Le monde ouvrier = The labor world, 1 janvier 1968, Janvier - Février
PRIX 53e Année • NO 1-2 JANVIER-FEVRIER 1968 Sommes-nous protégés?Le directeur des services sociaux de la FTQ est toujours très actif.Non seulement il s’occupe avec minutie de tous les cas désespérés d’accident du travail qui lui sont référés, mais il ne cesse pas de parcourir la province pour renseigner nos membres sur les droits et les avantages que leur confèrent les diverses lois gouvernementales.Publier une série de documents sur la loi des accidents du travail et sur les mécanismes de la sécurité industrielle est pour lui une façon toute naturelle de continuer son travail d’éducation.On trouvera en page 8 les deux premiers documents rédigés par Robert Lavoie.La guerre pauvreté est-elle déclarée ? LE MONDE OUVRIER • THE LABOUR WORLD 2 • JANVIER-FEVRIER 1968 ¦Ml Sus au bill C-186!.Un ancien philosophe grec disait que le mouvement se prouve en marchant.On peut dire que le mouvement syndical, lui, se prouve en luttant dans l’intérêt des travailleurs.Il n’y a rien comme une bonne lutte, de temps en temps, pour marquer la différence entre un mouvement et une institution.Si la FTQ a eu sa large part de luttes depuis sa fondation, dont Murdochville, la bataille du bill 54, la guérilla quotidienne avec la CSN, le Congrès du travail du Canada, par contre, n'a pas eu de grands combats à soutenir, à l’exception d'un affrontement majeur avec le gouvernement Smallwood, de Terre-Neuve, à l’occasion de la grève des bûcherons, il y a une dizaine d’années.C’est pourquoi, à notre avis, le bill C-186, taillé sur mesures par Jean Marchand pour déguiser la CSN en centrale syndicale canadienne, représente une occasion unique pour le CTC de se refaire des muscles à la mesure de son expansion des dernières années, de prendre surtout conscience de sa force politique.Enfin libéré de l’hypothèque IATSE, le CTC est désormais en mesure de faire, sur le bill C-186, une bataille de géant, de géant sorti de ce qu’on a appelé son “assoupissement”.Rien ne saurait mieux préparer notre centrale fédérale à son congrès du printemps prochain, à sa révolution structurale, à une véritable renaissance du syndicalisme canadien, qu’un affrontement avec le gouvernement d’Ottawa.Et il n’est pas exclu que, pour plusieurs syndicalistes, les dirigeants du CTC soient jugés d’après le leadership qu’ils auront donné à leurs troupes dans la guerre au bill C-186.Pour la FTQ, il y a risque que ce projet de loi, qui vise essentiellement à modifier les règles du jeu au Conseil canadien des relations ouvrières afin de favoriser le fractionnement des unités “nationales" de négociation, n’apparaisse que comme un épisode dans une lutte déjà vieille de trois ans.Il y a danger que nous nous laissions aller au repos du guerrier avant l’engagement décisif, avant la victoire finale qui ne peut être que le rappel du bill C-186 ou la défaite du gouvernement Pearson.Et pourtant, c’est nous qui avons décidé, dès le début de l’affaire Radio-Canada, que la CSN n’entraînerait pas de groupes de travailleurs québécois à l’emploi d’institutions fédérales dans l'aventure de la division syndicale, de l’affaiblissement économique, des grèves-suicides et des salaires “bien de chez nous”, c’est-à-dire, en toute probabilité, inférieurs.A trois reprises, — dont une dernière toute récente, — les employés québécois de Radio-Canada nous ont fait confiance et ont démontré que le fractionnement de l'unité pancanadiennc de négociation, ce n'était pas pour eux une question de vie ou de mort culturelle.Par leur adhésion majoritaire au Syndicat canadien de la télévision et au Syndicat canadien de la fonction publique (deux fois, mon père), ils ont montré à l’évidence, à l’encontre des prétentions des pêcheurs en eaux troubles et des créateurs de faux problèmes, que leur premier souci était de se donner un syndicat véritable, respectueux de leur identité nationale.Arriver avec un projet de loi aussi boiteux et aussi hypocrite que le bill C-186, au moment même où le CCRO est saisi d’une requête en accréditation soumise par le SCFP avec l’appui de 70 pour cent des employés québécois de Radio-Canada, c’est de la part du gouvernement Pearson-Marchand, un simple expédient politique destiné à apaiser en même temps la CSN et une poignée d’agitateurs séparatistes.L’ironie de l’affaire, c’est que la CSN n’entend pas se cantonner au Québec, d’une part, et que les séparatistes, d’autre part, ne veulent en définitive qu’une chose: rapatrier la totalité des compétences et institutions fédérales, dont Radio-Canada.Le bill C-186, c'est, encore une fois, — et une fois de trop, — une petite manoeuvre politique qui se fait sur le dos des travailleurs.C’est pourquoi il nous faut ou bien le tuer dans l’oeuf, ou bien abattre la vieille poule libérale fédérale qui nous a pondu cette monstruosité.Le Monde ouvrier Nous avons reçu au cours de l'année 1967 de nombreuses lettres protestant contre l'usage de la langue anglaise dans notre publication.Nous n'y avons pas répondu sur le champ croyant préférable de laisser passer la tempête et de rétablir ensuite les faits.On aura pu constater par ailleurs que le nombre de condensé en langue anglaise a diminué d'une façon anormale.Les membres affiliés à la FTQ sont dans une proportion supérieure à 80% de langue française.Le journal est donc conçu prioritairement en fonction d'eux.La justice élémentaire nous oblige par contre à donner un minimum de service aux membres de langue anglaise.D'où notre décision de publier des condensés des principaux articles en langue anglaise.Il serait certes préférable si les finances de la FTQ le permettaient de publier un journal spécial pour nos membres de langue anglaise.Tel n'est pas le cas.Il faudrait que les nationalistes qui protestent contre l'usage de l'anglais dans Le Monde ouvrier se demande s'ils ne confondent pas racisme et nationalisme.Dans l'édition de mars, nous rétablirons la portion de l'espace réservée à nos membres de langue anglaise selon le principe des condensés, mais selon un aménagement nouveau.La Rédaction.Symbole de la FTQ Kill that bill.An ancient Greek philosopher once said that the proof of movement is in the marching, it can be said the trade union movement is proven by combats waged in the interests of the workers.There is nothing like a good fight now and then to show the difference between movement and an institution.The QFL has had its share of fights since it was founded.Take Murdochville, for example.And the war on Bill 54 and the day-by-day guerilla action with the CNTU.The Canadian Labour Congress, on the other hand, has had no big conflicts to sustain except for that major confrontation with Newfoundland’s Smallwood Government over the loggers’ strike a dozen years ago.Wc therefore believe that Bill C-186, tailored to measure by Jean Marchand in a bid to disguise the CNTU as a Canadian union central, offers the CLC a unique opportunity.Now is the time for the CLC to flex its muscles to the full measure of its growth of recent years, and especially to show awareness of its political weight.Now that it has shed the IATSE burden, the CLC is in a position to hit Bill C-186 with the impact of a giant; a giant slow to anger but terrible when aroused.Nothing could better prepare our federal central for its springtime convention, its structural evolution, and a true renaissance of Canadian unionism, than a confrontation with the Ottawa government.There can be no overlooking the fact that in the view of many unionists, CLC chiefs could be judged on the leadership they give their troops in the war on Bill C-186.As far as the QFL is concerned, there is danger that this proposed law — aimed primarily at changing the rules before the Canada Labour Relations Board and thereby favouring the breakup of “national” bargaining units — is just another episode in a struggle already three years old.There can be no relaxing before the decisive engagement; before final victory that cannot be won except by the rescinding of Bill C-186 or the defeat of the Pearson Government.It was we who decided, at the outset of the Radio-Canada affair, that the CNTU wasn't going to lure groups of federally-employed Quebec workers into an adventure of divided unionism, economic cnfceblcmcnt, suicidal strikes, and what were called “our kind of wages” — the inferior kind, most likely.On three occasions — the last one just recently — the Quebec employees of Radio-Canada placed their confidence in us and showed that the splintering of Canada-wide bargaining units wasn’t a matter of cultural life and death to them.By their majority adherence to the Canadian Television Union and the Canadian Union of Public Employees (twice, no less) they made it clear, despite the pretexts of those fishing in trouble waters and conjuring up fake problems, that their main concern was to provide themselves with a union both genuine and respectful of their national identity.To come up with a proposed law as lame and hypocritical as C-186, at the very moment the CLRB is seized with a petition in accreditation from the CUPE (backed by 70 per cent of the Quebec employees of Radio-Canada) is a simple political expedient on the part of the Pearson-Marchand government to appease the CNTU and a handful of separatist agitators.And the irony of the whole piece is that the CNTU, on the one hand, has no intention of settling down in Quebec; whereas the separatists, for their part, have but one definite purpose in mind: to totally repatriate all federal jurisdictions and institutions, including Radio-Canada.Bill C-186, once again and once too often, is a piece of petty politics being essayed at the expense of the workers.That’s why we have to kill it before it hatches, or dispose of the old federal Liberal hen that laid the monstrosity.Fondé par Gustave Francq, on 1916 Organe officiel do la Fédération des travailleurs du Québec Foundod by Gustave Francq, in 1916 Official organ of the Quebec Federation of Labour Comité de rédaction Editorial Committee Noël Pérusse Directeur Director Gaétan Dufour Rédacteur en chef Editor in chief Louis Laberge Président do la FTQ President of QFL Gérard Rancourt Secrétaire général de la FTQ General Socrotary of QFL Adressez toutes communications à: Address ail correspondonco to: 3333 est, : boul.Métropolitain, Montréal 38 Tôl.: 725-5221 Composition MGM Inc.Impression Los Prosses Métropolitaines Rota Offsett Inc.Le Ministère des Postes, è Ottawa, a autorisé l'affranchissement on numéraire ot l'envoi comme objot do la deuxième classo do la présente publication JANVIER-FÉVRIER 1968 • 3 ¦ ÉMlll iü&v La Gaspésie en attente Les travailleurs de la Gaspésie nous excuserons certainement d'employer l'expression de Gérard Filion, ancien directeur du Devoir et actuel président de Marine Industries, pour parler de leur région.La Gaspésie, la pays des puces?Certes, lorsqu’on est une personnalité de longue date de la scène québécoise l'on peut se permettre certains excès de langage, surtout si l’on se contente d’observer de loin les efforts d’une région pour comprendre ses problèmes et essayer, collectivement d’y trouver une solution.De retour de Gaspésie, où j’ai assisté à la réunion officielle de la charte d’un nouveau conseil du travail, je garde deux images bien nettes des préoccupations de ces travailleurs.D’abord, un dynamisme assez marqué dans la participation aux discussions du Conseil: ensuite, un certain désenchantement face aux pouvoirs gouvernementaux qui ne se décident pas à mettre en application les recommandations du plan du BAF.Q qui résulte de quatre années de travail collectif entre une équipe de spécialistes et la population locale.Lorsqu'on se retrouve dans des régions excentriques (i.e.régions éloignées par rapport à Montréal et Québec), l'on est toujours étonne île voir avec quelles précisions les gens parlent de leurs problè-mesmes.Telles course de la route No X située à quelque 250 milles de la est une réalité importante.C est peut-être caricaturer un peu.Pourtant, cette course ou l'état des routes en général devient un problème aussi important que la construction du métro à Montréal surtout lorsqu’on parle depuis 5 ou I0 ans.D’autres réalités plus cruelles nous heurtent, comme les concessions de rivières, de lacs ou île forêts aux compagnies américaines de pâtes et papiers.Même s'ils sont conscients de la nécessité des investissements étrangers, les Gaspésiens, comme les citoyens d’autres régions du Québec s'expliquent mal qu’on accorde certains privilèges à ces mêmes compagnies sur des richesses naturelles de luxe comme la pêche au saumon et d’autres spécialités de la région.L'on sent bien, dans les propos des gens, qu'ils considèrent comme une insulte les privilèges de chasse et de pêche concédés aux compagnies étrangères.Lorsque les meilleures rivières sont concédées au "public relations men" de compagnies américaines pour les loisirs et le divertissement de leurs acheteurs, on a de quoi se sentir dépossédé d'un bien, surtout lorsqu'on en possède peu.Et si l’on braconne ensuite, c’est avec bonne conscience.Ces propos et d'autres nous ont laissé l'impression que la population de la Gaspésie a souffert et souffre encore d'une longue tradition de paternalisme, celui de l'état, de l’Eglise et du patronat.On n’est pas non plus sans re-mjarquer l'influence des quatre années d'animation du BAEQ.Les revendications sont précises, même si elles sont faites aec un humour très particulier aux Gaspésiens qui nous fait parfois nous demander s'ils sont sérieux ou s'ils blaguent.Le nouveau Conseil du travail a éé fondé en grande partie pour amener les travailleurs syndiqués au sein de la FTQ à participer à la réalisation du plan du BAEQ.Pourtant, la mise en marche du plan traîne.Chacun se renvoie la balle.Cette ambiance que nous n’avions pas prévue se prêtait mer- veilleusement au message de la I TQ que nous devions livrer aux membres du nouveau Conseil.Nous avons rappelé aux travailleurs de cette région le contexte capitaliste dans lequel s’exerce actuellement leur syndicalisme.Les structures syndicales ne sont-elles pas calquées en grande partie sur les structures même de la société capitaliste?Est-ce que le syndicalisme ne cherche pas actuellement à tirer du profit des compagnies une part de plus en plus grande Est-ce qu'on ne conteste pas les effets du syndicalisme, sans contester le capitalisme lui-même?Poser ces questions, c'était aussi, en même temps, soulever le problème de la politisation des syndicats.Faudra-t-il toujours se résoudre à élire des gouvernements qui représentent les intérêts du système capitaliste?Ces questions, posées en Gas-pésie où on a vécu quatre ans de recherches collectives, et où les pouvoirs gouvernementaux hésitent à se compromettre avec une population maintenant plus consciente.furent facilement comprises.Délibérément, nous n’avons pas donne de réponses à ces questions, parce qu'une grande partie des solutions doivent venir des syndicats de base, des leaders de base?Ces questions, croyons-nous, seront celles du syndicalisme en I968, 1969, 1970.'Si le syndicalisme québécois ne se les pose pas, il y a de grandes chances qu’il soit encore pour plusieurs années a la merci d’élites qui, hors de scs rangs, prétendent parler en son nom alors qu’ils ne sont, au fond, que les porte-paroles de leurs propres ambitions.GAETAN DUFOUR (Suite de la page 7) M.Knowles (NPD) Monsieur le président, j’espère de tout coeur que ceux qui étudieront la question prendront la peine de comparer le discours du ministre du Travail et celui du ministre de la Main-d’oeuvre et de l'Immigration.Je leur demande surtout de noter l’objet de cette mesure législative, tel que l’a expliqué tout d’abord le ministre du Travail et comme l'entend le ministre de la Main-d’oeuvre et de l'Immigration.D’après le ministre du Travail, les motifs seraient d'ordre administratif: travaux en retard et autres choses de ce genre.Lorsque mon collègue le député d'York-Sud a dit flairer un subterfuge, le ministre de la Main-d'oeuvre et de l'Immigration a précisé.Je pense encore qu’il aurait mieux valu que les ministres se consultent avant de parler, plutôt que de tenter après coup de rationaliser leurs propos.Dans son discours, le ministre du Travail a surtout voulu, semble-t-il.