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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2011-09-10, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR, LES S.VMEDI 10 ET DIMANCHE 11 SEPTEMBRE 2011 LITTERATURE RyadAssani-Razaki, Prix Robert-Cliche du premier roman Page F 2 LITTERATURE La recherche d’Archibald Page F 4 umES CATHERINE MAVRIKAKIS QUESTIONS ET DE Est-ce parce qu’elle est née à Chicago?Depuis quelques années, l’auteure montréalaise Catherine Mavrikakis fait, ici, du roman sauce américaine.Depuis l’oratorio Omaha Beach, suivi de l’explosion noire de l’empoisonné roman Le ciel de Bay City (tous chez Héliotrope), Mavrikakis se pose dans l’héritage des grands romanciers des Etats-Unis.Les derniers jours de Smokey Nelson est dans cette veine: un constat de désastre sur une Amérique exsangue de sens, sur ce pays qui endosse encore le châtiment capital.Entretien avec l’auteure sur des questions de vie, de mort et de littérature.CATHERINE LALONDE Le peuple, en démocratie, doit-il avoir toujours raison?«Au Canada, si on tâte Vopinion générale, on apprend que les gens sont pour la peine de mort», commente Catherine Mavrikakis, rencontrée il y a quelques jours au-dessus d’une tasse de tisane, qu’elle commande sans se soucier de la sorte et parce qu’il faut bien commander quelque chose dans ce café-bar boulevard Saint-Laurent, en face des bureaux de son éditeur.«Il faut dans ce cas que la loi ne soit pas une émanation populaire.Lenvie de tuer ne m'est pas étrangère, je sais ce que c'est, mais la loi doit être plus grande que mon désir intime.Je comprends, je connais la vengeance: la loi ne peut être vengeance.» Son dernier roman.Les derniers jours de Smokey Nelson, est un roman polyphonique, axé essentiellement sur trois voix, très différentes, toutes infléchies par le meurtre qu’a commis Smokey Nelson.Dix-neuf ans plus tard, ces trois destins sont à nouveau fléchis par l’exécution du meurtrier.Côté faits, Mavrikakis y .écrit que les injections létales aussi un sont faites par «des techniciens inexpérimentés qui parfois ne distinguent pas bien un muscle meurtre, d'une veine.En effet, l'éthique médicale interdit à ceux qui ont fait le serment d'Hippocrate d’un autre toute participation à un quelconque arrêt de la vie, à un assassinat.Mais un docteur se-type, qui fait là [.].Il remplirait la déclaration de décès et cocherait la case homicide pour indiquer la cause de la mort.L'exécution capitale pour un médecin ou un esprit rationnel reste un meurtre.» L’auteure poursuit l’idée de vive voix: «La peine de mort est aussi un meurtre, d'un autre type, qui fait également ses victimes.Je ne suis pas croyante, mais je trouve que c'est un système de croyants: c'est se prendre pour Dieu et les humains ne devraient se prendre que pour des humains.» Ses propos fusent, toujours intelligents, souvent graves et portés d’un ton léger.Sa pensée se construit au fil des réponses derrière des gestes très nerveux, quasi électriques.Pourquoi Cathe rine Mavrikakis a-t-elle transposé ses livres aux États-Unis?«Autour de 2003 [après Ça va aller (Leméac) ], j'ai senti que ma façon de parler du Québec était pour le moment inécoutable, jusqu'à avoir l'impression de me taper la tête sur les murs.Était-ce moi?Le Québec?J'ai passé par des subterfuges et me suis tournée vers l'épreuve de l'étranger.J'ai voulu essayer la narration, aussi, sur le modèle des grands romanciers américains: «La peine de mort est 34, Selon le Death Penalty Information Center, O^Etats appliquent la peine capitale aux Etats-Unis.Depuis 2009, le nombre de ces condamnations chute dramatiquement, mais on compte encore aujourd’hui 3251 dans les couloirs de la mort américains, dont 72 len Californie seulement.Le Texas, avec 473 prisonniers exécutions depuis la réinstauration en 1976 de la peine de mort, demeure l’État le plus vengeur.