Québec science, 1 janvier 1999, Avril
Nylon, télé et Flore laurentienne Volume 37, numéro 7 Avril 1999,4,35$ 4?;nq nce coi.v do 4° épisode ¦emblay, McDonald, Schmidt, Roy, Di Marco : tous parents ! ipi e que la genealogie ^¦nous révélé § est pris au piege -, 'vu.cyliersciences.com La filièr^e franco-qtiebecoise 10 bons coups eii coopération • un supplément de 32 pages En couverture ''1 \WrÆ 2 WM La généalogie des gènes Xainte Dupont et Zacharie Cloutier auraient certainement eu bien des choses à raconter.Arrivés au XVir siècle en Nouvelle-France, leurs noms figurent aujourd’hui sur bien des arbres généalogiques du Québec.La nombreuse descendance qu’ils ont eue est néanmoins assez typique des histoires familiales du Québec.Le patrimoine québécois a cela de fabuleux : il est riche de documents écrits.Dans les registres ont été conservés actes de naissance, de mariage et de décès, ce qui permet de retracer l’histoire de chaque famille.À mesure que l’arbre se ramifiait, clercs et historiens avaient le souci de tout noter.Et, avantage indéniable que souligne notre journaliste Marie Pier Elie, aucune guerre n’a semé le fouillis dans ces archives comme cela a été le cas ailleurs.Les généalogistes amateurs peuvent en tout cas y trouver leur compte.Cela dit, ce patrimoine cachait un intérêt qui s’est révélé ces dernières années : l’histoire de ces familles, c’est aussi notre histoire génétique.Ces archives peuvent faciliter la recherche de gènes associés à certaines maladies.Du coup, elles prennent beaucoup de valeur aux yeux des scientifiques et des fabricants de futurs médicaments.Une compagnie pharmaceutique a récemment acheté pour quelques millions de dollars des fichiers de populations en Islande.Au Québec, le Code civil empêche quiconque voudrait s’approprier de la même façon cette mine d’informations.Fort bien.Mais cela signifie-t-il que ce patrimoine est définitivement interdit aux chercheurs ?Et comment protéger la mémoire de Zacharie et de Xainte tout en rendant service à la santé des générations futures ?Une autre belle question d’éthique à débattre ! • • • Le Québec en France Un vent du Québec souffle en France.La publication dans ce numéro d’un supplément spécial sur la coopération scientifique franco-québécoise coïncide avec ce qu’on appelle le Printemps du Québec en France.C’est un vaste événement de promotion qui vise à faire découvrir (ou redécouvrir) à nos amis de l’Hexagone la vitalité de la société québécoise.L’occasion était donc toute choisie de vous présenter 10 succès de science franco-québécoise.Et, surtout, de vous montrer un autre visage des relations entre le Québec et la France.On ne pouvait la laisser passer.Raymond Lemieux fence ce we la généalogie PS ^ nous revoie Québec Science / Avril 1999 Actualités 8 Détecteur de métal Des moules pour dépister la pollution par les métaux lourds.On en a fait l’expérience en Abitibi.Prometteur.par Camille Beaulieu 5 Bébés planètes On vient de découvrir le chaînon manquant de l’évolution des planètes.par Vincent Sicotte » 9 9 6 Robot fantôme Bombardier a construit un minirobot volant.Les militaires s’y intéressent de près.par Anne-Christine Lor anger 9 Sentez-vous mieux ! À quand une chambre d’hôpital qui sent la menthe, le sous bois ou les framboises ?par Martine Roux 10 Deux temps trois mouvements Chroniques isl 40 Science et culture Les insectes en vedette par Emmanuelle Bergeron iHfli! 36 Dimension cachée N'ajustez pas votre appareil par Raynald Pepin 38 Des chiffres et des jeux par Jean-Marie Labrie 41 Droit de parole par Raymond Lemieux 39 Chronique Internet Planète à la carte par Philippe Chartier i ffléti Voyage au centre de la Terre.dans un bocal Difficile de descendre à 3 000 kilomètres sous Terre.Qu’à cela ne tienne : des chercheurs ont recréé le cœur de la Terre en laboratoire.par Azar Khalatbari Généalogie 1930-1939 Nos histoires La généalogie des familles québécoises, c’est aussi une saga qui intéresse les scientifiques.var Marie-Pier Elie de famille r7,; M Cancer : il faut lui couper les vivres Les chercheurs pensent avoir trouvé le moyen de stopper la croissance des tumeurs : les affamer.par Catherine Dubé 30 La guerre des puces L’informatique peut-elle être détournée à des fins guerrières ?par Philippe Gauthier »X I Objets communs Passez go ! par Bernard Arcand Québec Science / Avril 1999 3 44 La fibre magique Des filaments solides comme l’acier, fins comme le fil des araignées et plus élastiques que le caoutchouc.Le premier matériau synthétique voit le jour.par Anne-Marie Simard Sacrée flore ! Une Bible ! Pour tous naturalistes, La Flore laurentienne demeure le plus grand livre sur la nature québécoise, même 60 ans après sa première édition.par Luc Chartrand 51 Lieux de science II y a de l’électricité dans les nerfs par Stéphane Batigne 52 Ma première émission de télé Le réalisateur de la première émission raconte son expérience.par Nathalie Collard 5681 On ne réinvente jamais la roue Serge Martin-Massonnet, de Paris, nous fait remarquer que l’idée que la Lune est née à la suite de l’impact d’un astéroïde avec la Terre n’est pas nouvelle (« Le premier jour de la Lune », novembre 1998).Elle aurait été élaborée il y a plus de 50 ans par F.R.Trestour-nel, un amateur français qui en a fait part à l’Union Astronomique Internationale en 1961.La réponse du secrétaire général de l’Union est même reproduite dans le livre La fin du monde antédiluvien (Ch.Corlet éditeur, 1995) de Trestournel, ajoute M.Martin-Massonnet.« L’affaire était donc connue des milieux scientifiques internationaux, et on peut regretter que les scientifiques qui utilisent maintenant cette idée ne citent pas, au moins pour mémoire et hommage, l’essai et les recherches théoriques de M.Trestournel.» the ?», décembre 1998-janvier 1999) a soulevé une vaste polémique dans l’Hexagone, nous indique Fabrice David, de Franconville, en France.« Je ne partage pas l’opinion de Simon James, dit-il.La meilleure preuve de Texisten- tln dompteur de foudre oublié En guise de complément à l’article sur la mise au point d’un laser permettant de déclencher la foudre (« Dompteurs de foudre », février 1999), Hubert Mercure, chef d’unité de la Mystérieux Celtes La théorie du Britannique Simon James mettant en doute l’historicité de la culture celtique (« Les Celtes, un my- ce des Celtes, c’est qu’ils font un malheur au cinéma en ce moment (incarnés par messieurs Depardieu et Clavier) ! » Blague à part, le problème des Celtes a de quoi intriguer, comme en témoignent les questions que nous avons reçues à ce sujet.Pour en savoir plus, Jean Michaud, l’auteur de l’article, nous suggère la lecture de The Celts: Europe’s People of Iron, Time Life Books, 1994.Direction principale Recherche et Développement d’Hydro-Québec, tient à souligner la contribution de Bruno Lafontaine, responsable scientifique des expériences, qui participe au projet depuis sa planification initiale.M.Lafontaine était malheureusement absent lors de la visite du journaliste et n’a pas été mentionné dans l’article.les calculs en aérodynamique (« Vol parfait », février 1999).Cette affirmation a surpris Daniel Bourgault, étudiant au doctorat à l’Université McGill, et Suzanne Talon, stagiaire post-doctorale à l’Université de Montréal.« Les équations de Navier-Stokes sur l’écoulement des fluides datent effectivement du siècle dernier.Cependant, si on ne sait pas encore comment les résoudre analytiquement (.), on les résout numériquement depuis l’arrivée des ordinateurs dans les années 50.L’innovation de Wagdi Habashi réside dans sa méthode de maillage adaptatif, c’est-à-dire dans la façon de représenter numériquement l’aéronef et non pas dans la méthode de résolution des équations.» La vraie nature du maillage « Les équations de base en aérodynamique sont connues depuis 100 ans, mais on ne savait pas encore comment les résoudre », dit Wagdi Habashi dans l’article sur le logiciel qu’il a conçu pour simplifier Des commentaires ?Vous pouvez nous faire parvenir vos commentaires et suggestions à l'adresse suivante.Québec Science 3430, rue Saint-Denis, bureau 300 Montréal (Québec) H2X 3L3 Téléc.: (514)843-4897 Adresse électronique courrier@QuebecScience.qc.ca f, BÜS ïitll® iCèr MJ I pi [Him pif iite Été fi «SM iim |«W, Québec LW science CEGEP de Jonquière Publié par La Revue Québec Science 3430, rue Saint-Denis, bureau 300 Montréal (Québec) H2X 3L3 courrier@QuebecScience.qc.ca www.cybersciences.com Photos/illustrations : Marc Cuadrado, Laurent Leblanc, Pierre-Paul Pariseau, Bruce Roberts, Rémy Simard, Jean Soulard Correction : Anne-Marie Cloutier PRODUCTION Direction artistique : Normand Bastien Séparation de couleurs, pelliculage électronique et impression : Interweb COMMERCIALISATION Diffusion et promotion : Hélène Côté Distribution en kiosques : Messageries Dynamiques ABONNEMENTS ABONNEMENTS ET CHANGEMENTS D'ADRESSE Tél.: (514)875-4444 Téléc.: (514) 523-4444 PUBLICITE Carole Martin Tél.: (514) 843-6888 Téléc.: (514) 843-4897 REDACTION Tél.: (514) 843-6888 Téléc.: (514) 843-4897 DIRECTION Directeur général : Michel Gauquelin Directeur de l'administration : Marc Côté Adjointe administrative : Nicole Lévesque REDACTION Rédacteur en chef : Raymond Lemieux Adjoints à la rédaction : Natalie Boulanger, Normand Grondin Comité de rédaction : Patrick Beaudin, Jean-Marc Carpentier, André Delisle, Jean-Marc Fleury, Michel Groulx, Jean-Claude Guédon, Rosemonde Mandeville, Isabelle Montpetit, Anne-Marie Simard, Pierre Sormany, René Vézina Tarifs (taxes incluses) Au Canada À l’étranger 1 an (10 numéros) 41,35$ 54$ 2 ans 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Marie Pier Elie, Philippe Gauthier, Azar Khalatbari, Jean-Marie Labrie, Anne-Christine Loranger, Raynald Pepin, Martine Roux, Vincent Sicotte et Anne-Marie Simard Pour la France, faites votre chèque à l'ordre de : DAWSON FRANCE, B.P.57,91871, Palaiseau, Cedex, France Québec Science, magazine à but non lucratif, est publié 10 fois l'an par la revue Québec Science.La direction laisse aux auteurs l'entière responsabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Québec Science ne sont pas retournés.Les titres, sous-titres, textes de présentation et rubriques non signés sont attribuables à la rédaction.Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation réservés.B Gouvernemenl du Québec Ministère de la Culture et des Communications «ici Industrie Canada Industry Canada Membre de: The Audit Bureau CPPA & Le contenu de ce magazine est produit sur serveur vocal par l'Audiothèque pour les personnes handicapées de l'imprimé.Téléphone : Québec (418) 627-8882, Montréal (514) 393-0103 'H, P'Ms ttiit % 4 Québec Science/Avri 11999 ns! pïitï (MH Aurait-on découvert le chaînon manquant de l’évolution des planètes ?Il semble que oui.Des scientifiques de l’université du Colorado ont en effet réussi à observer pour la première fois, dans la nébuleuse d’O-rion, des grains de poussière qui commencent à s’agglomérer, soit le prélude à la constitution d’une planète.Située à 1 500 années-lumière de la Terre, la nébuleuse d’Orion est un gigantesque nuage constitué de gaz (principalement d’hydrogène), de centaines d’étoiles et d’un peu de poussière.Visible à l’œil nu sous la Ceinture d’Orion, ce nuage verdâtre, en plus de faire les délices des amateurs, est une mine d’or pour les astronomes.En effet, la nébuleuse d’Orion est une véritable pouponnière d’étoiles.Dans certaines régions de ce nuage, de gigantesques poches de gaz peuvent se contracter et atteindre une densité et une température si élevées que des réactions nucléaires se déclenchent subitement, provoquant la naissance d’une étoile.Parfois, celle-ci est entourée d’un nuage de gaz et de poussière, disposé en forme de beigne aplati.À partir de ce disque protoplanétaire peuvent se former des embryons de planètes — tes protoplanètes — si l’environnement est as- Actualités Bébés planètes Un chercheur a observé, en direct, une des étapes du processus de formation d'une planète.par Vincent Sicotte Dans la nébuleuse d'Orion, de jeunes étoiles sont entourées d'un disque protoplanétaire.C'est ce que nous montrent ces images récentes obtenues par des scientifiques de i'université du Colorado.sez calme.Selon toute vraisemblance, la même chose s’est produite dans le voisina- ge du Soleil, il y a quatre milliards et demi d’années.La nébuleuse d’Orion nous permet donc d’assister en direct à la genèse d’un système planétaire.Depuis la mise en service du télescope Hubble, on a observé plus d’une centaine de disques protoplanétaires dans la nébuleuse d’Orion.Henry Throop, candidat au doctorat à l’université du Colorado, en a étudié 3 de plus près, situés à quelqueld millions de milliards de kilomètres.Plus précisément, il a étudié.les grains de poussière qui les constituent.(suite à la page 6) Québec Science/Avril 1999 5 Actualités Son secret : tout est dans l’éclairage ! Certaines étoiles très chaudes de la nébuleuse émettent un puissant rayonnement ultraviolet.Celui-ci est absorbé par le gaz environnant, puis émis de nouveau.D’où l’éclat chamarré de la nébuleuse.Or, explique Henry Throop, le rayonnement qui nous parvient à travers ces disques renseigne sur le type de poussière qu’il a traversée.« Les particules de ces disques sont beaucoup plus grosses que celles qu’on a pu observer ailleurs », poursuit-il.Les grains de poussière interstellaire du nuage d’Orion ont un diamètre de l’ordre d’un dixième de micron, soit mille fois plus petit qu’un cheveu.Les grains observés par Throop et ses collaborateurs seraient au moins 100 fois plus gros : 10 microns et plus de diamètre.Leur méthode ne permettant pas encore d’établir une limite supérieure, des observations ultérieures devront établir si l’on a affaire à des agrégats de la taille « d’un pamplemousse » ou encore « d’une Toyota ».Ces grains de poussière ont donc déjà amorcé le processus d’agglomération qui conduira à la formation de protoplanètes et, éventuellement, de planètes.« Jamais auparavant on n’avait été en mesure d’observer directement ce processus d’accrétion », fait remarquer le chercheur.Du reste, le tout s’est déroulé assez rapidement : un million d’années à peine, soit l’âge des étoiles au cœur de ces disques.Henry Throop signale que le tiers des étoiles de la nébuleuse d’Orion montre de semblables disques protoplanétaires.« En supposant que de tels processus d’accrétion aient lieu également dans ces disques, cela pourrait signifier que la formation de systèmes planétaires est un phénomène assez courant.» • 6 Québec Science/Avril 1999 11 fallait à l’armée un appareil pouvant surveiller des territoires à haut risque sans mettre de vies humaines en danger.Bombardier leur en a fabriqué un sur mesure : le CL-327, ou Guardian.Ce petit robot volant, équipé de caméras vidéo et infrarouge ainsi que d’un capteur laser, est le plus avancé des appareils de son espèce.En forme d’arachide, il peut soulever deux fois et demie son poids, transmettre des images de haute précision en temps réel et parachuter du matériel de secours, tout en se jouant des vents violents, des chaleurs cuisantes, de la neige.et des radars ! Le concept du Guardian a vu le jour au début des années 70.« Au départ, explique Gilles Laflamme, directeur du programme des véhicules aériens autonomes de Bombardier, les militaires faisaient de la surveillance de façon un peu simpliste : leurs appareils étaient de petits modèles qui transportaient des caméras bon marché, et on les envoyait prendre des photos de certains sites.» Les caméras vidéo permettent maintenant d’obtenir un portrait beaucoup plus précis et en temps réel d’un territoire donné.Le Guardian est également d’une discrétion exemplaire et pâment à s’approcher considérablement de son objectif sans être détecté.La raison : les appareils de détection ne tiennent pas compte des objets très petits ou qui se déplacent à basse vitesse.Or, les signa- Robot fantôme Pour 100 millions de dollars, Bombardier a conc pour les militaires le petit appareil héliporté, vif et quasi invisible dont ils rêvaient.par Anne-Christine Loranger tures infrarouge et radar de l’appareil sont si petites qu’il passe inaperçu.De plus, l’évacuation de la chaleur émise par le moteur du Guardian s’ef fectue par le haut, pour être ensuite dispersée par les ro tors.Il est donc très difficile de le prendre en chasse avec des Aeronautique H Le vacarme produit par les hélicoptères provient des pales dont les extrémités brisent le mur du son.Pour sa part, le Guardian est doté de rotors qui tournent à une vitesse moins élevée que ceux des hélicoptères, ce qui le rend beaucoup plus silencieux.missiles antiaériens puisque ceux-ci poursuivent les sources |; de chaleur.En fait, le CL-327 est pratiquement indécelable.La technologie aéronautique || de l’appareil est différente de celle des hélicoptères conventionnels : il possède deux rotors j superposés qui tournent chacun en sens inverse.Cette caractéristique évite l’ajout d’un rotor arrière, comme on en retrouve sur les hélicoptères.Mais, contrairement à un avion, dont la structure est stable en vol (il cherche à revenir à sa position neutre, à planer), le Guardian est fondamentale- Actualités tJ Guardian ¦ ¦ Ji KMI «% h'iwi • 'k |iî4-%'s 10 m sur 10 m pour l’atterrissage ou le décollage, il peut se poser presque n’importe où.Et son petit format lui permet d’être transporté rapidement partout dans le monde par avion ou sur une remorque.Les applications civiles et commerciales du Guardian sont nombreuses : on pense à la supervision des lignes à haute tension et des barrages, au repérage des feux de forêt, à la recherche et au sauvetage en haute mer, ou encore à l’observation des centrales nucléaires où des fuites se seraient produites.• if* U 0\ La stabilité du Guardian lui permet de voler avec des vents de côté de 30 nœuds (70 km/h).On peut donc l’utiliser dans des conditions où des appareils à voilure fixe ne décollent plus.En cas de tempête ou de visibilité réduite, il sait s'orienter grâce à son système inertiel et à son récepteur.Si sa caméra vidéo est aveuglée par la brume ou la neige, une caméra infrarouge peut détecter les sources de chaleur — un être humain perdu en mer, par exemple.ment instable.Ce petit robot doit donc renégocier son équilibre de seconde en seconde, grâce à un système informatique de haute précision.Un logiciel enregistre continuellement les coordonnées des accélérations verticales, horizontales et de rotation et les corrige au fur et à mesure.Il peut donc retrouver sa stabilité sans l’intervention de l’opérateur au sol.Il est aussi plus stable qu’un hélicoptère.Cette stabilité améliore la qualité visuelle des images Jividéo.« Lorsque vous installez jjiitfilune caméra à bord d’un appa-.jteit I reil héliporté, vous constatez (jfltiJque chaque petite vibration .jjittfl de la caméra est considérable-Utlt I ment amplifiée, explique I Gilles Laflamme.Avec une mlfii plate-forme très stable, et r frf une caméra qui se stabilise elle-même, l’image est d’une qualité étonnante.» Le vol du Guardian peut être dirigé manuellement ou ilajdllProgrammé.Dans ce dernier cas, l’opérateur au sol insère les instructions dans le logiciel de l’appareil, qui se rend sur les sites programmés tandis que l’on suit son évolution grâce aux images transmises par la caméra.Un objet mobile suscite l’intérêt ?Il suffit à l’opérateur de cliquer sur sa représentation graphique pour que le robot traque l’objet en question sans autre instruction, en déterminant lui-même sa trajectoire.Une situation dangereuse se présente ?L’opérateur peut en tout temps reprendre le contrôle de l’appareil.S’il perd le contact avec l’antenne au sol, le robot fait un balayage radio dans sa direction pour le retrouver.S’il n’y parvient pas, il refait son chemin en sens inverse jusqu’à l’emplacement prévu pour le recouvrement en cas d’urgence.Une fois arrivé, il peut demeurer en vol stationnaire jusqu’à ce que l’essence atteigne un certain niveau et atterrir de façon autonome.Comme le Guardian n’a besoin que de ^ *ÊM 1 Fiche technique / Diamètre des rotors : 4 m Hauteur : 1,84 m Poids à vide : 150 kg Levée totale avec carburant : 350 kg Autonomie : 6,25 h Distance : jusqu'à 100 km Altitude maximale : 5 500 m Variation de température : de -40° à 50° C Vitesse horizontale maximale : 155 km/h Vitesse verticale : 7,6 m/s v \ \ lossiers Pour mieux comprendre les grandes questions de l’heure www.cybersciences.com Québec Science / Avril 1999 7 Actualités Environnement Détecteur de métal Un nouvel outil permet de détecter si les organismes qui vivent dans les lacs du Québec sont contaminés par les rejets des compagnies minières.Sa particularité : il est 100 % biologique.par Camille Beaulieu Une simple petite moule commune des lacs et des étangs pourrait révolutionner la gestion environnementale des activités minières au Canada.En effet, l’a-nodonte (Pyganodon grandis), un mollusque bivalve couramment utilisé dans les travaux de dissection en biologie, s’avérerait un témoin fiable de l’état de santé des organismes vivant dans des plans d’eau contaminés par des métaux lourds.Grâce à ses défenses naturelles, ce petit animal a la particularité de neutraliser l’effet toxique des métaux dissous dans l’eau.Comment s’y prend-il ?Il synthétise la métallothionéine (MT), une protéine faisant partie des systèmes d’homéostasie — la tendance des organismes vivants à stabiliser leurs diverses constantes physiologiques — et de détoxication des ani- line moule que l'on trouve fréquemment dans les lacs pourrait être une bonne indicatrice de la pollution.maux.Ce sont les chercheurs de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS-Eau) et du Groupe de recherche interuniversitaire en limnologie de TUniversité de Montréal qui ont démontré le rôle de détoxication de cette protéine, en établissant que la quantité de métallothionéine dans l’ano-donte croît à mesure que croît la teneur en cadmium dans les lacs.Or la présence de cadmium dans l’eau, un métal plutôt rare, implique nécessairement davantage de métaux toxiques de toute nature.Cela dit, le système de défense de l’anodonte n’est pas à toute épreuve.Plusieurs années d’études dans une vingtaine de lacs de l’Abitibi ont en effet révélé que les moules tombent malades lorsque leur système de détoxication est débordé.Une étude de la dynamique des populations a aussi montré que la densité des mollusques par mètre carré diminue à mesure qu’augmentent les concentrations cadmium dans l’eau.La mesure de la métallothionéine pourrait donc servir d’outil pour évaluer l’état de santé des organismes et s’assurer que les rejets des compagnies mi- 3, nières n’affectent pas la faune, un aspect qu’on ne pouvait vérifier jusqu’à maintenant.Autre retombée de ces recherches : elles démontrent la toxicité du cadmium, jusque-là considéré comme relativement inoffensif en raison de sa faible concentration dans le milieu, par rapport à d’autres métaux.