évoquer des difficultés administratives, une accumulation de travail et certains autres problèmes à résoudre.Le ministre de la Main-d'oeuvre et de l'Immigration, lui, nous a avoué que la mesure législative, selon lui, vise en général à modifier la représentation des travailleurs, en ce qui concerne le Conseil des relations ouvrières.Le grand défaut de cette mesure législative, c'est la malhonnêteté de sa rédaction.Le ministre de la Main-d'oeuvre et de l'Immigration veut avoir et le drap et l'argent.Ou bien la disposition d'appel et les sec- tions que le ministre du Travail propose d'établir accomplissent ce que veut le—Fninistre de la Main-d'oeuvre et de l'Immigration, c'est-à-dire corriger le déséquilibre, et alors le ministre du Travail nous induit en erreur, ou bien ils ne l'accomplissent pas, et alors c’est le ministre de la Main-d’oeuvre et de l'Immigration qui trompe ceux qui en souhaitent la rectification.Le ministre du Travail, à mon avis, a eu raison de proposer que la mesure soit déférée au comité du travail et de l'emploi plutôt que de lui faire subir la deuxième lecture, car nous pourrions alors convaincre le gouvernement je pense, de renoncer à son bill et d'en rédiger un autre.Si le but du projet de loi est celui dont parle le ministre de la Main-d'oeuvre et de l'Immigration, que la mesure soit rédigée de manière à en faire état.S'il y a une elle accumulation de travail qu'on ne pourrait en disposer en augmentant le nombre des audiences par mois, ou s’il y a lieu de nommer d'autres personnes au Conseil pour qu'elles y représentent d'autres groupes, augmentons alors l’effectif.Plus nous examinons cette proposition et plus le ministre tente de la justifier, plus cette mesure législative nous apparaît comme une vail, c'est d'en saisir le comité tant que le gouvernement n'est pas prêt à faire directement.Le mieux que nous puissions faire quant à la loi sur les relations industrielles et sur les enquêtes visant les différends du travail, c'est d’en saisir le comité tant que le gouvernement ne décidera pas de représenter une mesure législative convenablement rédigée ou jusqu'à la fin de la session.Je tiens à formuler un autre argument alors que nous discutons des modifications proposées par le ministre du Travail.Nous protestons amèrement et énergiquement contre l'exclusion de certains sujets par le ministre du Travail.Je lui rappelle qu'il y a quatre ans.en novembre 1963, son prédécesseur qui est aujourd'hui ministre de la Santé nationale et du Bien-être social, nous avait promis que la Chambre serait saisie le plus tôt possible des modifications nécessaires à la loi sur les relations industrielles et sur les enquêtes visant les différends du travail.Je lui rappelle aussi qu'il y a exactement deux ans, en novembre 1965, la Commission Freedman a exposé dans son rapport une philosophie toute nouvelle sur les droits des ouvriers quant à leurs emplois.Je n'ai pas besoin d'entrer dans le détail quant au rapport de la Commission Freedman.Il a reconnu principalement que le patronat avait certains droits, mais en ce qui concerne les modilications technologiques, le moins qu'on puisse faire serait de subordonner ces changements à des négociations avec les travailleurs.Le droit des travailleurs à leur emploi était clairement stipulé dans le rapport Freedman.Nous avons essayé de faire quelque chose au sujet de ce rapport, au moment où nous avons été saisis d'autres mesures législatives, mais que la chose se ferait en son temps Discours de W.Dodge, du CTC La fondation du Conseil du Travail de Chandler est importante à plus d’un point de vue.Il s'agit d’abord du 27e Conseil du I ravail que les travailleurs québécois se donnent, mais aussi •— et ceci mérite d’être souligné —- il est le premier à être fondé dans le territoire couvert par le plan du H.A.E.Q.Il existe au Canada, pour des raisons fort diverses, plusieurs régions qui ne bénéficient pas du développement de la prospérité nationae au même degré que l’ensemble du pays.La région où nous nous trouvons aujourd'hui est justement une de ces régions que les politiques économiques et sociales n'ont pas toujours favorisées, mais où une population vigilante a su attirer sur elle l'attention des gouvernements en vue île corriger cette situation.Historiquement, ces territoires moins fortement structurés du point de vue économique ont toujours constitué des zones vulnérables et plus sensibles à un raentissement économique.Ainsi, l'augmentation du chômage anticipée pour les mois à venir aura sans doute lies effets supérieurs dans ees régions.Si on se reporte à l'année 1961.où le taux île chômage canadien s'établissait à plus de 7% et le taux québécois à 9%, la région Bas-St-Laurent — Gaspésie connaissait un taux d’environ 20%.Il en est de même du côté du revenu per capita; en 1961, le revenu personnel par canadien se chiffrait à $1,564.tandis qu’au Québec il était de $1,383.et seulement de $7i6.dans la région.La restriction des dépenses gouvernementales, même si habituellement la majeure partie de ces dépenses n’est pas consentie dans les régions les moins favorisées, aura sûrement des effets sur l'économie de ces régions.Nous pensons particulièrement, en ce qui concerne la Gaspésie, à la réduction de la subvention accordée pour la construction de chalutiers d’acier.Cette subvention ne couvre plus que 35% du coût tut lieu de 50%.De même, la réduction des dépenses pour les projets-pilules de recyclage de main-d'oeuvre va sans doute toucher des régions comme la vôtre.En définitive, les récentes mesures proposées par le gouvernement ne tendent à corriger une situation de déséquilibre relatif qu’en tenant compte d'un seul côté de la médaille: tenter de raffermir le marché des capitaux, mais sans préoccupation de mieux répartir ce que l’ensemble des canadiens contribuent à produire.Heureusement toutefois, la population de cette région a en main un instrument susceptible d'amorcer un élan véritable vers une plus grande contribution à l'économie nationale et par le tait même vers une amélioration île son statut global.Nous voulons parler du plan de développement du M.A.K.Q.à la préparation duquel vous avez d’ailleurs vous-même contribué.Mais encore faut-il que ces nombreux programmes se traduisent, et le plus rapidement possible, pailles actions concrètes, sinon les gouvernements impliqués devront porter la lourde responsabilité d’avoir invité toute une population a faire un grand pas d'elle-niéine dans la voie du progrès, sans par la suite avoir apporté leur propre contribution.La fondation du Conseil du I ravail de Chandler s'avère à ce stade-ci de l'évolution de la région un phénomène très important.C e conseil du Travail assure d’abord une première structuration des travailleurs affiliés au C.T.C.de façon à faciliter leur participation au développement socio-économique de la région.1: v —v-u;: / 13?sa \ .¦ Lit-”- c- - ib u on nous a renvoyés en nous disant et concernait d'ailleurs la loi sur les relations industrielles et sur les enquêtes visant les différends du travail.Deux ans se sont écoulés depuis le rapport Freedman et quatre ans depuis que le ministre de la Santé nationale et du Bien-être socal, alors qu'il détenait un autre porte-feuille, nous a promis que cette loi serait modifiée et on nous fait les propositions inutiles dont il a été question aujourd'hui.Entre-temps les autres problèmes sont devenus plus urgents.Il y a quelques jours à peine, mon collègue, le député de Winnipeg-Nord, demandait ce qu'allaient devenir dans la ville de Winnipeg et ailleurs, une catégorie d’employés qualifiés, les télégraphistes de chemin de fer qui sont mis à pied à la suite des changements technologiques.La question de mon collègue menait à celle-ci: le gouvernement compte-t-il proposer sous peu une mesure législative visant à donner suite aux recommandations de la Commission Freedman?La question a été posée le 27 novembre et parait à la page 4716 du hansard.Le ministre a répondu: Monsieur l'Orateur, la présentation d'aucune mesure législative n'est envisagée, au cours de la présente session, pour donner suite à pareilles recommandations.On a posé aujourd'hui des questions sur les mises à pieds par le Pacifique-Canadien qui doivent avoir lieu entre Noël et le jour de l'An.Le chef de mon parti a aussi fait allusion à la question de savoir si ces mises à pied, tombant entre Noël et le jour de l'An, vont affecter le droit au salaire de ces hommes pour le jour de Noël, le lendemain de Noël et le premier de Tan.Nul doute que les mises à pied d'employés des chemins de fer aux ateliers Weston de Winnipeg, à ceux d'Ogden.à Calgary, aux ateliers Angus à Montréal, à Fort-William et ailleurs, sont dues en partie à l'automatisation et à l'évolution technologique.La chose primordiale qui s'impose, en ce qui concerne la loi sur les relations industrielles et sur les enquêtes visant les dillérends de travail, c'est la nécessité d'y inclure des dispositions s'apparentant aux recommandations du rapport de la Commission Freedman.Pourtant, bien qu'on nous répète depuis quatre ans que cette loi sera modifiée et que le rapport Freedman soit publié depuis deux ans déjà, nous n’obtenons toujours rien du ministre ni du gouvernement au sujet de cette importante question.C'est pourquoi je suis d'accord avec ceux qui regrettent qu’on nous ait présenté en ce moment cette mesure législative.Si on l'adoptait sous sa forme actuelle, loin de remplir les espoirs du député de Notre-Dame-de-Grâce et de certains autres, elle rendrait impossibles le travail du Conseil canadien des relations ouvrières et les résultats assez satisfaisants du travail de certification accompli par le Conseil.Finalement, tous ces changements ne donneront rien de bon et nuiront aux relations ouvrières dans notre pays.1 4 • JANVIER-FEVRIER 1968 LE MONDE OUVRIER • THE LABOUR WORLD la f bq partout Gain de la FTQ sur la CSN La Fédération des travailleurs du Québec annonce qu’un de ses affilies, le syndicat international des Travailleurs unis du ciment, de la chaux et du gypse, a obtenu gain de cause, devant la commission des relations de travail du Québec, dans un conflit intersyndical l’opposant à la CSN.Le porte-parole du syndicat, M.John Lima, fait savoir que la CRT a rejeté la requête en accréditation de la centrale rivale en refusant le fractionnement de l’imité de négociation et en contestant en même temps le caractère majoritaire de la CSN au sein de l’unité de négociation qu’elle voulait se faire tailler sur mesures.Cette décision met fin à une campagne de maraudage de plusieurs mois visant a détourner de leur allégeance syndicale 2,000 employés de Miron Liée.La compagnie emploie en outre quelque 1,500 travailleurs préposés à la construction.Jacques-V.Morin à PUNESCO Le responsable du service d’éducation du SCFP au Québec, qui est aussi membre du comité-d’éducation de la FT, notre camarade Jacques-Victor Morin, ("Jacques Vé” comme nous l’appelons dans l’intimité) permutera à la Commission Canadienne pour l’UNESCO le 1er janvier, en qualité de Secrétaire général associé de cet important organisme.Voici le message qu’il nous demande de transmettre aux lecteurs du Monde Ouvrier: Chers Camarades, Permettez-moi d’abord de remercier personnellement chacune et chacun de ceux dont le précieux concours à rendu possible la réalisation de notre programme d’éducation ouvrière, dont nous ne saurions sous-estimer l'importance.Je l’ai souvent dit et je le répète: un syndicalisme qui ne se soucierait pas d'éduquer ses adhérents et de susciter leur participation à la vie syndicale et à la vie communautaire, manquerait à sa mission sociale.Je n’ai pas à vous rappeler non plus les dimensions mondiales de la fraternité ouvrière, de son oeuvre émancipatrice, face aux problèmes du colonialisme, des impérialismes, de la faim, de la maladie, et de la guerre, à travers le monde.Vous savez que cet aspect de notre action m’a toujours intéressé.C’est pourquoi j’ai accepté avec enthousiasme les missions que m’a confiées le Bureau International du Travail (BIT) en Afrique et en Asie en 1962 et en 1966.C’est dans le même esprit que j’accepte aujourd’hui de travailler auprès d’une autre institution spécialisée de l’ONU: l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science, et la Culture (UNESCO).Ma nouvelle tâche constitue en quelque sorte un prolongement de l’oeuvre d’éducation