Argus, 1 janvier 2013, Hiver
[" ::x LES EMOTION b viht# ?-Lmn V PER BAnQ QUS A / / U \" POURQUOI PAYER PLUS CHER POUR VOS ABONNEMENTS?JUSQU\u2019A 90% DE RABAIS SUR LE PRIX EN KIOSQUE Campus SERVICE D\u2019ABONNEMENTS AUX MEMBRES Pour une description complète des publications, consultez notre site Web! La Presse* La Presse* Le Devoir Le Droit**** Le Journal de Montréal* Le Journal de Québec** Le Journal de Québec** Le Soleil**** Le Soleil**** National Post (premiers 6 mois) | ¦ Camelots motorisés \" Camelots réguliers, Courrier International L'actualité avecrenouv autom.) Le Monde Diplomatique i L'Express Paris Match Protégez-Vous ^av«ffirsIorHmerngiUKOrT|man0^anr A+ Guide Corn Guide des médias Guide événement Guide interactif Infopresse Les Affaires & magazine A+ Premium Québec Franchise oongue) Bloomberg BusinessWeek MacWorld The Economist I Wired ________________________ Votre Prix en bas prix kiosque 52 sem./samedi 52sem./6jrs.52 sem./6 jrs.56 sem./6 jrs.52 sem./7 jrs.52 sem./sam.&dim.52 sem./7 jrs.52 sem./sam.&dim.52 sem./7 jrs.Par mois/6 jrs.sans télé-horaire *\u201d Camelots réguliers Sans S/,/OÎ> I I I ,OU2> 184.08 332,80$ 227,50$ 418,60$ 429,52$ 225.45S 326,56$ 194,48 67,08$ 128.44$ 162,76S 313,04$ 112,00$ 134,68$ 329,68$ 199,00 49,01$ 'r - ';rj rç 26 nos\t119,00S\t154,70$ 9 nos\t14,95$\t53,55$ 12 nos(1 an)\t79,00$\t81,00$ 52 nos (1 an)\t149,95$\t338,00$ 26 nos\t99.00S\t143,00$ 13 nos\t40,00$\t77,35$ 8 nos (1 an) I no 1 an 1 no 1 an 1 no (1 an) 1 no (1 an) 10 nos (1 an) 108 nos 2 ans B nos (1 an) 4 nos (1 an) 50 nos (1 an) 12 nos 1 an si nos (1 an 12 nos (1 an) 14,95$ 14,95$ 14,95$ 9,95$ 9,95 ~ 54.95 79.95 35,00 14.95 32.95 24.95 129,95 33,94 \tCustom Tour\t4 nos (1 an) \tLe Guide de l'Auto\t5 nos (1 an) \tMoto Journal\t10 nos (1 an) \tPole-Position\t8 nos (1 an) \tQuadnet.ca-Le Monde du VTT\t6 nos (1 an) \tV8 Passion\t6 nos (1 an) \tCar and Driver Cycle World\t12 nos(1 an) 12 nos (1 an) À vos pinceaux Cap-aux-Diamants Ciel variable Connaissance des Arts Coup de Pinceau Nuit blanche Perles & cetera Spirale Urbania Vie des Arts 6 nos 4 nos (1 an) 3\tnos (1 an) 11 nos (1 an) 6 nos (1 an) 4\tnos (1 an) 4 nos (1 an) 4 nos (1 an) 4 nos (1 an) 4 nos (1 an) Astrapi\t11\tnos\t^B Babar\t12\tnos(1 an)\tH Bébé!\t4\tnos(1 an)\t1r Cool!\t12\tnos(1 an)\tWÊ D Lire\t12\tnos (1 an)\t^B Délire\t12\tnos (2ans)\t^B Enfants Québec\t12\tnos\t1! Full Fille\t12\tnos(2ans)\t¦ Géo Ado\t12\tnos (1 an) Grossesse\t4\tnos (1 an)\t1r I Love English + 9 cd\t10\tnos 0 an)\tBB I Love English for Kids-9cd\t10\tnos (1 an)\t^B Images Doc\t12\tnos(i an)\t5* J'Aime lire\t10\tnos(1 an»\tHS J'apprends à lire-11 cd\t11\tnos(1 an)\til Julie\t12\tnos(1 an) Les Belles Histoires\t12\tnos ARTICLEFIRST (OCLC) > FRANCIS > UBRARY, INFORMATION SCIENCE& TECHNOLOGY ABSTRACTS (LISTA) > UBRARY LITERATURE > REPÈRE > WILSON OMNI.argus/hiver 2013 - 5 Un produit éprouvé, stable, évolutif, flexible, durable et surtout économique REGARD est utilisé dans plus de 1 800 établissements REGARD un investissement rentable pour votre bibliothèque! REGARD est un logiciel québécois qui comprend tous les outils nécessaires pour gérer efficacement une bibliothèque, y compris: >\tmodule d'aide au catalogage MARC 21 >\tveille informationnelle De plus, tous les clients de REGARD bénéficient: >\td'un engagement sans contrat à long terme >\td'un service incomparable ¦\tsoutien téléphonique illimité ¦\tformation ¦\téquipe de spécialistes * etc.info@grics.qc.ca www.grics.qc.ca 514251-3730 GRICS Les émotions D'aucuns prétendront avec une assurance certaine qu'une vaste majorité des bibliothécaires et autres professionnels de l'information sont des gens passablement cartésiens.Or, malgré tout notre professionnalisme, une petite bête sensible se cache tout de même en chacun de nous.Nous voulons laisser ici une petite place au chaton caché en chaque bibliothécaire, au bébé licorne bipolaire refoulé aux tréfonds des entrailles de tout spécialiste de l'information.argus/hiver 2013-7 ILLUSTRATION : MICHEL FALARDEAU / LES ÉMOTIONS Cette porte qu'on ne pousse pas SARAH DE B 0 G U I/ L\u2019œil est inquiet, le geste hésitant et derrière ce front plissé se lit un violent travail intérieur, la recherche désespérée d\u2019une argumentation suffisamment solide pour justifier cet acte d\u2019une audace insensée : entrer dans une bibliothèque de livres rares.Une légère odeur de papier, de cire d\u2019abeille et de poussière lui parvient à travers les battants clos de la grande porte.Derrière, tout n\u2019est que luxe, silence et savoir.Derrière, tout n\u2019est que froideur, condescendance et suspicion.Il va pourtant bien falloir la pousser, cette porte, pour se présenter devant le cerbère qui protège ces augustes lieux des importuns.C\u2019est qu\u2019il a toutes les raisons de craindre notre bibliothéconomique courroux, ce pauvre usager.Comment ose-t-il imposer sa présence en nos lieux sacrés alors que la plus modeste de ses demandes va immanquablement perturber la fragile harmonie d\u2019un climat contrôlé, d\u2019un entreposage soigneux?Et ne parlons même pas de ses mains meurtrières qui vont par leur maladresse profane bousculer des livres - voyons, que racontons-nous là : des reliques saintes! - dont la valeur n\u2019a pas de prix.On court au massacre.Et a-t-il au moins pris l\u2019élémentaire précaution de s\u2019équiper d\u2019une lettre de recommandation, émanant d\u2019une figure dont l\u2019autorité balancera celle des gardiens du temple?Ce sésame sans lequel il est même impensable d\u2019imaginer fouler du bout du pied la moquette épaisse de la bibliothèque.Une brève angoisse étreint l\u2019audacieux : oui, voyons, qu\u2019il se souvienne, oui, oui, ça y est, il se rappelle, la précieuse lettre est dans la pochette avant de son sac.Pourvu que la carrure universitaire de l\u2019auteur de la missive soit à la hauteur des attentes des maîtres des lieux.À quelle humiliation sinon il doit se préparer! Quant à l\u2019ignorance, en parlera-t-on seulement?Cette ignorance crasse qui s\u2019embourbe dans l\u2019histoire du livre, échoue lamentablement à l\u2019exercice de la codicologie, est dépourvue de toute notion en paléographie latine.Qui d\u2019autre que les bibliothécaires peut maîtriser des sciences aussi subtiles, aussi riches?Qui d\u2019autre que les bibliothécaires peut posséder cette érudition infinie?Certainement pas le visiteur du dimanche, embarrassé de ses propres lacunes et dont les questions ineptes irritent nos érudits en leur faisant perdre un temps précieux qu\u2019ils pourraient passer d\u2019une manière autrement plus prestigieuse à l\u2019étude des marques de provenance.Il va pourtant bien falloir la pousser, cette porte, pour se présenter devant le cerbère qui protège ces augustes lieux des importuns.La femme qui se tient assise là, plongée dans un travail qui sollicite visiblement toute son attention, en a certainement vu passer de ces mendiants du savoir, venant quémander servilement le privilège de consulter les trésors de la bibliothèque.Sous'sa parfaite urbanité, on peut sentir l\u2019esprit acéré, prêt à jauger en quelques secondes la valeur des solliciteurs.Et d\u2019urbaine, elle pourra devenir hautaine en tout aussi peu de temps.Car n\u2019entre pas ici qui veut, qu\u2019on se le dise! DOSSIER / LES ÉMOTIONS Autoportrait dit Le Désespéré, Gustave Courbet, 1843-1845 L\u2019homme derrière la porte a du mal à contenir le sentiment d\u2019oppression qui le gagne.Il ne pourra jamais être à la hauteur, il le sait, il le sent de toutes les fibres de son appréhension.11 cherche à se calmer en se vidant l\u2019esprit : finalement, ce n\u2019est qu\u2019une bibliothèque.Une bibliothèque particulière, mais seulement une bibliothèque : que peut-il lui arriver de si terrible?Il suffit de pousser la porte, sans trop réfléchir; il en est capable, il faut juste rester focalisé sur la porte.Pousser une porte, ça, il peut le faire, c\u2019est facile.Ne surtout pas penser au reste, à ce qui l\u2019attend derrière.Il ferme les yeux, prend une grande respiration.et tourne les talons.Derrière son comptoir, la bibliothécaire qui retient son souffle depuis l\u2019approche en crabe du visiteur sent son cœur rater un battement.L\u2019excitation et le plaisir anticipé retombent brusquement : encore un qui n\u2019entrera pas.Peut-être serait-il temps de l\u2019abattre une bonne fois pour toutes, cette sacrée porte.Si seulement les gens avaient moins peur.Découragée, elle retourne à sa lecture.Une bibliothèque particulière, mais seulement une bibliothèque : que peut-il lui arriver de si terrible?Il suffit de pousser la porte, sans trop réfléchir; il en est capable, il faut juste rester focalisé sur la porte.sarah.de.bogui@umontreal.ca Chargée de Projets, Direction des Bibliothèques, université de Montréal argus/hiver 2013 - 9 LES ÉMOTIONS Comme toute personne, nos usagers sont des êtres humains complexes qui vivent differentes émotions au quotidien.Ainsi, quels que soient leur nature ou leur niveau de complexité, les demandes de nos usagers sont accompagnées d'une ou de plusieurs émotions, en lien ou non avec le besoin exprimé.Nous, bibliothécaires, avons le pouvoir de transformer les émotions de nos usagers.Cet article vise à mettre en lumière le côté émotionnel de nos interactions avec les usagers et plaide en faveur d'une approche de notre travail qui met les émotions au premier plan.Le bibliothécaire Comprendre les émotions et les transformer! LOREDANA CAPUTO ET PHILIPPE M 0 N G E 0 N / L\u2019usager est au cœur de notre profession, de chacun des services que nous offrons; il nous guide dans nos prises de décision.Plus que de simples usagers, nos usagers sont des êtres humains qui vivent des émotions tous les jours.Parfois, ces émotions peuvent être en lien avec leur utilisation de la bibliothèque, mais il peut aussi s\u2019agir d\u2019émotions qui dépassent le cadre temporel de leur passage à la bibliothèque ou de nos interactions avec eux.Il est important que nous, bibliothécaires, en prenions acte afin d\u2019offrir le meilleur service possible.Tenir compte des émotions des usagers n\u2019est pas une idée nouvelle.Le modèle du processus de recherche d\u2019information de Kuhlthau (1991), par exemple, reconnaît l\u2019importance des émotions du chercheur d\u2019information dans l\u2019ensemble du processus.De plus, selon ce modèle, les émotions évoluent au fil des différentes étapes du processus de recherche : incertitude, optimisme, doute, clarté, confiance, satisfaction/insatisfaction (Kuhlthau 1991, 366-368).Ce modèle est par contre difficilement applicable lorsque nos usagers expriment des demandes qui ne s\u2019insèrent pas dans un long processus de recherche, mais qui requièrent plutôt une réponse immédiate.Dans un cas comme dans l\u2019autre, l\u2019usager est un être complexe dont les émotions entrent en jeu indépendamment de ce qu\u2019il nous demande.Nous avons, dans nos interactions quotidiennes, le pouvoir d\u2019agir sur ces émotions (American Library Association 2004,14) et nous devons nous efforcer de le faire pour le mieux.empathique de nos usagers.Prenons, par exemple, le cas d\u2019un usager qui a de la difficulté à imprimer à partir des postes informatiques.11 sait très bien se servir de l\u2019imprimante au bureau ou à la maison, mais c\u2019est la première fois qu\u2019il tente le coup à la bibliothèque.Cette situation peut sembler anodine, mais elle peut aussi suffire à causer chez la personne un sentiment d\u2019insécurité ou l\u2019empêcher de demander de l\u2019aide parce qu\u2019elle a l\u2019impression qu\u2019elle devrait déjà connaître la solution.En prévoyant ou en détectant les émotions de l\u2019usager, nous pouvons les transformer.Dans ce cas-ci, nous pouvons, par exemple, le rassurer en lui disant qu\u2019il n\u2019est pas le premier à poser la question et, ensuite, lui montrer comment utiliser l\u2019imprimante.Par le fait même, nous transformons le sentiment d\u2019insécurité de l\u2019usager en une expérience d\u2019apprentissage positive.Un autre exemple : un étudiant doit faire un travail de recherche et ne sait pas utiliser les ressources de la bibliothèque pour repérer l\u2019information dont il a besoin.Le bibliothécaire le guide dans sa recherche, lui montre comment se servir des outils et lui indique où se trouvent les documents trouvés.Qu\u2019a fait le bibliothécaire dans cette situation?Nous aurions tendance à dire qu\u2019il a répondu au besoin d\u2019information de l\u2019usager en plus de lui fournir des outils qui lui permettront de mieux utiliser les ressources de la bibliothèque.C\u2019est vrai, et c\u2019est bien! Mais au-delà du besoin d\u2019information et des compétences informationnelles de l\u2019individu, ne serait-il pas également juste de dire que le bibliothécaire, par son interaction DOSSIER / LES ÉMOTIONS avec l\u2019usager, a transformé le stress de ce dernier en soulagement; son anxiété, en confiance?Certes, l\u2019usager peut aussi vivre d\u2019autres émotions sur lesquelles le bibliothécaire n\u2019a que peu (ou pas) de pouvoir.11 serait plutôt déraisonnable de s\u2019attendre à ce qu\u2019un bibliothécaire prenne en charge les émotions d\u2019une personne qui vit une situation difficile comme, par exemple, une séparation.Il n\u2019en reste pas moins qu\u2019une attitude positive et une attention particulière aux états d\u2019âme de l\u2019usager, à défaut de régler tous ses problèmes, pourra au moins rendre son expérience à la bibliothèque agréable.D\u2019ailleurs, il est parfois surprenant de constater, lorsque nous vivons des moments difficiles, à quel point une simple interaction avec une personne souriante et d'humeur joyeuse peut faire du bien.Un des rôles «classiques» du bibliothécaire est de faire le lien entre l\u2019information disponible et les usagers afin de combler les besoins informationnels de ces derniers.Certes, nous reconnaissons que nos usagers sont des êtres émotifs et nous nous réjouissons lorsque, par notre travail, nous avons su transformer une émotion négative en émotion positive.Mais cela demeure souvent un bénéfice secondaire de la transaction informationnelle.Et si notre principal objectif était la prise en charge des émotions de l\u2019usager?Combler le besoin informationnel de l\u2019usager deviendrait donc un des moyens par lesquels nous arriverions à nos objectifs.La «transaction» ne s\u2019arrêterait alors plus au moment où le besoin d\u2019information est comblé, mais plutôt lorsque l\u2019émotion négative a fait place à une émotion positive.Dans la perspective où nos usagers sont au cœur de notre mission, et où nous avons une volonté affirmée d\u2019améliorer l\u2019expérience que ceux-ci vivent dans nos bibliothèques, «l\u2019approche par les émotions», lorsqu\u2019applicable, peut justement nous permettre d\u2019offrir le petit extra qui, aussi minime soit-il, peut faire une énorme différence quant à l\u2019appréciation de nos services.Nous devons nous rappeler, en tant que professionnels de l\u2019information, que nos usagers sont avant tout des êtres humains vivant des émotions au quotidien et que nous avons, dans la mesure du possible, le pouvoir (ou le devoir?) d\u2019agir sur ces émotions.Il est également important de tenir compte de la variété des profils et des personnalités de nos usagers, ce qui nécessite que nous fassions preuve de flexibilité, de créativité et d\u2019adaptabilité.Finalement, les émotions de nos usagers, surtout celles liées à la recherche d\u2019information et à l\u2019utilisation des outils, doivent être prises en compte non pas uniquement par les bibliothécaires, mais par l\u2019ensemble des| employés de nos bibliothèques.Et cela doit égale-1 ment se refléter dans la mission et les politiques del nos bibliothèques, leur architecture, l\u2019organisation de g l\u2019espace, l\u2019offre de services.bref, dans tout ce que S Z) nous faisons.\t° lcaputo_hjr@ssss.gouv.qc.ca Bibliothécaire, Hôpital juif de réadaptation Philippe.mongeon@umontreal.ca Étudiant, EBSl - École de bibliothéconomie et des sciences de l\u2019information RÉFÉRENCES American Library Association.2004.«Guidelines for behavioral performance of reference and information service providers».Reference & User Services Quarterly, vol.44, n° 1 (Fall), p.14-17.Kuhlthau, c.c.1991.«inside the search process ; information seeking from the user's perspective».Journal of the American Society for information Science, vol.42, n° 5 (June), p.361-371.argus/hiver 2013-11 DOSSIER / LES ÉMOTIONS Étudiante en 2e année de maîtrise à l'EBSI, j'ai réalisé mon stage à la bibliothèque de la Maison franco-japonaise de Tokyo, une bibliothèque spécialisée en sciences humaines et sociales.Cet article narre mon expérience, sur mon lieu de stage, mais aussi dans la vie .quotidienne au Japon.Un automne à Tokyo ROXANE CAYER-TARDIF/ ACTE 1 : PRÉPARATION L\u2019année dernière, j\u2019ai décidé de commencer à planifier mon stage de fin de maîtrise, qui aurait normalement lieu à l\u2019automne 2012.Pourquoi un an à l\u2019avance?Mais pour faire ce stage à l\u2019étranger! Mon but?Aller le plus loin possible.La France?Trop simple.Les États-Unis?Trop proches.Je visais Tahiti.Ce ne fut pas possible.Pour une raison qui m\u2019échappe totalement, les Offices jeunesse internationaux du Québec, qui subventionnent les billets d\u2019avion, ne voyaient pas la force du lien unissant bibliothéconomie et île du Pacifique.C\u2019est la tristesse dans le cœur que j\u2019ai dû me résoudre à mettre de côté cette destination de rêve.On m\u2019a suggéré de chercher des bibliothèques françaises ailleurs dans le monde, jugeant sûrement que ça suffirait; comme lien.Ayant mis à contribution mes nombreux talents en recherche de future bibliothécaire, j\u2019ai découvert l\u2019existence des Alliances françaises, hauts lieux de la culture et de la langue française à l\u2019étranger, lesquels abritent normalement une superbe bibliothèque.J\u2019ai ainsi envoyé des courriels aux endroits convoités : Bangkok, Jakarta, Katmandou, Tokyo et ainsi de suite.Après de nombreux refus et des courriels que j\u2019ai présumé perdus \u2014 car qui ne répondrait pas à une demande de stage de la part d\u2019une étudiante de l\u2019EBSI?\u2014 ma boîte courriel me signifia l\u2019impossible : un responsable de bibliothèque au Japon, à Tokyo, voulait bien de moi! Il me restait donc un peu moins de 6 mois pour compléter mon dossier.Or, qui dit stage à l\u2019étranger dit quantité incroyable d\u2019échanges et de paperasse! Confirmation du projet, des dates et des activités, approbation de la coordonnatrice de stage, approbation du directeur du département et finalement, après le dépôt de tous ces papiers, d\u2019une lettre de motivation et de mon bras gauche, approbation de l\u2019instance suprême : la Maison Internationale de l\u2019Université de Montréal, généreuse donatrice de bourses pour étudiants en manque d\u2019exotisme depuis de nombreuses années.Après avoir obtenu les permissions nécessaires et fait tout ce que j\u2019avais à faire, c\u2019est-à-dire sous-louer ma chambre à Montréal, dénicher une chambre à Tokyo et terminer une session en un mois, j\u2019ai finalement atterri à Tokyo le 27 septembre dernier, soit un gros cinq jours avant le début de mon stage.Voici donc mon récit, celui d\u2019une étudiante stagiaire, équipée d\u2019une connaissance minimale de la langue japonaise et d\u2019une absence totale du sens de l\u2019orientation, dans une bibliothèque à Tokyo.ACTE 2 : ARRIVÉE Mon premier jour.Stress.Un stage à Montréal, c\u2019est déjà énervant, mais ici, c\u2019est une immense boule de stress.L\u2019endroit où je fais mon stage, c\u2019est la bibliothèque de la Maison franco-japonaise de Tokyo, une bibliothèque spécialisée en sciences humaines et sciences sociales.J\u2019arrive donc le 2 octobre à l\u2019immeuble de la Maison franco-japonaise et j\u2019essaie d\u2019aller vers ce que je présume être la bibliothèque.Je dis essayer, parce qu\u2019un agent de sécurité m\u2019arrête.Il me parle.En japonais.Il ne parle ni français ni anglais.On est bien partis.Je ne comprends rien pendant un bon deux ou trois minutes.Puis j\u2019arrive à saisir qu\u2019il ne peut pas me laisser entrer parce que la bibliothèque est fermée, ce que je savais déjà.Mais on m\u2019avait dit que je pourrais commencer une heure plus tôt.Visiblement, ce n\u2019est pas le cas.J\u2019extirpe de ma mémoire le nom du directeur de l\u2019endroit, que le gardien de sécurité comprend.Je monte voir le directeur, qui semble se demander ce que je fais là.Finalement, on s\u2019entend sur le fait que je reviendrais dans une heure.12 DOSSIER / LES ÉMOTIONS > \u2022 ¦ .USINAI! =1 Une partie des employées de la bibliothèque.De gauche à droite : Yuko Shimizu, Ariane Savoie-Tremblay, moi-même et Ryuko Nakamura Je reviens donc une heure plus tard et je suis accueillie par ma superviseure, une bibliothécaire japonaise très gentille.Puis arrive mon second superviseur, un français qui m\u2019explique rapidement ce que sera ma mission.Mon projet de stage signé à Montréal il y a un an?Disons qu\u2019il a un peu changé.En gros, je serai avant tout responsable de produire un document promotionnel pour les bibliothèques de la MFJ et celle de l\u2019Institut Français Japon-Tokyo (IFJ-T de son petit nom).Textes, choix des photos, directives relatives au graphisme, tout cela sera sous ma responsabilité.Quoi?Mais, mais.j\u2019ai étudié en bibliothéconomie.Je ne connais rien au graphisme ou au milieu publicitaire! Angoisse.ACTE 3 : PREMIERS PAS Alors, c\u2019est comment, faire un stage dans une bibliothèque japonaise?Sans vous étonner, je dirai que c\u2019est surtout très différent de ce qu\u2019on vit ici.Mais comment, me demanderez-vous?Premièrement, parce que la conception du travail au Japon, c\u2019est du sérieux.Ainsi, lorsqu\u2019on finit à 18h, ça ne veut pas dire qu\u2019à 18h tout le monde est parti ou presque, mais bien qu\u2019on commence à fermer.Ça fait plutôt changement de l\u2019habitude québécoise de commencer à fermer plus tôt et d\u2019en profiter pour se dire à demain.En ce qui concerne les horaires de travail, c\u2019est pas mal la même chose.Ma supérieure japonaise, par exemple, reste très souvent une ou deux heures, voire plus, après la fermeture.La bibliothèque japonaise est aussi perçue de manière très classique : une bibliothèque, c\u2019est fait pour étudier, pour faire de la recherche.Alors on ne dérange pas les autres! Pas un bruit! Et prière de laisser vos sacs à l\u2019entrée dans des casiers disposés à cet effet.On se croirait à la Collection nationale de la BAnQ.Pas de troisième lieu à l\u2019horizon.Quoi?Mais, mais.j\u2019ai étudié en bibliothéconomie.Je ne connais rien au graphisme ou au milieu publicitaire! Angoisse.Sinon, je suis très contente de mon milieu de stage.L\u2019endroit est superbe, immense et l\u2019équipe avec qui je travaille est géniale.En plus de Madame Yuko Shimizu, j\u2019ai la chance de travailler avec quatre employées à temps partiel dont une est Montréalaise, la géniale Ariane Savoie-Tremblay, avec qui je partage plus d\u2019un rire.Mon projet de document promotionnel se met graduellement en place et, à ma grande surprise, je réalise que ce ne sera probablement pas une montagne trop haute à franchir.À l\u2019extérieur, Tokyo se montre, comme je le pensais, assez difficile d\u2019approche.Mon japonais étant très faible, vivre ici se révèle bien fatigant.Un panneau dans la rue?Aucune idée de ce qui est écrit.La caissière me parle?Je n\u2019ai rien compris.Je marche dans la rue?Je risque de me faire renverser par un cycliste chaque fois \u2014 cyclistes qui semblent avoir droit de vie et de mort sur tous les autres à les voir circuler sur le trottoir, à contre-sens et même souvent un parapluie à la main.D\u2019autant plus qu\u2019au Japon, il n\u2019y a que très rarement des noms de rue et que les adresses s\u2019écrivent de manière inverse à leurs consoeurs occidentales.Ainsi, mon adresse, 1-5-20 Motoazabu, Minato-ku, Tokyo-to, signifie que j\u2019habite la ville del Tokyo, plus précisément dans l\u2019arrondissement del Minato, dans le quartier Motoazabu, dans la section | >- 1 du quartier, dans le bloc de bâtiments 5 et que le °-numéro de mon immeuble est le 20.Bref, juste com-| prendre l\u2019adresse prend un cours de trois heures.Ça signifie qu\u2019à chaque fois que je argus/hiver 2013 -13 DOSSIER / LES ÉMOTIONS sors, je consulte Google Maps pour savoir comment me déplacer.Mais que je me perds quand même.Alors qu\u2019à Montréal, la station de métro la plus grande permet de se déplacer sur trois lignes, il existe ici des stations qui pourraient, chacune d\u2019entre elles, contenir l\u2019ensemble du réseau montréalais.Et j\u2019exagère à peine.Je pense entre autres à Shinjuku, station la plus achalandée au monde \u2014 au moins 3 millions de personnes par jour \u2014 avec un total de 11 lignes différentes.Quand on m\u2019y donne rendez-vous, j\u2019ai envie de supplier les personnes concernées de plutôt nous rencontrer ailleurs.Chez moi, la situation n\u2019est guère reluisante.J\u2019habite avec près de 18 personnes différentes.La maison est vieille, pas très propre et ses habitants, assez bruyants.En plus d\u2019avoir l\u2019impression que plusieurs de mes colocataires font un concours à savoir qui criera le plus fort à minuit, tout le réseau d\u2019aqueduc semble être connecté, avec pour résultat qu\u2019à chaque douche j\u2019alterne entre le brûlant et le glacé.Le tout sans oublier que le décalage horaire de 13 h fait en sorte que je me retrouve morte dans mon lit à 18 h le soir.Et vive Tokyo! ACTE 4 : LE QUOTIDIEN Après quelques semaines passées à me demander ce que je fais au Japon, gracieuseté de la fatigue et de l\u2019incompréhension face à tout ce qui m\u2019entoure, je commence à m\u2019habituer à mon nouvel environnement.Les quelques difficultés de compréhension auxquelles je suis confrontée?Pas de problème, il Après quelques semaines passées à me demander ce que je fais au Japon, gracieuseté de la fatigue et de [\u2019incompréhension face à tout ce qui m'entoure, je commence à m'habituer à mon nouvel environnement.faut seulement répéter plusieurs fois pour s\u2019assurer d\u2019avoir bien compris.Les cyclistes qui roulent sur le trottoir?Même si intérieurement je ne peux m\u2019empêcher de rager, j\u2019apprends à toujours circuler en trajectoire linéaire afin d\u2019éviter les accidents.Je sais maintenant comment dire des choses utiles du genre « c\u2019est correct, merci » ou « je n\u2019ai pas besoin de sac », même si les caissiers japonais sont d\u2019une efficacité telle que mes achats se trouvent généralement emballés trois fois plutôt qu\u2019une avant que je n\u2019aie eu le temps de réaliser ce qui se passait.Je commence à sortir un peu de Tokyo et continue à manger des mets particuliers, au nombre desquels takoyaki et natto régnent en rois.Par takoyaki, j\u2019entends bien sûr des morceaux de poulpe cuits dans une sorte de pâte à crêpe et servis un peu partout dans la rue qui sont, malgré ce qu\u2019on pourrait supposer, délicieux.Quant au nattoo, c\u2019est la crème de la crème : des haricots de soya fermentés, dont l\u2019odeur rappelle celle du fro- Le fameux nattoo mage bleu, qui ont l\u2019aspect d'une purée informe.De loin la pire chose que j\u2019aurai goûtée.Malheureusement, il est pratiquement impossible d\u2019en trouver à Montréal, selon ce que j\u2019en sais.