Québec science, 1 janvier 2003, Avril
ri 3crV Aoo.r' ^q-ATDc-Lc dV ^HA^So-T yage en pays extrême Avril 2003 www.cybersciences.coin IScience .^4>°b TSo-Sb ^.^LeNunaviR en 44 pages Natashquan, Mont-Saint-Pierre, Cap-d'Espoir.des dizaines de villages sont menacés.Le Québec de plus en plus La faute aux changements climatiques ?- Pi 'V'- ia -p-i c z: Cl >—• Kî •H Pj en es) le-Vu c-i 'OK-J x CM T—! 5i i—1 S'O eu a-ti_xC2 r-ai'Oj CS Qji—1 ?H +- D ("u O O 3 î_'OJ O rf r8 s.O.— OiLn-t-1 OXI S-fs.c O-rt au O 0®iXiCM.-E: 73333 UT 994 I Envoi de poste n° 40064577- publications - I Enregistrement n° 08024,525.rue Louis-Pasteur, I Boucherville, Québec, Canada J48 8E7 ‘lil' It II t! S® WÿfeSÉf' 5 ^ i 773333019949 Tout l’espace rêvé Qui n’a pas rêvé un jour de grands espaces?Qui n’a pas rêvé d’avoir [’immensité pour champ d’investigation?Ce rêve, tous nos employés le vivent chaque jour à notre mine de Havre-Saint-Pierre.Non seulement jouissent-ils de tout l’espace voulu pour innover sans cesse dans leur travail, mais aussi de tout l’espace que l’on puisse rêver pour profiter pleinement de la vie, à chaque heure de chaque jour.Pour en savoir plus sur nos activités et sur notre façon de voir la vie, visitez notre site Internet : www.qit.com une force www.qit.com QIT-Fer et Titane tie: l'événement 6 La science et les urnes Les politiciens québécois reconnaissent l’héritage de Jean Rochon, le dernier ministre de la Recherche, des sciences et de la technologie.Et maintenant ?par Sylvain Bascaron _ -c '• .js - V .- c.- V, '¦ i v- ' y 7 Big-bang et la lumière fut Première image de l'Univers après sa naissance.par Sylvain Bascaron 9 De l'huile à friture dans le moteur Le carburant de l'avenir : un biodiesel composé d'huiles et de graisses.par Catherine Dubé 10 Cinquante ans d'ADN et des surprises Elle danse ! Elle virevolte, cette fameuse molécule ! par Jean-Pierre Rogel techno~pratique Internet 68 Cliguez votre député Le vote électronique deviendra-t-il un nouvel instrument de la démocratie ?par Philippe Chartier 71 Aujourd'hui le futur par Philippe Desrosiers 72 Saint Spock, priez pour nous Le meilleur des mondes est-il technologique ?par Mélanie Saint-Hilaire 73 Jeux par Jean-Marie Labrie BABG 74 L'éthigue : la morale de cette histoire La science avance avec certitude; la vie, avec des doutes.par Bernard Arcand et Brigitte Gemme kr‘* M AVRIL 2003, VOLUME 41, NUMÉRO 7 www.cybersciences.com ENVIRONNEMENT 11 Les côtes du Québec rongées par la mer À Sept-îles, Natashquan, Mont-Saint-Pierre, Cap-d'Espoir, Pointe-Lebel, Port-Cartier, Tadoussac, les changements climatiques font déjà sentir leurs effets.L'érosion mord plus que jamais le littoral.Un phénomène qui menace maisons, routes et villages.par Mathieu-Robert Sauvé LE PATRIMOINE INDUSTRIEL (20e EPISODE) 61 Tissé et tricoté serré L'industrie du textile semble très fripée aujourd'hui.Elle a pourtant déjà eu bien de l'étoffe.par Gilles Drouin Dossier spécial Voyage en pays extrême par Daniel Chrétien, Catherine Dubé, Isabelle Dubois, Lisa Koperqualuk et Laurent Fontaine 30 Oilalugait ! La baisse du nombre de bélugas suscite bien des réactions parmi les chasseurs du Nunavik.40 Uit-uit ! En avant, en avant ! Depuis trois ans, la course de traîneaux Ivakkak soulève les passions.Et rend hommage aux chiens abattus dans les années 1950 et 1960.44 La médecine en blanc Vivre est une lutte de tous les instants au nord du 55e parallèle.Les médecins et les infirmières en savent quelgue chose.50 Raglan : le nickel venu du froid « L'Inuit est venu à côté de moi.Derrière nous, une immense mine : Raglan.» 56 Des diamants dans la glace La course aux carats est commencée 57 Les castors sont de retour Hydro-Québec est prête pour d'autres grands travaux.19 Jean Malaurie : Les sentinelles du monde L’avenir des Inuits dépend de leur capacité à former une élite, dit Jean Malaurie.22 Boom boréal Les habitants du Nunavik remontent le temps à toute vitesse.Reportage à Kuujjuag.26 Coup de chaleur Plus qu’ailleurs, les changements climatiques auront dans le Nord des répercussions considérables PIERRE LAHOUD La guerre de l'énergie par Raymond Lemieux Il faut la guerre.Mais George junior se trompe de cible.Ce n'est pas un quelconque « axe du mal » et ses terroristes qu'il faut viser, mais plutôt l'empire pétrolier.Il faut bouter le baril de pétrole, agent de destruction massive, hors de notre civilisation, hors de notre économie.D'accord, cette analyse est simpliste.Il n’en demeure pas moins qu'il faudra nécessairement un jour frapper un grand coup pour se soustraire à cette dépendance énergétique qui constitue la plus grave menace du XXIe siècle.Faut-il le rappeler ?La combustion du pétrole, dont la consommation a augmenté de 17 % ces 10 dernières années au pays de George junior, modifie inexorablement la composition chimique de l'atmosphère.Elle entraîne l’aggravation de l'effet de serre et provoque des changements climatiques.Les impacts commencent à se faire sentir concrètement.Vous le constaterez en lisant notre reportage sur l'érosion du littoral, ce phénomène géologique qui affecte plus sévèrement qu'autrefois plusieurs communautés et villages du Québec.Et on n'aurait encore rien vu.Le protocole de Kyoto va tout résoudre, pensez-vous ?Il incite les Etats à abaisser de près de 5 % le niveau des rejets polluants par rapport à ce qu'il était en 1990.C’est un début, mais c'est trop peu.L’adoption et surtout l’application de cette entente internationale n'empêcheront pas de doubler la quantité de CO2 dans l'atmosphère d’ici les 50 prochaines années.Pierre angulaire des relations internationales, le pétrole hypothèque en même temps notre avenir.Un véritable effort de guerre - sans les bombes ni les balles, celui-là - sera nécessaire pour trouver comment se passer une bonne fois pour toutes de cette source d'énergie et se mettre à l'abri du jeu politique dangereux des producteurs d'or noir.À quoi cette guerre-là ressemblerait-elle ?À une sorte de projet Manhattan version écologiste, pourquoi pas ?C'était, dans les années 1940, le nom d'un programme qui avait mobilisé d'urgence les grands cerveaux de la planète : Einstein, Oppenheimer et Fermi, notamment.Objectif : développer à tout prix l’arme atomique afin d'en finir avec le nazisme.Alors oui, un nouveau projet Manhattan; mais cette fois pour développer au plus vite des moyens d'exploiter des sources d'énergie renouvelables et inoffensives.Ce serait pas mal plus constructif que des croisades militaires.Et le pétrole de Saddam ne vaudrait plus grand-chose.Celui de George junior non plus, d’ailleurs.Renaissance nordique En réalisant notre dossier sur l'extrême nord du Québec, nous avons constaté à quel point les Inuits doivent, aujourd'hui, s'adapter à de nouvelles conditions de vie.Le baril de pétrole ne roule pas pour eux non plus.Rien n'est encore gagné, mais les habitants du Nunavik ont beaucoup d’atouts pour relever le défi de civilisation qui leur est lancé.Un premier jalon avait été posé dans ce sens en 1975, avec la Convention de la baie James.« L'acte moral le plus important qui ait été fait au Québec », dit le grand géographe Louis-Edmond Ha-melin qui a longtemps appelé à cette reconnaissance du Nord et de la nordicité.On commence à en cueillir les fruits.Et le plus beau reste à venir : plus de la moitié des Inuits n'ont pas 30 ans ! QS Voyage en pays extrême IScience ïTSa-Sb IScience Avril 2003 Rédacteur en chef Raymond Lemieux rlemieuxtsiquebecscience.qc.ca Adjoint au rédacteur en chef Laurent Fontaine lfontaine@quebecscience.qc.ca Équipe de rédaction Philippe Chartier (informatique), Isabelle Cuchet (mathématique et section l'événement), Gilles Drouin (génie et industrie), Catherine Dubé (santé, médecine et innovation), Joël Leblanc (biologie, paléontologie et archéologie), Mathieu-Robert Sauvé (environnement), Vincent Sicotte (physique et astronomie), Collaborateurs Bernard Arcand, Sylvain Bascaron, Daniel Chrétien, Philippe Desrosiers, Isabelle Dubois, Brigitte Gemme, Lisa Koperqualuk, Jean-Marie Labrie, Jean-Pierre Rogel et Mélanie Saint-Hilaire Correcteur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Zoé Brabant, Guy Boily, Isabelle Dubois, Pierre Dunnigan, Michel Larose, Sylvain Majeau, Françoois Morneau, Yvan Pouliot, Rémy Simard Directeur général Pierre-Yves Gagnon Directeur exécutif Marc Côté Conseiller, Promotion et médias Hermann Gagnon Adjointe administrative Nicole Lévesque Publicité Secteur public : Carole Martin cmartin@quebecscience.qc.ca Tél.: (514) 843-6888 Téléc.: (514) 843-4897 Secteur privé : Relations Média inc.info@relationsmedia.ca Tél.: (450) 661-8200 Téléc.: (450) 661-8500 SITES INTERNET www.cybersciences.com www.cybersciences-junior.org Abonnements (taxes incluses) Au Canada : 1 an = 41,35 $, 2 ans = 71,26 $, 3 ans = 98,87 $.À l'étranger : 1 an = 54 $, 2 ans = 95 $, 3 ans = 139 $.Pour abonnement et changement d’adresse Québec Science, Service des abonnements 525, rue Louis-Pasteur, Boucherville (Québec) J4B 8E7 Tél.: (514) 875-4444 Téléc.: (514) 523-4444 Abonnement par Internet www.cybersciences.com/abonnement Pour la France, faites votre chèque à l'ordre de : Rowecom France, rue de la Prairie, Villebon sur Yvette, 91763, Palaiseau cedex, France Pelliculage électronique et impression : Interweb Distribution en kiosques : Messageries Dynamiques Distribution Canada hors Québec, États-Unis : LMPI Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Premier trimestre 2000, ISSN-0021-6127 Répertorié dans Repère et dans l'Index des périodiques canadiens.© Copyright 2000 - La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation réservés.