Le devoir, 24 décembre 2011, Cahier E
LE DEVOIR LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 DECEMBRE 2011 DE VISU ''' LITTERATURE Bi^ Bang: explosion de bonnes Les choix de Danielle Laurin intentions au MBAM f ; Page E 7 Page E 4 - i CULTURE & LIVRES f PHOTOS: FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR L’artisan des couleurs Vincent Deshaies fabrique à la main des couleurs dignes de Vermeer et de Rembrandt ISABELLE PARE Dans un coin perdu de Parc-Extension, son atelier encLievêtré a des airs de boutique d’apothicaire.Læs étagères chatouillent Les plafonds, t)ondées de poches de résines venues d’Afrique, de cires d’alieilLe qui embaument Le miel, de colle de peau de lapin et de pigments aux noms sortis du Moyen Âge.Alchimiste des temps modernes, Vincent Deshaies est le seul artisan au Québec à vendre des huiles naturelles et des pigments à peindre, fabriqués de sa main experte.Des huiles courues par plusieurs peintres, et maintenant expédiées sur quatre continents.Le jeune patron de Kama Pigments est un genre de Vermeer du troisième millénaire, sans jeune fille à la perle à ses côtés.Certains taillent des costumes uniques pour leurs clients fortunés, lui fabrique des huiles sur mesure pour un Marc Séguin, une Jennifer Hor-nyak, un Torn Hopkins et une foule d’artistes sans le sou.Même confiné dans son atelier de Brooklyn, à 600 km de Montréal, le peintre Marc Séguin ne jure plus que par ces huiles, façonnées selon des méthodes qui remontent à la nuit des temps.«C’est un hippie tripeux du XXI" siècle.Dans les cégeps et universités, il donne des conférences sur des techniques ancestrales, qui autrement vont se perdre.Quand il trouve et fixe ses recettes, il est vraiment doué», confie Marc Séguin, qui compare la qualité de ses huiles aux tubes de Lefevre-Fouanet qu’utilisait Jean-Paul Ldopelle.Nuancier du bout du monde Cramoisi d’Alizarin, résine de Dammar, Colophane, Sandaraque: le catalogue de Vincent De- • A V çs.s i m \ -Y* V ^ ?PIERRE PHILIPPE MARCOU AFP Deux membres de la troupe de Merce Cunningham lors d’un spectacle-événement (event) présenté à Madrid en 2009 JACQUES GRENIER LE DEVOIR Le chorégraphe Jean-Pierre Perreault en pleine répétition en 2006 œuvres ne soient plus portées à la scène par sa troupe.La mise en œuvre de tout cela relevait de la Fondation Merce Cunningham, active depuis 1964, qui tire aussi sa révérence.Tous les actifs de la Fondation seront transférés au Merce Cunningham Trust, qui gérera les droits de l’artiste.Le même été, un autre monument de la danse nous quittait, la chorégraphe allemande Pina Bausch.Il n’y a pas de recette pour la destinée post mortem de ces compagnies nées de la vision d’un chorégraphe lorsque celui-ci meurt.En théâtre, le texte survit au dramaturge.En danse, difficile de garder l’œuvre vivante.Les compagnies de deux géants partis en 2009 se sont d’ailleurs engagées dans des voies de prime abord opposées: une fin programmée pour la MCDC et une suite assumée des activités du Tanztheater Wuppertal.Faudra voir jusqu’à quand brûlera la flamme des artisans du Wuppertal.Bien avant Bausch et Cunningham, le Québec a perdu son pionnier de la scène contemporaine, Jean-Pierre Perreault, emporté par un cancer en 2002.Bien avant les capsules de danse de la MCDC, la Fondation Jean-Pierre-Perreault (FJPP) a imaginé des boîtes chorégraphiques, genres de kit 101 pour monter une œuvre de Perreault.Ces capsules pourraient voir le jour d’ici le mois de mai.Après une transition tumultueuse, la FJPP a trouvé son rythme de croisière depuis quelques années.Non seulement elle gère les droits de l’œuvre de Perreault, noyau dur de sa mission, mais sa vocation s’est élargie pour cultiver la mémoire chorégraphique contemporaine du Québec, depuis les états généraux de la danse en 2010.