« Nos résultats suggèrent qu’un quart de microgramme de cadmium par litre d’eau (sous la forme ionique Cd2+ ) constitue une concentration toxique pour les mollusques », indique le biologiste Yves Couillard, responsable de ce projet de recherche.Ces résultats et d’autres recherches sur les sédiments et les poissons faciliteront l’élaboration du futur programme national d’Études de suivi des effets sur l’environnement (ESEE) dans le secteur des mines.Ce programme, qui pour- I rait entrer en vigueur d’ici environ deux ans, jouera pour le secteur minier un rôle similai re à celui du programme environnemental mis sur pied au début des années 90 pour l’industrie des pâtes et papiers, t JV (HT «-£!.i|r|, ' ¦ I bit k Kit SI 67e Congrès de l'Acfas Sciences et réseaux : au-delà des frontières Université d'Ottawa, du 10 au 14 mai 1999 Renseignements : (514) 849-0045 http://www.acfas.ca Université d’Ottawa ¦ University of Ottawa i - 8 Québec Science / Avril 1999 Actualités Santé : '-ÿ Sentez-vous mieux ! 'âfc X"*! '-Vf- ' ¦: Si les odeurs ont le pouvoir d'éveiller les souvenirs, elles peuvent aussi façonner notre perception de la douleur.par Martine Roux ?- •SK’- ïï."i- : idIk.- ¦-'V .¦a is «I /MJ | risij pMn I I jpiff • f avande contre le stress.Agrumes pour l’énergie.Eucalyptus contre la congestion.L’idée d’associer doux effluves et bien-être n’est pas nouvelle.Mais ce n’est que tout récemment qu’un chercheur s’est penché sur les liens entre odeurs et douleur.Selon le neurophysiologiste Serge Marchand, les odeurs pourraient moduler l’intensité avec laquelle nous percevons la douleur.En poussant les recherches, pense-t-il, on pourrait éventuellement conclure que les odeurs désagréables l’intensifient tandis que les parfums agréables la diminuent.« Les bulbes olfactifs sont branchés sur le système limbi-que, cette région du cerveau qui s’occupe de nos émotions, explique-t-il.La douleur comporte des caractéristiques physiologiques, mais il ne faut pas négliger sa composante affective.Annoncez à un patient souffrant qu’il est atteint du cancer et il ressentira davantage de douleur ! Et comme les odeurs ont un effet direct sur le système limbique, j’en suis venu à me demander si elles n’influenceraient pas notre perception de la douleur.» Dans son laboratoire de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, il a soumis une quarantaine de volontaires à des parfums aussi divers que l’essence d’orange ou les émanations de produits chimiques.Le jour suivant, on leur plongeait la main dans un bassin d’eau chaude en leur demandant de qualifier la douleur ressentie.Résultat : lorsque les odeurs étaient agréables, elle diminuait de façon significative.Principalement chez les femmes ! « Ce n’est pas étonnant puisqu’il est connu que les femmes sont plus sensibles aux odeurs et qu’elles sont affectées plus rapidement sur le plan des émotions.Un tel constat pourrait nous amener à revoir complètement les méthodes de recherches.» C’est que, lors de telles recherches, les échantillons d’hommes et de femmes sont habituellement égaux afin d’annuler la variable sexe.« Notre étude montre que le sexe est une variable dont il faut tenir compte », indique le docteur Marchand.Certains chercheurs, qui ont étudié séparément des groupes d’hommes et de femmes, ont d’ailleurs observé que les réponses aux traitements, notamment à la morphine, étaient différentes selon les groupes.« Je ne pense pas que notre expérience soit une percée révolutionnaire, précise-t-il, mais elle a de l’intérêt sur le plan fonctionnel.On comprend mieux maintenant comment les aspects psychologiques agissent directement sur la perception de la douleur, indépendamment de sa cause physiologique.» Les résultats de cette expérience laissent entrevoir de nouvelles avenues de traitement.« La pharmacologie n’est pas la seule manière de soulager un patient.Pourquoi ne pas imaginer pas une unité de soins palliatifs où chaque chambre diffuserait une odeur agréable ?» • Pour en savoir plus Le phénomène de la douleur, par Serge Marchand.Chenelière/McGraw-Hill, 1998.La JVÏaison de L’Astronomie PL i.e ¦§/1 rtie St-Hubert, p7 f il / Montréal, Qnétoec.Clü / H2Fl 2F*3 VENTE et location deTÉLESCOPES ?Télescopes ?Caméra CCD H Microscopes ?Affiches ?Fusées ?Atlas ?Jumelles ?Volumes ?Initiation ?Loupes, etc.(514) 279-0063 Le p|us grand choix de Fax: (514) 279-9628 jumelles et télescopes http://www.microid.com/maison.htm jumeues eiieiescopet* e-mail: rlotte@interlink.net au CjILI0D0O Québec Science / Avril 1999 9 •-•.•y.iÿxv 'i'X Luyupntendu ! ichel Trépanier, sociologue de l'IRNS-Urbani-sation, a commenté ainsi la décision des gouvernements d'arrêter le financement du Tokamak, le projet scientifi- que le plus coûteux (170 millions de dollars) jamais entrepris au Québec : « Pour survivre, le projet avait besoin de l'appui constant et à long terme des politiciens.Or, c'est difficile à obtenir parce que le rythme des changement des intérêts politiques est beaucoup plus rapide que le rythme de l'activité scientifique (.).Les scientifiques sont sans doute responsables d'avoir fait trop de promesses, mais s'il n'y avait pas eu de promesses, il n'y aurait probablement pas eu d'argent pour commencer le projet.» (Au fil des événements, Université Laval).Le Tokamak aurait éventuellement mené à la création de centrales à fusion nucléaire qui devaient voir le jour avant l'an 2000.Michel Trépanier avait rédigé un essai sur ce mégaprojet scientifique : L'aventure de la fusion nucléaire (Boréal).Suivez l'actualité scientifique au Jour le jour sur Cybersciences, j le site Internet de Québec Science.wimw.cyliersciences.coni De la competition pour Des embryologistes thaïlandais espèrent ressusciter par clonage l'éléphant blanc que chevauchait Rama III lorsqu'il régnait sur le Siam (la Thaïlande actuelle), de 1824 à 1851.Chisanu Tiyacharoensri et ses confrères de l’université Mahidol, à Bangkok, comptent utiliser TAON des fragments de la peau de l'animal, préservés dans l'alcool.Les tentatives pourront débuter dès que le roi actuel aura autorisé l'utilisation des tissus du pachyderme.Reste à savoir si le projet ne sera pas lui-même un éléphant blanc : il a tout de même fallu 277 tentatives avant d'obtenir Dolly.mm.LE TEMPS EST RO qu'à cette échelle on ne peut déterminer l’ordre dans lequel les événements se produisent.Erreur ! Une découverte toute récente forcera les physiciens à ajuster leurs montres : même à l'échelle subatomique, le temps impose sa loi.Réalisée au CERN de Genève, une expérience mettant en vedette des kaons — des particules formées en laboratoire à partir de deux quarks — a démontré que les transformations d'antikaons en kaons sont plus fréquentes que l'inverse.On croit maintenant que cette asymétrie aurait un lien avec la prédominance, dans notre univers, de la matière sur l’antimatière.Pendant longtemps, on a cru que les particules subatomiques pouvaient se permettre de faire un pied de nez au temps.Que le déroulement linéaire à sens unique qui gouverne habituellement la matière leur était totalement étranger.Autrement dit, en filmant leurs interactions (avec une hypothétique caméra équipée d’un microscope ultrapuissant), on pensait qu'on pourrait visionner le film à l’endroit ou à l'envers sans y déceler la moindre différence, simplement parce L'innovation du mois Papier d'amiante La détérioration des documents imprimés constitue un vieux problème pour les archivistes : le papier, fait de fibres végétales, est fragile et se détériore avec le temps.Sylvain Parayre rêvait d'un papier inaltérable qui ferait le bonheur des hommes de lettres et qui constituerait un support intéressant pour les actes notariés, les textes de loi, les bons au porteur ainsi que les plans des architectes et des ingénieurs.Avec son équipe de chercheurs du Centre spécialisé en pâtes et papiers de Trois-Rivières, Sylvain Parayre travaille sur un papier minéral, fait d'amiante chrysotile.Mais, parce que les fibres d'amiante sont très courtes et se lient mal entre elles, on y a ajouté des fibres de coton, plus longues, et des polymères qui retiennent le tout, pour obtenir une feuille plus solide.Grâce à la fibre d'amiante, le papier peut supporter une température pouvant atteindre 600 °C.S'il s’enflamme, il s'éteint de lui-même et conserve sa structure, et le texte demeure lisible.Le papier peut également résister aux attaques des micro-organismes, à l'humidité et aux ultraviolets.Lors de tests, il a supporté sans heurt une température de 105 °C et un taux d'humidité très faible pendant 24 jours, contrairement au papier de coton qui s'est dégradé.Des expertises indépendantes au Centre de conservation du Canada à Hull seront toutefois requises pour valider ces résultats.Le papier d'amiante semble avoir toutes les qualités côté résistance, mais est-il sans danger ?Les fibres d'amiante — on ne le sait que trop bien — peuvent avoir des conséquences désastreuses sur la santé des poumons.Selon des tests effectués par microscopie optique, les émissions de ce papier seraient de 0,01 à 0,03 fibre par centimètre cube alors que la limite fixée par le gouvernement du Québec pour les milieux de travail est de 1 fibre par centimètre cube.Malgré cette bonne performance, les chercheurs estiment qu'ils devront réduire encore les émissions pour conquérir les marchés européens, beaucoup plus méfiants à l'égard de l'amiante.Agence Science-Presse 10 Québec Science/Avril 1999 LE CHIFFRE Dü MOIS 11000 C'est le nombre de grammes de chocolat qu’une personne de 60 kilos devrait avaler pour ressentir des effets semblables à ceux provoqués par l’inhalation de cannabis.Trois chercheurs américains de l’Institut des neurosciences de San Diego ont en effet découvert de grandes similitudes entre les composés chimiques contenus dans le cacao et ceux responsables de l’euphorie que provoquent marijuana et haschisch.Les substances du cacao agiraient de deux façons : en se fixant sur les mêmes récepteurs neuronaux que le THC, la substance active du cannabis, ou encore en limitant la destruction d'un neurotransmetteur naturel à l’origine de l'état euphorique.Mais avant de planer, il faudra en avaler des lapins de Pâques ! la grasse matinee, c est biologique ¦ ^ SX il "i ' V Paresseux, les lève-tard ?Rabat-joie, les couche-tôt ?La découverte de chercheurs hollandais de l'université de Leyde risque de mettre un terme à ces préjugés.Les facteurs déterminant le côté matinal ou vespéral d'un individu n'auraient rien à voir avec sa bonne ou sa mauvaise volonté : ils seraient de nature strictement biologique.n un (i Notre horloge biologique est située à même le cerveau, dans des groupements de cellules appelés noyaux suprachiasmatiques.Les signaux chronométriques qu'elle émet régissent le rythme cardiaque, la sécrétion hormonale et la température du corps qui, à leur tour, déclencheront la sensation de fatigue au moment opportun.Ainsi, l’horloge biologique des personnes matinales est décalée de deux heures par rapport à celle des personnes plus actives le soir.Malheureusement, il est pratiquement impossible d'intervenir pour avancer ou reculer l’heure d'une horloge biologique.On peut évidemment, avec l'habitude (et un bon réveille-matin), s'y soustraire si notre travail l'exige.Mais elle reprendra invariablement le dessus pendant les vacances.Peau de bébé —j* Ce n’est pas exactement l'idée qu'on se fait d’une peau de bébé.Pourtant, il s'agit bien de la peau d'un embryon.de dinosaure, décédé il y a 70 à 90 millions d'années et découvert en Argentine.Les paléontologues ont plusieurs raisons de se réjouir.En tout, une douzaine d'embryons fossilisés ont été retrouvés, et ils appartiendraient tous à la même espèce, probablement des titanosaures.Jusqu'à maintenant, seulement cinq embryons, tous d'espèces différentes, avaient été exhumés.De plus, les dépouilles fossilisées ont conservé la peau et les os, un fait rarissime.La danse de la cucaracna La blatte n'est pas un insecte difficile : elle mange à peu près n’importe quoi, ce qui explique en partie son envahissante présence partout sur le globe.Eh bien, cette qualité pourrait maintenant se retourner contre elle.Une équipe de l’Institut de santé végétale de Cuba, pays où la cucaracha est particulièrement prolifique, vient de découvrir qu'un champignon, le M1N4, est extrêmement nocif pour la coriace bestiole.Après quelques bouchées de M1N4, ou simplement en se frottant aux spores du champignon, la blatte meurt, empoisonnée, au bout d'une semaine.non sans avoir contaminé ses amies.Les tests effectués en laboratoire ont démontré qu’il était ainsi possible d'éliminer 70 % d'une population de blattes.Une solution on ne peut plus intéressante pour remplacer les insecticides chimiques, d’autant plus que le M1N4 demeure efficace pendant deux ans.; Québec Science/Avril! 999 11 mn ff - 4- *-A n ïy.i & t tj Kfi-Kt' • V.’y , ,( t if '¦¦f| 'Ï'1'IC 12 Québec Science / Avril 1999 111 Il est difficile d'estimer le nombre de pionniers qui seraient à l'origine de la population canadienne-française actuelle.Chose certaine, il serait faux d'affirmer que 10 000 immigrants de France ont donné suite à 7 millions de Québécois.« Nous ne sommes pas une population de race pure.Je dirais même qu'on a plutôt l'air de chats de gouttière ! » dit un généalogiste. Généalogie os histoires La généalogie peut faire plus que nous rappeler qui sont nos ancêtres.Elle peut également mettre à jour notre patrimoine génétique.par Marie Pier Elie J’V»' a était écrit dans les journaux / populaires à l’été 1997 : « Céline Dion, Roch Voisine et Madonna ont un ancêtre commun.» Les lecteurs les plus enthousiastes ont immédiatement spéculé sur l’existence du gène de la popularité.tout en se demandant secrètement si, dans leurs propres veines, ne circulaient pas quelques gouttes de ce sang célébrissime ! Pourtant, pour qui s’y connaît le moindrement en généalogie, une telle nouvelle n’a rien de bien spectaculaire.Roch Voisine est acadien et la mère de Madonna est franco-américaine.autant de souches susceptibles de figurer de près ou, plus vraisemblablement, de très loin dans l’arbre généalogique de « notre » Céline.« Presque 100 % des Québécois ont un ou plusieurs ancêtres communs », confirme Bertrand Desjardins, chercheur en démographie historique à l’Université de Montréal.Plusieurs généalogistes employaient d’ailleurs ce truc pour vendre leurs généalogies : « On vous trouvait toujours un cousinage éloigné avec, par exemple, le cardinal Léger ou un autre personnage célèbre.» Mais, au Québec, nul besoin de payer pour retracer ses ancêtres.Avec un peu d’énergie et beaucoup de temps, on peut le faire soi-même.En effet, depuis l’arri- vée des premiers colons français, au XVIIe siècle, à peu près tous les actes de naissance, de mariage et de décès ont été soigneusement préservés.De plus, nos précieuses archives n’ont jamais subi les outrages de la guerre, comme ce fut le cas en Europe.Tout est bien documenté, classé, accessible.En interrogeant les membres de notre famille, on peut donc trouver facilement le nom de nos arrière-arrière-grands-parents ou, avec un peu de chance, celui de nos ar-rière-arrière-arrière-grands-parents.Dans un deuxième temps, par le biais des registres paroissiaux, ou en s’adressant aux Archives nationales, on peut retrouver leurs certificats de mariage, sur lesquels figurent normalement les noms des parents des deux époux.Ensuite, avec un peu de patience, on parviendra à retracer son ascendance paternelle (celle où le patronyme est conservé) pour remonter jusqu’au premier ancêtre, le plus souvent arrivé de France.En ajoutant à la patience une bonne dose de débrouillardise, on pourra même se découvrir plusieurs ancêtres fondateurs avec lesquels on n’aurait jamais soupçonné l’éventuel apparentement ! Enfin, si à toutes ces qualités s’ajoute la persévérance, on réussira sans doute à se trouver un lien avec son idole de toujours.Québec Science/Avril 1999 13 On a tous un père et une mère, deux grands-pères et deux grands-mères, quatre arrière-grands-pères et quatre-arrière-grands-mè-res, et ainsi de suite.La formule est simple : 2" ancêtres au total, n représentant le nombre de générations.« On calcule à peu près 3 générations par siècle : pour quelqu’un né à la fin du XXe siècle, on peut donc estimer à 12 le nombre de générations le séparant de ses premiers ancêtres.et leur nombre total à 4 096 », explique René Jetté, auteur du nouveau Dictionnaire généalogique des familles du Québec.Il im porte cependant de nuancer quelque peu ces statistiques : à l’époque, les femmes se mariaient plus jeunes que les hommes.Parfois, ü suffit de remonter à 9 générations du côté de l’homme alors qu’il faut aller jusqu’à 16 du côté de la femme.Il est beaucoup plus difficile d’estimer le nombre de pionniers qui seraient à l’origine de la population canadienne-française actuelle.Selon les spécialistes interrogés, les chiffres varient : 5 000, 7 500,10 000, 12 000.« J’opterais pour environ 10 000, la plupart arrivés de France avant la Conquête, estime René Jetté.Cela dit, j’ai de la difficulté avec ce genre de calculs.Il serait faux d’affirmer que 10 000 immigrants ont donné naissance à 7 millions de Québécois.Nous ne sommes pas une population de race pure.Je dirais même qu’on a plutôt l’air de chats de gouttière ! » L’arrivée d’immigrants de pays autres que la France s’est amorcée dès 1760, avec l’instauration du Régime anglais.De 1760 à 1763, 579 Anglo-Saxons — pour être précis — se sont établis surtout dans la Baie de Chaleurs, Charlevoix et sur la Rive-Sud afin de concrétiser et de consolider le changement de régime.En 1776, au début de la guerre de l’Indépendance américaine, les Anglais vont chercher du renfort : 30 000 mercenaires allemands.Une fois les hostilités terminées, en 1783, 2 400 d’entre eux s’installent au pays, dont plus de 1 300 au Québec.