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Titre :
Interface : la revue de l'ACFAS
Éditeur :
  • Montréal (Québec) :Association canadienne-française pour l'avancement des sciences,1984-2000
Contenu spécifique :
Cahier 1
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Bulletin de l'ACFAS
  • Successeur :
  • Découvrir (Montréal, Québec)
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Interface : la revue de l'ACFAS, 1985-05, Collections de BAnQ.

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Volume 6, numéro 3 LA REVUE DES CHERCHEURS Mai-juin 1985 PER ,A-522 ix.2 MTERFACE actionnaire des oeuvres littéraires du Québec L’électrochimie moderne : son rayonnement et ses impacts Les discours contemporains sur la famille québécoise Face à face : THERESE GOUIN DÉCARIE Cerner l’intégration de l’enfant dans l’univers «sa Beechcraft Starship I PRATT & WHITNEY CANADA lft§§8S®| Il est splendide.Profilé et révolutionnaire.Conçus, mis au point et construits ici, Sa puissance provient de moteurs signés ils sont à rajouter aux 27 000 autres que l'on Pratt & Whitney Canada.retrouve dans 144 pays à travers le monde. S O M M R E Face à face THÉRÈSE GOUIN DÉCARIE Propos recueillis par Jean-Marc Gagnon 10 LE DICTIONNAIRE DES OEUVRES LITTÉRAIRES DU QUÉBEC 15 Alonzo Le Blanc L'ÉLECTROCHIMIE MODERNE: son rayonnement et ses impacts Guy Bélanger et Ashok K.Vijh LES DISCOURS CONTEMPORAINS 20 SUR LA FAMILLE QUÉBÉCOISE Anita Caron 26 Éditorial Université-industrie-laboratoires publics : LA TRIPLE- ALLIANCE, VERSION 1985 Jean-Marie Demers et Guy Arbour 6 Science et Politique LE RATTRAPAGE SCIENTIFIQUE EST-IL POSSIBLE?Gilbert Paquette 31 Modem LA SAGA DU SYSTEME MÉTRIQUE AU CANADA 35 Guy W.-Richard L'INTERACTION UNIVERSITÉS-INDUSTRIE : où en sommes-nous?Claude Lajeunesse 37 Gros Plan UN NOUVEAU SIECLE, UN NOUVEAU DÉPART : la transformation technologique d'Alcan Hélène G.Seni 39 100°C LE PARCOURS DU 3e CYCLE: l’université ne veut que les bons chevaux! Nicolas St-Cyr 43 Science inter Sophie Malavoy 45 Subventions et bourses 50 À suivre 52 Sources 55 Chercheurs recherchés 58 Édition :Association canadienne-française pour l’avancement des sciences Directeur : Guy Arbour Rédaction : Sophie Malavoy Conseil à l’édition : Jean-Marc Gagnon/Science-Impact Comité de rédaction : Josiane Ayoub, André Girard, Claude Hamelin, Marianne Kugler et Robert Stampfler Comité scientifique : Josiane Ayoub, Gérard Boismenu, André Girard, Claude Hamelin, Marianne Kugler, Fernand Labrie, Roger P.Langlois, Paul-André Linteau, Michel Normandin, Gilles Paquet, John Sichel et Robert Stampfler Publicité : Jean Bonin, Serpro International Inc.7063, boul.St-Michel, Montréal H2A 2Z6 Tél.: (514) 374-7000 Correction d’épreuves et typographie : Paul Paiement Graphisme : Marie-Josée McGowan Illustrations : Jacques Goldstyn Photo de la page couverture : Louis Pépin (Commanditée par le Conseil de la langue française Revue sans but lucratif, INTERFACE est publiée bimestriellement à l’intention des membres de la communauté scientifique par l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences, avec l’aide du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Science et de la Technologie du Québec.Les articles d’INTERFACE peuvent être reproduits sans autorisation à condition que l’origine en soit mentionnée.Pour toute demande de renseignements, s’adresser à l’ACFAS, 2730, Côte-Ste-Catherine, Montréal (Québec) H3T1B7 —Tél.: (514) 342-1411.Courrier de deuxième classe Enregistrement n° 6489 9 mai 1985 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Deuxième trimestre ISSN : 0826-4864 PRET POUR LAN 2000?À quinze ans à peine du 21e siècle, le Québec doit consentir d'importants efforts de recherche s'il veut s'affirmer dans les grands secteurs d'avenir.Pour ce faire, il a entre autres mis en oeuvre un Programme d’actions structurantes pour le soutien d’équipes de recherche liées au virage technologique.DÉJÀ.14,5 MILLIONS $ EN SUBVENTIONS Viennent d'être octroyées par le ministre de l'Enseignement supérieur de la Science et de la Technologie, M.Yves Bérubé, 12 subventions de l'ordre de 1 à 1,5 million $ réparti sur 5 ans; elles concernent les secteurs et les équipes suivantes: Biotechnologies : 1 nouvelles thérapeutiques des cancers hormonodépendants (Laboratoire de recherche en endocrinologie moléculaire, Faculté de médecine de TUni-versité Laval, sous la direction du Dr Fernand Labrie); 2 manipulations génétiques de plantes et de microorganismes appliquées à l'agriculture et à la foresterie (Faculté de foresterie et de géodésie de F Université Laval, sous la direction de M.Maurice Lalonde); 3 immobilisation des matériaux biologiques actifs (Centre de recherche sur les cellules et organes artificiels, Faculté de médecine de l'Université McGill, sous la direction du Dr Thomas Chang).Énergie.4 hautes températures et plasmas thermiques (une équipe de chercheurs de trois établissements — Université de Sherbrooke, Université McGill et INRS-Énergie — sous la direction de M.Maher Boulos).Informatique: 5 conception de circuits fiables à très grande échelle (Centre de recherche informatique de Montréal, sous la direction de M.Nicholas Reumin); 6 télématique (Centre de recherche informatique de Montréal, sous la direction de M.Gregor Bochmann).Nouvelles technologies électroniques: 7 conception et commande des manipulateurs roboti ques (Laboratoire de vision et de robotique, Faculté de génie, Université McGill, sous la direction de M.Pierre Bélanger); 8 développement de procédés, de techniques de fabrication et de techniques de caractérisation de matériaux électroniques (Groupe de recherche sur la physique et la technologie des couches minces École Polytechnique de Montréal et Université de Montréal, sous la direction de MM, Arthur Yelon et John Brebner).Transport: 9 conception assistée par ordinateur de systèmes véhiculaires pour l'industrie du transport du Québec (Groupe de recherche sur les systèmes véhiculaires, Département de génie mécanique, Université Concordia, sous la direction de M.Seshadri Sankar).Secteur ouvert: mines: 10 application de l'informatique à l'industrie minérale (Groupe de recherche en automatisation appliquée à l'industrie minérale, Faculté des sciences et de génie de l'Université Laval, sous la direction de M.Gilles Barbery).Secteur ouvert: matériaux polymériques et composites: 11 recherche appliquée sur les polymères (Centre de recherche appliquée sur les polymères.École Polytechnique et Université McGill, sous la direction de MM.Pierre Garreau et Musa Kamal) Secteur ouvert: pâtes et papier: 12 utilisation d'essences à croissance rapide (Centre de recherche en pâtes et papier, Université du Québec à Trois-Rivières, sous la direction de M.Jacques Valade).Gouvernement du Québec Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Science et de la Technologie - i Quinze nouveaux projets de recherchÆt m seront retenus d'ici septembre 1985 et une douzaine d autres l'année suivante.£e bud get total de ce Programme d'actions structurantes pour le soutien d'équipes de recherche liées au virage technologique est de 75 millions $ Æ mm sâf<#3ig PSiis a a u ci ÜH1 mKH INTERFACE / MAI-JUIN 1985 Q Professeur titulaire au Département de biologie de l'Université de Montréal, Jean-Marie Demers sera le nouveau président de YACF AS, à compter du 24 mai 1985.Guy Arbour est directeur général de Y ACF AS.Université-industrie-laboratoires publics : LA TRIPLE-ALLIANCE, VERSION1985 par Jean-Marie Demers et Guy Arbour ?Lorsqu’en 1119 fut instituée à Bologne la première université du monde, celle-ci pouvait sans doute se vanter de posséder les meilleurs outils et les meilleurs esprits de la planète.La société avait mis sur pied un instrument tout à fait élitiste qui remplissait une fonction sociale précise, celle de générer une main-d’oeuvre qui sache écrire, prêcher, plaider et emprisonner, suivant les doctes règles du savoir.Au tournant du second millénaire, l'université n’a ni le monopole des meilleurs esprits ni celui des meilleurs outils, et sa fonction sociale se trouve trop souvent atrophiée par les perspectives médiocres d’emploi qui s’offrent à ses diplômés.Sans reconnaissance du ventre, l’université y perd en reconnaissance tout court.Paradoxalement, l'« ignorance », que l’université a largement contribué à éliminer, était peut-être son plus important gage de crédibilité populaire et politique.À une époque où l’ivoire des tours doit se justifier vis-à-vis l’asphalte des routes, la seringue du médecin ou le chèque de chômage, le défi consiste de plus en plus à mieux définir la fonction économique de l’université et son rôle moteur.Avec le Rapport WrighV et le Forum entreprises-université2 3 4 5 6, une collaboration sans précédent s’annonce au Canada entre l'université et l’entreprise.Le dernier document, en particulier, a suggéré succinctement des « plans d’action », tant pour les entreprises que les universités (voir encadrés), lesquels méritent à notre avis un second regard.Le plus grand défaut de ce document est de tabler sur un plafonnement des ressources universitaires (p.79) incompatible, croyons-nous, avec une croissance de l’activité scientifique nationale.De plus en plus, il faudra que l’entreprise avide de savoir-faire se tourne vers une université empressée de l’aider.De plus en plus, il faudra qu’une université soucieuse d’être à la fine pointe de la connaissance se tourne vers les centres d’excellence de son milieu géographique, qu'ils soient industriels ou paragouvernementaux.Pourquoi une université ne décernerait-elle pas des doctorats en collaboration avec une entreprise, si celle-ci dispose, de toute façon, des meilleurs chercheurs et des meilleurs équipements ?Pourquoi cette industrie ne réclamerait-elle pas des subventions de recherche ?Plan d’action d’une université* 1 1.Définir une mission.Exemple: Créer des domaines d’excellence malgré la limitation des ressources 2.Choisir des domaines d’excellence • Inventaire des domaines de force et de faiblesse • Évaluation des besoins connexes sur le plan national et local • Sélection de domaines d’excellence et de domaines de retrait 3.Adopter des méthodesadministrativessouples • Contrôle centralisé des dépenses • Méthodesd’incitation qui récompensent la souplesse • Mobilisation d’appuis pour atteindre l’excellence • Adoption de programmes qui facilitent les compressions budgétaires et programmatiques (retraite anticipée, contingentement des inscriptions) 4.Édifier des domaines de spécialisation • Repérage des appuis possibles dans le milieu des affaires et amorce de dialogue avec les entreprises-clés • Affirmation de sa présence dans les domaines choisis (organisation de journées d’étude, de séries de conférences) • Création d’un centre ou d’un institut où sont intégrés les disciplines pertinentes • Achat, emprunt ou location d’équipements • Allocation ou obtention de fonds pour les nouveaux postes et les installations • Création de stimulants qui attirent de bons étudiants de 2e et 3e cycles • Centralisation des subventions et des contrats de recherche dans les domaines de spécialisation 5.Établir des relations avec les entreprises-clés dans les domaines d’excellence • Visites du campus, invitations de conférenciers afin de favoriser le dialogue entre le corps professoral et le personnel des entreprises • Exposition du plan à long terme et demande d’appui • Offre d’association, de relations suivies, d’accès aux résultats des recherches • Encouragement de la participation des milieux d’entreprise aux cours 6.Établir des relations avec l’industrie locale • Visites du campus • Inventaire des points forts et des points faibles de l’entreprise : - utilisation des points forts - offre de cours, de conférences et de conseils techniques pour pallier les points faibles INTERFACE / MAI-JUIN 1985 L’industrie,surtoutau Canada, n’est pas la seule entité à disposer de centres d’excellence.Les grands laboratoires d’État (CNRC, INRS, CRIQ, IRCM, IREQ.) constituent autant de centres naturels d’excellence interuniversitaires.L’Institut national de la recherche scientifique (INRS) bénéficie d’ailleurs de son affiliation au réseau de l’Université du Québec, qui décerne des diplômes à ses ouailles.Pourquoi d’autres universités n’en bénéficieraient-elles pas, permettant ainsi à l’INRS de mériter son « N » ?De la même façon, une semblable collaboration devrait exister entre le Conseil national de recherches et les universités canadiennes.Des équipes de chercheurs de certaines universités pourraient, par exemple, s’affilier à des laboratoires du CNRC ou vice-versa.Pourquoi le CNRC n’inaugure-t-il pas des laboratoires « associés » ou conjoints avec des universités canadiennes?Sommes-nous écartelés par des questions de juridiction fédérale-provinciale ?Les pages d’INTERFACE sont ouvertes à quiconque s’intéresse à ces questions, hélas plus nombreuses et surtout plus complexes que les réponses que nous pouvons leur apporter ! Une chose est certaine : les universités auront besoin de budgets suffisants pour réaliser leur nouvelle fonction sociale et économique.Il leur reste pour cela à abattre un des derniers remparts de l’ignorance : celui qui conduit l’opinion publique et, parfois, les politiciens à attribuer à l'université une fonction élitiste.?RÉFÉRENCES 1.OTTAWA, Rapport du groupe de travail sur les politiques et, programmes fédéraux de développement technologique, ministère d’État, Science et Technologie, juillet 1984,78 p., ISBN 0-662-92763-X.2.MAXWELL, J.et CURRIE, S., Ensemble vers l’avenir, Forum entreprises-universités, 1984,105 p., ISBN 0-920-429-01-7.Plan d’action d’une entreprise* 1 2 3 4 5 1.Définir le besoin de collaboration en fonction de la vocation de l’entreprise.Exemple: méthode de pointe de contrôle des coûts, indispensable au maintien d'une position concurrentielle 2.Identifier les champs de collaboration en fonction : • du domaine de spécialisation • du savoir-faire • des personnes-clés • des universités appropriées 3.Allouer des fonds en examinant les besoins de l’entreprise, du point de vue : • de sa taille • de l'importance de ses effectifs • de ses ressources internes en R&D 4.Adopter des programmes internes afin de décentraliser et de répartir les activités dans toute l’entreprise.Parmi les mécanismes de collaboration peuvent figurer : • des visites du campus • l'offre de chargés de cours praticiens • des programmes d'enseignement coopératif • des programmes d'aide aux étudiants de 2e et 3e cycles • des programmes conjoints de stages professionnels 5.Identifier les domaines nécessitant une plus grande collaboration, par exemple : a) La recherche commanditée au moyen • de contrats de recherche • d’association au sein d’un institut • d’une coentreprise b) L’amélioration de la qualité de l’enseignement au moyen • du financement d’une chaire • de dons d’équipements • de mise sur pied de cours crédités de perfectionnement 1.Extrait de Ensemble vers l’avenir, op.cit., p.81 2.Extrait de Ensemble vers l’avenir, op.cit., p.83 mil! A DEUX CAVA MIEUX! HH § > 3| CMQ-PME Mettons en commun votre connaissance du domaine et notre expérience de l’innovation industrielle.CRIQ CENTRE DE RECHERCHE INDUSTRIELLE DU QUÉBEC Ouest du Québec: (514) 694-3330 Est du Québec: (418) 659-1550 INTERFACE / MAI-JUIN 1985 AVIS AUX AUTEURS ?INTERFACE est une revue multidisciplinaire bimestrielle (relâche en juillet-août) éditée par T ACF AS pour les membres de la communauté scientifique.Elle publie des articles de recherche de même que des interviews, des opinions et des informations générales sur la recherche et les chercheurs.Il n’est pas nécessaire d’être membre de l'ACFAS pour y contribuer.Les textes publiés n'engagent que les auteurs et ne représentent pas nécessairement la position de l’ACFAS.Les articles de fond doivent être des bilans chargés de diffuser l’état des recherches dans un domaine particulier.Tout texte est systématiquement soumis à deux arbitres, trois en cas de litige.Sa clarté et son accessibilité constituent également des critères d’acceptation.Le sujet doit être introduit de façon à faire ressortir l’importance et l’intérêt des travaux effectués, comme leurs implications sociales, économiques et politiques.Il est opportun de situer la recherche par rapport aux autres travaux scientifiques et d’indiquer, le cas échéant, les limites atteintes et les développements possibles.Les chroniques Science et politique et Modem sont ouvertes à ceux et celles qui veulent commenter respectivement les affaires de politiques scientifiques et les questions de fond touchant la recherche.La chronique 100°C est une tribune largement ouverte aux étudiants diplômés qui désirent communiquer leurs expériences ou préoccupations.L’Éditorial est généralement rédigé sur invitation à partir des préoccupations du comité exécutif de l’ACFAS.Il ne représente pas nécessairement la position de l’Association.Toute personne peut toutefois proposer un projet d’éditorial.L’interview Face à Face, la revue des livres Sources, les capsules d'information Science Inter et la chronique Gros Plan sont du ressort de l’équipe de rédaction d’INTERFACE.Les lettres des lecteurs sont publiées dans Interligne avec les réserves de circonstance touchant les propos diffamatoires ou non fondés.Enfin, les chroniques Subventions et bourses, À suivre et Chercheurs recherchés sont ouvertes à toute personne ou organisme désireux de rejoindre la communauté scientifique.Pour obtenir les normes de rédaction, prière de contacter : Sophie Malavoy ACFAS Tél.: (514) 342-1411 ?Diplômés du cegep professionnel ?Technologues et techniciens sur le marché du travail BACCALAURÉATS EN TECHNOLOGIE ¦ Baccalauréat en technologie de la construction civile ¦ Baccalauréat en technologie de l'électricité* ¦ Baccalauréat en technologie de la mécanique* ¦ Baccalauréat en technologie de la production automatisée Ces quatre programmes sont offerts à temps complet et à temps partiel à Montréal.