À mon stage, j\u2019ai terminé la première partie de mon document promotionnel et en suis sortie vivante, alors je m\u2019amuse maintenant à aider ma superviseure dans les tâches plus courantes.Ce que ça signifie?En gros, du catalogage et le réaménagement des étagères du rez-de-chaussée.Comme mon expérience en catalogage comprend un été passé à Bibliothèque et Archives Canada, le catalogage est loin d\u2019être difficile.En fait, il est presque trop simple.Étant habituée à me poser un nombre incalculable de questions à l\u2019égard de chaque document, du genre « est-ce la règle 1.1B1 ou la règle 1.1B2 qui devrait s\u2019appliquer?», cela me semble quasiment hérétique de ne pas consulter les RCAA compulsivement.Quant au réaménagement, il consiste principalement à retirer de la collection courante les numéros des périodiques datant d\u2019avant 2010 pour les mettre au magasin et libérer de l\u2019espace sur les étagères adjacentes pour ensuite déplacer tous les livres qui y sont disposés.Quand on réalise toutes les tâches qu\u2019on peut être amenés à faire dans une petite bibliothèque, on ne peut qu\u2019être humble.Entre tout ça, ma superviseure m\u2019amène manger afin de me faire découvrir le quartier.Parfois, ça a lieu au restaurant français qui jouxte la bibliothèque.J'ai l'idée géniale de me commander du poisson.Je me 14 PHOTO : ROXANE CAYER-TARDIF DOSSIER / LES ÉMOTIONS «sBr^ :ar; ?àHË?I Wi t Avec une mascotte très mignonne lors d'un festival en banlieue de Tokyo Avec des amies, dans un parc près de chez moi.Début décembre, il y a encore beaucoup de couleurs dans les arbres.rappelle alors que je suis au Japon et que j\u2019en mange pratiquement à tous les jours, du foutu poisson.Mais ce n\u2019est pas grave, parce que les serveurs se trompent et m\u2019apportent une assiette de légumes.Que je dévore, le prix des fruits et légumes étant ici de l\u2019ordre du ridicule.En d\u2019autres occasions, ma supérieure m\u2019amène de l\u2019autre côté de la rue et me fait visiter le musée de la bière Yebisu.J\u2019aime bien.ACTE 5 : LA FIN Mon stage est presque terminé.Bientôt, ce sera à nouveau le temps des bagages.Sauf qu\u2019avec tout ce que je rapporte, bonjour la partie de Tetris pour réussir à tout caser.Avant le grand retour m\u2019attend une petite escale en Corée.Comme je comprends maintenant un peu plus ce que Ton me dit dans les magasins, il fallait bien que j\u2019aille dans un pays où je ne sais même pas comment dire bonjour ou merci! Mais il paraît qu\u2019on parle plus anglais en Corée qu\u2019au Japon.On verra bien.Qu\u2019est-ce que j\u2019ai appris durant ce stage?Beaucoup.Beaucoup plus que ce que je n\u2019aurais cru.Ça peut sembler cliché, mais c\u2019est si vrai.Alors que je savais avant mon départ que mon projet de stage en lui-même ne serait probablement pas comparable à ce qu\u2019il aurait été à Montréal, j\u2019étais loin de m\u2019imaginer à quel point tout ce que mon expérience au Japon allait m\u2019apporter.D\u2019un point de vue personnel, j\u2019ai énormément appris : comment m\u2019adapter à un milieu culturel aussi différent du mien, comment réussir à communiquer avec des gens dont la langue première n\u2019est pas le français ou l\u2019anglais, comment survivre au jour le jour quand je dois me poser des questions sur la quasi-intégralité des gestes que je pose, etc.Je me suis souvent questionnée, et pas nécessairement toujours positivement.Douter régulièrement, ce n\u2019est facile pour personne.Mais c\u2019est certainement grâce à ces nombreux questionnements que j\u2019ai évolué.Ce que j\u2019ai le plus apprécié lors de mon voyage?Les échanges avec les gens rencontrés.Que ce soit sur les lieux de mon stage, grâce à des amis, dans la rue ou ailleurs, j\u2019ai connu une multitude de gens de milieux différents.Des japonais, mais aussi des étrangers de partout dans le monde.Des inconnus qui sont devenus des amis avec qui j\u2019ai eu la chance de découvrir Tokyo, ses temples et ses monuments, mais aussi ses rues et ses habitants.Je vous enjoins donc formellement, si jamais vous en avez la possibilité, d\u2019effectuer votre stage de fin de maîtrise à l\u2019étranger.Ou faites un séjour d\u2019études dans une université lointaine.Comme moi, vous adorerez l\u2019expérience, je vous le garantis! roxane_cayer@hotmail.com Étudiante en 2e année de maîtrise en sciences de l'information à l'EBSl / Lieu de stage : Bibliothèque de la Maison franco-japonaise de Tokyo X argus/hiver 2013 -15 PHOTO : ROXANE CAYER-TARDIF DOSSIER / LES ÉMOTIONS La Bibliothèque du Boisé Histoire d'une gestation pleine d'émotions pour notre personnel DOMINIQUE G A Z 0 / La Bibliothèque du Boisé est on ne peut plus attendue.Ce sera la première bibliothèque à avoir bénéficié du programme RAC1.Mais ce sera aussi une deuxième bibliothèque pour un arrondissement qui a vu sa population augmenter constamment depuis 1966.C\u2019est enfin un projet de longue date qui se concrétise peu à peu.L\u2019IMPATIENCE Saint-Laurent comptait 95 430 habitants en 2012.La Bibliothèque du Vieux-Saint-Laurent a été inaugurée en novembre 1965 pour desservir 30 000 habitants.Les discussions concernant la nécessité d\u2019une seconde bibliothèque remontent à une vingtaine d\u2019années.C\u2019est dire que nos employés en ont toujours entendu parler, mais c\u2019est finalement lors du Sommet de Montréal, tenu en 2002, que la construction d\u2019une nouvelle bibliothèque a été identifiée comme un besoin prioritaire par la population de Saint-Laurent.Subventionné dans le cadre de l\u2019Entente sur le développement culturel de Montréal conclue en novembre 2007 entre le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine et la Ville de Montréal, le projet de la Bibliothèque du Boisé a été retenu, eu égard à la désuétude de la bibliothèque existante et son inadéquation par rapport aux normes actuelles, à la volonté de l\u2019arrondissement de s\u2019engager financièrement ainsi qu\u2019à la faisabilité et à la qualité du projet.LA SATISFACTION Dès 2008, une équipe réunissant des experts de différentes disciplines (architecture, ingénierie, bibliothéconomie, finances) est mise sur pied à l\u2019arrondissement Saint-Laurent pour mener à bien le projet.Cette équipe, qui respecte les processus du Project Mana- gement Institute, assume la gestion de chaque étape du projet et assure le suivi avec les consultants, l\u2019entrepreneur, les élus et les fonctionnaires municipaux concernés par la construction de la bibliothèque, au premier rang desquels le personnel de la Bibliothèque du Vieux-Saint-Laurent.En 2009, l\u2019arrondissement commence une série de consultations publiques auprès de citoyens et groupes de citoyens, notamment des adolescents, des gens d\u2019affaires, des organismes communautaires, des milieux scolaires et des CPE.L\u2019appel de candidatures pour le concours d\u2019architecture est lancé en juillet 2009 et le lauréat annoncé en février 2010.Il s\u2019agit de l\u2019équipe Cardinal Hardy/Labonté Marcil/Éric Pelletier Architectes en consortium/SDK et associés inc./ Leroux Beaudoin Hurens et associés inc.Le 1er février 2011, le conseil d\u2019arrondissement autorise le lancement d\u2019appel d\u2019offres public pour la construction.Le 5 juillet de la même année, le contrat est octroyé à Pomerleau inc.Le 26 août suivant, la première pelletée de terre marque le début du chantier de construction.La livraison du bâtiment est prévue en mars 2013, pour une ouverture au public possible en juin 2013.Les employés sont à l\u2019affût de toute nouvelle concernant le projet.La nouvelle bibliothèque de Saint-Laurent a remporté un prix de design décerné par la revue spécialisée Canadian Architect.La bibliothèque innove en effet sur le plan de la construction.Le projet vise la certification LEED Or.Le défi est de minimiser l\u2019impact du bâtiment sur l\u2019environnement, tant sur le plan du site que sur le plan énergétique.Le bâtiment est situé sur le boulevard Thimens, près du parc Marcel-Laurin et de son boisé.La vue sur le parc est d\u2019ailleurs à couper le souffle.16 DOSSIER / LES ÉMOTIONS L\u2019œuvre d\u2019art de Gwenaël Bélanger, faite principalement d\u2019acier inoxydable, relie l\u2019extérieur du bâtiment au hall d\u2019entrée, incluant les chutes à documents.Le bâtiment abritera, outre la bibliothèque, un centre d\u2019exposition et la réserve du Musée des maîtres et artisans du Québec.La bibliothèque occupera à elle seule 4 286 m2.Sur deux paliers parfaitement accessibles, elle offrira des espaces spécifiques aux tout-petits, aux jeunes, aux adolescents et aux adultes.Elle mettra à disposition du public des salles de formation, d\u2019animation, de travail en groupe, des espaces informatiques, un espace pour se restaurer, des salons de détente et de lecture.Les parents trouveront aussi un espace pour y laisser leur poussette et une salle d\u2019allaitement.Ce sera un véritable lieu de vie.Des fonds spéciaux feront la marque de cette nouvelle bibliothèque.Un salon des langues et cultures offrira des documents en arabe, en chinois et en espagnol (les langues les plus utilisées dans l\u2019arrondissement après le français et l\u2019anglais), ainsi que des méthodes de langues et des livres bilingues.Une section affaires visera les personnes qui cherchent un emploi ou qui veulent créer leur entreprise.Une collection spéciale portera sur le développement durable.Les usagers trouveront également des jeux vidéo.Les collections seront variées, riches et neuves.Elles seront également mises en valeur selon des principes de marchandisage.Les employés jubilent.Le bâtiment abritera, outre la bibliothèque, un centre d'exposition et la réserve du Musée des maîtres et artisans du Québec.LE STRESS Le personnel est fortement mis à contribution : les mesures prises pour que la nouvelle bibliothèque soit livrée fonctionnelle à temps sont exceptionnelles.Le développement de la collection de base constitue tout un défi : l\u2019objectif est de 135 000 documents dès l\u2019ouverture.5 000 viennent de la Bibliothèque du Vieux-Saint-Laurent.Ce sont donc 130 000 documents qui sont peu à peu achetés depuis 2010 pour constituer le fonds de la Bibliothèque du Boisé.Le développement des collections a d\u2019abord été confié à une bibliothécaire faisant partie de l\u2019équipe du projet.Depuis juillet 2012, ce sont les bibliothécaires en place qui œuvrent au développement de la collection, avec une cadence effrénée de 1 500 achats par semaine.Les documents sont traités à la Bibliothèque du Vieux-Saint-Laurent, puis stockés dans un autre bâtiment municipal assurant leur qualité de conservation.Depuis 2010, le personnel affecté aux services techniques a fortement augmenté pour faire face à la demande : actuellement, ce sont 60 000 documents qui sont traités chaque année, par rapport à 12 000 auparavant.C\u2019est dire l\u2019exiguïté des locaux pour toutes ces personnes qui relèvent cha-que jour le défi.\t\u2014_ La Bibliothèque du Boisé en construction.KkW\u2019i : «jSftjlj fiîiïîîi ïéÉÈPES \u2022\u2019 {flyf.v m .L(r i-Îj3 \u2022______________________________ argus/hiver 2013 -17 SOURCE : ARRONDISSEMENT ST-LAURENT DOSSIER / LES ÉMOTIONS Des embauches sont venues renforcer l\u2019équipe : aux services techniques, des aides-bibliothécaires et des techniciens en documentation; aux services publics, des aides-bibliothécaires et des techniciens pour remplacer ceux-qui sont allés prêter main-forte aux services techniques, puis des bibliothécaires pour s\u2019occuper des différents dossiers professionnels, comme le développement de la collection et la programmation.Le personnel vit donc une période d\u2019instabilité : les dossiers professionnels ont été redistribués, de nouveaux bureaux ont été aménagés pour accueillir les recrues, mais ce sont surtout les échéances, qui paraissaient réalistes en 2010, qui effraient aujourd\u2019hui.Tout le travail de réseautage avec les organismes communautaires et scolaires est essentiel en amont, afin d\u2019asseoir la bibliothèque dans son milieu physique et social.L'EXCITATION Un an avant l\u2019ouverture prévue, un comité a été mis en place pour travailler à la programmation des activités dans et hors de la Bibliothèque du Boisé et de la Bibliothèque du Vieux-Saint-Laurent.Six bibliothécaires se partagent les tâches en fonction des publics cibles : les communautés culturelles, les nouveaux arrivants, les personnes handicapées, les gens d\u2019affaires, les jeunes et les adolescents.Chaque bibliothécaire a été sollicité et a choisi de développer la programmation dans le secteur qui l\u2019intéresse.L\u2019objectif est de faire en sorte que les activités de chaque bibliothèque soient complémentaires, avec des publications communes.Tout le travail de réseautage avec les organismes communautaires et scolaires est essentiel en amont, afin d\u2019asseoir la bibliothèque dans son milieu physique et social.Il ne s\u2019agit pas de partir de zéro, mais de développer, d\u2019améliorer nos activités d\u2019animation et de médiation et d\u2019innover.L'ANGOISSE Des plans d\u2019action ont été développés par chaque division concernée (par exemple, les Travaux publics, les Technologies de l\u2019information) pour préparer le plan de mise en service et d\u2019exploitation.Notamment, dans le plan d\u2019action de la bibliothèque, il faut prévoir le personnel pour le fonctionnement courant quand la bibliothèque sera opérationnelle, mais aussi le personnel supplémentaire nécessaire pour le jour de l\u2019ouverture (par exemple, pour le puçage des documents, la mise en rayons, etc.).Il faut aussi penser que certains employés de la Bibliothèque du Vieux-Saint-Laurent souhaitent maintenant travailler à la Bibliothèque du Boisé.Et satisfaire les employés est une priorité de l\u2019équipe de direction.C\u2019est donc tout un exercice de structuration organisationnelle qui est mené pour laisser le choix aux employés et pourvoir aux postes dans chaque bibliothèque en fonction de ces choix.Des visites de chantier et le schéma de répartition des dossiers professionnels dans chacune des bibliothèques ont été proposés au personnel afin que chacun fasse part de ses choix (pour les employés permanents) ou désirs (pour les employés auxiliaires).L\u2019angoisse est grande sur ce point pour tous; chacun se demande où il va travailler dans quelques mois et sur quels dossiers.En ce qui concerne le plan d\u2019action des Services de communication, c'est tout un travail que de prévoir les publications, les annonces, etc.qui seront diffusées d\u2019ici l\u2019ouverture de la nouvelle bibliothèque et durant ses premiers mois.C\u2019est une entreprise de longue haleine où, là aussi, les échéances font peur.La gestation de la Bibliothèque du Boisé a été longue.Tout le monde a tant attendu cette naissance d\u2019une nouvelle bibliothèque.Malgré le stress, l\u2019excitation est à son comble parmi notre personnel.Qu\u2019il soit ici remercié pour tous les efforts consentis.Et dès que la Bibliothèque du Boisé sera ouverte, gageons que ce sera comme si elle avait toujours existé, comme si tout à coup on ne pouvait plus imaginer Saint-Laurent sans elle.Ce sera en effet une bibliothèque incontournable dans le réseau des bibliothèques de Montréal.Une bibliothèque du XXIe siècle, humaine, plurielle et verte.Une bibliothèque comme on en rêve et que vous pourrez visiter bientôt.1.Programme de Rénovation, Agrandissement, Construction de la Ville de Montréal dominique.gazo@ville.montreal.qc.ca Dominique Gazo, Ph.D\u201e Chef de section des services au public, Bibliothèque du Vieux-Saint-Laurent X 18 DOSSIER / LES ÉMOTIONS Côtoyer les émotions dans un établissement de santé NANCY G A D 0 U R Y/ La bibliothèque du CSSS du Nord de Lanau-dière dessert 26 établissements, dont un hôpital, neuf CLSC, 11 centres d\u2019hébergement de soins longue durée, deux services externes de psychiatrie et trois centres de réadaptation en dépendance.Près de S 000 employés travaillent au CSSS du Nord de Lanaudière et offrent à la population de la région des services de prévention et de promotion de la santé, des services de santé et des services sociaux généraux, spécialisés et surspécialisés (CSSS du Nord de Lanaudière, 2012, p.5).La bibliothèque reçoit donc chaque semaine de nombreux intervenants provenant de tous les horizons : médecins, pharmaciens, ergothérapeutes, travailleurs sociaux, nutritionnistes, infirmières, préposés aux bénéficiaires, orthophonistes, psychologues, employés administratifs et stagiaires de toutes les disciplines.Des résultats de la recherche et de la pertinence de la documentation fournie découleront les soins offerts aux patients.Et c\u2019est justement à cet endroit qu\u2019apparaissent les émotions! Divers services d\u2019information, du prêt de documents au service de veille, sont offerts aux intervenants afin de les soutenir dans l\u2019accomplissement de leurs tâches.Le plus apprécié d\u2019entre eux est, sans doute, le service de recherche élaborée par sujet.Que ce soit pour le développement d\u2019un nouveau service, pour l\u2019amélioration des façons de faire, pour trouver une solution à un cas difficile, pour introduire un nouveau soin spécialisé dans un service, pour organiser une formation à l\u2019interne, pour animer une communauté de pratique ou se tenir informé des nouveaux développements dans un domaine, plusieurs intervenants sont appelés à faire de la recherche.Chaque projet de recherche qui est confié à la bibliothèque revêt une grande importance et est traité avec soin.Des résultats de la recherche et de la pertinence de la documentation fournie découleront les soins offerts aux patients.Et c\u2019est justement à cet endroit qu\u2019apparaissent les émotions! Offrir des services de santé et de services sociaux implique de travailler avec des humains, des hommes et des femmes souvent pris au dépourvu devant la maladie.Chacune des recherches effectuées peut être associée à une émotion ressentie par les patients et par les intervenants durant leur parcours menant au rétablissement.VOILÀ QUELQUES-UNES DES ÉMOTIONS QUI ONT EMPLI LA BIBLIOTHÈQUE CETTE ANNÉE.COMPASSION : SOINS PALLIATIFS OU EUTHANASIE?En 2010, à la suite de la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité tenue par le gouvernement du Québec, le débat sur l\u2019euthanasie a été relancé dans la province.Certains pays, telle la Suisse, ont légalisé cette pratique alors que, depuis plusieurs années, le Canada s\u2019en tient à une approche basée sur les soins palliatifs.Au cours de l\u2019année, l\u2019équipe des intervenants du service de soins palliatifs a décidé de constituer un groupe de lecture afin de prendre connaissance de ce qui a été publié et d\u2019en discuter.Une centaine de livres et d\u2019articles de périodiques ont transigé de nos mains vers les leurs pour offrir aux patients et aux familles les meilleurs services d\u2019accompagnement à la mort.argus/hiver 2013-19 DOSSIER / LES ÉMOTIONS f à ¦v \u2022 f Comment communiquer avec ces personnes, qui ne peuvent plus s'exprimer correctement?Comment soigner ces personnes, connaître leurs besoins?«Le principe des soins palliatifs est d\u2019axer les soins sur le patient plutôt que sur la maladie.On entend par soins palliatifs les soins destinés à soulager la souffrance - physique, émotionnelle, psychosociale ou spirituelle - plutôt qu\u2019à guérir.» (Béland, 2008, p.20) Au Québec, il est possible de refuser les traitements contre une maladie.Lorsque la personne malade atteint le point de non-retour, elle et sa famille peuvent compter sur une équipe multidisciplinaire pour les aider à se préparer à la mort.Nos établissements de santé ont-ils fait le bon choix en optant pour les soins palliatifs plutôt que pour l\u2019euthanasie?Pour en savoir plus sur le débat et les émotions qu\u2019il suscite, nous vous suggérons la lecture de Mourir dans la dignité?sous la direction de Jean-Pierre Béland et Et si mourir s\u2019apprivoisait.Réflexion sur la fin de vie de Serge Daneault.PEUR : SOIGNER UN PSYCHOPATHE Que diriez-vous si on vous offrait la possibilité de ne jamais être déprimé ou anxieux?Ou de ne jamais avoir de regret?Tentant, n\u2019est-ce pas?Les psychopathes n\u2019éprouvent aucun sentiment, mais ils sont souvent très intelligents et charmants (Keihl et Buckholtz, 2011, p.60-66).C\u2019est pourquoi la plupart d\u2019entre eux ne sont diagnostiqués qu'après avoir commis plusieurs délits et actes criminels.Sans émotion est également synonyme d\u2019absence de compassion, de peur, d\u2019empathie, mais aussi d\u2019incompré- hension de la joie, de la peine et même de l\u2019amour.Compléter des recherches dans une bibliothèque de santé pour les intervenants implique souvent de faire face à la peur.La complexité du corps et de l\u2019esprit humain fait que les sciences médicales sont une vaste discipline peuplée d\u2019éléments abscons et, parfois, franchement bizarres! Il n\u2019est pas rare qu\u2019une découverte documentaire, comme la lecture d\u2019un article de base sur les psychopathes pour mieux comprendre le sujet de recherche, laisse le personnel de la bibliothèque perplexe (et même un peu effrayé).Et ça, c\u2019est sans parler des livres illustrés de dermatologie, qui sont, pour la plupart, réservés aux cœurs solides! BIENVEILLANCE : COMMUNIQUER AVEC DES PERSONNES ÂGÉES ATTEINTES D\u2019ALZHEIMER Le vieillissement de la population mène entre nos murs de plus en plus de personnes âgées atteintes de déficits cognitifs, telle la maladie d\u2019Alzheimer.«Avec le temps, leur langage s\u2019avère inintelligible et le malade n\u2019arrive plus à se faire comprendre par son entourage, ce qui entraîne des problèmes de communication avec les proches; l\u2019intervention devient difficile.» (Grisé, 2010, p.1).Comment communiquer avec ces personnes, qui ne peuvent plus s\u2019exprimer correctement?Comment soigner ces personnes, connaître leurs besoins?Comment trouver un moyen de les divertir, de les rendre heureux ou de développer un milieu de vie agréable pour elles?C\u2019est le défi que se sont fixé certains intervenants de l\u2019équipe des soins spirituels.Après avoir épluché plusieurs documents sur les déficits cognitifs et le langage non verbal, ils travaillent à élaborer différentes 20 DOSSIER / LES ÉMOTIONS façons de communiquer avec les personnes atteintes et à développer différentes activités pour leur rendre la vie plus agréable.ANXIÉTÉ : GESTION DU STRESS CHEZ LES INTERVENANTS ET LES PATIENTS Selon la Chaire de gestion de santé et sécurité au travail, près de 50 % des demandes d\u2019invalidité sont reliées à des troubles d\u2019ordre psychologique (Chaire de gestion de santé et sécurité au travail, 2003, p.4).Une grande partie de ces problèmes de santé mentale est liée au stress.Le stress au travail peut être causé par différents facteurs : changement organisationnel, surcharge de travail, conflits de personnalité avec les collègues, impossibilité de participer aux décisions, horaires de travail irréguliers, absence de reconnaissance, etc.Quoi qu\u2019il en soit, dans un établissement de santé, il faut savoir composer avec le stress à la fois chez les intervenants et chez les patients.Comme le milieu de la santé est soumis à des contraintes budgétaires et souffre d'un manque de personnel, il n\u2019est pas rare que certains intervenants éprouvent des difficultés à s\u2019adapter au rythme des changements organisationnels.De l\u2019autre côté, plusieurs patients sont suivis dans l\u2019établissement pour la gestion du stress.Les recherches effectuées sur ces sujets sont nombreuses et les outils que la bibliothèque propose aussi.Du soin individuel à la constitution de groupes de soutien, les troubles anxieux n\u2019ont plus de secret pour le personnel de la bibliothèque.Stressé vous aussi?Lisez Méditer jour après jour : 25 leçons pour vivre en pleine conscience de Christophe André et exercez-vous à relaxer.CONTRAINTE ET DOULEUR : PATHOLOGIES DE LA MAIN ET DU POIGNET En 2013, un numéro spécial sera publié par la revue Le médecin du Québec avec la participation de l\u2019équipe de l\u2019Unité de médecine familiale du CSSS du Nord de Lanaudière.Ce numéro est principalement consacré aux pathologies de la main et du poignet : arthrite, nodules et kystes, tendinites, fractures et entorses, etc.Dans la majorité des cas, ces pathologies provoquent une douleur intense et limitent les mouvements de la personne.Le personnel de la bibliothèque a joué un rôle de soutien auprès des médecins pour la recherche bibliographique, afin que l\u2019information sur le traitement de ces pathologies soit aisément disponible pour les médecins québécois.De quoi nous rendre fiers! Au-delà du service au patient et du développement des soins, le service de recherche demeure une des principales sources de bonheur à la bibliothèque.Ces recherches ne représentent qu\u2019une petite partie des sujets sur lesquels l'équipe de la bibliothèque s\u2019est penchée.Au-delà du service au patient et du développement des soins, le service de recherche demeure une des principales sources de bonheur à la bibliothèque.Une fois les résultats en main, le sourire des intervenants et leur reconnaissance valent largement les efforts! Nancy.Gadoury@ssss.gouv.qc.ca Bibliothécaire-archiviste, Bibliothèque du CSSSNL RÉFÉRENCES André, Christophe, Méditer jour après jour : 25 leçons pour vivre en pleine conscience.Paris : L'iconoclaste, 2011, 300 p.Béland, Jean-Pierre, dir.Mourir dans la dignité?Soins palliatifs ou suicide assisté : un choix de société.Québec, Presses de l'Université Laval, 2008, 140 p.Chaire de gestion de santé et sécurité au travail.La santé psychologique au travail.de la définition du problème aux solutions : l'ampleur du problème, l'expression du stress au travail.Québec : Université Laval, 24 p.CSSS du Nord de Lanaudière.Rapport annuel de gestion.2011-2012, Saint-Charles-Borromée : CSSS du Nord de Lanaudière, 103 p.Daneault, Serge.Et s/' mourir s'apprivoisait.Réflexion sur la fin de vie.Montréal : Éditions La Presse, 2011,185 p.Grisé, Jacinthe.Communiquer avec une personne âgée atteinte de la maladie d'Alzheimer à un stade avancé.Québec, Presses de l'Université Laval, 2010, 83 p.Kiehl, Kent et Joshua Buckholtz.