluer la quantité de combustibles légers que l’on retrouve en surface; les données météorologiques permettent de mesurer l’état de sécheresse du milieu; on tient compte de l’épaisseur de la couche d’humus; la quantité totale de combustible disponible entre également en ligne de compte; enfin, en combinant l’indice de combustible léger avec la force des vents au moment où le feu éclate, il est possible d’obtenir la vitesse de propagation initiale de l’incendie.L’intégration de toutes ces données permettra de prédire l’intensité du feu de forêt.Devant la complexité et le nombre de paramètres à contrôler, on comprend Le Québec possède 21 avions-citernes rattachés à neuf bases, et jamais à plus de six minutes d’un point d’eau.QUÉBEC SCIENCE / MAI 1988 25 26 LA MOYENNE BAISSE Au Québec, 1972 constitue une année charnière dans la répression des feux de forêt.Depuis, la moyenne d’hectares brûlés a chuté de moitié.Entre 1956 et 1971, on a compté en moyenne 885 incendies par année, qui ont ravagé une superficie de 61 835 hectares, soit 70 hectares par feu.Entre 1972 et 1987, en moyenne, 1 044 feux par année ont dévasté 36 244 hectares, soit 35 hectares par incendie.aisément pourquoi et comment l’informatique devient une précieuse alliée ! SENTIR LE FEU Mais l’IFM sert aussi à planifier l’utilisation des équipes de lutte contre les incendies.Par exemple, lorsque le risque est élevé, un certain nombre de combattants et d’appareils sont mis sur un pied d’alerte, prêts à intervenir dans un délai très court.«À chaque jour, nous prenons connaissance de la situation sur le terrain tout en nous informant des prévisions météorologiques pour les prochaines 24 heures », explique Benoît Juneau, adjoint au gérant de la Société de conservation Québec-Mauricie.Grâce à ces informations, les responsables de la protection sont en mesure de prévoir les conditions dans lesquelles se déroulera le combat.«Lorsqu’il y a alerte, explique Benoît Juneau, nous savons déjà ce qui se passe sur le terrain.Par exemple, nous savons dans quelle direction peut se déplacer le feu, quelle quantité de combustibles est disponible ou encore quel est l’indice de sécheresse.Nous pouvons ainsi intervenir avec toute la force nécessaire sans pour autant mettre trop d’énergie.» Les équipes de surveillance aérienne complètent le tableau en fournissant une liste d’informations sur les essences forestières, la direction des vents, la topographie, la proximité de points d’eau ou les accès au feu.En quelques commandes à l’ordinateur, il est possible d’avoir sur l’écran diverses représentations graphiques de la situation.Sur une carte, la couleur rouge indiquera les MAI 1988 / QUÉBEC SCIENCE endroits où la végétation est très sèche et où, par le fait même, les risques sont plus élevés.Une banque de données contient l’histoire des incendies des 10 dernières années.Combinée avec l’indice forêt-météo, cette information permet de prévoir, dans une certaine mesure, les risques de conflagration dans une région donnée, à un moment donné.UNE MEILLEURE CUEILLETTE D’INFORMATIONS Pour alimenter le système de gestion, le territoire de chaque société de conservation est quadrillé de stations météorologiques qui rendent compte deux fois par jour de l’ensoleillement et des précipitations.En moyenne, on compte une vingtaine de stations par société.Toutefois, ces stations laissent des «trous» puisqu’elles ne fournissent des informations que pour des parcelles du territoire.Pour combler ces manques, le CTTM, en collaboration avec l’Université McGill, met présentement à l’essai des radars pour détecter les plus fines précipitations sur l’ensemble de la zone.«Trois stations radars peuvent couvrir à la perfection le territoire moyen d’une société», précise Ghys-lain Ouellet qui est également directeur général du CTTM.Ces radars s’inspirent de ceux qu’emploient les bateaux de pêche.Chaque unité coûte environ 50 000$.Leur fonctionnement a posé quelques problèmes, dont celui de l’alimentation électrique en pleine forêt et celui du calibrage de l’instrument.Les informations obtenues à l’aide des radars s’ajouteront à celles que fournit le réseau de détecteurs-localisateurs de foudre déjà en place.Comme nous l’avons dit précédemment, la foudre est responsable de 25% des incendies de forêt.Les feux de foudre sont plus difficiles à détecter, surtout lorsqu’ils éclatent aux limites des zones de surveillance.Ils sont d’ailleurs les plus redoutables et les plus dévastateurs.Ils peuvent «dormir» longtemps avant d’être découverts.La foudre a aussi la particularité d’allumer nipt ¦ b.USi Mit, ftl » itiottî iplt meiii « itioi ik ItiK i ÛUÎ iMt' aids ta dill IlIVtK riloiii plusieurs foyers dans un secteur délimité, compliquant ainsi le travail d’extinction.C’est la Société de conservation de l’Outaouais qui a pris l’initiative de s’intéresser aux détecteurs de foudre.La raison en est bien simple: cette région vient au deuxième rang, au Canada, pour les coups de foudre — les vrais.