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de qualité en matière de sciences et de technologies.L’éditeur n'est pas lié à quelques exigences publicitaires.Les journalistes de Québec Science sont tenus de respecter le guide de déontologie de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec.Québec Science, magazine à but non lucratif, est publié 10 fois l'an par la revue Québec Science.La direction laisse aux auteurs l’entière responsabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Québec Science ne sont pas retournés.Les titres, sous-titres, textes de présentation et rubriques non signés sont attribuables à la rédaction.Le contenu de ce magazine est produit sur serveur vocal par l'Audiothèque pour les personnes handicapées de l'imprimé.Téléphone : Québec (418) 627-8882, Montréal (514) 393-0103 Culture et Communications g—^ 11*1 Québec “n Canada Québec Science est supporté par le Cegep de Jonquière et reçoit l’aide financière du ministère de la Culture et des Communications (Programme de soutien aux intervenants et événements majeurs en culture scientifique et technique).Nous reconnaissons l'aide financière accordée par le gouvernement du Canada pour nos coûts d'envoi postal et nos coûts rédactionnels par l'entremise du Programme d'aide aux publications et du Fonds du Canada pour les magazines.Membre de : The Audit Bureau of Circulations P M B La Revue Québec Science 4388, rue Saint-Denis, bureau 300 Montréal (Québec) H2J 2L1 Tél.: (514) 843-6888 Téléc.: (514) 843-4897 courrier@iOuebecScience.qc.ca Magazines du Québec 4 Québec Science - Avril 2003 CEGEP de Jonquière courrier « On pouvait sauver Columbia ! » La désintégration de la navette Columbia le 1er février dernier a ébranlé des millions de personnes dans le monde et a suscité la réflexion.Jean-François Héroux de Montréal désire faire partager aux lecteurs de Québec Science ses idées : « Il m'est difficile de croire que l'équipage de Columbia n’a pas été sauvé.La NASA ne pensait donc pas que les sept astronautes à bord étaient en danger.L’agence spatiale russe aurait certainement retardé le lancement de son vaisseau ravitailleur si elle avait su.« La NASA qui avait prévu envoyer dans l’espace une autre navette le 1er mars aurait pu devancer ce lancement pour prêter main-forte à Columbia et rapatrier son équipage.Parmi ceux qui ont accès à l'espace (le Japon, la Chine, la Russie et l’Union Européenne), l'un ou l’autre aurait certainement pu ravitailler la station spatiale avant qu'une pénurie science.qc.ca ne se fasse sentir.» Jean-François Héroux se demande pourquoi cette hypothèse n’a pas été discutée par les journalistes et les experts de la NASA.Costaud, le Gulf Stream ! Claude Hillaire-Marcel et Anne de Vernal tenaient à rectifier des informations véhiculées dans notre numéro de février dernier.Les paléocéanographes de l’Université du Québec à Montréal, rappellent que : « Le Gulf Stream est l'un des éléments les plus "robustes " de la circulation thermohaline générale de l'Atlantique Nord.» fls expliquent que ce n’est pas le Gulf Stream, mais plutôt : « Le fait que, parmi les centres de formation d'eau profonde liée au refroidissement des branches de la dérive nord-atlantique, celui de la mer du Labrador paraît n'avoir fonctionné que récemment à l'échelle géologique des temps, soit depuis environ 7 000 ans.» Ds apportent un précieux complément d’information : « Des expériences laissent croire que la formation d'eau profonde dans la mer du Labrador pourrait s'interrompre à nouveau sous l'effet du réchauffement lié à l'effet de serre, en quelques dizaines d'années tout au plus.On peut estimer qu 'une telle situation résulterait en un transport latitudinal de chaleur par le Gulf Stream et la dérive nord-atlantique encore plus important vers le nord-est qu'il ne l'est aujourd'hui.» Des commentaires ?Vous pouvez nous faire parvenir vos commentaires et suggestions à l’adresse suivante : Québec Science, 4388 rue Saint-Denis, bureau 300, Montréal (Québec) H2J 2L1 Téléc.: (514) 843-4897 Adresse électronique : courrier(f>quebecscience.qc.ca • Les lettres reçues sont susceptibles d'être publiées.La rédaction se réserve le droit d'en tirer les extraits les plus significatifs et les plus informatifs.Pour le* Amants de i» Xatiire Explorez, découvrez les richesses et la beauté du Saint-Laurent à bord de L’Écho des Mers Écocroisières de 5 à 9 jours de la mi-juin à la mi-octobre MORD Informations : 1-888-724-8687 418-724-6227 www.ecomertours.com Tourisme plein air et aventure Lauréat National Or 2000 Les Grands Prix du tourisme québécois Grand Prix du tourisme Régional Bas-Saint-Laurent 2000 et 2002 Aventure Écotourisme Québec Au bar des sciences.Animé par Yanick Villedieu (Les années-lumière, Radio-Canada) OGM, fromage au lait cru, pesticides : trop de peur dans notre assiette ?« Soucieux comme jamais de notre santé et de la bonne l^alité des aliments, nous sommes en même temps de plus en plus méfiants face à ce que l’on trouve dans notre assiette.À tort ou à raison ?Les peurs alimentaires feront l'objet de nos prochains bars des sciences qui auront lieu, à Montréal, mardi 8 avril 2003 au Barouf, 4171, rue Saint-Denis de 17 h 30 à 19 h 30 et, à Québec, jeudi le 10 avril au Théâtre du Petit-Champlain, 78, rue Petit Champlain de 17 h 30 à 19 h 30.Ce bar des sciences recevra entre autres invités : Madeleine Ferrières, historienne et auteure du livre Histoire des peurs alimentaires et Frédéric Paré, agronome et coordonnateur du programme d'agriculture écologique pour Équiterre.Pour participer à cet échange-débat, nous vous prions de réserver votre place auprès de Mme Nicole Lévesque, (514) 843-6888.Faites vite, le nombre de place est limité ! Organisé par l'équipe de rédaction de Québec Science en collaboration avec le consulat général de France à Québec et le cégep de Limoilou (pour le bar des sciences de Québec).I^ripnrp RJ Cégep Limoilou Québec Science - Avril 2003 5 La science et les urnes Les politiciens québécois reconnaissent l’héritage de Jean Rochon dernier ministre de la Recherche, des Sciences et de la Technologie.Et maintenant ?par Sylvain Bascaron Dans la joute politique, l’innovation est le maître mot des trois grands partis, en science.Chacun veut démontrer que ses projets vont faciliter la recherche et le développement (R&D) au sein des petites et moyennes entreprises.La quête de l’innovation est l’héritage laissé par Jean Rochon, exministre de la Recherche, des sciences et de la technologie, et par sa politique scientifique unanimement saluée.« Seules les grandes entreprises ont actuellement les moyens de faire de la R&D, dit Henri-François Gautrin, candidat dans Verdun et porte-parole du Parti libéral du Québec en matière de recherche, de science et de technologie.Les PME doivent pouvoir accéder au savoir des professeurs de cégeps et d’universités pour pouvoir faire de la R&D.» Les Centres collégiaux de transferts technologiques dans les cégeps (CCTT) et les Centres de liaison et de transfert dans les universités remplissent déjà cette mission.Le cégep de La Pocatière, par exemple, fournit une expertise en robotique aux entreprises de la région.« Mais actuellement, il y a trop peu de CCTT, dit Henri-François Gautrin.Chaque cégep devrait en avoir au moins un et ces centres devraient être en réseau.» Le gouvernement du Parti québécois mise beaucoup sur son plan Innovation Québec, lancé en 1999.S’il est réélu, le PQ poursuivra dans la même voie lit-on dans son programme : soutenir les partenariats entre ministères, organismes publics, milieu universitaire et entreprises.« Soit, dit Christian De Serres, ingénieur et candidat dans Outremont pour l’Action démocratique du Québec, sauf que le PQ a tendance à bureaucratiser à outrance.Ce qui signifie qu’il subventionne à outrance.Ses programmes sont mal connus et il y a toujours plein de paperasses à remplir.» L’ADQ propose un guichet unique.« Une seule porte où cogner, un seul papier à remplir pour accéder à tous les programmes gouvernementaux.Moins de bureaucratie, donc plus d’argent pour la recherche », dit Christian De Serres.Le désir d’apporter des changements n’est pas l’apanage de l’ADQ, assure Jonathan Valois, qui a contribué à la mise à jour du programme du PQ.« Nous sommes dans une seconde révolution tranquille, croit-il.Après nos ressources naturelles, ce sont nos ressources humaines, nos cerveaux que nous devons développer.» Pour y arriver, le PQ mise sur la promotion des métiers scientifiques et sur le développement d’infrastructures d’enseignement -classes, laboratoires, etc.Reste maintenant à voir ce que les élus retiendront de leurs engagements une fois à l’Assemblée nationale.Ils ont dit Henri-François Gautrin, iïblrai physicien et député du PLQ «£ dans Verdun.A propos de la fusion du poste de ministre de la Recherche, de la science et de la technologie à celui de ministre des Finances « Ça n’a pas de bon sens ! Les Finances, c’est bien trop gros.Pauline Marois, dans sa tendance à vouloir tout contrôler, va perdre les sciences de vue.Je ne sais pas qui s’occupera de science au sein d’un gouvernement du Parti libéral, mais ce ne sera pas le ministre des Finances.» À propos des nombreux Québécois qui se disent mal informés en science « Il faut faire quelque chose.C’est un problème réel et pire qu’on ne le pense.Bon nombre de ceux qui croient être bien informés ne le sont pas vraiment.Certains connaissent mieux l’astrologie que l’astronomie.C’est grave ! Mais quoi faire ?Je ne le sais pas.Et vous ?» zi Christian De Serres, d» m ingénieur et AXDQâ'Ê^ candidat de l'ADQ ACTION OtHOCKATIQUt^^r DU QUtUC I l 1 dans Outremont.À propos de la taille de l’État et de l’accès à l’infor?nation « Nous comptons brancher le gouvernement en entier, toutes les régions, les familles et les institutions d’enseignement.Comme de nombreuses opérations se feront par Internet, nous réduirons la taille de l’appareil gouvernemental.De plus, ça donnera à la population un accès direct à l’information.» À propos du statut précaire des futurs chercheurs, actuellement aux études « Il faut laisser les frais de scolarité augmenter avec le niveau de la vie pour ne pas étouffer les universités.Il faut aussi revoir le système de prêts et bourses pour améliorer la condition des étudiants.» Q Jonathan Valois, sociologue et candidat pour le PQ dans le comté Québécois de Joliette.À propos de la bioéthique « Jusqu’où irons-nous ?Le milieu scientifique doit se faire pédagogue pour éviter qu’il ne se détache moralement de la population.Nous avons l’intention de nous assurer de la précision de l’information diffusée au sein de la population.» À propos du ministère de la Recherche, de la science et de la technologie aboli par le gouvernement du PQ à la fin de l’année 2002 « Je comprends que cette abolition, surtout quand on a plus de 30 ministres, puisse donner l’impression que ce ministère n’est pas important à nos yeux.Mais il faut comprendre que si le poste de ministre n’est plus, des fonctionnaires sont toujours attitrés aux dossiers relatifs à la science.» 