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Titre :
L'annuaire du Québec...
Éditeur :
  • [Saint-Laurent] :Éditions Fides,[2002]-[2007]
Contenu spécifique :
2003
Genre spécifique :
  • Publications en série
Fréquence :
une fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Québec... (Saint-Laurent, Île-de-Montréal, Québec)
  • Successeur :
  • État du Québec ...
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L'annuaire du Québec..., 2003, Collections de BAnQ.

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[" 2003 annuaire TOUTE L\u2019ANNEE > politique > économique >sociale >culturelle Tj V s \u2022' L'annuaire du Québec 2003 Sous la direction de Roch Côté et Michel Venne L'annuaire du Québec 2003 Toute l'année politique, sociale, économique et culturelle FIDES Données de catalogage avant publication (Canada) Vedette principale au titre : L\u2019annuaire du Québec 2003 Annuel.1996- Sur la couv.: Toute l\u2019année politique, économique, sociale et culturelle ISSN 1204-5748 ISBN 2-7621-2430-1 1.\tQuébec (Province) - Politique et gouvernement -1985-\t.20e siècle.2.\tQuébec (Province) - Conditions économiques -1960-\t.3.\tQuébec (Province) - Conditions sociales -1960-\t.4.\tQuébec (Province) - Civilisation - 21e siècle.5.\tQuébec (Province) - Histoire - 21e siècle.I.Côté, Roch, 1941- .FC2925.2Q41 2002\t97i.4\u201904\tC96-300312-7 F1053.2.Q41 Dépôt légal : 3e trimestre 2002 Bibliothèque nationale du Québec Imprimé au Canada © Éditions Fides, 2002.Les Éditions Fides remercient le ministère du Patrimoine canadien du soutien qui leur est accordé dans le cadre du Programme d\u2019aide au développement de l\u2019industrie de l\u2019édition.Les Éditions Fides remercient également le Conseil des Arts du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC).Les Éditions Fides bénéficient du Programme de crédit d\u2019impôt pour l\u2019édition de livres du Gouvernement du Québec, géré par la SODEC. Direction Roch Côté et Michel Venne Révision et recherche François Brousseau Comité consultatif Germain Belzile, Normand Brouillette, Gilles Gagné, Alain G.Gagnon, Fernand Harvey, Simon Langlois, Jean-Jacques Simard Section Territoire Responsable: Normand Brouillette Comité consultatif: Jean Cermakian, Denis Leroux, Georges Massé, Benoît Mario Papillon, Gilles Pronovost Section Économie Responsable: Germain Belzile Rédaction Louis Balthazar, politologue, Université Laval Guylaine Barakatt, Sciences de la consommation, Université Laval Raymond Beaudry, sociologue et chercheur associé au GRIDEQ (Université du Québec à Rimouski) Hélène Bélanger, INRS-Urbanisation Culture et Société Germain Belzile, École des hautes études commerciales, Institut d\u2019économie appliquée, Zilâ Bernd, Université fédérale, Rio Grande do Sul Yvon Bigras, École des sciences de la gestion, Université du Québec à Montréal Charles de Blois Martin, Solidarité rurale du Québec Yves Boisvert, INRS-Urbanisation, Culture et Société Francine Bordeleau, journaliste François Brousseau, journaliste Nicole Brais, Centre de recherche en aménagement et développement, Université Laval Hélène Buzzetti, correspondante parlementaire du Deuoir à Ottawa Jean-François Cappuccilli, Centre de Recherche sur les Transports, Université de Montréal Mario Cloutier, journaliste, la Presse Martin Coiteux, École des hautes études commerciales Claude Comtois, Centre de recherche sur les transports, Université de Montréal Louis Cornellier, Cégep de Joliette, chroniqueur, Le Deuoir Jean Crête, Centre d\u2019analyse des politiques publiques, Département de science politique, Université Laval Renée B.-Dandurand, INRS-Urbanisation, Culture et Société Michel David, journaliste, Le Deuoir Laurent Deshaies, Institut de recherche sur les PME Clermont Dugas, géographe, Université du Québec à Rimouski, Robert Dutrisac, journaliste, Le Deuoir Pierre Frenette, historien Yves Frenette, historien, Collège universitaire Glendon Alain-G.Gagnon, politologue, Programme d\u2019études sur le Québec de l\u2019Université McGill Mona-Josée Gagnon, Département de sociologie, Université de Montréal Stéphan Gervais, Programme d\u2019études sur le Québec, Université McGill Anne Gilbert, géographe, Université d\u2019Ottawa Yves Gingras, Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie, UQAM Camil Girard, historien, Université du Québec à Chicoutimi André Giroux, journaliste Fernand Harvey, INRS-Urbanisation Culture et Société Bruno Jean, Développement régional, Université du Québec à Rimouski Sophie-Laurence Lamontagne, ethnologue, DIS International, Québec Simon Langlois, sociologue, Université Laval Alain Lapointe, École des hautes études commerciales Serge Laplante, recherchiste, Le Devoir Barry Lazar, écrivain et producteur de films Antonio Lechasseur, Archives nationales du Canada Jean-Claude Leclerc, journaliste Georges Leroux, Département de philosophie, Université du Québec à Montréal Sophie Lesage, géographe Pierre Mainguy, économiste, Cégep François-Xavier-Garneau Nicolas Marceau, Université du Québec à Montréal, membre de la Commission sur le déséquilibre fiscal Claude Martin, économiste, Département de communication, Université de Montréal Louis Massicotte, Département de science politique, Université de Montréal Philip Merrigan, Département des sciences économiques, UQAM, Centre interuniversitaire de recherche sur les politiques économiques et l\u2019emploi Anne Motte, Société de recherche sociale appliquée Joëlle Noreau, économiste, Fédération des Caisses Desjardins Marc Ouimet, École de criminologie, Université de Montréal Jean-Marc Paradis, historien, Université du Québec à Trois-Rivières Eve Paré, économiste Paul-Philippe Paré, École de criminologie.Université de Montréal Victor Piché, Centre interuniversitaire d\u2019études démographiques et CEETUM Université de Montréal Marc-Urbain Proulx, Économie régionale, Université du Québec à Chicoutimi Jean Renaud, CEETUM et Département de sociologie, Université de Montréal Antoine Robitaille, journaliste François Rocher, Département de science politique \u2022 School of Canadian Studies, Carleton University, Ottawa Yves Rousseau, Département de cinéma, Collège François-Xavier-Garneau, chroniqueur-télé, 24 Images Jean-François Saillant, École des hautes études commerciales, Institut d\u2019économie appliquée Jacques Saint-Pierre, historien Anne-Marie Séguin, INRS-Urbanisation Culture et Société Gilles Sénécal, INRS-Urbanisation, Culture et Société Maurice Tardif, directeur du Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRJFPE) Joseph Yvon Thériault, sociologue, CIRCEM, Université d\u2019Ottawa Angelo Tremblay, Division de kinésiologie, Université Laval Rémy Tremblay, INRS-Urbanisation, Culture et Société Marie-Hélène Vandersmissen, géographe, Université Laval Michel Venne, chroniqueur, Le Deuoir, éditeur délégué, Fides Paul Villeneuve, géographe, Université Laval Carole Vincent, Société de recherche sociale appliquée Odette Vincent, historienne Graphisme Gianni Caccia Infographie Folio infographie Sommaire MUTATIONS SOCIALES ET ENJEUX DE SOCIÉTÉ Question nationale 5 Refondation de la nation au Québec Simon Langlois 27 Le projet d'une citoyenneté québécoise : un décollage difficile Joseph Yvon Thériault Le Québec et les événements du 11 septembre 2001 32 Ce voisin qu\u2019on ne saurait ignorer Louis Balthazar 41 Les rapports Québec-Canada et la nouvelle donne de la sécurité Alain-G.Gagnon L'éthique publique 46 Éthique et culture politique : sombre bilan pour 2002 Yves Boisvert Ruralité québécoise 59 L\u2019Union paysanne : de Saint-Germain-de-Kamouraska à Porto Alegre ou la genèse d\u2019un mouvement rural Raymond Beaudry CHRONOLOGIE 73 Les principaux événements de juillet 2001 à juin 2002 François Brousseau 88 Les disparus, de juillet 2001 à juin 2002 François Brousseau L'ÉTAT DU QUÉBEC La population Aspects démographiques 95\tLes grandes\ttendances Simon Langlois Famille et modes de vie 112\tLes grandes\ttendances Simon Langlois 124 La politique familiale québécoise : un aspect de la « société distincte » Renée B.-Dandurand Aspects démolinguistiques 129\tLes grandes\ttendances Simon Langlois 135\tLa culture anglophone à la conquête du Québec Barry Lazar Immigration et diversité culturelle 141\tLes grandes tendances Simon Langlois 146 Immigration et intégration économique : peut-on mesurer la discrimination ?Victor Piché et Jean Renaud LES CONDITIONS DEVIE Emploi et activité professionnelle 155\tLes grandes tendances Simon Langlois Revenus, pauvreté, inégalités 164\tLes grandes tendances Simon Langlois 180 Que veulent vraiment les « abonnés » à l\u2019assurance-emploi ?Anne Motte, Carole Vincent Évolution de la consommation 189\tLes grandes tendances Simon Langlois 195 Le logement : un bien de nécessité ou un objet de consommation ?Guylaine Barakatt Aspects de la santé 202\tLes grandes tendances Simon Langlois 213 L\u2019obésité chez les jeunes : une inquiétante progression Angelo Tremblay La sécurité 219\tL\u2019état de la criminalité au Québec Marc Ouimet 223 Le virage communautaire des organisations policières Sophie-Laurence Lamontagne LE TERRITOIRE Les grands enjeux territoriaux 231 La reconnaissance politique de la ruralité québécoise Bruno Jean 241 Émergence d\u2019une nouvelle économie rurale Charles de Blois Martin Région et couronne métropolitaines de Montréal 250 La transformation de la rue Notre-Dame : de la controverse à l\u2019innovation sociale Gilles Sénécal 256 Le transport collectif: un outil de transformation de l\u2019espace urbain Claude Comtois «Jean-François Cappuccilli 260 La saga de Mirabel tire à sa fin Yvon Bigras 267 La crise du logement à Montréal Anne-Marie Séguin et Hélène Bélanger Région métropolitaine de Québec 282 Accessibilité, mobilité et équité dans les deux villes de Québec Paul Villeneuve et Marie-Hélène Vandersmissen 290 Des banlieues viables à Québec Nicole Brais 297 Une technorégion pour la capitale Pierre Mainguy Couronne des villes intermédiaires 308 Le remodelage des paroisses catholiques : le cas de la Mauricie Jean-Marc Paradis 312 Le tandem Gatineau-Ottawa ou la frontière fantôme Rémy Tremblay Couronne périphérique 326 L\u2019agrotourisme : un nouveau type de rapport à l\u2019espace agricole Laurent Des haies et Sophie Lesage 332 Le transport aérien en région : de mal en pis Yvon Bigras 337 La Gaspesia n\u2019empêchera pas le déclin démographique de la Gaspésie Clermont Dugas 344 Le Saguenay devra mieux contrôler ses pertes financières Marc-Urbain Proulx Les synthèses d'histoire régionale du Québec 351\tLe chantier sur l\u2019histoire des régions du Québec Fernand Harvey 354\tLa Côte-du-Sud Jacques Saint-Pierre 358\tLe Bas-Saint-Laurent Antonio Lechasseur 364\tLe Saguenay-Lac-Saint-Jean Camil Girard 370\tL\u2019Abitibi-Témiscamingue Odette Vincent 376 382 392 395 399 412 4i 8 42 6 433 437 442 45i 459 465 477 485 La Côte-Nord Pierre Frenette La Gaspésie Yves Frenette Études québécoises L\u2019AÜas du Québec et de ses régions : un nouveau souffle Le centre interuniversitaire d\u2019études québécoises (CIEQ) L'ÉCONOMIE L'état de l\u2019économie québécoise Les grandes tendances Germain Belzile et Jean-François Saillant Points de vue sur l\u2019économie québécoise Finances publiques Le choix de l\u2019équilibre budgétaire et ses conséquences Germain Belzile Les avantages d\u2019un nouveau partage fiscal Nicolas Marceau Politiques Comment peut-on contrer la crise du logement ?Eve Paré L\u2019entente avec les Cris : une évaluation économique Germain Belzile Le conflit du bois d\u2019œuvre \u2014 On n\u2019est pas sortis du bois.et c\u2019est tant mieux ! Joëlle Noreau Les garderies à cinq dollars par jour : un programme dont profitent les plus riches Philip Merrigan Monnaie Adopter le dollar américain : à quel prix?Martin Coiteux Consommation Le prix de l\u2019essence au Québec : une source constante de polémique Alain Lapointe VIE POLITIQUE Participation politique et partis L\u2019année politique \u2014 Le dangereux mélange de l\u2019argent et de la politique Michel Venne Une nouvelle constitution pour le Québec ?François Rocher 488 Réforme du mode de scrutin : l\u2019art de noyer le poisson Louis Massicotte 494\tL\u2019ADQ profite d\u2019une conjoncture exceptionnelle Michel David 500 Les programmes des partis, plus sérieux qu\u2019on le dit Jean Crête 509\tL\u2019Assemblée nationale et les partis Serge Laplante Politiques publiques et mobilisation sociale 527\tLa politique autochtone \u2014 Une année marquée par la reconnaissance des droits des Premières Nations Mario Cloutier 534 La loi 104, un rendez-vous manqué Stéphan Gervais 540 Sécurité publique \u2014 La réforme de la desserte policière du territoire Marc Ouimet et Paul-Philippe Paré 544 Le mouvement syndical : un agenda chargé Mona-Josée Gagnon 553 Le développement de l\u2019économie sociale depuis le Sommet de 1996 André Giroux 558 Études québécoises : le PEQ CULTURE, ÉDUCATION ET MÉDIAS Culture 565 L\u2019état de la philosophie au Québec : un bilan partiel Georges Leroux 574 Les essais : un Québec intellectuel serein ou apathique ?Louis Cornellier 578 Quelle littérature enseigner au cégep ?Antoine Robitaille 581 L\u2019année littéraire : l\u2019éclatement du monde en mode majeur Francine Bordeleau 587 L\u2019année du cinéma : point de salut hors de l\u2019État Yves Rousseau 592 Les études québécoises en littérature Activités et publications récentes (CÉTUQ) Chronique du monde des arts 596 L\u2019année culturelle : triomphes et départs précipités François Brousseau Éducation 603 Les grandes tendances Simon Langlois 608 Les chaires de recherches du Canada : plus d\u2019argent mais moins d\u2019autonomie pour les universités YvesGingras 613 Les enjeux de la création d'un ordre professionnel des enseignants Maurice Tardif Médias 623\tL\u2019enjeu du journalisme libre Jean-Claude Leclerc 628 Marée basse pour la convergence des médias Claude Martin 635\tSexe, chaînes et télévision Yves Rousseau 641\tL\u2019imprimé en perte de popularité André Giroux LE QUÉBEC LE CANADA, LE MONDE Perspective 649 Le Canada anglais : une petite nation qui s\u2019ignore Antoine Robitaille Politique internationale québécoise 664\tMondialisation tous azimuts à Québec Robert Dutrisac Les relations Québec-Ottawa 669 L\u2019alliance canadienne au Québec : résolument marginale HÉLÈNE BUZZETTI Francophonie canadienne 673 Entre l\u2019école et l\u2019hôpital : le développement de la francophonie canadienne Anne Gilbert Les études québécoises dans le monde 680 Le Québec et le Canada vus du Brésil Zilà Bernd 684 Le Centre Moscou-Québec : un pont entre la Russie et le Québec 687 L\u2019AIEQ et l\u2019explosion des études québécoises dans le monde Avant-propos Si certains au Canada se posent encore des questions sur le caractère « distinct» de la société québécoise, d\u2019autres à travers le monde n\u2019ont plus de doute à ce sujet.Il suffit d\u2019aller tout droit à la fin de ce livre, de voir la liste des références étrangères sur le Québec, pour constater que le « fait québécois » est maintenant un objet d\u2019étude incontestable et distinct, même à l\u2019échelle internationale.L\u2019existence même de cet annuaire illustre le fait que le Québec ne se réduit pas à une simple division territoriale comme une autre dans un ensemble fédéré mais constitue une société en soi, un fait historique et un projet, sans doute aussi une nation.Cette société distincte s\u2019exprime dans une vie artistique et intellectuelle, une arène politique et un ensemble économique qui lui sont propres.Qu\u2019il s\u2019agisse de sa chanson, de sa peinture ou de ses écrivains, de ses débats politiques particuliers ou de son « modèle » économique, le Québec constitue un ensemble identifiable et mesurable.La raison d\u2019être de cet annuaire est de témoigner chaque année de l\u2019évolution de cette société particulière tant dans ses aspects mesurables que dans ceux qui dessinent une mentalité et traduisent l\u2019état moral de la nation.La nation, justement! Comment faut-il la définir?Cette société québécoise distincte, comment se caractérise-t-elle ?Quelle importance accorder à la langue, au vécu historique, aux racines ethniques, aux apports des nouveaux arrivants?La réponse à ces questions ou plutôt la tentative de réponse occupe les meilleurs esprits depuis déjà plusieurs décennies et ne cesse d\u2019alimenter un débat où se retrouvent et s\u2019affrontent historiens, sociologues, philosophes, politologues, etc.Cette édition de L\u2019annuaire du Quebec s\u2019ouvre sur un essai du sociologue Simon Langlois qui examine un à un les éléments de ce débat central, analyse d\u2019autres modèles nationaux, résume les diverses thèses en présence et identifie les éléments à partir desquels la «nation québécoise» est en train de se «refonder», selon un terme emprunté au philosophe et sociologue Fernand Dumont.«Les États ou même les nations, a-t-il dit, sont refondés périodiquement ; nous nous trouvons, incidemment, devant la nécessité de nous refonder nous-mêmes, comme dans les années 1850.» La compréhension des termes de ce débat est essentielle pour appréhender l\u2019état actuel de la « question nationale » et donc de l\u2019évolution politique et en quelque sorte « moral » de la société québécoise.Les nombreuses références fournies par l\u2019auteur constituent un précieux outil pour quiconque veut approfondir la question et prendre connaissance des pièces majeures de ce dossier.Question intrinsèque à ce débat: peut-il exister une citoyenneté québécoise?Comment la définir?Doit-on encore distinguer entre une citoyenneté minimale, réduite à son aspect « résidentiel », et une citoyenneté plus substantielle?Ces questions ont été débattues au cours des derniers mois et à ce sujet le lecteur consultera avec profit tant l\u2019article de Simon Langlois que celui du sociologue Joseph Yvon Thériault.D\u2019autres débats ont occupé l\u2019opinion au cours de l\u2019année écoulée.Les terribles événements du 11 septembre 2001 aux États-Unis ont eu des répercussions ici, dans les rapports que nous entretenons tant avec nos voisins américains qu\u2019avec nos concitoyens du «ROC» (Rest of Canada).Les politologues Louis Balthazar et Alain G.Gagnon mesurent ces ondes de choc.Sur le plan intérieur, nous avons retenu deux autres enjeux majeurs : celui de l\u2019éthique publique, que les multiples affaires de lobbying ont projeté sur le devant de la scène, et qu\u2019examine le politologue Yves Boisvert; et celui de la résurgence, dans le terreau contestataire du Bas-Saint-Laurent, du mouvement rural avec la fondation de l\u2019Union paysanne dont l\u2019existence se veut une invitation à «redéfinir par la parole et l\u2019action le sens de l\u2019engagement politique et à ouvrir la voie à un autre dialogue entre l\u2019humain et la nature », selon les termes du sociologue Raymond Beaudry.Il faut encore signaler, parmi les articles de fond que contient cette édition de L\u2019annuaire, les contributions du philosophe Georges Leroux et du journaliste Antoine Robitaille.Le premier propose un bilan \u2014 « partiel » mais riche de nombreuses références \u2014 de la vie philosophique québécoise qui, dégagée de son vieux dogmatisme, se ramifie dans des œuvres nombreuses, branchées sur les grands courants de la pensée contemporaine.De son côté, Antoine Robitaille, qui, depuis plusieurs années dans Le Devoir, suit à la trace les états d\u2019âme du ROC, pose son diagnostic sur.la question nationale, celle qui se pose aussi au delà des frontières québécoises.Sa conclusion : par ses angoisses, ses remises en question, le souci perpétuel de son identité propre, le Canada anglais appartient sans le savoir au club des « petites nations » telles que les a définies Milan Kundera.Cette huitième édition de L\u2019annuaire contient une nouveauté qui n\u2019aura pas échappé à ceux qui suivent cette aventure éditoriale depuis ses débuts : L\u2019annuaire du Québec porte clairement son nom.Différent d\u2019un almanach \u2014 ouvrage axé sur un calendrier et une information de type pratique \u2014, l\u2019annuaire est un ouvrage contenant les références essentielles d\u2019une société: indices démographiques, examen détaillé et chiffré des conditions de vie, analyse des questions territoriales et régionales, bilan économique, observation critique de la vie politique et compte rendu de l\u2019activité culturelle.Fruit de la collaboration de 75 auteurs, spécialistes des sciences humaines et journalistes d\u2019expérience, cet annuaire, tant par la pertinence des réflexions qu\u2019il propose que par la quantité des informations qu\u2019il contient, constitue un portrait fidèle du Québec à l\u2019aube de la troisième année du nouveau millénaire. Le Québec en un coup d'œil Population Superficie Densité 7 423 000 habitants (23,8% de la population canadienne) 1 521 620 km2 (Canada: 9 975 000 km2) 5 hab/ km2 Principales villes\t Montréal\t1 812 000 Québec\t513 000 Longueuil\t285 000 Laval\t343 000 Gatineau\t228 000 Principales langues d\u2019usage\t Français\t81,9% Anglais\t10,1% Espérance de vie Femmes\t81,4 ans Hommes\t75,4 ans Scolarisation de la population\t Universitaire\t20,2% Postsecondaire\t22,3% Secondaire\t39,4% Primaire\t18,1% Mutations sociales et enjeux de société QUESTION NATIONALE >\tRefondation de la nation au Québec >\tLe projet d'une citoyenneté québécoise : un décollage difficile LE QUÉBEC ET LES ÉVÉNEMENTS DU 11 SEPTEMBRE 2001 >\tCe voisin qu'on ne saurait ignorer >\tLes rapports Québec-Canada et la nouvelle donne de la sécurité L'ÉTHIQUE PUBLIQUE Éthique et culture politique : sombre bilan pour 2002 RURALITÉ QUÉBÉCOISE >\tL'Union paysanne: de Saint-Germain-de-Kamouraska à Porto Alegre ou la genèse d'un mouvement rural Mutations sociales et enjeux de société 5 Question nationale/Perspective Refondation de la nation au Québec Simon Langlois Sociologue, Université Laval Parmi les grandes questions qui ont été débattues sur la place publique au cours de la décennie 1990-2000 \u2014 le libre-échange nord-américain, l\u2019union sociale, le partage des coûts des grands programmes sociaux entre les gouvernements fédéral et provinciaux, la gesüon des finances publiques et le déficit zéro dans les deux ordres de gouvernement \u2014 les débats sur la nation québécoise et sur l\u2019idenüté nationale ont occupé une place centrale.La décennie 1990 a été l\u2019une des plus effervescentes dans l\u2019histoire pour ce qui est de la recherche d\u2019une manière de définir collectivement le Québec, d\u2019une manière de nommer l\u2019ensemble des citoyens qui y vivent.La réflexion sur la nation québécoise n\u2019est bien sûr pas nouvelle comme le montre l\u2019émergence du vocable québécois qui s\u2019est imposé dans les années i960.Le mot québécois était alors pris le plus souvent comme synonyme de «canadien-français du Québec » et ce n\u2019est que plus tard qu\u2019il a acquis une dimension différente, plus large et inclusive, aujourd\u2019hui objet de débats.La réflexion sur la question nationale a pris une tournure nouvelle avec les débats entourant la question du contenu à donner à la notion de société distincte inscrite dans l\u2019Accord du lac Meech négocié en 1987 par le gouvernement Bourassa et rejeté en juin 1990.L\u2019avant et surtout l\u2019après référendum de 1995 ont accentué encore davantage cet effort de réflexion sur la nation au Québec.La référence «à l\u2019argent et à des votes ethniques » comme causes de la défaite de l\u2019option souverainiste au milieu de la décennie \u2014 et peut-être encore davantage la référence explicite au nous québécois dans le discours de M.Parizeau le soir du 30 octobre 1995 \u2014 ont soulevé le problème du contenu à donner à ce nous, non seulement dans le discours du mouvement souverainiste lui-même, mais plus largement dans tous les milieux de la société québécoise.La raison de cette effervescence autour de la question nationale doit aussi être cherchée dans les mutations sociales et culturelles endogènes en cours au Québec, dans les mutations morphologiques de la société québécoise qui appellent de nouvelles définitions de la collectivité.L\u2019immigration et la croissance de la diversité culturelle et ethnique sont souvent citées pour justifier l\u2019ouverture d\u2019un débat sur la question nationale.Mais surtout, les lois linguistiques adoptées dans les années 1970 et les autres mesures visant l\u2019intégration des immigrants à la majorité francophone produisent leurs effets en amenant dans le système scolaire québécois une plus grande diversité d\u2019origines ethniques et de religions \u2014 un phénomène qui a contribué à rendre nécessaire, dans les années 1990, une refonte en profondeur du système d\u2019enseignement et l\u2019abandon de la référence confessionnelle au profit de la référence linguistique.Le Refondation de la nation au Québec Question nationale 6 Mutations sociales et enjeux de société Québec en est venu plus tardivement que le Canada à s\u2019interroger sur la nécessité de revoir la manière de se définir collectivement en contexte d\u2019immigration et de diversité culturelle et les années 1990 ont marqué sur ce point un changement majeur dans les discours publics.Enfin, les changements observables dans l\u2019environnement international, les débats sur la mondialisation et le libre-échange, sans oublier les expériences internationales comme l\u2019évolution de l\u2019Union européenne vers une intégration plus marquée, la désintégration des régimes communistes à l\u2019Est ou les conflits à forte connotation ethnique en ex-Yougoslavie, dans l\u2019ex-URSS ou en Afrique notamment ont contribué à faire émerger sur la scène internationale une nouvelle réflexion sur la nation, sur la diversité culturelle et le multiculturalisme et sur la souveraineté nationale.l\u2019expression de Charles Taylor.Ce processus de refondation est cependant en cours et il est l\u2019objet de débats et de discussions publiques.Il n\u2019y a pas d\u2019accord unanime sur le contenu à donner à ce concept de nation québécoise qui est pourtant largement répandu.La nation québécoise recouvre pour les uns l\u2019ancien nous canadien-français alors que pour d\u2019autres elle est inclusive et ouverte à l\u2019intégration des immigrants, reconnaissant aussi une place à la minorité anglophone définie comme minorité nationale.Le citoyen ordinaire observe avec un certain désarroi ces débats qui peuvent paraître byzantins aux uns, ésotériques ou simplement inutiles aux autres.Or, ces débats ne sont pas inutiles, loin de là, car la représentation partagée d\u2019une définition collective de l\u2019identité est au cœur des politiques publiques et de la vie en société, comme le montre la situation des nombreux pays aux prises avec des conflits entre communautés nationales.Nous rappellerons brièvement les contours du débat, mais il ne sera pas possible de cerner la pensée de tous les intervenants tellement ils sont nombreux.Nous proposons de dégager les éléments qui font consensus tout en examinant de manière critique les arguments avancés de part et d\u2019autre.Nous examinerons ensuite les questions qui restent en suspens comme celle de la place des Anglo-Québécois et des Amérindiens au Québec.La nation refondée La question de l\u2019intégration symbolique est devenue centrale dans les sociétés contemporaines, dans un contexte marqué par le relativisme, le pluralisme, la remise en cause des traditions, l\u2019emprise des droits individuels et des chartes, la diversité des appartenances et des origines Comment caractériser la nation ?Les définitions de la nation sont nombreuses et les diagnostics sur les nations socio-historiques se sont multipliés ces dernières années \u2014 non seulement au Québec, mais aussi partout ailleurs dans le monde occidental \u2014 au point où il est devenu difficile de s\u2019y retrouver.Le désaccord sur la manière de caractériser la nation et l\u2019identité nationale est particulièrement vif au Québec, mais on aurait tort de penser qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une particularité québécoise, car de tels débats ont cours ailleurs, parfois avec autant de vigueur.Il existe maintenant un large consensus au Québec autour de la notion de nation québécoise.Celle-ci est une nation refondée au sens donné à ce terme par Fernand Dumont ou une nation fondée sur de nouveaux piliers, pour reprendre Mutations sociales et enjeux de société 7 (Caldwell 1988; Kymlicka 1995; Helly 1997, 2002).Mais on aurait tort de penser que seuls des enjeux identitaires sont posés dans les sociétés d\u2019aujourd\u2019hui.D\u2019autres enjeux, sociaux et économiques, sont tout aussi importants et ils ont une incidence sur les questions identitaires.L\u2019ouverture des frontières par exemple (libre-échange, construction européenne) force à repenser l\u2019identité nationale.De même, l\u2019adoption de lois qui modifient en profondeur les relations entre groupements nationaux.Ce fut le cas au Canada avec la Loi sur le bilinguisme officiel en 1968, au Québec avec la loi 101 en 1977, aux États-Unis avec la fin de la discrimination raciale dans les années i960.Ces lois amènent les majorités et les minorités à redéfinir leur modus uiuendi au quotidien et les obligent à redéfinir les contours de leur identité et la représentation qu\u2019elles ont d\u2019elles-mêmes dans un contexte nouveau.Il importe premièrement de remettre en cause la perspective essentialiste.«Il faut éviter de considérer la notion de nation de manière essentialiste, comme étant absolue et universelle, arrêtée et fixée une fois pour toutes », soutient Guy Rocher (2000).Son point de vue est partagé par bien des auteurs.Les formes que prend la nation peuvent varier dans l\u2019histoire d\u2019une même communauté et elles sont aussi diversifiées d\u2019une communauté nationale à une autre.Par conséquent, il est faux d\u2019opposer, par exemple, la nation ethnique et la nation civique comme si c\u2019était deux entités ayant une existence sociologique, alors que ce sont des types idéaux au sens de Weber, c\u2019est-à-dire des modèles d\u2019analyse qui formalisent un certain nombre de propriétés ou de caractéristiques qui n\u2019ont pas la prétention de décrire concrètement des nations.Deuxièmement, la nation a une histoire, elle change dans le temps.Il faut donc considérer la nation dans son évolution d\u2019une époque à une autre.Autrement dit, la nation peut être refondée, après un certain temps.«Les États ou même les nations sont refondées périodiquement; nous nous trouvons, incidemment, devant la nécessité de nous refonder nous-mêmes, comme dans les années 1850», soutient Fernand Dumont (2000) dans une entrevue qui a été publiée après son décès.C\u2019est la perspective qu\u2019a adoptée Gérard Bouchard (1999) dans son essai de définition de la nation québécoise sur lequel nous reviendrons plus loin.Considérons pour l\u2019instant deux exemples qui illustrent cette perspective : le Canada et les États-Unis.Les cas du Canada et des États-Unis.Le Canada de 1867 a été fondé par quatre colonies britanniques, mais aussi, du point de vue canadien-français d'alors, par deux grands groupements linguistiques, les communautés amérindiennes vivant à cette époque en marge et étant exclues des négociations constitutionnelles.Des millions de personnes y ont par la suite immigré \u2014 rappelons que de 1945 à 2000, l\u2019équivalent en population d\u2019un pays complet comme l\u2019Autriche a immigré au Canada \u2014 et l\u2019apport des Amérindiens est maintenant reconnu.La conjugaison de ces phénomènes a amené le Canada et le Québec à reconstruire différemment leurs identités collectives, à se refonder, d\u2019où l\u2019objet du réexamen en cours de la question nationale.L\u2019entreprise de refondation a aussi marqué les États-Unis.Michael Lind (1995) y a identifié quatre régimes nationaux, quatre registres identitaires différents en cinq cents ans d\u2019histoire: Refondation de la nation au Québec Question nationale 8 Mutations sociales et enjeux de société i) L\u2019Anglo-Amérique 2) l\u2019Euro-Amérique 3)\tl\u2019Amérique multiculturelle et, enfin, 4)\tune nation culturelle américaine transraciale (transracial cultural nation) qu\u2019il voit en émergence à la fin du xxc siècle et qui est le modèle qu\u2019il souhaite voir s\u2019implanter afin de contrer ce qu\u2019il considère être les effets pervers du multiculturalisme à la canadienne.Lind avance la thèse qu\u2019émerge aux États-Unis une nouvelle nation ethnique uniculturelle américaine.«Si l\u2019ethnicité peut être définie par la langue et la culture, alors on peut dire qu\u2019il y a une nation ethnique uniculturelle américaine et non seulement une nation multiraciale et multireligieuse » (Lind 1995)- Une thèse surprenante qui va à l\u2019encontre de bien des idées reçues sur les États-Unis.La langue américaine est l\u2019élément le plus important de cette culture nationale.Mais à cet élément s\u2019en ajoutent d\u2019autres : la puissante culture populaire américaine, les traditions, le rapport à l\u2019histoire, une vision du monde partagée, l\u2019adhésion à un système économique et social.Cette culture nationale américaine s\u2019est construite sur des acquis historiques, mais elle a intégré des éléments empruntés à diverses composantes de la société américaine, y compris des éléments qui proviennent des anciens esclaves noirs et des minorités hispaniques, ce qui, selon lui, montre que cette culture nationale américaine n\u2019est pas seulement le pur produit de l\u2019Amérique blanche des fondateurs.La majorité culturelle américaine est plus large que la majorité raciale blanche, avance-t-il.Si cette hypothèse est juste, l\u2019exemple américain montrerait qu\u2019une nation politique multiculturelle et diversifiée peut aussi se transformer en nouvelle nation culturelle ayant une grande cohésion.Cette idée que les États-Unis forment une nation cohésive est très répandue chez les analystes américains (voir le récent livre de Hall et Lindholm, 1999, par exemple) alors qu\u2019à l\u2019étranger on perçoit souvent la société américaine à travers le prisme de la diversité.Types empiriques de nations.Il existe par ailleurs une diversité de types empiriques de nations dans le monde.Chaque cas comporte des particularités dues à son histoire et à son environnement.L\u2019Écosse a des symboles nationaux reconnus (des équipes sportives au niveau international et des symboles propres sur la monnaie, par exemple) et son identité nationale ne pose pas de problème au sein de la Grande-Bretagne, mais son parlement (rétabli récemment) a des pouvoirs très limités ; le Québec n\u2019est pas reconnu officiellement comme nation au sein du Canada, mais, à l\u2019inverse, son parlement dispose de pouvoirs importants.Certains auteurs distinguent les Western nationalism et Eastern nationalism afin de départager les nationalismes démocratiques, rationnels et libéraux et les nationalismes non démocratiques, racistes et réactionnaires (Snyder 1954 ; Hroch 2001).Rappelons enfin que la nation est l\u2019objet d\u2019une interprétation, l\u2019objet de discours qui permettent de la définir.La nation, par conséquent, sera aussi à l'occasion objet de conflits d\u2019interprétation, particulièrement importants dans les périodes de refondation.Fernand Dumont a bien explicité cette perspective dans ses travaux en caractérisant la nation comme un groupement par référence et sa pensée se rapproche sur ce point de celle de Benedict Anderson, qui définit la nation comme une communauté imaginée.Dumont a élaboré dans son œuvre les Mutations sociales et enjeux de société g mécanismes de cette construction par référence.L\u2019histoire, la littérature et les idéologies \u2014 sans oublier les médias, ajouterons-nous \u2014 contribuent à construire cette représentation partagée et cette communauté imaginée.Ce sont là des mécanismes qui fixent des repères partagés et des univers symboliques communs essentiels à l\u2019émergence d\u2019une communauté nationale.11 est important de noter que la référence ainsi constituée se situe au niveau de la société globale et non pas au niveau des appartenances identitaires individuelles définies par la profession, l\u2019âge, le sexe par exemple, sans oublier les classes sociales.La nation rassemble au-delà des différences et des identités particulières et elle assure l\u2019intégration horizontale dans les sociétés par ailleurs divisées selon plusieurs lignes de clivages (Gerrans 2002).Une opposition dépassée: nation culturelle et nation civique En apparence, il semble exister plusieurs perspectives pour définir la nation, mais elles se ramènent finalement à deux approches principales, les autres étant des variantes de celles-ci (voir Baertschi et Mulligan 2002).La première perspective est souvent qualifiée de culturelle.La nation y est définie par la culture au sens large, les genres de vie, la langue, la commune origine, l\u2019appartenance ethnique même, bien que ces éléments ne soient pas toujours présents ni nécessaires.Dans cette perspective, la nation ne recoupe pas les frontières d\u2019un État, bien qu\u2019elle puisse le faire comme le montre le cas du lapon par exemple.Le Canada français traditionnel du début du xx' siècle \u2014 centré principalement au Québec, mais se prolongeant dans les Petits Canadas de la Nouvelle- Angleterre et les paroisses canadiennes-françaises de l\u2019Ontario et du Manitoba \u2014 a souvent été qualifié de nation culturelle.Cette épithète lui fut accordée même si les Canadiens-Français entretenaient le projet politique civique de fonder le Canada sur l\u2019idée de contrat entre les deux nations, comme l\u2019a rappelé Guy Rocher (2000).La nation culturelle se définit essentiellement comme communauté historique, appellation qui nous semble mieux refléter la réalité visée dans cette approche, une définition qui évite de réduire la nation au sens culturel à la nation au sens ethnique, comme on le fait trop souvent dans les travaux contemporains.Dans la seconde perspective, on parlera de nation politique, une nation définie par la citoyenneté et fondée sur le droit au sein d\u2019un État.Cette perspective est bien connue et nous en rappellerons les contours plus loin.Nation culturelle, nation politique: il importe de rappeler qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une distinction théorique, de modèles de nations qu\u2019il ne faut pas confondre avec les réalités visées qui sont complexes et variées, ce qu\u2019on a eu parfois tendance à oublier dans les débats au Québec alors qu\u2019on se référait à ces types comme s\u2019ils étaient des types empiriques.Nous examinerons maintenant comment on a défini ces deux modèles de nation au Québec et comment on cherche à les appliquer à l\u2019étude du cas québécois.La nation comme communauté historique La pensée de Fernand Dumont a été au cœur des débats sur la nation dans les années 1990, le plus souvent dans une perspective très critique du sociologue, décédé en 1996.Que reste-t-il de la pensée de Dumont dont l\u2019influence a été importante mais, en même temps, dont la Refondation de la nation au Québec Question nationale 10 Mutations sociales et enjeux de société pensée a souvent été mal comprise ou, parfois, interprétée de manière très réductrice?(Il existe plusieurs synthèses de la pensée de Dumont sur la nation et on consultera notamment Cantin 2000, Mathieu 2001, Harvey 2001 et Beauchemin 2000.) On trouve dans la pensée de Dumont trois perspectives d\u2019analyse de la nation qui ne sont pas toujours bien distinguées par les commentateurs et les critiques : une perspective théorique, une perspective socio-historique et une évaluation normative de la nation au Québec.Les éléments de sa perspective théorique nous semblent toujours pertinents pour comprendre la nation, mais son diagnostic sur la nation québécoise comme entité socio-historique doit être revu et critiqué à la lumière de l\u2019évolution du Québec contemporain et de la définition partagée de la situation qui émerge des débats qui ont cours depuis plus de dix ans.Héritage et mémoire.Fernand Dumont définit la nation à partir de l\u2019héritage et de la mémoire commune.Pour lui, la nation n\u2019est pas une entité ethnique.Elle n\u2019est pas non plus une entité civique, une entité fondée sur le droit et la seule culture publique commune, ce qu\u2019il considérait être une vision trop abstraite ou encore un déportement de la notion de nation dans une autre sphère.Pour Dumont, la nation est d\u2019abord une communauté historique.«Entendons par nation une communauté résultant d\u2019un héritage historique de manières de vivre.La référence collective qui en résulte suppose des repères: une langue, une religion, des institutions juridiques, des organisations diverses, parfois un statut juridique.Ces critères ne sont pas partout les mêmes ; on ne saurait les réunir tous dans une théorie générale qui s\u2019appliquerait à chaque cas (Dumont 1992).» «La nation est d\u2019abord une communauté d\u2019héritage historique (.) une communauté qui privilégie avant tout une identité venue du passé, où la mémoire joue la fonction première, écrit-il (Dumont 1995).» Une grande majorité des auteurs qui ont écrit sur la nation reconnaissent l\u2019importance de la mémoire.Mais la mémoire de qui ?Telle est la question qui est maintenant débattue.Ainsi, Gérard Bouchard (1999) propose-t-il de revoir de manière radicale le rôle de la mémoire commune au Québec en intégrant celle des autochtones et des nouveaux arrivants.Ces propositions ont été débattues et critiquées, notamment par Serge Cantin (2000), mais elles ont le mérite de soulever un problème bien réel et nouveau qui se pose avec encore plus d\u2019acuité aux historiens des périodes récentes.Un projet commun.Une deuxième dimension de la nation dans la pensée de Dumont est la confiance en un destin collectif, l\u2019adhésion à un projet commun.Mémoire et projet sont indissociables dans sa pensée.Autrement dit, la nation se caractérise par sa capacité d\u2019intégration, avance Dumont dans une formule qui a été plusieurs fois reprise (voir par exemple, N.Gagnon 2000) : « Ce qui fait l\u2019originalité d\u2019une culture, ce n\u2019est pas son repli sur quelque distinction originaire, mais sa puissance d\u2019intégration» (Dumont 1995).La culture nationale se définit par deux aspects auxquels Renan réfère dans une formule qu\u2019affectionnait rappeler le professeur de Laval : « Avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore», maxime qui traduit bien ces deux pôles constitutifs de l\u2019idée de nation dans Mutations sociales et enjeux de société 11 la perspective de la communauté historique.Comment intégrer dans cette approche l\u2019apport des étrangers, l\u2019apport des immigrants?Le sociologue précise sa pensée dans Raisons communes, en proposant la notion de culture de convergence, une approche conceptuelle qui a eu une certaine influence à la fin des années 1980 dans les discours publics et les énoncés de politique, mais qui a été rapidement mise de côté à cause des postulats implicites sur lesquels elle repose.Pour Dumont, l\u2019apport d\u2019influences renouvelées et le pluralisme s\u2019inscrivent dans une culture de convergence autour du noyau mémoriel.C\u2019est ainsi qu\u2019il voit l\u2019apport de l\u2019immigration au Québec, et c\u2019est aussi, notons-le au passage, dans cette perspective qu\u2019il voyait le Canada.La communauté historique est capable d\u2019intégrer les nouveaux arrivants parce qu\u2019elle est aussi un projet.Pour lui, la culture de convergence constitue le modèle qui peut et doit assurer l\u2019intégration des nouveaux arrivants, car il faut des références culturelles partagées pour bâtir une communauté nationale et non pas seulement la référence à ce qu\u2019il nomme des principes abstraits comme les principes juridiques, la culture des droits individuels ou l\u2019adhésion à des institutions politiques, principes dont il ne nie pas l\u2019importance, mais qui lui semblent insuffisants pour fonder la communauté nationale.Ainsi, pour Dumont, la culture civique commune proposée par Gary Caldwell et Julien Harvey (1994) apparaît-elle insuffisante pour fonder la nation au sens où il l\u2019entend.Insuffisante?Sans doute, mais par ailleurs cette culture civique commune apparaît nécessaire afin d\u2019assurer que le groupement qui porte le projet de construire la nation dans une nouvelle pers- pective le fasse de manière démocratique en cherchant à emporter l\u2019adhésion, il importe de le préciser.Dumont définit la nation par sa capacité et sa puissance d\u2019intégration.Mais il ne semble pas avoir vu que, ce faisant, la nation comme forme historique se transformait elle-même, comme l\u2019a illustré Michael Lind (1995) à propos de la nation américaine.La question de la diversité.Le travail, la vie associative, les mariages mixtes, la scolarisation, la mobilité sociale et professionnelle, la mobilité géographique, la participation à la société d\u2019accueil et, surtout, l'adoption d\u2019une langue commune sont autant de facteurs qui assurent l\u2019intégration des immigrants et qui contribuent en même temps à créer quelque chose de nouveau.Or, le partage obligé et officialisé de références culturelles communes proposé par le groupement majoritaire d\u2019accueil et qui est implicite dans la notion de culture de convergence pose problème à la sensibilité contemporaine, davantage ouverte à la diversité.Les immigrants en particulier tiennent à conserver en tout ou en partie des éléments de leur culture d\u2019origine, d\u2019où la réticence ouverte à accepter la culture de convergence qui leur a été un temps proposée comme politique officielle.Pour plusieurs analystes critiques de Dumont, c\u2019est aussi le rôle privilégié de la mémoire historique qui pose problème dans la définition de la nation.Tout se passe en fait comme si Fernand Dumont, après avoir identifié la mémoire et le projet comme éléments constitutifs de la nation, privilégiait nettement la mémoire et n\u2019accordait pas assez d\u2019attention à la diversité, à la question du projet qui implique la relation avec l\u2019autre.Dumont est peu explicite dans ses travaux sur la Refondation de la nation au Québec Question nationale 12 Mutations sociales et enjeux de société place des immigrants et il ne propose pas de réflexion articulée sur cette question (mis à part ce qui a été rappelé plus haut sur la culture de convergence).C\u2019est ce déséquilibre entre mémoire et projet qui soulèverait des difficultés dans le contexte contemporain et qui a amené d\u2019autres intellectuels à proposer une vision différente quoique souvent compatible avec les intentions de Fernand Dumont dégagées plus haut, parfois même en continuité avec sa pensée, mais en la prolongeant dans des directions différentes.Critiques de Dumont.Mais c\u2019est surtout le diagnostic sociologique posé par Dumont sur la société québécoise et sur la question nationale qui a été remis en question.Pour Dumont, la nation canadienne-française n\u2019a pas réussi à se donner une existence politique sous la forme d\u2019un État-nation et elle a été réduite par la force des choses à une dimension culturelle, au sein de la communauté politique canadienne.Dumont avance que trois nations cohabitent en quelque sorte au Québec : la nation française, la nation anglaise et la nation amérindienne, employant un vocabulaire mal choisi et daté.Il reflète en fait l\u2019ordre canadien ancien et n\u2019est pas accordé à la description du Canada multiculturel ni de la société québécoise contemporaine.Nous n\u2019entrerons pas dans le débat qui a opposé les pro-Dumont et les critiques de sa pensée sur ce point (voir le numéro de la revue Bulletin d\u2019histoire politique, automne 2000, par exemple).Nous soulignerons seulement que les expressions choisies par Dumont et les critiques qu\u2019on peut en faire illustrent l\u2019importance de bien nommer les nouvelles réalités, l\u2019importance de bien les interpréter, ce qu\u2019il préconisait dans sa sociologie comme on le sait.Or, Dumont n\u2019a pas su vraiment bien nommer la refondation de la nation au Québec, on doit le reconnaître.Il n\u2019a pas su qualifier la nouvelle réalité qui se dessine sous nos yeux.Le Québec serait donc pour Dumont une société plurinationale, les immigrants étant appelés à s\u2019intégrer, à s\u2019assimiler en fait, à l\u2019une des deux plus importantes communautés nationales.Cette vision des communautés nationales a été critiquée par Gérard Bouchard (1999) qui souligne que la lecture socio-historique de la nation proposée par Fernand Dumont enferme la nation québécoise dans l'ethnicité et conduit à une impasse sur le plan politique.Comment en effet aménager sur le plan politique la coexistence des trois nations que distingue Dumont au sein de la société québécoise?Cela ne revient-il pas à transporter au Québec même les problèmes du fédéralisme canadien?se demande Bouchard.Soulignons que la critique fréquemment faite à Dumont de réduire la nation à l\u2019ethnicité est trop dure et, en partie, inexacte.Dumont avait une vue large de la nation comme communauté historique, définie par sa capacité d\u2019intégration et non pas d\u2019abord par des traits ethniques au sens où on l\u2019entend de nos jours.Qu\u2019il n\u2019ait pas été assez attentif à la question de la diversité est un problème différent.Distinguer le projet du sujet.Jacques Beauchemin (2000, 2001) propose, en prolongement de la pensée de Dumont sur certains points, une distinction pertinente qui ouvre des perspectives nouvelles sur la nation comme communauté historique.Il distingue le projet politique et le sujet politique qui le porte.Les projets politiques \u2014 tel le projet de refonder la nation au Québec en nation québécoise plutôt Mutations sociales et enjeux de société 13 que canadienne-française \u2014 sont toujours objet de conflits dans une société et ils sont portés par des groupements aux valeurs et intérêts différents.Ainsi, le projet de souveraineté politique du Québec est-il proposé par un large groupement de francophones qui peut se mobiliser en sa faveur, comme nous l\u2019avons montré dans un ouvrage récent (Gagné et Langlois, 2002).Or les groupements peuvent très bien formuler un projet commun et démocratique visant l\u2019ensemble de la société et non pas un projet qui ne profiterait qu\u2019à eux seuls.Un exemple illustrera cette idée importante.Martin Luther King s\u2019est fait le porte-parole d\u2019un sujet politique aux États-Unis dans les années i960 \u2014 la communauté noire \u2014 en proposant un vaste projet politique inclusif d\u2019égalité raciale visant à transformer toute la société américaine afin de faire une place aux Noirs.Il ne voulait pas faire la seule promotion des intérêts des Noirs américains, contrairement à l\u2019approche des éléments plus radicaux comme Malcom X ou d\u2019autres qui allaient jusqu\u2019à proposer de constituer des États noirs.Beauchemin ajoute qu\u2019une autre raison justifie le rôle du sujet politique, soit la nécessité de baliser le projet politique.Le sujet politique est sujet de culture et de mémoire.Selon cette approche, un sujet de culture et de mémoire peut donner naissance à une nation politique qui aura de fortes assises culturelles et historiques, mais une nation qui devra être refondée pour tenir compte d\u2019éléments nouveaux et aménager des espaces ouverts à l\u2019expression de différences.Ce projet nouveau, porté par la communauté historique francophone du Québec, se présente maintenant sous les contours d\u2019une nouvelle nation politique dont on discute les orientations sur la place publique.Nous tenterons maintenant de voir où l\u2019on en est.La nation politique La nation politique représente un modèle de référence qui s\u2019est imposé dans les années 1990 pour décrire la nation au Québec.On parlera alors, dans cette perspective, de nation québécoise, un modèle souvent présenté en concurrence avec celui de la nation entendue au sens culturel.Cette notion de nation québécoise marque une rupture importante dans l\u2019histoire du Canada français et elle reflète le processus de refondation de la nation désormais centrée sur une nouvelle référence : la société québécoise.Dans les travaux récents sur le Québec, on donne trois sens au concept de nation politique.Ces trois sens privilégient tous l\u2019appartenance à un État de droit et définissent la nation à partir de la commune citoyenneté, mais ils se distinguent par la place accordée sur une sorte de continuum à la culture entendue au sens large et à la mémoire partagée.À un pôle, la nation politique fait volontairement abstraction de toute référence à la culture ; on parlera alors de nation civique.À l\u2019autre pôle, la nation politique coïncide plus ou moins avec la nation culturelle.Et entre les deux, la nation politique tente de concilier la citoyenneté commune avec des appartenances culturelles et nationales différentes.Nous examinerons brièvement comment ont été formulées ces trois conceptions de la nation politique ces dernières années au Québec.La nation civique.Il a été beaucoup question de nation civique au cours des années 1990.Dans cette perspective, la nation est définie d\u2019abord par la citoyenneté corn- Refondation de la nation au Québec Question nationale 14 Mutations sociales et enjeux de société mune indépendamment des caractéristiques individuelles de toutes sortes, à commencer par l\u2019ethnicité ou la culture.Cette conception de la nation s\u2019inscrit dans le contexte de la reconnaissance des droits de la personne qui a marqué les années 1980 avec l\u2019adoption de la Charte canadienne des droits de la personne (la Charte québécoise ayant été adoptée en 1975b Claude Bariteau (1998) a bien explicité, dans la perspective critique du néonationalisme, les contours émergents de la nation civique.S\u2019inspirant de la théorie formulée par Jürgen Habermas d\u2019une culture commune d\u2019abord fondée sur le respect des droits individuels, Bariteau postule que la culture politique n\u2019a pas à s\u2019inscrire en continuité avec la culture au sens large ni avec une culture dominante (sur la pensée d\u2019Habermas, voir F.-D.Dufour 2001).Il critique la notion de culture de convergence mise de l\u2019avant par Fernand Dumont, qui a le défaut de privilégier la culture dominante et d\u2019ouvrir la porte à la reconnaissance de droits collectifs aux minorités anglophones et autochtones comme cela se fait dans la tradition canadienne.Pour lui, « le français doit être la langue de la communication plutôt que la langue de la convergence culturelle » (Bariteau 2000).Bariteau privilégie plutôt une approche de l\u2019affirmation nationale fondée sur le respect des droits démocratiques des individus et basée sur l\u2019élaboration d\u2019une culture politique privilégiant le français comme langue commune, la vie publique devant valoriser une approche procédurale plutôt que substantive.Une telle constitution privilégiant la culture politique commune garantirait aux minorités linguistiques, ethniques ou culturelles des droits individuels de coexistence avec la majorité.Pour l\u2019auteur, cette approche est un antidote à une conception qui lie citoyenneté et nationalité, deux notions qui doivent être opposées et il prône la générosité envers la minorité anglophone plutôt que l\u2019inscription de droits dans la Constitution.Plusieurs critiques de cette perspective ont été avancées.Daniel Salée soutient que le nationalisme civique reconduit de fait la dynamique institutionnelle de l\u2019inégalité socio-économique parce qu\u2019il est ancré dans la rhétorique libérale démocratique (Salée 2001) et il le décrit comme « un pur produit de l\u2019imagination philosophique ».Si le concept de nation civique dans la perspective du patriotisme constitutionnel est affecté d\u2019une sorte de coefficient d\u2019ethnicité zéro, pour reprendre une expression de Gérard Bouchard, ne constitue-t-elle pas un espace social fort abstrait?Peut-on faire l\u2019impasse sur le sentiment national d\u2019un peuple, qui ne doit pas être confondu avec le nationalisme?La nation n\u2019est pas réductible à un code postal, pour reprendre une image de la journaliste Chantal Hébert.« La communauté politique n\u2019est pas qu\u2019une sommation d\u2019individus», avait déjà avancé Jean Leca.Bariteau est conscient de ces critiques et il reconnaît «que l\u2019identité culturelle colore l\u2019activité politique, nul ne peut le nier, et il ajoute que, dans tout univers, multiculturel ou non, la nation politique sera constitutive d\u2019un monde commun» (Bariteau 2000).Pour lui, la citoyenneté permet de dépasser les solidarités ethniques et communautaires, comme l\u2019ont montré les analyses de Dominique Schnapper (1994), mais il hésite à considérer que cette nation politique puisse aussi donner naissance à une nouvelle identité collective partagée sous la forme Mutations sociales et enjeux de société 15 d\u2019un nous collectif dont Jean-Jacques Simard (1979, 1980) a bien cerné les contours identitaires dans ses nombreux travaux.Pour Bariteau, la nation québécoise est une nation politique mais elle n\u2019a pas \u2014 ou n\u2019a pas encore \u2014 les traits qui la rapprocheraient aussi d\u2019une nation culturelle, comme c\u2019est le cas dans plusieurs États-nations modernes.Notion ethnique/nation ciuique.On a souvent opposé la nation ethnique et la nation civique dans les débats publics et les essais sur la question nationale.Cette opposition a aujourd\u2019hui perdu de sa pertinence, car maints auteurs en ont noté le caractère artificiel ou non fondé empiriquement.C\u2019est une «dichotomie dépassée» note Jacques Beauchemin, parce que la nation dite ethnique peut être démocratique et que le nationalisme dit civique « porte lui aussi un projet identitaire qui ne porte pas son nom» (Beauchemin 2000).Guy Rocher (2000) rappelle quant à lui que le nationalisme canadien-français de la première moitié du XXe siècle \u2014 un nationalisme, souvent présenté comme étant d\u2019abord culturel, qui luttait pour la survivance du fait français au Canada \u2014 avait une forte composante civique en se faisant le promoteur d\u2019une rupture avec l\u2019Angleterre, d\u2019une nouvelle identité canadienne, d\u2019un drapeau et de symboles nationaux propres au Canada et, surtout, de la reconnaissance d\u2019un pacte fondateur qui aurait uni deux nations.Le sujet politique canadien-français portait un projet politique canadien qui n\u2019a pas été reconnu.Charles Taylor note de son côté que cette opposition entre nation civique et nation ethnique ne tient pas à cause du caractère hybride des sociétés démocratiques.«Fortement ancrées dans un libéralisme \u201crépublicain\u201d, elles se définissent aussi par un ou des groupes ethniques qui en forment le noyau» (Taylor 2000).Gérard Bouchard résume bien ces critiques de l\u2019opposition nation ethnique-nation civique en avançant que : \u2022\tles contenus ethniques qui sont toujours présents dans l\u2019identité nationale ne sont nullement incompatibles avec les présupposés juridiques de la nation civique ; \u2022\t«même dans les nations ordinairement présentées comme les incarnations les plus poussées du modèle civique (par exemple la France, les États-Unis, le Canada), l\u2019État se montre particulièrement actif dans la promotion d\u2019une identité collective, dans l\u2019institution de traditions, dans la protection de la langue et du patrimoine, dans la diffusion de la mémoire, dans la production et la reproduction d\u2019une culture nationale» (Bouchard 1999).La nation politique de Taylor.Charles Taylor distingue dans ses travaux sur le Québec la nation culturelle et la nation politique, mais il propose une définition de cette dernière qui déborde la seule citoyenneté commune.Selon lui, la nation politique doit aussi être le lieu de reconnaissance des différences socioculturelles.Ce concept de reconnaissance est central dans la pensée du philosophe montréalais et il a été largement commenté ailleurs dans le monde.Rappelons que Taylor (1992, 1994) a élaboré une théorie originale qui cherche à marier la protection des droits individuels et la protection des droits collectifs des petites communautés et qu\u2019il a été un grand artisan de la reconnaissance de la spécificité québécoise.Pour Taylor, Refondation de la nation au Québec Question nationale 16 Mutations sociales et enjeux de société au Québec, la nation politique comporte trois piliers essentiels : \u2022\tune éthique politique essentiellement définie par les droits humains, l\u2019égalité et la démocratie (c\u2019est sa dimension républicaine) ; \u2022\tle français comme langue publique ; \u2022\tun certain rapport à notre histoire.Taylor ajoute qu\u2019il faut de temps à autres reformuler ces piliers (une autre manière de caractériser ce que Dumont a appelé la refondation de la nation).«Mais ils peuvent et doivent être taillés de nouveau, recevoir de nouvelles formes aux mains des générations successives, à commencer par celle qui vit maintenant» (Taylor 2000).Taylor est contre l\u2019indépendance du Québec et il avance que les minorités n\u2019acceptent pas le projet de construire une nation politique indépendante, même si l\u2019invitation leur est clairement faite par la majorité francophone qui milite en faveur de ce projet.« La nation politique inclusive québécoise n\u2019est pas encore tout à fait née », conclut-il (Taylor 2000).Cette critique est trop dure à notre avis, et même non justifiée, pour au moins deux raisons que nous ne ferons que mentionner.Tout d\u2019abord, il apparait clairement que la politique linguistique du Québec commence à faire sentir ses effets sur l\u2019intégration sociale et la cohésion de la société québécoise (un point, il faut le souligner, que Taylor a reconnu lui-même d\u2019ailleurs dans plusieurs de ses interventions publiques, ce qui rend sa lecture qu\u2019on vient de rappeler d\u2019autant plus surprenante).Ensuite, sur le plan du discours, dont on sait l\u2019importance dans la construction nationale, le projet politique véhiculé par le nouveau nationalisme québécois qui s\u2019est mis en place après les années 1980 insiste sur l\u2019inclu- sion de tous les Québécois dans la refondation de la nation.La communauté sociopolitique de Seymour.Michel Seymour (1999, 2001) propose quant à lui de définir la nation politique dans un sens plus large qui inclut aussi des références à la culture et à la mémoire.Il avance que le nationalisme culturel canadien-français a été progressivement remplacé par le nationalisme civique québécois, la nation culturelle se transformant en nation sociopolitique au Québec.Ce nationalisme politique renvoie à une réalité tangible qui laisse place à la mémoire et reconnaît ses ancrages dans l\u2019histoire.Seymour définit la nation comme une communauté sociopolitique qui tient compte de deux traditions incontournables: la conception culturelle de la nation et la conception civique.« La nation ne dépend pas seulement de la représentation de ce que nous sommes, elle dépend aussi de ce que nous voulons être », dit-t-il (Seymour 2001).Mais pour Seymour, la nation n\u2019est pas exclusivement civique.Il critique la conception de Bariteau en distinguant nation et citoyenneté « dans la mesure ou des personnes appartenant à différentes nations peuvent avoir une même identité civique, ce qui n\u2019est pas toujours le cas».Cette conception sociopolitique de la nation doit par ailleurs reconnaître la différence, à commencer par la minorité nationale anglophone qui prolonge la majorité nationale des Anglo-Canadiens dont la contribution historique aux institutions québécoises a été importante.Reconnaissance aussi des communautés issues de l\u2019immigration \u2014 au sens que l\u2019on doit reconnaître la valeur de la langue, de la culture et de l\u2019histoire de leur pays d\u2019origine \u2014 afin de faciliter leur intégration Mutations sociales et enjeux de société 17 dans la société d'accueil.«La nation québécoise peut donc être considérée comme une communauté politique englobant une majorité nationale de Québécois francophones, une minorité nationale de Québécois anglophones et des individus d\u2019origine nationale italienne, juive, grecque, portugaise, haïtienne, libanaise, latino-américaine, etc., et dont la langue d\u2019usage est autre que le français ou l\u2019anglais » (Seymour 2001).Pour lui, il faut craindre le nationalisme exclusivement civique qui ne reconnaîtrait pas les différences, car on ne peut pas ignorer les questions identitaires et, en les négligeant, on risque de rester sous leur emprise.Enfin, pour que la nation au sens où Seymour l\u2019entend existe, il est essentiel qu\u2019elle se représente comme nation, un aspect essentiel dans la pensée de Dumont, il faut le souligner.L\u2019Ontario existe comme communauté politique, mais elle ne consume pas une nation parce qu\u2019elle ne se représente pas comme telle.Le concept de nation québécoise est maintenant entré dans le vocabulaire politique au Québec pour désigner la refondation de la nation qui est en cours depuis quelques années.Les idées sont cependant maintenant plus claires et le débat a progressé.La nation définie comme communauté historique n\u2019exclut pas l\u2019aménagement de la citoyenneté et de la diversité ni le respect des droits individuels et on comprend mieux, nous semble-t-il, que la nation politique implique aussi une nécessaire relation à la mémoire et à la culture.Deux piliers de la refondation : langue et territoire Dans les débats qui ont eu cours ces dernières années, deux dimensions sont apparues avec force: la référence à la langue française et le territoire.La langue française a acquis une importance symbolique plus marquée que jamais dans la définition de la nation québécoise.Mais surtout, un important travail de reconstruction de l\u2019imaginaire collectif s\u2019impose au sein de cette nation québécoise qui se doit de reconstruire le discours qu\u2019elle tient sur elle-même et de relire son passé à la lumière des nouvelles réalités contemporaines.Contrairement à l\u2019ancien Canada français qui s\u2019étendait sur un vaste territoire débordant largement le Québec, la nation québécoise prend par ailleurs place dans des limites territoriales bien précises, ce qui soulève un nouveau problème, celui du rapport avec la minorité anglo-québécoise et les nations amérindiennes présentes sur le territoire partagé.La francophonie nord-américaine.Gérard Bouchard s\u2019est démarqué de manière très tranchée de la lecture sociohistorique de la nation proposée par Fernand Dumont et il a été l\u2019un des critiques les plus durs, non pas de la théorie de la nation chez Dumont, mais plutôt du diagnostic que le sociologue de Laval avait posé sur la nation au Québec.Bouchard s\u2019accorde avec Dumont pour reconnaître l\u2019importance de la dimension imaginaire et des aspects symboliques dans la construction nationale, de même que la nécessaire référence mémorielle, trois aspects qui lui paraissent jouer un rôle clé dans la construction de l\u2019identité nationale.Mais pour lui, il faut aussi rechercher et mettre en évidence de nouveaux fondements symboliques pour refonder la nation telle qu\u2019elle se présente aujourd\u2019hui.Il faut reconstruire de temps à autre la mémoire collective et les mythes fondateurs, au Québec comme ailleurs.Bouchard esquisse le programme de reconstruction Refondation de la nation au Québec Question nationale 18 Mutations sociales et enjeux de société dans son ouvrage La nation québécoise au jùtur et au passé (199g).Il plaide pour la reconnaissance d\u2019éléments nouveaux dans l\u2019histoire et pour la réinterprétation d\u2019éléments anciens qui ont été occultés pour toutes sortes de raisons.La révision du rôle des Amérindiens dans l\u2019histoire nationale constitue sur ce plan un exemple éloquent du nécessaire travail de réinterprétation.La reconnaissance et la promotion de la langue française \u2014 langue commune de la nation au sens politique, langue commune de la société civile québécoise \u2014 sont au coeur de la construction nationale nouvelle.Il avance qu\u2019émerge au Québec un nouveau modèle de la nation québécoise comme francophonie nord-américaine en remplacement de l\u2019ancien Canada français, mais en continuité avec lui.Ce modèle «réduit à la langue française la composante ethnique », ce qui le soustrait donc à tout procès d\u2019intolérance et de xénophobie (Bouchard 1999).Les nouveaux arrivants et les jeunes Québécois qui ont pris distance par rapport au paradigme défensif de la survivance, sans oublier les Anglo-Québécois attachés au Québec et à la langue française, se retrouveront davantage, selon lui, dans cette nouvelle représentation collective.La proposition de Bouchard suggère un quadruple déplacement : \u2022\tde l\u2019ethnicité vers le droit ; \u2022\tde la francophonie organique vers la francophonie définie d\u2019abord par la langue ; \u2022\tde la culture canadienne-française à la culture québécoise ; \u2022\tet enfin, d\u2019un nationalisme culturel à un nouveau projet de développement collectif (1999).Il est à noter que Bouchard emploie pour caractériser ce quatrième déplace- ment l\u2019expression développement collectif et non pas l\u2019expression nationalisme civique pour bien marquer que la nation dont il est ici question comporte bien une part d\u2019ethnicité et une part de citoyenneté commune.Bouchard développe sa conception de la nation québécoise en parlant de modèle de co-intégration qui renonce aux procédés traditionnels d\u2019assimilation.Il faut, pour lui, reconnaître le principe de la diversité, ménager des espaces de négociations, admettre des zones de refus ou de repli, composer avec des tensions et des négociations.«La nation co-intégrée n\u2019admet pas de hiérarchie structurelle entre les ethnies ou les cultures.Elle n\u2019admet pas non plus les anciennes formes de marginalisation et d\u2019exclusion.Il s\u2019ensuit que les imaginaires collectifs devront apprendre à habiter efficacement les mêmes espaces sociaux, à s\u2019y articuler d\u2019une certaine manière » (Bouchard 2001).Le modèle de Bouchard correspond-il à la réalité québécoise vécue au quotidien ?Est-il seulement en émergence ?La notion de francophonie n\u2019est-elle pas trop vague, trop abstraite pour fonder l\u2019adhésion à la nation québécoise telle que définie ci-dessus et pour jeter les bases de la construction d\u2019un nouvel imaginaire?Répondre à ces questions exigera davantage de recherches empiriques.Mais pour l\u2019instant, il faut noter que la langue française a acquis une légitimité qu\u2019elle n\u2019avait pas auparavant comme langue commune et comme langue de participation à la société civile au Québec, une situation difficilement comparable avec celle qui prévalait en i960 au moment de l\u2019émergence de la Révolution tranquille.Cette légitimité est reconnue au sein de la communauté anglophone québécoise ainsi qu\u2019à l\u2019extérieur du Québec. Mutations sociales et enjeux de société 19 État-région et nation québécoise.Une autre manière de caractériser la nation au Québec est apparue dans les années 1990 : la nation territoriale.«Est Québécois tout habitant du territoire du Québec », avance-t-on dans cette perspective.Cette conception très abstraite de la nation \u2014 et fortement aseptisée, dirions-nous, afin d\u2019éviter toute référence qui risquerait d\u2019être perçue comme exclusive \u2014 est née en réaction aux critiques visant le nationalisme ethnique qui a fait bien des ravages en diverses parties du monde dans la deuxième moitié du xxe siècle.Dans le contexte de la tenue du référendum sur la souveraineté du Québec au milieu des années 1990, plusieurs opposants à ce projet politique avaient en effet tenté de discréditer le mouvement souverainiste et l\u2019émergence de la nation québécoise en associant le nationalisme québécois à un nationalisme ethnique étroit.Afin d\u2019éviter toute référence à un tel nationalisme, certains ont proposé la notion de nation territoriale, vidant le concept de nation de son contenu en quelque sorte.Il est difficile sinon impossible de retenir la seule référence au territoire pour caractériser la nation, car elle comporte aussi des dimensions historique, culturelle et politique, les rapports entre celles-ci variant dans le temps et l\u2019espace.La référence au territoire n\u2019est pas une condition suffisante pour fonder l\u2019identité nationale, mais elle apparaît cependant comme un élément nécessaire et incontournable dans le Québec contemporain comme ailleurs dans le monde.Ceci dit, l\u2019aspect territorial mérite d\u2019être retenu dans la mesure où il est associé à une représentation partagée et à un territoire imaginé commun.L\u2019exemple européen nous apparaît éclairant sur ce point.L\u2019Europe est un territoire mythique com- mun partagé par un grand nombre de pays et cette référence est maintenant d\u2019une importance majeure dans le cas de la construction d\u2019une nouvelle identité européenne (voir Mendras 1997, 2002).Alain-G.Gagnon propose précisément de caractériser la nation québécoise en spécifiant une référence explicite au territoire qui s\u2019ajouterait aux dimensions culturelle et politique qui la constituent.Il avance que « le Québec forme une nation politique et culturelle territorialement définie» (Gagnon 2001).Paraphrasant la notion d\u2019État-nation, il retient, à la suite d\u2019autres spécialistes, la notion d\u2019État-région qui lui semble mieux décrire le Québec tel qu\u2019il est en ce moment.L\u2019État-région est une entité politique et sociologique qui émerge partout dans le monde, permettant aussi l\u2019émergence de plusieurs modèles d\u2019affirmation nationale et identitaire.Gagnon justifie la pertinence sociologique et philosophique de l\u2019État-région en avançant trois raisons : \u2022\tl\u2019État-région est mieux en mesure que l\u2019État-nation d\u2019assurer la cohésion sociale.S\u2019y développe une citoyenneté de proximité qui permet aux individus d\u2019avoir une prise directe sur leur destin et sur leur vie quotidienne ; \u2022\tl\u2019État-région est imputable, le pouvoir étant plus proche des citoyens ; \u2022\tla communauté de proximité donne un ancrage à l\u2019identité collective dans un espace délimité.« Le droit que possède une communauté politique de se désigner révèle, d\u2019une part, une affirmation identitaire et constitue, d\u2019autre part, l\u2019acte d\u2019habilitation publique par excellence» (2000).L\u2019État-région est un espace dans lequel une communauté politique a la marge de manoeuvre nécessaire pour construire de nouvelles identités, élaborer de Refondation de la nation au Québec Question nationale 20 Mutations sociales et enjeux de société nouveaux projets et de nouveaux vouloir-vivre ensemble.«Le Québec répond aux conditions nécessaires pour se définir en tant que nation dans un sens culturel et politique.Cette conception de la nation, façonnée sur une base territoriale peut, dans certains contextes, correspondre aussi à celle d\u2019État-région » (A.-G.Gagnon 2001).L\u2019État-région national \u2014 comme on dit l\u2019État-nation politique -\u2014 a l\u2019avantage de caractériser l\u2019émergence de la nation québécoise en la dissociant de l\u2019incertitude qui entoure à la fois l\u2019avenir des projets de refonte du fédéralisme canadien et l\u2019avenir du projet de souveraineté du Québec.Selon cette approche, la construction d\u2019une nouvelle nation québécoise serait en cours quel que soit le statut constitutionnel du Québec et ce concept de nation québécoise n\u2019apparaît pas lié de manière privilégiée au projet souverainiste qui le premier en a fait la promotion.