populaire à laquelle je me consacre depuis plusieurs années.Ce n’est pas sans une grande nostalgie que je quitte le syndicalisme après y avoir milité pendant seize années, au cours desquelles j’y ai exercé tour à tour les rôles de coordonnateur, d’organisateur, de négociateur, d’agent d’affaires, de re-lationiste, et d’éducateur, notamment à l’ancienne Fédération des Unions Unis des Salaisons et autres Denrées Alimentaires (UPWA), puis à l’UNESP devenue le SCFP.Mes vieux camarades et moi avons connu des luttes dures mais exaltantes au cours desquelles le mouvement syndical a joué un rôle de premier plan dans l’évolution du Québec.Il va sans dire que dans l’exercice de mes nouvelles fonctions, je serai enchanté de participer aux programmes d'éducation syndicale chaque fois que l’occasion s’offrira.Je ne vous dis donc pas adieu, mais: au revoir! Bien fraternellement, JACQUES-VICTOR MORIN.Montréal, décembre 1967.7-UP — 7 mois de grève Le directeur québécois des travailleurs unis des brasseries, M.Roland Goedike, fait savoir qu’après plus de sept mois de grève et une septième décision favorable au syndicat des grévistes, de la part de la Commission des relations de travail du Québec, la compagnie Seven-Up de Montréal continue de refuser de négocier une première convention de travail.Le porte-parole syndical rappelle qu’à la suite de la dernière décision de la CRT déboutant le District 50, des Mineurs unis d’Amérique .indépendant), de scs requêtes en accréditation et en révision de l’effectif du syndicat des grévistes, l’employeur avait été invité à entreprendre la négociation d’une première convention collective.Or, dit-il les Travailleurs unis des brasseries ont reçu un télégramme des procureurs de la Seven-Up prétendant que l’avis de demande de négocier du syndicat était illégal et que, par conséquent, l’employeur n’était pas obligé d’"assister’’ à la rencontre convoquée pour mardi dernier."C’est ainsi, déclare M.Goedike, qu’un syndicat officiellement accrédité depuis septembre 1964, qu'un syndicat majoritaire qui s’est constamment soumis depuis plus de trois ans à l'esprit comme à la lettre du code du travail, qu’un syndicat dont la grève est entrée la semaine dernière dans son huitième mois, n'a encore jamais eu à ce jour l’occasion de négocier de bonne foi avec l’employeur une première convention collective de travail.Et pourtant, la Seven-Up ne peut même plus, depuis la récente décision de la CRT, invoquer ses obligations contractuelles avec le District 50, qui n’a aucune existence juridique, et pour lesquelles relations contractuelles elle a déjà été mise à l’amende.” à** BOUT UNI ou FILTRE CIGARETTES EXPORT Lutte au Bill C-186 Tous les députés fédéraux du Québec auront été rencontrés au moins une fois par un officier de la FTQ.Ces rencontres amicales avaient pour but de renseigner les députés sur la position adoptéo par la FTQ et ses affiliés face au projet de loi devant modifier la loi des relations industrielles au Canada Sur notre photo nous apercevons le président de la FTQ M Louis Laberge et lo député de Richelieu-Verchôrs.M.Jacques Tremblay w ¦ ^ PHOTOGRAPHE SYNDICAL • 1* DEPUIS 1945 A © FEDERAL PHOTOS 1201, RUE GUY - 932-7438 Le légalisme de la CRT QUEBEC — Dans son mémoire cconsacré à la liberté d’association, la Fédération des travailleurs du Québec dénonce vigoureusement ce qu’elle appelle le légalisme, le formalisme et l’inefficacité interne de la Commission des relations de travail.La FTQ s’en prend surtout au fait qu’en dépit du nombre des commissaires, la CRT s’enlise dans son travail parce qu’au lieu d’agir comme membres d’une commission administrative, dans le cadre d’un droit administratif, "les savants juges de la CRT ont tendance à agir comme dans les tribunaux de droit civil".Le mémoire de la centrale syndicale déclare qu’une "bonne partie de la lenteur et de l’impuissance de la CRT provient de ce que, pour elle, tout est litige, et que son rôle est de trancher des litiges plutôt que d’administrer une loi”.C’est pourquoi la FTQ demande au législateur de modifier le Code du travail de manière à bien indiquer "que les procédures et décisions de la CRT doivent être guidées dabord par l’équité et la bonne conscience".Les auteurs du mémoire s’autorisent d'ailleurs de leur expérience malheureusement à la CRT pour s’opposer à la création de tribunaux du travail destinés à statuer sur les griefs découlant de l’application de la convention collective, et sur les congédiements pour activité syndicale.Selon eux, l'institution d’un tel appareil judiciaire "serait malsaine en principe et irait à l’encontre des intérêts des travailleurs, parce qu’elle constituerait une invitation ouverte à un légalisme et à un formalisme encore pires que ce que nous connaissons présentement".Le Monde ouvrier a lu pour vous “The Labor Revolution" par Gus Tyler The Viking Press, New York A conseiller aux syndicalistes momentanément déprimés, mais sans effet durable sur ceux qui doutent de l’orientation — ou du manque d’orientation — du syndicalisme, et qui voudraient le voir procéder à une remise en question en profondeur." I he Labor Revolution", de Gus Tyler, haut fonctionnaire de l’Union des ouvriers du vêtement pour dames, a son utilité au moment où le syndicalisme est en butte aux critiques souvent injustes d’amoureux déçus ou d’intellectuels qui aimeraient le diriger de l'extérieur.C'est une oeuvre essentiellement apologétique, une défense et illustration du syndicalisme tel qu’il existe présentement et tel que l'auteur le prévoit en vertu du déterminisme de la transformation de la main-d’oeuvre.Sans appartenir, il s’en faut, au genre romanesque, "The Labor Revolution" se classe un peu trop aisément, néanmoins, dans la série rose.L'optimisme de Tyler sent un peu la commande et apparaît, à cet égard, aussi suspect que le pessimisme officiel de la gauche hypercritique avec laquelle l’auteur croise manifestement le fer.Il me semble que, pour un "révolutionnaire" du syndicalisme, Tylcr escamote un peu trop allègrement le problème de l'automation et la notion d’un revenu garanti.Mais, il n'est pas seul à prévoir l’avenir à la lumière d’un présent déjà périmé.Noël Pérusse.Montréal, 3 janvier 1968.Monsieur le directeur, Je tiens à vous féliciter pour votre journal Le Monde ouvrier.Vous dites que le monde est pas très bien renseigné dans le Monde ouvrier; c’est vrai, car moi-même qui est vice-président d’un syndicat d’unité qui est l'Union Internationale des Travailleurs en Boulangerie et en Confiserie d’Amérique — local 333 — je lisais dans votre journal du 4 décembre 1967 au sujet de M.Germain Brosseau qui est l’agent d’affaires de mon local.Je suis d’accord au sujet de ce qu’il a fait publier au sujet de Canada Dominion Sugar qui est un très beau contrat; ce dont je ne suis pas d’accord, c’est que nous avons un bon représentant dans mon local qui est le secrétaire-trésorier M.Marcel Raymond et qu’on en parle pas souvent dans votre journal Le Monde ouvrier.Là vous verrez ce que c’est un vrai syndicaliste comme je le connais.Demandez-lui donc les conventions collectives qu'il a négociées avec les compagnies lesquelles il représente.Je crois qu’il vous en donnera des nouvelles car j’espère que dans votre journal du mois de janvier 1968 je pourrai lire un petit article à ce sujet-là.C’est à peu près comme la politique quand on voit qu’il y en a un qui est bon.Je ne tiens pas à mentionner personne, mais si vous êtes de mon avis, s’il y en a un qui n’est pas bon du tout et qui a du "pushing", celui-là on en parle dans tous les journaux.C’est avec ça que je ne suis pas d’accord du tout, même chose sur le côté syndical.Car M.Raymond a négocié le dernier contrat à l’usine où je travaille et j'ai eu de très bons résultats et j’en suis fier d’avoir un vrai syndicaliste pour le Monde ouvrier.Donc je vous remercie et sans rancune, Merci.AIME LELACHEUR, vice-président d’unité du local 333.Schefferville, 9/1/68.Monsieur, Auriez-vous lobligcancc de rectifier le nom de YVON H AMELIN pour YVON LEMELIN — comme signataire d’un article — que vous avez présenté dans la section courrier du mois de décembre.Car je ne voudrais pas pour aucune considération que quelqu’un d'autre porte les conséquences de mes écrits.Bien à vous, YVON LEMELIN.C.P.964, Schefferville, P.Q.Cher Monsieur, Le Conseil de la Cité des Sept-Iles a [»ris connaissance de la livraison de décembre 1967 du "Monde Ouvrier".C’est à l’unanimité que Son Honneur le Maire Donald Gallicnnc et Messieurs les Echcvins désirent vous offrir leurs félicitations les plu chaleureuses pour la publicité faite à Scpt-Iles et à la Côte-Nord en général, puisqu'une portion considérable des textes s’y rapporte.Dans la conjoncture actuelle, la publicité de ce genre est indispensable à notre coin de pays et l'initiative que vous avez prise ne peut que vous méritez les éloges de toute notre population.Veuillez donc recevoir l’expression de notre gratitude et l’expression de nos sentiments les meilleurs.Bien à vous, George Bélanger, Greffier de la Cité. LE CODE CANADIEN DU TRAVAIL SÉCURITÉ) Par voie de proclamation, le nouveau Code canadien du travail (Sécurité) entrera en vigueur le 1er janvier 1968.Cette première loi générale sur la sécurité à avoir été adoptée par le Parlement oblige tous les employeurs et travailleurs des industries relevant de l’autorité du gouvernement fédéral à observer des normes appropriées de sécurité et d’hygiène.LES CARACTÉRISTIQUES DE LA LOI îfî Son champ d’application est vaste et elle prévoit tous les éléments d’un programme complet de sécurité du travail.îfc Elle vient s’ajouter aux autres lois du domaine de la sécurité du travail.îjî Son règlement d’application sera établi après consultation avec l’industrie, les syndicats et autres milieux.* Elle prévoit des recherches de base sur les causes des accidents et sur les moyens de les prévenir, de même qu’un programme continu d’éducation en matière de sécurité.* Elle prévoit des services d’inspection et un mode d’application.QUI EST CONCERNÉ?En général, cette loi s’applique aux employeurs et aux employés dans les ouvrages, entreprises ou affaires de caractère interprovincial, national ou international et à certaines autres entreprises que le Parlement du Canada déclare être à l’avantage général du Canada.Les personnes visées par le Code sont à peu près les mêmes que dans le cas du Code canadien du travail (Normes) et des autres lois du travail adoptées par le gouvernement fédéral.Pour obtenir de plus amples renseignements sur le Code canadien du travail (Sécurité), on voudra bien communiquer avec la DIRECTION DE LA PRÉVENTION DES ACCIDENTS ET DE L’INDEMNISATION MINISTÈRE DU TRAVAIL DU CANADA, OTTAWA 4.MINISTÈRE DU TRAVAIL DU CANADA L’HONORABLE JOHN R.NICHOLSON, M.GEORGE V.HAYTIIORNE, ministre sous-ministre 9442LPA(F) 6 • JANVIER 1968 LE MONDE OUVRIER • THE LABOUR WORLD La guerre au Bill C-186 Vous n'aimez pas les textes longs.Nous non plus.Nous publions tout de même aujourd’hui de longs extraits du Comité de la Chambre des Communes qui a commencé l’étude du Bill C-186.Ces extraits vous aideront à vous faire une idée objective de la valeur et de la portée de ce Bill qui vise à transformer la loi sur les relations industrielles.LA LOI SUR LES RELATIONS INDUSTRIELLES ET SUR LES ENQUETES VISANT LES DIFFERENDS DU TRAVAIL LES POUVOIRS DU CONSEIL, LA CREATION D'UNE SECTION D'APPEL.ETC.L'hon.J.R.Nicholson (ministre du Travail) propose que la Chambre se forme en comité pour étudier le projet de résolution suivant: La Chambre décide qu’il est opportun de présenter une mesure L’hon.J.R.Nicholson Monsieur le président, les amendements proposés dans le projet de résolution tiennent compte de la réalité et de la force des changements très importants qui sont en cours dans le monde des relations industrielles au Canada.Les amendements visent à préciser les pouvoirs du Conseil canadien des relations ouvrières et à lui faciliter le travail, à la lumière des changements d'importance susmentionnés.La plupart des députés savent que la loi sur les relations industrielles et sur les enquêtes visant les différends du travail, désignée généralemen en anglais sous le nom de loi I.R.D.I., est entrée en vigueur le 1er septembre 1948.Elle en est maintenant dans sa vingtième année, sans avoir subi aucune modification.Le Conseil canadien des relations du travail a été institué à la date de mise en vigueur de la mesure législative, le 1er septembre 1948, et II devrait remplacer, si je puis dire, le Conseil des relations du travail en temps de guerre, qui a accompli un si magnifique travail au Canada durant la guerre et les années importantes qui l'ont suivie.Ce conseil applique les dispositions de la loi concernant l'accréditation des unités de négociation et, comme ce travail prend assez de temps, je mentionne aussi la M.Starr (Conservateur) le ministre a dit que la loi sur les relations industrielles et sur les enquêtes visant les différends du travail n'a pas été amendée ou modifiée depuis son origine en 1948.Cela prouve que c'était une bonne loi du moins en ce qui concerne les intéressés, car il n'y a pas eu besoin d'amendements.Le ministre évidemment ne propose pas de changement à la loi elle-même, sauf en ce qui concerne le Conseil canadien des relations ouvrières.Cette loi comporte une application différente à l'égard du Conseil canadien des relations ouvrières.Il a fait état du grand nombre de demandes mais, à ma connaissance, le Conseil ne s’en est jamais plaint.Les membres du Conseil qui représentent le patronat et les syn- modiliant la loi sur les relations industrielles et sur les enquêtes visant les dillérends du travail en vue de préciser certains pouvoirs du Conseil, de prévoir la nomination de deux vice-présidents au lieu d'un, de prévoir la création d'une section d'appel du Conseil et d'apporter en outre certains changements relatits à l'application de la loi.