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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2012-10-27, Collections de BAnQ.

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[" Marie-Andrée Lamontagne sur les traces d\u2019un traîneau Page f 3 Regards sur '\tlittérature en mode Major p«^eF6 LIVRES CAHIER F > LE DEVOIR, LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 OCTOBRE 2012 Entrevue avec Thistorienne Denyse Baillargeon La grande histoire des femmes au Québec ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR «Jusqu au début du XIX^ siecle, ce sont les femmes qui cherchent a placer les maris et les fils dans la sphere politique, en structurant les rapports sociaux de la maison en consequence » Que sait-on d\u2019elles, une fois le nez plongé dans l\u2019histoire du Québec?Et comment la connaissance de l\u2019univers des femmes permet-elle de mieux comprendre les changements qu\u2019a vécus notre société ?L\u2019historienne Denyse Baillargeon vient de publier un ouvrage incontournable : sa Brève histoire des femmes au Québec, une sorte d\u2019intelligent «Que sais-je», met à jour les connaissances sur un sujet que nous sommes loin, bien loin d\u2019avoir fini de creuser.JEAN-FRANÇOIS NADEAU La dernière synthèse du genre date de 1982, fruit des efforts du collectif Clio, remise à jour en 1992.«Ce travail date déjà, selon Denyse Baillargeon.Depuis, il y a eu pas mal de nouvelles recherches.» Et qu\u2019est-ce qui a changé, au juste?« Les perspectives sur l\u2019histoire des femmes ! Il y a d\u2019abord le concept de genre : la notion d\u2019\u201chomme \u201d et de \u201cfemme \u201d est un phénomène construit, dont la définition change d\u2019une époque à l\u2019autre.Au début du XX^ siècle, un \u201chomme \u201d est par exemple synonyme de pourvoyeur.Ce n\u2019est plus cette définition qu\u2019on a aujourd\u2019hui.L\u2019analyse, aussi, entre la sphère publique et privée a changé.» Son histoire des femmes s\u2019en trouve ainsi plus ancrée dans l\u2019histoire générale du Québec.On y examine de près «le partage des responsabilités, les rôles de chacun».Denyse Baillargeon pose de manière centrale les rapports complexes entre la vie privée, la vie domestique et la famille.« C\u2019est ce qui permet notamment de mieux comprendre chez les Patriotes la place du droit de vote pour les femmes.On ne comprend pas leurs positions si on n\u2019examine pas leurs conceptions de la féminité et de l\u2019espace public en même temps.» Très progressistes, les Patriotes de 1837-1838 en excluent tout de même les femmes de la citoyenneté politique, tout en réclamant d\u2019elles le soutien à leur cause.Jusqu\u2019au début du XIX® siècle, c\u2019est-à-dire à l\u2019aube de la révolution industrielle et du triomphe du capitalisme, les femmes occupent une place très importante^ dans la vie sociopolitique.«A l\u2019époque coloniale, les femmes sont au cœur du réseau de production et de reproduction.On prend alors des décisions politiques au sein des réseaux familiaux.Jusqu\u2019au début du XIX^ siècle, ce sont les femmes qui cherchent à placer les maris et les fils dans la sphère politique, en structurant les rapports sociaux de la maison en conséquence.» L\u2019industrialisation Avec l\u2019industrialisation, les choses changent radicalement.«Les hommes partent travailler.Le lien entre le travail et la vie familiale est rompu.Il en résulte un éloignement des femmes de la vie politique.» C\u2019est l\u2019époque où un nouveau discours sur la femme prend de l\u2019ampleur, une pensée qui les met à l\u2019écart au nom d\u2019une idéologie.«Les pré- Brève histoire des femmes au Québec très et l\u2019élite avancent alors que la place des femmes se trouve du côté de la famille, et nulle part ailleurs.Le rôle des femmes est présenté comme devant être celui d\u2019une mère seulement.» C\u2019est sans conteste une forme de recul qui s\u2019opère au XIX® siècle.«Dans les faits, les femmes se jouent un peu de ce discours qui les place en marge.Elles le récupèrent, le retournent même à leur avantage.Puisque nous sommes des mères, disent-elles, nous sommes en mesure de comprendre les miséreux et les plus vulnérables.Nous pouvons donc faire preuve de compassion, de dévouement, de patience.En somme, nous pouvons nous occuper d\u2019une part des laissés-pour-compte.» En faisant rebondir les propos antiféministes sur la corde de l\u2019instinct maternel, les _________ femmes s\u2019assu- Irent de réintégrer l\u2019espace public: elles prennent solidement place dans les hôpitaux, le système d\u2019éducation et les centres sociaux de toutes sortes.Chez les francophones, cela se fera beaucoup à travers les communautés religieuses, malgré le bon nombre de laïques qu\u2019on re trouve également.La révolution féministe, à compter des années 1960, conduit à «la dénonciation en règle des inégalités entre les hommes et les femmes».Mais bien des dissimilitudes demeurent, profondément ancrées.En 1986, les femmes qui travaillent à temps plein gagnent en moyenne 66% du salaire des hommes qui font un travail équivalent.En 1975, elles gagnaient 60% de leur salaire.Selon Denyse Baillargeon, l\u2019histoire des femmes au Québec progresse et s\u2019explique en trois fils conducteurs.La question du développement économique, d\u2019abord, car «le statut accordé aux femmes varie sans cesse selon ce rapport ».Vient ensuite la question de l\u2019action sociale et politique, qui conduit aux revendications sur le rôle qu\u2019elles y tiennent.Enfin, depuis au moins le XIX® siècle, on trouve, toujours selon l\u2019historienne, la question nationale, qui progresse pour un temps de conserve avec une dimension religieuse.«Les femmes comprennent elles aussi la nécessité de protéger leur société.Mais elles se retrouvent très souvent déchirées entre deux mondes: elles sont croyantes et veulent maintenir leurs croyances tout en luttant par exemple pour le droit de vote.Bien qu\u2019elles veuillent voter, elles ne souhaitent pas pour autant déplaire.Ce déchirement est resté très, très longtemps chez nous.Lorsqu\u2019en 1995 Lucien Bouchard affirme que les VOIR PAGE F 2 FEMMES F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 OCTOBRE 2012 LIVRES EN APARTE A moins d\u2019un miracle Jean-François Nadeau n avril 2003, à la suite de l\u2019invasion de l\u2019Irak par les Américains, la Bibliq-thèque nationale de Bagdad flambe.A deux occasions, on y met le feu à l\u2019aide de produits accélérants.Environ 60% des documents qu\u2019elle contient sont détruits.Cette bibliothèque contenait jusque-là des ouvrages précieux, notamment de rares volumes du XVi® siècle, des documents de la royauté, ceux de la diplomatie, en particulier des textes de l\u2019époque où le pays appartenait encore au riche et instable Empire ottoman.Dans un même souffle de feu, de sang et de larmes, la bibliothèque islamique de Bagdad fut elle aussi détruite.Un des plus anciens exemplaires connus du Coran y disparut.Volé ou détruit?Le résultat est le même : perdu.En fumée ! En fumée la fraternité de tous les mondes qu\u2019appellent par leur existence même les bibliothèques ! Est-ce pour faire bonne figure et tenter de faire oublier ces gâchis que des responsables américains, chargés de la « reconstruction » irakienne, firent traduire et imprimer à grands frais, sous l\u2019ère Bush, des classiques de la littérature américaine ?il s\u2019agissait, semble-t-il, de voir à imposer la lecture de ces livres au peuple irakien et, partant, une certaine culture occidentale.Au nombre des livres traduits en arabe à l\u2019intention de l\u2019Irak, on trouve notamment Torn Sawyer de Mark Twain, Des souris et des hommes de Steinbeck, La maison aux sept pignons de Nathaniel Hawthorne, le formidable Moby Dick de Melville et Les sorcières de Salem d\u2019Arthur Miller.Baptisé «Ma bibliothèque arabe», le projet fut pour ainsi dire oublié au gré des vagues politiques qui emportèrent successivement le personnel américain en place à Bagdad.Jusqu\u2019au beau jour où le diplomate Peter Van Buren, un spécialiste de l\u2019Orient, apprit qu\u2019un conteneur arrivait, via la Jordanie, rempli des ouvrages de cette curieuse «bibliothèque arabe».C\u2019est ce qu\u2019il raconte dans un passage de ses mémoires.Buren demanda tout d\u2019abord au chauffeur du camion de faire disparaître tout bonnement les livres quelque part en chemin.Mais rien n\u2019y fit.il se retrouva malgré tout avec cette montagne de papiers sur les bras, ne sachant trop quoi en faire.Finalement, c\u2019est une école qui, dans l\u2019espoir d\u2019obtenir une faveur éventuelle ou de monnayer ce don, accepta les livres.Les Américains durent décharger eux-mêmes les caisses sous le regard vaguement amusé du personnel de l\u2019école.La cargaison de livres neufs était évaluée à 88000$.Que devinrent ces livres?Ne trouvant aucun débouché pour eux, pas même sur le marché noir, ils finirent semble-t-il abandonnés derrière l\u2019école, livrés à la merci des éléments.Les livres, ces vastes domaines de l\u2019identité, sont souvent des témoins étonnants de toutes les douleurs de notre monde.À vélo, près de la Voie maritime du Saint-Laurent, je l\u2019aperçois tout au long de l\u2019été, trop blanche, bien droite.Je n\u2019arrête pas, mais mes yeux s\u2019attardent toujours un instant sur elle tandis que mes roues fines m\u2019emportent au loin dans le silence de leurs rayons qui flagellent l\u2019air.Chaque fois que je passe devant cette statue de l\u2019écluse de Sainte-Catherine, je me dis que ce n\u2019est pas si étonnant, après tout, que Leonard Cohen ait rêvé si fort d\u2019elle sous le soleil de la Grèce.Dans Les perdants magnifiques, un roman qu\u2019on aurait avantage^ à relire, Cohen va jusqu\u2019à lui faire l\u2019amour.«O ma bonne Catherine, aie pitié de moi.» Catherine Tekakwitha, dont le squelette fut divisé et emporté en divers endroits, habite tout entier un des personnages de Cohen.Elle devient pour lui une obsession dévorante, comme elle le fut aussi, d\u2019une certaine manière, pour des générations de catholiques qui la traînèrent par-delà les frontières pour la jeter finalement dans celle constituée par Rome.