À preuve, lors du lancement en 2000 de l\u2019ouvrage Penser la nation québécoise publié sous la direction de Michel Venne du journal Le Devoir, le premier ministre Lucien Bouchard et le chef de l\u2019opposition officielle à l\u2019Assemblée nationale Jean Charest n\u2019ont-ils pas tous deux reconnu comme allant de soi l\u2019existence de la nation québécoise?Les Anglo-Québécois et la nation québécoise Que répondre par ailleurs à Dumont qui avançait qu\u2019on ne peut pas inclure dans la nation québécoise, par la magie du vocabulaire, ceux qui ne veulent pas en être?Il est permis de penser que la loi 101 a jeté les bases qui ont rendu possible l\u2019adhésion des minorités culturelles à cette conception nouvelle de la nation qui leur ouvre une porte qui était auparavant plutôt fermée.Les faits apportent déjà un début de réponse à la question que soulevait Fernand Dumont en 1995 et donnent à penser que le pessimisme qui teintait sa question était exagéré.Seul l\u2019avenir dira si une nouvelle identité partagée se construira autour du français, autour de la langue commune qui joue un rôle central dans la construction identitaire, comme le rappelait Lind à propos du rôle que l\u2019anglais joue aux États-Unis.Une nouvelle minorité.Un changement majeur est survenu dans la perception que les anglophones québécois ont d\u2019eux-mêmes, changement qui remonte à la Révolution tranquille.S\u2019ils sont majoritaires dans l\u2019univers de référence canadien, les Anglo-Québécois sont par ailleurs minoritaires dans le nouvel univers de référence québécois qui s\u2019est mis en place depuis les années i960 (Caldwell et Waddell 1982).Parlant des Anglo-Québécois, Jean-Jacques Simard avance: « On dirait qu\u2019ils ont changé de place avec leur Autrui privilégié (autrui qu\u2019il qualifie de nous).Leur horizon embrassait une nation civique, politique et territoriale, tandis que nous nous agrippions aux filiations ethnolinguistiques ; voici que c\u2019est le contraire.Ils bâtissaient, nous survivions ; depuis que nous nous sommes mis à bâtir, ils craignent pour leur survivance» (Simard, 199g).Bel exemple d\u2019inversion du discours sur soi.Les Anglo-Québécois sont-ils eux aussi en train de devenir orphelins d'une nation, comme leurs concitoyens cana-diens-français dans le Canada anglais?Non, car une différence importante les distingue de ces derniers puisque la nation à laquelle ils se rattachent continue bel et bien d\u2019exister.Voilà donc une différence fondamentale entre la minorité Mutations sociales et enjeux de société 21 anglophone du Québec et les minorités canadiennes-françaises du Canada, différences qui vont bien au-delà du fait maintes fois signalées que les anglophones du Québec peuvent compter sur un environnement nord-américain largement dominé par la langue anglaise.Les Anglo-Québécois appartiennent à une nation qui s\u2019est même affirmée de manière nouvelle dans la foulée du nation building canadien renforcé par la Loi constitutionnelle de 1982.Le passage de majoritaires à minoritaires au sein du Québec ne les a pas amenés à faire le deuil de leur nation de référence, bien au contraire.Il n\u2019est pas question ici de donner à penser que le ralliement des Anglo-Québécois au concept et à la réalité de la nation québécoise, telle que définie comme nouvelle référence, est complet ni même en cours.Mais on aurait tort par ailleurs d\u2019oublier que les Anglo-Québécois sont aussi du Québec et que leurs racines remontent fort loin dans l\u2019histoire du Bas-Canada.Pendant quelque temps, disons à partir du milieu des années rgôo pour fixer les idées, le vocable Québécois a été en fait synonyme de Canadiens français du Québec \u2014 le multiculturalisme et la diversité culturelle n\u2019étant pas encore à l\u2019ordre du jour ni au Québec ni au Canada d\u2019ailleurs \u2014 et, par conséquent, cette nouvelle définition de soi n\u2019englobait pas nécessairement les anglophones (voir par exemple l\u2019ouvrage de Marcel Rioux, 1974)- Les choses ont commencé à changer dans les années 1980 avec l\u2019émergence d\u2019un nouveau discours sur la nation québécoise.En forçant le trait, on peut même dire que les Anglo-Québécois sont aujourd\u2019hui considérés par certains comme une minorité nationale québécoise dans un ensemble plus vaste qui serait la nation québécoise, un peu comme il y a des minorités de langue française au sein de la nouvelle nation canadienne.Cette perception n\u2019est pas encore celle qu\u2019une majorité d\u2019Anglo-Québécois ont d\u2019eux-mêmes car, contrairement à ce qui s\u2019est passé dans le cas du Canada français, ils n\u2019ont pas abandonné leur référence canadienne ; ils ne sont pas orphelins de leur nation, même s\u2019ils ont le sentiment d'être minoritaires dans la nouvelle société québécoise qui s\u2019est mise en place depuis plus de quarante ans.Il faut souligner que le Québec a toujours créé des institutions publiques pour servir sa minorité anglophone lorsqu\u2019il a entrepris des réformes administratives.Peut-on en dire autant des autres provinces canadiennes à majorité anglophone?Lors de la mise en place des Collèges publics d\u2019enseignements (CEGEPS) en 1967^968, le ministère de l\u2019Éducation a créé quatre institutions anglophones.Lorsque les CLSC ont été créés quelques années plus tard, le Québec a spontanément créé des CLSC anglophones.11 en a été de même pour les commissions scolaires quelques décennies auparavant (sur ce point, voir les travaux de Hubert Guindon r99o, igg8).Faut-il rappeler aussi qu\u2019il existe d\u2019importantes universités anglophones sur le territoire québécois ?Un groupement en profonde mutation.Il est encore trop tôt pour avancer que les minoritaires anglophones du Québec se redéfinissent dans leur discours identitaire comme Anglo-Québécois au sens où les francophones de l\u2019Ontario se sont eux-mêmes définis comme Franco-Ontariens en l\u2019espace d\u2019une vingtaine d\u2019années.Mais la composition démographique de la population de langue anglaise du Québec Refondation de la nation au Québec Question nationale 22 Mutations sociales et enjeux de société change rapidement et avec elle se modifient les rapports avec la majorité francophone.Ce dernier point est important, car une partie de la communauté anglophone de Montréal est en fait issue du multiculturalisme canadien.Le projet politique initialement mis de l\u2019avant par René Lévesque a toujours reconnu la présence des Anglo-Québécois et la reconnaissance de leurs droits comme minorité nationale historique.Ce dernier a maintes fois défendu cette politique dans des congrès d\u2019orientation parfois houleux au sein de son parti.Cette reconnaissance est maintenant acquise dans les législations québécoises (dans les lois sur l\u2019accès aux services de santé et services sociaux notamment) et la loi ioi amendée reconnaît une place à l\u2019anglais langue seconde au Québec tout en affirmant le caractère français du Québec ; un compromis largement accepté au sein de la population anglophone de Montréal, mais dénoncé par une minorité d\u2019activistes.Pendant longtemps, la minorité anglophone du Québec a vécu en marge de la majorité francophone, s\u2019inscrivant plutôt dans l\u2019espace public canadien.Mais les choses ont changé à partir des années i960.La minorité anglophone est maintenant en dialogue, en interaction \u2014 en lutte parfois \u2014, avec la majorité francophone sur le territoire québécois, comme le montre l\u2019émergence des institutions anglo-québécoises depuis les partis politiques (Equality Party-Le Parti Égalité) jusqu\u2019aux groupes de pression (Alliance-Québec) qui entendent parler au nom des Anglo-Québécois.Il faut cependant ajouter que la radicalisation du discours est récente \u2014 et relativement marginale \u2014 en milieu anglophone.Mais ce qu\u2019il paraît le plus important à noter, c\u2019est le fait que la minorité anglophone ne vit plus en marge et qu\u2019elle s\u2019inscrit de manière active dans les débats qui marquent la société québécoise depuis plusieurs décennies \u2014 comme le montre la présence du mot Québec dans le nom de groupes de pressions qui les représentent, par exemple.Mais elle n\u2019est pas allée jusqu\u2019à redéfinir son identité en l\u2019inscrivant au sein de la nation québécoise comme l\u2019ont fait de leur côté les Canadiens français au sein du Canada anglais dans leur repli communautariste.Les Amérindiens et la nation québécoise Nous serons plus bref sur la question autochtone.Les autochtones n\u2019estiment pas faire intégralement partie de la nation québécoise, pas plus d\u2019ailleurs que de la nation canadienne au sens sociologique.Ils se définissent eux-mêmes comme faisant partie de nations ancestrales ayant occupé le territoire depuis des millénaires (Delâge 2000).Les Amérindiens ont déjà une identité collective qui leur est propre et ils jouissent maintenant d\u2019une reconnaissance constitutionnelle et sociologique (reconnaissance par l\u2019autre).Ceci dit, ils constituent par ailleurs des communautés nationales de très petites tailles, ce qui les force à s\u2019inscrire aussi dans des ensembles politiques plus vastes, tout comme la grande majorité des autres communautés autochtones du reste de l\u2019Amérique.Ils se définissent donc en référence à l\u2019État dans lequel ils vivent, en tant que membres d\u2019une communauté politique.Les Amérindiens du Canada se distinguent ainsi des Amérindiens des États-Unis parce qu\u2019ils appartiennent à des communautés politiques différentes.Le fait de vivre au Québec change-t-il quelque chose pour les Amérindiens d\u2019ici?Les Amérindiens interagissent avec Mutations sociales et enjeux de société 23 la majorité francophone qui les entoure et ce, de plus en plus à mesure qu\u2019ils s\u2019intégrent dans les activités économiques de leurs milieux élargis respectifs et dans les régions qu\u2019ils habitent.Mais surtout, les élites politiques et administratives des diverses nations amérindiennes sur le territoire négocient avec les élus et les gestionnaires de l\u2019État québécois, ce qui témoigne de leur inscription graduelle dans la société et la nation politique québécoises (voir Simard 2002).La nouvelle nation québécoise Le Québec et le Canada (sans oublier la nouvelle francophonie canadienne, redéfinie par son virage communautariste) ont été marqués par une entreprise de refondation nationale tout au long de la deuxième moitié du xx' siècle.La nouvelle nation québécoise se définit elle-même à la fois comme une communauté historique et comme une nation politique, une nation imaginée qui est pour les uns une composante de la fédération canadienne ou pour les autres, une nation souveraine à la recherche de son indépendance.Cette représentation de la nation est maintenant largement acceptée et partagée, même si de nombreux problèmes et des zones d\u2019ombre subsistent.La langue française apparaît comme un pivot central dans cette construction nationale au Québec où elle est reconnue et légitimée comme langue de la société civile.Par ailleurs, l\u2019État et les règles de citoyenneté en vigueur, y compris la protection des droits de la minorité anglophone, ont mis en place les bases de la nation politique qui se définit aussi comme communauté historique, façonnée par la présence d\u2019une forte majorité francophone \u2014 le sujet politique dominant \u2014 ouverte à l\u2019intégration des nouveaux arrivants et respectueuse des droits historiques de la minorité anglophone.La présence de l\u2019immigration a contribué à modifier les représentations collectives au Québec, comme on le voit en littérature et dans les médias par exemple.Enfin, la communauté anglophone accepte et reconnaît le nouveau statut du français au Québec.Mais, tout comme la majorité francophone est divisée sur son avenir, la minorité anglophone est elle aussi divisée sur la manière de définir sa place dans la société québécoise.\u2022 \u2022\tSur la question de la citoyenneté', voir aussi l\u2019article suivant.\u2022\tSur les Anglo-québécois, voir aussi l\u2019article en page 135.\u2022\tSur les Amérindiens, voir aussi l\u2019article en paye 527.\u2022\tSur le Canada anglais, uoir aussi l\u2019article en page 64g.Références Baertschi, Bernard et Kevin Mulligan (sous la dir.de), Les nationalismes, Presses universitaires de France, Paris, 2002.Bariteau, Claude, Québec 18 septembre 2001.Le monde pour horizon, Éditions Québec Amérique, Montréal, 1998.\u2014, «Le Québec comme nation politique, démocratique et souveraine», dans Michel Venne, Penser la nation québécoise.Québec-Amérique, Montréal, 2000.Beauchemin, Jacques, «La communauté de culture comme fondement du sujet politique chez Fernand Dumont», Bulletin d\u2019histoire politique, numéro spécial Présence et pertinence de Fernand Dumont, volume 9, n° 1, automne 2000.Refondation de la nation au Québec Question nationale 24 Mutations sociales et enjeux de société Beauchemin, Jacques, « Le sujet politique québécois : l\u2019indicible \u201cnous\" », dans Jocelyn Maclure et Alain-G.Gagnon (sous la dir.de), Repères en mutation.Identité et citoyenneté dans 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Rapport de la Commission des états généraux sur la situation et l\u2019auenir de la langue française au Québec, 2001 \u2014 ont récemment soulevé la question d\u2019une citoyenneté québécoise.Ces textes font d\u2019ailleurs écho à un nombre important de travaux universitaires qui au cours des dernières années ont réfléchi sur les fondements d\u2019une citoyenneté dans une perspective de modernisation de l\u2019identité québécoise.La question n\u2019a toutefois pas réussi à sortir du milieu des élites intellectuelles et politiques.Elle n\u2019a pas suscité, comme l\u2019espéraient ses inspirateurs, une adhésion enthousiaste ou, tout au moins, un fécond débat d\u2019idées au sein de la société civile.Le Forum national sur la citoyenneté et l\u2019intégration s\u2019est buté à un public plus intéressé par les questions de l\u2019intégration sociale que de celle de la citoyenneté politique mise de l\u2019avant dans le document.La proposition de la Commission des états généraux sur la situation et l\u2019auenir de la langue française au Québec a été vite rejetée comme irréaliste dans le cadre du fédéralisme canadien actuel.Certes, il serait possible de croire que ce décollage difficile est dû à la non-pertinence de la question ou même à son caractère illégitime.Si certains milieux fédéralistes ont effectivement soulevé la question de la légitimité de poser, à l\u2019échelle du Québec, la question de la citoyenneté, on ne peut toutefois imputer à ces interventions, somme toute peu nombreuses, le faible écho des propositions Refondation de la nation au Québec Question nationale 28 Mutations sociales et enjeux de société touchant la définition d\u2019une citoyenneté québécoise.Le questionnement québécois sur la citoyenneté ne saurait par ailleurs se réduire au projet souverainiste, du moins il n\u2019en est pas un préalable.Il tire une légitimité plus large d\u2019une longue histoire visant à définir politiquement le contour d\u2019une nation francophone en Amérique du nord.Il s\u2019harmonise aisément avec la conception d\u2019un Canada perçu comme réalité plurinationale.En voulant préciser, dans le contexte du pluralisme contemporain, le contour politique d\u2019une telle existence, un questionnement sur la citoyenneté québécoise participe de cette continuité.Cela dit, pour qu\u2019une discussion sur la citoyenneté s\u2019enclenche et participe effectivement à clarifier les enjeux et à solidifier l\u2019expression politique de la nation québécoise, toujours faut-il qu\u2019elle ne soit pas considérée un objet partisan, c\u2019est-à-dire le projet d\u2019un fragment, même majoritaire, de la société qui masquerait son véritable dessin derrière le langage universel et civique de la citoyenneté.Malgré l\u2019évidente bonne volonté des promoteurs d\u2019une citoyenneté québécoise qui ne cessent d\u2019affirmer leur conviction civique, leur projet inclusif, leur adhésion au pluralisme des modernes, voire au transculturalisme des postmodernes, la manière dont on a amené la question de la citoyenneté au Québec prête flanc à une telle critique.Il y a un flou conceptuel, une série de non-dits dans la discussion actuelle sur la citoyenneté qui embrouille plus qu\u2019elle n\u2019éclaire le débat et qui empêche ultimement qu\u2019il s\u2019ouvre sur une véritable discussion des conditions d\u2019une culture politique commune.Autrement dit, le projet d\u2019une citoyenneté québécoise ne saurait éluder le questionnement préalable à son affirmation.Justement parce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un pro- jet, la citoyenneté québécoise ne peut s\u2019imposer comme une simple factualité énonçant les droits civiques, politiques et sociaux des citoyens.Dans un projet de fondation, les raisons qui conduisent à vouloir établir, dans un lieu particulier sur terre, une citoyenneté doivent être dévoilées.En énonçant une nouvelle citoyenneté, un projet de citoyenneté ramène nécessairement au fondement même de la citoyenneté : quels sont les éléments constitutifs d\u2019une communauté politique moderne ?Le double visage de la citoyenneté : entre procédure et substance Pour bien saisir les difficultés soulevées, on se permettra de rappeler une dimension centrale de la citoyenneté moderne ou plutôt sa double dimension.Il n\u2019est pas nécessaire d\u2019être un grand érudit de la citoyenneté pour reconnaître que celle-ci s\u2019est affirmée sous deux visages contradictoires que l'histoire effective a contraint néanmoins à faire cohabiter.Il est possible de recouper une telle opposition avec celle que Benjamin Constant, au début du xixc siècle, établissait entre liberté des modernes \u2014 c\u2019est-à-dire liberté de ne par être contraint \u2014 et liberté des anciens \u2014 c\u2019est-à-dire liberté de participer à la vie publique; ou encore avec l\u2019opposition formulée par Isaïah Berlin entre la liberté négative et la liberté positive.La citoyenneté se pose ainsi soit comme un ensemble de droits libertés, soit comme un ensemble de droits créances.Cette opposition séculaire est celle qu\u2019on retrouve aujourd\u2019hui actualisée dans le débat qui oppose libéraux et communautariens en philosophie politique.Pour les besoins de la démonstration qui suit l\u2019on nommera procédural le premier visage de la citoyenneté et substantiel le second. Mutations sociales et enjeux de société 29 La citoyenneté procédurale est donc largement associée à ce que Benjamin Constant appelait la liberté des modernes.Pour que le citoyen puisse agir librement selon ses préférences individuelles, il doit être protégé par une série de règles et de procédures qui lui assurent cette liberté.La citoyenneté procédurale renvoie à un État neutre, au-dessus de la mêlée, un État inclusif de toutes les différences permettant, par le fait même de sa neutralité, l\u2019expression la plus large possible de la liberté des citoyens.La formule suivante résume bien l\u2019idée d\u2019une citoyenneté procédurale : pour que toutes les religions soient possibles, le pouvoir public ne doit s\u2019asseoir sur aucune d\u2019elles.Dans le Contrat social, Jean-Jacques Rousseau voyait dans la volonté générale, qui était la volonté d\u2019ensemble du corps des citoyens, une référence presque mathématique, une sorte d\u2019intégrale, la somme de ce qui restait après que toutes les différences de la société aient été annulées.C\u2019est dire que la citoyenneté ainsi perçue est une simple règle de droit, une sorte de lieu vide qui laisse au social et au jeu politique partisan la discussion sur la bonne vie et les enjeux de société.C\u2019est ce qu\u2019il faut entendre par l\u2019idée de citoyenneté procédurale.À l\u2019opposé, la citoyenneté substantielle se réfère à l\u2019idée du citoyen comme animal politique, largement défini par son appartenance à la cité.Le citoyen est alors ancré communautairement, c\u2019est-à-dire qu\u2019il vit sa citoyenneté à travers sa participation à la vie de la communauté, en partageant avec ses « co-citoyens » une culture publique commune.Cette culture publique est contexmalisée, elle provient d\u2019une tradition de vie en commun, elle est le résultat de l\u2019histoire de compromis politiques propres à un lieu particulier sur terre.La nation, comme modalité d\u2019intégration culturelle, a été dans les sociétés modernes le lieu qui a fourni cette dimension substantielle à la citoyenneté.Elle a fourni un lieu d\u2019identification suffisamment épais pour créer un sentiment de solidarité entre les « co-citoyens ».Sans une telle dimension substantielle, la citoyenneté repose sur un lien social trop ténu pour nourrir une démocratie riche.C\u2019est ainsi que l\u2019on peut expliquer l\u2019intérêt renouvelé aujourd'hui au sein des démocraties occidentales pour la question de la cohésion sociale.Après une période d\u2019élargissement de la nature procédurale de la citoyenneté qui a affaibli le sentiment de solidarité entre les citoyens, on est contraint de réfléchir à la dimension substantielle de celle-ci.La citoyenneté procédurale et la citoyenneté civique ne font pas bon ménage.Si leur co-habitation est une nécessité imposée par l\u2019histoire, elle est l\u2019effet d\u2019un équilibre fragile, résultat d\u2019une longue habitude de vie en commun, de compromis politiques, etc.Prenons l\u2019exemple de l\u2019aménagement de l\u2019école dans nos sociétés.Cet aménagement est en continuelle tension entre une école neutre, laïque, pourvoyeuse d\u2019un savoir principalement civilisationnel et technique et une école communautarienne, souvent religieuse, mais toujours porteuse d\u2019un savoir culturel particularisé.La manière d\u2019aménager ces deux projets scolaires est liée au contexte national, c\u2019est-à-dire à l\u2019aménagement plus large dans lequel s\u2019est constitué le compromis entre les tendances procédurales des institutions modernes et la substance d\u2019un vivre ensemble particulier.L\u2019école républicaine à la française, l\u2019école communautarienne à l\u2019américaine, le pluralisme scolaire des pays de tradition britannique, dont le système scolaire québécois est largement Le projet d\u2019une citoyenneté québécoise: un décollage difficile Question nationale 30 Mutations sociales et enjeux de société l\u2019héritier, sont des exemples d\u2019un tel compromis historique.Dans chaque cas, il s\u2019est agi d\u2019une figure inédite permettant de faire place aux deux visages du citoyen moderne.L'indistinction des deux visages de la citoyenneté Ces deux conceptions de la citoyenneté sont au cœur de l\u2019histoire de toute citoyenneté.Tout projet de fondation d\u2019une citoyenneté doit préciser l\u2019aménagement particulier qu\u2019il propose entre celles-ci.C\u2019est ce que ne font pas à mon avis les propositions citées plus haut: le Document de consultation préparé pour le Forum national sur la citoyenneté et l\u2019intégration et le Rapport de la Commission des états généraux sur la situation et l\u2019avenir de la langue ^française au Québec.La citoyenneté est envisagée d\u2019une manière floue, ambiguë.Cette manière d\u2019aborder la question de la citoyenneté est d\u2019ailleurs représentative des travaux plus universitaires portant sur cette question dans le Québec des dernières années.Elle rend difficile l\u2019articulation d\u2019une réelle discussion autour de la question de la citoyenneté québécoise.« Quelle est la conception de la citoyenneté présente dans ces deux documents ?» C\u2019est l\u2019indistinction entre sa dimension procédurale et sa dimension substantielle.Ainsi, par exemple, le Rapport Larose balance continuellement, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une seule et même chose, entre une citoyenneté inclusive, ouverte à toutes les différences et les cultures, une citoyenneté procédurale, aveugle en regard des différences qui habitent la société, et une citoyenneté ancrée dans «un patrimoine vivant», une citoyenneté résultat d\u2019une «construction fondée sur le partage de références politiques, culturelles et identitaires commu- nes ».Dans le même paragraphe on peut lire que le Québec a choisi la «voie identitaire » pour développer une « citoyenneté inclusive et accueillante».«L\u2019approche linguistique québécoise est essentiellement inclusive et civique parce qu\u2019elle fait de la langue un facteur d\u2019intégration et de participation à la société.Plus encore elle reconnaît les apports historiques et culturels de toutes ses composantes comme partie intégrante de l\u2019identité québécoise ».Il y a là deux énoncés différents, voire contradictoires, celui de vouloir faire du français une langue universelle de citoyenneté, qui n\u2019est pas un énoncé neutre mais une affirmation forte, communautairement chargée en Amérique du Nord et au Québec en particulier, et celui plus procédural et civique de reconnaître la pluralité des appartenances québécoises.L\u2019enjeu d\u2019un projet de citoyenneté québécoise qui viserait à arrimer ces deux principes est affirmé comme résolu avant d\u2019avoir été l\u2019objet d\u2019une discussion et d\u2019un compromis historique.Les apports historiques et culturels de toutes les composantes de la société québécoise se trouvent soudainement délestés de la composante majeure de ces apports, la langue, qui devient essentiellement une figure procédurale.C\u2019est pourquoi, en escamotant les difficultés d\u2019arrimer les deux pôles de la citoyenneté, on participe à semer le soupçon que, derrière les plaidoyers d\u2019une culture civique, essentiellement procédurale, se cache le projet d\u2019imposer à l\u2019ensemble des composantes de la société le point de vue substantiel des seuls Franco-Québécois.La discussion entre les deux figures de la citoyenneté ne peut s\u2019amorcer, celles-ci ont été ramenées à une seule figure.Le document préparé pour le Forum national sur la citoyenneté et l\u2019intégration est Mutations sociales et enjeux de société 31 plus clair sur la dimension substantielle que doit nécessairement prendre un projet de citoyenneté québécoise.La citoyenneté, y lit-on, est un « patrimoine en partage ».Toutefois, le document insiste pour inscrire ce projet sous la seule figure juridique de la citoyenneté, faisant d\u2019ailleurs une surprenante distinction entre la « nationalité », qui relèverait du droit international, et la «citoyenneté», qui exprimerait le lieu d\u2019expression de la vie démocratique.Surprenante, parce que cette distinction semble contraire à celle habituellement convenue, ainsi qu\u2019actuelle-ment discutée, par exemple, dans les milieux européens où la citoyenneté européenne, minimaliste, procédurale, plurielle, est mise en tension avec la nationalité, lieu de réalisation effective de la démocratie car dotée d'une dimension substantielle.Surprenante aussi parce qu\u2019une telle distinction laisse entendre, ce que contredit toute la trame du document, qu'il n\u2019y aurait aucune dimension nationale dans la citoyenneté québécoise, en un mot qu\u2019elle serait exclusivement juridique.Un consensus présumé Encore ici l\u2019enjeu politique central d\u2019une politique de citoyenneté, l\u2019arrimage d\u2019une prédominance de la langue française et la reconnaissance du pluralisme des communautés linguistiques (le Québec pluriel et inclusif) est posé, non comme une question à débattre, mais comme un phénomène résolu, un large consensus sur lesquels peut s\u2019appuyer dorénavant la citoyenneté.Le contraire est vrai pour la difficulté que pose le chevauchement des citoyennetés \u2014 Québec-Canada \u2014, pensée ici comme difficulté insurmontable.Dans les deux cas, ce qui devrait aboutir à une discussion sur un projet de société est déjà donné et exclu de la discussion.En évacuant la difficulté de l\u2019arrimage entre les deux visages de la citoyenneté, on évacue la possibilité d\u2019un débat qui aurait justement comme objet l\u2019élaboration d\u2019un compromis historique conduisant ultimement aux assises d\u2019une culture publique commune.Une discussion sur la nature de la citoyenneté ne peut avoir lieu lorsque l'on tient pour acquis que ce qui fait l\u2019objet du contentieux est déjà réglé et qu\u2019il ne Références Berlin, Isaïah, « Deux conceptions de la liberté », Éloge de la liberté, Calmann-Lévy, Paris, 1988.Boisvert, Yves, Jacques amel et Marc Molgat, Vivre la citoyenneté.Identité, appartenance et participation, Liber, Montréal, 2000.Constant, Benjamin, De la liberté chez les Modernes, Hachette/Pluriel, Paris, 1980.Gouvernement du Québec, La citoyenneté québécoise.Document de consultation pour le forum national sur la citoyenneté et l\u2019intégration, Québec, Ministère des Relations avec les citoyens et de l\u2019Immigration, 2000.Gouvernement du Québec, Le français, une langue pourtout le monde.Une nouvelle approche stratégique et citoyenne, Commission des états généraux sur la situation et l\u2019avenir de la langue française au Québec, Québec, 2001.Maclure, Jocelyn et Alain G.Gagnon (sous la dir.de), Diversité et citoyenneté dans le Québec contemporain, Québec Amérique, coll.« Débats », Montréal, 2001.Sociologie et sociétés, La citoyenneté, entre le politique et le social, vol.31, n° 2, automne 1999.Thériault, Joseph Yvon, Critique de l\u2019américanité.Mémoire et démocratie au Québec, Québec Amérique, coll.«Débats», Montréal, 2002.Le projet d\u2019une citoyenneté québécoise: un décollage difficile Question nationale 32 Mutations sociales et enjeux de société reste qu\u2019à définir les termes de son fonctionnement procédural.La proposition d\u2019arrimer par un projet de citoyenneté québécoise les deux visages de la citoyenneté ne pourra s\u2019amorcer que si l\u2019on accepte au préalable de distinguer ce que l\u2019histoire forcera bien un jour à réunir.Elle ne peut subsumer la dimension substantielle, que le projet québécois de citoyenneté exprime, dans une citoyenneté civique largement réduite à ses dimensions procédurales.\u2022 Le Québec et les événements du 11 septembre 2001 Ce voisin qu'on ne saurait ignorer Louis Balthazar Politologue, Université Laval Le 6 septembre 2001, la Presse canadienne fait état d\u2019un sondage réalisé par Léger Marketing au cours du mois précédent et qui présente les résultats suivants : \u2022\tprès d\u2019un Canadien sur cinq souhaiterait que le Canada s\u2019annexe aux États-Unis ; \u2022\tau Québec, ce sont 33,9% des répondants qui se disent favorables à l\u2019annexion ; \u2022\tles Québécois sont d\u2019accord, dans une proportion de 49,7% à ce qu\u2019il n\u2019y ait plus de frontière entre le Canada et les États-Unis tandis que 36,2% de l\u2019ensemble des Canadiens sont de cet avis ; \u2022\tquant à l\u2019instauration d\u2019une monnaie commune, une majorité de Québécois (53,5%) la favorisent et seulement 39,g % dans l\u2019ensemble du pays.Ces résultats ont de quoi surprendre ou laisser plutôt sceptiques.II s\u2019agit sans doute d\u2019un instantané de l\u2019opinion, à un moment donné, qu\u2019il faut toujours interpréter prudemment.La marge qui diffé- rencie l\u2019opinion québécoise de celle des autres parties du Canada semble cependant trop considérable pour être l\u2019effet du hasard ou de certaines modalités du sondage, comme la taille de l\u2019échantillon (1508 personnes dans l\u2019ensemble du pays).Ce n\u2019est pas la première fois d\u2019ailleurs que de telles données sont révélées.Qu\u2019en est-il?Les Québécois seraient-ils tellement plus séduits par le pays voisin que ne le sont les autres Canadiens?Si l\u2019on consulte d\u2019autres indicateurs comme les cotes d\u2019écoute de la télévision, le cinéma, les réseaux et échanges entre les deux pays, il semble, au contraire, que les Québécois sont relativement moins intégrés aux États-Unis.Il seraient donc plus différents des Américains, ce qui apparait assez clairement au niveau de la langue et un peu moins au niveau de la culture.On pourrait interpréter leur plus grande ouverture au pays voisin par une certaine sécurité culturelle, sinon dans la Mutations sociales et enjeux de société 33 réalité du moins dans les perceptions des Québécois.Cette question est susceptible d'engendrer un beau débat, mais le débat n\u2019aura pas lieu.Car les événements du n septembre ont vite fait oublier ce sondage publié la veille.C\u2019est donc dans le sillage des attentats de New York et de Washington que les Québécois vont prendre une conscience plus aiguë de leur énorme dépendance par rapport à la superpuissance voisine.Cette dépendance s\u2019avère souvent plutôt gênante à certains égards.Conséquences de la tragédie du 11 septembre 2001 Il y a sans doute une part d\u2019hyperbole dans cette affirmation que le monde ne sera plus jamais le même après l\u2019effondrement des tours du World Trade Center et que la vie des Nord-Américains en sera profondément altérée.Dans la mesure où le phénomène du terrorisme, notamment celui qui est inspiré par un radicalisme islamique antioccidental, existe bel et bien depuis plusieurs années et a déjà soumis les États-Unis à une vulnérabilité nouvelle, la structure du système international n\u2019est pas modifiée par les événements du 11 septembre.Le terrorisme n\u2019en est pas devenu dans les faits plus menaçant qu\u2019il Tétait auparavant.La sécurité des Américains, pas plus que celle des Canadiens, ne sera pas menacée davantage par des attentats terroristes au cours des mois qui suivent.Mis à part le troublant épisode du courrier postal contaminé à l\u2019anthrax, dont les origines sont demeurées inconnues du grand public (peut-être en raison de leur caractère troublant), du moins jusqu\u2019en juin 2002, la vie des Nord-Américains s\u2019est déroulée sans ambages majeurs de la part des ennemis de l\u2019ombre.Ce qui a changé profondément cependant, ce sont les perceptions, tout particulièrement les perceptions des responsables politiques et, en conséquence, toute l\u2019orientation de la politique étrangère américaine.Dans quelle mesure va-t-on délibérément exploiter les sentiments d\u2019insécurité auxquelles la tragédie médiatisée a donné lieu en vue de maintenir une politique de contrôle accru sur la population et de légitimer une politique étrangère agressive?Il n\u2019est pas facile de le déterminer clairement, mais il est évident que le gouvernement américain est bien servi par l\u2019événement et par une atmosphère de patriotisme sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale.Le président Bush recueille dans cette nouvelle donne la popularité et la légitimité qui lui ont fait défaut depuis sa fragile victoire aux élections de novembre 2000.Les Canadiens, aussi bien que les Américains, sont profondément troublés par la catastrophe qui envahit leurs écrans de télévision dès le matin de ce mardi fatidique.Sur le lieu même de l\u2019hécatombe, des Québécois s\u2019avèrent par hasard des témoins privilégiés.Une équipe considérable du monde de la culture et des médias s\u2019apprête, à ce moment, à mettre en branle des journées consacrées à la promotion du Québec à New York.L\u2019événement sera annulé, mais la présence de ces Québécois nous vaut des reportages en direct et des impressions sur le vif de la tragédie.Les premières réactions de la population québécoise sont donc toutes de sympathie, de solidarité, d\u2019un sentiment très vif que cela s\u2019est passé tout près de nous, qu\u2019une ville comme Montréal aurait pu tout aussi bien être touchée.Peu de personnes au Québec vont cependant jusqu\u2019à proclamer spontanément «Nous Ce voisin qu\u2019on ne saurait ignorer Le Québec et les événements du 11 septembre 2001 34 Mutations sociales et enjeux de société sommes tous Américains », comme on le fait dans le reste du Canada et en divers endroits dans le monde.Plusieurs se laissent même aller, au bout de quelques jours, à déclarer que, tout compte fait, les Américains se sont attiré leur terrible sort.On s\u2019interroge à tout le moins sur les facteurs qui ont occasionné cette terrible rétorsion qu\u2019on attribue un peu sommairement à l\u2019aliénation dont sont victimes les populations des pays défavorisés.Une sorte d\u2019antiaméricanisme primaire fait surface, auquel plusieurs réagissent à leur tour vivement et reprochent à ces critiques de verser dans l\u2019indécence en blâmant ainsi les victimes mêmes de la tragédie.Le gouvernement québécois se manifeste promptement, même un peu plus spontanément que le gouvernement du Canada.Le premier ministre Landry s\u2019empresse de faire publier un communiqué de sympathie dans les pages du Neic York Times.À Ottawa, on organise de grandes manifestations de solidarité.Il faut dire aussi que les aéroports canadiens ont tôt fait de permettre à plusieurs avions se dirigeant vers les États-Unis de se poser sur leurs pistes.Le Canada exprime sa volonté de participer aux réactions militaires qui s\u2019imposent.En tant que membre de l\u2019Alliance atlantique, il entérine la déclaration de solidarité des pays de l\u2019OTAN.Dès que les Américains mettent en branle leur attaque dirigée contre le régime taliban de l\u2019Afghanistan, le Canada apporte son appui et offre sa contribution en expédiant deux frégates et un destroyer dans la mer d\u2019Arabie.Lajrontière.La question centrale qui affecte considérablement les relations canado-américaines, c\u2019est d\u2019abord et avant tout celle de la protection de la frontière entre les deux pays.Tout naturellement, le gouvernement américain met en branle un train de mesures pour rendre la frontière plus étanche et se prémunir contre les entrées clandestines de terroristes.Cela a pour effet immédiat de ralentir d\u2019une manière significative le flot incessant des transports transfrontaliers.Rappelons que la frontière entre le Canada et les États-Unis est la plus achalandée du monde.Plus de 300 000 personnes la traversent dans une seule journée.Les échanges économiques, dont la grande majorité se fait par camion, constituent plus de deux milliards de dollars canadiens par jour.Avant même le 11 septembre, on s\u2019interrogeait sur les moyens d\u2019accélérer la circulation routière entre les deux pays tout en préservant les normes de sécurité propres à chacun des deux États souverains.Cette interrogation fait place à une véritable panique à la suite des événements.De nouvelles mesures de sécurité affectent l\u2019économie canadienne et aussi, dans une certaine mesure, l\u2019économie des régions du Nord des États-Unis.Les coûts engendrés par le ralentissement de la circulation des camions d\u2019un pays à l\u2019autre s\u2019élèvent à des centaines de millions de dollars tous les jours.Le nouvel ambassadeur des États-Unis à Ottawa, Paul Celluci, est l\u2019un des premiers à se faire entendre sur cette question en proposant l\u2019établissement d\u2019un « périmètre de sécurité» en Amérique du Nord.Du moins en ce qui concerne le Canada et les États-Unis, il envisage des mesures d\u2019harmonisation et de coordination des politiques relatives à la frontière, notamment en matière de douanes et d\u2019immigration.Le gouvernement du Canada, inquiet de sa souveraineté, hésite à faire sienne l\u2019expression de «périmètre de sécurité», mais il accepte volontiers Mutations sociales et enjeux de société 35 d\u2019entreprendre des pourparlers avec Washington en vue d\u2019assurer l\u2019efficacité et la rapidité du passage de la frontière.Le 12 décembre 2001, une déclaration conjointe est émise par le directeur du Bureau de la sécurité du territoire des États-Unis, Torn Ridge, et le vice-premier ministre du Canada, John Manley.Les deux gouvernements s\u2019engagent à poursuivre travaux et recherches en vue de l\u2019établissement d\u2019une frontière dite «intelligente» (smart border) qui permettrait à la fois un contrôle efficace et la circulation rapide du trafic commercial et touristique.Le 7 mai et le 28 juin 2002, d\u2019autres déclarations sont émises, faisant état des progrès quant aux améliorations matérielles apportées aux postes frontaliers en vue de repérer rapidement les cas problème et d\u2019échelonner les contrôles à plusieurs niveaux.Comme, par exemple, le dédouanement des containers au moment où ils sont scellés, bien avant le passage de la frontière ou encore la reconnaissance rapide des voyageurs à faible risque.On s\u2019engage aussi à ne pas accepter régulièrement les demandes d\u2019asile qui seraient faites après un refus dans l\u2019autre pays.C\u2019est là une source d\u2019inquiétude pour ceux qui ont à cœur la cause des réfugiés, car cela revient, pour le Canada, à entériner la politique plus restrictive pratiquée aux États-Unis.Peut-être ne s\u2019agit-il pas encore vraiment d\u2019un « périmètre de sécurité », mais il est certain qu\u2019on s\u2019en rapproche.Bien plus, il est difficile de ne pas entrevoir, dans un avenir plus ou moins rapproché, la mise sur pied d\u2019une véritable union douanière, sur le modèle européen, qui éliminerait tout à fait les contrôles frontaliers.Déjà M.Tom D\u2019Aquino, président et directeur général du Conseil canadien des chefs d\u2019entreprise, propose un tel accord avec les États-Unis, comme étant la seule solution aux problèmes frontaliers.En effet, aussi « intelligents » seront les contrôles, ils ne permettront jamais une circulation aussi rapide que la libre circulation autorisée par une union douanière.11 est certain qu\u2019une tel accord entraînerait des limitations de la souveraineté canadienne, mais tout laisse croire que le poids énorme des intérêts commerciaux finira par l\u2019emporter sur d\u2019autres considérations.Rappelons que ces échanges sont les plus volumineux qui existent entre deux pays dans le monde entier.Législation sur la sécurité et sur l'immigration.Comme les Canadiens se sentent touchés par la menace du terrorisme en raison de la situation stratégique du pays et des liens intenses avec les États-Unis, le gouvernement du Canada s\u2019empresse de recourir à une législation antiterroriste qui répond aussi, de toute évidence, à l\u2019appel américain d\u2019une grande coalition internationale de lutte contre le terrorisme.Le projet de loi proposé au Parlement à l\u2019automne 2001 suscite beaucoup de questions et des appréhensions dans l\u2019opposition et dans les milieux informés.On évoque la célèbre loi des mesures de guerre de 1970 qui suspendait des libertés civiles.Cette dernière législation avait un caractère temporaire, tandis que la loi antiterroriste se présente comme une mesure permanente.Elle énonce une définition très générale du terrorisme qui pourrait aller jusqu\u2019à inclure des manifestations légitimes et susciter des arrestations préventives contraires aux libertés civiles.Après quelques amendements mineurs, notamment en ce qui concerne la révision obligée cinq ans plus tard, la loi est adoptée à la fin novembre.De même, la loi canadienne sur l\u2019immigration est amendée pour imposer Ce voisin qu\u2019on ne saurait ignorer Le Québec et les événements du 11 septembre 2001 36 Mutations sociales et enjeux de société quelques restrictions à l\u2019entrée des étrangers et répondre aux inquiétudes américaines relatives à un soi-disant laxisme canadien quant à l\u2019acceptation des réfugiés et des immigrants en général.Intégration militaire.À la fin de l\u2019automne 2001, après la chute du gouvernement taliban en Afghanistan, le Canada offre sa contribution au maintien de la paix dans la région.Une force est mise sur pied, autour de Kaboul, sous direction britannique.Le Canada est disposé à y contribuer.Il semble bien cependant que la collaboration canadienne n\u2019est pas tout à fait bienvenue, malgré la bonne réputation du Canada dans ce genre d\u2019opération.C\u2019est que les Britanniques entendent donner un caractère européen à la force.Voilà donc que le Canada se voit plus ou moins exclure d\u2019une force d\u2019intervention de paix qui se veut européenne.Signe des temps : l\u2019Europe se consolide et le Canada est renvoyé à son appartenance continentale.Effectivement, c\u2019est auprès de troupes américaines que les militaires canadiens combattent, non plus pour le maintien de la paix, mais en vue de poursuivre l\u2019éradication des rebelles talibans qui subsistent dans la région de Kandahar.Pour souligner cette intégration de forces canadiennes à une opération américaine, on apprend que des militaires canadiens ont fait des prisonniers qui ont dû être soumis à des conditions de détention contraires à la Convention de Genève sur les prisonniers de guerre.On a agi ainsi en conformité avec des procédures décidées et mises en œuvre par le département de la Défense des États-Unis, en dépit de critiques venues de toutes part, notamment du Canada.Pire encore, en avril, on apprend que quatre soldats canadiens, membres du régiment d\u2019infanterie légère Princess Patricia, qui combat avec les Américains près de Kandahar, sont tués, victimes de l\u2019erreur d\u2019un pilote américain d\u2019un avion F-16 qui a largué une bombe laser à un endroit où se trouvaient ces militaires canadiens.Huit autres sont blessés.La population canadienne se résigne assez bien à cet accident sans blâmer outre mesure la bavure américaine et sans remettre en question la participation du régiment canadien à l\u2019opération conjointe.Ce qui heurte les sensibilités canadiennes cependant, c'est la lenteur et la tiédeur du président américain dans la présentation des excuses.Au même moment, pour rappeler d\u2019une manière plus explicite encore aux Canadiens à quel point nos forces armées sont engagées à la collaboration avec les États-Unis, sinon carrément intégrées à la puissance américaine, le Pentagone annonce qu\u2019il met en œuvre un nouveau système de défense continentale appelé le Northern Command (NorthCom), en vue de protéger l\u2019ensemble de l\u2019Amérique du Nord.Déjà la défense aérienne de la région est assurée, depuis 1958, par une force intégrée, le NORAD (North American Air Defense).Il s\u2019agit maintenant d\u2019étendre cette intégration aux forces terrestres et navales pour garantir la sécurité de tout le territoire nord-américain.De plus, les pressions se font de plus en plus fortes pour que le Canada se joigne au projet américain de défense antimissile grâce à la mise sur pied d\u2019un bouclier nucléaire ou système d\u2019interception aérienne de missiles nucléaires (Nuclear Missile Defense: NMD).Force est de conclure que la souveraineté canadienne est bien fragile.En fait, c\u2019est depuis 1940, au moment des accords d\u2019Ogdensburg, que Canadiens et Mutations sociales et enjeux de société 37 Américains sont engagés dans une grande solidarité militaire.À cette époque, en effet, avant même que les États-Unis ne participent à la Seconde Guerre mondiale, les deux pays sont déjà commis à se porter assistance mutuelle.La Commission permanente mixte de défense est créée : elle constitue l\u2019organisme consultatif principal chargé des questions relatives à la sécurité du continent.Cette prise de conscience de la forte intégration du Canada aux États-Unis survient, plutôt péniblement, à un moment où les Canadiens se sentent assez peu attirés par l\u2019atmosphère politique du pays voisin.Les Républicains, au pouvoir depuis le début de 2001, ont imposé un nouveau style qui n\u2019a pas l\u2019heur de plaire à plusieurs des alliés des États-Unis, dont le Canada.Un nouveau style à Washington On a noté déjà à plusieurs reprises que le président Bush ne semblait pas particulièrement intéressé par le Canada.Si l\u2019on excepte les rencontres protocolaires obligatoires entre deux pays si proches à tant d\u2019égards, il apparaît assez clairement que George W.Bush, originaire d\u2019un État contigu au Mexique, a porté plus d\u2019attention à son voisin du Sud qu\u2019à celui du Nord.Peu de personnes dans son entourage immédiat connaissent bien le Canada.Ainsi, dans un de ses premiers discours après la tragédie du 11 septembre 2001, le président a-t-il souligné que la Grande-Bretagne était un allié privilégié, le pays ami par excellence des États-Unis, sans faire aucune allusion au Canada qui, pourtant, peut être considéré à un même titre.Comme on l\u2019a mentionné plus haut, durant la journée suivant la bavure militaire qui a coûté quatre vies et huit blessés aux forces armées canadiennes, le prési- dent laisse passer plusieurs occasions de présenter des excuses au pays voisin avant de le faire à l\u2019occasion d\u2019une réponse à la question d\u2019un journaliste.Les relations commerciales entre les deux pays sont marquées par quelques frictions notoires.D\u2019abord, les lourdes pénalités imposées aux exportations canadiennes de bois d\u2019œuvre vont heurter profondément non seulement tous les Canadiens, dont plusieurs Québécois, qui vivent de cette industrie, mais aussi de larges secteurs de la population.Des droits compensateurs de plus de 19% et des tarifs antidumping de près de 10% imposés aux ventes de bois canadien aux États-Unis répondent aux pressions d\u2019une industrie américaine bien organisée, aux dépens même des intérêts des consommateurs américains.Cela occasionne, au Québec la perte de plusieurs milliers d\u2019emplois.Il est difficile de ne pas voir dans cette politique le retour en force d\u2019un protectionnisme dont la présidence américaine a toujours voulu se garder.Si l\u2019on ajoute à ces tarifs ceux qu\u2019on prélève dans les importations d\u2019acier (dont le Canada a été heureusement exempté en raison du traité de libre-échange) et de très larges subventions aux agriculteurs américains qui étouffent tous les concurrents des États-Unis en matière agricole, on est en droit de se demander si le président croit encore à la libération des échanges, même s\u2019il obtient l\u2019autorisation du Congrès pour présenter une politique de commerce extérieur qui ne soit pas soumise à de multiples amendements.Ces tendances protectionnistes correspondent bien à l\u2019esprit unilatéraliste qui anime la politique américaine durant ces premières années de la présidence de George W.Bush.Contrairement à l\u2019administration précédente, on ne trouve guère Ce voisin qu\u2019on ne saurait ignorer Le Québec et les événements du 11 septembre 2001 38 Mutations sociales et enjeux de société dans la politique extérieure des républicains de volonté de tenir compte des préoccupations des alliés et de la communauté internationale.Bush a déjà décrié dans sa campagne électorale ce qu\u2019il appelait le « nation-building », c\u2019est-à-dire une intervention qui se voudrait humanitaire et contribuerait à la reconstruction de pays dévastés par des conflits.Il a insisté pour présenter une politique étrangère strictement fondée sur l\u2019intérêt des États-Unis.On pourrait croire qu\u2019à la suite des événements du 11 septembre, la superpuissance américaine s\u2019appuiera fortement sur une coalition pour faire la lutte au terrorisme.En effet, il semble bien qu\u2019on prend alors conscience à Washington qu\u2019on ne peut plus agir seul et qu\u2019il faut désormais établir une concertation avec les alliés, voire avec l\u2019Organisation des Nations unies.Les politiques qui suivent montrent bien qu\u2019il n\u2019en sera pas ainsi.Certes, le président américain appelle tous les États du monde à collaborer, mais il s\u2019agit bien d\u2019une invitation à sens unique.Washington doit mener le bal seul et les partenaires n\u2019ont d\u2019autre choix que de suivre.La consigne de Bush est aussi claire que simpliste : « Ou vous êtes avec nous, ou vous êtes contre nous et, dans ce cas, nous vous considérerons comme des ennemis.» Unilatéralisme américain.Il est vrai que les forces américaines remportent un grand succès en Afghanistan et on ne peut qu\u2019applaudir de toutes parts à la célérité des frappes américaines qui ont bientôt raison du régime des talibans et à la libération d\u2019une population qui a souffert profondément d\u2019une tutelle odieuse.Mais les Américains ont agi à peu près seuls, sans faire appel ni à l\u2019OTAN ni aux Nations unies, accueillant tout au plus la contribution essentielle des forces rebelles afghanes et celle de quelques autres pays dont le Canada.L\u2019unilatéralisme américain se manifeste encore dans nombre de dossiers qui suscitent l\u2019attention de toute la communauté internationale et notamment du Canada.Par exemple, le président Bush rejette du revers de la main le protocole de Kyoto en matière d\u2019environnement, alors que les alliés européens y adhèrent avec enthousiasme et que le Canada s\u2019y montre favorable.On aura même noté que l\u2019administration républicaine, contrairement à la plupart de celles qui l\u2019ont précédée à Washington depuis une trentaine d\u2019années, n\u2019invite en aucune façon ni l\u2019industrie ni la population américaine à faire preuve de retenue dans la consommation du pétrole et l\u2019émission des gaz à effet de serre.Cela place le Canada dans la situation inconfortable de devoir agir seul dans un domaine où il est particulièrement pénible et coûteux de se dispenser de la concertation.D\u2019ailleurs, même si les Canadiens sont agacés par la position plutôt rétrograde des États-Unis, ils semblent peu disposés, de leur côté, à restreindre leur utilisation des carburants polluants.Au Québec même, les gros véhicules sont à la mode et bien peu de gens se préoccupent de leurs effets sur l\u2019environnement.L\u2019attitude américaine n\u2019est pas plus ouverte à l\u2019égard des traités internationaux que le Canada a parrainés ou appuyés comme celui qui touche à l\u2019élimination des mines antipersonnel ou encore l\u2019institution de la Cour pénale internationale qui entre en vigueur le 1\u201c juillet 2002.La politique américaine s\u2019appuie sur une conception toute classique de la souveraineté, comme elle est sans doute la seule à Mutations sociales et enjeux de société 39 pouvoir le faire.Cela entraîne quelques contradictions.Alors que Washington insiste pour que soit reconnue l\u2019imputabilité de tous les protagonistes des conflits internationaux, les Américains se refusent à ce que soient mis en cause leurs propres forces armées.Pour un pays qui a sans cesse fait appel au droit international, il est plutôt aberrant de se retrancher ainsi dans l\u2019immunité pour se soustraire à la justice internationale.Deux poids, deux mesures.Le Canada est encore gêné par le discours présidentiel simplificateur et fort peu diplomatique qui circonscrit un « axe du mal », mettant ainsi au ban des accusés les soi-disant États parias, tels que l\u2019Irak, l\u2019Iran, la Corée du Nord et d\u2019autres, parce qu\u2019on les soupçonne de posséder des armes de destruction massive.De plus, même si les Canadiens ont appuyé fortement la création de l\u2019État d\u2019Israël et soutiennent ses efforts pour préserver son identité et sa sécurité, ils demeurent sensibles aux malheurs des Palestiniens.Aussi ont-ils été déçus par l\u2019abandon délibéré de la politique de conciliation et d\u2019arbitrage mise en œuvre par le président Clinton.L\u2019appui à peine mitigé apporté par l\u2019administration Bush aux entreprises et visées du premier ministre israélien Ariel Sharon, accompagné du rejet du président de l\u2019Autorité palestinienne, Yasser Arafat, contribue à une perte notable de crédibilité des États-Unis dans le monde arabe et sans doute aussi chez plusieurs Canadiens.Au Québec, un grand malaise et une intégration croissante Ce malaise, répandu à travers le Canada, est particulièrement ressenti au Québec.En raison d\u2019une langue et d\u2019une culture qui les distinguent, les Québécois sont plus nombreux à exprimer des réserves et même de l\u2019hostilité à l\u2019endroit de la politique américaine.Parfois d\u2019une manière excessive.Par exemple, il s\u2019en trouve plusieurs pour apporter quelque crédit à la thèse exprimée par Thierry Meyssan dans son livre (L\u2019effroyable imposture) qui laisse entendre que l\u2019attentat dirigé contre le Pentagone (le 11 septembre 2001) n\u2019aurait pas été perpètre par un commando suicide à bord d\u2019un vol commercial.On a énoncé, à l\u2019occasion, des accusations énormes envers le pays voisin.Pourtant, en ces moments même où on accuse, à tort ou à raison, les États-Unis d\u2019exercer une influence pernicieuse sur le monde, nous sommes les premiers à tirer beaucoup de bénéfices de cette influence.Dans la mesure où le produit intérieur brut du Québec dépend des exportations dans une très forte proportion (60% d\u2019après la Délégation générale du Québec à New York) et que 85 % de nos exportations vont aux États-Unis, il est clair que notre bien-être économique repose, pour une très large part, sur nos liens commerciaux avec nos voisins.Ces exportations ont triplé au cours de la période qui a suivi l\u2019accord de libre-échange canado-américain de 1989.Au cours de cette période, le Québec n\u2019a cessé d\u2019enregistrer un solde positif dans les échanges, exportant aux États-Unis beaucoup plus qu\u2019il n\u2019en importe.Ainsi en 2001, le Québec, comme tel, occupe le septième rang des partenaires commerciaux des Américains, avant même la France et Taiwan.De plus, les exportations québécoises aux États-Unis relèvent surtout de la haute technologie et de secteurs de pointe.En 2001, ce sont des avions et du matériel de télécommunication qui occupent le premier et le second rang des expéditions commerciales québécoises vers le voisin du sud.Ce voisin qu\u2019on ne saurait ignorer Le Québec et les événements du 11 septembre 2001 40 Mutations sociales et enjeux de société Avec le seul État de New York, les échanges économiques dépassent désormais 14 milliards de dollars canadiens.Aussi, en vue de maintenir et d\u2019accentuer le dynamisme des communications dans le corridor Québec-New York, le gouverneur Pataki et le premier ministre Landry tiennent un sommet économique, les 21 et 22 mai, 2002, à Saint-Jean-sur-Rjchelieu et à Plattsburgh, NY.On y traite, entre autres, de frontière intelligente, de transport et d\u2019environnement.En août 2002, la ville de Québec est l\u2019hôte de la 27e Conférence annuelle des gouverneurs des États de la Nouvelle-Angleterre et des premiers ministres de l\u2019Est du Canada.Sous le thème des nouvelles frontières de la coopération régionale, il y est question d\u2019énergie, d\u2019environnement et d\u2019éducation.Pour le meilleur ou pour le pire, que cela plaise ou non, le Québec fait partie d\u2019un réseau nord-américain, non seulement au chapitre de l\u2019économie mais aussi en matière d\u2019environnement, de communications, de tourisme et de culture.À l\u2019intérieur de ce réseau, les gouvernements du Canada et du Québec tiennent à préserver ce qu\u2019on appelle l\u2019exception culturelle, c\u2019est-à-dire la possibilité de subventionner des entreprises culturelles non favorisées par la loi du marché et de préserver ainsi dans le monde un certain degré de diversité culturelle.Cela demeure une tâche herculéenne pour les représentants gouvernementaux et les agents de production culturelle, de faire valoir auprès des Américains une volonté de se démarquer par rapport aux seuls impératifs du marché qui favorisent toujours la production de masse aux dépens des cultures minoritaires.Le 15 mai 2002, la ministre des Relations internationales du Québec, Louise Beaudoin, porte ce discours au cœur même de la grande industrie cinématographique, à Los Angeles, à l\u2019occasion de la réouverture officielle de la délégation du Québec dans cette ville.Tout en faisant état du soutien inconditionnel du Québec au libre-échange et à l\u2019intégration économique, elle fait la promotion du concept de diversité culturelle, c\u2019est-à-dire « la capacité des États et des gouvernements d\u2019intervenir pour soutenir et promouvoir la culture ».La ministre poursuit ainsi : « En plus des produits américains qu\u2019ils connaissent et apprécient, les Québécois souhaitent aussi voir des films, lire des romans ou écouter de la musique qui soient réalisés au Québec ou dans d\u2019autres pays du monde.» Elle annonce, à cette occasion, la création par son gouvernement d\u2019un Observatoire de la mondialisation, en vue d\u2019éclairer le phénomène complexe des interactions économiques dans un monde diversifié.Le gouvernement québécois, de concert en cette matière avec le gouvernement canadien, entend donc démontrer aux Américains que le libre-échange peut aller de pair avec une politique de subvention aux industries culturelles.La partie est loin d\u2019être gagnée.Ambivalence Ainsi donc, il apparait de plus en plus évident que le Québec est inscrit dans l\u2019espace américain, qu\u2019il appartient à un véritable réseau nord-américain, en raison des intérêts des Québécois aussi bien qu\u2019en vertu de l\u2019appartenance canadienne.Cela est plus clair que jamais en ce début de siècle.Il semble bien, comme en fait état le sondage réalisé tout juste avant le n septembre, que les Québécois sont très conscients de ce phénomène au point que plusieurs d\u2019entre eux envisagent l\u2019an- Mutations sociales et enjeux de société 41 nexion avec les États-Unis et qu\u2019ils soient plus nombreux encore à appuyer des projets d\u2019union douanière et de monnaie commune.Du même souffle, toutefois, ils sont souvent profondément agacés par les politiques américaines et ne se privent pas de s\u2019exprimer là dessus.Cette ambivalence traverse-t-elle la société québécoise de part en part?La population est-elle divisée là-dessus entre ceux qui sont séduits par le pays voisin et ceux qui souhaitent s\u2019en écarter?L\u2019ambivalence se situe-t-elle plutôt au cœur de chaque personne à la fois consciente de I\u2019américanité et d\u2019une identité propre, souvent réfractaire à l\u2019influence américaine?Il est difficile de répondre à ces questions.Il apparaît cependant assez clairement que la critique québécoise envers les politiques de l\u2019Oncle Sam gagnera beaucoup en force et en pertinence à se situer à l\u2019intérieur du réseau nord-américain auquel le Québec appartient pour le meilleur comme pour le pire.\u2022 Références Balthazar, Louis et Alfred O.Hero Jr, Le Québec dans l\u2019espace américain, Québec Amérique, Montréal, 1999- Clarkson, Stephen, Uncle Sam and Us: Globalization, Neoconservatism and the Canadian State, University of Toronto Press, Toronto, 2002.?Sites Internet Ministère des Affaires étrangères et du Commerce international du Canada : www.defait-maeci.gc.ca Ambassade du Canada à Washington : www.canadianembassy.org Ambassade des États-Unis à Ottawa : www.usembassycanada.org Ministère des Relations internationales du Québec : www.mri.gouv.qc.ca Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques: Observatoire sur les États-Unis, Université du Québec à Montréal : www.dandurand.uqam.ca Les rapports Québec-Canada et la nouvelle donne de la sécurité Alain-G.Gagnon Politologue, Programme d\u2019études sur le Québec de l\u2019Université McGill Les sondages d\u2019opinion confirment que les Québécois, tout comme l\u2019ensemble des Canadiens, continuent d\u2019apporter leur soutien général aux politiques améri- caines, et par ricochet canadiennes, en matière de sécurité.Le sentiment d\u2019identification au Canada est au beau fixe, s\u2019accentuant même quelque peu à la suite Ce voisin qu\u2019on ne saurait ignorer Le Québec et les événements du ti septembre 2001 42 Mutations sociales et enjeux de société de la tragédie du 11 septembre 2001 alors que les infrastructures du pays étaient graduellement incluses dans le périmètre de sécurité délimité par les autorités américaines.Face à la menace terroriste, les Canadiens étaient invités à se solidariser et à soutenir les interventions militaires américaines en Afghanistan.Plusieurs éléments méritent d'être identifiés eu égard à l\u2019impact des événements du 11 septembre 2001 sur l\u2019évolution des rapports Québec-Canada.Constatons d\u2019abord que l\u2019un des premiers gestes du gouvernement de Bernard Landry fut de mandater la ministre des Finances, Pauline Marois, de prendre des mesures budgétaires dites de «sécurité économique» afin de limiter le plus possible les contrecoups de ces événements sur la population québécoise.Le gouvernement du Québec pouvait ainsi jouer un rôle important dans un contexte où les principales initiatives étaient prises au niveau supra-national.Naturellement, plus le temps s\u2019écoulait, plus il devenait évident que les interventions québécoises et canadiennes seraient plutôt de deuxième ordre, les États-Unis occupant presque toute la place sur la scène internationale, allant jusqu\u2019à forcer le Canada à adopter des politiques ciblées en matière de « sécurité nationale» et d\u2019immigration semblables aux leurs.La compatibilité des politiques canadiennes n\u2019était pas suffisante puisque Washington exigeait rien de moins que des politiques identiques.La souveraineté canadienne a donc été mise à mal au cours de l\u2019année 2002 pendant que le projet souverainiste québécois restait stationnaire sinon donnait l\u2019impression de perdre du terrain au profit du nouvel enjeu de la sécurité nationale et internationale.Pertinence de l\u2019État-nation Les frontières ont pris, ironiquement, une importance à laquelle on ne s\u2019attendait pas dans un monde dit « sans frontières ».Malgré un univers politique de plus en plus mondialisé, les États-nations constitués ont fait la démonstration que la souveraineté avait toujours un sens.Immigration et libre circulation des personnes, sécurité civile tout aussi bien que sécurité internationale, administration de la justice et gestion de l\u2019espace aérien sont dorénavant vus, en temps de paix, différemment par les États occidentaux.Dans ces domaines, les options du Québec sont fort limitées puisque c\u2019est Ottawa qui occupe la plus grande partie de l\u2019espace qu\u2019ils ont en partage et ce même, dans une moindre mesure, dans le domaine de l\u2019immigration où déjà les réfugiés relèvent du gouvernement central.Le gouvernement canadien sous le leadership de Jean Chrétien, déjà acquis aux Américains, a laissé toute la place à Washington tout en profitant de la situation pour consolider sa position de force par rapport aux États-membres de la fédération canadienne, cherchant tantôt à leur imposer des mesures de sécurité sans les avoir préalablement consultés, tantôt, comme dans le cas du Québec, à ignorer les représentations faites par les députés de l\u2019Assemblée nationale ou par les députés du Bloc québécois.Ces derniers, précisons-le, détiennent plus de la moitié de la députation en provenance du Québec à la Chambre des communes.À l\u2019image du sort réservé aux démarches du Québec dans le dossier des jeunes contrevenants, les représentations du Québec n\u2019eurent aucun effet sur le gouvernement central.La vision dominante au Canada, de plus en plus d\u2019inspiration américaine, veut que des moyens toujours Mutations sociales et enjeux de société 43 plus coercitifs soient utilisés pour dissuader les jeunes à remettre en question de quelque façon la loi et l'ordre, alors qu\u2019au Québec la démarche privilégiée est davantage axée sur la réinsertion sociale.Ottawa contrôle l'agenda Le rôle majeur exercé par le gouvernement central \u2014 même s\u2019il est secondaire par rapport à celui du gouvernement américain \u2014 contribue toutefois à sortir le gouvernement du Québec de l\u2019arène publique.Puisque, dans la mesure où Ottawa peut intervenir sur l\u2019ensemble du territoire canadien, c\u2019est le gouvernement central qui contrôle l\u2019agenda et qui garde à distance les États-membres de la fédération de la plupart des lieux de décision.Naturellement, en réaction aux attentats du 11 septembre, les consignes de sécurité ont partout été resserrées.En outre, le gouvernement central cherche à se faire reconnaître comme étant le seul intervenant capable de répondre aux questions de sécurité au Canada.Ce faisant, Ottawa privilégie les rapports interétatiques, acceptant la position hégémonique américaine, au détriment des rapports intra-étatiques lesquels devraient constituer un pilier fondamental du système fédéral.Le gouvernement du Québec qui souhaite être consulté sur le déploiement des mesures de sécurité est tenu publiquement, à tout le moins, à l\u2019écart, question pour le gouvernement central de ne pas lui reconnaître de pertinence sociale et, par extension, d\u2019importance politique.La motion de l\u2019Assemblée nationale Peut-être le premier ministre du Québec, Bernard Landry, a-t-il contribué à cette mise à l\u2019écart en donnant un appui sans ambages aux initiatives américaines.Le premier ministre a déposé le 16 octobre 2001 à l\u2019Assemblée nationale une motion de soutien aux initiatives américaines.Cela a contribué à faire en sorte que la position canadienne se résumait à une vision unique.« Les États-Unis d\u2019Amérique ont commencé, le 7 octobre (2001), leur riposte militaire.Cette riposte ciblée est pleinement légitime.Les États-Unis et leurs alliés, dont nous sommes, auront à mener un long combat à la fois sur les fronts économique, diplomatique, judiciaire et militaire afin d\u2019assurer leur sécurité, et ce, conformément au droit international.» Puis, on peut lire dans le texte de la même motion que « le Québec fait partie intégrante de l\u2019économie régionale du nord-est de l\u2019Amérique, l\u2019une des plus vigoureuses du monde.Car nous commerçons davantage avec la Nouvelle-Angleterre qu\u2019avec toute autre partie du monde».Question, pour le Québec, de ne pas se mettre à dos son principal partenaire économique.Quatre secteurs étaient dès lors identifiés par le premier ministre Landry: l\u2019économie, la sécurité, la solidarité et les relations intercommunautaires, éléments devant prioritairement retenir l\u2019attention des autorités politiques.Dans la mouvance de politiques de plus en plus coercitives, influence ici bien sentie de l\u2019Alliance canadienne, le gouvernement central y va de politiques plus contraignantes dans le domaine des jeunes contrevenants, on l\u2019a déjà signalé, et de la sécurité.Le principe de la loi et l\u2019ordre est en voie de détrôner celui du respect des droits et libertés.C\u2019est le retour aux débats du siècle précédent alors que la plupart d\u2019entre nous croyions bien être fermement entrés, avec nos chartes des droits et libertés, dans une ère où le respect des droits devait avoir préséance.Les rapports Québec-Canada et la nouvelle donne de la sécurité Le Québec et les événements du n septembre 2001 44 Mutations sociales et enjeux de société Qu\u2019à cela ne tienne, le gouvernement central (et les Canadiens par leur silence) ne semble pas trop s\u2019en inquiéter et est prêt à troquer des pans de la Charte canadienne des droits et libertés contre des mesures de sécurité arbitraires en temps de crise appréhendée.Dans quelle mesure les initiatives prises par le gouvernement central viennent-elles remettre en question les fondements mêmes de la Charte canadienne des droits et libertés ?La ministre Anne McLellan est persuadée du bien-fondé de cette remise en question, allant même jusqu\u2019à déclarer que: «après les attaques l\u2019équilibre entre les droits individuels et la sécurité collective s\u2019est déplacé» (The Globe and Mail, 6 octobre 2001).Cette nouvelle donne n\u2019est pas sans préoccuper les Québécois, de tous âges et de toutes classes sociales confondues, eux qui ont subi les excès de la Loi sur les mesures de guerre en 1970 alors que des centaines de personnes étaient incarcérées sans accusation par le gouvernement libéral de Pierre Elliott Trudeau.Des changements à prévoir Les événements du 11 septembre laissent entrevoir des changements dans la façon d\u2019envisager les relations intra-étatiques au Canada.Le Québec tout comme le Canada étant des sociétés d\u2019accueil importantes, on peut s\u2019attendre à ce que les choix faits par les deux ordres de gouvernement ne convergent pas nécessairement.Le fait que le Québec soit une terre d\u2019asile pour près de 50% des réfugiés qui arrivent au Canada retiendra de plus en plus l\u2019attention des autorités canadiennes.À la suite des événements du 11 septembre, Ottawa pourrait aussi chercher à s\u2019immiscer dans le processus de sélection des immigrants, responsabilité qui relève de plein droit du Québec.Au cœur des débats, on retrouve assurément la question de la diversité culturelle.Le Québec et le Canada continueront de se comparer sur leur capacité d\u2019accueil et sur leur volonté de faire de la diversité culturelle un élément structurant de leur identité respective.Se référant à la nation québécoise, Bernard Landry a d\u2019ailleurs rappelé, au nom de tous les Québécois, que « nous ne laisserons pas quelques légions d\u2019illuminés saccager ce que 300 ans d'histoire nous ont permis de façonner, une nation multiethnique et multiconfessionnelle qui est notre force et notre fierté.» (Motion, du 16 octobre 2001) C\u2019est ainsi que le premier ministre Landry a été en mesure de confirmer la volonté des Québécois de faire du Québec une terre d\u2019asile prête à construire plus avant son modèle interculturel en vue d\u2019une insertion réussie des nouveaux venus.La mise en œuvre de mesures de sécurité laisse toutefois entrevoir des excès puisque toute revendication sociétale pourra être interprétée comme une remise en question du système actuel.Parmi les risques de dérapage, notons la tendance de plusieurs gouvernements occidentaux à évaluer les interventions des mouvements pacifiques et de contestation en fonction des dangers qu\u2019ils feraient courir à la sécurité.C\u2019est ainsi que des activités légitimes de revendication et de mobilisation populaires pourront être criminalisées par les autorités politiques, limitant sérieusement ces formes d\u2019expression démocratique.Certains États ont d'ailleurs déjà profité des nombreux bouleversements occasionnés par les événements du 11 septembre pour encadrer, restreindre même, les droits de leurs propres citoyens.En Mutations sociales et enjeux de société 45 Turquie, en Israël et en Chine, respectivement, les Kurdes, les Palestiniens et les Ouïghurs sont devenus des groupes identifiables mais aussi, plus près de nous, en Espagne par exemple, un parti politique, le Batasuna, a été banni des institutions politiques.On consultera avec grand intérêt le rapport publié par Amnistie internationale en 2002 (www.amnesty.org) sur les trois premiers exemples.Un important danger guette les sociétés contemporaines, celui de réduire l\u2019espace public.Tout comme la plupart des pays de démocratie avancée, le Canada n\u2019est pas à l\u2019abri de ce danger.Les citoyens se devront d'être à l\u2019affut pour éviter que des excès soient commis.Déjà, à The Gazette, on a pu lire, le 9 mai 2002, dans le cadre du débat entourant la fusion des organismes linguistiques, que les fonctionnaires responsables de l\u2019application de la Charte de la langue française étaient qualifiés de «linguistic talibans».Ces propos sont inquiétants et rappellent les nombreux « dérapages racistes », selon les termes d\u2019une étude de Maryse Potvin (1995), qui ont eu cours au lendemain du référendum de 1995 alors que de nombreux textes d\u2019opinion dans la presse canadienne-anglaise présentaient des images déformées, abusives, voire racistes des Québécois.D\u2019où l\u2019importance qu\u2019il faut accorder à la protection des pratiques démocratiques établies ainsi que la nécessité de mettre de l\u2019avant une politique fondée sur les rapports humains plutôt que sur les rapports de force.Ainsi, comme le rappelle Irene Khan, dans le rapport d\u2019Amnistie internationale de 2002, la sécurité des peuples doit passer avant la sécurité des États.En d\u2019autres termes, la sécurité des États ne doit pas se faire au détriment de la sécurité des peuples : les deux doivent coexister.\u2022 Références Daniels, Ronald J., Patrick MacKlem, et Kent Roach, dirs.The Security of Freedom: Essays on Canada\u2019s Anti-terrorism Bill, University of Toronto Press, Toronto, 2001.Gagnon, Alain-G.«Security, a Trump Card by the Central State?Nation-Building at its Best», Canada Watch, septembre 2002 (à paraître).Potvin, Maryse, « Les dérapages racistes à l\u2019égard du Québec au Canada anglais depuis 1995 », Politique et Sociétés, vol.18, n° 2,1999.?Sites Internet Allocution du premier ministre Bernard Landry, le 16 octobre 2001 : www.assnat.qc.ca/ffa/Publications/ Debats/joumal/ch/011016.htm Amnistie internationale, rapport 2002 : www.amnesty.org Les rapports Québec-Canada et la nouvelle donne de la sécurité L\u2019éthique publique 46 Mutations sociales et enjeux de société L'éthique publique Éthique et culture politique: sombre bilan pour 2002 Yves Boisvert INRS-Urbanisation, Culture et Société « Nos amis sont les meilleurs, pourquoi chercher ailleurs ?Il ne faudrait cependant pas dire que ce sont nos amis.» Voilà le titre qui aurait sûrement été le plus représentatif de l\u2019actualité politique qui a interpellé quotidiennement les Québécois au cours des six premiers mois de l\u2019année 2002.Le fait inusité de cette grande valse des scandales à laquelle nous avons assisté, c\u2019est qu\u2019elle a été généralisée à tous les niveaux politiques, du provincial au fédéral, en passant par le municipal.Après avoir découvert que le népotisme et le patronage font toujours partie des mœurs politiques de nos élus, il n\u2019est pas étonnant de constater que le cynisme des citoyens à l\u2019égard des politiciens ne fait que s\u2019accroître.Lorsque 69 % des Canadiens \u2014 selon un sondage Léger Marketing du mois d\u2019avril 2002\u2014 prétendent que le système politique est corrompu, nos élus n\u2019ont-ils pas le devoir de faire une profonde introspection de leur culture politique et de revoir impérativement les mœurs et les valeurs qui guident leurs décisions et actions ?En 2002, toutes nos instances politiques ont effectivement eu maille à partir avec la problématique des conflits d\u2019intérêts, ou du moins avec des apparences de conflits d\u2019intérêts.Il est question de conflits d\u2019intérêts lorsque que les échanges entre les agents publics et les agents privés posent un problème quant à leur légitimité morale.Les conflits d\u2019intérêts se distinguent de la corruption par le fait que cette dernière est une pratique illégale qui tombe automatiquement sous le couperet des instances policières.Cette distinction est importante, parce que contrairement à ce qui a été dit dans l\u2019enceinte de nos parlements, un seul des dossiers exposés sur la place publique au cours de l\u2019année 2002 est directement lié à la logique de la corruption, soit celui des conseillers municipaux de la Ville de Montréal dans l\u2019arrondissement Saint-Laurent.Dans tous les autres cas, nous avons plutôt fait face à des pratiques douteuses qui ne sont pas illégales en soi, mais qui posent de sérieux problèmes d\u2019éthique ; c\u2019est-à-dire que ces actions ou transactions ne respectent ni les principes du bien commun et de l\u2019intérêt public, ni les valeurs de justice, d\u2019équité et de responsabilité qui doivent guider en tout temps les agents publics dans l\u2019exercice de leur fonction.Face à ces problèmes d\u2019éthique, les politiciens ont été plutôt avares de commentaires.Ils s'en sont tenus à l\u2019aspect légal de ces situations, en affirmant dans chacun des cas qu\u2019il n\u2019y avait pas eu d\u2019actes illégaux commis.En contrepartie, aucun politicien n\u2019a été capable de justifier publiquement et rationnellement la légitimité des transactions douteuses qu\u2019il y avait eu entre les services publics dont ils étaient responsables et les intermédiaires privés. Mutations sociales et enjeu* de société 47 Le dossier provincial : les amis du parti et le lobbying C\u2019est avec l\u2019annonce que l\u2019influent ministre Gilles Baril passait ses vacances des fêtes au Mexique avec son vieil ami André Desroches que la série de scandales politiques est arrivée à Québec.Cette annonce était plutôt banale, diront certains : au nom de quel principe moral peut-on interdire à un ministre de passer ses vacances avec un ami?Le problème, diront les autres, c\u2019est que cet ami monnaye très cher ses contacts privilégiés avec les membres du cabinet Landry, car son métier est celui de lobbyiste.Ainsi, lorsque l\u2019on analyse la revue de presse à ce sujet, le cas Baril-Desroches a d\u2019abord permis aux Québécois de découvrir que le métier de lobbyiste se pratiquait intensivement dans la Vieille Capitale.Ce premier scoop nous a donc obligés à cesser de jouer à l\u2019autruche afin de reconnaître que la ville de Québec est au diapason des autres capitales modernes : elle carbure à l\u2019influence organisée.En éthique gouvernementale, on s\u2019intéresse à la moralité des comportements des agents publics.En effet, si le cas Baril-Desroches était des plus intéressants, c\u2019est parce que l\u2019on y découvrait que l\u2019un des ministres les plus importants du gouvernement Landry s\u2019était mis dans une position précaire qui ouvrait la porte à toutes les hypothèses sur une apparence de conflit d\u2019intérêts.Or, quand on est ministre de l\u2019Industrie et du commerce, on doit chaque jour prendre des décisions sur des demandes d\u2019aide financière ou sur la révision de certains règlements.Le rôle du lobbyiste est justement de faire entendre ces demandes aux responsables publics.Dans un tel cas, la proximité personnelle du ministre et du lobbyiste ne peut qu\u2019attiser les doutes à l\u2019égard de la partialité des décisions du premier.Et c\u2019est justement quand le doute s\u2019installe que les problèmes de crédibilité des institutions publiques font jour.Malgré le fait que Gilles Baril ait entretenu une relation qui porte atteinte à la crédibilité de nos institutions politiques, le milieu politique a fait de celui-ci la pauvre victime d\u2019une pression médiatique démesurée.En ce sens, le premier ministre Landry a défendu son bras droit jusqu\u2019à la toute fin: «II n\u2019y a aucune faute d\u2019éthique de commise, aucune faute contre les lois ou contre les règlements, d'aucune espèce de manière.» Même le chef de l\u2019opposition, lean Charest, a dit regretter le départ de ce ministre qui avait eu un parcours exemplaire.Mais bien qu\u2019il n\u2019y ait pas eu de faute éthique, le ministre Baril tout de même dit que «si cela était à refaire, il y penserait deux /ois» ! Car l\u2019éthique est effectivement une question de jugement bien pesé qui doit se faire a priori, afin de permettre aux individus de tendre le plus possible vers des décisions ou des actions justes et socialement acceptables.La réflexion en matière d\u2019éthique gouvernementale devrait donc amener les agents publics à réfléchir sur la qualité morale de leur comportement afin qu\u2019ils puissent eux-mêmes juger de la qualité de leurs actions, s\u2019auto-réguler et agir de façon responsable.C\u2019est justement ce qui a fait défaut chez le ministre Baril, entraînant jusqu\u2019à sa démission.Le cas Oxygène g.Mais si cette démission du ministre a fermé le dossier Baril-Desroches, cela n\u2019a cependant pas eu pour effet de mettre un terme aux scandales politiques à Québec.De nouveaux éléments ont au contraire révélé un second scandale, dans ce que l\u2019on pourrait Éthique et culture politique: sombre bilan pour 2002 L\u2019éthique publique 48 Mutations sociales et enjeux de société maintenant nommer « La saga d\u2019Oxygène g».Dans ce dossier, on s\u2019est surtout préoccupé de l\u2019influence inquiétante qu\u2019a la firme Oxygène g (dontM.Desroches est un des fondateurs) \u2014 et, on le verra plus loin, d\u2019autres petites firmes de démarcheurs \u2014 sur les proches du premier ministre Landry.Un épisode concernant cette fois le ministre Sylvain Simard s\u2019inscrit dans cette logique de la proximité.Le ministre a ainsi dû se défendre des accusations d\u2019avoir favorisé Oxygène 9 en encourageant un entrepreneur de l\u2019Ou-taouais (pour le projet Parallèle 45) de faire affaire avec ladite firme, et ce, dans le but de faire avancer plus rapidement son dossier de financement dans les officines étatiques.