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Titre :
Bulletin de la Société de philosophie du Québec
Éditeur :
  • [Montréal] :Société de philosophie du Québec,1974-
Contenu spécifique :
Printemps
Genre spécifique :
  • Publications en série
Fréquence :
quatre fois par année
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Bulletin de la Société de philosophie du Québec, 1998, Collections de BAnQ.

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[" -254 Bulletin de la Société de philosophie du Québec /olume 24, numéro 2 \u2014 Printemps 1998 BNQ Xà i °.i* 'S\u2019- v.'W Éfe |ps * a»# \"g»S; 4 k '-*V jrfV-4 » ' SOMMAIRE Chroniques: Postures de la philosophie p.3 Le babillard philosophique p.4 Le site philosophie de l\u2019APOP p.6\t\u2018\u2018 Pour une nouvelle philoso' phie française : Clement Rosset p.7 Courrier du Lecteur p.12 En guise de réponse Le café philosophique: un défi pour la pensée?p.16 PHILOSOPHIE Programme de la section Philosophie au 66e congrès de l\u2019ACFAS p.14 CONSEIL D'ADMINISTRATION D\u20ac LA SOCIÉTÉ DE PHILOSOPHIC DU QUÉBEC Politique de publication du Bulletin de la SPQ Nourredine Mouelhi président Paul Dumouchel vice-président Alain Voizard secrétaire Claude St-Jean trésorier François Lepage resp.des communications Isabelle Rivard resp.du recrutement Daniel Laurier dir.Philosophiques Martin Godon dir.Bulletin Jean Laberge resp.du Ceph Fabienne Pironet resp.affaires universitaires Richard Riopel resp.affaires collégiales François Dupuis resp.affaires étudiantes Jean-Marc Narbonne membre associé COMITÉ D\u20ac RÉDACTION DU BULLETIN Martin Godon directeur Sébastien Charles André Lacroix Richard Linteau Isabelle Rivard rédaction CORRECTION LINGUISTIQUE Thibaud Sallé IMPRESSION Cégep du Vieux-Montréal BUTS GÉNÉRAUX En conformité avec l\u2019esprit et les visées de la SPQ, le Bulletin se veut un instrument de liaison, de débat, d\u2019information et de promotion.LANGUE DE PUBLICATION Toute contribution en langue étrangère doit être préalablement traduite dans la langue de publication du Bulletin, soit le français.ÉCHÉANCES En ce qui a trait à la promotion d\u2019événements ponctuels, les dates de tombée sont les suivantes : -\tCongrès et événements à caractère national (les congrès de l\u2019ACFAS, de l\u2019ACP et de la SPQ par exemple) : 2 mois avant la date de publication du Bulletin.-\tAutre promotion : 1 mois avant la date de publication du Bulletin.Les dates de publication des numéros réguliers du Bulletin sont les suivantes :mi-février, mi-avril et fin octobre de chaque année.RUBRIQUES DU BULLETIN Tout écrit devrait pouvoir s\u2019insérer sous l\u2019une des rubriques suivantes : La rubrique Nouvelles qui contient trois sections : les comptes-rendus d\u2019événements (colloques, lancements, manifestations, conférences, etc.); les nouvelles de la communauté (répertoire, prix honorifique, nomination, décès, etc.); le rapport annuel du président.La Tribune libre publie les lettres qui proviennent des lecteurs.La rubrique Débais contient quatre sections : l\u2019éditorial, les articles polémiques, les interventions et le droit de réplique.Nous publions également les Contributions pédagogiques, des Dossiers thématiques, les Essais et pensées ainsi que de la Promotion.Si vous désirez collaborer, veuillez nous communiquer vos nom, adresse et numéro de téléphone.Prenez soin d\u2019indiquer sur l\u2019enveloppe que le contenu s\u2019adresse au Bulletin.Notre adresse est : LE BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ DE PHILOSOPHIE DU QUÉBEC Case postale 1370 Place B onaventure Montréal, Québec H5A 1H2 Adresse URL: http://www.philo.uqam.ca/spq/infospq.html EXPÉDITION\tISSN 0701-1385 Services de réadaptation l\u2019intégral Postures de la philosophie Martin Godon [mgodon@cvm.qc.ca] Directeur du Bulletin L'imminence du mois de mai, coeur battant du printemps, symbolise l'espérance.Même le chant du merle, même les couleurs du ciel et le gris des nuages annonceraient la puissance, l'ardeur de la vie estivale.Qu'est-ce qui n'échappe à cette force contagieuse?Dans ce contexte, l'heure semble propice pour restaurer une question philosophique fondamentale.Allons droit au but: \"que nous est-il permis d'espérer?\" Puisqu'il s'agit ici de vie, de naissance, de la vie qui vient de naître, comme de celle que nous souhaiterions voir (ou ne pas voir) naître, ne prenons pas la question dans sa perspective métaphysico-théologique mais plutôt dans un sens existentiel.Tout d\u2019abord, pourquoi se demander \"que nous est-il permis d'espérer?\" puisque nous savons, n'est-ce pas, l'espoir qui nous est permis et l'espoir interdit.Par exemple, dans les racines, il y a l'espoir de plantes diverses; dans les fleurs, l'espoir de fruits délicieux; l'été promet des jours ensoleillés et la grâce de jours de vacances bien mérités.Curieux et fol esprit, celui qui rêve d\u2019un été qui se prolongerait indéfiniment?Ne devons-nous espérer que l'inévitable?Et le probable, le possible, l\u2019incertain?Mais nous ne connaissons pas l'avenir.Du prévisible à l'imprévisible, faut-il donc tout espérer?Tout! L'immuable, le changeant et le changement lui-même.Surtout le changement.Dans une société comme la nôtre, tant de forces résistent au changement.* * * C'est tout le contenu du présent numéro du Bulletin qui parle d'espoir et de changement.D'entrée de jeu, dans la chronique du Babillard, André Lacroix nous rappelle que la saison des colloques débute sous peu.Juste au Québec, juste en philosophie, plus de sept sont annoncés.Et il y en aura d'autres.Tant d'espoirs ne se communiquent qu'en paroles.Communiquer l\u2019espoir, le transmettre, participer à sa contagion: Richard Linteau nous apprend comment un philosophe d'ici, Gilles Gour, relève ce défi en usant des moyens de télécommunication les plus modernes.Tout espoir n\u2019est pas vain.Le courrier du lecteur témoigne d'un espoir réalisé.Brian Monast commente et critique un texte du précédent numéro.Dans sa chronique sur la nouvelle philosophie française, Sébastien Charles nous apprend comment, en cette vie tragique, le philosophe Clément Rosset a développé une philosophie qui promet la joie.Enfin, Michel Tozzi nous fait cadeau d'un espoir précieux, une philosophie accessible au plus grand nombre.Méditant sur l'invention des cafés philosophiques il y cherche des signes d'ouverture, de renouvellement et d\u2019enrichissement pour la pensée et la culture.* * * Trop souvent hélas, on interdit l'espoir plus facilement qu'on ne le permet.Peut-être même le déçoit-on plus aisément qu'on ne le satisfait.Néanmoins, la force qui gouverne l'espoir doit toujours être la plus libre de toutes.Principe et moteur d'équité, elle ne doit être possédée par personne en particulier.Elle appartient à tous, sans exclusion.Elle doit appartenir à tous.Interdire l'espoir, n'est-ce pas un crime contre l'humanité?Par delà le désir juvénile de la récompense et sa contrepartie, la crainte du châtiment, il nous faut nous représenter l'espoir comme une force d'engagement et de transformation.En tout temps, la puissance créatrice de l'espoir doit animer l\u2019action du citoyen, doit stimuler la réflexion du philosophe et de la personne qui rejette l\u2019indifférence.Enfin, l\u2019espoir n\u2019est-ce pas la croyance salutaire et nécessaire qu\u2019un nouveau monde surgit, que dès à présent peut-être, une nouvelle vie commence?Postures Printemps 1998 BULLETIN DE LA SPQ 3 Le babillard philosophique André Lacroix [alacroix@cvm.qc.ca] UQAM De nouveau, l'été s'annonce riche en événements de toutes sortes pour les philosophes québécois.De fait, aux nombreux colloques et congrès internationaux auxquels plusieurs d'entre nous participeront, s'ajoutent les activités de la communauté philosophique québécoise, de même que les plus récentes parutions de plusieurs d'entre nous.Nous n'aurons donc que l'embarras du choix pour combler nos temps libres entre les préparations de cours (!), les rédactions d'articles, de conférences et de livres, et les quelques jours passés à la plage ou à la campagne.Mais avant de vous laisser à la lecture de votre bulletin, je vous rappelle, comme d'habitude, que vous pouvez me transmettre toute information que vous jugeriez pertinente et digne de figurer dans ce babillard par courrier électronique à l'adresse suivante: [alacrorx@cvm.qc.ca] .Sur ce, bon été à tous et à toutes! Les congrès et colloques Parmi les colloques, il y a évidemment ceux de la SPQ et de l'ACP tenus respectivement à Québec et Ottawa et qui constituent des rendez-vous annuels, désormais incontournables.Celui de la Société de Philosophie du Québec (SPQ) se tiendra à Québec, dans la cadre du 66e Congrès de l'ACFAS.Le tout aura lieu les 13 et 14 mai.Vous pouvez consulter le programme de ce congrès dans le présent numéro.Celui de l'Association Canadienne de Philosophie (ACP) se tiendra quand à lui à l'Université d'Ottawa du 27 au 30 mai 1998.* * * La Faculté de philosophie de l'Université Laval sera l'hôte du congrès de l'Association nord-américaine des études Jean-Jacques Rousseau.Ce congrès se tiendra au Pavillon La Laurentiennne du 29 mai au 1er juin.Pour obtenir le programme complet, vous communiquez avec M.Philip Knee, de la Faculté de philosophie, au (418) 656 3923, ou (418) 656 2244.* * * Toujours à la Faculté de philosophie de l'Université Laval, La Société de philosophie du Québec, et la Faculté de philosophie de l'Université Laval vous invitent enfin à participer au 27e Congrès de l'Association des Sociétés de Philosophie de Langue Française qui aura pour thème La Métaphysique, son histoire, sa critique et ses enjeux.Ce Congrès se déroulera du 18 au 22 août prochains.Pour toute information, téléphone: 418 656 2244; télécopieur: 418 656 7267; coumer électronique: asplf@fp.ulaval.ca; site internet: chttp:// www.ulaval.ca/fp/asplf.html>.* * * Du 21 au 23 mai le colloque Nationalité, citoyenneté et solidarité se tiendra à la maison de la culture de Côte-des-Neiges au coin des rues Côte-des-Neiges et Jean-Brillant.Ce colloque, auquel prendront part de nombreuses personnalités d\u2019ici (Daniel Weinstock, Guy Lachapelle, Christian Dufour, Nicolas Kaufmann, Jocelyne Couture, Darnel Turp, Lise Bissonnette et Michel Seymour entre autres) et d'ailleurs (Alain Finkielkraut, Dominique Schnapper, Allen Buchanan, etc.) est organisé par Michel Seymour du département de philosophie de l'Université de Montréal.Pour plus d\u2019informations, vous pouvez joindre Michel Seymour: (tél.) 514 343 5933; (fax) 514 343 7899; (Émail) seymour@ere.umontreal.ca * * * Par ailleurs, un colloque intitulé Contemporary semantics and theories of truth: the carnapian legacy \u2014 sémantique contemporaine et théories de la vérité: l'héritage carnapien est conjointement organisé par les départements de philosophie de l\u2019Université de Montréal, de l'Université du Québec à Montréal, du collège de Maisonneuve et par l'Université Paris 1 - Panthéon-Sorbonne du 8 au 10 juin.Encore là, de nombreux conférenciers de prestige sont attendus, parmi lesquels figurent Jacques Bouveresse et Philippe de Rouilhan.Pour obtenir de l'information, ou vous inscrire, vous communiquez avec Sylvie Lachize [camap@colba.net], ou avec la personne responsable au département de philosophie de l'Université de Montréal.