Le devoir, 1 septembre 2012, Cahier G
[" ALPHABETISATION «Le meilleur modèle pour un enfant est de voir ses parents lire» 5 Page 3 Lanalphabétisme coûte des milliards au Québec Page 5 Un élève sur deux n\u2019a pas 19 ans à l\u2019éducation des adultes Page 6 CAHIER SPECIAL G > LE DEVOIR, LES SAMEDI I'^'^ ET DIMANCHE 2 SEPTEMBRE 2012 Des maux dans la tête L\u2019analphabétisme est rentable en politique Qui ne sait lire ne peut comprendre que des choses simples.Et le slogan devient alors un mode de pensée.Tout texte se réduira donc à son seul titre.Et, comme toute idée dans son élaboration devient nécessairement complexe, on en arrive à afficher des résultats électoraux qui se décident, et par la suite s\u2019expliquent, soit par des phrases lapidaires, soit par des performances télégéniques rentables.NORMAND THERIAULT Le plaisir de la lecture est un luxe qui n\u2019est accessible qu\u2019à une faible minorité.Ainsi, si la presse française fait l\u2019éloge de Peste et choléra, de Patrick Deville, combien du grand nombre auront en fait accès à un tel ouvrage?Et si, au Québec, vlb éditeur se félicite de proposer en traduction La question du séparatisme, ce texte que Turbaniste torontoise Jane Jacobs a proposé en anglais dès 1980, qui le lira avant de se présenter devant une boîte de scrutin?Ces deux ouvrages ont en effet chacun le même défaut: ils proposent trop de mots, supposent un arrêt dans le temps et surtout n\u2019offrent pas une solution simpliste pour comprendre soit un personnage, soit un espace démographique.Dans un univers, donc, où la quote est devenue la façon de faire, où les programmes politiques affichés, voire claironnés, se réspment à quelques phrases (« Etre ou ne pas être souverainiste», telle serait, pour plus d\u2019un, la seule question), des élections au moment du résultat tiennent plus de la performance que de la complexité des enjeux qui normalement devraient les décrire.Ravages On a dit les ravages qu\u2019opère l\u2019analphabétisme.On dit et on répète qu\u2019il en va de l\u2019avenir d\u2019une société dans un monde mondialisé où l\u2019industrie et les secteurs des services nécessitent continuellement une mise à jour des connaissances pour que le travailleur comme le professionnel demeurent opérationnels.Mais ce qu\u2019on a moins présenté, c\u2019est le fait que les solutions simplistes font aussi des ravages : regardons comment votent les populations des régions sudistes de notre voisin américain, et alors seule la présence de la peur explique qu\u2019on en vienne à soutenir des candidatures souvent extrémistes pour la seule raison qu\u2019elles semblent être, elles.porteuses d\u2019apparentes vérités et que celles-ci soient, plus d\u2019une fois, non démontrées.Nous vivons dans un temps où le temps lui-même semble se dérouler en accéléré.Et la médiatisation impose continuellement de nouvelles images qui à leur tour seront vite balayées: combien de stars d\u2019un soir disparaîtront du petit écran ou de son com-plîce, cet ordînateur relîé à Internet?Maïs que cela se passe un dimanche donné à Tout le monde en parle et plus aucun sondeur ne pourra prédire le résultat final affiché en fin d\u2019une soirée électorale.Les politiciens connaissent la chose.Et les 15 minutes de gloire dont parlait Andy Warhol se résument maintenant à 15 secondes dans un journal télévisé ou, mieux encore, à une simple répartie accueillie avec des rires et des éclats de voix dans une tribune populaire, l\u2019une de celles qui font maintenant office de laboratoire de la pensée populaire.Simplicité involontaire Dans un monde complexe comme le nôtre, il semblerait contradictoire que tout doive être simple, simpliste, si on s\u2019adresse au grand nombre.Des statistiques nous en donnent toutefois la raison: «C\u2019est que 33% de la population québécoise n\u2019arrive pas à atteindre un niveau suffisant de littératie pour pouvoir compléter une cinquième secondaire, développer de nouvelles compétences professionnelles ou occuper un emploi de base.A cela s\u2019ajoute 16% delà population qui n\u2019est pas fonctionnelle.Elle ne peut ni lire, ni écrire.C\u2019est grave.» Ce constat déposé par Monique Brodeur, doyenne de la Faculté des sciences de l\u2019éducation de l\u2019Université du Québec à Montréal, qui en fera frémir plus d\u2019un, explique aussi que, élections ou pas, il devient parfois difficile d\u2019y aller à coups de gueule pour attribuer la faute aux seuls enseignants et enseignantes l\u2019existence de ce fléau qu\u2019est le décrochage scolaire.Et si ce n\u2019était que cela: le décrochage.Il y a plus.Car nous en arrivons à vivre dans une société où le discours des valeurs n\u2019a plus cours et où, si une image vaut mille mots, elle vaut aussi peu de choses, car les mots eux-mêmes n\u2019ont plus de valeur.Et alors s\u2019impose par leur seule répétition ce que certains déposent comme des vérités.Ainsi, qui élabore une idée, développe un concept, se voit mis au ban, se voit presque voué à n\u2019être qu\u2019un autre de ceux et celles qui prêchent dans un désert, celui des idées.Agir Faut-il baisser les bras?Faut-il continuer d\u2019admettre qu\u2019un élève puisse conclure ses années de primaire sans savoir lire ?Et même de poursuivre au niveau secondaire en affichant un même dilettantisme où, à force de déposer des documents conçus par un système de copier-col-1er, ce même élève, qui aura toutefois le mérite de ne pas avoir « décroché », verra néanmoins l\u2019obligatoire examen de français du niveau collégial comme une atteinte à ses droits et libertés ?Faut-il aussi trouver normal que les cours dits de formation des adultes soient maintenant devenus des annexes du réseau scolaire où plus de la moitié de ceux et celles qui s\u2019y inscrivent proviennent tout simplement du réseau normal, ces jeunes personnes ayant enfin compris que l\u2019absence de diplôme, et surtout le manque de formation, empêche d\u2019avancer dans la vie?Et, ce qui est plus grave, c\u2019est que l\u2019appareil démocratique se retrouve en panne, quand il y a absence de débats, d\u2019échanges d\u2019idées.Toutefois, la seule correction possible à apporter à une telle situation consiste à interrompre la marchandisation de l\u2019information, ce qui se fait en proposant, ce qui est peu rentable, la nécessité de l\u2019effort, seule façon pour un individu d\u2019agir en société selon un mode responsable.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Pauline Marois, chef de l\u2019opposition officielle du Québec JACQUES NADEAU LE DEVOIR François Legault, fondateur et chef de la Coalition avenir Québec Le Devoir Jean Charest, actuel premier ministre du Québec JACQUES NADEAU LE DEVOIR L'ACCES A U FORMATION DE BASE Une question d'équité et de solidarité sociale I O 'l ± FTO Federation des travailleurs et travailleuses du Québec À LA FTQ,0N S'EN OCCUPE! A LA JARNIGOINE « J\u2019aimerais ça comprendre mon médecin » Le risque de mourir est plus élevé pour les analphabètes médicaux En demandant « Qu\u2019est-ce que vous avez compris ?» plutôt que « Est-ce que vous avez compris ?», un médecin ou tout autre professionnel de la santé peut parfois sauver une vie.Aperçu d\u2019un des impacts les plus méconnus, et pourtant l\u2019un des plus graves, de l\u2019analphabétisme : celui sur la santé.ETIENNE PLAMONDON ÉMOND 'Vyongour docteur, nous ^ Davons quelque chose a vous dire.Quand vous donez des explication vous parlez trop vite.On ne comprend pas ce que vous dite.Les terme que vous employez sont trop dure a comprendre.Expliquez nous dans nos mots a nous lentement.Prenez le temps de nous informer sur les effets secondaire des médicaments.Prenez le temps de nous expliquer les papier que vous nous faite signer.Merci de votre collaboration.- Des participons de la Jarni-goine [sic] » Cette lettre a été écrite collectivement par un groupe de participants du centre d\u2019alphabétisation populaire La Jarnigoine, dans le quartier de VÜleray.Les animateurs et formateurs interrogent chaque année les participants sur leurs motivations, au-delà de leur volonté d\u2019apprendre à lire et écrire.Or, il y a quelques années, une réplique les a surpris.«J\u2019aimerais ça avoir plus de pouvoir pour comprendre mon médecin», leur a répondu l\u2019un d\u2019eux.«L\u2019idée a fait son chemin en atelier», raconte Clode Lamarre, animatrice et formatrice à La Jarnigoine.«Ils devaient, chacun de son côté, remettre la lettre à leur médecin», ajoute-t-elle.Stéphane Théorêt, aussi animateur à La Jarnigoine, poursuit: «Il n\u2019y en a qu\u2019un dans le groupe qui l\u2019a fait à l\u2019époque.» «Es ont trop honte», ajoute aussitôt M™® Lamarre.Dès le départ, les personnes, pour qui un terme comme «clinique externe » demeure indéchiffrable, retracent difficilement leur chemin dans le système de santé.Les établissements ont des messages téléphoniques surchargés d\u2019informations et les papiers se révèlent difficiles à remplir.Mais, même devant le médecin, écrasés par cette honte face à un professionnel cultivé, les patients analphabètes prétendent tout saisir lorsqu\u2019on leur demande s\u2019ils ont compris, malgré leur incompréhension totale.Or il est difficile de déceler si un patient est analphabète.Stéphane Théorêt donne une suggestion fort simple: à la fin d\u2019une consultation, un médecin devrait plutôt demander à tous ses patients: «Qu\u2019est-ce que vous avez compris dans ce que je viens de vous dire?» Aussitôt, la réponse permettra au professionnel de la santé de vérifier si ses indications ont été bien assimilées.«Le médecin met ainsi tout le monde sur un pied d\u2019égalité.Il n\u2019est pas en train de dire \u201ctu es imbécile, tu n\u2019as rien compris, tu es analphabète\u201d.» Danger de mort! Margot Kaszap, qui dirige des recherches sur les liens entre l\u2019analphabétisme et la santé, abonde dans ce sens.