Bulletin de la Société de philosophie du Québec, 1 janvier 1998, Automne
[" - : Page 3 Page 5 JSpf?»' t \\ c.- ' \\v, j iPl r*S£9r ulletin de la Société de philosophie du Quebec >\u2022254 lume 24, numéro 4 \u2014 automne 1998 \u2014 SOMMAIRE Programme du colloque de la S.P.CL: «Enseigner la phi losophie» Page 11 Pour une nouvelle philosophie française: Michel Onfray Page 14 Formulaire d\u2019adhesion Page 20 PHILOSOPHIE Éditorial Le babillard philosophique Page 4 Vient de paraître Publications récentes 6 La prise de décision: délimitation d\u2019une image universelle Page 7 m\tH\t\t II\t\t\t § '\t\t\tCONSEIL D\u2019ADMINISTRATION fill\t\t\tDE LA SOCIÉTÉ DE \t\t\tPHILOSOPHIE DU QUÉBEC Politique de publication du Bulletin de la SPQ Nourredine Mouelhi président Paul Dumouchel vice-président Alain Voizard secrétaire Claude St-Jean trésorier François Lepage resp.des communications Isabelle Rivard resp.du recrutement Daniel Laurier dir.Philosophiques Martin Godon Pit.Bulletin Jean Laberge resp.du Ceph Fabienne Pironet resp.affaires universitaires Richard Riopel resp.affaires collégiales François Dupuis resp.affaires étudiantes Jean-Marc Narbonne membre associé COMITE DE REDACTION DU BULLETIN BUTS GENERAUX En conformité avec l\u2019esprit et les visées de la SPQ, le Bulletin se veut un instrument de liaison, de débat, d\u2019information et de promotion.LANGUE DE PUBLICATION Toute contribution en langue étrangère doit être préalablement traduite dans la langue de publication du Bulletin, soit le français.ÉCHÉANCES En ce qui a trait à la promotion d\u2019événements ponctuels, les dates de tombée sont les suivantes : -\tCongrès et événements à caractère national (les congrès de l\u2019ACFAS, de l\u2019ACP et de la SPQ par exemple) : 2 mois avant la date de publication du Bulletin.-\tAutre promotion : 1 mois avant la date de publication du Bulletin.Les dates de publication des numéros réguliers du Bulletin sont les suivantes :mi-février, mi-avril et fin octobre de chaque année.RUBRIQUES DU BULLETIN Tout écrit devrait pouvoir s\u2019insérer sous l\u2019une des rubriques suivantes : La rubrique Nouvelles qui contient trois sections : les comptes-rendus d\u2019événements (colloques, lancements, manifestations, conférences, etc.); les nouvelles de la communauté (répertoire, prix honorifique, nomination, décès, etc.); le rapport annuel du président.La Tribune libre publie les lettres qui proviennent des lecteurs.La rubrique Débats contient quatre sections : l\u2019éditorial, les articles polémiques, les interventions et le droit de réplique.Nous publions également les Contributions pédagogiques, des Dossiers thématiques, les Essais et pensées ainsi que de la Promotion.Isabelle Rivard directrice i rivardiêere.umontreal.ca Sebastien Charles André Lacroix Richard Linteau rédaction CORRECTION ET MISE EN PAGE Thibaud Salle thibaud_salle@lcmm.qc.ca LE BULLETIN DE LA SOCIETE DE PHILOSOPHIE DU QUEBEC Case postale 1370 Place Bonaventure Montréal, Québec H5A 1H2\t514 987 3000,6712# spq@er.uqam.ca Adresse URL: http://www.philo.uqam.ca/spq/infospq.html ISSN 0701-1385 IMPRESSION Cégep du Vieux-Montréal EXPÉDITION Services de réadaptation l\u2019intégral Si vous désirez collaborer, veuillez nous communiquer vos nom, adresse et numéro de téléphone.Prenez soin d\u2019indiquer sur l\u2019enveloppe que le contenu s\u2019adresse au Bulletin.Notre adresse est : Éditorial Prolégomènes impromptus Isabelle Rivard, Directrice du Bulletin de la SPQ Il serait facile d'invoquer Héraclite et la thèse du mouvement perpétuel des êtres comme patrons de ce numéro automnal du Bulletin de la Société de Philosophie du Québec.Mais doit-on placer sous le signe du changement l'annonce du départ de Martin Godon (professeur au Cégep du Vieux-Montréal), qui assurait depuis plusieurs années la direction de cette publication?En effet, si celui qui, dès 1993, fut directeur du Bulletin à la suite de Luc Thériault (Cégep de Maisonneuve) après en avoir été le directeur-adjoint, si celui-ci, dis-je, a transmis le relais à quelqu'autre bonne volonté, c'est parmi les membres de son comité de rédaction que fut recrutée la nouvelle directrice.En tant que responsable de la chronique sur la recherche en philosophie depuis 1995 et rédactrice de différents autres articles ou comptes-rendus des événements de ces dernières années, en tant qu'assumant certaines responsabilités de la direction comme adjointe, j'ai occupé une position privilégiée pour observer et participer, ces années durant, à l'évolution du Bulletin, à ses projets, à ses ambitions.C'est pourquoi la succession à la direction sera davantage marquée par la continuité que par des révolutions.C'est sous la direction de Martin Godon que le Bulletin adopta sa mise en page actuelle, engagea Thibaud Sallé comme correcteur linguistique, enrichit son comité de rédaction des collaborations de Claude St.-Jean (désormais trésorier à la SPQ), d'André Lacroix (responsable du Babillard), de moi-même, et dernièrement de Sébastien Charles de l'Université d'Ottawa.C\u2019est également pendant son mandat qu'une collaboration plus étroite avec la Coordination provinciale fut amorcée, notamment à l'occasion des rencontres des printemps 1996 et 1997, où nous avions entendu les communications de Philippe Meirieu, de Michel Tozzi et, dans un registre plus politique que pédagogique ou didactique, celle de Louise Chené de la Commission d\u2019évaluation des programmes.Nous espérons que ce rapprochement avec les collèges et la Coordination provinciale connaisse une continuation.En écho fructueux de ces événements, d\u2019ailleurs, nous voudrions souligner la naissance de la Revue Internationale de Didactique, fondée par Michel Tozzi (Maître de Conférences à l'Université Paul Valéry, Montpellier ni) (*) et dont le premier numéro devrait paraître en novembre prochain.Nous prévoyons de fréquents contacts entre cette revue et le Bulletin.La chronique sur la recherche en philosophie fera figure d'exception à nos ambitions de continuité.En effet, tout d'abord le poste de direction comporte suffisamment de responsabilités pour que l'on souhaite confier les chroniques du Bulletin à d'autres collaborateurs ; mais encore, et surtout, la parution de l'ouvrage tant attendu La pensée philosophique d'expression française au Canada, sous la direction de Raymond Klibansky et de Josiane Boulad-Ayoub, dispense, à toutes fins pratiques, de trouver un successeur à cette chronique dont les buts se trouvent désormais atteints bien au-delà de leurs ambitions.L'esprit curieux de l'histoire et de l'actualité des études philosophiques d'ici se trouvera satisfait, et ce pour plusieurs années sans doute, par la lecture ou par la simple consultation ponctuelle de cet ouvrage dont l'exhaustivité est remarquable.* * * Notre volume 24 #4 vous offre le Babillard de notre fidèle collaborateur André Lacroix, une liste de publications récentes par André Duhamel, quelques annonces plus détaillées de nouveaux ouvrages, de rééditions, d'événements à venir ; nous vous invitons d'ailleurs à participer en grand nombre au colloque des 23 et 24 octobre prochains sur les problématiques de l'enseignement de la philosophie, dont nous publions le programme en nos pages ; vous pourrez également lire dans ce numéro les réflexions du Major Guy Van Damme du Collège Royal Militaire de Bruxelles sur les théories de la prise de décision ; enfin, Sébastien Charles poursuit sa chronique \"Pour une nouvelle philosophie française\" en nous présentant le pensée hédoniste de l'un des \"enfants terribles\" de la pensée contemporaine, Michel Onffay.C'est en remerciant finalement Martin Godon pour l'élan qu'il a su insuffler au Bulletin ces dernières années que je prends la relève en cet automne 1998.Je vous invite à continuer de nous lire, de nous informer des activités philosophiques de vos milieux respectifs, de vos publications, de nous faire part de vos suggestions, de vos projets (qu'ils concernent l\u2019organisation de colloques, de conférences, de tables rondes, d'ouvrages collectifs, etc.), et aussi, bien sûr, et nous faire parvenir vos contributions.* * * * Informations : -Pour des questions rédactionnelles et pédagogiques : Michel Tozzi, 2 rue de Navarre, 11100 Narbonne, FRANCE.Tél./ FAX : 04 68 65 34 36 -Pour des questions administratives, pour les abonnements : Oscar Brenifier, Éd.Alcofribas Nasier, 2 Passage Flourens, 75017 Pans, FRANCE.Tél.: 0147311812. Le babillard philosophique André Lacroix Université de Sherbrooke Après un été passé à se prélasser sur les plages québécoises (!) et canadiennes \u2014 faiblesse du huard oblige - on remet cela de nouveau.La rentrée derrière nous, ou presque, on peut désormais songer à garnir l\u2019agenda d'automne et penser aux activités parascolaires.Et encore une fois, le tout s'annonce être fort intéressant.Ceci dit, comme nous souhaitons produire le Bulletin plus tôt dans la saison à l\u2019avenir, et vous le faire parvenir plus tôt également, j\u2019apprécierais que vous me fassiez parvenir le plus tôt possible vos informations susceptibles de paraître dans le Bulletin.Et de grâce, ne sous-estimez pas l\u2019importance de vos informations, ni leur pertinence.Même si tout le monde est sensé être relié à Internet pour y puiser l\u2019information disponible sur les différents sites webs, dites-vous qu\u2019il existe encore de nombreux pauvres (étudiants, chargés de cours, profs précaires, jeunes profs en voie d\u2019être promu permanent.) qui ne sont pas branchés ou qui n\u2019ont pas le réflexe d\u2019y puiser l\u2019information.Et ils s\u2019en remettent, entre autres, à l\u2019information paraissant dans le Bulletin.A ce titre, ils comptent sur votre collaboration pour les informer de vos publications, conférences, séminaires et des différentes activités philosophiques.Bref, encore une fois, manifestez-vous en acheminant l\u2019information par courrier électronique à [alacroix@cvm.qc.ca] ou, par téléphone, au 819 842 8000 poste 2660.Sur ce, bonne rentrée philosophique.Les congrès et colloques La Société de Philosophie du Québec organise un colloque les 23 et 24 octobre prochain au Collège Bois-de-Boulogne.Le thème du colloque est «Enseigner la philosophie».Vous pouvez prendre connaissance du programme complet un peu plus loin dans nos pages.C\u2019est évidemment un rendez-vous incontournable pour l\u2019automne.La Société de Philosophie de Québec (à ne pas confondre avec la S.P.Q.) dirigée par Gilbert Boss organisera des tables rondes réunissant deux ou trois conférenciers autour d'un même sujet dans un café de la ville de Québec au cours de l\u2019automne.Au moment d\u2019aller sous presse, on ne pouvait toutefois encore nous préciser les dates, ni le nom des invités.Pour avoir plus d\u2019informations, vous pouvez communiquer avec M.Boss à la Faculté de philosophie de l\u2019Université Laval au (418) 656-2244.