(La motion est adoptée et la Chambre se forme en comité, sous la présidence de M.Batten.) révocation des accréditations, ainsi que la remise à l'étude de décisions antérieures.Il s'occupe aussi de rédiger les dispositions, à inclure dans les ententes collectives, sur la façon de procéder pour le règlement définitif des différends, quant à la signification ou la violation de ces ententes.Il est aussi chargé d'enquêter sur les plaintes, soumises par le ministre du Travail, que l'une ou l'autre partie n'ont pas réussi à discuter collectivement en toute bonne foi.Le Conseil est formé d'un président, d'un vice-président et de huit membres, dont quatre représentent les employés et quatre les employeurs.Le président actuel pos- dicats ouvriers sont toujours recommandés par leurs commettants respectifs.Il y a eu peu de changements dans le personnel, au cours des années, sans doute en raison de l'excellent travail accompli par le Conseil.La nomination de représentants a toujours été un sujet de rivalité entre les candidats à l'accréditation et le sera toujours, peu importent le conseil ou la commission qui président à la nomination.Dans tous les cas, c’est une question de jugement.Autrefois, l’usage voulait que les organismes importants comme l’Association des manufacturiers canadiens, les jeunes Chambres de commerce, le Congrès du travail du Canada, les syndicats de cheminots et la CSN, d'après le nombre de leurs membres, soient représentés à ce Conseil et à d'autres.Voilà sède une vaste expérience dans ce domaine.Avant d'accéder à la présidence, en 1964, il avait été sous-ministre du Travail et vice-président Conseil est un haut fonctionnaire, directeur adjoint des enquêtes et des recherches au ministère du Registraire général.Le vice-président ne participe pas aux travaux du Conseil lorsque le président est disponible.Il préside les séances seulement en l'absence du président.Durant ces vingt années, le Conseil a rendu des services inestimables aux Canadiens.Il s'ingéniait, pour ainsi dire, à donner suite aux dispositions de la loi et à juger du bien-fondé de chaque cas.Au cours de ces vingt ans, l’accroissement des conventions collectives a considérablement augmenté le travail du Conseil canadien des relations ouvrières.Le vice-président du du Conseil.Quelques chiffres ici vont vous le prouver.Au cours de la période antérieure à 1966, la moyenne des demandes examinées chaque année par le Conseil était d'une centaine environ.Ces deux dernières années, la moyenne dépassait 140 par année, soit une augmentation de près de 40 ou 50 p.100.En outre, et j'insiste là-dessus, les rivalités entre syndicats ouvriers ont exercé de plus en plus de pressions sur le Conseil.Les modifications prévues dans cette résolution visent à aider le Conseil à s'adapter à ces innova- pourquoi je veux savoir quelle nouvelle circonstance rend nécessaire l'adoption de ces modifications radicales.Le ministre a déclaré que les modifications ont pour but premier d’élucider certains pouvoirs.A l'époque où j'étais ministre du Travail, jamais quelqu'un, même les membres du Conseil, ne m'a-t-il pressenti parce qu'il estimait néces-cessaire d'élucider les pouvoirs du Conseil.A moins de circonstances imprévues depuis 1963, qui rendent la chose nécessaire, je ne vois aucune raison apparente pour le faire maintenant.Voici l'une des choses que nous voulons savoir.Les membres du Conseil canadien des relations ouvrières ont-ils prié le ministre d’apporter ces modifications a tin d'élucider leurs pouvoirs?A l'heure actuelle, le Conseil ne compte qu'un seul vice-présidenl, tions.Je crois devoir dire à ce stade qu'on ne propose aucun changement de la représentation au sein du Conseil comme les trois représentants du CTC et ses affiliés, et un représentant de la CSN.Si la résolution et le bill qui en découlent sont acceptés, le Conseil continuera de représenter également les intérêts des employeurs et des employés.Les modifcations, toutefois, proposent de nouveaux éléments.D'abord, elles visent à rendre précises les dispositions de la loi touchant le caractère de groupes de négociations.Elles traitent également de la nature des syndicats intéressés aux demandes d'accréditation ou de négociation.On propose également de nommer deux vice-présidents au lieu d'un comme le prévoit la loi actuelle el.d'accorder au Conseil le pouvoir de constituer des sections.Avec l'accroissement du travail dont j'ai parlé, l'opportunité de demander aux membres du Conseil de siéger en comités, comme le font tant de nos tribunaux, saute aux yeux.A l'occasion, il se présente toute une série d'appels.Malheureusement, ces appels peuvent surgir simultanément.Si l'un a trait à un problème qui se pose en Ontario, un autre, à un problème qui se pose en Colombie-Britannique, ou dans les provinces atlantiques, ou encore à un problème particulier à la région des Prairies, et qu’un autre touche la province de Québec, il serait certes souhaitable que les membres du Conseil siègent en comités, comme le font à l’occasion les juges de la Cour suprême du Canada, et les juges des cours d'appel provinciales lorsqu'elles siègent en Cour de division.Voilà une raison pour laquelle il est souhaitable que nous ayons deux vice-présidents au lieu d’un.La situation sera plus claire quand le bill lui-même sera présenté à la Chambre, mais j'ose espérer que s'il y avait trois représentants du CTC contre un seul de la CSN on pourrait établir une règle afin d'équilibrer la représentation; autrement dit, le comité pourrait compter un représentant de chaque groupe, compte tenu du qui assure la direction en l’absence du président.Il ne s'est jamais posé de difficultés à cet égard, mais je vois maintenant qu’il y aura deux vice-présidents.Je suppose qu’ils joueront à pile ou face pour déterminer qui remplacera le président, en l’absence de ce dernier.Le Conseil compte à l’heure actuelle une section d'appel composée de huit membres et d'un président, section représentative de tous les principaux syndicats et employeurs du Canada.Si un requérant n'obtient pas l'accréditation il aura le droit de s'adresser à la nouvelle section d'appel.On constatera, j'en suis sûr, que toutes les décisions du CCRO feront l'objet d’un appel.Il y a toujours un perdant dans une demande d'accréditation.Ces appels seront soumis à problème à l'étude.Je le répète, il est non seulement souhaitable de permettre au Conseil de siéger en comités afin que trois questions différentes ou plus puissent être examinées en même temps, mais aussi afin qu'un comité puisse siéger dans les Maritimes, un autre à Ottawa, un troisième dans l'Ouest et même un quatrième quelque part au Québec.Ainsi le travail pourrait se faire plus rapidement.En plus, on veut établir une section d’appel du Conseil.Cette section s'occupera uniquement d'appels des décisions déterminant la convenance de l'agent négociateur, lorsqu'un employeur lait des affaires dans plus d'un établissement ou dans plus d'une règon géographique au Canada.Si le Conseil au complet siégeait comme jury, la section d’appel pourrait être saisie de la requête.Il peut y avoir divers genres d’appels.Dès que les exemplaires du bill auront été distribués, on saura en quoi consiste le tribunal d'appel prévu ici.Le bill se propose de nommer deux autres personnes qui représenteront les intérêts du public si je puis m'exprimer ainsi.Ils seront membres du Conseil, mais simplement de la section d'appel.Ils seront nommés en qualité de représentants du grand public.Le gouvernement a l'intention de choisir ces deux représentants de l’intérêt public en fonction de leur compétence manifeste, de leur réputation dans le domaine des relations industrielles au Canada et de leur impartialité vis-à-vis du salariat et du patronat.Je pourrais ajouter que c’est la méthode suivie aux Etats-Unis en ce qui concerne leur Conseil.C'est exactement la façon dont le gouvernement a procédé lors de l'établissement d'un tribunal d'arbitrage de la fonction publique.En consultant l'article 60 de cette loi, on se rend compte que ces membres ne doivent pas nécessairement faire partie des grands or ganismes ouvriers ni de la Chambre du commerce ou l'Association des manufacturiers canadiens.deux membres étrangers au Conseil.Ce seront vraisemblablement des gens qui n'ont jamais fait partie auparavant du CCRO.Je persiste à croire qu'on en appellera de presque toutes les décisions du Conseil.Selon moi, c'est une erreur.Le plus grand syndicat ouvrier du Canada est le Congrès du Travail du Canada et le gouvernement le consulte au sujet de la présentation au sein de tous ces conseils.A ma connaissance, le CTC n'a jamais encore critiqué le CCRO ni n'a réclamé le genre de modifications que le gouvernement a l'intention d'apporter à la loi sur les relations industrielles et sur les enquêtes visant les différends du travail.Au comité, nous saurons ce que pense le CTC.M.Lewis (NPD) Monsieur le président, dans ce cas particulier, plus encore, peut-être, que dans beaucoup d'autres, il est difficile de discuter de la résolution sans avoir les détails du bill.Il m'a pourtant paru clair, en écoutant le ministre, que le gouvernement cédait à un subterluge pour taire quelque chose qu'il n’a ni le courage ni l'audace de faire ouvertement et sans détours.Des ^réclamations légitimes ont peut-être été présentées par certaines organisations.Personnellement, je ne les connais pas, mais il peut y en avoir.Si le gouvernement est d’avis qu'elles sont légitimes, il devrait, d'accord avec le ministre présenter des modifications à la loi qui le reconnaissent loyalement et ne pas se laisser aller à des subterfuges ou à des procédés moins qu'honnêtes en présentant cette résolution et ce bill au Parlement.Le ministre dit que quelque chose cloche chez les représentants des membres du Conseil.Nous lui disons d'abord, respectueusement et charitablement, qu'il devrait être un peu plus exact.Lorsque le Conseil fut établi, il groupait des représentants du Congrès des métiers et du travail du Canada, du Congrès canadien du travail, des syndicats de cheminots et de l'organisme qui a précédé l'actuelle CSN.A cette époque, c’étaient encore les Syndicats catholiques du Canada.Ces quatre organismes étaient donc représentés.De toute façon, monsieur le président, si le ministre et le gouverne- ment ont le courage d'entreprendre ce qu'ils comptent apparamment faire — dont je n'ai pas, toutefois, une idée bien nette — je me permets de leur signaler que le bill ne précise nullement d'ou viendront les représentants.Il y est simplement dit que le Conseil se composera d'un président et d'au plus huit autres membres, quatre représentants des employés et quatre représentants des employeurs.Aux termes de ce document législatif, la représentation peut être modifiée, si le gouvernement l'estime nécessaire.N'osant pas le faire, toutefois, le gouvernement propose l'établissement de sections pour assurer la représentation qui lui semble requise dans des cas particuliers.Ainsi, le ministre fera naître au sein du Conseil même la rivalité dont il déplore l'existence au sein du mouvement syndical.Si cela n'enlève pas toute possibilité d'impartialité de la part du Conseil, je me demande bien ce qui pourrait le faire.Que propose le ministre maintenant?Que les membres du Conseil qui représentent le CTC restent toujours partisans du CTC, que les membres du Conseil qui représentent les syndicats de cheminots restent fidèles à cet organisme et que les membres du Conseil représentant la CSN surveillent constamment les intérêts de la CSN, quels que soient les faits de la situation et les principes en cause.Si je comprends bien le ministre, il cherche de propos délibéré à détruire toute possibilité d'impartialité et d’objectivité de la part des membres du Conseil.Ensuite, le ministre déclare qu'il veut définir de façon très claire les unités appropriées de négociation.Permettez-moi de lui rappeler encore une fois que la définition actuelle est très vaste.Une "unité" signifie un groupe d’employés, et "une unité habile à négocier collectivement" signifie une unité compétente pour ces fins, que ce soit une unité syndicale, une unité de métier, une unité technique, une unité d'usine ou toute autre unité, et que les travailleurs qui s'y trouvent soient ou non employés par un ou plusieurs patrons.Quand le ministre dit vou loir éclaircir la définition, j'imagine qu'il veut plutôt rendre l’article équivoque et y Insérer une restriction qui liera les mains du Consei: des relations ouvrières.(Suite à la page 7) LE MONDE OUVRIER • THE LABOUR WORLD JANVIER 1968 • 7 Le ministre a mentionné l'établissement de sections.Je ne comprends pas ses projets, car je connais la loi assez bien, ainsi que les règlements.Je lui rappelle qu'au-jourd hui un article de la loi permet au Conseil d'autoriser toute personne ou commission à exercer ou accomplir la totalité ou quelque partie de ses pouvoirs ou fonctions que prévoit la présente loi relativement à toute matière particulière.Le Conseil a toujours veillé à ce qu'un enquêteur étudie la liste des membres de l'organisme qui demande l'accréditation.Je rappelle aussi au ministre que, selon les règlements découlant de la loi, le quorum du Conseil peut n’être que de trois personnes: le président, ou le vice-président et deux membres représentant respectivement l’une ou l’autre des parties.Je le répète, je ne puis m'empêcher de croire que les sections n'aideront pas le Conseil à faire son travail.Comme certains d'entre nous le savent, dont le député d'Ontario et d’autres, le Conseil canadien des relations ouvrières n'a pas siégé plus de deux jours par mois depuis bien des années.Ce n'est que très exceptionnellement qu'il siège plus souvent.A ma connaissance, il n'a pas de travail en retard, et s’il en avait beaucoup, il n'aurait qu'à se réunir une fois de plus par mois.D'après les paroles du ministre ou de nos renseignements au sujet du fonctionnement du Conseil, nous ne voyons rien qui justifierait l'établissement de sections, ce qui entraînerait une division des intérêts du Conseil plutôt qu'une amélioration de sa jurisprudence sur ces questions.Il y a des sections du Conseil des relations ouvrières d'Ontario qui siègent tous les jours.A vrai dire, deux ou trois d'entre elles siègent à chaque jour ouvrable de la semaine.Le programme de ce conseil exige que certes elles se réunissent et je défie le ministre de prétendre que l'accumulation du travail au Conseil des relations ouvrières du Canada est telle qu'il faudrait plus qu'une ou deux réu- nions supplémentaires par mois pour en venir à bout, de sorte qu’au lieu de siéger deux jours par mois il siégerait trois ou quatre jours par mois, ce qui permettrait d'avoir facilement raison de toute accumulation de travail