«On dit aux médecins qu\u2019il faut s\u2019assurer de la compréhension des gens en disant: \u201cExpliquez-moi ce que vous avez compris.Qu\u2019est-ce que ça signifie, pour vous, de mettre des bas-supports tous les jours ?Qu\u2019est-ce que ça veut dire, pour vous, de prendre cette pilule-là ?Comment vous pensez devoir la prendre ?Si vous vous sentez bien, vous allez faire quoi?\u201d», énumère, à l\u2019autre bout du fil, la professeure de la Faculté des sciences de l\u2019éducation de l\u2019Université Laval.Une étape cruciale chez les personnes âgées, l\u2019un des principaux sujets de ses recherches.Une étude de l\u2019Université Northwestern de Chicago effectuée auprès de 3000 personnes âgées avait d\u2019ailleurs estimé en 2007 que le risque de mourir à l\u2019intérieur de cinq ans était de 50% plus élevé pour les analphabètes médicaux.Cette tranche d\u2019âge contient un haut pourcentage d\u2019analphabètes, puisque «la capacité de lire et de comprendre ce qu\u2019on lit, si on ne l\u2019utilise pas à travers sa vie, décline et se résorbe», précise-t-elle.De plus, M™® Kaszap signale que les personnes les plus âgées ont besoin de légèrement plus de temps pour décoder l\u2019information.«Si elles n\u2019ont pas déjà noté des questions, de retour chez elles, elles se diront: \u201cAh! J\u2019aurais dû lui demander ça \u201d.» ANNE-CHRISTINE POUJOULAT AGENCE ERANCE-PRESSE Il peut être difficile pour les personnes analphabètes de se retrouver dans le système de santé.La question « Qu\u2019est-ce que vous avez compris?», M™® Kaszap ne la suggère pas qu\u2019au médecin.«Il y a le même problème avec les infirmières.Elles sont habituées d\u2019expliquer au patient quoi faire.Rarement elles vont questionner le patient sur la façon dont il voit ou ferait les choses.Quand on va chercher ce que les gens interprètent, il arrive qu\u2019il soit nécessaire de déconstruire de l\u2019information avant d\u2019en fournir d\u2019autres.Si on ne fait pas cette étape-là, on construit sur du sable mouvant.» Inutiles dépliants Or, lorsque les professionnels sont surchargés ou ont peu de temps, ils ont tendance à donner des feuillets ou des dépliants.«Les gens ne les lisent pas.Ils essaient.Ils commencent.Ils voient que c\u2019est compliqué et ils mettent ça de côté.On pense gagner du temps en donnant un dépliant, mais ça ne marche pas», dit Mme Kaszap.Clode Lamarre relève d\u2019ailleurs que les documents simplifiés de la Direction de la santé publique sont souvent rédigés «sans faire appel à des experts, à des groupes de terrain.Elle engage des gens lettrés, qui n\u2019ont pas de contact avec des analphabètes, et donc elle reproduit encore des doçuments inaccessibles».A La Jarnigoine, une infirmière passe parfois pour décrire les parties internes et externes du corps, afin que les analphabètes soient eux aussi plus précis dans la description de leurs symptômes.Le centre incite aussi ses participants à surpasser leur gêne et à poser davantage de questions.«Mais c\u2019est toute une vie à défaire.Alors que les médecins, ce sont des professionnels.Il s\u2019agit de leur travail de communiquer de la façon la plus accessible.» Constatant le besoin de les sensibiliser, La Jarnigoine a associé ses participants à la réalisation d\u2019un DVD destiné aux professionnels de la santé et intitulé Bongour Docteur, en référence à la lettre de départ.Margot Kaszap considère, quant à elle, que l\u2019interaction avec les patients doit davantage s\u2019intégrer à la formation de ces professionnels, puisqu\u2019elle a «souvent vu des médecins qui veulent vraiment bien faire, mais qui ne savent pas comment communiquer pour évaluer la compréhension du patient.Ils vont plutôt répéter trois fois la même chose pour que la personne reçoive l\u2019information, mais sans expliquer.» La Jarnigoine amène depuis quelque temps des participants, en processus d\u2019alphabétisation, à livrer leurs témoignages à de futurs médecins, plus particulièrement dans des classes de l\u2019Université de Montréal.« Quand les participants prennent la parole et parlent de leur réalité, les étudiants sont touchés.De plus, ils voient les types de patients qu\u2019ils vont avoir éventuellement.Ça les sensibilise beaucoup plus, parce que ce sont des êtres humains qui prennent le courage de venir dire qu\u2019ils ont des difficultés en lecture et en écriture, qui arrêtent de se cacher et qui vont devant des universitaires pour dire: \u201cMoi, je ne sais peut-être pas lire et écrire, mais je sais que ma santé, c\u2019est important.J\u2019ai le droit à mon information.Vous devez être sensible et vous assurer que, lorsqu\u2019on sort, on a bien compris \u201d.» Collaborateur Le Devoir csn.qc.c ALPHABETISATION FAMILIALE D\u2019une pierre plusieurs coups ! Pas facile d\u2019amener les adultes à s\u2019engager dans une démarche d\u2019alphabétisation.Bon nombre d\u2019entre eux gardent un mauvais souvenir du temps passé sur les bancs d\u2019école et, à présent, ils cachent le mieux possible leurs difficultés à lire et à écrire.Julie Myre-Bisaillon, professeure agrégée à l\u2019Université de Sherbrooke, a imaginé une approche toute en douceur: passer par les jeunes enfants qu\u2019ont souvent ces adultes pour les amener vers une démarche d\u2019alphabétisation.CLAUDE LAELEUR approche parent-enfant fait ! d\u2019une pierre plusieurs coups, puisqu\u2019elle vise en premier lieu à resserrer les liens familiaux en créant des « moments de qualité» entre parents et enfants, en faisant aussi en sorte que les adultes qui sont isolés s\u2019insèrent dans leur collectivité, et, qui sait, au bout du compte, à les amener à s\u2019alphabétiser.«Je travaille surtout avec les enfants et leur famille, raconte Julie Myre-Bisaillon.Nous travaillons avant tout avec les enfants et nous invitons les parents à nous accompagner.» L\u2019objectif du programme de recherche mis sur pied par la professeure est de voir comment les parents s\u2019engagent auprès de leurs enfants.«Nous avons été capables de démontrer que plus le parent est présent, plus cela a un effet significatif sur les activités que l\u2019enfant fait à la maison, notamment sur son intérêt pour la lecture», dit-elle.Responsabilité «A la base, je suis une enseignante du secondaire, raconte M™® Myre-Bisaillon, qui enseignait le français.Par la suite, je me suis intéressée aux jeunes raccrocheurs.Je me suis donc retrouvée avec une clientèle principalement masculine, âgée de 15 ou 16 ans, qui avait d\u2019énormes retards et lacunes en lecture et écriture.Elle se retrouvait en scolarisation de 5® secondaire sans savoir lire.» Sa passion pour l\u2019enseignement du français l\u2019a naturellement conduite à poursuivre des études supérieures jusqu\u2019à l\u2019obtention d\u2019un doctorat sur les problèmes de dyslexie, de dysorthographie et de dysphasie.«Je me suis intéressée à l\u2019alphabétisation familiale, dit-elle, à l\u2019éveil à la lecture et à l\u2019écriture et à tout ce qui porte sur l\u2019apprentissage du français et des difficultés qui s\u2019y rattachent.» Elle s\u2019est ainsi beaucoup intéressée aux retards de langage chez les jeunes enfants et à leur manque de vocabulaire.«L\u2019une des hypothèses que nous avons posées, dit-elle, c\u2019est le manque d\u2019interactions langagières entre parents et enfants, le fait que, bien souvent, on place les enfants devant la télé ou des jeux vidéo.Or il est important que les parents échangent avec leur enfant sur ce qui se passe autour d\u2019eux.C\u2019est très important pour que le langage se développe chez les jeunes enfants.» Voilà pourquoi la cher-cheure s\u2019intéresse tant aux interactions en dehors de l\u2019école.«Je considère que les enseignantes font un excellent boulot.dit-elle, mais l\u2019école n\u2019est pas la seule responsable du développement du langage.C\u2019est aussi la responsabilité de la famille, de la collectivité, etc.» À l\u2019école Ces trois dernières années, Julie Myre-Bisaillon a mis sur pied un programme de recherche où, de concert avec des éducatrices en garderie, elle conviait les parents à accompagner leurs enfants dans des activités de lecture.« Une fois par mois, on les invitait à l\u2019école pour vivre un atelier autour de la lecture et de l\u2019écriture, dit-elle, mais surtout pour passer un moment positif II n\u2019était pas question de bulletin ni des difficultés que pouvait éprouver leur enfant.Non ! C\u2019était très important, insiste-t-elle, puisqu\u2019il s\u2019agissait de faire vivre un moment positif à l\u2019école.» Les parents visés ne sont pas nécessairement analphabètes, mais ils proviennent d\u2019un milieu défavorisé.«On savait peu de choses à propos de leurs compétences, mais souvent on aurait eu tendance à leur dire qu\u2019on allait les aider à.Or ce n\u2019est vraiment pas la bonne façon de s\u2019y prendre! On observait en outre que ces parents font peu d\u2019activités avec leurs enfants.» «Nous les invitions donc à passer un moment positif avec leur enfant, poursuit M™® Myre-Bisaillon.Les parents venaient donc vivre avec nous une demi-journée d\u2019atelier en classe.Entre autres, nous travaillions avec des livres sans texte afin de montrer que, même sans lire, on peut très bien raconter une histoire, une activité que les parents peuvent refaire à la maison.» Et elle ajoute en riant: «Lorsqu\u2019on anime en classe, on est assis par terre avec les enfants! C\u2019est du temps de qualité que les familles passent ensemble.» C\u2019est ainsi que, petit à petit, certains parents ont entrepris de s\u2019engager et de procurer un soutien affectif et physique à leur enfant.