«La NASA, raconte Ghyslain Ouellet, s’est intéressée à ce problème pour protéger ses fusées.Elle a confié la recherche à une équipe de l’Université de la Floride; de cette recherche est sorti un produit qui a été commercialisé.» C’est ce système de détection de foudre qui a été adapté à la protection de la forêt par les chercheurs de Petawawa et du CTTM.En combinant les informations obtenues par les radars et celles des détecteurs-localisateurs de foudre, il sera possible de savoir à quels endroits la foudre a frappé, sans pour autant qu’il y ait averse de pluie, car ce sont justement les éclairs qui frappent en dehors de la zone des précipitations qui allument le plus souvent les feux de forêt.L’ŒIL ROUGE DU PATROUILLEUR Les patrouilles aériennes constituent toujours l’épine dorsale de la détection des incendies dans les zones peu PROTÉGER LA FORÊT COMMERCIALE Le principal objectif du service de protection de la forêt est de minimiser l’impact des feux sur la forêt commerciale.Au Québec, l’importance économique de la forêt n’est plus à démontrer.La partie commerciale couvre 750 000 km2, soit presque la moitié du territoire québécois.Cette ressource naturelle à elle seule fournit 88 000 emplois directs et 110 000 emplois indirects.Au total, la forêt est à l’origine d’un emploi sur dix, au Québec.Ce travail représente 9,2 milliards de dollars en production et 4 milliards de dollars en exportation.La survie de 114 municipalités tient à la forêt.À tout cela il ne faut pas oublier d’ajouter le million et demi de pêcheurs, les 500 000 chasseurs et tous les amateurs de plein air qui jouissent, bon an mal an, des forêts québécoises.peuplées.Environ 25 avions sillonnent le ciel québécois chaque jour, de mai à novembre, en suivant des parcours tracés en fonction de la visibilité.Jusqu’ici, la qualité de l’observation a reposé sur la vigilance des équipages et sur la visibilité.Dès cet été, un détecteur à infrarouge sera mis à l’essai sur le territoire de la Société de conservation de l’Outaouais.L’infrarouge permet de repérer les plus infimes sources de chaleur.La compagnie Bomem, de Québec, met présentement au point le premier prototype de cet instrument.Si tout se passe bien, tous les avions de patrouille devraient en être équipés vers 1991.L’AVENIR «Tous les systèmes informatiques dont nous disposons, estime Ghyslain Ouellet, sont encore dans leur enfance.Nous nous dirigeons résolument vers les systèmes experts et l’intelligence artificielle pour faciliter davantage la prise de décision des officiers.» Mais la décision finale restera probablement toujours celle des êtres humains.«Nous sommes encore très loin, précise M.Ouellet, du moment où un ordinateur prendra la décision d’envoyer trois CL-215 et 12 combattants sur le site d’un feu.» D’ici là, les sociétés de conservation et les gouvernements continueront à mettre l’accent sur la prévention par des campagnes de sensibilisation auprès du grand public.On compte d’ailleurs sur des méthodes-chocs.Ne soyez ni surpris ni effrayé si, lors de votre prochaine cueillette de petits fruits sauvages, un hélicoptère se pose près de vous.Ceux qui en descendront n’auront comme unique dessein que de vous donner quelques conseils de prudence.?PR?rI£nVifl«e 3üQüébeC «p ::v: y V;; ï .QUÉBEC SCIENCE / MAI 1988 27 ÉCONTAMlNËfc Longtemps après leur disparition, les complexes industriels laissent encore des traces de leur activité, vestiges bien enfouis dans des sols qu’il faut passer au crible avant de construire.ntre 1984 et 1990, approximativement 20% de la capacité industrielle du Canada sera fermée pour des raisons économiques.» C’est du moins ce qu’affirme un rapport récent d’Environnement Canada et ce que confirment des événements comme l’annonce de la mise au rancart prochaine de la gigantesque aluminerie d’Alcan à Jonquière ou le démantèlement des raffineries de pétrole de l’Est de Montréal.L’un des impacts environnementaux majeurs de ce phénomène commence tout juste à être perçu.Pendant des décennies, ces divers complexes industriels ont souvent produit des déchets toxiques, dont on commence à peine à se préoccuper mais qui ont contribué à constituer un «héritage» dont il faut aujourd’hui apprendre à se méfier.28 MAI 1988 / QUÉBEC SCIENCE par Michel BEAULIEU LOVE CANAL, LEKKERKERK, VILLE LASALLE.