* * * BULLETIN DE LA SPQ Printemps 1998 Le babillard philosophique Les 8, 9 et 10 juin prochain, au Centre des Congrès de Québec, se tiendra le 18e colloque de l'Association québécoise de pédagogie collégiale.Pour obtenir le programme, largement diffusé dans la plupart des départements de philosophie du réseau collégial, ou pour obtenir toute information, vous communiquez avec Mme Johanne Falardeau, (tél.) 418 659 4873; (fax) 418\t659\t4800; (courriel) johanne_falardeau@sraq.qc.ca;\t(site web) http:// www.aqpc.qc.ca * * * Nouvelles parutions Boissinot, C\u201e Godon, M.et Rivard, I., 1998, L\u2019art de vivre.Les Stoïciens et Épicure, trad.J.Auberger et G.Leroux, Montréal, Éditions CEC Inc.Brière, D., 1998, Descartes.Le Discours de la méthode, Montréal, Éditions CEC Inc.Carrier, A.et Legaré, G., Petit traité de l'argumentation, Montréal, Éditions CEC Inc.Carrier, A., Després, P.et Legaré, G., 1998, Criton, de Platon, trad, de G.Leroux, Montréal, Éditions CEC Inc.Carrier, A., Després, P.Guiomar, M.-G.et Legaré, G., 1998, Apologie de Socrate, Montréal, Éditions CEC Inc.Chomienne, G., 1998, Lire les philosophes, Montréal, Éditions CEC Inc.Després, P, Guilbert, J.-L., Legaré, G.et Carrier, A., 1998, L'être humain, Montréal, Éditions CEC Inc.Guiomar, M.-G., 1998, Le banquet de Platon, trad.J.Auberger et G.Leroux, Montréal, Éditions CEC Inc.Leclerc, B.et Pucella, S., 1998, Les conceptions de l'être humain.Théories et problématiques, Montréal, Édition du Renouveau Pédagogique.Mouelhi, N.et Duhamel, A., 1998, Éthique, Montréal, Éditions CEC Inc.?Remboursement pour le congrès annuel de la SPQ La Société de philosophie du Québec dispose de $5 000 de réserves exclusivement au remboursement des dépenses encourues par les membres qui assisteront à l'assemblée générale qui se tiendra lors du congrès annuel.Les remboursements s'appliquent notamment aux frais d'inscription au congrès de l'ACFAS (à l'intérieur duquel la SPQ tient son propre congrès), ainsi qu'aux frais de transport, d'hébergement, de repas et de gardiennage.Le remboursement maximal par membre est de $250.Une priorité de remboursement est accordée aux membres étudiants et aux membres conférenciers advenant le cas où les demandes de remboursement excéderaient le budget prévu.Les formulaires de remboursement seront disponibles sur les lieux de l'assemblée générale.Claude St-Jean, Trésorier.Le babillard philosophique Printemps 1998 BULLETIN DE LA SPQ 5 Le site philosophie de l\u2019APOP http ://pages.infinit.net/ggour/apop/philo.htm Richard Linteau [rickann@cam.org] Conservatoire Lasaile Avec la démocratisation de son accès, Internet a vu naître ces dernières années une pléthore de sites consacrés à la philosophie.D\u2019Héraclite à Heidegger, de la philosophie orientale aux élucubrations d\u2019un André Moreau, c\u2019est désormais tous azimuts que la philosophie et ses avatars ont pris leur essor sur le réseau des réseaux.Parmi les multiples possibilités que recèle ce puissant outil de communication, on retrouve celle de mettre en relation les intervenants d\u2019une même discipline, quel que soit leur lieu de travail.C\u2019est notamment le cas du site de l\u2019Association pour l\u2019application pédagogique de l\u2019ordinateur au post-secondaire (APOP).Laissons le soin de nous le présenter plus avant à Monsieur Gilles Gour, responsable de la section philosophie de ce site.Monsieur Gour est professeur au Collège de Maisonneuve.¦Monsieur Gour, quels sont les objectifs d\u2019un site comme celui de l\u2019APOP et en quoi Internet est-il un moyen privilégié de les réaliser?\u2014 N\u2019étant responsable que de la page consacrée à la discipline philosophie, je ne puis vraiment parler pour l\u2019ensemble du site de l\u2019APOP, mais je présume qu\u2019il doit y avoir plusieurs communs dénominateurs entre les pages des différentes disciplines.Elles veulent toutes faire office d\u2019agora d\u2019échanges entre les professeurs des différentes disciplines enseignées dans le réseau collégial.La page philosophie, quant à elle, voudrait être une source d\u2019information, mais d\u2019abord et avant tout un lieu virtuel de rencontre, d\u2019échanges et de discussions entre les profs de philosophie du réseau collégial.Il y a actuellement beaucoup d\u2019informations pédagogiques et thématiques accessibles par le biais des textes et des liens disponibles sur le site, mais ce qui m\u2019intéresse le plus, ce sont les discussions et les débats.Je ne pense pas seulement aux forums habituels (qui ne sont pas encore disponibles sur la page, mais le seront bientôt à ce qu\u2019on nous dit), mais aux débats et aux discussions de fonds sans limite de durée dans le temps.Notre premier débat - encore ouvert - porte sur la pertinence de l\u2019adaptation des cours de philosophie aux concentrations techniques.Entre mars et mai 1997 dix professeurs et départements y ont participé.La plupart de ces contributions font plusieurs pages.Depuis lors, se sont ajoutés des débats sur l\u2019importance de l\u2019enseignement de la pensée grecque au collégial et sur la pertinence de l\u2019utilisation de textes d\u2019auteurs.Il y a même eu un débat un peu plus politique concernant une décision controversée qui avait été prise lors d\u2019une réunion de notre coordination provinciale.¦Comment ce site a-t-il vu le jour?\u2014\tLe site philosophie de l\u2019APOP a vu le jour de la façon la plus simple du monde.J\u2019ai reçu il y a environ un an un message électronique de Nicole Perreault, la directrice du Site de l\u2019APOP, qui était «tombée» par hasard sur ma page personnelle et qui voulait savoir si j\u2019étais intéressé à m\u2019occuper d une page consacrée à ma discipline au collégial.J\u2019ai dit oui.¦Quelle a été la progression du taux de participation depuis sa mise en œuvre?\u2014\tLe nombre de professeurs inscrits au bottin et à la liste de diffusion de la page est allé en augmentant (le bottin contient à ce moment environ 125 noms de professeurs venant d à peu près tous les collèges de la province) de même que le nombre moyen des visites quotidiennes.Au début, c était entre 5 et 7 visites par jour, alors que maintenant c\u2019est plus près de 10.Il y a eu par exemple plus de 1350 visites depuis le milieu de novembre 1997.¦De quelle(s) réalisation!s) êtes-vous le plus satisfait?Rencontrez-vous des problèmes particuliers dans l\u2019accomplissement de votre tâche?\u2014\tLa page me demande parfois beaucoup de travail, mais dans l\u2019ensemble c\u2019est compatible avec les disponibilités que me laisse mon enseignement.J\u2019essaie de garder la facture de la page la plus simple possible pour que le temps de chargement soit rapide, même avec des lignes un peu lentes, et que la navigation soit simple et transparente.¦Avez-vous certains projets en vue pour l\u2019avenir?\u2014\tJe n\u2019ai pas de projets particuliers pour l\u2019avenir si ce n est de susciter une participation active accrue à la page.Il y a dans le réseau des trésors d\u2019expériences pédagogiques qui auraient avantage à être connus par l\u2019ensemble des collègues.U y a aussi sûrement dans la province des gens qui travaillent aux mêmes projets et qui rencontrent des difficultés semblables et qui profiteraient de mettre leurs expériences en commun.Gilles Gour: gillesgour@videotron.ca site philosophie de l\u2019APOP http://pages.infinit.net/ggour/apop/philo.htm ?6 BULLETIN DE LA SPQ Printemps 1998 Philosophie et informatique Pour une nouvelle philosophie française : Clément Rosset Sébastien Charles [s1058358@aixl.uottawa.ca] Université d\u2019Ottawa À Marie-Christiane et Marc, touchés à jamais par la grâce philosophique Dans «L'intuition philosophique», Bergson proposait de voir dans chaque grand philosophe un homme à la recherche de l'explicitation la plus nette de son intuition philosophique originelle, à laquelle il ne parviendra jamais.Cette intuition, pour Bergson, «est quelque chose de simple, d'infiniment simple, de si extraordinairement simple que le philosophe n'a jamais réussi à le dire.Et c'est pourquoi il a parlé toute sa vie»2.Si l'on devait juger la consistance philosophique d'un auteur à partir de cette idée bergsonienne, alors oui, sans aucun doute Clément Rosset devrait faire partie des grands, lui qui a intuitivement compris très tôt le caractère tautologique du réel.Mais ce fait reste à prouver, et c'est ce que les lignes qui suivent tentent au mieux de faire, dans l'esprit de Clément Rosset.C'est dire qu'au lieu de créer une doublure de son discours, je lui ai laissé le plus souvent possible la parole et me suis effacé devant la réalité de son œuvre.C'est là mon hommage personnel.Dès son premier ouvrage (La philosophie tragique), écrit avant sa vingtième année, Clément Rosset avait déjà conscience du tragique de notre existence dans un monde tout aussi tragique.Seule la joie pouvait nous délivrer de l'angoisse née de la fragilité de notre condition humaine, tout aussi fragile que celle du monde lui-même.Ses deux ouvrages suivants - Logique du pire et L'anti-nature \u2014 ne feront que renforcer ce sentiment.Dans Logique du pire, il s'agit d\u2019affirmer et de penser le pire jusqu'au bout, ce qui revient une fois de plus à privilégier la joie malgré l'étoffe de hasard dont le réel est tout entier tissé : «La pensée tragique, qui affirme hasard et non-être, est donc aussi pensée de fête.Ce qui se passe, ce qui existe, est doté de tous les caractères de la fête : irruptions inattendues, exceptionnelles, ne survenant qu'une fois et qu'on ne peut saisir qu'une fois; occasions qui n'existent qu\u2019en un temps, qu'en un lieu, que pour une personne, et dont la saveur unique, non repérable et non «répétable», dote chaque instant de la vie des caractères de la fête, du jeu et de la jubilation» (LP, p.113).Il ne reste donc plus qu'à célébrer en acceptant que l'être n'est qu'apparence et qu'il n'y a de nature nulle part.C'est ce que L'anti-nature s'efforce de montrer en insistant sur le fait que cette notion est d'autant plus irréfutable qu'elle est vague, «et rien n'est invincible comme ce qui n'existe pas» (AN, p.21).Son rôle consiste simplement à nous faire oublier la simplicité chaotique de l'existence, à nous éloigner de la spontanéité éphémère et hasardeuse de chaque chose.Elle est ce qui donne sens à un monde que Rosset conçoit, lui, comme insensé, elle est ce qui organise, explique ou démontre là où il n'y a rien à dire.Or, pour Rosset, ce qu'il faut penser, c'est un monde dénaturé qui ne se prête pas à un influx humain de sens.Bref, toute entité voulant rendre compte du réel sera toujours de trop.Et si l'on parle du rasoir d'Ockham, on devrait ici évoquer la machette de Clément Rosset qui retranche du réel tout superflu : «Simplicité, à un double titre : en tant que ce qui existe n'est sujet ni à répétition (toute existence étant singulière, à la fois spatialement et chronologiquement : ce qui existe \u2014 la circonstance \u2014 ne peut se répéter ni ailleurs ni en un autre temps), ni à interprétation (l'existence demeurant muette quant à elle-même, c'est-à-dire