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Titre :
Le petit Canadien : organe officiel de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal fondée en 1834 et de la Caisse nationale d'économie fondée en 1899
Éditeur :
  • Montréal :Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal :1913-1918
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Bulletin de la Caisse nationale d'économie
  • Successeurs :
  • Pays laurentien ,
  • Revue acadienne ,
  • Revue nationale
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Le petit Canadien : organe officiel de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal fondée en 1834 et de la Caisse nationale d'économie fondée en 1899, 1918-02, Collections de BAnQ.

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Vol.15 No 2 MONTRÉAL, FÉVRIER 1918 tier t ^ 1 ^ e -j-i- ^ *' A 1 Le Petit Canadien Organe de la Société Saint - Jean - Baptiste de Montréal SOMMAIRE I CONVOCATION DU CONGRES ANNUEL .Guy Vanier et Victor Morin II AUTOUR DE LA RENAISSANCE CANADIENNE- Gustave Baudouin Dr T.-A.Briseon FRANÇAISE III LA FAMINE !.QUE FAIRE ?IV LE LANGAGE DE LA LOI .V ÉCHOS D’ACADIE .Fortunat Bourbonnière R.P.Em.Georges, C.J.M.VI LA GRANDE AVENTURE DU SIEUR DE SA- Sylva C lapin Du Guesclin VOIS Y (Nouvelle) .VII RESTONS CHEZ NOUS .VIII DES BASES A NOTRE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE.IX RAPPORT DU COMITÉ DE COLONISATION L.-J.Rivet X LIVRES DE CHEZ NOUS.* * * XI LA CHANSON DU CANOT D ECORCE .E.-Z.Massicotte LA CAISSE NATIONALE D’ÉCONOMIE Une classe de deuxième période, par Arthur Gagnon.— Bilan au 31 décembre 1917, par Arthur Gagnon.Rédaction et administration : 296, rue Saint-Laurent, Montréal Abonnement annuel : Canada (Montréal excepté), 50 sous.Montréal et Etranger, 60 sous.Le Petit Canadien paraît vers le 25 de chaque mois.— Les abonnements partent invariablement du 1er janvier.— Toute demande de changement d’adresse doit être accompagnée de 5 sous en timbres-poste. SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL Grand aumônier: Monseigneur l*Archevêque de Montréal.Président générât: Victor Mobin, LL.D., notaire, 97, rue Saint-Jacques.1er Ticc-prévident général: V.-E.Beaupré, I.C., professeur, 676, rue Saint-André.2e Vice-président général: J.-B.Lagacé, professeur, 836, rue Saint-Hubert.Secrétaire général: Guy Vanier, LL.L., avocat, 97, rue Saint-Jacques.Trésorier général: Joseph Hurtubise, courtier, 2, place d’Armes.Directeurs: L’hon.L.-O.David, sénateur, Hôtel de Ville; — E.-P.Lachapelle, D.M., 267 ouest, rue Prince-Arthur ; — Thomas Gauthier, courtier, 11, place d*Armes ; — Victor Doré, professeur, 214, rue Berri ; — J.-V.Desaul-NiMts, courtier en immeubles, 11, place d’Armes; — Omer Héboux, journaliste, 43, rue Saint-Vincent ; — Arthur Courtois, notaire, 35, rue Saint-Jacques.Chef du Secrétariat : Emile Miller, bureau I, Monument national.Sous-chef du Secrétariat : Joseph Durand, bureau I, Monument national.Corporations filiales de i a Société : Caisse Nationale d’Economie — Caisse de Remboursement — Compagnie du Monument national — Société Nationale de Fiducie. Le Petit Canadien OBQANB DE LA Vol.15 SOCIÉTÉ SAINT - JEAN - BAPTISTE nos: TwioraTraÉ-A-Xj MONTRÉAL.FÉVRIER 1918 1 CONVOCATION DlT CONGRÈS ANNUEL Conformément aux stipulations de notre Charte, le Congrès annuel de notre Société s’ouvrira au Monument national, le jeudi 14 mars, à 8 heures du soir.Nous espérons que toutes les sections, après s être conformées en tous points aux exigences de nos règlements, se feront un devoir de se faire représenter à ce Congrès, où des questions de la plus haute importance seront discutées.Le Secrétaire général, Le President général, Guy Vanier.Victor Morin.autour de la RENAISSANCE CANADIENNE-FRANÇAISE Depuis cent cinquante ans que nous luttons pour conserver chez nous la langue et les traditions françaises,# Tun des plus grands dangers que nous ayons courus de les perdre a été de croire nous-mêmes que nous n’en courions plus aucun.Or voilà bien l’état d’esprit dans lequel, en général, nous avons vécu depuis les environs de 1890 jusqu’à ces dernières années.Trop confiants dans la sécurité apparente que nous offrait le pacte fédéral, nous avions cru la partie gagnée et nous étions devenus des pacifistes américains.C ’était oublier que, de nos jours comme autrefois, il est encore vrai de dire avec Joseph de Maistre que “ la guerre est la loi du monde ” ou, si on le préfère et pour me servir de l’expression de Brunetière, “ la condition de l’humanifé.” 1 En fait, nous étions bien en état de guerre.Mais cette guerre prit la forme du serpent et nous ne la vîmes pas.Subtile et silencieuse, elle se glissa dans notre vie nationale, pénétra plusieurs sphères de notre acfi- i F.Brunetière: La science et la religion, p.352. Si LE PETIT CANADIEN rite, et déjà notre commerce, nos industries, nos relations extérieures et même quelques-uns de nos vieux foyers étaient envahis.Et, puisqu’à cette guerre, il faut bien que je donne un nom, je rappellerai notre *k anglicisation pacifique et la pénétration chez nous de l'américanisme.’’ Seuls les plus avisés d’entre nous s’en rendirent compte.Les autres dormaient, quand soudain, le 10 septembre 1010, sous les voûtes de Notre-Dame de Montréal, s’écrivit une page d’histoire qui fit un bruit de tonnerre.Durant la plus mémorable des séances publiques du Congrès eucharistique, Monseigneur Bourne, archevêque de Westminster, venait demander chez nous de faire de sa langue à lui, “ l’idiome habituel dans lequel l’Evangile serait prêché au peuple.” Ceux d’entre nous qui vécurent cette heure d’angoisse n’oubliront jamais l’émotion profonde qui les étreignit quand M.Henri Bourassa, dans une phrase passionnée mais respectueuse, rappela au prince de l’Eglise que “ le Christ qui est mort pour tous les hommes n’a imposé à personne l’obligation de renier sa race pour lui rester fidèle.” 2 Nous nous réveillâmes en sursaut : l’abîme était à quelques pas.Le lendemain, l’orage éclatait à London, à Winnipeg, à Toronto, à Ottawa.L’ennemi avait changé de tactique et nous attaquait de front.Soit que notre encerclement pacifique dans l’Ontario l’eût effrayé à tort, soit qu’il nous crût suffisamment affaiblis, il semble qu’il ait voulu en finir tout de suite avec nous, du moins en dehors du Québec.Et l’arme avec laquelle il voulut nous terrasser, il alla la chercher en Prusse.C’était se méprendre.L’homme est ainsi fait qu’il suffit de lui vouloir défendre une chose pour qu’il y tienne.Ce qui devait arriver arriva.'Sous l’attaque directe, nous nous redressâmes, et nos petits compatriotes de l’Ontario se reprirent à parler français, — avec un accent anglais.Le coup de massue ne sut pas faire ce que peut-être, ici comme en Louisiane, le temps eût fait tout seul.Sachons gré à l’ennemi de cette maladresse.La lutte recommença donc ouvertement et avec elle, ou plutôt à cause d’elle, naquit une solidarité nouvelle entre les divers groupements cana-diens-français et acadiens.C’était la renaissance française, aujourd’hui en plein développement.Que l’Anglo-Saxon se soit avisé de reprendre la bataille, il n’y a rien en cela qui nous doive surprendre : c’est une vieille connaissance.Et, par ailleurs, si le Romain sut, à l’occasion, être magnanime dans la victoire et faire apprendre le grec à ses fils sans cesser de gouverner le monde, il n’en faudrait pas demander autant a l’Anglo-Saxon qui, très fier de l’être, ce qui est légitime, mais convaincu “ que les autres peuples ne se 2 XXIe Congrès eucharistique international, Montréal, pp.164-165. 35 LE PETIT CANADIEN consolent pas de n’être pas Anglais ”, a toujours vu dans une race qu'il a défaite une race marquée “ d’une tare indélébile d’infériorité.