«On voudrait mettre quelque chose en place pour répertorier les œuvres du répertoire contemporain, un peu comme ce que fait Artexte pour les arts visuels et le Centre des études dramatiques pour le théâtre», explique la directrice générale de la FJPP, Sophie Préfontaine.Et en concertation avec les acteurs du milieu déjà actifs sur ce terrain, comme le centre de documentation de Tapgente et la bibliothèque de l’École supérieure de danse contemporaine.La FJPP travaille aussi le matériau des pièces Joe et Rodolphe avec les finissants de cinq écoles professionnelles du Canada, en vue d’une performance au Festival Danse Canada en juin 2012.Une exposition rétrospective des œuvres picturales de Perreault se prépare également pour janvier dans les galeries de Roger Bellemare et Christian Lambert.Joli programme pour l’année qui soulignera le 10® anniversaire de la mort du chorégraphe.Le Devoir LE DEVOIR LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 DECEMBRE 2011 E 3 CULTURE Les dix meilleurs disques québécois de 2011 L’embarras du choix SYLVAIN CORMIER Il devrait y avoir YAppalaches de Richard Séguin dans cette liste, Tigre et diesel de Galaxie et La romance des couteaux de Chantal Archambault, et les Variations fantômes de Philippe B., et pas mal d’autres disques essentiels encore: l’année québécoise du disque a été à ce point riche (en qualité, faute de faire vivre décemment ses artisans) que mes élus pourraient être délogés à la première demande de recomptage électoral.Ça s’est décidé de peu, et ce qui semble définitif parce qu’imprimé l’est moins qu’il n’y paraît.Sacrée dizaine, cela étant.1.Catherine Major, Le désert des solitudes (Spectra).Faut-il être folle pour oser chanter ce qu’écrit sa mère, s’approprier les mots de Fauteur-compositeur Moran, son homme, retravailler avec un coréalisateur-arrangeur plus proche qu’un frère et commander un texte à un écrivain maudit?Un peu, oui, et c’est tant mieux.La proximité est un risque fou, la vie aussi, et c’est ainsi qu’on se retrouve avec un troisième disque tellement réussi qu’on en a le tour- nis.Encore faut-il des compositions assez bien bâties pour que la maison lui appartienne en propre: c’est le cas.Encore plus que pour Rose sang, Catherine est chez elle dans son monde de musique, avec les siens en soutien.2.Fred Pellerin, C’est un monde (Tempête).Après les 140 000 exemplaires de Silence, les attentes faisaient du bruit.La satisfaction est conséquente: C’est un monde, c’est tout un monde.Avec de grands couplets délicats sur la condition humaine, des chansons d’amour à rendre amoureux, des chansons pour entretenir le désir et des chansons d’appartenance en voulez-vous en v’ià (surtout La mère-chanson, véritable manifeste), Ered n’a plus à s’excuser de faire le chanteur entre deux monologues.Les chansons parlent haut et fort, elles aussi.3.Isabelle Boulay, Les grands espaces (Chic - Audiogram).Einies les stratégies de mise en marché séparées pour le Québec et la Erance.De la même façon que le dernier spectacle d’Isabelle Boulay s’intitulait Comme ça me chante, cet album propose côte à côte du Michel Rivard et du Julien Clerc, du Jean-Louis Murat et du Steve Marin, un duo avec le réalisateur Benjamin Biolay et un autre avec Dolly Barton.Tout ça coule de source, à tel point qu’on dirait les chansons écrites par elle, pour elle.L’espace couvert est peut-être grand, mais elle est partout, et plus que jamais, Isabelle Boulay.Country-folk pour tout le monde.SOURCE TEMPETE Avec son deuxième album, C’est un monde, Fred Pellerin n’a plus à s’excuser de faire le chanteur entre deux monologues.4.Marc Déry, Numéro 4 (Audiogram).11 fit d’abord le champion façon Sting avec Zé-bulon, puis le smatte dans ses trois premiers albums en solo.Cette quatrième fois, se disant sans doute que le temps était venu s’il n’était déjà passé, il s’est essayé à la pure confection pop d’allégeance Beatles, Bju-ds et de, et c’est la réussite.Ouste le second degré, ouste l’originalité à tout prix: s’accepter pur pop lui a donné accès au meilleur de lui-même.5.Salomé Leclerc, Salo-mé Leclerc (Audiogram).Il lui a falju des premières parties, l’Ecole nationale de la chanson, les concours, les ateliers jusqu’à Astaffort, les festivals jusqu’à Montauban, presque dix ans d’apprentissage pour en arriver à ce premier album.instinctif, qui respire Fimmédiateté, chanté cru et dru.Merci à Emily Loi-zeau pour la moiteur marécageuse des arrangements, tout ça donne Falbum qu’on espérait de Salomé (et que Salomé espérait d’elle-même), en mieux.Encore brut, juste assez abouti.Avec de la marge de manoeuvre pour la prochaine fois.6.Richard Desjardins, L’existoire (Foukinic).