qu'il pourrait y avoir.Des sections ne sont pas nécessaires à cette tin.Le ministre veut établir des sections, a lin de séparer parmi les membres les brebis d'avec les boucs.Il veut établir des sections, afin d'accentuer et de souligner les rivalités qu’il regrette.Il veut des sections, afin de taire disparaître l'objectivité et l'impartialité possibles du Conseil.Il n'a pas besoin de sections pour effectuer le travail qui pourrait être exécuté par le Conseil si ce dernier siégeait un ou deux jours supplémentaires.Je ne puis m'empêcher de penser que cette section d'appel n'est pas vraiment créée pour s'occuper des appels au vrai sens du terme.Elle n'est pas créée pour répondre à une nécessité urgente, car on a prévu un droit de revision.Je ne m'empêcher de penser, je le répète, que le gouvernement recourt à ce subterfuge parce qu’ils n’a pas le courage de modifier la composition du Conseil lui-même.A mon sens, il atteindra le même objectif, mais de façon détournée, en créant une section d'appel.A moins que je n’àie pas lu tout mon courrier, je n'ai pas reçu d'instances en vue de la création d'une section d'appel de la part des syndicats, pas même de la CSN.Je doute fort qu'un seul porte-parole responsable du mouvement ouvrier, peu importe l'association qu'il représente, éprouve autre chose que de la consternation devant ce projet visant la création d'une section d'appel.Les décisions de deux personnes de l'extérieur, qui feront partie de cette section d'appel, forceront le Conseil à envisager différemment son expérience concrète.On soumettra continuellement à ce tribunal d'appel les décisions du Conseil car, comme le député d'Ontario l'a si bien lait remarquer, il y a toujours un perdant dans ces cas-là.Dans presque tous les cas, le perdant s'adressera à la section d'appel; c'est dons la section d'appel qui d'appel en appel établira les politiques du Conseil, plutôt que le Conseil lui-même qui se compose des représentants du patronat et du salariat.Je tiens à dire que celle loi a besoin qu’on y apporte des modifications dans nombre do secteurs, et /c.pense à notre procédure de conciliahon entre les parties pour le règlement des différends du travail et à tous les mécanismes dont nous devrions, nous doter pour éviter les grèves.Une partie n'a pas besoin d'être modifiée: celle qui traite de l'accréditation et du Conseil canadien des relations ouvrières.Parce que le ministre n'a pas eu assez de franchise pour saisir le comité de tel objectif, l'article auquel nous allons proposer des amendements est celui qui, l'expérience et l'usage l’ont démontré, fonctionne si bien maintenant pour les Canadiens, pour le patronat et le salariat.M.Marchand (Libéral) En discutant d'un projet de loi comme celui-là monsieur le président, on peut faire du sentimentalisme, voire même de l’angélisme, mais je crois que, à l'heure actuelle, ce n'est pas le gouvernement qui utilise des subterfuges, mais bien ceux qui tentent de faire croire à la Chambre, que les tribunaux d’arbitrage, les Commissions de relations ouvrières sont autre chose que ce qu'ils sont, c'est-à-dire des organismes qui représentent des intérêts de groupes.Et cela n'est pas de l'hypocrisie; c’est simplement comme cela.Pourquoi venir dire en cette enceinte qu'on tente de détruire l’objectivité actuelle du Conseil des relations ouvrières?Ce n'est pas vrai! Nous essayons simplement de faire en sorte que certaines injustices, qui existent à I heure actuelle, ne puissent pas se commettre à la Commission de relations ouvrières, parce que, justement, les membres sont des personnes qui représentent des groupes d'intérêt.Ce sont des membres qui représentent des groupes d'intérêt, et c'est normal.' A part cela, personnellement je crois que ce caractère représentatif des Conseils de relations ouvrières doit être maintenu car c'est la vraie formule, dans le domaine des relations ouvrières.Mais, seulement, venir dire, quand on veut, dans certains cas, équilibrer le Conseil de manière à ce que des injustices ne soient pas commises, qu’on dé- truit l'objectivité du Conseil, c'est pousser un peu fort.Ces arguments seraient peut-être valables auprès de quelqu’un qui n'a jamais vu fonctionner un conseil de relations ouvrières, mais je diffère d'opinion, sachant fort bien que les gens qui représentaient ma centrale au sein du Conseil canadien des relations ouvrières représentaient ma centrale, comme les autres représentaient la FTQ.et comme les représentants des employeurs représentaient les employeurs.A mon sens, il n'a jamais été question d'une autre objectivité que celle-là, dans la loi.Alors, monsieur le président, lorsqu'on vient nous parler de subterfuge, je suis d'avis que c’est vraiment pousser la chose un peu loin.Au fait, lorsqu'un syndicat, qui n'est pas représenté au sein du Conseil ou qui y est représenté de façon minoritaire, se présente devant cet organisme et, à cause du jeu des intérêts, des tendances naturelles et des conceptions normales des représentants, au point de départ, est défait ou ne peut obtenir justice, je suis d'avis que toute personne qui a le sens de l'objectivité et de la justice devrait être prête à reconsidérer la structure de ce Conseil — compte tenu des cas auquels j'ai fait allusion — de manière que tous les citoyens canadiens, toutes les organisations — non pas simplemen quelques-unes, mais toutes — aient l'assurance d'obtenir justice devant le Conseil canadien des relations ouvrières.(Applaudissements) Monsieur le président, je ne parle pas simplement des syndicats affiliés à la CSN, mais de tous les syndicats qui, accidentellement ou suivant la constitution du Conseil, ne sont pas représentés au sein du Conseil.Il existe, dans le monde du travail — et sans doute que nos amis du Nouveau parti démocratique le savent autant que moi — des intérêts, des intérêts non seulement de la par des syndicats, mais de la part des employeurs.Au fait, à l’heure actuelle, et justement à cause de la diversité du monde syndical au Canada, on peut citer un grand nombre de cas où ce sont les employeurs qui décident du syndicat qui doit être reconnu, et non pas les représentants syndicaux.Ce sont les employeurs qui ont la balance du pouvoir, dès que le groupe syndical se divise.C'est normal, cela?C’est cela qu'on veut?C’est cela qu'on veut donner aux employeurs?Le droit de décider, pour leurs travailleurs, de leur syndicat?Et cela sera vrai à l'inverse dans d'autres milieux, monsieur le président.Je sais très bien que certains groupes ont été défaits devant le Conseil canadien des relations ouvrières uniquement parce qu’ils n'avaient pas de représentants pour défendre leurs intérêts.C'est évident! Tout le monde sait cela.Regardez comment le monde du travail insiste pour être représenté partout.Est-ce parce que le monde du travail craint l'absence d'objectivité de la part de ceux qui sont nommés par le gouvernement?Non.C'est parce qu'ils on des intérêts, des points de vue, et c'est justement ce dont ces conseils ont besoin.Alors, monsieur le président, le but de cette résolutoin est juste-men de faire en sorte que la structure du Conseil assure l'impartialité, non pas accidentellement et parce qu'il est composé do bons hommes; au fait, cette structure devrait au moins assurer un équilibre dans tous les cas, surtout dans les cas de conflit.Quant à moi, monsieur le président, je suis persuadé d'une chose, et c'est qu'un organisme comme le Conseil canadien des relations ouvrières ou n’importe quel organisme qui doit rendre justice, au Canada doit otlrir des garanties d'impartialité, et que ce Conseil, pas plus qu'aucun ministère du gouvernement, ne doit appartenir à une organisation en particulier.Personne n’a le droit d'exercer un monopole sur les conseils des relations de travail ou sur d'autres relations ouvrières.A l'heure actuelle, malheureusement, disons que trop souvent c’est le cas.C’est ce que nous avons voulu corriger.On a parlé tout à l'heure de sectionnement de syndicats qui peuvent se battre, entretenir la division dans les rangs du travail.Monsieur le président, je trouve très faible l'argument des défenseurs des syndicats ouvriers qui tentent de se reposer sur la loi pour réaliser l'unité syndicale au Canada.Je doute très fort de leur jugement et de leur sagesse.Le mouvement syndical peut réaliser lui-même non seulement son unité do structure, mais mêmes ses unités de négociations.Lorsqu'un mouvement ouvrier doit dépendre de la loi pour réaliser cette unité-là, je trouve cela extrêmement faible et décevant, parce qu'en vertu de cette résolution et, plus tard, en vertu du bill il n'y aura rien qui empêchera l'unité du mouvement syndical et la tentative de faire déterminer les unités de négociations à la dimension de leur choix.Par ailleurs, on veut maintenir des privilèges et, surtout, étouffer certaines voix qui se font entendre et que l'on sait flatter à l'occasion pour d'autres fins.Mais quand il se pose un problème concret, cela ne va plus; c'est bon simplement pour les déclarations de principe.Quand il s'agit de statut particulier, de la théorie des deux nations ou de tenir compe des différents milieux au Canada, en principe, cela va toujours, mais dès qu'on veut toucher à une loi qui enlève des privilèges exagérés, qui corrige des situations abusives, on crie à l'objectivité, on crie aux traditions, dans le monde syndical.Monsieur le président, à mon sens, la plus belle tradition du monde syndical, c'est de rechercher la justice, non seulement pour une centrale syndicale, mais pour toutes les centrales syndicales et pour tous les travailleurs (Suite page 3) Cette photo est extraite du journal La .Libre publié par la CSN pour faire sa publicité auprès des employés du réseau français de Radio-Canada.Elle montre le ministre de la main-d’oeuvre, M.Jean Marchand, expliquant ce qui semble être une copie du Bill C-186 à M.Michel Bourdon, président du SGCT (CSN), syndicat qui essaie de briser l'unité de négociation à Radio-Canada. 8 • JANVIER-FÉVRIER 1968 LE MONDE OUVRIER • THE LABOUR WORLD Sommes-nous protégés ?NDLR.Encore une (ois, nous reprenons le thème des accidents du travail.Plusieurs parmi nos lecteurs trouveront superflue cette nouvelle série d’article où l'on vous raconte sur le long et le large tous les mécanismes mis en place pour lutter contre cette plaie des travailleurs.Pourtant, si l'on sait que chaque année, dans les milieux de travail les plus divers, plusieurs travailleurs sont victimes d'accidents qui les immobilisent pendant de nombreux mois, l’on ne peut s’empêcher de croire qu'il est important pour un journal syndical de donner, d'une façon critique, tous les renseignements possible à ses lecteurs.Notre confrère Robert Lavoie, directeur des services sociaux de la FTQ, commence la publication dans ce numéro du Monde ouvrier d’une série de huit documents sur les accidents du travail.Il publiera ensuite une autre série de documents portant sur la prévention des accidents.Document No 1 Législation Comparaison des Lois provinciales de compensation On retrouve l’origine de notre Loi actuelle de compensation en cas d’accident du travail dans l’avènement de la révolution industrielle vers la fin du XIXème siècle, plus spécifiquement au cours de la phase de cette révolution appelée révolution de la mécanique.La transplantation de la main-d’œuvre artisanale et inexpérimentée au sein d’une industrie mécanisée fut la cause de la mutilation d’une partie de la population ouvrière, situation aggravée par le travail des enfants à l’époque.Devant la gravité de la situation naissent des lois pour protéger la classe ouvrière contre les méfaits des accidents du travail.Originaires d’Europe, de semblables législations furent implantées sur le continent nord-américain vers le début du XXème siècle, aux Etats-Unis d’abord et au Canada ensuite.Vers 1912, le gouvernement de l’Ontario devant une situation analogue à celle déjà connue en Europe institua une commission d’enquête afin de trouver une solution aux méfaits causés par les accidents du travail tant chez l’ouvrier que chez l’employeur.L’ouvrier accidenté au travail devait subir des inconvénients financiers étant privé de son gagne-pain pendant la durée de l’incapacité et la petite industrie, majoritaire à l’époque, résistait mal ou ne résistait pas du tout aux décisions des tribunaux condamnant l’employeur à verser des sommes importantes aux ouvriers victimes d'accidents dûs à la négligence de l’employeur.La commission Méridith fut donc instituée avec mandat d’étudier l’ampleur des méfaits causés par les accidents industriels et aussi de faire des recommandations propres à solutionner le problème.Une des recommandations de la commission d’enquête Méridith fut entre autres l’institution d’une loi de compensation basée sur le principe européen lequel imposait à l'employeur seul la responsabilité financière des dommages causés à l’ouvrier par un accident arrivé par le fait et à l’occasion du travail.C’est en 1914, par la Loi de l'Ontario Workmen’s Compensation Act, que fut insti- tuée la première loi canadienne de compensation qui servit de guide à toutes les autres lois provinciales dont celle de la province de Québec adoptée en 1931.Après 35 ans d’existence, que vaut notre Loi de compensation Avec les derniers amendements apportés par le bill 79, notre Loi des accidents du travail se compare avantageusement aux meilleures lois canadiennes quant aux bénéfices (réf.) et la protection qu’elles accordent aux ouvriers accidentés.Cependant, nos lois canadiennes sont loin d’être parfaites.Nous devrons continuer à nous battre pour les rendre plus humaines et plus réalistes dans l’application des bénéfices.Il ne faudrait pas cependant nous limiter à améliorer le texte légal.A défaut d’une loi parfaite, il est extrêmement important pour nous de voir à son application intégrale afin que le travailleur puisse en retirer le maximum d’avantages.Cette tâche incombe au rerpésentant syndical, aux unions ouvrières et à la Centrale syndicale au niveau provincial.Commission des Accidents du Travail Tableau comparatif des lois canadiennes relativement aux pensions et frais funéraires (Bill 79) Province Pension Rang selon Ali.aux Dépenses Pour un mens.pens.Allocation Age orphelins Age Funérailles générales total de: à la veuve allouée aux enfants limite de p.& m.limite ALBERTA $250.