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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
  • Maintenant
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Revue dominicaine, 1927-12, Collections de BAnQ.

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[" XXXIIIe Année Le nnméro: 20 tous Décembre 1927 LA REVUE DOMINICAINE \u2022^VediçS^ R.P.A.Papillon, O.P., Jusqu\u2019à Bethléem.R.P.M.-C.Forest, Coopération intellectuelle.Emile Baumann, Mon frère le Dominicain.R.P.Gonzalve Proulx, O.P., Les Pays de Mission.\u2014I.R.P.Aug.Leduc, O.P., Bulletin de Droit canonique.LE SENS DES FAITS-\u2014L\u2019Ordre de St-Dominique et le Congrès eucharistique de Bologne, par le R.P.Richer.\u2014 Une indulgence extraordinaire.\u2014 Le décès du P.Doyon, par le T.R.P.Béliveau.\u2014 Nouvelles diverses, par Fra Domenico.L'ESPRIT DES LIVRES.\u2014R- P- Allô: Le scandale de Jésus (E.-A.L.) R.P.Gardeil: La structure de l\u2019âme et l\u2019expérience mystique (L.B.) Bernard: La dame blanche (A.P.) Gouin: Médailles anciennes (A.P.) Table des matières, année 1927.ADMINISTRATION SAINT - HYACINTHE REDACTION MONTREAL (N.-D.de Grâce) LA REVUE DOMINICAINE Publiée mensuellement Directeur : R.P.M.-A.LAMARCHE, O.P.ABONNEMENTS (payables d\u2019avance) Au Canada: $2.00 \u2014 A l\u2019étranger: $2.25 Avec le \u201cRosaire pour tous\u201d, 25 sous en plus par an.La Revue Dominicaine publie des articles de vulgarisation touchant les Ecritures, la théologie, Tapologétique ou le droit canon, et même des études de philosophie, de littérature, de sociologie ou d\u2019histoire, pourvu que la religion ou la morale y soit concernée.La Revue Dominicaine n\u2019a pas de spécialité proprement dite dans le domaine religieux, mais elle accorde une attention particulière aux questions d\u2019apologétique et aux problèmes de société, envisagés surtout au point de vue canadien.La Revue Dominicaine publie des recensions et diverses chroniques, en s\u2019attachant moins au récit des faits et à l\u2019analyse des ouvrages qu\u2019à leur signification d\u2019ensemble.La Revue Dominicaine ne sera pas responsable des écrits des collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de Saint-Dominique.Prière d\u2019adresser les communications littéraires : manuscrits, volumes, etc., au R.P.Antonio Lamarche, 153, Avenue Notre-Dame de Grâce, Montréal; et les communications administratives: abonnements, annonces, etc., au R.P.Jean Bacon, Saint-Hyacinthe.Nous publierons en janvier : Lettre du Nouvel An: Vos péchés d\u2019omission, par le R.P.M.-A.Lamarche, O.P. JUSQU\u2019A BETHLEEM Allons donc jusqu\u2019à Bethléem, et voyons ce qui est arrivé, que le Seigneur nous nous a fait connaître.Luc, II, 15.Dans un bréviaire, j\u2019ai la reproduction d\u2019un tableau du peintre bavarois Huber-Sulzemoos.C\u2019est la vision de Noël, la scène de la nuit bienheureuse que l\u2019enfantement de Marie vient de consacrer.Et tout au bas de l\u2019image, court cette légende: Le Verbe s\u2019est fait chair, «t il a habité parmi nous.Alors que l\u2019Evangile de saint Marc omet entièrement le récit de la Nativité, passant tout de suite aux enseignements et aux miracles de la vie publique, saint Jean, lui, condense Vavènement de l\u2019Enfant divin dans cette phrase solitaire que le Verbe qui, au commencement, était avec Dieu et était Dieu, \u201cs\u2019est fait chair et est venu demeurer parmi nous\u201d.C\u2019est tout.Il faut ouvrir l\u2019Evangile selon saint Luc pour trouver la longue et aimante description du premier Noël.Le texte de mon image est de Jean, mais, seule, la lumière projetée par le récit du troisième Evangéliste a rendu possible le tableau qui le surmonte.ÿ * * Dans cette Palestine tant de fois bouleversée, l\u2019ordre impérial met des foules en mouvement.A Bethléem, l\u2019exploration laborieuse de Joseph n\u2019a pas trouvé le moindre coin libre.Avec son épouse, le charpentier sort de la toute petite ville dans la direction de l\u2019Orient.Une 640 LA REVUE DOMINICAINE grotte au flanc de la colline.Des heures ont passé, peu nombreuses.Sur la mangeoire fixe au fond de laquelle vagit un nouveau-né, la Vierge penche son beau visage transfiguré.Maintenant, Luc va raconter la première épiphanie, celle, moins extériorisée, mais si intime et si douce, des bergers de Juda: gerbe liminaire des moissons mûrissantes d\u2019hommages qu\u2019apporteront Hébreux et Gentils aux pieds de Celui qui est à la fois Fils de David et Fils de l\u2019Homme.Alors que, dans cette même contrée, les pasteurs étaient à se partager les veilles de la nuit, soudainement un ange du Seigneur parut près d\u2019eux et la gloire du Seigneur les enveloppa de lumière.A propos du message à Zacharie et quand Gabriel apporte à la Vierge l\u2019annonce divine, nous ne voyons mentionnés aucune autre manifestation surnaturelle, aucun environnement spécial de céleste gloire.Peut-être parce que cette double apparition se fit par la grande lumière du jour.Mais dans la profondeur de cette nuit, la forme angélique revêt une lumière éclatante, elle répand autour d\u2019elle une sorte de rayonnement d\u2019en-haut.Eblouis par cette splendeur, les bergers sont saisis d\u2019une grande crainte, jusqu\u2019à ce que l\u2019envoyé communique son message: ne craignez point; car voici que je vous annonce une grande joie, destinée à tout le peuple, car il vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la ville de David.Et, tout de suite, le signe de cette reconnaissance divine: vous trouverez un petit enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche.La commission de l\u2019ange s\u2019achève dans la confidence de ce secret.Déjà, près du héraut, une multitude d\u2019autres Esprits acclame le Seigneur: Gloire dans les jusqu\u2019à bethléem 641 hauteurs, à Dieu, et sur la terre paix aux hommes de bonne volonté.La voix de Vannonciateur était un témoignage.Celle de cette multitude d'autres anges est un chant.Ce chant doit-il être pour nous, seulement une phrase musicale dans le lointain du ciel, un thème très doux, \u2014 nullement une expérience, une chose vivante et vécue ?N'est-ce pas plutôt un original dont les copies doivent être reproduites dans nos existences individuelles ?A l\u2019endroit de chacun, cet anniversaire qui vient peut être un Noël dayis toute la plénitude du terme, une naissance a,u fait et à Vaccroissement de la vie divine, l\u2019avènement au meilleur de notre cime du Christ lui-même.Aussitôt le thème angélique terminé et les chanteurs du ciel disparus dans le silence profond où ils s\u2019étaient tout-à-coup montrés, les bergers se disent les uns aux autres, comme si leurs cœurs voulaient parler tous à la fois et tous à l\u2019unisson: allons donc jusqu\u2019à Bethléem, et voyons ce qui est arrivé, que le Seigneur nous a fait connaître.Ils partent en liàte à la découverte divine, et au pressé dé leurs pas comme aux battements de leurs cœurs, nous pourrions retracer les vibrations du choral angélique.Chercheurs bienheureux, vous n\u2019allez ainsi dans l\u2019allégresse du froid étoilé et de la marche vive que parce que vous étiez dignes d\u2019une invite si haute.Si, par un intime désir, vos cœurs n\u2019avaient pas été accordés à son allègre tonalité, l\u2019appel divin serait passé au-dessus de vous comme le vent froid de la nuit.Jusqu\u2019à Bethléem.Appelés au milieu de leur besogne ordinaire, ils marchent avec empressement voir ce que le Seigneur a fait.Nulle pensée, même, de considérer co7nme angles opposés le devoir spirituel et le 642 LA REVUE DOMINICAINE devoir matériel.Pour eux, celui-ci n\u2019est que le premier sous son aspect terrestre.Champs de Palestine comme terres de chez-nous, abris des bergers de là-bas comme usines de nos ouvriers de jour ou de nuit, toujours le temple du travail doit être près bien du temple de l\u2019adoration.Et que ce nous soit là un opportun rappel.Au Canada, plus qu\u2019en d\u2019autres pays encore, Noël est une date différente au possible du reste de l\u2019année.Et c\u2019est très juste.Mais que la célébration spéciale de cette solennité ne nous empêche pas, travailleurs de toutes catégories, d\u2019évoquer de façon aussi vivante, aussi concrète, aussi pratique qu\u2019il se peut, la coïncidence de ces bergers invités vers Jésus dans l\u2019acte même de leur charge quotidienne.Au premier Noël, la révélation d\u2019en-haut vint durant la besogne sans trêve de la dure semaine.Les yeux ouverts sur l\u2019ouvrage à exécuter comme sur le troupeau à garder, le cœur ouvert, lui, dans la direction du ciel, prêt ci écouter la musique des anges, prêt, aussi, à transposer sur son rythme le mouvement et l\u2019agir de cette vie.attendons le divin message.* * * Des bergers de la nuit de Noël, nous connaissons seulement cette marche au berceau de Notre-Seigneur Jésus-Christ.Mais, par là, ils nous tracé un premier sentier vers la grâce et la beauté de l\u2019Enfant divin, un sentier jusqu\u2019à Bethléem, et jonché de Glorias.* A.Papillon, O.P. COOPERATION INTELLECTUELLE i Messeigneurs, M.le Président, Messieurs, Messieurs les doyens des facultés de droit et de médecine*avaient, les années dernières, pour parler en votre nom à tous, l\u2019appui de leurs souvenirs et le prestige des services rendus.Ils représentaient un passé qui se continue avec éclat.Nous ne représentons \u2014 nous des facultés nouvelles \u2014 qu\u2019un avenir qui s\u2019ébauche.Ils avaient derrière eux de longues années de succès dont vous avez la fierté.Nous nous bornons à incarner quelques-unes de vos promesses et quelques-uns de vos espoirs.De ces succès passés comme de ces espoirs nouveaux permettez-moi pourtant, Mgr l\u2019Auxiliaire, de vous faire respectueusement hommage puisque, grâce à des circonstances où il entre, comme presque toujours ici-bas, de la joie et du regret, vous représentez en ce moment, parmi nous, l\u2019Eglise dont nous nous honorons d\u2019être les enfants.Nous avons conscience que le serment que nous venons de faire entre vos mains, en nous rattachant à l\u2019œuvre séculaire du haut enseignement catholique, donne à la nôtre une grandeur et une portée qui nous la rendent plus chère.Aussi, est-ce avec la conviction de servir au mieux les intérêts qui nous sont confiés que nous affirmons de nouveau notre volonté de n\u2019ambitionner jamais d\u2019autres succès que ceux que l\u2019Eglise peut revendiquer, de n\u2019avoir jamais d\u2019autres espoirs que ceux qu\u2019elle peut bénir.1\u2014Discours prononcé le 23 octobre, au déjeuner universitaire faisant suite à la Messe du Saint-Esprit. 644 LA REVUE DOMINICAINE La philosophie \u2014 je fais appel ici, messieurs, à des souvenirs plus ou moins lointains \u2014 est la recherche des raisons dernières des choses.Comme c\u2019est elle qui est à l\u2019épreuve cette année, vous comprendrez que je ne veuille pas m\u2019arrêter aux raisons prochaines de ce déjeûner qui se lisent d\u2019ailleurs sur toutes nos figures.A la joie dont s\u2019enveloppe une réunion comme çelle-ci, je crois, découvrir un sens plus profond: celui de la parfaite communauté d\u2019efforts et de pensée qui existe entre nos différentes facultés et écoles.\u201cQuand vous rapprochez plusieurs branches du haut enseignement, disait Mgr D\u2019Hulst, vous faites autre chose qu\u2019additionner du savoir au savoir; vous le multipliez par les rapports qui naissent du contact.Vous allumez un grand foyer d\u2019activité intellectuelle ; vous formez de vos professeurs et élèves une grande famille pensante et chercheuse\u201d.Pour allumer \u201cun grand foyer d\u2019activité intellectuelle\u201d, pour former de nos professeurs et élèves \u201cune grande famille pensante et chercheuse\u201d, il faut autre chose toutefois que la juxtaposition matérielle des facultés et écoles.Il faut le contact des esprits, la mise en commun de nos ambitions et de nos efforts respectifs; il faut encore et surtout peut-être la claire vision, par-delà les buts particuliers que nous poursuivons, de ce but commun où tout s\u2019harmonise et vers lequel en définitive tout doit converger: celui-là même qui est à l\u2019origine d\u2019une université.Rien de plus disparate, au premier abord, que les tâches auxquelles nous dépensons nos vies.Le monde moderne, en pulvérisant le savoir, a orienté nos activités dans tous les sens.L\u2019heure n\u2019est plus où on pouvait, sans faire sourire, donner à une soutenance publique ce titre orgueilleux : De cmni re scibili.C\u2019est peu de chose COOPERATION INTELLECTUELLE 645 ce que nous pouvons faire tenir aujourd\u2019hui \u201cde tout le connaissable\u201d dans les étroites limites d\u2019une vie humaine.De là la spécialisation, et de là l\u2019isolement.Nous travaillons tous à l\u2019écart, dans des domaines plus ou moins ignorés de nos voisins, et à qui ne voit les choses qu\u2019à la surface, il semble qu\u2019il n\u2019y ait rien de commun entre nous que notre égal besoin de lumière et notre égal amour de la vérité.J\u2019irai plus loin encore.Ce n\u2019est pas seulement en des sens divers, c\u2019est en des sens opposés que nous paraissons marcher.Il ne manque pas d\u2019esprits pour penser que progrès matériel et progrès spirituel sont des choses étrangères l\u2019une à l\u2019autre ; il n\u2019en manque pas pour croire que seules les conquêtes dans l\u2019un ou l\u2019autre domaine importent; il n\u2019en manque même pas pour insinuer qu\u2019avancer dans un sens c\u2019est plus ou moins rétrograder dans un autre.Pour ces esprits à compartiments étanches, une œuvre complexe comme la nôtre \u2014 puisqu\u2019elle donne en raccourci l\u2019effort d\u2019une époque vers une civilisation plus haute \u2014 doit fatalement porter en elle un principe de lutte sinon de mort.Je ne me donnerai pas le ridicule de vous montrer, messieurs, la pénétration intime des forces spirituelles et des forces matérielles dans notre vie individuelle ou sociale autour de laquelle se concentrent en dernière analyse toutes nos activités.Il suffit seulement de se le rappeler pour comprendre que toute lumière que l\u2019on fait dans un domaine rejaillit plus ou moins directement dans l\u2019autre.Dès lors l\u2019unité de notre effort à tous apparaît.Si disparate que soient nos tâches, si différentes que soient nos méthodes, nous nous rencontrons tous dans un idéal commun qui est de rendre l\u2019humanité meilleure et plus heureuse.Sur ce vaste chantier intellectuel, chacun a conscience qu\u2019en taillant l\u2019humble pierre ;¦ 646 LA REVUE DOMINICAINE qu\u2019on lui a désignée, il travaille à un édifice qui s\u2019élève sans cesse et ne s\u2019achèvera jamais, mais qui tout imparfait qu\u2019il soit encore suffit pourtant à abriter notre foi au progrès et le meilleur de nos ambitions.De cette communion intellectuelle dans un même idéal, les édifices universitaires tels que projetés deviendront un jour l\u2019éclatante image.Au lieu d\u2019être dispersées ça et là, les facultés quoique distinctes se grouperont étroitement, comme pour mieux mettre en relief, derrière les buts particuliers qui les isolent, le but suprême qui les réunit.Ce sera vraiment le foyer dont parlait Mgr D\u2019Hulst allumé là sur le flanc de la montagne et dont la lumière rayonnera au loin.Aussi, \u2014 et ce sera mon dernier mot qui aurait voulu et peut-être dû être le premier \u2014 aussi, est-ce avec une gratitude plus profonde d\u2019année en année que nous suivons, Mgr le Recteur et vous Messieurs les membres de la Commission d\u2019Administration, les démarches que vous faites et les efforts que vous multipliez pour donner à notre œuvre un cadre digne de nos rêves d\u2019avenir et à l\u2019unité que vous vous efforcez de réaliser au sein du corps universitaire un aussi magnifique symbole.M.