Çà et là, des redites.Çà et là, des fulgurances.Ces chasseurs dans Elsie qui «partent à’chasse aux idées noires».Ça troue de bord en bord, une image comme celle-là.On en oublierait la chanson si la chanson ne prenait pas tant au cœur.Plusieurs des chansons de L’existoire font ça, prendre au cœur, si inégales soient-elles.Oui, c’est un peu tous les Desjardins en un seul disque.Même les Desjardins qu’on aime moins.Mais du Desjardins inégal, c’est quand même grand comme Fexistoire.7.Éric Goulet, Volume 1 (Nomade).Notre Keith Richards local signe son premier disque en solo.Estampillé 100 % orthodoxe country, beau comme une chemise de Grqm Parsons.Même en solo.Éric est un gars de gang, et Famicale des fadas de country, de Rick Haworth à Cari Prévost, se lâche glorieusement lousse dans des chansons de Marcel Cartel, de Paul Brunelle, d’Éric Goulet itou.Lequel reprend L’âme à la tendresse avec Mara Tremblay, et on pleure.Authentique à tel point qu’on ne sait plus quand c’est du Bru- w nelle ou du Goulet.Mission accomplie.8.Ingrid St-Pierre, Ma petite mam’zelle de chemin (La Tribu).Du charme et du chien.L’œil qui pétille.La voix avec une petite fille dedans.Une façon de raconter en rimant, rien qu’à elle.Exemple, Les ex: «J’avais pratiqué devant le miroir, quelques sourires de circonstance / j’ai même opté pour la robe noire, celle qui pique, tu l’aimais je pense.» C’est le premier album discrètement gagnant d’une amoureuse transie qui «collectionne les points de suture, les hématomes».et les mots de plus de trois syllabes.9.Antoine Gratton, La défense du titre (Sphère).Encore une fois, les mélodies heureuses lui sortent de partout, à en rendre Elton jaloux.L’être grégaire qu’il est s’amuse toujours aussi jouissivement avec les co-pains-copines, les arrangements concoçtés avec le frère de musique Éloi Painchaud n’en finissent plus de ravir, et en plus il nous dit des choses sur lui-même et sa vie mouvementée.Passionnant.Quand serons-nous des milliers à le penser?10.Stefie Shock, La mécor nique de l’amour (Tacca).Simili Moog, oscilloscope en folie, synthés en vrac, échantillonnages en stock, bref, du iiiiooouuuuu, des bzzzt et tout ça.Mais à la Stefie: vraie batterie, vraie basse tout le temps, tu grooves ou tu meurs.Et ça parle d’amour à la Stefie: crûment, ob-sessivement.Plus que jamais, ce gars a du goût, du flair, du cool, et peut-être bien du génie.Le Devoir Les dix meilleurs disques classiques de 2011 De plus en plus d’artistes d’ici chez les grands CHRISTOPHE HUSS Le fait artistique important de Fannée phonographique classique 2011 est Fabondance quantitative, plus que qualitative, de parutions à Foccasion du bicentenaire de la naissance de Liszt.Notre palmarès matérialise également la présence grandissante d’artistes québécois de très haut niveau sur le marché international du disque.1.Bach: Concertos pour clavier et orchestre.Alexandre Tharaud, Les Violons du Roy, Bernard Labadie.Virgin 50999 087109 2.Pourquoi se gêner?Puisqu’un disque d’un ensemble québécois est dans notre top 10 international, pla-çons-le en tête.Ce CD Bach aux articulations millimétrées fera sans doute beaucoup pour la notoriété internationale des Violons du Roy, qui reviennent d’une triomphale tournée française, justement avec Alexandre Tharaud.Les nuances infinitésimales, le son tempéré du pianiste, font naître une atmosphère quasî hypnotique.Tharaud nous a également donné en 2011 un superbe disque de sonates de Scarlatti.2.Haendel: Streams of pleasure.Airs et duos.Karma Gauvln et Marie-Nicole Lemieux, Il Complesso barocco.Alan Curtls.Naïve V 5261 (Naxos).Un bonheur ne vient jamais seul: nous adjoignons au tandem Tharaus-Labadle cette consécration de deux grandes chanteuses québécoises dans l’une des nouveautés phares de la rentrée dlsco- 1 J.S.BACH Keyboard