«La particularité la plus inquiétante de plusieurs de ces anciens terrains industriels », constate Conrad Anctil, responsable de la Direction des substances dangereuses du ministère de l’Environnement du Québec, «est qu’ils sont situés au cœur des villes.Cette localisation privilégiée, jumelée aux faibles coûts de revient de terrains dont les anciens propriétaires veulent souvent se débarrasser et au phénomène de retour de la population au centre-ville, constitue une incitation majeure pour des promoteurs désireux de les recycler.Ainsi, du jour au lendemain, un secteur voué à l’industrie depuis un demi-siècle peut se transformer en coquet quartier résidentiel.» De pareilles transformations effectuées à l’aveuglette peuvent avoir des répercussions catastrophiques.Pour s’en convaincre, il suffit de se remémorer quelques cas célèbres: Love Canal, près des chutes du Niagara, Lekkerkerk, aux Pays-Bas, où le gouvernement néerlandais a dû évacuer la moitié d’un village au début des années 80, et, plus près de nous, Ville LaSalle, où l’excavation des sols contaminés a coûté près de 9 millions de dollars.C’est pour éviter la répétition de tels événements que le ministère de l’Environnement du Québec (MEN-VIQ) incite dorénavant les entrepreneurs à caractériser (voir l’encadré) les anciens terrains industriels avant de les remettre en développement.Compte tenu de l’enjeu, on serait toutefois tenté de se demander pourquoi l’on n’interdit pas définitivement la réutilisation de ce que les Français appellent «les friches industrielles».«C Hiit Ht '«St kl Hla & & «y; Labcxprcss B'Ii'sCsI .A.'fnV T-» » " «IW • J lülû’l Jll^l m «Ce serait, explique Conrad Anc-til, aller à contre courant des grandes tendances existant présentement dans nos sociétés postindustrielles, tuer dans l’œuf une partie de l’écologie urbaine naissante.Comment peut-on s’opposer à la maximisation du potentiel urbain, à la récupération et au recyclage d’anciens bâtiments, à l’in- térêt pour une partie de la population d’habiter un centre-ville revitalisé, à la création de nouvelles aires d’habitation et d’espaces verts au cœur d’anciens quartiers urbains à caractère industriel?» Au-delà de cet esprit des temps, il faut bien admettre également que la récupération des terrains usagés a l’énorme avantage de permettre de se servir d’un levier d’une puissance incomparable, la force du marché, pour assurer la décontamination des anciens terrains industriels par le secteur privé.La possibilité de revendre le terrain et de récupérer une partie ou la totalité de l’argent investi incitera souvent le propriétaire à QUÉBEC SCIENCE / MAI 1988 29 envisager la décontamination d’un œil plus.serein! Un mariage de raison entre l’écologie et l’économie?GARDER L’ŒIL OUVERT Le ministère de l’Environnement a commencé à s’intéresser sérieusement au problème des sols contaminés en 1985, en traitant les cas de l’ancienne usine de peinture de Sherwin Williams à Pointe-Saint-Charles et de la raffinerie de Pétro-Canada à Anjou.Depuis, de nombreux autres lieux ont fait l’objet d’études similaires et tout porte à croire que des centaines d’autres devront à leur tour être passés au crible.«De fait, des problèmes de sols contaminés se poseront probablement sous peu dans des villes comme Shawinigan, Trois-Rivières, Beau-harnois, Dorval, partout où l’on «redéveloppera» d’anciens quartiers industriels » affirme Daniel Green de la Société pour Vaincre la Pollution, groupe de pression qui est intervenu à plusieurs reprises dans des dossiers de déchets chimiques.«À chaque occasion, public et groupes de pression devront avoir l’œil ouvert.» De quoi doit-on se méfier lorsque l’on prévoit «recycler» des friches industrielles ?Cela dépend en bonne partie du type de réutilisation projeté, de la nature et de la quantité de contaminants, et de facteurs intrinsèques du milieu (hydrogéologie, nature du sol, etc.).L’accumulation de métaux dans des légumes cultivés au jardin, l’inhalation de poussières toxiques, l’ingestion de terre contaminée par des enfants en bas âge ou l’accumulation de vapeurs nocives dans les maisons constituent autant de voies d’intoxication possibles.Sans oublier les effets phytotoxiques et les odeurs.CONSTRUIRE SUR DES «FRICHES INDUSTRIELLES» «Que se serait-il passé si l’on avait construit sur le terrain de Sherwin Williams sans le décontaminer au préalable?», se demande Michel Yergeau, avocat en droit de l’envi- ronnement, qui a agi à titre de consultant dans ce dossier.«Peut-être rien.Mais je pense qu’il n’aurait pas été prudent de le faire et qu’en cas de problèmes, l’entrepreneur aurait été dans l’eau chaude.» «La société doit comprendre, poursuit le spécialiste du droit de l’environnement, que l’on est en face d’un problème nouveau.Autrefois, on faisait de la construction domiciliaire dans des sols vierges ou sur des terres agricoles.Le problème ne se posait pas.Aujourd’hui, on désire construire sur des sols où des usines ont fonctionné parfois pendant 125 ans.Dans ce contexte, des analyses préliminaires pour s’assurer de la bonne qualité des sols devraient être aussi banales et routinières que la mesure de la capacité portante de ces mêmes sols.» Françoise Huppertz, présidente de Labexpress, firme de consultants s’occupant de caractérisation de sol, connaît bien les déconvenues auxquelles s’expose un promoteur qui se porte acquéreur d’anciens terrains industriels sans en avoir préalablement évalué l’état.