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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2010-10-09, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 OCTOBRE 2010 ENTREVUE Suzanne Jacob ou la responsabilité d’être libre Page F 2 1 LITTERATURE Nouveau Kokis, nouvel éditeur Page F 3 LIVRE L’Octobre québécois et ses suites Les suites d’Octobre 70?D’abord, un long mois des morts, puis les urnes funéraires, avec les réélections de Jean Drapeau, de Robert Bourassa et de Pierre Elliott Trudeau.Dans la déroute qui suit cette crise, certains felquistes se retrouvent sous le soleil noir de l’exil, comme Jacques Lanctôt, désormais loin du terrain labouré en surface par les luttes felquistes des années 1960.JEAN-FRANÇOIS NADEAU Installé avec ses camarades dans rétablissement le plus chic de La Havane, le Nacional, Jacques Lanctôt mène au début des années 1970, tel qu’il l’explique dans ses mémoires, «la belle vie de châteaux dans cet hôtel majestueux», où il passe ses jours et ses soirées à boire «force Cuba libre et autres cocktails, en écoutant l’orchestre du moment».Durant cet exil cubain, il n’a pas à faire son lit une seule fois — une femme de chambre s’en charge — et il ne travaille qu’à sa guise, dans l’intention de rembourser, au moins partiellement, une dette morale contractée à l’égard d’un régime qui l’accueiUe d’aussi généreuse manière.D’autres brûlants compagnons, à l’évidence moins chanceux, croupissent à la même époque dans des ceUules.En 1971, comme bien d’autres en prison, Pierre Val-lières, celui que l’on considère comme l’un des maitres à penser du FLQ (Front de libération du Québec), s’extirpe avec brio d’un procès politique.Son juge, Roger Ouimet, a re-j gretté de voir cette jeunesse lire Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Albert Camus et Françoise Sagan.Une fois tiré des serres de pareil juge, Vallières va bientôt plaider pour une réorientation des luttes du FLQ.Il envisage alors d’emprunter le droit chemin dé-mocratique, .c’est-à-dire la ligne tortueuse de,s partis politiques institutionnalisés.De son côté, son alter ego Charles Gagnon choisit ses mémoires.de rompre avec un certain nationalisme et d’emprunter un nouveau sentier de la guerre, celui du marxisme à’En lutte.Les routes de tout un chacun se séparent.La Crise d’octobre se trouve ainsi en quelque sorte aspirée par la vie qui se poursuit autrement.Octobre ne sombre pas pour autant dans l’oubli.Un important rapport d’enquête et quelques documents produits dans les suites immédiates de la Crise inscrivent l’événement dans la mémoire.Mais on ne trouve guère de romans, d’œuvres d’art ou de mouvements publics qui s’approprient en masse une conscience révolutionnaire du FLQ pour la rediffuser en la transposant, d’une façon ou d’une autre.Octobre appartient surtout à des destins individuels qui, encore aujourd’hui, sont visités un à un, comme les stations d’un chemin de croix dont chacun perçoit la fresque globale à sa manière.On parle et on reparle donc, encore et encore, d’un ministre trouvé raidi par la mort dans le coffre d’une Chevrolet, d’un attaché commercial britannique «Vous, les Québécois, vous n’appartenez pas au Canada, vous êtes considérés comme insurgés et des guerriers» — Jean-Paul Sartre on es-p è r e malgré tout, à force de la darder pour la sonder, qu’elle finira par livrer tout son jus en nous réservant en plus quelques perles.Uinscription dans rhistoire Mais les enlèvements de Cross et de Laporte, que sont-ils exactement à l’échelle des luttes planétaires de libération auxquelles le FLQ emboite le pas de façon résolue?Ces années de plomb appellent les mêmes illusions de solution partout ailleurs.En 1970, des dizaines d’actions du même genre que celles du FLQ ont lieu à travers le monde.En Allemagne, la Fraction armée rouge libère par les armes Andreas Baader.Des actions de guérillas urbaines sont organisées.L’Irlande n’est pas en reste, bien entendu.L’Italie non plus.Dans puisque des Le patriote de 1837, d’après Henri Julien passionné par Winnie the Pooh, on parle de filatures de police rocambolesques, des aventures non moins rocambolesques de l’espionne Carole Devault et des cas de centaines d’innocents cueillis chez eux par les autorités au petit matin.Notre compréhension de la Crise d’octobre a peut-être été entravée par une incapacité chronique à l’envisager autrement que par ce petit bout de la lorgnette des positions politiques de quelques individus.La Crise d’octobre, on dirait en effet une histoire présentée sans cesse en circuit fermé qui se serait déroulée derrière des volets clos à l’humanité, en marge de la marche de l’histoire.Une simple parenthèse, en somme, tirée de l’histoire locale.L’événement prend ainsi, dans les réévaluations dont il fait sans cesse l’objet, une dimension quasi schizophrène à force d’être refermé sur lui-même, telle une huitre Jacques Lanctôt cite le cas du brillant éditeur Giangiacomo Fel-trinelli, lequel a embrassé ce type de lutte où il finira par trpuver la mort.A la différence de Lanctôt, qui conserve un enthousiasme sans limites pour le régime cubain, Feltrinel-li produira une critique assassine de ce régime après avoir tant espéré, comme d’autres révolutionnaires, de ses rencontres privées avec Castro.Aux Etats-Unis, toujours en 1970, les Weathermen œuvrent à la révolution dans une perspective d’action directe qui n’est pas sans rappeler celle employée par le FLQ.Comme eux antiracistes et anti-impérialistes, ils carburent aux symboles historiques forts.Les felquistes font par exemple sauter, à Québec, le monument de James Wolfe, le conquérant des plaines d’Abra-ham en 1759; les Weathermen, eux, font sauter la statue des policiers qui ont réprimé dans le sang, à Chicago en 1886, une VOIR PAGE F 2: OCTOBRE Notre compréhension de la Crise d’octobre a peut-être été entravée par une incapacité chronique à l’envisager autrement que par ce petit bout de la lorgnette des positions politiques de quelques individus Saint-Eustache : Librairie Fortier • Laval : Les librairies Carcajou, Place Rosemère et Centre Duvernay • Librairie Imagine, bouI.Samson • Les boutiques «Brin de Joie» à l'hôpital la Cité de Santé de Laval www.edïtionsgrahel.com Vit médecin lavaUois hérite de documents inédits d’Einstein 4 Docteur Tardif MICHELTARDIF 'O _ t\ de la Santé Montréal : Librairie du Square, Librairie Outremont, Librairie Limasson, Librairie Le port de tête • Sainte-Thérèse : Librairie Mercier • Lachute : Variétés Lachute * Dans les librairies Renaud Bray F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 OCTOBRE 2010 LIVRES LITTERATURE QUEBECOISE Suzanne Jacob on la responsabilité d’être libre CATHERINE LALONDE Elle attend sur une terrasse, Suzanne Jacob, déplace les chaises pour profiter du soleil d’automne et de la vue sur les arbres jaunissant de la rue Lajoie, à Outremont.Toujours frêle.Toujours dans cette intelligence flottante et perçante où se mêlent finesse, raisonnement et intuition.Elle a écrit bien des livres et des chansons, l’auteure de Laura Laur et de L’Obéissance (Seuil), et ne craint ni d’être mal comprise ni de laisser ses phrases en suspens.Cette intelligence fluide se trouve aussi dans les quatorze nouvelles ôi’Un dé en bois de chêne (Boréal).Des nouvelles, le genre l’impose, aux situations dépouillées.Ici, un couple de comédiens ne peut empêcher la mort de se glisser entre eux; là, un homme souffre d’absorber la douleur des autres; une mère et sa fille boudent, dans un faux texte théâtral, la vie adulte; des couples craquent.Les thèmes souterrains se tissent, pas si simples, eux.Reviennent ainsi la leçon de feu des premiers traumatismes, la dépendance heureuse et l’effroyable solitude, qui se côtoient dans les relations intimes.Et la vision d’une liberté triste.liberté et magie noire Pour Suzanne Jacob, la liberté est loin de l’idéal américain du «tout-m’est-permis».C’est, au contraire, une responsabilité.L’écrivaine a exploité cette idée dans l’essai La Bulle d’encre (PUM/Boréal).