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Titre :
Annales de l'A.C.F.A.S.
Éditeur :
  • Montréal (Québec) :Association canadienne-française pour l'avancement des sciences,1935-1995
Contenu spécifique :
Vol. 41, No 02
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
autre
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Annales de l'A.C.F.A.S., 1974, Collections de BAnQ.

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[" ¦HB Association canadienne-française pour l\u2019avancement des sciences Annales de l\u2019ACFAS Volume 41, numéro 2, 1974 acfas Actes du 42e congres première partie LES SCIENCES SOCIALES actes du 42econgrès de l\u2019acfas Tenu à l\u2019Université Laval de Québec du 8 au 10 mai 1974 PREMIÈRE PARTIE LES SCIENCES SOCIALES ASSOCIATION CANADIENNE-FRANÇAISE POUR L\u2019AVANCEMENT DES SCIENCES C.P.6060, Montréal, P.Q., H3C 3A7 Des exemplaires supplémentaires de ce document peuvent être obtenus sur demande accompagnée d\u2019un chèque ou mandat au montant de $5.00 l\u2019unité, auprès de : l\u2019ACFAS, C.P.6060 Montréal, Qué.H3C 3A7 La reproduction et l'usage de ces articles sont permis.Prière de faire mention de leur provenance Publié par l\u2019Association canadienne-française pour l\u2019avancement des sciences Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, 4e trimestre 1974 Bibliothèque nationale du Canada. sommaire LA POLITIQUE SCIENTIFIQUE DU QUÉBEC Lionel Boulet\tRôle du Conseil de la politique scientifique du Qué-\t15 bec Ludovic Ouellet\tPourquoi une politique scientifique du Québec ?\t19 ÉTHIQUE ET SCIENCE Henri Beaumont\tL\u2019éthique fondamentale et les récents développements de la science et de la technique\t29 Guy Bourgeault\tÉthique et politique\t33 Robert Guimond\tSécurité sociale et éthique des bénéficiaires\t37 SCIENCE POLITIQUE\t\t Nasir Islam\tLa science politique : un problème de pertinence et d\u2019engagement\t43 Jocelyn Breton\tLe logement, le quartier et la ville: la rationalité de la population et la rationalité du planificateur\t49 Jean Daoust\tLes sondages d\u2019opinion\t53 Paul Pilisi\tLe Canada, le Québec et la Communauté économique européenne élargie\t57 Geza Charles Kuun\tLe rôle du ministère de l\u2019Intérieur dans la prise du pouvoir en Europe orientale après 1944\t61 Georges Tsaï\tLe commissaire aux langues officielles du Canada : ombudsman linguistique et instrument de réforme administrative\t69 GÉOGRAPHIE HUMAINE\t\t Denis Morin,\tL\u2019analyse du changement et de la croissance dans le\t Dean Louder et Paul Y.Villeneuve\ttemps et l\u2019espace\t75 Pierre Cliche\tMigrations captives et rénovation urbaine: l\u2019exemple du Croissant de pauvreté de Québec\t87 Luc Loslier\tEssai de classification des villes du Québec\t93 Claude Soucy\tLa population du Bas Saint-Laurent, de la Gaspésie et des Iles-de-la-Madeleine\t99 Louis-Marie Bouchard\tL\u2019Atlas régional du Saguenay-Lac-Saint-Jean\t105 POLITIQUE DES POPULATIONS Jacques Henripin\tFaut-il tenter d\u2019accroître la fécondité au Québec ?\t113 Laurent Roy\tConséquences socio-économiques d\u2019une stabilisation des taux de fécondité au niveau de 1971\t115 Charles Castonguay\tDimension des transferts linguistiques entre groupes anglophone, francophone et autres, d\u2019après le recensement canadien de 1971\t125 GESTION Faouzi Rassi\tLes modèles de gravitation-inertie et la prévision des flux touristiques : théorie et applications\t135 Yvon Gasse\tLes prédispositions cybernétiques de l\u2019entrepreneur et la croissance relative de son organisation\t147 Jean-Charles Chébat\tDe la construction du sens en publicité\t153 et Georges M.Hénault ÉTUDES SLAVES Chaké Minassian\tLes politiques littéraires en Union soviétique\t159 Harold Bherer\tApplaudi à l\u2019Ouest parce que rejetté à l\u2019Est ?\t163 Daniel Gunar\tAspect social dans les récits d\u2019André Siniavski et de louli Daniel\t167 André Liebich\tAuguste Cieszkowski (1814-1894) : entre l\u2019utopie et l\u2019idéologie\t171 Roman Serbyn\tLe débat soviétique sur l\u2019ethnogenèse des Biélorusses : ses implications scientifiques et politiques\t175 André Babkine\tLes débuts de la flotte russe vus par le premier ami- ral russe 181 PRÉSENTATION Le 42e Congrès de l\u2019ACFAS, tenu à l\u2019Université Laval du 8 au 10 mai 1974, a été de loin le plus important de l\u2019histoire de l\u2019Association, en ce qui concerne le nombre total d\u2019exposés présentés dans les différentes sections.Environ 850 communications individuelles apparaissaient au programme du congrès.Ce ne fut donc pas une surprise que de recevoir au secrétariat de l\u2019ACFAS plus d\u2019une centaine de textes intégraux, soumis librement ou sollicités dans certains cas, pour fins de publication dans les Actes du congrès.D\u2019autre part, le Conseil d\u2019administration adoptait le printemps dernier une politique générale des publications, axée principalement sur la diffusion de documents scientifiques émanant de contributions faites au congrès annuel et lors de colloques tenus dans le cadre des activités générales de l\u2019ACFAS.La toile de fond de cette politique de l\u2019ACFAS est le rôle supplétif qu\u2019entend jouer l\u2019Association vis-à-vis d\u2019autres publications scientifiques, qui sont spécialisées pour la plupart et qui ne couvrent pas, il s\u2019en faut de beaucoup, tous les champs de recherche représentés parmi la cinquantaine de sections de l\u2019Association.L\u2019objectif poursuivi par l\u2019ACFAS n\u2019est pas nouveau mais devient plus explicite : publier à raison de trois ou quatre numéros par an, des actes du congrès ou de certains colloques, dans la mesure où les textes retenus sont représentatifs de la bonne recherche faite ici dans des domaines variés et en autant que l\u2019ACFAS apparaît comme le véhicule le plus approprié pour leur diffusion.L\u2019an dernier, les Comptes rendus du 41e Congrès étaient réunis en un seul volume, mais déjà l\u2019on prévoyait la possibilité de publier désormais ces actes en numéros autonomes et conçus par thème.C\u2019est ce que nous entreprenons cette année avec la publication de ce premier numéro des Actes du 42e Congrès, consacré aux sciences sociales.D\u2019autres numéros suivront dans les mois à venir, portant sur les humanités, l\u2019éducation, les sciences physiques et les sciences biologiques. COMITÉ DU 42e CONGRÈS Président Organisation matérielle Programme scientifique Programme social M.Gabriel Filteau président de l\u2019ACFAS (1973-1974) M.Yvan Chassé M.Michel DeCelles M.Alfred Dumais Mme Edith Engel Mme Gabriel Filteau SECRÉTAIRES DE SECTIONS André Barbeau Jean Bédard Guy Bellemare Jean Bergeron Pascal Bossée Paul Brossard André Daviault Jean-Claude Dionne Richard Dominique Roland Drolet Juan Estable-Puig Serge Fleury Roger de la Garde Michel Gervais Miroslav Grandtner Louise Lafrance Fernand Landry René Lesage Marc-André Lessard Robert Letarte Jean-Yves Lortie Michel Maldague Normand Marceau Jean-Louis Malouin Yvon Martel Paul Mauranges Joseph Melançon Claude Méthot Marc-André Nadeau Gilliane Nosal Louise Ouesnel-Ouellet Michel Pézolet André Picard Janine Pinet Lionel Ponton Jean Raveneau René Riel Michel RobiIlard Raymond St-Arnaud Pierre St-Julien Renaud Santerre André Ségal Francis Slingerland Louis-Marie Tremblay Michel Truchon Jacques Turcotte LE PRÉSIDENT DE L\u2019ACFAS pour l\u2019exercice 1974-1975 Mme Livia Marie Thur est née en 1928 en Hongrie où elle a fait ses études élémentaires et collégiales et où elle a commencé ses études universitaires.En 1949, elle s'inscrit à l\u2019Université de Louvain pour y poursuivre ses études supérieures.Elle y obtient successivement ses titres de Docteur en droit (grade professionnel), Licenciée en sciences politiques et Licenciée en sciences économiques (grades de recherche).Elle entame sa carrière universitaire comme assistant de recherche à l\u2019Institut de recherches économiques et sociales de l\u2019Université de Louvain.En 1959, elle se joint, avec son mari, au corps professoral de l\u2019Université de Montréal.Pendant les dix années qu\u2019elle passe au Département des sciences économiques de l\u2019Université de Montréal, son intérêt se concentre dans les domaines de l\u2019histoire de la pensée économique, des relations économiques internationales et des relations entre le droit et l\u2019économie.De 1970 à 1974, elle participe à l'établissement de l\u2019Université du Québec à titre de Vice-recteur à l\u2019enseignement et à la recherche à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières.De 1974 à 1975, elle est en congé sabbatique.Mme Thur est membre du Conseil d\u2019administration de l\u2019ACFAS depuis 1972.'\tv ' LIVIA MARIE THUR Diplômes universitaires 1952\tDoctorat en droit, Université de Louvain (grade professionnel de 5 années d\u2019études universitaires) ; 1953\tLicence en sciences politiques, Université de Louvain (grade de recherche de 4 années d'études universitaires).1955\tLicence en sciences économiques, Uni- versité de Louvain (grade de recherche de 4 années d\u2019études universitaires).Carrière universitaire 1960-1965 1965-1970 1970-1974 1974-1975 Professeur assistant, Département des sciences économiques, Université de Montréal ; Professeur agrégé, Département des sciences économiques, Université de Montréal (enseignement partagé entre le Département des sciences économiques et la Faculté de droit) ; Vice-recteur à l\u2019enseignement et à la recherche, Université du Québec à Trois-Rivières ; En congé sabbatique.1955-1959 Assistant de recherche, Institut de recherches économiques et sociales, Université de Louvain ; 1959-1960 Chargé de cours, Département des sciences économiques, Université de Montréal ; Publications Entre 1956 et 1966, c\u2019est-à-dire avant l\u2019acceptation de responsabilités et de postes administratifs : Une dizaine d'articles et de monographies dans le domaine des relations économiques internationales et de l\u2019histoire de la pensée économique (publiés en Belgique, en Grande-Bretagne et au Canada).Collaboration à l\u2019ouvrage intitulé Correspondence of Léon Walras and Related Papers.Vol.I 1857-1883, 799 pages Vol.II 1884-1897, 763 pages Vol.Ill 1898-1909, 538 pages édité par William Jaffé (Northwestern University), North Holland Publishing Co., Amsterdam, 1965.Autres fonctions 1965-\t1968 1965 1966-\t1967 1967 1967-\t1970 1967-\t1970 1968-\t1972 1969 1970-1974 Membre de la Sous-commission des grades supérieurs de l\u2019Université de Montréal ; Membre de la Commission du Ministre de l\u2019Éducation du Québec pour la création d\u2019une seconde université de langue française à Montréal ; Membre du Comité «Status of Women» de la Canadian Association of University Teachers ; Membre du Comité exécutif de l\u2019Association des professeurs de l\u2019Université de Montréal ; Membre du Conseil de l\u2019Université de Montréal ; Membre du Comité exécutif de l\u2019Université de Montréal ; Membre du Conseil supérieur de l\u2019éducation du Québec ; Membre du Groupe de travail du Ministre des Finances du Québec sur les priorités économiques et financières de la Province ; Membre du Conseil d\u2019administration de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières; 1970-\t1974 1971- 1971- 1971- 1972- 1973-\t1974 Membre du Comité conjoint des programmes du Conseil des universités et du Ministère de l\u2019éducation du Québec; Membre du Conseil d'administration de Bell Canada; 1973 - Membre du Comité de l\u2019environnement ; Membre du Conseil des sciences du Canada \u2014 Membre du Comité sur la population ; Membre du Conseil d\u2019administration de la Corporation de développement du Canada ; 1972-Membre du Comité de vérification ; Membre du Conseil d\u2019administration de Sidbec et Sidbec-Dosco Ltée; Premier Vice-président de l\u2019Association canadienne-française pour l\u2019avancement des sciences (ACFAS).Autres activités 1962-1973 Deux à trois conférences par an données à des organismes économiques, politiques et sociaux au Québec; 1972\tMembre fondateur du premier Conseil d\u2019administration du mouvement «Jeunesse Canada-Monde»; 1972\tMembre du jury pour l\u2019attribution de la «Médaille Pariseau» de l\u2019ACFAS; 1972\tMembre du jury pour l\u2019attribution du « Prix pour services insignes de la Fonction publique du Canada»; 1973\tMembre du jury pour l\u2019attribution du «Prix pour services insignes de la Fonction publique du Canada». MÉDAILLE PARISEAU Récipiendaire pour l\u2019année 1974 M.Antoine d\u2019Iorio doyen, Faculté des sciences et du génie, Université d\u2019Ottawa Docteur en biochimie de l\u2019Université de Montréal, M.D\u2019Iorio a effectué des stages de recherche aux États-Unis et en Angleterre, avant de faire carrière à l\u2019Université de Montréal, puis à l\u2019Université d\u2019Ottawa, comme professeur et chercheur.Les contributions de M.D\u2019Iorio à la recherche biomédicale se rattachent surtout au domaine de la chimie, du métabolisme et de la pharmacologie des catécholamines, qui sont des amines importantes dans la régulation métabolique ou au niveau du système nerveux.Ses contributions ont été faites dans quatre domaines spécifiques : a) La découverte de l\u2019enzyme catéchol-O-methyl transferase simultanément avec le groupe Axelrod aux États-Unis : cet enzyme est le principal agent d\u2019inactivation des catécholamines chez les mammifères et par le fait même joue un rôle fondamental; b) La découverte du mode d\u2019accumulation des catécholamines dans les granules chromaffines de la glande surrénale; c) Le rôle d\u2019une substance naturelle, la métatyro-sime dans la biosynthèse des catécholamines; d) Travaux sur la multiplicité de la monoamineoxy-dase : il semble que cet enzyme peut se séparer pour fournir plusieurs enzymes de spécificité différente.M.D\u2019Iorio a été président de la Société canadienne de biochimie (1969), de la Fédération des sociétés canadiennes de biologie (1971), de l\u2019ACFAS (1972) et vice-président du Conseil de recherches médicales du Canada (1968).M.ANTOINE D\u2019IORIO ! S- \u2019I ¦ill ' .La Médaille Pariseau de l\u2019ACFAS a été instituée en 1944, grâce à un don de Léo Pariseau, premier président de l\u2019association.Elle est destinée à reconnaître les mérites de travailleurs scientifiques du Canada français, qui se sont signalés par des travaux remarquables en recherche fondamentale.La médaille est attribuée selon une rotation entre les sciences physiques, biomédicales et humaines et est accompagnée d\u2019un prix de $1 000. MÉDAILLE ARCHAMBAULT Récipiendaires pour l\u2019année 1974 MM.Jean-Jacques Archambault et Lionel Cahill Division du génie, Hydro-Québec wmm, mmms, WÊi ¦ ww SÉÜ& ¦ ¦ : WmÊ iSlSSSIPif MM.Archambault et Cahill, ingénieurs en électricité, sont à l\u2019emploi de l\u2019Hydro-Québec depuis plusieurs années.M.Cahill y occupe présentement la fonction de directeur général du Génie et M.Archambault celle d\u2019adjoint au directeur général du Génie.MM.Archambault et Cahill ont joué un rôle prépondérant dans la planification, l\u2019ingénierie et l'application de la technologie du transport d\u2019énergie électrique à 735 kV par l\u2019Hydro-Québec.Cette décision audacieuse que l\u2019Hydro-Québec a prise en 1962 a été due à l\u2019effort de nombreux ingénieurs de l\u2019Hydro-Québec, mais en particulier à l\u2019initiative de MM.Archambault et Cahill.Entre le moment où l\u2019Hydro-Québec a décidé de se lancer dans le domaine du transport d\u2019énergie électrique à 735 kV et l\u2019année 1974, plusieurs étapes ont été franchies qui permettent aujourd\u2019hui de reconnaître le mérite exceptionnel de ces deux candidats.Il y a eu la définition des caractéristiques générales et de l\u2019architecture du réseau 735 kV, la construction et la mise en exploitation de plusieurs lignes à 735 kV qui en 1974 représentent 2 100 milles de lignes qui suivent le réseau de l\u2019Hydro-Québec.Cette technologie a dépassé les bornes de la province de Québec et du Canada, puisqu\u2019elle est maintenant utilisée avec succès aux États-Unis et en URSS.MM.Archambault et Cahill ont reçu conjointement le prix Harbishaw pour 1972 de (\u2019Institute of Electrical and Electronics Engineers.La Médaille Archambault de l\u2019ACFAS a été créée en 1953 en l\u2019honneur d\u2019Urgel Archambault, fondateur de l\u2019École Polytechnique de Montréal.Elle est distribuée annuellement pour reconnaître des contributions exceptionnelles, en milieu canadien-français, dans le domaine de la technologie ou, d\u2019une façon générale, pour souligner des réalisations concrètes de nature à favoriser le progrès de la recherche scientifique.Elle est accompagnée cette année d'un prix de $500 pour chacun des lauréats.M.JEAN-JACQUES ARCHAMBAULT M.LIONEL CAHILL MEMBRES ÉMÉRITES DE L\u2019ACFAS Depuis 1973, l\u2019ACF AS a honoré des membres qui se sont signalés par leurs contributions au sein de F ACF AS ainsi que dans le milieu scientifique en général.Les premiers membres émérites nommés par le Conseil de l'ACFAS furent MM.Léon Lortie (Montréal), Léo Marion (Ottawa) et Adrien Pouliot (Québec).i M.Cyrias Ouellet est professeur émérite et ancien professeur de chimie physique à l\u2019Université Laval.Auteur de nombreux travaux et publications en physico-chimie (cinétique, chimique, combustions lentes, fonction chlorophylienne), il s\u2019est mérité la Médaille Pariseau de l'ACFAS en 1951 ; il est également fellow de l'Institut de chimie du Canada.M.Ouellet a été membre du Conseil d\u2019administration de l'ACFAS de 1945 à 1949 et de 1951 à 1955.Il fut également président de l\u2019Association en 1953-1954.M.CYRIAS OUELLET M.Joseph Risi est professeur émérite de la Faculté de foresterie et de géodésie de l\u2019Université Laval et actuellement adjoint au vice-président à l'enseignement de l\u2019Université du Québec.Il fut auparavant professeur titulaire de chimie organique à la Faculté des sciences de la même université.En 1936, il obtint le prix de la province de Québec (section des sciences) pour ses travaux sur la polymérisation de l\u2019indène et du styrène.M.Risi a été membre du Conseil de l\u2019ACFAS de 1932 à 1949, secrétaire adjoint de l'Association de 1932 à 1944, vice-président de 1945 à 1947 et président en 1947-1948.M.Risi est fellow de l\u2019Institut de chimie du Canada.M.JOSEPH RISI KL t COLLOQUE la politique scientifique du québec Le colloque général du 42e Congrès de l\u2019ACFAS portait sur la politique scientifique du Québec.Les principaux participants furent M.Lionel Boulet, directeur de l\u2019IREQ et président du Conseil de la politique scientifique du Québec, M.Ludovic Ouellet, président de la Commission de la recherche de l\u2019Université Laval et M.Camille Limoges, directeur de l\u2019Institut d\u2019histoire et de socio-politique des sciences de l\u2019Université de Montréal.Le président et animateur du colloque était M.Gabriel Filteau, président de l\u2019ACFAS.Nous reproduisons dans les pages qui suivent les exposés de MM.Boulet et Ouellet. H ÜH Hi ill RÔLE DU CONSEIL DE LA POLITIQUE SCIENTIFIQUE DU QUÉBEC Lionel Boulet directeur de l\u2019Institut de recherches de l\u2019Hydro-Québec président du Conseil de la politique scientifique du Québec Sans doute a-t-on demandé au président du Conseil de la politique scientifique de venir exposer des idées sur une politique scientifique pour le Québec parce que l\u2019on voulait savoir ce que ce comité, nommé depuis plus de deux ans, a fait ou pense faire dans le futur.Par ailleurs, je suis ici pour un échange d\u2019idées qui pourra nous aider dans la réalisation de notre tâche.Il est évident que le Conseil de la politique scientifique a été établi pour fournir des avis aux étapes importantes de l\u2019élaboration d\u2019une politique scientifique et en particulier pour recommander une politique choisie, parmi celles proposées au Comité des ministres.Puisqu\u2019ils touchent de près aux décisions gouvernementales, ces avis, comme l\u2019indique le cahier bleu où le mandat est défini, devront être confidentiels en raison particulièrement du risque qu\u2019il y a d\u2019engager indûment la responsabilité du Parlement ou de faire connaître prématurément des renseignements pouvant bénéficier à des intérêts particuliers.Aussi j\u2019énoncerai certaines opinions, mais il me sera difficile de dire quelle sera l\u2019orientation définitive des recommandations que le Conseil fera au Comité interministériel du gouvernement.Vous comprenez la difficulté de conduire dans un même conseil une expertise complète de tous les domaines de recherche connus, que ce soient en sciences techniques, en sciences humaines, en sciences de la santé ou en sciences sociales.Actuellement le Conseil comprend quinze membres dont trois proviennent du milieu universitaire, trois du milieu industriel, trois des domaines de l\u2019utilisation des sciences sociales, trois du fonctionnariat provincial et finalement trois nouveaux membres, qui ont été ajoutés, à notre demande, de façon à y élargir ou à rendre plus juste la représentation de tous les organismes qui œuvrent dans la recherche actuellement au Québec.Les nouveaux membres, nommés pour r°mplacer ceux qui avaient démissionné ou ceux dont le terme d\u2019office était terminé, ont été choisis dans une liste fournie par les membres du Conseil.Au cours des premières réunions, qui ont débuté au mois de mars 1972, les membres du conseil ont commencé à se pencher sur les besoins de la province dans le domaine de la recherche.Nous avons d\u2019ailleurs sollicité les avis de plusieurs organismes.Des comités ad hoc nous ont soumis des rapports nous indiquant des orientations possibles dans le domaine de la politique scientifique au Québec.Les premiers travaux du Conseil ont porté sur des objectifs possibles à court et à long terme.Quelqu\u2019un disait dernièrement «qu\u2019il n\u2019existe aucune fin prévisible aux problèmes de la politique scientifique et qu\u2019il n\u2019y a pratiquement pas de solution».Cependant, nous avons cru que le Conseil devait faire un relevé objectif des forces vives de la province et des principaux problèmes à résoudre dans ce domaine.C\u2019est ainsi que nous avons demandé à un organisme de faire un inventaire complet de la recherche, afin de déterminer les points forts et faibles du système actuel.La plupart des organismes nous ont fourni une collaboration honnête et nous avons compris qu\u2019il devient très difficile pour les administrateurs de ces recherches d\u2019être forcés (trois, quatre, cinq même six fois par année) de remplir des formules provenant de multiples sources.C\u2019est pourquoi nous avons donné à un groupe la responsabilité de maintenir à jour cet inventaire de la recherche.Un deuxième travail de.notre comité a été de s\u2019informer de la façon la plus complète possible sur les travaux de recherche faits au niveau des ministères du gouvernement du Québec.Nous avons, au cours des années 1972 et 1973, discuté avec les responsables des recherches de chacun des ministères; nous avons analysé avec eux les travaux, les problèmes, et ceci nous a conduits à faire des recommandations au Comité interministériel, sur la nécessité pour chacun de ces ministères d\u2019associer à leurs travaux un comité formé d\u2019experts, pour porter un jugement sur la qualité de la recherche et sur son orientation.Comme notre premier rapport l\u2019indique, certains secteurs ont été favorisés par rapport à d\u2019autres, comme la recherche technique.Les recherches dans les domaines de la santé et du socio-économique ont certainement été défavorisées : l\u2019une des raisons a été l\u2019absence ou la démission des membres repré- 15 sentant ces secteurs.Nous avons sûrement l\u2019intention d'accélérer ces études.Cependant, l\u2019expérience acquise dans ces études nous a permis de réaliser qu\u2019un Conseil comme le nôtre ne devait pas trop diversifier ses actions et que nous étions beaucoup plus favorables à une action globale qu\u2019à une action par secteur.C\u2019est d\u2019ailleurs une de nos recommandations et pour pallier le danger du manque de représentativité, le nombre des membres a été augmenté de façon à avoir un éventail beaucoup plus vaste des différents secteurs impliqués.Dans l\u2019étude de l\u2019innovation industrielle, qui évidemment coiffe une variété de sujets, le Conseil a réussi à dégager quelques idées importantes : la nécessité de programmes d\u2019aide à la recherche et développement industriel, le développement de l\u2019information scientifique et technique, la mise en exploitation des brevets, la définition du rôle des organismes québécois et des politiques à l\u2019égard des organismes subventionnés, l\u2019analyse des prévisions technologiques et de disponibilité du capital de risque et, finalement, la politique d\u2019approvisionnement des organismes publics.En plus de ces études, des prises de contact avec les organismes gouvernementaux, industriels, universitaires, des échanges de vues entre les différents membres, le Conseil de la politique scientifique a aussi réfléchi sur son mandat et sur son statut officiel.Plusieurs autres organismes se sont penchés sur l\u2019organisation de la politique scientifique, et pour n\u2019en mentionner qu\u2019un, le Comité de la recherche scientifique du ministère des Affaires sociales, à la fin de 1973, nous faisait des propositions concrètes pour le ministère et aussi des propositions générales pour l\u2019ensemble de la politique scientifique du Québec.Le Conseil analyse ces rapports et doit, au cours des prochains mois, faire des recommandations au Comité interministériel.Le secrétaire du Comité interministériel, monsieur SIi-vitsky, a d\u2019ailleurs préparé un texte de base pour nos discussions.Je vous le soumets en espérant que vous nous aiderez à trouver les réponses.1.\tQuel est le rôle et les fonctions d\u2019un Conseil?a)\tUn tel conseil peut avoir un rôle consultatif auprès du gouvernement et dans un tel cas, les membres sont nommés à titre individuel et le gouvernement n\u2019est pas lié par les avis du Conseil.b)\tLe Conseil peut jouer un rôle de concertation, lorsque les membres sont mandataires de leurs organismes respectifs.c)\tLe Conseil peut jouer un rôle d\u2019exécutant en distribuant des fonds de recherche.d)\tLe Conseil peut jouer le rôle de chercheur dans certains domaines et effectuer certaines études en dirigeant des groupes et des laboratoires.Comme vous le voyez, le choix est vaste.2.\tÀ qui le Conseil doit-il donner ses avis ?Nous croyons que pour que les avis soient valables, celui qui doit les recevoir doit avoir certainement un pouvoir de décision.Alors, ces avis peuvent être donnés soit à un ministre responsable ou à un comité ministériel, au premier ministre ou au lieutenant-gouverneur en conseil, à un ministre responsable de la recherche dans un secteur particulier ou à la population en général.Ou bien, le Conseil doit avoir une autorité légale lui permettant de prendre des décisions qui deviennent effectives, c\u2019est-à-dire que le Conseil peut avoir le statut, par exemple, d\u2019une compagnie de la Couronne.3.\tSur quels sujets doivent porter les avis du Conseil ?a)\tEst-ce que le Conseil peut ou doit soumettre les avis ?b)\tExiste-t-il certains domaines où l\u2019avis du Conseil est obligatoire ?c)\tLe Conseil donne-t-il des avis sur les budgets intra-muros ou extra-muros du gouvernement du Québec seulement?d)\tLe Conseil est-il chargé de développer ou de définir quelles sont les priorités du gouvernement ou le Conseil se prononce-t-il seulement sur des priorités déjà formulées par le gouvernement?e)\tDans le domaine de la recherche universitaire, quels sont les liens du Conseil de la politique scientifique avec le Conseil des universités, qui, lui aussi, formule des avis au ministre de l\u2019Éducation sur la recherche universitaire?f)\tQuel est le degré de liberté et d\u2019initiative du Conseil?Agit-il de lui-même sur l\u2019invitation du gouvernement ou doit-il demander la permission à un ministre responsable?4.\tÀ l\u2019intérieur des secteurs de recherches, quelles sont les relations du Conseil?a)\tEst-ce que le Conseil est un organisme administratif ou exécutif en politique scientifique au Québec ?b)\tQuelles sont ses relations avec les différents secteurs tels que l\u2019agriculture, les affaires sociales, l\u2019industrie, les universités, etc.?c)\tQuelles sont ses relations avec les ministères faisant de la recherche et du développement ?d)\tQuelles sont ses relations avec le Conseil des sciences du Canada en particulier ou de quelles 16 façons les relations entre le Québec et le gouvernement d\u2019Ottawa affectent-elles les travaux du Conseil ?5.\tQuels sont les domaines de préoccupations du Conseil ?a)\tEst-ce le domaine des sciences naturelles ou se préoccupe-t-il aussi des sciences humaines et des sciences de la santé ?b)\tSe préoccupe-t-il également de la technologie et de l\u2019innovation ?c)\tSe préoccupe-t-il de la recherche, seulement dans le but de l\u2019utilisation des sciences au sens beaucoup plus large?6.\tComposition du Conseil a)\t.Le Conseil a-t-il un président et un vice-président à temps plein ou à temps partiel : quelle est la durée du mandat du président, est-il renouvelable et combien de fois ?b)\tDans le cas ou le président n\u2019est pas à temps plein, le Conseil a-t-il un directeur exécutif?Quelle est la durée de son mandat?Par qui est-il nommé?Sous la recommandation de qui ?c)\tLe Conseil a-t-il un secrétaire et les mêmes questions que nous avons mentionnées pour le directeur exécutif peuvent-elles s\u2019appliquer dans son cas ?d)\tQuelles sont les relations entre le Conseil de la politique scientifique et le secrétariat du Comité des ministres ?e)\tLes membres du Conseil sont-ils nommés à titre individuel ou sont-ils mandataires de leur organisme?Doivent-ils être nommés après consultation ou non-consultation?Nombre de membres, durée du mandat, secteurs d'origine des membres.f)\tLes employés du gouvernement sont-ils membres d\u2019un tel Conseil?Si oui, combien sont-ils et sont-ils membres de plein droit ou seulement membres associés ?Ont-ils le droit de vote ?g)\tLe Conseil a-t-il des membres ex-officio?7.\tAutres questions que le conseil s\u2019est posées a)\tLe rapport annuel du Conseil est-il public ou non, doit-il être déposé à la Législature?b)\tLe Conseil a-t-il le pouvoir de faire des règlements de régie interne?De tels règlements doivent-ils être approuvés par le ministre avant d\u2019entrer en vigueur ?c)\tLe Conseil dispose-t-il d\u2019un budget autonome?d)\tLe nombre de réunions du Conseil doit-il être spécifié dans la loi ?8.