Revue Desjardins : organe officiel de la Fédération des caisses populaires Desjardins, 1 janvier 1952, Mars
R-243 I EDIFICE DESJARDINS DESJnRDINS ¦niriüÊMoioiTl ;T fjr f S V.' ,4.' J’ T.' .Volume XVIII Mars 1952 QUO VADIS?- ?- UN film tout récent, d’une grande splendeur et qui a coûté des millions, oient de remettre en valeur une Légende déjà largement illustrée par le roman.La Rome païenne était terrorisée par Néron, le persécuteur : Pierre, le Prince des apôtres, n avait pas échappé à cette terreur.Et alors que celui qui avait la charge de paître et les agneaux et les brebis, arrivait aux portes de la ville, il y rencontre son Dieu et lui dit : Quo vadis.Domine ?— Oà allez-vous, Seigneur ?)) Et le Maître de répondre : « À Rome, pour my Jaire crucifier de nouveau )) ; Pierre comprit qu’il ne devait pas abandonner son poste avec ses responsabilités.Ne pour rions-no us, ne devrions-nous pas nous poser la même question : Quo vadis ?oà allez-vous quand la Liquidité de votre Caisse reste à un pourcentage qui inquiète ?Quo vadis?oà allez-vous quand vous vous obstinez, malgré tous les conseils de la saine prudence, à échanger des chèques aux sociétaires dont le dépôt n’est pas suffisant ?Quo vadis ?oà allez-vous si, pour des raisons de sentiment ou autres, vous maintenez toujours des comptes au débit ?Quo vadis?oà allez-vous en persistant à Jaire des opérations avec des non-sociétaires, alors que les règlements vous imposent une ligne de conduite totalement opposée 7 Quo 'vadis ?oà allez-vous si, déjà, vous n’avez plusJoi en ces règlements dictés par la sagesse, qui ont été depuis cinquante ans le salut de tous ceux qui non seulement ont cru à leur valeur de succès, mais qui les ont tout simplement observés 7 N’attendons pas de miracle : le comman-mandeur Desjardins ne reviendra pas prendre la place de tous ces infidèles à La discipline prudente qu il leur avait donnée comme modèle.Ce soin, il l’a remis à la Fédération, aux Union régionales et à tous ceux qui lui succèdent.Et c’est en leur nom que nous vous reposons La question si pleine d’actualité : Quo vadis ?Oà allez-vous 7 , ÉDIFICE DESJARDINS DESJARDINS Organe officie! de la Fidiration de Québec des Unions régionales des Caisses populaires Desjardins, société régie par la Loi des syndicats coopératifs de Québec Vol.XVIII, No 3 QUÉBEC Mars 1952 Sommaire Quo vadis 7.Éditorial : Qualités d'un excellent gérant.v-,.Origine du billet de banque.Les souvenirs de M.le chanoine Rochette.La Caisse populaire de Saint-Marc (Portneuf) a célébré son 10e anniversaire.Buts des coopératives dans un milieu étudiant.L'inflation et nous — II.Quelques considérations sur le mouvement des opérations des Caisses populaires.Comment amender les Statuts Le fonds de pension.La Caisse populaire du collège de Lévis.Les gérants des Caisses populaires de l'Union régionale de Saint-Hyacinthe tiennent une journée d’étude La Caisse populaire sociale de Sherbrooke.Consultation légale.Congrès de la Langue française Tous à l’œuvre.PAGE Jos.Turmel.42 C.Vaillancourt.43 Marquis du Four de la Londe 45 .46 .48 Marcelle Caron.49 René Croteau.50 Paul-Eug.Doyle.51 Rosario Tremblay.54 Paul-Eug.Plante.55 Jean-Marc Bolduc.56 Lucien Pilon.57 Un témoin.58 Le Conseiller juridique.59 .59 S.S.le pape Pie XII.60 Rédaction et administration LA FÉDÉRATION DES CAISSES POPULAIRES ÉDIFICE DESJARDINS S9, AVENUE BÉGIN.LÉVIS, P.Q.PRIX DE L’ABONNEMENT Pour les caisses et leurs sociétaires.$1.50 Pour les autres.$2.00 LA REVUE DESJARDINS est imprimée aux ateliers Charrier ci Dugal, limitée, Québec Autorisé comme envoi postal de deuxième classe, ministère des Postes, Ottawa.Jos.Turmel Qualités d'un excellent gérant Dernièrement, étant à causer avec des gérants de Caisses populaires, nous avions à répondre à de multiples questions.L'un d'eux nous demanda alors : (( D'après vous, qu'est-ce qu'un gérant idéal de Caisse populaire ?» Si vous nous le permettez, avons-nous répondu, nous allons préparer un article pour La Revue Desjardins sur ce sujet.Voici donc, à notre avis, quel serait le gérant idéal de Caisse populaire.Un gérant de Caisse populaire doit d'abord connaître les chiffres, la comptabilité ; c'est une condition élémentaire.Lors de la fondation d'une Caisse, il n'est cependant pas nécessaire que le gérant soit un expert comptable ; il doit tout de même posséder une certaine instruction et connaître au moins les quatre règles simples.Puis, à mesure que la Caisse se développera, avec le concours des inspecteurs de la Fédération et des Unions régionales, avec l'aide des Unions et de la Fédération, le gérant augmentera ses connaissances et s'en tirera assez facilement.Mais, quand le gérant d'une Caisse populaire assez considérable disparaît, on ne doit pas le remplacer par quelqu'un qui n'a jamais fait de comptabilité ; au contraire, le nouveau gérant d'une telle Caisse devra être assez expérimenté.Voilà pour le point de vue comptabilité.Le gérant de Caisse populaire doit aussi posséder des connaissances pratiques : savoir faire les procès-verbaux, diriger une assemblée, pouvoir répondre aux demandes de renseignements au cours des réunions.Ce sont là des connaissances techniques, pourrions-nous dire.Nous voudrions, cependant, insister surtout .sur les qualités morales d'un gérant de Caisse populaire ; elles sont primordiales, indispensables.Premiere qualité morale : l'intégrité.Un gérant de Caisse populaire ne doit jamais laisser planer sur lui le moindre soupçon concernant son honnêteté.Ce qui veut dire que non seulement le gérant de Caisse ne voudra se rendre coupable de vol, mais il connaîtra assez son devoir et possédera assez de fermeté pour ne jamais tolérer de chèques sans provisions, ne jamais faire des avances d'argent à celui-ci ou à tel autre sous prétexte que cela rend service, et que cet argent sera remboursé presque sur-le-champ, et pourtant des semaines et des mois se passent sans que ces avances ne soient remises à la Caisse.Non, un gérant de Caisse populaire doit être intègre, exempt de tout soupçon dans toute son administration; dans toute sa vie.L'argent qu'il