«On a vu cela progresser au cours de l\u2019année chez ces parents, note avec satisfaction la chercheure.On a aussi vu des parents briser leur isolement, s\u2019intégrer dans leur collectivité.On a aussi vu beaucoup de fierté chez les enfants qui recevaient leurs parents dans leur milieu de vie: \u201cLà, c\u2019est moi qui te reçois dans mon école!\u201d» Ce programme a effectivement eu un impact incontestable sur la valeur que les enfants accordent à la lecture.«On a maintenant des enfants qui vont d\u2019emblée vers les livres à l\u2019école, alors que ce n\u2019était pas le cas auparavant, relate Julie Myre-Bisaillon.Et le fait que le moment autour du livre est aussi un moment affectif améliore les relations parent-enfant.» «Ce qui m\u2019intéresse maintenant, c\u2019est de voir, dans un deuxième temps, si les parents vont se mettre en démarche par eux-mêmes, poursuit la chercheure.On a déjà vu des parents changer au cours de l\u2019année, sans nécessairement s\u2019inscrire à un programme de formation.Il y a même des parents qui ont mis cinq ou six mois à nous parler mais qui sont par la suite devenus des piliers dans leur collectivité! Et on voudrait voir jusqu\u2019où ils vont aller.Jusqu\u2019à se mettre en démarche d\u2019alphabétisation ?C\u2019est notre prochain objectif!» Collaborateur Le Devoir JOEL PAGE ASSOCIATED PRESS Une démarche d\u2019alphabétisation familiale peut améliorer les relations parents-enfants. LE DEVOIR, LES SAMEDI I®^ ET DIMANCHE 2 SEPTEMBRE 2012 G 3 ALPHABETISATION FONDATION POUR L\u2019ALPHABETISATION Pour que les adultes liseut « Le meilleur modèle pour un enfant est de voir ses parents en train de lire » La Fondation pour l\u2019alphabétisation souhaite mettre l\u2019adulte au cœur de plusieurs initiatives, dans les prochaines années, en matière de formation de base et de développement du goût de la lecture.MARTINE LETARTE La Fondation pour l\u2019alphabétisation est particulièrement connue pour son programme La lecture en cadeau.En mai, 30 775 enfants défavo-risés ont reçu un livre neuf grâce aux nombreux donateurs québécois.La Fondation souhaite poursuivre ce programme, couronné de succès, mais aussi obtenir des réussites semblables ces prochaines années auprès des adultes.«Il y a énormément de projets au Québec, surtout en milieu défavorisé, pour encourager la persévérance scolaire des enfants et pour engager les parents dans l\u2019éveil de leurs enfants à lecture, et c\u2019est très bien», fait remarquer Diane Mockle, présidente-directrice par intérim et directrice des programmes à la Fondation pour l\u2019alphabétisation.Elle constate toutefois que ces efforts vont tous dans le même sens, alors qu\u2019aucun ne tente de développer le goût de lire des parents pour eux-mêmes.«Par contre, le meilleur modèle pour un enfant, en matière de lecture, est de voir ses parents en train de lire eux-mêmes», affirme-t-elle.On parle donc de faire aimer la lecture à de faibles lecteurs, ou encore à des gens qui ont mis la lecture de côté depuis longtemps.«Avec le temps, ces gens perdent leurs compétences en lecture et redeviennent de faibles lecteurs.Souvent, ils associent la lecture à l\u2019école, à des obligations comme devoir lire un livre en trois semaines et en faire un résumé ou un exposé oral», indique M™'' Mockle.Le plaisir de lire L\u2019équipe de la Fondation pour l\u2019alphabétisation est en train de réfléchir à des façons de faire la promotion de la lecture chez ces adultes: «Nous avons plusieurs pistes et projets en tête pour développer une stratégie cohérente avec différents partenaires.» 11 faudrait par exemple que cette clientèle particulière ait accès à des collections d\u2019ouvrages appropriées.«On ne va pas conîmencer à faire lire à ces gens A la recherche du temps perdu, de Proust.E faut respecter leur rythme.Même Marie Laberge, ce n\u2019est pas qu\u2019elle est difficile à lire, mais l\u2019épaisseur de ses livres peut être rebutante pour un faible lecteur.Il faudrait diviser ses œuvres par chapitre», explique Diane Mockle.La Fondation pour l\u2019alphabé- OLIVIER MORIN AGENCE FRANCE-PRESSE La Fondation pour l\u2019alphabétisation s\u2019attardera au développement des compétences de base sur le marché du travail.tisation aimerait aussi qu\u2019on arrive à éliminer l\u2019élitisme qui entoure l\u2019acte de lire.«f aimerais que ces gens retrouvent vraiment le strict plaisir de la lecture, qu\u2019ils commencent un livre, qu\u2019ils le referment s\u2019ils le trouvent ennuyant et qu\u2019ils en choisissent un autre.Les gens peuvent aussi choisir de lire des magazines.Ils doivent s\u2019autoriser à lire sur des sujets qui les intéressent, à leur rythme, dans des conditions qui sont les leurs, sans jugement», affirme M™'\" Mockle.Des exemples inspirants Ces faibles lecteurs pourront par la suite décider d\u2019entreprendre une démarche de formation pour améliorer leur niveau de littératie et leurs autres compétences de base.D\u2019ailleurs, pour une deuxième année consécutive, la Fondation pour l\u2019alphabétisation remettra, en collaboration avec la Fondation Desjardins, deux bourses «Je ne lâche pas, je gagne».Ces bourses de 1000$ chacune soulignent la persévérance et la détermination d\u2019adultes qui ont effectué avec succès une démarche d\u2019alphabétisation ou de formation de base.«Les gagnants de cette année seront annoncés le 5 septembre, précise Diane Mockle./g peux déjà vous dire que ce sont des gens qui sont partis de loin et qui ont persévéré malgré les nombreuses embûches qu\u2019ils ont rencontrées.Alors qu\u2019ils n\u2019avaient pas complété leur secondaire, ils sont maintenant en train de réaliser leur rêve en apprenant un métier dans une école de formation professionnelle.» Ces gens pourront servir de modèle à plusieurs qui hésitent à se lancer.«Certains décro-cheurs ne raccrochent pas parce qu\u2019ils se disent que ce n\u2019est pas faisable! Mais ce l\u2019est et les gagnants de ces bourses en sont la preuve.Entreprendre une démarche de formation permet de réaliser ses rêves, de sortir de la précarité», observe M™'' Mockle.Promouvoir la formation de base La Fondation pour l\u2019alphabétisation souhaite aussi s\u2019attaquer prochainement au développement des compétences de base des gens sur le marché du travail.L\u2019organisme a réalisé une enquête dernièrement dans 300 PME de Montréal.«Nous soupçonnions que les formations offertes dans les PME s\u2019adressaient principalement aux cadres et aux professionnels, donc à des gens déjà formés.Nous nous doutions que fort peu de PME avaient le souci d\u2019offrir de la formation pour rehausser les compétences de base des autres types de travailleurs, comme ceux du secteur de la production», affirme la présidente-directrice par intérim.Lorsqu\u2019elle fait allusion aux compétences de base, cela inclut les compétences d\u2019écri- ture, de lecture et de calcul, mais aussi d\u2019autres compétences essentielles aujourd\u2019hui sur le marché du travail.«Je pense par exemple aux connaissances de base en informatique, indique M™'' Mockle.Les travailleurs doivent aussi développer leurs capacités à travailler en équipe, à résoudre des problèmes.E faut mieux sensibiliser les employeurs aux avantages d\u2019avoir une main-d\u2019œuvre semi-spécialisée qui détient des compétences de base plus importantes.Cela permet le maintien en emploi, le rehaussement de la productivité et, éventuellement, une mobilité dans l\u2019entreprise.» La Fondation pour l\u2019alphabétisation pourra diffuser les résultats de son enquête cet automne, après avoir complété le processus de validation des chiffres.Toutefois, Mme Mockle affirme déjà que le besoin de formation est évident dans les PME.«Je crois que la Eondation pour l\u2019alphabétisation pourrait faire beaucoup de sensibilisation à ce sujet.Nous pourrions aussi faire le lien entre ceux qui offrent de la formation et les entreprises qui en ont besoin, par exemple via une ligne info.Nous souhaitons convaincre Emploi-Québec et la Commission des partenaires du marché du travail de l\u2019importance d\u2019aller de l\u2019avant dans le domaine.» Collaboratrice Le Devoir GROUPES POPULAIRES Qui est à l\u2019écart sera rejoint ! Les organismes d\u2019éducation populaire ont toujours été actifs en alphabétisation, certains groupes en faisant même leur spécialité.PIERRE VALLEE Ces groupes, refusant au début des années 80 l\u2019invitation de s\u2019intégrer aux structures des commissions scolaires, fondent le Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec (RGPAQ), qui compte aujourd\u2019hui 80 membres répartis dans toutes les régions.«Dés le départ, les groupes populaires voulaient offrir, aux personnes ayant des problèmes d\u2019alphabétisation, un réseau alternatif à celui des commissions scolaires, qu\u2019on jugeait trop rigide, explique Solange Tougas, présidente du RGPAQ.D\u2019ailleurs, aujourd\u2019hui,^ les commissions scolaires font de moins en moins d\u2019alphabétisation.» Le mandat du RGPAQ est triple.«Dans un premier temps, nous voulons développer et faire reconnaître l\u2019alphabétisation populaire.Nous jouons aussi un rôle de formation dans le domaine de l\u2019alphabétisation.Notre second rôle est de militer pour un accroissement du financement accordé à l\u2019alphabétisation.Et, troisièmement, nous défendons les droits des personnes peu alphabétisées afin d\u2019améliorer leurs conditions de vie.Par exemple, cette année aux élections, les photos des candidats seront imprimées sur les bulletins de vote, une revendication que nous avions.Nous faisons aussi de la sensibilisation auprès des employeurs afin qu\u2019ils embauchent des personnes peu alphabétisées ou inscrites dans une démarche d\u2019alphabétisation.Ce n\u2019est pas parce qu\u2019elles éprouvent des difficultés avec la lecture et l\u2019écriture qu\u2019elles n\u2019ont pas de compétences.» Une approche différente De plus, les groupes populaires en alphabétisation ont développé au fil des ans une approche qui leur est propre.