-C.Forest, O.P. FRERE LE DOMINICAIN i SA MORT Dès que le Père Joseph fut prêtre, ma mère n\u2019eut qu\u2019un désir: assister à la Messe son fils, communier de sa main.Nous espérions qu\u2019il viendrait en France durant l\u2019été de 1897.Le Provincial dit: Non, et ce non, pour aboutir au oui de l\u2019année suivante, allait être un arrêt de mort.Léon ne murmura point; il exhorta ma mère à se résigner.Le 15 août, dans la lettre où il la consolait, il évoquait nos vacances d\u2019enfants chez les Carmélites, les soirs où il descendait à la chapelle des Réparatrices, la joie qu\u2019il aurait de célébrer la Messe à Four-vières.Le 5 novembre, il me confirmait la probabilité de son voyage : \u201cEspérons que, l\u2019an prochain, nous nous retrouverons tous ensemble encore une fois.Vivons de cette perpective, l\u2019attendant comme on peut attendre les choses qui dépendent des hommes.\u201d Le 29 avril 1898, il se hâtait de me prévenir que la nouvelle était officiellement certaine: \u201cS\u2019il n\u2019y a rien de changé, je partirai d\u2019ici le 2 juillet; je serai en France le 10, à Lyon le 11 ou le 1.\u2014Mon frère le Dominicain est le titre du récent ouvrage d\u2019Emile Baumann.Il y raconte la vie trop brève et la mort sublime de son frère qui périt à vingt-trois dans le naufrage de la Bourgogne en 1898, avec les Pères Bernardin Merlin et Cyprien Florisoone.Léon Baumann, en religion le P.Joseph Baumann, avait dès son enfance à Lyon éprouvé un attrait décisif vers notre Ordre.Il n\u2019avait pas encore dix-huit ans lorsqu\u2019il se sépara douloureusement des siens et partit pour le couvent de Rijckholt, dans le Limbourg hollandais, où se trouvait alors le noviciat de la Province de Lyon.Nous avons détaché du volume le récit de sa mort, plein d\u2019une émotion pathétique et vraie. 648 LA REVUE DOMINICAINE 12.\u201d Le 13 mai, en m\u2019offrant ses vœux pour ma fête \u2014 et ce fut sa dernière lettre, \u2014 il se livrait à la joie de la proche réunion: \u201cDans deux mois, à pareil jour, personne, je l\u2019espère, ne manquera, cette fois-ci, à l\u2019appel.Ce sera un grand moment dans ma vie.Malgré mes longs silences, je n\u2019en reste pas moins ce que j\u2019étais autrefois.\u201d Dans le plus confiant des bonheurs, nous attendions son arrivée.Ma mère se mettait en frais d\u2019une robe neuve pour la messe où \u201cpersonne ne manquerait à l\u2019appel\u201d.Je me disposais à partir au-devant de lui; rendez-vous était pris à la gare Saint-Lazare, le 10 juillet.Il se disait heureux de ce voyage, il essayait de l\u2019être; mais une tristesse incompréhensible, l\u2019alourdissait.La veille de son départ, il en fit l\u2019aveu à la Supérieure des Dominicaines qui possédait toute sa confiance : \u201cSi ce n\u2019était à cause de ma mère, je resterais.\u201d Se chagrinait-il de quitter un couvent où il avait, quarante-huit mois, peiné dans l\u2019espérance, pour la haute gloire de Dieu ?Sans doute, il était de ceux qui s\u2019attachent partout où ils passent, à leur insu, malgré eux.Mais il avait résolu \u2014 avec l\u2019assentiment du Provincial \u2014 de ne pas revenir à Eosary Hill; avant de dire adieu à sa cellule, il brûla toutes nos lettres, et il emporta ses notes de théologie.Sa désolation couvrait en réalité un pressentiment.Il avait, dans des conjectures graves, plusieurs années auparavant, offert sa vie pour qu\u2019un malheur fût épargné à l\u2019un des siens.Il savait sa requête exaucée; où et quand s\u2019accomplirait son vœu héroïque, Dieu s\u2019en chargeait.Une intuition confuse l\u2019avertissait pourtant que la traversée prochaine serait le signal du grand voyage. MON FRERE LE DOMINICAIN 649 Dans la vigueur de sa jeunesse, il ne renonçait pas à la terre, sans que sa nature frémît.Quatre Dominicains devaient s'embarquer, le 2 juillet, sur la Bourgogne.Ils eussent même été cinq, si le Prieur n\u2019avait forcé le Père Hugon, alors souffrant, de prendre ses vacances quinze jours plus tôt.Sur le pont du bateau ils ne furent que trois ; le quatrième arriva trop tard.La mer était calme, le ciel limpide, le capitaine jovial; des enfants jouaient autour d\u2019eux; le nom du bateau semblait pour Léon un gai présage, comme si le pays maternel, d\u2019avance, l\u2019accueillait sur l\u2019Océan.Malgré tout, il demeurait triste à la mort; et, chose plus étrange, le Père Bernardin Merlin subissait lui-même l\u2019attente d\u2019un événement douloureux.La capitaine Deloncle s\u2019en étonna: \u201cPère, où avez-vous perdu votre belle humeur ?\u2014 Je n\u2019en sais rien.Quelque chose pèse sur nous.L\u2019avenir éclaircira.\u201d 2 Il y avait quarante heures que, pour les passagers de la Bourgogne, l\u2019Amérique avait disparu.Le vapeur, au lieu de suivre la courbe habituelle des transatlantiques et de laisser à sa gauche l\u2019île de Sable, se dirigeait droit vers le Nord.Entre la Nouvelle-Ecosse et Terre-Neuve s\u2019épaissit une région de brumes semblable au légendaire pays des Cimmériens.Même en été, aux heures chaudes, quand le soleil a mangé le brouillard, on voit traîner sur la mer des bandes de vapeur, comme sur les bas-fonds d\u2019une prairie.Le plus souvent, la brume reste opaque, impénétrable, A une distance de vingt mètres, toute lumière succombe, les formes en mouvement s\u2019anéantissent, les bruits s\u2019éteignent.Les navires glissent tels 2.\u2014Nous savons ces faits par le R.Père Barnabé Augier, maître des novices, qui les accompagna jusqu\u2019au départ. 650 LA REVUE DOMINICAINE que des fantômes, et leurs sirènes, qui brament de minute en minute, halettent assourdies, comme si elles avaient dans la gorge un tampon de laine.C\u2019était cette banquise de brouillards que franchissait la Bourgogne.Les voyageurs ne s\u2019en tourmentaient pas.Le dimanche soir, on avait joué, on avait dansé, on avait fêté fort tard Y Indépendance Day.A l\u2019aube du lundi, la masse des passagers dormait d\u2019un lourd sommeil, avec la sécurité de gens qui ont foi dans un bout de planche et de tôle pour les séparer du gouffre.Rien cependant ne fait plus songer à un convoi funèbre qu\u2019un navire, fendant le flot noir, l\u2019ombre, la brume où se noient ses fanaux et chargé d\u2019une silencieuse cargaison de dormants.Les trois Dominicains s\u2019étaient recueillis, le dimanche, à l\u2019écart des fêtes; ils avaient reposé, à demi-vêtus, selon la coutume de l\u2019Ordre; ils s\u2019éveillèrent sans doute comme d\u2019habitude.Peu après cinq heures, au couvent, la cloche les appelait à Prime.Brusquement, ils perçurent, dans le flanc du bateau, à bâbord, un choc et un craquement inexplicables.Puis, il sembla que des caisses pesantes étaient culbutées du pont vers l\u2019entrepont et on eût dit que le navire basculait, en virant de bord.Presque aussitôt, la pulsation des hélices s\u2019accéléra, puis se ralentit, s\u2019arrêta.Deux coups de sifflet furieux, un appel du canon de détresse, les pas qui se précipitaient par les couloirs et, au-dessus de leur tête, tout annonçait qu\u2019un incident extraordinaire s\u2019était produit.Ils prirent leur manteau, s\u2019élancèrent.En haut, les hommes de quart soulevaient hors de leurs chantiers les chaloupes de bâbord.A la question de l\u2019un des Pères quelqu\u2019un répondit: \u2014 Nous venons d\u2019être abordés.C\u2019est grave. MON FRERE LE DOMINICAIN 651 Où était le navire abordeur ?Perdu dans le brouillard, sombré peut-être.On devait apprendre ensuite qu\u2019un trois-mâts anglais, un cargo de trois mille tonnes, le Cromatyshire, marchant en sens contraire du transatlantique, l\u2019avait heurté de biais; son beaupré avait défoncé la passerelle, son bossoir, éventré les tôles de la coque, et ses ancres avaient élargi la déchirure, en raclant la longueur des parois.Pour l\u2019instant, la rumeur terrible éclatait: les machines étaient inondées; la mer s\u2019engouffrait si rapidement par la brèche que, déjà, le vapeur s\u2019inclinait sur son flanc crevé.Des cabines de première classe sortaient des cris d\u2019épouvante et de fureur, des hurlements indistincts : dans une cage d\u2019eau glaciale, les gens surpris se débattaient, ou ils se réveillaient pour mourir.Trois minutes après, les chauffeurs, les soutiers, tous ceux qui vivent au fond d\u2019un bateau en marche, comme une bande de pirates noirs et suants, bondirent sur le pont, vociférèrent: \u2014 Aux canots ! Aux canots ! Et, derrière eux, se poussait, dans une confusion effroyable, la cohue des six cents passagers presque nus, ahuris, affolés, ayant peine à comprendre l\u2019horreur de la catastrophe.Les femmes s\u2019accrochaient aux bras des hommes qui se bousculaient, les plus forts se ruant vers les ceintures de sauvetage qu\u2019ils s\u2019arrachaient.Des mères levaient entre leurs bras leurs enfants qu\u2019on piétinait.De vieilles dames se traînaient, une sacoche à la main, certaines, un petit chien sous l\u2019aisselle.Mais le grotesque, le hideux de cette foule en chemise s\u2019évanouissait devant les terreurs communes du naufrage.Ces humains sentaient sous leurs pieds leur tombe ouverte; ils s\u2019en rapprochaient à chaque seconde, avec une implacable accélération; le pont penchait du côté 652 LA REVUE DOMINICAINE gauche au point que les chaloupes de bâbord, emplies d\u2019eau, étaient inutilisables.Vers les autres, ce fut une ruée féroce.En vain, le capitaine Deloncle essayait-il d\u2019enjoindre qu\u2019on mît les embarcations à la mer avant de s\u2019y empiler.L\u2019une d\u2019elles, chargée de femmes et d\u2019enfants, dès qu\u2019elle toucha le flot, chavira, et tout ce qu\u2019elle portait fut noyé.Ailleurs, des brutes, agitant des couteaux, repoussaient de la coupée les femmes qui les imploraient.Le tumulte des supplications, des invectives, des blasphèmes, des plaintes éperdues s\u2019enflait dans le brouillard informe et sourd, épaissi comme une mer muette au-dessus des naufragés.Au milieu de ce chaos, les figures des Dominicains, leurs trois robes blanches surgissaient à la manière d\u2019un point lumineux pour quiconque, aux portes de la mort, se souvenaient de l\u2019éternité.Eux, ils n\u2019étaient point surpris par la visiteuse imprévue.Au moment de quitter Rosary Hill, ensemble ils s\u2019étaient prostrés, comme des morts, sur les dalles, afin de recevoir la bénédiction des itinérants.Lorsque mon frère se dit: Voici Vheure, sans doute, son cœur tressauta; il vit dans un éclair les bras tendus de notre mère convulsée, et, sur nos visages, une douleur qui ne s\u2019effacerait plus.Mais les angoisses criant autour de lui annihilaient la sienne.Alors qu\u2019il avait le don de commander, d\u2019organiser, la haine des oppressions, il dut s\u2019exaspérer en face du désordre de la brutalité, de l\u2019écrasement des faibles.Mais une compassion rédemptrice absorbait en son âme tous les sentiments inférieurs.Plein d\u2019une vie magnifique, croyait-il à la mort ?Ses compagnons et lui se penchaient vers les malheureux qui les suppliaient comme s\u2019ils pouvaient, même corporellement, les sauver.Iis les calmaient, les exhortaient; beaucoup s\u2019agenouillaient, avouaient en hâte les MON FRERE LE DOMINICAIN 653 hontes de leur passé, et les lèvres des prêtres faisaient pleuvoir l\u2019éternelle aspersion du Sang libérateur.Ils maîtrisaient les désespoirs, ils ouvraient le ciel.Pour la première fois, à l\u2019instant de mourir, le Père Joseph confessa, et il confessa des mourants.Devant eux, des forcénés, ne pensa qu\u2019à vivre, couraient, hurlaient, se battaient; quelques-uns, pris de démence, riaient ou, pressés d\u2019en finir, se jetaient par dessus le plat-bord.Eux, ils étaient la paix, ils étaient l\u2019espérance, et ils s\u2019oubliaient; ce qui, dans de pareilles minutes, est la récompense des héros.Un commissaire, M.Scoll, les avertit : \u2014 Messieurs, il est temps de sauter.Placide et sublime, le Père Florisoone répondit pour eux trois : \u2014 Notre devoir est de rester jusqu\u2019au bout ! 3 Ils resteraient comme le capitaine sur un coin de la passerelle, comme le timonier qui tenait encore la barre.Us mourraient debout comme des soldats.Cependant, la mer commençait à balayer dans sa largeur le pont.Inutile de lui crier grâce; douce, lente, elle montait sans rien savoir du désastre qu\u2019elle consommait.Les Dominicains se donnèrent entre eux l\u2019absolution suprême, et ils entonnèrent à pleine voix le Salve Regina.Léon se souvenait d\u2019un vitrail, au fond du chœur, à Lyon, où Marie abrite sous son manteau les Frères qui ne l\u2019ont jamais invoquée en vain.Il se souvenait d\u2019avoir psalmodié, près du frère Macchiels, l\u2019antienne de l\u2019espoir implorant.3.\u2014Je reproduis ces paroles d\u2019après la lettre que m\u2019écrivit en août 1898 M.Scoll lui-même. 654 LA REVUE DOMINICAINE Cette fois, ils la chantaient pour eux-mêmes.Ils allaient au-devant de la Reine des martyrs, et, comme dans une procession glorieuse, elle semblait descendre à leur rencontre.La vallée d\u2019exil d\u2019où ils élevaient leurs mains, c\u2019était vraiment l\u2019abîme des pleurs, la mer dont il est dit que la douleur de Marie fut grande comme elle.Tout à l\u2019heure, quand ils comparaîtraient devant la face du Juge, comment l\u2019avocate des clémences ne les prendrait-elle pas, eux aussi, sous son manteau bleu ?Ils étaient ses témoins, ses fils, les médiateurs des miséricordes.Ils faisaient de leur mort affreuse la plus parfaite des oblations.Mais, dans la rigueur du passage, leur chair frissonnait.Les spectacles des agonies les déchiraient d\u2019horreur et de pitié.Autour du bateau moribond vaguaient des radeaux épars, dont les occupants repoussaient avec leurs poings et leurs couteaux ceux qui s\u2019y accrochaient; des naufragés nageant, ou raidis sur des épaves, coulaient sans un cri.A bord, sur une dernière chaloupe, chargée autant qu\u2019un tombereau plein de victimes, une des cheminées s\u2019écroula, écrasa tout.Sous les haubans qui s\u2019abattirent, le capitaine broyé disparut.Cramponné au plat-bord, un grouillement de désespérés, les jambes dans l\u2019eau, attendait la minute où la Bourgogne, chavirant, se retournerait, la quille en l\u2019air.Les trois religieux s\u2019étaient tus, ils se signèrent, échangèrent le baiser de paix, se prirent la main.Le remous du navire qui s\u2019enfoncait les aspira; l\u2019immense baptême roula sur eux.Sur les derniers instants de mon frère, voici le témoignage inattendu qui m\u2019est arrivé naguère, comme transmis d\u2019En-Haut.Je me garderais de certifier sur-naturellement vraie cette circonstance étrange et miraculeuse.Néanmoins, elle atteste en quel état d\u2019extase MON FRERE LE DOMINICAIN 655 il passa de la mer obscure au soleil de l\u2019éternité.Au moment où la Bourgogne allait sombrer, d\u2019une embarcation qui s\u2019éloignait, une dame 'protestante, une des rares femmes sauvées, se retourna vers le navire incliné presque au ras des eaux.Elle vit les trois Dominicains au milieu des naufragés à genoux; le plus âgé, le Prieur, leur tendait son rosaire et un crucifix; le plus jeune, \u2014 c\u2019était mon frère, \u2014 les yeux ravis vers le ciel, lui parut élevé au-dessus du pont, et il avait autour de la tête \u201cun cercle de feu\u201d.Je tiens