n'offrant à celui qui la considère aucune possibilité de perspective rationnelle ou justificatrice).Autrement dit, ce qui est reconnu comme existant dans le monde de la non-nature est incapable de se doubler, que ce soit d'une reproduction ou d\u2019un commentaire» (AN, pp.72-73).Soit, il nous reste à vivre cette simplicité, à la célébrer; mais comment en parler si tout discours sur le réel est condamné à le doubler?C\u2019est là à mon sens le problème des premiers ouvrages de Clément Rosset qui ne trouve sa solution qu'en 1976, avec Le réel et son double.Il ne s'agira plus essentiellement de louer mais de critiquer et c'est alors que la philosophie de Clément Rosset prend tout son sens.La thèse devient dès lors critique et les propositions qui l'énoncent «ne visent pas à décrire, encore moins à épuiser la richesse du réel, mais à critiquer les appréciations portées sur lui, appréciations en termes de sens ou de valeurs qui sont autant d'ombres portées sur la véritable «valeur» ou «nature» du réel.Rendre le réel à l'insignifiance consiste à rendre le réel à lui-même : à dissiper les faux sens, non à décrire la réalité comme absurde ou inintéressante.Et surtout pas à décrire comme anodin le fait qu\u2019il existe une réalité, ignorant ainsi, ou croyant l\u2019éliminer à peu de frais, la question ontologique [.] Il n'y a pas de mystère dans les choses, mais il y a un mystère des choses.Inutile de les creuser pour leur arracher un secret qui n'existe pas; c'est à la surface, à la lisière de leur existence, qu'elles sont incompréhensibles; non d\u2019être telles, mais tout simplement d\u2019être» (R, pp.39-40).Il s'agira donc de dénoncer tout surplus inutile et qui ne fait pas sienne l'idée d\u2019un réel tautologique.Car le réel est avant tout idiot : «la réalité est effectivement idiote.Car, avant de signifier imbécile, idiot signifie simple, particulier, unique de son espèce.Telle est bien la réalité, et l'ensemble des événements qui la composent : simple, particulière, unique -idiotès \u2014 «idiote»» (RD, p.50).Cette idée ou cette intuition première au cœur de la pensée de Clément Rosset se retrouve bien évidemment dans son tout récent Démon de la tautologie : «Formule de la tautologie et expression juste du principe d\u2019identité, «A est A» est aussi la juste expression de toute réalité, qui a pour définition d\u2019être ce qu\u2019elle est et de n\u2019être en rien ce qu\u2019elle n\u2019est pas, comme l\u2019enseignait Parménide» (DT, p.34).À la philosophie de prendre en charge cette énonciation Pour une nouvelle philosophie française Printemps 1998 BULLETIN DE LA SPQ 7 qui veut que le réel soit unique, insensé (et non absurde), insolite et toujours ici et maintenant.C'est en quoi, pour nous, il est notre destin : «Ce qu'on appelle destin ou fatalité n'a jamais rien désigné d'autre que le simple caractère existant du réel, qui constitue son privilège et à l'occasion sa malédiction : soit le monopole de l'être, qui exclut d'emblée toute rivalité et déboute ainsi toute figure du double de ses prétentions à l'existence» (OS, p.27).Philosopher, c'est donc assumer son destin en donnant raison au réel et en refusant sa duplication.Et c'est à la philosophie d'effectuer ce travail puisqu'elle est le seul discours englobant \u2014 «l\u2019ambition de rendre compte de l'ensemble des objets connus et inconnus définit à la fois la démesure et la spécificité de l'activité philosophique» (PC, pp.10-11).Mais le philosophe en est-il capable?En droit, certes, mais en fait?Cette question amène Clément Rosset à effectuer une séparation entre «deux sortes de philosophes : l'espèce des philosophes-guérisseurs et celle des philosophes-médecins.Les premiers sont compatissants et inefficaces, les seconds efficaces et impitoyables» (PC, pp.31-32).À n'en pas douter, Clément Rosset fait partie de la seconde catégorie, lui qui a à cœur de nous apprendre à voir le réel dans son innocente cruauté.Si la philosophie a vertu curative, c'est qu'elle est seule à tenter de faire face à l'idiotie du réel que personne ne veut voir.Le problème qui se pose à la réalité est aussi simple qu'elle : pourquoi regardons-nous toujours ailleurs quand elle est ici?Parce que nous sommes seuls à avoir conscience de notre mort prochaine.L'animal, au contraire, coïncide parfaitement avec son existence car il n'a pas conscience de sa mort à venir et ne redoute donc rien.Il n'en va pas de même de l'homme et le privilège de la conscience constitue un lourd tribut à payer.Et non seulement l\u2019homme a conscience de sa propre mort mais également de celle de tout ce qui l\u2019entoure, de l'existence elle-même : «Le pouvoir de Dieu est celui du Diable : les deux se confondent dans ce pouvoir outrecuidant de la mort qui est d'annuler ce qui a existé, de faire en somme que ce qui a existé n'a pas d\u2019existence.Le monde ne souffre pas de devoir finir, il souffre de ne pas avoir commencé : de ne pas avoir encore «eu lieu» (R, p.71).Cette angoisse qui nous saisit face à cette idée insupportable entraîne immédiatement une dénégation psychique du réel terrifiant, ce qui crée ce phénomène du double que Rosset a fort bien étudié et qui prend des formes aussi variées que les individus sont nombreux.Malgré tout, il reste possible de dresser une table des catégories de l'entendement «doubleur» humain.La folie «anormale» : C'est le summum du déni du réel et elle consiste à prendre véritablement des objets non existants pour réels \u2014 cas des névroses et des psychoses dans leur extension pathologique grave.«C'est un des mystères attachés à la condition humaine, et la définition de sa folie essentielle, que le domaine de l'inexistant ait presque toujours la part la plus belle par rapport au domaine de l\u2019existant» (PSF, p.69).Printemps 1998 La folie «normale» ou doublure : Il s'agit là de folie douce, à laquelle nous sommes tous plus ou moins sujets quand nous préférons le principe de plaisir au principe de réalité.Elle diffère quantitativement et non essentiellement du premier type de folie.Plusieurs duplications du réel sont possibles.J'aimerais évoquer ici celles qui sont les plus marquantes dans l'œuvre de Rosset.Le désir : Voilà une thématique philosophiquement riche.Le désir, c'est cette projection de l'individu vers un ailleurs, quel qu'il soit.En effet, que le désir porte sur un objet concret est chose contradictoire puisque «c'est la mise hors circuit du réel qui est appelée à servir de fondement au désir, un objet ne pouvant devenir désirable que pour autant qu'il échappe à la zone d'attraction de la réalité.Ainsi le désir, loin de manifester un intérêt pour le réel, entreprendrait-il plutôt de se placer hors de son orbite, de travailler à réduire au maximum tout contact avec lui.Le rapport du désir au réel se réduit alors à un simple rapport d'allergie, de non-tolérance ou, si l'on préfère, d'une tolérance subordonnée à une stricte ignorance réciproque (le désir ne se manifestant qu'indépendamment de toute réalité, et vice versa : autant le désirable apparaîtra comme peu réel, autant le réel comme peu désirable» (OS, p.43).Ce en quoi le désir est le contraire de la joie, qui se satisfait de la plénitude du réel sans chercher à s'en détourner.Alors que celle-ci se contente de l'ici et maintenant, le désir est toujours en quête d'un ailleurs spatio-temporel.Ainsi, «c'est le propre du désir habituel des hommes que de s'accroître à proportion que s'éloigne l'objet qu'il convoite [.], de ne trouver son compte que lorsque l'objet convoité «se recule», et son comble quand il disparaît à jamais pour rejoindre le domaine, désirable entre tous, des choses inexistantes» (PSF, p.74).S'il fallait choisir une figure exemplaire de cette folie douce, mon choix porterait sur Steven Spielberg, seul capable de fixer sur l'écran toute une panoplie d\u2019êtres fictifs issus de son imaginaire prolifique sans pour autant briser par là le sacro-saint principe de non contradiction.Comme l'a bien vu Clément Rosset, «il est évident [.] qu'un thème de science-fiction, tel celui des soucoupes volantes, n\u2019a d'impact sur le désir que pour autant qu'il se dérobe à toute vérification : non que celle-ci risque d'infliger un démenti à la crédulité, ce serait là un moindre mal, mais, tout au contraire, parce qu'une telle vérification, pour être couronnée de succès, risquerait d'anéantir la charge de désir attachée à la croyance et au vague de son objet.L'objet du désir doit garder ses distances avec le réel tout en réussissant à y affleurer; mais sans y toucher, faute de quoi l'ailleurs dont il est investi s'effondrerait \u2014 et avec lui toute son efficacité symbolique - dans la morose reconnaissance d'un ici» (PS, pp.41-42).La littérature : Cela vaut tout aussi bien pour la littérature, et particulièrement la littérature romantique et moderne, qui est l'expression d'un manque, d'une béance ontologique qui implique que l'attrayant est l'autre, que le désirable pour une rose est d'être, comme le suggère Mallarmé, «l'absente de tout bouquet».«Évoquer l\u2019objet absent, flatter l'attente du lecteur en travaillant à lui suggérer la vision de ce qui précisément ne saurait être visible, l'imagination de ce dont il ne sera aucune image à jamais témoigner, semble être le but principal visé par Pour une nouvelle philosophie française 8 BULLETIN DE LA SPQ la littérature moderne» (PS, p.82).Et Rosset de citer Raymond Roussel, Samuel Beckett, Georges Bataille ou Jean Baudrillard, dignes successeurs de Mallarmé.La «véritable» réalité, pour eux, est cachée, absente et donc aimable.Les apparences sont offertes, visibles, données et donc repoussantes.Seule compte la tension vers l'objet et non sa rencontre effective qui aurait le don de rompre le charme de l'absence.«En bref, l'objet aimé n'est pas un objet qui se donne à voir, mais avant tout un objet dont on parle, une inépuisable matière à évocation et à discours; c'est pourquoi les chagrins qu\u2019il inspire, qu\u2019on dit d\u2019amour, sont à vrai dire éminemment littéraires, indifférents qu'ils sont à la réalité de l'objet qui les afflige.Car le charme de l'objet absent se reconnaît justement à ceci que sa présence réelle, si vivement qu'on déclare la souhaiter, ne manque jamais d\u2019occasionner quelque secret désappointement» (PS, p.89).Albertine partie n'est-elle pas plus désirable pour Proust?On est là encore face à une dénégation polie du réel.Mais sa pure et simple occultation, en littérature, est aussi possible.Il suffit de construire un système de signes auto-référentiel duquel la réalité se trouve bannie.