À ce niveau, c\u2019est l\u2019urgence de la demande qui a été adressée au ministre Simard qui a mené à cette situation, car il semble évident que celui-ci n\u2019avait pas d\u2019intention autre que celle d\u2019aider l\u2019entrepreneur en question, et qu\u2019il a même fait cette proposition en présence du député libéral de la circonscription.Or, s\u2019il est vrai que tous ont accès aux fonctionnaires ou aux autres intervenants publics pour faire leurs demandes, le ministre Simard a eu une réaction normale en conseillant à l\u2019investisseur pressé d\u2019utiliser les services d\u2019un lobbyiste pour le guider à travers les procédures administratives et favoriser le traitement plus rapide de son dossier.Ne nous en déplaise, les services de lobbying existent justement parce que certains individus trouvent les démarches administratives de nos États contemporains lourdes, complexes et longues.Ht si Sylvain Simard a ainsi été mis sur la sellette, c\u2019est probablement bien plus en raison de sa proximité avec le chef de son parti que pour avoir recommandé les services d\u2019Oxygène 9.Mais les malheurs d\u2019Oxygène 9 étaient loin d\u2019être terminés avec ces dossiers, puisque l'on a aussi rapidement montré du doigt la conduite du numéro deux de la firme, Raymond Bréard, alors président du Parti québécois.Bréard n\u2019est pas non plus un lobbyiste anonyme, puisqu\u2019il a été chef de cabinet de Bernard Landry alors que celui-ci était ministre des finances, pour ensuite devenir président du Parti québécois.Ce que l\u2019on reproche à Raymond Bréard, c\u2019est d\u2019avoir joué à la chaise musicale afin de s\u2019enrichir dans le privé à partir d\u2019une information privilégiée qu\u2019il aurait obtenue alors qu\u2019il était au cabinet du ministre des Finances.En effet, si l\u2019on tente de mettre ces événements en perspective, il est nécessaire de mentionner que M.Bréard s\u2019était effectivement retiré en 1998 de son poste politique afin d\u2019aller s\u2019associer à son ami André Desroches chez Oxygène 9.Il y a eu la responsabilité de gérer le dossier de la mise sur pied du Regroupement des événements majeurs internationaux (REMI), afin que les membres puissent se qualifier pour l'obtention de subventions gouvernementales d\u2019un fond particulier, dossier sur lequel Raymond Bréard aurait obtenu des informations de première ligne alors qu\u2019il était membre du cabinet de son ami Bernard Landry.En éthique gouvernementale, on dira que le cas Bréard interpelle la problématique de «l\u2019après-mandat», c\u2019est-à-dire qu\u2019elle nous oblige à nous poser des questions sur ce que peuvent ou non faire les agents publics lorsqu\u2019ils décident de quitter le service public.Cette question s\u2019impose surtout pour s\u2019assurer que les agents publics n\u2019utilisent pas de façon déloyale des informations privilégiées qu\u2019ils auraient obtenues dans leur fonction afin de s\u2019enrichir ou d\u2019en faire profiter un tiers. Mutations sociales et enjeux de société 49 Sans défendre cette firme ou le lobbying en général, on peut cependant avancer que les médias se sont injustement acharnés sur les revenus soutirés par la firme ou sur l\u2019immoralité en soi de la profession de lobbyiste.11 est clair que s\u2019il y a eu un scandale dans ce dossier, ce n'est pas du côté de la firme Oxygène 9 en tant que telle, puisqu\u2019elle semble avoir travaillé dans l\u2019intérêt de ses clients avec un rapport qualité-prix qui convenait aux clients.Le problème d\u2019éthique dans ce dossier relève plutôt de l\u2019aspect politique.En effet, dans plusieurs de ces cas de figure, des politiciens ont été négligents dans leurs relations, en oubliant de faire une démarcation nette entre vie privée et vie publique.Dans d\u2019autres cas, ce sont des membres du personnel politique qui ont fait preuve d\u2019opportunisme en prenant congé de leurs fonctions politiques le temps d\u2019aller s\u2019enrichir dans le privé grâce à de l\u2019information obtenue de façon privilégiée dans leur ancien poste public, avant de revenir quelques années plus tard dans la sphère politique.C\u2019est dans cet esprit que les démissions successives de MM.Baril et Bréard étaient nécessaires, car ce sont eux qui ont clairement failli sur le plan du jugement éthique.Après la saga d\u2019Oxygène 9, le premier ministre Landry a finalement dû expliquer ses relations avec le groupe Vaugeois, qui aurait obtenu des commissions importantes à partir de l\u2019enveloppe des crédits d\u2019impôt obtenus du gouvernement québécois par ses clients.Plusieurs ont accusé le premier ministre d\u2019entretenir une relation étroite avec le président de cette firme, Sylvain Vaugeois.Les médias ont tracé un sombre tableau de cet individu, laissant ainsi planer des doutes sur la qualité du jugement de Bernard Landry dans le choix de ses amis.Or, M.Landry a rapidement nuancé en affirmant qu\u2019il connaissait effectivement M.Vaugeois, sans toutefois le fréquenter.Le réseau de M.Landry.Lorsque l\u2019on regarde cette série de scandales qui ont frappé le Parti québécois, il ressort que c\u2019est probablement le réseau de Bernard Landry qui était directement visé par les enveloppes brunes qui ont été déposées sur le bureau des grands quotidiens québécois.Le premier ministre ayant toujours été reconnu pour sa grande loyauté en amitié, plusieurs adversaires politiques y ont trouvé le talon d\u2019Achille permettant d\u2019affaiblir son leadership politique.Pour mettre fin à sa tourmente, M.Landry a d\u2019ailleurs dû expliquer le rôle joué par son ami Yves Duhaime dans le dossier des marchands Métro-Richelieu.Même si le premier ministre se défend d\u2019offrir des privilèges à ses amis, M.Duhaime ne s\u2019est pas caché pour dire que son amitié avec M.Landry lui attirait une importante clientèle.Avec des amis comme ceux-là, il n\u2019est pas étonnant que notre premier ministre se soit retrouvé sur la touche tout au long de l\u2019automne.Plutôt que de parler de malveillance ou de manque d'intégrité, il faut reconnaître que cette loyauté en amitié a porté un ombrage certain sur la qualité du jugement moral et politique du premier ministre.C\u2019est ce qui a permis de douter de la qualité de certaines décisions publiques, notamment dans le dossier du REMI, à savoir si les politiques publiques devaient servir le bien commun ou des intérêts particuliers.Quand on sait que les principes de l\u2019intérêt public et du bien commun sont des principes sacrés en matière d\u2019éthique gouvernementale, il ne fait aucun doute que le premier ministre a lui-même mis ses troupes dans l\u2019embarras.Éthique et culture politique: sombre bilan pour 2002 L\u2019éthique publique 50 Mutations sociales et enjeux de société En ce sens, il est même surprenant que la tempête de l\u2019hiver 2002 n\u2019ait pas emporté M.Landry sur son passage.La réaction qouuemementale.Cependant, s\u2019il y a une chose qu\u2019on ne peut pas reprocher au gouvernement Landry, c\u2019est bien d\u2019avoir tardé à réagir dans le dossier des règles à mettre en place pour encadrer les activités de lobbying.À ce sujet, le premier ministre Landry s\u2019est démarqué du premier ministre Chrétien, qui, au contraire, a tout fait pour ne pas bouger dans le dossier de la crise des commandites.On peut même reprocher au gouvernement Landry d\u2019avoir agi beaucoup trop rapidement et d\u2019avoir escamoté une étape pourtant névralgique dans un tel dossier: procéder à une vaste consultation sur les moeurs politiques.On a préféré se concentrer sur les activités de lobbying afin de rattraper le retard que la province avait pris dans le dossier.Le Québec n\u2019avait effectivement plus le choix de reconnaître que cette pratique était courante et légitime, mais qu\u2019elle devait se faire à l\u2019intérieur de balises très précises qui s\u2019inspirent du principe de transparence.Au départ, le ministre de la Justice, Paul Bégin, a semblé s\u2019intéresser à l\u2019aspect éthique de la question, notamment en laissant penser que la création d\u2019une fonction de conseiller en éthique, nommé et redevable uniquement à l\u2019Assemblée nationale, pouvait être envisageable.Or, on a vite réalisé que le projet de loi élaboré pour répondre à la situation de crise à laquelle faisait face le gouvernement se limiterait cependant au contrôle et à la discipline des activités des lobbyistes, et ce, à partir de règles déontologiques et d\u2019un Commissaire au lobbying.Il ne faut donc pas se surprendre que ce projet de loi ait été malmené lors des audiences publi- ques.Les reproches les plus importants ont porté sur le fait que la démarche a été précipitée, voire improvisée ; sur l\u2019iniquité de traitement entre le milieu des affaires et le milieu syndical ou associatif; et enfin sur la négligence de l\u2019éthique des élus et du personnel politique en fonction, une dimension importante de la logique des scandales.Et la précipitation avec laquelle a été effectuée toute cette démarche, laissant l\u2019impression d\u2019être uniquement une opération de gestion de l\u2019image par le gouvernement Landry, porte à croire que ces trois grandes critiques sont effectivement fort justes.Le cas de Jean Charest.Enfin, on ne pourrait fermer le dossier de la Vieille Capitale sans parler des tuiles qui sont également tombées sur la tête de l\u2019opposition, en l\u2019occurrence celle de son chef, Jean Charest.En effet, les libéraux provinciaux ont dû expliquer leur rôle dans l\u2019enquête menée par un détective privé sur l\u2019ex-président de la SAQ, Gaétan Frigon.Or, on peut ici se poser la question à savoir s\u2019il est acceptable de voir les responsables d\u2019un parti d\u2019opposition négocier avec un détective afin que ce dernier enquête sur la vie privée d\u2019un commis de l\u2019État, dans le but de mettre le gouvernement dans l\u2019embarras.Où la stratégie politique d\u2019un parti pour en dénigrer un autre s\u2019arrête-t-elle?Voilà des questions d\u2019éthique publique qui ressortent nécessairement d\u2019une telle action.Ce dossier nous démontre également le rapprochement qui se fait entre les libéraux fédéraux et ceux du Québec, car l\u2019intermédiaire dans cette histoire était nul autre que le président de Groupaction, M.Jean Brault.Comme nous le verrons un peu plus loin, cette firme a été éclaboussée par des scandales à Ottawa.M.Brault n\u2019étant pas particulièrement reconnu Mutations sociales et enjeux de société 51 pour son altruisme, ses cadeaux semblent plutôt donnés en attente des retours d\u2019ascenseur lorsque ses amis prennent le pouvoir.En acceptant de jouer cette carte de la fdature, Jean Charest s\u2019est trouvé à fragiliser sa posture en se rendant redevable à cette firme.Il a ainsi lui aussi mis le pied dans la tourmente des apparences de conflits d\u2019intérêts, qui n\u2019a ainsi épargné ni le gouvernement, ni le parti d\u2019opposition au cours de l\u2019année 2002.Le dossier fédéral : des pratiques et des principes contestables La première réflexion que l\u2019on a lorsque l\u2019on se penche sur le dossier des scandales à Ottawa, c\u2019est que le gouvernement fédéral est fort généreux avec les amis du régime.Il faut dire que s\u2019il y a eu autant de ministres pris dans la tourmente de 2002, c\u2019est peut-être parce que la problématique de l\u2019éthique n\u2019a jamais été véritablement prise au sérieux par l\u2019entourage du premier ministre.Les membres du cabinet fédéral n\u2019ont jamais reçu de message clair de la part de leur chef sur la nécessité de reconnaître les standards de l\u2019éthique gouvernementale.Il faut dire que depuis la tourmente de 2000, la crédibilité de M.Chrétien en matière d\u2019éthique est bien fragile, celui-ci n\u2019étant jamais parvenu à nous convaincre que son rôle dans le dossier du financement de l\u2019Auberge Grand-mère était exempt de tout soupçon.Dans cette vague de scandales qui ont touché le gouvernement fédéral de plein fouet, c\u2019est bien entendu le dossier des commandites qui a été le plus important, puisque ce sont des millions de dollars (231 millions de dollars en cinq ans) qui ont été généreusement distribués en commissions à des firmes de communication « amies » comme Groupaction et le Groupe Everest.Ces dernières ont à elles seules empoché près de 25 millions de dollars grâce à ce programme.Ces firmes auraient même dans certains cas empoché une double commission, rendant ainsi les contrats fédéraux encore plus alléchants.Le Groupe Everest a même été plus loin dans sa stratégie de travail, puisque c\u2019est l\u2019une de ses filiales, Média I.D.A.Vision, qui a obtenu le mandat de gérer l\u2019ensemble du programme des commandites, moyennant une commission globale de 3%.Ainsi, on s\u2019est retrouvé dans une situation plutôt insolite, où la filiale avait officiellement la responsabilité de surveiller le travail de la société-mère et de ses compétiteurs.Nul besoin de préciser que ce type de partenariat ne va pas sans soulever un sérieux questionnement en matière d\u2019intégrité et de conflits d\u2019intérêts.Des/ailles importantes.Le dossier des commandites nous a dévoilé plusieurs failles importantes du système d\u2019attribution des contrats du gouvernement fédéral et nous a permis de constater que le nouveau culte du partenariat avec le privé n\u2019est garant ni d\u2019une meilleure gouvernance ni d\u2019une plus grande économie.Cela nous a également permis de saisir que cette logique de partenariat soulève de nouvelles questions que nous ne pouvons plus ignorer concernant l\u2019éthique gouvernementale.Ainsi, la reddition de compte devra nécessairement s\u2019élargir à l\u2019ensemble des partenaires qui ont des mandats gouvernementaux.Quand on sait que Groupaction a empoché plus de 1,6 millions de dollars pour réaliser trois études sur l\u2019identification des événements à commanditer par le gouvernement du Canada et que la firme a en fait produit trois rapports quasi identiques, il y a lieu de se poser de sérieuses questions sur la qualité morale des gens qui ont commandé ces études et qui n\u2019ont Ethique et culture politique : sombre bilan pour 2002 L\u2019éthique publique 52 Mutations sociales et enjeux de société fait ni suivi ni contrôle de qualité.Ainsi, cette saga des trois études de Groupaction devra nous servir longtemps d\u2019exemple à ne pas suivre en matière d\u2019éthique gouvernementale dans une logique de nouvelle gouvernance.Au fil des événements, les Canadiens ont découvert que les responsables de ces firmes étaient non seulement des proches du régime, mais aussi des proches de certains ministres en particulier.Ces constats n\u2019ont fait qu\u2019accroître notre perception sur les apparences de conflits d\u2019intérêts qui ont été érigées en système à Ottawa.Dans ce dossier, les citoyens canadiens ont notamment appris avec stupéfaction que le ministre Coderre avait séjourné dans l\u2019un des appartements de luxe du président du Groupe Everest, Claude Boulay, et que ce dernier avait également eu la bonté de «louer» son chalet de l\u2019Estrie à la famille du ministre des travaux publics, Don Boudria.La cas Boudria.Même si Jean Chrétien affirmait en Chambre que ces histoires de condo et de week-end à la campagne n\u2019avaient rien de scandaleux, son homme de confiance, Don Boudria, a tout de même dû tirer sa révérence à la suite de ces révélations pour le moins troublantes.Si le dossier Boudria ne découle pas forcément d\u2019une malveillance organisée, il pose assurément un problème en ce qui concerne la qualité du jugement moral et politique de ce nouveau ministre chargé de faire la lumière sur des scandales où le locateur de son chalet était directement sur la sellette.Il est difficile de ne pas voir là une apparence de conflits d\u2019intérêts, puisque dans une telle conjoncture, il ne serait pas abusif d\u2019émettre l\u2019hypothèse qu\u2019en échange d\u2019un tel privilège (on peut parler ainsi, l\u2019histoire du paiement de cette fameuse fin de semaine a provoqué un cafouillage, minant la crédibilité des deux partis), M.Boulay était en droit de s\u2019attendre à un peu de clémence de la part des membres du ministère des Travaux publics qui devaient faire la lumière sur toute l'histoire de la gestion des commandites.Bien entendu, « l\u2019altruisme » de ces firmes de communication ne s\u2019est pas limité à ces marques d\u2019hospitalité : le tout a également été accompagné d\u2019une très grande générosité dans le financement du Parti libéral du Canada.Groupaction a ainsi contribué à la caisse électorale du parti de Jean Chrétien pour plus de 112162 $ depuis 1993, alors que le Groupe Everest a fait don de 770 000 $ pour la même période.Cela a en outre ramené à l\u2019avant-scène le débat sur le financement des partis politiques fédéraux, démontrant combien l\u2019absence de règles aussi rigoureuses à Ottawa que celles adoptées depuis longtemps par le Québec demeure une épine au pied du système politique canadien.La corruption indirecte.Le premier ministre Chrétien a beau crier haut et fort que rien de scandaleux ne s\u2019est passé au sein de son parti pendant les six premiers mois de l\u2019année, les exemples que l\u2019on vient d\u2019illustrer correspondent pourtant à ce que les analystes politiques américains ont nommé la « mediated corruption » ; c\u2019est-à-dire le détournement des pratiques dites normales d\u2019un agent public à des fins qui favoriseront les intérêts particuliers d\u2019un individu, d\u2019un groupe ou d\u2019une entreprise plutôt que l\u2019intérêt public.En retour, l\u2019agent public recevra soit un gain direct, par exemple une promesse d\u2019emploi à la fin de son mandat, soit un gain indirect, notamment par le financement d\u2019une campagne politique.Ce n\u2019est donc pas Mutations sociales et enjeux de société 53 parce que l\u2019agent public ne recevra pas directement d\u2019argent que la transaction peut être considérée comme acceptable (Thompson, 1993).Il va sans dire que le gain politique ainsi obtenu peut facilement causer une distorsion des règles démocratiques.Dans le cas des commandites, le problème en soi ne vient pas du fait que Groupaction et le Groupe Everest ont obtenu des contrats et soutiré d\u2019importantes commissions, mais plutôt de la façon nébuleuse, voire douteuse, dont ces contrats ont été accordés.Et c\u2019est justement cette entrave au principe d\u2019équité qui a amené les médias à traiter ces dossiers comme des scandales politiques.Loin d\u2019être de simples fabulations de journaliste, ces dossiers posent effectivement problème au niveau de l\u2019éthique gouvernementale, puisqu\u2019il semble bien s\u2019agir là d\u2019un véritable système d\u2019attribution de privilèges pour ceux qui aident le parti et ses lieutenants.Ce dossier a pris une ampleur telle que le gouvernement n\u2019a pas pu jouer très longtemps la carte de l\u2019ignorance.En effet, un petit retour en arrière a permis de constater qu\u2019un publicitaire de Gadneau, André Guibord, avait, dès 1998, averd l\u2019exprésident du Conseil du Trésor, Marcel Massé, d\u2019irrégularités dans l\u2019attribution des contrats de publicité.Une vérification interne du gouvernement avait également démontré, quelque temps plus tard, que le système de gestion du programme des commandites était effectivement problématique.Manque de transparence.L\u2019accroc le plus fondamental à l\u2019éthique gouvernementale est sans contredit le manque de transparence qui a marqué ce dossier.L\u2019obscurantisme politique s\u2019est manifesté dès les premiers balbutiements de cette crise, avec la décision du premier ministre Chrétien de protéger celui à travers qui le scandale s\u2019était installé, soit le ministre des Travaux publics, Alfonso Gagliano.En affectant ce dernier au Danemark, le chef du Parti libéral a éliminé le témoin-clé de toute cette saga des commandites.Car c\u2019est effectivement sous la gouverne de M.Gagliano que s\u2019est développée cette culture de copinage au ministère des Travaux publics.Il est par conséquent paradoxal d\u2019entendre encore aujourd\u2019hui les responsables de l\u2019éthique gouvernementale fédérale citer ce ministère en exemple lorsqu\u2019il est question de souligner les initiatives intéressantes en la matière.Entre la théorie et la pratique, il semble donc régner un important décalage au sein de ce ministère.Ce manque de transparence a été publiquement dénoncé lors du dépôt du rapport spécial de la Vérificatrice générale, Sheila Fraser, au début du mois de mai.Mmc Fraser a en effet condamné l\u2019absence de pièces administratives dans ce dossier complexe.Quand on connaît la tendance des gouvernements à l\u2019inflation de formulaires et de contrats à signer, le constat de toutes ces omissions pose de sérieux problèmes.Le rapport de la Vérificatrice n\u2019a fait qu\u2019ajouter d\u2019autres pièces au casse-tête des horreurs, en dévoilant que le gouvernement avait payé un prix démesuré (23 fois plus cher que ce qu\u2019aurait payé le gouvernement provincial québécois) pour des publi-reportages parus dans l\u2019Almanach du peuple.Face à ces errances systématiques, Mmc Fraser a demandé à la GRC de faire enquête afin de s\u2019assurer qu\u2019il n\u2019y avait pas eu de fraude dans ce dossier.N\u2019ayant pas le mandat d\u2019enquêter sur le pouvoir politique, la Vérificatrice s\u2019est Éthique et culture politique : sombre bilan pour 2002 L\u2019éthique publique 54 Mutations sociales et enjeux de société limitée, dans son rapport, à montrer du doigt les hauts fonctionnaires du ministère des Travaux publics.Il faut cependant mentionner que le fonctionnaire à qui l\u2019on a attribué la responsabilité dans cette affaire, Charles Guité, avait cependant justifié d\u2019une façon pour le moins douteuse l\u2019absence de contrats et autres documents administratifs, expliquant que c\u2019était sa façon de faire des affaires.Or, depuis quand un fonctionnaire peut-il engager plus de 500 000 $ d\u2019argent public sur une base uniquement verbale?Le problème, c\u2019est qu\u2019il n\u2019est justement pas un homme d\u2019affaires, mais bien un fonctionnaire qui se doit de rendre des comptes.Comble de l\u2019horreur en matière de sensibilité éthique, plutôt que de s\u2019inquiéter des graves problèmes de moralité qui entachent la crédibilité de leur gouvernement, de nombreux députés libéraux ont accusé la Vérificatrice générale de partialité.Devant une telle attitude, il devient difficile d\u2019être optimiste quant à l\u2019assainissement des mœurs politiques.Le principe de la loyauté.On a beau faire aujourd\u2019hui la chasse aux fonctionnaires du ministère qui ont officiellement donné le feu vert à ces contrats douteux, il semble toutefois évident que ces derniers n\u2019ont fait que respecter au pied de la lettre le principe de la loyauté qui a toujours contrôlé ce ministère, principe qui est de surcroît fondamental au sein du clan Chrétien.Face à cela, nous devons nous demander si cette sacro-sainte loyauté est vraiment une valeur constructive pour l'éthique gouvernementale et si elle ne sert pas davantage le milieu politique qui veut éviter de se faire éclabousser par des dénonciations de fonctionnaires.Il ne faut donc pas être dupe et croire que le cabinet de M.Gagliano n\u2019est pas intervenu pour baliser les règles implicites de ces octrois de contrats.Le Globe and Mail affirmait d\u2019ailleurs dans son édition du 11 mai 2002 que MM.Boulay (Groupe Everest) et Brault (Groupaction) avaient rencontré le ministre Gagliano a plusieurs reprises à son bureau d\u2019Ottawa pour discuter du dossier des commandites.Il ne faut donc pas s\u2019étonner de voir l\u2019opposition et la plupart des éditorialistes réclamer la mise en place d\u2019une Commission parlementaire spéciale afin de faire la lumière sur l\u2019ensemble de ce dossier.Étrangement, les seuls écarts de conduite que le premier ministre n\u2019a pas tolérés sont ceux des ministres Art Eggle-ton et Paul Martin.M.Chrétien a effectivement demandé à son ministre de la Défense nationale de se retirer à la suite des révélations faites sur un contrat accordé à son ex-petite amie.Il faut dire que M.Eggleton avait perdu la cote auprès du premier ministre depuis qu\u2019il avait placé le gouvernement dans l\u2019embarras avec le dossier des prisonniers afghans.Mais le premier ministre a surtout pris plaisir à critiquer sévèrement Paul Martin, à ce moment ministre des Finances, parce que celui-ci s\u2019est placé dans une situation précaire en acceptant de faire de Jim Palmer, un conseiller en politique fiscale de Calgary, l\u2019un des bailleurs de fonds pour sa course au leadership du parti libéral.M.Chrétien a même réussi à faire réagir son conseiller en éthique à ce sujet, lui qui avait pourtant été des plus discrets quant aux comportements des autres ministres.C\u2019est après avoir gentiment remercié son célèbre ministre des Finances que le premier ministre s\u2019est empressé de définir de nouvelles règles de comportement pour refroidir les ardeurs des ministres qui avaient l\u2019intention de se lancer dans Mutations sociales et enjeux de société 55 des courses au leadership.Il a ainsi obligé tous les aspirants au leadership du parti à dévoiler la liste des donateurs ayant contribué au financement de leurs campagnes respectives.Encore une fois, l\u2019attitude de M.Chrétien dans ce dossier nous oblige à nous poser des questions sur la place de l\u2019éthique au sein du gouvernement.En effet, une telle démarche est-elle véritablement inspirée par l\u2019éthique?Est-il acceptable de la part d\u2019un premier ministre de se servir de l\u2019éthique comme paravent politique pour empêcher les ministres de son cabinet de s'organiser dans le but de lui succéder?Tout au long des six mois où se sont succédé ces révélations, M.Chrétien a multiplié les promesses de réforme de l\u2019infrastructure en éthique, mais les projets tangibles se sont fait attendre.Le comble de l\u2019ironie dans la grande valse de l\u2019éthique du premier ministre est survenu lorsqu\u2019il a promis de rendre publiques les normes de conduite qui doivent guider les ministres et les secrétaires d\u2019État.alors que ces règles étaient affichées sur le site Internet du conseiller en éthique depuis plusieurs années déjà ! Cela prouve bien toute l\u2019assiduité et le sérieux avec lesquels le premier ministre traite la question de l\u2019éthique gouvernementale.Néanmoins, le premier ministre est revenu à la charge dans le dossier de l\u2019éthique le 11 juin dernier en annonçant que les ministres devront dorénavant s\u2019abstenir de faire des démarches auprès des responsables de Sociétés d\u2019État.Il confirmait également que le conseiller en éthique déposerait enfin un premier rapport annuel devant le Parlement à l\u2019automne 2002.L\u2019opposition et la presse ont cependant été quasi unanimes à dénoncer le manque de conviction avec lequel M.Chrétien a fait ces annonces.Pire, certains ont vu derrière ces annonces une pure stratégie machiavélique.C\u2019est n\u2019est que le 3 juillet 2002 que le successeur de Don Boudria, Ralph Goodale, a finalement annoncé l\u2019élimination de la structure de la gestion du programme des commandites reposant sur des intermédiaires.À Montréal : aux frontières du légal et de l\u2019éthique Le nouveau maire de Montréal, Gérald Tremblay, a vite été initié à la problématique de l\u2019éthique gouvernementale.En effet, son administration a dû faire face, dès les premiers mois de son règne, à des accusations de conflit d\u2019intérêts dans l\u2019octroi de contrats et dans la gestion des affaires privées des élus, d\u2019appropriation douteuse de biens publics par les exmaires des banlieues ouest, et même de pots-de-vin concernant deux membres de l\u2019équipe.Le cas de Dorval.En ce qui concerne l\u2019appropriation douteuse de biens publics, il est difficile de passer à côté du dossier de l\u2019île Dorval, dans lequel Peter Yeomans, un membre du comité exécutif de la ville, a été accusé d\u2019avoir participé à un acte illégal en profitant des largesses du conseil municipal de cette petite île qui a vendu à rabais tous les biens publics à l\u2019association de ses résidants.Le gouvernement du Québec a intenté une poursuite contre cette ex-municipalité, le ministre Boisclair considérant que cette transaction était moralement inacceptable et qu\u2019il était de son devoir de protéger l\u2019intérêt public.À cet effet, le ministre a déclaré qu\u2019« [il] est inacceptable qu\u2019un groupe d'individus ou qu\u2019un organisme s\u2019appropnent le bien qui appartient à la communauté'.Il s\u2019agit là d\u2019une question légale, mais aussi d\u2019une question éthique et morale.» Les responsables de plusieurs autres anciennes Éthique et culture politique: sombre bilan pour 2002 L\u2019éthique publique 56 Mutations sociales et enjeux de société municipalités (Westmount, Dollard-des-Ormeaux, Sainte-Anne-de-Bellevue, Sainte-Geneviève et Baie d'Urfé) ont aussi été montrés du doigt pour avoir eu des pratiques contraires au bien commun.Bien que l\u2019on puisse soutenir que M.Yeomans n\u2019était pas en conflit d\u2019intérêts puisqu\u2019il n\u2019était pas membre de ce conseil, il est tout de même renversant qu\u2019un ancien maire \u2014 qui savait très bien que M.Tremblay allait lui réserver une place de choix dans son comité exécutif\u2014 ait participé à un tel détournement des biens publics.Comment demander aux Montréalais de faire confiance à leur responsable de la sécurité publique, lorsque ce dernier a été directement impliqué dans une pratique qui, au-delà d\u2019être illégale, s\u2019avère complètement immorale?Pire, comment faire confiance à un maire qui protège un de ses bras droits, alors que celui-ci a dépouillé les biens publics de la ville même qu\u2019il a le mandat de protéger?Le maire Tremblay a conservé cette même posture de complaisance à l\u2019égard de tous les autres membres de son parti qui ont été impliqués dans ces dossiers (notamment dans le dossier de son conseiller municipal Edward Janiszewski, l\u2019ex-maire de Dollard-des-Ormeaux).Confusion.Dès ce premier dossier, on a compris que le nouveau maire de Montréal avait d\u2019importants problèmes sur le plan de la clarification des balises éthiques qui doivent inspirer et guider les membres d\u2019une équipe intègre ayant le mandat de diriger une ville aussi importante que Montréal.M.Tremblay a-t-il tout oublié de son passage en politique provinciale?Il semble qu\u2019avec sa nouvelle philosophie de gestion, le maire nage en pleine confusion.Il apparaît en outre être incapable de faire la distinction entre Gérald Tremblay, le maire, et Gérald Tremblay, l\u2019homme d\u2019affaires.C\u2019est à cause d\u2019une telle confusion que le maire Tremblay s\u2019est fait accuser d\u2019avoir accordé de façon douteuse un contrat de 850 000$ à l\u2019Institut pour le progrès socioéconomique (IPSE) dans le cadre de l\u2019organisation du Sommet de Montréal.Comme tout le monde le sait aujourd\u2019hui, l\u2019administration de Montréal a dû revenir sur cet engagement, après s\u2019être fait accuser d\u2019avoir indûment favorisé une entreprise fondée par M.Tremblay (IPSE) et dirigée par les amis de ce dernier.Le maire était à cours d\u2019arguments dans cette affaire, puisqu\u2019il avait eu l\u2019imprudence de montrer le plan de travail du sommet préparé par l\u2019IPSE au chef de l\u2019opposition, une semaine avant que l\u2019appel d\u2019offre ne soit annoncé.C\u2019est ce que l\u2019on appelle avoir pipé les dés ! On a ensuite vu l'administration Tremblay accorder des contrats à ses principaux organisateurs politiques (le groupe Pyramide \u2014 Pierre Desjardins, Communication Jean Battah, André Morrow, etc.).Ce fut alors au tour du président du comité exécutif, Frank Zampino, de démontrer ses qualités morales en défendant ardemment la normalité, en démocratie, de tels retours d\u2019ascenseurs.Voulant donner une illustration à sa position, ce dernier a commis une importante erreur politique, en affirmant publiquement que ce ne sont pas les assistés sociaux qui financent les campagnes politiques.Si les propos de M.Zampino avaient le mérite d\u2019être limpides, ils mettaient cependant sur la table une vérité politique qui n\u2019est pas toujours agréable à entendre, soit que le finan-cement des campagnes électorales et le bénévolat politique ne relèvent pas de l\u2019altruisme ou de la bienfaisance, mais qu\u2019il s\u2019agit plutôt d\u2019une forme d\u2019investissement. Mutations sociales et enjeux de société 57 Malgré les contestations qui découlèrent de ces premiers scandales à saveur de népotisme, le nouveau maire n\u2019a pas hésité à continuer d\u2019organiser des cocktails-bénéfice dans le but de regarnir les coffres de son parti.Ainsi, à la fin février, une centaine de membres du milieu des affaires ont eu le privilège de rencontrer le maire moyennant une somme de 1000$ chacun.Ce type d\u2019événement constitue cependant l\u2019assise de la spirale pouvant mener au conflit d\u2019intérêts.En effet, le don (financement) qui est fait par ces gens d\u2019affaires, en est un d\u2019intéressement: il appelle un contre-don (un contrat).Le don politique met ainsi toujours l\u2019agent public dans une posture d\u2019obligation où il se sent redevable.Les ethnologues l\u2019ont bien démontré, cette logique du don / contre-don est à la base des échanges entre les individus.Et c\u2019est justement sur ce plan que le système de copinage politique prend toute sa force.Pour le philosophe québécois Jacques Dufresne, si l\u2019État ne peut pas légiférer le principe de l\u2019amitié, il doit cependant veiller à ce que « l'amitié ne dégénère pas en Javoritisme systématique» (Dufresne, 2000).Des balises.Pour mettre un terme à cette vague de contrats amicaux, le ministre Boisclair a cette fois senti le besoin de baliser la capacité du comité exécutif de Montréal d\u2019octroyer des contrats.Il a ainsi revu un volet de la politique mise sur pied l\u2019automne dernier par sa collègue Louise Harel et qui donnait carte blanche au comité exécutif de la nouvelle ville.M.Boisclair a insisté sur la nécessité de voir les élus municipaux se sensibiliser davantage aux questions d\u2019éthique.Le travail du ministre est important, car la réflexion sur l\u2019éthique de la politique municipale ne peut se limiter à faciliter une plus grande transparence dans l\u2019octroi des contrats, elle doit également amener ces élus à comprendre que l\u2019exercice d\u2019un rôle névralgique dans le secteur public est incompatible avec la gestion parallèle de leurs affaires privées.Dans ce domaine, le maire Tremblay a une fois de plus servi d\u2019exemple négatif en matière d\u2019éthique gouvernementale.En effet, ce dernier a notamment attendu de faire l\u2019annonce d\u2019un plan d\u2019action pour encourager le développement du secteur des biotechnologies avant de reconnaître qu\u2019il était président du conseil d\u2019administration d\u2019une compagnie œuvrant dans ce secteur, Thératechnologie, en plus de posséder 34 000 de ses actions, totalisant une valeur de 350 000 $.Comment ne pas reconnaître qu\u2019il y a là une apparence de conflit d\u2019intérêts qui frôle l\u2019indécence?Ce maire est allé jusqu\u2019à ridiculiser les demandes de démission faites par l\u2019opposition et de mise en fiducie de son portefeuille en demandant s\u2019il devait aussi renoncer à sa femme, ses enfants et sa maison.Une blague, diront certains, mais si tel est le cas, elle décrit bien l\u2019insensibilité du maire en matière d\u2019éthique.L\u2019éthique vise à nous amener, à travers la réflexion, à raffiner notre jugement moral pour nous permettre d\u2019adopter, par nous-mêmes, la logique de l\u2019autorégulation de nos comportements.Cette attitude nous permet de mieux choisir a priori ce qu\u2019il faut faire ou de ne pas faire, au nom de l\u2019acceptabilité sociale, de la justice ou de la responsabilité.Ainsi, lorsque Gérald Tremblay réagit constamment a posteriori à des accusations de conflits d\u2019intérêts et qu\u2019il nous dit que c\u2019est avec regret qu\u2019il quitte les postes des neuf conseils d\u2019administrations qu\u2019il occupait, il ne fait pas preuve d\u2019éthique, mais procède plutôt à une simple gestion de crise et d\u2019image.Et Éthique et culture politique : sombre bilan pour 2002 L\u2019éthique publique 58 Mutations sociales et enjeux de société ce constat n\u2019a fait que se confirmer lorsqu\u2019on a vu le maire s\u2019accrocher, quelques semaines plus tard, à son rôle de fiduciaire des portefeuilles de riches familles montréalaises.Face à cette absence de leadership en matière d\u2019éthique à la tête de la Ville de Montréal, faut-il s\u2019étonner que les problèmes d\u2019éthique et de conflits d\u2019intérêts se soient transformés en accusation criminelle pour corruption dans le cas de deux conseillers de l\u2019arrondissement Saint-Laurent?Une année sombre Nous pouvons dire que l\u2019année 2002 a été une année particulièrement mouvementée, voire sombre, en matière d\u2019éthique gouvernementale.On a pu constater à quel point les mœurs politiques ne respectent plus les attentes de la population en matière d\u2019éthique, de probité et d\u2019intégrité.Face à cela, faut-il s\u2019étonner que la confiance des Québécois et des Canadiens à l\u2019égard de leurs dirigeants demeure à des niveaux tellement bas que l\u2019on en vienne a se demander comment nos élus pourront préserver la légitimité de leurs décisions?On peut cependant constater que le premier réflexe du milieu politique a toujours été de se référer à la dimension légale de la situation lorsque des accusations comme celles dont nous venons de traiter sont portées.Or, comme nous avons tenté de le faire ressortir, ce n\u2019est pas parce qu\u2019une pratique est légale qu\u2019elle est automatiquement acceptable moralement.Le propre de l\u2019éthique publique est justement de pouvoir ouvrir un dialogue sociétal sur ce qui est moralement acceptable ou non en matière de comportements publics.En ce sens, il est permis de dire que l\u2019ensemble des scandales qui ont été dévoilés au cours de l\u2019année nous ont permis de comprendre que la culture politique de nos dirigeants Références Bernier, A.G.et Pouliot, F., (sous la dir.de), Éthique et conflits d\u2019intérêts (Coll.Éthique publique - hors série), Liber, Montréal, 2000.Bergeron, M., et Genard, J.-L.(sous la dir.de), L\u2019éthique de l\u2019administration et du service public, revue Éthique Publique, vol 4 n° 1, printemps 2002.Boisvert, Y.«Crise de confiance et crise de légitimité: de l\u2019éthique gouvernementale à l\u2019éthique publique», dans revue Éthique Publique, vol 4 n° 1, printemps 2002.Boisvert, Y., «Quand l\u2019éthique regarde le politique», dans Politique et Sociétés, volume 20, nos 2-3, automne 2001.Boisvert, Y.et Roy, H., « Le conseiller en éthique du gouvernement fédéral canadien est-il crédible ?», dans revue Éthique publique, vol.3 n° 1, printemps 2001.Boisvert, Yves et Schultheis, Franz (sous la dir.de), «La place de la vérité en politique», revue Éthique publique, vol.i, n° 1, printemps 1999.Dion, M.(sous la dir.de), L\u2019éthique gouvernementale, Fides, Cahiers de recherche Éthique, n°2i, 1997.Dufresne, Jacques , «Pour une éthique réaliste», in A.G.Bernier et F.Pouliot, Éthique et conflits d\u2019intérêts, collection Éthique publique - hors série, Liber, Montréal, 2000.French, P., Ethics in 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Mutations sociales et enjeux de société 59 demeure encore trop souvent ambiguë à l\u2019égard de la prédominance du principe d\u2019intérêt commun.Ainsi, 2002 nous oblige à revoir de façon radicale la culture politique qui règne dans les officines du pouvoir et l\u2019espace que devrait y occuper l\u2019éthique.\u2022 Ruralité québécoise L'Union paysanne: de Saint-Germain-de-Kamouraska à Porto Alegre ou la genèse d'un mouvement rural Raymond Beaudry Sociologue et chercheur associé au GRIDEQ (Université du Québec à Rimouski) Quand on cherche à comprendre les mille et une mailles qui ont tissé la naissance d\u2019un mouvement rural, on peut suivre le fil de la prise de parole des ruraux qui des Opérations Dignité (OD) à l\u2019Union paysanne n\u2019a pas cessé de nous rappeler que la ruralité existe toujours, qu\u2019elle n\u2019est pas figée et qu\u2019elle a même étendu sa toile dans les grands centres urbains.L\u2019Union paysanne fait partie d\u2019un mouvement social qui participe à la résistance et à la transformation de nos sociétés contre l\u2019emprise de la logique économique sur le monde vécu, mais plus particulièrement contre ce « trop de réalité » où tout désir, toute utopie, toute mémoire, tout rêve et toute manière de penser autrement sont perçus comme des entraves au déploiement d\u2019une culture de l\u2019immé-diateté qui tolère peu la réflexion sur le sens commun.L\u2019Union paysanne s\u2019inscrit dans une démarche réflexive et sensible à laquelle souscrivent d\u2019autres mouvements sociaux (mouvement urbain, écologiste, culturel, féministe, antiglobalisation, etc.) où les acteurs tentent de redéfinir par la parole et l\u2019action le sens de l\u2019engagement politique et d\u2019ouvrir la voie à un autre dialogue entre l\u2019humain et la nature pour mieux vivre en société.Mais plus particulièrement, l\u2019Union paysanne tire sa sève de la mémoire des luttes rurales et s\u2019inscrit dans le prolongement de celles-ci.Un rappel de quelques-unes des mobilisations rurales permet de retracer le fil de la prise de parole qui, dans le processus de modernisation, cherche à préserver l\u2019humanisation du développement contre un économisme rampant où une « overclass » tire les ficelles pour que nous bougions dans le sens des intérêts des marchés financiers.La logique de cette entreprise va finir par être cousue de fil blanc que les ruraux s\u2019empresseront de dénoncer et de débattre sur la place publique afin de proposer démocratiquement d\u2019autres manières de vivre ensemble.Il était une fois.«Tout a commencé au BAEQ.» écrivait Jacques T.Godbout (1983) dans La participa- Éthique et culture politique : sombre bilan pour 2002 Ruralité québécoise 60 Mutations sociales et enjeux de société tion contre la démocratie.Le Bureau d\u2019aménagement de l\u2019Est du Québec, 1963-1966 (BAEQ) est mis sur pied par l\u2019élite régionale, maires et gens d\u2019affaires, dont le savoir-faire se nourrit des leçons des chambres de commerce.Chercheurs et animateurs se retrouvent dans la même galère pour transformer les mentalités traditionnelles en mentalités d\u2019aménagement et mettre sur pied une structure de participation populaire pour la préparation d\u2019un plan de modernisation des activités économiques.C\u2019est fondamentalement la structure du lien social qui se transforme peu à peu au nom de la rationalité économique dont l\u2019ultime achèvement sera celui de l\u2019ajustement des com-munautés rurales aux mécanismes d\u2019une économie moderne.Concentration des populations et développement sectoriel sont les assises du plan dont la logique conduit à la fermeture de villages non viables pour le bonheur et le bien de tous.Le p.-d.g.de la Banque Nationale avait répété à peu près la même chose en 1995 en s\u2019en prenant aux économies saisonnières et aux manières de vivre où la population réussit à survivre grâce aux filets protecteurs de l\u2019assurance-emploi.Il ne s\u2019agissait plus de fermer cette fois-ci des villages, mais toute une région.Du côté de la participation, au fur et à mesure que l\u2019expérience du projet pilote progresse, on passe d\u2019une structure de participation à une structure de consultation.Les 5000 personnes mobilisées autour de plus de 200 comités locaux ne se constitueront jamais en véritable pouvoir : ils serviront tout au plus à alimenter la machine technocratique qui cherche avant tout à encadrer et former la population pour qu\u2019elle puisse par elle-même identifier ses propres besoins.Ce modèle de participation persiste encore aujourd\u2019hui à travers les mille et une consultations de la population et des groupes communautaires (voir, entre autres, le Sommet socioéconomique en 1996).Des curés de campagne La religion n\u2019est jamais bien loin du mouvement rural (et j\u2019allais ajouter du mouvement urbain).Du curé Charles Banville, qui va fonder au début des années 1970 les Opérations Dignité (OD), à M6' Bertrand Blanchet et M8' Gérard Drainville, une même logique anime ces individus : défendre les populations rurales au nom de l\u2019autonomie, de la liberté et de la protection de la nature.Banville fait allusion à la naissance d\u2019un humanisme nouveau qui s\u2019inspire des sciences de l\u2019écologie.Il voit dans les luttes de l\u2019époque (Manseau, Cabano, Tricofil) les germes d\u2019une société plus démocratique, voire plus socialisante.Pour lui, si la liberté est inséparable de l\u2019autodétermination des individus et des collectivités, et des contraintes imposées par la nature, elle ne peut pas se conquérir en adhérant au rythme du travail industriel.L\u2019habitant est celui qui vit en osmose avec la nature en suivant le rythme des saisons.Drainville et Blanchet poursuivent aujourd\u2019hui ces réflexions en défendant le développement durable et une économie qui doit être au service du social.Les écosystèmes naturels servent de guide à la diversification de la production agricole qui s\u2019appuie sur le principe suivant: small is beautiful.Autonomie alimentaire, agriculture biologique et solidarité avec les pays du tiers-monde, tels sont les aspects qui gouvernent une agriculture respectueuse de l\u2019environnement, des individus et des communautés rurales.Drainville voit d\u2019un bon œil la multiplication des fermes associatives favorisant des liens plus étroits avec les consom- Mutations sociales et enjeux de société 61 mateurs tout en s\u2019inscrivant dans une économie de proximité.Face à l\u2019idée que l\u2019économie doit répondre à la logique de la rapidité soutenue par la recherche sur les organismes modifiés génétiquement (OGM), Drainville préfère s\u2019en remettre à la sagesse de la nature.Devant l\u2019évolution qu\u2019a prise l\u2019Union des producteurs agricoles (UPA) en défendant « le droit de produire » et le peu de place et de soutien financier dont peuvent bénéficier les agriculteurs biologiques, Drainville se demande pourquoi il y a autant de résistances malgré toutes les voies qui encouragent une agriculture non industrialisée.Au « droit de produire », il oppose l\u2019« esprit d\u2019Assise » : un dialogue fondé sur le principe de l\u2019égalité et de la différence.L\u2019Union paysanne, se demande alors Drainville, pourra-t-elle réussir là où les autres ont échoué?Des militants qui voulaient défaire la défaite Ce n\u2019est donc pas la première fois que les ruraux se mobilisent afin de tenter de se donner des structures leur permettant d\u2019orienter le développement en fonction d\u2019une logique territoriale au nom de l\u2019autogestion ou de l\u2019autodétermination et de la protection de la nature.À l\u2019époque du BAEQ, circulait l\u2019idée de création d\u2019exploitations agricoles communautaires par le regroupement de petites propriétaires (J.J.Simard, 1981) avant même la mise sur pied des organismes de gestion en commun (OGC), dont la naissance remonte à la suite des OD.A.L.Gagnon (1985) a bien montré que ce mouvement se constituait dans un rapport conflictuel avec l\u2019État dans l\u2019intention de permettre aux populations rurales de s\u2019approprier à nouveau la ressource forestière et plus particulièrement l\u2019accès à la forêt publique contrôlée par la grande industrie des pâtes et papiers.Une situation que vont dénoncer l\u2019avocat Maurice Drapeau et le directeur de la Société d\u2019exploitation des ressources de la Vallée de la Matapédia lean-Guy Gagnon (1982) dans Défaire la défaite! En amenant devant les tribunaux une décision du ministre du Revenu de priver les travailleurs forestiers du droit à l\u2019assurance-chômage, comme on disait à l\u2019époque, puisqu\u2019ils seraient des travailleurs indépendants travaillant à leur compte, les auteurs intentent un procès qui durera seize jours et prendra l\u2019allure d\u2019un véritable plaidoyer en faveur du mouvement rural contre le capital, la surexploitation et le pillage de la forêt.Tout en faisant référence aux OD, Drapeau et Gagnon défendent des revendications qui sont encore aujourd\u2019hui au cœur des enjeux du mouvement rural et de l\u2019Union paysanne dont principalement l\u2019occupation et l\u2019appropriation sociale du territoire.Lors du procès, les auteurs font référence aux luttes menées par les habitants de la région du Larzac en France (on parle aujourd\u2019hui de la Confédération paysanne) tout en dénonçant les classes riches de la France, de l\u2019Allemagne et de la Hollande qui profitent de l\u2019exode des populations rurales pour reprendre ces territoires à des fins de villégiature ou d\u2019exploitation des ressources (on dénonce aujourd\u2019hui une « overclass » et les organisations financières).Ils défendent un développement diversifié et intégré soucieux de la dimension écologique et du «jardinage de la forêt» (on parle aujourd\u2019hui de développement durable).Ils affirment que l\u2019orientation du développement du territoire appartient à toute la population (on dit aujourd\u2019hui que l\u2019orientation du développement du terri- L\u2019Union paysanne Ruralité québécoise 62 Mutations sociales et enjeux de société toire agricole ne peut être décidée que par les agriculteurs et leur seul représentant de l\u2019Union des producteurs agricoles \u2014 UPA).Enfin, ils dénoncent l\u2019«enclosure», cette forme de privatisation et de spéculations foncières des terres agricoles qui jalonne la constitution du capitalisme, de l\u2019industrialisation et de la propriété privée, et proposent de « déclôturer» ces espaces au profit d\u2019une mise en commun des territoires agricoles (l\u2019Union paysanne revendique aujourd'hui un syndicat citoyen).Des OD aux OGC, les acteurs ruraux s\u2019inspirent d\u2019un discours marxiste pour se porter à la défense des travailleurs contre l\u2019emprise de la grande entreprise capitaliste.Le modèle coopératif et l\u2019idéal autogestionnaire servent de rempart à la logique économique qui cherche à s\u2019émanciper des contraintes liées au monde du travail, mais aussi de l\u2019espace c\u2019est-à-dire des communautés villageoises et des écosystèmes naturels.Les luttes contre la fermeture des paroisses, l\u2019exode des populations, la surexploitation des ressources forestières (il n\u2019est pas encore question des ressources halieutiques, de l\u2019eau, de l\u2019industrialisation de l'agriculture) sont portées par les travailleurs agroforestiers pour le contrôle et l\u2019appropriation de leur territoire.Un Québec cassé en deux En septembre 1988, le sociologue Charles Côté participe à un colloque à Trinité-des-Monts organisé par le GRIDEQ de l\u2019UQAR et par l\u2019Institut de développement Nord-Sud de La Pocatière.Le thème du colloque est le suivant : Les uillaqes ruraux menacés : Le pari du développement.La conférence de Côté porte sur la désintégration économique, démographique et sociale des communautés rurales.Un phénomène qu\u2019il constate dans toutes les régions du Québec et qui se traduit par l\u2019exode des jeunes, des revenus précaires, une population peu scolarisée, de mauvaises conditions de logement, la disparition de services sociaux (dont la fermeture des écoles et des bureaux de poste), etc.Sa démonstration cartographique s\u2019appuie sur les municipalités régionales de comté (MRC) de Pabok, Rimouski-Neigette, Matane et La Métis.Dans chacune de ces MRC, le conférencier dévoile un Québec cassé en deux avec d\u2019un côté des territoires prospères et de l\u2019autre des territoires en désintégration.Mais au-delà du constat, Côté souligne le fait que, pour certains, il est souhaitable d\u2019abandonner ces territoires peu rentables économiquement et que la tendance semble volontairement s\u2019orienter vers une absence de mesures qui pourraient corriger les inégalités territoriales.Malgré les luttes menées par les OD dans les années 1970, les territoires ruraux continuent de glisser peu à peu vers une fermeture en douce.Que faire?Cette question préoccupe la majorité des participants au colloque de Trinité-des-Monts.C\u2019est alors que quelques-uns décident de former un comité de suivi du colloque et de faire parvenir aux municipalités, aux institutions sociales, aux groupes communautaires et socio-économiques un résumé du colloque tout en leur demandant d\u2019identifier les principaux problèmes de développement de leur milieu.On retourne à la base comme le fera plus tard l\u2019Union paysanne.La compilation de ces données est présentée sous la forme d\u2019un cercle vicieux du maldéveloppement dont les principaux facteurs de déstructuration territoriale sont les suivants : la perte d\u2019emplois; la migration des jeunes; la dégradation sociale du milieu et de la communauté ; le manque de leadership ; la démission politique; le manque d\u2019in- Mutations sociales et enjeux de société 63 formation ; la dégradation de l\u2019environnement.C\u2019est sur la base de ces informations que des assemblées publiques sont organisées dans l\u2019intention de former une coalition rurale.C\u2019est aussi, nous le verrons plus loin, ce que réalisera l\u2019Union paysanne mais cette fois-ci à la grandeur du Québec.Le retour des ruraux C\u2019est à la suite de ce colloque et de la formation du comité de suivi qu\u2019est née, en juin 1990, la Coalition urgence rurale du Bas-Saint-Laurent (CUR) lors d\u2019un rassemblement de près de 1500 personnes à la cathédrale de Rimouski.Quelque 45 représentants d\u2019organismes régionaux et 70 corporations municipales appuient la naissance du mouvement.Parmi les leaders, on retrouve ceux qui avaient joué un rôle important à l\u2019époque de OD.L\u2019Église et l\u2019UPA deviendront les principaux partenaires de la CUR.Il en sortira un manifeste pour dénoncer l\u2019incurie de l\u2019État, mais aussi la perte de confiance à l\u2019égard des institutions étatiques.De janvier à mars 1991, une vaste tournée de consultation est organisée par la CUR afin d\u2019élaborer une politique de développement rural qui a pour objectif de défendre l\u2019occupation du territoire et le contrôle du développement des villages par les citoyens.Dans la foulée des consultations publiques, la CUR va tenter sans succès de créer des liens de solidarité avec, entre autres, l\u2019UPA, les Sociétés d\u2019exploitations des ressources (SER), les Centres locaux de services communautaires (CLSC), les caisses populaires, les groupes de femmes et les municipalités.Des tensions vont rapidement apparaître entre les membres de la CUR, principalement autour de la question forestière et la défense du projet de fermes forestières, un projet qui date de la Révolution tranquille et du BAEQ.Le problème au sein de la CUR se pose de la manière suivante : comment est-il possible de militer pour la CUR quand certains contestent les méthodes d\u2019exploitation forestière privilégiées par les industriels, dénoncent les contrats d'approvisionnement et d\u2019aménagement forestier (CAAF) et défendent l\u2019appropriation de la richesse forestière par les communautés rurales, alors que d\u2019autres, qui partagent en partie ces mêmes critiques, sont à l\u2019emploi des SER dont le travail consiste à encadrer et soutenir les industriels forestiers qui bénéficient de CAAF.De plus, l\u2019appui de la CUR aux municipalités rurales qui revendiquent la gestion du territoire forestier public qui se trouve à l\u2019intérieur de leur municipalité (c\u2019est le principe même des fermes forestières) n\u2019est pas partagé par la Fédération des organismes de gestion en commun (FOGC) et l\u2019UPA.Ceux-ci considèrent que les municipalités peuvent toujours soutenir les organismes forestiers, faire respecter le principe du développement durable, mais il n\u2019est pas question qu\u2019elles s\u2019engagent directement dans le contrôle de la gestion des lots forestiers intramuni-cipaux.Si à la CUR on favorise un développement local par les gens du milieu, on glissera peu à peu vers une forme de mobilisation où une grande partie de la responsabilité finit par reposer entre les mains des individus.Dorénavant, il s\u2019agit moins de prendre en charge des dossiers qui entraînent des rapports conflictuels, comme celui de la question forestière (l\u2019UPA s\u2019y oppose et les OGC finiront par devenir de simple gestionnaire des programmes forestiers pour ainsi s\u2019adapter aux exigences de l\u2019industrie forestière), que d\u2019orienter ses actions vers des activi- L\u2019Union paysanne Ruralité québécoise 64 Mutations sociales et enjeux de société tés d\u2019animation et d\u2019éducation dans le cadre de rassemblements populaires qui reposent sur la valorisation des personnes et l\u2019affirmation de soi.L\u2019objectif est de redonner confiance aux personnes, de les soutenir dans leurs projets de développement local et de tenter d\u2019éviter l\u2019éclatement ou l'implosion dans certains villages où, bien souvent, règne un état de désespoir.Le mouvement qui au départ visait une autonomie d\u2019action par rapport aux organisations locales et régionales, afin d\u2019ouvrir des espaces de débats, finira par être largement instrumentalisé par l\u2019UPA et réduire l\u2019espace public à la recherche de consensus.Les états généraux du monde rural Au début des années 1990, l\u2019Union des producteurs agricoles (UPA) mobilise ses membres pour les préparatifs des états généraux du monde rural qui sont prévus pour février 1991.À cette époque, l\u2019UPA s\u2019inquiète de l\u2019intégration de l'agriculture dans les accords de libre-échange entre le Canada et les États-Unis qui menace le modèle familial de régulation agricole.Pour l\u2019éclairer sur les nouveaux enjeux ruraux et sur la production agricole, l\u2019UPA sollicite la collaboration d\u2019une équipe de chercheurs universitaires.Ceux-ci vont produire des documents afin d\u2019alimenter la réflexion et tenter de tracer les voies possibles pour un modèle de société rurale.L\u2019ensemble de cette production apparaît encore aujourd\u2019hui pertinent pour comprendre l\u2019évolution des territoires ruraux vers un développement à « deux vitesses » et un modèle productivité de l\u2019agriculture.Certains auteurs dénoncent ce modèle de régulation qui s\u2019inscrit dans la logique néolibérale et qui est soutenu par des politiques agricoles dont l\u2019objectif vise essentiellement à encourager une industrialisation de l\u2019agriculture qui conduit à la déstructuration des territoires ruraux.Guy Debailleul (1991) qualifie la logique industrielle de mouvement de moulinet où l\u2019accumulation, la concentration et la spécialisation ont pour effet de provoquer l\u2019exode rural, l\u2019abandon des exploitations et des terres marginales et la dégradation de l\u2019environnement.Les états généraux du monde rural vont donc permettre une vaste réflexion sur la crise du développement et de l\u2019identité rurale.Les acteurs sont amenés à faire le constat que le modèle de développement productiviste, qui avait permis la consolidation des activités économiques en milieu rural, ne permet plus de maintenir l\u2019ensemble des institutions et des services.Certaines communautés rurales subissent des pertes démographiques importantes, un vieillissement de la population, un exode des jeunes, des fermetures de service, un taux de chômage élevé ; bref, on assiste à une déstructuration de ces localités rurales.De plus, face à l\u2019échec des politiques de développement mises de l\u2019avant par l\u2019État, l\u2019urgence de la situation finit par reposer entre les mains des acteurs ruraux.Il faut donc créer des espaces de solidarité pour contrer les forces du marché qui déterritorialisent les communautés rurales.La solution réside alors dans la culture, dans les valeurs, dans la reconnaissance et la valorisation de la personne définie comme un être capable de création et d\u2019initiatives pour le développement de sa communauté.La nouvelle ruralité.À la fin des états généraux du monde rural, les participants adoptent une voie consensuelle qui se traduit par une déclaration de principes qui sert de guide à l\u2019édification de la nou- Mutations sociales et enjeux de société 65 velle ruralité.Ces principes sont les suivants : \u2022\tla valorisation de la personne ; \u2022\tla prise en charge par le milieu de son avenir ; \u2022\tle respect et la promotion des valeurs régionales et locales ; \u2022\tla concertation des partenaires locaux et régionaux ; \u2022\tla diversification de la base économique des ressources ; \u2022\tle rééquilibrage des pouvoirs politiques du haut vers le bas ; la promotion de mesures alternatives pour un développement durable.Le regroupement national, Solidarité rurale du Québec (SRQ), est mis sur pied afin d\u2019assurer le suivi des états généraux du monde rural et de poursuivre la réflexion.Différentes tendances se manifestent autour de la conception de la prise en charge du développement des localités par les ruraux.Certains favorisent la mobilisation des citoyens, afin qu\u2019ils puissent s\u2019approprier de la richesse pour le développement de leur territoire.La formation de corporations de développement et de coopératives, est parfois revendiquée pour assujettir l\u2019économie aux besoins de la collectivité.Ce qui entraîne encore une fois des relations conflictuelles concernant principalement le contrôle de la ressource forestière.D\u2019autres favorisent l\u2019appel à des modes d\u2019action qui reposent sur la capacité des individus à se prendre en main et à mettre en place des projets souvent culturels qui permettront de maintenir la cohésion des villages.C\u2019est la valorisation des capacités créatrices des personnes qui devient le facteur déterminant face à un développement trop centré sur une conception purement économiste.Enfin, l\u2019écologie sert de référence pour un modèle de développement rural où chacune des composantes (humaine et naturelle) évolue dans un rapport d\u2019équilibre.En 1997, SRQ va consolider sa légitimité auprès du gouvernement du Québec comme groupe-conseil en matière de développement rural.Sa capacité de mobiliser les ruraux sur des enjeux qui remettent en question l\u2019orientation du développement industriel, pourtant en contradiction avec ses principes, se fait difficilement.La présence de l\u2019UPA et d\u2019autres groupes corporatifs au sein du conseil d\u2019administration et du conseil exécutif de SRQ ne lui permet pas toujours de poser des actions qui remettent véritablement en question les politiques agricoles du gouvernement.Tout au plus, le regroupement participe à l\u2019aménagement des différentes variables du développement rural en s\u2019inspirant de ses principes.Dans les relations entre tous ces « partenaires ruraux », si l\u2019on appuie les grands principes de SRQ, les conflits entre la logique communautaire et la logique économique ne disparaissent cependant pas pour autant.Nombreux sont ceux qui poursuivent une démarche fortement économiste, entrepreneuriale, voire pro-ductiviste, qui est en conflit avec d\u2019autres positions qui cherchent à restructurer les localités en marge des créneaux qui reposent sur une démarche purement marchande.La production porcine est la goutte d\u2019eau qui fera déborder le vase.Elle s\u2019appuie sur un modèle industriel qui tend à éliminer les contraintes pouvant freiner la liberté d\u2019action des intégrateurs et la grande industrie alimentaire qui fournit les intrants pour la production.Une industrie qui se développe pour elle-même et qui n\u2019a plus besoin d\u2019une campagne habitée pour se reproduire.La campagne habitée devient même l\u2019une des L\u2019Union paysanne Ruralité québécoise 66 Mutations sociales et enjeux de société principales contraintes à son expansion.La loi 23 sur le « droit de produire » et la loi 184 viennent en quelque sorte fixer la suprématie de l\u2019économie sur les communautés rurales et réduire leur pouvoir de débattre des pratiques agricoles.C\u2019est contre ces formes antidémocratiques que les ruraux vont se mobiliser et revendiquer des campagnes habitées, c\u2019est-à-dire là où il est encore possible de prendre la parole et d\u2019exercer son devoir de citoyen au nom d\u2019une agriculture alternative.L'Union paysanne et le retour du conflit Avec le retour du mouvement rural à la fin des années 1980, c\u2019est la question du développement local, de l\u2019autonomie des communautés villageoises et du développement durable qui va peu à peu constituer les principaux éléments de la résistance collective en milieu rural.«Tant vaut le village, tant vaut le pays », est le slogan popularisé par Solidarité rurale du Québec qui se fait entendre un peu partout dans les campagnes où l\u2019on mène des actions afin de contrer la déstructuration des territoires qui se traduit bien souvent par l\u2019exode de la population, la fermeture des services et la diminution des entreprises agricoles familiales.On assiste alors à deux formes de résistance villageoise.La première forme est celle qui s\u2019organise autour du maintien des services dans plusieurs villages du Québec.Dans le cas de cette forme de résistance locale, il faut mentionner la lutte de la localité de Saint-Clément dans le Bas-Saint-Laurent pour conserver son bureau de poste.Dans ce cas-ci, il ne s\u2019agit pas de trouver une solution où l\u2019on chercherait à s\u2019adapter aux transformations de la société tout en suivant l\u2019appel à l\u2019idéologie entrepreneuriale, mais de dévoiler de manière conflictuelle les logiques d\u2019ac- teurs qui s\u2019opposent.La mobilisation des villageois renouera avec des stratégies classiques (occupation du bureau de poste, barrages routiers, manifestations, etc.), non dans l\u2019intention de refuser le changement, mais de le juger en tenant compte à la fois des intérêts individuels et de la communauté.La deuxième forme de résistance est celle où les villageois se mobilisent autour de projets culturels, touristiques, de loisirs, de petites entreprises, etc., afin de redynamiser le développement des localités rurales.Plusieurs de ces projets reçoivent l\u2019appui et la participation des municipalités et des organisations de développement local et régional.Ces mobilisations vont peu à peu changer la conception du développement des villages et l\u2019image de la campagne.Il est alors coutume de parler de mode de vie dans le sens de penser différemment nos manières de produire et d\u2019habiter l\u2019espace.On assiste alors à la création de nombreux projets défendus bien souvent par des comités de développement locaux où participent de nombreux bénévoles.C\u2019est le cas de Saint-Germain-de-Kamouraska, le village où a été fondée l\u2019Union paysanne.Avec le déclin des activités économiques traditionnelles, le village de Saint-Germain, soutenu par la Corporation de développement de la localité, oriente son développement vers des activités culturelles et de loisirs (symposium de peinture, théâtre d\u2019été, club de kayac de mer, résidence pour personnes âgées, mise en valeur des sites naturels).Réunion des acteurs du développement local.En 1996, la Corporation de développement des ressources de Saint-Germain organise dans ce petit village de 312 habitants le premier Rendez-vous des acteurs du déve- Mutations sociales et enjeux de société 67 loppement local en milieu rural.L\u2019événement réunira quelque 250 acteurs du développement local provenant de plusieurs régions du Québec ainsi que des intervenants ruraux venus de la France.Cette rencontre permet de constater que sur l\u2019ensemble du territoire du Québec s\u2019est constitué un véritable réseau d\u2019acteurs qui partagent la nécessité d\u2019échanger sur l\u2019avenir des campagnes.Pendant quatre jours des agents de développement, des universitaires, des maires, des écrivains, des environnemen-talistes et des représentants du gouvernement du Québec vont tenter de définir les orientations et le contenu d\u2019un projet de développement rural.Le modèle qui ressort de cette rencontre est celui qui cherche à rebâtir les campagnes à partir des initiatives locales.Bernard Vachon, géographe, universitaire, animateur en développement local et un des initiateurs du Rendez-vous, écrira que «le développement local, en tant qu\u2019alternative à la logique économique actuelle, doit être un développement humain, social, global ».Il y a là un appel aux hommes et aux femmes de tous les milieux et de toutes les associations à s\u2019engager dans la transformation de la ruralité en s\u2019appuyant sur nos capacités d\u2019agir en société au nom du développement durable, de la protection du patrimoine, de la qualité de la vie et des emplois.Pour Roméo Bouchard, le président de la Corporation de développement des ressources de Saint-Germain, rebâtir les campagnes passe par un nouveau contrat social qui permettrait de contrer les méfaits de l\u2019industrialisation en soutenant une économie diversifiée et durable qui tienne compte de tous les facteurs environnementaux essentiels à la préservation de la vie.Au « droit de produire » défendu par l\u2019UPA, la Corporation de développement oppose celui « d\u2019habiter et de vivre à la campagne ».Ce Rendez-vous se termine avec la conviction que les associations économiques, sociales et culturelles du monde rural cherchent à orienter leurs actions vers un développement local qui encourage la formation des acteurs ruraux et les initiatives du milieu.C\u2019est la raison pour laquelle la Corporation de développement propose la création d\u2019un centre permanent de développement local afin de faciliter la circulation de l\u2019information et d\u2019offrir des sessions de formation.Sauner les campagnes.C\u2019est à la suite de ce Rendez-vous que les leaders du mouvement rural mettent sur pied la coalition Sauver les campagnes.Du 21 au 24 octobre 199g, s\u2019organise à Saint-Germain-de-Kamouraska le premier colloque de la coalition.Participent à cette rencontre des représentants d\u2019Eau secours, de la Coalition pour la sauvegarde des forêts vierges, de Solidarité rurale du Québec, des opposants aux projets de harnachement des petites rivières, aux sites de décontamination des BPC et de développement de l\u2019industrie porcine.Ce que revendiquent les participants, c\u2019est la possibilité pour les populations locales d\u2019intervenir et de débattre des pratiques industrielles qui mettent en danger l\u2019environnement et la santé publique, et qui conduisent bien souvent à la déstructuration des économies locales.Parmi ces pratiques, il y a toujours celle de la grande industrie forestière qui fiat jadis dénoncée par les Organismes de gestion en commun et par des producteurs forestiers dont principalement Léonard Otis.Aujourd\u2019hui, ce sont les associations écologistes qui prennent bien souvent l\u2019initiative d\u2019amorcer de vastes mouvements de résistance, comme L\u2019Union paysanne Ruralité québécoise 68 Mutations sociales et enjeux de société l\u2019Union pour la conservation de la nature (UQCN) qui a mis sur pied la coalition sur les forêts vierges nordiques et qui a profité de la sortie du film L\u2019erreur bore'ale de Richard Desjardins et Robert Monderie pour susciter des débats publics sur l\u2019exploitation forestière.La coalition Sauver les campagnes jouera le même rôle en participant aux assemblées publiques sur l\u2019exploitation agricole et plus particulièrement aux nombreux débats sur la production porcine qu\u2019alimentera la sortie du film d\u2019Hugo Latulipe Bacon le Jilm.Essentiellement, c\u2019est le modèle industriel qui est rejeté par la coalition Sauver les campagnes au détriment d\u2019une agriculture paysanne.Bref, la coalition s\u2019organise en dénonçant la privatisation et la marchandisation des ressources naturelles, revendique un plus grand pouvoir des citoyens, s\u2019inquiète de la privatisation de l\u2019eau et de la santé publique, et s\u2019oppose à l\u2019industrialisation de l\u2019agriculture.La coalition cherche aussi à dépasser la simple défense de la protection de l\u2019environnement pour placer au cœur de ses actions et des débats un questionnement plus large sur les risques de dérive que peut entraîner l\u2019industrialisation des campagnes.Mais en même temps, et pour la première fois, la coalition réussit à créer un réseau de citoyens dans plus de 75 villages, réparti dans toutes les régions du Québec.Il s\u2019agissait donc moins de mobiliser les organisations environnementales, religieuses et syndicales, comme dans le cas de la Coalition pour la sauvegarde de la forêt nordique, mais de partir des localités et de créer ainsi un réseau de solidarité afin de débattre principalement des enjeux liés à la production agricole.C\u2019est lors du colloque à Sainte-Croix-de-Lobinière, en avril 2001, que la coali- tion Sauver les campagnes connaîtra un virage important.Le colloque est préparé par le comité de citoyens de Lotbinière et a pour thème: Repenser l'agriculture.Le colloque attire plus de 170 personnes venues de plusieurs régions du Québec.Des représentants d\u2019organismes comme les ministères de l\u2019Environnement et de l\u2019Agriculture, les préfets des MRC, les députés fédéraux et provinciaux, les groupes environnementaux et socio-économiques et une délégation importante de l\u2019UPA sont venus débattre de l\u2019avenir de l\u2019agriculture.L\u2019objectif de la rencontre est de définir un modèle agricole différent de celui du modèle industriel.Les discussions portent sur la taille des fermes, la production biologique, la mise en marché, le soutien financier, la relève, la représentation syndicale, etc.Selon les organisateurs du colloque, les positions défendues par les représentants de l\u2019UPA semblent irréconciliables avec le projet d\u2019une agriculture alternative.Le soutien de l\u2019UPA à la concentration de la production agricole et des marchés d\u2019exportation, mais surtout son appui à l\u2019industrie porcine dont elle tente de faire un modèle ne permet pas, selon plusieurs, de penser autrement l\u2019agriculture.La rencontre débouche donc sur une impasse.Création de l'Union paysanne.C\u2019est donc dans ce contexte que la coalition Sauver les campagnes va se transformer, dans les semaines qui suivent le colloque, en Union paysanne sous la présidence de Roméo Bouchard.Le congrès de fondation suivra en décembre 2001 à Saint-Germain-de-Kamouraska.Six mois plus tard, l\u2019Union paysanne réussira à recueillir plus de 3000 adhérents.Le mouvement se donnera une structure de participation qui est composée d\u2019un conseil de coordina- Mutations sociales et enjeux de société 6g tion nationale, d\u2019un conseil national et de conseils régionaux dans 16 régions administratives du Québec ainsi que des comités d\u2019action dans plusieurs MRC.Lors du congrès de fondation, les membres se sont entendus sur les objectifs suivants : \u2022\tla création de fermes à échelle humaine ; \u2022\tla transformation et la mise en marché à la ferme ; \u2022\tla mise en place de pratiques agricoles respectueuses des sols, des animaux, de l\u2019environnement et de la santé humaine ; l\u2019ouverture du statut de producteur, des programmes agricoles et des structures de production et de mise en marché pour faire place à de nouveaux producteurs ; l\u2019instauration d\u2019une démocratie rurale qui redonne à l\u2019ensemble des citoyens ruraux le pouvoir d\u2019aménager leur territoire et de se prononcer sur les projets industriels locaux par référendums décisionnels.Références Beaudry, Raymond, Hugues Dionne et le collectif de Saint-Clément, En quête d\u2019une communauté locale.Une mobilisation territoriale villageoise.Le conflit postal de Saint-Clément, Éditions Trois-Pistoles et GRIDEQ, Trois-Pistoles, Rimouski, 1998.Beaudry, Raymond, La résistance incertaine.La ruralité dans le passage de la modernité à la post-modernité, L\u2019Harmattan et Les Presses de l\u2019Université Laval, Paris, Montréal, 2002.Bouchard, Roméo (sous la dir.de) avec la collaboration de Bernard Vachon, Rebâtir les campagnes.Des villages et des petites villes pour le XXIe siècle.1er Rendez-vous des acteurs du développement local en milieu rural à Saint-Germain-de-Kamouraska, du ig au 22 septembre iggô, Éditions Trois-Pistoles, Trois-Pistoles, 1997.Côté, Charles « Réflexion sur la désintégration des communautés, 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agricoles, mise en marché, etc.) pour qu\u2019ils aient accès à une agriculture diversifiée et écologique.Elle cherche également à créer des lieux de débats afin de renouer avec l\u2019esprit de la démocratie et de la justice.Au niveau mondial, l\u2019Union paysanne s\u2019est associée au mouvement international Via Campe-sina, soutient les luttes menées par la Confédération paysanne et celles qui sont menées au Québec par les groupes antiglobalisation dont, entre autres, Opération SalAMl, Alternatives, Équiterre, ATTAC-Québec, la Marche mondiale des femmes, Cybersolidaires, Centre des médias alternatifs, Carrefour mondial de l\u2019Internet citoyen.