Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
  • Maintenant
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Revue dominicaine, 1921-04, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" IIAiiO NUMÉRIQUE Première(s) page(s) manquante(s) ou non numérisiée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne : https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec EJ ES ES ES LA TRANSCENDANCE DE L\u2019ÉGLISE CATHOLIQUE Nous avons déjà expliqué le terme transcendance.Il éveille toujours, disions-nous, 1 l\u2019idée d\u2019une perfection très élevée et extraordinaire dans l\u2019une ou l\u2019autre des belles qualités qui immortalisent les hommes.On appellera donc transcendant un homme qui, par son intelligence, son caractère ou son influence, dépasse la commune mesure, au point de faire oublier tous les autres et de s\u2019imposer à l\u2019attention comme s\u2019il était seul sur la scène.Comparé aux autres fondateurs de religion le Christ apparaît transcendant.Pouvons-nous réclamer ce même caractère de transcendance pour son épouse, l\u2019Eglise catholique?Comparée aux autres sociétés' religieuses, au Boudhisme, à l\u2019Islamisme, au Protestantisme, certaines qualités de l\u2019Eglise catholique, comme sa force d\u2019expansion, sa.puissance de conservation, sa fécondité d\u2019action, la font-elle monter si haut et briller d\u2019un sï vif éclat que ces autres sociétés n\u2019apparaissent plus dans le vaste tableau que comme des figures secondaires ou comme des ombres disposées ici ou là pour attirer les regards sur la figure principale?Est-ce que vraiment l\u2019Eglise catholique doit occuper la première place et être située en pleine lumière?La réponse appartient à l\u2019histoire.Et l\u2019histoire proclame assez hautement, croyons-nous, la transcendance du catholicisme.Aussi le concile du Vatican a-t-il jugé bon d ajouter au motif de crédibilité provenant des notes de la vraie Eglise du Christ, celui qui provient de sa transcendance.Bien plus, ia cause de son admirable propagation, de sa sainteté éminente, de son inépuisable fécondité, à cause de son unité catholique et de son invincible stabilité, IEglise catholique est par elle-même un perpétuel motif de crédibilité en même temps qu\u2019un témoignage irréfragable de sa mission divine.\u201d 2 1\tRev.Dam., fév.1920.2\tConstitution Dei Filius, ch.III.Revue Dominicaine, Avril 1921. 98 LA REVUE DOMINICAINE I FORCE D\u2019EXPANSION DE L\u2019EGLISE CHRETIENNE CATHOLIQUE La puissance de conquête que l\u2019Eglise chrétienne a manifestée aussitôt que la Bonne Nouvelle eut été annoncée au monde gréco-romain est un fait qui éveille l\u2019admiration de fous les historiens, admiration que quelques-uns ont cachée sous la tentative d\u2019une explication naturelle et que d\u2019autres ont traduite par le mot merveilleux, justifiant ainsi les théologiens, comme saint Augustin et saint Thomas, de voir là un vrai miracle.Est-il permis aux apologètes d\u2019affirmer comme par le passé que nous avons là un vrai miracle historique?Aux lecteurs d\u2019en juger.Il n\u2019enitre dans notre but que de montrer l\u2019éminente supériorité de la puissance d\u2019expansion de l\u2019Eglise catholique.Depuis les travaux de M.Harnack nous sommes plus au large pour étudier la question de la propagation rapide du christianisme.Il n\u2019est plus possible aujourd\u2019hui d\u2019infirmer le témoignage de saint Clément de Rome et de Tacite qui parlent d\u2019une immense multitude de chrétiens; plus possible de soupçonner Pline, gouverneur de Bithynie, d\u2019un excès de peur qui lui aurait fait multiplier par cent le nombre des chrétiens quand il écrit à Trajan: \u201cbeaucoup de personnes sont accusées, non seulement dans les villes, mais encore dans les bourgs et dans les campagnes, vraiment la superstition a tout envahi\u201d; plus possible de rejeter ces témoignages sous prétexte d\u2019imprécision ou d'exagération.C\u2019est un fait reconnu qu\u2019à la fin du 1er siècle il y a des milliers de Juifs convertis, (Act.ch.21, v.20) et une multitude de chrétiens là où il n\u2019y avait que des payons.M.Harnack énumère quarante-une localités où le christianisme est implanté à la fin du 1er siècle.Pour le Ilème et le Ilème siècle, les témoignages sont plus abondants et plus précis.S.Justin et S.Irénée font accidentellement cette remarque que le Christianisme est répandu chez toutes les nations, que si les langues sont diverses, la foi est la même partout.Plus tard Origène, qui a davantage le souci de la précision, puisqu\u2019il remarque que l\u2019évangile n\u2019a pas encore été annoncé absolument partout, ne T.A TRANSCENDANCE DE L\u2019EGLISE CATHOLIQUE 99 ¦ j I - ».s il'!1 I, 1! d! ni si [i- ni t !t craint pas de dire à son adversaire Celse que partout (dans toutes les provinces de l\u2019Empire) l\u2019évangile a été répandu, partout s\u2019élèvent des églises chrétiennes à côté des \u201céglises des méchants\u201d.A cette même époque on peut entendre le payen Porphyre se plaindre avec aigreur de ce qu\u2019il trouve des chrétiens partout, et le martyr Lucien en appeler devant le tribunal de l\u2019empereur au témoignage de la majorité des hommes.Au Illème siècle le christianisme a triomphé partout.M.Harnack reconnaît qu\u2019à cette époque il est sûrement établi dans toutes les provinces de l\u2019empire.C\u2019est, encore un fait historique qu\u2019il a envahi toutes les classes de la société, même la noblesse de Rome: Pompo-nia Graecina était une noble matrone, et Flavius Clémens était consul.Nous pourrions ne voir là que quelques exceptions, si Eusèbe de Césarée ne nous disait pas que la conversion au christianisme entraînait la perte des honneurs et des dignités, et si saint Ignace d\u2019Antioche ne supposait pas la communauté de Rome assez influente pour s\u2019opposer efficacement à son martyre.Une pareille pénétration du christianisme dans le monde gréco-romain a de quoi surprendre.Comment ne pas être surpris en effet de ce que soixante-dix ans après la fondation de l\u2019Eglise, Pline puisse décrire avec les expressions les plus fortes l\u2019expansion du christianisme en cette province reculée de Bithynie, de ce que soixante-dix ans plus tard la querelle pascale puisse nous montrer une fédération d\u2019églises qui s\u2019étend depuis Edesse jusqu\u2019à Lyon, de ce que l\u2019empereur Dèce puisse dire soixante-dix ans plus tard qu\u2019il supporterait plutôt un rival à Rome qu\u2019un évêque chrétien, et de voir enfin soixante-dix ans plus tard la croix fixée sur les étendards romains.Ce fait extraordinaire demandait une explication.Il y eut de tout temps Implication chrétienne, et de nos jours implication rationaliste.La pénétration chrétienne aurait été relativement facile.Il ne faut pas oublier, fait-on remarquer, qu\u2019à cette époque les juifs étaient répandus à peu près partout.Il y a a Alexandrie deux quartiers juifs sur cinq; les déportations successives ont conduit les juifs dans les principales villes; Rome à elle seule en compte plus de huit mille.C\u2019était un avantage pour les apôtres du chris- 100 LA REVUE DOMINICAINE tknisme de trouver partout des synagogues.De plus la languie grecque étant la langue de tous les peupels, l'apostolat devenait facile.Et surtout ce qu\u2019il faudrait mieux considérer, paraît-il, c\u2019est que le christianisme s\u2019est présenté à des âmes qui attendaient et qui désiraient la doctrine du salut.Ce que la philosophie des Stoïciens avait fait désirer au monde gréco-romain sans pouvoir le lui donner, le christianisme le lui proposait de la manière la plus appropriée !à son besoin de certitude, par simple affirmation au nom d\u2019une autorité supérieure.Wj a-t-il pas sur ce dernier point surtout une assez grosse exagération?Il faut reconnaître sans hésiter que la morale des Stoïciens, surtout celle de Sénèque et de Plutarque, a jeté une bonne semence dans les âmes.Elle enseigne la tempérance, le détachement des biens de la terre, la chasteté, elle condamne la vanité, le luxe des toilettes, etc.1 Mais comment ne pas remarquer que cette morale naturelle est à peine comparable à la morale chrétienne?Elle ne paraît guère très exigente.La pauvreté héroïque ne comporte pas de dépouillement effectif.Le grave Sénèque qui veut être un modèle en tout point pratiquait la pauvreté tout en jouissant d\u2019une très belle fortune.2 La sobriété ne va pas jusqu\u2019à interdire toute ivresse: une bonne raison en dispense et il est permis de.noyer dans le vin une mélancolie persistante, et l\u2019exemple du sage Caton l\u2019autorise.s En somme les exigences de cette morale devaient être contenues dans le précepte un peu large que le maître aimait à répéter : \u201cTravaillons à mieux vivre que les autres et pas autrement.