«Au fil du temps, on sait à peu près qui on est par rapport à l’intervention, explique-t-elle.Pour moi, la vision triste de la liberté, c’est la déresponsabilisation.C’est une liberté noire, comme la magie noire.La liberté lumineuse, c’est s’engager, répondre.Car si être libre c’est ne pas répondre quand ça appelle, moi je dis “merde”.» Le fait d’écrire tient de ce même engagement.«C’est une attention constante, le fait d’être là, d’es- sayer de comprendre comment on peut défaire une habitude de pensée.L’écriture nous force à cette vigilance, ou alors on est nuis.Il y a deux sortes de pratique: les choses faites pour qu’on reste dans l’habitude, que la pensée ne bouge pas trop — et on en voit dans toutes les librairies —, et les choses faites pour que la pensée bouge.C’est ce qui est le plus fascinant, aller au-delà de la perception obligée, poursuit Jacob.Se rapatrier, refuser de se faire prendre en otage par l’entendu, passer à côté de ce qui serait convenu.» Temps de verbe La lauréate du prix Athanase-David 2008 livre son style et sa langue à cet exercice de liberté.En naît, particulièrement dans l’éponyme Un dé en bois de chêne et Disons Nadia, une écriture très musicale, avec un fort souffle poétique et une texture tirée des rêves.«Il y a dans le rapport au temps des superpositions.C’est compliqué, dans l’écriture si linéaire, de montrer quelque chose qui doit vibrer sur plusieurs temps à la fois.Ça doit venir du texte même et naître d’une scansion interne.Alors, au lieu d’être dans un bêta, oups! on est projetés dans un alpha, dans un onirisme qui est à la fois l’inconscient et le présent — mais pas ce présent quotidien de l’agenda.Quelque chose d’incantatoire s’installe dans la langue.Il faut neutraliser le verbe pour y arriver.» Comme dans Disons Nadia, une des nouvelles préférées de l’auteure, où ça spirale: «Et vous le saviez, vous, comment fuir sans se perdre?Non, vous ne le saviez pas.Alors laissez.Laissez la danse qui va s’emparer d’elle la conduire par la main, par la taille, par le coude, la conduire au bord du doux, encore chaud, de sa nuit, la même, toujours la même, cette nuit brisée d’une tasse de lait chaud.La danse qui va la conduire, elle entre par les dents, elle entre par la nuque, par les lèvres mouillées et tremblantes, et elle entre par la langue.» Si tu dois partir, va-t-en Une des figures à’Un dé en bois de chêne est prise dans «l’observance», une façon glacée de voir sans en être.Deux autres personnages, à l’inverse, absorbent la douleur des autres.Où se trouve Jacob l’écrivaine entre ces pôles?«J’ai certainement une sensibilité particulière et il a fallu par moments apprendre à fermer les couloirs.» S’ajoute une rare capacité d’observation volée à son père, qui lui permet de dépouiller le théâtre de la vie de ses effets.Car la scène est partout, dans les livres et le discours de l’ex-auteurecom-positrice-interprète.«Le théâtre a été important au départ de ma vie: le rapport avec les coulisses, les choses doubles, l’illusion qui se travaille en équipe.» La rupture que le comédien fait entre ses personnages la frappe aussi.Une rupture essentielle à l’évolution.«Pour rendre le changement possible pour la famille, pour la communauté, qui forment un système qui, comme au théâtre, veut qu’on garde notre rôle, il faut partir, quitter la constellation.» Prendre le large Elle a sculpté ses nouvelles une à une, sans penser à l’ensemble.Elle nomme J.D.Salinger, qui l’inspire dans le genre, comme Bertolt Brecht.Au printemps, l’auteure sortira un recueil de poèmes.Elle continue en parallèle à œuvrer sur «cette chose très longue», un roman sur la transmission qui s’inspire des Troyennes, une «traversée de l’histoire, jusqu’en Abitibi», sa terre natale.Comme son personnage de Margarita Cantina, cherche-t-elle «à inventer des histoires vraiment consolantes»?«L’élargissement de l’esprit console.Quand ça prend le large, comme le jour dilaté, c’est consolant.Ce bonheur qui saisit quand on est dans une œuvre intelligente, qui nous ouvre une autre dimension.Un des écrivains qui m’a le plus consolée, c’est Beckett.D’un seul coup, c’est fini, la platitude!» Le reste tient, dans sa vie comme dans ses écrits, du hasard.De ce grand dé, bois de chêne ou corne.«Le hasard est quelque chose d’extraordinairement bien organisé, finalement.Il est plus structuré qu’on ne l’imagine, il s’agit simplement de se l’approprier.» Le Devoir UN DE EN BOIS DE CHENE Suzanne Jacob Boréal Montréal, 2010,184 pages Suzanne Jacob UN DÉ EN BOIS DE CHÊNE Boréal OCTOBRE SUITE DE LA PAGE E 1 manifestation de travailleurs qui est à l’origine de la fête du Travail du 1"" mai.Les Weathermen font aussi sauter la maison d’un juge qu’ils accusent d’être responsable de la répression des Black Panthers.Germent dans ces divers mouvements d’autres groupes, parfois encore plus radicaux, telle la Symbionese Libœ ration Army (SLA).En cette année 1970, avec la guerre du Vietnam en toile de fond et Mai 68 qui n’est pas foin, une vague révolutionnaire déferle aussi en Amérique du Sud.A Porto-Rico, en Argentine, au Mexique, en République dominicaine et au Guatemala, on trouve plusieurs histoires d’enlèvements politiques conduits par des groupes révolutionnaires de gauche.L’action desTupamaros, en Uruguay, retient en particulier l’attention des médias.A l’été 1970, ils enlèvent entre autres un agent du EBI.On le retrouvera dans le coffre d’une auto à la suite du refus du gouvernement de libérer des «prisonniers politiques».Mais en général, ailleurs, les enlèvements conduisent à des gains politiques réels pour les ravisseurs.JES Lanctôt Les Plages de Fexil Au Brésil, où un nouveau gouvernement s’est installé au pouvoir par un coup d’Etat, plusieurs groupes tentent de susciter un changement de régime.Le consul du Japon, enlevé en mars 1970, est libéré en échange de cinq prisonnier^ politiques.L’ambassadeur des Etats-Unis, lui aussi kidnappé, fait à son tour l’objet d’un échange de prisonniers, tout comme celui de l’ambassadeur allemand, autrç victime de rapt.Le consul des Etats-Unis, victime d’une tentative d’enlèvement, parvient à échapper à ses ravisseurs.Série de la Place des Arts Le^ Studio lUtérojure^ Un espace pour les mots Lundi 18 octobre • 19 h 30 À la Cinquième Salle de la Place des Arts Spectacle littéraire La Détresse et VEnchantement de Gabrielle Roy avec IVIarie-Thérèse Fortin La comédienne épouse le parcours de Gabrielle Roy, le grand livre de sa vie revue, reparcourue, de sa vie faite de départs et de ruptures, d'émois et d'amours, de solitude et de solidarité.Une production du Festival international de la littérature (FIL) 2009 laplacedesarts.com 514 842 2112/1 866 842 2112 Entrée: 20 $* Étudiants: 15 $* *Taxes incluses Le Studio littéraire, une coproduction Les Capteurs de mots Chaque enlèvement vaut son lot de répression, mais provoque aussi, presque toujours, la libération de militants politiques jusque-là détenus dans les prisons.Dans ses livres, l’écrivain Eernando Gabeira, un des anciens ravisseurs, parle abondamment de cette période d’enlèvements multiples.Pourquoi ce qui fonctionne ailleurs ne fonctionnerait-il pas aussi au Québec?peuvent bien se dire certains felquistes.Jacques Lanctôt, en réaction depuis son adolescence contre un père qui est un authentique fasciste à svastika, projette d’abord d’enlever un diplomate israélien, puis se ravise, sur l’avis de ses pairs.