* Nous fûmes davantage surpris de la position nettement hostile que prit alors contre nous le clergé catholique irlandais.Pourtant, il ne faudrait pas voir dans cette attitude qu’une simple antipathie de race.Si nous voulons y regarder de plus près, nous devrons reconnaître que le problème si complexe de l’avenir des races en Amérique ne s’est pas posé pour l’Irlandais de la même manière que pour nous.Parce qu’il avait déjà fait le sacrifice de sa langue.l’Irlandais a pu croire qu’il lui serait plus facile “ de conduire le courant en gouvernant dans son sens ”.Nous avons dû, et pour la raison contraire, prendre le courant “ à rebours ”.Dès lors, l’Irlandais — son clergé surtout — devint “ anglicisant ’’ au Canada,tout comme il s’était fait “américanisant” aux Etats-Unis,quitte à s’en venger en s’efforçant d’imprimer à l’âme nationale — lorsqu elle se formera — les traits distinctifs du caractère celtique.Le procédé ne manque pas de bon.En tout cas, il est plutôt commode.Et qui ne voit qu’il n’ait déjà assez bien réussi aux Etats-Unis, où le tempérament cassant et aristocratique de leurs premiers habitants est devenu, au moins d’une manière transitoire, le tempérament exubérant et démocratique que nous connaissons à l’Américain d’aujourd’hui 1 Notre surprise fut encore plus grande, et ne laissa pas que d être un peu naïve, quand nous réalisâmes la prépondérance de l’influence irlandaise au Vatican, en ce qui se rapporte à l’Eglise catholique en Amérique.Et à ce propos, n’avons-nous pas quelque peu perdu de vue ce fait que, sans entendre déprécier pour cela ce qu’ont fait dans le même sens les groupes ethniques canadiens-françals et polonais, le développement merveilleux du catholicisme aux Etats-Unis, — j’allais dire en Amérique, puisqu’aux yeux de l’Européen nous existons si peu, — n’ait été jusqu’à présent et surtout une oeuvre irlandaise 1 Voilà quelques faits qu’il nous importe de bien savoir.Ne craignons pas de connaître la vérité ; elle ne fait pas de mal, ce sont les illusions qui en font.Et puisqu’il semble bien que, pour rester français, nous ayons à lutter encore longtemps, soit ! l’enjeu en vaut la peine, et la lutte est peut-être une condition essentielle du succès.Quoi qu’il en soit de notre avenir en Amérique, soit que les races tendent à s’y “ nationaliser ” toujours davantage pour former définitivement “ l’âme américaine ” comme Brunetière semble l’avoir prévu, soit au contraire, — et quoique formant toutes partie d’une même confédération politique, — elles tendent à s’y développer chacune dans le sens de ses traditions comme le souhaite ardemment Edmond de Nevers, une 3 F.Brunetière : Discours 6c combat, le série, p.270. 3G LK PETIT CANADIEN chose, aujourd’hui, semble certaine: à l’heure présente nous sommes bien décidés d’abord h garder notre langue pour demeurer catholiques et réci-proquement, à demeurer catholiques pour garder notre langue; et ensuite, en autant que les quelques débris d’autonomie dont nous jouissons encore peuvent nous le permettre, de continuer à n’envisager nos devoirs vis-à-vis du conflit mondial qu’en nous plaçant au point de vue de nos intérêts, en ee sens que, pour continuer à défendre ‘‘ la cause de la civilisation et de la justice, — lisez, la cause des autres, — nous croyons ne pas avoir le droit de diminuer gravement des énergies dont nous aurons grand besoin demain pour assurer notre survivance française.Et si l’on me demande pourquoi en tout cela, je n’ai pas parlé des intérêts canadiens en général, je répondrai en demandant à mon tour: depuis quand l’esprit national vit-il au Canada et si nous n’y sommes pas encore tout au plus des “ provincialistes ” ?Il est à désirer que l’on se rend compte de ces sentiments en France, où il semble (pie Ton ait subitement cessé de se désintéresser de nous, et où l’on éprouve quelque difficulté à comprendre notre attitude actuelle.Et à ce sujet, s’il m’était permis d’exprimer franchement toute ma pensée, m’en voudrait-on beaucoup de dire que cette persistance que l’on montre à nous vouloir endoctriner malgré nous et chez nous ne nous dit rien qui vaille.A quoi j’ajouterai, sans toutefois attacher à ces incidents plus d’importance qu'il ne convient, que nous ressentons assez vivement et croyons même assez inhabile le plaisir que l’on se paie en France de mystifier a nos dépens journalistes et lecteurs.Nous ne prétendons pas ni ne désirons échapper à la critique.Mais nous estimons que, lorsqu’un Français de France tient à nous juger, il n’a pas le droit d’oublier que, pour être demeurés en Amérique les continuateurs modestes des traditions françaises, nous avons dû vaincre déjà bien des obstacles, dont un premier consiste dans l’influence que le climat et les races qui nous enveloppent ont pu exercer sur notre formation ou, si on y tient absolument, sur notre manque de formation, puis dont un second, — et il y en a d’autres, — est bien, qu’assujettis à tout ce qu’il y a d’abject et de déprimant dans le régime colonial, nous n’avons jamais connu ce que peut comporter de fierté et de confiance cette idée bénie d’une patrie à soi tout seul, dont Brunetière encore a pu dire que 44 Nous ne sommes quelque chose qu’en elle et que par elle; et, là où manque l’idée de patrie, ce qui fait le plus défaut, ce sont les conditions nécessaires au dévelop-44 peinent ou au perfectionnement de l’individu.” 4 'Montréal, le 12 février 1918.Gustave Baudouin.4 F.Tïrunetière : Discours de combat, le série, l’idée de patrie, p.132. 37 LE PETIT CANADIEN LA FAMINE!.QUE FAIRE! Le temps approche, s’il n’est déjà venu, de tenter un effort héroïque pour mobiliser nos forces agricoles, afin de tirer de la terre une production supérieure, jugée d absolue nécessité.On a trop compté sur nas voisins, ceux de 1 Ouest particulièrement, pour remplacer la main-d oeuvre qu’on envoyait au front.La même erreur se répète au sujet des produits alimentaires, dont les Etats-Unis vont bientôt prohiber 1 exportation au Canada, pour la simple raison que ees produits sont réclamés par les nations alliées.Nous nous sommes simplement dépouillés.— Alors, quoi?c’est donc la famine ! — Mais, oui, la famine imminente, fatalement préparée de nos propres mains, pour sauver autrui.Le geste est grand et peu banal, de la part d’une nation réputée intelligente!.— N’y a-t-il donc aucun moyen de parer au mal, ou de 1 atténuer, au moins ?— Sans doute, et telle est l’idée que m’inspire la lecture d’un article dif Petit Canadien, qu’une heureuse coïncidence a remis sous mes yeux.On y trouve sous la signature de M.Rivet, président du comité de Colonisation, cet éloquent appel: 44 Sauvons notre agriculture.On s’alarme du grand nombre de fermes désertées dans les vieilles paroisses.On prêche le retour à la terre.— Le retour à la terre.\ oilà, certes, un beau mot, qui est en train de se couler, si l’on se contente de le chanter en enflant la voix, dans les péroraisons, sans descendre dans les détails de la réalisation pratique ”.Et, comme conclusion, on annonce l’intention formelle qu’a le comité de Colonisation d’établir, au Monument national, un Bureau central d’organisation et de propagande, tel que suggéré par le R.P.Dugré, s.j., dans son opuscule Vers les terres neuves.Pin qualité de membre ancien de la société Saint-Jean-Baptiste, je me demande ce qui peut bien lui manquer pour la mise en opération immédiate de cet excellent projet.Vastes salles de réunion, bureaux nombreux, personnel compétent et dévoué, sous une administration à la fois habile et animée du plus pur patriotisme, tout s’y trouve réuni dans les conditions les plus favorables qui soient.Un simple mot d’ordre des directeurs, et le mouvement se déclanche irrésistible, parce que d’urgente opportunité.Le public l’attend, anxieux, et le désire comme une mesure de salut. 