\u201d Mais cette morale assez facile a-t-elle été sérieusement pratiquée et par un grand nombre?A entendre bes plaintes et les sarcasmes de Sénèque c\u2019est plutôt le contraire qui serait arrivé.Les coureurs d\u2019aventures galantes et les femmes coquettes ne semblent pas devenus des exceptions puisque dans ses discours et dans sies lettres les allusions \u201caux gens auxquels il suffit pour qu\u2019une femme leur plaise qu\u2019elle soit à un autre\u201d, aux coquettes qui \u201cne semblent prendre 1\t\u201cReligion romaine\u201d, G.Boissier, T.II, ch.4, p.41.2\t\u201cLa religion Romaine\u201d, G.Boissier, T.II, ch.4.3\tIdem., p.38. LA TRANSCENDANCE DE L\u2019EGLISE CATHOLIQUE 101 un mari que pour provoquer les jaloux\u201d reviennent à maintes reprises et toujours comme si ses auditeurs pouvaient mettre 'des noms sans chercher.1 Sénèque est un moraliste et il faut en tenir compte.Un fait cependant qui nous indique bien que les conversions n\u2019étaient pas très nombreuses, c\u2019est qu\u2019il change le mode d\u2019enseignement de ses prédécesseurs.La morale ne doit pas être, à son avis, un thème à éloquence dans une grande assemblée, mais une leçon destinée à un groupe de dirigés.Et nous voyons qu\u2019il se montre très sévère au sujet des ad- I missions.Un jour que Lucius, son fidèle dirigé, lui recommandait un jeune homme qui paraissait regretter beaucoup les désordres de sa vie passée: \u201cattendons pour le juger, lui répondait-il, d\u2019avoir la preuve qu\u2019il a définitivement rompu avec ses vices.\u201d 2 Ce changement de méthode et cette sévérité- indiquent plutôt que la.morale stoïcienne n\u2019était suivie que par les belles âmes.Ceci s\u2019accorde parfaitement avec le témoignage de Juvénal qui prétend que de son temps (sous Trajan) on est arrivé là l\u2019apogée du vice.Même en faisant très large la part de l\u2019exagération, il semble bien que la morale de Sénèque n\u2019a pas eu une si heureuse influence, que le monde gréco-romain n\u2019était pas très avide de guérison et qu\u2019il aimait encore beaucoup son mal.De son côté le dogme payen avait reçu de Plutarque une espèce de synthèse.Les dieux avaient été hiérarchisés d après l\u2019objet de leurs fonctions comme ministres d\u2019un dieu suprême qui devait être la nature.Et l\u2019on a prétendu que cette courte théologie était une préparation assez efficace aux dogmes chrétiens.Que les doctrines payennes devenues plus raisonnables aient exercé une influence, soit ; mais s\u2019il faut parler des ouvertures préparées aux doctrines chrétiennes, que ce soit tout au plus pour les comparer aux routes romaines, qui ont favorisé leur diffusion mais qui ne l\u2019expliquent pas.Ce serait oublier en effet les moyens employés et les obstacles vaincus dan's la propagation de la religion nouvelle.L\u2019apologétique chrétienne doit-elle continuer de compter les dis- i \u201cReligion romaine\u201d, G.Boissier, T.II, ch.4.2 \u201cReligion romaine\u201d, G.Boissier, T.II.p.24. 102 LA REVUE DOMINICAINE i positions morales et religieuses du monde gréco-romain au nombre des obstacles à la pénétration du christianisme, i1! nous semble qu\u2019il n\u2019y a pas à hésiter.La théologie de Plutarque avait réussi à donner sa place à chacun des dieux et surtout à réserver la première pour le dieu suprême et gouverneur du monde.Cette conception devait plaire à l\u2019esprit romain qui aimait la division et l\u2019ordre en toute chose, mais ne faut-il pas admettre que le dogme de l\u2019existence du vrai Dieu purement spirituel et unique devait être un peu austère pour ces âmes, que le dogme d'un Di'eu rédempteur, fait homme et fait juif, et qui n\u2019avait pas réussi à éviter d\u2019être crucifié devait éveiller bien des objections et provoquer bien des sarcasmes: la caricature de la tête d'âne surmontant une croix n\u2019est pas une légende.1 Et enfin nous pouvons croire aussi que le dogme de l\u2019Eucharistie renfermait trop de réalités mystérieuses pour ces âmes accoutumées à tout simplifier et à supprimer toute croyance.Le dogme chrétien n\u2019avait pas pour !le monde romain un attrait bien puissant, et sa morale devait paraître bien exigente.La voie tracée par les prédicateurs pouvait paraître très ' ¦ belle mais en même temps très dure à gravir.A l\u2019égoïsme qui était encore bien florissant malgré l\u2019établissement de quelques institutions de charité et malgré certains dévouements signalés, comme celui des mères qui allaitent leurs enfants, le christianisme opposait la vraie charité avec toutes ses exigences, jusqu'au pardon des injures et jusqu\u2019à l\u2019amour de ses persécuteurs; à l\u2019orgueil si facile aux victorieux et aux puissants, le christianisme opposait l\u2019humilité et le mépris de soi-même; à la corruption la chasteté; au sensualisme la mortification, l\u2019abstention du théâtre et des jeux, et c\u2019était la vie du peuple romain, l\u2019abstention du luxe et de toute relation où pouvaient se glisser des pratiques idolâ-triques.Une morale aussi exigente ne favorisait pas la diffusion de la religion nouvelle, et c\u2019était bien un premier obstacle.Elle en rencontra un deuxième dans l\u2019opinion.L\u2019opinion était une grande puissance à cette époque comme au- ïitii ta » i \u201cEléments d\u2019archéologie\u201d, H.Marruelii, p.39. LA TRANSCENDANCE DE L\u2019EGLISE CATHOLIQUE 103 jourfl\u2019hui.Et c\u2019est un fait que les chrétiens étaient ridiculisés et calomniés.M.Horace Marucchi consacre quelques pages dans ses \u201cEléments d\u2019archéologie\u201d à établir l\u2019existence de la caricature de la tête d\u2019âne surmontant une croix dans le palais de Septime Sévère au Palatin; et M.Paul Allard rapporte des réflexions comme celles-ci : \u201cquel brave homme que ce Caïus \u2019Seins, n\u2019était qu\u2019il est chrétien\u201d.\u201cJe m\u2019étonne que Lucius, qui est un homme sage, se soit tout d\u2019un coup fait chrétien.\u201d 1 Mais au-dessus de l\u2019opinion courante, il y a l\u2019influence des personnages accrédités.Et le christianisme eut à lutter contre des chefs d'école, comme Porphyre surtout, qui à lui seul valait une année.Il entreprend de ridiculiser le Christ.C\u2019est un illuminé sinon un imposteur, ses miracles sont expliqués par la magie.Il a copié la morale des philosophes, l\u2019hallucination de Marie Madeleine a créé la légende de la Résurrection, les évangiles 11e nous présentent pas le Christ tel qu\u2019ill fut en réalité, ces documents n\u2019ont aucune valeur historique.A travers toutes ces graves accusations, Porphyre ne néglige pas de pousser quelques pointes contre le style de S.Paul.D\u2019après Mgr Duchesne et M.Harnack les quinze livres de Porphyre contre ies chrétiens sont l\u2019ouvrage le plus riche et le plus pénétrant qu\u2019on ait jamais vu contre le christianisme.L\u2019opinion courante et l\u2019habileté des philosophes travaillaient donic à arrêter la diffusion de la religion nouvelle, et cependant elle grandissait toujours.En même temps le pouvoir politique lançait des édits de persécution, des milliers de martyrs chrétiens servaient à l\u2019amusement des romains, et le sang de ces martyrs devenant réellement une semence de chrétiens puisque l\u2019étude des catacombes permet de soutenir que les chrétiens du temps 11e s\u2019attendaient pas à une multiplication si rapide.Le christianisme a donc contre lui le pouvoir et l\u2019opinion, la science et le préjugé.Il compte bien quelques apologètes dévoués, mais il 11\u2019a pas encore de grands écrivains ni de grande orateurs et malgré cette disproportion entre les moyens et les obstacles, il triomphe partout, il s\u2019implante dans toutes les provinces romai- 1 \u201cDix leçons sur les martyrs\u201d, Paul Allard, pp.1S9-191. 104 LA REVUE DOMINICAINE nés, il envahit- les tribunaux et les palais des nobles et des empereurs.Ce fait est-il strictement miraculeux, il serait assez facile de le soutenir, mais il est plus facile encore de montrer qu'aucune autre société religieuse ne peut présenter de pareilles pages d'histoire au sujet de sa puissance d\u2019expansion.A peine est-il permis, d'entreprendre une comparaison sur ce point entre le Confucianisme, Je Boudhisme, l\u2019Islamisme d\u2019une part et le christianisme de l\u2019autre, tant les moyens de diffusion et les obstacles rencontrés varient la solution du problème.Confucius est un dégoûté des luttes des princes de Chine, qui entreprend le retour des âmes à la félicité primitive.Sans s\u2019occuper du dogme, bien qu\u2019il croie aux eues supérieurs, il formule quelques principes de morale, et prescrit quelques vertus, la sagesse, l\u2019intrépidité, l\u2019humanité, la rectitude.Il serait resté dans l\u2019oubli si le prince Lou qui l\u2019avait écouté ne l\u2019eût après sa mort placé dans un temple élevé en son.honneur.Le branle était donné.Les princes firent des pèlerinages au tombeau.Les quelques principes de morale du défunt satisfaisaient l\u2019esprit chinois qui y trouvait un moyen de s\u2019exalter.Par là s\u2019explique 1 l\u2019action que Confucius a exercée sur son pays.En divinisant Confucius la Chine se divinisait elle-même.Pas ou peu d\u2019obsia-tcles à la diffusion de cette religion, partant et toujours Ta faveur et l\u2019action du pouvoir civil.C\u2019est un succès trop facile.Quelques- siècles plus tard parut le grand réformateur du Brahmanisme, Bouddha, vrai mystique célui-èà.Sa doctrine ne contient guère de dogme, mais elle propose une morale très sévère et cependant elle est acceptée intégralement et c\u2019est même un véritable succès.A quoi attribuer cette diffusion rapide?Le climat de h Inde peut être pour quelque chose dans cette contagion d ascétisme, et Taine n'a pas craint d\u2019appliquer sa théorie du milieu à la merveille bouddhique.Mais ne trouvons-inous pas une cause suffisamment explicative dans l\u2019influence du pouvoir civil ?Immédiatement après la mort de Bouddha sa doctrine trouve un protecteur précieux; c\u2019est \u201cDictionnaire d\u2019apologétique\u201d, Jaugey, article Harlez. LA TRANSCENDANCE DE L\u2019EGLISE CATHOLIQUE 105 le roi Magadha, qui fonde et enrichit de nombreux monastères.Plus tard les princes inféodés en font autant.L\u2019aventurier Candragupta se laisse lui-même aller aux oeuvres pies.Au Ilème siècle (ap.J.