a à administrer ne lui appartient pas, il n'a pas le droit de le prêter sans le consentement de la commission de crédit, il n'a pas le droit de faire une œuvre de charité sans le consentement du conseil d'administration, d'acheter aucune valeur, de faire le moindre placement, sans l'approbation du conseil d'administration.Il n'a pas le droit de retirer de l'argent sans le consentement des administrateurs.Deuxième qualité morale : En outre de l'intégrité, l'honnêteté, la probité, il y a l'humanité.Comme le disent nos gens en parlant d'un quelqu'un qu'ils estiment à cause de son caractère affable : (( notre gérant de Caisse, c'est un homme humain )) peuvent dire les sociétaires.Un gérant de Caisse populaire doit recevoir les sociétaires, grands ou petits, vieux ou jeunes, très jeunes même, avec humanité, avec bonté.S'il 44 LA REVUE DESJARDINS Québec, mars 1952 doit exprimer un refus, qu’il le fasse sans aigreur, La chose n’est pas toujours facile, nous le comprenons .s’il arrive qu’un gérant perde un peu de son calme, c’est qu’il y a des gens qui pourraient faire fâcher les saints eux-mêmes.Troisième qualité morale : la coopération.Un gérant de Caisse populaire doit être un vrai coopérateur, c’est-à-dire, agir, opérer, travailler avec les autres.Pour le gérant, la caisse populaire, c’est un peu sa vie, mais il doit réaliser que c’est aussi l’organisme des autres directeurs, membres de la commission de crédit et du conseil de surveillance.Parce qu’il est, pourrions-nous dire, la cheville ouvrière de la Caisse, le gérant peut s’imaginer parfois que c’est son organisme à lui, et s’il décide d’employer l’argent pour telle chose, que les directeurs le veuillent ou non, il l’emploiera comme il l’a décidé.Et ainsi, faisant de la Caisse populaire sa chose, il pose des actes qui peuvent causer de graves ennuis et à la Caisse et à lui-même.Y a-t-il des gérants de Caisses qui pensent et agissent de cette façon ?Très peu, probablement, mais s’il y en a quel-ues-uns qui se reconnaissent dans cette escription, qu’ils fassent leur examen de conscience ; ils se rappelleront alors que le gérant est le conseiller de la Caisse, l’animateur des dirigeants, mais non l’unique propriétaire de cet organisme, et que les autres membres des différents conseils et commissions ont aussi quelque chose à dire, à faire, à voir.Le gérant de la Caisse coopérera, en agissant ainsi, avec les autres directeurs en qui il verra des collaborateurs plus qu’utiles, et il évitera de prendre des responsabilités auxquelles il n’est pas tenu.Un sociétaire vient à la Caisse et demande à emprunter.Le gérant répond : ((Je ne peux pas vous prêter )), au lieu de dire : (( Vous n’êtes pas sociétaire de la Caisse, cette dernière ne peut vous consentir un prêt )), ou encore : (( Je vais soumettre votre demande aux membres de la commission de crédit ; vous reviendrez et je vous dirai ce qui en est.)) Le gérant veut décider lui-même si la Caisse prêtera ou refusera la demande d’emprunt ; il prend une responsabilité trop grande et s’expose personnellement au mé- contentement de ceux qui se verront refuser.Il créera de l’animosité dans ses relations avec les gens de sa paroisse et endossera tous les blâmes, toutes les critiques.Pourquoi donc prendre ces responsabilités quand on peut les partager ?Un prêt est refusé — le gérant n’a qu’à faire part de cette décision au sociétaire concerné ; la décision vient des commissaires de crédit, et personnellement il n’a rien à y voir.Une autre qualité du gérant de Caisse idéal : la discrétion.Les gens qui viennent à la Caisse populaire, font affaire avec la Caisse : le gérant ne fait que représenter cet organisme.L’article 42 des statuts de la Caisse populaire dit bien : (( Toutes les opérations des sociétaires avec la société sont strictement confidentielles.Elles ne peuvent être dévoilées qu’en cas de décès ou sur l’ordre d’une autorité compétente.)) Le gérant doit être comme une tombe.Il ne faudrait pas, au cours d’une veillée, ou à la maison, qu’il raconte tout ce qui se passe à la Caissé.Il est au courant de bien des secrets, le gérant ; il peut agir avec beaucoup de charité envers les uns ou les autres, acquérir, par cette discrétion, de la part des sociétaires, une confiance presque sans limite.Parce que les paroissiens ont confiance en leur curé, ils lui font part de leurs peines, de leurs misères ; le pasteur saura bien trouver des mots de consolation et des moyens pour les aider, conservant dans le secret de son cœur et leur misère et leur douleur.Un gérant de Caisse populaire discret, humain, honnête, intègre, devient pour les sociétaires de la Caisse le confident, celui à qui ils peuvent raconter leurs difficultés, à qui ils peuvent s’adresser pour avoir des bons conseils, de qui ils sont sûrs d’avoir aide et secours et, surtout, celui qui ne les trahira jamais par de malheureuses indiscrétions.Une autre qualdé d’importance : l’ordre.Un gérant idéal de Caisse populaire est un homme d’ordre, qui fait chaque jour ce qui doit être fait, qui ne remet jamais au lendemain ce qui est à faire aujourd’hui.Ses livres balancent, son encaisse est bien détaillée, les chèques sont toujours endossés (( pour dépôt au crédit de .)) afin que, s’il Volume XVIII, n° 3 LA REVUE DES JARDINS 45 y avait perte dans le transport, dans le courrier, personne ne puisse se servir de ces chèques.Est-il bien d’ajouter que le gérant de la Caisse sera, dans sa paroisse, un modèle en tout ce qui est bien, en tout ce qui est honnête, intègre, en tout ce qui est d’ordre.Nous pourrions parler encore bien longtemps sur le sujet, mais ce que nous venons de dire semble suffisant.Qu’on s’en tienne .à ces grands principes et je crois qu’on aura alors pour la Caisse populaire le gérant idéal.Nous ne prétendons pas que le gérant puisse être un homme parfait — la perfection est-elle de ce monde ?— mais qu’il travaille à devenir meilleur, plus parfait, .le reste lui sera donné par surcroit; Origine du billet de banque -?