05 6 Québec Science - Avril 2003 ASTROPHYSIQUE1 titèl'i | (tii 'scoliritt : Big-bang et la lumière fut Première image de l’Univers après sa naissance.Avant, il était plongé dans le noir total.La NASA a publié un cliché de notre Univers alors que celui-ci était encore aux couches.Sur la photo ci-dessus, il n'a « que » 380 000 ans.Il bouillonnait alors à près de 300 000 °C.On ne pourra pas obtenir l’imaqe d'un Univers plus jeune.Auparavant, son énorme densité le rendait opaque; les photons (particules de lumière) ne pouvaient pas s'y déplacer.par Sylvain Bascaron Ce rayonnement a voyagé 13,7 milliards d'années avant d'atteindre la sonde WMAP (Wilkinson Microwave Anisotropy Probe) qui l'a capté et mesuré pendant 12 mois.L’extraordinaire précision avec laquelle les écarts de température sont représentés rend le cliché exceptionnel.Des millionièmes de degrés séparent les zones chaudes (rouges) des zones froides (bleues).Ces différences de température sont une conséquence directe des variations en densité de bébé Univers.De telles « imperfections » se traduiront plus tard en distribution hétérogène de la matière.Tout sera ensuite en place pour la naissance d'étoiles, de galaxies, d'amas et de superamas galactiques.Et nous sommes quelque part là-dedans.m v' C'est après 12 mois de prise de données que la sonde WMAP a permis aux scientifiques de la NASA de cartographier bébé Univers.S'*! i'ih ¦’/ ii Temps zéro de notre Univers L'Univers opaque âgé de quelques fractions de seconde m Le cliché de WMAPde l’Univers au jeune âge de 380 000 ans L'Univers d'aujourd’hui âgé de 13,7 milliards d’années avec ses étoiles et ses galaxies ACTUALITES VUES PAR CYBERSCIENCES.COM X'aS*.y-‘ ïzS*: La rivière Ashuapmushuan Sauvages et sauvées La rivière Moisie, l’un des rares cours d’eau encore à l’état sauvage de la Côte-Nord, est devenue la première réserve aquatique du Québec.Son eau exceptionnelle, ses saumons, ses gorges encaissées, ses chutes et ses rapides sont désormais protégés de toute forme d’exploitation.Aucune exploration minière, aucun aménagement hydroélectrique, aucune exploitation forestière ne pourront se faire à l’intérieur de la réserve qui fait 3 897 km2.L’espace protégé consiste en un corridor long de près de 325 km, dont la largeur varie entre 6 km et 30 km.Il englobe aussi deux des affluents de la rivière Moisie, les rivières Carheil et aux Pékans, sur lesquels Hydro-Québec avait des visées.La chasse, la pêche et la villégiature seront encore permis.Les saumons de la Moisie sont particuliers à plusieurs égards : leur taille moyenne est imposante (environ 7 kg) et ils reviennent frayer à plusieurs reprises dans la rivière, après quelques années passées en mer.La rivière Ashuapmushuan, au lac Saint-Jean, bénéficie maintenant elle aussi du statut de réserve aquatique, un titre qui n’existe pas dans les autres provinces canadiennes.Hydro-Québec ne pourra donc pas la harnacher comme elle le souhaitait.Cela sauvera les frayères de ouananiche et préservera les paysages sauvages.Microbe extrême La bactérie Deinococcus radiodurans est habituée aux conditions de vie extrêmes.Elle peut supporter des taux d'irradiation 1 500 fois plus élevés que la dose Tout compte fciit) 35 millions.C'est la quantité de débris qui encombrent l'espace.Ce dépotoir en orbite est constitué de satellites en fin de vie, de résidus d'explosions, d'étages de lanceurs et même d'outils perdus par des astronautes.Les plus petits détritus font quelques microns à peine, mais les plus gros mesurent plusieurs mètres.Le problème, c'est qu'on ne peut s'en débarrasser ! Les risques de collision avec les satellites en orbite inquiètent de plus en plus les experts.mortelle pour tout autre organisme vivant sur la Terre.Cela en fait un agent nettoyeur idéal pour les sites hautement contaminés et radioactifs.Selon Abraham Minsky de l'Institut Weizmann de Re-hovot, en Israël, c'est la structure en anneau du génome de ce microbe qui lui confère cette résistance.Les radiations cassent les doubles brins d'ADN composant les chromosomes des êtres vivants, leur causant habituellement des dommages irréversibles.Chez Deinococcus radiodurans, la structure en anneau fait en sorte que l'ADN brisé ne se disperse pas dans la cellule.Sa réparation s’effectue en seulement 24 heures.Le coton au temps du choléra Placé sur une arrivée d'eau non purifiée, un simple sari en coton diminue de moitié le nombre de cas de choléra.Des microbiologistes de l’université du Maryland l’ont démontré par une vaste étude à laquelle 65 villages du Bangladesh ont participé.L’étoffe de coton est un filtre efficace : en laboratoire, les tests ont montré que 99 % des Vibrio cholerce, bactéries responsables du choléra, étaient retenues par le tissu.Dolly, 1996-2003 Dolly, la plus célèbre brebis du monde, a été euthanasiée en février.Ses problèmes pulmonaires chroniques la faisaient trop souffrir.La santé du premier animal cloné de l’histoire a longtemps été un sujet d'inquiétude.Née avec des anomalies chromosomiques, Dolly souffrait d'arthrose et montrait des signes de vieillissement prématuré.Elle aura vécu six ans, alors que les moutons peuvent normalement en vivre le double.Au moment de mettre sous presse, l'autopsie n'avait pu déterminer si la technique de clonage avait été responsable de tous ces maux.I Le ci A» fiiCî ür.; .A : .aecj A: .: ¦.Q, y ' y : .:: ci" il: 7 Ci : 8 Québec Science - Avril 2003 5,1®* mages ir-: srafié-ut en sore Le carburant de l’avenir : un biodiesel composé d’huiles et de graisses recyclées.par Catherine Dubé É BfjnÈée, e mile à ' :.'T; lesisoiii I 3 il do* sijel lifü |[#«0 SlKlt aloü fes»! linos' Depuis un an, 155 autobus de la Société de transport de Montréal roulent grâce à de l’huile à friture usagée.Cette vieille huile entre dans la composition du biodiesel, un carburant résolument moins polluant que le diesel ! L’entreprise qui le fabrique est spécialisée dans le recyclage des résidus agroalimentaires.Si la société Rothsay-Laurenco, située à Sainte-Catherine sur la Rive-Sud de Montréal, n’a pas inventé le biodiesel, elle peut se vanter d’avoir développé un procédé encore plus vert que les autres.Il utilise des résidus d’abattoir ainsi que des huiles non comestibles, plutôt que des huiles vierges de soya ou de canola.L’huile à friture et les autres gras recyclés pourraient très bien faire avancer tui véhicule à moteur diesel sans être transformés.D’ailleurs, en 1895, Rudolf Diesel alimentait son moteur en produits dérivés de l’huile d’arachide.« Le seul problème, c’est que les injecteurs perfectionnés des moteurs d’aujourd’hui finiraient par s’encrasser en raison de la glycérine présente dans ces gras », explique Claude Bour-gault, directeur de Rothsay.On doit donc bouter hors du mélange cette substance indésirable.Après quelques manipulations chimiques (voir l’encadré), il reste un liquide épais d’un beau jaune translucide ayant tout à fait l’apparence d’une huile végétale.Dans un pays où le mercure descend sous zéro, le biodiesel n’a qu’un seul défaut.Il commence à se cristalliser entre -3 °C et 12 °C, selon l’origine des matières grasses le composant.Mais on contourne facilement cet écueil en mélangeant le biodiesel à du diesel ordinaire, capable de tolérer des températures de -25 °C.On peut ajouter L’autre bonne nouvelle, c’est que la réduction des émissions polluantes est assez spectaculaire, même avec aussi peu que 5 % à 20 % de biodiesel dans le réservoir.En comparant le B20 à du diesel, le Centre de technologie environnementale d’En-vironnement Canada a calculé une réduction des émissions de monoxyde de carbone de 17 % à 25 %, une diminution de 18 % à 30 % de la masse des particules responsables du smog et une légère baisse des oxydes d’azote émis.Au pot d’échappement, l’émission de CO2 est cependant la même.Logique, puisque le dioxyde de carbone est le produit d’une combustion.« Si on tient compte du cycle de vie complet du biodiesel, on note néanmoins une réduction de 18 % du CO2, affirme Claude Bourgault.La liste des avantages du biodiesel est longue : moins de fumée au pot d’échappement, moteur plus silencieux, meilleur pouvoir lubrifiant, etc.On gagne sur tous les plans, y compris celui des odeurs : avec la voiture de la compagnie, Claude Bourgault a testé un biodiesel presque pur, du B90, « et quand je roulais, dit-il, ça sentait les frites ! » QS Pour fabriquer le biodiesel, les techniciens de Rothsay-Laurenco déversent dans un réacteur des milliers de litres d'huile brunâtre et épaisse.Au niveau moléculaire, la glycérine est solidement attachée aux acides gras.Pour la chasser, les techniciens font chauffer les huiles à 60 °C, puis ils y ajoutent du méthanol, un alcool qui se liera aux acides gras à la place de la glycérine.Mais un alcool dans de l'huile, ça ne se mélange pas.Il faut donc utiliser un catalyseur, l'ingrédient magique qui déclenchera la réaction.Une base telle que la soude caustique fait l'affaire.La glycérine se détache et il ne reste qu'à la retirer de la solution par centrifugation.L'utilisation de matières grasses usagées nécessite cependant une étape préliminaire.Ces huiles contiennent des acides gras qui « flottent » librement dans le mélange, sans être attachés à de la glycérine.« Il faut absolument les lier au méthanol avant d'introduire le catalyseur basique, sinon, on se retrouve avec du savon », note Claude Bourgault.Pour ce faire, il s'agit d'introduire en premier lieu un catalyseur acide, tel que de l'acide sulfurique ou de l'acide citrique.Seul déchet du procédé : un petit tas de sel.Rien à voir avec les déchets du raffinage du pétrole., jusqu’à 20 % de biodiesel dans du diesel - on appelle ce mélange B20 - sans avoir à s’inquiéter des grands froids.Durant les glaciales journées de janvier dernier, les autobus de la STM n’ont pas bronché.