* * * Tout comme sa consœur de Québec, la Société de Philosophie de Montréal organise elle aussi une série de conférences au cours de l'année.Pour en connaître davantage quant aux dates et sujets des conférences, surveillez les babillards de vos départements ou communiquez avec M.Alain Voizard au Département de philosophie de l\u2019Université du Québec à Montréal, au (514) 987-3000, poste 4161.Les sujets et dates des conférences restaient encore à déterminer au moment d\u2019aller sous presse.* * * Appel de communications et d\u2019articles Comme chaque année, dès octobre, il nous faut déjà songer à préparer les colloques de la Société de Philosophie du Québec et de l\u2019Association Canadienne de Philosophie qui se tiendront le printemps prochain.Surveillez les babillards de vos départements respectifs et préparez-vous à produire vos résumés de conférence pour la fin décembre et le début janvier.Les responsables de la revue Horizons philosophiques lancent un appel à tous afin que vous leur soumettiez des textes portant entre autres sur les paramètres du discours, de même que les liens existant entre la philosophie et l\u2019acte de parole intime.Pour en savoir davantage, je vous renvoie à l\u2019encart paraissant dans le présent Bulletin.Vous pouvez aussi allez jeter un coup d\u2019œil sur le web: [http://www.cam.org/~gagnonc/horizons_ philosophiques.htm].0 : 1 ¦ Vient de paraître: LA PENSÉE PHILOSOPHIQUE DEXPRESSION FRANÇAISE AU CANADA.LE RAYONNEMENT DU QUÉBEC, dir.R.KLIBANSKY et J.BOULAD-AYOUB.Québec, Presses de l'Université Laval, 1998.686 p.(Zêtêsis) Depuis le début des années 1960, le pensée philosophique d'expression française au Canada a connu un développement à ce point soudain et accéléré qu'il a peu de parallèles ailleurs dans le monde.Vingt philosophes de renom brossent, chacun dans son domaine, un tableau dynamique de la recherche telle qu'elle s'est pratiquée de manière originale au confluent des grandes traditions philosophiques.Ils exposent et analysent de façon vivante et précise les problématiques spécifiques pour éclairer ainsi l'ensemble impressionnant des chantiers en cours.L'introduction de Raymond Klibansky fait l'historique de ce développement tout en dégageant ses tendances générales et en le situant par rapport à l'Europe et à l'Amérique.Un index des auteurs cités, classiques et canadiens, compilé par Josiane Boulad-Ayoub, complète cette entreprise d'envergure.Les directeurs de publication : Raymond Klibansky, figure imposante de la philosophie contemporaine, est professeur émérite de philosophie à l'Université McGill et à l'Université de Heidelberg ainsi que Honorary Fellow aux Collèges Oriel et Wolfson d\u2019Oxford.Président honoraire de l'Institut international de philosophie (Paris) et membre de l'Académie nationale d'Italie et de celle de plusieurs autres pays, il est l'auteur de nombreux travaux, notamment le Corpus Platonicum, les éditions critiques de Proclus, d'Eckhart, de Nicolas de Cues, de Locke et de Hume ainsi que le directeur de trois ouvrages collectifs sur l'état de la philosophie à différentes périodes du XXe siècle.Ses œuvres les plus connues du public sont Saturne et la Mélancolie (1989), traduite en plusieurs langues, et Le philosophe et la mémoire du siècle (1998).Josiane Boulad-Ayoub est professeur titulaire de philosophie à l'Université du Québec à Montréal et membre de l'Académie des lettres et des sciences humaines de la Société Royale du Canada.Ancienne présidente de l'Association Canadienne de Philosophie et de la Société de Philosophie du Québec, elle a été la rédactrice de la revue Philosophiques et dirige actuellement la collection bilingue Philosophica aux Presses de l'Université d'Ottawa.Ses recherches s'ordonnent autour d\u2019un centre de gravité constitué par la réflexion sur l'efficacité politique et idéologique de l'activité symbolique et culturelle.Ses travaux s'adossent à l'étude de la philosophie des Lumières et, en particulier, au matérialisme français dans ses prolongements révolutionnaires.Les collaborateurs : J.Boulad-Ayoub, D.Dumouchel, D.Fisette, S.Foisy, J.Grondin, R.Klibansky, G.Lafrance, G.Leroux, D.Letocha, M.Marion, S.Marquardt, B.Melkevik, R.Nadeau, C.Panaccio, C.Savary, M.Seymour, L.K.Sosoe, J.-C.Simard, D.Vanderveken, A.Voizard Réédition Gilbert Talbot, La découverte de Phil et Sophie.Québec: Le Loup de Gouttière, Ire édit.1993.2e édit.1998.Préface de Matthew Lipman.173 p.La découverte de Phil et Sophie de Gilbert Talbot inaugure une toute nouvelle collection entièrement consacrée à la philosophie pour enfants.Première publication francophone, La découverte de Phil et Sophie a déjà été édité en Espagne.Forte des résultats obtenus dans les écoles américaines, la philosophie pour enfants s'implante actuellement partout dans le monde.Ce courant est en plein essor dans une trentaine de pays, ici comme en Espagne, en Belgique et en France.Adaptation du roman américain Harry Stottlemeier's Discovery de Matthew Lipman, ce roman philosophique s'adresse particulièrement aux élèves du premier cours de philosophie du Cégep.Il introduit à l'argumentation philosophique à travers le questionnement de jeunes adultes sur des problèmes qui les concernent, comme l'amour et la sexualité, la liberté et le déterminisme, l'origine et la fin du monde, la vie et la mort Le roman introduit aussi aux règles de la logique formelle et informelle: propositions, syllogismes catégoriques et hypothétiques, logique des relations, erreurs d'argumentation, bonnes et mauvaises raisons.L'approche pédagogique est celle de la communauté de recherche, telle qu'élaborée par Lipman en philosophie pour enfants.L'auteur : Gilbert Talbot est professeur de philosophie au CÉGEP de Jonquière.Il détient une maîtrise en philosophie pour enfants de la Montclair State University et termine présentement son doctorat, également en philosophie pour enfants, à la Universidad Iberoamericana de México.Il travaille régulièrement en étroite collaboration avec Matthew Lipman pour le développement de Publications récentes André Duhamel (UQAM) BOISVERT, Yves (dir.), Postmodemité et sciences humaines.Une notion pour comprendre notre temps, Montréal, Liber, 1998- 192 p.COUTURE, Jocelyne, Kai NIELSEN & Michel SEYMOUR (eds.), Rethinking Nationalism, Calgary, University of Calgary Press, 1998.DOUCET, Hubert, Les promesses du crépuscule.Débats et réflexions sur l'euthanasie, Montréal-Genève, Fides-Labor etFides, 1998.DUCHESNEAU, François, Les modèles du vivant de Descartes à Leibniz, Paris, Vrin, 1998 - 402 p.(Mathesis).DUMOUCHEL, Paul et Bjame MELKEVIK (dir.), Tolérance, pluralisme et histoire, Montréal, Harmattan, 1998 - 224 p.(Èthikè).GUINDON, André, L'habillé et le nu.Pour une éthique du vêtir et du dénuder, Ottawa, Presses de l'Université d'Ottawa, 1997- 310 p.KLIBANSKY, Raymond, Le philosophe et la mémoire du siècle.Entretiens avec Georges Leroux, Paris, Les Belles Lettres, 1998 - 310 p.KLIBANSKY, Raymond et Ayoub, Josiane, dir.La pensée philosophique d'expression française au Canada.Le rayonnement du Québec.Ste-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1998.486 p.(Zêtêsis) LABERGE, Pierre, Guy LAFRANCE & Denis DUMAS (dir.), L'année 1795.Kant.Essai sur la paix, Paris, Vrin, 1997 -406 p.LEGAULT, G.(dir.), Enjeux de l\u2019éthique professionnelle.t.II: l'expérience québécoise.Ste-Foy, Les Presses de l'Université du Québec, 1997.MARION, Mathieu & Alain VOIZARD (dir.), Frege.La logique et la philosophie, Paris, L'Harmattan, 1998 -312 p.MELKEVIK, Bjame (dir.), Transformation de la culture juridique québécoise, Ste-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1998.MELKEVIK, Bjame, Horizons de la philosophie du droit.Ste-Foy, Les Presses de l'Université Laval, et Paris, L'Harmattan, 1998.MÜLLER, Denis, Les éthiques de responsabilité dans un monde fragile, Montréal, Fides, 1998.OLIVIER, Lawrence, Le savoir vain.Relativisme et désespérance politique, Montréal, Liber, 1998.O'NEILL, Louis, Initiation à l'éthique sociale, Montréal, Fides, 1998.PELLETIER, Jacques, Situation de l'intellectuel critique, Montréal, XYZ Éditeur, 1997 - 202 p.SOSOE, Lukas K.(dir.), La vie des normes et l'esprit des lois, Montréal/Paris, l'Harmattan, 1998 (Ethikè).APPEL DE TEXTES La revue Horizons philosophiques du Collège Édouard-Montpetit souhaite recevoir vos contributions sur le thème \"philosophie et confessions\" qui fera l'objet de son numéro d'automne 1999.Philosophie et confessions Quels sont les paramètres du discours, le liens entre la philosophie et l'acte de parole intime?Quelle analyse pouvons-nous édifier quant à l'authenticité de l'écriture de soi, quant aux écritures du moi?Que ce soit dans les papiers secrets, confidences, correspondances, autobiographies, la communication du \"Je\" est-elle aussi transparente?Qui parle?Qui écrit?Quelles sont les motivations conduisant à un tel dépouillement de l\u2019être?La faute?La culpabilité?À moins qu'il ne s'agisse d'une manifestation de la volonté d'exister?Ou ne faut-il voir là, simplement, que le désir de se dire?Ces mouvements du Je à l'A(a)utre, à travers la multiplicité des formes de l'écrit, ont-ils un sens?Et, essentiellement, quel éclairage conceptuel la philosophie peut-elle apporter à ces questionnements?Veuillez faire parvenir vos textes au secrétariat de la revue avant le 1er mai 1999:\tHorizons Philosophiques Collège Edouard-Montpetit 945 chemin de Chambly Longueuil, J4H 3M6 Pour toute autre information, veuillez communiquer avec Luc Abraham ou Renée Asselin (679-2630 poste 487). La prise de décision : délimitation d'une image universelle -Major Guy Van Damme École Royale Militaire de Bruxelles; Guy.Van.Damme@filo.rma.ac.be Inspiré par le cinquantième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, le Major Guy Van Damme, Docteur et Chef de la Chaire de philosophie de l'École Royale Militaire de Bruxelles, nous a fait parvenir ses réflexions sur le processus de la prise de décision dans son aspect de rationalité instrumentale, en relation avec la question du respect du patrimoine des Droits de l\u2019Homme.I.R.Introduction Dans ses grands moments comme dans les plus triviaux, la vie de tous les jours est inséparable de la nécessité de prendre des décisions.On prend généralement une décision pour résoudre une situation vécue comme problématique.C'est pourquoi il n'est pas étonnant de mesurer l'ampleur de l'attention portée aux processus de décision, tant dans la vie personnelle que dans le cadre du travail, ou encore dans le domaine des sciences, qu\u2019elles se fassent recherche fondamentale ou recherche appliquée.Ainsi, un grand nombre d'ouvrages, et ce dans les champs les plus divers, se consacrent à la question de la prise de décision - entendre : de la \"bonne\" décision.Rien de plus simple à prime abord que la prise de décision.Pourtant, lorsqu'on s'attarde à y réfléchir, on arrive mal à délimiter le concept d'une \"bonne\" décision.Plusieurs auteurs refusent d'ailleurs de le définir.La complexité du thème serait-elle si grande que l'on doive renoncer à y consacrer la pensée?Doit-on affirmer avec Diderik Batens : \"Nous n'avons pas besoin d'une connaissance théorique solide si nous avons une solide connaissance pratique\" (1)?Les sciences, et le plus souvent les sciences dites \"exactes\", donnent l'impression que cette connaissance pratique est satisfaisante.Pourtant, ne remarquons-nous pas que, pour les \"grands problèmes\" (parmi lesquels nous comprenons les plupart des problèmes humains ne se soumettant pas ou si peu à une logique de l'exactitude), peu de \"bonnes\" décisions sont prises?Malgré l'abondante littérature, malgré les avancées scientifiques, beaucoup d'entre nous sont incapables d'opter, individuellement, pour une décision adéquate.Force est alors de convenir que ni la pratique seule, ni la théorie seule, ne peuvent se trouver entièrement déterminante d'une décision.Par exemple, la surspécialisation inhérente aux sciences contemporaines réduit le champ d'application des théories qui en résultent.D'où l'inévitable rupture entre le raisonnement abstrait et le bon sens.Par bon sens nous entendons une sagesse pratique issue de l\u2019expérience de la vie tant individuelle que collective.Si le bon sens n\u2019était ou n'avait jamais été mis en doute, il est clair que nous vivrions encore dans un univers géocentriste ptoléméen.D'ailleurs, les progrès de la science depuis Galilée ne semblent-ils pas s'être accomplis à contre-pied du sens commun?Bertrand Rolling explique ainsi la coupure épistémologique entre science et bon sens : -\tles notions de base de la science lèvent leur bouclier contre ce qui est commun ; -\tles notions scientifiques sont généralement incompréhensibles au non-initié ; -\ten outre, les détails des théories scientifiques ne sont souvent pas significatives pour le bon sens ; -\tenfin, les règles de l'attitude scientifique diffèrent de celles régissant le comportement familier de la vie quotidienne.(2) Ce phénomène survient également dans le domaine de la prise de décision.Cette discipline est la plupart du temps abordée d'une perspective soi-disant \"rationnelle\" : on la désigne d'ailleurs par \"méthode de la prise de décision rationnelle exempte de valeur\" et elle repose principalement sur des méthode quantitatives et autres habiletés mathématiques.Bien que peu croient encore sans réserve à la neutralité des choix, cette méthode proposée par les sciences exactes demeure encore la norme dans le domaine de la théorie décisionnelle.Les modèles analytiques, comme le management par le biais de l'analyse des objectifs et des coûts, sont des applications directes de cette norme.Pourtant, n'est-il pas intellectuellement absurde de continuer de croire que les \"décideurs\" prennent leurs décisions sans tenir compte de valeurs sociales ou de leurs préférences personnelles?Néanmoins, les sessions d'entraînement pour futurs \"managers\" demandent aux candidats la plus stricte \"rationalité\".Nous sommes d'avis, au contraire, que la prise de décision devrait émaner d'une unité entre le raisonnement abstrait et le bon sens.En ce qui concerne les sciences, il ne devrait plus subsister de règles absolument abstraites ne tenant pas compte du réel.Selon Karl Popper, toute réflexion réaliste doit tirer son origine du sens commun en tant \"qu'instincts ou opinions de nombreux hommes, souvent adéquats et vrais et souvent aussi inadéquats et faux\".Nous pensons aussi que serait nécessaire une vision interdisciplinaire globale.Bien sûr, l'évolution de la science vers la spécialisation est un fait accompli parfaitement justifiable, mais cette spécialisation n\u2019invalide pas toute pensée qui se voudrait plus globale, plus universelle : \"L'analyse regarde en général le monde avec une perspective de grenouille, alors que la synthèse le regarde avec une perspective d'oiseau.Mais je suis conscient qu'un oiseau dans le ciel est davantage vulnérable que la grenouille dans sa mare.Alors que cette dernière peut, à la moindre menace, retourner dans l'eau et se cacher entre les algues à la recherche de détails, l'oiseau n'a quant à lui nulle part où se réfugier.Aussi grande que puisse être la valeur de l'analyse, pourtant, elle peut réduire la plus belle des robes à un tas de poils pour lequel n'existe aucun patron.\" (3) L\u2019image universelle La visée de cette réflexion est de construire une image universelle.Nous entendons par image universelle \".un système de coordonnées ou un cadre référentiel dans lequel il faut une place pour tout ce qui est donné comme expérience variée du monde et de nous-mêmes ; c'est un système de représentation symbolique qui doit nous permettre d'intégrer tout ce que nous savons du monde et de nous-mêmes dans une vision totale qui éclaire la réalité telle qu'elle apparaît dans une culture déterminée\u201d (4).Par construire nous entendons : \"une tentative (de construire) d'une manière justifie une image universelle tenant compte autant que possible de tout ce qui nous est donné par notre expérience\" (5).Nous utilisons le langage par lequel, selon Léo Apostel et le groupe Worldview, une image universelle s'exprime au travers de métaphores et de modèles (6).Dans cette image universelle, on utilise la métaphore d\u2019Ulysse et des Sirènes.Le cas dont il est question ici est celui de la rectitude éthique à adopter en réponse à la menace provenant de la manière rationnelle instrumentale de décider.Résumons le récit d'Ulysse : Ulysse et son équipage furent obligés, pendant leur voyage de retour, de naviguer en des eaux où les Sirènes séduisaient les marins par leur chant jusqu'à ce que leur navire se jette sur les écueils et que personne n'en sorte vivant.Ulysse savait qu'aucun mortel ne pouvait résister aux charmes des Sirènes.Aussi, il boucha les oreilles des membres d'équipage avec de la cire et se fit solidement attacher au mât.Ulysse : Ici, Ulysse n'est autre que tout un chacun.Les Sirènes : Les Sirènes désignent ici la menace née du mode de vie occidental dominant, menace issue de la manière dont la grande majorité d'entre nous décide, comme individu ou comme membre d'une collectivité.Sous la pression d'un certain développement social, nous sommes en effet contraints de prendre, de plus en plus et souvent sans en être conscients - car cela nous semble à présent si \"naturel\"! -, des décisions dites \"rationnelles instrumentales\".La rationalité de notre décision dépend exclusivement de la mesure avec laquelle nous réussissons à utiliser les moyens de mise en œuvre efficace en vue de notre objectif.D'ailleurs, l'histoire de l'institutionnalisation de la méthode de la prise de décision débute avec la course à l'armement.C'est précisément pendant la course à l'armement qu'apparut la théorie de la décision en tant que science.La théorie de la prise de décision repose sur bon nombre de prémisses insuffisamment nuancées.Les approches dominantes de la mathématique formelle présupposent beaucoup quant à la nature du \"décideur\" : elle en ont une image déterministe et peu nuancée.Le \"décideur\" peut être dépeint comme un Robinson Crusoë fonctionnant parfaitement, se connaissant absolument lui-même, et qui prend ses décisions sur une île isolée de tout contexte spatio-temporel - sur laquelle même Vendredi n'existe pas.Son esprit omniscient lui permet de tenir compte de toutes les conséquences possibles de toute action possible, lui assure la détermination infaillible de toutes les probabilités, la rectitude de tout raisonnement, bref, la prise de décision efficace sans obligation de respecter des décisions ultérieures ou provenant d'autres acteurs.On pourrait utiliser, à l'instar d\u2019Amartya Sen, non pas la métaphore de Robinson Crusoë mais celle du \"fou rationnel\" (7).Bien que les points de départ erronés concernant la nature du décideur soient, il est vrai, reconnus comme faux par la théorie de la décision, les théories mathématiques dominantes exercent une influence croissante sur la réalité : et ainsi, on fait subir au réel une torsion afin de le faire correspondre à une théorie dont les prémisses sont pourtant reconnues comme fausses! Bien concrètement, cela se produit quand on apprend aux jeunes générations ces théories de la décision, sans nuance, sans insister sur le fait qu'il s'agit de simples techniques d'aides à la décision, et non pas la prise de décision elle-même.Dans la vie quotidienne, cette influence grandissante transparaît dans la manière de juger les personnes en fonction des points de départ de la théorie.Cette pratique n'est pas sans rappeler la méthode appliquée par certains scientifiques alors que l'image géocentrique ptoléméenne était encore la règle stricte en matière d'astronomie, bien qu'avait déjà été avancée la thèse de l'héliocentrisme.Pour échapper au dilemme, ils proposèrent l'héliocentrisme comme hypothèse de travail fausse, tout en l'utilisant pour simplifier leurs calculs.Lorsque nous comparons cette méthode avec celle de la théorie formelle de la décision, nous constatons une certaine analogie, mais dans le sens inverse.Les théoriciens de la décision et ceux qui en font un usage instrumental reconnaissent généralement qu'elle n'est pas descriptive du réel.C'est pourquoi ils la présentent comme simple hypothèse de travail autorisant de simples calculs.Toutefois, et c'est la différence, en ce cas la réalité est abordée par le biais d'une théorie clairement erronée avec laquelle on essaie pourtant de transformer la réalité.Ce phénomène doit être vu dans un contexte plus large dans lequel, suite à bon nombre d'évolutions sociales, scientifiques et technologiques, nous devons vivre dans un monde désormais scientifiquement complexe, surinformatisé et de plus en plus technologique, sans pour autant que les capacités physiques et intellectuelles de l\u2019individu se trouvent modifiées.Les capacités intellectuelles de l'Homme lui permettent, il est vrai, de comprendre un problème relativement compliqué, mais ne lui permettent pas de prendre une décision face à un problème compliqué par rapport à nos normes, tout en tenant compte d'un grand nombre de principes et d'idées complexes.Paradoxalement, c'est d\u2019une méthode de plus en plus simple dont on ressent le besoin devant la complexification du monde.Ce que l'on a nommé la \"prise de décision rationnelle instrumentale\" vient à la rencontre de ce besoin.La démystification de la nature (conséquence de la science et de la technique) ne fut pas sans mettre sérieusement en péril la crédibilité des systèmes philosophiques traditionnels.La science tenta un moment de prendre le relais de ces systèmes quant à l'explication du monde qu'ils prodiguaient, mais aujourd'hui elle a perdu son auréole injustifiée de signification.Parallèlement, nous désirons mentionner (sans en approfondir la cause et/ou la