38 LE PETIT CANADIEN Au sein de la Société historique de Montréal, où fleurit aussi la tradition d’un idéal élevé, on a proposé d’organiser dans nos campagnes, en faveur de l’oeuvre du retour à la terre, une célébration populairre du troisième centenaire de Louis Hébert, premier colon défricheur et véritable initiateur de l’industrie agricole en ce pays.L’idée est très propre à inculquer aux nôtres les principes et les enseignements laissés par cet héroïque conquérant du sol, dont l’exemple mérite plus que jamais d’être pieusement imité.Il conviendrait d’y ajouter quelques directions de conduite, commandées par des circonstances sur lesquelles il est superflu d’insister, et même d’y traiter des sujets purement agricoles avec démonstrations à l’appui.Qui saurait mieux que la Société Saint-Jean-Baptiste réaliser ce désideratum, complément logique du projet formulé devant la Société historique, dont l’activité est plutôt restreinte aux questions d’études et*d$ recherches.?Afin de préciser davantage les lignes d’un programme d’action efficace, ne serait-il pas profitable d’inaugurer au Monument national, dès la mi-février, une série de conférences dominicales, données par des experts en agriculture?Elles auraient sans doute, comme par le passé, le don d’attirer les foules et de simplifier grandement le travail d’appel, de publicité et d’éducation pratique, indispensable au succès de l’oeuvre, durant la prochaine saison qui s’avance à grands pas.Elles fourniraient en outre un excellent moyen de mettre en contact les divers éléments capables d’y concourir et de la faire rayonner en tout sens.Plus spécialement, l’organisation du recrutement méthodique de la main-d’œuvre agricole, qui est le problème du jour, y serait singulièrement simplifiée et grandement facilitée.D’ores et déjà, il ne manque pas, dans notre métropole, de gens qui souffrent et désirent en sortir.Il y en aura beaucoup plus, lors de la cessation des hostilités, ce qui peut survenir inopinément.Aucun risque donc de préparer la période d’après-guerre, qui présente des incertitudes effarantes.En résumé, c’est de l’action qu’il nous faut: une action intense, incessante et proportionnée, dans la mesure des possibilités, aux besoins présents et futurs.Tâche colossale, mais digne des efforts des appelés.Montréal, 26 janvier 1918.Dr T.-A.Brisson. LE PETIT CANADIEN 39 LE LANGAGE DE LA LOI En vue de faire échec à l’influence des exotismes sur la pureté de la langue française au Canada, le Petit Canadien a publié à maintes reprises des listes d’expressions proposées au zèle du public et peut-être à celui des professions libérales, dont la formation universitaire a développé le culte du parler de nos aïeux.A son tour, la Revue canadienne a relevé, en ce qui concerne le bon langage au Palais, plus de cent expressions qui échappent de temps à autre à l’attention de ses habitués.Nous croyons utile de signaler les lois elles-mêmes comme source d’inspiration de la pureté de notre langue.Il n’est peut-être pas exact de nous demander avec hésitation : où est la Cour?où est la ville?en cette matière.Parmi les modèles vivants, nécessaires à tout perfectionnement, il ne nous paraît pas inutile d’attacher nos regards sur le parlement et la legislature comme deux guides inspirés avec émulation par la devise romaine : Rostra canescat oratio, traduite par le chancelier d’Aguesseau.Que le progrès de notre style imite le cours de nos années.Sans doute, l’on y regrette un manque d’uniformité dans la pureté du vocabulaire châtié de Patru, Cochin, Cujas, Domat et Jules Favre, mais somme toute, l’on y trouve sinon la perfection, du moins une image de la perfection et une trace des efforts faits pour l’atteindre.Si l’on négligeait la propriété des termes, on s’exposerait parfois au danger de l’emploi d’expressions aux antipodes de ce que l’on veut dire : par exemple, si l’on disait : exciper d’une ordonnance lorsqu’on veut dire : protester contre son bien-fondé, formuler ses réserves à son encontre.Le pouvoir législatif qui peut tout faire, sans excepter des néologismes, peut bien nous proposer des définitions conventionnelles, par exemple, du régistrateur, du stowaway, dans la loi de l’immigration, du vagabond dans le Code criminel, de la résolution dans le Code municipal, et il n’y a qu’à obéir.Mais, en général, le législateur trace une direction soignée.Citons quelques exemples : Les lois sur les enquêtes font interroger (et non examiner) les témoins, les contre-interroger (et non les transquestionner) et les ré-inter-roger (et non les ré-examiner), font produire des pièces littérales (et non des exhibits), invitent le juge à faire un résumé des débats (et non sa charge).Le Code criminel punit des infractions (non des offenses),des voies de fait (non des assauts), des écrits diffamatoires (non des libelles diffamatoires, l’adjectif étant déjà compris dans l’énergie du mot libelle), les coups et blessures (non Vassaut et la batterie), permet d’inter- 40 LE PETIT CANADIEN jeter (non de prendre) un appel, de former des demandes (non d’instituer des actions), d’infirmer (non de renverser) des jugements, font statuer (et non adjuger) sur les dépens, font lancer (et non éinaner) des mandats, décerner des ordonnances (et non émaner des règles).Les lois parlent encore de leur abrogation (non de leur rappel), de lettres de voitures (et non de connaissements de chemins de fer).Elles traitent avec défaveur le barbarisme de l’informalité, l’ancienne locution de corps incorporé au lieu de corporation.Elles préfèrent le siège social au bureau-chef.Une lecture attentive des lois du Canada — surtout en regard du texte de la version anglaise — aide puissamment à comparer le génie particulier des deux langues officielles, en ce pays.Le travail de la traduction est un exercice merveilleux de développement intellectuel, souvent pratiqué et recommandé par bien des génies qui ont été à la fois des piliers et des décorations pour l’univers, entre autres, Cicéron et le chancelier d’Aguesseau.PORTUNAT BoüRBONNIÈRE.ECHOS D’ACADIE En marge d’un rapport paroissial De délicieux souvenirs personnels — qu’on me pardonne cette indiscrétion — me rattachent à la paroisse de l’Assomption de Moncton.Mon premier contact immédiat avec elle remonte au mois d’août 1905.Je m’y étais rendu pour y prendre part à une réunion publique, dans laquelle devait être étudiée et discutée la question, chaudement controversée4 alors,de l’introduction de DA.C.J.C.en Acadie.Or trois ou quatre jours auparavant, un événement destiné à faire époque dans l’histoire de cette intéressante paroisse, s’était produit, lequel avait fait sur tous les esprits une impression d’une extraordinaire vivacité.Je veux parler de cette démonstration sans précédent, où, dans un imposant cortège, la population française de Moncton procédait au dénombrement de ses forces, en faisait la revue et les organisait pour les pacifiques conquêtes, au besoin même, pour les luttes de l’avenir.Les peuples comme la nature ont leur printemps.C’est l’époque, à laquelle, sous la poussée de la sève qui s’est comme renouvelée pendant les longs mois d’hiver, la vie s’élançant de toute part, fait entendre le triom- 41 LE PETIT CANADIEN phal chant de victoire par lequel elle prélude au réveil universel.LH» éclairs et des courants de pensées et de sentiments inconnus jusque alors, traversent les airs, et font briller à l’horizon, dont elles déchirent à jamais les ténèbres, de radieuses lueurs d’espérance qui finiront bientôt par embraser le ciel tout entier.C’est ce spectacle qu’offrait la population française de Moncton, au lendemain de cette grande journée où, sa volonté de vivre s’était affirmée avec une intensité dont elle ne se serait jamais cru capable, t ne "véritable transformation s’y était opérée dans les esprits et dans les coeurs, résultant de cet acte de foi dans la vitalité et les énergies de la race; et oette transformation elle se lisait sur tous les visages, on la surprenait dans toutes les conversations, elle se manifestait dans ce je ne sais quoi de calme et de résolu que donnent la conscience de sa force, et une inébranlable confiance dans