-O.) le grand roi Acoka, nouveau converti et entièrement dévoué à la doctrine bouddhique, la propage dans l\u2019Inde entière.Au Vllème siècle nous la voyons disparaître presque complètement sous les premiers coups de la persécution.Protégée de nouveau elle s\u2019infiltre dans l\u2019Empire du Milieu et s\u2019implante dans le Thibet.Dans la mesure où l\u2019histoire nous permet de suivre les progrès et la décadence du bouddhisme, nous remarquons que ces différents états correspondent toujours à la protection et à la défaveur qu\u2019il obtint tour à tour du pouvoir civil.1 Du coup le succès de propagande perd son caractère merveilleux.Un autre grand succès de propagande religieuse fut celui de Mahomet.(570).Le livre de M.L.Gondal \u2014 \u201cMahomet et son oeuvre\u201d \u2014 l\u2019explique par la finesse politique du fondateur.Au cours de ses voyages, Mahomet a saisi les indices d\u2019une révolution possible en Arabie contre le gouvernement des Koréischites.Dans la tribu d\u2019Yatreb grandit l\u2019ambition d\u2019attirer le commerce à ses marchés et de faire forte concurrence aux marchés de la Mecque.Mahomet qui croit avoir une mission divine ne néglige pas cet avantage humain, et se dirige vers le pays mécontent.Là il se donne comme le grand prophète et pour se concilier T*attention de ses auditeurs il leur permet le pillage ,des caravanes koréischites.La saveur du fruit défendu et le succès de ces attaques partielles ne fait qu\u2019exalter l\u2019ambition et l\u2019espérance.La révolte se prépare.Mahomet est assez intelligent pour en assurer le succès et assez brave pour marcher à lia tête.L\u2019attaque générale est décidée, et quelques années après les populations d\u2019Yatreb étaient maîtresses en Arabie.Mahomet vainqueur se proclame le pim grand des prophètes et il se laisse acclamer comme dictateur politique.Désormais il faudra être adepte de sa religion pour ne pas être persécuté.Est-il étonnant que l\u2019Islamisme puisse présenter un gros chiffre d\u2019adeptes ià l\u2019époque même de sa fondation?1 \u201cDictionnaire d\u2019Apologêtiqne\u201d, Jaugey, art.C.de Harlez. 106 LA REVUE DOMINICAINE Plus près de nous d\u2019autres sociétés religieuses ont pris naissance, qui en moins d\u2019un quart de siècle ont conquis la majorité des âm°s dans leurs pays d\u2019origine.La réforme protestante s\u2019est bien gardée de se donner comme une religion nouvelle; elle en a cependant toutes les apparences et certains esprits aimeraient 'à voir dans le succès de la réforme ou bien un signe de l\u2019approbation divine ou bien une objection contre la diffusion miraculeuse du christianisme.Ce succès est un fait indéniable, mais est-il comparable à celui que nous montrent les premiers siècles de l\u2019Eglise chrétienne?Quel obstacle a rencontré l\u2019éclosion de la réforme de Luther et quelle puissance l\u2019a fait pénétrer si rapidement dans les âmes ?L\u2019obstacle à l\u2019oeuvre de Luther c\u2019eût été le ferme attachement des âmes au Pontife Pomain, la conviction profonde que l\u2019Eglise du XVème siècle était l\u2019épouse toujours fidèle du Christ, une prédication écoutée et comprise montrant la fausseté des affirmations de Luther, ou bien encore quelques décrets de l\u2019empereur infligeant des peines à ceux qui se feraient les disciples du grand perturbateur.Luther a-t-il rencontré l\u2019un ou l\u2019autre de ces obstacles?L\u2019histoire nous montre que lesqobstacles font place à une double préparation, éloignée et prochaine.Depuis les travaux de Doellinger, de Janssen et de Mgr Baudrillart il n\u2019est plus guère possible aux adversaires d\u2019assigner comme cause principale de la réforme la révolte de la conscience chrétienne contre la corruption de l\u2019Eglise.Les vraies causes de la réforme, il faut les chercher, d\u2019après ces auteurs catholiques, dans la psychologie du peuple allemand.JSTous trouvons dans l\u2019âme allemande de ce siècle une indifférence voisine de l\u2019aversion vis-à-vis de l\u2019autorité religieuse.Depuis les 1uttes .de Louis de Bavière et de Philippe le Bel contre le pouvoir de Rome, le divorce s\u2019était préparé entre le pouvoir civil et le pouvoir religieux, entre l\u2019Allemagne et le Souverain Pontife; le grand schisme avec les rivalités scandaleuses des papes, les soustractions d\u2019obédience, les églises nationales tendant à se gouverner seules sous la surveillance des chefs d\u2019Etat-, la hiérarchie affaiblie et désorganisée, la papauté discutée et condamnée, voilà ce qui avait créé des dispositions malveillantes à l\u2019égard de Rome, et c\u2019est une des causes du succès de Luther. LA TRANSCENDANCE DE L\u2019EGLISE CATHOLIQUE 107 Une autre qui est donnée comme plus active c\u2019est l\u2019état social de l\u2019Allemagne au moment de la réforme.D'après Mgr Baud ri lia rt la réforme fut la conséquence d\u2019un mouvement politique et national encore plus que d\u2019un mouvement religieux.\u201cPauvre Allemagne\u201d, s\u2019écriait l'empereur Maximilien, après avoir passé sa vie à essayer de donner à l\u2019Allemagne un peu d\u2019unité, au pouvoir central un peu de force.Malgré ces efforts le désordre et l\u2019anarchie n\u2019avaient pas cessé.C\u2019était toujours la même indépendance des princes à l\u2019égard de l\u2019empereur, la même ambition d\u2019augmenter leurs revenus, les mêmes violences faites aux seigneurs, aux ecclésiastiques et au peuple, les mêmes luttes à main armée pour écraser les faibles.La révolution était sur le point d\u2019éclater quand arriva la prédication des indulgences qui parut au peuple comme un nouvel impôt; et quand Luther entreprit sa campagne contre Borne les princes ne cherchaient qu\u2019une occasion pour s\u2019emparer des biens de l\u2019Eglise.Est-il bien surprenant que cette entreprise ait réussi ?ISTon pas qu\u2019il faille pour cela minimiser les qualités du réformateur.Luther était intelligent et instruit, sensible et mystique, il avait la passion qui fait les grands orateurs et il savait se faire comprendre du peuple, peut-être trop bien.Mais la force d\u2019action lui est venue, affirme Mgr Baudril-lart, 1 de la satisfaction qu'il donnait aux tendances contemporaines, dont il était la personnification vivante.Que ce mouvement religieux ait duré, et surtout qu\u2019il se soit propagé rapidement en Allemagne il ne faut pas s\u2019en étonner, ni 1 attribuer à la vertu cachée de ce prétendu retour au christianisme primitif, puisque l\u2019histoire nous montre que la réforme a été définitivement établie et constituée par la volonté des chefs d\u2019Etat, qui n\u2019ont pas hésité à mettre la force à son service.Et ce qui est reconnu vrai pour l\u2019Allemagne est indiscutablement vrai pour l\u2019Angleterre et pour les Etats Scandinaves.La réforme protestante, tout comme les anciennes religions, peut bien présenter une statistique qui établit le fait de sa diffusion rapide, mais il faudrait bien de l\u2019audace et bien du mépris de l\u2019histoire pour soutenir que ce suc- 1 La Renaissance, La Réforme et l\u2019Eglise catholique, p.118, 108 LA REVUE DOMINICAINE ces est comparable à celui du Christianisme.Que l\u2019on sup- prime l\u2019influence du pouvoir civil et l\u2019on aura dans le pro- testantisme et dans toutes les religions anciennes le spectacle de mort offert par le Bouddhisme dans les pays où il ne fut pas protégé.C\u2019est parce que le christianisme a pénétré partout et rapidement malgré tous les genres d\u2019obstacles et malgré toutes les persécutions, c\u2019est parce que la faiblesse a triomphé de la force que cette victoire est un signé de sa divinité, un fait qui l\u2019élève au-dessus de toutes les autres sociétés religieuses et qui impose sa transcendance.fr.G.Proulx, O.P.Rome, Collège Angélique, 10 février 1921.LE MARIAGE MINISTRE DE LA CELEBRATION Les ministres du sacrement de mariage sont les conjoints eux-mêmes; 1 mais, quel est, au Canada, tant au point de vue ecclésiastique qu\u2019au point de vue civil, le ministre de la célébration du mariage?En d'autres termes, devant qui doit-on se marier pour que, au Canada, il y ait mariage valide ?Deux cas peuvent se présenter.I MARIAGE DE DEUX CATHOLIQUES A) Jusqu\u2019au concile de Trente, le mariage clandestin de deux catholiques, c\u2019est-à-dire, le mariage de deux ¦ catholi- ques, sans la présence de témoins et de prêtres 2 était valide.B) Le concile de Trente, par le décret Tametsi 3 a dé- 1\tGasparri, De Matrimonio, No 226.