« Qu\u2019ai-je fait, que n\u2019ai-je pas fait, pour lever ton voile, pour me glisser sous ta couverture, Kateri Tekakwitha ?» A la suite de la canonisation de la vierge mohawk \u2014 de cette nation que nos ancêtres appelaient les Agniers \u2014, une femme m\u2019écrit cette semaine pour me demander la valeur d\u2019une ha- giographie de Kateri dédicacée à son père par Robert Rumilly dans les années 1930.Comment dire ?11 fut un temps où les chauffeurs de taxi installaient sur leur tableau de bord une représentation de Kateri Tekakwitha en plastique tout aussi phosphorescent que béni.Que valent désormais pareilles effigies sur le grand marché mondialisé de,la sainteté?Autant qu\u2019un livre, sans doute.A condition d\u2019y croire, bien entendu.Nouvelle faillite dans l\u2019édition canadienne.Cette fois, c\u2019est D & M Publishers de Vancouver qui se retrouve le cul par terre.La maison publiait sous trois enseignes: Greystone Books, New Society Publishers et la très connue Douglas & McIntyre.Qn parle maintenant de «restructuration».Ce qui en clair signifie sans doute congédiements, concentrations, quêtes effrénées de profits à court terme et consternations.J\u2019entends déjà de petits malins répéter encore et encore que c\u2019est à cause du numérique que le monde du livre s\u2019effondre à la chaîne.Mais non ! Lisez un peu, les petits malins ! Le jour où l\u2019on a commencé à croire que les maisons d\u2019édition pouvaient être des vaches à lait financières, on a tout simplement laissé crucifier les livres sur l\u2019autel du profit.Depuis, on ne fait que croire à des miracles pour les sauver.Des miracles qui bien sûr ne viennent pas.jfnadeau@videotron.ca FEMMES SUITE DE LA PAGE F 1 Blanches doivent faire plus d\u2019enfants, cela rend plus difficile la réception de son discours.» Et aujourd\u2019hui ?Les femmes, croit Denyse Baillargeon, se retrouvent aujourd\u2019hui plongées dans une société néolibérale qui menace les libertés acquises de dure lutte.Toute la dernière partie de son livre s\u2019emploie à montrer à quel point elles paient le prix de la déréglementation, de la privatisation, des allégements fiscaux pour les entreprises et de plusieurs autres mesures de la même farine.Dans ce chapitre plus actuel, l\u2019historienne examine notamment les questions du voile, de la maternité et de sa médicalisation, tout en remettant par exemple en perspective des phénomènes sociaux comme celui du décrochage scolaire des garçons, à l\u2019heure où les filles les devancent pour la première fois au chapitre des réalisations scolaires.11 lui semble néanmoins que les femmes «vivent une époque de reculs.[.] Les droits collectifs et sociaux sont en recul.L\u2019Etat providence, les fonds de retraite sont en recul.On se trouve devant des formes de travail atypiques.Tout cela s\u2019inscrit bien sûr dans un ressac du féminisme.Il y a nécessité de mener des luttes avec diligence.Les étudiants nous l\u2019ont bien montré, ce printemps.» Le Devoir BRÈVE HISTOIRR DES FEMMES AU QUEBEC Denyse Baillargeon Boréal Montréal, 2012, 278 pages ANNIK MH DE CARUFEL Les femmes, croit Denyse Baillargeon, se retrouvent aujourd\u2019hui plongées dans une société néolibérale qui menace les libertés acquises de dure lutte.ACHAT A DOMICILE - VENTE - EVALUATION Bonheur d'occasion Librairie Mathieu Bertrand, Libraire Membre de la Ligue internationale de la Librairie Ancienne (LILA) 514-914-2142 ACHETONS EN TOUT TEMPS : Art québécois et international Livres d'art et livres d'artiste : \u2022\tBellefleur, Borduas, Perron, Gagnon, Giguère, Lemieux, Riopelle.\u2022\tÉditions : Art Global, Corbeil, Erta, La Frégate, Michel Nantel.Refus Global, le Vierge incendié Reliures d'art Fonds universitaires : \u2022\tLittérature, Philosophie, Sciences humaines \u2022\tPléiade Livres anciens avant 1800 Americana et Canadiana Expertise de documents et d'archives La recréation ferronienne du père 4487, de la Roche, Montréal \u2022 514 522-8848 \u2022 1 888 522-8848 bonheurdoccasion@bellnet.ca \u2022 www.abebooks.fr/vendeur/bonheurdoccasion MICHEL LAPIERRE Après tant d\u2019ouvrages sur Jacques Ferron et tant d\u2019inédits de l\u2019écrivain, qui aurait cru que sa correspondance, jusqu\u2019ici inaccessible, avec sa sœur Madeleine et son beau-frère Robert Cliche révélerait fessentiel?Le premier tome (1946-1960) constitue une plongée dans le souvenir du père des Ferron, ce notable de province (suicidé en 1947) dont Jacques voudra reprendre la vocation sociale ratée pour faire la « révolution » au service des pauvres.Ce notaire roué, triste et ivrogne, complice du pouvoir étranger, autant politique qu\u2019économique, par sa seule appartenance, à Louiseville, à la fragile élite des dominés, l\u2019écrivain-médecin veut «le continuer», mais surtout «le parfaire» en en révolutionnant l\u2019image.En janvier 1959, il précise à Madeleine: «J\u2019ébrécherai sa statue au besoin et la mienne pour qu\u2019il se retrouve, lui qui fut malheureux, dans mon fils heureux.Je n\u2019ai pas accepté sa mort ni celle de ta mère.» Jacques répond à sa sœur qui vient de lui envoyer une lettre, l\u2019une des plus émouvantes du recueil intitulé Une famille extraordinaire et enrichi des nombreuses notes très éclairantes de Marcel Qls-camp et Lucie Joubert.Indignée par une lettre ouverte, publiée dans Le Devoir, où l\u2019écrivain soutenait qu\u2019un notable, comme leur père, fait figure A\u2019«un misérable, qui est toujours contre les siens», Madeleine lui reproche d\u2019être in- SOURCE ARCHIVES DE LA FAMILLE FERRON Une famille extraordinaire recense les correspondances inédites de Jacques Ferron avec sa sœur Madeleine et son beau-frère Robert Cliche.juste envers la génération d\u2019hier, nécessairement moins évoluée que la leur.Elle l\u2019accuse de prendre le parti des opprimés pour masquer son impuissance^à transcender leur père : «Evidemment pour toi, qui parlais à la française et faisais de la littérature (!), il n\u2019était pas intéressant.» On peut difficilement mettre mieux à nu la hauteur et la méchanceté, toujours dissimulées, de Jacques Ferron.Mais ces défauts combien réels, celui-ci a le génie de les racheter par sa sincérité en puisant dans la même émotion brute que ressent Madeleine.11 appelle de ses vœux «une révo- lution nationale, la seule possible, la seule urgente».11 explique à sa sœur: «Autrement nous serons^ en peu de temps ce que sont les Ecossais en Angleterre», c\u2019est-à-dire des étrangers.Dès 1946, dans une lettre à son beau-frère Robert, Jacques se voyait comme «l\u2019Etranger» dans l\u2019armée du Dominion.En 1958, il nous considérait comme «les nègres blancs de l\u2019Amérique», dix ans avant que son disciple Pierre Vallières ne donne un titre presque identique à un livre célèbre.En 1948, Jacques se veut «communiste» sans le dogme.11 résume à Robert la philosophie toute subjective qui ani- mera, sa vie durant, sa pratique de la médecine, son œuvre littéraire et sa réflexion polihque : «À fréquenter les pauvres gens, fai trouvé une conscience: leur bien.Une vérité: NE PAS LES TROMPER.Une ambition : les exprimer.» 11 comprenait déjà que libérer le peuple, c\u2019est, par amour, affronter le père.Collaborateur Le Devoir UNE FAMILLE EXTRAORDINAIRE Jacques Ferron, Madeleine Ferron, Robert Cliche Leméac Montréal, 2012, 432pages f\tf LITTERATURE QUEBECOISE À la vie à la mort CHRISTIAN DESMEULES Lorsque le Cantique des cantiques apparaît dans un texte et qu\u2019il côtoie la putréfaction des corps et des âmes, on a raison de croire qu\u2019il pourrait s\u2019agir d\u2019un livre qui bascule entre la vie et la mort.Le cinquième roman d\u2019Andrée Laberge {La rivière du loup.Prix littéraire du Gouverneur général en 2006), Le fil ténu de l\u2019âme, s\u2019intéresse surtout à la figure étrange et tourmentée d\u2019une jeune thanatologue de Québec.Une jolie fille bègue qui a choisi ce métier autant par fuite que par vocation.«Pour réconforter les âmes, pour en jouer et en faire jaillir la musique, pour les aider à s\u2019élever en paix.» Un sans-abri à demi fou s\u2019accroche jusqu\u2019à la fin au cadavre d\u2019une femme qu\u2019il aurait aimée.Dans un bar, un cinéaste qui souhaite tourner un documentaire sur la fin des corps et montrer la mort telle qu\u2019elle est, c\u2019est-à-dire «horrible, laide et banale», approche la jeune embaumeuse.Accroché à ses propres fantômes, il exige qu\u2019elle lui parle de l\u2019âme.Alors qu\u2019elle a plutôt envie, ce soir-là, de se taire et de laisser parler son corps.«L\u2019âme ! Il faut avoir peur de la perdre, pour autant s\u2019en inquiéter, songe-t-elle sans le dire.Elle en sait quelque chose; la sienne n\u2019est retenue que par un fil ténu, plutôt que d\u2019étre attachée solide, de ne faire qu\u2019un avec le corps.Le plus souvent, elle flotte au-dessus, légère, à l\u2019extérieur de ce corps trop étroit pour elle, inconfortable aussi.Un corps qui la réduit.C\u2019est là, dans cette zone floue, à mi-chemin entre la vie et la mort, qu\u2019elle croise les âmes en transit, qu\u2019elle reçoit leurs confidences.» Mais le fil de l\u2019âme, ce n\u2019est pas seulement le lien vers une dimension spirituelle, ésoté- rique ou religieuse, c\u2019est aussi et peut-être surtout ce qui rattache les vivants à leur propre passé.De ce côté, le roman d\u2019Andrée Laberge n\u2019est pas avare non plus de drames.L\u2019un porte une enfance meurtrie marquée par l\u2019abandon maternel, par un faux loup-garou et un parricide.Une autre, vendue à des hommes dès l\u2019âge de douze ans par sa mère junkie, traîne derrière elle le poids du monde.Mais quand elle parle de la mort, elle ne bégaie plus, elle semble avoir surmonté tout ça et sa parole retrouve alors son vrai souffle.Après La rivière du loup et Le fin fond de l\u2019histoire, Andrée Laberge explore une fois encore les méandres de l\u2019identité, notamment à travers les rapports complexes de la filiation, mais en tissant aussi des liens étroits entre les personnages qu\u2019elle invente.Des liens qui prennent souvent la forme un peu tordue de la vengeance.«Ces personnages, nous dit l\u2019écrivaine dans un court avant-propos, avaient en commun la perte d\u2019étres chers et le désir d\u2019en témoigner pour faire leur deuil.» Mais le deuil est-il vraiment possible ?Polyphonie narrative un peu éthérée.Le fil ténu de l\u2019âme demeure fidèle à la manière d\u2019Andrée Laberge.L\u2019écriture par moments onirique atténue \u2014 ou met à distance \u2014 la cruauté des souvenirs et des gestes posés par les personnages.Comme un parfum recouvrant l\u2019odeur tenace de chairs qui se décomposent.Collaborateur Le Devoir LE FIL TÉNU DE UÂME Andrée Laberge XYZ Montréal, 2012, 216 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 OCTOBRE 2012 F 3 LITTERATURE Vertige de l\u2019âme, beauté de l\u2019art Danielle Laurin ¦ abord poète, elle est aussi peintre.