l\u2019épisode du R.Père Hugon, professeur au Collège Angélique de Rome, théologien pondéré, hostile à l\u2019illuminisme.La dame protestante l\u2019avait révélé, dans un hôpital de New-York, à une religieuse du Bon-Secours de Troyes, la Mère Henri-Joseph, personne d\u2019un jugement solide, incapable d\u2019inventer un miracle.Elle l\u2019écrivit au Père Hugon.Celui-ci la pria de garder pour elle la confidence, et ne la divulgua point même dans son couvent.Il évita de mettre une auréole imprudente au front d\u2019un jeune sujet prématurément disparu.Ces temps derniers, on parlait devant lui du Père Joseph.Le fait lui revint; il crut devoir me le communiquer et m\u2019en préciser les sources.La naufragée a certainement vu; comme elle fut seule, parmi les survivants, à voir, nous ne pouvons trancher si son exaltation créa le phénomène, ou si Dieu, pour l\u2019éclairer, lui manifesta la gloire anticipée d\u2019un élu.Emile Baumann LES PAYS DE MISSION L\u2019Extrême-Orient \u2014 Le Tonkin Les pays de mission \u2014 Ce serait bien quelque chose à définir dès la première ligne de cette relation.Mais quelle différence ici entre une définition d\u2019après le droit, d\u2019après les faits et d\u2019après l\u2019imagination, entre une définition juridique, descriptive et fantaisiste.D\u2019après le droit les pays de mission sont les territoires où l'Eglise n\u2019est pas encore définitivement organisée et qui relèvent de la Propagande dans leur administration.Mais l\u2019imagination créatrice a vite brisé ces cadres; il lui faut du lointain très loin, de vastes espaces, de la brousse épaisse sinon de grandes forêts, abondance de reptiles et autres bêtes féroces et puis là-dedans, un grand nombre de payens vivant à l\u2019état naturel.Voilà pour l\u2019imagination les pays de mission.La réalité est ici pas trop loin de l\u2019imagination.Le Tonkin, par exemple, est un pays de mission bien authentique.Eh ! bien, il y a par-ci par-là de très grands centres chrétiens: Nam Dinh, Phat-Diem, Ké Sat qui comptent chacun dix à douze mille chrétiens.Hâtons-nous d\u2019ajouter que ces centres sont de glorieuses exceptions dues surtout au Sang des martyrs qui reste toujours la vraie semence des chrétiens.Aussi, ce n\u2019est pas de pareils centres qu\u2019il faut fréquenter pour connaître et décrire les pays de mission.L\u2019on nous dit: \u201cCe n\u2019est pas cela la mission, il faut aller dans l\u2019intérieur.\u201d Eh ! bien oui, l\u2019intérieur, la campagne, le Wha-gué, comme on dit ici, c\u2019est encore la brousse, l\u2019abondance de bestioles désagréables, la présence aussi mais rare de bêtes fauves \u2014 et des plus cruelles \u2014 tel le tigre.C\u2019est LES PAYS DE MISSION 657 aussi l\u2019indigène à l\u2019état nature, ici doux et accueillant, là traître et fourbe, enfant par certains côtés, dégénéré plutôt dans l\u2019ensemble.L\u2019intérieur du Tonkin est encore bien réellement un pays de mission, et là le missionnaire doit vivre de la vie même des siens, devenir un des leurs, manger le riz et comme eux avec des bâtonnets, s\u2019habiller comme eux : large pantalon de coton blanc, et espèce de dalmatique noire avec col et manche bien serrés.Il faut aussi que le missionnaire s\u2019intéresse à leurs affaires, qui sont souvent des affaires d\u2019un demi-sou.Que de chicane ici pour une sapèque, un demi-sou, \u2014 ce qui représente la valeur d\u2019un bol de riz.Le pays de mission est un concept qu\u2019il faut fixer; les pays de mission sont des territoires qu\u2019il faut connaître.Pour ne parler que de l\u2019Extrême-Orient, c\u2019est vaste comme le monde.Il y a le Japon, la Chine, l\u2019Inde, l\u2019Indo-Chine, toutes les Iles du Pacifique \u2014 les Philippines, Formose, Bornéo, Nouvelle-Zélande, etc.Parler d\u2019établir une mission en Chine, c\u2019est à peu près dire: je pars pour l\u2019Amérique.Mais où allez-vous, en Amérique ?dans l\u2019Argentine, aux Etats-Unis, au Canada ?Si pour arriver au Tonkin, nous nous arrêtons à l\u2019Indo-Chine, ce pays comprend cinq grandes provinces: la Cochinchine, le Cambodge, l\u2019Annam, le Laos et le Tonkin.Et dans chacune de ces provinces, quelles œuvres l\u2019esprit évangélique a édifiées \u2014 et à la base quelle somme de sacrifice ! Un bon missionnaire espagnol me parlant de tel coin du Tonkin aujourd\u2019hui bien christianisé, me disait: \u201cC\u2019est toute une armée de missionnaires qui est tombée là.\u201d 658 LA REVUE DOMINICAINE Le Tonkin .Des cinq provinces de l\u2019Indo-Chine, le Tonkin est la plus petite de toutes, mais peut-être la plus riche.Aussi la conquête du Tonkin fut-elle chaudement disputée aux Français qui finirent par s\u2019en emparer vers 1860.L\u2019histoire et la géographie doivent intervenir ici pour aider à la formation des idées.Le Tonkin est borné au nord et sur une longue étendue par la Chine, à l\u2019est par le Golfe du Tonkin ou mer de Chine, ce qui offre grand nombre de ports de mer et abondance de retraites bien cachées dans les milliers d\u2019îlots de la Baie d\u2019Along.Aucune province ne dépendait autant de la Chine.Le commerce était aux mains des Chinois.La littérature chinoise fascinait les esprits primitifs par les rêveries de ses poètes.Le maître de caractères, (le littérateur), avec les ongles de ses doigts démesurément longs \u2014 ce qui signifiait l\u2019abstention des œuvres serviles \u2014 avec sa mémoire prodigieuse, chargée de quarante à cinquante mille mots ou caractères, apparaissait à l\u2019annamite du Tonkin comme un phénomène qui touchait au divin.Admirateur du Chinois, l\u2019Annamite voulait Limiter, mais le Chinois plus intelligent ne livrait pas son secret et il s\u2019emparait de l\u2019esprit, des biens et du gouvernement du Tonkin.C\u2019est contre l\u2019Annamite soutenu par le Chinois que la France dut engager la lutte au siècle dernier pour défendre ses nationaux, \u2014 et un peu pour reprendre ses anciennes colonies d\u2019Orient, fondées sous Louis XIV et perdues sous Louis XV.Après de multiples batailles, car il fallait s\u2019emparer de chaque village \u2014 qui était à la lettre un camp retranché, fermé de toutes parts par une épaisse palissade LES PAYS DE MISSION 659 de bambous, \u2014 le gouverneur de l\u2019Annam à Hué accepta les conditions du traité de 1862 qui fit passer le Tonkin sous le protectorat de la France.Mais la France se réservait certaines bases navales, comme Haiphong, Hongay, sous le titre de colonie française comme l\u2019était déjà toute la Cochinchine.Administré autrefois par les mandarins, un petit mandarin dans chaque village, et un grand mandarin dans chaque circonscription ou département, l\u2019annamite d\u2019aujourd\u2019hui subit une double administration, au moins pour la justice et l\u2019impôt.L\u2019administration française, avec son gouverneur générai, son résident supérieur, ses résidents locaux, ses tribunaux de justice est comme superposée à l\u2019administration annamite.C\u2019est encore une époque de transition.De ces quelques notions d\u2019histoire, il faut retenir que l\u2019annamite du Tonkin est \u2018par ses tendances et ses origines, un admirateur de la Chine ; il en a souffert mais il aime son mal.Le Chinois est pour lui le frère aîné, plus fort, plus habile, cruel quelquefois, mais frère secou-rable au besoin, tandis que l\u2019Européen, si bienveillant qu\u2019il soit, reste un étranger, un intrus qui s\u2019est emparé de ses biens, de ses rizières.Les rizières du Tonkin.\u2014L\u2019annamite ne connaît que la culture du riz et il ne mange que du riz; c\u2019est si vrai qu\u2019ils traduisent manger par manger du riz : \u201can cura\u201d.La topographie d\u2019un pays impose à ses habitants tel genre de vie, c\u2019est entendu.La superficie presque entière du Tonkin forme un immense delta.La mer de Chine et les fleuves multiples ont déposé là une couche fort épaisse de détritus: c\u2019est ce qui forme la plaine si riche et si basse destinée comme naturellement à la culture du riz, plante demi-aquatique. 660 LA REVUE DOMINICAINE La culture du riz ne ressemble en rien aux autres cultures.Ce qu\u2019on appelle une rizière est une petite surface de terre de cent mètres de côté au plus.C\u2019est un bassin d\u2019un mètre de profondeur séparé des autres bassins ou rizières par de petits talus qui forment les voies de communication.Dans ces bassins d\u2019argile pure, l\u2019eau qui y tombe demeure stagnante, et si la quantité qui vient des pluies n\u2019est pas suffisante, l\u2019on transvase l\u2019eau du ruisseau ou du fleuve pour faire atteindre une hauteur d\u2019au moins huit à dix pouces d\u2019eau dans ces bassins.Cela fait, on laboure la rizière; un buffle, conduit par un enfant grimpé sur son dos, descend dans la rizière et traîne une herse toute primitive; puis on plante le riz.C\u2019est le travail délicat.Le plant de riz cultivé en semis est apporté par paquets bien serrés; c\u2019est pour protéger les racines.Alors chaque planteur et planteuse s\u2019en va dans la vase jusqu\u2019aux genoux et enfonce les plants de riz dans l\u2019alluvion fertile laissant entre chaque plant un espace de dix pouces environ.Les rizières plantées, il s\u2019agit d\u2019entretenir dans les bassins une quantité d\u2019eau suffisante.C\u2019est le gros travail, et c\u2019est ici que l\u2019annamite a manifesté un peu de son génie inventif: la pompe annamite.La pompe annamite.\u2014Ce n\u2019est pas une pompe du tout, mais c\u2019est l\u2019instrument qui la remplace et avantageusement.Suspendez à trois pièces de bambou formant trépied un petit tonneau ouvert à l\u2019un des bouts et manié à la main.Le balancement régulier permet au tonneau de se remplir dans le ruisseau au passage de la droite perpendiculaire et de vider ensuite clans la rizière.Ce système si simple, si primitif qui nécessite pour le pompier de demeurer des heures enfoncé dans la vase, a fait une concurrence victorieuse à toutes les pompes, françaises, espagnoles ou anglaises.Et cela pour une raison LES PAYS DE MISSION 661 bien simple ; la pompe annamite transvase beaucoup d\u2019eau en peu de temps; elle se déplace facilement et elle ne coûte presque rien.A la condition de lui fournir de l\u2019eau en abondance le riz pousse et produit son fruit.Avant les pluies d\u2019hiver on coupe le riz, une première fois dans la rizière et une deuxième fois près de l\u2019aire en terre battue pour séparer l\u2019épi de la paille.La paille conservée intacte est vendue pour confectionner des nattes et les précieux épis sont battu bien primitivement, vannés de même et nous avons le paddy, le riz de commerce.Sous son écorce rugueuse, le riz ressemble fort au seigle.Et l\u2019annamite vend son surplus de paddy aux commerçants chinois; c\u2019est l\u2019abondance, c\u2019est la joie.Ce serait bientôt la richesse si l\u2019annamite avait un grain de prévoyance et si l\u2019on pouvait ici recueillir deux ou trois récoltes consécutives.Mais il y a les inondations.L\u2019annamite craint trois choses : les sorciers, les typhons et les inondations.Les inondations.\u2014Le delta du Tonkin est juste au niveau de la mer, mais chose singulière, le grand fleuve rouge qui descend des montagnes de Chine et du Thibet est sur un long parcours au-dessus du niveau des terres.Naturellement, à la saison des grandes pluies (juillet-août) , le fleuve déborde, malgré les digues plus imposantes que solides, et c\u2019est l\u2019inondation.En quelques heures, tout est détruit, villages et rizières et les pauvres annamites de se réfugier sur les talus du chemin de fer, n\u2019ayant rien à manger puisqu\u2019il n\u2019y a plus de riz dans la région et se résignant à faire la pêche pour ne pas mourir de faim.Mais il en meurt et beaucoup.Chose remarquable, chrétien ou payen, l\u2019annamite ne craint pas la mort; ce que l\u2019on craint, c\u2019est de mourir en temps d\u2019inondation parce que l\u2019on ne pourra pas être inhumé 662 LA REVUE DOMINICAINE sous un tertre près des ancêtres.Aussi nos annamites chrétiens ont-ils une prière spéciale pour demander de ne pas mourir en temps d\u2019inondation comme nous en avons une contre la mort subite.Le climat.\u2014Le delta du Tonkin impose la culture du riz et il explique parfaitement le climat spécial du Tonkin.L\u2019on dit ici: \u201cLa chaleur est continuelle et la même toujours en Cochinchine, mais la chaleur d\u2019été est plus désagréable au Tonkin.\u201d Désagréable, c\u2019est à défaut d\u2019un autre mot, et par là on traduit une chaleur humide, mais d\u2019une humidité \u201csui generis\u201d qui provoque une transpiration fort abondante et partant affaiblissante.Cette chaleur est insupportable le matin alors qu\u2019il n\u2019y a pas un souffle de brise; le soir lorsqu\u2019elle monte en bouffée de la terre ou des eaux surchauffées pendant des heures par un soleil de feu.Et le principe de cette chaleur, c\u2019est ici comme partout, le soleil.Mais quel soleil ! A part son action propre qui est de réchauffer la terre, le soleil a ici deux actions fort nuisibles aux humains : c\u2019est d\u2019abord l\u2019insolation partielle ou totale, et cela en quelques instants et même quand le ciel est couvert de nuages ; et c\u2019est ensuite la décomposition lente du sang.Le premier effet nuisible du soleil se concentre sur le casque colonial.Oh ! le casque colonial, quelle coiffure.aussi nécessaire que répugnante.C\u2019est à peu près le casque blanc de nos maîtres pompiers, casque de liège recouvert de coton blanc, à larges bords surtout.Hommes et femmes le portent pour se défendre du soleil qui est plus dangereux qu\u2019on veut le croire tout d\u2019abord.Les vieux missionnaires comme de bonnes mamans disent sans se lasser aux jeunes: \u201cmettez votre casque, couvrez-vous bien.\u201d C\u2019est encore plus dangereux quand il y a des nuages.Et malgré la docilité des premiers temps, l\u2019on ne tarde LES PAYS DE MISSION 663 pas à faire l\u2019expérience des insolations partielles.La migraine s\u2019empare de la tête, la fièvre monte, et si l\u2019on s\u2019en plaint l\u2019habitué du Tonkin de nous dire: \u201cce n\u2019est rien, un brin d\u2019insolation; prenez de la quinine, un peu de thé chaud et couchez-vous.Le malaise disparaît en quelques heures.\u201d Il n\u2019en est pas de même de l\u2019autre effet pernicieux du soleil.Aux premières fortes chaleurs, dès le mois de mai, nous voilà envahis par une démangeaison générale, des éruptions sans nombre se déclarent de la tête aux pieds.