«Je n’aurais pas voulu pour tout l’or du monde représenter quelque chose dont mon père aurait été fier», écrit Jacques Lanctôt.La cellule felquiste à laquelle il appartient se lance tout de même vite dans un autre projet d’enlèvement.Mais plutôt que de nous parler de tout ça dans ses mémoires, l’ancien felquiste, connu par la suite comme un bon éditeur, nous plonge essentiellement dans le récit détaillé de son exil avec les siens à Cuba, puis en Erance.L’avis de Sartre De la Erance, justement, Jean-Paul Sartre s’était intéressé à la Crise d’octobre, y voyant les signes d’une oppression du peuple qui avait commandé une répression par ceux qui en profi- taient Dans une longue entrevue qu’il accordait sur cette question, et dont des extraits furent publiés dans le journal La Patrie du 24 janvier 1971, Sartre situait volontiers la question sur un plan plus large, en mettant par exemple les choses en perspective sur un plan international de lutte contre l’exploitation des masses encouragée par le système capitaliste.Cette répression dont sont victimes les Québécois, dit Sartre, «n’est pas autre chose que la mise à la vue de tous de ce qui existe toujours».Plus foin, il ajoute que la Loi sur les mesures de guerre tendit à démontrer «que vous, les Québécois, vous n’appartenez pas au Canada, puisque vous êtes considérés comme des insurgés et des guerriers.[.1 Alors c’est une manière de dire clairement [quel les Québécois sont colonisés.C’est une des choses qui m’apparaît la plus frappante».Pour le quarantième anniversaire d’Octobre, on préfère pourtant s’attarder encore à des points de détail de l’histoire ou à des conjectures plutôt que de se livrer à un examen de la nature profonde de ce système politique qui est bien toujours le nôtre et qu’Octobre 70 a contribué à mieux mettre en lumière.jfnadeau@ledevoir.corn LES PLAGES DE L’EXIL Jacques Lanctôt Stanké Montréal, 2010,318 pages LITTERATURE QUEBECOISE Un collier de perles et d’amertume CHRISTIAN DESMEULES Si tout est écrit d’avance, «que peuvent les mortels contre le fiel et la folie des dieux?» Et que peuvent alors les enfants, semble demander Marie Claude Malenfant, contre la folie des adultes et des ogres?Ceux-là qui sont trop jeunes «pour savoir que des colliers d’amertume cerclent le cou des gens quand la vie est trop grande pour eux.» Comme autant de perles serties à un collier d’amertume, les 22 nouvelles de La Pêche aux vélos, le second recueil de nouvelles de cette écrivaine née à Rivière-du-Loup en 1965, évoquent le spectre des déchéances physiques, la glue des constats d’échec, la colère rentrée.Partout, prise dans les rayons d’un immense besoin de consolation, la beauté côtoie le sordide.Et il y a beaucoup de beauté, même folgurante, sous la plume de Marie Claude Malenfant.Comme dans ces minutes où la révolte est prête à éclater mais s’enlise plutôt dans un sentiment d’impuissance ravageur.Où l’innocence s’effondre avec «le fracas des ailes cassées».Dans cette même logique du contraste saisissant, des épisodes d’attention aiguë sont suivis de moments d’absence.Lorsqu’ils ne sont pas silencieux, les personnages s’expriment, mais sans vraiment communiquer.La vue d’un homme pêchant des vélos sous le via-duc d’une rivière avec un fil électrique et un crochet de fer laisse songeur {La Pêche aux vélos), un personnage peu loquace remarque «que la Terre tourne encore trop vite» {Le Coffre), un couple d’immigrants est esclave de ses dettes et du dépanneur où il travaille {Le Dépanneur).Et dans la plus longue nouvelle, peut-être la plus belle et la plus terrible, un couple est englué dans l’immobilisme de son propre échec {Anniversaire): «Chaque matin, je me réveille avec la peur au ventre.La peur d’une enfant perdue dans un party qui tourne mal, au moment où le bruit d’une bouteille qui éclate contre le mur coïncide exactement avec le silence brutal de la musique interrompue.» Collaborateur du Devoir LA PÊCHE AUX VÉLOS Marie Claude Malenfant L’Instant même Québec, 2010,102 pages Place des Arts éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature Christian Lamontagne Responsabilité, liberté et création du monde Olivieri Christian Lamontagne Responsabilité, liberté et création du monde Refl X O [ :pur une eth que con empora ne 170 pages, 22 dollars librairie ?bistro Faut-il hausser les droits de scolarité ?Qu’est-ce qui explique le sous-financement des universités québécoises?Est-ce que des frais de scolarité élevés nuisent à l’accessibilité?Débat Au cœur des idées Mercredi 13 octobre 19 heures Avec le soutien de la Sodée.Entrée libre/ réservation obligatoire RSVP : 514.739.3639 Bistro : 514.739.3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges À l’occasion de la parution aux editions Logiques de La tour de papier.L’université mais à que! prix ?de James E Côte et Anton L Allahar Les auteurs dressent le bilan de santé des universités canadiennes dans une étude cinglante sur les maux qui affligent le système universitaire Présidé par Michel Seymour.préfacier du livre (U de M) Avec Louis Dumont {U de M) Françoise Naudillon (Conc ) Cécile Sabourin (UQAT) Laurent Viau (UQAM) LE DEVOIR, LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 OCTOBRE 2010 F 3 LITTERATURE Nouvel éditeur, nouveau Kokis Æ.\ Danielle Laurin Sergio Kokis a publié une bonne quinzaine de romans en moins de quinze ans.Au début, l’engouement était collectif, nous étions subjugués.Quelle force, quelle exubérance, quelle sensualité! Puis, l’engouement s’est estompé.Quand, pourquoi cela s’est-il pro-duit, au juste?Jusqu’à quel point un écrivain peut-il se renouveler?Jusqu’à quel point le doit-il?Et qu’est-ce qui fait que nous restons fidèles ou non, comme lecteurs, à un auteur, contre vents et marées?C’est avec ces questions en tête que j’ai abordé Dissimulations, le nouveau livre de Sergio Kokis.Un recueil de nouvelles.Son premier.L’occasion de renouer avec l’auteur, peut-être.Et Dissimulations paraît dans une nouvelle maison d’édition québécoise, Lévesque éditeur.Nouvelle maison, mais tenue par un éditeur qui a fait ses preuves: Gaétan Lévesque.Eondateur de la revue XYZ consacrée à la nouvelle.Et de la maison d’édition du même nom.Celle-là même où, en 1994, Sergio Kokis a publié son premier roman.Le Pavillon des miroirs, couvert d’éloges et de prix.Depuis, à chaque rentrée, XYZ mettait sur le marché un ouvrage de l’écrivain montréalais d’origine brésilienne.Jusqu’à il y a deux ans.Quand le groupe HMH s’est porté acquéreur de la maison d’édition, Sergio Kokis a racheté ses oeuvres.que Lévesque éditeur s’apprête d’ailleurs