«La première difficulté qu\u2019on rencontre en alphabétisation, c\u2019est l\u2019identification des personnes qui ont un problème.Comme elles en ont honte, elles le cachent.Etant bien implantés dans leur milieu et proches de la population, les groupes populaires sont en meilleure position pour détecter les personnes qui ont un problème et ensuite leur offrir une démarche d\u2019alphabétisation.» Les groupes populaires ont adopté en la matière une approche très souple.«E n\u2019y a pas de programmes fixes chez nous, chacun des programmes est adapté aux besoins des personnes.» De plus, l\u2019approche est basée sur la méthode des petits pas, chaque réussite en appelant une prochaine.« Cette approche favorise la valorisation de la personne, un élément essentiel à la réussite d\u2019une démarche en alphabétisation.» L\u2019approche se veut aussi multiple, les formations offertes par les groupes populaires ne se limitant pas à la stricte alphabétisation.Ainsi, on offre des formations relatives à l\u2019emploi, à la culture et aux arts, à la vie démocratique, à l\u2019insertion sociale, à la gestion personnelle, à l\u2019informatique et à Internet, etc.«Au fil des ans, les groupes populaires ont compris que les besoins des personnes ayant des difficultés en alphabétisation étaient multiples et on a voulu répondre à ces be- soins.E faut comprendre qu\u2019une faible alphabétisation est souvent un facteur d\u2019exclusion sociale.» Et il ne faudrait pas croire que la clientèle est essentiellement composée de personnes plus âgées.«Nous retrouvons des personnes de tous les âges dans nos groupes d\u2019alphabétisation.Nous avons même déjeunes adultes qui ont été scolarisés mais qui sont passés au travers des mailles du système.Nous avons même des personnes issues de l\u2019immigration dont la francisation a été un échec.» Précaire financement Les groupes populaires en alphabétisation reçoivent une partie de leur financement du ministère de l\u2019Education, du Loisir et du Sport grâce au programme PACTE (Programme d\u2019action communautaire sur le terrain de l\u2019éducation), dont une partie de l\u2019enveloppe est dédiée à l\u2019alphabétisation.Mais c\u2019est nettement insuffisant, selon Solange Tougas.«La moyenne par groupe est d\u2019environ 98000$ par année, nettement en dessous des besoins.Prenons, par exemple, le groupe populaire que je dirige, le groupe populaire Déclic, à Berthierville.Notre budget annuel est d\u2019environ 220000$.» Le manque à gagner est comblé par la mise en place de formations et d\u2019activités diverses qui seront achetées par les commissions scolaires ou Emploi-Québec.«Et, comme ces activités ne sont pas récurrentes, c\u2019est à recommencer chaque année.Une bonne partie de notre temps est donc passée à chercher du financement.» Stratégie nationale Solange Tougas croit qu\u2019il est grand temps que le Québec se dote d\u2019une stratégie nationale en alphabétisation.«E faut se donner une stratégie de lutte contre l\u2019analphabétisme qui associerait l\u2019ensemble des ministères.La lutte contre l\u2019analphabétisme s\u2019inscrit directement dans la lignée de la lutte contre la pauvreté, puisqu\u2019il est démontré que l\u2019analphabétisme est souvent synonyme de pauvreté.Les personnes peu alphabétisées dépendent souvent de l\u2019aide sociale, sinon, elles travaillent au salaire minimum ou accumulent les \u201cjobinettes \u201d.C\u2019est insensé de ne pas agir, d\u2019autant plus que nous allons faire face à une pénurie de travailleurs d\u2019ici quelques années.E faut donc mettre tout le monde à contribution.Et, je le répète, les personnes qui éprouvent des difficultés d\u2019alphabétisation ne sont pas dépourvues d\u2019intelligence ni de compétences.» Cette stratégie devrait aussi assurer un financement adéquat aux groupes d\u2019alphabétisation.«E nous faut un financement non seulement adéquat, mais aussi stable et récurrent.De plus, il faudrait que cette stratégie comprenne aussi un soutien financier aux personnes qui sont inscrites dans une démarche d\u2019alphabétisation, car il y a des coûts pour elles, comme le transport, l\u2019habillement.» Et cette stratégie devrait faire sienne la méthode des petits pas.«E faut un plan d\u2019action basé sur une durée d\u2019environ 10 ans.ùi difficulté d\u2019identifier les personnes qui ont des problèmes en alphabétisation ne disparaîtra pas d\u2019elle-même.E faut donc d\u2019abord faire beaucoup de sensibilisation.Ce dont la lutte contre l\u2019analphabétisme a besoin pour réussir, c\u2019est aussi de la constance dans nos actions.» Collaborateur Le Devoir 800 000 Québécoises et Québécois ne peuvent déchiffrer ce message L'alphabétisation est un droit fondarnental FEDERATION AUTONOME DE L'ENSEIGNEMENT La force vive en éducation >> www.iafae.qc.ca ABCDEFGHIJKLMNOPQR5TUVWXYZ G 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI I®^ ET DIMANCHE SEPTEMBRE 2012 ALPHABETISATION À LA RIVIÈRE-DU-NORD Une nouvelle approche pédagogique porte fruit Bien apprendre à lire pour contrer le décrochage : c\u2019est le pari que relève quotidiennement l\u2019équipe de la Commission scolaire de la Rivière-du-Nord, et c\u2019est à l\u2019aide du programme La forêt de l\u2019alphabet, implanté à la maternelle, qu\u2019on compte y parvenir.MARIE-HÉLÈNE ALARIE équation est fort simple: plus tôt chez un i élève on dépiste les difficultés d\u2019apprentissage de la lecture, plus on aura de chances de garder longtemps ce même élève à l\u2019école.Sans la lecture, on se dirige vers un décrochage, puisqu\u2019il est très difficile de faire comprendre les consignes et les énoncés présents dans toutes les matières au programme.Les chiffres sur l\u2019analphabétisme sont alarmants, mondialement bien sûr, mais aussi chez nous, où il y aurait 49% de la population, soit près de la moitié du Québec, qui a du mal à lire et à comprendre les mots et les phrases et pour qui les livres sont inaccessibles.Dans ce sens, La forêt de l\u2019alphabet est un moyen efficace pour aider les enfants à rester à l\u2019école, mais aussi pour donner l\u2019envie d\u2019apprendre, et ce, dès la maternelle.C\u2019est Monique Brodeur, doyenne de la Faculté des sciences de l\u2019éducation de l\u2019Université du Québec à Montréal, aidée de son équipe de chercheurs, qui a mis sur pied La forêt de l\u2019alphabet, un programme de prévention des difficultés d\u2019apprentissage en lecture à la maternelle.Reposant sur l\u2019état des connaissances issues de la recherche, le programme a fait l\u2019objet de quatre études.Les résultats sont impressionnants : dans les classes où le programme a été implanté avec rigueur, on observe une diminution de plus de 50% du nombre d\u2019élèves ayant des difficultés d\u2019apprentissage en lecture à la fin de la première année, mais aussi une réduction des écarts entre les élèves issus d\u2019un milieu favorisé et ceux issus d\u2019un milieu défavorisé, de même qu\u2019un nivellement des écarts entre les garçons et les filles.Faire lire dès la première année Depuis quelques années déjà, à la Commission scolaire de la Rivière-du-Nord, où on enseigne le français langue première, on applique le programme de La forêt de l\u2019alphabet dans toutes les écoles.«On s\u2019est aperçu que, bon an mal an, de 20% à 30% de nos élèves ne réussissaient pas l\u2019épreuve de lecture de 6^ année du ministère de l\u2019Education», raconte Marc Saint-Pierre.Directeur adjoint de la Commission scolaire de la Rivière-du-Nord jusqu\u2019au 30 juin dernier et aujourd\u2019hui jeune retraité, c\u2019est lui le grand responsable de l\u2019implantation du projet La forêt de l\u2019alphabet à la commission scolaire.Mais, malheureusement, ne s\u2019apercevoir qu\u2019en 6® année qu\u2019un élève a pris du retard, c\u2019est déjà trop tard et, selon Marc Saint-Pierre, il fallait agir en amont: «Il fallait s\u2019assurer que, à la fin de leur première année, nos élèves sont capables de décoder un texte, d\u2019avoir une lecture qui est fluide, précise et relativement rapide.On s\u2019est aperçu que nos approches n\u2019étaient peut-être pas les bonnes et qu\u2019il fallait les changer.Après de nombreuses recherches, fai pris contact avec Monique Brodeur et on a mis en place La forêt de l\u2019alphabet au préscolaire.» Former les professeurs L\u2019implantation de cette nouvelle approche à la grandeur de la commission scolaire ne s\u2019est pas faite du jour au lendemain.Pour assurer le succès d\u2019une telle entreprise, il a fallu bien préparer tous les intervenants.Selon la loi de l\u2019instruction publique, une direction d\u2019école ne peut pas imposer une méthode pédagogique à un enseignant, cependant, Marc Saint-Pierre a voulu offrir aux professeurs toute l\u2019information nécessaire pour implanter la méthode : «Nous avons demandé aux enseignants d\u2019assister à une formation de deux jours, tout en offrant, à ceux qui choisissaient d\u2019enseigner La forêt de l\u2019alphabet, du matériel ainsi qu\u2019un accompagnement avec des conseillers pédagogiques et des évaluations finales, bref, toute une série de conditions facilitantes», explique-t-il.Résultat?Sur plus de 90 groupes d\u2019élèves, seulement quatre groupes n\u2019avaient pas participé, non pas à cause d\u2019une résistance de la part de l\u2019enseignant, mais pour des raisons techniques.Ce qui fait que la Commission scolaire de la Rivière-du-Nord est la seule à avoir participé au programme à une si grande échelle.Après trois ans d\u2019implantation, on n\u2019en est pas encore aux évaluations finales, mais c\u2019est au niveau du dépistage que le programme fait ses preuves.