$200.$ 450.$ 85.5ème rang $45.16 ans $45.à $80.16 ans COLOMBIE-BRITANNIQUE $350.$250.$ 600.$115.1er rang $40.à $50.16 & 21 $45.à $55.16 & 21 MANITOBA $300.$300.$ 600.$100.3ème rang $35.16 ans $45.16 ans NOUVEAU-BRUNSWICK $300.$200.$ 500.$ 75.6ème rang $25.21 ans $50.21 ans TERRE-NEUVE $300.$200.$ 500.$ 75.6ème rang $25.16 ans $35.16 ans NOUVELLE-ÉCOSSE $300.$250.$ 550.$ 90.4ème rang $30.18 ans $35.18 ans ONTARIO $300.$300.$ 600.$ 75.6ème rang $40.16 ans $50.16 ans ÎLE-DU PRINCE-ÉDOUARD $300.$200.$ 500.$ 75.6ème rang $20.16 ans $30.16 ans QUÉBEC $600.$500.$1,100.(1er rang) $100.3ème rang $35.18 ans $55.18 ans SASKATCHEWAN $250.$300.$ 550.$110.2ème rang 545.16 ans $60.16 ans TERRITOIRE DU NORD-OUEST $300.$300.$ 600.$ 90.4ème rang $35.16 ans $35; à $45.16 ans YUKON $250.$300.$ 550.$100.3ème rang $20.à $35.18 ans $35.à $45.18 ans Document No 2 L’employeur devant la loi On manifeste souvent une sympathie exagérée à l’employeur à qui on impose la participation financière au fonds d’accident.En fait, les cotisations imposées à l’employeur sont réparties sur le coût de production et chargé aux consommateurs qui sont en majorité les ouvriers.En plus de sa participation collective aux fonds d’accident, la loi protège l’employeur contre toute poursuite devant une cour civile à la suite d’un accident grave ou la mort d’un ouvrier.Dans tous les cas, l’employeur jouit entièrement des avantages de la Loi.Malheureusement, il n’en est pas de même pour l’ouvrier.Souvent il est à la merci de l’employeur quant à la transmission de rapports d’accident à la CAT afin de percevoir des bénéfices.Ou l’employeur transmettra les faits de manière à ce que la Commission refuse la réclamation, ou il camouflera l’accident afin de ne pas gâter un concours de sécurité.Malgré un amendement à la loi portant nu la langue écrite du réclamant dans laquelle la formule de déclaration d’accident doit être rédigée, certains employeurs anglophones persistent à faire remplir des formules en anglais à leurs ouvriers canadiens-français.Nous n’avons jamais vu le contraire se produire .La Commission des accidents du travail n’a jamais tenté de corriger elle-même cette situation.Au cas où une plainte serait logée, elle se contente d’avertir l’employeur de se conformer à une loi qui est en force depuis quatre ans.Outre l’obligation pour l’employeur de faire remplir la formule de déclaration d’accident dans la langue du réclamant, il a également l’obligation de remettre une copie de cette formule au réclamant avant d’expédier la copie originale à la Commission des accidents du travail.Rares sont les employeurs qui se conforment à cette exigence de la Loi.Que faire alors pour amener les employeurs à observer la Loi?Il ne faut pas compter sur la Commission des accidents du travail pour rectifier cette situation.L’absence de la formule S-l en possession du réclamant est le dernier de scs soucis.Loger des plaintes individuelles contre les employurs fau- tifs?Il n existe des milliers; de toute façon, la CAT ne sévirait pas à moins de récidive flagrante et volontaire.Une solution donc émerge de ces possibilités et seuls les ouvriers ont la réponse.Exiger de l’employeur une copie de leur formule de réclamation et en cas de refus, loger une plainte formelle à la CAT qui devra alors appliquer les sanctions de la Loi car l’employeur dans ce cas ne pourra pas plaider l’ignorance de la Loi et obtenir facilement la bénédiction de la CAT.Si l’employeur est tenu de transmettre à la Commission un avis d’accident dans les deux jours ouvrables, l’ouvrier est aussi obligé de rapporter tout accident arrivé par le fait ou à l'occasion de son travail et ceci aussitôt que possible.La Commission est la seule autorité qui décide du bien-fondé de la réclamation.L’employeur ne décide rien.Enfin des résultats! MONTREAL — Le directeur des services sociaux de la Fédération des travailleurs du Québec, M.Robert Lavoie, estime que sa centrale a enfin franchi la "barrière psychiatrique” à la Commission des accidents du travail, que les cas de "traumatisme psychique” résultant d'un accident du travail y reçoivent une attention beaucoup plus sympathique.M.Lavoie souligne notamment le cas d'un travailleur en électricité & l’emploi de l'Hydro-Québec qui a reçu les soins psychiatriques nécessaires et les indemnités prévues pour la période d'invalidité, sans même avoir été physiquement atteint à l’occasion d’un accident du travail dans lequel deux de ses compagnons de travail ont été électrocutés.Les expertises ont toutefois indiqué qu’il avait été victime d’un traumatisme psychique diagnostiqué ultérieurement à l’occasion d'une tentative de suicide.M.Lavoie ajoute cependant que la plupart des cas connus résultent de blessures ou de mutilations subies à l'occasion d'un accident du travail.Il cite notamment le cas de travailleurs incapables de faire face à la machine qui les a blessés.Le porte-parole de la FTQ rappelle qu’il n’y a pas si longtemps, de semblables cas étaient rarement indemnisés ou traités par la CAT, laquelle manifestait une grande méfiance à l'égard de la psychiatrie et des aspects psychologiques de l’accident du travail.Cependant, dit-il, l’attitude des commissaires et des médecins de l'organisme a considérablement évolué depuis la présentation d’un mémoire de la FTQ et des Métallurgistes unis d’Amérique au ministre provincial du Travail, M.Maurice Bellemare, en septembre 1966, Le document avait été rédigé par trois psychiatres, les docteurs Jean-Marc Bordcleau, Jacques Tellicr et Richard Michaud.La publication du mémoire avait été suivie d'une rencontre très fructueuse, entre la CAT, les syndicats et les associa-'tnons d’employeurs, en décembre île la même année.Grâce à ce déblocage psychologique, selon M.Lavoie, la psychiatrie a maintenant droit de cité à la Commission des accidents du travail, et les traumatisés psychiques pourront être éventuellement réintégrés au travail, plutôt que d’être à la charge de l'assistance publique.Le directeur des services sociaux de la FTQ affirme qu'à cet égard, le Québec est désormais à l’avant-garde dans l’ensemble du Canada comme de tout le continent nord-américain.Four lui, il s'agit là d'une conquête majeure pour le syndicalisme québécois. Le Bureau international The International du Travail Labour Office secrétariat permanent de permanent secretariat of the l’Organisation international Labour Internationale du Travail Organization Genève, Suisse Geneva, Switzerland s’intéresse d’abord et avant tout à l’amélioration endeavours to secure permanent peace des normes de travail afin d’éliminer l’injustice in the world by eliminating social injustice sociale et d’assurer au monde une paix durable.through the improvement of conditions of labour.Les Publications Labour and Automation Internationales is a bulletin series concerned with the study de L’Imprimeur of the economic and social effects of automation and advanced technological change de la Reine à Ottawa in the field of labour.vous offre une série de cahiers qui étudient Bulletin No.1: les conséquences économiques et sociales Automation de l’automation et des formes les plus avancées A discussion of Research Methods de la technique dans le domaine du travail.276 pages Paperbound $3.00 Travail et automation Bulletin No.2: Cahier no 1: A tabulation of case studies on technological change L’automation Economic and Social Problems Méthodologie de la recherche Reviewed in 160 Case Studies 300 pages cartonné $3.00 87 pages Paperbound $1.00 Cahier no 2: Bulletin No.3: Etudes de cas sur l’évolution technique Technological change and manpower in Tableaux analytiques a centrally planned economy 89 pages cartonné $1.00 92 pages Paperbound $1.00 Cahier no 3: Bulletin No.4: Progrès technique et main-d'oeuvre dans Manpower adjustment programmes une économie planifiée France, Federal Republic of Germany, L’évolution dans les industries mécaniques United Kingdom en U.R.S.S.d’après les publications soviétiques 102 pages $1.00 207 pages Paperbound $2.50 Et maintenant en vente Cahier no 4: L’adaptation de la main-d’oeuvre au progrès technique France, République fédérale d’Allemagne, This new series is available from: Royaume-Uni 245 pages cartonné $2.50 The international Publications, Queen’s Printer, Commandez dès maintenant! Ottawa 10 • JANVIER-FEVRIER 1968 LE MONDE OUVRIER • THE LABOUR WORLD Le syndicalisme à l’ère de la pauvreté Lors du dernier congrès de la FTQ, le président Louis Laberge s'est adressé ainsi aux délégués: “Aujourd'hui, je veux vous parler de ceux qui ne sont pas ici pour faire entendre leur voix, pour exprimer leurs besoins, et qui vivent tout autant en marge du syndicalisme que de la société elle-même.De ceux pour qui un prêtre montréalais annonçait récemment la fondation d'un syndicat, d'un syndicat sans “check-off”, sans permanents salariés, sans édifice à bureaux, sans services de recherche, un syndicat de pauvres." Cet énoncé du président de la FTQ n'était pas qu’une tactique habile pour mettre la FTQ “dans le vent.” Peu après le congrès, quelques officiers et permanents de la FTQ ont commencé à étudier la question de la présence du syndicalisme dans le monde des défavorisés.Pour faire oeuvre efficace, il n'était pas question d'improviser, mais bien de trouver la ou les meilleures formules d'aider ces citoyens.Dans une première démarche, la FTQ a présenté au ministre du travail un mémoire sur la liberté d'association.Dans ce document adopté au congrès, on demande au gouvernement d'amender le code du iravail de telle sorte qu'il permette un réel accès au syndicalisme à toute une catégorie de gens qui en sont pratiquement exclus par l'actuelle législation.Le Monde ouvrier, pour sa part, commence aujjourd’hui la publication d'une série de documents qui permettront aux membres de la FTQ de se sensibiliser à la question tout autant que leurs officiers élus.Comme premier document, nous avons choisi de reproduire le premier chapitre du livre publié en décembre 1965 par le Conseil du travail de Montréal, intitulé “Troisième Solitude" et rédigé par le professeur Emile Gosselin de l'université de Montréal.On remarquera que cette étude qui fit l'unanimité lors de sa parution il y a deux ans garde toute son actualité.».Va» mvnofjû La pauvreté et les misères qui l'accompagnent ne sont plus ressenties par une partie île la population île la région de Montréal.Notre vie, telle que présentement organisée, ne soumet plus la pauvreté à notre expérience quotidienne.Les pauvres sont devenus invisibles.Leurs problèmes, leur déchéance nous échappent.Nos conscience individuelles et collectives ne s'émeuvent plus.Nous sommes devenus insensibles à la pauvreté.La cité où nous croyons vivre, celle qui nous est familière, c'est la ville aux gratte-ciel et ses immenses arrondissements résidentiels.La cité que nous prétendons voir, c'est la cité des hauts fourneaux, 'des vastes chantiers de construction, des immenses boulevards que nous sommes à tracer.Nos consciences sont largement satisfaites, calmées, presqu'étourdies par tout le remue-ménage quotidien dans la cité.La cité visible n'est qu'affluencc.Mais la métropole tentaculaire cache des nappes profondes de misère.Le citoyen qui roule confortablement vers son bureau ou vers l'usine craint davantage de ne pas jouir d'une hausse suffisante de sa- laire que d'être privée de travail.Les souvenirs de la erisc et des dépressions subséquentes s'estompent et sont refoulés comme autant de cauchemars qui ne se répéteront plus.Ce citoyen cherche à se convaincre qu'il vit maintenant dans une économie d'abondance où tous, sans exception, peuvent puiser largement.Tout lui suggère qu’il en sera toujours ainsi.Le quotidien, le lendemain immédiat inquiètent moins que jamais le citoyen qui gagne bien sa vie.On lui répète à outrance que la société organisée toute entière, armée comme elle prétend l'être Xle projets d'expansion économique, d'un système financier souple, de mesures fiscales et monétaires adéquates, volera à son secours, si jamais le besoin s'en fait sentir.On veut rassurer notre citoyen que des mesures d'assistance économique et sociale seront à sa disposition, advenant le pire.Et n’cst-ce pas que divers programmes de retraite viendront couronner une existence aussi satisfaite'.' Enfin! répète-t-on en certains milieux, il n'y a plus «le raison d'être pauvre, à moins que de le vouloir.Car nous avons solution à tous les problèmes économiques et sociaux.Pourtant .La ville de Montréal Plus de vingt pour cent des familles de Montréal sont plongées dans la pauvreté.Les pauvres qui vivent dans ces familles ne peuvent que péniblement s’arracher à leur misère, en dépit des progrès économiques et techniques que connaît la zone métropolitaine.Les vastes investissements récents, les progrès technologiques formidables que nous connaissons ne devraient-ils pas assurer le bien-être de tous?Pourtant, un fort pourcentage des immigrants appauvris, venus de la campagne ou d’ailleurs, une forte proportion des petits salariés mettent leur propre déchéance au compte des développements mêmes que nous connaissons.Ces pauvres ressentent l’effet des progrès technologiques et des transformations économiques qui les ont refoulés au bas de l’échelle des occupations, lorsqu’ils ne les ont pas tout simplement rayés des rangs de la main-d’oeuvre.Chaque année, c’est avec un étonnement renouvelé, sinon avec une pointe d’irritation mal contenue, que la population en général, la mieux pourvue en particulier, se fait rappeler l’existence d'une nappe peu connue de la population qui vit dans la pauvreté, sinon dans une déchéance génératrice de misères sans nom.Nous ne sommes, hélas! que momentanément secoués par des récits qui concordent si peu avec ce que nous prétendons voir dans nos villes.A vrai dire, ceux qui viennent nous rappeler l’existence de “nos” pauvres paraissent davantage nous parler de “leurs” pauvres, tout comme s’ils nous revenaient de pays de missions lointains que nous ne connaîtrions que par “oui-dire".Les appels à l’aide, les cris d’alarme semblent nous venir de l'extérieur et toucher des secteurs de la population avec lesquels nous n’avons rien de commun.Nous ne voulons plus admettre que les pauvres sont "de” nous, vivent "parmi" nous.Car nous y voyons un paradoxe, une contradiction au sein d’une vie communautaire