Revue dominicaine, 1 septembre 1949, Septembre
[" REVUE DOniNiCAÎNE \u2014-\u2014. BONNES ADRESSES À CONSULTER Accessoires, Appareils Photographiques : Cameras, Ciné-Cameras, Projecteurs, Lanternes à Vues Fixes, Etc.: Au Royaume de la Camera Inc., 3, St-Jean, Tél.3-4327, Québec Accessoires Électriques : Bizier & Caron Ltée, 43i, St-Joseph, Tél.4-1081, Québec P.Q* Roland Electrique Enrg., 3190, 1ère avenue, Tél.3-0895, Québec Agents Manufacturiers \u2014 Importateurs : Lortie, J.R., 88, boul.Orléans, Tél.2-7735 .Giffard, P.Q.Appareils Électriques : Marquette Electrique Inc., 28%, Ch.Ste-Foy, Tél.3-2114, Québec Appareils de Chauffage : Volcano Ltée, 96, Côte d\u2019Abraham, Tél.3-2572, Québec, P.Q.Architectes \u2022 Bouchard & Rinfret, 400, boul.Charest, Tél.4-0734, Québec, P.Q.Desmeules, Gabriel, 226, St-Jean, Tél.4-3864 .Québec, P.Q.Larue, J.-Albert, 6711, Durocher, Tél.CR.2734 .Montréal Architectes Lemieux, 760, Square Victoria, LA .2870, Mtr.Ludger Lemieux \u2014 A.A.Q.P.\u2014 M.R.A.I.C.Paul M.Lemieux \u2014 B.A.\u2014 M.R.A.I.C.\u2014 A.A.P.Q.\u2014 D.P.L.G.F.Arpenteurs-Géomètres et Ingénieurs Forestiers : Boucher, Germain, 25, St-Louis, Tél.4-1841 .Québec, P.Q.Blanchet, Jos., 97, Laurentide, Tél.3-1330 .Québec, P.Q.Articles Religieux, Jouets, Libraire, Etc.: Kirouac, Marcel, 479, 5e rue, Tél.2-6383 .Québec, P.Q.Articles de Sports : Le Palais des Sports, 67, Côte d\u2019Abraham, Tél.3-2341, Québec Art Plastique Enhg.\u2014 Ouvrages de tout genre t Art Plastique Enrg., 166, Des Commissaires, Tél.8-2990, Québec, P.Q.Ascenseurs \u2022 La Cie F.-X.Drolet, 206, Du Pont, Tél.4-4641 .Québec, P.Q.Assurances Générales : Bernardin Frères, Edifice Aldred, Ch.305, 505, Place d\u2019Armes, Tél.HA.6258, Montréal Boutin, P.A., 80, St-Pierre, Tél.2-3884 .Québec, P.Q.Assurance : National Life Assurance Co.: Arsenault, Bona, Gérant, 80, St-Pierre, Tél.2-5785 .Québec Assurance : La Solidarité.Cie d\u2019Assurance-Vie : Siège Social, 126, St-Pierre, Tél.4-4034 .Québec, P.Q.Autobus : Autobus Lemelin, 170, Commerciale, Tél.Zone 5-327, Lévis, P.Q.Autobus à Lorette, Aérodrome, Champigny, Lac St-Joseph, Ste-Catherine : Drolet, A., Ltée, 505, boul.Charest, Tél.2-8494, Québec, P.Q.Autobus Fournier Ltée : Québec au Camp Val-Cartier, Ste-Foy, Lac St-Charles, St-Raymond : Terminus, 501, boul.Charest, Tél.6182-34, St-Augustin, 2-5946 Automobiles & Accessoires en Gros : Gaumont Automobile Enrg., 204, de la Reine, Tél.2-6663, Qué.AUTOMOBILES (Soudure, Débossage, Peinture.Etc.) : Boutet & Fils, 131, Caron, Tél.3-3370 .Québec,\tP.\tQ.Ferland, Ludger, 661, 1ère av., Tél.4-2920 .Québec,\tP.\tQ.Automobiles \u2014 Vente & Service : Giguère Automobile Ltée, 501, St-Vallier, Tél.8230 .Québec Montcalm Auto Inc., 901, 1ère av., Tél.2-5676 .Québec, P.Q.Avocats : Bélanger, P.E., 88, de la Couronne, Tél.4-8772, Québec,\tP.\tQ.Boutin, J.Pierre, 80, St-Pierre, Tél.2-7004 .Québec,\tP.\tQ.Champeau, Armand, 5585, Canterbury, Tél.AT.9717, Outremont Dumontier, Albert, 105, Côte de la Montagne, Tél.2-1502, Qué.St-Jacques, Henri, 18, Rideau, Tél.2-5055 .Ottawa, Ont.Banques : Banque Canadienne Nationale, Place d\u2019Armes .Montréal La Banque Provinciale du Canada, 221 ouest, St-Jacques, Tél.HA.7151, Montréal Bicyclettes et Accessoires : Gendron et Frères Enrg., 19$, Prévost, Tél.3-1223, Québec, P.Q.Biscuits et Gâteaux : Cie de Biscuits Stuart Ltée, Alf.Allard, prés., CR.2167, Mtl.Blocs de Béton, Tailleurs de Pierre : Côté, Valère, Inc., 325, Dorchester, Tél.4-4491, Québec, P.Q.Bois de Pulpe et Bois de Sciage : Coulombe, J.A.& Cie Ltée, 126, St-Pierrë, Tél.2-1533, Québec Bois et Matériaux de Construction : Grier, G.A.& Sons Ltd., 2120 ouest, N.-Dame, WI.6118, Mtl.Bois de Construction,Manufacturiers de Planchers en Bois Franc, Portes et Châssis : Dupuis, J.-P.Ltée, 1084, Av.de l\u2019Eglise, Tél.YO.0928, Verdun Bonbons en Gros : Bonbons Yolande Enrg., Mme J.-B.Cloutier, propr., 57, Dalhousie, Tél.4-1167 .Québec, P.Q.Boulangers (gâteaux et pâtisseries) : Boulangerie Nationale, 540, 1ère av., Tél.2-5244, Québec, P.Q.Hethrington, T., Ltée, 358-364, St-Jean .Québec, P.O.Brique, Terra-Cotta, Tuyaux, Chaux, Bloc de Béton : Giroux & Fils Enrg., 311, Dorchester, Tél.3-1660, Québec, P.Q.Brûleurs à l\u2019Huile : Beaudet, J.-L., 400.Charest.Tél.3-0950 .Québec.P.Q.Desroches, Eug.& Fils, 1039, St-Vallier, Tél.3-8014 .Québec.Buanderies : Buanderie St-Paul, 2020, Roberval, Tél.WE.6791 .Montréal Buanderie « Impériale », 6, Des Bains, Tél.2-1856, Québec, P.Q.Café, Thé, Confitures : J.A.Désy Ltée, 1459, Delorimier, Tél.FR.2147 .Montréal Carrosses.Tricycles.Brût ecrs à l'Huita- Verret, J.A., 90, Boisseau, Tél.4-6073 .Québec.P.Q Carrosseries d\u2019Auto 'déu' Le Papillon d'Or (Mlle J.d\u2019Arc Emond), 109, St-Jean, Tél.2-4314, Québec, P.Q.Confection pour Dames : Houde, Mme A., 84, D\u2019Artigny, Tél.3-8714 .Québec, P.Q.Confiserie : Boutin, L.P., 1585, 8e avenue, Tél.4-0851 .Québec, P.Q.CONTRACTEURS \u2022.(Construction de Chemins et D\u2019Édifices Publics) : Les Entreprises Lechasseur Ltée .Mont-Joli, P.Q.CONTRACTEURS - ÉLECTRICITÉ - CHAUFFAGE - Constructions.Démolition.Matériaux à Vendre i Tétrault Frères, 1200, Av.de l\u2019Eglise, Tél.TR.6611-6612, Montréal Constructions Générales : Maranda, Mme D., 19, av.Bigaouette, Tél.4-1072, Québec, P.Q.Coupe-'Froid National un r1 vnnTuwouc .Tremblay, G.-E., 209, de la Ronde, Tél.3-2662 .Québec, P.Q.Courtiers : Lagueux & Desrochers Ltée, Casier Postal 218, 105, Côte de la Montagne, Tél.2-8271, Québec, P.Q.Courtier en Immeuble : Thibodeau, L.P.R., 323, boul.Charest, Téls.2-8115 \u2014 4-2316, Québec, P.Q.Courtiers D\u2019Obligations : La Corporation de Prêts de Québec, 132, St-Pierre, C.P.68, Tél.2-4765, Québec, P.Q.Courtiers en Épiceries : Brault, Anastase, 1891, Roberval, Tél.WE.4237 .Montréal Courtier en Immeubles &- Assurances ¦.Leroux, O., 625, 3e avenue, Tél.4-3836 .Québec, P.Q.Couvreurs : Falardeau, Eugène Ltée, 141, Dorchester, Tél.6-9677 .Québec Crème Glacée : Crémerie Mont Blanc Enrg., 149, Renaud, Tél.2-6841 .Québec Dactylos- Calculateurs-Miméographes î Martineau, N.& Fils, 1019, Bleury, Tél.BE.2318 .Montréal Députés : Fleury, E., M.A.L.(Cultivateur) .St-Léonard d\u2019Aston, P.Q.L\u2019honorable T.Labbé, M.A.L.(Epicier en Gros).644, Notre-Dame, Tél.89, Thetford-Mines, P.Q.Lévesque, J.R., M.A.L., prop.(Epicerie Moderne Enrg.) Ste-Anne des Monts, Comté de Gaspé-Nord, P.Q.Matte, Jos., M.A.L., 124, de l\u2019Eglise, Tél.3-0701, Québec, P.Q.Bernard, Robert, 12, Marier, Drummondville, P.Q.Bernatchez, René, agronome, St-Flavien, Co.Lotbinière, P.Q.Blanchard, J.-L., notaire, Ste-Thérèse, Co.Terrebonne, P.Q.Cossette, Philippe, notaire, Causapscal, Co.Matapédia, P.Q.Desjardins, Gérard, C.P.260, Maniwaki, P.Q.Fox, C.J.W., Foster, Co.Brome, P.Q.Gérin, Denis, Coaticook, P.Q.Johnston.Raymond, Otter Lake, Co.Pontiac, P.Q.Lizotte, Fernand, Docteur, St-Jean Port-Joli, Co.L\u2019Islet, P.Q.Ouellette, Pierre, 108, La Salle, Baie Comeau, P.Q .Rémy, J.G., Assurances, Huntingdon, P.Q.Directeurs de Funérailles: Bouchard, J.& Fils, 320, 6e rue, Limoilou, Tél.4-1113, Québec Thibault, J.P.Enrg., 9, Commerciale, Tél.131 .Lévis, P.Q.Doreurs-Argenteurs-Orfèvres : Beaugrand Gilles, 846, de l\u2019Epée, Tél.DO.2950 .Montréal Galvanoplastie Canadienne, 62li, St-Jean, Tél.3-4883, Québec Drive Yourself : Jobidon Drive Yourself, 575, 1ère av., Tél.4-2200, Québec, P.Q.ÉDITIONS : Editions du Lévrier, 5375, Av.N.-D.de Grâce, WA.6765, Mtl.ÉLECTRICIENS - LAVEUSES, ETC.s Simard Electrique Enrg., 317r, 3e rue, Tél.3-7701, Québec, P.Q.Électricien \u2014- Réparations de Moteurs : Gravel Electrique, 511, 1ère avenue, Tél.3-7371, Québec.P.Q.Enseignes Lumineuses au Néon \u2014 Réparations : Modern Neon Reg\u2019d., 1220, St-Vallier, Tél.4-1191, Québec, P.Q.Entrepreneurs : Bilodeau Ltée, 82, Richelieu, Tél.2-1143 .Québec, P.Q.Entrepreneurs Électriciens « Asselin Electrique, 317B, de la Canardière, Tél.3-2002, Québec.P.Q.Latulippe, J.-P., 124, Bayard, Tél.2-7644 .Québec, P.Q.Sylvain, Lucien, 92, Ste-Agnès, Tél.2-2987 .Québec.P.Q.Entrepreneurs-Couvreurs : La Rue, D.Ltée, 111, Côte de la Montagne, Tél.3-7500, Québec Bureau, Antonio, 240, boul.des Capucins, Tél.6334, Québec Entrepreneurs Généraux : Bédard, Albert, 138, St-Patrick, Tél.2-3623 .Québec, P.Q.Demers, Lorenzo, 85, de l\u2019Espinay, Tél.2-6714, Québec.P.Q.Dubé & Dubé, 14, Place d\u2019Aiguillon, Tél.3-8322, Québec, P.Q.Lamontagne, F.-X., 411, Boulevard Charest, Tél.3-0590, Québec Les Entreprises Bergerville Ltée, 111, Côte de la Montagne, Tél.2-5268, Québec, P.Q.Parent & Gosselin Enrg., 270, des Oblats, Tél.3-5875, Québec Entrepreneurs-Menuisiers : Blouin & Blouin Enrg., 120, Châteauguay, Tél.5-8687, Québec Entrepreneurs de Menuiserie Générale » Bégin, Alphonse, 275, 13e rue, Limoilou.Tél.4-3980, Québec Laberge, Roland, 62, Lamontagne, Tél.9221 .Québec, P.Q.Entrepreneurs-Peintres : Boisvert, Charles & Fils, 1701, Ch.St-Louis, Tél.7-2384, Québec Entrepreneurs de Pompes Funèbres : Bureau, J.C., 2, Durocher, Tél.5-5298 .Québec, P.Q.ÉPICIERS : Blouin, Paul, 110, Bourlamaque, Tél.2-3964 .Québec, P.Q.Pakenham Enrg., 975, 3e avenue, Tél.2-5681 .Québec, P.Q.Pelletier, Alphonse, 340, St-Vallier, Tél.2-0033 .Québec, P.Q.ÉPICERIES EN Gros : Lamarche, J.-H., 6749, St-Laurent, Tél.CR.2155 .Montréal Letellier, J.-B.-E.Enrg., 112, Dalhousie, Tél.2-3931 .Québec Rioux & Pettigrew, 48, St-Paul, Tél.2-1212 .Québec, P.Q.Estampes en Caoutchouc : A.Derome et Cie Enrg., 26 est, N.-Dame, LA.2392, Montréal Ferronnerie d-Art : Les Frères Lebrun, 456, Niverville .Trois-Rivières, P.Q.Marchand, Adélard, 68, St-Vallier, Tél.2-2370 .Québec, P.Q.Ferronnerie en Gros : Demers, J.L.Ltée, 57, Commerciale, Zone 5-1070 \u2014 Québec, 5-5177, Lévis, P.Q.Fleuristes : Gardenia Enrg., 135, St-Jean, Tél.4-2128 .Québec, P.Q.Fonderie : Quebec Brass & Iron Foundry, 53, Commerciale, Tél.Zone 5-259, Lévis, P.Q.Fourrures et Chapeaux (gros et détail) : Charlebois Hat Inc., 708 ouest, Notre-Dame, Tél.MA.5029, Mtl.Fourrures : Alain, P.A.Ltée, 203, St-Joseph et 79, de l\u2019Eglise, 5106, Qué.Bernard, Léo, 810, St-Vallier, Tél.3-1329 .Québec, P.Q.Desjardins.Chas, et cie, 1170, St-Denis, Tél.BE.3711, Montréal Turcotte, N.-Geo., 201, boul.Charest, Tél.4-1459, Québec, P.Q.IV BONNES ADRESSES À CONSULTER Fourrures, Haute Qualité, Réparation, Voûte .Nadeau, J.-O., 160, Côte d\u2019Abraham, Tél.2-6429, Québec, P.Q.Sanfaçon, Honoré, 110, rue de la Couronne, Tél.7419, Québec Fruits et Légumes : Quebec Fruit & Fish Ltd., 116, Dalhousie, Tél.2-3833, Quebec, P.Q.Libraires \u2022 Granger Frères Ltée, 56 ouest N.-Dame, LA.2171 .Montréal Lingerie : Chabot, Mme L., 376, St-Jean, Tél.3-6055 .Québec, P.Q.Lingerie pour Dames : Cybèle Enrg., 249, St-Jean, Tél.3-8042 .Québec, P.Q.Garage \u2014 Réparations Générales î Beaulieu & Filion Enrg., 207, Ste-Hélène, Tél.2-2256, Québec Tél.2-8777, Québec, P.Q-Garage Paradis Enrg., 78, D\u2019Aiguillon, Tél.2-8777, Québec P.Q.Garagistes s\t\u201e \u201e Fradette, Amédée, 45, Franklin, Tél.3-2828 .Quebec, P.Q.Garage Cloutier, 93, boul.Langelier, Tél.9034 .Québec, P.Q.Garage Thibeault, 141, Commerciale, Tél.Z-5872, Lévis, P.Q.Grains.Foin, Ferronnerie, Peinture.Etc.: Corriveau, A., 1742, Chemin St-Louis, Tél.4-3933, Québec, P.Q.Grains.Moulées.Provisions i Avard, Tancrède Ltée, 36, Anderson, Tél.2-4028, Québec, P.Q.Larochelle & Fils, Inc., 65, St-Roch, Tél.6-7494 .Québec, P.Q.MACHINERIES D\u2019ÏMPRIMERIE (Réparation, Soudure, Etc.) î Le Matériel d\u2019imprimerie Ltée (Demandez M.Langlais), 970, de Bullion, Tél.PL.9011, Montréal Machinerie Moderne : Machinerie Moderne Ltée, 120, 4e rue ouest, Tél.4-4309, Québec Magasins à Rayon s Bouchard, L., 750-760, St-Vallier, Tél.2-5638 .Québec, P.Q.Dupuis Frères Ltée, Tél.PL.5151 .Montréal Moncion, Thomas, Suce.J.Pharand, 85-91, Champlain, Tél.2-5315, Hull, P.Q.Syndicat de Québec Ltée, 215, St-Joseph, Tél.4-3561 .Québec Manufacturier de Biscuits : Les Biscuits Dion Inc., 700, 2e rue, Tél.4-4191, Québec, P.Q.Hobbs Glass Ltd.(Vitres et Peinture) : Hobbs Glass Ltd., 90, Côte de la Montagne, Tél.2-1538, Québec Hôtels i Château Champlain, 401, St-Paul, Tél.2-2061 .Québec, P.Q.Hôtel Kennebec 115, Commerciale, Tél.12 .Lévis, P.Q.Hôtel Louis XIV Ltée, 3, Place Royale, Tél.2-0228 .Québec Hôtel Montcalm, Inc:, 161, St-Jean, Tél.2-1287, Québec, P.Q.Hôtel St-Roch, 230, St-Joseph, Tél.2-3921 .Québec, P.Q.Importateurs et Fabricants d-Objets de Piété » Génin, Trudeau et Cie, 38 ouest, N.-Dame, LA.2261, Montréal Importateurs D\u2019Articles de Fumeurs et de Pêche en Général i Thomassin, Jos., 179, boul.Charest, Tél.4-4441 .Québec, P.Q.Imprimeurs Médéric Parent, 50i, St-François, Tél.3-1252, Québec, P.Q.Industrie Laitière (Machines, ustensh.es, App.frig.) : Trudel, B.et Cie, 304, Carré Youville, Tél.MA.8067, Montréal Ingénieur Constructeur > Komo Construction Ltée.1500, St-Vallier, Tél.2-6839, Québec, P.Q.Ingénieurs-Conseils : Demers, Georges, 126, St-Pierre, Tél.3-6736 .Québec, P.Q.Hallé, Jules, 189, St-Jean, Tél.2-1178 .Québec, P.Q.Langlais, Zachée, 105, Côte de la Montagne, Tél.3-6661, Québec, P.Q.Institutrice : Sturton, Mlle Ethel, 93, Crémazie, Tél.6-9671 .Québec, P.Q.Instruments de Musique « Brodrigue, Wilfrid, 37, Ch.Ste-Foy, Tél.5-6888, Québec, P.Q.Isolation \u2014 Laine Minérale : Bouchard & Robitaille Enrg., 149, d\u2019Argenson, Tél.5-8798, Qué.Jardinier Fleuriste : Bardou, A.F., Chemin St-Louis, Tél.4-1355 .Québec, P, Q.Laboratoire Farley \u2014 Hull, P.Q.« Fabricant des « Antalgines» contre les maux de Tête.Lait, Crème, Beurre, Œufs et Fromage s La Ferme St-Laurent Ltée, 6768, Garnier, CR.2188-9, Montréal La Laiterie Frontenac Ltée, 142, de l\u2019Eglise, Tél.7175, Québec, P.Q.Laiterie Arctic Ltée, 75, du Sacré-Cœur, Tél.5-7101 .Québec Laiterie Citadel Inc., 80, Maufils, Tél.4-1675 .Québec, P.Q.Manufacture de Chaussures s Samson, J.E.Inc., 469, St-Vallier, Tél.5-8765 .Québec, P.Q.Manufacturiers de Portes et Châssis, Bois : Pilon, Jos.Ltée, 79, Boul.du Sacré-Cœur, Tél.3-1116, Hull, P.Q.Manufactures de Vinaigre : The Lion Vinegar Co.Ltd.74, Renaud, Tél.4-1435, Québec, P.Q.Marbre, Terrazzo.Tuile &\u2022 Ciment : La Cie de Marbre & Tuile de Québec Ltée, 327, Dorchester, Tél.2-6900, Québec, P.Q.Marchands de Bois : Giguère, Albert, 109, Lavigueur, Tél.4-1250 .Québec, P.Q.Marchand de Fer, Etc.t Compagnie Chinic, 55, St-Pierre, Tél.2-8293 .Québec, P.Q.Marchands de Fourrures : Emond, Chs-N.Enrg-, 85, des Commissaires, Tél.6741, Québec, P.Q.Marchand de Fruits : Vézina, Adélard & Fils Enrg., 71, St-André, Tél.2-5258, Québec Marchands de Meubles s Cantin, J.-W., 446, St-Joseph, Tél.8007 .Québec, P.Q.Marchand de Tabac: Gagnon, Henri, 56, Côte du Palais, Tél.2-4285 .Québec, P.Q.Marchands-Tailleurs : Lefebvre, Ph., 63, Buade, Tél.3-1433 .Québec, P.Q.Mathieu, Lucien Enrg., 2251, Frontenac, FR.1803 .Montréal Matelas, Sommiers, Etc.: Matelas Frontenac Enrg., 15, Boisseau, Tél.6347, Québec, P.Q.Maternité Privée : Ouellette, Mme J.T., 10, d\u2019Artigny, Tél.2-1966, Québec, P.Q.Matériaux de Construction : Les Industries G.-I.Lachance Inc., 263, St-Paul.Tél.2-6403, Québec, P.Q.Mécaniciens i Després, Alfred, 66, St-André, Tél.2-8419 .Québec, P.Q.Médecins : Castonguay, Dr E.-J., 4231 est, Ste-Catherine, CH.0560, Mtl.Gratton, Dr Albert, 781, du Couvent, Tél.WE.5476 .Montréal Pilon, Dr Henri, 251, boul.St-Joseph .Hull, P.Q.Pouliot, Dr Antoine, 69, Ste-Ursule, Tél.2-4455 .Québec, P.Q.La Librairie Dominicaine î 5375, avenue Notre-Dame de Grâce, Tél.WA.6765 .Montréal 95, avenue Empress, Tél.2-7363 .Ottawa, Ont.Librairie (en gros seulement) : Librairie J.A.Parent, 472, St-Vallier, Tél.6630, Québec, P.Q.Membres Artificiels : Duckett, J.A., 3651, Park Ave, Tél.HArbour 0630, Montréal Négociant en Gros D\u2019Appareils Électriques î Vandry Inc., 470, des Capucins, Tél.2-6656 .Québec, P.Q.V BONNES ADRESSES A CONSULTER Négociants en Gros (épiceries, fariite, grains) r Begin Noël Inc., 94, Commerciale, Tel.Lévis, 175, Québec 6-9686 Négociants en Gros \u2014 Jobbers : Bourget & Léveillé, 59, Commerciale, Tél.Zone 6-216 .Lévis Nettoyeurs.Buanderie : Pfeiffer, P., 4, McMahon, Tél.2-2021 .Québec, P.Q.Notaires : Baillargeon & Baillargeon, 38, des Jardins, Tél.2-1390, Québec, P.Q.Labrèche et Labrèche, 10 ouest, St-Jacques, MA.3373, Montréal Notaires & Assurances : Roy & Roy, Tél.Zone 5032 .Lauzon, P.Q.Nouveautés, Merceries, Tapis, Prélarts : Alepin, J.et Frère Ltée, 4295 ouest, Notre-Dame, Tél.WE.1108 ; 4719, Wellington, Tél.YO.1144, Montréal Opticiens D\u2019Ordonnances : Derouin, O.L., 37, Metcalfe, Tél.2-4976 .Ottawa, Ont.Lamontagne, Etienne, 1065, St-Prosper, Tél.2178, Trois-Rivières Optométristes et Opticiens : Beaulieu, Remy, 94, de la Couronne, Tél.2-3592, Québec, P.Q.Mignault, J.-Ld.& René Beauséjour, 52, St-Jean, Tél.2-1803, Québec, P.Q.Papier Asphalt \u2014 Matériaux de Construction : Bishop Asphalt Papers Ltd., 162, St-Paul, Tél.2-3581 \u2014 2-6193, Québec, P.Q.Pharmaciens : Frenette, Arthur, 1501, de la Canardière, Tél.3-6009, Québec Guertin, Paul, 1400, 4e avenue, Tél.3-7567 .Québec, P.Q.Pharmacie Aimé Roussin.2823, Masson, CH.2103 .Montréal Pharmacie P.-H.Soucy, 85, Cartier, Tél.2-1235, Québec, P.Q.Pharmacie Canadienne, 1661 ouest, N.-Dame, Tél.WI.1771, Mtl.Pharmacie Roy Enrg., 121, Royale, Tél.2-3736, Giffard, P.Q.Pharmaciens en Gros : Ontario Medical Supply, 139, Queen, Tél.2-5309, Ottawa, Ont.Gérant : J.-André Gaulin, Dist.pour Casgrain & Charbonneau Placage Industriel, Chrome, Nickel, Or, Argent : Garand & Thibault Enrg., 7, D\u2019Argenson, Tél.6-9232, Québec Plombiers : Asselin, J.A., 37, Hermine, Tél.5-9670 .Québec,\tP.\tQ.Morin, L.-P., 31, Sault-aux-Matelots,\tTél.\t4-3617,\tQuébec,\tP.\tQ.Rouillard, J.E.Enrg., 465, St-Jean,\tTél.\t5-7941,\tQuébec,\tP.\tQ.Turcotte et Létourneau, 270, du Roi,\tTél.\t5-9198,\tQuébec,\tP.\tQ.Plomberie \u2014 Air Climatisé : Mobec Ltée, 466, St-Vallier, Tél.2-1297 .Québec, P.Q.Plombiers-Couvreurs-Électriciens : Dorion, Jules Ltée, 11, rue Ramsay, Tél.4-2916, Québec, P.Q.Morin, J.-B.& Cie Ltée, 18, Champlain, Tél.2-5548 .Québec Pneus : Michaud Tire Service Ltée, 207, de la Couronne, Tél.3-3901, Québec, P.Q.Produits de Salon de Beauté : Lemieux Beauty Products, 16, rue de l\u2019Eglise, Tél.3-6320, Québec, P.Q.M.A.Lemieux, résidence, Tél.2-3073, Québec, P.Q.Provisions, Poisson, Fruits, Etc.: Dominion Fish & Fruit Ltd., Tél.2-7036 .Québec, P.Q.Provisions en Gros : Turgeon, Jos., 189, Commerciale, Tél.177 .Lévis, P.Q.Provisions Générales pour Bateaux : Quebec Ship Riggers & Sail Makers, Reg\u2019d., 17, Sault-au-Matelot, Tél.3-6717, Québec, P.Q.PROFESSEUR DE Musique (Guitare, Mandolibe, Violon) : Gagnon, T.W., 208, N.-D.des Anges, Tél.2-3700, Québec, P.Q.Quincailleries Générales : Cantin & Fils Ltée, 555, St-Vallier, Tél.5-7123, Québec, P.Q.Giroux & Frère unrg., 370, St-Jean, Tél.2-8337, Quebec, P.Q.Gravel, Ludger & Fils Ltée, 7906, boul.St-Laurent, Tél.VE.2581, Montréal Grégoire, J.-R., 3605 est, Ontario, Tél.FA.1167-8 .Québec Rhéaume, Paul, 111, Royale, Tél.3-6484 .Giffard, P.Q.Quincaillerie en Gros et Détail i Lemieux, Jos.-E.Enrg.Québec, P.Q.Lajeunesse, Gaud.Enrg., 721, St-Vallier, Tél.2-6473, Québec O\u2019Neil & Richard Ltée, 134, du Pont, Tél.2-1594, Québec, P.Q.Quincaillerie et Ferronnerie \u2022.Terreau Racine Ltée, 196-220, St-Paul, Tél.2-2711 .Québec Radio Technicien \u2014 IIaut-Parleurs : Gagnon, Jean-Paul, 960, 1ère avenue, Tél.2-1735, Québec, P.Q.Réfrigérateurs : Brindamour, W., 57, Ste-Marguerite, Tél.3-2449, Québec, P.Q.Brousseau, Albert, 3, des Bains, Tél.3-2503 .Québec, P.Q.Rembourrage de Meubles de tous genres : Michaud, Jos., 92, d\u2019Aiguillon, Tél.2-8497 .Québec, P.Q.Réparation de Meubles, Portes & Châssis : Ledoux, Arthur, 13i, Ste-Hélène, Tél.3-5404 .Québec, P.Q.Réparation de Ressorts D'Autos î Léon Drolet & Fils, Enrg., 12-14, rue Caron, Tél.3-0979, Québec Ressorts D\u2019Autos et Camions : Drolet, Léon & Fils, Enrg., 12-14, rue Caron, Tél.3-0979, Qué.Restaurateur = Bourget, Rosaire, 129, Commerciale, Tél.577-J .Lévis, P.Q.Restaurants : Boulevard Restaurant, 3830, Décarie, Tél.DE.0097 .Montréal Ressorts \u2014 Pour Autos & Camions : Blondeau, Alphonse, 500, 1ère avenue, Tél.4-1209, Québec, P.Q.Salon de Beauté : Salon Mario, 2714, Morin, Tél.3-0593 .Québec, P.Q.Savon : La Savonnerie Bourbeau Enrg., 345, Dorchester, Tél.4-2960, Québec, P.Q.Soudure.Débossage, Peinture.Etc.: Beaulieu, L.P., 15, boul.Roosevelt-Churchill, Tél.4-4924, Qué.Stores Vénitiens s Méthot, Raoul, 213, 5e rue, Tél.2-6174 .Québec, P.Q.Syndic Licencié : LaRochelle, Victor, 111, Côte de la Montagne, Tél.3-7258, Qué.Tannerie : Tannerie Daigle Ltée, 7, Lee, Tél.5-7523 .Québec, P.Q.Taxis : Taxis Maguire Enrg., 1463, Maguire, Tél.3-1474, Sillery, Qué.Terra Cotta : Montreal Terra Cotta, 1010 o., Ste-Catherine, MA.1816, Mtl.Terrazzo Mosaïque & Tuile : Terrazzo Mosaïque & Tuile, 25, av.St-Sacrement, Tél.3-1071, Québec, P.Q.Transports : La Traverse de Lévis, Ltée, Marché Champlain, Tél.2-5182, Québec, P.Q.St-Hyacinthe Transport, 34, Piété, Tél.356-122 .St-Hyacinthe Transport R.Dumas Enrg., 250, Ste-Hélène, Tél.3-3824, Québec, P.Q.Valeurs de Placement : Dubé, Oscar & Cie Inc., 105, Côte de la Montagne, Tél.2-4061, Québec, P.Q.Société Générale de Finance, Inc., 57 ouest, St-Jacques, Tél.HA.5168, Montréal Vitres et Peinture : Franklin Glass & Paint Co., 305, St-François, Tél.2-4982, Québec, P.Q.Viandes en Gros : Marché de Québec Enrg., 342, 1ère rue, Tél.2-2016, Québec, P.Q.VI CIERGES \u2014 CHANDELLES \u2014 BOUGIES Nos produits priment par leur qualité, leur fini et leur apparence.Ils incarnent la réputation et la confiance dont jouit notre maison depuis plus d\u2019un demi-siècle.P £ AÎLL3RŒ0N XîMÎTÉÉ Saint-Constant\tMontréal Co.Laprairie, P.Q.\t51 Notre-Dame O 7, RUE SIMARD.QUÉBEC EUGÈNE BARRY, président HOMMAGES DE O.PICARD & FILS La Buanderie Lévis Ltée TÉL.: 4-4603 EMPLOYEZ NOTRE PROCÉDÉ D R A X À L\u2019ÉPREUVE DE L\u2019EAU ET DES TACHES 42.CHEMIN SAINTE-FOY VIS-A-VIS DES ÉRABLES SERVICE JOUR ET NUIT Adélard & Gustave Lépine INCORPORÉ 2-2656 DIRECTEURS DE FUNÉRAILLES SERVICE D'AMBULANCE QUÉBEC Tel.: 6325 370, Dorchester Angle lire Avenue et lime Rue \u2014 Tel.4-2772 \u2014 Québec MANUFACTURIERS DE TUYAUX EN CIMENT TUYAUX VIBRÉS ENRG.Québec, P.Q.44.Ste-Ursule.Québec, P.Q.ARMAND MATHIEU (TÉL S-3776) FAVORITE SMALLWARES.LTD.P.