«Dans de telles conditions, le réel en tant que tel n'a qu'à se taire, étant toujours déjà dit.Car tout est dit - dès lors que tout n'est que dit \u2014 et le réel viendra toujours trop tard» (PS, p.88) \u2014 s'il lui est encore loisible de venir.Mallarmé est là l'exemple à choisir et trouve en Lacan son pendant en psychologie, pour qui le réel est incapable d'assurer sa propre signification.Mais Rosset évoque également Cioran, à jamais incapable de se réconcilier avec le présent.Car c'est bien là le problème : nos modernes, en se réfugiant dans l'ailleurs, en oublient le présent : «Lorsqu\u2019on s'interroge sur la nature du manque inscrit au centre de notre modernité et de son souci \u2014 et peut-être d'ailleurs de toute modernité considérée en son temps -, on est amené à se demander si ce dont manque la modernité n'est pas, plutôt que tel ou tel objet lui faisant effectivement défaut, la simple jouissance de ce qui lui appartient, je veux dire la possession de son simple présent» (PS, p.112).C'est là aussi le propre du langage grandiloquent qui manque sans cesse le réel.Mais la grandiloquence le manque hic et nunc par amplification et non par distanciation.J'aime beaucoup à cet égard l'exemple qu'en donne Clément Rosset dans Le réel Traité de l'idiotie, où il évoque les perceptions «grandiloquentes» des intellectuels français lors du retour à l'Élysée du général de Gaulle en 19583 La philosophie : D'essence similaire à la littérature, parce que participant d'une activité utilisant les mots (cf.CM, pp.62-63), et même si son objet est autre et plus général, la philosophie souffre de carences similaires.Nous savions déjà que les philosophes-guérisseurs pullulent et que leur profond désir est d'éteindre l'angoisse humaine à l'aide de baumes calmants.Si le réel angoisse ou déçoit, le philosophe, grand constructeur d'abstractions devant l'étemel, va se charger de lui donner un sens transcendant.«Son premier soin est ainsi d'essayer d'établir coûte que coûte que le réel n'est pas réel, puisque c'est le réel dont on souffre et qui est en somme la cause de tout le mal» (PC, p.27).La métaphysique est née là, de ce souci d'échapper à une condition insupportable pour la grande majorité.Sur les pas de Rosset, je ne m'attacherai qu'à évoquer trois guérisseurs allemands : Kant, Hegel et Heidegger.Avec Kant, la médecine est dévotion : la guérison n'est possible que si l'on y croit.Clément Rosset parle là de la figure de l'inguérissable : «il a inventé des remèdes sans danger, qui peuvent être administrés sans qu'on ait à craindre que le malade en guérisse.La critique est passée, attentive et scrupuleuse, et a laissé intact l'ensemble des opinions et des croyances.Ou plutôt elle les a raffermies» (R, p.62).Hegel représente plutôt la figure de Xillusionniste, auteur d'un génial tour de passe-passe philosophique.En effet, ce dernier «décèle en chaque chose la manifestation de la Raison, de l'Idée, de l'Esprit, mais omet de préciser jamais la nature de cette Idée, de cet Esprit, de cette Raison.Sans doute Hegel développe-t-il, avec une extraordinaire puissance spéculative où éclate à chaque page le génie philosophique, les circonstances, les moments, les médiations, les ruses, les fausses apparences, les perspectives trompeuses parce que partielles, à travers lesquelles se réalise finalement le sens au fur et à mesure que prend corps le devenir.Mais cela ne nous apprend rien quant à la nature du sens lui-même, sauf à admettre, avec Hegel, qu'Idée, Raison et Esprit sont des notions suffisamment claires pour se passer de toute définition ou commentaire; c'est peut-être là le privilège du «Savoir Absolu» que de dispenser de tout savoir particulier, de dispenser notamment de préciser la nature de ce qu'on y sait» (R, pp.54-55).L\u2019hégélianisme moderne \u2014 de Mallarmé à Lacan, en passant par Bataille et Derrida \u2014 fonctionne de même, à ceci près que «le sens n\u2019y est plus annoncé comme présent mais comme à venir, ou plutôt interminablement différé» (R, p.55).Quant au guérisseur de la Forêt Noire, en distinguant l'être de l'étant, il dissocie «la présence de toute réalité effectivement présente, l'isole de la contamination de la part de ce qui existe pour en faire la source mystique et inviolable de tout ce qui vient à l'existence.Il est superflu de relever le caractère romantique et germanique de cette hallucination philosophique» (PSF, p.37).Bref, à vouloir contourner le réel, la philosophie n'a fait que le dupliquer pour pouvoir enfin l'accepter.La religion : Le phénomène religieux fonctionne de manière identique et il n'est pas nécessaire de s'y attarder longuement.Disons seulement que «toute religion implique la croyance en une surnature» (AN, p.30).Plus intéressant est le phénomène de la croyance en général que décrivent les dernières pages du Principe de Cruauté.On y découvre son irréductibilité foncière et non formelle.Ainsi la croyance peut-elle changer d'objet sans pour autant cesser d'être croyance.Cela s'explique aisément : «la croyance est indéracinable pour être sans racines à déraciner, son objet est inextirpable, non par sa résistance propre, mais faute d'exister.Pour pouvoir être supprimé, il faut d'abord être.Quelque chose peut effacer quelque chose, mais rien ne peut effacer rien» (PC, p.88).Ce qui implique que la raison ne viendra jamais à bout de la croyance puisque celle-ci ne repose pas sur une erreur mais sur un néant.«Ce qui fait la faiblesse de la croyance, d'être sans objet, en fait aussi la force : de ce qu'il n'y a en elle aucune positivité, il s'ensuit qu'il n'y a pas davantage d'erreur positive.Rien de dit, donc rien de faux» (PC, pp.92-93).Morale et politique : Il en va évidemment de même en politique, dont l'objet est sans cesse fluctuant parce qu'à la croisée des Pour une nouvelle philosophie française Printemps 1998 BULLETIN DE LA SPQ 9 désirs, et c'est pourquoi Clément Rosset est opposé à toute forme de militantisme i.Voici ce qu'il dit de la politique : «La faculté d'ignorer le réel, qui est autant le privilège des partis dits d'« opposition» \u2014 car, à force de s'opposer au «pouvoir» en place, on en vient insensiblement à s'opposer au réel tout court \u2014 que de l'appareil d'Etat, est aussi celle de toute entente collective, impliquant d'emblée un accord psychologique sur un certain nombre d'options et de sujets (c'est-à-dire un accord flou portant sur un objet indéterminé).On dit qu'il suffit de deux Anglais pour faire un match de football, de trois pour faire un Empire.Peut-être suffit-il de deux hommes du même avis pour constituer une opinion suffisamment forte pour triompher du réel.C'est assez dire la fragilité du réel, tel qu'il s'offre à la perception humaine» (R, pp.97-98).Quant à la morale, Clément Rosset n'a pas varié à ce propos depuis son ouvrage de prime jeunesse qui la condamne sévèrement, au grand dam de Marcel Conche ou d\u2019André Comte-Sponville.Mais il me semble que Clément Rosset est là particulièrement cohérent - ce qui n'implique pas pour autant qu'il ait, à mes yeux, raison.Il reproche aux moralistes de créer de la valeur à partir de l'innocence même (le réel) et de juger à ce niveau.«Voilà ce qu'on ne saurait jamais pardonner à la morale : le blasphème contre le réel qui va jusqu'à le mépriser et n'accorder l\u2019être qu'à son propre système de valeurs, comme si c'était nous qui étions les créateurs! Oublier que nous ne sommes pas les créateurs, croire que l'on peut refuser le créé au nom d'un droit que l'on s'arroge, telle est l'essence du blasphème moral, l'absence de respect devant l'être» {PT, pp.106-107).D'où son scepticisme face aux droits de l'homme {FM, p.17), son refus de la morale kantienne (P S F, chap.«Morale et crapule», pp.113-117) et sa seule acceptation du légal et non du moral.C'est dans le Démon de la tautologie qu'il tente de répondre à ceux qui lui adressent cet «argument du bourreau»5 qui veut que, parce qu'il aime le réel tel qu'il est, il doive aussi aimer les bourreaux qu'il contient.Je ne rentrerai pas ici dans les détails : Clément Rosset se défend à partir de ses propres positions et confond, me semble-t-il, morale et moralisme.Ses détracteurs restent eux aussi campés sur leurs principes et, au fond, tout est ici affaire de croyance \u2014 or, nous avons vu ce qu'il en est du statut réel de la croyance précédemment.Comprenne qui pourra.Oracle et ego : Restent deux variantes du phénomène de la doublure, qui concernent la personne elle-même et la prédiction oraculaire.Chacun est unique, comme toute chose réelle, mais il y a loin entre comprendre cette trivialité et l'accepter.Qu'il y ait ou non acceptation, le réel tranchera : «cette fantaisie d\u2019être un autre cesse tout naturellement avec la mort, car c'est moi qui meurs et non mon double [.] La mort signifie la fin de toute distance possible de soi à soi, tant spatiale que temporelle, et l'urgence d'une coïncidence avec soi-même» (RD, p.100) qu'il faut effectuer au plus vite «parce que le réel a toujours raison» {RD, p.123).Ce serait là une fonction philosophique par excellence que de s'accepter tel qu\u2019on est, ou du moins ce serait l'idéal : «le meilleur profit qu'un sage puisse retirer de la philosophie consiste à vivre en «bonne société» avec lui-même, ce qui suppose qu'on n'a rien à se cacher» {CM, p.16).Printemps 1998 Quant à l'oracle, c'est la tragédie qui nous en parle le mieux, et Œdipe est ici la figure la plus marquante.Tout est prévu, tout s'accomplit comme annoncé au départ, et pourtant nous nous étonnons.Cette surprise révèle simplement notre déception : décidément le réel n'est que ce qu'il est.«L'unique comble l'attente en se réalisant, mais la déçoit en biffant tout autre mode de réalisation» {RD, p.41).C'est là le lot du psychisme humain que de tendre naturellement vers l'oraculaire en refusant d'admettre l'unicité du réel, sa singularité ontologique.D'où le sentiment perpétuel d'être dupé, la croyance en un réel existant ailleurs, le sentiment d'incohérence face au cours de l'histoire, bref la déception.«La coïncidence du réel avec lui-même, qui est d'un certain point de vue la simplicité même, la version la plus limpide du réel, apparaît comme l'absurdité majeure aux yeux de l'illusionné, c'est-à-dire de celui qui, jusqu'à la fin, a misé sur la grâce d'un double» {RD, pp.49-50).Le problème avec le réel, c'est donc qu'on ne peut pas y échapper malgré tous nos efforts.Reste à savoir quand et comment peut se manifester cette lucidité sans cesse repoussée.«Le réel est toujours ici, mais n'apparaît jamais qu'ailleurs : il faut donc regarder ailleurs si l'on veut l\u2019apercevoir.La seule manière d'approcher le réel est en effet une vision de loin et de biais {R, p.124).Cela se produit lors de moments de grâce particuliers.C'est par exemple le cas de l'ivresse qui nous permet de voir le monde dans son unicité inexprimable.C'est aussi le cas de ce sentiment étrange qu'est la peur, qui nous fait sentir la proximité du réel dans toute son inquiétante présence.«Cette imprévisibilité constitutive du réel explique en profondeur le rapport entre l'expérience de la peur et l'expérience de la réalité : elle est la loi générale dont la peur ne constitue qu'une application particulière» {PS, p.74).Et puis il y a la mort, bien évidemment, qui nous fait prendre conscience de notre éphémère existence.Il y a enfin ce que Clément Rosset appelle la représentation, qui permet parfois de faire coïncider le réel et ce qui le représente.L'exemple le plus représentatif est bien sûr celui de l'amour où le réel prend du temps avant d'accéder à la conscience.