« Pendant la guerre, l’hiver, ces soldats allemands résidaient chez les habitants, faisaient connaissance et.cela finissait souvent par un mariage », résume René Jetté.L’accession des Américains à l’indépendance nous a légué un autre héritage : fidèles à la métropole anglaise, plus de 5 000 Loyalistes ont émigré vers le nord, 7 '% dans la Vallée du Richelieu, les Cantons-de-l’Est et la Baie des Chaleurs.Par la suite, en 1812-1813, lors de la guerre canado-américaine, les régiments suisses de Meuron et de Watteville venus soutenir les autorités britanniques — régiments formés évidemment de Suisses mais aussi d’Allemands, de Polonais, de Hollandais, d’Italiens, d’Espagnols et de Français — laissent derrière eux des centaines de soldats et d’officiers.La vague d’immigration suivante est provoquée par la fin des guerres napoléoniennes, en 1815.Bonaparte a eu son Waterloo, et des centaines de milliers de soldats li- « On calcule à peu près 3 générations par siècle : pour quelqu'un né à la fin du XX' siècle, on peut donc estimer à 12 le nombre de générations le séparant de ses ancêtres arrivés 4 siècles plus tôt.cenciés, confrontés à la famine, tentent la grande aventure vers le Nouveau Monde.Des milliers d’Irlandais, d’Allemands et de Scandinaves arrivent au Canada pour s’y installer ou en attendant d’émigrer aux États-Unis.Les Irlandais, catholiques pour la plupart, s’intégrent particulièrement bien à la nation canadienne-française.Ils constituent aujourd’hui l’une des souches les plus importantes de la population actuelle.Une proportion étonnante d’Antillais, d’Asiatiques et d’Africains font également partie de l’arbre généalogique de certains Québécois.Sans parler des Amérindiens.En effet, les unions plus ou moins libres des coureurs des bois avec les Amérindiennes ne sont pas un mythe : il y avait en Nouvelle-France trop d’hommes blancs pour le nombre de femmes blanches disponibles, ce qui n’a fait qu’encourager ces métissages.Les spécialistes de la question, tels que le généalogiste et démographe Hubert Charbonneau, estiment d’ailleurs que la plupart des Québécois ont un ou plusieurs ancêtres amérindiens.Maîtres archivistes Les plus grands généalogistes du inonde se trouvent à Salt Lake City, dans l’Etat de l’Utah : ce sont les mormons, maîtres incontestables et incontestés de la généalogie.Dans une montagne de granit de 1 800 mètres d’altitude, à 210 mètres de profondeur, les mormons ont enfoui leurs archives, les plus complètes qui soient.Docmnents paroissiaux, registres d’état civil, actes de naissance, greffes de tribunaux.les docmnents concernant plus de deux milliards d’individus nés un peu partout sur la planète sont ici soigneusement classés et.religieusement entreposés.L’objectil’ : baptiser leurs ancêtres et, par le fait même, les doter rétroactivement d’un laissez-passer pour le paradis.Tout mi mandat ! À un rythme d’au moins cinq millions de baptêmes par année, les membres de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours progressent lentement mais sûrement.D’ailleurs, nos propres ancêtres fondateurs ont fort probablement été baptisés de la sorte, parfois même plus d’mie fois, car ils sont sans doute aussi les ancêtres fie plusieurs mormons dévoués à leur tâche.Peut-être aurons-nous tous droit au même privilège dans quelques siècles.s’ils n’abandonnent pas d’ici là ! 14 Québec Science/Avril 1999 Mais dans quelle mesure peut-on se fier à I son nom pour retracer ses origines ?René 1 Jetté croit que, le plus souvent, un patrony-n me brouille les pistes plus qu’ü ne les éclai-| re.« Même si un nom a une consonance n française, il peut s’agir d’un nom anglais n francisé.Inversement, on peut porter un >i nom français anglicisé.Je pense au cas du I scientifique Hubert Reeves; son nom a l’air | anglais, mais, en fait, 0 s’est longtemps écrit fl R-i-v-e.» On n’a donc pas le choix : pour I établir avec certitude la provenance de nos jl ancêtres, il faut remonter de génération en | génération, le plus loin possible.Pour être complètes, de telles recher-I ches imposent que l’on traverse l’Atlan-| tique un jour ou l’autre.Seulement, si le ji pionnier dont on suit la trace comptait parmi les premiers à coloniser l’Amérique, iii au XVH" siècle, on risque de revenir bre- i) douille ! « Dans les pays catholiques et protestants, on n’a commencé à tenir des re- ii] gistres paroissiaux de façon systématique !( qu’autour de 1600 », explique René Jetté.| Il peut donc être difficile, sinon carrément ! impossible, de reculer plus loin dans le j temps.Mais, c’est bien connu, à l’impossible i nul n’est tenu.« Dès qu’un document éta-I blit des liens de parenté, on peut faire de I la généalogie, précise René Jetté.À dé-I faut de registres paroissiaux, on peut re-I chercher des documents ayant trait à la à transmission de propriétés qui, eux, peu-I vent remonter au XIe ou XIP siècle.à la I: condition que nos ancêtres aient eu suffi-I samment d’argent pour avoir des proprié- [tés à léguer ! » Autrement dit, si vous ne comptez aucun membre de la noblesse dans votre arbre généalogique, autant renoncer à déterrer vos racines médiévales ! Et même si c’était le cas, la transmission d’un patronyme de père en fils ne fut rendue obligatoire qu’en 1539, en France, par François Ie', ce qui complique d’autant les investigations.£es généticiens s’intéressent également de près à la généalogie.Pour eux, elle constitue un outil de recherche précieux depuis que la science a établi que certaines maladies avaient une composante héréditaire et qu’elles ne correspondaient pas, comme on le croyait autrefois, à une punition ou à une calamité tout droit descendue du ciel.« Dans les aimées 70, les médecins se posaient déjà cette question : si j’ai 10 patients atteints d’une même maladie, est-ce que c’est parce qu’un de leurs ancêtres communs l’a introduite au pays ?» explique Bernard Brais, directeur de l’Institut interuniversitaire de recherches sur les populations.Une question qui allait faire son chemin et devenir indissociable de toute recherche en génétique.Pour y répondre, on procédait « à la mitaine », en reconstruisant une à une les généalogies de chacun des patients.Puis, on a créé des banques de données informatisées — celle du Projet de recherche en démographie historique (PRDH) de l’Université de Montréal et celle de BALSAC, à l’Université du teurs de multiples tares génétiques.« On peut due sans exagérer outre mesure qu’on est tous de la même famille ou, du moins, qu’on a tous des liens communs », affirme Bernard Brais.Il précise cependant qu’il ne s’agit pas là de consanguinité définie de façon stricte, mais plutôt de « consanguinité lointaine ».Le résultat ?Une certaine spécificité dans la nature des maladies génétiques qui affligent la population québécoise.Dans les pays catholiques et protestants, on n'a commencé à tenir des registres paroissiaux de façon systématique qu'autour de 1600.Avant, on perd la trace de nos ancêtres.Québec à Chicoutimi.La première contient tous les registres datant d’avant 1800.La seconde, complète pour la région du Saguenay mais inachevée pour le reste du Québec, prend le relais jusqu’en 1975.« Avant la création de BALSAC et du PRDH, les études ancestrales étaient beaucoup plus facües, ironise Bernard Brais.On trouvait toujours un ancêtre commun.sauf qu’on tombait toujours sur les mêmes, c’est-à-dire les trois individus ayant la plus grosse descendance au Québec ! » En fait, à peu près tout le monde est apparenté à ces ancêtres-là.Ainsi, des couples prolifiques comme celui formé par Zacharie Cloutier et Xainte Dupont, au XVIP siècle, apparaissent dans la plupart des arbres généalogiques.et ont probablement été soupçonnés, à tort, d’avoir été importa- Le principe est simple.Les maladies dites récessives apparaissent lorsqu’un individu porte deux copies d’un gène défectueux, une lui ayant été léguée par sa mère, l’autre par son père.Certaines mutations à l’origine de telles maladies peuvent remonter à la préhistoire, s’être transmises incognito de génération en génération.et n’avoir abouti en maladies graves qu’en Nouvelle-France.Pour quelle raison ?La mutation étant rarissime, elle n’a pratiquement jamais existé sur les deux copies du gène d’un Européen (il aurait fallu qu’un homme et une femme porteurs s’accouplent, ce qui est statistiquement improbable).Mais ü suffisait qu’un colon porteur débarque ici et transmette la mutation à sa descendance pour augmenter les risques que les deux copies défectueuses du Québec Science/Avril 1999 15 gène coexistent.dans 5,10 ou 12 générations, à l’issue d’une union dont les protagonistes ignoreraient complètement l’apparentement lointain.C’est pourquoi certaines maladies récessives sont uniques au Québec, ou encore beaucoup plus fréquentes qu’ailleurs.a région du Saguenay-Lac-St-Jean intéresse particulièrement les chercheurs à ce chapitre.Fondateur de l’IREP et directeur du projet BALSAC, Gérard Bouchard explique que cette population est la résultante d’un triple effet fondateur.« Le premier, c’est le déplace- populations à caractère fondateur, c’est-à-dire qui ont été créées par une immigration relativement homogène sur un territoire neuf », résume Gérard Bouchard.Dans ces populations, ajoute Bernard Brais, on retrouve des maladies peu communes ailleurs et fréquentes chez elles, mais l’inverse est aussi vrai : elles sont épargnées de certaines maladies communes dans d’autres régions.« C’est le jeu de cartes qu’on leur a donné au départ : moins de cartes, mais chacune d’entre elles revient plus fréquemment.» Quel est le rôle de la généalogie dans tout cela ?Yu U ^ ’h - : ment de la France vers la Nouvelle-France aux XVII" et XVIH" siècles.Le second est celui d’une sous-population de la région de Québec qui a émigré sur les côtes de Charlevoix, à partir du début du XVHF siècle, pour y trouver de nouvelles terres à défricher.À partir de 1840, il y a eu un troisième effet fondateur provoqué par ces gens de Charlevoix qui ont émigré au Saguenay pour les mêmes raisons.» Ces quelques pionniers à l’origine de toute une population ont forcément contribué à accroître la fréquence de certains gènes.Les chercheurs mettent toutefois des gants blancs pour aborder la question : dans le passé, certaines idées fausses ont été véhiculées quant aux prétendus mariages consanguins au Saguenay qui auraient accru le nombre de maladies héréditaires dans la région.« On ne peut pas prouver qu’il y a plus de maladies au Saguenay qu’ailleurs.Les réalités génétiques s’y présentent seulement de manière particulière, ce qui est le propre de toutes les Pour un généticien, identifier un gène est à peu près aussi facile que trouver une aiguille dans une botte de foin.Grâce à la généalogie, il n'a plus qu'à trouver cette aiguille dans.une demi-botte de foin.Grâce à l’électronique, on peut dorénavant faire pousser des arbres généalogiques en quelques secondes.Ce qui permet de réunir une trentaine de patients atteints d’une maladie afin de localiser la souche de celle-ci.Pour chacun d’entre eux, on effectuera alors deux généalogies ascendantes : l’une dite positive, l’autre dite négative, ou contrôle.La première s’effectue à partir du plus lointain ancêtre connu atteint de la maladie.La seconde à partir du plus lointain ancêtre n’étant pas atteint.À partir de ces données, on établit des points d’intersection communs aux généalogies positives de chaque patient, l’idéal étant de n’arriver qu’à un ancêtre commun — ce qui ne se produit pas très souvent.Les gé- 16 Québec Science / Avril 1999 néalogies contrôles permettent d’éliminer systématiquement les ancêtres se retrouvant à la fois dans les généalogies positives et négatives, ce qui réduit considérablement le nombre d’options.En conjuguant des analyses moléculaires plus poussées à ces méthodes généalogiques, on peut identifier avec une certitude relative la souche d’une maladie héréditaire à caractère dominant (provoquée par une seule copie d’un gène défectueux).C’est en parcourant le chemin inverse, consistant à établir la généalogie descendante de cet ancêtre commun, qu’on exploite l’une des possibilités les plus intéressantes de la généalogie : l’identification du gène défectueux sur les chromosomes de populations biologiquement homogènes.Pour un généticien, identifier un gène est à peu près aussi facüe que trouver une aiguille dans une botte de foin.Grâce à la généalogie, il n’a plus qu’à trouver cette aiguille dans.une demi-botte de foin, car il peut sélectionner les individus les plus apparentés, donc les plus susceptibles de présenter la même mutation.Comme l’illustre Bernard Blais : « En étudiant seulement les données moléculaires, on savait que le gène était situé dans un quadrilatère délimité par les rues Ste-Catherine, Sherbrooke, University et Peel.Grâce à la généalogie, on peut conclure qu’il se retrouve entre Maisonneuve, Sherbrooke, University et McGill, ce qui correspond à une région deux fois plus petite.» Personne ne s’étonnera d’apprendre qu’en Islande des compagnies pharmaceutiques aient acheté à coups de millions des fichiers de populations.Devant cet engouement pour la généalogie, décuplé par un intérêt scientifique auparavant insoupçonné, certains approuvent.et d’autres s’indignent.Car, en principe, les ancêtres appartiennent à leurs descendants.Et fouiller les fichiers qui les concernent frôlerait la profanation.Depuis l’adoption du nouveau Code civil, en 1993, on peut théoriquement poursuivre quelqu’un qui, par ses recherches, salit la mémoire de nos ancêtres.même s’il s’agit aussi des siens ! Pour les scientifiques, la loi pose parfois certains problèmes à l’avancement de la recherche combinant la génétique et la généalogie : « On a encore un cadre juridique difficile, qui protège la confidentialité à tout prix », déplore Bernard Brais.La question n’est sans doute pas près d’être réglée, car elle pose inéluctablement un dilemme : entre la mémoire des ancêtres et la santé de leurs descendants, comment choisir ?• ta» Fenêtre ouverte sur le temps.Le temps que l'on suit d'heure en heure, au kilomètre près.Fenêtre ouverte sur les saisons d'ici, sur les soleils d'ailleurs, sur les neiges surprises.Météomédia.24 heures sur 24, 7 jours sur 7, 14 météorologues ultra qualifiés.Météomédia.Le temps comme nulle part ailleurs.Canal 17. dans un bocal V: I* mv Croûte terrestre Manteau solide Noyau liquide Graine solide 2 900 km 5100 km Centre de la Terre à 6 371 km de la surface Le noyau, un océan métallique au cœur de la Terre.Entre le noyau et le manteau se trouvent des langues chaudes de matière.Que se passe-t-il au cœur de la planète, à plus de 2 900 km sous nos pieds ?Mystère ! Les mouvements de cet océan de métal liquide qu'est le noyau son largement inconnus.Et comme il est impossible de creuser si profond, des géophysiciens recréent le noyau en laboratoire.par Azar Khalatbari n dirait un bocal à poisson rouge.Il y a bien l’eau, mais pas de trace d’animal.Juste une goutte de colorant vert déposée en surface.« Une astuce pour mieux voir les mouvements de l’eau », explique Henri-Claude Nataf, du Laboratoire de géophysique interne et de tectonophysique de Grenoble, g; Le tout trône en effet sur une table mu-| nie d’un moteur.Et dès que ce dernier 1 ronronne, le bocal tourne sur lui-même.1 En quelques minutes se met en place un | drôle de spectacle.Peu à peu, le colorant < se disperse, et pas n’importe comment.§ Un peu plus grosses que des spaghettis, | des colonnes apparaissent, parallèles à I l’axe de rotation.Ce qui intrigue, c’est l’intérieur de ces colonnes : s’y font et s’y défont des boucles colorées, des tourbillons semblables aux volutes éphémères d’une fumée de cigarette qui forment la frontière de chaque colonne, donnant l’impression qu’une paroi invisible les empêche de se répandre.« C’est ainsi que l’on imagine les mouvements qui agitent le noyau de la Terre, à plus de 2 900 km sous nos pieds », dit Henri-Claude Nataf.Ce noyau, un océan tourmenté de métal, liquide comme de l’eau, Philippe Cardin, Henri-Claude Nataf et Peter Oison, de l’Université Johns Hopkins à Baltimore, ont imaginé, depuis 1992, de le mimer fort scientifiquement avec leur bocal plein 18 Québec Science/Avril 1999 V La colère des volcans.Elle pourrait avoir un lien avec les propriétés magnétiques de la planète.Québec Science / Avril 1999 19 L'ordinateur ne peut pas tout Pour comprendre le centre de la Terre, les simulations par ordinateur ne sont pas à la hauteur, Pourquoi ?Henri-Claude Nataf (Laboratoire de géophysique interne de Grenoble) : Les ordinateurs sont toujours utilisés avec profit.Mais le recours à l’expérience permet un autre regard.Pour se poser les bonnes questions, il nous faut en effet pouvoir imaginer le phénomène, le visualiser.Cela paraît comme une constante dans la démarche scientifique.Or, il faut multiplier les approches pour renouveler le regard et créer des schémas mentaux féconds.Pour l’instant, on a beaucoup privilégié l’approche numérique.Il est temps d’en changer.L’idéal serait de reproduire systématiquement, du moins sous ses formes les plus simplifiées, le phénomène que l’on étudie par simulation numérique.Je suis sûr qu’à long terme cette complémentarité numérique-analogique sera fructueuse.Philippe Cardin (de la même institution) : Au fur et à mesure que l’on découvre la réalité de la planète, il apparaît que l’intérieur de la Terre se trouve dans une situation extrême : ni les hautes pressions qui régnent en son centre, ni les mouvements complexes qui y siègent, ni même le mécanisme à l’origine du champ magnétique ne peuvent être reproduits par un ordinateur.La résolution exacte des équations qui régissent ces phénomènes, même en disposant d’un temps de calcul convenable, est à l’heure actuelle impossible.Nous avons recours aux simulations par ordinateur, mais en complément de nos expériences en modèles réduits.En fait, on peut dégrossir le problème, c’est-à-dire trouver des solutions rapprochées ou encore examiner des cas extrêmement simplifiés, voire simplistes.sans se salir les mains et sans démonter et remonter les pièces.20 Québec Science / AvriM999 Pourquoi notre Globe se comporte-t-il comme un aimant ?Y a-t-il un lien entre ce magnétisme et les séismes, les volcans ?On a beau avoir constaté depuis belle lurette que les aiguilles ^'tiés boussoles s'obstinent à indiquer le nord, on ri'a /fs" \ \ pas ehcore confoHSî^_^r VaV pourquoi.// d’eau.Car les ordinateurs, aussi gros soient-ils, ne peuvent pas simuler parfaitement les soubresauts des entrailles terrestres (voir l’encadré à la page 20).Une situation fâcheuse, car c’est ici, dans cette zone invisible de turbulences, que naît l’un des plus taraudants mystères de la planète : son champ magnétique (voir l’encadré à droite).On a beau avoir constaté depuis belle lurette que les aiguilles des boussoles s’obstinent à indiquer le nord, on n’a pas encore compris ce que c’est que ce nord-là.Ni pourquoi notre globe se comporte comme un aimant.Et la liste des questions de s’allonger : y a-t-il un lien entre les propriétés magnétiques de la planète et la colère des volcans ?Avec les séismes ou plutôt les fractures le long desquelles ils se déchaînent ?Quel rapport établir entre notre champ magnétique et celui d’autres planètes du système solaire ?Philippe Cardin et Henri-Claude Nataf, rejoints par Dominique Jault, de l’Institut de physique du Globe de Paris, et le jeune Daniel Brito, ont récemment décidé de faire mieux qu’avec l’eau.En décembre, ils l’ont troquée contre un métal génial : le gallium, qui a l’avantage de couler comme de l’eau à plus de 30 °C et qui, en outre, conduit bien l’électricité.C’est à Grenoble, dans une cabane de deux mètres sur deux, que va démarrer leur expérience.Bardés de fds électriques, les lieux vont se comporter comme un électroaimant qui simulera l’aimantation du globe à l’intérieur du bocal.Objectif : mesurer, grâce à des capteurs, les courants à l’intérieur du gallium et reconstruire leur propagation à l’écran.« On s’attend à ce que ce soit un peu plus compliqué que notre modèle de spaghettis tourbillonnants.Mais pas radicalement différent.Ou alors, c’est que l’on n’a rien compris au système », déclarent-ils, un rien angoissé.u vu des « cyclones » que les chercheurs ont déjà fait naître dans leurs bocaux, le noyau n’a rien d’un lac paisible.C’est plutôt la tempête ou l’ouragan.Le cœur de la planète serait-il donc le miroir des turbulences atmosphériques ?Cela n’aurait rien d’étonnant : la Terre tourne exactement comme une centrifugeuse, et le noyau en porterait la marque.Cette rotation déforme en effet différemment roches et océans, structures rigides et éléments fluides, tels que le noyau terrestre ou l’air de l’atmosphère.À cette mise en branle, les fluides op- posent une inertie qui fait la différence.Cette inertie avait d’ailleurs intrigué l’ingénieur français Gaspard Coriolis, qui lui a laissé son nom : la « force de Coriolis ».Elle se manifeste chaque fois qu’un corps en rotation possède, de surcroît, son propre mouvement — telle une bille roulant sur un manège.Il n’y a aucune raison pour qu’elle épargne les profondeurs.C’est pourquoi les géophysiciens évoquent cet océan interne de métal avec beaucoup d’émotion : il est fascinant parce qu’énigmatique.Posant un défi à l’imagination tant il est difficile de se représenter les mouvements de ce liquide emprisonné entre deux couches de roches.Pour atteindre le premier rivage intérieur, il faudrait beaucoup creuser : d’abord la croûte terrestre (quelques kilomètres), puis le manteau (2 900 km de roches).Alors apparaîtrait une « coquille liquide » : un alliage de fer et de nickel saupoudré d’une pincée de soufre et d’oxygène Le noyau dynamo Même si l’origine du champ magnétique terrestre est méconnue, les spécialistes s’accordent pour l’attribuer aux mouvements du noyau.Son fonctionnement s’apparente à celui d’une dynamo de vélo, où le travail des mollets est converti en électricité sans moteur ni manivelle.En pédalant, on fait tourner la roue du vélo, qui entraîne une pièce métallique entre les mâchoires d’un petit aimant, ce qui fait naître un courant électrique.Inversement, tout courant électrique génère un champ magnétique.Ce sont ces deux phénomènes qui se produisent au centre de la Terre.Le noyau, métal conducteur en mouvement dans un champ magnétique, produit un courant électrique.Ce courant, à son tour, génère un champ magnétique.L’un et l’autre s’entretiennent sans que l’on puisse déterminer lequel fut le premier, du champ magnétique ou du courant électrique.Dans le jargon des spécialistes, le champ magnétique fonctionne comme une « dynamo autoexcitatrice ».Québec Science/Avril 1999 21 Jeudi.19h30 Reprise: mercredi 23h ¦ A vos magnétoscopes Production ICOTOP inc.zone Télé-Québec Venez voir aiUeurs! je sur une épaisseur de 2 300 km, le tout à 4 000 °C environ, effroya-[j blement comprimé sous le poids des roches au-dessus.Dans ces conditions extrêmes, le fer, prisonnier des profondeurs, H coule en effet comme de l’eau.C’est cet océan emprisonné, cet fj étrange noyau, qui s’obstine à garder ses secrets : aucun signal di-n rect n’en remonte, ses quelques manifestations de surface sont dif- 0 ficües à décrypter.Ainsi, les vibrations des séismes les plus inten-ja ses, après l’avoir traversé, permettent tout juste d’en dresser un 1 instantané.