Revue dominicaine, 1 mai 1933, Mai
[" XXXIXc année Le numéro : 20 sous Mai 1933 PER CON REVUE DOMINICAINE 4îVeinçS£' R.P.Thomas Charland, O.P.Ni Bossuet, ni Fénelon, mais S.Thomas.M.Hermas Bastien .La philosophie de l\u2019esprit.M.Henri Prat .La place des industries dans l\u2019é- chelle des valeurs humaines.R.P.A.Saint-Pierre .\u201cLa poésie canadienne-françai- se.\u201d LE SENS DES FAITS.\u2014 Un jubilé sacerdotal: Mgr Paquet, par le T.R.Forest.\u2014 L\u2019écolier russe, par le R.P.Labonte.\u2014 Dans l\u2019Ordre : Ordination.\u2014 Prédications.\u2014 Conférences.\u2014 Départ du T.R.P.Provincial, par Fra Domenico.L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014 Bélisle: Initiation pratique à la Bourse (G.-FI.L.) Lemaître: Sacerdoce, perfection et voeux (R.-M.V.) De Mauny: Les heures glorieuses du Pavillon des Missions (L.D.F.) Villier : Dictionnaire de spiritualité (H.G.) Bastien: Témoignages (M.-A.L.) Allaire: Un curé canadien (H.C.) Mgr Hiral : Elévations franciscaines \u2014 S.Thomas: Vers la perfection.REDACTION ET ADMINISTRATION 5375, Avenue N.-D.de Grâce, Montréal. Re vue Do minicaîne Publiée mensuellement Directeur'.R.P.M.-A.LAMARCHE, O.P.ABONNEMENTS (payables d\u2019avance).Au Canada: $2.00 \u2014 A l\u2019étranger: $2.25 Avec le Rosaire: 25 sous en plus par an.La Revue Dominicaine publie des articles touchant les Ecritures, la théologie, l\u2019apologétique ou le droit canon, et même des études de philosophie, d\u2019art, de littérature, de sociologie ou d\u2019histoire, pourvu que la religion ou la morale y soit concernée.La Revue Dominicaine n\u2019a pas de spécialité proprement dite dans le domaine religieux, mais elle accorde une attention particulière aux questions d\u2019apologétique et aux problèmes de société, envisagés surtout au point de vue canadien.La Revue Dominicaine publie des recensions et diverses chroniques, en s\u2019attachant moins au récit des faits et à l\u2019analyse des ouvrages qu\u2019à leur signification d\u2019ensemble.La Revue Dominicaine ne sera pas responsable des écrits des collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de Saint-Dominique.Prière d'adresser les communications littéraires : manuscrits, volumes, etc., au R.P.M.-A.Lamarche, O.P., 5375, Avenue Notre-Dame de Grâce, Montréal; et les communications administratives : abonnements, annonces, etc., à l'Oeuvre de Presse Dominicaine {même adresse.) '^1\t¦'\t.\u2014.i .ANNONCES REVUE DOMINICAINE\ti L.P.MORIN & FILS Enrg.ENTREPRENEURS-MENUISIERS MANUFACTURIERS DE PORTES, CHASSIS, JALOUSIES, MOULURES, DECOUPAGES, ETC., ETC.Spécialité : Bancs d\u2019Eglises, de Sacristies et d\u2019Ecoles Tout ouvrage fait promptement.Satisfaction garantie.Coin des rues St-Joseph et St-Antoine -\t-\t- St-Hyacinthe, P.Q.LA CORDONNERIE J.A.LEMAY REPARATIONS GENERALES PRIX RAISONNABLES \u2014 SATISFACTION GARANTIE 212, RUE CASCADES\t\u2014\tSAINT-HYACINTHE Tel.525 E A.GENDRON PEINTRE \u2014 DECORATEUR Peintures, Huiles, Vernis \u2014 Tapisseries, Electricité, Vitres 244, RUE CASCADES,\t\u2014\tSAINT-HYACINTHE Téléphone 500 LOUIS BOURGEOIS Limitée FERRONNERIE EN GROS ET DETAIL 104-110, St-Antoine \u2014 67-61, St-Simon, \u2014 Saint-Hyacinthe F.DAOUST, gérant\tTéléphone 59-w LA COMPAGNIE D\u2019EAU MINERALE Propriétaire du célèbre PHILUDOR 14S, RUE CONCORDE \u2014 SAINT-HYACINTHE ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS i ANNONCES REVUE DOMINICAINE Lisez *La Su rvivance* U organe officiel de VAssociation canadienne-ftançaise de V Alberta Cet hebdomadaire canadien-français est le plus éloigné de la provin* ce-mère.Si vous voulez être renseigné sur l\u2019oeuvre de survivance nationale et religieuse à laquelle s\u2019emploient les Franco-Albertains, abonnez-vous à leur porte-parole.Prix de l'abonnement: $2.00 par année LA SURVIVANCE, 9664, avenue Jasper, Edmonton, Alta.Téléphone Bell 310\tCarrosse No 2 JOSEPH BERTRAND COCHER Entrepreneur de Pompts funèbres 30, RUE LAFRAMBOISE, \u2014 SAINT-HYACINTHE Ecuries de louage, carrosses simples et doubles pour mariages, baptêmes.Automobile.EXPRESS Pharmacie L.P.GAUCHER Bachelier en Pharmacie GROS et DETAIL 223, RUE CASCADES, \u2014 SAINT-HYACINTHE Téléphone 86 Tél.Bureau: 95 ERNEST J.CHARTIER Commercant de BOIS et CHARBON 123, RUE GIROUARD \u2014 SAINT-HYACINTHE ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS ANNONCES REVUE DOMINICAINE 3 UN MOYEN D\u2019AIDER NOS MISSIONS S\u2019ABONNER OU ABONNER UN AMI A LE ROSAIRE REVUE MENSUELLE Prix:\tCanada, Etats-Unis, par la poste par zélatrice par la poste par zélatrice _______.35 25 ¦ \u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022¦¦a\t\u2022 W sJ .50 .40 ET VOUS AIDEREZ NOS MISSIONS EN LES FAISANT CONNAITRE ET AIMER GRATIS Cette montre ainsi que plusieurs beaux cadeaux tels que : Ustensiles d\u2019aluminium, lingerie, soie, coton, articles de toilette, couvre-lit, rideau, broderie estampée, etc., donnés à ceux qui voudront nos graines de jardin à 7 cents le paquet.Demandez notre catalogue et 50 paquets.L\u2019UNION DES JARDINIERS Enrg., Lévis P.Q.Tél.Bell 271 LAFRANCE &, SYLVESTRE Négociants et Importateurs d'Epiceries en gros 120, rue Saint-Antoine,\t\u2014\tSaint-Hyacinthe HENRI RAYMOND &, CIE ASSURANCE-FEU Représentant les meilleures compagnies non tarifées Tél.259\t\u2014 Saint-Hyacinthe, Qué.ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS * ANNONCES REVUE DOMINICAINE AYEZ-VOUS PREVU Que le Destin (même sans fatalité extraordinaire) peut, en vous enlevant soudain à l'affection des 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a négligé le grand côté, le point de doctrine qu\u2019il s\u2019agissait de faire prévaloir.Or, comme nous le verrons, la grande question qui divisait Bossuet et Fénelon était celle du pur amour.Bossuet ne donnait pas assez au désintéressement de la charité, et, de son côté, Fénelon en poussait trop loin les limites et la pratique.Si nous nous permettons de réveiller ici le souvenir de cette Querelle, c\u2019est qu\u2019il y fut souvent question de S.Thomas.Fénelon avait du mal à concilier les définitions thomistes de l\u2019espérance et de la charité.Bossuet s\u2019impatientait de l\u2019obscurité de S.Thomas et lançait cette boutade: \u201cAprès tout, il n\u2019est pas impossible que S.Thomas, très conforme à S.Augustin dans son tout, s\u2019embarrasse un peu plus que lui dans quelque partie de ses explications, et que ce Père qui donne toujours à la jouissance une seule et même idée inséparable de l\u2019amour de Dieu soit plus suivi et plus clair que son disciple\u201d.(1) Sans le caractère passionné et l\u2019allure pressée de la polémique, ils auraient mieux saisi la lucidité et la parfaite (1) Instruction sur les états d\u2019oraison, second traité (publié pour la première fois par E.Lévesque), Paris, Didot, 1897, p.159. 258 REVUE DOMINICAINE cohérence de l\u2019enseignement de S.Thomas.Examinons donc les théories de Bossuet et de Fénelon sur le désintéressement de la charité, et essayons de corriger ce que chacune d\u2019elles contient d\u2019erroné, à l\u2019aide des principes de S.Thomas lui-même.I Bossuet ne donnait pas assez au désintéressement de la charité.Il prétendait que le motif de notre béatitude n\u2019est absent d\u2019aucun acte raisonnable.Dans les dernières pages de son Instruction sur les états d\u2019oraison, il promettait un traité subséquent où il étudierait à fond la nature de la charité.Déjà il laissait percer son sentiment: \u201cOn montrera donc par l\u2019Ecriture et par les Pères, que c\u2019est le vœu et la voix commune de toute la nature, et des chrétiens comme des philosophes, qu\u2019on veut être heureux et qu\u2019on ne peut pas ne pas le vouloir, ni s\u2019arracher ce motif dans aucune des actions que la raison peut produire, en sorte que c\u2019en est la fin dernière, ainsi qu\u2019on le reconnaît dans toute l\u2019Ecole.C\u2019est donc une illusion d\u2019ôter à l\u2019amour de Dieu le motif de nous rendre heureux.L\u2019homme à qui l\u2019on veut faire accroire qu\u2019il peut n\u2019agir pas par ce motif d\u2019être heureux, ne se reconnaît plus lui-même, et croit qu\u2019on lui en impose en lui parlant d\u2019aimer Dieu, comme en lui parlant d\u2019aimer sans le dessein d\u2019être heureux\u201d.(1) C\u2019est ce qui indisposa Fénelon, et lui fit refuser l\u2019approbation qu\u2019il avait promise à l\u2019Instruction de Bossuet.Il avait trop à cœur le désintéressement de la charité, il lui répugnait de laisser triompher une théorie qui ridiculisait le pur amour, qui dégradait la charité \u201cen la réduisant au seul motif de l\u2019espérance\u201d (2).Il savait trop bien que Bossuet (1)\tInstruction sur les états d'oraison, premier traité, liv.10, n.29.Oeuvres complètes, éd.Lâchât, Paris, Vivès, 1862-6, t.XVIII, pp.645 646, 657.(2)\tBossuet, Réponse à une lettre de M.De Cambray, Oeuvres, \u2014 Oeuvres, éd.Versailles 1820-4, t.IV, p.173.A noter cependant que l\u2019espérance a pour motif formel la Toute-Puissance auxiliante de Dieu, et non le désir d\u2019être heureux. NI BOSSUET NI FENELON MAIS S.THOMAS 259 était en contradiction avec l\u2019Ecole et avec les saints.Il se hâta de composer son Explication des maximes des Saints, dont la publication devança d\u2019un mois celle de Vlnstruction de Bossuet.Jusque-là ils avaient été bons amis.La rupture se produisit et fut suivie d\u2019une querelle envenimée où Bossuet se montra aussi dur que Fénelon entêté.Bossuet était peu versé en haute spiritualité.Avant les conférences d\u2019Issy, \u201cil n\u2019avait jamais lu ni saint François de Sales, ni le bienheureux Jean de la Croix, ni ces autres livres mystiques, tels que Rusbrok, Harphius, Taulère, etc.\u201d (1) Dans la suite il dut concéder que Fénelon avait l\u2019Ecole pour lui (2).C\u2019est S.Augustin qu\u2019il avait surtout fréquenté.Il lui empruntait cette définition de la charité: motus animi ad fruendum Deo propter ipsum (3), qu\u2019il traduisait: un mouvement de l\u2019âme pour jouir de Dieu pour l\u2019amour de lui-même\u201d.On conçoit qu\u2019il n\u2019ait pu arriver à concilier cette définition avec celle de S.Thomas, bien que ce dernier ait invoqué ce texte de S.Augustin pour montrer que la charité est quelque chose de créé dans l\u2019âme.D\u2019ailleurs ne s\u2019exagérait-il pas l\u2019autorité de S.Augustin en faisant de lui \u201cle docteur de la charité comme de la grâce\u201d?(4) Ne l\u2019interprétait-il pas trop à la lettre en voulant le motif de la béatitude dans chacun de nos actes?\u201cVoici, disait-il, le principe inébranlable de S.Augustin, que personne ne révoqua jamais en doute: c\u2019est non seulement qu\u2019on veut être heureux, mais encore qu\u2019on ne veut que cela et qu\u2019on veut tout pour cela\u201d (5).Ce motif n\u2019est pas absent de la charité plus que du reste.\u201cEt comme il est impossible (1)\tFénelon: Réponse à l\u2019écrit intitulé Relation sur le Quiétisme.Oeuvres, t.VI, p.398.(2)\tBossuet, Réponse à une lettre de M.De Cambray, Oeuvres, t.XIX, p.153; Sommaire des Maximes des Saints, Ibid.p.479.(3)\tlia, II ae, q.3, a.2.Sed Contra.(4)\tLettre à Mme d\u2019Albert.Oeuvres, t.XXVIII, p.240.(5)\tRéponse à quatre lettres de Mgr l\u2019Archevêque Duc de Cambray.Oeuvres, t.XIX, p.543. 260 REVUE DOMINICAINE selon la nature de rien vouloir sans le vouloir pour être heureux, il est autant impossible à la charité de rien vouloir que pour jouir de Dieu\u201d.(1) Bossuet ne se départit jamais de cette conception de la charité, et c\u2019est à cause d\u2019elle que l\u2019entente ne se fit pas entre lui et Fénelon.\u201cCessez, disait-il, de séparer d\u2019avec les actes humains le motif de la béatitude, et d\u2019avec les actes de charité le désir de la jouissance et de l\u2019union; c\u2019est-à-dire de séparer de l\u2019amour ce qui fait partie de son essence.Je m\u2019attache à ce point dans cette lettre, parce que c\u2019est le point décisif\u201d.(2) Fénelon répliquait:\t\u201c.la véritable cause de nos différends est que M.de Meaux nie tout acte de charité qui n\u2019a pas le motif essentiel et inséparable de la béatitude qui est la seule raison d\u2019aimer\u201d (3).Si Bossuet restait en deçà, Fénelon, de son côté, allait au-delà des limites.Il poussait trop loin le désintéressement.Son livre: Les Maximes des Saints avait donné lieu à des alarmes.Quelques mois plus tard il écrivait pour répondre à certaines difficultés: \u201cTout le plan de mon livre se réduit à deux points essentiels.Le premier est de reconnaître que la charité, principale vertu théologale, est un amour de Dieu indépendamment du motif de la récompense, quoiqu\u2019on désire toujours la récompense dans l\u2019état de la charité la plus parfaite.Le second est de reconnaître un état de charité parfaite, où cette vertu prévient, anime toutes les autres, en commande les actes et les perfectionne sans leur ôter leurs motifs propres, ni leur distinction spécifique; en sorte que les âmes de cet état n\u2019ont plus d\u2019ordinaire aucune affection mercenaire ou intéressée\u201d (4).Malheureusement il ne s\u2019en était pas tenu rigoureuse- (1)\tIbid., p.544.(2)\tIbid., p.556, 564.(3)\tRéponse à l\u2019écrit intitulé Relation sur le Quiétisme.Oeuvres, t.VI, p.502.(4)\tInstruction pastorale sur le livre intitulé Explication des maximes des Saints.Oeuvres, t.IV, p.180. NI BOSSUET NI FENELON MAIS S.THOMAS 261 ment à ce plan.Du moins il ne s\u2019était pas exprimé avec la précision voulue, par exemple en décrivant le pur amour: \u201cIl y a un état habituel d\u2019amour de Dieu qui est une charité pure, et sans aucun mélange du motif de l\u2019intérêt propre.Alors on aime Dieu au milieu des peines, de manière qu\u2019on ne l\u2019aimerait pas davantage quand même il comblerait l\u2019âme de consolations.Ni la crainte des châtiments ni le désir des récompenses n\u2019ont plus de part à cet amour.On n\u2019aime plus Dieu ni pour les mérites ni pour la perfection ni pour le bonheur qu\u2019on doit trouver en l\u2019aimant.On l\u2019aimerait autant quand même, par supposition impossible, il devrait ignorer qu\u2019on l\u2019aime ou qu\u2019il voudrait rendre éternellement malheureux ceux qui l\u2019auront aimé.On l\u2019aime néanmoins comme souveraine et infaillible béatitude de ceux qui lui sont fidèles, mais on ne l\u2019aime pas plus par ce motif précis de notre bonheur et de notre récompense propre.L\u2019âme le veut pour soi, mais non pour l\u2019amour de soi.Tel est le pur et parfait amour\u201d.C\u2019était enseigner qu\u2019il y a en cette vie un état habituel de pur amour, où il n\u2019y a place ni pour la crainte des châtiments ni pour le désir des récompenses, où l\u2019on perd tout motif intéressé de crainte et d\u2019espérance.Et c\u2019est précisément cet état habituel et non l\u2019acte lui-même d\u2019amour pur qui a été condamné par Innocent XII.Fénelon était séduit par la beauté du principe du désintéressement.Bossuet se laissait émouvoir par les conséquences pernicieuses qui en découlaient.La théorie d\u2019un état habituel d\u2019amour pur aboutissait à la même conclusion que l\u2019acte continuel d\u2019amour pur de Molinos et de Mme Guyon.Parvenu à ce désintéressement habituel, pourquoi ne pourrait-on pas se dispenser des actes des autres vertus?Ne devrait-on même pas se les interdire comme des imperfections?Ainsi, par exemple, l\u2019acte d\u2019espérance, puisque cette vertu est essentiellement intéressée.Fénelon se gardait bien de vouloir exclure l\u2019espérance.Aussi proposait-il une espérance désintéressée qui pût s\u2019harmoniser avec son état d\u2019amour pur.En cela il ne craignait 262 REVUE DOMINICAINE pas de s\u2019écarter de S.Thomas.Il s\u2019en expliquait dans une première esquisse, restée manuscrite (1), des Maximes des Saints.Pour 1 amour, on ne trouvera aucun auteur spirituel qui puisse douter de son exercice dans une vie qui ne doit être que pure charité.Il ne peut donc rester de difficulté que sur l\u2019espérance.J\u2019avoue qu\u2019on a de la peine à l\u2019accorder avec le pur amour, si on n\u2019a point d\u2019autres idées de l\u2019espérance que celle qui nous est donnée par S.Thomas, et après lui par la plupart des scolastiques.Ils veulent que l\u2019espérance soit un désir d\u2019obtenir pour soi de la bonté de Dieu un bien difficile et douteux à acquérir.Comme ils disent qu\u2019espérer, c\u2019est désirer pour soi, ils attachent l\u2019espérance à I amour intéressé qu\u2019ils appellent amour de concupiscence, et ils l\u2019excluent du parfait amour, qui est le désintéressé, et auquel ils donnent le nom de charité ou d\u2019amour d amitié.Il reste à examiner comment l\u2019espérance qui est intéressée, suivant l\u2019idée qu\u2019en donne l\u2019école et qu\u2019elle nomme de concupiscence, peut s\u2019accorder avec l\u2019amour d\u2019amitié.Ce n est pas une difficulté qui regarde particulièrement les spirituels, elle regarde l\u2019école entière.J\u2019avoue qu\u2019après y avoir bien pensé, j\u2019aurais de la peine à m\u2019arrêter aux idées de S.Thomas et de l\u2019école, quand je pense que l\u2019espérance est mise par toute l\u2019Eglise, avec la foi et la charité au rang des vertus théologales, et que S.Paul nous assure que c\u2019est par 1 espérance que nous sommes sauvés: spe salvi facti sumus.Je ne puis comprendre que l\u2019espérance soit par son imperfection incompatible avec la pure charité.J\u2019aimerais mieux changer la définition de l\u2019espérance que S.Thomas n\u2019a peut-être fondée que sur les idées philosophiques d Aristote.Ne peut-on pas supposer qu\u2019il y a deux espérances comme deux amours, et que l\u2019espérance intéressée répondant à l\u2019amour de concupiscence, l\u2019espérance désintéressée répond à l\u2019amour d\u2019amitié?On pourrait même défi- (1) Retrouvée par E.Lévesque, et communiquée à l\u2019abbé J.Pas-quier, qui en a publié des extraits dans \u201cQu'est-ce que le Quiétisme?