«La reconnaissance du réel prend à l'improviste, puisque survenant comme après coup : l'expérience de l'amour constitue ainsi toujours une surprise, comme d\u2019ailleurs toute expérience du réel» (R, p.129).Ou, plus loin : «C'est le sort de tous les actes profonds que de ne devenir perceptibles que lorsque ceux-ci sont depuis longtemps engagés.Il en va ainsi des actes de l'amour comme de la composition d'une œuvre quelconque, qu'il s'agisse de l'herbe ou d'un livre, et de toutes choses qui ne commencent jamais, ou plutôt dont on ne pourra jamais dire quand ni comment elles ont commencé» (R, p.130).Le réel est donc perceptible par moments, reste à l'assumer et à l'aimer tel qu'il est.Or, «la joie est une réjouissance inconditionnelle de et à propos de l'existence; or il n'est rien de moins réjouissant que l'existence, à considérer celle-ci en toute froideur et lucidité d'esprit» {PC, p.27).Il s'agit donc, comme Nietzsche déjà le proposait, de dire oui inconditionnellement, et même à la souffrance.Il s'agit de se réconcilier avec Pour une nouvelle philosophie française 10 BULLETIN DE LA SPQ l'impermanence du réel.Il s'agit d'aimer et de vivre au présent.D s'agit de choisir, face à l'existence, entre la nausée et l\u2019allégresse, le goût de la répétition et l'amour de l'incongru.Et les deux choix sont envisageables : «Au fond, tous s'accordent sur ce point qu'il n'est, ou qu'il n\u2019y aurait, de bonheur qu'ici et maintenant.La seule question consiste à déterminer s'il est un lieu pour l'ici et un temps pour le maintenir.Si oui, l'expérience de la vie est bienheureuse, pour se confondre avec l'expérience du présent et coïncider avec elle-même.Mais, dans le cas contraire, il ne saurait y avoir à proprement parler d'expérience du présent : l'expérience de la vie est alors une expérience cruelle de l'absence au cours de laquelle ni l'ici ni le maintenant ne se donneront jamais à éprouver, sinon par le biais et le regret du déjà loin et du déjà passé» (PS, pp.115-116).Chacun est là face à son propre choix; pour Clément Rosset, celui-ci est fait.Ainsi, à ma question conclusive lors de l'entretien qu'il m'a accordé, qui cherchait à savoir s'il était toujours du sentiment de la citation suivante : «Sois ami du présent qui passe : le futur et le passé te seront donnés par surcroît» (RD, p.82), a-t-il répondu : «Oui, bien sûr, et si je devais garder une phrase de tout ce que j'ai écrit, je garderais celle-là».Notes : 1: Toutes nos références aux ouvrages de Clément Rosset seront disposées dans le texte même et abrégées comme suit: PT (La philosophie tragique, Paris, P.U.F., 1960); LP (Logique du pire.Éléments pour une philosophie tragique, Paris, P.U.F, «Bibliothèque de philosophie contemporaine», 1971); AN (Lanti-nature.Éléments pour une philosophie tragique, Paris, P.U.F., «Philosophie d'aujourd'hui», 1973); RD (Le réel et son double.Essai sur l'illusion, Paris, NRF-Gallimard, 1976); R (Le réel.Traité de l'idiotie, Paris, Éditions de Minuit, «Critique», 1977); OS (L'objet singulier, Paris, Éditions de Minuit, «Critique», 1979); FM (La force majeure, Paris, Éditions de Minuit, «Critique», 1983); PS (Le philosophe et les sortilèges, Paris, Éditions de Minuit, «Critique», 1985); PC (Le principe de cruauté, Paris, Éditions de Minuit, «Critique», 1988); PSF (Principes de sagesse et de folie, Paris, Éditions de Minuit, «Critique», 1991); CM (Le choix des mots suivi de La joie et son paradoxe, Paris, Éditions de Minuit, 1995) et DT (Le démon de la tautologie suivi de Cinq petites pièces morales, Paris, Éditions de Minuit, «Paradoxe», 1997).Clément Rosset est aussi l'auteur de deux travaux en histoire de la philosophie sur Schopenhauer que nous ne prendrons pas en compte ici, et de deux essais sur Teilhard de Chardin (Lettre sur les chimpanzés, NRF- Gallimard, 1965) et Althusser (En ce temps-là.Notes sur Althusser, Paris, Éditions de Minuit, 1992).2: Bergson, «L'intuition philosophique\u201d (1911) dans La pensée et le mouvant.Essais et conférences, in Œuvres, Paris, P.U.F., «Édition du Centenaire», 1959, p.1347.3: «Nous empruntons ces commentaires à une revue de courte durée, intitulée Le 14 Juillet, à laquelle collaborèrent nombre de personnalités d'hier et d'aujourd\u2019hui.Dionys Mascolo et Jean Schuster, directeurs de la revue, y jugeaient ainsi l'événement: «La nuit qui tombe sur l'esprit, le glas de mort de la liberté».Brice Parain y voyait l\u2019effet d\u2019une connaissance insuffisante des langues étrangères de la part des Français, ainsi que de l'ignorance de la philosophie allemande et de la «pensée messianique russe».André Pieyre de Mandiargues diagnostiquait dans la Constitution de 1958 «une inversion de toutes les valeurs naturelles», qui «ne peut avoir l'assentiment que des idiots et des misérables, ou de quelques pervers désireux de la catastrophe».Pierre Klossowski, pour sa part, incriminait le péril jaune: le retour au pouvoir du général de Gaulle était, à l'en croire, un symptôme de «notre lente absorption par des communautés afro-asiatiques» et de «la prise en main de cette partie de l'Occident que nous sommes par les peuples de couleur».Ces réactions, prises sur le vif et à chaud, prêtent à rire par le décalage qui s'y manifeste entre l'événement et son commentaire, sa représentation - décalage qui est un trait caractéristique de la grandiloquence.Une sorte d'automatisme ramène chacun, comme malgré lui, à son dada, et ce en dépit de la nature du sujet dont il avait à parler.Objet qui au fond n'est que prétexte et disparaît bien vite derrière les thèmes obsessionnels.Peu importe ce dont on parle, c'est ce qu'on en dit qui compte.Priés de donner leur sentiment sur un tout autre événement que le retour au pouvoir de de Gaulle - se fût-il agi par exemple de l'apparition de Martiens, du déclenchement d'une guerre atomique, du suicide de Marilyn Monroe -, nul doute que chacun ne fût bientôt revenu à ses thèmes favoris: Brice Parain à sa linguistique, Mandiargues à ses pervers, Klossowski à ses Chinois.Notons encore ici, au passage, cette indifférence au réel, cette aptitude à escamoter le réel au profit de ce qu'il peut prêter à dire.Ce brouillage du réel est, semble-t-il, au cœur du mécanisme de la grandiloquence» (R, pp.98-99).4: Cf.ce qu'il m'a confié à ce propos dans l'entretien à paraître prochainement dans Horizons Philosophiques sous le titre: «Clément Rosset ou la ioie tragique».5: Par exemple Luc Ferry dans l'entretien qu'il m'a accordé, à paraître également dans Horizons Philosophiques sous le titre de: «Luc Ferry ou le pari de la liberté».?Pour une nouvelle philosophie française Printemps 1998 BULLETIN DE LA SPQ 11 Courrier du Lecteur Brian Monast [brianmonast@videotron.ca] Université d\u2019Ottawa Dans «Postures de la philosophie volume 24 #1», j'ai le vague sentiment que vous osez vous en prendre à un interdit en philosophie: l'interdit de remettre en cause l'appel à des écrits passés.Qu'est-ce qui peut motiver, sinon justifier, un tel appel?N'y a-t-il pas une variété de processus qui peuvent entrer en jeu dans l'appel à la voix du passé?Vous avez mentionné, je crois, la manifestation d'une autorité authentique (comme lorsqu'on cite encore certaines idées de Cicéron parce qu'elles ont une réelle valeur ou parce que c'est la valeur général de l'auteur lui-même qui leur donne du poids), et le processus rhétorique qui consiste à faire passé nos propres idées en les attribuant à un nom qui fait autorité.Postures ou impostures.Par contre, sur le coup, vos propos éveillent en moi l'idée d'un autre trait de l'esprit humain par lequel il semble accorder une autorité incontestable au -tiers-, comme lorsqu'on entendra «Ce n'est pas moi qui le dit, c\u2019est l'autre» ou, encore plus efficace peut-être, «c'est ça qu'ils disent», comme si l'anonymat d'une autorité semblait en accroître la puissance.Il n'y a rien d'anonyme dans le renvoi à un philosophe spécifique, mais je me demande tout de même s'il n'y a pas un rapport à faire entre ce trait qui consiste à accorder une autorité au tiers et ces renvois à des voix du passé.Pensons, par exemple, à comment il est facile de détruire des réputations.Pensons à la vie de bureau.Celle-ci n'est-elle pas trop souvent empoisonnée par la crainte de ce que les autres peuvent dire.Cette crainte est fondée.Il y en a toujours qui se font un plaisir de jouer sur ce registre sur lequel les êtres humains sont si influençables.Qu'importe le dévouement que vous pouvez accorder aux respect de ceux qui vous entourent, à moins que ces gens soit très «matures», ils deviendront empreints de méfiance à votre égard suivant la moindre insinuation d'une mauvaise langue.Parce que ce dont il s'agit, c'est de vous, ce que -vous- dites ne représente pas de valeur objective \u2014 vous pourriez toujours avoir «une idée en arrière de la tête».Mais ce même instinct qui nous pousse à neutraliser la valeur épistémologique du témoignage que nous offre votre propre personne ne semble pas entrer en jeux lorsque d'autres parlent de vous; il ne semble pas frapper l'esprit des gens que les mauvaises langues pourraient elles-mêmes agir avec «une idée derrière la tête».Certes, remettre en cause les dires des mauvaises langues nous expose au risque d'être leur prochaine victime.Néanmoins, malgré de tels facteurs qui peuvent être particuliers au dynamisme psychosocial, je crois qu'il m'est encore permis de suggérer ce rapport que je pressentais intuitivement au début de cette note et qui m'apparaît maintenant, après ces divagations, un peu plus clairement.Comme toute argumentation que je peux présenter comme venant de mon cru sera sujette à cette neutralisation épistémologique en raison de la marque indélébile de Printemps 1998 subjectivisme qu'elle doit nécessairement porter, chaque renvoi à un tiers aura l\u2019avantage de la retirer de cet univers subjectif en lui fournissant des crocs au ciel de l'objectivité où elle pourra aller s'accrocher.Que l'autorité citée en soit une déjà connue et respectée peut rendre un service supplémentaire, mais ce critère ne semble pas nécessaire.L'important serait le renvoi à l'altérité.Un «Ainsi parlait Zarathoustra» suffit, apparemment.Hormis cette neutralisation épistémologique que doit subir le discours du «je», parce que, intuitivement, on sent qu'on ne peut s'y fier, il y a aussi la simple jalousie dont nous poumons tenir compte.le me souviens de présenter en classe ce qui était bien plus l'état de mes réflexions que l'état de mes recherches.Je n'oublierai pas cette objection qu'on me fit explicitement mais que je pressentais sur bien d'autres lèvres (et peut-être sur les miennes, car ne nous ressemblons-nous pas tous un peu?): «Mais ce sont là tes idées à toi, n'est-ce pas?» Notre nature humaine dédaigne à accorder à ceux avec qui nous partageons le quotidien le pouvoir d'arriver à des conclusions intéressantes auxquelles nous ne nous sommes pas rendues nous-mêmes.C'est fou, mais c'est là.C'est nié, ou avoué, puis recouvert, et oublié, ou ignoré, mais c'est là.Quel plaisir alors de pouvoir attribuer à un absent les conclusions que l'on se croit obligé de faire valoir.Pouvons-nous faire abstraction de nos vanités communes lorsqu'il est question du renvoi à 1 altérité en philosophie?Je vois encore un dernier jeu dont les bénéfices pourraient, inconsciemment sans doute, motiver notre tendance à citer