-M.LACOMBE, Président Bibelots, nouveautés, articles de toilette et de beauté.PRODUITS ALIMENTAIRES 101, Av.des Oblats, \u2014 Tel, 7584 \u2014 Québec, P.Q.EDMOND SYLVAIN (TÉL 9898) TÉL.2-2240 HOMMAGES DE M.J.O\u2019BRIEN Spécialités pour Bâtisses et Constructions Représentant de Truscon Steel Co.of Canada Ltd.Spécialistes en charpente de bâtisse Truscon Laboratories Canada Ltd., Canadian Cork Co.Ltd., K.V.Gardner Ltd.Tél.5992\t13, rue d\u2019Aifuillon\tQuébec, P.Q.TÉL.4-2473 LA CIE HUBERT MOISAN ASSURANCE FUNÉRAIRE DE QUÉBEC DIRECTEURS DE FUNÉRAILLES Québec, P.Q.Tél.: 5-8216 Diplômé General Motors j.S.Ruelland CARROSSIER.^ Reparations d Automobiles' et de Rembourage , Carrosserie endommagée et dé boss age de tous genres.2,Christophe Colomb, Spécialité:\u2014 Peinturage Duco Dupont' Vitrage des Chars Mécanique.Québec, RQ.DESSIN CLICHES ELECTROS } Photogravure Artistique enr./Z RUE AK AGO, QUéOtC.\t4-2Ÿ38 PHOTOS RETOUCHE FLANS VII Sommaire Septembre 1949 Jacques-Thomas Racette : Porte du ciel Un étudiant du collège Sainte-Marie évoque la mémoire d\u2019un disparu en des accents qui nous rapprochent de Baudelaire.Robert Elie : Au delà du Refus 11 On y trouve la foi, l\u2019espérance et l\u2019amour puis une invitation à M.Borduas à franchir les frontières de son Refus.Albert Vincent : L\u2019abbé Godin Ouvrier en salopette mais toujours apôtre du Christ, un prêtre s\u2019aventure dans la banlieueurouge de Paris.Benoît Lacroix, O.P.: Avons-nous des historiens ?Un riche bilan d\u2019activités historiques et de promesses au Canada \u2014 1940-1948.François-Albert Angers : Sciences économiques et Catholicisme.Pour avoir écrit dans cette Revue L'économiste devant les encycliques sociales, M.Marcel Clément reçoit de M.Angers une réponse qui ne peut qu\u2019aider à résoudre un conflit.Albert Saint-Pierre, O.P.: Réminiscences Dans les souvenirs du jeune âge que représentent les années 1914-1918 \u2018l sens faits Pierre George : « Syndicalisme et politique ».La Direction : « Le R.P.François-Marie Drouin, O.P.».X.: « La mort de Maurice Blondel ».A.L.: « Hôpital Sainte-Justine ».L*esprit des livres Chanoine Aug.Croegaert : « Les rites et les prières du Saint Sacrifice de la Messe » (P.-E.L.).Emile Georges, C.J.M.: « Saint Jean Eudes, modèle de vie mariale » (Elie Goulet).Cervantes : « Don Quichotte » (A.L.).P.-H.Barnabe, O.M.I.: «Un siècle de Miséricorde» (André Tilly).Léon Gérin : «Le type économique et social des Canadiens» (N.Leblanc).Michel Koriakoff : «Je me mets hors la loi» (André Tilly).F.-A.Angers : «Initiation à l\u2019économie politique» (N.Leblanc).Séraphin Marion : « La querelle des humanistes canadiens au XIXe siècle » (A.B.).Jean Simard : « Hôtel de la Reine » (André Tilly).Colonel C.P.Stacey : « L\u2019armée canadienne, 19394 945 » (A.L.).Vffl REVUE DOMINICAINE Directeur : R.P.ANTONIN LAMARCHE, O.P.3500, Av.Laval, Montréal-18, P.Q.Volume LV\tTome II\tSeptembre 1949 Porte du ciel A la mémoire d un jeune Il a passé comme londe qui l a emporté.Mais l onde qui l emporta repassera encore, Tandis que lui n a juste duré qu une aurore Ne sera plus dans le temps menteur qu\u2019un noir noyé.Il était la sève coulant cachée sous l écorce Qui n a pas vu, hélas, l\u2019écorce qu\u2019il nourrissait Puisqu elle étouffa, oh ! I ingrate, ce trop précoce, Sur le point de demander à la vie son secret.Nature, en le tuant tu commis un sacrilège : Le deuil, comme une larme détachée du remords, Pendra sur tes paysages comme un sortilège Pour t accuser de l\u2019index au nom de tous tes morts.Détachez-nous, Seigneur, des liens qui nous unissaient Afin de nous détacher des liens de la Révolte ! Ah ! rendez vous, face à la foi, son rythme concret Afin que nous marchions serrés sur sa tombe morte ! 65 Revue Dominicaine ,-H^ Le monde que j avais laissé flotte sous mes pieds ; Et je n ai jamais tant dominé un si grand vide, Et je cherche en vain un point d\u2019appui pour m envoler De ce plateau creux où j étais reçu d un suicide.En quittant d un seul coup les cinq continents songeurs, Je vous quitte mes sens en répétant vos services.Voici qu il faut déjà lever le camp, tards veilleurs, Car c est maintenant ailleurs qu\u2019il faut remplir office : Adieu mes sens pourvu que vous me reveniez ; Vous m avez longtemps dupé de la terre et des nôtres ; J ai beau tous vous passer en revue et vous compter, Pas un n\u2019a manqué au devoir de mentir à l autre.On a toujours vécu assez longtemps pour partir, La vie assez longtemps a eu son mot pour tout dire Ce qu elle avait partout d ennuyeux à définir.\u2014 Je m émeus de penser au bruit d anges qui m attire.Jacques-Thomas Racette 1 Au delà du refus (suite) Au milieu de justes intuitions qui révèlent une pensée généreuse, une petite phrase de « refus global » m\u2019arrête parce qu\u2019elle me semble indiquer une tendance qui m inquiète : « Les frontières de nos rêves ne sont plus les mêmes », qui m inquiète, on le verra, non pas parce qu elle élargit I horizon, mais parce qu elle lui reconnaît une limite.Le chrétien, par sa foi même, n accorde aux frontières qu une existence provisoire et même artificielle : les plus nécessaires, celles-là mêmes qu il lui est interdit de franchir, n existent que parce qu il y a eu péché et que sa volonté n est plus assurée ; elles ne marquent pas la limite du réel et ne peuvent arrêter sa marche vers la vérité et le plein développement de ses dons.Ce ne sont pas des lignes creusées dans le réel, pas plus que le sol ne porte la marque de ce trait qui sépare les pays sur nos cartes de géographie.Elles ne valent que pour I homme sans rien changer à la réalité, mais elles se justilient parce que I homme peut se détourner du réel.S il les franchit, ce ne sera pas pour vivre plus intensément, mais pour s abandonner au néant.11 ne suffit pas de marcher pour se rapprocher du but, mais encore faut-il connaître son chemin ; il ne suffit pas de peindre pour atteindre le réel et I on peut fort bien couvrir une toile de couleurs et de figures sans qu elle prenne forme ; et 1 on peut exister sans vivre vraiment selon les exigences et les dons de sa nature.Le néant menace 1 homme, menace chacun de ses gestes.Le péché, pour le chrétien, n est que 1 abandon au néant et la loi (les frontières) n a d autre but que de le mettre en garde contre les illusions qui le font se détourner du réel et se trahir lui-même.La I oi limite si peu le champ d action de 1 homme que saint Paul nous invite à la dépasser, non pas à la transgresser, c est-à-dire à brûler en nous par I amour ce pouvoir de reniement, cet égoïsme profond, qui peut nous faire perdre notre vie, 1.Cf.Revue Dominicaine, juillet-août 1949, page 5.67 Revue Dominicaine notre vie qui est éternelle (ce n\u2019est pas un cliché).D\u2019ailleurs, il suffit de lire 1 Evangile pour voir que la morale chrétienne nous propose moins de choisir entre le hien et le mal qu entre le hon et le meilleur.Elle entraîne I homme sur la voie de I être où il a chance de devenir ce qu il est et de connaître une liberté que 1 on ne peut soupçonner aussi longtemps que le mal nous domine et que 1 ascèse n a pas détruit le vieil homme.Le chrétien, même s il n\u2019a appris que son catéchisme, sait qu il est promis à une destinée éternelle, qu\u2019il habite déjà l\u2019infini, que, tout infirme qu il soit, il lui suffit de ne pas transgresser la loi, en y mettant un peu d amour, mais il n\u2019y réussirait pas autrement, pour rejoindre Dieu et commencer déjà à vivre d\u2019une vie sans limites.Que toutes les frontières ne soient pas légitimes, certes, nous le reconnaissons, et même que certains chrétiens, et tous à un moment où I autre de leur vie, soient pris de vertige devant l\u2019infini et cherchent plutôt à borner la réalité qu à s avancer hardiment sur une voie sans limite.On connaît l\u2019angoisse de Pascal et aucun saint n\u2019a honte d\u2019avouer qu il ne saurait soutenir hien longtemps la terrifiante vision de sa destinée sans le secours de la grâce.On ne peut même s étonner que la plupart s organisent une « petite vie » et s emploient à se distraire avec une pitoyable application.« Les frontières de nos rêves ne sont plus les mêmes ».Je sais qu\u2019il faut donner au mot rêve le sens le plus élevé qu il puisse soutenir, celui d une appréhension obscure, mais non pas illusoire, de grandes et authen-liques réalités.Ce sont les frontières de nos désirs, de nos espoirs, de notre amour.Mais s il existe des frontières, non pas au sens de la loi chrétienne, mais au sens de limites du réel, le regard de l\u2019homme n\u2019est donc pas libre et, aussi loin qu\u2019il portera, il se heurtera à un horizon bouché.Même s\u2019il en a pour des siècles à explorer le monde visible et invisible, I homme doit donc convenir qu il habite un monde fini et que la science expliquera toutes ses visions et satisfera à tous ses désirs, et prouvera que le poète a tort de mettre son espoir dans l\u2019irrationnel.Ne pourrait-on pas répondre : heureux les hommes qui connaîtront 68 Au DELÀ DU REFUS ce jour ; il leur suffira de vivre pour bien vivre, pour aller d un coup à la limite des exigences de leur nature et s y maintenir ?Mais je ne serais pas convaincu : je ne crois pas que I bomme puisse suffire à I homme, qu il ne se sente pas à I étroit dans un monde fermé, aussi magnifique soit-il, et qu il se contentera jamais de moins que d une vie divine.Je crois que la poésie nous rend cet inestimable service de nous permettre d aller déjà à la limite de la voie humaine, de connaître le plus haut bonheur humain et de faire I expérience humaine la plus enivrante.L\u2019EgI ise bénit ces joies, si tous les catholiques ne les accueillent pas sans méfiance, et je ne doute pas qu elles élargissent l\u2019horizon de notre vie, mais elles ne me suffisent pas et elles ne font qu aviver mon désir du divin.Et ce désir ne gâte pas ma joie, ou, plutôt, ne devrait pas gâter la joie que me procure cette contemplation naturelle, ni diminuer I\u2019en-chantement du réel que le poète nous révèle, si seulement je ne devais pas craindre le néant, si seulement j\u2019avais dépassé la loi.Mais, s\u2019il vient de là quelque gêne, personne d\u2019autre que moi-même n\u2019est à blâmer, certainement pas ceux qui m exhortent à une fidélité entière envers la vie, à ne jamais prendre sans examen mes désirs pour des réalités, et qui m indiquent des moyens de salut.Ces joies de I art, ces bonheurs naturels, aussi purs et légitimes soient-ils, ne se goûtent que dans le silence et dans la solitude.Mais Borduas sait mieux qu\u2019un autre qu\u2019on ne peut vivre seul et qu\u2019il arrive un moment où il faut chercher à rejoindre les autres, même contre tout espoir.C est le cri d amour d\u2019Arthaud, quelques mois avant de mourir, un amour qui semble sur le point d abdiquer tout orgueil et qui se fait parfois humble et très pauvre, et d autant plus émouvant.Je suis étonné de retrouver le même accent dans les confessions d\u2019un autre solitaire farouche qui vient de mourir, Suarès.C\u2019est à I Evangile qu\u2019ils me ramènent souvent et leurs blasphèmes ne forment à mes yeux que la partie morte et absolument vaine de leurs aveux.Leur amour retient toute mon attention et ce n est que dans le Christ qu il aurait pu s épanouir et se 69 Revue Dominicaine reposer.Il sut fit qu il se tourne vers le monde pour qu il se change en haine.Cette joie de I art nous comble un instant, mais elle ne peut remplir toute notre vie.Notre amour a d autres exigences.L œuvre la plus lumineuse, et vraiment immortelle, ne dispense de vivre ni celui qui la fait ni celui qui la goûte.Le problème ne se résout jamais d\u2019un coup et c est à chaque moment que se joue toute notre destinée, à celui qui apporte le chef-d œuvre, comme à celui qui apporte le sommeil.Pour assumer complètement notre vie et donner à chaque instant une valeur éternelle, et créer 1 harmonie totale et permanente qui surélève toute la création sans la modifier d aucune manière, Fart ne suffit pas.Ses visions de beauté jettent une lumière précieuse sur le monde et notre vie, mais elles ne les purifient d aucune façon.Le cri de Llamlet nous révèle la profondeur de la douleur, mais il ne nous en délivre pas.Le langage des formes colorées que les grands peintres nous enseignent, élargit notre regard, mais l\u2019harmonie qu\u2019il nous découvre n\u2019assure pas I harmonie de tous les gestes qu il nous faut faire à longueur de journée.Les grandes œuvres d art, comme celles de la philosophie, sont de sûres conquêtes de I intelligence, mais pour vivre sa vie sans en perdre un seul moment, il faut s engager sans espoir de retour dans un mystère qui dépasse l\u2019intelligence.C est « la vie la nuit », et, pour reprendre un mot de Hamlet, il y a dans 1 amour d un homme et d une femme, dans la présence de I enfant au cœur de cet amour, dans le moindre regard que peuvent échanger ces êtres, aussi démunis soient-ils, plus de grandeur et de beauté que la philosophie et I art ne peuvent exprimer, bien que 1 homme n\u2019en aurait jamais connu le prix sans eux.La réponse de l'Eglise Toucher à la vie, c est poser la question de foi ; entrer dans sa nuit, c est consentir à se dépouiller et la charité est le seul amour qui tienne.Quand même I Eglise ne ferait que poser la question de foi dans un monde qui ne dépasse jamais le politique, qui ne montre même pas de 70 Au DELA DU REFUS grandeur dans la politique, cela justifierait notre attachement.Mais il y a plus, car elle maintient la flamme de la charité ; à aucune période de son histoire, les témoins n\u2019ont manqué et c\u2019est en elle que peuvent encore se rencontrer la justice et la miséricorde.Pour découvrir son vrai visage, il faut dépasser les apparences, comme pour rejoindre la vie.Aujourd hui encore, les saints prient rarement sur la pi ace publique, et les martyrs se font égorger dans des espaces clos, et l\u2019anonymat est l\u2019arme la plus efficace de la police.Qui a tué ?Qui était innocent, pur et saint parmi ces victimes des camps de concentration ?Personne ne sait et les procès de Nuremberg font bâiller les survivants.Peu importe, la question demeure et il y a des hommes qui y répondent en donnant leur vie.Que beaucoup de chrétiens, et de très considérables, évitent prudemment la question de foi, ou ne la posent à demi, qu ils réduisent la charité à 1 aumône, sacrifient la contemplation aux bonnes œuvres et se préoccupent tant des moyens qu ils en oublient la fin ; que notre propre lâcheté scandalise les incroyants, c est un mal profond et nous n avons pas à chercher des excuses.Mais que I incroyant comprenne à son tour que cette question de foi et les exigences de la charité pèsent lourdement à des épaules humaines et qu\u2019il serait peut-être injuste de s\u2019arrêter à la faiblesse du messager, qui nous arrive sale et boiteux, et d en oublier son message.Comment répondre à cette question autrement que par le don de soi-même, en acceptant même de renoncer aux fruits de l\u2019amour et à la lumière de 1 intelligence ?Comment retrouver la réalité et, surtout, comment rejoindre son prochain, autrement que par la charité, puisque revenir à soi-même, que ce soit pour posséder par 1 intelligence et de la plus immatérielle façon, nous isole avec notre bien que I on ne peut partager à tous, et réduit la réalité à la mesure de notre intelligence, plutôt que de nous ouvrir à son mystère infini.La pensée la plus généreuse et I harmonie la plus large ne peuvent rendre compte de toute la réalité, ni l\u2019embrasser complètement de façon à satisfaire tous nos désirs.Les mots et les couleurs nous trahissent, s\u2019ils ne nous invitent pas à nous dépasser dans le silence ; plus profondément, notre main, notre cœur 71 Revue Dominicaine et notre intelligence nous manquent au dernier moment, et nous restons sur notre faim, quittes à recommencer, ou, plutôt, notre faim s\u2019accroît, et c est là un inappréciable service que 1 art nous rend, La vie invite l in telligence à I humilité et nous ne pouvons que nous méfier des moralistes, même chrétiens, car leurs plus belles raisons seront toujours déficientes par quelque côté et la réalité échappera à leurs jugements.Au « Refus Glob al » s oppose, plutôt que ne correspond, le renoncement complet que I Eglise nous propose : ne rien renier, mais être prêt à tout abandonner ; tout accueillir, mais, s\u2019il le faut, ne rien retenir, et si 1 esprit a des exigences qui blessent la chair, s\u2019il y a la croix, ce n\u2019est pas pour détruire la chair, mais pour sauver l\u2019esprit, l\u2019essentiel, et tout le reste nous sera donné par surcroît.S il faut perdre sa vie, ce sera toujours pour la sauver, puisque s\u2019abandonner à Dieu, c est retrouver la réalité même.A « la foi en 1 avenir, en la collectivité future », dont l objet est bien vague et qui ne s appuie que sur la raison (ce qui est irrationnel aujourd\u2019hui, peut devenir rationnel demain, dit Borduas), s\u2019oppose, plutôt que ne correspond, la foi du chrétien qui est actuelle, qui ne connaît ni passé ni avenir, qui est la foi en la vie, en la vie éternellement présente, qui n a pas à lui chercher de raisons ni à demander à F avenir la justification du moment présent.La promesse d une récompense éternelle soutient la foi du chrétien sans en être la condition ; pour s élever au sommet de la vie contemplative, il doit traverser une nuit complète, et c\u2019est là la voie normale du salut, disent beaucoup de théologiens.Cette foi totale peut seule sauver tous les moments de notre vie, conserver à chacun une valeur infinie ; celle qui se réduit à un espoir, même généreux, ne nous permet encore que de tuer le temps.Mais quel amour ne suppose-t-elle pas et quelle plénitude chez 1 homme qui vit à cette hauteur.Lui seul peut répondre présent, car il ne demande rien au passé et n attend rien de demain pour aimer et pour vivre ; lui seul subsiste dans I écoulement du temps, dans I écroulement de tout.C est la loi même de 1 Eglise et, par là même, elle dépasse la civilisation et les sociétés qu elle a soutenues et qui se disent, toujours abusivement, chré- 72 Au DELÀ DU REFUS tiennes.Son royaume est ailleurs et leur disparition ne peut I atteindre dans ses fondements, même si elle est suivie de siècles de terreur.Borduas pose la question de foi, mais il me semble hésiter ici.Un généreux amour I anime, et les risques qu il accepte, et les libertés qu il prend avec le monde, indiquent assez qu il ne se nourrit pas uniquement d un vague espoir en une collectivité future, quelque paradis retrouvé.Une telle passion doit trouver dans le présent un champ infini, autrement elle s exaspère ou s éteint.Qu elle s affirme avec vigueur, et par là même gêne certaines entreprises douteuses ou dénonce la part de mensonge dans la plupart de nos entreprises, voilà qui est parfaitement sain, mais si le réel lui échappe, elle ne peut que conduire au suicide ou, mieux, au courageux mais funeste abandon à I absurde des premiers terroristes russes (que le glaive de la charité avait atteint, nous pouvons le croire contre eux-mêmes, et leur mort manifestait souvent avec éclat une lumière que trop de chrétiens cachent sous le boisseau).C est une faim dévorante que rien d humain ne peut combler et qui détruirait tout si elle ne trouvait pas d autre aliment.Je suis convaincu que la question que Borduas veut poser nous entraîne au delà du politique, mais il ne I admet pas.II espère encore élargir les cadres de la société à la mesure de son désir et il exige d elle plus qu elle ne peut donner.II la condamnera injustement, même s il a mille fois raison dans le détail, parce qu elle ne peut répondre à une question qui la dépasse.II faut le reconnaître : la vie déborde les frontières que I homme veut bien lui imposer pour sa commodité.Dépasser pour sauver Est-ce à dire qu il faut se désintéresser de ce qui se produit à I intérieur de ces frontières, du sort de la société et de la civilisation ?Bien au contraire, et I Eglise n a jamais oublié que I homme se compose d\u2019un corps et d une âme et la moindre manifestation de vie prend à ses yeux une valeur infinie, d où 1 importance qu elle accorde aux œuvres de miséricorde.Certes, la société ne saurait contenir toute la vie ni nous offrir 73 Revue Dominicaine de solutions absolues, mais elle touche à la vie et cela suffit à nous convaincre de son importance.S il faut la dépasser pour accomplir notre destinée, il n en reste pas moins que toute voie la traverse, et, aussi haut que nous nous élevions, nous ne pouvons nous croire quittes envers elle sans subir le sort de ceux qui veulent faire l ange.Si le catholique se préoccupe parfois des moyens au point d en oublier la fin, il peut aussi négliger des moyens nécessaires, parce qu\u2019il croit connaître la fin de toutes choses, manquer des fins intermédiaires et s égarer, oh î avec les meilleures intentions, dans les voies du Seigneur.II est facile de mépriser les pouvoirs de ce monde, mais, chose étonnante, ce sont les juges les plus sévères qui se montrent prêts à tous les accommodements jusqu\u2019à faire passer la vérité par le mensonge et à admettre que tous les moyens sont bons parce qu\u2019il n\u2019y en a pas de purs.Et l\u2019on verra encore le mensonge s\u2019étaler dans des publications pieuses pour des raisons de « fine diplomatie », et de petits commerces assez peu honorables se poursuivre derrière l\u2019autel.On oublie que la Vérité est venue sur terre et que c est dans le monde que son sort se joue pour tous les hommes.Nos injustices sociales ne peuvent qu\u2019en réduire le rayonnement et si nous restons indifférents à la misère de notre prochain, nous refusons de témoigner pour elle.Sans doute, même dans une société parfaite, il nous resterait à parcourir le long chemin du salut, mais là où le pain quotidien vient à manquer, le salut d\u2019un grand nombre se trouve compromis Si les chrétiens viennent à perdre le sens de la justice et de la charité, les incroyants ne pourront voir dans le christianisme qu un mythe dont la vertu est épuisée.Le chrétien manquerait gravement à la justice et