\u201d Paris, Bloud, 1910.p.101 - 4. NI BOSSUET NI FENELON MAIS S.THOMAS 263 nir l\u2019espérance désintéressée un désir des biens éternels en tant que difficiles et douteux à acquérir, mais un désir excité par le seul bon plaisir de Dieu et pour sa pure gloire.Un tel acte d\u2019espérance serait distingué de l\u2019acte de charité par la circonstance de la difficulté qui rend le bien douteux.D\u2019un autre côté, cet acte serait distingué d\u2019un acte d\u2019espérance intéressée par le motif de la pure gloire de Dieu et de son bon plaisir sans mélange d\u2019intérêt propre.Par là, on peut concilier, ce me semble, la charité pure avec l\u2019espérance.Mais enfin ce désir est ou une espérance formelle ou quelque chose de plus parfait qui la renferme éminemment, et qui satisfait encore plus parfaitement au précepte que l\u2019espérance intéressée.\u201d C\u2019était concilier l\u2019espérance avec la charité, mais en en faisant rien moins qu\u2019un acte de charité.C\u2019était l\u2019exclure, puisque de sa nature elle est intéressée.Et c\u2019est ce qui a valu à Fénelon d\u2019être condamné.Une autre erreur que contenait le livre des Maximes des Saints, c\u2019est que le désintéressement de la charité peut aller jusqu\u2019au sacrifice absolu de la béatitude, du moins dans les dernières épreuves de la vie intérieure.Les Conférences d\u2019Issy avaient expressément autorisé un sacrifice purement conditionnel, pour les âmes éprouvées: \u201cOn peut aussi inspirer aux âmes peinées et vraiment humbles une soumission et un consentement à la volonté de Dieu, quand même, par une très fausse supposition, au lieu des biens éternels qu\u2019il a promis aux âmes justes, il les tiendrait par son bon plaisir dans des tourments éternels, sans néanmoins qu\u2019elles soient privées de sa grâce et de son amour, qui est un acte d\u2019abandon parfait et d\u2019un amour pur pratiqué par des Saints, et qui le peut être utilement avec une grâce très particulière de Dieu, par les âmes vraiment parfaites\u201d.Cet article, le 33 ème, est un des quatre qui furent adjoints aux trente, à la demande de Fénelon récemment promu à Cambrai, et à ce titre, associé à la Commission. 264 REVUE DOMINICAINE Ce sacrifice hypothétique offusquait Bossuet, qui avait moins fréquenté les mystiques.Il avait dû pourtant se rendre à l\u2019évidence.Mais de son côté Fénelon ne s\u2019en était pas tenu au sacrifice autorisé par cet article.Dans ses Maximes des Saints, il écrivait: \u201cIl est constant que tous les sacrifces que les âmes les plus désintéressées font d\u2019ordinaire de leur béatitude éternelle, sont conditionnels.On dit: Mon Dieu, si par impossible vous vouliez me condamner aux peines éternelles de l\u2019enfer, sans perdre votre a-mour, je ne vous aimerais pas moins.Mais ce sacrifice ne peut être absolu dans l\u2019état ordinaire.Il n\u2019y a que le cas des dernières épreuves où ce sacrifice devient en quelque manière absolu.Alors une âme peut être invinciblement persuadée d\u2019une persuasion réfléchie et qui n\u2019est pas le fond intime de la conscience, qu\u2019elle est justement réprouvée de Dieu.Dans cette impression involontaire de désespoir, elle fait le sacrifice absolu de son intérêt propre pour l\u2019éternité, parce que le cas impossible paraît possible et actuellement réel, dans le trouble et l\u2019obscurcissement où elle se trouve\u201d.Il s\u2019agissait bien de la béatitude et du sacrifice absolu.Bossuet releva l\u2019erreur.Mais Fénelon s\u2019en défendit.Avec la subtilité et la souplesse qui le caractérisaient, il trouva moyen d\u2019expliquer qu\u2019il avait voulu signifier autre chose par \u201cle sacrifice absolu de son intérêt propre pour l\u2019éternité\u201d.\u201cSi l\u2019on entendait par intérêt, le souverain bien, le sacrifice absolu de l\u2019intérêt serait un acte de vrai désespoir, et le comble de l\u2019impiété.Mais quand on n\u2019entend par intérêt propre que l\u2019affection mercenaire qui vient d\u2019un amour naturel de nous-mêmes, il s\u2019ensuit clairemnt que ce sacrifice absolu ou acquiescement simple ne peut jamais tomber que sur le contentement de cet amour naturel, dans lequel consiste la propriété des âmes qui sont encore mercenaires\u201d.(1) (1) Instruction pastorale sur le livre intitulé Explication des Maximes des Saints.Oeuvres, IV, p.198. NI BOSSUET NI FENELON MAIS S.THOMAS 265 Ces explications n\u2019empêchèrent pas sa condamnation.Car il gardait toujours son idée que l\u2019espérance peut être désintéressée et que l\u2019espérance intéressée n\u2019est qu\u2019une espérance naturelle, un attachement mercenaire, une imperfection qu\u2019il faut bannir de l\u2019état d\u2019amour pur.Le tort de Fénelon était donc de faire de l\u2019amour pur un état habituel où le motif propre et l\u2019exercice distinct des autres vertus, de l\u2019espérance en particulier, n\u2019étaient pas assez sauvegardés, et d\u2019admettre un sacrifice absolu de la béatitude ne fût-ce que dans les dernières épreuves de la vie intérieure.Bossuet se trompait en niant que l\u2019on puisse séparer de l\u2019amour de Dieu le motif de notre béatitude.Au point de vue de la nature de la charité, son erreur était plus grave que celle de son adversaire.Il aurait pu être condamné tout autant, s\u2019il eût été déféré à Rome.Mais c\u2019est le Quiétisme qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019étouffer.Et comme l\u2019état habituel d\u2019amour pur de Fénelon rappelait trop la doctrine de Moli-nos que Rome venait de censurer, il ne put échapper à un jugement sévère.Il nous reste à établir, contre Bossuet et contre Fénelon, la véritable idée qu\u2019il faut se faire du désintéressement de la charité, d\u2019après les principes de S.Thomas lui-même.II Bossuet avait tort de nier que l\u2019on puisse séparer de l\u2019amour de Dieu le motif de notre béatitude.La charité est intéressée dans son objet mais ne l\u2019est pas dans son motif.Le Dieu qu\u2019elle aime, c\u2019est le Dieu consommateur de notre béatitude, c\u2019est la Bonté divine en rapport avec nous.Mais le motif qui la fait aimer, c\u2019est la Bonté divine prise en elle-même (1).Telle est la doctrine de S.Thomas sur le désintéressement de la charité.Nous allons l\u2019ex- (1) II a II ae, q.23, a.5, ad 2 um ; I a, q.60.a.5, ad 2 um. 266 REVUE DOMINICAINE pliquer, puis la conciler avec le principe de la tendance au bonheur sur lequel Bossuet s\u2019appuyait.L\u2019aimant ne peut pas ne pas faire état de l\u2019aimé, de la convenance de l\u2019aimé par rapport à lui: telle est la loi fondamentale de l\u2019amour.Vouloir pousser le désintéressement jusque sur ce terrain, ce serait sacrifier l\u2019amour lui-même, en lui enlevant son support indispensable.Sans la convenance de l\u2019objet à la faculté, il n\u2019y a plus la proportion requise pour leur rapprochement, pour leur union.Notre oeil ne voit pas tout ce qui est visible, mais uniquement ce qui est visible pour lui.De même notre amour ne va qu\u2019à ce qui est bon pour nous, par rapport à nous.Dès lors tout a-mour est intéressé dans son objet.Il y a là une exigence de nature qu\u2019il n\u2019est pas en notre pouvoir d\u2019écarter.La charité elle-même y est soumise, puisque la grâce ne détruit pas la nature.Que Dieu soit notre bien: voilà donc la condition (1).Si Dieu n\u2019avait pas raison de bien pour nous, nous ne trouverions pas moyen de l\u2019aimer.Mais là où le désintéressement a sa place, c\u2019est dans le motif que nous assignons à notre amour.Il dépend de nous qu\u2019il soit intéressé ou non.\u201cBien qu\u2019il n\u2019y ait d\u2019aimable pour chacun que ce qui est bon pour lui, dit S.Thomas, il n\u2019est cependant pas nécessaire que nous fassions de sa bonté pour nous le motif de notre amour pour lui\u201d (2).Nous n\u2019aimons Dieu qu\u2019en tant qu\u2019il est objet de notre béatitude; mais nous ne l\u2019aimons pas nécessairement parce qu\u2019il est objet de notre béatitude.Nous pouvons aimer Dieu à cause de sa Bonté prise en elle-même.Nous le devons même, car elle est plus aimable en elle-même que par rapport à nous.La charité nous fait aimer Dieu comme notre fin.Et précisément parce qu\u2019il est notre fin, il a raison de bien vis à vis de nous.Il nous est bon d\u2019adhérer à lui.Nous trouverons la béatitude, le bon- NI BOSSUET NI FENELON MAIS S.THOMAS 267 heur parfait, dans l\u2019union définitive et complète avec lui.Mais précisément aussi parce qu\u2019il est notre fin, nous ne devons pas l\u2019aimer pour ce motif qu\u2019il fera notre bonheur.Ce serait le faire servir à nous rendre heureux, rapporter uniquement à nous le bien que nous aimons en lui.Il n\u2019aurait plus raison de fin, mais de moyen.Parce que la charité porte sur Dieu comme fin, c\u2019est à elle que revient de nous ordonner tout entier à lui, de rapporter à lui jusqu\u2019à la jouissance que nous attendons de lui.C\u2019est là son trait caractéristique et c\u2019est ce qui fait qu\u2019elle est le désintéressement même.Dieu est le vrai terme de son mouvement.Elle ne revient pas sur elle-même.Elle l\u2019aime uniquement à cause de lui et non à cause de quelque profit à retirer.Elle passe de l\u2019amour de Dieu bon pour nous à l\u2019amour de Dieu bon en lui-même.Dans le don que Dieu fait de sa béatitude, elle s\u2019oublie elle-même pour ne voir que la main qui donne; elle ne s\u2019arrête pas au don, mais à la bonté qui le départit.En donnant à la charité la béatitude pour motif, Bossuet n\u2019entendait certainement pas vouloir faire servir Dieu à nous rendre heureux.C\u2019est trop odieux pour qu\u2019il l\u2019ait soutenu.N\u2019empêche que sa façon de s\u2019exprimer le laissait supposer.Il voulait appliquer à la charité le principe de la tendance au bonheur qui régit toute l\u2019activité humaine: tout ce que l\u2019homme veut, il le veut à cause de la fin ultime, qui est la béatitude.Voyons donc, d\u2019après S.Thomas, comment entendre ce principe, puis comment l\u2019accorder avec cet autre: la charité aime Dieu à cause de lui-même et non à cause de notre béatitude.D\u2019abord il ne saurait être question de l\u2019intention actuelle de la béatitude dans chacun de nos vouloirs.Il suffit de s\u2019être déjà proposé une fin pour que la vertu de cette première intention demeure dans les vouloirs subséquents.Il s\u2019en faut qu\u2019à chaque pas le voyageur doive penser au but 268 REVUE DOMINICAINE vers lequel il se dirige.Que faut-il de plus que l\u2019expérience pour attester que le souci de notre bonheur n\u2019intervient pas dans toutes nos démarches à titre de motif réfléchi?Médina, O.P.(1) ajoute qu\u2019il n\u2019est même pas nécessaire d\u2019avoir déjà envisagé délibérément la fin ultime une première fois: \u201cOn peut vouloir tout pour la fin dernière, quand même on ne l\u2019aurait jamais conçue ni désirée.\u201d C\u2019est que par leur nature même les fins particulières sont ordonnées à la fin ultime, tout comme les biens particuliers et imparfaits ont une connexion naturelle avec le bien parfait.Par conséquent le vouloir de la fin dernière est contenu virtuellement dans tous nos vouloirs particuliers.On ne peut donc s\u2019arracher l\u2019intention de sa béatitude dans aucun de ses actes, pas même dans celui de charité.Quand on dit qu\u2019on ne peut pas ne pas vouloir être heureux dans tout ce qu\u2019on fait, le sens n\u2019est pas autre que celui-ci: On ne peut renoncer à être heureux dans aucun de ses actes.Mais de là à dire qu\u2019on ne puisse oublier son bonheur, faire abstraction de la recherche de sa béatitude dans la charité, c\u2019est trop fort; c\u2019est réduire l\u2019amour de charité à l\u2019amour d\u2019espérance, comme Fénelon le reprochait à Bossuet.Oublier son bonheur ce n\u2019est pas y renoncer.Cet oubli n\u2019est pas impossible puisque la tendance nécessaire au bonheur n\u2019est pas une tendance délibérée, puisque la recherche de la béatitude ne se retrouve pas à titre de motif réfléchi dans tous nos actes.Par la charité nous nous désintéressons de notre bonheur puisque par elle nous le rapportons à lui.Mais alors comment concilier ces deux choses: 1° nous aimons Dieu uniquement pour ce motif qu\u2019il est bon en lui-même; 2° Tout ce que nous voulons, nous le voulons en vue de notre fin dernière, la béatitude.Dans un passage de son commentaire sur le IVe livre des Sentences (2), saint Thomas explique clairement comment Dieu est notre fin dernière, à laquelle nous rapportons (1)\tIn I am II ae.q.I, a.6.(2)\td.19, q.I, a.8, questiuncula I, ad 3 um. NI BOSSUET NI FENELON MAIS S.THOMAS 269 tout même notre béatitude; et comment cette béatitude demeure quand même notre fin dernière: \u201cAd tertium dicen-dum quod duplex est diligibile; unum quod diligitur per mo-dum benevolentiæ, quando volumus bonum alicui propter seipsum; sicut diligimus amicos, etiam si nihil ex eis debeat accidere.Aliud quod diligitur dilectione concupiscientiæ, et hoc est vel bonum quod in nobis est, vel quia ex eo in nobis aliquod bonum fit; sicut diligimus delectationem vel vinum in quantum facit delectationem.Quidquid autem diligitur dilectione concupiscientiæ non potest esse ultimum dilectum cum ad bonum alterius referatur, ejus scilicet cui concupis-citur; sed illud quod diligitur amore benevolentiæ potest esse ultimum dilectum.Beatitudo ergo creata quæ in nobis est non diligitur nisi dilectione concupiscentiæ; unde ejus dilec-tionem referimus ad nos et per consequens referimus earn in Deum, cum et nos in Deum referre debeamus; et ita non potest esse ultimum dilectum; est tamen ultimum concupitum ex hoc ipso quod est maximum bonum quod nobis ex con-junctione ad Deum provenit; et ideo dicitur esse propter se quæsitum vel desideratum; utrumque enim importât aliquid ultimum in his quæ diliguntur amore concupiscentiæ.Etsi enim Deus concupiscitur, tamen idem est concupiscere Deum et maximum bonum, quod nobis ex Deo provenit, sicut idem est concupiscere vinum et effectum vini in nobis, puta delectationem\u201d.On le voit, tout tient entre la distinction de l\u2019amour de convoitise et l\u2019amour de bienveillance (1).La béatitude est l\u2019objet du premier, Dieu est l\u2019objet du second.Et comme ce qui est aimé d\u2019amour de convoitise est subordonné à ce qui est aimé d\u2019amour de bienveillance, c\u2019est Dieu et non la béatitude qui est notre vraie fin dernière.N\u2019empêche que la béatitude est notre fin dernière relative.Dieu est notre fin dernière absolue, simpliciter, parce qu\u2019il est Yultimum dilectum, le terme dernier de notre amour; la béatitude est notre (1) Voir notre article Philosophie de l\u2019amitié, Revue Dominicaine, livraison d\u2019avril. 270 REVUE DOMINICAINE fin dernière relative, subordonnée, parce qu\u2019elle est Vulti-mum concupitnm, le terme dernier de notre recherche, de notre convoitise.Or c\u2019est la charité qui nous fait rapporter à Dieu la béatitude que nous trouvons ou espérons trouver en lui.Et pourquoi agit-elle ainsi, sinon parce que Dieu est plus aimable à cause de lui-même qu\u2019à cause du profit qui nous vient de lui?Son motif n\u2019est donc pas autre que celui de la Bonté divine prise en elle-même.Nous concéderions volontiers à Bossuet que nous pouvons aimer Dieu pour le motif de notre béatitude en ce sens que nous pouvons ordonner notre acte de charité à la béatitude comme à sa récompense.Elle n\u2019est pas indigne de lui.Et elle se trouve alors être la fin de notre amour sans être celle de notre aimé (1).Mais si nous n\u2019allons pas plus loin, notre charité ne dépasse guère la perfection de l\u2019amour d\u2019espérance.Pour S.Thomas, (2), la charité doit tout rapporter à Dieu, même la récompense qu\u2019elle attend de lui.Il est donc bien vrai que Bossuet ne donnait pas assez au désintéressement de cette divine amitié.Fénelon distinguait parfaitement le motif de la charité de son objet: \u201cOn l\u2019aime néanmoins comme souveraine et infaillible béatitude de ceux qui lui sont fidèles: on l\u2019aime comme notre bien personnel comme notre récompense promise, comme notre tout.Mais on ne l\u2019aime plus par ce motif précis de notre bonheur et de notre récompense propre\u201d.Son erreur consistait à faire du pur amour un état habituel d\u2019où l\u2019espérance était exclue.Etant intéressée, cette vertu, n\u2019a plus de place dans une vie où tout n\u2019est que désintéressement.Il se défendait de vouloir en supprimer l\u2019exercice.Aussi proposait-il une espérance désintéressée.Car il ne voyait pas comment S.Thomas pouvait accorder cette vertu avec celle de la charité en les définissant comme il les définit.Leur accord n\u2019est pourtant pas un mystère.S.Tho- (1)\tIn III Sent., d.29, q.I, a.4.