Interface : la revue de l'ACFAS, 1 mars 2000, Mars
ft - b 3^ VOLUME 21, M° 2 | MA«S-*V»IL 2000 Cultiver des médicaments La survie avant la lanque Le transqémque sur la sellette uébec, une Cité pour l'optique FEMMES SAVANTES AU 21e SIÈCLE, P.24 Association canadienne-française pour l’avancement des sciences, 425, rue De La Gauchetière Est Montréal (Québec) H2L 2M7 N° de convention de vente relative aux envois de publications canadiennes 1260413 Les chimistes s'amusent 1 Coo; pératives : 1 le social I [dans l'économique 1 01001026651802 adresse L’IRSST Recherches et activités Publications donne Services de laboratoire accès à toute l’information Bourses et subventions Équipes de recherche Nouveautés Gliquez recherche www.irssrqc.ca épuipes de recherche La majorité des publications sont disponibles gratuitement sur le site de l’IRSST.505, boul.de Maisonneuve Ouest Montréal (Québec) H3C 3C2 Tél.: (514)288-1551 IRSST Institut de recherche en santé et en sécurité du travail du Québec subventk VOLUME VINGT ET UN | NUMÉRO DEUX | MARS-AVRIL 2000 INIË l MOT DE LA RÉDACTION 4 ___;_______Sommeil et VULGARISATION Danielle Ouellet 100 Min Science clips 6 L'informatique au service de la pharmacologie 7 Le MENTORAT SCOLAIRE À RAFFINER 8 Cultiver des médicaments 9 LA PRESSION, UN PARAMÈTRE OUBLIÉ 10 Intermittence en emploi et santé mentale 11 La survie avant la langue 12 Les aliments transgéniques sur la sellette » Les nouveaux chasseurs d'images 14 Tourbières: lorsque l'industrie s'en mêle 16 Québec, une Cité pour l'optique?16 Les chimistes s'amusent en vulgarisant Face à face 18 Christiane Rousseau, la bosse des maths Dominique Forget Mathématicienne à l’Université de Montréal, Christiane Rousseau est aussi engagée auprès des jeunes pour leur faire aimer les sciences.Recherche Les mystères du sommeil Certains secrets bien gardés depuis les débuts de l'humanité au sujet du sommeil commencent à être révélés.34 Le sommeil au service de la mémoire Mircea Steriade 38 Quand l'horloge biologique tourne mal.Diane B.Boivin 42 Les maladies du sommeil : une nouvelle spécialité médicale Jacques Y.Montplaisir 45 Vieillir et moins bien dormir Julie Carrier Enjeux 24 Femmes savantes au 21e siècle Valérie Borde Les femmes chercheuses sont de plus en plus nombreuses.Oui sont-elles ?D'où viennent-elles ?Arrivent-elles à concilier la vie de chercheuse et celle de mère ?Zoom Coopératives : le social 48 DANS L'ÉCONOMIQUE 'Mim» « WMt tu Science Monde Offrir le monde aux étudiants Laurent Fontaine Rubriques 54 Livres, Calendrier, Quoi de neuf ?Dans le prochain numéro d'Interface 57 La fine pointe 58 Le point S PHOTO: JEAN-BERNARD PORÉE MOT DE LA RÉDACTION Sommeil et vulgarisation ‘ Dormir du sommeil du juste.Dormir % sur ses deux oreilles.Dormir comme un bébé.Ces expressions évoquent le rSSfKI calme, la sécurité, l’apaisement, bref, I tout qui devrait faire qu’un sommeil ÿ : , repose et régénère.Malheureuse ment, un tel bonheur n’est pas donné ^ ¥ I à tout le monde.Dormir est une actifs J vité qui semble aller de soi, mais pour plusieurs, elle est la source de problèmes tels que les scientifiques se préoccupent maintenant sérieusement des maladies du sommeil.Depuis les années 1970, des laboratoires de recherches sur le sommeil se sont développés un peu partout à travers le monde et le Québec compte des chercheurs parmi les meilleurs dans ce domaine.Quelques-uns d’entre eux nous livrent le fruit de leurs travaux dans le dossier « Les mystères du sommeil ».Pour souligner les 20 ans d’Interface en 1999, le numéro de septembre-octobre portait, vous vous rappelez, sur l’importance de la vulgarisation scientifique.Des spécialistes de la communication se sont alors exprimés sur le sujet.Le rédacteur en chef de la revue française La Recherche rappelait aussi, à cette occasion, que vulgarisation ne signifie pas vulgarité, qu’il n’y a aucune honte à dire simplement ce qui apparaît complexe au départ.Et je serais étonnée de trouver un seul lecteur d’interface qui soit en désaccord avec ces idées.D’un numéro à l’autre, cependant, je constate qu’entre l’énoncé de principes et la pratique, le pas peut être difficile à franchir.C’est une chose que d’accepter d’écrire pour une revue de vulgarisation scientifique comme Interface, qui s’adresse à des spécialistes de toutes les disciplines; c’en est une autre que de voir son texte dépouillé d’une grande partie de son jargon disciplinaire.Je suis par ailleurs toujours agréablement surprise de l’empressement avec lequel les chercheurs, toujours très occupés, répondent à l’invitation d’interface.C’est pourquoi je lève mon chapeau à tous les auteurs-chercheurs qui se prêtent de bonne grâce à cet exercice et je les en remercie.Je vous souhaite une très agréable lecture.Danielle Ouellet, M.Sc, Ph.D., Directrice et réfactrice en chef.Interface QàjuMlL Conseil d’administration de l’Acfas 1999-2000 John Boeclin, Faculté Saint-Jean, Université d’Alberta Gilles Brassard, professeur titulaire, Département d’informatique, Université de Montréal Alain Caillé (1" vice-président), VICE-RECTEUR À LA RECHERCHE, UNIVERSITÉ de Montréal Monique Charbonneau, présidente-directrice générale, Centre francophone DE RECHERCHE en INFORMATISATION DES ORGANISATIONS Gisèle Chevalier, professeure, Faculté des arts, Université de Moncton Francis Davoine, étudiant Yves Ducharme (trésorier), MAÎTRE DE RECHERCHE, CENTRE DE RECHERCHE THÉRAPEUTIQUE MERCK FROSST CANADA INC.Lucie Dumais, professeure, Centre de RECHERCHE EN GESTION, UNIVERSITÉ DU Québec à Montréal Louise Filion (présidente sortante), VICE-RECTRICE À LA RECHERCHE, VICE-RECTORAT À LA RECHERCHE, UNIVERSITÉ LAVAL Jean-Denis Groleau, professeur, Collège Jean-de-Brébeuf Félix Maltais, directeur général, Les Publication BLD Inc.Donna Mergler, chercheuse, CINBIOSE, Université du Québec à Montréal Émilien Pelletier, professeur, Institut des SCIENCES DE LA MER DE RlMOUSKI (ISMER) Raymond Pollender, directeur artistique, Théâtre du Petit Chaplin Jean-Marc Proulx (président), vice-président - Recherche et développement, Groupe Conseil DMR Inc.Francine Rivard, adjointe au directeur général, Affaires industrielles et PLANIFICATION, INSTITUT DES MATÉRIAUX INDUSTRIELS, CONSEIL