À ce jour, 32 exécutions ont eu lieu en 2011 aux Etats-Unis d’Amérique.également ses victimes» Faulkner, McCullers, McCarthy — car La route (L'Olivier) est pour moi un exemple du grand roman américain actuel, ce roman post-apocalyptique qui n'a rien à voir avec le 11 septembre 2001, précise celle qui enseigne aussi la littérature à l’Université de Montréal.«Honnêtement, je n'ai pas l'impression de ne pas parler du Québec.Sommes-nous si différents?On n'a pas la peine de mort, ni l'intégrisme religieux.On n'a pas une langue hégémonique, et le rapport inadéquat qu'on garde à cette langue nous sauve.Mais je vois plein d'échos.» Ses personnages, dans Les derniers jours de Smokey Nelson, passent de la Géorgie à Hawaii.«Le rapport à l'espace semble très statique, comme un huis clos, de ce lieu tragique qu'est la prison inventée de Charlestown, d'où part cette tache de sang qui va finalement couler sur toute la carte des États-Unis.» Je me souviens «Même s'il ne craignait absolument pas les morts ou Dieu, écrit Mavrikakis, Smokey commençait à comprendre combien ceux qui ont disparu ne laissent pas d'une façon ou d'une autre certains vivants en paix.» La valse des Hervé suicidés de son pre mier Deuils cannibales et mélancoliques (Héliotrope) , les fantômes familiaux dans Le ciel de Bay City, semblent indiquer que l’auteure porte ses morts.«C'est mon obsession d'auteur: faire entendre la voix de ceux qui ne sont plus, qu'ils traversent mes personnages pour garder une conscience de l'histoire — la petite histoire aussi, celles des petites vies.Quand j'habite une maison, par exemple, j'ai besoin de savoir, le plus loin possible, qui est resté là avant moi.» Aucune trace d’ésotérisme, de spiritisme ou autres -isme, pourtant, dans sa façon de le dire.«Ce n'est pas du mysticisme.Je ne dis pas que les morts existent.C'est mon idée du passé, dans le domaine de l'inconscient.J'ai l'impression que la vie est anachronique, que ce qu'on vit au présent aura des répercussions sur l'avenir, que notre rencontre d'aujourd'hui, par exemple, donnera une densité à des moments qui ne seront pas entre toi et moi.Qu'on est toujours un peu gros de notre passé et qu'on en accouche tout le temps, de différentes façons.C'est terrible.J'aimerais beaucoup me débarrasser du passé, mais je me sens moins dense si f oublie.J'ai envie d'être légère, mais quand je le suis, je me sens complètement idiote.» Une lourdeur qui, pour Catherine Mavrikakis, s’effeuille avec le temps.«Maintenant, je comprends la loi de la nature: c'est bien de perdre la mémoire, sinon on serait vraiment trop encombré! Avec le temps, ça pourrait s'accumuler, jusqu'à boucher l'avenir.Je sens beaucoup l'âge.Et c'est important de le sentir.» L’auto-exécution Porter des fantômes, écrire des personnages, même combat?«Pendant l'écriture de Smokey Nelson, j'ai trouvé difficile de travailler la polyphonie; fabriquer une histoire où le rapport au je n'est plus le même; écrire la voix de Dieu; mais surtout traverser l'absence de sens.Ça a été dur de ne porter VOIR PAGE F 2 MORT F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE II SEPTEMBRE 2011 LIVRES JACQUES GRENIER LE DEVOIR Catherine Mavrikakis: «Pour moi, le suicide est une liberté —, je ne le dirais pas dans les écoles secondaires, bien sûr, mais si, un jour, la vie est insoutenable, je crois qu’on a ce droit.» MORT SUITE DE LA PAGE E 1 que des personnages qui ne voyaient pas de sens.C’est un roman sur l’absurde, qui n’est pas mon monde.Quelqu’un comme moi qui crois un petit peu aux fantômes se dit que tout a un sens, dans le fond.» La peine capitale, les ombres, l’absurde.Autour de Mavrikakis, la mort semble rôder.