- SAIT-ON que le billet de banque a pris naissance sur les bords du Saint-Laurent ?C'est une curieuse histoire et qui vaut d’être contée avec quelques détails.En 1684, l’argent monnayé manquait au Canada pour payer les troupes du roi (400 hommes) lorsque, dans cette pénurie de numéraire, l’intendant de la Nouvelle-France, M.de Meulles, s’avisa de signer des « bons » écrits sur des cartes à jouer, et de les mettre en circulation forcée, ce qui, du reste, fut bien accueilli de la population — elle ne montait alors qu’à dix mille âmes — et ensuite approuvé par Louis XIV qui se porta garant de l’émission.M.de Meulles créait ainsi le billet de banque ni plus ni moins — comme M.Jourdain faisait de la prose, sans le savoir, — lui donnant pour base sa signature personnelle bientôt couverte par la parole du roi.Rien de pareil n’existait alors en Europe, en Asie ou en Amérique.Ce n’était plus la lettre de change ou de crédit — cette géniale invention des Lombards du XIIIe siècle, — ni une traite quelconque, mais le vrai billet de banque avec toutes ses caractéristiques actuelles.Les visiteurs du musée des Colonies, édifié à l’exposition de Paris en 1931, auront appris en quoi consistait cette « monnaie de carte )> comme on l’appelait : des cartes à jouer coupées en quatre, qui portaient, écrite à la main, l’indication de la valeur qu’on leur attri- buait, avec les signatures du gouverneur et de l’intendant.Ces signes de la circulation fiduciaire n’étaient destinés qu'à une existence temporaire.Tous les ans, à l’automne, d'ordinaire en octobre, ceux qui en détenaient devaient les convertir en lettres de change sur Paris ou Rochefort, qui ressemblaient à des bons du trésor.Mais cette rentrée ne s’opérait jamais en totalité : les Canadiens préféraient thésauriser le papier comme ils auraient fait de l'or : on en vit même SOMBRES PERSPECTIVES Deux Arabes parlent des voyages en avion.— En avion, dit l’un d’eux, on voyage maintenant en toute sécurité.Pourquoi donc as-tu peur 7 Quand ton heure sera venue, Allah te trouvera n’importe oà, aussi bien sur terre que dans l’air.— C’est juste, répondit l’autre, mais suppose que, pendant que je suis en avion, ce ne soit pas moi qu Allah vienne chercher mais le pilote l » Un borgne gageait contre un homme qui avait bonne vue qu il voyait plus que lui.Le pari est accepté.(( J’ai gagné, dit le borgne, car je vous vois deux yeux, et vous ne m’en voyez qu un.)) qui, par un véritable paradoxe, demandaient à échanger des lettres de change pour de la monnaie de carte.Et cependant, ces petits morceaux de carton sont devenus des raretés.Ils constituent pour les collectionneurs des numéros introuvables.Ceux que l’on avait exposés à Vincennes se rapportaient à l’année 1714.À deux reprises, la multiplication excessive du papier-monnaie aboutit à la faillite : en 1714 et en 1760.La circulation en dut être interrompue provisoirement.On la rétablit en 1729 et elle se continue jusqu'en 1760.Certains marchands de Boston, qui avaient séjourné à Québec et qui y avaient vu fonctionner ce système, proposèrent en 1690, à la province de Massachusetts, de libérer la dette publique au moyen d'un papier-monnaie semblable.Le projet fut accepté ; cependant, comme les Puritains n'avaient pas de cartes à jouer — instruments de perdition à leurs yeux — on employa de simples cartons écrits à la main, et tout le monde s’en montra satisfait, jusqu'au rachat du dernier bon, inclusivement.C’est ainsi qu'une colonie française, au temps du roi-soleil, a expérimenté, pour la première fois, le billet de banque et la monnaie fiduciaire.Marquis du Four de la Londe {Historia) 46 LA REVUE DES JARDINS Québec, mars 1952 Les souvenirs de M.le chanoine Rochette -?-— Le 20 janvier 1952, l’édifice Desjardins, à Lévis, recevait au nom de L’Union régionale de Québec, M le sénateur C.Vaitlancourt et M.l’abbê Émile Turmel, depuis vingt-cinq ans président et secrétaire de l’Union, M.René Bédard, directeur depuis vingt-sept ans.Il y avait aussi le Très Révérend monsieur le chanoine V.Rochette qui, depuis trente ans, soit comme inspecteur, soit à d’autres titres, donne son talent et son temps à l’Union de Québec.Nous sommes heureux de publier, pour tous nos lecteurs, l’allocution de M.le chanoine Rochette.Il nous reste à nous, « les arrivés après )), de jaire la comparaison qui s’imposera.— J.T.MES plus sincères remerciements aux organisateurs de cette belle soirée, de cette belle démonstration par laquelle vous avez bien voulu reconnaître, ce n’est pas la première fois, le travail du premier inspecteur de l’Union régionale des Caisses populaires de Québec.Il y en a encore beaucoup qui se demandent et qui me demandent comment il se fait que je sois devenu un inspecteur des Caisses populaires alors que j’avais été nommé vicaire à Sainte-Germaine, dans une paroisse de colonisation.Je vais vous dire comment la chose est arrivée, et vous faire un peu l’histoire des Caisses populaires.En 1910, étant nommé vicaire à Sainte-Germaine, je suivais les débats dans la Vérité, les articles de M.Lefranc, sans savoir que c’était le chanoine Grondin dans ce temps-là.Les articles traitaient des bienfaits des Caisses populaires.Sainte-Germaine était une paroisse assez populeuse, mais pas très riche, mais riche en bonne volonté.Des colons qui étaient très honnêtes, bons travailleurs, mais qui vivaient beaucoup sur le crédit, n’ayant d’argent liquide qu’à la sortie des chantiers et payant des intérêts de 10, 20 et 25% sur des emprunts en dehors de la paroisse.Je convertis d’abord à mes idées M.Ernest Ouellet qui est devenu Conseiller législatif, dans le temps qui était simplement huissier dans la paroisse, il parcourait souvent les rangs de la paroisse pour servir des actions, des collections.En- suite, j’ai converti son frère Arthur, M.Giguère, marchand, M.Bégin, le père de M.Bégin, ministre de la Colonisation, à leur tour, ils demandèrent au curé de M.le chanoine V.Rochette.faire venir M.Desjardins, pour fonder une Caisse populaire.Le billet du chemin de fer Québec Central coûtait, dans ce temps là, $8.; c’était énorme pour le temps.M.le curé décide d’attendre que M.Desjardins soit demandé dans une paroissse voisine