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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier E
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2012-07-14, Collections de BAnQ.

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[" L\u2019assassinat de Gilles Duceppe, du théâtre politique au Zoofest Page e 3 L\u2019autobiographie de Rafael Nadal, joueur de tennis anxieux Page e 8 Culture livres CAHIER E .LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 JUILLET 2012 Festival d\u2019été de Québec Vincent Vallières: la consécration Richard Séguin, Marie-Pierre Arthur, Yann Perreau et Louis-Jean Cormier participeront à son spectacle demain soir, en clôture du Festival d\u2019été ISABELLE PORTER à Québec Les derniers mois ont été ceux de la consécration, pour Vincent Vallières.Un disque platine, un spectacle qui n\u2019en finit plus de tourner, un événement symphonique.Et maintenant la clôture du Festival d\u2019été sur les mythiques plaines d\u2019Ahraham.Entrevue autour d\u2019un concert charnière.Au téléphone, Vincent Vallières mesure bien l\u2019importance de ce qui lui arrive.«A pareille date, l\u2019an passé, j\u2019avais 25 dates de prévues pour mon spectacle solo.Je les ai comptées, cette semaine, et je pense qu\u2019on est rendus à 110-112 spectacles.» Ouf.Quand on lui demande si le spectacle de demain est son plus gros à ce jour, il répond par une question.«Je le sais pas.Je te pose la question: est-ce qu\u2019on peut donner un plus gros spectacle que ça au Québec ?» «Avec les années, j ai Ce qu\u2019on gagne, ce qu\u2019on perd Le directeur de la programmation du Festival d\u2019été, Louis Bellavance, est plus catégorique.«C\u2019est le plus gros show de sa vie», tranche-t-il.Vincent Vallières est le choix qui s\u2019imposait cette année, selon lui.«Je voulais l\u2019auteur-compositeur-interprète francophone hot du moment.Ça m\u2019est apparu rapidement comme une évidence: c\u2019était l\u2019année de Vincent Vallières.» Le grand public s\u2019est enfin rendu compte que «c\u2019était un grand de chez nous».Le principal intéressé aborde tout cela avec la sagesse et l\u2019humilité qu\u2019on lui connaît.«Moi, dans toutes ces étapes, j\u2019essaie juste de faire mon possible», lance-t-il avant de rire de lui-même.«C\u2019est des réponses de joueur de hockey que je te donne, mais c\u2019est vraiment ça.Je sais que ce sera pas parfait, mais f espère que je vais grandir là-dedans puis apprendre, et que ça va me donner du gaz pour mes prochains projets de création.» Pour sortir de sa «zone de confort» (le salon V.I.P.intérieur des artistes), il a demandé à Louis-Jean Cormier de Karkwa de revoir tous les arrange- réalisé que plus tu es préparé, plus c\u2019est facile d\u2019improviser.ments de son répertoire.La séquence des chansons de la dernière tournée a été repensée, on repart à zéro.«Il faut rester à l\u2019affût quand ça fait 100 fois que tu donnes un show.Il faut absolument que ton spectacle garde la même fraîcheur.Il y a une fébrilité que tu perds, mais tu gagnes en assurance.Avec les années, fai réalisé que plus tu es préparé, plus c\u2019est facile d\u2019improviser.» Compagnons de ses chansons En plus du chanteur de Karkwa aux commandes et de ses musiciens habituels (Michel-Olivier Casse à la basse, André Papanicolaou à la guitare et Simon Blouin à la batterie), il sera accompagné sur scène d\u2019Olivier Langevin (guitare) , Alex McMahon (claviers) et Justin Allard (batterie).La metteure en scène Brigitte Poupart a été mise à contribution, ainsi que le collectif Geode-zik à la vidéo.Puis il y a les invités : Marie-Pierre Arthur (qui assure aussi la première partie), Yann Perreau et Richard Séguin.Séguin et Vallières se sont liés d\u2019amitié au cours de Douze hommes rapaillés, cet hommage au poète Gaston Miron.«Avec Séguin pis avec Michel Rivard et Pierre Flynn, fai pu avoir de longues conversations sur ce que c\u2019était avant et maintenant et sur ce que c\u2019est de vieillir en chansons aussi, ce qu\u2019on gagne et ce qu\u2019on perd», explique Vincent, avant de se reprocher à nouveau de «parler en joueur de hockey».La parenté entre Vallières et Séguin en particulier semble toute naturelle.Chez tous deux, on retrouve le même attachement à Bob Dylan, la même humilité, le talent de parolier.«Est-ce que Vincent va avoir le même boum pop que Richard a eu à un moment donné ?demande Louis Bellavance.Peut-être.Quelque part, il est un peu dedans avec le dernier album.» Nouvelle génération En confiant les Plaines à Vallières, le Festival nous permet de réaliser qu\u2019un certain passage de flambeau est en train de s\u2019opérer.Les Charle-bois, Rivard et Séguin se font plus VALERIE JODOIN KEATON Uauteur-compositeur-interprète, Vincent Vallières, sera du spectacle de clôture du Festival d\u2019été de Québec.discrets.Alors qu\u2019on voit s\u2019imposer Vallières, Karkwa et les autres.Interrogé là-dessus, Vallières dit l\u2019avoir «ressenti» à l\u2019ADlSQ depuis cinq ou six ans.Ce passage, normal, selon lui, est positif, d\u2019autant qu\u2019il se fait «en filiation», dit-il en évoquant ses échanges avec Séguin et les autres.Vallières choisit-il ses collaborateurs parce qu\u2019ils lui ressemblent?«La plupart des gens qui sont sur scène avec moi sont très, très différents de moi, et c\u2019est pour ça que je les aime beaucoup.Ils n\u2019ont pas tendance à dire oui facilement, ils remettent tout en question.» Puis, sans qu\u2019on fait demandé, il insiste pour parler d\u2019un sujet devenu délicat.« C\u2019est important pour moi que ce spectacle-là soit exclusivement en français, parce que de la chanson en anglais, il va y en avoir en masse sur les Plaines», dit-il.Habile, il trouve le moyen de le faire sans écorcher le Festival.«Je peux pas cracher dans la soupe non plus.J\u2019ai une belle tribune, cette année, et fai envie de l\u2019utiliser de façon positive en mettant en avant ce qui est important pour moi.» Vincent Vallières parle peut-être comme un joueur de hockey.mais il le fait très bien.SUR LES PLAINES D\u2019ABRAHAM 15 juillet, 21h Première partie de Marie-Pierre Arthur, 19 h 45 Le Devoir BILLETS A MOITIE PRIX* LES MERCREDIS DE I7HÀ2IH *Appllcable à l'achat d'un billet pour adulte au prix courant de 15 $ GRATUIT POUR LES ENFANTS DE 12 ANS ET MOINS** Non applicable aux groupes.VISITES GUIDEES Horaire sur mbam.qc.ca/popart OFFREZ-VOUS UNE SORTIE HAUTE EN COULEUR OANS L\u2019UNIVERS POP OE TOM WESSELMANN ! mbam.qc.ca/popart M MUSEE DES BEAUX-ARTS MONTRÉAL métro B Mi AIRCANADA $ TOM WESSELMANN Cette exposition est organisée par le Musée des beaux-arts de Montréal, avec le soutien de la Succession Torn Wesselmann, New York.Torn Wesaehnann, Sunset Nude wHh M^Mstnam [Nu au crépuscule avec Wesselmann], 2003.Houstoi% Sanders Collection, avec l'aimable concours de la MeClaIn Gallery ® Succession Torn We8selmann/SODRAC,MQntrêal/VAGA,NewYorl((20l9 Photo Rick Gardner. E 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 JUILLET 2012 CULTURE >MÜSIQIIE J MICHAEL SAHAIDA Manfred Honeck vient de prolonger son contrat avec l'Orchestre de Pittsburgh jusqu\u2019en 2020.Manfred Honeck : conp de fondre ponr Lanandière CHRISTOPHE HUSS Pour Manfred Honeck, interrogé par Le Devoir, la décision de revenir à Lanaudière a été vite prise : «La première visite a été un coup de foudre.Nous avons été étonnés par cet endroit idyllique en pleine nature.Cela m\u2019a d\u2019ailleurs incité, dans le programme plus léger que nous donnerons dimanche, à introduire des pièces de Johann Strauss qui ont un rapport avec la nature.Lanaudière est un endroit inspirant, avec un public attentif et enthousiaste.» Peut-on alors envisager que l\u2019Orchestre de Pittsburgh devienne un invité régulier du festival?«Nous y viendrons toujours avec plaisir.Quand on y a été, on veut y retourner.» Situation rare, le mot «tandem», pour désigner le lien entre le chef et son orchestre, prend ici tout son sens.Manfred Honeck vient de signer une prolongation de son contrat jusqu\u2019en.2020! «J\u2019ai débuté en 2008 et fai été surpris que dès 2009 on m\u2019ait demandé de poursuivre jusqu\u2019en 2016.Seconde surprise: en 2011, on m\u2019a proposé de pousser jusqu\u2019en 2020.Cela me réjouit, car cette stabilité nous permet de penser ensemble à long terme.» Intérêt général Le successeur des William Steinberg, André Previn, Lorin Maazel et Mariss Jansons a entamé au disque une intégrale Mahler pour l\u2019étiquette Exton.La 5\" symphonie vient de paraître et le chef souhaite bientôt pouvoir présenter son orchestre dans le grand répertoire \u2014 Beethoven, Dvorak.Tout le monde commence en effet à s\u2019intéresser au phénomène Pittsburgh-Honeck: «Nous allons donner quatre concerts au Musikverein de Vienne, notam- ment la 2® symphonie de Mahler.» L\u2019ancien musicien du Philharmonique de Vienne savoure cet honneur à sa juste mesure.Quand on lui demande de décrire son orchestre, Manfred Honeck cite trois éléments : «le niveau musical; l\u2019énergie et la soif de se surpasser; les qualités humaines du groupe et son esprit d\u2019équipe».Manfred Honeck s\u2019enthousiasme d\u2019ailleurs du choix de son nouveau Kon-zertmeister, Noah Bendix-Balgley, connu ici puisqu\u2019il fut finaliste du Concours musical de Montréal en 2010.Le jeune musicien l\u2019a emporté sur une cohorte de violonistes aguerris.Au sujet des oeuvres programmées à Lanaudière \u2014 Concerto pour violoncelle de Dvorak et 5\" symphonie de Tchaikovski, samedi ; Valses de Strauss, dimanche \u2014, Manfred Honeck a des vues très précises.Pour lui, le concerto de Dvorak est le concerto pour violoncelle le plus symphonique du répertoire.«Ce qui m\u2019émeut, c\u2019est le lien de Dvorak avec sa patrie.Le premier thème est en fait une transfiguration du thème du finale de la Symphonie du Nouveau Monde et l\u2019œuvre témoigne d\u2019une grande nostalgie, notamment dans le 3\u201d mouvement.» Honeck avoue que, parfois, il ne fait pas jouer les trompettes avec des sourdines, mais carrément derrière la scène.Le chef recrée ainsi une atmosphère d\u2019éloignement.Tchaikovski et Strauss Que peut-on faire d\u2019inadéquat dans la 5\" symphonie de Tchaikovski?«Mais tout!», s\u2019amuse le chef.«Il y a une tradition, mais qui, justement, nous force à y regarder de plus près.La symphonie renferme tellement de musique issue du folklore russe, qu\u2019il faut rendre ces éléments évidents.Ainsi, le début de l\u2019allegro du 4\u201d mouvement est un thème JUILLET - DANSE - THE HONG KONG BALLET (CHINE) CAS PUBLIC (Québec) MOMIX(états-unis) ESMERALDA ENRIQUE SPANISH DANCE COMPANY (canada) TREY MCINTYRE PROJECT (états-unis) - MUSIQUE- GINO QUILICO LEWIS FUREY CANADIAN VOCAL ARTS INSTITUTE WWW.FASS.CA P* T CKETPR01 -see-goB-goQO 14^1 PatrlmolPG ' Canadian \u201c ^ \u201c canadien Heritage vxUldlLlci Québec U U ] Desjardins Cniwa dci LwGfrtidci Nord CalMedebV&aâe de* Hyt-cTeiihHaiit de balalaïka.J\u2019observe très scrupuleusement les différenciations dynamiques et rythmiques, même lorsqu\u2019elles sont minimes.Dans le finale, vous avez une marche et une polka, le 3\u201d mouvement est une valse.» Quant au 2® mouvement, Manfred Honeck demande d\u2019aller voir au-delà de l\u2019aspect purement mélodique: «Il faut considérer tout l\u2019arrière-plan: le questionnement sur le sens de la vie.Pour moi, le sommet de l\u2019œuvre se niche dans la fin du 2I mouvement avec un climax qui sonne comme une crucifixion.L\u2019accord est si tendu qu\u2019il pourrait être de Schoenberg! Intéressante, aussi, la fin du J\" mouvement qui, par une marche de violoncelles, s\u2019enfonce dans un néant duquel émerge le 2\u201c mouvement.» Honeck suggère de réécouter la 5\" symphonie de Tchaikovski pour tenter d\u2019en débusquer le sens caché.Qu\u2019est-ce que Vienne?Au sujet des valses de Vienne en général, on peut se demander ce qui, sur le plan de l\u2019expression, est «viennois» et ce qui tient de l\u2019exagération.