«Dans la tète d'un psychopathe».Cerveau & Psycho, n° 48 (nov.-déc.2011), p.160-166.argus/hiver 2013 - 21 DOSSIER / LES ÉMOTIONS La communication par l'émotion JEAN - FRANÇOIS R U E S T/ Tïop de choses à dire.On a trop de messages et on ne peut pas aller voir chacun des usagers pour les leur transmettre.Ce serait insensé.On ne peut pas crier non plus, alors on affiche nos messages aux murs.C\u2019est beaucoup plus simple.Vraiment?Est-ce vraiment si simple?Est-ce que nos affiches seront lues?Comment assurer une meilleure réception de ces messages?Nous sommes entourés d\u2019information, partout où nous allons.Nous retrouvons des publicités, affiches, peintures, horloges, calendriers et diverses signalisations sur tous les murs dans les endroits publics.Nous sommes stimulés visuellement de tous bords, tous côtés, tellement que nous finissons par ne plus remarquer tout le bruit fait par ces communications.En y pensant bien, il est facile de se mettre à la place de nos usagers et de mieux les comprendre.Les murs de nos institutions sont souvent couverts d\u2019affiches.Nous avons beaucoup à communiquer.On doit se battre, toutefois, pour attirer l\u2019attention des usagers.Non seulement faut-il capter leur attention, mais faut-il aussi la conserver; c\u2019est un double défi.Les communications de nos organisations passent trop souvent inaperçues.Comme mentionné plus haut, ils ne les ignorent pas, ils ne les voient tout simplement pas.Alors, comment attirer leur attention et la conserver assez longtemps pour qu\u2019ils lisent nos messages?Une des façon de mieux les interpeller est de faire appel aux émotions, d\u2019abord à l\u2019aide du design, puis grâce au message lui-même.LE DESIGN Quelques principes de base en design vous seront nécessaires pour faire une bonne affiche.Un bon design restera simple.Une grille graphique invisible accrochera chacun de vos éléments et assurera une solidité dans votre composition.La grille graphique ressemble un peu à l\u2019endos d\u2019un papier d\u2019emballage de Noël.Votre titre sera bien en évidence et facile à lire.La lisibilité est essentielle.Il faut toutefois un élément accrocheur pour l\u2019œil.Il peut s'agir du titre, mais le plus souvent ce sera un élément photographique, une illustration ou un bon jeu de couleurs.C\u2019est ici que les émotions entreront en jeu.Il vous faudra un élément visuel fort qui tranchera dans le paysage, quelque chose qui attirera l\u2019œil et assurera que le message soit lu.« TYust is a gut feeling more than a rational process, and visual design affects emotions in a very powerful way, perhaps more than any other stimuli.» (Jason Putorti, designer chez Mint.com) Chacune des couleurs utilisées sur votre affiche proposent une interprétation de votre message.La psychologie des couleurs est assez complexe et discutable.On peut s\u2019en tenir aux grandes lignes : le rouge rappelle le danger, la vitesse, le sang, l\u2019énergie, la force, le sexe; le bleu est une couleur plus calme, on y ressent la confiance, la fiabilité; le jaune est la couleur de la chaleur, de la joie; l\u2019orange est une couleur chaude, mais rappelle aussi le danger, comme le rouge; le brun est souvent perçu comme terne, dépendamment de l\u2019agencement des couleurs, c\u2019est aussi la couleur de la constance, de la simplicité, de la convivialité, de la fiabilité et de la santé; le vert est associé à la fraîcheur, à la nature, à la santé et aussi à la maladie selon le contexte; le violet est une couleur noble, il est spirituel et digne; le rose est la couleur de la douceur, de l\u2019attachement, de la sécurité et de l\u2019amour, en trop grande dose on s\u2019y perd et 22 DOSSIER / LES ÉMOTIONS les bibliothèques universitaires VOUS AIDE À CHERCHER |et on veut absolument que vous trouviezl seul le côté enfantin prend le dessus; le blanc représente la pureté, la propreté, c\u2019est aussi la couleur de la lumière et, pour plusieurs cultures, le blanc est la couleur du deuil; finalement, le noir peut être mystérieux, sophistiqué et élégant, c\u2019est aussi la couleur du deuil, de l\u2019occulte.En visant à transmettre une émotion par votre design, vous optimiserez l\u2019attention de vos usagers.On a vu, le printemps dernier, la campagne «On livre!» présentée par certaines bibliothèques universitaires.Ces affiches présentaient un choix de couleurs qui les rendait difficiles à rater.LE MESSAGE La clef d\u2019une bonne communication passe en premier lieu par un message clair et court.Il faudrait idéalement qu\u2019il complète le design de façon à ce que l\u2019interlocuteur en saisisse le sens en un coup d\u2019œil.Pour en arriver à une communication, quatre éléments entrent en jeu dans une espèce d\u2019équation.Le premier élément est de qui vient le message.Le second élément de l\u2019équation de votre message est la façon dont le message est dit.Le troisième élément est l\u2019information à transmettre et le dernier sera à qui le message s\u2019adresse.Le message, tout comme le visuel de votre affiche, peut comporter une charge émotive.Votre bibliothè- La clef d\u2019une bonne communication passe en premier lieu par un message clair et court.Il faudrait idéalement qu\u2019il complète le design de façon à ce que l'interlocuteur en saisisse le sens en un coup d'œil.que doit avoir une voix propre, une personnalité.On pense souvent que nos organisations doivent être froides, sans émotion; cependant, ce n\u2019est plus tout à fait vrai.Les techniques de communication ont changé.Il faut donc se remettre au goût du jour et modifier notre façon de transmettre nos messages.La façon dont vous communiquez avec vos usagers démontrera votre relation avec eux.Le message que vous choisirez doit sortir de la bouche de la bibliothèque, refléter sa personnalité.Chaque mot influencera le ton de la voix et reflétera ce que vous pensez d\u2019eux et ce que vous voulez qu\u2019ils pensent de vous.La campagne «On livre!» est un bon exemple de choix de mots intéressant.Lorsque les concepteurs ont décidé d\u2019utiliser le «on» à la place du «nous», leur objectif était de rendre le message plus familier, de rapprocher la bibliothèque de ses usagers.L\u2019utilisation du nous aurait eu un effet tout autre.Plusieurs tons de voix peuvent être utilisés.Votre affiche peut-être humoristique, mais le ton du texte devra être en accord et ainsi de suite.Le sérieux peut être aussi utilisé, il faut toujours penser à la façon dont le message sera reçu.Si la réponse est l\u2019ennui, il faudra vous raviser.Les émotions passent de l\u2019anxiété à l\u2019ennui et du désagrément au plaisir.Au centre de ces deux axes se trouve le point neutre.L\u2019état idéal pour rejoindre nos usagers se trouve du côté du plaisir.Il faut savoir qu\u2019il y aura aussi un certain degré d\u2019anxiété marqué par le changement d\u2019émotion que l\u2019affiche suscitera.Chacune de nos communications est différente.Il faut donc en conclure qu\u2019aucun de nos messages ne pourra être identique au précédent.Ce que l\u2019on a à dire modifiera le design et le ton du message.Dépendamment de nos institutions, les usagers ne seront pas les mêmes.On doit tenir compte de qui recevra le message.Pour une clientèle argus/hiver 2013 - 23 3SSIER / LES EMOTIONS Ilya tellement d\u2019information utile sur Carrefour EndNote que W Carrefour EndNote Le guide EndNote des bibliothèques du réseau de l'Université du Québec endnote.uquebec.ca familiale, le message final ne sera pas le même que pour une clientèle adolescente ou professionnelle.Il faut connaître les codes à utiliser pour rejoindre nos usagers.Un message humoristique avec des teintes un peu osées pourrait ne pas fonctionner en bibliothèque publique, mais correspondre adéquatement à des usagers universitaires, donc de jeunes adultes en majorité.Par exemple, cette affiche conçue pour la campagne du Carrefour Endnote.Un certain nombre d\u2019affiches ont été publiées, mais quelques-unes n\u2019ont pas été acceptées qui auraient probablement eu un bel impact sur la campagne en créant un effet viral sur les médias sociaux.Il faut bien penser nos projets afin de bien contrôler le message véhiculé par nos bibliothèques.Il est également important de titiller les émotions de nos interlocuteurs lors de nos communications.Des messages froids et sans âme ne peuvent tout simplement plus les rejoindre aujourd\u2019hui, dans notre monde où nous sommes surstimulés.Il y a toutefois un risque à utiliser les émotions.Certaines personnes ne comprendront pas où l\u2019on veut en venir et d\u2019autres détesteront, mais cela est correct, car ce sera une réponse émotive qui démontrera que l\u2019on a réussi à les rejoindre.Une réaction émotive est toujours meilleure que l\u2019indifférence.jfruest@me.com Bibliothécaire, Bibliothèque de l'École de technologie Supérieure 24 DOSSIER / LES ÉMOTIONS La magie des bibliothèques D'Aby Warburg à Raymond Klibansky GEORGES LEROUX/ Dans son essai sur l\u2019histoire de la bibliothèque Warburg, Fritz Saxl rappelle le mot du philosophe Ernst Cassirer après qu\u2019il y eut travaillé pour la première fois : il fallait s\u2019enfuir tout de suite, ou accepter d\u2019en devenir prisonnier pour de longues années! Cette riche bibliothèque avait été rassemblée par l\u2019historien d\u2019art Aby Warburg, qui l\u2019avait organisée en privilégiant un classement des livres par proximité thématique, au-delà des frontières disciplinaires habituellement mises en place dans les systèmes de classification.On peut comprendre que Cassirer, lui-même fasciné par le développement de la pensée humaine du mythe à la science, ait été ébloui par une collection qui représentait en tant que telle une perspective sur l\u2019histoire des idées.Tous ceux qui ont connu la première bibliothèque installée à Hambourg ont exprimé ce même envoûtement et ont contribué à nourrir sa légende.Quand, en 1926, le jeune Raymond Klibansky, alors étudiant au doctorat à Heidelberg, fut invité au séminaire de Cassirer à Hambourg, une de ses premières tâches fut de travailler à la classification de cette prodigieuse collection.Ce qu\u2019il y fit exactement, nous ne le savons pas, mais il y travailla certainement souvent, notamment pour son grand projet d\u2019une nouvelle édition des œuvres de Nicolas de Cues.Lorsqu\u2019il fut de retour à Heidelberg à l\u2019été 1927, Klibansky n\u2019avait que vingt-deux ans, mais il avait déjà lui-même accumulé une collection intéressante.On peut s\u2019étonner de la facilité avec laquelle on pouvait, durant ces années difficiles, acquérir un si grand nombre d\u2019éditions anciennes, et même des incunables, mais la réponse semble assez simple.Plusieurs familles se trouvaient forcées de vendre sur le marché d\u2019occasion des collections patrimoniales, en raison de circonstances économiques pénibles.Les Antiquariats des grandes villes universitaires allemandes regorgeaient de ÉJ\u2019JfF SATURN f AND |^|| Melancholy g A AT | KLIBANSKY, SAXL & PANOFSKY ras-s® Sa® ÏM vr;A'-' Détail de la jaquette originale de Saturn and Melancholy - Studies in the History of Natural Philosophy, Religion and Art, de Raymond Klibansky, Erwin Panofsky et Fritz Saxl (Londres, Nelson, 1964) livres rares.Dans les promenades qu\u2019il faisait avec ses amis et professeurs, en particulier avec le grand historien de la littérature, Friedrich Gundolf, Raymond Klibansky revenait toujours avec quelques trouvailles.Plusieurs portent la marque de dédicaces amicales, plusieurs gardent les traces de leur origine qu\u2019on peut identifier par la présence d\u2019ex-libris.La montée du fascisme faisait planer une menace sérieuse sur les intellectuels d\u2019origine juive.Friedrich Saxl a rapporté dans son essai l\u2019intervention énergique de Raymond Klibansky pour sauver la bibliothèque d\u2019Aby Warburg.Grâce à la collaboration d\u2019Edgar Wind, un chercheur rattaché à la bibliothèque, toute la collection fut transférée à argus/hiver 2013 - 25 PHOTO : MICHEL LEGENDRE / BANQ DOSSIER / LES ÉMOTIONS Londres en 1933 : plus de six cents caisses furent acheminées par bateau et un nouveau local put être ouvert sur les bords de la Tamise.L\u2019Institut Warburg et sa bibliothèque se trouvent toujours à Londres et on peut lire dans leurs archives plusieurs témoignages relatifs à la vie de la bibliothèque durant ces années marquées par la guerre.Pendant la même période, le jeune Klibansky, récemment promu pri-vatdozent à Heidelberg après avoir présenté sa thèse de doctorat en 1929, fut à son tour contraint à l\u2019exil et c\u2019est sans surprise que nous le retrouvons à Londres, où il participa de manière directe à l\u2019effort de guerre britannique.Sa bibliothèque fut-elle transportée à Londres dès 1933 ou fut-elle entreposée en Allemagne pendant quelque temps?Il est difficile de le préciser, mais il semble certain que durant les années qu\u2019il passa en Angleterre jusqu\u2019à son installation définitive à Montréal en 1948, Raymond Klibansky continua de nourrir sa collection.Plusieurs titres portent la marque de son séjour londonien ou des librairies de livres d\u2019occasion d\u2019Oxford, où il eut toute sa vie un bureau.Le cœur de la pièce était composé de rayonnages sévères, sombres, rassemblant des milliers de livres, pour la plupart très anciens.Au fond, des reliures somptueuses, d\u2019immenses folios.Quand je le rencontrai pour la première fois en 1964, alors que j\u2019étais son étudiant à l\u2019Institut d\u2019études médiévales de l\u2019Université de Montréal, son amour des livres et des bibliothèques n\u2019était un mystère pour personne.Nous avions souvent des séminaires dans la belle bibliothèque des pères dominicains, au couvent Saint Albert Le Grand et j\u2019étais émerveillé de la connaissance qu\u2019avait Klibansky de toutes ces grandes collections qui forment la base de l\u2019érudition humaniste.Mais j\u2019étais loin de soupçonner que sa bibliothèque personnelle dépassait tout ce dont nous disposions à l\u2019Institut.La bibliothèque de Raymond Klibansky se trouvait dans son bureau du pavillon Leacock à l\u2019université McGill.Dans ce bureau, il y avait deux pièces.À droite, le petit bureau réservé aux entretiens, où on voyait sur le mur du fond des photographies de ses amis, Paul Ricoeur, Leszek Kolakowski, Jan Patocka.Les plus grands, rien pour nous rendre moins timides.Sur sa table de travail, son édition de 1514 des œuvres de Nicolas de Cues, soigneusement annotée, et aussi le beau portrait au fusain qui lui avait été offert par l\u2019American Cusanus Society.Mais inévitablement, mon attention était attirée vers l\u2019autre pièce, beaucoup plus grande et où nous n\u2019étions que rarement invités à pénétrer : une magnifique fenêtre offrait une vue sur le Mont Royal, une table de travail était couverte de papiers scientifiques, de tirés à part et d\u2019un courrier abondant.Le cœur de la pièce était composé de rayonnages sévères, sombres, rassemblant des milliers de livres, pour la plupart très anciens.Au fond, des reliures somptueuses, d\u2019immenses folios.Je n\u2019avais bien sûr qu\u2019une idée, qu\u2019il fut retenu au téléphone ou appelé ailleurs, et que je puisse explorer au moins quelques rayons.Ce que je pouvais imaginer de la magie de la bibliothèque Warburg, je le retrouvais ici.Parfois, le professeur se levait et disait : « Connaissez-vous ceci?», et il allait chercher sur un rayon un ouvrage que je me dépêchais de noter.Comme Cassirer à Hambourg, il m\u2019aurait été facile d\u2019en devenir prisonnier! 26 PHOTO : MICHAEL SCHWARTZ / HEIDELBERG UNIVERSITY ARCHIVES DOSSIER / LES ÉMOTIONS KNCHÏKI D1V.M il À sa mort au mois d\u2019août 2005, cette magnifique bibliothèque fut transférée au département des Livres rares de la Bibliothèque de McGill, à qui M.Kli-bansky l\u2019avait léguée par testament, en même temps qu\u2019une grande partie de la bibliothèque de son domicile, offerte en donation par son épouse Mme Éthel Greffier.À la grande joie de tous, la bibliothèque fut transférée en son entier et cataloguée sans la fractionner pour la fusionner dans la collection générale.Quand je pris connaissance de son contenu, ma première réaction en fut une de stupéfaction et d\u2019émerveillement : combien de livres rares et précieux, demeurés muets si longtemps, allaient reprendre vie et devenir l\u2019héritage de notre ville, du Québec entier! Tout ce que j\u2019avais souhaité explorer était là, disponible, seul le lieu du Leacock 608 avait disparu avec le souvenir de nos entretiens.Le catalogue de la collection, achevé par les soins du département des Livres rares de McGill, peut être consulté en ligne, et les descriptions de chaque item révèlent non seulement la richesse des livres, mais souvent ce qu\u2019ils contenaient, des manuscrits, des notes, des dédicaces.RÉFÉRENCES Fritz Saxl, «The History of Warburg's Library, 1886-1944», dans E.H.GOMBRICH, Aby Warburg.An Intellectual Biography.Oxford, Phaidon, 1986.Raymond Klibansky, Le philosophe et la mémoire du siècle.Toiéramce, liberté et philosophie.Entretiens avec Georges Leroux.Montréal, Éditions Boréal, «Boréal compact», 2000./\u2022(ycinbi'dccûJo vj] » rv~'___ ?\u2019in>r oimccTc *\u2022'**'*¦ «\"a™; t La collection Klibansky fait désormais partie du patrimoine de Montréal et du Québec.Comme le jeune Klibansky qui put travailler dans les livres de la bibliothèque Warburg, à Hambourg comme plus tard à Londres, de nouvelles générations de jeunes chercheurs trouveront dans cette collection un trésor inépuisable offert à leur curiosité.Ils n\u2019auront pas connu le savant vénérable qui m\u2019a tant aidé, mais grâce à ses livres ils pourront reconstituer ses passions, connaître sa vision du monde et s\u2019engager sur ses tra-ces.L\u2019exposition que j\u2019ai préparée pour Bibliothèque 1 et Archives nationales du Québec (Grande bibliothè-1 que, 13 novembre 2012 - 27 août 2013) lui rend hom-2 mage, elle veut restituer la biographie intellectuelle g d\u2019un admirable savant, mais aussi l\u2019envoûtement des^ 1\u2014 bibliothèques dont il nous a transmis la passion.1 leroux.georges@uqam.ca Professeur émérite à l\u2019UQÀM, Philosophie ancienne, platonisme et néoplatonisme, histoire des religions argus/hiver 2013 - 27 DOSSIER / LES ÉMOTIONS Les professionnels de l'information font-ils partie de la majorité silencieuse?Inquiétude et réflexion M A R ILY N E VEILLEUX ET JEAN - FRANÇOIS CARON/ Peu de citoyens sont restés indifférents face aux divers bouleversements du printemps dernier, période pendant laquelle la société québécoise a été invitée à débattre de l\u2019éducation et, conséquemment, de son avenir.La conjoncture politique a donné lieu à une mobilisation sans précédent de la jeunesse, mais aussi de plusieurs groupes sociaux à l\u2019échelle de la province.Devant les multiples attaques visant directement le droit à la connaissance, où étaient les bibliothécaires et les professionnels de l\u2019information?Se sont-ils positionnés ou ont-ils gardé le silence?Ce mutisme de la profession nous a menés à craindre qu\u2019il puisse s\u2019agir d\u2019un désengagement social des «gardiens de la connaissance».RÔLES SOCIAUX ET VALEURS Une certaine nostalgie est palpable au sein des milieux documentaires en ce qui a trait au passé militant des professionnels de l\u2019information.Dans un ouvrage intitulé Bibliothécaire : passeur de savoir, publié par la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec (CBPQ) à l\u2019occasion de son 40e anniversaire en 2009, un chapitre complet est dédié au bilan de l\u2019engagement social des bibliothécaires lors de la période s\u2019échelonnant entre 1975 et 1990.Ce chapitre brosse un portrait du bibliothécaire engagé se battant pour le droit à l\u2019information.Après tout, les bibliothécaires et les professionnels de l\u2019information ont le mandat de mettre la pensée humaine en contact avec le document - avec l\u2019information - et cette mission autoattribuée est vraisemblablement ancrée dans des valeurs d\u2019inspiration humaniste.Au Québec, deux documents sont fréquemment cités ou utilisés pour rappeler aux usagers des services d\u2019information - et peut-être aussi à certains profes- sionnels et élus - que les bibliothécaires sont guidés par des principes issus des sciences humaines et sociales : la Charte des droits du lecteur et le Manifeste sur la bibliothèque publique.LIBERTÉ INTELLECTUELLE ET DÉMOCRATIE En pleine période de débat sur le rôle social des bibliothécaires dans la société, l\u2019année 1976 a été marquée par l\u2019adoption de la Charte des droits du lecteur par les hautes instances de la CBPQ, de l\u2019Association pour l\u2019avancement des sciences et des techniques de la documentation (ASTED) et de l\u2019Association des bibliothécaires du Québec - Quebec Library Évènement «Mettre en relation l'information et les citoyen-ne-s: bibliothèques et autres outils», mai 2012.Association (ABQLA).Au cœur de ce document constitutif se trouve la défense du droit à la liberté intellectuelle que l\u2019on définit comme «le droit fondamental d\u2019accéder à toutes les formes d\u2019expression du savoir et d\u2019exprimer ses pensées en public» (CBPQ, 1976) et que l\u2019on juge «essentiel et vital à une saine démocratie et au développement de la société québécoise» (CBPQ, 1976).La Charte des droits du lecteur précise même que « les administrateurs et le person- 28 PHOTOS : ALEXANDRE GUÉDON \u2014\u2014 t.n-v.V.w MARCHANDISATION DU SAVOIR À partir du début des années 1990, une préoccupation sociale moins forte au sein de la profession se fait sentir.Armée d\u2019une stratégie désormais inscrite dans une approche néo-libérale «s\u2019opposant carrément à l\u2019approche humaniste proche des revendications syndicales et sociétales de la période précédente» (CBPQ, 2009), la CBPQ ne peut que constater qu\u2019un changement de paradigme a eu lieu dans le but de rejoindre davantage la communauté des affaires.Autrement dit, en acceptant l\u2019idée qu\u2019une valeur économique peut être conférée à l\u2019information et en participant à la vie économique de l\u2019entreprise, le bibliothécaire professionnel s\u2019est en effet éloigné des luttes en faveur du bien commun.Et il s\u2019est tu.nel des bibliothèques ont [.] l\u2019obligation de s\u2019opposer à toutes tentatives visant à limiter ce droit à l\u2019information et à la libre expression de la pensée tout en reconnaissant aux individus ou aux groupes le droit à la critique» (CBPQ, 1976).Près de 20 ans plus tard, en 1994, un manifeste sur la bibliothèque publique est produit par l\u2019UNESCO, conjointement avec l\u2019International Federation of Library Associations (IFLA).Ce manifeste, accepté à l\u2019échelle internationale par la profession, définit les missions-clés de la bibliothèque publique.Nous en avons relevé quelques-unes en raison de leur lien plus direct avec l\u2019éducation et la démocratie : 1) soutenir à la fois l\u2019autoformation ainsi que l\u2019enseignement conventionnel à tous les niveaux; 2) fournir à chaque personne les moyens d\u2019évoluer de manière créative; 3) développer le sens du patrimoine culturel, le goût des arts, des réalisations et des innovations scientifiques; et 4) assurer l\u2019accès des citoyens aux informations de toutes catégories issues des collectivités locales.MOUVEMENTS SOCIAUX ET SILENCE DES PROFESSIONNELS DE L'INFORMATION Face au silence des professionnels de l\u2019information dans l\u2019espace public et à leur absence des débats de société, nous nous sommes posé des questions.Ce silence individuel et collectif est-il l\u2019expression d\u2019un devoir de réserve?Est-ce parce qu\u2019ils attendent que les prises de position se fassent par l\u2019intermédiaire des associations professionnelles?Sont-ils complètement désengagés des enjeux de société qui ne touchent pas de près ou de loin leur profession?[.] en acceptant l\u2019idée qu\u2019une valeur économique peut être conférée à l\u2019information et en participant à la vie économique de l\u2019entreprise, le bibliothécaire professionnel s\u2019est en effet éloigné des luttes en faveur du bien commun.argus/hiver 2013 - 29 V Ÿ-7.v v.V; V\",' 1 liiiSiœâM»! .V.y.Mv.v.v.W.V.W.V 'ïlVM RÉPERTOIRE DE VEDETTES-MATIÈRE DE L\u2019UNIVERSITÉ LAVAL Le site Web du RVM Découvrez ses avantages.¦\tGuichet unique des produits et services du RVM ¦\tRecherche performante dans le RVM ¦\tPlus de 274 0 00 vedettes-matière et 196 500 équivalents LCSH ¦\tInscription en ligne pour les formations au RVM ¦\tAccès au service de traduction automatisée des vedettes-matière : -\tTraduction de l\u2019anglais au français, et vice versa, de vedettes-matière et descripteurs contenus dans les notices bibliographiques -\tChoix de conserver les vedettes-matière traduites en langue française, anglaise ou dans les deux langues -\tTraduction en lot (de notices) ou à la pièce (par vedette) .et ses nouveautés! ¦\tTéléchargement d\u2019un sous-ensemble de vedettes-matière par domaine ¦\tAffichage [Ancienne forme] en mode thésaurus ¦\tInterface de consultation simplifiée ¦\tMise à jour du Guide pratique (chapitre 5.13 en ligne) Visitez le rvmweb.bibl.ulaval.ca ffl UNIVERSITÉ LAVAL Bibliothèque DOSSIER / LES ÉMOTIONS DEVOIR DE RÉSERVE ET LIBERTÉ D'EXPRESSION Au sein de la fonction publique québécoise, les opinions politiques des fonctionnaires sont encadrées, notamment par l\u2019obligation de neutralité politique et le devoir de réserve (articles 10 et 11 de la Loi sur la fonction publique), afin de garantir l\u2019objectivité nécessaire à la réalisation de leurs tâches.10.