À cause de ses sautes d’humeur, le nord magnétique s’est inver-jjj sé de multiples fois au cours des âges, pointant vers ce qui aupara- I" vant tenait lieu de sud, avant de pointer de nouveau vers le nord.À cause de ses soubresauts, d’immenses régions (à la surface de la Terre) présentent, sans que l’on sache pourquoi, une aimantation plus forte ou plus faible que ce à quoi on s’attendrait.On soupçonne cet étrange rivage intérieur — toit du noyau, plancher du manteau — d’avoir un air de dépotoir, où s’amoncellent l’écume d’en dessous — les éléments légers venus du noyau, soufre et oxygène, qui remontent — et des morceaux du dessus — des bouts d’anciennes plaques tectoniques ayant plongé depuis la surface du globe vers les profondeurs.Bref, i une décharge temporaire où stagnent un temps débris du haut et rebuts du bas, avant qu’ils s’échauffent et finissent par donner i naissance à des langues chaudes qui, par endroit, s’étirent sur | 200 tan.Environ 2 300 tan plus bas, les flots de l’océan intérieur roulent | sur un autre rivage, tout aussi étrange.C’est le bord de la « grai-I ne » : une boule de fer quasi pur, de 1 220 tan de rayon au centre de la Terre, et qui ne peut se liquéfier, même à 5 000 °C, vu la fan-I tastique pression à laquelle elle est soumise (3,7 millions de fois I la pression atmosphérique).Cette graine se serait forgée fi y a I 2 milliards d’années seulement, alors que la Terre est vieille de 1 4,5 milliards d’années.Et elle n’a pas fini de grossir : à chaque I seconde, elle piquerait au noyau 1 000 tonnes de fer supplémentaires, qu’elle figerait ensuite.Les mystères des profondeurs se révéleront-ils donc dans la boule de gallium ?« Elle nous en dira bien plus », assure l’équipe de Grenoble, qui attend ses premiers résultats cet été.Et s’ils veulent faire mieux, pas d’affolement.L’équipe a déjà un métal de rechange, le sodium.Avec un bocal qui change d’échelle : dans le projet baptisé « ampère » — et 60 fois plus cher que celui du gallium —, on envisage d’engranger plusieurs mètres cubes de sodium et de les faire tourner.• ï'i.v 'U La force des volcans : une idée de la puissance contenue dans les profondeurs terrestres.mm © Libération, janvier 1999.Études supérieures Université de Moncton , .s j • Nombreux centres, chaires et groupes de recherche • Environnement et encadrement dynamiques • Implication étudiante dans divers projets de recherche Bourses d’études et d’excellence variant de 2 500 $ à 15 000 $ Certificats de 2e cycle Gestion publique Technologie de l'information Diplômes d’études supérieures Counseling de carrière Technologie de l’information (régime coopératif) Administration publique Maîtrises Administration des affaires (régime coopératif) Administration des affaires -Bacc.en droit Administration des affaires Administration publique Administration publique -Bacc.en droit Administration scolaire Biochimie Biologie Chimie Économie Enseignement Enseignement ressource Études familiales Études de l’environnement Français Histoire Mathématiques Nutrition-alimentation Orientation Philosophie Physique Psychologie Sciences appliquées Sciences infirmières Travail social Doctorat Études françaises Renseignements Faculté des études supérieures et de la recherche 225, pavillon Léopold-Taillon Université de Moncton Moncton, Nouveau-Brunswick, Et A 3E9 Téléphone : (506) 858-4310 Télécopieur : (506) 858-4279 Courrier électronique : fesr@umoncton.ca Dates limites 1er juin 1999 • lerlémer 1999 en Psychologie Nous vous invitons à nous téléphoner au (506) 858-4310 afin de connaître les possibilités d’admission tardive de certains départements ou encore pour recevoir le Guide d'admission aux études de cycles supérieurs.àfàfà université unaccent.ffp de moncton sur le savoir Campus de Moncton 1-800-363-UdeM (8336) www.umoncton.ca Québec Science / Avril 1999 23 Médecine il faut lui couper les vivres L'étau se resserre autour du cancer.On pense avoir trouvé une stratégie pour stopper la croissance des cellules cancéreuses : les affamer.par Catherine Dubé Plutôt que s’acharner à tuer les cellules cancéreuses, pourquoi ne pas simplement les affamer en empêchant les vaisseaux sanguins de les alimenter ?Lancée il y a 25 ans, l’idée de bloquer l’angiogenèse, c’est-à-dire la formation de nouveaux vaisseaux sanguins, s’est d’abord butée au scepticisme des chercheurs.On la considère maintenant avec le plus grand sérieux, comme le montre la course dans laquelle sont engagés des laboratoires du monde entier pour mettre au point le premier médicament qui agira comme un garrot sur les tumeurs.Plusieurs centaines de substances auraient cette propriété : certaines se trouvent déjà dans le corps humain, d’autres dans la nature, d’autres encore sont fabriquées dans les laboratoires.« Cette approche constitue la plus grande révolution depuis 40 ans dans la recherche d’un traitement contre le cancer », affirme Richard Béliveau, directeur du Laboratoire d’oncologie moléculaire de l’Université du Québec à Montréal.Le chercheur croit que cette percée pourrait bientôt être saluée par un prix Nobel.En tête de liste des lauréats potentiels : le docteur Judah Folkman, chirurgien à l’Hôpital pour enfants de Boston, l’homme qui a le premier défendu l’idée au début des années 70.Son hypothèse : pour vivre et grossir, une tumeur a absolument besoin d’être approvisionnée en sang.Et en coupant l’approvisionnement, on pourrait faire mourir la tumeur.Un cancer débute toujours de la même façon.Une cellule qui possède un ou plusieurs gènes déréglés commence à se multiplier sans que l’organisme parvienne à freiner le phénomène.L’amas de cellules prolifère ainsi jusqu’à ce qu’il atteigne la taille d’une tête d’épingle; il cesse de grossir lorsque les capillaires, les petits vaisseaux sanguins qui l’alimentent en nutriments et en oxygène, ne suffisent plus à la tâche.Les cellules continuent de se diviser, mais leur nombre total n’augmente plus car une quantité équivalente de cellules meurent.La petite tumeur peut ainsi demeurer au stade de latence pendant des années.Pour grossir, il faut que se forment de nouveaux vaisseaux sanguins qui l’alimenteront.En temps normal, l’angiogenèse ne sument que dans des circonstances bien particulières — pour cicatriser une blessure, par exemple, ou dans l’utérus à la suite de l’ovulation.La tumeur a donc recours à un subterfuge : elle utilise des messagers chimiques pour alerter les capillaires situés à proximité.•>.T Ces messagers, dont les principaux sont le bFGF (Basic Fibroblast Growth Factor) et le VEGF (Vascular Endothelial Growth Factor), se fixent sur les récepteurs des cellules endothéliales tapissant l’intérieur des vaisseaux sanguins.Les cellules endothéliales produisent alors des métalloprotéases matricielles, des enzymes qui dégradent la membrane formant l’extérieur du vaisseau sanguin et brisent le collagène des tissus adjacents.Elles creusent en quelque sorte des tunnels en direction de la tumeur.Comme le bFGF et le VEGF sont des facteurs de croissance, ils font proliférer les cellules endothéliales, qui migrent en direction de la tumeur dans les tunnels et se mettent en place pour former les nouveaux capillaires.Cette alimentation en sang constitue 24 Québec Science / Avril 1999 jVjr ^ & * ft .-¦y: folk i Istl ' i'I l’étape cruciale où le petit amas de cellu-î| les défectueuses se transforme en une tu-n meur maligne qui envahit le tissu dans le-jj quel elle se trouve.À partir du moment où $1 la tumeur est vascularisée, elle répand ; Ié) aussi plus facilement des métastases dans | les autres organes du corps.Une métasta-« se se forme lorsque des cellules cancéreu-B ses se détachent de la tumeur, infiltrent Il la circulation sanguine puis en ressortent G pour coloniser un autre tissu.S’il est sou-I vent possible de retirer une simple tu-1 meur par chirurgie, les métastases ren-| dent le cancer très difficile à contrôler.Un médicament qui enrayerait la formation de nouveaux vaisseaux sanguins serait donc une arme puissante contre le cancer.Et ses effets néfastes seraient restremts puisqu’un adulte en bonne santé a un besoin limité de nouveaux vaisseaux sanguins.A partir du moment où la tumeur est vascularisée, elle répand plus facilement des métastases dans d'autres organes du corps.Un médicament qui enrayerait la formation de nouveaux vaisseaux sanguins serait donc une arme puissante contre le cancer.Plusieurs médecins ont aussi détecté, dans certains cas, une augmentation du nombre de métastases après l’ablation d’une tumeur principale.Ce qui laisse croire que la tumeur produit elle-même autant de molécules qui stimulent l’angiogenèse que de molécules qui la bloquent.Pour trouver des substances pouvant stopper l’angiogenèse, les chercheurs se sont tournés vers.le corps humain.Connue l’organisme contrôle habituellement bien les mécanismes de formation des capillaires — lors de la cicatrisation d’une blessure, par exemple —, on soupçonnait que certaines molécules ont la propriété d’enclencher le processus et d’autres, de l’arrêter.Plusieurs médecins ont aussi détecté, dans certains cas, une augmentation du nombre de métastases après l’ablation d’une tumeur principale.Ce qui laisse croire que la tumeur produit elle-même autant de molécules qui stimulent l’angiogenèse que de molécules qui la bloquent.Cette hypothèse, que de plus en plus de chercheurs trouvent plausible, expliquerait pourquoi la tumeur peut demeurer en état de latence si longtemps : elle se met à grossir pour de bon au moment où un déséquOi-bre survient dans l'organisme et que les molécules stimulant l’angiogenèse prennent le dessus sur celles qui la freinent.La découverte, en 1989, de la thrombospondi-ne-1, a appuyé cette hypothèse.Cette protéine inhibitrice d’angiogenèse fortement présente dans les cellules normales l’était aussi dans les cellules de tumeur, mais en beaucoup plus petite quantité.Judah Folkman, qui n’a jamais cessé de croire à son idée, a finalement découvert de puissants agents antiangiogéniques.La première découverte a été réalisée par un jeune chercheur de son laboratoire.Michael O’Reilly étudiait des souris cancéreuses qui développent des métastases mortelles dès qu’on leur retire la tumeur principale.Lejeune chercheur a réussi à isoler dans le sang de ces souris l’inhibiteur produit par la tumeur, l’angiostatine.Il a ensuite retrouvé la même substance dans le sang humain.L’angiostatine est un fragment d’une protéine plus grosse, le plasminogène, une molécule qui joue un rôle dans la coagulation du sang, mais qui n’a aucune activité antiangiogénique.Deux ans plus tard, l’équipe du docteur Folkman a isolé une autre molécule inhibitrice d’angiogenèse, qui semble encore plus puissante que l'angiostatine.Il s’agit de Fendostatine, elle aussi un morceau d’une grosse protéine, le collagène 18.Personne n’a encore découvert le mécanisme d’action de ces deux substances sur le plan moléculaire.Mais l’équipe de Folkman a fait la spectaculaire démonstration de leur efficacité sur les souris.En injectant de Fendostatine et de l’angiostatine aux animaux de laboratoire, on a réussi non seulement à freiner l’expansion de Québec Science/Avril 1999 25 Laurent Leblanc leurs tumeurs, mais aussi à les faire diminuer jusqu’à ce qu’elles deviennent microscopiques.Ces résultats ont fait un boucan terrible en mai dernier, lorsque le New York Times leur a consacré la une.Les médias du monde entier ont ensuite repris la nouvelle.Le docteur Folkman a été le premier surpris puisque cet article relatait des résultats publiés six mois plus tôt dans la revue Nature ! Cependant, comme les expériences de Folkman n’ont été réalisées que sur des souris, il est trop tôt pour savoir si l’homme sés par les chercheurs du NCI, etc.Chose certaine, les chercheurs se perdent maintenant en conjectures, et l’annonce de la création d’un médicament à base d’endo-statine n’est pas pour demain.n comparaison, les Laboratoires Æterna à Sainte-Foy croient avoir une bonne longueur d’avance dans la mise au point d’un inhibiteur’ d’angiogenèse.Leur fameux Neovastat, un extrait liquide de cartilage de requin, n’a plus qu’une étape à franchir avant la commercialisation.Il a passé avec succès les pha- fait diminuer la masse tumorale », dit Pierre Falardeau, directeur scientifique des Laboratoires Æterna.Le AE-941 — nom de code de la substance, Neovastat étant son nom commercial — sera donc administré en combinaison avec des traitements de chimiothérapie.Le potentiel du cartilage pour bloquer l’angiogenèse était déjà connu quand Éric Dupont, le jeune fondateur des Laboratoires Æterna, s’y est intéressé.Si aucun vaisseau sanguin ne se développe dans le cartilage, c’est probablement qu’il contient une substance les empêchant de proliférer, pourra en tirer profit.« Dans le domaine du cancer, il n’y a pas de corrélation systématique entre les résultats obtenus sur les souris et ceux obtenus sur l’homme », rappelle Gervais Dionne, vice-président exécutif recherche et développement chez Biochem Pharma.Il est également très difficile de synthétiser ces protéines en quantité suffisante pour réaliser des tests sur les humains.Il faut ajouter que, jusqu’à maintenant, seule l’équipe du docteur Folkman a été en mesure d’obtenir des résultats intéressants avec l’endostatine.Les chercheurs du principal organisme de recherche public sur le cancer aux États-Unis, le National Cancer Institute, a tenté en vain de répéter ces expériences.Plusieurs hypothèses peuvent expliquer cet échec : différences chez les modèles animaux, qualité inégale des produits utili- ses 1 et 2 de développement, durant lesquelles on administre le produit à des petits groupes de malades pour vérifier l’absence de toxicité et d’effets secondaires indésirables et pour déterminer les doses les plus efficaces.Mais rien n’est encore gagné : c’est l’étude de la phase 3, celle qu’on réalise sur plusieurs centaines de personnes avec un groupe témoin recevant un placebo, qui mesurera avec précision l’efficacité du produit.Pour cette dernière étape, Æterna a reçu la bénédiction du National Cancer Institute des États-Unis, qui réalisera lui-même l’étude évaluée à 15 millions de dollars.Comme la plupart des produits antiangiogéniques actuellement en développement, le Neovastat ralentit la croissance de la tumeur, mais ne la fait pas disparaître.« Seules l’angiostatine et l’endostatine ont Richard Béliveau de l'UQAM.Bloquer l'angiogenèse ?« La plus grande révolution depuis 40 ans dans la recherche d'un traitement Chez les Chinois, par exemple, il y a moins de cas de cancers que chez les Nord-Américains : c’est peut-être leur régime alimentaire qui fait la différence.Le secret résiderait dans le soya et le thé vert.se disaient les scientifiques.Comme pour plusieurs substances antiangiogéniques, on a d’abord démontré expérimentalement (in vitro et sur des animaux) qu’il ralentissait bel et bien la construction de nouveaux vaisseaux, mais sans pouvoir expliquer comment il agissait.Aujourd’hui, les chercheurs des Laboratoires Æterna, qui étudient le AE-941 depuis cinq ans, commencent à comprendre son mode d’action.Ils ont découvert que leur produit agit à plusieurs étapes de l’angiogenèse, en inhibant l’action 26 Québec Science/AvriM999 des métalloprotéases et en empêchant les cellules endothéliales de proliférer.Ils ont annoncé en août dernier avoir isolé une des molécules actives du produit, qu’ils ont baptisée AE-986.Ils poursuivent leur enquête.Pourquoi Éric Dupont a-t-ü arrêté son choix sur le cartilage du « chien de mer », un petit requin, plutôt que sur celui du bœuf ou du lapin ?Simple question de dis-I ponibilité des ressources : alors que le car-Klf I tilage ne représente que de 1 à 2 % de la ®lial masse totale d’un mammifère, celui du fel chien de mer atteint 7 %.De plus, comme ce requin est déjà pêché pour sa chair, il i était facile de s’entendre avec les usines de 1 transformation pour récupérer le cartilage r qui était auparavant jeté aux ordures.Pierre Falardeau ne voit aucun problème I d’approvisionnement à l’horizon.« Nous utilisons le cartilage d’environ 1 % des re-p quins pêchés actuellement », affirme-t-il.En serait-il de même si le médicament J était produit à l’échelle industrielle demain matin ?Pour diversifier l’approvision-|| nement et éviter les bouleversements éco-ii logiques, l’équipe de chercheurs poursuit ij des tests de bioéquivalence : on vérifie si le I cartilage d’autres espèces a le même effet I antiangiogénique.La raie, qui fait partie AnglOgenese.Processus complexe par lequel de nouveaux capillaires se forment par bourgeonnement des vaisseaux sanguins déjà existants.Il s’agit d’une étape déterminante dans la progression d’un cancer, qui permet à la tumeur de se développer et de former des métastases.Capillaires.Vaisseaux sanguins fins comme des cheveux qui constituent les dernières ramifications du système sanguin.Presque chaque cellule du corps humain se trouve près d’un capillaire qui lui apporte les nutriments et l’oxygène nécessaires à sa survie.Cellules eildotheliales.Cellules plates qui recouvrent l’intérieur des vaisseaux sanguins.Les récepteurs situés à leur surface sont les serrures par lesquelles le processus de l’angiogenèse est déclenché.Métalloprotéases.Enzymes pouvant remodeler les tissus entourant les vaisseaux sanguins.Habituellement, elles sont utiles pour réparer une blessure, par exemple.Mais ce sont également des alliées du cancer qui permettent aux vaisseaux sanguins de se frayer un chemin jusqu’à la tumeur.Elles sont la cible principale des substances antiangiogéniques actuellement testées en laboratoire.de la même famille que le chien de mer, est dans la mire, car ses « ailes » contiennent beaucoup de cartilage et pourraient devenir une autre source de matière première pour la compagnie.Cinq ou six concurrents sérieux pourraient cependant franchir la ligne d’arrivée avant les Laboratoires Æterna.Les compagnies américaines Agouron Pharmaceuticals et Bayer Corporation ainsi que la compagnie anglaise British Biotech syn- thétisent en laboratoire des molécules organiques qui ont le même effet que le Neovastat.Leurs produits inhibent tous Faction des métalloprotéases, ces enzymes qui permettent aux cellules endothéliales de vaisseaux sanguins existants de se déplacer dans les tissus pour former de nouveaux capillaires.Ces produits sont actuellement testés en phase 3, en combinaison avec des agents cytotoxiques utilisés en chimiothérapie, tout comme le Neovastat.«M J# FINALE QUÉBÉCOISE Des découvertes avec les jeunes, la science et l'actualité Venez rencontrer les représentants des finales régionales des Expo-sciences du Québec! 95 stands variés sur l'espace, l'environnement, la santé, l'inforoute et bien d'autres sujets.Du 15 au 18 avril 1999 Jeudi 15 avril, 13h à 16h30 et 19h45 à 21h; vendredi 16 avril, 9h à 12h et 19h à 21h; samedi 17 avril, 9h à 12h, 13h à 17h et 19h à 21h; dimanche 18 avril, 10b à 12h.Défi Génie inventif : samedi 17 avril, 11h et 14h.CÉGEP DE SOREL-TRACY 3000, BOUL.DE LA MAIRIE, TRACY CONSEIL DE LOISIRS SCIENTIFIQUES DE IA RÉGION DE MONTRÉAL —¦ —— uotfKtas Ïm.ïs.