l’avenir.L’étranger alors de passage à Moncton, emportait de cette vision de résurrection, cette lumière diffuse et embellissante que laissent dans Pâme les grandes pensées ou les grands spectacles.Et, disons-le immédiatement, pour aller au devant d’une objection qui ne manquera pas de naître dans l’esprit de plus d un de nos lecteurs, à la différence de la plupart de ces solennelles demonstrations académiques, dans lesquelles, l’on se grise de belles paroles et où l’on prend pour des réalités, les rêves éclos dans des imaginations surchauffées, sous l’action de nerfs exaltés, — mais qui, somme toute, ne produisent aucun résultat durable, cette journée d’un éclat et d’une grandeur incontestables, que vécut alors la paroisse de l’Assomption, a eu son lendemain.Et ce lendemain ce sont les trois années et demie, qui se sont écoulées depuis, durant lesquelles, loin de se ralentir, l’élan imprimé dans cette mémorable circonstance, n’a fait que s’accentuer et gagner en consistance.Je n’en veux pour preuve que le suggestif rapport paroissial pour l’année 1917 que M.le Curé de l'Assomption, vient de livrer à la publicité.Nous y trouvons, en effet, sur l’état actuel de cette paroisse, des renseignements révélateurs.U y aura, je crois, pour tous les amis de l’Acadie, plaisir et profit, à en prendre connaissance d’une manière un peu détaillée.# • • Ce précieux document tient en un gracieux petit feuillet volant, destiné, avant tout, à chacune des familles de la paroisse.Il comprend trois parties distinctes, dont, pour ne pas prolongé outre mesure, cet article, nous n’étudierons que les deux premières: de recensement, le rapport financier, et les éphémérides paroissiales pour 1917. 42 LE PETIT CANADIEN Voici d’abord quelques chiffres extraits du tableau de recensement: — Familles: 768; communiants: 3 385; population totale: 4 275 âmes.— Naissance: 216; mariages: 47; décès: 51.— Communions distribuées au cours de l’année : 62 316.Reprenons ces chiffres pour faire ressortir les consolantes conclusions qui en découlent.Rapprochons pour commencer, le nombre d’âmes de celui des familles, et nous constaterons une moyenne de près de six personnes par famille: voilà qui est rassurant pour l’avenir.Ce n’est pas tout: faisons maintenant la même opération avec le chiffre des communions et celui des communiants, et nous arriverons à une moyenne de 18 communions par personne.Nous sommes loin, on le voit, de la communion des quatre saisons, dont malheureusement, trop de catholiques se contentent ailleurs.Ainsi, on communie à l’Assomption ; “ on y a la vie, par conséquent, et surabondamment ” ; qui donc a dit : “ Semez des hosties et vous récolterez des héros ” ?Quelle magnifique et forte génération nous prépare cette paroisse si profondément eucharistique ! Autre constatation : les naissances y sont quatre fois plus nombreuses que les décès.Ceci encore est de bon augure: avec une semblable réserve à l’arrière garde, le gros de l’armée .peut résolument marcher de l’avant.• • • Jetons, à présent, un rapide coup d’oeil sur le rapport financier de cette jeune et vaillante paroisse.A peine a-t-elle quatre années d’existence, ayant été fondée le 10 février 1914, et déjà elle dispose d’un budget à rendre jalouses des paroisses beaucoup plus âgées qu’elle.Le lecteur ne saura trouver mauvais que nous n’allions pas de conserve, nous égarer dans la foret de chiffres où s’exprime et s’épanouit sa vie financière; je saute donc immédiatement à la récapitulation et voici ce que j’y trouve : Recettes proprement dites .$22,253.79 Dépenses — — .$13,284.44 Ce qui nous donne pour l’année $8,969.35 d’économie.Je m’en voudrais cependant de passer complètement sous silence les détails de certaines recettes extraordinaires, qui nous donneront de la proverbiale générosité des Acadiens, des preuves singulièrement éloquentes. 43 LE PETIT CANADIEN C'est par exemple, à l'article des contributions volontaires, une somme de $7,306.86; à l’article des quêtes spéciales: $111.46, pour le pape; $210,11, comme don de joyeux avènement au nouvel évêque acadien, Mgr Ohiasson; $156.35, pour l’oratoire Saint-Joseph de Montréal, appelé à devenir l’un des sanctuaires les plus chers à la piété des Canadiens français.Ces trois derniers chiffres nous permettent de pénétrer l’âme acadienne jusque dans ses profondeurs et d’y découvrir ces trois nobles sentiments qui en sont comme l’essence et lui donnent sa marque distinctive : l’amour de l’Eglise et du Pape; le culte passionné de sa race et de tout ce qui touche à son histoire, à ses traditions et à ses gloires nationales; enfin, cette tendance innée — qui n’a pas toujours été comprise ni estimée comme elle aurait dû l’être — à se rapprocher fraternellement de la province de Québec, sa soeur plus fortunée et plus avantagée.Reste un dernier détail lui aussi bien significatif : tous comptes faits, l’état financier de la paroisse de l’Assomption, accuse une dette réelle de $60,660.11.Et ce chiffre encore doit nous remplir d’admiration; ne dit-il pas, à sa manière, la confiance absolue en la Providence, de la population française de Moncton ; sa volonté de vivre, son inépuisable générosité ?C’est cette dette, généreusement consentie par tous, qui a permis de bâtir immédiatement le somptueux soubassement qui, tient lieu d’église provisoire, et sur lequel s’élèvera bientôt la grandiose église définitive, dont déjà nous pouvons entrevoir, avec une fierté émue, les vastes proportions, la hardiesse de conception et l’harmonieux ensemble.# * # Arrêtons-nous sur cette réconfortante et artistique vision d’avenir.Nous connaissons suffisamment désormais l’oeuvre accomplie au sein de ia population française de Moncton.Il nous faudrait maintenant, pour être complet, en faire connaître l’ouvrier, dire son indomptable volonté, son héroïque persévérance, son zèle apostolique.La chose ne serait pas facile, tant M.l’abbé H.-D.Cormier aime à se tenir dans l’ombre, à s’entourer de silence.Heureusement que son oeuvre est là: elle révèle une main de maître, une âme éminemment sacerdotale.On a pu dire fort justement, qu’une paroisse est toujours un degré au-dessous ou en arrière de son curé.: le rapport que nous venons d’analyser avec une admiration qu’il nous est difficile de taire, nous permet d’apercevoir quelque chose des mérites respectifs du sympathique curé de l’Assomption et de ses vaillants et généreux paroissiens.R.P.Em.Georges, C.J.M., Rathurst-Ouest. 44 LE PETIT CANADIEN LA GRANDE AVENTURE DU SIEUR DE SAVOISY (Nouvelle) 4 Au moment de livrer à la publicité le document pour le moins extraordinaire qui suit, un scrupule dyune nature assez lancinante mya saisi, et dans le désarroi de ma pensée je me suis demandé si jyavais bien le droit, moi chétif ouvrier fourrageant de çi de là dans le vaste champ de notre histoire, de venir jeter un tel trouble dans lyesprit de milliers et milliers dyexcellentes gens pour qui, syil est une chose sacro-sainte, cyest bien la date de la découverte de VAmérique, fixée à Van de grâce 1492, et due au grand Christophe Colomb.Et voici que jyallais mfattaquer à ces mânes justement illustres, sans compter que, par ricochet, et ainsi qu'on le verra plus loin, en lisant le document en question, notre grand Jacques Cartier meme ne serait plus destiné à faire en tout cela que fort piteuse figure.Dans le tumulte où jyétais, jyallai nVouvrir de mes perplexités à un fort docte personnage qui myhonore parfois de son amitié, et à qui la légende courante accorde un tel savoir historique qu9il pourrait fort bien, et pour peu quyon le poussât un peu au pied du mur,vous dire la longueur exacte du pied-de-nez que fit une fois notre vaillant Frontenac à lyenvoyé anglais le sommant de rendre Québec, ou encore vous exhiber le bordereau établissant le nombre bien précis de bouteilles de vin de Champagne que notre vertueux Bigot avait accoutumé de prélever chaque année, sur