«En 1984, raconte Françoise Huppertz, le terrain de LaSalle Coke situé à Ville LaSalle a été vendu à Westcliff, compagnie immobilière qui désirait y aménager un centre commercial.Une usine permettant la production de gaz à partir du charbon avait fonctionné jusqu’en 1977 sur ce lieu, contaminant le sol pendant près de 60 ans.Westcliff s’est vu refuser, par le ministère de l’Environnement, l’autorisation de construire, à moins de décontaminer complètement le terrain.qui couvre une superficie de 185 800 m2! La compagnie a dû acheter un terrain adjacent, non contaminé, pour construire et elle s’apprêtait, aux dernières nouvelles, à décontaminer le terrain LaSalle Coke.DES SOLS QUI INQUIÈTENT Si les promoteurs peuvent être passablement ébranlés par la découverte de sols contaminés sous leurs souliers, on imagine la réaction des résidents vivant sur ou à proximité de tels lieux.«En 1983 et 1985, lors des travaux de restauration de LaSalle Vv '==STTîiepn — En 1986, 52 familles ont été relocalisées temporairement pendant la restauration d’un ancien dépotoir de produits toxiques à Ville LaSalle.Les travaux se sont déroulés au cœur d’un quartier résidentiel.30 MAI 1988 / QUÉBEC SCIENCE Ville de LaSalle LA CARACTÉRISATION: LE DIAGNOSTIC D’UN TERRAIN Un terrain contaminé est un terrain malade qu’il faut examiner puis restaurer.Ici, une équipe spécialisée dans la caractérisation des sols contaminés analyse des prélèvements.iJlè Un terrain contaminé est un terrain malade.Le spécialiste en caractérisation procède un peu comme le médecin qui établit les habitudes de vie de son patient, observe les symptômes et, finalement, pose le diagnostic de la maladie.La caractérisation d’un terrain contaminé comporte trois étapes importantes: la recherche historique, l’échantillonnage et l’analyse des sols, et le rapport de caractérisation.La recherche historique, quoiqu’elle soit souvent négligée, revêt une importance capitale.C’est à partir des informations recueillies à cette étape que l’on orientera toutes les études ultérieures sur le terrain.Il s’agira de dresser la carte du lieu, d’établir le profil des sols, le niveau de la nappe phréatique et la direction d’écoulement des eaux souterraines.De plus, il faudra déterminer les types d’industrie qui ont été actives sur le terrain, au fil des ans, la nature des matières premières et des déchets qui y ont transité, de même que la façon dont ces déchets ont été éliminés.Toutes les sources potentielles de contamination (canalisations ou réservoirs enfouis, aires de transbordement, lagunes ayant servi à l’élimination de déchets) devront être soigneusement répertoriées.Pour obtenir ces informations, il sera souvent nécessaire de se livrer à un véritable travail de détective, d’étudier des photographies aériennes vieilles de plusieurs années, d’interroger d’anciens ouvriers aujourd’hui à la retraite ou de scruter des plans d’usine jaunis par le temps.À partir des informations obtenues, il sera possible de déterminer la maille d’échantillonnage.La fréquence et la profondeur auxquelles seront effectués les prélèvements d’échantillons de sol et d’eau souterraine, de même que la nature des paramètres physico-chimiques à analyser varieront d’un terrain à l’autre.Certains symptômes observés sur le terrain, la présence d’odeurs suspectes ou d’huile dans les sols, par exemple, pourront également avoir une influence sur la localisation des points d’échantillonnage.Avec les résultats en main, le «praticien» pourra «diagnostiquer» la maladie et recommander un «traitement», s’il y a lieu.Quelle que soit l’ampleur de la caractérisation, le spécialiste devra cependant toujours être conscient des limites de l’opération, considérer les résultats comme représentant une image floue de l’état du terrain et se préparer à bien des surprises au cours de la restauration! À titre d’exemple, Françoise Hup-pertz, de Labexpress, aime bien rappeler que, lors des travaux de restauration d’une partie du terrain LaSalle Coke, terrain qui avait pourtant été caractérisé en suivant une maille assez serrée, les travailleurs oeuvrant à l’excavation des sols ont eu la surprise de se buter à un.wagon de chemin de fer! Ce qui n’est pas mince comme vestige.Coke, poursuit Françoise Huppertz, le public n’a pas réagi.En 1986, cependant, lorsque nous avons procédé à la restauration de l’ancien dépotoir de Ville LaSalle, l’impact social a été énorme.Les travaux se déroulant en plein cœur d’un quartier résidentiel, nous avons dû déplacer 100 000 m3 de sol, évacuer