NATIONAL DE RECHERCHES CANADA Bernard Robaire, professeur, Département de pharmacologie, Université McGill Vincent Tanguay, direction générale DES COMMUNICATIONS ET DU MULTIMÉDIA, MINISTÈRE DE LA CULTURE ET DES Communications André Thibault, Département des sciences DU LOISIR ET DES COMMUNICATIONS SOCIALES, Université du Québec à Trois-Rivières Marie Trudel (2e vice-présidente), DIRECTRICE, LABORATOIRE DE GÉNÉTIQUE MOLÉCULAIRE ET DÉVELOPPEMENT, INSTITUT DE RECHERCHES CLINIQUES DE MONTRÉAL Elvire Vaucher, Centre de recherche de l’Hôpital Douglas Germain Godbout, DIRECTEUR GÉNÉRAL, ACFAS Yves Gingras (archiviste), CIRST, Université du Québec à Montréal INTERFACE Revue bimestrielle de vulgarisation scientifique, Interface est publiée par l'Association canadienne-française pour l’avancement des sciences (Acfas) AVEC l’aide DU MINISTÈRE DE LA RECHERCHE, de la Science et de la Technologie.Directrice et rédactrice en chef Danielle Ouellet Directeur général de l’Acfas Germain Godbout Secrétaire de rédaction Luc Quintal Comité de rédaction Johanne Collin, Robert Ducharme, Pierre Fortin, Jean-Claude Guédon, Jacinthe Lacroix, Jean-René Roy, MichelTrépanier Révision linguistique Hélène Larue Direction artistique Martine Maksud Illustration de la page couverture Katy Le MAY Sorties Postscript Film-O-Progrès Impression Imprimerie Québécor, Saint-Jean Certains articles d’Interface peuvent ÊTRE REPRODUITS AVEC NOTRE ACCORD ET À CONDITION QUE L’ORIGINE EN SOIT MENTIONNÉE.POUR TOUTE DEMANDE DE RENSEIGNEMENTS, S'ADRESSER À: Acfas 425, rue De La Gauchetière Est Montréal (Québec) H2L2M7 Tél.: (514) 849-0045 TÉLÉC.: (514) 849-5558 INTERFACE@ ACFAS.CA http://www.acfas.ca/interface/ La revue Interface est répertoriée dans Repère.n° de convention de vente RELATIVE AUX ENVOIS DE PUBLICATIONS CANADIENNES 1260413, MARS 2000 DÉPÔT LÉGAL: BIBLIOTHÈQUE NATIONALE du Québec, premier trimestre 2000 ISSN 0826-4864 Publicité: Communications Publi-Services Brigitte Cloutier, Jean Thibault Tél.: (450) 227-8414 inTocppuDii-services.com iis onti nous avons l’optique ill INO Parce que nos scientifiques québécois voient loin, ils maîtrisent les connaissances qui nous permettront d'avancer sur la voie du progrès.Qu'ils oeuvrent en physique, en génie, en télécommunications, en médecine, en robotique ou en foresterie, nous mettons à leur disposition les meilleurs services de recherche et développement en optique et en photonique en Amérique du Nord.En tant que chef de file dans ces domaines, nous sommes fiers dersoutenir les scientifiques de chez nous et de servir de tremplin pour ceux qui aspirent à l'excellence dans leur discipline.Laser à à fibre • I -v?Tél.: (418) 657-7006 • www.ino.qc.ca r • llluminateur à diodes laser • Miroir à réflectivité variable • Amplificateur liques spéciales • Détecteurs infrarouges non refroidis • Optique diffractive Corrélateur optique • OCR • Capteurs 3D • Système de vision industrielle GRAPHIQUES : LOUIS, J.M.ETAL.BIOCHEMISTRY, no 37,1998, p.2105-2110 SCIENCE CLIPS s L’informatique au service | de la pharmacologie et O ô Il y a 60 ans à peine, les pharmaciens obtenaient encore leurs médicaments en broyant soigneusement des plantes et des racines qu’ils importaient des quatre coins du monde.S’ils entraient au- jourd’hui dans un laboratoire pharmaceutique, ces bons vieux apothicaires auraient du mal à s’y reconnaître.C’est sûrement en vain qu’ils chercheraient leurs mortiers, fioles et alambics.À leur place, ils trouveraient plutôt des ordinateurs.Désormais, on ne peut plus envisager faire de la recherche pharmaceutique sans avoir recours à l’informatique.La conception de médicaments assistée par ordinateur (CMAO) est devenue la norme au sein de l’industrie.Montréal ne fait pas exception.Regroupant à la fois des membres universitaires et des partenaires industriels, le Centre de recherche en calcul appliqué (CERCA) a acquis une notoriété mondiale grâce à ses travaux sur le développement d’outils d’aide à la conception de médicaments.«Les machines à calcul de haute performance nous permettent de simuler des molécules très complexes, explique Jean-Jacques Rousseau, directeur du CERCA.Grâce à des millions d'équations programmées par des bioinfor- maticiens, tous les paramètres physiques propres à la molécule peuvent être consignés dans l’ordinateur.Cela nous permet de voir à l’écran la représentation tridimensionnelle de la molécule.On peut ensuite regarder comment elle se comporte, comment elle réagit à certains phénomènes.» Pour la recherche de nouveaux médicaments, on doit simuler deux molécules.Tout d’abord, le récepteur, c’est-à-dire l’enzyme ou la protéine qui cause un problème chez l’humain.La protéase du VIH en est un exemple.Ensuite, on simule la molécule organique qui doit servir d’inhibiteur.Il s’agit du médicament à l’essai.S’il est efficace, l’inhibiteur se fixe à la surface du récepteur et bloque son effet.Dans notre exemple, il entrave le fonctionnement de la protéase et empêche le VIH de causer le sida.« La simulation visuelle est un outil précieux pour les chimistes organiciens, affirme François Major, professeur au Département d’informatique et de recherche opérationnelle de l’Université de Montréal.En observant l’écran, le scientifique peut voir comment l’inhibiteur se positionne sur le récepteur.Protéase du VIH-i avec l’inhibiteur GLU-ASP-LEU Cette figure représente les deux sous-unités identiques de la protéase, colorées en fuchsia et turquoise.Le tripeptide est coloré en jaune.Cette figure représente les deux sous-unités identiques de la protéase.Les éléments majeurs de structure secondaire sont illustrés: les feuillets bêta sont colorés en jaune tandis que les hélices alpha sont colorées en rouge.Le tripeptide est coloré en fuchsia.6 Si l’arrimage n’est pas parfait, il saura intuitivement comment modifier la structure de l’inhibiteur.» Les progrès dans le domaine de la bioinformatique permettent aux compagnies pharmaceutiques d’économiser beaucoup de temps et d’argent.En effet, avant d’entreprendre des recherches cliniques coûteuses, on peut tout de suite voir si le nouveau médicament a des chances de succès.