à rééditer.Dissimulations, donc.Dès la première nouvelle, cette impression de reconnaître en même temps que de découvrir un auteur.Remarquable talent de conteur, Sergio Kokis, oui.Mais il y a le sens de l’ellipse en plus, ici.11 y a dans l’ensemble une diversité de lieux, de points de vue, d’époques, de situa- tions.C’est foisonnant.Parfois le côté verbeux prend le dessus, mais jamais pour longtemps.Le côté baveux, par contre, est là tout du long.Le côté baveux, batailleur, provocateur de Kokis, qu’on apprécie tant.Ses mots crus.Sa critique sa-tyrique des moules sociaux.Qn reconnaît ses thèmes de prédilection, bien sûr.La prostitution.L’exil.Le mensonge, la dissimulation.Le bien, le mal.L’amour trahi.Et la hantise de l’avachissement, de la passivité nocive.Ainsi, ce professeur à ses élèves adolescents dans un internat brésilien qui recueille les enfants des rues: «Seules la souffrance, la passion, la frustration ou la carence conduisent l’homme à l’action, au combat, à la créativité.Une vie humaine bien vécue se doit de comporter des risques, des défaites, des cicatrices.» Proches du conte Quinze histoires en tout, la plupart inédites.Certaines très proches du conte: traits de caractère exagérés, événements rocambolesques.Qn le voit venir, parfois, avec ses gros sabots, Kokis.Mais on rigole bien, aussi.11 y a cette histoire pas possible sur le thème «être circoncis ou pas?».Avec ses images de «bite décapotable» et de «pénis trop serré dans son corset».11 y a le sexe, encore et toujours omniprésent, les formes féminines gé- St,R(>IO Koki.s Dissimulations néreuses, le désir masculin exqcerbé.A travers une ribambelle de personnages, des plus pervers aux plus bonasses, on voit passer ici et là Sergio Kokis enfant, étudiant, dissident politique au Brésil.Qn l’aperçoit aussi dans sa réalité d’exilé, dans sa nouvelle vie de psychologue, de peintre et d’écrivain.L’auteur se met lui-même en scène, sans trop insister, souvent dans une sorte de prélude à ses histoires abracadabrantes.Mais il en est une, la plus inattendue, la plus mordante, où il est là du début à la fin.Comme é-crivain.Et c’est très, très malsain.Pensez à Misery, de Stephen King.Vous y êtes presque.Sauf que ce n’est pas une infirmière sadique qui garde l’écrivain prisonnier, c’est un critique littéraire frustré.Qui ressemble à ceci: un «petit vieillard maniéré, aux cheveux et à la barbichette teints d’un brun métallique», un «aristocrate imbu de lui-même» qui aime le vieux cognac et tient son fume-cigarette pincé entre son pouce et son index «comme un stylo» .H est le roi des critiques littéraires québécois, le,plus puissant, le plus craint.A noter qu’il est «très à cheval sur la pureté de nos lettres nalionales».A ses yeux à lui, l’œuvre de l’écrivain qu’il détient, menotté, impuissant, est un ramassis d’aventures lubriques.Ses personnages, étrangers à notre culture, «polluent notre univers délicat».Sans compter son «penchant morbide envers la folie et le déracinement».D’un autre côté, aux yeux de l’écrivain, l’homme qui parle ainsi est un être humilié, parce que journaliste et non homme de lettres: «Pourtant, c’est ce qu’il a toujours été, un simple critique qui tentait tant bien que mal d’éplucher les romans qu’on lui disait de lire, semaine après semaine.Un employé d’un journal comme tant d’autres, souvent relégué aux rubriques littéraires faute de meilleures compétences ailleurs.» Règlement de comptes?Kokis s’en donne à cœur joie dans cette nouvelle aux al- 5 i Le dernier ouvrage de Sergio québécoise, Lévesque éditeur.lures de faux polar.Jusqu’au délire.11 humilie bien comme il faut le petit critique de rien du tout qui se croit tout permis, ce pauvre type qui fait dans son froc.Quant à l’écrivain de l’histoire, il s’en va, «content de ne jamais avoir sali son talent avec le journalisme ni avec la critique littéraire».Grand bien lui fasse! DISSIMULATIONS Sergio Kokis Lévesque éditeur Montréal, 2010; 240 pages © NICOLAS KOKIS Kokis, Dissimulations, paraît dans une nouveiie maison d’édition ACTUALITE Bibi dans la course au prix Décembre Ly édition française de Bibi, ’ de Victor-Lévy Beaulieu (Grasset), est de la liste des onze finalistes pour le prix littéraire Décembre.Créé en 1987, le prix, alors baptisé Novembre, se veut une réponse aux choix trop conservateurs du Goncourt.Devenu prix Décembre lorsqu’il passe sous le mécénat de Pierre Bergé, il a couronné au fil des ans des auteurs tels que Michel Houelle-becq, Philippe Porest et Jean Echenoz.Une importante bourse de 30 000 euros accompagne l’honneur.La compétition est forte.VLB concourt contre Qu’as-tu fait de tes frères, de Claude Arnaud (Grasset); Vendanges tardives, de, Jean-Prançois Coulomb (L’Editeur); Où j’ai laissé mon âme, de Jérôme Perrari (Actes Sud) ; Sympathie pour le fantôme, de Michaël Perrier (Gallimard); Naissance d’un pont, de Maylis de Kerangal (Verticales); La vie est brève et le désir sans fin, de Patrick La-pejire (P.Q.L); Cronos, de Linda Lê (Christian Bourgois); Que font les rennes après Noël?, d’Qlivia Rosenthal (Verticales) ; Philosophie sentimentale, de Prédéric Schiffter (Plamma-rion), et Le Jour du Roi, d’Ab-dellah Taïa (Le Seuil).Le nom du gagnant sera dévoilé le 9 novembre.Par ailleurs, la Société d’études beaulieusiennes, qui se consacre à l’analyse de l’œuvre de VLB, tient sa réunion annuelle à l’UQAM le 15 octobre prochain.Les fans des livres de VLB sont invités à y participer.Le Devoir PEDRO RUIZ LE DEVOIR Victor-Lévy Beaulieu fait partie des onze finalistes pour le prix littéraire Décembre.R ?l^Gaspard-LE DEVOIR ALMARÈS Dn 27 septembre an 3 octobre 2010 '^Romans québécois 1 Au bout de l'exil • Tome 1 La urande illusion Micheline Ouff/Québec Amérique V2 2 Les héritieis d'EnIddiev • Tome 2 Nouveau monde Anne Roblllard/Wellan -/I 3 En plein cœur.Aimand Gamache enouCte buise Pennv/Rammarion Qc 2/4 4 La constelladon du Lynx buis Hamelin/Boréal 5/2 5 La fille du pasteur Cullen • Tome 2 À l'abri du silence Sonia Mamren/Québec Amérique 4/5 6 Béatrice et ifiiplle l^nn Martel/XYZ 3/4 7 Les folles années « Tome 2 Mathieu et l'affaire Auiore Jean-Pierre Charland/Hurtubise -n 8 Les folles années • Tome 1 Les héritieis Jean-Pierre Charland/Hurtubise -n 9 Mémoires d'un Quartier • Tome 1 Laura buise Tremblav-B'Essiambre/Guv Saint-Jean -/I 10 Ru Kim Thüy/Ubte Expression 6/5 Romans étrangers 1 Manpe, prie, aime (format poche) Elizabeth Gilbert/LGF V4 2 La chute des géants * Tome 1 Le siècle Ken Follett/Robert Laffont -n 3 Une ombre sur la ville James Patterson/Archipel m 4 L'homme du lac Amaldur Indridason/Points 3/5 5 La trilogie berilnolse Philip Ketr/LGF 4/4 6 Les anonymes Roger Jon Ellorv/Sonatine éditions 7/4 7 La carte et le teiritoiie Michel Houellebecq/Flammarion 8/3 8 Une fornie de vie Amélie Nothomb/Albin Michel 5/5 9 Mange, prie, aime Elizabeth Gilbert/Calmann-Lévv 6/5 10 Millenium • Tome 1 Les hommes qui n'aimaient.Stieg bisson/Actes Sud -n "?Essais québécois 1 LanntUeuxIacQnncntleetmoinslaaaiidrepou’.Richard Béliveau 1 Bénis Gingras/Trécarré -n 2 Les médias sociaux 101.Le réseau mondial des.Michelle Blanc 1 Nadia Seraiocco/bgiques m 3 L'anxiété.Le cancer de l'âme buise Reld/JCL 1/5 4 Contes et comptes du Prof Lauzon • Tome 4 Léo-Paul buzon/Michel Brûlé 4/3 5 Le CHUM.Une tragédie Québécoise Robert bcroix I buis Maheu/Boréal 3/2 6 Éloge du