des gens, démolir huit duplex.Il aurait pu y avoir panique, tous les ingrédients y étaient, mais finalement l’opération s’est déroulée sans heurts.» Il n’en va pas toujours ainsi.Les Néerlandais (qui ont eu 17 autres cas de quartiers résidentiels construits sur des sols contaminés, depuis Lek-kerkerk) se sont penchés de très près sur l’impact social créé par la découverte de contaminants sous des maisons.Même s’il n’y a pas de contacts entre les contaminants et la population, cette dernière subit souvent un stress intense, à cause des rumeurs, de l’incertitude et des pertes monétaires (dévaluation du coût de la maison, etc.) réelles ou imaginaires.Un stress qui peut, à lui seul, altérer la santé psychologique et physique des habitants.«Finalement, explique un sociologue néerlandais, le niveau de stress ressenti n’a souvent rien à voir avec la gravité de la contamination.Nous avons eu, aux Pays-Bas, des cas de contamination de sol jugés extrêmement inquiétants par les spécialistes et où la population est restée tout à fait calme alors que, pour d’autres cas jugés anodins, on a frisé l’émeute ! » Quoi qu’il en soit, personne ne désire vivre sur des sols contaminés.Ce qui explique que de plus en plus de promoteurs immobiliers s’intéressent à la qualité des sols sur lesquels ils s’apprêtent à construire.«L’une des facettes de la réutilisation qui inquiète le plus nos clients est la responsabilité à long terme», explique Pierre Mercure, avocat travaillant pour ADS-Environnement, une firme de consultants spécialisée dans les travaux de caractérisation et de restauration des sols.«C’est notre rôle de les informer de toutes les implications légales de l’opération, et d’en établir les paramètres juridiques, de leur faire comprendre que, QUÉBEC SCIENCE / MAI 1988 31 si les travaux de décontamination occasionnent des coûts imprévus à court terme, ils sont rentables pour tous, société et entreprises, à long terme.» UNE INDUSTRIE FLORISSANTE Il est difficile de chiffrer l’ampleur du marché des sols contaminés.Mais, pour les seules caractérisation et restauration des lieux ayant servi à l’élimination de déchets dangereux, le MENVIQ a grossièrement évalué qu’environ 25 millions de dollars avaient été investis au cours des trois dernières années.Le secteur privé se serait, à lui seul, engagé à investir près de 11,9 millions de dollars au cours de l’année 1987.Le plus intéressant reste cependant à venir.Jusqu’à présent, l’effort des consultants a surtout porté sur la caractérisation.Une caractérisation qui débouche souvent sur un cul-de-sac, puisqu’il n’existe aucune unité de traitement des sols contaminés au Québec.Si de grands projets de décontamination ont été réalisés, à ce jour, les sols excavés ont toujours dû être réenfouis dans des lieux autorisés ou des cellules étanches spécialement conçues pour les recevoir et les isoler du milieu ambiant.Mais, de l’avis de tous, il ne peut s’agir que d’une étape transitoire avant de passer à une solution définitive, le traitement.Avant d’en arriver là, plusieurs obstacles devront être surmontés, le plus difficile étant sans doute la crainte du grand public pour tout ce qui concerne les contaminants — c’est le fameux syndrome NIMBY («Not in my back-yard»).Cette répulsion est d’autant plus irrationnelle que tous les maires de la province s’arrachent les alumineries, raffineries et autres nouvelles industries qui viennent s’établir au pays.Pourtant, si les mesures de sécurité et les systèmes antipollution devaient être aussi sévères pour ces complexes industriels que pour les unités de traitement des sols contaminés, il n’y aurait plus de problème de pollution industrielle au Québec! ?La Recherche a des lecteurs dans 83 pays : pourquoi pas vous?Pour „ le chercheur, l'étudiant, l'universitaire, La Recherche cons- est une revue internationale publiée en français.Ses articles sont écrits par des chercheurs du monde Offre spéciale Je désire souscrire un abonnement d'un an (11 nos) à la Recherche au tarif de 36 dollars canadiens au lieu de 46,75 dollars (prix de vente au numéro).Un délai minimum de huit semaines interviendra entre la date de la demande d'abonnement et la réception du premier numéro.L'abonné(e) le sera pour un an, à compter du premier numéro reçu.nom adresse pays à retourner accompagné de votre paiement à DIMEDIA, 539, boul.Lebeau, Ville Saint-Laurent, P.Q.* offre réservée aux particuliers, à l'exception de toute collectivité.H4N 1S2 32 MAI 1988 / QUÉBEC SCIENCE SANTE m: m w rWi9"M It Calgary 1988.Le centre de dépistage du dopage de l’INRS-Santé a joué un rôle crucial dans toutes les compétitions.Il a soumis à ses contrôles 425 athlètes, dont tous les médaillés.Il est l’un des trois laboratoires accrédités par le Comité international olympique.C’est grâce à ses recherches poussées en pharmacologie, sur le métabolisme des médicaments, que l’INRS-Santé a mis au point des techniques de dépistage des substances dopantes, reconnues et utilisées dans le monde entier.La santé et la sécurité de nos jeunes sportifs seront ainsi mieux protégées.