conséquence), qu'un certain nombre d'idées du postmodemisme ont mené à affirmer l'existence d'une infinité de \"prétentions à la liberté\" (8) tout à fait légitimes -le droit au dissensus (9)- qu'on élève alors au rang de valeur éthique.Tout ceci contribue à nous conduire à ce qu'on pourrait appeler une dérive, ou élévation à l\u2019absolu, de la prise de décision rationnelle instrumentale.Les objectifs généraux relégués à l'arrière-plan, c'est la manière même de les atteindre qui s'impose comme essentielle, soumise au critère de l'efficacité.Dans le sous-système de l'économie (devenue aujourd'hui un paradigme pour les autres systèmes sociaux), cela mène à l'absolutisme de l'efficacité.L'efficacité devient un but, une norme en soi dans notre manière de prendre des décisions, sans considération pour les conséquences à long terme.Avec la mondialisation des marchés, cette norme s'est partout imposée avec les conséquences que l'on sait.Par analogie avec la course à l\u2019armement (en tant que rupture dynamique de l\u2019équilibre des forces entre les deux grandes puissances, rupture se résolvant toujours dans un nouvel équilibre de l\u2019armement, à un plus haut niveau technologique), nous pensons pouvoir affirmer que la manière instrumentale de prendre des décisions nous amène à une rupture du niveau d\u2019efficacité, et ensuite à un nouvel équilibre à un plus haut degré d'efficacité.Par analogie avec la course à l'armement, nous pensons que la dynamique de l'efficacité ne peut que conduire à un niveau inacceptable de souffrance humaine.Les conséquences de l'élévation à l'absolu de la prise de décision rationnelle instrumentale sont déjà perceptibles dans la vie de chacun, et nous croyons que ce processus ne s'arrêtera qu'avec la chute de l'humanité.Les bouchons de cire Les bouchons de cire d'Ulysse sont, dans le contexte de notre problématique, le souci éthique dans la manière de prendre les décisions.En soi, l\u2019emploi efficace des moyens n'est pas un mauvais point de départ.Nous pensons qu'un réponse devrait être apportée aux dangers inhérents à la rationalité instrumentale, une rationalité instrumentale corrigée : Il ne peut y avoir de décision rationnelle qu'après vérification que les objectifs posés et/ou leur réalisation n 'implique pas de violation du patrimoine idéologique des Droits de l'Homme.S'il y a lieu de craindre une telle violation, il convient de vérifier s'il ne s'agit pas d'une violation prima facie de ce patrimoine.Le cas échéant, il faudra formuler un nouvel objectif, ou plusieurs, et vérifier si les moyens de le ou les atteindre sont à la fois efficaces et respectueux de ce patrimoine.Le devoir de non-violation n'est pas applicable si l'on peut raisonnablement conclure que la non-violation d'un principe du patrimoine idéologique des Droits de l'Homme mènerait à une violation manifestement plus grave.En cas de doute quant à la violation raisonnable du devoir de non-violation, tout individu ou toute personne morale est habilité, pour lui-même ou elle-même ou pour tout autre individu ou toute autre personne morale, à saisir le juge compétent afin qu'il statue hic et nunc.Le mât Notre \"mât\" est le climat international qui doit être créé afin que la rectitude éthique dont il est ici question puisse être réellement efficace.Ce climat international doit permettre d'une part à chaque individu de pouvoir prendre des décisions rationnelles.La conscience d'Ulysse L'élément le plus important de cette métaphore est certainement le fait qu'Ulysse sache pertinemment que la poursuite de son chemin est soumise au triomphe sur la menace des Sirènes- par les moyens des bouchons de cire et du mât auquel on l\u2019attache.Cette prise de conscience lui permet de décider avant qu'il ne soit trop tard.Dans le contexte de notre projet de corriger la rationalité instrumentale au niveau international, nous proposons le traité suivant.* * * TRAITÉ UNIVERSEL POUR LA RÉALISATION D'UN MONDE SENSÉ Chapitre I -Définitions générales Article 1 Les États souverains s'engagent à respecter et à faire respecter le traité en toute circonstance.Article 2 Le traité entre en vigueur six mois après sa ratification par tous les États souverains.Article 3 Les États souverains reconnaissent la compétence de l'Assemblée générale des Nations Unies ainsi que du Conseil de Sécurité pour faire respecter l'application du traité par les États souverains.À la simple requête d'un État souverain, les Nations Unies ouvriront une enquête portant sur toute violation du traité portée à leur connaissance.Cette enquête se déroulera selon les règles de procédure habituelles.Article 4 Les États souverains reconnaissent la compétence de la Cour internationale de Justice des Nations Unies en cas de conflit entre deux ou plusieurs États souverains en matière d'application et de respect du traité. Chapitre II - Le devoir individuel et collectif de non-violation du patrimoine idéologique des Droits de l'Homme Article 5 II ne peut y avoir de décision rationnelle qu'après vérification que les objectifs posés et/ou leur réalisation n'implique pas de violation du patrimoine idéologique des Droits de l'Homme.S'il y a lieu de craindre une telle violation, il convient de vérifier s'il ne s'agit pas d'une violation prima facie de ce patrimoine.Le cas échéant, il faudra formuler un nouvel objectif, ou plusieurs, et vérifier si les moyens de le ou les atteindre sont à la fois efficaces et respectueux de ce patrimoine.Le devoir de non-violation n'est pas applicable si l'on peut raisonnablement conclure que la non-violation d'un principe du patrimoine idéologique des Droits de l'Homme mènerait à une violation manifestement plus grave.En cas de doute quant à la violation raisonnable du devoir de non-violation, tout individu ou toute personne morale est habilité, pour lui-même ou elle-même ou pour tout autre individu ou toute autre personne morale, à saisir le juge compétent afin qu'il statue hic et nunc.Article 6 Le patrimoine idéologique des Droits de l\u2019Homme comprend, lors de l'entrée en vigueur du traité, tous les droits de l'Homme repris dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme.Chapitre III - La prévention des infractions Article 7 Toute infraction au devoir de non-violation repris à l'article 5 constituant par définition une violation des Droits de l'Homme doit être considérée a priori comme une infraction grave.Article 8 Les Etats souverains s'engagent à prendre, dans un délai de six mois suivant la ratification du traité, toutes les dispositions légales nécessaires pour sanctionner les personnes physiques ou morales et/ou les association de fait de qui ont commis et/ou ont donné l'ordre de commettre une infraction telle que définie à l'article 7.Article 9 Tout Etat souverain est tenu de rechercher et en principe de juger lui-même ceux qui sont soupçonnés d'avoir commis ou donné l'ordre de commettre une infraction.Il est dérogé à ce principe lorsque les conséquences de l'infraction ont lésé encore davantage des ressortissants d'un autre État souverain ou de plusieurs.Le cas échéant, l'État souverain premier cité devra, conformément aux dispositions de sa propre législation, livrer les contrevenants à un autre État souverain, celui pour lequel les poursuites ont le plus grand intérêt, si ce dernier État se fonde, à l'égard de l'auteur de l'infraction sur un chef d'accusation étayé de preuves suffisantes justifiant les poursuites.* * * Conclusion: \"The sky is the limit\" L\u2019objectif initial de notre réflexion était de formuler une réponse éthique à la menace émanant de la rationalité instrumentale absolutisée dans le processus de la prise de décision.Notre recherche nous a finalement mené à un modèle éthique que nous avons basé sur la philosophie des Droits de l'Homme.Le Traité Universel pour la Réalisation d'un Monde Sensé en représente une formulation juridique.Toutefois, progressivement, nous avons développé l'idée que ce résultat pouvait être davantage qu'une simple réponse à la menace de la rationalité instrumentale.Une implantation stricte de notre Traité ne nous conduit pas seulement, en effet, à une action éthique plus consciente.Il est également la base d'une monde meilleur et sensé parce que l'acceptation du Traité amorce une dynamique de l'interrogation structurelle des objectifs.En ce qui concerne la possibilité réelle d'application de l'utopie formulée ci-dessus, soulignons simplement que la lune semblait naguère inaccessible, et que depuis, pourtant, l'Homme a posé le pied dans l'univers.Peut-être ne sommes-nous qu'à une distance lunaire de notre Traité.0 Notes (1)\tD.Batens, Menselijke kennis, Leuven, Diderik Batens en Garant Uitgevers n.v., 1992.p.1.(2)\tB.Rolling, The unheeded Cry, Oxford, Oxford University Press, 1990.p.5.(3)\tU.Libbrecht, Inleiding Comparatieve Filosofie, Den Haag, Van Gorcum, 1995.p.3.(4)\tL.Apostel et J.Van der Veken, Wereldbeelden, Kapellen, Pelckmans, 1991.p.20.(5)\tL.Apostel et J.Van der Veken, Ibid.(6)\tL.Apostel et J.Van der Veken, Op.cit.pp.58-61.(7)\tA.Sen, Welzijn, vrijheid en maatschappelijke keuze, Amsterdam, Van Gennep, 1995, p.19.(8)\tS.Gutwirth, Waarheidsaanspraken, Brussel, Vubpress, 1993.p.846.(9)\tM.Van den Bossche, Kritiek vaan de Technische Rede, Utrecht, Van Arkel, 1995.p.29. SOCIÉTÉ DE PHILOSOPHIE DU QUÉBEC Colloque « Enseigner la philosophie » Collège de Bois-de-Boulogne, les 23 et 24 octobre 1998 PROGRAMME Vendredi, 23 octobre 8:30 à 9:30 Inscription 9:30 à 9:45 - Mot de bienvenue de M.Noureddine Mouelhi, président de la Société de Philosophie du Québec 15:15 à 15:35 \u2022\tSerge Lapierre (CÉGEP Bois-de-Boulogne) : « L'enseignement de la logique au collégial : souhaitable mais difficile dans le présent contexte » 15:35 à 15:55 \u2022\tFrançois Lepage (UdM) : « Neige en novembre, Noël en décembre » 15:55 à 16:10 - Discussion et pause 9:45 à 10:45 Conférence d'ouverture - Georges Leroux (UQAM) « L'enseignement de la\tVendredi, 23 octobre philosophie et la démocratie »\t- 10-45 à 11 00 - Pause\t\" Section A Domaines de l'enseignement de la philosophie (suite) 11:00 à 12:00 -\tEnseignement et démocratie (annulée) -\tA l'occasion du 50e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme, présentation d'un ouvrage intitulé «Démocratie et philosophie» par le Directeur général des élections du Québec 12:00 à 14:00 - Dîner 16:10 à 16:30 \u2022\tSerge Robert (UQAM) : « Pourquoi enseigner la philosophie des sciences?» 16:30 à 16:50 \u2022\tBjame Melkevik (U.Laval) : « Pourquoi étudier la philosophie du droit ?Des propos émanant d'une Faculté de droit ».14:00 à 15:00 - Conférence spéciale; Mme Céline Saint-Pierre,\t16:50 à 17:15 - Discussion et conclusion présidente du Conseil supérieur de l'éducation : « Les défis de l'enseignement et de l'enseignant au collégial » 15:00 à 15:15-Pause 15:15 à 17:00 - Section B Enseignement et formation 15:15 à 15:35 \u2022 Paul Dumouchel (UQAM) « L'enseignement aux études avancées » 15:15 à 17:15 - Section A : Domaines de l'enseignement de la philosophie; - Président : à déterminer 15:35 à 15:55 ?