à la charité s\u2019il se désintéressait des problèmes sociaux, mais il ne peut croire que la société se guérira d\u2019elle-même.11 sait que la justice ne triomphera que si chacun des membres accomplit sans faiblesse sa destinée et s\u2019engage sans se détourner dans une voie où le politique se trouvera dépassé.S\u2019étonnera-t-on que le catholique ne puisse espérer le paradis sur terre, ni mettre tout son espoir dans des mesures purement politiques.Par contre, on 74 Au DELÀ DU REFUS pourra se scandaliser de son indifférence à I égard de problèmes qui concernent la destinée humaine.A chacune des étapes de sa destinée, le catholique se heurte au même paradoxe.Le paradis est perdu, mais il ne peut renoncer à le retrouver.11 sait que la philosophie ne fait que le conduire au bord du mystère sans I éclairer, mais il deviendra la proie des idoles s il la méprise et refuse de satisfaire aux exigences de la raison ; « les merveilleux objets de 1 activité poétique » ne peuvent le sauver, mais un peuple qui se désintéresse de 1 art perd le sens de la grandeur de la destinée humaine.Ce sont là autant de voies que le chrétien doit suivre, mais il sait qu il ne lui servira de rien de s y avancer s il ne les dépasse pas.Peu importe que la philosophie et I art nous fassent prendre conscience du mystère de I être, si nous n y pénétrons pas corps et âme, s il ne s agit que d aventures de 1 esprit dont nous revenons aussi démunis qu auparavant et aussi isolés.II reste à vivre et c est au delà du domaine de I intelligible qu il nous faut nous avancer, c est un acte de foi qui nous est alors demandé, le courage de quitter la lumière pour I ombre, mais c est le cœur gonflé d amour que le chrétien fait ce dernier pas parce qu il a senti une présence, parce qu à la limite des voies humaines, au moment où il allait s abandonner au désespoir ou au scepticisme, un appel a été perçu.C est un consentement qui lui est arraché, et il ne peut s en attribuer le mérite ni exiger de personne qu il le suive.T out au plus, peut-il démontrer que la voie est ouverte à tous.L ESPÉRANCE DU CHRETIEN Je vois bien que Borduas a écrit « Refus Global » dans le seul espoir de déblayer le terrain et de s\u2019avancer en toute liberté sur une voie où la beauté et 1 amour auraient quelque chance de rencontrer la pureté.Il a voulu signifier un refus à toutes les sollicitations pour rejoindre aussitôt la réalité la plus vive et passer d\u2019un coup du négatif au positif.Je crains qu\u2019il n\u2019en ait pas fini avec le monde des apparences \u2014 demi-vérités et demi-mensonges et qu\u2019il ait à opposer relus sur refus.75 Revue Dominicaine Je reconnais 1 ardeur de son désir et la noblesse de son ambition, mais c est un désir qui n arrive pas à trouver son objet.A celui qui attend une réponse décisive, le chrétien dira que le désir doit se transformer en foi et 1 amour en charité.II sait bien qu\u2019à ce point du dialogue la raison est impuissante, mais il voudra au moins indiquer les sources de son espérance.La lutte pour la vie, telle qu on I entend d ordinaire, n engage pas le meilleur de nous-même.La victoire est assurée si l\u2019on prend garde de ne pas sortir du domaine où elle se poursuit.Si la force nous manque, il nous restera toujours la ruse et, quand la fin justifie les moyens, personne n est tout à fait dépourvu.Cette lutte féroce aboutit toujours à une catastrophe.La société qui ne reconnaît pas ce qui la dépasse et qui se veut totalitaire, exaspère I homme et court à sa perte.Elle veut tout soumettre à sa loi, mais il faut que I homme sache faire prévaloir la sienne, la loi de la vie, son désir d\u2019amour.La société se condamne elle-même si elle ne cherche qu\u2019à accroître sa puissance, et c\u2019est une illusion de la juger capable de combler l\u2019homme.Tout au plus, peut-on lui demander de l\u2019aider à franchir ses frontières.L\u2019homme a abdiqué et de là vient tout le mal.Ce qui importe, c est de lui redonner le sens de sa grandeur, car il ne peut suffire de résoudre des problèmes de production et de consommation pour le sauver même socialement.L homme doit affirmer sa grandeur et, s\u2019il le faut, au détriment du progrès social.Il y va de sa liberté et de sa dignité qu\u2019il préfère le régime de l\u2019amour à celui de la technique, mais qu\u2019il reconnaisse que l\u2019amour a besoin, pour donner tous ses fruits, ou même pour subsister, d un champ plus vaste que celui de la société.Les chrétiens, bien souvent, chercheront à tout justifier par l\u2019efficacité sociale et ils ont eu leur part dans la création du régime capitaliste.Mais si I on met I absolu dans un monde clos, I amour et toutes ses œuvres, et l\u2019homme même, n\u2019ont plus de sens.Nietzsche cherche avec passion une issue, mais il hésite entre la volonté de puissance et le suicide. Au DELÀ DU REFUS Borduas ne se détourne pas des mystères de la vie, mais la question de foi qu\u2019il pose ne nous fera pas avancer d un pas, et même ne soulèvera-t-elle que des luttes sanglantes, si 1 on n admet pas, au moins à titre d hypothèse, que le monde ne peut suffire à I homme, que la raison ne pourra jamais rattraper la volonté, et que I homme a besoin de se dépasser pour vivre pleinement.Bref, ce que 1 homme peut donner à 1 homme /¦\u2014 la plus belle société du monde *-> ne peut combler son désir.Je préférerai toujours la plus humble société du monde parce qu elle est moins exigeante et me laisse rechercher 1 absolu sans me punir.Qu est cet absolu ?Le catholique dit Dieu, et il se réfère, ou veut se référer, à 1 Evangile et aux plus purs témoignages des saints.II sait qu il ne peut imposer sa croyance à personne, mais qu on ne 1 accuse pas de trahison ou de lâcheté parce qu il ne met pas I absolu dans I homme.D ailleurs, si I on tient compte de ses références, on verra qu il s agit d un Dieu qui s est fait homme et qui invite I homme à ressembler à Dieu.II me semble bien que le catholique ne sacrifie pas I homme à I absolu, même s il place I absolu au-dessus de lui, et il me semble que la dignité humaine est surabondamment sauvée.L homme sait mieux trahir 1 homme que le Dieu du chrétien.En tous cas, il ne peut se vanter d\u2019avoir épuisé l\u2019amour de l\u2019Evangile, ni se vanter d avoir trouvé mieux.On connaît sa cruauté quand il s\u2019abandonne à sa volonté de puissance, ou, encore, à son légitime désir de connaître s il vient à mettre I absolu dans la science.Si l\u2019amour gêne ces entreprises glorieuses, eh I bien, lani pis pour elles.Que I on nous préserve d un monde sans amour, ou, plus simplement, puisqu\u2019on ne peut espérer vivre à cette hauteur, d un monde sans pitié et sans pudeur.Au nom du progrès et de I ordre, on en arrive à condamner la liberté et toute activité désintéressée.Le désir qui anime Borduas, qui est un désir d\u2019absolu, le fait dépasser d un coup les frontières du raisonnable, les catégories sociales, les formules de la science.S il vient à s\u2019interroger, ni la société, ni la science, même parfaites dans leur ordre, ne peuvent lui répondre : de ce côté, Revue Dominicaine tout lui manque à la fois.Notre société mérite sans cloute les plus graves reproches, mais ce serait lui faire trop cl honneur que de lui confier une telle inquiétude.Dois-je dire que la foi ne laisse pas le chrétien moins désemparé ?Mais il ne peut se plaindre, car, dans sa nuit, se manifeste une présence d autant plus adorable qu'il est plus démuni.Le chrétien hésite à évoquer cette présence dans sa vie qui lui paraît misérable parce qu il est comblé.A celui qui 1 interroge, il ne peut répondre : j\u2019ai trouvé, car ce n est pas vrai.Tout lui a été donné et ce serait odieux de laisser croire que ce Dieu est à sa portée, un égal en somme, et que la Croix, 1 Incarnation, la Rédemption n\u2019ont rien d étonnants et ne peuvent que combler d\u2019aise le cœur et l\u2019intelligence d\u2019un homme bien né.Mais non, I\tobjet de son amour le rend ridicule et il ne peut en parler intelligemment.II\tbalbutie souvent, mais n allons pas croire que sa conviction soit moins grande parce qu il ne songe pas à s en tirer par de belles formules qui ne peuvent satisfaire que ceux qui croient avoir trouvé.Les saints ont une autre façon de répondre et leur silence vide mieux la question.C\u2019est bien le mot : ils comprennent tout et ils s en remettent à Celui qui peut nous ravir, mais que nous ne pouvons pas saisir.Robert Elie 78 L abbé Godin (1905-1944) Un homme providentiel 1 Il n est personne à I heure actuelle dans le monde chrétien qui ne connaisse la Mission de France ou la Mission de Paris.Ce sont des prêtres rattachés à la hiérarchie, mais d une façon indépendante, quelque chose comme des corps francs ou des commandos d attaque et qui se font parachuter en plein milieu ouvrier, dans un de ces saharas religieux que sont certaines provinces.Dans la banlieue de Paris, ils sont ouvriers en salopette, ils vont à l\u2019usine, déjeunent au bistrot, vivent dans une chambre du quartier, leur vie au grand jour, ils rendent service à tout le monde et par 1 action, par l\u2019exemple ils prêchent le Christ ouvrier.Ainsi petit à petit tombent les préventions, des amitiés se nouent, le levain est dans la pâte.A la campagne il leur arrive de coucher dans une grange, de dire la messe dans une église en ruines.Quand l\u2019orage menace ils sont là pour rentrer la moisson, leur présence a contraint le paysan à réfléchir, et ainsi la bonne semence est jetée et le blé lève.L\u2019ouvrage La France, pays de mission, avait attiré I attention seule nom de l\u2019abbé Godin.On le connaissait dans les milieux qui s occupent de 1 apostolat popidaire, on savait de lui qu il était un animateur et un entraîneur, et qu\u2019il a disparu subitement il n y a pas trois ans., mais qu\u2019était donc au juste ce petit prêtre, sans litres et sans honneurs, original et distrait, d une influence si prolonde sur les jeunes de la banlieue rouge ?C\u2019est pour mettre à sa place dans la galerie des saints cette nouvelle figure de bienheureux que le présent article est écrit.Henri Godin est né le 15 avril 1905 à Audeux dans le Doubs, non loin par conséquent de la frontière suisse.La condition de sa lamille est des plus modestes, et son père exerce la profession de greffier, mais 1.Par P.Glorieux.Paris, Bonne Presse, 1946.In-16 de 335 pages.2 gravures hors texte.79 Revue Dominicaine les parents sont des chrétiens pratiquants.De bonne heure la vocation de I enfant se dessine, il sera prêtre et en 1918 il entre au petit séminaire de Courtefontaine dans le Jura.Des maux de tête lobligent à interrompre ses études et à vingt ans il s\u2019engage comme commis dans une maison de commerce de Lons le Saunier.Maladie providentielle 1 Jusque-là il était du peuple, il voulait en être et il le proclamait bien haut.Le voici désormais dans le monde du travail et il en connaîtra par expérience les fatigues, les souffrances et l\u2019instabilité.En 1926 il reprend ses études au grand séminaire de Montciel.Il est souvent malade, mais au registre humain il se manifeste comme merveilleusement doué.Plus tard, vers la fin de sa trop courte vie, on se rendra compte qu\u2019il a tout lu, tout appris et qu\u2019il n\u2019a rien oublié.Naturellement il envisage la vie de curé de campagne.Sa mère et sa sœur viendront avec lui et ce sera dans I intimité familiale un beau ministère paisible.Mais non ! Le livre du P.Lhande sur la banlieue rouge, la détresse religieuse des petits et des humbles lui ouvrent les yeux.II sera missionnaire, non pas chez les noirs de la forêt équatoriale ni chez les Esquimaux de la Baie d\u2019Hudson, mais dans la jungle parisienne, chez les païens de Gennevilliers ou de Billancourt.Pour réaliser sa vocation il entre en 1950 chez les Fils de la Charité.Les constitutions leur imposent une vie spécialement consacrée à l'évangélisation des pauvres.II suit les cours de l\u2019Institut Catholique de Paris comme il suivra plus tard ceux de l\u2019Ecole des Missionnaires du Travail à Lille.Le dimanche et pendant les vacances, il s\u2019initie aux œuvres multiples des paroisses ouvrières.Le 15 avril 1955, il est ordonné prêtre el immédiatement le jour même il part à Lourdes célébrer sa première messe.1 oute sa vie il aura pour la T.S.Vierge une affection de fils qui s exprime en paraboles délicieuses et en effusions jaillissantes.Elle est pour lui réellement « la maman ».Ses supérieurs l\u2019envoient comme vicaire à Saint-Vincent-de-Paul de Clicby, une paroisse où 80% des habitants sont d\u2019authentiques prolé- 80 L\u2019abbé Godin taires.La vie religieuse y est splendidement organisée et selon une expression empruntée aux mécanos de I automobile « ça tourne rond ».Pourtant au bout d\u2019un an, à l\u2019expiration de ses vœux triennaux, il quitte Saint-Vincent-de-Paul et l'Institut des Fils de la Charité.Caprice, découragement, instabilité 1 Certains le penseront.Il n en est rien.Saint Camille de Lellis et le Père de Foucauld ont eu de semblables embardées, mais derrière cette ligne en apparence brisée, il n y a en fait que l\u2019élan tout droit vers la vocation que Dieu lui impose, la pénétration évangélique des milieux ouvriers.Il lui semble que sa congrégation ne lui laisse pas suffisamment d initiative, son vœu d obéissance le gêne aux entournures, en certains cas la vie religieuse, les constitutions passent avant F évangélisation, c\u2019est un apostolat de conservation et non pas de conquête.Ce départ de I abbé Godin a peut-être été pour ses confrères le coup de fouet qui réveille.Quelques-unes des paroisses confiées dans le diocèse de Paris aux Fils de la Charité se situent maintenant en tête de l\u2019apostolat paroissial missionnaire.Partout en France on connaît l abbé Michonneau et le beau travail qui se fait dans sa paroisse du Sacré-Cœur à Petit-Colombe.L abbé Godin se met alors à la disposition de 1 abbé Guérin, aumônier général de la J.O.C.(J eunesse Ou vrière Chrétienne).Lui-même nommé aumônier fédéral de la J.O.C.de Paris-Nord et de la J.O.C.F.(J.O.C.féminine) de Vincennes.Ce que fut son ministère dans ce milieu si spéciliquement ouvrier, son livre La France, pays de Mission, le laisse entendre.Ceux-là seuls peuvent bien le comprendre qui ont pénétré les agglomérations de la banlieue, qui ont constaté la dureté du travail, les misères du chômage, le manque d équilibre d une condition que la moindre maladie ébranle 1 ignorance et les tentations, mais aussi les générosités de ceux qui ont une fois compris que le Christ rédempteur les a aimés jusqu\u2019à mourir pour eux.Cette fois I embourgeoisement paresseux n est plus à craindre.Contacts, réunions, démarches se multiplient.Il faut accueillir les dirigeants.81 Revue Dominicaine penser avec eux leurs problèmes, répondre à leurs difficultés, arbitrer les différents ou réparer la casse, prospecter les paroisses, préparer récollections et retraites, suivre le mouvement, l\u2019entretenir et quelquefois le précéder.Ajoutez à cela la correspondance, la continuelle mise au point et les améliorations qu il convient d apporter.Et quand malgré tout il faut entretenir une vie personnelle de travail et de piété, y ajouter les confessions et les directions dont le nombre ne cesse d augmenter, journées et semaines deviennent par trop brèves.Heureusement si le jour n\u2019est pas assez long, il sera toujours possible de prendre sur le sommeil.Malgré ses occupations et parce qu il travaille la nuit 1 abbé Godin trouve le moyen de publier « ses garçons et ses filles » toute une bibliothèque jociste, son missel qui est un chef-d œuvre : Avec le Christ, avec lEglise, nous offrons notre messe, le soldat du Christ, la vie du Christ en nous, le levain dans la pâte, Jeunesse qui vit, Jeunesse qui s épanouit.A la découverte de l amour, le Christ dans la construction du foyer, etc., etc.La rencontre d\u2019un Père Blanc, du Ruanda, a ouvert les yeux de l'abbé Godin sur les conditions d un véritable apostolat en pays païen.Il y a en France près de buit millions d infidèles, la hiérarchie catholique n\u2019en ignore pas 1 existence (Pie XI n avait-il pas dénoncé que le grand scandale du XXe siècle, c était I apostasie des classes ouvrières).II va.lui, en montrer 1 ampleur, il crie 1 acuité du problème, la gravité de la situation.L'EgI ise deviendra-t-elle un grand bâtiment vide ?A côté de la paroisse il faut nécessairement qu il y ait place pour un clergé missionnaire.Sa vocation ne sera pas de s\u2019occuper des brebis fidèles.Son rude travail sera de se consacrer à la recherche des brebis sauvages, de celles qui ne fréquentent pas le bercail.Le cardinal Subard reçoit I abbé Godin, il approuve ses initiatives et le samedi, 15 janvier 1944, sous le patronage de Notre-Dame, la Mission de Paris instituée, commence officiellement son apostolat.Le dimanche 1 abbé avait répété à plusieurs reprises, « la Mission peut se passer de moi, je puis maintenant disparaître ».mm* 82 L abbé Godin Le lundi matin, l\u2019abbé Godin est mort accidentellement asphyxié.Lors de la disparition de l\u2019un de ses plus cbers collaborateurs, il avait écrit : Je ne comprends pas tes desseins divins, Seigneur ! Je ne comprends pas pourquoi tu laisses briser les fleurs en boutons, Et f aucher le blé en herbe.Je ne comprends pas pourquoi tu prends à notre terre Si pauvre déjà, si pauvre ses meilleurs ouvriers.Tu sais bien que la tâche demain sera rude, Que la reconstruction est immense Et les ouvriers peu nombreux.Tant de jeunes s appuyaient sur lui, il était 1 âme et le soutien de si nombreux foyers, la Mission de Paris était si bien son œuvre et commençait à peine 1 Pour les Jocistes et la classe ouvrière le deuil est profond.Humainement parlant, c est la catastrophe.Mais non, l\u2019abbé Godin a été le levain dans la pâte.Depuis lors, la pâte lève et, le pain du Christ est distribué aux pauvres.Et pauperes evangelizantur.Albert Vincent 85 Avons-nous des historiens ?1 L\u2019historiographie ecclésiastique au Canada : aperçus généraux et quelques titres (1940-1948) 2 Avons-nous des historiens ?Le Canada prend-il conscience de ce qu il fût autant de ce qu il est ?Où va notre historiographie ?>\u2014> Nous nous proposons de répondre ici à quelques-unes de ces questions, d abord en mettant notre lecteur au courant par quelques informations essentielles sur les activités historiques canadiennes de ces dernières années.Nous en viendrons ensuite au secteur que nous voulons considérer d une façon plus spéciale : celui de l\u2019historiographie ecclésiastique.Immédiatement nous pouvons affirmer, sans exagération, que les sciences historiques connaissent au Canada, depuis quelques années, un essor considérable.Si on se rappelle que la population canadienne atteint à peine son treize millions d\u2019habitants, qu elle est répartie sur des étendues immenses ; si on tient compte des difficultés ordinaires causées par le nombre trop restreint d\u2019bistoriens et des distances qui les éloignent fatalement les uns des autres, des différences de race, de religion et de langues, encore à la merci d\u2019une évolution de sentiments qui n est qu à ses débuts ; si on ajoute à cela les difficultés causées par la guerre qui a réduit et limité des contacts nécessaires et fructueux avec l\u2019Europe et qui a distrait ou éloigné bien des jeunes talents, on ne peut s empêcher de noter, à la lumière des faits et devant la multiplicité des productions de ces derniers huit ans, un progrès considérable.Dans un pays aussi jeune que le nôtre, surtout dans un domaine aussi réservé que celui de 1 histoire, 1.\tLe présent article a été conçu et écrit pour la grande revue internationale d\u2019histoire ecclésiastique de Louvain, la Revue d\u2019Histoire ecclésiastique, où il doit paraître sous peu.La direction de la Revue Dominicaine croit rendre service à tous ses lecteurs en le reproduisant.Ces pages, encourageantes et documentées, feront du bien à tous nos historiens.Elles informeront les autres sur un secteur de notre culture que nous sommes malheureusement portés à trop oublier.2.\tIl s\u2019agit d\u2019un choix de titres, déterminé d\u2019après le plan d\u2019un exposé sommaire.On ne sera donc pas surpris de ne pas retrouver là tous les « bons » ouvrages parus entre 1940 et 1948.Omettre n\u2019est pas nécessairement oublier ou disqualifier, surtout dans un bilan de cette nature.\u2014 B.L.84 Avons nous des historiens ?on comprendra que l\u2019avenir est aussi important que le passé et qu\u2019il importe de tenir compte autant sinon plus des tendances du mouvement des études historiques que de ses réalisations actuelles.* * * Au début de ce bref aperçu, il serait peut-être bon que le lecteur connaisse un peu les tendances actuelles de 1 bistoriograpbie canadienne en général.Si on considère, en effet, autant le nombre que la valeur des travaux publiés au Canada depuis une dizaine d années, on note une tendance à étudier I histoire économique et politique plutôt que 1 Iiistoire ecclésiastique proprement dite.Le courant est cependant plus fort chez les historiens anglo-canadiens et protestants que chez les historiens catholiques, qui sont en majorité canadiens français et irlandais.De plus l\u2019historien canadien-anglais se montre, en général, plus intéressé à l\u2019histoire de l\u2019empire britannique que l\u2019historien canadien-français, plus tourné vers son passé français et canadien.L\u2019historien canadien-anglais étudiera plutôt les XVIIIe et XIXe siècles canadiens (après 1760) et I historien canadien-français se portera avec plus d attention et de dévotion aux temps plus éloignés de la Nouvelle-France (1534-1760).Si le point de vue constitutionnel intéresse spécialement 1 historien anglo-saxon, le thème de survivance est particulier à 1 historien canadien-français en général, quoique I on remarque en ces dernières années, depuis la guerre surtout, chez les historiens des deux races, une plus grande communauté de thèmes et de sentiments, tant en regard de I avenir que du passé.Nos principaux centres d études historiques sont les universités.Les historiens viennent de partout, mais c est dans les grandes villes du centre du Canada (vg.Toronto, Montréal, Ottawa et Québec), où la population est plus dense, que s\u2019impriment livres et revues.C\u2019est à Toronto, par exemple, que sont édités le plus grand nombre d ouvrages historiques scientifiques canadiens.La Canadian Historical Review ( I oronlo Uni-versity Press) est restée longtemps la meilleure et la plus riche revue historique canadienne, Elle enregistre et catalogue mensuellemnt tous les 85 Revue Dominicaine titres (livres, articles, documents, etc.) qui se publient sur le Canada en Amérique et même en Europe.