\tLe nom d\u2019un tel Conseil On doit choisir évidemment un nom qui reflète le mieux son mandat et ses fonctions.Différents choix sont offerts, tels que Conseil de la politique scientifique du Québec, Conseil de la recherche scientifique du Québec, Conseil des sciences et de la technologie ou toute autre formulation à laquelle on peut penser.Comme vous le voyez, le Conseil de la politique scientifique se pose des questions.Des analyses sont en cours et certains textes préliminaires ont été rédigés.Nous attendons d\u2019ailleurs de l\u2019ensemble du milieu scientifique des recommandations.Nous en avons déjà reçu plusieurs et elles seront toutes considérées avant de prendre une décision finale.D\u2019ailleurs, comme le ministre de l\u2019Industrie et du Commerce l\u2019annonçait dernièrement, l\u2019objectif final de ces travaux est 1974, afin de préparer une législation qui prendra effet en 1975. POURQUOI UNE POLITIQUE SCIENTIFIQUE AU QUÉBEC?Ludovic Ouellet président, Commission de la recherche, Université Laval La politique scientifique d\u2019une nation est une activité politique beaucoup plus qu\u2019une activité scientifique.Les documents tels que le rapport du Comité Lamontagne, au niveau fédéral, sont des documents politiques qui poursuivent des objectifs politiques avec des moyens et une dialectique politiques.Les principes de la politique scientifique du gouvernement du Québec ont été exposés dans un document qui date de 1971.Ce document établit bien la distinction, que trop de gens tentent d\u2019éliminer, entre une politique scientifique et une politique de recherche.Il décrit ainsi les objectifs de la politique scientifique du Québec : «Les objectifs d'une politique scientifique ne sont pas différents des objectifs généraux que se donne la collectivité.La recherche s\u2019y insère à deux titres essentiels : connaissance de l\u2019objet, création du moyen.La politique scientifique s\u2019insère par conséquent dans la politique générale d\u2019un gouvernement pour la servir et l\u2019inspirer à la fois.Elle se distingue de la politique générale par ses moyens qui sont d\u2019ordre scientifique.Par son orientation vers l\u2019avenir, elle s\u2019apparente à la planification, mais elle détermine principalement des mesures immédiates pour préparer cet avenir.» «Il s'agit prioritairement d\u2019assurer le développement économique et social par le moyen de la science et plus fondamentalement d\u2019améliorer la qualité de la vie de la population.» «Plus concrètement, il s\u2019agit de pourvoir le gouvernement en particulier et les agents sociaux et économiques en général du maximum de connaissances scientifiques pertinentes à leurs besoins.Toutefois, il apparaît que des obstacles sérieux empêchent l\u2019industrie québécoise de s'épanouir spontanément aux plans scientifique et technologique en profitant des ressources qui sont déjà à sa portée.Il apparaît aussi que ce problème est lié au contexte nord-américain et qu\u2019il a des caractères nettement politiques.» La science affecte les conditions de vie d\u2019une communauté.Le gouvernement, l\u2019industrie et les services doivent bénéficier de connaissances accrues a) pour résoudre des problèmes; b) pour mener à bien des réalisations et des opérations et c) pour prendre des décisions éclairées en rapport avec leur responsabilité.L\u2019intérêt de la science se situe encore au niveau culturel.Le scientifique a le droit de contribuer à la vie de la nation par son activité de recherche.Cette contribution, que tous les peuples évolués recherchent, fait partie de la qualité de la vie, de la culture, des facteurs de cohésion d\u2019une collectivité où les savants sont fiers de participer à la vie de la collectivité et où la collectivité est fière de ses savants.La science et la recherche scientifique dans une collectivité dépendent de divers agents de développement.Il est donc valable de déposer devant les membres de l\u2019ACFAS une partie du dossier du gouvernement d\u2019Ottawa en ce qui concerne la science et la recherche scientifique pour les Canadiens français.Ensuite, je noterai quelques initiatives récentes du gouvernement du Québec, et dirai quelques mots de l\u2019avenir.Rôle du gouvernement d\u2019Ottawa Les décisions prises à Ottawa ont une influence énorme sur le développement économique, social, culturel et scientifique du Québec.Jusqu\u2019à ces dernières années, le Québec a compté sur le gouvernement d\u2019Ottawa pour son développement scientifique.J\u2019aimerais rappeler le bilan de ce qui en est résulté sur trois points : les activités scientifiques internes du gouvernement d\u2019Ottawa; les subventions aux universités; les contrats de recherche et développement accordés par le gouvernement d\u2019Ottawa.Les activités scientifiques internes du gouvernement d\u2019Ottawa Le tableau I décrit la répartition régionale des activités scientifiques internes du gouvernement fédéral en 1972-1973, telle que publiée par le ministère d\u2019État à la science et à la technologie.Le gouvernement fédéral dépense $36,3 millions au Québec, $127,0 millions en Ontario et $251,5 dans la capitale.Comme la capitale est en Ontario, cette province accapare $382,5 millions, soit 64,4% des activités scientifiques fédérales, tandis que le Québec ne touche qu\u2019à 6,2% de ces activités.19 TABLEAU I TABLEAU II DEPENSES INTRA-MUROS DU GOUVERNEMENT FEDERAL EN ACTIVITÉS SCIENTIFIQUES RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE, EN 1973 PROVINCE OU RÉGION\t$ MILLIONS\t\t% Région de la capitale nationale\t251,5\t(\t42,8) Ontario1\t127,0\t(\t21,6) Alberta\t40,1\t(\t6,8) Colombie britannique\t37,8\t(\t6,4) Manitoba\t36,7\t(\t6,2) Québec2\t36,3\t(\t6,2) Nouvelle-Écosse\t31,9\t(\t5,4) Nouveau-Brunswick\t10,7\t(\t1,8) Saskatchewan\t9,8\t(\t1,7) Terre-Neuve\t5,2\t(\t0,9) île-d u-Prince-Édouard\t1,3\t(\t0,2) Total partiel\t588,3\td\t00,0) Dépenses non allouées3 4\t17,5\t\t TOTAL\t605,8\t\t 1.\tExclut Ottawa 2.\tExclut Hull.3.\tUne somme additionnelle de 17,5 millions de dollars n\u2019a pas été attribuée, portant ainsi le total à 605,8 millions.Ce 17,5 millions comprend des dépenses de 2,0 millions dans le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest, 7,5 millions prévus pour le programme de recherches de l\u2019AGR, 5,3 millions pour le programme des sciences de la terre de l\u2019EMR et 2,6 millions pour le service de gestion de l\u2019environnement du MDE.SOURCE : Ressources scientifiques du gouvernement fédéral en 1972-1974, ministère d\u2019État, Sciences et technologie.EFFECTIFS DU GOUVERNEMENT FEDERAL EMPLOYÉS DANS LES ACTIVITÉS SCIENTIFIQUES RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE, EN 1973 1 PROVINCE OU RÉGION\tEFFECTIFS\t\t% Région de la capitale nationale\t10 640,00\t(\t41,1%) Ontario2\t4 844,15\t(\t18,7%) Québec3\t2 164,85\t(\t8,4%) Alberta\t2 024,40\t(\t7,8%) Colombie britannique\t1 709,50\t(\t6,6%) Nouvelle-Écosse\t1 430,25\t(\t5,5%) Manitoba\t1 371,75\t(\t5,3%) Nouveau-Brunswick\t746,00\t(\t2,9%) Saskatchewan\t564,90\t(\t2,2%) Terre-Neuve\t222,00\t(\t0,9%) île-du-Prince-Édouard\t94,00\t(\t0,4%) Yukon et Territoires du\t\t\t Nord-Ouest\t86,00\t(\t0,3%) Total partiel\t25 897,80\t(100,0%)\t Effectifs non répartis\t292,00\t\t TOTAL\t26 189,80\t\t 1.\tLes effectifs sont convertis en équivalent à plein temps; ils comprennent le personnel permanent, temporaire, occasionnel, saisonnier et militaire, qui était en fonction le 30 septembre 1972.2.\tExclut Ottawa.3.\tExclut Hull.4.\tLa distribution de 292 employés additionnels n\u2019a pu être effectuée, portant ainsi le total à 26 198,8 employés.TABLEAU III DÉPENSES DU GOUVERNEMENT FÉDÉRAL EN ACTIVITÉS SCIENTIFIQUES INTERNES, PAR PERSONNE EMPLOYÉE PROVINCE OU RÉGION\tDÉPENSES/PERSONNE EMPLOYÉE Région de la capitale nationale\t$23 637 Ontario\t$26 217 Québec\t$16 678 Alberta\t$19 808 Colombie britannique\t$22 112 Nouvelle-Écosse\t$22 304 Manitoba\t$26 754 Nouveau-Brunswick\t$14 343 Saskatchewan\t$17 348 Terre-Neuve\t$23 423 Île-du-Prince-Édouard\t$13 830 TABLEAU IV RÉPARTITION RÉGIONALE DES IMMOBILISATIONS POUR FINS D'ACTIVITÉS SCIENTIFIQUES INTERNES DU GOUVERNEMENT FÉDÉRAL (1972-1973) \tIMMOBILISATIONS $ MILLIONS\t% Provinces de l\u2019Atlantique\t4,705\t6,0 Ontario, excluant Ottawa\t12,354\t15,8 Ottawa-Hull\t40,875\t52,2 Provinces de l\u2019Ouest\t12,394\t15,8 Territoires du Nord-Ouest, Yukon et non distribué\t5,767\t7,37 Québec (excluant Hull)\t2,093\t2,7 TOTAL\t78,188\t SOURCE Ressoucces scientifiques du gouvernement fédéral en 1972-1974, ministère d'État, Sciences et technologie.20 Le tableau II donne la répartition régionale des effectifs du gouvernement fédéral employés dans les activités scientifiques.La comparaison entre ces deux tableaux permet de construire le tableau III, qui devient un indicateur de la qualité des travaux scientifiques fédéraux exécutés dans chaque région.Non seulement la quantité des activités scientifiques fédérales est-elle particulièrement basse au Québec, mais sa qualité moyenne est inférieure en comparaison avec toute autre province canadienne, sauf le Nouveau-Brunswick et l'île-du-Prince-Édouard.Un changement de politique à cet égard apparaîtrait d\u2019abord au niveau des immobilisations.Le tableau IV permet de dire qu\u2019au contraire le Québec n\u2019a vu se faire sur son territoire que 2,5% des immobilisations fédérales en activités scientifiques en 1972-1973 ($2 millions pour $78 millions).Le gouvernement central dépense donc chaque année $340 millions de plus en activités scientifiques de pointe en Ontario qu\u2019au Québec.Ce faisant, il maintient en Ontario un contingent très important de personnel hautement qualifié.La disponibilité de cette main-d'œuvre et des services techniques qu\u2019elle offre joue un rôle dans la localisation d\u2019industries et de services.Les retombées technologiques de cette activité scientifique risquent d\u2019affecter d\u2019abord la région immédiate des institutions scientifiques.À peine 8,4% (tableau II) des postes scientifiques fédéraux sont théoriquement ouverts aux francophones et même cela n\u2019est pas valable, puisque beaucoup de postes fédéraux au Québec sont occupés par des anglophones.Enfin, si la création d'un emploi scientifique exige $100 000 d\u2019immobilisation, le Québec se retrouve avec un déficit réel de plus de $1 milliard en investissements scientifiques par rapport à l\u2019Ontario.Les subventions de recherche aux universités La situation des universités francophones par rapport aux subventions fédérales à la recherche est bien connue.Le tableau V la décrit en 1972-1973.Ce tableau appelle deux commentaires.Le premier est que, comparée à la somme de $250 millions dépensée par le gouvernement du Québec en 1972-1973 pour ses universités, la somme de $25 millions ne représente pas un montant tel que le gouvernement fédéral puisse prétendre à un rôle de premier plan au niveau du développement universitaire, sauf dans les universités anglophones où il accorde environ 20% des subventions gouvernementales.Le deuxième commentaire vient d'une comparaison avec le dernier budget fédéral.On y trouve un article où le gouvernement d\u2019Ottawa alloue $15 millions en 1974-1975 pour enseigner le français à ses hauts fonctionnaires anglophones, présents et futurs.Non seulement il accorde $85 millions pour améliorer la compétence technique des anglophones, mais il accorde encore à ses seuls fonctionnaires anglophones autant de ressources pour améliorer leur compétence linguistique qu\u2019il en accorde aux francophones pour améliorer leur compétence technique.TABLEAU V AIDE FÉDÉRALE À LA RECHERCHE UNIVERSITAIRE LE QUÉBEC ET LE RESTE DU CANADA, 1973 SECTEURS\tQUÉBEC\tQUÉBEC francophone\tQUÉBEC anglophone\tONTARIO\tCANADA CNRC\t$10 290 731\t$6 608 190\t$3 682 541\t$23 306 178\t$52 299 162 Santé\t11 332 319\t6 073 111\t5 259 208\t11 176 086\t32 217 264 Économique\t1 546 459\t1 371 651\t636 140\t2 713 224\t8 078 793 Administratif\t461 332\t\t\t624 422\t1 821 434 Conseil des arts\t1 290 680\t1 033 441\t257 239\t1 820 667\t4 213182 CRD\t660 300\t296 200\t364 100\t1 346 500\t2 853 100 TOTAL\t25 581 821\t15 382 593\t10 199 228\t40 987 077\t101 482 935 %\t25,2\t15,1\t10,0\t40,4\t100,0 % de la popula-\t\t\t\t\t tion canadienne\t28,0\t22,5\t5,5\t35,6\t100,0 (1971)\t\t\t\t\t SOURCE : Statistique-Canada.\t\t\t\t\t 21 TABLEAU VI RÉPARTITION REGIONALE DES CONTRATS DE RECHERCHE ET DEVELOPPEMENT ACCORDÉS PAR LE MINISTÈRE DES APPROVISIONNEMENTS ET SERVICES, 1973-1974 RÉGION\tMONTANTS OCTROYÉS\t\t\t% DES MONTANTS OCTROYÉS\tNOMBRE D'OCTROIS\t% DU NOMBRE D'OCTROIS Terre-Neuve\t\t76\t872\t0,4\t8\t0,9 île-du-Prin ce-Édouard\t\t3\t300\t0,02\t2\t0,2 Nouvelle-Écosse\t\t340\t273\t1,9\t26\t3,0 Nouveau-Brunswick\t\t628\t257\t3,5\t54\t6,3 Québec\t4\t767\t181\t26,6\t135\t15,6 Québec francophone\t1\t846\t681\t10,3\t56\t6,5 Québec anglophone\t2\t520\t500\t16,3\t79\t9,1 Ontario\t8\t406\t171\t47,0\t433\t50,3 Manitoba\t\t125\t711\t0,7\t11\t1,3 Saskatchewan\t\t305\t007\t1,7\t21\t2,4 Alberta\t1\t131\t390\t6,3\t60\t7,0 Colombie britannique\t1\t502\t587\t8,4\t87\t10,1 Yukon et T.N.O.\t\t8\t000\t0,04\t2\t0,2 Étranger\t\t603\t188\t3,38\t21\t2,4 SOURCE : Bulletin Recherche et Développement, ministère des Approvisionnements et Services, Ottawa.\t\t\t\t\t\t Les contrats de recherche et développement «Make or Buy», dits d\u2019impartition Depuis un peu plus d\u2019un an, le gouvernement fédéral a mis en place les mécanismes d\u2019une politique d\u2019impartition de la recherche dans les entreprises.Le tableau VI donne le résultat de la première année de la distribution de ces contrats de recherche et développement du ministère des Approvisionnements et Services.On y retrouve tous les chiffres familiers : 47% à l\u2019Ontario, 10,3% aux Québécois francophones, 16,3% aux Québécois anglophones.De ces quelques notes, il faut tirer une conclusion.On peut s\u2019adonner à une spéculation intéressante sur ce qui se serait passé sans l\u2019intervention du gouvernement fédéral en recherche au Québec.Cette spéculation permet de lui donner un beau rôle et de demander qu\u2019il continue à le jouer.On peut aussi bien se demander ce que serait le Canada sans la guerre de 1939 ou la France sans de Gaulle.Le bilan montre que de façon systématique le développement scientifique et technologique canadien a poursuivi deux objectifs : le développement de l'Ontario et le maintien de la position de force des Québécois anglophones.Ceci était vrai en 1841, en 1867 et l'est encore en 1974.Évidemment, il y a pénurie de personnel francophone qualifié.Pour bien illustrer ce point, je présente dans le tableau VII la description du personnel du Centre de recherche pour la défense à Valcar-tier, un laboratoire fédéral de bonne réputation, installé près de Québec.Il vaut la peine de lire le tableau en se rappelant que, depuis la fondation de ce laboratoire, dans les années 40, l\u2019Université Laval a accordé au-delà de 250 doctorats en sciences et en génie.TABLEAU VII LE CENTRE DE RECHERCHES POUR LA DÉFENSE À VALCARTIER Nombre total de personnes\temployées\t745 Personnel professionnel\t145 Personnel avec Ph.D.\t34 Personnel professionnel francophone\t72 Ph.D.francophones\t13 Budget annuel : $11 500 000, en 1971-1972 SOURCE : C.R.D.V., Rapport annuel 1972.22 Les initiatives du gouvernement québécois Le dossier que j\u2019ai présenté sommairement est connu intuitivement de tous les Canadiens français.Il n\u2019est donc pas étonnant que la communauté scientifique francophone réclame depuis très longtemps l\u2019intervention du gouvernement du Québec dans la politique scientifique.Depuis 1968, le gouvernement québécois s\u2019est donné des moyens d\u2019action à plusieurs niveaux.La chronologie des événements est en elle-même éloquente : 1968\tLe Centre de recherche industrielle du Québec L'Institut de recherche de l'Hydro-Québec Subventions de rattrapage du M.E.Q.1969\tLa Commission de la recherche universitaire du Conseil des universités Institut national de la recherche scientifique 1970\tLa Sous-commission à la recherche scientifique et technologique 1971\tLe programme de formation de chercheur et d'action concertée Le Comité interministériel des politiques scientifiques Le secrétariat à la politique scientifique Le Conseil de la politique scientifique du Québec 1973 Rattachement du Conseil de la politique scientifique du Québec au Conseil exécutif Tous les organismes sont bien connus.Presque tous sont remis en question régulièrement et presque tous œuvrent dans des secteurs où le poids des organismes fédéraux est lourd.Je dirai quelques mots de la Commission de la recherche universitaire, formée en 1969, que je connais mieux.La Commission s\u2019est inquiétée du financement de la recherche dans les universités francophones au moment où les sources fédérales de subvention se stabilisaient, consciente qu\u2019en période de stabilisation, les plus faibles (nous) souffrent plus que les plus forts.Le dossier québécois des subventions fédérales à la recherche était à peu près le même en 1970 qu\u2019aujourd\u2019hui.Les transformations de l\u2019université québécoise, amenées par la création d\u2019un niveau d\u2019enseignement collégial, l\u2019ont, au moins à court terme, affaiblie.Le nombre de professeurs nécessaires pour accorder un certain nombre de diplômes a diminué.En conséquence, il est beaucoup plus difficile de réunir un groupe de professeurs suffisant pour créer une véritable atmosphère de recherche.À la limite, on pourra peut-être dire que la création des CEGEP a été un coup dur pour le développement de la recherche au Québec.Les organismes subventionnaires actuels accordent des fonds à des chercheurs individuels.La formation de chercheurs est non seulement une mission spécifique de l\u2019université, mais aussi une priorité québécoise.Cette priorité sera notre responsabilité plus longtemps que dans d\u2019autres pays, à cause de la difficulté que nous avons à intégrer des chercheurs étrangers.La qualité de la recherche exige que les chercheurs et leurs projets soient jugés, dans un régime compétitif, par les chercheurs de leur domaine.La Commission de la recherche a recommandé de transformer le régime de subventions de rattrapage du ministère de l\u2019Éducation en un organisme de subventions que le ministère a appelé «Formation de chercheurs et d\u2019action concertée».Elle a aussi proposé de donner le caractère suivant à ces subventions : elles sont accordées à des équipes pour inciter les universités à créer des unités de recherche, compensant en partie la saignée de personnel vers les CEGEP et pour ne pas être en compétition directe avec les autres organismes; elles sont complémentaires par rapport à toutes les autres subventions de recherche, affirmant bien que le développement de la recherche est la responsabilité du ministère de l\u2019Éducation; elles favorisent l\u2019encadrement des travaux de thèse des étudiants; elles devraient être distribuées sous la responsabilité d\u2019un organisme consultatif, à la suite de l\u2019avis de jurys.Tout cela est maintenant bien connu.Au printemps 1973, le ministère de l\u2019Éducation accordait aux chercheurs des universités québécoises une somme de $4 275 000, répartie comme suit : sciences physiques sciences biologiques sciences sociales sciences humaines $1 859 000 $ 560 000 $1 393 000 $ 462 000 Ceci se compare aux montants suivants distribués par le Conseil national de recherches du Canada et le Conseil des arts du Canada aux universités québécoises en 1973 : CNRC\t$10 984 000 Conseil des arts\t$ 1 264 000 Le concept de la complémentarité a permis de concentrer ces fonds dans les universités francophones, où les besoins sont les plus grands.Depuis 1971, le Québec finance donc la recherche universitaire d\u2019une façon à peu près classique, et est en état de se donner une politique de recherche.Les centres de recherche interuniversitaires La Commission de la recherche du Conseil des universités a fait, en 1972, une recommandation au 23 ministère de l\u2019Éducation à l\u2019effet de reconnaître certains centres de recherche.«Un centre de recherche, dont le programme correspond à l'un des axes de développement de l\u2019université à laquelle il est rattaché, peut proposer un plan de développement qui comporte une mission scientifique recouvrant des intérêts communs à l\u2019ensemble des universités québécoises.» (Les subventions FCAC, 1973, M.E.Q.).Cette recommandation visait à laisser les universités libres dans l\u2019organisation de leurs ressources de recherche, à ne pas susciter, de façon indue, la création de centres de recherche, mais à fournir à une université des ressources complémentaires pour créer un point d\u2019excellence.Cette recommandation est l\u2019une des plus difficiles à mettre en pratique puisqu\u2019elle comporte la nécessité de faire le «vrai choix».Il n\u2019est pas étonnant que le processus d\u2019évaluation des dossiers soit parfois très long.À partir de maintenant J\u2019ai indiqué quelques-uns des instruments que le Québec s\u2019est donnés pour voir à son développement scientifique.Aucun de ces instruments n\u2019est parfait.Cependant, ces instruments doivent avoir la possibilité de se roder, de se développer, de s\u2019établir dans un climat de critique constructive.Le Conseil de la politique scientifique a été formé par décret du Conseil des ministres, à la suite d\u2019une recommandation de la Commission de la recherche du Conseil des universités au ministère de l\u2019Éducation.Grâce à la collaboration des fonctionnaires supérieurs du ministère, grâce au ministre Saint-Pierre, le projet a pris forme; il a été l\u2019objet d\u2019une consultation de la communauté scientifique par trois ministres, il a été annoncé par le ministre Saint-Pierre au Congrès de l\u2019ACFAS en 1971, les membres ont été nommés en janvier 1972.À peine un an plus tard, le gouvernement du Québec recevait un rapport d\u2019un universitaire le remettant en question.Il commençait à peine à se mettre en place et à travailler.Cela ne l\u2019a pas aidé.De même, le Centre de recherche industrielle et l\u2019Institut national de la recherche scientifique ont besoin de se développer normalement, les budgets de subvention du programme FCAC doivent croître.Malgré tous les défauts qu\u2019on leur connaît, il faut supporter ces organismes, les influencer, les utiliser, les amener à évoluer dans leurs préoccupations et à mieux servir la communauté québécoise.Je décrirai maintenant trois priorités types du Québec en recherche scientifique : la formation de chercheurs, les domaines prioritaires et la recherche fondamentale.La formation de chercheurs La formation des chercheurs est une priorité des francophones Québécois.Comme toutes les autres communautés, la nôtre doit voir à former son personnel scientifique.Le tableau VIII permet de voir l\u2019importance accordée à ce problème au Québec et dans le reste du Canada.La faiblesse des universités francophones à ce niveau nous incite à un effort supplémentaire.Ce tableau cependant ne doit pas laisser l\u2019image pessimiste qu\u2019il projette.L\u2019Université Laval, par TABLEAU VIII DIPLÔMES ACCORDÉS PAR LES UNIVERSITÉS CANADIENNES, 1971-1972 POPULATION DIPLÔMES ACCORDÉS POPULATION DIPLÔMES 1 er cycle \t(1971)\t1 er cycle\t2e cycle\t3e cycle\tdoctorats\tDiplômes 3e cycle Terre-Neuve\t522 104\t1 177\t69\t2\t261 000\t594 lle-d u-Prince-Edouard\t111 641\t405\t\t\t\t Nouvelle-Écosse\t788 960\t3 481\t306\t45\t17 500\t87 Nouveau-Brunswick\t634 557\t2 769\t170\t21\t30 000\t133 Québec\t6 027 764\t18 795\t1 861\t298\t32 000\t63 Ontario\t7 703 106\t28 047\t5 488\t851\t9 000\t36 Manitoba\t988 247\t3 934\t434\t56\t17 700\t96 Saskatchewan\t926 242\t2 945\t270\t55\t17 000\t58 Alberta\t1 627 874\t5 969\t833\t223\t7 300\t29 Colombie britannique\t2 184 621\t5 042\t827\t173\t12 500\t33 Québec anglophone\t1 200 000\t5 821\t857\t174\t6 900\t36 Québec francophone\t4 800 000\t12 974\t1 004\t124\t39 000\t118 SOURCE : Statistique-Canada 24 exemple, qui avait accordé un total de 400 doctorats de 1935 à 1968, en a accordé 300 de 1968 à 1973 et prétend en accorder 600 de 1973 à 1978.L\u2019Université de Montréal accordera 150 doctorats cette année.La contribution de l\u2019Université de Sherbrooke, de l\u2019Université du Québec devient plus importante à chaque année.Il y a de plus un apport important et nécessaire des universités étrangères à la formation des chercheurs québécois.Le gouvernement québécois facilite d'ailleurs l\u2019aération des jeunes chercheurs par ses mécanismes de coopération internationale : bourses à l\u2019étranger pour étudiants, bourses post-doctorales et courts séjours de recherche.Les domaines prioritaires La politique mène à des choix et à des priorités.Au Québec, ces choix sont particulièrement nécessaires parce qu\u2019une communauté de six millions de personnes ne peut pas tout faire et bien le faire.La dimension de la communauté scientifique québécoise nous impose encore comme nécessaire la collaboration très étroite entre les chercheurs des universités, des gouvernements et de l\u2019entreprise.Pour le développement scientifique et technologique du Québec, il est à mon avis urgent d\u2019augmenter le potentiel de recherche des entreprises et des gouvernements.Pour ce faire, il faut favoriser l\u2019entrée de chercheurs bien formés dans l\u2019entreprise \u2014 ou au CRIQ \u2014 et au gouvernement.C\u2019est une autre priorité québécoise.Les critères habituels : besoins de la société et ressources disponibles, surtout humaines, permettent d\u2019identifier plusieurs thèmes de priorité québécoise : l\u2019eau, l\u2019énergie, l\u2019urbanisation, le nord, les mathématiques appliquées, l\u2019océanographie, les sciences de l\u2019éducation, les sciences de la santé, l\u2019aménagement, l\u2019agriculture, la technologie industrielle, etc.Cet et caetera est évidemment une injustice.Il appartient à la communauté scientifique de continuer à préciser, en collaboration avec les gouvernements et les entreprises, les domaines où la recherche scientifique peut contribuer le plus au mieux-être et au progrès des Québécois.La concertation est nécessaire non seulement pour maintenir une activité de recherche valable, mais aussi pour choisir des domaines où un effort spécial doit être fait.La recherche fondamentale L\u2019évolution récente de la politique canadienne de recherche semble indiquer une orientation vers la recherche appliquée.Les chercheurs, surtout universitaires, doivent appuyer cette orientation.Cependant, la recherche elle-même peut simplement disparaître sous le poids de l\u2019orientation extérieure vers des solutions données.Il serait extrêmement dangereux par exemple de bâtir les structures scientifiques du Québec autour des priorités du ministère d\u2019État à la science et à la technologie et du programme «Make or Buy», tel qu\u2019il est perçu actuellement.Toute recherche, qu\u2019elle soit en économique, en chimie, en génie civil, en administration ou en médecine clinique, est fondamentale, au moins en grande partie.Tout programme de recherche a besoin d\u2019une proportion importante de recherche fondamentale et pratiquement libre.Autrement, il risque de se perdre dans les opérations de recherche, dans les techniques de recherche et ne pas considérer la vraie solution au problème posé.La recherche doit s\u2019attaquer à la solution d\u2019un problème, et pas nécessairement à telle solution d\u2019un problème.Dans tous les champs d\u2019activités, mais surtout en recherche scientifique, un domaine prioritaire est un domaine où l\u2019on attire les meilleurs cerveaux de la nation, et non un domaine où la présence de personnel de deuxième qualité justifie son existence par une priorité nationale.Conclusion En conclusion, je vous transmets deux idées.Le Québec établit lentement les grandes lignes de sa politique scientifique.Les organismes pour le faire sont en place et les priorités se dessinent graduellement, souvent avec un certain flair.Il y a tout de même six ans qu\u2019existe le Groupe de recherche en énergie de l\u2019Hydro-Québec, et il a une réputation mondiale.Le Québec sait de mieux en mieux ce qu\u2019il veut comme développement scientifique.Il est donc en mesure d\u2019en discuter sérieusement avec le gouvernement d\u2019Ottawa.Il y a actuellement des ouvertures de ce côté et sans doute une certaine bonne volonté; il faut en profiter.Après tout, il n'est pas équitable que les impôts québécois servent au développement de l\u2019Ontario.Nos hommes politiques fédéraux doivent être sensibilisés à cette question.Enfin, le Québec a besoin de quelques hommes avec la vision et le courage de Lionel Boulet pour mettre sur pied un certain nombre d\u2019organismes de recherche québécois.À mon avis, les ressources humaines et financières existent pour le faire.En terminant, j\u2019aimerais profiter de l\u2019occasion pour remercier publiquement quelques personnes qui ont travaillé avec moi et se sont compromises avec moi depuis quelques années.Un remerciement tout particulier, mais malheureusement anonyme, va à tous ces cent bénévoles qui ont participé aux jurys FCAC sous ma direction et qui ont accepté de travailler dans des conditions difficiles pour construire le Québec.25 éthique et science Sous ce thème sont réunis les textes de trois conférences prononcées dans le cadre d\u2019un colloque organisé par la Section des sciences de la religion et dont le titre exact était: «Les implications des changements scientifiques et techniques sur la morale politique et économique ainsi que sur la morale sexuelle et familiale».La publication de ces textes nous fournit l\u2019occasion de saluer la création au sein de l\u2019ACFAS d\u2019une Section des sciences de la religion qui se réunissait pour la première fois lors du 42e Congrès, sous l\u2019égide de l\u2019Association canadienne de théologie. L'ÉTHIQUE FONDAMENTALE ET LES RÉCENTS DÉVELOPPEMENTS DE LA SCIENCE ET DE LA TECHNIQUE Henri Beaumont Faculté de théologie Université Laval «Sous la baguette magique de la biologie, voici que l'homme devient peu à peu tout autre qu\u2019il n\u2019était.Voici qu\u2019il se change en une bête nouvelle et paradoxale, inconnue des nomen-clateurs, ayant une physiologie spéciale et bigarrée, empruntant ses traits aux familles animales les plus hétéroclites.Voici que l\u2019Homo sapiens est en voie de devenir un Homo biologicus, étrange bipède qui cumulera les propriétés de se reproduire sans mâle comme les pucerons, de féconder sa femelle à distance comme les poissons xiphophores, de se bouturer comme le ver de terre, de remplacer ses parties manquantes comme le triton, de se développer en dehors du corps maternel comme le kangourou, de se mettre en état d\u2019hibernation comme le hérisson1.» C\u2019est en ces termes que Jean Rostand décrit un des aspects d\u2019une révolution déjà en cours, et dont l\u2019impact se répercutera au long des siècles à venir.En face de ces progrès merveilleux et rapides de la science et de la technique, l\u2019homme moderne est tiraillé par des tendances parfois contraires.D\u2019un côté, il constate qu\u2019il a en main, et de plus en plus, les moyens techniques suffisants pour devenir, à certains points de vue, son propre créateur : il a conscience que ce processus d\u2019évolution est irréversible et qu\u2019il sera même encore accéléré dans l\u2019avenir.D\u2019un autre côté, il se rend également compte des limites de cette technique qui peut, en allant au pire, l\u2019écraser et même le détruire : la technique ne respecte pas toujours les forces intérieures de l\u2019homme, qui ne peuvent être décelées par le télescope ou mesurées par le baromètre : les forces d\u2019amour, de don et d\u2019oubli de soi, de fraternité, en un mot tout le désir irrésistible de bonheur qui est à l\u2019intime de toute personne humaine.Devant ce malaise qu\u2019il ressent, l\u2019être humain é-prouve le besoin, s\u2019il est sérieux, de réfléchir sur le sens de son agir et de sa destinée, de se demander comment ces valeurs intimes, tant individuelles que sociales, pourront être efficacement respectées.Il voudrait bien savoir où ce progrès va le conduire, mais il constate malheureusement que certaines appréciations éthiques, élaborées dans un contexte 1.\tJean Rostand, cité dans David Rorvik, Brave New Baby, Paris, Albin Michel, 1972, p.17.très différent du sien, sont au moins partiellement inaptes à fournir des normes valables d\u2019évaluation des dimensions et de la portée de son évolution.Il se dit avec Francis Crick : «L\u2019évolution des connaissances scientifiques va détruire dans une certaine mesure les fondements traditionnels de nos convictions éthiques et il n\u2019est pas facile de voir comment nous les remplacerons2.» Pour entrer plus spécifiquement dans le sujet, i.e.les problèmes posés à l\u2019éthique fondamentale par les récents développements de la science et de la technique, il me semble que la première difficulté qui se présente au moraliste remet en question la possibilité même d\u2019une réflexion morale adéquate sur les phénomènes humains qui sont en relation avec cette évolution de la science et de la technique.Quand il est appelé à réfléchir et à porter un certain jugement sur une question scientifique (par exemple : la manipulation génétique), le moraliste se trouve en face d\u2019une réalité toute neuve qui n\u2019existait pratiquement pas auparavant.Normalement, pour juger de la valeur éthique d\u2019un agir, d\u2019un procédé ou d\u2019un comportement, il faut être au moins sommairement au courant du sens de cet agir, de ses effets, de ses conséquences à court et à long termes.Aujourd\u2019hui, le champ des connaissances scientifiques est tellement vaste et évolue avec une telle rapidité qu\u2019une seule et même personne ne peut contrôler tous les aspects de ces connaissances, et un homme de science doit généralement se limiter à une spécialité.Le moraliste ne connaît en fait ces questions que d\u2019une façon indéterminée et vague : en face d\u2019elles, il n\u2019est qu\u2019un profane, un non-initié, et on lui demande ce qu\u2019il faut en penser au point de vue humain, moral et éventuellement religieux3.Même si le moraliste fait un effort pour s\u2019informer, par exemple à un spécialiste, peut-il acquérir 2.\tFrancis Crick, cité dans Odette Thibault, l\u2019Homme inachevé, Casterman, 1972, p.16.3.