\u201cC\u2019est le cilice du missionnaire\u201d, disent les religieux; \u201cc\u2019est la bourbouille\u201d, dit le vulgaire, et le médecin déclare que c\u2019est un effet spécial de la chaleur qui détruit les globules rouges du sang.Le fait est que les anémiés ne sont plus sujets à la bourbouille \u2014 pour leur malheur \u2014 car l\u2019anémie a vite détraqué le système nerveux.En un mot, la chaleur humide du Tonkin n\u2019est pas seulement désagréable, elle est de plus fortement nuisible à la santé \u2014 ce qui n\u2019empêche pas que l\u2019on rencontre des missionnaires qui ont quarante ans de Tonkin et qui sont encore parfaitement solides.Mais ces exceptions sont rares.Les Missions du Tonkin Le pays de mission est un peu connu, il est temps de faire connaître les missions elles-mêmes, les établissements catholiques, leur organisation, leur influence, etc.Les prêtres des Missions Etrangères de Paris furent les premiers arrivés au Tonkin si l\u2019on peut passer pardessus la tentative infructueuse des Jésuites portugais.Voyant que le travail était immense, les populations dociles, l\u2019avenir assuré, les prêtres des Missions deman- 664 LA REVUE DOMINICAINE oèrent de l\u2019aide.Les Pères Dominicains des Iles Philippines furent naturellement désignés.Les conventions du travail évangélique furent magnanimement fixées: le fleuve rouge qui sépare le Tonkin du nord au sud serait la division du champ d\u2019apostolat; l\u2019est aux Pères Espagnols, l\u2019ouest aux Prêtres des Missions de Paris.Cette division qui s\u2019impose a toujours été maintenue même aux heures tristes de la question des rites chinois.Les Pères dominicains des Philippines vinrent donc aider les Pères des Missions Etrangères de Paris, et ils adoptèrent le même programme de travail: 1° travailler à former un centre composé de familles chrétiennes ; 2° former des catéchistes et des prêtres indigènes; 3° maintenir soigneusement la chrétienté existante; 4° organiser de petites chrétientés dans les villages voisins afin de former un district apostolique.Comment se sont formés les premiers centres chrétiens, nous ne le savons pas bien.Comment se sont formés ceux d\u2019aujourd\u2019hui, nos vieux missionnaires peuvent nous le dire.Et voici comment ils racontent la chose.Le missionnaire accompagné de deux ou trois catéchistes se présentait chez le mandarin ou chef, le chef du village, demandait l\u2019hospitalité, ce qui est une marque de politesse et de confiance, puis après le repas l\u2019on demandait discrètement au mandarin de faire battre le tambour, pour réunir les habitants du village.Se croyant conviés à une fête, à une distribution de riz, les pauvres annamites arrivaient en foule.Et le missionnaire prenait la parole, parlait des pluies et de la récolte et visait le bon moment pour parler du Dieu au-dessus du ciel.C\u2019était la première semence, jetée bien discrètement pour ne pas provoquer une contradiction immédiate de la part du mandarin.Le missionnaire pouvait revenir une seconde et une troisième fois, car dès qu\u2019il avait LES PAYS DE MISSION 665 réussi à se faire accepter du mandarin une première fois, il était devenu le protégé officiel du mandarin.Alors la question religieuse était franchement abordée, avec le mandarin d\u2019abord.Et il arrivait souvent qu\u2019il se convertissait \u2014 alors c\u2019était tout le village qui suivait et qui devenait catéchumène.Quand le mandarin n\u2019entrait pas dans le mouvement, c\u2019était plus long, plus difficile et souvent tout à fait peine perdue.Voilà donc un village en voie de conversion.Le missionnaire fait ses visites régulières, il instruit son monde.Et le jour venu, on demande le baptême.C\u2019est ici que les prières du rituel prennent leur pleine signification.On renonce à Satan et à ses œuvres en détruisant le petit autel pour l\u2019offrande à Bouddha.On porte la tunique blanche et le turban blanc pendant trois jours, etc.Une question se pose ici: que valent ces conversions en bloc ?Les vieux missionnaires nous disent: \u201cIl ne faut pas être trop difficile, pourvu qu\u2019ils soient sincères au moment même et assez instruits, ça suffit, car il est entendu que les chrétiens solides n\u2019apparaissent qu\u2019à la troisième génération, et encore,\u201d ajoutent-ils en soupirant.Car ce n\u2019est pas seulement l\u2019âme qu\u2019il faut christianiser, c\u2019est la vie, les coutumes, l\u2019imagination, etc.Il est bien difficile à un annamite de renoncer complètement à voir le dragon ici ou là dans le décor du culte.Un village est donc converti, le travail difficile commence: maintenir l\u2019œuvre de Dieu, protéger et faire grandir la bonne semence.C\u2019est ce à quoi s\u2019emploie le missionnaire, et c\u2019est pourquoi il vient se fixer là, pour vivre de leur vie, devenir annamite.Le missionnaire portera l\u2019habit annamite; c\u2019est imposé du reste par le climat.Donc un pantalon de coton blanc très large, une tunique du même tissu ayant à peu près la forme de nos 666 LA R£!VUE DOMINICAINE dalmatiques dominicaines.Voilà le costume de maison du missionnaire.Sa maison est comme celle de toutes les familles, longue et étroite.Une double rangée de poteaux séparée par un espace de 15 à 18 pieds supporte une couverture de paillote descendant si bas qu\u2019il faut se baisser pour entrer.Le prolongement de la couverture sert de chapeau de galerie.Les murs de la maison sont faits de bambou formant treilles et enduit de terre glaise.Dans cette maison trois pièces, celle du milieu sert au missionnaire de salle commune, de réfectoire, de bureau, etc., et de chacun des côtés une chambre à coucher avec grandes fenêtres.C\u2019est primitif et c\u2019est pauvre, mais c\u2019est bien conçu; il y a de l\u2019ombre et de l\u2019air, et c\u2019est peu dispendieux.A côté de la maison du missionnaire, il y en a une autre semblable, mais plus grande, destinée aux catéchistes et prêtres indigènes.Mais, dira-t-on, si le missionnaire devient annamite par profession, pourquoi ne pas habiter avec ses catéchistes et ses prêtres indigènes ?C\u2019est là soulever une grosse question, question débattue ici depuis deux siècles et dont la solution pratique a varié puis varié jusqu\u2019à revenir au point de départ.Un vieux missionnaires me disait : \u201cTous les systèmes ont été essayés et nous en sommes venus à la coutume primitive, l\u2019annamite vivant séparé de nous.\u201d La vie du missionnaire, ses occupations, ses joies et ses souffrances.\u2014Sa préoccupation de première place, c\u2019est de convertir quelques nouvelles âmes ; c\u2019est là ce qui informe toute son activité et la rend apostolique.L\u2019objet de cet activité c\u2019est aujourd\u2019hui une ou deux familles à établir; la femme ou le mari est baptisé; il y a des chances pour former là une famille chrétienne.Etablir une famille, c\u2019est ici bâtir une maison, acheter un buffle LES PAYS DE MISSION 667 et trouver du travail dans la rizière pour faire vivre ce monde.Que de merveilles on opère en ce genre, avec presque rien, et comme le missionnaire nous présente avec joie ses familles nouvelles.Demain il faudra ouvrir une école libre, ou bien parce que le gouvernement n\u2019en a pas bâti encore, ou bien parce que l\u2019instituteur est payen.Le missionnaire sacrifie ordinairement une des chambres de sa maison pour la classe, le plus souvent il fait lui-même l\u2019école jusqu\u2019à ce qu\u2019il ait pu former un gradué, car le gouvernement exige des grades pour enseigner, même là, et que d\u2019injustice dans ces épreuves d\u2019examen ! En deux ou trois ans une école est organisée.Pendant ce même temps le missionnaire a dû agrandir ou refaire son église, former ses catéchistes et par-dessus tout trouver les moyens de vivre.Car ici une paroisse ne fait pas vivre le prêtre, c\u2019est le prêtre qui doit plus ou moins faire vivre sa paroisse.Et comment arriver à ce but ?Tout d\u2019abord quand il est question d\u2019établir une mission permanente à tel endroit les messieurs du Gouvernement se montrent bienveillants ; ils ont besoin d\u2019une autorité morale pour les aider.Alors on concède à la mission quelques terrains, c\u2019est la concession.L\u2019avantage et la nécessité d\u2019une concession est indiscutable, sans cela le missionnaire ne pourrait rien ; mais avec cela que de tracas, que d\u2019occupations de toutes sortes.Il faut mettre en culture, il faut faire rapporter, faire travailler les grands enfants que sont les Annamites.Un autre jour le missionnaire apprendra la maladie grave de tel païen opiniâtre jusque-là.Il ira donc lui faire visite, lui parler du bon Dieu et il arrive souvent qu\u2019au dernier moment, ces pauvres païens acceptent le baptême.Dans ces cas plus difficiles le missionnaire a recours à un moyen bien surnaturel, preuve de sa foi 668 LA REVUE DOMINICAINE vive.II fait porter par une femme chrétienne ou même païenne un petit enfant baptisé dans la maison ou près de la maison du païen à convertir.C\u2019est une manière d\u2019appeler Dieu et les anges à son secours et qui eut les plus prodigieux résultats.A ces premières œuvres du missionnaire, s\u2019ajoute son travail du jour, confession, catéchisme, etc.Tout ce travail apporte sa part de joie et son tribut de peines.Les joies du missionnaire, c\u2019est de faire des convergions; c\u2019est de voir s\u2019attacher à lui des familles, des villages entiers.Que de fois j\u2019ai vu tel de nos missionnaires espagnols rayonnant de joie venir me dire: \u201cJ\u2019ai reçu la visite d\u2019un de mes nouveaux chrétiens, c\u2019est extraordinaire comme il est fervent; il convertira certainement quelques-uns de sa famille.Une autre fois le bon Père reviendra de son lazaret tout joyeux, bien que ce soit en pleine épidémie de choléra.Cette fois il en a baptisé sept, administré une dizaine, et inhumé une vingtaine, le tout dans l\u2019espace de quelques heures.Revenant un jour de son Refuge des aveugles, notre bon Père Baro raconte à tous ce petit fait qui l\u2019amuse tant.Imaginez que mes aveugles n\u2019ont pas voulu dépenser les $50.00 que leur donne le P.Vicaire Provincial pour la fête du jour de l\u2019an.Ils ont mis cet argent en réserve pour faire dire des messes pour le Père Baro après sa mort.Et j\u2019ai vu là dans ce refuge de toutes les misères recueillies par le P.Baro une espèce de prodige.Un jeune homme de vingt ans, aveugle, sourd et muet de naissance.eh bien ! quand le bon Père lui parle en lui mettant la main sur la tête, ce pauvre enfant s\u2019approche, baise ses pieds, fait le signe de la croix et murmure une espèce de prière.A quoi peut-il penser, me disait le Père ?Certainement que la grâce de son baptême l\u2019a éclairé intérieurement, car nous sommes loin LES PAYS DE MISSION 669 d\u2019avoir ici une école de sourds-muets.On peut servir à ces malheureux un bol de riz deux fois par jour, leur donner une natte pour se coucher et c\u2019est tout.Mais c\u2019est beaucoup déjà, me disait le Père, quand on songe que la ville ne me donne que $100 par année pour mes pauvres et qu\u2019il m\u2019en faut $5,000 pour les nourrir.Et il faudrait bâtir quelque chose de plus convenable, ajoutait-il.Il n\u2019avait pas besoin de prouver, l\u2019évidence était là.La joie du missionnaire c\u2019est de faire du bien, de réussir à faire du bien et son épreuve c\u2019est de travailler en vain.Que de fois le même Père Baro m\u2019a dit: c\u2019est vraiment mystérieux la prédestination des âmes; tel de mes catéchumènes vient de mourir en refusant d\u2019être baptisé.Le baptême des adultes in articulo mortis : c\u2019est la lutte suprême et visible entre le missionnaire et le démon.C\u2019est un fait constaté par tous les missionnaires.Humainement pariant ça devrait être plus facile.Pendant la vie un païen qui se convertit abandonne sa famille, ses héritages, etc., mais à la mort rien de cela et pourtant l\u2019acceptation du baptême à l\u2019heure de la mort est moins facile qu\u2019on le croit et surtout plus rare.Il y a l\u2019action du démon sur une âme qui est moins maîtresse de ses facultés.J\u2019ai pu observer le cas.Pendant que j\u2019étais aumônier de l\u2019hôpital à Haiphong, un jeune métis encore païen y fut transporté.C\u2019était un cas de choléra.Comme le petit garçon allait à l\u2019école des Frères, les chers Frères se préoccupèrent beaucoup de son baptême.L\u2019un d\u2019eux vient me voir pour me conduire à l\u2019hôpital près de leur petit malade, pour le baptiser.\u201cMais,\u201d lui dis-je, \u201cil nous faut la permission de son père.\u201d Démarche auprès du père et enfin nous possédons l\u2019autorisation écrite.En retournant à l\u2019hôpital je demande au Frère: \u201cEt vous êtes sûr qu\u2019il acceptera d\u2019être baptisé?\u201d 670 LA REVUE DOMINICAINE \u201cMais,\u201d me répondit le Frère, \u201cil est préparé à cela, il attendait l\u2019arrivée de sa tante pour être baptisé.\u201d Sur ce, nous arrivons à la chambre du petit malade.Le Frère Thomas s\u2019en approche, lui parle du baptême à recevoir, d\u2019aller au ciel, etc.Et voici que ce petit corps s\u2019anime étrangement pour répondre à pleine voix: \u201cMoi pas vouloir être baptisé, vouloir aller avec grand-père païen,\u201d et il s\u2019enveloppait la tête avec une serviette pour n\u2019être pas baptisé.Nous attendons navrés de douleur, nous essayons encore une fois, sans plus de succès.Il n\u2019y avait rien à faire.\u201cC\u2019est sûrement diabolique,\u201d me dit le Frère, \u201ccar jamais il n\u2019a eu cette voix ni ce regard.\u201d Il nous fallut donc revenir la peine dans l\u2019âme.Avant de partir, dernière ressource, nous avions glissé dans son oreiller une image de Ste Thérèse de l\u2019Enfant Jésus.Voici le résultat.Deux heures plus tard, une garde-malade catholique fait sa visite au petit malade, et sans savoir du tout que nous étions venus pour le baptiser, elle lui parle de religion, de sa première communion, le croyant baptisé, et quand elle apprit du malade qu\u2019il n\u2019était pas baptisé, elle lui demande s\u2019il veut être baptisé, et il accepte volontiers.Sainte Thérèse avait lutté mieux que nous contre le démon.L\u2019insuccès, le travail auprès d\u2019une âme non prédestinée est l\u2019une des peines du missionnaire.Une autre peine moins vive mais plus lourde peut-être c\u2019est d\u2019être isolé, d\u2019être seul de son espèce dans son village ; les prêtres annamites, les catéchistes qui vivent près de lui n\u2019ont pas la même mentalité.Alors c\u2019est la solitude dans un village surpeuplé.Et l\u2019un de nos Pères espagnols recevant ma visite dans son poste du Tonkin septentrional, me disait en pleurant: \u201cMon cher Père, vous êtes ma première visite depuis huit ans, même mon évêque ne s\u2019est pas rendu ici, il m\u2019a donné la faculté de confirmer mes chré- LES PAYS DE MISSION 671 tiens.Et aussi quel poste, quel district en formation.Les rizières sont rares, donc il faut importer le riz.La rivière fournit assez généreusement le poisson, une basse-cour assure le plat principal.quand on a de la visite.\u201d Oui les difficultés matérielles unies à la solitude, tel était le sort de ce pauvre Père, exhubérant quand même, et industrieux au dernier point, même trop au gré de son évêque quelquefois obligé de lui avancer de l\u2019argent.\u201cMas c\u2019est ce qui me sauve,\u201d me disait-il.\u201cQue voulez-vous, il faut nourrir mon monde pour les conduire au ciel et je n\u2019ai pas le don de multipler mes paniers de riz, alors il faut créer de l\u2019industrie.Oh ! le don de multiplier le riz m\u2019aurait été bien utile l\u2019automne dernier, plus un grain de riz à la mission.Je demandai à mes pauvres pêcheurs de m\u2019apporter du poisson.Et nous ne sommes pas morts de faim.\u201d Donc avec toutes ses consolations, la vie du missionnaire n\u2019est pas toujours rose sans épines.P.Gonzalve Proulx, O.P.