la longanimité de ses bons administrés.Vous comprenez que je nyen menais pas large, en me dirigeant vers le logis de ce pontife.A ma vive surprise, et à ma grande joie, les paroles de cet auguste érudit se trouvèrent, en somme, être fort débonnaires, et voici, à peu près dans les termes que jyentendis, le conseil que je reçus : Il est vrai que le document en cause va nous mettre dans un bien cruel embarras.Que dis-je.embarras! C'est plutôt un véntable écroulement qui va syensuivre de vos divulgations.Mon Dieu ! oui, ni plus ni moins.Toute la littérature de Vépoque colombienne va être à refaire, ou plutôt cyest comme si elle nyavait jamais existé.Et en ce qui concerne le Canada, donc.Non, mais, voyons, je vous le demande, quyalloiis-umts bien faire, maintenant, de notre découvreur de Saint-Malo, si, comme il paraît, votre sieur de Savoisy a réellement existé.N9est-ce pas, vraiment, à s’arracher le peu de cheveux qui nous restent?Mais, tout cela bien exposé, je nyen conclus pas moins que votre devoir vous est strictement tracé dyavance.Vous n’avez pas le droit de garder le silence là-dessus, et au nom de LE PETIT CANADIEN 45 tous les fervents d’Americana je vous somme de parler.Au restef tout n’est peut-être pas perdu.La dette exacte de votre pièce, à ce que je vous, reste indécise, et il y a vraiment encore de beaux jours pour tous ceux qui aiment à se chamailler sur ces troublantes questions.” Ainsi donc, cyest entendu, je lance le pétard.Ceci bien décidé, je dois à la curiosité de mes lecteurs de leur raconter comment je suis entré en possession du testament de mon sieur de Savoisy, et on me permettra sans doute en même temps d’exprimer quelques courtes conjectures person-y n elles.La manière dont le document m’est arrivé entre les mains est fort simple.Un de mes intimes amis, attaché au ministère de la Marine et des Pêcheries, et qui fit l’été dernier un voyage à l’Ile-aux-Sables pour le compte de son ministre, apprenait en arrivant là-bas que les ouvriers occupés aux fondations du nouveau poste Marconi qu’on est à installer sur l’île, avaient mis à jour un coffret de plomb, renfermant de vieux papiers, dont on ne pouvait s’expliquer la raison d’etre en pareil lieu, et écrits en un français que personne ne pouvait déchiffrer.L’ami dont je parle se fit remettre ces papiers à son départ, après avoir convenu avec le gouverneur de l’île de chercher à en tirer le meilleur parti possible, pour peu qu’il pût y avoir là-dedans quelque chose d’intéressant à glaner pour notre histoire.Dès le débarqué de mon ami à Québec, et comme un soir, au château Frontenac, j’examinais moi-ménu as vieux feuillets si miraculeusement mis à jour, je reçus de tout cela un véritable ébranlement, analogue, par exemple, à la pré monition que doivent ressentir les inventeurs au moment où une grande découverte leur brûle le bout des doigts.Voyant l’émotion dans laquelle j’étais plongé, mon ami ne crut mieux faire qu’en me cédant à son tour la possession de ces grimoires, d’autant plus, voulait-il bien ajouter, que je lui paraissais être survenu à point pour l’aider à se dégager de la promesse qu’il avait faite de voir quel parti nos annales maritimes pourraient bien tirer de tout cela.Quel parti, grand Dieu! Mais si l’on n’est pas ici en présence d’une supercherie, — et comment sousenre à pareille abomination, — la conclusion qui se dégage forcément de ces pages du sieur de Savoisy c’est que, non seulement, quelque part vers le milieu du quinzième siècle, c’est-à-dire il y a près de cinq cents ans, les nuages désolés de Ulle-aux-Sables ont été le théâtre du premier naufrage connu dans notre histoire, mais en outre que la gloire d’avoir découvert le Canada et par ricochet l’Amérique elle-même, appartient à ces pauvres naufragés de la barque de Loys * Gaultier.Si tout cela tient debout, — et comment en doutert on le verra bien plus loin, — Christophe Colomb ne serait qu’un vulgaire escamoteur, et même il ne faudrait plus voir en notre grand Jacques Cartier qu’un 4G LE PETIT CANADIEN simple pelil caboteur de rien du tout, ayant par un beau jour poussé une pointe du côté du fleuve Saint-Laurent, histoire d'aller cueillir quelques bleuets sur la côte de Terre-Neuve.Le papier sur lequel est écrit le récit du sieur de Savoisy est d une contexture à défier les siècles.Mais certains passages sont devenus presque illisibles par Vaciion du temps, et ce n'est qu'après un travail opiniâtre, et après avoir consulté nombre de lexiques de vieux français, que j ai pu reconstituer le texte en ce que je crois être à peu près son état primitif.Cependant, une difficulté presque insurmontable se présentait.Par une cruelle ironie du sort, les parties les plus essentielles du millésime du document, celles mêmes sur lesquelles porte tout l'intérêt de la pièce, étaient complètement disparues, et force a dû m'être ici, pour rétablir ces parties en ce que je crois être leur intégrité, de faire un travail purement conjectural Pour plus de lucidité, j'ai inclus plus loin entre parenthèses ce qui est indéchiffrable de ce millésime sur le texte original.Les raisons sur lesquelles je m'appuie, pour avoir choisi le millésime 1444, sont les suivantes.Tout d'abord, il est evident, que la langue du récit appartient au quinzième siècle, et plutôt au début qu'à la fin, ainsi qu'on pourra se rendre compte en référant aux vieux auteurs qui écrivaient vers ce temps-là.Les deux lettres “ te ", apparaissant avant le mot u quatre ", ne pouvant évidemment s'appliquer qu'aux périodes de dix années allant de 30 à 60, je fus un moment tente d'opter pour 1434 plutôt que 1444, mais le coup d'arquebuse dont parle le sieur de Savoisy m'a ici quelque peu dérouté.On sait en effet que l'emploi de l'arquebuse n’a commencé à se répandre en Europe que vers 1435, ce qui serrait vraiment de trop près la date que j'avais en vue.J'ai donc cru plutôt devoir inscrire en toute sûreté 1444, et j'ose espérer que le gros des chercheurs et des curieux sera ici de mon avis.Autant que je puis voir, la première terre aperçue par nos explorateurs a dû être celle de l'Etat du New-Hampshire, et l'embouchure du fleuve en question devait être celle de la rivière Merrimac.Comme ou sait, on aperçoit très bien de là, par les temps clairs, les premiers contre-forts des Montagnes Blanches, qui devaient être celles dont parle le récit.De là, et après avoir longé les côtes du Maine et du Nouveau-Brunswick, il est facile de voir que la belle baie dont on parle devait être celle de Port-Royal, ou encore celle même de Halifax.Quant à la maladie quelque peu mystérieuse dont il est fait mention, j'opinerais assez que ce devait être tout bonnement une attaque de notre vieille connaissance Madame la Grippe, agrémentée de symptômes infectieux.Tout cela bien exposé, je laisse maintenant la parole au sieur de Savoisy.S- C. LE PETIT CANADIEN 47 En Pisle aux Vents, size ez grand Oseéans, ce vingt-huit novembre de Pan mil (quatre cent quarante quatre Moy, Roger de Montgrain, sieur de Savoisy, et avocat à la Cour du Roy à Rouen, prouche l’ecglise Sainct-Martin, me sentant en danger prou-chain de male mort, pour ce qu’aulne ayde terrestre ne me peut advenir, et que seule secourance est en la Bonne Dame ez Cieulx et les Saincta, veulx icy escrire en briefs mots la grande adventure à laquelle ay pris part.Et doncques, véey, en peu de mots, la mouelle de ces témoignages, pour ce que aultres venant après nous, et trouvant ces lignes, en feront heure et proufit.Or, ce feust le dixiesme jour d’avril qu’estant partis du port de Dieppe pour les Isles de l’Angleterre, où m’appelaient affaires de bail-liage, sur barque de pesche Maris Stella, dont estait patron Loys Gaultier, avons dans la nuict été surpris par firieuse bourrasque soufflant devers le ponant; et tant plus nous opposasmes aux flots pris de raige infinie, tant plus fusmes poussez plus avant à la graace de