(A noter en passant que la bibliothèque de I Université de Toronto possède le plus grand nombre de livres publiés au Canada.On y trouve en particulier tout ce qui s est publié tarit en français qu en anglais depuis 1920).Le grand foyer anglais d histoire ecclésiastique canadienne est le Pontif ical Institute of Mediaeval Studies (59 Queens Parle, Toronto), où il existe plusieurs sections historiques organisées en vue de l\u2019étude des diverses sciences médiévales (vg.histoire en général, liturgie, droit canon, etc.), pouvant conduire à des degrés universitaires.Nous aurons à revenir sur le travail gigantesque accompli dans le domaine de la publication scientifique canadienne par les quelques médiévistes de Toronto.D autre part, de Montréal viennent des fondations nouvelles fort prometteuses et qui auront de grandes répercutions en histoire de la culture américaine.Parmi elles il faut noter, tout d\u2019abord, celle qui est l\u2019œuvre conjointe du Chanoine L.Groulx, vétéran de l\u2019histoire canadienne et resté toujours dynamique après avoir joué dans la vie publique nationale des Canadiens français un rôle de premier plan, et d un jeune historien de trente ans, qui a déjà à son crédit plusieurs études historiques de marque sur les débuts de la Nouvelle-France, Monsieur Guy Frégault, professeur d\u2019histoire et de littérature à la Faculté des Lettres de l\u2019Université de Montréal.M.le chanoine Groulx lançait, le 15 décembre 1946, son Institut d Histoire de l Amérique française.Cet Institut entend, comme son titre l\u2019indique déjà, favoriser l\u2019étude de l\u2019histoire du Canada français et de tout le fait français en Amérique.A cette fin, on y organise des équipes d historiens, on y recrute des « sections », publie une revue (cf.plus bas) et constitue un fonds d archives ; on y édite des textes ou des œuvres, etc.A I Institut d Histoire de l Amérique française est se joindre la fondation quasi simultanée d\u2019un Institut d\u2019Histoire, affil a la Faculté des Lettres de 1 Université de Montréal.Précisément fondée en vue de stimuler la diffusion de I enseignement et la production de venue ié 86 Avons-nous des historiens ?travaux historiques d\u2019un caractère scientifique, le nouvel Institut d Histoire est déjà un centre de recherches et de formation.Après l\u2019histoire, ce fut le tour, à la même université, de la géographie (cf.Institut de géographie).Vers le même temps, l\u2019Université Laval de Québec s\u2019enrichissait aussi d\u2019un Institut d Histoire et de Géographie.Plusieurs jeunes se sont déjà inscrits régulièrement aux cours qui y sont offerts et où on enseigne tout spécialement l\u2019histoire canadienne, sans négliger cependant 1 histoire générale, européenne et américaine.*\u2014' Un 1942, le Chancelier de l\u2019Université de Montréal invitait 1 Institut d\u2019Etudes médiévales d\u2019Ottawa, qui s\u2019était déjà fait connaître dans le monde scientifique par sa collection « Publications de l\u2019Institut cl Etudes médiévales d\u2019Ottawa » (publiées chez Vrin, 10 volumes parus à date), à venir résider à Montréal.On y enseigne depuis septembre 1942 les disciplines historiques et scientifiques ; tandis que des cours généraux d histoire et de culture chrétienne y sont donnés tous les ans, soit par des professeurs canadiens, soit par des professeurs européens (vg.MM.Vignaux.Marrou, de Groot, Klibanshy ; PP.Pouillon, O.S.B., Deman, O.P., etc).Conjointement, ou à la suite de ces fondations et affiliations, de nouvelles revues historiques sont nées.Pour sa part, 1 Université Laval lançait en 1946 ses Archives du Folklore, un recueil semestriel de traditions françaises d\u2019Amérique (Documents et études sur les mœurs, coutumes, croyances, légendes, contes, chansons, langue et arts populaires du Canada français), publication annuelle, soignée à tout point de vue, jusqu\u2019à l élégance même, dont la tenue littéraire et scientifique (ail 1 admiration non pas seulement de tous les connaisseurs mais du public en général.La seconde et grande initiative, qui date de juin 1947, cette fois, et qui a déjà une influence directe sur I histoire ecclésiastique canadienne, est la Revue d Histoire de l Amérique française (Administration : 261, avenue Bloomfield, Montréal), organe trimestriel officiel de 1 Institut du même nom.Cette revue s est immédiatement imposée, en quelques mois seulement, à tous les historiens canadiens, tant par la variété et la richesse de ses articles que par sa rigueur scientifique.Déjà I historiogra- 87 Revue Dominicaine pliie ecclésiastique y est abondamment servie, par des articles soignés ; la RHAF pourrait bien devenir en quelques années l\u2019organe favori des historiens de l\u2019Eglise canadienne, bien que ses cadres dépassent ce point de vue./\u2014 Une troisième revue, toute jeune encore, qui inscrit dans son programme 1 histoire, Sciences Ecclésiastiques, est publiée par les Facultés de Philosophie et de Théologie de la Compagnie de Jésus (à Montréal).Le premier volume a paru en 1948 (255 pages).On y trouve des articles de fonds, des recensions, des notes et mélanges.Une telle revue s\u2019imposait dans le milieu canadien ecclésiastique et ceux qui en sont responsables ont été immédiatement salués par la critique, non seulement à cause de leur initiative mais à cause de leur réussite aussi.Pendant que de nouvelles forces entrent en jeu, les anciennes continuent fidèlement à jouer leur rôle.Canadian Historical Review de Toronto et le Bulletin de Recherches historiques (publié à Montréal) continuent à servir avec persévérance les historiens canadiens.CHR est la « grande » revue anglaise de l\u2019histoire canadienne.Culture (Administration : j5 rue de I Alverne, Québec), revue bilingue, publiée sous la direction des Pères Franciscains, accomplit depuis 1941 dans notre milieu canadien un travail culturel d information réussi et assez précis.C est encore, au point de vue d information générale, la « première » revue canadienne à consulter.D\u2019autre part, les médiévistes de Toronto, toujours fidèles à leur idéal, continuent à publier, chaque année, un immense recueil d\u2019études : il n\u2019est pas un seul numéro de Mediaeval Studies qui n apporte à l\u2019histoire ecclésiastique médiévale quelque contribution originale ou inédite.Le P.Kennedy, C.S.B., nous fait connaître certaines œuvres de Robert Courson (Cf.Mediaeval Studies VII (1945) et IX (1947) ; Pierre de Chartres (Cf.ibid.V, 1945).Ses études historiques de liturgie (vg.The Moment of Consecration and the Elevation of the Host, dans ibid., VI (1944), sur un sujet identique, dans ibid.VIII (1946), en fait un des meilleurs historiens canadiens de la liturgie (ils ne sont pas nombreux).Son confrère, le P.Flahiff, C.S.B., nous révèle I historien et le polémiste anglais du Xlle siècle, Raoul Niger.Une 88 Avons-nous des historiens ?étude récente sur l\u2019isolationisme mystique de cet objecteur de conscience à propos des croisades (Cf.Deus non vult : A Critic of the Third Crusade, dans ibid., IX, 1947) est d\u2019une importance primordiale pour le développement de h histoire des croisades en Europe et tout spécialement dans les Iles, dont on oublie trop souvent de tenir compte.Le nom du P.Denomy, C.S.B., est désormais lié au problème complexe des origines de 1 amour courtois ( Cf.Mediaeval Studies, VIss).D autre part, le R.O Donnell, C.S.B., se montre le plus actif sinon le meilleur paléographe canadien actuel et Mediaeval Studies publie périodiquement ses éditions de textes médiévaux, dont certains se sont révélés d\u2019une importance insoupçonnée auparavant en histoire de la scolastique (Vg.textes de Nicolas d Autre-court, de Guillaume d\u2019Auvergne, dans ibid.).Parmi les publications canadiennes qui relèvent encore du domaine des études médiévales, nous signalons deux études du T.R.P.Paré, O.P.(Provincial actuel des Dominicains), sur le Roman de la Rose, 1 une parue en 1942 (Le Roman de la Rose et la scolastique courtoise.Paris-Ottawa, Vrin, 1941, 214 pp.) et la seconde en 1947 (Les idées et les lettres au XIIle siècle.Le Roman de la Rose.Université de Montréal, Editions du Centre de Psychologie et de Pédagogie, 1947, 564 pages).Ce dernier ouvrage inaugure la nouvelle série d\u2019études publiées par la Laculté de Philosophie de 1 Université de Montréal ( Bibliothèque de Philosophie, 1), dont le P.Paré se trouvait un des professeurs, comme chargé de cours à I Institut d Etudes Médiévales.>\u2014 En 1947, ce dernier Institut inaugurait une nouvelle série de conférences (avec publication simultanée d\u2019un texte) dite « Conférence Albert le Grand ».Monsieur Etienne Gilson y présenta Philosophie et Incarnation (Montréal et Paris, Vrin, 1947, 55 pages) à I Auditorium de l\u2019Université de Montréal ; en 1948, ce fut le tour de Monsieur Paul Vignaux, de la Sorbonne, avec Nominalisme au XlVe siècle (Ibid., 1948, 96 pages).Les Conférences Albert le Grand sont annuelles et elles sont habituellement données vers la mi-novembre, par un Schol ar de marque dans le domaine des études médiévales.Le but de ces conféreences et textes est précisément de célébrer chaque année la fête de saint Albert 89 Revue Dominicaine par une séance académique où un maître de la pensée médiévale exposera I un ou I autre des thèmes qui peuvent intéresser les philosophes et les historiens du moyen âge.Une autre fondation (1943) qui intéresse dune façon toute spéciale les historiens de l\u2019exégèse, l\u2019Association Catholique d\u2019Etudes bibliques au Canada, qui joue dans les milieux canadiens-français un rôle identique à celui de la Catholical Biblical Association of America dans les milieux anglo-canadiens.L\u2019Association Catholique d\u2019Etudes bibliques au Canada se réunit chaque année et des travaux scientifiques y sont présentés.Ses membres sont pour la plupart des exégètes et des théologiens de marque, épris d un même idéal et unis dans une fraternité exemplaire.Pendant que de nouvelles associations et de nouveaux instituts se créent, les Sociétés historiques déjà existantes continuent leurs travaux et leurs réunions.Pour sa part, le nouvel Institut d\u2019Histoire de l\u2019Amérique française vise à unifier et à diriger les énergies et déjà plusieurs de nos sociétés locales d\u2019histoire ont tenu à s\u2019y affilier.D\u2019autre part, The Canadian Catholic Historical Association et son équivalent français, la Société canadienne d\u2019Histoire de l\u2019Eglise Catholique (fondées en 1933) continuent à chaque année de présenter à ses congrès réguliers des travaux sur des questions d histoire religieuse canadienne.La valeur de ces travaux est inégale : on y note tout de même un élargissement des perspectives en même temps qu\u2019un progrès scientifique incontestable.Parmi les initiatives canadiennes en matière d histoire qui auront le plus d\u2019influence sur l\u2019avenir, il y a la création rapide et efficace, de plusieurs nouvelles bibliothèques.Ces nouvelles bibliothèques ont tenu à s\u2019établir sur un pied scientifique strict et elles ont été disposées de façon à augmenter et à faciliter la recherche.Nous parlerions volontiers ici de la nouvelle bibliothèque de I Institut d Etudes médiévales de I Université de Montréal, pour ne donner qu\u2019un exemple qui nous est plus familier.La Section dite « Histoire de 1 Eglise » y est I objet d un choix judicieux de textes, de monographies el de périodiques.On ne peut imaginer tout ce qu il a fallu d attention, d énergies pour réussir à faire venir de 1 Europe 90 Avons-nous des historiens ?au Canada, malgré les incertitudes des temps et des prix, en dépit des complications du change et du transport, des collections aussi importantes que Migne, Monumenta Germaniæ Historica, Muratori, Acta Sanctorum, Fonti per la Storia d Italia, etc.En plus de la création de nouvelles bibliothèques historiques, remarquons tout spécialement la migration et la photographie systématique des manuscrits.Le Pontifical Institute of Mediaeval Studies de 1 oronto possède à lui seul, un fonds unique de documents médiévaux (Cf.Med iae-val Studies, IV et V pour une première liste).Le développement rapide de la technique permet à nos chercheurs d envisager la possibilité de grands travaux.Pour sa part, l'Institut d'Histoire de l\u2019Université de Montréal a déjà commencé à mettre à profit les dernières ressources techniques en matière de photographie de livres et de documents.Une des plus grandes réussites de 1 érudition canadienne durant la guerre fut sûrement la publication d une édition de la Summa Theologiœ de saint Thomas d Aquin par les RR.PP.Dominicains canadiens, sous les auspices de l\u2019Institut d\u2019Etudes médiévales alors à Ottawa.(Summa Theologiœ, cura et studio Instituti Studiorum medievalium ottaviensis, ad textum S.Pii V, PP.V.Jussu confectum recognita.Ottawa, Impensis Studii generalis O.P., 1941-1945.5 vol.24 cm.).Cette édition, en cinq volumes, élégants et soignés, a été l\u2019objet d un travail critique de grande valeur : vg.rappels et choix des lieux parallèles, choix des variantes de l\u2019édition Léonine, références aux meilleures études parues sur certains sujets plus importants, bibliographie condensée et ordonnée et I identification de certains « quidams » et « moderni », etc.Ce travail, le premier du genre au Canada, a fait l\u2019admiration des savants et de la critique.Nécessairement tirée à un nombre limité d exemplaires (5000), la présente édition sera bientôt épuisée sur le marché américain, avant même d avoir pu être connue en Europe.Entre temps I historiographie canadienne-française s\u2019enrichissait d\u2019œuvres peut-être moins volumineuses mais qui sont appelées tout de même à créer des traditions.Nous ne pouvons pas les signaler toutes.Nous voulons cependant et surtout indi- 91 Revue Dominicaine quer les œuvres qui ont illustré, tant dans les milieux anglais que français, certains genres historiques particuliers et qui représenteraient bien dans leur domaine respectif les tendances de I historiographie actuelle.Par exemple, I historiographie missionnaire a produit une suite de narrations intéressantes sur les missions du Nord-Ouest canadien.Elles sont I\tœuvre d\u2019un vieux missionnaire du pays du Mackenzie qui écrit ses souvenirs et ses observations (Cf.Mgr Gabriel Breynat, O.M.I.: Cinquante ans au pays des neiges ; I : Chez les mangeurs de Caribou ; II\t: Voyageur du Christ ; III : L Evêque volant.Trois tomes de mémoires publiés à Montréal en 1945, 1947 et 1948.Ce sont là des livres d épopée missionnaire et d aventures remarquables, émouvantes souvent, de l\u2019histoire de la civilisation chrétienne au Canada.L histoire de la liturgie profitera beaucoup au Canada français d une synthèse des données acquises sur l\u2019histoire de la messe, présentée par M.I abbé E.Bourque, de l\u2019Université Laval (Pour l\u2019histoire de la Messe.Université Laval, 1946, 249 pages).L histoire de la spiritualité et de l\u2019Eglise canadienne, celle des églises de Montréal tout spécialement, doivent largement au séjour au Canada d\u2019un historien bénédictin, Dom Albert Jamet, O.S.B.(1948), qui s est occupé de faire connaître les Annales de l\u2019Hôtel-Dieu de Québec (une réédition), les œuvres de Marie de I Incarnation, mystique française qui vécut au Canada à ses débuts.Une autre grande monographie historique de Dom Jamet est sa biographie de Marguerite Bourgeoys (1620-1700), publiée à Montréal en 1942.D autre part I histoire locale, I histoire de paroisse, pourrait s inspirer de l\u2019exemple et du livre du R.P.Thomas Charland, O.P.(le médiéviste des Artes Prœdicandi, Histoire de Saint-François-du-Lac.Ottawa, 1942, 568 pages, avec cartes et plans).Le P.Charland y a écrit avec autant d érudition que de dévotion I histoire de sa paroisse natale.Sa monographie paroissiale est un modèle canadien en son genre et représente exactement le type d\u2019historiographie qu\u2019elle illustre.Nous voudrions aussi relever à 1 attention de nos lecteurs un article bien documenté du R.P.92 Avons-nous des historiens ?Conrad Morin, O.F.M., paru dans Culture, en 1946 (cf.VII, pages 151-176), dont le titre indique largement le contenu : Les Archives du Saint-Siège, importantes sources de l'histoire politico-religieuse du Canada.Les articles de ce genre sont encore rares chez nous et on peut se demander s\u2019il n\u2019y aurait pas avantage à leur faire connaître une plus large diffusion pour le bénéfice des futurs historiens, tant européens qu américains.Le Père Morin compte avec son conirère franciscain, le Père A.Godbout, un critique de 1 historiographie canadienne qui écrit dans Culture, parmi les meilleurs connaisseurs de l\u2019histoire ecclésiastique.Les Clercs de Saint-Viateur canadiens possèdent un premier tableau de leur histoire, grâce au Frère Antoine Bernard (Les Clercs de Saint-Viateur au Canada : Le premier demi-siècle 1847-1897.Montréal, 1947, 650 pages).Un illustre savant écrivain, Je brère Marie-Victorin, décédé au cours de ces dernières années, a été I objet cl une biographie fort intéressante, grâce à I « inépuisable » Robert Rumilly (Cf.Le F rère Marie-Victorin.Editée à Montréal, chez les Frères des Ecoles Chrétiennes, 1948).* * * Le présent compte-rendu donnera au lecteur l'impression que ceux qui s\u2019occupent de l\u2019histoire ecclésiastique canadienne, tant anglaise que française, sont surtout des ecclésiastiques et des religieux.Et c est exact.Nous avons déjà rappelé, cependant, que 1 histoire politique du Canada était encore en avance sur J histoire simplement ecclésiastique.Nous voudrions signaler certains noms d\u2019historiens laïques, jeunes pour la plupart, et dont le talent s\u2019est fait remarqué par clés publications récentes.11 y aurait à mettre en vedette Monsieur Guy Frégault.de l\u2019Université de Montréal, biographe-historien d Iberville et cle Bigot (français du début de la Nouvelle-France).De Québec, signalons I étude fouillée à I extrême cle Monsieur Marcel Trudel, de l\u2019Université Laval, L Infl uence de Voltaire au Canada 1850-1900 (Québec, 1945, 2 vol., avec une trop abondante bibliographie).Entre temps « l\u2019érudition aimable » de la Société des Dix de Mont- 95 Revue Dominicaine real continue son travail avec une lidélité remarquable.De son côté Monsieur Marius Barbeau, le plus grand folldoriste canadien, publie sans cesse le fruit de ses nombreuses et efficaces recbercbes ; Monsieur Séraphin Marion, d\u2019Ottawa, ne cesse d\u2019explorer les documents de la littérature canadienne d\u2019autrefois.Monsieur Robert Rumilly écrit une volumineuse Histoire cle la Province de Québec, de plus de vingt tomes : c\u2019est une synthèse qui porte le poids de sa rapidité, plus intéressante qu élaborée, mais dont l\u2019histoire de l\u2019Eglise peut profiter, à cause de la multiplicité des épisodes qui y sont relevés et racontés.Elles contribuent souvent à nous remettre dans le climat de certaines époques plus pittoresques de notre histoire.Avec beaucoup de talent, pour des auditoires pi us vastes, Monsieur Jean Bruchési continue à évoquer les réalités canadiennes d\u2019aujourd\u2019hui et d\u2019autrefois.Monsieur Gustave Lanctôt, d\u2019Ottawa, archiviste et historien de métier, poursuit chez nous un travail vigilant de critique historique qui a son importance.Monsieur Lanctôt s intéresse toujours à I histoire ecclésiastique du Canada dont il connaît depuis longtemps d\u2019importants documents.D\u2019autres noms à signaler : Monsieur Camille Bertrand, pour une histoire de Montréal ; Monsieur Gérard Filteau, pour son Histoire des Patriotes, des ouvrages de Monsieur Desrosiers, etc., etc.Cependant et malgré tout ce qui s\u2019est fait au Canada en ces dernières années, on ne peut s\u2019empêcher de rappeler la dispersion de nos travailleurs, que nous avons signalé au début, dont les distances plus encore que les volontés sont responsables.C\u2019est l\u2019historiographie ecclésiastique canadienne qui se trouve encore la plus délaissée et on ne peut que regretter que parmi plusieurs des nouvelles créations universitaires, la pl ace faite à l\u2019histoire de l Eglise soil tragiquement restreinte.Pourtant l\u2019histoire ecclésiastique canadienne, française et irlandaise tout spécialement, fut trop importante dans la vie du Canada pour être ainsi négligée.Des ouvrages généraux comme celui de Georges Goyau (Cf.Les origines religieuses du Canada, réimprimé à Montréal, en 1945), nous laissent deviner tout l\u2019intérêt qu\u2019il y aurait à étudier de plus près cette 94 Avons-nous des historiens ?histoire ecclésiastique.Le rôle joué par les prêtres et les religieux durant l\u2019ancien régime (le régime français de 1534 à 1760), par exemple, impose déjà par lui-même cette étude.D\u2019autre part, l\u2019étude de l\u2019histoire ecclésiastique canadienne devrait devenir un fait universitaire et faire partie du programme de nos instituts de recherches pour devenir vraiment fructueuse.Nous ne voulons pas reprocher aux directeurs d Instituts d histoire d avoir écarté 1 histoire de 1 Eglise.On ne peut pas tout faire à la fois.Nous les invitons plutôt à ne pas l\u2019oublier dans I avenir et à ouvrir des chaires d\u2019histoire de l\u2019Eglise dans leur domaine respectif.En plus des difficultés que nous venons de souligner et de certains oublis, l\u2019historiographie ecclésiastique canadienne a été rudement éprouvée par les inévitables deuils.La mort du Dr Kenny, auteur de The Sources for the early History of Ireland, 1 (New ^ orb, Columbia, 1929) et fondateur de nos Sociétés Canadiennes d Histoire de 1 Eglise est au point de vue spécial qui nous concerne la « grande disparition ».Le Dr J.F.Kenny, un laïque, était né dans la province d Ontario en 1884.II est mort subitement en 1945, après avoir été l'initiateur de plusieurs heureuses initiatives en matière d histoire de I Eglise.Les Pères Franciscains canadiens-français qui jouent un rôle de premier plan dans le domaine de 1 historiographie ecclésiastique (Cf.Culture, et travaux des Pères Morin et Godbout) ont aussi été éprouvés par la noyade accidentelle, le 28 juin 1944, du Père Laval Laurent, qui venait justement de compléter un travail qui intéressait à la fois I histoire de l\u2019Eglise américaine et canadienne et dont il avait commencé à étudier les relations (cf.thèse publiée posthumement, en 1945, sous le titre: Québec et l\u2019Eglise aux Etats-Unis sous Mgr Briand et Mgr Plessis, Montréal, 258 pages).Le Père I .auront s était aussi activement occupé de faire un compte rendu des publications d\u2019histoire religieuse au Canada en 1943 (paru dans The Americas, I (1944), pp.108-110).On mesure tout le tragique de cette disparition soudaine quand on sait que le Père Laurent avait à peine 30 ans et qu il se préparait exactement pour le genre de travail dont le Canada a le plus besoin pour développer chez lui 95 Revue Dominicaine T historiographie ecclésiastique.A signaler aussi la mort cl un vieil historien réputé et respecté, Sir 1 homas Chapais (1885-1946), journaliste, écrivain, homme politique et dont les nombreux travaux sur l\u2019histoire canadienne sont encore réédités.D\u2019autres ont dû se retirer de la carrière à cause de 1 âge (vg.P.