\tCf.Karl Rahner, Écrits théologiques, tome XII, Problèmes moraux et sciences humaines, Desclée de B., p.82 et suiv.29 une certitude suffisante et une intelligence adéquate des informations recueillies pour savoir ce qui est nécessaire à une conversation pertinente sur le sujet?Est-il en mesure de se faire une idée suffisamment précise des présupposés, des méthodes, des possibilités qu\u2019offre telle science déterminée dans un avenir proche ou lointain?Le spécialiste lui-même, occupé à sa recherche dans le champ de connaissance auquel il s\u2019est consacré et limité par cette connaissance, ne peut pas toujours, ou n\u2019a pas toujours la préoccupation de mesurer, ou du moins de le faire avec une prospective suffisante, les implications que les fruits de ses recherches auront sur les générations futures, au plan individuel et social, au plan psychologique, en un mot sur l\u2019ensemble de la personne humaine et sur l\u2019humanité toute entière.Dans un tel contexte, il arrive souvent que tous hésitent à porter un jugement moral, tant le spécialiste que le moraliste : ce dernier se sent à peu près limité à affirmer en général qu\u2019on ne peut écarter à priori l\u2019expérimentation humaine ou la manipulation génétique comme un projet immoral.Par ailleurs, les effets néfastes de certaines expériences (pollution, destruction de l\u2019environnement, déshumanisation, destruction lente de l\u2019humanité) montrent bien qu\u2019on ne peut effectivement réaliser tout ce qui est possible.Quant à préciser les limites de l\u2019usage de la technique, chacun se sent incapable de les établir et le jugement moral est souvent élaboré quand le mal est déjà fait.Quand de fait, on essaie de dire quelque chose sur les aspects moraux des découvertes scientifiques et de leurs applications, on constate l\u2019accélération extrêmement rapide des techniques, ce qui fait dire à Alvin Toffler : «90% de tous les hommes de science que la terre ait jamais connus sont actuellement en vie et chaque jour voit de nouvelles découvertes scientifiques.Car ces nouvelles idées sont mises en oeuvre bien plus rapidement qu\u2019aupara-vant.Le laps de temps écoulé entre la conception originelle et l\u2019emploi pratique s\u2019est réduit dans des proportions radicales.C'est là la différence frappante entre nos ancêtres et nous.Apollonios de Perga découvrit les sections coniques, mais il fallut plus de deux mille ans pour qu\u2019elles servent à la résolution des problèmes de construction.[Plus près de nous] le premier brevet de machine à écrire fut délivré en Angleterre en 1714, mais il fallut attendre cent cinquante ans avant d'en trouver une sur le marché.De nos jours, un tel délai entre une idée et son application est presque impensable4.» C\u2019est donc dire que la réflexion sur les données globales d\u2019une découverte est nécessairement rapide et qu\u2019on discerne mal les valeurs objectives impliquées dans une telle évolution.Les normes morales 4.Alvin Toffler, le Choc du futur, Paris, Denoël, 1971, p.39.objectives sont souvent remises en cause, et on est porté à juger de la valeur morale d\u2019une découverte par son efficacité immédiate et sa rentabilité.C\u2019est d\u2019autant plus vrai qu\u2019on a souvent présenté, surtout à travers les résumés des manuels de morale, une idée fausse de la norme morale objective.On a cru pouvoir déduire tout simplement la moralité concrète d\u2019un comportement individuel ou collectif à partir de l\u2019essence des choses saisie dans une définition : on est souvent arrivé ainsi à un dogmatisme moral dont le premier aspect «est qu\u2019il est réponse à tout : c\u2019est la représentation de la morale à la façon d\u2019un code universel, la substitution d\u2019un savoir à la responsabilité.Plus redoutable encore, son second visage est justification, absolutisation de positions contingentes, peut-être sensées, mais souvent contestables, une façon inébranlable de s\u2019affirmer comme si on était les seuls à incarner la justice et la vérité5 ».Cette remarque de Pierre Antoine paraît particulièrement opportune quand on examine l\u2019idée que certaines écoles se sont faite de la nature comme norme de moralité.Il fut certes un temps où l\u2019homme était soumis par nécessité aux forces de la nature, aux cataclysmes, aux épidémies qu\u2019il était en grande partie incapable de contrôler et à plus forte raison de dominer : il lui paraissait alors normal de faire contre mauvaise fortune bon cœur, et de considérer comme vertueux de se soumettre sans récrimination à ces forces de la nature, entendue, comme on dit aujourd\u2019hui, dans son sens statique.On oubliait cependant trop souvent que, selon la morale la plus authentique, la conformité à la nature n\u2019a jamais été entendue dans le sens d'une soumission passive à des forces aveugles et purement biologiques ou cosmologiques, mais dans le sens d\u2019une conformité à la nature raisonnable, propre à l\u2019homme, qui réfléchit sur ces phénomènes, les analyse, les contrôle dans la mesure du possible, donc d\u2019une nature dynamique et partiellement évolutive, en tenant évidemment compte d\u2019un fond commun à tous les êtres humains et qui est nécessairement immuable.Le contexte actuel exige que, tout en évitant la pure morale de situation qui serait négation de toute valeur objective, nous remettions l\u2019accent sur la responsabilité de l\u2019homme en face d\u2019une telle évolution.Il est urgent que nous proposions des pistes de réflexion qui ne font pas seulement tenter d\u2019ajouter «quelques pièces neuves à nos vieux vêtements», mais qui tiennent vraiment compte de tout le contexte de la révolution scientifique moderne.5.Pierre Antoine, Morale sans anthropologie, Paris, Epi, 1970, p.35.30 Un autre problème posé par les récents développements de la science et de la technique consiste dans le fait que leur valeur est jugée presque exclusivement en termes d\u2019efficacité et de rentabilité : dès qu'une idée est conçue, elle doit être mise en application et apporter un confort, soulager la difficulté et la souffrance, éloigner la mort.De tout temps certes, le moraliste a affirmé que le but de la vie était le bonheur, tant de l\u2019individu que de la société, mais il affirmait en même temps que le bonheur était conciliable avec certaines formes d\u2019ascèse, avec le don de soi et même, en certaines circonstances, avec la souffrance.La science et la technique, si on n\u2019y prend garde, peuvent habituer l\u2019homme à considérer le bonheur comme consistant dans une satisfaction immédiate, dans un simple plaisir procuré sans effort.On attache ainsi une importance excessive à une certaine qualité de vie : on en arrive à juger que seule la vie incluant un certain niveau intellectuel, un potentiel minimum de développement, un niveau donné d\u2019épanouissement, peut être valable.De ce fait, des vies ne valent pas la peine d\u2019être vécues.Ceux qui exigent une certaine qualité de vie ne mettent peut-être pas l\u2019insistance sur les mêmes éléments pour assurer cette qualité : chacun peut avoir son point de vue, tels les époux estimant que l\u2019enfant est un fardeau insupportable s\u2019il les prive de confort, d\u2019une grosse voiture, de sorties agréables.Pour d\u2019autres, l\u2019insistance sera mise sur un autre aspect : tous ont toutefois en commun qu\u2019ils croient qu\u2019à un moment donné, une vie qui n\u2019apporte pas ce qu\u2019on conçoit à sa façon comme le bonheur peut ou même doit être empêchée ou détruite.On constate bien, dans les discussions sur l\u2019avortement, l\u2019euthanasie ou l\u2019infanticide, qu\u2019une conception hédoniste et utilitariste de la vie conduit à la suppression de la vie d\u2019un autre que l\u2019on considère comme un trouble-fête, ou à la destruction de sa propre vie si on la juge trop lourde à supporter.On ne peut évidemment blâmer l\u2019homme de science qui fait tout en son pouvoir pour éloigner le plus possible la souffrance et la mort, et pour rendre la vie elle-même plus facile et plus agréable, au plan individuel comme au plan communautaire.Le malheur survient lorsqu\u2019on en arrive à déclarer que telle vie déficiente ou handicapée doit disparaître parce qu\u2019elle ne correspond plus à la conception que l\u2019on se fait du bonheur de l\u2019être humain.Lorsqu'on considère plus largement la qualité de vie de l\u2019ensemble des êtres humains, on constate que le perfectionnement de la pratique médicale a supprimé dans l\u2019humanité des mécanismes de sélection naturelle qui agissaient autrefois spontané- ment : les êtres les plus faibles, incapables d\u2019affronter les difficultés de l\u2019existence, étaient éliminés dès la naissance ou très tôt dans le jeune âge.Aujourd\u2019hui, la mortalité infantile est pratiquement disparue, et des individus qui auraient été autrefois éliminés naturellement avant l\u2019âge adulte pourront engendrer alors qu\u2019ils sont porteurs de tares génétiques transmissibles à leur progéniture.Au moins dans les plus graves de ces cas, il existe sûrement pour l\u2019individu, au nom d\u2019un sain eugénisme, une obligation morale de s\u2019abstenir de donner naissance à des enfants tarés.Certaines personnes sont cependant incapables d\u2019exercer lucidement une paternité responsable; comme la société prend elle-même de plus en plus en charge les responsabilités et les besoins individuels, l\u2019autorité peut-elle dans de tels cas imposer, par exemple, la stérilisation définitive?Le cas s\u2019est présenté récemment aux Etats-Unis alors que deux jeunes Noires de douze et quatorze ans ont subi la ligature des trompes dans une clinique de planning familial de l\u2019Alabama, subventionnée par le gouvernement fédéral du pays.La mère illettrée n\u2019a pas compris qu\u2019en apposant une croix au bas d\u2019un formulaire, elle autorisait qu'on enlève à ses filles le droit d\u2019avoir des enfants et les fillettes ignorantes ont subi sans rien comprendre une intervention qui les rendait stériles pour la vie6.Dans le même ordre d\u2019idées, l\u2019Etat pourrait-il imposer l\u2019amniocentèse, ce qui impliquerait pratiquement le recours à l\u2019avortement dans le cas où une anomalie importante aurait été découverte chez le fœtus en gestation ?Pour mentionner finalement un dernier élément relatif à la vie sexuelle, on sait que la dissociation de l\u2019amour et de la fécondité peut aujourd'hui être facilement et efficacement obtenue; cette constatation demande une nouvelle considération des valeurs de la sexualité et de ses modes d\u2019expression, ainsi que de la vie conjugale; elle exige qu\u2019on étudie plus à fond toutes les implications de l\u2019usage des méthodes contraceptives, de la stérilisation, de la fécondation en dehors de l\u2019utérus, etc.Pour conclure, nous devons sûrement affirmer que l\u2019évolution et les développements de la science et de la technique posent à l\u2019éthique dans son ensemble, et notamment à l\u2019éthique fondamentale, des problèmes nouveaux et complexes, et demandent qu\u2019on réévalue des solutions qu'on avait trop facilement considérées comme définitives.Ils ont en contrepartie le grand avantage de nous obliger à mieux situer le rôle de la réflexion éthique dans l\u2019ensemble de la vie humaine.6.Le Soleil, 26 décembre 1973, p.18.31 \\ Ils nous obligent à formuler nos jugements non pas tellement au niveau des détails trop précis et trop déterminés, mais à envisager plutôt la réalité globale des valeurs mises en cause.Il nous forcent à préciser le sens et la portée du jugement moral, et à mieux situer les rapports entre les normes objectives et les applications subjectives de ces normes, qui ne sont pas de pures déductions à partir de principes, mais vraiment des décisions responsables d\u2019individus et de groupes qui doivent agir dans les situations très concrètes dans lesquelles ils ont à vivre.ils nous obligent enfin à constater que les principes propres de la morale n\u2019ont pas été parachutés d\u2019un monde inconnu, mais qu\u2019ils ont été établis à partir de l\u2019expérience prolongée des individus et des sociétés qui ont vécu depuis le début de l\u2019humanité.Si aujourd\u2019hui les sociétés et les techniques qui sont à leur service évoluent avec une telle rapidité, il est nécessaire que les hommes continuent de réfléchir sur les éléments nouveaux qui se présentent à eux, et qu\u2019ils sachent en tirer les décisions qui conviennent réellement à ces nouvelles situations.En un mot, il est urgent que l\u2019homme, surtout s\u2019il se prétend moraliste, sorte d\u2019une mentalité éthique teinte de dogmatisme et de légalisme pour en arriver franchement à une morale d\u2019une prudente responsabilité.La conscience de l\u2019homme, éclairée certes par l\u2019expérience des siècles passés, mais aussi alertée par les responsabilités actuelles, pourra alors prendre les décisions qui s\u2019imposent en face des problèmes posés par les récents développements de la science et de la technique. ÉTHIQUE ET POLITIQUE morale individuelle vs éthique structurelle Guy Bourgeault Département de théologie Université de Montréal «L\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui vit dans un monde planétaire avec une conscience paroissiale.Le problème est donc de savoir comment mettre cette conscience à jour1.» Ce constat du Conseil œcuménique des Églises, avec le problème fondamental qu\u2019il pose à la réflexion éthique, trouve son écho, plus près de nous et en contexte québécois, dans le rapport de la Commission d\u2019enquête sur les laïcs et l\u2019Église (Commission Dumont) : on y signale qu\u2019une morale «trop réduite aux impératifs de la vie privée.est devenue à la fois inefficace dans notre vie et incroyable aux plus jeunes», parce qu\u2019elle «ne s\u2019est pas assez centrée sur la justice, la fraternité et la liberté», parce qu\u2019elle ne s\u2019est pas assez inspirée des «promesses eschatologiques de fraternité, de justice, de paix», parce qu\u2019elle n\u2019est pas assez interpellée par «les solidarités terrestres à aménager et à vivre »2.Pour une nouvelle problématique dans l\u2019ordre de la réflexion éthique La convergence de ces constats \u2014 auxquels il serait possible d\u2019en joindre bien d\u2019autres \u2014 nous invite à réfléchir sur les rapports nécessaires entre un ordre socio-culturel donné et la systématisation é-thique qu\u2019il rend possible et qui, en retour, le légitime3.Il peut être éclairant, à cet égard, d\u2019évoquer rapidement l\u2019histoire récente de la révolution culturelle chez nous, pour essayer d\u2019en mesurer l\u2019impact au niveau de la conscience morale soudain désemparée et à celui de la difficulté nouvelle d\u2019un discours éthique pertinent4.1.\tVivre de façon responsable dans un monde en changement, texte de la Division de formation œcuménique du Conseil œcuménique des Églises, dans Idoc international, nc 7 (août-septembre 1969), p.2-30.2.\tL'Église du Québec : un héritage, un projet, Montréal, Fides, 1971, p.105.3.\tCf.Guy Bourgeault, «Nouveaux chantiers de l\u2019éthique chrétienne», dans Communauté chrétienne, 13/73 (janvier-février 1974), p.50-68.4.\tCf.Guy Bourgeault, «Pour la formation de la conscience chrétienne», dans Relations, 387 (novembre 1973), p.310-312.1.\tAu Québec plus longtemps peut-être que dans les autres pays de l\u2019Occident chrétien et industrialisé, la société a pu conserver les traits majeurs de ce que les sociologues appellent la société traditionnelle.L'ordre social, économique et politique y fut pratiquement perçu jusqu\u2019à tout récemment comme appartenant à un ordre naturel immuable.Dans ce contexte socio-culturel, une certaine lecture de l\u2019évangile a profondément marqué les façons de vivre et les institutions sociales de chez nous, au point qu\u2019on a pu qualifier de chrétienne une société qui apparaissait véritablement comme une chrétienté.L\u2019enseignement autorisé de l\u2019Église régissait alors pratiquement la vie entière des individus et de la collectivité : il pouvait rallier presque tout le monde dans la reconnaissance d\u2019un ordre naturel imposant à la conscience des individus comme aux comportements des groupes ses exigences claires et précises, facilement codifiables et fermement codifiées.L\u2019ordre dit naturel et la loi dite naturelle furent alors les références privilégiées d\u2019une éthique faisant appel à l\u2019obéissance et à la soumission.Dans cette société, on cherchait à assurer le maintien du bon ordre social \u2014 incluant les ordres économique et politique \u2014 en faisant appel aux bons sentiments et en imposant, au besoin, les comportements justes.Le bon riche venant en aide au bon pauvre, les problèmes sociaux et économiques seraient réglés.Le bon citoyen peut compter sur la bonne foi et le sens social d\u2019un bon député.Le bon ouvrier peut aisément s\u2019entendre avec un «bon boss».Et on pouvait lire saint Paul exhortant les maîtres et les esclaves chrétiens à la bonté, à la compréhension mutuelle, etc.2.\tMais voilà que l\u2019ordre qualifié de naturel parce que perçu comme tel fut secoué avec l\u2019avènement de la société industrielle.D\u2019une part, grâce à sa nouvelle puissance technique, l\u2019homme d\u2019ici, comme celui d\u2019ailleurs \u2014 comme le protestant anglais ou américain \u2014, pouvait désormais faire l\u2019ordre du monde au lieu de s\u2019y soumettre : avec la Manie, le Québécois était devenu.hydroquébécois! D\u2019au- 33 tre part \u2014 et simultanément\u2014, les recherches menées partout dans les divers domaines des sciences humaines \u2014 ethnologie et histoire, puis psychologie, sociologie, science politique, etc.\u2014 révélaient progressivement le caractère historique et nettement culturel d\u2019un ordre longtemps considéré comme naturel et immuable; elles faisaient prendre en même temps conscience des exigences propres de la croissance des personnes et des collectivités.Dans ce contexte socio-culturel nouveau, personne, situation, valeurs et projets (individuels et-ou collectifs) devinrent peu à peu les nouvelles références d\u2019une éthique soucieuse de liberté, de créativité, de responsabilité.Dans cette société néo-libérale de l\u2019après-guerre, la morale fut, chez nous, progressivement reléguée dans les chambres à coucher et dans les salons, confinée pratiquement à ce que l\u2019on appelle la «vie privée».Au mieux, on comptait encore sur elle pour régir les rapports humains dans la mesure où ils ne touchaient pas trop directement à l\u2019ordre social, économique et politique libéral existant et qui, avec sa loi \u2014 supposément régulatrice d\u2019équilibre\u2014 de l\u2019offre et de la demande, servait les intérêts des puissants.L\u2019ordre technique échappe à la morale pour n\u2019être régi que par la loi de l\u2019efficacité, tandis que l\u2019ordre social, économique et politique n\u2019est pas «questionné».3.Le passage rapide, chez nous, de la société industrielle à ce que les sociologues appellent la société post-industrielle entraîna bientôt de nouveaux bouleversements culturels.Les hommes, individus et sociétés, sont désormais placés dans un réseau d\u2019interdépendance structurelle s\u2019étendant à l\u2019échelle de la planète.Il n\u2019est plus de «vie privée» possible sans un aménagement approprié de la vie collective.Dans la conscience nouvelle que l\u2019homme a aujourd\u2019hui de lui-même, l\u2019avenir personnel apparaît nécessairement lié au devenir collectif : les grands enjeux éthiques sont devenus en même temps des enjeux politiques.Ce n\u2019est donc pas hasard ou fantaisie si, avec l\u2019évolution des références éthiques spontanées de la conscience, les discours et systématisations éthiques ont été bouleversés.Ceux-ci ont peu à peu abandonné les sentiers habitués d\u2019une morale de la loi naturelle pour structurer, par delà une morale de situation et des valeurs d\u2019inspiration personnaliste (et souvent libérale), une éthique structurelle et politique.Dans un ordre socio-économique et politique nouveau, l\u2019homme ne peut plus se percevoir lui-même comme autrefois.C\u2019est pourquoi la révolution est culturelle et touche directement la conscience morale et le discours éthique.L\u2019homme technique : sa puissance et ses questions Après avoir longtemps «cultivé» la terre dont il se croyait l\u2019intendant, l\u2019homme technique a depuis peu instauré un nouveau rapport entre lui et la terre qu\u2019il veut et peut maintenant maîtriser.D\u2019intendant, il est devenu le maître.Grâce à sa capacité technique, l\u2019homme peut désormais modifier son environnement et, plus encore, se façonner lui-même.pour un avenir meilleur, du moins l\u2019espère-t-il.1.\tCe que l\u2019on appelle l\u2019expérimentation humaine est, malgré les apparences contraires, une activité humaine aussi vieille que l\u2019homme lui-même.Depuis toujours, en effet, l\u2019homme, dans un effort d\u2019autodétermination, a cherché à échapper aux déterminismes qui faisaient obstacle à sa liberté et contrecarraient ses visées créatrices.Chaque fois que l\u2019homme a changé ses conditions d\u2019existence \u2014 en commençant de s\u2019adonner à l\u2019agriculture, en se construisant des maisons et des villes, en émigrant pour se trouver de nouveaux lieux d\u2019habitat et de travail, etc.\u2014, il s\u2019est transformé lui-même sans pouvoir jamais connaître à l'avance, avec précision, ce qui résulterait pour lui de ces changements.Chaque fois, il a donc expérimenté sur lui-même, dans une sorte de processus indéfini d\u2019« auto-manipulation» et d\u2019« auto-création » : ses expériences lui servaient à la fois de palier et de leçon pour de nouvelles tentatives, en même temps qu\u2019elles conditionnaient de façon nouvelle son avenir.Cette donnée fondamentale de l\u2019expérience et de l\u2019aventure historique de l\u2019homme, je crois que nous n\u2019en sommes généralement pas assez conscients.2.\tCe n\u2019est donc pas l\u2019expérimentation humaine elle-même qui constitue un phénomène nouveau, posant à la conscience de l\u2019homme des problèmes éthiques eux-mêmes nouveaux, mais bien plutôt l\u2019extension progressive du champ d\u2019expérimentation et l\u2019intervention elle aussi progressive de la rationalité technique dans l\u2019effort d\u2019auto-détermination.Je m'explique.a.De la transformation de son milieu ambiant \u2014 transformation qui avait nécessairement ses «retombées» sur l\u2019homme lui-même se trouvant ainsi devenu «objet d\u2019expérimentation» \u2014 , les techniques issues d\u2019une science accrue ont permis à l\u2019homme de passer progressivement à l\u2019intervention «calculée», i.e.moins spontanée ou instinctive, plus nettement intentionnelle et réfléchie, organisée même, dans les domaines de la biologie humaine, de la biochimie, de la génétique, puis de la médecine, de la pharmacologie et même de la psychopharma- 34 cologie, et, plus récemment, de la psychologie elle-même, de la sociologie, de la politique.Le champ de l\u2019intervention de l\u2019homme en fonction de son avenir s\u2019est donc considérablement élargi au cours des siècles par une expérimentation humaine elle-même constamment plus vaste et, surtout, davantage voulue et programmée.De nouveaux problèmes sont ainsi posés.b.Ce qui nous amène à considérer le second aspect de la nouveauté de la situation présente : l\u2019intervention de la rationalité technique dans le processus d\u2019auto-détermination de l\u2019homme et de l\u2019expérimentation humaine qui lui est liée.L\u2019homme ne cherche plus seulement à s\u2019adapter à des situations changeantes imposées; il veut orienter ces changements.De plus, il peut désormais et il veut «calculer» ces changements, essayer d\u2019en prévoir les conséquences, etc.: il cherche à contrôler sa propre évolution, à la «programmer» presque, du moins à la limite.À cette fin, il a besoin d\u2019une expérimentation qui soit en quelque sorte structurée, institutionnalisée.Le monde devient alors laboratoire; et l\u2019homme lui-même, dans ce monde, objet de recherches.Cela également pose des problèmes nouveaux.3.Cette volonté nouvelle de l\u2019homme, rendue possible par une capacité technique autrefois inexistante, fait appel à la liberté créatrice de l\u2019homme responsable.Il serait trop long d\u2019expliciter ici en détail ce qui est impliqué; je me contenterai d\u2019amorcer le développement de quelques réflexions.L\u2019homme vit une tension constante entre la liberté et la nature.Réticences et refus face aux possibilités de l\u2019intervention technique dans le devenir de l\u2019homme lui-même tiennent souvent pour une large part à une secrète référence à un concept trop étroit de la nature de l\u2019homme.L\u2019homme n\u2019est pas, comme l\u2019animal par exemple, soumis de façon nécessaire aux lois de la nature.Ou, si l\u2019on veut affirmer qu\u2019il y est encore soumis, il importe de reconnaître qu\u2019il ne peut y être soumis qu\u2019en tant qu\u2019il doit reconnaître et respecter les exigences de sa nature à lui, qui est nature d\u2019homme ayant capacité et mission (dans une perspective de foi chrétienne, par exemple) de «dominer» et de domestiquer l\u2019univers auquel il appartient lui-même, pour le mettre davantage et plus pleinement au service de l\u2019homme : il est liberté créatrice et responsabilité.L\u2019homme qui le peut (grâce à sa liberté qui se trouve en quelque sorte libérée par la capacité technique) doit donc (en étant responsable) intervenir avec sa maîtrise technique et ses instruments lorsque sa capacité technique peut servir l\u2019homme : il doit combattre la sécheresse, la famine, la maladie, la mort.de même que l\u2019injustice institutionnalisée, l\u2019asservissement de l\u2019homme par l\u2019homme, etc.Dans ce contexte, c\u2019est le service de l\u2019homme qui devient le critère de la moralité du recours à la technique5.Pourquoi?pour qui?par qui?questions éthiques et politiques L\u2019homme peut être manipulé désormais, non seulement par la médiation du milieu ambiant, mais par la transformation directe de son être biologique et de ses conditions de vie.Se trouve alors posé le problème nouveau de la moralité «technicienne» : l\u2019homme doit-il faire tout ce qu\u2019il peut désormais accomplir6?La nouvelle capacité technique de l\u2019homme fait appel à un effort de discernement responsable : ce que l\u2019homme peut faire, le doit-il faire?convient-il qu\u2019il le fasse?est-il avantageux qu\u2019il le fasse?avantageux ou profitable pour qui?Et qui décidera, finalement, de la réponse à ces questions et des choix consécutifs?Les technocrates?les détenteurs des pouvoirs économiques et politiques?En somme : qui décidera quelle humanité sera celle de demain?La question ne peut 5.\tCe qui est une façon de reformuler, en fonction d'un contexte socio-culturel nouveau, le critère moral ancien de la «conformité à la nature de l'homme» \u2014 puisqu'il est de la «nature» de l'homme de pouvoir dominer le monde et la nature pour servir l\u2019homme.6.\tL'homme moderne, l\u2019«homme technique» (cf.Victor C.Ferkiss : The Technological Man.New York, 1967), il faut le reconnaître, a tendance à se laisser guider et comme envelopper par la morale technicienne (dont parle abondamment Jacques Ellul dans ses ouvrages, dont la Technique, Paris, 1954) : le critère de sa moralité tend à se réduire à la seule possibilité de l\u2019efficacité technique.La morale technicienne a ceci de particulier, et qui la spécifie, qu\u2019elle pose les questions en termes de comment \u2014 et é-ventuellement en termes de combien ou de à quel prix \u2014 et non en termes de pourquoi et de pour qui; elle a toujours tendance à oublier ou à laisser dans l'ombre le pourquoi et le pour qui des interventions humaines, copiant en cela les façons d'agir de la machine, de la grande calculatrice électronique.On peut aller sur la lune, i.e.on en a les capacités techniques et les possibilités financières, alors.on y va! Mais doit-on y aller pour la simple raison qu\u2019on le peut?est-ce là une priorité dans un monde où il y a tant à faire pour l\u2019homme?les résultats escomptés de pareille aventure, pour le bien de l\u2019homme, pour le service de l'homme, sont-ils proportionnés aux coûts (humains tout autant que financiers)?Autant de questions que l\u2019«homme technique» ne se pose pas spontanément et qu'il importe, pourtant, que l'homme se pose.Si, du moins, il ne veut pas être victime de la griserie des grandes aventures.Au sujet de l'expérimentation humaine, voir : Karl Rahner, «La manipulation de l'homme par l'homme», dans les Ecrits théologiques.12.Paris.DDB/Mame, 1970. plus être simplement débattue en famille ou entre amis : les options politiques et les structures économico-sociales sont ici directement en cause7.Il est dans la situation actuelle et nouvelle de l\u2019homme sur notre terre des éléments nouveaux, des composantes inédites qui appellent une relecture de l\u2019Evangile et non un simple accommodement de nos acquis théologiques ou éventuellement mythiques à une sauce nouvelle.Ces acquis ne sont souvent pas à l\u2019abri de la critique; il arrive qu\u2019ils soient maintenus davantage par habitude qu\u2019à cause de la solidité de leurs fondements réels.Il serait donc possible \u2014 et sans doute indiqué \u2014 de faire semblable relecture en fonction du cadre théorique esquissé plus haut et en vue des conséquences qu\u2019on en peut tirer sur le plan éthique.Mais la démarche serait longue; je me contente de poser ici quelques jalons.1.\tToute l\u2019histoire d\u2019Israël fut celle d\u2019un peuple en quête de la terre qui lui fut promise (cf.Gn, Ex, Dt.); c\u2019est dans cette histoire qu\u2019lsraël découvrit et comprit que, dès l\u2019origine, en créant le monde, Dieu en fit la terre de l\u2019homme (2-ls et Gn), de l\u2019homme solidaire et solidairement responsable de la terre \u2014 terre de l\u2019homme et terre pour l\u2019homme.2.\tCette histoire a permis à Israël de progressivement mieux percevoir et de penser la densité mondaine de l\u2019univers : rien n\u2019est divin, sur cette terre où l\u2019homme a constamment tendance à sacraliser certaines forces.La théologie biblique de la création, dans cette perspective, est profondément relativisante et démystifiante; «sécularisante», a-t-on dit.À l\u2019homme est confié le monde créé dont il est lui-même.3.\tCette responsabilité de la terre des hommes et pour les hommes est celle de l\u2019homme solidaire, de l\u2019humanité.De cela, l\u2019homme contemporain prend une conscience nouvelle grâce au déploiement du réseau de communication qui lui fait vivre une solidarité humaine universelle7.Il s\u2019ensuit que les grands enjeux éthiques contemporains prennent une dimension politique, et qu\u2019il n\u2019est plus guère possible de couler leur problématique propre dans les catégories de pensée qu\u2019un personnalisme contaminé par l\u2019individualisme libéral nous a laissées8.4.\tL'humanité n\u2019est pas simplement solidairement responsable de la conservation de la terre, mais aussi de son humanisation et de tous les dé- 7.\tVoir, à ce sujet René Coste, Morale internationale, L\u2019humanité à la recherche de son âme, Paris, 1964; ou Une morale pour un monde en mutation, Gembloux, 1969, spécialement le chap.4, p.78-94.8.\tCf.Guy Bourgeault, «Le personnalisme.et au-delà», dans Relations, 377 (décembre 1972), p.324-327.veloppements, techniques ou autres, qui peuvent permettre et favoriser cette humanisation en rendant la terre plus habitable pour l\u2019homme9.Dans le monde qui est le nôtre, les droits individuels et l\u2019épanouissement des personnes deviennent purs objets de rhétorique si la dimension proprement politique et structurelle de la situation de toutes les libertés humaines n\u2019est pas lucidement reconnue.L\u2019Église de chez nous, par exemple, a longtemps poursuivi le rêve d\u2019un «humanisme chrétien»; elle doit se rendre à l\u2019évidence que l\u2019humanisation passe aujourd\u2019hui par le politique et par la politique10.Pour dépasser les beaux sentiments d\u2019une rhétorique nouvelle Mais il ne suffit pas de reconnaître cette situation nouvelle et de poursuivre de nouvelles chimères.Une certaine rhétorique nouvelle risque d\u2019exaspérer la mauvaise conscience inutilement, ou de servir d\u2019alibi pour fuir les enjeux réels et concrets.C\u2019est pourquoi, comme le fait observer avec justesse Olivier du Roy11, il faut accepter les nécessaires médiations de la responsabilité morale dans le monde contemporain caractérisé par cette interdépendance structurelle signalée précédemment ; a)\tmédiation du détour technique, des calculs et des froides analyses qui pourront «armer la décision morale en vue d\u2019un passage à l\u2019action efficace» ; b)\tmédiation de l\u2019action instituante entreprise par delà les intentions pures et qui ait prise sur la réalité sociale ; c)\tmédiation du «modèle réduit» où il est possible d\u2019expérimenter l\u2019autogestion, la décision collective, etc., dont on rêve pour l\u2019ensemble de la collectivité.C\u2019est là, dans ces «expérimentations» instituantes, que pourra prendre corps, avec le recul nécessaire de la réflexion critique, une nouvelle éthique qui évitera la rhétorique pour nourrir une action politique efficace.9.