\u2022 Chronologie >\tLes principaux événements de juillet 2001 à juin 2002 >\tLes disparus, de juillet 2001 à juin 2002 Chronologie 73 Chronologie Les principaux événements de juillet 2001 à juin 2002 Juillet 2001 Le 4 \u2014 Nom de Longueuil.Le gouvernement Landry adopte le nom de Longueuil pour les huit municipalités fusionnées de la Rive-Sud de Montréal.Le 6 \u2014 Condamnation de Mathieu.L\u2019ancien felquiste Rhéal Mathieu écope de six mois de prison, pour des attentats commis contre des commerces montréalais portant un nom anglais.Le g \u2014 Contrat de Bombardier.Bombardier vend 75 avions pour 2,6 milliards de dollars au transporteur américain Northwest Airlines, pour qui Ottawa fournit un prêt de 1,86 milliard sur 15 ans.Le gouvernement du Québec garantit également la transaction.Ce faisant, Bombardier coiffe une fois de plus la société brésilienne Embraer avec l\u2019aide des fonds publics, ce qui alimente la controverse commerciale qui existe déjà entre le Canada et le Brésil.Le 16 \u2014 Pound et le CIO.Le Belge Jacques Rogge est élu président du Comité international olympique devant le Coréen Kim Un-yong et le Montréalais Dick Pound.Le 17 \u2014 Vaccination massive.Devant la résurgence de la maladie, le ministre Rémy Trudel annonce que Québec vaccinera contre la méningite 1,5 million de personnes, âgées de deux mois à 20 ans.Août 2001 Les 2 et 3 \u2014 Conférence de Victoria.Conférence des premiers ministres provinciaux à Victoria, en Colombie-Britannique.Pour assurer le financement du système de santé et mettre fin au « déséquilibre fiscal » avec le fédéral, les provinces \u2014 y compris le Québec \u2014 demandent au gouvernement cenetral soit de verser des sommes de l\u2019ordre de 10 milliards pour la santé, soit de transférer des points d\u2019impôts aux provinces.Le transfert des points d\u2019impôts est la solution préconisée par Québec et elle recueille de nombreux appuis dans les autres provinces lors de cette conférence.Les provinces exigent également d\u2019avoir leur mot à dire dans les négociations énergétiques avec les pays étrangers.La réponse d\u2019Ottawa est cinglante : c'est non.« Ces demandes ne sont pas réalistes.Si on les acceptait, on serait de nouveau en déficit », déclare le ministre fédéral des Affaires intergouvemementales, Stéphane Dion.Le 4 \u2014 Grande Paix de Montréal.300e anniversaire de la Grande Paix de Montréal, signée le 4 août 1701 entre le gouverneur de la Nouvelle-France, Louis-Hector de Callières, et 39 représentants de tribus indiennes.Tout au long de l\u2019été, l'événement est célébré à grand renfort de publicité, d\u2019expositions et de spectacles commémoratifs.Le 4 août 2001, une soirée réunit à Montréal le premier ministre du Québec, Bernard Landry, des Les principaux événements de juillet 2001 àjuin 2002 Les principaux événements de juillet 2001 à juin 2002 74 Chronologie leaders autochtones du Québec et des États-Unis, le maire de Montréal, Pierre Bourque, le ministre fédéral Pierre Pettigrew et le consul général de France.Le premier ministre en profite pour rassurer les autochtones sur les visées indépendantistes de son gouvernement, déclarant qu\u2019« aucun accord définitif ne saurait se déterminer sans la participation entière des Premières Nations ».Le 10 \u2014 Pénalités américaines.Le gouvernement américain annonce son intention d\u2019imposer des droits de 19,3 °/o sur le bois d\u2019œuvre importé du Canada.Le Québec et la Colombie-Britannique sont les deux provinces les plus touchées.Cette déclaration du département du Commerce des États-Unis suscite la colère au Canada mais ne surprend pas.Le gouvernement canadien refuse de s\u2019engager dans la voie des négociations bilatérales sur ce thème et va directement en appel devant les instances arbitrales de l\u2019Organisation mondiale du commerce (OMC).En mai 2002, ce sont finalement des droits de plus de 27 % qui seront effectivement imposés par les autorités américaines [voir article p.442].Le 16 \u2014 La ligne Hertel-des-Cantons.La Cour supérieure du Québec confirme la loi protégeant la ligne de haute tension Hertel-des-Cantons, construite dans la foulée de la tempête de verglas de 1998, contre toute poursuite émanant de groupes de citoyens.C\u2019est une défaite pour les citoyens du Val-Saint-François qui contestaient la construction de cette ligne située entre le village de Saint-Césaire et la ville de La Prairie.Le juge André Denis affirme qu\u2019en adoptant la loi 42 en juin 1999, avec effet rétroactif, le gouvernement du Québec n\u2019a pas nié les droits fondamentaux des citoyens.Le 19 \u2014 Troisième référendum.Le premier ministre Bernard Landry annonce à Rimouski, devant les jeunes péquis-tes réunis en congrès, qu\u2019il tiendra un troisième référendum sur la souveraineté du Québec « pour que le Québec ait sa place au prochain Sommet des Amériques, en Argentine».Le même jour, le leader libéral Jean Charest promet pour sa part qu\u2019en l\u2019élisant, les Québécois auront la paix avec les référendums [voir article P- 477]- Le 20 \u2014 Rapport Larose.Dépôt du rapport de la Commission des états généraux sur la situation et l\u2019avenir de la langue française au Québec, rédigé par son président, l\u2019ex-syndicaliste Gérald Larose.Plutôt que des recommandations législatives précises, on y retrouve l'idée qu\u2019il faut créer une « citoyenneté québécoise », dont la langue française serait un axe essentiel.La prédominance du français au Québec, selon le rapport, repose sur une reconnaissance constitutionnelle et la création d\u2019une citoyenneté québécoise.Prêchant « la réconciliation entre les deux solitudes», le rapport soutient que «la situation évolue globalement en faveur du français» à Montréal.L\u2019association pé-quiste de Montréal-Centre se dit déçue et affirme que la Commission a voulu « évacuer totalement la dimension démolinguistique » du débat [sur la citoyenneté québécoise, voir article p.27].Le 21 \u2014 Agence antidopage.À la suite d\u2019un vote serré tenu à Tallinn, en Estonie, Montréal obtient l\u2019installation chez elle, à compter de 2002, du siège de l\u2019Agence mondiale antidopage, chargée notamment de s\u2019attaquer aux scandales qui ont assombri les Jeux olympiques depuis quelques décennies.Montréal l\u2019a emporté Chronologie 75 17-15 contre sa rivale Lausanne au quatrième tour de scrutin.Le 24 \u2014 Robert Piché.Un Airbus 330 de la compagnie Air Transat, qui faisait la liaison Toronto-Lisbonne, se pose en catastrophe en vol plané aux Açores, alors que les deux réservoirs d\u2019essence sont vides et que les moteurs sont arrêtés.Dans les jours suivants, le commandant Robert Piché est célébré comme un héros pour son exploit, même s\u2019il soutient «n\u2019avoir fait que son travail ».Le 26 \u2014 Fondation de l\u2019UCIM.Plus de 2000 partisans de l\u2019ancien ministre libéral Gérald Tremblay fondent l\u2019Union des citoyens de Plie de Montréal (UCIM) pour faire la lutte au maire sortant Pierre Bourque lors des élections municipales de novembre.Le parti comporte un fort noyau de libéraux provinciaux, avec l\u2019apport du Rassemblement des citoyens de Montréal (RCM) qui s\u2019est dissous pour rejoindre l\u2019UCIM.Le mouvement antifusion des banlieues y est largement représenté.Septembre 2001 Le 4 \u2014 Maladie de Koivu.Le capitaine du club de hockey Le Canadien de Montréal, le populaire centre Saku Koivu, annonce qu\u2019il a un cancer à l\u2019abdomen.Il reviendra au jeu à la fin de la saison 200t-2002.Le 11 \u2014 Attaque du World Trade Center.Attaques terroristes sur New York et Washington.Le trafic aérien est détourné sur le Canada.Les bourses interrompent leurs activités.Le cycle d\u2019événements «Québec à New York», préparé à grands fiais par le gouvernement québécois, est annulé juste à la veille de son lancement.Dans les jours suivants, le premier ministre Bernard Landry déclare que les attentats auront des effets économiques négatifs pour le Québec, parlant même de « récession » probable \u2014 une prédiction qui ne se vérifiera pas.Dans les semaines suivant les attentats, le tourisme baisse fortement au Québec [voir articles p.32 et 41].Le 18 \u2014 Vente de TQS.Pour 74 millions de dollars, Québécor vend la chaîne de télévision TQS à un tandem du diffuseur Cogeco (60%) et de Bell Globemedia (40%).La vente probable de TQS avait été annoncée de longue date à la suite de la fusion Quebecor-TVA-Vidéotron [voir article p.628].Le 19 \u2014 Anjou.Le député libéral d'Anjou, Jean-Sébastien Lamoureux, démissionne de son poste, la justice ayant établi qu\u2019il y avait eu fraude en sa faveur lors des élections de novembre 1998.Le 25 \u2014 Fermeture de GM.General Motors annonce la fermeture de son usine de Blainville pour septembre 2002.Il s\u2019agit là de la dernière usine de fabrication automobile au Québec.L\u2019abandon des modèles Firebird et Camaro explique cette fermeture selon la direction de GM.Les syndiqués promettent qu\u2019ils se battront, et le premier ministre Landry déclare qu\u2019il veut aider à trouver une nouvelle vocation pour cette usine.Le 26 \u2014 Mises à pied chez Bombardier.À la suite du brutal coup de froid sur les transports aériens causé par les attentats aux États-Unis, le constructeur aéronautique Bombardier supprime 3800 postes de travail, dont 2005 dans la région de Montréal.Ce chiffre représente 5 % de ses effectifs mondiaux et 10 % de ses emplois Les principaux événements de juillet 2001 à juin 2002 Les principaux événements de juillet 2001 à juin 2002 76 Chronologie dans le secteur de l\u2019aéronautique.Le Québec est le plus touché, suivi par l\u2019Ontario (680 mises à pied), les États-Unis et le Royaume-Uni.Octobre 2001 Le 1\" \u2014 Élections partielles.Élections partielles dans quatre ciconscriptions au Québec.Le Parti québécois perd Laviolette et Jonquière, le bastion naguère représenté par l\u2019ex-premier ministre Lucien Bouchard, et conserve de justesse Labelle et Blainville.Dans cette dernière circonscription, Richard Legendre, ministre délégué au Tourisme, au Loisir et au Sport, recrue vedette du PQ, l\u2019emporte difficilement par 10 323 voix contre 8990 pour la candidate libérale [voir article p.477].Le 3 \u2014 Affaire des squatteurs.Les squatteurs du Centre Préfontaine de la rue Rachel à Montréal sont expulsés par la police, sur ordre du maire sortant Pierre Bourque.Une quarantaine de sans-abri vivaient depuis deux mois dans ce centre désaffecté.Sept d\u2019entre eux sont arrêtés.L\u2019affaire embarrasse lourdement le maire, qui avait d\u2019abord cédé aux demandes des squatteurs en leur payant même l\u2019eau et l\u2019électricité.Sa volte-face survient à un mois d\u2019élections municipales qui s\u2019annoncent difficiles pour lui.Le 9 \u2014 Mises à pied chez Québécor.Face au marasme du marché publicitaire, Québécor World abolit 2400 postes, soit 6% de ses effectifs, et ferme sept imprimeries aux États-Unis et en Europe.Le président Charles Cavell invoque les événements du 11 septembre.Le 13 \u2014 Sondage.Un sondage SOM-La Presse donne 31% d\u2019intentions de vote au Parti québécois, 41,6% au Parti libéral et 15,7% à l\u2019Action démocratique du Québec.Le 15 \u2014 Le Québec à Chicago.Ouverture de la Délégation du Québec à Chicago.Selon la ministre des Affaires internationales Louise Beaudoin, « on se redonne les moyens de représenter le Québec dans les domaines du commerce, de l\u2019éducation et de la culture».Elle annonce que Québec procédera «rapidement» à l\u2019ouverture d\u2019une Délégation à Los Angeles et d\u2019un bureau à Miami [voir article p.664].Le 20 \u2014 L\u2019ADQ et l\u2019éducation.L\u2019Action démocratique du Québec lance l\u2019idée des « bons d\u2019études », avec lesquels les parents choisiraient l\u2019école de leurs enfants.L\u2019idée est inspirée des vouchers qui font partie du programme de la droite républicaine aux États-Unis [voir article p.500].Le 23 \u2014 Entente avec les Cris.Entente historique avec les Cris pour le développement hydroélectrique du Nord.Dans l\u2019espoir de lever les obstacles à la réalisation du projet Eastmain, le gouvernement Landry convient d\u2019une entente qui assurera à cette communauté au moins 70 millions de dollars de transferts annuels pendant les 50 prochaines années.Soutenant avoir conclu « la paix des braves » et en être arrivés à « une entente historique », le premier ministre Landry et le grand chef de la nation crie, Ted Moses, mettent ainsi fin à 25 ans de guérilla juridique autour de l\u2019interprétation à donner à la Convention de la Baie-James.« On a convenu de tourner la page », déclare le chef Moses [voir articles p.437 et p.527].Le 24 \u2014 Loi 101.Deux marchands de Lac-Brôme, Gwen Simpson et Wally Hoffman, Chronologie 77 sont déboutés par la Cour d\u2019appel du Québec, qui confirme la loi 101 quant à la prépondérance du français dans l'affichage.Le 25 \u2014 Landry à Paris.Bernard Landry entreprend un voyage discret d\u2019une semaine à Paris, qualifié de «visite de travail».Il y fête le 40' anniversaire de l\u2019ouverture de la Délégation générale du Québec à Paris.Il y rencontre le nouveau maire de la capitale française, le socialiste Bertrand Delanoë, ainsi que le secrétaire général de la Francophonie, Boutros Boutros-Ghali.Il y décerne l\u2019Ordre du Québec aux célèbres animateurs Bernard Pivot et Michel Drucker.Il y fait de la prospection d\u2019investissements et revient avec des engagements totalisant 50 millions dans les domaines du multimédia et du biopharmaceutique.Mais toute l\u2019opération se fait dans l\u2019ombre de la psychose du 11 septembre [voir articles p.32 et 41].Le 29 \u2014 Contrat pour Pratt & Whitney.Le motoriste Pratt & Whitney, de Longueuil, décroche un contrat de 3 milliards de dollars américains, sur 25 ans, de l\u2019avion-neur français Dassault, pour qui il construira les moteurs d\u2019avions d\u2019affaires à long rayon d\u2019action.Novembre 2001 Le 1\" \u2014 Budget.Le budget anticipé de Pauline Marois, ministre des Finances du Québec, annonce des aides aux PME dans un contexte de récession anticipée.Le chef de l\u2019opposition Jean Charest parle de « maquillage» et d\u2019un déficit de 1,8 milliard « caché » [voir article p.418].Le 4 \u2014 Élections municipales.Élections dans plusieurs villes et villages du Québec.S\u2019appuyant principalement sur le vote des anglophones et des communautés ethniques, sur celui des banlieues et des municipalités anti-fusion, l\u2019ancien ministre libéral Gérald Tremblay chasse Pierre Bourque de l\u2019hôtel de ville et devient le premier maire de la «nouvelle» ville de Montréal étendue à toute son île.À la mairie de Québec, lean-Paul L\u2019Allier l\u2019emporte de nouveau, même si ses adversaires contrôleront le conseil municipal.Jean Garon est vainqueur à Lévis, Gilles Vaillan-court à Laval, Yves Ducharme à Gatineau et Jacques Olivier à Longueuil.Le 6 \u2014 Le sort des Expos.Réuni en Illinois, le cartel du baseball majeur aux États-Unis décide de dissoudre «deux équipes » en 2002-2003, sans préciser offi-ciel-lement lesquelles.Mais les spéculations vont bon train sur la fin prochaine des Expos de Montréal.Le 7 \u2014 Garderies.Québec accélère la construction de « garderies à cinq dollars ».Dès le printemps 2003, 80 garderies seront mises en chantier, qui pourront accueillir 5000 nouveaux enfants.L\u2019objectif de 100 000 places en garderie prévues pour l\u2019année financière 2005-2006 \u2014 il en manquait encore 20 000 à l\u2019automne 2001 \u2014 sera atteint dès 2003-2004 [voir article P-45*).Le 15 \u2014 Proposition du ministre Facal.Le ministre québécois des Affaires intergouvemementales canadiennes, Joseph Facal, préconise la tenue d\u2019un référendum sur le rapatriement par Québec de points d\u2019impôts actuellement payés au gouvernement fédéral.« Je crois que seul un référendum gagnant sur le rapatriement de points d\u2019impôt nous redonnerait le rapport de force qui permettrait de négocier une rela- Les principaux événements de juillet 2001 à juin 2002 Les principaux événements de juillet 2001 à juin 2002 78 Chronologie tion plus correcte avec le gouvernement central », déclare le ministre dans une entrevue accordée à La Presse.Mais le Conseil national du PQ, tenu deux jours plus tard, n\u2019avalise pas une telle initiative [uoir article p.477].Le 18 \u2014 Maire de Rimouski.L\u2019ancien député provincial et maire sortant de Rimouski, Michel Tremblay, est élu maire de la nouvelle ville fusionnée.Le 25 \u2014 Maire de Ville de Saguenay.Élection municipale dans la nouvelle Ville de Saguenay, qui regroupe Chicoutimi, ionquière et La Baie.Le maire sortant de l\u2019ancienne Chicoutimi, Jean Tremblay, conduira la nouvelle ville fusionnée [uoir article p.344].Le 26 \u2014 Otage en Afghanistan.Le reporter pigiste Ken Hechtman, qui collabore avec un hebdomadaire culturel montréalais, The Mirror, est pris en otage à Spin Boldak en Afghanistan.Il sera relâché quelques jours plus tard.Le 29 \u2014 Projets d\u2019attentats.Des aveux du terroriste Ahmed Ressam au FBI, publiés à Vancouver par la GRC, révèlent des projets d\u2019attentats à Montréal et Outremont.Le 30 \u2014 L\u2019Union paysanne.Fondation de l\u2019Union paysanne à Saint-Germain-de-Kamouraska.La nouvelle association, mise sur pied par 200 militants ruraux, veut concurrencer la toute-puissante Union des producteurs agricoles (UPA), qui a, selon l\u2019Union paysanne, pris le parti d\u2019une agriculture industrielle, complètement intégrée à la mondialisation.«Qu\u2019est-ce qu\u2019on veut ?a demandé le porte-parole Maxime Laplante.L\u2019occupation du territoire et la souveraineté alimentaire, ou plutôt l\u2019exportation agricole et la destruction, à terme, du territoire ?» [uoir article p.59].Décembre 2001 Le 2 \u2014 Coalition pour la souveraineté.Lancement au Medley de la Coalition montréalaise pour la souveraineté qui entend unir les forces indépendantistes et relancer le projet souverainiste.Cette coalition est une initiative du Parti québécois de Montréal-Centre, dont le président est Mario Beaulieu.Le lancement de cette coalition, qui fonctionnera avec des bénévoles, s\u2019est fait en présence, entre autres, du chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, du président de la Société Saint-lean-Baptiste de Montréal (SSJBM), Guy Bouthillier, ainsi que du cinéaste Pierre Falardeau.Le 4 \u2014 Affaire Lester.Le journaliste vedette Normand Lester quitte Radio-Canada après une entente à l\u2019amiable avec ses patrons.Lester avait été suspendu à la suite de la publication de son pamphlet Le liure noir du Canada anglais.La direction de Radio-Canada alléguait que le journaliste avait manqué à son devoir de réserve.Le 6 \u2014 Ruralité.Québec consacrera 90 millions en cinq ans pour appuyer des projets locaux au profit des communautés rurales.Avec sa toute première « politique de la ruralité », le gouvernement veut lutter contre le dépeuplement des régions éloignées et leur déclin économique.Le premier ministre Landry déclare que cette politique est « une opération qui s\u2019oppose aux libres tendances du marché », et qui se veut « un soutien puissant à la reconnaissance régionale» [uoir articles p.231 et 241]. Chronologie 79 Le 7 \u2014 Défaite des « antifùsionnistes ».La Cour suprême du Canada refuse d\u2019entendre l\u2019appel de 13 banlieues, dans l\u2019île de Montréal, qui voulaient invalider la loi du Québec les forçant à fusionner.Le 12 \u2014 Contrat historique.Bombardier décroche le plus gros contrat de son histoire: 500 autorails articulés pour la Société nationale des chemins de fers français (SNCF), d\u2019une valeur de deux milliards de dollars.Le 13 \u2014 Télé-Québec.La journaliste Paule Beaugrand-Champagne est nommée présidente de Télé-Québec, où elle succède à Doris Girard.Plus tôt en 2001, Mme Beau-grand-Champagne avait quitté son poste de rédactrice en chef aujournal de Montréal.Le 17 \u2014 La Gaspésia.Le premier ministre Bernard Landry annonce à Chandler la relance de l\u2019usine Gaspésia, fermée par la papeterie Abitibi Consol en décembre 1999.Cette réouverture a nécessité un montage financier de 465 millions auquel ont participé le Fonds de solidarité de la FTQ (70 millions) Rexfor (35 millions), Tembec (35 millions), le gouvernement fédéral (80 millions) et le gouvernement québécois (153 millions) [noir article P- 337]- Le 20 \u2014 Amendes impayées.Québec annonce que les gens accumulant les amendes impayées n\u2019iront plus en prison, mais risqueront plutôt de perdre le droit de posséder un véhicule motorisé.Janvier 2002 Le 7 \u2014 Francophonie.Conférence ministérielle de la francophonie à Paris.Ministre d\u2019État aux Relations internatio- nales, Louise Beaudoin y déclare que l\u2019annulation du sommet de la Francophonie de Beyrouth, dans la foulée du 11 septembre, a été une erreur.Elle y avance également la position du Québec sur l\u2019élargissement du membership de l\u2019organisation : attention à la qualité des nouveaux membres, et priorité à la consolidation.Selon Québec, il est inquiétant que nombre des nouveaux pays membres envoient aux réunions de la Francophonie des représentants incapables de comprendre le français [voir article p.664].Le 9 \u2014 Fin d\u2019Air Alma.La compagnie Air Alma met fin à ses activités après 42 ans d\u2019existence.Le président de cette entreprise du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Jacques Simard, avait le projet de former une coopérative de cinq transporteurs régionaux couvrant l\u2019ensemble du territoire québécois.Le compagnie Région-nair, de Sept-îles, devait faire partie de cette coopérative mais elle a fermé ses portes en 2001 [voir article p.332].Le 11 \u2014 Immigration.La Cour suprême statue qu\u2019en cas de menace à sa sécurité, le Canada peut déporter un immigrant même s\u2019il risque la torture.Le candidat pourra alors connaître le dossier à charge du gouvernement.La mesure concerne le Québec, où une filière terroriste algérienne a été mise au jour en 1999-2000.Le 16 \u2014 Terroristes.En Cour fédérale américaine, à New York, l\u2019ancien résidant montréalais Mokhtar Haouari écope de 24 ans de prison pour complot terroriste.Le 25, le FBI appelle à rechercher, pour complot de terrorisme, les anciens Montréalais Al Rauf Al-Jiddi et Faker Boussora.Les principaux événements de juillet 2001 à juin 2002 Les principaux événements de juillet 2001 à juin 2002 80 Chronologie Le 17 \u2014 Maison de jeux.Devant la vive opposition manifestée par une bonne partie de la communauté chinoise, le conseil d\u2019arrondissement Ville-Marie, le comité exécutif de la Ville de Montréal et la ministre d\u2019État à la Métropole, le projet de maison de paris équestres dans un restaurant du quartier chinois de Montréal est annulé.Le 21 \u2014 Affaire Cinar.Les producteurs Micheline Charest et Ronald Weinberg, de Cinar, évitent des poursuites au criminel, pour des avantages fiscaux obtenus par fausse représentation.Après examen du rapport soumis par la Gendarmerie royale du Canada, le Bureau des procureurs de Montréal conclut qu\u2019il ne peut porter d\u2019accusations contre la maison de production, dans cette affaire qui avait défrayé la chronique en 1999 et 2000.Mais le 15 mars, la Commission des valeurs mobilières du Québec imposera des amendes de deux millions de dollars à Charest et Weinberg.Le 23 \u2014 Hauts fonctionnaires.Remue-ménage chez les hauts fonctionnaires de l\u2019État québécois.Gaétan Frigon passe à Loto-Québec tandis que Louis Roquet quitte Investissements Québec pour remplacer M.Frigon à la Société des alcools.Michel Crête quitte la direction de Loto-Québec après dix ans, pour devenir secrétaire général associé au ministère du Conseil exécutif.Le 29 \u2014 Crise à Québec.À la veille d\u2019un remaniement à Québec, Guy Chevrette, Jacques Brassard et David Cliche démissionnent avec fracas comme députés et ministres du gouvernement du Parti québécois.Le 30, le premier ministre Bernard Landry, qui avait proclamé la nécessité de «rajeunir» le gouvernement, remanie en profondeur son cabinet.David Levine, ancien administrateur d\u2019hôpitaux et ancien délégué général du Québec à New York, entre au cabinet.Il administrera la santé avec François Legault, qui quitte l\u2019Éducation.Le gouvernement comptera pas moins de 32 ministres \u2014 un record \u2014 et quatre secrétaires d\u2019État, en plus du whip et du président du caucus des députés.Au nombre de 31, les élus péquistes qui n\u2019ont pas de responsabilités gouvernementales sont désormais en minorité à l\u2019Assemblée nationale [voir article p.477].Février 2002 Le 1\"\u2014 Hôpital Monfort.Un jugement de cour maintient l\u2019existence de l\u2019hôpital Montfort, à Ottawa, grand symbole pour les francophones de la région.Le 3 \u2014 Le PLQ et la santé.Conseil général du Parti libéral du Québec à Sherbrooke.Jean Charest réclame le dépôt d\u2019un budget d\u2019urgence par Québec.Il présente son plan pour améliorer le système de santé québécois, notamment en abolissant la loi 107 qui interdit aux établissements de santé de faire des déficits [voir article p.500].Le 4 \u2014 leunes contrevenants.La Chambre des communes adopte la loi sur les jeunes contrevenants malgré l\u2019opposition unanime qu\u2019elle soulève au Québec.Le gouvernement québécois a décidé en septembre 2001 de contester la constitutionnalité de cette loi en déposant un renvoi devant la Cour d\u2019appel du Québec afin de vérifier si cette loi est conforme aux conventions internationales sur les droits des enfants. Chronologie 81 Le io \u2014 Affaire Oxygène 9.Conseil général du Parti québécois à Laval, sur fond de crise interne à la suite de révélations sur les actions de lobbyiste du directeur général du parti, Raymond Bréard.Le 11, celui-ci démissionne dans la foulée de l\u2019affaire du groupe de lobby Oxygène 9, qui prélevait sa part sur des subventions.Bréard avait empoché, à titre de conseiller et de lobbyiste de cette firme, une commission de quelque 200 000 $ sur des subventions gouvernementales destinées à l\u2019industrie culturelle.Il avait tiré son influence de son passage au cabinet de Bernard Landry, lorsque ce dernier était ministre des Finances.Oxygène 9 avait notamment obtenu le mandat de mettre sur pied le Regroupement des événements majeurs internationaux (REMI) afin d\u2019obtenir du gouvernement du Québec la création d\u2019un fonds de 30 millions.Le 12, le ministre des Ressources naturelles, des Régions et du Développement du Nord, Gilles Baril, remet sa démission à la suite de la révélation de ses liens avec le même groupe de lobby Oxygène 9.M.Baril était également responsable de l\u2019organisation de la prochaine campagne électorale pour le PQ.Il demeure uniquement député de Berthier.[voirarticlep.46], Le 12 \u2014 Vente des Expos.Le cartel Major League Baseball rachète les Expos de Montréal de Jeffrey Loria, pour la somme de 120 millions de dollars américains.Il nomme comme gérant Frank Robinson.Le 15 \u2014 Scandale olympique.L\u2019Union internationale de patinage accorde la médaille d\u2019or aux Canadiens Jamie Salé et David Pelletier (ce dernier du Québec), ex-aequo avec les Russes.Le n, la décision des juges de ne leur accorder que la médaille d\u2019argent, derrière les Russes, avait causé un tollé international.Une juge française admettra \u2014 avant de se dédire \u2014 qu\u2019elle avait subi des pressions pour faire « passer » les Russes devant les Canadiens, peu importe la qualité de leurs prestations respectives.Le 21 \u2014 Aluminerie.Le gouvernement Landry consent 500 mégawatts à taux préférentiel au consortium Alcan-Alouette, pour agrandir l\u2019aluminerie de Sept-îles.Le 23 \u2014 Pas de « défusion ».Jean Charest promet à Gérald Tremblay qu\u2019il ne « défusionnera» pas la nouvelle ville de Montréal.En 2001, le chef du Parti libéral avait pourtant courtisé l\u2019allégeance des maires de ville fusionnées de force par Québec en leur promettant une oreille bienveillante s\u2019il devenait premier ministre et s\u2019ils lui demandaient que l\u2019on invalide les fusions.Le 23 \u2014 Sondage.Un sondage La Presse-SOM donne 53% d'insatisfaits du gouvernement péquiste.Les chefs obtiennent respectivement 29 % d\u2019opinions favorables pour Jean Charest, 28 % pour Bernard Landry et 24% pour Mario Dumont.Le 24 \u2014 Médailles olympiques.Battant les États-Unis par 5-2, le Canada gagne l\u2019or en hockey, concluant une prestation moyenne aux Olympiques d\u2019hiver avec 17 médailles.Du côté québécois, la récolte est encore plus limitée.N\u2019eut été des prouesses de Marc Gagnon et des pati- Les principaux événements de juillet 2001 à juin 2002 Les principaux événements de juillet 2001 à juin 2002 82 Chronologie neurs de vitesse sur courte piste, qui ont dominé la compétition et raflé six médailles, les athlètes québécois seraient repartis de Salt Lake City les mains vides ou presque.Le patineur artistique David Pelletier a gagné l\u2019or dans l\u2019épreuve en couples.Également, les sept hockeyeuses et les trois hockeyeurs des équipes féminine et masculine du Canada ont gagné l\u2019or.Mais ce fut tout pour le Québec.Le 26 \u2014 Centre Bell.Le club de hockey Le Canadien de Montréal et Molson s\u2019entendent avec BCE pour que l\u2019amphithéâtre prenne, à compter de septembre 2002, le nom de Centre Bell.Le 26 \u2014 Secteur public.Moyennant une hausse des salaires de 2%, prolongation d\u2019un an, jusqu\u2019au 30 juin 2003, des conventions collectives des employés du gouvernement, à la suite d\u2019ententes avec les grandes centrales syndicales.La question de l\u2019équité salariale entre hommes et femmes fera l\u2019objet de négociations ultérieures [voir article p.544].Mars 2002 Le 1\" \u2014 Référendums.Le premier ministre Bernard Landry annonce une « modernisation » de la loi sur les référendums.Selon la modification proposée, on pourra désormais tenir des référendums qui coïncideraient avec des élections générales.Seule exception : ces référendums « paraélectoraux » ne pourraient porter sur la question nationale [voir article p.488].Le 5, le chef de l\u2019opposition, lean Charest, déclare que s\u2019il est porté au pouvoir, il favorisera les ententes à la carte plutôt que les changements constitutionnels par référendum.Le 5 \u2014 Caisse de dépôt.La Caisse de dépôt et de placement révèle avoir eu en 2001 un rendement négatif sans précédent: moins 5%.Le président de l\u2019organisme de placement québécois, Jean-Claude Scraire, attribue cette perte à la « baisse générale des marchés en 2001 ».Parmi les pertes importantes, on note la dévaluation de près d\u2019un milliard de dollars, dans cette seule année, du placement de la Caisse de dépôt dans Québécor Médias[voir article p.628].Le 7 \u2014 Déséquilibre fiscal.Dépôt du rapport du fiscaliste et ex-ministre libéral Yves Séguin commandé par Bernard Landry sur l\u2019inéquité fiscale au Canada.Il constate un grave déséquilibre fiscal entre Ottawa et les provinces et préconise le rapatriement de la TPS par les provinces, ainsi que l\u2019établissement de nouvelles formules de péréquation.Québec préconise le rapatriement de points d\u2019impôt.Le 18 du même mois, le chef de l\u2019opposition libérale, Jean Charest, refuse de s\u2019associer à une démarche gouvernementale dans ce sens [voir article p.42 b].Le 12 \u2014 Harel présidente.La députée d'Hochelaga-Maisonneuve et doyenne des femmes parlementaires, Louise Harel, passe à l\u2019histoire en devenant la première femme présidente de l\u2019Assemblée nationale.Mme Harel avait comme adversaire le député libéral de Jeanne-Mance, Michel Bissonnet.Le 13 \u2014 Démographie canadienne.Publication des résultats démographiques du recensement fédéral de juillet 2001.Le poids du Québec continue de s\u2019amenuiser au sein du Canada, passant tout juste sous la barre des 24%, alors que l\u2019Ontario caracole à 38%.De 1996 à 2001, la popu- Chronologie 83 lation du Québec n\u2019a crû que de 1 % environ, passant de 7,1 millions d\u2019habitants à 7,2 millions.Au palmarès des villes dont le déclin de population est le plus marqué, Baie-Comeau (moins 9,7 %), Gaspé (moins g,6 %) et Port-Cartier (moins 9,3%) occupent respectivement les neuvième, dixième et onzième rangs au Canada.Plusieurs analystes font observer que ce déclin relatif pourrait s\u2019accompagner d\u2019une diminution de l\u2019influence politique du Québec [voir article p.95]- Le 18 \u2014 Affaire Groupaction.Le ministre fédéral des Travaux publics, Don Boudria, admet qu\u2019Ottawa a payé, dans la foulée du référendum de 1995, 1,62 million de dollars pour trois rapports bidon, quasiment identiques, à un cabinet montréalais de relations publiques, Groupaction, très lié au Parti libéral du Canada.Ces « rapports » faisaient état des efforts propagandistes «antiséparatistes» du gou- vernement fédéral sur le territoire du Québec [voir article p.46].Le 20 \u2014 Opposition fédérale.Stephen Harper, avec 55 % des voix, devient leader de l\u2019Alliance canadienne et déloge ainsi Stockwell Day qui récolte 37,5 % des voix des militants.La publicité faite autour de l\u2019Alliance canadienne, parti de l\u2019opposition officielle à Ottawa, marginalise le Bloc québécois à la Chambre des communes [voir article p.66g].Le 25 \u2014 Procès de Maurice Boucher.Ouverture du procès de Maurice « Mom » Boucher, chef présumé des Hell\u2019s Angels du Québec, accusé d\u2019avoir commandé le meurtre de deux gardiens de prison.Le 5 mai, après une longue délibération qui aura fait craindre un avortement du procès, un jury le déclare coupable.Le motard criminel écopera d\u2019une sentence de 25 ans de prison, dont il appellera peu après.Cette condamnation est saluée par les Le 23 \u2014 Grève et lock-out à Radio-Canada.Radio-Canada décrète un lock-out contre ses journalistes du Québec et d\u2019une partie des Maritimes, qui venaient de se mettre en grève pour 24 heures.Commence alors un long conflit au cours duquel l\u2019équité entre hommes et femmes, entre journalistes francophones et anglophones, ainsi que la « permanentisation » de certains contractuels, seront les principaux points en litige.Le conflit pourrit pendant plusieurs semaines, les journalistes recueillant des marques de sympathie à l\u2019extérieur et menant une bonne bataille de relations publiques, notamment sur Internet.Début mai, après plus de cinq semaines de conflit «dur», sans dialogue, les négociations reprennent sérieusement, et le 15 mai des «offres finales» de la partie patronale sont passées aux voix par le syndicat, qui les rejette par la plus petite des marges (502 voix à 499).Après un réaménagement cosmétique permettant de présenter de nouvelles «offres finales améliorées», les syndiqués votent OUI 070% le 22 mai et reprennent le travail.Ils auront obtenu 3% d\u2019augmentation à la signature de la convention collective, de 1,5% en janvier 2003 et de 2,5 % en juin 2003, de même qu\u2019un montant forfaitaire.Uncertain nombre de contractuels deviendront permanents, même si cette mesure ne touche que des employés travaillant dans le secteur de l\u2019information défini de façon stricte [voir article p.623].Les principaux événements de juillet 2001 à juin 2002 Les principaux événements de juillet 2001 à juin 2002 84 Chronologie médias qui y voient « un acte de justice et de liberté contre l\u2019intimidation ».Le 27 \u2014 Études sur la souveraineté.Le gouvernement du Québec rend publique une mise à jour de 48 des 79 études sur la souveraineté, un document de 3800 pages.Ces études, dont la mise à jour avait été confiée à l\u2019universitaire Claude Corbo, avaient été d\u2019abord été faites entre 1990 et 1992 dans le cadre des travaux de la commission Bélanger-Campeau.Le nouveau document a fait l\u2019objet d\u2019un dépôt discret à l\u2019Assemblée nationale par le ministre des Affaires intergouvemementales, Jean-Pierre Charbonneau.Le 28 \u2014 Fermeture à Murdochville.Les Mines Noranda annoncent que la fonderie de cuivre de Murdochville, en Gaspésie, fermera pour de bon fin avril.Le 27 avril, la dernière coulée de métal a lieu dans cette entreprise fondée en 1950, avec la ville [voir article p.337].Avril 2002 Le 5 \u2014 Souvenirs du Rocket.Le ministère de la Culture du Québec annonce qu\u2019il protégera une partie des souvenirs de Maurice Richard, en les acquérant à titre de « patrimoine national ».La famille de l\u2019ancien joueur-idole des Québécois, décédé en 2000, avait annoncé depuis plusieurs mois qu\u2019elle procéderait à une vente aux enchères des objets et reliques associés à la carrière du grand hockeyeur.Les protestations et les inquiétudes devant la dispersion possible de ce patrimoine ont incité la ministre Diane Lemieux à annoncer l\u2019achat, par le gouvernement, de quelque 47 des 275 articles mis aux enchères.Le 9 \u2014 Nunavik.Québec signe une entente de 475 millions de dollars avec les Inuits du Nunavik en vue de l\u2019exploitation hydroélectrique du Grand Nord.Première dépense : une étude de 50 millions de dollars étalée, sur quatre ans, pour évaluer les sites les plus prometteurs [voir article p.527]- Le 10 \u2014 Affaire Matticks.La Cour supérieure du Québec annule l\u2019enquête disciplinaire des huit policiers de la Sûreté du Québec mêlés à l\u2019affaire Matticks, au cours de laquelle des policiers avaient fabriqué des preuves pour obtenir une condamnation.Les enquêteurs de la Sûreté du Québec n\u2019auront donc plus à s\u2019expliquer devant le Comité de déontologie policière, malgré les «promesses de sanctions » que l\u2019ancien ministre de la Sécurité publique, Serge Ménard, avait faites en 1997.Le 13 \u2014 Grève chez Bombardier.Grève chez les machinistes de Bombardier.Quelque 7500 employés de la multinationale québécoise votent le rejet des offres et le débrayage à plus de 90%.Trois semaines plus tard, le 3 mai, à la suite de l\u2019intervention d\u2019un conciliateur nommé par Québec et de l\u2019implication directe du président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), Henri Massé, c\u2019est à 70 % que les grévistes décident de mettre fin à leur mouvement, malgré une certaine déception face aux nouvelles offres de la compagnie, peu différentes des précédentes.Les machinistes obtiennent des augmentations d\u2019environ 3,3 % par an sur quatre ans, plus un boni de 1000$ à la signature.Le 14 \u2014 Ville de Saguenay.Par 52,5 % des voix, les habitants des anciennes villes de Chronologie 85 Chicoutimi, Jonquière et La Baie votent pour donner le nom de Ville de Saguenay à la nouvelle municipalité fusionnée.Un fort mouvement en faveur du nom de Chicoutimi s\u2019était fait jour en 2001.Le 15 \u2014 Élections partielles.Les circonscriptions de Viger et d\u2019Anjou restent au Parti libéral, tandis que le Parti québécois perd la circonscription de Saguenay aux mains de l\u2019Action démocratique du Québec.Le 17 \u2014 Rapatriement.Pour le vingtième anniversaire du rapatriement à Ottawa de la constitution canadienne, l\u2019Assemblée nadonale du Québec adopte une motion unanime dénonçant cette manœuvre du gouvernement de Pierre Elliott Trudeau en 1981-82.Le 24 \u2014 Monty démissionne.lean Monty démissionne de la présidence de BCE (Bell Canada Entreprises).On apprend que l\u2019aventure de l\u2019acquisition, par BCE, de Téléglobe Canada, s\u2019est soldée par une perte catastrophique de huit milliards de dollars.Ce résultat et ce départ peu glorieux n\u2019empêcheront pas M.Monty de toucher une rente à vie de deux millions de dollars par année, ce qui causera un petit scandale.Le 29 \u2014 Corruption.Arrestation, à Montréal, de deux conseillers municipaux du parti au pouvoir à l\u2019hôtel de ville.Irving Grundman et René Dussault sont accusés de complot, d\u2019abus de pouvoir et de corruption.Ils ont été arrêtés au moment même où ils étaient en train d\u2019accepter un pot-de-vin d\u2019une valeur de 75 000$ en échange de leur bénédiction pour un changement de zonage dans l\u2019arrondissement Saint-Laurent [uoir article p.46].Mai 2002 Le 2 \u2014 Salaire minimum.Augmentation du salaire minimum au Québec, qui passe de 7,00$ à 7,30$ l\u2019heure.Le Conseil du patronat dénonce la mesure.Le même jour, le régime québécois d\u2019assurances-médicaments, dont les coût avaient été sous-estimés, est ajusté.La prime et la franchise sont relevées.Le 2 \u2014 Conflit du bois d\u2019œuvre.La Commission américaine du commerce international approuve et confirme l\u2019imposition d\u2019un droit tarifaire de 27,2% sur le bois d\u2019œuvre en provenance du Canada.Dans les deux mois qui suivent, cette mesure fera perdre leur emploi à quelque 5700 travailleurs des scieries québécoises [voir article p.442].Le 4 \u2014 Landry en Amérique du Sud.Le premier ministre Bernard Landry et une centaine de représentants d\u2019entreprises et d\u2019organismes gouvernementaux entreprennent à Lima, au Pérou, une tournée sud-américaine d\u2019une semaine au Pérou et au Chili.Le bilan économique de la tournée est modeste \u2014 un contrat de 240 millions de dollars liant Dessau-Soprin et le ministère de l\u2019Énergie et des Mines du Pérou sera le principal résultat économique de la tournée \u2014 mais le premier ministre explique que le but de la mission était d\u2019abord et avant tout humain : « On recherche des avantages plus larges qu\u2019une simple coopération économique», a-t-il déclaré [voir article p.664].Le 9 \u2014 Fin de Mirabel.La société des Aéroports de Montréal annonce que l\u2019aéroport de Mirabel sera fermé au transport des passages à compter de 2004.Tous Les principaux événements de juillet 2001 à juin 2002 Les principaux événements de juillet 2001 à juin 2002 86 Chronologie les vols nolisés seront d\u2019ici là rapatriés sur Dorval [voir article p.332].Le 11 \u2014 Sondage.Un sondage SOM-La Presse donne la mesure de l\u2019ascension de l\u2019Action démocratique du Québec et annonce une véritable lutte à trois.PLQ: 33 7o; ADQ: 317o; PQ: 25% [uoir article P- 494]- Le 13 \u2014 Retour de Liza Frulla.Au Québec, Liza Frulla est élue dans la circonscription québécoise de Verdun sous la bannière du Parti libéral du Canada.Le 17 \u2014 Affaire du Icirpan.La Cour supérieure du Québec autorise le port, par un écolier, du kirpan, un poignard sikh traditionnel.Le jeune Gurbaj Singh Multani, dont les parents sont allés en cour pour tester leurs droits, pourra porter son kirpan, à condition de le glisser dans un fourreau en bois et de le sceller dans un étui de tissu résistant.Mais le 27 mai, le gouvernement du Québec, par la voix du ministre de la Justice Paul Bégin, porte cette décision en appel.Le 17 \u2014 Caisse de dépôt.lean-Claude Scraire annonce son départ de la direction de la Caisse de dépôt et de placement du Québec.Il sera remplacé par Flenri-Paul Rousseau, directeur de la Banque lauren-tienne.Le 30 \u2014 Direction de la CSN.À l\u2019issue d\u2019un vote serré de 805 voix contre 750, Claudette Carbonneau déloge Marc Laviolette à la tête de la Confédération des syndicats nationaux (CSN).Mme Carbonneau, une ex-vice-présidente qui a contesté le président sortant, sera la première femme à occuper ce poste.Le 31 \u2014 Sondage.Selon un sondage Léger-Le Devoir, 75 % des Québécois souhaitent un changement de gouvernement.Mais ils sont divisés sur la question de savoir qui, du Parti libéral de Jean Charest ou de l\u2019Action démocratique de Mario Dumont, devrait prendre la relève.PLQ : 35 % ; ADQ : 32 7o ; PQ : 26 7o.Juin 2002 Le Ier \u2014 ADQ.Conseil général de l\u2019Action démocratique du Québec, à Rivière-du-Loup.L\u2019atmosphère est euphorique au vu de la fulgurante ascension du parti dans l\u2019opinion publique.La privatisation partielle du système de santé est à l\u2019ordre du jour [voir article p.500].Le 5 \u2014 Motards criminels.Vaste opération policière contre les Bandidos, un groupe de motards criminels.Une gigantesque razzia permet d\u2019écrouer la plupart des 53 membres et sympathisants du groupe au Québec et en Ontario, dont le chef national Alain Brunette.Déjà affaiblis par la guerre des gangs, les Bandidos \u2014 ex-Rock Machine \u2014 sont virtuellement démantelés par cette opération qui ressemble à celle du Printemps 2001 qui avait déstabilisé les Hells Angels.Le 7 \u2014 Sommet de Montréal.Le Sommet de Montréal réunit quelque 300 participants de tous les secteurs d\u2019activité.Économie, transport, culture, paix avec les syndicats, démocratie locale: autant de sujets qui ont été évoquées dans une foule d\u2019ateliers qui ressemblaient parfois à un catalogue de revendications.L\u2019opération a reçu l\u2019entier appui du gouvernement du Québec.« Grâce à votre leadership, nous nous sommes donnés un plan.Après ce sommet-là, la Ville de Montréal a de la Chronologie 87 crédibilité», a déclaré le ministre des Affaires municipales, André Boisclair, lorsqu\u2019il s\u2019est adressé au maire Gérald Tremblay à la fin des assises.Le 7 \u2014 Union civile.L\u2019Assemblée nationale adopte à l\u2019unanimité le projet de loi sur l\u2019union civile qui accorde aux conjoints homosexuels les mêmes droits et privilèges que les couples hétérosexuels mariés dont celui d\u2019adopter des enfants.Le 12 \u2014 Pauvreté.Québec annonce un programme de lutte contre la pauvreté de 1,5 milliard de dollars sur cinq ans.Un « revenu de solidarité » est institué.Le 13 \u2014 Loi sur la langue.Adoption de la loi 104 qui modifie la loi 101, notamment en regroupant les organismes chargés de son administration [voir article p.534].Le 16 \u2014 Fondation de l\u2019UFP.Un regroupement de mouvements et de partis de gauche fonde l\u2019Union des forces progressistes (UFP) au cours d\u2019un congrès réunissant 250 délégués.Ce nouveau parti se veut d\u2019abord « progressiste » et ensuite indépendantiste.La structure de l\u2019UFP se distingue de celle des partis traditionnels : on trouve quatre chefs à sa tête, dont deux porte-parole.Le nouveau parti est présidé par François Cyr.Le 17 \u2014 Montée de l\u2019ADQ.Coup de tonnerre sur la scène politique québécoise: l\u2019Action démocratique du Québec emporte trois des quatre élections partielles, le PQ n\u2019en gagnant qu\u2019une et le Parti libéral mordant la poussière partout.Vimont, Berthier et Joliette passent du PQ à l\u2019ADQ.Le PQ conserve de justesse la circonscription de Lac-Saint-Jean.L\u2019élection marque la fin de la courte carrière poli- tique de David Levine, qui tentait sa chance dans Berthier après avoir été nommé au gouvernement en janvier.Elle installe surtout l\u2019Action démocratique de Mario Dumont au premier plan de la politique québécoise en rendant apparemment possible, désormais, son accession au pouvoir dans un avenir rapproché.Dans les jours suivants, Bernard Landry relance le vieux projet de réformer le mode de scrutin [voir 20 juin], tandis que le ministre péquiste Joseph Facal réclame, le 19, une remise en question du «sacro-saint modèle québécois» \u2014 thème favori de l\u2019ADQ [voir articles p.494 et 500].Le 20 \u2014 Institutions démocratiques.Le gouvernement québécois annonce la tenue d\u2019états généraux pour le début de 2003 sur la réforme des institutions démocratiques.Au cours de la prochaine campagne électorale, les électeurs pourront se prononcer sur les réformes envisagées.Ces réformes pourront porter sur la modification du mode de scrutin, la représentation des régions au Parlement, la participation d\u2019un plus grand nombre d\u2019autochtones, de femmes et de jeunes à la vie politique, les élections à date fixe et l\u2019élection du chef du gouvernement au suffrage universel [voir article p.488].Le 22 \u2014 Levine.David Levine est nommé à la direction de la Régie régionale de la Santé et des Services sociaux de Montréal-Centre.Le 25 \u2014 Centre Québec-Europe.La ministre des Relations internationales du Québec, Louise Beaudoin, annonce à Bruxelles la création d\u2019un Centre Québec-Europe à Paris en 2004.Il s\u2019agira d\u2019une «vitrine» québécoise en Europe pour la culture, l\u2019éducation, la technologie et les Les principaux événements de juillet 2001 à juin 2002 Les principaux événements de juillet 2001 à juin 2002 88 Chronologie échanges économiques.Un investissement de l\u2019ordre de quelques dizaines de millions de dollars est évoqué, ainsi qu\u2019un coût de fonctionnement annuel \u2014 auquel participerait le secteur privé \u2014 de trois à quatre millions de dollars.\u2022 François Brousseau Les disparus, de juillet 2001 à juin 2002 Berd, Françoise (1923 - 10 août 2001).Cette énergique femme de théâtre a marqué la scène québécoise au début de la Révolution tranquille.Fondatrice de l\u2019Égrégore en 1959, l\u2019un des grands théâtres de Montréal durant la première moitié des années 60, elle fut parmi ceux qui firent sortir les productions québécoises du carcan du théâtre classique et convenu.Elle fit notamment connaître au public montréalais les Beckett, Tchékhov, Jarry et Ionesco.Actrice et productrice, elle travailla à l\u2019Office national du film du Canada et tint un rôle dans le film Une journée particulière d\u2019Ettore Scola, aux côtés de Sophia Loren et Marcello Mastroianni.Chaput-Rolland, Solange (1919 - 31 octobre 2001) « Le Québec est ma patrie et le Canada mon pays », aimait-elle répéter.Journaliste, écrivaine de téléromans, animatrice de radio et de télé, membre d\u2019une commission royale sur l\u2019unité canadienne (Commission Pepin-Robarts, en 1978), députée et finalement sénatrice, Solange Chaput-Rolland se décrivit inlassablement comme une « fédéraliste fatiguée ».Fédéraliste, elle le resta inconditionnellement jusqu\u2019à sa mort, mais tout en se plaignant amèrement de ce que le Canada anglais ne voulait pas accorder sa juste place au Québec.Elle fut de tous les débats nationaux, faisant partie du décor politique québécois et canadien de la seconde moitié du xx\u201d siècle.Son grand rêve fut l\u2019impossible réconciliation, l\u2019impossible grand compromis entre un Québec rétif, désirant se faire reconnaître comme nation, et un Canada anglais de plus en plus exaspéré et intransigeant.Charlebois, Jeanne d\u2019Arc (1921 - 16 septembre 2001).Réputée pour ses imitations de La Bolduc, Jeanne d\u2019Arc Charlebois fut omniprésente sur la scène des théâtres de variétés au cours des années 40, 50 et 60.L\u2019extraordinaire registre de sa voix et ses imitations étonnantes \u2014 qui allaient des claquettes de Fred Astaire à la trompette de Louis Armstrong \u2014 lui valurent de longues années de renommée, une renommée qui dépassa les frontières du Québec puisqu\u2019elle fit également carrière en France sous le nom de Jeanne Darbois.Cosgrove, Stanley (1911 - 28 avril 2002).Lors d\u2019un séjour au Mexique, peintre en herbe, il rencontre Javier Orozco et le grand muraliste Diego Rivera.Il se différenciera en cela de nombre de jeunes artistes québécois qui faisaient, dans les Chronologie 89 années 40 ou 50, l\u2019obligatoire voyage de Paris.Paysagiste, il est célèbre pour ses sous-bois monochromes aux accents mystérieux.Il a laissé des dessins de nus féminins d\u2019une grande délicatesse.Ses natures mortes portaient l\u2019influence de Georges Braque.Il fut d\u2019abord un très grand dessinateur : il voyait d'ailleurs cet art comme un préalable absolu à la peinture.Né à Montréal en 1911 d\u2019un père anglophone et d\u2019une mère francophone, nationaliste québécois, il était d\u2019une grande modestie et d\u2019un certain pessimisme sur la peinture contemporaine: «Notre œuvre, déclara-t-il à un journal, paraît insignifiante à côté de celles des grands maîtres du passé.» Côté-Mercier, Gilberte (igio - 21 juin 2002).Personnage coloré à la marge de la politique québécoise des années 1930 à 1970, Gilberte Côté-Mercier était, avec le journaliste Louis Even, l\u2019âme dirigeante des Bérets blancs, autre nom de la communauté des Pèlerins de Saint-Michel, qu\u2019elle avait rejoints dès 1936.Mme Côté-Mercier avait fondé en 1939 le journal Vers demain, toujours publié en 2002, en français mais aussi dans plusieurs langues étrangères.Intégriste catholique, maniant volontiers l\u2019invective et voyant Satan à beaucoup d'endroits, elle s\u2019était alliée au Crédit social de Réal Caouette dans les années 60.L\u2019une des ses plus célèbres revendications, à cette époque, fut le salaire de 12 000 dollars pour la femme au foyer.Daviau, Thérèse (1945 - 1\" février 2002).Politicienne montréalaise, elle fut dans le premier groupe RCM (Rassemblement des citoyens de Montréal) élu en 1974 pour faire opposition au maire tout-puissant d\u2019alors, Jean Drapeau.À la fin des années 80, lorsque Jean Doré est maire, elle accède au Comité exécutif de la ville.Frappée par le deuil en décembre 1989 \u2014 sa fille figure alors au nombre des victimes féminines du massacre de Polytechnique \u2014 elle militera en faveur d\u2019un contrôle plus strict des armes à feu.Brièvement chef de l\u2019opposition RCM en 1997 contre Pierre Bourque, elle quitte ensuite un parti qui peu après disparaîtra.Deshaies, Guy (1939 - 27 février 2002).lournaliste toute sa vie et marin à ses heures, Guy Deshaies a laissé de forts souvenirs chez les lecteurs du Montréal-Matin, de La Presse, du Devoir et de L\u2019actualité.Ses carnets de voyages, publiés dans Le Devoir des années 70 et 80, puis rassemblés dans deux volumes (Attachez vos ceintures I et II, VLB) étaient des chefs-d\u2019œuvre d\u2019humour et de souci du détail, sous des dehors anodins.Dor, Georges (1931 - 24 juillet 2001).L\u2019homme de «La Manie», du titre de sa chanson la plus connue, n\u2019était pas destiné à devenir chansonnier.Et de fait, il ne le fut que durant une petite partie de sa vie, entre 35 et 40 ans.Mais sa chanson fameuse, qui évoquait un chantier mythique des années 60, fit immédiatement le tour du Québec et fut le plus grand « tube » de son époque (150 000 disques vendus).Tour à tour réalisateur de télévision (Le Téléjournal de Radio-Canada), auteur de téléséries (Les Moineau et les Pinson) et, vers la fin de sa vie, pamphlétaire avec une série de livres au vitriol sur les misères de la langue parlée au Québec, il aura témoigné d\u2019un attachement indéfectible à la cause du français et de la nation québécoise.Ferron, Marcelle (1924 - 19 novembre 2001).Née à Louiseville dans un milieu Les disparus, de juillet 2001 à juin 2002 Les disparus, de juillet 2001 à juin 2002 90 Chronologie intellectuel (elle était la sœur du médecin-écrivain Jacques Ferron), Marcelle Ferron étudia aux Beaux-Arts de Québec puis rencontra en 1946 Paul-Émile Borduas, qui eut sur elle une grande influence.Elle signa en 1948 le fameux Refus global, dont elle minimisa rétrospectivement l\u2019importance.Partie pour la France dans les années 50, elle alla chercher à Paris la liberté créatrice qu\u2019elle ne trouvait pas au Québec.De retour à Montréal en 1966, elle se signala immédiatement par la construction des fameuses verrières du métro Champ-de-Mars, souvent décrites comme son chef-d\u2019œuvre.Mais Marcelle Ferron fut aussi un grand peintre de l\u2019abstrait, aux couleurs vives et aux larges coups de pinceau.Ouvertement indépendantiste, elle fut enfin une artiste engagée, soucieuse de rejoindre le plus grand public par son art.Gélinas, Marc (1938 - 2 octobre 2001).Comédien, chanteur, auteur de 300 chansons, Marc Gélinas a d\u2019abord été l\u2019idole des baby-boomers, qui retiendront de grands succès comme Du Jeu s\u2019il vous plaît, Emmène-moi a La Ronde et la ritournelle publicitaire des Expos de Montréal.Mais il a aussi écrit des œuvres moins commerciales, comme Mommy, Daddy, interprétée de façon mémorable par Pauline Julien.Ses apparitions au cinéma furent nombreuses.Selon Alain Chartrand, directeur du festival Coup de cœur francophone, « c\u2019est un grand de la chanson, qui fut très mai connu et très mal perçu ».Iacurto, Francesco (1908 - 7 juillet 2001).Portraitiste et paysagiste, « peintre figuratif jusqu\u2019au bout des orteils» selon l\u2019un de ses élèves, Francesco Iacurto était né à Montréal mais s\u2019était vite installé à Québec.Maître des demi-tons, il fit beau- coup de portraits, notamment des portraits officiels (premiers ministres du Québec).Charlevoix et la ville de Québec inspirèrent ce paysagiste jusqu\u2019à la fin de sa longue vie.Lapointe, Renaude (1912 - 9 mai 2002).Reporter, éditorialiste, amie personnelle de Pierre Elliott Trudeau, et finalement présidente du Sénat à Ottawa, Renaude Lapointe aura été l\u2019une des premières femmes au Québec à faire sa marque dans les médias, à partir des années 30.Elle fut notamment correspondante des magazines américains Time et Life.Éditorialiste à La Presse dans la seconde moitié des années 60 \u2014 et première femme au Québec à occuper un tel poste \u2014, elle fit de la Société Saint-Jean-Baptiste et des «séparatistes» québécois ses cibles favorites.Lelièvre, Sylvain (1943 - 30 avril 2002).Le doux, le discret, le cérébral Sylvain Lelièvre aura mené une carrière de près de quarante ans dans la chanson québécoise sans tambour ni trompette, mais en laissant derrière lui quelques succès qui appartiennent au patrimoine commun : Marie-Hélène, Old Orchard, Môman est là.Resté attaché à la critique sociale à un moment où d\u2019autres s\u2019en détournaient, il se battit pour que la chanson devienne un sujet d\u2019enseignement respectable dans les institutions, au même titre que le théâtre ou la peinture.Il a aussi publié des recueils de poèmes.Martin, père Paul-Aimé (1917 - 26 septembre 2001).Fondateur des Éditions Fides en 1937 lorsqu\u2019il avait 20 ans, le père Martin fut un découvreur et un pionnier.Ayant lancé sa maison d\u2019édition en même temps qu\u2019une revue, Mes Jches, destinée à Chronologie 91 Riopelle, Jean-Paul (1923 -12 mars 2002) « Mégavedette, géant, monstre sacré », écrivit Le Devoir à sa mort, vécue comme un deuil national au Quebec.Jean-Paul Riopelle fut le peintre québécois (et canadien) le plus connu à l\u2019étranger au xx' siede.Le seul qui est dans tous les dictionnaires, dont les oeuvres ornent ou ont orné les murs des plus grands musées du monde.Le seul dont certains tableaux pouvaient parfois dépasser le million de dollars.Grand nom de la peinture du xx' siècle, acteur clé du Refus global de 1948, Riopelle passa la majeure partie de sa vie active en France, où il vécut entre 1949 et 1989.Pour autant, il resta profondément québécois, attaché à son coin de pays de l\u2019île-aux-Grues, non loin de Québec, où il retourna finir sa vie.Ses grandes mosaïques abstraites 953\"55) firent sa réputation internationale.Il brilla de tous ses feux à Paris dans les années 50, fréquentant les Giacometti, André Breton, Fernand Leduc et Samuel Beckett.Figure de proue de l\u2019« automatisme »et de l\u2019action painting, il se détourna pourtant de l\u2019abstraction en retournant peu à peu à la figuration.« Je ne me fixe jamais nulle part ; je suis un oiseau sauvage», disait-il.Les oiseaux et plus généralement la nature firent irruption dans sa vie créatrice à partir des années 60, notamment après un séjour dans le Grand Nord.Sa dernière grande œuvre est L'hommage à Rosa Luxembourg, trois immenses toiles de 15 mètres de long chacune, inspirées par la mort de sa compagne Joan Mitchell.Les funérailles religieuses du monstre sacré firent scandale parmi les intellectuels, outrés qu\u2019un athée et un anticlérical comme lui puisse se faire ainsi traiter au moment de son dernier repos.promouvoir la lecture chez les jeunes, il fit entrer l\u2019édition québécoise \u2014 qui se limitait alors à Beauchemin, à Montréal, et Garneau, à Québec \u2014 dans la modernité.Certes, sur un registre traditionnel, c\u2019est Le Nouveau Testament, traduit par des Québécois et lancé en 1959 par Fides, qui fut le plus grand succès d\u2019édition du xx' siècle au Québec, avec 1,5 million d\u2019exemplaires.Mais c\u2019est aussi chez Fides que furent publiés de grands noms aussi laïques que Saint-Denys-Garneau, Émile Nelligan, Félix Leclerc, Félix-Antoine Savard et Germaine Guèvremont.Muhlstock, Louis (1904 - 16 août 2001).Né en Pologne (alors inexistante comme État) au début du xx' siècle, Louis Muhlstock immigra à sept ans au Canada.Sa carrière constitue un trait d\u2019union entre le xix' et le xx' siècles.Il étudia au Monument-national et à l\u2019École des beaux-arts de Montréal, puis à Paris à l\u2019atelier du peintre Louis-François Biloul.Durant la Grande Crise, il revint à Montréal, où il peignit les sans-abri, les chômeurs, les maisons abandonnées.Parla suite il prendra la nature comme sujet de prédilection, avec des paysages confinant de plus en plus à l\u2019abstraction.De nombreux prix et expositions (rétrospective au Musée du Québec en 1995) ont émaillé sa carrière.Il restera actif jusqu\u2019aux derniers moments de sa vie.Rjchler, Mordecai (1931 - 3 juillet 2001).Né et mort à Montréal, mais ayant aussi vécu en Espagne, en France et en Angleterre, cet écrivain et essayiste anglo-québécois avait un goût hypertrophié pour Les disparus, de juillet 2001 à juin 2002 Les disparus, de juillet 2001 à juin 2002 92 Chronologie la provocation.Plus connu au Québec pour ses violentes diatribes antifrancophones, persifleuses et quasi diffamatoires, que pour son imagination romanesque, ses personnages truculents ou ses portraits colorés du Montréal cosmopolite \u2014 dont le plus achevé reste sans doute The Apprenticeship of Duddy Krauitz (1959), adapté au grand écran \u2014 il a été, à sa mort, porté aux nues comme un héros national au Canada anglais, tant pour ses essais que pour ses romans.Le jugement au Québec a été plus nuancé, la critique célébrant le grand écrivain de fiction mais déplorant ses dérapages politiques.La communauté juive elle-même, dont il était l\u2019un des plus célèbres représentants, n\u2019a pas eu non plus des rapports faciles avec ce blasphémateur professionnel, plus prompt à souligner les travers de ses semblables qu\u2019à célébrer leurs beautés.Rjddez, Sita (1916 - 27 avril 2002).Figure de la scène québécoise au cours des années 40 et 50, cette comédienne née en France joua également un rôle essentiel dans la formation des artistes québécois des années 60, 70 et 80, durant lesquelles elle enseigna au Conservatoire d\u2019art dramatique de Montréal.Formée dans le répertoire classique français (de Racine à Rostand), elle avait commencé sa carrière et France et en Amérique du Sud.Saint-Denis, Claude (1935 - 28 novembre 2001).Mime le plus célèbre du Québec, sur scène et à la télévision, il enchanta ses spectateurs aux quatre coins du monde avec ses pantomimes expressives et souriantes.Il fit le voyage de Paris au début des années 60, étudiant avec Étienne Decroux qui enseigna également à Marcel Marceau.Il réussit à y percer comme artiste et entreprit dès lors de nombreuses tournées.Il enseigna, en pratique privée, son art jusqu\u2019à sa mort.\u2022 François Brousseau L'état du Québec La population ASPECTS DÉMOGRAPHIQUES >\tLes grandes tendances FAMILLE ET MODES DEVIE >\tLes grandes tendances >\tLa politique familiale québécoise : un aspect de la « société distincte » ASPECTS DÉMOLINGUISTIQUES >\tLes grandes tendances >\tLa culture anglophone à la conquête du Québec IMMIGRATION ET DIVERSITÉ CULTURELLE >\tLes grandes tendances >\tImmigration et intégration économique : peut-on mesurer la discrimination? La population 95 \t \tLes grandes tendances Simon Langlois Sociologue, Université Laval Les changements démographiques sont probablement, à l\u2019aube d\u2019un nouveau millénaire, ceux qui auront l\u2019impact le plus considérable sur la société québécoise, Ils s\u2019étendent sur une période plus longue que les cycles économiques et ils ne sont pas facilement perceptibles à court terme.Ces changements n\u2019en sont pas moins spectaculaires et surtout, déterminants pour l\u2019avenir.Diminution du poids relatif du Québec au sein du Canada Le Québec compte sept millions quatre cent quatre vingt trois mille habitants en l\u2019an 2002 en tenant compte des résidents non permanents (tableau 1 et graphique 1).Malgré une population toujours en croissance \u2014 en hausse de 40% depuis 1961 \u2014 le poids relatif du Québec au sein du Canada ne cesse de diminuer parce que la population canadienne progresse encore plus vite.La part de la population québécoise est tombée pour la première fois dans l\u2019histoire en bas de 25 % de l\u2019ensemble canadien en 1994.À moins d\u2019une hausse significative de l\u2019immigration au Québec \u2014 non prévue en ce moment, cependant \u2014, cette diminution de son poids relatif ne pourra que se poursuivre, au rythme de un dixième de un pour cent environ chaque année.La population du Québec comptait pour 23,8% de l\u2019ensemble du Canada en 2002.Moins de jeunes et plus de personnes âgées Le poids relatif des différents groupes d\u2019âge est en changement rapide Tableau 1 Population du Québec en nombre, en indice et en % du Canada, 1961-2002 (Nouvelles données révisées depuis 1971) \t\t\t 1961\t5 259 211\t100,0\t28,8 1966\t5 780 845\t109,9\t28,9 1971\t6 137 368\t116,7\t27,9 1976\t6 396 735\t121,6\t27,3 1981\t6 547 704\t124,5\t26,4 1986\t6 708 352\t127,6\t25,7 1991\t7 064 735\t134,3\t25,2 1992\t7 112810\t135,2\t25,1 1993\t7 165 199\t136,2\t25,0 1994\t7 207 302\t137,0\t24,8 1995\t7 241 429\t137,7\t24,7 1996\t7 274 019\t138,3\t24,5 1997\t7 302 553\t138,9\t24,4 1998\t7 323 600\t139,3\t24,2 1999\t7 349 685\t139,7\t24,1 2000\t7 377 654\t140,3\t24,0 2001\t7 410 504\t140,9\t23,8 2002\t7 422 902\t141,1\t23,8 * Données révisées depuis 1971 par l'ISQ.La série tient compte des Québécois de retour et des résidents non permanents.Année 2002 : données provisoires au 1e' janvier 2002.Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca.les grandes tendances Aspects démographiques 96 L\u2019état du Québec Graphique 1 Population du Québec en pourcentage du Canada, 1961-2002 (Nouvelles données révisées depuis 1971) 30 Source: Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca jir-roi/ihOi'-M in 01 jr r^ooooooooooohoi tn ai ai ° If) te I\u2014I\u2014 I\u2014 I\u2014 I\u2014 UU WJ UU CAJ CAJ rj 1 V-11\tw, w, \u2014 œoiaiffiffioiffioiffioiffioiffio' en tu ai Tableau 2 Population du Québec (en %) selon l'âge et l'année, 1961-2001 \t\tma\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\twm\t\t\t\t\t\t\t\t\t 1961\t35,4\t8,9\t7,0\t6.9\t13,9\t11,1\t4,5\t3,6\t2,9\t5,8\t100 1966\t33,0\t9,6\t8,1\t6,5\t12,7\t11,1\t6,3\t3,7\t3,0\t6,0\t100 1971\t29,3\t10,3\t9,3\t8,1\t12,3\t11.5\t4,7\t4,2\t3,5\t6,8\t100 1976\t24,9\t10,7\t9,6\t8,9\t13,6\t11,3\t5,2\t4,3\t3,8\t7,7\t100 1981\t21,5\t9,6\t10,0\t9,1\t15,7\t11,0\t5,3\t4,8\t3,9\t8,7\t100 1986\t20,2\t7,2\t9,4\t9,8\t17,1\t12,2\t5,0\t4.9\t4,4\t9,8\t100 1991\t19,8\t6,5\t7,1\t8,9\t18,0\t14,4\t5,1\t4,7\t4,4\t11,0\t100 1996\t19,0\t6,9\t6,5\t6,9\t17,8\t15,7\t6,2\t4,8\t4.3\t12,0\t100 1998\t18,5\t6,7\t6,7\t6,5\t16,8\t16,2\t6,7\t5,2\t4,2\t12.5\t100 1999\t18,2\t6,6\t6,8\t6,5\t16.3\t16,4\t6,9\t5,4\t4,3\t12,6\t100 2000\t17,9\t6,5\t6,9\t6,5\t15,8\t16,7\t7,0\t5,6\t4.3\t12,8\t100 2001\t17,6\t6,3\t6,9\t6.5\t15,3\t16,9\t7,1\t5,9\t4,5\t13,0\t100 Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca U population 97 Année de naissance Graphique 2 Pyramide des âges, Québec, 1\" juillet 2000 Année de naissance 1909-10 - Sexe masculin 1919-20 -1929-30 -1939-40 -1949-50 -1959-60 -1969-70 -1979-80 -1989-90 -1999-00 T 70\t60\t50 Sexe féminin - 1909-10 1919-20 1929-30 1939-40 1949-50 1959-60 1969-70 1979-80 1989-90 1999-00 Effectifs par année d'âge (000) Source : Statistique Canada.Estimations de la population.Dernière mise à jour le 24 octobre 2000.(tableau 2).La pyramide des âges est en profonde mutation.La base démographique se rétrécit de façon marquée.Une tendance nouvelle apparaît avec plus de netteté à la fin des années 1990: la chute assez brusque de la natalité entraîne une accen-tuation du déséquilibre entre les groupes d\u2019âge.Pendant que la base diminue, les cohortes nées dans les années cinquante vieillissent et progressent vers le haut de la pyramide des âges \u2014 qui prend plutôt peu à peu l\u2019allure d\u2019un gros champignon (graphique 2).La part des jeunes âgés de 0 à 14 ans a fortement diminué, passant de 35,4% en i9Ôr à 17,8% de l\u2019ensemble en 2001, et celle de la population ayant atteint l\u2019âge de la retraite est en forte croissance, notamment parce que l\u2019espérance de vie augmente.Le Québec n\u2019a pas encore une population vieille, mais la tendance au vieillissement est nettement présente et elle va s\u2019accélérer au début du xxie siècle de façon rapide, comme l\u2019indiquent les projections de population faites par l\u2019Institut de la statistique du Québec : la part de la population âgée de 65 ans et plus va passer de 13% en 2001 à 21,1% en 2021, alors que la part de la population des jeunes (0-14 ans) va continuer à régresser lentement (graphique 3).L\u2019âge médian de la population \u2014 l\u2019âge qui départage la population entre deux groupes égaux \u2014 fera un bon considérable, passant de 38,4 ans en 2001 à 44,5 ans en 2021 (tableau 3).Cela signifie que la moitié de la population aura moins de 44,5 ans cette année-là.Les nouvelles projections de publications publiées par l\u2019Institut de la statistique du Québec donnent à penser que le vieillissement sera plus prononcé que prévu à partir de l\u2019an 2011.Rappelons que la moitié de la population avait moins de 25 ans en 1951, et moins de 34 ans en 1991.les grandes tendances Aspects démographiques 98 L\u2019état du Québec Tableau 3 Structure de la population par âge, rapport de dépendance et âge médian de la population du Québec, 1951 à 2001 et projections 2006-2051 \t\t\t\t\t 1951\t33,7\t60,6\t5,7\t0,65\t24,8 1961\t35,4\t58,7\t5,8\t0,70\t24,0 1971\t29,3\t63,9\t6,8\t0,57\t25,6 1981\t21,5\t69,8\t8,7\t0,43\t29,6 1991\t19,8\t69,2\t11,0\t0,45\t34,0 1996\t19,0\t69,0\t12,0\t0,45\t36,1 2001\t17,6\t69,4\t13,0\t0,44\t38,4 2006\t16,4\t69,7\t13,9\t0,44\t40,6 2011\t15,0\t69,3\t15,7\t0,44\t42,2 2016\t14,6\t67,1\t18,3\t0,49\t43,4 2021\t14,4\t64,5\t21,1\t0,55\t44,5 2026\t14,1\t61,6\t24,3\t0,62\t45,8 2031\t13,7\t59,5\t26,9\t0,68\t46,8 2036\t13,2\t59,0\t27,8\t0,70\t47,6 2041\t12,8\t58,8\t28,3\t0,70\t47,4 2046\t12,8\t58,2\t29,0\t0,72\t49,0 2051\t12,8\t57,8\t29,4\t0,73\t49,0 Rapport de dépendance : (0-14 ans + 65 ans et plus/15-64 ans) 2006 - 2051 : Projections, hypothèse moyenne.Source : Institut de la statistique du Québec, www stat.gouv.qc.ca le poids du centre Quand on évoque les changements démographiques en cours, tous pensent spontanément à la baisse de la natalité et au vieillissement de la population ; il faut aussi avoir en tête que le centre de la distribution se gonfle à mesure que vieillit la génération du baby-boom, une tendance qui va se poursuivre jusqu\u2019en 2011.Rappelons cependant que le Québec n\u2019est pas encore une société vieille.La part des personnes âgées y est inférieure à celle qu\u2019on observe dans d\u2019autres sociétés développées comparables.Le vieillissement important de la société québécoise viendra plus tard, dans une quinzaine d\u2019années.Entre-temps, c\u2019est plutôt le centre de la distribution démographique qui pèse de tout son poids sur la société.La tranche d\u2019âge la plus nombreuse a en ce moment 43 ans et les personnes qui se situent de chaque côté de cette catégorie modale (disons dans la fourchette des 38-50 ans) pèsent de tout leur poids dans la société et leurs comportements modèlent ce qui s\u2019y passe.On le voit nettement dans la sphère de la consommation.Les fonctions de consommation les plus dynamiques (celles qui sont en croissance) reflètent le mode de vie de ménages au milieu de leur vie active, de ménages qui n\u2019envisagent plus d\u2019avoir d\u2019enfants et La population 99 Graphique 3 Evolution de la population composant deux groupes d'âges (0-14 ans et 65 ans et plus) 1951 à 1996 et projections 2001-2051, Québec 40 0.t\u2014 m o\\ m ^ ^ Lno^mpv»\u2014 m m\tincjïmr'-x\u2014 in en m r^« »\u2014 ini/3L/ï'-£>^>r^f^r>'OOcooiCT3CT5\tLes grandes tendances >\tLe logement : un bien de nécessité ou un objet de consommation ?ASPECTS DE LA SANTÉ >\tLes grandes tendances >\tL\u2019obésité chez les jeunes: une inquiétante progression LA SÉCURITÉ >\tL'état de la criminalité au Québec >\tLe virage communautaire des organisations policières Les conditions de vie 155 Emploi et activité professionnelle Les grandes tendances Simon Langlois Sociologue, Université Laval De plus en plus de gens travaillent au Québec et le marché du travail apparaît de nouveau en mutation après avoir connu d\u2019importants changements à la fin des années 1980.Le phénomène le plus marquant est sans doute la hausse de la participation au marché du travail, et en particulier l\u2019augmentation du taux d\u2019emploi qui a atteint en 2002 un record de tous les temps au Québec.Hausse du taux global d'activité Après avoir connu une hausse continue pendant des années en raison de l\u2019entrée massive des femmes sur le marché du travail, le taux global d\u2019activité de la population en âge de travailler a régressé quelque peu au début des années 1990, surtout parce que moins d\u2019hommes ont été actifs, ce qui n\u2019a pas été le cas des femmes.Cette tendance à la baisse s\u2019est arrêtée en 1996, date après laquelle le taux global d\u2019activité a connu une hausse continue pour atteindre un sommet de tous les temps en 2002 (tableau r).Le taux de participation au marché du travail est cependant encore un peu plus faible au Québec qu\u2019ailleurs au Canada, mais cet écart s\u2019est rétréci avec la croissance soutenue de l\u2019emploi à la fin des années 1990.Hausse du taux d'activité chez les hommes L\u2019un des phénomènes marquants des dernières années a sans doute été le retrait important des hommes du marché du travail, observable en particulier chez les hommes les plus âgés.Les hommes ont eu tendance à se retirer à partir des années 1970, dans le contexte d\u2019une importante restructuration du marché du travail.Les deux récessions économiques au début des années 1980 et au début des années 1990 ont touché plus durement les industries productrices de biens.«Comme ces industries embauchent beaucoup d\u2019hommes, ces derniers ont subi les effets immédiats et prolongés de la réduction de l\u2019effectif dans des secteurs» (Statistique Canada, cat.71-259).Les mutations du marché du travail \u2014 notamment l\u2019emploi salarié dans les grandes entreprises industrielles \u2014 ont affecté le niveau d\u2019emploi des hommes âgés de plus de 50 ans, sans parler de l\u2019usure de la force de travail qui marque ce groupe de travailleurs, dont plusieurs sont actifs depuis l\u2019adolescence.Cette tendance s\u2019est arrêtée dans les années 1990 qui ont connu une certaine stabilité dans le taux de participation au marché du travail chez les hommes.L\u2019implication des hommes sur le marché du travail est repartie vers le haut timidement après le milieu des années 1990 et semble s\u2019accélérer dans les années 2000, surtout parce que les hommes restent plus longtemps sur le marché du travail après l\u2019âge de 50 ans (graphique 2).Les grandes tendances Emploi et activité professionnelle 156 L\u2019état du Québec Graphique 1 Taux d'activité de la population âgée de 15 ans et plus (en %) selon le sexe (moyenne mobile sur 2 périodes), Québec, 1975-2002* 80 75 70 Moy.mobile sur 2 pér.(Hommes) Moy.mobile sur 2 pér.(Femmes) 35 Moy.mobile sur 2 pér.