^ La poésie, la peinture sont au centre de son deuxième roman et treizième titre.Ne dites pas à ma mère que je suis vivant.Mieux, Lyne Richard insuffle à son texte une force poétique et visuelle qui rend hommage à la beauté.Les personnages lisent de la poésie, en écrivent, parfois.Des extraits de poèmes \u2014 de Marie Uguay, de Gaston Miron, d\u2019Anne Hébert.\u2014 parsèment le récit.Les personnages peignent, beaucoup.Ils mettent leur âme dans leurs tableaux, y traduisent leurs obsessions, leurs manques.Qu\u2019ils soient des artistes reconnus ou non.Ils scrutent aussi les oeuvres picturales qui leur sont données à voir.Ils les interrogent comme un révélateur, ils s\u2019y projettent.De toutes les façons, ils s\u2019ouvrent.Ils ont accès à la beauté.Beauté qui se traduit aussi dans les paysages qui les entourent, dans la nature, dans le fleuve et ses grandes marées, à l\u2019ile d\u2019Orléans ou en Gaspésie.Et pourtant, tous ces personnages ou presque sont de grands tourmentés.Tout est tumulte en eux.Fracassement.Arrachement.C\u2019est la folie pure, pour certains.Justement.Le roman, c\u2019est ça: la confrontation du désastre et de la plénitude.Du manque et de l\u2019absolu.Du non-amour et de l\u2019amour.Du non-désir et du désir.De la mort et de la vie.De la vie et de l\u2019art.La confrontation entre soi et le plus grand que soi.Une suite de tableaux.Qui s\u2019entrechoquent.Qui remplissent l\u2019espace, notre espace mental.C\u2019est ainsi qu\u2019on pourrait voir Ne dites pas à ma mère que je suis vivant.Tableau 1 : un jeune homme, Thomas, sort du coma.Tentative de suicide.Sa deuxième.Il se rend compte qu\u2019il est vivant.La première chose qu\u2019il voit: un tableau de Modigliani accroché à un mur bleu.Tableau 2 : le jeune homme, encore.Une in- firmière attentionnée, à la voix douce, à ses côtés.Qui le questionne, cherche à savoir s\u2019il a retrouvé ses esprits, s\u2019il sait où il se trouve.La réponse de Thomas: «Je sais parfaitement où je suis, ma mère est internée ici depuis dix ans.» Très courts, ces deux premiers tableaux.Suit une citation de Lou Andréas-Salomé : « Ce que j\u2019avais adoré déserta tout d\u2019un coup mon cœur et mon esprit et me devint étranger.» Tableau 3 : l\u2019horreur.Une scène d\u2019inceste.Entre un père et sa fille.Découverts au moment de la jouissance par la femme, de l\u2019homme, la mère de la fille.Pétrification.Evanouissement.Puis, arrivée du fils, du frère : Thomas, 16 ans.C\u2019était il y a dix ans.Ces trois tableaux sont saisissants.On est dedans.Dedans le passé qui continue d\u2019exister dans le présent.Ou plutôt, dedans le passé qui empêche Thomas d\u2019exister dans le présent.Qui l\u2019attire vers le néant.Sa mère, elle : une morte-vivante.Enfermée dans le silence.Depuis dix ans.Durant ces dix années, le fils n\u2019a jamais cessé d\u2019aller voir sa mère à la clinique.Sans jamais parvenir à la sortir de sa torpeur.Non seulement son mari et sa fille n\u2019existent plus pour elle, mais elle ne reconnaît plus son fils.Elle les a tous rayés de la carte.Les a fait voler en fumée.Et voilà que Thomas se retrouve comme patient à la même clinique qu\u2019elle.Une clinique très particulière, appelée Vingt-Mille-Livres-sur-la-Mer.On y trouve une bibliothèque riche et variée dans laquelle les patients sont libres de puiser.On met aussi à leur disposition toiles, pinceaux et tubes de peinture : on les invite à peindre.Et on les encourage à mettre les mains dans la terre, à cultiver le jardin bio de l\u2019établissement.Ce n\u2019est pas tout: cette clinique, située sur l\u2019ile d\u2019Orléans, surplombe la mer.Autrement dit, dans ce lieu féerique où des êtres luttent contre la folie, on croit à la résilience par l\u2019art et par le contact avec la nature.Bien, bien.Voilà pour le cadre.Et pour l\u2019intrigue de départ: Thomas, sa mère, dans ce lieu, tous les deux hantés par ce qui s\u2019est passé dix ans plus tôt, tous les deux enfermés dans leur mal-être respectif, tous les deux réagissant d\u2019une façon qui leur est propre.N\u2019ayez crainte, je ne vous ai encore rien dit de ce qui se passe véritablement dans le ro- f SOURCE QUEBEC AMERIQUE Lyne Richard insuffle au texte de son roman Ne dites pas à ma mère que je suis vivant une force poétique et visuelle qui rend hommage à la beauté.man.Tout est à venir.Et je ne vous en dirai rien.Rien concrètement.Sinon qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une quête.Quête de Thomas.Sur les pas de sa mère, du passé de sa mère, en Gaspésie.Quête de lui-même aussi, pour apprendre à vivre par lui-même, délesté du poids de la souffrance de sa mère absente à elle-même.Encore là, vous n\u2019avez aucune idée de comment tout cela se traduit.Et c\u2019est bien comme ça.Je vous laisse le découvrir.Mais je vous préviens, il y aura des embûches en chemin.Vous allez peut-être sentir, comme moi, au bout d\u2019un moment, que quelque chose cloche.Dans les dialogues, pour commencer.C\u2019est-à-dire : le flux poétique dans la narration, on veut bien, on est capable d\u2019en prendre.Mais dans les dialogues?Les personnages parlent comme dans les livres.Tandis que le cadre de l\u2019histoire est réaliste, ce qu\u2019ils se disent entre eux, la façon dont ils s\u2019expriment, pas tous, mais la majorité, tout cela fait très, très littéraire.Affecté, plaqué.Pas naturel.Ils parlent à peu près tous le même langage.Je veux dire: est-ce qu\u2019un jeune homme de 26 ans s\u2019exprime dans le quotidien comme un vieux peintre arrivé au bout de sa vie ?Est-ce qu\u2019une jeune infirmière, même si elle lit beaucoup et aurait voulu devenir écrivaine, parlerait dans ces termes à son mari frigide : « Je pensais que nous serions des êtres d\u2019exception, complices et unis dans nos corps comme deux étoiles qui scintillent tellement fort que le reste du monde peut s\u2019abreuver à leur humanité et que ça fait que l\u2019on n\u2019est jamais seuls, mais reliés aux autres par le cœur et les paumes.» C\u2019est un exemple parmi d\u2019autres.Mais ça finit par peser.On sent les ficelles derrière, je veux dire : on sent l\u2019auteure qui écrit, qui cherche à faire beau, qui ne parvient pas à donner des voix différentes à ses personnages.C\u2019est le trop, en fait, qui dérange.Comme si trop de poésie, trop de recherche dans l\u2019écriture, trop de «vouloir faire beau» finissait par produire un effet de surfait.Autre chose encore : le ton prêchi-prêcha employé au tournant.Parfois, ça sonne guide psy-cho-pop.Du genre: «Je pense que la seule façon de survivre, c\u2019est de toujours chercher la bonté et la beauté, chaque jour, chaque minute, mais sans oublier notre part de responsabilité dans les atrocités du monde.Que nous reste-t-il après ça ?L\u2019espoir.» Il y a aussi beaucoup d\u2019insistance sur la nourriture bio, la préservation de la nature.Ça flirte avec le plaidoyer pour la sauvegarde de l\u2019environnement.Ça va, on a compris.Voilà, je l\u2019ai dit.Mais ça ne m\u2019a pas empêchée de poursuivre ma lecture jusqu\u2019à la fin.Et j\u2019ai eu raison.Si ça stagne un peu vers le milieu, ça reprend vite du poil de la bête.Les 100 dernières pages nous conduisent à des revirements de situation étonnants.Le roman prend une tout autre ampleur.Très, très riche comme histoire.Et la fin est vraiment réussie.Nous reste en mémoire de magnifiques tableaux.D\u2019où jaillit la lumière.Nous habitent aussi des personnages pleins de failles, sensibles à cette lumière.Apaisant comme lecture, au final.NE DITES PAS À MA MÈRE QUE JE SUIS VIVANT Lyne Richard Québec Amérique Montréal, 2012, 273 pages Savamment désordonné L\u2019écrivaine Marie-Andrée Lamontagne a imaginé cet étonnant roman qui raconte le parcours d\u2019un traîneau d\u2019époque Louis XV de la France jusqu\u2019au Canada SUZANNE GIGUERE Imaginez un récit où vous auriez à relier les points et, une fois la lecture achevée, vous restiez sans voix.Imaginez un roman savamment désordonné, plein d\u2019aventures rocambo-lesques, où vous passez d\u2019une histoire à une autre, d\u2019un personnage et d\u2019un lieu à un autre avec une facilité déconcertante.Un récit où la construction narrative vous semble désinvolte, sans queue ni tête de prime abord, et qui pourtant repose sur une singulière et solide construction.Imaginez enfin un roman difficile à suivre jusqu\u2019à ce que vous découvriez les artifices dont les récits maitrisés ont le secret et une petite voix qui vous chuchote que vous allez bien vous amuser.La journaliste, éditrice et écrivaine Marie-Andrée Lamontagne, passionnée d\u2019histoire et de littérature, a imaginé cet étonnant roman qui raconte le parcours d\u2019un traineau d\u2019époque Louis XV de la France jusqu\u2019au Canada, au fil de plusieurs générations et de plusieurs époques, en bouleversant la vie de ses propriétaires.Au commencement, un jeune conservateur du Musée des beaux-arts de Montréal a pour mission de reconstituer l\u2019histoire du traineau ancien.A travers une série de recherches aussi fantasmagoriques que tortueuses, c\u2019est à une véritable enquête s\u2019étendant du XVIIL au XXI® siècle, de Londres à Paris, en passant par le Montréal de la bourgeoisie anglophone et francophone de la fin du XIX® siècle, Ottawa, capitale de la Province unie du Canada, Calgary et Nashville (Tennessee), que nous convie la romancière.Mais comment rapporter cette histoire arachnéenne qui se dérobe sans cesse si ce n\u2019est de travers, en en escamotant la moitié?Quand, dans le nœud d\u2019histoires racontées, tout n\u2019est que mensonges, duperies?Dans la toile tissée par la romancière, on côtoie une quinzaine de personnages: Delphine de Sançot et son amant, le duc de Choiseul, Horace Gallaghan, M.Van Houtte, Prussien d\u2019origine, mag- MARTINE DOYON La journaliste, éditrice et écrivaine Marie-Andrée Lamontagne est passionnée d\u2019histoire.nat des chemins de fer, Bryan O\u2019Leary, un escroc, Wilhem Joos, un banquier, les sœurs Bal-lock, un ébéniste, un horloger, un antiquaire, un chiffonnier et Horace Walpole, un mystérieux philologue et physicien.On se retrouve au cœur de vies conjugales calamiteuses, de trahisons, de rancœurs refoulées et de vengeance, de désirs irrationnels, de passions et d\u2019obsessions.Soudain on est pris de vertige.De son côté, la romancière maintient la cadence et nous révèle l\u2019extraordinaire complexité des existences humaines en semant ici et là de petites phrases qu\u2019on relit deux fois plutôt qu\u2019une : «Pourquoi la vie vous fait-elle passer