afin de séparer le billet en deux et n’avoir à en payer que la moitié.Vous voyez comme on pratiquait l’économie dans ce temps là.Toujours que la Caisse fut fondée.M.Desjardins a été demandé à la paroisse de Saint-Léon-de-Standon et monsieur le curé en a profité pour le faire venir à Sainte-Germaine.La Caisse fut fondée avec 300 sociétaires ou 350.Mais on se demandait qui prendrait la comptabilité de la Caisse.M.Desjardins avait bien dit à l’assemblée que la première année il fallait faire ça gratuitement, peut être aussi la deuxième et la troisième année, ça dépendrait des profits que la Caisse pourrait faire.C’est alors qu’on demanda au vicaire du temps s’il voulait bien accepter la gérance de la Caisse.Le salaire du vicaire, dans ce temps là, n’était pas fort.Je ne gagnais pas tout à fait $2.par semaine seulement, j’avais $8.33 par mois.Le curé me donnait juste 33 cents.Cette Caisse fonctionnait à merveille avec des emprunteurs très honnêtes surtout.Jamais nous n’avons perdu un seul sou du temps que j’ai été là et nous avons prêté beaucoup d’argent.Elle a fait de grosses affaires, même des gros profits et payé de gros intérêts, 4% sur les dépôts et 5% sur les parts.Surtout elle a rendu de grands services aux emprunteurs de l’endroit pour finir de se délivrer des usuriers d’en dehors.Même elle rendit service un peu plus tard au vicaire, en doublant son salaire.J’étaits rendu que je gagnais $15.par mois ! Entre-temps, les Caisses fondées dans les paroisses voisines, qui avaient des difficultés, s’adressaient au petit vicaire de Sainte-Germaine afin qu’il puisse aller leur aider à faire un peu de comptabilité.Rendu à Saint-Luc, c’était à 16 milles des chars, c’était difficile de partir assez souvent pour aller aider les autres Caisses.Aux petites misères de temps-là, plus tard en sont venues de plus grandes.D’excellentes Caisses subissaient le contre-coup d’au- Volume XVIII, n° 3 LA REVUE DESJARDINS 47 très Caisses qui avaient mal tourné, Alors c'est à Québec qu’on s’organisa pour avoir une inspection et, encore là, il fallait quelqu’un pour faire le travail gratuitement, tant que l’organisation ne serait pas capable de récompenser le travail.Son Eminence le cardinal Bégin, que, probablement, M.Grondin avait formé à ses idées, accepta la suggestion de nommer mon frère, qui était prêtre, curé, ici à Sainte-Jeanne-d’Arc, afin d’être plus près des communications.Quand le cardinal m’a nommé, il m’a dit : je vais nommer votre petit frère à Sainte-Jeanne-d’Arc et vous, vous serez presque dans le train, je ne puis pas vous mettre plus près que cela des chars.Alors sans vouloir diminuer le mérite de ceux qui travaillent aujourd’hui à diffuser les Caisses, à diffuser les idées coopératives, je puis bien vous dire que le travail dans ce temps-là n’était pas trop facile.Aujourd’hui c’est un vrai plaisir de travailler aux Caisses populaires comparativement à ce temps-là, il y a 25 ou 30 ans.Il y avait même des amis qui combattaient fortement les Caisses, parce qu’ils ne comprenaient pas les idées de coopération.Après avoir débuté seul dans le travail d’inspection, la besogne augmentant continuellement, on m’adjoignit M.l’abbé Turmel.Comme il avait la parole très facile et qu’il mettait beaucoup de bonne humeur dans le camp, il pouvait en plus conduire une auto, même dans les mauvais chemins, il nous versait de temps à autre, mais sans jamais nous blesser gravement.Le nombre des Caisses augmentant beaucoup, il fallait organiser une Caisse centrale.M.La-flamme, M.Turmel et moi-même, nous nous sommes occupés de cette fondation.La mort tragique de M.Laflamme nous l’a enlevé.Notre Caisse centrale a perdu presque la tête dans la crise de 1932 ; avec la mauvaise administration de quelques Caisses entêtées et la crise du temps, tout ça ensemble mettait en danger l’œuvre des Caisses populaires.Tout cela aurait bien pu décou- rager de jeunes coopérateurs, mais l’hon.M.Vaillancourt venait d’être choisi pour remplacer M.Laflamme.Vous savez tous comme il était et comme il est encore plein d’enthousiasme, ne comptant jamais son temps et comme disait M.DeBilly, travaillant toujours gratuitement dans ce temps-là.Il fut à la hauteur de la situation.Il sut ranimer les courages, surmonter tous les obstacles et pousser la barque dans le chemin de la prospérité.M.Vaillancourt a su s’entourer ici de précieux collaborateurs.Il a su réaliser le rêve de M.Desjardins.Les Canadiens français vous devront beaucoup dans le domaine de la coopération.Il ne faut pas oublier de mentionner ici d’une manière tout à fait spéciale, le nom de Son Eminence le cardinal Villeneuve qui, au plus fort de l’épreuve, a bien voulu encourager l’œuvre des Caisses, surtout la Caisse centrale, en garantissant à la Banque Provinciale un emprunt au pire de la crise en 1932.Aujourd'hui, c’est bien changé.Depuis ce temps-là, le mouvement coopératif s’est développé, a grandi et s’est étendu dans toute ,1a province de Québec.Son Eminence voyait lui-même dans le mouvement coopératif, un mouvement qui aidait l’humble ouvrier, le colon et le cultivateur à se créer une certaine aisance et à fonder un heureux foyer selon la doctrine de saint-Thomas qui disait : (( Il faut un certain bien-être pour pratiquer la vertu.)) Et vous avez pu vous mêmes le constater et c’est la grande raison des biens temporels et spirituels de nos gens qui nous a portés à aider le mouvement, à donner notre concours à l’œuvre des Caisses, non pas seulement dans le district de Québec, mais dans toute la province de Québec.Il jera froid l’hiver prochain : prévoyons. 48 LA REVUE DESJARDINS Québec, mars 1952 La Caisse populaire de Saint-Marc (Portneuf) a célébré son 10e anniversaire MARDI soir, le I2 février dernier, les sociétaires de la Caisse populaire de Saint-Marc étaient conviés a une intéressante soirée, à la salle paroissiale, pour marquer le 10e anniversaire de leur Caisse.Elle débuta par Texécution de quelques pièces par mademoiselle Thérèse Naud, soprano, artiste de grand talent, de la paroisse de Saint-Marc, et qui fut vivement applaudie.M.Robert Légaré, secrétaire-gérant de la Caisse populaire, qui compte 813 sociétaires, avec un actif de $297,274.84 et un chiffre d'opérations d'au delà 5 millions depuis sa fondation, présenta, en termes choisis, le conférencier invité, l'honorable sénateur Cyrille Vaillancourt.Celui-ci rendit d'abord hommage aux fondateurs et aux dirigeants actuels de la Caisse populaire de Saint-Marc, dont le succès provient de A.