\tC\u2019est ici, me semble-t-il, qu\u2019une perspective chrétienne situerait le problème de l\u2019intervention de l\u2019homme sur lui-même par l\u2019expérimentation humaine.Comme le note K.Rahner, «dans une morale supra-individuelle, il conviendrait de se demander avec calme et courage quels sacrifices on a le droit d'imposer à l'humanité d'aujourd\u2019hui au nom de l'humanité de demain, sans qu\u2019on doive parler trop vite d\u2019immoralité grossière, d\u2019abus et de viol de la dignité de l\u2019homme d'aujourd\u2019hui au profit de celui de demain» («La manipulation de l\u2019homme par l\u2019homme», dans les Ecrits théologiques, 12, Paris, DDB/Mame, 1970, p.152).10.\tCf.Guy Bourgeault, «Du culturel au politique», dans Relations, 386 (octobre 1973), p.280-281.11.\tCf.«La personne ou le groupe.Contribution à l\u2019étude du problème du sujet de la responsabilité morale collective», dans Catéchistes, 95 (1973), p.421-434.36 SÉCURITÉ SOCIALE ET ÉTHIQUE DES BÉNÉFICIAIRES Robert Guimond Centre d\u2019animation familiale de l\u2019Outaouais C\u2019est un défi tout particulier que de présenter quelques réflexions sur la sécurité sociale et son influence sur le comportement éthique des bénéficiaires, défi dû en grande partie à deux facteurs principaux : d\u2019abord au trop peu de recherches faites sur le sujet, et ensuite à la grande complexité de la question.À proprement parler, je n\u2019ai trouvé aucune recherche scientifique sur la question : c\u2019est la conclusion à laquelle j\u2019en suis après plusieurs heures de recherche; en somme, mon exposé sera teinté de données fragmentaires recueillies ici et là, rencontres avec des travailleurs sociaux, avec des militants engagés dans des programmes de développement et multiples contacts avec des bénéficiaires eux-mêmes.Je tiens aussi à souligner la complexité de la question.Traiter de sécurité sociale sans traiter du fonctionnement de notre système économique, sans traiter de la notion de travail et de sécurité du revenu, sans traiter d\u2019accès aux services essentiels comme les soins hospitaliers, les soins médicaux, l\u2019aide juridique, etc., sans traiter de programmes spéciaux d'aide dans des situations d\u2019urgence, i.e.fonds de secours, aide en cas de cataclysmes, enfin sans montrer la dialectique historique où sont apparus et ont évolué les programmes de sécurité sociale, c\u2019est s\u2019abstenir de situer la sécurité sociale dans son véritable contexte, c\u2019est refuser de jeter la lumière sur une question qui touche intimement la vie et l\u2019épanouissement des travailleurs.Ce n\u2019est donc que rapidement que je survolerai les différentes questions pour m\u2019attarder tout d\u2019abord à dresser un profil de situation, à différencier ensuite une politique de sécurité sociale et une politique d\u2019assistance sociale, à mettre en corrélation une politique d'assistance sociale avec les réactions des bénéficiaires en regard des réactions des non-bénéficiaires, à situer les termes globaux d\u2019une moralité dans ce domaine.I.Profil d\u2019une situation Parler de sécurité sociale, c\u2019est parler d\u2019une foule de réalités différentes et complexes.On ,a tendance à se servir du mot «sécurité sociale» pour illustrer des situations de vie diverses : j\u2019ai cru bon d\u2019illustrer divers programmes qui permettent d\u2019avoir une image d\u2019ensemble.Encore là ce n\u2019est que très brièvement que je les citerai pour en donner une idée sans rentrer dans des détails techniques : plusieurs, sans doute, sont très bien connus.Inutile de dire que l\u2019administration de ces divers programmes aura des effets parfois contradictoires chez ceux qui en bénéficient.Ordinairement les programmes de sécurité sociale sont reliés d\u2019une façon très étroite à la sécurité du revenu et c\u2019est dans ce sens que les documents fédéraux et provinciaux, les interventions des ministres, situent la sécurité sociale.Le profil serait constitué des éléments suivants : 1.\tPar les pensions de vieillesse, aide financière accordée par l\u2019État après 65 ans sans tenir compte des revenus personnels des personnes âgées comme propriétés; le régime lui-même est universel.Chez les bénéficiaires, il est souvent perçu comme une reconnaissance de la part de l\u2019État et de la population envers le travail accompli par les personnes âgées durant leur vie.2.\tUn deuxième élément du tableau serait les régimes de pensions qui viennent de différents employeurs; ces contributions viennent en partie de la part des salariés à même un montant perçu sur les salaires, et un montant donné par les employeurs.3.\tLe tableau verrait apparaître les rentes du Québec.Le montant donné lorsqu\u2019une personne vit de ses rentes est proportionnel à la durée des cotisations.Plus une personne y contribue longtemps, plus le montant versé durant sa vieillesse sera considérable.37 4.\tIl faudrait ajouter l\u2019assistance aux aveugles et l\u2019assistance aux invalides.De 1955 à 1959, 35 000 invalides avaient reçu au Québec une assistance financière de la part de l\u2019État.5.\tUn cinquième élément serait les accidents de travail.Un travailleur accidenté a droit à une compensation versée par la Commission des accidents de travail.6.\tIl faudrait aussi mettre dans ce tableau, une assistance de la part des gouvernements au niveau du logement.Vous connaissez les efforts des gouvernements pour la construction de logis subventionnés accessibles à certaines catégories de personnes.Le loyer est calculé en fonction d\u2019un pourcentage du revenu d\u2019une famille qui va de 17% à 25%.\" 7.\tLe tableau serait incomplet sans l\u2019assurance-maladie prélevée à même le salaire et une contribution de l\u2019employeur.Le régime est universel.8.\tIl serait aussi incomplet s\u2019il n\u2019y figurait pas les allocations familiales, montant donné par l\u2019État en fonction du nombre d\u2019enfants vivant dans une famille et réajusté tout récemment.9.\tUn neuvième élément serait l\u2019assurance-chômage par laquelle le travailleur peut bénéficier d\u2019une partie de son salaire durant un certain temps.Le calcul des prestations versées est très complexe, mais là aussi comme dans certains autres cas, l\u2019employé y contribue à raison d\u2019un prélèvement sur son salaire.10.\tJe m\u2019en voudrais d\u2019oublier l\u2019aide sociale comme telle.Les bénéficiaires sont en fait ceux qui reçoivent le moins de toutes les catégories citées; le régime n\u2019est évidemment pas universel.Pour donner une idée en février 1974, des montants accordés : Adultes 1 1 1 1 2 2 2 2 Enfants à charge 0 1 2 3 et plus 0 1 2 3 et plus Coût mensuel $170 238 253 257 272 294 309 313 Quant au logement, le montant versé mensuellement : 1\t$65 2\t85 3\t95 4\t105 À remarquer que si le coût du logement est supérieur au barème, l\u2019aide sociale ne comble pas la différence; par contre, si le coût du logement est inférieur, la différence est enlevé du montant versé au bénéficiaire.11.\tIl ne faudrait pas oublier certains programmes gouvernementaux visant à assurer un revenu à certaines personnes comme les programmes d\u2019initiatives locales, qui sont mis en œuvre pour permettre un retour momentané au travail.12.\tAu niveau de la sécurité du revenu, viennent s\u2019ajouter certaines prestations pour encourager les chômeurs à se trouver du travail ailleurs qu\u2019au lieu de leur résidence : ces prestations sont des primes de voyagement durant une période de 3 jours.13.\tIl serait aussi intéressant au niveau de l\u2019assistance sociale, de faire une analyse de certaines exemptions d\u2019impôt.Exemptions concernant les gardiennes par exemple, qui sont en fait une forme d\u2019assistance de la part de l\u2019État.14.\tD\u2019autres programmes viendront, comme l\u2019as-sistance-garderie.Selon la politique mise de l\u2019avant par le ministère des Affaires sociales, un montant sera accordé à certaines personnes répondant à des critères de «pauvreté» déterminés pour faire garder leur enfant.Voilà le profil de la situation que recouvre le terme «sécurité sociale» et que j\u2019ai à peine esquissée.Ces données m\u2019amènent à faire une différence fondamentale entre sécurité sociale et assistance sociale, distinction d\u2019autant plus importante qu\u2019elle peut nous aider à analyser le fonctionnement des programmes et les effets sur les bénéficiaires.II.Une politique d\u2019assistance et une politique de sécurité Il me semble que certains critères peuvent nous aider à différencier ces deux régimes et à ramasser les divers programmes autour de ces deux pôles : assistance sociale et sécurité sociale.Le premier critère serait la contribution à ces programmes; le deuxième, le sentiment de dépendance qui se dégage et son incidence; et le troisième, la relation avec la notion de travail.Quant à moi, il y a sécurité sociale quand une contribution est versée par les salariés eux-mêmes : c\u2019est une sorte d\u2019assurance que se donnent des salariés pour prévenir des situations difficiles : maladie, chômage, retraite.En somme, le bénéficiaire se sent en parfaite légitimité sociale; c\u2019est une sorte de droit qui est mis en application.L\u2019assistance sociale fait appel à une autre réalité.Aucune contribution personnelle n\u2019est exigée.Les gens reçoivent des prestations auxquelles ils n\u2019ont point contribué au départ : ils sont à la remorque de facteurs extérieurs.C\u2019est un indice de toute une mentalité et une attitude qui ne doit pas être confinée aux seules prestations d\u2019aide sociale proprement dites.Mentalité d\u2019assistés, mentalité d'as- 38 sistance : mentalité d\u2019assistance dans le cas des logis subventionnés : au lieu de considérer le logement comme un droit social et d'ajuster les politiques d\u2019habitations en conséquence, les gouvernements donnent des subventions spéciales à des entrepreneurs pour réaliser des projets de logis pour les pauvres.Le document de travail du ministère des Affaires sociales sur les garderies va dans le même sens.Indiquons que l\u2019aide sociale comme telle remplit des fonctions très précises à l\u2019intérieur de notre système économique; par exemple, la fonction de diminuer les tensions sociales, la fonction de redistribuer le revenu aux gens qui n\u2019ont pu y participer dès le départ, la fonction de maintenir une main-d\u2019œuvre disponible selon la loi de I offre et de la demande.L\u2019assistance sociale est considérée comme une sorte de privilège par les autres travailleurs : «C\u2019est notre argent et nos impôts qui les font vivre», disent-ils.L\u2019autodétermination des bénéficiaires du seul fait qu\u2019ils sont dépendants pour survivre \u2014 c\u2019est le cas de le dire \u2014 est neutralisée.Les programmes d'aide sociale sont pensés de telle sorte qu\u2019ils servent de mesure incitative au travail : les prestations se situent toujours en deçà du salaire minimum et y sont maintenues, le travail étant considéré comme critère de vie normale; le spectacle de l\u2019aide sociale conduit les autres travailleurs à faire tout pour ne pas y être conduits.Programmes\tCouple\t\tFamille avec\t \t\t\t3 enfants\t \tOUÉBEC\tONTARIO\tQUÉBEC\tONTARIO 1.Salaire minimum\t\t\t\t plus allocations familiales\t$3 432\t$3 744\t$3 696\t$4 008 2.Assistance sociale\t\t\t\t plus allocations familiales\t2 316\t2 448\t3 480\t4 620 3.Allocations\t\t\t\t (programmeforma-tion main-d\u2019œuvre) plus allocations familiales\t3 276\t3 276\t4 840\t4 8-19 4.Prestations moy-\t\t\t\t ennes d'assurance chômage plus allocations familiales\t3 328\t3 484\t3 592\t3 748 SOURCE: Document\tde travail sur la\t\tsécurité sociale, Marc\t Lalonde, mars 1973.\t\t\t\t Nous pouvons tirer des conclusions intéressantes si nous mettons en corrélation ces derniers chiffres et la capacité de travail des bénéficiaires.De l\u2019aveu même des documents officiels, 80 à 90% des bénéficiaires ne peuvent travailler selon la notion actuelle de travail et 3 à 4% frauderaient l\u2019aide sociale.Et, dans ce dernier cas, il suffit d\u2019avoir un peu d\u2019expérience avec les bénéficiaires et les «avocats populaires» pour indiquer qu\u2019il existe des catégories de fraudes qui sont reconnues acceptables par les agents de bien-être et des catégories qui ne sont pas acceptables.Autant d\u2019indications pour montrer que la question de l\u2019assistance sociale ne peut être traitée sans parler des structures organisationnelles de la société.Ce serait faire fausse route que de s\u2019arrêter au comportement individuel comme on a trop tendance à nous le montrer.III.L\u2019influence de la politique d\u2019assistance sur le comportement des bénéficiaires Notons au départ, de l\u2019aveu même des ministres responsables, que les gouvernements se sont attachés davantage aux programmes qu\u2019aux effets sur la vie des bénéficiaires.1.\tLe principal effet est d\u2019engendrer une dépendance chronique qui soulève l\u2019agressivité chez bon nombre sinon sur l\u2019ensemble des prestataires.Dépendance parce qu\u2019on dépend des autres pour survivre, dépendance parce que des structures administratives renforcent cette réalité; il faut prouver, par exemple, son besoin pour faire payer des lunettes, pour avoir des protèses.Si jamais l'agressivité des bénéficiaires se renforce, dans des situations économiques difficiles, on verra à ce moment les prestations augmentées pour ne pas trop soulever l\u2019ire des bénéficiaires; par contre à ce moment, on coupera certains types de prestations : récemment, le ministère des Affaires sociales du Québec décidait de ne plus payer la réparation des articles ménagers, tout en augmentant les prestations.2.\tPassivité, frustration, aliénation sont aussi engendrées.Les gens ont peur de participer dans des organisations simplement parce qu\u2019ils ne sont pas sûrs de continuer de «bénéficier» de leur chèque d\u2019assistance.3.\tUne insécurité globale est notée.Les prestataires sont soumis à un contrôle rigoureux de I É-tat qui contrôle en fait leurs moindres besoins.L'Etat envahit les personnes dans la détermination même de leurs besoins.Dans combien de cas.trop nombreux selon moi, la «divorcée» doit prouver qu\u2019elle n\u2019a pas de concubin qui la fait «vivre».39 4.\tL\u2019aide sociale est aussi perçue comme un privilège, et chez les bénéficiaires, et chez les autres travailleurs et non comme un droit.5.\tLes «assistés sociaux» deviennent un ghetto culturel qui maintient la division des travailleurs entre eux.Il est facile de s\u2019en rendre compte lorsqu\u2019on s\u2019occupe de regroupements de bénéficiaires d'aide sociale.6.\tLa politique d\u2019assistance sociale est antifamiliale.Les rôles parentaux sont vus comme dévalorisants (le père n\u2019apporte rien au foyer) et engendrent une surprotection des enfants.Il est intéressant de noter qu\u2019au Québec, il existe un «règlement officieux» qui oblige tout séparé de fait à entamer des procédures judiciaires pour légaliser sa situation, maintenant que l\u2019aide juridique est gratuite.Il n\u2019est pas permis ainsi à un couple de prendre un temps de réflexion conjugale; s'ils veulent continuer à recevoir leurs prestations, ils doivent montrer à l\u2019aide d'un papier de cour que des procédures de séparation, ou de divorce, ont été entamées.J\u2019ai des preuves écrites des affirmations que j\u2019avance.En plus, combien de fois ai-je entendu ces réactions bouleversantes de parents de famille nombreuse : ils se demandaient s\u2019ils ne devaient pas placer leurs enfants en foyer nourricier pour qu\u2019au moins ils puissent vivre.Les conditions sociales des prestataires sont telles que bien des couples se demandent s\u2019ils ne doivent pas se séparer pour obtenir plus de revenus, et dans de meilleures conditions.7.\tEnfin, je mentionnerais que jamais dans cinq ans d\u2019expérience, un prestataire, un travailleur social rencontré ne perçoit cette situation comme positive et valorisante.C\u2019est là un symptôme qui nous interroge drôlement lorsque nous voulons parler de « morale ».IV.Une question de morale Ce que je tiens à souligner, c\u2019est l\u2019insuffisance de l\u2019élément individuel dans toute forme d\u2019appréciation du comportement moral; il serait ridicule de dire: «c\u2019est leur faute; ils l\u2019ont voulu ainsi».C\u2019est fausser au départ toute la réalité et faire trop peu de cas des incidences collectives.L'appréciation des responsabilités morales entre régime de sécurité sociale et comportement des bénéficiaires doit d\u2019abord à mon sens, comprendre une appréciation en profondeur de l\u2019organisation structurelle de la société, et aussi, en allant plus loin, une appréciation des multiples intérêts en cause.Cette appréciation doit tenir compte d\u2019une compréhension en pro- fondeur des fonctions qu\u2019exercent les régimes d\u2019assistance perçus comme programmes aidant à l\u2019épanouissement des bénéficiaires.L\u2019appréciation morale doit cesser de voir l\u2019aide sociale comme une forme de charité, mais doit se situer dans le cadre du droit à un revenu minimum garanti.Le jugement moral que je porte sur cette situation est facile à deviner à la suite de l\u2019analyse, trop brève évidemment, que j\u2019ai esquissée.1.\tLes politiques d\u2019assistance sociale sont néfastes d\u2019abord à cause de leurs répercussions sur les individus qui en bénéficient : ceux-ci sont privés de leur dignité humaine.2.\tLes politiques d\u2019assistance sociale sont néfastes ensuite à cause de leurs répercussions sur la classe des travailleurs : elles tendent à diviser cette classe contre elle-même; ensuite elles engendrent un groupe social particularisé avec une allure et un comportement qui contient à bien des égards des éléments néfastes qui détruisent la culture propre des gens.3.\tLes politiques d\u2019assistance sociale sont néfastes enfin et ici nous atteignons le fond du problème, parce qu\u2019elles sont non pas un correctif majeur que l\u2019État apporte à un système social gravement déficient, mais une simple assistance pour en contrer les effets les plus néfastes : au lieu d\u2019essayer de modifier une organisation du travail, au lieu d\u2019essayer de résorber le chômage et supprimer la pauvreté, au lieu d\u2019essayer de corriger la machine sociale qui engendre des pauvres à une grande échelle, l\u2019État se contente de pratiquer l\u2019aumône.Conclusion 1.\tQuand on parle d\u2019assistance sociale et de comportement des bénéficiaires, il faut d\u2019abord s\u2019interroger sur les structures organisationnelles d\u2019une société et les intérêts en cause, et arrêter une fois pour toutes de situer le gros du problème uniquement au niveau du comportement individuel des bénéficiaires.2.\tIl nous faut faire une nette distinction entre un régime de sécurité sociale dans lequel, actuellement, les gouvernements veulent intégrer toute forme d\u2019assistance, et un régime d\u2019assistance sociale.3.\tIl nous faut aussi aller plus en profondeur et faire une analyse du travail et du système économique dans lequel on vit, avoir un regard critique sur le régime de redistribution des capitaux et des profits.C\u2019est poser en somme le problème de l\u2019accès au capital et au profit dans une société.40 science politique Cette partie des Actes comporte six textes de communications présentées dans la Section de science politique. LA SCIENCE POLITIQUE : UN PROBLÈME DE PERTINENCE ET D\u2019ENGAGEMENT Nasir Islam Département de science politique Université Laval La science politique est un phénomène relativement récent même si la politique elle-même remonte aussi loin dans le temps que la société humaine.1 L'École libre des sciences politiques a été fondée en France en 1870.Le L.S.E.a été institué en 1890 et ce n\u2019est qu\u2019en 1880 que Columbia met sur pied le premier département de science politique.Au Canada, la science politique était, avant les années 60, une discipline de peu d\u2019importance et sans combativité (Conseil consultatif, 1974).Toutefois, la science politique devait connaître une croissance étonnante, particulièrement en Amérique du Nord.L'Association américaine de science politique a vu son membership passer de 200 en 1903, à plus de 20 000 en 1970.Le groupe canadien, pour sa part, de 30 membres qu'il était en 1950, en compte 664 en 1972-1973.Cependant, nous ne devons pas déduire de cette croissance numérique l\u2019excellence de l\u2019état de la discipline.Nous avons passé par des crises de croissance et d'identité.Notre légitimité a été ébranlée.La discipline a été attaquée de l\u2019intérieur même et sa raison d\u2019être mise en question de l\u2019extérieur.À de brefs intervalles, la communauté des politicologues s\u2019est vue contrainte à un examen de conscience et à la recherche de nouveaux paradigmes.C\u2019est ainsi que les behavioristes ont remis en question l\u2019approche traditionnelle en science politique dans les années 40.La science politique behavioriste s\u2019est dé-! veloppée au cours de ces années pour parvenir à maturité au début des années 50.Elle a acquis le statut de paradigme dominant vers la fin des années 50.La dernière décennie a vu l\u2019émergence d'un mouvement post-behavioriste qui reprochait à la science politique contemporaine de ne pas déboucher sur l'action, d\u2019être non pertinente, pro-esta-blishment, non normative et apolitique.Les années 60 ont été une décennie de désordres importants aux États-Unis.Les problèmes qui sous-tendaient ces désordres n'étaient pas uniquement é-conomiques, ils étaient surtout politiques et gouvernementaux.Le désordre politique et la science politique ne vont pas main dans la main.Il boule- verse nos postulats, fait voler en éclats nos modèles bien élaborés, jette des ombres de doutes sur nos paradigmes estimés de longue date.Le gouvernement n\u2019a pas manqué de conseils de la part des politicologues à cette période.Ironiquement, on a rarement retrouvé autant de politicologues dans les hautes sphères gouvernementales.Mais comme le fait remarquer Theodore Lowi, «le côté sombre de l'affaire était que sur la plupart des questions fondamentales sous-tendant ce désordre, la discipline de la science politique n\u2019avait rien à dire d\u2019une façon ou de l\u2019autre».(Graham et Carey, 1972).C\u2019est à la lumière de ces faits que j\u2019ai suggéré aux organisateurs de la section de science politique de prévoir cet atelier.Dans les pages qui suivent, je tracerai brièvement les grands traits des écoles traditionnelle et behavioriste en science politique.En deuxième lieu, je tenterai de passer en revue la critique post-behavioriste de la science politique contemporaine et de soulever quelques questions importantes au sujet de la pédagogie de la science politique.LE DÉBAT ENTRE LE TRADITIONALISME ET LE BEHAVIORISME L'approche traditionnelle Depuis le début de son existence jusqu'à la fin du 19e siècle, la science politique s'est développée comme un ensemble de réponses à une série de problèmes nouvellement perçus.La résolution des dilemmes successifs du pratique et du normatif a conduit à la création et à la démarcation de frontières pour les champs de la politique et du gouvernement.Les six sous-champs traditionnels, soit la théorie politique, le droit public, le gouvernement comparé, la politique, l'administration et les relations internationales, sont nés les uns après les autres.Cette division en six domaines a fourni le principal cadre organisationnel pour les programmes de science politique dans les universités nord-américaines pendant près d'un siècle (Hass et Kariel.1970).43 La science politique traditionnelle était réaliste dans son orientation.Elle s\u2019occupait davantage de faits et de problèmes concrets, quotidiens.Elle se méfiait des abstractions et de la construction de modèles.Ainsi elle ne pouvait pas en arriver à quelques théories générales.Elle ne se préoccupait pas des questions épistémologiques posées par Kant et Bacon dans le contexte des sciences naturelles.Elle présentait un curieux mélange de philosophie morale, de jurisprudence et d\u2019histoire.Elle se centrait sur les institutions étatiques, appliquant des absolus moraux à des questions publiques et suggérant de nouveaux types de structures pour mettre plus d\u2019ordre dans le gouvernement.La littérature de science politique de la période traditionnelle se classe en quatre catégories générales : historique, analytique, prescriptive et descrip-tive-taxonomique (Ranney, 1962).L\u2019approche historique conduisait à tracer l\u2019évolution d\u2019un phénomène donné ou d\u2019une institution dans le temps.Les politicologues ont effectué l\u2019histoire des constitutions, des cours, des partis politiques et des relations internationales.La théorie politique traditionnelle s'occupait prioritairement de l\u2019histoire des idées.Les valeurs n\u2019étaient considérées que comme le résultat de certaines conditions historiques et de même comme un facteur dans les processus historiques.Ce type d\u2019historicisme «a anéanti la vie qui existait dans les théories de valeur» (Easton : Hass et Kariel).L\u2019objectif principal de l\u2019approche analytique en science politique était d\u2019analyser une série de données, un ensemble de concepts ou une politique, avec le dessein de clarifier les termes, d\u2019identifier les composantes et d\u2019explorer les relations logiques.On mettait l\u2019emphase sur l\u2019analyse de concepts comme l\u2019État, la souveraineté, l\u2019autorité, les droits, la justice, etc.L\u2019analyse des constitutions était aussi incluse dans cette catégorie.La catégorie prescriptive réfère à une littérature d\u2019orientation normative.Nous avons affaire ici aux livres présentant les mérites et les démérites des institutions, des réformes, des politiques, des lois, du gouvernement représentatif, etc.L\u2019approche descriptive-taxonomique, de son côté, consistait à répertorier les faits, les classer et décrire les institutions politiques.On retrouve ici une littérature décrivant les structures organisationnelles, les cadres légaux, les processus de prise de décisions, et l\u2019environnement humain des institutions légales et du gouvernement.Les premiers chercheurs dans cette tradition s\u2019en sont tenus à une orientation formelle et juridique alors que les ouvrages plus récents ont adopté une orientation plus fonctionnelle.L\u2019approche behavioriste Servons-nous ici de la définition du behaviorisme qui fait autorité, présentée par David Easton (Easton, 1969).La discussion d\u2019Easton couvre les questions les plus fondamentales du débat entre les behavioristes politiques et les politicologues traditionnels.1.\tLes régularités : L\u2019approche behavioriste essaie de découvrir les uniformités dans les phénomènes politiques.Les traditionalistes ont soutenu que la réalité politique est composée d\u2019éléments uniques; même si des régularités existent de fait, elles sont de nature insignifiante.2.\tLa vérification : Les behavioristes soutiennent que la connaissance doit être vérifiée au moyen d\u2019un test empirique, impliquant par là que toute évidence doit être fondée sur l\u2019observation.Les traditionalistes avaient soutenu pour leur part que la méthodologie empirique et la technique ne découvrent qu\u2019une connaissance superficielle de la politique.3.\tLa méthodologie et la quantification : Pour développer une connaissance qui puisse être vérifiée empiriquement on doit disposer des techniques qui assurent la validité, la véracité et la comparaison des données.Les jugements qualitatifs inexacts et imprécis doivent céder la place à la mesure rigoureuse et à la manipulation des données pour obtenir une connaissance exacte de la réalité politique.Ainsi l\u2019accent mis sur la quantification est essentiel.Les traditionalistes n\u2019acceptent pas l\u2019idée d objectivité des données en sciences sociales.Ils soutiennent que les behavioristes essaient de mesurer l\u2019imme-surable et de quantifier l\u2019inquantifiable.4.\tLa neutralité par rapport aux valeurs : L'approche behavioriste fait une distinction entre les propositions qui relatent les faits et celles qui relatent les valeurs.L\u2019investigation scientifique doit être exempte de valeurs en ce sens qu\u2019elle doit s'en tenir aux questions à «ce qui devrait être».Pour les traditionalistes, la neutralité est un mythe, parce que les options de valeurs de la part des chercheurs entachent les méthodes, la nature des données et les résultats.5.\tL\u2019orientation théorique: Dans l'approche behavioriste, la théorie et la recherche empirique vont main dans la main.La connaissance doit être codifiée de façon systématique.La théorie doit développer empiriquement une hypothèse vérifiable et en retour doit être modifiée à la lumière de nouvelles évidences.Suivant la tradition kantienne de l'épistémologie, les behavioristes ont tendance à reconnaître que la réalité peut seulement être saisie en termes de modèles analytiques et en catégories, que l\u2019on rend vérifiables.Les traditionalistes ont ignoré 44 ce rôle de la théorie et ont préféré se préoccuper de problèmes de substance et de politique.Ce n\u2019est pas notre intention ici d\u2019aller dans de plus amples détails sur le débat traditionaliste \u2014 behavioriste.Nous sommes davantage intéressé à développer plus avant l\u2019approche behavioriste, à voir son impact sur le développement de la science politique comme discipline et le désenchantement plus récent du behaviorisme, que l\u2019on a identifié comme révolution post-behavioriste.Nous pouvons toutefois souligner que l\u2019approche behavioriste n\u2019a pas complètement supplanté la façon de penser.Elle s\u2019est vue assimilée dans le courant de la science politique.La principale empreinte qu\u2019elle a laissée à la discipline est la révolution dans la méthodologie (si on peut appeler cela une révolution).Il est devenu impératif d\u2019enseigner les méthodes et les techniques de collection des données et d\u2019analyse des données dans les départements de science politique.Des cours de statistiques obligatoires existent dans la plupart des programmes d\u2019études graduées.La recherche en science politique se sert de techniques passablement sophistiquées et la construction de modèles s\u2019avère une activité très respectée.On ne qualifie plus les behavioristes de jeunes turcs.Cependant, cela ne veut pas dire la fin des luttes idéologiques à l\u2019intérieur de la discipline.La culture contemporaine des politicologues se caractérise encore par un sens beaucoup plus grand d\u2019incertitude que dans le passé.Dans les termes d\u2019Har-ry Eckstein, c\u2019est en partie parce que les études behavioristes «ont jusqu\u2019ici œuvré davantage à détruire les vieilles croyances, à soulever des questions, à révéler des aires d'ignorance et de connaissance partielle et enfin à offrir de nouvelles possibilités qu\u2019à construire quelque chose» (H.Eckstein, dans Contemporary Political Science, de Socer Pool, 1962).Un autre fin observateur attribue la condition stagnante de la théorie politique à la montée du positivisme logique et à la relégation des jugements de valeur au statut de simples préférences personnelles sans validité rationnelle.Selon lui, la montée du behaviorisme a contribué peu ou pas du tout à notre compréhension du rôle précis de l\u2019État dans la société postindustrielle d\u2019aujourd\u2019hui (Peter Self, dans Robson, ed., Man in Social Sciences, 1974).La division à l\u2019intérieur du mouvement behavioriste même apparaît plus significative et plus alarmante.Comme l\u2019ont avoué Hass et Becker, «la stratégie quantitative semble être allée au-delà du matériel théorique, domaine où beaucoup de behavioristes théoriquement innovateurs ont échoué à tenir de pair avec les plus récents avancements en technologie de recherche.Le résultat consiste en une fragmentation du behaviorisme en petites chapelles et à l\u2019occasion en camps de guerre».(Hass et Becker, 1970).On retrouve des behavioristes qui continuent à développer de grands projets théoriques sans aucune référence à des découvertes importantes.Hass et Becker les étiquettent de behavioristes théoriques.