Dieu, pour ce que ces flots sentoyent des ioies à milles autres pareilles en ceste chouse.Et si advint qu’au seiziesme iour le vent s’accalma, et lors que le ciel commença à se coyffer de nuict vismes briller les estoilles pour la prime fois depuis notre partement.Et vécy qu’à l’aube nous estomirasmes de veoir la terre venant à nous.Lors, nous estant approuchés, vismes qu’estait belle et grande terre, avec bordure de bois espais, et tousious plus loin haultes montaignes qu’estoyent toutes blanches par le sommet, comme de neige.Et sembloit en effet l’hyver durer encore sur ces sommets, pour ce que de partout venoyt une grande freidure, auquel signe vismes bien qu’estyons pour seur fort esloignés de la doulce France.Mais estyons ce pendant tous en grande ioie, pour ce que espérions plus jamais nous veoir en pareille liesse.Et nous approuchant tousiours prismes pied sur le rivage, et nous estant adventures jusques à Forez des bois vismes venir à nous multitude de sauvaiges demi-nuds, qui sembloyent yssus de la terre.Et avoyent, ces sauvaiges, la peau comme de brique cuicte, et longs cheveulx noirs et luisants comme cryns.Lors, ung de nos hommes s’estant advisé de tirer un coup d’arquebuse sur oilseaulx dont y avait partout numbre infini, feurent si fort effrayez ces sauvaiges, par le bruyct de l’esclatement, que grand numbre s’enfuyrent dans les bois et d’aultres cheurent par terre, 48 LE PETIT CANADIEN et n’osoyent de longtemps ceux-ci lever les yeulx, pour ce qu’ils cuydoient se veoir toucher à leur mort.Et lors, eusmes grande peine à leur remonstrer que leur voulyons nul mal, pour ce qu’ils pourpensoyent en eux-mesmes que devions estre venus par espocial pour los occiro.Falotes estât cjue ces sauvaiges n a-voyent encore jamais veu gen de notre corporance, et que leur paraissions, avec la eouleure de notre peau et barbe noire, dont moult s esmer-veiiloyent, de meschants esperitz desquels ne pouvoit venir pour eulx que grand mesehief.Lors, en eeste criticque occurrence, nous advisasines de les gagner en leur offrant victuailles diverses, tels que poissons fusmés, salaisons de viande et gasteault de farine; ce que voyant, un tout vieil homme, qui estoyt leur chef, et sembloyt plein de sapience et d authorité, leur desbagoula en son patoy de n’avoyr rien à redoucter.Et feurent ensuite grands festoyements et danses, jusques à la nuict.Et fusmes plusieurs jours parmy ces sauvages, nous occupant à veoir le pais, mais sans quitter ung long temps la veue de la mer et de notre navire, par paour de quelque soudain revirement de l’esperitz de ces sauvaiges; et ung iour allasmes jusques à deux lieulx de là, où nous avoyt par signes acertené le chef que se trouvoyt une grande rivière.Et nous estant rendus en d’endroict, vismes bien en effet que se trouvoyt embouchure dling grand fleuve, auquel signe reconnûmes que la contrée devoyt estre de trez vastes proportions.Lors, nous estant délibérés de scavoyr les limites de cette contrée, feut décidé, dans ceste visée, de suivre les costes vers le nord, fuyant par aynsi les vagues de feu soudain venues après la freidure de 1 aultre jour, et causant une chaleur si tant forte et incongneue de nous tous qu’avyons tous grande paour, en allant au sud, de cheoir en quelque fournaise ez esperitz infernaux.Et fusmes, remontant les costes jusques a umois d’aoust, lors que, aprez avoyr veu desfiler moult rivalges d’aspect resbarbatif et rocail-leulx où estions rarement tentés d’atterrir, arrivasmes un iour en une baye si tellement vaste et merveilleuse que pourrait bien donner asyle à toutes les nefs réunies d’Europe.Et estoyant partout aussy belles prairies aux haultes herbes et si tellement pleines de petites airelles bleues que sembloyent de loin, ces prairies, faictes de nuance du ciel plustot que de eouleure verte habituelle.Et ayant gousté ces airelles, leur trou vas mes bon goust, et lors en fismes d’abondance nos deslyces tout le temps de leur durée.Et vismes encore moult aultres sauvaiges, desquels, pourtant, cette foys, jugeasmes nous tenir puis à l’escart, pour ce que estoyent, ces sauvaiges, avec leur stature fort haul te et visage peint de couleures de toute LE PETIT CANADIEN 49 sorte, d’un aspect nous donnant crainte.Et autant que pusmes comprendre, se dysoient, ces sauvaiges, estre des gens abesnaquis.Et restasmes en cet endroict jusques à la fin de septembre, lors que feuilles se myrent à eheoir des arbres.Et nous esmerveillasmes fort, entre ailleurs, d’ung certain arbre incongneu, avec feuilles comme celles de chesne, lesquelles, aux premièsres froidures de l’automne, se mueyrent en rouge comme de sang, à tel point que sembloyent partout les lointains en pleine flamboyson.Or, voyant ces préparatifs de l’hyver, le patron Gauttier boutta dedans sa cervelle ferme intention de ne pas aller plus loin, pour ce que du reste ce païs sembloyt estre sans fin, mais se despartir au plus tost pour faire aeavoir au Roy de France notre grande adventure, aux fins que le Roy prlst possession de toute cette grande terre.Et pourpensoyt en luymesme que bien facile seroyt retrouver son chemin, pour ce (pie s'estant advance tousiours vers l'Ouest il n’auroyt, au retour, qu’aller vers le soleil levant.Et aynsi fut faict, et par beau soir d’octobre mismes à la voyle et sortîmes de la belle baye ci-dessus.Et allasmes aynsi toute la nuict et tla journée du lendemain, par bon vent frais sous lequel nous sentyons fort ayses en grand reconfort.Et dans la nuict suivante, qui estoyt la seconde depuys notre parte-ment, et fort noyre et sans estoilles, entendîmes grand craquement, et lors notre barque se dressa puis resta couchiée sur ung costé, cependant que la mer venoyt de partout en grande coteyre.Aux petites heures du lendemain, vîmes qu’estions sur un banc de sable, se prolongent à l’infini, et couvert par endroiets de rares touffes d’herbe presque noyre.Et existimasmes que devions estre alors à septante lieulx de la grande terre que nous venions de quitter.Or, le vent s’estant eslevé davantaige, feust notre barque balayée par les flots d’un bout à l’autre, à tel poinct que dusmes en haste nous enfuyre et desbarquer sur l’île sans presque tant seulement nous estre pourvus de quelques victuaillez.Et dusmes attendre deux longs iours que le vent se feust accalmé.Et lors, ayant faict la visite de notre barque, vismes que elle estoyt rompuye par le milieu, et que nos vivres estoyent presque toutes perdues par eau de mer.Or, ce pendant, en cet estrif, ne perdîmes poinct l’esteuf, mais nous mîmes à l'ouvraige pour nous construire un abri avec planches de notre barque, nous fyant que la divine Providence nous seroyt en ayde, et comptant que le banc de sable où nous estions et nous paroyssoit estre une île nous donneroyt, le temps que mettryons à refaire notre barque, les moyens de subsistance. 