-G.Roy, archiviste de Lévis), soit pour des raisons de santé ou pour remplir de nouvelles obligations (vg.le Père Pouliot, S.J., qui avait publié en 1940 une savante Etude sur les Relations des Jésuites de la Nouvelle- France, 1652-1672 (Montréal, 1940) et qui est devenu depuis Provincial des Pères Jésuites).* * * Ce rapide bilan indiquera tout de même au lecteur qui veut s\u2019informer d un fait important : 1 histoire de 1 Eglise canadienne n est pas encore écrite.Le travail bibliographique est à peine commencé.Les initiatives sont encore bien peu nombreuses.Mais cette historiographie, qui en est à son stage cl organisation, a cependant tenu à garder ses attaches avec le passé, grâce à ses Instituts d histoire et de géographie, d Etudes médiévales et d Histoire de I Amérique française.Les nouvelles revues, les nouveaux articles et les récentes publications manifestent un souci scientifique réel.Le Canada entre dans une nouvelle ère, à tout point de vue.De grandes responsabilités attendent ses quelques chercheurs dispersés.Ils le savent.L\u2019essor des études historiques depuis quelques années nous permet d\u2019entretenir vis-à-vis d\u2019eux de grandes espérances.Benoît Lacroix, O.P. Sciences économiques et catholicisme Sous le titre L\u2019économiste devant les encycliques sociales, M.Marcel Clément discutait, dans la livraison de mai de cette revue, le problème que je me propose d\u2019aborder à mon tour aujourd bui pour présenter un point de vue un peu différent.Si, en tant qu économiste catholique, j estime pouvoir être sensiblement d accord avec le sens profond de ses conclusions, je suis par ailleurs absolument incapable d\u2019en accepter la lettre, ni la totalité du raisonnement par lequel il y arrive.Et comme nous sommes certainement là en face d\u2019un problème capital à notre époque, un problème qui intérèsse non seulement I économiste lui-même, mais aussi bien le philosophe, le moraliste, le politique, dans leur propre attitude vis-à-vis de la science économique et de 1 économiste, il me paraît important que les lecteurs de la Revue Dominicaine aient également I occasion de réfléchir sur un autre aspect de la question.Au fond, il s\u2019agit essentiellement d une question d\u2019approche.Sans manquer du sens des faits positifs ^ il en a donné des preuves certaines dans divers travaux M.Clément est ou devient surtout un déductif ; sa conclusion comporte précisément qu il faille « construire déductivement la science des relations économiques » à partir de la doctrine des encycliques sociales.Or en sciences économiques, la méthode positive semble plus indiquée parce que, dans un domaine aussi proche du matériel, des faits immédiats, elle a l'avantage, que M.Clément signale lui-même dans le beau chapitre sur Pasteur de son volume Esquisses pour l homme, « de suivre les contours de la réalité de si près, [ de la calquer ] trait pour trait avec une telle minutie que [ les thèses qui en résultent ] seront toujours le pastel prodigieux de la nature ainsi observée ».Cela, nous dit Fauteur, donnait au travail de Pasteur une telle force qu « il aura raison envers et contre tous ».Dans I étude de la vie économique, la méthode déductive a le grand défaut de chercher trop vite à aller au cœur du problème et de négliger une foule de détails qui ont une importance capitale quand on vise à passer 97 Revue Dominicaine de la connaissance à I action réformatrice.Le déductif est l\u2019aigle qui, de son œil perçant, voit du haut des airs, en un instant, qu\u2019il existe deux villes comme Montréal et Moscou, et qui conclut rapidement à la possibilité nécessaire d aller de I une à l\u2019autre.Mais en regardant de si kaut, les espaces lui ont paru un détail ; le relief et les océans, des rides et des mares insignifiantes.Ses conclusions sur les moyens seront souvent fausses pratiquement à cause de cela, et celui qui les appliquera se sera cassé le cou avant d arriver à Moscou.Ces moyens, les moyens efficaces, c\u2019est le savant positif qui parviendra à les établir r\u2014 en supposant naturellement un certain degré d avancement de la science parce que sa connaissance des ensembles, quand il y parvient, n\u2019existe que par un recul pris sur une construction détaillée des réalités économiques.Or dans la mesure où la connaissance des ensembles procède de postulats philosophiques, elle reste nécessairement vague en tant que les faits sensibles sont concernés ; et, le plus souvent, en descendant vers le concret le plus immédiat, elle se fourvoie dans des erreurs inhérentes à la faiblesse même de la raison humaine.Si bien que les constructions qui en découlent n ont de valeur, au point de vue scientifique, que si les postulats se sont trouvés à coïncider avec des faits positifs (c\u2019est ce qui est arrivé au libéralisme, comme nous le verrons) ; quant au reste, elles ne peuvent guère être jugées qu en tant que philosophies, d où une confusion entre données scientifiques et données philosophiques qui engendrera, par exemple, la condamnation en bloc des thèses libérales même si les faits leur donnent souvent raison.Mieux vaut laisser à chacun son rôle.S il s agit de normes, laissons au théologien, au philosophe et au moraliste le soin de nous les indiquer ; c est là leur fonction secondaire propre, comme c est le rôle secondaire du savant de leur montrer dans quelle mesure les faits correspondent à la norme et comment on peut, positivement, arriver à la coïncidence des deux ordres.Que la philosophie économique, branche de la philosophie tout court, nous montre l\u2019objectif ; et nous, les économistes (en tant qu\u2019écono-miste, car en tant qu homme rien ne nous interdit de faire en même temps 98 Sciences économiques et catholicisme de la philosophie), nous essaierons de trouver le chemin qui y mène en nous acquittant au mieux de notre tâche dans le domaine de la science économique, branche de la science tout court.C\u2019est bien là, il me semble le sens du texte pontifical que M.Clément cite à la page 286 de son article, reproduit en exergue \\ mais dont il ne donne qu\u2019une partie.S\u2019il est vrai que la science économique et la discipline des mœurs relèvent chacune dans sa sphère, de principes propres, il y aurait néanmoins erreur à affirmer que l ordre économique et l ordre moral sont si éloignés l\u2019un de l\u2019autre, si étrangers l\u2019un à l\u2019autre que le premier ne dépend en aucune manière du second (Quadragesimo Anno).Et le texte se continuait ainsi : Sans doute, les lois économiques, fondées sur la nature des choses et sur les aptitudes de l âme et du corps humain, nous font connaître quelles fins, dans cet ordre, restent hors de la portée de lactivité humaine, quelles fins au contraire elles peuvent se proposer, ainsi que les moyens qui lui permettront de les réaliser; de son côté, la raison déduit clairement de la nature des choses et de la nature individuelle et sociale de l homme la fin suprême que le Créateur assigne à l ordre économique tout entier.Texte admirable, comme je l\u2019ai déjà écrit ailleurs, où en quelques mots, tout est dit en densité et en profondeur.La distinction que je viens d établir m y paraît nettement indiquée.II y a donc vraiment lieu, à mon sens, de contester que le principal devoir de l\u2019économiste catholique consiste bien à « construire déductivement une science des relations économiques » en fonction de la doctrine sociale de I Eglise.^ I Voyons d\u2019abord ce qu\u2019on reproche à la science économique telle qu actuellement constituée.Et je ne saurais mieux faire pour cela que de suivre le texte de M.Clément, car il résume admirablement le procès.II reproche d abord à la science économique son point de départ même : 1.Ce texte a été placé en exergue par le rédacteur et non par M.Clément.\u2014 N.D.L.R.99 Revue Dominicaine le postulat hédonistique, « qui légitime par là (.) et s\u2019interdit ainsi définitivement de trouver dans la recherche du profit l\u2019explication du désordre ».Il condamne même son vocabulaire : parler d\u2019équilibre quand, en fait, cet équilibre n\u2019est, du moins selon Keynes, qu\u2019un déséquilibre, puisque c est un équilibre de ckômage.II l\u2019accuse de flatter les mauvais princes de notre temps en leur fournissant des « explications purement techniques des phénomènes pour éviter le retour des conséquences de leurs fautes morales ».Bref, pour tout résumer, la science économique proclame un libéralisme amoral.Que faut-iî retenir de ce procès ?La clef en est dans le premier et le dernier terme de I acte d\u2019accusation.La science économique dont M.Clément parle (en fait, il ne s agit pas vraiment de la science économique, mais d\u2019une école seulement) est libérale, libérale parce que déductive.Elle part d un postulat au lieu de partir des faits et d\u2019induire ; et comme il arrive presque toujours alors (bien que ce ne soit pas nécessaire), elle a tendance à ériger son postulat en absolu, en description non pas seulement de ce qui est, mais de ce qui devrait être.Tout le vocabulaire s\u2019en trouve faussé : l'équilibre décrit, surtout si on accepte la théorie d\u2019ailleurs plus que discutable de Keynes, est intolérable ; et les conseils techniques donnés aux politiques prennent une valeur d absolu qui exclut effectivement la morale de la politique, ce qui est désastreux.Le catholique se sent évidemment mal à I aise dans cette confusion de faits souvent justes au point de conduire à certaines conclusions élémentaires irréfutables, et de concepts philosophiques qui lui paraissent radicalement faux.D\u2019 où sa tendance naturelle à vouloir sortir de la difficulté en se bâtissant une science d\u2019après ses normes à lui.Mais est-ce bien la solution ?- II - Sortons, en effet, du déductif et du normatif pour nous placer dans une perspective vraiment positive, et le malaise disparaît.Sans doute, on ne saurait complètement blâmer M.Clément d avoir identifié 1 économie politique avec I école libérale, celle-ci ayant vraiment contribué la ma- 100 Sciences économiques et catholicisme jeure partie de l\u2019édifice scientifique économique actuel, pendant que les théoriciens des écoles positivistes cherchaient leur voie.Mais il faut tout de même distinguer dans la science économique dite libérale, ce qui y a été positivement acquis de ce qui ne l\u2019est pas.Ce fut certes une erreur que d ériger en postulat, surtout normatif, la règle hédonistique.Pourtant, son usage a permis des explications très satisfaisantes des mécanismes économiques de I économie capitaliste et libérale.Pourquoi ?Parce que ce postulat n\u2019était pas purement hypothétique.II constituait plus qu un postulat à admettre pour les fins du raisonnement ; il correspondait et il correspond encore à un fait constatable, à savoir qu\u2019en règle générale, au XIXe siècle et à notre époque, les gens ont effectivement recherché et recherchent le profit maximum ; qu ils désirent surtout vendre le plus cher possible et acheter le meilleur marché possible.D où la valeur des explications libérales de la vie économique contemporaine, bien supérieure aux explications socialistes qui, également déductives, ont choisi un postulat se situant, en tant que réalité positive, dans le devenir bien plus que dans le présent.Toutefois, parce que les libéraux ont été trop déductifs, qu ils se sont davantage souciés du postulat, plutôt que de chercher constamment à épouser la réalité, d y vérifier à fond et positivement leurs prétentions, certains de leurs schémas d explication ont fini par n être vrais que dans I ensemble et en règle très générale.Quand on a essayé d\u2019appliquer leurs conclusions à des cas concrets, ce fut souvent pour s\u2019apercevoir que cela équivalait à s embarquer sur un paquebot pour traverser les montagnes (exemple : les théories monétaires d\u2019Irving Fisher).D\u2019autres de leurs explications ne se sont révélées vraies qu en apparence, telles leurs théories sur le fonctionnement des régimes bimétallistes : ce qu\u2019ils déduisirent des principes ne constitua pas une description fidèle de la réalité, mais une possibilité qui aurait pu devenir réelle dans d autres conditions ; elle leur fit illusion parce qu elle présentait beaucoup de ressemblance avec la réalité et qu\u2019ils se contentèrent de vérifications sommaires à l\u2019égard de celle-ci.101 Revue Dominicaine Reprenons de tonte façon leurs conclusions en faisant disparaître le caractère normatif du postulat, redonnons à celui-ci sa valeur de fait constatable, et I économiste catholique n\u2019a plus de malaise à éprouver devant celles des explications libérales qui restent exactes en fait, même si ces faits contredisent les encycliques.Car cette contradiction n\u2019est qu\u2019apparente : les encycliques ont toujours prêché la vertu ; elles n\u2019en sont pas moins obligées de déplorer constamment le peu de vertu dont les hommes font preuve.C est I éternelle opposition entre le bien qu\u2019il nous faudrait accomplir et le mal qu effectivement nous pratiquons à qui mieux mieux.Le vocabulaire économique lui-même ne nous choque plus : le fameux équilibre économique, même celui de Keynes en supposant que ce soit celui-là qui soit conforme aux faits, est un équilibre.C\u2019est un point autour duquel gravite toute I activité économique et vers lequel elle tend constamment à revenir si quelque événement l\u2019en éloigne.Ce point peut être humainement détestable ; il y aurait sans doute lieu de le déplacer si possible, mais tel quel il constitue une position d\u2019équilibre, ce qui ne veut pas dire qu elle soit celle du repos (norme).Et du moment qu\u2019on ne veut plus nous 1 imposer comme un absolu, nous n avons plus à nous révolter, mais à travailler aux moyens techniques de la rectifier norma-tivement.Les conseils techniques ne sont plus à réprouver tels quels.L économiste remplit, en les donnant, sa fonction propre d\u2019apporter l\u2019un des éléments dans un ensemble de facteurs que le politique devra examiner avant de prendre sa décision.D\u2019ailleurs, l\u2019homme politique ayant à trouver une solution immédiatement efficace, au moins dans une certaine mesure, ne peut pas résoudre ses problèmes dans l\u2019absolu des principes ou normes ; il lui faudra bien tenir compte des nécessités immédiates.C est même en sachant parer aux nécessités immédiates telles qu\u2019elles sont, avec un petit coup de pouce vers la voie indiquée par les principes, qu il arrivera à réaliser intégralement ceux-ci, si jamais il y parvient.Pour aller à Moscou, il ne lui sert à rien de vouloir sauter d\u2019un seul bond ; il lui faudra suivre le chemin que lui imposera le relief et prendre les 102 Sciences économiques et catholicisme moyens appropriés aux divers accidents de la route.Pour faire mieux et atteindre plus vite I\u2019objectif lointain, il lui faudra d ailleurs encore la science positive : c\u2019est elle qui établira les techniques plus perfectionnées avec laide du temps, de I intelligence et du hasard, donc à condition qu il sache attendre et se servir des moyens disponibles en attendant.^ III ^ Dans ces conditions que peut-on gagner à une construction déductive comparable au libéralisme ou au socialisme, mais qui partirait des principes de la doctrine sociale de I Eglise ?Je ne saurais dire que le résultat serait absolument anti-scientifique ; mais il ne nous offrirait qu une possibilité très lointaine du réel, puisque les hommes n ont pas actuellement la mentalité et les vertus nécessaires pour qu\u2019un tel système fonctionne en fait (il ne faut jamais oublier que les encycliques insistent sur la nécessité d une réforme des mœurs, comme condition nécessaire au succès des réformes économiques et sociales suggérées).Comme tous les systèmes purement déductifs appliqués à des réalités terre à terre, il nous donnerait une vue très générale de ce que serait une société chrétienne au point de vue économique ; mais les détails seraient très vraisemblablement agrémentés d un certain nombre d erreurs que nous aurions de toute façon à corriger par I expérience au fur et à mesure que cette société se construirait.En somme, alors que les libéraux nous ont tracé le tableau d un monde humainement dur, mais passablement productif au point de vue matériel, et qui ressemble d assez près au monde dans lequel nous vivons (sauf évidemment pour les conclusions normatives trop optimistes), une science économique catholique construirait une utopie au sens strict du mot, c est-à-dire en le débarrassant du sens péjoratif de chose irréalisable.Comme les socialistes, nous bâtirions une science du devenir économique, qui multiplierait les erreurs en ce qui concerne les explications concrètes et immédiates.Il ne nous resterait qu\u2019à débattre, entre normatifs, lequel du devenir catholique ou du devenir socialiste doit être recherché de 105 Revue Dominicaine préférence ou est le plus susceptible de se réaliser effectivement dans le temps ; avec au départ la certitude morale (mais pas scientifique) que le devenir catholique est le meilleur, mais sans qu\u2019une science ainsi construite ajoute quoi que ce soit a la question de savoir si c est vraiment celui-là qui prédominera dans le temps.car le royaume de Dieu n\u2019est pas garanti dans ce monde-ci.Ce domaine de haute voltige nous éclairera de toute façon assez peu sur ce qui se passe dans la réalité concrète du monde que nous voulons réformer ; et pour rester sur le terrain normatif, c\u2019est en définitive à la science libérale qu\u2019il nous faudrait de toute façon revenir pour cela.Si M.Clément a, en effet, raison d affirmer que le point de vue finaliste n est ni plus ni moins normatif que le point de vue mécaniste, il me concédera qu il I est autant.Or, a mon sens, le rôle de I économiste catholique, c est d être économiste, c est-à-dire positif puisque tel le veut la nature de la discipline dans laquelle il est engagé.Mais qu\u2019il le soit vraiment, et qu\u2019il voit à exiger que le restent également les autres économistes, qu il voit à les confondre s\u2019ils prétendent mettre en jeu la doctrine sociale chrétienne.Je m\u2019accorderai toutefois entièrement avec M.Clément si ses conclusions sont surtout prises dans le sens d\u2019une opinion à l\u2019effet que l\u2019économiste catholique doit faire un effort spécial pour être non seulement un technicien de la science économique, mais aussi bien, et en association étroite avec les philosophes et les moralistes, un théoricien de la politique économique telle qu\u2019elle doit être conduite pour réaliser la doctrine sociale de I Eglise.C est à lui que revient de trouver les moyens techniques d\u2019y parvenir, comme je le spécifiais au début de cet article ; il doit donc etre saisi de son devoir qui ne concerne plus I économiste en tant que tel, mais l\u2019homme tel que pris dans sa condition et dans son état, avec ses obligations envers Dieu et son Eglise.Même ici, cependant, il faut se garder des positions trop absolues et rester réalistes.Comme nous vivons sur la terre, toutes nos attitudes, toutes nos positions sont nécessairement conditionnées, dans une certaine mesure, par des données positives, en particulier par le facteur Temps.104 Sciences économiques et catholicisme En F occurrence, pour être économiste, comme pour être physicien ou théologien, il faut y mettre du travail, un travail spécialisé et contraignant, qui prend du temps, beaucoup de temps.C\u2019est dire que le problème de conscience de I économiste catholique tel qu envisagé peut, à cause de cela, se présenter sous des jours différents.S il y a avantage à ce que I Eglise, pour sa mission temporelle, compte dans son giron des économistes aussi forts que ceux qui n y sont pas, de sorte que la rencontre des adversaires puissent se faire à armes égales, il faudra admettre que même un économiste catholique peut être trop pris par ses études pures pour pouvoir s engager dans le domaine de la politique économique, même envisagée d un point de vue théorique.II faut avoir connu les exigences de la vie intellectuelle, ce qu il faut d effort pour se tenir à la page dans un domaine donné du savoir humain à notre époque, pour le comprendre.A capacité intellectuelle égale, celui qui se préoccupe à la fois des problèmes théoriques et des problèmes pratiques ne peut pas, avec la même somme de travail, être un aussi fort théoricien que le théoricien pur.Autrement dit, il y a assez de place dans une société chrétienne pour pouvoir utiliser tous les goûts et tous les talents de façon à les faire servir au Bien suprême