les textes du patrimoine philosophique, jeu qui nous ramènerait au thème de l'autorité.Citer Cicéron, c'est, implicitement, choisir Cicéron parmi une série d'autres et ce choix doit donc laisser implicitement entendre aussi que je connais ces autres auteurs.Normalement, je ne citerai pas un auteur comme une autorité si c\u2019est le seul que je connais.En citant Cicéron, je dis, sans le dire, que je suis savant, et je le dis, non pas pour me vanter, mais parce qu'en le faisant, j'accrois l'autorité de ma parole : «Je parle en connaissance de cause, j'ai fouillé le patrimoine, et voilà, ce qui vaut la peine d'être dit sur tel ou tel sujet, c'est Cicéron qui le dit»; j'ai consulté (et Cicéron a consulté), et ce que je vous dit, ce n'est pas un petit -Je- (ni le mien, ni celui de Cicéron) qui vous le dit, mais le grand -Nous-, le meilleur de la tradition, l'objectivité absolue, en un mot; ce qui nous conduis à de nouvelles interrogations, que je vous laisse, sur la confusion possible entre l'autorité de l'objectivité et l'attrait de la conformité, (de l'esprit de bande, ou de banc de poissons, comme je préfère dire, non pas pour être péjoratif, mais pour illustrer \u2014 un poisson seul est -très- exposé, le banc est avant tout un comportement défensif).Citer Cicéron, c'est un peu alors citer -les- autres et dire: «pensez comme Cicéron, vous penserez comme les autres».Merci d\u2019avoir fait branler le mur de l'interdit, même si je ne suis pas sûr que ce soit dans cet esprit que vous ayez écrit.?12 BULLETIN DE LA SPQ Courrier du lecteur En guise de réponse Martin Godon[mgodon@cvm.qc.ca] Directeur du Bulletin Dans certaines circonstances, la pensée semble se déployer sans but, sans objectif, errances de la pensée qui nous conduisent de l\u2019inédit à l\u2019étonnement.Survient un jour faste, quelque curiosité d\u2019un paysage familier attire soudainement l\u2019attention d\u2019un regard disponible, libre.Tel l\u2019édifice de l\u2019oeuvre cicéronienne: l\u2019oeil séculaire de la tradition discerne aisément le philosophique que contient l\u2019oeuvre du consul-philosophe.On a, depuis longtemps, arpenté la façade et le coeur de ses textes philosophiques.Tout est reconnu, mesuré, évalué et catégorisé.L'oeuvre de Cicéron, c'est une affaire classée.Et nous pensons pouvoir éteindre notre regard repu en nous rappelant que le philosophe cherche à faire valoir ses idées par des arguments rationnels; nous apprécions le sommeil du juste.Mais qu\u2019un simulacre d\u2019horloge nous tire de notre sommeil dogmatique et c\u2019est la stupéfaction.Par exemple, Cicéron (comme tout philosophe auquel nous pouvons penser) ne s\u2019adresse-t-il qu\u2019à la Raison?S\u2019il cherche à convaincre, vise-t-il à atteindre simultanément une autre, d\u2019autres cibles?Esprit sensé, Cicéron sait (comment ne le pourrait-il point?) que ce qui ne s\u2019adresse pas directement à la raison doit être inconsidéré par le philosophe.Néanmoins, il ne peut s\u2019empêcher d\u2019utiliser maints artifices rhétoriques, malgré leur peu de valeur pour la raison.Quel philosophe n\u2019a usé de tels artifices?Pourquoi?C\u2019est là, parmi d\u2019autres, une piste qui conduit à la réflexion exposée dans «Postures de la philosophie, volume 24 #1».?Colloque Carnap SÉMANTIQUE CONTEMPORAINE ET THÉORIES DE LA VÉRITÉ: L\u2019HÉRITAGE CARNAPIEN Montréal (Québec, Canada) 8-10 juin 1998 Rudolf Camap est avant tout connu comme le plus célèbre représentant de l'empirisme logique.La contribution de Camap à la philosophie contemporaine est cependant beaucoup plus large et profonde que cette seule référence le laisse à penser.En poursuivant le programme inauguré par Frege et Russell qui place l'analyse logique au centre de la recherche philosophique, Camap a contribué à renouveler plusieurs problématiques philosophiques que nous discutons aujourd'hui.Le colloque veut mettre en évidence l'actualité de l'héritage camapien en présentant des études à caractère historique portant sur la pensée et les travaux de Camap autant que des communications portant sur des thèmes contemporains de logique philosophique et d'épistémologie tels que: la logique intensionnelle; la probabilité et l'induction; la distinction entre syntaxe et sémantique; l'analyticité et la distinction entre vérité logique et vérité factuelle; la notion d'explication camapienne et l'importance des concepts sémantiques.Les séances dureront une heure et seront bilingues (français et anglais).Chaque communication (en anglais ou en français) fera l objet d'une courte présentation de 10 minutes suivie d'un court commentaire (en anglais ou en français, de 10 minutes également).Le reste de la séance sera consacrée à la discussion.La connaissance des textes sera présupposée et en conséquence, ils seront mis à la disposition de tous sur le site internet du colloque \u2014 http://www.colba.net/~slachize/camap/ intro.html Organisé par les départements de philosophie de TUniversité de Montréal, l'Université du Québec à Montréal, le Collège de Maisonneuve (Montréal), TUniversité Paris 1 Panthéon-Sorbonne et l'Institut d'histoire et de philosophie des sciences et des techniques (Paris).Adresse du colloque: Sylvie Lachize (coordinatrice) / Université de Montréal / Département de Philosophie / CP 6128 / Succursale A / Montréal (Québec) / Canada / H3C 3J7 / Téléphone (514) 343 6464 / Courrier électronique: camap@colba.net Courrier du lecteur Printemps 1998 BULLETIN DE LA SPQ 13 Programme de la section Philosophie au 66e congrès de l\u2019ACFAS COMITÉ D\u2019ORGANISATION: Victor Thibaudeau, Université Laval Gilbert Boss, Université Laval Marie-Andrée Ricard, Université Laval Mercredi 13 mai 18 h oo Assemblée générale des membres de la Société de Philosophie du Québec PHILOSOPHIE ET HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE: La philosophie entretient avec son histoire une relation complexe qui n'a cessé de susciter la controverse.La philosophie et l'histoire de la philosophie sont-elles identiques?Ou tout au moins, s'impliquent-elles mutuellement?Ou bien est-ce que l'histoire de la philosophie est une discipline indépendante de la philosophie?Et partant, l'histoire de la philosophie est-elle pour le philosophe nécessaire et incontournable?utile?accessoire?nuisible?Le débat autour de ces questions fondamentales est réactualisé de façon toute particulière dans le contexte actuel où l'on demande aux universitaires - et aux philosophes - d\u2019être concrètement au service de la société.Pour ce faire, la philosophie doit-elle s'arrimer à l'actualité, devenir sagesse au sens socratique du terme, renoncer au discours savant, retourner dans la rue.ou dans les cafés?Ou au contraire, pour jouer son rôle, pour servir véritablement la culture et la science, la philosophie doit-elle garder ses distances, redevenir savante et ésotérique, s'occuper d'abord et avant tout à repenser les grands systèmes philosophiques?Voilà en tout cas un problème philosophique cuisant d'actualité - problème qui constitue l'objet principal du présent colloque.COLLOQUE « PHILOSOPHIE ET HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE >> Mercredi 13 mai Avec Gilbert BOSS, Université Laval; Pierre MACHEREY, Université de Lille HI; Louis VALCKE, Université de Sherbrooke; Yvon LAFRANCE, Université d'Ottawa.Méthode analytique et philosophie continentale.17 h 00 Gilbert BOSS, Université Laval.La tradition Printemps 1998 philosophique.18 h 00 Cocktail de la Faculté de philosophie de l'Université Laval.Mot du doyen, Jean-Marc Narbonne.Message du président de la Société de philosophie du Québec, Noureddine MOUELHI.Jeudi 14 mai Président de la séance : Marie-Andrée RICARD, Université Laval 9\th 00 Marie Filoména DE SOUSA, Université de Montréal.La tradition : un concept problématique.9\th 30 François Tournier, Université Laval.Commentaire et discussion.10\th 00 Laurent-Paul LUC, Université de Sherbrooke.Au coeur du dialogue Heidegger-Hégel : l'Aufhebung du temps.10\th 30 Commentaire et discussion.11\th 00 Pause 11\th 15 Yvon CORBEEL, Université de Montréal.Heidegger et l'« acte de philosopher ».11 h 45 Commentaire et discussion.Jeudi 14 mai Thème : Table-ronde sur L'enseignement de la philosophie au XIDle siècle.Autour du \"Guide de l'étudiant\" du ms.Ripoll 109, Actes du colloque international édités, avec un complément d'études et de textes par Claude Lafleur et collaborateurs.Présidente de la séance : Fabienne Pironet, Université de Montréal 9 h 00 Fabienne Pironet, Université de Montréal.Mot de bienvenue et présentation de la table-ronde.9 h 15 Claude Lafleur, Université Laval.Aspects philosophiques du « Guide de l'étudiant parisien » .9 h 45 David Piché, Université Laval.Métaphysique et logique dans le « Guide de l'étudiant » Programme de l\u2019AFAS 14 BULLETIN DE LA SPQ 10 h 15 PAUSE 10\th 30 Luc Gilbert, Université Laval.La morale dans le « Guide de l'étudiant ».11\th 00 André Paré, Université Laval.Boèce dans le « Guide de l'étudiant ».11 h 30 Fabienne Pironet, Université de Montréal.Discussion générale et commentaire synthétique de la présidente.10 h 00 Ryoa CHUNG, Université de Montréal.Le cosmopolitisme et la conception personnaliste de l'État.10\th 30 Barbara DEBAYS, UQAM.La cohérence entre les conceptions épistémologiques et politiques de Karl Popper.11\th 00 Jean-Claude RAVET, UQAM.Le monde vécu et la résurgenre du politique.Jeudi 14 mai Jeudi 14 mai Thème : Montaigne, Ancien ou Moderne?Président de la séance : Bernard Boulet, Cégep de Ste-Foy 14 h 00 Gérald Allard, Cégep de Ste-Foy.(Titre à déterminer.) 14\th 20 Claude Bélanger, Cégep de Ste-Foy.14\th 40 Philip Knee, Université Laval.(Titre à déterminer.) 15\th 00 PAUSE 15\th 20 Élaine Larochelle, Cégep F.X.Gameau et Université de Paris IV.(Titre à déterminer.) 15\th 40 Daniel Tanguay, Université de Montréal.(Titre à déterminer.) 