À l’heure actuelle toutefois, la CMAO est limitée par les performances des ordinateurs.On n’a qu’à penser à l’équipe américaine qui annonçait dernièrement une percée importante en bioinformatique: les chercheurs avaient réussi à multiplier par mille la durée de la simulation d’une molécule complexe.Mais attention: ils étaient partis d’un milliardième de seconde pour aboutir à un millionième de seconde! Pour y arriver, ils avaient dû monopoliser l’ordinateur Cray, un des plus puissants du monde, pendant une période de trois mois et demi.Les limitations du matériel informatique pourraient-elles freiner le développement de la CMAO?Jean-Jacques Rousseau croit que non.« Les progrès dans le domaine de la bioinformatique s’effectuent à un rythme faramineux.Dans le cas du génome humain, on croyait réaliser en 2025 ce qu’on a pu réaliser aujourd’hui.On a toutes les raisons de croire que le même exploit se reproduira pour la conception de médicaments.» DOMINIQUE FORGET EH INIEREACË1 SCIENCE CLIPS Le mentorat scolaire à raffiner Avoir un mentor, une personne plus expérimentée, qui guide et qui conseille un jeune en début de carrière est une méthode qui existe depuis longtemps.Plus récemment, le mentorat a fait son entrée dans certaines universités: l’étudiant qui arrive peut être jumelé à un sortant au baccalauréat ou à un étudiant de 2e ou 3e cycle dans sa discipline.L’idée a fait son chemin jusque dans les écoles secondaires et, depuis quelques années, le mentorat auprès des élèves en difficulté suscite des espoirs pour contrer le décrochage scolaire.L’abandon scolaire des adolescents demeure en effet l'un des plus graves problèmes sociaux du Québec, où 27 p.100 des jeunes n’obtiennent pas leur diplôme secondaire.À Montréal, la situation est encore plus dramatique: 33 p.100 décrochent avant la 5e secondaire! Le décrochage scolaire est un véritable défi pour l’ensemble des acteurs et des intervenants,y compris les chercheurs.En 1996, un organisme communautaire de Montréal, Prométhée, a mis sur pied un programme de mentorat, en partenariat avec neuf écoles secondaires.Celui-ci consistait à jumeler un adulte avec un adolescent pendant une période d’un an.Au total, 113 élèves à risque, âgés de 15 ans et inscrits en 2e secondaire, répartis dans des groupes expérimental et témoin, ont participé à l’intervention.Les 47 mentors formés par Prométhée, bénévoles et pour la plupart des femmes, étaient en moyenne âgés de 27 ans et avaient un an d’expérience en bénévolat.Un mentor a rencontré son protégé en moyenne sept fois une heure au cours de l’année.Une équipe dirigée par la chercheuse Manon Théorêt, vice-doyenne à la recherche à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal, a évalué cette expérience.L’équipe a constaté que le mentorat tel que pratiqué n’a eu pratiquement aucun effet sur le plan scolaire ou psychosocial chez les adolescents à risque d’abandon.Ces résultats sont pour le moins surprenants, d’autant plus que même si les recherches sur l’effet du mentorat sont encore très rares, une étude américaine laissait beaucoup d’espoir: «Il faut savoir que dans cette étude, précise Manon Théorêt, le nombre de rencontres était de l’ordre de 20 fois supérieur à celui de l’expérience montréalaise.» Elle explique par ailleurs cet échec apparent par une trop courte durée d’intervention, par un nombre insuffisant de mentors par école, un trop faible nombre de rencontres et par des interventions insuffisamment ciblées: «Peut-on vraiment espérer modifier la trajectoire de l’abandon scolaire en une si courte durée d’intervention?», s’interroge-t-elle.De plus,.au cours des rencontres, les mentors ont essentiellement écouté les jeunes parler de leurs difficultés et de leurs champs d’intérêt personnels.Ce n’est que dans moins de io p.100 des cas que l’on a abordé les notions scolaires, les devoirs, les conseils, l’aide à la compréhension d’un problème personnel ou encore la définition d’objectifs à atteindre: «Dans ces circonstances, constate la chercheuse, on ne peut pas dire que le mentorat a été efficace.«Le mentorat reste une solution prometteuse, conclut Manon Théorêt, mais le problème de l’abandon scolaire exige des approches plus rigoureuses afin de véritablement répondre aux besoins des jeunes en difficulté.» Manon THÉORÊT, Mohamed HRIMECH, Roseline GARON, Évaluation de l'impact d’une intervention de mentorat sur des jeunes à risque d'abandon scolaire: le cas Prométhée, Rapport de recherche soumis au CQRS, Groupe interdisciplinaire de recherche sur l'abandon scolaire, Faculté des sciences de l’éducation, Université de Montréal, mars 1999.NATHALIE DYKE Interface remercie le Conseil québécois de la recherche sociale pour sa collaboration à la publication de ce texte.7 I IN ILRFALL EH ILLUSTRATION : SOPHIE CASSON BIOTECHNOLOGIE SCIENCE CLIPS Cultiver des médicaments À l’ère des plantes transgéniques, la recette peut paraître simple.Prenez une plante, la luzerne, qui représente relativement .peu d’intérêt économique car elle ne sert qu’à nourrir le bétail.Ajoutez-lui un gène, extrait d’un autre organisme.Faites pousser la plante transgénique dans une serre ou dans un champ sous surveillance, puis ramassez les plants et pagnies qui «cultivent» des médicaments sont encore très peu nombreuses dans le monde.L’entreprise Medicago, fondée en 1997 à Québec par Louis Vézina, ancien chercheur d’Agriculture Canada, et par l’homme d’affaires François Ar-cand, est la seule à se pencher sur l’exploitation de la luzerne comme plante usine à médicaments.«La luzerne n’a quasiment aucune valeur au- Pollen sur une fleur de luzerne (Medicago sativa).Grâce à lelectroporation du Ipollen, les plantes de luzerne de Medicago produiront des molécules biomédicales, cosmétiques, industrielles, etc.extrayez-en la protéine qui correspond au gène introduit.Après purification, vous obtenez alors de bonnes quantités de produits tels que l’interleukine, l’interféron ou des anticorps monoclonaux, à un coût peut-être vingt fois moins élevé que si vous aviez produit ces molécules dans des réacteurs à l’aide de bactéries elles aussi modifiées génétiquement.En théorie, tout semble simple, mais dans la réalité, les choses se compliquent passablement et ce n’est certainement pas un hasard si les com- jourd’hui et elle ne contient aucune substance particulièrement intéressante, explique Louis Vézina.Par contre, si on lui greffe différents gènes, on peut lui faire exprimer dans ses feuilles des produits comme l’interleukine 2 ou l’insuline, avec une concentration qui dépend toujours des limites physiologiques de la plante.» Après avoir fait la preuve que la luzerne transgénique peut permettre de produire de telles molécules, les chercheurs ont dû résoudre la multitude de problèmes de pro- priété intellectuelle que pose l’exploitation de biotechnologies végétales.