«La vie est une danse avec la mort, cette mort qui demeure une question des seuls vivants.L’idée du suicide a toujours été présente chez moi — là-dessus, je suis quelqu’un du nord, de ces sociétés qui acceptent l’euthanasie.Je crois qu’on a le droit de mourir, que c’est une liberté face à cette condamnation qui fait qu’on ne sait jamais à quel moment on mourra.Pour moi, le suicide est une liberté —, je ne le dirais pas dans les écoles secondaires, bien sûr, mais si, un jour, la vie est insoutenable, je crois qu’on a ce droit, qu’il y a parfois une réussite, une réalisation dans le suicide.Je sens énormément la finitude, dans tout.J’ai l’impression d’étre dans un compte à rebours, pas désagréable, avec des choses que je ne referais pas.Je pensais, c’est vrai, que la vie était infinie.Welcome to the vrai monde!», conclut-elle d’un franc éclat de rire.Le Devoir LES DERNIERS JOURS DE SMOKEY NELSON Catherine Mavrikakis Héliotrope Montréal, 2011,303 pages a f'â&] le Pafchefflin DEPUIS 19 6 6 QUARTIER LATIN Librairie agréée Toujours de meilleurs prix! Rentrée scolaire ® lERobERT Le Petit Robert Le Petit Robert Le Robert Dîxel 2012 2fn^ ^ tionis jioures es rioiiis uoiMiiiuiis lERobERT IIIUSTRÉ ^RTuI &Dixe âm Nhfre pn\:  C 99-NutTT~f7m Noli'e nm Le Robert & Collins (papier) Le Robert Micro de poche Le Robert combinaisons de mots œ micro IeRodert IeRodert &ColliiNs combinaisons oe mots No Ire prix Notre prix.Notre prix Le Petit Robert 2011 électronique ® 1e Peut RobERT d« la langue française 2011 Dictionnaire fr.— anyl./ angi.— fr.(électronique) grand Rodert &ColliNS Notre prix: Notre prix: lëPafchëïïïïn ^Pout pour la rentrée Le s prix annoncés sont valides jusqu'au 30 septembre 2011 1^ Mezzanine métro Berri-UQÀM 505, rue Sainte-Catherine Est, Montréal (514) 845-5243 librairie@parchemin.ca WWW.PARCHEMIN.CA Autopsie des exécutions CATHERINE LALONDE Catherine Mavrikakis dédicace son dernier roman «À David R.Dow qui, au Texas, tente de “sauver les condamnés à mort”».Une seule ligne qui piste sur le travail de cet avocat spécialisé en droit des condamnés à mort et auteur d’un livre intitulé Autobiographie d’une exéçution.A peu près oubliée par la critique lors de sa parution en français l’an passé, cette autopsie du meurtre judiciaire est pourtant un livre nécessaire.La langue ni l’écriture n’impressionnent ici, mais le récit se dévore comme un polar.Le regard sur les failles du système judiciaire américain, sur cette finale extrémité qu’est le châtiment capital, est d’une lucidité et d’une crudité crève-cœur.Le récit est basé sur les dossiers, romancés, de l’avocat: de demandes de grâce en gestes de dernier recours, on y suit l’alter ego de Dow, les frictions de son travail sur sa vie intime, la fatigue d’exercer un métier où «tous vos clients finissent exécutés».«Notre système de peine capitale survit parce qu’il est fondé sur la dérobade, écrit Dow.Il permet à chacun d’éviter de se sentir responsable.Un juré a onze homologues, la décision n’est donc pas sienne.Un juge qui fixe une peine en fonction du DAVID R.DOW AUTOBIOGRAPHIE D’UNE .EXECUTION « tti Uüclciift biltiiK, c*ar dB cbiii iBdicUIn • Joki OrlikiB verdict rendu par un jury met en œuvre la volonté de quelqu’un d’autre, la décision n’est donc pas la sienne.Un juge de la cour d’appel a deux ou huit confrères, et prétend qu’il est contraint par la décision de celui qui a démontré les faits, et que la responsabilité incombe à quelqu’un d’autre.» Il a fallu une poursuite téléphonique conduite depuis Montréal pour finalement attraper David R.Dow.L’avocat est convaincu qu’il assistera de son vivant à l’abolition de la peine de mort.