(2)\tIn IV Sent.d.49, q.I, a, 2, questiuncula, ad 3 um. NI BOSSUET NI FENELON MAIS S.THOMAS 271 mas a montré que non seulement l\u2019espérance intéressée est compatible avec la charité désintéressée; mais qu\u2019elle est même rendue plus vive par l\u2019arrivée de cette dernière dans l\u2019âme.Dans un article de la Somme (1), il s\u2019était demandé si la charité passe avant l\u2019espérance.Voici sa réponse: Selon l\u2019ordre de génération l\u2019imparfait précède le parfait, et y achemine; mais selon l\u2019ordre de perfection c\u2019est le parfait qui est le premier.Or dans la charité, il y a cet amour parfait qui nous fait aimer Dieu comme un ami, i.e.pour lui-même uniquement; tandis qu\u2019au fond de l\u2019espérance il y a cet amour imparfait qui nous le fait aimer comme une chose que l\u2019on convoite, car celui qui espère vise à obtenir quelque chose pour lui-même.Donc selon l\u2019ordre de génération l\u2019espérance passe avant la charité, et elle contribue à l\u2019introduire, car de même que celui qui craint d\u2019être puni de Dieu cesse de pécher contre lui et en vient ainsi à l\u2019aimer, celui qui espère être récompensé en vient à aimer Dieu et à garder ses préceptes.Mais selon l\u2019ordre de perfection, c\u2019est la charité qui est la première.Et quand elle survient, l\u2019espérance gagne en force, car si c\u2019est de ses amis qu\u2019on attend davantage, comment ne se prendrait-on pas à espérer davantage du Dieu qui est devenu le nôtre?Mais enfin, comment l\u2019amour intéressé qui est à la base de l\u2019espérance peut-il coexister avec l\u2019amour désintéressé qui est de l\u2019essence même de la charité?C\u2019est que cet amour d\u2019espérance n\u2019est pas un amour de pure convoitise.Il est intéressé dans son objet, comme tout amour, mais pas dans son motif.Sans doute il nous fait aimer le bien divin pour nous, mais non à cause de nous: pro nobis, non propter nos.\u201cL\u2019amour que nous pratiquons en l\u2019espérance, 1 héotime, va certes à Dieu, mais il retourne à nous; il a son regard en la divine Bonté mais il a de l\u2019égard à notre utilité; il tend à cette suprême perfection mais il prétend no- (1) Il a, II ae, q.17, a.8. 272 REVUE DOMINICAINE tre satisfaction.Et partant cet amour est voirement a-mour, mais amour de convoitise et intéressé.Je ne dis pas toutefois qu\u2019il revienne tellement à nous qu\u2019il nous fasse aimer Dieu seulement pour l\u2019amour de nous: O Dieu, nenny, il y a bien de la différence entre cette parole: J\u2019aime Dieu pour le bien que j\u2019en attends, et celle-ci: Je n\u2019aime Dieu que pour le bien que j\u2019en attends.Comme aussi c\u2019est chose bien diverse de dire: J\u2019aime Dieu pour moi, et dire: J\u2019aime Dieu pour l\u2019amour de moi (1)\u201d.Celui qui espère se regarde comme la fin cul du bien qu\u2019il aime i.e.à laquelle il rapporte ce bien, et non comme la fin cujus gratia, i.e.en vertu de laquelle il veut ce bien.Cette fin cujus gratia, c\u2019est la charité qui l\u2019ajoutera.Ce sera son motif: la bonté divine prise en elle-même.Le motif propre à l\u2019espérance est un motif de secours.Il n\u2019a pas de rapport à la bonté divine, mais à la toute-puissance divine.Car si l\u2019espérance a à sa base un amour, elle n\u2019est pas formellement un amour.Son objet c\u2019est le bien, mais le bien envisagé sous son aspect ardu.Son motif est par suite l\u2019aide sur lequel elle compte pour arriver à posséder ce bien.Dans le texte de l\u2019édition qui fut publiée des Maximes des Saints, on ne retrouve plus de traces de l\u2019embarras de Fénelon.S.François de Sales y est cité pour montrer comment l\u2019espérance se concilie avec la charité.Fénelon y reconnaît en outre qu\u2019en orientant tous les actes des autres vertus à sa fin, la charité devient leur forme, sans cependant substituer son motif aux leurs.Toutefois il ne sauvegarde pas encore suffisamment l\u2019exercice distinct de ces vertus et en particulier de l\u2019espérance.L\u2019amour d\u2019espérance est imparfait sans doute, mais relativement à la charité, non en soi.L\u2019amour désintéressé ne saurait le remplacer toujours avantageusement.Dieu (1) S.François de Sales: Traité de l\u2019amour de Dieu, liv.II, ch.17. NI BOSSUET NI FENELON MAIS S.THOMAS 273 a élevé l\u2019espérance au rang des vertus surnaturelles, parce qu\u2019il voulait que nous trouvions dans la perspective de la récompense un puissant ressort pour accomplir le bien.Et puis, à certaines heures, quand les tentations de désespoir assaillent une pauvre âme, il n\u2019y a de remède que dans l\u2019espérance (1) qui s\u2019attache inébranlablement à Dieu et non dans le renoncement à son salut, fût-ce par amour.La seconde erreur de Fénelon sur le désintéressement de la charité était d\u2019admettre un sacrifice absolu de la béatitude, du moins pour les dernières épreuves de la vie intérieure.Ce sacrifice est impossible.Le désir de la béatitude est un désir nécessaire, même dans l\u2019ordre surnaturel; nous n\u2019en sommes pas maîtres.Nous pouvons en faire abstraction, puisqu\u2019il n\u2019intervient pas dans tous nos actes à titre de motif réfléchi; mais nous sommes impuissants à l\u2019arracher de nos coeurs.Renoncer à sa béatitude, ce serait consentir à sa damnation, ce serait vouloir le mal pour le mal.Puisque cette béatitude est notre fin ultime, nous ne pouvons en ordonner l\u2019abandon à un autre bien.On peut encore moins le faire par amour de Dieu.Ce serait à la fois vouloir être uni à lui et être éloigné de lui.L\u2019amour qui renonce à l\u2019union travaille à sa propre destruction.Les extravagances qu\u2019on rencontre à ce sujet dans la vie de certains saints ne sont que des excès de langage auxquels les conduisaient les transports de leur amour.Tous les sacrifices qu\u2019ils ont faits de leur salut n\u2019ont jamais été que des sacrifices conditionnels.Ils reposaient sur des suppositions fausses, sur des hypothèses impossibles.Fénelon l\u2019admettait.Pourquoi faut-il qu\u2019il ait reconnu, un peu plus loin, la possibilité d\u2019un sacrifice absolu pour certaines âmes que tourmente la persuasion de leur damnation?S.Thomas (2) lui-même a supposé le cas, impossible selon les voies ordinaires de la Providence, où quelqu\u2019un aurait (1)\tL\u2019acte d\u2019espérance est alors commandé par un précepte naturel.(2)\tDe Veritate, q.23., a.8., ad 2 um. 274 REVUE DOMINICAINE eu révélation de sa réprobation, et il affirme que cette personne ne devrait pas désespérer de son salut, mais se persuader que c\u2019est une simple menace et non une prédiction absolue.Fût-elle amenée à y voir une telle prédiction, elle serait tenue de consentir à sa damnation, non pas d\u2019une façon absolue, mais en conformité avec la justice de Dieu, qui ne veut damner que ceux qui s\u2019obstinent dans leur péché.Vouloir sa damnation absolument, ce serait conformer sa volonté non à celle de Dieu, mais à celle du péché.S.Thomas concilie donc parfaitement, d\u2019une part la tendance nécessaire au bonheur dans tous nos actes avec le motif désintéressé de l\u2019amour de charité, et d\u2019autre part Ja pratique d\u2019une espérance intéressée avec les élans du plus pur amour.Mais, encore une fois, il ne faut pas s\u2019étonner que la fumée du combat ait voilé quelque peu la lucidité et la cohérence de cet enseignement aux yeux de Bossuet e de Fénelon, et que, partis de positions extrêmes, ni l\u2019un ni l\u2019autre n\u2019aient pu arriver à tirer S.Thomas de leur côté.Thomas-M.Charland, O.P.Ottawa, avril, 1933. La philosophie de l\u2019esprit La plus vivante originalité de Jacques Maritain, c\u2019est de démontrer la valeur de la métaphysique de saint Thomas en exposant la supériorité des solutions doctrinales de la sagesse thomiste sur les conclusions des philosophes modernes.Il est peu de problèmes dont l\u2019idéalisme, celui de La-chelier, de Ravaisson ou d\u2019Emerson, réclame avec plus d\u2019ardeur l\u2019exclusive solution que celui de la nature de l\u2019esprit.L\u2019idéalisme nous avait appris à concevoir l\u2019être non sous des formes objectives de phénomèmes mais sous la forme subjective d\u2019une action spirituelle, action spirituelle qui veut être un effort pour organiser le tout physique du monde et le tout moral de l\u2019humanité.D\u2019après ce postulat, l\u2019idéaliste ne distingue plus le problème de l\u2019être et le problème de l\u2019esprit.Laissant à la science positive la tâche de scruter les choses, l\u2019idéalisme ne veut être qu\u2019une science de la connaissance.Selon cette philosophie réflexive, l\u2019esprit est un dynamisme pur, récusant tout schéma logique et réclamant une radicale liberté.On ne doit conséquemment pas prêter à l\u2019esprit une structure précise ni le réduire à une série de fonctions ayant chacune un mécanisme propre.Laissez l\u2019esprit produire son objet qu\u2019il étudie dans un labeur jamais exhaustif.L\u2019esprit, c\u2019est un élan qu\u2019on ne saurait définir et où, conséquence logique, on ne peut déterminer ni degrés ni hiérarchie, d\u2019après l\u2019objet.Cette conception idéaliste est bien éloignée de la métaphysique pour qui l\u2019esprit est un faisceau de facultés.Une structure ou un dynamisme pur voilà le dilemme.Le réalisme concède qu\u2019un dynamisme concret pousse l\u2019invention 276 REVUE DOMINICAINE à ajouter connaissance à connaissance, mais il ajoute que si dans l\u2019ordre concret, c\u2019est-à-dire, envisagée dans le sujet pensant, une connaissance ne ressemble qu\u2019à elle-même, spéculativement, une connaissance ressemble à une autre connaissance et il y a une idée de la connaissance.Il faut donc que l\u2019esprit ait une structure si l\u2019on veut que la philosophie réflexive se distingue de l\u2019expérience de l\u2019esprit elle-même.Au contraire, l\u2019effort de l\u2019esprit sera une création, si son mouvement n\u2019est point dirigé, grâce à des fins préexistantes, vers des objets réels.Les progrès de la philosophie et de la science sont inexplicables sans ce primat de l\u2019être sur l\u2019esprit.Une réalité finie, douée d\u2019un mécanisme particulier et qui requiert la sollicitation d\u2019un objet externe pour passer de la puissance à l\u2019acte, voilà l\u2019esprit humain, infini en lui-même parce que esprit mais borné parce que humain.C\u2019est en regard des insuffisances de l\u2019idéalisme que Jacques Maritain expose les données principales du réalisme thomiste, dans son beau livre Les degrés du savoir (1).A travers les chapitres d\u2019une extrême densité consacrés aux degrés du savoir rationnel et du savoir supra-rationnel, il répond à la question: qu\u2019est-ce que l\u2019esprit?en montrant la liaison naturelle qui unit philosophie de l\u2019être et philosophie de l\u2019esprit.\u201cNous espérons montrer, écrit le philosophe dans sa préface, que le réalisme thomiste permet d\u2019explorer dans son intimité l\u2019univers de la réflexion.ainsi la philosophie de l\u2019être est, en même temps et par excellence, une philosophie de l\u2019esprit\u2019\u2019.Son nouveau livre n\u2019est point un traité didactique.C\u2019est une méditation sur certains thèmes qui s\u2019enchaînent.Tout en se maintenant dans la ligne formelle de la métaphysique thomiste, il a essayé de défricher le terrain et de reculer les frontières de la synthèse thomiste.Ce défrichement exige des reprises que Maritain n\u2019ignore pas.Il reste cpendant dans la tradition spirituelle du tho- (1) Chez Desclée et Cie, Paris, 1932. LA PHILOSOPHIE DE L\u2019ESPRIT 277 misme qui est une doctrine infiniment assimilatrice et progressive.Sans ce caractère, on ne pourrait expliquer comment le thomisme a pu résister, des siècles durant, aux luttes les plus violentes, et maintenant, au fractionnement de la pédagogie destinée à le monnayer.L\u2019idéalisme, réduisant l\u2019esprit au pur mouvement, se fait de l\u2019opération spirituelle une représentation univoque.\u201cC\u2019est, note Maritain, étaler l\u2019esprit sur un même plan d\u2019in-tellection\u2019\u2019, en faire, \u201cun univers à deux dimensions, un monde infiniment plat\u201d.Au contraire, le réalisme thomiste reconnaît à l\u2019esprit \u201cune structure, une hiérarchie interne de causalités et de valeurs\u201d.Il le représente donc comme un univers à plusieurs dimensions.Il se croit fondé à penser que les quatre dimensions dont parle saint Paul ne s\u2019appliquent pas seulemnt à l\u2019hypershère de la contemplation mais, d\u2019une façon générale, à la structure fondamentale des choses de l\u2019esprit.Il y a donc des degrés dans le savoir.Pour unir ces degrés en une synthèse de la connaissance, il importe d\u2019abord de distinguer.Le thomisme met en lumière, outre le mouvement de l\u2019esprit, la grande loi de l\u2019insatisfaction dans la sécurité des certitudes acquises, insatisfaction qui pousse l\u2019esprit, à partir de la connaissance sensible, à élargir sa vie propre en l\u2019engageant dans des mondes de connaissances différents mais solidaires.Il indique dans son beau livre les modalités de cette ascension et les lois de ce passage d\u2019une connaissance à une autre plus exhaustive.Après une introduction sur la grandeur et la misère de la métaphysique, Jacques Maritain étudie le premier degré du savoir que représentent les sciences expérimentales; il établit les principes d\u2019une philosophie de l\u2019intelligence.Ce chapitre pose le philosophe en pleine métaphysique critique, point de vue d\u2019où il étudiera ensuite les autres échelons du savoir humain.Deux autres chapitres ont pour objet la philosophie de la nature, surtout dans ses rapports avec la physique, et la connaissance métaphysique, dans ses rapports avec la théologie négative.Il passe enfin à la con- 278 REVUE DOMINICAINE naissance de la foi et aux degrés du savoir supra-rationnel, dont la forme la plus parfaite est l\u2019expérience mystique.Le volume se ferme par des considérations sur deux cas; la sagesse augustinienne et la contemplation d\u2019après un Jean de la Croix.Un ensemble aussi compréhensif du problème qui inclut l\u2019expérience physique et l\u2019expérience mystique, dont la valeur philosophique est également étayée sur les certitudes rationnelles de la métaphysique et de la critique permet à l\u2019auteur de montrer la diversité et la compatibilité des zones de savoir parcourues par l\u2019esprit en quête d\u2019être.La connaissance scientifique n\u2019a pas la structure de la connaissance métaphysique et celle-ci est autre que la connaissance mystique.A chacune son objet propre, mais entre chacune s\u2019avèrent des analogies profondes.A l\u2019une comme à l\u2019autre est requise une chose en face d\u2019elle.Une unité formelle les relie toutes.La physique se borne au mesurable mais la philosophie réflexive aperçoit dans la pensée scientifique des références à l\u2019ontologie.L\u2019arrière-plan jamais atteint par le savant est un absolu ontologique.La connaissance métaphysique et la connaissance mystique décèlent une loi semblable.La philosophie démontre le principe et la fin de l\u2019univers; elle fait voir Dieu à l\u2019intelligence qui appréhende et qui définit.Comment alors, insatisfaite, l\u2019intelligence n\u2019ambitionnerait-elle pas une connaissance plus adéquate?D\u2019ailleurs, la métaphysique n\u2019est-elle pas traversée par un désir mystique comme la science l\u2019est par une référence à l\u2019ontologique?Diversité et comptatibilité des divers degrés du savoir, voilà qui justifie la nécessité de distinguer pour unir.Ce livre de Jacques Maritain, dans son titre mais surtout dans la matière de ses neuf cents pages, suggère maintes réflexions en marge de deux problèmes actuels: la phénoménologie et l\u2019idée de philosophie chrétienne.Cette idée de philosophie chrétienne a fait couler beaucoup d\u2019encre.La variété des opinions tient peut-être au fait que l\u2019on LA PHILOSOPHIE DE L\u2019ESPRIT 279 s\u2019est trop exclusivement placé au point de vue méthodologique et historique.Cette opinion du Père Chenu, O.P., élimine plus d\u2019une raison de faire obliquer ce problème: \u201cNous voyons bien, écrit-il, ce dont veut rendre raison cette distinction des principes rationnels et de Y ordre théologique-, une philosophie qui reste en contact, quasi en continuité, avec le surnaturel, tout en étant justiciable de la seule raison.Mais cette distinction, qui se révélerait, à l\u2019analyse, intenable sur le terrain philosophique, n\u2019est point, ni historiquement, ni doctrinalement, ce par quoi une philosophie s\u2019avère chrétienne.Une philosophie est chrétienne non pas par l\u2019ordre théologique imposé du dehors à son contenu rationnel, mais par une conception de la nature et de la raison ouverte au surnaturel.Anselme, Bonaventure, Thomas d\u2019Aquin sont à ce titre, tout autant les uns que les autres, des philosophes chrétiens; Thomas d\u2019Aquin seul a su, en définissant cette nature et cette raison, garantir (dans leur être, dans leur connaître, dans leur agir, voire, même provisoirement, jusqu\u2019en leur fin ultime) leur efficace propre et leur autonomie, tout en leur laissant leur obédience au surnaturel.Et par là, philosophe chrétien (de ce terme imprécis nous voudrions avoir décelé l\u2019équivoque) seul il est philosophe.Une philosophie n\u2019est pas chrétienne en enfermant sa démarche rationnelle dans un schème théologique; une philosophie pure se trouve être chrétienne lorsque, pour développer son propre contenu en toute liberté et pour manifester intégralement la rigueur de ses exigences rationnelles, elle constate et elle affirme n\u2019avoir pas à rejeter toute capacité, toute puissance de surnaturel.\u201d (2) \u201cLes degrés du savoir démontrent que la philosophie de Jacques Maritain est une philosophie chrétienne parce qu\u2019elle est une philosophie ouverte.En effet, la métaphysique qu\u2019elle nous apporte n\u2019a-t-elle pas les conditions a priori requises à toute philosophie chrétienne et n\u2019est-elle pas apte à satisfaire les légitimes exigences de la pensée moderne?A chaque degré de la connaissance, (2) Bulletin Thomiste, janvier 1928, p.244. 