*La première année de ces deux programmes est offerte à à Québec.CERTIFICATS DE PREMIER CYCLE UNIVERSITAIRE ¦ Certificat en gestion de la construction ¦ Certificat en méthodes et pratiques de la construction ¦ Certificat en assurance de la qualité ¦ Certificat en technologie du soudage ¦ Certificat en micro-informatique appliquée ¦ Certificat en télécommunications Ces programmes sont offerts à temps partiel CONDITIONS GÉNÉRALES D'ADMISSION Détenir un diplôme d'études collégiales professionnelles (DEC) en techniques physiques ou un diplôme jugé équivalent.OU Posséder des connaissances appropriées, une expérience jugée pertinente et être âgé d'au moins vingt-deux ans.Certains de ces programmes exigent une formation en mathématiques équivalente à celle des cours de niveau collégial MAT.102, MAT.103, MAT.203.Pour plus de détails sur les conditions d'admission ou pour soumettre une demande, prière de s'adresser au: Bureau du registraire École de technologie supérieure 180 est, rue Sainte-Catherine Montréal, Québec H2X 1K9 Téléphone: (514) 397-3599 Date limite pour soumettre une demande d'admission: Session automne 1985 à temps partiel: 1 er juin 1 985 Session hiver 1986 à temps complet et à temps partiel: 1er novembre 1985 ia âoêtoùofrfj^atiûa.ô.Université du Québec École de technologie supérieure / 1 INTERFACE / MAI-JUIN 1985 THÉRÈSE GOUIN DÉCARIE Cerner l'intégration de l'enfant dans l’univers propos recueillis par Jean-Marc Gagnon Thérèse Gouin Décarie est professeur titulaire au Département de psychologie de l'Université de Montréal.Auteur de quatre volumes et de très nombreux articles dans les périodiques internationaux, elle reçut, en mai 1981, un doctorat honoris causa de l’Université d’Ottawa.Elle est aussi officier de l'Ordre du Canada et membre de la Société royale.Pionnière de la recherche et de l'enseignement de la psychologie du développement au Québec, Thérèse Gouin Décarie s'est intéressée sa vie durant aux problèmes de l'intelligence et de l'affectivité chez le jeune enfant.Première femme francophone à devenir membre du Conseil national de recherches du Canada, elle s'est vu, par ailleurs, confier, en 1962, l'évaluation du potentiel intellectuel et affectif de jeunes enfants atteints de malformations congénitales dues à la thalidomide.Ses travaux ont retenu l’attention de Jean Piaget qui a rédigé la préface de son premier volume.?Été 1949.Pointe-au-Pic.Installée dans le grenier de la résidence d’été familiale, Thérèse Gouin Décarie fait la découverte du psychologue suisse encore peu connu, Jean Piaget, en lisant « comme des romans policiers » ses trois oeuvres inspirées de l’observation de ses propres enfants : La Naissance de l’intelligence chez l'enfant, La Construction du réel chez l’enfant et La Formation du symbole chez l'enfant.Thérèse Gouin Décarie a 26 ans.Rompant avec la tradition familiale de la pratique du droit, elle a choisi d’orienter sa vie vers une profession impliquant une relation d’aide.Elle avait d’abord songé à la médecine, mais elle s’est vite rendu compte que son intérêt allait plutôt du côté de la psychologie dont l’enseignement avait démarré à l’Université de Montréal.1960.Quatre enfants et onze années plus tard.La thèse de doctorat de Thérèse Gouin Décarie paraît chez Delachaux et Niestlé : L'Intelligence et l’Affectivité chez l'enfant, avec préface de Jean Piaget.(Le livre sera traduit et publié en anglais.) Il y avait vraiment un fossé dans l’état des connaissances de l'époque.« Probablement en raison de ma formation initiale en clinique, j’avais cherché à comprendre le développement de l'attachement de l’enfant aux figures primaires (la mère surtout) dans un contexte freudien et le développement de ce que Piaget appelle la notion d’objet (c’est-à-dire comment les choses qui entourent le nourrisson arrivent à devenir des objets permanents, se maintenant dans l’existence même quand elles ne sont plus directement perçues par lui).En somme, comment se développent la dimension affective et la dimension cognitive avant la période verbale ?Dans l’état des connaissances de l’époque, il y avait vraiment un fossé entre les deux et je me suis demandé si, expérimentalement, on pouvait en déceler les liens.» L’étude des relations existantes entre le développement affectif et mental (cognitif) de l’enfant durant les 15 premiers mois de son existence a été le point de départ de l’inlassable recherche que Thérèse Gouin Décarie poursuit toujours à l’Université de Montréal.Pourquoi étudier les nourrissons ?« Pour commencer par le commencement ! » Elle aurait pu ajouter: «Voyons ! », tant cette évidence s’impose d’elle-même quand on étudie le développement de la personnalité.Elle ne l’a pas fait.Bien plus, j’en suis certain, en raison du très grand respect qu'elle porte à autrui que par politesse.C'est toujours quelque chose de très profond comme désir et comme plaisir quand je découvre un lien.« Ma thèse était une tentative de raccord entre deux approches : psychanalytique (alors en vogue) et piagétienne (en pleine évolution depuis lors, surtout en Amérique du Nord).J’ai toujours eu ce souci de ne pas considérer les enfants comme des “sujets”, des individus en pièces détachées.Nous ne sommes pas faits d'un ensemble de pièces détachées.L’enfant non plus.J’essaie toujours de tisser des relations.Pour moi, c'est toujours quelque chose de très profond, comme désir et comme plaisir, quand je découvre un lien.» Cette conception globale de la psychologie, Thérèse Gouin Décarie l’a toujours eue.Elle paraissait d’ailleurs un peu insolite dans les années 40, au moment où la psychologie génétique en était encore à ses premiers balbutiements.Elle ajoute : « Une telle conception était plutôt rare à cette époque parce qu’on savait si peu de choses qu’il fallait presque se cantonner à un aspect bien précis : problèmes de développement moteur, de développement cognitif, etc.En fait, le chemin parcouru depuis 40 ans a été énorme.Les découvertes des années 70 surtout ont démontré clairement qu'on ne peut pas séparer développements mental, affectif, social et moteur.Je me sens tout à fait à Taise dans ce “nouveau” courant où Ton cherche davantage à cerner l'intégration de l'enfant dans l'univers.Cette intégration implique autant sa capacité de maîtriser des objets physiques animés ou inanimés que celle d’entrer en contact avec d’autres personnes, le contrôle de ses émotions, la méprise de ses gestes, etc.» INTERFACE / MAI-JUIN 1985 En matière de contrôle des émotions et des gestes notamment, 1962 a été, pour Thérèse Gouin Décarie, une date charnière : elle a été appelée en consultation par le chef du service de psychologie de l'Institut de réadaptation de Montréal, le Dr Bernard Hébert, pourévaluer le potentiel intellectuel et social de la trentaine d’enfants victimes de la thalidomide, alors hospitalisés à l’Institut.« J’étais très effrayée.Je n'ai pas accepté tout de suite.Je me suis dit que je devais aller les voir avant.Des bébés de quinze-vingt mois dont plusieurs n’avaient que des embryons de membres, pas d’oreille interne ou, dans le meilleur des cas, des doigts fusionnés.Quand je lésai vus, mon coeur a été pris tout de suite : ils étaient pour la plupart très très attachants.» Ct SfllOl Mme TlERfsJ ACCUEILLE ’ JEAN PIAGET À J* Les médecins éprouvaient le besoin de se déculpabiliser.«Il fallait quand même savoir si ces enfants étaient capables d’apprentissage.En fait, les revues médicales de l’époque avaient répandu le mythe que ces enfants étaient soit d’intelligence normale, soit surdoués, sans qu'on n'ait jamais fait d'évaluation systématique ! La thalidomide avait été interdite aux États-Unis et ensuite au Canada (ce qui explique le petit nombre de victimes), mais il s'agissait quand même d’un médicament prescrit et les médecins éprouvaient sans doute le besoin de se déculpabiliser par de telles déclarations.» Au cours des sept années où elle fit la navette entre l'Université et l’Institut, Thérèse Gouin Décarie trouva (« comme il était prévisible », commente-t-elle) que les victimesde la thalidomide montraient un déficit intellectuel selon la proportion habituelle des populations d’enfants présentant des problèmes neurologiques, de motricité ou de handicap visuel, c’est-à-dire une proportion plus élevée d’enfants d’intelligence lente que dans la population en général.Elle fut aussi la première à se rendre compte du danger que présentait la poursuite de l’étude systématique de ces enfants pour eux-mêmes, du danger qu’ils deviennent des «cas».« J'ai demandé qu'on limite les interventions au plan physique et qu'on ne fasse d’évaluation psychologique qu'à la demande des parents, pour que les enfants ne soient pas traités comme s’ils avaient besoin pour le reste de leurs jours d’une psychothérapie.« Le problème de la mise au point de prothèses adéquates fut très long et, en fait, peu d’enfants les utilisèrent.Cependant, ces enfants se sont pour la plupart remarquablement bien développés.L’un d’entre eux vient même d’entreprendre des études universitaires, en dépit du fait qu’il ait deux bras et deux jambes artificiels.» En fait, c’est à des enfants et à des jeunes que Thérèse Gouin Décarie, femme, mère, professeur, chercheur, a consacré sa vie.Les femmes ont besoin d’un certain quota de bonheur.«À l’instar de la présidente de l’Université de Paris I, madame Ahrweiler, je pense que l’une des raisons pour lesquelles il n'y a pas suffisamment de femmes en recherche réside dans le fait qu’elles ont besoin d’un certain quota de bonheur personnel.Si une étudiante me demandait conseil pour entreprendre une carrière de professeur-chercheur, je l’interrogerais d’abord pour savoir si elle aime profondément cela, si elle est heureuse lorsqu’elle fait de la recherche et aussi de l’enseignement (ils sont intimement liés et il faut les aimer tous deux).Il faut être vraiment mordue.Autrement, ça doit être extrêmement pénible.« Mais, je lui poserais aussi une autre question très importante à mes yeux : Où est votre quota de bonheur ?Que vous faut-il, à part la recherche, pour pouvoir être heureuse ? INTERFACE / MAHUIN 1985 «ye pense que les hommes ont autant besoin que les femmes de leur quota de bonheur, mais ils ne le savent pas ! Ou, du moins, ils ne l’admettent pas ! De sorte qu’il arrive un moment particulièrement dramatique où ils ont tout sacrifié à leur recherche (ou à leur travail) : famille, femme, enfants, loisirs et, parfois, eux-mêmes.Quel réveil brutal! Ce sont les femmes qui ont raison de tenir avant tout à leur quota de bonheur.Il faudrait que les hommes soient davantage prévenus de ce côté et qu’ils admettent, entre autres, qu'on ne peut se passer de certaines choses.Les sacrifier seraient un prix trop grand à payer, même avec le Nobel au bout.Il y aurait peut-être moins de carrières prestigieuses, mais je pense que la Terre en serait plus belle.» Ne peut-on parvenir au sommet sans consentir à de pareils sacrifices ?«ye n’en suis pas très sûre.Pour garder le bonheur, il y a des sacri fices à faire dans la carrière.C’est à peu près inévitable.Comme, par exemple, de renoncera participer à un congrès, donc à une communication scientifique, à cause de l’otite d’un enfant.«Les grandes découvertes scientifiques sont parfois appuyées sur trop de renoncements personnels.L’homme en est souvent inconscient.Il n’en sent pas les répercussions et ne sait pas toujours ce qu'il est en train de perdre, tandis que la femme, elle, le sent et le sait toujours.» Il faut absolument faire une heure de travail intellectuel intense par jour.«De mon côté, heureusement, j’ai eu un mari universitaire qui m’a vraiment supportée et encouragée, même si, à certains moments, j’ai dû réaliser pas mal d’acrobaties, j’ai été professeur à mi-temps (avec les répercussions qu'on peut imaginer sur l’avancement, la retraite, etc.) jusqu’à ce que notre quatrième enfant soit en première année scolaire, soit pendant une dizaine d’armées ! Les choses vont forcément un peu au ralenti en pareilles circonstances.Mais, je n’ai jamais regretté cela.C’est également un conseil que je donnerais volontiers : il faut que vous sachiez ce que vous voulez.Si vraiment vous voulez aussi tout le reste, mari, famille, amis, etc., il va falloir que vous consentiez à vivre des parenthèses, des temps forts et des temps moins forts.Mais si vous êtes mordue, vous ne pourrez pas lâcher.Dans mes moments “moins forts”, l’un de mes anciens professeurs, le père Mailloux, me disait : “Il faut absolument faire une heure de travail intellectuel intense par jour.Si cette heure est très intense, elle vous garde en éveil et vous maintient la tête au-dessus de l’eau.”» Si Thérèse Gouin Décarie n’a pas sacrifié son rôle de mère, elle a su s’en tenir également à sa fonction de professeur-chercheur.Première femme en provenance des sciences humaines à devenir membre du Conseil national de recherches du Canada (de 1970 à 1976), membre de l’Assemblée universitaire, du Conseil etdu Comité exécutif de l’Université de Montréal, elle a cependant toujours refusé toute fonction administrative susceptible de la contraindre à abandonner recherche et enseignement.