«A Vienne, on dit toujours \u201cni trop, ni trop peu\u201d.On ne peut jouer une valse exactement de la manière dont elle est écrite.Il faut telle avancée, tel recul, mais en un mouvement qui ne doit pas devenir comique.Tout dépend aussi de la nature et du thème.Il faut retourner aux formes initiales, le menuet ou le landler.Il y a des landler rustiques, des landler aristocratiques, comme il y a des valses joyeuses ou des valses sentimentales.Chacun a son propre tempo et phrasé.» Ces valses, Manfred Honeck, dans sa vie de musicien d\u2019orchestre, les a jouées sous la direction de Carlos Kleiber, à ses yeux aussi un chef unique.«Sa force résidait dans la liberté, allouée de manière jamais exagérée.Son expérience de l\u2019opéra l\u2019incitait à lâcher du lest pour laisser s\u2019exprimer un certain rubato, mais il savait au fond exactement ce qu\u2019il voulait.Chaque note était conceptualisée.Son art d\u2019allier liberté et rigueur est à mon avis unique et inaccessible.» Le Devoir PITTSBURGH A LANAUDIERE Le 21 juillet à 20h et le 22 juillet à 14h Renseignements: lanaudiere.org Billets: 1 800 561-4343 Jazz en solde SERGE TRUEEAUT Oyez, oyez, braves gens, camarades consommateurs.Ça sent la très bonne affaire, financièrement causant.Ce qui va suivre est économiquement plus honnête, parce qu\u2019ancré dans le réel, que la débenture qui agite les courbes de Wall Street.C\u2019est clair! De quoi s\u2019agit-il?De la solde.Et royale, avec ça, pas prolétarienne.Quoique.Toujours est-il que les rayons des disquaires \u2014 plutôt Archambault que Renaud-Bray ou HMV \u2014 sont décorés par une masse de CD, certains se transigeant à 5 $ et bien d\u2019autres à 10 $.11 y en a tant et tant que la jeunesse est en mesure, si elle le souhaite, évidemment, de se confectionner une bonne petite collection d\u2019albums.Et la vieillesse?Elle a désormais la possibilité de combler des trous.Précisons que cette retraite de la valeur fait écho à un fait, lui, platement légal: bien des albums enregistrés il y a plus d\u2019un demi-siècle sont tombés, comme on dit bêtement, dans le domaine public.Autrement dit, plus de droit d\u2019auteur et d\u2019exécution à débourser.Selon les principes de la politesse, priorité ici sera accordée aux vieux se confondant désormais avec ce vice du marketing qui les a transformés en membres du troisième âge.Une étiquette a été récemment formée, il y a un peu plus d\u2019un an, sous le nom de Poil Winners Records pour remettre en marché les albums salués par les critiques du magazine Down Beat dans les années 1950 et début 1960.C\u2019est à retenir, beaucoup d\u2019entre eux n\u2019avaient jamais été proposés sous la forme de CD et avaient complètement disparu de l\u2019horizon jazz.Cool, baby, cool Ainsi en fut-il de John Lewis, pianiste, et Bill Perkins, saxophoniste, et de leur petite merveille intitulée 2 Degrees East, 3 Degrees West, parue à l\u2019origine sur Pacific Jazz, le label emblématique du « cool jazz».Le pianiste du Modem Jazz Quartet et le ténor du lisse, de la douceur, de la finesse sont accompagnés de Percy Heath à la contrebasse.Jim Hall à la guitare et Chico Hamilton à la batterie.C\u2019est du bonheur sur 70 minutes, si on aime évidemment le jazz des chemises à fleurs.Les architectes de Pool Winners proposent également un Joe Jones aussi rare qu\u2019extraordinaire par ce swing qui traverse les albums réunis sur un compact à 10$.De la musique de vieux qui ripaillent.80 minutes de rigolade, de déhanchement et de ballade.Jones est accompagné, c\u2019est à retenir, par Count Basie ou Nat Pierce, Lucky Thompson au ténor ou Buddy Tate, Lawrence Brown au trombone, Emmett Berry à la trompette, Ered-die Greene à la guitare et Walter Page à la contrebasse.Bref, que du gros calibre, rythmé par les ponctuations si simples de Jones.Qn propose également à petit prix Miles Davis, John Coltrane, Sonny Rollins, Red Garland, Duke Ellington, Count Basie, Louis Armstrong.Bref, c\u2019est jour de fête.Le Devoir 25juillrt 5 3^out Fi ypera DE QUÉBEC Direction générale et artistique : Grégoire Legendre ^ _Mai™i\tTango Duguay *Gi;enier\tBoreal Touchant, étonnant, une bouffée ç, *\t\u2022 frais! THE TEMPEST Thomas Adès / livret do Meredith Oakes d\u2019après Shakespeare Mise en scène : Robert Lepage Coproduction : Metropolitan Opera Wiener Staatsoper Collaboration : Ex Machina NELLIGAN\t% V André Gagnon / Michel Tremblay Mise en scène : Normand Chouinard André Michel ¦\tA ¦\tGagnon Tremblay MOZART A L OPERA Karina Gauvin / Bernard Labadie / Violons du Roy Codiffusion : Société du Palais Montcalm LE JEU DE ROBIN ET MARI .Ensemble Anonymus Codiffusion : Musée de la civilisation TANGOPÉRA Tango Boréal Codiffusion : Musée de la civilisation\th.The Met ropolitan Opera h La BrigadG lyrique ;:^TELUS ( POWER CORPORATION DU CANADA Pays-d\u2019en-Haüt QuébecSS Avec la [Hrtidpation de ;\t^_______ \u2022Conseil des art» î* des lettres du Québec\tg fl \u2022 Buieau de la Capitale-Nationale\tV ^ T/Ulr SOIREE LYRIQUE A L'AGORA Marc HERVIEUX et plus LA BRIGADE LYRIQUE Coproduction : Société du Palais Montcalm MUSIQUE EN PLEIN AIR M Coproduction : Ville de Québec 877 643-8131 www.billetech.com £ www.festivaloperaquebec.com r T ¦'.Li.a.'lp ¦ m GsnndThi^tic\tMUSËBrEiA de Québec\tgvmsfJiJN UiXass\tC^lCfccISI QUEBEC\t'SfF , \u201e , HORION CULTURE RADIOliaÉinilOIIIIIIEIlB IbSoIGII LE DEVOIR LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 JUILLET 2012 E 3 CULTURE.FESTIVALS HJ-, r'-' Les créateurs de la pièce Uassassinat du président à Lœuvre.FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR Gilles Duceppe, du bruit et une souffleuse FABIEN DEGLISE Tout est possible, surtout quand on se projette dans l\u2019avenir.La preuve: en 2022, après neuf années de règne de François Legault, le Québec va finalement accéder à son indépendance.Et ce, sous la houlette de Gilles Duceppe, revenu d\u2019une longue retraite en Suisse pour porter la destinée du camp du oui lors d\u2019un énième référendum sur l\u2019éternelle question.Oui.Oui.Duceppe président?L\u2019assemblage serait écrit dans le ciel, tout comme d\u2019ailleurs sa chute rapide dans les deux semaines qui vont suivre son assermentation.La faute à une mortelle souffleuse à neige.Rien de moins.Délire cynique?Anticipation mesquine?Ou simple exercice de création cherchant à attirer l\u2019attention en évoquant l\u2019odieux d\u2019un meurtre présidentiel, à la charnière d\u2019une mutation tant révée?L\u2019assassinat du président, qui prend l\u2019affiche jeudi prochain à La Chapelle à Montréal, dans le cadre du festival Zoo-fest, est peut-être un peu tout ça à la fois.Mais cette petite pièce de « théâtre sonore futuriste», imaginée par les créateurs de Clotaire Rapaille: l\u2019opéra rock, est également un hommage artistique, assurent-ils, au politicien ex-leader du Bloc québécois, expulsé d\u2019Ottawa par les électeurs le 2 mai 2011 et de la scène politique par un apparent assassinat politique en février dernier.Un hommage inscrit dans le lointain, pour mieux questionner l\u2019ici maintenant.Politique spectacle « Gilles Duceppe est un homme qui a eu beaucoup de coups durs dans sa carrière, résume Olivier Morin, coauteur de la chose avec Guillaume Tremblay et Jean-Philippe Fréchette \u2014 connu sur la scène musicale sous son pseudonyme de Navet Confit.C\u2019est aussi un fils d\u2019acteur qui rêve lui aussi de décrocher le grand rôle de sa vie, sans y être arrivé encore.Cela lui donne une dimension théâtrale fascinante, que nous avions envie d\u2019explorer».L\u2019exploration est à la fois textuelle et sonore.Sur scène, elle va exposer les trois jeunes artistes, accompagnés de Mathieu Quesnel et Catherine LeGres-ley, dans une lecture de cette chronique d\u2019une mort annoncée, soutenue par une trame sonore composée de bruits en tous genres.«Le son va servir de décor, puisque la scénographie est forcément limitée», résume Navet Confit, rencontré avec les autres par Le Devoir cette semaine dans une salle de répétition de la métropole.Dans ce décor, Gilles Duceppe fait face à son destin, en embrassant celui d\u2019un peuple, au péril de sa vie.L\u2019action se passe deux semaines avant le Grand Soir, puis deux semaines après, alors que la victoire, sous l\u2019effet d\u2019un assassinat et de ses questions sans réponses, va faire sombrer le Québec dans le chaos.Bien sûr, toute ressemblance avec des événements présents n\u2019est que pur calcul.Maintenant le futur «Le futur devient ici une loupe grossissante pour regarder ce qui se passe aujourd\u2019hui et qui nous inquiète, dit Olivier Morin.Nous sommes dans un présent qui a l\u2019air de se radicaliser.Les tensions sont palpables un peu partout et posent des germes dont nous essayons d\u2019imaginer les conséquences dans l\u2019avenir».Un avenir où manipulation, sacralisation de l\u2019image, dérive, dogme et guerre civüe risquent de démontrer que l\u2019accès à la liberté n\u2019est jamais un long fleuve tranquille.«Le point de départ de tout ça a été la défaite du Bloc, en mai 2011, qui nous a terriblement attristés, dit Guillaume Tremblay.Il y a eu ensuite les accusations d\u2019utilisation d\u2019argent du Parlement à des fins partisanes que les commentateurs politiques ont alors présentées comme un assassinat politique.L\u2019histoire que nous avons créée est légère, mais elle vient aussi, on l\u2019espère, questionner la place du rêve dans le collectif la notion d\u2019affranchissement et surtout les blocages dans nos aspirations, blocages nourris et conditionnés par les médias, d\u2019ailleurs».Le programme est chargé.Il devait à l\u2019origine se jouer sous un titre sans équivoque.L\u2019assassinat de Gilles Duceppe, qu\u2019une tempête dans un verre d\u2019eau est venue finalement effacer des programmes.« On a dit beaucoup de choses là-des-sus, et bien des choses étaient fausses, dit Guillaume Tremblay.Il n\u2019y a pas eu d\u2019injonction, pas de mise en demeure, pas de menace de poursuites, simplement un Gilles Duceppe placé au milieu d\u2019un scandale monté de toutes pièces par les médias.