\tLe fonctionnaire doit faire preuve de neutralité politique dans l\u2019exercice de ses fonctions.11.\tLe fonctionnaire doit faire preuve de réserve dans la manifestation publique de ses opinions politiques.(Gouvernement du Québec, 2003) Quant à elle, la Charte des droits et libertés de la personne garantit à tous la liberté d\u2019opinion, la liberté d\u2019expression, la liberté de réunion pacifique, ainsi que la liberté d\u2019association.Ces deux documents officiels présentent des idées difficilement conciliables, et le flou ainsi créé bâillonne le débat lorsque émerge un mouvement social, comme ce fut le cas au printemps 2012.Cette même situation a probablement aussi été vécue dans les milieux documentaires où le devoir de réserve est prescrit par un code d\u2019éthique précis.Dans certains milieux, les professionnels de l\u2019information se sont fait notamment refuser le port du carré rouge, tandis que celui-ci a été permis dans certaines bibliothèques.Plus concrètement, ils n\u2019ont, à notre connaissance, pas pris position dans les médias, n\u2019ont pas écrit de lettres ouvertes (à l\u2019exception de certains enseignants de l\u2019École de bibliothéconomie et des sciences de l\u2019information [EBSI]), ne semblent pas s\u2019être insurgés contre cette attaque au droit à l\u2019éducation et, du fait même, à l\u2019information.La Pirathécaire l\u2019a fait sous le couvert de l\u2019anonymat, résultat à notre avis de l\u2019atteinte à la liberté d\u2019expression que représente un devoir de réserve toujours plus largement appliqué.Coincés entre des codes d\u2019éthique divers, la Charte des droits et libertés de la personne et le Manifeste de l\u2019UNESCO sur la bibliothèque publique, les professionnels de l\u2019information sont restés silencieux, pour la plupart.Divisés entre eux, ils n\u2019ont pas osé ouvrir le débat sur les liens possibles entre accès à l\u2019éducation et accès à l\u2019information.Devaient-ils prendre position?À notre avis, il s\u2019agissait de leur devoir.Mais le débat n\u2019a pas eu lieu; il a prudemment été évité.Et les professionnels de l\u2019information sont restés absents de la sphère publique, une fois de plus.ASSOCIATIONS PROFESSIONNELLES Les associations professionnelles ont-elles pour rôle de prendre la parole pour les membres qu\u2019elles représentent?Le devoir de réserve des professionnels de l\u2019information pouvant en décourager plusieurs à prendre position publiquement dans les enjeux de société, nous pensons que la responsabilité revient aux associations professionnelles de veiller à prendre le pouls de leurs membres, au moyen d\u2019assemblées générales ponctuelles et par le biais d\u2019une démocratie directe, afin de les représenter publiquement.Lors du printemps dernier, la CBPQ a signé un communiqué dénonçant le projet de loi 78, mais ne s\u2019est pas prononcée sur l\u2019éducation.LASTED a quant à elle refusé explicitement de prendre position sur ces enjeux.Si les associations professionnelles n\u2019ont pas pour mandat de représenter les membres et si les professionnels de l\u2019information ne veulent pas se représenter eux-mêmes, comment envisager à long terme le véritable rôle politique et social de nos professions?Dans certains milieux, les professionnels de l'information se sont fait notamment refuser le port du carré rouge, tandis que celui-ci a été permis dans certaines bibliothèques.DÉSENGAGEMENT Le devoir de réserve des professionnels de l\u2019information dans l\u2019exercice de leur fonction doit-il s\u2019appliquer à tous les enjeux de société auxquels nous ferons face?Devons-nous rester neutres lorsque des projets de loi et des choix gouvernementaux attaquent les principes fondamentaux de nos professions?Devons-nous rester neutres devant l\u2019injustice, la pauvreté, l\u2019endettement et l\u2019analphabétisme?Ne serait-il pas de notre responsabilité de militer, afin de mettre de l\u2019avant l\u2019importance de l\u2019accès à l\u2019information et à la connaissance ainsi que de la défense du bien commun?argus/hiver 2013-31 DOSSIER / LES ÉMOTIONS Ce n\u2019est qu'à partir de réels débats sur notre profession que des stratégies pourront être mises sur pied afin de mieux coordonner les messages et les valeurs de nos professions, et ainsi de clarifier notre rôle dans le politique.Devant l\u2019absence des professionnels de l\u2019information du débat public et la récente participation des étudiants en bibliothéconomie et sciences de l\u2019information au printemps érable, nous concluons que les professionnels ont choisi, pour leur part, de se désengager des enjeux de société actuels et nous nous questionnons sur les motivations de ce choix.ESPACE DE RÉFLEXION Ce possible désengagement des professionnels de l\u2019information nous mène à nous questionner sur le fait qu\u2019il existe peu d\u2019espaces de discussion pour stimuler la participation citoyenne et la réflexion, tant au niveau de la formation qu\u2019au niveau professionnel.Une piste de réflexion intéressante réside en la possibilité de créer ces espaces, au moyen par exemple d\u2019assemblées générales d\u2019associations interprofessionnelles, d\u2019anticonférences, de groupes de discussion, d\u2019ateliers pratiques, de publications, etc.RÉFÉRENCES CBPQ.1976.Charte des droits du lecteur.Montréal : CBPQ [https://cbpq.qc.ca/sites/cbpq.qc.ca/files/fichiers/corporation/Charte.pdf], CBPQ.2009.Bibliothécaire: passeur de savoirs.Montréal : Éditions Carte blanche, 202 p.CBPQ.2012.La Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec se prononce publiquement contre la « loi 78 » et considère qu'elle brime les libertés civiles de notre démocratie.Montréal [https://cbpq.qc.ca/nouvelle/loi-78-la-cbpq-prend-position].Gouvernement du Québec.2003.L'éthique dans la fonction publique québécoise.[http://www.mce.gouv.qc.ca/ethique/].Gouvernement du Québec.2012.Charte des droits et libertés de la personne.[http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=2&file=/C_12/C12.HTML IFLA/UNESCO.1994.Manifeste sur la bibliothèque publique.La Haye (Pays-Bas) : IFLA.[http://archive.ifla.org/vii/s8/unesco/fren.htm].Pirathécaire.Pirathécaire: le blogue que les bibliothécaires lisent en cachette.[http://pirathecaire.com/].Il est de notre responsabilité de repérer les espaces émergents afin de nous approprier nos moyens de production culturels et informationnels.Ce n\u2019est qu\u2019à partir de réels débats sur notre profession que des stratégies pourront être mises sur pied afin de mieux coordonner les messages et les valeurs de nos professions, et ainsi de clarifier notre rôle dans le politique.Nous croyons que l\u2019implication citoyenne et sociale doit se manifester de façon concrète, par des actions réelles solidement appuyées par le développement de discours et que c\u2019est par notre implication citoyenne que nos professions rayonneront.Dans le présent document, les termes employés pour désigner des personnes sont pris au sens générique; ils ont à la fois valeur d\u2019un féminin et d\u2019un masculin.marilynesveilleux@gmail.com Étudiante et cofondatrice de l'UPopSi Espaces temps / UPopSl jean.francois.caron@umontreal.ca Étudiant et cofondateur de l'UPopSi 32 DOSSIER / LES ÉMOTIONS De la gêne d'être bibliothécaire ANNE-MARIE LACOMBE/ La profession de bibliothécaire nous fait sans contredit passer par toutes sortes d\u2019émotions.Peut-être avons-nous aussi des prédispositions qui nous ont amenés à la profession, qui font en sorte que nous sommes généralement plus ouverts sur le monde, plus sensibles à celui-ci.Pour le numéro d\u2019Argus sur les émotions, j\u2019avais envie d\u2019écrire sur une émotion bien particulière, plutôt taboue dans les milieux professionnels : la gêne.Je trouve que nous pouvons la rencontrer à plusieurs reprises dans notre travail de bibliothécaire, bien que cela dépende naturellement de la personnalité de chacun.Conséquemment, j\u2019ai décidé de surmonter ma gêne et d\u2019écrire sur celle-ci.Premièrement, il y a la gêne de la bibliothécaire stéréotypée (ou de son équivalent masculin).Je ne sais pas si on s\u2019en sort complètement.On l\u2019imagine intro- vertie, gênée de communiquer, entourée de piles de livres et sereine ainsi.Pourtant, on sait bien que l\u2019on devrait avoir vaincu au minimum notre gêne de communiquer avec le public lorsque conduire des entretiens de référence fait partie intégrante de notre travail.Et pourtant! L\u2019image de la bibliothécaire gênée et introvertie reste.On gagne beaucoup à faire connaître notre profession et à avoir des bibliothécaires qui prennent la parole publiquement, comme biogueuses, chroniqueuses, initiatrices de projets communautaires, revendicatrices et acüvistes (et tous leurs équivalents masculins, bien sûr).Puis, il y a la gêne qu\u2019on expérimente lorsqu\u2019un usager est surpris et trouve insatisfaisant que la bibliothécaire ne connaisse pas tel auteur ou tel titre, ou encore affirme ne pas l\u2019avoir lu.Ce sont peut-être les moments de gêne qui surviennent le plus fréquemment dans la profession de bibliothécaire.Mais pourtant.non?Vous n\u2019avez pas lu X?Une bibliothécaire comme vous se doit de lire X! Euh, non, désolée, mais on peut tout autant vous trouver ce dont vous avez besoin.Bonjour, je cherche des documents de X.D\u2019accord, vous avez dit X?Comment vous l\u2019écrivez?Quoi, vous n\u2019avez jamais entendu parler de X?Hum, de nom comme ça, je ne crois pas, non.Nos yeux se posent sur l\u2019écran, nous tapons frénétiquement sur le clavier afin de trouver plus d\u2019informations sur X et nous sortir de notre moment de gêne de ne pas savoir qui c\u2019est.Puis, délivrance, nous levons les yeux : X! Ah oui, bien sûr! Suivez-moi.argus/hiver 2013 - 33 PHOTO : AMÉLIE LAROSE DOSSIER / LES ÉMOTIONS Il y a la gêne d\u2019être vue sur un piédestal, comme une personne de référence, pour tous les sujets possibles selon beaucoup d\u2019usagers.À bien y penser, c\u2019est peut-être aussi flatteur que gênant.En fait, c\u2019est flatteur tant que l\u2019usager nous prend vraiment pour une déesse de la recherche ou je ne sais quoi.À partir de là, les remerciements peuvent devenir un peu abusifs.Et puis, la prochaine chose dont on se rend compte est l\u2019usager qui t\u2019invite à sortir après ton quart de travail le soir.«Euh.» Prise de court, on rougit un peu (c\u2019est aussi flatteur que gênant, voilà), puis on prend le dessus sur la gêne et on s\u2019adresse à l\u2019usager.Disons que cette question de référence n\u2019est pas aussi fréquente que l\u2019irremplaçable «Où sont les toilettes?», mais il faut savoir se préparer à tout! [.] il semblerait que, lorsque j\u2019avais environ 11 ans, ma mère m'ait demandé si je voulais travailler dans une bibliothèque plus tard, et je lui aurais répondu d\u2019emblée en onomatopée: «Ohbeurknonjamaisçaal'airplate!» Il y a aussi la gêne de ne pas avoir plus de temps pour être une lectrice assidue et à l\u2019affût des nouveautés comme une «vraie» bibliothécaire devrait l\u2019être.À force de voir passer toutes ces nouveautés qui ont l\u2019air intéressantes, tous ces classiques empruntés et à force de surprendre des conversations entre nos collègues à propos de parutions à venir, il devient facile de tomber dans la gêne de ne pas lire davantage que nous le faisons déjà.Et en plus, lorsqu\u2019on est bibliothécaire étudiante, comme c\u2019est mon cas, il y a la culpabilité qui embarque lorsque nous ne lisons que par pur plaisir, alors que nous pensons que nous devrions plutôt faire nos lectures universitaires.Néanmoins, pour notre santé mentale de bibliothécaire book lover, je crois fermement en un équilibre entre nos lectures personnelles et celles imposées par nos études ou notre travail.Ou la gêne d\u2019être bibliothécaire et d\u2019adorer son travail, mais de ne pas avoir dit quand on était jeune : «Moi, quand je vais être grande, je veux être bibliothécaire! » Nous nous entendrons pour dire que bibliothécaire figure bien loin derrière pompier, policier, rock star et actrice parmi les métiers que les enfants clament haut et fort vouloir exercer plus tard, mais reste que l\u2019envie de devenir bibliothécaire se prend généralement sur le tard.Il y a peut-être là un lien à faire avec la profession qui n\u2019est pas assez connue du public, bien qu\u2019il soit tout de même intéressant (et gênant?) de s\u2019attarder au nombre de personnes qui ont souhaité devenir bibliothécaires depuis longtemps, comparativement au nombre de personnes qui n\u2019ont eu la piqûre que tardivement durant leurs études ou leurs emplois.Je me situerais assurément dans la deuxième catégorie.D\u2019ailleurs, il semblerait que, lorsque j\u2019avais environ 11 ans, ma mère m\u2019ait demandé si je voulais travailler dans une bibliothèque plus tard, et je lui aurais répondu d\u2019emblée en onomatopée : « Ohbeurknonjamaisçaal\u2019airplate! » Et ça, c\u2019est gênant lorsque maman me le raconte seulement à mi-chemin de ma maîtrise en bibliothéconomie.Et puis, finalement, il y a la gêne de servir des entretiens de référence à toutes les sauces : ton copain qui te semble un peu distant, ta coloc qui arrive bouleversée à l\u2019appartement, ton père qui effleure le sujet du divorce qu\u2019il est en train de vivre.L\u2019une des déformations professionnelles des bibliothécaires les plus fréquentes serait peut-être de tenir des entretiens de référence pour notre entourage lorsque nous sentons un besoin, besoin que nous confondons avec le besoin informationnel qui est à la base de notre travail.À force de se dégêner à poser des questions quasi personnelles à des quasi-inconnus lors d\u2019entretiens de référence, on est encore moins gêné de faire une investigation sur les situations qui nous entourent.Puis, la gêne finit par nous revenir comme un boomerang lorsqu\u2019on se fait répondre quelque chose qui ressemble à : Mais ça va avec l\u2019entretien de référence! Oh, d\u2019accord, désolée, je voulais pas.Les joues rougissent, les yeux se rivent sur le sol, l\u2019envie de quitter la pièce nous prend.Ah, la revoilà cette gêne.lacombe.am@gmail.com Bibliothécaire étudiante aux bibliothèques de Ville-Mont-Royal et de Saint-Lambert 34 DOSSIER / LES ÉMOTIONS Assumer la présidence de l'IFLA: honneur, fierté, émotion DR INGRID PARENT/ J'ai consacré toute ma vie professionnelle au domaine des bibliothèques.Après avoir complété mes études à l'Université de la Colombie-Britannique (UBC) avec, entre autres, un diplôme en bibliothéconomie, j'ai déménagé dans l'est du Canada et obtenu un premier emploi à la Bibliothèque nationale du Canada.Trente ans plus tard, dont huit à l'Université Laval, je suis retournée à UBC à titre de bibliothécaire en chef.Parallèlement, j'ai accédé au poste de vice-présidente de la Fédération internationale des associations de biblliothèques (IFLA).J'en suis devenue la présidente en 2011 pour un mandat de deux ans.Je suis membre de l'IFLA depuis 1993 et j'ai occupé diverses fonctions dans cette organisation au fil des ans.En toute humilité, ce fut un insigne honneur pour moi d'accéder à la présidence de l'IFLA.Fondée en 1927 et ayant son siège social à La Haye aux Pays-Bas, c\u2019est la sèule organisation internationale qui se fait le porte-parole des associations, des institutions et des bibliothécaires eux-mêmes de par le monde.Nous avons 1 500 membres à plein titre répartis dans plus de 150 pays, rejoignant au-delà d'un million d'individus œuvrant dans le domaine.L'IFLA a comme mission, entre autres, de promouvoir : 1.\tl\u2019accès, la protection et la conservation du patrimoine culturel documentaire; 2.\tl'établissement des plus hautes normes en matière de services de bibliothèque et d\u2019information; 3.1a reconnaissance des bibliothèques comme institutions essentielles à la qualité de la vie des individus par l'entremise de l'accès équitable à la connaissance et à l'information.Lorsque j'ai ainsi accédé à la présidence de l'IFLA, je fus la première Canadienne à occuper ce poste.Historiquement, ce sont des Européens, et quelques Américains, qui l'ont occupé.Au cours de la dernière décennie, la présidence a également été tour à tour assumée par des candidats de pays d'autres régions du globe : le Botswana, l\u2019Australie, l'Afrique du Sud, puis, maintenant, le Canada.C'est un insigne honneur d'avoir été élue à cette fonction internationale, et cela rend hommage à la contribution importante que les bibliothécaires professionnels canadiens, tant francophones qu'anglophones, ont apportée par le passé aux activités de l'IFLA, et qu'ils continueront, j'en suis convaincue, de lui apporter à l'avenir.Je rappelle d'ailleurs que le Canada, plus particulièrement la Ville de Québec, a été en 2008 l\u2019hôte du Congrès international de l\u2019IFLA, et ce fut un grand succès alors que plus de 1100 Canadiens y ont assisté sur un total de près de 4 000 congressistes.Cet événement a rehaussé le profil du Québec et du Canada dans le mode des bibliothèques et m\u2019est souvent souligné, à l'occasion de mes pérégrinations internationales, comme une rencontre mémorable.Les objectifs et les priorités qui sous-tendent mon action à titre de bibliothécaire en chef de UBC, alliés aux valeurs de bilinguisme et de multiculturalisme de notre pays, soit le respect de l'autre, l'intégrité, l'équité et la tolérance, ont guidé mon travail à l'IFLA.En contrepartie, ce fut tout aussi gratifiant de véhiculer les valeurs de l'IFLA au Canada et à UBC.Deux événements, survenus au cours de la dernière année à UBC, ont mis en relief cet esprit d'échange et de remue-méninges, soit une conférence de I'UNESCO sur la numérisation et la conservation, et un colloque présidentiel de l'IFLA sur l\u2019héritage patrimonial des premières nations.Ce fut un privilège de parrainer ces deux événements et d'accueillir des bibliothécaires et des professionnels de l'information de toutes les régions du monde sur le campus de UBC, dans la ville qui m'a vue grandir.argus/hiver 2013 - 35 DOSSIER / LES ÉMOTIONS Les présidents de l'IFLA choisissent traditionnellement un thème devant guider leur présidence.J'ai retenu celui-ci : les bibliothèques, une force pour le changement.Je suis profondément convaincue que les bibliothèques ont la capacité de contribuer à changer la vie de chacun d'entre nous et, conséquemment, d'améliorer le niveau de vie des communautés et des sociétés.Tout débute avec une seule personne, un seul livre, une seule main tendue dans une bibliothèque ou dans un centre communautaire de première ligne.Me retrouver à la tête d'une organisation qui se fait un devoir de promouvoir ce genre de changement si positif est des plus émouvant, mais également inspirant.Comme présidente, j\u2019ai eu l\u2019agréable plaisir de voyager de par le monde et de faire la connaissance de collègues talentueux et passionnés.Par exemple, je me suis retrouvée cet automne en Afrique du Sud, au Chili, en Argentine, en Chine, à Taïwan et au Qatar.Malgré les différences géographiques, culturelles et autres, les discussions revenaient habituellement aux mêmes sujets, soit l'accès à l'information, les défis et les occasions offertes par l'ère du numérique, ainsi que par les possibilités de collaboration et de coopération dans Je suis profondément convaincue que les bibliothèques ont la capacité de contribuer à changer la vie de chacun d'entre nous et, conséquemment, d'améliorer le niveau de vie des communautés et des sociétés.un monde de plus en plus interconnecté.En effet, les problèmes de plus en plus planétaires que sont le droit d\u2019auteur, les macrodonnées (big data), l'accès libre (open access) et la démocratisation de l'information, l'«e-science» et les perspectives d\u2019avenir pour l'édition savante sont autant d'occasions pour les bibliothèques de devenir des parties prenantes importantes au niveau de l'élaboration des politiques et du démarchage.C'est emballant de constater la contribution apportée par les bibliothèques dans la promotion de changements significatifs aux échelles locale, nationale et internationale.L'importance que revêtent les bibliothèques, tant pour les États que pour leurs communautés à travers le monde, a été illustrée par la contribution de l'IFLA en matière culturelle, ce qui fait partie de son mandat visant à préserver et à promouvoir l'accès au patrimoine culturel mondial.En 2010, j'ai fait partie d'une délégation qui a visité Haïti peu après la secousse sismique qui a dévasté ce pays si fascinant.Ce fut une expérience inoubliable et des plus émotive que de constater la détermination et l'acharnement remarquables du peuple haïtien à rebâtir ses institutions culturelles et à témoigner de sa fierté et de son identité nationales.À l'autre bout du monde, j'ai été invitée à participer au lancement de Erevan, en Arménie, au titre de capitale mondiale du livre de 2012.Ce fut une expérience tout à fait magnifique de voir cette ville entière, du président et du grand patriarche orthodoxe jusqu'à une foule de citoyens, incluant des jeunes, marcher dans un centre-ville foisonnant de célébrations et de feux d'artifice.Quel témoignage illustrant l'attrait, et même la passion que présentent pour eux le livre et la lecture dans le cadre du processus de conservation et de promotion de leur culture et de leur patrimoine.Ce fut merveilleux! Ce ne sont que quelques hauts faits de ma première année à titre de présidente de l'IFLA.À mi-chemin de mon mandat, je prévois poursuivre l'œuvre vitale de notre organisation, et m\u2019assurer que les bibliothèques demeurent une force de changement à l'échelle planétaire.Le message que je véhicule lors de toutes mes visites à travers le monde est qu'il ne faut surtout pas sous-estimer la capacité des bibliothèques d\u2019avoir un impact positif significatif dans la vie des gens.Et ce sont les bibliothécaires et leurs collègues qui en sont les principaux agents de changement! Je n'ai jamais été aussi fière d'être partie prenante d'une profession aussi attentionnée et généreuse! ingrid.parent@ubc.ca D.u., présidente de l'IFLA et directrice des bibliothèques de l'Université de la Colombie-Britannique. DOSSIER / LES ÉMOTIONS Les gens de votre entourage ont-ils un cœur ou sont-ils des robots sans âme?Il est très facile de répondre à cette question en les observant jouer.Argus est en jeu Les jeux et les émotions THIERRY ROBERT ET CLAUDE AY E R D I / Selon des experts (c.-à-d.nous-mêmes), votre attitude au jeu est particulièrement représentative de votre manière d\u2019interagir avec les autres.Les jeux ont le pouvoir fantastique de faire sortir votre vraie nature, que ce soit lorsque vous renversez le plateau de Risk après un mauvais lancer de dé, lorsque vous vous tranchez les veines d\u2019ennui en jouant au Monopoly ou encore lorsque vous vous émoustillez devant un mot particulièrement coquin au Scrabble.Bref, n\u2019importe quelle personne ayant déjà joué à un jeu en famille ou entre amis sait que l\u2019émotion prend une place importante dans ce divertissement.Tout le monde (sauf les êtres-robots-sans-âme) a, un jour ou l\u2019autre, pleurer sa vie après une défaite ou crier de joie après avoir écrasé un pathétique adversaire.Dans cette rubrique, nous vous proposons des jeux qui vous feront passer par toute la gamme des émotions (bonnes ou mauvaises).LES PLUS TRISTES LAST WILL Votre oncle vient de mourir, vous êtes dévasté.En plus, il est mort malheureux, car il a k.passé sa vie à accumuler de ® SBftœKMüçXÜ pargent et n\u2019en a jamais profité.Pour ne pas que ses héritiers reproduisent la même erreur, son testament énonce ceci : « Chaque héritier recevra un montant d\u2019argent égal.Le premier à le dépenser recevra le reste de mon immense richesse».Pas de temps à perdre avec votre peine, il est temps d\u2019aller au restaurant, au théâtre et de vous acheter une maison surévaluée! Ce jeu, qui se passe à l\u2019époque victorienne, est un impératif.(Date de sortie en français non annoncée) HEAVY RAIN HEAVY RAIN Dans ce chef-d\u2019oeuvre moderne, vous jouez plusieurs personnages qui tentent de retrouver un jeune garçon kidnappé par un meurtrier en série.Dès l\u2019introduction du jeu, les émotions sont à leur comble : vous interprétez un père qui égare son fils dans un centre commercial et qui le voit ensuite se faire happer par une voiture.Dans le jeu, plusieurs scènes sont si lourdes d\u2019émotion (vous devez, entre autres, vous mutiler) qu\u2019une de nos connaissances a lâché la manette, incapable de continuer à jouer.Un jeu complètement «immersif», triste, mais réellement passionnant.BUT THAT WAS YESTERDAY Gagnant de la neuvième compétition de jeux sociaux, ce petit bijou de jeu est une aventure à l\u2019intérieur de l\u2019histoire émotionnelle du personnage principal.Est-ce que cela vous semble suffisamment artsy et hips-terl Oui! Votre personnage gagne un nouveau pouvoir chaque fois qu\u2019il retrouve la mémoire d\u2019une personne chère.Comme quoi, vos capacités actuelles sont la résultante de vos expériences passées.