« j’ai toujours refusé d’assumer des tâches administratives comme celles de directeur de département ou de vice-doyen, par exemple, parce que je savais qu’étant donné le contexte universitaire actuel, il m’aurait fallu, pour bien faire mon travail, que je ferme ce que j’appelle pompeusement mon laboratoire et qui n’est en fait qu’une salle d’expérimentation.De telles fonctions demandent de renoncer à l’enseignement ou à la recherche.Et je savais que ce renoncement m’aurait coûté mon quota de bonheur.» Elle a toujours refusé.Si souvent et avec une telle constance que certains collègues l’ont surnommée amicalement : Maria Goretti du campus, c’est-à-dire celle qui dit non ! INTERFACE / MAI-JUIN 1985 Sur notre insistance, madame Décarie continue ses conseils aux jeunes attirés par une carrière de professeur-chercheur : « La première et la plus indispensable connaissance est celle du français écrit et parlé.Il s’agit là d’une exigence minimale, même si de nombreuses publications devront évidemment être faites en anglais, langue seconde qu'il faut savoir écrire directement.Une troisième langue s’impose également : celle de l’informatique qu’il faut apprendre assez vite pour s’y trouver à l’aise.Enfin, il faut s’ouvrir aux autres disciplines au fur et à mesure des besoins.En fait, résume-t-elle, il suffit de vouloir étudier un problème qui nous passionne pour se rendre compte que, inévitablement, on se trouve obligé de se tourner vers d’autres disciplines pour l’approfondir.» Travailler en collaboration, surtout avec des jeunes, fait partie de la joie de la recherche.Nous ajoutons: savoir travailler en équipe.Depuis près de 15 ans, Thérèse Gouin Décarie a presque toujours publié avec un ou une collègue.Côté collaboration scientifique, celle-qui-dit-non répond toujours oui ! « En fait, affirme-t-elle, travailler en collaboration, surtout avec des jeunes, fait partie de la joie de la recherche.» Et cette joie de la recherche, au bout de 35 ans de carrière, Thérèse Gouin Décarie semble l’éprouver comme au premier jour.Les travaux sur la socialisation du nourrisson,qu’elle poursuitavec sa principale collaboratrice, Marcelle Ricard, chercheur adjoint au Département de psychologie, viennent de franchir une étape méthodologique importante décrite dans un article à paraître qu'elle montre fièrement.Un peu fébrilement aussi, comme un chercheur anxieux de connaître la réaction de ses pairs face à une contribution pour l’avancement de la connaissance dans un domaine où cette connaissance s’est accélérée de façon vertigineuse depuis une vingtaine d’années.La contribution de Thérèse Gouin Décarie, pourtant, n’y est pas des moindres.Depuis novembre dernier, elle est grand-mère et s’interroge : « Comment expliquer qu’un enfant qui n’est pas le vôtre vous apporte autant de joie, même en son absence, par sa seule existence ?Savoir qu’il est là, quelque part, donne un autre sens à ce que je suis en train de faire.Un petit-fils, c'est comme un antidote contre la mort, la maladie, la tristesse.» Nous serions tentés d’ajouter contre la vieillesse.Thérèse Gouin Décarie, femme, mère, professeur, chercheur et jeune.?Travail et santé, c’est: • DES ARTICLES DE VULGARISATION, écrits dans un langage accessible, mettant l’accent sur vos problèmes de tous les jours.• DES ARTICLES SCIENTIFIQUES qui vous feront connaître les chercheurs impliqués dans l’amélioration de votre santé au travail.• C’EST AUSSI: + le courrier du lecteur + le courrier du professionnel + les bibliographies annotées + le calendrier des événements + les carrières et professions Travail et santé, la revue québécoise pour la santé du travail.Pour recevoir Travail et santé: Option 1 - Devenez membre de l’Association pour l’hygiène industrielle au Québec (AHIQ) et recevez la revue gratuitement.35$ par année 10$ pour les étudiants Option 2 - Abonnez-vous directement.15$ par année (au Canada).20$ par année (à l’étranger).EU Option 1 EU Option 2 nom ______________________ adresse __________________ profession________________ téléphone_________________ Adressez ce coupon accompagné d’un chèque ou mandat postal libellé au nom de Travail et santé à: Monsieur Jan Erik Deadman Rédacteur en chef Travail et santé 2525, boulevard Daniel-Johnson, Bureau 200 Chomedey, Laval (Québec) H7T 1S9 CONSEIL DE LA LANGUE FRANÇAISE Un conseil de la langue française est institué pour conseiller le ministre sur la politique québécoise de la langue française et sur toute question relative à l’interprétation et à l’application de la Charte de la langue française.Le Conseil édite des études et des recherches sur la langue française dans les secteurs de la démographie, de la linguistique, de la sociologie et dans les domaines de la législation et du langage juridique.Le programme de publication comprend les collections: - Dossiers du Conseil de la langue française - Documentation du Conseil de la langue française Pour obtenir la liste des publications, s’adresser au: CONSEIL DE LA LANGUE FRANÇAISE Service des communications 800, place d’Youville (13e étage) 1410, rue Stanley Québec (Québec) G1R 3P4 Montréal (Québec) H3A 1P8 Tél.: (418)643-2742 Tél.: (514)873-2285 LA CRISE DES LANGUES Les langues sont-elles en crise?On se plaint généralement que «les enfants ne savent plus leur langue maternelle», qu’«ils ignorent et emploient incorrectement les mots les plus indispensables», qu’«ils ne savent plus construire une phrase», et, finalement, qu’ils sont incapables de s’exprimer.Mais le monde adulte est lui aussi atteint: fautes d’orthographe dans les circulaires administratives, lourdeurs bureaucratiques, pataquès, écarts syntaxiques, etc.Ce sont ces thèmes qu’aborde un groupe de linguistes, de sociolin-guistes et de spécialistes de l’éducation, plutôt sous l’angle sociologique ou anthropologique que purement linguistique.LA CRISE DES LANGUES, vingt et un articles inédits, par des collaborateurs représentant dix-sept nationalités: X.Altzibar, R.Avila, A.Bastardas, L.E.Behares, R.Bu-garski, H.Glück, N.Gueunier, D.Gundersen, E.Hansen, R.Herzlich, R.Hillman, J.-H.Jeon, G.Jolly, J.-M.Klinkenberg, D.Kostic, J.Maurais, A.Rey, R.Robertson, K.Rotaetxe, C.Rubattet, J.Rubin, R.Ruiz, G.Salvador, W.Sauer, O.Schwarwald, A.Sebastyén, Yang Jian.Un ouvrage indispensable à tous ceux qui croient que l’analyse des problèmes qui confrontent les autres langues peut aider à comprendre la «crise du français».,-T=nrrT' m .TTinrnTT^ des langues ,N Muums- Actes du congrès LANGUE ET SOCIÉTÉ AU QUÉBEC Tome I - Les activités socio-économiques et le français au Québec EOQ 21583-0.410 pages 14,95 $ Tome II - Le statut culturel du français au Québec EOQ 21603-6.520 pages 19,95 $ Tome III- Les oeuvres de création et le français au Québec EOQ 21628-3.248 pages 11,95 $ Tome IV- L’éducation et le français au Québec EOQ 21584-8.493 pages 19,95 $ Actes du colloque TRADUCTION ET QUALITÉ DE LANGUE Publiés en coédition avec la Société des traducteurs du Québec EOQ 21443-7.220 pages 12,95 $ Actes du colloque international L’AVENIR DU FRANÇAIS DANS LES PUBLICATIONS ET LES COMMUNICATIONS SCIENTIFIQUES ET TECHNIQUES Vol.1 - Les conférences et les communications Vol.2 - L’avenir du français dans les sciences et la technologie Un défi aux chercheurs francophones ou aux francophones chercheurs Vol.3 - Les études sur l’avenir du français scientifique (partie I) Le point de vue de chercheurs sur le français, langue scientifique (partie II) EOQ 21199-5.3 volumes 29,95 $ EN VENTE DANS LES LIBRAIRIES DE L’ÉDITEUR OFFICIEL DU QUÉBEC Commande postale à: Ministère des Communications Direction de la commercialisation C.P.1005, Québec, (Québec) G1K 7B5 (418) 643-5150 ____________________________________________________ V_______________________________________ IMPORTANT : Joindre un chèque ou mandat-poste fait à l'ordre de «Les publications du Québec».Prière d’indiquer le code EOQ et le titre.Québec s an- INTERFACE / MAI-JUIN 1985 Alonzo Le Blanc est professeur titulaire au Département des littératures de l’Université Laval.Responsable de la section théâtre, il collabore, depuis le tome II, à la réalisation du Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec.Le Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec par Alonzo Le Blanc Parce qu'il importe de dire ce que les Québécois ont été, ce qu'ils ont écrit, une équipe de l'Université Laval, conduite par Maurice Lemire, a entrepris la réalisation d'un dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec.Quatre tomes parus, un cinquième en préparation, tranche par tranche notre passé échappe à l'oubli.C'est l'histoire de ce projet, de ce «beau rêve», que nous vous invitons à partager.?L’idée première de ce Dictionnaire a été suggérée d’abord par monsieur Luc Lacourcière, alors directeur du Département d’études canadiennes et des archives de folklore de l’Université Laval.Auteur lui-même d'un inventaire, où il avait recueilli des milliers de contes et de multiples témoignages d’une tradition orale jusque-là méconnue, monsieur Lacourcière savait qu'un travail analogue s’imposait à l’égard des nombreux textes d’une tradition écrite remontant à l’origine du pays.L’idée germa dans l’esprit de Maurice Lemire, dont le cheminement personnel dans l'enseignement et dans la recherche avait toujours accordé la priorité à la littérature dite canadienne-française, puis québécoise.Dès 1971, Maurice Lemire constitue une équipe de quatre chercheurs, professeurs de la Faculté des lettres de l'Université Laval : Jacques Blais, Jean Du Berger, Nive Voisine et Maurice Lemire lui-même, assistés de quatre auxiliaires de recherche.En 1975, au moment où le manuscrit du tome I est achevé, l’équipe se renouvelle et, toujours sous la direction de Maurice Lemire, s’adjoint les professeurs Gilles Dorion, André Gaulin et Alonzo Le Blanc.Les auxiliaires ou professionnels de recherche, depuis le début, sont Aurélien Boivin et Kenneth Landry, et depuis 1978, Roger Chamberland et Lucie Robert, auxquels s’est ajoutée, à l’automne 1984, Marie-José des Rivières.Une seule et même secrétaire, depuis 1971, a dactylographié les milliers de pages manuscrites des tomes déjà parus : madame Denise Doré.Le Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec est un inventaire de toutes les oeuvres d’imagination (romans, contes, nouvelles, recueils de poésie, pièces de théâtre) et de tous les essais et ouvrages divers qui ont, d'une façon ou d’une autre, marqué l’évolution littéraire et culturelle du Québec.Il comprend cinq tomes couvrant les périodes suivantes : • Tome I: Des origines à 7900, Montréal, Fides, 1978, 918 p.• Tome II : De 7900 à 7939, Montréal, Fides, 1980, 1 363 p.• Tome III : De 7940 à 7959, Montréal, Fides, 1982, 1 252 p.• Tome IV : De 7960 à 7969, Montréal, Fides, 1984, 1123 p.Le tome V, actuellement en préparation, couvrira la période 1950-1975, et,à moinsd’un changement imprévu, paraîtra chez le même éditeur en 1987.Dans chaque tome, on peut trouver, outre les articles classés selon l’ordre alphabétique des titres, un avertissement au lecteur, une notice d’emploi, une table des sigles et abréviations, une chronologie comparative des événements littéraires, une introduction à la littérature de l’époque, une bibliographie générale des instruments de recherche, une bibliographie des oeuvres et un index onomastique.L'article lui-même indique l’importance et la place de l’oeuvre dans la production de l’auteur, en résume l’intrigue ou l’argument, en analyse le contenu et en retrace la fortune depuis l’accueil que lui ont réservé les contemporains.À cet égard, le Dictionnaire compte cinq catégories d’articles, de 3 000,2 000,1 000,500 et 250 mots respectivement.Pour les oeuvres marquantes, peu nombreuses, nous avons parfois permis aux collaborateurs et aux collaboratrices de déborder ces limites; pour les oeuvres vraiment mineures ou éparses dans les journaux, nous avons opéré des regroupements au sein d’un même article, quitte à multiplier les renvois.Dans tous les cas, nous avons fait appel, dans la mesure du possible, aux divers spécialistes des universités canadiennes et québécoises.Nos collaborateurs et collaboratrices sont choisis selon leur connaissance exceptionnelle de tel genre, de telle période, de tel auteur ou de telle oeuvre, connaissance parfois acquise par une thèse de maîtrise ou de doctorat.Le nombre relativement élevé de ces personnes (plus de 150 par volume, où se distinguent, naturellement, les « fidèles », dont les noms reviennent dans les quatre ou cinq tomes) peut expliquer l’hétérogénéité des articles.Une grande liberté est laissée à chacun et à chacune dans l’interprétation et dans l’évaluation des oeuvres.Il a fallu élaborer un livret à leur intention, contenant des directives générales et une grille élémentaire de lecture ; ce guide a toutefois été conçu de façon à ne pas aseptiser les articles, qui sont d’ailleurs tous suivis des signatures des collabo-rateurs ou collaboratrices.Comme de nouvelles grilles de lecture, issues du progrès récent de la théorie littéraire, ont envahi le domaine de l’enseignement de la littérature, il nous a parfois fallu nuancer des interprétations exprimées dans des termes trop savants, inconnus ou inaccessibles au lecteur moyen (par exemple, de niveau collégial), visé par le Dictionnaire.Nous avons ainsi privilégié une approche plutôt traditionnelle: description du contenu anecdotique, brève étude formelle, évaluation qualitative des oeuvres INTERFACE / MAI-IUIN 1985 étudiées et de leur réception par la critique.Peu à peu, un même modèle d’article a fini par se dégager de notre propre pratique et de celle de nos rédacteurs et de nos rédactrices.L’ENGAGEMENT CRITIQUE La dimension la pluscontro-versée (trop peu, en fait) du Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec est l’engagement critique de l’équipe de rédaction et de ses collaborateurs et de ses collaboratrices.Cet engagement critique s’exprime d’abord par l’établissement des catégories et des critères en vertu desquels telle oeuvre est rangée ou «classée >> dans telle catégorie.Il s'exprime aussi par l’évaluation personnelle des oeuvres.Dans la mesure où un dictionnaire doit d’abord fournir un résumé de l’oeuvre, non pour s’y asseoir, mais pour permettre d'aller plus loin, une évaluation critique trop explicite peut constituer un appendice gênant pour la propre démarche du lecteur (adolescent ou adulte!).Nous avons cependant maintenu ce principe de l’évaluation des oeuvres, avec la pleine conscience des erreurs possibles et inhérentes à toute «institution», avec la conscience également que notre propre écriture, comme toute action, comme tout jugement, s’inscrit dans une durée, avec l’inévitable reflet de notre époque.L’hétérogénéité dans l’écri-turedesarticles,combinéeà une triple ou quadruple lecture éditoriale, est garante d’une objectivité, qui n’est cependant jamais tout à fait atteinte, qu’il s’agisse de l’évaluation d’un recueil de poèmes ou de la valeur dramatique d’une pièce de théâtre.Il est évident, par exemple, qu’un certain nationalisme est sous-jacent à telle ou telle lecture d’oeuvre.Ce problème de l’objectivité n’est pas spécifique aux littéraires.Une subjectivité se pointe aussi dans la démarche de l’historien ou du scientifique obligé d’effectuer un choix au sein d’une foule de données ou de matériaux.QU’EST-CE QU’UNE OEUVRE «LITTÉRAIRE»?Il faut admettre qu’il y a eu glissement ou rétrécissement volontaire du concept d’oeuvre «littéraire» appliqué dans le tome I à des oeuvres jalonnant la fondation du pays (par exemple, Les Voyages de Samuel de Champlain, Les Relations des jésuites, les premières « Histoires du Canada »), et, dans le tome V, à des oeuvres strictement « littéraires» selon le sens contemporain du mot.Nos « introductions » aux divers tomes s’expliquent longuement là-dessus.Dans le silence relatif qui a entouré la première colonisation du pays, les moindres écrits deviennent des documents importants, lointaines balises d’une société qui se construit.Plus près de nous, dans cette période bouillonnante de la Révolution tranquille, où se multiplient pamphlets et plaidoyers pour un choix de société, il nous a fallu laisser tomber, parfois