Ça amène à réfléchir d\u2019ailleurs sur les scandales médiatiques.Tout ça a fait en sorte que nous lui avons parlé, il a compris notre démarche et c\u2019est nous qui avons décidé de changer le titre, sans aucune menace, en conservant la photo de M.Duceppe sur les affiches », ajoute-t-il, sans se plaindre de ce coup de pub de projecteur inespéré « dont nous récoltons les fruits aujourd\u2019hui».Normal.La politique carbure à la polémique.Le théâtre politique ne peut pas faire autrement.Le Devoir UA3SASSINAT DU PRESIDENT De Guillaume Tremblay, Olivier Morin et Navet Confit Au Théâtre La Chapelle Du 19 au 24 juillet JUSTE POUR RIRE Le rire prend la rue Depuis jeudi et jusqu\u2019au 28 juillet, le Festival Juste poiu- rire repart à l\u2019assaut des rues de la métropole, non pas armé de casseroles et de carrés rouges, mais plutôt d\u2019humoristes à la mode, d\u2019im carnaval et de troupes d\u2019artistes de rue glanés aux quatre coins du globe.FABIEN DEGLISE Point central de cet exercice de décrispage collectif aujourd\u2019hui, avec la présentation de Terra Karnaval, grand défilé carnavalesque estival que Juste pour rire, avec la complicité de Roy Box, la compagnie de Danielle Roy, femme de Gilbert Rozon, tente d\u2019inscrire dans la trame urbaine de Montréal depuis des années.L\u2019événement \u2014 parrainé par Guy Laliberté lui-même ! \u2014 explore le thème des nouveaux mondes par l\u2019entremise de chars allégoriques conçus avec les citoyens de plusieurs arrondissements de la ville.Ailleurs dans cette programmation, c\u2019est la troupe espagnole Voala Project qui risque de faire sensation avec sa création Muare.Détail : il faudra lever les yeux pour la voir.Le spectacle aérien se résume à un mobile géant placé à 30 mètres de haut, dans lequel 13 artistes inscriront des chorégraphies aériennes sur fond de musique rock.Muare tourne en Europe depuis plusieurs mois.Après Montréal, il sera présenté à Londres à la fin du mois, dans le cadre des Jeux olympiques.Rien de moins.Côté clowns, la rue va faire la part belle à plusieurs comiques dans l\u2019air du temps qui vont exposer leurs commentaires sur la vie de couple, le sexe, la chevelure de Jean Charest et les sièges de toilette, chaque soir sur une scène extérieure.Maxim Martin, Kheiron \u2014 humoriste français révélé par la websérie-phénomène Bref \u2014, Eddy King, Sèxe Illégale ou encore François Bellefeuille, révélation de l\u2019année selon l\u2019industrie de l\u2019humour au Québec, seront de la partie.Dans le lot, les Denis Drolet, drôles de bibittes cultivant l\u2019absurde et une certaine finesse s\u2019inspirant de l\u2019univers d\u2019Ionesco, risquent de surprendre, tout comme le sulfureux Mike Ward, dont le répertoire va devoir s\u2019adapter à ce contexte plutôt familial.Ward va devoir également résister à l\u2019envie de faire des blagues salaces sur une scène qui va probablement se jouer sous ses yeux, dans la rue d\u2019à côté : Juste pour rire souhaite en effet décrocher, pour célébrer son 30® anniversaire, le record Guinness du plus grand nombre de cheerleaders réunies dans une même chorégraphie.On répète, autrement: le festival veut faire danser un troupeau de meneuses de claque devant un huissier de justice.Et, bien sûr, le truc, hautement ridicule, ne peut qu\u2019en devenir très drôle.Dans le Quartier des spectacles Du 12 au 28 juillet Le Devoir CANAL 4 Kheiron sera sur une scène extérieure de Juste pour rire.ZOOFEST Contes trash par Jean-Philippe Baril-Guérard « J\u2019ai parfois tendance à écrire de la violence gratuite, mais je lutte très fort contre ça » PHILIPPE COUTURE C\u2019est l\u2019histoire : Excessif ?«Déchirant, profond et d'une très grande élégance esthétique et morale.» TéléCinéObs un>1MOUR deJEUNESSE UN FIIM DE MIA HANSEN-L0VE LOLA CRÉTON SEBASTIAN URZENDOWSKI MAGNE-HAVARD BREKKE VALÉRIE BONNETON SERGE RENKO ÔZAY FECHI métrDQole À L'AFFICHE l>= EXC3NTRIS- 514B47-2206 rCINÉMA BEAUBIEN] I 2888, Beaubien E.721-0000 I\tCINÉMA I LE CLAP CONSULTEZ LES GUIDES-HORAIRES DES CINEMAS Jmetropolefilms.com 1^^\" qu\u2019attendre Sullivan (Sebastian Urzendowsky, alliance du charme et de la légèreté), le reste de sa vie n\u2019étant qu\u2019une parenthèse.Mais le garçon ne voit pas les choses du même œil, voulant fuir Paris pour un voyage de plusieurs mois en Amérique du Sud.Ce départ cause la perte de Camille et après avoir frôlé la mort, elle décide de s\u2019engager avec obstination dans de brillantes études en architecture.C\u2019est là qu\u2019elle fait la connaissance d\u2019un professeur dévoué et bientôt divorcé (Magne-Ha-vard Brekke), le premier à la toucher (dans tous les sens du terme) depuis longtemps.Quelques années plus tard, sa vie semble tracée d\u2019avance, et voilà que Sullivan revient dans les parages, comme le douloureux rappel d\u2019un passé que Camille croyait à jamais effacé.Le blé en herbe La cinéaste sait décrire le puissant désir d\u2019absolu des adolescents au moment de leurs premières amours, un jusqu\u2019au-boutisme suscitant la perplexité des adultes, eux qui préfèrent oublier les affres de cette période ingrate.Dans une succession de scènes en apparence banales, elle tisse le fil ténu d\u2019une liaison orageuse presque toujours scrutée sous le regard voilé de tristesse de la jeune fille, rarement celui du garçon dont le voyage est décrit dans une correspondance d\u2019abord abondante, puis de plus en plus sporadique; nous sommes en 1999, moment où les enveloppes et les timbres ne ressemblaient pas encore à des artefacts d\u2019une époque lointaine.Volutes de l\u2019amour Ce souci du détail s\u2019accompagne forcément d\u2019un refus d\u2019expédier les dérives de cette amoureuse pour s\u2019acheminer vers une conclusion rassurante.Un amour de jeunesse emprunte de multiples méandres, ceux des chicanes de couple, d\u2019une solitude pesante, et finalement d\u2019une nouvelle histoire d\u2019amour sous le signe de la passion de l\u2019architecture (et qui offre des images inspirantes lors d\u2019un voyage scolaire en Allemagne et en Norvège).11 y a une absence de moralisme dans la démarche de Mia Hansen-Love : ses personnages sont complexes, contradictoires, parfois irritants, mais jamais trop bavards ni exagérément volontaires, surtout Camille.Son cheminement intérieur est d\u2019ailleurs plus crédible que sa transformation extérieure puisque le récit se déroule sur près de 9 ans, un passage temporel que rend peu crédible l\u2019allure générale des interprètes.Mais les égratignures de leur âme, elle, sont bien visibles.Collaborateur Le Devoir Les inconnus dans la maison COLLABORATOR Scénario et réalisation : Martin Donovan.Avec Martin Donovan, David Morse, Olivia Williams, Katherine Helmond.Photo : Julie Kirkwood.Montage: Karen Porter.Musique: Manels Favre.Etats-Unis, Canada, 2011, 87 min.FRANÇOIS LÉVESQUE Rien ne va plus pour Robert Longfellow.Jadis un dramaturge respecté, il se retrouve à l\u2019aube de la cinquantaine en panne d\u2019inspiration, avec une pièce tellement ratée qu\u2019on vient de la retirer prématurément de l\u2019affiche.Sur le plan personnel, ce n\u2019est guère plus rose: son mariage est sur le point d\u2019imploser au moment même où une ancienne flamme se rappelle à son bon souvenir.Entre retraite stratégique et régression inconsciente, Robert décide d\u2019aller passer quelques jours chez sa mère.Loin de trouver l\u2019apaisement dans la maison de son enfance, Robert doit plutôt composer avec la présence envahissante du voisin Gus, un ex-détenu que Robert évitait déjà lorsqu\u2019il était enfant.Homme de droite un peu fruste.Gus ne semble pas pressé de rentrer chez lui.Lorsque le bruit des sirènes envahit la rue et que les gyrophares colorent la baie vitrée de rouge et de bleu, Robert ne saisit pas tout de suite ce qui se passe.En apercevant le revolver de Gus, il comprend.Un premier long métrage assuré et fort d\u2019une mise en scène concise.Collaborator marque les débuts en tant que réalisateur de Martin Donovan, un acteur américain très apprécié sur le circuit indépendant, notamment grâce à ses collaborations avec Hal Hartley (Trust, Amateur) et Don Roos (The Opposite ofSex).Presque un huis clos.Collaborator explore avec acuité le thème des classes sociales en opposant ses deux protagonistes antithétiques, l\u2019un et l\u2019autre y allant initialement de jugements de valeur et de généralités au gré d\u2019une prise d\u2019otage qui prendra une tangente inattendue et dont le dramaturge tirera nul doute une excellente pièce de théâtre.à condition qu\u2019il survive.Gus le républicain Donovan s\u2019est donné le rôle souvent antipathique de Robert, qu\u2019il campe avec une force tranquille convaincante.Son jeu égal et sobre fait en sorte qu\u2019on oublie le travail d\u2019acteur et qu\u2019on ne perçoit que le personnage.Forcément plus flamboyant, le rôle de Gus est défendu par l\u2019excellent David Morse (Dancer in the Dark, The Green Mile).Le naturel désarmant de ce dernier force graduellement une sympathie déstabilisante, et préméditée, envers Gus.Nés pour se haïr?Grâce à des échanges intelligemment écrits et observés, les figures archétypales du démocrate cultivé et du républicain mal dégrossi sont déconstruites, puis remodelées.Issu d\u2019un milieu pourri et ne connaissant rien d\u2019autre que la violence, l\u2019agresseur est-il vraiment pire que sa victime qui ne demande qu\u2019à le vampiriser pour mieux renaître professionnellement?Au-dehors, les policiers attendent le moment de tirer, tandis qu\u2019en périphérie, les médias attendent que le sang gicle.Quoi qu\u2019il advienne, non seulement Robert reconquerra sa célébrité d\u2019antan, mais celle-ci sera de surcroît décuplée, «pipolisation» aidant.Au pire, on criera au génie posthume.A l\u2019inverse.Gus est condamné, qu\u2019il se rende ou non, avec ou sans hémoglobine sur les mains.N\u2019était-il pas condamné dès sa naissance?Collaborator a l\u2019audace de soulever ces questions.Et l\u2019intelligence de laisser le spectateur y répondre.Collaborateur Le Devoir LE DEVOIR LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 JUILLET 2012 E 5 CULTURE» CI N EM A Monstres et merveilles Un magique lauréat du Grand Prix à Sundance et de la Caméra d\u2019or à Cannes SEVILLE Dans le rôle de Hushpuppy, la petite Quvenzhané Wallis est extraordinaire.BEASTS OF THE SOUTHERN WILD (LES BETES DU SUD SAUVAGE) Réalisation : Behn Zeitlin.Scénario: B.Zeitlin, Lucy Alibar d\u2019après sa pièce.Avec Quvenzhané Wallis, Dwight Henry, Gina Montana.Photo: Ben Richardson.Montage: Crockett Doob, Affonso Gonçalves.Musique: Dan Romer, B.Zeitlin.