280 REVUE DOMINICAINE elle note un désir du degré supérieur.Elle montre que la certitude, humble ou élevée, n\u2019enferme pas l\u2019esprit sur lui-même.La loi de l\u2019insatisfaction l\u2019invite, au contraire, à pousser plus outre ses investigations du réel.Pour Mari-tain, la philosophie de l\u2019esprit et la philosophie de l\u2019être, c\u2019est tout un.L\u2019on sait la vogue de la phénoménologie en Allemagne.Systématisée par Husserl, elle envahit tous les domaines de la pensée depuis la logique jusqu\u2019à la science des religions.Elle compte parmi ses adeptes des moralistes et des métaphysiciens.Elle provoque chez la jeunesse allemande un enthousiasme pareil à celui que provoqua en France et dans le monde la philosophie de Bergson.En septembre dernier, la Journée d\u2019Etudes organisée à Juvisy par la Société Thomiste a tenté de définir les points de contact et les divergences entre la pensée de saint Thomas et la phénoménologie.Il appartient certes à la philosophie thomiste de rêver \u201cd\u2019actualiser, en progressant elle-même, le progrès de la philosophie et d\u2019intrégrer, si possible, les éléments que le temps découvre.\u201d Dans le chapitre consacré au Réalisme critique, Jacques Maritain fait la preuve, en des pages remarquables d\u2019analyse et de force, que la phénoménologie ne peut pas être un réalisme intégral parce qu\u2019elle ne distingue pas objet et chose.On pourrait montrer comment Jacques Maritain ouvre sur la connaissance mystique des perspectives que l\u2019idéalisme n\u2019a pas l\u2019habitude d\u2019aborder.C\u2019est d\u2019ailleurs un mérite rare et réservé aux seuls livres qui survivront.Les degrés du savoir incite à la recherche et indique des points de vue nouveaux à la spéculation philosophique.Voilà un ouvrage où la précision n\u2019évince ni la valeur littéraire ni l\u2019appareil technique.On sent qu\u2019il fut pensé et écrit dans une pure ferveur thomiste.Ce climat philosophique en magnifie tous les autres mérites.Hermas Bastien, Professeur à l\u2019Université de Montréal. \u2014\u2014nwiTiT \"riT-\t\u2022* La place des industries dans l'échelle des valeurs humaines INTRODUCTION.Le sage selon l\u2019Islam contemple avec un dédain souriant notre civilisation, toutes les merveilles dont nous sommes si fiers.Lorsque nous cherchons à le surprendre, à l\u2019étonner, il oppose à nos tentatives une attitude invariable: \u201cVous êtes des fous; vous brûlez vos années au lieu de les vivre; vous vous énervez sur des machines stupides que vous croyez être vos esclaves et qui en réalité sont devenues vos maîtres.Tous vos procédés pour satisfaire mécaniquement les besoins de votre nature n\u2019ont d\u2019autres résultats que de faire croître ces besoins et de les rendre toujours plus insatiables.Il y a bien longtemps nous avons fait, nous aussi, cette expérience.Nous avons été vos initiateurs en astronomie, en médecine, en chimie, en mathématiques.Si nous ne vous suivons pas dans cette voie, ce n\u2019est pas, croyez-le, que nous en soyons incapables.Mais, plus tôt que vous, nous avons reconnu l\u2019inanité de toutes ces choses.Vous y viendrez vous aussi et, un jour, devant les désastres et les ruines causés par vos monstres artificiels, vous serez obligés de réagir et de revenir à la seule attitude vraiment digne de l\u2019homme, celle du penseur qui consacre toutes ses forces à méditer pour tenter de comprendre une part de la création.\u201d Ces idées, exprimées ou implicites, m\u2019ont beaucoup étonné lorsque, jeune scientifique enthousiaste, je débarquai sur le continent africain, chargé de lui apporter une part de ce que je croyais être le progrès des temps modernes.J\u2019ai 282 REVUE DOMINICAINE découvert ainsi qu\u2019il existait une solution du problème de la vie autre que la mienne: réduire ses besoins au lieu d\u2019essayer de les combler sans cesse, unique moyen peut-être de dominer véritablement le domaine humain.Le monde islamique n\u2019est d\u2019ailleurs pas seul à nous offrir cette image narquoise en présence de notre confusion actuelle.La plus étrange figure de notre époque, le Mahatma Gandhi, avec son vêtement misérable, tient en échec nos orgueilleux économistes et leur fait la leçon- Son petit rouet reste solide, là où les châteaux de cartes de la finance s\u2019effondrent, là où les usines géantes se rouillent, vides d\u2019ouvriers et d\u2019acheteurs.L\u2019Occidental, froissé de cette attitude, déclare avec mauvaise humeur: \u201cCe sont des brutes, des primitifs, incapables de nous comprendre.\u201d C\u2019est vite dit.Malheureusement ces hommes qui nous contredisent en face ne sont pas des portefaix illettrés.Gandhi est un gradué des Universités anglaises, et, pour ma part, j\u2019ai rencontré une attitude comparable chez des Arabes de grande race, dont certains avaient reçu notre éducation littéraire et scientifique.Leur attitude est une attitude réfléchie, calculée, à tout prendre peu éloignée de la ligne de conduite des hommes, qui, dans notre société abandonnent les avantages de la vie matérielle pour se réfugier entre les murs d\u2019un monastère.Dans cette brève esquisse, je me propose de faire ressortir l\u2019antagonisme des deux pôles de l\u2019activité humaine: l\u2019action et la méditation.Loin de moi la pensée de faire le procès de l\u2019action, qui peut être saine et bienfaisante quand elle est conduite en vue d\u2019une fin intelligente.Je veux simplement, après beaucoup d\u2019autres, critiquer l\u2019utopie de \u201cl\u2019action pour l\u2019action\u201d, de l\u2019agitation stupide consistant seulement à remuer la matière, une matière inerte et pesante qui retombe d\u2019autant plus lourdement qu\u2019on l\u2019aura soulevée davantage. LA PLACE DES INDUSTRIES.283 Je désire, avant toute chose, poser la question: le travail de la matière est-il un fait spécifiquement humain; est-il une preuve d\u2019intelligence, un signe de l\u2019existence de l\u2019âme humaine?Nous prendrons ce problème du plus loin qu\u2019il est possible, l\u2019envisageant, pour commencer, à travers les données de la préhistoire, puis le plaçant, pour finir, en regard du spectacle du monde moderne.Dans ces deux cadres, aux deux extrémités de la chaîne des siècles humains, la réponse se dessinera avec une netteté parfaite.Elle sera impitoyablement négative- L\u2019activité matérielle ne peut pas être un signe de véritable humanité.L\u2019activité matérielle ne prouve pas l\u2019existence d\u2019une âme, d\u2019une intelligence mais simplement l\u2019existence d\u2019appétits d\u2019ordre inférieur, appétits semblables à ceux de l\u2019animal défendant sa vie.L\u2019homme n\u2019est véritablement un homme que lorsque, cessant d\u2019agir sur la matière, il fait effort pour comprendre l\u2019univers qui l\u2019entoure pour s\u2019élever au-dessus de l\u2019image sensible, à la conception de l\u2019universel.Nous retrouvons là la définition philosophique et religieuse de l\u2019âme, trop oubliée dans la fièvre et l\u2019affolement du mirage de prospérité.I\u2014LA PREHISTOIRE.Dès la préhistoire se pose avec netteté le problème de l\u2019opposition du matériel et du spirituel.Dans la plupart des exposés de découvertes archéologiques, on mélange à tort des unités qui ne sont pas de même nature, plaçant par exemple sur le même plan les silex taillés, les peintures, les sépultures.Il conviendrait au contraire de distinguer très nettement: 1° l\u2019outillage utilitaire, 2° les objets montrant l\u2019existence d\u2019un art, de préoccupations surnaturelles, de rites funéraires par exemple.Ce sont là deux catégories de vestiges bien différents, distinctes par leur nature, par l\u2019époque de leur apparition et par les êtres qui en furent les premiers inventeurs. 284 REVUE DOMINICAINE On sait que l\u2019âge de la pierre taillée, ou paléolithique (sensu lato), période très longue comprenant plusieurs centaines de milliers d\u2019années, a été divisée en deux époques bien différentes et de durées fort inégales.Dans l\u2019Europe Occidentale, région du monde où les recherches ont été le plus activement poussées, ces deux époques se présentent avec les caractères suivants: A)\tPaléolithique inférieur.Vestiges utilitaires seuls; outils de silex grossièrement taillés: coups de poing, (Chel-léen, Acheuléen, Moustérien) pointes, perçoirs, racloirs.B)\tPaléolithique supérieur (archéolithique, âge du Renne: Aurignacien, Solutréen et Magdalénien).2 catégories d\u2019objets: 1° Vestiges utilitaires: silex taillés, lampes, mortiers, de pierre, os travaillé (pointes de flèches, harpons, aiguilles), poteries.2° Vestiges artistiques et rituels: rochers gravés, peintures sculptures sur os, statuettes d\u2019argile, bijoux, sépultures prouvant des rites funéraires compliqués (corps replié ou bien allongé, recouvert d\u2019ocre rouge, entouré de parures, protégé par des pierres.) Cette énumération rapide suffit à montrer l\u2019opposition existant entre les deux époques.La seconde est d\u2019ailleurs beaucoup plus courte, plus proche de nous dans le temps, couvrant une ou deux centaines de siècles, en regard des milliers de siècles du paléolithique inférieur.Lorsqu\u2019on confronte ces données archéologiques avec les documents de l\u2019anthropologie, \u2014 en Préhistoire, les deux sciences doivent se prêter un mutuel appui, \u2014 la séparation entre les deux époques est encore accentuée.Les industries et les arts du Paléolothique supérieur étaient l\u2019œuvre d\u2019Hommes appartenant à la même espèce que nous: blanche (race de Cro Magnon), jaune (race de Chancela-de), noire (race de Grimaldi).Ces hommes n\u2019étaient mê- LA PLACE DES INDUSTRIES.285 me pas comme on aurait pu le croire, semblables à nos peuplades sauvages actuelles; ils représentaient au contraire un type humain supérieur.La race de Cro Magnon par exemple compte parmi les plus belles et fortes races humaines et a laissé, parmi les populations modernes, de nombreux vestiges.En regard de ces hommes du paléolithique supérieur, si proches de nous par leur anatomie et leur mentalité, que trouvons-nous aux époques plus anciennes, au paléolithique inférieur?Des êtres actuellement disparus, si éloignés de nous par leur anatomie qu\u2019il est impossible de les placer dans notre espèce: Homme de Néanderthal, Sinanthropus de Pékin et d\u2019autres plus lointains encore: homme de Pilt-down, de Mauer.Nous connaissons bien aujourd\u2019hui les deux premiers de ces êtres par de nombreux squelettes.Citons à leur sujet les paroles d\u2019un grand spécialiste français de la paléontologie humaine, Marcellin Boule, l\u2019homme qui a, plus que tout autre, su dégager les traits de l\u2019espèce de Néanderthal (1): \u201cIl importe d\u2019observer que les caractères physiques du type de Néanderthal sont bien en harmonie avec ce que l\u2019archéologie nous apprend de ses aptitudes corporelles, de son psychisme et de ses mœurs.Il n\u2019est guère d\u2019industrie plus rudimentaire et plus misérable, avons-nous dit, que celle de notre Homme moustérien- L\u2019utilisation d\u2019une matière première, la pierre (en dehors probablement du bois et de l\u2019os), l\u2019uniformité, la simplicité et la grossièreté de son outillage lithique, l\u2019absence probable de toutes traces de préoccupations d\u2019ordre esthétique ou d\u2019ordre moral s\u2019accordent bien avec l\u2019aspect brutal de ce corps vigoureux et lourd, de cette tête osseuse, aux mâchoires robustes, et où s\u2019affirme encore la prédominance des fonctions purement végétatives ou bestiales sur les fonctions cérébrales.\u201d (1) Boule Marcellin.Les Hommes fossiles.Eléments de Pa léontologie humaine.2e.édit.Paris, 1923.p.240. 286 REVUE DOMINICAINE Plus loin le même savant conclut à la séparation, non générique mais spécifique, de l\u2019homme de Néanderthal et des hommes actuels et démontre qu\u2019il n\u2019est pas possible, même, de considérer le premier comme la souche des seconds.Il considère comme probable que l\u2019espèce de Néanderthal ait disparu sans laisser aucune trace dans la nature actuelle, qu\u2019elle se soit éteinte définitivement à une époque variable selon les régions, pouvant persister plus longuement par exemple dans l\u2019Afrique orientale où l\u2019on en a retrouvé des vestiges plus récents (crâne de Broken Hill, en Rhodesia).Je ne veux en aucune façon, dans le cadre d\u2019un exposé trop bref pour laisser place à une discussion approfondie, prendre position pour ou contre le caractère psychologiquement humain de l\u2019homme de Néanderthal.Les conclusions que l\u2019on peut tirer à un instant donné sont toujours susceptibles d\u2019être modifiées du tout au tout par des découvertes nouvelles.Toutefois, en l\u2019état actuel de nos connaissances il semble que rien ne nous oblige à attribuer une âme, une intelligence humaine à cette espèce très inférieure.Les défenseurs de la thèse opposée s\u2019appuient sur l\u2019outillage de pierre des moustiériens pour affirmer que ce sont bien des hommes sous le rapport de l\u2019esprit; ils considèrent que le principal critère du caractère humain réside dans la fabrication d\u2019outils.Cela nous paraît une opinion excessive, qui entraînerait à des généralisations inadmissibles: En quoi la fabrication d\u2019un outil prouve-t-elle l\u2019existence d\u2019une intelligence, d\u2019une faculté de dépasser l\u2019acte concret pour s\u2019élever à la conception de l\u2019Univers?L\u2019alvéole de cire de l\u2019abeille est un véritable objet d\u2019industrie, servant à emmagasiner le miel ou à élever des larves.Le barrage du castor, le nid de l\u2019oiseau sont aussi des instruments, et leur fabrication exige des qualités de même ordre que les qualités requises pour tailler un silex.On pourrait en dire autant de l\u2019usage du feu qui a eu très certainement pour origine non pas un acte volontaire et calculé mais l\u2019utilisation d\u2019un incendie naturel. LA PLACE DES INDUSTRIES.287 Il est possible que l\u2019homme de Néanderthal ait eu une âme réellement humaine, mais cela n\u2019est pas certain, n\u2019est pas prouvé en tous cas par le fait qu\u2019il taillait la pierre- Et nous en dirions autant des hommes du Paléolithique supérieur, si, à côté de leur industrie utilitaire ils ne nous avaient pas laissé, eux, les vestiges artistiques et rituels qui permettent de les considérer réellement comme nos égaux psychologiques.Tout le monde a vu des reproductions des admirables peintures magdaléniennes, si vivantes, d\u2019une habileté si consommée parfois, qu\u2019un artiste contemporain peut bien les égaler mais non les dépasser en perfection.Ces chefs-d\u2019œuvre montrent, un sens de l\u2019abstraction, une aptitude à dégager un concept général de l\u2019être représenté, de même que les pratiques funéraires montrent une croyance à l\u2019immortalité de l\u2019âme.Des découvertes de sépultures néanderthaliennes seraient susceptibles d\u2019apporter une preuve en faveur du psychisme des hommes moustériens, à la condition qu\u2019il soit prouvé que ces sépultures sont bien l\u2019œuvre des moustériens eux-mêmes et non celle de leurs concurrents de Cro Magnon, coexistant avec eux à la fin de l\u2019époque glaciaire.Combien d\u2019animaux, par exemple, n\u2019ont-ils pas été pourvus de sépultures humaines par les soins de l\u2019homme, depuis l\u2019antiquité jusqu\u2019à nos jours.Tout éloignés que puissent à première vue paraître les sujets, le problème préhistorique que nous venons de rappeler va nous conduire à un examen de notre économie moderne.L\u2019homme ne se comporte vraiment comme un homme que lorsqu\u2019il réfléchit.Quand il se contente de façonner la matière pour subvenir à ses besoins vitaux il n\u2019est rien de plus qu\u2019un animal industrieux.On peut même ajouter: un animal d\u2019autant plus dangereux et malfaisant que son ingéniosité met entre ses mains plus de moyens de destruction. 288 REVUE DOMINICAINE Ce qui se passe actuellement et qui sera probablement enregistré par l\u2019histoire comme la grande hallucination des temps modernes, nous en apporte la preuve.II.\u2014 L\u2019EPOQUE MODERNE.Depuis deux siècles l\u2019homme a accumulé une somme inouïe de découvertes et d\u2019inventions.Celles-ci étaient l\u2019œuvre de quelques individus de génie, d\u2019ailleurs poussés par l\u2019ambiance, par l\u2019effort de tous leurs pareils et se soutenant réciproquement par un échange constant et très actif de leurs idées.Mais la masse de l\u2019humanité, mal préparée à recevoir ces découvertes, les a le plus souvent employées à faux, sans limite ni mesure et n\u2019en a retiré qu\u2019un accroissement de peines et de maux.Un malentendu fondamental existe, en effet, sur la valeur des diverses formes de l\u2019activité humaine.On tend à confondre l\u2019industrie avec la science, l\u2019empirisme ou l\u2019imitation avec l\u2019invention, la matière avec l\u2019esprit.L\u2019erreur que l\u2019on a faite en mélangeant les catégories des vestiges préhistoriques, on la reproduit dans l\u2019appréciation de l\u2019époque moderne lorsqu\u2019on appelle \u201ccivilisation\u201d, \u201cculture\u201d ce qui n\u2019est que de la technique.Une minorité d\u2019esprits religieux, de philosophes spiritualistes réagit et fait effort pour ramener les hommes vers une conception plus saine.Leurs voix étaient étouffées, tournées en dérision pendant la fièvre de prospérité, lorsque le veau d\u2019or devenait une montagne.Maintenant que le veau d\u2019or chancelle et que s\u2019accumulent les ruines de la prospérité matérielle, ces voix deviennent plus pressantes, plus distinctes, plus écoutées aussi.Henri Bergson rappelait récemment la différence fondamentale qui existe entre le domaine de l\u2019ingéniosité et le domaine des conceptions abstraites, la science proprement dite- Le premier de ces domaines correspond à Y invention mécanique, don naturel chez l\u2019homme, même inculte.Ce don est, comme nous l\u2019avons vu, de même nature que l\u2019instinct industrieux de certains animaux.Il représente simple- LA PLACE DES INDUSTRIES.289 ment une forme perfectionnée des appétits vitaux.Au contraire la science proprement dite, la recherche des lois de la nature, est, par essence même, désintéressée.Elle est le fait d\u2019une curiosité supérieure, d\u2019un désir de comprendre l\u2019Univers créé, sans aucune préoccupation basse.Son seul moteur est la \u201cjoie de connaître\u201d qu\u2019a chanté en des passages admirables, le grand géologue Pierre Termier.Ce qui fait à nos yeux la grandeur d\u2019un Louis Pasteur, c\u2019est, avant tout, d\u2019avoir compris une part de la nature, d\u2019être arrivé, par un enchaînement de démarches d\u2019une logique rigoureuse, à dégager une explication générale, une image des faits qui lui a permis ensuite de devenir totalement maître des faits eux-mêmes.S\u2019il s\u2019était contenté de trouver par une suite de tâtonnements, une recette empirique pour guérir la rage, les masses lui en auraient gardé peut-être tout autant de reconnaissance.Pourtant il n\u2019aurait pas été pour nous l\u2019homme de génie que nous admirons.Nulle par il n\u2019est plus grand que dans ses tentatives, encore incomplètement comprises, pour expliquer la structure de la matière, tentatives qui n\u2019ont pas eu cependant d\u2019utilité pratique directe.Loin de moi la pensée de critiquer les applications pratiques de la science, de prôner le retour à la \u201ctour d\u2019ivoire\u201d, ou de prétendre maintenir un fossé entre la Science pure et les sciences appliquées.Bien au contraire, je crois fermement qu\u2019un savant doit motiver son existence, justifier son entretien par la société, en rendant service aux autres hommes, en les aidant dans leur labeur matériel.C\u2019est là une collaboration logique qui n\u2019abaisse en rien l\u2019homme, puisque le Créateur l\u2019a formé d\u2019un corps en même temps que d\u2019une âme.Mais cette collaboration naturelle de la science et de l\u2019industrie ne doit pas nous faire oublier la distinction fondamentale de ces deux formes d\u2019activité.On ne saurait trop insister sur cette idée à l\u2019époque présente, où nous souf- 290 REVUE DOMINICAINE frons non d\u2019un excès de science mais d\u2019une incohérence dans les applications de la Science, ce qui est tout différent.