ù-zï.CONSE».0£ OÉVELOPffVENt DU LO®» SCeNTtnOUE RESEAU COLS ÇLS Communiquez comme personne Québec Science/Avril 1999 27 Comme l’angiogenèse est un processus très complexe, plusieurs compagnies ont trouvé des façons différentes de la bloquer.Une de celles-là consiste à empêcher le vaisseau sanguin de recevoir le signal initial en provenance de la tumeur, c’est-à-dire les facteurs de croissance qui déclenchent le processus d’angiogenèse.Ainsi, Genentech, mie compagnie de San Francisco, met au point un anticoips monoclonal qui s’attaque directement au facteur de croissance VEGF, l’empêchant ainsi d’atteindre les cellules endothéliales.La compagnie californienne Sugen a elle aussi décidé de mater le cancer en empêchant le signal déclencheur d’angiogenèse d’atteindre sa cible.Mais plutôt que de détruire le VEGF, sa méthode consiste à bloquer les récepteurs de VEGF situés à la surface des cellules endothéliales, un peu comme on bloquerait une serrure avec de la gomme à mâcher.Il est alors impossible d’introduire la clé (le VEGF) qui enclenche le processus d’angiogenèse.Biochem Pharma, à Montréal, a pour sa part choisi de mettre au point un médicament intervenant durant les dernières étapes de la fabrication des vaisseaux.Il est en effet encore possible de contrer l’angiogenèse une fois que les métalloprotéases ont commencé leur travail de dégradation des tissus.Il faut alors empêcher les cellules endothéliales de proliférer ou de migrer vers l’endroit de formation du nouveau vaisseau.Biochem Pharma cherche à produire des substances qui mont se fixer aux intégrines, de petites molécules qui favorisent la division et la migration des cellules endothéliales, pour bloquer leur action.Contrairement aux Laboratoires Æterna, qui ont découvert une substance naturelle aux vertus thérapeutiques, Biochem Pharma cherche à en créer une en laboratoire.Son équipe a déjà synthétisé plusieurs centaines de produits potentiels et évalue présentement l’efficacité de chacun.À l’heure actuelle, dans le monde, au moins une vingtaine de produits ont atteint l’étape des tests cliniques sur l’humain.Parmi eux, quelques médicaments créés pour d’autres fins se sont révélés efficaces pour bloquer l’angiogenèse.C’est le cas de l'interleukine 12, d’abord conçue pour tuer les cellules cancéreuses, et de la célèbre thalidomide, ce sédatif qui avait été banni lorsque sont nés des bébés souffrant de malformations.Cette dernière avait repris du service pour traiter la lèpre et les ulcères de bouche des sidéens lorsque l’on s’est aperçu qu’elle avait aussi une 28 Québec Science / Avril 1999 activité antiangiogénique, bien qu’on ignore pour l’instant son mécanisme d’action.Dans la chasse aux prometteurs inhibiteurs d’angiogenèse, on s’intéresse également à l’alimentation.Chez les Chinois, par exemple, il y a moins de cas de cancers que chez les Nord-Américains : c’est peut-être leur régime alimentaire qui fait la différence.Richard Béliveau et son équipe du laboratoire d’oncologie moléculaire de l’UQAM ont d’ailleurs observé une activité angiogénique dans deux produits très courants : la génistéïne du soya et les polyphé-nols du thé vert.On envisage aussi d’administrer aux patients des médicaments antiangiogéniques pendant plusieurs années après avoir éliminé leur tumeur de façon à tenir les métastases en échec.L’utilisation prolongée de ces médicaments ne semble pas poser de problème.Premièrement, ils ont une action très spécifique, qui n’interfère pas avec les fonctions vitales de l’organisme.Deuxièmement, ils n’entraîneraient aucune résistance, contrairement aux traitements de chimiothérapie.La résistance aux médicaments, qui constitue la principale cause d’échec de À l’heure actuelle, dans le monde, au moins une vingtaine de produits ont atteint l’étape des tests cliniques sur l’humain.Parmi eux, quelques médicaments créés pour d’autres fins se sont révélés efficaces pour bloquer l’angiogenèse.Malgré l’espoir que suscite chaque nouvelle découverte concernant l’angiogenèse, le réalisme reste de mise.Aucune des substances actuellement à l’étude ne peut guérir le cancer.Leur rôle est de stopper l’expansion de la tumeur et de diminuer la prolifération des redoutables métastases.Le côté positif de l’affaire, c’est que cette action permet de diminuer les doses de chimiothérapie ou de radiothérapie destinées, elles, à faire disparaître la tumeur.Une très bonne nouvelle pour les patients que les traitements traditionnels affaiblissent, car ces derniers tuent aussi bien les cellules saines que les cellules cancéreuses.la chimiothérapie, sument parce que les gènes des cellules cancéreuses mutent facilement, déjouant ainsi Faction de la chimie.Après une rechute, il n’est donc pas rare qu’un médicament qui avait fait disparaître la tumeur une première fois n’y arrive plus une deuxième ou une troisième fois.Les substances bloquant l’angiogenèse visent pour leur part des cellules endothéliales normales, qui ne mutent pas aussi facilement.De plus, ces cellules sont très semblables d’une personne à l’autre, ce qui facilite la mise au point des médicaments.Puisque le processus d’angiogenèse se déroule de la même façon peu importe le cancer, ces médicaments pourront combattre presque tous les types de tumeurs.Mieux, ils pourront combattre d’autres types de maladie.En effet, certaines affections, comme le psoriasis, l’arthrite rhumatoïde et la dégénérescence maculaire, dépendraient elles aussi d’une angiogenèse incontrôlée.Le Neovastat d’Æterna a d’ailleurs des petits frères qui traiteront ces maladies, soit le Psovascar, l’Arthrovas et le Neoretna.Des noms différents sur l’étiquette, mais du AE-941 dans toutes les bouteilles.• Québec Science vous offre 100 ans de science Avec l’abonnement régulier au magazine, vous recevez : • de janvier à décembre 1999, une section de 12 pages consacrée à la série 100 ans de science • un album souvenir qui sera envoyé à tous les abonnés en novembre 1999 • des rabais sur les produits Québec Science, notamment sur la magnifique affiche de la série 100 ans de science (6,95 $ pour les abonnés au lieu de 8,95 $, taxes en sus) 10 Uns de science Une grande fl 100 événements et découvertes qui ont marqué le XXe siècle * I ¦?En plus àb°^eS ;—A • des numéros hors série, notamment le Guide des vacances 1999 • l'index des sujets d'articles parus au cours de l'année • sans oublier le plaisir de recevoir votre magazine chez vous et celui d'économiser 35 %* sur le prix en kiosque *pour l'abonnement de 3 ans ' .'X I III l| Science Cl Pratt ft Whitney Canada Je m'abonne ! ?landOn01) 35,95 $+taxes : 41,35 S I I 2 ans (20 n“) 61,95 $ + taxes : 71,26 S I I 3 ans (30 n") 85,95 $ + taxes : 98,97 S Offre valide au Canada jusqu'au 30 novembre 1999 | | Je veux recevoir une affiche 100 ans de science à 6,95 $ plus taxes (7,99 $ taxes incluses) Détachez et expédiez à Québec Science Service des abonnements, 525, rue Louis-Pasteur Boucherville (Québec) J4B 8E7 Tél.: (514) 875-4444 ou 1 800 667-4444 Téléc.: (514) 523-4444 Courriel : AQcourrier@abonnement.qc.ca Numéro d'enregistrement de la TPS : R-1335-97427 Numéro d'enregistrement de la TVQ : 1013609086 100 ans de science avec Québec Science et beaucoup plus.Nom Prénom Adresse n° rue app.ville province code postal Profession téléphone Ci-joint mon paiement : 1 Chèque O Visa Chèque à l'ordre de Québec Science 1 MasterCard N° de carte Date d'expiration / Signature QS-04-99 LA GUERRE DES Les ordinateurs et leurs réseaux pourraient constituer une nouvelle cible stratégique.Les militaires se préparent d'ailleurs à la cyberguerre par Philippe Gauthier Avril 2000.Un État du Moyen-Orient décide de prendre le contrôle des réserves pétrolières du Golfe persique.Le pays visé est un allié des États-Unis.Mais plutôt que d’affronter directement les militaires américains, comme Saddam Hussein en 1990, l’agresseur opte pour une approche beaucoup plus insidieuse.Le chaos frappe soudain les États-Unis.Les réseaux téléphoniques « plantent » et restent paralysés durant des heures .Des trains de marchandises et de passagers entrent en collision.Des erreurs informatiques provoquent des explosions dans les raffineries de pétrole.Les guichets automatiques ajoutent ou retranchent des milliers de dollars dans les comptes, provoquant des émeutes aux portes des banques.Dans les bases militaires, les téléphones sont surchargés d’appels venus de nulle part.Le départ des troupes vers l’Arabie se fait au compte-gouttes, dans la confusion.Ce n’est pas tout.Les capitales du Moyen-Orient sont frappées par des pannes d’électricité inexplicables, tandis que les réseaux de télévision ne diffusent plus qu’une propagande d’origine inconnue.Ce scénario a été imaginé par la RAND Corporation, un groupe américain de re- cherche en politiques publiques.Au début de 1995, une série d’exercices militaires ont été tenus sur ce thème.Les conclusions n’étaient pas rassurantes.D’abord, il était difficile de savoir si on était attaqué ou non.Ou encore de distinguer les attaques réelles des rumeurs alarmistes diffusées par des réseaux d’information sous contrôle ennemi.Enfin, il était impossible de déterminer d’où venait l’attaque.Une certitude émergeait toutefois de l’exercice : l’idée que la dépendance envers les ordinateurs et les réseaux crée de nouvelles vulnérabilités.es militaires jonglent avec l’idée d’utiliser les réseaux informatiques à des fins guerrières depuis des années.Le concept, entouré de secret, porte des noms comme « guerre de l’information », « guerre intelligente » ou « cyberguerre ».Martin Libicki, un stratège de la National Defense University, soutient d’ailleurs que certaines formes de guerre de l’information existent déjà depuis longtemps : par exemple, les attaques sur le commandement ennemi, l’analyse de l’information (photos aériennes et autres), la guerre électronique (brouillage radio, 30 Québec Science/Avril 1999 II»! • * K- ::'¦¦¦*'> LE CY15EETEUE0UISME Les rumeurs alarmistes circulent sur le cyberterroris-me.En octobre 1997, la très sérieuse Commission présidentielle sur la protection des infrastructures publiques aux États-Unis consacrait une bonne partie de son rapport à la menace terroriste.Selon le rapport, aucun groupe de terroristes connu n’a encore adopté les techniques de la cyberguerre.Selon le CIWARS (Center for Infrastructural Warfare Studies), seule l’Armée républicaine irlandaise s’y intéressait de près avant l’accord de paix en Ulster.^ On estime qu’il en coûte environ 10 millions de dollars pour se doter d’une capacité offensive en cyberguerre.Pour un État, c’est peu d’argent.Pour des terroristes, c’est autre chose.Les traîtres sophistiqués (et fortunés) pourront toujours recourir aux pirates mercenaires, une élite de spécialistes hautement qualifiés.Selon le CIWARS, ils seraient 1 000 dans le monde prêts à se vendre au plus offrant.La plu part n’auraient aucun scrupule à ajouter le terrorisme à leurs activités de sabotage et d’espionnage, si la paie est bonne.radar.) et même la guerre psychologique.Dans cette foulée, la guerre des pirates informatiques (ou hackersJ, le cyberterroris-me et le blocus informationnel pourraient aussi, un jour, faire partie des méthodes d’attaque éprouvées.Qui seront les soldats de cette guerre nouveau genre ?Des informaticiens, bien sûr, mais également des mathématiciens, des spécialistes des réseaux—toute une faune de hackers en uniforme.Leurs armes : des virus informatiques, des renifleurs de données, des formules mathématiques pouvant briser le secret des codes les plus complexes, etc.La cyberguerre, comme toute arme nouvelle, est entourée de secret.Difficile de savoir qui s’y prépare officiellement, et comment.Nos voisins du Sud avouent qu’ils mettent au point des super virus.mais seulement pour apprendre à s’en protéger ! Toujours aux États-Unis, le General Accounting Office estimait qu’en 1996 « au moins 120 pays ont développé ou développent des capacités d’attaque informatique ».Autant dire tout le monde.Le point de départ de la cyberguerre, c’est la guerre du Golfe de 1990-1991.Les analystes militabes américains ont attribué la victoire facile des forces alliées à put lif» site |É lit En» |BEli |«èl • Accès 56K • Liens dédiés LN PA Cybercommerce Hébergement Lien U H incluant IZIIlink la boucle locale internet Mcjnirù-il : 500, boni.risne-Lévesque O.Bureau 1005, Montréal (Cluébeo) H2Z 1W7 .OVJU-IVIIII ||\"OEr mfo@ Mlink.NET http://www.Mlink.NET • Montréal • Québec Hull • Ottawa • Toronto • Calgary • Vancouver 32 Québec Science / Avril 1999 te.fmij ILks ai I leur supériorité en matière de renseignement et de communications couplée au bombardement systématique des installations du même genre en Irak.On se demande maintenant s’il serait possible d’arriver au même résultat simplement en utilisant Internet pour infiltrer les réseaux informatiques ennemis.Le problème, c’est que les États-Unis sont davantage branchés que leurs ennemis potentiels.Donc, en théorie, ils sont plus vulnérables qu’eux ! Déjà, 2,1 millions d’ordinateurs de la Défense nationale sont attaqués environ 250 000 fois par année selon le General Accounting Office.Il est même arrivé que des départements au complet passent sous le contrôle de pirates inconnus.En mars 1994, par exemple, un des principaux laboratoires de recherche de l’armée de l’air, à Rome, dans l’État de New York, a été objet de 150 intrusions par Internet.Les deuxtec&m responsables ont pris le contrôle des ordinateurs de l’endroit et ont télédéchargé des données secrètes pendant trois jours.On ignore ce qu’ils en ont fait.Quand l’armée de l’air a compris ce qui se passait, elle n’a rien pu faire d’autre que de tout débrancher, de mesurer les iNê-'- '1 : dégâts, puis de revoir son système de sécurité.Les activités du laboratoire de Rome ont été paralysées pendant plusieurs jours, et des projets de recherche ont été abandonnés parce que leur sécurité avait été compromise.L’armée américaine s’est maintenant dotée d’une unité de pirates, la Defense Information Systems Agency (DISA), dont le mandat consiste à sonder la sécurité des ordinateurs militaires à l’insu des utilisateurs.De 1992 à 1995, la DISA a lancé 38 000 « attaques ».Les deux tiers d’entre elles ont réussi.À peine 4 % ont été détectées.Des statistiques inquiétantes, d’autant plus que la Défense nationale américaine possède un programme formel de guerre informatique défensive depuis décembre 1992 ! omment les hackers réussissent-ils leurs mauvais coups ?Le courrier électronique est parfois piégé : il contient des instructions cachées qui permettent, par exemple, de créer une identité et un mot de passe dont les pirates informatiques se serviront par la suite.Pour les systèmes mieux protégés, les hackers testent les combinaisons possibles avec des logiciels spécialisés.\ YBERSCIENCES La science et la technologie pour tous î^cience Les grands dossiers La foire aux questions Les nouvelles Québec Science Les événements DERNIERE HEURE _____ ^ ACTUALITÉS Du nouveau chez Cybersciences ! • Nouvelle page d'accueil • Sondage de la semaine • Sélection de sites d'intérêt scientifique • Liste d'envoi ^ ÉVÉNEMENTS 2 FOIRE AUX QUESTIONS 1 SONDAGE Avez-vous peur des possibles effets nocifs du téléphone cellulaire sur le cerveau ?} LES SITES DTNTÉRÊT ^ LES GRANDS DOSSIERS # Oui ^ Non ?Je ne sais pas | VOTEZ ! Les nouvelles quotidiennes sur les sujets d'actualité scientifique et technologique Reprises par ŸXHpoT /vmPATic© GLOBKi rafler www.cybersciences.com Québec Science / Avril 1999 33 LES BOMBES A IMPULSIONS EJÆ(7riU)MAGNETIOlJES La guerre des hackers est un moyen compliqué de saboter les ordinateurs de l’ennemi.Les militaires rêvent d’une bombe qui s'attaquerait aux circuits électroniques.Les bombes atomiques font déjà cela : au moment de l’explosion, elles émettent une puissante impulsion électromagnétique qui, par induction électrique, fait griller les délicats circuits.Ce qu’on cherche, c’est une arme conventionnelle qui ferait la même chose.Et les essais seraient avancés.Le mécanisme produisant cet intense rayonnement serait actionné par une charge explosive modeste.La bombe serait lâchée d’un avion, exploserait à quelques centaines de mètres d’altitude et balayerait d’ondes une zone de 200 mètres carrés environ.Résultat : une arme efficace contre l’électronique, mais inoffensive pour l'humain.Uma 'mÆ ¦-rm mw Une approche plus sophistiquée consiste à utiliser des programmes « renifleurs » qui surveillent les serveurs où transitent les messages et qui en envoient une copie à une adresse déterminée.Le nom d’usager et le mot de passe apparaissent généralement dans l’en-tête.Une fois qu’il a accès à un ordinateur protégé, diverses options s’offrent au pirate.Il peut sauvegarder les fichiers, les détruire ou encore installer un virus dans un logiciel.Une variante sur ce thème : le cheval de Troie, un logiciel fonctionne], légitime en appa- ACCUEIL CHALEUREUX CONFORT • REPAS SANTE A FORTE SAVEUR RÉGIONALE INTERPRÉTATION PAR DES GUIDES-NATURALISTES Ecotours découvertes de 5 à 8 jours : • Archipel de Mingan; • île d'Anticosti; • Villages de la Basse-Côte-Nord; • Parcs nationaux de l'est du Québec; Ecotours fantaisie : • Les oiseaux du Saint-Laurent du 10 au 15 août 1999 Colonies d'oiseaux pélagiques aux Iles Mingan, aux îles Sainte-Marie, à l'île d'Anticosti et à l'île Bonaventure en Gaspésie.• Kayak dans les Iles Mingan et à l'île d'Anticosti du 23 au 28 août 1999 Itinéraires sur mesure de 2 à 8 jours pour des groupes de 35 à 44 passagers.Dates de départ, information, brochure et réservation : 418-724-6227 ou 1-888-724-TOUR (8687) Fax.: 418-724-2527 httpyAvwvv.ecomertours.com e-mail : ljones@globetrotter.net 60b, des Ardennes, Rimouski, QC G5L 3M3 rence, mais contenant des instructions cachées.En janvier dernier, par exemple, est apparu picture, exe, un logiciel qui affiche une image, mais qui sonde aussi l’ordinateur à la recherche de données personnelles et qui les envoie en Chine (!) par Internet.Mais le nec plus ultra, c’est le ver, une sorte de virus qui se propage de lui-même d’ordinateur en ordinateur en suivant les réseaux.Contrairement au virus classique, il n’a pas besoin d’ùn logiciel comme support.En 1986, le célèbre « ver de Morris » s’est propagé dans Internet, mettant une bonne partie du réseau hors d’usage pendant plusieurs jours.On peut évidemment imaginer toutes sortes de scénarios catastrophes.Un logiciel commercial populaire équipé d’un cheval de Troie commandité par un gouvernement ennemi, par exemple.En temps de guerre, ce gouvernement n’aurait qu’à utiliser Internet pour activer le virus.Mais il ne faut pas encore prendre le mors au dent, croit Martin Libicki.« Une bonne partie de ce que l’on appelle la guerre de l’information n’est tout simplement pas réalisable, écrit-il dans une publication de l’Institute for National Strategie Studies.Bien que la guerre des hackers soit une activité réelle, elle est grossièrement exagérée.» La cyberguerre, dit-il, on peut y remédier facilement.Un pirate habile peut trouver une faille dans la sécurité d’un système, mais il ne pourra l’exploiter qu’une seule fois puisque, une fois découverte, les informaticiens ne tardent pas à la colmater.Et puis, les virus informatiques ne connaissent pas les frontières — une fois lancés dans un réseau, ils frappent sans discrimination.À quoi bon une arme qui affecte autant ses amis que ses ennemis ?Le Canada compte au moins un théoricien respecté dans ce domaine, Robert Garigue, un militaire à la retraite autrefois directeur du Centre de vulnérabilité des réseaux de l’armée canadienne.Pour lui, les virus et les pirates ne sont qu’une nuisance.« Cette façon de procéder est sans doute inutilisable parce qu’Internet est un espace interconnecté et chaotique où les effets d’enchaînement sont imprévisibles.Impossible de savoir si une action sera efficace ou si elle mènera à la résolution du conflit.» Pour lui, l’art de la cyberguerre reposera davantage sur ce qu’il appelle «< l’effet sémantique ».Cela consiste à détruire ou à modifier la vision du monde de ses adversaires par des moyens informationnels.Autrement dit, on ne visera pas les ordinateurs 34 Québec Science t Avril 1999 leux-mêmes, mais les attitudes de leurs usagers.Les techniques à privilégier ?« Emprunter l’identité de gens connus, envoi massif de courrier électronique à des personnes clés, diffusion de propa-gande et de discours, désinformation, slogans.» On est loin de la conception classique de la cyberguerre.On peut même se demander s’il ne s’agit pas simplement d’une forme avancée de guerre psychologique.Mais quelle importance lorsque le résultat est le même : la victoire.Les cyberguerriers pourraient d’ailleurs citer cette pensée de Sun Tzu, un général chinois qui a vécu il y a 2 400 ans : « Remporter 100 victoires dans 100 batailles n’est pas le sommet de l’habileté.Soumettre l’ennemi sans livrer bataille est le sommet de l’habileté.» • \99Ji ^ _ .o—V VA À ¦ ¦¦¦ smi raim ^i?sn?LES ESPIONS DANS LE EYIJE11ESPACE ids «te II# [f fil jitff ii# Les services secrets aiment beaucoup le cyberespace.Il leur facilite la vie.En 1948, les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont signé l’Ukusa Security Agreement, un pacte qui crée un réseau mondial (et ultra-secret) de surveillance électronique.Le réseau est dirigé par la National Security Agency (NSA), dont la composante canadienne est le Centre de sécurité des télécommunications.Conçu à l’origine pour espionner les Soviétiques, Ukusa fait de l’espionnage civil depuis la fin de la guerre froide.Le réseau, qui dispose de ses propres satellites, d’ordinateurs ultrapuissants et de bataillons de mathématiciens, pourrait surveiller trois milliards de communications par jour.Appels téléphoniques, télécopies, courrier électronique.on filtre tout à la recherche de mots clés ou d’empreintes vocales spécifiques, avant de stocker les communications dans d’immenses bases de données.Aucune méthode de chiffrement ne résisterait bien longtemps.Québec Science sur cédérom Québec US lOGICIUS de moià ïis d'envoi Toute l'actualité scientifique et technique publiée dans le magazine Québec Science de 1989 à 1997 Des informations utiles, fiables et passionnantes.Dossiers, reportages, nouvelles, chroniques, suppléments.2 500 articles ! • Un outil d’information et de référence essentiel pour tout savoir sur une foule de sujets : espace, santé, environnement, innovations technologiques, recherche fondamentale et appliquée, etc.