«Le public est préoccupé, maintenant, par la peine capitale.Les gens sont conscients des nombreuses erreurs qui traversent le système — et je ne pense pas ici aux innocents exécutés, même s’ils font partie de la donne.Même les partisans de la peine capitale croient que l’exécution devrait être réservée aux crimes particulièrement horribles.Trop de cas ont échappé à ces facteurs de sélection.» Qui se compare se console: «Des centaines de personnes sont exécutées chaque année en Chine, en Iran, en Irak, au Soudan, et le gouvernement fait payer à la famille le prix de la balle qu’on leur tire dans la tête», écrit le plumitif avocat.Comme bien d’autres, David R.Dow était d’abord favorable la peine de mort.Enfin, pas contre, du moins.«Je travaille depuis 20 ans avec des condamnés à mort, je ne suis pas du tout naïf à leur sujet.Mais un système juste ne peut absolument pas inclure la peine de mort.Déjà, un système judiciaire juste n’est pas possible, parce que demeurent des problèmes de nature humaine que nous ne savons pas régler, comme le racisme, qui tache et influe sur tout.» Le Devoir AUTOPSIE D’UNE EXÉCUTION David R Dow Traduction par Christophe Magny Flammarion Montréal, 2010,274 pages ©MATHIEU RIVARD Ryad Assani-Razaki, Prix Robert-Cliche 2011 f f ROMAN QUEBECOIS Un romancier témoin de son temps SUZANNE GIGUERE L> écrivain québécois Ryad Assani-Razaki avait ' impressionné en 2009 avec son recueil de nouvelles.Deux cercles (VLB éditeur), lauréat d’un prix Trillium.L’auteur y abordait le thème de la différence dans un monde qui ressemble de plus en plus à un village global.La plénitude de l’écriture et la voix pressante du jeune écrivain touchaient ,droit au cœur.Il a tenu ses promesses.A 29 ans, il vient de remporter le Prix Robert-Cliche 2011 du premier roman pour La main d’Iman.Dans ce roman sur l’émigration, plusieurs voix se succèdent.Elles sont africaines.Leur pays n’est pas nommé.Mais l’Afrique noire se profde et devient ici le personnage principal.Un vent salé souffle de la mer et s’engouffre dans les ruelles de la ville, un soleil rouge et orange se reflète sur les tôles ondulées des toits des maisons, des odeurs de friture de beignets d’arachide et d’igname montent d’un des quartiers les plus sordides de la ville, iman, né de l’union d’une Noire et d’un Blanc, occupe le centre du récit il est déterminé à partir.Dans ce roman polyphonique, différentes voix vont nous faire découvrir une facette du jeune homme.D’abord celle de Toumani, son meilleur ami, vendu par ses parents alors qu’il était enfant et violenté par sa famille d’accueil; puis celles de Hadja, sa grand-mère «soumise à Allah» et de Zai-nab, sa mère, incapable de soutenir le regard de son fils «indomptable comme son père», celles de son frère Désiré et d’Alissa, vendue elle aussi, domestique docile et rebelle.Très vite, on voyage en littérature, grâce au soin tout particulier apporté à l’écriture et au souffle qui irrigue les histoires de chacun.L’auteur peint avec tendresse des personnages à la sensibilité écorchée.Leurs mots portent l’empreinte de la désillusion.À 29 ans, Ryad Assani-Razaki vient de remporter le Prix Robert-Cliche 2011 du premier roman pour La main dlman «Pour certains d’entre nom, penser à demain est penser à long terme, et le long terme, c’est un luxe.» Confrontés à un problème aigu d’identité, désemparés, en proie à des réalités insolubles, génératrice de crises, c’est tout le drame de l’Afrique qui se dessine à travers eux.Le parcours emprunté par chacun donne une évidente valeur symbolique au roman.L’Afrique ne sait plus qui elle est, ni ce qu’elle veut être et n’arrive pas à se prendre en main.Comme tous les écrivains préoccupés d’être des témoins de leur temps, Ryad Assani-Razaki expose — avec un sens du tragique rare conférant au mal une profondeur et une acuité nouvelles — les raisons qui poussent les Africains (mais aussi tous les plus démunis de la planète) à fuir leur pays vers un Eldorado incertain, il partage sans doute la conviction de l’écrivain ivoirien Jean-Marie Adiaffi, cité dans son roman, sur le rôle de l’intellectuel: soit se fondre au sein de son peuple au risque de s’y perdre, ou de se sauver avec lui, en le faisant évoluer de l’intérieur.