concertos ALEXANDRE THARAUD Les Violons du Roy Bernard Labadie/ it graphique d’un éditeur à résonance Internationale.Le tandem Gauvln-Lemleux est gagnant-gagnant: les deux collègues s’apprécient, leurs voix se marient parfaitement, leur niveau vocal est identique et elles parviennent à une émulation synergique.3.Liszt: Harmonies du soir.Nelson Preire (piano).Decca 478 272 8.Devant l’afflux de pianistes engagés pour leur sex-appeal ou leur capacité à ouvrir des marchés, voir que Decca reste fidèle à Nelson Ereire rassure quelque peu.Le retour sur investissement se matérialise, pour l’éditeur, par le plus fascinant disque Liszt de Fannée, nourri d’univers riches et grouillants.La faculté évocatrice du toucher de Preire est inchangée.La gradation d’Harmonies du soir, l’articulation suprême de La valse oubliée et la nostalgie profonde du Lac de Wallens-tadt sont de purs bijoux.4.Luis de Briœno: El Fenix de Paris.Le Poème harmonique, Vincent Dumestre.Alpha 182 (SRI).Vincent Dumestre et son ensemble Le Poème harmonique font partie des artistes dont on peut acheter la moindre parution sans risque.Ils nous révèlent ici l’œuvre d’un Espagnol installé à Paris, oû il fit paraike ime méthode pour apprendre facilement la guitare à l’espagnole en 1627.Dumestre et ses amis, parmi lesquels la soprano Claire Lefillidke et la mezzo Isabelle Druet, ressuscitent des œuvres vocales et instrumentales en un parcours coloré et enchanteur.La prise de son est exceptionnelle.5.Bartok.Concertos pour violon 1 et 2.Concerto pour alto.James Ehnes, BBC Philharmonie, Gianandrea Noseda.Chandos CHAN 10690 (SRI).Doublé gagnant pour le violoniste canadien James Ehnes en 2011 avec ce disque Bartok, puis un concerto de Tchaikovski en toute fin d’année pour l’étiquette Onyx.Ehnes défend ici un programme aussi parfait que généreux.Il n’est pas le premier à jouer le violon et l’alto dans Bartok — Menuhin releva le défi — mais il est, à ma connaissance, le premier à réunir les trois concertos sur un CD.Et à quel niveau! 6.Chopin.Les valses.Stephen Hough (piano).Hyper-ion CDA 67849 (SRI).En dix années, Stephen Hough, pianiste à l’ambitus sonore infini, nous a livré, sans faire de vagues, les interprétations modernes les plus intéressantes des concertos de Rachmaninov, de Saint-Saëns et de Tchaikovski.Son disque des Valses de Chopin fait souffler un vent frais sur une discographie trop souvent plombée par le maniérisme.Voici une leçon de naturel, de panache, de modestie et de classe.7.Rameau.Suites des Indes galantes, Nais, Zo-roastre et Les Boréades.Le Concert des nations, Jordi Sa-vall.Alia Vox 2 SACD AVSA 9882 (Pelléas).Jean Philippe Rameau à la composition et Jordi Savall et ses musiciens à l’exécution musicale: l’affiche est prometteuse; le résultat à la hauteur.Savall a titré cette parution L’orchestre de Louis XV, sans doute pour faire suite à une précédente parution sur L’orchestre de Louis XIII.L’album est aussi spectaculaire dans ses explosions musicales {L’orage des Indes galantes) que sublime dans sa poésie subtile {Second air pour les Zéphirs) ou agreste {Musette tendre de Naïs).8.Richard Strauss.«Poésie», mélodies avec orchestre.Diana Damrau, Orchestre philharmonique de Munich, Christian Thiele- mann.Virgin 628664 0.La soprano Diana Damrau nous livre ici le récital Richard Strauss comme peut-être on n’en a jamais eu, Schwarzkopf et Pischer-Dieskau compris! Les parures orchestrales enveloppantes de l’expert Christian Thielemann y sont évidemment aussi pour quelque chose.L’ambitus vocal et expressif de la chanteuse, de la confidence {Waldse-ligkeit) à l’exaltation {Caci-lié), est déployé avec un naturel confondant, sans les artifices un peu précieux de Schwarzkopf.9.Bruch: Concerto pour violon n° 1.Romance op.85.Quintette.Vadim Gluzman, Orchestre philharmonique de Bergen, Andrew Litton.BIS SACD 1852 (SRI).L’Ukrainien Vadim Gluzman se présente, disque après disque, comme un violoniste de première grandeur.Dans un monde musical qui, au violon, privilégie l’esthétisme apollinien de jolies jeunes femmes, Gluzman apporte la matière et le poids