cartiialeir Essai sur le sens et la valeur du travel Matthew B.Crawford/bglques -n 7 MarivisdiiieauEinsiBduedbaicaLBCainlaenAlilErislan Fabrice de Pierrebouig/Alain Stanké -n 8 Blessures de guerre.Bes camps nazis â l'Afghanistan Gilbert Lavoie/Septentrion -n 9 Perdus sans la natuie.Pourquoi les jeunes ne Jouent.François Cardlnal/(]uébec Amérique 5/5 10 Être ou ne plus être.Oébat sur l'euthanasie Marcel Boisvert | Serge OaneauH/Voix parallèles 7/4 Essais étrangers 1 LevisaqedeOieu Igor Bogdanov I Grichka Boqdanov/Grassel V5 2 Éthique de la mode féminine Michel Oion I Mariette Julien/PUF -n 3 Sex@mour Jean-Claude Kaufmann/Armand Colin -n 4 lop vile 1 Rxiquoi nous sommes prisonniers du mrt terme Jean-Louis Servan-Schreiber/Albin Michei m 5 La shaiége du choc.La montée (fill capliaisme du désastre Naomi Kleirr/Actes Sud 5/5 6 Inventer le commun des hommes Antonio Negri/Bayard -/I 7 Le crépuscule d'une idole.L'aflabulation freudienne Michel Onfrav/Grasset 6/3 8 Le philosophe nu Alexandre Jollierr/Seuil 3/2 9 Oe la race en Amérique Barack Obama/Grasset -/I 10 lus niiés dans (b ans?Detlepubique: la demiène chance Jacques Attali/Fayard 7/5 Lü BIIF (SociëË de gestni de la Banque de titres de langue fiangalse) est gnipridtalre du s^me d'intainatlcn et d'analyse fispm/ str les ventes de lines français au Canada.Ce palmarès est extrait de SüSfiri et est rxnstué des relevés de caisse de 141 points de venta La BILF reçoit un soutien financier de Patrimohe canadien pour le projet ÆtryMf.© BUT, toute reproduction tolale ou partielle est inlerdita WM « CE MAT\N-iÀ JE REÇÎifop UNE LETTRE O’UN GENRE nouveau •nu F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 OCTOBRE 2010 LITTERATURE Salut octobre Ce n’est jamais Octobre qui se raconte, c’est Lanctôt, Comeau, Giguère, Demers et Simard qui racontent leur Octobre Louis Hamelin «Ménard [.] ne définit pas l’histoire comme une recherche de la réalité mais comme son origine.La vérité historique, pour lui, n’est pas ce qui s’est passé; c’est ce que nous pensons qui s’est passé.» - Borges, Pierre Ménard, auteur du Quichotte ^ est presque insupportablement beau, dehors.Hier, sous l’Orford, la lumière, son éclat oblique et l’étrange intensité du bleu du ciel, la paix des castors, un souffle mourant de brise dans les feuillages en vitraux.Déjà la douce odeur de décomposition.Octobre revenu, ses nuits hantées, ses morts et ses saints, ses grandes citrouilles-carrosses et ses glorieux gibiers.Et un octobre qui ne sait plus où donner de la tête, écartelé entre la réédition du Pour en finir avec Octobre de Francis Simard, chez Lux éditeur (un titre qui, à la lumière de l’actualité récente, ressemble à un hilarant vœu pieux.), et le livre de souvenirs de cet ancien policier qui prétendrait avoir planté des micros jusque dans le cercueil de Pierre Laporte.Good grief, comme dirait Charlie Brown.Ces gens-là ne respectent donc rien?J’en ai bien peur.A cette époque où le Québec fut, selon le vœu de l’exécuteur de basses œuvres de Pierre Trudeau, espionné comme une puissance étrangère, si les bogues n’infestaient pas encore les ordinateurs, ils prospéraient en revanche, on peut le supposer, dans les plafonds et les gros téléphones à cadran.Le colonel Paul Desrochers, alias Papa Doc, éminence grise et conseiller très spécial de Robert Bourassa, devait en entendre des vertes et des salées quand il se faisait prêter un bureau à Parthe-nais pour passer au crible les bandes enregistrées de la SQ (un fait que l’auteur et ancien flic mention- né plus haut présente sans doute, dans son ouvrage, comme une révélation, alors que le bon vieux Nick Auf Der Maur a décrit la chose dès 1973 dans le défunt Last Post).Voyez?Ça me reprend, moi aussi.J’aimerais qu’Octobre soit un bois de bouleaux et de sapins où piètent quelques couvées de perdrix, mais non.Octobre est un marécage.Levez une proie, suivez la piste.Je ne vous donne pas deux mois ou deux ans pour y disparaître, avalé par la sédimentation vaseuse des faits et des versions, des dénégations et des documents, des conjectures et des recoupements, des mensonges sophistiqués et du pur bavardage, dont émerge parfois, ô miracle! une parole d’évangile toute radio-canadienne.Et attention à la boue! Ce n’est jamais Octobre qui se raconte, c’est Lanctôt, Comeau, Giguère, Demers et Simard qui racontent leur Octobre.11 y a quarante ans, un homme se jetait dans une vitre pour échapper à ses ravisseurs et l’échec de cette tentative d’évasion scellait son sort.Louis Fournier, le journaliste-historien, peut bien me reprocher de m’intéresser aux reportages sensationnalistes des tabloïds de l’époque, il serait peut-être surpris de l’intérêt que ceux-ci peuvent présenter, quand on y regarde de près, et pour une raison bien simple: des pages et des pages tapissées de photos! J’ai tendance à croire que, lorsqu’elle a été captée sur le vif, une image a moins de chances de mentir que les mille mots qui sortent de la bouche d’un flic ou d’un felquis-te dix ou quarante ans après les faits.Recréer la scène d’un crime peut s’avérer fort instructif, pour l’inspecteur de police comme pour l’écrivain.Cet exercice auquel m’acculait la maudite fiction m’a entre autres permis de découvrir que l’otage de la cellule Chénier n’avait jamais fracassé la vitre de la fenêtre de la chambre où on l’avait gai;dé menotté à un lit, comme cela a été raconté.A la page 2 du Journal de Montréal du 20 octobre 1970, on voit très bien que c’est la vitre de la chambre voisine qui a été brisée, juste au-dessus du croisillon.Le premier policier à avoir pénétré dans la maison, la nuit du 18 au 19 octobre, m’a un jour dessiné un plan sur lequel figurait l’emplacement exact de la chambre occupée par l’otage: celle de droite par rapport à la porte d’entrée.Or, c’est la vitre de la chambre de gauche, où se trouvaient deux machines à écrire et un poste de télé, qui a volé en éclats.D’autres photos révèlent un incroyable désordre dans cette dernière pièce.On peut voir des taches de sang sur un matelas de sol, des bandelettes de linge blanc laissées à la traîne: c’est clairement à cet endroit qu’on a maîtrisé le ministre, puis essayé de le soigner.De l’autre chambre, celle de droite, j’ai relevé un seul cliché, paru dans Le Jour en 1975.Le fameux lit y étaif mais ni vitre cassée, ni tache de sang.Intrigué, je suis retourné lire le septième communiqué de la cellule Chénier, attribué à Francis Simard et écrit dans le but de clarifier les circonstances de cet épisode.On y lit: «Samedi matin vers lOh, Pierre Laporte, alors que nous l’avions laissé vaquer librement dans sa chambre de détention, a profité d’un moment d’inattention.» Un otage qui vaquait librement est devenu, dans la version communément admise, cet homme parvenu à se «défaire des menottes qui le retenaient» (Simard, 1982).Simple détail?Mais aussi un début d’invention, une vérité retouchée dans le Photoshop de la conscience, trahissant le sens relatif de toute notion historique.Le témoignage instrumentalise les faits.Ceux qui présentent la Crise d’octobre comme une guerre de communication, l’affrontement de deux systèmes de propagande, n’ont pas tort.Tant qu’à tomber dans la trappe de la subjectivité, il y a la solution romanesque.J’ai ambitionné de prétendre que le mensonge-qui-dit-la-vérité de Cocteau, celui de l’art et de la