à regret, nombre d’écrits polémiques ou didactiques dont la teneur littéraire était mince.Des philosophes, des sociologues et des politicologues se sont étonnés de ne pas retrouver leurs oeuvres mentionnées dans nos colonnes: en ce cas, sauf erreur, elles ne correspondaient pas à l’objectif visé par notre inventaire, qui reste foncièrement orienté vers une mise à jour de l’imaginaire québécois.La priorité est doncaccor-dée aux oeuvres de fiction romanesque, poétique ou théâtrale, ainsi qu’aux essais susceptibles de recevoir une interprétation polysémique.L’un des résultats les plus nets de notre entreprise aura été de rendre possible une relecture complète de ces oeuvres.Il en ressort déjà une interprétation globale décisive, non définitive, car la littérature est précisément un domaine où rien n’est défini- tif — comme dans la science d’ailleurs —, mais pour d’autres raisons.Nous avons entrepris de faire l’inventaire de tous les auteurs et de toutes les oeuvres imprimées qui ont jalonné notre vie littéraire.Si nombre d’auteurs étaient déjà connus grâce à des manuels ou à des répertoires (qui d’ailleurs véhiculaient des erreursd’ordre biographique ou bibliographique), la plupart sont pratiquement inconnus, auteurs d’oeuvres mineures qui ne les ont pas tirés de l’obscurité.Dans de multiples occasions, il nous a fallu faire parvenir à nos collaborateurs et collaboratrices un exem-plaire de l’oeuvre qu’ils acceptaient de recenser, parce que l’ouvrage n'était pas accessible dans les bibliothèques de leur ville ou de leur institution.Alors, nous dira-t-on, pourquoi retourner et ressasser ce vieux terreau national ?N’y a-t-il pas là une attitude ou une volonté de repliement sur soi, une complaisance dans la médiocrité de nos productions nationales?Et cela au moment même où tant de chefs-d’oeuvre de la littérature universelle continuent de nous solliciter?Ces interrogations reviennent toutes à formuler, en fait, la question de l’existence même d’une littérature québécoise.L’EXISTENCE DE LA LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Il y a eu, jusqu’à une époque récente, une longue et tenace méfiance des professeurs, des critiques et des lecteurs de ce pays à l’égard de la littérature dite canadienne-française, puis québécoise.En 1904, l’abbé Camille Roy ose parler d’une « nationalisation de la littérature canadienne-française »2.En 1909, Jules Fournier, faisant la critique de Nos origines littéraires, de l’abbé Roy, remarque qu’il y a une «disproportion énorme, inconcevable, entre le ton du critique et l’importance des oeuvres qu’il apprécie»3.Il est évident que notre inventaire n’est pas tout à fait à l’abri d’un tel reproche et que nombre d’oeuvres recensées, pour reprendre l’expression de Fournier, «n’offrent guère d’intérêt en elles-mêmes».Toutefois, le même Fournier leur reconnaîtrait une importante valeur documentaire, car ces oeuvres «nous font voir à quoi s’intéressaient nos pères, et ce qui pouvait, il y a 150 ans, émouvoir leurs coeurs ou frapper leurs esprits».En certains cas, «elles n’ont que la valeur documentaire de témoins écrits qui éclairent d’un jour saisissant toute une époque de notre existence nationale»4.Le même journaliste qui, dans une «réplique à M.Ab Der Halden », en 1907, mettait en doute l’existence d’une littérature canadienne-française, terminait sa lettre en concédant que cette littérature, «c’est un beau rêve, Monsieur, dont on pourra, peut-être, entrevoir la réalisation dans une cinquantaine d’années, une magnifique découverte dans l’avenir»5.Ce «beau rêve» s’est parfaitement réalisé.De la même façon que nous sommes «l’avenir » de Jules Fournier, qui, disant cela, composait une Anthologie des poètes canadiens, de même notre dictionnaire des oeuvres constitue une base élémentaire, l’établissement du corpus littéraire à partir duquel un avenir peut être entrevu et construit.Le brassage et la mise en colonnes de ce terreau littéraire ne peuvent se justifier que par la vive conscience d’un enracinement et par la certitude intime que cette terre nourricière de l’arrière-grand-père saura aussi nourrir l’arrière-petit-fils.La sereine assurance que nous avons de constituer un chaînon entre le passé et l’avenir n’est peut-être pas exempte d’une peur inconsciente, sous-tendant notre projet, comme s’il y avait urgence d’inscrire noir sur blanc ce que, par l’écriture, les Qué-bécoisaurontété.Six mille pages de textes émergeant de la grande marmite nucléaire nord-américaine ! INTERFACE / MAI-JUIN 1985 ni V'*£J L'équipe du Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, de gauche à droite : André Gaulin, Denise Doré, Roger Chamberland, Kenneth Landry, Aurélien Boivin, Lucie Robert, Gilles Dorion, Marie-Josée Des Rivières et Alonzo Le Blanc.En médaillon, le directeur du projet, absent au moment de la photo, Maurice Lemire.LITTÉRATURE ET SOCIÉTÉ Les oeuvres analysées dans les deux premiers tomes, par exemple, nous permettent de mesurer d’une façon péremptoire l’ampleur et l’absolutisme du pouvoir clérical qui, surtout après l’échec de la rébellion de 1837-1838, s’installe à demeure et impose pendant plus d’un siècle une idéologie qui marquera profondément la culture et la société québécoises.Les écrivains du dix-neuvième siècle, trop bien encadrés, sont incapables de saisir la problématique de leur société.(Et nous, le pouvons-nous, aujourd’hui ?) Ils ne jouissent pas de la liberté d’inspiration et d’expression essentielle à la conception des grandes oeuvres.Une méfiance tenace se manifeste à l’égard du roman et du théâtre, dénoncés tous deux comme des loisirs dangereux pour les bonnes moeurs et pour la morale.Aussi ne faut-il pas s’étonner de la prédominance, à cette époque, des essais, oeuvres de journalistes, d’historiens, de clercs ou d’hommes politiques.Comme les éditeurs sont rares ou inexistants, les prises de parole se font au sein des journaux où sont publiés poèmes, chroniques et contes.Ceux qui osent s’élever contre cette orthodoxie de la pensée, comme le fait Arthur Buies dans ses Lettres sur le Canada, sont voués à la condamnation.L’influence indéniable d’un Camille Roy sur les lettres québécoises des années 1900-1935 établit un lien nécessaire entre littérature et nationalité, mais elle s’inscrit dans cette même orthodoxie monolithique qui brime la liberté de pensée.On peut mesurer à cet égard l’audace et le mérite d’OIivar Asselin, de Jules Fournier et de Jean-Charles Harvey, pour ne nommer que quelques noms.La querelle entre les régionalistes et les exotiques exprime, dès 1920, une dialectique fondamentale de notre histoire littéraire, où lecteurs et écrivains sont tiraillés entre l’enracinement dans les valeurs du terroir et l’ouverture à des courants de pensée européens qui marquent un accès vers la modernité.Aussi cette tendance vers la modernité est-elle la principale clef d’interprétation de ces décennies qui précèdent la Seconde Guerre mondiale.Les romans régionalistes, un courant important de cette période, cèdent peu à peu la place à des oeuvres plus ouvertes: celles des poètes en particulier qui, prophètes et visionnaires, atteignent l’essence des choses et, semblables au devin Tirésias d’ Oedipe-Roi, dénoncent les courants souterrains et encore inconscients qui se font jour dans la Cité.Cette société rurale et traditionnelle évolue vers l’urbanisation et l’industrialisation.La littérature apparaît comme un sismographe fidèle de ces mutations souterraines aussi bien que des fissures qui apparaissent dans l’orthodoxie évoquée.L’évolution des formes et la libération à l’égard des normes fixes du classicisme — entre autres, à l’égard du vers alexandrin — précèdent d’autres dégels qui surviendront lors de la guerre de 1939-1945 et pendant la Révolution tranquille des années 60.Les querelles littéraires de la première moitié du siècle traduisent cette volonté de gagner une audience universelle et de mériter une consécration internationale, entendons parisienne et française.Mais la problématique où se situe le Dictionnaire confirme comme critère premier d’une littérature nationale l’établissement d’un contrat implicite entre auteurs et lecteurs d’une même collectivité.Il en sera de même, par exemple, au théâtre en 1948 avec le succès de Tit-Coq, qui marque le début d’une dramaturgie nationale.PREMIER BILAN : LE RÉEL ET L’IMAGINAIRE L’un des objectifs du Dictionnaire est de «refléter l’activité littéraire de chaque époque d’après l’idée qu’elle-même se faisait de la littérature»6.Les introductions aux quatre tomes apparaissent déjà comme des interprétations successives du phénomène littéraire qui nous ont permis de saisir et de faire ressortir les principaux courants de pensée, les influences, les idées et les contraintes sociales qui se sont exercées sur les écrivains comme sur les autres membres de la collectivité.Si la culture se définit comme le mode d’articulation des rapports qui s’établissent entre l’homme et le monde, la littérature du Québec représente l’une des formes les plus spirituelles et les plus achevées de sa culture.Indépendamment de toute interprétation étroitement nationaliste, ce monumental inventaire des écrits des Québécois s’inscrit dans le temps et dans l’espace comme une vaste autobiographie collective, grand signifiant d’un peuple bien caractérisé.À cet égard, l’étude scientifique de notre littérature confirme les données de l’histoire et de la sociologie.Les textes des écrivains sont autant d’aveux, agressifs ou feutrés, d’un individu qui rend compte des conditionnements, des refoulements ou des enthousiasmes dont il a été l’objet.Ainsi se sont accumulés au fil des ans les traits de notre identité et de notre vouloir-vivre.Le tableau qui en ressort, si nous pouvions l’embrasser d’un coup d’oeil et le caractériser en quelques mots, est celui d’un imaginaire collectif en travail, au même titre qu’on peut dire d’une mère (ou d’une forêt) qu’elle est «en travail », immense matrice des rêves et des projets individuels ou collectifs, des frustrations et des utopies, des plaisirs et des langueurs.Ce tissu textuel, comme les courtepointes de nos aïeules, forme le portrait bigarré des lieux communs éternels que sont la vie, la naissance, l’amour, la volupté, le travail, la douleur, la famille, l’échec, la mort.Nous rejoignons la conscience universelle par des voies qui sont les nôtres, et qui sont d’autant plus significatives qu’elles prennent INTERFACE / MAI-JUIN 1985 la forme de confessions individuelles — dans Angéline de Montbrun aussi bien que dans les Belles-Soeurs — exprimées en des termes précis, imagés et parfois longuement mûris.AUTRE BILAN : UNE DOCUMENTATION IMPOSANTE Dans le but de répertorier le contenu «littéraire» des périodiques québécois, l’équipe du Dictionnaire a procédé à l’indexation des journaux et des revues, en utilisant une grille de lecture, qui lui permettait de recueillir des renseignements sur la vie littéraire, en général, aussi bien que sur le contexte historique ou extra-textuel qui a accompagné la parution de chaque oeuvre.Selon le plan de classement établi sur des bordereaux d’indexation et sur des fiches signalétiques, les assistants et les assistantes de recherche rattachés au Dictionnaire depuis une dizaine d’années ont recueilli environ 100000 renseignements bibliographiques (à raison de 20 000 par tome), dans plus de 400 périodiques dépouillés.Ainsi s’est constituée une documentation impressionnante formée non seulement des manuscrits ou photocopies d’oeuvres rares, maisd’une multitude de renseignements sur la vie littéraire (concourset prix littéraires, publications de prospectus et de manifestes, fondation de périodiques, activités dans le monde de l’édition et du théâtre) ; sur les auteurs (entrevues, nécrologies, honneurs littéraires); sur des questions relatives à l’histoire littéraire (études d'un genre, d’un thème, d'une période, étude de mouvements ou de sociétés littéraires) ; sur la création littéraire, sur l’enseignement ou sur la diffusion de la littérature et, enfin, sur la critique littéraire elle-même, qui fournit la partie la plus volumineuse de ce dépouillement.Les biographies des au-teursontété rédigéesà partirdes données relevées dans les actes officiels de naissance, de mariage, de décès des écrivains et d’après un questionnaire-enquête transmis aux auteurs encore vivants.De même, les bibliographies ont été dressées selon une méthode scientifique rigoureuse, volumes en main, pour éviter les erreurs véhiculées dans les anciennes biographies et bibliographies.Cette rigueur, qui a présidé à la composition du Dictionnaire, lui confère une valeur inestimable comme ouvrage de référence.L'importante documentation accumulée peut maintenant servir à d’autres fins.On envisage de mettre bientôt toutes ces données sur ordinateur en vue d’un traitement informatisé et polyvalent.Il serait long et peut-être fastidieux de faire ici la petite histoire des subventions qui ont permis l’éclosion d’un tel projet.Le Dictionnaire depuis bientôt 15 ans a reçu des deux paliers de gouvernement — simultanément ou successivement, de Québec et d’Ottawa, — des subventions s'élevant à un million et demi de dollars.L'Université Laval et la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal ont aussi contribué avec des sommes importantes.Ces montantsontservi, entre autres, à la formation de 52 jeunes chercheurs, étudiants-assistants de recherche.S’il a fallu pas moins de sept années pour produire et « sortir » le tome premier (la recherche d’un éditeur compétent n’a pas été facile), nous avons finalement acquis un rythme de production remarquable : un volume à tous les deux ans.L’un des éléments majeurs de la réussite du Dictionnaire aura été la permanence de notre équipe depuis bientôt dix ans.Au fil des années s'est développé entre nous un sentiment de solidarité et d’appartenance qui est profond et qui a joué un rôle décisif aux moments de crise.Les rares velléités d’abandon se transformaient en décisions de rester, car l’oeuvre à accomplir s’imposait à nous comme une nécessité aussi passionnément urgente.Les tâches des responsables ont exigé un engagement total qui demeure le plus sûr garant des oeuvres à venir.À cet égard, le Dictionnaire n’est pas un point d’arrivée, mais un tremplin préparé pour des recherches subséquentes.L'un des résidus les plus nets de nos efforts, c’est de pouvoir maintenant contribuer à mettre sur pied, en collaboration avec d’autres collègues du Département des littératures de l’Université Laval, le Centre de recherche en littérature québécoise (CRELIQ).Fondé en 1984, ce centre a pour objectif l’établissement du corpus littéraire québécois, l’étude systématique de ce corpus selon des approches multiples, la diffusion des travaux de recherche, la formation de chercheurs et la promotion de la création littéraire.Les spécialisations diverses de la vingtaine de professeurs membres du CRELIQ les amènent maintenant à travailler ensemble à l’élaboration d’un vaste projet qui portera sur l’histoire de la vie littéraire du Québec.Nous en sommes à définir les paramètres d’un tel projet, et les perspectives d’étude sur l’institution littéraire québécoise sont si complexes qu’un premier colloque sur ce sujet s’est tenu récemment à l’Université Laval, sous le patronage de l’Institut québécois de recherche sur la culture, les 25, 26 et 27 avril 1985.La machine est en marche et elle n’est pas près de s’arrêter.?RÉFÉRENCES 1.Je remercie mes collègues de l’équipe du Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec et en particulier, monsieur Kenneth Landry, qui m’ont fourni des renseignements utiles.2.ROY, C., La Nationalisation de la littérature canadienne, Bulletin du parler français au Canada, décembre 1904, pp.116-123, et janvier 1905, pp.133-144.3.FOURNIER, J., «Nos origines littéraires», par M.l’abbé Camille Roy, Le Nationaliste, 18 juillet 1909 (reproduit dans Mon encrier, Montréal, Fides, 1965, pp.79-80.4.Ibid., p.81.5.FOURNIER, J., Répliqueà M.Ab Der Halden, Mon encrier, p.48.6.Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome I, Montréal, Fides, 1978, Introduction générale, p.ix. ¦ .¦ m SÛT $s$eW.m £*¦ i Sfc "A ••A- • -//-f mm ¦¦¦:.<" .7?sV&82 UN REGARD NEUF SUR LES AFFARES Avec la publication récente du Devoir économique-un nouveau cahier exceptionnel réalisé par une nouvelle équipe de journalistes chevronnés-le journal Le Devoir vient combler un manque et devient le seul quotidien à offrir un contenu économique et financier exhaustif.Cotes boursières américaines et canadiennes, indice général individuel, taux d’escompte, devises étrangères, performance du dollar et des métaux, marché des options, contrats à terme, fonds mutuels, mercuriale, évaluation de la performance dans chacun des secteurs, statistiques économiques, nouvelles des compagnies, résultats financiers, nouvelles émissions, avis de dividendes, conjoncture économique nationale et internationale, graphiques, analyses.Tout y est! À tous les jours! Dans une mise en page intelligente, spécialement structurée pour un maximum d’efficacité et un minimum de temps de lecture.Le Devoir, c’est aussi un regard franc sur le monde politique, social et culturel.Abonnez-vous! LE DEVOIR ESSENTIEL! INTERFACE / MAI-JUIN 1985 Guy Bélanger, électrochimiste, est chef de service, section hydrogène et électrochimie à l’Institut de recherche d ’ H yd ro-Q u é bec.L’ACF AS lui a décerné, en 1983, le Prix Bombardier, créé en 1980 pour reconnaître des contributions directes à l’innovation technologique.Électrochimiste de réputation internationale, Ashok K.Vijh est maitre de recherche à l’Institut de recherche d’Hydro-Québec.Il a reçu, en 1984, le Prix Archambault, décerné par l’ACF AS en reconnaissance de contributions exceptionnelles au développement des sciences physiques et mathématiques.Il vient d’être élu membre de la Société royale du Canada.L'ÉLECTROCHIMIE MODERNE : son rayonnement et ses impacts par Guy Bélanger et Ashok K.Vijh On peut être à la fois centenaire et moderne : l'électrochimie le prouve.En pleine effervescence, cette discipline continue de donner lieu à des recherches de pointe, lesquelles devraient déboucher sur de nouvelles technologies, comme la production d'hydrogène par voie photo-électrochimique et les accumulateurs solides, pour n’en citer que quelques-unes.La k vieille dame» a pris son virage technologique.Le Québec était au rendez-vous.?Certains phénomènes physicochimiques propres à l'électrochimie sont connus depuis longtemps.Déjà dans l’Antiquité, les hommes connaissaient des réactions chimiques qui engendraient un courant électrique et ils avaient même réalisé des dispositifs électrochimiques de piles primaires.Cependant, l’électrochimie, en tant que discipline scientifique, ne remonte qu’au siècle dernier.Elle débute avec les travaux de Faraday sur l’électrolyse (décomposition d’une substance en solution sans l’effet d’un courant électrique).Faraday fut le premier à relier les quantités de matières déposées à l’électrode au courant électrique.Par la suite, cette discipline s’est considérablement développée.L’exploitation des phénomènes aux électrodes a engendré plusieurs technologies comme le traitement des métaux (synthèse ou purification du zinc, aluminium, cuivre, plomb, et autres), la génération directe de l’électricité au moyen de piles primaires (pile pour lampe de poche) ou secondaires (accumulateurs pour voitures) et la synthèse de produits industriels (chlore, chlorate, hydrogène).Du côté de la compréhension théorique des phénomènes, le traitement classique de l’électrochimie s'est limité pendant de nombreuses années aux systèmes en équilibre ; les systèmes hors-équilibre n’étant absorbés que depuis 1950.Le tableau V résume les domaines classiques et plus modernes auxquels s’attache et s’attaque l'électrochimie.Bien que les domaines mentionnés contribuent à la connaissance scientifique et aux technologies qui en découlent, la physique électrochimique se singularise comme le plus progressiste dans cette énumération.C’est le domaine frontière où les principes de la science de l’état solide se combinent aux diverses théories de l’électrochimie plus classique, soit celle qui traite des phénomènes associés aux transferts de charges électriques sur des surfaces solides (métalliques ou semi- Tableau 1 Domaines majeurs de l’électrochimie 1.Solutions ioniques et la thermodynamique des électrolytes (conductivité, propriétés fondamentales de la composition des espèces en solution).2.Double couche et les interfaces chargées en général (répartition des charges et des ions solvatés de part et d’autre de la surface des électrodes).3.Cinétique aux électrodes et mécanismes des réactions électrochimiques : théories des transferts de charge.4.Chimie électro-analytique : électrodes sélectives, techniques modernes de polarographie, dispositifs sélectifs, microconductivité.5.Électrochimie appliquée : ce secteur inclut la recherche et le développement dans les domaines comme la corrosion et la protection des métaux, l'électroplacage, l’électroraffinage et l’électroproduction des métaux, les accumulateurs, les piles primaires et à combustible, les condensateurs électrolytiques, les coulomètres électrochimiques, l’électro-usinage, l’électrosynthèse.6.Génie électrochimique : cette discipline traite et englobe les techniques de génie associées au transfert de masse et de chaleur, de conception de cellules électrochimiques et qui permettent de réaliser en usine les procédés élaborés en laboratoire.7.Électrochimie interdisciplinaire : par exemple, les colloïdes, la chimie des surfaces, la thermodynamique irréversible, la bioélectrochimie, la biophysique, la pollution des eaux, les membranes échangeurs d’ions, certains volets des sciences de l'état solide et des matériaux — dans ces secteurs la connaissance de l’électrochimie et de disciplines complémentaires est nécessaire pour faire progresser la compréhension des phénomènes. INTERFACE / MAI-JUIN 1985 conductrices).L’énumération des activités associées à la physique électrochimique se retrouve au tableau 2.Il devient de plus en plus évident que l’électrochimie moderne exige une connaissance et une compréhension des domaines frontières des sciences physiques (physique de l'état solide, science des matériaux, biochimie, biologie moléculaire) et, réciproquement, lesap-ports de l’électrochimie à leur développement est considérable (nouveaux concepts, techniques expérimentales).Dans les Tableau 2 Domaines principaux de la physique électrochimique Électrochimie des semi-conducteurs.Électrochimie des isolants.Croissance anodique des oxydes sur les métaux et semi-conducteurs.Réactions sur les surfaces démétallisées et sur les électrodes modifiées.Électrocatalyse des métaux, alliages et intermétalliques.Chimie physique des interfaces: double couche, leur thermodynamique électrochimique et mécanique statistique.Rôle des défauts cristallins dans les placages et dissolution des métaux.Électrolytes solides: glace, polymères, céramiques, conducteurs superioniques.Niveaux d’énergie dans les solides et électrolytes.Biophysique électrochimique.Analyse par la mécanique quantique des transferts de charge.Photo-électrochimie.Transfert ionique à travers les membranes.quelques paragraphes qui suivent, nous tenterons de brosser un instantané de ces domaines d’avant-garde dont des descriptions plussystématiquesontdéjà été publiées23.Nous conclurons ce survol en résumant les activités structurantes, en cours ou prévues, dans ce domaine au Québec.CATALYSE DES RÉACTIONS SUR ÉLECTRODES Dans plusieurs situations (production ou oxydation de l’hydrogène, production de chlore, réduction de l’oxygène) les électrodes interviennent de façon active.En plus d'agir comme source ou puits d’électrons pour réaliser le transfert de charge, elles permettent, grâce à des propriétés qui leur sont propres, de réduire au minimum les énergies nécessaires aux réactions.L’électrocatalyse s’intéresse à ces phénomènes.Elle relie les propriétés intrinsèques des matériaux d’électrode (métaux ou semi-conducteurs) à la vitesse d’une réaction à la surface de cette électrode.Il y a une similitude certaine, en termes de concept et d'approche, avec la catalyse hétérogène en phase gazeuse, discipline qui traite de l'activité catalytique des matériaux pour fin de synthèse, mais sans transfert de charge.Le paramètre essentiel qui complète l’électrocatalyse est la présence d’une chute de potentiel (imposée ou générée par le milieu) entre le matériau d’électrode et l’électrolyte, soit un solvant qui contient des particules portant une charge électrique (des ions).Dans certains cas, ce matériau d’électrode participe activement aux réactions en cause, soit par des phénomènes de corrosion, soit par un changement chimique de la nature même de l’électrode (le métal se transformant en une substance semi-conductrice dans le cas d'une électrode d'accumulateur au plomb).La réaction de décomposition électrochimique de l’eau en hydrogène et oxygène peut servir d’illustration.Ainsi, l’immersion de deux plaques d’un métal noble (platine) dans une solution d’acide sulfurique et l'imposition d’une tension supérieure à 1,5 volt générera des bulles d’hydrogène et d’oxygène : c’est l’électrolyse de l’eau.Tout le travail associé à l’électrocatalyse consiste à sélectionner des matériaux moins coûteux, mais tout aussi performants et stables, pour réaliser ce genre de réaction.Ainsi, dans le milieu électrolytique ci-haut mentionné, peu de métaux seront stables à l’électrode positive : le nickel ou le cuivre passeront en solution et seront corrodés.Pour pallier ces problèmes, le milieu réactionnel sera modifié (on utilisera un milieu alcalin) et le nickel pourra alors servir d’électrodes avec une activité adéquate, tout en étant stable électrochimique-ment.Quand le métal de l’électrode ne peut être remplacé, comme c’est le cas du platine pour les piles à combustible terrestre, l’électrochimiste cherchera à en maximiser l’usage effectif.Toutes ces études, souvent «fondamentales » peuvent générer des modifications industrielles profondes.Par exemple, l’industrie électrochimique de production du chlore et de soude caustique a été bouleversée par l’apparition d’anodes de titane catalysées à l’oxyde de ruthénium qui ont remplacé les électrodes de graphite et de mercure alors utilisées.Au niveau plus fondamental, le scientifique, dans ce volet de l’électrochimie, tente de relier les phénomènes observés aux propriétés de stabilité du métal (énergie de liaison M-M), ses propriétés de capteur ou d’émetteur d’électrons, l’énergie d’absorption lorsque des intermédiaires sont formés à la surface réactive, et tout autre paramètre macroscopique qui décrit la surface exposée à la réaction électrochimique.La tendance dans ce secteur s’oriente vers l’utilisation d'alliages ou de matériaux complexes : la détermination de la nature exacte de la surface de l’électrode devient primordiale.Pour y arriver, l’on fait appel de plus en plus aux techniques modernes de microscopie et de spectroscopie électronique tout en développant et raffinant les techniques propres aux électro-chimistes1,2. INTERFACE / MAI-JUIN 1985 Figure 1 Schéma d'électrolyse photoassistée Fenêtre de quartz Cathode Anode 2hi/ Reactions: H2O —*• H2+I/2 O2 Solution f à l'anode: 2t*+2 OH'-—1/2 O2+H2O alcaline la cathode:2e" + 2H2O — Hg + 2OH Représentation schématisée d'un procédé de photo-électrolyse pour la production d'hydrogène et d'oxygène.L'électrolyse classique se produit selon le même scénario mais sans apport lumineux.PHOTO-ÉLECTROCHIMIE Le domaine de l'électrochimie des semi-conducteurs a fait l’objet d'intenses recherches depuis 1975.Par le nombre de publications et de brevets qu’il génère, ce secteur demeure, à ce jour, l’un des plus actifs en science physique.Plus particulièrement, c’est l’interaction entre l'énergie photonique (la lumière) et les réactions électrochimiques amorcées par l’échange d’énergie du photon à la surface d’un semi-conducteur qui suscitent le plus d’intérêt.Honda et Fujishima4 ont montré, en 1972, qu’une électrode d’oxyde de titane générait spontanément de l’oxygène lorsque illuminée par la lumière ultraviolette ; cette demi-réaction était complétée par le dégagement d’hydrogène sur une électrode complémentaire au circuit.Cette observation a été l’élément déclencheur d’une intense activité de recherche pour rendre opérationnel le concept de génération de combustible (l’hydrogène) par la lumière, lequel pourrait remplacer le pétrole.Dans cette optique, tous les semi-conducteurs connus furent évalués dans différents milieux.Ce domaine de recherche applique les connaissances et théories de la physique de l’état solide aux concepts de stabilité et de réactivité électrochimique.Dans ce cas précis, l’on cherche un matériau qui présente une absorption lumineuse dans le spectre solaire et qui, sous l’action de la lumière, peut générer des électrons excités dont le processus de recombinaison est assez lent pour que la réaction ait lieu.Ces charges doivent, en effet, être transférées aux espèces ioniques en solution pour y induire un changement chimique.De plus, et c’est là, la contrainte majeure, il faut que le semi-conducteur soit stable vis-à-vis les procédés de corrosion simple ou de corrosion amorcée par l'action photonique.Les travaux de recherche sont orientés dans l’une ou l’autre des sections suivantes1,3’5.a.Photo-électrolyse : la production spontanée d’hydrogène et(ou) d'oxygène sous le seule impulsion lumineuse (figure 1).b.Electrolyse photo-assistée : la production d’hydrogène et d’oxygène sous impulsion photonique et champs électromagnétiques.c.Couple redox : dans ce scénario, l’énergie lumineuse induit des changements d’état d'oxydation des espèces en solution, lesquelles participent alors à des réactions chimiques.d.Photocatalyse : dans ce volet, l’énergie lumineuse ne sert que d’élément catalyseur pour une réaction précise: par exemple, la production d’éthane par la réaction anodique de l’acide acétique en milieu non aqueux.e.Génération photovoltaïque: dans ce système, l'énergie lumineuse est convertie directement en énergie électrique sans modification irréversible de l’électrolyte.C’est l’équivalent de la génération photovoltaïque à l’état solide (piles solaires au silicium), sauf que la séparation des charges se réalise en milieu liquide (aqueux dans la plupart des cas).i»il Montage typique pour les études en photo-électrochimie : la cellule de verre comprenant les deux électrodes est reliée aux équipements électroniques pour imposer et mesurer les paramètres électriques.D'autre part, l'apport lumineux consiste en une source intense couvrant le spectre visible et ultraviolet.Dans certaines expériences, l'excitation lumineuse est précisée à l'aide d'un monochromateur. INTERFACE / MAI-JUIN 1985 f.Electrolyse sans fils : dans ce système, des particules de catalyseurs sont les sites des réactions complémentaires de dégagement d’oxygène et d’hydrogène sous la seule action de la lumière.La particule en cause peut être un colloïde ou des matériaux en suspension sur lesquels des plaquettes de catalyseurs actifs sont déposés (Pt, Ru02, Pd).Dans tous les scénarios proposés plus haut, les problèmes fondamentaux auxquels les chercheurs s’attaquent sont associés à la stabilité photochimique des matériaux, l’augmentation des rendements et l’utilisation optimale de l’énergie lumineuse du spectre solaire (photo 1).Les retombées pratiques à grande échelle dans ce domaine sont encore à venir, mais les techniques mises au point, les nouveaux matériaux développés et les théories avancées auront sûrement des retombées dans le secteur de l’énergie3.