«lya oni l’ayo ola oh» (la peine d’aujourd’hui est la joie de demain), chante Alissa.Petite note d’espoir dans un océan de misère.La main d’Iman confirme la valeur de l’œuvre de cet écrivain.Une œuvre forte dotée d’une sensibilité hors du commun, qui prend en compte à la fois l’engagement — le trafic d’enfants, les pesanteurs du passé colonial, la condition des femmes, l’émigration, traversent le roman en «flash» —, et les exigences esthétiques que suppose la création littéraire.Collaboratrice du Devoir LA MAIN DTMAN Ryad Assani-Razaki L’Hexagone, collection «Fictions» Montréal, 2011,328 pages RECTIFICATIF Des erreurs se sont glissées dans la brève Un prix de poésie pour Jean-François Caron, parue dans notre cahier des livres daté du 3 septembre.On aurait dû lire que le recueil de poésie de Caron, Vers — hurlemerfis et barreaux de lit, publié aux Éditions Trois-Pistoles, a mérité le prix littéraire de poésie du Salon du livre du Sa^enay-Lac-Saint-Jean.Nos excuses.-lœ Devoir LE DEVOIR, LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE II SEPTEMBRE 2011 F 3 LITTERATURE Dans les décombres du 11 septembre 11' Danielle Laurin lie fait des recherches sur l’imaginaire du 11 septembre.Des recherches postdoctorales, qui concrètement s’attardent au traitement de cette catastrophe dans la hction: comment les auteurs négocient-ils avec l’événement historique pour lui redonner forme?Mais Annie Dulong ne se contente pas d’ahor-der la chose en universitaire.Elle y plonge elle-même comme romancière.Et le résultat est étonnant.Pour ne pas dire épatant.Ce n’est pas sa première incursion du côté de la fiction: Annie Dulong, par ailleurs photographe, a publié un recueil de nouvelles.Autour d’eux, il y a trois ans.Mais cette fois, il s’agit bel et bien d’un roman.Onze: c’est le titre.Onze, pour 11 septembre, oui.Mais aussi, parce qu’on suit 11 personnes.Onze personnes enfermées dans les tours en flammes.Qui va mourir, comment?Qui va survivre?Pendant qu’on les voit se débattre, se jeter par les fenêtres, suffoquer sur place, s’élancer dans les escaliers encombrés, sauver des vies ou abandonner la partie, on a accès aux pensées de chacun, on ressent ce qu’ils ressentent physiquement, émotionnellement.Qn est tour à tour dans la tête, dans la peau de chacun.Le temps d’un court chapitre, et hop, au suivant.Qn fait le tour des tours constamment.C’est un va-et-vient continuel entre l’emplacement de chacun.Le temps est découpé, la chronologie syncopée.La catastrophe est montrée de différents de points de vue.Elle se vit de l’intérieur, ici et maintenant.Vous ou moi?Ce pourrait être vous, ce pourrait être moi: c’est à cela que le livre nous ramène constamment.Qn ne peut s’empêcher de se demander comment on aurait réagi, ce qu’on aurait pensé, ressenti, fait, concrètement.Rien d’anonyme là-dedans.Nous sommes dans le domaine de l’intime.Dans les petits détails qui font une vie.Et dans les liens, amoureux, familiaux, amicaux, qui donnent un sens à notre vie.La force d’Annie Dulong, ça, oui.11 y a cette femme de 39 ans qui téléphone à son mari tout de suite après l’explosion.11 ne répond pas.Les enfants sont à l’école.Elle laisse un message: Je vous aime.Et appelle son père, qui suit les événements en direct à la télé.Non, elle ne pourra pas sortir de là, l’étage au complet est bloqué, lui dit-elle.11 y a cette femme, mère de deux hls, mariée depuis 16 ans, employée exemplaire.Elle ne panique pas, ramasse ses effets personnels, ses