*- La fin 'prochainement. BULLETIN DE DROIT CANONIQUE i Chronique Cause de Béatification S.S.Pie XI a signé, récemment, la commission Réintroduction de la cause de la Servante de Dieu Marie Victoire Thérèse Couderc, cofondatrice et première supérieure générale de la Société N.Dame du Cénacle (A.A.S.1927, p.353).Congrégation des Etudes Par Mo tu Proprio du 24 septembre, S.S.Pie XI a décidé que dorénavant, le cardinal-préfet de la Congrégation des Etudes fera partie, ex officio, de la Congrégation du Saint-Office et de la Commission Biblique (A.A.S.1927, p.330).Rentrée des Tribunaux Romains Le 1er octobre a eu lieu, au Vatican, l\u2019inauguration solennelle de l\u2019année judiciaire des tribunaux romains.Après la messe du Saint-Esprit et la prestation du serment, le Souverain Pontife a reçu en audience le personnel de la Rote.Le doyen du tribunal, Mgr Massimo Massimi a prononcé l\u2019allocution d\u2019usage.Le prélat s\u2019est donné pour tâche de répondre à certaines attaques auxquelles ont fourni prétexte quelques jugements récents en matière matrimoniale ; il s\u2019agit, on le devine, des causes Vanderbilt-de Marlborough et Marconi-Obrien.Il y a, d\u2019abord, l\u2019objection de causes matrimoniales de non catholiques jugées par un tribunal catholique.A BULLETIN DE DROIT CANONIQUE 673 cela Mgr Massimi répond: \u201cUn tel reproche n\u2019a pas de fondement.L\u2019on ne peut ignorer que l\u2019Eglise affirme hautement son droit de juger les causes matrimoniales des baptisés (c.1960 du Code) ; d\u2019autant que de nombreux non catholiques, même n\u2019admettant pas le caractère sacramentel du mariage, le soustraient cependant à J a compétence de l\u2019Etat, et ainsi sont mal venus à s\u2019opposer à nos principes.Au surplus, il est clair que les non-catholiques qui recourent à l\u2019autorité ecclésiastique, reconnaissent, de fait, la compétence de l\u2019Eglise.Pour éviter un préjudice aux âmes, l\u2019Eglise ne dédaigne pas de faire droit à ces demandes.\u201d L\u2019on a aussi reproché à l\u2019Eglise d\u2019être, par les déclarations de nullité que prononcent ses tribunaux, contre l\u2019indissolubilité du mariage.Mgr Massimi réfute facilement cette objection: il rappelle la faveur donnée par l\u2019Eglise au principe de l\u2019indissolubilité du mariage; il enregistre le reproche comme un hommage d\u2019autant plus précieux au lien matrimonial qu\u2019il vient de milieux où règne le divorce.Il affirme le principe que \u201csi le mariage ne s\u2019annule pas, il peut être nul dès le principe\u201d.Les causes de nullité sont énumérées dans le Code, et il est facile d\u2019en prendre connaissance.Le tribunal de la Rote s\u2019en tient à ces causes et n\u2019en invente pas de nouvelles.Ses jugements sont motivés en droit et en fait.La meilleure réponse aux multiples demandes qui furent faites, fut la publication, dans le Bulletin du S.Siège, des jugements incriminés.L\u2019on a aussi, parfois, prétendu que seuls les riches ont accès au tribunal de la Rote.Mgr Massimi venge, avec statistiques à l\u2019appui, l\u2019honneur et la charité du tribunal.\u201cAu cours de l\u2019année judiciaire 1926-1927, la Rote a prononcé 55 sentences définitives dont 45 en matière matrimoniale.En 20 causes seulement la sentence 674 LA REVUE DOMINICAINE a été favorable à la partie demanderesse; si Ton observe la division des causes au point de vue des frais judiciaires, l\u2019on constate qu\u2019elles se partagent à peu près également entre causes à paiement et causes gratuites; si l\u2019on calcule le pourcentage des sentences favorables, celui des causes gratuites n\u2019est guère inférieur à celui des autres.\u201d S.S.Pie XI, dans sa réponse, a approuvé les paroles justificatives du prélat-doyen.Le pape a insisté sur la maternelle bonté de l\u2019Eglise; il a exhorté les membres du Tribunal \u201cà maintenir fermes les exigences sacrées de la loi suprême de l\u2019indissolubilité du mariage, tout en faisant justice aux motifs fondés de nullité\u201d; il a ajouté que si la richesse n\u2019a pas le droit de violer la justice, la pauvreté n\u2019a pas le droit d\u2019être insolente.Cet événement doit aider à montrer la témérité imprudente de certaines attaques dont quelques journaux canadiens et américains se sont faits les agents de transmission (A.A.S.1927, p.354).II Consultation L\u2019Action française L\u2019on demande : \u201cLa Revue Dominicaine voudrait-elle rendre le service de publier la liste des interventions pontificales dans l\u2019affaire de l\u2019Action française ?Réponse : Voici, à titre d\u2019information documentaire, une liste, avec références aux Acta Apostolicœ Sedis, des principales interventions du Saint-Siège sur le sujet en question : 1° Le 5 septembre 1926, S.S.Pie XI écrit à S.E.le Cardinal Andrieu, le félicitant de la réponse donnée, BULLETIN DE DROIT CANONIQUE 675 par lettre datée de Bordeaux le 25 août 1926, \u201cà une question posée par un groupe de jeunes catholiques au sujet de l\u2019Action française\u201d (A.A.1926, p.382).2° Dans l\u2019allocution consistoriale du 20 décembre 1926, S.S.Pie XI traite de l\u2019Action française (A.A.S.1926, p.517).3° Le 29 décembre 1926, un décret de la Congrégation du Saint-Office condamne certains ouvrages de Charles Maurras et le journal l\u2019Action française.Ce décret publie et promulgue une série de mesures prises, en 1914 et 1915, par la Congrégation de l\u2019Index: le 15 janvier 1914, à une réunion préparatoire des consulteurs, tous, à l\u2019unanimité, avaient conclu que les livres de Maurras, Le Chemin de Paradis, Anthinéa, Les amants de Venise et Trois idées politiques, ainsi que le journal l\u2019Action française, méritaient la prohibition; plusieurs voulurent que fussent aussi défendus les livres La politique religieuse et Si le coup de force est possible.Dans la réunion générale de la Congrégation, le 26 janvier 1914, les cardinaux décidèrent que les livres plus haut énumérés, ainsi que L\u2019Action française, Revue bi-mensueüe, étaient prohibés, réservant toutefois au Souverain Pontife la publication du Décret.Le 29 janvier 1914, le pape Pie X déclara ce qui suit au Secrétaire de l\u2019Index: le journal et les livres précités sont mis à l\u2019Index, mais le Pape se réserve le droit d\u2019indiquer le moment où le décret de prohibition sera publié; et quand ce décret sera publié, il sera daté comme promulgué ce jour-ci même, c\u2019est-à-dire 29 janvier 1914.\u2014 Le 14 avril 1915, S.S.Benoît XV, sur rapport du secrétaire de l\u2019Index, déclara que le moment opportun, pour la publication du sus-dit décret, n\u2019était pas encore arrivé.\u2014Enfin, le 29 décembre 1926, 676 LA REVUE DOMINICAINE S.S.Pie XI décréta ia publication du document de 1914, en y ajoutant la censure du \u201cjournal Y Action française tel que présentement édité, de telle sorte qu\u2019il doit regardé comme proscrit, condamné et inséré dans Y Index des livres défendus\u201d (A.A.S.1926, p.529).4° Le 5 janvier 1927, S.S.Pie XI communique le décret dont il vient d\u2019être question à S.E.le cardinal An-drieu (A.A.S.1927, p.5).5° Le 8 mars 1927, la S.Pénitencerie répond à quelques questions concernant: a) L\u2019attitude à prendre, au for interne et au for externe, envers les ecclésias-tiques partisans, ligueurs ou lecteurs, théologiens, confesseurs, favorables à Y Action française ; b) L\u2019attitude à prendre à l\u2019égard des séminaristes demeurant attachés à Y Action française; c) La conduite à tenir à l\u2019égard des fidèles favorables, en tant que lecteurs, ligueurs ou bienfaiteurs, à l\u2019Action française (A.A.S.1927, p.157).6° Le 24 février 1927, déclare, en audience, à S.E.le cardinal Dubois, pour être communiqué aux autres évêques français, comment doit être interprétée la défense de lire Y Action française (A.A.S.1927, p.185).7° Dans l\u2019allocution consistoriale du 20 juin 1927, S.S.Pie XI félicite l\u2019épiscopat français de sa Déclaration, met de nouveau en garde contre les erreurs condamnées, et exhorte les catholiques, surtout les jeunes, à rester fidèles aux directions pontificales (A.A.S.1927, p.236).8° Le 19 septembre 1927, la Congrégation du Saint-Office met à YIndex l\u2019ouvrage intitulé Les pièces d\u2019un procès \u2014 \u201cL\u2019Action française\u201d et le Vatican \u2014 \u201cPré- BULLETIN DE DROIT CANONIQUE 677 face de Charles Mourras et Léon Daudet\u201d (A.A.S.1927, p.347).III Appréciation Le R.P.Felix Cappello, S.J., a, ces derniers temps, publié deux volumes: l\u2019un est une nouvelle édition de son traité sur le Mariage; l\u2019autre est un traité canonique et moral sur le sacrement de Pénitence; l\u2019auteur a déjà traité du baptême, de la confirmation et de l\u2019eucharistie; il ne lui reste donc plus à traiter que de l\u2019extrême-onction et de l\u2019ordre, pour avoir une étude complète des sacrements au point de vue canonique et moral.La méthode du P.Cappello diffère de celle du P.Blat.Ses ouvrages ne sont pas seulement des études canoniques, mais aussi des études morales sur les sacrements.C\u2019est moins un ouvrage de texte qu\u2019un grand traité complet.Si le texte même du code est suivi d\u2019un peu moins près et moins littéralement, l\u2019étude est plus complète.C\u2019est moins canon de code et plus thèse de théologie: états de questions, opinions des auteurs, arguments d\u2019autorité et de raison pour i\u2019opinion adoptée, réponses aux objections; rien ne manque de ce qui peut éclairer complètement sur un point de droit ou de morale concernant l\u2019un des sacrements.La nouvelle édition du traité sur le mariage s\u2019est enrichie d\u2019un appendice fort utile sur le \u201cdroit matrimonial oriental\u201d; en sept articles, l\u2019auteur fait connaître les prescriptions des diverses églises orientales sur les fiançailles, les empêchements, la forme, les circonstances, la revalidation du mariage.Le traité sur le sacrement de Pénitence est un exposé complet \u2014 dogmatique, pastoral, mystique, et surtout 678 LA REVUE DOMINICAINE canonique \u2014 de l\u2019enseignement catholique: toutes les questions sont traitées avec méthode, clarté et autorité.L\u2019on ne peut que souhaiter que l\u2019auteur publie, le plut tôt possible, les traités de Y extrême-onction et de Yordre.P.Aug.Leduc, O.P.-*- LE SENS DES FAITS L\u2019Ordre de Saint Domininique an Congrès Eucharistique de Bologne Du 6 au 11 septembre a été célébré à Bologne au sein d\u2019une grande splendeur le IXe Congrès Eucharistique National qui a attiré de tous les points de l\u2019Italie en cette ville illustre une multitude de pèlerins venus pour y célébrer les louanges de Jésus-Hostie.L\u2019enthousiasme qui a remué tous les cœurs durant ces jours de bénédiction saurait à peine se décrire, car, tel que s\u2019exprimait l\u2019un des orateurs du Congrès, les œuvres de Dieu, marquées au début par d\u2019humbles circonstances, revêtent dans leur plein développement une magnificence toute divine dont la beauté et la grandeur brille à tous les regards.Et ce fut bien le cas en ce qui regarde le Congrès de Bologne; nous devons, par conséquent, en remercier Dieu, auteur de tout don parfait.Ce que nous voulons surtout faire ressortir dans ces pages, c\u2019est la part prépondérante qu\u2019obtint à ce Congrès, désormais célèbre, l\u2019Ordre de Saint-Dominique, et cela en raison même des circonstances au milieu desquelles se sont déroulées ces solennelles assises. LE SENS DES FAITS 679 Le Saint-Père, dans le Bref magnifique par lequel il confiait à S.Em.le cardinal Boggiani, dominicain, la mission de le représenter au IXe Congrès Eucharistique National, s\u2019exprimait ainsi : \u201c.Or, puisque la célébrité et la dignité du prochain Congrès demandaient que Nous le prenions sous Notre protection et que Nous l\u2019honorions de toute Notre autorité, Nous avons jeté les yeux sur vous, ô notre bien-aimé Fils, pour vous confier la charge de représenter Notre Personne en cette occasion.Outre vos excellentes qualités d\u2019esprit et de cœur, d\u2019autres motifs Nous ont aussi porté à prendre cette détermination, à savoir: ces souvenirs eucharistiques de Bologne qui ont des points de contact avec l\u2019histoire de l\u2019Ordre illustre des Prêcheurs auquel vous appartenez.En effet, pour passer sous silence d\u2019autres faits, rappelons que ce furent des religieuses dominicaines qui formèrent à la piété la Bienheureuse Imelda que le peuple de Bologne se glorifie, et avec raison, de compter parmi ses plus illustres célébrités ; que l\u2019Angélique Docteur, à qui l\u2019Eglise est redevable du magnifique Office de la Fête-Dieu, ayant séjourné pendant quelque temps à Bologne, y enseigna dans sa fameuse Université les sciences sacrées et y prêcha au peuple, particulièrement dans l\u2019église de son Ordre; enfin, que c\u2019est dans cette même église où est conservé dans un magnifique tombeau le corps du Patriarche saint Dominique, que se tiendront les réunions les plus solennelles de ce Congrès.\u201d C\u2019est donc dans ces paroles du Pape qui résument admirablement la synthèse historico-eucharistique de notre Ordre qu\u2019il faut chercher le motif qui le porta à choisir pour son Légat un fils de saint Dominique afin que celui, par le blanc vêtement de son Ordre, représentât mieux en quelque sorte aux yeux de tous l\u2019auguste Personne du Vicaire de Jésus-Christ. 680 LA REVUE DOMINICAINE Un journal de Florence, Y Avenir, dans son numéro du 17 septembre, a publié justement à ce propos ce qui suit : \u201c.Cette note eucharistico-papale du Congrès de Bologne trouve encore, à notre avis, sa raison d\u2019être dans la caractère \u201cdominicain\u201d que le Saint-Père a voulu donner à ces Assises par le Bref dans lequel il nomme le Cardinal Boggiani son Légat au Congrès.En effet, le dominicanisme dans la doctrine et dans la vie catholique est la plus haute, la plus intellectuelle et la plus forte affirmation, en même temps que la plus solide défense du dogme eucharistique et de la romanité papale.Depuis Dominique de Guzman, ce pèlerin apostolique qui n\u2019avait d\u2019autre grabat pour y prendre son bref repos que les degrés de l\u2019autel eucharistique, jusqu\u2019à l\u2019Angélique Docteur saint Thomas d\u2019Aquin, justement surnommé le Chantre de l\u2019Eucharistie, et jusqu\u2019à la gracieuse petite fleur qui s\u2019est épanouie comme un prodige d\u2019amour eucharistique dans le jardin de l\u2019Eglise, la bienheureuse Imelda Lambertini, le Congrès de Bologne a fait revivre et a chanté de nouveau le poème entier de vérité et d\u2019amour eucharistique que le dominicanisme a vécu et chanté à travers les siècles.