16\th 00 Discussion.PROGRAMME DE LA SECTION PHILOSOPHIE Jeudi 14 mai Thème : Épistémologie Présidente de la séance : Renée Bilodeau, Université Laval 9\th 30 François Tournier, Université Laval.L'autopsie d'une mongination friedmanienne.10\th 00 Claire-Marie CLOZEL, UQTR.L'imitation.10\th 30 Paolo BIONDI, Université Laval.La pensée intuitive dans la démarche scientifique.11\th 00 Isabelle LÉTOURNEAU, Université Laval.La notion de désaccord en philosophie pour enfants.Jeudi 14 mai Thème : Philosophie politique Président de la séance : Louis Lessard, Cégep de Ste-Foy Thème : Psychologie et esthétique Président de la séance : Michel Sasseville, Université Laval 10\th 30 Marie-Andrée CHARBONNEAU, Université de Moncton.La psychanalyse : histoire d'un mensonge?11\th 00 Florence VINIT, Université Laval.Lecture phénoménologique des troubles alimentaires : l'exemple de la boulimie.11 h 30 Stéphane D'AMOUR, Université de Montréal.Planifier l'implanifiable : futur et conséquences non voulues en architecture.Jeudi 14 mai Thème : Histoire de la philosophie Président de la séance : Patrick Danneau, Collège François-Xavier-Gameau 13\th 30 Roxanne MARCOTTE, Université McGill.La notion de \"pneuma (ruh)\": une solution au problème posé par les \"formes suspendues\" de Suhrawardi (m.1191).14\th 00 Carol COLLIER, Université d'Ottawa.Le naturalisme aux XVIe et XVIIe siècles.14\th 30 Syliane CHARLES, Université d'Ottawa.Dieu et cause chez Spinoza.15\th 00 PAUSE.15 h 15 Sébastien CHARLES, Université d'Ottawa.La figure de Berkeley dans la pensée de Voltaire.15\th 45 Marceline MORAIS, Université de Montréal.Du concept du souverain bien comme problème théorique.16\th 15 Daniel DESROCHES, Université Laval.Ricoeur, critique du cogito.?Programme de l\u2019AFAS Printemps 1998 BULLETIN DE LA SPQ 15 Le café philosophique: un défi pour la pensée?Michel Tozzi Maître de Conférences en Sciences de l'Éducation, Montpellier III; co-animateur du café philosophique de Narbonne Voici une communication, prononcée lors de la Biennale de l\u2019éducation et de la formation de 1998, que nous a fait parvenir Michel Tozzi, dont les travaux sur la didactique de la philosophie formaient l'objet d'un article dans le précédent numéro du Bulletin (vol.24 N°l).Cette réflexion sur le thème des cafés philosophiques, bien qu'elle ne visait pas d'abord ce but, nous semble pouvoir se lire comme un hommage au travail de Marc Sautet Docteur en philosophie, Maître de conférences à l'Institut d'Études politiques de Paris jusqu'en 1996, spécialiste de Nietzsche et instigateur en France de ce mouvement des cafés philosophiques.Marc Sautet a été emporté par une tumeur au cerveau le 2 mars dernier.Nous l'avons appris avec stupeur et tristesse, d'autant plus que son passage au Salon du livre de Québec, l\u2019automne dernier, fut remarqué et fertile, puisque cette ville compte désormais trois cafés philosophiques selon le modèle de Sautet.Marc Sautet avait aussi publié plusieurs ouvrages: Nietzsche et la Commune (Le Sycomore, 1981), Nietzsche pour débutants (La Découverte, 1985), ainsi que la correspondance de Nietzsche et de Cosima Wagner (Éditions du Cherche Midi, 1995).La rédaction Sur la scène moderne de la médiatisation, la philosophie est à la mode, en particulier sous la figure du café philosophique.Outre le journaliste, cette émergence d'une rencontre ouverte autour du débat d'idées peut intéresser par exemple le psychologue (quels symptômes recouvre ce besoin d'échanges?), le psychosociologue (quelle dynamique interactionniste dans ce groupe de discussion?), le sociologue (quelle est la signification culturelle, sociale et politique de cette coproduction intellectuelle externe à l'institution philosophique et aux systèmes de formation?), le linguiste (comment fonctionne cette interaction verbale qui se dit conceptuelle?), l'historien (y a-t-il une filiation avec la naissance de la philosophie sur l'Agora grecque, ou la tradition du café littéraire en France depuis le XVIIIe siècle?), le politologue (quel lien dans ce lieu semi-public entre la philosophie et la démocratie moderne?), etc.Mais la philosophie, puisque le café porte son nom, est au premier chef interpellée: phénomène singulier en effet que ce heu, extérieur è l'université et à ses spécialistes d histoire de la philosophie, délibérément situé en dehors de la relation enseignant - enseignés, et où s'affiche publiquement une coproduction dite philosophique entre non-experts, dans une discipline pourtant réputée abstraite, longtemps ésotérique, présupposant institutionnellement dans notre société une initiation rigoureuse, dans un cadre scolaire, par la lecture austère des plus grands, et l'entraînement dissertatif au long cours.Notion contradictoire ou concept heuristique?Devant ces exigences, le café philosophique est-il une expression contradictoire, impossible à penser, un heu démagogique d'usurpation, de détournement du mot philosophie, dont Socrate lui-même condamnerait le discours doxologique et sophistique?Ou bien cette apparence d'oxymore contient-elle, dans son impensé linguistique, un paradoxe qui donne à penser, et appelle à construire un concept qui pourrait rendre compte, à travers une pratique sociale nouvelle, ou pour le moins renouvelée, d\u2019un certain rapport à la philosophie, oral, interactif, collectif, déscolarisé, à distance de la tradition philosophique institutionnelle, doctrinale ou historique?Si on affirme qu'on ne peut philosopher sans maître ni filiation, sans la solitude de la réflexion et la trace de sa pensée, sans la lecture d'auteurs, la connaissance de doctrines, l'immersion dans l'histoire de la pensée occidentale, la cause est entendue.Ce n\u2019est pas la voie du café philosophique.Mais on ne peut lui demander ce qu'il ne cherche pas à donner, de l'«œuvre» philosophique, singulière, originale, écrite, cohérente, puisqu'il s'agit d'un «intellectuel collectif», à durée éphémère, constitué d'interactions verbales ponctuelles, plurielles, souvent divergentes, et entre non-professionnels de la disciphne! Si on tente donc de conceptualiser l'expression: «café philosophique», il faut la problématiser, c'est-à-dire lui poser de bonnes questions, d\u2019un heu et d'un champ déterminés.Nous choisirons pour notre part celui de la didactique de la philosophie.16 BULLETIN DE LA SPQ Printemps 1998 Le café philosophique «Peut-on faire de la philosophie dans un café dit philosophique?» apparaît de ce point de vue comme une question-piège, source de malentendus et de faux débats, car elle met d'emblée en scène la représentation ambiguë de ce que recouvre l'expression «faire de la philosophie».L'élève de terminale qui rédige sa première dissertation de l\u2019année, et Heidegger écrivant «Etre et temps» «font» tous deux de la philosophie! Mais pas au même niveau et de la même façon.L'élève est un apprenti philosophe.Tout comme la majorité de l'assistance d'un café philosophique est non-spécialiste, c'est-à-dire n'a jamais fait d'études supérieures de philosophie, voire ne l'a jamais étudié à l'école.Alors que Heidegger est un grand philosophe, un chercheur de la discipline (un niveau intermédiaire serait celui du professionnel de cet enseignement).S'agissant de non-experts au café philosophique, on ne peut donc entendre la question que par analogie avec celle-ci: «peut-on faire de la philosophie dans une discussion en classe de philosophie?».À ceci près qu'il s'agit d\u2019adultes, volontaires, et dans un cadre non scolaire, ce qui modifie le concept de transposition didactique, tel qu'il est utilisé par les didacticiens.Or une discussion, en classe comme au café, n'est jamais philosophique en tant que telle.Mais elle peut le devenir.Il ne s'agit pas d'accoler «philosophique» à «café» pour que des discussions philosophiques s'y tiennent.La vraie question est alors «À quelle(s) condition(s) une discussion peut-elle devenir philosophique dans un café?».C'est une interrogation à la fois théorique et pratique.Théorique, car il faut préciser ce qu\u2019on entend par «discussion philosophique», et par «conditions de philosophicité» d\u2019un débat.Mais aussi pratique, car c'est l'analyse de la façon dont se passent concrètement les discussions qui permettra de trancher dans tel cas particulier2.Certains philosophes s\u2019en tiennent cependant à la thèse a priori de l'impossibilité de philosopher dans un café.À cause du caractère rédhibitoire: -\tsoit du lieu, à vocation mercantile et doxologique; -\tsoit du public, qui en tant que «non-philosophe», ne peut produire que de l\u2019opinion, et non du savoir; -\tsoit de la conduite, du type «animation», qui ne construit pas une pensée cohérente, ou ne donne pas de garantie intellectuelle «maïeutique», surtout quand il s'agit d'un animateur non-philosophe; -\tsoit du genre.Car la philosophie n'autorise qu'une pensée personnelle, et non commune (aux deux sens du terme); et le dialogue avec quelqu'un ou avec soi-même, et non un débat collectif et éclaté.Ces objections fortes doivent être elles-mêmes examinées à la lumière de ce qui se passe réellement dans les cafés philosophiques, puisque certains professeurs de philosophie, a priori hostiles à la possibilité de la philosophicité d'une discussion au café, ont été amenés, après participation, et a fortiori animation, à nuancer voire changer de point de vue3.Le débat partage donc les philosophes eux-mêmes.Et ceci parce que le «débat philosophique collectif» n'est pas une pratique sociale philosophique de référence.On ne peut donc trancher uniquement par la théorie dès lors qu'il s'agit d'une innovation qui, en rupture avec des cadres institutionnels et praxéologiques traditionnels, est à la recherche de modalités spécifiques.On ne connaît historiquement que le dialogue socratique hyper directif à deux ou trois, ou la disputatio médiévale avec de longs monologues successifs contradictoires entre deux protagonistes.Et aujourd'hui le cours magistral, la communication dans un colloque, la conférence- «débat» (en fait questionnement à l'intervenant), quelques échanges philosophiques médiatisés, sous forme d'entretien à trois ou quatre.Et l'étude des auteurs a officiellement remplacé en classe les débats post-soixante-huitards.Nous avons donc à inventer la pratique à plus de cinquante personnes! Notre expérience de participant et d\u2019animateur de nombreux cafés philosophiques en France et à l'étranger nous amène aux réflexions suivantes.Les conditions de philosophicité Il est difficile de prévoir si, pour un individu donné, une discussion collective dans un café dit philosophique aura ou non un retentissement philosophique.Et le groupe du café est formé d'autant d'individus.Car si philosopher, c'est se mettre à l'écoute de l'altérité pour interroger ses opinions sur des problèmes essentiels pour l\u2019homme, et ouvrir pour soi une recherche de vérité, chacun peut légitimement juger de son ébranlement personnel pendant et après un débat.Et il est risqué, au nom d'une expertise philosophique externe, d'évaluer l'impact philosophique de chaque séance sur les consciences.Seuls, des entretiens par exemples, ou des traces écrites pourraient permettre, comme en classe, d'apprécier la philosophicité de la démarche de chacun.Cette situation, qui n'est pas explicitement de formation, relativise donc les affirmations péremptoires des gardiens de l'orthodoxie philosophique et des prérogatives de son corps magistral.Mais cette opacité relative ne dispense pas cependant d'une réflexion sur le caractère philosophique du débat en tant qu'il est philosophique et conduit.Le didacticien peut ici s'interroger sur la nature de la transposition didactique de la discipline opérée, assez implicitement d'ailleurs, dans un tel lieu.De ce point de vue, la discussion nous a semblé être ou devenir philosophique lorsque quatre conditions tendaient à être réunies: 1) un minimum de règles, de l\u2019ordre de la procédure des tours de parole, puisées dans les pratiques de la discussion démocratique, où la parole pour être à la fois libre et égale, doit être encadrée.Dans un groupe important, un seul doit parler à la fois, avec priorité à celui qui n'a pas encore dit mot (droit perdu aussitôt qu'utilisé).Chacun peut prendre la parole et aller Le café philosophique Printemps 1998 BULLETIN DE LA SPQ 17 jusqu\u2019au bout (droit d'expression), mais il doit la demander, ne l'exercer que quand elle lui est donnée, et en user quand il l'a, modérément en nombre et temps d'intervention (pour que le maximum de gens puissent