50 LE PETIT CANADIEN Mais devyons bien vite abandonner tout espoir de ces deux costés.Par jour de vent encore plus violent que d'habitude — et il semble que sommes icy en asyle de vents éternels — notre paouvre barque reçut sa dernière râtelée du grand osceans, puis sauta d’un bond en arrière, en suant d’ahan, et s’esparpilla un peu partout, nous layssant tous sur le rivaige béants, pantois et sots comme huistres baillant au soleil.D’aultre part, nous estant enquis aux environs si, par adventure, se treuvoyt quelque chouse pouvant servyr à nostre soutenance, ne vismes rien hors ceste herbe noyre dont ay désià parlé et mares d’eau de pluye ayant goust de saumastre, sans doute par voisinaige de lagrandemer.Et jugeasmes que, dans le mylieu, l’isle avoyt dix toises de hauteur.Et n’estoyt, ceste isle, que de ung quart de lieue de largeur, mais par contre fort longue aussy loin que regard pouvoyt aller.Or, comme ne servoyt à rien resnagler en ceste occurrence, prismes assez vire nostre parti de la chouse, et entreprismes, au plus pressez, d’abattre oiseaulx dont grand numbre passoyt et repassoyt avec force crys moqueurs.Mais eusmes vite degoust et hault le coeur de ces oiseaulx dont la chayr estoyt eouriace à ung point qu’aulcuns ne scavent.Et par ailleurs comme n’avyons qu’une seule arquebuse et rares ammonitions, dusmes bien vitement renoncer à ceste chasse.Lors, ayant faiet le descompte des vivres qui nous restoyt, vismes qu’en avyons au plus pour deux semaines pour les quatorze hommes nau-fragiez, y compris moy-mesme.Et au dimanche ensuivant adressasmes tous grandes remonstrances au trez sainct créateur de toutes chouses, promettant pour son secours, eryger à Notre Dame de Recouvrance, sur plus hault rochier de Sainct-Malo, belle chapelle en remembrance perpe-tuelle de notre sallut.Mais estoyt diet que feroyt le cyel sourde aureille à nos prières, car vecy que de gros nuages noyrs, x^arayssant comme alourdis de neige, accoururent de toutes parts, cachant la face du soleil.Et si advint, par le plaisir de Dieu, qu’un mauvais air corrompu, accompagnéz de grand freit, cheut sur nous tous, nous mettant en tel estât, qu’en peu de iours perdismes le boire et le mangier, et jusques au reposer.Et avyons tous trez forte fièvre, et estions tousiours tremblants où que fussyons.Et l’enroueure estoyt si cruelle à tous, jour et nuict, qu’aulcuns hommes, par force de tousser, furent rompus par leurs vaisseaux, et gectoient grand foison de sang par la bouche et par le nez, et en povoit personne estre guery, mais finissoyt tousiours par en mouryr.Et dura bien ce mal sans cesser trois semaines ou plus, et enfin ne restâmes plus que trois vyvants, le patron Gauttier, le mousse Sauvageot et moymesme. LE PETIT CANADIEN 51 Et estions tous trois comme deschaussez de la cervelle, pour ce que avyons perdu tous nos esperitz vitaux, et attendions que Mort vouleust bien à son tour nous prendre sous son ayle.Ce douze décembre de niesme an.Pour ce que est la voulenté de Dieu.Le patron Gauttier est mort depuis hyer, et maintenant n’est plus devant moy que le paouvre mousse Sauvageot, avec dernyer reste de vye remontez en ses grands yeuls noyrs.Moy-mesme sens bien la mort qui arrive.Et n’en ay cure, hors scavoir si d’adventure.Haï Dieu veult me rabbrouer.Moult affligez par sa sacre voulenté m’en remets en ses mains.Ha ! vecy le freit qui me gaigne au coeur.Ha! les oiseaulx qui virevolent toujours.Le ciel est tout bleu.Par avant que dernières forces me manquent veulx mettre ces papiers en seuretez.A toy, ma femme cherie et à mes deux enfants, qui estent si loin.Je regarde à l’orient et vous voye.A toy, aussy, doulce et belle France, si vermeille et si belle.Tousiours.Jamais, jamais.C’est tout.Je me meurs.Adieu.Pour copie conforme du manuscrit du sieur de Savoisy, Sylva Clapin RESTONS CHEZ NOUS Par curiosité, par manie, par snobisme, sans réaliser toutes les conséquences de leurs actes, un grand nombre de nos compatriotes envoient leur argent à l'étranger, pour se procurer des marchandises qu’ils pourraient aisément et à meilleur compte trouver chez nos marchands.On ne réalise pas les milliers et les milliers de piastres qui sont envoyées à Toronto, par année, du district de Québec, depuis les côtes de Gaspé et du Labrador jusqu’aux comtés limitrophes où sé termine le district à l’ouest de Québec.L’avantage d’acheter sur catalogue est certainement une facilité qui accommode une foule de gens qui ne veulent pas se déranger, mais combien souvent on vous passe une marchandise inférieure, des rebuts de fabrique, des étoffes imparfaites, des articles tarés que l’on vous vend quelquefois à des prix qui vous sautent aux yeux, mais vous ne réalisez pas toujours que, meme à ces prix réduits, que vous n’en avez eu que pour votre argent.Nos colonials enrichis, qui veulent se distinguer des autres se font habiller à Londres quelques-uns font venir leurs vêtements de New York, d’autres s’adressent chez Eaton.Malheureusement, nous avons quelques Canadiens français qui les imitent, qui s’approvisionnent chez Eaton.Noils en connaissons qui font 52 LE PETIT CANADIEN venir leur thé, leur café, leurs épices, leurs conserves, leur sucre granulé, de chez Eaton, tandis qu’ils pourraient se procurer tout cela chez le marchand du coin, aux mêmes prix, sinon meilleur marché, pour les mêmes qualités et les mêmes quantités.^lais c’est une manie.Cela vient de Toronto.Les femmes surtout aiment l’article de Toronto.La plupart ne comprennent rien aux prescriptions que leur donne le catalogue, mais 1 image leur suffit.Toutefois, nous en connaissons plusieurs qui ont été amèrement désappointées.Les échanges de marchandises qui ne conviennent pas sont difficile» à faire, ils sont coûteux par les frais de transport, et le plus souvent vous n'avez pas satisfaction.Gardez donc votre argent pour encourager vos compatriotes, améliorer leur position, leur aider à s’implanter et à progresser.L’argent que vous leur donnerez vous reviendra en partie indirectement, car il sera en partie dépensé ici, soit en salaires additionnels, en améliorations, en agrandissements, en placements dans d autres industries.Que le mot d'ordre soit de garder ce que nous avons, et d’en faire bénéficier autant que possible les nôtres.De la sorte, nous accomplirons un acte patriotique qui portera ses fruits, sachez-le bien, et qui aura une influence considérable toutes les fois que nous aurons à nous affirmer.Et qui sait si, en important des marchandises de Toronto, ce foyer du fanatisme et de la bigoterie méthodiste, vous ne recevrez pas avec votre marchandise quelques germes, quelques microbes malfaisants dont l'air de ce pays est infesté.Restons chez nous.Serrons-nous les coudes.Le Franc Parleur.Du Guesclin.DES BASES A NOTRE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE Le développement économique de la province passionne à bon droit nos esprits dirigeants.Par où commencer, me paraît bien être le point essentiel.Car pour ce qui en est du désir de voir le Québec entrer résolument dans une ère d’activité, tout le monde en est — sans que chacun oublie de songer à son propre succès.Quant aux plans, ça ne manquera, pas.Mais que valent-ils ?Il me semble qu’avant de songer à faire fructifier les capitaux, il serait bon de travailler d’abord à garder ceux que produit chaque jour le travail de nos compatriotes.Et pour cela, nous devrions compter un bien plus grand nombre de compagnies d’assurance-incendie et d’assurance-vie.A l’heure actuelle il est certain que nous expédions, chaque année, des millions en primes d’assurance à des institutions de Toronto, là précisé- LE PETIT CANADIEN 53 ment où l’on est d'avis qu’il faut donner une leçon au Québec.Si notre province ne comprend pas la leçon qu’elle vient de recevoir, il faudra se demander si elle ne méritera bientôt d’avoir cet épitaphe que suggérait un jour Mgr Labelle : Morte de bêtise.Après ces organisations ou plutôt en meme temps, il faudrait activer la colonisation, ne pas se contenter d'un budget de misère et de chemins construits longtemps après l’arrivée du colon; mais il faudrait faire des chemins avant l’arrivée du col on,et affecter cette oeuvre de la colonisation le plus fort crédit possible, en faire l’article capital du budget du gouvernement provincial.Quid prodest, qu’est-ce qui vaut le mieux ?demandait-on à un Romain, un organisateur de peuples.Pecus, répondit-il simplement.9 CAISSE NATIONALE D’ÉCONOMIE UNE CLASSE 1>E DEUXIEME PERIODE Le temps est venu de porter à la connaissance du public les amendements obtenus, par la Société Saint-Jean-Baptiste, à la dernière session de la Législature, conférant le pouvoir de créer une classe dite de deuxième période.Cette classe additionnelle est en quelque sorte le complément de la Caisse Nationale d’Economie.Cette nouvelle classe ne peut fonctionner qu’en 1919, et seulement pour Tavantage des sociétaires qui seront devenus rentiers de la Caisse Nationale d’Economie.Toujours