\u201cLa vérité, dit Bergson, est que la science a donné ce qu\u2019on lui demandait et qu\u2019elle n\u2019a pas pris ici l\u2019initiative; c\u2019est l\u2019es-prit d\u2019invention qui ne s\u2019est pas exercé toujours au mieux des intérêts de l\u2019humanité.Il a créé une foule de besoins nouveaux; il ne s\u2019est pas assez préoccupé d\u2019assurer au plus grand nombre, à tous si c\u2019était possible, la satisfaction des anciens besoins.\u201d L\u2019ingéniosité mécanique de l\u2019homme vient demander à la Science des avis, des directions.La Science les donne généreusement.Considérons la vieille histoire cent fois répétée au cours des derniers siècles: un savant, après des années de travail, fait une grande découverte, une trouvaille magnifique, capable de répandre ses bienfaits sur toute l\u2019humanité.Il lance son idée dans le domaine public.Il en fait cadeau à ses frères, les hommes, croyant leur présenter un don royal.Quelle erreur! Des individus viennent aussitôt qui ne sont ni savants ni désintéressés mais qui sont industrieux et retors- Peu soucieux des abstractions, ils sont très proches de la réalité.Ils s\u2019emparent de la découverte qui n\u2019est pas la leur; ils la font dévier de son but pour la transformer en une source de profits pour eux-mêmes, poussant parfois, pas toujours, la condescendance jusqu\u2019à laisser une bribe de leurs bénéfices à l\u2019inventeur de génie.Ils se croient infiniment supérieurs à lui en adresse car, sans avoir rien accompli d\u2019extraordinaire, ils se voient riches, puissants, respectés, alors que le véritable ouvrier du progrès vieillira dans la gêne.Et pourtant, ces hommes ne sont que des manoeuvres.N\u2019ayant pas eu le génie nécessaire à la découverte ils n\u2019auront pas celui d\u2019utiliser cette découverte avec mesure, avec prudence.Le déroulement de l\u2019histoire le montre: Ne tenant aucun compte de la situation économique générale, ni des plus simples motifs d\u2019humanité, les hommes industrieux n\u2019ont qu\u2019un seul but: enfler toujours davantage l\u2019édifice de leur puissance; en dernier analyse LA PLACE DES INDUSTRIES.291 qu\u2019en résulte-t-il?suivant les cas, des milliers d\u2019hommes dans le chômage et la misère, ou même des mutilés, des infirmes, d'épouvantables massacres.Abandonnée à des mains débiles l\u2019invention admirable, destinée à faire le bonheur de l\u2019humanité et à répandre ses bienfaits sur la terre peut aller jusqu\u2019à se transformer en gaz asphyxiants, en obus, jusqu\u2019à dévorer l\u2019homme qui l\u2019avait créée.Rares sont les savants qui, comme Pasteur, ne se sont pas contentés de faire des découvertes, mais qui ont cherché aussi à en diriger l\u2019application.Pasteur a couvert le monde de ses Instituts chargés de répandre la vie et la santé, et c\u2019était là une sage précaution.Autrement que serait-il arrivé?Les découvertes qui devaient protéger l\u2019humanité et en diminuer les souffrances auraient peut-être donné tout simplement des obus chargés de cultures bactériennes qui auraient répandu dans des armées belligérantes l\u2019épidémie et la dévastation- Nous voyons, en effet aujourd\u2019hui les plus belles inventions du génie humain salies, déshonorées, par des applications criminelles.Il est infiniment dangereux d\u2019abandonner au hasard leur application.Dans l\u2019ancienne Egypte la science était le monopole d\u2019une caste de prêtres qui en gardaient jalousement les secrets et qui les utilisaient à bon escient.C\u2019était peut-être une sage précaution, mais il n\u2019est pas question, bien entendu, d\u2019en revenir là.Nous pouvons adopter des méthodes appropriées à notre époque et aux nécessités de la vie moderne.Les hommes de science n\u2019ont plus le droit de négliger, d\u2019abandonner au hasard les applications des découvertes scientifiques.L\u2019humanité est actuellement accablée d\u2019une masse d\u2019inventions mal digérées, trop rapidement accumulées, dont les conséquences se déroulent dans la confusion.Le travail principal serait maintenant de mettre de l\u2019ordre dans la maison, de discuter la portée exacte de toutes les conséquences de chaque découverte prise en particulier et 292 REVUE DOMINICAINE de lui donner la place qui lui revient dans un développement harmonieux de l\u2019économie mondiale.Un barbare qui conduit une machine de mort munie des- derniers perfectionnements de la science n\u2019est tout de même qu\u2019un barbare.Il utilise d\u2019admirables inventions du génie humain mais, dans son œuvre destructrice, il n\u2019est pas autre chose qu\u2019un malfaisant animal, ou, si l\u2019on veut, un automate sans âme aux mains des véritables criminels.L\u2019aviateur qui lance une bombe sur une ville ne se préoccupe pas assez de connaître les effets que son engin produira- Il n\u2019aurait jamais, de sang froid, le courage de tuer les femmes et les enfants qui seront écrasés dans les ruines, de leur infliger les effroyables tortures qu\u2019ils subiront pourtant.Dans l\u2019accomplissement de cet acte il est dépourvu d\u2019âme, ne concevant peut-être que l\u2019aspect \u201csportif\u201d de sa réussite, comme s\u2019il tirait à la cible.L\u2019esprit est anéanti dans la matière, l\u2019âme dans la machine, et pourtant il se trouve encore des hommes pour consacrer à de tels actes une inconsciente admiration.Sur un plan moins tragique, l\u2019idéal que l\u2019on nous a proposé en matière d\u2019organisation économique n\u2019est pas moins humiliant pour l\u2019esprit humain.Un grand économiste contemporain décrivait de la façon suivante la \u201ccivilisation\u201d moderne en ne se défendant pas d\u2019ailleurs d\u2019une certaine admiration à son égard ( 1 ) : \u201cProduire, consommer, voilà le principal.Le reste, famille, Etat, religion, sentiments raffinés, science pure et spéculation de l\u2019esprit devient peu à peu accessoire.Le genre humain incline désormais à ne connaître d\u2019autre loi que celle qui le condamne à rechercher toujours plus de jouissance physique au prix de plus d\u2019efforts et de plus d\u2019abdications.Les hommes apparaissent comme prisonniers d\u2019une consommation collective dont ils sont chargés d\u2019accroître à la fois les satisfactions et les besoins: anneaux impersonnels d\u2019une chaîne sans fin.(1) Lucien Romier.\u201cQui sera le maître?\u201d p.220. LA PLACE DES INDUSTRIES.293 Ce rythme ne manque pas de grandeur et entraîne des bienfaits évidents.\u201d.Malgré toute l\u2019admiration que je porte au grand observateur qu\u2019est Lucien Romier, je m\u2019inscris en faux contre cette dernière phrase, trouvant pour ma part, que ce rythme manque totalement de grandeur et qu\u2019à côté de bienfaits indéniables, il entraîne beaucoup de mécomptes.D\u2019ailleurs l\u2019auteur cité décrit, un peu plus loin, avec une grande clairvoyance les conséquences terribles de cet asservissement de l\u2019homme à la matière.Les évènements actuels laissent apparaître un tel déchaînement de passions brutales, une telle menace contre tout ce que la civilisation humaine a pu élever de noble et de beau, que l\u2019on se sent envahi d\u2019une grande tristesse.On peut se demander parfois si dans la nature humaine la bête, l\u2019animal stupide et sanguinaire, ne l\u2019emporte pas sur l\u2019âme, sur l\u2019intelligence, et si nous avons réellement accompli un progrès appréciable depuis l\u2019âge de pierre.A quoi bon encourager les admirables découvertes qui terrassent les maladies, les fléaux, et sauvent des vies humaines par milliers, si, d\u2019autre part, on développe les recherches tendant à fabriquer de nouveaux engins de mort; si à côté des laboratoires créés pour des œuvres de vie on édifie d\u2019autres laboratoires alimentés par les mêmes crédits et souvent plus richement dotés, chargés ceux-là d\u2019inventer des engins qui détruiront des hommes par millions, qui écraseront des intelligences, des sensibilités, qui dégraderont des facultés humaines.A quoi bon entourer de précautions infinies l\u2019exercice de la justice, accorder des garanties scrupuleuses à l\u2019homme coupable jugé par les autres hommes si, arbitrairement, sans discussion et pour des motifs souvent inavouables, il demeure possible d\u2019envoyer à la destruction stupide, à l\u2019exécution en masse, contre des lignes de machines à tuer, des millions d\u2019hommes innocents au regard des lois humaines.Notre société est pleine de ces incohérences, de ces hy- 294 REVUE DOMINICAINE pocrisies sans nom qui montrent d\u2019une façon éclatante le conflit de l\u2019esprit et de la matière, de l\u2019être au génie surnaturel et de la bête féroce qui coexistent en l\u2019homme.De tous ces écarts, il faut se garder de maudire la science.Elle n\u2019est pas responsable des malheurs présents.Ses applications seules ont été détournées de leur but par des influences égoïstes- Les conséquences de cette erreur fondamentale se déroulent actuellement avec une rapidité foudroyante.Les chefs, trop petits pour des entreprises trop grandes, ne trouvent pas de solution plus ingénieuse que d\u2019affoler encore plus les masses dociles qui les suivent.Nous voyons apparaître partout des nationalismes exaspérés qui ne sont qu\u2019un retour à la sauvagerie primitive et une abdication de la qualité d\u2019homme qui, elle, ne connaît pas de frontières ni de races.Les plus mauvais instincts de la bête réapparaissent, mais servis cette fois par toute la puissance des industries modernes.Les missionnaires chrétiens ont renversé les idoles du paganisme, mais la stupidité humaine a su élever d\u2019autres idoles, plus sanguinaires, plus odieuses et plus terribles que toutes celles qu\u2019elle avait inventées jusqu\u2019ici.A travers le monde quelques milliers d\u2019hommes, parmi les plus grands, de tous les partis et de toutes les croyances s\u2019efforcent seuls d\u2019éclairer leurs frères, de les retenir sur la voie du désastre pendant qu\u2019il en est temps encore.Il n\u2019est pas admissible que l\u2019homme fasse tendre à sa propre destruction tout ce que le Créateur lui a donné de raison, d\u2019intelligence, de facultés supérieures.Un savant qui consacre ses connaissances ou son génie à la confection d\u2019un engin de mort accomplit une action monstrueuse; tel un prêtre rénégat qui détournerait de leur but les rites de sa religion pour accomplir un maléfice infernal.On devrait englober dans la même réprobation tous les intellectuels qui consacrent leur talent d\u2019écrivain ou d\u2019orateur à exciter les haines, les chauvinismes, à faire ressortir les oppositions LA PLACE DES INDUSTRIES.295 nationales ou raciales, tous \u201cles clercs qui trahissent\u201d, selon l\u2019expression de Julien Benda.Bien au contraire nous voyons de tels esprits généralement honorés et récompensés, comme des héros de l\u2019heure présente.Dans cette crise de folie collective, qui menace de faire sombrer notre civilisation et tous les progrès intellectuels et moraux péniblement accumulés au cours des siècles, il importe de grouper l\u2019action de toutes les forces spirituelles du monde pour tenter de sauver ce qui peut être sauvé encore.Au premier rang de ces forces se place l\u2019Eglise.Peut-on admettre sans horreur que des frères, plus encore, des frères dans le Christ, recommencent à s\u2019entretuer, que des prêtres de la même religion soient contraints de prendre les armes les uns contre les autres et d\u2019exciter leurs fidèles au massacre?Pouvons-nous espérer encore que la grande voix de notre Chef condamnant les excès du nationalisme et du déchaînement des appétits matériels sera entendue?Quel jugement portera sur ces choses Celui qui a dit \u201cHeureux les pacifiques\u201d et a répété, dix-neuf siècles plus tard, par la bouche du Souverain Pontife Pie X \u201cJe bénis la paix.\u201d Aujourd\u2019hui comme au Moyen Age, les forces de la raison et de l\u2019esprit sont combattues par le déchaînement féroces des appétits matériels.Tout est présent, depuis l\u2019absurde jusqu\u2019au tragique.L\u2019absurde: tel ce bill d\u2019une grande nation interdisant aux institutions officielles d\u2019acheter les livres ou périodiques imprimés sur des papiers provenant de bois étrangers.Quel degré d\u2019asservissement pour l\u2019esprit, la pensée écrite, ainsi subordonnés à la matière honteuse! Le tragique: la déformation systématique de millions d\u2019âmes d\u2019enfants que l\u2019on dresse à haïr l\u2019étranger, leur frère en esprit; que l\u2019on cherche à transformer en animaux féroces, en fous sanguinaires mettant le monde à feu et à sang pour y planter on ne sait quels emblèmes d\u2019oppression et de barbarie.A aucun moment de l\u2019ère chrétienne le danger n\u2019a été 296 REVUE DOMINICAINE plus grand, à aucun moment il n\u2019a été plus urgent de grouper toutes les puissances spirituelles du monde en une nouvelle croisade, croisade contre les sacrifices humains aux idoles modernes, croisade pour dégager l\u2019esprit des liens honteux de la matière, croisade pour ramener parmi les hommes la compréhension mutuelle et l\u2019amour.CONCLUSION.Certains blâmeront peut être le ton passionné de cette étude.Mais il est des sujets en présence desquels un homme ne peut rester froid.L\u2019indifférence ou les ménagements ne sont plus de mise lorsque, abandonnant temporairement le milieu, heureusement calme, des choses scientifiques, on contemple le genre humain et qu\u2019on le trouve alors aveuglé par une criminelle folie- Comment ne pas crier à ces aveugles \u201ccasse cou\u201d, comment ne pas faire un effort pour leur rappeler qu\u2019ils sont des hommes, que l\u2019homme n\u2019est pas seulement un corps possédant une \u201crace\u201d, un \u201clangage\u201d un \u201cTerritoire\u201d, une \u201csouveraineté nationale\u201d, mais aussi un être spirituel, une âme qui, elle, n\u2019a ni race ni nation, qui n\u2019est qu\u2019une âme humaine aux yeux du Christ, et qui a reçu de Lui une mission de lumière et d\u2019amour.J'ai chargé ces quelques lignes, d\u2019une écriture imparfaite, tracée sur une matière pesante et grossière, d\u2019apporter à quelques hommes mes pensées sur notre temps.J\u2019ai voulu y inscrire la distinction fondamentale, qui me paraît trop oubliée, entre les deux formes de l\u2019activité humaine: l\u2019action et la méditation.A la première, agitation stérile de la matière, nous sommes redevables des industries, des applications de la Science, du prodigieux développement économique des temps modernes, comme des outils de pierre des premières races humaines.L\u2019œuvre qu\u2019elle laisse est vouée à la mort, à la destruction par le temps, par les éléments, matériels comme elle.L\u2019action peut être utile et belle, mais elle est animale. LA PLACE DES INDUSTRIES.297 Elle doit être toujours tenue en tutelle par l\u2019esprit; faute de quoi, laissée à elle-même, elle ne peut engendrer que déceptions et ruines.Par la méditation au contraire l\u2019homme est véritablement homme, il s\u2019élève au-dessus de l\u2019Univers et peut en embrasser et en comprendre une part, s\u2019associant ainsi à l\u2019acte divin.C\u2019est par elle que l\u2019homme entre les mains de Dieu, donne au monde la perfection consciente qui achève l\u2019œuvre créatrice.Faisons un effort pour remettre à leur place l\u2019action et la méditation, l\u2019industrie et la pensée, dans l\u2019échelle des valeurs humaines.Combattons cette hallucination étrange des temps modernes qui fait prendre pour de la civilisation, de la \u201cculture\u201d ce qui n\u2019est que de la technique, de la barbarie organisée.Le conflit se déroule comme il s\u2019est toujours déroulé au cours des siècles- Nous tous, tous les hommes de bonne volonté aurons un rôle à y jouer .Sauvons l\u2019esprit, l\u2019élan du génie humain à la conquête de sa destinée éternelle.Agissons dans ce sens jusqu\u2019à la limite de nos forces, ou craignons de voir l\u2019incohérente montagne de matière accumulée par les mains de l\u2019homme et ébranlée par ses appétits féroces chanceler, s\u2019effondrer, écraser de ses débris les êtres misérables qui ont déjà trop méconnu la Loi et trop défié la colère divine.Henri Prat, Université de Montréal. «La poésie Canadienne-Française» L\u2019apparition d\u2019un manuel du genre de celui que M.l\u2019abbé Albert Dandurand vient de publier aux éditions Albert Lévesque eut vivement réjoui les Apollons de ma génération, \u2014 de celle qui eut vingt ans entre \u201cla guerre\u2019\u2019 et \u201cla crise\u201d, \u2014 au temps où poursuivant leurs classes de Belles-Lettres et de Rhétorique, on les initiait laborieusement aux mystères des muses canadiennes-françaises.Notre culture littéraire sous ce rapport, devait alors se parfaire dans trois ouvrages, dont l\u2019un, manuel trop synthétique pour satisfaire notre curiosité eut peut-être été complété par les deux autres si un plus grand nombre d\u2019exemplaires avaient été mis à notre disposition.Le manuel, c\u2019était l\u2019\u201cHistoire de la Littérature canadienne-française\u201d de Mgr Camille Roy, mais dans une édition antérieure à celle de 1930, ne contenant point d\u2019illustration et attendant encore le riche épanouissement littéraire des dernières années.Le plus grand nombre devaient se contenter de ce bref aperçu obligatoire pour l\u2019examen annuel et l\u2019on enviait le sort de ceux auxquels l\u2019audace ou le hasard permettait de lire l\u2019\u201cAnthologie des Poètes canadiens\u201d, composée par Jules Fournier ou de rêver de l\u2019\u201cEcole littéraire de Montréal\u201d en feuilletant \u201cles Soirées du Château de Ramesay\u201d.La présente histoire de la Poésie canadienne-française sera donc accueillie avec enthousiasme par tous les jeunes gens désireux de se renseigner sur nos traditions littéraires, particulièrement sur les origines, le développement et l\u2019épanouissement de notre poésie; et aussi par ces autres qui dès l\u2019adolescence ont déjà inscrit sur leurs tablettes les titres des grands poèmes qu\u2019ils espèrent pouvoir un jour réaliser, s\u2019il (1) Abbé Albert Dandurand, \u2014 \u201cLa Poésie canadienne-française\u201d.Editions Albert Lévesque.Montréal, 1933.