\u2022 Monique Lortie-Savard (U.Laval) « L'enseignement de la philosophie à l'université » 15:55 à 16:10 Discussion 16:10 à 16:30 - \u2022 Sheila Mason (U.Concordia) «Problèmes de l'enseignement de l'éthique » 16:30 à 17:00 Discussion et conclusion Samedi, 24 octobre 9:30 à 12:00 Section A - Philosophie pour enfants - Présidente : Monique Lortie-Savard (U.Laval) 9:30 à 9:50 \u2022\tRobert Lavigne (École St-Grégoire-le-Grand) : « Bilan de la situation du programme de Philosophie pour enfants dans le système scolaire québécois » 9:50 à 10:30 \u2022\tGilbert Talbot et Marie Bolduc (CÉGEP de Jonquière) : « L'adaptation de l'approche Lipman à l'enseignement de la philosophie au collégial » 10:30 à 10:50 \u2022\tJean Laberge (CÉGEP du Vieux Montréal) : « Le modèle d'enseignement de la philosophie centré sur l'étudiant et la discussion philosophique » 10:50 à 11:10 - Discussion 11:10 à 11:30 \u2022\tChristian Auger (U.Laval) : « Le dialogue en communauté de recherche et l'entretien socratique, deux voies parallèles vers la philosophie ?» Samedi, 24 octobre 11:30 à 14:00 Section A (suite) Philosophie pour enfants 11:30 à 11:50 \u2022 Pierre Lebuis (UQAM) : « L'expérience d'une communauté de recherche philosophique: contribution au développement professionnel des enseignantes et enseignants » 11:50 à 12:00 Conclusion 12:30 à 14:00 - Dîner 9:30 à 12:00 - Section B Didactique de l'enseignement de la philosophie - Président : Michel Robert (CÉGEP du Vieux Montréal) 9:30 à 9:50 -\t\u2022 Éric Chartrand (UQAM) : « Monde « réel » et mondes « virtuels »; Un débat pour l'enseignement de la philosophie » 9:50 à 10:10 -\t\u2022 Steve Maskaleut (UQAM) : « Les technologies informatiques de la communication peuvent-elles former moralement et socialement une personne?».10:10 à 10:30 -\t\u2022 Richard Riopel (CÉGEP de 1 ' Outaouais )\t: « Argumentation et per- suasion en enseignement de la philosophie ».10:30 à 10:50 -\t\u2022 Jean-Claude Simard, (CÉGEP de Rimouski : « L'intégration de la formation générale dans les programme d'étude ». 10:50 à 11:30 -\t\u2022 Pierre Després et Pierre Chicoyne (CÉGEP de Montmorency) : « La lecture des textes philosophiques au collégial ».11:30 à 12:00 - Discussion et conclusion 12:00 à 14:00 - Dîner ?* ?14:00 à 17:00 - Philosophie et éducation à la citoyenneté 14:00 à 14:20 -\t\u2022 Isabelle Létoumeau (U.Laval) : « Conséquences de la mentalité démocratique sur l'enseigement de la philosophie » 14:20 à 15:00 -\t\u2022 Louis Le Vasseur (UdM) : « L'enseignement de la philosophie au Québec: perspectives sociologiques » 14:20 à 15:00 -\t\u2022 Louis Le Vasseur (UdM) : «L'enseignement de la philosophie au collégial de 1970 à 1994 : perspectives sociologiques » 15:00 à 15:10 - Discussion 15:10 à 15:30 -\t\u2022 Normand Baillargeon (UQAM) : « Éducation et anarchie » 15:30 à 16:10 -\t\u2022 Jean Robillard (UQAM) : « La philosophie, et après ?» Samedi, 24 octobre - Philosophie et éducation à la citoyenneté (suite); 16:10 à 16:30 -\t\u2022 Fabienne Pironet (UdM) : « Comment on écrit l'histoire de la philosophie.L\u2019exemple de la philosophie médiévale en terre d'Islam.».16:30 à 17:00 - Discussion et conclusion ?14:00 à 16:30 - Table ronde : L'enseingement de la philosophie annciennce au collégial 14:00 à 14:40 -\tGeorges Leroux (UQAM) -\tMaurice Burgevin (CÉGEP de Ste-Hyacinthe); 14:40 à 15:00 - Discussion 15:00 à 15:10 - Pause 15:10 à 15: 50 -\tLouis-André Dorion (UdM); -\tClaude Paris (CÉGEP de Trois-Rivières); 15:50 à 16:30 - Discussion et conclusion Fin du colloque samedi soir, 24 octobre 0 Pour une nouvelle philosophie française : Michel Onfray - Sébastien Charles Université d'Ottawa ; s1058358@aixl.uottawa.ca Michel Onfray (1> est l'enfant terrible de la philosophie française contemporaine.Dans une langue pétrie de fougue, il énonce à longueur de pages et d'ouvrages ses refus et ses attentes, ses critiques et ses désirs, bref, son cynisme.Attention ici à ne pas voir en ce terme le sens trivial qu'il a parfois de nos jours.C'est au kunisme, c'est-à-dire au cynisme antique, que Michel Onfray se rattache plus explicitement et c'est à partir de lui qu'il cherche à faire des émules.En effet, pour lui, «de nouveaux cyniques sont urgents : à eux reviendrait la tâche d'arracher les masques, de dénoncer les supercheries, de détruire les mythologies et de faire voler en éclats les bovarysm.es générés puis entretenus par la société.Enfin on pourrait dire le caractère résolument antinomique du savoir et des pouvoirs institutionnalisés.Figure de la résistance, le nouveau cynique empêcherait les cristallisations sociales et les vertus collectives, transformées en idéologies et en conformismes, de prendre le pas sur les singularités.Il n'est d'autre remède aux tyrannies que de cultiver l'énergie des puissances singulières, des monades» (CY, p.14).Ses ouvrages ne font qu'ouvrir la voie à d'autres individualités fortes, dont le cynisme est la vertu, prêtes elles aussi à coucher sur le papier leur corporéité.Car, pour Onfray, «les écrivains authentiques trempent leur plume dans le sang, ils écrivent avec leur lymphe et leur chair mélangée à leur âme est l\u2019athanor dans lequel se confectionnent les visions du monde, les sensibilités et les mots pour le dire.Pas de livres sans ce prix : des blessures, une sensibilité d'écorché, une hyperesthésie, des comptes à régler avec les fantômes de l\u2019enfance.Chez ceux-là qui font de leurs émotions un système, il y a confirmation des idées nietzschéennes qu'on a toujours la philosophie de sa propre personne, que toute philosophie n'est jamais que la confession d'un corps, le malentendu d'une chair» (DV p.130).C'est autour de cette idée que toute philosophie est avant tout autobiographie que s\u2019énonce le projet de Michel Onfray.Projet qui se veut libertaire et hédoniste, vécu au plus près d'un corps inscrit dans le temps et l'espace, jouissif et souffrant, solipsiste et pourtant ouvert à l'autre.D\u2019où sa condamnation des philosophies désincarnées, et donc de l'idéalisme tout comme de l'historicisme philosophique.Si «le corps est la seul voie d'accès à la connais- Toutes nos références aux ouvrages philosophiques de Michel Onfray seront disposées dans le texte même et abrégées comme suit : VP (Le ventre des philosophes.Critique de la raison diététique, Paris, Grasset, \u201cFigures\u201d, 1989) ; CY (Cynismes.Portrait du philosophe en chien, Paris, Grasset, \u201cFigures\u201d, 1990) ; AJ (L'art de jouir.Pour un matérialisme hédoniste, Paris, Grasset, \u201cFigures\u201d, 1991) ; SC (La sculpture de soi.La morale esthétique, Paris, Grasset, \u201cFigures\u201d, 1993) : RG (La raison gourmande.Philosophie du goût, Paris, Grasset, \u201cFigures\u201d, 1995) ; DV (Le désir detre un volcan.Journal hédoniste, Paris, Grasset, \u201cFigures\u201d, 1996) et PR (Politique du rebelle.Traité de résistance et d'insoumission, Paris, Grasset, \u201cFigures\u201d, 1997).sance» (VP, p.21), il faudra refuser toute écoute aux philosophes qui parlent de l'occulter ou de le transcender.Au contraire, il faudra tenir compte des injonctions corporelles et notamment de celles qui ont toujours été mises à l'écart par la gent philosophique pour une raison simple : «plus la proximité est grande avec l'objet, plus la répulsion envahit le philosophe : la mise à distance du monde est le symbole manifeste du sacrifice à l'idéal ascétique.Voir isole et éloigne du réel.Toucher approche et ramène au concret.Sans souci d'une démonstration, Kant pose la noblesse du sens qui assure de la plus grande distance d'avec le monde.Le réel est salissant.Quoi qu'on en fasse, Kant et consorts préfèrent le nouménal, l'intelligible, qui a le mérite de ne pas salir, mais qui n'existe pas.» (AJ, p.117-118).Aussi Michel Onfray décide-t-il de promouvoir des sens trop souvent négligés, comme l'odorat (2 3) ou le goût (^), face à ceux trop prisés - la vue ou l'ouïe - à cause de la distanciation qu'ils permettent avec l\u2019objet.De là quelques coups de patte bienvenus, comme ceux adressés, par exemple, à Spinoza - «le goût de Baruch semble bien sévère : de la sobriété de l'Éthique, de la rigueur des démonstrations, on ne peut inférer l'alimentation d'un Gargantua nouveau» (VP, p.29) -, ou à Rousseau - «la théorie rousseauïste de l'aliment est Spartiate, c'est celle du renoncement, de l'ascèse, celle des règles monastiques.Elle n'est pas sans signifier un dégoût de soi, un mépris du corps - prêt à être étendu à l\u2019humanité entière -que partagent tous les diététiciens du défaut et du manque, plus suspects de gérer leur anorexie que soucieux d\u2019une gastronomie entendue comme gai savoir préoccupé de légèreté et de jouissances» (VP, p.78-79).Il s'agit donc de rompre avec les contempteurs du corps pour leur préférer ceux qui, dans leur philosophie, lui ont laissé la place d'importance qui lui revient.C'est dans ce sens qu'Onfray évoque le patronage de Nietzsche qui, «plus que tout autre philosophe, a dit le rôle déterminant du corps dans 1 élaboration d'une pensée, d'une œuvre.Très tôt il a établi la parenté entre la physiologie et l'idée» (VP, p.132).Si Onfray rejoint Nietzsche ici, c'est qu'il a lui-même vécu - et non théorisé car la conceptualisation suit l'ébranlement corporel et ne le précède jamais - un tel état, qu'il qualifie d'hapax existentiel.Par là il faut entendre le fait que le corps travaille avant l'esprit et que la pensée 2-\tCf.AJ, p.112 : « La haine du corps s'accompagne d\u2019une haine tenace pour l'olfaction.Le nez concentre les aversions et les passions comme un révélateur.On ne s'étonnera donc pas de trouver dans le rang des dépréciateurs de l'odorat tous ceux qui font profession de foi spiritualiste, idéaliste ou religieuse.La méfiance à l'égard des senteurs est symptomatique de l'estime dans laquelle un philosophe tient son corps : son mépris des odeurs est proportionnel à son dégoût du corps ».3-\tCf.VP, p.36 : « Une science de la bouche entendue comme voie d\u2019accès à une esthétique de soi n'a pas vu véritablement le jour depuis les injonctions nietzschéennes à s'occuper des choses prochaines, à faire l'histoire des fragments du quotidien ».Voir aussi RG, p.111 : « Le goût met trop en scène le corps : mastication, déglutition, digestion, excrétion, il dit à l'excès combien l'homme est tout de matière.Et l'on ne veut guère nourrir ce genre de mémoire chez les familiers de 1 absolu et des idées pures ». n\u2019est que la résultante de forces qui se sont combattues au plus profond de la chair : «le corps résout le problème seul, indépendamment de la conscience qui laisse parfois apparaître les effets du travail qui s\u2019effectue dans la chair au détour d'une ruse dont les organes ont parfois le secret.L\u2019organisme emmagasine les conflits, leur donne un espace, un lieu, puis il ressent, un jour, le moment propice étant venu, le besoin impérieux d'en permettre la dissolution sous une forme brutale, spontanée, immédiate et radicalement physiologique.D'où les transes, les extases, et la connaissance par les gouffres» (4) (AJ, p.56).Michel Onfray a évoqué à de nombreuses reprises l'infarctus qu'il a subi dans ses jeunes années, accident qui l'a confronté à l'idée de sa propre mort à venir, sans cesse à l'œuvre en lui et qui pouvait l'emporter à tout moment.De cette rencontre avec son trépas possible est née sa philosophie hédoniste qui se veut une sagesse du corps.