\u201d Le thème général d\u2019études dans les diverses réunions, a savoir : \u201cDoctrine et Vie Eucharistique\u201d a fourni à tous les orateurs l\u2019occasion de souligner la part prépondérante qui revenait à l\u2019Ordre dans ce Congrès, car il a plu à Dieu de donner à son Eglise dans la personne de saint Thomas d\u2019Aquin, son plus grand Docteur, le Chantre par excellence de l\u2019Eucharistie.Dans toutes les réunions donc, on célébra les louanges du Docteur Angélique en souvenir de son Office du Très Saint Sacrement qui constitue la plus admirable synthèse qui soit de la doctrine eucharistique.On célébra aussi celles de l\u2019Ordre en raison de la part qu\u2019il a eue dans l\u2019extension de cette même LE SENS DES FAITS 681 doctrine, soit par son enseignement théologique, soit par l\u2019établissement en tous lieux des célèbres Confréries du Très Saint Sacrement qu\u2019il a reçu mission d\u2019instituer.Disons maintenant un mot de ce qu\u2019on accompli au Congrès nos Tertiaires et de ce qui a été fait pour honorer la bienheureuse Imelda Lambertini, vierge dominicaine et Patronne des Premiers Communiants.Dans l\u2019après-midi du 7 septembre, le Cardinal-Légat fit son entrée solennelle dans la Basilique de Saint-Dominique accompagné de S.Em.le cardinal Nasalli-Rocca, archevêque de Bologne et tertiaire de notre Ordre.Après le magnifique discours qu\u2019il prononça en cette circonstance, le Cardinal-Légat lut le Bref de Sa Sainteté par lequel il était porté à la connaissance des assistants qu\u2019à l\u2019occasion du Congrès Eucharistique National dont les réunions plénières devaient se tenir auprès du tombeau de saint Dominique, le Saint-Père concédait à perpétuité à l\u2019univers catholique l\u2019Indulgence Plénière dite toties quoties en faveur de ceux qui, aux conditions ordinaires, réciteront la troisième partie du Rosaire devant le T.S.Sacrement solennellement exposé ou renfermé dans le tabernacle.Le jour suivant le Cardinal-Légat célébrait la sainte Hesse an tombeau de saint Dominique où se trouvaient réunies la fraternité du Tiers-Ordre de Bologne ainsi que les délégations des diverses fraternités d\u2019Italie.Après l\u2019Evangile Son Eminence prononça un magnifique discours dans lequel Elle rappela ce que doit être l\u2019idéal du tertiaire dominicain, à savoir: Jésus; \u2014 les souvenirs de Jésus, Y image de Jésus, la réalité de Jésus.Les souvenirs de Jésus se trouvent dans le Rosaire, l\u2019image de Jésus dans le Crucifix, la réalité de Jésus dans l\u2019Eucharistie.A la fin de la cérémonie le Cardinal-Légat adressa de nouveau la parole avant de donner à l\u2019assistance la 682 LA REVUE DOMINICAINE bénédiction papale.Puis il se retira à la sacristie pour offrir à baiser à tous les tertiaires présents son anneau épiscopal.A la réunion des Benjamines, branche cadette de l\u2019Association de la Jeunesse Catholique Féminine Italienne, qui se tint le 9 au matin à Saint-Dominique, il fut émis un vœu en faveur de la canonisation de la bienheureuse Imelda, vœu qui sera présenté au Saint-Père par un groupe des Associées à l\u2019effet d\u2019obtenir la pleine glorification de la gracieuse \u201cPetite Fleur de l\u2019Eucharistie\u201d qui passa sa brève existence à aimer Jésus-Hostie et mérita d\u2019obtenir de Lui le touchant miracle eucharistique que tous connaissent.L\u2019après-midi de cette journée fut consacré au triomphe de la Bienheureuse dont les reliques, déposées dans une châsse nouvelle, don de la J.C.F.I., furent portées processionnellement de l\u2019église Saint-Sigismond à l\u2019église métropolitaine Saint-Pierre.L\u2019honneur de porter sur leurs épaules le corps sacré de la bienheureuse vierge Tmelda fut réservé aux Pères Dominicains qui, au nombre de huit pour remplir cette fonction, étaient remplacés de temps en temps par huit autres de leurs confrères le long du parcours, de sorte que tout en contribuant au triomphe de l\u2019humble vierge ils étaient eux-mêmes singulièrement honorés par l\u2019accomplissement de cette tâche privilégiée.A la vérité, il faudrait ici mettre de côté le style du chroniqueur pour prendre celui du poète, car c\u2019est un poème qu\u2019il conviendrait d\u2019écrire au sujet des événements qui se sont déroulés ce jour-là.Tout Bologne a assisté avec émotion à l\u2019impressionnant spectacle offert par le gracieux cortège blanc formé par les Benjamines et les Aspirantes de la Jeunesse Catholique Féminine Italienne.Elles étaient au nombre de 6,000, ces ardentes petites congressistes venues expressément à Bologne de toutes les parties de lltalie pour LE SENS DES FAITS 683 honorer leur céleste Patronne, la bienheureuse Imelda Lambertini.Aussi l\u2019enthousiasme fut-il à son comble lorsque le blanc cortège déboucha dans la rue de l\u2019Indépendance qui conduit à la cathédrale.Ce fut alors que l\u2019on put voir une foule innombrable toute frémissante de pieuse émotion agiter des milliers de mouchoirs pour saluer au passage la dépouille sacrée de la douce petite sainte ainsi que les blanches phalanges de fillettes qui lui formaient une garde d\u2019honneur.A la grande porte de la cathédrale S.Em.le Cardinal-Légat, assisté du Cardinal-Archevêque de Bologne et de très nombreux évêques et autres prélats, reçurent les saintes reliques qui furent ensuite exposées à la vénération des fidèles jusqu\u2019à la fin du Congrès.Le 10, S.Em.le cardinal Gamba, archevêque de Turin, célébra au Littoriale, en présence du Cardinal-Légat et de toutes les autorités ecclésiastiques et civiles, une messe solennelle.Le côté droit du sanctuaire était réservé aux Pères Dominicains, de sorte que l\u2019habit des Prêcheurs, dans sa sévère beauté, fut en spectacle à une foule de 70,000 personnes alors que les fils de Dominique, en nombre imposant, entouraient comme une garde d\u2019honneur l\u2019autel où s\u2019accomplissaient les divins mystères.Le même jour, c\u2019est-à-dire le 10 septembre, eut lieu la réunion du clergé présidée par le Cardinal-Archevêque de Bologne.On y émit le vœu de solliciter du Saint-Siège la canonisation de la bienheureuse Imelda, vœu qui fut exprimé par Son Eminence elle-même qui ajouta qu\u2019advenant cet heureux événement il serait érigé à Bologne une église en l\u2019honneur de la nouvelle \u201csainte\u201d et que ce temple serait édifié au moyen des offrandes recueillies non seulement à Bologne, mais aussi dans tout l\u2019univers puisque la bienheureuse Imelda jouit maintenant d\u2019un culte universel.Nous prenons volontiers acte de ce 684 LA REVUE DOMINICAINE vœu accueilli avec enthousiasme par la très nombreuse assemblée de prêtres qui applaudirent debout les paroles de l\u2019Eminentissime Prince de l\u2019Eglise.\u2014 Dans une réunion plénière tenue à la Basilique de Saint-Dominique, Mgr Bartolomasi, président général des Congrès Eucharistiques Nationaux, émit un vœu identique.Toute l\u2019assistance y souscrivit avec ardeur.Le 11 eut lieu la procession solennelle du Très Saint Sacrement.Les religieux dominicains qui y prirent part étaient au nombre de quarante et venaient des divers couvents de l\u2019Italie.Les Sœurs dominicaines y figurèrent également.Le 12 au soir on reporta solennellement à l\u2019église Saint-Sigismond le corps de la bienheureuse Imelda qui fut porté encore cette fois sur les épaules de ses frères, les Dominicains.Les démonstrations de piété qui avaient marqué la translation de la sainte dépouille deux jours auparavant se renouvelèrent, mais cette fois sous une forme plus populaire.Toutes les rues du vieux Bologne virent passer l\u2019aimable petite sainte et ce fut avec des sentiments de devotion sincère que le bon peuple l\u2019acclama au passage en emplorant sa bénédiction.Pendant toute la durée du Congrès on distribua à profusion la Vie de la Bienheureuse dont l\u2019une des éditions était spécialement écrite pour les enfants.Ainsi, Bologne vient d\u2019écrire l\u2019une des pages les plus splendides de son histoire à la gloire de Jésus-Eucharistie, de la sainte Eglise et du peuple chrétien.L\u2019Ordre de Saint-Dominique peut être fier de la part qu\u2019il a eue à ces grands événements : il a éclaté aux yeux de tous que l\u2019empreinte de ce magnifique Congrès était éminemment dominicaine.A.-M.Richer, O.P.Adapté de Vitalien. LE SENS DES FAITS 685 Une indulgence extraordinaire L\u2019 \u201cOsservatore Romano\u201d a publié un Bref, en date du 4 septembre 1927, accordant pour toujours, aux conditions ordinaires, une indulgence plénière TOTIES QUOTIES à tous les fidèles qui réciteront dévotement un chapelet devant le Saint-Sacrement soit exposé soit conservé dans le tabernacle.Cette faveur a été accordée sur la demande du Maître général des Frères Prêcheurs à l\u2019occasion du Congrès eucharistique qui s\u2019est tenu dans la basilique dominicaine de Bologne, en Italie.Voici le texte français de ce Bref pontifical : PIE XI, PAPE Pour perpétuelle mémoire.En la basilique de Saint-Dominique, à Bologne, se célébrera, ces prochains jours, un très solennel Congrès eucharistique qui, Nous en avons confiance, aidera souverainement à exciter et à développer la piété des fidèles envers le Très Saint Sacrement de l\u2019Eucharistie.Or le Maître général de l\u2019Ordre des Prêcheurs, étant donné que les assemblées du Congrès auront lieu dans la magnifique basilique de son Ordre, où se trouve conservé avec une grande vénération le corps du saint fondateur, Nous prie ardemment de concéder une indulgence particulière du trésor de l\u2019Eglise, en cette heureuse et mémorable circonstance, aux fidèles qui réciteront le rosaire de la bienheureuse Vierge Marie institué par le patriarche saint Dominique, en présence de l\u2019auguste sacrement de Notre-Seigneur Jésus-Christ, caché sous les voiles eucharistiques.Devant une pareille supplique, Nous, considérant clairement l\u2019opportunité de la concession de cette indulgence, laquelle, tirant une seule et même origine de saint 686 LA REVUE DOMINICAINE Dominique et de la dévotion eucharistique, restera un souvenir et un monument spécial du Congrès eucharistique de Bologne, dont l\u2019église mentionnée de Saint-Dominique, sera en quelque sorte le centre, avons décidé de donner Notre consentement et d\u2019ajouter ainsi à la solennité du pieux événement par une preuve singulière de Notre amour.Après en avoir conféré avec Notre bien-aimé Fils le grand pénitencier de la Sainte Eglise Romaine, Nous, par la miséricorde de Dieu tout-puissant et par l\u2019autorité de ses bienheureux apôtres Pierre et Paul, concédons à perpétuité, \u201ctoties quoties\u201d, l\u2019indulgence plénière et la miséricordieuse rémission dans le Seigneur à tous et chacun des fidèles qui, repentants, confessés et commu-niés, selon les conditions ordinaires, réciteront dévotement une troisième partie du rosaire de la Bienheureuse Vierge Marie devant le Très Saint Sacrement du Corps de Jésus-Christ ou exposé à la vénération publique ou conservé dans le tabernacle.Nonobstant toutes dispositions contraires, Nous portons ce décret, ordonnant que les présentes Lettres soient et demeurent toujours fermes, valides, efficaces; qu\u2019elles aient et obtiennent intégralement leur plein effet ; qu\u2019elles profitent le plus possible à tous ceux auxquels elles s\u2019adressent ou peuvent s\u2019adresser, maintenant et pour l\u2019avenir; qu\u2019elles soient exactement jugées et retenues ainsi, et que toute intervention contraire à ces dispositions, de quelque personne ou de quelque autorité qu\u2019elle émane sciemment ou involontairement, soit dès maintenant déclarée nulle et non avenue.Donné à Rome, près Saint-Pierre, sous l\u2019anneau du Pêcheur, le 4 septembre 1927, l\u2019an sixième de Notre Pontificat.f PIERRE, cardinal GASPARRI, secrétaire d\u2019Etat. LE SENS DES FAITS 687 Décès du R.P.Doyon Voici la lettre adressée aux religieux de la Province à l\u2019occasion de la mort du R.P.Constant Doyon: Couvent de Notre-Dame de Grâce, Montréal, le 30 octobre 1927.Mon Très Révérend Père, Le dix-huit octobre dernier, notre cher Père Constant Doyon mourait subitement à Saint-Michel-des-Saints, diocèse de Joliette, où, sur l\u2019avis du médecin, il allait au grand air des forêts du Nord essayer de prolonger sa précaire existence, tout en fendant de précieux services aux résidents d\u2019alentour.En effet la nouvelle de sa mort attriste plus qu\u2019elle ne surprend: car depuis environ trois ans une forte attaque de paralysie l\u2019avait conduit aux portes du tombeau.Il ne s\u2019illusionnait pas d\u2019ailleurs sur ce qui l\u2019attendait, se tenant prêt à paraître devant Dieu.Ses intimes ont maintes fois reçu de lui cet aveu plein d\u2019esprit surnaturel.Notre cher et regretté Père venait d\u2019avoir cinquante-deux ans, étant né le 27 janvier 1875, de feu Charles Doyon et d\u2019Odile Chaussé.Après avoir étudié à Saint-Hyacinthe et à Nicolet, il voulut se donner à l\u2019Ordre de Saint-Dominique, et après un fervent noviciat à Saint-Hyacinthe et ses études à Ottawa, il fut ordonné prêtre par Mgr Duhamel, le 31 mai 1901.Sa fin peut sembler tragique et notre charité fraternelle eut préféré le voir s\u2019éteindre dans son couvent au chant du \u201cSalve Regina\u201d, mais les détails qui nous sont parvenus de ses derniers instants nous consolent.Il est mort en véritable apôtre, en donnant sa vie pour les âmes.Il passa toute la semaine du 9 octobre jusqu\u2019au mardi le 18, dans un chantier à douze milles de Saint- 688 LA REVUE DOMINICAINE Michel-des-Saints, disant la messe pour les bûcherons le matin, et les catéchisant le soir, pour les aider à préparer leur confession.Faute de cierges pour le Saint Sacrifice, il revenait au presbytère, lorsqu\u2019une embolie au cerveau le terrassa dans la voiture qui le ramenait.Il est donc mort comme il a vécu, en plein travail de prêcheur.La Reine du Rosaire qu\u2019il avait tant aimée, et priée, et prêchée, est accourue au devant de lui et l\u2019a demandé à son Divin Fils, en ce mois du Rosaire, \u2014 exquise délicatesse de cette tendre Mère, \u2014 car elle n\u2019avait pas oublié que pendant les six premières années de son ministère, notre Père Doyon s\u2019était dépensé à l\u2019administration des trois revues qui répandaient sa dévotion au Canada et aux Etats-Unis: \u201cLe Rosaire\u201d, \u201cLe Rosaire Pour Tous\u201d, et \u201cThe Rosary for Every One\u201d.En 1907, il fut versé au corps des missionnaires, et pendant vingt ans il se donna à sa belle tâche d\u2019une telle fougue que les plus courageux ne savaient pas toujours le suivre.Son âme de feu se plaisait à la lutte contre le mal; aussi bien fut-il un des premiers à se lancer dans la croisade de Tempérance, à la suite de nos Evêques.Sa parole ne suffisant pas à recruter des sobres, il se fit écrivain et publia plusieurs plaquettes de combat.La guerre devait l\u2019attirer naturellement, et lorsque ses Supérieurs lui permirent, en 1915, de devenir l\u2019aumônier du 22e Régiment, il put donner libre cours à son dévouement pour ses bien-aimés soldats, et donner, au témoignage unanime de tous ceux qui l\u2019ont vu sur les champs de bataille, la peine mesure de sa charité.C\u2019est pendant ces trois ans de rude labeur et d\u2019inexprimables sacrifices dans les tranchées, qu\u2019il contracta la maladie qui devait l\u2019emporter.Les survivants du 'premier vingt-deuxième n\u2019ont pas oublié cette randonnée de 18 milles LE SENS DES FAITS 689 qu'il fit dans la nuit de Noël 1916, pour aller dire une seconde messe aux camarades laissés en route.Le repos forcé auquel il fut réduit, ces derniers temps, ne l\u2019empêcha pas d\u2019aimer les âmes et travailler, à sa manière, à leur salut.Pour elles, sa santé et même sa vie comptaient peu.Il y a quelques mois, comme il passait par notre Couvent de Montréal, en route pour Saint-Micheî-des-Saints, traînant misérablement son pauvre être anéanti, un de nos Frères convers, pris de pitié, ne put s\u2019empêcher de lui dire: \u201cMais, mon Père, pourquoi allez-vous là-bas ?.vous allez mourir !\u201d Et lui, de répondre doucement: \u201cIl le faut.des âmes m\u2019attendent\u201d.Nous avons là la vraie formule de son zèle et tout le programme de sa vie.Aussi bien ses funérailles ont-elles révélé l\u2019étendue et la profondeur des affections et des gratitudes que sont âme sympathique avait suscitées.Elles ont été une sorte de triomphe, d\u2019abord en notre église de Notre-Dame du Rosaire, pleine, à sa capacité, de fidèles venus de tous les points de la Province.Monseigneur l\u2019Archevêque de Québec avait bien voulu se souvenir de son ancien novice, et Mgr de Saint-Hyacinthe, de son ancien élève; ils vinrent, entourés d\u2019une cinquantaine de prêtres, relever de leur présence les obsèques de l\u2019humble religieux.Aux funérailles religieuses s\u2019ajoutèrent les funérailles militaires.L\u2019état-major du 84e Régiment, des représentants du 22e Bataillon, ainsi qu\u2019une escouade de soldats assistaient à la messe et promenèrent ensuite la dépouille mortelle de leur ancien aumônier à travers les rues de la ville.Les religieux et de nombreux fidèles accompagnaient le cortège.Au cimetière, après les prières liturgiques, au moment solennel où le cercueil descendait dans 690 LA REVUE DOMINICAINE la fosse, le clairon sonna au champ, cependant qu\u2019un peloton de soldats tirait une triple salve d\u2019adieu.Vous voudrez bien, mon Très Révérend Père, si ce n\u2019est déjà fait, faire acquitter le plus tôt possible, les suffrages de l\u2019Ordre pour le repos de l\u2019âme du R.P.Boyon.Ayons aussi une pieuse pensée pour sa vénérable mère qui n\u2019aura pas eu la consolation de lui fermer les yeux.Agréez, mon T.R.Père, l\u2019expression de mon religieux dévouement en saint Dominique.Fr.P.