sans violenter les consciences ou même éventuellement les capacités, car tout le monde n a pas I esprit de synthèse voulu pour aborder la politique économique avec intelligence.L\u2019économiste qui s occupe en même temps de science et de politique économique aura besoin des lumières d un théoricien plus spécialisé que lui à certains moments, et il sera bon qu\u2019il puisse le trouver chez les catholiques, bien qu\u2019à ce niveau ce ne soit pas théoriquement nécessaire.Car quoi qu\u2019il en soit, il me semble qu\u2019il y a avantage à bien nous convaincre que ce que I économiste pris en tant que tel doit apporter à celui qui fera la théorie ou la pratique politique, ce n est pas une utopie bâtie sur des données normatives, mais d abord une connaissance positive des réalités immédiates, sur lesquelles appuyer solidement l\u2019édifice normatif.François-Albert Angers 105 Réminiscences Je ne sais quelle hantise me porte aujourd\u2019hui, à quarante-cinq ans, au delà de tant d événements plus gros de conséquences et d\u2019intérêt plus universel qui ont rempli la première moitié de notre siècle, à me remémorer les origines et les péripéties de la première grande guerre.J\u2019ai lu, il y a quelques années, dans la « Revue des deux Mondes », tout ce qui s\u2019y rapportait et je me retrouve encore aujourd'hui, à mes heures libres, plongé dans le « Correspondant 1914-1918 ».Cela tient probablement à la curiosité instinctive de remonter à l\u2019origine de toutes les angoisses qui ont étreint ma génération et de tous les bouleversements sociaux dont elle a été témoin.Au-dessus de ce flot d événements vraiment trop nombreux pour le nombre d\u2019années qui les contiennent, surnage avec une étrange persistence un souvenir qui remonte au seuil de ma toute première adolescence, celui de la déclaration de guerre de 1914.J\u2019avais onze ans : c\u2019était par une soirée chaude de fenaison.Je me souviens que l\u2019atmosphère était saturée de parfums exhalés des foins fraîchement coupés.Je revois mes sœurs revenant du bureau de poste, en compagnie de cousins de leur âge ; elles apportaient les journaux qui étalaient en larges manchettes sur la première page : Ultimatum de F Allemagne à la France, puis le lendemain : L\u2019Angleterre entre dans le conflit.Je ne garantis pas l\u2019authenticité de ces titres, j\u2019en rapporte le sens que ma mémoire a conservé.Ce fut le premier contact conscient des hommes de ma génération avec l\u2019histoire du monde.Cette histoire depuis lors n\u2019a guère été clémente pour eux et l\u2019on conviendra sans peine que l\u2019avenir ne leur apparaisse pas encore de tout repos.Lorsque je revins m\u2019asseoir sur les bancs de l\u2019école primaire en septembre 1914, la carte de I Europe continentale ne s était guère modifiée depuis le traité franco-prussien de Francfort conclu en 1871.Vers la même époque s était faite aussi I unité italienne.Après cette date, seule la péninsule des Balkans avait subi quelques rajustements peu 106 Réminiscences importants.II nous fallait apprendre de mémoire, pour pouvoir les nommer sans hésiter et les indiquer sur la carte géographique suspendue au mur, toutes les capitales des pays européens.Londres, Paris, Rome, voire Saint-Petersbourg se retenaient sans effort ; mais il arrivait aux premiers, même aux premières de la classe, de confondre les capitales des petits Etats balkaniques assez nombreux à cette époque.Quelle était cette carte géographique de l\u2019Europe en 1914 ?Si nos écoliers d aujourd hui pouvaient la reconstituer, ils seraient sans doute fort surpris de constater qu\u2019il n\u2019y a que les frontières des Iles britanniques qui n ont pas remué depuis trente ans.Sur tout le reste du continent s\u2019est fait, de gré ou de force, un rajustement.De nouveaux Etats ont surgi, d\u2019autres ont disparu, d\u2019autres se sont agrandis au détriment de leurs voisins, d autres se sont divisés, se créant de nouvelles capitales ou donnant des noms nouveaux aux anciennes.En septembre 1914, nous pouvions facilement distinguer en Europe quatre groupes de pays aux frontières bien délimitées et faciles à retenir de mémoire en nous appuyant sur les quatre points cardinaux.A l\u2019Est, sur l\u2019Atlantique : le Portugal, l Espagne, la France et l Angleterre.Chacun de ces pays offrait à nos imaginations d enfants bien des mystères.Du Portugal, rien de précis, si ce n est que Lisbonne en était la capitale et que ses habitants devaient avoir quelque chose de commun avec les Espagnols.Quant à ces derniers, nous les considérions à travers quelques passages de Marmontel dans les Incas et I idée que nous nous en faisions ne s\u2019éloignait pas trop de la réalité : des gens qui avaient navigué et découvert des mines d or dans 1 Amérique du Sud.Nous pouvions aussi, sans recourir aux lumières de 1 institutrice, opérer un certain rapprochement entre les rois très catholiques Ferdinand et Isabelle et la découverte de l\u2019Amérique par Christophe Colomb.L histoire du Canada que nous étudiions en même temps que la géographie nous donnait une meilleure idée de la France.Nous découvrions parfaitement que les découvreurs du Canada et les premiers colons des rives du Saint-Laurent étaient venus de ce pays-là ; que de 107 Revue Dominicaine 1608 à 1760, notre pays avait été colonie française, que de longues guerres s étaient livrées pour la possession des « quelques arpents de neige », que, finalement, nous avions changé d\u2019allégeance.Bien que tout cela nous fût apparu très lointain, la sympathie que nous éprouvions pour la France était très vive dans nos cœurs d\u2019enfants.D\u2019où pouvait-elle provenir après plus d\u2019un siècle et demi de séparation ?L avions-nous apportée en naissant ?Provenait-elle de notre éducation ?Je ne saurais le dire.Ce qui est certain, c est que très jeune, j\u2019ai entendu sur les lèvres de ma mère des refrains de chansons françaises comme C\u2019est un oiseau qui vient de France, A la claire fontaine et cette autre que la génération d\u2019après 1870 avait encore bien présente à la mémoire en souvenir de la guerre franco-prussienne qui eut au pays de Québec, on le sait, un certain retentissement : Ils ont pris l Alsace et la Lorraine, Mais malgré eux, nous resterons Français.Nos sympathies d enfants pour la France tenaient aussi à la communauté de langue.On ne nous enseignait bien que le français et c\u2019est à peine si nous soupçonnions que la connaissance d\u2019une autre langue pût nous être utile.Bref, malgré les traités, la France nous apparaissait encore comme notre véritable mère-patrie.On nous formait l\u2019âme à la française et après la terre de la Province de Québec, c était la terre de France que nous devions aimer par-dessus toutes les autres.Quant à la Grande-Bretagne, elle était représentée en rouge sur la carte géographique ainsi que ses dominions et ses colonies.Le tout nous apparaissait comme un colossal empire dont il était vrai de dire que le soleil éclairait toujours l\u2019une ou l\u2019autre des parties.Nous en éprouvions une sorte de fierté entremêlée de crainte et toute de raison.Au Sud, du côté de la Méditerranée, il y avait l\u2019Italie, pays étrange en raison de sa configuration géographique, sympathique en raison de sa capitale, siège du Pontife romain et terme d\u2019un beau voyage de notre curé, inquiétant en raison de ses habitants qu\u2019on avait I\u2019habitudè de 108 Réminiscences nous représenter comme des hommes chicaniers, prompts à se défendre au couteau dans les bagarres.Quelle erreur I Séparé de l\u2019Italie par la mer Adriatique se trouvait un groupe de pays relativement peu étendus en superficie que I on indiquait dans l\u2019ensemble du nom de Péninsule des Balkans.Ce groupe comprenait la Roumanie, la Serbie, le Monténégro, la Bulgarie, la Turquie d\u2019Europe et la Grèce.Chacun de ces pays devait jouer un rôle important dans la guerre de 1914.A l\u2019Ouest, possédant une frontière commune avec le continent asiatique, s\u2019étendait immense et froide, la Russie des I sars.Au Nord, les pays Scandinaves : Danemark, Suède, Norvège, puis deux autres baignés par la Mer du Nord, la Belgique et la Hollande.Au centre, d\u2019où leur nom d\u2019états centraux, l\u2019Allemagne et I\u2019Autriche-Hongrie.Telle était la géographie de l\u2019Europe en septembre 1914.Le partage qui a suivi le traité de Versailles de 1919 ne nous a jamais été aussi familier.Du reste qu\u2019en restera-t-il dans vingt ans à nos écoliers d aujourd\u2019hui ?Par contre, ils connaîtront peut-être une foule de villes dont nous avions toujours ignoré les noms jusqu\u2019aux campagnes de Russie et de Lybie.Ils auront, combien de fois, entendu à la radio ou lu dans les journaux les noms de Smolenks, de Rostov, de Kharkov, de Stalingrad, de Tobruch, de Bardia et de Benghazie, Ces régions leur deviendront peut-être aussi familières que nous le sont devenus les villages de la frontière franco-allemande de 1914 à 1918.De la première guerre mondiale, selon 1 expression consacrée, les garçons de mon âge ont gardé quelques souvenirs qui ont heureusement servi de points de repère à leurs études personnelles subséquentes.Les opérations de l\u2019Est et du Sud nous ont presqu entièrement échappé.Même la révolution russe ne s\u2019est présentée à nos jeunes esprits qu enveloppée dans bien des brumes.Nous nous sommes rendu compte, dans une certaine mesure, qu\u2019il y avait de la guerre du côté des Balkans, de l Egypte et de I Italie et c est à peu près tout.Les opérations de l\u2019Ouest nous furent plus familières.Nous réali- 109 Revue Dominicaine sâmes ce que pouvait être I envahissement de la Belgique au mépris de la parole donnée.Le roi des Belges prit tout de suite à nos regards figure de héros antique.Au début de septembre, nous eûmes I impression que le sort de la France allait rapidement se décid er.Mais cette nouvelle n altéra guère nos joies d enfants.Combien j ai désiré retrouver cette insouciance au cours des tragiques journées de juin 1940.Puis le nom de la Marne joint a celui de Joffre sonna à nos oreilles comme une fanfare.La France était provisoirement sauvée et le théâtre de la guerre allait se localiser pour trois années sur une ligne allant d\u2019Ostende à la frontière suisse et décrivant une large poche d\u2019Arras à Mondidier et de Mondidier à Verdun.Pendant ces trois années, nous entendîmes bien des fois prononcer les noms de généraux illustres : maréchaux de France, amiraux britanniques, commandants de corps expéditionnaires.Des noms de villes et de villages se sont profondément gravés dans nos mémoires : Ypres, Vimy, Verdun, Courcelette ; des noms de rivières : la Meuse, l\u2019Aisne, la Somme ; des noms de forêts : les Ardennes, la forêt de Compiègne.les Vosges.Nous avons appris qu\u2019il y avait des moyens tout à fait nouveaux de faire la guerre et que l\u2019équipement des soldats alliés devait différer singulièrement de celui des soldats de Jules César sous les murs d Alésia ; qu il fallait se défendre au moyen de masques contre les gaz toxiques de toute nature lancés à jets puissants dans la direction de I ennemi ; que les armées ennemies se guettaient pendant de longs mois mises à couvert dans des tranchées creusées dans le sol.Nous avons appris que la guerre se faisait dans les airs au moyen d\u2019avions de bombardement et sous 1 eau par le torpillage des navires au moyen de submersibles.Bref, sans nous donner des notions absolument précises sur le développement des opérations et les chances respectives des belligérants, 1 atmosphère nous initiait tout de même au secret des guerres modernes et nous donnait déjà le pressentiment des guerres totales., Au pays, la guerre de 1914 eut des répercussions plus à la portée de nos observations ; c\u2019est pourquoi, pour ma part, j\u2019en ai gardé des 110 Réminiscences souvenirs beaucoup plus précis.Ce fut la hausse incroyable des salaires et partant, l\u2019augmentation proportionnelle du coût de la vie ; ce fut l\u2019apparition du costume militaire, même dans nos campagnes au sortir de la messe, le dimanche ; ce fut la longue série des convois sur le chemin de fer et sur le fleuve.Je revois encore à la traverse de Saint-Roch-des-AuInaies l\u2019aspect singulier des transatlantiques bigarrés.Ils ressemblaient à ces nefs antiques que l\u2019on représente sur les flots armoriés des blasons.En 1916, se forma aux Communes un cabinet d\u2019union pour hâter et intensifier la contribution canadienne à la guerre européenne.En 1917, le service des soldats canadiens outre-mer devint loi.II y eut ce que l\u2019on nomme encore aujourd hui la conscription ; il y eut des flottements, de l\u2019ignorance, des abus, des couardises et par-dessus tout de la bonne volonté et de la bravoure.II y a des ossements de soldats canadiens à Ypres, à Vimy, à Courcelette, tout le long du Chemin des Dames et partout dans les Flandres.En mars 1918, lors de la grande offensive allemande sur le front anglais, seule I armée de Bing composée en grande majorité de soldats canadiens subit sans broncher le premier choc.Et nous arrivâmes aux premiers jours de novembre 1918, époque inoubliable pour tous les garçons sortis des limbes de la première enfance.Une épidémie d influenza sévissait que I on désignait dans le peuple sous le nom de grippe espagnole.Certains croyaient qu elle avait originé en Espagne ; d autres soutenaient qu elle avait été apportée par les soldats de retour du front et tous la considéraient comme une conséquence ou tout au moins comme un accompagnement nécessaire de la guerre.Elle ne causa pas partout les mêmes ravages, jeta surtout les villes dans la consternation, bien que par mesure de précaution, on ait suspendu, dans les villes en particulier, les offices religieux publics et contraint les populations à certaines mesures d hygiène préventive.Au cours du mois d\u2019octobre, toutes les maisons d éducation avaient renvoyé leurs élèves sur l\u2019ordre du ministère de la santé publique.Nous jouissions par contre d\u2019une température inaccoutumée pour 111 Revue Dominicaine la saison.Les jours ensoleillés succédaient sans interruption aux jours ensoleillés et arboraient chaque soir des crépuscules flamboyants.Les nuits splendidement étoilées faisaient oublier l\u2019avance de l\u2019automne et nous nous serions crus aux vacances d\u2019été sans les champs dépouillés, les soirs hâtifs, la tristesse des massifs et les colorations grises des vergers.C était la saison par excellence des labours et je me rappelle avoir aidé mon frère à retourner de très vieilles jachères avec deux forts chevaux.Le 11 novembre, vers 1 heure de midi, la nouvelle de I armistice nous arriva comme portée d\u2019onde en onde sur les vibrations de I\u2019atmos-ph ère.Les appareils de T.S.F.étaient encore bien rares à la campagne.La nouvelle avait dû parvenir par télégramme dans les villes et on s était empressé de la transmettre par téléph one aux environs.Les journaux du soir devait la confirmer : les alliés victorieux, l\u2019Allemagne définitivement vaincue du moins on le croyait.On eut l\u2019impression que 1 univers reprenait haleine en s\u2019éveillant d\u2019un cauchemar qui l\u2019avait oppressé pendant quatre ans.Tout de suite dans 1 après-midi, je rejoignis mes camarades de collèges spontanément rassemblés sur la pi ace de l\u2019égl ise pour organiser le triomphe.Nous dénichâmes dans les hangars de la fabrique de vieux tuyaux d orgue.C\u2019était plus qu\u2019il ne fallait pour nous faire entendre aux quatre coins du village et célébrer par un tintamarre convenable la victoire de la France et de ses alliés, il y eut mieux : nous décidâmes de brûler en effigie Guillaume II, roi de Prusse et empereur d\u2019Allemagne.Tout se passa comme nous l\u2019avions ordonné selon nos moyens et nous apportâmes notre contribution à la joie universelle sans bien nous rendre compte de ce qu elle avait coûté et sans prévoir quelle en serait la durée.Pendant les vingt années qui suivirent, il s\u2019accomplit dans l\u2019univers un progrès dont plusieurs siècles réunis n\u2019avaient pas été témoins ; c\u2019est pourquoi je crains que mes élèves actuels et futurs, contemporains de la dernière grande guerre, ne trouvent déjà ces souvenirs étranges.A.Saint-Pierre, O.P.112 Le sens faits a es Syndicalisme et politique Dans un discours préparatoire aux prochaines élections générales prononcé à Wolverhampton, Winston Churchill a déclaré notamment qu\u2019en régime d industries nationalisées les syndicats ouvriers « tendent à s\u2019identifier avec 1 Etat employeur et perdent contact avec leurs troupes ».En outre, le chef conservateur ajouta qu il croyait « à I indépendance des trade-unions vis-à-vis de la politique gouvernementale ».Ces déclarations ne retiendraient guère 1 attention si elles n avaient été faites dans un pays dont les chefs politiques viennent en ligne directe du milieu syndical.Pour que Churchill ait tenu de tels propos, c est que tout ne tourne pas en rond dans la grande famille travailliste.Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le chef conservateur a semblé donner raison à ceux qui fomentent et appuient les grèves « inofficielles », c est-à-dire à ceux qui ne veulent plus se plier aveuglément à la discipline imposée par les dirigeants de la grande centrale syndicale britannique ( 1 .U.C.).Admettons que 1 attitude de M.Churchill ait été inspirée par des mobiles électoraux.II reste, cependant, qu il a jeté dans l arène politique une question qui un jour mettra en péril I unité du parti travailliste et du mouvement syndical.Ramené à ses données fondamentales, le problème est le suivant : n y a-t-il pas incompatibilité entre la liberté d action des syndicats et la planification socialiste ?Dans les pays totalitaires, ce problème ne se pose pas ou plutôt il est résolu à l avance : les syndicats ne sont que les troupes de choc des services gouvernementaux.Mais dans les pays où existe encore la véritable démocratie politique ,\u2014¦ et tel est le cas en Grande-Bretagne \u2014 les syndicats se trouvent dans une situation intenable lorsqu ils se portent garants de 1 application de la planification socialiste.La crise que traverse présentement le mouvement syndical britannique nous éclaire singulièrement sur le drame qui plane constamment sur les syndicats qui associent étroitement leur destinée à un parti politique.La position des syndicats en Grande-Bretagne est totalement différente de celle des organisations syndicales des autres pays européens.En effet, dans les pays européens les syndicats ont toujours eu à lutter contre la « politisation » que voulaient leur imposer les partis de gauche.Cela est parfaitement compréhensible si I on tient compte du fait que socialistes et démocrates chrétiens partagent avec les syndicalistes de 115 Revue Dominicaine toutes nuances un certain fond commun de principes et d objectifs sociaux.Mais sachant que la politisation des syndicats aboutit inévita-ment à des scissions et à une perte de vitesse du mouvement ouvrier, les syndicats entendent situer leur action sur le plan de 1 indépendance des partis politiques.Seuls les communistes, en France et en Italie par exemple, tentent de fusionner I action syndicale et I action politique ; pour les communistes, les syndicats ne sont que I instrument de la politique et de la stratégie du parti.En d autres termes, les syndicats du continent ont toujours craint avec raison d être dévorés par les partis politiques.En Grande-Bretagne la physionomie syndicale est différente.Aujourd hui s\u2019il existe un parti travailliste en Grande-Bretagne, c\u2019est parce que les syndicats ouvriers l\u2019ont fondé.C\u2019est en février 1900 que fut fondé le parti travailliste à la suite d\u2019une résolution adoptée I automne précédent par le Trade Union Congress recommandant la convocation d\u2019un congrès spécial de toutes les organisations ouvrières en vue d étudier les moyens d assurer aux travailleurs une plus grande représentation au Parlement.Jusqu à 1918 le parti travailliste, qui s\u2019appelait alors Comité de représentation ouvrière, était une fédération de syndicats et d organismes socialistes.Tout en ayant ses propres députés, le groupe fut amené à appuyer au Parlement le parti libéral dont les lois progressistes retardèrent en quelque sorte son propre développement.A partir de 1918, le parti travailliste recrute des membres individuels, tandis que des partis locaux sont formés dans tous les districts de l\u2019Angleterre.Mais les syndicats devaient conserver la haute main sur la direction du parti.L\u2019affiliation des syndicats au parti travailliste est facultative, mais en principe la majorité des syndicats y adhèrent.Les statuts du parti prévoient aussi que 12 des 25 membres du Comité exécutif national du parti travailliste doivent être désignés par les syndicats affiliés et élus par les délégués des syndicats au congrès annuel du parti.Ainsi s explique comment il se fait que les principaux leaders du parti travailliste soient des anciens chefs syndicalistes et que les syndicats contrôlent le parti et non le parti qui contrôle les syndicats.Ainsi s\u2019explique le fait que le gouvernement Attlee-Bevin ait pu compter sur 1 appui inconditionnel des syndicats et pourquoi le congrès du parti et le congrès des syndicats se ressemblent comme deux frères jumeaux.En principe, le parti travailliste majoritaire à la Chambre des Communes n a donc pas à craindre une opposition des syndicats puisque les principaux leaders de ceux-ci siègent au Comité exécutif national du parti.Mais en pratique, tout ce bel édif ice menace de s écrouler en période de crise lorsque la discipline des chefs nationaux est plus faible que le 114 Le sens des faits mécontentement des militants de la base et des chefs locaux.C\u2019est alors que les résolutions des congrès se révèlent sans efficacité, que les éléments communistes excellent à nager en eau trouble et que les chefs d\u2019hier sont accusés d\u2019avoir changé de barricade.Telle est aujourd\u2019hui la situation délicate des grands leaders syndicaux qui voient leurs troupes prendre du poil de la bête à I occasion des revendications des masses ouvrières qui sont incompatibles avec les exigences de la planification économique.La fragilité de I entente entre les syndicats et le gouvernement est apparue clairement dans le domaine du blocage des salaires.Depuis 1945 les grands leaders syndicaux se sont toujours ralliés à la politique travailliste en matière de salaires, mais avec combien de restrictions mentales.Ainsi, au mois de mars 1948 les syndicats furent convoqués à une conférence extraordinaire pour se prononcer sur le blocage volontaire des salaires préconisé par le Livre Blanc du 4 février et dont le principe avait déjà été accepté par le 1 .U.C.Mais le blocage des salaires fut accepté par les syndicats sous les cinq conditions suivantes : 1 ) le principe de la libre négociation des conventions collectives ne serait pas altéré ; 2) les augmentations de salaires basées sur une augmentation de rendement seraient justifiées ; 5) les travailleurs dont les salaires sont inférieurs à un niveau raisonnable recevraient une augmentation spéciale ; 4) les taux des salaires dans les industries « sous-peuplées » seraient élevés de façon à attirer la main-d œuvre quand cela est nécessaire à l\u2019intérêt national ; 5) les différences de salaires qui sont un élément essentiel dans la structure des salaires de nombre d industries essentielles seraient sauvegardées.En outre, le Gouvernement était invité à prendre des mesures plus efficaces pour faire baisser les prix et pour limiter les profits.Comme le faisait alors remarquer un rédacteur de I Agence France-Presse, le gouvernement n avait remporté qu une victoire morale : les syndicats n avaient pas officiellement condamné le blocage volontaire des salaires préconisé par le gouvernement, mais ils ne l\u2019avaient pas davantage approuvé.