un éternel examen?» «Il en va ainsi des grands malheurs.On oublie les causes, les circonstances, reste le sentiment brutal d\u2019une dépossession et il n\u2019y a plus qu\u2019à se maudire de sa négligence» «Une femme que l\u2019on fait rire est une femme conquise».L\u2019homme au traîneau est une machine romanesque aux ressorts parfaitement emboités, avec une intelligence qui souffle en permanence et aiguise celle du lecteur.Un roman dont on sort presque métamorphosé, si on accepte de s\u2019enfoncer dans un labyrinthe d\u2019histoires multiples et de trouver du plaisir à se perdre dans ses méandres.Rares sont les romans qui nous laissent une impression aussi ambivalente et contrastée que L\u2019homme au traîneau.On aime ou on déteste; moi, j\u2019ai aimé.Marie-Andrée Lamontagne nous donne d\u2019ailleurs la permission d\u2019abandonner un livre s\u2019il ne nous plaît pas: «Les livres ne vous trahissent pas.Ils ne peuvent vous décevoir.Il n\u2019y a qu\u2019à les jeter au premier signe de mécontentement et vous tourner vers ceux qui conviennent à votre goût, à votre cœur.» Ludique, brillant, s\u2019appuyant sur une recherche rigoureuse et un souci d\u2019authenticité historique, L\u2019homme au traîneau se démarque dans la production littéraire automnale.Cela change et aère l\u2019esprit.De temps en temps, c\u2019est bien.Collaboratrice Le Devoir L\u2019HOMME AU TRAÎNEAU Marie-Andrée Lamontagne Leméac Montréal, 2012, 251 pages Les livres ne vous trahissent pas.Ils ne peuvent vous décevoir.Il n\u2019y a qu\u2019à les jeter au premier signe de mécontentement et vous tourner vers ceux qui conviennent à votre goût, à votre cœur, yy L\u2019homme au traîneau olivien Librairie & Bistro Au cœur de l\u2019Histoire Lundi 29 octobre à 19 heures Centre commémoratif de l'Holocauste à Montréal Entrée libre/réservation obligatoire RSVP : 514.739.3639 Bistro : 514.739.3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Causerie Les enfants cachés « ils étaient destinés à périr dans les camps de la mort Ils ont été miraculeusement cachés et sauvés Comment en sont-ils restes marques ?» Nathalie Zajde, dans son livre Les enfants caches en France (Odile Jacob, 2012) dessine le portrait d\u2019une vingtaine de ces enfants juifs caches pendant la 2'®\"\"® Guerre mondiale, dont Boris Cyrulnik et Andre Glucksmann Avec Nathalie Zajde ethnopsychiatre et auteurs ET Marguerite Elias Quddus enfant cachée, auteure de « Cachée » coll Azrieli des Mémoires de survivants de l'Holocauste ANIMEE PAR LA JOURNALISTE ÉMILIE DUBREUIL Hommage à Naïm Kattan dans Les Écrits L\u2019écrivain Nairn Kattan, collaborateur du Devoir depuis les années 1950, se voit gratifier d\u2019un hommage dans le plus récent numéro de la revue littéraire Les Ecrits, dont il a longtemps assuré la direction.On y trouve une suite de textes dédiés à l\u2019écrivain d\u2019origine irakienne.Au nombre des signataires, on remarque Yves Bonnefoy, Hélène Cixous, Vénus Khoury-Ghata, Alain Médam, Jacques Allard, Nicole Brossard et Georges Leroux.Le numéro propose aussi un «In Memo-riam Claude Lévesque».Le philosophe est décédé en mars 2012.Le Devoir R fÿGaspardTE DEVOIR ALMARÈS Du 15 au 21 octobre 2012 Série éducative sur l Holocauste / Holocaust Education Series \t\t¦ \t\t Romans québécois\t\t 1 Félicité \u2022 Tome 3 Le salaire du peche\tJean-Pierre Charland/Hurtubise\t-/I 2 La vie epicee de Charlotte Lavigne \u2022 Tome 3 Cabernet\tNathalie Roy/Libre Expression\t3/2 3 Les délaissées\tDenis Monette/Logiques\t1/5 4 Princesse Yennenga\tRejean Tremblay/Homme\t-/I 5 Les heritiers d\u2019Enkidiev \u2022 Tome 6 Nemeroff\tAnne Robillard/Wellan\t2/5 6 Les sœurs Beaudry \u2022 Tome 2 Les violons se sont tus\tMicheline Dalpe/Goelette\t4/5 7 La fiancee américaine\tEric Dupont/Marchand de feuilles\t8/2 8 Malphas \u2022 Tome 2 Torture, luxure et lecture\tPatrick Senecal/Alire\t5/9 9 Fanette \u2022 Tome 5 Les ombres du passe\tSuzanne Aubry/Libre Expression\t9/2 10 Les sœurs Beaudry \u2022 Tome 1 Evelyne et Sarah\tMicheline Dalpe/Goelette\t6/10 Romans étrangers\t\t 1 Cinquante nuances de Grey \u2022 Tome 1\tE L James/Lattes\t1/3 2 Une place a prendre\tJ K Rowling/Grasset\t2/4 3 Substance secrete\tKathy Reichs/Robert Laffont\t3/4 4 Defendre Jacob\tWilliam Landay/Michel Lafon\t-/I 5 A découvert\tHarlan Coben/Fleuve noir\t-/I 6 Copycat\tJames Patterson | Michael Ledwidge/Archipel\t4/3 7 Insaisissable \u2022 Tome 1 Ne me touche pas\tTahereh Mafi/Michel Lafon\t-/I 8 Kaiken\tJean-Christophe Grange/Albin Michel\t5/4 9 Les morsures du passe\tLisa Gardner/Albin Michel\t6/4 10 L\u2019amour dure trois ans Le roman suivi du scenario du film Frederic Beigbeder/LGF\t\t9/2 Essais québécois\t\t 1 Lettres a un jeune politicien\tLucien Bouchard | Pierre Cayouette/VLB\t1/6 2 Les femmes au secours de l\u2019economie\tMonique Jerôme-Forget/Alain Stanke\t-/I 3 Design^\tFrederic Metz/Flammarion Quebec\t4/2 4 La mafia Irlandaise de Montreal\tD\u2019Arcy O\u2019Connor/La Presse\t3/3 5 Prive de soins Contre la regression tranquille en santé\tAlain Vadeboncœur/Lux\t5/2 6 Carre rouge Le ras-le-bol du Quebec en 150 photos\tJacques Nadeau | Jacques Parizeau/Fides\t2/9 7 La juste part\tDavid Robichaud | Patrick Turmel/Atelier 10\t10/3 8 L\u2019echiquier de Mirabel\tSuzanne Laurin/Boreal\t-/I 9 Breve histoire des femmes au Quebec\tDenyse Baillargeon/Boreal\t-/I 10 Papineau Erreur sur la personne\tYvan Lamonde | Jonathan Livernois/Boreal\t7/2 '?'Essais étrangers\t\t 1 Reflets dans un oeil d\u2019homme\tNancy Huston/Actes Sud\t1/6 2 Pour des villes a echelle humaine\tJan Gehl/Ecosociete\t-/I 3 La mort de l\u2019elite progressiste\tChris Hedges/Lux\t7/2 4 L\u2019illusion Obama Le pouvoir de l\u2019argent aux Etats-Unis\tJohn R McArthur/Lux\t3/3 5 Les lois fondamentales de la stupidité humaine\tCarlo M Cipolla/PUF\t4/10 6 Une histoire populaire de l\u2019humanite\tChris Harman/Boreal\t5/8 7 Barack Obama, la grande désillusion\tAndre Kaspi/Plon\t-/I 8 Sortez-nous de cette crise Maintenant '\tPaul R Krugman/Flammanon\t10/2 9 Destiuction massive Géopolitique de la faim (Edition revue)\tJean Ziegler/Points\t-/I 10 Je vais passer pour un vieux cnn Et autres petites\tPhilippe Delerm/Seuil\t-/I La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est proprietaire du système d information et d analyse Ssspsnl sur les ventes de livres français au Canada Ce palmares est extrait de Esspsnle\\ est constitue des releves de caisse de 215 points de vente La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Ssspsnl © BTLF toute reproduction totale ou partielle est interdite F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 OCTOBRE 2012 LITTERATURE Les chameaux de Zambra Louis Hamelin Ce matin, en attaquant un ananas bien mûr avec un couteau, je pensais aux clichés de la littérature latino-américaine.Borges a fameusement dit que la preuve que le Coran était arabe, c\u2019est qu\u2019on n\u2019y trouvait aucun chameau, mais lui-même aimait bien les gauchos et leurs rixes au couteau.Je venais de terminer Personnages secondaires d\u2019Alejandro Zambra et je me rappelais que Zambra, rencontré il y a un mois à un jet de pierre du château de Vincennes, un peu plus soûl que moi et maîtrisant donc mieux son anglais que je massacrais mon espagnol, m\u2019avait dit qu\u2019il ne se sentait pas tenu, par les attentes traditionnelles d\u2019un certain public, de mettre des jungles et des généraux dans ses livres.Ou même des ocelots, comme son compatriote Sepulveda.Je suis en train de lire ton livre, que je lui ai dit.Allons boire un verre, fut sa réponse.Si la «génération du boom», de Roa Bastos à Garcia Marquez et à Vargas Llosa, a pratiquement fait du roman de dictateur un genre en soi, on ne voit poindre nulle part, dans Personnages secondaires, la triste tronche à képi du général Pinochet, même si son ombre plane sur tout le bouquin.C\u2019est un livre de l\u2019ombre.J\u2019ai continué de le lire dans l\u2019avion, l\u2019ai rangé à l\u2019arrivée et ne l\u2019ai ressorti qu\u2019il y a deux jours, pour y souligner, de ci de là, des phrases comme celle-ci: «[.] un livre est presque toujours le verso d\u2019un autre livre immense et étrange.» Ce me semble être une autre manière, pour Zambra, de situer son art : dans une histoire en marche qui, collabos ou résistants, les forçait à prendre position, les romanciers précités produisirent les œuvres immenses et étranges du réalisme magique, comme autant de chapitres apocryphes de l\u2019épopée nationale.Mais que fait-on quand, comme Zambra, né deux ans après la chute d\u2019Allende, on a grandi dans une classe moyenne éprise de normalité, pour ne pas dire de normalisation, dans une région du globe oû les héros ont déjà perdp la bataille, leur sang versé blanchi par un Etat capable d\u2019offrir à des parents ni riches ni pauvres, ni bons ni méchants, ce que désirent à peu près tous les parents du monde : la sécurité.Pendant que le militant torturé agonise sous plusieurs couches de béton, un enfant, près de là, tape dans un ballon.Zambra s\u2019est intéressé à cet enfant de sa génération, à cette époque de l\u2019histoire oû les parents avaient plus peur que les enfants.«Pendant que les adultes tuaient et étaient tués, nous dessinions dans un coin.Pendant que le pays s\u2019effondrait par morceaux, nous, nous apprenions à parler, à marcher, à plier les serviettes en forme de bateaux, d\u2019avions.Pendant que le roman se déroulait, nous jouions à cache-cache, à pas vu pas pris, à disparaître.» «J\u2019étais le seul à venir d\u2019une famille sans morts et cette constatation m\u2019avait rempli d\u2019une étrange amertume.» Du grand-père communiste à ce paternel qui, après-coup, au nom de l\u2019ordre, approuve Pinochet, le narrateur écrivain s\u2019efforce de soupeser son appartenance aux salauds.