participer).Personne ne doit couper la parole à quiconque (respect d'autrui), ni exprimer affectivement un accord ou un désaccord (pour éviter les réactions émotionnelles de groupe, préjudiciables à l'égalité des paroles, et à la sérénité d'une réflexion intellectuelle).Ces règles sont parfois critiquées, car la rigueur formelle d'une telle procédure peut figer les échanges: l'inscription du tour de parole diffère mon discours, qui répond de façon décalée dans le temps à une intervention précédente.La spontanéité de celui qui parle, l'interaction verbale nominative, la cohésion entre la succession des interventions et la progression apparente des échanges peuvent en souffrir, de même que l'écoute des autres quand on est focalisé sur ce que l'on va dire.Mais la pensée est alors plus construite, l'affectivité mieux maîtrisée, l'intervention plus longue.Alors que la spontanéité est plus brève, émotionnelle, non mûrie, et la relation duale prolongée peu supportable pour un groupe qui peut réagir et s'agiter.On peut se demander si la démocratie de la parole est une condition nécessaire pour un débat philosophique.La vérité n'est pas affaire de quantité de parole partagée, mais de qualité de la pensée: un seul peut avoir raison contre tous, qui n\u2019aura droit qu'à trois minutes.Un philosophe dans la salle, fort de sa réflexion et de ses connaissances, n'aura-t-il pas légitimement plus de choses à dire, et plus profondes, et donc droit à plus de temps pour se faire écouter?Mais autant alors assister à une conférence d'un professionnel de la philosophie.Ce qui est intéressant, dans la formule philosophique du débat, c'est moins l'autorité d'un expert (que vaut l'argument d'autorité en philosophie?), que la possibilité pour chacun de proposer aux autres une pensée soumise à leur critique, et l\u2019écoute d'une altérité plurielle qui surprend et bouscule.C'est la réflexion personnelle dans l\u2019écoute, l'expression, la confrontation.D'où des règles pour assurer un travail conceptuel par ce moyen spécifique qu'est l\u2019interaction verbale, et le modèle discussionel démocratique et heuristique.2)\tMais l'ordre du procédural explicite, s'il est un facteur favorisant, et peut-être nécessaire, de la philosophicité d'un débat collectif, n'est jamais suffisant.Il faut la présence de processus plus diffus, de l'ordre de la psychologie individuelle, de la dynamique socio-affective du groupe, et de l'éthique communicationnelle partagée.Les procédures régulent en partie, par le contenu des règles énoncées (ex: ne pas manifester ses réactions lorsque quelqu\u2019un parle), l'affectivité prégnante et sont finalisées, en termes de droits et de devoirs, par des valeurs concernant le fonctionnement démocratique des groupes (ex: s'exprimer sans en abuser) et le respect, au-delà des individus, des personnes (ex: ne pas couper quelqu'un, ou se moquer).Mais elles ne garantissent jamais automatiquement leurs effets sans l\u2019adhésion du groupe et de chacun.Engagement, écoute, Printemps 1998 confiance, respect, tolérance, sont des attitudes finalisées par des valeurs, sans lesquelles le débat philosophique est impossible.3)\tMais cette éthique communicationnelle ne concerne pas seulement le respect des personnes.Il faut se soumettre à l'exercice de la raison, au «meilleur argument» (Habermas), à la recherche de la vérité.Car on peut, au niveau des processus, discuter en confiance dans un groupe et dans le respect des personnes (par exemple en thérapie), sans qu'il y ait de travail conceptuel.Pour que le débat soit philosophique, il faut une exigence intellectuelle: savoir de quoi on parle, et si ce qu'on dit est vrai.C'est-à-dire mettre en œuvre, sur des notions et des problèmes fondamentaux, et en habitant son discours, des processus de conceptualisation, de problématisation, d'argumentation4.Le sens est en ce sens une communauté de recherche, où l'on ose proposer mais sans jamais imposer, où l'on a besoin des autres pour altérer sa propre pensée.4)\tAssurer dans un débat collectif des procédures démocratiques de prise de parole, et des processus pycho-sociologiques de confiance mutuelle; garantir dans un débat philosophique une éthique communicationnelle tant des personnes que des idées, tel est le rôle de l'animation dan un café philosophique.Nous disons de «l'animation», et non de l'animateur, car l\u2019animation peut être collective.Nous distinguons fondamentalement deux fonctions: -\tde répartition de la parole, assumant la démocratie procédurale et la régulation socio-affective.Il s'agit notamment d'articuler le respect formel de l'ordre d'inscription avec la souplesse d'interactions plus spontanées.-\tde reformulation des idées (fonction qui peut elle-même se dédoubler entre reformulateur à court terme et synthétiseur à mi-parcours et fin de séance, avec trace écrite a posteriori).C'est elle qui construit le sens à la fois collectif et philosophique du débat, en recentrant les interventions par rapport au sujet traité, et en veillant, par la mise en relation des interventions entre elles, à la progression de la réflexion commune.Elle est plus spécifiquement philosophique, par la compréhension des enjeux, la mise en évidence de problématiques évolutives, de l'émergence de concepts et de définitions, de l'ébauche de thèses et du développement d'argumentations.Double compétence, donc, souvent réunie en une même personne.Mais on peut être professeur de philosophie et incapable de gérer un grand groupe, et psychosociologue habile, mais étranger à l'exigence d\u2019un travail conceptuel.Cela n'écarte personne a priori, mais donne la mesure de la responsabilité à s\u2019autoriser à une telle animation hors, et c'est son caractère instituant, de tout contrôle par une institution ou des experts5.18 BULLETIN DE LA SPQ Le café philosophique Conclusion Notes: Il est trop tôt pour déterminer la valeur, la portée et les limites de l'émergence et du développement des cafés philosophiques des années quatre-vingt-dix.Les philosophes sont très divisés sur le diagnostic.Beaucoup de non-philosophes, qui les fréquentent ou les animent, ont aussi leur point de vue sur la l:Le site de Marc Sautetest encore ouvert: http:// www.socrate.com/ [NDLR] question.Que des experts se saisissent du problème à savoir ce qui est philosophique ou pas interroge: déspécialisation de la 2: Sur ces points, voir Tozzi, M., «Contribution à une philosophie ou/et édulcoration?didactique de l'oral philosophique» et «Une pratique sociale nouvelle de référence: le café philosophique», in TOZZI, M., MOLIÈRE, G., L'oral argumentatif en philosophie et en Le café philosophique est un heu que doit interroger la philosophie, puisqu'il s'y réfère implicitement: mode éphémère, démagogie méritocratique?Ou pratique innovante de la français, C.R.D.P.de Montpellier, 1998.philosophie, où l\u2019on parle autrement que scolairement, où l'on aborde les problèmes existentiels autrement que 3: Cf.les articles parus dans la revue des cafés philosophiques psychothérapiquement (?)?Philos, dans le journal Le vilain petit canard, et dans le N°10, oct.1997, de l'A.R.D.A.R (Association pour la Recherche en C'est aussi un lieu d'où l'on peut interroger la philosophie: quel est, quel peut être son rapport à l'oral, à la parole vive, à la Didactique de 1 Apprentissage du Philosopher), parole collective, à un groupe de discussion, où le concept tente de se soutenir de 1 interaction verbale?Que peut être une 4; Cf.nos travaux sur la didactique de l'apprentissage du pratique «désumversitarisée» de la philosophie, animée, mais Dhilosonher depuis dix ans.Par exemole: sans maître ni disciple, sans autorité expücitement experte et mandatée; ponctuellement instituée, mais sans institution formative, et néanmoins instituante d\u2019un intellectuel collectif auto-formateur?-«Contribution\tà\tl'élaboration\td'une\tdidactique\tde l'apprentissage\tde\tphilosopher».\tRevue\tFrançaise\tde Pédagogie, N° 103, avril-mai-juin 1993,1.N.R.P.-«De la philosophie à son enseignement: le sens d'une didactisation».in Savoirs scolaires et didactiques des disciplines (coord.Develay, M.), ESF, 1995.C'est enfin un heu où la réflexion philosophique peut interpeller les sujets volontaires qui se soumettent à l'exercice de la raison et de la critique, et à travers eux, interpeller la cité, comme une parole vraie, garantissant la qualité rationnelle des débats, dont le discours démocratique, qui s'alimente de l'argumentation, a bien besoin pour se recrédibihser.5: L'association Philos (qui pubhe une revue du même nom), réseau informel des cafés philosophiques, fait état du besoin exprimé par certains animateurs d'une formation, notamment philosophique, à cette fonction.?JrJüBJÿsjèï J il pfJÜ] ùSDphJB Le Colloque inter-disciplinaire \"Enseigner la philosophie\", qui a du être reporté en raison des conséquences de la tempête de verglas se tiendra au Collège-Bois-de Boulogne vendredi le 23 octobre et samedi le 24 octobre 1998.Pour tout supplément d'information vous pouvez communiquer avec: Jean Laberge, Département de philosophie, Collège du Vieux-Montréal, 255 Ontario est, Montréal, (Qc) H2X 1X6.Adresse électronique: laberge.jean@uqam.ca Le calé philosophique\tPrintemps 1998\tBULLETIN DE LA SPQ 19 PHILOSOPHIE SOCIÉTÉ DE PHILOSOPHIE DU QUÉBEC Case postale 1370 Place Bonaventure Montréal (QC) Canada H5A 1H2 Tél.et téléc.: (514) 987-3000, #6712 internet : spq@er.uqam.ca FORMULAIRE D'ADHÉSION, DE\tAdhésion ou renouvellement ?RENOUVELLEMENT D\u2019ABONNEMENT ET\tChangement d\u2019adresse ?DE CHANGEMENT D\u2019ADRESSE Cette adhésion vous donne droit au Bulletin de la SPQ et à la revue Philosophiques (toutes taxes et frais inclus).Veuillez compléter LISIBLEMENT.En cas de changement, indiquez seulement vos nouvelles coordonnées.NOM\t\tPRÉNOM\t ADRESSE POSTALE\t\t\tCODE POSTAL VILLE, PROVINCE\t\tPAYS\t INSTITUTION\t\tFONCTION\t TÉLÉPHONE À LA RÉSIDENCE\tTÉLÉPHONE AU TRAVAIL\t\t TÉLÉCOPIEUR\tADRESSE ÉLECTRONIQUE\t\t \u2022 STATUT (veuillez cocher la catégorie de membre et la tarification) ?MEMBRE ORDINAIRE\t?MEMBRE ASSOCIÉ Personne détenant un diplôme ou poursuivant des études en philosophie.\tPersonne intéressée aux buts de la Société.Tarif régulier :\t1 an [] 50S\t2 ans ?90$\t3 ans Q 120$ Tarif étudiant :\t1 an ?30$\t2 ans Q 55$\t3 ans ?75$ PI MEMBRE INSTITUTIONNEL : centre de recherche, groupe, société, etc.Tarif institutionnel :\t1 an Q 80S\t2 ans ?145$\t3 ans ?195$ Vous recevrez un reçu d\u2019impôt pour le total de votre paiement pour l\u2019année fiscale où le paiement a été fait.\u2022 MODE DE PAIEMENT (veuillez compléter et inclure votre paiement s\u2019il y a lieu) Chèque ou mandat Q\tArgent comptant Q Carte de crédit Visa I 1 Veuillez indiquer le numéro de la carte, la date d\u2019expiration, la date de transaction et signer.Numéro de carte de crédit:Date d\u2019expiration: Signature :\tDate de la transaction: Paiement annuel pré-autorisé par carte Visa ?Le paiement sera fait entre le 10 et le 20 décembre de chaque année.Veuillez adresser ce formulaire a/s du trésorier à l'adresse qui figure ci-dessus.Tarifs valables jusqu\u2019au premier juillet 1998."]
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