dossiers importants: ça ne peut pas être grave.11 y a Phil, bon gars, toujours souriant, maniaque d’informatique, qui a installé sa compagnie au 103e étage du World Trade Center: son rêve.Et sa femme, Hélène, qui travaille un peu plus bas dans la même tour.Elle l’appelle sur son cellulaire, pas de réponse.Que faire?Descendre pour sauver sa peau ou remonter?11 y a cette jeune femme nouvellement enceinte de son deuxième enfant.Grossesse obtenue difhcilemenL grâce à un embryon implanté.Elle vit en couple avec une autre femme, l’amour de sa vie.Elle est là, elle ne peut plus bouger, elle est bloquée.Une odeur de brûlé envahit son bureau.Que se passe-t-il?Elle est comme sourde, n’entend plus rien.11 y a celle qui, le téléphone brûlant dans les mains, parle à son mari.«Elle a si chaud, ses bas fondent, et le sol aussi.» 11 lui dit de sortir.Sauter par la fenêtre: elle ne voit pas d’autre solution.11 y a ce jeune homme secrètement amoureux de sa patronne qui avait résolu, ce jour-là, de rompre avec sa compagne.Et cette jeune femme dépressive qui avait préparé son suicide.Ce couple nouvellement formé, aussi, amoureux fous, dans l’extase fusionnelle.Et ainsi de suite.Sans parler de tous les autres, autour, qui paniquent, qui crient, qui courent dans tous les sens, qui s’effondrenR qui meurent.Le hasard en question 11 y a toute la question du hasard, qui entre en ligne de compte.La question du destin?Si untel s’était trouvé à tel endroit, plutôt que tel autre, au moment de l’explosion?Si unetelle f ; A: SHANNON STAPLETON REUTERS Des victimes sont évacuées des tours du World Trade Center, le 11 septembre 2001.était partie plus tard au bureau, ce matin-là?Si, si, si.C’est un tourbillon, ça n’arrête pas.Ça fait beaucoup de monde, peut-être trop, au début surtout, on s’y perd un peu.La structure complexe du récit ne facilite pas les choses.Mais l’émotion nous gagne malgré tout.Et puis il y a les proches des victimes.Ceux qui attendent à la maison, qui se morfondent.Ceux qui se rendent sur les lieux au risque de leur vie.Tout cela hnit par former une chaîne humaine.Ein de la première partie.La suite?Et bien c’est la suite des choses, justement.C’est-à-dire: l’après.L’après-11 septembre.Comment dire à son enfant que son père ne reviendra plus?Comment se résoudre à accepter la mort de son conjoint quand son corps n’a pas été retrouvé?Comment vivre avec le syndrome du survivant?Et puis: comment vivre avec la peur que cela se reproduise à nouveau?Nous sommes dans la fiction.Et pourtant.Nous sommes en plein dedans.ONZE Annie Dulong L’Hexagone Montréal, 2011,152 pages LITTERATURE SUD-AMERICAINE Fuentes : un roman sur le temps et la cohérence NAIM KATTAN Le Mexicain Carlos Euentes est l’un des plus grands écrivains de l’Amérique latine.Anniversaire, son roman publié en 1969, vient de paraître en traduction française.Qn y retrouve les multiples préoccupations qui ont parsemé son immense oeuvre.Le récit commence par la fête d’anniversaire d’un enfant de dix ans, Géorgie.Nous sommes à Londres.Qn attend le retour du père de son bureau d’architecte.L’histoire bifurque.Le lecteur suit un autre Georges, adulte, dans les dédales d’un labyrinthe, atterrissant dans un palais méditerranéen ou mexicain.Nous retrouvons ensuite le jeune garçon en compagnie de sa nourrice Nuncia, qui l’affame, le persécute tout en le servant comme une esclave.Un autre Georges surgit.11 est le narrateur.11 fait l’amour avec la nourrice après avoir ciré ses bottes.Un autre Georges, un homme, se présente.11 célèbre lui aussi son anniversaire.Qn devine ainsi les deux thèmes qui traversent le roman.Le dédoublement des lieux et de la personnalité.Les deux hommes s’affrontent représentant la violence et la douceur, la méchanceté et la gentillesse.Ils sont