littérature, valait bien, dans cette histoire, les quatre vérités de mémèreuses mémoires fort occupées à se raconter et à se croire.Je n’ambitionne rien du tout.Juste d’aller marcher dans les bois en plantant mes dents dans la dernière McIntosh de la saison.Octobre enhn.J’entends les oies, les feuilles mortes froissées sous les pattes des bruants à couronne blanche descendus de la toundra.Je vais mettre ma chemise carreautée rouge et mes Kodiak et suivre le petit chemin qui s’enfonce là-bas, profond dans la vie.Parce que, au moins pour moi.Octobre, c’est bien hni.POUR EN FINIR AVEC OCTOBRE Francis Simard Lux éditeur Montréal, 2010,248 pages ^^mPENsE J ^^0,000 i g.J—- nll/\-1} ¦ PEDRO RUIZ LE DEVOIR La Semaine des bibliothèques publiques a toujours sa raison d’être CATHERINE LALONDE Prends un risque.» C’est sous ce slogan extrême que se conjugue la douzième Semaine des bibliothèques publiques.Décliné en teintes et en univers obscurs, avec l’auteur de romans noirs québécois Patrick Senécal comme porte-parole, l’événement veut encourager le plus grand nombre à franchir les tourniquets des bibliothèques.Du 16 au 23 octobre, les bibliothèques rivalisent d’ingéniosité dans les activités proposées pour cette Semaine des biblio- thèques publiques.Le livre s’éloigne parfois même du cœur des activités, puisqu’un des buts est de faire des bibliothèques un lieu de partage de tous les savoirs.Ainsi, des bibliothèques de la Montérégie, du Saguenay et de Laval proposent aux jeunes des ateliers sur les jeux vidéo.A Lévis, c’est la photographie qu’on explique.Des ateliers de rap, de poésie et de chanson se font à Lavaltrie et à Lévis.La bande dessinée, la littérature de genre et la littérature tout court seront aussi au programme des quelque 400 activités proposées à travers la province.Les bibliothèques publiques, au Québec, c’est plus ou moins 1100 points de service.En moyenne, chaque abonné y emprunte 21 livres par année.Et le nombre d’entrées dans les bibliothèques se compare, avec un impressionnant nombre de 21 millions par année, à celui des entrées au cinéma.Mais en 2008, un tiers seulement de la population était abonnée à une bibliothèque.Comme quoi la Semaine des bibliothèques publiques a toujours sa raison d’être.Le Devoir Noroît Les Editions du Nouveautés www.lenaroit:.com Raisons de hasard Jaume Pont JAUME PONT RAISON DE HASARD traduction et présentation par François- Michel Durazzo Héritages DU SURRÉALISME Héritages du surréalisme Collectif dirigé par Claude Beausoleil et Isabelle Courteau LITTERATURE ERANÇAISE Changement de garde MARIE-ANDREE LAMONTAGNE Paris 1954.C’était un temps raisonnable, succédant à la déraison totale qu’avait été la guerre.La voiture n’occupait pas tout l’espace, le travail non plus, la littérature régnait en maître sur les esprits et le bon goût, «Qu’on aime ou non Blanchot, voilà un critère», le cinéma et l’Amérique faisaient rêver les jeunes gens.Avec Le Réprouvé, Mikaël Hirsch signe un roman délicieux et improbable tant il emprunte à plusieurs genres, puisqu’il tient à la fois de la chronique, du portrait, du roman d’apprentissage, des mémoires farniliaux revisités par l’imagination.L’auteur est en effet le petit-fils de Louis-Damien Hirsch, cofondateur, aux côtés des Paul-han, Gide, Ruyters et autres Schlumberger, de la NRF, vivier d’où devait surgir la maison Gallimard que nous connaissons.En 1954, cette dernière, créée au début du siècle, est sufhsam-ment ancienne pour être devenue un lieu de pouvoir, l’objet d’envie et de récriminations, celles proférées par un Céline antisémite, pé-tainiste, depuis peu rentré de son exil au Danemark, étant les plus fameuses (voir notamment la Correspondance, publiée en plusieurs volumes, chez Gallimard).Le jeune Gérard Cohen, après un séjour initiatique dans les sous-sols de la maison, à titre de magasinier, remonte à la surface pour en devenir le coursier, Hermès ailé sur sa moto.Au même moment, il s’agit pour lui d’apprendre à vivre au sortir de la guerre, ce qui ne va pas de soi quand, demi-juif on a dû vivre caché en zone fibre et vu sa logeuse raflée par les nazis pour apprendre plus tard qu’elle fiit jetée vivante dans les crématoires à Ra-vensbrück.Quand sa mère fiit un temps mise aux arrêts en raison de ses sympathies résistantes et son père, obligé de fuir Paris, la famille étant soutenue de loin en loin par les subsides d’un Gaston Gallimard temporisant avec l’occupant Quand l’amour tarifé n’est pas toujours une consolation — et pourtant si.Quand il y a le jazz, violent appel d’air.Et la banlieue, pour l’heure encore pavillonnaire, presque bucolique, sans barres de HTM du moins, où hier, comme pour une expédition, afin de remettre plis et enveloppes à quelques grands misanthropes à juste titre révérés parce qu’authentiques écrivains: Léautaud-aux-mifie-chats à Fontenay-aux-Roses et à Meudon, un certain docteur Destouches, auquel, prudemment le jeune messager tait son nom de famille, moyennant quoi, et après quelques visites, il est invité à s’asseoir.Cela s’appelle l’humanité, paradoxale, complexe.Et ce n’est pas le moindre mérite de ce riche petit roman que de montrer le lent travail de l’identité chez un jeune homme façonné par la littérature et les livres, dé- sireux, comme son père, juif laïque venu d’Alsace, de secouer la peau morte d’atavismes hérités du judaïsme, tout en étant rattrapé par ceux de la judéité.11 fallait sans doute le regard d’un Céline maniant l’injure tous azimuts, vivant dans la crasse et l’indigence, soignant gratis les pauvres, invectivant l’époque, qui le lui rend bien — le réprouvé, c’est lui — pour que le jeune David mesure la place qui sera la sienne dans le monde nouveau: non pas celle du grand écrivain qu’il rêvait d’être il y a quelque temps encore; plutôt celle qu’assigne à Bartleby un Melville tout aussi grand écrivain à travers la fameuse réplique en forme de programme et que reprend à son compte le jeune David: «J’aimerais mieux pas.» Ce pas de côté par rapport aux certitudes du temps, cet exil intérieur, c’est proprement celui de la littérature.Le roman de Mikaël Hirsch se déroule sur fond de déjeuner chez Drouanf événement jugé de la plus haute importance à Faune germano-pratine.Cette année-là, le Concourt va aux Mandarins, de Simone de Beauvoir.Re-exit Céline.C’est que le bon droit a changé de camp.Collaboratrice du Devoir LE RÉPROUVÉ Mikaël Hirsch L’Éditeur Paris, 2010,194 pages E N BREF Confessions d’nn artooliqne Saatchi & Saatchi est la plus grande agence de pub au mon- de.C’est aussi le moulin à fric que le fondateur Charles Saatchi actionne allègrement pour entretenir une des plus fabuleuses collections d’art contemporain du monde, le low art (si L ECHAKGE c’en est) soutenant ainsi le high art, dans une belle inversion postmoderne.Le publicitaire n’aime pas la publicité, enfin pas celle qui le concerne.11 n’accorde que très rarement des entretiens, d’où l’intérêt de ces propos et confidences au sujet des questions qui lui sont le plus souvent posées.