ÉLECTROCHIMIE QUANTIQUE Jusqu’à présent, la chimie et la physique quantique, élaborées pour l'étude des atomes et des molécules simples, ont été peu appliquées à l’analyse des transferts de charge aux interfaces.Ce n’est que récemment que des recherches se sont engagées dans cette voie prometteuse et déjà leur apport à la compréhension des phénomènes électrochimiques se fait sentir.Au niveau théorique, c’est l’électrochimie des semi-conducteurs qui emprunte le plus aux concepts et approches modernes de la théorie de l’état solide.C’est en réalisant de plus en plus l’importance et surtout la nature spécifique des surfaces que les approches théoriques de l’électrochimie et de l’analyse quantique des micro-amas de surface (metallic clusters) se rejoignent.Toutefois, dans tout procédé électrochimique, la nature de l’électrolyte et de son solvant ajoute une complexité supplémentaire à l’analyse3.PHYSIQUE ÉLECTROCHIMIQUE EN BIOLOGIE Les concepts électrochimiques appliqués aux systèmes cellulaires remontent au début du siècle (1928) lorsque Lund suggère que les champs électriques dans les cellules proviennent des couples d’oxydo-réduction des enzymes6.Ces théoriesfurent repriseset élaborées pourexpliquer les transferts ioniques dans les membranes cellulaires et les transferts de charges le long des protéines.Présentement, les activités dans ce domaine sont focalisées sur l’électrochimie et la biophysique des cellules, l’immunologie, les mécanismes de coagulation sanguine, l’inactivation électrochimique des agents pathogènes et les réactions de type pile à combustible qui génèrent l’énergie biochimique dans les cellules.De plus, d’autres secteurs font l'objet d’études multidisciplinaires où l’électrochimie joue un rôle important : les mécanismes de transfert de charge dans la photosynthèse, les recherches avec les techniques électrochimiques dans le domaine des actions des drogues, la biologie submoléculaire des cellules et le transfert des informations électrochimiques aux interfaces intercellulaires7.WH ISÜ Üli %.Manipulations en atmosphèfe contrôlée pour la mise au point d'accumulateurs au lithium :la photo illustre le montage de prototypes d'accumulateurs en sels fondus.L'atmosphère (argon) est exempte de vapeur d'eau, d'oxygène et d'azote.Esquisse du Laboratoire de technologies électrochimiques de l'IREQ, dont la construction devrait débuter à l'été 1985. INTERFACE / MAI-JUIN 1985 L’ÉLECTROCHIMIE ET LA SCIENCE DES MATÉRIAUX La réalisation de la nature semi-conductrice de la surface de nombreuses électrodes a permis d’expliquer plusieurs phénomènes complexes observés en usure ou en électrocatalyse2.En effet, de nombreuses électrodes se recouvrent, pendant la réaction, d’un film d’oxyde semi-conducteur, ce qui modifie leurs propriétés tant chimiques que physiques.Ce concept de l’électrode «démétallisée» a été appliqué à de nombreux domaines.Un autre domaine en pleine expansion traite de l’électrochimie à l’état solide.Cet intérêt se concrétise par la mise au point d’accumulateurs électrochimiques au lithium tout solide utilisant des polymères plastiques, de piles à combustible à très haute température utilisant des céramiques à conduction ionique par l’ion oxyde, d’électrolyseurs de la vapeur d’eau pour la production d’hydrogène et d’oxygène, et la mise au point de senseurs pour différents produits chimiques.Dans le domaine des accumulateurs au lithium, de nombreuses recherches sont amorcées au Canada.L’IREQ a été l’élément moteur du développement des accumulateurs au lithium en sels fondus, une technologie importée des laboratoires nationaux Argonne aux États-Unis (photo 2).De son côté, la compagnie Moly Energy de Colombie-Britannique met sur le marché un accumulateur au lithium en solvant organique.Enfin, l’IREQ finalise des recherches pour la mise au point d’accumulateurs au lithium tout solide avec un électrolyte dissous dans un polymère plastique.L'ÉLECTROCHIMIE AU QUÉBEC L’industrie électrochimique est implantée au Québec depuis le début du siècle et son cheminement repose sur une source d'énergie électrique abondante et relativement peu coûteuse.C’est dans le domaine de la production ou du raffinage des métaux de base qu'on y retrouve les plus grands investissements.Ainsi, la production de l’aluminium et du zinc, comme le raffinage du cuivre, sont des domaines industriels où l'électrochimie se retrouve au coeur du procédé.De plus, de nombreuses usines de production de chlore et de chlorate sont en production sur le territoire.Au niveau de la recherche industrielle ou institutionnelle, les laboratoires du Groupe Noranda et ceux d’Hydro-Québec (IREQ) regroupent les plus fortes concentrations de chercheurs électrochimistes au Canada.Au niveau universitaire, l’Université de Sherbrooke a su maintenir depuis les débuts du Département de chimie une activité de recherche et de formation centrée autour de deux à trois professeurs en électrochimie fondamentale et électrosynthèse.Des activités universitaires de professeurs isolés se retrouvent aussi à l’École Polytechnique (corrosion et électrochimie industrielle), à l'UQAM (électroplacage de l’aluminium), l’INRS-Énergie (photo-électrochimie), l’Université de Montréal (électrochimie fondamentale) et à l’Université Laval (corrosion).Présentement ce secteur a été isolé comme élément prioritaire dans les documents du gouvernement du Québec.Ainsi,celui-ci évalue la mise sur pied d’une action structurante universitaire pour optimaliser les ressources humaines dansce secteur.11 est à noter qu’en 1984 de nombreux postes de professeurs en électrochimie ont été ouverts dans diverses universités du Québec.De grands espoirs dans la communauté avaient été générés à l’annonce par le Conseil national de recherches du Canada de la construction, dans la région de Shawinigan, d’un laboratoire de recherche dans cette discipline.Malheureusement, ce projet n’a pu résister au changement de gouvernement et aux contractions budgétaires.Toutefois, en novembre 1983, le gouvernement du Québec identifiait l’électrochimie comme un axe prioritaire du virage technologique et conséquemment annonçait son intention de construire un laboratoire de recherche dans ce secteur avec la participation d’Hydro-Québec.Ce projet se réalisera sous la forme d’un laboratoire de technologies électrochimiques de l’IREQ et sera construit par Hydro-Québec à Shawinigan (photo 3).Il complétera les activités de recherche de l’IREQ à Varennes dans les domaines des accumulateurs et de l’électro-lyse.De plus, il sera ouvert au milieu industriel pour réaliser des expériences au niveau de la démonstration et du pilotage de procédés industriels.Des recherches universitaires pourront de la sorte y trouver des facilités technologiques pour expérimenter à une échelle adéquate les idées et concepts mis au point au laboratoire.Le gouvernement du Québec participera au budget d’exploitation de ce laboratoire selon une modalité à définir. INTERFACE / MAI-JUIN 1985 Pour terminer, la discipline électrochimique déborde, et de beaucoup, le cadre étroit de la conduction ionique, les potentiels d’oxydoréduction et la pola-rographie.Cette activité intellectuelle demeure très moderne, tant par son champ d’étude, que par les concepts et techniques expérimentales mises de l'avant.En plus de contribuer à l’explication des phénomènes, cette discipline se prête à des développements technologiques considérables (accumulateurs, piles à combustible, électrosynthèse, électrométallurgie.).Le Québec possède des atouts importants tant au niveau recherche qu’au niveau industriel, atouts qu’il importe d’exploiter et de raffermir.?RÉFÉRENCES 1.VIJ H, A.K., J.Power Sources, 1980, vol.5, p.145.2.VIJ H, A.K., Electrochemistry of Metals and Semiconductors ; the Application of Solid State Science to Electrochemical Phenomena, Marcel Dekker, New York, 1973.3.VIJH, A.K., L'Actualité chimique canadienne, 1984, vol.36, n° 3, p.10.4.HONDA et FUJISHIMA, Nature, 1972, vol.239, p.37.5.BARD, A.J., Science, 1980, vol.207, p.139; WRICHTON, M.S., Accfs.Chem.Res., 1979, vol.12, p.303.6.LUND.E.J.J.Fxp.Zoo/., 1922, vol.51, p.265.7.KEYSER, H.et CUTMANN, F.(Eds.), Bioelectrochemistry, Plenum Press, New York, 1980.HOKUTO DENKO PU-SE flOOATOR HB-211 K°) HOKUTO MM Ltd.Notre électrochimie est à la page potentiostats coulombmètres polarigraphie enregistreurs x-y TEKSCIENCE Box 1055 OAKVILLE, ONTARIO L6J 5E9 (416) 844-1762 Telex 06-982455 1-800-387-7963 (in B.C.- 112) INTERFACE / MAI-JUIN 1985 Anita Caron, professeure au Département des sciences religieuses, est vice-doyenne de la Famille des sciences humaines à l’Université du Québec à Montréal.Les discours contemporains sur la famille québécoise par Anita Caron Le fait est maintenant bien connu: la famille se porte mal.Moins de mariages, moins d’enfants, plus de familles monoparentales, cette entité n’a pas échappé aux grands bouleversements des dernières décennies.Faut-il alors retourner à la tradition ou apporter des modifications, tant sur le plan juridique que religieux, à notre conception du couple et de la famille ?L'analyse des discours de l’État et de l’Église, comme des organismes voulant susciter un regain d’intérêt pour le mariage, nous informe des différentes positions adoptées.?En 1975, Edward Shorter concluait son histoire de la Naissance de la famille moderne par un constat de l’échec de cette institution.«Depuis 1960, notait-il, la structure de la famille a commencé à changer de fond en comble.La famille nucléaire tombe en ruine, et je crois qu’elle sera remplacée par le couple à la dérive, une dyade conjugale sujette à des fissions et fusions spectaculaires et privées de tout satellite — enfants, amis ou voisins.Un regard sur la société québécoise d'après 1960 semble confirmer le verdict de l’historien.Les «unions de fait» apparaissent devoir être acceptées tout autant que les mariages officiels.Les revendications du mouvement féministe invitent à reconnaître de nouveaux modèles d’organisation sociale mettant en évidence «la fin de la double contrainte à la maternité et à la conjugalité», de même que «la rupture du lien nécessaire entre maternité et conjugalité »2.Des analyses récentes sur la structure familiale des années 1960-1980 permettent, de fait, d’observer une réduction progressive de la «famille nucléaire», puis de formes variées de «ménages».Pierre Lefebvre dégage, à ce sujet, un certain nombre de faits significatifs.«La majorité des familles et des ménages comptent trois personnes ou moins parce que les familles ont moins d’enfants et qu’une proportion importante des familles (époux-épouses) n’ont pas d’enfant.Aussi, depuis 1961 le nombre de familles monoparentales est en forte augmentation; les personnes appartenant à ces familles sont concentrées dans celles qui ont pour chef une femme.Ce qui explique en très grande partie que 11,8 p.cent des enfants, en 1976, ne se trouvaient pas dans des familles époux-épouse.»3 Les statistiques présentées dans le cadre de l’analyse de Pierre Lefebvre sont d’ailleurs fort éclairantes sur les transformations culturelles qui se sont opérées au cours de la période 1951-1976.On découvre, entre autres, que le nombre d'enfants par famille est passé de 2,1 en 1951 à 1,6 en 1976; que le nombre de personnes par famille a diminué de 4,2 à 3,5 au cours de la même période4 et que la proportion des familles époux-épouse sans enfant était de 27,3 p.cent en 1951 alors qu’elle est de 31 p.cent en 1976.5 INTERVENTION DE L’ÉTAT Une modification importante des formes et des structures familiales s’est donc opérée au cours de la période 1950-1980.Parallèlement à ces transformations, on observe «une intervention plus grande de l’État dans la vie des individus et des familles, principalement aux grandes étapes de leur vie biologique et professionnelle»6.L’État ne peut, en effet, être indifférent à la baisse de natalité et à des transformations culturelles qui ont un impact direct sur la stabilité de la société.On a donc vu apparaître, au cours de cette période, une série de dispositions législatives qui, en passant par la Loi sur les services de garde et la reconnaissance des congés de maternité, visent l'établissement d’une politique familiale d’ensemble dont les données sont actuellement soumises à la consultation.Commencée en 1964, sanctionnée le 19 décembre 1980 et mise partiellement en vigueur le 2 avril 1981, la Loi 89 intitulée « Loi instituant un nouveau Code civil et portant réforme du droit de la famille» pose déjà les balises de cette politique.Nous constatons d’abord que les termes de cette loi indiquent une volonté du législateur «de ne pas prendre l’union libre en considération dans le nouveau Code civil du Québec, laissant donc cette situation de fait en dehors du champ de droit, ou du moins refusant de l’institutionnaliser, et favorisant ainsi — sur le plan des principes — l’union légitime qui demeure le mariage »7.Les règles qui concernent la formation du mariage demeurent d’ailleurs sensiblement les mêmes que celles qui existaient en 1866.Jean Pineau en rappelle un certain nombre : « Il convient, pour se marier, d’être d’abord physiquement apte : le garçon peut se marier dès qu’il entre dans sa 15e année et la fille dans sa 13e année.»8 INTERFACE / MAI-JUIN 1985 Il importe, en outre, pour que le mariage soit valable « que le consentement donné par les époux soit libre et éclairé»9.Dans le cas de conjoints mineurs, il y aura lieu encore de demander le consentement des parents.On ne peut non plus être bigame.Les liens de parenté entre les conjoints peuvent encore être un empêchement à leur mariage.Il faut enfin que le mariage soit célébré de façon solennelle.Et s’il est admis, depuis 1969, que cette célébration puisse être civile plutôt que religieuse, l’obligation d’une publication du mariage demeure et la possibilité d’une opposition à cette union a été maintenue par la loi.Là où le code innove, c’est dans l’affirmation de l’égalité des conjoints.«Mari et femme ont des obligations et des droits identiques ; en conséquence, les décisions majeures doivent être prises de concert ; de même que les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours et assistance, de même ils sont tenus de faire vie commune.De même ils choisissent ensemble la résidence familiale, ils contribuent l’un et l’autre aux charges du mariage en proportion de leurs facultés respectives.Enfin, les époux assurent ensemble la direction morale et matérielle de la famille et assument ensemble les tâches qui découlent de l’autorité parentale: l’autorité du mari est donc bien défunte, puisque celui-ci perd la fonction de chef de famille ou tout au moins les prérogatives qui lui étaient encore reconnues, même après la promulgation de la Loi 16 en 1964.»10 Si les transformations sociales et culturelles, qui ont mar-! qué le mariage et la famille au cours de la période 1960-1980, ont nécessité une réforme de la législation civile, elles ont également alerté l'attention des Églises, elles-mêmes menacées par une dislocation éventuelle de l'institution familiale.QUELQUES POSITIONS ECCLÉSIALES La réédition en 1980 d’une lettre publiée en 1975 par l’Assemblée desévêquesdu Québec (AEQ) et la diffusion, en juin 1980, d’un document de travail de la Conférence catholique des évêques du Canada (CCEC) sur le mariage et la famille manifestent dans quel sens s'orientent les préoccupations de l'Église en cette matière.