-M.Béliveau, O.P., Vicaire Provincial.Canada.\u2014Le 12 octobre dernier, le T.R.P.Archambault, prieur de Fall River, recevait la profession dans le Tiers-Ordre dominicain de S.G.Mgr Georges Guertin, évêque de Manchester, N.H., qui porte en religion le nom de Frère Marie-Antonin.\u2014 Le T.R.P.Marion, curé de Ste-Anne de Fall River, a donné le sermon aux Noces d\u2019or des SS.de Jésus-Marie de Notre-Dame de Fall River et à la Bénédiction de la pierre angulaire de l\u2019église St-Mathieu de Central Falls, R.I.\u2014 M.Jacques Bertrand, élève du Petit Séminaire de St-Sulpice, a reçu l\u2019Habit le 19 octobre à St-Hyacinthe, avec le nom de Frère Louis-Philippe.\u2014 Le T.R.P.Leduc a donné, le 13 novembre, au Collège de Rimouski, le sermon de la fête du Patronage de saint Thomas d\u2019Aquin.\u2014 L'époque des cadeaux est toute proche.Les étrennes essentielles, de la part d'un abonné, consistent à solder ses arrérages, s'il en a, et à payer d\u2019avance son abonnement pour 1928.L'abonné qui ne veut plus re- LE SENS DES FAITS 691 revoir notre 'périodique devra en toute loyauté prévenir le Bureau d\u2019Administration.\u2014 Nous recommandons aux prières de nos lecteurs l\u2019âme du Fr.Thomas Cadieux, convers, décédé subitement le 7 novembre à Ste-Anne de Fall River.Sa notice funèbre est remise faute d\u2019espace au numéro de janvier.Fr a Domenico.-*- L\u2019ESPRIT DES LIVRES R.P.Bernard Allô, O.P.\u2014 \u201cLe Scandale de Jésus\".Un volume in-16 de 280 pages.Chez Bernard Grasset.Paris, 1927.C\u2019est le premier volume d\u2019une nouvelle collection \u201cde doctrine et d\u2019histoire religieuse\u201d: La Vie Chrétienne, qui suscite déjà, en France et à l\u2019étranger, dans les milieux catholiques et non catholiques, une curiosité avide.Cette collection n\u2019est qu\u2019une des formes nombreuses et variées d\u2019apostolat intellectuel que vient d\u2019entreprendre une organisation catholique d\u2019écrivains et d\u2019artistes: une douzaine de catholiques d\u2019élite, où l\u2019on rencontre des philosophes (M.Jacques Maritain), des critiques d\u2019art (M.Brillant), des littérateurs (M.Henri Massis), etc., qui se sont mis au travail avec ces deux principes: adhésion totale au catholicisme, respect absolu de la personnalité artistique.La Vie Chrétienne s\u2019adresse aux croyants et aux incroyants.Aux croyants elle offre un point d'appui neuf et solide, pour la défense de leur foi, qui se sentira rassurée et étayée par les rapports concordants des dernières découvertes de la science.Les incroyants de bonne foi et les esprits inquiets en quête de lumière y puiseront l\u2019exposé le plus loyal des points de vue du catholicisme, les conclusions les plus sûres et les plus objectives de la critique.Le premier volume de la collection, Le Scandale de Jésus, ciédié Au Maître des Etudes Evangéliques, le T.R.Père Lagrange, O.P., de l\u2019Ecole Biblique de Jérusalem et publié il y a quelques mois à peine, a un retentissement remarquable, dû à son mérite 692 LA REVUE DOMINICAINE intime et au renom de son auteur, le R.Père Bernard Allô, O.P., professeur distingué de l\u2019Université de Fribourg.Son titre: Le Scandale de Jésus, rappelle la parole de S.Paul proclamant le mystère de Jésus \u201cScandale pour les Juifs et folie pour les Gentils\u201d.Depuis dix-neuf siècles, le scandale est resté le même en présence de tous les systèmes scientifiques, qui se sont succédé sans l\u2019expliquer.\u201cJamais, dit l\u2019auteur, (page 51), on n\u2019expliquera scientifiquement Jésus et l\u2019Evangile sans surnaturel.Quelle forteresse voyons-nous édifier contre notre foi ?Ce n\u2019est pas un système qui tende à la cohérence, où chaque théorie, en disparaissant, laisse au moins sa pierre.Ce n\u2019est que construction de tours inexpugnables, orgueilleusement dressées d\u2019une pièce et qui chancellent aussitôt, et qui doivent être remplacées par d\u2019autres construites sur un tout nouveau plan; systèmes qui se chassent, qui courent et s\u2019écroulent l\u2019un sur l\u2019autre ou l\u2019un dans l\u2019autre, avec une vie moyenne de dix à quinze ans.Je dirais, \u2014 si la comparaison n\u2019était ici trop flatteuse, \u2014 qu\u2019il en est de ces systèmes comme des étoiles dont les rayons frappent encore le miroir de nos télescopes ou la plaque photographique, lorsque la source au haut de l\u2019éther, s\u2019est éteinte depuis des années ou des siècles déjà; tôt ou tard, le rayon illusoire s\u2019éteindra aussi sur le miroir de l\u2019opinion.\u201d Le R.Père Allô traite les questions maîtresses de l\u2019Evangile qui préoccupent le plus les esprits de notre temps.L\u2019auteur synthétise sa pensée en un style nerveux et limpide; elle est souvent \u201cfrappée en médaille\u201d.On admire la maîtrise de son exposé et la maturité de son esprit ferme, vigoureux, plein et vivant, le respect de la divine figure du Christ qu\u2019il regarde avec ses yeux, avec ses lunettes d\u2019exégète, mais surtout avec son cœur de croyant et son âme de prêtre, en théologien averti et sûr, nourri de la pensée de l\u2019Eglise.Les chapitres en particulier sur \u201cles miracles évangéliques\u201d, \u201cle caractère moral de Notre-Seigneur Jésus Christ\u201d, \u201cle miracle décisif, la Résurrection\u201d, \u201cl'essence de l\u2019Evangile: Dieu est amour\u201d sont des études magistrales, des pages attachantes et convaincantes.Fr.E.-A.L.R.P.A.Gardeil, O.P.\u2014\u201cLa structure de l\u2019âme et l\u2019expérience mystique\u201d.\u2014 2 vols.Paris, Librairie Victor Lecoffre, 1927.Tel est le titre (étrange, de l\u2019aveu même de l\u2019auteur) d\u2019un ouvrage de théologie de haute portée intellectuelle, qui a pour fin de fixer la véritable cause en même temps que le mode de ce L\u2019ESPRIT DES LIVRES 693 phénomène familier aux âmes mystiques: l\u2019expérience immédiate de la présence de Dieu en elles.Il faut d\u2019abord féliciter et remercier le R.P.G.d\u2019avoir eu le courage d\u2019entreprendre et de mener à bonne fin une étude à la fois si difficile et si délicate.Personne n\u2019était mieux qualifié que l\u2019auteur pour nous donner ce travail, rendu possible par une vie totalement consacrée à l\u2019étude ou à l\u2019enseignement de la théologie, et, j\u2019oserais dire, particulièrement occupée à la solution des problèmes les plus ardus.Ce louable exemple venge victorieusement les études mystiques du mépris derrière lequel se cache presque toujours la faiblesse ou l\u2019ignorance de certains esprits soi-disant pratiques, comme si la science de la vie divine en nous n\u2019était pas la plus pratique des sciences.Le sujet traité est sérieux, et il a été traité sérieusement.Il est visible que le R.P.G.a voulu rendre un service signalé à ceux que passionne l\u2019étude du mysticisme.Certes, ce ne sont pas les livres traitant ce sujet qui font défaut; ils foisonnent.D\u2019aucuns croient qu\u2019il ne faudrait pas considérer comme un malheur la disparition subite de la plupart de ces livres qui, sous des titres suggestifs, se contentent de ressasser indéfiniment les mêmes généralités, sans rien apprendre à ceux que tourmente le désir insatiable d\u2019aller au fond des choses.Comme il s\u2019en explique lui-même, dès les premières pages, le R.P.a voulu présenter une \u201cSomme\u201d organiquement liée d\u2019un bout à l\u2019autre, à la manière des anciens, plutôt qu\u2019une série d\u2019articles réunis bout à bout sous une accolade commune pour former un volume.\u2018\u2018Je me suis trouvé souvent en passe d\u2019avoir à choisir entre \u201caller au fond des choses\u201d et être compris de tous,.j\u2019ai choisi la profondeur.\u201d Par là cet ouvrage mérite de figurer au premier rang dans toute bibliothèque théologique; c\u2019est véritablement ce qu\u2019on est convenu d\u2019appeler un ouvrage \u2018\u2018de fond\u201d, que je signale à tous ceux qui ne se contentent pas de notions, mais s\u2019honorent de rechercher en chaque chose sa cause véritable.\u201cNous jugeons que nous savons une chose, dit saint Thomas (cité par l\u2019auteur), lorsque nous sommes fondés à penser que nous avons trouvé la cause par laquelle est cette chose, et que c\u2019est bien sa cause, et qu\u2019il ne peut dès lors arriver que cette chose soit autrement\u201d.Constituer la Théologie mystique à l\u2019état de science définitive, tel est le but avoué de l\u2019auteur de \u201cLa structure de l\u2019âme et l\u2019expérience mystique\u201d.Laissons-le nous jalonner lui-même la voie par laquelle il y arrive.1ère Partie:\u2014le mens, sujet bécepteub de notbe vie divine.(divisée en trois Traités ou Livres).On recherche le sujet récepteur propre de la vie divine, et l\u2019on définit la nature précise de 694 LA REVUE DOMINICAINE ce sujet le mens.(1er Livre) On étudie la structure interne du mens, modèle exemplaire de la structure de l\u2019âme juste et de sa vie divine.(Ile Livre) On détermine ce qui fait du mens le sujet récepteur de la vie divine, à savoir sa puissance passive obédien-tielle.(Ille Livre) Ile Partie:\u2014la grAce sanctifiante (comprend deux questions).1.\t\u2014Si au point de vue ontologique la grâce est une participation de la nature de Dieu ?2.\t\u2014Comment la grâce sanctifiante, considérée au point de vue dynamique, nous destine à la vision de Dieu tel qu\u2019il est en soi ?Ille Partie.\u2014l\u2019intérieur de l\u2019Ame juste (comprend trois questions).1.\u2014Comment se réalise l\u2019habitation de Dieu dans les âmes justes ?2\u2014Quelle est la pensée de saint Thomas sur l\u2019état l\u2019intérieur du juste ?3.\t\u2014L\u2019intérieur de l\u2019âme juste est-il en relation de conformité avec la structure interne de l\u2019âme ?IVe Partie.\u2014la structure de la connaissance mystique.Cette dernière partie tend à montrer que l\u2019expérience mystique est l\u2019épanouissement final de la vie du chrétien en état de grâce, tout comme cette vie du chrétien elle-même n\u2019est Que l\u2019épanchement de l\u2019état intérieur de l\u2019âme juste.D\u2019où les cinq questions suivantes: 1.\t\u2014La perception expérimentale de l\u2019âme par elle-même, et ses-trois moments: exposé fondamental.2.\t\u2014La connaissance habituelle du Dieu intime.3.\t\u2014L\u2019activité intentionnelle de la foi vive.4.\t\u2014Les préludes de l\u2019expérience mystique.5.\t\u2014L'expérience mystique, en deux articles: a) Peut-il y avoir en cette vie expérience immédiate de Dieu ?b) L\u2019expérience mystique s\u2019identifie-t-elle avec l\u2019oraison d\u2019union ?.Conclusion.\u2014 \u201cL\u2019expérience immédiate de Dieu constitue donc le suprême épanouissement et comme l\u2019apogée de ce magnifique organisme de la grâce sanctifiante, des vertus théologales, des vertus infuses et des dons du Saint-Esprit, que la théologie de saint Thomas a construit, en parfaite harmonié avec l\u2019organisme même de la vie psychologique de l\u2019âme, qui constitue son assise profonde.\u201d Qui ne voit dans l\u2019énoncé des questions traitées, \u2014 et si heureusement résolues, \u2014 l\u2019intérêt particulier que présente la lecture de cet excellent ouvrage.Peut-être rencontrerez-vous des imperfections de détails, quelques longueurs dans la première partie, vous les pardonnerez volontiers à l\u2019auteur qui s\u2019en accuse en toute sincérité et les justifie cependant: \u201cJe ne puis me flatter de ne rencontrer que des approbations dans des questions si hautes, si corn- L'ESPRIT DES LIVRES 695 plexes, si abstruses, parfois si subtiles.J\u2019ai conscience de l\u2019imperfection, pour ne pas dire plus, en laquelle je laisse, sous peine de ne jamais lâcher ce manuscrit, nombre d\u2019idées, d\u2019expressions, d\u2019arguments, de développements.Mais si d\u2019avance, je consens à toutes les critiques sur la manière dont j\u2019ai rempli ma tâche, il est un point dont la gravité est telle pour moi, que je me permets de solliciter, à son endroit, toute la conscience et l\u2019attention de ceux qui seront capables d\u2019embrasser la trajectoire totale de ce travail et de porter sur lui un jugement.C\u2019est la thèse principale de la préformation, quant à la substance des choses, de l\u2019expérience mystique dans la structure de l\u2019âme en état de grâce: c\u2019est, secondairement, la thèse qui établit que cette structure de l\u2019âme juste, à son tour, épouse les contours de la structure interne, toute de l\u2019ordre intelligible, du Mens humain.Sur ces thèses, je prévois que j\u2019aurai à donner des explications; mais je ne saurais les changer, tant j\u2019ai expérimenté qu\u2019elles étaient contenues dans la doctrine de saint Thomas, soit formellement, soit tout au moins virtua-liter implicite.C\u2019est ici mon Sint ut sunt, aut non sint.théologique et métaphysique.\u201d Fr.L.B.Harry Bernard \u2014 \u201cLa dame blanche\u201d.ïn-16, par format 5 x 7Y2, 224 pages.Montréal, Bibliothèque de L\u2019Action Française, 1927.Depuis 1924, Monsieur Harry Bernard nous donnait un roman par année.Cet automne-ci, il n\u2019a pas manqué de publier encore, mais en passant, cette fois, à l\u2019opposé de son genre habituel.C\u2019est un assemblage de quatorze brefs récits, contenus dans 212 pages d\u2019un texte libéralement aéré, que nous offre aujourd\u2019hui le jeune journaliste de Saint-Hyacinthe.Suivant l\u2019usage, c\u2019est le titre de la première nouvelle qui dénomme le livre entier.Ceux qui ont lu L'auréole brisée songeront à la dame blanche qui est un bien touchant personnage de Florence Barclay.Mais celle de Monsieur Bernard est de beaucoup supérieure, puisque c\u2019est la Vierge Marie elle-même.Aussi bien ces courts _ extraits des Relations des Jésuites, soulignés de quelques vivantes notations, semblent-ils constituer les morceaux les meilleurs de l\u2019ouvrage.Par ailleurs, on ne voit pas quelle idée génératrice et directrice a pu justifier l\u2019insertion de certaines écritures.Autre est un recueil de Faits curieux ou soi-disant curieux dans lequel on enferme tout ce que l\u2019on peut littéralement recueillir; et autre un livre destiné à nationaliser la 696 LA REVUE DOMINICAINE littérature par l'étude de l'histoire, même si le livre en question est pour les enfants, surtout quand ce sont les petits et les grands.Restent les deux ou trois dernières scènes d'aujourd'hui, dont les thèmes sont plus que vénérables; ce n\u2019est pas trop de tout le talent de l\u2019auteur pour essayer de les renouveler un tantinet.Nulle part saillant, le style e3t généralement très bon.Quelques déficiences: \u201cC\u2019est pourquoi se promenant dans la cuisine surchauffée, pendant que son épouse légitime reprisait une courtepointe.