«La façon dont on parle de moi n’a aucune importance, dit-il dès la première réponse.Les collectionneurs d’art sont plutôt insignifiants dans l’ordre des choses.Ce qui compte, ce qui survit, c’est l’art J’achète les œuvres d’art que faime.Je les achète pour les montrer dans des expositions.Ensuite, si l’envie m’en prend, je les vends et j’en achète d’autres.» {Mon nom est Charles Saatchi et je suis un ar-toolique, Phaidon, 176 pages) -Le Devoir LE DEVOIR, LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 OCTOBRE 2010 F 5 LIVRES PHILOSOPHIE Une nouvelle doctrine de la justice La dédicace, «À la mémoire de John Rawls», donne à penser.Dans ce livre magistral, Amartya Sen, Prix Nobel d’économie en 1998, vient à la rencontre du philosophe qui a donné à l’éthique et à la philosophie politique de notre temps son cadre théorique le plus consensuel.GEORGES LEROUX Depuis la parution, en 1971, de la Théorie de la justice, la discussion n’a cessé de revenir sur les conditions d’une société juste, pensées en tant que conditions reposant sur des procédures formelles acceptées de tous.Rawls a proposé une théorie devant conduire, au moins sur le plan des principes, à l’élaboration d’une justice idéale, parfaite: la justice comme équité.Dés la parution, les critiques insistèrent, nombreux, sur le caractère utopique d’une doctrine procédurale et plusieurs voulurent y introduire des amendements.La chose est compliquée dans une entreprise philosophique et la discussion atteint au tournant du millénaire un état de saturation.Mais cette situation est désormais bouleversée par la contribution d’Amar-tya Sen, qui propose une approche radicalement différente: au lieu de chercher «une» théorie idéale, l’économiste entreprend de formuler les moyens de réduire l’injustice.Cette tâche est pour lui concrète, mais elle se fonde aussi sur une doctrine de la raison pratique qui demeure philosophique dans sa méthode.De plus, et c’est une seconde différence avec la pensée de Rawls, cette entreprise accepte un pluralisme des logiques de la justice, en se fondant sur l’expérience de revendications rivales dans des milieux distincts.Amartya Sen, observateur rigoureux du développement, montre en effet que, même dans une situation d’étude impartiale, des positions contradictoires peuvent subsister, notamment sur des questions de répartition.Le pluralisme est donc pour lui un fait rationnel, et non un échec de la raison, une conséquence qui le sépare sérieusement de Rawls.Une troisième différence caractérise son projet: plusieurs injustices sont réparables, indépendamment du cadre institiitionnel qui gère la justice de l’État.Or, selon Sen, nous perdons beaucoup d’énergie à réformer les institutions, quand nous devrions nous intéresser aux «vies réelles».En s’intéressant à la liberté positive, selon la notion mise en avant par Isaiah Berlin, comme «capahili-té», le penseur croit possible de susciter un intérêt pour Injustice réelle; alors que se concentrer sur la liberté négative, c’est-à-dire sur l’absence d’interférence, peut conduire à la stagnation et à l’individualisme.m y Amartya Sen a reçu le prix Nobel d’économie en 1998.Ces trois perspectives peuvent être illustrées par plusieurs contributions de Sen à l’économie contemporaine du développement; par exemple, son travail sur l’indicateur du développement humain et la prise en compte de facteurs comme l’éducation et la santé.Mais dans ce livre, ce sont beaucoup plus les conséquences théoriques d’une approche positive qui sont mises en lumière.A la différence des théoriciens spéculatifs du contrat social, de Rousseau à Rawls, Sen se rattache à une tradition alternative, celle d’Adam Smith et de John Stuart Mill, penseurs attentifs d’abord aux modes de vie réels, aux interactions sociales.Ce qu’il critique sous le nom d’institutionnalisme transcendantal présente en effet un défaut capital à ses yeux: chercher le modèle idéal nous prive de la comparaison de situations réelles.Le réalisme de projets réalisables est dès lors occulté au seul profit d’une recherche du «juste».Réalisme Tout le travail de Sen consiste donc ici à exposer ce qu’est ce réalisme et comment il se différencie des «dispositifs» priorisés dans l’éthique standard aujourd’hui.Ce serait bien sûr beaucoup réduire son propos que de le ramener à une op-position entre une approche comparative et une approche transcendantale, mais même un lecteur profane, ignorant des subtilités de la philosophie morale, comprendra tout de suite que ce livre apporte un réel changement de paradigme.Pas seulement en raison de son intérêt authentique pour la nature des modes de vie et pour leurs conditions concrètes, mais aussi parce que la philosophie de la liberté qui en découle est incomparablement plus riche que la doctrine formelle.Pourquoi?Parce qu’elle est centrée sur les responsabilités historiques des sujets sociaux, découlant de leurs «capabilités».Inspiré par plusieurs concepts de sa culture indienne natale, Amartya Sen donne plusieurs exemples des situations qui requièrent d’urgence une intervention «philosophique» en vue de la justice réelle.De la comparaison des conditions du développement à la justice pharmaceutique, il montre que la focalisation sur les institutions, par exemple les institutions d’une justice mondiale idéalisée, bloque tout effort réel sur des situations concrètes.L’ambition du livre est donc considérable, on n’en ressort pas indemne.Est-ce seulement l’effet d’une expertise économique considérable s’adressant au philosophe spéculatif?Il y a bien des raisons de croire que, même si c’est le terrain du développement qui a conduit Sen à ces propositions audacieuses, il aurait pu le faire uniquement sur des bases philosophiques.MANPREET ROMANA AFP notamment par sa critique du contrat socid.Son ouvrage accorde en effet beaucoup d’importance à la diversité des formes de rationalité, et notamment aux notions d’impartialité et d’objectivité.Dans la partie la plus neuve, celle qui concerne les «matériaux de la justice» et qui introduit son travail sur les «capabilités», ce n’est pas d’abord un économiste qui parle, mais un philosophe soucieux de la formulation de principes différents de ceux mis en avant par Rawls.De même, en philosophie politique, sa pensée sur la démocratie, en relation étroite avec le développement, n’est pas seulement le résultat d’une approche économique, mais l’expression d’une doctrine philosophique revue des droits à l’échelle mondiale.La passion du développement, la recherche de nouveaux chemins pour vaincre les inégalités donnent donc à ce livre une portée inestimable, et sans dire qu’il rend la pensée de Rawls caduque, ce qui serait bien entendu ridicule, il nous force à la considérer sous un jour entièrement neuf.C’est un ouvrage majeur et qui fera date.Collaborateur du Devoir LTDÉE DE JUSTICE Amartya Sen Traduit de l’anglais par Paul Chemla Flammarion Paris, 2010,558 pages LITTÉRATURE JEUNESSE Découvrir et vivre Octobre 70 LOUIS CORNELLIER Revenir sur le passé fait partie d’une absolue nécessité pour toute société, et le Québec est loin d’abuser de cet exercice», écrivait notre rédactrice en chef Josée Boileau dans son éditorid du 4 octobre dernier, en nous invitant à profiter de toutes les occasions pour explorer notre passé.