les deux visages d’une même personne qui a dix ans, qui est ensuite un adulte en pleine pratique érotique et hnalement un vieillard à l’article de la mort.11 ne s’agit pas uniquement du passage du temps mais de son ambiguïté, de la simultanéité des diverses phases d’une existence.Chacun des personnages est composite, contradictoire.Nuncia est en possession de son corps, à la fois autoritaire et servile.Les descriptions sont précises.Nous parcourons les rues de Londres et soudain nous perdons le fil.Euentes laisse libre cours à son imagina- tion et à l’onirisme.La précision se mêle d’un rêve débridé.Euentes sait tenir son lecteur en haleine.Ce court roman est d’une grande fascination, tout en étant une réflexion sur la complexité de l’être.Collaborateur du Devoir ANNIVERSAIRE Carlos Fuentes Traduction de l’espagnol par Céline Zms Gallimard Paris, 2011,124 pages JACQUES NADEAU LE DEVOIR Uauteur mexicain Carlos Fuentes |3 iî^Gaspard-LE DEVOIR .Xalmarès -— Du 29 août au 4 septembre 2011 Romans québécois 1 Mémoires d'un Quartier • Tome 9 Antoine, ia suite luise lernblayOïssianibterGuv Saiit-Jean 1/2 2 ivresse Catherine McKenzie/Goélette 6/2 3 Le mois ie pius ciuei Louise Penny/Flammaiion Qc 2/3 4 Doubie disoarition.Une enouête de Maud Graham Chiystine Biouiiiet/Courte échelle 4/12 5 Ru Kim Thûy/Libre Expression 3/10 6 Mémoires d'un Quartier • Tome 8 Laura, ia suite luise lernblayl/Essianibie/Guv Saint-Jean 7/12 7 Dans mes yeux émoi Joséiito Michaud/Ubie Expression 5/26 8 Là où ia mer commence Dominique Demeis/Québec Amérique -/I 9 Au bord de ia rivièie * Tome 1 Baptiste Michel David/Hurtubise 10/19 10 Les Mes années * Tome 4 Eugénie et reniant retrouvé Jean-Pierre Chailand/Hurtubise 9/12 Romans étrangers 1 Freedom Jonathan Franzen/Boiéai 1/2 2 Lappei de range Guillaume Musso/XO 9/2 3 Létiange vpvape de monsieur Daidry Marc Lévy/Robert Laffont 3/17 4 Le iangage secret des fleurs Vanessa Diffenbauoh/Presses de ia Cité -/I 5 En votre honreur James Patterson/Lattés 2/4 6 La confession Johr Grisham/Robert Laffont 5/14 7 Léquatjon africaine ïbsmina Khadra/JuiHard 6/2 8 Le cimetière de Prague Umberto Eco/Grasset 7/3 9 Les neuf dragons.Une enguête de Harry Bosch Michaei Conneiiy/Seuii 4/14 10 Quand reviendias-tu ?Mary Higgins Ciark/Aibin Michel 8/15 "?Essais québécois 1 Lanxiété.Le cancer de i'àme Louise Reid/JCL 1/3 2 Troisième miiiénaite.Biian flnaf - Chroniques impertinentes Jean-Fiançois Lisèe/Aiain Stanké 2/2 3 Je ne suis pas une compapniei Michel Peiieauft/Aiain Stanké -/I 4 Mafia inc.Grandeur et misère du cian siciiien au Québec André Cédiipt 1 André Noëi/Homme 3/45 5 À i'ombre du mur.Traiectpires et destin de ia génératipn X Stéphane Keiiy/Boréai 7/6 6 Les yieux.La yieiiiesse : une merveiiieuse étape de notre yie Rose Legauit/Québécor -n 7 Lâpesécuiier ChadesTayior/Boréai -n 8 Létal du Québec 209 Cciiectif/Boiéai 10/2 9 Les médias sociaux 101.Le réseau mondiai.Michelle Blanc 1 Nadia Serafocco/Lookiue s -n 10 Montréal ia créatiye MarieAndrée Lamontagne/Héiiotrope -n "?Essais étrangers 1 indiprez-vous ! Stéphane Hessei/indigène 1/32 2 Une brève histoire de i'avenir Jacques Attali/LGF 9/27 3 Notre poison ouotidien Marie-Monioue Robin/Aiain Stanké 2/17 4 Y a-t-ii un grand architecte dans i'Univeis ?Stephen William Hawking/Odiie Jacob 8/3 5 lAméiique gui tombe Arianna Hufflngton/Fayard -n 6 Demain, oui pouvemera ie monde ?Jacques Attali/Fayard 5/18 7 Loiipaichie ca sufflL vive ia démocratie Hervé Kempf/Seuii -n 8 Les mots de ma vie Bernard Phrot/Aibin Michel 4/17 9 Lédnceiie.Révoites dans ies pays ambes Tahar Ben Jeiioun/Gaiiimard 7/3 10 M.ie Présidenl Scènes de ia vie poiitique 2005-209 Franz-Oiivier Giesbert/Ffammarion -n II 2 uj = ëi'S ^ C/ï I— C/ï bO «C UJ
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