• Une navigation électronique de haute performance.Recherche par mots clés, liens hypertextes, images agrandies, interface conviviale, animations, etc.• En vente dans tous les bons magasins : 49,95 S plus taxes.© Commandez dès maintenant ! Région de Montréal : (514) 875-4444 Partout au Québec : 1 800 667-4444 Configuration requise: • Ordinateur personnel doté d’un microprocesseur 386X ou supérieur (486 recommandé) • Lecteur de cédérom • Système d'exploitation Windows version 3.1,3.11,95 ou ultérieure • • 4 mégaoctets de mémoire vive ( 8 mégaoctets recommandés) • OU • Ordinateur de type Macintosh • Lecteur de cédérom • Système d'exploitation MacOS version 7 ou ultérieure • 8 mégaoctets de mémoire vive • Produit par Québec Science et Les Logiciels de Marque inc.Québec Science/Avril 1999 35 par Raynald Pepin La télévision a bouleversé nos vies : en Occident, on l’écoute en moyenne plus de 20 heures par semaine.Sa mise au point a aussi préfiguré l’explosion technologique qui a marqué la dernière moitié de notre siècle.Imaginez : l’électron a été découvert en 1897 et, moins de 40 ans plus tard, les premiers téléviseurs reconstituaient des images en utilisant ce même électron ! Pour comprendre le fonctionnement de cet appareil plutôt complexe, nous commencerons avec celui de la télé en noir et blanc, un peu plus simple.Quand vous ouvrez la télé, vous faites passer un courant dans un filament chauffant situé à l’arrière de l’appareil.Ce filament est le premier élément du « canon à électrons » (dans une télé en couleurs, on en compte trois) qui envoie un faisceau d’électrons vers l’écran, à l’avant de l’appareil.En balayant l’écran, le faisceau reconstituera l’image.Comment ?L’arrière de l’écran est recouvert d’une mince couche de matériaux fluorescents, les luminophores.Excitées par les électrons, les molécules fluorescentes se désexcitent en émettant de la lumière, ce qui rend l’écran brillant aux endroits où il a été frappé par des électrons.L’ensemble de zones sombres et de zones brillantes formera l’image.Mais revenons à notre canon à électrons.« Le filament incandescent chauffe un cylindre de métal chargé négative- L A SCIENCE DANS L A V I E QUOTIDIENNE N'ajustez pas votre appareil b T- Vous pressez ou tournez un bouton, le petit écran s'illumine.et votre vie aussi.Voilà le beau Jean Ragé ou la séduisante Pamela Anderson.Mais comment sont-ils apparus dans votre salon ?ürf* ' ment, appelé la cathode, explique Guy Roman, un ingénieur qui enseigne au cégep Ahuntsic.À haute température, plusieurs électrons de la cathode acquièrent une énergie cinétique suffisante pour sortir du matériau.» Mais, avant d’arriver à l’anode, les électrons doivent franchir une barrière, la grille, constituée d’un cylindre percé d’un trou au centre.Quand la tension électrique de la grille est plus négative que celle de la cathode, les électrons fugi- Filament chauffant Grille Bobines déflectrices horizontales © "i © Cathode Anode Canon à électrons (grossi, en coupe) Anode à © 25 000 V ® Électrons mt Champ magnétique R © En avant de la cathode se trouve l’anode, une électrode chargée positivement, qui attire les électrons (chargés négativement) émergeant de la cathode et qui les accélère vers l’avant.Le faisceau d’électrons correspond à un courant moyen de quelques milliampères.tifs retournent à la cathode, puisque des charges de même signe se repoussent.Quand cette tension devient moins négative, de plus de plus d’électrons passent par le trou et se dirigent vers l’écran.Par exemple, lorsque vous tournez le bouton « luminosité » (bright- ness) de votre appareil, vous modifiez la tension continue appliquée à la grille.Le flux moyen d’électrons augmente ou diminue, selon le cas, et votre écran devient plus clair ou plus sombre.La tension de la cathode, quant à elle, dépend du signal télé capté par l’antenne de la télévision, qui peut avoir une tension aussi faible que 10 microvolts.Les circuits électroniques de la télé décodent et amplifient le signal puis appliquent à la cathode cette tension variable.Le signal contrôle ainsi le flux d’électrons et la brillance de chaque point de l’écran frappé par les électrons.À noter que la commande « contraste » fait varier l’amplitude de la tension variable.En augmentant cette amplitude, on fait arriver plus d’électrons aux endroits brillants et moins aux endroits sombres de l’écran.fc© ' .té-: ;© P; 'HJapi Ksots ttilp; Érf its® liait, îaneei, te «i riiiti 36 Québec Science / Avril 1999 «liais 11% Dans le prochain numéro àiu É* (te Kite is,df ié.isjiil iir» H ¦IJ» I !# Ifild i'i# ;(»• r.,; ^;li jf» 0 HW « Après l’anode, les électrons passent entre d’autres électrodes qui focalisent le faisceau, poursuit Guy Roman.Puis, ils passent entre deux paires de bobines déflectrices, une paire horizontale et une paire verticale (qui n’apparaît pas dans le schéma par souci de clarté).Ces dernières, grâce aux champs magnétiques qu’elles produisent, orientent les électrons vers les différents points de l’écran.» Par exemple, le courant dans les bobines horizontales crée un champ magnétique vertical qui exerce une force horizontale sur les électrons.Ce courant, produit par les circuits électroniques de la télé, varie en dents de scie.Quand le courant augmente, la force magnétique augmente et pousse le faisceau d’électrons de gauche à droite.Quand le courant diminue rapidement, le faisceau retourne à gauche, puis ça recommence.Les bobines verticales, elles, engendrent le balayage vertical.Pour créer une image complète, le faisceau d’électrons balaie l’écran ligne par ligne afin d’exciter les lummophores appropriés.En Amérique du Nord et au Japon, un écran, quelle que soit sa hauteur, comporte 525 lignes, dont 485 servent à afficher l’image.Et pour que les différentes images s’enchaînent sans que le mouvement soit saccadé, il faut fame apparaître de nouvelles images à intervalles très brefs.En fait, c’est grâce à la « persistance rétinienne » que l'œil fusionne entre des images successives.Par exemple, si vous allez dans une pièce sombre et que vous agitez le faisceau d’une lampe de poche de gauche à droite, vous verrez une ligne lumineuse sur le mur.Pourtant, vous savez qu’il n’y a qu’un faisceau de lumière ! Le mouvement apparaît continu quand on voit plus de 40 images par seconde.Au cinéma, le film avance de 24 images par seconde, mais, comme le projecteur éclaire chaque image deux fois, le spectateur voit 48 images par seconde.Avec la télévision, pour une question de simplicité technique, le balayage se fait à la fréquence du courant, soit à 60 hertz, c’est-à-dire 60 fois par seconde.Une expérience très simple permet de vérifier que l’image n’est pas engendrée en bloc, mais bien ligne par ligne.Prenez un carton mince et découpez-y une fente large d’environ un millimètre.Placez cette fente à l’horizontale et déplacez le carton de haut en bas, en variant la vitesse, devant une télévision allumée.Résultat : lorsque vous regardez à travers la fente, vous voyez une ou plusieurs bandes noires à peu près horizontales sur l’écran.Et plus vous bougez le carton rapidement, plus les bandes brillantes rétrécissent.En effet, plus le temps durant lequel on voit l’écran est court, plus la portion de l’écran frappée par des électrons durant ce temps est petite.Si les bandes paraissent se déplacer, c’est que votre mouvement n’est pas synchronisé avec la vitesse de balayage de la télévision.Cette expérience explique ce qui se passe si vous tentez de photographier Pamela Anderson avec un temps d’exposition trop court.Ainsi, si l’obturateur n’ouvre que lÆSO1, de seconde, la photo n’enregistrera que le quart de l’écran environ.Pour ne rien manquer de Pamela, il faut régler le temps d’exposition à 1/60" de seconde, le temps nécessaire au faisceau pour produire une image.Ne manquez surtout pas, le mois prochain, la suite des aventures de vos électrons favoris ! • Elle part ! Julie Payette entreprend enfin sa première mission spatiale.Notre envoyé spécial à Houston nous raconte comment cette expédition a été préparée et quels en sont les risques.par Vincent Sicotte Nos parcs : oubliés ?Ce sont des joyaux.Des centaines de kilomètres carrés de nature exceptionnelle constituent l’actuel réseau québécois de parcs et de réserves.Sont-ils bien protégés pour autant ?par Gilles Drouin Les meilleurs sites scientifiques sur le Net Une sélection des bonnes adresses scientifiques à placer dans vos signets.par Philippe Chartier 100 ans de science: 1940-1949 Il sera maître du monde L’ordinateur commence sa carrière.Elle sera pour le moins prometteuse.par Philippe Chartier Carbone 14 Des trésors fantastiques n’osaient pas dire leur âge; la radioactivité les a trahis.Au grand bonheur des archéologues et des paléontologues.par Fabien Gruhier La conscience des savants Créateurs de la bombe atomique, les scientifiques ont-ils conscience de leur responsabilité ?Ils ont maintenant le devoir d’être philosophes, dit un ingénieur en informatique.par Mathieu-Robert Sauvé Québec Science / Avril 1999 37 Le dernier-né des populaires guides de Québec Science LE GUIDE 1999 Tout savoir pour être bien branché, naviguer et profiter d'Internet Il est sorti ! Science .Courr , informe^ r°us tes Le guide pratique n0*l • 4° édition Internet*Le." 1999 Le guide pratique n01* 4e édition Tout savoir pour être bien branché, naviguer et profiter d'Internet Les dernières nouveautés, les accès à haute vitesse, Linux et les logiciels libres, le multimédia, la téléphonie par Internet En vente en kiosque et en librairie (4,95 $) PLUS TAXES Des chiffres et des jeux par Jean-Marie Labrie Jeu n° 61 La croix et le carré Comment feriez-vous pour transformer la croix ci-dessous en un carré ?Vous pouvez la découper, déplacer les morceaux, mais pas en ajouter.Jeu n° 62 Qui fait le poids ?Classez les objets suivants par ordre croissant de poids.1.Balle de baseball 2.Boule de billard 3.Balle de golf 4.Ballon de handball 5.Balle de racketball 6.Balle de tennis «roli I Solutions de mars Jeu n° 59 Tout un numéro ! I U N S M L E 0 1 2 3 4 5 6 Jeu n° 60 Les 7 triangles Niveaux de difficulté débutant : intermédiaire : expert 38 Québec Science/Avril 1999 8 Chronique Interner PAR PHILIPPE CHARTIER • chartiBp@cybersciences.com Planète à la carte Finis les glebes terrestres d'un autre âge et les atlas jaunis ! Scrutez la planète seus toutes ses coutures sur Internet.C î > Vous rêvez de voir la Terre de l’espace ?Ne refoulez plus les désirs de l’astronaute qui sommeille en vous ! Le petit partagiciel Planet Earth (1) vous permet, à l’aide de photos satellitaires détaillées, de composer un modèle exact de la planète bleue, telle que vous la verriez de l’espace et en temps réel pardessus le marché ! Sur un fond étoilé de circonstance, notre fragile planète tourne sur son axe.Si vous êtes patient, vous pourrez voir la frontière entre le jour et la nuit se déplacer.On voit même briller les lumières des villes plongées dans l’obscurité ! D’un coup de souris, vous pouvez faire tourner le globe dans tous les sens et agrandir n’importe quelle région à votre guise.Et les données météorologiques mises à jour toutes les six heures vous permettent de suivre les mouvements des divers systèmes atmosphériques qui font la pluie et le beau temps.En plus de vous donner l’impression d’être maître du monde, Planet Earth est un outil idéal pour comprendre concrètement certains phénomènes, comme les solstices, les équinoxes et l’interminable nuit polaire.En prinre, le logiciel donne l’heure de n’importe quel coin du globe et peut même servir d’économiseur d’écran.Demandez à votre globe terrestre sur pied d’en faire autant ! Cependant, le logiciel n’est offert pour l’instant qu’aux adeptes du Macintosh.Pour observer la surface terrestre d’un peu plus près, la gigantesque base de données t s TerraServer (2) offre une orgie d’octets et de pixels.Cette immense mosaïque combine des photos aériennes de la Commission géologique américaine et des clichés —jadis secrets — provenant de satellites de l’ère soviétique.Avec ses 4,1 téraoctets (ou 4,1 millions de millions d’octets), la base contiendrait plus de données que toutes les pages HTML sur Internet ! Et le tout roule sur « le plus gros PC du monde », soit un ordinateur doté de 8 microprocesseurs de 440 MHz, de 10 gigaoctets de mémoire vive et de 324 disques durs de 9 gigaoctets chacun.(Qui sait, ce sera peut-être la CyberRessources (1) Logiciel Planet Earth www.lunarsoft.com/planetearth/ (2) TerraServer www.terraserver.com (3) Atias national du Canada www-nais.ccm.emr.ca/francais/home-french.html (4) Atlas des ressources ccrs-gad1.cgdi.gc.ca/ressources/Frl\l RAtias.html (5) GéoGratis geogratis.cgdi.gc.ca/f_frames.html (6) Centre canadien de télédétection - Images du Canada www.ccrs.nrcan.gc.ca/ccrs/imgserv/tourrtourf.html configuration minimale d’un ordinateur bon marché l’an prochain.) À partir d’une carte du monde, votre souris peut vous mener à peu près partout.Un simple clic permet d’agrandir l’image jusqu’à une résolution d’environ 30 mètres pour 1 centimètre.On peut même acheter des images haute résolution tirées de la base de données.Malheureusement, « la plus grosse base de données du monde » présente surtout les États-Unis et les environs ainsi que quelques grandes villes dans une soixantaine de pays.Une sélection spéciale permet aussi de contempler, du haut des airs, quelques monuments célèbres, comme le Colisée de Rome, le Parthénon à Athènes et les pyramides d’Égypte.Sur la scène locale, l’Atlas National du Canada (3) offre une belle variété de ressources géographiques.Par exemple, l’Atlas des ressources (4) vous permet de combiner toute une panoplie de données (glace polaire, rivières, lacs, consommation moyenne de carburant, âge des roches, etc.) pour composer vos propres cartes personnalisées.Dans son site GéoGratis (5), le Centre canadien de télédétection (6) distribue également sans frais quantité de données cartographiques, dont l’Inventaire des terres du Canada où les ressources (agriculture, foresterie, loisirs, faune, etc.) des 2,5 millions de kilomètres carrés de terre et d’eau du pays sont passées au peigne fin.• Québec Science/Avril 1999 39 1 n’y a pas de vilains insectes !», s’insurge M Georges Brossard.Camouflant toujours une ou deux bestioles dans les poches de sa veste, ce sympathique explorateur et collectionneur explique que les insectes sont les animaux les plus méprisés, mais surtout les plus méconnus.Pourtant, ils représentent 80 % des espèces vivantes.11 était temps que justice soit faite.Georges Brossard a donc pris les rênes et mis en branle la nouvelle série documentaire Insectia, une coproduction franco-canadienne de Pixcom et de La Cinquième/Cinétévé, pensée et conçue au Québec, qui sera diffusée dans près de 150 pays.Ici, elle est présentée le samedi à 18 h au Canal D, jusqu’au 24 avril.Ce n’est pas la première fois que Georges Brossard tente de nous familiariser avec l’univers étrange des insectes.En 1987, cet ex-notaire a fait don de son trésor aux Québécois : sa phénoménale collection est devenue un temple d’envergure internationale, l’Insectarium de Montréal.Georges Brossard est maintenant reconnu comme une sommité mondiale de l’implantation d’insectariums et de la vulgarisation de l’entomologie.Transformé en animateur, il nous emmène aux quatre coins de la planète, ce qui lui permet de poursuivre son objectif, celui de nous réconcilier avec les insectes.« La peur des insectes est souvent irrationnelle, soutient-il, puisque seulement 1 % des espèces sont nuisibles pour l’homme.De plus, 40 Québec Science/Avril 1999 Les insectes en vedette Une série documentaire de grande qualité rend hommage aux insectes qui peuplent la planète.par Emmanuelle Bergeron â4*1 * les insectes qui piquent ou qui mordent sont loin d’être la majorité.Et s’ils le font, ce n’est jamais intentionnellement.» Le documentaire a nécessité trois ans de préparation et une vingtaine de semaines de tournage dans le monde avec une équipe de plus de 40 personnes.« On ne s’imagine pas tout le travail que représentent ces images, explique l’un des employés de l’Insectarium qui ont accompagné l’équipe de tournage pour chasser les insectes.Nous avons traîné le matériel dans les montagnes, les forêts et les cavernes, dans l’humidité, la chaleur et la boue.Et, surtout, nous avons affronté des millions de moustiques ! » « Le plus grand défi de la série, avoue le réalisateur German Gutierrez, a été de capturer les insectes et de les garder en vie pour pouvoir les filmer.» La qualité visuelle d’fnsec-tia repose sur la technique de macrocinématographie, qui rend ces petites bestioles gigantesques et leur dorme enfin une identité proportionnelle à leur importance dans la biosphère.Côté scénario, l’auteur Denis Blaquière nous initie au monde des insectes avec une grande rigueur scientifique, mais aussi beaucoup d’humour.« C’est difficile de faire autrement, dit-il.Georges Brossard est un personnage tellement coloré ! » La trame d’Insectia repose sur d’étonnantes analogies entre les comportements de l’homme et ceux des insectes.Par leurs couleurs, leur silhouette, les détails de leurs or- nementations et la géométrie de leurs constructions, les insectes n’ont rien à envier à nos grands artistes ! Ainsi, on apprend que les élytres de certains coléoptères servent à la confection de colliers dans la tribu des Sequoias.Et que des insectes vivants, sertis de pierres précieuses et retenus par une chaîne dorée, constituent des bijoux recherchés dans certains pays.D’autres épisodes mettent en évidence le génie inventif des insectes, qui détiennent depuis des millions d’armées les brevets sur le papier, la soie et même la roue et l’agriculture.Autre preuve de ce génie : l’organisation sociale des fourmis, des termites et des abeilles qui ont, bien avant Henry Ford et sa chaîne de montage, compris le principe du travail spécialisé.La série aborde aussi leurs comportements sexuels, parfois surprenants, et détruit quelques mythes au passage.Par exemple, les papillons (même l’amiral, le nouvel insecte emblème du Québec), considérés comme des symboles de liberté, sont plutôt des maîtres du libertinage.En effet, ces éphémères êtres ailés aux couleurs chatoyantes ont pour unique but de se reproduire.La série Insectia fera elle aussi des petits : d’abord un site Internet (www.insec-tia.com) qui donnera de l’information complémentaire, puis un jeu sur cédérom mettant en vedette Georges Brossard dans une grande chasse aux insectes dans la jungle amazonienne.• |M.j-Çasi ÈXè pfai ta iéé Science et culture Droit de parole Discuter des grands enjeux scientifiques en picolant un peu, c'est ce que propose le Bar des sciences.Une initiative toute parisienne et bien inspirante.Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’homme invente i des nouvelles espèces hybrides.Pourquoi les manipulations génétiques actuelles seraient-elles plus dangereu-i ses ?lance un participant.— Vous vous trompez ! rétorque quelqu’un au fond de la :! salle.Même après des mil-I liards d’années, on ne pourrait i pas obtenir un OGM naturel.— Vous ne répondez pas à la question, je vous cite un Prix Nobel.— Ça suffit avec le Prix Nobel ! i Ce n’est pas parce que c’est un Prix Nobel qu’il est compétent pour parler de ces questions nouvelles ! » Bienvenue au Bar des sciences ! Ça fait bien un an que la Société des physiciens, avec la complicité d’une chroniqueuse scientifique à France Info, Marie-Odile Monchicourt — une sorte de Claire Lamarche |de la science —, a créé cette Iplace publique.La formule a fait mouche.« C’est incroyable de constater à quel point les gens répondent à l’invitation.:Je reçois maintenant des appels de partout en France par Raymond Lemieux pour tenir des réunions semblables », dit Marie-Odile Monchicourt.De fait, après Paris, voilà que Lyon, Caen, Angers, Annecy et Strasbourg adoptent aussi cette initiative qui rompt avec les traditionnelles et magistrales conférences de vulgarisation scientifique.À quand Montréal, Québec, Trois-Rivières, Ri-mouski et Chicoutimi ?Au programme ce soir d’hiver : une discussion portant, on l’aura deviné, sur les organismes génétiquement modifiés.Il y avait bien 70 personnes en- tassées à l’étage d’un restaurant chic du DC arrondissement de Paris.Les arguments volent.On tente de voir clair.« La langue de bois n’a pas sa place ici si Ton veut des échanges enrichissants, dit Marie-Odile Monchicourt.Quand on se parle comme cela et que les idées se mettent à valser, on comprend bien des choses.