~ -yf/ , „.x :»* .' 'ami «¦¦air”— ‘HSSêm ." —.À l’INRS-Santé, une recherche de pointe pour le mieux-être de la société: ?Santé et sécurité dans les sports ?Applications biomédicales de peptides ?Toxicologie de l’environnement ?Étude de la maladie d’Alzheimer Renseignements: Tel.: Québec (418) 654-2500 Montréal (514) 630-8800 L’INRS-Santé offre un programme de maîtrise en pharmacologie.L’INRS LE SCEAU DE QUALITÉ EN RECHERCHE ORIENTÉE Université du Québec Institut national de la recherche scientifique La mise au point d’antigènes et de peptides biologiques permet la production de vaccins qui ne provoquent pas d’effets secondaires.Con»untPow*r Suppl» SS ' LES VACCINS NOUVELLE CUISINE par Michel GROULX Des nouveaux vaccins mijotent dans la marmite de la microbiologie.Les ingrédients de base : génie génétique et synthèses chimiques.En 1788, Edward Jenner, médecin anglais, s’adonne à une curieuse pratique : il inocule à des humains, des pustules desséchées, prélevées chez des vaches atteintes de la vaccine.Jenner a en effet remarqué que les fermières qui ont contracté cette maladie bovine, bénigne chez l’homme, semblent immunisées contre la terrible variole.Il déduit de cette observation que l’agent pathogène de la vaccine a la faculté étonnante de protéger contre la variole humaine.Son intuition porte fruit : les personnes qui ont bien voulu se faire «vacciner» — c’est là l’origine du mot — résistent effectivement à la variole.Le premier vaccin est né ! Il faut toutefois attendre 1885 pour qu’un chimiste français, Louis Pasteur, comprenne les fondements scientifiques de la vaccination et élabore le premier vaccin contre la rage.À partir de ce moment-là, des vaccins contre un nombre croissant de maladies infectieuses sont développés, faisant baisser considérablement l’incidence de plusieurs d’entre elles.-Le plus spectaculaire de ces succès est l’éradication de la variole: en 1977, au terme d’une campagne menée pendant 11 ans par l’Organisation mondiale de la santé, on recense en Somalie le tout dernier cas de cette maladie, qui fauchait jadis des populations entières.Deux laboratoires dans le monde conservent, sous bonne garde, les derniers survivants du virus, au cas où.Bien sûr, les techniques modernes de fabrication des vaccins ont considérablement évolué depuis Jenner et Pasteur.On ne vaccine plus avec des broyats de cerveaux de lapins, comme le faisait Pasteur, et encore moins avec des pustules de vache! Mais en dépit de progrès considérables, les vaccins actuellement en usage ont encore bien des inconvénients.En plus des effets secondaires, comme les rougeurs, les picotements, l’enflure et la fièvre, qui accompagnent souvent la vaccination, certains vaccins peuvent provoquer des réactions très sévères conduisant à l’invalidité, à l’arriération mentale ou à la mort.DES RÉACTIONS DE TOUTES SORTES Bien que de tels incidents soient rares, ils ont, lorsqu’ils se produisent, d’importantes répercussions dans la société.Dans plusieurs pays (dont le Québec), des «ligues antivaccinales» se sont constituées.Des poursuites spectaculaires sont régulièrement intentées contre les fabricants de vaccins.La firme Connaught Laboratories, de Toronto, a récemment admis avoir versé 15 millions de dollars à une victime de son vaccin «diphtérie-coqueluche-tétanos»; pour compenser ses pertes monétaires, elle a dû faire grimper le prix de ce vaccin de 3 dollars la dose.Certains de ces cas de réactions vaccinales ont reçu énormément de publicité et ont même suscité de véritables réactions de panique.«Il y a quelques années», raconte François Shareck, directeur de la production et du développement des vaccins anticoquelucheux à l’Institut Armand-Frappier, de Mont- QUÉBEC SCIENCE / MAI 1988 35 réal, «on s’est aperçu que le vaccin anticoquelucheux pouvait provoquer des dommages au cerveau, entraînant parfois l’arriération mentale, chez un enfant vacciné sur 360 000.Certains pays (dont le Royaume-Uni et le Japon) ont interrompu leurs programmes de vaccination.Mais la coqueluche est revenue en force, dans ces pays, causant beaucoup plus de dommages que la vaccination ne l’avait fait ! » Les vaccins «classiques» ont d’autres inconvénients.Certains n’immunisent que pendant une courte période, obligeant à faire des «rappels» fréquents.Beaucoup doivent être conservés au froid et n’ont qu’une durée de vie limitée, ce qui gêne leur utilisation, particulièrement dans les pays du Tiers-Monde, où l’on en a le plus besoin.Pour fabriquer la plupart des vaccins, il faut cultiver en quantité les microbes dont ils sont