en vertu du principe de mutualité dont s’inspire cette institution, le sociétaire-rentier pourra, s’il le désire, confier le montant net de sa rente à la Caisse durant une autre période de vingt ans, pour être accumulée avec les intérêts composés, et toucher, après ces autres vingt ans, une rente plus substantielle que la première et cela jusqu’à la fin de sa vie.D’après les calculs qui ont été faits, cette rente devra être limitée annuellement à un tiers de la somme totale versée durant les vingt années de contributions, à savoir que : si une somme de cinquante ($50) piastres par année provenant de la première rente a été versée au capital de la deuxième période pendant vingt ans, soit mille ($1000) piastres, la rente à toucher n’excédera pas $333.33.Et si la première rente produisait un revenu de cent ($100) piastres, la deuxième rente serait du double, soit $666.66.Tous nos sociétaires savent que nous avons déjà créé des classes plus élevées, dont les contributions annuelles pouvaient être cinq fois et même douze fois celle de la classe A.Le sociétaire qui s’inscrit à la Caisse dans la classe E ($40 par année), et qui, après vingt ans, s’inscrirait de nouveau dans la classe de la deuxième période, s’assurerait, pour le reste de ses jours, une rente qui pourra se compter par mille piastres chaque année.Comme on peut le voir, la Caisse Nationale d’Economie est appelée à se développer considérablement; elle va devenir tellement importante au point de vue financier que, dans un avenir prochain, le premier souci de tout bon père de famille sera d’inscrire ses enfants à cette Caisse, afin de leur procurer un revenu substantiel qu’il ne saurait leur donner autrement qu’en devenant sociétaire.A cette dernière classe, nous ajouterons l’obligation qu’il y a d’appartenir à la Caisse de Remboursement, afin de pourvoir, en cas de décès, à ce que les sommes versées retournent aux héritiers du sociétaire décédé. 60 LE PETIT CANADIEN Avec ce complément, la Caisse peut recevoir les épargnes de n importe quelle catégorie de personnes, les femmes aussi bien que les hommes et les enfants.Si Monsieur X peut verser quarante ($40) piastres «par année pour sa fillette, à Page d’un an, lorsque cette dernière aura atteint sa majorité, elle deviendra pensionnaire, elle retirera une rente disons de trois cents ($300) piastres par année, ce qui est déjà une dot appréciable.Si elle juge à propos de confier de nouveau sa rente pour une deuxieme période, et si, chaque année, une même somme de trois cents ($300) piastres est ainsi versée à la Caisse, le montant total versé après vingt ans sera de six mille ($6 000) piastres.La rente de cette sociétaire pourra s’élever, suivant nos statuts, jusqu’à deux mille ($2 000) piastres par année, après cette époque.Et par la Caisse de Remboursement, cette somme ou toute balance de cette somme est assurée aux héritiers, aussi longtemps que le pensionnaire n'aura pas touché le montant total de six mille ($6 000) piastres.La Caisse donne de plus l’avantage de faire en un premier versement le paiement des vingt premières années de sociétariat ; à cette fin, elle accorde un rabais de 3% calculé à intérêt composé.Pour la classe B, qui est de sept ($7) piastres par année, cela forme, pour les premiers vingt ans, cent quarante ($140) piastres.Le montant à verser au moment de son inscription est de cent huit ($108) piastres.Pour la classe E, quarante ($40) piastres par année, le montant à payer pour solder les premiers vingt ans est d’environ six cents ($600) piastres.Comme on le voit, la Caisse Nationale d’Economie peut rencontrer les exigences de toutes les classes de la Société; et elle est en mesure d’assurer des rentes satisfaisantes à tous ceux qui désirent lui confier leurs épargnes.Je désire faire remarquer qu’il est impossible de déterminer très exactement à l'avance le montant des rentes qui seront distribuées; «et si j'ai donné ici des chiffres déterminées, c’est plutôt pour indiquer le fonctionnement de la Caisse et en démontrer tous les avantages.11 me reste à traiter des avantages de la Caisse au point de vue national et de son influence à la fois morale et financière sur les destinées de notre nationalité.La Caisse Nationale d’Economie compte déjà plus de 60 000 sociétaires actifs.Chaque année, viennent s’ajouter à ce nombre des milliers de membres de tout âge; et avant longtemps, c’est par centaines de mille que nous compterons nos sociétaires.Au seul point de vue de l’économie, l’exemple créé par notre Société ne sera-t-il pas salutaire à un élément ethnique, coopérant par centaines de mille dans une même idée, dans un même esprit, pour pratiquer 1 épargne fructueuse ?Cette influence économique sera comme une invite à créer d’autres unions mutuelles pour le développement de nos ressources et la protection de nos LE PETIT CANADIEN 61 intérêts nationaux sous toutes ses formes.La Caisse possède déjà dans la province de Québec au-delà de 8(H) sections ou bureaux de perception.Lorsque que son effectif sera de trois ou quatre cent mille membres, avec une section dans chaque paroisse de la province,—et rien ne peut nous empêcher de rayonner sur les autres provinces, — que de choses utiles la Caisse Nationale d’Economie ne pourra-t-elle pas faire, en créant des unions coopératives, pour le développement de nos industries?Ne pourra-t-elle pas encore participer à la fondation de Caisses rurales, pour aider les classes ouvrières ou agricoles à développer leurs ressources avec plus d’avantages qu’elles n’en ont actuellement?8on capital qui est maintenant de près de deux millions de piastres est prêté aux municipalités, aux commissions scolaires, aux fabriques de paroisse, aux communautés religieuses, etc., et déjà il a commencé à faire sentir une bienfaisante influence parmi nos populations.Que de services ne rendra-t-il pas, lorsqu’il sera de vingt ou de cent millions de piastres! Vingt ans ou quarante ans, c’est peu de chose dans la vie d’un peuple.Nous pouvons dire que chaque somme prêtée par la Caisse, c’est autant de dettes payées par nos institutions qui empruntent, puisque les intérêts annuels payés à la Caisse seront immédiatement distribués en rentes, par cette dernière, et cela, pour une multitude de cas, dans les mêmes paroisses où nous avons fait des placements.Je n’ai voulu que tracer ici les grandes lignes de cette institution vraiment nationale, avec le désir de faire connaître à nos sociétaires déjà inscrits, qu’ils ont participé à une oeuvre des plus importantes pour eux-mêmes «et pour leurs compatriotes, et avec l’intention d’inviter les personnes qui peuvent économiser quelques sous chaque jour, à se joindre à ceux qui les ont déjà précédés, afin de bénéficier le plus tôt possible des bienfaits sans nombre que procurera demain la Caisse Nationale d’Economie.Arthur Gagnon, Administrateur.ASSEMBLEE GENERALE ANNUELLE DE LA CAISSE NATIONALE D’ÉCONOMIE Les membres de la Caisse sont priés d’assister à l’assemblée annuelle de la Société qui aura lieu au Monument national, salle no 6, le 28 février, à 8 heures du soir, pour recevoir les rapports de l’année écoulée et procéder aux affaires de la Caisse. 62 LE PETIT CANADIEN BILAN DE LA CAISSE AU 31 DÉCEMBRE 1917 OBLIGATIONS : ACTIF Mun.de la Ville Côte Saint-Louis .— Canton de Maniwaki .Comm.Scolaire de Shawinigan Ecoles séparées, Nepean B.Mun.du village de Jonquières .— Sturgeon Falls .— Sudbury, Ontario .— Scolaire du village de Rigaud Ville de Roberval.— Victoriaville.2e Div.Co.Lac Saint-Jean .Syndics d’écoles de Danville Mun.du village de Warwick — Scolaire de la ville de Longneuil — du Canton de Windsor — d’Asbestos .Comm.Scolaire de la Mun.du villag Laval-des-Rapides .Comm.Sco.du village de Tétreaultv — Saint-Jean-Berchmans .Mun.village Rapide-de-l’Orignal .Saint-Alexis-de-la-Grande-Baie .Ville Saint-Michel-
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