«C’est notre histoire, elle est passionnante, et nous sommes les seuls à pouvoir la raconter», ajoutait-elle.Or, pendant que nous sommes plusieurs à replonger avec intérêt dans les événements d’Octobre 70 pour mieux les comprendre et mesurer le chemin depuis parcouru, les jeunes Québécois, eux, continuent de les ignorer avec indifférence.Comment faire pour renverser cette inculture historique, nuisible à l’évolution d’un peuple?La littérature jeunesse à teneur historique peut être un outil de choix dans cette mission.n n’est pas facile de faire aimer le passé aux enfants et aux adolescents.Pour y arriver, il faut l’humaniser, le rendre vivant, c’est-à-dire tr^sformer l’Histoire en histoires.A10 ou 11 ans, je ne suis pas sûr que j’aurais supporté une leçon sur l’esclavage.J’ai pourtant lu une version pour jeunes de La Case de l’oncle Torn, le classique de Harriet Beecher-Stowe, qui m’a fesciné, bouleversé et marqué pour la vie.Cette lecture m’a prémuni contre le racisme pour le restant de mes jours, n y a là une piste.Les enjeux de la Crise C’est celle qu’empruntent deux romanciers québécois pour faire découvrir et vivre Octobre 70 aux jeunes.Mesures de guerre, d’André Marois, met en vedette le petit Gabriel, qui a 10 ans et habite le Plateau Mont-Royal, dans la tourmente des mesures de guerre.L’enfant est impressionné par les militaires qui débarquent dans son quartier, mais son amusement se transforme vite en inquiétude quand sont arrêtés le père d’un de ses amis et le frèreqndépen-dantiste d’une autre.A la radio de CKAC, qu’écoutent ses parents, on parle d’otages.Aussi, quand, en jouant à la guerre dans la ruelle, Gabriel découvre une femme ligotée dans un appartement, il se sent investi d’une mission.A partir de ce scénario simple, mais original et captivant, Marois entraîne son lecteur vers les enjeux de la Crise.Les sœurs jumelles de Gabriel, qui achèvent leur secondaire, incarnent les réactions contradictoires des Québécois aux événements.L’une comprend les actions du FLQ et condamne les mesures de guerre {«c’est pour nous empêcher d’exister»), alors que l’autre lui réplique que «c’est pas en étant violent qu’on fait avancer les choses».MESURES DECUERRE Gabriel, lui, apprend que les choses ne sont pas simples.Une leçon d’histoire 21 jours en octobre, de Magali Favre, s’adresse à un public adolescent.Son personnage principal, Gaétan Simard, a 15 ans, habite le Faubourg à m’iasse et vient de lâcher l’école pour entrer à la Dominion Textile.Il termine sa première semaine de travail le 16 octobre 1970, au moment de la proclamation de la Loi sur les mesures de guerre.Peu politisé jusque-là, le jeune homme vivra les événements qui suivront comme un cours de sciences politiques obligatoire et en accéléré.Son meilleur ami, syndicaliste engagé dans la lutte pour l’usage du français au travail, est arrêté le jour même.Gaétan n’y comprend rien.Chez lui, sa mère, qui aurait souhaité qu’il apprenne l’anglais et fasse un cours commercial pour s’en sortir, blâme les «maudits felquistes», pendant que son père, ouvrier accidenté et engagé dans une association de quartier qui se bat contre les démolitions dans le Faubourg, râle contre les autorités pourries.Le jeune ouvrier commence à lire Le Journal de Montréal pour s’informer et rencontre, par hasard, une étudiante du cégep du Vieux-Montréal.Cette jeune militante l’attire, mais tient un discours d’extrême gauche que Gaétan trouve déconnecté de la réalité.Grâce à elle, il découvre toutefois les thèses des Nègres blancs d’Amérique de Vallières et le Bozo-les-culottes de Raymond Lévesque, qui lui font enfin comprendre l’aigreur de ses parents et sa propre situation.Traîné par sa blonde à une conférence de Gaston Miron sur la langue, une activité qu’il croit ne pas être pour lui, Gaétan reçoit les mots du poète comme une révélation.«Il découvre que d’étre capable de mettre des mots sur une souffrance, c’est déjà en atténuer la douleur.C’est déjà commencer à se reconstruire.» Vingt-et-un jours après la proclamation des mesures de guerre, Gaétan sait qu’il veut changer le monde «sans changer de monde», parce qu’il aime les siens.En revisitant avec nuance et humanité cet Octobre tendu sur fond d’effervescence culturelle et de prise de conscience collective, Magali Favre offre aux adolescents québécois une belle leçon d’histoire et d’espérance.Collaborateur du Devoir MESURES DE GUERRE André Marois 21 JOURS EN OCTOBRE Magali Favre Boréal Montréal, 2010, respectivement 112 et 150 pages En librairie et en kiosque le 15 octobre Un numéro québécois et argentin Un grand dossier qui non seulement plonge dans la vie et dans l'œuvre de Borges, mais aussi qui le file jusque dans la littérature québécoise ! Avec entre autres : DANY LAFERRIÈRE - BORGES : L'ÉRUDITION MERVEILLEUSE entrevue por ALAIN LESSARD Dany Laferrière raconte le Borges enfant qui entre dans l'univers de la bibliothèque et qui, devenu adulte, transforme les idées qui ont intéressé les humains en des choses concrètes, réelles, « aussi vivantes que le feu, que la douleur, aussi vraies qu'une fleur dans un jardin ».ENQUÊTE SUR BORGES : 21 ÉCRIVAINS TÉMOIGNENT Ils sont âgés de 25 à 75 ans, ils sont 21 « témoins » invités.Lisent-ils Borges ?Comment évaluent-ils l'influence qu'il a pu avoir sur eux, sur leurs livres ?« Éblouissement toujours renouvelé, affinités reconnues, parfois des réticences, [.] jamais la neutralité ».INFLUENCE ARGENTINE SUR LA NOUVELLE QUÉBÉCOISE par GILLES PELLERIN GASTON MIRON por ANDREE FERRETTI JEAN-PIERRE ENARD (1943-1987) l'écrivain méconnu par PAUL RENARD U t N» 120 OCTOBRE, NOVEMBRE, PÉCEMBRE 2010 8,95 $ le magazine ou livre Dossier spécial sür et autour de JORGE LUIS BORGES T Entrevue avec ^ dany IAFERRIïRE Borges ; l'érudition merveilleuse % }y GASTON MIRON « Batèche de batèche Enquête sur Borges 21 ÉCRIVAINS TÉMOIGNENT ALBERTO MANGUEL Sur la trace des grands récits relire FiCriONS Influence argentine sur la nouvelle QUEBECOISE Le livre jamais lu de DANIEL CASTILLO DURANTE Borges n'est pas dans le ciel.Il est le télescope.Économisez jusqu'à du prix en kiosque Abonnez-vous Quatre numéros par année et l'accès gratuit à 15 ans d'archives dans www.nuîtblanche.com Je m'abonne pour une période de ?1 an (4 n°0: 34 $ ?2 ans (8 n°0 :56 $ taxes incluses Nom .Adresse .Ville .Province .Code postal .Tel.Courriel .?Chèque à l'ordre de Nuit blanche ?VISA ?MasterCard N“ de la carte .Date d'expiration .Veuillez poster ce coupon à Nuit blanche, 1026, rue Saint-Jean, bureau 403, Québec (Québec) GIR 1R7 F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 OCTOBRE 2010 ESSAIS ESSAIS QUEBECOIS L’espion et l’assassin Louis Cornellier Pierre Laporte, en octobre 1970, est un homme sous surveillance.L’Escouade des enquêtes spéciales de la Sûreté du Québec (SQ), qui traque la mafia montréalaise, a découvert que l’homme politique fraie avec le crime organisé.Laporte et Jean-Jacques Côté, son organisateur politique, se font financer par le clan Cotroni.La ligne de René Gagnon, attaché politique de Laporte, et non celle du ministre lui-même, contrairement à ce que titrait La Presse samedi dernier, est alors mise sur écoute.On peut y entendre des conversations entre Gagnon, l’homme de Laporte, et Frank Dasti, l’homme des Cotroni.Voilà une des anecdotes que raconte Claude Lavallée dans Révélations d’un espion de la SQ.Spécialiste de l’écoute électronique, Lavallée, que la modestie n’étouffe pas, affirme aussi avoir capté une conversation entre Robert Lemieux et Paul Rose, dans laquelle ce dernier confirme être l’assassin de Laporte.Poiutant, si, à la page 225 de son ouvrage, Lavallée lait dire à Rose
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