(Total) 1 2002 : Moyenne des trois premiers mois, dèsaisonnalisée Source : Statistique Canada, Moyennes annuelles de la population active, cat.71-529, Cansim D982667.D982670, D982673.Tableau 1 Féminisation du marché du travail L\u2019augmentation du taux d\u2019activité notée plus haut est due essentiellement au fait que les femmes ont accentué encore davantage leur présence sur le marché du travail.Le taux d\u2019activité global chez les femmes est maintenant de 57,7% en l\u2019an 2002, alors qu\u2019il est de 72% chez les hommes (graphique t).Les femmes sont actives de manière plus continue, mais une autre raison explique la féminisation accrue du marché du travail.Les cohortes de femmes plus âgées, qui ont eu historiquement un taux d\u2019activité plus bas, sont remplacées par de nouvelles cohortes de femmes qui restent actives après 45 ans (graphique 2).C\u2019est pour cette raison que le taux de participation des Taux d'emploi de la population âgée de 15 ans et plus, au total et selon le sexe, Québec.1976-2002 \t\t\t 1976\t53,7\t70,4\t37,4 1980\t55,2\t69,6\t41,3 1985\t54,8\t65,9\t44,1 1990\t57,6\t67,0\t48,6 1995\t55,0\t62,3\t48,0 1996\t54,6\t61,6\t47,8 1997\t55,0\t61,9\t48,4 1998\t56,1\t62,9\t49,5 1999\t57,0\t64,0\t50,2 2000\t57,9\t64,7\t51,4 2001\t58,1\t64,6\t51,8 2002*\t59,3\t65,0\t53,1 \u2019Moyenne des trois premiers mois, dèsaisonnalisée Source: Statistique Canada, Moyennes annuelles de la population active, cat.71-529 et Cansim et Cansim D982676, d982680, D982682. Les conditions de vie 157 Graphique 2 Tau* d'activité de la population âgée entre 45 et 64 ans en % selon le sexe (moyenne mobile sur 2 périodes), Québec, 1975-2001* 90 80- 70- 60- 50- 40- 30 in or - - - \u2022 Moy.mobile sur 2 pér.(Femmes/45-64) Moy.mobile sur 2 pér.(Hommes/45-64) r'.OT m\tun oo\too\tco \tOT\t0*1 OT V\u2014 ro ut\tor 00\tOT\tOT\tOT\tOT\tOT OT\tOT\tOT\tOT\tOT\tOT O O fM * 2001 : Moyenne des trois premiers mois, désaisonnalisées Source : Statistique Canada, Moyennes annuelles de la population active, cat.71-529, Cansim femmes au marché du travail continue de croître.Le taux d'emploi est en hausse Le taux d\u2019emploi de la population donne une vue plus juste de la participation au marché du travail, car il ne porte que sur les personnes qui occupent effectivement un emploi, excluant les chômeurs et les personnes à la recherche d\u2019un travail.Ce taux montre une évolution régulière à la hausse au cours des années 1990 pour deux raisons : 1-\tle taux de chômage a diminué sensiblement; 2-\tet surtout, davantage de femmes mais aussi davantage d\u2019hommes ont été ou sont restés sur le marché du travail (tableau 1).L\u2019analyse de ce taux confirme que le mouvement de retrait des hommes du marché de l\u2019emploi décrit plus haut a été renversé à partir de 1996.Il était au total de 61,6% en 1996 et il se situe à 65% en l\u2019an 2002.Le taux d\u2019emploi des femmes quant à lui est en hausse continue (53,1% en 2002).Le travail à temps partiel plafonne L\u2019emploi à temps partiel a occupé une part grandissante de l\u2019emploi total au cours des années 1970 et 1980, mais la croissance de cette forme d\u2019emploi s\u2019est arrêtée en 1993.Il est à noter que Statistique Canada a modifié la définition du travail à temps partiel.Certains emplois réguliers occupés moins de trente heures par semaine (pilotes d\u2019avion, par exemple) sont inclus dans les emplois à temps plein.Les données ont été révisées à partir de 1987.Les grandes tendances Emploi et activité professionnelle 158 L\u2019état du Québec Graphique 3 Population active à temps partiel au total et selon le sexe en % (moyenne mobile sur 2 périodes), Québec, 1976-2002* 30 -\t\u2022 Moy.mobile sur 2 pér.(Hommes) -\tMoy.mobile sur 2 pér.(Femmes) -\t\u2022 Mov.mobile sur 2 pér.(Total) *\tDonnées révisées à partir de 1987 pour tenir compte d\u2019une nouvelle définition du travail à temps partiel.*\t2002 : Moyennes des trois premiers mois, désaisonnalisées Source: 1975 à 1985, Statistique Canada, Moyennes annuelles de la population active, cat.71-529 ; 1987 à 1999, données révisées de Statistique Canada selon la nouvelle définition du travail à temps partiel, 2002, Cansim D982640, D982643, D982646.Avant cette date, elles ne sont pas strictement comparables.Depuis cette date, l\u2019emploi à temps partiel plafonne autour de 17,5 % de l\u2019ensemble, avec un creux au tournant de l\u2019an 2000 (graphique 3).On ne peut plus parler de hausse du travail à temps partiel au cours des années 1990.Un peu plus du quart des femmes en emploi travaillaient à temps partiel (26,2 °/o en 2002), contre un peu plus du dixième chez les hommes (10,3% en 2002).Ces proportions sont assez stables depuis 1993, tant chez les hommes que chez les femmes.Les hommes occupent environ 30% de l\u2019ensemble de ces emplois, les femmes y étant encore largement majoritaires.Il faut cependant signaler que la proportion de femmes en emploi à temps partiel n\u2019augmente à peu près plus depuis vingt ans, contrairement à ce qui se passait dans les années 1970 (voir la courbe du haut dans le graphique 3).Professions et secteurs d\u2019emploi Il est difficile de comparer dans le temps l\u2019évolution des effectifs dans les différentes professions, compte tenu des nombreux changements qui interviennent sur le marché du travail.Par exemple, le travail de bureau s\u2019est considérablement transformé depuis une vingtaine d\u2019années avec l\u2019arrivée des ordinateurs, sans oublier la réorganisation du travail au sein des entreprises.Il en va de même pour le travail Les conditions de vie 159 Tableau 2 Type de professions en pourcentage selon le sexe, Québec, 1991-1996 \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t Cadres supérieurs\t1,9\t0,5\t1,2\t1,7\t0,5\tU Gestionnaires et cadres intermédiaires\t11,9\t7,1\t9,8\t10,8\t7,1\t9,2 Professionnels\t7,4\t5,2\t6,4\t8,3\t6,1\t7,3 Semi-professionnels\t3,2\t9,3\t5,9\t3,2\t9,6\t6,1 Techniciens\t8,8\t10,0\t9,4\t8,8\t10,7\t9,7 Contremaîtres-superviseurs/policiers\t5,1\t1,9\t3,7\t4,7\t2,0\t3,5 Employés de bureau\t6,1\t27,1\t15,4\t6,4\t24,7\t14,6 Employés vente et service\t16,7\t21,3\t18,7\t17,3\t20,9\t18,9 Ouvriers et cols bleus\t35,4\t13,7\t25,8\t33,6\t12,9\t24,3 Exploitants agricoles, pêche et horticulture\t1,7\t0,6\t1,2\t1,6\t0,7\t1,2 Autres occupations et professions\t1,9\t3,4\t2,6\t3,6\t4,9\t4,2 Total %\t100\t100\t100\t100\t100\t100 N\t1 972 310\t1 565 335\t3 537 640\t1 944 100\t1 592 100\t3 536 205 Sources: Recensement du Canada, 1991,1996, Données-échantillons (20%), www.statcan.ca.; calculs de l'auteur.Tableau 3 Secteurs d'emplois des personnes actives, Québec, 1987-2001 \t\t\t\t\t\t Gestion\t8,1\t9,2\t9,6\t8,8\t9,6\t8,8 Affaires, finance et administration\t19,2\t19,0\t17,4\t17,0\t17,4\t17,0 Sciences naturelles et appliquées et professions apparentées\t4,0\t4,4\t4,9\t5,6\t4,9\t5,6 Secteur de la santé\t5,1\t5,2\t5,5\t5,2\t5,5\t5,2 Sciences sociales, enseignement, adm.publique et religion\t6,0\t5,6\t6,6\t6,9\t6,6\t6,9 Arts, culture, sports et loisirs\t2,7\t2,6\t2,7\t2,9\t2,7\t2,9 Ventes et services\t23,1\t23,4\t23,2\t23,5\t23,2\t23,5 Métiers, transport et machinerie\t15,9\t15,3\t14,0\t13,2\t14,0\t13,2 Professions propres au secteur primaire\t3,5\t3,0\t3,0\t3,1\t3,0\t3,1 Transformation, fabrication et services d'utilité publique\t9,5\t10,0\t9,1\t9,7\t9,1\t9,7 Autres classifications\t3,0\t2,3\t4,0\t4,2\t4,0\t4,2 Total\t100\t100\t100\t100\t100\t100 Sources: Statistique Canada, Statistiques chronologiques sur la population active, Ottawa, cat.71-201; calculs de l'auteur.Les grandes tendances Emploi et activité professionnelle 160 L\u2019état du Québec Tableau 4 Secteurs d'emplois des personnes actives selon le sexe en %, Québec, 1990-2001 \t\t\t\t\t\t\t\t Gestion\t11,3\t6,6\t11,8\t6.8\t11.0\t7,0\t10,3\t6,0 Affaires, finance et administration\t9,9\t30,8\t8,9\t28,2\t9,3\t26,4\t9,2\t26,6 Sciences naturelles et appliquées et professions apparentées\t6,5\t1,8\t7.2\t2,0\t8,9\t2,9\t8,7\t2,7 Secteur de la santé\t2,0\t9,4\t2,2\t9,6\t2,1\t9.3\t2,2\t9,1 Sciences sociales, enseignement, adm.publique et religion\t4,2\t7.3\t5,3\t8,3\t4,6\t9,2\t4,5\t9,2 Arts, culture, sports et loisirs\t2,3\t3,0\t2,3\t3.2\t2,7\t3,3\t2,9\t3,4 Ventes et services\t19,8\t28,0\t19,1\t28,4\t19,6\t28,9\t20,0\t30,1 Métiers, transport et machinerie\t25,5\t1,9\t24,0\t1.6\t23,1\t1,9\t22,7\t2,0 Professions propres au secteur primaire\t4,3\t1,3\t4,5\t1,2\t4,2\t1,2\t4,3\t1.1 Transformation, fabrication et services d\u2019utilité publique\t12,1\t7,3\t10,9\t6,7\t11,3\t6,6\t12,3\t6,5 Autres classifications\t2,0\t2,6\t3,9\t4,0\t3,1\t3,3\t3,0\t3,4 Total\t100\t100\t100\t100\t100\t100\t100\t100 Sources: Statistique Canada, Statistiques chronologiques sur la population active, Ottawa, cat.71-201; calculs de l\u2019auteur.manuel ou le travail sur la ferme.Les compétences requises peuvent aussi varier considérablement au sein d\u2019un même secteur.Le tableau 2 présente la distribution des types de professions selon le sexe construite à partir des données des deux derniers recensements.La gestion au sens large occupe une place plus importante dans les années 1990 avec un emploi sur dix et il en va de même pour les emplois de techniciens.Ces deux types d\u2019occupations sont typiques du nouveau marché du travail qui s\u2019est mis en place ces dernières années.Les femmes occupent une part un peu moindre que les hommes dans le premier de ces deux types \u2014 la gestion au sens large \u2014 mais non dans le second, les emplois de techniciens.Dans ce dernier cas, cependant, elles sont surtout concentrées dans les emplois qui impliquent des relations avec les personnes (techniques sociales, emplois techniques dans les hôpitaux ou l\u2019administration), alors que les hommes sont plus nombreux comme techniciens dans le secteur des nouvelles technologies.Le quart de la main-d\u2019œuvre occupe des emplois d\u2019ouvriers et de cols bleus, types de professions où l\u2019on trouve moins de femmes, plus fortement représentées chez les employés de bureau, un type d\u2019occupations dont l\u2019importance relative est un peu en régression à la fin des années 1990.La part des occupations dans la vente et les services est stable.Il s\u2019agit d\u2019un type d\u2019emplois qui, bien que les femmes y soient plus nombreuses, comprend une proportion importante d\u2019hommes.On notera enfin que les emplois dans le secteur de l\u2019exploitation agricole et horticole sont maintenant marginaux dans l\u2019ensemble.Les tableaux suivants (tableaux 3 et 4) présentent la distribution des secteurs d\u2019emploi dans lesquels œuvre la population active depuis 1987.Soulignons qu\u2019on trouve dans chaque secteur une grande Les conditions de vie 161 Tableau 5 Taux de syndicalisation, conflits de travail au cours de l'année, travailleurs touchés et jours-personnes perdus, Québec, 1970-2001 \t\t\t\t \t\t\t\t 1970\t\t126\t73 189\t1 417 560 1975\t\t362\t135 765\t3 204 930 1980\t\t344\t174 047\t4 314 999 1985\t\t270\t44 491\t1 143 768 1990\t46,9\t190\t128 442\t1 117 054 1991\t48,5\t169\t43 096\t641 787 1992\t49,7\t138\t16 164\t419 647 1993\t46,4\t142\t47 361\t516 984 1994\t43,8\t104\t12 907\t318 922 1995\t41,9\t76\t47 944\t508 659 1996\t41,8\t88\t14 696\t387 339 1997\t41,7\t86\t22 502\t324 020 1998\t40,1\t105\t98 982\t723 609 1999\t39,8\t124\t25 257\t652 747 2000\t40,2\t99\t24 554\t345 640 2001*\t40,7\t92\t52 666\t499 451 * Données préliminaires.Une nouvelle procédure d'enregistrement des arrêts de travail entraîne désormais une augmentation du nombre de conflits dans les tableaux statistiques.Toute comparaison de ces nouveaux chiffres avec ceux de l'ancienne série de tableaux devient donc hasardeuse.Source : Revue chronologique de la population active , 1999, d'après l'Enquête sur la population active et Travail Québec, Les arrêts de travail et l'échéance des conventions collectives (01-01-26) variété de professions.Par exemple, le secteur de la santé regroupe les médecins spécialistes, les techniciens de laboratoire, les infirmières, les préposés aux malades ou les personnes affectées à l\u2019entretien.Les secteurs des sciences naturelles et appliquées, le secteur des sciences sociales et des arts et celui de la santé sont en croissance, alors que celui des emplois manuels est en régression.Baisse du taux de syndicalisation Le taux de syndicalisation a décliné de façon importante depuis 1990, passant de 46,9% à 40,7% en 2001 (tableau 5).Il a cependant augmenté quelque peu au cours des trois dernières années.Il demeure beaucoup plus élevé que le taux observé aux États-Unis ou en France, par exemple [voir aussi l\u2019article de Jacques Andre' Lequin, dans Quebec 2002] Conflits de travail : dix ans d'accalmie On a observé une nette diminution des conflits de travail mesurés par différents indicateurs qui ont tous été en baisse durant les années 1990 : moins de conflits de travail, moins de travailleurs touchés et Les grandes tendances Emploi et activité professionnelle 162 L\u2019état du Québec moins de jours-personnes perdus.Les années 1990 ont été nettement moins troublées par des conflits de travail que les années 1980, et surtout les années 1970.Cette tendance se maintiendra-t-elle ?Rien ne laisse présager un retour au climat conflictuel des années 1970.Plusieurs raisons expliquent la forte réduction des conflits de travail caractéristique des années 1990.Depuis dix ans, les entreprises ont modifié leurs pratiques en matière de relations de travail et la gestion de ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler les ressources humaines se fait selon un approche plus participative.On cherche à intéresser les employés au développement de l\u2019entreprise davantage qu\u2019à exploiter le maximum de la main-d\u2019œuvre.Le perfectionnement et l\u2019amélioration des relations humaines ont la cote.Le chômage élevé des dernières années, l\u2019ouverture des marchés, la concurrence plus vive venant de l\u2019étranger, les effets de rationalisation au sein même des entreprises sont autant de facteurs qui ont miné peu à peu le pouvoir de négociation des grands syndicats qui peuvent plus difficilement mobiliser les employés et les ouvriers.À cela s\u2019ajoute enfin un changement dans l\u2019idéologie tant des syndicats que des entreprises qui semblent moins portés vers l\u2019affrontement.Les conflits de travail et les conflits en milieu de travail persistent, mais ils n\u2019impliquent plus d\u2019opposition radicale ni de grèves dans la recherche de règlement.À ces raisons, il faut ajouter une interprétation plus sociologique, d\u2019inspiration tocquevillienne.Les conflits se durcissent souvent en périodes de prospérité et les individus paraissent alors davantage insatis- Graphique 4 Taux de chômage en % selon le sexe, Québec, 1975-2002 15 H Femmes I Hommes 2002 : Moyennes des trois premiers mois, désaisonnalisées Source: Statistique Canada, Moyenne annuelle de la population active, cat.71-529 et Cansim D982661, D982664. Les conditions de vie 163 faits et plus revendicateurs parce que l\u2019amélioration des chances objectives entraîne une extension des aspirations.Au contraire, en période de restrictions, ou lorsque la situation leur apparaît moins favorable, ils seraient moins portés à s\u2019engager dans des remises en cause plus radicales.Cette explication rend compte de la grande différence entre le climat social des années soixante et celui des années quatre-vingt.Le taux de chômage régresse après une longue période de hausse Le taux de chômage, qui évolue de manière cyclique, connaît une importante diminution au tournant des années 2000.Après avoir atteint un sommet en 1983 (13,9%), il a décliné jusqu\u2019en 1989 (9,3%), pour ensuite remonter jusqu\u2019en r993 (13,2%).Il a régressé jusqu\u2019à 8,4% en 2000 et 8,9% en début d\u2019année 2002 (graphique 4).Cependant, deux changements majeurs se sont produits depuis vingt ans dans la composition du groupe des chômeurs qui n\u2019est plus tout à fait le même.Tout d\u2019abord, les hommes chôment plus que les femmes au cours des années 1990, ce qui était le contraire au début des années 1980 (graphique 4).Cette différence se maintient depuis.Ensuite, il y a une hausse continue du taux de chômage dans la dernière moitié de la vie active, après 45 ans, en comparaison avec les chiffres du début des années 1980.Cette dernière évolution est sans doute liée à la hausse du taux de chômage chez les hommes.La situation s\u2019est nettement améliorée dans le groupe des travailleurs plus âgés depuis le Graphique 5 Taux de chômage en % selon le groupe d'âge, Québec, 1975-2001 ¦\t20-24 ?25-44 ¦\t46-64 Source: Statistique Canada, Moyenne annuelle de la population active, cat.71-529 et CANSIM.Les grandes tendances Emploi et activité professionnelle 164 L\u2019état du Québec milieu des années 1990, après plusieurs années de détérioration.Le chômage des jeunes s'atténue Même s\u2019ils ont toujours connu un haut taux de chômage, les jeunes sont quant à eux moins affectés dans les années 1990 qu\u2019ils ne l\u2019ont été au cours des années 1980 (graphique 5).Les jeunes de 20 à 24 ans ont profité de la vigueur de l\u2019économie et le taux de chômage a régressé davantage dans ce groupe d\u2019âge au cours des dernières années, passant de 12,2% en 1993 à 10,8 °/o en 2001.\u2022 \t \tLes grandes tendances Simon Langlois Sociologue, Université Laval L\u2019analyse de l\u2019évolution des revenus et du niveau de vie est complexe, parce que les indicateurs le plus souvent retenus mesurent des aspects différents qui ne sont pas toujours bien distingués.Recul des gains réels des salariés Considérons un premier indicateur: les gains hebdomadaires des salariés.Ceux-ci comprennent l\u2019ensemble des revenus gagnés par les personnes salariées, y compris les revenus tirés du travail supplémentaire.Cet indicateur mesure donc à la fois les gains et le nombre d\u2019heures travaillées.Ces gains, exprimés en dollars courants, sont en hausse depuis 1983, mais il s\u2019agit en fait d\u2019une illusion puisque, transformés en dollars constants de 2000, ils sont en réalité en recul de 6,4%, étant en effet passés de 628$ en 1983 à 584 $ en 2000 (tableau 1).Cette absence d\u2019augmentation réelle des gains a été maintes fois décrite comme un trait typique du marché du travail contemporain, comme le résultat de la crise du modèle fordiste et de la société salariale.Si nous comparons la situation du Québec avec celle de l\u2019Ontario, il ne semble pas que tel soit le cas puisque, dans la province voisine qui sert souvent de référence privilégiée, l\u2019évolution contraire s\u2019est produite, les gains réels des salariés progressant de 8,1% en plus de quinze ans, passant de 620$ à 670$ en dollars de 2000.L\u2019écart entre le Québec et l\u2019Ontario s\u2019est agrandi de façon marquée ces dernières années, comme le montre le ratio des gains dans les deux provinces, les salariés québécois gagnant en moyenne 87% des gains des salariés ontariens en 2000, alors qu\u2019il y avait parité relative entre les deux groupes 15 ans plus tôt (graphique 1).Revenus annuels des individus en hausse Les revenus annuels moyens de travail des hommes ont finalement dépassé en 1998 le sommet atteint en 1990, marquant ainsi Les conditions de vie 165 Tableau 1 Gains hebdomadaires des salariés en dollars courants et constants (2000) et rapport Qué./Ont., Québec et Ontario.1983-2000 \t\t\t\t\t \t\t\t\t\t 1983\t382\t628\t378\t620\t101,2 1984\t396\t623\t400\t629\t99,1 1985\t407\t616\t416\t629\t97,9 1986\t415\t604\t434\t631\t95,7 1987\t437\t609\t451\t629\t96,9 1988\t451\t604\t479\t641\t94,3 1989\t466\t595\t510\t650\t91,4 1990\t497\t605\t526\t640\t94,4 1991\t518\t597\t557\t642\t92,9 1992\t536\t608\t579\t657\t92,6 1993\t542\t605\t593\t661\t91,5 1994\t549\t611\t611\t679\t90,0 1995\t552\t601\t611\t666\t90,2 1996\t553\t593\t637\t683\t86,9 1997\t566\t597\t643\t678\t88,0 1998\t571\t596\t650\t680\t87,7 1999\t572\t588\t653\t671\t87,6 2000\t584\t584\t670\t670\t87,1 * Juin de chaque année Source : Statistique Canada, Emploi, gains et durée du travail 1998, cat.72-002-XPB {Tableau 9).Calculs de l'auteur.une hausse réelle en dollars constants, mais ils ont régressé quelque peu en 1999, dernière année disponible.Les revenus gagnés par les femmes ont par ailleurs poursuivi leur progression, plus marquée que celle des hommes.En fait, la composition de la population féminine au travail change à mesure qu\u2019on avance dans les années 1990, celle-ci étant composée de femmes aux compétences plus diversifiées et de femmes impliquées sur une base plus continue dans la vie active, deux caractéristiques associées à des revenus plus élevés.En quinze ans, les revenus de travail des femmes actives à temps plein ont augmenté de 30% et ceux des hommes ont connu une hausse moins marquée, inférieure à 10% sur la même période.La réduction de l'écart de revenus entre hommes et femmes s'est arrêtée Les femmes qui travaillent à temps plein gagnent maintenant 75% du revenu moyen des hommes, contre 61% en 1973 (tableau 2).Le revenu gagné réel moyen des hommes travaillant à temps plein a peu augmenté depuis vingt ans, alors que celui des femmes travaillant aussi à temps plein a progressé plus vite, réduisant ainsi les écarts.La réduction des écarts de revenus gagnés entre les deux sexes ne s\u2019est Les grandes tendances Revenus, pauvreté, inégalités 166 L\u2019état du Québec Graphique 1 Gains hebdomadaires des salariés en dollars constants (2000), Québec et Ontario, 1983-2000 Ontario Québec Source : Statistique Canada, Emploi, gains et durée du travail 1998, cat.72-002-XPB (Tableau 9).Calculs de l'auteur.pas poursuivie durant les années 1990, puisque le ratio est relativement stable depuis 1992 et qu\u2019il n\u2019a presque pas bougé depuis (soit jusqu\u2019en 1999, date des dernières statistiques disponibles sur cet aspect.Il faut aussi noter que le ratio plus faible observé en 1997 (0,69) s\u2019explique sans doute par une erreur d\u2019échantillonnage.L\u2019interprétation doit se faire en examinant la tendance sur plusieurs années).Cet arrêt d\u2019une tendance bien présente auparavant survient au moment où sont implantés dans les entreprises des programmes d\u2019équité en matière de rémunération du travail dans les professions féminisées.Cette intervention va-t-elle relancer la réduction des écarts de gains entre hommes et femmes?Pas nécessai- rement, puisque d\u2019autres facteurs que la discrimination en sont aussi la cause.Cet écart de revenus moyens gagnés entre hommes et femmes est, faut-il le rappeler, l\u2019une des statistiques les plus connues et les plus citées.Le ratio de 0,75 est souvent présenté, dans les débats publics, comme une mesure de l\u2019iniquité des revenus entre hommes et femmes.Cette lecture doit être nuancée.En fait, plusieurs raisons expliquent un tel écart.Outre l\u2019iniquité salariale \u2014 salaires moindres pour les emplois majoritairement occupés par les femmes et équivalents à d\u2019autres emplois majoritairement occupés par des hommes \u2014, il faut aussi prendre en considération les différences dans le capital humain (les hommes plus âgés Les conditions de vie 167 Tableau 2 Revenus annuels totaux moyens des hommes et des femmes travaillant à temps plein toute l'année, en dollars constants de 1999 et en indice et rapport F/H, Québec, 1973-1999 \t\t\t\t\t 1973\t38 570\t23 490\t100\t100\t0,61 1975\t40 144\t25 271\t104\t108\t0,63 1981\t40 712\t27 287\t106\t116\t0,67 1985\t40 231\t27 684\t104\t118\t0,69 1990\t41 968\t28 864\t109\t123\t0,69 1995\t39 743\t29 733\t103\t127\t0,75 1996\t40 104\t28 930\t104\t123\t0,72 1997\t41 461\t28 520\t107\t121\t0,69 1998\t42 041\t30 567\t109\t130\t0,73 1999\t40 512\t30 570\t105\t130\t0,75 Source : Statistique Canada, cat.13-217, Le revenu au Canada, Ottawa, cat.75-202.sont souvent plus scolarisés et ils ont plus d\u2019ancienneté que les femmes, un facteur qui exerce encore une certaine influence qui ira cependant en s\u2019amoindrissant dans les années à venir avec le remplacement des générations), les différences dans les modes de vie et les préférences pour le temps de loisir.Les femmes employées à temps plein travaillent moins d\u2019heures que les hommes également employés à temps plein, notamment parce que celles-ci consacrent plus de temps aux tâches domestiques et les hommes, plus de temps au travail salarié.Le nombre moyen d\u2019heures travaillées par les personnes employées à temps plein est rarement pris en compte dans les débats sur les écarts de revenus entre les sexes.Tous ces facteurs combinent leurs effets pour créer un écart de revenus entre hommes et femmes.Rappelons enfin que les différences de revenus entre hommes et femmes célibataires sont beaucoup moins marquées, ce qui confirme que le mode de vie exerce aussi un important effet sur les revenus, en plus des caractéristiques associées au monde du travail.Le revenu familial brut a atteint un nouveau sommet Un changement majeur s'est produit à la fin des années 2000 : le revenu familial brut provenant du marché a atteint un sommet historique : 49 409 $ en moyenne, le niveau atteint dix ans plus tôt, (colonne 1 du tableau 3).Ce sommet mérite d\u2019être souligné, car il met fin à vingt ans de stagnation des revenus réels bruts tirés d\u2019activités sur le marché (travail salarié, travail autonome, placements).Pour comprendre cette évolution, revenons un peu en arrière.Des années i960 à la fin des années 1970, le revenu familial bmt total (le revenu de marché) a augmenté de manière continue d\u2019abord dans la foulée de la révolution salariale et fordiste, mais aussi à cause de l\u2019avènement du double revenu dans les couples.Cette tendance à la hausse s\u2019est arrêtée au tout début des années 1980, le revenu familial Les grandes tendances Revenus, pauvreté, inégalités 168 L\u2019état du Québec Graphique 2 Revenu moyen brut et disponible des familles en dollars constants (1998) (moyenne mobile sur 2 périodes), Québec, 1973-1999 55 000$ 53 000-51 000-49 000 -47 000 -45 000-43 000-41 000 39 000 37 000 35 000 .- .Moy.mobile sur 2 pér.(Total disponible) \" Mov.mobile sur 2 pér.(Brut) 01 ai ai Source : Statistique Canada, cat.13-210; Statistique Canada, Le revenu au Canada, Ottawa, cat.75-202.Calculs de l'auteur.tiré du marché étant par la suite presque stagnant et évoluant en dents de scie au gré des cycles économiques entre 1980 et la fin des années 1990 (graphique 2).Paiements de transfert en régression au tournant de 2000 Après avoir connu une forte croissance durant les années 1980 et 1990, les paiements de transfert venant de l\u2019État ont quant à eux connu un plafonnement dans les années 1990, puis une lente régression à partir du milieu de cette décennie, contrairement à ce qui s\u2019est passé pour les revenus de marché.En termes réels (dollars constants), la hausse a été de 36,4% en une vingtaine d\u2019années, ce qui est considérable (colonne 2 du tableau 3).Celle-ci a donc permis de compenser la stagnation et même la diminution à certaines périodes des revenus de marché, contribuant à la hausse du revenu familial total qui s\u2019est poursuivie en 1999 mais cette fois à la suite de l\u2019augmentation réelle des revenus de marché notée plus haut.Les paiements de transferts moyens représentaient 14,7 % du revenu du marché en 1999, cette proportion étant de 10,8% en 1980, soit une forte augmentation en moins de vingt ans.Le revenu brut à un nouveau sommet Le revenu familial moyen brut total exprimé en dollars constants était de 56 657$ en 1999 (dernière année disponible), un sommet encore jamais atteint jusque-là (tableau 3).Le revenu familial a donc mis Les conditions de vie 169 Tableau 3 Revenu moyen brut et disponible des familles en dollars constants (1999), transferts, impôts et rapport entre revenu disponible et revenu total, Québec, 1973-1999 \t\t\t\t\t\t\t1 1973\t\t\t47 283\t6 941\t40 342\t85,3\t 1975\t\t\t49 472\t6 973\t42 499\t85,9\t 1980\t48 887\t5312\t54 199\t9217\t44 982\t83,0\t 1985\t45 764\t6 588\t52 352\t9 042\t43 310\t82,7\t 1986\t46 444\t6 571\t53 015\t9 480\t43 535\t82,1\t 1987\t46 976\t6 260\t53 236\t10 250\t42 986\t80,7\t 1988\t46 664\t6 394\t53 058\t10 114\t42 944\t80,9\t 1989\t48 682\t6 450\t55 133\t10 787\t44 346\t80,4\t 1990\t48 116\t6 861\t54 977\t11 217\t43 760\t79,6\t 1991\t46 178\t7 655\t53 833\t11 201\t42 632\t79,2\t 1992\t45 236\t7 747\t52 983\t10 244\t42 739\t80,7\t 1993\t43 372\t7 725\t51 097\t10 148\t40 949\t80,1\t 1994\t45 454\t7 771\t53 224\t11 036\t42 188\t79,3\t 1995\t45 364\t7 501\t52 865\t10 896\t41 969\t79,4\t 1996\t45 370\t7 665\t53 035\t10 856\t42 179\t79,5\t 1997\t46 341\t7 475\t53 816\t11 210\t42 606\t79,2\t 1998\t48 614\t7 447\t56 061\t12 356\t43 705\t78,0\t 1999\t49 409\t7 248\t56 657\t12 188\t44 469\t78,5\t Source: Statistique Canada, cat.13-210; pour les données de 1973 à 1975.Le revenu eu Canada, Ottawa, cat.75-202.Calculs de l'auteur.dix ans à dépasser le dernier sommet observé en 1989, grâce à l\u2019augmentation des paiements de transferts, et il poursuit sa lancée vers le haut dans un contexte économique favorable à des augmentations réelles des revenus.Vers un arrêt de la hausse des impôts directs ?Depuis 1980, l\u2019État a prélevé une part de plus en plus grande des revenus des ménages, mais cette croissance s\u2019est arrêtée en 1999 (colonne 4 du tableau 3).Les impôts moyens payés par les contribuables ont augmenté plus rapidement que leurs revenus propres tirés du travail ou de leurs investissements.Cette analyse est basée sur l\u2019examen des dernières données disponibles qui s\u2019arrêtent à l\u2019année 1999.Elles ne reflètent donc pas les changements qui ont pu survenir par la suite avec l\u2019allégement de la charge fiscale, qui va s\u2019étendre cependant sur plusieurs années avant de produire ses véritables effets.Les données de l\u2019année 1999 marquent une inflexion vers le bas d\u2019une tendance historique à la hausse depuis plus de quarante ans.Les grandes tendances Revenus, pauvreté, inégalités 170 L\u2019état du Québec Progression plus lente mais réelle du revenu disponible Le revenu disponible des familles a lui aussi dépassé le sommet atteint en 1989, ce qui marque un autre retournement de tendance.Les familles québécoises n\u2019ont cependant pas encore rattrapé le niveau moyen de revenu net qu\u2019elles avaient en 1980 à cinq cents dollars près (colonne 5 du tableau 3).Cette situation peut cependant être causée par des changements qui surviennent dans la composition des ménages.Ainsi, si le nombre de familles monoparentales augmente, il se créera davantage de familles ayant des revenus forcément plus faibles \u2014 une famille père-mère étant remplacée par deux familles monoparentales après un divorce, ou encore par une combinaison diverse de ménages recomposés de diverses façons.En d\u2019autres termes, l\u2019étude de l\u2019évolution des revenus exige de distinguer trois ensemble de facteurs qui ne le sont pas toujours, soit les tendances du marché, les tendances qui marquent la redistribution faite par l\u2019État (transferts et impôts), mais aussi les caractéristiques des ménages et des familles.Afin de tenir compte de ce troisième facteur, nous examinerons les évolutions des revenus disponibles par types de ménages.Hausses différenciées des revenus dans les types de familles Nous avons distingué cinq types de ménages, soit deux types de couples et trois types de familles avec enfants présents au foyer (tableau 4).Fait non surprenant, les couples qui comptent deux pourvoyeurs ont des revenus plus élevés que les autres, d\u2019une part, et ils parviennent à maintenir Tableau 4 Revenu moyen après impôt selon certains types de ménages (en S 1999), Québec.1980 à 1999 \t\t\t\t\t 1980\t36 838\t50 761\t38 831\t52 754\t24 135 1985\t36 915\t48 491\t38 468\t50 434\t23 715 1986\t34 076\t47 286\t37 532\t51 516\t24 657 1987\t34 378\t45 313\t36 783\t50 398\t22 354 1988\t35 996\t46 483\t37 822\t50 591\t22 269 1989\t36 943\t47 280\t38 967\t51 675\t23 592 1990\t34 926\t46 395\t37 701\t50 511\t24 310 1991\t31 882\t46 690\t36 419\t49 422\t23 566 1992\t36 587\t46 625\t38 254\t51 708\t24 357 1993\t30 678\t44 561\t36 780\t49 597\t22 919 1994\t34 805\t45 139\t36 696\t50 112\t22 696 1995\t30918\t46 531\t34 800\t50 845\t24 950 1996\t32 377\t48 024\t35 800\t52 131\t25 042 1997\t32 113\t48 664\t32 102\t52 065\t23 918 1998\t36 138\t47 054\t35 149\t52 620\t25 053 1999\t35 787\t49 377\t36 568\t53 004\t24 219 Source : Statistique Canada, Le revenu au Canada, Ottawa, cat.75-202. Les conditions de vie 171 Graphique 3 Nombre de personnes et de ménages bénéficiaires de l'aide sociale (au 31 mars) (moyenne mobile sur 2 périodes), Québec, 1970-2002 900 000 800 000-700 000-600 000-500 000-400 000-300 000-200 000-100 000-0 O\tf'J\tV\tID\t00 1\u2014\tr^.\t1\u2014 \t01\t0\u201ci\to~i\t01 Moy.mobile sur 2 pér.(Personnes) Moy.mobile sur 2 pér.(Ménages) orM^j-voooofNi^rvoooofN oooooooocooifno'io'icnoo CTlO'iO'iO'itJltXiO'iO'iO'iQiOO Années Source : Gouvernement du Québec, Guide descriptif des programmes de sécurité du revenu, éditions 1989 et 1993, Québec ; ministère de la Main-d'œuvre et de la Sécurité du revenu Calculs de l'auteur.sinon à augmenter leurs ressources sur une longue période d\u2019autre part.Les familles à deux revenus ont connu une hausse réelle de leurs revenus disponibles moyens depuis dix ans et ce sont elles qui ont les ressources monétaires les plus élevées en moyenne.Les familles ne disposant que d\u2019un revenu \u2014 qui sont aussi généralement des familles plus jeunes dans lesquelles l\u2019un des conjoints reste au foyer \u2014 ont vu leurs revenus réels disponibles se détériorer en dix ans (colonne 3 du tableau 4).De leur côté, les familles monoparentales ont connu une certaine stabilité de leurs revenus moyens entre 198g et 1999 (revenus moyens constants évoluant en dents de scie entre 23 000 et 25 000$ sur vingt ans) grâce à l\u2019aide du gouvernement québécois qui a implanté des programmes spécifiquement conçus à leur intention (crédits d\u2019impôts, etc.).La comparaison avec l\u2019Ontario illustre l\u2019efficacité de telles mesures, puisque les familles monoparentales ontariennes ont quant à elles fait face à une détérioration de leur situation au cours de la même période alors que les autres types de familles dans cette province voyaient leurs revenus augmenter.Le type de ménages est donc devenu un facteur qui contribue nettement à la différenciation des ressources économiques.Le double revenu étant devenu la norme, les ménages qui ne comptent que Les grandes tendances Revenus, pauvreté, inégalités 172 L\u2019état du Québec sur un seul pourvoyeur sont distancés par les autres.À un extrême se trouvent les familles à deux revenus avec enfants présents et à l\u2019autre, les familles monoparentales qui par définition ne peuvent compter que sur un seul revenu, assez souvent celui du pourvoyeur principal qui de son côté doit assumer la charge de son propre foyer en plus de payer une pension alimentaire à l\u2019ex-conjoint.Hausse de l'inégalité entre les revenus de marché On observe une augmentation des inégalités entre les revenus familiaux tires du marché (revenus de travail et revenus de placements) chez les ménages comprenant deux personnes ou plus (tableau 5 \u2014 L\u2019inégalité est mesurée par le coefficient de GINI, qui est une mesure classique.Plus les riches reçoivent une part élevée des Tableau 5 Coefficients de GINI des ménages ayant deux personnes ou plus et des personnes seules selon des concepts de revenus différents, Québec, 1989-1999 \t\t\t\t \t\t2 personnes et plus\t\t 1989\t0,400\t0,320\t0,277\t0,866 1990\t0,414\t0,326\t0,282\t0,865 1991\t0,435\t0,338\t0,291\t0,861 1992\t0,423\t0,322\t0,277\t0,860 1993\t0,426\t0,322\t0,276\t0,857 1994\t0,439\t0,334\t0,282\t0,844 1995\t0,438\t0,337\t0,286\t0,849 1996\t0,447\t0,345\t0,296\t0,858 1997\t0,452\t0,351\t0,305\t0,869 1998\t0,452\t0,352\t0,300\t0,852 1999\t0,442\t0,346\t0,295\t0,853 \t\tPersonnes seules\t\t 1989\t0,566\t0,378\t0,324\t0,857 1990\t0,580\t0,397\t0,335\t0,844 1991\t0,588\t0,398\t0,337\t0,847 1992\t0,602\t0,395\t0,334\t0,846 1993\t0,598\t0,385\t0,328\t0,852 1994\t0,601\t0,392\t0,326\t0,832 1995\t0,586\t0,390\t0,326\t0,836 1996\t0,585\t0,401\t0,340\t0,848 1997\t0,586\t0,400\t0,344\t0,860 1998\t0,601\t0,407\t0,342\t0,840 1999\t0,570\t0,393\t0,331\t0,842 Source : Statistique Canada, Revenu après impôt, répartition selon la taille du revenu au Canada, Ottawa, cat.13-210 Statistique Canada, Le revenu au Canada, Ottawa, cat.75-202. Les conditions de vie 173 revenus, plus le coefficient de GINI est élevé).L\u2019augmentation est même assez substantielle puisque le coefficient de GINI est passé de 0,400 à 0,452 en une dizaine d\u2019années seulement, avant de redescendre quelque peu en 1999 (dernière année disponible).Les ménages formés de personnes vivant seules sont plus inégaux entre eux que ne le sont les ménages de deux personnes ou plus, comme l\u2019indiquent les coefficients de GINI qui sont systématiquement plus élevés.L'impôt et les paiements de transferts réduisent les inégalités L\u2019impôt sur le revenu et les paiements de transfert aux individus réduisent considérablement les inégalités entre les ménages.Cette observation est importante, car elle montre que ces deux grands mécanismes de réduction des inégalités, caractéristiques du mode de fonctionnement de l\u2019État-providence, continuent de fonctionner.La colonne 2 du tableau 5 indique bien une réduction des coefficients de GINI lorsqu'on inclut les paiements de transferts dans le calcul du revenu total des familles et des personnes seules.Ce coefficient diminue encore lorsqu\u2019il est calculé pour les revenus totaux après impôts des ménages (colonne 3).Les changements importants observés dans les politiques publiques (abolition des allocations familiales, remise en cause de l\u2019universalité du programme de sécurité du revenu de la vieillesse, faible indexation de l\u2019aide de dernier recours, modifications radicales au programme de l'assurance-emploi, etc.) et surtout les baisses d\u2019impôts qui sont annoncées (déjà en vigueur dans plusieurs provinces et discutées au Québec) risquent d\u2019accroître la hausse des inégalités dans les années à venir.Les données des dernières années portant sur les revenus nets donnent à penser que la tendance est déjà amorcée (voir la troisième colonne du tableau 5, le coefficient de GINI passant de 0,277 en 1993 à 0,295 en 1999 dans le cas des ménages comptant au moins deux personnes).Nous avons calculé une autre mesure susceptible de caractériser les inégalités entre les ménages : le rapport inter déciles D1/D9 (tableau 6).Cette mesure consiste à diviser le revenu du ménage situé au 10' rang dans la distribution (Di) par celui du ménage situé au 90' rang (Dg).Elle permet de voir si la distance entre les ménages à faibles revenus et les ménages ayant les revenus les plus élevés est stable ou non dans le temps.Nous utilisons dans cette analyse quatre définitions du revenu.Tableau 6 Rapport inter déciles (D1/D9) selon des concepts de revenus différents, Québec, 1969-1999 \t\t\t\t\t\t\t\t Revenus du marché\t0,187\t0,129\t0,126\t0,118\t0,112\t0,107\t0,077\t0,090 Revenus après impôts\t0,177\t0,153\t0,140\t0,145\t0,145\t0,134\t0,128\t0,130 Revenus nets\t0,201\t0,191\t0,178\t0,198\t0,190\t0,179\t0,159\t0,172 Revenus disponibles par unités\t0,260\t0,261\t0,262\t0,277\t0,265\t0,247\t0,253\t0,250 Source : Micro-données de l'enquête sur les dépenses des familles de Statistique Canada, calculs de I auteur.Les grandes tendances Revenus, pauvreté, inégalités 174 L\u2019état du Québec D\u2019après l\u2019étude des revenus de marché (revenus de travail et de placements), la distance entre pauvres et riches s\u2019agrandit depuis le milieu des années 1980.Les paiements de transferts et l\u2019impôt sur le revenu réduisent cette distance, ce qui va dans le sens des observations tirées de l\u2019examen des coefficients de G1NI.Les données pour la dernière année disponible donnent à penser que l\u2019hypothèse d\u2019une reprise à la hausse de la croissance des inégalités va se confirmer, puisque la distance entre les ménages à bas et à hauts revenus s\u2019accentue quelque peu.Le phénomène est cependant moins visible au Québec, société qui s\u2019est moins engagée dans la réduction des impôts des ménages à haut revenu que les autres provinces populeuses du Canada (l\u2019Alberta et l\u2019Ontario en particulier).Or, l\u2019examen des mesures d\u2019inégalités qui caractérisent le Canada montre clairement que l\u2019hypothèse avancée d\u2019une reprise de la croissance des inégalités se confirme.Cette comparaison montre l\u2019efficacité des mesures de redistribution des revenus mises en place par l\u2019État-providence depuis les trente dernières années.La composition du ménage joue un rôle important dans l\u2019étude des revenus, comme on l\u2019a vu plus haut.L\u2019examen du rapport inter déciles calculé sur le revenu disponible par unité de consommation (une mesure qui tient compte de la composition du ménage) indique que la distance entre ménages à bas revenus et à haut revenus serait restée assez stable au cours des vingt dernières années.Tout se passe comme si les ménages compensaient les faibles hausses de revenus en ayant moins d\u2019enfants, donc moins de bouches à nourrir.Ces rapports inter déciles vont dans le sens d\u2019une analyse faite avec d\u2019autres méthodes il y a quelques années (nous avons mieux documenté cette lecture dans une autre publication : Simon Langlois, « Le niveau de vie des familles.Déclassement et effet de génération », dans Gilles Pronovost (sous la dir.de), Comprendre la jamille, Québec, Presses de l\u2019Université du Québec, 1994).Une fraction des contribuables paie la moitié des impôts L\u2019impôt sur le revenu a un caractère progressif au Québec.Au total, les ménages Tableau 7 Transferts reçus et impôts payés en moyenne par les familles économiques de deux personnes ou plus selon le quintile de revenu, Québec, 1999 \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t Ql (inf)\t10 496\t55,6\t29,0\t906\t4,8\t1,5 Q2\t9 844\t29,0\t27,3\t4 258\t12,5\t7,0 Q3\t7 303\t15,1\t20,1\t9 035\t18,6\t14,8 Q4\t5 113\t7,7\t14,1\t14 589\t22,0\t23,9 Q5 (sup)\t3 470\t3,0\t9,6\t32 191\t27,8\t52,8 Total\t7 248\t12,8\t100\t12 188\t21,5\t100 Source: Statistique Canada, Le revenu au Canada, Ottawa, cat.75-202. Les conditions de vie 175 Tableau 8 Dons de charité des particuliers à des organismes agréés, Québec, 1995 à 2000 \t 1995\t431,0 1997\t471,1 1998\t510,3 1999\t504,7 2000\t556,8 Source : Centre canadien de la philanthropie, extrait d'un tableau paru dans Les affaires, 3 mars 2001.faisant partie du quintile supérieur des revenus paient en moyenne 32 191 $ en impôts directs, ce qui représente 27,8% de leurs revenus totaux (tableau 7).À eux seuls, ils paient 52,8% de tous les impôts directs.Les ménages au bas de l\u2019échelle des revenus (deux premiers quintiles) paient moins d\u2019impôts que les autres (en proportion de leurs revenus) et donc une portion faible des impôts totaux perçus par l\u2019État.Le tableau 7 montre que les paiements de transferts comptent pour une large part des revenus des familles des quintiles inférieurs, soit par exemple pour 55,6% des premiers vingt pour cent des ménages les moins fortunés.Ceux-ci sont donc davantage dépendants de l\u2019aide étatique, ce qui était beaucoup moins le cas il y a vingt ans.La culture philanthropique est moins développée au Québec Les Québécois donnent moins d'argent en dons de bienfaisance au sens large que les citoyens des autres provinces du Canada.Ils ont versé 557 millions de dollars en dons à des organismes agréés en 2000 (tableau 8), soit un don médian de 100 $ environ par contribuable, contre un don médian de 180 $ au Canada (le don médian n\u2019est pas affecté par les montants plus élevés que donnent les riches mécènes qui font hausser la moyenne).Le don médian en Ontario est de 220 $ et il dépasse les 250 $ dans les quatre provinces de l\u2019Atlantique.Il faut par ailleurs noter que la culture philanthropique est plus récente au Québec et qu\u2019elle n\u2019est pas encore aussi profondément répandue dans la culture qu\u2019elle peut l\u2019être en milieu anglo-saxon.Plusieurs facteurs expliquent cette situation, notamment le fait que les Québécois auraient adopté une culture colbertiste héritée de longue date.Ils accepteraient que l\u2019État joue un rôle accru et ils sont moins réticents que les citoyens du Canada anglais devant des taux d\u2019imposition plus élevé pourvu que l\u2019État dispense les services publics de qualité.Une nouvelle mesure de la pauvreté Statistique Canada ne propose pas de mesure officielle de la pauvreté.L\u2019organisme statistique construit plutôt un seuil de faible revenu (SFR) qu\u2019il ne faut pas confondre avec une mesure de la pauvreté.Cette mise en garde est importante, car les études techniques montrent que la façon actuelle de calculer le SFR noircit la situation dans les provinces où les revenus sont les moins élevés (en Atlantique et au Québec).Le SFR est très sensible au coût du logement par exemple, plus élevé en Ontario et dans les deux provinces de l\u2019Alberta et de la Colombie-britannique, ce qui affecte artificiellement à la hausse la mesure de la faiblesse du revenu ailleurs au Canada, et par conséquent au Québec ou dans les Maritimes.En simplifiant, le SFR mesure la difficulté qu\u2019auraient les ménages du Québec à se loger en Ontario avec leurs ressources, ce qui n\u2019a pas trop de sens.Par ailleurs, cette mesure est de Les grandes tendances Revenus, pauvreté, inégalités 176 L\u2019état du Québec Tableau 9 Proportion des familles économiques (2 personnes ou plus) sous le seuil de faible revenu (SFR) corrigé et non corrigé par province, (base de 1992), avant et après impôt, Québec et Ontario, 1996 à 1998 \t\t\t\t\t \t\t\t\t\t Avant impôt\t1996\t14,8\t15,2\t18,4\t12,7 \t1997\t14,9\t15,3\t18,3\t12,4 \t1998\t13,4\t13,4\t17,0\t11,0 Après impôt\t1996\t9,5\t11,1\t13,6\t9,5 \t1997\t9,8\t10,1\t13,6\t8,5 \t1998\t8,6\t8,9\t11,5\t7,7 Source : Compilation spéciale de Statistique Canada pour le compte du ministère de la Solidarité sociale, décembre 2000, publiés dans Stratégie gouvernementale de lutte contre la pauvreté, janvier 2001.plus en plus sensible à l\u2019inégalité des revenus, une réalité qu\u2019il ne faut pas confondre avec la pauvreté.Une nouvelle mesure de la pauvreté à partir d\u2019une approche basée sur le coût du panier de consommaüon dans les différentes régions est en construction, à la demande de la conférence des premiers ministres des provinces, mais il faudra attendre encore un certain temps pour obtenir de nouvelles données sur cette base.Les premiers travaux préparatoires indiquent cependant que le taux de pauvreté baisse au Québec de façon importante (à comparer avec le SFR), notamment parce que le coût du logement y est moins élevé.Cette approche par panier montre aussi que le taux de pauvreté augmente en Ontario, ce qui corrobore l\u2019hypothèse que le seuil actuel de faible revenu serait entaché de biais systématique.Une vision nouvelle des taux de faible revenu au Québec Il est maintenant devenu évident que le Seuil de faible revenu de Statistique Canada ne mesure pas la pauvreté.Mais de nouvelles recherches indiquent que ce Seuil est aussi entaché de biais même pour mesurer la jâiblesse du revenu parce qu\u2019il ne dent pas compte des différences dans le coût de la vie entre les provinces, ni des écarts observés dans le coût du logement.Afin de corriger ces aberrations ou ces difficultés, le ministère de la Solidarité sociale du Québec a demandé à Statisdque Canada de recalculer le seuil SFR en prenant comme point de référence la province \u2014 le Québec et l'Ontario séparément \u2014 afin de neutraliser l\u2019effet des différences de coût de la vie entre les deux provinces voisines.Les calculs ont été faits pour les années 1996 à 1998.Il en ressort une vision différente des taux de faiblesse du revenu et l\u2019écart entre les deux provinces disparaît à toutes fins utiles (tableau 9).Il n\u2019y aurait pas davantage de ménages à faibles revenus au Québec qu\u2019en Ontario, et cet exercice montre bien que les critiques faites du seuil de faible revenu étaient pertinentes.Les données non corrigées de Statistique Canada indiquent que 17% des familles du Québec seraient sous le seuil Les conditions de vie 177 Tableau 10 Proportion des personnes sous le seuil de faible revenu (SFR), corrigé et non corrigé par province, avant et après impôt,Québec et Ontario, 1996 à 1998 \t\t\t\t\t \t\t\t\t\t Avant impôt\t1996\t18,7\t19,0\t22,6\t16,0 \t1997\t19,3\t19,0\t22,9\t15,7 \t1998\t18,2\t16,8\t22,1\t14,0 Après impôt\t1996\t12,6\t14,4\t17,9\t12,2 \t1997\t13,3\t13,5\t18,2\t11,3 \t1998\t12,5\t11.9\t16,4\t10,1 Source : Compilation spéciale de Statistique Canada pour le compte du ministère de la Solidarité sociale, décembre 2000, publiés dans Stratégie gouvernementale de lutte contre la pauvreté, janvier 2001.de faible revenu (avant impôt), mais cette proportion baisse à 13,4% si l\u2019on considère les données calculées en prenant le Québec comme référence.Cela dit, on doit aussi apporter une autre correction, puisqu\u2019il faut tenir compte du caractère fort progressif de l\u2019impôt sur le revenu qui a été illustré plus haut.Le revenu des ménages au bas de l\u2019échelle doit se comparer aux revenus après impôts des riches puisque ceux-ci ne peuvent dépenser l\u2019argent que l\u2019État prélève dans leur portefeuille.Or, cette fois, la proportion de ménages à faible revenu au Québec serait de 8,6 % en 1998, contre 8,9% en Ontario, un taux plus faible au Québec, ce qui est contraire à l\u2019image alarmiste projetée sur la place publique.Dernier constat: la proportion de ménages à faible revenu serait en régression au Québec, étant passée de 9,5% à 8,6% entre 1996 et 1998, en parallèle à la diminution observée à l\u2019aide sociale comme on le verra plus loin.Il en va de même pour l\u2019examen de la proportion de personnes sous le seuil de faible revenu.Celle-ci serait de 22,1% au Québec en 1998 si l\u2019on considère le revenu avant impôt et de 16,4% d\u2019après le revenu disponible (tableau 10).Mais en prenant la province comme référence pour les calculs et le revenu après impôts, le taux de personnes à faible revenu baisse à 12,5% au Québec et à 11,9% en Ontario.On est loin encore une fois du constat alarmiste véhiculé dans les médias ou dans les discours de certains militants.Le fait de distinguer les revenus avant et après impôts fait apparaître l\u2019efficacité des mesures de redistribution du revenu que sont les paiements de transfert et l\u2019impôt sur le revenu.La proportion des familles économiques comptant au moins deux personnes et la proportion des individus au total qui est sous le seuil diminuent fortement lorsque l\u2019on passe d\u2019un type de revenu (avant impôts) à un autre (après impôts).Ces données confirment la lecture qui a été faite plus haut à partir des coefficients de GINI mesurant l\u2019inégalité.Il faut par ailleurs ajouter que le Québec a mis en place de nombreuses mesures visant à donner des services directs ou en nature à la population dont les effets ne se reflètent pas dans les mesures Les grandes tendances Revenus, pauvreté, inégalités 178 L\u2019état du Québec statistiques de la pauvreté ou de la faiblesse du revenu (garderie à cinq dollars, médicaments gratuits, logements en HLM, etc.).La prise en compte de ces mesures aurait un impact sur les taux de pauvreté usuellement commentés dans les médias et exigerait des mesures plus sophistiquées.Les pauvres, une population mouvante La population des pauvres est mouvante.Selon une étude publiée par Statistique Canada en 1997, effectuée à partir de données d\u2019enquête par panel menées en 1993 et 1994, un peu moins la moitié des ménages pauvres ne l\u2019étaient plus après deux ans, ayant été remplacés par un Tableau 11 Personnes et ménages bénéficiaires de l'aide sociale (au 31 mars) en nombre, en indice et en proportion de la population âgée de 0 à 64 ans, Québec, 1970-2002 \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t 1970\t515 760\t100\t9,2\t206 971\t100\t14,9 1975\t419 558\t81\t7,2\t198 219\t96\t12,2 1980\t512 068\t99\t8,6\t285 174\t138\t 1981\t533 080\t103\t8,9\t302 435\t146\t16,3 1982\t561 868\t109\t9,4\t325 456\t157\t 1983\t675 788\t131\t11,3\t396 997\t192\t 1984\t706 934\t137\t11,8\t415413\t201\t 1985\t708 677\t137\t11,8\t424 790\t205\t 1986\t693 874\t135\t11,5\t416 336\t201\t21,0 1987\t649 555\t126\t10,6\t390 366\t189\t 1988\t594 016\t115\t9,7\t358 067\t173\t 1989\t559 298\t108\t9,0\t340 837\t165\t 1990\t555 907\t108\t8,9\t343 874\t166\t 1991\t594 879\t115\t9,5\t366 215\t177\t16,8 1992\t674 874\t131\t10,7\t413 387\t200\t 1993\t741 387\t144\t11,7\t450 675\t218\t 1994\t787 159\t153\t12,4\t472 939\t229\t 1995\t802 240\t156\t12,5\t479 381\t232\t 1996\t815 487\t158\t12,7\t485 261\t234\t21,1 1997\t793 307\t154\t12,4\t476 948\t230\t 1998\t725 668\t141\t11,3\t447 476\t216\t 1999\t661 276\t128\t10,3\t410 554\t198\t 2000\t618 896\t120\t9,6\t391 863\t189\t 2001\t576 614\t112\t8,9\t371 282\t179\t 2002*\t560 783\t109\t8,7\t365 614\t177\t * 31 mars 2002 Source : Gouvernement du Québec, Guide descriptif des programmes de sécurité du revenu, éditions 1989 et 1993, Québec i ministère de la Main-d'œuvre et de la Sécurité du revenu.Calculs de l'auteur. Les conditions de vie 179 Tableau 12 Ménages et personnes bénéficiaires de l'aide sociale selon le type de ménages.Québec, 31 mars 2002 \t\t\t\t personnes seules**\t260 133\t260 133\t\t260 133 \t(71,1)\t(46,4)\t\t(46,4) couples sans enfant\t21 119\t42 238\t\t42 238 \t(5,8)\t(7,5)\t\t(7,5) couples avec enfants\t25 970\t51 940\t54 151\t106 091 \t(7,1)\t(9,3)\t(9,7)\t(18,9) familles monoparentales\t58 392\t58 382\t93 929\t152 321 \t(16,0)\t(10,4)\t(16,7)\t(27,2) Total N\t365 614\t412 693\t148 080\t560 783 %\t(100)\t(73.6)\t(26,4)\t(100) * Données officielles non ajustées.** Comprend 799 conjoints d'étudiants.Source : Ministère de la Sécurité du revenu, calculs de l'auteur.contingent à peu près équivalent de nouveaux pauvres.La pauvreté est donc un état temporaire ou transitoire pour une proportion importante des ménages.Il ressort aussi de cette étude que l\u2019incidence de la pauvreté est importante puisque plus de ménages peuvent être pauvres à un moment ou à un autre au cours d\u2019une certaine période.Pour un tiers des ménages, l\u2019entrée dans l\u2019état de pauvreté a été causée par la perte d\u2019un membre à la suite d\u2019un divorce ou d\u2019une mortalité.La même proportion de ménages a pu quitter l\u2019état de pauvreté à la suite de l\u2019arrivée d\u2019un nouveau gagne-pain.L\u2019autre facteur déterminant est l\u2019entrée ou la sortie du marché du travail.Cette étude montre bien que les changements qui marquent le mode de vie sont à peu près aussi importants que la participation au marché du travail pour expliquer la sortie ou l\u2019entrée dans l\u2019état de pauvreté.La dépendance vis-à-vis de l'aide sociale régresse La progression continue depuis 1990 du nombre de personnes vivant de l\u2019aide sociale a atteint un sommet en 1996 (815 487) et ce nombre a régressé à 560 783 en mars 2002, une diminution de 31,2% (tableau n).La diminution est importante, il faut le noter, puisqu\u2019une personne sur quatre a quitté l\u2019aide de dernier recours en cinq ans.Les personnes qui vivent de l\u2019aide sociale représentent 8,7% de la population âgée de o à 64 ans (tableau 11).Au total, 365 614 ménages recevaient l\u2019aide de dernier recours au 31 mars 2002, soit 24,7% de moins que le sommet atteint en 1996 (485 261).Le nombre de ménages qui reçoit de l\u2019aide sociale décroît donc moins rapidement que le nombre de personnes.Sur une longue période (soit depuis 1970), la croissance du nombre de ménages recevant de l\u2019aide Les grandes tendances Revenus, pauvreté, inégalités 180 L\u2019état du Québec sociale est importante, tant en indice (+ 77% en vingt-cinq ans) qu\u2019en proportion et elle a été beaucoup plus rapide que l\u2019augmentation du nombre de personnes (+8%), ce qui s\u2019explique par la multiplication des petits ménages, essentiellement formés de personnes seules et de familles monoparentales.Environ les deux tiers des ménages qui ont reçu de l\u2019aide sociale sont formés de personnes vivant seules (tableau 12).Les familles monoparentales constituent le second type en importance de ménages qui bénéficient de cette aide.On le voit, environ 87,1 % des ménages qui reçoivent l\u2019aide directe de l\u2019État ont à leur tête un seul adulte, ce qui est bien révélateur que la dépendance va de pair avec un certain isolement social.La vie en couple ou la vie de famille donnent aux individus sans ressources propres le support matériel pour vivre, mais lorsque survient une crise dans le couple ou la famille, bon nombre d\u2019individus ne peuvent subvenir seuls à leurs besoins et ils doivent alors compter sur l\u2019aide de l\u2019État.Celle-ci permet à des personnes en difficulté de vivre seules, ce qui était à peu près impossible avant 1970.Plus de 73,6% des bénéficiaires de l\u2019aide de dernier recours étaient des adultes et 26,4%, des enfants, soit 148 080 au 31 mars 2001.Les deux tiers de ces enfants vivaient dans des familles monoparentales.# Que veulent vraiment les « abonnés » à l'assurance-emploi ?Anne Motte, Carole Vincent Société de recherche sociale appliquée Depuis quelques années déjà, les gouvernements mettent en place plusieurs initiatives en matière de politique sociale dans le but de venir en aide aux plus démunis.Un aspect important des récentes réformes du filet de sécurité sociale au Québec, comme ailleurs au Canada, est certainement la valorisation de la participation des individus au marché du travail.Bien que la participation au marché du travail soit un outil efficace pour accroître les revenus des personnes qui vivent des situations précaires, elle ne constitue pas une garantie contre la pauvreté : en dépit d\u2019importants efforts de lutte contre la pauvreté, un nombre important de travailleurs vivent des épisodes de pauvreté, fussent-ils temporaires.Plusieurs travailleurs qui vivent des situations d\u2019emploi plus ou moins précaires ont recours au régime canadien d\u2019assurance-emploi.L\u2019éventail des circonstances expliquant le recours au régime d\u2019assurance-emploi est vaste, allant de l\u2019individu qui est licencié d\u2019un emploi qu\u2019il occupait depuis un certain temps et fait une première demande d assurance-emploi à celui qui occupe souvent des emplois de courte durée et qui a fréquemment recours au régime.À cet Les conditions de vie 181 égard, l\u2019Enquête auprès des re'ite'rants de l\u2019assurance-emploi (ERAE) est une source d\u2019information unique et enrichissante sur les attitudes et comportements des prestataires d\u2019assurance-emploi (voir encadré).En scrutant la diversité des expériences vécues par les travailleurs qui ont recours à l\u2019assurance-emploi, l\u2019enquête révèle que leur niveau de satisfaction par rapport à l\u2019emploi et leurs prédispositions au changement varient en foncdon de leur niveau de revenu, et plus particulièrement, selon qu\u2019ils appartiennent ou non à des ménages à faible revenu.Ce diagnostic devrait être pris en compte dans l\u2019élaboration des politiques et programmes gouvernementaux qui cherchent à répondre aux besoins de ces travailleurs.Les prestataires québécois à faible revenu Les définitions de faible revenu ou « pauvreté » sont nombreuses et font l\u2019objet de controverses multiples parmi les experts qui s\u2019interrogent sur la meilleure façon de cerner ce phénomène.Au Canada, la mesure la plus connue et couramment utilisée est le seuil de faible revenu (SFRJ de Statistique Canada.Ce SFR est le seuil de revenu en deçà duquel une famille est susceptible de consacrer une part plus importante de son revenu à l\u2019alimentation, au logement et à l\u2019habillement qu\u2019une famille moyenne.Le ministère du Déve- loppement des ressources humaines Canada a entrepris la création d\u2019une autre mesure, soit celle du panier de consommation (MPC).Cette mesure permet de déterminer le niveau de revenu nécessaire pour qu\u2019une famille puisse avoir une alimentation équilibrée, s\u2019acheter des vêtements pour le travail et d\u2019autres événements sociaux, louer un logement convenable ainsi que payer d\u2019autres dépenses nécessaires.Le panier prend en compte la taille de la famille et le lieu de résidence.Cette mesure est nouvelle et les premiers indicateurs de faible revenu devraient être disponibles sous peu.Le gouvernement du Québec ainsi que d\u2019autres institutions internationales, comme l\u2019OCDE, privilégient l\u2019utilisation de la mesure de faible revenu (MFR) après impôt (tableau r).Cette mesure correspond à 50 % du revenu familial médian de l\u2019ensemble des ménages ajusté en fonction de la structure de l\u2019unité familiale.Par exemple, la MFR diffère selon que la famille est composée de 3 adultes ou de 2 adultes et r enfant, puisqu\u2019on attribue un poids plus important au troisième adulte qu\u2019à un enfant.À partir des données de Statistique Canada, l\u2019Institut de la statistique du Québec compile la MFR avant et après impôt pour le Québec seulement.Puisque le revenu médian québécois est inférieur à celui du Canada, la MFR qué- Tableau 1 Mesure de faible revenu avant et après impôt au Québec, 1997 (en dollars) \t\t \t\t Personne seule\t11 538\t9 753 Couple sans enfant et famille monoparentale avec un enfant\t16 153\t13 654 Couple avec deux enfants\t23 075\t19 505 Source : Compilations de l'Institut de la statistique du Québec à partir de l'Enquête sur la dynamique du travail et du revenu (EDTR), Statistique Canada.Que veulent les « abonnés » à l\u2019assurance-emploi ? Revenus, pauvreté, inégalités 182 L\u2019état du Québec bécoise est moins élevée que celle pour le Canada.11 s\u2019agit là d\u2019un exemple révélateur des divergences qui peuvent survenir lorsqu\u2019on tente de mesurer la pauvreté : en uülisant la MFR québécoise, le pourcentage d'individus sous la MFR est moins élevé que si la MFR canadienne était utilisée.Il faut souligner que la MFR ne prend pas en compte certains éléments \u2014 lieu de résidence, traitement fiscal différencié selon le type de famille, actifs ou autres ressources dont l\u2019individu dispose \u2014 qui peuvent avoir un impact sur le degré de précarité de la situation financière d\u2019un individu ou d\u2019un ménage.Par contre, elle présente l\u2019avantage d\u2019être l\u2019une des mesures les plus simples et donc les plus transparentes dans sa construction.Faibles revenus.Selon les données de l\u2019En-quéte auprès des réitérants de l\u2019assurance-emploi (ERAE), 16% des travailleurs québécois de 25 ans et plus qui ont reçu des prestations d'assurance-emploi en 1996 vivaient une situation de faible revenu en 1997, c\u2019est-à-dire qu\u2019ils vivaient dans un ménage dont le revenu se situait sous la mesure de faible revenu avant impôt.À titre de comparaison, 19% des prestataires d\u2019assurance-emploi de 25 ans et plus se trouvaient dans cette situation dans le reste du Canada.La proportion des prestataires d\u2019assurance-emploi qui se trouvaient sous la MFR en 1997 varie selon la structure de l\u2019unité familiale et le niveau d\u2019éducation, mais il y a peu de différences statistiquement significatives pour ce qui est d\u2019autres caractéristiques socio-démographi- Graphique 1 Pourcentage des prestataires québécois qui vivent une situation de faible revenu selon le type de ménage, 1997 Personne seule Couple avec enfants Couple sans enfants Monoparentale* Autre type Ensemble des familles 15,2 23,6 26,4 0\t5\t10\t15\t20\t25\t30 Source : Enquête auprès des réitérants de l'assurance-emploi (ERAE) * Estimation dont la fiabilité est incertaine en raison de ta taille insuffisante de l'échantillon. Les conditions de vie 183 L\u2019Enquête auprès des réitérants de l\u2019assurance-emploi (ERAE) Réalisée en 1998, cette enquête a été conçue par une équipe de la Société de recherche sociale appliquée (SRSA) en collaboration avec Statistique Canada.Elle visait à mieux connaître les circonstances vécues par les travailleurs qui ont fréquemment recours à l\u2019assurance-emploi, dans le but de développer des options de politiques publiques innovatrices pour leur venir en aide.L\u2019échantillon était représentatif des individus qui avaient fait une demande d\u2019assurance-emploi en 1996 et avaient reçu au moins un dollar en prestations régulières.Il faut noter que c\u2019est le revenu avant impôt des ménages qui a servi à déterminer le statut des répondants face à la mesure de faible revenu.Un ensemble de questions portait sur les comportements et attitudes des individus à l\u2019égard de différents aspects de leur travail et du régime d\u2019assurance-emploi ainsi que leurs activités de recherche d\u2019emploi en 1997.En fait, il s\u2019agit là de l\u2019originalité de cette enquête puisque aucune autre enquête portant sur les expériences sur le marché du travail ne s\u2019attarde à ces questions.ques telles que le sexe et l\u2019âge.Parmi les prestataires d\u2019assurance-emploi du Québec, les ménages composés de deux adultes, avec ou sans enfants, semblent s\u2019en tirer mieux que les familles monoparentales et les personnes vivant seules : 13% des couples avec enfants et 12% des couples sans enfants ont un revenu inférieur à la MFR alors que ce taux atteint les 15% dans le cas des personnes vivant seules et possiblement plus de 25% dans le cas des familles monoparentales (graphique 1).La répartition selon le niveau d\u2019éducation est certainement éloquente : la proportion des prestataires qui se situent sous la MFR est de 20% pour ceux qui avaient un niveau d\u2019éducation équivalent ou inférieur au niveau primaire alors que cette proportion diminue à 15 °/o pour ceux qui ont complété des études collégiales, puis à 10 °/o pour ceux qui ont complété des études universitaires (graphique 2).L\u2019expérience sur le marché du travail diffère considérablement selon que les prestataires d\u2019assurance-emploi se situent ou non sous la mesure de faible revenu.Un nombre important de prestataires québécois sous la MFR n\u2019ont pas travaillé en 1997, 24% d\u2019entre eux étant dans cette situation contre seulement 7% pour les prestataires qui ne vivaient pas au sein d\u2019un ménage à faible revenu.Par ailleurs, il semble que le fait de n\u2019avoir eu qu\u2019un seul employeur soit associé à une situation d\u2019emploi moins précaire et donc à une moins grande incidence de situation de faible revenu.En effet, la proportion des prestataires qui ont travaillé pour un seul employeur en 1997 parmi ceux qui se situent sous la MFR est de 15 points de pourcentage inférieure à la proportion des individus qui n\u2019ont travaillé que pour un seul employeur en 1997 parmi les prestataires québécois au-dessus de la MFR (graphique 3).L\u2019intensité de l\u2019utilisation du régime d\u2019assurance-emploi varie également selon que les individus appartiennent ou non à des ménages à faible revenu.Les prestataires qui ont fait des demandes multiples de prestations d\u2019assurance-emploi \u2014 soit Que veulent les « abonnés » à l\u2019assurance-emploi ? Revenus, pauvreté, inégalités 184 L\u2019état du Québec Graphique 2 Pourcentage des prestataires québécois qui vivent une situation de faible revenu selon le niveau d'éducation, 1997 Niveau universitaire Cégep / Collège Niveau secondaire Primaire ou moins Ensemble 0\t5 Source : Enquête sur les réitérants de l'assurance-emploi 10\t15\t20\t25 3 à 5 années de prestations au cours de la période de 1992 à 1996 \u2014 représentaient 60% de l\u2019ensemble des prestataires québécois (alors que dans le reste du Canada, les prestataires se répartissent également entre « occasionnels » et « fréquents »).Or, on retrouve une plus grande proportion de prestataires occasionnels de l\u2019assurance-emploi parmi les prestataires à faible revenu (avec 51%) que parmi les prestataires qui se maintiennent au-dessus de la MFR (avec 37 %) (tableau 2).Satisfaction à l'égard de l'emploi, attitudes et prédispositions au changement 11 n'est pas surprenant de constater qu\u2019en ce qui concerne leur situation par rapport au marché du travail, il ressort une insatisfaction relativement plus marquée chez les prestataires d\u2019assurance-emploi à faible revenu, comparativement aux prestataires au-dessus de la MFR (tableau 3).Parmi les prestataires québécois sous la MFR, 44% se disent insatisfaits de leur Tableau 2 Répartition des prestataires de l'assurance-emploi selon le statut face à la MFR et l\u2019utilisation du programme d'assurance-emploi \t\t\t\t\t \t\t\t\t\t Occasionnels\t51,1\t37,4\t39,5\t53,0\t49,5\t50,2 Fréquents\t48,9\t62,6\t60,5\t47,0\t50,5\t49,8 Source: Enquête auprès des réitérants de l'assurance-emploi (ERAE) Les conditions de vie 185 Graphique 3 Répartition des prestataires selon le statut face à la MFR et la situation d'emploi en 1997 100- 90- 80- 70- 60- 50- 40- 30- 20- 10- 0-, 20,1 56,4 23,5 Sous la MFR 21,8 71,5 6,7 Au-dessus de la MFR 2 employeurs et plus\tN'a pas travaillé | 1 employeur situation de travail en général et 41 % sont insatisfaits du nombre d\u2019heures rémunérées.En comparaison, à peine le quart des individus au-dessus de la MFR partageaient les mêmes opinions.Bien sûr, c\u2019est sur le plan du revenu que l\u2019insatisfaction est la plus grande : 62 % des indi- vidus sous la MFR sont insatisfaits de leur revenu alors que c\u2019est le cas de seulement 33% des individus qui se situent au-dessus de la MFR.Cette insatisfaction marquée sur le plan financier contraste avec le fait que seulement 21 % des prestataires sous la MFR se Tableau 3 Pourcentage des prestataires québécois qui se disent insatisfaits de différents aspects du marché du travail selon le statut face à la MFR, 1997 \t\t\t Situation de travail en général\t44,4\t24,5\t27,6 Nombre d'heures rémunérées\t41,2\t24,7\t27,2 Niveau de revenu\t61,6\t32,8\t37,3 Type d'emploi\t20,6\t10,4\t12,0 Source : Enquête auprès des réitérants de l'assurance-emploi (ERAE) Que veulent les « abonnés » à l\u2019assurance-emploi ? Revenus, pauvreté, inégalités 186 L\u2019état du Québec disent insatisfaits par le type d\u2019emploi qu\u2019ils occupent.Il semblerait que l\u2019insatisfaction par rapport à leur situation sur le marché du travail provienne de la précarité financière associée aux bas salaires ou au manque d\u2019heures rémunérées plutôt qu\u2019à la nature de l\u2019emploi.Par ailleurs, découlant possiblement de leur insatisfaction par rapport à différents aspects de leur situation d\u2019emploi, les individus à faible revenu semblent être plus actifs dans la recherche d\u2019emploi.Parmi l\u2019ensemble des prestataires québécois qui ont connu une période de chômage en 1997, 65% ont affirmé avoir cherché un emploi.Cette proportion passe à 72 % parmi les prestataires québécois à faible revenu.Si les individus sous la MFR.sont actifs dans la recherche d\u2019emploi, la réussite de leur démarche peut dépendre de leur prédisposition au changement.En effet, si les individus doutent de leurs capacités et sont réfractaires au changement, il est fort probable que leurs tentatives se soldent par un échec.La barrière linguistique.En ce qui a trait au degré d\u2019attachement à leur province de résidence, on constate que 24% des répondants du Québec accepteraient un emploi et des conditions de travail simi- laires dans une autre province.Il est intéressant de noter que malgré la potentielle barrière linguistique, les prestataires québécois ne sont pas moins disposés à accepter un emploi dans une autre province que leurs homologues du reste du Canada puisque la proportion de ceux qui se disent disposés à changer de province est de 22% pour l\u2019ensemble des prestataires du reste du Canada.C\u2019est une image un peu ambiguë qui se dégage concernant les attitudes des prestataires québécois à faible revenu face à leurs conditions de travail.Lorsqu\u2019on compare leurs attitudes à celles des prestataires qui ne vivent pas de situation de faible revenu, ils apparaissent moins optimistes, alors que, dans l\u2019absolu, ils semblent peu découragés par leurs perspectives d\u2019avenir.Par exemple, 61 % des prestataires à faible revenu pensent qu\u2019il y aura toujours du travail pour les gens partageant leurs compétences alors que c\u2019est le cas de 70% de ceux qui ne vivent pas une situation de faible revenu (graphique 4).Aussi, 71% des prestataires québécois à faible revenu semblent plutôt confiants de pouvoir changer des choses importantes dans leur vie, alors que cette proportion est de 76% parmi ceux qui ne vivent pas une situation de faible revenu (graphique 5).Graphique 4 Pourcentage des prestataires en accord avec l'affirmation : « Il y aura toujours du travail pour les gens avec mes compétences » Au-dessus de la MFR 69,0 Sous la MFR 60,7 0\t20\t40\t60\t80 Source : Enquête auprès des réitérants de l'assurance-emploi (ERAE) Les conditions de vie 187 Graphique 5 Pourcentage des prestataires en désaccord avec l'affirmation: « Il y a peu de choses que je peux faire pour changer ds choses importantes dans ma vie» Au-dessus de la MFR\t1 Sous la MFR ïj?\" 1\t/0.8 0\t10\t20\t30\t40\t50\t60\t70\t80 Source : Enquête auprès des réitérants de l'assurance-emploi (ERAE) Par ailleurs, bien que 86°/o des prestataires québécois à faible revenu se disent prêts à prendre des risques en ce qui concerne leur carrière, moins de la moitié (47 %) d\u2019entre eux affirment vouloir changer de type de travail (graphiques 6 et 7).En fait, c\u2019est une forte majorité d\u2019entre eux (68°/o) qui se disent satisfaits du type d\u2019emploi qu\u2019ils occupent, même si 62% se disent insatisfaits du niveau de revenu qui y est associé.Une réalité plus complexe qu\u2019il n\u2019y paraît La mise sur pied de toutes politiques sociales nécessite de bien cerner les caractéristiques des groupes à qui ces politiques veulent venir en aide.Il n\u2019est sans doute pas étonnant de constater parmi les prestataires d\u2019assurance-emploi à faible revenu une certaine insatisfaction par rapport à leur situation de travail en général et une insatisfaction par rapport à leur niveau de revenu.Mais ce qui est plus étonnant, c\u2019est qu\u2019une forte proportion d\u2019entre eux se disent satisfaits par le type d\u2019emploi qu\u2019ils occupent, lorsqu\u2019on fait abstraction du niveau de revenu et du nombre d\u2019heures de travail rémunérées qui sont associés à cet emploi.En fait, lorsqu\u2019on les interroge sur leur degré de satisfaction envers leur situation de travail en général, 46 % des prestataires québécois à faible revenu se disent satisfaits, 44% insatisfaits et 10% indifférents.Graphique 6 Pourcentage des prestataires en accord aec l'affirmation : « Je suis prê(e) à prendre des risques en ce qui concerne ma carrière » Au-dessus de la MFR 89,9 Sous la MFR 86,4 0\t10\t20\t30\t40\t50\t60\t70\t80\t90\t100 Source : Enquête auprès des réitérants de l'assurance-emploi (ERAE) Que veulent les « abonnés » à l\u2019assurance-emploi ? Revenus, pauvreté, inégalités 188 L\u2019état du Québec Graphique 7 Pourcentage des prestataires en accord avec l\u2019affirmation n Je veux changer le type de travail que je fais» Au-dessus de la MFR 31,7 Sous la MFR 0\t10\t20\t30\t40 Source : Enquête auprès des réitérants de l'assurance-emploi (ERAE) 47,1 50 Ce constat nous amène à remettre en question l\u2019idée selon laquelle les travailleurs à faible revenu occupent de « mauvais emplois ».En vérité, abstraction faite du salaire, ils sont plutôt satisfaits de leurs emplois, ce qui tend à militer en faveur de programmes de suppléments aux revenus de travail comme façon de leur venir en aide.La pauvreté est sans contredit un phénomène complexe, notamment à cause de son aspect dynamique.Comme l\u2019ont démontré plusieurs études, il existe d\u2019une année à l\u2019autre d\u2019importants mouvements de population parmi ceux qui vivent ou non une situation de faible revenu.Dans cette perspective, une analyse complète de la situation des prestataires à faible revenu nécessiterait tout autant d\u2019analyser les caractéristiques des individus susceptibles d\u2019être touchés par la pauvreté que de pouvoir évaluer la sévérité et la durée des épisodes de pauvreté qu\u2019ils vivent.Avec la disponibilité grandissante de données de nature longitudinale, notre connaissance du phénomène de pauvreté se raffinera nous permettant de mieux orienter les politiques qui visent à venir en aide aux plus démunis.