«Aujourd’hui comme hier, précise monseigneur Bernard Hubert, président du Comité épiscopal des Affaires sociales, la famille est une réalité fondamentale, autant pour la personne humaine que pour l’ensemble de la société.»11 La réédition même de cette lettre voulait marquer la solidarité des évêques du Québec avec la priorité exprimée dans la Conférence catholique des évêques du Canada: «La Croissance dans la foi danset par la famille»12 et avec le thème du synode qui devait se tenir à Rome en octobre 1980: «Les Fonctions de la famille chrétienne dans le monde contemporain».La lettre de l'AEQ et le document de travail de la CCEC se voulaient d’ailleurs une préparation au synode romain.Les deux documents s’appuyaient sur des consultations et des travaux menés au cours des mois qui avaient précédé la tenue du synode.Les évêques y exprimaient leurs positions fondamentales sur le mariage et la famille et formulaient un certain nombre de questions en regard des difficultés rencontrées par les couples dans la société contemporaine.Ils rappelaient plus précisément comment «dans son enseignement comme dans sa pratique pastorale, l’Église a toujours accordé au mariage et à l'institution familiale une place de premier choix»13; comment enfin, au cours des siècles, les chrétiensavaient« développé un unique et puissant modèle familial reposant sur une structure triangulaire : sacrement-couple-enfants»14.Ils prenaient conscience, par ailleurs, de quelle façon les transformations qui s’étaient opérées dans la société contemporaine avaient eu des répercussions directes sur l’avenir de l’Église et plus particulièrement sur celui de la famille.«Certains, observaient-ils, jugent que la famille n’a plus d’avenir, qu’elle est en train de se saborder ou d’être électrocutée ; d’autres croient que la famille est en état de transition et que, comme agent de changement, elle est capable de s’adap-terà un nouveau cadre de vie, de se revaloriser et de se relancer en redéfinissant ses rôles sociaux; d’autres aussi sont convaincus qu’il faut retourner au modèle d’antan et offrir toute la résistance possible au changement.»15 C’est pourquoi il paraît opportun aux auteurs de ce document de rappeler un certain nombre de donnéesconcer-nant l’enseignement officiel de l’Église en matière de vie conjugale.Nous y trouvons, entre autres, la réaffirmation que « c’est le mariage, comme institution, qui donne à la réalité sous-jacente de la sexualité et de l'amour leur dehors social»16.Nous y trouvons, également mis en évidence, de quelle façon «jusqu’à Vatican II, la morale catholique du mariage a été principalement une morale construite autour de l’idée de procréation et de permanence de l’union»17.Exclusivité, fécondité et fidélité s’imposent donc comme des caractères essentiels du mariage chrétien.Les auteurs insistent d’ailleurs sur le fait «que la fécondité, garantie par l'indissolubilité du lien matrimonial et la fidélité des conjoints» est « l’élément régulateur de la sexualité» qui permet «à la vie conjugale de devenir familiale »18.Ce qui frappe dans ce document, comme dans les autres textes épiscopaux sur ces questions, c'est que, en dépit d’un souci pastoral et d’une volonté de compréhension à l’égard des difficultés rencontrées par les couples, la pratique et la doctrine de l’Église en matière de mariage demeurent ce qu’elles ont toujours été.Aussi, se montrent-ils intéressés par les efforts des mouvements, des associations et des services, aux couples et aux familles, qui favorisent un éveil d’intérêt au mariage.L'avant-propos du document de travail, Le Mariage et la Famille, laisse entendre précisément qu’à la suite du Synode romain de 1977, qui portait sur la catéchèse, la Conférence des évêques catholiques du Canada s’était donné un projet pastoral majeur à long terme: la croissance de la foi dans et par les communautés chrétiennes.Dans sa phase initiale, il serait axé sur la famille, «considérée comme l’un des lieux prioritaires de la croissance de la foi »19. INTERFACE / MAI-JUIN 1985 Les évêques du Québec, pour leur part, dans la lettre rééditée en 1980, disent leur souci de voir se développer une action pastorale avec et par les couples.Les offices diocésains de la famille, les rencontres interdiocésaines, le Comité provincial de la pastorale de la famille, créés ou renforcés au cours de la période 1970-1980, se veulent précisément des organismes devant servir à la promotion de ses services multiples et à une réelle concertation en vue du bien-être des familles.La réussite du couple, l'avenir de la famille, ne reposent-ils pas, en bonne partie, rappelle le document de travail de la CCEC, « sur cette capacité de l'Église d'amener les croyantsà vivre des expériences signifiantes qui ramènent l'homme à sa totalité et le couple à son unité»20.DES DISCOURS «NOUVEAUX» SUR DES MODELES «DÉJÀ LÀ» Parmi les organismes qui se préoccupent de proposer un discours et des pratiques visant à rejoindre des personnes qui ont une expérience de couples de quelques années, nous trouvons Couple et Famille, Renouement conjugal, Rendez-vous et le Service d’orientation des foyers.Ces organismes sont tous d’inspiration chrétienne.Ils exercent leur action au Québec depuis 1970 ou ont connu une réorganisation importante depuis cette date.Avec une équipe d’étudiantes et de professeures3 de différentes disciplines, j’ai procédé, de 1981 à 1984, à une analyse de discours et de pratiques de ces organismes.Cette analyse voulait déceler quelles étaient les valeurs, les normes, les légitimations et les connaissances empiriques à la base des modèles privilégiés par ces organismes; examiner les ressemblances et les différences entre les modèles proposés et dégager les rapports entre ces modèles et les conditions sociales, culturelles et économiques ayant prévalu au cours de la période où les documents étudiés ont été produits.Nous appuyant sur un postulat émis par le sociologue Georges Ménahem, à savoir « qu'à des formes d’organisation économique et sociale différentes correspondent des modèles différents d’organisation familiale»21, nous voulions vérifier si les modèles proposés par ces quatre organismes contribuaient à maintenir une vision traditionnelle du mariage et de la famille ou s’ils proposaient des perspectives nouvelles reliées aux conditions sociales et économiques de la société québécoise des années 1975-1980.Les résultats obtenus au terme de cette analyse révèlent une préoccupation non équivoque de la part des organismes étudiés, d’assurer la survie d’un modèle de famille qui s'appuie à la fois sur des données de la psychologie contemporaine et sur des valeurs reconnues traditionnellement par l’Église officielle.Ils en arrivent, en conséquence, à faire place, dans leurs discours et leurs pratiques, à des valeurs qui n’ont pas toujours eu bonne presse dans l’Église catholique : le corps, l’affectivité, l’expression des sentiments.Les normes qu’ils proposent atténuent, en outre, le poids exercé par l’enseignement traditionnel de l’Église pour faire plutôt appel à la conscience des individus.Ils se basent, pour cela, sur les connais-sances que procure la psychologie et sur une symbolique qui fait, en quelque sorte, du couple « un espace sacré ».D’où le recours à des mé-thodeséprouvées permettant de rendre effectif le modèle proposé.Ces méthodes se présentent d’ailleurs elles-mêmes sous la forme de rites initiatiques qui exigent l’intervention de nouveaux experts, déjà prêtres par leur fonction ou faisant office de ministres du sacré.Nous nous retrouvons donc face à un modèle exigeant qui porte toute la nostalgie de l’amour total et du paradis perdu dans lequel la femme et l’homme vivent, aux dires des récits mythiques, des relations d’unité et d'harmonie.La famille, dans ce contexte, semble se réduire au couple.Mis à part le Service d’orientation des foyers dont l’axe déterminant demeure la participation et qui fait place au rôle des enfants, à la nécessité de se regrouper avec d’autres couples et à différents types d'intervention possibles dans un milieu, les autres organismes semblent avant tout préoccupés par l’harmonie du couple, laquelle est souvent considérée comme une condition essentielle de réussite et d’épanouissement personnel.Même la relation avec Dieu, dans cette perspective, ne semble possible que par l’intermédiaire d’une relation de couple réussie.Dans l’ensemble, les rapports de domination semblent exclus de ces discours, que ce soit pour les promouvoir ou pour les dénoncer.On y trouve une remise en question très ténue des rôles dévolus à l’homme et à la femme.En mettant l’accent sur le couple, ces différents discours contribuent, en outre, au maintien d’un bon nombre de stéréotypes concernant les rapports homme-femme.Les qualifications qui ont trait aux rôles masculins et féminins apparaissent d’ailleurs très significatives d’une telle orientation.On ne trouve pas d'ouverture sur un rôle professionnel, social ou politique pouvant être individuellement assumé par une femme.Ce rôle n’est rendu possible que dans une action de couple, comme le propose le Service d’orientation des foyers ou dans le soutien qu'une femme peut apporter à son mari dans l’exercice de fonctions sociales et professionnelles, ainsi que le met plus particulièrement en évidence Couple et Famille.Nous nous trouvons donc en présence de la valorisation d’un modèle voisin de celui de la famille conjugale, modèle constitué, selon Georges Ménahem, «en même temps que s’opérait le processus d’industrialisation capitaliste et les processus d’urbanisation et de déracinement (exode rural, immigration, etc.) qui lui étaient intimement liés»22.On y retrouve,actualisée, une forte différenciation sexuelle des tâches; les fonctions ménagères revenant à la femme, le travail professionnel étant le privilège de l’homme.Cependant, comme il représente avant tout «une entreprise commune de recherche de bien-être et de satisfaction»23, le modèle de la famille conjugale requiert «la bonne entente des époux» et la recherche «d’un équilibre sexuel et sentimental acceptable»24.Ménahem remarque, à cet effet, que ce type d’union peut se dissocier « plus fréquemment que dans le cas des familles patrimoniales»25.D’où l’insistance mise par les quatre organismesà proposer des moyens qui vont garantir la stabilité de cette union sans cesse menacée par des obstacles de tous genres dont, plus précisément, les préoccupations reliées à la vie professionnelle et aux enfants.On comprend, dès lors, l’importance accordée aux techniques qui vont favoriser le dialogue au sein de chacun des couples.Les sessions offertes par les différents organismes deviennent, en ce sens, un entraînement à ce dialogue qui devra, par la suite, être pratiqué par chacun des couples selon des formules très précises auxquelles on ne doit surtout pas déroger. INTERFACE / MAI-JUIN 1985 Contrairement à la famille patrimoniale dans laquelle l’affection entre époux était, pour ainsi dire, secondaire puisque le succès de cette union reposait avant tout sur «la reproduction et la transmission du patrimoine familial»26, la qualité des liens affectifs entre les époux devient, dans une société industrialisée, la garantie essentielle de la survie de la réalité familiale.Par leurs discours et leurs pratiques, les organismes étudiés apportent donc leurs propres légitimations à un modèle qui, contrairement à ce que l’on pouvait croire dans les années 60, paraît s’être renforcé au cours de la période 1975-1980.Le monde familial est actuellement devenu, notent à ce propos Diane Lamoureux et Nicole Morf, «l'univers quasi-exclusif du sens et de l’affectif contre le monde extérieur conçu comme univers de l'atomisation, de la perte de sens, de la violence»27.En se fondant sur les valeurs évangéliques et en proposant des normes qui assurent, pour l’essentiel, la permanence du mariage comme institution, ces différents groupes n’en contribuent pas moins à la promotion d’un modèle nouveau de famille dans lequel on retrouve une revalorisation phénoménale du privé, du domestique, du « chez soi », du foyer et du « moi familial ».Les axes privilégiés par les discours analysés font ressortir une préoccupation d’aider les conjoints à d’abord s’estimer eux-mêmes, à devenir autonomes, pour être en mesure d’entrer, par la suite, en communication avec« l’autre».Cette quête d’identité et d’autonomie se veut toujours cependant au service du « nousconjugal ».Et, si l’on considère, comme dans le cas du Service d’orientation des foyers, que la femme puisse exercer une tâche professionnelle à l’extérieur et que l’homme doive participer aux travaux domestiques, l’accent demeure, pour l’ensemble des groupes, un souci de «protéger l’intimité du foyer contre les intrusions»28 de toutes sortes.En ce sens, les groupes étudiés contribuent à un mouvement de société à la fois contestataire des revendications du mouvement féministe et des formes d’engagement sociopolitique des années 60 et attesta-taire d’une volonté de faire de la famille le lieu par excellence d’une relation affective intense entre chacun de ses membres et, plus précisément, entre les époux.Ils rencontrent, en cela, certainesaspirationsdece qu’on appelle, dans le contexte actuel, « les nouvelles familles».Tout compte fait, l’analyse des différents discours laisse percevoir comment l’espace du public y est particulièrement réduit.Cet espace ne prend vraiment son sens que dans une volonté de construire une nouvelle société dans laquelle «le couple» deviendrait un modèle englobant.Renouement conjugal représente tout spécialement cette tendance, alors qu’il propose aux personnes ayant vécu une session encounter de former une nouvelle société, «le monde encounter», constituée de couples qui vivraient quotidiennement la technique du dialogue en actualisant ainsi le plan de Dieu pour les femmes et les hommes d’aujourd’hui.Préoccupés du vide affectif créé par la désacralisation de la nature et des rapports sociaux, interpellés par les dangers d’effritement qui planent sur la famille, les organismes dont nous avons analysé les discours et les pratiques ont opté pour une participation, au nom même de l’idéologie chrétienne, à un mouvement social qui fait du couple le lieu par excellence «du surinvestissement du contenu significatif de la vie tout court»29.En adoptant un discours et des pratiques qui participent à un mouvement caractéristique de la société québécoise des années 1975-1980, ils marquent cependant leur différence en affirmant que cette relation affective ne peut vraiment prendre sa signification que si elle est sanctionnée par le sacrement de mariage et marquée par la fidélité des conjoints.Aussi, s’ils acceptent que l’activité sexuelle et la reproduction puissent être dissociées, s’ils insistent sur la nécessité d’une expression sans cesse renouvelée des sentiments éprouvés par des conjoints, ils dénoncent catégoriquement, par contre, un certain nombre des tendances de la société actuelle, telles que «la multiplication des “histoires d’amour’’ au cours de l’existence, la multiplication du nombre des séparations officieuses et(ou) officielles, le refus d’une large partie de la jeunesse à conclure un mariage, la prudence manifestée par les partenaires d’un couple devant les formes les plus diverses d’engagement (cohabitation, achats majeurs, conception d’un enfant) »30.D’où nous pouvons conclure que les groupes, dont nous avons analysé les discours et les pratiques, participent assurément au processus d'émergence d’un modèle de conjugalité fortement axé sur le privé et la vie affective.Ils n’en contribuent pas moins à maintenir le modèle d’un couple chrétien fidèle à ses engagements assurant ainsi la survie, dans une société sécularisée et désacralisée, de valeurs évangéliques qui, selon la logique implicite et explicite de ces discours et de ces pratiques, ne sauraient être contestées.?NOTE a.L’équipe de travail était composée de Flore