À l\u2019autre extrémité, on voit les empiristes dépourvus de tout qui jonglent avec des techniques et des méthodes sans rapport à la théorie ni même parfois à la science politique.Ils portent le qualificatif de behavioristes positivistes.Il existe entre les deux groupes un fossé beaucoup plus large que celui qui pouvait nourrir les controverses des années 50 entre behavioristes et traditionalistes.Ils communiquent difficilement entre eux et leur isolement respectif dans la «théorie» et la « recherche» est quasi total.LE DÉBAT ENTRE LE BEHAVIORISME ET LE POST-BEHAVIORISME Au cœur du débat behavioriste/post-behavioriste réside la fameuse controverse science/anti-science dans l\u2019étude de la politique.Les behavioristes estiment que la méthode scientifique constitue le plus important critère de la science.Ils considèrent aussi la méthode scientifique comme étant non problématique et comme une notion appartenant en propre aux sciences naturelles et que l\u2019on ne peut transférer facilement à la science politique.David Easton, un des grands tenants de cette opinion, maintient qu\u2019il faut élaborer la science politique selon les mêmes acquis méthodologiques que les sciences naturelles (Easton, 1965).Les auteurs de manuels tentent de donner la même impression à leurs jeunes lecteurs (De Grazia, 1962, Pennock et Smith, 1964).Plus encore, la science doit s\u2019enraciner dans les faits, être cumulative et inductive.Ainsi pour le behavioriste, elle consiste en l\u2019application de ce qu\u2019on appelle une méthode scientifique aux phénomènes empiriques par voie d\u2019induction.Même si la position post-behavioriste n\u2019est pas encore complètement développée et articulée, la critique de l\u2019approche behavioriste et de la science politique en tant que science par des auteurs comme Wolen, Bay et Gelby se montre souvent persuasive.A l\u2019opposé des traditionalistes qui soutiennent que certains phénomènes «ne devraient pas être» analysés scientifiquement, l\u2019argument post-behavioriste est à l\u2019effet que «certaines choses ne peuvent pas être analysées» scientifiquement (Mecoy et Playford, 1970).45 Certains post-behavioristes s\u2019objectent à la mauvaise application de la science politique contemporaine.Ils n\u2019ont rien contre la méthodologie scientifique mais ils sont contre le domaine ou l\u2019objet de la science politique contemporaine.Ainsi ils aimeraient voir la science et la méthode scientifique appliquées à un nouvel ordre de problèmes.Ainsi Christian Bay a introduit de nouvelles dimensions avec sa distinction entre politique et pseudo-politique.Selon lui, les objectifs de la politique sont d'améliorer ou de protéger les conditions pour la satisfaction des besoins humains selon certains schèmes universels de priorités.À l\u2019opposé, la pseudo-politique «s\u2019occupe exclusivement soit de l\u2019adoucissement des névroses du personnel, soit de la promotion de privilèges personnels ou de groupes d\u2019intérêt particuliers, détournée par une conception inarticulée ou désintéressée de la justice ou de l\u2019équité envers d\u2019autres groupes» (Bay, 1965).La science politique behavioriste est une pseudo-science politique dans le sens qu\u2019elle oeuvre sous le paradigme dominant du pluralisme démocratique qui encourage la pseudo-politique.Aussi longtemps que la science politique contemporaine ne remettra pas en question ce paradigme dominant, elle continuera à s\u2019intéresser à des aspects pseudo-politiques du behaviorisme (Bay, 1965).Une autre importante critique de la science politique behavioriste se situe dans les limitations inhérentes de la science politique scientifique qui mènent à son isolément de la politique, sa raison d\u2019être par excellence.Le behavioriste a tendance à choisir pour son étude ce qui est vérifiable et ce qui peut être développé en théorie scientifique, en d\u2019autres mots, en connaissance explicite.La connaissance implicite ou la compréhension pré-scientifique et post-scientifique se voit ignorée.Ainsi la connaissance intuitive bien que significative est délaissée pour une connaissance rigoureuse qui peut être banale mais peut être soumise à la théorisation scientifique (Silbey).La vérité est réduite au «résultat» de méthodes rigoureuses et précises.Finalement, les post-behavioristes soulèvent cette question de savoir s\u2019il est approprié d'appliquer les méthodes scientifiques à l\u2019étude de la politique.La prétention de ceux qui soutiennent que la science et la méthode scientifique fourniraient une connaissance précise et cumulative peut être réexaminée.Selon Wohn, la méthode scientifique «n\u2019est pas la solution à tout».Bien plus, «la sphère d\u2019activité qui se montre réceptive à la méthode invite à une recherche des régularités qui répètent les principaux modèles de comportement que la société cherche à promouvoir et à maintenir» (Wohn, 1969).Le paradigme dominant La notion de paradigme dominant apparaît des plus significatives en science politique contemporaine.Elle aide à expliquer «l\u2019isolement» entre la science politique et la politique d\u2019une part et la relation entre la théorie politique «traditionnelle» et empirique (behavioriste) d\u2019autre part.Kuhn (The Structure of Scientific Revolutions) définit un paradigme comme un ensemble de croyances communes constituant un modèle à fin ouverte qui définit plus ou moins les problèmes et méthodes légitimes de recherche et les éléments de travail de ce qu\u2019il appelle «une science normale».La prétention des politicologues behavioristes à l\u2019effet que leur approche a créé un nouveau paradigme scientifique dominant n\u2019est pas correcte.Ce qu\u2019elle a effectivement créé était seulement un paradigme méthodologique qui renforce les canons de nature méthodologique et technique.Elle n\u2019a certainement pas créé un nouveau paradigme normatif selon les termes de Kuhn et n\u2019apportait ainsi qu\u2019une révolution dans la méthodologie.Voilà ce qui nous a conduit à cette situation où les techniques l\u2019ont emporté sur l\u2019objectif.Le behavioriste accepte tacitement la démocratie libérale pluraliste comme le paradigme normatif dominant.Les questions qu\u2019il pose dans une recherche sont toujours conditionnées par ce paradigme normatif.L\u2019attitude des voteurs, leurs préférences, leur apathie, la valeur fonctionnelle de la non-participation, les groupes de pression et d\u2019intérêt, la stabilité du système politique peuvent être posés comme problèmes de recherche seulement dans un régime de démocratie libérale.Le monde de la science politique behavioriste est défini (comme d\u2019autres sciences) par le paradigme normatif dominant.Comme le note Kariel, il influence les méthodes d\u2019investigation, les critères de signification et l\u2019utilité de la recherche.Il affectera indirectement la distribution des fonds et des subventions de recherche (Kariel, 1967).Pour les politicologues behavioristes, un système politique moderne ou «développé» en est un qui épouse la configuration institutionnelle et structurelle des régimes démocratiques anglo-américains.Les auteurs nous présentent les uns après les autres des typologies et des taxonomies dans lesquelles les systèmes «développés» ou «modernes» sont dépeints comme démocratiques, orientés vers la réalité de buts basés sur le mérite, différenciés et fonctionnellement spécifiques.Implicitement ou explicitement, ils posent la modernisation comme orientation de développement pour ces régimes politiques «moins développés» (Almond et Verba, 1963, Almond et Coleman, 1960, Rye, 1962).46 Le problème de la pertinence rail des \"amp:, entre la larda-» et em-s Struo radigme es cons-plus Oü i de re- instssà aaraciû- de.Ce t en pa-re ae n a cer- Voilà ce itectm- ; resher-:\":3 7- r-cart1- èt Sa sta- ;5; oüfl- is enfe' 5;C\u2018?'Ce d'autres '¦fîtf est un struc caf» jtres les3 lew derne5 0 lici «ie Le mot pertinence est devenu le cri de bataille de la controverse entre behavioristes et post-behavioristes.D\u2019abord le concept réfère à ce rôle de la science politique d\u2019éliminer les injustices des systèmes politiques contemporains.Une science politique pertinente devrait se préoccuper du défavorisé, de l\u2019exploité et de leurs souffrances.Mais le behaviorisme continue à donner de l\u2019extension à la connaissance de la réalité empirique.De fait, aucune école contemporaine de science politique n\u2019est engagée dans ce qu\u2019on a appelé ici «l\u2019extension de la réalité normative» (Melanson, 1973).La théorie politique behavioriste ne s\u2019intéresse pas aux questions de justice ou de bien public.Elle n\u2019évalue pas les systèmes politiques.Aucune des théories prévalant, soit des communications, des systèmes, de la prise de décision ou structu-relle-fonctionnelle, ne se pose les questions politiques fondamentales.Elles sont ainsi des théories non politiques et c\u2019est sous cet angle qu\u2019on devrait les attaquer.Un deuxième aspect de la pertinence réfère à la relation entre la science politique contemporaine et l\u2019élaboration des politiques publiques.Ici le blâme de la science politique contemporaine vient à la fois de la gauche et de la droite incluant l\u2019establishment.D\u2019une part, on reproche à la science politique behavioriste son degré élevé d\u2019abstraction pour s\u2019avérer pertinente aux questions politiques.Le travail du behavioriste théorique n\u2019est sûrement pas de bien grande utilité à celui qui élabore des politiques.De leur côté, les behavioristes positivistes ont considérablement augmenté leur répertoire de connaissances et de techniques et pourraient lui être de grande importance.Toutefois, une grande majorité de politicologues ne sont pas intéressés à des problèmes quotidiens d\u2019élaboration des politiques dans la pratique.Lui, d\u2019un autre côté, ne montre pas trop d\u2019enthousiasme envers les conseils des politicologues.Les post-behavioristes soutiennent que depuis que la science politique behavioriste s\u2019en tient surtout à un niveau non politique sans s\u2019occuper de choix normatif, elle ne peut être de grande utilité à celui qui fait les politiques, ni au politicien ni à l\u2019administrateur.On peut trouver intérêt à savoir qu\u2019un inventaire des cours donnés dans quatorze des principaux départements de science politique au Canada montre que seulement deux donnent un cours chacun dans les secteurs importants de la politique gouvernementale canadienne.Un seul département annonce des cours en analyse des politiques gouvernementales (Mimeo, CPSA, 1974).On ne retrouve aucun programme gradué en ce domaine au Canada à ce jour.(Heureusement, Laval a pris l\u2019initiative et est en train d\u2019en développer un.) Aux Etats-Unis ce sont des économistes qui dominent les programmes d\u2019études graduées.Une troisième dimension du problème de la pertinence a trait à l\u2019opportunité et à la signification de l\u2019enseignement et de la recherche faits dans la science politique contemporaine.Nous vivons dans un environnement de changement constant et rapide.Conséquemment, nous faisons l\u2019expérience d\u2019une inflation galopante de la science des techniques.La valeur de notre produit s\u2019effrite au même rythme que celle de l\u2019argent.Pour se montrer pertinente, la science politique devrait développer la capacité d\u2019anticiper et de faire, selon les mots de Toffler, «des suppositions sur le futur qui soient probables et pour des périodes de plus en plus longues» (Toffler, 1971).Au risque de généraliser, on peut dire qu\u2019une bonne part de la science politique, particulièrement la branche behavioriste, explique les phénomènes post-facto.Les phénomènes socio-politiques de grande signification sont habituellement controversés, chargés de valeurs et impliquent une analyse normative.La science politique behavioriste les é-vite parce qu\u2019elle ne peut les soumettre à sa batterie de techniques.C\u2019est ainsi qu\u2019elle développe une incapacité entretenue à s\u2019occuper de ces questions.LA SCIENCE POLITIQUE ET L\u2019ACTION POLITIQUE Quelle est la juste relation entre le rôle du politicologue et celui de l\u2019activiste politique?La pratique contemporaine tend généralement à isoler les deux rôles.Les post-behavioristes souhaiteraient que le politicologue se sente une obligation spéciale de mettre sa connaissance en application.La tradition contemplative doit faire place à une science de l\u2019action qui reflète les conflits normatifs d\u2019une société (David Easton, 1969).La connaissance politique doit devenir un instrument de changement politique.C\u2019est Stavenhagen qui propose que la recherche doit assumer le rôle d\u2019observateur-activiste faisant ainsi le lien avec l\u2019action.Cette approche va faire avancer la compréhension scientifique des processus politiques.Elle peut aussi aider à transformer des activistes peu enclins à la recherche en chercheurs et observateurs avisés (Stavenhagen).L\u2019engagement actif d\u2019un grand nombre d\u2019adeptes des sciences sociales dans les mouvements révolutionnaires d\u2019Amérique latine ou au Bengla Desh pour l\u2019indépendance ne doit pas passer pour un vœu frivole.La fameuse neutralité érigée par rapport aux valeurs dans la théorie et la méthodologie du beha- 47 viorisme, la question de l\u2019objectivité et l\u2019image traditionnelle de l\u2019académicien désintéressé sont les facteurs qui empêchent un politicologue de jouer son rôle de militant.Le politicologue behavioriste ne tolérerait pas de voir transformer la science politique en idéologie politique.Mais ces soi-disant neutralité et objectivité ne sont rien d\u2019autre que des façades.Les praticiens des sciences sociales ont effectué un travail de recherche énorme pour l\u2019establishment, le complexe militaro-industriel, le gouvernement, les groupes d\u2019élite organisés, les fondations et souvent la CIA.Seulement ces groupes peuvent se payer le luxe de telles recherches.Les résultats et conclusions des recherches behavioristes sont pratiquement inaccessibles au démuni.Même accessibles, encore faudrait-il qu\u2019il puisse les comprendre.Jamais le behavioriste ne se donnerait la peine de les traduire du jargon professionnel en langage ordinaire.Les conclusions de recherche restent au fond des bibliothèques et dans l\u2019oubli des revues professionnelles, ou bien les groupes d\u2019élite en font un usage abusif.Voilà assez d'évidences pour dégonfler le mythe du savoir désintéressé.Les behavioristes qui ont pris part au projet Camelot sur la contre-insurrection dans le Sud-est asiatique ont tous prétendu agir en intellectuels désintéressés.De cette façon je ne peux voir raison valable pour un politicologue de ne pas opter pour la justice et l\u2019équité sociale.On a défini la science politique contemporaine comme un stratagème inventé par des professeurs d\u2019université pour éviter que les sujets dangereux de la politique soient traités sans faire de la science.Un important traité publié à Paris il y a plus d\u2019un siècle déplorait que l\u2019Académie des sciences veillait à ne pas soulever les questions très fondamentales sur l\u2019ordre politique et la justice.Il est grand temps que l'on inclue ces questions au domaine de la science politique.Nous avons besoin d\u2019une science politique qui ne se limite pas à contribuer à l\u2019extension de la réalité empirique, mais aussi de la normative.Une science politique qui intègre les rôles de scientifique et de citoyen, qui rapproche la science du politique et de l\u2019éthique, me semble constituer une orientation heureuse. LE LOGEMENT, LE QUARTIER ET LA VILLE la rationalité de la population et la rationalité du planificateur Jocelyn Breton Service d\u2019urbanisme de la Ville de Québec Il existe indéniablement au Québec, depuis quelques années, un mouvement vers la concertation et la participation de la population.En conséquence, les planificateurs sont de plus en plus appelés à travailler avec la population.Les rencontres, entre population et planificateurs, entraînent plus souvent qu\u2019autrement et ce dans toutes les villes, tant en Amérique qu\u2019en Europe, des tensions et des incompréhensions difficiles à surmonter.À mon avis, cette incompréhension repose sur la différence fondamentale qui existe entre la rationalité de la population et la rationalité du planificateur.Une meilleure connaissance de ces différences me semble essentielle au succès de la «participation».Sans cette connaissance, toute tentative de concertation sur la planification résidentielle et urbaine me semble compromise.Par rapport à la population, nous faisons face à une infinité de points de vue et d\u2019attitudes.Les différences existent non seulement entre les catégories socio-économiques (ou les classes sociales, si l\u2019on peut parler ainsi en Amérique), mais surtout entre les groupes d\u2019âge, les catégories de ménages, les groupes d\u2019origine, etc.Imaginez un instant la différence de perspective qui puisse exister entre un jeune ouvrier et un vieux cinéaste.Et encore là, nous n\u2019avons pas parlé des multiples idéologies.Du côté des planificateurs, le problème n\u2019est pas moins grand.Étant plus près des recherches techniques et théoriques et plus familiers avec les essais et les prises de position des intellectuels, les planificateurs ont tendance à s\u2019identifier à des écoles de pensée.Ces écoles sont multiples, de sorte que l\u2019orientation des planificateurs l\u2019est aussi.Par contre, l\u2019attitude du planificateur par rapport à l\u2019habitat et la ville tient moins à ces écoles de pensée qu'à la nature même de son rôle.Inséré à l\u2019intérieur même des processus de décision, continuellement obligé de concilier les aspects sociaux, économiques et techniques, pressé d\u2019assurer le devenir de la ville, le planificateur développe nécessairement une vision très «opérationnaliste» de la ville.Pour établir une comparaison entre la rationalité du planificateur et celle du résident urbain, nous utiliserons surtout les notions de rôle et de position par rapport au système.Elles expliquent, à mon sens, beaucoup mieux les différences de perspective que toute autre approche, sûrement mieux que l\u2019approche idéologique.Perception de la ville par la population La vie quotidienne de l\u2019habitant d\u2019une grande ville est partagée entre l\u2019usine ou le bureau, les repas, la télévision, le transport, les sorties, le marché, les enfants et mille autres choses; elle est chargée de satisfactions et d\u2019insatisfactions; de sécurité et d\u2019insécurité, d\u2019aspirations et de frustrations; du sentiment qu\u2019il faudrait faire quelque chose pour améliorer tout ça et du laisser-aller quotidien; des menues compensations journalières; du défoulement occasionnel ; etc.Cette vie quotidienne est aussi une façade qu\u2019on sert aux amis, à la parenté et au voisinage; c\u2019est aussi l\u2019isolement et l\u2019ennui confrontés avec la peur de perdre sa liberté, son intimité.C\u2019est aussi des dettes et des revenus à équilibrer, une auto à changer, un logement qui augmente, un mobilier de salon à financer, la laveuse qui coule et un lave-vaisselle dont on rêve.C\u2019est aussi un emploi à trouver et à garder.Tout ça et beaucoup d\u2019autres choses moulent les réactions, les attitudes et la conception que se fait l\u2019individu de son logement, de son quartier et de sa ville.La population urbaine devient très individualiste.Dans les enquêtes, on dirait qu\u2019elle est étrangère dans sa propre ville.Des expressions comme : «il faudrait telle ou telle chose.», «les gouvernements devraient.», «si les gens faisaient ceci ou cela.», sont symptomatiques de cette non-implication de l\u2019individu dans la chose sociale.Même dans les services de planification, aussi paradoxal que cela peut sembler, il est difficile d\u2019extirper ce sentiment de non-implication.49 Un deuxième aspect important, très relié à la non-implication, est le manque de connaissances de la ville, du quartier et des institutions.L\u2019individu ne sait pas en quoi, dans quelle direction et comment orienter son action.On ne sait souvent même pas quelle sorte de logement convient ou pas.Il faut lire un article, de H.Carver, sur la façon dont on loue un logement ou achète une maison, pour se rendre compte qu\u2019on accorde beaucoup d\u2019importance à des bagatelles et peu à des choses importantes.Il faut bien avouer que le choix d\u2019un logement ou d\u2019une maison est devenu une chose très compliquée.Il faut tenir compte du coût par rapport au revenu; de l\u2019apparence par rapport au statut social; du nombre de pièces et de la grandeur par rapport au nombre de personnes et au style de vie; du quartier, du milieu social, des services, de la distance du travail.La pondération entre ces différents éléments est devenue d\u2019autant plus difficile qu\u2019il n\u2019existe plus d\u2019intégration des différents aspects du vécu.Les exigences ne sont pas en concordance les unes avec les autres.À la fois, nous voulons la paix en banlieue et la proximité des services pour les enfants; à la fois, nous voulons un grand espace pour soigner notre image et plusieurs espaces pour permettre une vie privée à chacun des membres du ménage; à la fois, nous voulons un espace paysager agréable et l\u2019automobile à la porte.Malgré toute cette complexité et ces contradictions, il existe des attitudes et des aspirations de base généralisées.1) La recherche de la sécurité joue un rôle important.Cette sécurité est d\u2019abord économique.Dès qu\u2019une éviction arrive, soit par expropriation, soit autrement, les gens réagissent très fortement à cause de la peur d\u2019écoper des frais qu\u2019ils sont incapables de payer ou de retrouver des conditions de logement et de milieu pires que celles qu\u2019ils ont actuellement.2) Le désir de liberté, d\u2019intimité et de calme est un deuxième élément important qu\u2019on retrouve chez l\u2019ensemble de la population.Les milieux de vie qui ne répondent pas à ces aspirations provoquent une frustration très fortement ressentie par la population.De même, les interventions, lorsqu\u2019elles dérangent les gens en les expropriant ou en compromettant leur intimité ou le calme du milieu provoquent une réaction viscérale devant laquelle aucune argumentation ne peut tenir.Ces aspirations ne sont pas dues à un déséquilibre social ou à un désir d\u2019isolement; elles sont au contraire des conditions essentielles à des relations sociales normales et à une bonne intégration sociale.Combien de femmes disent ne pas vouloir rencontrer leur voisine de peur par la suite de l\u2019avoir toujours sur le dos.En regard du quartier, la population ne recherche plus l\u2019intégration sociale et les solidarités d'an-tan.Par contre, pour les familles ayant des enfants, le quartier prend une importance primordiale en rapport avec les services scolaires, les facilités de loisir et les relations sociales des enfants.Même pour les personnes âgées, le quartier, devenant souvent leur seul univers, prend beaucoup d\u2019importance.En regard de l\u2019agglomération ou de la ville, les perceptions et les attitudes sont aussi multiples qu\u2019il y a de groupes sociaux.Chez les uns, la ville est un mal nécessaire imposé par des raisons d\u2019ordre économique; chez d\u2019autres, la ville est un moyen de promotion et d\u2019ascension dans la hiérarchie sociale.D\u2019autres perçoivent la ville comme le lieu privilégié d'aventures, de rencontres, d\u2019activités sociales et culturelles.D\u2019autres enfin ne perçoivent la ville que comme un vaste centre commercial.Pour la majorité, j\u2019ai l'impression que la ville est d\u2019abord et avant tout un lieu dans lequel il est possible de trouver facilement du travail et gagner sa vie.Je suis porté à faire l\u2019hypothèse que la plus grande partie de la population urbaine se partage selon deux orientations fondamentales; soit d\u2019un côté ceux que nous appellerons les «urbains» et de l\u2019autre, les «naturistes».Pour le premier groupe, la vie idéale ou «la grande vie» est perçue comme une aventure sociale.Cet individu préfère habiter les complexes résidentiels du centre des villes.Ce qu\u2019il recherche avant tout, c\u2019est d\u2019être en contact avec des amis, d\u2019avoir des relations, des échanges d\u2019idées et des activités culturelles.Pour le second, que j\u2019appelle le naturiste, la «grande vie», c\u2019est l\u2019autonomie et le calme dans la nature.Il rêve à une maison avec des petits oiseaux et un petit ruisseau.La ville pour lui est une contrainte et une source de tensions.En fait, les gens rêvent moins que je semble le prétendre.Ils se contentent, la plupart du temps, d\u2019aspirer à une légère amélioration de leur sort actuel.Le planificateur par ailleurs a une tout autre conception de la ville.Comme nous l\u2019avons dit précédemment, il en a une vision opérationnaliste.Pour lui, la ville est un système en perpétuelle évolution et dans lequel s\u2019emboîte une foule d\u2019éléments : des éléments d\u2019ordre social (population, les besoins, les relations, les activités); des éléments d\u2019ordre économique (le travail, les entreprises, les échanges); des éléments d\u2019ordre politique et institutionnel; des éléments «organisationnels» (l\u2019infrastructure, les communications, les services, l\u2019administration).Ces éléments sont, pour la plupart, perçus comme des sous-systèmes avec leur dynamisme propre, 50 leurs règles de fonctionnement et leurs exigences (contraintes).L\u2019idée de «contraintes» est omniprésente chez le planificateur.Souvent, il n\u2019ose proposer les changements ou les améliorations qui s\u2019imposent par peur de tout «dérégler» le système.(Comme on dit souvent : «On ne touche pas à ceci ou à cela, on va tout foutre en l\u2019air».) Dans cette perspective, le quartier résidentiel devient un élément du système et un sous-système en soi, c\u2019est-à-dire un être vivant, en perpétuelle évolution.Il est perçu comme une chose très complexe; il se compose : d\u2019une population avec des besoins, des désirs, des activités, des institutions; d\u2019un milieu physique avec ses bâtiments, ses infrastructures; d\u2019un ensemble de services et d\u2019équipements ; d\u2019un ensemble d\u2019activités commerciales et industrielles; d\u2019un système d\u2019intégration à la ville avec des mouvements perpétuels; d\u2019un bilan administratif avec ses coûts d\u2019opération et ses revenus; etc.L\u2019intégration de ces éléments, par le planificateur, se fait toujours au niveau de la communauté ou du système d\u2019ensemble.Par contre chez l\u2019individu qui vit aussi l\u2019ensemble des éléments auquel fait référence le planificateur, l\u2019intégration se fait au niveau de sa vie personnelle.En somme, pour l\u2019individu, l\u2019organisation est idiote si lui a des problèmes avec celle-ci, tandis que pour le planificateur, le bonheur de l\u2019individu est d\u2019une part un objectif à atteindre mais aussi un élément du système, et ce qui serait souhaitable pour un individu ne l\u2019est pas toujours pour la communauté.Cette différence de conception rend très difficile toutes discussions entre la population et le planificateur.La population a toujours l\u2019impression que le planificateur prévilégie des éléments techniques et économiques aux aspects humains.Par ailleurs, le planificateur pense que la population «charrie», qu\u2019elle réclame trop souvent des choses impossibles.De plus, comme les prises de position par les différents individus sont multiples et souvent très différentes, le planificateur ne comprend pas toujours les aspirations réelles de la population.Quoi qu\u2019on puisse faire, les différences de perception et les difficultés de communication existeront toujours et ce quel que soit le type de société.On peut quand même améliorer la situation par une meilleure formation des planificateurs et de la population.Mais, à mon avis, un effort particulier doit porter sur la recherche.À mon sens, nos chercheurs et nos intellectuels accordent trop d\u2019importance et d\u2019énergie à l\u2019ensemble de la société et pas assez aux détails de la vie et de l\u2019organisation.Même si du jour au lendemain, on faisait la révolution, on ne saurait pas plus comment organiser une concertation valable entre le planificateur et la population.De la même façon, on ne saurait pas plus quelle est la densité optimum pour un quartier résidentiel donné, ni quels sont les services qui manquent dans nos quartiers.On ne saurait pas plus comment organiser un bon logement ou un bon environnement, ni comment équilibrer les coûts de construction et d\u2019administration des résidences avec les revenus familiaux.Un jour, quelqu\u2019un entre dans mon bureau et nous commençons à discuter ce problème.Il me déclare : «J\u2019ai la solution».Je lui dit : «Mon vieux, si tu as la solution, viens travailler avec nous, car nous manquons de solutions».Piqué au vif, mon interlocuteur commence à élaborer un modèle d\u2019aménagement très semblable à la «cité-jardin» de E.Howard.Il parle ainsi pendant une heure.À la fin, je lui dis : «C\u2019est tout?» Il me répond : «Oui!» et je lui répondis : «Ici le problème commence où tu viens de t\u2019arrêter»; et il est sorti, convaincu que nous nous refusions à travailler pour le bien de la société.Bien sûr, le planificateur attache une certaine importance aux modèles idéaux, mais tout cela semble tellement lointain et impossible à réaliser, qu\u2019il n\u2019y croit guère.La planification se voit continuellement contrainte à subir toute cette panoplie de techniques, de coutumes, d\u2019institutions et d\u2019organisations parce qu\u2019elles sont très difficilement transformables.Un seul exemple : seulement changer le mode de gestion et de propriété dans le secteur résidentiel devient une entreprise très longue et hasardeuse.Or, c\u2019est la même situation dans tous les secteurs d\u2019activités.Il faudrait que nos chercheurs s\u2019attaquent à étudier les secteurs un à un.Il faudrait qu\u2019une foule de détails soient analysés.Il y a déjà quelques années, Michel Blondin soulevait le même problème au sujet de l\u2019animation sociale et de la vie dans les quartiers.Il soulevait le problème de l\u2019ennui dont on ne se préoccupe pas.On peut en lister des milliers de problèmes comme celui-ci.Il me vient à l\u2019esprit une chose : l\u2019influence de l\u2019agencement des logements sur les relations sociales.Par exemple, il y a le problème de la centralisation des villes.À mon avis, une ville peut aussi bien être très centralisée ou être très décentralisée.Les deux options sont possibles et vivables, à la condition cependant qu\u2019on connaisse et respecte toutes les exigences fonctionnelles et sociales de ces deux options.Sans ces conditions, l\u2019une et l\u2019autre options s\u2019avéreront une faillite.De même, la participation et la concertation sont aussi possibles dans une ville centralisée que dans une autre à la condition d\u2019en connaître et d\u2019en respecter les mécanismes.51 LES SONDAGES D\u2019OPINION Jean Daoust CEGEP François-Xavier Garneau «Au niveau des concepts, le sondage peut être une forme de technologie neutre, mais dès l'instant où on l\u2019utilise pratiquement il joue un rôle politique qui sert des objectifs sociaux\u2014 ou anti-sociaux.Les sondages d\u2019opinion sont venus ajouter un élément nouveau et d\u2019une remarquable souplesse à l\u2019attirail moderne de contrôle de la société1.» Dans mes commentaires sur les sondages d\u2019opinion, je voudrais toucher deux questions : d\u2019abord l\u2019utilité de tels sondages; ensuite, la fonction politique de ces sondages.L\u2019UTILITÉ DES SONDAGES D\u2019OPINION Dans les débats publics, quelle est la véritable utilité des sondages?et pour qui ces sondages sont-ils utiles?Ces questions s\u2019adressent moins aux média qui publient ces sondages ou aux partis politiques qui les utilisent, qu\u2019aux chercheurs qui les effectuent.L\u2019utilité politique Dans le public, quand on parle de sondages on pense à ceux qui sont faits durant les campagnes électorales dans le but de connaître les préférences des électeurs et que les média publient abondamment.C\u2019est mon opinion que ces sondages sont beaucoup trop nombreux; ce fut le cas à l\u2019élection québécoise de 1970 (deux sondages pour la Presse, deux pour le Devoir, deux pour le Soleil, etc.), ce fut aussi le cas, moins exagéré, aux élections fédérales de 1972 et provinciales de 1973 (les sondages de 1972 n\u2019avaient pas prévu un gouvernement libéral minoritaire).Ces sondages sont le plus souvent inutiles au public.Outre le fait que des milliers de personnes sont dérangées pour se faire questionner sur des sujets qui sont bien loin de les intéresser, les résultats des sondages dont on sature les bulletins d\u2019informations distraient complètement les électeurs des enjeux idéologiques qui sont débattus.1.