Ça devient captivant ! Et puis, c’est comme cela que la culture scientifique se propage.En comparaison, Toutil audiovisuel est beaucoup moins performant.» Le plus intéressant, c’est que le titulaire d’un doctorat trouve autant son compte que le citoyen ordinaire.« La recherche incite aux débats de société, confie un physicien.Dans notre travail, on est un peu refermés sur nous-mêmes et nos préoccupations alors que, dans la réalité, les gens nous posent des questions, nous demandent des choses.Mais qu’est-ce que je connais du dopage dans le sport ou des technologies du futur ?Comme chercheur, je n’en connais pas toujours plus que bien des citoyens.Une initiative comme celle-là me permet d’abord de partager des questions et surtout de comprendre les enjeux scientifiques qui se dessinent dans notre société.» Mais alors que penser des OGM ?« Nous avons des réponses parce que nous avons des connaissances, mais c’est à vous d’avoir des opinions », dit un des chercheurs invités.« Mais vous avez tout de même des responsabilités ! », intervient quelqu’un.La moutarde monte au nez du chercheur : « On ne peut pas prendre les responsabilités de tous les citoyens sur notre dos.Et puis, la science n’a pas les réponses à tout.C’est pour cela qu’il faut aussi aller du côté de la philosophie.Le domaine qui prétend avoir réponse à tout, c’est la religion.» Et c’est reparti pour un autre tour ! Garçon, un autre ballon de rouge ! • Québec Science / Avril 1998 41 Si vous êtes de passage à Paris, les débats ont lieu tous les premiers mercredis du mois à 19 h 30, au café Le Père Tranquille (16, rue Pierre-Lescot dans le premier arrondissement).Au programme prochainement Le cerveau : qu’est-ce que c’est ?(7 avril) Le hasard et le loto (5 mai) L’économie est-elle une science ?(2 juin) Science et fiction : du rêve de chercheur à la réalité (7 juillet) Renseignements : http://sfp.in2p3.fr/SFP/Bar/Paris -^Cfee S ^ L'AUDACE DE REUSSIR Vous avez l'audace de réussir et le goût de vous entourer de collaborateurs chevronnés du milieu des technologies de pointe avec une solide expérience en capital de risque ?Innovatech Grand Montréal est l'équipe qui peut vous aider à atteindre vos objectifs.Innovatech Grand Montréal est un organisme de capital de risque orienté vers le démarrage d'entreprises et le soutien d'initiatives en haute technologie.Innovatech Grand Montréal possède une expérience exceptionnelle dans plusieurs domaines technologiques dont la biotechnologie, domaine où elle a investi dans 30 projets.L'équipe d'Innovatech Grand Montréal est prête à vous faire profiter de son expertise et contribuer à votre réussite.Appelez-nous au (514) 864-2929 ou au 1-800 883-7319 et consultez notre site internet au www.innovatech.qc.ca Innovatech Grand Montréal n'apporte pas de soutien financier pour la préparation du plan d’affaires. 1930-1939 Les années de transformation L5 liisloire est aûisi faite : avix armées de stabilité et de faste I succèdent régulièrement des phases de bouleversement et de chaos.Après la belle époque des années 20, le krach de 1929 instaure une profonde crise économique qui durera plus de 15 ans.Le côté positif dans tout cela, c’est qu’aux périodes de crise correspond généralement une augmentation des innovations.La crise de 1929 ne fait pas exception à la règle.A cause de la hausse des prix, on cherche à recréer les choses pour moins cher.De là la mise au point des matières synthétiques comme le néoprène et surtout le nylon, dont l’invention prouve avec éclat qu’on peut faire mieux avec moins.Les aimées 30 verront donc l’apparition d’une foule d’innovations qui bouleverseront notre quotidien.Stylo à bille, vernis à ongles, pain tranché, flipper, moteur à propulsion, antilustaminiques, télévision.Autant de découvertes qui, espère-t-on, stimuleront l’économie, tout en atténuant un peu la morosité des temps qui courent.ri; Québec Science/Avril 1999 43 cctt.v de La fibre magique La commercialisation de la première fibre entièrement synthétique fera le bonheur de toutes les femmes.et le malheur de son inventeur.par Anne-Marie Simard ~1 mai 1940.L’armée I l'"X allemande vient de m Ç J l)oml)arder la Hollande, et 900 civils ont perdu la vie.Mais l’Amérique s’en fiche.Ce jour-là, les journaux ne parlent que de la fièvre qui s’est emparée des femmes du pays.Rassemblées aux portes des grands magasins, elles n’ont qu’une idée : rafler les bas de nylon au rayon de la lingerie.À la tombée du jour, les cinq millions de paires de bas ont disparu.Avant cet immense succès commercial, les jambes des belles étaient galbées de soie — un tissu hors de prix importé du Japon.Plus qu’un accessoire de luxe, le bas de soie marquait le rang, séparait l’aristocrate de l’ouvrière.L’Américaine moyenne en rêvera.jusqu’à l’arrivée du nylon, qui démocratisera le sex-appeal.En raison de son lustre, il a même un je-ne-sais-quoi de plus coquin que sa noble concurrente.Le nylon a vu le jour dans les laboratoires de Du Pont de Nemours.Dès le début du siècle, le numéro un mondial de la chimie investit des sommes considérables en recherche fondamentale.Son but : diversifier sa production, alors axée sur les explosifs.En 1927, le nouveau directeur de la recherche s’appelle Charles Stine.Il est jeune, dynamique, visionnaire.Et, surtout, il dispose d’importants budgets pour constituer des petits groupes de chercheurs qui explorent différents do- maines de la chimie.Malgré les salaires alléchants qu’il propose, Stine a de la difficulté à recruter des universitaires de renom.À l’Université Harvard, où sont regroupés les grands esprits de l’époque, on lève le nez sur la recherche dite « commerciale ».On recommande toutefois à Stine la candidature de Wallace Hume Carothers.À 31 ans, il est déjà un brillant in1 «ill* kl*1 Un» P lèse [du Un polymère fait d'hexaméthylène diamine et d'acide adipique.On le nommera nylon.professeur, fasciné par les polymères, ces substances composées de très grosses molécules.D’origine modeste, Carothers est un génie, mais aussi un hypersensible qui a tendance à se déprécier.Avec Stine, le chimiste met cartes sur table : il veut pouvoir travailler sans avoir à subir d’« interférences corporatives ».Charles Stine acquiesce à toutes ses demandes et lui offre un salaire de 44 Québec Science/Avril 1999 5684 LES ANNÉES 1930-1939 e/eri 000 dollars par année, une 'ortune à l’époque ! En 1927, Carothers débarque donc au Purity Hall, situé près de Wilmington, dans l’État du Delaware.C’est le foyer de la recherche pure » de Du Pont de Nemours et un véritable paradis Ipour les chercheurs.IPosé dans un écrin ide verdure, ce nou-ï §|vel immeuble a tout tii tdu campus universi-•ijrltah'e.Entre deux ex-Blpériences, les cher-«llcheurs peuvent se ¦ détendre sur la pe-tulouse, lire ou jouer ¦Ide la clarinette.Au HlPurity Hall, il n’y a Jil|ni horaire, ni limites ôfc||de dépenses, ni liwlcomptes à rendre à ses supé-HWlIrieurs.Wallace Carothers est res-wiqsonsable du département de iintrchimie organique.Très vite, R il s’entoure de jeunes cher-//Icheurs passionnés.À cause ; /Ides dangers d’explosion, les / 4h plus hautes fenêtres de leur jfij édifice sont équipées de chu- ¦ Ites qui les relient au sol.Il l R n’est donc pas rare de voir t aces jeunes « commandos de Hjl l’éprouvette » sortir de l’im-¦ii|meuble.par les fenêtres ! La petite équipe se concentre sur la création de nou-jveaux polymères.Carothers P lest fasciné par les travaux } jjld’Hermann Staudinger, un (Bchercheur allemand qui, if ^contrairement à ses contemporains, croit que les polymè-jres sont composés de macromolécules dont les liaisons sont identiques à celles des petites molécules.Staudinger recevra le prix Nobel de chimie en 1953, mais, dans les années 20, sa théorie est encore la cible des moqueries.Pour les chimistes orthodoxes, une molécule ne peut avoir un poids moléculaire supérieur à 5 000 (ce qui veut dire qu’une mole de ce produit — 6,02 x 1023 molécules — ne peut peser plus de 5 000 grammes).« Nettoyez bien vos substances et vous verrez qu’elles ne sont en fait qu’un agrégat de plusieurs petites molécules », avait écrit un de ceux-là à Staudinger.Wallace Carothers, l'inventeur du nylon.*>• À l’époque, la plus grosse molécule jamais construite en laboratoire avait un poids moléculaire de 4 200.(En guise de comparaison, celui du sucre de table est de 342, celui de l’hémoglobine, 6 800, et celui du caoutchouc, 1 000 000.) Carothers veut battre ce record.Il y arrive à peine un an plus tard avec une molécule d’un poids moléculaire de 5 000 ! Le jeune chimiste travaille dans l’allégresse.Mais, en 1929, le krach boursier met fin à cette période dorée.Durement touchée, Du Pont de Nemours a besoin de faire des profits rapidement.Et le nouveau directeur de la recherche, le docteur Elmer Bolton, soumet les chercheurs à d’intenses pressions.En 1930, Carothers met au point une substance blanche qui reprend rapidement sa forme initiale après avoir été étirée.Commercialisé sous le nom de néoprène, ce caoutchouc synthétique se révélera particulièrement utile pendant la Seconde Guerre mondiale.Comme les importations de caoutchouc seront 1930 Pluton.Un Américain découvre la dernière planète du Système solaire.Il fallait être capable de voir loin.Située à 6 milliards de kilomètres du Soleil, elle met 248 ans à accomplir un cycle complet.En d'autres mots, selon notre calendrier, les Plutoniens sont en l'an 8 après Jésus-Christ.Chlorure de polyvinyle.Cette innovation de Goodrich aura de l'avenir : c'est avec ce plastique que l'on fabriquera certains jouets, le prélart et les gaines des fils électriques.Radar.Ou Radio Detection and Ranging.Une équipe de chercheurs reçoit le mandat de mettre au point un rayon de la mort.Elle réalisera le premier radar.Cinq ans plus tard, l'appareil pourra suivre le déplacement d'un avion à 60 kilomètres de distance.Pain tranché.Une invention qui annonce l'ère des sandwichs et des boîtes à lunch.Pont du Havre.L'œuvre marquera Montréal.Sa construction aura nécessité 33 000 tonnes d'acier, 4 millions de rivets et 40 000 litres de peinture.En 1934, on le baptisera pont Jacques-Cartier.Bande magnétique.En recouvrant un ruban d'une fine couche de particules magnétiques, un Allemand trouve le moyen d'enregistrer des sons.Puis viendra le tour des images vidéo.Un fameux pas pour la culture et le journalisme.Les premières bandes arriveront sur le marché dans les années 40.1931 Flipper.Le pilier des arcades de jeu serait-il un rejeton de la crise ?La vie des adolescents en sera transformée à jamais.Le tilt a été inventé l'année suivante.Microsillon.Le premier 33-tours : la cinquième de Beethoven.Fréon pour réfrigérateurs.Beaucoup plus tard, on constatera que ce gaz n'est pas très bon pour la couche d'ozone.1932 Radioastronomie.Des signaux provenant de l'espace sont captés pour la première fois.Contiennent-ils un message ?En 1937, le premier radiotélescope, doté d'une antenne parabolique de trois mètres de diamètre, entre en activité et reçoit un premier signal d'une longueur d'onde de 1,87.On finira par comprendre que cette activité électrique cosmique est un phénomène somme toute assez commun et n'a rien à voir avec un quelconque message d'E.T.En 1941, une carte complète de la radioélectricité de notre galaxie sera publiée.Québec Science/Avril 1999 45 aEc?>1*1*1*.SIMM s>(S] w m 'htA*.‘i, LES ANNÉES 1930-1939 1932 Haut vol.Premier homme dans la stratosphère.en ballon à 16 200 mètres.Vernis à ongles.L'idée d'un chimiste.Le produit s'appellera Revlon Reds.Trois ans après, on invente un rouge à lèvres aux couleurs du vernis à ongles.1933 Boeing 247.Il transportait 10 passagers et parcourait l'Amérique coast to coast en 20 heures.Ce premier avion de ligne portait les couleurs de United Airlines.Microscope électronique.Il donnera un véritable essor à la biologie moléculaire.Les grossissements atteindront rapidement plusieurs dizaines de milliers de fois.CANADA 1934 Radioactivité artificielle.Irène Curie — fille des célèbres Pierre et Marie — et Frédéric Joliof obtiennent du phosphore radioactif en bombardant un morceau d'aluminium de rayons alpha.Ils remarqueront également que des réactions nucléaires permettent d'obtenir des noyaux d'éléments radioactifs inconnus dans la nature.Institut neurologique de Montréal.Fondé par le docteur Wilder Penfield grâce à un soutien bien généreux (un million de dollars américains) de la fondation Rockefeller.Le chercheur désirait mettre au point un traitement contre l'épilepsie.Ce que l'on n'a toujours pas trouvé.Il découvrira cependant que les parties du cerveau sont affectées à des fonctions bien précises.1935 Comportement animal.Konrad Lorenz pose les bases d'une nouvelle science étudiant le comportement global des espèces animales : l'éthologie.Parcomètre.Le premier a été installé à Oklahoma City.Les contraventions et le sabot de Denver suivront.Guitare électrique.Il a fallu attendre plusieurs années — et Elvis — avant que cet instrument connaisse du succès.Sondage.Gallup prétend mesurer les humeurs du peuple.Etes-vous très satisfait de sa méthode ?Plutôt satisfait ?Plutôt insatisfait ?Ou très insatisfait ?Lobotomie.Comment traiter la maladie mentale ?Il suffit d'ôter une partie du cerveau ! bloquées, on utilisera le néo-prène pour fabriquer les pneus de jeeps et de bombardiers, les semelles des bottes destinées aux soldats, etc.Quelques mois plus tard, grâce à un appareil à distillation sous vide ultraperformant que Carothers a vu lors d’une conférence, un nouveau superpolymère voit le jour à Purity Hall.Poids moléculaire : 12 000 ! Visqueux à souhait, le « 3-16 Polyester » Une photo, qui fera le tour du I monde, montre un des assis- i tants de Carothers en train d’extraire d’une éprouvette une pâte blanchâtre.Refroidie, elle s’étire en filaments élastiques qui ressem- i blent à des fils de soie.Carothers veut maintenant jeter son dévolu sur la « Fibre j 5-10 », qu’il juge plus intéres-j] santé sur le plan scientifique.Mais Bolton s’y oppose.Parce | que la Fibre 66 est constituée ifütli V jilalei 0!i jritiilei st sol gilt Avant le nylon, les jambes des belles C;: étaient galbées de soie — un tissu hors : 'jjjR de prix importé du Japon.Plus qu'un ' accessoire de luxe, le bas de soie mçr-4f.AlV quait le rang, séparait l'aristocrate de l'ouvrière.'TAméricaine moyenne en rêvera.jusqu'à l'arrivée du nylon, qui démocratisera le sex-appeal.- s’étire en longs filaments.On peut même l’enrouler sur une bobine comme du fil ! Le hic, c’est que cette substance coûte très cher à produire.Elmer Bolton demande donc à Carothers de retourner à ses éprouvettes et de lui concocter un composé plus abordable.En février 1935, Carothers supervise la création d’un autre polymère fait d’amine et d’acide — d’hexaméthylène diamine et d’acide adipique, plus précisément.Puisque ces deux corps sont constitués de six atomes de carbone chacun, cette nouvelle substance sera baptisée « Fibre 66 ».de benzène, une substance bon marché, c’est celle-là que l’entreprise commercialisera, j j Le produit est mis en produc- j .tion, et l’équipe de Purity Hall iL ],, est écartée du projet.Pour Carothers, l’humiliation est trop forte : il sombre dans la h dépression.Pendant que 230 chercheurs unissent leurs efforts pour que la Fibre 66 passe le plus rapidement possible de l’éprouvette aux étagères des magasins, la haute direction se creuse les méninges.Comment va-t-on appeler ce produit miracle ?Duponese ?Pontella ?finis Ni 1 r-.' rn r: 46 Québec Science/Avril 1999 .':,aJ if.i «Ititti IafiJ is intern 'C-tliï, Dusilk ?On ople finalement pour Nylon, combinaison des mots anglais (vi)nyl et (cot)on, pour « coton de vinyle ».Le New York Times fait écho à cette découverte.L’article à la une explique que cette « soie artificielle » est faite à partir de matériaux « comme le charbon, l’eau et l’air ».Il vante les propriétés miraculeuses de ses « filaments solides comme l’acier, mais fins comme ceux d’une toile d’araignée, plus élastiques que n’importe quelle fibre naturelle ».C’est en effet tout un événement : le nylon est la première fibre 100 % synthétique lancée sur le marché.Un pur produit de l’éprouvette.Pas comme la rayonne, par- exemple, qui est faite à base de cellulose — une substance qu’on retrouve dans les plantes.Dans les salons, l’expression à la mode devient : « It’s Nylon ! » La fibre est synonyme de perfection.Les chimistes, eux, sont des magiciens qui détiennent les secrets d’un monde meilleur.Les premiers bas de nylon expérimentaux sont fabriqués en 1937.Des mythes circulent déjà : on dit que leurs mailles ne filent pas et qu’ils résistent à tout — lames de rasoir, brûlures de cigarette, etc.C’est la sensation de l’heure.Wallace Carothers, de son côté, est de plus en plus déprimé.Convaincu d’avoir échoué sur le plan scientifique, il met fin à ses jours le 28 avril 1937, dans une sordide chambre d’hôtel de Philadelphie.Carothers était pourtant loin d’être un raté.En 9 ans, il a découvert des centaines de nouveaux composés, obtenu plus de 50 brevets et jeté les bases de la chimie des polymères.S’il ne s’était pas suicidé, il aurait sans doute reçu un prix Nobel.L’année suivante, Du Pont de Nemours met en branle la production industrielle du nylon.La soie artificielle fera tomber une pluie de billets verts sur le géant de la chimie : 25 milliards de dollars de profits pour un investissement initial de 4,3 millions ! La Seconde Guerre mondiale stimulera ce boum industriel.Alors que les États-Unis arrêtent les importations de soie du Japon, passé dans le camp adverse, toute la production de nylon est réquisitionnée pour fabriquer les vêtements des militaires, les cordes des parachutes, etc.Le nylon sera ensuite utilisé à toutes les sauces : peignes, pièces de machinerie, fermetures éclair, isolants électriques, moustiquaires, poils de brosse, cordages, filets.Augmentant de façon exponentielle les crédits de recherche, Du Pont de Nemours tentera de rééditer le succès obtenu avec le nylon.Mais cette stratégie se soldera par un échec.Les plastiques synthétiques comme le Delrin, le Tedlar et le similicuir Corfam (qui se souvient de ces noms ?) n’obtiendront pas le succès escompté.« It wasn’t Nylon », faut-il croire.• LES ANNÉES 1930-1939 1935 Échelle de Richter.l'Américain Charles Richter met au point une échelle logarithmique de 1 à 9 pour mesurer les colères de la Terre.Ce ne sera plus l'ampleur des dégâts que cause un tremblement de terre qui indiquera sa puissance, mais bien l'énergie qu'il libère.Isotope U-235.92 protons et 143 neutrons pleins de promesses : des promesses d'énergie pas chère et éternelle.L'acte de naissance de l'ère atomique.Il est signé par un Canadien.La flore laurentienne.Toute la botanique du Québec dans un livre.Une œuvre qui fait figure de monument aujourd'hui.Son auteur, le frère Marie-Victorin, fondera le Jardin botanique de Montréal l'année suivante.1936 Hélico.Le premier vol avait eu lieu en 1930, mais n'avait rien d'impressionnant : l'appareil n'avait pas atteint 20 mètres d'altitude et le vol avait duré 8 minutes.Cette fois, c'est un hélicoptère fabriqué par des ingénieurs allemands, un Focke Fa-61, qui réussit un vol parfait à une altitude de 2 200 mètres.Durée du périple : 1 h 20.Télé et thé.Début d'une programmation régulière.Les Anglais seront les téléspectateurs cobayes.Sac à dos.Les routards en découvriront les atouts 30 ans plus tard.1937 Nylon.Il déclenchera une véritable révolution dans la mode féminine.Aujourd'hui, cette famille de plastiques compte près de 2 000 membres.Ils servent autant à fabriquer des gilets pare-balles et des parachutes que des pneus et des meubles de salon.Électrochocs.Ou électroconvulsothérapie.Vieille méthode mais pas vraiment démodée.Nescafé.Du café en poudre, de l'eau.Les petits déjeuners rapides signés Nestlé.GWPEk i 7 h I t rMr/ r, mCdé-TTS 1992/93 ¦^3 • m Moteur à propulsion.L'ingénieur anglais Frank Whittle profite de l'échappement des gaz brûlés pour obtenir une spectaculaire poussée du moteur et, conséquemment, de l'appareil.Le premier vol d'un turboréacteur aura lieu en 1941.Les avions fileront deux fois plus vite.Québec Science/Avril! 