« C’est une bonne nouvelle, car le projet pilote Biobus mené avec les autobus de la STM visait principalement à s’assurer que le biodiesel peut supporter notre hiver », dit Camil Lagacé, le directeur du projet.Québec Science ~ Avril 2003 9 Cinquante ans d'ADN et des surprises Elle danse ! Elle virevolte, cette fameuse molécule ! Le 5 mai 1953, James Watson a 25 ans.C’est un jeune type dégingandé, aux cheveux ébouriffés.Projeté presque malgré lui devant un parterre de biologistes distingués et vieillissants, il leur montre une image géante de la structure de l’ADN et ne peut s’empêcher ce cri du cœur : « Elle est belle, vous voyez, elle est tellement belle ! » Plus tard, Watson racontera qu’il était alors totalement fasciné par l’élégance de cette molécule, qui allait devenir - sans qu’il le pressente à ce moment - une des grandes icônes du XXe siècle.Penser que sur ces deux brins enroulés, constitués d’un sucre et de phosphates, auxquels sont attachés, vers l’intérieur, les quatre bases azotées (A pour adénine, T pour thymine, C pour cytosine et G pour guanine), se trouve la clé de la vie au niveau le plus fondamental et le plus universel ! Penser que cette molécule vivante, nichée dans chacune de nos cellules, porte l’information (les gènes) qui commande la fabrication de toutes les protéines dont nous avons besoin pour vivre ! Penser que l’élégant mécanisme de « zippage » et de « dézippage » de cette double hélice gouverne la transmission de ces gènes, de génération en génération ! Il y avait de quoi en rester bouche bée, effectivement.Aujourd’hui encore, la force d’attraction de ce « fil de vie » reste intacte.En ce mois d’avril, le monde scientifique célèbre les 50 ans de l’ADN.Sans être devin, on peut anticiper quelques-unes des « surprises » qui seront annoncées, car elles font déjà l’objet de discussions dans les grandes revues scientifiques.Il est notamment prévu que Nature publie une version complète et annotée du génome humain, une sorte de « version au propre » pour faire suite au brouillon publié il y a deux ans.Le tout sera colligé dans une Encyclopedia of the Human Genome de 4 000 pages (et 2,5 millions de mots, dit la publicité, qui ne précise cependant pas le poids de l’ouvrage).Bref, essayons de résumer pour les profanes qui risquent peu de mettre le nez dans cette encyclopédie, ni même de la croiser dans une librairie près de chez eux.Aujourd’hui, contrairement à il y a deux ans, on a une bonne idée de l’endroit où se trouvent les gènes sur le ruban d’ADN humain, et on sait ce que la grande majorité d’entre eux font - pas toujours dans le détail, ni pour tous les gènes, mais on s’en approche.On a aussi beaucoup appris sur ce qu’on appelait jadis « VADN-junk » (et que personne n’appelle plus ainsi), c’est-à-dire l’ADN qui ne porte pas les’gènes.On y a découvert des segments interagissant avec des promoteurs de gènes, ce qui montre bien qu’ils ont parfois un rôle.On y a aussi identifié des zones qui fabriquent des petits bouts d’ARN drôlement intriguants, qui ne sont pas des ARN messagers (donc qui ne servent pas à fabriquer des protéines).En décembre dernier, le déchiffrage du génome complet de la souris a ouvert d’intéressantes fenêtres de comparaison sur cet ex-« ADN-/Mft& ».D’autres surprises sont en vue.Mais la plus grande surprise, peut-on dire, tient X'/S/ (-lans l’étonnant dynamisme de la molécule d’ADN, à Watson et Crick l’avaient décrite comme une structure tridimensionnelle assez statique, mais voilà que sous nos yeux, avec les instruments d’aujourd’hui, elle danse et elle virevolte, cette fameuse molécule ! Une partie de ces propriétés fait qu’elle se transforme parfois en ADN-Z, une double hélice tournant à gauche plutôt qu’à droite; on commence à saisir l’importance de cette forme dans la vie cellulaire.Ainsi, une équipe américaine a montré que la séquence régulatrice d’un gène clé du système immunitaire doit se transformer en ADN-Z pour que le gène soit activé.La même équipe vient de prouver qu’en empêchant une particule virale de s’accrocher à un brin d’ADN-Z, on affaiblit une infection.Selon une approche similaire, Stephen Neidle à Londres tente en ce moment de stabiliser des « groupes quadruplex répétitifs de G » (pour guanine) découverts au bout des chromosomes, afin de bloquer l’action de certains gènes activateurs de cancer.On voit bien ici que l’exploration fondamentale de la structure peut déboucher sur d’intéressantes applications.Les chercheurs pensent aussi que la place qu’occupent les chromosomes dans le paquet d’ADN que constitue la chromatine, la boule au centre du noyau, a beaucoup à voir avec l’activation ou la désactivation des gènes.Qu’en est-il exactement ?Trop tôt pour le dire, mais les pistes sont ouvertes.Misère ! Tout se complique.Moi qui étais assez fier d’avoir décrit l’ADN comme « un lacis de vermicelle nageant dans une soupe moléculaire », je suis déjà dépassé; il va falloir que je me renouvelle ! (S Pour en savoir plus http-Jhvww.nature.com/nature/dnaS0/ un site entier, très complet, dédié aux 50 ans de l’ADN.Pila 1 0 Québec Science - Avril 2003 FRANCOIS MORNEAU environnement À Sept-îles, Natashquan, Mont-Saint-Pierre, Cap-d'Espoir, Pointe-Lebel, Port-Cartier et Radisson, les changements climatiques ont déjà des conséquences.L'érosion mord plus que jamais le littoral.Un phénomène qui menace maisons, routes et villages.par Mathieu-Robert Sauvé i -sv Klfilil1 M t \ iV?I " »• ¦ ^ T,*» Au début de l’an 2000, des pluies abondantes ont provoqué de nombreux glissements de terrain sur la Côte-Nord.Des propriétaires ont perdu jusqu'à 20 m de sol sur la péninsule de Manicouagan.Ici, une vue aérienne d'une propriété située à cet endroit dans la municipalité de Pointe-Lebel.La photo est tirée d'une bande vidéo.Advenant une tempête majeure, 2 860 maisons et 150 km de route sur la Côte-Nord pourraient glisser dans la mer.De Ta-doussac à Natashquan, toutes les plus importantes municipalités sont touchées - à l’exception de la ville de Baie-Comeau, essentiellement construite sur du roc.« Les gens sont inquiets, rapporte Claudette Villeneuve, présidente du Conseil régional de l’environnement de la Côte-Nord, situé à Sept-Iles.Plusieurs se demandent si la prochaine tempête, demain ou après-demain, n’em- portera pas leur maison ou leur chalet.» Le danger n’échappe pas au ministère de la Sécurité publique où la direction générale de la sécurité civile a confié au géomorphologue François Morneau la responsabilité d’un vaste programme de protection des berges.Cet expert de l’érosion connaît chaque virage de la route 138 reliant les villes de la Côte-Nord pour en avoir coordonné les réparations pendant 15 ans au ministère des Transports.Pour lui, les effets des changements climatiques ne relèvent pas d’un scénario hypothétique fait par un logiciel de modélisation.Ils sont concrets et se chiffrent en agent sonnant.« On a mis 50 millions de dollars pour développer des infrastructures dans cette région depuis 30 ans, explique-t-il.Ça prendrait 280 millions de dollars supplémentaires d’ici 15 ans pour s’ajuster aux nouvelles réalités environnementales.» Ce ne sont pas des villages entiers qui risquent d’être emportés avec les falaises rognées par la mer, mais les portions de ceux-ci sises directement au bord de l’eau.« Le long de la Côte-Nord, environ un tiers des rives ne suscite pas d’inquiétude, car il s’agit de caps rocheux peu affectés par Québec Science ~ Avril 2003 11 l’érosion.Un autre tiers est plus inquiétant, car il est constitué d’un mélange de sable, d’argile et de roc.Enfin, un dernier tiers, 28 % pour être précis, constitue une zone à risque préoccupante.Le problème, c’est que les plus importantes agglomérations sont situées à ces endroits.» C’est que les villes de la région sont bâties sur le delta des grandes rivières : Moi-sie à Sept-îles, aux Rochers à Port-Cartier, Sault aux Cochons à Forestville, Mani-couagan à Hauterive, Escoumins et God-bout dans les villes éponymes.Plusieurs agglomérations portent le nom des cours d’eau qui les a vu naître : Rivière-Pormeuf, Rivière-Pentecôte, Rivière-au-Tonnerre, Rivière-Saint-Jean.Cela s’explique par des raisons historiques : les rivières étaient jadis les autoroutes du nord.C’est par là que Jack Monoloy et ses amis montaient dans le bois.Pendant plusieurs décennies, ces sols ne posaient pas de problème, même s’ils étaient meubles sous la couche d’humus.Le mouvement des berges s’inscrivait dans un cycle naturel bien connu des géographes : l’érosion/accumulation.Mais on note depuis 1998 une érosion accrue dans tous les secteurs deltaïques.Originaire de la Côte-Nord, Pascal Bematchez a rédigé sa thèse de doctorat sur l’évolution côtière dans la péninsule de Manicouagan.« Il ne faut pas voir une côte comme quelque chose de statique, explique ce professeur de géomorphologie littorale à l’Université du Québec à Rimouski.C’est dynamique.Les plages où vous posez les pieds ne seront peut-être plus là l’an prochain.» Les responsables des reculs subits, ce sont les tempêtes de pluies abondantes, particulièrement dévastatrices durant les redoux qui surviennent en plein hiver.« Entre 1960 et 1990, les grosses tempêtes survenaient en moyenne une fois tous les trois ans, relate-t-il.Elles provoquaient une forte érosion des plages et des falaises.Entre ces tempêtes, le système côtier avait le temps de se rééquilibrer.Depuis quelques années, on enregistre une succession de tempêtes si rapprochées que le système côtier n’a pas le temps de retrouver son équilibre.» En novembre 1999, janvier 2000, février 2000 et mars 2000, par exemple, des pluies abondantes ont provoqué des glissements de terrain grugeant 20 m sur la péninsule de Manicouagan.Des reculs 1 2 Québec Science - Avril 2003 4' y.\ ISi È La carte du géomorphologue François Morneau.Chaque étoile rouge indique un lieu exposé à un « risque élevé » d’impacts majeurs.MJ ; M MjfSi 5.» WF* «à, .* k'ti de 10 m ont aussi été enregistrés dans la région de Rivière-Saint-Jean durant l’année suivante.En une seule tempête, le 29 octobre 2000, la côte sableuse a reculé de 6 m à Longue-Rive, 10 m à Sainte-Anne-de-Portneuf, 9 m sur la péninsule de Manicouagan et 11 m à Sept-îles.Des reculs similaires ont été enregistrés en décembre 2002 en Gaspésie.Selon Pascal Bematchez, ces événements sont des conséquences spectaculaires du réchauffement climatique.Et ce n’est que le début.Les aménagements humains contribuent à aggraver le problème.Voyant leur terrain s’éroder, les propriétaires se construisent des murs au bas de la falaise afin de l’empêcher de céder à la mer.Pendant une semaine, parfois plus, des camions viennent verser leur benne remplie de granit au bas du talus préalablement couvert d’une toile géotextile.Coût : jusqu’à 15 000 dollars pour une seule propriété.Ces aménagements, d’une durée de vie de 10 à 30 ans, règlent le problème du riverain concerné, mais les vagues frappent plus fort de chaque côté.L’enrochement a souvent l’heur de convenir aux élus qui subissent la pression des riverains.Une digue de 1,2 km a été installée durant l’été 2002 à Pointe-Lebel (voir l’encadré La cour qui rétrécit !).Solution séduisante, elle n’est pas souhaitable à long terme.« Lorsque nous stabilisons les rives, c’est-à-dire lorsque nous installons des digues, des murets et des empierrements, la dynamique est modifiée, poursuit Pascal Bematchez.Les sédiments ne se déposent plus sur les plages, mais suivent les courants qui les amènent au fond du chenal laurentien.De là, ils ne reviendront certainement pas.Depuis 1998, je n’ai observé aucune nouvelle plage formée par l’érosion.» Il est évident pour le chercheur de 31 ans que la situation est inquiétante.Le caractère irréversible du phénomène l’indispose.