\u2014Wernz, Jus Decretalium, t.IV, No.42.2\tII est communément admis que l\u2019Eglise, jusqu\u2019au concile de Trente, n\u2019a jamais requis la présence des témoins pour la validité du mariage ; en fut-il de même pour la présence et la bénédiction du prêtre?C\u2019est une question d\u2019histoire fort discutée au concile de Trente, et laissée sans solution.(Gasparri, op.cit.No.872).3\tSess.XXIV, cap.I, de ref.matrimonii. LE MARIAGE 109 claré invalide le mariage de deux catholiques contracte autrement que \u201cdevant le curé, ou un autre prêtre autorisé par le curé ou par l\u2019Ordinaire, et devant deux ou trois témoins\u201d ; mais ce décret n\u2019était en vigueur que dans le?paroisses où il était publié, trente jours après la première publication.Le curé, d\u2019après le Tametsi était le curé d\u2019au moins l\u2019un des deux conjoints; sa juridiction était personnelle: il mariait validement, même en dehors de sa paroisse, quiconque avait dans sa paroisse domicile ou quasi-domicile ; 1 et sa présence était requise partout et là seulement où le décret Tametsi était publié.Or, au Canada, le Tametsi n\u2019a pas été publié dans toutes les paroisses; il est généralement admis qu\u2019il l\u2019a été dans Québec, mais guère en dehors.2 Donc, sous le régime du décret Tametsi \u2014 du concile de Trente jusqu\u2019au Ne Temere (Pâques 1908) le mariage clandestin de deux catholiques était invalide dans Québec et dans quelques autres très rares paroisses où le Tametsi avait été publié; il était valide dans les autres paroisses du Canada.C) D\u2019après le Ne Temere (en vigueur à Pâques 1908), le mariage de deux catholiques 3 n\u2019est valide que s\u2019il est contracté \"devant le curé, ou VOrdinaire du lieu, ou un prêtre délégué par l\u2019un des deux et devant au moins deux témoins\u201d; 4 mais curé n\u2019a plus le sens où l\u2019employait le Tametsi; d\u2019après ce dernier décret, le curé avait une juridic- 1\tLe domicile s\u2019établissait par la résidence dans la paroisse avec l\u2019intention de ne plus la quitter ; le quasi domicile s\u2019établissait par la résidence et l\u2019intention de demeurer pendant plus de la moitié de Vannée.(Gasparri; op.cit.No.916.) 2\tPaquet, Action religieuse, p.312, note 8.\u2014Gignac, Cornpen dium Juris Canonici, No.545.3\tPar catholiques, le Ne Temere entendait les baptisés dans l\u2019Eglise catholique, et les convertis, même si les uns ou les autres venaient à quitter l\u2019Eglise.\u2014 (XI).1 Cette règle a deux exceptions: lo Dans un danger imminent de mort, si bon ne peut avoir la présence du curé, de l\u2019Ordinaire eu du délégué de l\u2019un des deux, tout prêtre et deux témoins peuvent validement et licitement assister à un mariage.2o Là où, depuis un mois, l\u2019on n\u2019a pu avoir la présence du curé, de l\u2019Ordinaire ou du délégué de l\u2019un des deux, le mariage peut être contracté validement devant deux témoins seulement.Ne Temere, (YII-VIII). 110 LA REVUE DOMINICAINE tion personnelle; d'après le Ne Temere, la juridiction du curé pour le mariage est territoriale, en ce sens qu\u2019elle est limitée au territoire de sa paroisse: dans sa paroisse, il marie vaüdement n\u2019importe qui, même celui qui n\u2019a aucun domicile; mais en dehors de sa paroisse, il ne marie plus va-lidement ses propres paroissiens.En outre, par ouré, le Ne Temere entend non seulement le curé d\u2019une paroisse érigée canoniquement, mais a) tout prêtre qui, dans un territoire déterminé, a charge d\u2019âmes, b) tout missionnaire dans une mission qui lui est confiée, c) les curés des paroisses dites nationales.(Concile plénier de Québec, No 519.) Le décret Ne Temere s\u2019applique au Canada (Concile Québec, No 517) et, par conséquent, j a fait disparaître le privilège de clandestinité dont jouissaient les paroisses cù n\u2019avait pas été publié le Tametsi.D) Le Code de Droit canonique reproduit la discipline du Ne Temere sur la présence obligatoire du curé, ou de L'Ordinaire, ou d\u2019un délégué de l\u2019un des deux et de deux témoins, au mariage de deux catholiques (canon 1094) ; par curé le Code entend, comme le IXe Temere, le curé dans son territoire, mariant même ceux qui ne son T pas ses sujets (1095 No 20) ; le code exclut toute délégation générale, excepté aux vicaires pour la paroisse où ils sont assignés (1096 ) ; comme le Ne Temere, le code entend par catholiques ceux qui ont été baptisés dans l\u2019Eglise catholique et les convertis, même s\u2019ils quittent l\u2019Eglise (1099, No 1, lo.) ; comme le Ne Temere aussi, le code dispense de la présence du curé, eu cas de danger de mort et de non-présence du curé pendant au moins un mois, avec quelques différences, toutefois: a) Pour le cas de danger de mort le Ne Temere demandait la présence d\u2019un prêtre et de deux témoins (No VIII) , le Code ne demande que les témoins (Can.1098, No 1) ; b) Pour le cas de non-présence du curé pendant un mois, le Ne Temere demandait que cette non-présence durcit déjà depuis un mois (Jam a mense perseveret, No X III), le code demande seulement que cette non-présence soit prévue comme devant durer un mois (prudenter pra,e-videatur earn rerum conditionem esse per mensem duratu- LE MARIAGE 111 ram, (Can.1098, iSTo 1) ; c) .Dans l\u2019un et l\u2019autre cas, s'il y a un prêtre, on doit l\u2019appeler et il doit assister, mais non sous peine de nullité, (1098, ~No 2).Au Canada, d\u2019après la loi civile, lo.Dans toutes les provinces, en dehors de celle de Québec, tout mariage doit se célébrer devant \u201cun ministre, ecclésiastique ou laïque d\u2019une église ou dénomination religieuse quelconque,\u201d sans tenir compte de la religion des époux.1 2 3 2o Dans la province de Québec,, jusqu\u2019au jugement célèbre de la Cour Suprême du Canada, en 1912, dans l\u2019affaire Lancaster, 2 la jurisprudence générale 3 avait invalidé le mariage de deux catholiques contracté devant un autre ministre que le curé.La Cour Suprême a déclaré qu\u2019un tel mariage est valide civilement ; et le Conseil Privé, incidemment, ià propos de la cause Despatie-Tremblay, a confirmé l\u2019interprétation de la Cour Suprême.Les légistes \u2014 juges, avocats, commentateurs du code civil \u2014 qui soutenaient l\u2019invalidité du mariage de deux catholiques contracté devant un autre ministre que le curé, s\u2019appuyaient sur l\u2019article 127 du code civil qui semblait re- 1\tDuvic, O.M.I.Législation civile du Canada concernant le mariage (1912) p.35.2\tLe bill Lancaster proposait que \u201cdans toutes les parties du Canada toute cérémonie de mariage célébrée par une personne dûment .approuvée par la loi régissant la cérémonie du mariage, sera valide, d\u2019après la loi, nonobstant toute différence dans la religion des personnes ainsi mariés, ou de la personne qui aura célébré le mariage;\u201d.Ce bill, défait aux Communes, fut soumis par le Gouvernement à la Cour Suprême, en une série de question dont l\u2019une se lisait ainsi : \u201cEn vertu de la loi de la Province de Québec, un mariage est-il nul à moins d\u2019être contracté devant un prêtre catholique romain, s\u2019il est contracté entre deux personnes catholiques romaines?\u201d A cette question la Cour a répondu négativement, c\u2019est-à-dire, un tel mariage n\u2019est pas nul.(Voir la magistrale étude de l\u2019Hon.M.Chapais, dans Revue Canadienne, 1912, Vol X.p.274.Aussi, pour le texte du jugement, Reports of the Supreme Court of Canada, Vol.46, No 2.) 3\tDans les causes Laramée-Evans (1881), Vaillancourt-Lafontaine (1866), Globensky-Wilson (1886), Valade-Cousineau (1892), Durocher-Degré (1901) ; en sens contraire, les causes Burn-Fontaî-ne, .Delpit-Côté, Hébert-Clouâtre.(Voir les Notes remarquables de l\u2019Hon.Juge Delorimier dans la cause Despatie-Tremblay, publiées intégralement dans le factum préparé pour l\u2019appel au Conseil Privé.p.94.) 