du son, alliés à une expression brûlante et subtile.Le programme paraît anecdotique; il est essentiel.La Romance est un moment de grâce et le rare Quintette de 1918, redécouvert en Angleterre en 1988, se révèle une œuvre post-brahmsienne dense et intéressante de bout en bout.10.Robert Fuchs.Sérénades «“ 1 et 2.Orchestre de chambre de Cologne, Christian Ludwig.Naxos 8.572 222.En matière de répertoires jusqu’alors oubliés, voici la découverte de Fannée.Robert Euchs (1847-1927) est un compositeur autrichien, apprécié, paraît-il, de Brahms.Il a composé deux sérénades pour cordes si irrésistibles qu’elles se rangent immédiatement derrière celles de Dvorak et de Tchaikovski parmi les meilleures réussites du genre.La 1" Sérénade, opus 9, la plus séduisante, mérite d’entrer dans le répertoire de tous les orchestres de chambre; I Music! de Montréal, par exemple.Le Devoir V ledevoir.com À écouter sur notre site des extraits de tous les disques des palmarès.culture/musique LA RÉVOLUTION DU BON SENS.?' 2- Claude Guilmain + Louise Naubert ^ ' VP.‘.Théâtre La tangente y ' Du 10 au 21 janvier PRÉVENTE pour les 11-12-13 Billetterie 514 521 4191 — Achat en ligne à www.espacelibre.qc.ca 1945 rue Fùllum, Montréal LE DEVOIR E 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 DECEMBRE 2011 mm Explosion de bonnes et mauvaises intentions Inaugurée en novembre, l’exposition Big Bang était le dernier morceau d’un automne placé sous le signe de la transformation.La détonation tient plus du feu d’artifice que de la transformation radicale.BIG BANG Musée des beaux-arts de Montréal 1380, rue Sherbrooke Ouest Jusqu’au 22 janvier JÉRÔME DELGADO Il y a du bon, du très bon même, mais aussi du mauvais, lourd et prétentieux — œuvres tombées dans le piège de l’excès et d’une carte blanche autorisant tout et rien.Le Big Bang du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), exposition présentée comme un hommage à la créativité québécoise, n’amalgame pas les disciplines et les époques pour le meilleur des mondes.Même la bédé L’idée, pourtant valable, consistait à permettre à des artistes d’horizons divers (littérature, musique, architecture, cinéma, mode, cirque, danse, théâtre, design, mais aussi des arts dits plastiques) de créer à partir de l’œuvre de leur choix de la collection du MBAM.Ce sont ceux qui exercent déjà dans les domaines du «visuel» qui s’en sortent le mieux.Faut-il s’en étonner?Parmi eux, le sculpteur Roland Poulin, qui interprète la peinture noire de Pierre Soulages, ou l’architecte Gilles Saucier, qui module un espace noir et blanc d’après une toile de Borduas.Big Bang a quand même provoqué une rencontre exceptionnelle entre le vidéaste Adad Hannah et le cinéaste Denys Arcand, réunis autour de pièces d’arts décoratifs, dont le magnifique canapé Safari (1967- MARC CRAMER Vue d’ensemble de l’installation de Jean Derome 1968), des desi^ers italiens Ar-chizoom associati.Cette inusitée collaboration aboutit en une histoire fantasmée et ouverte, qui s’appuie de la même manière sur les trois univers e^qjosés.Un autre duo inédit, la cinéaste Jennifer Alleyn et l’écrivaine Nancy Huston, puise dans le potentiel fictif de l’œuvre de feu Edmund Alleyn, père de l’autre.La vaste série d’encres réunies fascine par sa variété et sa richesse, mais la contribution littéraire de Huston souffre du dispositif mis en place.Dans l’ensemble, le résultat, souvent de l’ordre de l’installation (12 des 16 propositions), manque de cohésion.Véritable explosion d’interprétations de ce que devrait être l’art, ce big bang muséal n’innove rien en ce qui concerne le mélange des arts.Des organismes comme le Théâtre la Chapelle font déjà très bien dans ce domaine, et avec peu de moyens.Le parcours, qui ne possède aucun fil conducteur, commence pourtant très bien.Le bédéis- SOURCE MBAM Le bédéiste Michel Rabagliati propose une nouvelle aventure de son Paul à travers une incursion au musée en une douzaine de planches.Mario Merola studio 216 514.381.6338 te Michel Rabagliati propose une nouvelle aventure de son Paul à travers une incursion au musée en une