«C\u2019était difficile d\u2019être comme ça: ni bon ni méchant.Il me semblait qu\u2019au fond c\u2019était ça, être méchant.» «J\u2019éprouve, dit magnifiquement sa copine, l\u2019absence de culpabilité comme de la culpabilité.» Sartre disait qu\u2019il ne suffit pas de le vouloir pour échapper à l\u2019Histoire.L\u2019écrivain de Personnages secondaires, d\u2019autre part, sait très bien c\\W«on finit toujours par raconter sa propre histoire».Entre ces deux limites, le roman d\u2019Alejandro Zambra se veut une douce et douloureuse quête du paradis perdu d\u2019une enfance, de «ce lotissement aux noms de rue féeriques où nous avons vécu, familles nouvelles, sans histoire, du Chili de Pinochet».Distinguant, dans l\u2019intitulé même des chapitres, entre La littérature des parents et La littérature des fils, le roman, qui se rattache bien entendu à cette dernière, semble ainsi mettre en scène, en plus d\u2019une identification problématique à l\u2019histoire, la question de la filiation littéraire.Le roman des pères, c\u2019est peut-être celui, plein d\u2019ananas et de bananiers, de jaguars et de généraux, des attentes stéréotypées dont me parlait Zambra à cette table de café d\u2019un coin de rue de Vincennes.Et le roman des fils ?Si Personnages secondaires peut servir d\u2019exemple, c\u2019est d\u2019abord le genre de livre écrit par un écrivain qui ne veut pas l\u2019écrire.En voici l\u2019intrigue, «réduite aux dimensions d\u2019un résumé de film dans un programme télé [.]: deux amis d\u2019enfance se retrouvent par hasard après vingt ans et tombent amoureux.Mais nous ne sommes pas des amis.Et il n\u2019y a pas d\u2019amour entre nous».En fait, comme le dit si bien l\u2019inscription sur le t-shirt noir de Claudia la première fois qu\u2019il la retrouve : Love sucks.Ils boivent du vin, mangent un peu ou bien oublient, font l\u2019amour.On est dans l\u2019intimité, sur fond d\u2019histoire impossible à congédier.Car l\u2019auguste général ne se laissera pas tasser si facilement d\u2019un livre sur les années de dictature et de démocratie au Chili.L\u2019écrivain du livre n\u2019entend pas seulement demander des comptes à la littérature des parents, mais aussi au père lui-même: «Je ne peux m\u2019empêcher de demander à mon père s\u2019il était, oui ou merde, pour Pinochet à l\u2019époque.» Ce pourrait être un roman de la réconciliation et du mensonge, la première n\u2019étant possible qu\u2019au prix du second.L\u2019innocence perdue ?«Nous en sommes à un moment de notre vie où ce ne sont plus les films et les romans qui sont importants, mais bien le moment où nous les avons vus, où nous les avons lus: l\u2019endroit où nous étions, ce que nous faisions, qui nous étions à l\u2019époque.» Ce qui est certain, c\u2019est que là oû la littérature des parents nous eût proposé, sur le même sujet, quelque vaste architecture romanesque à la Vargas Llosa, l\u2019auteur de Bonsaï, «sans projet d\u2019envergure, sans but précis», donnant l\u2019impression de céder, ici et là, aux sirènes de l\u2019autofiction, voire du roman-dans-le-roman de prof, mais écrivant résolument «au verso» du grand roman d\u2019histoire politique hispano-américain, va laisser glisser, tout doucement, son livre vers la poésie : «se rappeler les images dans leur plénitude, sans composition du cadre, sans décors grandioses.Obtenir une musique véritable.Fini les romans, fini les excuses.» Parlant d\u2019excuses, je sais que mon espagnol était pourri ce soir-là, pero hombre, me gusta mucho tu novela: es un buen libro, muy bonito.Salud.Voilà.Ça sort un peu mieux quand on a eu trente jours pour y penser.hamelin.lou@gmail.corn PERSONNAGES SECONDAIRES Alejandro Zambra Editions de l\u2019Olivier Paris, 2012, 167pages Une enfance anarchique GILLES ARCHAMBAULT Peut-être en êtes-vous rendu à mal tolérer les récits autobiographiques, il en pleut et de qualité diverse.Aussi est-ce avec un peu de crainte \u2014 celle que l'on ressent devant un lecteur incrédule \u2014 que je vous entretiens d'un merveilleux petit livre.Non seulement évoque-t-il une vie, mais il s'attache à une période dangereuse de cette vie, l'enfance.Combien de bluettes et de piètres insignifiances ne publie-t- on pas sur ce thème en soi émouvant?Goliarda Sapienza, révélée au public francophone en 2005 grâce à un livre majeur, L'Art de la joie, raconte sur un ton inimitable ses premières années dans une petite ville de Sicile aux prises avec le fascisme.La petite, élevée selon des principes anarchistes, ne va pas à l'école.Ses parents estiment que l'éducation qu'elle y recevrait serait de nature à la corrompre et pourraient la détourner de l'idéal révolutionnaire.Ayant été fascinée par Pépé le Moko de Julien Duvi-vier, elle voit en Jean Gabin l'incarnation du héros qui triomphe des forces du mal et qui terrasserait les bourgeois.Comme il lui manque la somme qui lui permettrait de visionner Quai des brumes avec ce même acteur dont elle adopte même la démarche chaloupée, elle se débrouillera pour l'amasser, refusant qu'on lui fasse quelque cadeau.Car, selon elle, Gabin en homme libre se débrouillerait tout seul.Il s'agit, on le devine, d'une enfance hors norme.Elle se déroule dans un quartier populaire dans lequel fraient prostituées, voisins vendus au Duce, enfants de petits-bour- Triptyque www.cnptyque.qc.ca TéL: 514.597.1666 Olivier Demers LHOSTILITÉ DES CHIENS Triptyque Olivier Demers L\u2019HOSTILITÉ DES CHIENS roman, 183 p., 20 S « Une plongée en apnée dans la névrose plutôt convaincante et qui entraîne le lecteur jusqu\u2019au seuil d\u2019une intéressante ambiguïté.» Christian Desmeules, Le Devoir Marie-Paule Villeneuve Salut mon oncle ! Marie-Paule Villeneuve SALUT MON ONCLE! roman, 320 p., 25 S « Un roman sain, plein de rebondissements.Une belle manière de pointer la violence faite aux femmes, l\u2019exploitation des travailleurs affectés au débroussaillage, les intrigues et les luttes de pouvoir dans un milieu de travail, l\u2019itinérance et la disctimination.Une écriture drôlement efficace.» Yvon Paré, yvonpare.blogspot.ca geois et de libertaires.Même si la misère est mentionnée, si les occasions de détresse ne manquent pas, c'est à l'amusement, à la drôlerie que nous sommes convoqués.Tout au long de ma lecture, j'ai pensé à Michel Chartrand que ce livre aurait plus qu'amusé.Comme bien l'on pense, la petite Sicilienne à des idées tranchées.Les personnes auxquelles elle s'adresse également.Lui fait-on remarquer que la maison de ses parents fourmille d'activités, elle rétorque: «Les gens actifs,pleins de vie, sveltes et vijs, bref en un mot, antifascistes, dorment peu et ne s'ennuient jamais».Quant à l'école, «ce n'est qu'une usine à chômeurs ou un foyer de fascistes obtus et cruels\".Le socialisme?\"De tous les sales mensonges qui circulent dans le monde, c'est le moins sale», estime un personnage.L'amour?«C'est quelque chose de si essentiel à notre nature qu'on ne peut s'en passer, quelque chose comme le pain, l'eau, le sel» et ce qui perdra Gabin dans Quai des brumes.La vertu des juges?«Ce type-là est si riche qu'il s'ennuie et, n'ayant pas le courage de s'adonner au vice, il s'est trouvé l'alibi de la loi».Ce roman se lit d'une traite.Goliarda Sapienza l'a rédigé dans les dernières années de sa vie alors qu'elle avait délaissé théâtre et cinéma pour s,e consacrer à l'écriture.Étrange destin que le sien.Interprète de Pirandello à la scène, elle a joué dans Senso de Visconti et a été l'assistante du même pour Nuits blanches.Ce texte dont la drôlerie et la franchise de ton est la marque ne préfigure en rien une vie qui fut tragique, traversée par des drames intimes.Peut-être, Goliarda Sapienza continuait-elle à penser, comme l'enfant qu'elle avait été, que «Recommencer -murmure Jean en souriant du haut du grand écran -voilà le secret, rien ne meurt, tout finit et tout recommence, seul l'esprit de lutte est immortel, de lui seul jaillit ce que communément nous appelons la Vie».L'éditeur de Moi, Jean Gabin prévoit publier les œuvres complètes de l'auteure.L'entreprise est plutôt mal lancée car en première de couverture on ajoute un \"i\" fautif au prénom de la romancière.Mais ne vous laissez pas arrêter par cette bévue.Le roman, lui, se dévore pour peu qu'on soit porté vers le tragique et la poésie du monde.Collaborateur Le Devoir MOI, JEAN GABIN Goliarda Sapienza Traduit de l'italien par Nathalie Castagne Editions Attila Paris, 2012, 172pages giiSSifSnSBSSSSgsE! Réjean Tremblay en compagnie d\u2019une Burkinabée.ARCHIVES PERSONNELLES DE REJEAN TREMBLAY La vision du monde de Réjean Tremblay Premier roman du célèbre chroniqueur sportif et scénariste Réjean Tremblay, Princesse Yennenga, dont l\u2019action se déroule au Burkina Faso, ne déstabilisera pas les inconditionnels de l\u2019auteur de Lance et compte.Tremblay, en effet, a peut-être décidé de changer de décor et de jouer la carte de l\u2019exotisme, mais sa vision du monde, elle, ne bouge pas d\u2019vm iota.LOUIS CORNELLIER Chirurgienne et gynécologue québécoise de 32 ans, Julie Bertrand, pour éloigner un peu l\u2019embourgeoisement qui la guette, part en mission humanitaire au Burkina Paso.Là-bas, elle opérera des femmes devenues fîstuleuses après avoir été excisées et formera des chirurgiens locaux.Sur place, dans le feu de l\u2019action, elle fera la rencontre d\u2019un irrésistible géologue burkinabé qui réveillera puissamment ses sens et la forcera à remettre ses habitudes en question.Plaidoyer contre l\u2019excision et hommage rendu à la culture traditionnelle africaine telle qu\u2019elle s\u2019incarne au Burkina Paso, ce roman a des prétentions progressistes.Tremblay est certes de bonne foi en se voulant féministe (les femmes, écrit-il, «sont la vie de l\u2019Afrique») et anticolonialiste, mais il n\u2019arrive pas, c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire, à refréner sa vision du monde développée dans les vestiaires d\u2019arénas occidentaux.Son héroïne est brillante, fonceuse et déterminée, mais elle est surtout «sexy à faire damner un saint».Ses seins, d\u2019ailleurs, sont abondamment décrits.