« Nous avions un système côtier en parfait équilibre depuis plusieurs millénaires.En cinq ans, cet équilibre s’est rompu.» Dans les bureaux d’Ouranos, consortium interdisciplinaire chargé d’étudier l’impact des changements climatiques au Québec, François Morneau montre en accéléré, sur son écran d’ordinateur, quelques-uns des 1 825 km de littoral entre l’embouchure du Saguenay et Blanc-Sablon, à l’extrémité de l’estuaire du Saint-Laurent.Des milliers de superbes photographies aériennes ont été prises en 2000 afin de comparer les sites à des collections d’archives datant de 1931,1968 et 1996.Le constat est indiscutable : la mer gruge la Côte-Nord.A certains endroits, le recul des terres atteint annuellement l’équivalent de la largeur d’un court de tennis.Coordonnateur du dossier de l’érosion des rives chez Ouranos et constamment en e:-' leteifi Li?1 tes- mit 11 twain < méd rsisttà t c 1 » £ - h::: ' li®'-i Xi v.; I .I (boni I fe-, ! I stél R I I Wi Enrochement à Pointe-Lebel.Une digue de 1,2 Km à été construite l'an dernier.La bataille contre la mer commence à coûter cher.A lien avec des représentants de tous les paliers de gouvernement, François Mor-neau ne s’attendait pas à être projeté sous les feux de la rampe quand il étudiait l’écologie à l’Université Laval.C’est au ministère des Transports qu’il fait ses débuts dans les années 1980.Son boulot consiste à se rendre là où un tronçon de la route 138 est happé par un glissement de terrain ou une vague océanique.Il est chargé de restaurer la route pour qu’elle résiste à la prochaine tempête.Survient le déluge des 19 et 20 juillet 1996.François Momeau est propulsé coordonnateur des travaux au Bureau de la reconstruction et de la relance au Saguenay-Lac-Saint-Jean.Puis, en vertu de l’Entente spécifique sur l’érosion des berges pour la région de la Côte-Nord (voir l’encadré La cour qui rétrécit !), on le nomme responsable du comité d’experts chargé de présenter aux municipalités un plan d’action en décembre 2003.Ce rapport très attendu pourrait recommander de déplacer des routes et des maisons, ou encore de geler tout développement domiciliaire à certains endroits.Le géomorphologue a conçu quelques croquis et tableaux qu’il présente lors d’exposés devant des représentants politiques.Une carte indique les « zones à risque » de part et d’autre de l’estuaire et du golfe par de petites étoiles rouges.Chaque étoile représente un « risque élevé » d’impacts majeurs.Et se chiffre à environ 1 million de dollars, sans compter les frais d’expropriation.C’est lui qui a évalué le nombre de maisons et de kilomètres de route situées dans des zones à risque.Cette évaluation - « conserva- La cour qui rétrécit ! trice », précise-t-il - n’inclut pas les infrastructures portuaires.Le long de la péninsule gaspé-sienne, les problèmes sont encore plus aigus, car la région est plus densément peuplée et se prête moins au déplacement des voies routières.La route de Percé à Carleton, de même que celle qui longe le golfe dans la région de Mont-Saint-Pierre, posent des défis aux spécialistes.« En Gaspésie, tout se passe sur une mince frange côtière d’environ 200 m.Chaque tempête peut être impitoyable.» Le sol de la Gaspésie est toutefois fort différent de celui qu’on retrouve sur la Côte-Nord.On commence tout juste à étudier cette région mais, d’ici un an, les signataires de l’Entente spécifique sur l’érosion des berges de la Côte-Nord pourraient se mettre d’accord pour une opération d’envergure au bénéfice de la grande péninsule.En Gaspésie, la route « panoramique » a été tracée dans les années 1970 en tenant compte des souhaits du ministère du Tourisme.Elle longe le littoral en s’exposant sur de fortes distances aux aléas du climat.Sur 540 km, on trouve plus de 112 km de rives aménagées artificiellement pour soutenir la route.A Cap-d’Es-poir, près de Percé, un segment de 4 km est si près du rivage qu’il tombera rapidement dans la mer si on ne fait rien.Ironie du sort, il a déjà été déplacé pour la même raison dans les années 1970.« L’érosion est un phénomène naturel, explique l’océanographe Jean-Pierre Savard.Ce que la côte perd une année, elle le reprend durant les années suivantes, car les sédiments sont déposés ailleurs, dans ce qu’on appelle une zone d’accumulation.Mais nous assistons depuis quelque temps à un phénomène nouveau et inattendu : le littoral est rogné par la mer sans qu’on sache où les sédiments se redistribuent.» Assiste-t-on à un processus naturel ou à un changement durable provoqué par le réchauffement planétaire ?« S’il s’agit de cette dernière hypothèse, cela signifie que le passé n’est pas garant de l’avenir.On a intérêt à étudier sérieusement la Claude Trudel s'est fait construire en 1995 la maison de ses rêves à Pointe-Lebel, là où la rivière Manicouagan se jette dans le Saint-Laurent.De sa fenêtre, il peut voir le parc d'éoliennes de Saint-Ulric et la silhouette du mont Comi, sans parler du souffle des baleines de l'estuaire.« Ma femme et moi, nous sommes tombés en amour avec le paysage », confie ce professeur de géographie de la polyvalente Les Baies.Ils étaient loin de se douter gue la falaise se rapprocherait à ce point de leur balcon arrière.« Lors du déluge de juillet 1996, on y a goûté, se rappelle-t-il.En 24 heures, on a perdu 6 m de côte.» Sans l'intervention du ministère de la Sécurité publigue, gui a procédé en 2002 à un empierrement d'urgence sur 1,2 km (coût de l'opération : 850 000 dollars), la maison de M.Trudel serait aujourd'hui dans une position précaire.Pourtant, l'endroit était considéré sécuritaire par la municipalité de Pointe-Lebel au moment de l'émission du permis de construction; M.Trudel a déboursé lui-même quelgue 3 000 dollars pour s'ajuster au recul du continent.En fait, les 25 propriétaires de Pointe-Lebel dont on a consolidé le terrain respirent mieux depuis cet été.« Pour l’instant, mon problème est réglé, soupire Claude Trudel.Mais à long terme, j'ignore ce qui va se passer.» La durée de vie d'un tel remblai est d'une trentaine d'années.Mais des enrochements sont à refaire après moins de 10 ans.À Pointe-Lebel, justement, certaines constructions effectuées en 1992 se sont déjà effondrées.Québec Science - Avril 2003 13 question et à refaire nos projections.Lorsqu’une tempête éclate, il est un peu tard pour se demander comment on doit évacuer les populations riveraines et protéger leurs biens.» Les changements climatiques ouvrent de nouvelles perspectives de recherche qui, malheureusement, ne génèrent pas assez de financement, estime M.Savard.Aux Iles-de-la-Madeleine, on parle encore de l’ouragan Blanche qui a frappé les côtes le 28 juillet 1975.Né à l’est des Bahamas, cet ouragan de force 1 a suivi la trajectoire du Gulf Stream jusqu’à Cape Cod, où il a exceptionnellement dévié vers le nord-ouest, fonçant vers Halifax et les îles.Il avait perdu beaucoup de sa force lorsqu’il a atteint nos côtes (il se transformait en tempête tropicale).Mais Blanche a tout de même provoqué des vents allant de 140 km/h à 160 km/h, faisant monter le niveau des eaux et causant des dommages spectaculaires.« Peu de Québécois ont été exposés à des ouragans majeurs, signale Jean-Pierre Savard.Rien, chez nous, n’est conçu pour résister à de telles conditions.» Les Iles-de-la-Madeleine sont constituées d’un noyau rocheux volcano-sédi-mentaire qui a émergé il y a quelques millénaires.L’érosion de ce noyau a libéré du sable qui s’est ajouté à celui formant les plages autour de l’archipel.Réorganisé par les vagues, les courants et le vent, ce sable a formé des tombolos, des cordons littoraux et des plages qui relient certaines îles et les entourent.Quelques-unes de ces structures sont si récentes que les premiers colons ont peut-être été témoins de leur naissance.Mais elles sont aussi très fragiles devant des tempêtes.La flèche sableuse de Pile d’Entrée, par exemple, pourrait changer de forme advenant une tempête exceptionnelle.Les Madelinots savent bien que la route qui relie les îles entre elles est très affectée par les colères du ciel et de la mer; elle est continuellement en rénovation.Là aussi, le réchauffement climatique est en cause.La hausse du niveau de l’océan et l’amincissement du couvert de glace, l’hiver, fragilisent de façon sévère les côtes sablonneuses.C’est d’ailleurs en décembre et janvier que les pires tempêtes sont observées.îïiifi Mfe oalisE! lyse, l'a feïraï aoiftff: La 7 I ::; | ' ' I Mit écho< sciences Le père du clonage L’entrevue Non au clonage des hommes de juillet-août 2001, nos lecteurs s’en souviendront, était consacrée au docteur lan Wilmut, l’inventeur du clonage animal.Il sera le conférencier d’honneur du Congrès Biomedex le 30 avril de 12 h à 13 h 30 au Hilton-Bonaventure de Montréal.Sujet chaud ! Débattus dans nos bars des sciences des 11 et 12 février derniers, les changements climatiques font, depuis l’automne 2001, l’objet d’un cours au département de géographie de l’Université Laval (GGR-21908, Changements climatiques).On y enseigne entre autres le système climatique et son fonctionnement, les principaux gaz à effet de serre, la modélisation climatique, les scénarios et prévisions, les stratégies d’adaptation, les accords internationaux.Cadeau d’anniversaire.Merci à CGI pour son appui financier à nos activités du 40e Bits co Sïili» weiéal iuGitj ttà fcmier tttjr,,.%| ¦Tiiva 14 Québec Science ~ Avril 2003 Mais ce sont les ouragans qui font le plus frémir.Ces monstres qui pourraient faire des ravages non plus une fois tous les 100 ou 200 ans comme on le pensait, mais à intervalles de quelques décennies.« L’énergie des tempêtes qui voyagent du sud vers le nord diminue parce que l’eau et l’air froid privent les ouragans de leur principale nourriture : la chaleur.Le réchauffement global remet les choses en question.Si l’air et l’océan se réchauffent, la probabilité que des ouragans survivent à leur voyage vers le nord en direction du golfe du Saint-Laurent augmente.Il pourrait en résulter un accroissement de la fréquence et de l’intensité des-tempêtes.» Sans être alarmiste, Jean-Pierre Savard est inquiet des effets du changement climatique sur cet archipel.D’autres spécialistes sont plus réservés dans leur analyse.Yan Robars, du ministère fédéral des Travaux publics, voit les choses d’un autre œil.« Aux Iles-de-la-Madeleine, les marées sont très faibles : moins de 1 m.Selon les pires prédictions, le niveau de ces marées augmenterait de quelques centimètres à quelques mètres.Cela pourrait avoir des conséquences fâcheuses.Toutefois, pour l’instant, rien de tel n’a été observé sur le terrain.» M.Robars reconnaît que le couvert de glace dans la région s’amincit et même disparaît à certains endroits depuis cinq ans.C’est vrai aussi que l’érosion affecte la route principale.Mais il ne craint pas d’événement catastrophique.