États-Unis, 2012, 91 min.FRANÇOIS LÉVESQUE Lune des grandes injustices le l\u2019âge adulte est de se voir privé de la magie de l\u2019enfance.La fin de l\u2019innocence est inéluctable et la maturité, une fatalité.Et l\u2019un des nombreux mérites des artistes est leur capacité à y replonger afin d\u2019en rapporter un peu de candeur et de merveilleux, et ce, pour le bonheur de tous.Une oeuvre autofinancée par un collectif de cinéastes, de dramaturges, de peintres et de musiciens, Beasts of the Southern Wild accomplit ce petit miracle avec trois fois rien, sinon de l\u2019imagination, de la sensibilité, et une petite fille dont on n\u2019a pas fini d\u2019entendre parler.On la surnomme Hushpuppy.Avec sa tignasse en broussaille et un regard dont la maturité tranche avec ses six ans, Hushpuppy habite dans le bayou avec son papa Wink, chacun dans sa bicoque.Il picole, mais il n\u2019oublie jamais de mettre du poulet à griller.Elle est laissée à elle-même, mais ne s\u2019ennuie jamais.Quand la tristesse l\u2019étreint, Hushpuppy s\u2019enroule dans une vieille camisole, vestige d\u2019une mère décédée ou enfuie.Père et fille ont leur routine et s\u2019y tiennent.Entre eux circule un amour rude, mais profond.Puis, un jour, la nature se fâche.On promet un ouragan tellement puissant que le bayou sera englouti.Dans le bayou Narré par la petite protagoniste dans une langue absolument délicieuse.Beasts of the Southern Wild parle de la Louisiane et de l\u2019ouragan Katrina sans mentionner l\u2019un ni l\u2019autre.Il s\u2019agit bel et bien d\u2019un conte ; une histoire qu\u2019une gamine se raconte à elle-même en un long monologue intérieur.D\u2019une beauté âpre, le film dégage une sorte de lyrisme chaotique, un dénuement poétique.Il y a quelque chose de Winter\u2019s Bone dans cette manière de fdmer l\u2019indigence des personnages sans les juger ni les plaindre.Hushpuppy ne l\u2019a pas facile, mais elle l\u2019ignore.Elle n\u2019est pas une victime : elle est forte et rési-liente.C\u2019est une princesse guerrière, comme la San Mo-nonoké de Hayao Miyazaki.D\u2019ailleurs, on décèle l\u2019influence du maître japonais dans les préoccupations écologiques qui nourrissent la trame de Beasts of the Southern Wild, tout comme dans la construction en forme de récit initiatique du scénario.L\u2019art de l\u2019enfance Dans le rôle de Hushpuppy, Quvenzhané Wallis est extraordinaire.Quelle présence! Quel instinct! Elle est le personnage, tout simplement Elle vif elle ne joue pas.Dwight Henry, un boulanger louisianais sans expérience du jeu, est tout aussi crédible dans le rôle du père rattrapé par son alcoolisme.Le reste de la ménagerie des marais est à l\u2019avenant, avec ces non-professionnels d\u2019un naturel confondant, et aucune fausse note ne dépare la partition.Lauréat du Grand Prix à Sundance et de la Caméra d\u2019or à Cannes, Behn Zeitlin a su diriger son monde, tout comme il a su comprendre qu\u2019un plan évocateur vaut parfois mieux que tous les effets spéciaux qu\u2019un semblant de budget aurait pu lui permettre.Ici, les trucages minimalistes fonctionnent parfaitement.Monstre imaginaire Parce que l\u2019héroïne a transposé ses peurs et ses angoisses en créatures préhistoriques inspirées par le verrat qui trône dans sa cour, on a en effet droit à quelques apartés fantastiques montrant lesdites créatures se rapprocher inexorablement du hameau inondé.Qr, comme Hushpuppy le comprendra, la civilisation peut être bien plus dangereuse que les bêtes qui peuplent son imaginaire.Pour peu qu\u2019un reste de c^acité d\u2019émerveillement subsiste en ltd, le cinéphile devrait chérir Beasts of the Southern Wild comme un cadeau précieux, un bout d\u2019enfance retrouvée.Collaborateur Le Devoir Les pantoufles polaires Le quatrième opus di'Ice Age bafoue joyeusement les règles du monde animal ICE AGE CONTINENTAL DRIFT (L\u2019ERE DE GLACE: LA DERIVE DES CONTINENTS) Réalisation : Steve Marino et Mike Thurmeier.Scénario: Michael Berg et Jason Fuchs.Avec les voix (version anglaise) de: Roy Romano, Denis Leary, Queen Latifah, John Leguizamo.Image: Renato Falcao.Montage: James Palumbo, David lan Salter.Musique: John Powell.États-Unis, 2012, 88 min.ANDRÉ LAVOIE On pourrait y voir une forme d\u2019acharnement doublé d\u2019une évidente paresse, sans compter que l\u2019absence de chiffre dans le titre constitue un moyen de camoufler le caractère répétitif de l\u2019entreprise.Nous en sommes tout de même au quatrième opus de l\u2019univers Ice Age, preuve que la recette à la sauce préhistorique fonctionne.Steve Marino et Mike Thurmeier sont deux habitués de l\u2019animation hollywoodienne (un genre en soi !) et connaissent bien ce monde, glacial en apparence, si chaleureux dès qu\u2019on y pose les pieds.Car le bestiaire illustré dans Ice Age Continental Drift revient en force, et comment, pour une autre aventure où toutes les règles fondamentales de la géologie et de la biologie animale sont joyeusement bafouées.Que les inconditionnels soient rassurés: 20TH CENTURY FOX Le mammouth Manny Scrat l\u2019écureuil est de retour, aussi fébrile que jamais à l\u2019idée d\u2019attraper un gland qui ne cesse de se dérober, dans une course effrénée qui provoque cette fois une catastrophe d\u2019une ampleur exceptionnelle, forgeant les cinq continents tels que nous les connaissons aujourd\u2019hui.Ces ruptures fracassantes bouleversent la vie d\u2019un clan d\u2019animaux dominé par le mammouth Manny, devenu un papa surprotecteur, au grand désespoir de sa fille en quête d\u2019indépendance.L\u2019écureuil techtonique Si les nouvelles frontières de la Terre disloquent le petit clan, poussant Manny, le tigre Diego et le paresseux notoire Sid sur un glacier à la dérive, ils restent bien déterminés à rentrer au bercail.Au milieu d\u2019un océan agité, ils trouveront sur leur route un gorille.pirate Q\u2019ignore lequel des deux éléments est le plus absurde!) entouré de belles crapules; Manny et sa bande ne feront qu\u2019une bouchée de leur navire, un affront qu\u2019ils vont payer cher, et ce, pour notre plus grand plaisir.Cet Ice Age est une bonne vieille paire de pantoufles : confortables et tissées à la manière des précédentes, question de ne rien brusquer, surtout pas les attentes.L\u2019apparition de nouveaux personnages plus près de notre monde que de celui des mammouths (les création-nistes risquent d\u2019y voir un exposé scientifique) indique clairement une urgence de renouvellement, sans pour autant faire de cette stratégie narrative un total aveu d\u2019impuissance créatrice.Car à défaut d\u2019audace, cette fantaisie polaire se décline à un rythme endiablé, une vitesse qu\u2019impose chaque fois la toute première scène avec Scrat, modèle redoutable de drôlerie et d\u2019efficacité dont les admirateurs ne peuvent plus se passer \u2014 et j\u2019en fais partie.Si l\u2019humour demeure une denrée bien présente et très abondante, il se décline toujours sur un ton bon enfant, rarement choquant, constamment dépouillé d\u2019un hypothétique deuxième degré que ne cherchent jamais à conquérir les artisans.Une fois encore, c\u2019est l\u2019atteinte d\u2019un plaisir ras-sembleur et consensuel qui cimente ce petit monde de grosses bêtes d\u2019un autre âge.pas si éloigné du nôtre.Collaborateur Le Devoir ^ Hydro Québec LE FESTIVAL DE lanaudiere Le plus grand festival de musique classique au Canada MOMENTS UNIQUES 7 JUILLET au 5 AOÛT 2012 présente en collaboration avec ALAIN LEFEVRE \u2014 CREATION DES PRELUDES DE DOMPIERRE Samedi 14 juillet / 20 h Alain LEFÈVRE, piano Programme : DOMPIERRE Programme : PUCCINI, VERDI, DONIZETTI CONCERT ©YAMAHA TOUS EN CHŒUR ! Dimanche 15 juillet /14 h ORCHESTRE DU FESTIVAL CHŒUR FERNAND-LINDSAY CHORALE VOIX DES MOULINS Julien PROULX, direction et chef de chœur Alexandra BOULIANNE, direction et chef de chœur Éric THÉRIAULT, ténor I Stephen HEGEDUS, baryton-basse Billetterie 450 759-4343/1 800 561-4343 | lanaudiere.org O DesJardins ^ Canada 0\t\"\"©YAMAHA Ær, I\t(SSSSSSS 20TH CENTURY FOX Scrat l\u2019écureuil est aussi fébrile que jamais à l\u2019idée d\u2019attraper un gland qui ne cesse de se dérober.C\u2019EST NOTRE 7^30 TOUT LE MONDE EN PARLE ! «Très bonne pièce, pour ses 30 ans, Juste pour rire frappe TRÈS FORT!» - Catherine Richer, Puisqu'il faut se lever 98,5 FM «À voir ABSOLUMENT! (.) Mise en scène EFFICACE de Serge Denoncourt!» - Valérie Guibbaud, Rythme FM «Allez-y, c\u2019est du pur bonheur! (.) 5 acteurs brillants, EXCELLENTS! (.) TELLEMENT drôle, on rit, on se tord de rire!» -Marie-Christine Proulx, Salut Bonjour! «Un show à voir ABSOLUMENT, rire à en pleurer!» -\tMélanie Maynaid, sur Twitter « Le Prénom: une pièce qu\u2019on ne fait pas que recommander aux amis, ON RETOURNE AVEC EUX! » -\tLuc Boulanger, La Presse «Le Prénom sera sans contredit le SUCCES théâtral de l\u2019été 2012!» -\tHerby Moreau, sur Twitter « DRÔLE à mourir.Acteurs FORMIDABLES!» -\tNathalie Petrowski, sur Twitter N, «Une pièce savoureuse! (.) Vous allez passer une superbe soirée ! » - Isabelle Laçasse, Rouge FM \\ «Très bonnejpièce (.) rires garantis (.)/ hilarant!» - Catherhe Chantal-Bolvin, C'est Extra! 7 Mise en scène Serge Denoncourt Une pièce de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière Avec Adcptâtion Maryse Warda Direction artistique Pierre Bernard Christian Bégin Catherine-Anne Toupin Patrice Robitaille Isabelle Vincent Gabriel Sabourin ACHETEZ LE PASSEPORT TOUT LE ^\t FESTIVAL U\t POUR\t ACHETEZ VOS BILLETS MAINTENANT! 514 845-2322 hahaha.com BILLETTERIE - OUVERT TOUS LES JOURS DE 7H à 23H Pféwttpaf > VIDEOTRON nnnoiniiiitnatlonal 514.871.2224 facebDok.com^iistepourrirB\t9 itaatioaal r I\t\\ 1^ 9Juste_pour_rire, #JPR30 ^ .(> VIDÉOTRON IIR CANADA N Capîlafi^ Canada %tVH Québeci E 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 JUILLET 2012 IDE VISD Univers casino : travailler pins pour jouer plus La peintre bédéiste Marie-Claude Pratte revient en solo après six ans d\u2019absence.Hargne et caricatures assassines, ses traits caractéristiques, flottent au-dessus de cette série de tableaux critiques de nos sociétés casinos.UNIVERS CASINO Marie-Claude Pratte Maison de la culture Notre-Dame-de-Grâce 3755, rue Botrel Jusqu\u2019au 25 août JÉRÔME DELGADO Le trait est rapide, parfois légèrement brouillon, parfois suffisamment précis pour qu\u2019on y reconnaisse le sujet.Le texte, à peine quelques mots écrits au pinceau, est incisif.L\u2019ensemble se décline en plusieurs panneaux, comme les cases d\u2019une bande dessinée.Marie-Claude Pratte pratique la peinture à la manière d\u2019une bédéiste.Son exposition ne suit pas pour autant un seul fil narratif, du moins, pas Univers casino.Ce projet est le premier de l\u2019artiste en six ans.Elle ne s\u2019est pas totalement absentée de la scène tout ce temps \u2014 elle était du Symposium internatio- nal de Baie-Saint-Paul en 2007, puis d\u2019expos de groupe, comme Le Tarot de Montréal, dans le réseau des maisons de la culture en 2010.Mais il est bon de replonger dans ses «portraits de société», à la fois sombres et jouissifs.Sa critique sociale une fois de plus tombe pile.Marie-Claude Pratte a abandonné le concept des fresques historiques qu\u2019elle avait adopté pour La marche du monde (2002-2004) et Histoire de l\u2019artiste contemporain (H.A.C.