Dupriez (histoire), Raymonde Gaumond (sciences religieuses), Francine Gendron (science politique), Claudette Lasserre (sciences de l’éducation), Diane Lessard (anthropologie) et Marie-Andrée Roy (sociologie religieuse).Elle a pu bénéficier du support de professeures de différentes disciplines: Nicole Laurin-Frenette (sociologie) et Jacqueline Lamothe (linguistique).RÉFÉRENCES 1.SHORTER, E., Naissance de la famille moderne, éd.du Seuil, coll.Points, Paris, 1982, p.339.2.LAMOUREUX, D.et MORF, N., La Famille en rénovation : réflexion sur la nouvelle famille, Conjoncture, n° 3, printemps 1983, p.78.3.LEFEBVRE, P., La Révolution tranquille des modes de vie familiale : une analyse des implications socio-économiques et de l'adéquation des politiques sociales.Laboratoire sur la répartition et la sécurité du revenu.UQAM, juillet 1980, p.22.4.Ibid., p.27.5.Ibid., p.26.6.CLOUTIER, R., Nouvelles 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Rapports amoureux, Conjoncture, n° 3, printemps 1983, p.92.30.Id. » y y UNITED STATES TECHNOLOGY ~ «ra~ yywy Ss, ///y y 'a 'arj 01: :i! h i ! ! ft CANIA -s&êSBS^ '; ÏÏHfcMçg^ 1-^82£p^ SQ2HF/ r0fïfl,i£Htt:r(to < * SS^Wgggs/^ INTERFACE / MAI-JUIN 1985 SCIENCE ET POLITIQUE Le rattrapage scientifique est-il possible ?par Gilbert Paquette À l’interface des débats actuels de la politique scientifique, la chronique SCIENCE ET POLITIQUE ouvre ses pages à ceux qui oeuvrent dans la recherche québécoise.et canadienne.Gilbert Paquette était, jusqu'à tout récemment, ministre de la Science et de la Technologie, ministère maintenant regroupé avec celui de l'Enseignement supérieur.?Le Québec reconnaît enfin l’importance vitale du développement scientifique et technologique pour l'avenir de notre société.Est-il trop tard ?Nous avons des forces dans beaucoup de domaines, mais nous avons aussi un immense rattrapage à faire.Le Canada est, parmi les pays développés, l’un de ceux qui consacrent le moins de ressources à la recherche, et le Québec est légèrement en dessous de la moyenne canadienne.On peut donc se demander avec anxiété si les efforts entrepris par les universités, les entreprises ou les gouvernements serontsuffisants face à l’ampleur du défi à relever.Au Québec, contrairement à ce qui se passe chez nos voisins du Sud, les fonds privés disponibles pour la recherche sont rarissimes.Il en est de même quant au capital de risque nécessaire au lancement d'entreprises technologiques.Même en cette période de difficultés budgétaires et de retour en force de l’idéologie néo-libérale, le rattrapage scientifique et technologique doit largement reposer sur les fonds publics, et donc sur les choix et la volonté politique des deux paliers de gouvernement.Il est donc remarquable que, au-delà des idéologies, tous les partis politiques aient inscrit la science et la technologieau coeurde leur programme.Les deux dernières années auront vu les deux gouvernements multiplier les projets et les programmes d’aide à l’initiative scientifique.Même au coeur d'une crise économique sans précédent, les budgets auront augmenté plus rapidement que dans tout autre secteur de l’activité gouvernementale, sauf le service de la dette et l’aide sociale! On a clairement misé sur l’avenir; mais pour combien de temps, avec quelle continuité, quelle ampleur et quelle cohérence ?La répartition des ressources et des responsabilités entre les deux niveaux de gouvernement pose un certain nombre de problèmes additionnels que d’autres pays n’ont pas et qu’il convient d’identifier.Contrairement à un discours largement répandu, la question constitutionnelle apparaît intimement liée au développement économique et scientifique de notre société.L’AMPLEUR DES RESSOURCES Les deux paliers de gouvernement ont un énorme rattrapage à faire dans leurs dépenses scientifiques et technologiques pour atteindre le niveau des pays les plus avancés.De cet effort dépendent largement nos chances de développement dans une économie qui se mondialise de plus en plus, et face à laquelle la qualité des ressources humaines de l’innovation technologique et de la rechercheest un facteur déterminant.Au Québec, la part des dépenses totales de R&D attribuable aux entreprises et au gouvernement québécois est proportionnellement plus élevée qu’en Ontario.En fait, la trop faible proportion des dépenses scientifiques fédérales au Québec explique à elle seule notre handicap.En 1981, le gouvernement central affectait 52 p.cent de ses fondsenOn ta rio contre 16p.cent au Québec.Même en tenant compte des projets fédéraux au Québec annoncés avant le dernier changement de gouvernement, cette proportion n’augmenterait qu’à 18 p.cent.Pour chaque dollar investi par le fédéral au Québec, trois sont investis en Ontario, ce qui signifie un déficit annuel de quelque 5 000 emplois scientifiques et technologiques au Québec.Ce déséquilibre existe depuis qu’il y a des statistiques sur la question et il est illusoire de penser qu’il se corrigera uniquement par l’action des scientifiques et du gouvernement québécois.De la même façon, on peut supposer que si les chercheurs canadiens devaient faire appel à des fonds conjoints canado-américains administrés suivant les mêmes critèresque les fonds fédéraux, ils devraient se contenter de la portion congrue.Le support à l’excellence doit se préparer par le support à l’émergence et, ensuite, par l’accroissement des exigences en fonction de l’évolution des ressources humaines disponibles dans une société donnée.Le nouveau gouvernement fédéral s’était engagé au cours de la dernière campagne électorale à doubler les fonds fédéraux consacrés à la R&D.Une telle mesure, si elle avait été accompagnée d'une réorientation radicale des politiques préconisées par des organismes comme le CRSNG et la Commission Wright, lesquelles ne tiennent pas compte de la nécessité de régionaliser l’attribution des fonds fédéraux, aurait éventuellement permis de combler cet écart entre le Québec et l’Ontario.Or, on sait maintenant que pour tout l’avenir prévisible on peut s’attendre, au contraire, à des coupures de budget, qui sont déjà en cours tant au Conseil national des recherches que dans les fonds subventionnaires fédéraux.Ces coupures, décidées sans aucune consultation des gouvernements provinciaux ou des milieux scientifiques, renvoient aux calendes grecques toute possibilité de rattrapage des dépenses fédérales de R&D au Québec.Ces coupures illustrent encore une fois l’énorme risque que court notre société à ne pouvoir décider de ses priorités les plus vitales.Il faut certes réduire le déficit fédéral, mais doit-on le faire d'une façon qui handicape l’essentiel virage technologique que le Québec doit faire d’urgence pour éviter d’être complètement dépassé par les autres sociétés ? INTERFACE / MAI-JUIN 1985 LA NÉCESSAIRE COHÉRENCE Dans la mesure où les gouvernements commencent à appuyer le développement de la recherche plus vigoureusement, se pose le problème de la cohérence des politiques.Le vide s’harmonise plus facilement avec le vide.Ce n’est heureusement plus le cas ! On assiste maintenant à l’application de deux politiques scientifiques largement parallèles.Des centres de recherche ont été annoncés par les deux gouvernements dans les mêmes domaines, les fonds subventionnaires fédéraux et provinciaux ayant chacun leurs priorités.À presque chaque programme d’aide à la R&D industrielle du fédéral correspond un programme québécois.Bien sûr, il existe parfois une collaboration entre les divers organismes fédéraux et québécois impliqués, mais il faut avoir été au gouvernement pour savoir à quel point cela est laborieux et coûteux en temps et en énergie.Or justement, l'une des caractéristiques de la mutation scientifique et technologique que nous vivons présentement est qu'elle exige rapidité et cohérence dans l’action.Un projet de développement technologique rentable maintenant ne le sera plus nécessairement dans un an.Un chercheurde haut calibre, disponible maintenant, aura à coup sûr été attiré par un projet emballant ailleurs dans six mois.On pourrait citer, en «exemple», la saga du Centre de recherche en électrochimie.Voilà pourtant un domaine où une participation conjointe des deux paliers de gouvernement aurait pu mener à créer un centre de calibre international dans un domaine où le Québec se doit d’exceller, compte tenu de son immense potentiel hydro-électrique.Pendant des années, le CNRC et Hydro-Québec, alors intéressés à collaborer, ont discuté sans résultat.De guerre lasse, le gouvernement du Québec et Hydro-Québec devaient se résoudre à annoncer la création d’un centre québécois plus modeste en novembre 1983.Deux mois plus tard, sans aucune consultation, deux ministres fédéraux annonçaient la création d’un autre centre en électrochimie, de surcroît dans la même région.On entreprit alors de les définir en complémentarité et on en était à discuter de la façon de partager au moins certains services dans des édifices possiblement situés côte à côte, lorsque le nouveau gouvernement fédéral décida d’annuler le projet de ses prédécesseurs.Nous ne pouvons tout simplement pas nous payer de tels retards et de tels gaspillages d’énergie.Mais il y a encore plus grave! Lorsque l’on prend conscience des exigences de la compétition internationale, il paraît indiqué, dans une perspective pancanadienne, de ne pas disperser dans toutes les provinces les efforts de recherche de chacun des secteurs de pointe.On préfère alors concentrer en un seul endroit les centres d’excellence.L’avance prise par l’Ontario et le fait que plus de 80 p.cent des hauts fonctionnaires des ministères à vocation technologique fédéraux soient ontariens font la plupart du temps de cette province le lieu désigné des nouvelles implantations.Cette citation de l'ancien ministre Donald Johnston est particulièrement éclairante: «La Californie, avec 26 millions d’habitants, possède un centre d’excellence en micro-électronique.Le Canada, avec ses 23 millions de citoyens, peut-il s’en permettre trois ou quatre ?» En fait, depuis le début des années 70, le gouvernement fédéral a contribué à la concentration de l’électronique et de l’informatique en Ontario.Or, il s’agit là d’un secteur vital et « structurant» pour l’ensemble du développement économique.Si le Québec ne parvient pas à infléchir la tendance historique, c’est l’ensemble des entreprises qui auront peine à trouver ici les ressources humaines et les innovations requises pour assurer leur caractère concurrentiel et leur potentiel de développement.Mais, la comparaison californienne oublie deux aspects de la réalité canadienne.D'abord, l’étendue et la diversité régionale qui font qu’un développement technologique en Ontario a peu de retombées économiques dans les autres régions.En second lieu, le Québec, en tant que société de langue et de culture différentes, ne pourra se développer et s’épanouir comme peuple si les Québécois doivent s’expatrier chaque fois qu’il s’agit de poursuivre des activités scientifiques ou de développement technologique de pointe. INTERFACE / MAI-JUIN 1985 À l'exemple de la Californie qui n’a qu’un centre d’excellence en micro-électronique pour 26 millions d’habitants, le Québec pourrait apposer celui de la Suède qui, avec une population comparable à la sienne, maintient une industrie électronique peut-être moins diversifiée, mais génératrice d'une recherche de pointe profitable à l’ensemble de son économie.Mais la Suède, comme la plupart des pays avancés, et contrairement au Québec, contrôle la totalité de son budget et le choix de ses priorités.UNE POLITIQUE ADAPTÉE A LA RÉALITÉ QUÉBÉCOISE Dans un document datant de 1981, le gouvernement fédéral établissait à 1,5 p.cent du P.N.B.l’objectif à atteindre en matière de dépenses totales consacrées à la R&D au Canada pour 1985.On ne peut qu’être d’accord avec un tel objectif.D’ici un an ou deux, on devrait savoir s'il a été atteint.Mais il faut s’interroger sur la composition de cet objectif.Sur la base de comparaisons internationales d’intensité de l’effort de R&D dans différents secteurs (universités, industries, gouvernements), le gouvernement fédéral s’est orienté vers un développement relativement stationnaire de la recherche universitaire, concentrant tout l’essentiel de l’argent neuf au développement de la recherche industrielle, de préférence dans le secteur privé.Il est à prévoir que le nouveau gouvernement poursuivra cette politique.Or, les différences qui existent sur le plan international tiennent beaucoup aux dépenses consacrées à la défense nationale.On ne peut demander au Canada d’imiter la structure des dépenses de la recherche telle qu’elle existe dans les pays les plus militarisés.De la même façon, on doit tenir compte de la structure différente de dépense en R&D au Québec.Ainsi, plus de 35 p.cent de la dépense intérieure en R&D au Canada est financée par le gouvernement fédéral, alors qu’au Québec cette part n'atteint que 24 p.cent.À l'opposé, le secteur industriel finance près de 45 p.cent de la R&D au Québec contre 40 p.cent au Canada.Si on simule la part qui reviendrait au secteur industriel résultant de la politique fédérale, le Québec se retrouverait avec plus de 60 p.cent de la dépense intérieure de R&D financée par l’entreprise privée.Une telle situation ne se rencontre dans aucun pays industrialisé, surtout si l’on considère le nombre relativement peu élevé d’entreprises technologiques au Québec.La base industrielle pouvant accueillir un tel accroissement est tout simplement trop faible, de sorte que si le Québec atteint l’objectif fixé pour la moyenne canadienne, il le fera dans la mesure où il se sera écarté de la politique « nationale».Voilà pourquoi il faut une approche d’ensemble.Voilà pourquoi il faut intégrer notre politique de développement de la recherche industrielle à notre politique de développement de l’économie et de l’enseignement supérieur.Au Québec, il faut à la fois moderniser nos secteurs industriels et favoriser l’émergence d’entreprises dans les secteurs de haute technologie et, en même temps, miser sur un accroissement des crédits affectés à la recherche universitaire, en faisant en sorte que la coopération université-industrie stimule et féconde le développement technologique industriel.Toute politique scientifique canadienne centralisée est vouée à l’échec.Décider d’emblée de limiter à certains secteurs prédéterminés une société nationale distincte comme le Québec, c’est tronquer son développement.Décider d’appliquer des programmes et des objectifs uniformes à toutes les régions canadiennes, c’est courirà l’échec.Particulièrement au Québec, le développement scientifique est intimement lié aux particularités de la structure économique et aux valeurs culturelles.Un gouvernement canadien, quel qu’il soit, peut-il effectuer un rattrapage des fonds fédéraux au Québec; peut-il fixer de grands objectifs, mais concentrer ses ressourcesen fonction des prioritésdu Québec en lui confiant la gestion des programmes fédéraux; peut-il adopter une politique souple et diversifiée qui supporte à fond l’effort du Québec et le potentiel des hommes et des femmes qui l’anime ?Doit-on plutôt se résigner à l’insuffisance des ressources consacrées à la recherche, au conflit et au gaspillage de temps et d’énergie, à cause de politiques parallèles, concurrentes et inadaptées à la réalité du Québec ?Le réalisme consiste à rechercher, malgré les difficultés, une nécessaire souveraineté du Québec dans le secteur scientifique, qui respecte sa spécificité et lui offre ses meilleures chances d’avenir.? «1r5®w»*#* ***%& »e W ,eS"°" a«aes u me'att'i, ntoft'«s ®W\uteW4e*ï*ï o^"'> Office de la langue française Québec andat-poste Co^n' , y y , / y% i y , /
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