999 47 Jardin botanique de Montréal LE CADEAU IDEAL POUR TOUS LES PASSIONNES DE BOTANIQUE df far Iri; uiô (i-Tiû-n-, Heur, Tinchium: -v nuiiiTr fruci 'ale du fnijt, |" r; du fri;:’ -, Pl Découvrez l'univers visuel et sonore du frère Marie Vicforin, fondateur du Jardin botanique de Montréal.Un film de Nicole Gravel ^ Un film de Nicole Gravel ^ Victorln le naturaliste www.onf.ca/victorin -, TU< tT i fruil Vidéocassette disponible en librairie w cûiijjijiujds/ : i-m-nwm uu Ivi4 9 Clonage humain : pour ou contre?Participez à notre forum www.cybersciences.com LES ANNÉES 1930-1939 1937 Antihistaminique.On avait remarqué en 1911 que l'histamine provoquait la congestion.Deux biochimistes découvrent une sub stance qui arrivera à débloquer nos malheureux sinus.1938 Cœlacanthe.Une bête venue du fond des temps est capturée au large de la côte est africaine.On croyait le coelacanthe disparu depuis 60 millions d'années.Effet de serre.On démontre que la combustion du pétrole cause une augmentation de CO2 dans l'atmosphère.LSD.C est-à-dire acide lysergique.Selon la dose, cette substance déclenche des troubles de la perception, des hallucinations.Elle a été utilisée dès les années 50 en psychiatrie pour provoquer des états oniriques.Stylo à bille.Les frères hongrois Laszlo et Gyorgy Biro ont toutefois dû attendre la fin de la Seconde Guerre avant qu'un industriel ne s'intéresse sérieusement à leur invention.C'est le baron Bich — ou monsieur Bic — qui commercialisera le stylo.Fission nucléaire.Réalisée par Otto Hahn, elle ouvre la voie à la mise au poinl de la réaction en chaîne qui conduira à la bombe atomique et au réacteur nucléaire.Institut de microbiologie.Un projet ardemment défendu par le docteur Armand Frappier (à gauche).On y fabriquera en série des vaccins contre la tuberculose et la variole.L'institut porte aujourd'hui le nom de son fondateur.Real Media.Au programme, ce soir-là, la fiction La guerre de: mondes de H.G.Wells.Mais l'adaptation radiophonique d'Orson Welles est criante de vérité.Résultat : les auditeurs croient ce qu'il: entendent et s'affolent en apprenant que les Martiens débarquent.Ils se rappelleront l'année suivante que la guerre, la vraie, est une affaire de Terriens.inoM DDT.Il avait été synthétisé en 1873.Un biochimiste suisse, Pau Muller, en découvre l'utilité : une panacée contre les moustiques e tous les parasites.Sauf que.c'est aussi un poison pour l'environne ment.Il faudra plus de 20 ans pour s'en rendre compte Aujourd'hui, le DDT est banni dans la plupart des pays.0 ou 1.Tout ou rien.Rien de plus logique pour effectuer de la pro grammation.Le calcul binaire sera le langage des futurs ordina teurs.48 Québec Science/Avril 1999 Excel 1 EXCEL ’99 science ure 100 événements et découvertes qui ont marqué le XXe siècle 1950.1959 1.1929 1970.1979 .i^eô.i9ë9 19&O.H 100 ans de science X’albua souvenir Science Cr Pratt ft Whitney Canada L'affiche du siècle J : 'S 0«P'S 100 découvertes et événements marquants du XXe siècle format 18 po x 36 po magnifiques photos en couleurs livrée chez vous dans un tube Seulement 8,95 $ xi» (6,95 $ + taxes pour les abonnés) 1 800 667-4444 Montréal (514) 875-4444 Offre valide jusqu'à épuisement des stocks Colloque pour les jeunes des minorités visibles OBJECTIF : ÉDUQUER LES JEUNES DES MINORITÉS VISIBLES EN VUE DU PROCHAIN MILLÉNAIRE J L’ESPACE, LA SCIENCE ET LA TECHNOLOGIE VOUS FASÇ1I VOUS RÊVEZ DE RENCONTR UN ASTR( JTE ?PARTICIPEZ AU COLLOQUE EXCEL ’99 Les 27 et 28 mai : entrée gratuite.Journées réservées aux étudiants des secondaires et des CEGEPS seulement.Le 29 mai : entrée gratuite aux étudiants des universités.Ouvert au public.* *entrée au coût de : adultes 10 $ - autres : 5 $ CONFERENCIERE INVITEE Dre Mae Jemison Pionnière, astronaute, médecin, scientifique, ingénieure, polyglotte, éducatrice et conférencière dynamique, elle représente un modèle pour la jeunesse Pavillon Stephen Leacock Université McGill Montréal (Québec) Voici votre chance : * de participer à plus d’une vingtaine d’ateliers portant sur la science et la technologie * de découvrir de nouvelles opportunités de carrière excitantes * de visiter de nombreuses expositions interactives * de nouer des contacts * de comprendre quelles combinaisons de formation et d’expérience sont nécessaires pour réaliser votre rêve * de faire un grand pas vers le futur ! information et inscription : (514) 877-2512 / (514) 620-8404 télécopieur : (514) 877-8008 courriel : mtl_excel@yahoo.com Banque de Montréal Commanditaire fondateur et présentateur BANQUE ROYALE Co-préscntaicur v1 McGill O MERCK FROSST fk(r SPAR BOMBARDIER AÉRONAUTIQUE 1*1 Québec Science / Avril 1999 49 Sacrée flore ! Une œuvre monumentale que cet inventaire de la flore québécoise réalisé par le frère Marie-Victorin.Mais la bible des naturalistes avait aussi des visées nationalistes.par Luc Chartrand' -3 isrfi rj _ r ' Aucun livre ne symbolise mieux le XX': siècle scientifique au Québec que La flore lauren-tienne, du frère Marie-Victorin.Cette bible de la botanique est un ouvrage inclassable.Il tient à la fois du livre savant et du livre de vulgarisation.Il décrit un territoire qui n’est pas à proprement parler une région botanique, ni même un pays, mais essentiellement la zone peuplée dans les années 30 par les Canadiens français.Le livre paraît en 1935, au cours d’une période que l’on a décrite comme celle du « mouvement scientifique ca-nadien-français ».En effet, le Québec de l’entre-deux-guerres est marqué par le développement de l’enseignement supérieur des sciences et par l’émergence de la recherche francophone, à Québec comme à Montréal.Le frère Marie-Victorin, à la tête de l’Institut botanique de FUniversité de Montréal, est le premier à constituer une véritable équipe de cher- i-r s» I Marie-Victorin avait dédié son livre-monument aux 10 000 jeunes « qui forment la pacifique armée des Cercles des Jeunes Naturalistes ».pé- cheurs.Son programme principal : dresser un inventaire de la flore du Québec.Marie-Victorin n’hésite pas à donner à ce projet une couleur nationaliste.Les connaissances sur la nature de notre pays, répète-t-il souvent, sont dues aux scientifiques anglo- oxi- II a fallu 30 années de travau pour produire La flore laurentiennê.canadiens ou américains.Il n’y a pas de raison pour que les francophones restent à l’écart de ces compétences, essentielles pour une nation moderne.À défaut de devenir eux-mêmes les experts de leur territoire, qu’il s’agisse de la géologie, de la biologie marine ou de l’écologie végétale, les Canadiens français sont condamnés à demeurer les subalternes de leur développement.Telle est l’essence du message national du frère des Écoles chrétiennes.Lorsque La flore paraît, elle marque pour Marie-Victorin l’aboutissement de 30 années de travaux d’herborisation, effectués d’abord de manière artisanale avec son premier complice, le frère Rolland- Germain, puis avec le concours d’étudiants, en particulier de Jules Brunei, de Jacques Rousseau et du frère Alexandre, illustrateur de botanique.Dans sa version originale, l’ouvrage fait 917 pages, compte 22 cartes et 2 800 dessins.L’introduction est un traité sur la vie végétale, qui situe la flore du Québec dans une perspective mondiale et esquisse les grandes lignes de l’évolution, de l’écologie et de la géologie.Marie-Victorin, qui n’ignore pas l’importance de la diffusion populaire de son œuvre, présente La flore comme un « ouvrage de commodité », un livre de vulgarisation.Mais il s’agit avant tout d’un travail 50 Québec Science / Avril 1999 5604 LIEUX SCIENCE savant : la classification obéit aux règles de la botanique moderne, les positions systé-I matiques sont discutées, on y donne des précisions génétiques comme le nombre de chromosomes, lorsqu’il est connu, de même que des données écologiques.On y trouve également une profusion de notes encyclopédiques sur la biochimie, l’histoire, le folklore et l’usage populaire, entre 1 autres médicinal, des plantes.La flore, qui fait l’objet de recensions élogieuses au niveau international, marque une réussite de premier plan dans un domaine où, jusque-là, aucun Canadien français n’avait brillé.En ce sens, l’ouvrage contribue à dynamiser l’intérêt pour les sciences naturelles qui émerge alors au Québec : Marie-Victorin a dédié son livre « aux dix mille jeunes gens et jeunes filles qui fonuent la pacifique armée des Cercles de Jeunes Naturalistes ».Les CJN, un puissant mouvement de jeunesse, cherchent alors à pro-I mouvoir l’étude des sciences chez les écoliers.La flore de Marie-Yictorin devient donc un outil indispensable pour les éducateurs qui animent, aux quatre coins du Québec, ces J scientifiques en herbe.La flore laurentienne marque l’aboutissement de l’inventaire floristique du sud du Québec entrepris par' les premiers naturalistes français au XVTI" siècle.Cela est vrai surtout pour les plantes vasculaires (pourvues d’un système circulatoire).Les non-vascu-laires feront l’objet de travaux ultérieurs, notamment par Jules Brunei pour les algues et par René Pomerleau pour les champignons.Quant aux découvertes ultérieures sur les plantes vasculaires, elles seront intégrées dans une édition subséquente de La flore laurentienne par Ernest Rouleau.Plus de 60 ans après sa parution, la valeur de référence de ce remarquable ouvrage ne s’est pas démentie, malgré quelques interprétations aujourd’hui dépassées, notamment en histoire géologique.Si La flore laurentienne fut le livre de science par excellence au Québec au XXe siècle, il est assuré de servir encore au XXL.# 1.Luc Chartrand est journaliste régulier au magazine L’actualité.Il est également coauteur du livre Histoire des sciences au Québec (Boréal).Le programme principal de Marie-Victorin : dresser un inventaire de la flore du Québec.X Il y a de l’électricité dans les nerfs L'Institut neurologique de Montréal, fondé par le docteur Wilder Penfield, a été le siège de découvertes capitales sur le fonctionnement du cerveau humain.par Stéphane Batigne En 1928, la médecine du cerveau est en plein essor.Et parce qu'ils désirent participer à ce vaste mouvement, les responsables de l'Université McGill invitent le jeune et brillant neurochirurgien new-yorkais Wilder Graves Penfield à travailler avec eux.Aussitôt établi à Montréal, Penfield cherche à concrétiser son idée maîtresse, c'est-à-dire à regrouper la neurologie traditionnelle, la neurochirurgie et la neuropathie sous un même toit de façon à coordonner recherches et traitements cliniques.Les médecins sont réticents, mais, à la suite de la publication de son ouvrage Cytology and Cellular Pathology of the Nervous System en 1931, la fondation Rockefeller décide de financer le rêve du chercheur.L'Institut neurologique de Montréal est inauguré en 1934, à proximité du campus McGill et de l'hôpital Royal Victoria.Sous une apparence extérieure néogothique, près de celle du Royal Victoria voisin, se cache un bâtiment ultramo-derne pour l'époque, équipé des appareils d'électroencéphalographie mis au point quelques années auparavant.C'est dans ce cadre stimulant que Penfield élabore la technique opératoire sous anesthésie locale qui l'a rendu célèbre.Destinée initialement au traitement de l'épilepsie, cette technique novatrice lui permet d'explorer le lobe temporal et de localiser le siège des sensations auditives, visuelles et olfactives, ainsi que les zones affectées à la mémoire et à la parole.C'est un progrès considérable dans les connaissances sur le fonctionnement du cerveau.Fidèle à la mission de son fondateur, l'Institut neurologique joue toujours un rôle clé dans l'étude du cerveau et du système nerveux, de même que dans l'élaboration de techniques médicales performantes.• Institut neurologique de Montréal, 3801, rue University, Montréal.Tél.: (514) 398-1902 www.mcgill.ca/mni * • * • •• -V % ?.* .w;»-ro % % *•: a i l * *.' X \ 9*1** •V CL:Ï-" ?v;~£ ; H • * Québec Science / Avril 1999 51 Ma première émission de télé Un match de la ligue internationale de baseball opposant les Royaux de Montréal au club de Springfield.C’est la première émission de télévision produite au pays et diffusée par Radio-Canada à grande échelle.Cela se passait le 25 juillet 1952, quelques semaines avant le lancement officiel de la programmation de Radio-Canada.Au générique, le nom du réalisateur, Gérald Renaud.Un jeune homme de 24 ans qui, comme tous les pionniers, ne possédait aucune expérience dans le domaine.En fait, Gérald Renaud n’avait jamais vu une émission de télévision de sa vie ! A l’époque, les familles qui possédaient un téléviseur étaient encore peu nombreuses : on estimait leur nombre à environ 800 dans la région de Montréal.Au printemps 1952, Gérald Renaud avait quitté son poste de directeur à la section des sports du journal Le Droit, à Ottawa, pour tenter sa chance comme réalisateur à Radio-Canada, à Montréal.Il s’est retrouvé au sein d’une petite équipe de jeunes hommes qui, comme lui, se sont lancés tête première dans l’aventure de l’audiovisuel, sans se douter un instant de l’impact qu’allait avoir ce nouveau média dans la vie des gens.En 1936, la BBC de Londres commençait à offrir une programmation régulière d’émissions de télévision.Que se passait-il derrière la caméra ?Comment les pionniers de ce nouveau média ?Pour rappeler cet événement majeur, un ancien réalisateur de Radio-Canada raconte sa première expérience de télédiffusion.Propos recueillis par Nathalie Collard Après son invention, la télévision a fait une percée fulgurante.Notre salon en sera à jamais transformé.Tout comme la vie de famille.'"inr L J ?avais entendu dire qu’on cherchait un réalisateur aux sports.Je me suis présenté et on m’a embauché.À ce mo-ment-là, Radio-Canada ne diffusait pas encore d’émission, seulement un signal qui était émis par son antenne au sommet du mont Royal.Il s’agissait de la fameuse tête d’Indien qu’on utilisait comme repère pour ajuster l’image.« Radio-Canada n’avait alors que deux studios de télévision : le 41, avec deux caméras, et le 40, qu’on appelait le grand studio, avec trois caméras.Il y avait également un car de reportage équipé de trois caméras pour les enregistrements extérieurs.Le directeur des programmes de l’époque, Florent Forget, avait demandé à l’équipe de 10 réalisateurs dont je faisais partie d’effectuer des essais de toutes sortes.Aucun n’avait reçu de fonnation.Les écoles de té- lévision n’existaient pas au Québec.Pour ma part, j’avais consulté les quelques livres sur le sujet à la bibliothèque de Radio-Canada.« Ma première expérience, je l’ai faite dans le studio 4L J’avais décidé de diffuser en circuit fermé un match de ping-pong opposant deux champions, Henri Rochon et Guy Desormeaux.J’avais placé une première caméra en plan rapproché, une deuxième en plan éloigné.On faisai le découpage au fur et à 52 Québec Science/Avril 1999 ill* N«lie mesure.Moi qui avais toujours été journaliste, c’est-à-dire observateur, je me retrouvais soudain à la tête d'une équipe de techniciens et de cameramen qui attendaient mes directives.Il fallait être naïf pour se lancer comme nous l’avons fait.« L'été est arrivé.Le baseball était populaire.J’ai donc décidé, avec l’accord de mes supérieurs, de diffuser un match.J’avais lu un ouvrage qui m’avait marqué, celui de Mike Murphy, alors réalisateur et directeur des sports à la station WPIX.à New York.J’ai obtenu de mes patrons la permission d’aller le rencontrer.Nous avons discuté pen- 5^ dont quelques heures, il m’a tracé un plan et donné quelques trucs.Je n’oublierai jamais son conseil : ‘'Keep it simple and stupid.” « À mon retour, j’ai rencontré Gérard Moreau, le directeur gérant des Royaux de Montréal, qui a accepté de tenter l’expérience.Il fallait s’assurer de ne pas avoir d’interférence entre l’antenne du mont Royal et celle placée sur le toit du car de reportage.Le signal était ensuite acheminé par un câble co- I k éèsMSWfe axial à la centrale de Radio-Canada.Nous disposions de trois caméras que nous avions installées sur le toit du stade, à l’angle des mes Ontario et De Lorimier.J’ai placé la première demère le marbre, la deuxième entre le receveur et le troisième but, et la troisième entre le premier et le deuxième but.Il fallait offrir au téléspectateur le meilleur point de vue possible.« Les défis étaient énormes : d’abord, trouver des cameramen qui connaissaient et aimaient le baseball.L’espace à couvrir était très grand, et les différents jeux — grand ou petit coup, chandelle, roulant ou double jeu — rendaient très difficile toute prévision du déroulement de la partie.Les cameramen devaient donc se montrer particulièrement habiles et alertes.On utilisait surtout des plans d’ensemble et on demeurait prudent dans l’utilisation des gros plans.Je dirais que le baseball est sans doute l’un des sports les plus complexes à couvrir pour la télévision.« Comme nous devions travailler avec l’éclairage ambiant, il fallait s’assurer que la balle était visible en tout temps, mais cela ne nous a m pas posé trop de problèmes.Par contre, il est arrivé qu’on perde l’image d’une caméra en plein match.Pendant que les cameramen et le directeur technique essayaient de la réparer, on se débrouillait avec les deux caméras qui restaient.Il y avait deux contrôleurs d’image pour superviser les trois caméras.À l’époque, la qualité de l’image était loin d’être ce qu’on connaît aujourd’hui.« Les matchs duraient deux heures en moyenne et il n’y avait pas de pause publicitaire.Nous étions donc à l’antenne sans arrêt.La moitié d’une manche était commentée en français, suivie d’un résumé en anglais, puis les commentateurs reprenaient la seconde moitié de la manche en anglais et la résumaient ensuite en français.« Cette première télédiffusion n’a pas provoqué de réaction particulière.Il y a bien eu quelques articles dans les journaux, mais, dans l’ensemble, les médias se sont montrés plutôt apathiques.Après le lancement de la programmation, la télévision d’État ne diffusait que pendant deux heures chaque soir.Il a fallu attendre les premiers matchs de hockey, au mois d’octobre suivant, pour que les gens commencent vraiment à s’intéresser à ce nouveau média.» • '1» Québec Science/Avril 1999 53 Dès les années 30, la technologie vint au secours de ceux qui se sentaient incapables d’affronter la réalité.Cette décennie vit apparaître plusieurs produits dont la fonction première consistait à déformer ou à dénaturer les faits.De remarquables instrument's de l’illusion et du mensonge.En plus du technétium, le premier élément artificiel, il y eut la neige artificielle (1935), qui atténue les insuffisances de la nature, le polystyrène (1930), qui se prend pour une tasse à café, le Nescafé (1937), qui prétend que le café peut être instantané, le vernis à ongles (1932), qui masque les imperfections, et le climatiseur (1932), qui fait mentir le thermomètre.On pourrait encore ajouter les « flippers » et les aliments congelés, la lobotomie et l’échelle de Richter.On compte cependant une brillante exception.Une invention qui vint contredire la tendance de l’époque.Un produit qui se distingue par son étonnante franchise et qui, loin de masquer le réel, permet d’en prendre conscience avec plus d’acuité.Objets communs Passez go S Le Monopoly est beaucoup plus qu’un simple divertissement.C’est un jeu éducatif de premier ordre.par Bernard Arcand Le jeu de transactions immobilières Monopoly n’a rien d’un mensonge.L’intention est brutalement simple : il s’agit d’acquérir des propriétés, d’accumuler le plus d’argent possible et de ruiner ses adversaires.Au Monopoly, il n’y a ni amis ni famille, pas d’amour, aucune gentillesse et aucune excuse.Seules prévalent les lois du marché.Pour le joueur, c’est une véritable leçon de vie.D’abord, il apprend que les diverses propriétés, représentées par des petits carrés pourtant rigoureusement égaux, n’ont pas toutes la même valeur.Le mauve et le bleu pâle des avenues de la Baltique ou Vermont valent moins que le vert de l’avenue Pennsylvanie ou le bleu de la Place du Parc.Si le prix d’achat de certains terrains est plus élevé, c’est qu’ils engendrent des revenus supérieurs.Voilà un cours en réalisme capitaliste.coMe.uN,TÏ DO NO> eoU-ECT $200-00 Représentant avec fidélité les conditions réelles de la vie sociale, le jeu ne s’enferme pas non plus dans une mécanique bête et prévisible.Il laisse place au hasard du roulement des dés, mais aussi à celui des cartes Chance et Caisse commune, illustrées par un petit bonhomme joufflu et moustachu, habillé comme l’authentique spéculateur vére auquel tout joueur honnête s’identifie.Le Monopoly offre par surcroît des leçons d’histoire et de sociologie.Les jeunes comprennent vite que les chemins de fer ne sont utiles qu’au début, quand la partie demeure exploratoire.Que les services essentiels — l’eau et l’électricité — peuvent être tenus pour acquis.Que les pauvres sont souvent mieux traités en prison que dans la rue.Et que les 200 dollars offerts parla banque lorsqu’on passe GO sont insignifiants et insuffisants pour sortir un joueur malchanceux de la misère.Le Monopoly constitue un guide remarquable, et l’on comprend facilement qu'il soit vite devenu « obligatoire » pour tous.• II Québec Science/Avril 1999 K'sr'^rr-r.ï.iljèjbl T v- ., il r'rt„i.î,r 5684 deformaNon en imayene électronique Animation 3D Jeux vidéo Multimédia mouvements Formation en entreprise centre nédisSplièie Sell 335.M de Maisonneuve Es), bureau 300 Montréal [Québec] Canada U0X1H1 tél: 1.514.280.3447 internet: uruiiu.nad.qc.ca e-mail: info@nad.qc.ca le Centre NHD - formation doute performance SOCIETE GENERALE DE FINANCEMENT DU QUÉBEC minéraux [Notre mission : le développement Avec nos partenaires de classe mondiale, nous développons les secteurs stratégiques de l’économie du Québec.60 0, rue de la Gauchetière Ouest, bureau 1 7 00, Montréal (Québec) H38 4L8 Téléphone: 5 1 4 - 8 7 6 - 92 0 0 Télécopieur: 5 1 4 - 3 95- 8 0 5 5
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