Élle a, précise le romancier, la poitrine «lourde», «généreuse» et «volumineuse», en plus d\u2019avoir de «longues jambes» et, au total, un «superbe corps» de blonde.Ses réalisations professionnelles sont bien sûr admirables, mais elles sont surtout, ici, bandantes.On n\u2019est pas Réjean Tremblay Princesse Yennenga ROMAN dans Lance et compte, parce qu\u2019il ne s\u2019agit pas de hockey, mais l\u2019esprit reste le même.Ce roman, en effet, aurait pu s\u2019intituler Opère et baise.Pour faire découvrir la noblesse de l\u2019Afrique, Tremblay multiplie les clichés.Les Burkinabés sont pauvres mais toujours propres et surtout très fiers.Ah, s\u2019exclame la chirurgienne, «si on avait le dixième de cette fierté au Québec, imagine ce qu\u2019on pourrait faire».Les Africains, d\u2019ailleurs, sont plus proches de leurs enfants que les Québécois parce qu\u2019ils ne les envoient pas à la garderie, ajoute la médecin en découvrant «une autre vérité».Et que dire, surtout, des hommes africains, de vrais mâles, eux, pleinement virils, dont la masculinité n\u2019est pas refoulée comme celle des hommes québécois?L\u2019urgentologue québécois qui partage la vie de Julie Bertrand ne fait pas le poids devant «le puissant désir animal de Bunde», le géologue burkinabé qui fera tellement exulter le corps de la gynécologue aux seins «plantureux» qu\u2019elle en oubliera presque sa BMW.Une fascination pour les gagnants Sensible au sort des victimes de toutes sortes \u2014 il y a toujours, dans ses œuvres, du vrai monde malmené, mais avec de belles valeurs, qui mérite notre pitié \u2014, Tremblay est surtout fasciné par les gagnants, par les parvenus, plus précisément, comme les joueurs de hockey.les grands journalistes ou les médecins, qui nourrissent ses fantasmes.Sa princesse, ici, comme ses princes de la glace ailleurs, est satisfaite d\u2019elle-même.Oui, elle gagne plusieurs centaines de milliers de dollars par année, mais, se dit-elle avec l\u2019assentiment du romancier, elle le mérite.La justice, pour Tremblay, c\u2019est ça: le droit aux privilèges, pour les gagnants, est naturel, voire sacré, dans la mesure oû ils font l\u2019aumône, du haut de leur superbe.Très télévisuelle \u2014 on imagine déjà cette histoire à l\u2019écran \u2014, l\u2019écriture de Tremblay se caractérise surtout par son efficacité.Le récit, en effet, est accrocheur, surtout dans le dernier tiers du livre, et habilement mené.Il ne faut toutefois pas être allergique aux «harlequinades» (avec le «h», oui, comme dans les romans à l\u2019eau de rose) érotisées pour l\u2019apprécier.La narration (au passé simple et à l\u2019imparfait) est généralement convenable, mais elle détonne, à quelques reprises, quand le romancier passe au présent de l\u2019indicatif le temps d\u2019une mise au point.Cela donne des passages douteux comme celui-ci : «Même le barman était impressionné.C\u2019est vrai un peu partout dans le monde, mais encore plus en Afrique de l\u2019Ouest: quand une personne passe à la télévision, elle devient instantanément quelqu\u2019un de très important.Le barman et la serveuse félicitèrent Julie [.].» Réjean Tremblay n\u2019est pas un mauvais raconteur d\u2019histoires.Sa vision du monde, qui se résume à un capitalisme à visage humain appliqué à toutes les sphères de l\u2019existence, en fait toutefois un piètre idéologue.Collaborateur Le Devoir PRINCESSE YENNENGA Réjean Tremblay Editions de l\u2019Homme Montréal, 2012, 336 pages LE DEVOIR LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 OCTOBRE 2012 F 5 LIVRES La Vitrine L'UNION 75AN50ECULTURE f\\CC AU QUÉBEC ARTISTES HISTOIRE L\u2019UNION DES ARTISTES 75 ANS DE CULTURE AU QUÉBEC Sous la direction de Jean-François Nadeau Editions de l\u2019Homme Montréal, 2012, 206 pages Les artistes comme vitrine du peuple québécois?Voilà ce qu\u2019on décode dans cet ouvrage retraçant les 75 ans de l\u2019Union des artistes (UD A), tout juste publié et dirigé par le collègue Jean-François Nadeau.«Il s\u2019agit d\u2019une histoire du Québec à travers les artistes», expose d\u2019ailleurs celui-ci pour présenter ce livre s\u2019attardant aux nombreuses luttes qu\u2019ont dû mener ces étincelles de la population québécoise depuis 1937, année de création du syndicat.«On payait [les artistes] un paquet de cigarettes pour faire une émission de radio et ils devaient s\u2019en trouver satisfaits», se rappelle le comédien Jean-Louis Roux pour illustrer le caractère essentiel d\u2019une organisation destinée entre autres à protéger quelques intérêts, ne serait-ce que matériels.Jusqu\u2019à l\u2019émergence d\u2019un mouvement indépendantiste dans lequel les artistes se révèlent de précieux porte-étendards, la société québécoise évolue toujours en symbiose avec ces figures de l\u2019art qui lui donnent une voix.Marie-Andrée Chouinard AL'RiUEN BELLANCER LA THÉORIE DE L\u2019INFORMATION «/\u2022 ROMAN LA THÉORIE DE L\u2019INFORMATION Aurélien Bellanger Gallimard Paris, 2012, 490 pages Seuls ensembles, technologiquement isolés, même au sommet de la gloire.Avec La théorie de l\u2019information, un premier roman, le jeune auteur Aurélien Bellanger réalise une autopsie de nos dérives numériques du moment en remontant le fil des innovations techniques qui les ont façonnées.La chronique est ambitieuse.Un certain Pascal Ertanger, gourou de cette société de l\u2019information, lui donne corps et incarne ces mutations depuis le sous-sol d\u2019un pavillon de la banlieue parisienne où il va explorer le monde du Basic, du Minitel et surtout ses 3615 à saveur pornographique qui ont construit sa face rose, pour mieux poser les bases d\u2019un empire numérique et médiatique, à la lisière de la religion.L\u2019homme, marqué par la théorie de Claude Shannon (1948) \u2014 qui donne son titre au bouquin \u2014, va devenir riche, mais aussi, avec l\u2019émergence du Web participatif, s\u2019isoler du monde, la faute sans doute aux rayonnements des écrans.Très houllebec-quien dans l\u2019esprit \u2014 Bellanger a signé un essai sur l\u2019homme \u2014, ce roman séduit malgré tout avec son écriture qui arrive à extraire une certaine poésie dans la rhétorique et le vocabulaire technophile, mais également en mettant un visage cru sur cette idée de Dieu qui peut finalement être derrière une pensée calculante, n\u2019en déplaise à Heidegger.Fabien Deglise ANDO ttmpieit WiKij I')7^.20l2 ANDO-COMPLETE WORKS 1975-2012 Philip Jodidio Taschen Cologne, 2012, 660 pages La brique est imposante, mais à la mesure du géant de l\u2019architecture Tadao Ando, Prix Pritzker 1995, devenu une des icônes de l\u2019architecture moderne.L\u2019ouvrage publié par l\u2019expert en architecture Philip Jodidio survole en plus de 600 pages les plus grands projets de musées, d\u2019églises, de centres culturels et de résidences privées conçus depuis 40 ans par ce maître des formes.Le style unique d\u2019Ando, mélange de tradition japonaise et de modernité, en a fait un des prêtres du minimalisme à son meilleur.Béton, eau, lumière et bois se conjuguent pour mouler le bâtiment au paysage, faisant d\u2019Ando un architecte près du land art.Malgré l\u2019omniprésence du béton brut, Ando fait partout place à la nature, laissant filtrer la lumière, perçant largement les parois pour mener le regard vers l\u2019horizon.Philippe Stark a déjà qualifié Ando A\u2019«architecte mystique».L\u2019ouvrage cerne toutes les facettes de cet architecte qui signera bientôt, à 400 km de Montréal, le nouveau pavillon du Clart Art Institute au Massachusetts.Isabelle Paré HOMMAGE LES AUBERGES DU CŒUR: L\u2019ART DE RACCROCHER LES JEUNES ^ Textes: Ariane Emond Photographies: Dominique Lafond Payard, Canada, 2012, 123 pages Ç\u2019est le fruit d\u2019un reportage inédit que nous proposent Ariane Émond et Dominique Lafond dans ce livre-hommage écrit pour les 25 ans des Auberges du cœur du Québec.La tournée réalisée par les auteures dans le réseau des 29 refuges du Québec trace un portrait émouvant en images et en mots de ces auberges méconnues, qui accueillent dans l\u2019urgence plus de 3000 jeunes «abîmés de la vie» chaque année.Avec une plume complice, Ariane Émond fait de cet «album de famille» un ouvrage qui détonne par rapport aux livres anniversaires, parfois complaisants ou tout simplement ennuyeux.Ce gros plan sur l\u2019art de ces «raccrocheurs de jeunes» est un coup de chapeau lancé à ces maisons solidaires qui ont réussi à redresser la trajectoire malheureuse de quelque 60 000 jeunes en 25 ans.Tout un village ! Une véritable cour des miracles aux moyens limités qui doit, malheureusement, refuser bon an, mal an des milliers d\u2019écorchés de la vie.Isabelle Paré Dos à dos face au monde enflammé L\u2019essai de Richard Millet, désormais disponible au Québec, et le roman de Gwenaëlle Aubry défendent des points de vue opposés GUYLAINE MASSOUTRE Désolant.Au moment où on reproche aux intellectuels de ne pas assez s\u2019impliquer dans la chose publique pour lui donner sens, Richard Millet se commet à l\u2019inverse.Ici s\u2019arrêtera l\u2019éloge.Dans Langue fantôme, suivi A\u2019Eloge littéraire d\u2019Andres Prei-vik, essai fielleux sans avoir tout faux, l\u2019opinion domine et couvre large, jetée haut dans la mêlée décriée.Avec son goût amer des choses vues, endossées sur le mode réactionnaire, l\u2019écrivain inadapté aux temps actuels, aussi imprévus qu\u2019ingérables.Millet, donc, parlant au nom de l\u2019âge d\u2019or de la Littérature \u2014 époque non située et non si-tuable, sauf à la rapporter à son enfance villageoise, aux propos de comptoirs et aux vertus de la langue française, parée des promesses idéales qui épuraient les tâches paysannes \u2014, bénéficie des méfaits qu\u2019il dénonce : fabrication des idoles, communication bruyante et édition à tout crin.Critique littéraire et chroniqueur d\u2019actualité, mêlant l\u2019identité nationale et les vertus chrétiennes de la langue, il répand ses convictions d\u2019un combattant battu : au point de défendre ladite normalité d\u2019un psychotique, assassin d\u2019innocents compatriotes norvégiens.Ainsi croit-il à la beauté «littéraire» de la psychose, ramenée sans principes à la normalité causale, explicative de notre temps.Que la folie ait cause en tous n\u2019est pas la question de Millet: le voici suspendu aux célestes vérités qu\u2019il assume, selon les mérites qui ont distingué son écriture.Perte de temps que ces confusions, où Blanchot est commis à cautionner ce dont son œuvre s\u2019est détachée, par un approfondissent aveugle à Millet, celui-ci surfant sur toutes choses socialement et culturellement observables dans ce pamphlet simplificateur.Au nom de la grandeur perdue de la France (des colonies?), de la littérature française inconnue de telle Australienne, de l\u2019ordre établi avant la Révolution et de la race souche, etc., cet essai a des prétentions.Mais qu\u2019on lise avantageusement des travaux plus sérieux, ceux de Charles Taylor, qu\u2019on ne saurait accuser de renier les valeurs occidentales, et l\u2019affaire est classée.P J.SASSIER Critique littéraire et chroniqueur d\u2019actualité, mêlant l\u2019identité nationale et les vertus chrétiennes de la langue, Richard Millet répand dans Langue fantôme, suivi A\u2019Éloge littéraire d\u2019Andres Breivik, ses convictions d\u2019un combattant battu : au point de défendre ladite normalité d\u2019un psychotique, assassin d\u2019innocents compatriotes norvégiens.Fiction : des ennemies face à face Revenons aux prix littéraires, à ce marché désemparé par l\u2019affluence des livres, et à la tâche d\u2019en distinguer de singuliers, qui réuniraient l\u2019absolu profond et la vente garantie, tenus pour incompatibles.Votre lectrice du Devoir, qui