[jayisgames.com/games/but-that-was-yes-terday] argus/hiver 2013 - 37 DOSSIER / LES ÉMOTIONS LES PLUS FRUSTRANTS Ce jeu, très apprécié, en est un de création et de complicité.Le concept est simple, un joueur pige un adjectif (par exemple, adorable) et demande aux autres joueurs de choisir une de leurs cartes sur lesquelles on retrouvera des noms propres, des objets, des concepts ou des situations (Adolf Hitler, un couteau de boucher, l\u2019acné adolescente, le premier baiser).Le joueur qui a pigé l\u2019adjectif doit choisir quelle carte il préfère parmi celles proposées par les autres.Le truc, c\u2019est qu\u2019il fait un choix complètement arbitraire selon ce qu\u2019il ressent à ce moment.Pour «adorable», l\u2019être rationnel choisira le «premier baiser», le politically incorrect choisira «Hitler» et celui à l\u2019humour douteux, «l\u2019acné», il en résulte donc un jeu amusant, drôle.et frustrant quand personne ne comprend votre humour et ne choisit jamais vos cartes.Par définition, ce jeu n\u2019est pas un jeu frustrant.Au contraire, il s'agit plutôt d\u2019un jeu d\u2019aventure amusant qui nous fait sentir bien.Par contre, Donkey Kong Wii peut aussi devenir votre pire cauchemar si, comme Claude (coauteure de cet article), vous n\u2019avez pas un talent naturel pour les jeux.Il pourrait donc arriver, par exemple, de rester bloqué plusieurs jours (voire des semaines) sur le même (maudit) monde de glace impossible à passer.Il arrive un moment où vous avez un choix à faire : arrêter de jouer à Donkey Kong Wii ou lancer votre manette (ou votre console) par la fenêtre.DONKEY KONG WII 11 I ¦ ¦Mill i I I f, \\A/n * rtf ' APPLES TO APPLES Oos mois au hasard.des comparaisons délirantes ! THE WORLD'S HARDEST GAME Xbox Live et vous avez complété Ghosts & Goblins avec un bandeau sur les yeux?Vous allez quand même mourir de frustration avec The World\u2019s Hardest Game.Ce jeu n\u2019est pas pour de jeunes-anxieux-et-émotifs-devant-les-couchers-de-soleil-et-les-feux-d\u2019artihee, c\u2019est un jeu pour les vrais de vrais.Alors, venez vivre l\u2019expérience en ligne, bande de nuis! [www.addictinggames.com/action-games/theworlds LES PLUS AMOUREUX 11 était une fois un couple de fermiers qui rêvait de vivre d\u2019amour, de bois et d\u2019eau fraîche.Dans ce jeu de société, un des plus prisés des temps modernes, vous partez à l\u2019aventure de la «ferme».Regardez vos animaux s\u2019accoupler (certains diront qu\u2019avec de l\u2019imagination, nous ne sommes pas loin du soft-porn), concevez de multiples bébés et agrandissez votre petite demeure pour vos derniers rejetons.Essayez aussi de survivre à la famine, parce que sinon, vous serez obligé de manger un de vos enfants.L\u2019amour a Vous jouez un jeune homme nommé Vincent qui, à l\u2019instar de plusieurs jeunes hommes -modernes, a peur de l\u2019engagement.Sa blonde, nommée Katherine, veut se marier et s\u2019établir.Vincent n\u2019est pas tout à fait convaincu et, dans un moment d\u2019égarement, se retrouve donc dans les bras d\u2019une jolie blonde nommée.Catherine.Vincent devra donc choisir entre Katherine et Catherine.Son parcours est parsemé de cauchemars nocturnes qui prennent la forme de défis à surmonter pour le joueur.La cerise sur le sundael Vos choix moraux auront une incidence sur la partie! ses limites, dit-on.CATHERINE \\ hardestgame.jsp] AGRICOLA Vf** lt»sn*rr 38 Vous pensez être bon joueur et vous pratiquez le leet-speakingl Vous avez cinq personnages de niveau 90 à Wou;, vous avez 500 000 points sur votre compte DOSSIER / LES ÉMOTIONS ONE AND ONE STORY Ce magnifique jeu en ligne vous permet de personnifier, tour à tour, les deux membres d\u2019un couple composé d\u2019une fille et d\u2019un garçon.Dans chaque tableau, les amoureux sont séparés, et votre mission est de les réunir.Pour cela, vous aurez à bouger les personnages et des blocs sans tomber dans les ravins et les pics de la mort.Un jeu poétique, amoureux et émouvant qui vous attendrira quand vous accomplirez votre mission et vous attristera quand vous tuerez votre amoureuse dans les pics de la mort.[jayisgames.com/games/one-and-one-story] LES PLUS ÉPEURANTS CITY OF HORROR La ville est assaillie par les zombies et vous personnifiez trois personnages qui veulent survivre à tout prix.Pour cela, vous devrez vous allier aux autres joueurs et.les trahir dès qu\u2019ils auront le dos tourné! Ce jeu, où les joueurs doivent voter pour décider qui sera jeté en pâture aux zombies, est basé sur la négociation, les cadeaux et les alliances.Saurez-vous survivre en vous cachant à la banque, à l\u2019hôpital ou à l\u2019église?Saurez-vous survivre en utilisant vos pouvoirs spéciaux?Et surtout, saurez-vous survivre en trahissant vos amis?zombie u Vous ne pourrez plus dire que la revue Argus n\u2019est pas à jour et que nous ne faisons que vous proposer du réchauffé.Voici un jeu qui vient tout juste de sortir pour la nouvelle console Nintendo Wii U.Bien que les critiques ne soient pas toujours très gentils avec ce jeu, Zombie U se veut le pinacle du jeu d\u2019horreur traditionnel.Vous n\u2019avez qu\u2019une vie : dès que votre personnage se fait mordre, vous devez recommencer le jeu avec un nouveau personnage! Autre particularité du jeu, quand vous lootez (en bon français, pillez) les monstres, vous devez arrêter de regarder l\u2019écran pour regarder votre manette (qui comporte un écran).Un moment stressant où vous n\u2019avez plus d\u2019indice sur d\u2019éventuels zombies qui rôdent autour de vous.THE BINDINGS OF ISAAC Vous vous souvenez de Zelda, le bon vieux classique sur la NES qui venait avec une cartouche couleur or?Eh bien, The Bindings of Isaac veut recréer ce jeu avec des donjons aléatoires.et un style beaucoup plus gore.Votre mère, une Jesus-freak, décide de vous sacrifier pour répondre à sa voix interne.Vous décidez de vous enfuir dans le sous-sol de la maison.et ce que vous y trouverez sera peut-être plus noir que la folie de votre mère! Bouh! Démo en ligne : [jayisgames.com/games/the-bin-ding-of-isaac-demo] claude.ayerdi@gmail.com Bibliothécaire, Ville de Montréal thierry.robert@ville.montreal.qc.ca Bibliothécaire, Ville de Montréal X argus/hiver 2013-39 DOSSIER / LES ÉMOTIONS Écrivain, philosophe, théologien, communicateur, professeur, officier de l'Ordre du Canada, grand officier de l'Ordre national du Québec, le père Benoît Lacroix a célébré en 2012 son 97e anniversaire.Homme passionné, toujours engagé dans la défense de ses idéaux, il a bien voulu nous livrer un bref témoignage sur l'émotion que suscite en lui la fréquentation des bibliothèques et des livres.Les bibliothèques, gardiennes de l'amitié et de la culture BENOÎT LACROIX/ C\u2019est sans doute la faute des livre si j\u2019ai passé une si grande partie de ma vie dans les bibliothèques.De plus, j'ai connu des bibliothécaires d\u2019une rare compétence.À tout prendre, les bibliothécaires et nous qui aimons tellement les livres, nous appartenons à une famille bien particulière : les fanatiques de l'écriture suivie.Revenons aux livres.Il a été dit et pensé pendant longtemps que le livre était comme l\u2019arsenal du château qui se respecte, comme encore aujourd'hui dans les universités, les grandes écoles, les monastères.Je me souviens à ce propos d'une énumération du XVIe siècle : trop de meubles dans ta maison, trop de roches dans ton jardin, trop d'enfants dans ta maison, trop de paroles quand tu parles, voilà ce qu'il faut éviter ou regretter, mais jamais trop de livres dans une bibliothèque.Quels que soient les progrès anticipés de la technologie orale et visuelle, le livre et donc ses auteurs demeurent des gardiens inévitables de la culture et par elle de la sagesse de nos sociétés.J'aime entrer à T improviste dans la bibliothèque d\u2019une faculté de droit.Les livres sont là, attentifs, silencieux, discrets.Ils ne parlent pas, ils t'attendent, ils t'aiment avant même que tu ne les consultes.Déjà vous savez pourquoi j'ai un immense respect pour les livres et leurs usagers.Ce sont des amis.Et je vois et pense les bibliothèques comme les gardiennes de l'amitié et de la culture.Sans elles, que serions-nous, vous, moi?X 40 DOSSIER / LES ÉMOTIONS La gestion du bénévolat au Congrès mondial des bibliothèques de Québec 2008 DIANE POLNICKY ET LAURETTE MACKEY/ IFLA 2008 : que de souvenirs, que d\u2019émotions! Au moment où la ville de Québec célébrait son 400e anniversaire, TASTED, en étroite collaboration avec les milieux documentaires québécois et canadien, recevait avec plaisir le congrès international annuel de 1TFLA (Fédération internationale des associations de bibliothèques).On y attendait pas moins de 4000 délégués, de tous les coins de la planète.Une telle responsabilité professionnelle nécessite une préparation détaillée de longue haleine, amenant son lot de questionnements, et la présence sur place de membres du milieu afin de permettre aux participants de profiter pleinement du congrès.Celui-ci s\u2019échelonne sur 10 jours, offre de nombreux ateliers sur de multiples sujets et des conférences plénières, des activités culturelles et sociales ainsi que des visites guidées de bibliothèques.Lors de certaines activités, où des représentants des divers paliers gouvernementaux, des officiers de l\u2019IFLA et des conférenciers de marque sont présents, un protocole strict est de rigueur.On y attendait pas moins de 4 000 délégués, de tous les coins de la planète.Une telle responsabilité professionnelle nécessite une préparation détaillée de longue haleine, amenant son lot de questionnements [.].Lorsque j\u2019ai accepté, bien naïvement dois-je avouer, d\u2019assumer la responsabilité du dossier des bénévoles, je ne savais pas dans quelle aventure je m\u2019embarquais.Heureusement, le comité de direction du congrès a formé un groupe de travail pour m\u2019épauler tout au long du processus qui devait nous mener à la présence de bénévoles au congrès.Quel ne fut pas notre étonnement, pour ne pas dire notre déception, d\u2019apprendre que tout était à faire! La firme responsable de la logistique du congrès nous a bien fourni une liste de tâches (une vingtaine) que les bénévoles devaient assumer, un horaire général pour chaque journée du congrès, précisant pour chaque jour les tâches à combler et pour chaque tâche, le nombre de bénévoles requis, ainsi que les compétences professionnelles et linguistiques recherchées (le congrès de l\u2019IFLA se déroule en sept langues officielles).Pour le reste, à nous de nous débrouiller pour relever le défi.Aucun instrument de travail, de quelque nature que ce soit, n\u2019était mis à notre disposition.Après un moment de découragement et de frustration devant la situation, nous nous sommes mises au travail, avec détermination, afin d\u2019assurer que notre engagement contribuerait au succès de l\u2019événement.Nous avons choisi de proposer des plages horaires de bénévolat de 2 heures à la fois (oh, erreur!), évalué que nous aurions besoin d\u2019environ 300 bénévoles, en raison de notre choix de plages horaires, pour couvrir l\u2019ensemble des tâches, déterminé les étapes à franchir et un calendrier de travail, fait réaliser une base de données de gestion, préparé un document d\u2019information et un formulaire d\u2019inscription en ligne à l\u2019intention des bénévoles potentiels, communiqué avec les employeurs, les invitant à encourager les membres de leur personnel à se porter bénévoles et à les soutenir, sinon financièrement (nous n\u2019avions pas de budget pour l\u2019hébergement et le transport des bénévoles), du moins en leur donnant du temps libre pour leur participation.Chaque personne intéressée à être bénévole devait nous indiquer certaines de ses compétences (linguistiques entre autres), ses disponibilités et ses intérêts (ses préférences quant aux tâches à accomplir).argus/hiver 2013 - 41 DOSSIER / LES ÉMOTIONS La campagne de recrutement lancée, nous étions tout à la fois confiantes de trouver les bénévoles, mais aussi, conscientes de notre contradiction, inquiètes que la réponse ne soit pas à la hauteur des besoins.Comme de fait, le temps des inscriptions passant, nous avons craint de manquer de bénévoles; pour prévenir qu\u2019une telle situation ne se présente, nous avons fait appel aux bénévoles du Salon du livre de Québec.Rebelote avec une lettre d\u2019invitation particulière, expliquant ce qu\u2019était l\u2019IFLA et pourquoi nous demandions leur collaboration.Finalement, nous nous sommes inquiétées inutilement; mais comme nous n\u2019avions aucune expérience en ce domaine, nous avons jugé qu\u2019il valait mieux prévenir que guérir.Notre réussite, nous l\u2019affirmons sans fausse modestie, nous fait oublier toutes les hésitations, les inquiétudes, le stress que nous avons vécus et nous ne conservons que le souvenir d'un périple unique [.].Une fois la période de recrutement passée, la réalisation du casse-tête a commencé : nous devions faire en sorte de répondre aux demandes tout en respectant autant que possible les disponibilités, les compétences et les intérêts des bénévoles.Nous retenions notre souffle : si certaines candidatures n\u2019étaient plus disponibles, si certaines tâches n\u2019attiraient pas suffisamment de bénévoles, si nous manquions de bénévoles le soir, ou tôt le matin, ou pour l\u2019accueil à l\u2019aéroport, s\u2019il n\u2019y avait pas assez de bénévoles une certaine journée, si nous n\u2019avions pas de bénévoles parlant espagnol ou allemand, si.si.?À accumuler les si au début du processus de répartition des bénévoles, nous nous mettions plus de pression que nécessaire.Heureusement que nous étions deux, Laurette et moi, à nous calmer à tour de rôle, à nous encourager, à trouver des solutions, à adapter les demandes.Nous avons passé des heures de plaisir, que dis-je des jours, de fou rire, d\u2019inquiétude, de stress, de complicité, de camaraderie.Un proverbe dit : «Sept fois sur le métier tu remettras ton ouvrage».Nous avons compilé, modifié plusieurs fois et finalement complété notre grille, en priant pour que les bénévoles acceptent d\u2019être souples : on ne pouvait pas respecter tous les choix que les candidats avaient indiqués.Une fois notre grille finalisée, nous avons écrit à tous les bénévoles pour leur confirmer quand, où, quelle (s) tâche (s) nous leur avons confiée (s), en indi- quant que nous avions pris certaines libertés quant aux préférences qu\u2019ils avait indiquées, mais en respectant leurs disponibilités.Nous leur demandions de confirmer leur présence au congrès et d\u2019accepter officiellement leur assignation.Puis nous avons attendu, avec impatience : aurions-nous à pallier de nombreuses absences, à répondre à des critiques face à nos choix?autant de questions qui nous turlupinaient.Nous vivions confiance, espoir, incertitude, fébrilité, tout à la fois.Une fois reçues toutes les réponses des bénévoles, soulagées par tant de compréhension, de disponibilité et d\u2019intérêt, nous avons attendu le grand jour.Le congrès, pour nous qui gérions les bénévoles au quotidien derrière la scène, est passé rapidement.Au cours des 10 journées, nous avons vécu certes du stress, mais que de complicité et de fraternité avec tous ces bénévoles qui ont fait preuve de dévouement, de professionnalisme, de souplesse, d\u2019accueil, conscients qu\u2019ils étaient de contribuer au succès du congrès de Québec! Ce fut un réel bonheur de revoir des collègues et d\u2019en rencontrer des nouveaux, d\u2019ici et d\u2019ailleurs.Mais nous vivions aussi le regret de ne pouvoir assister aux conférences et aux ateliers.Au terme de cette grande aventure, nous pouvions déclarer, avec fierté et soulagement, mission accomplie.Aujourd\u2019hui, nous gardons un souvenir impérissable de cette expérience.Nous exprimons avec ferveur notre reconnaissance à tous les bénévoles qui se sont dévoués.Pour nous, l\u2019expérience a été enrichissante, tant sur le plan humain que professionnel.Notre réussite, nous l\u2019affirmons sans fausse modestie, nous fait oublier toutes les hésitations, les inquiétudes, le stress que nous avons vécus et nous ne conservons que le souvenir d\u2019un périple unique, somme toute joyeux, qui nous a permis de rencontrer de nombreux collègues et de vivre tant de complicité dans un cadre bien particulier.Et c\u2019est riche de notre vécu que nous avons transmis au secrétariat de l\u2019IFLA et aux responsables du congrès 2009 de Milan tout ce que nous avions développé, en indiquant ce qui pourrait être amélioré.dianepolnicky@videotron.ca Ex-directrice du Service des bibliothèques de l'UQAM lmbmackey@sympatico.ca Ex-directrice régionale, Région des bibliothèques York, Service des bibliothèques publiques du Nouveau-Brunswick X 42 DOSSIER / LES ÉMOTIONS Quelles lectures suggérées à un/une célibataire pour la St-Valentin PRÉSENTÉS PAR MAUDE LA PLA N TE-DU BÉ ET JOACHIM LUPPENS/ «Ma fille est en dépression», «Mon amoureux me néglige», «Mon coloc est un pas propre», autant de préambules ouvrant sur une requête, à savoir de bons conseils de lecture.Ici, nous vous proposons une liste adaptée à des situations particulières, délicates ou parfois absurdes.Si d'autres idées vous viennent à l'esprit, partagez-les avec nous sur notre page Facebook! Vieux garçon, par Bernard Chapuis - Histoire d'apprivoiser votre avenir.Le manuel des célibataires : comment faire la vaisselle à tour de rôle quand on vit seul(e).et 1000 autres astuces épatantes, par Camille Saféris - Autant vous y habituer.Connard!, par Arièle Butaux - Ça ne changera rien à votre sort mais au moins ça défoule.Why men love bitches, par Sherry Argov - un peu d'introspection, ça peut sûrement pas nuire.Mes amants, mon psy et moi, par Carrie Gerlach -Mais le mieux est encore de faire du second le premier, c'est plus économique.Je bois donc je suis, par Roger Scruton - La première étape du deuil.Crème glacée, chocolat et autres consolations, un film de Julie Hivon - La seconde étape du deuil.Et devenu(e) célibataire, plus rien ne vous empêche de devenir aussi obèse.Un corps de rêve pour les nuis, par Valérie Orsoni -Parce qu'après les deux premières étapes du deuil, dans l'état où vous serez faudra bien perdre ces quelques kilos.Célibataire et fière de l'être : manuel de survie, par Anaïs Valente - Si vous êtes toujours en vie.Plaisirs solitaires : jouir pour soi, seulement pour soi, par Julie Bray - Comme disait Woody Allen, se masturber, c'est faire l'amour avec quelqu'un qu'on aime.Hé hé ! OVER I MILLION COPIES SOLO! WHY MEN LOVE A Wonun'i Guide 10 Holding à Her Own in a Relationship § mon psy moi Je bois donc je suis (W) (, UH nui DE JUUE WVOM | ou CHoisrr ses amies.æsiw.ij Un corps de rêve POL& LES NUL5 Célibataire et fière de l'être ! Massif) Plaisirs solitaires argus/hiver 2013 - 43 TECHNODÉMOCRATIE Qu'ils soient de nature économique, social, légal ou technique, les impacts du numérique seront abordés dans cette série de billets, dont l'objectif est de nourrir la réflexion et d'ouvrir le dialogue afin que les valeurs véhiculées par nos professions soient préservées malgré les changements en cours dans les bibliothèques.La citoyenneté à l'heure du numérique ALEXANDRE G U É D 0 N/ Quand on parle de normalisation de l'information, au niveau des formats, des échanges, de la recherche, des procédés ou d'autres aspects, on veut généralement organiser et mettre en place des standards ayant pour objectif d'améliorer l'offre de services et l'accès à ceux-ci.Les bibliothécaires occupent une position privilégiée leur permettant de comprendre comment ces choix peuvent se répercuter sur la capacité de profiter des ressources informationnelles disponibles, et comment les partager avec les usagers, parfois bien au-delà des communautés locales.Les structures et les solutions mises en place auront toujours un impact important, éléments qui doivent être pris en compte lors des évaluations de plates-formes que nous effectuons régulièrement dans notre travail.Qui plus est, à l'heure de l'Internet, du Web et de la collaboration globale, à l'ère de la société du savoir, la capacité de partager cette masse d'information grandissante et d'interagir avec elle est fondamentale et requiert un changement de vision ainsi qu'une rupture avec les structures du passé.L'utilisateur de toute information doit pouvoir la manipuler et \u2014 dimension encore peut-être plus importante encore \u2014 disposer de la capacité d'y contribuer.Ceci est particulièrement vrai des ouvrages collaboratifs tels Wikipedia ou, dans le milieu de la cartographie, Open Street Map.Grâce à un équilibre judicieux d'architectures, de logiciels et de licences, ces systèmes permettent à des millions de personnes d'accéder et de collaborer à un écosystème de données qui leur sont utiles.Ces écosystèmes répondent à des besoins particuliers qui vont de ceux d'un usager à ceux de toute une communauté.La mise en place d'outils et de standards de médiation facilitant la collaboration et la communication entre divers participants, voilà ce qu'il faut avoir en tête lorsqu'on fait un choix technologique.Il n'est pas ici question d'intervenir directement avec les catégories habituelles de clientèles, même si celles-ci persistent.Il faut, au contraire, réinventer les rôles et s'impliquer dans les choix d'architectures, de standards, de licences, de façon à pouvoir mieux garantir les valeurs et les missions classiques des bibliothécaires.En d'autres mots, il faut bien comprendre comment la sélection d'une technologie particulière favorise la plus grande conversation possible entre êtres humains.Mais il faut faire plus encore : les solutions techniques privilégiées devront sans cesse s'adapter à l'évolution constante de la production d'information, d'autant plus que celle-ci se recentre de plus en plus sur un processus distribué caractérisé par l'intervention d'acteurs qui agissent entre eux à titre de pairs.Rien d'étonnant à cela, car ce type de production se révèle chaque jour plus efficace, plus économique aussi, et devient ainsi une nécessité sociale.Cette évolution requiert donc des outils qui s'adaptent à des formes d'organisations émanant d'un monde toujours plus finement maillé.Les formats libres (XML, ePub), les logiciels libres (Linux, Drupal, MySQL), les protocoles ouverts (TCP/IP, HTTP, BitTorrent), les données ouvertes et les publications scientifiques libres ont tous un rôle à jouer, lorsqu'on parle d'accessibilité à l'information juste et équitable ou de la capacité à en faire un usage complexe et enrichissant qui respecte les droits, objectifs et besoins que se fixent nos institutions modernes.Ces changements sont fondamentaux pour arriver à démocratiser l'accès à l'information dans toutes les sphères de la société.De plus, ils doivent rapidement devenir dominants dans tous les services publics sous peine de tomber dans la contradiction d'un service public englué dans des contraintes privées ou privatives qui limitent la portée de l'information.Bien entendu, 44 TECHNODÉMOCRATIE M fjSB ces approches reposent toutes sur la capacité d'accéder librement et pleinement à Internet.Selon certains, il semblerait suffisant de fournir une connexion à internet pour répondre aux besoins d'information des citoyens; mais est-ce bien le cas?L'ONU et plusieurs pays ont déclaré que la liberté d'expression en ligne et l'accès à Internet étaient des droits fondamentaux.Bien sûr, le débat sur la neutralité de l'Internet se poursuit depuis, et il est évidemment très important, au nom de la liberté d'expression, de garantir l'égalité des contenus face à la transmission, mais il faut aller plus loin et aborder la question suivante : comment s'exprimer et participer pleinement au réseau au niveau même des couches, protocoles et structures internes qui le constituent?En se procurant un accès à Internet, la grande majorité des citoyens obtient une connexion qui oscille entre 5 Mbits en vitesse de téléchargement et 1 Mbit en téléversement.Cette asymétrie, sans parler du faible débit favorisé par le manque total de compétition réelle, et sans parler des limites mensuelles de transfert maintenues pour des raisons très souvent artificielles, n'existait pas à l'époque des modems téléphoniques, ce qui ne manque pas d'ironie : ces limites ont été instaurées par les entités commerciales qui vendent les accès à Internet, généralement les anciens monopoles de câblodistribution ou de téléphonie.Ces compagnies viennent d'un monde où les clients sont des consommateurs obéissants et passifs de services, ce qui va complètement à l'encontre des principes qui ont fait d'internet ce qu'il est.Deux problèmes majeurs existent à ce niveau.Les fournisseurs d'accès privilégient traditionnellement les ser- vices vendus à la pièce et ils entrent en concurrence avec l'offre de contenu (moins coûteuse) d'internet.Ces compagnies tentent donc de valoriser leurs vieux réseaux de télévision, de téléphonie, aü détriment du développement de leur réseau Internet, tant et aussi longtemps qu'ils ne pourront pas se garantir à nouveau un monopole dans cette nouvelle réalité commerciale.De plus, le protocole IP le plus répandu actuellement, I'IPv4 (IP version 4) ne dispose que d'un nombre limité d'adresses, ce qui a créé une situation où les fournisseurs utilisent des adresses dynamiques, ne vous offrent qu'une d'entre elles, et vous forcent à « cacher » Selon certains, il semblerait suffisant de fournir une connexion à Internet pour répondre aux besoins d'information des citoyens; mais est-ce bien le cas?tous vos ordinateurs à la maison derrière une technique (NAT) qui permet d'aller consommer sur Internet, mais gêne largement l'accès à l'internet à votre machine.Or cette dernière modalité de connexion correspond en fait à l'acte de publier.Le NAT, à toutes fins pratiques, vous empêche de publier.Il existe depuis plus de 10 ans le protocole IPv6 qui, en offrant un nombre immense d'adresses, permet en principe de résoudre ce problème.