«Goûteur de pommes aux paradis qui n'en ont plus pour longtemps, ma devise est Carpe diem.Je crois qu'il faut lui abandonner nos vies de sorte que Thanatos, quand il triomphera, n'ait à ranger dans sa besace qu'un corps qui aura brûlé jusqu'aux derniers feux» (RG, p.267).S'il faut mourir demain, autant vivre le mieux possible dès aujourd'hui en multipliant à l'envi les expériences et les rencontres.Seul l'hédonisme peut non pas vaincre la mort mais lui laisser un avantage minimal en ce qu'elle n'emporte, quand elle se manifeste, qu'un cadavre aux possibilités vitales rongées jusqu'à la moelle et non thésaurisées en attente de jours meilleurs.«Le mésusage du corps est une faute qui contient sa sanction en elle-même : on ne rattrape pas le temps perdu» (VP, p.219).En bref : c'est une faute de goût.Si «toute existence est construite sur du sable, la mort est la seule certitude que nous ayons.Il s'agit moins de l'apprivoiser que de la mépriser.L'hédonisme est l\u2019art de ce mépris» (AJ, p.23).Mépriser la mort, c'est, pour l'hédoniste, vivre en essayant de faire de chaque instant une pure jouissance des sens ou du sens, car l'intellect est apte également au plaisir.Car jouissance sans conscience n'est que raine de l'âme.Ainsi, philosopher, c'est penser du mieux possible une vie centrée sur ce que Montaigne appelle joliment «l'esjouis-sance constante», dans une réunion du corps et de l'esprit là où d'autres, honnissant le corps, ne voulaient voir en l'homme qu'un pur esprit.C'est pourquoi «la machine désirante de l'hédonisme supposera la réconciliation du corps et de la conscience quand la machine de l\u2019idéal ascétique produit des corps séraphiques marqués par l'éviction de l'appendice - le nez et le phallus.Comme s'il n'était de corps idéal que dans le lisse, la surface plane, sans aspérité, blanche et poüe, un corps qui serait sorti transfiguré vainqueur d'un combat qui opposerait le phallus et l'ange» (AJ, p.97-98).Ce qui implique également un refus des partisans du corps seul qui ont fait de la chair leur fonds de commerce : «dans le camp planétaire presque gouverné sans partage par l\u2019ordre capitaliste, le corps est généralement célébré, dans l'hédonisme le plus vulgaire, de sorte que, polarisés sur un rapport égocentrique et narcissique à soi, convertis aux mérites de cette nouvelle religion de l'amour de soi, les fidèles oublient qu'ils ont aussi une âme.Ils en sont au point où ils ignorent qu'à défaut d\u2019être sollicité, l'esprit est purement et simplement inexistant» (PR, p.58).Cf.également AJ, p.68 : « La pensée purge le corps, elle le rend à lui-même et pacifie l'organisme.Toute création est mise en forme de ces scories détachées des lieux où elles faisaient obstruction à l'eurythmie.Le corps est le sanctuaire d'une alchimie des reliquats avec lesquels on produit l\u2019illusion apollinienne du sens, de l'ordre, de la mesure.Car seul Dionysos règne, le reste est maquillage.».Réunion du corps et de l'esprit, la philosophie ne peut être vécue qu'en situation et non en position : elle doit être incamée et non faire l'objet d'un savoir livresque sans rapport avec le vécu de celui qui l\u2019enseigne.Voilà pourquoi Onfray n'a aucun respect pour la plus grande part de Y establishment universitaire français.Si l'on excepte Lucien Jerphagnon - de qui Michel Onfray aura «appris la liberté de l'esprit et l'indépendance, le goût pour une philosophie pratique et concrète, la défiance à l'égard des pouvoirs, la méfiance quant aux institutions qui s'emparent de la pensée pour mieux l'aseptiser, l'asservir» ainsi qu'une «irrépressible aversion pour toutes les scolastiques contemporaines» (CY, p.XVn-XVIH) -guère nombreux sont les philosophes à ne pas être critiqués sévèrement pour leur peu d'attention au réel et leur amour de l'idéal.Alors que pour tout universitaire, le philosophe soucieux de son corps est un penseur dévergondé, notre libertaire pense au contraire que les amis des Idées se trompent sur l'essence de la philosophie en ne la rattachant pas au charnel.À le suivre, la césure radicale entre philosophie conséquente et philosophie verbeuse se serait mise en place avec les Pères de l'Église : mais ce jugement me paraît un peu trop teinté par l'athéisme radical de celui qui le profère (tous ceux qui ont lu VHermotime de Lucien de Samosate savent fort bien que le verbiage et la technicité n'ont pas attendu les Pères pour se manifester et que certains stoïciens en ont fait leurs délices).Disciple en cela de Pierre Hadot, Onfray voit dans la philosophie antique un exercice spirituel censé améliorer le sujet qui le pratique.Il s'agit avant tout d'une éthique ayant le bonheur ou la libération de l'individu comme fin.Au contraire, la philosophie qui lui succède sera tournée vers la conceptualisation et n'aura plus de contact réel avec la vie de l'individu et son souci de perfectibilité éthique.Pour Michel Onfray, cette philosophie décharnée est toujours à l'œuvre de nos jours et son parcours universitaire propre en fournit la preuve.Permettez-moi une longue citation, qui se passe de commentaires : «dans la ribambelle de professeurs de philosophie qui m'ont conduit de la classe terminale à l'année de soutenance de mon doctorat, j'ai connu un nombre incalculable d'incompétents, d'incultes, de niais, de staliniens sans complexes, de francs-maçons guère préoccupés par le message humaniste, d'hommes de main attendant la promotion promise en gage pour leur servilité à l'endroit de leurs supérieurs dans la carrière, d'intraitables fainéants recyclant depuis des décennies, soit les notes pour une thèse qui jamais n'aboutira, soit les pages d'un pensum qui, malheureusement, aboutit un jour, et se trouve resservi à longueur de cours, de colloques et d'articles.J'ai supporté les log-orrhées d\u2019alcooliques soucieux de galons, de faux gauchistes vrais caméléons, vrais-faux chrétiens de gauche triomphant dans l'obséquiosité et stationnant avec une béatitude sans nom dans les coulisses de l'administration où l\u2019on devait leur confier un méchant pouvoir dérisoire sur la paperasserie.J'ai subi un maoïste assassinant Lacan qui devint un jour subitement lacanien avant de trucider Mao, puis d'épouser depuis, et presque systématiquement, toutes les causes à la mode de son temps.J'ai entendu, à la Sorbonne, un maurrassien pétillant converti aux frasques de Sollers, un nègre de présidentiable depuis trépassé - le nègre, l'autre, est enfin sur le trône -, un fumeur de cigares engoncé dans des costumes trois-pièces qui contenaient mal sa jeune suffisance d'alors.Et tant d'autres perclus dans les bassesses qui font la mesquinerie de tous les temps, historiens de la philosophie plus ou moins efficaces, certes, mais philosophes, que nenni.» (5) (DV, p.54-55).C'est que la vraie philosophie est ailleurs, dans un projet personnel d\u2019émancipation et de création de soi.Il s'agit d\u2019élaborer une philos- ophie prenant en compte le corps dans toute son intégralité en vue d'élaborer une vie plus jouissive et une pensée plus lumineuse : «le philosophe, c'est celui qui, dans la simplicité, voire le dénuement, met de la pensée dans la vie et sa vie dans sa pensée.Il tisse de solides hens entre sa propre existence et sa réflexion, sa théorie et sa pratique.Pas de sagesse sans implications concrètes de cette imbrication» (CY, p.47).Au croisement de l'éthique et de l'esthétique, le philosophe doit se vouloir artiste et faire, par son style propre, une œuvre de sa propre vie.Ainsi, «la richesse d'un philosophe, c\u2019est sa maîtrise et sa puissance sur lui-même.Il investit dans un style qui exige la confusion de l'éthique et de l\u2019esthétique, là où les autres capitalisent dans l'économique et l'utilitaire.L'un a choisi la quaüté et la vie, l'autre la quantité et l'argent.Le premier est libre parce que autonome, le second serf, parce que esclave de ses désirs» (CY, p.150-151).Au point de départ, la matière, le corps.Ensuite, et non au-dessus car il n'y a là ni supérieur ni inférieur, la conscience, qui ordonne les flux et les énergies qui traversent le corps pour leur donner une forme.Son rôle est propédeutique : c'est elle qui permet à l'homme de s'arracher à l'animalité.Car l\u2019hédonisme, aux yeux de Michel Onfray, n\u2019est ni bestiaüté ni égoïsme réducteur.Le philosophe artiste aime également le travail de la pensée, l'art du passé et celui qui sans cesse se crée, le style qui se manifeste à travers l'écrit qui révèle le penseur et les tensions qui l\u2019animent.L'œuvre de Michel Onfray en est d'ailleurs la preuve qui, pour parler d'hédonisme, n'en recourt pas moins à de savantes recherches et à une érudition remarquable (les fins de ses ouvrages en sont un témoignage flagrant, qui renvoient les lecteurs au rigoureux travail de mise en forme d'une matière consistante), et à un style qui, quoique paraissant simple au premier abord, n'en est pas moins fort élégamment travaillé (de subtiles références à Littré et d\u2019autres le laissent deviner).Voilà pour une possible bestialité.Bref, il ne s'agit pas d'intenter un procès au processus d'humanisation mais seulement de comprendre que le corps a sa place et que l'homme n'est ni ange ni bête.Onfray n'est pas Rousseau : il ne s'agit pas de laisser la nature s'exprimer sans limites mais de faire de l'enfant un homme au plus vite, sans pour autant castrer sa sensorialité.Quant à voir dans l'hédonisme un égoïsme réducteur, rien de plus faux.L\u2019éthique hédoniste voit en autrui un sujet à respecter et non un objet à consommer.Onfray n\u2019est pas Sade, loin de là : «L\u2019égocentrisme ou l'égoïsme n\u2019entendent que la voix de la jouissance personnelle : mon plaisir, et lui seul.L'hédonisme est dynamique et considère qu\u2019il n'est pas de volupté possible sans considération de l\u2019autre» (SC, p.148).Ou encore : «L'hédonisme est une obligation de part et d'autre, il est la philosophie du plaisir qui doit guider les actions, les paroles, les pratiques.Toute jouissance personnelle n\u2019a de sens que par et pour celle d'autrui.On ne saurait promouvoir une jubilation solipsiste.Ma satisfaction suppose celle d'autrui, comme condition de possibilité» (RG, p.77).La règle d'or vaut 5 ' Ou encore, dans CY, p.48 : « L'Antiquité avait ce souci de faire de la philosophie une discipline de l'immanence.Il faudra les docteurs de l'Église pour que la sagesse - ou ce qui se présentera comme tel - s'enferme, se spécialise dans le détail verbeux et le point technique.L\u2019université fera le reste, domestiquant la chose pour la mieux rendre inoffensive : activité pratiquée par des pairs qu'on intronise à l'aide de cérémonies initiatiques, elle s'appauvrit et perd de sa puissance jubilatoire.Elle finit par ressembler à ceux qui la mettent bas : triste, grise, inutile et sans saveur, détachée du réel et confinée dans des zones sans turbulences ».ici : «Il s'agit de vouloir ce qui donne le maximum de satisfaction, à soi et à autrui, pour réaliser une éthique digne de ce nom.