\t($1.00) LA POESIE CANADIENNE-FRANCAISE 299 leur est permis de vivre entre temps dans la société de bons poètes et de s\u2019adonner à la lecture de beaux vers.Si j\u2019étais encore à l\u2019âge où l\u2019analyse ne se tient pas toujours à l\u2019affût des impressions et des sentiments pour en altérer l\u2019ingénuité et la spontanéité, j\u2019écrirais à l\u2019auteur une belle lettre de félicitations; mais réduit à un rôle de beaucoup plus ingrat, je ferai sur son livre les observations suivantes- L\u2019ouvrage était opportun et tel que présenté, la matière en est excellente.C\u2019est une revue complète ou à peu près, incluant des notices biographiques convenables, une bibliographie des plus actuelles sur les œuvres, le talent et le mérite des poètes mentionnés de même que sur les sources des jugements, puis, bon nombre d\u2019illustrations qui auront le don de satisfaire la curiosité de ceux qui lisent dans les lignes de la figure le plus grand poème d\u2019un auteur.L\u2019on jugera à ce compte-là que MM.Paul Morin et Robert Choquette sont en progrès sur Michel Bibaud et François-Xavier Garneau.Maintenant, il me faut bien risquer certaines réserves, et dire que la forme donnée à cette matière et les cadres qui la partagent ont quelque peu révolutionné mes conceptions.Je ne m\u2019explique pas bien, par exemple, ce même nombre de pages consacrées à Octave Crémazie et à Alfred Morisset et pourquoi l\u2019étude de l\u2019œuvre de M.Gonzalve Désaulniers en couvre une quinzaine, quand MM.Albert Ferland et Jean Charbonneau, poètes aussi, ce me semble, sont expédiés en quelques paragraphes.Il y a là crois plus qu\u2019une question de goût ou une simple divergence d\u2019appréciation; je diagnostique un véritable trouble dans les perspectives-Dans un ouvrage de ce genre, des préférences très légitimes sinon toujours apodictiquement justifiées, se fussent beaucoup mieux exprimées en intension qu\u2019en extension et chacun des poètes cités eût été gratifié d\u2019un boniment proportionnel.Je préfère ne pas insister davantage sur ce point, n\u2019étant pas très familier avec l\u2019art de M.Gonzalve Désaulniers, mes positions deviendraient périlleuses.Mais je 300 REVUE DOMINICAINE crains fort, pour en avoir subi l\u2019expérience, que la manière de M.l\u2019abbé Dandurand ne provoque quelque dépit sur les hauteurs extrêmes du Parnasse.C\u2019est dire que l\u2019auteur entreprenait un travail si délicat que c\u2019eût été chose presqu\u2019i-nouïe, s\u2019il s\u2019en était tiré tout à fait indemne.Si nous passons maintenant aux détails de l\u2019œuvre, je ne comprends pas bien cette manière de nous présenter les caractères prédominants d\u2019une inspiration poétique, en nous énumérant simplement les thèmes les plus chers à chacun de nos poètes, comme si la prose pouvait conserver la musique, le rythme et l\u2019incantation essentiels à la poésie.Et en l\u2019occurrence, cette prose a trop souvent déposé toute harmonie, même celle qui lui est propre; d\u2019où nombre de traits plutôt incohérents, en dehors de leurs cadres, et dont l\u2019ensemble ressemble fort à des fragments de narration pour concours.\u201cMais on cultive aussi la terre en Gaspésie, et \u201cla poétesse (Mme Blanche Lamontagne) n\u2019omet pas de \u201cparler des paysans.L\u2019homme sème son champ, fauche \u201csa moisson, mène son troupeau au pâturage et le ramène \u201cà l\u2019étable pour la traite.Après son labeur, il revient avec \u201châte au foyer où bout la soupe et l\u2019attend une épouse dé-\u201cvouée.Quand la vieillesse arrive, il donne \u201cson bien\u201d à \u201cses fils, et reste toutefois à la ferme- Aux beaux jours \u201cde l\u2019été, il s\u2019assied à la porte de la maison, parmi les pou-\u201cles ou sur un banc de bois à l\u2019ombre d\u2019un sapin\u201d \u2014 le banc ne pourrait-il pas se trouver lui-même \u201cparmi les poules\u201d?\u2014 \u201cl\u2019hiver, près du feu qu\u2019il aime.La femme, très \u201cactive, s\u2019éveille la première et fait lever son monde.Elle \u201csert à déjeuner du \u201clait, du lard, du pain brun,\u201d et pendant \u201cque les hommes vont aux champs, elle désire en son âme \u201cque le trèfle grandisse et que l\u2019orge ne soit pas \u201cclairaude\u201d.\u2014 J\u2019admets un léger souffle poétique dans ce dernier trait, mais pas dans les suivants: \u201cElle range la vaisselle, lave \u201cle linge, met la soupe au feu, coule le lait, file la laine et \u201cpétrit le pain\u201d.(p.155).Rien dans ce paragraphe ne concerne la poésie ou la Gaspésie de façon particulière; et LA POESIE CANADIENNE-FRANCAISE 301 j\u2019ignorais que l\u2019art de Madame Blanche Lamontagne, se bornât même partiellement à cette simple leçon de choses.Ces résumés ont au moins le mérite d\u2019être rendus dans une langue simple et claire.En est-il de même pour les appréciations et les jugements?Plusieurs fois, j\u2019ai eu peine à me retrouver dans un labyrinthe de traits qui s\u2019entrechoquent, se contredisent, s\u2019annulent, et finalement nous laissent dans l\u2019obscurité la plus complète.Il y a aussi cet abus d\u2019expressions stéréotypées, que nos prédécesseurs ont plaquées sur des genres si divers, qu\u2019elle ne font plus naître aujourd\u2019hui dans l\u2019esprit que des idées confuses, à moins d\u2019en retracer auparavant la genèse pour en bien déterminer le sens- Il faudrait d\u2019autre part y aller avec plus de précautions, ce me semble, quand il s\u2019agit de déterminer dans un sonnet ou même dans un recueil de sonnets écrits par l\u2019un des nôtres, la dominante romantique, symboliste ou parnassienne.Et pour que l\u2019on ne m\u2019accuse pas d\u2019avancer quoi que ce soit témérairement, je me hâte d\u2019illustrer l\u2019ensemble de ces observations en laissant aux lecteurs le partage des applications.\u201cPour résumer, Morisset manque un peu d'originalité: c\u2019est ainsi qu\u2019il suit parfois trop Malherbe.On \u201cdésirerait aussi plus de pittoresque dans ses paysages, qui \u201crevêtent en général les couleurs pâles et grises du \u201cXVIIIème siècle.Et son lyrisme de la nature qui a déjà \u201cservi depuis Rousseau, Chateaubriand et Lamartine, exiee \u201cun rajeunissement dans la forme.Mais si le sentiment est \u201cà certains endroits banal, des vers s\u2019émeuvent d\u2019une dou-\u201cleur sincère et touchante.Et si le style est incolore, parfois, il s\u2019enrichit d\u2019un réalisme fort, même cru et d\u2019un pittoresque brillant- Le vers et la strophe émettent des re-\u201cflets malherbiens, mais ils se déroulent volontiers avec une \u201crobustesse et une plénitude de sens des plus charmantes\u201d.(p.65) Que faut-il choisir pour se faire une idée de la poésie de Morisset: les reflets malherbiens ou la robustesse de sens?Et quelle dominante générale peut-on 302 REVUE DOMINICAINE abstraire de la diversité des propositions contenues dans ces paragraphes?En page précédente, l\u2019auteur écrit: \u201cCes \u201cpeintures fournissent au poète des symboles où elles s\u2019ani-\u201cment de sentiment.Certes, le lyrisme exigerait parfois un \u201crajeunissement dans la forme pour avoir tant servi depuis \u201cLamartine et Chateaubriand.\u201d Attention ici, et qu\u2019on me pardonne: Lamartine est décédé en 1869 et Morisset en 1896; est-ce qu\u2019un lyrisme a pu servir assez entre ces deux dates pour parvenir aussi rapidement à la vieillesse?Une distraction de ce genre ne saurait altérer le principal mérite de M.Dandurand: le souci de rendre complète justice aux auteurs, ni m\u2019empêcher de le reconnaître.Au sujet de Nérée Beauchemin, je lis ce paragraphe qui est des plus heureux et auquel j\u2019applaudis de tout cœur: \u201cLivre \u201cplein de notre vie rustique, \u2014 il s\u2019agit de \u201cPatrie intime\u201d,\u2014 \u201cavec ses coutumes anciennes, sa foi simple et profonde, et \u201cde la brise qui s\u2019élève de notre terre; livre à l\u2019air d\u2019une antiquité vénérable et à la saveur exquise du terroir canadien.Il est frappé à l\u2019image de l\u2019auteur, vieillard auguste, \u201cà l\u2019âme religieuse, antique, agreste et canadienne jusqu\u2019à \u201cla moelle.Comme lui, il est digne de vivre éternellement\u201d.Ainsi l\u2019on ne m\u2019accusera pas, j\u2019espère, de vouloir de parti-pris rabaisser le mérite d\u2019une ébauche précieuse que j\u2019ai d\u2019ailleurs l\u2019intention de placer bien en évidence dans ma bibliothèque pour m\u2019y référer toutes les fois que j\u2019aurai à traiter de littérature canadienne-française- Le livre si ardemment souhaité par la jeunesse de nos collèges, ne pouvait leur être offert pour la première fois dans sa perfection définitive, car c\u2019eut été porter un vilain coup au conseil de Boileau que tous nos rhétoriciens connaissent: Hâtez-vous lentement.Je crois du reste que les rigueurs policées de la critique ont toujours, mieux que ses faveurs, servi l\u2019action, le mouvement et le progrès des lettres.Le poète, le romancier ou l\u2019historien que la critique mène à la désertion, ne LA PLACE DES INDUSTRIES.303 mérite pas que l\u2019on s\u2019inquiète de son sort.Il n\u2019est pas pris du \u201cdélire\u201d dont parle Platon.L\u2019auteur du livre que nous venons d\u2019annoncer au public, sachant cela, comprendra pourquoi nous y avons été avec notre sincérité habituelle, dans l\u2019espoir certain qu\u2019une seconde édition de \u201cLa Poésie canadienne française\u201d, préparée cette fois avec une parfaite maîtrise, commandera notre entière satisfaction.A.Saint-Pierre, O.P.Le sens des faits Un Jubilé Sacerdotal: Mgr L.-A.Paquet.Monseigneur Paquet célébrera, au début de mai, le cinquantième anniversaire de son ordination sacerdotale.Les catholiques de tout le Canada français voudront sans doute s\u2019associer à ceux de Québec pour offrir au distingué prélat, avec leurs félicitations et leurs voeux, l\u2019hommage de leur vénération.L\u2019influence de Mgr Paquet sur notre vie religieuse ne saurait être exagérée.Toute une génération de prêtres, formée par son enseignement ou par ses écrits, a vécu de sa pensée.Il a été pour les autres, si haut placés qu\u2019ils fussent, le conseiller de tous les instants.Que de problèmes ont été débattus, que d\u2019initiatives sont nées dans cette modeste chambre de prêtre! Action obscure, ignorée du grand nombre, mais combien profonde et efficace, et qu\u2019il importait de signaler en premier lieu.Mais l\u2019influence de Mgr Pâquet a vite débordé le cadre 304 REVUE DOMINICAINE de notre vie religieuse.Elle a rayonné à travers toute notre vie nationale.Son \u201cDroit public de l\u2019Eglise\u201d, ses \u201cThèmes sociaux\u201d sont devenus, pour nos hommes publics, des guides éclairés et sûrs.Toujours attentif aux problèmes nouveaux que chaque époque voit surgir, il savait apporter au moment opportun la solution attendue.On a pu discuter parfois certains points secondaires de sa doctrine \u2014 le contraire ne serait pas humain \u2014; on n\u2019a jamais mis en doute sa science, sa sincérité, son amour profond de l\u2019Eglise et du pays.Il fut, pendant ce demi-siècle, et il reste le maître universellement respecté et écouté, aimé aussi de ceux qui ont été admis dans son intimité.Il nous offre par sa piété, son humilité, son esprit de travail un magnifique exemple de vie sacerdotale.Cette \u201cvie toujours montante\u201d laissera, comme l\u2019écrivait récemment S.E.le Cardinal Villeneuve, \u201cdans les annales de notre Eglise, le ,plus beau sillage de lumière qu\u2019on puisse souhaiter\u201d.* * * Ce qui frappe d\u2019abord, chez Mgr Paquet, c\u2019est qu\u2019il est l\u2019homme d\u2019une seule doctrine.Il a reçu sa formation théo-logique, à Rome, à l\u2019école de Satolli, au moment de la renaissance thomiste.Cette première empreinte ne s\u2019est jamais effacée.Mgr Paquet a vécu dans l\u2019intimité de S.Thomas, il en a approfondi la pensée.C\u2019est ce qui explique l\u2019unité comme la sûreté de son oeuvre.On nous accusait récemment de \u201cpratiquer systématiquement l\u2019avilissement du cerveau\u201d en bornant notre effort à répéter ce qu\u2019on appelait les \u201crengaines\u201d de l\u2019Ecole.Nous ne prétendons pas avoir atteint dans le domaine philosophique, pas plus dans les autres domaines, y compris celui de la critique, l\u2019époque de la pleine maturité.Notre enseignement secondaire devra longtemps continuer son effort s\u2019il veut devenir une formation de l\u2019esprit, plutôt qu\u2019un répertoire de conclusions ou de formules.Quant à notre enseignement supérieur, il ne pourra progresser que lentement, LE SENS DES FAITS 305 obligé qu\u2019il est de créer à mesure le milieu qui lui permettra de se développer.Mais on ne saurait surestimer le bienfait d\u2019avoir eu, à la base de notre vie religieuse et publique, une seule philosophie: celle-là même que l\u2019Eglise impose à ses enfants.A combien de crises et de divisions n\u2019aurons-nous pas échappé! Que de faux pas auront été évités, tant sur le terrain politique que sur le terrain social! L\u2019originalité ne consiste pas, quoi qu\u2019on en pense, à enrichir notre littérature d\u2019à peu près philosophiques, mais bien à repenser à la lumière des principes qui ne changent pas, les problèmes nouveaux que la vie pose à chaque instant.Cette originalité, ce fut celle de Mgr Paquet.Et c\u2019est ce qui fait que son enseignement solide et sain durera autant que les principes auxquels il l\u2019a rattaché.* * * Si nous voulions préciser davantage encore ce qu\u2019est Mgr Paquet comme théologien et comme sociologue, nous dirions qu\u2019il est l\u2019homme de la tradition.Tous les écrivains catholiques sont d\u2019accord quand il s\u2019agit, non seulement des vérités religieuses, mais aussi de certains grands principes de la philosophie, de l\u2019économie sociale et politique.Ils se partagent d\u2019ordinaire en deux quand il doivent apprécier, à la lumière de ces principes, certains courants d\u2019idées contemporains.Les uns frappés de tout ce qu\u2019il y a de complexité et de changement dans les choses, soucieux aussi de ne pas heurter inutilement une aspiration légitime ou simplement sincère, se montrent accueillants à toute initiative d\u2019où pourrait sortir un bien.Tournés vers l\u2019avenir qu\u2019ils cherchent à préparer, ils s\u2019efforcent de démêler dans les mouvements ou les idées ce qui pourrait être retenu et constituer en définitive un enrichissement.Ils sont, dans l\u2019Eglise, une sor- 306 REVUE DOMINICAINE te d\u2019avant-garde chargée de reconnaître les positions ennemies et de préparer la marche en avant de l\u2019armée.Ils représentent la puissance divine d\u2019adaptation de cette Eglise.Les autres représentent plutôt ce qu\u2019il y a en elle de stable et d\u2019éternel.Le monde moderne de plus en plus déchristianisé ne leur inspire guère confiance.D\u2019instinct, ils se mettront en garde contre ses tendances.Tournés vers le passé qu\u2019ils voudraient conserver intact, sans déperdition d\u2019aucune sorte, ils s\u2019attachent avant tout à ce qu\u2019il y a de plus traditionnel, à ce qui a reçu l\u2019épreuve du temps.Ces deux attitudes d\u2019esprit ne sont jamais, dans la réalité, aussi tranchées, aussi exclusives que nous venons de les présenter.Ce sont plutôt des tendances dues à la fois au tempérament, au milieu et à la formation reçue.S\u2019il fallait toutefois rattacher l\u2019oeuvre de Mgr Pâquet à l\u2019une d\u2019entre elles, c\u2019est bien la dernière qui nous viendrait spontanément à l\u2019esprit.Regardé très jeune comme un maître, conscient de sa responsabilité, Mgr Pâquet devait s\u2019interdire toute audace.Entre deux opinions plausibles, il va tout droit à celle qui lui parait la plus sûre, à celle qui semble offrir le moins de risques.Certaines de ses appréciations pourront être dépassées: c\u2019est un moindre inconvénient.L\u2019ensemble de son oeuvre qui n\u2019emprunte rien à la mobilité de l\u2019opinion courante échappera au temps.Bien qu\u2019il ait toujours recherché l\u2019ombre, Mgr Pâquet a joué, durant ce demi-siècle, dans l\u2019histoire religieuse de noire province, un rôle de premier plan.Il a incarné en quelque sorte la pensée de l\u2019Eglise dans son intégrité.Patriote convaincu, il a su, à certaines heures angoissantes de nos luttes, apporter la lumière et le réconfort de sa parole.Toute sa vie s\u2019alimente à ces deux amours: c\u2019est ce qui en fait la grandeur et la beauté.Ces quelques réflexions hâtives n\u2019ont pas la prétention d\u2019être un jugement d\u2019ensemble sur l\u2019oeuvre de Mgr Pâquet.Elles voudraient seulement être un hommage de la famille LE SENS DES FAITS 307 dominicaine à celui qu\u2019elle a toujours vénéré entre tous.En lui offrant nos respectueuses félicitations, nous faisons le voeu que Dieu le conserve encore longtemps à l\u2019Eglise et au pays qu\u2019il a si bien servis, et qui, plus que jamais, comptent sur lui.Ad multos et faustissimos annos.M.