\u2022 Références Giles, P., A.Hale, N.Noreau, et M.Webber, «Traverser le seuil de faible revenu», Catalogue No 75F0002MIF97011, Série de documents de recherche, Statistique Canada, 1997.Finnie, R., «La dynamique de la rémunération au Canada: Analyse dynamique des faibles revenus marchands (pauvreté selon le revenu marchand) des familles canadiennes ayant des enfants, 1982-1993», document de recherche W-97-3F.d, Direction de la recherche appliquée, Développement des ressources humaines Canada, 1997.Laroche, M., «Mouvements en dessous et au-dessus de seuil de faible revenu», Tendances sociales canadiennes, Statistique Canada, 1998.Schwartz, S.et al., Le recours fréquent à l\u2019assurance-emploi au Canada, SRSA, 2001.Schwartz, S.et A.Aydemir (sous la dir.de), Comptes rendus sur le recours fréquenté l\u2019assurance-emploi, SRSA, 2001. Les conditions de vie 189 \t \tLes grandes tendances Simon Langlois Sociologue, Université Laval Dans son autobiographie La détresse et l'enchantement, Gabrielle Roy raconte la fascination qu\u2019exerçait sur elle la fréquentation du magasin Eaton de Winnipeg dans les années 1930.Traverser le pont Provencher pour y aller avec sa mère ne marquait pas seulement l\u2019entrée dans un univers dans lequel elle se sentait étrangère \u2014 comme le donne à penser la célèbre première phrase de l\u2019ouvrage \u2014 mais signifiait aussi l\u2019entrée dans l\u2019univers de la consommation marchande, dans l\u2019univers des objets qui éveillent les désirs et les aspirations.Comme ses concitoyens, la jeune Gabrielle était fascinée par la consommation naissante et par l\u2019abondance que donnaient à voir les grands magasins de l\u2019époque et leurs catalogues.Si la jeune institutrice \u2014 bien payée dans le Manitoba de l\u2019époque \u2014 donnait une partie de son salaire à sa mère pour l\u2019aider à subvenir aux besoins de sa famille et si elle épargnait en vue de voyager, elle avoue aussi qu\u2019elle achetait à sa discrétion de beaux vêtements toujours chez Eaton, conduite mal comprise, réprouvée même, par d\u2019autres membres de sa famille enfermés dans l\u2019univers des besoins primaires non satisfaits.Un nouveau genre de vie s\u2019est imposé avec l\u2019émergence de la société de consommation et avec l\u2019arrivée d\u2019une nouvelle culture matérielle, en rupture radicale avec celui des générations passées.Ce genre de vie passe désormais par la consommation élargie d\u2019objets et de services produits dans la sphère marchande et il est essentiellement urbain, que l\u2019on vive à la ville ou à la campagne.Dans le modèle fordiste, production de masse, société salariale et consommation sont liées.Travaillant en usine et dans des bureaux, les individus sont dépendants du marché pour leur survie et pour leur bien-être et ils doivent consommer pour vivre.Mais l\u2019abondance de la production fordiste leur a offert bien plus que ce qu\u2019il faut pour vivre, elle leur a permis de construire une nouvelle vie confortable, elle leur a procuré le bien-être matériel et le confort.Diffusion rapide de nouveaux biens durables L\u2019équipement de base nécessaire à la vie quotidienne est maintenant à peu près présent dans tous les ménages : système de chauffage, chauffe-eau, cuisinière, réfrigérateur, machines à laver et à sécher le linge, téléphone, radio, télévision couleur font partie de l\u2019équipement standard, y compris dans les jeunes ménages et les ménages à faible revenu.Ce constat passe aujourd\u2019hui pour une évidence, mais il faut se rappeler qu\u2019il était loin d\u2019en être ainsi il y a vingt ans encore.De nouveaux équipements ménagers et de nouveaux biens durables continuent de se répandre dans les foyers.Le four à micro-ondes est devenu un bien essentiel en moins de dix ans, alors que le lave- Les grandes tendances Evolution de la consommation 190 L\u2019état du Québec vaisselle s\u2019est répandu moins rapidement.En dix ans le BBQ au gaz s\u2019est retrouvé dans presque la moitié des ménages, mais sa diffusion ne dépassera sans doute pas la proportion de ménages propriétaires de leur logement, pour des raisons de sécurité (les locataires n\u2019ayant généralement pas l\u2019espace nécessaire ni l\u2019autorisation d\u2019avoir un tel équipement).Le taux de possession d\u2019une voiture n\u2019augmente plus depuis 10 ans mais la proportion de ménages équipés d\u2019un camion ou d\u2019une fourgonnette (minivan) est en nette hausse.Mais si l\u2019on tient compte de la location et de la possession de plusieurs automobiles par ménages, on observe une augmentation continue de la motorisation.L\u2019automobile est maintenant bien ancrée dans le mode de vie des ménages et des individus qui en font partie.Les ménages ont acquis de nombreux biens d\u2019équipement ménaijer durant les années soixante et soixante-dix et la diffusion de ces derniers est maintenant saturée.Ils font partie de l\u2019équipement de base de presque tous les foyers.Durant les années 1980, ceux-ci se sont massivement équipés d\u2019une grande panoplie d\u2019équipements électroniques reliés aux loisirs dont la consommation est encore en hausse.Presque tous les ménages ont la télé couleur et la moitié d\u2019entre eux ont même deux postes ou plus, le magnétoscope est présent dans 80% des ménages, la moitié des ménages ont un lecteur de disques compacts et le câble est présent dans les deux tiers des foyers.Ces biens font maintenant eux aussi partie de l\u2019équipement de base de ces derniers.D\u2019autres biens d\u2019équipement plus luxueux se diffusent rapidement : appareils photo numériques, cinéma maison, nouvelles générations de chaînes hi-fi, soucoupes pour capter la télévision, etc.L'ordinateur est de plus en plus présent L\u2019ordinateur personnel est présent dans plus de 42 % des foyers d\u2019après Statistique Canada.Après un lent départ, le taux de possession d\u2019un micro-ordinateur à la maison est en nette progression chaque année.Un programme spécial, mis de l\u2019avant par l\u2019État québécois, a permis à un certain nombre de familles à revenu modeste de s\u2019équiper d\u2019un micro-ordinateur au cours de l\u2019année 2000, ce qui a contribué à la hausse du taux de possession.D\u2019autres biens se sont répandus plus rapidement parce qu\u2019ils avaient trouvé une utilité immédiate dans le foyer, mais le micro-ordinateur a tardé à trouver la sienne aussi vite.Sans doute est-ce la communication avec l\u2019extérieur qui lui a permis de trouver son véritable créneau dans le foyer.Les loisirs, la vie quotidienne, les activités d\u2019apprentissage et-les relations sociales, sans oublier le travail au foyer, exigent de communiquer avec l\u2019extérieur et il est possible d\u2019utiliser l\u2019ordinateur pour chacune de ces activités.Deux facteurs contribuent à l\u2019extension du taux de possession d\u2019un ordinateur domestique : la simplification de la manipulation et le développement de nouveaux usages.L\u2019apprentissage des microordinateurs s\u2019avère plus long et plus complexe que celui d\u2019autres biens durables.Mais le développement de nouveaux logiciels conviviaux a simplifié son utilisation et on peut entrevoir le jour où il deviendra sans doute aussi simple de faire fonctionner un ordinateur que de téléphoner (compte tenu que l\u2019utilisation du téléphone se complexifie de son côté!).Par ailleurs, le nombre de personnes qui ont une connaissance pratique des ordinateurs sur le marché du travail augmente. Les conditions de vie 191 sans oublier les jeunes générations qui se familiarisent tôt avec cet appareil.Les divertissements à la maison et la communication avec l\u2019extérieur impliquent des dépenses pour des biens durables et des services nouveaux.De nouveaux moyens de communication par satellite concurrencent déjà le câble, les compagnies qui offrent les services se livrent une guerre de prix et les ménages les plus fortunés s\u2019équipent de biens sophistiqués sur le plan technique : cinéma maison, soucoupe sur le toit, etc.La communication par Internet se développe aussi rapidement, et le commerce électronique va sans doute donner une impul- sion nouvelle à ce moyen de communication de mieux en mieux maîtrisé.Proportion de propriétaires en hausse L\u2019accès à la propriété progresse lentement ; et la proportion de propriétaires de leur logement a augmenté à 56,9% en 1998\t(un sommet) et elle est de 55,2% en 1999\t(tableau 1).Le taux de propriétaires est plus élevé dans les petites villes et à la campagne que dans les grands centres.Structure de dépenses en mutation La structure des dépenses des ménages est en profonde mutation depuis trente ans1 (tableau 2).Deux fonctions de consom- Tableau 1 Taux de possession du logement et de certains équipements dans le ménage, Québec, 1986-1999 \t\t\t\t\t % de propriétaires\t53,6\t55,2\t55,8\t56,9\t55,2 Lave-linge\t81,2\t84,9\t85,7\t86,7\t85,1 Lave-vaisselle\t39,6\t43\t48,5\t49,0\t47,9 Four à micro-ondes\t26,7\t65,5\t84,7\t87,1\t88,4 BBQ au gaz\t16,2\t34,9\t45,5\t\u2022\t Appareil climatiseur\t13,7\t13,3\t16,0\t20,7\t19,4 Téléphone cellulaire\t\t\t\t16,6\t20,2 Lecteur disques compacts\t\u2022\t13,7\t54,5\t64,0\t65,2 Magnétoscope\t34,1\t63,2\t80,4\t85,2\t84,8 Caméscope\t\u2022\t4,9\t13,8\t\u2022\t Télé couleur\tune\t58,4\t57,6\t48,7\t42,3\t43,6 deux ou plus\t\u2022\t39,4\t50,6\t56,6\t55,4 Câble\t56,2\t63,2\t66,3\t\t66,5 Micro-ordinateur\t8,7\t12,4\t27,7\t38,6\t42,1 Utilise Internet à la maison\t\u2022\t\u2022\t\u2022\t19,2\t24,2 Auto\tune\t53,5\t54,5\t51,6\t47,3\t45,8 deux ou +\t19,1\t21,6\t18,7\t15,4\t25,5 Camion et minivan\t12,6\t13,8\t21,3\t20,7\t Véhicules loués\t\t\t\t\t11,6 * Ne s'applique pas ou article non mentionné dans le rapport d'enquête.Sources: Statistique Canada, Équipement ménager selon le revenu et d'autres caractéristiques {cat.13-218} et calculs de l\u2019auteur faits à partir des micro-données des Enquêtes sur les dépenses des familles, 1997 à 1999.Les grandes tendances Évolution de la consommation 192 L\u2019état du Québec mation sont en régression dans le budget moyen des ménages comptant au moins deux personnes : l\u2019alimentation et l\u2019habillement, ce qui libère des ressources pour les autres fonctions qui sont en croissance.En d\u2019autres termes, le revenu discrétionnaire des ménages \u2014 le revenu dont on peut librement disposer une fois satisfaites les dépenses pour les biens et services de première nécessité \u2014 augmente et de nouveaux besoins peuvent être satisfaits.Logement, transports, loisirs, protection sont les fonctions de consommation qui ont profité de l\u2019avènement de ce revenu discrétionnaire.Depuis 1978, les ménages doivent assumer une part plus importante des dépenses pour la santé et l\u2019éducation, deux fonctions de consommation qui pèsent plus lourd dans les budgets.Le virage ambulatoire et les compressions dans les dépenses publiques impliquent que les ménages assument une part plus grande de dépenses, mais une autre raison contribue aussi à expliquer cette hausse.De nouveaux biens et services ont fait leur apparition et cela contribue aussi à la hausse des dépenses moyennes et de la part du budget consacrée à ces dernières.Donnons des exemples.De nouvelles technologies permettent de corriger la vision des personnes ayant des problèmes de myopie, mais ces dépenses ne sont pas couvertes par l\u2019État.Il en va de même pour les nouvelles technologies en matière de soins dentaires (implants au titane, couronnes, etc.).Des personnes n\u2019hésitent pas à s\u2019acheter plusieurs paires de lunettes, et le coût de celles-ci peut varier à la hausse selon la qualité retenue ou le design.Il en va de même en matière d\u2019éducation.Plusieurs étudiants partici- Tableau 2 Répartition en % (coeff.) des dépenses des ménages pondérés par la taille de l'unité de consommation selon le poste de dépense, ménages de deux personnes et plus, Québec, 1969-1999 \t\t\t\t\t\t\t\t Alimentation\t29,0\t26,3\t24,5\t23,0\t21,0\t20,9\t20,6\t20,7 Logement\t20,0\t21,1\t23,4\t22,5\t24,1\t25,3\t26,0\t25,5 Transport\t11,5\t13,9\t13,8\t14,9\t15,1\t13,5\t13,9\t15,4 Loisirs\t7,3\t7,9\t7,8\t8,6\t8,8\t8,6\t10,9\t9,5 Habillement\t11,2\t9,4\t8,2\t8,3\t6,8\t6,1\t5,8\t5,7 Équipement\t5,2\t6,6\t5,4\t5,8\t5,3\t5,2\t5,3\t5,1 Protection\t5,4\t5,8\t6,4\t6,0\t7,3\t8,1\t7,3\t7,2 Santé\t5,9\t3,5\t4,1\t4,3\t4,5\t4,6\t5,2\t5,6 Éducation\tU\t1,2\t1,5\t1,7\t1,9\t2,5\t2,5\t2.6 Divers\t3,3\t4,2\t4,9\t4,8\t5,3\t5,1\t2,6\t2,8 Total %\t100\t100\t100\t100\t100\t100\t100\t100 $ courants\t7607\t17 000\t23 941\t30 397\t36 758\t37 220\t38 825\t41 512 N\t(personnes)\t10 251\t5362\t4816\t5311\t4587\t4580\t6692\t7280 (ménages)\t3472\t2016\t1754\t2076\t1900\t1947\t2823\t3169 Source: Micro-données des Enquêtes sur les dépenses des familles, 1969 a 1999, calculs de l'auteur faits à partir des micro-données et non pas à partir des moyennes publiées par Statistique Canada pour chacune des fonctions. Les conditions de vie 193 pent à des programmes d\u2019échange à l\u2019étranger, plus fréquent maintenant qu\u2019il y a dix ans, ce qui contribue à hausser le coût des études supérieures.On le voit, la hausse de la part du budget consacrée à certaines fonctions augmente aussi parce que le panier de biens et services disponibles se transforme.En croissance: logement, transport, loisirs et protection Quatre fonctions de consommation sont en croissance dans la structure des budgets des ménages : le logement, le transport, les loisirs et la protection (assurances de toutes sortes).La proportion plus élevée des dépenses faites pour ces diverses fonctions de consommation révèle que les ménages expriment de nouveaux besoins et que les dépenses pour les satisfaire augmentent plus vite que celles qui sont effectuées pour les autres fonctions.Ce sont en fait les ménages les plus riches \u2014 ainsi que ceux de la partie supérieure de la classe moyenne \u2014 qui font accroître ces dépenses vers le haut [sur la question du logement, uoir article suivant, ainsi que les articles aux pages 267 et 433].Le cinéma, divertissement toujours plus populaire Le cinéma est, avec la télévision, l\u2019une des industries culturelles les plus développées.L\u2019auditoire des cinémas et ciné-parcs a connu une forte croissance au Québec durant les années 1990, plus rapide que l\u2019accroissement de la population (tableau 3).Les salles de cinéma du Québec ont connu plus de 27,7 millions d\u2019entrées en 2001, soit une hausse de 95 % en moins de dix ans.Les Québécois âgés de 12 ans et plus ont vu en moyenne plus de cinq films en salle en 2001, soit environ deux films de plus par année par personne en cinq ans.Le nombre de projections croît plus vite que le nombre de clients des salles de cinémas.Il y a plus de salles à fréquenter et plus de films à voir.Les études portant sur la question révèlent que les premières Tableau 3 Auditoire des cinémas et ciné-parcs et projections de films au total en indice, et proportion en français, Québec, 1991-2000 \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t 1991\t14 255\t100,0\t57,4\t297 268\t100,0\t58,7 1992\t15 305\t107,4\t59,9\t340 375\t114,5\t61,3 1993\t17 257\t121,1\t63,6\t363 297\t122,2\t64,8 1994\t18 583\t130,4\t64,1\t407 548\t137,1\t65,6 1995\t19 023\t133,4\t62,6\t471 670\t158,7\t64,4 1996\t20 875\t146,4\t63,6\t535 069\t180,0\t65,9 1997\t23 200\t162,7\t63,4\t577 807\t194,4\t67,2 1998\t26 142\t183,4\t68,9\t640 897\t215,6\t69,8 1999\t27 309\t191,6\t68,6\t723 801\t243,5\t68,9 2000\t25 729\t180,5\t70,0\t816 295\t274,6\t69,7 2001\t27 746\t194,6\t\t878 473\t295,5\t Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca Les grandes tendances Evolution de la consommation 194 L\u2019état du Québec Tableau 4 Auditoire des cinémas et projections de films selon le pays d'origine des films, Québec, 1995-2001 \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t U.S.A.\t84,7\t87,1\t84,1\t77,1\t80,3\t85,5\t80,4\t83,2\t86,0\t84,5\t77,7\t79,3\t84,3\t79,5 France\t4,4\t4,7\t4,9\t5,1\t4,2\t3,8\t7,1\t4,5\t4,6\t5,5\t5,7\t4,5\t4,1\t7,8 Autres pays\t6,2\t4,9\t7,0\t5,7\t7,6\t5,6\t4,7\t6,7\t5,4\t6,5\t5,1\t8,0\t5,9\t4,7 Québec\t2,8\t2,7\t3,7\t16,4\t6,5\t4,2\t6,2\t3,0\t3,3\t3,0\t10,1\t6,5\t4,6\t5,6 Canada*\t1,9\t0,7\t0,3\t1,7\t1,3\t0,9\t1,7\t2.6\t07.\t0,5\t1,4\t1,8\t1,2\t2,5 Total (%)\t100\t100\t100\t100\t100\t100\t100\t100\t100\t100\t100\t100\t100\t100 * Excluant le Québec Source : Institut de la statistique du Québec, Statistiques sur l'industrie du film, 1998 cohortes de la génération des baby boomers, qui vont bientôt prendre leur retraite ou encore diminuer leur temps de travail, alimenteront cette croissance de l\u2019industrie du film qui est appelée à se maintenir dans les années à venir.Cette croissance est étonnante et il faut parler d\u2019un véritable engouement pour le septième art, comme en témoigne l\u2019ouverture de complexes géants de salles de cinémas à Québec et Montréal.L\u2019industrie du film a changé de façon radicale au tournant de l\u2019année 2000 avec l\u2019ouverture de méga complexes regroupant plusieurs salles dans un environnement très commercial (jeux vidéos, restaurants, etc.), ce qui a eu pour effet de faire disparaître nombre de petites salles de quartier.L\u2019industrie du cinéma est largement dominée par les grandes sociétés com- merciales américaines, qui contrôlent à toutes fins utiles la production, mais aussi la commercialisation des films dans les nouveaux complexes de cinéma (tableau 4).Durant les années 1990, environ 85% de tous les films vus par les clients des cinémas étaient d\u2019origine américaine (chiffre qui comprend les coproductions).Les films venant de France suivaient loin derrière avec environ 5% de l\u2019auditoire (une exception cependant en 2001 avec 7,8%).La part des films québécois et des films français est somme toute assez marginale, mais elle varie en fonction des films à succès qui paraissent de temps à autres.Ainsi, en 1998, trois films québécois s\u2019étaient retrouvés parmi les dix films les plus populaires et en 2001, on note une hausse de l\u2019assistance à des films français.\u2022 Référence Nous avons calculé les coefficients budgétaires pour dix grandes fonctions de consommation à partir des micro-données des Enquêtes sur les dépenses des familles de Statistique Canada. Les conditions de vie Le logement: un bien de nécessité ou un objet de consommation?Guylaine Barakatt Sciences de la consommation, Université Laval La pénurie de logements au Québec est un sujet qui a retenu l'attention du public en 2002.Nous avons entendu parler des taux d\u2019inoccupation en chute dramatique, des taux d'intérêt hypothécaire exceptionnellement bas, du niveau soutenu d\u2019activités de construction neuve, des prix à la hausse des logements (locatifs, maisons neuves et existantes).Les médias ont mis au jour les problèmes que cette effervescence du marché immobilier a provoqués, notamment la mise à la rue de familles à revenus modestes ne trouvant pas d\u2019endroit où se loger en raison d\u2019une pénurie de logements à prix abordables.Pour emprunter le vocabulaire des économistes, ce déséquilibre du marché résulte d\u2019une inadéquation de l\u2019offre par rapport à la demande de logement.Les facteurs responsables de cette pénurie du logement identifiés jusqu\u2019ici ont été le désengagement de l\u2019État dans l\u2019aide au logement, l\u2019insuffisance de nouvelles constructions d\u2019immeubles à logements locatifs, le problème structurel de pauvreté ou de précarité des ménages qui ont de la difficulté à se loger convenablement, par exemple, les familles monoparentales, les jeunes, les personnes âgées.Jusqu\u2019ici, on a peu parlé du phénomène de la transformation du marché auquel nous sommes en train d\u2019assister : une demande mais surtout une offre qui se différencient de plus en plus sur le plan qualitatif.Cette transformation fait en sorte que nous ne pouvons plus parler du logement de la même manière.Pour plusieurs ménages, le logement est devenu un véritable objet de consommation mis en marché par un système de production de masse très efficace.Si l\u2019offre de logement au Québec ne répond pas présentement à la demande, c\u2019est qu\u2019une partie de cette demande est complètement ignorée par l\u2019offre, soit la demande qui ne possède pas les revenus adéquats pour exercer un libre choix en fonction de ses besoins et de ses capacités financières.Le phénomène paradoxal à l'œuvre dont il faut faire davantage état est le suivant : le logement constitue un bien de consommation de plus en plus luxueux et sophistiqué pour la partie mieux nantie de la population, tandis que pour les moins nantis, il est vécu comme un bien vital, de base et de stricte nécessité.En effet, pendant que des ménages en marge de la société souffrent d\u2019une incapacité à s\u2019offrir sur le marché un simple toit pour satisfaire leurs besoins de base les plus essentiels, d\u2019autres groupes privilégiés profitent d\u2019un choix de logement dont les attributs qualitatifs sont en constant raffinement.Le passé n'est plus garant de l\u2019avenir Jusqu\u2019à récemment, la construction de nouveaux logements, en location ou en propriété, était plutôt standardisée à cause notamment des règles édictées par l\u2019État: code du bâtiment, construction en série, programmes d\u2019aide gouvernementale 195 Le logement : un bien de nécessité ou un objet de consommation? Évolution de la consommation 96 L\u2019état du Québec d\u2019accès à la propriété dont les conditions d\u2019application ont longtemps favorisé une homogénéité du bâti.Quant à la demande, elle était essentiellement composée de cellules familiales traditionnelles, soit des couples avec enfants pour qui le logement répondait aux besoins de base essentiels.En vertu de cette relative homogénéité, l\u2019information sur l\u2019offre s\u2019est résumée à la quantité de logements disponibles selon la localisation, en tenant compte de certaines caractéristiques comme la superficie du logement, le nombre de pièces, le prix, l\u2019année de construction.Quant au portrait de la demande, les informations disponibles ont porté sur le profil socioéconomique et démographique des ménages tels l\u2019âge, le revenu familial, la catégorie d\u2019emploi, la scolarité, le nombre de personnes dans le ménage, les dépenses de logement effectuées sur une base régulière (par exemple, coût du loyer mensuel, chauffage, électricité).Le logement n\u2019est pas un bien en libre circulation comme une autre marchandise.Il est durable, fixe et comporte des éléments permanents difficilement remplaçâmes tels le type de construction, l\u2019environnement immédiat, l\u2019orientation par rapport aux quatre points cardinaux, à l\u2019ensoleillement, à la circulation routière, etc.Cette rigidité contribue d\u2019une certaine façon à l\u2019obsolescence du logement face à l\u2019évolution des tendances proposées par le marché à travers l\u2019offre de nouveaux logements aux qualités fonctionnelles et esthétiques supérieures.Les particularités qualitatives de la demande et de l\u2019offre La demande n\u2019a jamais été aussi diversifiée et en mouvement: groupes culturels, personnes âgées, familles monoparentales, familles divorcées et recomposées, per- sonnes vivant seules, jeunes en mobilité professionnelle et géographique.Par exemple, on n\u2019est plus étonné de voir aujourd\u2019hui un couple divorcé avec des enfants vivant chacun en famille recomposée sur son étage respectif d\u2019un même duplex.Non seulement les profils sont variés mais ils sont aussi changeants en réaction aux transformations de la société et des courants sociaux qui les traversent: cohabitation intergénérationnelle, augmentation des écarts de richesse, montée des valeurs relatives à la consommation, à l\u2019individualisme, à la vie privée, etc.Cette réalité a des répercussions sur les comportements résidentiels qui deviennent de plus en plus éclatés.Le logement est connote' de plusieurs signi-jîcations.Le logement constitue une filière de consommation en pleine croissance.Parmi les dépenses effectuées par les Canadiens et les Québécois, le logement occupe le premier rang après l\u2019impôt sur le revenu des particuliers (statistiques de 1998).Les dépenses de logement des Canadiens (en dollars de 1981) ont quadruplé en 40 ans, de 1946 à 1986, et doublé en 20 ans, de 1966 à 1986 (Miron, 1989).Dans l\u2019ensemble des dépenses de consommation, les dépenses de logement des Québécois sont passées de 19,8% en 1978 à 25,2% en 1999 accaparant une part de plus en plus grande du budget (Gauthier, 2001).Les dépenses en réparation et en rénovation résidentielle effectuées par les propriétaires occupants se sont chiffrées à 13,6$ milliards au Canada et à 3$ milliards au Québec en 1998.Elles sont en croissance constante au pays depuis 1995 et devraient atteindre 27$ milliards en 2002 (Clayton Housing Report, 2001).À noter que cette tendance forte de consommation ne comptabilise pas les autres Les conditions de vie 197 dépenses indirectes liées par exemple à l\u2019ameublement et autres accessoires, à la décoration, plus difficiles à recenser de façon systématique.Les consommateurs participent en grand nombre aux foires d\u2019habitation friands de découvrir ce que leur proposent les marchands de biens et de services résidentiels.Les salons Expo-Habitat et Salon national de l\u2019habitation sont des rendez-vous annuels où la nouveauté est à l\u2019honneur en termes de concepts d\u2019habitation, de décors, d\u2019accessoires et d'équipements.Les tendances en décoration, en design et en aménagement sont lancées en grande pompe : cinéma maison, feng shui, wabi-sabi, par exemple.Cette habitude d\u2019exposer la nouveauté façonne les besoins des consommateurs et leur désir de changement à l\u2019égard de leurs espaces de vie résidentiels.Comparé aux autres biens de consommation produits par le marché, le logement comporte des particularités distinctives.Il implique à la fois des dimensions personnelle, sociale, économique et culturelle de la vie des ménages.11 peut représenter un bien de consommation, d\u2019épargne, d\u2019endettement, un lieu de vie qui abrite des pratiques sociales et culturelles de diverses natures : pour l\u2019hygiène et l\u2019intimité du corps et de l\u2019esprit, pour les relations familiales et amicales, pour l\u2019épanouissement identitaire, professionnel, sexuel, etc.Le logement, et surtout la propriété résidentielle, est un haut lieu de production de significations, de symbolismes et de sentiments particuliers tels l\u2019intimité, les souvenirs, l\u2019identité, l\u2019attachement, l\u2019absolu rêve d\u2019être propriétaire (Serfarty-Garzon, 1999 ; Kaufmann, 1988 ; Segalen et Le Wita,ig93).Pour cerner les comportements des ménages à l\u2019égard du logement, on ne peut plus faire fi des systèmes de valeurs et de représentations qui animent les individus dans leur lieu résidentiel.Ceux-ci ne deviennent visibles que par des études fines et des analyses en profondeur des logiques à l'œuvre.Force est de constater que les recherches empiriques à ce sujet font encore cruellement défaut (l\u2019auteur s\u2019attaque en partie à ce problème en menant des recherches qualitatives dans le domaine du logement).Valorisation sociale.L\u2019un des phénomènes qui mérite d\u2019être souligné est la valorisation sociale de la propriété résidentielle.La suprématie du statut de propriétaire sur celui de locataire s\u2019étend aux divers milieux sociaux et transcende les frontières.Au Québec, le taux de propriétaires est passé de 48,6% en 1951 à 56,5% en 1996 tandis qu\u2019au Canada, il est passé de 65,6% à 63,8% sur la même période (ISQ, 1999).Le taux de propriétaires serait-il un indicateur d\u2019une société avancée?À ce sujet, Choko (1992) a mis en évidence le fait que certains des pays les plus riches présentent un taux de propriétaires relativement bas \u2014 30 °/o pour la Suisse, 37 % pour l\u2019Allemagne de l\u2019Ouest \u2014 alors que certains des pays parmi les plus pauvres enregistrent en revanche les plus hauts taux de propriétaires \u2014 85 % pour l\u2019Inde, 89 % pour les Philippines.La propriété résidentielle s\u2019est vue attribuer au fil du temps des vertus sociales et économiques.Dans le milieu rural québécois du milieu du siècle, Tremblay et Fortin (1964) ont souligné la valeur morale et sociale associée au statut de propriétaire au détriment du statut de locataire :« .Dans le milieu rural, on ne devient vraiment adulte que si l\u2019on est propriétaire.Tout d\u2019abord, seul le propriétaire est un citoyen de plein droit en ce Le logement : un bien de nécessité ou un objet de consommation? Évolution de la consommation 198 L\u2019état du Québec qui a trait aux affaires municipales et scolaires.De plus, le cultivateur, propriétaire par excellence, était dans le système traditionnel, l\u2019individu qui jouissait du statut social le plus élevé.En étant propriétaire, le salarié villageois élevait son statut social.» (p.260-261).Le locataire est perçu comme ayant une mentalité plus dépensière et moins traditionnelle que le propriétaire.Il aime consommer des nouveaux produits, s\u2019exposant ainsi aux risques d\u2019éprouver plus de difficulté à épargner et à renoncer à son niveau de vie pour atteindre le statut de propriétaire.Les vertus stimulantes pour l\u2019économie des investissements dans le secteur résidentiel ont fait partie des arguments invoqués par les gouvernements des pays riches pour justifier l\u2019orientation de leur aide en faveur de la propriété résidentielle.L\u2019amélioration du cadre bâti et de la qualité de vie des citoyens, la mobilisation de l\u2019épargne des ménages, voire l\u2019enrichissement de la collectivité sont aussi du nombre des bénéfices attribués à la possession résidentielle (Ville de Montréal, 1989; 1990).L\u2019État a joué à l\u2019origine un rôle de premier plan pour rendre possible l\u2019accès à la propriété résidentielle à un plus grand nombre de ménages, notamment par l\u2019octroi de fonds hypothécaires sous forme de prêts directs ou indirects, ou de garantie sur des prêts hypothécaires accordés par des institutions financières.Selon Kemeny (1981), la diffusion de la propriété résidentielle s\u2019accompagne de politiques restrictives de l\u2019accès au logement public.Il affirme que plus la propriété résidentielle est soutenue par le gouvernement, plus le secteur du logement public est limité et stigmatisé.Les avantages inhérents au statut de propriétaire accroissent les préférences pour celui-ci, contribuant à diminuer l\u2019attrait pour les modes alternatifs d\u2019occupation du logement.Le secteur de la propriété résidentielle se développe ainsi au détriment des autres secteurs, comme le logement locatif, le coopératif et le logement public qui se voient progressivement marginalisés.Culture de la consommation et culture de la propriété résidentielle.La culture de la consommation a investi de plein fouet le secteur du logement.Le logement, à l\u2019instar des autres biens de consommation, est soumis à la culture de la consommation, c\u2019est-à-dire aux forces exercées par le marché de la production pour stimuler le renouvellement des biens possédés par les consommateurs en fonction des tendances et des nouveautés.Selon Riesman (1969), le phénomène de la banlieue américaine a engendré une multiplication des biens, un goût de l\u2019abondance et la démocratisation des valeurs de consommation.La décoration intérieure est une forme d\u2019expression des valeurs esthétiques, de la recherche de luxe et du désir du paraître (Pezeu-Massabuau, 1983).Cette consommation esthétique est reliée au développement de la consommation de masse en général et à la poursuite de nouveaux goûts et de nouvelles sensations par la construction de styles de vie distinctifs qui sont devenus centraux à la culture de consommation (Featherstone, 1987a).L\u2019arrivée des grandes surfaces dans le secteur de la rénovation comme RONA L\u2019entrepôt, Réno-Dépôt et plus récemment Home Depot a joué un rôle déterminant.Autant le commerce de détail que les entreprises du secteur du logement (constructeurs, fournisseurs de matériaux, décorateurs, designers, etc.) ont introduit sur le marché une offre abondante et diversifiée de nouveaux produits et services destinés à maximiser le bien-être et Les conditions de vie 19g l\u2019esthétique du foyer.La mode a rejoint le secteur du logement et les marchands stimulent sans relâche nos désirs à travers la présentation des nouvelles tendances en matière de décoration et d\u2019aménagement des espaces de vie.La multiplication du nombre de revues et d\u2019émissions télévisées portant sur la décoration et la rénovation résidentielles en fait foi.Nous ne sommes plus étonnés devant les concepts originaux de maison dite évolutive ou adaptable, santé, intelligente, verte ou écologique, pliable, intergénérationnelle, etc., qui hier encore étaient marginaux.Cette offre sans cesse en renouvellement, combinée à la montée des valeurs sociales associées à la sécurité et au confort du chez-soi, à l\u2019individualisme, à la vie privée, au cocooning, et à la qualité de vie, favorise les dépenses de logement.L\u2019une des plus belles plates-formes du marché de production pour assurer sa pérennité est sans contredit la disponibilité du crédit à la consommation incluant le crédit hypothécaire.En effet, il n\u2019est plus nécessaire pour le consommateur d\u2019accumuler l\u2019épargne requise à l\u2019achat des biens qui l\u2019intéressent car le crédit subvient à ses besoins de liquidité.Il est maintenant possible d\u2019acheter du mobilier et de l\u2019équipement de maison en étalant le montant d\u2019achat sur une période de trois ans, sans frais d\u2019intérêt.Cette option d\u2019acheter maintenant et de payer plus tard favorise à la fois les ventes des entreprises et la consommation hâtive des biens par les ménages, moyennant l\u2019engagement de leurs revenus futurs sous forme de paiements réguliers étalés sur plusieurs années.De 1984 à 1997, le crédit à la consommation consenti aux Québécois progresse à un rythme annuel moyen de 3,9 °/o (en dollars constants de 1992) alors que le revenu personnel disponible progresse de 1,1% (BSQ, 1998).Ainsi, le crédit offert par les entreprises, ou exprimé autrement « l\u2019endettement des consommateurs », est devenu un levier puissant de consommation fort lucratif pour les entreprises de produits et services de même que pour les institutions financières et de crédit.Des logements aux attributs qualitatifs nombreux.Le marché du logement et surtout de la propriété résidentielle connaît maintenant une segmentation multiple: très bas de gamme, bas de gamme, milieu de gamme, milieu haut de gamme, haut de -gamme, très haut de gamme.Une diversité de l\u2019offre s\u2019opère du point de vue notamment de la qualité et de l\u2019esthétique du bâti, de la localisation par rapport aux services et aux espaces verts, et de la présence d\u2019équipements et d\u2019accessoires plus sophistiqués.À titre d\u2019attributs qualitatifs des propriétés résidentielles actuelles, on peut faire la liste suivante : les armoires de style et de qualité supérieurs, les lumières encastrées, l\u2019aspirateur central, l\u2019ouvre-porte garage automatique, le lave-vaisselle encastré, le système d\u2019alarme, la plaque de cuisson, le four encastré, le broyeur à déchets, le foyer, les planchers de bois franc, les tuiles de céramique, le purificateur d\u2019air, la douche et le bain séparés, le bain à remous, les portes et fenêtres à haut rendement énergétique, le solarium, l\u2019architecture de style ancien, moderne, victorien, californien, etc.À cela s\u2019ajoutent les branchements Internet et la domotique qui s\u2019introduisent lentement mais sûrement dans les nouveaux espaces résidentiels.Cette « standardisation » du luxe a pour effet d\u2019exercer des pressions à la hausse sur les prix des logements et de réduire l\u2019attrait d\u2019une offre de logements aux standards inférieurs mais de qualité convenable.Le logement : un bien de nécessité ou un objet de consommation? Emploi et activité professionnelle 200 L\u2019état du Québec Selon des chiffres de 1998, la construction de maisons individuelles neuves de 300 000$ et plus a bondi de 75% à Montréal, et le nombre de logements neufs vendus ou loués a diminué dans les catégories de prix inférieurs au profit des fourchettes de prix supérieurs (SCHL, 1999).Les ménages mieux nantis dont les acheteurs expérimentés (deuxième acheteur, troisième acheteur.) contribuent à soutenir cette demande.On assiste éga- lement à l\u2019émergence d\u2019un marché de résidence secondaire de luxe pour les ménages fortunés en quête d\u2019une oasis de tranquillité et d\u2019espaces verts loin du tumulte de la ville.Il apparaît que les acheteurs de maisons neuves sont disposés à payer plus cher que par les années passées, une tendance qui a été observée à Montréal, Calgary et Halifax (SCHL, 1999).Références Bureau de la statistique du Québec, La dette de consommation au Québec et au Canada, Direction des statistiques sur les industries, 1998.Choko, Marc H., « Home-Ownership : From Dream to Materiality», dans Ownership, Control and The Future of Housing Policy, sous la dir.de Allen Hays, Greenwood Press, Chicago, 1992.«Continued Strength in Residential Renovation », dans Clayton Housing Report, X, 11, mai 2001.Featherstone, M., «Consumer Culture, Symbolic Power and Universalism », dans Mass Culture, Popular Culture and Life Worlds in the Middle East, sous la dir.de G.Stauth et S.Zubaida, Campus Verlag, Frankfurt, 1987a.Gauthier, Hervé, Portrait social du Québec, Institut de la statistique du Québec, Montréal, 2001.Kaufmann, Jean-Claude, La chaleur du foyer: analyse du repli domestique, Méridiens Klincksieck, Paris, 1988.Kemeny, Jim, The Myth of Home Ownership, Routledge & Kegan Paul, London, 1981.Miron, J.A., «Household Formation, Affordability, and Housing Policy», dans Population Research and Policy Review, 8,1989.Pezeu-Massabuau, Jacques, La maison, espace social, Presses Universitaires de France, Paris, 1983.Riesman, David, L'abondance, à quoi bon?Robert Laffont, Paris, 1969.SCHL, Marchés de l\u2019habitation canadiens, Centre d\u2019analyse de marché de la SCHL, premier trimestre 1999.Segalen, M.et B.Le Wita, « Éditorial », dans Autrement, Chez-soi, Autrement, Paris, 1993.Serfarty-Garzon, Perla, Psychologie de la maison: une archéologie de l\u2019intimité, Méridien, Montréal, 1999- Tremblay, M.A.et G.Fortin, Les comportements économiques de la famille salariée du Québec: une étude des conditions de vie, des besoins, et des aspirations de la famille canadienne-française d\u2019aujourd\u2019hui, PUL, Québec, 1964.Habiter Montréal: Énoncé de politique d\u2019habitation, Ville de Montréal, 1989.Politique d\u2019habitation: Habiter Montréal, Service de l\u2019habitation et du développement urbain, Montréal, 1990.?Sites Internet Institut de la statistique du Québec, 1999 : www.stat.gouv.qc.cafdonstat/conditions/logement/occupation SCHL, 1998, Rapport sur la conférence Habitat II : www.cmhc-schl.gc.ca/chec-cceh/fr/habitatf. Les conditions de vie 201 Les imperfections du marché Dans les pays industrialisés anglo-saxons, l\u2019État a accordé la priorité aux mécanismes de marché dans la gestion de l'offre de logement.Selon Kemeny (1981), il a progressivement retiré son aide directe au fur et à mesure que le marché privé a établi son infrastructure financière.La règle du laisser-faire est prédominante au Canada et au Québec dans le domaine du logement avec des interventions ponctuées de l\u2019État pour corriger certaines imperfections du marché.La grande imperfection du marché s\u2019exprime ainsi : alors que la société de consommation pousse encore plus loin les limites en proposant des logements de grand luxe, une partie de la population \u2014 familles monoparentales, jeunes, personnes âgées et exclus \u2014 doit se contenter d\u2019un logement aux standards de qualité minimale voire parfois moins.Si des ménages se trouvent présentement dans la rue sans logis, c\u2019est qu\u2019il y a une insuffisance de logements à prix abordables et de logements sociaux.Doit-on ajuster l\u2019offre ou ajuster la demande ?Il s\u2019agit d\u2019abord d\u2019un problème d\u2019offre plus que d\u2019un problème de demande, sachant qu\u2019en vertu des principes économiques du marché, la première est censée s\u2019ajuster à la deuxième.Mais il s\u2019agit aussi d\u2019un problème de pauvreté d\u2019une partie de la population qui est de nature structurelle et récurrente.Le nombre de locataires accordant plus de 30% de leurs revenus bruts à l\u2019habitation, un seuil jugé critique, ne cessent d\u2019augmenter: en ig8r, au Québec, ils représentaient 28,7 % de l\u2019ensemble des locataires; en 1996, ils s\u2019élevaient à 42,6% (Gauthier, 2001).Or, doit-on exiger des investisseurs privés du secteur résidentiel de substituer l\u2019objectif social de s\u2019occuper de la pauvreté et des conditions de logement des plus démunis à l\u2019objectif de rentabilité économique ?Non, c\u2019est plutôt à l\u2019État de réagir, soit en intervenant directement dans l\u2019offre de nouveaux logements sociaux, soit en stimulant par des mesures incitatives l\u2019investissement privé dans le secteur du logement locatifà prix abordables.L\u2019État doit tenter de corriger ces impitoyables imperfections du marché s\u2019il veut respecter son engagement pris lors de la conférence internationale Habitat II, la deuxième Conférence des Nations Unies sur les établissements humains tenue à Istanbul en 1996, de reconnaître comme un droit humain le droit à un logement adéquat (SCHL, 1998).\u2022 [voir aussi les articles sur le logement en pages 267 et 433] Le logement : un bien de nécessité ou un objet de consommation? Aspects de la santé 202 L\u2019état du Québec \tlitl l! J 4 t-iî P! WïTtl f JH \tLes grandes tendances Simon Langlois et Claude Fortier Département de sociologie, Université Laval Il est difficile de donner une vue d\u2019ensemble de l\u2019état de santé d\u2019une population en quelques paragraphes.Nous avons choisi des indicateurs généraux qui donnent cependant une bonne idée de la situation.Le premier \u2014 l\u2019espérance de vie \u2014 représente l\u2019une des mesures synthétiques les plus pertinentes pour évaluer l\u2019état de santé d\u2019une population.Nous avons retenu ensuite les causes de décès afin de donner un aperçu des problèmes de santé qui affectent les individus à la fin de leur vie.Certaines habitudes de vie \u2014 comme le tabagisme, l\u2019alcoolisme, la consommation de drogue et la pratique d\u2019activité physique, qui ont un rôle déterminant sur l\u2019évolution de la santé \u2014 sont aussi traités dans ce texte.Enfin, l\u2019état de bien-être individuel est étudié à travers la représentation sociale que les gens ont de leur santé, la prévalence de certains problèmes de santé et les idées suicidaires.Ces indicateurs mesurant la représentation sociale subjective sont issus de la troisième Enquête sociale et de santé' menée par Tableau 1 Espérance de vie à la naissance et à 65 ans selon le sexe, Québec, 1930-1999 \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t 1930-1932\t56,2\t57,8\t1,6\t12,6\t13,2\t0,6 1940-1942\t60,2\t63,1\t2,9\t12,4\t13,4\t1,0 1950-1952\t64,4\t68,6\t4,2\t12,8\t14,2\t1,4 1955-1957\t66,1\t71,0\t4,9\t12,9\t14,7\t1,9 1960-1962\t67,3\t72,8\t5,5\t13,2\t15,3\t2,1 1965-1967\t67,9\t73,9\t6,0\t13,3\t15,8\t2,5 1970-1972\t68,6\t75,4\t7,0\t13,3\t16,7\t3,4 1975-1977\t69,4\t77,0\t7,5\t13,5\t17,5\t4,0 1980-1982\t71,2\t78,9\t7,7\t14,1\t18,7\t4,6 1985-1987\t72,2\t79,7\t7,5\t14,2\t19,0\t4,8 1990-1992\t73,7\t80,8\t7,2\t15,2\t19,9\t4.7 1995-1997\t74,6\t81,0\t6,4\t15,5\t19,8\t4,3 1999p\t75,4\t81,4\t6,1\t15,9\t20,1\t4,2 p : Données provisoires Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca Les conditions de vie 203 l\u2019Institut de la statistique du Québec en 1998, dans laquelle on retrouve un grand nombre d\u2019autres mesures susceptibles de caractériser l\u2019état de santé de la population.Hausse continue de l'espérance de vie L\u2019espérance de vie continue de progresser (tableau 1).D\u2019après le dernier chiffre disponible (année 1999), elle est de 75,4 ans pour les hommes et de 81,4 ans pour les femmes.On observe depuis une quinzaine d\u2019années une réduction de l\u2019écart qui sépare hommes et femmes, qui est maintenant de six ans.La différence entre hommes et femmes observée après 65 ans est cependant moindre, soit un peu plus de 4 ans (graphique 1).S\u2019ils se rendent jusqu\u2019à 65 ans, les hommes peuvent en effet espérer vivre encore près de 16 ans et les femmes, encore 20 ans.L\u2019écart entre les hommes et les femmes est encore plus réduit pour ce qui de l\u2019espérance de vie sans perte d\u2019autonomie fonctionnelle après 65 ans, car une partie des années supplémentaires vécues par les femmes le sont au prix d\u2019une perte d\u2019autonomie.La mortalité infantile est stable Le taux de mortalité infanüle s\u2019est stabilisé autour de cinq décès pour 1000 naissances depuis le début des années 90, s\u2019établissant à 4,8 en 1999, selon la dernière donnée disponible (tableau 2).La différence entre les sexes, qui était de 4,3 points en 1971, se situe à maintenant à 0,5 point, les bébés de sexe féminin ayant un taux de Graphique 1 Espérance de vie à 65 ans selon le sexe, Québec, 1930-1999 Femmes Hommes Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca Les grandes tendances Aspects de la santé 204 L\u2019état du Québec Tableau 2 Taux de mortalité infantile selon le sexe, Québec, 1971-1999 \t\t\t 1971\t19,4\t15,1\t17,3 1976\t12,3\t10,6\t11,5 1981\t9,0\t7,7\t8,3 1986\t8,0\t6,3\t7,1 1991\t6,4\t5,4\t5,9 1996\t5,0\t4,2\t4,6 1998\t5,7\t5,1\t5,4 1999\t5,1\t4,6\t4,8 Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca mortalité infantile moins élevé que ceux de sexe masculin.Les chercheurs se préoccupent maintenant d\u2019examiner les conséquences à long terme sur la vie des individus de l\u2019effort thérapeutique déployé lors de naissances prématurées.Des séquelles importantes peuvent affecter le développement d\u2019enfants nés prématurément, ce qui pose de nouveaux problèmes d\u2019éthique.Les causes de décès Deux grandes causes ont été à la source des deux tiers des décès en 1998 : les maladies afFectant l\u2019appareil circulatoire sont les plus fréquentes (34,2% des décès), suivies des tumeurs (30,7%) (tableau 3).À noter que le nombre de décès dus au Tableau 3 Causes de décès selon le sexe, Québec, 1998 \t\t\t\t\t \t\t\t\t\t Maladies infectieuses\t294\t1,0\t210\t0,8\t0,9 sida\t128\t0,5\t21\t0,1\t0,3 Tumeurs\t8 976\t32,0\t7 609\t29,3\t30,7 trachée, bronches, poumons\t3 292\t11,7\t1 709\t6,6\t9,3 sein\t10\t0,0\t1 316\t5,1\t2,5 prostate\t761\t2,7\t0\t0,0\t1,4 Diabète sucré\t667\t2,4\t682\t2,6\t2,5 Appareil circulatoire\t9 292\t33,1\t9 159\t35,3\t34,2 infarctus\t3 549\t12,6\t2 606\t10,0\t11,4 Appareil respiratoire\t2 928\t10,4\t2 460\t9,5\t10,0 Appareil digestif\t970\t3,5\t982\t3,8\t3,6 Traumatismes et empoisonnements\t2 331\t8,3\t1 146\t4,4\t6,4 accidents véhicules moteurs\t442\t1,6\t221\t0,9\t1,2 suicides\t1 058\t3.8\t312\t1,2\t2,5 homicides\t84\t0,3\t42\t0,2\t0,2 Autres\t3 270\t11,7\t4 377\t16,9\t14,2 Total\t28 061\t100\t25 943\t100\t100 Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca Les conditions de vie 205 Tableau 4 Causes de décès selon le sexe, Québec, 1986,1990,1992 et 1998 \t¦\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t 1986\tHommes\t\t27,9\t39,5\t8,7\t3,4\t10,3\t1Ô2\t100 \tFemmes\t\t27,1\t43,9\t6,4\t3,5\t5,8\t13,3\t100 1990\tHommes\t1,8\t30,2\t36,5\t8,9\t3,4\t9,4\t9,8\t100 \tFemmes\t0,7\t28,9\t40,9\t7,2\t3,7\t4,8\t13,8\t100 1992\tHommes\t1,9\t31,2\t35,7\t8,5\t3,4\t9,1\t10,2\t100 \tFemmes\t0,8\t29,9\t39,2\t7,1\t3,7\t4,7\t14,6\t100 1998\tHommes\t1,0\t32,0\t33,1\t10,4\t3,5\t8,3\t11,7\t100 \tFemmes\t0,8\t29,3\t35,3\t9,5\t3,8\t4,4\t16,9\t100 Source : Le Québec statistique, 1989, 1995; Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca sida est marginal (0,3%), mais il est possible qu\u2019un certain nombre de décès, attribuables à d\u2019autres causes, soit en fait dû aux déficiences du système immunitaire chez les personnes qui sont atteintes du sida.Les causes de décès varient selon les sexes.Les hommes meurent de causes violentes en plus forte proportion que les femmes (traumatismes, accidents de véhicules moteurs, suicides et homicides).Le cancer du sein a été la cause du décès dans 5,1% des cas chez les femmes et le cancer de la prostate, la cause de 2,7 % des décès des hommes.Le tableau 4 présente l\u2019évolution des causes de décès depuis 1986.Les tumeurs sont en légère hausse de même que les maladies reliées à Tableau 5 Types de fumeur selon le sexe, Québec, 1987,1992 et 1998 \t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t Hommes\t1987\t25,5\t33,4\t58,9\t4,6\t36,5\t41,1 \t1992\t27,8\t36,5\t64,3\t3,6\t32,1\t35,7 \t1998\t28,4\t36,2\t64,6\t3,6\t31,8\t35,4 \t\t\t\t\t\t\t Femmes\t1987\t35,4\t25,8\t61,2\t5,4\t33,4\t38,8 \t1992\t35,5\t31,7\t67,2\t4,0\t28,8\t32,8 \t1998\t36,2\t31,2\t67,4\t3,4\t29,2\t32,6 Total\t1987\t30,6\t29,5\t60,1\t4,9\t35,0\t39,9 \t1992\t31,7\t34,1\t65,8\t3,8\t30,4\t34,2 \t1998\t32,4\t33,6\t66,0\t3,5\t30,5\t34,0 Source : Santé Québec, Enquête Santé Québec 1987 et Enquête sociale et de santé 1992-1993.Institut de la statistique du Québec,\t\t\t\t\t\t\t Enquête sociale et de santé 1998, nov.2000, Les grandes tendances Aspects de la santé 206 L\u2019état du Québec Tableau 6 Types de fumeur selon l'âge, Québec, 1987,1992 et 1998 \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t 15-17 ans 1987\t53,2\t14,7\t67,8\t8,3*\t23,9\t32,2 1992\t49,0\t21,8\t70,9\t8,3*\t20,9\t29,2 1998\t49,5\t21,5\t71,0\ten en\t22,3\t29,0 18-19 ans\t\t\t\t\t\t 1987\t47,0\t16,4\t63,4\t8,4*\t28,2\t36,6 1992\t47,2\t16,9\t64,1\t9,1*\t26,8\t35,9 1998\t39,3\t22,6\t61,9\t8,4*\t29,7\t38,1 20-24 ans\t\t\t\t\t\t 1987\t36,0\t19,1\t55,1\t6,3*\t38,6\t44,9 1992\t40,8\t21,7\t62,5\t5,8*\t31,7\t37,5 1998\t39,8\t20,2\t59,9\t8,1*\t31,9\t40,1 25-44 ans\t\t\t\t\t\t 1987\t25,1\t30,2\t55,3\t5,0\t39,8\t44,8 1992\t28,3\t31,7\t60,0\t4,0\t36,1\t40,0 1998\t31,4\t29,3\t60,7\t3,5\t35,8\t39,3 45-64 ans\t\t\t\t\t\t 1987\t26,5\t35,5\t61,9\t3,9\t34,1\t38,1 1992\t26,3\t42,5\t68,8\t2.4*\t28,9\t31,3 1998\t25,1\t42,8\t67,9\t2,0*\t30,1\t32,1 65 ans et plus\t\t\t\t\t\t 1987\t39,3\t36,1\t75,3\t**\t22,1\t24.7 1992\t38,6\t42,2\t80,8\t**\t17,7\t19,3 1998\t37,7\t43,4\t81,1\t**\t17,7\t18,9 Total\t\t\t\t\t\t 1987\t30,6\t29,5\t60,1\t4,9\t35,0\t39,9 1992\t31,7\t34,1\t65,8\t3,8\t30,4\t34,2 1998\t32,4\t33,7\t66,0\t3,5\t30,5\t34,0 \u2018Coefficient de variation entre 15 % et 25 %; interpréter avec prudence.\u201cCoefficient de variation >25%; impossible de généraliser.Source: Santé Québec, Enquête Santé Québec 1987 et Enquête sociale et de santé 1992-1993.Institut de la statistique du Québec, Enquête sociale et de santé 1998, nov.2000. Les conditions de vie 207 Tableau 7 Âge auquel la personne a commencé à fumer quotidiennement la cigarette (en %), Québec, 1987, 1992 et 1998 \t\t\t 1987\t11,3*\t46,1\t38,4 1992\t12,6\t50,4\t33,6 1998\t16,7\t45,0\t34,1 'Coefficient de variation entre 15 % et 25 %, interpréter avec prudence.Source : Santé Québec, Enquête Santé Québec 1987 et Enquête sociale et de santé 1992-1993.Institut de la statistique du Québec, Enquête sociale et de santé 1998, nov.2000.l\u2019appareil respiratoire.Les décès à la suite d\u2019un infarctus (et autres problèmes de l\u2019appareil circulatoire) sont en diminution, de même que les décès à la suite d\u2019un traumatisme violent (homicide, suicide, accident).Les autres causes de mortalité sont aussi en hausse.La consommation de tabac et d'alcool demeure stable D\u2019après les données recueillies dans les enquêtes sociales et de santé (Santé-Québec), la consommation de produits du tabac est restée stable depuis 1992, après avoir diminué entre 1987 et 1992 (tableau 5).Moins d\u2019une personne sur trois fume régulièrement (30,5%) alors qu\u2019un tiers de la population n\u2019a jamais filmé et que l\u2019autre tiers est composé d\u2019anciens fumeurs.On trouve légèrement plus de fumeurs réguliers chez les hommes (31,8%) que chez les femmes (29,2%), cet écart étant demeuré stable depuis 10 ans.Les plus hauts taux de fumeurs réguliers se retrouvent dans le groupe d\u2019âge 25-44 ans (35,8%) (tableau 6).Si le pourcentage de fumeurs réguliers depuis 1992 est en baisse pour ce groupe, on note cependant une légère hausse chez les 15-17 ans et les 18-ig ans, qui va ainsi à contre-courant de la tendance générale.Les jeunes deviennent des fumeurs réguliers plus tôt qu\u2019il y Tableau 8 Type de buveurs selon le sexe et l'âge, population de 15 ans et plus, Québec, 1987, 1992 et 1998 ¦\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t Sexe\tHommes\t8,9\t9,7\t7,6\t6,2\t6,6\t6,7\t84,9\t83,7\t85,7 \tFemmes\t20,3\t20,4\t17,9\t4,9\t4,8\t5,1\t74,8\t74,8\t77,0 \t15-24 ans\t13,2\t14,4\t11,1\t2,7*\t2,7\t1,8*\t84,0\t83,0\t87,2 Âge\t25-44 ans\t8,4\t8,1\t8,3\t3,4\t4,4\t5,0\t88,3\t87,5\t86,7 \t45-64 ans\t17,5\t16,6\t12,5\t7,6\t7.6\t6,8\t74,8\t75,8\t80,7 \t65 ans et plus\t35,6\t37,7\t29,8\t12,5\t10,4\t11,7\t52,0\t51,9\t58,5 Total\t\t14,7\t15,1\t12,8\t5,4\t5,7\t5,9\t79,9\t79,2\t81,3 1.\tQui n'ont pas consommé d'alcool au cours des 12 derniers mois.2.\tQui ont consommé de l'alcool de façon occasionnelle ou régulière au cours des 12 derniers mois.\u2018Coefficient de variation entre 15 % et 25 %; interpréter avec prudence.Source: Santé Québec, Enquête Santé Québec 1987et Enquête sociale et de santé 1992-1993.Institut de la statistique du Québec, Enquête sociale et de santé 1998, nov.2000.Les grandes tendances Aspects de la santé 208 L\u2019état du Québec Tableau 9 Consommation d'alcool au cours de la semaine ayant précédé l\u2019enquête selon le sexe et l\u2019âge, Québec, 1987,1992 et 1998 ¦\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\tREOI\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t¦LLM\t\t\t\t\t\t Sexe\tHommes\t19,9\t32,6\t30,6\t47,6\t36,0\t35,0\t17,4\t18,1\t19,4\t15,1\t13,3\t15,0 \tFemmes\t32,4\t45,8\t43,8\t55,9\t41,1\t40,7\t8,5\t10,3\t10,9\t3,3\t2,8\t4,6 \t15-24 ans\t31,4\t46,8\t46,4\t48,0\t30,9\t30,0\t12,1\t14,2\t13,8\t8,5\t8,2\t9,8 Âge\t25-44 ans\t24,3\t36,0\t33,8\t52,7\t41,1\t41,1\t13,4\t14,4\t16,0\t9,7\t8,6\t9,2 \t45-64 ans\t23,4\t35,7\t33,4\t53,3\t40,2\t38,6\t13,7\t15,6\t16,6\t9,6\t8,6\t11,4 \t65 ans et plus\t29,5\t50,8\t44,6\t49,8\t33,3\t34,1\t11,6\t10,4\t11,1\t9,2\t5,6*\t10,1 Total\t\t25,9\t39,0\t37,0\t51,6\t38,4\t37,7\t13,1\t14,3\t15.3\t9,4\t8,3\t10,0 'Coefficient de variation entre 15% et 25%; donnée à interpréter avec prudence.Les coefficients de variation ne sont pas disponibles pour les résultats de 1987.Source ; Santé Québec, Enquête Santé Québec 1987 et Enquête sociale et de santé 1992-1993.Institut de la statistique du Québec, Enquête sociale et de santé 1998, nov.2000.a 10 ans.En 1987,11,3 % des fumeurs âgés entre 15 et 24 ans avaient commencé à fumer quotidiennement la cigarette, et ce taux était de 16,7% en 1998 (tableau 7).La proportion de buveurs dans la population (ayant consommé de l\u2019alcool de façon occasionnelle ou régulière au cours des 12 derniers mois) est demeurée aux environs de 80% entre 1987 et 1998 (tableau 8) et elle est plus importante chez les hommes (85,7%) que chez les femmes (77%), près de 20% de celles-ci déclarant n\u2019avoir jamais bu de leur vie.Le groupe des jeunes de 15-24 ans (87,2%) et celui des 25-44 ans (86,6%) comptent la plus forte proportion de buveurs actifs.À l\u2019opposé, le plus haut taux de gens n\u2019ayant jamais bu se retrouve chez les 65 ans et plus (29,8%).À noter qu\u2019à l\u2019exception des 25-44 ans> I3 proportion de buveurs a été en croissance dans tous les groupes d\u2019âges entre 1992 et 1998.Dans l\u2019Enquête sociale et de santé, la consommation d\u2019alcool des buveurs actuels est évaluée par le nombre de consomma- tions au cours de la semaine qui a précédé l\u2019enquête.La proportion de gens n\u2019ayant pas consommé dans les sept derniers jours a augmenté entre 1987 et 1998, de même que celle des personnes qui ont bu plus de six consommations, ce qui donne à penser que le comportement des buveurs tend à se polariser (tableau 9).Les femmes consomment moins que les hommes (84,5 % des femmes et 65,6% des hommes ont bu entre zéro et six consommations) et les jeunes de 15-24 ans ne boivent pas plus avec excès que la moyenne, aucun groupe ne se démarquant vraiment.La consommation de drogue est en hausse chez les jeunes La consommation de drogue tend à se répandre dans la population et en particulier chez les jeunes.De nouvelles normes et de nouveaux comportements sont manifestement en train de se généraliser.Un peu moins du cinquième de la population (17,4%) déclare consommer actuellement de la drogue (une ou plusieurs Les conditions de vie 209 Tableau 10 Type de consommateurs de drogues (en %) selon le sexe et l'âge, Québec, 1998 \t \t Sexe\tHommes\t65,1\t14,6\t20,3 \tFemmes\t72,2\t13,2\t14,5 \t15-24 ans\t50,3\t10,0\t39,7 Âge\t25-44 ans\t58,1\t23,6\t18,4 \t45-64 ans\t83,7\t8,3\t8,0 \t65 ans et plus\t93,8\t\t5,5 Total\t\t68,7\t13,9\t17,4 1.\tQui n'ont consommé aucune drogue au cours des 12 derniers mois.2.\tQui ont consommé une ou plusieurs drogues au cours des 12 derniers mois.\u2018Coefficient de variation >25%; impossible de généraliser.Note: Les coefficients de variation ne sont pas disponibles pour les résultats de 1987.Source : Institut de la statistique du Québec, Enquête sociale et de santé 1998, nov.2000.Tableau 11 Fréquence de pratique d'activité physique de loisir1 selon le sexe et l'âge, Québec, 1992 et 1998\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t Hommes\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t 15-24 ans\t43,2\t43,3\t16,8\t15,3\t12,8\t13,0\t18,7\t18,4\t8,5\t9,9 25-44 ans\t21,6\t21,4\t14,2\t14,8\t15,8\t14,2\t24,3\t22,7\t24,2\t27,0 45-64 ans\t25,7\t25,9\t12,2\t13,2\t13,2\t9,2\t18,1\t14,6\t30,8\t37,2 65 ans et plus\t37,6\t32,8\t9,1\t9,2\t8,9\t8,3\t7,7\t7,9\t36,7\t41,8 Total\t28,1\t27,9\t13,6\t13,8\t13,9\t11,8\t19,9\t17,8\t24,6\t28,8 Femmes\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t 15-24 ans\t25,4\t25,8\t16,4\t18,5\t18,0\t18,8\t26,8\t25,1\t13,4\t11,8 25-44 ans\t17,8\t20,3\t12,8\t14,5\t16,3\t13,9\t26,2\t26,1\t27,0\t25,2 45-64 ans\t26,7\t28,1\t11,6\t13,0\t14,7\t9,9\t15,5\t15,1\t31,5\t33,9 65 ans et plus\t26,5\t24,5\t9,4\t7,9\t12,5\t9,4\t9,0\t9,1\t42,6\t49,1 Total\t22,6\t24,1\t12,6\t13,7\t15,6\t12,8\t21,0\t20,1\t28,2\t29,2 Total\t25,3\t26,0\t13,1\t13,8\t14,8\t12,3\t20,5\t19,0\t26,4\t29,0 1.Pratique d\u2019activité physique de loisir, 20 à 30 minutes par séance, au cours d une période de trois mois.Source: Santé Québec, Enquête Santé Québec 1987et Enquête sociale et de santé 1992-1993.Institut de la statistique du Québec, Enquête sociale et de santé 1998, nov.2000.Les grandes tendances Aspects de la santé 210 L\u2019état du Québec Tableau 12 Les cinq activités physiques de loisir les plus populaires, selon le sexe, Québec, 1987, 1992 et 1998 \t\t\t\t \t\t\t\t Marche pour fins d'exercice\t72,8\t67,6\t81,7\t78,8 Baignade\t45,4\t57,3\t43,5\t57,8 Randonnée à vélo\t44,3\t51,9\t35,3\t42,2 Danse (disco, sociale ou autres)\t37,3\t43,3\t47,9\t53,3 Jardinage\t34,1\t41,6\t37,5\t48,3 1.Activités pratiquées au moins une fois au cours d'une période de 12 mois.Source : Institut de la statistique du Québec, Enquête sociale et de santé 1998, nov.2000.Tableau 13 Perception de l'état de santé selon le sexe et l'âge, Québec, 1987, 1992 et 1998 \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t Hommes\t15-24\t30,3\t27,7\t24,2\t44,8\t38,9\t42,5\t21,5\t28,5\t27,2\t3,4\t4,9\t6,1 \t25-44\t22,5\t21,1\t21,4\t45,0\t37,2\t38,6\t26,0\t35,1\t33,2\t6,5\t6,6\t6,9 \t45-64\t16,5\t17,5\t17,8\t35,2\t30,8\t35,2\t31,9\t38,0\t34,5\t16,4\t13,6\t12,6 \t65 et plus\t10,3\t11,0\t12,1\t29,6\t23,9\t24,0\t33,0\t44,0\t41,6\t27,1\t21,1\t22,3 \tTotal\t21,4\t20,1\t19,6\t40,9\t34,3\t36,4\t27,3\t35,7\t33,6\t10,4\t9,8\t10,4 Femmes\t15-24\t17,7\t18,0\t17,8\t47,9\t37,6\t41,0\t28,9\t37,6\t33,6\t5,4\t6,8\t7,6 \t25-44\t19,1\t17,9\t19,1\t47,7\t38,3\t39,5\t26,6\t36,7\t34,2\t6,6\t7,1\t7,2 \t45-64\t12,8\t14,0\t16,0\t33,9\t32,6\t35,0\t34,3\t39,1\t35,6\t19,0\t14,4\t13,3 \t65 et plus\t10,8\t8,5\t10,6\t22,2\t22,6\t24,6\t40,2\t44,5\t41,6\t26,8\t24,4\t23,3 \tTotal\t16,1\t15,5\t16,6\t40,9\t34,4\t36,0\t30,8\t38,6\t35,7\t12,2\t11,5\t11,7 Total\t15-24\t24,1\t22,9\t21,1\t46,3\t38,3\t41,7\t25,2\t33,0\t30,4\t4,4\t5,9\t6,8 \t25-44\t20,8\t19,5\t20,2\t46,4\t37,8\t39,0\t26,3\t35,9\t33,7\t6,6\t6,8\t7,1 \t45-64\t14,6\t15,7\t16,9\t34,5\t31,7\t35,1\t33,1\t38,5\t35,0\t17,8\t14,0\t13,0 \t65 et plus\t10,6\t9,5\t11,2\t25,3\t23,2\t24,3\t37,2\t44,3\t41,6\t26,9\t23,0\t22,9 \tTotal\t18,7\t17,8\t18,1\t40,9\t34,4\t36,2\t29,1\t37,2\t34,7\t11,4\t10,7\t11,1 Source: Santé Québec, Enquête Santé Québec 1987et Enquête sociale et de santé 1992-1993.Institut de la statistique du Québec, Enquête sociale et de santé 1998, nov.2000. Les conditions de vie 2ti drogues au cours des 12 derniers mois \u2014 tableau 10) et il y a une plus forte proportion de consommateurs chez les hommes (20,3%) que chez les femmes (14,5%).La consommation de drogue est cependant nettement plus élevée dans le groupe des jeunes en âge de fréquenter les programmes d\u2019études aux niveaux secondaire et post-secondaire (15-24 ans) où elle touche près de 40 % de l\u2019ensemble.Ce taux est assez élevé pour parler d\u2019une certaine banalisation \u2014 et même normalisation ?\u2014 du phénomène chez les jeunes, ce qui laisse présager une hausse à long terme de la consommation.Les médias ont d\u2019ailleurs soulevé au cours de l\u2019hiver 2001 le problème de la généralisation de la consommation de drogues en milieu scolaire, une question encore peu débattue sur la place publique.La pratique d'activités physiques En 1998, 52,1% des gens ont pratiqué régulièrement une activité physique de loisir au moins une fois par semaine, pendant que plus du quart déclarait ne pas en pratiquer, ce qui est sensiblement le même portrait qu\u2019en 1992 (tableau n).Environ le quart des hommes (27,9 %) et des femmes (24,1 %) ont pratiqué une activité physique trois fois et plus par semaine.Les jeunes hommes de 15-24 ans s\u2019adonnent plus fréquemment à la pratique d\u2019activités physiques, près de la moitié s\u2019y consacrant trois fois et plus par semaine.Tableau 14 Prevalence de certains problèmes de santé en pourcentage selon le sexe, population totale, Québec, 1987 et 1998 \t\t \t\t Maux de tête\t5,1\t7,2\t11,7\t16,2\t8,4\t11,8 Arthrite ou rhumatisme\t7,2\t8,8\t12,7\t14,7\t10,0\t11,8 Autres allergies\t4,9\t7,7\t7,9\t12,8\t6,5\t10,3 Maux de dos ou de la colonne\t7,3\t9,7\t8,1\t10,8\t7,7\t10,2 Rhinite allergique\t6,0\t9,1\t6,1\t9,8\t6,0\t9,4 Allergies ou affections cutanées\t6,5\t7,0\t9.3\t11,2\t7,9\t9,1 Hypertension artérielle\t4,7\t7,0\t7,9\t10,0\t6,3\t8,5 Accidents avec blessures\u2019\t\t9,2\t\t6,3\t\t7,8 Autres affections respiratoires\t4,0\t4,9\t4,2\t6,0\t4,1\t5,4 Troubles digestifs fonctionnels\t2,8\t4,1\t5,0\t5,8\t3,9\t5,0 Asthme\t2.2\t4,5\t2,5\t5.4\t2,3\t5,0 Maladies cardiaques\t4,0\t4,8\t4,2\t4,4\t4,1\t4,6 Troubles mentaux\t2,4\t3,4\t3,6\t5,1\t3,0\t4,3 Périodes de grande nervosité\t2,3\t2,7\t4,9\t5,4\t3,6\t4,1 Troubles de la thyroïde\t0,3*\t1.3\t2,3\t6,2\t1,3\t3,7 1.Données de 1998 non comparables à celles de 1987.\u2019Coefficient de variation entre 15 % et 25 % ; donnée à interpréter avec prudence.Source : Santé Québec, Enquête Santé Québec 1987 Institut de la statistique du Québec, Enquête sociale et de santé 1998, nov 2000.Les grandes tendances Aspects de la santé 212 L\u2019état du Québec La marche pour fin d\u2019exercice ainsi que la baignade sont les deux activités les plus populaires parmi la population (pratiquées au moins une fois au cours d\u2019une période de \\z mois), que ce soit chez les hommes ou les femmes (tableau 12).La majorité de la population estime être en bonne santé D\u2019après les données des enquêtes Santé-Québec menées en 1987, 1992 et 1998, la majorité de la population estime être en bonne santé (tableau r3).La perception de l\u2019état de santé est très stable pour les trois enquêtes.Il paraît évident de constater que la proportion de personnes qui estiment être en mauvaise santé est plus élevée chez les personnes qui ont 65 ans ou plus.mais on observe une fréquence accrue des problèmes de santé Les problèmes de santé les plus répandus à travers la population québécoise sont les allergies, les maux de tête, l\u2019arthrite et les maux de dos (tableau 14).Chacun de ces problèmes est plus fréquemment mentionné en 1998, les allergies (rhinite allergique + autres allergies) étant en forte croissance depuis ro ans, (de 12,5% à rg,7°/o).Les hommes souffrent davantage de maux de dos (9,7%) et de rhinite allergique (9,1 °/o) alors que les femmes mentionnent plus fréquemment les maux de tête (16,2 7o) et l\u2019arthrite ou le rhumatisme (14,7 °/o).Les jeunes ont davantage des idées suicidaires Les idées suicidaires sont en légère hausse en 2998 par rapport à 1987 (3% à 3,9%), cette proportion étant la même chez les hommes et les femmes (tableau 15).Ce sont les jeunes qui ont en plus grande proportion des idées suicidaires (7,4%), mais cette proportion est stable par rapport à 1992.Le nombre de tentatives de suicide serait en baisse entre 1987 et 1998.Même Tableau 15 Présence d'idées suicidaires ou de parasuicides au cours d'une période de 12 mois, Québec, 1987, 1992 et 1998 \t \t Sexe\tHommes\t3,0\t3,7\t3,9\t0,8*\t0,5*\t0,5* \tFemmes\t3,2\t3,6\t3,9\t0,9*\t0,5*\t0,5* \t15-24 ans\t5,4\t7,3\t7,4\t1,9*\t1,5*\t1,4* Âge\t25-44 ans\t3,5\t4,2\t4.3\t0,7*\t0,5*\t0,5* \t45-64 ans\t1,5\t2,0\t2,8\t**\t**\t** \t65 ans et plus\t**\t**\t**\t**\t**\t Total\t\t3.1\t3,7\t3,9\t0,9\t0.5\t0,5 1.La population de référence exclut les personnes ayant déclaré un parasuicide.Coefficient de variation entre 15 % et 25%; donnée à interpréter avec prudence.\u2022'Coefficient de variation >25%; impossible de généraliser.Source : Santé Québec, Enquête Santé Québec 1987 et Enquête sociale et de santé 1992-1993.Institut de la statistique du Québec, Enquête sociale et de santé 1998, nov.2000. Les conditions de vie 213 Tableau 16 Indice de soutien social selon le sexe et l'âge, Québec, 1998 \tf ÜH\t\t\t Sexe\tHommes\t22,5\t\t77,5 \tFemmes\t17,4\t\t82,6 \t15-24 ans\t14,7\t\t85,3 Âge\t25-44 ans\t21,6\t\t78,4 \t45-64 ans\t22,4\t\t77,6 \t65 ans et plus\t15,7\t\t84,3 Total\t\t19,9\t\t80,1 Source : Institut de la statistique du Québec, Enquête sociale et de santé 1998, nov.2000.si cette baisse semble généralisée pour tous les groupes d\u2019âge, c\u2019est toujours parmi les jeunes de 15-24 ans que nous retrouvons la plus forte proportion de telles tentatives.Le réseau de soutien social est plus fort chez les jeunes et les aînés L\u2019enquête sociale et de santé propose un indice de soutien social construit à partir de différentes questions mesurant l\u2019intégration sociale (fréquence des rencontres, solitude), la satisfaction face aux rapports sociaux (vie sociale, rapports avec les amis) et la taille du réseau de soutien (nombre de confidents, de personnes pouvant aider au besoin), entre autres.Au total, plus de 80% des gens interrogés bénéficient d\u2019un soutien social élevé (tableau 16) et cette proportion est plus forte chez les femmes que chez les hommes.Nous retrouvons les plus fortes proportions de gens disposant d\u2019un soutien social élevé chez les moins de 25 ans (85,3 °/o) et les 65 ans et plus (84,3 %).Les jeunes et les aînés auraient ainsi tendance à avoir un meilleur réseau de soutien et à être satisfaits des rapports sociaux qu\u2019ils entretiennent.\u2022 L'obésité chez les jeunes: une inquiétante progression Angelo Tremblay Division de kinésiologie, Université Laval L\u2019obésité est une condition caractérisée par l\u2019accumulation excessive de graisse corporelle qui résulte d\u2019un bilan calorique positif, c\u2019est-à-dire un excès d\u2019apport énergétique relatif à la dépense d\u2019énergie.Elle est perçue comme problématique par l\u2019ensemble des professionnels de la santé étant donné le risque accru qu\u2019elle confère en ce qui a trait à des maladies métaboliques comme le diabète et des pro- Les grandes tendances 2i4 L\u2019état du Québec H blêmes ergonomiques et socio-affectifs.Il S y a quelques années, l\u2019obésité a été décla-rée par l\u2019Organisation Mondiale de la ,g Santé comme un problème ayant atteint le stade d\u2019épidémie dans plusieurs pays.< Au Canada, la tendance est bien palpable à tous les groupes d\u2019âges, y compris chez les enfants et les adolescents.À cet égard, la figure i illustre clairement l\u2019augmentation de la prévalence du surpoids et de l\u2019obésité chez l\u2019enfant au cours des dernières années.La même tendance est observée chez les jeunes Québécois âgés de 15 à 19 ans chez qui la fréquence d\u2019excès de poids (indice de masse corporelle de 25 kg/m ou plus) est passée de 13 à 20 % entre 1987 et 1998 pour les garçons.Chez les filles, un excès de poids était observé auprès de 9 % d\u2019entre elles en 1987 tandis qu\u2019en 1998, la fréquence de surpoids atteignait 12 % (Kino-Québec, 2000).Bien qu\u2019il soit admis de tous que l\u2019obésité résulte d\u2019un apport calorique excessif qui s\u2019échelonne pendant une longue période de temps, la connaissance des facteurs favorisant un tel déséquilibre n\u2019est pas clairement établie.Cependant, un certain nombre d\u2019évidences permettent de croire que les causes de ce phénomène ne sont pas étrangères à un changement global de notre mode de vie (graphique 1).Sédentarité et mauvaise condition physique Bien que le lien entre le niveau de pradque d\u2019activités physiques et l\u2019adiposité corporelle a été bien documenté depuis un certain nombre de décennies, c\u2019est au milieu des années 80 que les premières données établissant un lien entre la composition corporelle de l'enfant et le nombre d\u2019heures passées à regarder la télévision ont été rapportées (Dietz et Gortmaker, 1985).Depuis la publication de cette étude, plusieurs travaux ont porté sur cette question et ont confirmé la relation positive existant entre le risque de surpoids et l\u2019écoute de la télévision.Plus récemment, notre société a Graphique 1 Prévalence du surpoids et de l'obésité chez les enfants canadiens (7-13 ans) 33 Garçon Filles\tGarçon Filles Eü Surpoids B Obésité ll il 1981 1996 Source : Adapté de M.Tremblay et al., 2002. Les conditions de vie 215 connu l\u2019émergence de la commercialisation des jeux vidéo qui exercent un attrait incontestable chez les jeunes.En ce qui a trait à la pratique d\u2019activités physiques, il est tentant de considérer l\u2019écoute de la télévision et l'udlisadon du jeu vidéo comme deux activités équivalentes favorisant la sédentarité de l\u2019enfant.Cette hypothèse se devra cependant d\u2019être confirmée puisqu\u2019il n\u2019est pas exclu que le travail cérébral qu\u2019exige le jeu vidéo puisse influencer le comportement alimentaire de manière non désirable.Au-delà des conséquences que le peu d\u2019exercice pratiqué par les jeunes peut avoir sur la dépense énergétique quotidienne, ce manque d\u2019activité affecte également à long terme leur niveau de condition physique.À titre d\u2019exemple, les résultats présentés au tableau r montrent que les étudiants du cégep Lévis-Lauzon, en banlieue de Québec, ont un niveau de vigueur musculaire (nombre d\u2019extensions de bras) moins élevé et davantage de graisse corporelle que ce que l\u2019on aurait pu prédire chez eux il y a une vingtaine d\u2019années (Tremblay et Chiasson, sous presse).Le tableau r fait également bien ressortir que la tendance au gain de graisse corffcrelle est plus marquée chez les sujets dont les valeurs sont les plus élevées (percentile 95).Ce phénomène ne peut être perçu positivement puisqu\u2019il est susceptible de diminuer l\u2019intérêt et le plaisir que procure la pratique d\u2019activités physiques vigoureuses.Si l\u2019on se fie au dicton «un esprit sain dans un corps sain», la pratique régulière de l\u2019activité physique peut influencer favorablement le profil intellectuel de l\u2019enfant.À cet égard, nous avons récemment tenté de déterminer si la pratique d\u2019activités physiques vigoureuses et le niveau de condition physique affectent la réussite scolaire d\u2019étudiants inscrits au cours secondaire.Ainsi, les résultats préliminaires de cette étude montrent que la différence observée en ce qui a trait à la note de mathématiques était de 12 unités supérieure chez les étudiants actifs et en forme en comparaison aux étudiants sédentaires et présentant un faible niveau de condition physique (Brunet et al, 2002).De plus, les résultats de cette étude ont révélé sans surprise que l\u2019indice de masse corporelle était substantiellement plus élevé chez les étudiants sédentaires et en piètre condition physique.Plusieurs facteurs sont susceptibles d\u2019affecter la pratique d\u2019activités physiques.Tableau 1 Somme de S plis cutanés et extension des bras (push up) aux percentiles 5 et 95 chez des jeunes femmes et hommes du niveau collégial (1999): Comparaison aux données de l\u2019Enquête Condition Physique Canada (1981) \t\t\t\t\t \t\t5\t95\t5\t95 Sommes des plis cutanés (mm)\t1999\t47\t147\t29\t120 \t1981\t36\t116\t25\t82 Extension de bras (n)\t1999\t4\t35\t6\t39 \t1981\t4\t46\t8\t50 Source : Adapté de A.Tremblay et L.Chiasson (sous presse) L\u2019obésité chez les jeunes: une inquiétante progression Aspects de la santé 216 L\u2019état du Québec Le faible taux de natalité qui implique que peu d\u2019enfants se retrouvent dans un quartier urbain donné ne favorise pas l\u2019interaction sociale et offre donc moins de possibilités à certains enfants de trouver des amis à proximité.Les craintes grandissantes de plusieurs parents en ce qui a traita la sécurité des enfants jouant dehors en milieu urbain favorisent également une certaine limitation dans les allées et venues des enfants et constituent donc un autre facteur promoteur de sédentarité.Enfin, on ne peut exclure le fait que des activités comme l\u2019écoute de la télévision et l\u2019usage de jeux vidéo exercent un attrait significatif auprès de certains enfants et favorisent indirectement un niveau moindre de pratique d\u2019activités physiques.En résumé, le contexte de vie actuel favorise davantage la sédentarité que ne le faisait le mode de vie des des jeunes il y a quelques décennies.En ce qui a trait à la régulation du bilan énergétique, un tel contexte favorise une diminution de la dépense énergétique quotidienne et rend plus difficile l\u2019ajustement de l\u2019apport calorique à ce niveau de dépense.Stress et contrôle du poids L\u2019idée que l\u2019obésité puisse apparaître en réponse au stress environnemental n\u2019est pas nouvelle et est prouvée par des évidences cliniques et expérimentales.À titre d\u2019exemple, une étude réalisée auprès de 971 enfants suédois a mené à la conclusion que le gain de poids rapide observé durant les années d\u2019école représente un indicateur de stress psychologique (Mellbin et Vuille, 1989).Cela concorde avec un ensemble de données obtenues chez l\u2019adulte qui tendent à démontrer que les fluctuations du poids corporel sont associées à des évènements psychologiques négatifs comprenant le stress.D\u2019autres résultats mettent en évidence un lien entre l\u2019adiposité de l\u2019enfant et la stabilité du milieu familial.D\u2019un point de vue mécanistique, il est vraisemblable que l\u2019association entre le gain de poids et le stress puisse être mé-diée par certaines hormones comme le cortisol dont la production est activée par différents stress de la vie courante.En effet, des études réalisées tant chez l\u2019animal que chez l\u2019humain ont bien mis en évidence la capacité de cette hormone à favoriser une augmentation de la prise alimentaire et à réduire la dépense d\u2019énergie.Dans un contexte clinique, notre expérience révèle que l\u2019augmentation du cortisol observée chez certaines personnes obèses devenues résistantes à maigrir au terme d\u2019un programme de perte de poids est associée à une augmentation significative du désir de manger (Doucet étal, 2000).En pratique, ces observations suggèrent que le stress de la vie courante peut en soi modifier l\u2019équilibre entre l\u2019apport et la dépense caloriques, indépendamment du niveau de pratique d\u2019activités physiques et de la qualité de l\u2019alimentation.Un tel argument n\u2019est pas sans poser la question de savoir si le mode de vie effervescent que nous connaissons maintenant pourrait constituer en lui-même une source de déséquilibre favorisant l\u2019obésité.Alimentation et contrôle du poids La diététique classique s\u2019est beaucoup appuyée sur la première loi de la thermodynamique afin de gérer ce que devrait être l\u2019alimentation de la personne obèse.En pratique, cette loi implique que rien ne se perd et rien ne se crée, et que par conséquent tout programme de perte de poids devrait s\u2019inspirer de ce principe fondamental.Cela a probablement conduit à Us conditions de vie 217 tort plusieurs professionnels de la nutri-don à prôner des restrictions caloriques plus ou moins sévères sans vraiment se préoccuper de la façon dont une telle restriction est susceptible d\u2019affecter le niveau de rassasiement ressenti par un individu.Car, en fait, l\u2019enjeu principal de ce secteur de préoccupations n\u2019est pas vraiment une « coupure de calories » mais plutôt de favoriser le rassasiement avec un apport énergétique diminué.Il y a en effet une énorme différence entre réduire l\u2019apport calorique d\u2019une personne obèse sans se soucier de son bien-être et maintenir un bon niveau de satiété tout en favorisant une diminution de l\u2019apport calorique.Cette différence explique fort probablement en partie les échecs quasi généralisés qu\u2019ont connus les approches thérapeutiques traditionnelles de l\u2019obésité, tant chez l\u2019adulte que chez l'enfant.Un paradigme centré sur le bien-être de la personne s\u2019appuie sur l\u2019apport en aliments et en nutriments qui a le meilleur profil santé possible et le meilleur potentiel de rassasiement.Parmi les variables susceptibles d\u2019influencer l\u2019équilibre entre l\u2019apport et la dépense d\u2019énergie, il convient particulièrement de référer à la teneur du régime en lipides et glucides alimentaires et leur composition, la quantité de protéines ingérées, l\u2019apport en fibres alimentaires, la densité énergétique des aliments, l\u2019apport en calcium et vraisemblablement l\u2019apport en plusieurs vitamines et autres minéraux.Dans un contexte où le meilleur rassasiement possible est recherché, le spécialiste de la nutrition se doit donc de sélectionner les aliments qui constituent le menu optimal en ce qui a trait à ces variables.Or, il est encore une fois alarmant de noter que notre mode de vie actuel favorise la tendance opposée à ce qui devrait faciliter le contrôle de l\u2019appétit.Jusqu\u2019à présent, les résultats les plus convainquants faisant ressortir cette tendance chez les jeunes ont été récemment rapportés par des chercheurs américains qui ont analysé l\u2019impact de la restauration rapide sur la composition du régime alimentaire.Comme le montre le tableau 2, les jeunes fréquentant régulièrement Tableau 2 Apport nutritionnel quotidien moyen et usage de la restauration rapide (semaine précédente) chez les adolescents \t\t\t\t \t\t\t\t Énergie (kcal)\t1953\t2754\t1801\t2461 Lipides (%)\t29,3\t31,8\t27,8\t31,2 Lipides saturés (g)\t26,7\t28,8\t22,4\t25,4 Calcium (mg)\t1271\t1115\t1091\t967 Vitamine A (Ul)\t9673\t7627\t10202\t7237 Vitamine C (mg)\t170\t142\t164\t140 Carotène (Ul)\t6477\t4802\t7320\t4805 Écoute de la télévision les jours de semaine (h)\t4,5\t5,0\t4,1\t4,8 Collations (n/hier)\t2,5\t3,1\t2,5\t3,1 Toutes les valeurs sont différentes pour chaque sexe : p < 0.001 Source : Adapté de French étal (2001) L\u2019obésité chez les jeunes : une inquiétante progression Aspects de la santé 218 L\u2019état du Québec des établissements offrant de la restauration rapide ont des niveaux moins désirables pour l\u2019ensemble des facteurs nutritionnels considérés.Tout comme pour l\u2019activité physique et le stress, il semble donc que notre mode de vie centré sur l\u2019efficience, la fonctionnalité et la rapidité complique le contrôle de l\u2019appétit et du poids corporel.Dans ce contexte, une suralimentation est plus à risque de se produire avant qu\u2019un niveau acceptable de satiété ne soit atteint.La conséquence la plus évidente est une augmentation du risque de voir l\u2019apport énergétique dominer la dépense et ainsi augmenter à long terme le risque de surpoids et d\u2019obésité.Le plus grand défi qui se pose donc au professionnel de la nutrition est de renverser cette tendance en développant des programmes d\u2019éducation et d\u2019intervention qui soient susceptibles d\u2019accroître les choix alimentaires santé que les jeunes sont susceptibles d\u2019effectuer.La tâche sera gigantesque puisque le gradient d\u2019influence favorisant la tendance oppo- sée au sein de notre société est extrêmement robuste et est soutenu par de savantes campagnes de marketing.Une société en conflit avec elle-même Il y a plusieurs façons de percevoir le problème de l\u2019obésité au sein des pays industrialisés.La perception qui a été décrite ici en est une qui met en évidence le fait que l\u2019obésité est peut-être le problème d\u2019une société en conflit avec elle-même.Selon cette vision, le gain de graisse corporelle est perçu comme une conséquence inévitable d\u2019un mode de vie qu\u2019on a voulu facile, fonctionnel et productif.De toute évidence, toute intervention visant à enrayer le phénomène de l\u2019obésité devra considérer la globalité du mode de vie auquel nous sommes exposés aujourd\u2019hui.Il s\u2019agit d\u2019un effort qui exigera un travail multidisciplinaire exemplaire auquel des organismes gouvernementaux devront prêter une oreille beaucoup plus attentive qu'ils ne l\u2019ont fait jusqu\u2019à présent.