ïl est évident que dans de telles circonstances des grèves inofficielles, c est-à-dire pas approuvées par les instances syndicales supérieures, peuvent éclater au moindre prétexte.Dans la plupart des cas les motifs invoqués pour justifier des grèves inofficielles cachent alors un malaise plus profond qui résulte de I insuffisance du niveau de vie des travailleurs, ïl ne faut jamais perdre de vue le caractère essentiellement revendicatil des syndicats libres.Dans une véritable démocratie, il n\u2019est pas possible d endormir des syndicats libres lorsque la situation économique ne se 115 Revue Dominicaine révèle pas satisfaisante pour les masses.Le Cabinet Attlee et les chefs des centrales syndicales ont eu I occasion de s en rendre compte plus d une fois depuis I avènement au pouvoir du parti travailliste.L évolution de la crise du syndicalisme britannique sera intéressante à suivre a plus d un point de vue.Ln Grande-Bretagne les syndicats sont fermement établis et s ils ne disposent pas des ressources financières des unions américaines, ils n en sont pas moins des organismes géants, au point qu ils semblent souffrir d une sorte d excroissance.A I occasion de I avant-dernière greve des dockers (juin-juillet 1948) le correspondant londonien de la Gazette de Lausanne, Michel Clerc, a souligné quelques-uns des aspects de la crise qui menace présentement la solidité du syndicalisme britannique.Comparant les syndicats d aujourd hui à ceux d'hier, il faisait remarquer qu ils sont devenus de grandes machines administratives, « installées entre la Chambre des Lords et l\u2019Eglise d\u2019Angleterre, dont les chefs manient des sommes dignes des banquiers de la City, donnent des interviews aux journaux, parlent à la radio, vedettes à la fois illustres et anonymes, proches et inaccessibles.Tandis que les figures populaires, Bevin, Morrison, étaient aspirés par le pouvoir, de nouveaux leaders, en effet, sont apparus qu on prendrait, à les voir, pour des administrateurs de sociétés.Héritiers d\u2019une démocratie parvenue, ceux-ci n ont pas connu les grands conflits industriels, n\u2019ont jamais conduit de grèves.Bons organisateurs, mais faibles orateurs, sachant manier les secrétaires mais non les troupes, doués de bon sens plus que d imagination, cultivant la règle et non l\u2019élan, ils abordent le syndicalisme comme une carrière administrative ».Tout cela serait un moindre mal pour le syndicalisme si ses chefs ne devenaient pas prisonniers du pouvoir car, continue Michel Clerc, « tandis que l\u2019Etat se socialise, I union, avec ses députés aux Communes et ses ministres dans le Cabinet, cesse d\u2019être un instrument de combat.Elle s\u2019embourgeoise.Elle se fait homme d Etat.Elle s assimile d instinct les responsabilités du pouvoir, prend I intérêt national en considération et y regarde à deux fois avant de déclencher une grève contre l\u2019Etat, devenu patron et dont elle se sent partie intégrante.Devant cette « trahison » du syndicalisme au profit de 1 intérêt national, 1 ouvrier n\u2019a plus d\u2019autre recours que la rébellion.Ainsi naissent les grèves irrégulières ».En bref, les syndiqués en viennent à dénoncer la puissance syndicale et ses complicités avec le pouvoir comme ils dénonçaient naguère la puissance du capital et ses prolongements politiques.Michel Clerc faisait ces réflexions en 1948.En juillet 1949 une nouvelle grève des dockers a frappé l\u2019économie de la Grande-Bretagne.II serait trop long d\u2019expliquer ici comment éclata 116 Le sens des faits cette grève encore inofficielle provoquée par un différend syndical canadien.Retenons cependant les constatations faites de nouveau par Michel Clerc.Selon lui, la grève des dockers révèle : l) une grande confusion d esprit chez les grévistes ; un décalage très net entre la conception « ouvrière » des obligations professionnelles et la conception travailliste des mêmes obligations ; 3) un déclin considérable de I autorité syndicale, un abîme séparant les chefs des troupes ; 4) I absence de toute politique concertée de la part du gouvernement en période de crise.Appartenant à la rédaction d un journal de tendance libérale, les conclusions de Michel Clerc ne sauraient nous surprendre : « 11 est clair aujourd hui que le travaillisme s est trompé.II y a place en régime socialiste pour I agitation sociale, mais à la différence de ce qui se passait jadis les mécontents n\u2019ont plus devant eux, pour fixer leur mécontentement, que I épouvantail anonyme d\u2019un bureau de fonctionnaires ; la nationalisation les a privés de boucs émissaires ; la puissance quasi gouvernementale des trade-unions, bureaucratisant leurs chefs, les a privés de guides ; I avènement du socialisme les a privés de but.Ainsi, les voyons-nous, dockers, cheminots, mineurs, mécaniciens, plus heureux matériellement que jadis, mais égarés moralement et cherchant, dans un monde devenu complexe, des meneurs d hommes aux idées claires ».Concédons que ces réflexions contiennent des exagérations.II n en reste pas moins que le syndicalisme britannique traverse une véritable crise et que les travailleurs des autres pays peuvent en tirer une leçon utile.Est-ce à dire que le syndicalisme, par principe, soit inapte à saisir les impératifs de l\u2019intérêt collectif général bien compris et qu il doive saboter systématiquement la politique du gouvernement lorsque celle-ci ne cadre pas avec les objectifs de la politique syndicale.Au contraire.Un syndicalisme qui veut maintenir son indépendance ne peut faire abstraction des exigences du bien commun de 1 ensemble de la société, au risque de contribuer à l\u2019acheminement de la société politique vers le totalitarisme qui implique la mise en esclavage des activités syndicales.Les égoïsmes ouvriers, aussi bien que les égoïsmes patronaux, conduisent au fascisme, c\u2019est-à-dire à la destruction de la liberté.Pierre George Le R.P.François-Marie Drouin, O.P.A Boston, le 14 juillet 1949.M.Albert Chambon, consul de France, remettait la médaille d\u2019honneur des Affaires étrangères à plusieurs Franco-américains du nombre desquels se trouvait le R.P.François-Marie Drouin, O.P., curé de la paroisse Saint-Pierre et Saint-Paul.117 Revue Dominicaine Lewiston, Maine.Nous profitons de cette occasion pour souligner le bienfaisant rayonnement paroissial et ultra-paroissial d un des nôtres.Né à Ottawa, études classiques au Collège Saint-Alexandre, Iron Side, le Père Drouin prit I liabit dominicain le 4 août 1924.Après de brillantes études au Collège dominicain d Ottawa, il conquit son grade de lecteur en tbéologie, alla parachever ses études à Fribourg, Suisse, d où il en sortit lauréat en tbéologie.Quelques années d enseignement et d apostolat à Ottawa lui fournirent l occasion de réfléchir sur un sujet d actualité : la limitation des naissances et de publier une solide étude théologique « Le Birth Control » qui lui valut de Rome la médaille Bene merenti.Supérieur de notre Maison de Prince-Albert pendant trois ans, il revint dans l\u2019Est du pays en 1959 où il fut assigné à Lewiston comme curé de Emportante paroisse Saint-Pierre et Saint-Paul.Parfait bilingue, c est là qu\u2019il devait donner sa pleine mesure.Parce qu il avait su bien meubler son esprit de solides connaissances théologiques, sociales et historiques qu\u2019une belle culture générale soutient et agrémente >\u2014< il est aussi excellent violoniste >\u2014> il put se lancer dans l\u2019action, en pleine lumière, diriger d\u2019une pensée juste et dynamique bien des organismes sociaux, des mouvements ouvriers, particulièrement le C.I.O.dans des périodes difficiles.Toujours il sut être à la hauteur de la tâche ! On ne compte plus aujourd hui les sociétés américaines dont il est membre, souvent l\u2019animateur.C\u2019est en reconnaissance de cette activité dans les diverses sphères religieuses ou sociales que les autorités américaines le créèrent « citoyen américain émérite ».Dans le domaine strictement paroissial, il faudrait surtout signaler son dévouement à la cause scolaire franco-américaine, à I amélioration des programmes et du personnel de ses écoles, à la fondation d un High School bien organisé, etc., mais cette brève chronique ne nous permet pas de nous étendre sur un sujet où il y aurait de belles pages à écrire.Mais les paroles que lui adressait le Consul de France en lui remettant la médaille de vermeil des Affaires Etrangères sont pleinement justifiées : « Le Révérend Père Drouin, dominicain, grand et sincère ami de la France, est, dans la région de Lewiston, F animateur de toutes les manifestations culturelles françaises.Par son inlassable dévouement et son extraordinaire activité, il a rendu à la France et à son pays les plus éminents services ».La « Revue Dominicaine » est heureuse d offrir, avec le témoignage de son admiration, ses félicitations au curé de Saint-Pierre et Saint-Paul qui est sûrement une des gloires de 1 Eglise du Maine.La Direction 118 Le sens des faits La mort de Maurice Blondel Maurice Blondel, le philosophe d Aix, a succombé le 4 juin dernier à une crise cardiaque.Il était âgé de 88 ans.II est mort en toute lucidité et conscience, offrant sa vie à Dieu au cours d\u2019une très brève agonie.Ses obsèques ont eu lieu le 8 juin à Aix-en-Provence.II a été inhumé à Dijon dans le caveau de famille.Le Souverain Pontife, deux cardinaux français, plusieurs ambassadeurs, une foule d amis de France et de l\u2019étranger, ont envoyé leurs condoléances.Quatre prélats, un nombreux clergé, toute la Faculté des Lettres en robe ont suivi le cortège.Son Exc.Mgr de Provenchères, retenu à Paris pour les funérailles du cardinal Suhard, a fait lire en chaire par Mgr Monnier, vicaire général, un éloge très émouvant du disparu.« C est en voyant monsieur Blondel, a notamment affirmé l\u2019archevêque d Aix, que j ai compris ce que c est qu être d\u2019Eglise.Si M.Blondel a paru suspect à certains pour son enseignement, en revanche, il a eu les encouragements de tous les papes : Léon XIII, Pie X, Pie XI et Pie XII ».Ainsi disparaît un très loyal serviteur de I Eglise.La philosophie catholique perd en lui un représentant éminent.C est ce dont avait conscience certainement, en adressant ses condoléances à Aix, notre illustre ami Jacques Maritain qui, sans professer la même doctrine philosophique, a toujours estimé et lionoré le maître d Aix.De notre côté, nous pouvons fort bien marquer les différences (après tout secondaires, comme disait le P.Sertillanges) qui nous séparent du philosophe de l\u2019action.Nous n\u2019en sommes que plus à l\u2019aise pour rendre à sa mémoire un hommage d admiration profonde, de reconnaissance aussi et d\u2019attachement sincère pour sa généreuse intrépidité, son dévouement total à la cause de l\u2019esprit et son éclatante fidélité catholique.Nous nous souviendrons en particulier que c est le P.Réginald Beaudoin, socius du Maître Général des Dominicains, qui guida la rédaction des pages de L\u2019Action touchant le problème du surnaturel et citant saint Thomas.Nous rappellerons aussi que Blondel en dépit des controverses, restait très attaché de cœur à I Ordre des Frères Prêcheurs, sur lequel il faisait refluer une part de son admiration sympathique pour son compatriote bourguignon, Lacordaire.II a écrit plusieurs fois dans la Revue Thomiste, La Vie Spirituelle et La Vie Intellectuelle (Même dans cette Revue-ci, il écrivit Comment expliquer et résoudre nos conflits, octobre 1947, p.155 et Est ce la gestation d\u2019un monde nouveau?février 1948, p.87).II fut un grand esprit et un grand chrétien.Aveugle depuis 1926, 119 Revue Dominicaine de santé toujours délicate, il a su rester fidèle jusqu à un âge fort avancé à la messe de communion quotidienne (qu il servait lui-même à 6 heures du matin), à la pratique de Ioraison, de la lecture spirituelle, du chapelet et de la visite au Saint-Sacrement.Malgré sa cécité, il a travaillé jusqu à la dernière heure, dictant des milliers de pages de son fauteuil ou même de son lit de malade.Où a-t-il puisé une telle énergie, une telle force d\u2019abandon de soi ?N\u2019en doutons pas, dans sa vie intérieure, dans son sentiment profond de la présence du Seigneur.Nos prières accompagnent l\u2019âme de ce religieux laïc, de ce contemplatif qui nous révéla la valeur de 1 action.Nos condoléances douloureuses vont à tous les siens.Ajoutons, en ce qui concerne les travaux et les publications de Blondel, qu\u2019on en trouvera la liste complète dans le dernier volume paru chez Aubier sur sa doctrine et préfacé par lui : La Philosophie de Faction.Essai sur F Intellectualisme hlondélien (Cf.La Vie Intellectuelle, juillet 1949, p.53).Hôpital Sainte-Justine La campagne annuelle de Sainte-Justine en faveur des enfants malades de chez nous aura lieu, cette année, du 26 septembre au 6 octobre.Le devoir de tous ceux qui ont un cœur sensible à la souffrance ou une tête capable de s ouvrir aux idées généreuses sera alors cl écouter, même de loin, les plaintes des enfants malades et cl organiser un sauvetage héroïque.II n\u2019y a pas que le naufragé qui mérite pareil secours.L enfant malade, sans toujours être dans un cas extrême, surnage dans une mer de souffrance et si personne ne va vers lui, le naufrage est inévitable.Ecouter son appel est un devoir, accourir vers lui, faire un sacrifice financier en se privant du superflu, de mille bagatelles est un impératif de conscience.Combien peuvent être sauvés par nous et combien périront sûrement sans nous ?Pensons-y bien à I heure où des bénévoles nous tendrons la main et engageons-nous bravement dans la voie royale de la charité.A.L.120 livres L'esprit des Chanoine Auguste Croegaert « Les rites et les prières du Saint Sacrifice de la Messe ».Vol.III, 470 pages.H.Dessain, Malines, 1949.21 cm.« La Revue Dominicaine » a déjà présenté à ses lecteurs (livraison de mai, page 320) l\u2019important ouvrage du Chanoine Croegaert sur la Sainte Messe.Il nous plaît de mentionner la parution du troisième et dernier tome et, à son occasion, de souligner la valeur et l\u2019intérêt exceptionnels de cette publication dont on sait déjà le but et la méthode.Parue d\u2019abord en 1938, cette nouvelle étude sur la liturgie de la Messe connut un franc et rapide succès qui en est assurément la meilleure recommendation.Succès bien mérité par la compétence reconnue de l\u2019auteur, la richesse et la sûreté de la documentation, et le tour clair et pratique de l\u2019exposé.Autant de qualités qui faisaient désirer de toutes parts une réédition de ce remarquable ouvrage.La seconde édition comblera tous les vœux.On y trouvera un accroissement substantiel de 563 pages, portant à 1543 pages le total pour les trois volumes.Tous les chapitres ont été amplifiés et une série de nouveaux ajoutés concernant le mobilier de la messe, le luminaire, les cloches, les ornements sacerdotaux et la préparation du prêtre au sacrifice.Enfin la documentation a été mise à jour, non seulement dans la bibliographie, mais dans le corps des chapitres, où, par exemple, nous avons la satisfaction de voir largement utilisés les enseignements précieux de l\u2019encyclique Mediator sur la liturgie (20 nov.1947).Ce qui a obligé l\u2019auteur à effectuer une revision et un remaniement complet de son texte.On reconnaîtra là le souci de perfection caractéristique du Chanoine Croegaert.On a écrit beaucoup et d\u2019excellents livres sur la Messe.Celui que nous avons le plaisir de recenser présente une synthèse unique sur le sujet.C\u2019est une véritable « Somme ».On y trouvera un trésor de renseignements les plus variés pouvant contribuer à faire mieux comprendre et apprécier la Sainte Messe: renseignements historiques, liturgiques, juridiques, théologiques et ascétiques même.On appréciera aussi les « Suggestions » ou «Conclusions pratiques » apposées en fin de chapitres : suggestions toujours judicieuses, jugements ouverts et pondérés quand il s\u2019agit en particulier d\u2019apprécier certaines pratiques comme la célébration face au peuple, l\u2019emploi de la langue vulgaire, la messe dialoguée, etc.On trouvera sans doute fort imposant cet ouvrage en trois volumes sur la messe.Hâtons-nous d\u2019ajouter qu\u2019il n\u2019a rien de lourd ni de rebutant.C\u2019est même tout le contraire.Grâce à une présentation bien aérée avec multiplication de titres et de sous-titres, grâce aussi à un choix judicieux des matériaux incorporés dans le texte, grâce enfin à un style alerte et entraînant, ce livre est d\u2019un intérêt palpitant, non seulement pour les prêtres et les religieux, mais pour tout chrétien capable de vibrer devant 121 Revue Dominicaine les beautés de notre liturgie quand on les lui révèle.Les 48 planches en héliogravure ajoutent un nouvel attrait à l\u2019ouvrage en même temps qu\u2019elles font honneur au goût esthétique de l\u2019auteur.Ce que nous venons d\u2019en dire manifeste assez clairement le caractère propre de ce magistral ouvrage.Ce n\u2019est point une étude technique destinée à des spécialistes, ce n\u2019est point un travail d\u2019érudition pour des curieux, c\u2019est une « Somme » des connaissances utiles à tout chrétien et surtout aux prêtres, sur la Messe.«Avant tout, déclare l\u2019auteur, nous avons voulu fournir aux membres du clergé un instrument de travail méthodique et pratique, tant pour leur initiation personnelle que pour leur apostolat sous forme de sermons, cours, leçons pour cercles d\u2019étude ou conférences ».Nous ne pouvons que féliciter M.le Chanoine Croegaert d\u2019avoir si parfaitement réalisé ce but apostolique et nous souhaitons à son livre la plus large diffusion.Nous nous permettons de le recommander spécialement aux séminaristes et aux prêtres, aux religieux et religieuses, et aux missionnaires.Ce serait un cadeau idéal à offrir à l\u2019occasion d\u2019une profession religieuse, d\u2019une ordination ou d\u2019un jubilé sacerdotal, ou d\u2019un départ de missionnaire.Pierre-E.Lachance, O.P.Emile Georges, C.J.M.\u2014 « Saint Jean Eudes, modèle et maître de vie mariale».Letkielleux, Paris, 1946.19 cm.509 pages.2 kors-texte.Saint Jean Eudes (1601-1680) fut, toute sa vie durant, le dévot chevalier de la Vierge Marie.Le futur fondateur de la Congrégation de Jésus et Marie, dite des Eudistes, nous raconte ainsi sa naissance miraculeuse : « Mon père et ma mère ayant été trois ans depuis le commencement de leur mariage sans pouvoir avoir d\u2019enfants.ils firent vœu, en l\u2019honneur de la bienheureuse Vierge, d\u2019aller à Notre-Dame de Recouvrance, qui est un lieu de dévotion à la même Vierge, dans une chapelle qui est dans la paroisse des Tourailles, au diocèse de Séez ; en suite de quoi ma mère étant devenue enceinte fit un pèlerinage avec mon père en la dite chapelle, là où ils m\u2019offrirent et me donnèrent à Notre-Seigneur et à Notre-Dame ».Il étudie au collège des Pères jésuites de Caen où, membre de la Congrégation de la Sainte Vierge, il s\u2019engage par vœu à la pratique de la chasteté parfaite.Maria duce, il entre à l\u2019Oratoire, le 25 mars 1623, et, la même année, « en la fête de Notre-Dame de Pitié, qui se fait le vendredi de la Passion de Notre-Seigneur », il revêt l\u2019habit ecclésiastique.Là, des maîtres comme Bérulle.Condren, Gibieuf le guident dans sa formation mariale.Le 25 mars 1624, Jean Eudes traduit sa doctrine mariale en un acte expressif : il prononce les Vœux de servitude à Jésus et à Marie.Il est élevé au sacerdoce, le 20 décembre 1625 et il célèbre sa première messe en la nuit de Noël à un autel dédié à la Sainte Vierge.En 1643, il fonde la Congrégation de Jésus et de Marie.Il devient aussi le fondateur des religieuses de l\u2019Ordre de Notre-Dame de Charité.Il fonde encore la Confrérie du Cœur de Jésus et de Marie et la Société du Cœur de la Mère admirable.122 L\u2019esprit des livres Les sources de la mariologie de saint Jean Eudes sont la Sainte Ecriture, la Liturgie, les Pères et les Docteurs de l\u2019Eglise.Le jour de l\u2019Annonciation apparaît au fondateur des Eudistes comme « le centre de gravité de tout le cycle de la Rédemption ».Du fiat de Marie découle sa maternité divine.C\u2019est à bon droit que l\u2019Eglise lui a décerné le titre de docteur de la dévotion au saint Cœur de Marie.Très beau livre qui plaira à tous par l\u2019élévation de la pensée, la facilité du style, la profondeur de l\u2019érudition.Elie Goulet Cervantes >\u2014> «Don Quichotte ».Les Lditions bicles, Montréal, 1948.31 cm.1 50 p.Don Quichotte est surtout connu par certains extraits qu\u2019on trouve dans les livres de lecture courante et ailleurs.Grâce à Fides, nous avons maintenant l\u2019œuvre complète.Il eût été avantageux pour les grands écoliers et les débutants en littérature d\u2019indiquer dans une préface ou introduction la place qu\u2019occupe dans la littérature universelle ce chef-d\u2019œuvre de Michel de Cervantes (1547-1661) et ses répercussions sur la littérature du grand Siècle.Le format de ce volume est discutable.Je n\u2019oserais sûrement pas l\u2019emporter en voyage.Qu\u2019importe ces considérations secondaires quand Don Quichotte se fait accessible à tous après avoir été si longtemps introuvable.Désormais, il pourra jouer un beau rôle auprès des âmes moroses, leur donner le goût de vivre et aussi celui de la blague.Ce n\u2019est pas Marius qui s\u2019en scandalisera ! A.L.Paul-Henri Barabé, O.M.I.