\tH.J.Schieler, «Les sondages d'opinion sont-ils vraiment neutres?», Revue Psychologie, n° 38, mars 1973, p.47.Un exemple de l\u2019inutilité des sondages se trouve lors de la dernière campagne présidentielle en France; à travers les communiqués que les agences transmettaient, on ne parvenait pas à savoir ce que les candidats se disaient, mais on savait très bien comment leur cote évoluait.Dans le Monde du jour des élections du premier tour, c\u2019est sur une seule colonne, en trois lignes, en bas de page, que l\u2019on apprend que 87% des Français se seraient prononcés pour un plan global de protection de l\u2019environnement.Ce n\u2019est pas à ce 87% que l\u2019on s\u2019intéresse, si majoritaire soit-il, et cela malgré l\u2019acuité du sujet, c\u2019est plutôt au traditionnel débat entre une droite et une gauche aussi empêtrée l\u2019une que l\u2019autre dans des conceptions tout à fait dépassées de l\u2019État.On nous dit que les sondages, en particulier s'ils se succèdent, nous font connaître l\u2019évolution de l\u2019opinion du public.Et après?Sommes-nous plus avancés pour comprendre cette évolution?Se trouve-t-elle plus expliquée?Pour comprendre les changements d\u2019opinion, il faudrait un type de recherche différent où, par exemple, un même échantillonnage serait utilisé périodiquement durant, après ou entre les campagnes électorales, à l\u2019occasion de crises sociales, etc.Pour la science politique, on pourrait tirer des explications «utiles» plutôt que de se retrouver seulement devant des courbes d\u2019évolution où les valeurs des individus, finalement, ne sont pas mieux considérées que l\u2019indice des prix, le taux de chômage, etc.Je veux quand même mentionner quelques sondages qui ont donné lieu à des analyses très valables : les sondages de Lemieux, Gilbert et Blais, analysés dans Une élection de réalignement2 ; les sondages de Hamilton et Pinard pour le Soleil en 1972 analysés dans l\u2019article «Autopsie des sondages»3, les chercheurs étant retournés, après l\u2019élection, questionner les non-répondants afin d\u2019expliquer les écarts entre les résultats électoraux et ceux du 2.\tMontréal, Éditions du Jour, 1970.3.\tLe Soleil, 29 janvier 1973.53 sondage.Quant aux efforts de Carlos, Cloutier et Latouche dans la Presse, après l\u2019élection d\u2019octobre 1973, il faut déplorer le caractère si peu accessible de leurs analyses.On souligne parfois qu\u2019un des avantages du sondage électoral est de fournir à chaque citoyen une sorte de miroir de l\u2019opinion du public, miroir devant lequel le citoyen peut plus facilement se situer lui-même et donner plus de cohérence à ses opinions.Des analyses démontrent, par contre, que seulement une minorité de citoyens s\u2019intéresse à ce genre d\u2019information (et à l\u2019information politique en général) et cette catégorie de citoyens est la plus scolarisée et la moins influençable.C\u2019est en soulignant le fait que les sondages ne s\u2019intéressent pas aux questions politiques les plus cruciales mais plutôt aux questions les plus d\u2019actualité et parce qu\u2019ils rejettent à l\u2019arrière-plan les débats idéologiques que je crois que les sondages n\u2019ont pas vraiment de grande utilité politique pour le public.Encore s\u2019ils avaient une utilité sociale.L\u2019utilité sociale Pour rendre les sondages vraiment utiles, utiles pour le public j\u2019entends, il faut s\u2019affranchir du cadre étroit qu\u2019est la vie politique et cesser de travailler avec l\u2019hypothèse que trois ou quatre partis politiques peuvent constituer les principaux moyens d\u2019expression politique de la société.Il faut plutôt discerner des sujets qui correspondent à de véritables besoins sociaux : je pense à l\u2019inflation et à la hausse des prix, au transport en commun, au financement des Olympiques de 1976, à l\u2019implantation des C.L.S.C., etc.Les analyses publiées dans le Soleil les 7 et 8 mai 1974 sur la fonction d\u2019Om-budsman est un exemple de sondage qui peut être vraiment utile et au public et à une administration.À quoi peuvent servir des sondages sur la langue, par exemple, ou sur la corruption politique (sondage de Gallup du 8 mai); les gouvernements (et les partis traditionnels qui connaissent mieux la population que nos chercheurs) savent bien que ce ne sont pas là des enjeux électoraux.S\u2019il faut s\u2019affranchir des conceptions étroites et même, trop souvent, archaïques que nous entretenons de la vie et du système politiques, il faut aussi se dégager de la formation technicienne et technocratique dont nous avons héritée de notre moulage universitaire; il faut apprendre aussi à cerner les limites que nous imposent nos préoccupations de classe moyenne et, surtout, nos intérêts économiques, dans la mesure où les chercheurs et les maisons de sondages doivent rencontrer (sinon servir) les caprices des entreprises commerciales que sont les média d\u2019information.En fait, on invite un public à se prononcer sur un sujet qui peut très bien être complètement secondaire pour lui dans sa vie sociale mais on en fait un enjeu politique; finalement, cela ne répond qu\u2019aux préoccupations politiques et financières de ceux qui font les sondages (chercheurs et maisons de sondages) ou de ceux qui les commanditent (les partis et les média).Alors que les partis politiques et les média d\u2019information n\u2019ont qu\u2019une fonction médiatrice, c\u2019est-à-dire plus ou moins déformatrice entre dirigeants et citoyens, c\u2019est auprès des administrations que les sondages peuvent être utiles, en les mettant, de cette façon, en contact avec leur propre public.Il est vrai que les administrations publiques procèdent à de nombreux sondages et enquêtes, mais, commandités par elles, ces sondages ne sont pas rendus publics; c\u2019est la responsabilité des média, alors, de réduire la place qu\u2019ils accordent aux sondages électoraux pour préférer des sondages qui pourraient éclairer l\u2019opinion publique en révélant l\u2019attitude des publics face à tel ou tel service public.C\u2019est alors que les sondages pourraient devenir des instruments d\u2019animation, de discussion ou de critique politique, en éveillant l\u2019opinion publique à des questions sociales jamais débattues plutôt qu\u2019en restant comme c\u2019est trop souvent le cas à la remorque de l\u2019actualité politique, en particulier en période électorale.LA FONCTION POLITIQUE DES SONDAGES J\u2019ai voulu expliquer jusqu\u2019ici pourquoi les sondages d\u2019opinions, en particulier les sondages électoraux, ne répondent pas, à mon avis à des besoins sociaux, et, à cause de cela, sont plus ou moins u-tiles aux citoyens.Les sondages remplissent quand même une fonction politique, d\u2019abord comme instruments technocratiques de connaissance mais aussi parce qu\u2019ils ont partie liée avec les rouages d\u2019un système politique.Un instrument technocratique Comme je l\u2019ai noté, on présente parfois le résultat du sondage comme un miroir; en fait, c\u2019est vrai qu\u2019il traduit les opinions exprimées mais il les organise à sa façon; c\u2019est pourquoi il faut savoir que le miroir est déformant.En effet, les opinions des répondants sont loin d\u2019être cohérentes et rationnelles comme le prévoit le chercheur (exemple : l\u2019électeur péquiste qui vote libéral ou créditiste aux élec- 54 tions fédérales), mais la rationalité du citoyen existe, elle s\u2019exprime au niveau du vécu et non dans un cadre théorique raffiné; elle est accordée à un réseau de préoccupations socio-économiques, à un contexte culturel, en somme à une infinité de situations bien concrètes que le chercheur est souvent incapable de «sentir» et encore moins de rationaliser.Si cette rationalité n\u2019est pas retenue, les opinions par contre le sont et sont «organisées» dans un système de corrélations qui introduit une nouvelle rationalité, celle du chercheur: c\u2019est devant celle-ci, qui n\u2019est plus la sienne, que le public est forcé de se situer.Les réponses du répondant sont complètement coupées de leur contexte et perdent de leur consistance parce qu\u2019elles sont traduites dans une autre échelle de préférence : la collection d\u2019invididus, que l\u2019on découpera ensuite, au niveau des résultats, en «groupes» définis selon des critères socio-économiques pour former une micro-société abstraite et différenciée.Cette collection part de deux postulats de base : 1° chaque individu a une voix d\u2019importance égale; 2e un individu prélevé dans un groupe et s\u2019exprimant isolément a un avis qui correspond aux dominantes de son groupe.Est-il nécessaire d\u2019insister sur la critique sociologique de ces deux postulats?Tout ce que nous savons de la réalité de la vie sociale montre combien le «poids» des individus varie, pour déterminer une conduite collective, selon la place et le statut qu\u2019ils occupent dans leur groupe.Certes, il peut être utile de briser, par un procédé qui atomise les groupes, les situations de dominance ou d\u2019infériorité, pour tenter de faire apparaître des courants généralement inexprimés.Mais qui nous garantit que, dans une enquête relativement rapide et donc superficielle, nous aurons réellement brisé ces interrelations qui jouent constamment, et dans quelle mesure cette expression reflète ou non les stéréotypes du groupe ou les aspirations plus ou moins individuelles?L'étrangeté de la situation d\u2019enquête, où la relation avec l'enquêteur ne peut manquer d\u2019intervenir dans un sens imprévisible, tend encore à brouiller les cartes; du fait que nul débat ne s\u2019instaure, l\u2019ind vidu est renvoyé à lui-même, et soit qu\u2019il piétine dans ses propres contradictions, soit qu\u2019il rationalise ses assertions en fonction de «normes» qu\u2019il juge être celles auxquelles il faut paraître se conformer.Madeleine Grawitz explique ces réponses contradictoires par le fait que l\u2019enquête «se trouve dans une situation d\u2019irresponsabilité par rapport au vote qui implique un choix4 ».4.Revue Psychologie, n° 38, mars 1973, p.48.Je ne sais si des recherches empiriques ont été faites sur cet aspect bien précis très difficile à analyser (les chercheurs sont-ils intéressés à creuser cette question?), mais j\u2019ai une expérience personnelle à soumettre.En 1971, j\u2019ai administré une série de questionnaires dans le quartier Saint-Roch; l\u2019enquête portait sur les communications et l\u2019information, en particulier sur les instruments (TV, radio, téléphone, poste, télégramme, etc.) que les foyers utilisaient.Plus de la moitié du questionnaire ne s\u2019appliquait pas car les gens de ce quartier communiquent très peu par ces moyens impersonnels; ils étaient peu informés, peu intéressés à l\u2019être davantage et, malgré tout, assez satisfaits, du moins face aux problèmes qui leur étaient posés.En somme, on avait traduit des préoccupations de classe moyenne à une classe différente.Ce que l\u2019on pouvait retenir d\u2019utile, par contre, pour ces gens, c\u2019est qu\u2019il y avait trop de films français à Radio-Canada l\u2019après-midi et que les mêmes films revenaient trop souvent; évidemment il fallait être chômeur, rentier ou assisté social pour avoir ce type de préoccupations; mais le questionnaire d\u2019une vingtaine de pages n\u2019était pas prêt à recevoir ces réponses, ni les fiches d\u2019ordinateur et encore moins les chercheurs dont les préoccupations théoriques étaient bien loin de ces problèmes5.J\u2019ai voulu montrer par cet exemple en quoi le sondage est un instrument technocratique de connaissance.Mais une technique au service de quoi ?Au service du système politique Parfois, on présente les sondages comme une contribution à une prise de décision démocratique, le chercheur s\u2019effaçant derrière le consensus dégagé; des chercheurs-techniciens entrevoient même à travers ces démarches l\u2019émergence d\u2019un modèle nouveau de gouverne politique, suivant lequel les gouvernements légiféreront presque uniquement par réaction à des sondages d\u2019opinion sans grand égard pour les valeurs sociales et pour les enjeux politiques impliqués.Constater l\u2019absence inévitable d\u2019éthique à la direction des partis politiques n\u2019absout pas le chercheur qui se prête à ce genre de manœuvre.On considère les opinions comme des fruits sauvages prêts à être cueillis alors qu\u2019il s\u2019agit, en fait, du tout cuit, savamment assaisonné par des élites plus ou moins désintéressées.C\u2019est vrai que les sondages peuvent avoir la même valeur qu\u2019une élection, on n\u2019a qu\u2019à comparer les ré- 5.Il serait profitable pour les «concepteurs» de questionnaires d\u2019en administrer quelques-uns à l\u2019occasion au lieu de considérer cette étape uniquement comme du «cheap labor ».55 sultats lors de certaines élections, américaines et françaises par exemple.Mais c\u2019est justement pour cela que le sondage n\u2019a pas une valeur démocratique suffisante.Il faut une idée un peu plus élevée ou du moins différente de la démocratie qui s\u2019inspire, au minimum, de formes et de procédures organiques plutôt que d\u2019une simple mathématique abstraite et consensuelle.Une opinion ou un choix démocratique implique un débat, une discussion qui tienne compte des rapports de forces en présence où, à côté des intérêts individuels, sont pris en considération des intérêts collectifs et où une information adéquate sur les questions est fournie en même temps que les implications de l\u2019un et l\u2019autre choix.«Il serait facile en outre, de montrer le caractère factice d'une consultation qui n\u2019a été préparée par aucune information sérieuse sur les différents aspects du sujet abordé, ce qui tend encore à fausser l\u2019équation selon laquelle un enquêté égale une voix: voix influente ou voix suggestible?Voix informée ou voix qui ignore tout du problème posé?Enfin, contrairement au débat de groupe orienté vers une décision à prendre, l\u2019enquête est une situation de non-engagement quasi totale.Dans les meilleurs cas, il est vrai que nous essayons tous de motiver les sujets sur l'importance de l\u2019avis qu\u2019ils exprimeront par rapport aux décisions futures à prendre pour le bien commun.Mais ils ont bien conscience à la fois des très nombreux relais qui séparent l\u2019expression de leur opinion des réalisations qui s\u2019ensuivront un jour, et du fait que leur voix sera additionnée à d\u2019autres et n\u2019aura qu\u2019une influence très limitée.À ce moment, l\u2019avis que l\u2019on exprime n\u2019est pas bien compromettant; il est même assez admirable que, dans ces conditions, la majorité des enquêtés se comportent malgré tout avec un sérieux et un désir de précision qui viennent peut-être simplement de ce qu\u2019ils sont, dans la vie courante, bien rarement consultés sur des problèmes qui les touchent de près.L\u2019enquête leur donne enfin une occasion de s\u2019exprimer.Le caractère de «substitut démocratique» des enquêtes apparaît donc en pleine ambiguï- té et leur succès actuel vient très probablement du vide existant au niveau de la consultation organisée dans des cadres institutionnels ou non qui correspondraient à des regroupements ayant une existence sociologique et politique réelle.Il importe de le savoir, pour ne pas prendre l\u2019enquête pour ce qu\u2019elle n\u2019est pas et, soit se donner bonne conscience par une pseudo-consultation des usagers, soit en tirer une analyse de rapports sociaux que l\u2019on a, en bien des cas, préalablement atomisés, puis artificiellement reconstitués.6 » Les journalistes autant que les représentants élus et les administrateurs sont souvent les premiers à tomber dans le piège qui consiste à attribuer une valeur consultative à un sondage et à minimiser alors le rôle qu\u2019un comité de citoyens veut remplir en s\u2019opposant, par exemple, à un projet de réaménagement.Je termine mes commentaires sur cette réflexion d\u2019Agnès Pitrou parce qu\u2019elle nous indique bien comment le sondage devient un instrument de plus dans la panoplie de techniques que les gouvernements et les partis utilisent pour réduire la démocratie à des formes de communication scientifiques et raffinées mais déshumanisées et anti-sociales.Il faut se méfier du pouvoir qui n\u2019attend que les résultats de ces sondages pour ajuster sa propagande ou, à l\u2019opposé, pour suivre une opinion au lieu de chercher à l\u2019éclairer.Il faut tout autant se méfier des nouveaux techniciens qui se mettent au service de tels pouvoirs et s\u2019auréolent devant le public d\u2019une neutralité et d\u2019une objectivité mensongères.Je pense que l\u2019on peut dire que le sondage, comme l\u2019école, est lui aussi au service de la classe dominante.6.Agnès Pitrou, «Du bon usage des enquêtes d'opinion», Revue française de sociologie, XII, 1971, p.212-213. LE CANADA, LE QUÉBEC ET LA COMMUNAUTÉ ÉCONOMIQUE EUROPÉENNE ÉLARGIE ¦ soit en ta des recons- fliers à 1er une - amena- îtlexion n corn-js dans ements iratie à et raf- - e: ' a.-\u2022 11 : '¦ pinion*' Paul Pilisi Département des sciences humaines Université du Québec à Chicoutimi «En termes politiques, tout le monde atlantique sera touché par cette nouvelle Europe dynamique qui prend forme sous nos yeux.Dans son examen de notre politique étrangère, le Gouvernement a cherché à montrer qu\u2019une politique de diversification de nos relations pousse inévitablement le Canada vers l\u2019Europe.» \u2014 Mitchell Sharp L\u2019intégration européenne et les intérêts canadiens : La France et la Grande-Bretagne devraient accomplir le rôle du «pont» entre la Communauté et le Canada Il n\u2019est pas exagéré de dire qu\u2019après l\u2019adhésion britannique, le Canada se trouve devant une situation délicate liée d\u2019une manière organique à ses relations avec la C.E.E.élargie d\u2019une part et les États-Unis d\u2019autre part.Dans cette situation triangulaire, l\u2019avenir des relations Europe-Canada revêt une importance particulière pour chacun des intéressés.Quand on examine les divers aspects des relations du Canada avec la Communauté £conomique européenne élargie, on est contraint d\u2019affirmer qu\u2019il n\u2019y a aucun pays hors du continent européen qui ne témoigne d\u2019autant d\u2019affinités avec la France et la Grande-Bretagne, que le Canada.Mais au delà des affinités, il existe un aspect particulier et concret qui touche directement les relations actuelles et futures entre le Canada et la C.E.E.: l\u2019économie.En effet, l\u2019Europe des Neuf est le deuxième partenaire commercial du Canada et l\u2019évolution des relations réciproques mène inévitablement à l\u2019élargissement des rapports mutuels1.Il est hors de doute que les considérations concernant l\u2019existence d\u2019une «étroite communauté d\u2019intérêts» entre l\u2019Europe communautaire et le Canada sont amplement justifiées.Cette communauté d\u2019intérêts implique entre autres le caractère complémentaire et interdépen- 1.Cf.Déclaration de M.Mitchell Sharp, devant le Comité sénatorial, le 21 mars 1972, dans Perspectives internationales, Ottawa, Ministère des Affaires extérieures, mai-juin 1972, p.49, ainsi que la déclaration de M.Paul Tremblay, sous-secrétaire d'État au même ministère, dans le Devoir, Montréal, 29 novembre 1972.dant des relations économiques surtout en matière de richesses naturelles.Il est dans l\u2019intérêt majeur de l\u2019Europe que les États-Unis ne deviennent pas le maître absolu des richesses considérables du Canada.Dans son livre intitulé : le Canada : dernière chance de l\u2019Europe, Claude Julien a bien souligné la problématique comme suit : «Pour sauvegarder une certaine autonomie, l\u2019Europe doit cumuler tous les appuis dont elle peut disposer en Asie, en Afrique, en Amérique.Et dans cette stratégie d\u2019envergure, le Canada occupe une place privilégiée, en raison de ses richesses naturelles et de son haut niveau d\u2019industrialisation et des liens qui le rattachent à la Grande-Bretagne aussi bien qu\u2019à la France.Sur ces trois terrains d\u2019action, elle peut considérer le Canada comme un allié de choix, un partenaire indispensable par ses ressources humaines, agricoles, industrielles2.» Il est hors de doute que, désormais, la France et la Grande-Bretagne devraient jouer un grand rôle dans l\u2019harmonisation des intérêts canadiens et européens.Ces deux «mères patries» devraient accomplir leur mission de «pont» entre le Canada et la Communauté économique européenne non seulement au niveau culturel, mais aussi dans tous les domaines où les intérêts canadiens sont en question.En premier lieu, ils devraient contribuer à ce que le Canada reçoive un statut de nation favorisée.À son tour, et dans son intérêt, le Canada devrait reviser aussi l\u2019orientation de ses relations commerciales afin que ses exportations et importations s\u2019orientent davantage vers l\u2019Europe des Neuf.Il est aussi souhaitable qu\u2019une véritable campagne d'information soit entreprise afin d\u2019éveiller l\u2019attention des dirigeants de l\u2019Europe communautaire, où les intérêts canadiens sont défendus par la Grande-Bretagne et la France.Ils devraient contribuer à ce que la C.E.E.élargie établisse une politique généreuse surtout dans les relations commerciales, domaine le plus sensible pour le Canada dans l\u2019immédiat, dû à la perte des tarifs pré- 2.Claude Julien, le Canada : dernière chance de l'Europe, Paris, Grasset, 1968, p.13.57 férentiels entre le Royaume-Uni et le Canada.En effet, en 1971, 17% des exportations canadiennes étaient dirigées vers des pays du Marché Commun, soit 2,7 milliards de dollars et après l\u2019adhésion britannique 40% des exportations canadiennes (évaluées à plus de 1,3 milliard de dollars) seront touchées3.Le Canada entre l\u2019Europe et les États-Unis?Au sujet des relations Canada-Europe, il existe deux thèses non officielles, reliées respectivement au point de vue européen et canadien.Dans son livre le Canada, dernière chance de l\u2019Europe, Claude Julien, éditorialiste au prestigieux journal le Monde, affirme que le Canada reste pour l\u2019Europe un «partenaire indispensable» par ses ressources humaines, agricoles, industrielles et qu\u2019il est dans l\u2019intérêt de l\u2019Europe que les États-Unis ne deviennent pas le maître absolu des richesses considérables du Canada.Bref, l\u2019Europe doit apporter une attention particulière à ce vaste pays.Face à cette thèse, un Canadien, D.C.Dobell, directeur du Centre parlementaire pour les Affaires extérieures et du Commerce extérieur à Ottawa, semble reprendre la même thèse par le biais inverse.D\u2019après M.Dobell, c\u2019est l\u2019Europe communautaire qui reste la «dernière chance du Canada» en ce sens que la Communauté est la seule puissance économique capable de contrebalancer la suprématie des États-Unis au Canada.Il n\u2019est pas question ici d\u2019un simple remplacement des U.S.A.par l\u2019Europe communautaire, mais d\u2019une diversification et de la promotion privilégiée des relations Canada-Europe.En d\u2019autres termes, réduire sensiblement le degré de dépendance du Canada vis-à-vis des États-Unis qui s\u2019exprime aussi dans un état de subordination psychologique.Sans tenir compte de la validité intégrale ou partielle de ces thèses, dont les objectifs majeurs s\u2019expriment dans l\u2019intensification des liens entre la Communauté et le Canada, soulignons ici, que la Communauté est la première puissance commerciale du monde avec 42% du commerce mondial, bien avant les États-Unis, et qu\u2019en matière d\u2019affaires commerciales, c\u2019est la Commission qui représente l'ensemble des pays membres face aux tiers.L\u2019importance internationale de la Communauté européenne a été reconnue tardivement par le gouvernement fédéral canadien, qui depuis 1972 seulement, maintient une ambassade distincte du Canada à Bruxelles auprès des Communautés.Quand on examine la position officielle du Cana- 3.\tLe Devoir, 20 novembre 1972.da face à la Communauté, il est utile d\u2019évoquer sommairement le développement de l\u2019attitude des gouvernements canadiens vis-à-vis de l\u2019Europe communautaire.Tout au long de la décennie précédente, l\u2019attitude du Canada vis-à-vis du Marché Commun était liée d\u2019une manière organique au problème de l\u2019adhésion britannique.Au point de vue commercial, l\u2019Europe des Six était un partenaire moins important derrière les États-Unis, le Royaume-Uni et le Commonwealth.Le Japon était également un partenaire plus important que l\u2019Allemagne fédérale, la France, l\u2019Italie ou le Benelux.C\u2019est seulement après la signature de l\u2019acte d\u2019adhésion britannique que l\u2019Europe communautaire élargie souleva des «questions de la plus haute importance» pour le Canada.En effet, à l\u2019heure actuelle, l\u2019adhésion britannique est en train de modifier radicalement et à long terme les relations Europe-Canada : modification qui rebondit sur les liens rattachant le Canada aux Etats-Unis.Il nous semble également, que pour le Canada, l\u2019Europe des Neuf signifie aussi un soutien, un contrepoids sérieux face aux États-Unis, interprété par les ministres canadiens de la manière suivante : «Le maintien à un degré acceptable de notre indépendance économique et politique, face à la puissance et à l\u2019influence américaine, est un problème que l\u2019Europe partage avec nous4.» Au début des années 1960, le gouvernement de M.Diefenbaker s\u2019opposa à l\u2019adhésion britannique ne voyant qu\u2019une alternative possible: le maintien du Commonwealth ou l\u2019adhésion de la Grande-Bretagne à la C.E.E.Mais certains dirigeants canadiens avaient prévu avec une clairvoyance politique certaine le déclin du Commonwealth, déclin qui depuis la décision historique de M.Heath est devenu de plus en plus inévitable.Un autre facteur qui déterminait l\u2019attitude du Canada favorable à l\u2019adhésion britannique était lié à la force d\u2019attraction du Marché Commun, ainsi qu\u2019au fait que depuis le Kennedy Round, les exportations canadiennes vers les Six augmentaient beaucoup plus vite que celles dirigées vers le Royaume-Uni.Les exportations canadiennes dirigées vers le Royaume-Uni durant la période 1958-1970 sont passées de 17,4% à 9% tandis que l\u2019export vers les Six a été triplé de 400 millions à 1,2 milliard de dollars.Les importations vers le Canada en provenance du Royaume-Uni baissaient de 11% à 5% tandis que le pourcentage de la C.E.E.demeure stable aux alentours de 5,5% et ont été triplées pour passer de 237 à 805 millions de dollars5.4.\tSecrétariat d\u2019Etat aux affaires extérieures, Politique étrangère au service des Canadiens : Europe, Ottawa, information Canada, 1970, p.15.5.\tP.Pilisi et J.Cermakian, «L\u2019Europe communautaire et le Pour cf son.à ! cf fadhésior se de pos | à Londre: fexisteno priori les «assurant Communi j C'est s^ Canada s pion e ladiiésior à la fois pues corr gligé la C le seul pa des prot le contm géré de c cents con à des éve prête d'u lion et la MM, Sliar fumisterie cette visit extérieure coïncider Près son ton issue faut trois cpeextéri :li°ns, d\u2019ui d'autre pa :,aife.Ces ^uegér Co°Pérati; pis; JJ Canada % ^aries 'M,, S: s \"e Pou, Par ies 58 évoquer ode des l'Europe \"te, |'at.| nun éiait e l\u2019adhé-ialJ'Eu-nportant U e! e m parte-érale, la et à long ification lada aux :ats-ünis, a manié-jtatjlede e, face à un pro- ofs cana-lolitif îclin ^ est de- deurf 'adhé- dion du envers leS llesdifi\u2018 Ions ca lape-go/0 tandis liions è ( de lié-i arme ex-de W à asséner tariat du 3t d avoir is né®- ne avoua lofsqui' le lAlba- *.i* à mort «Mais la force politique de M.Rankovic a toujours été fonctionnelle plutôt qu\u2019idéologique et l\u2019on pense que ce fait est la source de ses difficultés.L\u2019appareil de la police d\u2019État qu\u2019il avait organisé pour le maréchal Tito durant la Deuxième Guerre mondiale et qu\u2019il avait développé en un instrument politique très efficace, est sans doute au centre de la lutte pour le pouvoir.» Dans ce dernier passage que nous citons le New York Times fait allusion à certaines caractéristiques de la police politique yougoslave qui en ont fait un instrument redouté du régime : «Il s\u2019est élevé au rang de commandant général dans les forces partisanes et était le chef de la Osna, puissante organisation de la police d\u2019État.Cette organisation était connue pour son caractère impitoyable et son habileté incroyable à détruire l\u2019opposition sans même lui laisser le temps de démarrer.Quand le Maréchal Tito retira la Yougoslavie du bloc soviétique en 1948, l\u2019organisation de M.Rankovic élimina les agents soviétiques envoyés dans son pays.» ainsde de Contrairement à Staline, Hodja et le chef communiste hongrois Râkosi, Tito ne fit pas liquider son ancien ministre de l\u2019Intérieur, mais rétablit la balan-¦d ice entre la police et l\u2019État et la Ligue des communistes, c\u2019est-à-dire le Parti.line\u2019 était des # \u201e i#*1\" Kl\"1 lit1* se'- La Pologne En Pologne le rôle du ministre de l\u2019Intérieur est plus important qu\u2019en Yougoslavie en ce qui concer- ne la prise du pouvoir par le parti communiste.En Pologne, au moins pour une brève période, il y avait un gouvernement de coalition qui était cependant dès le début à la merci des communistes.Comme nous l\u2019avons mentionné, Staline ne voulait pas prendre de risques en Pologne.La tâche du ministre de la Sécurité, Radkiewicz, était de transformer la Pologne aussitôt que possible en un «État policier»7.Quand la Pologne fut libérée des Nazis, les Russes arrivèrent avec le comité de Lublin, le soit-di-sant gouvernement provisoire qui fut formé par des Polonais communistes ou communisants.En plus de ce comité il y avait encore l\u2019armée de Berling, formée de Polonais pro-Soviétiques en Russie.Les promesses de Yalta de créer un État démocratique n\u2019étaient pas prises au sérieux et Mikolajczyk, le chef du gouvernement polonais à Londres qui devint le chef du parti paysan en Pologne, quitta son pays deux ans plus tard abandonnant l\u2019espoir d\u2019y établir une vie démocratique.L\u2019ombre de Staline se projetait déjà sur l\u2019Europe de l\u2019Est.Le gouvernement de coalition dans lequel Mikolajczyk était ministre de l\u2019Agriculture et vice-président du Conseil souffrait, dès le début, d\u2019un grave défaut : le ministère de l\u2019Intérieur était entre les mains des communistes.On avait partagé ce ministère clef en deux sections, celle de l\u2019Administration publique et celle de la Sécurité.Kiernik, un des lieutenants de Mikolajczyk devint ministre de l\u2019Administration publique, n\u2019étant responsable que de fonctions de routine, tandis que Radkiewicz, un communiste, en prenant charge de la Sécurité devint le véritable ministre de l\u2019Intérieur8.Dès le début Radkiewicz noyauta la Sécurité9 et pour affaiblir davantage le parti paysan, les communistes créèrent un nouveau ministère, celui des territoires regagnés, diluant ainsi l\u2019autorité de Kiernik.Les territoires regagnés étaient les anciens territoires allemands, et Gomulka, qui devint le ministre de ces territoires, en fit son fief.Il en fit un État dans l\u2019État en distribuant les terres aux communistes et à leurs sympathisants.L\u2019appui de Mikolajczyk, qui n\u2019était pas un réactionnaire, comme disaient les communistes, mais un bon démocrate, venait non seulement de la campagne, mais aussi des villes.Tant qu\u2019il était possible au parti paysan d\u2019organiser des réunions, les masses affluaient vers lui, mais la terreur croissante appliquée par Radkiewicz rendait toute vie politique 1 ibre impossible.Voici ce que Seton-Watson dit de cette terreur : 7.\tMikolajczyk, The Rape of Poland, p.233.8.\tSeton-Watson, op.cit., p.178.9.\tIbid.6.New York Times, 4 juillet 1966.63 «La terreur de la police contre le P.S.L.