« Les structures portuaires sont prévues pour durer 30 à 50 ans.Dans le contexte actuel, elles peuvent être désuètes après 10 à 30 ans.Elles connaissent donc simplement un vieillissement accéléré.» L’augmentation du niveau de la mer est une réalité documentée depuis les travaux du Groupe intergouvememental sur l’évolution du climat (GIEC) qui a noté dans son dernier rapport que le niveau global des océans a augmenté de 1 mm à 2 mm par an pendant tout le XXe siècle.On a enregistré des hausses très nettes à l’île-du-Prince-Edouard.(Mais au Québec, ce phénomène n’a pas été scientifiquement démontré, faute d’appareils de mesure et de chercheurs intéressés à se pencher sur ce problème.) On sait également que 70 % des plages, dans le monde, subissent une érosion.A cause de ces effets conjugués, l’atoll de Tuvalu, au sud-est de l’Australie, a déjà demandé l’asile au pays voisin pour cause Les glaces disparues de l'estuaire T; fin?.L'hiver 2002-2003 n'a pas causé de dégâts importants.Mais dans les régions côtières, on craint de plus en plus les effets des tempêtes venant du large.Les glaces, gui forment une zone tampon protégeant la côte, sont de moins en moins épaisses.En 1999 et en 2000, elles étaient carrément inexistantes dès le mois de février.Résultat : les vagues océanigues se brisent sur les falaises, emportant avec elles des morceaux de côte.« Quand j'interroge des aînés, ils sont nombreux à me dire gue les hivers sont plus doux gu'autrefois, raconte Pascal Bernatchez, professeur à l'UOAR.Ils n'en reviennent pas de voir l'estuaire et le golfe libres de glaces en plein mois de février.» Cette diminution des glaces avait été envisagée dans les hypothèses soulevées par les scientifiques du Groupe d'experts intergouvememental sur l'évolution du climat de l'ONU comme une conséquence du réchauffement climatique dans l'hémisphère nord.Cette fois, on peut dire que le phénomène est véritablement observé sur le terrain par monsieur et madame Tout-le-monde.Pascal Bernatchez note également que les épisodes de redoux en plein hiver sont dévastateurs pour les côtes.C'est à cette période de l'année que les sols sont les plus saturés d'eau.Advenant une infiltration dans des couches d'argile, la matière minérale se liquéfie et peut donner lieu à des glissements de terrain d'envergure.Considéré comme l'une des pires catastrophes naturelles du XXe siècle au pays par Environnement Canada, le glissement de terrain de Saint-Jean-Vianney, au Saguenay, survenu le 4 mai 1971, a fait 31 morts.Mais le drame aurait pu être bien pire si le match de hockey n'avait pas tenu la population en éveil jusqu'à une heure tardive, ce qui a permis aux villageois de se sauver de la gigantesque coulée de boue.Le cratère avait un diamètre de 600 m et une profondeur de 30 m.Des glissements de terrain surviennent à l'occasion sur la Côte-Nord.Mais ils ont beaucoup moins d'envergure.Le 20 décembre dernier, un glissement de terrain est survenu au sud de la municipalité de Rivière-Saint-Jean, coupant la route sur plusieurs mètres.Denis Demers, un ingénieur civil qui a étudié les 1000 glissements de terrain survenus en 36 heures au Saguenay-Lac-Saint-Jean durant le célèbre déluge de 1996, travaille actuellement à la cartographie des zones à risque.« En principe, dit-il, toute la plaine du Saint-Laurent est une zone à risque, car elle est composée de couches de sédiments comptant des gisements d'argile.Mais certains secteurs sont plus préoccupants.Là où il y a une pente importante et des sols argileux, par exemple.» On n'en saura pas plus, car Denis Demers ignore si son client a l’intention de rendre ses conclusions publiques.Selon lui, les changements climatiques peuvent avoir des conséquences fâcheuses si, comme le prévoient les climatologues, le nombre d'événements extrêmes se multiplient.Québec Science ~ Avril 2003 15 SYLVAIN MAJEAU environnement d’inondation.Cet atoll est en train de disparaître de la carte du monde.En tout cas, sur la Côte-Nord, la question de l’érosion des berges est chaudement débattue.À Pointe-Lebel, on est au troisième empierrement financé par l’Etat.Et on ne sait pas combien de temps ces installations vont tenir.« Pointe-Lebel n’est pas l’endroit où la situation est la plus alarmante, : signale la directrice générale de la ' municipalité, Patricia Huet.Parlez-i | en aux gens de Sept-îles, de Pointe-* -, aux-Outardes, de Longue-Pointe.» 1 De Natashquan, de Forestville, des ; Escoumins, de Havre-Saint-Pierre, pourrait-on ajouter.Dans certains villages, l’érosion pourrait être la cause de la fermeture ou d’un déplacement intégral.« Fermer des villages ?C’est envisageable, dit François Morneau.Il y a trois solutions quand on fait face à un problème sévère d’érosion : ou on s’adapte, ou on renforce, ou on s’en va ! Aux États-Unis, dans certaines régions, on a fait le choix de déménager tous les riverains considérés à risque.C’était moins coûteux que d’assumer les frais advenant une catastrophe.» En tous cas, pour les océanographes, la période actuelle est.formidable.« Nous voyons à l’échelle de quelques années des phénomènes qu’on ne devrait observer qu’à une échelle de plusieurs siècles, dit Jean-Pierre Savard.C’est fascinant.Nous ne sommes pas assez nombreux pour tout voir.» OS La science en Ai EVOLUTION Plus que des recherches L'Entente spécifique sur l'érosion des berges Face aux problèmes posés par l’érosion des berges, six ministères du gouvernement du Québec (Affaires municipales, Environnement, Régions, Ressources naturelles, Sécurité publigue et Transports) se sont entendus pour signer l'Entente spécifigue sur l'érosion des berges dans la région de la Côte-Nord.Jusgu'à maintenant, 1 million de dollars ont été injectés dans ce projet gui consiste à dresser un inventaire détaillé des sites à risgue dans le but de proposer un plan d'action en décembre prochain.Un groupe d'experts en géomorphologie, géographie, génie civil télédétection et océanographie est actuellement en plein travail d'analyse scientifigue afin de produire un inventaire complet des zones à risgue.Parmi leurs outils, une série géoréférencée de photographies aériennes en trois dimensions a été prise en 2000.Ils comparent ces images avec des collections datant de 1931,1965 et 1996.De plus, un millier de bornes localisées par GPS ont été disposés le long de la côte à une distance précise de la falaise, de façon à mesurer le recul avec exactitude.Au terme des travaux, tous les secteurs de la Côte-Nord seront couverts par trois cartes : ¦ la carte des types de zones côtières (ligne de rivage, stratigraphie, limite de bas estran); ¦ la carte de l'évolution littorale (unité de gestion, dérive littorale, taux de recul, position des bornes, processus actifs sur la côte); ¦ la carte de zonage du risque (occupation du territoire, inventaire des bâtiments, zone d'alimentation en sable, zonage du risque et recommandation des experts.Les recommandations seront de trois ordres : la protection des rives (enrochement), l'adaptation (la construction sera interdite à certains endroits) ou le retrait (déplacement des résidences).Les recommandations du comité n'auront pas force de loi, bien entendu.La décision reviendra aux municipalités.Le printemps sera chaud.16 Québec Science ~ Avril 2003 Des solutions L'utilisation durable des ressources, le respect de l'environnement et l'évaluation des risques environnementaux sont au cœur des préoccupations de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS).Force vive de la recherche et de la formation de haut niveau, l'INRS met à profit l'expertise de ses professeurs-chercheurs pour : :: valoriser et documenter les savoirs écologiques des peuples autochtones :: soutenir les efforts des communautés autochtones dans leur recherche d'un développement durable :: analyser les impacts sociaux et culturels de l'exploitation des ressources naturelles sur les communautés autochtones :: étudier les effets des changements climatiques sur les écosystèmes nordiques :: mettre en lumière les problèmes de contamination et leurs effets sur la santé Université du Québec Institut national de la recherche scientifique Téléphone: (418) 654-2524 • (514) 499-4000 www.inrs.uquebec.ca I foyage n pays extrême tien de plus méconnu lue le Québec au nord lu 50e parallèle, lien de plus distinct ion plus : le peuple, la langue, la culture, l'environnement.!?*> % x.1Ü I C'est avec beaucoup de plaisir que je me joins à l'équipe de Québec Science pour souligner la parution de ce cahier spécial « Nord-du-Québec ».Le Québec est marqué par la nordicité pour des raisons climatiques et géographiques évidentes, mais également par la nature unique et les paysages grandioses du Nord-du-Québec qui ont toujours fait rêver.La région Nord-du-Québec occupe aujourd'hui une place de plus en plus importante dans l'avenir économique, culturel et social de la société québécoise.Terre d'avenir, par la jeunesse des populations cries, inuites et jamésiennes qui y habitent et par le potentiel extraordinaire des richesses naturelles qui s'y trouvent, le Nord-du-Québec constitue un modèle unique et original sur le plan international en matière de solidarité, de partage et de développement durable.Nulle part, plus que dans le Nord-du-Québec, le développement doit répondre à des qualités durables.L'interdépendance unique et, dans certains cas, la fragilité des systèmes et écosystèmes physiques, sociaux et économiques appellent à un dialogue soutenu et constructif entre tous.L'atteinte d'une juste adéquation entre efficacité économique, équité sociale et respect de l'environnement constitue le défi des années à venir.La signature, en 2002, des deux ententes historiques intervenues entre le gouvernement du Québec et les nations crie et inuite témoigne du défi qui nous interpelle.Elles viennent sceller notre volonté d'élaborer avec ces deux nations une vision commune du développement économique et communautaire de ce vaste territoire qui ouvre des perspectives uniques de développement.Basées sur une relation de confiance et de respect mutuel, les ententes « La paix des braves » et « Sanarrutik » engendreront des retombées économiques et sociales considérables pour la Baie-James et le Nunavik, mais aussi pour l'ensemble du Québec.À cet égard, elles constituent un modèle pour la communauté internationale dont nous pouvons tous être fiers.Plus encore, maintenant qu'une responsabilité ministérielle dédiée au Développement du Nord québécois existe, il devient indispensable de développer une réelle vision globale de l'ensemble du territoire nordique québécois.Cette vision globale doit nécessairement être adaptée aux réalités nordiques, capable de favoriser les partenariats entre les groupes habitant le Nord et apte à mieux soutenir nos actions collectives de développement économique et communautaire.Le développement de cette vision globale et les nombreux enjeux qui touchent aujourd'hui le Nord-du-Québec posent pour nous autant de défis à relever.