-C.Forest, O.P.L\u2019écolier russe Les peuples les plus forts sont ceux qui font reposer leur assise sociale sur un système parfait d\u2019éducation de la jeunesse.La vraie valeur d\u2019un peuple dépend donc de l\u2019éducation de ses jeunes, bien plus que de la complexité de ses plans de guerre et de la sagesse de ses diplomates.Les grands chefs de l\u2019histoire ont compris cette vérité fondamentale et voilà pourquoi, dans le passé, un Louis XIV et un Napoléon; plus près de nous, un Mussolini et un Lénine furent et sont des pédagogues et des organisateurs de la jeunesse.Lénine pédagogue ou la pédagogie soviétique, voilà le problème qu\u2019étudie dans un livre très vivant, M.E.Dévaud.Lorsqu\u2019on referme ce livre, on comprend plus que jamais la force destructrice de ce peuple qui a su si bien organiser toute sa jeunesse en vue d\u2019une seule idée, la matérialisation complète de toutes choses; en vue d\u2019un seul évènement, le grand soir ou le triomphe de la révolution rouge sur tout le globe.* * Le matérialisme intégral, voilà bien l\u2019idée centrale de la pédagogie soviétique.D\u2019ailleurs, c\u2019est tout l\u2019idéal de la société communiste à l\u2019heure actuelle.A l\u2019encontre de la civilisation européenne \u201cbourgeoise\u201d qui est, au moins dans ses principes, toute spiritualiste, la pédagogie russe enseigne à ses jeunes le règne absolu, la royauté de la matière.D\u2019où il suit que les phénomènes sociaux \u201csupérieurs\u201d, la religion, la morale, la science, la pédagogie aussi, \u201cqui reflète la phi- 308 REVUE DOMINICAINE losophie dominante de l\u2019époque, philosophie déterminée pat la structure de la société,\u201d à plus forte raison le commerce et l\u2019industrie l\u2019organisation économique et politique, ne sauraient être expliqués par ce qui est secondaire, dérivé, mais par ce qui est essentiel, primordial.Cependant par un revirement tout à son insu et contre son gré, la pédagogie soviétique, à sa façon, mais réellement exalte la suprématie essentielle de l\u2019esprit sur la matière.Comment cela?Par sa religion du travail productif.Le travail lie l\u2019homme à la nature ou à la matière, puis il unit socialement les hommes \u201cen système\u201d.A l\u2019école, l\u2019enfant doit donc apprendre à connaître la nature afin de l\u2019exploiter par son travail.Il doit se persuader de ceci: qu\u2019il sera un homme parfait, un citoyen désirable, s\u2019il peut toute sa vie durant, travailler la matière, malgré toutes ses résistances et après l\u2019avoir ainsi exploitée, la vaincre.Voilà le \u201cstruggle for life\u201d qui s\u2019impose à l\u2019enfant russe.En gens pratiques qu\u2019ils sont ces communistes, ils organisent en conséquence la vie intellectuelle et morale des jeunes.11 n\u2019est pas question bien entendu de vie religieuse.Le Ciel est fermé sur la pauvre Russie.L\u2019organisation scolaire russe est passée, on le devine facilement, par plusieurs transformations.C\u2019est une pédagogie révolutionnaire presque toujours en évolution.Je ne signalerai à l\u2019attention du lecteur que la dernière période, celle qui coïncide avec l\u2019exécution du plan quinquennal de production et même qui fait plus que coïncider avec lui, qui s\u2019y trouve comme ordonnée.Il fallait une production à outrance, telle était l\u2019idée du plan quinquennal.Pour cela, la formation du producteur s\u2019imposait impérieusemant.L\u2019on s\u2019occupa tout d\u2019abord de l\u2019instituteur, qui est par définition, le grand apôtre de l\u2019idée communiste.Enfermé dans des \u201cTechnicums pédagogiques\u201d, il reçoit une culture générale et didactique sur les matières scolaires et sur LE SENS DES FAITS 309 l\u2019art tout communiste de les enseigner.Voici ce que l\u2019on exige de celui qui formera la jeunesse communiste.Il doit être: a) un collectiviste, c\u2019est-à-dire un homme qui sente ce que signifie la construction du socialisme; b) un organisateur, un guide capable d\u2019orienter l\u2019activité des masses laborieuses dans les révolutions culturelles; c)un pionnier de l\u2019éducation communiste des enfants et des jeunes gens, un homme qui organise le travail pratique des jeunes et qui ne se borne pas à la seule connaissance livresque; d) un homme à large horizon polytechnique, imprégné de la culture du travail; e) un homme capable d\u2019apprendre dans les livres et la réalité de façon à ne rester jamais en arrière de la vie et du progrès.Voilà pour l\u2019instituteur .Et l\u2019enfant?C\u2019est vers lui que tout converge, mais pour tout l\u2019ordonner en dernière analyse à l\u2019Etat le grand réalisateur de la révolution mondiale.L\u2019on a conservé comme cadres de l\u2019enseignement ceux de tous les pays, à peu près: primaire, secondaire, supérieur.Mais ce qui a varié surtout, c\u2019est la valeur différente que l\u2019on a donnée aux matières enseignées et la façon de les enseigner.Ainsi, la sociologie, l\u2019agriculture, l\u2019étude générale et particulière de la nature deviennent des matières de premier plan.C\u2019est au cours des 4 années de primaire que l\u2019enfant doit par l\u2019étude directe de la nature, se faire une conception scientifique du monde.L\u2019étude des plantes, des animaux, de la terre, des roches et des métaux, puis l\u2019étude de son corps et de ses fonctions lui sont enseignées de façon à lui montrer qu\u2019une seule cause agit, la matière.\u201cIl faut faire saisir aux écoliers que tous ces phénomènes sont bien étudiés et prévus par la science, afin qu\u2019ils comprennent qu\u2019il n\u2019y a aucune volonté supérieure\u201d.Tels sont les mots mêmes du Programme.L\u2019étude des phénomènes sociaux le conduit également à un déterminisme absolu, d\u2019où le divin est exclu pour y mettre à sa place comme grande et unique maîtresse, la Matière. 310 REVUE DOMINICAINE Chez les civilisés, en Europe comme chez nous, l\u2019Ecole, au point de vue religieux est neutre ou confessionnelle?En Russie, elle est formellement anti-religieuse, parce que \u201cbol-chévisme et religion sont incompatibles\u201d.L\u2019anti-religion est de l\u2019essence même de l\u2019école communiste.En conséquence, tout un travail positif sur l\u2019esprit et le coeur de l\u2019enfant doit se faire.Je ne puis donner ici tout le programme détaillé et les questions anti-religieuses qui doivent être enseignées, mais je puis dire qu\u2019en somme, ce sont les vieilles objections qui traînent les manuels depuis des siècles et auxquelles on donne un petit air scientifique et moderne.Le coeur de l\u2019enfant, on cherchera à l\u2019impressionner par des fêtes révolutionnaires et des parodies de la religion.De ces petits Sans-Dieu, la Russie est déjà remplie.Ils sont plusieurs millions.Force terrible! Force satanique qui constitue une menace non seulement pour leur propre pays, mais pour toute la civilisation.* * * Un jour, vers l\u2019âge de 16 ans, Lénine, le dieu des Sans-Dieu, eut l\u2019intuition brusque que la divinité n\u2019était qu\u2019un rêve, qu\u2019une chimère.Brutalement, sans réfléchir, il arrache la petite croix d\u2019or que tout enfant russe portait à son cou, comme un porte-bonheur.Il crache sur cette croix, et la lançant par terre, la piétine avec rage! V'>ilà le geste sacrilège et bien significatif tout de même }ue l\u2019écolier russe doit répéter après le grand pédagogue de sa nation.Il doit renoncer au doux esclavage du Christ pour porter les marques honteuses de Satan.Le Signe de la Bête remplace le Signe auguste de la Croix et couvre de sa grande ombre désespérante et tragique la terre de Russie! Père M.Labonté, O.P. LE SENS DES FAITS 311 Dans l\u2019Ordre \u2014 Son Excellence Mgr Forbes, archevêque d\u2019Ottawa, après avoir présidé à St-Jean-Baptiste le 28 avril l\u2019ouverture du triduum en l\u2019honneur de Ste Catherine de Sienne, a bien voulu y revenir le premier jour de mai pour conférer l\u2019ordination sacerdotale aux RR.FF.Philippe Deslauriers, Henri Laporte, Albert Ethier, Gérard Paré, Dominique Doyon, Stanislas Viau, Paul-Edouard Gagnon, Rosaire Hamel, Marie-Arthur Robert et Adrien Brunet.Les RR.FF.Landry, Lanoue et Desrosiers, originaires de Fall River, seront ordonnés dans cette ville, le 1er juillet, par S.E.Mgr James Cassidy.\u2014 Nous sommes heureux de souhaiter à la Congrégation du T.S.Rédempteur, à l\u2019occasion du deuxième centenaire de sa fondation par saint Alphonse de Liguori, non pas des années mais des siècles de fécondité spirituelle.C\u2019est le privilège des Communautés religieuses de compter par gros chiffres; elles participent en un sens à l\u2019indéfectibilité de l\u2019Eglise elle-même.Un des nôtres, le R.P.Turcotte eut l\u2019honneur de redire plus amplement l\u2019étendue et les richesses de l\u2019apostolat rédemptoriste aux Fêtes du centenaire célébrés à Sherbrooke les 21, 22, 23 avril.\u2014 Le R.P.Jean-Marie Tague prêchera le Mois de Marie à la Basilique de Québec et le R.P.Couture à Notre-Dame de Grâce de Montréal.\u2014 Le T.R.P.Archambault a donné le sermon au Jubilé d\u2019argent de la très révérende Mère Marie Stéphanie, prieure des Dominicaines de Ste Catherine de Sienne à Fall River.\u2014 Le R.P.Raymond Voyer a donné une conférence sur L\u2019âme de l\u2019artiste au Manoir des Jeunes de Notre-Dame de Grâce, et une causerie intitulée Nos actes nous suivent, au poste CKAC. 312 REVUE DOMINICAINE \u2014 Le R.P.Henri Martin a donné à Notre-Dame de Grâce de Québec, aux Saints Martyrs et à St-François d\u2019Assise une conférence intitulée: \u201cLe patriotisme pratique\u201d.\u2014 Le T.R.P.Forest à prononcé à la radio, poste CKAC, les 19 et 26 mars, deux causeries religieuses sur les souffrances expiatoires et la royauté de Jésus-Christ.\u2014 Le T.R.P.Provincial, accompagné du R.P.A.Bis-sonnette, s\u2019est embarqué le 22 avril pour le japon, pour y faire sa visite officielle à notre Mission de Hakodaté.Fra Domenico.Louis-A.Bélisle.\u2014 \u201cInitiation pratique à la Bourse\u201d.\u2014 Editions Albert Lévesque, Montréal 1932.\t385 pa- ges.Prix $1.50.Nos hommes d\u2019affaires qui déploraient l\u2019absence d\u2019un manuel ca- nadien d\u2019initiation pratique à la Bourse saluèrent avec joie l\u2019apparition de ce livre.S\u2019ils ont déjà pris connaissance des manuels étrangers, par exemple ceux de Schabacher, Prat, Novus, Combat, Robert-Milles, etc.leur contentement deviendra plus grand encore en constatant qu\u2019ils sont désormais aussi bien servis que leurs amis de New York, de Londres et de Paris.Monsieur Bélisle se défend \u201cd\u2019être un expert en question de finances\u201d et, modestement, il s\u2019accuse d\u2019être \u201cjournaliste avant tout\u201d.N\u2019empêche qu\u2019il nous fabrique de main de maître une admirable petite encyclopédie boursière.Simple manuel, semble-t-il dire ; oui, mais hâtons nous d\u2019ajouter: manuel bien réussi, chose si rare! On y trouvera abondamment les connaissances essentielles et, ce qui n\u2019est pas à dédaigner, on les y trouvera mises à la portée de tous.Point de ce langage sibyllin et prétentieux que certains économistes et financiers nous tiennent trop souvent.L\u2019auteur nous présente son sujet; nous l\u2019expose clairement et simplement. LE SENS DES FAITS 313 Voici, d\u2019après ses propres paroles, les grandes lignes de son ouvrage: \u201cIl est divisé en deux parties.Dans la première nous y traitons des Bourses elles-mêmes ; des valeurs mobilières ; de 1 inscription des valeurs et de la manière de passer les ordres; des intermédiaires de Bourse ; de la transaction sur marge ; des moyens de protection ; des droits et des transferts de titres; des prêts aux courtiers et des nouvelles.C\u2019est le côté mécanique du marché dont les rouages sont clairement mis à jour dans cette première moitié du livre.Dans la seconde partie, nous envisageons le côté pratique en y exposant la manière de faire des placements à long terme ; la théorie des grands courants; les points que le spéculateur amateur doit surveiller au cours de ses opérations et quelques notions qui sont de nature à guider un peu celui qui spécule au jour le jour.Enfin un dernier chapitre traite des bourses de marchandises, en particulier du marché aux grains de Winnipeg.\u201d Notons aussi que \u201cle tout est complété d\u2019un index alphabétique très au point qui permet, en un clin d\u2019oeil, de mettre le doigt sur n\u2019importe quel renseignement désiré.\u201d Evidemment nous ne saurions analyser en détail chacun des chapitres.Disons cependant à propos du traité sur les Bourses elles-mêmes que nous aurions aimé y rencontrer une définition plus précise de la Bourse.A notre avis, l\u2019auteur n\u2019y distingue pas assez nettement Bourse et Marché.Sans doute la Bourse est un marché, mais un marché d\u2019une espèce bien déterminée.C\u2019est un marché spécialisé dans l\u2019échange des biens fongibles c\u2019est-à-dire de ces biens dont l\u2019utilité et la valeur ne résident point dans leurs caractères individuels, mais dans leurs propriétés spécifiques, propriétés qui, dès lors se retrouveront dans toutes les choses appartenant à la même espèce : v.g.les métaux, les céréales, l\u2019alcool, les valeurs mobilières, etc.Ainsi quand on a 100 lingots d\u2019or d\u2019une livre chacun, comme or, tous ces lingots se valent.On le voit, l\u2019absence d\u2019individualisation amène l\u2019interchangeabilité de ces biens, et à son tour cette interchangeabilité entraine l\u2019inutilité de leur présence sur les marchés.Les Bourses sont donc des marchés où les \u201ceffets\u201d n\u2019ont pas à se montrer.Quand ces \u201ceffets\u201d sont des marchandises comme le blé, le sucre, etc.nous avons la Bourse de Commerce; quand ils sont des valeurs mobilières, comme les actions, les obligations, etc.nous avons la Bourse des Valeurs ou la Bourse tout court.Après ces précisions, nous pensons qu\u2019il faut reporter jusqu\u2019à l\u2019avènement de l\u2019Economie Moderne l\u2019apparition des véritables Bourses.Les Emporia et les Collegia Mercatoria de l\u2019Antiquité n\u2019ont pu être que des marchés dans le sens général du mot.Puisque nous en sommes aux observations, ajoutons que l\u2019ouvrage y eût gagné beaucoup, nous semble-t-il, si l\u2019auteur avait ramassé en un 314 REVUE DOMINICAINE chapitre spécial ses vues sur les principales causes des variations des cours.Ce lui aurait été une belle occasion de montrer l\u2019interdépendance étroite de l\u2019activité boursière et des conditions générales de la vie économique, politique, nationale et internationale.La Bourse n\u2019est qu\u2019un rouage particulier de notre grand organisme social moderne : pour la bien comprendre, il faut la voir dans son milieu naturel.Mais, passons, c\u2019est sur l\u2019esprit qui inspire tout le volume que nous voulons surtout attirer l\u2019attention.On est heureux de voir que l\u2019auteur considère toujours les affaires de Bourse comme des affaires humaines.Chaque fois qu\u2019il en a l\u2019occasion, il marque l\u2019influence considérable des facteurs psychologiques sur les mouvements boursiers ; avec lui on est loin de l\u2019inepte théorie libérale du \u201cphénomène naturel\u201d.Certes, les choses imposent leurs lois à la vie de la Bourse, mais les âmes aussi.De plus, l\u2019auteur fait preuve d\u2019une qualité de jugement, d\u2019une prudence, d\u2019un bon sens moral qu\u2019il est beau de trouver en pareille matière.Il sait bien distinguer entre la Bourse et ses abus, entre la spéculation légitime (dont le principe est admis par S.Thomas lui-même) et le jeu ou l\u2019agiotage, entre le financier honnête et l\u2019exécrable \u201cgambler\u201d.Il ne cesse de prévenir ses lecteurs contre la fièvre du \u201cget-rich-quick\u201d, contre les faux tuyaux, les démarcheurs sans conscience, les prospects véreux, et les bilans truqués.Il ne veut pas que n\u2019importe qui se livre à la spéculation, et même à ceux qui ont les qualités requises et les ressources nécessaires, il recommande la plus grande circonspection vis-à-vis de certaines opérations dangereuses, comme par exemple les ventes à découvert.