douzaine de planches.Il s’agit d’une visite dans le passé: le célèbre personnage de Rabagliati, retourné en enfance, tombe sur un atelier de sculpture d’après modèle vivant, une activité tirée de l’époque de l’Art Association of Montreal, l’ancêtre du MBAM.Avec l’humour et le punch propres à la bédé, le récit nous mène droit devant une œuvre tirée de la collection, un marbre de Rodin, Les sirènes (1887-18884 Voilà une introduction plutôt sensée, à la fois créative et respectueuse de l’œuvre choisie.Rabagliati n’y perd pas son latin — on y reconnaît sa signature.Malgré un enrobage sonore superflu, cette lecture personnelle du Rodin ne noie pas la sculpture dans une tirade sans fin.Un noyau dur et lourd On ne peut pas dire la même chose de tous les invités de prestige réunis pour Big Bang.J,eannot Painchaud (Cirque Eloize), Marie Chouinard, Melissa Auf der Maur, Wajdi Mouawad peuvent bien être maîtres chez eux, dans leurs propres disciplines, au musée, ils errent.Leurs installations exploitent mal l’espace, quand ce n’est pas le mariage, tout simplement, qui n’a pas lieu.Devant de telles propositions, on cherche l’essence qui les aurait animées, la musique, la danse, la poésie derrière elles.Les autoportraits de Melissa Auf der Maur en femme enceinte peinent à évacuer une attitude nombrilis-te.Pour un Painchaud qui s’acoquine à un Riopelle pour des raisons simplistes (l’œuvre du peintre s’intitule Le cirque), on trouve un Mouawad qui ne voit que de la violence dans Autoportrait allaitant de la photographe américaine Catherine Opie.Ce ne sont pas seulement ces vedettes venues d’ailleurs qui piétinent.Fort d’une vague de reconnaissance depuis l’événement Art souterrain de 2010, le collectif En masse s’est déniché, avec Le début de la chasse au lion (1982) de A R Penck, une œuvre qui cau- tionne son travail, enraciné dans le graffiti et la peinture monumentale.Aux Chouinard et autres précités, on reproche d’être trop sortis de leur zone de confort.À En masse, devant la salle qu’il a imbibée de dessins grotesques, on dira le contraire.Les figures élancées de Penck, qui s’animent dans une composition somme toute aérée, appelaient pourtant à la retenue.Le hasard de la mise en scénographie de Big Bang a voulu que Painchaud, Chouinard, Auf der Maur, En masse et Mouawad se suivent.Ils forment le cœur de l’e^o, un noyau dur et lourd.Mais les visiteurs ont avantage à persévérer et à aller jusqu’au bout.Trois des meilleures propositions s’y trouvent, dont un diptyque de Geneviève Cadieux.La photographe s’est inspirée d’un petit tableau de Torn Thomson {Aurore boréale, 1916-1917) pour interpréter le paysage à sa manière, mais porté par la même admiration pour le ciel.Le clou de ce Big Bang est du côté de Jean Derome.Le compositeur, un pied dans le jazz, l’autre dans la musique actuelle, propose un véritable spectacle son et lumière (notes et peinture, en fait) qui gagne à être apprécié assis au sol.Derome s’est montré boulimique: il n’a pas choisi une œuvre, mais vingt-sept! La salle presque fermée, plutôt sombre, propose un survol de la peinture abstraite et met en valeur le meilleur de nos Hurtubise, Gagnon et Le-moyne.L’installation Le magasin de tissu, autrefois pièce musicale ou dansée, associe au hasard des échantillons un solo de cuivres à une huile.Comme dans une bonne improvisation, les variantes sont indéfinies.Formés en graphisme et en design industriel, les membres du collectif Rita ont traduit en leur langage une peinture de La-wren Harris, contemporain de Torn Thomson.Matin, lac Supérieur (1921-1928) est devenu Supérieur, lac matin, un ensemble mobilier en mousse, qui respecte, rehausse même, sa succession de plans chromatiques.La formule est simple; dommage MARC CRAMER Supérieur, lac matin, du collectif Rita, est une traduction dans leur langage d’une peinture de Lawren Harris, Matin, lac Supérieur que certains n’aient pas suivi ce modèle.L’expo se termine néanmoins ici, comme elle avait com- mencé: sur une bonne note.Collaborateur du Devoir Investir dans un cadeau en Art jusqu’au 31 déc.La plus importante