112 LA REVUE DOMINICAINE connaître les empêchements de chaque croyance religieuse, 1 y compris, par conséquent, pour les catholiques, celui de la clandestinité.D'après les tenants de l\u2019autre école, lo l\u2019article 129 du code civil déclarant compétents à célébrer les mariages \u201ctous prêtres, curés, ministres et autres fonctionnaires autorisés par la loi à tenir et garder registres de l\u2019état civil,\u201d ne fait pas mention de la différence de religion entre les conjoints et le ministre, d\u2019où il faut l'entendre dans un sens général, sans restriction.2o l\u2019article 127 n\u2019a pas la portée que veut lui donner la première opinion.Il n\u2019a pas incorporé au code, en bloc, les empêchements de chaque croyance religieuse; il ne fait que laisser les choses en état, telles qu'elles sont au moment de la codification.Or, disent-ils, à ce moment, les empêchements canoniques ne sont pas ipso facto civils.Que si l\u2019on objecte que sous l\u2019ancien droit français, ils l\u2019étaient, et que ce droit a été conservé, ils répondent que par la cession du Canada à l\u2019Angleterre, les privilèges concédés à l\u2019Eglise catholique sous le régime français sont disparus ; désormais, il faut s\u2019en tenir aux traités de cession et aux actes subséquents du Parlement.Or, d\u2019après ces actes et traités, les catholiques comme individus ont le libre exercice de leur religion, mais l\u2019Eglise n\u2019a plus de privilèges.L\u2019Eglise peut faire pour ses membres telles lois qui lui semblent être opportunes; elle peut, en matière de mariage, décréter des empêchements qui lient ses membres devant elle mais non devant l\u2019Etat; dès lors qu\u2019un catholique observe les prescriptions civiles relatives a la célébration du mariage, l\u2019Etat reconnaît son mariage comme valide, quelle que soit la religion du ministre devant lequel il le contracte; il peut, en contractant un tel mariage, faire une faute aux yeux de son Eglise, il n\u2019est pas coupable de rant l\u2019Etat, 2\t-ri 1\tArt- 127 : Les autres empêchements, admis d\u2019après les différentes.croyances religieuses.restent soumis aux règles suivies jusqu ici dans les diverses églises et sociétés religieuses.\u201d 2\tLe jugement du Conseil Privé dans l\u2019affaire Despatie-Trem-blay est rédigé avec un soin qui laisse voir que les juges ont voulu disposer non seulement du cas en litige \u2014 qui ne regardait pas directement la clandestinité \u2014 mais interpréter quasi définitivement le droit québecquois sur le mariage. LE MARIAGE 113 Il y a donc conflit, au Canada, entre le droit civil et t/\tjj le droit de l\u2019Eglise catholique, au sujet du ministre de la célébration du mariage de deux catholiques.Trois solutions sont possibles: la loi civile s\u2019ajustant au code canonique; h autorité ecclésiastique renonçant, par mesure d\u2019exception locale, à faire de la clandestinité un empêchement dirimant; le sens du devoir chez tous les catholiques qui, jamais, ne demanderaient à d\u2019autres qu\u2019à leurs prêtres, la bénédiction de leur mariage.II MARIAGE D\u2019UNE PARTIE CATHOLIQUE ET D\u2019UNE PARTIE NON-CATHOLIQUE BAPTISÉE, OU MARIAGE MIXTE.1 Remarquons, d\u2019abord, que dans l\u2019Eglise latine, la religion mixte n\u2019a jamais constitué un empêchement dirimant; dans les églises orientales, actuellement, les catholiques n\u2019en font, aussi, qu\u2019un empêchement prohibant, tandis que les orthodoxes, en général, depuis le Concile In Trullo de 692, en font un empêchement dirimant.2 Mais, devant qui doit se célébrer le mariage mixte, d'après la législation ecclésiastique et d\u2019après la loi civile?A)\tJusqu\u2019au concile de Trente, l\u2019Eglise admettait comme valides bien que gravement illicites, les mariages mixtes clandestins, c\u2019est-à-dire célébrés sans témoins ou sans prêtres.B)\tAu concile de Trente, le décret Tametsi n\u2019a pas excepté les mariages mixtes de la loi obligeant les catholiques à ne contracter mariage que devant leur curé; par conséquent, de ces mariages il faut dire que sous le régime du décret Tametsi ils devaient, sous peine d\u2019invalidité, cimme ceux de deux catholiques, être célébrés devant le curé.G) Le 4 novembre 1741, le pape Benoît XIV déclara que dans les provinces unies de Belgique (Belgique et Hollande), le mariage mixte clandestin, c\u2019est-à-dire célébré 1\tII ne faut pas confondre l'empêchement de religion mixte et celui de disparité de culte; le premier est entre deux baptisés, le second entre un baptisé et un non-baptisê.2\tWernz, op.cit.No.576. 114 LA REVUE DOMINICAINE en dehors de la présence du curé ou des témoins, serait valide bien qu\u2019illicite.1 2 D)\tLe 29 novembre 1764, le pape Clément XIII étendit au Canada la déclaration bénédictine de 1741; 2 le 4 juillet 1793 la Propagande, 3 en 1835 le Saint Office, 4 ont explicitement renouvelé, la même discipline.D\u2019où, au Canada, depuis 1764, en vertu d'un privilège spécial valable aussi longtemps qu\u2019il n\u2019a pas été retiré, les mariages mixtes clandestins, c\u2019est-à-dire célébrés même devant un ministre protestant, ont été canoniquement valides, malgré le droit général contraire.E)\t: Le Ne Temere a expressément appliqué aux mariages mixtes sur la clandestinité la loi relative aux mariages entre catholiques; 5 d\u2019où depuis Pâques 1908, pour qu\u2019un mariage mixte soit valide au point de vue ecclésiastique, il faut qu\u2019il soit contracté en présence ou de l\u2019Ordinaire ou du curé, ou d\u2019un délégué de l\u2019un des deux et de deux témoins.Le décret ajoutait à cette discipline: \u201cà moins que le Saint-Siège ne statue autrement pour un endroit ou un pays particulier.\u201d Or, pour le Canada, non seulement le Saint-Siège n\u2019a pas fait d\u2019exception, mais le Concile Plénier de Québec 6 (1909) a adopté sans restriction tout le décret Ne Temere, et a expressément rappelé l\u2019invalidité d\u2019un mariage mixte devant un ministre non catholique, 7 outre l\u2019excommunication qui frappe les coupables.Donc, au Canada, contrairement à la mesure d\u2019exception établie en 1764, les mariages mixtes clandestins ne sont plus valides, canoniquement, depuis le Ne Temere.F)\tLe nouveau Code de Droit canonique 8 a consacré les dispositions du Ne Temere sur le point spécial en question.D\u2019où, actuellement, au Canada comme dans l\u2019en- 1\tCollectanea de la Propagande, vol.1er, No 333 (édition de 1917).2\tRecueil d\u2019Ordonnances de Quét>ec, p.2G6.3\tRecueil d\u2019Ordonnances, ibid., Collect, No 616.4\tCollect, Prop.No S42.5\tNo.NI.6\tNo.517.7\tNo.533«.Canon 1099.8 LE MARIAGE 115 \u2022semble de l\u2019univers chrétien, le mariage mixte, pour être valide devant l\u2019Eglise, doit être célébré en présence du curé, 1 ou de l\u2019Ordinaire, ou d'un délégué de l\u2019un des deux, et de deux témoins.¦ Au Canada, d\u2019après la loi civile, lo En dehors de la province de Québec, aucun doute sur la validité d\u2019un mariage mixte contracté devant un autre ministre que le curé catholique.2o Dans la province de Québec, un tel mariage a été aussi, sans conteste, valide jusqu\u2019au Ne Temere.En effet, le seul chef d\u2019invalidité eût été l\u2019empêchement canonique de clandestinité qu\u2019aurait, en vertu de l\u2019article 127, reconnu le Code civil.Or, cet empêchement n\u2019existait pas, à cause \u2022de l\u2019extension au Canada de la déclaration bénédictine de 1741.2 Depuis le Ne Temere, aucune déclaration des législateurs civils de Québec n\u2019est intervenue.Actuellement, il y a donc conflit entre le droit ecclésiastique et le droit civil: le droit ecclésiastique prononce l\u2019invalidité d\u2019un mariage mixte contracté hors de la présence du curé; le droit civil ne reconnaît pas cette invalidité.3 Le conflit ne peut disparaître que par l\u2019un des moyens suivants: le pouvoir civil pourrait amender l\u2019article 129 et déclarer expressément ce qu\u2019il faut entendre par officiers compétents, ou encore, déclarer qu\u2019il accepte les empêchements religieux de toutes croyances, et alors, par la clandestinité, il atteindrait le mariage mixte contracté devant un autre que le prêtre catholique.D\u2019autre part, l\u2019Eglise pourrait donner une solution, en étendant de nouveau au Canada la déclaration bénédictine; elle aurait pour effet, de rendre valides les mariages devant les ministres protestants.1\tCuré, d\u2019après le Code, a, pour le mariage, le même sens que d\u2019après le Ne Temere.2\tVoir dans Reports of the Supreme Court of Canada, vol.46, No 2, p.254 et p.453, le témoignage de M.l\u2019avocat Alignault (maintenant l\u2019Hon.Juge) devant la Cour Suprême, et le jugement de l\u2019Hon.Juge Anglin.3\tAinsi, dans la cause de 1912, en ont jugé à l\u2019unanimité, les cinq juges de la Cour Suprême, et l\u2019a admis M.Mignauit.Le Conseil Privé, à propos de l\u2019affaire Despatie-Tremblay, a donné la même solution. 116 LA REVUE DOMINICAINE De l\u2019opportunité d\u2019une telle solution est seul juge compétent.celui qui a dans l\u2019Eglise catholique, l\u2019autorité suprême, le Souverain Pontife.fr.Aüg.Leduc, O.P.Ottawa, le 7 mars 1921.LA CONVERSION DE S.PAUL II LE MIRACLE Nous avons suivi les péripéties du drame.Il faut maintenant en étudier le caractère surnaturel ou l\u2019aspect miraculeux.Examinons d\u2019abord le côté extérieur et sensible du prodige.\u2019\u2019Vers le milieu du jour, je vis en chemin une lumière venant du ciel et dont l\u2019éclat surpassait celui du soleil.et j\u2019entendis une voix qui me disait en langue hébraïque: Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ?\u201d 1 Et il se relève aveugle.Ses compagnons ont vu la lumière et entendu la voix, mais ils n\u2019ont pas compris le sens des mots.Une question se pose.Saul a entendu la Voix du Christ glorieux, et cela suffit pour que l\u2019apparition soit extérieure, objective et sensible.Mais a-t-il réellement perçu sa présence par le sens de la vue?Les récits des Actes ne donnent pas tous les détails de la vision.Cependant ils insinuent assez clairement que Jésus ressuscité s\u2019est laissé voir.\u201cLes hommes entendirent bien la voix, mais ils ne voyaient personne\u2019.