«La plupart des technologies de base sont déjà brevetées par des grandes compagnies, comme Mon-santo, et on doit donc, pour chaque étape du procédé, soit acquérir des licences si elles sont accessibles, soit dévelop- Pollinisation des fleurs.Après l'élec-troporation, les grains de pollen portent le gène d'intérêt.On pollinise ici les fleurs avec le pollen électro-poré.Les graines obtenues à la suite de cette pollinisation donnent naissance à une plante produisant la molécule d'intérêt.per notre propre façon de faire», explique Louis Vézina.Aidée par deux firmes de capital de risque (T2C2 de Montréal et Medtech de Toronto) et par le Centre québécois de valorisation des biotechnologies (COVB), Medicago a pu traverser cette étape difficile.La compagnie emploie aujourd’hui 12 personnes et s’apprête à accroître ses effectifs.Elle a conclu des ententes avec plusieurs entreprises dans le monde intéressées à obtenir diverses substances grâce à la luzerne transgénique.«Les compagnies nous donnent un gène, nous l’insérons dans la luzerne et nous leur rendons la protéine correspondante», précise le chercheur.Évidemment, pour chaque nouveau gène, une batterie de tests et d’essais sont nécessaires avant d’obtenir un rendement satis- faisant.Si tout va bien, l’automne prochain, Medicago disposera d’un véritable laboratoire industriel pour produire à grande échelle ses premières molécules recombinantes.«La moléculture est potentiellement très intéressante car elle permettra de produire des molécules en relativement grandes quantités et à un coût très inférieur à celui des techniques actuelles», explique Louis Vézina.Ainsi pour lutter contre le RSV (respiratory sen-sitial virus), une maladie virale pulmonaire qui tue 10 000 personnes par an aux États-Unis, surtout des enfants, on pourrait utiliser de l’interféron-£ mais ce produit coûte actuellement environ 1 800 dollars la dose de 250 et n’est pas remboursé par les compagnies d’assurance.«Dans le cadre d’une alliance avec la compagnie américaine BioInFiNix, nous étudions la production d’interféron-l$ par la luzerne transgénique.Nous arriverons peut-être à produire 500 microgrammes d’interféron par gramme de feuille de luzerne, ce qui devrait faire baisser considérablement le coût de revient de cette molécule!», croit Louis Vézina.Selon le chercheur, la moléculture devrait d’abord permettre de généraliser l’usage de plusieurs médicaments actuellement limités aux cas les plus critiques à cause de leur coût.Parce que sa culture est déjà autorisée, mais aussi parce qu’elle est récoltée avant d’être en fleurs et pose donc moins de problèmes potentiels de dispersion des gènes, la luzerne transgénique sera peut-être une des premières molécultures à envahir les campagnes québécoises VALÉRIE BORDE 8 EH INIEKEAŒ] SCIENCE CLIPS s La pression, | un paramètre oublié a .Oue se passe-t-il quand on soumet un matériau à une pression très élevée, plusieurs milliers de fois supérieure à la pression atmosphérique?Dans les cristaux, les atomes se réarrangent et la structure se modifie.Les gaz, eux, deviennent solides, comme l’hydrogène au cœur des planètes Saturne, Jupiter ou Uranus.Mais encore?Pour l’instant, il faut bien reconnaître qu’on sait peu de choses à ce sujet.Les effets de la température, eux, sont beaucoup mieux compris! La pression n’est pas un paramètre facile à explorer car il faut à cette fin connaître la manipulation d’un appareil appelé «cellule à enclumes de diamant».«Il faut plusieurs mois pour apprendre à se servir de cet appareil, et les bris peuvent coûter cher», précise Serge Desgreniers, professeur de physique à l’Université d’Ottawa.Depuis sa maîtrise à l’Université de Sherbrooke en 1982, ce chercheur s’intéresse aux effets de la pression sur les matériaux.Et il est passé maître dans l’art de tirer parti de cette espèce de casse-noix qui tient dans la paume d’une main, et constitué de deux diamants d’un tiers de carat mesurant environ 2 mm sur 2,5 mm, dont les pointes sont placées en vis-à-vis.Un mécanisme en acier trempé permet d’exercer une force perpendiculairement aux faces des diamants.On peut ainsi obtenir des pressions dépassant le un million d’atmosphères (soit 100 GPa) mais sur une surface mesurant moins de 50 microns de diamètre.Grâce à cet appareil, on peut comprimer différents matériaux, comme des oxydes métalliques, ou des éléments moléculaires tels que l’oxygène.En plaçant la cellule dans le faisceau d’un rayonnement synchrotron, on peut ensuite tenter de reconstituer ce qui se passe à l’intérieur de ces matériaux lorsqu’on leur applique une pression aussi élevée.«L’échantillon est tellement petit que seul un faisceau de rayons X aussi localisé et intense que celui fourni par le rayonnement synchrotron nous per- met d’espérer accéder à des données intéressantes», précise le chercheur.Heureusement, malgré son nom compliqué, la cellule à enclumes est très facile à transporter jusqu’aux synchrotrons étrangers, comme le ESRF de Grenoble où Serge Desgreniers réalise en partie ses expériences.«À partir des données de diffraction fournies par le syn- chrotron, nous essayons de comprendre les mécanismes sous-jacents aux changements de phase cristalline induits dans la structure des matériaux par la pression»,ex-plique-t-il.Depuis plusieurs décennies, des chercheurs s’intéressent à l’hydrogène sous pression: dans les années 1970, on croyait que ce gaz pouvait devenir métallique à une pression élevée, et même supraconducteur à la température ambiante.