\u2014 2001-2007).Elle ne propose pas non plus une mosaïque à l\u2019image de Portraits de société (1998), la série qui l\u2019a révélée.Moins uniforme, la quinzaine d\u2019acryliques sur bois 5\u2019Univers casino ne perd pas pour autant sa cohérence.Elles gagnent en autonomie, ce qui peut s\u2019avérer un plus lorsque vient le temps de jouer à l\u2019offre et à la demande.Rompre et éparpiller l\u2019ensemble H.A.C était désolant.Un éventuel démantèlement 5\u2019Univers casino importe peu.L\u2019artiste aurait-elle vendu son âme à ce diable du marché de l\u2019art qu\u2019elle a toujours regardé avec méfiance ?Pas sûr.Le vortex du cash Avec Univers casino, Marie-Claude Pratte s\u2019attaque aux dieux de l\u2019argent et des jeux de fortune.Son discours, direct, ne fait pas de doute : notre soif de pouvoir, notre ambition à s\u2019enrichir coûte que coûte, entraîne notre perte.Le triptyque Casino-galaxie en est un des meilleurs exemples : l\u2019intermi- nable file de machines à sous se perd dans les profondeurs de l\u2019espace, entraînée par la force d\u2019une spirale, d\u2019une comète contre laquelle aucune opposition n\u2019est possible.Un parcours guidé, fait de la PHOTOS CHRISTINE DESROCHERS Une peinture de la nouvelle série de Marie-Claude Pratte.main de l\u2019artiste, est disponible à l\u2019entrée de la salle.Pourtant, sur les murs et sur la table oû sont disposés de petits tondi [ces peintures sur un support de format rond], intitulés ici Jetons, l\u2019ordre est tout autre.Comme si le hasard, grand maître, s\u2019était mis de la partie au moment de l\u2019accrochage.Pas de séquence, donc, mais néanmoins une certaine logique s\u2019exprime dans l\u2019ordre des grandeurs.Entre le Casino-galaxie et les Jetons, entre la sphère la plus vaste et l\u2019objet le plus concret, l\u2019artiste représente l\u2019appât du gain à différentes échelles.Dans Univers-casino, l\u2019œuvre titre, les chiffres s\u2019imposent aux étoiles.Dans World Machine, des corps totems flottent autour d\u2019une ville posée sur une grille d\u2019écrans à numéros.«C\u2019est un monde de machines à argent, écrit l\u2019artiste.Le fond de la terre est raclé jusqu\u2019aux vestiges anciens.» Casino-Canada est un des plus complexes tableaux.Il fourmille de détails et de référents.Du train, symbole désuet à l\u2019origine de l\u2019unité nationale, à la feuille d\u2019érable au cœur du triptyque, chacun des emblèmes est teinté de la touche cynique de Pratte.Le convoi sur rails, dont les wagons transportent les richesses du sous-sol canadien («oil», «ink», «silver».).tourne en rond.Les totems sont en flammes pendant qu\u2019une Vierge Marie, en médaillon, n\u2019a qu\u2019un «pauvre Canada» à exprimer, alors que les membres de la police montée de la GRC tombent l\u2019un après l\u2019autre.Rire de la fin du monde Marie-Claude Pratte fait de l\u2019allégorie contemporaine, ce qui lui permet de tout citer, de jouer d\u2019anachronismes et de s\u2019approprier des personnages de la mythologie comme Fortuna et Indigentia, figures de la chance et de la misère.Elle se fait scientifique aussi dans Casino-cerveau, et ésotérique avec ses deux «étoiles de la Destinée», frappées d\u2019un «le futur n\u2019existe pas».Pessimiste et «fin-du-mon-diste», ce regard sur le règne de l\u2019argent?Certes oui, mais en le saupoudrant d\u2019humour, en le caricaturant, Marie-Claude Pratte laisse une note d\u2019espoir.Dans Sauve qui peut, œuvre à deux volets dans lequel «la Terre est épuisée, tout le monde se sauve les poches pleines», la simplicité de la composition garde les perspectives ouvertes.Pour une fois que ces pantins d\u2019humains prennent une initiative.Collaborateur Le Devoir LIVRES La belle affaire de l\u2019inspecteur Neuville Danielle Laurin A K Il n\u2019est pas mal rasé, il n\u2019est pas dépressif, ni alcoolique, ni divorcé.Il a une femme qu\u2019il aime, un jeune fils qu\u2019il adore, de saines habitudes de vie.Mais il est bel et bien.inspecteur de police.Depuis peu, il faut dire.Jonathan Neuville, jusque-là confiné à s\u2019occuper de délits mineurs comme aide-enquêteur en région éloignée, vient d\u2019avoir une promotion.Il s\u2019amène à Montréal tout fier, tout feu tout flamme, déterminé à prouver qu\u2019il est digne de confiance et apte à gravir les échelons.C\u2019est le point de départ du roman.ou presque.Nous verrons d\u2019abord dans quelles circonstances tragiques le nouvel inspecteur entre en fonction.Et ces quelques pages d\u2019introduction, en soi, sont une réussite.Le climat s\u2019installe tout de suite.Nous sommes entre chien et loup.Sur la route.La musique de Bach emplit l\u2019habitacle de l\u2019auto.L\u2019occupant, un inspecteur bientôt cinquante- naire, un certain Darmont, rentre chez lui à la campagne, oû sa femme l\u2019attend.C\u2019est le moment idéal, pour lui, de laisser aller ses pensées.De laisser venir à lui la perle manquante.De trouver, dans un éclair de génie, la solution d\u2019une affaire qui semblait pourtant impossible à résoudre.Mais quelque chose va se produire qu\u2019il n\u2019attendait pas.Que nous n\u2019attendions pas non plus.Bang.Changement complet de climat, d\u2019univers.Tandis qu\u2019une part de mystère demeure, flotte dans l\u2019air.Ce sera comme ça constamment, dans L\u2019affaire Brenner.On passera d\u2019un monde à l\u2019autre, continuellement, avec, chaque fois, l\u2019impression d\u2019y être vraiment.Sans pour autant tout comprendre.Mais sans pour autant perdre de vue le fil principal du récit, sa raison d\u2019être.L\u2019affaire des mains coupées Dans son roman précédent, Colomia, finaliste au Prix du Gouverneur général en 2008, l\u2019auteur nous transportait dans le milieu carcéral, vu de l\u2019intérieur.Cette fois, Jean-Pierre Trépanier, ex-bibliothécaire dans un pénitencier, nous Concert au Festival de Lanaudlère le vendredi 3 août du pianiste de renommée internationale ANDRÉ LAPLANTE avec rOrchestre symphonique de Montréal dirigé par Kent Nagano, au programme : Mozart, Brahms.Prolongation des réservations jusqu\u2019au 27 juillet! www.lesbeauxdetours.com 514 352-3621 peaux ^détours En collaboration avec Club Voyages Rosemont Titulaire d\u2019un permis du Québec amène carrément sur le terrain.Le terrain du crime, de l\u2019horreur.Et de l\u2019enquête.Sitôt présenté par le patron à ses nouveaux collègues.Neuville hérite d\u2019un dossier en cours, dont l\u2019enquête en est à ses balbutiements.Des restes humains découverts dans les poubelles.C\u2019est l\u2019affaire dite des mains coupées.Pas de témoin, pas de suspect.Quelques notes griffonnées par l\u2019enquêteur précédent, qui répond maintenant aux abonnés absents.Et des analyses de labo encore à faire.C\u2019est tout.Par oû commencer?Dossier brûlant Entre-temps, de jeunes ados s\u2019amènent dans une maison abandonnée, oû un homnre s\u2019est déjà pendu.A la nuit tombée, ils jouent à se faire peur.Ils s\u2019amusent à interpeller les esprits, au moyen d\u2019une planche de Ouija.Entre-temps, un homme bizarre se promène dans la ville, résistant à l\u2019envie de regarder en direction d\u2019une cour d\u2019école.Il fait des cauchemars Des références, surtout, à Tancien compagnon d\u2019armes de Jeanne d\u2019Arc, qui s\u2019est avéré l\u2019un des meurtriers les plus sanguinaires de l\u2019histoire la nuit.Et prend sa douche plusieurs fois par jour.Il s\u2019avère maniaque de propreté.Avide de pureté.Entre-temps, le jeune inspecteur s\u2019ennuie de sa femme et de son fils, qui devraient emménager bientôt avec lui.Il renoue avec sa sœur, victime d\u2019un accident d\u2019auto plus de vingt ans auparavant, et qui ne s\u2019en remet pas.Il fréquente aussi un ex-coéquipier, en pleine déprime, avec qui il avait été pris en otage dans le passé.Les restrictions budgétaires font des ravages au bureau.Les enquêteurs sont surchargés.Neuville, de son côté, se voit remettre entre les mains une patate chaude.Saura-t-il résister aux pressions, garder sa droiture dans cette affaire de viol oû le fils du ministre de la Sécurité serait impliqué ?Meurtrier historique Chaque aspect du récit, chaque strate en apparence indépendante des autres connaîtra des avancées, des développements, parallèlement.Jusqu\u2019au dénouement.Le tout, savamment orchestré.Malgré les dialogues, parfois un peu trop affectés.Malgré les discours de certains experts, parfois un peu trop appuyés, quand ils n\u2019apparaissent pas juste simplets.Et malgré quelques passages qui flairent un peu trop les bons sentiments.L\u2019enquête, elle, avance à petits pas.La piste d\u2019une secte adepte de rituels maléfiques se présente.Puis une autre.Tandis que deux jeunes enfants sont portés disparus.Ça se complique.Puis, ça se précipite.Il faut accepter de ne pas tout comprendre.Il faut accepter, une fois le livre refermé, que le mystère continue à planer concernant certains phénomènes étranges.L\u2019affaire Brenner flirte avec le fantastique.On retrouve aussi une touche historique.Des références, surtout, à l\u2019ancien compagnon d\u2019armes de Jeanne d\u2019Arc, qui s\u2019est avéré l\u2019un des meurtriers les plus sanguinaires de l\u2019histoire.De Retz, son nom.Gilles De Retz.Ou de Rais.Mieux connu aujourd\u2019hui dans la mythologie sous le nom de Barbe-Bleue.Chemin faisant, on s\u2019at- tache au personnage du jeune inspecteur Neuville.On aimerait en savoir plus sur lui, sur son passé, sur les démons qui se cachent (peut-être) dans son placard.On voudrait le voir évoluer, le voir vieillir, pourquoi pas ?Le voir encore à l\u2019œuvre, quoi! L\u2019affaire Brenner, début d\u2019une suite de polars ?L\u2019AFFAIRE BRENNER Jean-Pierre Trépanier Les éditions Sémaphore Montréal, 2012,204 pages JEAN PIERRE TRÉPANIER L'affaire Brenner ROMAN POLICIER lESÉI H Le QuéSec, fa vmie histom! dfunp tit peupCe 6en accommodant Le QueBec du B g Hang a 1920 Une histoire vraie du Québec en bédé, tome 1 Marier histoire, humour et bande dessinée est un exercice narratif toujours très périlleux.L\u2019auteur Fernand Foisy a déjà signé la biographie du syndicaliste Michel Chartrand, aux éditions Lanctôt.Ici, il change de genre, jumelé à la jeune dessinatrice Carey Chan.La paire fait la démonstration de la difficulté de l\u2019alliage avec Le Québec, la vraie histoire, tome 1, qui vient de paraître aux éditions du Pays montant.Sous la couverture souple, les grandes figures qui ont façonné la province, de Frontenac à Guy A.Lepage en passant par d\u2019Iberville, Bernard Landry et Mi-chaëlle Jean, s\u2019y côtoient dans un ensemble de scènes grotesques et sans grand intérêt dont la charge comique semble tout droit sortie des années 1980.Débordant d\u2019un cabotinage insipide, fait sur le dos de l\u2019histoire, le bouquin, en quatrième de couverture, souligne pour se vendre qu\u2019il faut «connaître d\u2019où l\u2019on vient pour savoir où l\u2019on va», et précise qu\u2019il couvre pour le moment «l\u2019histoire d\u2019un p\u2019tit peuple ben accommodant», du Big Bang à 1920.Et bien sûr, pour cette raison, la perspective d\u2019une suite et d\u2019une incursion dans l\u2019histoire contemporaine du Québec fait déjà frémir.Le Devoir LES JARDINS DU PRÉCAMBRIEN Symposium international d'art in situ Du 14 juillet au 14 octobre 2012 à Val-David Vivez une expérience pour toute la famille dans les Jardins du précambrien : trois kilomètres de sentiers, visites guidées, symposium d^art in situ, concerts et conférences ! Ouverture des Jardins Du 14 juillet au 3 septembre 2012 : ouvert?jours/semaine, de 10 h à 17 h Du 8 septembre au 14 octobre 2012 : ouvert les samedis et dimanches, de 10 h à 17 h FONDATION DEROUIN 1301, montée Gagnon, Val-David I www.jardînsduprecambrien.com L'ARBRE DE LA MÉMOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE 21 JUILLET Henri Dorion, géographie 28 JUILLET\t™ Pierre Nepveu, poésie 4 AOÛT Michel Allard, histoire 11 AOÛT\ti Manon Regîmbald, art 35\" ANNIVERSAIRE\t\"\u201c\u201c-«T-.