¦ ¦ ¦/ b h tr leur dévouement inlassable joint à la coopération soutenue des sociétaires.Puis, après avoir rappelé les services inappréciables rendus par la Caisse populaire à ses sociétaires, M.Vaillancourt évoqua la figure du commandeur Alphonse Desjardins, fondateur des Caisses populaires qui portent son nom, et il fit ressortir le rôle économique, social et moral que notre mouvement coopératif, à base paroissiale, d'épargne et de crédit, remplit en faveur de notre peuple.Il marqua la différence entre l'économie qui consiste à utiliser au mieux ce que l'on a, et l'épargne qui s'oppose au gaspillage et qui est la mise de côté pour l'avenir du surplus que l'on a, grâce à l'économie qu'on a pratiquée.Il illustra sa pensée en décrivant la manière d'agir de deux familles qui gagnent le même salaire et dont les dépenses sont censées être normalement les mêmes mais dont le résultat final est tout à fait différent en raison du fait que l'une est économe alors que l'autre ne l'est point, la première ayant compris les principes qui sont à la base de la Caisse populaire, et s'imposant d'y déposer régulièrement un peu d'épargne, fruit de l’économie prati- quée à la maison, en vue de permettre le meilleur établissement possible de leurs enfants et une vieillesse plus heureuse.Le conférencier insista sur la nécessité vitale, pour la jeunesse, en particulier les enfants, de pratiquer l'épargne, d'apprendre à être prévoyants.La petite épargne pratiquée de façon méthodique forme le caractère, développe la volonté, aiguise le sens des responsabilités.En terminant, il félicita les dirigeants de la Caisse de la magnifique leçon de dévouement qu'ils donnent et les encouragea fortement à continuer à se montrer aussi dévoués que charitables.Les paroissiens qui étaient présents eurent l'avantage de voir se dérouler le magnifique film en (( technicolor )) sur la célébration du cinquantenaire des Caisses populaires Desjardins, en août 1950, à l'occasion du congrès international des Caisses popu-.laires.M.l'abbé Bourbeau, ancien curé de Saint-Marc, invité à prendre la parole, tint des propos aimables à l’endroit des dirigeants de la Caisse populaire et de la population de Saint-Marc.Le curé actuel, M.l'abbé Antoine Deschênes, exprima sa reconnaissance a L SLi 'e monument du Sacré-Cœur, a été fait gratuitement par les tailleurs de pierre de Saint-Marc-des-Carrières pendant l’hiver 1932.Certains y ont consacré jusqu’à deux mois et plus de leur temps.Toute la pierre du piédestal a été donnée par La Carrière Deschambault, Inc., dont M.Nap.Drouin, de Québec, était le président.La statue en granit a été sculptée à Saint-Marc-des-Carrières par M.Adélard Vézina, avec 1 aide de MM.Amable Arcand et Paul-Emile Poulin.Les blocs de granit ont été donnés par feu M.Joseph Gingras, un de nos paroissiens, qui possédait une carrière de granit à Stanhope, opérant maintenant sous le nom de Gingras & Frère, Ltée.La statue pese 2 tonnes et mesure 8 pieds et 9 pouces de hauteur.Elle est élevée de terre à 25 pieds.Ce monument a été béni le 18 septembre 1932 par Son Eminence le cardinal Ville-neuve.Le Père Lelièvre, O.M.I., l’apôtre infatigable du Sacré-Cœur, assistait à cette benediction, ainsi que le curé d alors, M.l’abbé Wilfrid Caron, un grand apôtre du Sacré-Cœur. r>; VI V y Pi.i— 'dUlidb De gauche à droite : Mme Bernard Godin, M.E.Dallaire, M.Raymond Dussault, Mme Clément Marcotte, Hon.C.Vaillancourt, M.Clément Marcotte, Mme Raymond Marcotte et Mme A.-B.Dussault.aux dirigeants et sociétaires de la Caisse, à M.Tabbé Bourbeau, à Thonorable sénateur Vaillancourt ainsi qu’à M.l’abbé Eugène Tanguay, ancien vicaire, qui habitua les servants de messe à déposer leurs épargnes à la Caisse populaire, puis il formula des vœux pour que se continuent les progrès de la Caisse populaire de Saint- jMarc.Cette soirée dont les gens de Saint-Marc aimeront à évoquer le souvenir se termina par 1§ chant de l’hymne national 0 Canada ! Buts des coopératives dans un milieu étudiant LE coopératisme est à l'ordre du jour 1 Il n'en est plus à son origine.Il n'est plus dans la période de la première expérience et de la recherche hésitante 1 C'est un fait que, depuis quelques années particulièrement, la coopération a franchi l'étape des commencements pour devenir un mouvement économique et social.Il suffit de jeter un regard sur le Québec pour s'apercevoir que ce mouvement devient une force formidable installée pour y rester.Et, quelle sera notre réaction à nous de la génération future ?Il convient tout d'abord d'avoir l'inquiétude de notre rôle prochain, la volonté de nous y préparer adéquatement et intelligemment et, surtout, d'employer tous les moyens mis à nos dispositions pour arriver à cette fin.Or ces moyens, en privilégiées que nous sommes, nous les avons chez nous.ici, dans notre couvent.Depuis quatre ans déjà nous considérons les bienfaits de la coopération dans notre milieu.La coopérative étudiante est une forme démocratique de collaboration poursuivant avant tout l'idée de formation personnelle et sociale.Voilà pourquoi je m'efforcerai de prouver ici que la Coopération a un triple but : formation de la volonté, formation du sens social et, enfin, leçon d'expérience et de discipline.Tout d'abord formation de la volonté parce qu'elle exige des membres qu'ils adoptent dans la conduite des affaires, des procédés définis, et qui tendent au bien commun.Elle exige aussi que chacun se conforme au standard d'hon-neteté et de vertu qui prévaut chez l'ensemble.Formation du sens social.L’assistance aux réunions, aux comités, aux cercles d'étude, l'organisation des cam- pagnes, les cours, les conférences sont autant d’activités qui favorisent