Évidemment, il a fallu attendre d'être au bord du gouffre pour commencer à songer à son déploiement : ce fut en février 2011, lorsque toutes les adresses IPv4 eurent été totalement réparties.Mais l'expansion de IPv6 est argus/hiver 2013 - 45 SOURCE : DRM.INFO TECHNODÉMOCRATIE très lente, car la rareté des adresses n'est pas qu'un désavantage pour certains : l\u2019économie est la science de la rareté après tout! De ce problème d'adressage en découlent divers autres : bande passante faible, connexions asymétriques, etc., tout cela sur fond d'une innovation potentielle ralentie par le fait que le réseau se développe de façon sous-optimale.Tel est le résultat du contrôle d'Internet par des entreprises plus soucieuses d'argent que de progrès technique ou informationnel.Plusieurs pays, provinces ou municipalités, en réaction à tout cela, sont en train de créer la prochaine génération de réseaux à large bande en déployant de la fibre optique publique à travers laquelle opéreront des fournisseurs de services.Cette façon de fonctionner garantira une saine concurrence et accélérera le progrès du pays.Certains groupes de citoyens commencent même à déployer des réseaux sans-fil (Réseau Libre à Montréal) afin de contourner les problèmes engendrés par cette situation et par la censure arbitraire de certains fournisseurs.Ces solutions permettraient d'éviter aussi les combats stériles que se livrent par exemple au Canada, devant le CRTC, Bell et les revendeurs d'ADSL.Pourquoi cela est-il si grave?En plus de privilégier la collaboration, le protocole TCP/IP repose sur un concept de réseau bête, mais aux extrémités intelligentes, contrairement aux protocoles téléphoniques.Cela signifie qu'au lieu d'avoir un combiné téléphonique bête branché sur des centrales complexes, Internet repose sur un ordinateur intelligent qui communique avec d'autres ordinateurs par l'intermédiaire de routeurs aussi bêtes que possible.Ce principe, couplé à celui de librement faire faire à votre ordinateur ce que vous voulez sur le réseau, a permis l'évolution du réseau, lui-même construit sur des protocoles ouverts, libres de droit.Tant et aussi longtemps que ces protocoles ne seront pas privatisés par un système propriétaire, nous conserverons la liberté fondamentale d'expression numérique.C'est dans cet esprit qu'ont été créés le protocole HTTP, ceux des courriels (SMTP, POP, IMAP), FTP et BitTorrent dont des centaines de millions de personnes profitent aujourd'hui, et ce sans avoir jamais eu à demander d'autorisation ou à payer des droits.Notre ordinateur décide de la langue qu'il veut utiliser, mais, tant qu'il parlera minimalement IP (4 ou 61), il pourra parler avec n'importe quel interlocuteur qui voudra bien utiliser la même langue.C'est aussi ce principe qui est à la base de l'innovation par le partage sur internet.C'est cette simplicité apparente qui, paradoxalement, a fait naître toute la complexité d'un monde devenu indispensable et qui devient rapidement la base d'un échange global tant économique que culturel ou démocratique.Nous avons aujourd'hui la capacité de déployer une bande passante personnelle beaucoup plus grande, d'allouer des millions d'adresses et de concevoir les méthodes d'échange de demain.Dès que la bande passante a crû au début des années 1980, 1990 et 2000, des gens, dans leur compagnie, leur laboratoire ou leur résidence, ont inventé de nouveaux protocoles tirant parti de cette vitesse de connexion, que ce soit pour la téléphonie, la vidéoconférence, et de nos jours le partage de systèmes d'exploitation libres ou de collections 46 SOURCE : JOHM EMERSONE ET JOSHUA SPODEK TECHNODÉMOCRATIE de livres numériques libres de droits.La bande passante est donc le lubrifiant de la mécanique des réseaux pour faire tourner tout ce que ceux-ci permettent en termes d'échanges.Quand elle est suffisamment abondante, la fausse dichotomie client-serveur n'a souvent plus de raison d'être alors que tous les acteurs du réseau portent naturellement les deux chapeaux.Cela permet d'organiser différemment nos échanges, notre société.Pourquoi le monde des sciences de l'information ne s'investirait-il pas dans ce combat?Pourquoi, par exemple, ne pas proposer d'établir des comités afin de définir des standards d'accès justes qui, à l'heure des connexions 24h/24 permettraient à tous les acteurs d'organiser des réseaux de partage pair à pair?Pourquoi ne pas s'engager dans la gestion de l'offre réseau et ainsi imprégner le réseau, dans sa structure, de nos valeurs?Des gens connus tels que Lawrence Lessig, le créateur des licences Creative Commons, ont écrit sur la manière dont nos choix de structures, transcrits sous forme de code informatique, permettent ou limitent notre capacité à interagir avec l'information, et ainsi à nous organiser socialement, démocratiquement, commercialement, etc.Il va de soi que l'incapacité de réparer ou d'étendre les fonctions d'un outil collaboratif en ligne change la nature des relations que nous pouvons entretenir entre nous; cela modifie aussi l'influence que le logiciel ou le service réseau opère sur nous.Les bibliothèques nous offrent un merveilleux modèle de comportement : elles garantissent l'accès à la culture, à l'information, à l'éducation et à la compréhension de ce monde, et elles garantissent cet accès à tous, sans entraves.Il doit en être de même pour le réseau global et, pour ce faire, nous devons demeurer vigilants afin de garantir la possibilité de toujours pouvoir accéder à ce que nous voulons, de collaborer et d\u2019échanger librement.Le tissu social issu de l'ensemble des services offerts sur le réseau des réseaux dépend d'intermédiaires dont le nombre est en décroissance rapide.Cette tendance s'explique par le phénomène bien connu de concentration des acteurs économiques dans une situation de La structure d'Internet permise par le code qui fait tourner le réseau des réseaux n'est pas celle que les fournisseurs d'accès auraient souhaitée; leur tentative de sculpter autrement la structure d'Internet freine le progrès social.marché qui, au bout du compte, favorise l'émergence d'oligopoles, voire de monopoles.Seule la capacité des citoyens d'agir et de s'exprimer est susceptible de ralentir, voire de renverser cette tendance.La structure d'Internet permise par le code qui fait tourner le réseau des réseaux n'est pas celle que les fournisseurs d'accès auraient souhaitée; leur tentative de sculpter autrement la structure d'Internet freine le progrès social.La révolution P2P qui est celle d'Internet doit être saisie et étendue, en particulier dans le but de réduire l'impact des grands acteurs.L'objectif de ces derniers, par la nature même du marché, est d'atteindre une situation de monopole.Si ces compagnies devaient atteindre cet objectif, elles feraient tout pour limiter la liberté d'action du citoyen libre, et réduiraient l'accès à l'information à de simples gestes plus ou moins passifs de consommation.Les bibliothécaires, de par leurs tradition et fonctions professionnelles, ont un rôle très particulier à jouer dans ce domaine : conscients de la valeur de l'information pour la vie démocratique, ils se doivent d'investir les comités de standardisation, et de poser les bonnes questions sur l'impact des protocoles, des structures, des architectures, des licences et des logiciels sélectionnés sur l'accès au savoir dans une société de l'information qui se veut saine.alex.guedon@gmail.com X argus/hiver 2013 - 47 HORS THÈME Après avoir obtenu une maîtrise en bibliothéconomie de l'université McGill, Jean Charbonneau a travaillé de nombreuses années comme bibliothécaire au Québec et aux États-Unis.En 2011, son roman Comme un intrus a été publié chez Québec-Amérique (présélection du prix Senghor du premier roman francophone) et son deuxième roman paraîtra en mars 2013.Il a également publié des nouvelles en français et en anglais et écrit des critiques littéraires pour plusieurs journaux et magazines nord-américains.Il travaille présentement en tant que traducteur pigiste.Les mots, en prison.JEAN CHARBONNEAU/ Moi, Montréalais, fils dé bonne famille, j'ai passé six années en prison dans l'État du Maryland.Non, je n'ai pas été trouvé coupable de voies de fait causant des lésions corporelles graves.Je n'ai pas été condamné pour vol à main armée ou pour avoir arnaqué une vieille dame richissime.Je ne me suis pas fait arrêter sur l'autoroute avec deux kilos d'héroïne dans le coffre de ma voiture.De 2005 à 2011, j'ai été bibliothécaire pour le Maryland Department of Correction dans diverses prisons se trouvant dans le complexe correctionnel de Jessup, une espèce de goulag à une trentaine de kilomètres au sud de Baltimore.J'habitais alors cette ville américaine.Je ne savais pas à quoi m'attendre lorsque j'ai entrepris cette nouvelle étape de ma carrière, bien que l'idée extraordinairement incongrue d'être entouré d'individus qui ont commis au moins une action répréhensible, criminelle ou démente m'a tout de suite frappé.À peu près tout ce que je connaissais de l'univers carcéral me venait de la fiction - des films (Le party, Papillon), des romans (Le miracle de la rose de Jean Genet), des émissions de télévision (Oz, aux États-Unis).Dans ces représentations, la prison est un endroit extrêmement dangereux, un monde où on s'attend à tout moment à être victime d'un acte de violence brutal.La réalité est quelque peu différente.Bien sûr, la violence existe en prison.Les détenus sont toujours sur leurs gardes, car ils ne savent jamais quand un détraqué va décider de les agresser.Les mots, en prison, peuvent être dangereux, car les murs ont des oreilles et toute parole peut se retourner contre soi.Mais je me suis vite rendu compte que le facteur principal dans la vie d'un détenu est l'ennui.Total et absolu.Tu es dans ta cellule, ou alors tu vas dans la cour, ou alors à la bibliothèque, tu manges, tu regardes la télé et tu vas te coucher.Chaque jour la même chose.Le mythe de Sisyphe derrière les barreaux.Tu es entouré de types qui vivent une existence aussi morne que la tienne et qui te racontent toujours les mêmes histoires, les mêmes blagues, les mêmes fanfaronnades.Les mots, en prison, peuvent être assommants.Plusieurs sont d'avis que la population carcérale est un ramassis de violeurs violents, de délinquants débiles, d'accros chroniques, de chacals, de batteurs de femme, de maniaques, de monstres, d'énergumènes sortis tout droit de l'enfer.Cela est vrai.Mais c'est également faux.J'ai été en contact, durant mes six ans derrière les barreaux (ça reste mon gag préféré), avec des êtres absolument immondes, mais aussi un bon nombre d'individus particulièrement intéressants, intelligents et instruits, des types au vécu irréel, avec un bagage d'expériences à peine croyable.Leurs mots, à eux, pour un écrivain, comme moi, sont de véritables joyaux que je n'ai pas hésité à employer depuis, y compris dans mon premier roman.On m'a souvent demandé si j'avais peur en prison.Eh bien, bizarrement, non.Il va sans dire que tout pénitencier est un environnement extrêmement dangereux.Les tensions èntre les prisonniers et les gardiens abondent et, encore plus, entre les prisonniers eux-mêmes.Les bagarres éclatent à tout bout de champ et les pri- 48 HORS THÈME DATION MAGAZfNES LAW ON DISC : ii-.v'-S-V- sonniers font preuve de beaucoup d'ingéniosité quand vient le temps de se confectionner une arme.Mais en tant que bibliothécaire, je ne faisais pas partie de l'appareil oppressif aux yeux de la population.Au contraire, non seulement je n'avais aucun rôle négatif à leur égard, je leur offrais, dans la bibliothèque, des services dont ils voulaient, dont ils avaient besoin.Puis je me suis rendu compte que la bibliothèque est une espèce d'oasis en prison.Un espace pas comme les autres.Privilégié.C'est à peu près le seul endroit derrière les murs où règne le calme, où le silence a le droit d'exister.L'effet «oasis» est dû en premier lieu à la loi non écrite en prison qui veut que la bibliothèque soit un lieu à respecter, un endroit où on doit se comporter comme il faut.La bibliothèque offre des services très prisés par les détenus, et la dernière chose que ces derniers veulent est qu'elle soit fermée parce qu'une tête folle y a fait du grabuge.Si bien que le message est : si tu te sens obligé d'attaquer quelqu'un, fais-le dans la cour, dans les douches, à la cafétéria, n'importe où sauf à la bibliothèque.Alors les détenus viennent non seulement pour y effectuer des recherches sur les ordinateurs et emprunter des bouquins, mais aussi pour s'asseoir à une table pour lire le journal, tout en sachant que les chances de se faire trouer la peau ici sont très minces.Si bien que même si j'étais entouré d'individus au passé plus que louche, je me sentais en sécurité la plupart du temps.La bibliothèque offre des services très prisés par les détenus, et la dernière chose que ces derniers veulent est qu'elle soit fermée parce qu\u2019une tête folle y a fait du grabuge.Si bien que le message est : si tu te sens obligé d'attaquer quelqu'un, fais-le dans la cour [.].Au début, j'ai travaillé au Maryland House of Corrections, un établissement à sécurité maximale qui a ouvert ses portes au 19e siècle.Une des plus vieilles prisons des États-Unis, le MHC ressemble à une forteresse médiévale entourée de hautes clôtures surmontées de barbelés.Vous avez vu À l'ombre de Shawshank?À peu près la même chose.o Dans le milieu, ce pénitencier porte le sobriquet char-3 mant du Cut.Pourquoi?À cause de l'incidence de vio-1 lence derrière ses murs.Les détenus se tailladent [eut) à S qui mieux mieux, un détenu, dans une autre prison, m'a | raconté qu'il avait toujours un shank sur lui au tempsf où il était incarcéré au Cut.Shank, dans le langage | des détenus américains, veut dire couteau.Le Cut esta un lieu où suintent la mélancolie, la tristesse, le blues s S existentiel le plus effroyable que l'on peut imaginer, uni monde clos, glauque, morbide, qui dégage des vibrations toxiques.i I I argus/hiver 2013 - 49 HORS THÈME Je travaille au Cut le 24 décembre 2005.Il y a un sapin de Noël avec des cadeaux bidon à l'entrée principale de la prison, mais toute trace du temps des Fêtes disparaît une fols passée la première porte d'acier qui mène au cœur du pénitencier, où se trouve la bibliothèque.Je tente d'imaginer le genre d'émotions qui bouillonnent à l'intérieur de ces hommes.Je me tords les méninges pour essayer de trouver la bonne chose à leur dire.Rien ne me vient.Les mots, en prison, sont souvent impossibles à trouver.Avant de partir pour'le travail ce matin, l'idée de porter un chapeau de Père Noël m'a traversé l'esprit.Sûrement que cet accoutrement ferait rigoler les visiteurs de la bibliothèque, de même que mes employés.Mais je me suis dit que les gardiens ne me laisseraient pas entrer avec ce truc sur la tête.Les gens qui administrent les prisons ne sont pas, d'habitude, reconnus pour leur sens de l'humour.Allez savoir pourquoi.Tout est silencieux dans la bibliothèque ce matin-là.Bizarrement, il n'y a presque personne, comme si les détenus avaient mieux à faire aujourd'hui.J'effectue un peu de boulot, mais je passe surtout le temps à causer avec les commis.Mes employés sont des détenus.À part le gardien à l'entrée de la bibliothèque, je suis le seul ici à ne pas porter l'uniforme gris des bagnards.Étant donné que je travaille quotidiennement avec les commis, une certaine relation s'est établie entre eux et moi.LaVar est dans la cinquantaine, hyper énergique, toujours à raconter des histoires à dormir debout imprégnées de paranoïa.Par exemple, il est convaincu qu'éventuellement les États-Unis vont se faire attaquer par un pays ennemi et, lorsque cela va se produire, la première action que prendra le gouvernement américain sera d'exécuter tous les détenus.Les mots lui sortent de la bouche comme des projectiles, tac tac tac.Dwayne, un jeune homme d'à peine 30 ans, est en taule pour meurtre, condamné à perpète, sans possibilité de libération.Dwayne est un jeune Black dans la trentaine, belle gueule, d'immenses yeux couleur noisette, qui dégage une aura de calme quasi palpable.Une large cicatrice lui court le long de l'avant-bras gauche.Dwayne adore parler.Son débit est lent, comme s'il frottait chacun de ses mots telle une pierre précieuse avant de vous l'offrir, ô être privilégié que vous êtes.Lors de ma première journée au Cut, il s'est donné comme mission de m'informer comment les choses se déroulent à la bibliothèque.Puis il s'est mis à parler de la vie en prison.Il est lui-même derrière les barreaux depuis sept ans.\u2014 Il y a des choses que je ne peux pas rapporter.Même quand je travaille à la bibliothèque.Ça fait partie de la culture de la prison.Certains trucs, tu ne peux pas faire ici, comme la délation.Ça, c'est la façon la plus certaine de se faire des ennemis et de se foutre dans la merde.Se faire tuer, même.T'occuper de tes oignons, c'est la meilleure façon de survivre dans un endroit comme ici.Tu ne te mêles pas des affaires des autres.Alors si je vois quelque chose de suspect à la bibliothèque comme, je ne sais pas, moi, quelqu'un volant un livre, je ne peux rien faire.Old Man Williams, comme tout le monde l'appelle, doit avoir pas loin de 80 ans.Sa chevelure blanche est hirsute, ses verres épais lui donnent des airs de hibou.Old Man Williams a passé les 30 dernières années au Cut, 50 HORS THÈME où il va vraisemblablement mourir, une des tâches d'OId Man Williams est d'apporter des revues et des livres aux détenus qui sont dans l'aile médicale de la prison.Je demande à Old Man Williams quel genre de soins les détenus reçoivent dans cette aile, et il me répond : «Même les détenus qui ne croient pas en Dieu prient pour ne pas tomber malades et se retrouver là.» un après-midi, un détenu me révèle qu'il vit sa première incarcération.Demain va être son premier Noël en détention.Sa sentence est de 25 ans.Je crois un moment qu'il va se mettre à pleurer, mais non.Il continue à parcourir les rayons de livres et n'ajoute rien, à court de mots.Arrive l'heure de fermeture.Quelques détenus et les commis viennent me souhaiter un joyeux Noël.Je leur serre la main et souris d'un sourire niais.Comment souhaiter un joyeux Noël à un type qui va passer cette fête entouré de mécréants professionnels, de mythomanes, de pervers, de truands, de cinglés, de voraces de tous poils, de vautours de tout acabit, dans un lieu infernal?\u2014\tSo, me demande Lavar, qu'est-ce que tu vas faire pour Noël?\u2014\tPas grand-chose, dis-je.Je vais passer la journée avec ma femme.Des membres de ma belle-famille vont venir chez moi.On va jaser, prendre un bon repas avec du bon vin.Nothing much.LaVar, Dwayne et Old Man Williams hochent la tête.Nothing much.Je demeure là stupidement, réalisant que ce qui va être pour moi un Noël plutôt ordinaire serait pour mes employés une journée de rêve.Je tente d'imaginer le genre d'émotions qui bouillonnent à l'intérieur de ces hommes.Je me tords les méninges pour essayer de trouver la bonne chose à leur dire.Rien ne me vient.Les mots, en prison, sont souvent impossibles à trouver.Je n'essaie pas de faire pleurer qui que ce soit.Ces hommes incarcérés au Cut, qui travaillent pour moi, sont loin d'être des enfants de choeur.Dwayne est ici pour assaut grave et trafic de stupéfiants.Lavar a commis un vol de banque à Baltimore, pour s'enfuir au Texas où il a braqué deux autres banques avant de se faire pincer.Dieu sait pourquoi Old Man Williams a abouti ici - je ne veux pas le savoir.Avant de quitter la bibliothèque, Old Man Williams s'approche de moi.C'est un homme profondément religieux.Il me prend la main dans les siennes et me dit d'une voix éraillée de vieillard : « Merry Christmas and God bless you.» Moi qui suis athée, moi que l'expression «Que Dieu vous bénisse» irrite parce que c'est une expression utilisée ad nauseam par nos voisins du sud si friands de bondieuseries, je lui réponds : «God bless you too, Mr.Williams.» Old Man Williams me fait un grand sourire avant de s'éloigner en claudiquant.Ces mots, en lesquels je ne crois même pas, sont les seuls que j'ai prononcés aujourd'hui qui ont fait du bien à qui que ce soit.jcharbon07@gmail.com Traducteur pigiste et auteur du roman Tout homme rêve d'être ungangsterà paraître chez Québec Amérique X argus/hiver 2013 - 51 HORS THÈME Quel avenir pour le prêt numérique en BIBLIOTHÈQUES au Québec?STÉPHANE L A B B É/ L'émergence et le développement du numérique au sein de l'industrie du livre, et ce, à l'échelle mondiale comme à l'échelle nationale, a un impact sur l'ensemble des activités des acteurs et leurs fonctions respectives.Qui plus est, l'avènement du numérique a, en quelques années, fait éclater le modèle industriel linéaire du livre pour en faire émerger un véritable écosystème multipolaire et complexe.Première industrie culturelle d'importance au Québec, le livre a généré, en 2010, près de 800 millions de dollars de recettes, soit plus de cinq fois la valeur des ventes d'enregistrements sonores ou de vidéogrammes, quatre fois les ventes de billets de cinéma et trois fois les billets de spectacles La nature pérenne du livre numérique remet donc en cause cet éventuel rachat de nouveaux «exemplaires», et laisse présager une éventuelle perte de revenus pour les acteurs.(Allaire, 2011, p.6).Or, la part de marché du livre numérique demeure inconnue : plusieurs l'estiment à plus ou moins 1 % du marché total, d'autres l'estimant à près de 10 % du marché total.Qui plus est, nombre d'éditeurs se refusent à rendre disponibles leurs livres numériques au prêt en bibliothèques tant qu'un nouveau modèle économique ne sera pas mis en place, notamment un modèle économique qui prendrait en compte la nature pérenne du livre électronique par rapport à son édition imprimée.De la même manière, plusieurs éditeurs se refusent également à rendre disponibles pour le prêt en bibliothèques les versions électroniques des titres de leur catalogue de peur de voir ceux qui les emprun- tent ne plus les acheter, les copier et les diffuser illégalement.Devant ces peurs qui hantent les esprits de l'écosystème du livre, une réflexion s'impose.LA PROBLÉMATIQUE DE LA PÉRENNITÉ DU LIVRE NUMÉRIOUE Si le livre imprimé, malgré sa durée de vie tout à fait respectable, n'est pas un objet durable, sa version numérique, par sa nature virtuelle, dématérialisée, peut paraître permanente, voire éternelle.À cet égard, il est fort pertinent de questionner l'applicabilité du modèle économique du livre imprimé au livre numérique.L'enjeu ici est de nature économique : l'exemplaire imprimé vendu par le libraire à la bibliothèque, et pour lequel tous les acteurs de l'industrie reçoivent une part (auteur, éditeur, distributeur et libraire), pourra être vendu à nouveau à ia bibliothèque lorsque ledit exemplaire sera réputé défraîchi, voire abîmé, si le titre en question est toujours demandé par les usagers de la bibliothèque.La nature pérenne du livre numérique remet donc en cause cet éventuel rachat de nouveaux exemplaires, et laisse présager une éventuelle perte de revenus pour les acteurs.Ceci m'amène à questionner la durabilité du livre numérique, mais également le volume d'achat que représente le remplacement des exemplaires défraîchis.Quelque dématérialisé qu'il puisse nous paraître, le livre numérique demeure bel et bien ancré dans une réalité physique : celle-ci s'exprimant dans son inscription à l'intérieur d'un fichier, lui-même gravé sur un support informatique.Qui plus est, cette inscription est aujourd'hui réalisée en des formats divers, le PDF et l'ePUB demeurant les plus courants.Si l'on peut considérer l'inscription du fichier sur un support informatique comme étant tout à fait pérenne, on peut remettre en cause son enregistrement en un format donné, celui-ci étant intimement lié aux technologies en vogue.Par exemple, le livre numérique au format ePUB, tel 52 HORS THÈME qu'acquis récemment par une bibliothèque, sera-t-il effectivement compatible avec les technologies (liseuses, tablettes et autres) de demain?La bibliothèque devra-t-elle racheter de nouveaux exemplaires au format des nouvelles technologies?Les technologies sont adoptées à un rythme qui ne permet pas de répondre à ces questionnements, mais encore faut-il les garder à l'esprit afin de mieux orienter nos façons de faire.Comme je l'abordais plus haut, puisque l'enjeu de la pérennité du livre numérique est de nature économique, il est pertinent de mesurer les achats d'exemplaires imprimés effectués dans le but de remplacer des exemplaires abimés.De façon générale, quelle proportion des titres, en version imprimée, acquis annuellement par les bibliothèques fait l'objet d'un remplacement parce que l'exemplaire est abîmé?Et, plus précisément, quels types de titres en font généralement l'objet; le phénomène est-il similaire dans toutes les régions et dans tous les types de bibliothèques; sur quels critères la décision de racheter est-elle prise?J'aurais souhaité pouvoir répondre à toutes ces questions dans le présent article, mais les résultats de ma recherche ne seront disponibles que dans quelques mois.Ceci dit, il importe de s'en préoccuper et, pourquoi pas, d'en faire vous-mêmes une analyse à même les statistiques de votre bibliothèque.L'éventuelle perte de parts de marché, par les auteurs et les éditeurs notamment, provoquée par la disponibilité de livres électroniques pour le prêt en bibliothèque Cette problématique fait référence à la situation où un lecteur, qui a l'habitude d'acheter des livres électroniques, cesserait (ou diminuerait) sa consommation en la remplaçant par l'emprunt de livres numériques via la bibliothèque à laquelle il est rattaché.Force est d'admettre que cette inquiétude est légitime, car elle fait appel à la rémunération des créateurs de l'œuvre tout comme à celle des éditeurs, distributeurs et libraires.De façon un peu simpliste, on peut imaginer dix lecteurs de livres électroniques décidant.de ne pas acheter le livre Arvida (10 achats à 11,99 $, pour un total de 119,90 $), mais plutôt de l'emprunter à la bibliothèque (1 achat par la bibliothèque à 11,99 $, pour un total de 11,99 $).De toute évidence, cet exemple simpliste évacue plusieurs nuances, mais il a le mérite d'exposer le La question que sous-tend la problématique peut se libeller ainsi si un éditeur rend disponibles ses livres électroniques au prêt en bibliothèque, enregistrera-t-il une chute de ses ventes causée par le déplacement du marché?fond de la problématique, c'est-à-dire la perte de revenus envisagée par les auteurs et les éditeurs.Si certains questionnent la position des auteurs et des éditeurs refusant de rendre disponibles des livres électroniques au prêt en bibliothèque, notamment au regard de leur position inverse en matière de livres imprimés, il importe de mentionner que, pour les livres électroniques, la décision revient aux auteurs et aux éditeurs.Pour le livre imprimé, c'est le bibliothécaire qui, seul, prend la décision d'acheter les exemplaires des titres qu'il souhaite rendre disponibles au prêt.Ainsi, pour la première fois depuis l'histoire des bibliothèques (au Québec à tout le moins), c'est l'auteur et l'éditeur qui décident, et c'est peut-être pour cette raison que le débat est lancé.La question que sous-tend la problématique peut se libeller ainsi ; si un éditeur rend disponibles ses livres électroniques au prêt en bibliothèque, argus/hiver 2013 - 53 HORS THÈME enregistrera-t-il une chute de ses ventes causée par le déplacement du marché?Plusieurs études ont tenté de répondre à cette pertinente question, notamment celle réalisée par le Library Journal en collaboration avec Bowker .Elle relate que plus de 50 % des gens qui fréquentent une bibliothèque achètent des livres après les avoir découverts en bibliothèque.Il semble en fait que les résultats de ces études convergent vers un fait : le lecteur qui emprunte des livres en bibliothèques est, le plus souvent, le lecteur qui achète des livres chez les détaillants.La bibliothèque serait en fait, d'un point de vue industriel, un outil de promotion pour les éditeurs, c'est-à-dire qu'en rendant disponibles ses livres en bibliothèques, imprimés comme numériques, l'éditeur fait la promotion de ses ouvrages auprès d'une clientèle des plus sensibles à la lecture.Mais cette réalité est-elle effectivement la même pour le livre numérique?Tant que l'offre de livres numériques en bibliothèques ne sera pas développée, nous ne pourrons y répondre.Il est difficile de conclure à quoi que ce soit avec les données actuelles.Peut-être que les acteurs de l'industrie auraient avantage à se concerter pour rendre rapidement l'offre de livres numériques en bibliothèque plus vaste et plus diversifiée, le tout sous l'engagement RÉFÉRENCES ALLAIRE, Benoit (2011).