constitués, ce qui n’est pas toujours facile, économique et sans danger.UNE QUESTION DE MÉMOIRE Mais les limites les plus sérieuses des vaccins traditionnels, c’est que, contre un bon nombre de maladies, et non des moindres, il est impossible d’en fabriquer: il n’existe toujours pas de vaccin contre la plupart des maladies tropicales, contre la leucémie (qui est d’origine virale), contre plusieurs hépatites, sans parler de l’inquiétant sida, ni du rhume bénin.Pour toutes ces raisons, un vaste effort de recherche a été entrepris, il y a quelques années, pour élaborer une nouvelle «cuisine» immunologique, qui permettrait d’obtenir des vaccins sans effets secondaires, faciles et économiques à produire, à conserver et à administrer, et qui pourraient protéger des maladies contre lesquelles il n’y a pas encore de moyens de prévention.Les vaccins classiques doivent tous leurs inconvénients au fait qu’ils contiennent les mêmes «ingrédients» que les vaccins de Jenner et de Pasteur: des micro-organismes.Le grand principe de la vaccination, c’est de Les nouveaux vaccins permettront-ils d’enrayer les grandes maladies tropicales ?doter l’organisme d’une «mémoire», pour un microbe particulier, et de le préparer à sécréter des anticorps contre ce microbe.Les anticorps sont des molécules qui ont la propriété de reconnaître les virus et les bactéries qui pénètrent dans le corps et s’y fixent, ce qui amène le système immunitaire à les neutraliser.Lorsqu’un microbe viole une première fois le «domicile corporel», des anticorps sont produits contre lui, mais souvent en trop petite quantité — et la maladie s’installe.Cependant, il n’y aura généralement pas de seconde infection (peu de maladies infectieuses s’attrapent deux fois), parce que le système immunitaire se «souvient» de l’agresseur et est prêt à le repousser.Les vaccins stimulent le système immunitaire de la même façon, mais ils ne déclenchent pas la maladie, parce qu’on a su affaiblir le pouvoir pathogène des micro-organismes dont ils sont constitués, sans les empêcher toutefois de provoquer la sécrétion d’anticorps.Il existe deux principaux types de vaccins : les vaccins tués, qui sont constitués de microbes qu’on a inactivés, par exemple par chauffage, et les vaccins atténués, qui contiennent des microbes vivants, très semblables aux microbes pathogènes contre lesquels ils protègent, mais préalablement affaiblis.Or, morts ou vifs, les virus et les bactéries renferment une kyrielle de substances qui n’ont aucun effet vaccinant mais sont potentiellement allergènes.De plus, les microbes des vaccins atténués peuvent se «réveiller», se réactiver, lorsqu’ils sont injectés dans l’organisme et provoquer des réactions à ces vaccins.AMÉLIORER LES VACCINS Les microbiologistes cherchent donc à mettre au point des vaccins qui ne seraient plus de simples «bouillons» de microbes potentiellement pathogènes, mais seraient plutôt constitués de substances chimiques inertes, inoffensives.Cette perspective est devenue envisageable quand on a découvert que bactéries et virus étaient porteurs de molécules spéciales, les antigènes.Ces molécules, qui sont le plus souvent des protéines, sont responsables de la sécrétion des anticorps protecteurs, dans le corps de la personne vaccinée, et c’est à elles que les anticorps se fixent lorsqu’un microbe fait son entrée dans l’organisme.Les antigènes sont reconnus par les anticorps correspondants, un peu à la façon d’une serrure qui est «reconnue» par sa clef.Cette découverte fondamentale de l’immunologie suggère qu’il serait possible d’induire l’immunité à une maladie, rien qu’en injectant les antigènes de l’agent responsable de cette maladie.On ne courrait aucun risque d’induire la maladie qu’on cherche à éviter, ni des effets secondaires, et le vaccin serait très efficace, puisqu’il ne contiendrait que des substances à effet vaccinant.En 1976, deux équipes, l’une de l’Institut de virologie de Tours, en France, et l’autre de la société Merck, Sharp et Dohme, aux États-Unis, montrèrent qu’un tel vaccin était possible.Elles réussirent à fabriquer, à partir de protéines vaccinantes du virus de l’hépatite B, le premier vaccin contre cette maladie.Le virus, qu’il est impossible de cultiver en labora- îfj m 36 MAI 1988 / QUÉBEC SCIENCE LES MALADIES TROPICALES: DES VACCINS PLUS EFFICACES s a® s®, b: k b-a:,.' r.:::.; V« :: au: apc s® 1S as l!:iüfi patb •-¦a: :;i :: a!