«Depuis, on croit toujours que c’est possible, mais rien n’est encore prouvé», précise Serge Desgreniers qui, pour sa part, s’intéresse plutôt à l’oxygène solide.En effet, on sait depuis peu qu’à une pression de 96 GPa, l’oxygène devient métallique et se met à réfléchir la lumière visible.Mais on connaît encore mal sa structure cristalline sous ces conditions.«Nous cherchons aussi à utiliser la pression élevée pour synthétiser de nouveaux matériaux que l’on ne pourrait pas obtenir dans d’autres conditions», Un cristal de bioxyde de zirconium sous haute pression tel qu’observé dans la cellule à enclumes de diamant.Au delà de 30 GPa, le bioxyde de zirconium adopte une nouvelle structure cristalline dense et très peu compressible.Grâce à ces deux diamants pratiquement indéformables et servant ainsi d’étau, la cellule à enclumes de diamant permet l’application d’une pression hydrostatique énorme sur un échantillon.ajoute le chercheur.Sous l’effet de la pression, des oxydes simples, comme le dioxyde de zirconium, pourraient peut-être devenir encore plus durs que le diamant, le matériau le plus dur connu aujourd’hui.«Le diamant peut être synthétisé à partir du graphite en appliquant à ce dernier une pression et une température très élevées, qui, en une fraction de seconde, bouleversent totalement les propriétés optiques et électriques ainsi que la dureté du matériau.Nous croyons qu’il pourrait se passer des phénomènes similaires dans des oxydes simples.» Après avoir essayé de transformer différents matériaux sans parvenir à leur conférer des propriétés durables, Serge Desgreniers et son équipe tentent maintenant de comprendre ce qui fait qu’un matériau est dur.«La dureté est encore un phénomène mal défini, un concept vague», précise le chercheur.D’ici un an ou deux, le physicien estime que quelques matériaux présentant une dureté intéressante pourraient être obtenus.Et qui sait, ils serviront peut-être à fabriquer ces fameuses enclumes, dont le prix exorbitant ne favorise guère le développement de la recherche sur les pressions très élevées.VALÉRIE BORDE 9 I INIhKhAUi EH SOCIOLOGIE SCIENCE CLIPS Intermittence en emploi et santé mentale Alors que certaines personnes s’accommodent de ne pas connaître de stabilité au travail1, d’autres vivent péniblement cette expérience qui affecte leur santé mentale.La sociologue Romaine Malenfant2 constate que les hommes au-dessus de 45 ans, les jeunes femmes peu scolarisées et sans conjoint, ou encore, les personnes qui n’ont pas de réseau professionnel ou affectif sont particulièrement vulnérables.En collaboration avec le CLSC Haute-Ville-Des-Rivières et le Centre de santé publique de Québec, elle a réalisé une recherche qualitative visant à cerner les effets de l’intermittence en emploi sur la santé et le bien-être.Deux profils d’intermittence se dégagent: le premier caractérise des personnes qui ont déjà connu un emploi stable mais qui a été interrompu plus ou moins brusquement à cause d’une mise à pied, d’un problème de santé tel l’épuisement professionnel, ou parce qu’elles ont décidé de se consacrer pendant un temps à leur vie amoureuse ou familiale.Au moment de réintégrer le marché du travail, elles n’ont pas pu retrouver les mêmes conditions et vivent aujourd’hui l’intermittence en emploi.Le second profil regroupe surtout des personnes qui ont moins de 35 ans et n'ont jamais connu d’emploi stable depuis leur entrée sur le marché du travail, soit parce qu’elles y sont arrivées au mo- 10 EH INIERLAŒl ment où les emplois se faisaient rares, soit par goût du changement et de liberté, ou encore, parce qu’elles éprouvent des problèmes personnels et récurrents d’intégration au travail.Question santé, le choix fait toute la différence.« Lorsqu’une personne a choisi l’intermittence en emploi plutôt que de subir ce style de vie, elle se sent beaucoup plus en contrôle et profite de cette situation pour se réaliser dans toutes sortes de milieux et d’activités », constate Romaine Malenfant.La moitié des person- nes interrogées manifestent d’ailleurs un certain bien-être.Elles posent un regard positif sur leur situation, gardent espoir et agissent en vue d’améliorer leurs conditions.En majorité diplômées universitaires, elles privilégient le plaisir au travail plutôt que la stabilité.Les autres, par contre, se sentent beaucoup moins bien.«Elles sont fragilisées dans leur confiance et se sentent coincées dans l’instabilité», observe la chercheuse.Leurs démarches de recherche d’emploi deviennent des sources d’humiliation et de souffrance.Elles vivent difficilement le fait de cumuler des emplois et d’avoir un faible niveau de revenu :75 p.100 des répondants gagnaient moins de 25 000 $ par année.Des inégalités perdurent aussi entre les hommes et les femmes.Pour les hommes, les périodes sans emploi sont plus courtes, et les contrats dénichés de plus longue durée et mieux payés.Les femmes bénéficient de moins de soutien social, et lorsqu’elles sont monoparentales, peu importe leur niveau de scolarité, la situation de l’intermittence augmente leur détresse psychologique.« Le travail est l’un des principaux déterminants sociaux de la santé.Or plus la période sans emploi se prolonge, plus les risques de tomber dans une spirale d’appauvrissement et de marginalisation augmentent», conclut Romaine Malenfant.1 .Voir «L’emploi atypique : une nouvelle réalité», Interface, vol.20, n° 5, p.12-13.2.Romaine Malenfant est rattachée à l'équipe RIPOST du CLSC Haute-Ville-Des-Rivières (centre affilié universitaire).Ce texte a été rédigé à partir du rapport suivant : Romaine MALENFANT, Andrée LARUE, Lucie MERCIER, Michel VÉZINA, Travailler, un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout.Intermittence en emploi, rapport au travail et santé mentale, Rapport déposé au CQRS, Équipe RIPOST, CLSC Haute-Ville-Des-Rivières, Québec, juillet 1999.NATHALIE DYKE Interface remercie le Conseil québécois de la recherche sociale pour sa collaboration à la publication de ce texte. La survie avant la langue Les médias acadiens ont coutume de dire que les francophones considèrent leur langue comme la première valeur à défendre.Pourtant, les recherches de la sociologue Guylaine Poissant, professeure au Département de sociologie de l’Université de Moncton, démontrent que les résidents d’un quartier francophone populaire de cette