\u201d (Le Fournisseur Perrault, page 47).\u201cLes dames riaient pour montrer leurs dents.Avec un bruit de fusillade, les bouchons de champagne sautaient au plafond.\u201d (Le Professeur d'Italien, p.135).Il y a dix ans, une littérature de cette famille-là suscitait l\u2019indignation de quelque vieux professeur de petit séminaire.Mais, souvent, l\u2019allure est vive autant que la manière distinguée et la vision exacte.Périls de la Gat', particulièrement, nous offrent une dizaine de pages alertes et d\u2019une description vivante au possible, depuis la traversée de Rockcliffe à la rive québécoise jusqu\u2019à la peinture de ces messieurs de l\u2019Institut qui ne dédaignent pas de scruter la rue Rideau et son contenu, même par les jours de grand soleil.La présentation matérielle du volume n\u2019est pas loin d\u2019être excellente.Tout au plus, une faute d\u2019impression, page 122, neuvième ligne, avec une absence de ponctuation au terme de la dixième ligne, p.87.C\u2019est vraiment une édition de L\u2019Action Française: trop irréprochable ou laissant subsister trop peu de \u201cregrets\u201d pour paraître ainsi bordée de noir.A.Papillon, O.P.Paul Gouin \u2014 \u201cMédailles Anciennes\u201d\u2014Poèmes historiques.Montréal, 1927.Louis Carrier, Les Editions du Mercure.172 pages.Avec les \u201cMédailles Anciennes\u201d, Poèmes Historiques de Monsieur Paul Gouin, Les Editions du Mercure nous offrent imprimé en caractère aussi élégants que nets, sur papier de grain délicat et de teinte exquise, un texte d\u2019une haute inspiration historique et d\u2019une convenable valeur littéraire.Des dessins de Monsieur Jean Palardy, frontispices, en-tête, pleines pages, ornent le volume.L\u2019artiste a soin d\u2019accorder ses illustrations à l\u2019ouvrage: assez souvent, la scène historique elle-même est reproduite en image liminaire; tandis que d\u2019autres fois, le titre d\u2019un poème s\u2019enlace à quelque symbole: un fusil, un chapelet dont la croix est une minuscule épée, une branche de lis, l\u2019épars gracieux de quelques feuilles L\u2019ESPRIT DES LIVRES 697 d\u2019érable.En même temps qu\u2019il flatte et qu\u2019il charme l\u2019œil, l\u2019art judicieux soit de l\u2019imprimeur, soit du dessinateur ordonne tout, comme il convient, à la pleine délectation de l\u2019esprit.En cet écrin sont encloses vingt-trois médailles anciennes.Chacune est précédée de l\u2019argument historique justifiant son insertion.Tel, du moins, me paraît bien être le processus désiré par l\u2019auteur.Alors, il eût mieux valu, ce me semble, ne pas mêler les Relations des Jésuites, Messire Doïlier de Casson, le Journal des Jésuites, la Vie de la Sœur Le Ber de M.de Belmont ainsi que nos historiens classiques avec les travaux de M.Doughty et de M.l\u2019abbé Couillard-Després, du R.P.Edouard Lecompte et de Mademoiselle Joyberte Boulanges, de M.Pierre-Georges Roy et de l\u2019abbé Auguste Gosselin.Sans compter Marmette, Casgrain, Laure Conan et la préface de L'Oublié par l\u2019abbé Gustave Bourassa.Ces derniers n\u2019avaient évidemment pas à figurer ici.Et même les considérations les plus savamment développées ou les passages les mieux poussés de nos historiens contemporains céderaient toujours adéquatement la place à de vieux textes qui correspondraient davantage au titre du recueil et, sous le seul angle littéraire, ne seraient peut-être pas sans lui apporter un charme tout spécial.L\u2019extrait filandreux de Gosselin, pp.77-78, ne peut se comparer à ces deux lignes, en orthographe ancienne, du Journal des Jésuites: \u201c1659.Ivin 16.Sur les 6.du foir, ce mefme jour, arriva de France à Quebec le premier vaiffeau, qui nous donna un Evefque.\u201d Les vers qui viennent ensuite se rapportent, d\u2019ailleurs, à cette seule indication.Tout ceci n\u2019est donc destiné qu\u2019à mieux faire pénétrer et goûter les strophes de l\u2019auteur.Ce sont des thèmes historiques et des mieux inspirés qu\u2019il se puisse: Champlain, Hébert, Maisonneuve, Closse, le Bx Jean de Brébeuf, Monseigneur de Laval, Dollard, Talon, Frontenac, Montcalm et Lévis; Mère Marie de Saint-Joseph, Marguerite Bourgeoys, Jeanne Le Ber, Magdelaine de Verchères, Catherine Tekakwitha ; quelques autres où fantaisie et réalité fusionnent: Maître Bénigne Basset, le docteur Michel Sarrazin, le voyageur Cadieux et le pilote Paradis.A ce tryptique, viennent s\u2019ajouter les deux médailles de Bigot et d\u2019Angélique Péan.Enfin, la ballade de Vauquelain, avec sa double inspiration à l\u2019agencement délicat: c\u2019est vraiment un très heureux enfant que ce petit Pierre ainsi bercé.L\u2019ensemble est de forte et sérieuse substance: Si quelque gravité se marque dans ma voix. 698 LA REVUE DOMINICAINE Je songeais à ce chant de Louis Le Cardonnel en feuilletant les poèmes où Monsieur Paul Gouin avance d\u2019un pas harmonieux dans le grave et beau domaine de notre histoire.Parfois, cependant, la description purement littéraire est trop abondante en fonction d\u2019une strophe finale seule à vrai caractère historique et répondant à l\u2019intitulé du morceau.Mais tant de choses excusent ici l\u2019auteur.Me sera-t-il permis, également, de souligner que dans le poème consacré à Jean de Brébeuf (pp.29-30-31), il y a un Iroquois qui fait montre d\u2019une bien savante désolation ?Et enfin de passer très vite sur le clown qui bondit à travers son cerceau de \u2022papier de la médaille Catherine Tekakwitha ?Monsieur Gouin ne s\u2019attend sans doute pas à ce que je fasse en cette revue le relevé minutieux de la facture de ses vers.Dans un périodique québécois ou montréalais, quelque membre de la Société des poètes canadiens-'}rançais exécutera bientôt, sinon ce mois-ci, cette fastidieuse et professorale besogne.La richess ou seulement la correction des rimes (ainsi automne et catalogne, p.23) causent ici et là quelque angoisse au lecteur.De même certains contacts d\u2019une assonance ou encore de bien vénérables poncifs: miroitantes parois (p.17), flots miroitants (p.79), lac qui miroite aux feux du crépuscule (p.103), or du couchant, qui ruisselle (p.79).Mais d\u2019autres fois la forme, régulière et nette, souple et ferme, ne gêne point l\u2019expression d\u2019une pensée précise, mais s\u2019adapte aux plus subtils mouvements du rythme intérieur: .comme un oiseau lassé, Refermant.la blancheur de ses ailes, Le navire du Roi dans la rade a glissé.(François de Laval, p.79).la chute de ces feuilles Que la peur de mourir, vers le ciel qui s\u2019endeuille, Fait.monter.en légers tourbillons.(Lévis, p.157).Si Monsieur Paul Gouin, Aux pages de l'histoire où parfois (il s\u2019) arrête, arrive à fixer, d\u2019après ce que je viens d\u2019exprimre la norme de son talent poétique, il est d\u2019ores et déjà certain de pouvoir un jour répéter dans sa plénitude le sévère et haut précepte des Carmina Sacra : Ce qui compte est d\u2019avoir, par son âme, exalté Des âmes; c\u2019est d'avoir désiré la Beauté.A.Papillon, O.P. TABLE DES MATIERES ANNEE 1927 JANVIER R.P.Ceslas Forest, O.P., Pour le premier de Van.R.P.M.-A.Lamarche, O.P., La religion à l\u2019hôpital.R.P.Ignace Draime, O.P., Notre catholicisme.IV.\u2014Le besoin d\u2019espoir et l\u2019espérance chrétienne.R.P.Augustin Leduc, O.P., Chronique de Droit canonique.LE SENS DES FAITS.\u2014Houdini le jongleur-apologiste, par le R.P.Couture.\u2014 L\u2019Italie nouvelle et l\u2019Eglise catholique.\u2014 Dans l\u2019Ordre: le Pèlerinage français du Rosaire à Lourdes.\u2014 Un monument au P.Berthier.\u2014 Nouvelles diverses, par Fra Domenico.L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014R.P.Matiussi: Les points fondamentaux de la philosophie thomiste (A.de B.) R.P.Rambaud: S.Dominique, sa vie, son âme, son Ordre (H.C.) Bernard: La maison vide (M.-A.L.) L\u2019Argus de la presse \u2014 Accusés de réception.FEVRIER R.P.M.-A.Lamarche, O.P., Education à contresens.R.P.R.-M.Voyer, O.P., Talents ensevelis.Abbé Emile Filion, P.S.S., La méthode d\u2019oraison de St-Sulpice.\u2014I.R.P.Augustin Leduc, O.P., Consignations canoniques.Hellenistès, Le grec langue vivante.LE SENS DES FAITS.\u2014Un plagiat philosophique.\u2014 Dans l'Ordre: L\u2019Eglise S.Clément de Rome.\u2014 Les activités du T.R.P.Janvier.\u2014 Une fondation à Détroit.\u2014 M.Gilson à Ottawa.\u2014 Nouvelles diverses, par Fra Domenico.L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014Gilson et Théry: Archives d\u2019Histoire doctrinale et littéraire du Moyen-Age.\u2014 Henri Brun: Le catéchisme du citoyen.\u2014 Abbé Chevalier de Corswarem: La liturgie bysantine et l\u2019Union des Eglises MARS R.P.M.-A.Lamarche, O.P., Où sont les danses d'antan ?Abbé Emile Filion, P.S.S., La Méthode cl'oraison de St-Sulpice.\u2014II.Abbé Armand Perrier, L'ordre social d'après S.Thomas.\u2014I.R.P.Louis-M.Sylvain, O.P., Chronique de Droit canonique.Abbé Eugène Miller, Un poète catholique: Joyce Kilmer.LE SENS DES FAITS.\u2014Le Ku-Klux-Klan, sa vie, sa mort prochaine, par le R.P.Couture, O.P.\u2014 Dans l\u2019Ordre: Lauréats de l\u2019A.C.J.C.\u2014 Conférence de M.Gilson.\u2014 Stations du Carême.\u2014 Nouveaux professeurs, par Fra Domenico. 700 LA REVUE DOMINICAINE LESPRIT DES LIVRES.\u2014Courchesne: Nos Humanités (M.-A.L.) Groulx: Dix ans d'Action française (A.L.) Rutché: L\u2019élite et la dévotion au S.Esprit (R.-M.V.) Saint-Pierre: Ce que je pense sur.(Avant-Propos).AVRIL R.P.Ceslas Forest, O.P., La route où Von ne s\u2019arrête pas.Abbé Armand Perrier, L\u2019ordre social d\u2019après S.Thomas.\u2014II.R.P.Louis-M.Sylvain, O.P., Consultations canoniques.Abbé Emile Filion, P.S.S., La méthode d\u2019oraison de St-Sulpice\u2014III.R.P.J.-D.Mauger, O.P., Jean Capréolus: Le Prince des Thomistes.LE SENS DES FAITS.\u2014Un modèle du frère convers.\u2014 Décès des PP.Vallée, Toutain et Briand.\u2014 Les missions de la Province des Philippines.\u2014 Les Conférences de la \u201cRevue des jeunes\u201d.\u2014 La fête de S.Thomas, par Fra Domenico.L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014Geoffrion: Zigzags autour de nos parlers (M.-A.L.) Lemonnyer: Somme de S.Thomas: La vie humaine \u2014 Anonyme: Vie de Mère St-Augustin.\u2014 Autres publications.MAI R.P.M.-A.Lamarche, O.P., La littérature des convertis.Hermas Bastien, La conversion d'après William James.R.P.Augustin Leduc, O.P., Chronique de Droit canonique.R.P.Ignace Draime, O.P., Notre catholicisme.\u2014V.Le besoin de de joie et l\u2019Esprit-Saint en noies.R.R.Albert-M.Richer, O.P., Beauté d\u2019âme, ou Transfiguration par l'idéal.LE SENS DES FAITS.\u2014Une aïeule, par l\u2019abbé Armand Beaure-regard.\u2014 Monseigneur Emard.\u2014 Dans l\u2019Ordre: Henry Bordeaux et le P.Dhorme \u2014 Tertiaires à l\u2019honneur \u2014 Nouvelles diverses \u2014 Notre liste d\u2019abonnés, par Fra Domenico.L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014A.Laçasse: Les heures sereines (E.J.A.) Autres publications \u2014 Accusé de réception.JUIN Marguerite Taschereau.Les pierres de mon champ.R.P.Ignace Draime, O P., Notre Catholicisme.\u2014VI.Le besoin de \\paix et la Rédemption.R.P.Raymond-M.Voyer, O.P., Prêtre-religieux.\u2014I.Abbé Emile Filion, P.S.S., La méthode d'oraison de St-Sulpice.\u2014IV.LE SENS DES FAITS.\u2014Noces d\u2019argent de la Société du Parler Français, par M.l\u2019abbé Cyrille Gagnon.\u2014 Une visite aux archives fédérales par le R.P.Leduc.\u2014 Dans l\u2019Ordre, par Fra Domenico. TABLE DES MATIÈRES 701 L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014Mgr Paquet: Etudes et Appréciations (M.-A.L.) R.P.Lecompte: Catherine Tékakwitha (H.C.) Mlle Duportal: De la souffrance (A.-M.R.) Autres publications.\u2014 Accusé de réception.JUILLET-AOUT R.P.M.-A.Lamarche, O.P., Monseigneur Baudrillart patriote.R.P.Raymond-M.Voyer, O.P., Prêtre-religieux.\u2014II.R.P.Louis Lachance, O.P., La loi dans le cadre de notre activité.R.P.Augustin Leduc, O.P., Consultation: Le cas V anderbilt-de Marlborough.LE SENS DES FAITS.\u2014M.Smith et la présidence des Etats-Unis, par le T.R.P.Forest.\u2014 Le Thomisme en Hollande.\u2014 Dans l\u2019Ordre: Un chapitre provincial.\u2014 Nouvelles diverses, par Fra Domenico.L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014Laureys: La conquête des marchés extérieurs.\u2014 Brou: Le dix-huitième siècle littéraire.\u2014 Faber: La dévotion au Pape.\u2014 P.Alexis: Mois de Marie.\u2014 P.Bastide: Pour mieux vivre.\u2014 Autres publications.\u2014 Accusé de réception.SEPTEMBRE R.P.M.-A.Lamarche, O.P., Au soir de la pensée.R.P.Edouard Hugon, O.P., Comment on fait les Docteurs de l'Eglise.Abbé Emile Filion, P.S S., La méthode d'oraison de St-Sulpice.\u2014IV.R.P.Louis Lachance, O.P., Où vont nos vies ?LE SEINS DES FAITS.\u2014Notre Nouveau Délégué Apostolique.\u2014 Dans l\u2019Ordre: Vers les Missions Etrangères.\u2014 La Fête de S.Dominique.\u2014 Nouvelles diverses, par Fra Domenico.L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014Szabo: Le Rme Père Cormier (M.-A.L.) Du Jeu: Madame de Chantal (A.P.) Renée Zeller: La vie dominicaine (J.C.) Lorber: Les Filles de la Croix (P.C.) Saint-Pierre: Ce que je pense sur.(A.L.) Auclair: Histoire de Ut-Joseph de Sou-langes (A.-M.-E.S.).OCTOBRE R.P.Rêginald Ouimet, O.P., Ces Concours de Beauté.R.P.J.-D.Mauger, O.P., Des abus d'autorité.\u2014Le Droit et la Loi.Marguerite Taschereau, Les Sarments.R.P.Antonin Papillon, O.P., Pour l'histoire du Thomisme au Canada.R.P.Augustin Leduc, O.P., Chronique de Droit canonique.LE SENS DES FAITS.\u2014De quelques travaux récents sur la Messe, par le R.P.Papillon.\u2014 Nosseigneurs Gagnon et Plante.\u2014 Dans l\u2019Ordre: Radio sermons du P.Gillet.\u2014 La Revue du Droit et nous \u2014 Nouvelles diverses, par Fra Domenico. 702 LA REVUE DOMINICAINE L\u2019ESPRIT DES LIVRES\u2014Marnas: Quel est donc cet homme ?(T.C.) Doncœur: Roumieux (A.P.) Roure: La légende des Grands Initiés (A.P.) Morice: Pour vivre en beauté (A.P.) Sprengers: Conferencice ad usum sacerdotum \u2014 Lebel: Allocations familiales.\u2014 Accusé de réception.NOVEMBRE Mgr L.-A.Paquet, P.A., L'actualité religieuse et sociale de Bossuet.R.P.A.Papillon, O.P., La notion du Sacrifice.R.P.Joseph Allaire, S.J., Le cimetière: dans l\u2019Histoire et selon le Droit.R.P.Augustin Leduc, O.P., Bulletin de Droit canonique.LE SENS DES FAITS.\u2014Le centenaire de l\u2019Hon.Casimir Dessaulles.\u2014 Dans l\u2019Ordre: Départ du T.R.P.Provincial.\u2014 Le carillon de Notre-Dame de Grâce.\u2014 Nouvelles diverses, par Fra Domenico.L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014R.P.Simon: Prœlectiones biblicœ.\u2014 H ovum Testamentum (A.P.) E.Langevin-Lacroix: Histoire de la paroisse Ste-Adèle (P.-M.G.) \u2014 Accusé de réception.DECEMBRE R.P.A Papillon, O.P., Jusqu'à Bethléem.R.P.M.-C.Forest, O.P., Coopération intellectuelle.Emile Baumann, Mon frère le Dominicain.R.P.Gonzalve Prou1^, O.P., Les pays de Mission.\u2014I.R.P.Aug.Leduc, O.P., Bulletin de Droit canonique.LE SENS DES FAITS\u2014L\u2019Ordre de St-Dominique et le Congrès Eucharistique de Bologne, par le R.P.Richer.\u2014 Une indulgence extraordinaire.\u2014 Le décès du R.P.Doyon, par le R.P.Béliveau.\u2014 Nouvelles diverses, par Fra Domenico.L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014R.P.Allô: Le scandale de Jésus (E.-A.L.) R.P.Gardeil: La structure de l\u2019âme et l'expérience mystique (L.B.) Bernard: La dame blanche (A.P.) Gouin: Médailles anciennes (A.P.) Table des Matières, année 1927.' ,(
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