collection de petits formats d’œuvres de grands mmtres au Canada ! Barbeau Chagall Dallaire Feito Ferron Gagnon Jackson Letendre Little Miro Picasso Renoir Robinson Suzor-Côté KÛidode 2160 me Crescent, Montréal, www.lafitte.com depuis 1975 • 514.842.1270 LE DEVOIR LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 DECEMBRE 2011 E 5 COTEAU ROUGE Canada (Québec).2011.86 min.Avec Roy Dupuis, Céline Bonnier, Gaston Lepage, Louise Laparé, F^lo Noël, Mario Sain^Amand, Maxime Desjardins-TremblE^, Hélène l^eves et Bianca Genraia (G) CULTURE NUIT#1 « D’aucuns parleront de talent (.) mol j’appelle cela de la magie.» François Lévesque, LE DEVOIR avic Catherine De Léan « Dimitri Storoge innnrtaAnne Émond ¦««l I—EXC3NTR S—irOINEMABEAUBIENII cinéma i vqavec^— cinémasamc —i coi«rai« !”| I sugffâce LE OLAP I [lE FORUM 2^ CINEMA Une épopée déjà datée et remplie de clichés War Horse^ de Steven Spielberg, est un film truffé de bonnes intentions, mais convenu et faiblard WAR HORSE (CHEVAL DE GUERRE) Réalisation: Steven Spielberg.Scénario: Lee Hall, Richard Curtis, d’après le roman de Michael Mor-purgo.Avec Jeremy Irvine, Peter Mtdlan, Emily Watson, Niels Arestrup, David Thewlis, Tom Hiddleston.Image: Janusz Kaminski.Montage: Michael Kahn, 146 min.ODILE TREMBLAY Tout de suite après Les aventures de Tintin: Le secret de la Licorne, Steven Spielberg livre un film beaucoup plus convenu et, pour tout dire, faiblard, une adaptation là aussi, mais d’un roman britannique.Comme quoi il est toujours périlleux de courir deux lièvres à la fois.Il tourne trop, d’où ce film mineur, quand même destiné à toute la famille, susceptible de rallier un jeune public, malgré les scènes de guerre qui rebuteront les enfants.War Horse est pourtant truffé de bonnes intentions avec cette histoire d’un jeune garçon dans la campagne du Devon, Albert Üeremy Irvine, un nouveau venu au jeu quelconque), qui s’entiche d’un cheval, Joey, acheté à crédit par son alcoolique de père (Peter Mullan) au désespoir de la mère (Emily Watson, sous-utilisée, tout comme David Thew?lis en méchant propriétaire).Cette amitié garçon-cheval se heurtera aux horreurs de la Grande Guerre, car les voilà séparés.Passant de main en main, d’un camp à l’autre, Joey deviendra un cheval résiliant capable de traverser les pires épreuves sur un champ de bataille.Plusieurs chevaux ont servi pour faire un Joey, en leur adjoignant une tache blanche au front qui donne l’illusion d’un seul.Excellents acteurs équidés, bien dressés et tout, mais cette histoire d’amitié, d’héroïsme, de h-délité, manque de subtilité, et les clichés abondent.Que Spielberg rende tribut à des maîtres comme John Ford LH SOURCE WALT DISNEY Le cinéaste Steven Spielberg sait créer des tranchées crédibles et des champs de bataille sanglants, ici sur fond de charges de cavalerie impressionnantes.{Stagecoach, The Searchers) ainsi Autant en emporte le vent de Victor Fleming, avec départ dans le soleil couchant, est évident.Les images de paysages britanniques évoquent ici l’Ouest américain à travers les mesas, la lande désertique, offrant au cinéaste l’occasion de maints coups de chapeau cinématographiques, pas toujours subtils au demeurant.Mais les images de Janusz Kaminski sauvent parfois un peu la mise.Et l’idée de rendre hommage aux chevaux héros de guerre n’est pas mauvaise non plus.War Horse demeure pourtant une œuvre paresseuse, par son ton, ses facilités scénaristiques.La meilleure partie du hlm est sans contredit collée à la guerre.Le cinéaste de Saving Private Ryan sait créer des tranchées crédibles et des champs de bataille sanglants, ici sur fond de charges de cavalerie impressionnantes.D’aiUeurs, une scène prenante de Joey emmêlé dans des hls barbelés dans le no man’s land sur la ligne de front donne lieu à un armistice improvisé, dans l’esprit du Joyeux Noël de Christian Ca-rion, sur fond de solidarité entre soldats alliés et allemands.Niels Arestrup (grand acteur français à son meilleur en parrain corse dans Un prophète de Jacques Audiard) tient ici le rôle d’un grand-père au cœur tendre, mais Spielberg aurait pu