l'éclosion de cette précieuse vertu : le sens social.Enfin elle donne lieu à des leçons d’expérience et de discipline.Gérer une entreprise, c’est affronter la réalité, courir des risques, assumer les responsabilités qu'elle impose ; c’est prendre la détermination de tels problèmes réels, c'est la réflexion et l’imagination toujours en éveil pour organiser, pour décider rapidement et savoir improviser.C'est à un haut degré la leçon même de l'expérience et sa discipline.La coopération est en un mot l’application de la charité dans le domaine économique.L'homme, grâce au merveilleux pouvoir de relèvement qui lui est propre, trouvera en cela la force de se lever, de se redresser, de rejeter en arrière sa noble tête et de fixer le soleil.Je termine par les paroles qu’adressa 50 LA REVUE DESJARDINS Québec, mars 1952 Pie XII dans un de ces messages : « Au- jourd’hui plus que jamais l’humanité est infectée par le poison de l’erreur, tourmentée par la fièvre des désirs, elle se débat dans un desordre qu’elle-même a créé.Comme ce désordre ne peut-être vaincu que par un ordre qui ne soit ni forcé, ni factice, le salut et la restau- APRÈS avoir exposé sommairement le problème de l’inflation dans ses données majeures, il convient de considérer maintenant les moyens propres à enrayer le mal et à ramener l’équilibre dans l'économie de la nation.Pour une meilleure compréhension, représentons-nous que le traitement comprend deux phases, ou mieux, un double régime, comportant, d’une part, des mesures pour arrêter le développement de l’infection, et, de l'autre, une action positive qui va s’attaquer aux sources mêmes du mal et le faire disparaître de façon complète.PREMIERS SOINS On se rappelle que l’inflation se traduit, en pratique, par une abondance voire une surabondance de numéraire qui déclenche des poussées sur les prix et devient comme le vent soufflant sur des tisons.Dès lors, les premiers efforts devront tendre à comprimer le flot d’argent en circulation, par de sévères mesures d’ordre fiscal et monétaire.Les Canadiens connaissent, par expérience, le régime adopté à cette fin par les autorités.Ils savent à quel niveau ont été portés les impôts, et de quelle façon furent limitées les facilités de crédit pour fins de consommation.En prélevant, par l’impôt, un fort pourcentage des bénéfices réalisés par les catégories supérieures, c’est-à-dire celles qui jouissent des plus forts revenus, on réduit de façon immédiate leur pouvoir d’achat pour soulager d’autant l’économie générale.Ainsi, à titre d’illustration, le dernier budget fédéral portait l’impôt sur les corporations à 51%, de ration ne peuvent naître que d’un retour de milieux larges aux justes idées sociales.De ces milieux passera et pénétrera ensuite dans les foules la conviction de l’origine véritable, divine et spirituelle de la vie sociale, ouvrant ainsi la vie au renouveau, au progrès, à l’affermissement de ces idées morales sans lesquelles • - =- • L'inflation et nous -+- II LES REMEDES leurs revenus, soit plus de la moitié.Dans le cas des particuliers, l’échelle de taxation est accrue en proportion des revenus, et elle s’élève jusqu'à 95% pour la catégorie de revenus la plus élevée.En plus de ces prélèvements directs sur le pouvoir d’achat de la nation, on a établi, comme complément, une règlementation du crédit au consommateur.On sait en effet, que le crédit est aussi de l'argent, et plus encore, qu’il est la mise en circulation d’un revenu non encore gagné.Il était donc impératif, pour ne pas perdre les points gagnés par l’impôt direct, de limiter le crédit, afin que l’argent ne revienne pas à la circulation par la porte d’en arrière.Bien entendu, ces mesures demeurent des moyens de première urgence, et elles ne devront durer que le temps nécessaire à la réorganisation de la production.Enfin, ce ne sont pas les seules qu’on peut appliquer, mais ce sont les principales.ACTION DIRECTE Eh étudiant les causes profondes de l’inflation, on a constaté l'insuffisance des biens d’utilité et de consommation.On a constaté, en même temps, que cet état de chose était dû au fait que tout l’effort de la population avait été pendant longtemps orienté vers la production de guerre, au détriment de l'organisation industrielle et de l’expansion commerciale.De ce fait l'organisation de l’économie de paix a forcément subi un retard, et il faut maintenant déployer double énergie pour réduire la disproportion entre les besoins de la nation et ses ressources.Seule l’organisation de la production les plus orgueilleuses réalisations ne figureront qu’une tour de Babel dont les habitants parleront des langues diverses et réciproquement inintelligibles.)) Marcelle Caron, couvent de Limoitou.des biens d’utilité et de consommation peut amener à ce résultat.La problème ne manque pas d’envergure, si l’on tient compte de l’accroissement de notre population joint au relèvement de notre mode de vie sociale et matérielle, dans toutes les classes de la nation.Les exigences de la consommation se trouvent accrues sous un double rapport.Un plus grand nombre de citoyens appelle une consommation plus forte, et un standard de vie plus élevé surenchérit encore à cette demande.En plus, notre effort de production ne doit pas et ne peut pas se limiter à nos propres besoins.Des nations plus éprouvées réclament notre aide ; il faut partager avec elles notre production actuelle, et celle des prochaines années, à notre détriment immédiat, quand nos produits ont peine à suffire à nos propres besoins.Cette tâche gigantesque requiert, à pleine contribution, le talent et l’initiative de chacun des citoyens.L’autorité a son rôle à jouer, mais les citoyens ont aussi le leur.Ceux-ci comme celui-là ont le devoir strict, entre autres obligations, de vivre selon un budget bien équilibré, où les dépenses demeurent en-deçà des revenus, et sont assez comprimées pour laisser une marge d’épargne appréciable.C'est peut-être un programme aride et difficile, mais il est nécessaire, si l’on veut qu’enfin les prix baissent, et que l’on obtienne pour un dollar une valeur d’un dollar.D'un autre côté, le succès est possible, et certain, quoiqu’on ne puisse l’espérer complet pour un avenir prochain.En toute chose, il faut laisser le temps au temps.René Croteau Volume XVIII, n° 3 LA REVUE DESJARDINS 51 Quelques considérations sur le mouvement des opérations des Caisses populaires EPUIS la fondation de la première Caisse populaire le 6 décembre 1900, à Lévis, au 31 décembre 1951, les recettes et les déboursés des 1,078 Caisses .affiliées se chiffrent à plus de sept milliards de dollars, comme il est indiqué dans les trois premières colonnes du tableau I.Ici, les recettes n'impliquent pas seulement les bénéfices réalisés mais de plus toutes les autres rentrées de fonds, telles que capital -?