ville se préoccupent avant tout de leur survie économique et de celle de leur famille1.Pendant plusieurs mois, Guylaine Poissant a mené une vingtaine d’entrevues auprès de ménages du quartier Parkton: «Je me suis concentrée sur le cœur du quartier, là où habitent majoritairement des Acadiens de milieu très populaire.La plupart des familles arrivées dans les années 1940 venaient des villages alentour et travaillaient autrefois pour les ateliers du Canadien National, situés à proximité.» ver du travail et l’importance Dans les années 50 ou 60, qu’ils attachent à leur fa-Parkton comptait plusieurs mille, remarque la chercheu-troupes de théâtre et même se.Pour eux, la défense de la un orchestre western, ce qui langue française ne vient pourrait laisser croire que ses que très loin dans l’ordre des citoyens affichaient fière- priorités.» En bavardant avec ment leur identité acadien- ces Acadiens, la sociologue a ne.Mais les choses ont bien d’ailleurs constaté que les changé, notamment avec la plus jeunes parlent un fran-fermeture des ateliers du Ca- çais bien plus mâtiné d’an-nadien National et l’arrivée glais que celui de leurs aînés, du chômage.«Les gens que Seulement la moitié des étu-j’ai rencontrés évoquent sur- diants de l’échantillon fré-tout leur quotidien très diffi- quentent l’école secondaire cile, leur recherche pourtrou- en français, car il faut pour cophones regardent la télévision en anglais.Guylaine Poissant a également remarqué que les femmes de plus de 60 ans semblent mieux s’en sortir économiquement que les jeunes Acadiennes.«La plupart de ces dames viennent de la campagne et possèdent un petit jardin potager.Elles habitent leur propre maison, et dépendent moins de l’extérieur pour leur nourriture car elles font des conserves et obtiennent souvent l’aide de leur famille.» Les plus jeunes, par contre, attendent l’aide des organismes communautaires ou du gouvernement, et doivent souvent vivre en HLM.Il semblerait donc que la situation écono-ï mique des Acadiens de ce | quartier populaire ne cesse | de se dégrader.PASCALE GUÉRICOLAS Agence Science-Presse 1.Les résultats de cette recherche seront bientôt présentés dans un ouvrage col-cela se rendre dans un autre lectif portant sur le quartier quartier; et de toute manié- Parkton, à paraître aux Édi-re, la plupart des jeunes fran- tions d’Acadie.Parkton, quartier résidentiel de la ville de Moncton au Nouveau-Brunswick.¦Mr t interface Eff SOCIOLOGIE BIOTECHNOLOGIE SCIENCE CLIPS Les aliments transgéniques sur la sel Alors que la controverse sur les aliments transgéniques sévit en Europe depuis quelques années, les Nord-Américains commencent à peine à s’éveiller aux risques que compor- La manipulation génétique des aliments consiste à ajouter un gène au génome d’une plante ou d’un animal pour permettre la production d’une protéine supplémentaire.Grâce à cette nouvelle pro- d’abord, les risques environnementaux.Les écologistes craignent que le pollen des plantes transgéniques soit emporté par le vent et contamine les plantations voisines.Certaines variétés naturelles ly -V tent les organismes génétiquement modifiés (OGM).Au Canada, l’opposition aux nouvelles technologies de production alimentaire s’organise tranquillement.Toutefois, malgré l’importance du débat, l’information qui circule à ce sujet est imprécise.En décembre dernier, le ministre des Relations avec les citoyens et de l’Immigration, Robert Perreault, annonçait la formation d’un comité pour le conseiller sur la protection des consommateurs et les OMG.Par ailleurs, la journaliste canadienne Ingeborg Boyens a publié Les OCM, un ouvrage complet qui vise à éclairer la population sur les risques associés aux biotechnologies1.téine, la plante ou l’animal deviennent plus résistants, ou encore, plus nutritifs.Actuellement, les principaux aliments génétiquement modifiés offerts sur le marché canadien sont le canola, le maïs, le soya et la pomme de terre.Trois variétés de tomates transgéniques ont aussi reçu l’approbation de Santé Canada, mais aucune n’est en vente pour l’instant.On prévoit qu’au cours des prochaines années, environ 3 000 aliments transgéniques seront en attente d’approbation.Dans son livre, Ingeborg Boyens fait état des nombreux risques qui sont associés à la culture et à la consommation des OGM.Tout pourraient disparaître, entraînant des conséquences importantes sur la biodiversité et sur l’équilibre écologique.La journaliste s’attarde aussi sur les risques pour la santé humaine, par exemple, dans le cas de l’hormone de croissance rBTS.Depuis longtemps, les vétérinaires savent que l’injection de cette hormone permet d’augmenter le rendement des vaches laitières.Toutefois, les scientifiques étaient incapables de la produire en grande quantité.Récemment, les généticiens sont parvenus à cloner le gène responsable de la rBTS.Grâce à cette découverte, l’hormone est maintenant produite à l’échelle industrielle et injectée massive- ment aux troupeaux laitiers américains.Or des études ont démontré que les vaches recevant des suppléments de rBTS étaient sujettes à des infections du pis plus fréquentes.Pour contourner le problème, les fermiers ont recours aux antibiotiques.La plupart du temps, ces médicaments se retrouvent dans le lait de consommation et on pense qu’à la longue, les humains pourraient développer une résistance à ces antibiotiques.Les détracteurs des OGM ù Image de l’Iris d’un oeil obtenue par une «lampe à fente».On a tous vu au cinéma de tels films futuristes: le héros se présente à ses quartiers généraux ultramodernes, gardés sous haute surveillance.Avec désinvolture, il appose sa main contre un petit écran, situé près de la porte d’accès.Ipso facto, l’ordinateur reconnaît ses empreintes digitales et lui ouvre le passage.Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces systèmes de sécurité ne relèvent pas de la fiction.En fait, les technologies de vision artificielle, destinées à remplacer l’humain dans les processus d’interprétation visuelle, sont de plus en plus répandues.Au Québec uniquement, on compte 51 industries qui les commercialisent ou les utilisent.De plus, 24 laboratoires québécois se spécialisent en 12 EH INILRLAŒ SCIENCE CLIPS Jette jugent qu’il est inacceptable d’autoriser l’utilisation de la rBTS alors que les fermiers produisent déjà plus de lait qu’ils n’en ont besoin.Jusqu’à maintenant, Santé Canada a refusé d’accréditer le supplément bovin.Malgré cette interdiction, on trouve du lait de vache traitée à l’hormone dans le réseau laitier canadien, par exemple, dans des produits importés des États-Unis tels que des mélanges de cacaos, des barres granola et des puddings.Afin de justifier leurs dé- marches, les compagnies biopharmaceutiques aiment rappeler que la population mondiale ne cesse d’augmenter alors que la superficie des terres arables diminue.Elles affirment que seule la biotechnologie permettra d’augmenter la productivité suffisamment pour faire face aux nouveaux défis en matière d’alimentation.Ingeborg Boyens ne croit pas à ces bonnes intentions.Selon elle, les multinationales sont intéressées par les profits.Point à la ligne.Pour illustrer son point de vue, la journaliste donne l’exemple de la compagnie américaine Monsanto.Après avoir investi des millions en recherche, l’entreprise a mis sur le marché des semences génétiquement modifiées pour résister au Round-Up, un herbicide à large spectre.Lorsque les champs sont vaporisés avec cet herbicide, tout meurt, à l’exception des précieux plants.On aurait pu s’en douter, Monsanto est la seule compagnie à distribuer le Round-Up dans le monde.De plus, elle interdit aux agriculteurs de récolter les graines des plants pour les semer l’année suivante, les forçant ainsi à acheter de nouvelles semences.Actuellement, les gouvernements nord-américains semblent accorder plus d’im- portance aux emplois et à la croissance économique générés par les compagnies biopharmaceutiques qu’à toute autre chose.Mais les voix s’élevant contre les OGM se font de plus en plus fortes.Selon Ingeborg Boyens, les opposants à la biotechnologie ne sont pas contre le progrès scientifique.Ils veulent simplement s’assurer que ce progrès se fera au service des populations humaines, et non au service des profits financiers.1.Ingeborg BOYENS, Les OGM, Outremont, Éditions Berger, 1999, 268 pages.DOMINIQUE FORGET nouveaux chasseurs d’images vision artificielle.Véritable fer de lance dans le domaine des technologies de l’information, ie Centre de recherche informatique de Montréal (CRIM) a un mandat de catalyseur entre tous ces intervenants.Comme l’explique Langis Gagnon, chercheur au CRIM, le processus utilisé en vision artificielle est relativement simple.«Tout d’abord, un capteur saisit l’image que l’on veut traiter.Tout dépendant de l’application visée, il peut s’agir d’une caméra infrarouge, d’un radar, d’un laser ou d’un simple appareil photo.L’image est ensuite numérisée à l’aide d’une carte vidéo.» Une fois en format numérique, l’image peut être manipulée grâce à un algorithme de traitement.Développés par des informaticiens-mathématiciens et programmés par des concepteurs de logiciels, ces algorithmes permettent d’effectuer une action précise avec l’image.Par exemple, dans le cas du système de sécurité, il s’agirait de comparer les empreintes digitales numérisées avec celles contenues dans une banque de données.Mais les systèmes de sécurité ne sont pas la seule application des technologies de vision artificielle.Par exemple, on les utilise dans le milieu manufacturier, pour le contrôle de la qualité.«On peut penser à une chaîne de montage, dans une usine de bouteilles, explique Langis Gagnon.Chaque produit fini est pris en photo.L’image numérisée est ensuite comparée avec celle de la bouteille idéale.Si l’ordinateur constate un défaut, une fissure par exemple, la bouteille est automatiquement retirée.» Le domaine médical est un autre champ d’application prometteur, notamment les outils d’aide au diagnostic.Un système a déjà été commercialisé (ImageChecker) pour aider les médecins dans le dépistage des cancers du sein.«La mammographie est numérisée puis analysée par ordinateur.Le système pointe automatiquement les lésions potentiellement problématiques au médecin.Il peut même lui dire de quel type de calcification il s’agit.» Présentement, le marché de la vision artificielle est en pleine ébullition.Il semble ne Images d’une tranche de cerveau.À gauche: image obtenue par résonance magnétique nucléaire; au centre, la même tranche obtenue par tomographie nucléaire par émission de photons; à droite, «fusion» des deux premières tranches réalisée grâce à des techniques de traitement d’images.pas y avoir de limite aux applications possibles.En plus, l’arrivée de la caméra numérique portative simplifie énormément la mise au point de nouveaux systèmes.Bientôt, on n’aura plus besoin de carte de numérisation.On pourra traiter l’image directement et développer des systèmes clés en main.«Le marché s’ouvre pour les spécialistes de la vision artificielle.Grâce à la compétence qu’il a acquise dans ce domaine, le Québec a toutes les chances d’en profiter.» DOMINIQUE FORGET 13 INTERFACEEg ENVIRONNEMENT ENVIRONNEMENT SCIENCE CLIPS s’en mêle : lorsque l’industrie En Europe et aux Etats-Unis, où l’exploitation et le développement ont pratiquement rayé les tourbières de la carte, plusieurs ont dû rendre des comptes aux groupes écologistes et environnementaux.Souhaitant éviter ces confrontations et anxieuse de soigner son image face au public, l’Association canadienne des producteurs de tourbe a organisé, en 1992, le premier atelier sur l’exploitation de la tourbe.Les industriels, alors conscients de la pression exercée sur les tourbières, ont voulu trouver des solutions aux problèmes.Ils ont fait appel aux quelques rares scientifiques de l’époque à s’intéresser aux milieux des tourbières.De là est né un projet multidisciplinaire de restauration des tourbières, en partenariat avec l’industrie et dirigé par Line Rochefort, pro-fesseure en phytologie et responsable du Groupe de re- cherche en écologie des tourbières de l’Université Laval (GRET).Le mandat de l’équipe de recherche est de trouver des méthodes pour ramener les tourbières abandonnées à des tourbières fonctionnelles de nouveau accumulatrices de tourbe {figure 7).Les tourbières sont des écosystèmes peu ou mal connus.On ne parle pas de