\u2022 Références Brunet, M., N.Boulé, A.Tremblay, « Regular physical activity is associated with academic success and a decrease in body mass index and TV viewing in adolescents ».Communication présentée à la rencontre du European Childhood Obesity Group, Prague, mai 2002.Dietz, W.H., S.L.Gortmaker, «Do we fatten our children at the television set?Obesity and television viewing in children and adolescents?» Pediatrics, vol.75,1985.Doucet, E., P.Imbeault, S.St-Pierre, N.Alméras, P.Mauriége, D.Richard, A.Tremblay, «Appetite after weight loss by energy restriction and low fat diet-exercise follow-up.» International Journal of Obesity, vol.24, 2000.French, S.A., M.Story, D.Neumark-Sztainer, J.A.Fulkerson, P.Hannan, «Fast food restaurant use among adolescents: associations with nutrient intake, food choices and behavioral and psychosocial variables.» International Journal of Obesity, vol 25,1823-1833, 2001.Kino-Québec, L\u2019activité physique, déterminants de la santé des jeunes.Secrétariat au loisir et au sport, ministère de la Santé et des Services sociaux, Gouvernement du Québec, 2000.Mellbin, T., J.C.Vuille, « Rapidly developing overweight in school children as an indicator of psychosocial stress.» Acta Paediatrica Scandinavia, vol.78,1989.Tremblay, A., L.Chiasson, «Physical fitness in young college men and women.» Canadian Journal of Applied Physiology (sous presse).Tremblay, M.S., P.T.Katzmarzyk, J.D.Willms, «Temporal trends in overweight and obesity in Canada, 1981-1996» International Journal of Obesity, vol.26, 2002. Les conditions de vie 219 ¦CZM1 L'état de la criminalité au Québec Marc Ouimet École de criminologie, Université de Montréal La criminalité est mesurée par les statistiques criminelles, qui désignent le classement et décompte des infractions au Code criminel qui sont déclarées à la police ou connues d\u2019elle.Ces statistiques sous-estiment l\u2019ampleur de la réalité pour trois raisons principales : \u2022\tbeaucoup d\u2019infractions passent inaperçues ; \u2022\tbeaucoup d\u2019actes criminels ne sont pas interprétés comme tels par la victime ; \u2022\tbeaucoup de victimes n\u2019informent pas la police de leur expérience.Le taux de reportabilité est le concept qui désigne le pourcentage de crimes commis qui est connu de la police.Ce taux de reportabilité varie considérablement d\u2019un type d\u2019infraction à l\u2019autre ; il est très élevé pour les homicides et les vols de véhicules (environ 95%), élevé pour les introductions avec effraction (environ 70 %), faible pour les agressions sexuelles et les voies de faits (environ 30%), très faible pour les fraudes et les méfaits (peut-être 5% ou 10%).Dans le cas des infractions relatives à la drogue ou à la prostitution, les statistiques mesurent alors le niveau d\u2019activité policière dans ce domaine.Les statistiques criminelles, malgré leurs limites, permettent la comparaison dans le temps et l\u2019espace puisque le taux de reportabilité des différents types d\u2019infractions tend à être stable dans le temps ou l\u2019espace.Ainsi, si le taux d\u2019un crime augmente et qu\u2019il n\u2019y a pas de raison de croire que la reportabilité soit en cause, alors la fréquence réelle de [\u2019infraction est réputée être en hausse.Il existe des statistiques alternatives qui sont basées sur des sondages de victimisation.Au Canada, ces sondages font partie de l\u2019Enquête Sociale Générale et ont examiné la criminalité en 1988, 1993 et 1999.Toutefois, compte tenu d\u2019un échantillonnage limité de ces sondages et de la rareté des crimes graves, ces sondages ne permettent pas de mesurer adéquatement l\u2019évolution des violences.Catégories: Voici une courte description des infractions choisies ; les nombres réfèrent aux crimes enregistrés au Québec en 2000 (les données détaillées pour 2001 ne sont pas disponibles au moment de rédiger ce document) : \u2022\tLes homicides comprennent les meurtres au premier degré (108), au second degré (25), les homicides involontaires coupables (13) et les infanticides (2); \u2022\tLes agressions sexuelles comprennent les agressions sexuelles (3281), les agressions sexuelles armées (74) et les agressions sexuelles causant lésions corporelles (69) ; \u2022\tLes voies de faits comprennent les voies de faits simples (29,361), armées (7759), avec blessures (322), les voies de faits contre un policier, un agent de L\u2019état de la criminalité au Québec La sécurité 220 L\u2019état du Québec la paix ou un fonctionnaire (2299) et les autres (253) ; Les vols qualifiés comprennent les vols commis avec une arme à feu (1489), une arme blanche (2349) et la force physique et/ou les menaces (3804) ; Les introductions avec effraction comprennent les cambriolages dans des établissements commerciaux (21,065), les cambriolages dans des résidences privées (56,989) et les autres (1930) ; Les vols de véhicules à moteur comprennent les vols d'automobiles (25,399), de camions (13,514), de motocyclettes (1746) ou d\u2019autres véhicules à moteur (1799) ; Les vols simples comprennent les vols de bicyclettes (13 785), les vols dans ou sur un véhicule à moteur (44 244), les vols à l\u2019étalage (14 279) et les autres vols (54 133) ; Les méfaits (51 194) sont constitués par le fait d\u2019endommager le bien d\u2019autrui ou de le rendre inopérant.Cette catégorie n\u2019inclut pas le fait de porter de fausses accusations.Le total des infractions au Code Criminel comprend le total des infractions ici analysées de même que l\u2019ensemble des autres catégories d\u2019infractions criminelles (incendie criminel, tentative de meurtre, actions indécentes.).Les comportements proscrits relativement à la drogue ne se trouvent pas dans le Code Criminel mais bien dans la Loi sur les stupéfiants.Ici sont présentées les infractions relatives au cannabis, soit la possession (7946), le trafic (2799), l\u2019importation (92) et la culture (2518), de même que le total pour toutes les autres substances, soit l\u2019héroïne (136), la cocaïne (3494), les autres drogues contrôlées (2149).Tableau 1 Évolution de la criminalité au Québec: 1965-2001 (taux par 100 000 habitants) \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t 1965\t1,2\t25\t60\t50\t383\t230\t851\t2131\t\t\t 1970\t2.3\t37\t156\t87\t771\t304\t1354\t3926\t\t\t 1975\t3,7\t33\t207\t181\t1333\t443\t1957\t584\t5685\t\t 1980\t2,8\t34\t232\t205\t1875\t438\t2500\t1001\t7331\t95\t32 1985\t3,3\t39\t292\t157\t1568\t397\t2445\t992\t7323\t67\t50 1990\t2,6\t52\t479\t167\t1607\t566\t2489\t1032\t7651\t53\t71 1995\t1,9\t46\t488\t129\t1415\t591\t2077\t811\t7037\t93\t77 1997\t1,8\t45\t451\t113\t1425\t677\t1966\t804\t7355\t122\t68 1998\t1,9\t44\t469\t109\t1335\t645\t1828\t746\t6894\t130\t69 1999\t1,9\t47\t485\t113\t1156\t586\t1692\t697\t6321\t168\t68 2000\t2,0\t46\t546\t104\t1085\t576\t1715\t741\t6027\t181\t79 \t1,9\t49\t543\t101\t993\t609\t1617\t688\t5673\t\t 2001\t(142)\t(3666)\t(40 227)\t(7489)\t(73 581)\t(45 098)\t(11 985)\t(51 023)\t(420 401)\t\t Les conditions de vie 221 Les tendances au Québec Le tableau 1 présente le taux de criminalité par 100 000 habitants observé au Québec pour la période 1965-2001.Les données 1965-2000 proviennent du catalogue 85-205 de Statistique Canada (Statistiques de la criminalité au Canada) et les données 2001 furent prélevées sur le site Internet du ministère de la Sécurité publique du Québec.Nous avons sélectionné quelques infractions pour l\u2019analyse, infractions soit particulièrement graves, soit particulièrement fréquentes.Nous n\u2019utiliserons pas les indicateurs classiques que sont les crimes de violence ou les crimes contre la propriété parce que ceux-ci sont trop hétérogènes pour l\u2019analyse comparative.Homicides : Le taux d\u2019homicide, très bas au début des années 60, a triplé sur une période de 15 ans.Il est resté élevé jusqu\u2019au milieu des années 80 avant de diminuer par la suite.Le taux d\u2019homicide a baissé durant les années 90 pour se situer maintenant autour de 2/100 000 habitants.Vols: Beaucoup d\u2019autres infractions ont suivi le modèle de l\u2019homicide, soit une explosion durant les années 60, un sommet autour de 1980 et une baisse durant les années 90.C\u2019est le cas des vols qualifiés, des introductions avec effraction, des méfaits, des vols simples et des vols de véhicules exprimés sur la base du nombre de véhicules immatriculés.Le total des infractions au Code Criminel montre une explosion de 1965 à 1980, une période de stabilité de 1980 à 1990 et une baisse durant les années 90.Adressions: Les deux infractions de violence que sont les agressions sexuelles et les voies de faits montrent des tendances différentes de l\u2019ensemble de la cri- minalité.Elles indiquent une augmentation continue des années 60 au tournant des années 90 et une période de stabilité par la suite.Des hausses importantes furent notées vers la fin des années 80, hausses en partie attribuables à une reportabilité plus grande de ces crimes.Drogues : Les infractions liées au cannabis montrent une baisse de 1980 à 1990, mais une hausse soutenue par la suite qui ne semble pas terminée.Du côté des autres drogues, il y eut une hausse de 1980 à 1990 mais depuis aucune tendance n\u2019est décelable.Comparaisons : Le tableau 2 indique la criminalité connue pour 1999 pour différents endroits.Les données pour les provinces canadiennes proviennent du catalogue 85-205 de Statistique Canada, les données pour les régions métropolitaines canadiennes proviennent du Bulletin luristat 85-002 (vol 19, n° 9) et les données américaines furent extraites du site Internet du FBI.D\u2019abord, le tableau 2 permet la comparaison du Québec avec d\u2019autres provinces canadiennes.Le Québec a moins de crimes de violence (agressions sexuelles et voies de faits) que les autres provinces présentées mais a plus de criminalité acquisitive (différents types de vols) que l\u2019Ontario ou l\u2019Alberta.Au niveau des régions métropolitaines de recensement, Québec et Montréal ont moins de crimes de violence (agressions sexuelles et voies de faits) que les autres grandes régions métropolitaines du pays.Si la région de Québec a une criminalité acquisitive relativement faible, la région de Montréal est avec Vancouver au sommet des statistiques.L\u2019état de la criminalité au Québec U sécurité 222 L\u2019état du Québec Tableau 2 Comparaisons dans l'espace de la criminalité en 2000 (taux par 100 000 habitants) \t\t\t\t\t\t\t Selon la province\t\t\t\t\t\t\t Québec\t737 2448\t2,0\t47\t508\t113\t1157\t576 Ontario\t11 669 344\t1,3\t76\t685\t76\t732\t414 Alberta\t2 997 236\t1,9\t83\t870\t84\t894\t497 Colombie-Britannique\t4 063 760\t2,1\t92\t1028\t120\t1276\t720 Selon le pays\t\t\t\t\t\t\t Canada\t30 750 087\t1,8\t78\t766\t94\t954\t521 États-Unis\t281 421 906\t5.5\t\t\t145\t728\t414 Selon la région\t\t\t\t\t\t\t métropolitaine\t\t\t\t\t\t\t Québec - 1998\t687 155\t2,2\t44\t308\t64\t1142\t355 Montréal - 1998\t3 428 304\t1,9\t44\t533\t191\t1474\t919 Ottawa (Ont.) - 1998\t801 555\t0,5\t70\t649\t128\t1016\t762 Toronto- 1998\t4 594 880\t1,7\t57\t623\t123\t663\t407 Edmonton- 1998\t917 536\t2,4\t89\t699\t143\t1080\t753 Vancouver- 1998\t1 995 927\t2,3\t84\t939\t216\t1877\t1014 Boston - 2000\t3 427 422\t1,8\t\t\t108\t413\t424 New York - 2000\t8 728 038\t16,0\t\t\t297\t988\t897 Minneapolis/St-Paul -2000\t2 856 454\t2,9\t\t\t127\t647\t358 Seattle - 2000\t2 339 000\t4,0\t\t\t134\t854\t873 Amérique du Nord : Le tableau 2 permet aussi de situer la réalité québécoise dans l\u2019ensemble nord-américain.Le Canada a un taux d\u2019homicide trois fois moins élevé que celui des États-Unis.Les statistiques de voies de faits et d\u2019agressions sexuelles ne sont pas comparables entre les deux pays (aux É.-U., on dénombre les « forcible râpe» et «aggravated assault» qui n\u2019ont pas d\u2019équivalent au Canada).Il y a plus de Références Il existe deux périodiques de criminologie au Canada, soit la Revue Canadienne de criminologie et la revue Criminologie.?Sites Internet Pour les statistiques de la criminalité, consulter les sites suivants : Ministère de la Sécurité publique du Québec : www.msp.gouv.qc.ca Statistique Canada : www.statcan.ca FBI : www.fbi.gov Pour des informations générales sur la criminologie et des textes en ligne, consulter le Portail de la criminologie d\u2019expression française: www.criminologie.com, de même que le National Criminal Justice Reference Service : www.ncjrs.org. Les conditions de vie 223 vols qualifiés chez nos voisins du Sud, mais le Canada a plus de vols par effraction et de vols de véhicules à moteur.La comparaison des régions métropolitaines entre les deux pays montre que la criminalité n\u2019est pas très différente entre des villes comparables.Globalement, les villes canadiennes ont un peu moins de crimes de violence, mais un peu plus de crimes contre la propriété.La gravité du problème de violence aux États-Unis est le fait des grands centres urbains comme New York, Detroit, Washington, Miami ou Los Angeles.\u2022 Le virage communautaire des organisations policières Sophie-Laurence Lamontagne Ethnologue, DIS International, Québec Sans que les citoyens n\u2019en saisissent dans l\u2019immédiat toute la portée, les organisations policières ont amorcé un virage dans leur pratique, qu\u2019il s\u2019agisse des services de police municipale ou de la Sûreté du Québec.Les transformations, qui ne sont d\u2019ailleurs pas terminées puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un processus continu, se sont échelonnées sur plus d\u2019une décennie et ont donné lieu à la Loi sur la police (L.Q.2000, c.12) qui succède à l\u2019ancienne loi sur la police et à celle sur l\u2019organisation policière et qui établit, dans un de ses chapitres, le caractère communautaire de l\u2019action policière.Loin d\u2019être une mode passagère, ce virage se veut un choix éclairé pour le présent et pour l\u2019avenir.Il introduit le citoyen comme partenaire actif dans le maintien et l\u2019amélioration de la sécurité publique.L\u2019harmonisation des services policiers aux besoins des collectivités est, de ce fait, au cœur de ce virage et concrétise un rapprochement entre le simple citoyen et la police.La perception que l\u2019un a de l\u2019autre est en train de subir une nette métamor- phose et les interactions, partenariats et projets communautaires entre policiers et groupes de citoyens sont devenus non des actes isolés qu\u2019on se plaît à citer au passage, mais des composantes de la vie quotidienne des collectivités.Selon les organisations policières ou les approches communautaires privilégiées, on parle désormais de police communautaire, de police de quartier ou encore, comme c\u2019est le cas à la Sûreté du Québec, de police de proximité'.Ce nouveau vocabulaire recouvre un ensemble de grands principes qui par ailleurs ont une longue histoire, toute britannique à l\u2019origine.Sir Robert Peel, ministre de l\u2019Intérieur du parlement de Grande-Bretagne en fut le concepteur et le maître d\u2019œuvre dès 1829.Aujourd\u2019hui, ces grands principes réaffirmés sont adoptés puis adaptés à l\u2019action policière en France, en Belgique, aux États-Unis, etc.Dans le cas bien précis du Québec, ils ont fait l\u2019objet de projets pilotes, d\u2019expérience sur le terrain en milieu urbain comme en milieu rural.L\u2019état de la criminalité au Québec La sécurité 224 L\u2019état du Québec Des obstacles sur la voie du changement Malgré les incontestables avantages qu\u2019en retirent tous les groupes sociaux et toutes les organisations policières, quelques obstacles ont parsemé le cours du changement.D\u2019une part, on s\u2019est inquiété tant du côté policier que civil de l\u2019impact d\u2019un tel virage sur la résolution des affaires criminelles et sur le respect de lois, pour ne citer que ces deux exemples.Les policiers avaient été habitués et formés à la pratique action-réaction qui gérait en quelque sorte le savoir-être et le savoir-faire de la police.La population s\u2019était vue, de la sorte, protégée sans être fréquemment consultée et craignait avec les transformations inhérentes à ce virage d\u2019être fréquemment consultée et moins bien protégée.Simple calcul d\u2019efficience, pensait-on : le temps, l\u2019argent et l\u2019énergie mis au service de l\u2019action communautaire seraient puisés à même certains services du modèle connu, ce qui équivaudrait à perdre des éléments rassurants de ce modèle.C\u2019était, on le constate aujourd\u2019hui, sans compter sur l\u2019outil premier de l\u2019approche communautaire, la prévention \u2014 et en particulier la prévention en matière de criminalité \u2014 qui fait jour après jour la preuve de son efficacité.D\u2019autre part, un second obstacle à surmonter a été de convaincre tous les policiers, peu importe l\u2019ordre hiérarchique, du fait que le changement à instaurer ne camouflait pas une dépréciation du travail accompli jusqu\u2019alors par la police, mais plutôt une valorisation des compétences et une harmonisation du travail aux besoins des collectivités, elles-mêmes en constant renouvellement.À cet égard, il est clair et compris de tous, maintenant, comme le souligne fort à propos le document de présentation de la politique ministérielle intitulé Vers une police plus communautaire, que « l\u2019approche communautaire ne remplace pas l\u2019action policière traditionnelle de nature reactive, qui demeure nécessaire»; elle s\u2019y combine pour améliorer la sécurité publique.La pratique policière n\u2019y a donc rien perdu, au contraire.Elle a pu s\u2019enrichir de nouvelles approches au plan de la structure organisationnelle, de la répartition des responsabilités, de l\u2019autonomie et des tâches quotidiennes des policiers patrouilleurs.Pour développer ce dernier point, un exemple tiré d\u2019un des trois ensembles de services de police, le Service de police de la Ville de Montréal, la Sûreté du Québec et les services municipaux, retiendra ici l\u2019attention.Il s\u2019agit de la Sûreté du Québec dont les services auprès de plus de deux millions de citoyens, soit près de 30% de la population québécoise, peuvent adéquatement illustrer l\u2019application de l\u2019approche communautaire dans des contextes géographiques, sociodémographiques et culturels les plus variés, puisqu\u2019ils s\u2019appliquent à l\u2019étendue du Québec.À la SQ : le parrainage comme moyen d'action La loi 19 (L .Q.2001.c.19) sur l\u2019organisation policière sanctionnée le 21 juin 2001 modifie la Loi sur la police (2000) en regard des niveaux de services et du nombre d\u2019habitants ; ainsi, à la suite des récentes fusions de municipalités à travers le Québec, la Sûreté du Québec peut désormais desservir les municipalités de moins de 50 000 habitants situées hors des communautés ou régions métropolitaines.L\u2019intégration de services municipaux qu\u2019elle avait déjà amorcée en 1997 est en voie de consolidation et plus d\u2019une quarantaine d\u2019entre eux seront pris en charge par la Sûreté du Québec.Cette intégration Les conditions de vie 225 terminée, les effectifs de la SQ se verront hausser à environ 4200 membres, y compris 800 nouveaux membres policiers et civils.La Sûreté du Québec a adopté le terme police de proximité pour bien camper son action communautaire qui s\u2019adresse d\u2019ailleurs à la totalité de ses membres.Depuis 1992, les expériences se sont succédé, en grande partie grâce à quelques irréductibles qui ont su construire et faire progresser au fil des ans un modèle que les Européens appellent aujourd\u2019hui le modèle québécois de police de proximité.C\u2019est que des représentants de la police française, belge, voire burkinabé et brésilienne se sont intéressés à cette approche québécoise qui se distingue par l\u2019intégration d\u2019une formule de parrainage destinée au renforcement des liens avec les collectivités et les élus.Ce mécanisme d\u2019interaction constante avec la population rend plus efficiente l\u2019application des grands fondements de l\u2019approche communautaire que sont: la présence familière, la qualité du service aux citoyens, le partenariat avec la population, la consultation de la clientèle et la résolution de problèmes.La particularité du parrainage réside dans le rôle primordial donné aux patrouilleurs ; ils sont au premier rang de l\u2019action communautaire et la réussite de leur parrainage repose d\u2019abord et avant tout sur leur adhésion à cette approche qui exige polyvalence et capacité d\u2019interaction avec les différents groupes d\u2019âge.Cette facette du travail policier, encore mal connue de la population des grands centres en général, est pourtant intégrée au vécu quotidien de nombreuses collectivités desservies par la Sûreté du Québec.Le parrainage repose sur trois critères d\u2019efficacité qu\u2019il nous a été donné de vérifier lors d\u2019enquêtes terrain qui avaient pour but d\u2019identifier les modalités d\u2019application de la police de proximité.\u2022\tUn premier critère tient à la notion de responsabilité géographique.De fait, le parrain ou la marraine se voit confier un cadre d\u2019action qui peut être une municipalité, un village, un quartier qui constituent son secteur d\u2019assignation.À ce titre, le parrain agit comme personne-ressource auprès de la collectivité de cette zone.\u2022\tEn second lieu, l\u2019efficacité du parrainage s\u2019appuie la notion de connaissance du milieu.La pratique policière présuppose, en ce cas, une proximité des citoyens du secteur d\u2019assignation afin d'identifier avec eux les besoins en matière de sécurité publique, les problèmes liés à chaque groupe d\u2019âge, les partenaires et expertises sociocom-munautaires et les moyens locaux de résolution de problèmes, s\u2019il y a lieu.\u2022\tEnfin, le troisième critère d\u2019efficacité est rattaché à la notion de relation de confiance, une donnée incontournable pour que le patrouilleur puisse développer un véritable parrainage et assurer des rapports dynamiques de collaboration entre la collectivité et le personnel policier.Ces trois critères d\u2019efficacité se renforcent l\u2019un l\u2019autre et permettent le développement et la consolidation de partenariats et de projets de cogestion de la sécurité publique.Partenariat et formule participative au quotidien Fini le temps où les policiers sillonnaient les villes et villages en voiture et où il faillait «appeler la police» pour pouvoir aborder avec un de ses membres des problèmes locaux de sécurité ou de prévention.Si un des points forts de l\u2019approche Le virage communautaire des organisations policières U sécurité 226 L\u2019état du Québec communautaire pour l\u2019ensemble des organisations policières a été de rapprocher la police et le citoyen, une des réussites du modèle de police de proximité développé à la Sûreté du Québec réside dans la présence proactive et la formule participative qui définissent le parrainage ; une formule selon laquelle les patrouilleurs parrains se déplacent constamment pour aller au devant des différents groupes qui composent leur secteur d\u2019assignation.Leur rôle est de favoriser la communication, de s\u2019informer des préoccupations de la collectivité, d\u2019effectuer des rencontres dans les lieux de regroupement, parcs, écoles, centres pour personnes âgées ou commerces et, surtout, de maintenir cette relation de confiance avec les partenaires.Ce travail communautaire n\u2019exclut pas, il est bon de le rappeler, l\u2019application de mesures dites réactives ou traditionnelles lorsque certaines résolutions de problèmes l\u2019exigent.Ainsi, si les excès de vitesse font toujours l\u2019objet de contravention, il n\u2019est pas rare que des parrains sollicitent des rencontres avec un groupe de transporteurs particulièrement récalcitrants, par exemple, et qu\u2019ils complètent leur action de réunions d\u2019information et de concertation avec les dirigeants de compagnie de camionnage.En certains milieux, ils ont même mis en place des concours de « bonne conduite » et récompensent avec un logo bien en vue dans le pare-brise de leur véhicule, les conducteurs qui modifient de façon durable leurs habitudes.Dans les écoles, les programmes d\u2019intervention en milieu scolaire se font en collaboration avec le personnel de CLSC, des enseignants et des psychologues scolaires ; plusieurs projets réunissent ainsi Références Agir ensemble, bulletin de liaison de la Sûreté du Québec, Direction des communications et Direction du soutien à la gendarmerie.Brodeur, Jean-Paul, (sous la dir.de), How to recognise good policing, Problems and issues, Sage, Washington, 1998.Chalom, Maurice, Le policier et le citoyen.Pour une police de proximité.Liber, Montréal, 1998.Lamontagne, Sophie-Laurence, La police de proximité; sa raison d\u2019être, son application, ses réussites, Québec, mars 2002 ; La police de proximité, facteurs déterminants de ses réussites ou de ses insuccès, septembre 2000 ; Guide des pratiques de la police de proximité, mars 2002.[Rapports soumis au Service des relations avec la communauté, Sûreté du Québec].Ministère de la Sécurité publique, Politique ministérielle, Vers une police plus communautaire, décembre 2000.Normandeau, A., (sous la dir.de), Une police professionnelle de type communautaire, 2 vol., Les Éditions du Méridien, Montréal, 1998.Peak, Kenneth J.et Ronald W.Glensor, Community Policing and Problem 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modifier leurs propres comportements et à assumer leur responsabilité pour le maintien et l\u2019amélioration de la sécurité publique.Le parrainage n\u2019a de sens qui si le partenariat est au rendez-vous.\u2022 Sur la riforme policière, voir article p.540 Le virage communautaire des organisations policières Le territoire LES GRANDS ENJEUX TERRITORIAUX >\tLa reconnaissance politique de la ruralité québécoise >\tÉmergence d'une nouvelle économie rurale RÉGION ET COURONNE MÉTROPOLITAINES DE MONTRÉAL >\tLa transformation de la rue Notre-Dame : de la controverse à l'innovation sociale >\tLe transport collectif : un outil de transformation de l'espace urbain >\tLa saga de Mirabel tire à sa fin >\tLa crise du logement à Montréal RÉGION MÉTROPOLITAINE DE QUÉBEC >\tAccessibilité, mobilité et équité dans les deux villes de Québec >\tDes banlieues viables à Québec >\tUne technorégion pour la capitale COURONNE DES VILLES INTERMÉDIAIRES >\tLe remodelage des paroisses catholiques : le cas de la Mauricie >\tLe tandem Gatineau-Ottawa ou la frontière fantôme COURONNE PÉRIPHÉRIQUE >\tL'agrotourisme : un nouveau type de rapport à l'espace agricole >\tLe transport aérien en région : de mal en pis >\tLa Gaspesia n'empêchera pas le déclin démographique de la Gaspésie >\tLe Saguenay devra mieux contrôler ses pertes financières LES SYNTHÈSES D'HISTOIRE RÉGIONALE DU QUÉBEC >\tLe chantier sur l'histoire des régions du Québec >\tLa Côte-du-Sud \u2022 Le Bas-Saint-Laurent \u2022 Le Saguenay-Lac-Saint-Jean \u2022 L'Abitibi-Témiscamingue \u2022 La Côte-Nord \u2022 La Gaspésie ÉTUDES QUÉBÉCOISES >\tL'Atlas du Québec et de ses régions : un nouveau souffle >\tLe centre interuniversitaire d\u2019études québécoises (CIEQ) Le territoire 231 Les grands enjeux territoriaux La reconnaissance politique de la ruralité québécoise Bruno Jean Développement régional, Université du Québec à Rimouski Maintes fois annoncée depuis plusieurs années, attendue depuis les États généraux du monde rural conviés par Jacques Proulx alors président de l\u2019UPA, esquissée avec le cadre de référence rendu public par Jean-Pierre Jollivet lors de l'Université rurale québécoise de 199g dans le Bas-Saint-Laurent, la Politique nationale de la ruralité (PNR) a été officiellement lancée en grande pompe au Salon rouge de l\u2019Assemblée nationale du Québec, le 6 décembre 2001.Elle a été relancée une seconde fois en mars 2002 avec les premières Journées nationales de la ruralité.Cette initiative de journées dédiées à la ruralité n\u2019était pas dans le plan initial du gouvernement, même si un projet de politique était prêt depuis plusieurs années.Dévoilée soudainement à l\u2019automne par le ministre Gilles Baril, cette politique allait se trouver aussitôt orpheline avec la démission de ce dernier.Confiée quelques-jours à François Gen-dron, les aléas de la politique allait la remettre immédiatement à Rémi Trudel.C\u2019est à lui qu\u2019est revenue une tâche lourde et imprévue, soit de développer une pédagogie d\u2019apprentissage du bon usage d\u2019une politique publique qui se veut être elle-même ce qu\u2019en feront ses bénéficiaires.La mission est encore plus compliquée qu\u2019on ne le pense car, non seulement il faut que les populations rurales et leur leaders s\u2019approprient une politique qui propose de soutenir des démarches de développe- ment qu\u2019ils auront eux-mêmes définis, dans le cadre de la signature d\u2019un Pacte rural avec leur MRC d\u2019appartenance, mais encore faut-il aussi que la politique soit cogérée avec des partenaires non gouvernementaux que sont Solidarité Rurale, la FQM (Fédération québécoise des municipalités), l\u2019Association des CLD et l\u2019Association des régions du Québec (ARQ).Le premier défi de la politique rurale Le défi de l\u2019an « un » de la politique rurale du Québec risque donc d\u2019être celui de son appropriation par ceux à qui elle est destinée.C\u2019est le classique défi de la mise en oeuvre d\u2019une politique publique dont la quintessence est la signature d\u2019un « Pacte rural » par la MRC qui définira les actions entreprises à même une enveloppe budgétaire modeste mais réelle.Mais c\u2019est un nouveau défi, car elle met en scène un partenariat avec des membres qui, lorsqu\u2019ils gèrent la politique, la gèrent en fonction de leurs visions des choses, des intérêts de leur base sociale, dans un positionnement tout aussi politique que le grand partenaire qu\u2019est l\u2019État lui-même.Ce défi de l\u2019appropriation concerne d\u2019abord les ruraux qui sont appelés à définir leurs attentes et les objectifs de développement de leurs territoires dans des plans de travail reconnus au sein des pactes ruraux.L\u2019appropriation concerne aussi le gouvernement qui doit reconnaître la ruralité, entre autres, par la mise La reconnaissance politique de la ruralité québécoise Les grands enjeux territoriaux 232 L\u2019état du Québec en place effective d\u2019une clause territoriale.La dynamique de cogestion de la politique rurale avec un Comité national des partenaires de la ruralité dont la composition et les attributions sont définies dans la politique devra être aussi appropriée et maîtrisée.Les membres de ce comité des partenaires devront apprendre à travailler ensemble dans le sens des intérêts supérieurs des ruraux et de la société Québécoise.De plus, les savoirs universitaires sont conviés à la mise en œuvre de la politique rurale ; ils y croiseront les savoirs d\u2019expérience des partenaires.Le succès de l\u2019Uni-uersité rurale québécoise témoigne que le milieu universitaire est capable de susciter et de maintenir un partenariat profitable pour la ruralité.L\u2019appropriation de la politique rurale concerne enfin toute la société, et notamment les populations urbaines, appelées à exercer leur solidarité face au développement des régions rurales.Une grande déclaration et des engagements financiers modestes Il est plutôt rare de voir une politique introduite par une déclaration officielle où le gouvernement du Québec et ses partenaires « reconnaissent officiellement l\u2019importance de la ruralité et s\u2019engagent de façon solidaire à travailler au renouveau, à la prospérité et à la pérennité des communautés rurales».Ces premières lignes de la Déclaration en Jaueur du monde rural constituent à la fois un préambule mais aussi une pièce maîtresse de la politique.La large diffusion de cette déclaration témoigne du fait que le gouvernement entend bien que sa profession de foi soit connue et reconnue.Mais entre réciter une profession de foi et vivre réellement sa foi dans la quotidienneté, il y a souvent une marge qui introduit des doutes sur la profondeur de cette foi.Dès l\u2019annonce de la politique, quelques-uns, dont les partis d\u2019opposition, ont remis en question cette profession de foi qui semble bien timide en regard des quelques sous par citoyen rural que ce gouvernement va dépenser pour gagner la bataille du développement des régions rurales du Québec.II est étonnant de constater que le même gouvernement, sans qu\u2019on lui en fasse la demande, était prêt à mettre près de quatre fois plus d\u2019argent pour sauver une seule usine automobile, GM de Boisbriand, qu\u2019il accepte d\u2019en mettre dans la politique rurale ; rappelons que cette enveloppe est de l\u2019ordre de 90 millions étalés sur cinq ans.Et le même gouvernement annonce qu\u2019il vient de dépenser neuf milliards pour relever l\u2019économie de notre métropole ! Questions d'argent.Cette question des dépenses publiques en faveur du monde rural mérite qu\u2019on s\u2019y attarde un peu.Le dossier rural a souvent été confondu avec le dossier régional et il a été maintes fois reporté devant l\u2019accaparant dossier des fusions municipales.Il est vrai que la ruralité, c\u2019est aussi massivement l\u2019affaire de plusieurs régions périphériques du Québec pour lesquelles on avait annoncé, un an et demi plus tôt, une politique de développement dotée d\u2019une enveloppe de 800 millions de dollars.Plusieurs mesures annoncées dans le cadre de politiques en faveur des « régions-ressources » avaient été planifiées pour faire partie du « coffre à outils » de la politique rurale selon le mot qu\u2019aimait le ministre des régions du temps, Jean-Pierre Jollivet.À partir des dépenses des ministères sectoriels et en tenant compte de la récente politique en faveur des «régions périphériques », on pourrait chiffrer à près d\u2019un milliard de dollars le soutien des Le territoire 233 pouvoirs publics à la ruralité.D\u2019autres ont prétendu, et cela n\u2019est pas sans fondements, que ce dont la ruralité québécoise a le plus besoin, ce n\u2019est pas tant de l\u2019argent que du renforcement de ses propres capacités de développement par des exercices de formation, d\u2019animation du développement local, de mobilisation des leaders socio-économiques.Ces interventions ne sont pas très coûteuses comparées aux investissements dans les infrastructures physiques.Le développement rural s\u2019apprend effectivement, mais il s\u2019apprend mieux en le faisant et pour le faire, il faut une politique rurale avec des programmes, des moyens, des outils.Dans le texte publicitaire qui annonce cette polidque, on lit que la croissance et l\u2019avenir du Québec et de son territoire rural sont intimement liés et que ce constat est le thème central de cette politique rurale qui vise une «occupation dynamique» du territoire québécois par des communautés rurales innovantes.Les ruraux et leurs communautés se font solidement rappeler leurs responsabilités dans le développement et on annonce aussi une adhésion à l\u2019approche du développement communautaire local.L\u2019occupation du territoire est une obsession toute québécoise, vu notre «géographie inachevée» (une expression que le géographe Paul Villeneuve a déjà employée pour décrire le Canada), mais l\u2019occupation dynamique laisse peut-être entendre que le gouvernement et la société québécoise vont accepter qu\u2019elle soit plus ou moins dynamique selon les endroits et tolérer le déclin de certains territoires jugés moins performants.La clause territoriale: un autre défi majeur de la politique rurale Lors de la préparation de la politique rurale, on avait fait remarquer au ministère des Régions chargé du dossier rural qu\u2019une véritable politique rurale devait disposer d\u2019une clause rurale à l\u2019instar de la clause « métropole » que le même gouvernement a retenue dans la mission du ministère des Affaires municipales.Il s\u2019agissait de convenir que les actions gouvernementales seraient examinées sous l\u2019angle de leur effets sur le développement de Montréal, notre métropole, et dont la reconversion économique inquiétait.Dans la Politique nationale de la ruralité', ce concept a survécu sous la notion de «clause territoriale» par laquelle le gouvernement s\u2019engage à inclure un processus d\u2019examen des projets de loi, de politiques ou de règlements pour identifier et limiter les éventuels impacts négatifs sur la ruralité.Par cette clause, le gouvernement entend prendre en compte les parücularités des milieux ruraux dans ses décisions.Au delà de cette clause territoriale proprement dite, la PNR annonce aussi une volonté du gouvernement d\u2019adapter ses programmes et ses services.En effet, la politique rurale annonce que les ministères et organismes pourront modifier le cadre normatif de leurs mesures et programmes pour tenir compte des particularités des milieux ruraux (faible densité de population, éloignement, volume réduit de clientèle).Cette clause territoriale constitue un trait original et fort prometteur de cette politique.L\u2019intention est là, mais pourra-t-elle se concrétiser?Dans le cas du mécanisme de soumission de tout projet de loi du gouvernement à un examen de ses effets sur la ruralité, cela sera relativement facile à mettre en place et c\u2019est une La reconnaissance politique de la ruralité québécoise Les grands enjeux territoriaux 234 L\u2019état du Québec manière de faire maintenant bien connue dans les rouages administratifs.Mais il reste à savoir l\u2019autorité dont pourra jouir une telle instance surtout si elle retarde, par de nombreuses modifications demandées, un projet de loi soumis aux contraintes du budget-temps de l\u2019Assemblée nationale.La clause « métropole » semble avoir bien servi le développement de notre métropole ; cela est déjà un bon présage.Par ailleurs, on sait bien que les ministères sont fort jaloux de leur autonomie dans leur champ d\u2019intervention ; l\u2019idée qu\u2019ils se soumettront volontiers à un exercice de modulation de leurs programmes aux particularités de la ruralité, sans autres formes de coercition, en fait sourire plus d\u2019un.L\u2019ampleur de ce scepticisme de la part des élus locaux est apparue lors des Journées nationales de la ruralité.Aucun mécanisme n\u2019est prévu, sauf la bonne volonté des ministères sectoriels dont on sait que cela limite leurs pouvoirs, pour faire en sorte qu\u2019ils s\u2019inscrivent dans cette nouvelle logique.Le pacte rural : faire la paix avec les ruraux ou signer une convention Le pacte rural qui est annoncé comme la pièce maîtresse de la politique rurale présente plusieurs caractéristiques novatrices.Les modalités du pacte sont flexibles afin de s\u2019adapter aux spécificités de chaque territoire.Toutefois, certains champs d\u2019intervention sont jugés particulièrement importants pour assurer la survie des milieux ruraux, notamment: \u2022\tle maintien et le retour des jeunes et des familles ; \u2022\tl\u2019amélioration de l\u2019offre et de la disponibilité des services ; \u2022\tla mise en réseau des promoteurs locaux qui contribuent à la démarche de revitalisation ; \u2022\tle développement de nouveaux produits et de nouvelles entreprises ; \u2022\tla mise en valeur du capital humain ; \u2022\tle soutien à l\u2019entrepreneuriat individuel et collectif.Formellement, il s\u2019agit de la signature entre le gouvernement du Québec et les MRC d\u2019une convention en vertu de laquelle cette dernière s\u2019engage à mettre en œuvre un plan d\u2019action en faveur du développement des communautés rurales de son territoire.Pour ce faire, elle reçoit une enveloppe budgétaire établie selon certains paramètres comme le volume total de sa population, la proportion de sa population rurale et le degré de fragilité des communautés rurales.Le gouvernement québécois y voit des signes tangibles d\u2019une décentralisation en acte, car le contenu du pacte et sa mise en œuvre seront du ressort des MRC.Mais il devra être conforme aux grands objectifs de la politique et accepté par le gouvernement.Ce nouveau rôle dévolu aux MRC soulève plusieurs questions.La signature d\u2019un tel pacte entre les MRC et le gouvernement du Québec renforce leur capacité politique et administrative.Mais elles sont mal outillées pour gérer des pactes car, à part un rôle de planification du schéma d\u2019aménagement, elle n\u2019ont pas de compétences validées dans l\u2019animation du développement local comme telle.C\u2019est plutôt la tâche des CLD qui, dans des versions antérieures de la politique rurale, se trouvaient désignés comme le partenaire du gouvernement pour signer et mettre en œuvre les pactes alors appelés des contrats d\u2019initiatives, ce qu\u2019ils sont dans les faits.Plusieurs inquiétudes se sont fait jour dans les groupes communautaires en milieu rural sur ce rôle de la MRC dans le soutien au développement rural.Va-t-elle Le territoire 235 faire les nécessaires consultations avec les forces vives du milieu?Comment va-t-elle s\u2019entendre avec le CLD où se trouvent les agents ruraux et les autres spécialistes capables d\u2019élaborer et de mettre en œuvre le pacte rural ?Il est trop tôt pour voir les tendances se dessiner, mais il est clair que la préparation du pacte rural donnera lieu à des démarches fort différentes.L\u2019exemple de Rimouski.Dans la MRC Rimouski-Neigette, une «Tournée rurale 2002 » de toutes les communautés rurales a été réalisée avec l\u2019appui du CLD, de la Coaliüon rurale du Bas-Saint-Laurent, du Carrefour Jeunesse-Emploi, de la Chaire de recherche du Canada en développement rural de l\u2019UQAR et avec la participation active du préfet de la MRC.Le pacte rural a donc permis d\u2019actualiser le diagnostic des différents territoires ruraux, d\u2019identifier les préoccupations actuelles des différentes communautés et les orientations de développement mises en commun dans un forum rural.En plus de permettre une meilleure appropriation de la politique par les ruraux, cette démarche fort démocratique soutient une mobilisation qui a déjà produit des résultats tangibles sans grandes dépenses publiques, soit la création de plusieurs comités de développement local dans les communautés qui n\u2019en avaient pas.De plus, on a pu constater l\u2019immense vouloir-vivre des ruraux dans cet environnement rural, leur juste appréciation des avantages et inconvénients de la vie dans des communautés de petite taille et l\u2019espoir qu\u2019ils portent d\u2019être enfin traités comme des citoyens à part entière, c\u2019est-à-dire capables d\u2019assumer leurs responsabilité dans le développement de leur communauté et pas seulement la simple revendication de leurs droits.Mais à l\u2019opposé, on pourrait bien voir des pactes concoctés à la hâte par quelques fonctionnaires de la MRC selon un modèle standardisé à la suite d\u2019une rapide consultation lors d\u2019une réunion du Conseil des maires.Il faudra analyser cette démarche menant à la signature des pactes.Des dérapages on eu lieu comme ce préfet qui voulait utiliser les sommes rendues possibles par la politique rurale pour des projets d\u2019aqueduc dans le village, une intervention qui ne cadre nullement avec les différents objectifs de la politique rurale.Mais il est plutôt probable et souhaitable que cette procédure inédite permette un renforcement des capacités de développement des ruraux ; le développement rural passe justement par cette reconstruction des capacités des communautés rurales.Toutefois, en certains endroits, on peut craindre que des années de fragilisation du tissu socio-économique aient sérieusement attaqué la capacité de susciter un nouveau leadership dans les communautés capables de faire profiter leur collectivité des retombées de la politique rurale.Paix sociale.Rappelons que ce pacte rural n\u2019a rien d\u2019un pacte au sens étymologique du terme.Selon le sens courant, un pacte est une entente solennelle mais tacite, donc sans signature, d\u2019une convention que se donnent deux ou plusieurs parties.Dérivant du mot paix, il peut signifier une volonté de ne pas se faire la guerre, de signer la paix comme dans le cas des pactes de non-agression entre pays.Annoncée au Salon rouge de l\u2019Assemblée nationale par le premier ministre, cette politique rurale s\u2019inscrit dans une symbolique de paix sociale entre le gouvernement et les ruraux ; la mise en scène rappelait celle de la signature de la convention La reconnaissance politique de la ruralité québécoise Les grands enjeux territoriaux 236 L\u2019état du Québec avec les Amérindiens de la Baie James connue sous le nom évocateur de la « paix des Braves ».Comme les partis de l\u2019opposition l\u2019ont aussitôt affirmé, le lancement en décembre 2001 de la politique rurale se situait sur un fond de rumeur d\u2019élection où le gouvernement, sous couvert d\u2019une activité politique normale, se payait une tournée pré-électorale du Québec avec la signature des pactes avec les MRC.Il faut rappeler ici que selon une certaine vue des choses, on pensait à ce moment-là que le parti politique qui se gagnerait la faveur des régions gagnerait les prochaines élections.Et on a vu le Parti libéral du Québec se définir lui aussi comme le parti des régions au moment où, pour maints leaders régionaux, un Parti des régions apparaît comme la pire calamité qui pourrait arriver à celles-ci.Les partenaires de la ruralité: qui représente les ruraux ?L\u2019histoire nous a appris que les ruraux, peu instruits et incapables de prendre la parole, ont pris l\u2019habitude de se faire représenter au Parlement par une personne instruite du village, le notaire par exemple.Pas étonnant qu\u2019encore aujourd\u2019hui, le député du comté soit un personnage et une fonction auxquels tiennent profondément les ruraux.Cette histoire singulière a laissé des traces et soulève aujourd\u2019hui une double question : qui peut parler au nom des ruraux ?La notion de partenariat est aujourd\u2019hui à la mode dans l\u2019administration publique et il est tout naturel qu\u2019une nouvelle politique publique soit conçue et cogérée avec des partenaires du domaine couvert par la politique en question.S\u2019agissant de la ruralité, qui peut parler en son nom?Qui peut la représenter?Cela peut être autant les élus (maires et députés, et bientôt les préfets) que des représentants d\u2019organismes communautaires de la société civile.Mais la notion de partenaire est ambiguë et interprétée de manière differente selon les uns et les autres.Peut-on appeler les partenaires de la ruralité, des personnes ou des groupes qui en sont issus?Un partenaire de la ruralité, c\u2019est quelqu\u2019un qui n\u2019est pas du milieu rural mais qui fait un partenariat avec ce milieu.Donc, c\u2019est possiblement un urbain mais qui est soucieux du développement de la ruralité.Et on en vient, comme le pense d\u2019ailleurs Alain Dubuc du journal Le Soleil, à concevoir que la Declaration en faveur du monde rural qui inaugure la politique rurale aurait dû être signée par le maire de Montréal et non par des entités comme Solidarité' rurale ou la Fédération québécoise des municipalités qui se pensent des représentants légitimes de la ruralité québécoise.Il ne s\u2019agit pas ici de se prononcer sur la légitimité de tel ou tel partenaire de la ruralité signataire de la Déclaration en faveur du monde rural.Cette ambiguïté de la notion de partenariat a fait en sorte que les organismes identifiés comme partenaires sont en fait des représentants de ruralité.Ils se définissent eux-mêmes comme tels.Cela les amène tout naturellement à ne pas accepter que l\u2019Union des municipalités du Québec (UMQ) vienne siéger au Comité national des partenaires de la ruralité et ils remettent en question la pertinence de la présence des universitaires à cette instance de gestion de la politique rurale.Pourtant, selon une certaine vue des choses, les partenaires n\u2019étant pas, par définition, des ruraux, la présence de l\u2019UMQ au Comité national des partenaires de la ruralité a du sens.Car on sait bien que le développement de notre ruralité Le territoire 237 passe par une solidarité bien comprise des villes.Mais comme les organismes actuellement identifiés comme des partenaires se positionnent politiquement comme des représentants de ruralité, position qui est contestable dans certains cas vu les processus internes de sélection de leur dirigeants, on comprend pourquoi les partenaires actuels à la table se trouvent suffisants pour exercer cette représentation des intérêts ruraux.La composition du comité des partenaires de ruralité aurait peut-être pu s\u2019enrichir de certains groupes ; tous ces agents de développement dans les SADC et aussi dans les CLSC qui, depuis des décennies, ont fait un travail admirable pour le développement des communautés rurales, sont des véritables partenaires de ruralité, au sens propre du concept de partenaires.Et le succès de l\u2019Université rurale québécoise témoigne que notre ruralité reconnaît que le milieu de la recherche universitaire est capable de maintenir un partenariat profitable pour elle.Les agents de développement en milieu rural Selon une opinion assez largement répandue, ce dont les communautés rurales ont le plus besoin, ce sont des agents de développement en milieu rural.Ces nouveaux acteurs de développement viendront soutenir les démarches d\u2019un milieu qui manque de ressources humaines compétentes pour animer le développement et préparer les dossiers techniques que requiert le montage des projets de développement.Quelques initiatives gouvernementales ont déjà permis la mise en place d\u2019un premier réseau d\u2019agents de développement en milieu rural.Ces postes se retrouvent maintenant dans le plan d\u2019effectifs des CLD.Certaines municipali- tés ont même créé de tels postes.Solidarité rurale, à même des financements offerts par le ministère des Régions, organise depuis des années des sessions de formation à l\u2019intention de ces agents dont le nombre serait maintenant d\u2019environ cent cinquante.Bien que certains élus mettent en doute cette approche qui, selon eux, ne ferait qu\u2019ajouter une nouvelle classe de fonctionnaires locaux, il demeure que les agents de développement en milieu rural ont un rôle décisif à jouer dans la revitalisation de plusieurs communautés rurales.Tant que la fonction de soutien au développement ne sera pas pleinement reconnue par les municipalités, le développement rural ne sera jamais une réalité concrète.Comme on l\u2019a vu par les questions posées lors des journées de la ruralité, un des problèmes majeurs concerne la formation et la reconnaissance des agents de développement.Que peuvent faire des jeunes sans expérience, sans formation spécifique sur le développement local, avec des promoteurs locaux ayant souvent une plus vaste expérience qu\u2019eux?Comment recruter des agents de qualité avec les bas salaires offerts actuellement?Une revalorisation de cette jeune profession s\u2019impose si l\u2019on veut que Solidarité rurale cesse de former des agents affectés à un poste instable et peu sûr dans une municipalité, poste qui ne sera en quelque sorte qu\u2019un tremplin vers un emploi meilleur à l\u2019intérieur de structures comme le CLD ou la SADC.Il semblerait que les sommes disponibles dans le cadre de la Politique nationale de la ruralité pourraient être affectées, si c\u2019est le bon vouloir d\u2019une MRC, à cette revalorisation des postes d\u2019agents de développement en milieu rural qui passe d\u2019abord par une rémunération plus La reconnaissance politique de la ruralité québécoise Les grands enjeux territoriaux 238 L\u2019état du Québec conséquente de leurs responsabilités.Cependant, plusieurs préfets de MRC qui auront un grand pouvoir dans la prise décision ne l\u2019entendront sans doute pas ainsi.La question de la meilleure structure d\u2019accueil et d\u2019encadrement pour les agents de développement en milieu rural se trouve ainsi posée.Pour être au service d\u2019une petite collectivité rurale donnée, un agent de développement en milieu rural ne devrait pas être soumis aux aléas du jeu politique local et aux diverses pressions des acteurs socio-économiques influents localement, car cela aura un effet trop inhibiteur sur son travail.Certes, la municipalité locale devrait être l\u2019employeur et le patron de l\u2019agent de développement en milieu rural.Elle doit en avoir un à sa disposition, cela est évident, et les retombées sont nombreuses.Mais pour avoir un réseau d\u2019agents de développement professionnels et motivés, ne serait-il pas souhaitable de faire appel à une formule inédite à ce jour, un réseau justement?Ou alors à des structures en place comme les CLD, voir les CRD?De toute manière, il est certain que la politique rurale en plein déploiement fera faire une avancée décisive à cette dimension fondamentale du développement rural lui-même.Une politique rurale pour quelle ruralité ?La politique québécoise de la ruralité tient compte de l\u2019importance de la ruralité dans une MRC donnée et de l\u2019état de déstructuration des communautés rurales.L\u2019enveloppe budgétaire disponible pour chaque MRC est donc définie en fonction du nombre de résidants dans les communautés classées « rurales » selon les statistiques officielles et du nombre de municipalités en déstructuration selon un indice composite de sept variables qui semble mesurer relativement le niveau de dévitalisation d\u2019une collectivite locale.En vertu de ces dispositifs inscrits dans la politique, on peut soutenir que la politique rurale est modulée ou plutôt modulable, et ce surtout par sa gestion décentralisée.Mais on sait bien maintenant qu\u2019il y a au moins trois types de ruralité dans les pays occidentaux avancés, soit la ruralité périurbaine, la ruralité profonde et la ruralité éloignée.Au Québec et au Canada, cette troisième ruralité est aussi une ruralité nordique.Dans le cadre d\u2019une politique sur le développement rural que le gouvernement fédéral est en train de préparer, cette référence à une triple ruralité est bien établi.Il s\u2019agit d\u2019une distinction utile, car ce qui peut être une solution pour une ruralité, comme le zonage agricole dans la ruralité adjacente à Montréal, peut s\u2019avérer un frein au développement de la ruralité périphérique.Par ailleurs, cette typologie rurale souffre d\u2019un biais géographique qui occulte la différenciation socio-économique au sein même de chacune de ces rura-lités.Par exemple, dans la grande couronne rurale subissant l\u2019influence généralement bénéfique de l\u2019économie urbaine, il se trouve des localités qui ne suivent pas le mouvement d\u2019ensemble et vivent un processus de dévitalisation.Et bien qu\u2019elles soient moins nombreuses proportionnellement, certaines communautés en région périphérique sont des «villages prospères».Sur le plan des individus, la différenciation est souvent plus grande encore.Même dans la ruralité périphérique, on retrouve les trois grandes figures de l\u2019économie rurale, comme l\u2019a bien illustré Peter Apedaile de l\u2019University of Alberta.Tout d\u2019abord, une économie rurale moderne, efficiente, branchée sur le monde avec des entrepreneurs qui font des Le territoire 239 Les faits saillants de la politique nationale de la ruralité \u2022\tDéclaration en faveur du monde rural ; \u2022\tPacte rural assorti d\u2019une enveloppe de 90 M$ sur cinq ans ; \u2022\tModulation des programmes et services des ministères et des organismes en regard des caractéristiques du monde rural ; \u2022\tClause territoriale qui assure la prise en compte des caractéristiques des milieux ruraux dans les décisions du gouvernement ; \u2022\tMise en place d\u2019un Comité des partenaires de la ruralité, présidé par le ministre d\u2019État aux Régions et mise en place d\u2019un Secrétariat à l\u2019innovation rurale au sein du ministère des Régions ; \u2022\tPlus d\u2019une quarantaine de mesures et initiatives gouvernementales en faveur de la ruralité.Trois orientations et neuf objectifs Orientations 1.Stimuler et soutenir le développement durable et la prospérité des collectivités rurales.2.Assurer la qualité de vie des collectivités rurales et renforcer leur pouvoir d\u2019attraction.3.Soutenir l\u2019engagement des citoyens au développement de leur communauté et assurer la pérennité du monde rural.Objectifs \u2022\tDiversifier l\u2019économie, consolider et développer l\u2019emploi ; \u2022\tAccroître la participation de la population à la gestion et à la mise en valeur des ressources; \u2022\tIntensifier l\u2019acquisition du savoir, le développement des compétences et l\u2019innovation ; \u2022\tAssurer le maintien et l\u2019amélioration des services locaux ; \u2022\tAméliorer et promouvoir le cadre de vie ; \u2022\tFavoriser l\u2019adaptation des politiques et programmes gouvernementaux ; \u2022\tPromouvoir la place des jeunes et des nouveaux arrivants ; \u2022\tTenir compte de la situation et de l\u2019apport des femmes ; \u2022\tAccentuer la complémentarité rurale urbain.bonnes affaires; puis, une économie de PME tournée vers des marchés locaux et dont la prospérité est menacée par la mondialisation ; enfin, une ruralité appauvrie et marginalisée.Ce travail de construction typologique est nécessaire pour bien identifier les défis de développement d\u2019une ruralité devenue plurielle.En France, on parle maintenant d\u2019une triple ruralité partagée entre des «campagnes ressources », des « campagnes cadre de vie » et des campagnes comme « espaces naturels ».La reconnaissance politique de la ruralité québécoise Les grands enjeux territoriaux 240 L\u2019état du Québec Pour relever les défis du développement rural Les défis de développement auxquels fait face la ruralité québécoise sont de plusieurs ordres.La vision du développement rural, décrite dans Territoires d\u2019avenir (Jean, 1997), est reprise dans le cadre de référence de la future politique rurale « Pour une occupation dynamique du territoire », rendu public le 6 octobre 1999.Cette réflexion gouvernementale reprenait à son compte ces défis et esquissait des stratégies pour les relever.Avec la Politique nationale de la ruralité, les défis sont devenus cinq grands enjeux énoncés ainsi : \u2022\tl\u2019évolution démographique et l\u2019occupation du territoire ; \u2022\tla croissance économique et la mise en valeur des ressources ; \u2022\tl\u2019amélioration de la qualité de vie rurale ; \u2022\tla participation et la prise en main par le milieu ; \u2022 l\u2019adaptation des interventions gouvernementales à la réalité du monde rural.Le grand mérite de la Politique nationale de la ruralité est certainement de rappeler et au gouvernement et aux ruraux eux-mêmes leurs responsabilités face au développement du milieu rural.Il ne sera pas facile, en certains milieux, de s\u2019extirper de la mentalité de victime et d\u2019éternel assisté.Mais il faut aller dans cette direction, car, si on est conséquent avec les nouvelles théories du développement, le revitalisation rurale est d\u2019abord l\u2019affaire des communautés rurales elles-mêmes et les politiques publiques doivent accompagner ou soutenir le mouvement et non s\u2019y substituer.C\u2019est exactement ce qu\u2019entend faire la Politique nationale de la ruralité.Pour réussir le développement rural, il faut réunir plusieurs conditions gagnantes (Jean, 2002), par exemple, le virage vers le déve- Références Jean, Bruno \u2014\t«Les conditions gagnantes pour réussir le développement des communautés rurales» dans Orga- nisation & Territoires (à venir en 2002) \u2014\t«Vers une première politique rurale: aménager l\u2019avenir des campagnes au xxie siècle», dans Québec 2000, Fides, Montréal, 1999 \u2014\tTerritoires d'avenir.Pour une sociologie de la ruralité, Québec, Presses de l\u2019Université du Québec, Québec, 1997 \u2014\t«Une nouvelle gouvernance territoriale pour accompagner la restructuration rurale: la mise en perspective des approches européenne, américaine et canadienne», dans Mario Carrier et Serge Côté (sous la dir.de), Gouvernance et territoires ruraux.Éléments d\u2019un débats sur la responsabilité du développement, Presses de l\u2019Université du Québec, Coll.« Sciences régionales », Québec, 2000 Perrier-Cornet, Philippe, (sous la dir.de), Repenser les campagnes, Éditions de l\u2019Aube et DATAR, Paris, 2002 ?Sites Internet Solidarité rurale, Avis pour une politique gouvernementale de développement rural, janvier 1999: www.solidarite-rurale.qc.ca/outils.html Ministère des régions, La politique nationale de la ruralité, 2002, www.mreg.gouv.qc.ca/polnat.pdf Le territoire 241 loppement durable, l\u2019émergence d\u2019une nouvelle gouvernance rurale ou la solidarité du monde urbain envers les ruraux.Mais une de ces conditions gagnantes est maintenant en place avec la première véritable politique rurale adoptée au Qué- bec.Elle devra être rapidement et réellement appropriée par les ruraux à qui elle est destinée, tout comme par l\u2019appareil gouvernemental lui-même en trouvant sa place parmi les autres dispositifs de la politique territoriale du Québec.\u2022 Émergence d'une nouvelle économie rurale Charles de Blois Martin Solidarité rurale du Québec Depuis la fermeture de la fonderie de cuivre Gaspé à Murdochville, de la pape-tière Gaspésia à Chandler et des nombreuses scieries situées partout au Québec, il est facile de s\u2019interroger sur l\u2019avenir en région de ce système industriel.Bien des villages savent que les entreprises de première transformation des ressources naturelles appartiennent souvent à des intérêts extérieurs à leur communauté tout en étant fortement dépendantes des soubresauts du marché mondial.En situation de crise, les populations cherchent soit à rouvrir ou à reconvertir l\u2019usine qui ferme ses portes, comme dans le cas de la Gaspésia, soit elles en profitent pour diversifier leur économie et se lancer dans de nouveaux créneaux.Depuis plus d\u2019un an, les populations de la vallée de la Mata-pédia et de la Gaspésie se sont engagées dans un tel exercice, principalement pour pallier la perte de milliers d\u2019emplois dans le secteur forestier mis à rude épreuve avec la baisse des volumes de coupe et l\u2019imposition américaine de droits compensateurs sur le bois d\u2019œuvre [voir article P- 442]- Malgré son évolution et les changements qu\u2019il connaît, le monde rural continue d\u2019être considéré comme un ensemble indistinct de « régions ressources » et un fournisseur de matières premières.À ce titre, le gouvernement finance l\u2019exploration minière sur la Côte-Nord, la recherche d\u2019hydrocarbures en Gaspésie et le reboisement des terres publiques avec des essences forestières qui n\u2019ont cependant qu\u2019une seule destination.Dans cette veine, la Société générale de financement (SGF) souhaite également constituer d\u2019ici 2007 vingt-quatre « filières industrielles » basées sur de grandes entreprises exportatrices de matières premières.Le cas de la Vallée de l\u2019aluminium au Saguenay-Lac-Saint-Jean en est un exemple.D\u2019autres investissements sont à prévoir en Abitibi et en Gaspésie.Ces mégaentreprises ont certes leur place en région.Mais si les secteurs lourds sont connus dans ce domaine, existe-t-il d\u2019autres voies que celles privilégiées jusqu\u2019à présent?Les ressources naturelles peuvent-elles encore participer à la fondation d\u2019une nouvelle e'cono-mie rurale?La reconnaissance politique de la ruralité québécoise Les grands enjeux territoriaux 242 L\u2019état du Québec Même si les deux tiers de l\u2019économie en milieu rural sont accaparés par le secteur tertiaire et les services, les ressources naturelles et culturelles sont loin d\u2019avoir déployé tout leur potentiel.L\u2019étude d\u2019activités productives plus ou moins exploitées et à haute valeur ajoutée des secteurs des pêches, de la forêt, de l\u2019agro-alimentaire et du tourisme permet de dégager quelques filières en émergence et d\u2019identifier les conditions à mettre en place pour leur permettre un développement comparable aux secteurs dits traditionnels.Il apparaît donc que les ressources naturelles recèlent des potentiels latents.Du moins, c\u2019est ce que des initiatives ont récemment mis en lumière.Mais d\u2019abord, reculer l\u2019horloge du temps servira à mieux comprendre le présent.milieux ruraux.Aucune facette n\u2019est épargnée en milieu rural, des institutions scolaires aux établissements de santé sans oublier les institutions financières.Ainsi, le gouvernement continue de recourir de façon ponctuelle à des stratégies d\u2019aide financière à l\u2019égard des entreprises sans s\u2019attarder aux problèmes structurels des régions.Les agents gouvernementaux définissent alors le développement régional comme l\u2019ensemble des moyens servant à corriger les disparités régionales plutôt que s\u2019attarder à repenser une structure industrielle qui serait diversifiée et située à l\u2019extérieur des grands centres.Comme en fait foi la réorganisation municipale entamée en mai 2001, le renforcement des agglomérations urbaines qui comptent 78 °/o de la population, 85 % de l\u2019emploi et 82 % du PIB du Québec devrait créer une richesse qui se déploierait dans les villages environnants.L\u2019esprit de cette réforme n\u2019est pas sans rappeler les concepts phares de « pôles de croissance » et de « pôles de développement » promus et décriés dans les années 1970.Une économie rurale plurielle La nouvelle économie rurale s\u2019appuie sur une approche territoriale de l\u2019activité humaine, directement associée à des ressources sous-exploitées de chacun des milieux.Cette économie repose sur une toute autre façon d\u2019identifier les potentiels d\u2019un territoire, de comprendre la dynamique des écosystèmes et de réaliser les inventaires découlant de cette vision.L\u2019économie n\u2019étant pas distincte du social ni du territoire dans lequel elle prend forme, on introduit ici la variante du territoire dans le développement économique, une sotte de géographie économique synonyme d\u2019une meilleure connaissance des espaces, une science humaine qui Pôles de croissance et politiques publiques Les tentatives pour proposer un modèle économique convenant au monde rural ne datent pas d\u2019hier.Depuis plus de soixante ans, l\u2019économie régionale retient l\u2019attention d\u2019une kyrielle de spécialistes, citoyens et organisations publiques.À la lumière de toutes ces réflexions, on ne peut que s\u2019étonner du nombre d\u2019idées proposées tout autant que de leur faible transposition au sein des politiques gouvernementales.Dresser un inventaire critique des fondements et des objectifs de l\u2019ensemble des politiques ayant eu un impact sur les milieux ruraux reste un exercice à faire.Toutefois, les interventions politiques et économiques des gouvernements à l\u2019égard des régions sont constamment marquées par cette propension à diriger ces mesures vers les villes.Depuis les années 1990, plusieurs constatent que les politiques gouvernementales n\u2019ont en fait que renforcé les agglomérations urbaines au détriment des Le territoire 243 prend en considération l\u2019entièreté des ressources tangibles et intangibles des collectivités rurales.Cette façon de saisir l\u2019économie rurale nécessite, au niveau des politiques gouvernementales, un maillage entre d\u2019une part, l\u2019approche sectorielle qui semble avoir dominé la gestion de plusieurs secteurs des ressources naturelles et, d'autre part, une approche territoriale qui mise sur les gens comme étant la première ressource pour que les territoires soient créateurs de richesse tant économique que sociale.La nouvelle économie rurale côtoie donc les concepts d\u2019économie des terroirs, de gestion intégrée des ressources et de multifonctionnalité du territoire.L\u2019économie du Québec résulte d\u2019une combinaison de facteurs historiques, culturels et politiques.Le modèle économique est dans une très large mesure tributaire du type de société dans laquelle il naît et évolue.Dès les débuts de la Nouvelle-France et même après l\u2019abolition du régime seigneurial en 1854, le système économique d\u2019ici repose en grande partie sur l\u2019exploitation et l\u2019exportation de ressources naturelles.Comme le mentionne Bernard Landry en 1979, alors qu\u2019il dirige le Comité ministériel permanent du développement économique : « Le Québec n\u2019est pas, dans la logique des sociétés exploitantes, une localisation rationnelle pour une trans/ormation plus poussée des produits bruts.» L\u2019exploitation des ressources naturelles a été conçue à l\u2019origine pour approvisionner de grandes firmes étrangères, si bien que les Québécois sont restés en marge d\u2019un véritable développement des ressources de leur propre milieu.Mixité des activités Or, cette situation ne doit pas dissimuler le fait que la plupart des systèmes économi- ques régionaux sont dès leur fondation caractérisés par une mixité des activités qu\u2019on pourrait justement aujourd\u2019hui qualifier de multifonctionnelles.Au début de la colonie, la population d\u2019ici vit dans des conditions bien différentes de celles des campagnes françaises où le paysan se voit limité à la culture du sol, sans possibilités d\u2019accès aux autres ressources comme la forêt, la faune aquatique, le gibier, les fruits et les plantes sauvages.On pourrait donc brosser un portrait complet de l\u2019ensemble des industries rurales québécoises afin de capter la complémentarité qui s\u2019était alors tissée entre l\u2019agriculture, les activités forestières et l\u2019ensemble des autres secteurs.