- social, épargne, remises sur prêts-sociétaires, remboursements sur placements, etc., de même, les déboursés englobent, outre les dépenses, les retraits sur capital social, les retraits sur épargne, les prêts consentis, les placements faits, les remises faites par les Caisses sur leurs emprunts, etc.Environ 69%, soit tout près de cinq milliards de dollars, proviennent des Caisses des Unions de Québec, Trois-Rivières et Mont- TABLEAU I réal.Les Caisses des sept autres Unions se partagent la différence de 31%.Cette disparité résulte du fait que les Caisses des Unions de Québec, Trois-Rivières et Montréal au nombre de 615, totalisent 57% des 1,078 Caisses.En outre, elles opèrent dans l’ensemble depuis un plus grand nombre d'années que les Caisses des sept autres Unions, comme il en sera fait mention plus loin dans cet article ; enfin, elles sont dis- Mouvement cumulatif des recettes et déboursés des caisses affiliées aux dix unions régionales DEPUIS LEUR FONDATION À VENIR AU 31 DÉCEMBRE 1951.Unions Recettes Déboursés Total des recettes et déboursés Pour- centages Années d'opé- ration Mouvement moyen annuel par Caisse Indice 1 2 3 4 5 6 7 Trois-Rivières $ 747,304,658.$ 741,164,952.$1,488,469,610.20.6 2,225 $668,975.124 Québec 1,185,957,540.1,173,693,797.2,359,651,337.32.6 3,573 660,412.123 Gaspé 44,951,448.43,978,135.88,929,583.1.2 785 113,286.21 Montréal 572,223,844.565,465,025.1,137,688,869.15.7 2,017 564,050.105 Sherbrooke 287,812,700.285,709,722.573,522,422.7.9 1,143 501,769.93 Rimouski 181,679,008.178,721,105.360,400,113.5.0 1,253 287,630.53 Chicoutimi 281,012,143.277,803,320.558,815,463.7.7 1,023 546,252.102 Ouest-Québécois 73,422,360.72,579,164.146,001,524.2.0 454 321,589.60 Saint-Hyacinthe 122,595,062.121,277,912.243,872,974.3.4 472 516,680.96 Joliette 140,105,293.138,855,849.278,961,142.3.9 510 546,983.102 Total 3,637,064,056.3,599,248,981.7,236,313,037.100.0 13,455 537,816.100 séminées dans les régions et les centres de notre province où la population est la plus dense, où l'agriculture et l’industrie sont des mieux établies.Maintenant, en vue d’établir le mouvement moyen annuel des recettes et déboursés d’une Caisse quelconque de chaque Union régionale, le total des recettes et déboursés des Caisses de chaque Union respective a été divisé par le nombre total des années d’opérations des Caisses de chaque Union régionale.Les résultats sont indiqués dans la colonne 6 pour une Caisse quelconque de chaque Union et pour une Caisse quelconque prise sur l'ensemble.Ainsi, on y verra que la moyenne générale pour chacune des 1,078 Caisses est de $537,816., soit plus d’un demi million.Cette moyenne générale est tantôt supérieure, tantôt inférieure à celle de certaines Unions.La conversion de ces moyennes en indice permet ici une analyse plus poussée et plus complète des positions respectives des Caisses de chaque Union régionales (voir colonne 7 du tableau I).En attribuant un indice de 100 à la moyenne générale de $537,- 816., il arrive que toute Caisse de l’Union régionale des Trois-Rivières jouit d’un indice de 124, celle de Québec 123, celle de Montréal 105, et ainsi de suite pour toute Caisse de chacune des autres Unions pour aboutir à 21 pour toute Caisse de l’Union régionale de Gaspé.* * * Pour compléter cette étude sur le mouvement cumulatif des recettes et déboursés, il convient de souligner l’importance respective de chaque Caisse de chaque Union régionale dans ce domaine.A 52 LA REVUE DESJARDINS Québec, mars 1952 TABLEAU II Classification des caisses de chacune des dix unions régionales d'après le mouvement cumulatif DEPUIS LEUR FONDATION À VENIR AU 31 DECEMBRE 1951 Classification exprimée en millions de dollars Unions De 0 à 5 5 à 10 10 à 20 20 à 30 30 à 100 100 et plus Caisses Trois-Rivières (134) 67 28 21 8 8 2 Québec (278) 169 44 37 16 10 2 Gaspé (42) 38 2 1 1 Montréal (203) 135 35 24 3 6 Sherbrooke (88) 60 13 9 3 2 1 Rimouski (103) 85 9 7 2 Chicoutimi (85) 53 13 12 4 3 Ouest-Québécois (50) 40 6 4 Saint-Hyacinthe (53) 41 5 4 1 2 Joliette (42) 23 10 7 2 Total 711 165 126 40 31 5 Pourcentages 66% 15% 12% 3-7% 2-8% 0.5% cette fin, elles ont été groupées en différentes classes d'après leurs chiffres d'opérations.Le tableau II résume cet aspect.Il serait trop fade de passer au crible les variantes propres à chaque Union, notons par ailleurs les résultats de l'ensemble.Ainsi, 711 Caisses, soit 66% de l'ensemble, ont un mouvement cumulatif de recettes et déboursés inférieur à cinq millions de dollars ; à un degré plus élevé, 165 Caisses, soit 15%, sont dans la classe de cinq à dix millions ; 126 autres Caisses, soit 12%, dans la classe de dix à vingt millions, et ainsi de suite pour en venir à 5 Caisses qui dominent dans la classe de cent millions et plus.Sans doute que le facteur ancienneté influence directement cette classification, toutefois l'honneur revient à certaines Caisses relativement jeunes de loger confortablement avec leurs aînées.* * * TABLEAU III La deuxième partie de cet exposé a trait maintenant au mouvement des recettes et déboursés des 1,078 Caisses pour l'année sociale 1951 seulement.Le tableau III, indique un grand total de $1,183,388,730.pour les dix Unions régionales (voir colonne 3).En regard du mouvement cumulatif de 7 milliards et plus cité au début, ceci veut dire que.dans la seule année 1951, le mouvement des recettes et déboursés en absorbe un peu plus de 16%.Mouvement des recettes et déboursés des caisses des dix unions régionales pour l'année 1951 Unions Recettes Déboursés Total des recettes et déboursés Pour- centages Caisses par Union Mouvement moyen par Caisse Indice 1 2 3 4 5 6 7 Trois-Rivières $110,198,447.