\u2019 2 Saul a donc vu quelqu\u2019un.Et Ananie lui dit: \u201cMon frère, le Seigneur Jésus qui t\u2019est apparu sur le chemin m\u2019a envoyé pour que tu recouvres la vue.Le Dieu de nos pères t\u2019a destiné à 1\tActes, XXVI, 13-14.2\tActes, IX, 7. .LA CONVERSION DE S.PAUL 117 connaître sa volonté et à voir le Juste et à entendre les paroles de sa bouche; car tu lui serviras de témoin auprès de tous les hommes des choses que tu as vues et entendues.\u201d 3 Dans les E pitres, nous avons des données plus précises.\u201cEe suis-je pas apôtre, n\u2019ai-je pas vu le Seigneur Jésus?\u201d 4 C\u2019était une condition essentielle de l'apostolat: il fallait être témoin oculaire de la résurrection.5 Etre envoyé par le Christ suppose qu\u2019on a vu le Christ, non pas au troisième ciel, dans une vision extatique, mais sur terre, comme l\u2019ont vu tous ceux qui ont assisté à ses apparitions.Et c\u2019est précisément la grande preuve de S.Paul pour démontrer F authenticité de son apostolat.\u201cIl n\u2019est inférieur en rien aux apôtres par excellence\u201d 6 parce que lui aussi a vu le Seigneur.\u201cEnfin, après eux tous, il m\u2019est apparu à moi, comme à l\u2019avorton.\u201d 7 Et il est le dernier des Apôtres, parce-qu\u2019il est le dernier qui a vu le Seigneur.fDeux sens ont donc perçu le Christ glorieux: la vue et l'ouïe.Par un miracle physique, Jésus ressuscité intervient directement dans l\u2019histoire de l\u2019Eglise.Dans une apparition objective et sensible, il s\u2019est laissé voir, il s\u2019est montré à Paul \u201cnon pas comme un spectre morne et éteint, mais comme un être vivant; non pas comme un fantôme muet, mais comme source de vérité, comme révélateur d\u2019évangile et d'apostolat; visible à ses yeux, visible surtout à son coeur; parlant à son oreille en langue hébraïque, parlant à son esprit en un langage nouveau qui y enracinait des convictions nouvelles.\u201d 8 3\tActes, IX, 17 et XXII, 14.4\tI, Cor., IX, I.o C\u2019est l\u2019enseignement de S.Pierre dans les Actes, quand il fut question de remplacer le traître Judas: \u2018\u2018Il faut donc que parmi ceux qui nous ont accompagnés tout le temps que le Seigneur Jésus a vécu avec nous.il y en ait un qui nous soit associé comme témoin de sa résurrection.\u201d (Actes, I, 22) Dans son commentaire sur I Cor., IX, 1, S.Thomas enseigne clairement que S.Paul a vu le Seigneur: Probat quod sit Apostolus primo per eau sam.Ego vidi Dominum qui me misit ad praedicandum.Ergo sum Apostolus.Ipse autem vidit eum jam immortalem vel in via, vel in templo.« I Cor., IX, 5.7\tI Cor., XV, 8.8\tRev.Biblique, 1902, p.345. 118 LA REVUE DOMINICAINE L\u2019apparition fut aussi réelle et objective que celles dont furent témoins les apôtres et les disciples.S.Paul n\u2019y met aucune différence.Toute sa vie durant, il garde la ferme \u2022conviction d\u2019avoir vu et entendu le Ressuscité, et c\u2019est à ce miracle physique et extérieur qu\u2019il rattache sa conversion, comme l\u2019effet à sa cause.Une grande conviction intellectuelle domine sa vie d\u2019apôtre et de chrétien: c\u2019est que le Christ s est révélé à lui, c\u2019est-à-dire que Jésus lui est apparu vivant.uCette conviction il n\u2019a pas pu se la donner à lui-même, il n\u2019y était pas préparé.Elle est le résultat d\u2019une apparition du Seigneur, qui lui a parlé et qui s\u2019est laissé voir sur le chemin de Damas.Cette certitude, liée par l'apôtre à un fait extérieur d\u2019ordre surnaturel, tel le problè-blème exact qui s\u2019impose aux critiques respectueux des textes.\u201d 9 La conversion de S.Paul pose donc un premier problème psychologique: la conviction que sa foi et son apostolat eurent pour cause un fait extérieur et miraculeux.Sur ce point nous devons nécessairement accepter son témoignage.Tout nous y oblige: sa sincérité, le sublime de sa vie, la foi ardente qui le soutient dans les plus rudes labeurs.Ce n\u2019est pas un accident physique qui a pu déterminer une conviction si extraordinaire qui s\u2019est soutenue pendant trente ans d\u2019apostolat.Il n\u2019a pas puisé une si ferme assurance dans une hallucination provoquée par un coup de soleil, ou un accès d\u2019ophtalmie, ou un délire fiévreux, ou une congestion cérébrale.Un orage subit aurait-il éclaté sur les flancs de l\u2019Hermon ?Dans une effroyable pluie de feu, un éclair aurait-il amené un long éblouissement?Est-ce un éclat de foudre qui l\u2019aurait renversé?Renan est le seul qui ait jamais cherché à expliquer le miracle extérieur par des hypothèses aussi fantaisistes.On n\u2019a pas même le droit de dire que la vision fut purement subjective.Dans sa seconde aux Corinthiens, l\u2019apôtre parlera bien de ses visions et de ses révélatio'ns et surtout de l'extase où il fut ravi jusqu\u2019au troisième ciel.Mais celles-ci sont d\u2019un autre ordre.Il les tait; il les cache; elles sont l\u2019oeuvre du Saint-Esprit; s\u2019il en parle, c\u2019est seulement o Rev.Biblique, 1902 p.343. LA CONVERSION DE S.PAUL 119 pour confondre ses adversaires.Mais la vision de Damas est unique dans sa vie.Il la proclame hautement.Elle n\u2019est pas due ià l'action de l\u2019Esprit, comme dans les charismes mystiques.\u201cC\u2019est Jésus qui est descendu au devant de lui et l\u2019a surpris au milieu de sa vie ordinaire.Aussi, Paul, qui a eu plusieurs visions, affirme-t-il qu\u2019il n\u2019a vu le Ressuscité qu\u2019une seule fois et que cette apparition a été la dernière de Jésus sur la terre.Il faut donc qu\u2019il y ait eu dans la conscience même de l\u2019apôtre, une ligne de démarcation bien tranchée entre les apparitions dont la série est close, et les extases et visions qui continuèrent durant tout l\u2019âge apostolique.D'où vient cette distinction très nette, sinon du sentiment que les apparitions du Ressuscité avaient un caractère de réalité objective que n\u2019avaient plus les visions spirituelles de l\u2019extase.\u201d 10 Et Sabatier conclut: \u201cLe témoignage de Paul subsiste donc formel et incontestable.Mais s\u2019il n'est pas permis d\u2019en détourner le sens, n\u2019en peut-on amoindrir la portée?Le témoignage, dit-on, prouve bien que Paul a cru à la réalité de cette apparition, mais rien de plus.Le moyen de passer de cette appréciation personnelle et subjective à la réalité extérieure?Sans doute, la critique peut pousser ses exigences jusqu\u2019au point où toute démonstration devient impossible.Ce dernier raisonnement ne tend à rien moins qu'à supprimer toute certitude historique, car l\u2019histoire en définitive, ne repose que sur des témoignages subjectifs et individuels.' Au sein de ce septicisme général, adversaires et défenseurs restent également désarmés; la négation n\u2019est pas plus légitime que l'affirmation.Mais le témoignage de Puni est un fait, et, comme tel, a bien eu une cause et demande une explication.\u201d 11 Ce miracle extérieur est un premier caractère qui distingue la conversion de S.Paul et l\u2019isole complètement des phénomènes analogues.La cause de sa transformation est un véritable miracle, tandis que chez la plupart des autres convertis, tout le travail est le produit du travail ordinaire de la grâce.Bien plus, c\u2019est le seul cas où la personnalité io Op.cit, p.49.u Aug.Sabatier, l'Apôtre Paul, p.51. I 120 LA REVUE DOMINICAINE qui vient subjuguer Fame agit à l\u2019extérieur.'S.Augustin lui aussi avait entendu \u201cune voix comme d\u2019un jeune homme qui disait et répétait en chantant: Toile, lege! Toile, lege! Prenez et lisez ! Prenez et lisez !\u201d Mais cette voix était impersonnelle, un chant qui semble sortir d\u2019une maison et qui pouvait s\u2019adresser à un autre.Chez tous les autres convertis, les appels retentiront seulement dans les profondeurs invisibles de l\u2019âme.* * * Le miracle extérieur et sensible fut suivi d\u2019un miracle psychologique: la transformation intellectuelle et morale du Pharisien, son appel imprévu et définitif à l\u2019apostolat, la révélation complète de l\u2019économie du salut et l\u2019ordre de porter cet évangile aux païens.Dans les conversions ordinaires, il y a toujours une enquête intellectuelle plus ou moins complète.C\u2019est un édifice nouveau qu\u2019il faut élever sur les ruines de l\u2019ancien.La première question qu\u2019on demande à un converti est précisément celle-ci: pour quelles raisons a-t-il embrassé la foi?Chez S.Paul, cette enquête fut totalement supprimée, et c\u2019est encore une caractéristique de sa conversion.Au point de vue intellectuel, il était bien loin de la foi quand il arriva aux portes de Damas.De la foi chrétienne il ne savait que peu de chose.\u201cIl connaissait les chrétiens comme le bourreau connaît ses victimes.Il ne savait rien de leur doctrine, si ce n\u2019est qu\u2019elle est incompatible avec la Loi de Moïse, inconciliable avec le judaïsme, partant haïssable et digne d\u2019extermination; cela lui suffisait et il ne 'désirait pas en connaître davantage.