À la fois économiques, sociaux et environnementaux, ces enjeux interpellent certes toute la société québécoise, mais en particulier la communauté scientifique.Je vous invite donc à vous joindre à nous pour relever ensemble ce défi.M.MICHEL LÉTOURNEAU, député d’Ungava Ministre délégué aux Affaires autochtones Ministre délégué au Développement du Nord québécois Ministre responsable de la région du Nord-du-Québec Québec o o ¦¦y JEAN MALAURIE !," L j n.Les sentinelles du monde L’avenir des Inuits dépend de leur capacité à former une élite politique, culturelle et scientifique, dit Jean Malaurie.L’Occident a tout à gagner de leur succès.propos recueillis par Laurent Fontaine jf Le 3 juin 1951, terre d’Ellesmere.Jean Malaurie accompagné de deux Inuits, Qaaqutsiaq et Kutsikitsoq.On n'interroge pas le professeur Malaurie.On l'écoute.À 80 ans, le directeur du Centre d'Études Arctiques à l'école des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris est un ardent défenseur de la cause du Nord et de ses habitants.Géomorphologue, Jean Malaurie est allé au Groenland étudier des roches - les éboulis.Le savant français a aussi consacré sa vie à saisir les liens entre le territoire et les peuples de l'Arctique, « car, dit-il, la géographie engendre l'histoire ».Du Groenland à la Sibérie, en passant par l'Alaska et le Nord canadien, il a mené 31 expéditions, plusieurs en s'immergeant en solitaire dans la vie inuite.Il a été le premier européen à atteindre le pôle géomagnétique, une expédition qu'il a menée en traîneau à chiens en 1951, seul avec son compagnon inuit, Kutsikitsoq.Il a aussi été le témoin direct d'un choc de civilisations : l'installation d'une base militaire américaine au Groenland, à Thulé, là où les Inuits vivaient comme leurs ancêtres, depuis des millénaires.Ses récits et ses travaux scientifiques, il les a consignés dans de nombreux ouvrages, dont le plus célèbre est Les derniers Rois de Thulé, publié chez Plon dans la collection Terre humaine, qu’il a fondée.Président du Fonds polaire qui porte son nom au Muséum National d'Histoire Naturelle à Paris, membre titulaire de l'Académie des Sciences humaines de Russie.Il est aussi président de l'Académie polaire d’État établi à Saint-Pétersbourg.C'est là que 1000 filles et fils de bergers, de chasseurs et d'éleveurs du Nord sibérien sont formés avec une pédagogie adaptée, pour devenir préfets ou directeurs d'école, et occuper des fonctions de cadres dans la haute administration russe.Au Canada, Jean Malaurie a été plusieurs fois consultant sur des questions autochtones.En 1968, il a notamment œuvré comme rapporteur général d'une commission franco-québécoise pour l'étude d'un plan de développement de l'Ungava qui allait devenir le Nunavik.En juin 2000, il recevait les honneurs du sénat canadien pour son travail au Nord.Il signe cette année aux Presses de l'Université Laval la préface de La longue marche des Inuits du Nunavik, de Thibault Martin, un de ses anciens élèves devenu professeur au département de sociologie de l'université de Winnipeg.Ses prises de position et son style « parisien » lui ont amené des inimitiés tenaces parmi les anthropologues canadiens.Mais rien pour ébranler ce géant.Québec Science ~ Avril .2003 19 uébec Science : D'où vous vient cette passion du Nord ?Jean Malaurie : Mon engagement est philosophique, politique et personnel.Je suis convaincu que la mondialisation et l’internationalisation des peuples est un malheur, et que la diversité est la condition sine qua non du progrès de l’humanité.Biodiversité pour les plantes; pluralisme culturel pour les hommes ! QS Le choc des civilisations dans le Nord a-t-il été terrible ?JM Je suis un des rares hommes blancs encore vivants qui a habité dans un iglou, dans des conditions très primitives.Je peux témoigner que je n’ai jamais vu société vivre avec autant d’allégresse.Pourtant, l’histoire plurimillénaire des Inuits se construit dans la douleur.Sait-on que, dans l’Ungava, un tiers de la population est morte de faim entre 1920 et 1944 ?Depuis, deux générations ont payé lourdement le prix d’une acculturation brutale.Mais ce peuple se relève.Il fait aujourd’hui preuve d’une extraordinaire intelligence à s’adapter à la politique.Ce sont de redoutables négociateurs.Ils savent mesurer les rapports de force.Il y a parmi eux des hommes d’Etat capables de construire une nation.QS Au Québec, le Nunavik espère acquérir son autonomie gouvernementale.Dans les Territoires du Nord-Ouest, le Nunavut l'a obtenue en avril 1999.Est-ce une manière de se réapproprier l'histoire ?JM Les Inuits ont la chance que le Nord n’ait pas subi d’immigration massive.Leurs revendications territoriales sont légitimes pour construire une nation.L’époque où les gouvernements traînaient des pieds pour comprendre ces peuples est passée.Le Québec a été la patrie du jugement Malouf, la première décision juridique favorable aux autochtones qui a ouvert la porte à la Convention de la baie James.Une nation est en voie de formation au Nord.Le Groenland, peuplé à 90 % de Kalaallit, c’est-à-dire des Inuits métissés avec des Danois, vient de voter en faveur d’une plus grande autonomie ! Cela peut avoir bien des répercussions, car il existe d’étroites relations entre toutes les régions circumpolaires - Nunavik, Nunavut, Alaska, Sibérie, Groenland - grâce au Inuit Circumpolar Conference (ICC).QS Mais il leur faut des moyens.JM Ces régions connaissent une rapide croissance démographique, mais qui tend à se ralentir.Ils sont près de 150 000.Dans presque une génération ils seront deux fois plus nombreux et ils auront besoin d’une économie vigoureuse.Actuellement, ils vivent d’injections massives de crédits venant du Sud, à titre de compensations diverses.Mais l’art, le tourisme et les pêcheries ne peuvent leur suffire.Les ressources considérables du sous-sol peuvent certainement contribuer à leur développement.Les jeunes leaders inuits savent qu’un pays qui vit sur une rente est un pays condamné.QS Qu’est-ce que les Inuits peuvent apporter au concert des nations ?JM Une autre relation avec l’environnement.Ce n’est pas qu’un mot : pour survivre dans l’Arctique, il faut pouvoir lire le territoire, comprendre les pierres, les animaux et les plantes.Les Inuits sont des biologistes, des écologistes nés.Si nous savons les écouter, ils peuvent devenir, pour eux et pour nous, les sentinelles de la planète - les gardiens de nos folies.Car le pôle est le berceau des climats; la complexité des problèmes environnementaux est encore plus sérieuse là qu’ail-leurs.On veut les aider à se développer ?Fort bien.Mais pour quoi faire ?Qui ignore encore que nous ne pouvons continuer notre développement de la sorte ?Le Sud, déjà, met le Nord en péril : nous sommes en train de le polluer.Jusqu’ici, les autochtones ont su résister à nos modes d’exploitation.Mais le danger pour eux est de contracter ce vice mortel du capitalisme dans sa folle spirale, c’est-à-dire le « toujours plus », en devenant des agents de destruction de l’ordre naturel.Ce qu’ils peuvent nous apporter, c’est une sortie de secours du côté de la nature.Car la pensée occidentale est en crise ! Notre « écologie » est teintée de problèmes politiques qui n’ont rien à voir avec sa di- mension spirituelle.Le Nord correspond à un mythe très profond : la pureté, la force, la régénérescence, The Idea of North si chère à.Glenn Gould, ce grand inspiré de la musique sacrée.C’est Apollon qui est le dieu du nord, pour les Grecs.Toutes les grandes pensées chinoises et persanes situent aussi dans le Nord un lieu singulier.C’est peut-être de la poésie, mais c’est aussi l’expression d’une intelligence.Comme le rappelait Charles Morazé, le grand historien qui vient de mourir, il est des origines sacrées des sciences modernes.Et visiblement depuis quelques années, il y a dans la conscience occidentale un retour à l’origine, dans son expression psychanalytique.Quelque chose est en train de s’inventer, une nouvelle humanité qui veut lutter contre la folie de l’Occident.Il y a là une aspiration dont tous les peuples premiers — les peuples racines comme les Russes les appellent - témoignent.QS Faites-vous référence au chamanisme ?JM Je dirais au néo-chamanisme, cette association entre le chamanisme et le christianisme.Et il ne s’agit pas seulement de taper le tambour ! Les Inuits sont conscients qu’il y a dans la nature un ordre, une vérité.Es le vivent de façon 5 très sensorielle.Mon 3 collègue Marc Ta-| dié, un spécialiste 2 des neurones et des “5 dendrites, a bien montré que les peuples premiers sont doués de sens plus éveillés que les nôtres.Ils perçoivent ce que nous ne percevons plus - les forces naturelles - parce que nos neurones n’ont plus la même acuité que ceux des peuples de la nature.Le néo-chamanisme est émotion, instinct, symbiose avec la nature.C’est ce qui inspire toute la pensée inuite depuis des millénaires.Ce n’est pas la morphologie économique ou sociale qui détermine l’histoire d’un peuple.C’est sa propension à inventer des dieux.Et ces peuples sont affamés de sacré.Back River, avril 1963 « Si nous savons les écouter, ils peuvent devenir, pour eux et pour nous, les sentinelles de la planète - les gardiens de nos folies.Car le pôle est le berceau des climats; la complexité des problèmes environnementaux est encore plus sérieuse là qu'ailleurs.» 