en pleine voie d'expansion et de progrès.Certes, il est ahurissant de se faire rappeler que plus tic cinquante-cinq mille huit cent familles de la ville de Montréal, sur deux cent soixante et dix-sept mille familles, soit plus de vingt pour cent (20%) île l’ensemble, vivent en deçà du minimum vital jugé nécessaire, selon les normes familiales d'aujourd’hui.Aussi, notre tentation d'eseamotter le problème, notre désir de ramener la misère à des cas particuliers, à quelques victimes largement responsables de leur propre drame économique et social.ht après tout, que veut-on que l’on fasse de plus?La banlieue Même nos florissantes villes de banlieue ne peuvent échapper totalement aux drames de la pauvreté.Pus de vingt-sept mille familles, soit quatorze pour cent des familles de la banlieue, ne connaissent pas un sort plus enviable que les familles pauvres de Montréal.Familles au niveau de la privation En plus des familles vivant, dans une proportion de vingt pour cent, en deçà du minimum vital exigé pour une vie sociale et humaine tolérable, il existe encore dans la ville de Montréal, cinquante mille familles, soit un pourcentage additionnel de dix-huit pourcent (18%), qu’une simple récession ou un chômage tant soit peu prolongé peuvent plonger dans un état de pauvreté, celui qui était leur lot au cours de la crise.Cette situation d'infériorité économique, qui ne permet tout au plus qu’une existence précaire ou marginale, constitue également le partage de plus de vingt-neuf mille familles de la banlieue, en dépit des airs d'affluence que par ailleurs l'on peut y affecter.La population pauvre La famille moyenne de Montréal compte 3.7 personnes vivant au foyer.11 existe ainsi dans la ville de Montréal même,(et c'est un chiffre des plus conservateur) deux cou sept mille personnes et plus appartenant à des familles pauvres.Ein dépit des revenus conjugés de tous leurs gagne-pain et des autres sources publiques et privées de revenu, ces familles sont incapables de fournir à un quart de million de personnes de la ville de Montréal un minimum de bien-être considéré comme absolument essentiel à une vie personnelle et sociale normale.Dans la banlieue, cent mille trois cent personnes vivent dans des familles pauvres et connaissent le même sort que les pauvres de la ville de Montréal.Au total, les familles pauvres de la zone métropolitaine ne peuvent assurer un minimum décent de bien-être à plus de trois cent mille personnes et ici, nous excluons les pauvres vivant seuls.Personnes vivant seules Si l’on ajoute aux membres des familles pauvres les personnes vivant seules et recevant un revenu en deçà du minimum jugé nécessaire nous estimons que le total des pauvres dans la zone métropolitaine s’élève à plus de trois cent quatre-vingt quinze mille personnes.La région de Montréal possède ainsi un dossier de pauvreté peu enviable.Plus de 17% des familles et 19% de toute la population vit dans la pauvreté, une situation scandaleuse dans une société qui se prétend riche.Population dont l’existence est précaire Il n’y a pas que les pauvres qui vivent parmi nous.Un nombre considérable de familles, sans être considérées comme vraiment pauvres, côtoient la pauvreté et peuvent y retomber au moindre accident dans leur vie économique, sociale ou personnelle.Plus du tiers des familles de la zone métropolitaine (162,189) reçoit moins de S4.000.00 par an et vit soit dans la pauvreté, soit dans une situation qui la voisine de trop près.A Montréal même, 105,901 familles, soit 38%> de l’ensemble, sont ainsi plongées dans une situation d’existence inférieure, à cause de leurs faibles revenus.Si l’on ajoute encore aux personnes vivant dans ces familles, les personnes vivant isolément, hors d’un contexte familial, nous constatons, à notre consternation, que trente-trois pour cent (33%) de la population de la zone métropolitaine, ou 706.830 personnes, vivent soit dans un état de pauvreté ou soit encore dans une situation economique tel- JANVIER-FEVRIER 1968 • 11 LE MONDE OUVRIER • THE LABOUR WORLD mm SSEMIrt 1968 : fonction publique NDLR.1968 sera l'année des négociations dans la (onction publique provinciale.Les employés du gouvernement, les employés d'hôpitaux, les enseignants feront face pour la première fois dans l'histoire syndicale du Québec à un gouvernement qui est supposé avoir une politique salariale.Quelle sera l'issue de ces négociations?Il est trop tôt pour l’envisager.Toutefois, comme l’attitude des centrales syndicales aura une importance considérable pour l’avenir du syndicalisme dans la province nous commençons dès ce début de 1968 à renseigner nos lecteurs sur la situation qu'affronteront les employés de la fonction publique provinciale.Nous croyons qu’il n’y a pas meilleur moyen de se préparer à une bataille (si bataille il doit y avoir) qu'une information objective dénuée de sentimentalisme.Nous ne publions pas cet article et d’autres qui suivront à l’intention des employés de la fonction publique, mais bien pour les syndiqués du secteur privé qui auront à subir par ricochet les effets des résultats de ces négociations si les centrales syndicales accusent un échec.lemcnt inférieure et précaire qu’un simple accident de la vie, qu’une récession les ramèneraient rapidement au niveau peu enviable de la pauvreté.Dans la ville de Montréal elle-même, près d’un demi million (453,418) de personnes vivent dans cette situation, soit trente-huit pour cent (38%) de la population totale de la métropole.Notre insensibilité Nos consciences bourgeoises à peine secouées par les appels à la charité sombrent habituellement dans l'indifférence à l'endroit des économiquement faibles.C'est avec peine que les campagnes de charité peuvent atteindre leurs objectifs, malgré les richesses qui s’accumulent dans les milieux à l’aise ou chez les mieux pourvus.Faut-il en conclure que dans certains milieux, les divers dons de charité ne constituent que des moyens traditionnels de calmer sa propre conscience et de se disculper soi-même devant les misères que l'on pressent malgré tout chez les pauvres?Dans nombre de cas, au dire des observateurs avertis, les campagnes de charité ne peuvent réussir que grâce à la grande proportion de dons et d’oboles venant des secteurs de la population moins bien pourvus et même de ceux où l’on cotoye la pauvreté elle-même.Le spectacle de l’économiquement faible, lui-même aux prises avec de graves difficultés, partageant le peu qu'il a avec plus pauvre encore que lui-même, peut donner lieu à d’admirables conférences sur la grande charité et l’énorme générosité de nos gens.Mais la charité héroïque des uns ne peut que souligner encore davantage et marquer au fer rouge l'égoïsme des autres.L’an dernier, pour ne citer qu’un cas isolé, il a manqué cent vingt-cinq mille dollars aux organisateurs de Red Feather pour atteindre l’objectif initial de la campagne de charité qu’ils dirigeaient.Ainsi, à cause des déficits accumulés et de la pauvre rentrée des dons, les budgets d'assistance de cette organisation ont été réduits de $180,000.00 en 1965.Cette réticence à donner a même pour effet d'abaisser les objectifs souhaités, en dépit des besoins croissants, avant même que les campagnes de charité ne s’organisent.Bref, ceux qui reçoivent déjà si peu devront se contenter d'une assistance encore relativement moindre.Cette insensibilité, pour ne pas employé le mot de dureté, est inadmissible dans une société en plein progrès.Elle est inconcevable dans un contexte d’expansion économique qui permet aux personnes à l'aise, soit près de la moitié de la population métropolitaine, d’accroître son bien-être, d’ajouter à son confort matériel et de participer pleinement aux diverses formes de la culture.Notre indifférence devant l’état de pauvreté ou de privation dans lequel se débat près de trois-quart de million de personnes de la zone métropolitaine est d’autant plus scandaleuse qu’elle tolère que se crée parmi nous une véritable "institution" de la pauvreté.Les économiquement faibles en viennent à vivre véritablement en marge de la vie organisée.Ainsi se crée une “communauté" de la pauvreté qui tend à s'enraciner, à se perpétuer, à s’enfoncer dans un isolement d'autant plus profond que s’accroît la marge entre le niveau d'existence des pauvres et le niveau de bien-être des autres secteurs de la population, probre, ce n’est pas tant l’écart entre probre, ce n’est pas tant 'écart entre les niveaux de vie.On aura beau inciter la population à contribuer davantage aux oeuvres de charité, ces entreprises, en soi éminemment utiles, interviendront toujours trop tard et trop faiblement, aussi longtemps que durera notre inertie à agir.Là où naît l'injustice essentielle, c’est dans notre refus de prendre les véritables décisions économiques et politiques que les divers états de pauvreté exigent.Ht encore, ces décisions devront non seulement aider les pauvres en tant que tels, mais surtout donner un nouveau départ à l’ensemble de notre économie et des assises raffermies à la société.Lorsqu’on 1964 le parlement du Québec a adopté le Code du travail “New Look”, la syndicalisation de la fonction publique devenait une réalité.On accordait même à ces futurs syndiqués le droit de grève.Depuis cette date, le Québec a assisté à un bouleversement majeur dans les relations patronales-ouvrières.Autrefois, lorsqu’une grève éclatait, c’était toujours une entreprise privée qui devait affronter la machine syndicale.Comme l’attitude du gouvernement et la philosophie de la loi s’accordaient davantage avec les intérêts des patrons qu’avec ceux des ouvriers, la population laborieuse et les élites progressives de notre société s’alliaient presqu’instinctivement avec les grévistes.Par le biais du syndicalisme, toute une population pouvait contester et le système capitaliste lui-même et le gouvernement, même si aux élections subséquentes on reportait au pouvoir le même régime politique.Par ailleurs, des grèves historiques comme Murdochville et Asbestos avaient sollicité l’opinion publique en faveur des syndicats.Aujourd’hui, il nous faut constater que la cote du syndicalisme a baissé dans l’opinion publique.Le grand responsable: le syndicalisme dans la fonction publique.Certes, l’opinion publique n'est et ne sera jamais le facteur déterminant des politiques du syndicalisme dans la fonction publique et dans tous les autres secteurs industriels.Toutefois, comme la population, d’une façon ou d'une autre, est directement touchée par toute grève dans le secteur public, son opinion devient un facteur important qui parfois est déterminant pour l'issue d’un conflit.Il faut se rappeler à cet égard la dernière grève du transport en commun à Montréal.Le gouvernement, lorsque l’opinion publique est exacerbée par la conduite des grévistes, se trouve dans une position de force pour prendre des mesures coercitives très énergiques.La marge de réplique des syndicats s’en trouve limitée d’autant.Depuis 1964, on a connu des grèves dans le domaine public qui ont touché les hôpitaux, la Régie des Alcools, l’Hydro-Qué-bec, les commissions scolaires.C’est un tableau impressionnant.A part quelques conflits explosifs dans le secteur privé, comme Avers à Lachute et Seven-Up à Montréal, ce sont les grèves dans le secteur public qui ont surtout retenu l'attention des media d’information.Le front des batailles syndicales s’est donc déplacé d’une façon très nette.On peut dire qu’après 4 ans d'implantation dans la fonction publique, le syndicalisme fait face réellement à un défi qui pourra éventuellement transformer le visage traditionnel des relations de travail.Dans ce domaine, le Québec est un précurseur sur le sol canadien.Lorsque le syndicalisme accompagné du droit de grève fut accordé, en 1964, aux employés de la fonction publique, on a introduit, par la même occasion, un nouvel interlocuteur dans les relations patronales-ouvrières: l’Etat-Patron.La courte enquête que nous avons pu mener jusqu’à ce jour nous laisse croire que ce nouveau venu pourra, au long des années, non seulement accélérer une transformation de la conception traditionnelle des relations de travail au Québec, mais même d’une transformation ultime de la société politique du Québec.Dans la mesure où les résultats des négociations dans la fonction publique auront une influence directe ou indirecte sur le secteur privé, le syndicalisme devra, s’il veut continuer à assurer la protection entière des droits des travailleurs, surveiller davantage et avec beaucoup plus de minutie le fonctionnement et les politiques de l’administration gouvernementale.Prenons, par exemple, les négociations qui auront lieu en 1968 au Québec dans la fonction publique.Il se pourrait fort bien que le gouvernement puisse refuser une grande partie des augmentations demandées par les syndicats.La raison qu’il invoquera sûrement sera son incapacité de payer compte tenu des mauvaises finances de l’Etat.Les allégations du gouvernement pourront être sincères.Elles ne satisferont pas pour autant les syndicats qui devront, s'ils ne veulent pas perdre l’initiative des batailles futures, exiger du gouvernement des mesures qui sauront rétablir, dans les années à venir, l’état de ses finances.Or, les syndicats ne pourront plus se contenter d’émettre en ce sens des voeux pieux, accuser une défaite honorable et attendre passivement la prochaine ronde des négociations.Ils devront surveiller continuellement le travail de l'Etat et presser ce dernier, régulièrement, à faire preuve d’imagination et d’énergie dans le développement de l’économie québécoise.La courte enquête que nous avons menée indique clairement que le défi actuel du syndicalisme québécois est fort complexe et qu'on ne fait encore que pressentir les solutions.Les leaders syndicaux, pris par l’immédiat, sont actuellement préoccupés par la stratégie à déployer à court terme.Mais, on sent nettement, par le travail de réflexion qui se fait à tous les niveaux, tant celui de la base que celui des hautes sphères syndicales, qu'il n’y a, pour le syndicalisme, qu'une seule façon de s'en sortir: aller “au fond des choses".