\u201d 12 II possédait un bagage considérable d\u2019idées et de convictions acquises.Le trait dominant de sa nature, c\u2019était la passion de l'absolu.Esprit entier, tout d\u2019une, pièce, son premier besoin était toujours la logique.Peu porté aux nuances, aux accommodements ou aux compromis, il était naturellement intolérant.Penan n\u2019a certainement pas compris le tempérament de Paul, quand il a écrit les lignes qui suivent : \u201cLes natures impétueuses passent tout d\u2019une pièce d\u2019un extrême à l\u2019autre.Il y a pour elles, ce qui n\u2019existe pas pour les natures 12 p.Prat, Théologie de B.Paul, I, 48. LA CONVERSION DE S.PAUL 121 froides, des moments solennels, des minutes qui décident de toute la vie.Les hommes réfléchis ne changent pas ; ils se transforment.Les hommes ardents, au contraire, changent et ne se transforment pas.Le dogmatisme est comme une robe de Xessus qu\u2019ils ne peuvent arracher.Il leur faut un prétexte pour aimer et pour haïr.ISTos races occidentales seules ont su produire de ces esprits, délicats, forts et flexibles, qu\u2019aucune illusion momentanée n'entraîne, qu\u2019aucune vaine affirmation ne séduit.L\u2019Orient n\u2019a jamais eu d'hommes de cet espèce.\u201d Mais comment peut-il réaliser que \u201cces esprits larges, délicats, forts et flexibles\u201d de l\u2019Occident sont infiniment souples, très hospitaliers, et partant largement ouverts aux influences étrangères.Tandis qu\u2019un esprit sémitique comme celui de Paul était précisément le moins impressionnable et le plus fermé.Au point de vue moral, S.Paul était plus éloigné encore de la foi à cause des dispositions hostiles qu\u2019il entretenait à l\u2019égard de la conversion.Or, par un miracle psychologique, tout cela fut transformé en un instant.Aucune préparation à ce changement prodigieux.Arrivé à la pleine lumière, le converti peut toujours, dans une vue rétrospective, revoir le chemin parcouru, les phases de l'enquête, les luttes, les déchirements, les résistances, les éclairs illuminant l\u2019esprit, les secousse?imprimées à la volonté, bref tout le travail complexe et infiniment douloureux de l\u2019âme dans son évolution vers Dieu.De tout cela, S.Paul n'a pas conscience.Et pourtant c\u2019était une âme méditative, toujours repliée sur elle-même, par conséquent réellement douée pour introspection psychologique.Son appel fut absolument imprévu.\u201cIl ne sait absolument rien, et c'est là le point essentiel, d\u2019un acheminement progressif, d'une conversion graduelle à l'évangile.L\u2019unique souvenir qui lui reste est celui d\u2019un événement foudroyant qui l'a surpris en plein judaïsme et l\u2019a jeté, malgré lui, dans une voie nouvelle.Il a été conquis et dompté de haute lutte.(Phil., Ill, 12).C'est un rebelle vaincu que Dieu traîne en triomphe à travers les peuples.(II Cor., IL.II).S'il prêche l\u2019Evangile, il n'en peut tirer aucun sujet de gloire; il doit évangéliser, c\u2019est une nécessité supérieure 122 LA REVUE DOMINICAINE à laquelle il ne peut se soustraire- Il est là comme un esclave à la chaîne, (I Cor., IX, 15-18).\u201d Bref le coup qui l\u2019a surpris fut aussi imprévu que la lumière qui éclata sur la route.Telle fut donc la conversion de Paul: un miracle physique où le Christ glorieux est intervenu pour la dernière fois dans l\u2019histoire de l\u2019Eglise; et un miracle moral qui produisit la transformation intellectuelle et morale la plus imprévue, la plus profonde, la plus inexpliquable dans les annales de la conscience humaine.fr.Dalmace Laferrierre, O.P.Ottawa, le 14- février 1921.DIEU ET L\u2019AGNOSTICISME CONTEMPORAIN d) l'immanence religieuse La subconscience serait le dernier lien entre l\u2019homme et Dieu, d\u2019après J âmes.M.A.Sabatier supprime ce lien et fait un pas de plus : Dieu est absorbé par l\u2019homme, Dieu est intérieur.\u201cLa religion n\u2019est plus que la réponse de l\u2019homme à l'appel de Dieu.\u201d Le premier, Dieu s\u2019est fait entendre dans l\u2019âme; à cet appel et par un mouvement spontané d\u2019où jaillit la prière, l\u2019être religieux se met en relation personnelle avec \u201ccette puissance mystérieuse dont il sent la présence, même avant de pouvoir lui donner ce nom.\u201d C\u2019est l\u2019immanence de la religion et de la révélation.La religion repose donc sur le sens de la vie subjective et Dieu sur une expérience de l\u2019âme.Les partisans de cette école posent en thèse que les réalités intelligibles sont inconnaissables, mais admettent un procédé de connaissance.L\u2019agnosticisme est le premier pas de leur marche et l\u2019immanence, le second.L\u2019expérience religieuse aura donc la tâche de trouver île réel inconnaissable par la raison.C\u2019est là, on la reconnaît, la thèse de M.Loisy: \u201cce n\u2019est pas avec les éléments de la pensée humaine que l\u2019on peut construire un édifice éternel.\u201d C\u2019est verser dans l\u2019athéisme.i Voir Rev.dom., livraison de mars. DIEU ET L\u2019AGNOSTICISME COMTEMPORAIN 12a i ¦ 0 iis le è fil j f lé it§ Dieu est inconnaissable aussi bien par la science \u2014 \u201cbien que Dieu soit partout dans le monde on peut dire qu\u2019il n\u2019est nulle part l\u2019objet propre et direct de la science\u2019 , (Loisy) \u2014 que par la constatation historique ou la raison.\u201cQu\u2019est-ce que Dieu ?Dieu est le mystère de la vie.\u201d Mais Dieu se perçoit immédiatement en vertu \u201cd\u2019une expérience du divin dans la conscience\u201d.D\u2019où, \u201csi la religion est une vie, la révélation n\u2019a pu être aussi qu\u2019une vie; si Dieu est immanent dans l\u2019Homme, la révélation n\u2019a pu avoir lieu que dans la conscience; ce qu\u2019on appelle révélation, n\u2019a pu être que la conscience .acquise par l\u2019homme de son rapport avec Dieu.\u201d Dieu cependant existe, il est nécessaire qu\u2019il existe pour les immanentistes.Qui ne conclut dans cette analyse de notre âme, exprimée par la succession des faits, à un sentiment très vif de notre imperfection?Celle-ci mène droit là l\u2019affirmation d\u2019un être nécessaire.On prête cet argument rationel aux immanentistes; ceux-ci le rejettent avec-horreur, parce que Dieu n\u2019est pas saisi dans nos états intérieurs, dans la subconscience.L\u2019expérience morale est décisive en faveur de l\u2019existence de Dieu, selon les immanentistes.Elle est exposée par M.Blondel.L\u2019argument est analytique: \u201cIl est impossible de ne pas poser le problème de l\u2019action et dès qu\u2019il est posé, il est impossible de s\u2019arrêter, sans être conduit parle mouvement total de la vie et le dynamisme de cette ac-tion jusqu\u2019à l\u2019aveu d\u2019une réalité transcendante.\u201d Sans sortir de soi, s\u2019impose à tout état d\u2019âme un unique nécessaire pour contenter la vie humaine; l\u2019action, le contingent demandent et exigent le nécessaire.L\u2019idée de Dieu est donc le complément de notre vie et nous la trouvons immanente au centre de notre propre vie.Pour l\u2019ame chrétienne, qui est appelée à vivre dans le surnaturel, il faut que ses actions soient en rapport avec sa conscience.C\u2019est donc que l\u2019âme possède en soi un principe de vie surnaturelle, la grâce de Dieu.Cette expérience chrétienne des immanentistes est dans le sens de la pensée chrétienne et nous l\u2019admettons.Mais nous la jetons si, avec M.LeRoy, l\u2019on maintient qu\u2019elle est traditionnelle et sociale. 124 LA REVUE DOMINICAINS La tendance dangereuse de cette doctrine, c\u2019est de rattacher trop intimement \u201cla conscience de Dieu à notre vie morale en insistant sur le lien étroit entre la connaissance et l\u2019action; d\u2019où l\u2019insistance mise à.rappeler que pour connaître Dieu il faut lui ressembler et qu\u2019on ne le connaît que dans la mesure où on lui ressemble.\u201d Les conséquences de l\u2019immanence sont graves; elles conduisent à la négation du surnaturel.Dieu, 'placé dans un contact trop intime avec la conscience, n\u2019est plus si grand; l\u2019immanence enlève la différence entre deux ordres de connaissances différentes essentiellement: celle de la terre, humaine, et celle de la vision béatifique.Celle-ci est supprimée pour laisser place libre à la connaissance naturelle.De plus la doctrine basée sur le seul esprit religieux est agnostique, parce qu\u2019elle supprime l\u2019acte créateur initial et la survivance future.L\u2019immanence ne tient compte que des faits actuels ordonnés à l\u2019action actuelle.Ilitschl déclare: \u201cNous ne connaissons rien de l\u2019âme en soi\u201d.N\u2019oublions pas que Dieu, pour lui, est sous la dépendance de l\u2019âme.\u201cNous ne connaissons rien d\u2019une vie indépendante de l\u2019esprit, existant au-dessus de ces fonctions ou derrière elles.\u201d C\u2019est de l\u2019agnosticisme pur.Poursuivons de plus près l\u2019idée de Dieu pour montrer mieux l'agnosticisme de ce système.L\u2019immanence fait-elle connaître Dieu dans ses attributs ?Il semble que ceux-ci sont placés en dehors de l\u2019expérience.S\u2019agit-il de Yaséité de Dieu?Comment peut-elle tomber sous les prises de ma conscience d\u2019être essentiellement contingent?Comment l\u2019éternité de Dieu serait-elle l'objet d\u2019une expérience?Dieu est tout entier en même temps et ma conscience est successivement; elle ne peut témoigner de la réalité d\u2019une existence antérieure ;à sa perception.