vous présente quantité de romans honnêtes, bien écrits même s\u2019ils ont un air de famille, faits d\u2019actualité et d\u2019oralité croissantes, ou de modes américaines (crues telles), y relève des publications d\u2019esprits chercheurs, des voix qui font l\u2019exercice d\u2019écrire en tenant bon la langue, sans forclusion dans les frontières au nom de quoi tant de guerres stupides ont (eu) lieu.Prenez Partages, de la philosophe et romancière Gwenaëlle Aubry, lauréate d\u2019un Médicis en 2009, en lice pour plusieurs prix.Ce roman, d\u2019une grande sensibilité et intelligence de la réalité vécue, raconte la guerre civile qui oppose Israéliens et Palestiniens, depuis qu\u2019un certain pays, créé par l\u2019Angleterre, a octroyé aux uns une terre prise aux autres, avec ce qui en résulte de haines incoercibles.Tout le contraire d\u2019un esprit de guerre, ce beau roman met en présence deux jeunes filles de 17 ans, l\u2019une Palestinienne, née dans un camp, et l\u2019autre Américaine, émigrée à Jérusalem avec sa mère pour vivre les «bienfaits» de l\u2019État juif en terre colonisée.Qui ne comprendra pas les souffrances et les injustices de morts justifiées par des rancunes sans pardon?Cette violence répétée, historique, qui veut que la vie ne vaille rien arrimée à une cause, vaut-elle mieux que cette paix luxueuse que le monde nous envie, ce multi- culturalisme décrié par Millet, qui renonce à la guerre pour donner à vivre un ordre acceptable pour tous?Le roman d\u2019Aubry partage le classicisme des honnêtes gens, qui veulent vivre ensemble.Ce qu\u2019on entend dans cette protestation d\u2019écrivaine, c\u2019est un kyrie de Bach, un alléluia de Haendel, un miserere de Gôrecki ou un gospel.Collaboratrice Le Devoir LANGUE,FANTÔME Suivi J)E ELOGE UTTERAIRE D\u2019ANDRES BREIVIK Richard Millet et Pierre-Guillaume de Roux Paris, 2012, 120 pages PARTAGES Gwenaëlle Aubry Mercure de France Paris, 2012, 183 pages Chris Hedges et le vide progressiste de l\u2019Amérique MICHEL LAPIERRE Pourquoi le mouvement protestataire Occupy Wall Street, dont on a célébré à New York, le 17 septembre, le premier anniversaire, est-il sans idéologie explicite et sans leader?De ce vide que plusieurs jugent digne des esprits libres, l\u2019essai de Chris Hedges, La mort de l\u2019élite progressiste, donne une explication éclatante.Il la trouve dans l\u2019histoire de la gauche américaine modérée, ces «libérais» qpi finirent par se vendre à «l\u2019État-enfreprise».Écrit juste avant la naissance d\u2019Occupy Wall Street, le livre que Nicolas Calvé vient de traduire insiste sur le dé- Comment mesurer l\u2019ampleur de la dangereuse vacuité du discours libéral actuel aux États-Unis ?sarroi de «dizaines de millions» de travailleurs américains «dépossédés» et laissés à eux-mêmes.Leurs rêves de changements ne peuvent plus être éclairés, puis canalisés, par le contre-pouvoir des syndicats, des médias, du monde universitaire ou artistique et du Parti démocrate.Un sentiment d\u2019impuissance et une révolte confuse habitent ces gens.Selon Hedges, l\u2019élite progressiste a renoncé «à protéger les intérêts de la classe ouvrière et de la classe moyenne au cours des 30 dernières années, alors que la grande entreprise dé- mantelait l\u2019État démocratique, ravageait le secteur manufacturier, pillait le Trésor public, précipitait le pays dans des guerres impérialistes qu\u2019il n\u2019avait les moyens ni de financer ni de gagner», et mutilait les lois sociales.Le démocrate Barack Obama, même s\u2019il s\u2019est montré plus libéral que les trois derniers présidents républicains (Reagan, Bush père et Bush fils), n\u2019échappe pas à la réprobation de l\u2019essayiste.Choyé par les milieux d\u2019affaires qui ont largement financé sa campagne à l\u2019élection présidentielle, n\u2019a-t-il pas, après sa victoire, favorisé, lui aussi, Wall Street en puisant dans les deniers publics?Il a, déplore Hedges, «refusé d\u2019aider les millions d\u2019Américains dont les maisons ont été saisies par les banques et s\u2019est abstenu de prendre des mesures pour combattre la misère des chômeurs de longue durée, qui forment maintenant une véritable classe sociale».L\u2019essayiste rapporte que Noam Chomsky lui a confié que les États-Unis, comme l\u2019Allemagne avant l\u2019avènement d\u2019Hitler, éprouvent «une profonde désillusion vis-à-vis du parlementarisme».Selon son interlocuteur, le pays pourrait succomber à la tentation d\u2019un populisme d\u2019extrême droite! Si Hedges n\u2019hésite pas à révéler cette terrible confidence de Chomsky, c\u2019est sans doute qu\u2019il a mesuré, en 2003, l\u2019ampleur de la dangereuse vacuité, du discours libéral actuel aux États-Unis.Journaliste che- vronné du plus prestigieux quotidien de l\u2019élite progressiste du pays, il s\u2019est opposé publiquement à la guerre d\u2019Irak.Il raconte: «J\u2019ai nui à ma carrière au point de finir par être renvoyé du New York Times.» Ées dissidents rejetés, comme lui, ont la tristesse de côtoyer un vide inquiétant mais aussi la pleine liberté de le remplir de leur résistance vive et réfléchie.Collaborateur Le Devoir LA MORT DE L\u2019ÉUTE PROGRESSISTE Chris Hedges Lux Montréal, 2012, 304 pages olivieri Librairie & Bistro Au cœur de la société Mardi 30 octobre à 18 heures Présentée par le Centre canadien d'études allemandes et européennes Et le Groupe de recherche sur l'intervention militaire et humanitaire (GRIMH) Entrée libre/réservation obligatoire RSVP : 514.739.3639 Bistro : 514.739.3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Causerie Entre l'humanitaire et le sécuritaire.Questions morales et politiques contemporaines À l'occasion du passage à Montréal de l'anthropologue Didier Fassin Autour de ses livres : La force de l'ordre : Une anthropologie de la police des quartiers, Seuil, 2012 Économies moraies contemporaines, La Découverte, 2012 Avec aussi Mariella Pandolfi Anthropologie, UdeM, Dir.du GRIMH, UdeM Benoit Dupont Criminologie, UdeM; Directeur CICC, UdeM Samuel Tanner École de criminologie, UdeM F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 OCTOBRE 2012 ESSAIS En mode Major 1 I- Louis CORNELLIER crivain renommé \u2014 il a notamment reçu le prix Athanase-David en 1992 \u2014 mais plutôt discret, André Major est un véritable homme de culture.Pour lui, la littérature n\u2019est pas un divertissement chic, ni même un réservoir d\u2019idées, mais le lieu d\u2019une expérience du monde.«Ecrire, note Major dans Prendre le large, fait appel à quelque chose qui demeure obscur», raison pour laquelle «la morale de l\u2019artiste, loin d\u2019aspirer au statut de vérité communément admise, se contente de refléter ce qu\u2019elle subodore, ce qu\u2019elle perçoit confusément dans la nuit où elle tâtonne et qui ressemble bien plus à une intuition ou même à une hypothèse qu\u2019à un système capable de tout expliquer une fois pour toutes.» Dans Le sourire d\u2019Anton ou l\u2019adieu au roman.Carnets 1975-1992, d\u2019abord publié en 2001 et réédité cette saison.Major annonce son passage du roman à l\u2019écriture de carnets.«Je n\u2019écrirai rien qui s\u2019apparente, même de loin, aux grands romans que j\u2019ai admirés [.], constate-t-il./e n\u2019écrirai que des notes comme celle-ci, pièces détachées que le lecteur rassemblera peut-être comme pour en faire un puzzle.» Ces notes se composent de rêveries, d\u2019indignations et d\u2019explications avec lui-même.«Il me semble, résume-t-il, n\u2019avoir rien à proposer si ce n\u2019est une certaine approche du réel, approche qu\u2019il me faut bien qualifier de délibérément sceptique.Donc, rien à proposer, sinon un regard sur ce monde auquel j\u2019adhère, mais avec de fortes réserves.» Aussi, dans ce «carnet de déroute», l\u2019écrivain, esclave de la littérature dit-il de lui-même, conclut à «la banalité de l\u2019existence» comme à «la seule vérité qui tienne» et fait l\u2019éloge en mode mineur de la littérature comme voie royale pour explorer l\u2019expérience humaine.«Car il s\u2019agit moins pour l\u2019écrivain de révéler une vérité quelconque [.] que de rendre le monde plus lisible, écrit Major.Certainement pas plus beau, ni plus simple, ni plus supportable.Seulement un peu plus lisible.» Uadieu à la société Prendre le large.Carnets 1995-2000 prend le relais du Sourire d\u2019Anton et de L\u2019esprit vagabond.Carnets 1993-1994 (Boréal, 2007).Le style, élégant et épuré, purgé de toute enflure, parfois presque austère, clas- w W ARCHIVES LE DEVOIR André Major n\u2019entend pas abandonner le combat social en faveur de la qualité du français au Québec, un thème lancinant dans ses deux ouvrages.sique, dira-t-on pour résumer, reste le même, mais l\u2019esprit se modifie légèrement.Les rêveries et les indignations sont toujours là, mais elles laissent de plus en plus de place aux notes de lecture, aux descriptions de paysages et à «des évocations de toutes sortes».Si Le sourire d\u2019Anton, comme l\u2019indique son sous-titre, marquait «l\u2019adieu au roman» de l\u2019écrivain.Prendre le large, lui, marque presque son adieu à la société.Au passage, en effet.Major constate, «sans le moindre regret» précise-t-il, que «la rumeur sociale afflue plus rarement qu\u2019auparavant» dans son carnet, au profit de «notes portant les cicatrices du quotidien».Auteur d\u2019une grande trilogie romanesque intitulée Histoires de déserteurs (Boréal, 1991), l\u2019écrivain avoue partager depuis longtemps l\u2019élan de ses personnages.«Dès le milieu des années soixante, à l\u2019obsession du devoir civique, j\u2019avais éprouvé le besoin d\u2019opposer le droit de l\u2019écrivain à disposer librement de lui-même», confie-t-il.Major n\u2019est pas devenu pour autant un radical décrocheur du social, mais il assume de plus en plus sans culpabilité son «goût pour la sauvagerie».«Pour ma part, avoue-t-il, je me vois désormais comme un outsider de la littérature, que je pratique dans une quasi-clandestinité.» Il ne croit même plus, aujourd\u2019hui, à l\u2019absolue nécessité de la littérature dans l\u2019entreprise qui consiste à donner sens au monde.«Le monde est le monde, avec ou sans le support du langage, et l\u2019on ne peut que l\u2019évoquer avec plus ou moins de vérité, plus ou moins de force, explique-t-il.Écrire n\u2019est qu\u2019une forme de désertion, qui permet parfois de restituer la profonde ambiguïté de l\u2019existence terrestre.» Un parti pris réaliste Réfractaire à tout esprit de système, convaincu «que le monde est une énigme irréductible», Major réitère ici avec force son parti pris réaliste.