\u201cJouir et faire jouir\u201d, écrit Chamfort.Certes.Mais que signifie jouir seul ?Sade formule une réponse que je ne suis pas loin d'imaginer comme la réponse emblématique à pareille question : n'écouter que soi, fût-ce au détriment d'autrui.Pire, si c'est au détriment d'autrui, c'est encore mieux.Une anthropologie sommaire permet de savoir ce qu'il en est des hommes avec lesquels il faut faire cette éthique : chacun veut l'empire, et nous sommes tous naturellement portés à la négation d'autrui, ce qui est le prix à payer pour le plaisir solipsiste.Or, sachant que nous sommes tous autrui pour autrui, et que nous ne sommes pas prêts, en vertu du principe hédoniste, à payer notre plaisir hypothétique d\u2019un déplaisir perpétuel et réel venu de tous les côtés, il n'est pas pensable de jouir sans la corrélation, précisée par Chamfort : faire jouir, en même temps qu'on jouit.Et c'est peut-être là que s'articule toute intersubjectivité éthique, toute possibiüté d'une morale entre les hommes et non plus [.] pour soi seul» (DV, p.222-223).Le plaisir est donc la source de l'éthique hédoniste et la souffrance, la seule cause des séparations.Il s'agit de promouvoir une intersubjectivité radieuse, qui fasse de l'autre l'objet d'un plaisir pris en commun.L'amitié est là une vertu suprême, du moins cette amitié rarissime qui est plaisir réciproque et communion véritable de deux êtres différents, qui, parfois, se rejoignent à travers une lecture : «Contre la quantité et le nombre, il faut viser la qualité et l'élection : rien n'est plus souhaitable que cette amitié par le biais du livre, cette proximité par les textes, cette fraternité établie sur la foi des mots» (DV, p.113).Comme pour Montaigne, le livre est chez Onfray une bouteille lancée à la mer à l'invite d'affinités électives.Mais, ne l'oublions pas, le solipsisme reste la règle.Si les âmes sont parfois proches, elles ne sauraient s'étreindre entièrement et c'est pourquoi toute volonté de fusion ou de compassion est condamnée à l'échec.Bref, l'autre reste toujours autre et ne nous intéresse qu'en tant qu'il permet une maximisation des plaisirs.«En effet, l\u2019hédonisme est un utilitarisme, au sens anglo-saxon du terme, un calcul d\u2019intérêt qui permet des bénéfices de part et d'autre : supplément d'âme, augmentations de voluptés, thésaurisation de jouissances, capital jubilatoire et dividendes en matière d'être» (SC, p.149).Avec pour conséquence que «si la somme des déplaisirs dépasse celle des plaisirs que l'on doit à son partenaire éthique, il faut tout simplement envisager une rupture» (SC, p.136).Soit, mais cela peut-il suffire ?Avec de tels principes, si on est Grec, on doit alors exposer les enfants handicapés sur l'Achéron et les normaux, si on est cette fois rousseauïste, à l'assistance publique.Quant aux débiles, aux vieillards impotents, je n'ose imaginer quel sort leur est réservé si ce n'est l'euthanasie.La morale hédoniste a ses limites que la raison ne connaît point.Ainsi autrui, s'il est parfois important, n'est pas l\u2019essentiel pour Onfray.En vérité, l\u2019éthique hédoniste s'adresse d'abord à chaque individu dans sa singularité.Il faut que chacun travaille de son côté à son épanouissement dont autrui peut bénéficier, certes, mais non pas être la fin.Car la finalité d'une telle construction est personnelle, comme la mort est personnelle.Il s'agit de construire là où le temps détruit, de promouvoir là où la mort va bientôt consumer, d\u2019épanouir là où la désintégration surviendra.La patine du temps doit entraîner un sursaut d'éneigie : travail de soi contre entropie, éthique hédoniste contre vieillesse patente, vie contre mort : «qu\u2019on sache faire du temps un outil pour polir et faire briller son existence» (SC, p.140), voilà l'enjeu qui nous est pro- posé par l'éthique hédoniste.Cette éthique, véritable sculpture de soi que promeut le travail de Michel Onfray, repose sur un refus et plusieurs vertus.Le refus ?Celui de la société capitaliste, qui se refuse à voir dans la temporalité la possibilité d'une prise en charge de l'individu vers plus d'autonomie et de volonté : celui de la société égalitaire qui refuse l\u2019ascension spirituelle : celui de la société bourgeoise aux petites valeurs et petites vertus.«Nos temps sont voués à la peste des goûts médiocres, du milieu : pas de hauts ni de bas, par de hiérarchie ni de valeurs, pas de noble ni d'ignoble, tout se vaut dans le milieu, le ventre mou.Et allons, communions dans l'épaisse crasse des valeurs libérales et bourgeoises, il sera toujours temps, un jour, de constater que nous allions vers l'abîme, joyeusement et dans l'insouciance.Pour ma part, je veux me souvenir de la gentillesse des héros qui savent donner sans attendre d'autre gain que la jouissance d'abandonner l'excès dans la profusion.Elle est vertu de riches, apparat des natures abondantes.Je tâche d'y tendre, comme une ascèse quotidienne, un chemin» (DP, p.96).Cela suppose certaines vertus, à l\u2019opposé de celles prônées par nos sociétés libérales, vertus qu'incarnent des personnages conceptuels comme Diogène (dans CY), le Cyrano de Rostand (dans DV) ou la figure du Condottiere (dans AJ).Ces figures réelles ou littéraires peuvent nous servir de modèles pour une théorie hédoniste des vertus, incarnée dans un individu singulier.En effet, «le cynique sait qu'il est seul maître d'œuvre des festivités qu'il engage : il est à lui-même sa propre fin.Rien ne lui est plus étranger que le projet collectif : sa révolution est individuelle, elle ne concerne que lui.Son souhait n'est pas l\u2019agrégation des semblables.Il hait la communauté et sait que toute pensée grégaire est commune.La transvaluation des valeurs est une entreprise de monade, d\u2019unique, d'atome : son champ de bataille est la conscience individuelle, ses barricades sont invisibles, ses fureurs solitaires, sans témoin et sans ostentation» (CV, p.120).La première vertu nécessaire à une telle entreprise est bien sûr le courage.Il faut lutter sans cesse contre ce qui, en nous, fait de la paresse et de la facilité des moyens d'existence là où seul l'effort et la lutte doivent nous accaparer.Mais si agir, créer, entreprendre sont des activités qui peuvent parfois dépasser nos forces, elles n'indiquent pas moins une finalité : l'œuvre.«Le Condottiere est donc un artiste dont l\u2019objet principal est la réussite de sa vie entendue comme une lutte contre le chaos, l\u2019informe, les facilités de tous ordres.Ses ennemis : l'abandon et la flaccidité, le relâchement et la grégarité.Ses guerres visent les victoires de la fermeté et de la tension, du vouloir et de sa singularité.Et pour le dire comme il fut longtemps coutume de le formuler, il veut faire de sa vie une œuvre d\u2019art» (SC, p.68).L'œuvre est avant tout exigence envers soi : il faut choisir entre idéal élevé et quotidienneté triviale : «l'éthique de la tension, la volonté d'héroïsme pour soi-même est mde, ardue et périlleuse.On y peine, souffre et connaît l'échec, la tentation d'abandonner le combat ou de consentir aux facilités - les joies simples et médiocres de l'homme calculable» (SC, p.37).Mais là est le tragique de tout homme qui veut s'égaler aux divinités démiurgiques : «J'aspire à la philosophie tragique qui installe les hommes au carrefour du destin et de la nécessité, là où l'on tente de s'arracher à la terre pour se faire, un peu, semblable aux dieux.Tout cela est difficile, épuisant, certes, et il faut compter avec force douleur !» (DV, p.108).Autre vertu d'importance, la prodigalité, là où l\u2019avarice et la thésaurisation sont des vices.Le Condottiere est l'homme du présent, qui ne se soucie pas de l'avenir.H lui faut distribuer aujourd'hui ce que la mort lui enlèvera demain.Le don est tout à la fois son essence et son existence et il ne saurait conserver pour prévenir.Cigale vivant du présent - à entendre à la fois dans le sens de la temporalité et de la donation - et non fourmi ne vivant que d'avenir, il est pure dépense d'être, actualisation de ses potentialités, donation de soi en vue d'une architectonique de la grandeur et de l\u2019élégance.La magnificence est du même ordre, et n'est qu'un moyen différent pour atteindre une fin semblable.Il s'agit de s'élever, de s'arracher, de se distinguer.Comme le disait en son temps Berdiaeff dans Esprit et réalité, «l'esprit précisément est révolutionnaire, tandis que la masse est réactionnaire».La vraie révolution est d'ordre intérieur, en opposition à la volonté de la société consumériste de faire des individus des sujets interchangeables.Dans une société libérale, en effet, «tous les projets sont insipides, toutes les existences semblables, l'unidimensioimel est la rançon de la gloire médiocre.Le capitalisme a contribué à cet effacement de tout souci de noblesse.Son objectif est la rentabilité, l'efficacité est son dessein.Et, en la matière, il n'y a aucune place pour des vertus telles la grandeur ou l'excellence» (SC, p.131).À l'inverse, pour Onfray, seul le beau compte, norme de toute éthique.«Dans la perspective d'une éthique libérée du salut et de la damnation, la sanction d'un geste dépourvu de beauté est en lui-même : sa laideur.La morale collective est une illusion, il n'est d'éthique que dans le rapport qu'un sujet entretient entre lui et lui : comme le dandy de Baudelaire, l'hédoniste \u201cdoit aspirer à être sublime sans interruption : il doit vivre et dormir devant un miroir\u201d.Il est le seul à pouvoir se juger, à savoir s\u2019il évolue, ou non, dans la laideur» (AJ, p.307).Cela suppose une grandeur assez remarquable puisque c'est à l'individu lui-même de se juger.Au-dessus des lois morales, ses actions ne prennent sens que par leur beauté esthétique.