«En gros, grâce à l\u2019implantation du programme La forêt de l\u2019alphabet, on a été capable d\u2019observer, lors d\u2019une première évaluation qui se fait en janvier, que, dans une proportion de 20%), des élèves avaient besoin d\u2019un appui supplémentaire.Lors d\u2019une seconde évaluation en mai, le nombre d\u2019élèves considérés à risque baisse de moitié.L\u2019année suivante, en octobre, dans les classes de première année, le nombre d\u2019élèves à risque diminue encore grâce â des interventions précoces en orthopédagogie», explique M.Saint-Pierre.Mais notre directeur retraité va encore plus loin en affirmant que La forêt de l\u2019alphabet «rétablit une certaine justice sociale, ce qui est en soi le rôle de l\u2019école publique».S\u2019il est capable de faire une telle affirmation, c\u2019est parce que, après s CLEMENT ALLARD LE DEVOIR Prévenir les difficultés d\u2019apprentissage en lecture dès la maternelle permet de réduire le décrochage scolaire.avoir analysé les résultats de ses élèves aux évaluations, il constate que les écarts habituellement présents s\u2019amenuisent.On parle d\u2019écarts entre garçons et filles, mais surtout de ceux entre milieux favorisés et milieux défavorisés.Il semble évident que, pour la Commission scolaire de la Rivière-du-Nord, l\u2019expérience de La forêt de l\u2019alphabet a été concluante.Mais, puisque le but ultime est de contrer le décrochage scolaire, ce programme doit faire partie de toute la panoplie de mesures incitatives et, comme le dit si bien Marc Saint-Pierre, «on ne veut pas d\u2019une société qui abandonne ses décrocheurs seuls â la maison».Collaboratrice Le Devoir FONDATION CHAGNON Des histoires pour les tout-jeunes Avenir d\u2019enfants rejoint 114 collectivités L\u2019apprentissage de la lecture et de l\u2019écriture débute dès les premiers jours de la vie.Même avant, diront certains.De la femme enceinte qui raconte à voix haute sa journée à son futur bébé aux sorties à la bibliothèque avec l\u2019éducatrice du CPE, en passant par le conte avant le dodo, c\u2019est dans la petite enfance que se préparent les apprentissages plus formels qui viendront avec l\u2019école.AMELIE DAOUST-BOISVERT Avenir d\u2019enfants permet à 114 collectivités de financer des initiatives pour le développement des jeunes enfants.Car, encore aujourd\u2019hui, tout se joue avant six ans.et la famille a parfois besoin d\u2019un coup de pouce du reste du village.Au premier jour d\u2019école, on aura fait la lecture pendant 1700 heures à un enfant issu de la classe moyenne.C\u2019est dire qu\u2019on lui a raconté 6800 histoires de 15 minutes.De quoi faire le tour des contes de fées, des légendes québécoises et du merveilleux monde de Disney.Initier au monde des mots, ça peut être aussi banal que laisser un enfant de deux ans imiter maman et papa lisant le journal au déjeuner ou fréquenter l\u2019heure du conte à la bibliothèque municipale.Car, en milieu défavorisé, les enfants se présentent à l\u2019école en ayant en moyenne bénéficié de 25 heures de lecture seulement.Ce qui n\u2019est pas étranger au fait que, à Montréal, un enfant sur trois arrive trop peu préparé à son entrée à l\u2019école.Réduire l\u2019écart «On se base sur ça pour appuyer nos actions», précise Lyse Brunet, la directrice générale d\u2019Avenir d\u2019enfants.Lancé en 2009, ce fonds dispose de 400 millions de dollars sur 10 ans, fournis par le gouverne- ment du Québec et la Fondation Lucie-et-André-Chagnon.Le but?Que chaque enfant arrive prêt à l\u2019école.«On essaie d\u2019injecter plus de moyens et d\u2019accompagnement possibles, pour que les enfants soient le moins laissés â eux-mêmes.On veut éviter que certains tombent entre deux chaises et arrivent â l\u2019école sans avoir été aidés, explique M\u201c® Brunet.L\u2019idée, c\u2019est de tisser un filet serré autour d\u2019eux.» Pour se qualifier, les collectivités doivent présenter un projet qui s\u2019articule autour de dix facteurs que la recherche a identifiés comme «protecteurs»: l\u2019accessibilité et la qualité des services, les pratiques parentales ou l\u2019environnement physique et social du quartier, par exemple.Le financement est ouvert à toutes les collectivités qui souhaitent «travailler ensemble», dit Mme Brunet.«On ne soutient pas le CPE seul, car on cherche un impact collectif, poursuit-elle.On les accompagne, on enfonce deux ou trois clous de plus.» Le centre de la petite enfance, la municipalité, les organismes communautaires : chacun est appelé à travailler en concertation avec les autres acteurs du milieu.Avenir d\u2019enfants soutient actuellement une trentaine de projets sur le thème de l\u2019éveil à la lecture.A Québec, le collectif Caméléon (haute-ville), par exemple, veut amener les livres aux enfants du HLM Bourla-maque.Heure du conte, coin de lecture, prêts de livres, visites à la bibliothèque du quartier.Les intervenants veulent non seulement créer une panoplie d\u2019activités, mais également faire participer les parents, qui pourront devenir bénévoles à leur tour.A Matane, on a instauré les «histoires à roulettes»: douze malles thématiques roulent d\u2019une famille à l\u2019autre pour le plus grand bonheur des petits qui les découvrent.En Ou-taouais, 100 sacs à dos circulent dans les maisons.Leur contenu?Des fiches éducatives et des activités parents-enfants.Dans la région de Sorel, vous pourriez croiser la bibliothèque roulante.Les livres s\u2019offrent aux jeunes lecteurs dans les parcs, l\u2019été, et à domicile, l\u2019hiver.«On essaie de joindre les milieux défavorisés, dit M\u201c® Brunet, car les parents eux-mêmes peuvent avoir des problèmes d\u2019analphabétisme.Souvent, ils ont besoin d\u2019être informés sur ce qu\u2019il faut faire avec l\u2019enfant, comme lui raconter des histoires.» Évaluer l\u2019impact Elle attend avec impatience les premiers résultats de l\u2019Enquête québécoise sur les enfants à la maternelle, qui arriveront à l\u2019automne 2013.Cette vaste étude scientifique vise à poser un diagnostic et à organiser les solutions en conséquence.«Ça va permettre de voir où on en est dans les compétences des enfants en langage avant l\u2019école, et, quand on va reprendre, on va voir si on avance, si on a été capable d\u2019influencer les façons de faire, d\u2019injecter plus d\u2019outils», estime-t-elle.A terme.Lyse Brunet a bon espoir de voir des enfants mieux préparés se présenter à leur premier jour de classe.Le Devoir COLLEGE FRONTIERE Ils étaient des ouvriers-enseignants.Il y a cent ans, Alfred Fitzpatrick, un pasteur de la Nouvelle-Ecosse, a fondé le Collège Frontière pour alphabétiser les ouvriers des camps de bûcherons, des mines et des chemins de fer en régions éloignées.La méthode choisie était originale: des ouvriers-enseignants se joignaient aux travailleurs dans leur labeur quotidien et, le soir venu, enseignaient la lecture et l\u2019écriture.CAROLINE RODGERS Un siècle plus tard, le Collège Frontière offre divers programmes d\u2019alphabétisation à travers le Canada et compte sur 500 bénévoles agissant auprès des adultes et des enfants, ainsi que sur des éducateurs salariés.Au Québec, les premiers ouvriers-enseignants québécois étaient des étudiants de l\u2019Université Laval et de l\u2019Université McGill, qui allaient en Abitibi, à Sept-Iles, à La Tuque et à Gaspé pendant l\u2019été et travaillaient dans les mêmes conditions et au même salaire que leurs confrères ouvriers.«En 1912, la population du Québec était de 3,3 millions et environ 80%) des travailleurs n\u2019avaient pas de diplôme d\u2019études secondaires, d\u2019où l\u2019importance d\u2019essayer de renverser la vapeur et de leur permettre d\u2019aspirer â un avenir meilleur en améliorant leurs connaissances», dit Mélanie Val-cin, gestionnaire du Québec pour le Collège Frontière.Jean-Guy Ouellette, au- Vers un Québec apprenant Émission sur l\u2019alphabétisation Mercredi 12 septembre 13 h 30 sur les ondes de CIBL 101,5 Première d\u2019une série radiophonique sur les enjeux en éducation des adultes icëa Institut de coopération pour l\u2019éducation des adultes WWW.ICEA.QC.CA Collège Frontière Frontier College Collège Frontière 100 ANS D\u2019ACnON AU QUÉBEC DES CAMPS DE BUCHERONS AUX CAMPS D\u2019ETE : COLLÈGE FRONTIÈRE CÉLÈBRE 100 ANS AU QUÉBEC Au Québec depuis 1912, notre action vise le développement des compétences en littératie et la création d\u2019occasions d\u2019apprentissage destinées aux enfants et aux adultes dans des milieux de travail, des organismes d\u2019insertion, des communautés autochtones et au sein de clubs d\u2019aide aux devoirs et de cercles de lecture situés dans des quartiers margnialisés.Faites partie de la solution ! Devenez bénévole ou faites un don dès aujourd\u2019hui ! www.collegeffontiere.ca LA PRESSE CANADIENNE Au centre, Alfred Fitzpatrick jourd\u2019hui retraité du ministère de l\u2019Education, a été ouvrier-enseignant dans un camp de bûcherons de la Côte-de-Beaupré, puis au sein d\u2019une équipe d\u2019entretien des chemins de fer entre Sept-Iles et Schefferville dans les années 1960.