® fee m| fele .Ht oui ifi' ant-pi if HtH « A vant l’avènement des nouveaux /\ vaccins, il était presque illu-Am soire de vouloir mettre au point des vaccins contre la malaria, la bilharziose, la maladie du sommeil et beaucoup d’autres maladies tropicales.Mais, avec la nouvelle génération de vaccins, le rêve d’éliminer ces fléaux pourrait devenir réalité », explique le Dr Pierre Viens, professeur à l’Université de Montréal et spécialiste en médecine tropicale.Les « recettes » immunologiques traditionnelles étaient impuissantes face à ces maladies parce que ces dernières sont causées non pas par de «simples» bactéries ou virus, mais par des parasites.Ces organismes beaucoup plus complexes ont développé, au cours des millions d’années de leur compagnonnage avec l’homme, des mécanismes leur permettant d’esquiver de façon presque intelligente les défenses de leurs hôtes.Certains de ces parasites, lorsqu’ils pénètrent chez l’homme, sécrètent des enzymes qui coupent en deux les anticorps que l’organisme produit contre eux ! Mais, à présent, de nombreuses équipes de chercheurs sont convaincues qu’elles vont pouvoir fabriquer des vaccins efficaces contre ces maladies.«On a pu, explique le Dr Viens, identifier des stades de la vie de ces parasites où ceux-ci sont très vulnérables.Ainsi, le Plasmodium, proto- zoaire responsable de la malaria, est presque invincible lorsqu’il infecte les globules rouges de l’homme.Par contre, lorsqu’il parasite l’anophèle (le moustique vecteur de la maladie), il est presque sans défense.» À l’heure actuelle, quelques vaccins expérimentaux antimalaria ont déjà été développés.L’Institut Pasteur a également mis au point un vaccin expérimental contre la bilharziose, maladie extrêmement répandue (elle touche 300 millions de personnes), qui sera testé sur l’homme l’an prochain.Cependant, comme le fait remarquer le Dr Viens, «c’est une chose de mettre au point des vaccins efficaces en laboratoire, c’en est une autre de s’assurer de leur efficacité «sur le terrain».Les principaux obstacles à l’éradication des maladies tropicales ne sont plus tellement d’ordre scientifique.Ce sont plutôt le manque d’infrastructures médiales, les problèmes économiques, etc.et malheureusement il n’y a pas de vaccin contre ça ! » C’est pourquoi on mise beaucoup sur des programmes comme «Immunisation universelle des enfants d’ici 1990», que parraine l’UNESCO et qui vise simplement à fournir aux populations du Tiers-Monde des vaccins qui existent déjà, mais qu’elles ne peuvent se procurer à cause de leur coût élevé.Virus de la grippe (influenza).Ces trois particules virales saisies au microscope électronique à transmission sont grossies 250 000 fois.~5r." foire, a été obtenu à partir du sang d’humains porteurs de la maladie.Par la suite, il a été «disséqué» chimiquement pour séparer l’antigène du reste du virus.Ce vaccin fut commercialisé et s’est avéré très efficace.Ce grand succès a incité d’autres équipes à se lancer sur la même voie.«À l’Institut Armand-Frappier, relate François Shareck, nous développons un vaccin du même type contre la coqueluche; il est constitué d’une protéine du bacille de la maladie.Un vaccin semblable, qui ne présente apparemment aucun des inconvénients des précédents, est devenu le seul vaccin anticoquelucheux utilisé au Japon.En Amérique du Nord, des essais cliniques sont en cours et le vaccin actuel sera éventuellement remplacé.» Mais ces vaccins présentent aussi des inconvénients.Au début de l’épidémie de sida, on a dû arrêter en catastrophe la production du premier vaccin anti hépatite B : on s’était rendu compte que les porteurs de l’hépatite B, dont on obtenait le vaccin, appartenaient à plusieurs des groupes à risque pour le sida! LE GÉNIE GÉNÉTIQUE S’EN MÊLE Plusieurs chercheurs ont donc choisi une autre approche.On essaie maintenant de faire produire la protéine recherchée par des micro-organismes inoffensifs qu’on a «apprivoisés».Ceci est devenu possible grâce au génie génétique: on isole le gène qui commande la production de l’antigène recherché et on l’insère dans la cellule choisie.L’Institut Pasteur, de Paris, et la société Merck, Sharp et Dohme ont appliqué avec succès cette biotechnologie à la production d’un nouveau vaccin contre l’hépatite B.Dans le premier cas, ce sont des cellules de mammifères qui fabriquent la protéine vaccinante ; dans le second, ce sont des cellules de levure.«Notre vaccin, le Recombivax-HB, a passé avec succès tous les tests d’innocuité et d’efficacité; il est de 20% à 30% moins coûteux que les précédents et vient d’être commercialisé», affirme le Dr Jacques Beaudoin, de Merck, Sharp et Dohme.QUÉBEC SCIENCE / MAI 1988 37 Matériel génétique Le microbe infecte l'organisme Protéine vaccinante Le microbe déclenche l'apparition d'anticorps MICROBE VIVANT B D LES VACCINS CLASSIQUES Inactivation du microbe par des moyens physiques ou chimiques Microbe inactivé Administration du vaccin Atténuation de microbe qui reste vivant Microbe vivant atténué Administration du vaccin LES NOUVEAUX VACCINS Purification ¦ des protéines vaccinantes Os >.-X -ÎS Si S ^:%>S .>x..^ s.Xf.;X XXX X, ST: XÇf' 'b- *>, X- x b nX^.-X &).¦¦¦ j.% .
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.