entraîner cet interprète de haut vol beaucoup plus loin.Les scènes en France se déroulent en anglais.Et pourquoi?Dans Inglorious Basterds, Tarantino respectait les langues originales.Spielberg aurait pu également tenir son bout, à des fins de vraisemblance.War Horse ressemble à du vieux cinéma hollywoodien qui n’a pas voulu bouger de son cadre conventionnel.Ce long film paraît, dès sa sortie, déjà daté.SOURCE WALT DISNEY Le Devoir Albert (Jeremy Irvine) et son cheval Joey Pourquoi pas ?WE BOUGHT A ZOO (NOUS AVONS ACHETÉ UN ZOO) De Cameron Crowe.Avec Matt Damon, Scarlett Johansson, Maggie Elizabeth Jones, Colin Ford, Elle Fanning, Patrick Fugit, Thomas Haden Church, Angus Mcfa-dyen.Scénario: Aline Brosh McKenna, Cameron Crowe, d’après le livre de Benjamin Mee.Image: Rodrigo Prieto.Montage: Joe Hutshing, Mark Dvolsi.Musique: Jonâ.États-Unis, 2011, 124 minutes.MARTIN BILODEAU Contre toute attente, We Bought a Zoo divise.Certains sont pour, avec ce que ça implique d’abandon et de grâce enfantine.D’autres sont contre, sur le principe rigide qu’un hlm de l’ancien journaliste du Rolling Stone Cameron Crowe {Almost Famous, Elizabethtown, Pearl Jam Twenty) avec monsieur Jason Bourne en prone n’a pas le droit d’être aussi ouvertement sentimental.En nombre égal, les qualités et les défauts objectifs du hlm n’ont que peu de choses à voir avec la position choisie.J’ai choisi d’aimer, et j’en suis le premier surpris.We Bought a Zoo (qui rappelle à certains égards The Desccen-dants d’Alexander Payne) est tiré d’un récit autobiographique de Benjamin Mee, campé ici par l’excellent Matt Damon, dan^ un registre nouveau pour lui.A la mort de son épouse, ce reporter aventurier a fait un virage à 180 degrés en achetant sur un coup de tête un zoo au bord de la faillite situé dans le sud de la Californie.Son but: redonner le sourire à sa fillette attachante (Maggie Elizabeth Jones, épatante) et à son adolescent rebelle (Colin Ford).Mais la réalité du zoo, comme le lui fait vite comprendre la directrice surchargée de travail de l’établissement (Scarlett Johansson, crédible dans ce contre-emploi), n’est pas aussi romantique qu’il le croit: la faune est exigeante, les installations vétustes ont besoin d’une forte injection de capitaux et la ménagerie humaine qui veille sur l’ensemble manque de ressources.Passages obligés, instants comiques, virages mélo, escales annoncées, maximes prononcées, We Bought a Zoo est un film qu’on voit venir.Si bien que le plaisir qu’il procure vient moins de la surprise qu’il suscite que de la reconnaissance réconfortante qu’il procure.Le réalisateur de Jerry Maguire ne réinvente pas la roue, mais il la fait tourner avec l’habileté de conteur qu’on lui connaît et un amour des animaux qu’on ne lui connaissait pas.Cela dit, il n’a pas toujours la main légère.La musique de Jonsi sucre un peu trop l’affaire et certains gags appuyés manquent leur cible.Mais il a le cœur sur la main, et sa manière guillerette et sans cynisme de chanter les vertus universelles, tels le sens de l’aventure et le prix du courage, rend justice à son modèle Billy Wilder.Collaborateur du Devoir SOURCE 20TH CENTURY EOX We Bought a Zoo est tiré d’un récit autobiographique de Benjamin Mee, campé ici par l’excellent Matt Damon, dans un registre nouveau pour lui.«Antonio Banderas est i François Lâvesque, Le «Une œuvre fascinante, à et inquiétante.Lumineux SÊL£CnON 0FHCIEL1£ FESTIVAL DE CANNES 2011 LA PEAU QUE J'HABITE ANTONIO BANDERAS ELENA ANAYA MARISA PAREDES JAN CORNET ROBERTO ÂLAMO www.lapeauqusjhabite.ca un film de PEDRO ALMODOVAR métropole ^ 6e SEMAINE A L'AFFICHE j horaires DES cinémas rmetropo T¥TÎT ms.com?î www.cinemaduparc.com consultez notre site Internet LES MEILLEURS FILMS A VOIR AUX MEILLEURS PRIX 3575 Du Parc 514-281-1900 ^ Autobus 80/12g STATIONNEMENT 3 HEURES: 2$ SOYEZ LES PREMIERS A DECOUVRIR LA COMEDIE LOUFOQUE a L’ÉLÈVE DUCOBU»AVEC PLUS DE 1,5 MILLION D’ENTRÉES EN FRANCE Elis .iOSSFmS VlS^Ce^T JÜU€TT€ îl€iB^ Dsm^AVK cuüd€ cnAPPcy poDAiyoES Nowem ?rdJne réussite.» Métro
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