$108,945,168.$219,143,615.18.5 134 $1,635,500.149 Québec 181,619,739.178,846,635.360,466,374.30.5 278 1,296,642.118 Gaspé 5,620,624.5,290,278.10,910,902.0.9 42 259,783.24 Montréal 121,968,251.121,624,462.243,592,713.20.6 203 1,199,964.109 Sherbrooke 46,867,785.46,388,107.93,255,892.7.9 88 1,059,726.97 Rimouski 26,463,761.25,641,732.52,105,493.4.4 103 505,879.46 Chicoutimi 43,438,527.42,400,536.85,839,063.7.3 85 1,009,871.92 Ouest-Québécois 10,101,735.9,877,402.19,979,137.1.7 50 399,583.36 Saint-Hyacinthe 26,951,999.26,770,064.53,722,063.4.5 53 1,013,624.92 Joliette 22,308,203.22,065,275.44,373,478.3.7 42 1.056,511.96 Total ¦ 595,539,071.587,849,659.1,183,388,730.100.0 1,078 1,097,763.100 Volume XVIII, n° 3 LA REVUE DESJARDINS 53 TABLEAU IV Classification des caisses de chaque union régionale d’après le mouvement des recettes et déboursés pour l’année 1951 Unions Classification exprimée en millions de dollars Oà 1 1 2 3 4 5 6.7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 23 Caisses Trois-Rivières (134) 80 28 9 5 1 5 1 1 1 1 1 1 Québec (278).178 52 19 13 4 4 1 3 2 1 1 Gaspé (142).40 1 1 Montréal (203).132 38 18 6 1 1 2 1 2 1 1 Sherbrooke (88).71 6 4 1 2 2 1 1 Rimouski (103).92 8 2 1 Chicoutimi (85).60 10 6 6 3 Ouest-Québécois (50) 42 8 Saint-Hyacinthe (53) 40 7 2 2 2 Joliette (42).28 7 6 1 Total (1,078).763 165 67 34 11 12 4 3 6 5 2 1 1 2 1 1 Pourcentages.71% 15% 6% 3% 1% 1% z O/ /o En d’autres termes, dans cette brève période de douze mois, les 1,078 Caisses affiliées ont effectué le sixième de toutes leurs opérations depuis qu’elles existent.C’est plus qu’un embrayage.Les pourcentages établis dans la colonne 4, pour les Caisses de chaque Union, révèlent l'importance de chacune dans ce domaine.Avec leurs 615 Caisses, les Unions régionales de Québec, Montréal et Trois-Rivières figurent dans le mouvement des recettes et déboursés pour un montant de $895 millions de dollars, soit 70%.L’autre 30% est partagé entre les sept autres Unions.À la colonne 6 du tableau III on trouvera le mouvement moyen des recettes et déboursés pour une Caisse quelconque de chacune des dix Unions régionales ainsi que la moyenne générale tirée de l'ensemble, laquelle se chiffre à $1,097,763.Théoriquement parlant, chacune des 1,078 Caisses brasse donc pour plus d’un million de dollars au cours de l’année sociale 1951.En pratique il y a un jeu très prononcé en plus ou en moins.L’indice correspondant à chacun de ces mouvements moy- ens par Caisse démontre que toute Caisse de l’Union régionale des Trois-Rivières prime toutes les autres Caisses.Québec et Montréal, même avec un indice supér rieur à 100, suivent d’assez loin.Sherbrooke, Joliette, Chicoutimi et Saint-Hyacinthe sont légèrement inférieures à 100, alors que Rimouski, Ouest-Québécois et Gaspé sont sensiblement moindres (voir colonne 7).* * * Parallèlement au mouvement cumulatif, une classification des Caisses a été faite en regard du mouvement couvrant uniquement l’année sociale 1951 (voir tableau IV)-.Ainsi, 763 Caisses, soit 71% des 1,078 Caisses, ont un chiffre d’opérations inférieur à un million de dollars, 165 autres Caisses dépassent le million sans toutefois atteindre le deuxième million, et ainsi de suite.Une Caisse de l’Union des Trois-Rivières détient la première place avec un mouvement de 23 millions de dollars, alors qu’une Caisse de l’Union de Québec se signale avec un mouvement de 16 millions de dollars.CONCLUSIONS Il n’y a rien comme des chiffres pour prouver des avancés.Ceux qui précèdent sont certainement de nature à confirmer le rôle important que les Caisses populaires jouent présentement dans l’économie de notre province.Compte tenu du milieu dans lequel les Caisses déploient leur activité, il n’est pas téméraire de présager que le point de saturation est encore bien distant.Réalise-t-on en effet que durant la dernière décennie, la population de notre province s’est accrue de vingt pour cent pour atteindre les quatre millions ; la production agricole a quadruplé et l’industrie manufacturière a suivi un rythme identique dans le même temps ; l’industrie minière s’oriente vers d’immenses développements ; en somme, voilà autant de dynamisme latent qui ne saurait rester indifférent à l’expansion et au progrès de nos Caisses populaires.Paul-Eug.Doyle, Service de ta Statistique de La Fédération des C.P.D. 54 LA REVUE DESJARDINS Québec, mars 1952 Comment amender les Statuts D’ICI quelques mois, la plupart des Caisses populaires de la province devront amender leurs règlements pour respecter une décision prise par les Unions régionales, qui, elles-mêmes, apportent des modifications à leurs Statuts.En effet, deux Unions ont déjà voté les amendements suivants : Le sociétaire (la Caisse affiliée) s’engage : A faire amender ses statuts dans un délai de douze mois pour ajouter comme cause d’exclusion d’un sociétaire « le fait de présenter ou de mettre en circulation à deux reprises ou plus, un ordre de paiement sans provision suffisante ou de maintenir un compte d’épargne à découvert malgré avis.)) Il y a deux manières de procéder pour amender les règlements d’une Caisse populaire.Le deuxième alinéa de l’article 29 de la loi des Syndicats coopératifs de Québec précise que : « Les modifications aux règlements ne peuvent être votées valablement que par les trois quarts des sociétaires présents à Y assemblée spécialement ajournée dans ce but à une date ultérieure ou à une assemblée générale spéciale convoquée conformément à l’article 31.)> 1° Assemblée spécialement ajournée : Dans le premier cas, il est possible à l’assemblée générale annuelle ou régulière de prendre connaissance du projet d’amendement aux Statuts.Il n’est pas La vieille capitale attend les beaux jours : attendons .avec elle.\ .
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