\u201cDieu ne serait pour moi que dans le moment où il serait senti¦ \u201d Ce n\u2019est pas une garantie qu\u2019il est éternel, mais seulement qu\u2019il me précède.Les attributs divins seraient donc postérieurs à la subconscience.\u201cL\u2019être, si intérieur qu\u2019il soit, nous échappe toujours.Nous nous flattons de réaliser des conquêtes sur l\u2019Infini, nous n\u2019en réalisons que sur nous-mêmes,\u201d dit le P.Piat. DIEU ET L\u2019AGNOSTICISME CONTEMPORAIN 125 ¦ L\u2019immanence conduit au panthéisme et à F athéisme, Pour saisir la réalité de Dieu dans la conscience, il reste une ressource: l\u2019identifier à la conscience.C\u2019est la conclusion panthéistique de A.Sabatier : \u201cIl est donc vrai de dire que l\u2019esprit ne peut croire en soi sans croire en Dieu et d\u2019autre part, il ne peut croire en Dieu sans croire en soi.\u201d IST\u2019est-ce pas de l\u2019athéisme que cet aphorisme de Sabatier: \u201cQui ne sent pas Dieu dans son coeur' ne le trouvera jamais?\u201d James lui-même, en dépit de ses théories, écrit: \u201cMon tempérament m\u2019interdit presque toute expérience mystique et je n\u2019en puis parler que d\u2019après les autres.\u201d X\u2019est-ce pas celui-là même qui ne peut jamais trouver Dieu, parce qu\u2019il ne le sent pas?au dire de Sabatier.Le disciple se condamne et condamne le maître à l\u2019athéisme.\u201cJe n\u2019appartiens ià aucune religion, je n\u2019ai besoin fflj d\u2019aucune croyance particulière, et la notion de Dieu, de m l\u2019âme, du monde futur, n\u2019a aucune place dans ma vie,\u201d voi-;\tlà encore une phrase signifificative sous la plume d\u2019un im- Ys| manentiste et qui fait de lui un agnostique pur.Dieu ne se prbuve pas, il s\u2019expérimente; ceux qui ne peuvent l\u2019expérimenter sont donc condamnés ià l\u2019athéisme, forme dernière de cette école.M là Telle est en résumé la fameuse doctrine de l\u2019immanence, condamnée par Pie X dans l\u2019Encyclique \u201cPascendi\u201d et mise en lumière par M.Michelet.DIEU ET LE SPIRITUALISME CHRETIEN itF m aff # y A #1 Ce n\u2019est plus la société, comme dans l\u2019école sociologique, ni l\u2019utile et l\u2019action, comme dans le pragmatisme, ni la conscience individuelle, comme dans l'immanence, c\u2019est la nature humaine toute entière qui va devenir \u201cla source d\u2019où jaillit religieuse\u201d dans le spiritualisme.La vie religieuse avec F aristotélisme sort peu à peu de l\u2019individu sous ta lumière de l\u2019intelligence qui trouve les premiers principes et leurs applications immédiates et sous la poussée de la volonté en quête de bonheur.La vie religieuse sort ainsi des ténèbres progressivement; \u201ccomme le soleil, dès qu\u2019il paraît à l\u2019horizon, éclaire d\u2019abord le haut 126 LA REVUE DOMINICAINE ¦des collines, puis les vallées progressivement etc., de même l\u2019intelligence forme les notions plus élevées par abstraction,, puis elle descend dans la complexité des choses.\u201d Les premières phases du sentiment religieux sont spontanées, chez les spiritualistes et les modernistes.\u201cConnais- , sauce toute spontanée, en premier lieu; puis l\u2019esprit remonte de l\u2019effet à la cause et à la cause première en dernière analyse; enfin notion très confuse, mais très réelle de Dieu.\u201d Suivons la marche naturelle d\u2019un enfant dans sa recherche spontanée de Dieu.Son âme est en mouvement vers un être conçu comme vivant; plus loin, beaucoup plus loin, mais seuls voisins, apparaissent rémotion esthétique et le senti- j ment moral.L\u2019émotion esthétique naît de la contemplation d\u2019un objet séduisant par ses formes; le sentiment moral s\u2019éveille quand il faut juger la bonté ou la malice d\u2019une action, par une comparaison entre cette action et la conception abstraite de la nature humaine.Mais plus loin encore que cette émotion esthétique et que ce sentiment moral, la connaissan- ce religieuse devine un être vivant, l'auteur de ces faits: Dieu.L\u2019enfant, par une prière toute spontanée, affirme donc l\u2019existence de Dieu.«u lu Ce Dieu n est pas le symbole du monde, et l\u2019enfant ne le conçoit pas ainsi, mais plutôt comme un être transcendant qui ne se désintéresse nullement de la créature; bien au contraire, il sent l\u2019action de Dieu sur les êtres et les relations qui l\u2019unissent ;à lui.C\u2019est le rôle de l\u2019intelligence.De même la volonté, en quête de bonheur, ne peut trouver ce bonheur dans l\u2019individu, ni dans ses rapports sociaux, mais dans une société supérieure: Dieu.Ce double mouvement naturel de l\u2019intelligence et de la volonté, mises eu branle par un autre sentiment, cet évolutionisme de toute la nature humaine, fonde le spiritualisme.I t;;« ¦ IL V L fi A ( \"fi En grandissant l\u2019enfant transforme cette connaissance spontanée en une doctrine religieuse ou irréligieuse, selon l\u2019orientation de ses réflexions.Les modernistes supposent deux périodes: \u201cl\u2019une purement affective, au début, l\u2019autre, période de construction i]i' W \\ If DIEU ET l\u2019AGOSTICISME CONTEMPORAIN 127 doctrinale\u2019\u2019, par la suite.En réalité, il y a trois périodes .: Féveil de la connaissance religieuse qui précède les deux autres périodes reconnues par les modernistes.Cette théorie est inacceptable.Le sentiment ne peut pas s\u2019éveiller sans une connaissance préalable: Ignoti nulla cupido.Pour aimer un objet, il faut qu\u2019il soit.De plus la réflexion, qui vient compléter ce sentiment, doit travailler sur une matière et non sur un sentiment.Comment la vie religieuse, si elle débute par un sentiment, \u201cpourrait-elle passer du sentiment à la connaissance intellectuelle, de la vie à la doctrine?\u201d Les impressions, disent-ils, voilà la matière suffisante pour la réflexion.Mais la question n\u2019est que reculée: comment une impression peut-elle devenir une idée?Par explicitation?Impossible; il peut devenir plus intense, mais jamais changer d\u2019ordre et devenir intellectuel: ce serait une création.Enfin cette théorie est pétrie d\u2019apriorisme.Les spiritualistes prétendent s\u2019appuyer sur une expérience; ils ont une théorie qui résulte d\u2019un groupement systématique de faits.Ils partent de l\u2019inconnaissable, et par un principe d\u2019évolution qu\u2019ils appliquent au connaissable, à la psychologie etc., ils aboutissent à l\u2019inconnaissable encore.b1 «eh 01#' iis# J \u201c] \u2022 P Sans insister sur toutes les applications pratiques de tous ces systèmes, sans suivre M.Michelet dans tout le détail des arguments qu\u2019il met en valeur pour les réfuter ensuite avec toute l\u2019impartialité d\u2019un philosophe judicieux, il semble que ces quelques notes suffisent à donner une idée première des principaux systèmes philosophiques modernes en présence de Dieu.Tous, au lieu d\u2019être religieux, c\u2019est-à-dire de fortifier les liens entre l\u2019homme et\" le Créateur, tentent de l\u2019éloigner de Dieu, parce qu\u2019ils veulent trouver Dieu au fond des âmes ou dans la société, primitivement.Seule la philosophie chrétienne, en cherchant Dieu en dehors d\u2019une expérience personnelle et immédiate de l\u2019âme sous l\u2019action de Dieu, peut expliquer le fait religieux humain.\u201cDès lors ceux qui croient à l\u2019objectivité de la science morale et à la valeur de la morale doivent accepter les affirmations de la religion: la réalité d\u2019un Etre supérieur et : la réalité de la dépendance qui nous unit à lui\u201d.\u201cHui ne 128 LA REVUE DOMINICAINE connaît Dieu que celui que Dieu éclaire et nul n'aime Dieu que celui à qui il inspire son amour.\u201d (Bossuet).Quiconque veut constater l'insuffisance des théories modernes vis-à-vis de Dieu, n\u2019a qu\u2019à ouvrir le livre de M.Michelet.Judicieux, objectif, logique et sérieux, il donne un aperçu suffisant des hommes et des doctrines d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui.Des philosophes, versés dans la matière, pourraient distinguer certaines nuances dans l\u2019exposé de ces doctrines délicates; ils pourraient même demander certains éclaircissements sur leurs conséquences pratiques et une clarté plus grande dans l\u2019ensemble; personne, je crois, ne reprochera à M.Michelet de n\u2019avoir pas saisi parfaitement les systèmes qu\u2019il combat.Quant à nous, notre but, très modeste, fut de résumer très brièvement l\u2019idée générale de chaque système indiqué et développé dans ce livre, et d\u2019aider un peu l\u2019auteur à donner une poussée aux gens cultivés vers la connaissance naturelle de Dieu, en écartant les obstacles les plus subtils.Si le lecteur a l\u2019humilité de.l\u2019esprit et du coeur, il trouvera en plus un aliment à la connaissance surnaturelle du même Dieu, laquelle est le dernier pas avant la vision d'où découlent l\u2019amour et le bonheur-qui durent.Ottawa, le 19 février 1921.fr.A.Bissonnette, O.P.Superiorum permissu De licencia Ordinarii "]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.