\u201cSon but, dit-il d\u2019ailleurs, n\u2019est pas d\u2019encourager la spéculation chez ceux qui n\u2019ont pas les moyens de s\u2019y adonner.Il n\u2019a qu\u2019un désir:.éviter des pertes inutiles\u201d à ceux qui veulent placer leurs fonds et spéculer sérieusement au lieu de jouer à la Bourse.La Bourse n\u2019aurait pas été l\u2019abîme que l\u2019on sait, si les hommes avaient toujours été aussi sages que le voudrait M.Bélisle.Un tel livre, comme ceux qui le précèdent dans la précieuse et attrayante série de Documents Economiques que l\u2019éditeur A.Lévesque offre au public, est un nouveau motif d\u2019espérer dans ce qu\u2019on a appelé \u201cl\u2019avenir économique du Canada Français.\u201d G.-H.Lévesque, O.P.Abbé Georges Lemaître: \u201cSacerdoce, perfection et voeux\u201d, Desclée de Brouwer et Cie, Paris.Cet ouvrage de M.l\u2019abbé Lemaitre compte cent pages.Trois chapitres : Sacerdoce et perfection \u2014 Perfection et voeux \u2014 Sacerdoce et voeux \u2014 le divisent, coupés de paragraphes clairs et précis, bornés à l\u2019essentiel.Avec la bibliographie qu\u2019on y a ajoutée, \u2014 ouvrages, arti- L\u2019ESPRIT DES LIVRES 315 clés de revues \u2014 on a fait de ce semblant de livre, une petite somme d\u2019idées justes et sereines, sur un sujet compliqué à plaisir depuis quelques années.I\u2014\tLe Sacerdoce engage à un exercice plus strict de la perfection, constitue une source de sainteté intérieure plus grande que ne le pourrait le faire aucune profession religieuse; pour cette raison la dignité du prêtre dépasse celle de la religieuse ou du frère convers.II\u2014\tLa profession religieuse, par contre, fournit des moyens de correspondre à cette perfection exigée par le sacerdoce incomparablement supérieurs à toutes les pratiques que l\u2019on pourrait s\u2019imposer privément; c\u2019est pourquoi il n\u2019y a pas de sacerdoce mieux garanti que celui qui s\u2019est associé la profession religieuse.C\u2019est aussi simple que cela comme doctrine.C\u2019est singulièrement lumineux et fort dans l\u2019exposé de M.L.Nous restons loin, avec ces pages, de la grande pitié des mots d\u2019esprit dont on a trop souvent rabaissé un thème si évangélique, et des équivoques où l\u2019on a voulu faire oublier que le sacerdoce du prêtre religieux était le même que celui du prêtre séculier, et que la comparaison ne devait porter en cette question que sur les avantages de l\u2019\u201cen plus\u201d des voeux ajoutés à l\u2019ordination sacerdotale.Raymond-Marie Voyer, O.P.R.P.de Reviers de Mauny, S.J.\u2014\u201cLes heures glorieuses du Pavillon des Missions\u201d édit.Paul Martial, Paris 1933.64 p., 85 illustr.in 4° - 40 fr.'\u201cJe ne conçois pas une cité sans église; je ne pouvais concevoir l\u2019éphémère mais éblouissante cité de Vincennes sans un sanctuaire\u201d.Voilà pourquoi le Maréchal Liautey, voulut que l\u2019Exposition Coloniale de Paris en 1931 fût dotée d\u2019un pavillon des Missions Catholiques.L\u2019illustre colonial ajoutait: \u201cPartout, grâce aux missionnaires, notre oeuvre colonisatrice apparaît auréolée de spiritualité\u201d.Dès 1929 un Comité se forma, pour rendre la participation missionnaire à l\u2019Exposition, digne du but poursuivit, c\u2019est à dire, précisait l\u2019amiral Lacaze, organisateur principal : \u201cafin d\u2019expliciter la marche bienfaisante du catholicisme à travers le monde, par l\u2019effort collectif des missionnaires que l\u2019Eglise y envoie\u201d.Et voilà dans quel esprit le Pavillon s\u2019organisait.L\u2019entente parfaite entre les divers artisans de cette manifestation hautement apologétique : missionnaires, artistes et hommes politiques eut son couronnement lorsque, l\u2019oeuvre achevée il s\u2019agit de l\u2019inaugurer. 316 REVUE DOMINICAINE En présence d\u2019un grand nombre d\u2019autorités religieuses et civiles, le ministre français des Colonies vint rendre hommage à la réalisation et même à l\u2019idée qui l\u2019avait suscitée : \u201cProdigieuse histoire que celle des missionnaires, dit-il.Partout sur l\u2019éventail du monde, c\u2019est une réussite dont le secret est que, pour conquérir les âmes, ils savent à la fois accepter le supplice et respecter les traditions et les coutumes.Pour tous ceux qui savent et se souviennent, la grande émotion est ici.\u201d Et voilà une reconnaissance officielle \u2014 peu banale en vérité \u2014 de ce qu\u2019il y a de meilleur dans le dévouement fidèle et catholique de la France.Il ne fallait pas perdre le souvenir d\u2019une manifestation si complète et si juste de la puissance de la foi.On a donc reproduit somptueusement les textes principaux relatifs au Pavillon ; un ensemble de vues qui montrent ce qu\u2019il fut et ce qu\u2019il abrita; enfin une brève chronique de ce qui s\u2019y passa.Tel quel, cet album est un monument de bon goût qui permettra de se rendre compte à la fois des réalisations de l\u2019Eglise vivante et de la vitalité de l\u2019art contemporain au service de l\u2019Eglise.Des vitraux, des \u2018statues, des fresques, une architecture bien moderne, \u2014 et, entre ces murs, des scènes d\u2019apostolat, des témoignages de martyre.A peu près toutes les Congrégations missionnaires y figuraient.Par une exception que tout le monde comprit et approuvera, on voulut, à côté des missions dont les possessions françaises avaient le monopole exclusif, faire une place à celle des Oblats de Marie Immaculée au Canada.Le Pavillon, durant six mois, servit de paroisse à l\u2019exposition.Chaque Dimanche on y célébrait plusieurs Messes et les fidèles y venaient si nombreux qu\u2019on voyait toujours une théorie de retardataires obligées de rester dehors.Il y eut même une confirmation, même une ordination.Aujourd\u2019hui, grâce à d\u2019actifs dévouements, l\u2019église des Missions revit dans la banlieue parisienne, au Cygne d\u2019Enghien.Sa photographie sur la dernière page du bel album, atteste que la France garde l\u2019ambition de donner à la propagation de la foi chrétienne, ses meilleurs enfants.L.du Fort, O.S.B.Dictionnaire de spiritualité.\u2014 Ascétique et Mystique.\u2014 Doctrine et histoire.\u2014 publié sous la directon de Marcel Villier, S.J., assisté de F.Cavallera et J.de Uuibert, S.J., avec le concours d\u2019un grand nombre de collaborateurs.(1er fascicule.20 f.) Gabriel Beauchesne et Fils, Editeurs, 117, rue de Rennes, Paris. L\u2019ESPRIT DES LIVRES 317 Les questions d\u2019ascèse et de mystique, à cause de leur rapport immédiat aux formes concrètes de l\u2019expérience et au problème de la destinée humaine, rencontrent de nos jours un vif intérêt jusque chez les incroyants.D\u2019où l\u2019opportunité de ce nouveau dictionnaire, qui ne prétend aucunement remplacer les Maîtres et les ouvrages spirituels dans leur fonction propre d\u2019inspirateurs et de guides, mais entreprend à côté d\u2019eux une tâche scientifique et documentaire bien définie, répondant à l\u2019impérieux besoin de précision et de concision des esprits modernes.La direction a choisi des collaborateurs qualifiés dans toutes les écoles; car elle entend assurer à cette oeuvre une valeur pleinement catholique.C\u2019est ainsi que dans les questions aujourd\u2019hui controversées dans l\u2019Eglise, plusieurs collaborateurs exposeront successivement leurs thèses respectives.Le premier fascicule (a \u2014 allemande (spiritualité) en donne un exemple à l\u2019article \u201caccroissement des vertus\u201d, où le R.P.Deman, O.P., organe de l\u2019école thomiste, précède le R.P.de Lan-versin, S.J., exposant la théorie de Suarez: élégante manière de renseigner sans polémique, tandis que les articles historiques, présentant les auteurs et les écoles, exposent suffisamment élaborations et controverses.L\u2019ascèse et la mystique des non-catholiques et des non-chrétiens seront traitées plus sommairement, mais néanmoins dans la mesure où leur étude est capable de contribuer à une plus exacte intelligence des conditions générales de toute vie spirituelle.Le dictionnaire comprendra environ vingt fascicules, ne pouvant être acquis que par les souscriptions de l\u2019ouvrage complet.Tout permet de croire qu\u2019il sera rapidement et brillamment mené à terme.fr.Henri Guillebaud, O.S.B.Hermas Bastien \u2014 \u201cTémoignages\u201d.Etudes et profils littéraires\u201d.1 voi.200 p.Editions Albert Lévesque, Montréal, 1933.Prix: $1.00 M.Bastien est un consciencieux travailleur menant de front plusieurs tâches, un curieux des choses de l\u2019esprit qui s\u2019adonne à des études variées où la philosophie voisine avec la poésie.Il apporte à ses recherches et contributions un esprit calme et méthodique, et c\u2019est pour cela sans doute qu\u2019il paraît s\u2019en tirer à peu de frais.Pourtant, lorsqu\u2019il s\u2019agit de retracer la carrière d\u2019un Père Longpré ou les nombreuses activités d\u2019un Frère Marie-Victorin, il y a autre chose à faire que d\u2019échafauder sur un détail l\u2019ensemble d\u2019un jugement critique.Ce qui caractérise le dernier ouvrage de M.Bastien: \u201cTémoignages\u201d, c\u2019est cette sûreté d\u2019information qui lui permet de rendre justice égale à un théologien, à un sociologue ou aux \u201cpoètes de l\u2019hiver\u201d. 318 REVUE DOMINICAINE On sait gré à l\u2019auteur de son entière probité.Déjà cette première disposition nous incline à subir ses jugements, lesquels n\u2019ont rien d\u2019excitant et pour cause.N\u2019a-t-il par repris pour son compte l\u2019attitude louée chez M.Séraphin Marion qu\u2019il nous montre aussi éloigné de \u201cl\u2019intransigeance excessive\u201d que de \u201cla myopie simulée\u201d.Béatitude du juste milieu, comme disait un confrère.Le difficile est de s\u2019y tenir.Je remarque que M.Bastien a dépassé la mesure dans son éloge d\u2019Henri d\u2019Arles.Il semble ignorer que tout le fond de \u201cLaudes\u201d est emprunté à Jacques de Voragine.S\u2019il a cru de bonne foi, trouver de l\u2019imagination dans Pastels et Propos d'art (assez banal comme titres), ce n\u2019est sûrement pas de cette sorte d\u2019imagination dite créatrice.Moi qui ai suivi de livre en livre, et toujours à sa demande, l\u2019historien et le poète, je ne sache pas qu\u2019il ait introduit une image neuve dans la littérature.Ordonnance de la composition, tenue impeccable du discours écrit ou parlé (élégance, avant tout élégance, comme l\u2019observe à bon droit M.Bastien), goût et finesse dans l\u2019analyse critique, voilà qui suffit pour garantir à l\u2019auteur de tant d\u2019écrits distingués comme sa personne, une place honorable parmi nos littérateurs canadiens.Plus le sujet est général, plus le jeune critique a de l\u2019oeil et de la sagacité.C\u2019est pourquoi les profils succédant aux études me paraissent encore de meilleure venue.J\u2019y vois un noble hommage rendu aux nobles existences, sans parti pris d\u2019école ni de clan, à plus forte raison, de boutique.Pour cette attitude devenue trop rare pour n\u2019être pas signalée, je pardonne volontiers à M.Bastien quelques négligences de style.En voilà assez pour qu'à son volume on accoure, \u2014 et non pas \u201caccourt\u201d, comme je vois dans un lapsus, (p.204).M.A, L.Chanoine J.-B.-A.Allaire.\u2014 \u201cUn curé canadien\u201d\u2014L\u2019abbé Israël Courtemanche.\u2014 Imprimerie de la Salle, 52, rue Côté, Montréal.Le chanoine que tout le Canada ecclésiastique connaît depuis des années, et que les lecteurs friands d\u2019histoire ont toujours lu avec plaisir, nous présente aujourd\u2019hui une nouvelle biographie.En le faisant il acquitte une dette de reconnaissance envers un oncle bien-aimé, son bienfaiteur.A ce titre déjà il doit être loué: la gratitude n\u2019honore-t-elle pas les coeurs qui la cultivent 1 Mais, hâtons-nous de le dire, ce beau volume de trois cents pages semble né pour faire des heureux et beaucoup d\u2019heureux. L\u2019ESPRIT DES LIVRES 319 La famille Courtemanche d\u2019abord, qui, par cette copieuse monographie, entre de plain-pied dans l\u2019histoire, ou tout au moins dans la petite histoire; les paroisses de West Shefford, de Saint-Roch-sur-Ri-chelieu, elles aussi, car elles ont trouvé leur annaliste ; tous les condisciples du héros, s\u2019il en reste encore, et ses confrères du saint ministère sont également à l\u2019honneur au cours de l\u2019intéressant ouvrage du chanoine Allaire; enfin les fervents de ce que l\u2019on appelle maintenant la petite patrie y sont servis à souhait: ils y verront reproduites avec complaisance les moeurs des familles et des paroisses canadiennes-françaises de la région de Saint-Hyacinthe ; ils y trouveront même un luxe de détails qui fait penser aux dessins de Massicotte, bien vrais, sans doute, mais que l\u2019on voudrait idéalisés, poétisés davantage.Somme toute, \u201cUn curé canadien\u201d est un ouvrage qui se recommande par la pureté et la clarté de son style, et le mérite de ses richesses documentaires.Tous les prêtres, curés et vicaires, \u2014 et non seulement ceux du diocèse de Saint-Hyacinthe, \u2014 auront cette vie édifiante parmi les livres de leur bibliothèque.Ils ne pourront que s\u2019édifier au récit d\u2019une existence qui pour n\u2019avoir jamais été que celle d\u2019un modeste curé de campagne, s\u2019avère comme une vivante leçon de sainteté sacerdotale.Le Père H.Couture, 0.P.Mgr Ange-Marie Hiral, O.F.M.\u2014 \u201cElévations Franciscaines\u201d\u2014 Un volume (7% x 4^4 pcs) de 176 pages.Collection \u201cPax et Bonum\u201d, section ascétique, Librairie St-François, 2107 rue Dorchester Ouest, Montréal.Prix: 50 cts.En vente chez Granger Frères, Libraires, 54, rue Notre-Dame Ouest, Montréal.L\u2019auteur a vécu trente ans de sa carrière sacerdotale au Canada.Il est fondateur de plusieurs maisons franciscaines et autres établissements dans la Province de Québec.Quelques-uns de ses ouvrages édités chez nous ont connu de forts tirages et sont maintenant épuisés.\u201cLes Elévations Franciscaines\u201d seront suivies des \u201cElévations Mariales\u201d, des \u201cElévations Bibliques\u201d, et.Elles ont été classées dans la section ascétique de la collection \u201cPax et Bonum\u201d; elles serviront à la fois de sujet de méditation et de lectures spirituelles, puisque l\u2019auteur y développe des thèmes édifiants sur la vie et l\u2019esprit de saint François d\u2019Assise.L\u2019esprit de saint François n\u2019étant pas autre que l\u2019esprit de l\u2019Evangile, les \u201cElévations Franciscaines\u201d offrent à toute âme désireuse de perfection des réflexions pieuses, réconfortantes, pleines d\u2019onction. 320 REVUE DOMINICAINE Saint Thomas d\u2019Aquin.\u2014 \u201cVers la Perfection de la Vie Chrétienne\u201d.\u2014 Traduction du R.P.Maréchal, O.P.Avant-propos du R.P.Mandonnet, O.P.\u2014 Un volume in-8° couronne (12 x 19) de XVI-168 pages.12 fr.\u2014 P.Lethielleux, éditeur, 10 rue Cassette, Paris (Vie).Cette traduction est destinée a diffuser la pensée de saint Thomas sur un des points essentiels de la doctrine chrétienne.C\u2019est, en effet, une des caractéristiques de notre temps que de se mettre à l\u2019école du docteur angélique et de chercher dans son œuvre la pure expression de son enseignement, écho fidèle de celui de l\u2019Eglise.Cette traduction intéressera non seulement les fidèles, désireux d\u2019alimenter leur vie chrétienne, mais même les théologiens en quête de la pure doctrine thomiste, car après le texte primitif et intégral de saint Thomas, sont publiées en appendice les additions que le Docteur angélique dut composer pour répondre à ses adversaires.Pour donner à la pensée de saint Thomas toute la clarté possible, le traducteur a multiplié les titres et les sous-titres et même en certaines pages a introduit une numérotation que ne comporte pas le texte latin.La traduction sobre, élégante et claire du R.P.Maréchal facilite la lecture de ce magistral opuscule de saint Thomas et la préface historique et critique du R.P.Mandonnet permet de le situer très exactement et d\u2019en saisir toute la portée.Table des Matières.\u2014 I.L\u2019idée de perfection: elle est en rapport avec la charité et avec l\u2019amour de Dieu et du prochain.\u2014 IL La voie de la perfection.Vers la perfection de l\u2019amour de Dieu: les degrés; les trois voeux.Vers la perfection de l\u2019amour du prochain : c\u2019est une nécessité de salut; elle est de conseil.\u2014 III.L\u2019état de perfection.Généralités.: le voeu; les sujets (évêques et religieux).Episcopat et vie religieuse.Clercs et religieux.\u2014 IV.Les œuvres dans l\u2019état religieux.R.P.Ignace-Marie, O.F.M.\u2014 \u201cLa Reine du Clergé\u201d \u2014 Elévation mariale.\u2014 Brochure in-32 (10 x 15) de 20 pages, sous couverture forte illustrée, 0 fr.75.\u2014 P.Lethielleux, éditeur, 10, rue Cassette, Paris.(Vie) Cette trop courte brochure, recommandable par la pénétration mutuelle de la piété et de la doctrine, s\u2019adresse à toutes les personnes qui s\u2019occupent du recrutement sacerdotal et du développement du culte de la Sainte Vierge : prêtres, religieuses, séminaristes, aussi bien qu\u2019à toutes les familles chrétiennes. ANNONCES REVUE DOMINICAINE 5 COMMENCEZ A ECONOMISER DES VOTRE PROCHAINE PAIE.Si vous n\u2019êtes pas au nombre des chômeurs, si vous avez la bonne fortune de travailler même à temps et à salaire réduits, profitez de l\u2019expérience que vous avez déjà acquise : ECONOMISEZ.C\u2019est pendant que l\u2019on a des revenus que l\u2019on peut mettre de l\u2019argent de côté.Une réserve en banque aide à traverser allègrement les périodes de dépression, de chômage, de maladie, etc.Economisez selon vos moyens.Faites-le régulièrement.UTILISEZ NOTRE PETITE BANQUE A DOMINICILE REVETANT LA FORME D\u2019UN LIVRE.La Banque Provinciale du Canada Edm.Leblanc, gérant local.Succursale Saint-Hyacinthe [âS G RA! 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