«Les équipes étaient logées â bord des trains, dit-il.Il y avait beaucoup de travailleurs immigrants, des Italiens, des Portugais, des Polonais, mais aussi des Québécois et des Terre-Neuviens.J\u2019offrais des cours de français pour les al-lophones, en plus des cours d\u2019alphabétisation.Mon souvenir le plus vif est celui d\u2019un homme de la Côte-Nord, venu me demander de l\u2019aider â lire une lettre de sa femme.Je lui ai proposé de l\u2019aider â écrire une réponse et il a accepté.Il concluait sa lettre par \u201cc\u2019est toute \u201d.Je lui ai suggéré d\u2019ajouter, s\u2019il le voulait, \u201cje t\u2019embrasse ainsi que les enfants \u201d et il était tout gêné, c\u2019était très touchant.» La tradition revisitée Cette année, le Collège Frontière a décidé de renouveler la tradition des ouvriers-enseignants en envoyant en poste quatre d\u2019entre eux à différents endroits du Québec pour un an.Deux d\u2019entre eux travaillent auprès d\u2019employés de la Première Nation des Micmacs de Gespeg, en Gas-pésie.Deux autres sont à Schefferville avec des travailleurs de Labrador Iron Mines.A la différence de leurs prédécesseurs, ces ouvriers-enseignants du XXI® siècle se consacrent à temps plein à leurs tâches d\u2019enseignement.Et ces dernières vont au-delà de la lecture et de l\u2019écriture.On vise également à améliorer d\u2019autres compétences jugées essentielles en milieu de travail.Laurie-Isabelle Denis et Yan Tapp, formateurs auprès des employés du Conseil de bande de Gaspé, ont rencontré chaque travailleur individuellement pour déterminer leurs besoins.«Notre objectif était d\u2019établir quelles compétences l\u2019employé souhaiterait améliorer, explique Laurie-Isabelle Denis.Les compétences jugées essentielles au travail sont la rédaction, l\u2019utilisation de documents, le calcul, l\u2019informatique, la capacité de raisonnement, la communication orale, le travail d\u2019équipe et la formation continue.Ces employés sont ensuite libérés pendant leurs heures de travail afin de recevoir l\u2019enseignement dont ils ont besoin.Et si quelques-uns ont des réticences, la plupart sont très intéressés â participer.» En milieu urbain En ville, la clientèle en alphabétisation est notamment composée d\u2019allophones.Des activités de francisation sont donc également inscrites au programme.Le Collège Frontière collabore avec des organismes communautaires pour rejoindre cette clientèle.A Montréal, c\u2019est à Côte-des-Neiges que Nathalie McDuff, formatrice salariée, travaille auprès d\u2019eux.«La clientèle est très diversifiée, dit-elle.On peut avoir des personnes de dix nationalités dans un atelier de quatorze personnes.Beaucoup viennent nous voir pour briser l\u2019isolement, car elles n\u2019ont pas beaucoup de gens â qui parler.De plus, la plupart envoient leurs enjants â l\u2019école en français et ont besoin de nous pour les aider â superviser leur apprentissage scolaire.» D\u2019autre part, le Collège Frontière fait de la prévention auprès des enfants, entre autres avec les tentes de lecture.Pendant l\u2019été, une équipe de bénévoles installe des tentes dans les parcs ou les camps de jour, où les enfants sont invités à découvrir des livres.«Quand ils terminent l\u2019année scolaire, les enfants ont atteint un certain niveau de lecture.Mais quand ils retournent â l\u2019école en septembre, s\u2019ils n\u2019ont pas continué â lire pendant l\u2019été ou n\u2019ont pas eu accès â des livres, ils ont régressé d\u2019un ou deux niveaux de lecture.On fait donc de la sensibilisation auprès des parents et on leur apporte des livres dans leur quartier.Chaque enfant qui passe sous la tente repart avec un livre neuf chez lui.A Montréal, on fait une quarantaine d\u2019interventions chaque été», dit Mélanie Valcin.Collaboratrice Le Devoir LE DEVOIR, LES SAMEDI I'*'^ ET DIMANCHE 2 SEPTEMBRE 2012 G 5 ALPHABET SAT 01 ANALPHABETISME Des milliards perdus ! Un Québécois sur deux ne terminera pas son secondaire Au Québec, près d\u2019une personne sur deux possède de faibles compétences en littératie, ce qui engendre d\u2019importantes conséquences socioéconomiques pour la province.Bien qu\u2019on tente de s\u2019attaquer au problème depuis la publication du rapport Parent et la fondation du ministère de l\u2019Éducation au début des années 1960, il reste encore beaucoup à faire.EMILIE CORRIVEAU Si, en 2012, 49% des Québécois âgés de 16 à 65 ans éprouvent des problèmes de lecture et d\u2019écriture, tous ne sont pas complètement analphabètes.On estime qu\u2019environ 16% de la population québécoise souffre d\u2019analphabétisme complet et que 33% est analphabète mais fonctionnelle.Parmi ces personnes, 55% sont francophones et 43% anglophones.«Ce que ça signifie, c\u2019est que 33% de la population québécoise n\u2019arrive pas à atteindre un niveau suffisant de littératie pour pouvoir compléter la cinquième secondaire, développer de nouvelles compé-tences^professionnelles ou occuper un emploi de base.A cela s\u2019ajoute 16%) de la population qui n\u2019est pas fonctionnelle.Elle ne peut ni lire, ni écrire.C\u2019est grave», souligne Monique Brodeur, doyenne de la Faculté des sciences de l\u2019éducation de rUniversité du Québec à Montréal.Les causes de l\u2019analphabétisme sont multiples.Le milieu de vie constituant un facteur de risque élevé, beaucoup d\u2019analphabètes sont issus d\u2019un milieu défavorisé.Certains connaissent des difficultés d\u2019apprentissage et ne bénéficient pas du soutien dont ils ont besoin.La recherche scientifique démontre également que l\u2019une des causes importantes de l\u2019analphabétisme est la maîtrise insuffisante des conventions relatives à l\u2019écrit (maîtrise de l\u2019alphabet, rapidité de l\u2019identification des mots, etc.) et que l\u2019atteinte de cette maîtrise requiert, pour plusieurs, un enseignement explicite et systématique dès la maternelle.Conséquences Pour le Québec, ce taux d\u2019analphabétisme élevé engendre de multiples conséquences à divers niveaux.Au plan économique, par exemple, l\u2019impact est important.«On sait que les personnes de plus de 16 ans qui ne réussissent pas à développer suffisamment leurs compétences en littératie sont très à risque de décrocher du système scolaire.Ça représente, selon l\u2019économiste Pierre Fortin, un coût de près d\u2019un demi-million de dollars par dé-crocheur», relève la doyenne.Le niveau de littératie de la population d\u2019un pays a également une incidence directe sur la croissance globale de son produit intérieur brut et sa réussite économique à long terme.D\u2019après une étude de Statistique Canada publiée en 2004, une hausse de 1% du niveau de littératie de la population par rapport aux autres pays permettrait d\u2019engendrer une hausse de 2,5% du niveau de productivité de la main-d\u2019œuvre et de 1,5% du produit intérieur brut par personne.Toujours selon cette étude, au Canada, chaque hausse de 1% du niveau global de littératie permettrait d\u2019engendrer une augmentation du revenu national de 32 milliards.Aussi, l\u2019analphabétisme contribue à accroître la demande pour les services de santé, le coût et la durée des soins, le recours à l\u2019aide sociale, tout en nuisant à l\u2019engagement communautaire JACQUES GRENIER LE DEVOIR Au Québec, en 2012, 49% des 16-65 ans souffrent de problèmes de lecture et d\u2019écriture, tandis que 16% de la population est complètement analphabète.et à la participation civique.Quant aux coûts individuels, ils sont nombreux.11 est établi que des personnes ayant de faibles capacités en littératie ont plus de difficultés à décrocher un emploi.Lorsqu\u2019elles travaillent, elles ont généralement des revenus plus faibles et occupent des postes peu ou non qualifiés, lesquels sont souvent précaires.Par conséquent, ces personnes ont plus tendance à souffiir d\u2019une alimentation inadéquate, à vivre dans un logement insalubre, à travailler dans un milieu dangereux, à se sentir isolées ou à démontrer des difficultés à adopter des habitudes de vie saines, ce qui est susceptible de nuire à leur développement comme à celui de leurs enfants.Des solutions?Si, depuis la parution du rapport Parent, le Québec a déployé nombre d\u2019efforts pour réduire le taux d\u2019analphabétisme dans la province, les avancées réalisées ont, somme tqute, été limitées.Malgré que le ministère de l\u2019Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) ait fait de l\u2019alphabétisation une de ses priorités en 1990 et qu\u2019il ait réitéré cet engagement en 2002 dans la Politique gouvernementale d\u2019éducation des adultes et de formation continue, les enquêtes de l\u2019Qrganisation de coopération et de développement économiques révèlent une absence de progrès entre 1995 et 2003.«On a fait des pas en avant et on continue d\u2019en faire.Plusieurs personnes et organismes, dont la Fondation pour l\u2019alphabétisation, font un travail remarquable.Toutefois, ces efforts ne sont pas suffisants, ils sont trop souvent fragmentés et ne bénéficient pas du soutien que pourrait leur fournir la recherche scientifique sur la lecture et l\u2019écriture», soutient M\u201c® Brodeur.