-\u2014¦ « Un siècle de miséricorde ».Edit ions de l\u2019Université d\u2019Ottawa, Ottawa, 1948.19.5 cm.416 pages.Le R.P.Paul-Henri Barabé, de cette plume toujours alerte qu\u2019on se plaît à lui reconnaître, évoque un siècle de dévouement et d\u2019abnégation consacré aux malheureuses victimes d\u2019un monde égoïste qui est toujours prêt à leur lancer la pierre : heureusement, elles rencontrent pour les relever les Sœurs de Miséricorde.La fondatrice des Sœurs de Miséricorde fut Mère de la Nativité qui porta aussi le nom de Marie-Rosalie Cadron et de Madame Jetté.« Née au village de Lavaltrie, près du Saint-Laurent, à trente milles de Montréal, le 7 janvier 1794 ; mariée à l\u2019âge de dix-sept ans et mère de onze enfants, veuve avant la quarantaine, puis, douze ans plus tard, le 16 janvier 1848, fondatrice d\u2019un institut établi pour la sauvegarde des filles pénitentes, pour le salut des nouveaux-nés et pour la direction des hôpitaux, elle mourut le 3 avril 1864, laissant une œuvre solide de discrète charité et un monument impérissable du souvenir de ses vertus ».L\u2019œuvre connut des débuts difficiles ; mais grâce au zèle inlassable de son fondateur, Mgr Ignace Bourget, elle se consolida et ne tarda pas à s\u2019établir en dehors de Montréal.Les premières migrations furent celles de New-York et d\u2019Ottawa.125 Revue Dominicaine En 1930, la maison mère des Sœurs de Miséricorde se transportait à Cartierville.« C\u2019est le 7 novembre 1930 que le majestueux édifice ouvre officiellement ses portes.Ce jour-là, dans l\u2019avant-midi, la très Révérende Mère Saint-Aimé, supérieure générale, accompagnée de Mère Sainte-Catherine-de-Sienne, première assistante, quitte la rue Dorchester pour aller installer solennellement le personnel de la maison mère à Cartier-ville ».Cette œuvre magnifique, visiblement protégée par la Providence, connut la sollicitude de tous les évêques de Montréal qui se sont succédés sur le siège de Mgr Ignace Bourget.Elle continue à veiller sur ses protégées et ses Madeleines.André Tilly Léon Gerin f\u2014 « Le type économique et social des Canadiens ».Editions Fides, Montréal, 1949.Il convient de remercier les Editions Fides pour la réimpression du fameux ouvrage de Léon Gérin.C\u2019est une œuvre qui a vieilli, mais qui n\u2019a pas encore été dépassée chez nous, si ce n\u2019est par les travaux de deux sociologues américains, Horace Miner et Everett C.Hughes.Gérin, disciple de Le Play, s\u2019est appliqué à utiliser la méthode monographique dans l\u2019etude de notre milieu rural.Dans « Le type économique et social des Canadiens », il a groupé cinq monographies, chacune représentative d\u2019un type particulier de l\u2019habitant canadien-français.Ces analyses sociologiques ouvrent la voie à d\u2019autres recherches sociales.Nous souhaitons que des sociologues s\u2019adonnent aujourd\u2019hui à un travail similaire, de sorte que le résultat de leurs recherches nous permette de mesurer quelle a été l\u2019évolution sociale de notre milieu rural depuis 50 ans.Napoléon Leblanc Mickel Koriakoff >\u2014\u2022 « Je me mets Lors la loi ».Editions du Monde Nouveau, Montréal, 1949.19.5 cm.224 pages.Michel Koriakoff a compris qu\u2019une mission providentielle lui était réservée le jour où il échappa miraculeusement à la mort.Au moment où ses compagnons tombent sous les balles allemandes dans un bois voisin, Koriakoff se demande ce qu\u2019il adviendra de lui : il ouvre au hasard le Nouveau Testament et lit ce passage de l\u2019Apocalypse: «.il mit sur moi sa main droite et me dit: ne craignez point».Voici qu\u2019au lieu d\u2019être fusillé, Michel Koriakoff est envoyé à la Kriegsberichterkompanie (Compagnie des correspondants de guerre) : rendu là, « avant de me coucher, j\u2019ai ouvert au hasard le Nouveau Testament.Te suis tombé sur le chapitre I de la 2e épître aux Corinthiens : .Nous avons été excessivement accablés, au delà de nos forces, de telle force que nous désespérions même de conserver la vie.Et nous regardions comme certain notre arrêt de mort, afin de ne pas placer notre confiance en nous-mêmes, mais de la placer en Dieu qui ressuscite les morts.C\u2019est lui qui nous a délivrés et qui nous 124 L\u2019esprit des livres délivrera d\u2019une telle mort, Lui de qui nous espérons qu\u2019il nous délivrera encore.Aussi Michel Koriakoff a-t-il écrit cette autobiographie afin de dire la vérité sur le régime soviétique.Ce livre nous apprend des choses très intéressantes, ainsi cet immense espoir en un changement en Russie qui germa au cœur des Russes au commencement de la guerre.Lors des prières pour la victoire de l\u2019Armée Rouge, le 26 juin 1941, le patriarche Serge exprimait ainsi cette espérance : « Que l\u2019orage arrive ! Nous savons qu\u2019il apporte avec lui non seulement le mal, mais aussi le bien.Il rafraîchit l\u2019atmosphère et chasse les microbes.Puisse donc l\u2019orage de la guerre servir lui aussi à purifier notre atmosphère morale ! » Mais la guerre est passée et rien n\u2019est changé : le « pouvoir spirituel » du bolchévisme, c\u2019est toujours « le pouvoir des cercles de fer aux vis bien serrées ».Ce livre nous apprend encore le pourquoi de cette guerre entre l\u2019Allemagne et la Russie : « C\u2019est le châtiment de Dieu : il a châtié la Russie par les mains allemandes, par les mains russes il châtie l\u2019Allemagne».Il faut lire ce livre pour connaître la vérité sur la Russie, sur le soldat russe qui se conduit plus férocement que la brute la plus sanguinaire.André Tilly François-Albert Angers -\u2014- « Initiation à I économie politique ».Collection Bibliothèque économique et sociale, Editions Fides, Montréal, 1949.Il s\u2019agit d\u2019une œuvre de vulgarisation.Ecrit d\u2019abord à l\u2019intention des secrétaires de Chambres de Commerce, cet ouvrage a donc subi une première épreuve auprès d\u2019un public quelque peu initié à la vie économique.L\u2019auteur a cru bon d\u2019ajouter au texte original des développements qui le rendent plus complet et, d\u2019une certaine manière, plus accessible.Les personnes soucieuses d\u2019acquérir certaines notions d\u2019économie politique se réjouiront de pouvoir compter sur un manuel approprié.M.Angers le dit lui-même dans sa préface : le manuel est fait pour l\u2019étude et pour aider les individus à cheminer sûrement dans l\u2019acquisition de connaissances plus approfondies.On trouve dans cet ouvrage les notions fondamentales que l\u2019on rencontre dans tous les manuels d\u2019économie politique.Son originalité lui vient des applications pratiques illustrant abondamment les données théoriques.Un chapitre d\u2019introduction rappelle la définition classique de l\u2019économie politique, les lois qui la régissent, la division des phénomènes économiques et les méthodes propres à l\u2019étude de l\u2019économique.La première partie de l\u2019ouvrage traite de la consommation.Etant le terme de l\u2019activité économique, étant commandée par les besoins, l\u2019auteur la définit brièvement et s\u2019applique à décrire la nature des besoins et leurs multiples manifestations.La deuxième partie couvre les phénomènes de la production.Après avoir décrit les trois facteurs de la production, la nature, le travail et le capital, l\u2019auteur indique les différentes formes d\u2019associations grâce aux- 125 Revue Dominicaine quelles ces trois facteurs peuvent donner aux choses l\u2019utilité qui les rend désirables et aptes à satisfaire nos besoins.Suivent ensuite deux chapitres d\u2019un intérêt vivant sur l\u2019organisation de la production dans le monde moderne au point de vue de la fabrication et au point de vue de la distribution.L\u2019auteur s\u2019intéresse à l\u2019étude des grands phénomènes qui caractérisent la production matérielle des choses : la division du travail, le machinisme et la standardisation, l\u2019organisation scientifique du travail et la rationalisation, la concentration.Il les analyse objectivement, en explique l\u2019origine et le mécanisme, présente les avantages qu\u2019ils comportent et signale les limites qu\u2019ils rencontrent dans leur application.De même fait-il la revue des phénomènes propres à la distribution : la multiplication des intermédiaires, la spécialisation, la concentration et la publicité.La troisième partie, consacrée à l\u2019étude du phénomène de la circulation, est la plus considérable « parce que l\u2019échange introduit des complications sans limites dans une économie ».Nous avons là tout le problème de l\u2019échange des biens et des services et le mécanisme qui le rend possible.Après avoir défini les notions fondamentales de valeur et de prix, l\u2019auteur s\u2019applique d\u2019abord à définir la monnaie, ses fonctions, ses caractéristiques et son rôle comme moyen d\u2019échange, puis il décrit les différents systèmes monétaires « qui incarnent les idées que les hommes ont entretenues au cours des siècles sur les moyens de régler (.) le problème d\u2019équilibre entre masse monétaire et production ».Le crédit, le système monétaire canadien, la bourse et le change font l\u2019objet d\u2019une étude claire et précise, susceptible de dissiper les errements auxquels le public s\u2019expose lorsqu\u2019il est mal informé.La répartition des biens fait l\u2019objet de la quatrième partie de cet ouvrage.Elle donne lieu à des considérations très sérieuses sur la nature du revenu et spécialement sur le revenu individuel et le revenu national.La notion de profit y est scientifiquement discutée et l\u2019auteur en dégage des conclusions fort opportunes.Suit une synthèse du mécanisme de l\u2019activité économique et une étude sérieuse sur les causes de déséquilibre et leurs manifestations.« Initiation à l\u2019économie politique » est donc un manuel fort pratique pour tous ceux qui veulent se familiariser avec les notions fondamentales de l\u2019économie politique et un guide sûr entre les mains de tous ceux qui s\u2019occupent d\u2019éducation populaire.Napoléon Leblanc Séraphin Marion « Les lettres canadiennes d autrefois ».Tome VI : La querelle des Humanistes canadiens au XIXe siècle.Editions de I Université d Ottawa, Ottawa, 1949.19 cm.252 pages.M.Séraphin Marion continue sa série des lettres canadiennes d\u2019autrefois avec un volume consacré à « La querelle des Humanistes canadiens au XIXe siècle ».Nous retrouvons ici les qualités qu\u2019on s\u2019est toujours plu à reconnaître à ce dévoué serviteur de nos lettres.Dans un avant-propos très dense, il L\u2019esprit des livres évoque l\u2019atmosphère où éclata cette querelle.Puis, M.Marion raconte en un style alerte, vivant, classique, les différentes phases de cette polémique et ses conséquences.Il tire enfin des conclusions qui ne sont pas très judicieuses.Dans ce dernier livre, en effet, l\u2019auteur se départit de cette rigoureuse impartialité qu\u2019on se plaisait à lui accorder.Nous croyons que c\u2019est faire abstraction de l\u2019intelligence des lecteurs que de trancher aussi arbitrairement la question, de répartir les responsabilités.Après la lecture de ce livre, nous avons l\u2019impression que l\u2019abbé Alexis Pelletier, Louis Veuillot et Mgr Gaume sont de pauvres persécutés.Et les persécuteurs sont Mgr Baillargeon, Mgr Dupanloup et Son Eminence le cardinal Taschereau.Gela ne convaincra personne : l\u2019abbé Pelletier, par son intempérance de langage, par ses moyens plus ou moins délicats, par sa désobéissance à l\u2019autorité ecclésiastique s\u2019est attiré les déboires qui se sont abattus sur lui.De plus, l\u2019auteur semble croire fondés les griefs de M.Pelletier contre le Séminaire de Québec.Nous croyons que l\u2019historien doit faire preuve de plus de discernement, d\u2019un esprit critique plus averti.Enfin, M.Marion affirme, en conclusion, que « l\u2019humanisme gréco-latin est un mauvais maître », qu\u2019il est la cause que notre civilisation soit devenue aphrodisiaque ; pour mieux nous convaincre, il nous apporte les témoignages de Claudel, de Charmot.Aussi, l\u2019auteur voudrait-il que nos éducateurs tempèrent « leur zèle pour les divinités terrestres de l\u2019Olympe ».Pour une fois, M.Marion se fourvoie lamentablement dans un enchevêtrement d\u2019affirmations gratuites.Il se révèle un fervent disciple de Mgr Gaume.Il est inconcevable qu\u2019un auteur de la qualité de M.Marion se trompe aussi magistralement sur une question aussi délicate.A B.Jean Simard -\u2014¦ « Hôtel de la Reine ».1949.19 cm.208 pages.Les Editions Variétés, Montréal.M.Jean Simard est un écrivain de première valeur.Il écrit une langue forte, imagée, lumineuse et classique.Chez lui, rien de compassé ni de guindé.Aucune morgue dans ce style qui se tient à égale distance de la frigidité de certains puristes et d\u2019un nonchaloir à la Montaigne.Il est servi par une imagination créatrice qui lui impose l\u2019œuvre à écrire.Car, nous dit-il, l'on n'écrit pas son livre : le livre veut être écrit, ce qui est bien différent.Il s'impose à vous, lui et pas un autre, pétri de solitude, de larmes, de souvenirs enchantés ou douloureux ; car voilà bien de quelle pâte amère nos travaux sont faits !.Nous retrouvons Félix à l'Hôtel de la Reine, où descendent les voyageurs de passage à Saint-Agnan.Il est venu dans ce petit village du bas du fleuve « soigner, ruminer, cajoler la double blessure d\u2019un revers de fortune et d\u2019un déboire amoureux ».Félix a été proprement roulé par l\u2019homme de loi nommé exécuteur testamentaire par le conseil de famille.Le père de Félix laissait quelques titres et une belle bibliothèque.« Le protecteur de l\u2019orphelin s\u2019empara aussi- 127 Revue Dominicaine tôt de l\u2019argent, abandonnant les livres à son pupille et lui improvisant de nobles discours sur la nécessité de se débrouiller seul pour réussir dans la vie.Or, l\u2019écho des belles paroles s\u2019est tu depuis longtemps ; l\u2019argent a été dévoré par des entreprises ridicules ; mais les livres sont toujours là, remplis d\u2019une richesse intarissable et autrement précieuse.Félix y a puisé une philosophie indulgente qui lui permet de goûter aujourd\u2019hui, après nombre d\u2019années, tout le comique involontaire des propos vertueux que lui tint le législateur malhonnête en l\u2019abandonnant, au seuil de l\u2019existence, après l\u2019avoir proprement détroussé ».Puis, notre héros évoque avec une émotion réelle la blessure infligée à son cœur par un déboire amoureux.Touche délicate qui effleure à peine le sujet de peur que ne se rouvre la plaie.« Félix aura bu, jusqu\u2019au fond, l\u2019aigre liqueur qu\u2019il s\u2019est versée : rien n\u2019est perdu, avec lui, tous les coups portent.Et cependant, si vous lui demandiez : \u2014 Et cette jeune fille, Félix, dis-moi : comment était-elle ?\u2014 Je ne saurais dire, répondrait-il.Je me souviens seulement qu\u2019en quittant une pièce, elle emportait avec elle toute la lumière.Depuis qu\u2019elle n\u2019est plus là, je vis dans l\u2019obscurité »., Mais, en vue de scandaliser l\u2019aile bien pensante de notre Landerneau littéraire et de s attirer les coups d encensoir de l\u2019aile avancée de ce même Landerneau l\u2019auteur y va d\u2019une crudité de langage parfois excessive, émaillé son texte de citations de Voltaire, d\u2019Henry de Montherlant, de Camus, de Sartre, de Gide, de Stendhal : cela brise l\u2019esthétique de l\u2019œuvre et l\u2019éthique, l\u2019auteur le proclame, il ne s\u2019en préoccupe pas.C\u2019est fort malheureux pour la morale.André Tilly Colonel C.P.Stacey >\u2014< « L armee canadienne, 1939-1945 ».Imprimeur du Roi, Ottawa.24 cm.264 pages.Ce magnifique volume relate l\u2019histoire de l\u2019Armée canadienne au Royaume-Uni, en Italie, en France, en Hollande, en Allemagne.On y trouve de précieux renseignements sur les attaques de Dieppe, de Hong-Kong.L\u2019auteur rapporte les faits dans un style simple, agréable à lire, à la portée du lecteur moyen.Tout à l\u2019honneur du Canada de ses troupes, de ses chefs, ce livre, disons mieux, ce grand chapitre de notre histoire militaire passionnera sûrement tous ceux qui raffolent d\u2019aventures héroïques.De nombreuses cartes géographiques, douze reproductions des meilleures œuvres de nos peintres canadiens permettent de refaire en esprit l\u2019odyssée de l\u2019Armée canadienne.Voilà un volume tout à l\u2019honneur de l\u2019Imprimeur du Roi.128 LES RECENSIONS DU MOIS.Les rites et les prières du Saint Sacrifice de la Messe, Vol.Ill, par Chart.Auguste Croegaert .$4.50 Saint Jean Eudes, par Emile Georges, C.J.M.1.50 Don Quichotte, par Cervantes .1.50 Un siècle de miséricorde, par Paul-Henri Barabé, O.M./.1.25 Le type économique et social des Canadiens, par Léon Gêrin 1.50 Je me mets hors la loi, par Michel Koriakoff .1.25 Initiation à l\u2019économie politique, par François-Albert Angers 1.50 .1.25 Les lettres canadiennes d\u2019autrefois, Tome VI par Séraphin Marion .{VWWWWVWVWWWWWWWWWWVVVV\\WWVWWVWVW\\VVV\\W*VW*AW\\\\\\VWV\\1 Les idées et les lettres au Xille siècle LE ROMAN DE LA ROSE par le T.R.Père GÉRARD PARÉ, O.P.PROVINCIAL DES DOMINICAINS « La faveur dont l\u2019histoire du moyen âge a joui depuis près d\u2019un siècle dans le monde savant devait nécessairement conduire à une étude scientifique de cette oeuvre importante de la littérature médiévale ».Volume de 364 pages Prix : $3.50 En vente à : LA LIBRAIRIE DOMINICAINE 5375.AV.N.-D.DE GRÂCE - TÉL.WAlnut 6765 - MONTRÉAL - 28 IX La Compagnie Mutuelle d\u2019immeubles Ltée\t\tCh.-Auguste Gascon, Prés.(Incorporée par Charte Fédérale en 1903)\t\t \t1\t| J.-Ed.Jeannotte, La caisse d\u2019épargne pour prêts mutuels Versé à ses membres : près $11 000 000\t\\\tVice-Prés.\t\tJ.-Art.Tremblay, Siège Social : 1306 est, rue Sainte-Catherine\tMontréal\tSec.tél.CR.905 7\t620e.Ru* ST- ANDRÉ.Monkrthl LES PRODUITS MADELON ENRG EXCELLENT CONTRE: MAL de TÊTE,de DENTS,d ORElLLlS r GRIPPE .RHUMATISME .Tél.3-9472 PHOTO - LITHOGRAPHIE ING.Création et impression* lithographiques en une ou plusieurs couleurs ü= 30, avenue Conway Québec.P.Q.^ TÉL.BUR.: 3-7258\tTÉL.RÉS.: 4-0358 VICTOR LAROGHELLE, l.s.c., c.a.LICENCIÉ EN SCIENCES COMMERCIALES (des Hautes Etudes Commerciales de Montréal) Membre de l\u2019Institut des Comptables agréée de Québec SYNDIC LICENCIÉ ni.Côte de la Montagne\tQuébec, P.Q.LA SAUVEGARDE DE LA FAMILLE L\u2019économie est l\u2019art d\u2019ordonner ses dépenses.Sans la pratique de cette vertu sociale, la famille ne connaît aucune sécurité ; elle est vouée, tôt ou tard, à la ruine.Protégez votre foyer, préparez l\u2019avenir des vôtres, assurez-vous une vieillesse heureuse et digne en vous constituant petit à petit les réserves nécessaires.Prenez dès aujourd\u2019hui l\u2019habitude de l\u2019épargne.BANQUE CANADIENNE NATIONALE ACTIF, S408.580.149 538 BUREAUX AU CANADA ET 2-9411\\ FERRONNERIE x U,ELUII6T0N LpmJi-r.mBMiL 67, rue EUH HULL, P.Q.116 3 COLLES DE TOUTES SORTES En poudre, en flocons, flexible, en pâte, liguide \u2022 MEREDITH, SIMMONS & Co.Ltd.2 12 5 Remembrance Road Lachine 57013716^8255982 48535348535323485323235353894823235348234823534848 LA VIE CATHOLIQUE R.P.A.-D.SERTILLANGES, O.P.\\\\i mt SHON SJ RUKNNctl Le grand écrivain thomiste, toujours soucieux des réalités actuelles, nous trace un programme de vie pour réaliser le véritable ordre nouveau: le Christ dans toute la vie.Dans ces deux forts volumes, à peu près tous les aspects et toutes les circonstances de la vie sont envisagés: vie intérieure, vie familiale, vie amicale, vie professionnelle, etc., etc.C\u2019est vraiment la catholicité de la vie.Mais d\u2019une vie toute engendrée par le Christ et vécue sous son regard, une vie où il faut reconnaître la présence de la Croix, même au milieu de la vie heureuse et de ses expansions individuelles, familiales, sociales.La Vie Catholique nous montre comment se nourrit cette vie, quelle est la part du Sauveur, quelle est la part de f homme.Un livre que voudront lire et relire tous ceux qui veulent bien comprendre la grandeur et la sublimité d\u2019une vie humaine vraiment digne d\u2019un catholique.2 tomes de 260 pages \u2014 19-5 cm.\u2014 $2.50 fWWVVWWWWWVWVWWVWVWVVWVWVWWVWWWVVVVVVWWVWVWWVVWVWVV^ L'ACTION CATHOLIQUE R.P.M.DORAN, O.P.Un livre indispensable à tous ceux qui s\u2019intéressent à l\u2019Action catholique, cette formule nouvelle de l\u2019apostolat des laïcs.L\u2019auteur consacre la première partie de son travail à la nature de l\u2019Action catholique: son fondement sacramentel; le mandat qu\u2019elle reçoit de la hiérarchie; la rénovation spirituelle qu\u2019elle adopte comme fin; le rôle important qu\u2019elle joue pour l\u2019unité des esprits et des coeurs.Une deuxième partie étudie les structures de F Action catholique: après avoir expliqué brièvement le fonctionnement des mouvements spécialisés, l\u2019auteur termine par un chapitre sur le scoutisme catholique où il revendique pour ce mouvement une place au sein de U Action catholique.- - CACîiON CATHOUOtif PB f-wc«iC\"i5 rcassv.ui 200 pages \u2014 1Q.5 cm.\u2014 $1.25 En vente à LA LIBRAIRIE DOMINICAINE 5375, AV.N.-D, DE GRACE TEL.WAlnut 6765 MONTREAL - 28 *» *>
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.