« Dix ans de ventes de livres », Optique culture, n° 9, Québec, institut de la statistique du Québec, Observatoire de la culture et des communications du Québec, septembre, 20p.[En ligne:] www.stat.gouv.qc.ca/observatoire COLLECTIF, (2012).« Library Journal Patrons Profile: Understanding the Behavior and Preferences of U.S.Public Library Users », Public Library Edition, Library Journal.[En ligne:] http://lj.libraryjournal.com/2011/11/opinion/editoriai/proof-positive-editorial des bibliothèques à rendre disponibles aux acteurs de l'industrie les statistiques nécessaires à l'évaluation et à l'analyse des comportements d'emprunts des lecteurs.Cela permettrait de mesurer l'impact réel de la mise en circulation des livres électroniques en bibliothèques.De plus, ces données permettraient une réaction rapide de tous les acteurs, et ce, tant pour ajuster le modèle économique que pour réguler le marché.stephanelabbe@videotron.ca Étudiant, institut national de la recherche scientifique (INRS-UCS) X 54 mm sie service aux institutions et entreprises www.ARCHAMBAULT-sie.ca I QUOI DE NEUF AU SIE?DE LA LECTURE PLEIN LA VUE Littérature québécoise \u2022 littérature jeunesse \u2022 littérature étrangère \u2022 livres pratiques \u2022 bandes dessinées \u2022 livres-audio \u2022 ouvrages de référence \u2022 et plus encore! Mabiblio*! numérique / DECOUVREZ notre nouvelle plate-forme de documents numériques EXPLOREZ les nouvelles fonctionnalités de notre site Internet -\tConfiguration de votre compte Profil d'office -\tPaniers multiples -\tAssignation de vos codes budgétaires, de traitement et de localisation -\tOutils de sélection et de gestion de vos paniers / / BENEFICIEZ de notre expertise L'envoi d'offices -\tCréation de bibliographies -\tLes Salles de nouveautés -\tLes Foires du livre -\tLes Journées littéraires 15 LIBRAIRIES DONT 13 AGREEES EN FRANÇAIS ET EN ANGLAIS : Anjou \u2022 Brossard \u2022 Gatineau \u2022 Laval \u2022 Sherbrooke \u2022 Sainte-Foy EN FRANÇAIS : 500, Sainte-Catherine Est à Montréal \u2022 Boucherville \u2022 Chicoutimi \u2022 Complexe La Capitale à Québec \u2022 Saint-Georges de Beauce \u2022 Sainte-Dorothée \u2022 Trois-Rivières Une société de Québécor Média HORS THÈME Les espoirs et les limites de l'informatisation des bibliothèques universitaires au Bénin STÉPHANE S 0 N 0 N/ Depuis quelques années, des projets d'informatisation des bibliothèques universitaires sont entreprises au Bénin.Ces actions ne sont pas uniformes et ne couvrent pas toutes les fonctions documentaires.La dépendance au financement extérieur en constitue aussi un sérieux handicap.Le principal projet a été celui relatif à l'informatisation et à la mise en réseau des bibliothèques d'une dizaine d'écoles et de facultés de l'université d'Abomey-Calavi.Celles-ci ont abandonné dès 2008 le logiciel de création de bases de données documentaires ISIS (de l'UNESCO) pour migrer progressivement vers un système intégré de gestion de bases de données (SIGB) sous KOHA, grâce à la coopération belge à travers la Commission universitaire pour le développement (CUD).L'un des objectifs finaux est de constituer un catalogue collectif commun pour toutes les unités documentaires de l'Université d'Abomey-Calavi, qui est devenu depuis lors effectif à l'adresse koha.uac.bj.Plusieurs formations ont eu lieu dans ce cadre pour permettre aux spécialistes de l'information d'acquérir très rapidement les notions fondamentales pour la gestion de ce nouveau logiciel dans leur centre d'information.La propagation rapide des TIC dans les bibliothèques requiert en effet de «nouveaux savoir-faire et des qualifications plus fines» (Claude Tabet, 2004, p.36).Toutes les fonctions documentaires (acquisition, catalogage, recherche, gestion du prêt, diffusion) sont concernées.Mais au bout du compte, seuls le catalogage et la recherche automatisée ont trouvé un bon terrain d'expérimentation, avec cette uniformisation de l'informatisation.À bien des égards, celle-ci n'a pas été totale, car la gestion du prêt par l'enregistrement des utilisateurs et l'attribution de codes aux usagers ne furent pas effectives à cause de difficultés techniques d'attribution des codes-barres aux documents pour identifica- tion par le système OCR (Optical Character Recognition) ou le système anglais ALS (Automated Library System).En ce qui concerne la fonction d'acquisition, par exemple, le logiciel n'a pas été paramétré de façon à rendre automatiquement possibles les opérations liées à cette tâche, son application nécessitant l'apport de techniciens en informatique maîtrisant l'environnement Koha.On est loin du processus d'informatisation moderne (Alain Jacquesson, 1995, p.63) qui prend en compte la technologie et le management de toute la gestion documentaire.La gestion du prêt est donc demeurée manuelle.Pourtant, les avantages engendrés par cette modernisation ne sont pas minimes : recherche automatisée, commande des documents facilitée, fonds documentaire élargi, harmonisation des pratiques, mutualisation des moyens, coordination par un administrateur unique (la Bibliothèque universitaire centrale).Elle est bien loin, cette période d'hétérogénéité des pratiques et des normes dans les bibliothèques universitaires du Bénin.Les limites ne sont pas moins multiples : panne de serveur, lenteur du débit Internet, pannes fréquentes de l'alimentation électrique, difficultés à générer la liste des usagers inscrits, prêt automatisé impossible, etc.Devant cette situation, seules les bibliothèques aux spécialistes de l'information plus entreprenants réussissent à exploiter au mieux cette réforme.Ainsi en est-il de la bibliothèque de la Faculté des sciences agronomiques (FSA) qui, sur la base de cette mutualisation virtuelle des fonds, a pu créer avec la Faculté des sciences et techniques (FAST) et l'École polytechnique d'Abomey-Calavi (EPAC) un fonds spécialisé sur l'eau et l'assainissement, le PROFEAU (Projet de formation en eau), grâce à la coopération néerlandaise en 2010.Mieux encore, la bibliothèque de la FSA a procédé, sur financement français (projet SIST : Système d'information scientifique et technique), à une numéri- 56 HORS THÈME * ws MINISTERE DE L'FNSFIGNFMFNT I / Dmirtmi.- , .\t.f SUPERIEUR ET OE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE i|.llllrr, -^ilinih-iuuE\tS UNIVERSITE DABOMEYCAUWl?BIBLIOTHEQUE DI lUHMt 04 BP: 789 COTONOU TEL 229 2136 0101 Emoihbu @ bu.uac.bj Sit^Web * itift m - ¦SSas*?.\u2022b'Siwî mmm V;'» : -\t- ¦ i&hfiù'à'JÊ \u2022sssv'îïva mm SHK S3® ; \t iRSPC\u2019^i r I;/?i \u2022 v-, I *.'-v - J sation totale de la littérature grise à travers la mise en ligne des thèses et mémoires produits à la faculté.Il en est de même de la bibliothèque juridique de la Faculté de droit, qui a adopté une politique d'informatisation propre à elle en adoptant le logiciel PMB pour sa propre base de données.En perspective, l'UNESCO envisage également un «entrepôt électronique» pour permettre aux enseignants de soumettre à distance leurs travaux de recherche à un dépôt institutionnel, à l'adresse invenio.uac.bj, sous la coordination d'un administrateur local de l'université.Il s'agit d'un vaste projet sous-régional d'un montant de 12 millions de dollars lancé le 11 février 2011.Les mutations n'ont pas beaucoup mis l'accent sur le «stockage et la mise à disposition de l'information numérique» qu'induisent les opérations d'informatisa- Peu d\u2019appareils de stockage et de lecture, tels que scanneurs, imprimantes, écrans de visualisation, photographie numérique, CD-Rom, DVD, revues et livres électroniques, sites web, etc., sont disponibles.La mise à disposition des rares documents électroniques est fortement dépendante des institutions occidentales.tion (Alain Jacquesson, Alexis Rivière, 2005).Peu d'appareils de stockage et de lecture, tels que scanneurs, imprimantes, écrans de visualisation, photographie numérique, CD-Rom, DVD, revues et livres électroniques, sites web, etc., sont disponibles.La mise à disposition des rares documents électroniques est fortement dépendante des institutions occidentales.Ce qui confirme ainsi les propos de Bernard Dione (2004) : « L'approvisionnement des bibliothèques du Sud en ressources électroniques est assuré aujourd'hui essentiellement par des initiatives du Nord».Car l'accès à l'information scientifique est assez coûteux et peu de bibliothèques universitaires en Afrique ont les budgets adéquats pour s'en procurer, si ce n'est grâce à des projets de coopération comme PERI (Programme for the Enhancement of Research Information) de l'INASP, HlNARl (Health interNetwork Access to Research Ini-z O tiative) de l'OMS, ACU (Association of Commonwealths Universities), HIGHWIRE, AGORA et TEEAL (The Essentiel | < Electronic Agricultural Library), des programmes offrants; un accès gratuit ou à faible coût à l'information scienti-^ fique pour les pays en développement.\t| Les usagers, souvent des enseignants, habitués aux revues et aux bibliographies spécialisées argus/hiver 2013 - 57 À l'analyse, cette informatisation des bibliothèques universitaires, grâce à la coopération internationale, affiche une dépendance dont les conséquences se révèlent très vite avec l\u2019arrivée à terme des financements des partenaires internationaux.reçues en imprimés, ont eu du mal à s'habituer à la documentation numérisée, comme cela s'est constaté dans certaines bibliothèques françaises lors des premières opérations d'informatisation (Daniel Renoult, 1994, p.151).C'est donc dire qu'il faut «faire les bibliothèques universitaires au rythme des universités».À l'analyse, cette informatisation des bibliothèques universitaires, grâce à la coopération internationale, affiche une dépendance dont les conséquences se révèlent très vite avec l'arrivée à terme des financements des partenaires internationaux.Certaines universités, comme l'UCAD du Sénégal, tentent de faire face à la situation en s'efforçant chaque année d'allouer un budget conséquent aux unités documentaires universitaires pour respecter le taux d'affectation (au moins 5% du budget universitaire) exigé par l'UNESCO aux bibliothèques universitaires.Ainsi constate-t-on que c'est la coopération belge qui a permis les migrations vers un fonds commun pour les établissements.C'est la coopération néerlandaise qui a permis la mise en commun des ressources en eau.C'est l'UNESCO qui envisage «un entrepôt virtuel pour les inventions».Les problèmes récurrents de ces programmes supportés par la coopération internationale sont déjà apparents : difficultés de formation des nouveaux spécialistes à ces logiciels à cause de la mobilité et du non-recrutement du personnel technique des bibliothèques, manque de ressources financières, problèmes de renouvellement, voire de maintenance des équipements, problèmes de l'actualisation régulière des bases de données, etc.Une situation qui nécessite la prise en charge par l'instance académique elle-même ou le gouvernement central de toute la politique universitaire en matière d'informatisation.Ce qui repose la problématique dégagée au colloque du CODESRIA en septembre 2004 à Dakar (B.Dione, 2004) : «la redéfinition de la mission des bibliothèques universitaires africaines».stesonon@yahoo.fr Documentaliste-communicateur, diplômé d'un master en sciences de l'information et de la communication; chargé de la communication et de la valorisation des recherches à la Faculté des sciences agronomiques de l'Université d'Abomey-Calavi. HORS THÈME De la nécessité d'un espace distinct réservé à la Collection nationale de diffusion YVON-ANDRÉ LACROIX/ Rarement une décision engage autant un gestionnaire comme celle que j'ai prise en 1999 dès mes premiers mois à la haute direction de la Grande Bibliothèque du Québec (GBQ)1.Une décision rationnelle et fondée où seront pourtant mis en doute notamment un modèle reconnu d'organisation bibliothéconomique des collections, ma crédibilité professionnelle et l'autorité de la présidente-directrice générale de la GBQ, Lise Bisson-nette.En 1999, l'une des nombreuses urgences de la petite équipe de la GBQ est de finaliser le Programme des activités et des espaces2, document complexe et volumineux indispensable à l'élaboration d'une vision de la part des firmes d'architectes qui participeront dans les prochains mois au Concours international d'architecture de la GBQ.Ce Programme prévoit l'intégration, L\u2019enjeu inclut et dépasse la stricte bibliothéconomie et fait appel à l\u2019importance identitaire d\u2019une collection locale, régionale ou nationale [.].côte à côte sur les rayons, des exemplaires provenant de deux collections et ayant deux statuts distincts de circulation, soit un exemplaire de prêt de la Collection universelle de prêt rangé à côté d'un exemplaire de consultation sur place de la Collection nationale de diffusion.La première collection est classifiée en Dewey et la seconde en LC, ce qui suppose évidemment une reclassification fort onéreuse de cette dernière en Dewey.Cette fusion complète implique qu'aucun espace spécifique n'est réservé conformément au mandat de la mission « nationale » de la GBQ et à l'expression de i'identité nationale, qu'aucune visibilité significative ni aucune mise en valeur particulière ne sont prévues à la constitution d'« une vitrine privilégiée pour l'édition québécoise » pourtant annoncée dans le Programme3.Donc, dès mon arrivée en tant que directeur général de la bibliothéconomie, j'avise Lise Bissonnette des répercussions bibliothéconomiques, architecturales et nationales, de cette organisation très singulière qui annonce la dispersion et la disparition de ia Collection nationale de diffusion dans un anonyme fourre-tout.Celle-ci comprend bien que si rien n'est modifié avant le lancement du concours et la mise en chantier du bâtiment, il deviendra absolument impossible par la suite de placer l'espace minimal de 2000 m2 requis pour loger ensemble la Collection nationale de diffusion.À sa demande, je rédige une mise à jour du Programme en avril 1999, y ajoutant une section pour la Collection nationale de diffusion4.Les trois bibliothécaires membres du conseil d'administration de la GBQ s'opposent vivement à des collections séparées5 pour des raisons étonnantes et en contradiction avec ce qui se fait de longue date dans les milieux bibliothéconomiques internationaux et au Québec, notamment à la Bibliothèque centrale de ia Ville de Montréal.Cet épisode s'insère dans le contexte paradoxal du projet porteur de la GBQ unanimement adopté par les députés de l'Assemblée nationale et par ailleurs décrié par les milieux bibliothéconomiques et journalistiques.En juin, je rédige donc un argumentaire explicatif6 où j'ai la tâche désagréable de démontrer l'évidence que 1 + 1 font 2, que l'addition d'une Collection universelle de prêt et d'une Collection nationale de diffusion font bel et bien deux collections et non une collection.L'enjeu inclut et dépasse la stricte bibliothéconomie et fait appel à l'importance identitaire d'une collection locale, régionale ou nationale et à la place, pour une communauté ou une nation, qu'une telle collection se doit d'occuper dans une argus/hiver 2013 - 59 : wi~ ?KidrWy-i! if\tJlif ik\u2014 ' l! \u2014HI HORS THEME bibliothèque.Sont en cause ici la mémoire et l'âme, l'héritage d'une communauté ou d'une nation.Une bibliothèque a mandat d'exprimer l'identité de son milieu et nulle autre n'est meilleure à cet égard que la longue tradition bibliothéconomique nord-américaine.Normal donc que, par la GBQ, le Québec témoigne de son existence, de son histoire et de sa culture et, ce faisant, réfute définitivement Lord Durham qui écrivait en 1839 que les Canadiens-français « sont un peuple sans histoire ni littérature ».Le temps presse.Lise Bissonnette défend vigoureusement ma vision et mon expertise professionnelle dans le domaine.Archiviste, bibliothécaire professionnel et historien, j'ai une connaissance étendue de l'orga- nisation d'une collection d'histoire locale dans une bibliothèque publique.En 1983, j'aménage la salle « Brossardana »7 et y dépose les premiers documents patrimoniaux rassemblés pour marquer les 25 ans de la très jeune histoire de la Ville de Brossard dont je dirige le service de la bibliothèque.Sont soigneusement appliquées les recommandations du Local History Committee de l'American Library Association que respectent scrupuleusement des milliers de bibliothèques américaines : « local history collections should be established in an identifiable place, separate from the other collection of the library (.) an area secure from theft with proper provisions for monitoring the materials.8 » Au printemps 1999, je visite les plus récentes constructions de grandes bibliothèques publiques des États-Unis, des bibliothèques publiques et nationales des Pays-Bas et de la Scandinavie9.San Francisco possède sa « San Francisco Room » sur l'histoire de la ville, Phoenix offre son « Arizona Room » réservé aux documents portant sur l'histoire et la culture de tout le territoire de l'État de l'Arizona, Denver consacre une superficie importante à son impressionnante « Western History Room » et à sa collection de documents relatifs à l'histoire de l'immense territoire à l'ouest du Mississipi.À la Bibliothèque municipale de La Haye, l'espace « Antilliana » rassemble des documents sur les Antilles néerlandaises tandis qu'à Reykjavik une émouvante salle de la Bibliothèque nationale et universitaire d'Islande rend disponible sur place tous les documents « Islandica », incluant l'un des quatre exemplaires du dépôt légal islandais.PHOTO : BERNARD FOUGÈRES 7 63^7686818643057 7 843^ 735473573^^9 991 HORS THÈME Il est important de souligner que même la Bibliothèque centrale de la Ville de Montréal respecte, pour ses deux plus importantes collections, une localisation distincte dans l'immeuble de la rue Sherbrooke : les vastes magasins hébergent la Collection universelle de prêt et le sous-sol abrite la salle Gagnon, renommée pour sa Collection patrimoniale de Canadiana.Ces deux collections sont classifiées en Dewey et non accessibles directement aux-usagers sauf une partie de la Collection universelle au début des années 1980.Je suis étonné par l'exhaustivité des collections patrimoniales ou nationales des bibliothèques visitées, fasciné par l'ampleur de l'espace distinct et en accès contrôlé pour leur consultation sur place, séduit par le soin apporté à l'aménagement et à la qualité du mobilier.Ces espaces affirment avec éloquence l'identité d'une société ou d'un peuple.Les architectes de la GBQ assimilent par la suite si bien ce concept qu\u2019ils le traduisent par la magnifique métaphore des deux chambres de bois empruntée à un roman d'Anne Hébert et dont Tune des chambres est consacrée à la Collection nationale de diffusion.Cet espace distinctif, remarquablement esthétique et hautement symbolique de l'identité du Québec, suscite autant la fierté des Québécois que l'admiration des étrangers qui le fréquentent.Tout au long de cette année cruciale, j'ai eu la certitude d'avoir préconisé la seule option professionnelle et citoyenne judicieuse et pertinente.En effet, à l'automne 1999, une nouvelle version du Programme est adoptée à l'unanimité par le conseil d'administration et inclut dorénavant un espace distinct pour la Collection nationale .« Le dénouement heureux de cette histoire permet à la GBQ de gagner une crédibilité et une autorité qui lui seront précieuses pour la suite des choses.Un autre combat est gagné.» Tout au long de cette année cruciale, j'ai eu la certitude d'avoir préconisé la seule option professionnelle et citoyenne judicieuse et pertinente.Émotion de saine satisfaction du gestionnaire aussi présente aujourd'hui puisque les circonstances ont voulu que la bibliothécaire actuellement responsable de la Collection nationale de diffusion soit ma fiancée.yalacroix@gmail.com Yvon-André Lacroix, directeur général de la diffusion de BAnQ de 1999 à 2003 1.\tLa fusion de la BNQ avec la GBQ a lieu en 2002.La fusion avec les Archives nationales du Québec a lieu en 2006 pour former BAnQ.2.\tLa Grande bibliothèque du Québec.Programme des activités et des espaces.Montréal, Conseil provisoire Grande bibliothèque du Québec, mai 1998.363p.3.\tIbid., p.24 4.\tLa Grande bibliothèque du Québec.Programme des activités et des espaces, Montréal, avril 1999, version révisée de la mise à jour d'août 1998.384p.5.\tLire le résumé de cette question aux pages 190 à 194, « Un enjeu majeur : des collections réunies ou séparées ?» dans Denis Goulet, Bibliothèque et Archives nationales du Québec : un siècle d'histoire, Montréal, BAnQ et Fides, 2009.357 p.6.\tDe la mise en valeur d'une collection patrimoniale, Montréal, Grande bibliothèque du Québec, 1999.26 et 6p.7.\tCes « Guidelines » de 1979 sont toujours en vigueur.Voir les articles 4.1 à 4.7 de la dernière édition de mai 2012 approuvée par la Reference and User Services Association et accessible en ligne à : www.ala.org/rusa/resources/guide-lines/guidelinesestablishing 8.\tÀ titre aussi bien privé que professionnel, je n'ai eu cesse de visiter petites, moyennes et grandes bibliothèques du monde occidental.9.\tGoulet, p.194.argus/hiver 2013-61 CONGRÈS DES MILIEUX DOCUMENTAIRES 2012 Bien qu'une très vaste majorité de nos lecteurs semblent apprécier ie virage éditorial entrepris par nos prédécesseurs, quelques voix ont déploré une baisse du niveau en ce qui a trait au contenu depuis que nous avons pris la relève.Parce que nous n'aimons pas la chicane, nous avons décidé de les conforter dans leurs perceptions en vous offrant ici un florilège des rencontres faites au dernier congrès des milieux documentaires, un vox pop digne des fameuses soirées de gala publiées dans La semaine ou le 7 jours.En espérant que cela vous amuse.Ou pas.Vox pop PROPOS RECUEILLIS PAR MAUDE L A P L A N T E - D U B É ET JOACHIM LUPPENS CHRISTIAN ST-ONGE Bibliothécaire responsable | Bibliothèque municipale de Mascouche ON VOUS DONNE 30 SECONDES POUR «PLOGUER» UN PROJET QUI VOUS TIENT À CŒUR, QUEL SERAIT-IL?La place des aînés dans les bibliothèques.Je fais un projet une fois par mois pour les aînés.C'est une activité en après-midi où on présente un film et de la documentation sur une thématique ainsi que des conférences sur des sujets liés aux aînés.Ce ne sont pas seulement des sujets gériatriques, ça peut être humoristique, toucher au bénévolat, etc.VOUS EST-IL DÉJÀ ARRIVÉ DE VOUS ENDORMIR DURANT UNE CONFÉRENCE?Oui.faut pas que je dise laquelle, hein! De toute façon, je ne m'en souviens pas, je dormais!! PENDANT UNE CONFÉRENCE, ÊTES-VOUS PLUS DE TYPE FACE-BOOK, TWITTER OU ATTENTIF?Héhé.Facebook.MARIE DÉSILETS Conseillère en ressources documentaires | Direction associée - bibliothèques de Montréal ON VOUS DONNE 30 SECONDES POUR «PLOGUER» UN PROJET QUI VOUS TIENT À CŒUR, QUEL SERAIT-IL?L'intégration des nouveaux arrivants dans nos bibliothèques grâce à des programmes qui sont ludiques.PENDANT UNE CONFÉRENCE, ÊTES-VOUS PLUS DE TYPE FACEBOOK, TWITTER OU ATTENTIF?Entre Facebook et attentif.On essaye d'être attentif! VOUS PARTICIPEZ AU CONGRÈS PARCE QUE : A.\tVOTRE PATRON VOUS Y OBLIGE B.\tC'EST UNE EXCELLENTE PLACE POUR «CRUISER» C.\tIL Y A DU CAFÉ ET DES BEIGNES Deux des trois, mais je ne dirai pas lesquels! VICKY GAGNON-MOUNTZOURIS Responsable des services de bibliothèque | Bibliothèque de l\u2019École de technologie supérieure ON VOUS DONNE 30 SECONDES POUR «PLOGUER» UN PROJET QUI VOUS TIENT À CŒUR, QUEL SERAIT-IL?Tribune Compétences informationnelles, un blogue qui parle de culture de l'information et des formations que l'on donne en bibliothèque universitaire en particulier, mais d'autres milieux aussi, tribuneci.wordpress.com QUEL SERAIT LE LIEU IDÉAL POUR TENIR UN CONGRÈS?Le Japon, parce que c'est « funky »! VOUS PARTICIPEZ AU CONGRÈS PARCE QUE : A.\tMON PATRON M'Y OBLIGE B.\tÇA ME FAIT DES VACANCES DU TRAVAIL, DES COLLÈGUES ET DES USAGERS C.\tC'EST UNE EXCELLENTE PLACE POUR «CRUISER» D.\tLE CONGRÈS AURAIT BEAUCOUP PERDU DE SON PRESTIGE SI JE N'AVAIS PAS PARTICIPÉ Clairement la dernière.Tous ceux qui ne sont pas au Congrès, qu'est-ce qu'ils lisent?Ce qui se passe sur Twitter! Si je n'écris pas, que se passe-t-il?62 CONGRÈS DES MILIEUX DOCUMENTAIRES 2012 NATHALIE MARTIN Bibliothécaire | Direction associée -bibliothèques de Montréal SI VOUS AVIEZ À PRONONCER UNE CONFÉRENCE SUR UN SUJET QUI VOUS PASSIONNE, QUEL SERAIT-IL?Ce serait probablement au sujet des services pour les jeunes.Je travaille beaucoup sur ce genre de projet.On a de nouveaux projets qui sont biens.On se rend compte qu'en concevant des services aux jeunes, on peut aller chercher un autre type de clientèle, soit des adultes en alphabétisation ou des nouveaux arrivants.C'est super intéressant.QUEL SERAIT LE LIEU IDÉAL POUR TENIR UN CONGRÈS?Dans les Antilles, quelque part où il fait chaud, sur la plage! VOUS EST-IL DÉJÀ ARRIVÉ DE VOUS ENDORMIR DURANT UNE CONFÉRENCE?Non, pas pendant une conférence, mais dans certains cours à la maîtrise.JEAN-PHILIPPE POULIOT Conseiller en information documentaire | Université du Québec à Chicoutimi SI VOUS AVIEZ À PRONONCER UNE CONFÉRENCE SUR UN SUJET QUI VOUS PASSIONNE, QUEL SERAIT-IL?Le rôle du bibliothécaire formateur en contexte universitaire.Je travaille dans ce milieu et c'est un nouveau mandat du métier.Il faut penser, pour le futur, à des méthodes pédagogiques alternatives, c'est le créneau qui m'intéresserait.PENDANT UNE CONFÉRENCE, ÊTES-VOUS PLUS DE TYPE FACE-BOOK, TWITTER OU ATTENTIF?Twitter, définitivement! VOUS PARTICIPEZ AU CONGRÈS PARCE QUE : A.