™ DE LA CHARTE DE LA LANGUE FRANÇAISE LE DEVOIR LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 JUILLET 2012 E 7 LIVRES Le grand roman socialiste américain Louis Hamelin Au début de l\u2019été, les gros romans américains s\u2019abattent comme des bombes intelligentes d\u2019une tonne sur la boîte aux lettres du chroniqueur.Voici Philip Caputo, le «nouveau Cormac McCarthy», et son Clandestin, une bagatelle frontalière de 733 pages.Voici encore Transes, du «nouveau Don De-Lillo», qui s\u2019appelle Christopher Sorrentino : 735 petites pages.Si on inclut les pages de remerciement et de mention des sources dans le décompte du Caputo, on arrive à 735, et les deux romans ont alors exactement le même nombre de pages, ce qui serait un drôle de hasard si le hasard existait, sauf que les admirateurs de la série Lost savent à quoi s\u2019en tenir là-dessus.Trouverons-nous le temps, entre les séances de crémage à l\u2019écran solaire de force 60 du bambin, les remplissages de pataugeuse au boyau d\u2019arrosage et les expéditions de chasse aux perce-oreilles autour du carré de sable, de nous farcir ces considérables tas de papier?Ça reste à voir.Ces fous écrivant En attendant, voici, pour la moitié du nombre de pages, sinon du prix, le «nouveau Kurt Von-negut» : Chris Bachelder, une espèce de météorite qui donne l\u2019impression d\u2019avoir, à lui seul, avec un naturel déconcertant, affranchi cette littérature étasunienne de son réalisme souvent laborieux.Sans doute juste une impression : si ça se trouve, les joyeux fous de la prose dans son genre sont plus nombreux qu\u2019on ne le pense au sud de la frontière, et spécialement du côté de San Francisco et des revues McSweeney\u2019s et Die Believer, dont il est un collaborateur régulier.De toute manière, US! Ae Chris Bachelder tranche nettement sur la production courante, grand public, traduite à Paris et déversée par pleins tombereaux sur les présentoirs de nos librairies.Un roman politique, à la fois ironique et joyeusement engagé, joycien, porté par une écriture en état de grâce, on ne voit pas ça débouler sur la table de travail tous les jours, comme un grand soijffle d\u2019air frais au cœur de l\u2019été.A l\u2019automne 2001, Bachelder, né en 1971, a fait paraître un premier roman intitulé Bear vs.Shark, féroce satire, dit-on, de la culture étasunienne, qui est passée complètement dans le beurre patriotique beurré épais d\u2019une Amérique qui cherchait encore ses tours.Cinq ans plus tard, en plein triomphe des valeurs chrétiennes intégristes et à la veille de la crise des subprimes et de l\u2019effondrement du système bancaire du Rêve américain, dans un Etat où vouloir procurer des soins de santé décents aux citoyens les plus démunis fait de vous un socialiste, c\u2019est-à-dire quelqu\u2019un qui porte une moustache à la Hitler et doit être exterminé \u2014 les nuances n\u2019ayant jamais été la grande force des ultracon-servateurs à la sauce Tea Party \u2014, et où l\u2019idée même d\u2019une gauche radicale fait figure d\u2019abstraction lyrique, Bachelder fait paraître US! «Plus personne ne parle du capitalisme, dit Sinclair, personnage du roman.Plus personne ne prononce même ce mot.Le capitalisme a toujours tué et affamé les gens, mais au moins, avant, on l\u2019appelait par son nom.Les hommes d\u2019affaires et les politiciens avaient au moins la décence de reconnaître ses excès, sa cruauté.Personne n\u2019y voyait quelque chose d\u2019inévitable.Aujourd\u2019hui, c\u2019est comme si les poissons ne savaient même plus qu\u2019ils sont dans l\u2019eau.Comment voulez-vous vous battre pour un autre monde quand les gens ne savent même plus qu\u2019un autre monde est possible ?» L\u2019Histoire dans l\u2019histoire «Son père avait écrit un jour que partout où se trouvent des millionnaires, on trouve aussi des socialistes, car ils sont la cause et l\u2019effet Mais ce n\u2019était même plus vrai.Il aurait été plus juste de dire que partout où se trouvent des millionnaires, on trouve aussi des gens qui veulent le devenir à leur tour.» « Sinclair pensait que les choses étaient vouées, soit à s\u2019améliorer, soit à empirer.Beaucoup partageaient cette croyance.C\u2019était une croyance américaine.Mais ce n\u2019était pas que les choses s\u2019amélioraient ou empiraient, se dit Paul.Les choses empiraient \u2014 lentement, ou rapidement.» Trois constats, somme toute réalistes, de l\u2019état de l\u2019idéal socialiste en Amérique du Nord.Ce qui l\u2019est moins, c\u2019est le roman de Bachelder.Sinclair, c\u2019est Upton Sinclair (1878-1968), ex-candidat socialiste au poste de gouverneur de la Californie ASSOCIATED PRESS Upton Sinclair, ex-candidat socialiste au poste de gouverneur de la Californie en 1934, devient ici personnage de roman.en 1934, fondateur du mouvement End Poverty In California (EPIC) et auteur de quelque chose comme 87 livres, dont Pétrole !, qui a donné le film There Will Be Blood.Mais plus qu\u2019un personnage historique, Upton Sinclair (US), est la grande trouvaille romanesque de Bachelder, le Don Quichotte que le romancier donne en pâ- ture à une nation qui n\u2019a jamais eu le sens du ridicule, comme le prouve le business mortellement sérieux qu\u2019est son culte des héros.Le magazine Time a décrit Sinclair comme un «homme paré de tous les dons sauf l\u2019humour et le silence».Bachelder a du moins remédié à la première carence.Sous sa plume, Upton devient, tout à fait comme Quichotte, à la fois sensé à l\u2019extrême, monomaniaque et d\u2019un comique irrésistible.Toujours renaître Un Don Quichotte d\u2019ailleurs mâtiné de Rip Van Winkle et de Dracula, le personnage que Bachelder fait (littéralement) revivre sous nos yeux étant, à l\u2019image de l\u2019idéal socialiste qu\u2019il incarne, impossible à tuer.Le roman s\u2019ouvre sur la fuite, à bord d\u2019une Plymouth Valiant volée au père de l\u2019un d\u2019eux, de deux jeunes gens qui emportent dans la nuif vers une destination inconnue, le cadavre fraîchement exhumé de Sinclair en train de ressusciter.Juste pour donner le ton.Dans le miroir déformant que nous offre cette histoire où le délire le plus puissant et pissant n\u2019arrive pas à déguiser complètement une certaine réalité culturelle contemporaine, des tireurs solitaires, nouveaux héros des masses, se font un nom et accèdent aux couvertures des magazines en assassinant Upton Sinclair, lui et toujours lui ! Entreprise sans cesse à recommencer, puisqu\u2019il ne manquera jamais de jeunes gens, dont fait sans doute partie Chris Bachelder lui-même, pour ressusciter, sinon un romancier généralement considéré comme mauvais et plus qu\u2019un peu pontifiant, du moins ce qui dans l\u2019homme refuse de s\u2019éteindre.Dans sa capacité de nous rendre une telle figure aussi admirable que ridicule, grâce à un livre qui, à la triple enseigne de Don Quichotte, de Joyce et de Vonne-gut, réussit l\u2019exploit d\u2019être en même temps un sommet d\u2019ironie et un grand roman engagé, Chris Bachelder montre ce que ce genre littéraire peut encore, ce qu\u2019il est le seul à pouvoir faire, à notre époque.Inutile d\u2019attendre le film.hamelin.lou@gmail.com US! Chris Bachelder Traduit de l\u2019anglais par Pierre Demarty Editions Sonatine Paris, 2012, 374 pages Ton nom SUZANNE GIGUERE ron nom est Nikutshash.» C\u2019est en ces mots que Nepton, un Innu venu de Pointe-Bleue, s\u2019est adressé à Monique Miville-Deschênes à la fin de son tour de chanf il y a quarante ans.La petite fille, qui en classe «apprenait mieux par la fenêtre», rend aujourd\u2019hui hommage à cet homme avec qui elle partageait déjà, à son insu, l\u2019amour de la nature, de la terre et du pays.«Délicieusement, au soleil, on prend le temps de mâchouiller les petites feuilles vertes qui renferment à elles seules tout l\u2019été.Plus loin, des gadelles \u2014 des groseilles chaudes et sucrées.Juste avant de rentrer dans le sous-bois, ce sont les cerises à grappes, qui laissent la langue rude et violette.» Le chant d\u2019une grive fauve au couchant de juin, une marée d\u2019iris bleus sur la grève.Monique Miville-Deschênes possède un regard, ce qui donne à son dernier livre une qualité toute visuelle.Son écriture est liée à la nature, aux quatre éléments, à la couleur gaspé-sienne \u2014 blanc cru des hivers et blondeur des chaleurs de juillet \u2014, aux textures et aux reflets.En la lisant, on se sent bien.Les sens comblés, rassasiés.La beauté, la douceur, la joie, à son sommet.L\u2019auteur e-compositrice-in-terprète vit à Saint-Jean-Port-Joli.Qn l\u2019imagine dans sa petite maison de bois rond résonnante comme un violoncelle, assise sur la falaise, le fleuve à ses pieds.C\u2019est là qu\u2019elle écrit.«Je chante et f écris pour pister mon chemin.Me retrouver, en cas de désarroi.Autant que possible, ne rien perdre de ce que je vois au plus profond de moi.C\u2019est parfois vertigineux.» Chants et souvenirs Sa voix porte loin et haut.Ce qu\u2019elle nous raconte a le goût de sève ou de noisette, parfois d\u2019amertume, parfois de déception, toujours de franchise.Son livre se fragmente en une myriade de récits animés, entrecoupés de soupirs, de réflexions, de promenades et de contemplations.Ici, un goût d\u2019enfance heureuse à jamais enfoui dans les galets rouges des grèves remonte.Là, elle ouvre le coffre de marin en pin blond avec des poignées en gros câble d\u2019amarre à chaque bout qu\u2019un vieux na- vigateur de L\u2019Islet-sur-Mer lui a offert.Une époque riche en rencontres défile : Pierre Perrault, dont elle fut l\u2019interprète des chansons de ses fdms sur le fleuve ; le Théâtre des Trois-Baudets, Place Pigalle à Paris avec la troupe du Théâtre-Québec, Félix Leclerc en tête, où elle chanta pendant cinquante soirs en 1965.Fortement engagée, Monique Miville-Deschênes veille librement, dénonce quand c\u2019est nécessaire.«Les pays crèvent sous leurs dettes.A coups de millions de milliards, les dirigeants enfoncent leurs populations dans des spirales insensées.» Certains jours, il ne lui semble pas nécessaire de rajouter un mot à la suite de tous ceux déjà écrits, sinon un point de stupéfaction.Militante indépendantiste, elle souhaite que les Québécois se réapproprient le projet souverainiste.A ses détracteurs qui lui reprochent d\u2019être plus politique qu\u2019écri-vaine, elle rétorque que tout est politique et cite Rousseau : «Ceux qui voudront traiter séparément la politique et la morale n\u2019entendront jamais rien à aucune des deux.» Qn est séduit par le talent de la conteuse populaire, la fraîcheur, la force et l\u2019authenticité de ses récits, la souplesse de l\u2019écriture qui rappelle le balancement des blés dans le vent.«Par tous les pores de la vie, l\u2019ivresse à son sommet.» 