(le parti paysan) augmentait dans beaucoup de parties du pays.le P.S.L.faisait partie du gouvernement, mais on le traitait non seulement comme une opposition, mais comme un paria.Mikolajczyk était souvent accusé par la presse communiste d\u2019être un «agent britannique».10 Les élections de 1947, les premières après la guerre, dont devait résulter le parlement démocratique de Pologne, étaient précédées par une série de décrets, de lois truquées pour rendre plus difficile aux membres du P.S.L.de voter.Les partisans de Mikolajczyk furent arrêtés et torturés.Selon lui, au cours de la campagne électorale plus de 100 000 de ses partisans étaient en prison et 142 candidats de son parti furent arrêtés11.Dans son livre The Rape of Poland, Mikolajczyk donne la description suivante de Radkiewicz qui était l\u2019instigateur de toutes ces atrocités : «Radkiewicz devint un bandit (thug) communiste à un âge assez jeune.En 1932 il alla en Russie et devint un officier de la NKVD.Il rentra en Pologne avec le comité de Lublin comme chef officiel de la force qui devait transformer la Pologne en un État policier.»12 Les résultats officiels donnèrent au bloc gouvernemental conduit par les communistes 394 sièges et les paysans durent se contenter de 28 sièges.Au parlement ainsi élu, Mikolajczyk fut attaqué dans un langage de plus en plus violent et finalement il décida de quitter le pays.Comme il dit dans son livre cette décision fut très difficile, mais on l\u2019avertit que la cour militaire de Varsovie avait déjà reçu des ordres de faire son procès et de le condamner à mort13.En automne 1947 l\u2019homme qui semblait être le sauveur de la démocratie polonaise quitta son pays, abandonné par l\u2019Amérique qui avait démobilisé.En tout cas Mikolajczyk voulait «révéler au monde libre pour la première fois, toute l\u2019histoire choquante de l\u2019humiliation de leur allié».La Roumanie Parmi les pays de l\u2019Europe de l\u2019Est la Roumanie était le seul qui était non seulement une royauté, mais dont le roi était dans le pays.En Roumanie, où entre les deux guerres il n\u2019y avait jamais plus d\u2019environ 1 000 communistes, le parti communiste devait manoeuvrer prudemment pour prendre le pouvoir à cause de la haine de la majorité du peuple roumain vis-à-vis les communistes et les Russes.Le roi Michel, en demandant aux Russes un armisti- ce (23 août 1944), rendit un immense service à l\u2019Armée rouge, parce que, le verrou roumain éliminé, l\u2019Europe du Sud-Est était ouverte devant elle.Comment accaparer le pouvoir dans un pays agricole, chrétien et anti-communiste sans employer trop de violence?Voilà le problème que le parti communiste roumain devait résoudre.Le premier gouvernement après l\u2019armistice se composait de militaires sous la direction du général Sanatescu14, mais ce gouvernement ne fut pas de longue durée.Le général soviétique Vinogradov se plaignait que la Roumanie ne remplissait pas ses obligations de l\u2019armistice et le roi dut former un nouveau gouvernement.Michel gardait Sanatescu comme premier ministre, mais cette fois-ci les ministres étaient des politiciens.Penescu, le secrétaire général du parti paysan devint ministre de l\u2019Intérieur et c\u2019est au sujet de ce ministère que les difficultés commencèrent.Voici ce que Wolff écrit sur les difficultés du nouveau ministère de l\u2019Intérieur : «C\u2019est sur ce ministère clef qui contrôlait la police, la gendarmerie rurale, la nomination des préfets et des maires que les communistes ont concentré leur feu.Des démonstrations «spontanées» d\u2019ouvriers et de chômeurs, auxquels on donnait une petite somme d\u2019argent pour leurs «services», furent organisées pour défiler dans les rues de Bucarest, portant des pancartes en criant «Penescu au poteau».Quelques ouvriers furent tués et les communistes affirmèrent que la police les avait tués.Madame Pauker (communiste de première ligne) saisit l'occasion pour en accuser Penescu.Le général Sanatescu dut démissionner et le général Radescu qui avait montré son courage face aux Nazis prit la présidence du Conseil ainsi que de l\u2019intérieur, mais Teohari Georgescu, un communiste, devint son secrétaire d\u2019État.Maintenant le noyautage pouvait commencer.»15 Une des raisons de l\u2019opposition de l\u2019extrême-gauche est en rapport avec la réforme agraire.Les communistes, voulant gagner la faveur des paysans, se hâtaient de distribuer la terre, mais Radescu s\u2019opposa à une réforme immédiate parce que, dit-il, des milliers de soldats roumains étaient encore en captivité en Russie et il serait injuste envers eux de procéder à la distribution de la terre sans les attendre.Ce geste ne le rendait pas très populaire ni auprès des Russes ni auprès du parti communiste16.En ce qui concerne le ministère de l\u2019Intérieur, Georgescu prit, pour ainsi dire, charge du ministère et sans demander l\u2019avis de Radescu contremandait ses ordres17.Radescu, n\u2019ayant pas peur, luttait pour ses droits et quand les communistes lui rendaient impossible l\u2019usage de la presse parce qu\u2019ils contrôlaient les imprimeurs, il s\u2019adressa aux masses anticommunistes et ne ménagea pas sa critique envers les cohi était ass au PC' étaient ( C\u2019étaient se lague La cri 1945.Ra nesusii :eress; ( rent eur ses.Puit «fier us ; ! L'asjne gens sar Ils ne pt l'arriere cuoer \"J2\" Sur le rsnt en %e?; exigeai E Antes' r;; Qua !|ùe lu * \u2019\u2019-'r : S'jza\" tot 'e lesei suivre a Penescu Dtess % les circo P°Uf$Ü , tlistL , 10.Seton-Watson, op.cit., p.175.\t14.\tSeton-Watson, op.cit., p.202.11.Ibid., p.178.\t15.\tWolff, The Balkans in our Time, p.280 12.Mikolajczyk, op.c/f., p.233.\t16.\tSeton-Watson, op.cit., p.205.13.Ibid., p.240.\t17.\tIbid.' H, 64 L V-; >\u2022 ¦ ¦ .'si :e \" i: !; : : ¦ : :r; cm e: ce .a : \u2022 : '¦ : IJ CÎ : : : ^ ~~rp aire.LeS pay;5^' iSC'J3'0?\u2019 ye.' : avers ^ ,ns ies at: P#enl ynis^ ¦ Kitéff jttaitP°u an'1' les communistes.En effet, pour un vrai roumain il était assez facile de créer une atmosphère hostile au PC vu que plusieurs des chefs communistes étaient des Juifs, des Hongrois ou des Ukrainiens.C\u2019étaient les soi-disants Moscovites qui avaient passé la guerre en Russie.La crise atteint son point culminant en février 1945.Radescu organisa un meeting dans les anciennes usines Malaxa à Bucarest qui avaient été une forteresse de la Garde de fer.Les communistes amenèrent leurs militants par camions et il y eut des blessés.Puis ce fut le tour des communistes.Le 24 février ils organisèrent un meeting de masse et à cette occasion on tira des coups de feu.Les communistes accusèrent la police, et Radescu, en leur répondant dans une allocution radiodiffusée, appela Madame Anna Pauker et Vasile Luca «des étrangers sans Dieu ni patrie» et «des hyènes horribles».À ce moment-là les Soviétiques intervinrent.Ils ne pouvaient pas tolérer une guerre civile dans l\u2019arrière du front.À Bucarest les troupes russes occupèrent les casernes et désarmèrent les soldats roumains.Sur le front diplomatique aussi les Russes entrèrent en action.Andrei Vichinsky, le ministre des Affaires étrangères adjoint, arriva à Bucarest et il exigea du roi de nommer un gouvernement du front démocratique national sous la direction de Groza.Quand le roi temporisa, l\u2019homme d\u2019État soviétique lui donna un ultimatum de deux heures.Naturellement le roi accepta le cabinet formé par Groza18.Les communistes aboutirent enfin à leur but : Teohari Georgescu devint ministre de l\u2019Intérieur.Les élections eurent lieu en novembre 1946.Le contrôle de la police et de la gendarmerie par le ministre de l\u2019Intérieur s\u2019avérait un instrument superbe pour empêcher les partis de l\u2019opposition de poursuivre activement leur campagne électorale.M.Penescu, l\u2019ancien ministre de l\u2019Intérieur lui-même fut blessé pendant la campagne électorale dans la ville de Pitesti et son secrétaire fut tué.Voilà les circonstances dans lesquelles la vie politique se poursuivait en Roumanie après l\u2019occupation du ministère de l\u2019Intérieur par les communistes.Le résultat des élections exprima la triste situation.Sur 412 sièges 348 allèrent aux communistes et leurs alliés19.Le dernier acte du drame roumain fut l\u2019abolition de la monarchie.La Bulgarie À l\u2019été 1944 s\u2019affrontent un gouvernement discrédité et une organisation clandestine formée par les partis de la gauche.L\u2019entrée des troupes russes en Bulgarie fut le signal pour le Front de la patrie de prendre le pouvoir.Le colonel Gheorgiev, un non-communiste, fut choisi premier ministre, mais l\u2019Intérieur fut accaparé par le communiste Yougov et cela dit tout.Les années qui suivent voient la dislocation du Front et la croissance de l\u2019emprise communiste sur le pays.Les élections tenues en octobre 1946 sanctionnent l\u2019influence suprême des communistes qui exécutaient un plus grand nombre de leurs ennemis que n\u2019importe quel autre parti communiste en Europe orientale.Après les élections le célèbre Georges Dimitrov, ancien secrétaire général du Komintern, rentra en Bulgarie et devint président du Conseil des ministres.Le ministre de l\u2019Intérieur Yougov rendait possible au parti communiste l\u2019élimination du courageux leader agrarien Petkov et plus tard, la machine policière bâtie par Yougov détruisit un de ses rivaux, le communiste Kostov, sous prétexte de titisme.Yougov lui-même réussit à se maintenir au pouvoir jusqu\u2019en 1962, lorsque le nouveau chef, Jivkov, le limogea au 8e Congrès du parti communiste bulgare.À cette occasion enfin tous les crimes de l\u2019ancien ministre de l\u2019Intérieur furent révélés.Concernant ces révélations Nissan Oren dit ceci : «Ces révélations fournissaient de l\u2019information précieuse à l\u2019historien de la politique bulgare.Mais pour le peuple bulgare la cruauté de Yugov et celle de ses lieutenants au ministère de l\u2019Intérieur et dans la milice du peuple n\u2019avaient pas besoin de documentation ou de vérification.»20 La Hongrie La prise du pouvoir par les communistes en Hongrie illustre très bien comment une minorité habile peut prendre le pouvoir à l\u2019aide du ministère de l\u2019Intérieur.En automne 1944 la Hongrie avait un gouvernement dont le chef était le général Moklos.C\u2019était un gouvernement de coalition au sein duquel toutes les tendances démocratiques étaient représentées.Cependant, le ministre de l\u2019Intérieur était déjà un crypto-communiste, Erdei, membre du parti national paysan21.À ce moment-là le PC était pratiquement inexistant en Hongrie et malgré la présence de l\u2019Armée rouge les communistes ne pouvaient pas demander l\u2019Intérieur pour leur parti.20.Oren, Revolution Administered : Agrarianism and Commu- 18.\tWolff, op.cit., p.282-283.\tnism in Bulgaria, p.150.19.\tSeton-Watson, op.cit., p.208.\t21.Seton-Watson.op.cit.p.192.65 Les relations internationales elles aussi jouaient un rôle important.À l\u2019automne de 1944 les Soviétiques ne se sentaient pas encore tout à fait sûrs d\u2019eux.Ils ne pouvaient pas s\u2019imaginer que les Occidentaux leur laisseraient tout le terrain occupé par leur armée.Peu de temps après les élections municipales de Budapest, gagnées par les petits propriétaires, les élections parlementaires suivirent.Ayant perdu au centre industriel du pays il n\u2019était pas question pour les communistes d\u2019espérer gagner dans les campagnes.Le fait que la réforme agraire hongroise attendue depuis si longtemps avait été dirigée par le communiste Imre Nagy n\u2019aidait pas suffisamment le PC.Pour aider à réduire son désavantage, le ministère de l\u2019Intérieur sous les ordres du «fellow traveller» Erdei créait toutes sortes de difficultés à l\u2019opposition.Il y avait aussi des tricheries et de la violence pendant la campagne électorale, mais malgré tout cela les petits propriétaires gagnèrent 57 p.100 des voix et les communistes devaient se contenter de 17 p.10022.Néanmoins cette fois-ci les communistes demandèrent le portefeuille du ministère de l\u2019Intérieur.Les propriétaires tâchaient de résister, mais finalement Rakosi, le chef du PC insista pour que le ministère de l\u2019Intérieur revienne au PC.Imre Nagy devint le premier ministre communiste de l\u2019Intérieur.En attendant, la situation internationale avait également changée.Les Russes se rendaient compte que le peuple américain n\u2019était pas prêt à se battre pour l\u2019Europe de l\u2019Est et encourageaient le parti communiste hongrois à passer à l\u2019offensive.La majorité du parti des petits propriétaires devait disparaître.Le PC se servait de ce qu\u2019on baptisa la «tactique de salami».Ils accusaient l\u2019un après l\u2019autre des groupes de petits propriétaires et la police politique faisait le nécessaire pour obtenir des aveux.Ainsi donc le parti communiste prit possession du système politique hongrois.Le ministre de l\u2019Intérieur qui organisait la police politique hongroise était Laszlo Rajk et c\u2019est une des tragédies du parti communiste hongrois que Rajk, le communiste nationaliste, devait tomber victime des communistes hongrois moscovites dont Rakosi était le leader.Comme «titiste», Rajk fut lâchement liquidé.À l\u2019époque de l\u2019exécution Janos Kâda'r était ministre de l\u2019Intérieur.En effet, il est tout à fait remarquable que parmi les ministres de l\u2019Intérieur hongrois il y en eut trois d\u2019une réputation tragiquement internationale: Imre Nagy, Laszlo Rajk et Janos Kâdâr.C\u2019est dans cet ordre qu\u2019ils 22.Seton-Watson, op.cit., p.193.ont servi la cause communiste.Les deux premiers sont morts et le troisième a contribué à leur mort.La Tchécoslovaquie Nous allons finir avec le cas de la Tchécoslovaquie parce que nous y voyons très clairement comment le ministre de l\u2019Intérieur peut noyauter un régime pour l\u2019achever enfin à l\u2019aide de ses amis soviétiques.Entre les deux guerres le parti communiste tchèque était dans une position différente du reste de l\u2019Europe orientale.Partout ailleurs les communistes avaient été persécutés, mais dans la démocratie tchécoslovaque ils jouissaient de tous les droits d\u2019un citoyen et pouvaient participer aux élections.Il y avait une autre distinction : alors que les Roumains et les Hongrois ont été traditionnellement hostiles aux Russes, les Tchécoslovaques ont toujours eu de l\u2019admiration pour les Russes et cette admiration s\u2019est transférée au moins partiellement aux Soviétiques.Voilà pourquoi en Tchécoslovaquie une vraie coalition pouvait durer jusqu\u2019en 1948.Le président Benes reconnut l\u2019importance de la Russie soviétique pour la Tchécoslovaquie et déjà en 1943, il se rendit à Moscou pour rencontrer Staline.En rentrant de Moscou à Londres il rapporta une lettre de Gottwald pour Nosek, le chef des communistes tchèques à Londres.Dans cette lettre Gottwald dit à Nosek, le futur ministre de l\u2019Intérieur, que rentrés dans leur pays après la guerre les communistes devraient réclamer pour eux le ministère de l\u2019Intérieur23.En effet, une fois arrivé à Kosice, le gouvernement provisoire tchécoslovaque fut formé et Nosek devint le ministre de l\u2019Intérieur.En 1946 des élections eurent lieu et dans ces élections le parti communiste obtint 38 p.100 des voix.Le ministère de l\u2019Intérieur restait entre les mains de Nosek qui continuait le noyautage de son ministère.C\u2019est précisément par rapport à ce noyautage que la crise de 1948 éclata.Le 13 février 1948, Drtina, le ministre de la Justice, un non-communiste, attira l\u2019attention du gouvernement sur le fait que le ministre de l\u2019Intérieur avait congédié la veille huit commandants de police pour les remplacer par des communistes24.Nosek refusa de révoquer sa décision et à la suite de ce conflit les ministres non-communistes du gouvernement de coalition \u2014 excepté les socialistes \u2014 démissionnèrent.La crise était ouverte.23.\tKorbel, The Communist Subversion of Czechoslovakia, 1938-1948, p.89.24.\tIbid., p.207. L\u2019homme au milieu de la crise était le président Benes, co-fondateur de la première république tchécoslovaque, symbole de l\u2019unité nationale.Il refusa d\u2019accepter la démission de ses ministres, mais Got-twald et le parti communiste, apercevant l\u2019unique occasion, essayaient d\u2019éliminer d\u2019un seul coup l\u2019opposition en se servant de tous les moyens pour affaiblir la volonté de Benes de résister.Un de ces moyens était l\u2019arrivée à Prague du ministre soviétique adjoint des Affaires étrangères, Zorin, rappelant étrangement le cas de Vichinsky allant en Roumanie pour forcer la main du roi Michel.Finalement le président Benes céda à la force et accepta la démission des ministres non-communistes.Le coup d\u2019État fut accompli et la Tchécoslovaquie, le seul pays en Europe orientale avec de vraies traditions démocratiques, joignit la compagnie des pays communistes monolithiques.Conclusion Nous avons essayé de démontrer l\u2019importance du ministère de l\u2019Intérieur dans une région névralgique du monde à une époque critique.Il en ressort que dans les gouvernements de coalition ce n\u2019est pas le nombre des ministères qui compte, mais les ministères clefs, en premier lieu celui de l\u2019Intérieur.Nous devons ajouter que la présence de l\u2019Armée rouge ou celle de conseillers soviétiques ont grandement renforcé la position du ministre de l\u2019Intérieur mais de toute façon son rôle nous semble digne d\u2019attention.BIBLIOGRAPHIE Brezezinski, Zbigniew K., The Soviet Block, Frederick Praeger, 1961.Brown, J.F., Bulgaria under Communist Rule, Praeger, 1970.Hamm, Harry, Albania-China's Beachhead in Europe, Frederick A.Praeger, 1963.lonescu, Ghita, The Break-up of the Soviet Empire in Eastern Europe, Pinguin Special, 1965.lonescu, Ghita, Communism in Romania, 1944-1962, Oxford University Press, 1964.lonescu, Ghita, l'Avenir politique de l'Europe orientale, S.E.D.E.I.S., 1967.Korbel, Josef, The Communist Subversion of Czechoslovakia, Princeton University Press, 1959.Lévesque, Jacques, Le Conflit sino-soviétique et T Europe de l'Est, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 1970.Marton, Endre, The Forbidden Sky, Little, Brown & Oie, 1971.Mikolajczyk, Stanislaw, The Rape of Poland, Greenwood Press Publishers, Westport, Connecticut, 1948.Oren, Nissan, Revolution Administered : Agrarianism and Communism in Bulgaria, The Johns Hopkins University Press, 1973.Pano, Nicholas C., The People's Republic of Albania, The Johns Hopkins Press, 1968.Schwarz, Harry, Eastern Europe in the Soviet Shadow, The John Day Co., 1973.Seton Watson, Hugh, The East European Revolution, Frederick A.Praeger, 1968.Szulc, Tad, Czechoslovakia since World War II, The Viking Press, 1971.Vucinich, Wayne S., Editor, Contemporary Yugoslavia, University of California Press, 1969.Wolff, Robert Lee, The Balkans in our Time, Harvard University Press, 1967.Zaninovich, George M., The Development of Socialist Yugoslavia, The Johns Hopkins Press, 1968. BUllI mm LE COMMISSAIRE AUX LANGUES OFFICIELLES DU CANADA « ombudsman » linguistique et instrument de réforme administrative Georges Tsai Adjoint spécial au Commissaire aux langues officielles En votant, en 1969, la Loi sur les langues officielles, le Parlement créait en même temps la fonction de Commissaire aux langues officielles.Ce dernier non seulement agit-il à titre de protecteur des droits linguistiques conférés aux individus et aux personnes morales par la loi mais encore peut-il, par le truchement d\u2019études exhaustives portant sur l\u2019une ou l\u2019autre des quelque 180 institutions fédérales sur lesquelles il a un droit de regard, introduire, sur le plan linguistique, des réformes susceptibles de modifier considérablement le visage de l\u2019administration fédérale.L\u2019objet de la présente communication est de définir succinctement les responsabilités et les pouvoirs du Commissaire pour, ensuite, cerner les méthodes utilisées par ce dernier pour remplir son mandat et analyser brièvement, à travers les trois rapports annuels que le Commissaire a présentés au Parlement jusqu\u2019ici, les principales réformes recommandées à l\u2019Exécutif.Le mandat du Commissaire aux langues officielles Seize des 39 articles (articles 19 à 34) de la Loi sur les langues officielles délimitent le statut du Commissaire, la durée de son mandat, ses fonctions, ses devoirs et la procédure générale qu\u2019il doit suivre.Les articles 19, 25 et 30 retiennent plus particulièrement l\u2019attention.Le premier stipule que le Commissaire est nommé par le Parlement.Cet article a pour corollaire que le Commissaire ne relève pas de l'Exécutif et qu\u2019il peut donc critiquer beaucoup plus librement ce dernier que s\u2019il dépendait d\u2019un ministre ou d\u2019un autre organe de l\u2019Exécutif.L\u2019article 25 est d\u2019une importance capitale et il convient de le citer in extenso : «Il incombe au Commissaire de prendre, dans les limites de ses pouvoirs, toutes les mesures propres à faire reconnaître le statut de chacune des langues officielles et à faire respecter l'esprit de la présente loi et l\u2019intention du législateur dans l\u2019administration des affaires des institutions du Parlement et du Gouvernement du Canada.À cette fin, il procédera à des instructions, soit de sa propre initiative, soit à la suite des plaintes reçues par lui et fera les rapports et recommandations prévus en l\u2019occurrence par la présente loi.» Quatre éléments principaux ressortent de cet article.Premièrement, de par la généralité même de son libellé, il laisse au Commissaire une grande latitude quant à la portée à donner à son rôle.Deuxièmement, l\u2019expression «il incombe au Commissaire de.» a un caractère que n\u2019aurait pas eu une formule du genre «le Commissaire peut ou a le droit de.».En troisième lieu, la distinction que fait l\u2019article entre les instructions auxquelles le Commissaire procédera soit à la suite de plaintes soit de sa propre initiative fixe le double rôle joué par le Commissaire : d\u2019une part «ombudsman» linguistique et, d\u2019autre part, sorte de « vérificateur aux comptes » en matière de langues officielles.Enfin, quatrièmement, le Commissaire en faisant, pour corriger les situations qui contreviennent à la loi, des rapports et des recommandations, peut être considéré comme un instrument de réforme administrative.Il convient de préciser que le Commissaire a interprété l\u2019article 25 en fonction de l\u2019article 2 de la loi, intitulé «Déclaration du statut des langues» et qui proclame que «L\u2019anglais et le français sont les langues officielles du Canada pour tout ce qui relève du Parlement et du Gouvernement du Canada; elles ont un statut, des droits et des privilèges égaux quant à leur emploi dans toutes les institutions du Parlement et du Gouvernement du Canada.» Le Commissaire a estimé que l\u2019énoncé de cet article l\u2019engageait à se pencher sur le double aspect du bilinguisme des institutions : langues de service au public et langues de travail, c\u2019est-à-dire langues utilisées par les employés fédéraux dans l\u2019exercice de leurs fonctions lorsque celles-ci ne les mettent pas en contact avec le public.Finalement, l\u2019article 30 définit les pouvoirs dont dispose le Commissaire pour remplir son mandat.Ces pouvoirs sont, sur papier, impressionnants.Lorsqu\u2019il procède à une instruction, le Commissaire peut convoquer des témoins et obliger ces derniers à déposer sous serment ou à fournir sous serment des preuves écrites ainsi qu\u2019à produire des documents.Il 69 peut, en outre, faire prêter serment, recevoir et accepter, dans la mesure où il le juge à propos, les dépositions faites ou les renseignements fournis sous serment, et pénétrer, sous réserve des restrictions que peut prescrire le gouverneur-en-conseil dans l\u2019intérêt de la défense ou de la sécurité, en tout lieu occupé par une institution fédérale pour y mener les enquêtes qu\u2019il juge à propos.Inutile de dire que le Commissaire a, dès le début, évité tout recours à ces pouvoirs rigoureux.Sachant, comme le disait si justement le professeur Hauriou \u2014 mais pas exactement dans ces termes \u2014 que le seul système efficace de contrôle de l\u2019administration c\u2019est celui que l\u2019administration elle-même accepte, le Commissaire a plutôt usé d\u2019une diplomatie détendue, en recourant à des moyens de persuasion plus ou moins discrets, allant de la consultation feutrée à la présentation, dans un cas, d\u2019un rapport spécial au Parlement, en passant par les appréciations de la performance des ministères et organismes publiées dans son rapport annuel.Les méthodes de travail Pour remplir son mandat et pour, en quelque sorte, incarner dans la réalité administrative le double rôle que lui confie l\u2019article 25 de la loi, le Commissaire a créé, dans son Bureau, deux services «opérationnels», celui des plaintes et celui des études spéciales.Le premier s\u2019acquitte de la fonction d\u2019«ombuds-man » du Commissaire, fonction qui pourrait se comparer à la médecine curative, en ce sens qu\u2019elle a pour but de régler les difficultés signalées par les plaignants.La loi ne pose aucune exigence quant à la forme de la plainte.Celle-ci peut être déposée par écrit (lettre, télégramme) ou oralement (téléphone, visite, entrevue).En outre, il n\u2019est pas rare que le Commissaire tienne compte d\u2019une infraction éventuelle à la loi signalée dans un organe d\u2019information.S\u2019il estime que la plainte relève de sa compétence, le Commissaire, conformément à l\u2019article 27 de la loi, fait connaître, à l\u2019institution mise en cause, son intention de procéder à une instruction.Selon le degré de complexité de la plainte, le Service réglera le cas soit par un simple échange de lettres soit en menant une enquête approfondie au moyen d\u2019interviews et, si les circonstances l\u2019exigent, d\u2019observations sur place.Dans certains cas, les institutions mises en cause prennent tout de suite les mesures correctives nécessaires, dans d\u2019autres, le Commissaire doit, après enquête, formuler une ou plusieurs recommandations pour remédier à la situation.Le Commissaire interprète son mandat d\u2019 «ombudsman» de façon aussi large que possible.Il n\u2019est pas rare de le voir intervenir officieusement pour régler des cas exorbitants de sa compétence.Le deuxième service, celui des études spéciales, est chargé de jouer le rôle de «vérificateur aux comptes» en matière linguistique.Cette fonction procède de la médecine préventive : elle consiste à aider les organismes fédéraux à éviter des plaintes en leur présentant les recommandations voulues pour leur permettre de se conformer aux exigences de la loi.Dans le choix des études entreprises, le Service des études spéciales tient compte, évidemment, des plaintes reçues, car ces dernières peuvent révéler une situation qu\u2019il convient de changer rapidement.Toutefois \u2014 et cela découle du caractère préventif des interventions de ce service \u2014 d\u2019autres critères sont pris en considération.Pendant les trois premières années d\u2019existence du Bureau, le Service a établi son ordre de priorité selon, principalement, les critères suivants : 1) ampleur des rapports de l\u2019institution avec le grand public (critère découlant de l\u2019article 9 de la loi); 2) ampleur des services fournis par l\u2019institution aux voyageurs (article 10); 3) répartition géographique des bureaux de l\u2019institution, un intérêt particulier étant porté à la région de la capitale nationale (article 9); 4) importance symbolique de l\u2019institution; 5) importance stratégique des activités de l\u2019institution (exerce-t-elle ou non une influence profonde dans des secteurs clés?); 6) enfin, en dernier lieu, le nombre et les conséquences des plaintes reçues.Depuis quelques mois, un septième critère est venu s\u2019ajouter à cette liste : l\u2019intérêt que présente l\u2019institution du point de vue de la langue de travail.Au niveau des méthodes utilisées par le Service, il est possible de déceler trois étapes, cheminement qui n\u2019est pas sans rappeler certaine dialectique bien connue des politicologues.Dans un premier temps, le Service s\u2019est surtout attaché à observer les faits in situ, en vérifiant, par exemple, les panneaux extérieurs des institutions fédérales de la région de la capitale nationale, ou les réponses au téléphone des bureaux des ministères, ou encore en contrôlant la correspondance de tel ou tel organisme.Cette méthode, bien qu\u2019elle permit la collecte de renseignements précis et sûrs et, partant, la formulation de recommandations ancrées dans la réalité, avait le désavantage d'être trop lente.Aussi le Service décida-t-il très vite de l\u2019abandonner au profit d\u2019études axées principalement sur les centres de décision des institutions fédérales, centres où s\u2019élaborent les politiques et à partir desquelles partent directives et orientations.Mais, là encore, la méthode avait les défauts de ses qualités : si d\u2019un côté, elle permettait de toucher, dans un laps de temps plus court, un grand nombre 70 de ministères et d\u2019organismes, de l\u2019autre, elle ne permettait pas toujours de cerner avec suffisamment de précision les situations réelles, ce qui avait pour conséquence que les recommandations formulées étaient parfois trop générales et, en raison même de leur imprécision, d\u2019une application difficile.Aussi fallut-il finalement faire la synthèse de ces deux approches et arriver, pour chaque étude, à un savant dosage entre l\u2019observation empirique et l\u2019étude, basée essentiellement sur des interviews et l\u2019analyse de documents, des politiques des institutions fédérales en matière de langues officielles.Au fur et à mesure que le service menait à terme les études entreprises et que s\u2019accroissait le nombre des recommandations formulées, il a fallu accorder une attention de plus en plus grande au travail de suivi, c\u2019est-à-dire au contrôle de l\u2019application de ces recommandations.Aux yeux du Commissaire, cette activité revêt une importance primordiale, car sa crédibilité et celle de la loi dépendent en grande partie de l\u2019ampleur des réformes effectivement réalisées à la suite de ses interventions.Le Commissaire, n\u2019ayant nullement l\u2019intention de faire des recommandations pour le simple plaisir d\u2019en faire, talonne les ministères et les organismes jusqu\u2019à ce que ses recommandations soient appliquées ou, dans certains cas, jusqu\u2019à ce qu\u2019on lui offre de bonnes raisons pour justifier leur inapplication.Vers une réforme linguistique des institutions fédérales Du 1er avril 1970 au 31 mars 1974, le Bureau a reçu 2 411 plaintes mettant en cause des institutions fédérales1.L'instruction de ces plaintes a amené le Commissaire à formuler 624 recommandations : 563 concernaient la langue de service et 61 touchaient à la langue de travail.Au cours de la même période, le Service des études spéciales a terminé 53 études à la suite desquelles le Commissaire a présenté 738 recommandations, dont une trentaine intéressaient divers aspects ressortissant à la langue de travail.Cela constitue une masse considérable oe recommandations \u2014 plus de 1 300 \u2014 , accessibles en partie aux chercheurs du dehors puisque celles qui sont formulées à la suite d\u2019une étude spéciale sont reproduites in extenso dans les rapports annuels du Commissaire.Il n'est pas sans intérêt d\u2019en dégager les principales tendances.Ces recommandations reflètent un choix que le Commissaire et ses collègues ont fait délibérément dès le début de l\u2019existence du Bureau : la priorité 1.\t105 en 1970-1971, 611 en 1971-1972, 834 en 1972-1973 et 861 en 1973-1974.accordée à l\u2019aspect «langue de service» de l\u2019égalité linguistique.Il fallait, en somme, commencer par s\u2019assurer que les institutions fédérales étaient en mesure d\u2019offrir leurs services conformément aux exigences de la loi.Bienqu\u2019il soit difficile de généraliser dans un domaine où il existe tant de cas particuliers, il est possible d\u2019énumérer les principales recommandations types formulées à la suite de l\u2019étude d\u2019une institution qui, pour user d\u2019un euphémisme, n\u2019aurait pas encore accordé à l\u2019application de la loi toute l\u2019attention voulue.En général, le Commissaire demande que l\u2019organisme établisse une politique en matière de bilinguisme qui puisse guider l\u2019ensemble de ses unités administratives (directions, bureaux régionaux, bureaux à l\u2019étranger) et qui tienne compte de quelques principes directeurs, au nombre desquels on peut citer : Bilinguisme institutionnel plutôt qu\u2019individuel Services offerts automatiquement dans les deux langues plutôt que sur demande ou à la suite d\u2019une plainte.Niveau des services égal pour les deux groupes linguistiques dans leur langue respective.Existence, dans tout le pays, de la part des voyageurs, d\u2019une demande régulière de l\u2019ensemble des services dans les deux langues.Services également disponibles dans les deux langues à l\u2019étranger.La notion de «public» d\u2019une institution fédérale englobe, outre la population en général, tout segment de cette dernière et les fonctionnaires fédéraux.Puis viennent les recommandations qui intéressent les aspects particuliers des services assurés par l\u2019organisme : panneaux, affiches, avis, formules, publications, communiqués de presse, annonces dans les journaux, films, téléphone, contacts interindividuels, services fournis par un concessionnaire, traduction, etc.Suivent enfin, les recommandations qui tiennent compte du facteur humain : recrutement, cours de langue, déploiement et dédoublement du personnel, collaboration des syndicats.Tous ces éléments, pris isolément, peuvent sembler dérisoires, mais additionnés et mis en œuvre ensemble, ils peuvent avoir, sur l\u2019institution en cause, un impact assez considérable.La situation au niveau de la langue de service, en dépit des progrès réalisés, est loin d\u2019être parfaite et le Commissaire continuera par conséquent d\u2019accorder à cet aspect de l\u2019égalité linguistique tout l\u2019intérêt voulu.Cependant, dans les études spéciales en cours et dans celles que le Bureau entreprendra dans les mois à venir, le Commissaire et ses collaborateurs comptent intensifier l\u2019attention portée à l\u2019égalité des 71 deux langues comme langues de travail à l\u2019intérieur des institutions fédérales.Déjà, dans son troisième rapport annuel, le Commissaire a préconisé une «mini-stratégie» en cinq points dont I objectif est d\u2019améliorer la situation du français comme langue de travail : 1.