\tMON PATRON M'Y OBLIGE B.\tÇA ME FAIT DES VACANCES DU TRAVAIL, DES COLLÈGUES ET DES USAGERS C.\tIL Y A DES BEIGNES ET DU CAFÉ GRATUITS D.\tJ'AI TOUJOURS VOULU VOIR MONTRÉAL AU MOINS UNE FOIS DANS MA VIE C.non, non! Est-ce que je peux rajouter un E?C'est un endroit pour se ressourcer et pour revoir des connaissances de l'EBSI et des gens de certains milieux qu'on j n'a pas l'occasion de rencontrer lors des séances de perfectionnement durant l'année.En fait, c'est le caractère rassembleur de l'événement, on peut prendre le temps de discuter; ça, c'est super intéressant.On parle beaucoup de collaboration, c'est un lieu idéal pour l'entamer, la poursuivre, la provoquer.MAXIME BEAULIEU Bibliothécaire responsable | Bibliothèque du Mile-End - bibliothèques de Montréal SELON VOUS, QUEL PRÉSENTATEUR OU QUELLE PRÉSENTATRICE A LE PLUS «ROCKÉ» AUJOURD'HUI?Mme Leblanc, de la Commission scolaire des Phares de Rimouski, pour son dynamisme, son enthousiasme et son énergie contagieuse.Dans sa présentation, elle expliquait comment les bibliothécaires et les conseillers pédagogiques ont réussi à bien travailler ensemble, à former une équipe très dynamique et intéressante.PENDANT UNE CONFÉRENCE, ÊTES-VOUS PLUS DE TYPE FACE-BOOK, TWITTER OU ATTENTIF?Attentif, entre les communicateurs de Gmail.VOUS EST-IL DÉJÀ ARRIVÉ DE VOUS ENDORMIR DURANT UNE CONFÉRENCE?Quasiment.tout à l'heure, le «postlunch» a été difficile! MAGDALENA MICHALOVSKA Chef de division | Bibliothèques d\u2019Anjou - bibliothèques de Montréal SELON VOUS, QUEL PRÉSENTATEUR OU QUELLE PRÉSENTATRICE A LE PLUS «ROCKÉ» AUJOURD'HUI?La gang de BAnQ, ils étaient super intéressants, super passionnés par ce qu'ils font.Ils parlaient de leurs services en général.QUEL SERAIT LE LIEU IDÉAL POUR TENIR UN CONGRÈS?Ça dépend de la saison.Si on le fait l'été, au bord de la mer.Si c'est l'hiver, dans les Alpes.À l'automne, durant l'été indien dans le Nord du Québec.Non, sérieusement, c'est très pratique qu'il soit à Montréal.pour les Montréalais.Perspective montréalaise! argus/hiver 2013 - 63 CONGRÈS DES MILIEUX DOCUMENTAIRES 2012 PENDANT UNE CONFÉRENCE, ÊTES-VOUS PLUS DE TYPE FACE-BOOK, TWITTER OU ATTENTIF?Attentif.Je trouve ça vraiment triste que les gens ne respectent plus les conférenciers.La moitié de la salle est sur ses courriels, sur Facebook.On critique les enfants qui n'écoutent pas en classe et qui sont rivés à leur téléphone alors que l'on fait la même chose.OLIVIER HAMEL Bibliothécaire | Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys ON VOUS DONNE 30 SECONDES POUR «PLOGUER» UN PROJET QUI VOUS TIENT À CŒUR, QUEL SERAIT-IL?C'est la raison pour laquelle je suis ici, pour affronter des hordes de bibliothécaires scolaires qui restent dans leur bureau.Je suis ici pour défendre la médiation, l'animation du livre auprès des jeunes.C'est mon combat, ma lutte existentielle.Je vais tout faire pour convaincre les bibliothécaires de sortir de leur bureau pour être dans les classes.PENDANT UNE CONFÉRENCE, ÊTES-VOUS PLUS DE TYPE FACEBOOK, TWITTER OU ATTENTIF?Facebook.VOUS PARTICIPEZ AU CONGRÈS PARCE QUE : A.\tMON PATRON M'Y OBLIGE B.\tÇA ME FAIT DES VACANCES DU TRAVAIL, DES COLLÈGUES ET DES USAGERS C.\tC'EST UNE EXCELLENTE PLACE POUR «CRUISER» D.\tLE CONGRÈS AURAIT BEAUCOUP PERDU DE SON PRESTIGE SI JE N'AVAIS PAS PARTICIPÉ J'hésite entre C et D.Si je n'étais pas là, il y aurait moins de prestige et de toute façon les filles seraient déçues que je ne sois pas présent.C'est donc un mélange des deux! LOUISE GUILLEMETTE-LABORY Directrice | Direction associée - bibliothèques de Montréal savoir parce que les SI VOUS AVIEZ À PRONONCER UNE CONFÉRENCE SUR UN SUJET QUI VOUS PASSIONNE, QUEL SERAIT-IL?Je viens de le faire! Il s'agit du rôle d'une bibliothèque publique dans une société du bibliothèques ont à apporter une contribution fondamentale, hautement stratégique pour le développement des collectivités.De plus en plus, le pouvoir et la prospérité des villes se développent à partir du savoir.Maintenant, ce sont les villes qui sont porteuses de cette idée de société du savoir et ces villes sont en compétition les unes avec les autres.Montréal se positionne très bien, mais si elle veut maintenir sa position, il faut qu'elle investisse dans son réseau de bibliothèques.La première et seule véritable responsabilité de la ville vis-à-vis du savoir, c'est son réseau de bibliothèques qui est en contact avec les citoyens.VOUS EST-IL DÉJÀ ARRIVÉ DE VOUS ENDORMIR DURANT UNE CONFÉRENCE?Je pense que je m'endors pendant toutes les conférences, je pense que je me suis même déjà endormie pendant une de mes conférences! Ce n'est pas parce qu'elles ne sont pas intéressantes, mais je manque cruellement de sommeil! PENDANT UNE CONFÉRENCE, ÊTES-VOUS PLUS DE TYPE FACEBOOK, TWITTER OU ATTENTIF?Je sors du placard, je ne connais pas le dernier outil que vous venez de nommer.Ah! Je pensais que c'était une nouvelle plateforme! Je suis une migrante numérique, moi, et il y a tant de nouveaux outils qui sortent! Je suis plus les tweets; dans Facebook, il y a trop de distractions.JEAN-FRANÇOIS CUSSON Chargé de projet | Pretnumerique.ca SELON VOUS, QUEL PRÉSENTATEUR OU QUELLE PRÉSENTATRICE A LE PLUS «ROCKÉ» AUJOURD'HUI?C'est moi-même, par ma seule présence, même si je n'ai pas fait de conférence.PENDANT UNE CONFÉRENCE, ÊTES-VOUS PLUS DE TYPE FACEBOOK, TWITTER OU ATTENTIF?Les trois à fois.Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas être attentif tout en étant à la fois sur Facebook et Twitter.QUEL SERAIT LE LIEU IDÉAL POUR TENIR UN CONGRÈS?C'est correct ici.C'est sûr que le lieu idéal, ce serait dans un endroit reculé où tout le monde serait dans le même gros hôtel pendant une fin de semaine et ça dégénérerait un peu.Ça donnerait du piquant et ça serait vraiment intéressant.On pourrait peut-être envisager de faire le prochain Congrès à Malartic ou à Baie-Comeau.X CONGRÈS DES MILIEUX DOCUMENTAIRES 2012 Prix Innovation 2012 des services documentaires du Québec (bibliothèques et centres d'archives) MAUDE LAPLANTE-DUBE Remis lors du Congrès des milieux documentaires 2012, le prix Innovation des services documentaires du Québec (bibliothèques et centres d'archives) a pour objectif de donner une visibilité à des projets originaux et de contribuer au rayonnement de l'innovation dans les services documentaires du Québec.Exceptionnellement cette année, deux projets ont retenu l'attention du jury et ont été récompensés ex aequo.GÉ0INDEX+ DE LA BIBLIOTHÈQUE DE L\u2019UNIVERSITÉ LAVAL La Bibliothèque de l'Université Laval a reçu le prix pour le projet Géolndex+, une plateforme de découverte, de consultation et d'extraction de données géospatiales.Il s'agit de la seule plateforme d'accès aux données géos-patiaies en Amérique du Nord qui combine à la fois un puissant moteur de recherche textuelle sémantique et un moteur de recherche spatiale performant.L'outil est présenté dans une interface Web cartographique conviviale et possède un caractère interactif.Le jury a notamment apprécié la haute qualité de réalisation de Géolndex+, en dépit de sa complexité, la présentation claire du projet et de ses retombées pour l'enseignement et la recherche, ainsi que l'aspect novateur du projet destiné à un grand rayonnement au Canada et à l'international.\tg Réalisé sous la gouverne de Rida Benjelloun, chef de la| section Recherche et Développements numériques et g spécialiste des moteurs de recherche, le projet a néces-5 sité des expertises de pointe diversifiées.Plusieurs £ membres de l'équipe de la Bibliothèque y ont contribué,§ O notamment les deux principaux concepteurs du projet : g Stéfano Biondo, bibliothécaire spécialiste des données s géospatiales et des documents cartographiques, et g Martin Ouellet, analyste de l'informatique et spécialiste en géomatique.Géoindex+ RÉSULTATS .>«*\u2022/\u2022» ®iAVAL QuttK COOTQ) (M) Géoindex+ RÉSULTATS H LAVAL % Y i ¦ CARTES DE IIASt W \u2018 o*xy******\t- V\".^ * L'interface de Géoindex+ dans son ensemble.3UtC*n20U (14) ?Affichage des bâtiments du campus de l'Université Laval provenant de la couche d'information géographique des bâtiments de la Ville de Québec (2011) superposée à la mosaïque de photographies aériennes de 1948.argus/hiver 2013 - 65 CONGRÈS DES MILIEUX DOCUMENTAIRES 2012 LE LIVRE-SERVICE DE CHRISTIAN-ROY LA BIBLIOTHÈQUE DE L'ASSOMPTION Projet initié par la Bibliothèque Christian-Roy de l'Assomption, Livre-Service est un point d'accès situé dans le secteur Saint-Gérard-Majella, à l'intérieur d'un dépanneur.Les abonnés du secteur peuvent y utiliser les services de la bibliothèque de façon complètement autonome.Ouvert au public depuis avril 2012, le service leur permet d'emprunter des documents, de réserver et d'utiliser un poste informatique, d'imprimer et de payer divers frais.Ils peuvent aussi y faire venir des documents de la bibliothèque centrale, puis les retourner à l'une ou l'autre des bibliothèques.Concept unique au Québec, Livre-Service permet aux abonnés de bénéficier des services de la bibliothèque sur un horaire élargi, pour un total de 124 heures par semaine.Depuis son ouverture, il a attiré 555 nouveaux abonnés et reçu plus de 16000 visites, soit environ 100 par jour.Selon la mairesse Louise! Francoeur, le projet [.] s'inscrivait dans les préoccupations de la Ville de L'Assomption de maintenir et de développer la qualité des services offerts et de favoriser l'accessibilité de la culture aux citoyens et citoyennes de ce secteur.Cette distinction vient confirmer sans contredit que nos efforts portent leurs fruits.Toutes nos félicitations aux récipiendaires 2012! SOURCES Site de la Bibliothèque de l'Université Laval Communiqué du Service des communications, Ville de L'Assomption maude.laplante@gmail.com Corédactrice en chef d'Argus X Local du libre-Service kvn-fTTiîTF; pr^8r;.Frf 66 SOURCE : BIBLIOTHÈQUE CHRISTIAN-ROY DE L'ASSOMPTION BIBLIOTHÈQUES IMAGINAIRES Formes et fonctions des bibliothèques imaginaires (3) I * MARIO TESSIER/ Dans le troisième billet de cette série de six articles sur la typologie des bibliothèques imaginaires, nous examinerons les thèmes des bibliothèques idéales et des labyrinthes.LA BIBLIOTHÈQUE IDÉALE Le paradis, à n'en pas douter, n'est qu'une immense bibliothèque.\u2014 Gaston Bachelard Étienne-Louis Boullée.Deuxième projet pour la Bibliothèque du Roi.1785.Un type de bibliothèque imaginaire que l'on retrouve de tout temps est la bibliothèque idéale.En effet, les lecteurs de toutes les époques ont imaginé la bibliothèque (le bâtiment, la collection ou l'institution) de leurs souhaits, celle que l'on désirerait posséder ou celle que l'on voudrait fréquenter.Qu'est qu'une bibliothèque idéale?Ce peut être, selon le sens qu'on en donne, une bibliothèque souhaitable, utopique, théorique, ou même paradigmatique.Une de ces bibliothèques idéales est celle de Gargantua (1534) de Rabelais.Dans cet ouvrage, Rabelais met en scène l'abbaye de Thélème.Le bâtiment fut en figure hexagone, en telle façon qu'à chacun angle était bâtie une grosse tour ronde, à la capacité de soixante pas de diamètre, et étaient toutes pareilles en grosseur et portrait.Depuis la tour Artice jusques à Crière étaient les belles grandes librairies en grec, latin, hébreu, français, toscan et espagnol, disparties par les divers étages selon iceux langages.La bibliothèque de Thélème, selon les plans établis par Gargantua lui-même, comprend d'innombrables ouvrages en grec, en latin, en hébreu, en français, en italien, en espagnol.À l'époque, la plupart des ouvrages étaient rédigés en latin, la langue des lettrés.Rabelais, quant à lui, réclamait l'autonomie pour les langues nationales.Les murs sont décorés de fresques évoquant l'histoire de la Terre et des hommes.Il est clair que les Thélémis-tes n'accéderont à une morale élevée, fondée sur la responsabilité personnelle et l'autodétermination, que s'ils acquièrent une haute culture.Plus tard, au Grand Siècle, le bibliothécaire de Mazarin, Gabriel Naudé (XVIIe s.) tente de donner vie à ses rêves de bibliothèque modèle, une mission que toute bibliothèque publique d'aujourd'hui souhaite réaliser : Une bibliothèque est ouverte à chacun et de facile entrée et fondée dans le but de n'en dénier jamais la communication au moindre des hommes qui pourra en avoir besoin.Que chacun puisse y entrer à toute heure et y demeurer tant qu'il lui plaira.Sur le plan pictural, Étienne-Louis Boullée (1728-1799), architecte utopiste et visionnaire, tentera de concevoir une bibliothèque idéale dans un projet d'agrandissement de ia bibliothèque royale (1785-1792).C'était le vieux rêve de Colbert de combiner et de centraliser dans un même lieu les branches variées de l'Académie, les collections d'histoire naturelle et les collections royales de peinture et de sculpture.La centralisation des collections était irréalisable pour des raisons qui ont été indiquées par Boullée : «le service [de la bibliothèque] serait lent à cause de la grande étendue à parcourir, la surveillance serait inquiétante à cause argus/hiver 2013 - 67 SOURCE : BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE FRANCE BIBLIOTHÈQUES IMAGINAIRES Au XIXe siècle, la bibliothèque idéale sera un lieu de socialisation et un havre de confort, qui fait irrésistiblement penser aux clubs privés que l'on vit s\u2019épanouir à l\u2019époque.de l'impossibilité d'apercevoir le public dans les galeries qui ont divers sens».Sa solution (basée en partie sur la peinture de Raphaël, L'École d\u2019Athènes) : transformer la cour, une fois recouverte d'un berceau en plein centre, en salle de lecture longue d'une centaine de mètres et large d'une trentaine.Celle-ci serait ainsi devenue la plus vaste bibliothèque d'Europe.La cour extérieure offre suffisamment de recul pour la lecture du texte des droits de l'homme, inscrit sur la façade.Symboliquement, la bibliothèque est située au centre de l'univers.Le toit, de forme semi-cylindrique, évoque la voûte céleste.Que dans ce vaste amphithéâtre, l\u2019on se figure des personnes placées sur divers rangs et distribuées de manière à se passer de main en main les livres; on conviendra que le service sera aussi prompt que la parole, sans que l'on ait d'ailleurs la crainte des dangers qui peuvent résulter des échelles.Malheureusement, ce projet utopiste restera utopique et ne verra jamais le jour.Au XIXe siècle, la bibliothèque idéale sera un lieu de socialisation et un havre de confort, qui fait irrésistible- Image du film Le nom de la rose (1986), l\u2019extérieur de la bibliothèque et de l'abbaye.ment penser aux clubs privés que l'on vit s'épanouir à l'époque.Ainsi, dans le roman utopique d'Edward Bellamy, Cent ans après, ou, L'an 2000, publié en 1888, les protagonistes s'installent dans de luxueux fauteuils de cuir se trouvant dans des alcôves tapissées de livres.Aujourd'hui encore, la bibliothèque idéale reproduit nos rêves.Par exemple, Garrison Keillor décrit la bibliothèque modèle dans un de ses essais {Edith Wharton and the war on terror, August 16,2005).On y décèle, certes, des désirs bien contemporains de confort et de facilité, mais aussi les poncifs d'autrefois : [.] la bibliothèque publique serait équipée de sofas en cuir, d'un bar de café espresso, et de bibliothécaires formés au massage par pression.Des colonnes grecques seraient bienvenues, ainsi qu'une paire de lions en pierre, une collection de livres rares, et un hall d'entrée de trois étages avec des planchers de marbre.Et une statue de Minerve.[.] des livres, des ordinateurs connectés à internet, une salle de cinéma, un sauna, une salle de relaxation [.] un stationnement souterrain, et la bienveillante bibliothécaire de référence dotée d'un chignon [.] Ces dames sont devenues rares et valent leur pesant d'or, [prairiehome.publicradio.org/features/ deskofgk/2005/old_scout/08/23.shtml] Comme on le voit, malgré le ton habituel mi-figue mi-raisin de l'auteur, on perçoit la persistance des stéréotypes classiques : colonnes grecques, lions de pierre rappelant ceux de la bibliothèque de New York et, même, une bibliothécaire à chignon! LE LABYRINTHE Cette capacité d'agencer, de classifier, de ranger nos connaissances - et sur laquelle est basée l'intellec-tion - détermine également le caractère premier d'une bibliothèque.Ce désir d'ordre est d'autant plus important que la bibliothèque se veut une image du monde, la représentation virtuelle, la structure schématique de l'univers.La bibliothèque est un cosmos construit uniquement de signes.À cette aspiration, sinon cette nécessité, d'une collection bien organisée, les écrivains ont souvent opposé des bibliothèques désordonnées, 68 BIBLIOTHÈQUES IMAGINAIRES dont les livres obéissent à un classement cryptique, dans des dédales de couloirs et d'allées encombrés par de hautes étagères difficiles d'accès, peuplés de bibliothécaires récalcitrants et dotés de livres contradictoires, qui ne sont en définitive que des labyrinthes de mots et de sens.La bibliothèque-labyrinthe la plus célèbre se trouve sans doute dans l'ouvrage d'Umberto Eco, Le nom de la rose (1980).Cette bibliothèque - la plus grande de la chrétienté - est construite comme un lieu secret, ayant pour but de la protéger des intrus.En 1327, alors que la chrétienté est divisée entre l'autorité du pape et celle de l'empereur, l'ex-inquisiteur Guillaume de Baskerville se rend dans une abbaye bénédictine, située entre la Provence et la Ligurie, accompagné par son secrétaire Adso de Melk.(Rappelons que le doyen des moines de l'abbaye se nomme Jorge de Burgos, une référence transparente à Jorge Luis Borges.) L'édifice comporte un plan labyrinthique octogonal ainsi que des chausses-trappes de toutes sortes.Le système de classification utilisé par le custos librorum, le gardien des livres, participe lui aussi, avec ses abréviations sibyllines, de cette entreprise de mystification et de confusion.La révolte des anges (1913) d'Anatole France met en scène la bibliothèque de la famille d'Esparvieu, où le bibliothécaire Sariette a institué un système de classement incompréhensible : Le système par lui conçu et appliqué était à ce point complexe, les cotes qu'il mettait aux livres se composaient de tant de lettres majuscules et minuscules, latines et grecques, de tant de chiffres arabes et romains, accompagnés d'astérismes, de doubles astérismes, de triples astérismes et de ces signes qui expriment en arithmétique les grandeurs et les racines, que l'étude en eût coûté plus de temps et de travail qu'il n'en faut pour apprendre parfaitement l'algèbre.On retrouve par ailleurs une multitude d'anges - encore eux - penchés sur les lecteurs de la staatsbibliothek de Berlin dans le film Les ailes du désir (1987) de Wim Wenders.Loin d'être des refuges paisibles pour le sage, les bibliothèques, sous la plume de Gérard de Nerval (Les filles du feu, 1854), sont hantées par des collectionneurs fantômes, des bibliophiles dérangés et d'énigmatiques bibliothécaires.Leurs catalogues incomplets et leurs livres manquants en font des labyrinthes susceptibles \u2022UM Les anges sur le parapet de la Staatsbibliothek de Berlin dans le film Les ailes du désir ( 1987).d'engendrer l'inquiétude et la morosité.Dans Tous les noms (1999) de José Saramago, le Registre central des naissances, mariages et décès est si vaste qu'un recherchiste se perd dans les catacombes labyrinthiques, et on ne le découvre qu'une semaine plus tard, n'ayant survécu qu'en ayant ingéré une masse énorme de vieux documents! L'institut Warburg à l'Université de Londres constitue un exemple de ces dédales sémiotiques.Aby Warburg (1866-1929) - qui finit ses jours à l'asile d'aliénés - et son assistant Fritz Saxl, mirent sur pied cette institution dont la mission était d'illustrer les processus par lesquels la mémoire du passé influence une culture.Son Le classement singulier forçait le lecteur à emprunter un itinéraire précis dans sa recherche.C\u2019était le système de classification qui enfermait le lecteur dans une démarche de découverte documentaire.foyer d'étude était centré sur l'influence de l'Antiquité sur la civilisation européenne moderne dans tous ses aspects (social, politique, etc.).Warburg arrangea donc sa bibliothèque privée de Hamburg en fonction de ces critères.Pendant longtemps, la bibliothèque demeura un concept abstrait, concrétisé seulement par le fichier de classement.La bibliothèque comprenait quatre étages, reflétant les quatre catégories suivantes : action, orientation, mot et image.Le classement singulier forçait le lecteur à emprunter un itinéraire précis dans sa recherche.C'était le système de classification qui enfermait le lecteur dans une démarche de découverte documentaire.argus/hiver 2013 - 69 I BIBLIOTHÈQUES IMAGINAIRES « L'originiste » (1989) d'Orson Scott Card est une des rares histoires où le travail des catalogueurs est examiné avec intelligence.L'auteur décrit une bibliothèque du futur possédant un système d'indexation sophistiqué, préfigurant l'Internet, avec renvois et hypertexte.L'édifice de la civilisation, tout gigantesque qu'il soit, repose sur le travail minutieux des indexeurs, comme Une civilisation hautement évolue'e a mis au point une méthode d\u2019emmagasinage guantique de l\u2019information qui lui permet de conserver toute sa science dans un classeur.Mais ce sont les catalogues qui nécessitent un espace physique égal à plusieurs planètes! le montre le «MS fnd in a Lbry or the Day civilization collapsed» (Magazine of Fantasy and Science Fiction, December 1961) de Hal Draper, lui-même bibliothécaire de profession.Une civilisation hautement évoluée a mis au point une méthode d'emmagasinage quantique de l'information qui lui permet de conserver toute sa RÉFÉRENCES LA BIBLIOTHÈQUE IDÉALE Rabelais.Gargantua.Paris : Pocket, 2009, C1534.485 p.Edward Bellamy.Cent ans après, ou, L'an 2000.En Crausaz, Suisse : Infolio (Archi-graphy), C1888.304 p.LE LABYRINTHE Umberto Eco.Le nom de la rose.Paris : Grasset, 1990, C1980.548 p.Anatole France.La révolte des anges.Paris : Payot 8i Rivages, 2010, C1913.299 p.Gérard de Nerval.Les filles du feu.Paris : Gallimard, 2005, C1854.442 p.José Saramago.Tous les noms.Paris : Éditions du Seuil, 1999.270 p.Orson Scott Card.« L'originiste» (1989), Les Fils de Fondation : en hommage à Isaac Asimov.Anthologie présentée par Martin H.Greenberg.Paris : Pocket (Science-fiction ; 5583), 1995, C1993.511 p.Hal Draper.«MS fnd in aLbry, or the Day civilization collapsed», Magazine of Fantasy and Science Fiction, December 1961.science dans un classeur.Mais ce sont les catalogues qui nécessitent un espace physique égal à plusieurs planètes! Viendra un moment où une erreur d'indexation amènera la perte de la localisation du savoir original, qui à son tour causera l'effondrement de la civilisation galactique.En ces temps innocents, le problème n'était pas encore aigu.Plus tard, les groupes d'index furent organisés en Fichiers, et les Fichiers en Catalogues, de telle manière que, par exemple, C3F5I4 signifiait que vous désiriez un Index des Index des Index des Index à trouver dans un certain Fichier des Fichiers des Fichiers des Fichiers des Fichiers, lui-même contenu dans le Catalogue des Catalogues des Catalogues.Bien sûr, la numérotation effective était beaucoup plus élevée.Cette structure crût de manière exponentielle.Le pouvoir des indexeurs et l'importance des systèmes de classement indiquent peut-être qu'après tout, les bibliothécaires méritent d'être les maîtres secrets du monde! mariotessier@gmail.com 70 t J* vt\t*#' g BIBUIOTHÉCfliee AMHée UOMOUe _ HB\u2014MWw\u2014M\u2014 argus/hiver 2013 - 71 Bibl'°MVndo Monday une division de BiblioMondo, une division de Mondoln, innove constamme de satisfaire tous vos besoins logiciels incluant document: électroniques, SIGB, CAP, gestion de postes publics, hora employés et édition de livres électroniques.PortFol io Mïndo fflNetMedia mon VA WW MARTEL, UW ÔRAWP ÉCRIVAIW ?.' MOI AUSSI J'EW SUIS UW ! MOI AUSSI MES LIVRES SEROWT APAPTÉS AU CIWÉMA.ATTEWPEZ PE LIRE CELUI-LA.C'EST L'HISTOIRE T>'UW JEUWE SRILAWKAIS OUI, APRÈS UW WAUFRAGE, SE RETROUVE PAWS UW CAWOT PE SAUVETAGE EW C0MPA6WIE P'UWE VACHE.^^\\Janvie Janvier 2013 \t1\t2\t3\t4\t5\t6 7\t8\t9\t10\t11\t12\t13 14\t15\t16\t17\t18\t19\t20 21\t22\t23\t24\t25\t26\t27 28\t29\t30\t31\t\t\t évrier 2013 je cherche l'Ame soeur PEPUIS PES AWWÉES, r/\tMAIS C'EST PUR OUAWP OW A UW HAWPICAP : JE SUIS BIBLIOTHÉCAIRE.\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t1\t2\t3 4\t5\t6\t7\t8\t9\t10 11\t12\t13\t14\t15\t16\t17 18\t19\t20\t21\t22\t23\t24 25\t26\t27\t28\t\t\t argus/hiver 2013 - 73 POUR PALLIER au RETRAIT DES COURS V'ÉVUCATION SEXUELLE DAWS LES ÉCOLES, J'AI DÉPLACÉ LES BD ÉROTIQUES POUR ADULTES DAWS LA SECTIOW JEUWES.ILS ME REMERCIERONT UN JOUR.®Mars2013 \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t1\t2\t3 4\t5\t6\t7\t8\t9\t10 11\t12\t13\t14\t15\t16\t17 18\t19\t20\t21\t22\t23\t24 25\t26\t27\t28\t29\t30\t31 vril 2013 PASSEURS DE SAVOIRS l'hoime est paisse pir Ie tiEsnin de saunir \u2014rnbert oppeiheimer INOUÏ ! ILS OUT MÊME MIS UNE CITATION DE L'IWVEWTEUP DE LA BOMBE ATOMIQUE \" \t\t\t\t\t\t 1\t2\t3\t4\t5\t6\t7 8\t9\t10\t11\t12\t13\t14 15\t16\t17\t18\t19\t20\t21 22\t23\t24\t25\t26\t27\t28 29\t30\t\t\t\t\t \u2014 venareai oamedi uimanche \t\t1\t2\t3\t4\t5 6\t7\t8\t9\t10\t11\t12 P13\t14\t15\t16\t17\t18\t19 rv) o\t21\t22\t23\t24\t25\t26 27\t28\t29\tO CO\t31\t\t VOUS ÊTES SÙR QUE C'EST UW LECTEUR OPTIQUE ?\"Juin 2013 C3 O \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t1\t2 3\t4\t5\t6\t7\t8\t9 10\t11\t12\t13\t14\t15\t16 17\t18\t19\t20\t21\t22\t23 24\t25\t26\t27\t28\t29\t30 argus/hiver 2013 - 75 QUAND JE VOIS LA QUANTITIÉ DE PUNAISES ET D'ENFANTS EN BIBLIOTHÈOUBS, JE ME DIS QUE J'AI PATé MA VOCflTIOU : J'AUPAIS DÛ DEVENU?EXTERMINATEUR Juillet 2013\tI «TV]\t\t\tCrk\\\t\t\t\t\t \t\u2014r\t\t\t\t\t\t 1\t2\t3\t\t4\t5\t6\t7 8\t9\t10\t\t11\t12\t13\t14 15\t16\t17\t\t18\t19\t20\t21 22\t23\t24\t\t25\t26\t27\t28 29\t30\t31\t\t\t\t\t DAMN /OU, MEUIl ! \u201coût 2013 magazine MeWil Dewey : b plus grand bibliothécaire de tous les temps \t\t\t\t\t\t \t\t\t1\t2\t3\t4 5\t6\t7\t8\t9\t10\t11 12\t13\t14\t15\t16\t17\t18 19\t20\t21\t22\t23\t24\t25 26\t27\t28\t29\t30\t31\t 76 LE FÉDÉRAL FAIT PASSER L'4
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