gazon, faussement appelé tourbe, mais bien de cette matière organique naturelle caractéristique des tourbières.D’une richesse faunique et florale considérable, les tourbières font partie des milieux humides au même titre que les étangs, les marais et les marécages {photo 1).Elles se différencient cependant par la présence d’une épaisseur appréciable de tourbe pouvant varier entre un et dix mètres de profondeur.La tourbe provient de l’accumulation de plantes telles que le carex et la sphai-gne (photo 3) 1- Tourbière naturelle de Belcourt, Abitibi.dont la décomposition est très lente en raison, notamment, des conditions acides et du peu d’oxygénation du substrat.Sa grande porosité, sa haute teneur en matière organique et sa résistance à la décomposition font de la tourbe une ressource naturelle très prisée.On retrouve la tourbe et ses produits dérivés surtout en horticulture, en agriculture et en foresterie.Les jardiniers avertis savent qu’elle peut être utilisée dans des terres très sèches pour retenir l’eau, ou encore, pour augmenter l’acidité d’un sol, par exemple, pour la culture de bleuets.Les tourbières couvrent 12 p.100 de la superficie du Canada et 9 p.100 de celle du Québec.La grande majorité se trouvent en milieux nordiques où l’exploitation de la tourbe est difficile, voire impraticable, en raison du climat trop humide et frais, de l’éloignement et du pergéli-sol.Ainsi, ce sont surtout les tourbières du Sud qui subissent les pressions de l’exploitation.En plus des activités d’extraction de la tourbe comme matière première, 2- Aspirateurs d’exploitation en action.Les tourbières seront au cœur d’un congrès international sur les milieux humides qui se tiendra l’été prochain à Québec.Le congrès devrait attirer plus de 2000 scientifiques et spécialistes des tourbières et des autres milieux humides.Différentes activités feront connaître ces écosystèmes au grand public, dont une exposition de photos au Musée de la civilisation.Pour plus d’information, consultez le site Internet du congrès (http:// www.cqvb.qc.ca/wetland2000).plusieurs hectares de tourbières ont été sacrifiés pour la construction urbaine, la création de champs agricoles et l’installation de lignes hydroélectriques.L’exploitation des tourbières date du début du 20e siècle.À cette époque, elle se PHOTO : LINE ROCHEFORT SCIENCE CLIPS % UV.faisait manuellement en découpant des blocs à la bêche, mais depuis la fin des années i960, on extrait la tourbe à l’aide d’aspirateurs géants semblables à de gros robots (photo 2).Ces machines, qui aspirent la tourbe, laissent pêchent souvent la recolonisation végétale.En effet, avant de «passer l’aspirateur», on vide pratiquement la tourbière de son eau, qui perd ainsi sa qualité de milieu humide.«La plupart des tourbières exploitées ne re- jusqu’à vingt ans! De plus, la tourbière ne redeviendra _ ol \ souvent pas une tourbière.2; Le travail main dans la g; main de l’industrie et des | scientifiques est en train g d’améliorer ce portrait déso- § lant: «Plusieurs compagnies 3- Tapis de sphaigne parsemé de feuilles de chicoutée.Quelques tiges de sphaigne ont été déposées sur le tapis.WM Mm if 5 Sm, mm ^ > H ./ .• -V comment imager l’information > comment définir son sujet par des analogies ou des métaphores > comment structurer, simplifier > comment susciter l’intérêt pour et concrétiser l’information ia science et la technologie «GUIDE PRATIQUE DE VULGARISATION SCIENTIFIQUE» ¦¦ 56 ¦a VALORISATION-RECHERCHE QUEBEC met de l’avant un pour rapprocher la recherche universitaire de l’inn Un programme d’investissement audacieux qui mise sur • un support financier aux projets structurants • la création de sociétés de valorisation pour accroîti la valeur marchande des résultats de recherche à tous! /// Y Saviez-vous que seule une infime partie des recherches menées dans les universités québécoises débouche sur des innovations technologiques ou sociales, susceptibles de créer des entreprises de pointe et des emplois de qualité ?Valorisation-Recherche Québec Plus de 1200 chercheuses et chercheurs oeuvrant dans ces domaines de recherche : sciences pures, génie, santé, lettres et sciences humaines, éducation, droit, administration et théologie 9 facultés offrant au total une vingtaine de programmes de doctorat et une quarantaine de programmes de maîtrise, dispensés par plus de 400 professeures et professeurs Des instituts spécialisés, dont l'Institut de pharmacologie de Sherbrooke, l'Institut de recherche et d'enseignement pour les coopératives et l'Institut de matériaux et systèmes intelligents Un éventail imposant de groupes de recherche et centres d'excellence ainsi que plusieurs chaires Au premier rang des universités au Québec et au troisième rang au Canada au chapitre des redevances annuelles pour les découvertes de ses chercheurs et chercheuses 176 brevets obtenus 45 entreprises licenciées au Québec, aux Etats-Unis et en Europe UNIVERSITÉ DE 1-800-267-UdeS www.usherb.ca L'UNIVERSITE DE SHERBROOKE Programmes de maîtrise Adaptation scolaire et sociale Administration Administration des affaires (M.B.A) Biochimie Biologie Biologie cellulaire Chimie Droit de la santé Économique Enseignement Environnement Études françaises Fiscalité Génie aérospatial Génie chimique Génie civil Génie électrique Génie logiciel Génie mécanique Géographie Gérontologie Gestion de l'éducation et de la formation Gestion et développement des coopératives Histoire Immunologie Informatique Ingénierie Kinanthropologie Littérature canadienne comparée Mathématiques Microbiologie Orientation Pharmacologie Philosophie Physiologie Physique Psychoéducation Psychologie des relations humaines Radiobiologie I Sciences cliniques [ Sciences de l'éducation Sciences humaines des religions Service social Théologie Programmes ¦H de doctorat H Administration (DBA) !¦ Biochimie H Biologie Biologie cellulaire Chimie Éducation H Études françaises H Génie chimique H Génie civil H Génie électrique ¦ Génie mécanique ¦ Immunologie V Littérature canadienne I comparée i Mathématiques I Microbiologie Pharmacologie Philosophie Physiologie Physique Radiobiologie Sciences cliniques Télédétection Théologie
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.