«Incapable de devenir science, parce qu'incapable de produire des vérités universelles, l'éthique ne peut prendre pour modèle que l'esthétique et ses figures : l'aléatoire, l'enthousiasme, l'improvisation, l'émotion et la subjectivité du goût.Le plaisir, enfin.Le beau geste seul est moral.Mais qu\u2019est-ce qu'un beau geste, demandera-t-on ?Celui qui exprime un style, une subjectivité évidente qui se développe en dehors de l'attendu et inclut autrui dans une volonté hédoniste» (AJ, p.308).Mais n'est-ce pas trop en donner à l'artiste ?Si chacun est juge de lui-même, et si ses actions ne lui sont pas entièrement transparentes, comment savoir si ce qu'il juge beau provient vraiment d'une volonté artistique ?Quelle est la part de dissimulation, d'inconscience, dans une telle théorie ?Prévoyant les critiques, Onfray les devance.Aux philosophes qui pourraient le contredire sur ce point - et Onfray songe sans nul doute à Luc Ferry et André Comte-Sponville - il répond d'emblée, avec sa verve habituelle : «Ceux qui goûtent les concepts pâles, désertés par l'énergie, n'aimeront pas le Condottiere.Les amateurs de douceurs éthiques, les revendeurs de vieilles vertus sous des oripeaux miséreux verront là de la violence et de l'immoralité, de la grossièreté et de la rusticité.Pas assez d'amour du prochain ou de compassion, pas assez d'humilité et d'idéal ascétique.En revanche, trop de narcissisme et d'orgueil, trop de vanité, d\u2019arrogance et d'hédonisme.Ils détesteront une figure si peu chrétienne, une puissance aussi païenne, laïque et tant préoccupée par la mise en forme de ce qui, en elle, relève de la part maudite et des flux bouillonnants.Les donneurs de leçon, les moralisateurs qui se prennent pour des moralistes voudront nuire à ce parent de l'Antéchrist, qui ne jubile que dans l'affirmation et fuit comme la peste toutes les vertus qui diminuent.Contaminés par ce que Nietzsche appelait la moraline, ils prendront fait et cause pour les aboyeurs de vertus mortifères» (SC, p.26).Discours qui ne prêche que les convertis.De son côté, le philosophe hédoniste privilégiera une telle figure, à l'écart de la société et des puissants, centrée sur ses potentialités à accomplir.On assiste même à une véritable célébration de l'idéal-type du Condottiere : «Loin des vertus chrétiennes, ces rapetissantes logiques, contre l'humilité qui rabougrit, la culpabilité qui ronge, la mauvaise conscience qui sape, l'idéal ascétique qui tue, le Condottiere pratique une morale de la hauteur et de l'affirmation, une innocence, une audace et une vitalité qui débordent.Son éthique est aussi une esthétique : aux vertus qui rétrécissent, il préfère l'élégance et la prévenance, le style et l'énergie, la grandeur et le tragique, la prodigalité et la magnificence, le sublime et l'élection, la virtuosité et l'hédonisme - une authentique théorie des passions destinée à produire une belle individualité, une nature artiste dont les aspirations seraient l'héroïsme, ou la sainteté que permet un monde sans Dieu, désespérément athée, vide de tout, hormis des potentialités et des décisions qui les font s'épanouir» (SC, p.21).Mais Onfray entend ne pas en rester à une éthique et propose également une politique : «Je tiens que, pour moi, l'hédonisme est à la morale ce que l\u2019anarchisme est à la politique : une option vitale, exigée par un corps qui se souvient» (PR, p.10).Comment un philosophe se réclamant du cynisme ne pourrait-il pas être anarchiste ?Pour Onfray, évidemment, «l'intellectuel - et le philosophe en tant qu'il est l'une des figures de l'intelligence - doit être la mauvaise conscience du familier des Élysées politiques.Devant tout pouvoir qui exige soumission et sacrifice de toute nature, la tâche du philosophe est l'irrespect, l\u2019effronterie, l'impertinence, l\u2019indiscipline et l\u2019insoumission.Rebelle et désobéissant, et bien que convaincu du caractère désespéré de sa tâche, il se doit d'incarner la résistance devant le Léviathan et ses porteurs d'eau.Il s'agit d'être impie et athée en matière politique» (CY, p.134).Dès lors, «la seule issue pour un philosophe consiste à être la mauvaise conscience de son temps, de son époque, donc de son monarque, quel qu'il soit.Les cyniques expriment sur le plan politique une position, là aussi, radicalement antiplatonicienne.Ils savent qu'il ne saurait y avoir de passerelle entre le philosophe et le roi, entre le savoir et le pouvoir, à moins d'une corruption radicale de l\u2019une des deux instances, presque toujours la sagesse» (CY, p.143).Reste à savoir quel pourrait être un projet politique hédoniste.La proposition d\u2019Onfray ne peut qu'inquiéter : «il s'agit d'achever Mai 68 [.].La négativité de Mai 68, si d'aventure elle est repérable, l'est dans la mesure où l'œuvre reste à accomplir et n'a pas été terminée.Achever comme parachever, donc» (PR, p.163).Bien sûr, il ne s'agit pas d\u2019appeler de ses vœux une révolution rouge ou d'espérer de nouvelles utopies.Michel Onfray n'est pas dupe et sait pertinemment que les révolutionnaires d'aujourd'hui font habituellement les réactionnaires de demain.La révolution qu'il propose n'est rien d'autre qu'individuelle et se réduit donc à son éthique hédoniste, ce qui ne fait qu'indiquer la faiblesse patente de sa conception politique.À vouloir rester à l'écart, on se coupe d'une pratique effective du politique, bien souvent nécessaire à sa théorisation.De plus, à ne penser la politique qu'en termes négatifs - «quel que soit le pouvoir, le rôle de l'individu consiste à opposer une résistance déterminée, une insoumission farouche à ce que requiert l'autorité» (PR, p.207) -, Onfray ne peut en donner une formulation positive qui permette l'éventualité d'une réforme.C'est là un choix, qui le condamne à l'inefficacité et à une résistance singulière sans réelle envergure autre qu'individuelle.Bref, on nage en plein romantisme politique et Onfray, à mon avis, en est conscient.Une phrase en témoigne : «le romantisme réside dans ce savoir tragique et désespéré : rien ne se modifiera de substantiel : le seul espoir, solipsiste, gît dans la possibilité d'une sculpture de soi» (PR, p.233).La politique n'a donc pas d'importance puisque seule l'éthique - et l'esthétique, qui en est le corrélât absolu - compte.L'individu prime donc sur le groupe, comme il primait déjà sur autrui précédemment.Reste, en poütique, la critique du système actuel - qu\u2019Onfray prétend détruire ou du moins circonscrire de manière plutôt «originale» puisque, pour lui, «là où circule l\u2019argent, il faut promouvoir des flux de culture critique, quand régnent les capitaux flottants on doit ériger le savoir en pouvoir et miner le social à force de lucidité, de cruauté conceptuelle, de lumière intellectuelle violente» (PR, p.259) - et l'invective à l'égard des politiciens - «que la politique ait cessé d'être un sacerdoce, une fonction spirituelle ancestralement associée au prêtre et au militaire, puis qu'en lieu et place d'hommes pour la servir on ne trouve plus que des homoncules qui s'en servent, cela ne fait aucun doute» (PR, p.281).Ici se fait jour une bonne dose de ressentiment, ce qui est plutôt paradoxal pour un homme en quête d'édification de soi et qui prétend «œuvrer à la destruction de la rancune» (SC, p.139).À se demander si notre hédoniste n'est pas pris au piège de sa propre pensée qui promeut une réconciliation de la théorie et de la pratique - vivre sa pensée et penser sa vie - qu'il est incapable d'éprouver lui-même.D'où un ton acerbe souvent injustifié et un manque de distanciation vis-à-vis d'un ego indéniable.Malgré les réelles qualités littéraires dont ils font preuve dans leurs œuvres et leurs propos dissonants, les enfants terribles me fatiguent toujours un peu.\t0 Quelle est la place de la philosophie dans la vie quotidienne?Des étudiants des collèges et des Universités d'ici rencontreront en vidéoconférence leurs pairs de Lille (Pas-de-Calais) ainsi que des participants de divers milieux pour réfléchir a la question du rôle de la philosophie dans la vie quotidienne a partir de l'histoire de la pensée.Cet événement se tiendra le vendredi 30 octobre 1998 a 14h00, aux studios de télévision du Collège Édouard-Montpetit de Longueuil, et sera anime par deux spécialistes de l\u2019hellénisme, le professeur Louis-André Dorion de l'Université de Montréal, et Catherine Collobert, professeur invite a l'Université d'Ottawa.Six étudiants des universités de Lille participant a des programmes d'échange au Quebec cette année seront présents a ce débat de préouverture de la Semaine européenne de la Philosophie, qui se tiendra a Lille des 13 au 20 novembre 1998 et qui est organisée par le groupe Cité-philo.Cette rencontre intercontinentale se veut un lieu de contact privilégié avec la philosophie française contemporaine en lien avec l'histoire de la philosophie, à l'intérieur même de la cite et de ses débats les plus concrets.Un montage vidéo en sera tire et sera disponible a des fins pédagogiques.Pour toute information, veuillez communiquer avec l'organisatrice de l'événement, le professeur Ghyslaine Guertain du Collège Édouard-Montpetit, au 679-2630, poste 598.0 ¦v A raide! Le comité de rédaction du Bulletin est à la recherche de collaborateurs en vue de nourrir le Babillard, tenu jusqu\u2019ici par André Lacroix.Malheureusement, ce dernier fut récemment appelé à de plus hautes fonctions -et dispersées - et ne pourra plus assumer cette chronique.Nous recherchons une personne dévouée pour succéder à notre Babilleur - et non le remplacer.Nous aurons également besoin de toutes les bonnes volontés pour faire la chasse aux nouvelles.Si vous avez connaissance d\u2019une parution, d\u2019un événement ou de quelque information pertinente, veuillez nous en faire part par le moyen le plus commode aux coordonnées suivantes: Isabelle Rivard, Thibaud Sallé, Boîte vocale: 514 987 3000, 6712# SPQ, Case postale 1370, Place Bonaventure, Montréal, Qc, CDN, H5A 1H2 ASSEMBLÉE GÉNÉRALE SPÉCIALE Durant le colloque dont vous avez lu le programme dans ce numéro, le conseil d\u2019administration de la Société de philosophie du Québec tiendra une Assemblée générale spéciale, à laquelle vous êtes cordialement invités et absolument convoqués.Vous recevrez également une invitation par la poste.Il s\u2019agira d\u2019accepter, après discussion, et d\u2019entériner les nouveaux statuts de la SPQ.I.R. Société de philosophie du Québec Case postale #1370-Place Bonaventure Montréal (QC), Canada, H5A 1H2 I Formulaire d\u2019adhésion Une adhésion à la Société de philosophie du Québec vous donne droit à la revue Philosophiques (2 nos./an) et au Bulletin (4 nos./an).PHILOSOPHIE\tNouvelle adhésion Q T\tRenouvellement q Changement d\u2019adresse q (Remplir lisiblement ) Nom: Adresse postale: TéL résidence: TéL Travail: Télécopieur: Courriel: Institution: Fonction: Coordonnées no.de membre: S ta t u t s\tTa r i i's iontant du paiemeni \t\t\t Chèque ou mandat |~1 Carte Visa\tJoindre le chèque ou le mandat\t\t Numéro de carte Visa: 4\t.-\t-\tDate d\u2019exp.: \t\t\t |\tSignature :\t\t\tDate:\t| Veuillez adresser ce formulaire a/s du trésorier à l'adresse qui figure ci-dessus.Tarifs en vigueur jusqu\u2019au premier juillet 1999."]
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