11 y a dans cette phrase toute la sagesse, la beauté et la poésie que porte ce recueil.Collaboratrice Le Devoir TON NOM EST NIKUTSHASH Monique Miville-Deschênes Editions Trois-Pistoles Trois-Pistoles, 2012, 344 pages Monique Miville-Deschenes Ton nom est Lire, bien plus qu\u2019un divertissement Les chroniques de Michel Cournot ÙAxNouvel Observateur comme leçon de lecture GILLES ARCHAMBAULT Je le dis d\u2019emblée, je ne suis pas un grand consommateur d\u2019ouvrages sur la littérature.Pour que je m\u2019intéresse à une biographie, il faut que l\u2019écrivain dont on prétend évoquer la vie me soit très proche.De même, les études littéraires risquent de me faire bâiller tant est faible ma tolérance à ce chapitre.Si je lis un compte rendu d\u2019un livre récemment paru, je ne m\u2019attends pas à «une critique».Le domaine qui nous intéresse n\u2019a rien de défini.Qu\u2019est-ce qu\u2019un bon livre?S\u2019il paraît l\u2019être, est-ce pour bien longtemps?Et puis, qui est ce zigue qui prétend orienter nos lectures et nous détourner de certaines autres ?Cette entrée en matière ne veut que convaincre de lire, toutes affaires cessantes, De livre en livre de Michel Cournot.11 s\u2019agit d\u2019un choix opéré par J.-B.Pontalis à même les chroniques qu\u2019a rédigées le journaliste pour le Nouvel Observateur durant une quarantaine d\u2019années.Les livres des autres Je n\u2019ai pas été étonné d\u2019apprendre que Cournot ne parlait que des ouvrages qu\u2019il avait choisis.Pontalis a raison de souhaiter que les chroniques proposées «ne soient pas lues comme des comptes rendus, comme des critiques, mais bien comme des textes d\u2019un écrivain exceptionnellement doué, inventif qui, j\u2019en ignore les raisons, sans doute parce qu\u2019il aimait trop les livres des autres, en a peu écrit lui-même».Qn peut déplorer qu\u2019il ait opté pour cette orientation.Je ne le crois pas.Car savoir parler des livres des autres sur un ton qui est unique, réussir à amener de nouveaux lecteurs à une œuvre qui selon vous le mérite, voilà qui relève de la création littéraire.Encore faut-il avoir un goût hors du commun et disposer d\u2019un talent pour l\u2019écriture imparable.Cournot était un écrivain.11 n\u2019a rien d\u2019un donneur de leçons.11 faut avant tout que le chroniqueur aime lire et qu\u2019il ne Un livre qui nous entraîne hors des phrases qu\u2019il nous propose, qui nous fait rêver, est une promesse de bonheur donne pas l\u2019impression en livrant ses impressions de lecture de rédiger un pensum.Qu\u2019il aborde les écrivains les plus divers, la comtesse de Sé-gur, Kafka, Gide ou Pessoa, Cournot parvient à suivre l\u2019actualité de l\u2019édition sans la réduire à son aspect événementiel.Bref, il nous persuade que ce n\u2019est pas la parution récente d\u2019une œuvre qui le porte à traiter de son auteur, mais plutôt la curiosité qu\u2019il a de mieux le connaître, ou le désir de partager sa fascination.11 s\u2019amuse à rappeler la conviction qu\u2019avait Thomas Bernhard que la lecture soit un piège.Dans Maîtres anciens, et Cournot le cite, l\u2019Autrichien écrit: «Il y a une chose qui me stupéfie, quand je regarde (sans les lire) les rubriques littéraires des journaux, c\u2019est que les types qui soi-disant rendent compte des livres ne préviennent jamais les lecteurs qu\u2019ils ne les ont pas lus.Or, jamais ils ne les ont lus.Il y a deux choses interminables dans la vie, faire bouillir de l\u2019eau et venir à bout de la lecture d\u2019un livre.» Savoir lire J\u2019ai plaisir à m\u2019imaginer Cournot dans l\u2019acte de lecture.Je ne crois vraiment pas que cette opération ait pu lui paraître longuette.Les mauvais livres, ou ceux qu\u2019il ne parvenait pas à aimer, il devait les ignorer superbement.Mais devant un ouvrage qui l\u2019enchantait, quelles délices ! Un livre qui nous entraîne hors des phrases qu\u2019il nous propose, qui nous fait rêver, est une promesse de bonheur.D\u2019avoir su parler de façon si convaincante et si fervente d\u2019un iconoclaste aussi radical que Thomas Bernhard n\u2019empêchait pas notre homme dp faire l\u2019éloge de la lecture.A preuve: «La terre sur quoi nous vivons est parcourue en tous sens par des personnes impalpables qui ont en français des noms féminins: la folie, la solitude, l\u2019absence, la mort, qui font peur, à vue de nez; et toutes ces personnes ont une même petite sœur, innocente, qui court sous les arbres, traverse les champs pieds nus, se cale discrètement sur ses menues fesses dans un coin de compartiment, la lecture.» Mais oui, la lecture, celle dont Cournot disait aussi qu\u2019elle est «un acte de tout l\u2019être, qui met en feu tous les sens» et à propos de laquelle on continue de propager bien des sottises.Un divertissement, prétend-on.11 doit bien avoir autre chose chez Paulhan et chez Michaux, chez Queneau et chez Thomas Mann.Un livre comme celui-là le prouverait d\u2019emblée.Collaborateur Le Devoir DE LIVRE EN LIVRE Michel Cournot Gallimard Paris, 2012, 283 pages R ?l^Gaspard-LE DEVOIR ALMARÈS Da 2 an 8 jniDet 2012 AUTEUR/EDITEUR Romans québécois 1 La chasse est ouverte Chrystine Brouillet/Courte fchelle 1/4 2 Vbtte-face et malaises 2/16 3 Souvenirs de la banlieue \u2022 Tome 2 Michel 3/4 Anne Robillatd/Wellan 6/11 4\tLes héritiers d'EnIddiev » Tome 5 Abussos 5\tAu bord de la rwiere » Tome 3 Xavier 6\tLit double_________________________________ 7\tSouvenirs de la banlieue » Tome 1 Sylvie 8\tMémoires d\u2019un quartier » Tome H Bernadette, la suite Louise Tremblay4l'Essiambtti/Guy Saint-Jean 7/13 9\tFélicité » Tome 2 La grande ville 10 I Michel David/Hurtubise Janette Bertrand/Ubre Expression Rosette Laberge/Les Éditeurs réunis Jean-Pierre Charland/Hurtubise 5/11 4/11 8/3 10/14 Jocelyne Saucier/XYZ ' Romans étrangers 1 7 ans après., Guillaume Musso/XO James Patterson/Lattès 1 L'été de la deuxième chance Eiin Hilderbrand/Lattès 1/13 -/I 3/2 4\tVbIte-lace____________________ 5\tLa liste de mes envies 6\tSi c'était è relaire__________ 7\tLes années perdues____________ 8\tL'attente de l'aube___________ 9\tLa mort s'invite â Pembertey 10 L'œil du léopard Michael Connelly/Calmann-Lévy Marc Levy/Robert laffont Mary Higgins Clark/Albin Michel William Boyd/Seuil RD.James/Fâyard Henning Mankell/Seuil 2/9 5/11 4/11 6/6 8/4 9/2 7/9 Essais québécois David RobichaudI Patrick Turmel/Atelier 10 -/I 2 Les faces cachées d'AmirKhadir Pierre K.Malouf/Accent grave 1/2 3\tComment mettre la droite K.O.en 15 arguments 4\tI Jean-François Lisée/Alain Slanké -n Richard Le Hir/Michel Driilé 2/13 5 L'art presque perdu de ne rien faire Dany Lafèrtière/Borèal 4/4 6 C'était au temps des mammouths laineux 3/22 7 Un gouvernement de trop Stéphane Gobeil/VLD 5/9 8 L'Etat contre les jeunes.Comment les baby-boomers.Éric Duhaime/VLD -/I 9 Québécois 101.Notre portrait en 25 traits Rene Côté/Québec Amérique 10/9 10 La soif de bonheur Colleclif/Dayard 8/10 \u2019^Essais étrangers 1 Destruction massive.Géopolitique de la faim Jean Ziegler/Seuil 1/14 2 Le dérèglement du monde.Quand nos cMisalions s'épuisent Amin Maalouf/LGF 5/4 \\ Une histoire populaire de l'humanité Chris Hamian/Doréal -/I 4 Petit cons [fautodélaise en économiaCabc du capitalisme Jim Stantord/Lux 6/2 5 Le goût de vh/re et cent autres propos André Comte-Sponville/LGF 4/3 6\tL'empire de fillusion 7\tI Chris Hedges/Lux 7/14 Maicolm Gladwell/Transconrinentai -n 8 4000 ans de mystiticalions historiques Gerald Messadié/Archipel 2/2 9 Je faime à la philo.Quand les philosophes., Qlhria Gazalé/Robert Laffont 10/2 10 Indignetvousi (Ediffon revue et augmentée) Stéphane Hessel/Indigène -/I La BRF (Société de gestion de ia banque de titres de tangue française) est propriétaire du sy^me dlnftxmation et d'anaiyse fisynrt/ sur les ventes de livres français au Carvrda.Ce palmarès est extrait de et est constitué des relevés de caisse de 215 poinis de vente.La BILF reçoit un soutien ffttancier de Patrimoire canadien pour le pmjet thpn/.© BIIF, toute reproduction totale ou partielle est interdite. E 8 LE DEVOIR LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 JUILLET 2012 LIVRES Rafael Nodal, le matador anxieux L\u2019« autobiographie » du joueur de tennis vedette est solidement construite L3 Louis CORNELLIER cEnroe, c\u2019était l\u2019artiste du tennis soupe au lait; Borg, le Viking flegmatique ; Lendl, le robot de l\u2019Est; Agassi, le Md américain monté sur ressorts.Aujourd\u2019hui, si Eederer incarne l\u2019efficace élégance suisse sur un court de tennis, Rafael Nadal, lui, représente le forçat espagnol dans la fosse aux lions.«Parfois, avoue Nadal, je regarde jouer Federer sur des vidéos et je suis sidéré par la qualité de son jeu; je n\u2019en reviens pas d\u2019avoir réussi à le battre.» Cet aveu, qui résume bien la personnalité modeste et respectueuse du champion de tennis espagnol, se trouve dans Rafa, l\u2019autobiographie de Nadal, écrite en collaboration avec le journaliste britannique John Carlin.Ce dernier, dont la mère est Espagnole, a accompagné le clan Nadal pendant des mois afin de mener à bien ce projet.Auteur du livre qui a inspiré le scénario du film Invictus, réalisé par Clint Eastwood en 2009 et portant sur la réconciliation nationale sud-africaine par le sport après des années d\u2019apartheid.Carlin, avec Rafa, signe une biographie sportive de qualité.Les amateurs de tennis qui ont lu Open (Plon, 2009), l\u2019autobiographie d\u2019André Agassi rédigée en collaboration avec le journaliste J.R.Moehringer, seront peut-être un peu déçus par Rafa.Retraité du tennis et doté d\u2019un tempérament plus tranchant que celui de Nadal, Agassi, dans son témoignage.crachait le morceau sans réserve.11 avouait avoir toujours détesté le tennis à cause de son père, entraîneur, s\u2019être mis une perruque pendant plusieurs années et avoir pris de la drogue, il racontait son ratage amoureux avec Brooke Shields, ses tentatives de séduction auprès de Steffl Graf, ses grosses déprimes fréquentes et se permettait des commentaires désobligeants sur plusieurs de ses adversaires, le tout brillamment mis en forme par son nègre.Open, pour toutes ces raisons, constitue un sommet en matière d\u2019autobiographie sportive.Tics et mise en scène Dans Rafa, Nadal nous en apprend un peu sur lui, mais ne s\u2019épanche pas, fidèle en cela à sa double personnalité, que sa mère résume en évoquant le «contraste entre son incroyable courage sur un court de tennis et son extrême anxiété en dehors du court».Nadal, en effet, a peur du noir \u2014 il dort avec la lumière ou la télé allumée \u2014, du tonnerre et des animaux.Profondément attaché à sa terre natale, la ville de Mana-cor, sur l\u2019île de Majorque, où il réside toujours avec tous les membres de sa famille, «il a toujours le mal du pays» dès qu\u2019il est sur la route et n\u2019imaginait pas pouvoir sortir avec une fille qui viendrait d\u2019ailleurs.Sa discrète copine est évidemment originaire de l\u2019île.«Il est au sommet du tennis mondial, dit sa mère, mais au fond de lui, c\u2019est quelqu\u2019un d\u2019excessivement sensible, rempli de scrupules et de peurs de toutes sortes que les gens qui ne le connaissent pas auraient du mal à soupçonner.» Incapable de manger du fromage et des tomates (ça me rassure, je pensais être seul dans ce cas), nerveux et prudent lorsqu\u2019il conduit une automobile, Nadal le tennisman apparaît peut-être comme Superman aux yeux du public, écrit Carlin, mais pour ses intimes, il est plutôt Clark Kent.L\u2019explication de ses nombreux tics, sur le court, n\u2019est pas à chercher ailleurs.« C\u2019est une façon de me situer par rapport au match, d\u2019organiser mon environnement pour ordonner aussi mon mental», explique Nadal.