«Ce qui m\u2019intéresse, note-t-il, ce n\u2019est pas d\u2019imaginer, c\u2019est de voir la réalité immédiate, celle qui me saute aux yeux et ce que je peux en extraire, non seulement comme matière de rêve mais comme matière brute d\u2019écriture et comme possibilité stylistique.Il s\u2019agit donc moins de raconter quelque chose que de l\u2019évoquer.» Les fréquentations littéraires privilégiées de Major sont conformes, d\u2019une manière ou d\u2019une autre, à ce credo.On rencontre donc, dans ces carnets, Germaine Guévremont, Gabrielle Roy, Gaston Miron, André Langevin, Jacques Perron et Gilles Archambault, mais plus encore d\u2019auteurs étrangers comme Faulkner, Pessoa, Pavese, Gombrowicz et, le plus encensé de tous, Tchékhov.Major, quoi qu\u2019il en dise parfois, n\u2019est pas près de renoncer à la littérature, qui reste, pour lui, comme il l\u2019écrit dans Le sourire d\u2019Anton, «une forme de salut, une tentative dérisoire de nier le vide qui s\u2019ouvre devant moi, en moi surtout».Ses carnets, de toute façon, sont de la littérature, c\u2019est-à-dire une manière de déserter le monde pour l\u2019habiter plus intensément.S\u2019il reste, enfin, un combat social que Major n\u2019entend pas abandonner, c\u2019est celui en faveur de la qualité du français au Québec, un thème lancinant dans ses deux ouvrages.Major parle de «la bâtardise de notre langue écrite et parlée» et de sa «dégradation», exemples anecdotiques à l\u2019appui.Ces jugements, qu\u2019on dirait empruntés au journal intime de Denise Bombardier, en disent toutefois plus sur l\u2019humeur souvent grincheuse du diariste que sur l\u2019évolution réelle de notre réalité linguistique.Refuser l\u2019esprit de système entraîne parfois des inconvénients.Major défend mieux la langue en prenant le large vers le pays de la littérature qu\u2019en s\u2019improvisant grammairien chagrin.louisco@sympatico.ca LE SOURIRE D\u2019ANTON OU UADIEU AU ROMAN Carnets 1975-1992 Et PRENDRE LE LARGE Carnets 1995-2000 André Major Boréal Montréal, respectivement 190 et 232 pages David avant Françoise MICHEL LAPIERRE Le Québec évolue lentement, mais il surprend, pense-t-on en lisant La vision culturelle d\u2019Athanase David, de Fernand Harvey.Comme son père L.-O.David, historien des Patriotes, Athanase, tenant du progrès, fut sénateur et son fils Paul, grand cardiologue, le sera aussi.Il y a gros à parier qu\u2019après trois générations, sa petite-fille Françoise, de Québec solidaire, n\u2019aura pas ce titre ronflant.Même le progressisme évolue ! Historien et sociologue, Harvey a rempli une tâche importante.Il fallait sortir de l\u2019ombre Athanase David (1882-1953).Son nom évoque le prix David créé, grâce à lui, par le gouvernement québécois, en 1922, en l\u2019honneur de son père.On attribua cette récompense annuelle aux auteurs d\u2019ouvrages soumis à un concours littéraire et scientifique.Rebaptisée en 1968 prix Athanase-David, elle couronne désormais l\u2019ensemble de l\u2019œuvre d\u2019un écrivain d\u2019ici.Que David incarne le progrès en veillant, entre 1919 et 1936, au développement culturel du Québec par un Etat interventionniste, à titre de ministre responsable du secrétariat provincial dans le gouvernement libéral de Gouin, puis de Taschereau, cela crève les yeux.Son père, issu d\u2019une société presque sans livres, avait dû lire pour la première fois les vers de Molière copiés à la main par un ami, comme il le rapporte dans l\u2019un de ses textes peu connus, ceux qu\u2019Har-vey a choisis pour étoffer l\u2019essai qu\u2019il lui consacre.À ARCHIVES NATIONALES Athanase David (1882-1953) Ses réalisations ne se comptent plus.David renforce les liens culturels avec la France, crée les Ecoles des beaux-arts de Québec et de Montréal, le Musée de la province, la Commission des monuments historiques, le Service des archives publiques, contribue à la fondation de la Société des concerts symphoniques (ancêtre de l\u2019OSM).H sera le précurseur de Georges-Emile Lapalme, un autre libéral qui, comme instigateur du ministère des Affaires culturelles, marquera la Révolution tranquille.Une telle insistance sur la culture, si liée à l\u2019identité collective, pousse David, en 1934, à une étourdissante acrobatie dans la réflexion politique: «Le Canada ne peut être UN dans une nation, il peut être UN dans deux nations qui se comprennent.» Le ministre fait encore plus sourire les Québécois d\u2019aujourd\u2019hui lorsqu\u2019il précise : «Jamais les deux mentalités ne pourront s\u2019unir à ce point que nous ne formions qu\u2019un seul peuple avec une seule mentalité.» Cet habile mélange politique de progressisme et de conformisme correspond, chez lui, au goût décidé autant que convenu qu\u2019il manifeste pour les arts et les lettres.Sous son mandat, un peintre d\u2019origine française proche de l\u2019académisme, Charles Maillard (grand-père maternel de Françoise David!), deviendra directeur de l\u2019Ecole des beaux-arts de Montréal.Malgré les efforts méritoires d\u2019Athanase David, il faudra compter sur Bor-duas, un marginal très loin de lui, pour faire notre véritable révolution culturelle.Collaborateur Le Devoir VOYAGE Dans les traces de Paolo Rumiz CHRISTIAN DESMEULES Paolo Rumiz pourrait très bien se contenter de rouler son petit caillou.L\u2019écrivain de 65 ans, journaliste au quotidien italien La Repubblica, depuis longtemps spécialiste reconnu des Balkans, a notamment couvert tous les conflits qui ont secoué l\u2019ex-Yougoslavie.Ce terrain de jeux pourrait suffire à d\u2019autres.Mais plutôt, chaque été depuis une dizaine d\u2019années, quand «l\u2019inquiétude migratoire» le saisit aux tripes, il prend le large, mais sans larguer tout à fait les amarres.Puis comme une sorte de rite estival, la plupart de ses voyages à travers l\u2019Europe ou l\u2019Italie paraîtront ensuite en feuilletons dans le grand quotidien de Rome: un trajet à vélo avec deux amis jusqu\u2019à Istanbul à travers les Balkans, une tournée mélancolique de villes mortes, d\u2019usines désaffectées et de mines abandonnées dans une Italie fantôme, 3000 kilomètres à pied dans les Alpes ou bien, comme il l\u2019a fait cet été, une descente méticuleuse du Pô.Originaire de Trieste, oû il habite toujours, véritable ville-frontière qui trempe ses pieds dans l\u2019Adriatique, Paolo Rumiz déclarait lors d\u2019un échange capté cet été au festival Etonnants voyageurs de Saint-Malo : «Mon métier, c\u2019est de découvrir des romans dans la vie quotidienne.» Et de répondre, comme journaliste, à la soif d\u2019histoires du public.Sur la fermeture-éclair de l\u2019Europe Sa méthode est moins simple qu\u2019elle n\u2019en a l\u2019air: savoir oû il va (ma non troppo), favoriser les rencontres, faire l\u2019éponge.Tout voir, tout entendre, et prendre des notes comme un damné aussitôt que ses interlocuteurs lui tournent le dos.Certains de ces reportages deviendront des livres, très souvent devenus des succès de librairie en Italie.C\u2019est ce qu\u2019il a fait avec Aux frontières de l\u2019Europe, son premier titre traduit en français, une collection d\u2019histoires romanesques moissonnées en 2008 à la lisière de l\u2019Europe.De l\u2019extrême nord à Odessa la chaude, des galets de l\u2019océan Arctique aux rivages dorés de la mer Noire, l\u2019Italien effectue un «slalom géant», toujours soucieux de prendre d\u2019abord la «température humaine» des lieux qu\u2019il traverse.Sa compagne, la photographe polonaise (et polyglotte) Monika Bulaj, lui sert ici d\u2019interprète tandis qu\u2019elle croque avec son Leica ce qu\u2019ils voient de haut en bas de la «fermeture-éclair de l\u2019Europe» qu\u2019ils arpentent en train, en bus, en auto-stop ou à pied durant 33 jours.«Un mois long comme une année.» Lancé à la poursuite de la grande âme slave, puis rattrapé par le fantôme de la présence juive et le déclin de \\\u2019«européanité» de l\u2019Europe.Et avec ça, une écriture puissamment visuelle.Un regard généreux et pénétrant.Le plus grand écrivain-voyageur italien ?On pourrait le croire.Fouiller l\u2019inconscient antique Qui se souvient d\u2019Hanni-bal, celui qui a franchi les Alpes avec des dizaines de milliers d\u2019hommes et une horde d\u2019éléphants pour venir donner une volée aux Romains sur leur propre terrain ?Les livres d\u2019histoire, nul n\u2019en doute.Mais les lieux ont-ils gardé, eux, la trace de son passage ?Ici et là, un café avec une enseigne en forme d\u2019éléphant, un peu d\u2019ivoire, beaucoup de racontars.Un mythe vivant passé comme une traînée de poudre (de perlimpinpin) en Espagne, en France et en Italie, laissant derrière lui «une nébuleuse de crainte et de fascination ».En 2007, Paolo Rumiz était parti à la recherche des traces invisibles du conquistador carthaginois.Dans les Alpes, la plaine italienne, jusqu\u2019en Arménie même, oû Hannibal aurait fondé une ville.Et dans son sac cette fois, non pas le dernier Lonely Planet, mais rien d\u2019autre que les écrits de Tite-Live et de Po-lybe.«Qui suis-je, se de-mande-t-il, pour superposer ma quête intérieure insignifiante à l\u2019énormité d\u2019un événement millénaire?» Professeurs d\u2019université ou historiographes amateurs viendront lui prêter main-forte pour accomplir ce singulier voyage dans le temps.Dans L\u2019ombre d\u2019Hannibal, Rumiz se lance dans une recherche de «l\u2019inconscient» antique, cherche les vestiges enfouis, les chemins non balisés et les lieux qui sont absents des guides officiels \u2014 souvent parce qu\u2019ils n\u2019existent que dans les esprits.Un auteur à découvrir.Collaborateur Le Devoir L\u2019OMBRE D\u2019HANNIBAL Paolo Rumiz Traduit de l\u2019italien par Béatrice Vierne Hoëbeke Paris, 2012, 240 pages AUX FRONTIÈRES DE L\u2019EUROPE Paolo Rumiz Traduit de l\u2019italien par Béatrice Vierne Gallimard, coll.«Folio» Paris, 2012, 352 pages LA VISION CULTURELLE D\u2019ATHANASE DAVID Fernand Harvey Del Busso Montréal, 2012, 268 pages olivieri Librairie & Bistro Causerie Avec Jean Barbe Marie-France Bazzo Vincent Marissal lANIK Marcil Maryse Perreault et Guy Rocher Au cœur de la société Vendredi 2 novembre à 18 heures Entrée libre -Réservation obligatoire RSVP : 514 739-3639 Bistro : 514 739-3303 5219, Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges À l\u2019occasion de la parution du livre De quoi le Québec a-t-il besoin en éducation ?, recueil d\u2019entretiens publié chez Leméac Éditeur "]
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