\tFaire du français, dans un délai d\u2019à peu près deux ans, la langue normale de l\u2019administration fédérale dans ses opérations régionales au Québec.2.\tPromouvoir le français au rang de langue de communication habituelle entre les bureaux régionaux situés au Québec et leurs sièges respectifs.3.\tAccroître, dans la région de la capitale nationale, le nombre de postes unilingues français.4.\tÉlaborer des directives administratives en vue d\u2019accroître l'usage du français comme langue de travail et d\u2019assurer aux francophones un milieu propice à leur épanouissement professionnel.5.\tAssurer aux employés fédéraux une formation et un perfectionnement professionnels qualitativement et quantitativement égaux dans les deux langues.À ces idées-forces viendront s\u2019ajouter les enseignements tirés des études de cas.Et il n\u2019est pas interdit de penser qu\u2019il sera possible au Commissaire, l\u2019expérience nécessaire en matière de langue de travail une fois acquise, de proposer au gouvernement une sorte de modèle normatif des comportements linguistiques de l\u2019administration, aussi bien du point de vue de la langue de travail qu\u2019à celui de la langue de service.Conclusion Le Commissaire, en intervenant, lorsqu\u2019il est saisi d\u2019une plainte, auprès des institutions fédérales pour faire respecter les droits linguistiques des individus ou des personnes morales dans leurs rapports avec les organes du Parlement et du gouvernement, joue indéniablement, bien que dans un champ limité, le rôle d\u2019un «ombudsman».Le Commissaire, constitue bien, selon la définition même du spécialiste de l\u2019institution d\u2019ombudsman qu\u2019est le professeur Legrand2, un système extraordinaire de contrôle de l\u2019administration qui se situe en dehors des voies de recours ordinaires.Par ailleurs, le Commissaire, en adressant des recommandations aux institutions fédérales \u2014 que ce soit à la suite d\u2019instructions de plaintes ou d\u2019études spéciales \u2014 cherche avant tout à assurer le respect de la Loi sur les langues officielles.Mais, ce faisant, il définit des comportements administratifs susceptibles à la longue, dans la mesure évidemment où les recommandations sont suivies, de modifier non seulement certaines habitudes solidement ancrées mais encore les structures mêmes des institutions fédérales.C'est dans cette perspective qu\u2019il est possible de considérer le Commissaire comme un instrument de réforme administrative.2.André Legrand, l\u2019Ombudsman Scandinave, études comparées sur le contrôle de l'administration, Paris, Librairie générale de j droit et de jurisprudence, 1970, p.279 et ss.4 géographie humaine Cinq conférences prononcées dans le cadre de la Section de géographie. L\u2019ANALYSE DU CHANGEMENT ET DE LA CROISSANCE DANS LE TEMPS ET L\u2019ESPACE1 Denis Morin, Dean Louder et Paul Y.Villeneuve Département de géographie Université Laval Il est de plus en plus clair que l\u2019idéologie de la croissance zéro, démographique et économique, est à la fois nécessaire et dangereuse.Elle est nécessaire dans la mesure où la survie de l\u2019espèce humaine en dépend.Elle est dangereuse dans la mesure où elle s\u2019inscrit très bien dans la stratégie de la classe dominante en masquant les problèmes de redistribution spatiale et sociale qui continueront de se poser une fois atteint un niveau de croissance nulle.Un numéro récent de Daedalus (1973) est à cet effet très pertinent.Une pléiade d\u2019auteurs anglo-saxons y discutent les mérites et les faiblesses de la croissance zéro.Ils arrivent même à brosser un tableau révélateur de ce que sera une société technologique post-industrielle stationnaire.En particulier, Alonso (1973, p.191-206), dans un article portant sur la croissance urbaine nulle, montre très bien que ce que l\u2019on considère comme un problème de croissance à une échelle spatiale donnée est, le plus souvent, un problème de redistribution à une échelle supérieure.Ainsi, une croissance démographique et économique nulle, au niveau local, supposerait une immobilité parfaite de tous les facteurs de production affectant directement et indirectement la communauté locale, ce qui est une impossibilité.En fait, la croissance zéro n\u2019est réalisable, en dernière analyse, qu\u2019au niveau planétaire.Elle sera atteinte, selon Calhoun (1970, p.432), vers le milieu du siècle prochain : la population mondiale se situera alors entre 9 et 13,5 milliards, et sa stabilisation entraînera également celle de l\u2019espace conceptuel, défini comme «l\u2019ensemble complet d'informations produites par l\u2019homme, et comprenant les normes, valeurs et théories qui lui permettent d\u2019aménager à ses fins son milieu physique et social» (Calhoun, 1970, p.428).Cette étape, cruciale dans le développement de l\u2019espèce humaine, verra l\u2019émergence d\u2019une réorientation complète dans la façon dont l\u2019homme perçoit et aménage la vie et les forces de la nature.Une fois atteintes les limites de l\u2019espace 1.Les auteurs remercient les ministères de l\u2019Éducation du Québec et des Affaires urbaines du Canada pour leur aide financière.conceptuel, et donc des ressources nécessaires à la vie, compassion et altruisme deviennent essentiels à la survie de l\u2019espèce.Les problèmes reliés à la croissance cèdent le pas à ceux qui découlent de l\u2019inégale distribution des ressources \u2014 un objet quelconque est une ressource dans la mesure où l\u2019homme lui trouve une valeur d\u2019usage ou d\u2019échange (Boulding, 1973, p.95).TECHNIQUES DE MESURE Dès lors, la solution des problèmes de distribution exige que l\u2019on dispose de méthodes explicites et opératoires.Parmi celles-ci, il convient d\u2019attacher une importance toute particulière aux façons de mesurer le changement et la croissance dans le temps et l\u2019espace.Bien que de portée plus générale, ces mesures sont abordées ici dans le contexte de la recherche urbaine et régionale, dont deux des grands problèmes concernent les disparités régionales et le déséquilibre urbain.Pour fixer les idées, imaginons un système régional ou urbain, et une variable caractérisant chacun des éléments du système.Soit Pijt une variable mesurant un phénomène réparti, par catégories, dans le temps et l\u2019espace.Les indices / = 1, ., n ; j = 1, ., r; t = 1, ., n désignent respectivement la catégorie (i.e.population par groupes d\u2019âge; emploi, production, valeur ajoutée par secteurs industriels, etc.), l\u2019unité spatiale (région, ville, etc.), et le temps.Avant de définir six mesures possibles de changement spatio-temporel sur cette variable, et de situer ces mesures par rapport aux trois grands types de croissance généralement reconnus en analyse des systèmes, il importe d\u2019introduire des distinctions opératoires entre, premièrement, les concepts de changement et de croissance, et deuxièmement, ceux de dynamisme et de structure.Le terme «changement» est plus extensif que le terme «croissance», dans la mesure où il faut faire intervenir un plus grand nombre de caractères ou d\u2019éléments pour définir la croissance.Ainsi, nous considérons que pour spécifier le changement dans 75 une variable, il suffit de mesurer celle-ci à deux points dans le temps, tandis que pour en arriver à bien décrire la croissance, des séries chronologiques plus longues, et comportant plus d\u2019observations sont requises.Ces séries chronologiques, surtout si elles touchent plusieurs éléments d\u2019un système, permettent de considérer la structure de celui-ci et ses modifications dans le temps.Ces transformations structurelles, où la position relative des éléments d\u2019un système est modifiée dans le temps, doivent être distinguées de la croissance simple (dynamisme) au cours de laquelle la taille des éléments augmente sans transformation dans leur position relative (forme du système).Par exemple, l\u2019emploi régional peut s\u2019accroître sensiblement au même rythme dans tous les secteurs de l\u2019économie régionale.On parle alors de croissance simple ou de dynamisme au niveau régional.Par contre, si les taux de croissance varient d\u2019un secteur à l'autre, si de nouveaux secteurs apparaissent et d\u2019autres disparaissent, la croissance est dite structurelle.Les deux types de croissance sont donc imbriqués hiérarchiquement dans la mesure où la croissance structurelle au niveau régional résulte de la croissance simple au niveau du secteur économique intra-régional.La première ne peut exister sans la deuxième, mais l\u2019inverse n\u2019est pas vrai.Les types de changement et de croissance sont maintenant présentés et illustrés à l\u2019aide de deux exemples.Le premier exemple concerne les 62 principales agglomérations urbaines du Québec telles que définies par l\u2019O.P.D.Q.(1973, p.15-17).Les mesures de changement et de croissance sont calculées sur l\u2019évolution de la population de celles-ci entre 1941 et 1971.Le deuxième exemple concerne la population des neuf régions économiques du Québec, variable à laquelle sont appliquées les mêmes opérations que dans le cas des agglomérations urbaines.Changement absolu Cette première mesure de changement est simplement la différence sur chaque observation entre deux points dans le temps : (1) Pijt\u2014 Pijt-1 Cette mesure assume une échelle intervalle (Duncan, Cuzzort et Duncan, 1961, p.163).Elle ne standardise pas l\u2019effet de la taille des observations.Cette propriété peut être utile ou nuisible selon le cas.Dans une étude qui fait intervenir la taille atteinte comme phénomène important, une mesure de changement absolu est nécessaire.Par exemple, si le seuil minimum requis pour qu\u2019une agglomération urbaine puisse se doter d\u2019un métro est de 1 million, il devient important de mesurer l\u2019accroissement démographique en valeurs absolues pour connaître le moment où le seuil est franchi.Par contre, il est évident que de dire que le nombre de médecins est passé de tant à tant dans une région entre deux dates nous renseigne très peu sur l\u2019amélioration des soins médicaux dans cette région.L\u2019analyse comparée de cette mesure et des suivantes suggère, comme on le verra plus loin, qu\u2019il est judicieux, dans plusieurs cas, de faire appel à la fois à la mesure de changement absolu et à une ou plusieurs autres choisies parmi les suivantes.On trouvera au tableau 1 le changement absolu dans la population de l\u2019agglomération et de la région de Québec entre 1961 et 1971.Pour simplifier la présentation, nos illustrations empiriques des mesures de changement ne décomposent pas la population des agglomérations et des régions en catégories (groupes d\u2019âge ou autres).I :d 1 : I 2 ff: : : 3: [e\"e ::' K de .a' b ¦ 1951 .15c' ;;; r.v;.t: ic-, y L, TiJiS Los ;;; ,7e;e;ç C\"!ie.tlb ir|a ÙZZûf! %mi -\u2022 \"han TABLEAU MESURES DE CHANGEMENTS 1961-1971 \tAbsolu\tRelatif\tPositionnel\tDéviationnel\tVariationnel\tAllométrique\tDistributionnel Québec\t\t\t\t\t\t\t agglomération\t94 823\t0,265\t0,051\t16 661\t0,232\t1,692\t0,1191 Québec\t\t\t\t\t\t\t région\t88 575\t0,104\t-0,053\t-55 959\t0,0988\t0,755\t-0,0418 !>i» clia H Po$ cette Posi % est 76 les opJ irbaines Changement relatif Cette mesure, exprimée sous forme de rapport, Pijt/PijM, ou de proportion : (2) P,jt \u2014 Pun = Püt \u2014 1 : : % : \u2018h : \u2022 Pijt-i Pijt-i est très employée, mais souvent à mauvais escient.Elle nécessite une échelle de rapport (i.e.qui possède un zéro absolu), et des intervalles vraiment égaux.Cette dernière condition n\u2019est pas remplie dans le cas de variables qui «plafonnent» (Duncan, Cuzzort et Duncan, 1961, p.163).Considérons, par exemple, l'évolution de la population d\u2019une ville minière, comme Chibougamau-Chapais, entre 1951 et 1971 : e, si le ationur-j illion ill 1951 1956\t1961\t1966\t1971 1 642\t7 128\t11 361\t12 615 ¦ ' .: .o .i VC- ;;; - : ' ¦ ¦' a \" :i .r 'cM: ^ ¦ ; o ¦ ;; la !»\u2022 3' ' La ville n\u2019existait même pas en 1951.Entre 1956 et I 11961, sa population fait plus que quadrupler pendant qu\u2019elle n\u2019augmente que de 1 254 personnes (11,03%) entre 1966 et 1971.Ce phénomène est compréhensible: l\u2019exploitation minière attire, au début, pendant un court laps de temps, une population considérable, mais elle ne peut seule, soutenir ce rythme.Dans des cas semblables, les mesures de changement absolu et relatif ne sont pas très satisfaisantes, car la première ne tient pas compte du niveau initial de la variable, tandis que la deuxième en tient trop compte.Il est alors préférable de faire appel aux deux mesures suivantes, proposées par Duncan, Cuzzort et Duncan (1961, p.162-163).Changement positionnel Le changement positionnel est la différence entre les valeurs standardisées de P.j au temps t et t-1 : (3) \t\t Pijt \u2014 Pit\t\u2014\tQ_ I CL \t\tCL b La standardisation annule l\u2019effet de plafonnement dans le temps en uniformisant l\u2019échelle de mesure.Le niveau initial de chaque valeur de la variable est ainsi maintenu constant, et toute l\u2019attention est mise sur le changement de position de chaque valeur par rapport à la moyenne.Ainsi, entre 1961 et 1971, la région de Québec a connu un changement absolu et relatif positif (88 575 et 10,40%), mais un changement positionnel négatif (-0,053).La population de cette région a donc crû par rapport à elle-même, mais sa position relative par rapport aux autres régions s\u2019est un peu affaiblie.Changement déviationnel Une autre façon, peut-être meilleure selon Duncan, Cuzzort et Duncan (1961, p.163), de tenir compte du niveau initial de la variable est de mesurer le changement à l\u2019aide des résidus d\u2019une régression inter-annuelle, soit de la régression de P,Jt sur Pijt-1.Cette mesure est donc définie ainsi : (4) Pijt -Pijt, où Pijt = a - b Pijt-1, a et b étant respectivement l\u2019ordonnée à l\u2019origine et le coefficient de régression (la pente).La ligne de régression exprime la tendance générale, la part dans le changement qui serait due à un effet national par exemple, tandis que les résidus rendent compte de la part dans le changement qui serait spécifique à chaque région.Ainsi, entre 1961 et 1971, la population de la région de Québec passait de 848 947 à 937 522, et ce changement absolu de 88 575 peut être attribué en raison de 144 534 à un effet national et de -55 959 à un effet régional, soit 848 947 + 144 534 - 55 959 = 937 522.On comprend maintenant mieux que pour la région de Québec, à un changement absolu et relatif (par rapport à elle-même) de caractère positif, s\u2019associe un changement positionnel négatif.Le changement déviationnel semble donc supérieur au changement positionnel pour au moins deux raisons : 1) il permet de séparer facilement les effets généraux des effets spécifiques ou locaux; 2) il est facilement représentable graphiquement même si l\u2019utilisateur doit faire appel à une forme de régression curvilinéaire.Changement variationnel Cette cinquième technique (Wood, 1973) exprime le changement sous forme de rapport entre, au numérateur, une mesure simple de la dispersion d\u2019une série chronologique, et au dénominateur, une mesure de tendance centrale de la même série.Par exemple, le rapport de l\u2019étendue à la moyenne peut être formé : (5)\tPijn \u2014 Pijl Pü Notons que cette technique donnera des résultats plus intéressants si l\u2019on possède, pour chaque y, des observations à plus de deux points dans le temps, car la moyenne rend alors mieux compte des fluctuations possibles.Par exemple, entre 1941 et 1971, la population de Malartic a évolué comme suit : 1941\t1946\t1951\t1956\t1961\t1966\t1971 2 895 4 000\t5 983\t6 818\t6 999\t6 606\t5 347 (est.) 77 Si, à i\u2019aide de (5), le changement 1941-1971 est établi en ne tenant compte que des populations initiale et terminale le résultat suivant est obtenu : 5 347 - 2 895\t=\t3 452\t=\t0,837 (2 895 + 5 347)/2\t4 121 Par ailleurs, si la série au complet entre dans le calcul de la moyenne, le résultat est : 5 347 - 2 895____ =\t3 452\t-\t0,623 (2 895 + .+ 5 347)/7\t5 535 On notera que la définition donnée ici à l\u2019étendue diffère de la définition habituelle : l\u2019étendue représente la différence entre la valeur initiale et la valeur terminale et non entre la valeur la plus forte et la valeur la plus faible.Changement allométrique Cette mesure de changement se fonde sur un corpus théorique mieux développé (surtout en biologie) que celui des mesures précédentes.Pour cette raison, seuls ses aspects techniques seront exposés ici; ses aspects théoriques seront abordés plus bas sous le thème de la croissance.Contrairement aux mesures précédentes, le calcul du changement allométrique nécessite des séries chronologiques comportant plus de deux points dans le temps.Il s\u2019agit donc, sinon plus du moins autant, d\u2019une mesure de croissance que d\u2019une mesure de changement.Elle exprime, le plus souvent à l\u2019aide d\u2019une fonction puissance en raison d\u2019une hypothèse de proportionnalité, la croissance d\u2019une partie d\u2019un système par rapport à celle d\u2019une autre partie ou celle de l\u2019ensemble du système.Gould (1966) a fait une revue des applications de la notion de croissance allométrique en biologie, et Ray a fait de même en ce qui a trait aux systèmes urbains et régionaux (Ray, 1972).Par rapport à l\u2019ensemble d\u2019un système dont les parties sont additives, l\u2019aiIométrie d\u2019une partie s\u2019énonce comme suit : (6) Pijt = a (2j Pi,t)b = a P^, l\u2019absence d\u2019un indice signifiant la sommation sur cet indice.L\u2019obtention des paramètres a et b, ce dernier étant le coefficient allométrique, par la méthode des moindres carrés nécessite que b soit exprimé sous sa forme logarithmique : (6.1) log Put = log a + b log Pit Ainsi, les phénomènes se conformant à un mode allométrique de croissance produisent un nuage de dispersion linéaire sur du papier bilogarithmique.Dans les cas où les dimensions des variables mises en relations sont identiques (ce ne serait pas le cas si les termes de droite et de gauche de (6) représentaient par exemple surface et population), on distingue trois types d\u2019allométrie : 1) l\u2019ailométrie négative quand b < 1 (si b < 0, la partie diminue pendant que le système augmente; si 0 < b < 1, le système augmente plus vite que la partie); 2) l\u2019isométrie quand b = 1 ; et 3) l \u2019ai lométrie positive quand b > 1.Ainsi, entre 1951 et 1971, la région de Québec connaissait une allométrie négative de 0,6620 par rapport à l\u2019ensemble du Québec, tandis que la Côte-Nord croissait beaucoup plus vite que le Québec (b = 2,528), ces calculs faisant appel aux cinq recensements quinquennaux administrés entre 1951 et 1971., r.;.?rr:;\"' ;; .r; |C: \u2022 îr.r: ble des .changem i:9i=p rative ini Cette technique mesure le changement d\u2019une partie par rapport à l\u2019ensemble.Elle met l\u2019accent sur les changements de forme (effets de redistribution) qui surviennent pour maintenir la viabilité ou la fonctionnalité d\u2019un système pendant la croissance.On verra toutefois que l\u2019utilité de cette méthode ne devient évidente qu\u2019en longue période, car en période courte, le changement d\u2019une partie ou d\u2019un élément par rapport à lui-même (changement relatif) est très difficile à distinguer de son changement par rapport au système dont il fait partie (changement allométrique).Sous certaines conditions, il est possible d'utiliser le paramètre a pour mesurer la croissance simple, i.e.changement de taille sans changement de forme.White et Gould (1965) ont mis au point une façon d\u2019y arriver quand le coefficient allométrique b, qui relie synchroniquement une partie d\u2019un système au tout, demeure constant dans le temps.Selon eux, il faut alors parler de similarité géométrique pendant la croissance, de croissance sans changement de forme, sans développement.La théorie des fonctions de production en économique illustre bien ce phénomène : pendant une époque technologique donnée, la proportionnalité des facteurs de production est maintenue et les accroissements de production sont dus à des économies d\u2019échelle; tandis qu\u2019une innovation technologique importante (telle I introduction de la Fourdrinier dans l\u2019industrie des pâtes et papier) modifiera la proportionnalité des facteurs de production (Roberge, Ray et Villeneuve, 1974).Changement distributionnel (r ï : : L : - - I ^ L::: (Uüc: 601 (9' 5259 ¦S ' c \u2019 6712 f \"9 'G 1480! (35?| \u201c25! 8-il! Une technique développée en économie régionale sous le vocable de la shift and share analysis connaît présentement une popularité assez grande (Houston, 1967; Ashby, 1967; Brown, 1969; Paraskevopoules, % .78 n « c ; r%: t:;: 5ô::t: soméms id: i s: :?¦ C7 2> ; C:!r : t 'r e\u2019Sc'st i: rsur es :r :ji 3 fonc- in:3 03 ie os de^ ¦ oecs elerree est très : :na- d\u2019utiW e simple 3c 7\" -¦ face'1 dy qui ^ ) go toot IK.,1 fayl endant la nt de fof-\u2022end o's i cs ^ :je c;'' roc-c: ;n lis^8 le1 ,# Cc: ?atsS cficW'* 0 1971 ; James et Hughes, 1973).Cette technique, que nous proposons d\u2019appeler en français «analyse du changement distributionnel », vise à distribuer la croissance, d\u2019une région par exemple, selon ses composantes exogènes et endogènes.Considérons le changement démographique du groupe d\u2019âge / dans la région j entre les points t-1 et t.Selon la formulation la plus récente, celle de Esteban-Marquillas (1972), le changement P,Jt - Pijt-i peut être distribué en quatre composantes : a) l\u2019effet du taux de changement relatif de la population de l\u2019ensemble des régions à l\u2019étude, g = Pt/ Pt 1 ; b) l\u2019effet du taux de changement relatif du groupe d\u2019âge / dans l\u2019ensemble des régions, g.= Pn/Pit-i; c) l\u2019effet du taux de changement relatif du groupe d\u2019âge / dans la région j : g.j = Pijt/Pijt-i ; et d) l'effet de l\u2019importance comparative initiale des effectifs de / en j, soit (P,jM - P.\u2019jt-i) (g,, - gi), où P\u2019ijt-1 = Pjt-1 Pit-1 P^7 Donc, il est possible de distribuer comme suit le changement absolu : (7) P,jt - Pijt-1 = (g - 1) Put-1 + (g! - g) Pijt-i + (g\u201e - g,) P\u2019ijM + (g,) - g,) (P.jt-i - P\u2019üm) Entre 1961 et 1971, la population de O à 4 ans est passée de 41 172 à 35 035 dans l\u2019agglomération de Québec.À l\u2019aide de (7), cette diminution peut être décomposée de la façon suivante : Püt - Pijt-i = 35 035 - 41 172 = -6 137 (g - 1) PijM = ((6 027 775/5 259 211) -1) 41 172 = 6 015 (g, - g) PijM = ((480 520/671 256) - (6 027 765/ 5 259 211)) 41 172 = -17 712 (g.j - g.) P\u2019ijt-1 = ((35 035/41 172) - (480 520/ 671 256)) 671 256 (357 568/5 259 211) = 6 161 (g.j - g.) (Pijt-1 - P\u2019ijt-i) = ((35 035/41 172) -(480 520/671 256)) (41 172 - (671 256 (357 568 )) = -603 5 259 211 et -6 137 = -6 137 En proposant les termes c) et d), Esteban-Marquillas réussit à séparer les effets, sur le changement régional sectoriel, du changement de la structure sectorielle nationale, (g, - g), et du changement dans la position concurrentielle de la région (g,, - g.).Ceci est rendu possible à l\u2019aide du terme PVi, appelé population homothétique du secteur, ou groupe d\u2019âge i, dans la région y.L\u2019analyse du changement distributionnel tente donc d'atteindre des fins similaires à celles de plusieurs des autres mesures vues jusqu\u2019ici.Elle a l\u2019a- vantage, toutefois, de faire explicitement appel à une conception hiérarchique du changement, et de la croissance.Dans ce sens, elle rejoint, et pourrait servir à rendre opératoire, une de nos notions de départ, à savoir que la croissance à un échelon hiérarchique correspond, totalement ou partiellement, à une redistribution à un échelon supérieur.Pour y arriver, il faut toutefois faire en sorte que l\u2019analyse distributionnelle mesure la croissance, soit le changement à travers plusieurs points dans le temps.Ceci est peut-être possible en intégrant la notion de croissance allométrique à celle d\u2019analyse distributionnelle.Avant de traiter cet aspect, nous comparons les techniques présentées jusqu\u2019ici et les plaçons dans une perspective d\u2019étude de la croissance.RELATIONS ENTRE LES MESURES DE CHANGEMENT Une façon simple et empirique de mieux comprendre les différences et les similitudes entre les diverses mesures de changement est de les soumettre à une analyse de corrélation.Le tableau II présente six séries de corrélations simples dont trois TABLEAU II CORRÉLATIONS SIMPLES ENTRE LES MESURES DE CHANGEMENT A.Les agglomérations urbaines, 1941-1961 MESURES DE CHANGEMENT\t(D\t(2)\t(3)\t(4)\t(5)\t(6) (1) absolu\t1000*\t-036\t036\t050\t-027\t-036 (2) relatif\t\t1000\t555\t552\t838\t837 (3) positionnel\t\t\t1000\t1000\t543\t532 (4) déviationnel\t\t\t\t1000\t539\t528 (5) variationnel\t\t\t\t\t1000\t991 (6) allométrique\t\t\t\t\t\t1000 * coefficients de corrélation de Bravais-Pearson, n = 62, points décimaux omis, niveau de signification statistique : 250 (95%); 325 (99%) ; aucune transformation des variables B.Les agglomérations urbaines, 1961-1971\t\t\t\t\t\t (D\t(2)\t(3)\t(4)\t(5)\t(6)\t(7) (1) absolu\t1000\t085\t076\t088\t108\t100\t085 (2) relatif\t1000\t591\t590\t990\t994\t1000 (3) positionnel\t\t1000\t1000\t595\t590\t591 (4) déviationnel\t\t\t1000\t594\t589\t590 (5) variationnel\t\t\t\t1000\t995\t990 (6) allométrique\t\t\t\t\t1000\t994 (7) distributionnel\t\t\t\t\t\t1000 79 C.Les agglomérations urbaines, 1941-1971 \t(D\t(2)\t(3)\t(4)\t(5)\t(6) (1) absolu\t1000\t-018\t036\t048\t021\t-006 (2) relatif\t\t1000\t665\t665\t856\t859 (3) positionnel\t\t\t1000\t1000\t733\t658 (4) déviationnel\t\t\t\t1000\t734\t658 (5) variationnel\t\t\t\t\t1000\t952 (6) allométrique\t\t\t\t\t\t1000 D.\tLes régions du Québec,\t\t\t1951-1961\t\t \t(D\t(2)\t(3)\t(4)\t(5)\t(6) (1) absolu\t1000*\t100\t167\t195\t135\t157 (2) relatif\t\t1000\t632\t633\t797\t997 (3) positionnel\t\t\t1000\t1000\t098\t647 (4) déviationnel\t\t\t\t1000\t102\t649 (5) variationnel\t\t\t\t\t1000\t801 (6) allométrique\t\t\t\t\t\t1000 * le nombre d\u2019observations est égal à 9; les cation statistique sont : 666 (95%) ; 798 (99%) E.Les régions du Québec, 1961\t\t\tniveaux -1971\tde\tsignifi- \t(D (2)\t(3)\t(4)\t(5)\t(6)\t(7) (1) absolu\t1000\t392\t161\t181\t418\t437\t393 (2) relatif\t1000\t704\t712\t996\t987\t1000 (3) positionnel\t1000\t1000\t697\t665\t703 (4) déviationnel\t\t1000\t706\t674\t711 (5) variationnel\t\t\t1000\t988\t996 (6) allométrique\t\t\t1\t000\t987 (7) distributionnel\t\t\t\t\t1000 F.\tLes régions du Québec, 1951-1971\t\t\t\t\t \t(D\t(2)\t(3)\t(4)\t(5)\t(6) (1) absolu\t1000\t186\t165\t206\t294\t246 (2) relatif\t\t1000\t656\t658\t984\t995 (3) positionnel\t\t\t1000\t999\t659\t666 (4) déviationnel\t\t\t\t1000\t666\t670 (5) variationnel\t\t\t\t\t1000\t995 (6) allométrique\t\t\t\t\t\t1000 pour les agglomérations urbaines et trois pour les régions; chacune des séries affecte une période donnée.Même si les périodes sont trop courtes (par rapport au phénomène étudié) pour rendre pleinement compte de la valeur de certaines des mesures, l\u2019analyse de corrélation offre quelques enseignements intéressants.D\u2019abord, il faut noter que le changement absolu est le moins relié aux autres formes de changement, i.e.dans une analyse factorielle, cette variable aurait la communauté la plus faible (à cause du nombre d\u2019observations, les coefficients sont en général plus élevés pour les régions que pour les agglomérations).Après la mesure de changement absolu, c\u2019est celle de changement positionnel qui est la plus dif- h; \\ férente.Notons qu\u2019elle rend compte d\u2019un changement absolu de position.Viennent ensuite les mesures de changement déviationnel et variationnel.Une seconde observation concerne la forte liaison iij entre les changements relatifs, allométrique et distri-butionnel.La composante de ce dernier qui fut soumise à l\u2019analyse de corrélation est (gj - g), soit la différence entre le taux de changement, au niveau de l\u2019agglomération ou de la région, et celui au niveau de l\u2019ensemble; une analyse plus détaillée s\u2019occuperait I de la structure d\u2019âge.Il n\u2019est donc pas surprenant que (7) et (2) soient une transformation linéaire l\u2019une ; : de l\u2019autre puisque g est constant dans ce cas.Il est !\u2022; plus difficile par ailleurs de justifier les forts coeffi- ] ; » cients de corrélation entre (2) et (6).Pourquoi le ü changement relatif est-il si fortement relié au chan- ;; j i gement allométrique?Si les deux mesures contien- ¦ nent la même information, pourquoi calculer le coefficient allométrique, qui premièrement est plus j T long à obtenir et deuxièmement est une approxi- ! mation plutôt qu\u2019un rapport direct?Les corrélo-grammes (graphiques 1 à 4) aident à répondre à ces questions.D\u2019abord, il faut remarquer que les forts coefficients sont en partie dus aux valeurs extrêmes qui réduisent indûment les résidus.Une transformation logarithmique donnerait probablement une image plus juste.De plus, même avec un R2 = ,99 (graphique 3), des résidus non négligeables existent : sur la base d\u2019un taux de changement relatif de 7,1%, on s\u2019attendrait à ce que la Gaspésie ait eu, entre 1951 f et 1971, une croissance allométrique de 0,292; elle ne fut en fait que de 0,17.Ceci indiquerait que la Gaspésie a crû plus lentement par rapport au Québec que par rapport à elle-même.Toutefois, la Côte-Nord, région ayant la croissance relative la plus ra- Iji pide pendant cette période, soit 160,8%, connaît j.\u2019; aussi un résidu négatif sur la croissance allométri- y que, 2,528 - 2,593 = -0,065.Il y aurait donc cur-vilinéarité dans la relation, un plafonnement de la croissance allométrique avec augmentation du taux de changement relatif.Les autres graphiques con- : firment cette interprétation, Chibougamau-Chapais j étant une exception, sa croissance n\u2019ayant été cal- % ; culée qu\u2019à partir de 1956.Donc, les deux mesures j ne sont pas complètement redondantes; de plus, ;¦ ; que le coefficient allométrique soit une approxima-tion, plutôt qu\u2019un rapport direct, est en soi un avan-tage d\u2019ordre théorique.En effet, mesurer la crois- < ; sance à l\u2019aide d\u2019une fonction puissance, au lieu d\u2019obtenir un simple indice de changement relatif, veut 80 ^ Its SS O) CD M CD ___\t\u201e\t«O CD ______________ ^ r~* ^\ts.S.\"\t^ -s?CTO < »\u2014» ^\t3 ct ^ ^ ^ 1 O C~> CD ~ O '\t~~\t\"\t*~ D> CD 03 CD CD CT> =3 CD CD CD\tCD o> \t_ 03\tCCD\tc~>\tCD ALLOME Ta|Ç VERSUS RELATIF\t1951-61 PLUT OF VARIABLE 6 (VERTICAL AXIS» VERSUS VARIABLE(S) 2 ISYHbOl»*!.0*200\tU.^00\t0.600 0.100\t0.300\t0.500 0.«00 1.000 0.700\t0.000 ALLOMcTRIE VERSUS RELATIF\t1961-71 PLOT OF VARIABLE 6 (VERTICAL AXIS» VERSUS VARIABLES» 2 (SYMB0l=*), - 0.050\t0.050\t0.150 -0.100 -0.000 0.100 00 2.750 GRAPH I QUE 1 1.725 GRAPHIQUE 2 0.200\t0.900\t0.600\tO.dOO\t1.000 0.100\t0.300\t0.500\t0.700\t0.900 -U.050\t0.050\t0.150\t0.250\t0.350 -0.100\t-0.000\t0.100\t0.200\t0.300 ALLOMf TRIE VERSUS RtLATIF\t1951-71 PLOT OF VAPIABLE 6 (VERTICAL AXIS» VERSUS VAR I ABLE IS )\t2 (SYMBUL-*), 0.200 0.600 -0.000\t0.900\t0.800 1.900\t1.800 1.600 GRAPHIQUE 3 2.350 2.100 1.600 0.390 G a s p é s i e ALL0METRIE VERSUS RELATIF\t1991-71 PLOT OF VARIABLE 6 (VERTICAL AXIS) VERSUS VARI ABLE ( S) 2 (SYMBOL-*), 0.000\t4.000\t8.330\t12.000\t16.000 -2.000\t2.000\t6.000\t10.000\t14.000 ._ GRAPHIQUE 4 6hibeugamau-Chapais * Saint-Georges .$ept-Iles .Uaute Riye 0.200\t0.600\t1.000\tl.
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