«Il doit se construire une armure de courage avant d\u2019aborder un grand match», continue Carlin.Grand ami de Nadal, l\u2019ex-champion espagnol Carlos Moyà a des doutes.«Ses rituels qu\u2019il a, dit-il, ce sont des effets de scène» pour intimider l\u2019adversaire.Entraîné depuis sa petite enfance par son oncle Toni, frère de son père et ex-joueur de tennis professionnel sans palmarès, Nadal a été formé à la dure, mais il ne s\u2019en plaint pas.«J\u2019ai eu une enfance de conte de fées», dit-il, malgré le fait que son oncle soit un spécialiste des réprimandes.Ce n\u2019est pas ce dernier, cependant, quoi qu\u2019en dise la rumeur, qui est responsable du fait que Nadal, droitier, joue de la main gauche au tennis.Nadal précisera toutefois, parlant de Toni, «que s\u2019il mérite un crédit pour tant de bonnes choses qui me sont arrivées dans ma carrière, il mérite aussi un blâme pour l\u2019inquiétude excessive qu\u2019il suscite en moi».Contre le «m\u2019as-tu-vu» Obsédés par un souci de «normalité», allergiques à tout le fla-fla lié au vedettariat, les parents et l\u2019entraîneur du champion lui ont inculqué un sens du respect ASSOCIATED PRESS L\u2019explication des nombreux tics, sm le court, de Nadal, viendrait de sa sensibilité et de sa grande nervosité.des autres et de la modestie assez rare dans ce milieu.Nadal et son clan, tissé si serré que Carlin le compare à une famille mafieuse, «la malveillance et les revolvers en moins», voyagent sur des vols réguliers et non en avion privé.«C\u2019est un peu trop m\u2019as-tu-vu pour moi», déclare le joueur.Grand admirateur de Eederer, qu\u2019il qualifie de «meilleur joueur de toute l\u2019histoire du tennis», Nadal, qui se fait un point d\u2019honneur d\u2019avoir une attitude exemplaire sur les courts, selon la règle établie par son oncle qui veut «quelqu\u2019un qui a une personnalité, mais qui n\u2019est pas un m\u2019as-tu-vu», explique comment il est parvenu à de multiples reprises à vaincre le maître suisse.«Son service, dit-il, est meilleur que le mien, sa volée aussi; son revers est probablement plus décisif que le mien, son revers slicé l\u2019est définitivement, et son positionnement sur le court l\u2019est également.[.] La stratégie contre Federer consiste à le maintenir la tête sous l\u2019eau, sans rien lâcher, depuis le premier point jusqu\u2019au dernier.» (J\u2019est ce que fera Nadal, lors de la finale de Wimbledon de 2008.La narration de ce match, le plus beau de toute l\u2019histoire selon Borg, sert d\u2019ailleurs, selon une formule éprouvée dans le genre, de fil conducteur à cette autobiographie solidement construite \u2014 chaque chapitre présente le témoignage de Nadal, suivi des précisions journalistiques de Carlin \u2014 et captivante.Le tout contient quelques erreurs factuelles (Roland-Garros n\u2019est pas le premier tournoi de Grand Chelem de l\u2019année et le tournoi de Montréal ne se remporte pas en gagnant trois manches, mais deux) et linguistiques (« au niveau des résultats», débuter un tournoi, absence de virgule devant « car »), mais reste du très bon récit sportif.louisco@sympatico.ca RAFA Rafael Nadal et John Carlin Traduit de l\u2019anglais par judith Coppel JC Lattès Paris, 2012, 320 pages ItVl J -n i ^\u20184 HURTUBISE En rappelant qu\u2019avant l\u2019arrivée des Européens, très peu d\u2019Amérindiens vivaient ici en permanence.Réjean Morissette nie l\u2019ancienneté d\u2019une forte présence.Les autochtones, frères oubliés MICHEL LAPIERRE Tandis que Ghislain Picard, leader autochtone québécois, juge que le Plan Nord vise à «séduire les investisseurs et non les Premières Nations», Réjean Morissette, expert lié au projet, publie un livre-choc : Les autochtones ne sont pas des pandas.En y rappelant qu\u2019avant l\u2019arrivée des Européens, très peu d\u2019Amérindiens vivaient ici en permanence, il nie l\u2019ancienneté d\u2019une forte présence.Oublierait-il que le Québec se trouve en Amérique ?La question se pose.Pour être un autochtone chez nous, descendre d\u2019une lignée dont l\u2019origine, sur le territoire du Québec, se perd dans la nuit des temps n\u2019est nullement un critère obligatoire.L\u2019autochtone se définit en fonction de l\u2019Amérique entière, continent qui préexistait à la colonisation européenne.La Nouvelle-Erance elle-même, dont le Québec est l\u2019héritier culturel, devait sa survie, sa dimension continentale et ses frontières souples à des rapports fructueux avec des Amérindiens venus des quatre vents.Né en 1953 et responsable, de 2002 à 2010, des liaisons du gouvernement québécois avec diverses nations autochtones, Morissette pense qu\u2019à la différence des pandas, mammifères menacés pour lesquels la Chine a créé une réserve afin de les protéger, nos aborigènes sont des humains qui devraient participer à l\u2019évolution de notre société.Qn ne peut que louer sa critique de l\u2019idéalisation aveugle des cultures traditionnelles et son rejet de la Loi fédérale sur les Indiens qui impose à ceux-ci V«exclusion ».Les racines rouges Toutefois, comment ne pas se sentir mal à l\u2019aise lorsque l\u2019essayiste reproche aux «11 na- L\u2019autochtone se définit en fonction de l\u2019Amérique entière lions autochtones reconnues au Québec d\u2019imaginer l\u2019histoire de leur présence sur le territoire au gré de leurs fantasmes» et traite les anthropologues qui étudient leurs cultures de «charlatans»! Morissette, qui souhaite avec raison donner «une citoyenneté aux autochtones » en préconisant «l\u2019abolition du statut d\u2019Indien et des réserves», manque de compréhension et de sensibilité à l\u2019égard de l\u2019identité ineffaçable des Premières Nations.Du même coup, il néglige une grande part de notre imaginaire collectif : l\u2019Amérique plurielle rêvée par Louis Riel et l\u2019historique symbiose culturelle célébrée par Jacques Ler-ron.Les «racines rouges qui percent les bois»,_ celles que chante le Huron Jean Sioui (né en 1948), V«immense lit d\u2019échange, d\u2019amour, de métissage», cher au Cri Roméo Saganash (né en 1962), ont insufflé à la poésie québécoise une modernité trempée dans la sève originelle.Quand Morissette souligne la situation privilégiée des Hurons, des Mohawks, des Cris, de certains Innus par rapport à des «laissés-pour-compte», comme les Innus de la Basse-Côte-Nord, les Attikameks et les Algonquins, il vise juste.Mais nous réduirons les différences qui nous blessent et valoriserons celles qui nous enrichissent seulement si nous reconnaissons la dimension autochtone du Québec tout entier.Collaborateur Le Devoir LES AUTOCHTONES NE SONT PAS DES PANDAS Réjean Morissette Hurtubise Montréal, 2012, 408 pages Victor Hugo chantant la lune Annie Le Brun nous donne à mliïe Le promontoire du songe GUYLAINE MASSOUTRE Dans la maison de Victor Hugo, place des Vosges à Paris, se tient l\u2019exposition Les arcs-en-ciel du noir.L\u2019essayiste Annie Le Brun, fameuse plume défenderesse de l\u2019imagination de Sade, Roussel et Jarry, a été invitée à fouiller dans les archives du grand homme.A Paris comme dans l\u2019autre fabuleuse maison d\u2019exil de Guernesey, Hauteville House, elle a prolongé son bel essai Si rien avait une forme, ce serait cela (2010), sélectionnant des encres, estampes, dessins, photographies, objets et des textes aux idées fortes.Parmi ses coups de cœur, gisait un texte méconnu, pièce de ce faramineux héritage.Le promontoire du songe (1863).11 avait bien été publié, dans des éditions critiques de 1969 au Club français du livre, en 1985 chez Laffont et en 1993 aux Belles Lettres.Le Brun nous le donne à relire, dans une collection populaire de Gallimard, y ajoutant une préface éclatante.Un trou dans l\u2019obscur Selon Le Brun, ce génie bipolaire était voyant.Lorsqu\u2019il écrivit ce texte, manifeste littéraire en faveur de l\u2019imagination, il appelait, écrit-elle, «la luxuriance contre le manque», «l\u2019imagination contre le ressas-sement», «l\u2019irréalité» comme une «donnée fondamentale de l\u2019humanité».Et Le Brun de fustiger toutes les modes de téléréalité et de marchandisation qui paupérisent notre temps en recyclant une culture formatée, désastreuse.Hors du commun, le petit récit hugolien s\u2019attarde sur un souvenir, remontant à trente ans auparavant.Invité par son ami Arago à regarder la lune dans son télescope, Hugo se souvient : au début, rien, mais soudain, des formes et taches deviennent «la mappemonde de l\u2019ignoré» et, dans sa pompe géniale, «le promontoire du songe».Sa langue alors déborde, prolifère, foisonne jusqu\u2019à toucher «l\u2019hilarité des ténèbres».Le Brun souligne cet enthou- siasme, la verve, la fabuleuse envolée dans le songe sur cette image, collée à la lentille.Hugo sonde le bout de l\u2019univers, rien de moins : voilà lancée son interrogation favorite sur les mondes de l\u2019au-delà, des mythologies, du vertige.Shakespeare, Molière, Machiavel, ils sont tous convoqués pour percer le mystère du réel inconnu, comme le fond de l\u2019art.Lormidable «plaidoyer pour l\u2019imagination», ce texte éblouissant enfile des perles de lyrisme.Sensations, paradoxes, descriptions précises, images verbales ou impressions de chaos, le texte oscille entre «chimère» et «pensée essayée hors du connu», que «la reine des nuits» embellit de romance.Plaisir des yeux Quel bonheur de voir s\u2019épan-dre ce phénomène ! Sa jubilation à citer des textes anciens comme des données modernes! 11 convoque les uns pour vanter la «lune métaphorique», et les autres pour la «lune algébrique».Inattendu, cet astre poétique, «suspension d\u2019un univers dans le vide», s\u2019élargit en paysage prodigieux, en une maquette accidentée où l\u2019or rutile et ruisselle comme des glaciers de montagne.De cette idolâtrie, Hugo fait un espace littéraire où il règne en maître.De même que la rêverie a ses fous, ses ombres et ses morts, il retient de cette lune des allégories extravagantes : «Nous avons perdu la familiarité de ces dieux-là», écrit-il des mythologies polythéistes, à regret, car «l\u2019ubiquité divine vous harcèle»-, ainsi pirouettant, divers habitués de son panthéon déboulent.«Il y a l\u2019utopie sublime.» Ro-cambolesque et inventive, sa langue en fait l\u2019exercice : «Le polythéisme, c\u2019est le rêve éveillé poursuivant l\u2019homme».La preuve ?«L\u2019Homme a besoin du rêve.» Cet amateur de visions gothiques se ferait bestial, si l\u2019idolâtrie des mondes inouïs débouchait plus loin que la crédulité.Voyez donc ces dômes, portiques, colonnes et étoiles: « Ce palais de l\u2019impossible, les ARCHIVES Selon Le Brun, Victor Hugo, ce génie bipolaire, était voyant.hommes voudront toujours l\u2019habiter.» Et Hugo de traduire en latin, en anglais, en points d\u2019exclamation l\u2019épaisseur de son imagination, qui force toutes les visions.Qn peut suivre cette exposition dans un catalogue, les 80 choix de passion, éblouissement et liberté qui font les mots-clés de Le Brun, ou dans son précédent Ailleurs et autrement (Gallimard, 2011), et, réédités.Perspective dépravée (du Sandre, 2011) et Appel d\u2019air (Verdier, 2012).Collaboratrice Le Devoir LE PROMONTOIRE DU SONGE Victor Hugo Préface inédite d\u2019Annie Le Brun Gallimard Paris, 2012,107pages "]
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