“Aller au fond des choses" pourrait peut-être vouloir dire que le syndicalisme devra devenir le “chien de garde" du futur développement économique du Québec.Dans une société dont l’économie serait en mauvaise posture et dont le taux de chômage serait très élevé et dont la portion des économiquement faibles serait encore scandaleuse, un haut taux d’augmentation des salaires dans la fonction publique pourrait être mal reçu et, surtout, aiderait encore à couper davantage le syndicalisme de ceux qui, à l’origine, il se donnait comme mission de défendre: les plus défavorisés de la société.Gaétan Dufour.Grande Nouvelle Les plombiers sont déménagés C’est donc une aubaine qui est offerte à tout syndicat qui aimerait établir quartiers généraux au coeur de la ville, au coin de la rue Garnier et Mont-Royal.Si vous êtes intéressés à acheter leur édifice, prière de communiquer avec le gérant d’affaire du local 144: André Desjardins, Tél: 270-1171-2-3 Tableau des négociations dans la fonction publique Voici comment se présente le tableau des prochaines négociations collectives entre l'Etat et les centrales syndicales: • Le Syndicat des professeurs de l’Etat du Québec (CSN), un groupe de 3,000 membres, poursuit présentement ses négociations; • Décembre 1967, expiration du contrat des 2,500 employés de la Régie des Alcools du Québec, affiliés à la CSN; • 28 mars 1968, expiration de la convention collective de plus de 30,000 fonctionnaires et ouvriers au service du gouvernement provincial, afliliés à la CSN; • Les 2,500 agents de la paix, (CSN) renouvelleront leur convention collective en mai 1968; • Plus de 55,000 enseignants du Québec, membres de la Corporation des instituteurs et institutrices du Québec (CIC) affronteront directement le gouvernement pour renouveler leur contrat expirant le 31 juin 1968; • La CSN et la FTQ et leurs 45,000 employés d'hôpitaux affiliés auront de toute façon comme principal négociateur patronal, le gouvernement provincial en juillet prochain; • Finalement, les 8,000 employés de l'Hydro-Québec, affiliés à la FTQ, devront renouveler leur convention collective en décembre 1968.L'Hydro est une entreprise appartenant au gouvernement.• Ce tableau ne tient pas compte des milliers d’employés des corporations municipales et sco'aires (autres que les enseignants) qui seront touchés par une politique salariale gouvernementale.Il ne tient pas compte non plus des quelque 2,000 protessionnels syndiqués de l'Hydro et du gouvernement provincial, à cause du particularisme des négociations qui surviendront.(Source: La Presse) 39333 A la manière d’Art Buchwald Ma modeste contribution à “l’escalade séparatiste” par Noël Pérusse Ce soir-là, en arrivant chez moi, je montai les marches trois à trois, pensant que je n’en aurais pas encore pour bien longtemps à habiter à l'étage.Bientôt, ce serait pour moi aussi la conquête patriotique des grands cottages d’Outrcmont, ou même de Westmount.Pour une fois, je n’aurai pas eu l’esprit de l’escalier! — Mon chou, c'est toi?.— C’est moi.et ce n’est pas moi tout à la fois! Viens ici: tu ne me reconnaîtras pas.— Tu t'es fait couper les cheveux! — Non, je suis devenu indépendantiste.Ma femme était devant moi, l'air ahuri.— Toi, séparatiste?Tu as bu .— Indépendantiste, je te prie, et absolument sobre.Mais là, sers-moi un gî/i, j’ai à te parler.J'ouvre La Presse en attendant mon verre: tiens, pas de nouvelles conversions aujourd’hui; je sens que mon heure est venue! — Ecoute, dis-je à ma femme, et ne m’interromps pas: je te donne la grande nouvelle en primeur: d’ici un jour ou deux, je fais la première page de La Presse, ou du moins une première page de cahier: j’annonce que je passe officiellement dans le camp de l’indépendance .— Mais, tu n'es connu de personne .l a as passé ta vie à écrire les discours des autres .Et ton emploi?— Justement, il est temps, à 40 ans, que je sorte de l'ombre et que je me place les pieds.L’occasion ne se présentera pas deux fois.— Et ton emploi?.— Voyons, c'est sans risque: pen-scs-lu que la FTQ, avec ses syndicats internationaux, oserait toucher à un cheveu de ma tête?Elle a le choix suivant: faire de moi un martyr de l'indépendance et s'attirer des accusations décuplées de domination américaine et "Canadian”, d'une part .Ma femme va me faire perdre le fil de ma pensée .— Ecoute-moi, je te prie: .et, d’autre part, exploiter ma conversion pour montrer sa largeur de vue et son intégration au milieu québécois.C’est une façon, pour elle, de doubler de vitesse la CSN, de se ménager des intelligences dans le camp adverse, au cas où les choses tourneraient mal pour elle .— Mais, tu as toujours soutenu que le séparatisme .— L'indépendantisme! Va falloir que tu t'habitues.— .que l’indépendantisme n'était l'affaire que d'une minorité de petits-bourgeois, que le peuple, que les travailleurs ne marcheraient jamais .— C'est vrai, mais j'ai maintenant compris autre chose: c'est que le peuple n'aura jamais l'occasion de se prononcer pour ou contre le séparatisme .pour l'indépendance.Comme toutes les révolutions nationales, celle-ci va se faire sans lui, sur son dos, avec quelques vedettes, des ténors comme Lévesque et Aquin, puis Johnson .— Mais, tu n'es pas Lévesque.— Je peux le devenir en 24 heures.— Mais, tu as toujours dit qu'il fallait organiser la résistance, qu’il fallait épargner aux travailleurs le prix d’une pareille aventure .— Oui, mais, la vois-tu s’organiser, la résistance?Les fédéralistes n'ont pas de couilles; tu ne voudrais tout de même pas que je leur donne les miennes, hein?— Tu me fais peur.— Et ce n'est pas fini.Je disais donc que la résistance ne s'organise pas.Les fédéralistes sont des masochistes qui ont donné la presse et Radio-Canada aux .indépendantistes.Et ce n'est plus le peuple qui mène au Québec, ce sont les journalistes.— Mais, il y a Marchand, Trudeau .— Pas plus de couilles que les autres: ils vont donner Radio-Canada à la CSN et au RIN.Non.vois-tu, il n’y a pas de temps à perdre.Il faut que je sois le premier syndicaliste de quelque conséquence à faire le saut sous la grande tente, comme on dit en termes de hockey.— Mais le cartel CSN-FTQ-UCC contre le séparatisme?.— Ça ne tiendra pas.L’heure est à l'opportunisme, tu n’as pas compris ça?Alors, c’est Labcrge ou Pépin ou Rancourt, ou bien c’est moi; ce n’est pas plus compliqué que ça.— Mais, toi, précisément.Il n'y a personne qui va te prendre au sérieux.Tu es l’antithèse du politicien, syndical ou autre.— Justement, c’est là mon avantage sur les autres, si j’agis vite.J’offre ma virginité politique à la cause de l’indépendance; c’est une chose qui se paie, ça.— Tu potasses, en d’autres termes.— Tout le monde putasse, à l’heure actuelle, ou s'apprête à le faire; c’est à qui arrive le premier.Et il y a encore des amateurs de vierges politiques.— Tu vas adhérer au RIN?Fais-moi rire.— Es-tu folle?Perdre d'un coup mon pouvoir de marchandage.Je me mets sur le marché, c’est tout.Ensuite, au plus offrant.— Mais, comment vas-tu annoncer et expliquer ta conversion?J'avoue que tu m'épates.— J’y ai pensé.J'ai le choix: je peux faire comme René Lévesque, expliquer que je faisais de l'insomnie, ou de la constipation, que je n'ai pas eu de selles normales depuis la visite du général de Gaulle.— C’est vulgaire.Pourquoi pas des maux de tête?Ça fait plus noble! .— Et me faire ridiculiser par Renaude Lapointe, qui va m'envoyer chez un psychiatre .— Tu vas te faire ridiculiser de toute façon .— Allons donc.Si nous avions une presse critique, peut-être; je sais bien que mon affaire est complètement ridicule.Mais, pas dans la conjoncture actuelle.Ryan va faire preuve de charité chrétienne et de réalisme, le Téléjournal, Aujourd’hui et Présent vont me tendre la perche .la perche-micro.La Presse va faire écrire son éditorial par Guy Cormier, Jean-Marc Léger va faire un pied-de-nez à Ryan, dans le journal "L’Indépendance", et se fendre d'un article d'autant plus délirant qu’il attend depuis l'université mon adhésion à la francité.Non, je te le dis: je peux facilement être le héros du jour, et avec mon intelligence, comme dirait Laurier La-pierre, il n’y a pas de raison que je ne le reste pas.— Mais, dans le mouvement syndical?— Allons donc! Rien de plus facile: je pars en campagne contre le Congrès du travail au Canada, — rien de plus rentable, à l’heure actuelle, — contre les syndicats qui ont encore des dirigeants ou des représentants non québécois ou non francophones, je procure ainsi des jobs à une vingtaine de gars, reconnaissants, je prends peut-être le meilleur joh pour moi.le cas échéant.— Et les syndicats internationaux?— Là, attention, il y a encore de l'argent à aller chercher de ce côté-là, avant la rupture finale.D’ailleurs, les Américains sont des naïfs, il n’y a qu’à voir les subventions de la CIA.— Tu me fais peur.Tu deviens cynique.— Faut une certaine dose de cynisme pour mener à bien une révolution nationale.C’est au plus intelligent la poche, et je n’ai pas l’intention d'arriver en queue de peloton.— Mais, comment vas-tu faire pour te maintenir dans le mouvement syndical, pour concilier .— Aux syndicalistes, je dis: vous avez le gars qu’il vous faut pour amortir les chocs, pour vous éviter la prison et vous épargner les autres excès inévitables de la révolution, pour vous permettre de continuer à négocier et à empocher les cotisations.Je fais le pont.Aux indépendantistes, je dis: je suis l’homme dont vous avez besoin pour faire accepter aux travailleurs les sacrifices matériels qui s’imposent, pour neutraliser les chefs et les empêcher de vous mettre des bâtons dans les roues, car il pourrait bien leur en pousser, à un moment donné.— En somme, tu vends les travailleurs.— Ce n’est pas si simple que ça.Je me charge de la livraison, si tu veux, mais je fais seulement office de broker.J’essaie, au cas où l’aventure tournerait mal, de leur obtenir le maximum d’avantages en retour de leur acceptation de l’indépendance.J'ai vraiment pensé à tout: je me prémunis, tu comprends, contre toute accusation éventuelle de collaboration avec le régime, pour le cas où.comme je le prévois, ça pourrait tourner à la dictature de droite.— Je ne te reconnais plus.— Ecoute: tu ne veux pas avoir à t’exiler, non?Alors, il faut penser à survivre, à survivre à la révolution et à la contre-révolution.C’est à ça que l’histoire reconnaît les grands politiques.— Mais, tu n’as pas encore trouvé une explication satisfaisante à ta conversion subite.Tu ne peux tout de même pas tomber de cheval, tu ne fais pas d’équitation.Et tes selles, vraiment .Je restai un moment interloqué, le temps seulement d’avoir une autre idée de génie — Remplis mon verre, dis-je, si tu veux avoir une avant-première de ma conférence de presse C’était déjà, un peu, le repos du guerrier, ou celui du révolutionnaire.Mon verre me revenait rempli.Cette fois, je ne dirai même pas merci.— Je ne peux pas tomber de cheval, repris-je sur un ton de triomphe, mais je peux avoir un accident d’automobile .Ne prends pas cet air-là: de fait, je l’ai déjà eu.— C'est loin.— C'est loin, mais apprends ton rôle pour les pages et les émissions féminines.En 1956, j'ai eu un accident d’automobile sur la route d’Ottawa: j’ai frappé une vache, fait le tonneau et quatre heures d’amnésie.— Je sais, je sais .— Tu sais, mais qu'est-cc que j’allais faire à Ottawa?J'allais mettre la hache dans un syndicat pancanadien de Radio-Canada dont j’étais vice-président.mettons: national.Car, j'étais déjà indépendantiste, à ce moment-là, ce qui me donne plus d'ancienneté que les Lévesque, Aquin, Bourgault et compagnie.Cela fait de moi un contemporain du Père Gustave Lamarche, de Raoul Roy —"Raoul 1er, pas le chanteur de folklore — cl de Raymond Barbeau, qui s’est stupidement mis au jus de légume, le pauvre .— Ce n'est pas ça qui te met tellement dans le vent.— Mais, c’est important, la tradition, pour un mouvement qui se cherche une respectabilité.Donc, j’ai toujours pensé que je n’avais fait que quatre heures d’amnésie, mais en réalité, je viens tout juste de sortir d’un tunnel fédéraliste d’une durée d’onze ans.Je viens de retrouver ma personnalité totale de Québécois.— Tu ne feras jamais avaler ça au public.— Non?Mais, j'ai mes radiographies et mon électro-encéphalogramme à l’Hôtel-Dieu.Tiens: j’ai même un dossier à la Gendarmerie.à la RCMP.Ça peut se vérifier, ces choses-là.A 40 ans, je suis déjà un précurseur de l’indépendance.Lévesque et Johnson n'ont qu’à se bien tenir.— Mais, tu étais soupçonné de communisme, à ce moment-là, pas de séparatisme, et tu as été blanchi.— Je suis tranquille de ce côté-là: la RCMP ne livre ses dossiers à personne, à plus forte raison ceux qu elle a pu être obligée de détruire.Et puis, penses-tu réellement qu’on va aller chercher aussi loin?As-tu vu un journaliste rappeler à René Lévesque qu'il a reproché à la Presse étudiante nationale, il y a un an.de l’avoir fait passer pour un indépendantiste?Toi, tu t’imagines qu’on va me soumettre à la question, comme si j’étais toujours un fédéraliste.— Je ne suis pas tranquille.Il me semble que tu vas passer pour un exalté, pour un malade .— Eh! Ce n’est pas si mauvais que ça, que j’aie une petite allure irrationnelle, inspirée.Et je suis sûr de pouvoir trouver un psychiatre, comme le Dr Pierre Lefebvre, par exemple, qui va se faire un plaisir de me fournir sa caution professionnelle et d’expliquer mon évolution en termes d’aliénation collective de la nation canadienne-française.Mon amnésie?Le refoulement d'un traumatisme personnel et collectif à ht fois: mon accident de la route et la Conquête.Mais, j'ai subi récemment un choc salutaire, en même temps que la nation québécoise tout entière, à l'occasion de la visite de de Gaulle, et me voilà de nouveau relié à mon passé, assumant le présent et l’avenir.Un cas rare, peut-être, mais pas invraisemblable Ma femme restait là, complètement abasourdie.Je la comprenais bien, la pauvre.J'étais moi-même à peine revenu de ma surprise, et tout étonné de mon talent insoupçonné pour la politique.Décidément, Lévesque avait raison: l’indépendance est une notion libératrice en diable, pourvu qu’on n'ait pas peur des risques normaux de la vie.Je me levai comme un automate et me dirigeai vers ma table de travail.— Que fais-tu là?Le dîner est prêt.— Je vais rédiger mon manifeste.Je n’en ai pas pour longtemps.— Mais, nous sortons ce soir; as-tu oublié?— J'en ai à peine pour quelques minutes.Je n'ai qu’à résumer en quelques pages le contraire de ce que j'ai toujours soutenu.Tu peux mettre le couvert: je suis à toi tout de suite.
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