«En 2012, on comprend beaucoup mieux qu\u2019auparavant les causes de l\u2019analphabétisme et on sait mieux comment le prévenir, poursuit la doyenne.Par exemple, grâce à la recherche, on sait qu\u2019un enfant qui éprouve des difficultés de lecture à la fin de sa première année du primaire présente un risque très élevé de connaître de sé- 1300 000 adultes québécois peu alphabétisés Cette situation commande un plan d\u2019action d\u2019envergure Le prochain gouvernement du Québec devra y voir! li y a urgence d\u2019agir.ENSEMBLE CONTRE L'ANALPHABÉTISME ensemble.qc.ca vères difficultés d\u2019apprentissage tout au long de son parcours scolaire.On sait par ailleurs qu\u2019un enseignement explicite et systématique des conventions de l\u2019écrit dès la maternelle permet de réduire de façon significative le nombre d\u2019élèves en difficulté à la fin du premier cycle primaire.Dans une perspective de respect de la personne, d\u2019accessibilité et de réussite scolaire, ainsi que de justice sociale, nous avons le devoir de mettre ces connaissances au service des personnes et de la société.A cet égard, le MELS a un rôle capital à jouer.» D\u2019après la doyenne, il importe donc de fédérer les efforts et de les canaliser en fonction des connaissances issues de la recherche scientifique.A ce propos, la création d\u2019un Centre québécois d\u2019excellence pour la littératie tout au long de la vie permettrait de concerter les actions de recherche, de formation, de transfert et de mobilisation de connaissances, et ce, de la petite enfance à l\u2019âge adulte.Ce centre pourrait être financé par le Fonds de recherche sur la société et la culture (FRQSC) et le MELS.Palliant le manque créé par la disparition du Canadian Language and Literacy Research Network (CLLRNet), qui a œuvré de 2001 â 2010, ledit centre d\u2019excellence permettrait au Québec de mener des travaux rigoureux, d\u2019envergure, favorables aux Québécois et â la francophonie.Prévention Mme Brodeur rappelle que la prévention est l\u2019une des clés du succès et qu\u2019elle pourrait être davantage mise de l\u2019avant en milieu scolaire.«Edifier des fondations solides lorsqu\u2019on bâtit une maison est plus gagnant que de tenter de les consolider lorsque la maison est terminée.C\u2019est la même chose avec la littératie.Si on prévient les difficultés de lecture dès l\u2019enfance, on accroît de façon significative la réussite en lecture mais aussi dans les divers domaines d\u2019apprentissage scolaire.» Dans cet esprit, â l\u2019été 2011, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) a demandé au MELS qu\u2019il revoie des éléments du Programme de formation de l\u2019école québécoise, afin d\u2019y inclure des composantes liées â l\u2019apprentissage de la lecture-écriture, ce â quoi î\u2019ex-ministre Line Beauchamp a donné son aval.D\u2019après Mme Brodeur, il est impératif que ces travaux soient menés â terme sans tarder.«Cette modification du programme est cruciale, estime-t-elle.Elle permettrait d\u2019enrichir le programme actuel, de l\u2019arrimer à l\u2019état des connaissances issues de la recherche scientifique et d\u2019en hausser l\u2019efficacité.Du coup, le programme enrichi contribuerait à prévenir les difficultés d\u2019apprentissage de la lecture et à réduire le taux d\u2019analphabétisme.Afin que cette modification puisse porter fruit, et compte tenu du virage significatif qu\u2019elle implique, il sera toutefois essentiel de mettre en œuvre une stratégie afférente d\u2019information, de formation et d\u2019accompagnement du milieu scolaire.Il sera également pertinent de vérifier l\u2019impact réel de ces mesures et de procéder aux ajustements nécessaires afin d\u2019atteindre le but visé.C\u2019est un dossier qu\u2019il faut absolument suivre de très près !» Collaboratrice Le Devoir âââ Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec RGPAQ A Fondation pour l'alphabétisation Des mots d'espoir Ïa lecture en CADEAU\u201c\u201c AIDEZ-NOUS A TRANSMETTRE LE PLAISIR DE LIRE AUX ENFANTS FAITES UN DON fondationalphabetisation.org 1 800 361-9142 51 G 6 LE DEVOIR LES SAMEDI I®'\u2018 ET DIMANCHE SEPTEMBRE 2012 ALPHABETISATIOI EDUCATION DES ADULTES Un eleve sur deux n\u2019a pas 19 ans ! « On doit faire face à différents niveaux d\u2019enseignement » Le secteur de l\u2019éducation des adultes est appelé en de nombreuses occasions à fournir un soutien à des gens qui retournent sur les bancs d\u2019école et qui éprouvent des difficultés relatives aux connaissances de base.Mais voilà que les clientèles rajeunissent et que les enseignants sont de plus confrontés à des problèmes d\u2019une autre nature.REGINALD HARVEY Vice-présidente de la Fédération des syndicats de l\u2019enseignement (FSE-CSQ), Josée Scalabrini remonte le cours du temps et dépeint une nouvelle réalité: «On sait qu\u2019au départ, lorsqu\u2019on a créé l\u2019éducation des adultes, c\u2019était pour aider ceux d\u2019entre eux qui décidaient d\u2019aller compléter une formation.Aujourd\u2019hui, il est possible de dire que 50% des gens qui fréquentent ce secteur sont âgés de 16 à 18 ans; 75 % d\u2019entre eux se situent en bas de 24 ans.» Elle décrit ces jeunes : «Il y a parmi eux des gens qui ont décroché et qui raccrochent au bout de quelques mois, mais il y a aussi beaucoup d\u2019élèves, ce qui n\u2019existait pas à l\u2019époque, qui passent directement à l\u2019éducation des adultes.» Elle fournit cette explication: «Ils éprouvent des difficultés et ils n\u2019arrivent plus dans le secteur régulier du programme des jeunes, donc ils recourent à cette pensée magique que ça va être plus facile à l\u2019éducation des adultes; ils laissent tout tomber pour se tourner de ce côté.» Il est maintenant possible, pour un jeune de 16 ans qui accuse beaucoup de retard et qui éprouve plusieurs difficultés, d\u2019agir de la sorte en recourant à des aménagements qui sont de plus en plus nombreux poiu faciliter ce passage.La problématique se complexifie Au-delà des carences dans les connaissances de base et générales, surgissent des difficultés d\u2019un autre ordre dans un tel environnement, comme le démontre Scalabrini : «Les enseignants se retrouvent de plus en plus avec des élèves qui ont des problèmes de santé mentale, et il n\u2019existe pas de dossier qui les accompagne dans ce sens-là; ces problèmes ont eu une incidence sur leur cheminement scolaire, mais les projs ne sont pas au courant de cette réalité.Pour ce qui est des difficultés d\u2019apprentissage, il est vrai qu\u2019il y a toujours eu des jeunes qui en ont eu, mais, au cours des dernières années, on a assisté à la multiplication de celles-ci, notamment sur le plan de la lec- ture et des mathématiques, par exemple.» Cela dit, elle signale que le secteiu des jeunes réclame depuis un bon bout de temps l\u2019obtention de plus nombreux services complémentaires : «Il est de plus en plus nécessaire d\u2019avoir recours aux interventions d\u2019orthothérapeutes, de psychoéducateurs et autres; les jeunes ont besoin de la présence de ces professionnels qui préparent des dossiers à leur sujet.A partir du jour où s\u2019effectue le passage à l\u2019éducation des adultes, il arrive souvent que ceux-ci ne suivent pas l\u2019élève.» Elle ajoute : «Il faut aussi reconnaître qu\u2019il y a très très peu de services complémentaires du côté des adultes.» En fait, on pellette dans la cour des adultes les élèves en difficulté du secteur des jeunes, qui se retrouvent là privés d\u2019au moins un minimum de services d\u2019accompagnement.Encore faut-il savoir que l\u2019ensei^ant à l\u2019éducation des adultes se retrouve parfois dans l\u2019obligation de transmettre neuf programmes différents dans une classe de 30 élèves: «Ils ont des défis multiples à relever et souvent ils ne disposent pas de ressources.» Elle laisse même savoir que la réforme s\u2019est appliquée sans que soient foiunis au personnel enseignant les mêmes outils de soutien que ceux dont ont disposé leius collègues qui œuvrent auprès des jeunes.Sans oublier que 75% des enseignants à l\u2019éducation des adultes ont un statut précaire, dont 45% travaillent à des taux horaires.Quelles sont, à coiut terme, les solutions prioritaires et les plus pressantes à appliquer pour bonifier le secteiu des adultes?Josée Scalabrini apporte cet éclairage: «Je pense que ça prend des services complémentaires ; on a besoin de ressources et il faut de plus abaisser le taux de précarité.On doit également fournir des ratios dans les classes pour qu\u2019on ne dépasse pas tel nombre de programmes différents et tel nombre d\u2019élèves.» D\u2019une même voix.Enseignant de carrière au service de la Commission scolaire du Val-des-Cerfs, dans la région de Granby, et militant syndical dans le secteur de l\u2019éducation des adultes à titre de membre de la Fédération autonome de l\u2019enseignement (FAE), Mario Cornellier trace un portrait semblable de la clientèle actuelle des adultes : «De façon générale, le fort pourcentage des élèves se trouve dans la tranche d\u2019âge des 16 à 24 ans; plus de 50 % des jeunes ont 18 ans ou plus et sont là dans le but de terminer leur parcours secondaire.» Il identifie les écueils les plus courants auxquels font face ces gens : «Il existe beaucoup de déficits d\u2019attention, plutôt que des troubles de comportement.Il y a aussi des pro- n MARTIN BUREAU AGENCE ERANCE-PRESSE De nos jours, 50% des élèves inscrits à i\u2019éducation des aduites sont âgés de 16 à 18 ans.blêmes de lecture et d\u2019écriture.En fait, tout ce que les élèves ont vécu étant plus jeunes se répercute à l\u2019âge adulte.» Il enchaîne : « C\u2019est hétérogène au maximum et on retrouve autant de garçons que de filles dans les classes.Ces personnes ont éprouvé des difficultés au niveau du secondaire ou dans leur vie personnelle; elles ont fait face souvent à des défis qui les ont empêchées d\u2019obtenir dans les temps prescrits leur diplôme de cinquième secondaire.Elles se sont donc rabattues vers le secteur des adultes.La grande déception pour ces gens, c\u2019est qu\u2019ils sont obligés de reprendre à partir de la première secondaire après un certain laps de temps, durant lequel ils ont quelque peu perdu leurs habiletés scolaires.» Lourde tâche Il abonde dans le sens de sa collègue syndicale sur les difficultés qui se posent aux enseignants dans ce secteur : «Dans la structure de l\u2019organisation scolaire relative à l\u2019éducation des adultes, il existe très peu de soutien pour les élèves de 18 ans ou plus du côté pratique de l\u2019approche pédagogique: ils n\u2019ont pas de services et ils doivent se tourner vers le communautaire.» Les embûches rencontrées dans le secteur des jeunes ou durant certaines expériences vécues ont des répercussions sur les adultes : «Les élèves pensaient que ces embûches avaient définitivement disparu en raison de leur parcours de vie sur le plan de l\u2019emploi, mais, malheureusement, les vieux fantômes ressortent quand ils reviennent en formation générale à l\u2019éducation des adultes.Les difficultés refont surface et cela entraîne des découragements, parce que le soutien pédagogique n\u2019existe pas.» Ce sur quoi il se penche sur les procédures administratives qui causent un pareil vide.Laissé à peu près à lui-même, l\u2019enseignant doit composer avec une situation complexe sur plusieurs points, comme l\u2019explique Mario Cornellier: «On doit faire face à divers niveaux d\u2019enseignement; dans mon cas et dans ma classe, fai des élèves en troisième, quatrième et cinquième secondaire et je couvre six matières; non, ce n\u2019est pas l\u2019image générale des centres pour adultes, mais c\u2019est quand même une image relativement réaliste, parce qu\u2019on retrouve des classes de multi-niveaux et de multi-matières.C\u2019est là que se trouve le plus grand défi d\u2019un enseignant.» Il en fournit la raison: «Il doit être polyvalent dans son approche pédagogique et faire appel à tout son bagage de connaissances pour répondre à toutes les attentes des élèves.La difjiculté première, c\u2019est d\u2019être capable de répondre à chacun de ceux-ci selon ses besoins précis.» Collaborateur Le Devoir LE EABOER À LONGUEUIL La reprise de pouvoir des mères pauvres L\u2019alphabétisation familiale offre une approche globale pour un problème social Unique en son genre au Québec, le groupe d\u2019alphabétisation familiale Le Fablier s\u2019est donné pour mission d\u2019agir à plusieurs niveaux pour prévenir l\u2019analphabétisme dans les familles pauvres.Situé dans l\u2019un des quartiers les plus défavorisés de Longueuil, l\u2019organisme part du constat que le parent est le modèle de l\u2019enfant.Il mise donc principalement sur son renforcement et sur son rôle essentiel de premier éducateur.Mais éducation citoyenne et mobilisation sont aussi à l\u2019ordre du jour.BENOIT ROSE Sonia Desbiens et Karine Côté, des intervenantes, accueillent chaleureusement leur invité dans ce qui constitue un vrai milieu de vie, tandis que leur collègue Sylvie Turner est partie chercher le café pour la réunion du jour.« On aimerait pouvoir être quatre dans l\u2019équipe permanente, et même cinq, mais notre financement nous en empêche, confie rapidement Sonia.Parce que c\u2019est sûr que les besoins sont là.A trois, c\u2019est le minimum pour fonctionner.» La gestion du Fablier se fait de façon participative, c\u2019est-à-dire que les décisions sont prises collectivement.Au sein de cette structure horizontale sans hiérarchie, Sonia porte officiellement le chapeau de la coordonnatrice.Nous bavardons dans la grande salle communautaire, qui s\u2019apparente à un salon convivial où les membres sont bienvenus en tout temps.«On veut qu\u2019ils se sentent chez eux», lance Sonia.Qn aperçoit plus loin une salle à manger et une cuisine.Il n\u2019est pas rare que des membres viennent dîner ici avec les intervenantes.Mais qui sont-ils?«En majorité, répond Sylvie, qui nous a rejoints, ce sont des femmes, donc des mères, autant monoparentales qu\u2019en couple, et qui souvent sont à la maison.En général, elles ont eu de mauvaises expériences scolaires.Leur niveau de scolarité n\u2019est pas très élevé.Elles ne sont pas complètement analphabètes, elles savent reconnaître les lettres, lire des syllabes, lire un mot, mais ça devient plus difficile de lire une phrase et d\u2019en comprendre le sens.» Des analphabètes fonctionnelles?«Exactement.» Isolement Pour elles, lire et comprendre la posologie sur une bouteille d\u2019aspirine est une tâche difficile.Remplir un formulaire est une lourde entreprise.De nombreux obstacles se dressent ainsi au quotidien.Et ces femmes vivent isolées.« C\u2019est à ce moment-là qu\u2019elles font appel à nous», indique Sylvie.La première préoccupation des mères qui viennent chercher de l\u2019aide est le développement de leurs enfants : elles craignent de ne pas être capables de les accompagner convenablement.Elles sont inquiètes à propos de l\u2019école qui s\u2019en vient et veulent briser l\u2019isolement dans lequel leurs petits grandissent.Sans surprise, elles manquent généralement d\u2019estime de soi.«Elles se sont fait dire qu\u2019elles n\u2019étaient pas intelligentes», de déplorer Sonia.Les ateliers d\u2019alphabétisation familiale gratuits qu\u2019elles suivront ici avec leurs enfants aborderont quatre volets.Les intervenantes viseront d\u2019abord le développement ou le maintien des habiletés de lecture, d\u2019écriture et de prise de parole du parent.Ensuite, celui-ci sera appelé à soutenir ses enfants dans leur éveil à l\u2019écrit et leur appropriation de la lecture et de l\u2019écriture (dans un renforcement de l\u2019expérience parentale).Puis, on suscitera la participation du parent au sein de sa collectivité (école, quartier, ville, organisme).Enfin, il pourra aider ses enfants à développer la socialisation et le goût d\u2019apprendre.«Nous avons une approche de l\u2019alphabétisation Elles sont inquiètes à propos de l\u2019école qui s\u2019en vient et veulent briser l\u2019isolement dans lequel leurs petits grandissent qui est populaire, explique Sonia, mais l\u2019alphabétisation familiale vise en plus à redonner du pouvoir au parent dans son rôle auprès de son enfant.Donc, nous n\u2019avons pas un impact seulement sur une personne, mais sur l\u2019ensemble de la famille.Et nous prévenons ainsi l\u2019analphabétisme des enfants, parce qu\u2019on sait que plus on agit lorsqu\u2019ils sont jeunes et plus le parent est présent, plus ils ont de chances de réussir à l\u2019école.» S\u2019il faut passer par une certaine reconstruction de la mère fragilisée afin qu\u2019elle puisse jouer un rôle positif pour la génération suivante, il faut également lutter pour l\u2019amélioration des conditions de vie de ces familles.Parce que le lien entre la pauvreté et l\u2019analphabétisme est clair.En raison de sa vision des choses, la petite équipe du Fablier se démène de façon globale en revendiquant, en se mobilisant et en se portant à la défense de droits qu\u2019elle juge bafoués.La troupe était dans la rue à Montréal le 22 août dernier.Elle a frappé sur des casseroles ce printemps.Elle fait partie de la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics.Sensibilisation La sensibilisation fait partie intégrante des pratiques.S\u2019inspirant du pédagogue brésilien Paulo Freire, les intervenantes expriment dans un document de réflexion que celle-ci «permet aux personnes opprimées de prendre la parole, de voir que les contradictions de la société ne sont pas une fatalité.[.] Le Eablier devient un lieu de sensibilisation qui amène les parents à devenir des agents de développement.[.] Le travail collectif consiste à renvoyer à chacun des miroirs, des langages, des espaces afin qu\u2019il puisse se reconnaître, se construire avant d\u2019établir des rapports sociaux et de participer à la collectivité.» Croisée dans la salle communautaire, Kathy témoigne de son expérience ici et de son attache- ment au groupe.Membre active jusque dans le comité dp parents participants, elle est originaire de Sept-Iles et ne connaissait personne en arrivant à Longueuil il y a cinq ans.«Ça brise la solitude», lance-t-elle.Mère monoparentale, c\u2019est grâce au Fablier qu\u2019elle parvient vraiment â fréquenter les familles de son entourage, toutes un peu coincées dans leur train-train quotidien.Ce sont son réseau social et celui de ses enfants qui se sont construits ici.«On échange.C\u2019est bon pour le moral et pour la confiance en soi.Et ça m\u2019aide avec les enfants.Ils choisissent des livres dans la bibliothèque ici et je leur fais la lecture à la maison.» Le financement, il faut le noter, est un enjeu fondamental pour les groupes populaires et communautaires.Subventionné â la fois pqr le ministère de la Famille et le ministère de l\u2019Education, Le Fablier recueille aussi des dons pour ses activités et pour payer son loyer annuel très élevé de 42000$.Les subventions ne couvrent grosso modo que les salaires.Les intervenantes se montrent particulièrement critiques envers les partenariats public-privé (PPP) sociaux, citant en exemple celui conclu par le gouvernement avec la Fondation Chagnon.Pour elles, c\u2019est une façon pour le gouvernement de se désengager, avec pour conséquence une perte d\u2019autonomie pour les organismes et une gestion pour le moins déficiente de la pauvreté.«Le contrôle de la qualité du service est dans les mains du secteur privé, et on sait qu\u2019il n\u2019en fait pas.Il y a des enjeux là», souligne Sonia.La défense des droits prend le bord, ajoute Karine Côté.«Ce que se disent souvent les organismes communautaires entre eux, confie-t-elle, c\u2019est que le gouvernement fait de la gestion des pauvres au lieu de faire de la gestion de la pauvreté.Et ça, c\u2019est quelque chose que nous critiquons avec force.» Un thème toujours balayé sous le tapis en période électorale.Collaborateur Le Devoir Journée internationale de l'alphabétisation Favoriser de réelles conditions de réussite pour les raccrocheurs : c'est aussi ça, la persévérance scolaire Centrale des syndicats du Québec www.csq.qc.net Fédération des syndicats de renseignement (CSQ) Enseigner, c'est s'engager de www.fse.qc.net "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.