20 Québec Science - Avril 2003 OS C'est la question du sens ?JM Elle est essentielle.Mais manifestement ce qu’on a proposé jusqu’ici appelle de sérieux ajustements.L’alcool, la drogue, le taux très élevé de suicides des jeunes, ce sont des signaux.Il convient d’y apporter très rapidement des réponses politiques et philosophiques.Heureusement, les femmes ont une vitalité extraordinaire.QS Qu'est-ce qui les aidera à prendre leur destin en main ?JM D’abord, garder leur langue.Cette baleine immense - les Etats-Unis et leur langue anglaise - absorbe tout.Puis, il faut qu’ils se dotent rapidement d’instituts supérieurs d’esprit inuit pour former leurs propres élites politiques, culturelles et scientifiques.Ils doivent avoir leurs ingénieurs, leurs informaticiens, leurs médecins.Il y a eu la génération de mon ami le sénateur canadien Charlie Watt, un grand négociateur, un des architectes de l’autonomie vers laquelle ils avancent.Mais il faut aller plus loin.Je répands cette idée que je juge essentielle et urgente : il faut qu’ils aient leurs écrivains, leurs historiens, leurs anthropologues.Très vite.Qu’ils écrivent leur histoire politique et andiropologique, leur Nunavik, à leur manière.Ils la connaissent; ils la vivent; ils ont des magnétophones; ils savent écrire.Reste à apprendre à communiquer avec nous.Au Nunavut, ils ont fait un film, Atanarjuak.Pour moi, c’est un moment dans l’histoire inuite, c’est comme ça que ça commence.Ils ont certes un peu bluffé pour percer le marché filmique international mais ils ont réussi, comme les Noirs avec le jazz.Ce qui essentiel, c’est de les laisser faire.L’important, c’est l’intelligence créative.Ce qui est terrible, c’est le rouleau compresseur de l’université qui est faite pour les Occidentaux.Je suis allé à Kuujjuaq en 1990, et il y avait une école déjà impressionnante avec de très bons enseignants.Désormais, la ligne est donnée et elle est droite ! Mais pourquoi n’y aurait-il pas aussi une académie internationale inuite avec des professeurs inuits, un recteur inuit, un enseignement adapté ?Cet institut devrait prendre le meilleur de ce qu’il y a en Occident et leur apprendre à détester ce qui risque de les faire disparaître.OS ¦ + r Parmi les nombreux ouvrages de Jean Malaurie : • les derniers rois de Thulé.Avec les Esquimaux polaires, face à leur destin, Plon, collection Terre Humaine, 1989.• Hummocks I et II, Plon, collection Terre Humaine.1999.• L'appel du Nord.Une ethnophotographie des Inuits, du Groenland à la Sibérie : 1950-2000.Éditions de La Martinière, 2001.• Ultima Thulé.De la découverte à l'invasion.Éditions du Chêne, Paris, 2000.• De la vérité en ethnologie.Séminaire de Jean Malaurie 2000-2001, ouvrage collectif publié sous la coordination de Dominique Sewane, Paris : Éd.Economica (Coll.Polaires), 2002 U/hf fiatte au paijd cfa géante t ï j 11 is i u PM'C à h iruifr ierl-Bmrai Cmlralt U Grm^-1 , a durera iermfa Èmcmteur de crm Prenez la route de la Baie-James En plein cœur de la taïga, Hydro-Québec vous invite à découvrir des ouvrages grandioses.Visitez gratuitement l'Aménagement Robert-Bourassa, la plus grande centrale souterraine au monde, et la centrale La Grande-1.Accessibles par la route ou par avion, nos installations hydroélectriques sont situées à proximité du village de Radisson.Pour obtenir plus de renseignements sur nos visites d'installations à la Baie-James, faites le 1 800 291-8486 ou consultez le www.hydroquebec.com/visitez.Nous sommes ouverts toute l'année.Q" Hydro Québec Québec Science - Avril 2003 21 JOHN FOLEY/AGENCE OPALE société A-^bnro- > - i'—- .—y __________ .* «.•rs'.X ^ - : -i -¦ J ; 'î^5*'JL PTJS "J*p -< *-'î'- •»^ •:- •-:^ ¦ -*5P fc-njr ''¦'"^r- ^ .r’#*§>'3' mm X N?Les Inuits du Nunavik remontent le temps à toute vitesse.À trois heures de Montréal, Kuujjuaq ouvre la porte d’un monde en plein bouleversement.par Laurent Fontaine D’épaisses mitaines, de grosses bottes et la tuque enfoncée très bas sur la tête : quelle idée ai-je eue de visiter Kuujjuaq en plein hiver ?Il fait un froid à geler un ours et j’admire pour la dixième fois le génie des Inuits d’avoir survécu des millénaires dans cet environnement -avant l’arrivée du chauffage, des mo-toneiges et du polar ! Le long des rues, quelques centaines de maisons de bois, rouges, bleues ou vertes, résistent au vent qui coupe le souffle; coquettes demeures.Au loin, la rivière Kosoak, blanche et figée.Çà et là, glissant entre les maisons, des enfants par grappes jouent dans une lumière pâle de fin d’après-midi.À -27 °C, c’est une éclaircie, en ce mois de janvier ! I Kuujjuaq, c’est le chef-lieu du Nunavik.iPlus de 2 000 habitants, trois quarts d’Inuits, iun quart de Qallunnaat-les Blancs.Une ^grande ville en somme, en regard des r 13 autres municipalités posées sur le pour- tour de la baie d’Ungava et de la baie d’Hudson, et dont plusieurs ne comptent même pas 500 âmes.Le Nunavik couvre le tiers du territoire du Québec.Une immense étendue de vraie toundra, où vivent un peu plus de 10 000 habitants, dont 90 % d’autochtones.Même s’ils sont deux fois plus nombreux qu’il y a 20 ans, les Nunavimmiut tous ensemble tiendraient dans le Centre Bell de Montréal ! Ils forment la population la plus jeune du Canada.Deux tiers d’entre eux n’ont pas 25 ans; l’âge médian au Nunavik est de 19 ans, contre 37,7 ans pour l’ensemble du Canada.Dans le tout nouveau centre de congrès de Kuujjuaq, le maire Michael Gordon me montre les photos que l’anthropologue Bernard Saladin d’Anglure, de l’Université Laval, avait prises en 1968 pour immortaliser l’ancien Fort-Chimo : 65 clichés noir et blanc qui recensent 250 habitants environ, serrés devant leurs baraques en bois.Du Doisneau version nordique; émou- vant.« La municipalité a bien changé depuis », note le maire qui, à 32 ans, en est à son troisième mandat - il est parmi les tout premiers résidants du Nunavik à avoir décroché un titre universitaire en sciences politiques à l’Université McGill.L’ancien poste de traite compte désormais deux hôtels, un bar, une banque, deux « grandes » surfaces (la Coop et le Northern Store), un Centre de santé qui dessert toute la baie d’Ungava, une grande école, les bureaux de la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik, ceux de l’administration régionale Ka-tivik (ARK) et de la corporation Makivik - le bras politique et économique des Inuits au Québec, qui possède aussi le Centre de recherche du Nunavik.L’aéroport de Kuujjuaq, par où transitent les avions de First Air et d’Air Inuit en direction du Nunavut, en a fait la plaque tournante du Nord québécois.L’arrivée des vols quotidiens est l’occasion de longues 22 Québec Science ~ Avril 2003 :$de ctaf L(,fns ibw a a® ïietf :ifeor- aiif' of «If - I (ijtflf > llU»' ir# jiiitf1 flaf ited6 ins»0 salutations qui restent une habitude bien vivante (chimo est une mauvaise prononciation du mot saimouk, « serrons-nous la main »).Les nouvelles du Nunavik entier circulent ainsi, en quelques heures.L’autre lieu de rencontre en hiver, c’est le Forum avec sa patinoire, sa salle de quilles et surtout la radio communautaire - le trait d’union des résidants.Motoneiges, télévision satellitaire, GPS, Internet, véhicules 4X4, micro-ondes, Y American way of life a gagné Kuujjuaq et la plupart des municipalités du Nunavik.Les conditions de vie n’en restent pas moins difficiles.Hydro-Québec a étiré ses lignes à haute tension de la baie James vers Montréal, pas vers le 58e parallèle.Pour se chauffer, chacune des 14 municipalités dépend de la livraison de mazout annuelle et des cargaisons qui arrivent par bateau l’été.Chaque clou, chaque planche, chaque cloison de maison est arrivé par mer -d’où le coût exorbitant des constructions, financées par les gouvernements.Dans les logements, où plusieurs générations s’entassent, l’eau potable et les eaux usées sont livrées et évacuées par camion-citerne.Il n’y a pas de système d’égout.L’épicerie elle aussi vaut son pesant d’or.Transporter des denrées du Sud coûte plus de quatre dollars le kilo.En 1999, le même panier d’épicerie valait 124 dollars à Val-d’Or, 181 dollars à Kuujjuaq et 215 dollars à Salluit.Rien d’étonnant à ce que les Inuits tirent 70 % de leur nourriture de la chasse et de la pêche.Les voyages ?Un aller-retour vers Montréal est plus cher qu’un vol vers l’Europe.Se déplacer serait impossible pour les habitants sans les rabais accordés aux « bénéficiaires » de la Convention de la baie James et du Nord québécois, l’accord politique qui régit les relations entre le Québec et le Nunavik depuis novembre 1975.Il y a environ 4 500 ans, des Paléoesquimaux en provenance d’Alaska ont progressivement occupé le Nord du continent.Ils ont disparu il y a 2 500 ans pour des raisons encore inexpliquées.Cinq cent ans plus tard, arrivent les Dorsé-tiens, un groupe qui exploite essentiellement les ressources marines.Vers l’an 1000 de notre ère, les Thuléens, les ancêtres des Inuits actuels, les remplacent rapidement à partir de l’ouest du Canada.Leur technologie leur permet de mieux s’adapter aux conditions de l’Arctique.Dès la fin du XVIe siècle, les récits des explorateurs rapportent l’existence de ce peuple.Au fil du XXe siècle, le choc des civilisations a lieu.Dès les années 1950, les Le meilleur poisson du monde Manquer de poisson au Nunavik ?Allons donc ! C'est pourtant ce qui risquait de se passer à Kuujjuaq.Prise avec un véritable boomdémoqraphique, la métropole du Nunavik s'inquiétait de son accès à la seconde ressource alimentaire après le caribou : l'omble chevalier.« Le meilleur poisson du monde », dit Allen Gordon, le président de la Nayumivik Landholding Corporation, l'association chargée de gérer les terres réservées aux Inuits.L’omble chevalier passe l'été dans les eaux marines de la baie d'Ungava, mais doit remonter dans les rivières et les lacs d'eau douce pour la saison froide.Or deux cascades naturelles de quelques mètres seulement empêchaient les ombles de remonter les bassins de la rivière Nephjijee, proche de Kuujjuaq, un habitat naturel idéal.Avec le soutien de la Fondation de la faune du Québec, Nayumivik a dynamité les obstacles en 1998 et créé des canaux de dérivation que les poissons peuvent emprunter.« Dès le lendemain, quelques ombles chevalier se sont engagés dans la passe», dit Allen Gordon.Mais quelques poissons ne suffisent pas à repeupler un bassin de plusieurs lacs.Pour accélérer le mouvement, l'équipe d'Allen Gordon a transformé une ancienne station de pompage d'eau de Kuujjuaq en écloserie.Tasiujaq, la municipalité voisine, a offert les 35 000 premiers œufs.Placés dans leur incubateur de Kuujjuaq, ils grandissent jusqu'à donner des alevins qui sont ensuite relâchés dans les lacs de la Nephjijee.« En nature, 12 % seulement des œufs survivent.Dans notre écloserie, c'est 98 % ! » poursuit Allen Gordon.Fort de ce succès, les initiateurs du projet ont placé dans les incubateurs 82 000 œufs l'an dernier et 100 000 cet hiver.Les alevins sont relâchés durant l’été.Il faudra tout de même attendre six à sept ans pour apprécier les résultats.Le temps que les ombles nés dans l'écloserie atteignent la taille de 45 cm, qu'ils ensemencent eux-mêmes la Nephjijee.et finissent dans l'assiette ! Québec Science - Mars 2003 2 3 62“ 60" 58“ 56“ 54“ 52“ 50“ Ivujivik bbbn- r L L n.C c- A jL Lc^CDrV, AQV bPbVrV aJCLO^Lo-11 < b ^P a)oALT Vd^OO b - "sPo 01e sbbo^LCoc 1 2o- PI>TSr ^Cc1cSc-b 1 4a-c 1 5 -Dc CbkPo-VClc 4Sb T^LV[>n.Jc >phA°»rc.AbfVLc crsPJc [>C-[>Obb FCU>dsDcrb >lo[>,bdJc.AUrNOPC PCLbdOPCJÊéH .[>r
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