À ce sujet, plusieurs villages étaient auparavant caractérisés par la présence d\u2019industries artisanales qui appuyaient les secteurs économiques traditionnels.On peut penser aux cultures végétales et fruitières, à la production de beurre et de fromages, aux industries de la pierre, de l\u2019ardoise et de la brique, à l\u2019ébénisterie, aux travaux du bois ainsi qu\u2019aux industries des textiles, comme le lainage, l\u2019étoffe du pays et les courtepointes.Ces productions appartiennent à un autre temps.Cependant, plus que le produit en soi, il est intéressant de retenir ce qu\u2019il sous-entend.Ainsi, on pourrait affirmer que les industries artisanales et domestiques portaient en elles les mêmes ferments qui ont permis à plusieurs systèmes économiques régionaux européens de développer des produits à forte connotation identitaire.Une coupure plus marquée s\u2019est sans doute effectuée au Québec entre les industries locales, les traditions, les savoirs locaux et le système de production de masse naissant.Cette transition d\u2019une économie rurale autarcique et plurielle à une économie planifiée, La reconnaissance politique de la ruralité québécoise Les grands enjeux territoriaux 244 L\u2019état du Québec intensive et placée en situation de concurrence sur le marché mondial a eu comme effet de faire disparaître bon nombre de ces industries.En somme, la pluriactivité des milieux ruraux doit être considérée comme un trait distinctif.Elle constitue aujourd\u2019hui une alternative à l\u2019exploitation traditionnelle des ressources autant qu\u2019elle peut servir à bâtir de nouvelles zones économiques sur des territoires fortement typés du point de vue culturel.Les filières alimentaires de créneaux Plusieurs régions dans lesquelles certaines activités agricoles sont moins significatives qu\u2019auparavant tentent de développer de nouvelles productions et de se loger différemment dans l\u2019agriculture et l\u2019agro-alimentaire de demain.Dans un contexte où 20% des 32 139 fermes totalisent 70 % des revenus agricoles totaux bruts de la province, les collectivités rurales s\u2019intéressent précisément aux retombées économiques et sociales que certaines filières peuvent avoir sur elles et à leur degré d\u2019intégration en milieu rural.S\u2019il convient de maintenir l'agriculture de masse, la diversification et l\u2019agriculture de créneaux s\u2019imposent comme une voie d\u2019avenir.L\u2019exemple de la filière de la fromagerie fine et de la filière des alcools artisanaux illustrent d\u2019ailleurs très bien les défis auxquels sont confrontés bon nombre de produits du terroir.Seule une ressource collectée, exploitée et transformée sur un territoire rural figure dans ce type de produits.La filière de production d\u2019un produit du terroir met en œuvre un ensemble d\u2019éléments qui expriment avant tout une différence.Chaque élément du terroir entre en jeu afin de personnaliser et de différencier le produit.Essentiellement, ce processus obligé s\u2019exprime par l\u2019utilisation de l\u2019ensemble des conditions requises qui typeront la ressource, de son lieu d\u2019origine jusqu\u2019à sa production finale.Seules cette conjonction, cette complicité établissent un réel état d\u2019esprit des lieux pour que les produits puissent naturellement parler de leur terroir.Or, le Forum mi-parcours sur l\u2019agriculture et l\u2019agro-alimentaire québécois qui s\u2019est déroulé en octobre 2001 a clairement fait ressortir le problème de la concentration de la distribution alimentaire au Québec et l\u2019urgence de créer des réseaux de commercialisation et de distribution en circuits courts pour garantir aux produits québécois une place sur les tablettes des détaillants.Pour les entrepreneurs qui cherchent à se distinguer des autres, il y aurait lieu de miser sur la génétique fruitière et végétale ancienne ou de concevoir des produits qui mettent en valeur l\u2019unicité des ressources de leur territoire, comme le caviar d\u2019esturgeon du lac Témiscamingue, l\u2019agneau des prés-salés de l\u2019île Verte, la morue séchée et salée de Gaspé Cured ou encore le loup-marin fumé des îles-de-la-Madeleine.Enfin, le Québec devrait se doter d\u2019un système rigoureux de certification d\u2019origine et de labellisation à l\u2019image de celui introduit en Europe depuis plusieurs décennies.La filière forestière L\u2019ensemble du secteur forestier emploie aujourd\u2019hui 83 000 personnes et les ventes atteignent près de 20 milliards de dollars.Le Québec compte 1318 usines de bois de sciage et 64 papetières.En plus des industriels, plusieurs autres utilisateurs se sont vu reconnaître des droits d\u2019utilisation en forêt.On peut penser à la présence des 84 zones d\u2019exploitation contrôlée (ZEC), 700 pourvoiries, 2400 aires de trappe et 36 000 baux de villégiature. Le territoire 245 Bien des villes et des villages se sont développés grâce à cette industrie.Cependant, au fil des ans, plusieurs communautés sont devenues d\u2019un point de vue économique et sociologique dépendantes de la forêt.Sans s\u2019y attarder, une analyse de l\u2019histoire des politiques forestières révèle qu\u2019autant la forêt située à proximité des communautés rurales que les territoires forestiers éloignés des cercles d\u2019habitation ont progressivement été remis en dépôt à quelques grandes industries, freinant ainsi toute tentative en milieu rural de contrôler le développement et l\u2019orientation de ce secteur d\u2019activité.Hier comme aujourd\u2019hui, la réappropriation de la forêt par les communautés rurales demeure au cœur de leurs revendications.Si l\u2019industrie forestière s\u2019est longtemps appuyée sur une ressource ligneuse abondante et de qualité, ce capital nature subit de plus en plus de contraintes : éloignement de la ressource, détérioration de la qualité du bois, conflits entre utilisateurs, préoccupations environnementales et pression de la part du public.Ce sont là quelques-uns des défis que rencontre l\u2019industrie.Mais il est un autre défi qui concerne l\u2019ensemble de la société québécoise et qui s\u2019affiche en devanture de la conception traditionnelle de l\u2019exploitation forestière, soit celui d\u2019écouter la forêt qui pousse plutôt que l\u2019arbre qui tombe.Le modèle actuel de gestion de la forêt québécoise, dans lequel 256 bénéficiaires de contrats d\u2019approvisionnement et d\u2019aménagement forestier (CAAF) se voient attribuer un volume de bois par essence sur la presque totalité des territoires productifs, induit fort peu d\u2019incitatifs à procéder à un aménagement forestier en fonction de tous les potentiels de la forêt.Pourtant, les possibilités sont considérables si ce n\u2019est qu\u2019elles sont sous-utilisées ou mal défi- nies.Par simple comparaison, les dépenses reliées à la faune avec et sans prélèvement de la nature représentaient 3,2 milliards de dollars en 1999.L\u2019ensemble de ces activités fournit plus de 30 000 emplois.Il y aurait plus de cinquante activités récréotouristiques en forêt.La Forêt de l'Aigle : laboratoire d'une foresterie nouvelle Quelques initiatives ont révélé les potentiels multiples de la forêt.Parmi la quinzaine de projets de forêt habitée institués en 1996 par le ministère des Ressources naturelles, le cas de la Corporation de gestion de la Forêt de l\u2019Aigle située à Maniwaki en Outaouais en est un exemple éloquent.Il est bon de mentionner que le concept de forêt habitée est un modèle de gestion partenariale qui se base sur une vision territoriale de la forêt, de ses richesses, de ses usages et de l\u2019organisation de sa mise en valeur.Jusqu\u2019à présent, malgré les nombreuses promesses de la part du gouvernement québécois, la forêt habitée est toujours sans reconnaissance légale et formelle.Le silence des autorités sur ce point dans la révision du régime forestier en mai 2001 montre en filigrane l\u2019absence d\u2019une volonté réelle de modifier la gestion des forêts québécoises.Ainsi, le plan de travail des intervenants de la Corporation vise à répondre à toutes les utilisations possibles en forêt alors qu\u2019ail-leurs au Québec, le problème provient de l\u2019absence de coordination des opérations forestières avec les autres usages.Pour plusieurs, la Forêt de l\u2019Aigle est le laboratoire d\u2019une foresterie nouvelle, tout en étant un exemple de concertation entre les usagers du territoire, y compris les autochtones.On voit également poindre des comportements pour le moins étonnants de la part de certains industriels qui Émergence d\u2019une nouvelle économie rurale Les grands enjeu* territoriaux 246 L\u2019état du Québec font appel à la Corporation pour améliorer la formation de leurs ouvriers en regard du modèle d\u2019aménagement privilégié.La présence d\u2019une ressource forestière de qualité et un accès complet aux revenus engendrés par la vente aux enchères d\u2019une partie de celle-ci via l\u2019octroi d\u2019une convention d\u2019aménagement forestier (CAF) expliquent en grande partie son succès.Une part importante des revenus est alors réinvestie dans les travaux d\u2019aménagement.La Corporation est gérée par une équipe multidisciplinaire et bénéficie d\u2019un important appui du milieu.Dès le départ, elle s\u2019est engagée dans un exercice d\u2019acquisition de connaissances qui visait à dresser un portrait de l\u2019ensemble des ressources fauniques, végétales, hydrographiques et récréatives présentes sur ce territoire d\u2019à peine 140 km3.Les faces cachées de la forêt L\u2019ébénisterie fine constitue une autre filière en émergence.Or, les forêts de feuillus, principalement situées sur des terres privées le long de l\u2019Outaouais et de la plaine du Saint-Laurent, sont dans un tel état que le Québec doit acheter 80% de son bois feuillu à l\u2019extérieur de ses frontières.Le Québec est reboisé presque uniquement de résineux, soit 33 millions de plants pour 195 000 plants de feuillus.En dix ans, l\u2019industrie québécoise du meuble a triplé ses importations de feuillus tant les essences ici sont rares, coûteuses et de mauvaise qualité.Il pourrait y avoir en forêt autant de filières qu\u2019il existe de produits non ligneux.En 1997, ces produits représentaient 0,4% de la valeur totale des exportations canadiennes des produits forestiers.Les forêts canadiennes comptent environ 500 produits non ligneux, du ginseng aux plantes médicinales en passant par le sirop d\u2019érable, les petits fruits et les champignons sauvages.Bioxel Pharma, une société pharmaceutique québécoise, œuvre dans ce domaine, retirant de l\u2019if du Canada des taxanes utilisées dans la fabrication de médicaments pour le traitement des cancers.Actuellement, les ventes mondiales annuelles de ce type de médicaments dépassent les trois milliards de dollars.Pour l\u2019instant, Bioxel produit des taxanes à petite échelle, mais la demande ne cesse de croître.Le Québec possède l\u2019une des plus grandes réserves d\u2019if au monde.Voilà l\u2019exemple d\u2019une filière à haute valeur ajoutée à implanter en région, mais qui devrait autant assurer la pérennité de la ressource que situer l\u2019entièreté de ses opérations en milieu rural.Le Laboratoire d\u2019analyse et de séparation des essences végétales de l\u2019Université du Québec à Chicoutimi a également, dans le passé, souligné le potentiel de l\u2019if du Canada, mais aussi de la menthe poivrée, du bouleau jaune, du cèdre, des mousses et lichens, du thé du Labrador et de la flore québécoise en général.La flore du Québec serait donc sous-utilisée.Un groupe a déjà même dressé un inventaire floristique exhaustif de la région de Charlevoix.Une expertise est à construire dans ce domaine afin que les producteurs québécois puissent prendre leur place sur le marché international de la parfumerie, de la fabrication d\u2019arômes, d\u2019additifs, de produits naturels, d\u2019extraits végétaux et d\u2019huiles essentielles.Seulement aux États-Unis, la valeur de ce secteur a triplé depuis 1985 pour atteindre 4,4 milliards de dollars en 1999.La filière maritime Le secteur maritime est essentiellement composé de la pêche commerciale en mer, en eau douce, de l\u2019aquaculture et de la Le territoire 247 mariculture.Le Québec compte 4300 pêcheurs et aides-pêcheurs et 4800 employés en usines.Ils sont principalement répartis dans les MRC des lles-de-la-Madeleine, du Rocher-Percé et de la Haute-Côte-Nord.Le moratoire sur les poissons de fond comme la morue et le sébaste décrété en 1992 a eu des impacts considérables en milieu rural.Depuis, la composition des débarquements n\u2019est plus la même.La proportion des mollusques et des crustacés connaît une hausse phénoménale.Ceux-ci représentaient respectivement 66°/o et 92% de la valeur de tous les débarquements en rggi et en 2000.Globalement, l\u2019économie des pêches fonctionne selon le mode convenüonnel que l\u2019on retrouve dans le secteur des ressources naturelles.L\u2019abandon des pratiques de pêche traditionnelles au profit de la création de pôles de croissance avec la construction de grandes usines de transformation alimentées par une flottille d\u2019envergure caractérisent les années 1970.Ce modèle productiviste a engendré un surinvestissement dans la flotte de pêche et dans un parc industriel sans se soucier des pressions sur la ressource.Au lendemain du moratoire, la disparition des poissons de fond suscite un intérêt pour des espèces sous-exploitées comme le hareng, le maquereau, le concombre de mer, l\u2019aiguillat commun, le couteau de mer et l\u2019oursin vert.Marinard Biotech et Les Laboratoires Aeterna Depuis quelques années, les débouchés de la transformation traditionnelle de la crevette décortiquée et congelée sont limités.Malgré une hausse substantielle des coûts de production, le prix n\u2019a pas réellement changé et les pêcheurs d\u2019ici se voient refuser constamment l\u2019obtention de quotas de pêche supplémentaires.On est en présence ici d\u2019un cas typique d\u2019économie traditionnelle aux horizons limités.Les pêcheries Marinard font bande à part dans ce domaine.Situé à Rivière-au-Renard en Gaspésie, Marinard traite 33% de la crevette pêchée au Québec, soit ro millions de livres annuellement.Au départ, les dirigeants ont sollicité l\u2019expertise de chercheurs afin de réaliser des expériences à partir de la carapace des crustacés.Ces études démontrent alors un potentiel inespéré.En effet, la carapace contient du chitosane, une protéine naturelle détenant des propriétés antimicrobiennes.Marinard se tourne vers un professeur en biologie de l\u2019Université de Montréal ayant une expérience en pharmacologie et dans le secteur biomédical.Celui-ci décide alors de s\u2019établir au bout de la péninsule.Un ambitieux projet se met en place, soit la production d\u2019une soixantaine de tonnes de chitosane de grade industriel, alimentaire-cosmétique et pharmaceutique.La chitine produite est d\u2019une qualité supérieure à celle de ses concurrents puisque les carapaces sont traitées à l\u2019usine dans les minutes qui suivent leur première transformation.Les travaux de recherche permettent d\u2019établir une séquence précise d\u2019étapes de purification de la matière.L\u2019entreprise est capable de produire du chitosane de grade supérieur puisque ses concurrents mélangent les matières premières.Marinard crée une filiale appelée Marinard Biotech.La majeure partie du chitosane de grade industriel est employée à l\u2019usine de traitement des eaux usées de la ville de Gaspé ou encore utilisée comme substitut biochimique aux produits chimiques traditionnels, évitant l\u2019usage de produits dommageables pour l\u2019environ- Émergence d\u2019une nouvelle économie rurale Les grands enjeux territoriaux 248 L\u2019état du Québec nement.La commercialisation du chito-sane de grade alimentaire-cosmétique est réalisée par Atrium Biotechnologies qui possède déjà un réseau international de distribution spécialisé dans la biotechnologie marine.Les débouchés sont variés et peuvent s\u2019appliquer aux domaines pharmaceutique, cosmétique et biomédical.Un autre projet de la même veine voit le jour en Gaspésie dans les années 1990, cette fois-ci dans l\u2019application de la biotechnologie à l\u2019exploitation du requin comme source de substances actives pouvant agir sur certaines maladies incurables.Les Laboratoires Aeterna en sont les principaux promoteurs.Les produits d\u2019Aeterna et de sa filiale Atrium sont principalement fabriqués à base des cartilages de requin.Dès le départ, des liens sont tissés entre les centres de recherche d\u2019Aeterna et les organismes régionaux.Mais, rapidement, un problème de taille survient.Les pêcheurs ne peuvent plus fournir le volume de cartilage exigé.Comme la capture de ce requin occasionne une capture accidentelle importante de morues, Pêches et Océans se voit obligé d\u2019en limiter la pêche.Aeterna décide de se tourner vers l\u2019Argentine où les stocks de requin sont encore en bon état.Si l\u2019exploitation du requin à des fins médicales a finalement eu des impacts limités sur le territoire rural gaspésien, un autre projet, appelé Océanova, vise à mettre en valeur les substances bioactives marines du golfe Saint-Laurent.Le projet, initié par Aeterna, s\u2019appuie sur le fait que 50% des médicaments homologués entre 1983 et 1994 sont d\u2019origine naturelle et que la mer contiendrait une quantité considérable d\u2019organismes à haut potentiel pour ce secteur.Le potentiel des mers froides du golfe Saint-Laurent demeure encore peu connu.Ainsi, un vaste réseau serait mis en place, brisant les barrières traditionnelles de gestion des ressources marines, afin de démontrer le potentiel commercial des extraits et des molécules marines.Les projets de recherche contribueront au démarrage de nouvelles entreprises dans les régions maritimes du Québec et s\u2019inscriront dans un processus de fabrication de produits à haute valeur ajoutée.Les expériences des Laboratoires Aeterna et de Marinard fonctionnent en réseau plutôt qu\u2019en concurrence.Ils misent sur la capacité de mobiliser des ressources humaines et financières sur un projet commun créant un réseau de confiance et d\u2019expertise avec les partenaires locaux et des groupes de chercheurs.En ce sens, la biotechnologie relève ni de la science ni de l\u2019industrie mais de leur rencontre.Les activités de production et de mise en marché des produits traditionnels, en l\u2019occurrence la crevette pour Marinard et les produits dérivés du requin pour l\u2019Association des pêcheurs de la Gaspésie, ont servi à financer la recherche de nouveaux produits.Des conditions pour l'avenir Que ce soit pour les ressources forestières, maritimes ou agricoles, ces filières en émergence montrent bien l\u2019impulsion d\u2019une nouvelle façon de concevoir les ressources, une façon d\u2019ancrer l\u2019économie au territoire.Certaines de ces avenues sont larges, comme celles touchant le couvert forestier, d\u2019autres plus étroites puisqu\u2019elles demandent plus d\u2019expertises, de financement et de recherche, comme les filières pharmacologiques.Mais peu importe le domaine, peu importe le produit développé, les règles sont toujours les mêmes.Ceux qui réussissent l\u2019aventure puisent dans le savoir-faire traditionnel en Le territoire 249 se servant des expertises disponibles de ce troisième millénaire pour l\u2019actualiser.Les entreprises de la nouvelle économie rurale sont créatrices, innovantes, flexibles, polyvalentes et écologiques.En terme de développement rural, elles se distinguent par leur enracinement dans leur milieu.La recherche constitue un élément clé de leur succès.Une relecture des districts industriels italiens et des systèmes productifs locaux (SPL) s\u2019avère ici plus que nécessaire afin de comprendre leur fonctionnement et d\u2019en reproduire éventuellement la matrice.Même si on sait que leur réussite est largement tributaire d\u2019un contexte historique particulier, une origine industrielle ancienne et une culture de métiers, il n\u2019y a pas de raison que le partage systématique des technologies, des connaissances et de l\u2019innovation, la proximité géographique de petites unités de travail et des matières premières et la mise sur pied d\u2019un réseau unique de services ne puissent inspirer le Québec rural.Les entreprises de la nouvelle économie rurale devront penser à adopter des formules de maillage industriel en coparticipation afin de leur permettre de diversifier leur production et de développer des Références Bagnasco, Arnaldo et Charles F.Sabel (sous la dir.de), PME et développement économique en Europe, Éditions La Découverte, Paris, 1994.Bouchard, Gérard, Quelques arpents d\u2019Amérique.Population, économie et famille au Saguenay 1838-igyi, Boréal, Montréal, 1996.Bourque, Gilles L., «L\u2019industrie du meuble dans la MRC de Maskinongé: un district industriel en émergence?», Revue Organisations et Territoires, Chicoutimi, automne 2001.Conseil de la science et de la technologie, Rapport de conjoncture.Pour des régions innovantes, Québec, 2001.Duchesne, Luc, « Nontimber forest product industry in Canada : scope and research needs», The Forestry Chronicle, septembre-octobre 2000.Dugas, Clermont, Le monde rural québécois et ses centres de services.Dynamique, marginalité, marginalisation, Rouyn-Noranda, Chaire Desjardins en développement des petites collectivités, ministère des Régions et Solidarité rurale du Québec, 1999.Solidarité rurale du Québec, La nouvelle économie rurale.Voir et exploiter les ressources autrement, Collection Études rurales, Nicolet, 2002.Solidarité rurale du Québec, Mémoire des terroirs.Étude pour un premier inventaire sélectif des produits du terroir, Collection Études rurales, Nicolet, 1999.Solidarité rurale du Québec, Symposium international sur l\u2019économie des terroirs.Cahier du participant et Actes, Nicolet, 1999.Solidarité rurale du Québec, Avis pour une politique gouvernementale de développement rural, Nicolet, 1999.?Sites Internet Pour lire les Actes du 1\" et 2f Congrès mondiaux sur les systèmes productifs locaux de la Délégation à l\u2019aménagement du territoire et à l\u2019action régionale (DATAR) : www.datar.gouv.fr Pour connaître les services offerts aux districts industriels italiens par la Confédération Nationale de l\u2019Artisanat et de la Petite et Moyenne Entreprise (CNA) : Solidarité rurale du Québec.www.solidarite-rurale.qc.ca Émergence d\u2019une nouvelle économie rurale Les grands enjeux territoriaux 250 L\u2019état du Québec produits à haute valeur ajoutée.Le fait d\u2019accrocher la production à des territoires représente un atout pour intervenir sur les marchés qui sont segmentés, individualisés et qui répondent à des demandes très ciblées.Ainsi, « la concentration géographique et sectorielle des PME offre une alternative au modèle de l'entreprise-monde à vocation universelle mais dont l\u2019identité se dissout dans la duplication de ses filières».(DATAR, 2001, voir Sites Internet ci-dessus) L\u2019expression la « nouvelle économie rurale » se veut un clin d\u2019œil aux partisans de la nouvelle économie qui ne voient de nouveau que les technologies.Si ces dernières sont essentielles à l\u2019économie rurale, elles sont loin d\u2019en constituer la planche de salut.Pour se constituer, la nouvelle économie rurale demande cependant les mêmes efforts qu\u2019a nécessités l\u2019autre : des investissements en recherche, en innovation et développement, l\u2019accès à des capitaux et aux marchés domestiques et la constitution de centres de recherche et de formation en région.Mais plus encore, les ressources maritimes et forestières doivent être accessibles, ce qui n\u2019est pas le cas aujourd\u2019hui.L\u2019émergence de ces nouvelles filières suppose enfin que l\u2019État recoure à des mécanismes pour diagnostiquer les potentiels locaux et délègue une partie de ses responsabilités.\u2022 Région et couronne métropolitaines de Montréal La transformation de la rue Notre-Dame: de la controverse à l\u2019innovation sociale Gilles Sénécal INRS-Urbanisation, Culture et Société Les grands projets autoroutiers des années de modernisation et de rattrapage ont changé la physionomie de l\u2019île de Montréal.Les autoroutes Métropolitaine, Décarie et Ville-Marie forment, avec les autres tronçons, un réseau inachevé dont le bouclage est une priorité selon les plans du ministère des Transports du Québec (MTQ).Pour ce faire, il importe de réaliser les chaînons manquants, dont l\u2019autoroute 30 sur la Rive-Sud et de prolonger l\u2019auto- route 25 (A 25) vers le nord, jusqu\u2019à Laval ainsi que l\u2019autoroute Ville-Marie, vers l\u2019est, pour rejoindre l\u2019A 25 et le pont-tunnel Hippolyte-Lafontaine.C\u2019est dans le contexte d\u2019une lutte contre la congestion routière et autoroutière que le plan de transport élaboré par le gouvernement québécois, appelé le plan de gestion des déplacements, inscrivait ces trois projets sous la rubrique des priorités de Tan 2000. Le territoire 251 Le projet de modernisation de la rue Notre-Dame est en préparation depuis plusieurs années au MTQ, mais les derniers soubresauts, notamment son examen au BAPE à l\u2019automne 2001, coïncident avec les travaux de la Commission sur l\u2019amélioration de la mobilité entre Montréal et la Rive-Sud, présidée par Roger Nicolet, qui essuiera une critique radicale des groupes environnementaux face à toutes tentatives d\u2019accroître la capacité d\u2019accueil du réseau autoroutier métropolitain.Il fera aussi l\u2019objet d\u2019une couverture de presse largement défavorable au projet d\u2019autoroute.Le dossier de la rue Notre-Dame est marqué par deux aspects que l\u2019on peut qualifier de novateurs : \u2022\td\u2019une part, une réelle tentative des planificateurs du MTQ de tenir compte de revendications soumises par des organismes et des associations des quartiers concernés (Centre-Sud, Sainte-Marie et Hochelaga-Maison-neuve) et de revoir son projet en conséquence ; \u2022\td\u2019autre part, une critique de citoyens et de groupes informels de toute tentative d\u2019ériger une autoroute le long de la rue Notre-Dame.Ainsi d\u2019un côté, des organismes et des groupes communautaires, fortement institutionnalisés et partenaires de l\u2019État, chercheront à négocier un compromis afin de tirer le meilleur parti du projet, au nom de la relance économique de l\u2019Est de Montréal ; de l\u2019autre côté, des citoyens et des groupes spontanés proposent d\u2019aménager un boulevard urbain au nom de la défense de l\u2019environnement et de la qualité de vie des résidants du secteur.Depuis 1972 Ce projet de modernisation de la rue Notre-Dame était resté en plan depuis 1972, alors que devant des protestations, notamment celles des groupes locaux, le MTQ renonçait à compléter son projet autoroutier, non sans avoir dégagé le parcours de la future autoroute et démoli 1200 logements.La rue Notre-Dame apparaît depuis, entre l\u2019avenue DeLorimier et l\u2019autoroute 25, comme un long couloir inachevé, au paysage insolite et dégradé en raison d\u2019une courte-pointe d\u2019espaces libres, de bâtiments en mauvais état et du nombre d\u2019activités marginales qui y logent.Il s\u2019agit aussi d\u2019une zone industrielle ancienne, fortement liée à la présence du port de Montréal, adossée à des quartiers résidentiels anciens, nés avec la ville industrielle, comme Sainte-Marie ou Hochelaga-Maisonneuve, longtemps décrits comme des quartiers ouvriers, aujourd\u2019hui encore attachés à ce complexe industriel et portuaire créateur d\u2019emplois.Ce couloir fortement dégradé est donc en attente d\u2019un projet d\u2019aménagement et, pour le MTQ, de la transformation de la rue en autoroute.Mais on sait que de tels équipements ont aussi pour effet, en maintes occasions, de dégrader l'environnement urbain, notamment sur la bande riveraine de l\u2019autoroute (Sénécal, Archambault et Hamel, 2000).En tout état de cause, la situation actuelle de la rue Notre-Dame est décrite comme inacceptable, pour différentes raisons, partant de la sécurité routière, passant par la congestion, la faible qualité du paysage urbain actuel ou des stress environnementaux.La transformation de la rue Notre-Dame : de la controverse à l\u2019innovation sociale Région et couronne métropolitaines de Montréal 252 L\u2019état du Québec La réingénierie du projet: une innovation sociale Il est frappant de constater que le dossier de la rue Notre-Dame, tel qu\u2019il apparaît à l\u2019automne 2001 et jusqu\u2019à son dénouement à l\u2019été 2002, est marqué par le soutien d\u2019acteurs locaux, associatifs et communautaires, au projet d\u2019aménager une autoroute en tranchée.Pour comprendre une telle attitude, il faut se rappeler qu\u2019il existe une longue tradition, remontant à plus de vingt ans en certains cas, qui a vu des groupes locaux compiler des données, consulter la population, rechercher des consensus autour d\u2019un plan d\u2019action.Si les problèmes sociaux et économiques ainsi que des conditions matérielles d\u2019existence difficiles des quartiers ouvriers ont pu perdurer, il n\u2019est reste pas moins que les intervenants et les professionnels, de différents milieux et horizons, ont appris à travailler ensemble pour la relance et la revitalisation de ces quartiers.Cette innovation sociale modifie les pratiques communautaires en revitalisation urbaine, alors que l\u2019approche de gestion est décentralisée et que s\u2019impose une logique de concertation (Sénécal, Germain et Bénard, 2002).Des organismes locaux ont ainsi développé une expertise en aménagement urbain et œuvré à l\u2019intérieur des instances de concertation des quartiers dits en crise de l\u2019ancienne ville de Montréal.Interlocuteurs crédibles et efficaces, de tels organismes ont aussi constitué au fil des ans des structures partenariales avec les organismes publics, tels les ministères, la Ville de Montréal.Ils ont aussi collaboré avec les Corporations de Développement Économique et Communautaire (CDEC) qui étaient engagées dans des démarches de planification et concertation.En contrepartie, une autre transformation majeure est survenue ces dernières années : l\u2019opposition au projet autoroutier n\u2019est plus l\u2019affaire des groupes communautaires, mais bien des groupes écologistes et, peut-être plus encore, de citoyens résidants ou de groupes informels.Concertation et partenariat.Dans ce contexte, la discussion autour des projets du MTQ est tout à fait en phase avec cette nouvelle donne urbaine : d\u2019une part, les acteurs locaux ont pris leurs distances vis-à-vis des approches de confrontation des années soixante-dix et entendent désormais s\u2019inscrire davantage dans une logique de concertation et de partenariat avec le ministère.Le directeur du Collectif en Aménagement Urbain d\u2019Hochelaga-Maisonneuve (CAUHM) précisait, dans un article largement favorable au projet d\u2019autoroute en tranchée, que « de la confrontation systématique à la victimisation, nous sommes passés à une concertation plus grande du milieu puis à la recherche d\u2019un partenariat avec Transport Québec, afin de trouver des solutions et d\u2019améliorer une situation de moins en moins tolérable » (Bohémier, 2001).Le MTQ a donc soumis un projet de modernisation de la rue Notre-Dame largement retravaillé à la lumière des demandes locales.Celles-ci émanaient d\u2019une démarche de consultation publique organisée par le Collectif en Aménagement Urbain d\u2019Hochelaga-Maisonneuve, à la demande du MTQ, en mai 2000.La consultation, présidée par Gérald Larose, arriva à la conclusion que la solution de l\u2019autoroute en tranchée était préférable à celle de boulevard urbain, puisqu\u2019elle dynamiserait davantage la relance industrielle du secteur et améliorerait le transport des marchandises, en particulier les liens avec le port de Montréal.Cette Le territoire 253 option devait aussi permettre de réduire la pollution atmosphérique et le bruit ambiant en comparaison avec la solution du boulevard urbain, sans ériger de barrière antibruit et en coupant les risques d'accroître la circulation de transit à l\u2019intérieur des quartiers (Larose, 2002).De tels arguments seront largement discutés et ne feront l\u2019objet d\u2019aucune démonstration convaincante.Cette solution sera tout de même retenue par le ministère qui accepte de retoucher légèrement le design de sa proposition et, en outre, de recouvrir quatre segments de la tranchée, afin de créer quatre dalles-parcs ouvertes vers le front portuaire, en y incluant également la conservation d\u2019éléments patrimoniaux.Cette proposition remaniée sera soumise à l\u2019examen du Bureau des Audiences Publiques en Environnement (BAPE) de novembre à janvier 2002.l\u2019amplification de la controverse Un très grand nombre de groupes locaux avaient souscrit à un projet d\u2019autoroute en tranchée, fort des recommandations issues de l\u2019expérience de la consultation civile de mai 2000, en proposant des améliorations dont les dalles-parcs qui permettent de relier des espaces verts des deux côtés de l\u2019autoroute.Leur énumération n\u2019est pas fortuite : le CLSC Hoche-laga-Maisonneuve, le Conseil pour le développement local et communautaire, la Corporation de Développement de l\u2019Est, les Promenades Ontario et Sainte-Catherine, la Société Populaire d\u2019Habita-tion de l\u2019Est, Pro-Est, la Chambre de Commerce de l\u2019Est, les théâtres Denise-Pelletier et Sans-fil, Tourisme Hochelaga-Maisonneuve (Bohémier, 2001).Des figures de proue de l\u2019action communautaire militante, comme Gérald Larose, ainsi que des politiciens locaux, dont l\u2019an- cien maire Bourque, supportent sans faillir le projet du MTQ tel que revu et corrigé après la consultation publique de 2000.Mais, à l\u2019approche des audiences du BAPE, la controverse entourant le dossier de la modernisation de la rue Notre-Dame s\u2019amplifie et ébranle le fragile compromis survenu entre le MTQ et le milieu communautaire institutionnalisé.Des citoyens et des groupes spontanés, créés spécialement pour contrer le projet d\u2019autoroute en tranchée, comme l\u2019Association Habitat Montréal, ainsi que des associations de défense de l\u2019environnement regroupées autour du Conseil Régional de l\u2019Environnement de Montréal, alertent les médias et font pression sur la Ville de Montréal.Ceux-ci proposent la solution du boulevard urbain et font valoir des considérations environnementales et paysagères pour réfuter toutes tentatives, à leurs yeux, de refaire une autoroute Décarie dans l\u2019Est de Montréal.Arguments des opposants.Les opposants font valoir principalement que le projet d\u2019autoroute ne fera qu\u2019accroître le flux autoroutier et contribuera d\u2019autant à l\u2019augmentation des émissions de gaz à effet de serre.Ils prétendent que le projet n\u2019est pas favorable, en l\u2019espèce, au transport en commun, ce que reconnaîtra le rapport du BAPE.Ils soutiennent surtout que le projet se limite aux transports routiers et fait fi d\u2019autres dimensions de l\u2019aménagement : il ne permet pas le redéveloppement résidentiel et il reste silencieux sur l\u2019avenir du port de Montréal, tout en passant sous silence la redynamisation des quartiers environnants.Plus encore, la solution des dalles-parcs est comprise comme un cumul d\u2019interventions ponctuelles et isolées qui auront peu d\u2019incidence sur la vie des quartiers, risquant même de devenir des La transformation de la rue Notre-Dame : de la controverse à l\u2019innovation sociale Région et couronne métropolitaines de Montréal 254 L\u2019état du Québec espaces a sécurité incertaine puisque coupés des activités urbaines, de l\u2019autre côté de l\u2019autoroute, sans habitation à leur pourtour, propice à accueillir les indésirables.Les opposants défendront le projet de boulevard urbain en arguant qu\u2019il limite l\u2019utilisation de l\u2019automobile personnelle, est plus favorable au transport en commun et, par-dessus tout, permet de rede-velopper le secteur.S\u2019élevant contre toutes les tentatives de fermer la perspective vers le fleuve, les tenants du boulevard urbain font valoir que le port pourrait être appelé à se relocaliser à Contrecœur à plus ou moins long terme.Le boulevard urbain ne bloquerait pas l\u2019avenir et, dans un futur plus ou moins rapproché, pourrait devenir la pièce maîtresse du redeveloppement de tout ce secteur, y compris l\u2019ouverture de la ville vers le fleuve.Cette proposition largement débattue aux audiences du BAPE aura reçu, entre-temps, l\u2019aval de la nouvelle administration municipale, celle de la nouvelle Ville de Montréal.Le rapport du BAPE sera largement défavorable à la proposition du MTQ appuyée par les acteurs locaux.Le concept de voie en tranchée est rejeté.Il insistera sur le fait que les participants aux audiences ont privilégié la solution du boulevard urbain, en particulier la nouvelle Les trois projets en discussion\t\t\t \tProjet du MTQ soumis au BAPE (2001)\tProjet des opposants soutenus par le CRE\tProjet du MTQ proposé en juin 2002 Configuration\tAutoroute en tranchée, sans feu de circulation\tBoulevard urbain, avec feux de circulation\tBoulevard urbain avec feux de circulation Nombre de voies par direction\t3\t2\t3 Voies réservées au transport en commun\t1 voie sur l\u2019accotement\t2 voies en site propre\t2 voies en site propre Aménagement spécifique\t4 dalles parcs (esplanade des Patriotes, Bellevue, Pie-IXet Morgan-Champêtre)\t1 tunnel avec dalle reliant les parcs Morgan et Champêtre\t4 tunnels avec dalles (esplanade des Patriotes, Bellevue, Pie-IXet Morgan-Champêtre) \tParc linéaire et réaménagement de la piste cyclable\tParc linéaire et réaménagement de la piste cyclable\tParc linéaire et réaménagement de la piste cyclable Coût\t263 M $\t'35 MS\t263 M % Adapté de Marie-Claude Girard et Bruno Brisson, « 24 janvier 2002\t\tQuel avenir pour l\u2019autoroute Notre-Dame ?» La Presse,\t Le territoire 255 administration de la Ville de Montréal.De plus, le projet du MTQ était jugé peu compatible avec les orientations gouvernementales favorables au transport en commun et il ne permettrait pas de revitaliser les abords du quartier.Il invitait le MTQ et la Ville de Montréal à reprendre les discussions et à formuler une nouvelle proposition.Celle-ci apparaît alors comme un compromis pragmatique qui emprunte aux deux projets, celui soumis au BAPE par le MTQ et celui des opposants (tableau).Le projet dévoilé par la Ville de Montréal en juin 2002 et négocié avec le MTQ incorpore dans le concept de boulevard urbain l\u2019idée des quatre dalles-parcs (le boulevard plongeant alors en tunnel) et prévoit deux voies réservées en site propre au transport en commun.Fait à signaler, l\u2019ébauche ne contient pas de propositions de redéveloppement urbain, notamment de type résidentiel, en bordure, même si le fait de retenir le concept de boulevard urbain le permet.On peut penser que la proposition sera complétée ultérieurement.Tensions dans la concertation Le compromis pragmatique dans ce dossier survient après une longue période de controverse et de tension.La formation d\u2019une opposition à la proposition soumise par le ministère des Transports du Québec et défendue par un nombre important de représentants d\u2019associations et d\u2019organismes qui y voyaient un compromis acceptable, a été interprétée comme une remise en question de la légitimité des instances communautaires des quartiers concernés.En effet, des voix se sont fait entendre pour remettre en question non seulement le concept d\u2019autoroute en tranchée, mais aussi pour mettre en doute la légitimité démocratique des organismes locaux inscrits à l\u2019intérieur de tel partenariat.Les Références Bohémier, Jean-Jacques, «Une autoroute souhaitable?Oui le projet de modernisation de la rue Notre-Dame 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que leur association n\u2019avait aucune représentativité (Sénécal, Germain et Bénard, 2002).On sait que dans ce dossier les opposants ont développé de tels arguments durant les audiences du BAPE.Par ailleurs, il est frappant de constater que plusieurs controverses d\u2019aménagement ont récemment suivi le même cheminement que le cas de la rue Notre-Dame, avec ce type d\u2019opposition peu organisée mais fébrile, issu de citoyens qui défendent la qualité de leur cadre de vie et contestent toutes interventions qui ont pour effet d\u2019accroître les stress locaux.Ceux-ci le font en marge des canaux de transaction et négociation mis en place dans les quartiers.Ce type d\u2019opposition ne pose-t-il pas les limites de l\u2019action de groupes et d\u2019associations, formés de non élus, agissant comme les représentants du milieu et partenaires des pouvoirs publics et ce, dans un contexte où le milieu devient plus disparate, moins socialement homogène?Les controverses en aménagement revêtent souvent les aspects de ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler le syndrome NIMBY (Notin My BackYard) ou tout autre forme de LULU (Locally Unwanted Land Use).Ils font désormais partie de la réalité urbaine montréalaise et québécoise.Et il est tentant de conclure en spécifiant que, dans le cas de la rue Notre-Dame, la controverse fut bénéfique : elle a permis de rediscuter de la solution issue des pratiques de concertation et de partenariat État \u2014 milieu local et de déboucher sur un compromis plus largement partagé.Finalement, deux démarches innovantes se sont succédé, la première est celle du partenariat, la seconde est celle entourant la controverse.Les deux furent fécondes puisqu\u2019elles contribuèrent à construire une solution négociée.\u2022 Le transport collectif, outil de transformation de l'espace urbain Claude Comtois et Jean-François Cappuccilli Centre de Recherche sur les Transports, Université de Montréal La région métropolitaine de Montréal est desservie par plusieurs sociétés de transport en commun.Deux organismes publics sont responsables de la gestion du transport en commun dans cette agglomération: l\u2019Agence métropolitaine de transport (AMT) qui voit à la planification, à la coordination, à l\u2019intégration et à la promotion des services du transport collectif, au financement ainsi qu\u2019à la gestion des trains de banlieue; puis la Société de transport de Montréal (STM) Le territoire 257 qui est prestataire des services des réseaux de métro, d\u2019autobus et de transport adapté.Ce réseau est complété par les réseaux de deux sociétés municipales : la Société de transport de Laval (STL) et le Réseau de transport de Longueuil (RTL) et de 16 organismes municipaux et intermunicipaux de transport qui assurent la desserte locale dans les municipalités limitrophes.La gestion du transport en commun pour l\u2019ensemble de l\u2019agglomération montréalaise est effectuée par la Commission de transport de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) qui permet l\u2019organisation de liens entre ces différents organismes.Les transports collectifs offrent une bonne desserte sur le territoire.Ils comprennent des circuits d\u2019autobus (276 circuits et 2000 autobus) qui relient Montréal, Laval et Longueuil, une dizaine de voies réservées pour autobus et 19 stationnements incitatifs.S\u2019ajoutent quatre lignes de métro souterrain sur 66 kilomètres (65 stations) et cinq lignes de trains de banlieue: Montréal/Deux-Montagnes, Mon tréal/Dorion-Ri gaud, Montréal/Blainville, Montréal/Saint-Hilaire et Montréal/Delson.En ce qui concerne l\u2019offre de transport adapté, la région de Montréal dispose de plus de 80 véhicules aménagés.Mentionnons enfin que le service de transport scolaire, l\u2019industrie du taxi et le réseau de pistes cyclables sont considérés comme complément au réseau de transport en commun.Montréal se distingue d\u2019ailleurs par sa culture cycliste avec un réseau cyclable métropolitain totalisant environ 200 kilomètres.Un système efficace Le système de transport collectif est performant à plusieurs égards.D\u2019abord, les Montréalais ont un très haut taux de mobilité.Montréal est la ville qui affiche le plus grand nombre de déplacements par habitant en Amérique du Nord.Bien que Montréal n\u2019échappe pas à la progression de l\u2019automobile, le taux de possession automobile ne dépasse pas 325 véhicules pour 1000 habitants et l\u2019achalandage quotidien en transport en commun est en hausse.Les déplacements en transports collectifs sont de l\u2019ordre de plus d\u2019un million par jour et représentent environ 30% des déplacements motorisés.En outre, Montréal est la ville qui possède le nombre le plus élevé de passagers en transport en commun par habitant au Canada.Ensuite, malgré la baisse de la part du gouvernement dans le financement du transport en commun qui est passée de 40% à 25 % entre 1990 et 2000, la Société de transport de Montréal continue de figurer parmi les sociétés de transport qui offrent les plus bas tarifs en Amérique du Nord.Les revenus provenant des usagers représentent environ 60% des dépenses d\u2019exploitation.Les frais directs d\u2019exploitation par déplacement en autobus et métro sont d\u2019environ 1,50 $ par déplacement.Enfin, Montréal possède une expertise reconnue internationalement en matière de fonctionnement et de développement du réseau de transport collectif.Les effectifs des organismes de transport en commun possèdent d\u2019excellentes connaissances sur le comportement, les tendances et les caractéristiques des usagers du système de transport.Les logiciels de planification et de gestion des systèmes de transport public parmi les plus utilisés dans le monde, ont été conçus et développés à Montréal.Les organismes de transport en commun ont élaboré avec succès plusieurs programmes pour gérer la le transport collectif, outil de transformation de l\u2019espace urbain Région et couronne métropolitaines de Montréal 258 L\u2019état du Québec demande des déplacements : covoiturage, télétravail, navettes dédiées.Un nombre d\u2019employeurs profitent de l\u2019aide offerte par le programme Allégo, un programme du ministère des transports du Québec pour améliorer l\u2019accès aux lieux de travail, en incitant leurs employés à utiliser le transport en commun.Plusieurs projets-pilotes facilitant l\u2019accès des vélos à bord des trains de banlieue, du métro et des taxis ont été mis en place dans le cadre d\u2019une politique de développement de l\u2019intermodalité du transport collectif.Un réseau en mutation La gestion des transports collectifs est en pleine transformation dans la région de Montréal.La nouvelle ville de Montréal, qui englobe depuis le 1\" janvier 2002 les 28 municipalités de Pile de Montréal, a vu son poids démographique augmenter.Désormais, près de 75 % des usagers du transport en commun urbain au Québec sont montréalais.La mise en place de la nouvelle ville s\u2019effectue dans un contexte de réinvestissement dans les services de transport en commun.Le gouvernement du Québec a adopté une stratégie de développement urbain à Montréal articulé autour des grandes infrastructures de transport collectif.Le plan de gestion des déplacements de la région métropolitaine de Montréal, dévoilé en avril 2000, se déploie sur 10 ans, prévoit plus de 2 milliards $ en investissements et accorde une priorité au transport en commun.Plusieurs projets sont en cours de réalisation (prolongement du métro, renouvellement des équipements, modernisation et augmentation de la capacité des lignes de trains de banlieue, aménagement de voies réservées, construction de stationnements incitatifs, extension du réseau de pistes cyclables).D\u2019autres projets sont en cours d\u2019élaboration (afficheurs électroniques, système de vente et de perceptions automatisées, projets d\u2019électrification du réseau de surface par la mise en place de systèmes légers sur rail (SLR).Les SLR font l\u2019objet d\u2019une attention particulière à Montréal, non seulement pour répondre à la demande des banlieusards mais aussi pour assurer un service de transport de forte capacité dans l\u2019île de Montréal.Le rôle de l\u2019État demeure donc important en matière de transport public de voyageurs.Une infrastructure à financer Le transport collectif est depuis longtemps reconnu comme la solution la plus avantageuse pour satisfaire les besoins de mobilité des personnes, favoriser les économies d\u2019énergie en milieu urbain et protéger l\u2019environnement dans le cadre du respect du Protocole de Kyoto.Le transport en commun est également une activité économique qui crée des emplois et génère des revenus.Le financement public du transport collectif est certes une réalité.Mais force est de reconnaître que les coûts de l\u2019usage du transport par voiture particulière ne reflètent pas les coûts réels.Les gouvernements et les municipalités participent au financement du transport automobile sous forme d\u2019allocations de ressources à caractère physique, humain et financière.À Montréal, les coûts attribuables à la congestion routière sont évalués à plus de 100 millions par année en perte de temps et de productivité et, lors des pointes de pollution atmosphérique, on enregistre des augmentations de 5% à 15% du nombre d\u2019hospitalisations.Il deviendra de plus en plus difficile d\u2019obtenir un financement des paliers supérieurs de gouvernement ou une contribution des municipalités pour le Le territoire 259 financement des infrastructures et des services de transport en général.Le financement public au réseau de transport collectif continuera de diminuer.De toute évidence, la rentabilité des réseaux de transport collectif ne peut être établie à partir de la seule contribution des usagers.Il est toujours possible de considérer l\u2019addition de postes de péage sur les routes, de majorer le prix du pétrole ou d\u2019imposer une redevance sur la vente de voitures.Les revenus pourraient ensuite être utilisés pour réduire les tarifs, augmenter les services ou assurer le financement du transport collectif.Mais à Montréal, l\u2019expérience démontre que la diminution du nombre de véhicules automobiles entraîne pour les organismes de transport en commun une baisse des revenus tirés de la taxe sur l\u2019essence et du droit sur l\u2019immatriculation.Durant la dernière décennie, les usagers ont dû composer avec une réduction de l\u2019offre de service et de l\u2019effectif des sociétés.Les organismes prestataires de services de transport collectif ont déjà identifié des sources de financement additionnelles et adopté des pratiques de gestion plus économiques, mais ceux-ci ne permettent pas de stabiliser le financement du transport en commun.Par ailleurs, les nouveaux services doivent souvent précéder une augmentation des contributions afin d\u2019inciter un transfert modal en faveur du transport collectif qui justifierait une augmentation des tarifs.Le transport collectif comme outil de développement Le changement de cadre institutionnel met en lumière les limites des sources de revenus nécessaires au financement des services du transport en général.Mais de façon davantage marquée, la réforme municipale souligne à quel point le trans- port collectif sera une responsabilité éminemment locale.Dans ce contexte, les autorités municipales doivent cesser de considérer le transport en commun comme une dépense, mais bien comme un outil de développement urbain.À l\u2019instar de la ville souterraine qui contribue au dynamisme du centre-ville de Montréal, les effets structurants du transport collectif peuvent être utilisés pour mettre en valeur des pôles économiques et densifier des corridors démographiques.La ville peut se construire en fonction du maillage que permet un réseau de transport collectif puissant.Ces pôles et ces axes peuvent être utilisés comme lieux prioritaires à la réalisation de programme de modernisation et de construction de parcs immobiliers résidentiels dont l\u2019attrait augmenterait en raison de leur grande accessibilité par le réseau de transport collectif et de la possibilité de favoriser la circulation piétonnière en fonction de services de proximité.Une telle politique d'aménagement renforcerait les tendances désirables permettant de prévoir un repeuplement de certains quartiers et une augmentation de la capacité de Montréal à contenir l\u2019exode vers la banlieue.Par ailleurs, le chantier qu\u2019autorise la mise en place de la nouvelle ville permet d\u2019utiliser les transports collectifs pour accroître la mobilité des Montréalais.Les autorités œuvrent déjà à l\u2019intégration de la tarification à l\u2019ensemble du réseau de transport collectif.Il convient que tous les éléments des réseaux de transport collectif existants soient intégrés physiquement et dans le cadre d\u2019un titre de transport universel permettant d\u2019exploiter au maximum le potentiel des infrastructures en place, d\u2019assurer un plus grand choix dans les modes de transport et d\u2019infléchir la Le transport collectif, outil de transformation de l\u2019espace urbain Région et couronne métropolitaines de Montréal 260 L\u2019état du Québec répartition modale en faveur des transports collectifs sur courte, moyenne ou longue distance.La création de la nouvelle ville offre de formidables perspectives pour orienter et transformer l\u2019espace urbain de Montréal de façon exemplaire.Dans quelle mesure les autorités municipales feront de Montréal un modèle urbain du xxi' siècle dépendra largement de leur volonté à refaire la géographie des transports publics.\u2022 Références Agence métropolitaine de transport: www.amt.ca Société de transport de Montréal : www.stm.info Société de transport de Laval : www.stl.laval.qc.ca Réseau de transport de Longueuil : www.rtl.longueuil.qc.ca La saga de Mirabel tire à sa fin Yvon Bigras École des sciences de la gestion, Université du Québec à Montréal Né dans la controverse et n\u2019ayant jamais rempli ses promesses, l\u2019aéroport de Mirabel a ouvert en 2002 le dernier chapitre de son histoire comme aéroport de passagers.En effet, Aéroports de Montréal (ADM) annonçait lors de son assemblée annuelle publique du g mai 2002 que les derniers vols de passagers allaient y être effectués en 2004.Pourquoi un délai de deux ans alors que la décision semble irrévocable?En fait il n\u2019y a jamais rien de simple dans ce dossier.Air Transat, qui est à toutes fins utiles le seul locataire de Mirabel dans le secteur des passagers, a besoin de temps et se fait même tirer l\u2019oreille avant d\u2019accepter une décision qui ne l\u2019avantage nullement.Son centre d\u2019entretien est à Mirabel, le transporteur profite pleinement de l\u2019absence de couvre-feu et ses coûts d\u2019exploitation y sont plus faibles qu\u2019ailleurs.ADM devra donc négocier une entente à l\u2019amiable avec le transporteur assorti d\u2019un dédommagement dont nous ne connaîtrons probablement jamais l\u2019ampleur.ADM n\u2019a pas le choix puisque ses administrateurs auront besoin de l\u2019appui d\u2019Air Transat dans leur lutte pour redonner un peu plus de vigueur à la position concurrentielle de Montréal sur sa rivale Toronto.Ils l\u2019ont d\u2019ailleurs eux-mêmes souligné lors de l\u2019assemblée annuelle de 2002, en constatant le peu d\u2019appui obtenu d\u2019Air Canada dans cette lutte qui ressemble de plus en plus à une cause perdue.Un peu d'histoire Au milieu des années i960, à partir de projections s\u2019appuyant sur un rythme de croissance accéléré, on en conclut que Le territoire 261 l\u2019aéroport de Dorval ne pourra suffire à la demande au-delà des années 1970.Ainsi de 1963 à 1968, la croissance du trafic internadonal à Montréal est de 19% par année.On prévoit alors qu\u2019il y aura 16 millions de passagers en 1985, entre trois et quatre fois plus qu\u2019en 1965.Pour 1990, on avance le chiffre de 30 millions de passagers.Évidement ces prévisions ne se sont pas réalisées, comme en font foi les 9,5 millions de passagers embarqués et débarqués aux aéroports de Montréal en 2001.Il y a cependant d\u2019autres considérations derrière cette décision.Le problème du bruit en est une première.Le développement d\u2019avions toujours plus gros et plus rapides (dont le Concorde) soulève des inquiétudes quant aux possibilités d\u2019accueillir ces avions à Dorval, sans créer des remous trop importants dans la population environnante.Un nouvel aéroport éviterait ces problèmes et donnerait la possibilité de prendre de l\u2019expansion à un coût moindre.Une autre raison est reliée au développement économique.Dans le rapport de l\u2019économiste Higgins, remis au comité intergouvememental sur l\u2019aéroport international de Montréal en 1969, on prévoyait la création de 72 500 emplois directs et indirects à Mirabel en 1985, sans compter les emplois induits et les emplois à Dorval qui devait garder certains vols sur de courtes distances.On annonçait également la création d\u2019une ville de 250 000 à 300 000 habitants s\u2019étendant jusqu\u2019à Joliette et on proposait la création de l\u2019Université des Laurentides à Saint-lérôme.Dans les faits, en 1987, on comptait 3301 emplois directs et indirects à Mirabel et 33 430 pour l\u2019ensemble des deux aéroports.La décision de 1969.C\u2019est sur la base de ces hypothèses et après de nombreuses discussions sur le choix du site, qu\u2019est prise la décision, par le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau, de construire sur le site de Sainte-Scholastique un aéroport qui pourrait éventuellement accueillir 50 millions de passagers et devenir la principale porte d\u2019entrée dans l\u2019Est de l\u2019Amérique en profitant de l\u2019engorgement prévu dans plusieurs aéroports américains.L\u2019annonce, faite en mars 1969, est le début d\u2019une lutte épique des dans plusieurs zones de l\u2019agglomération selon les résultats de l\u2019enquête menée par la SCHL.Ensuite, ce sont les logements de deux chambres à coucher qui font l\u2019objet d\u2019une grande rareté, puis ceux d\u2019une chambre à coucher.Enfin, en 2001, c\u2019est seulement dans le cas des studios que la proportion des logements inoccupés dépasse le point d\u2019équilibre (3 %) et ceci dans seulement quatre zones sur seize.C\u2019est donc dire que tous les segments du parc sont atteints par la pénurie.La comparaison des données de 2000 et 2001 révèle aussi que, de façon générale, la situation se détériore nettement en un an, sauf en de rares endroits, notamment dans un segment précis du marché, celui des studios.L\u2019examen du tableau et de la carte nous révèle qu\u2019en 2001, seule la zone comprenant Pointe-aux-Trembles, Rivière-des- Le territoire 269 Tableau 1 Taux d'inoccupation selon le nombre de chambres, par zone, pour les immeubles de 3 logements ou plus 2000-2001 \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t 1\tCentre-ville de Montréal\t1,4\t0,9\t0,3\t0,5\t3,3\t1,7\t0,2\t0,2\t1,2\t0,8 2\tSud-Ouest de Montréal, Verdun\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t(incluant Ile-des-Sœurs)\t3,7\t2,4\t3,1\t0,1\t2,5\t0,5\t5,9\t1,5\t3,5\t0,7 3\tLaSalle\t8,8\t6,5\t1,8\t0,6\t0,7\t0,9\t0,0\t0,0\t1,5\t1,0 4\tNotre-Dame-de-Grâce,\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \tCôte-Saint-Luc, Hampstead,\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \tWestmount, Montréal-Ouest\t1,5\t1,2\t1,0\tU\t0,9\t0.9\t1,4\t0,4\tU\t1,0 5\tCôte-des-Neiges, Mont-Royal,\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \tOutremont\t0,8\t0,5\t1,4\t0,1\t0,4\t0,1\t1,0\t0,0\t0,9\t0,1 6\tPlateau Mont-Royal, Villeray\t3,5\t0,6\t2,1\t0,2\t0,1\t0,0\t0,0\t0,0\tU\t0,2 7\tHochelaga-Maisonneuve\t2,9\t4,7\t1,9\t0,5\t1,4\tU\t1,3\t1,2\t1,7\t1,3 8\tRosemont\t2,6\t1,3\t1,7\t0,2\t1,4\t0\t0,1\t\t1,7\t0,2 9\tAnjou, Saint-Léonard\t1,3\t4,8\t2,1\t0,8\t0,8\t0,4\t0,2\t0,1\t1,0\t0,6 10\tAhuntsic, Montréal-Nord\t2,9\t0,9\t1,5\tU\t1,5\t0,9\t0\t0,4\t1,5\t0,9 11\tCartierville, Saint-Laurent\t3,3\t0,4\t1,4\t0,4\t3,7\t0,1\t0,6\t0,1\t2,5\t0,3 12\tDorval, Lachine, Ville Saint-Pierre\t1,7\t5,9\t3,2\t1,2\t3,2\t0,6\t1,8\t0,0\t2,9\t1 0 13\tBaie-d'Urfé, Beaconsfield,\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \tKirkland, Pointe-Claire, Senneville,\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \tSainte-Anne-de-Bellevue,\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \tMRC de Vaudreuil-Soulanges\t0,6\t1,3\t0,9\t0,5\tU\t0,5\t00\t0,2\t0,9\t0,5 14\tDollard-des-Ormeaux, Ile Bizard,\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \tPierrefonds, Roxboro,\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \tSainte-Geneviève\t3,4\t1,3\t0,8\t1,4\t1,5\t0,2\t0,2\t00\t1,4\t0,6 15\tMercier\t2,9\t0\t0,7\t0,4\t2,4\t0,3\t\t00\t1,6\t0,3 ÜT\tPointe-aux-Trembles,\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \tRivière-des-Prairies, Montréal-Est\t1,6\t1,6\t3,4\t1,2\t1,6\t2,5\t2,3\t1,2\t20\t2,1 \tIle de Montréal\t2,4\t1,4\t1,6\t0,5\t1,4\t0,6\t1,3\t0,4\t1,6\t0,6 \tLaval\t3,1\t1,2\t1,3\t0,9\t0,7\t0,3\t0,6\t0,5\t1 0\t0,5 \tRive-Nord\t2,6\t1,3\t1,2\t0,7\t0,5\t0,3\t0,3\t0,1\t0,6\t0,3 \tRive-Sud\t30\t2,8\t1,8\t0,9\t1,3\t0,6\t1,2\t0,5\t1,5\t0,7 \tRégion métropolitaine de Montréal\t2,5\t1,5\t1,6\t0,6\t1,3\t0,5\t1,2\t0,4\t1,5\t0,6 Source : Société canadienne d\u2019hypothèques et de logement, Enquête sur les logements locatifs, Montréal, Enquête d octobre 2001.La crise du logement à Montréal Région et couronne métropolitaines de Montréal 270 L\u2019état du Québec Prairies et Montréal-Est, et celle d\u2019Hoche-laga-Maisonneuve affichent des taux d\u2019inoccupation supérieurs à 1% (toutes tailles de logement confondues).Le taux d\u2019inoccupadon le plus élevé par zone est de 2,1 % ! C\u2019est donc dire que la pénurie de logements disponibles est généralisée à l\u2019ensemble du territoire métropolitain.Certaines régions à l\u2019intérieur de l\u2019île affichent des taux particulièrement faibles comme la zone formée de Côte-des-Neiges, Mont-Royal et Outremont (0,1 %), les zones du Plateau Mont-Royal et Villeray (0,2%), de Rosemont (0,2%), de Cartierville et Saint-Laurent (0,3%), de Mercier (0,3 %) et toute la Rive-Nord de la région métropolitaine (0,3 %).L\u2019ensemble de l\u2019île de Montréal, soit le territoire de la nouvelle ville de Montréal, affichait en octobre 2001 un taux global de 0,6 ; Laval, un taux de 0,5 % et la Rive-Sud , un taux de 0,7 °/o.Des catégories sociales particulièrement vulnérables Il n\u2019existe pas à notre connaissance de données permettant de chiffrer et d\u2019identifier avec précision les catégories sociales les plus touchées par la crise du logement à Montréal.Mais on peut certes émettre l\u2019hypothèse qu\u2019en situation de pénurie, les pratiques discriminatoires opèrent malheureusement avec plus de force.Or, nous savons qu\u2019au Québec, certaines catégories sociales font plus souvent l\u2019objet de pratiques discriminatoires, tels les ménages vivant de prestations de la sécurité du revenu, les familles monoparentales et les ménages appartenant aux minorités ethnoculturelles (Ledoyen 2002 ; Garon 1997)- Dans une société où l\u2019on s\u2019en remet quasi exclusivement au marché pour distribuer le bien «logement» et dans un contexte de grande rareté, il est clair que certaines catégories sociales se voient boudées.Une étude récente réalisée dans les agglomérations d\u2019Ottawa et de Vancouver, à partir d\u2019entrevues qualitatives, a montré que lorsqu\u2019on demandait à des propriétaires bailleurs (au nombre de 54 au total) de choisir parmi différents types de locataires potentiels, ceux-ci ont presque tous choisi le couple de travailleurs (Pomeroy, 2001).Aucun propriétaire n\u2019a choisi le ménage d\u2019assistés sociaux et un seul a opté pour la famille monoparentale avec un jeune enfant.C\u2019est donc dire que de nombreux ménages aux ressources économiques modestes souvent avec enfants se voient refuser l\u2019accès à certains logements, dont les plus grands pour lesquels la surchauffe est plus marquée, et à certains quartiers davantage convoités par l\u2019ensemble des ménages pour la qualité de leur environnement et des services et équipements collectifs offerts (Garon, 1997).Par ailleurs, on peut supposer que si la présente situation de pénurie se prolonge sur plusieurs années, cela risque d\u2019avoir un important effet à la hausse sur le prix des logements même si tous les propriétaires ne profitent pas de la situation de pénurie pour augmenter les loyers.Une étude réalisée par la SHQ (Forest et Deschênes, 2000) sur le marché du logement québécois des deux dernières décennies, montre que l\u2019on a observé au Québec, entre 1983 et 1985, une augmentation rapide du prix relatif du logement locatif et que cela correspondait à une période où le taux d\u2019inoccupation était faible.Une étude récente de la Société canadienne d\u2019hypothèques et de logement (SCHL 2001) semble indiquer que cette situation est en train de se reproduire.En effet, le loyer moyen à Montréal a augmenté de Le territoire 271 4,2% en 2001, comparativement à 1,2% en 2000.Les variations du taux d'inoccupation Comment expliquer ces variations du taux d\u2019inoccupation dans le temps?D\u2019abord, du côté de la demande, le taux de formation de nouveaux ménages est un facteur déterminant du taux d\u2019inoccupation.Ainsi, les années 1970, où l\u2019on observe une diminution rapide des taux d\u2019inoccupation, correspondent à une période où le taux de formation des ménages a été extrêmement élevé en raison de l\u2019arrivée massive des « baby boomers » sur le marché du logement.À l\u2019inverse, la surabondance des logements du début des années 1990 est due, du moins partiellement, au faible taux de formation des ménages durant ces années, notamment durant la récession de 1990-1991.Les jeunes ne trouvant pas d\u2019emplois ou seulement des emplois peu qualifiés auront alors tendance à rester plus longuement chez leurs parents.Ces dernières années, la prospérité retrouvée n\u2019est sans doute pas étrangère, à l\u2019extrême faiblesse du taux d\u2019inoccupation.Les jeunes qui auront retardé leur départ du foyer parental en raison de conditions économiques difficiles durant la décennie 1990 ont été très nombreux à former leur propre foyer ces dernières années, l\u2019économie montréalaise se portant relativement bien ou, à tout le moins, mieux.Dans l\u2019ensemble des régions métropolitaines québécoises, on notait une moyenne de 40 000 nouveaux ménages par année entre 1998 et 2000, comparativement à une moyenne de 25 000 entre 1995 et 1997 (Forest et Deschênes, 2000).Sensibilité à la conjoncture Du côté de l\u2019ofFre de logements, on remarquera au graphique 2, qui présente les mises en chantier dans le logement locatif, qu\u2019à partir de 1985, les niveaux des mises en chantier semblent sensibles à la conjoncture.Ainsi, de 1985 à 1987, les mises en chantier sont nombreuses alors que les taux d\u2019inoccupation sont très bas en 1985 et 1986, et elles diminueront à mesure qu\u2019augmentera le taux d\u2019inoccupation.Par contre, à l\u2019autre extrémité du graphique, la diminution notable du taux d\u2019inoccupation en 1999 et 2000 n\u2019a pas déclenché de réaction immédiate de la part des inves- Comment sont produites les données sur le taux d\u2019inoccupation ?Les taux d\u2019inoccupation sont calculés à partir d\u2019un relevé par échantillonnage des immeubles d\u2019appartements de six logements ou plus, effectué par la Société canadienne d\u2019hypothèques et de logement dans les régions métropolitaines.À l\u2019origine, ce relevé était effectué chaque année au mois de juin.À compter de 1969, il y a eu un relevé supplémentaire au mois de décembre.En 1975, les mois des relevés ont été changés pour ceux d\u2019avril et d\u2019octobre.Depuis 1996, ils ont lieu seulement en octobre.À partir de 1992, la SCHL a modifié la composition de son échantillon.Les taux d\u2019inoccupation sont désormais calculés à partir d\u2019un sondage effectué par la SCHL portant 1) sur les immeubles d\u2019appartement de six logements ou plus, et 2) sur les groupes de maisons en rangée et les immeubles d\u2019appartements comprenant trois logements ou plus.La crise du logement à Montréal Région et couronne métropolitaines de Montréal 272 L\u2019état du Québec tisseurs, malgré un coût très avantageux du financement hypothécaire.En effet, le rythme des nouvelles constructions est resté relativement faible malgré la forte demande en 2000 et 2001.On observe toutefois une augmentation sensible des mises en chantier des logements locatifs au premier trimestre 2002 mais qui reste nettement en deçà des besoins (Deschênes 2002).Comment expliquer cet état de faits ?Dans le passé, la réponse du marché locatif en cas de pénurie de l\u2019offre a souvent été fortement soutenue par la mise en place de programmes gouvernementaux tant fédéraux que provinciaux destinés à encourager la construction de logements neufs.Par exemple, les niveaux records de mises en chantier de logements locatifs entre 1986 et 1988, ont été grandement encouragés par un contexte fiscal favorable aux investisseurs.En effet, ces années correspondent à la mise en place d\u2019un programme de non-imposition des premiers 500 000$ puis des premiers 100 000 $ de gains en capital lors de la vente d\u2019immeubles locatifs.Au contraire, au tournant des années 1990, de nouvelles mesures ont été de nature à décourager la construction de nouveaux logements.Mentionnons notamment la mise en place d\u2019un environnement fiscal beaucoup moins favorable et l\u2019entrée en vigueur au début des années 1990 de la TPS et de la TVQ qui s\u2019appliquent aux nouveaux immeubles résidentiels.Croissancedescoüts.L\u2019augmentation récente et sensible des coûts de la construction neuve, en raison de la croissance des coûts de terrain, de main-d\u2019œuvre et des matériaux, n\u2019est sans doute pas non plus étrangère au peu d\u2019empressement actuel des investisseurs.Cette croissance des coûts de production du logement neuf com- binée au phénomène de résidualisation du marché des locataires, c\u2019est-à-dire d\u2019appauvrissement de l\u2019ensemble des locataires, constitue un autre frein à la construction neuve dans le secteur locatif.En effet, en raison des coûts relativement modestes d\u2019accession à la propriété dans la région montréalaise et des programmes gouvernementaux qui ont fortement encouragé les ménages des couches moyennes à devenir propriétaires, les locataires se font de plus en plus pauvres.Si la grande accessibilité à la propriété résidentielle a permis de désengorger un peu le secteur locatif en libérant des logements pour de nouveaux ménages, elle a contribué à creuser l\u2019écart entre des coûts croissants de production du logement locatif neuf et la capacité de payer de la majorité des locataires.Les investisseurs se montrent donc prudents, d\u2019autant plus que les taux d\u2019inflation sur lesquels se base la Régie du logement pour déterminer les augmentations de loyer acceptables ont été faibles ces dernières années et rien ne laisse présager un changement sensible à court terme.D'abord les condos.Ces facteurs se conjuguant, les investisseurs actuels préfèrent d\u2019autres marchés que le locatif qui est jugé moins rentable.En 2000, il y a eu deux fois plus de mises en chantier de condos que de logements locatifs (SCHL 2001).Par ailleurs, les investisseurs qui continuent d\u2019investir dans le locatif se tournent de manière croissante vers des créneaux spécifiques, notamment celui des logements avec services pour personnes âgées, marché soutenu par les tendances démographiques (SCHL, 2001 ; Séguin et Appa-ricio, 1999).Pour donner une idée de l\u2019importance de ce segment particulier, il suffit de mentionner qu\u2019en 2001,70 % des mises Le territoire 273 Graphique 2 Logements locatifs mis en chantier' et taux d'inoccupation' Région métropolitaine de Montréal 1985-2001 18- 9 16- 14- 12 10- 8- 6- 4- 2- 0-, Taux d\u2019inoccupation 6+ >1 Taux d'inoccupation 3+ Mises en chantier la I I o o O o -8 -7 -6 -5 -4 -3 -2 -1 -0 Note 1 : Données sur les appartements et autres logements locatifs.Note 2 : Taux calculés pour les immeubles de 6 logements ou plus et les immeubles de 3 logements ou plus (incluant les immeubles de 6 logements ou plus).Source : SCHL, Statistiques sur le logement au Canada en chantier d\u2019immeubles locatifs de 20 logements ou plus, étaient des résidences pour personnes âgées (SCHL, 2001).Enfin, on peut se demander jusqu\u2019à quel point la conversion de logements locatifs en copropriétés a contribué à la pénurie que l\u2019on connaît actuellement?Une étude faite sur les demandes de conversion auprès de la Régie du logement entre 1988 et 1995 montre qu\u2019il y a eu 3325 logements pour lesquels une décision favorable a été rendue, sur le territoire de l\u2019île de Montréal sur un total de 503 835 logements locatifs, soit moins de 1% (plus précisément 0,66%).On peut penser que les conversions se sont poursuivies à un rythme semblable depuis 1995 malgré l\u2019adoption du règlement de dérogation sur la conversion de logements locatifs à Montréal, en 1993.Mais, pour mesurer pleinement l\u2019impact de ces conversions sur l\u2019offre locative, il faut mentionner que dans l\u2019île de Montréal, l\u2019essentiel (95%) des autorisations de conversion entre 1988 et 1995 a porté sur des immeubles détenus en copropriété indivise (Deschênes, 1998).Besoin de mesures énergiques Malgré leur effet d\u2019allégement de la crise, les programmes annoncés de construction de nouveaux logements sociaux à Montréal (1000 nouvelles unités dans le programme fédéral et 5000 dans le pro- La crise du logement à Montréal Région et couronne métropolitaines de Montréal 274 L\u2019état du Québec gramme provincial) (Paré, 2002) ne pourront pas, à eux seuls, répondre à la demande et rétablir l\u2019équilibre dans le marché.11 faudra d\u2019autres interventions «énergiques» pour relancer la construction neuve dans le secteur locatif privé, car plusieurs facteurs sont de nature à décourager les investissements.Au Sommet de Montréal de juin 2002, nombreux ont été ceux qui ont réclamé des incitatifs, notamment des mesures fiscales favorables, ou encore un allègement de la réglementation et des procédures adminis- tratives, pour redynamiser la production de logements à coût abordable par le secteur privé.En paraphrasant le monologuiste Yvon Deschamps, qui a écrit ironiquement qu\u2019il valait mieux être riches et en santé que pauvres et malades, on pourrait conclure que ces années-ci, il vaut beaucoup mieux pour les Montréalais, être riches et propriétaires que pauvres et locataires ! \u2022 Sur la question du logement, voir aussi les articles en pages 195 «433.Références Deschênes, Claude-Rodrigue, Demandes de conversion d\u2019immeubles locatifs en copropriété divise au Québec ig88-iggs, Société d\u2019habitation du Québec, Direction de la planification, de l\u2019évaluation et de la recherche, septembre 1998.Deschênes, Claude-Rodrigue, « Les taux d\u2019inoccupation atteignent un plancher historique, L\u2019habitation au Québec, Bulletin trimestriel de conjoncture, vol.5, n° 3, automne 2001.Deschênes, Claude-Rodrigue, «Le secteur de l\u2019habitation repart en force en 2002», L\u2019habitation au Québec, Bulletin trimestriel de conjoncture, vol.6 n° 1, Société d\u2019habitation du Québec, printemps 2002.LEDOYEN, Alberte, Le regard des petits propriétaires sur les demandeurs de logement.Étude exploratoire sur les perceptions et les attitudes des petits propriétaires envers les clientèles des minorités ethnoculturelles, Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse et Immigration et métropoles, 2002.Forest, Paul et Claude-Rodrigue Deschênes, «Le marché de l\u2019habitation durant les deux dernières décennies», L\u2019habitation au Québec, Hors série, n° 1, Société d\u2019habitation du Québec, juin 2000.Garon, Muriel, Pauvreté et droit au logement en toute égalité : une approche systémique, Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, avril 1997.Paré, Eve, « Crise du logement \u2014 Un problème qui requiert des solutions à long terme », Le Devoir, Édition du vendredi 10 mai 2002.Pomeroy, Steve, «La résidualisation de ménages locataires: attitudes des propriétaires-bailleurs privés envers les ménages à faibles ressources », Le point en recherche, Série socio-économique, numéro 93, Société canadienne d\u2019hypothèques et de logement, octobre 2001.Séguin, Anne-Marie et Philippe Apparicio, Le vieillissement de la population montréalaise, dynamique intramétropolitaine, Série les Cahiers de l\u2019Observatoire métropolitain de la région de Montréal, INRS-Urbanisation, 1999.SCHL - Société canadienne d\u2019hypothèques et de logement, Rapport sur les logements locatifs, Montréal, enquête d\u2019octobre 2001.SCHL - Société canadienne d\u2019hypothèques et de logement, Enquête sur les logements locatifs, Montréal, Enquête d\u2019octobre 2001.?Sites Internet Gouvernement du Québec, Société d\u2019habitation du Québec : www.shq.gouv.qc.ca Société canadienne d\u2019hypothèques et de logement : www.schl.ca Le territoire 275 Terrebonne innés.LAVAL Pincourt Les régions de Montréal Q6 et Laval 1 3 L'Épiphanie L'Assomption LAURENTIDES Sainte-Thérèse Boisbriand.Saint-Eustache Deux-Montagnes.LANAUDIÈRE Mascouche Le Gardeur.Repentigny* .Blainville MONTRÉAL\tLongueuil m j si .Les Cèdres -\u201e Saint-Timothée Jj.Beauharnois Kahnawake.Châteauguay .Mercier La Prairie *Candiac Saint-Constant MONTÉRÉGIE 10 km Réalisation cartographique KOREM inc. Région et couronne métropolitaines de Montréal 276 L\u2019état du Québec Montréal (06) Superficie (2002) 504 km* \u2022 (0,03 % du Québec) Démographie (2001) Population \u2022 1 812 723 \u2022 (25,05% du Québec) Variation 1996-2001 \u2022 + 2,03% Densité \u2022 3597 hab/km2 \u2022 (Québec 4,8) Mortalité infantile (1998) * 5,3 % (Québec 5,5) Répartition par groupe d'âge (2000) 0-14 ans \u2022 16,4% \u2022 (Québec 17,9%) 15-54 ans \u2022 58,7 % \u2022 (Québec 59,3 %) 55-64 ans \u2022 9,8 % \u2022 (Québec 9,9 %) 65 ans et plus \u2022 15,1 % \u2022 (Québec 12,8%) Marché du travail (2001) Population active (000) \u2022 937,3 Taux d'activité \u2022 62,9 % (Québec 63,6 %) Personnes occupées (000) \u2022 843,4 Régions/Québec \u2022 24,6 % Taux de chômage* 10% (Québec 8,7 %) Emplois par secteur primaire \u2022 0 % \u2022 (Québec 2,9 %) secondaire \u2022 23,3 % \u2022 (Québec 23,2 %) tertiaire \u2022 76,7% \u2022 (Québec 73,9%) Secteurs d'activité \u2022\tIndustries des aliments-boissons, du tabac et des produits métalliques et électroniques \u2022\tTélécommunication, informatique, industrie de la mode et cinéma \u2022\tProduits raffinés du pétrole et charbon \u2022\tEnseignement universitaire, organisations internationales \u2022\tAdministration publique, services aux entreprises et commerce Revenu moyen des particuliers (2000) 27 601 $ \u2022 (Québec 25 067 $) Investissements (2000) 9 737 992 000 $ \u2022 (Region/Québec 28,1 %) Source privée \u2022 77,4% \u2022 (Québec 79,4%) Unique municipalité (2002) Montréal\t1 812 723 Municipalité régionale de comté (MRC) \u2022\tVille de Montréal* \u2022\tVille détenant les compétences d'une MRC Laval(13) Superficie (2002) 245 km2 \u2022 (0,02 % du Québec) Démographie (2001) Population \u2022 343 005 \u2022 (4,74% du Québec) Variation 1996-2001 \u2022 + 3,68% Densité \u2022 1400 hab/km2 \u2022 (Québec 4,8) Mortalité infantile (1998) \u2022 9,1 % (Québec 5,5) Répartition par groupe d'âge (2000) 0-14 ans \u2022 18,4% \u2022 (Québec 17,9%) 15-54 ans \u2022 58,6% \u2022 (Québec 59,3%) 55-64 ans \u2022 10,2 % \u2022 (Québec 9,9 %) 65 ans et plus \u2022 12,8 % \u2022 (Québec 12,8 %) Marché du travail (2001) Population active (000) \u2022 187 Taux d'activité \u2022 65,2 % (Québec 63,6%) Personnes occupées (000) \u2022 173,6 Régions/Québec \u2022 4,9 % Taux de chômage* 7,2 % (Québec 8,7 %) Emplois par secteur primaire \u2022 0 % \u2022 (Québec 2,9 %) secondaire \u2022 21,7 % \u2022 (Québec 23,2 %) tertiaire \u2022 78,1 % \u2022 (Québec 73,9%) Secteurs d'activité \u2022\tMachinerie, construction \u2022\tHorticulture \u2022\tProduits métalliques et chimiques \u2022\tAliments, entreposage et commerce \u2022\tImprimerie-édition, finance et immobilier Revenu moyen des particuliers (2000) 26 500 S \u2022 (Québec 25 067 S) Investissements (2000) 1 225 309 000S \u2022 (Région/Québec 3,5%) Source privée \u2022 81,8% \u2022 (Québec 79,4%) Unique municipalité (2002) Laval\t343 005 Municipalité régionale de comté (MRC) \u2022Villede Laval* \u2018Ville détenant les compétences d\u2019une MRC Le territoire 277 La région de Lanaudière MAURICIE Saints Saint-Boniface- de-Shawinigan# MATAWtNIE Saint-Alexis- des-Monts Donat Montcalm Labelle Gabriel Yamachiche Louiseville ngé _Saint-Jovite D'AUTRAY /\t-_r\u2014j\u2014-Berthierville Sainte-Val-Davi LAURENTIDElS Saint-Sauveur des-Monts# Saint-Jacques MONTCALM Laurentides Saint-Jérôme - .Grenville «uchute \u2022Hàwkesbury\tBoisbriand Jli .)\t\\ Jr f Tracy *\t%\tLanoraie/\tl MUIMI L.ALIV1\t/\tY /\t1\t/\t\\ ides\t\u2018\tLavgltrie./ ' *\tf Assomption; _/.Contrecœur 1\tL'Assomption* , .\tï ,nrnru//->iv .Saint-Denis Mascouche.REPENTIGNY X-WLES MOULINS Terrèfepnne-H .r.LAVAL/ enaie MONTÉRÉGIE Saint-.Hyacinthe 50 100 km Y \u2019Bel0ei, Réalisation cartographique : KOREM inc. Région et couronne métropolitaines de Montréal 278 L\u2019état du Québec Lanaudière (14) Superficie (2002) 13 528 km2 \u2022 (0,89 % du Québec) Démographie (2001) Population \u2022 388 495 \u2022 (5,37 % du Québec) Variation 1996-2001 * + 3,43% Densité \u2022 28,7 hab/km2 \u2022 (Québec 4,8) Mortalité infantile (1998) \u2022 4,8% (Québec 5,5) Répartition par groupe d'âge (2000) 0-14 ans \u2022 20,5% \u2022 (Québec 17,9%) 15-54 ans \u2022 59,3 % \u2022 (Québec 59,3 %) 55-64 ans \u2022 9,9% \u2022 (Québec 9,9%) 65 ans et plus \u2022 10,3 % \u2022 (Québec 12,8 %) Marché du travail (2001) Population active (000) \u2022 202,4 Taux d'activité \u2022 63,1 % (Québec 63,6 %) Personnes occupées (000) \u2022 187,7 Régions/Québec \u2022 5,3% Taux de chômage» 7,2 % (Québec 8,7 %) Emplois par secteur primaire \u2022 1,1 % \u2022 (Québec 2,9%) secondaire \u2022 25,7% \u2022 (Québec 23,2%) tertiaire \u2022 72,2 % \u2022 (Québec 73,9 %) Secteurs d'activité \u2022\tCaoutchouc, plastique \u2022\tÉlevage, production laitière et tabac \u2022\tMeuble \u2022\tTourisme et loisirs Revenu moyen des particuliers (2000) 23 489$ «(Québec 25 067 $) Investissements (2000) 1 141 857 000$ \u2022 (Région/Québec 3,3%) Source privée \u2022 86,4 % \u2022 (Québec 79,4 %) Principales municipalités (2002) * Terrebonne\t83 657 Repentigny\t74 165 Mascouche\t29 871 Joliette\t18 004 L'Assomption\t16 051 Municipalités régionales de comté (MRC) \u2022\tD'Autray \u2022 Joliette \u2022 L'Assomption \u2022 Les Moulins \u2022\tMatawinie \u2022 Montcalm \u2018Populations: estimation 2002 de l'ISO Laurentides (15) Superficie (2002) 21 558 km2 \u2022 (1,41 % du Québec) Démographie (2001) Population \u2022 461 366 \u2022 (6,37% du Québec) Variation 1996-2001 \u2022 + 6,44% Densité \u2022 21,4 hab/km2 \u2022 (Québec 4,8) Mortalité infantile (1998) \u2022 4,5% (Québec 5,5) Répartition par groupe d'âge (2000) 0-14 ans \u2022 20% \u2022 (Québec 17,9%) 15-54 ans \u2022 59,5% \u2022 (Québec 59,3 %) 55-64 ans \u2022 9,8% \u2022 (Québec 9,9 %) 65 ans et plus \u2022 10,7 % \u2022 (Québec 12,8%) Marché du travail (2001) Population active (000) \u2022 255,4 Taux d'activité \u2022 67,5 % (Québec 63,6%) Personnes occupées (000) \u2022 236,1 Régions/Québec \u2022 6,7 % Taux de chômage» 7,6 % (Québec 8,7 %) Emplois par secteur primaire \u2022 2 % \u2022 (Québec 2,9 %) secondaire \u2022 21,6% \u2022 (Québec 23,2%) tertiaire \u2022 76,5% \u2022 (Québec 73,9%) Secteurs d'activité \u2022\tMatériel de transport (aéronefs) \u2022\tProduits métalliques et non métalliques \u2022\tPâtes et papier \u2022\tCarrières-sablières \u2022\tTourisme, hébergement et restauration Revenu moyen des particuliers (2000) 24 656$ «(Québec 25067$) Investissements (2000) 2 382 639 000$ \u2022 (Région/Québec 6,9%) Source privée \u2022 86,3% \u2022 (Québec 79,4%) Principales municipalités (2002) ** Saint-Jérôme\t60 764 Saint-Eustache\t41 295 Blainville\t37 111 Mirabel\t28 010 Boisbriand\t27 473 Municipalités régionales de comté (MRC) \u2022\tAntoine-Labelle \u2022 Argenteuil \u2022 Deux-Montagnes \u2022\tLa Rivière-du-Nord \u2022 Les Laurentides \u2022 Les Pays-d\u2019en-Haut \u2022\tThérèse-De-Blainville (anc.Sainte-Thérèse-De-Blainville) \u2022\tVille de Mirabel* \u2022\tVille détenant les compétences d'une MRC \u201cPopulations: estimation 2002 de l'ISQ Le territoire 279 La région des Laurentides .Mont-Laurier I\tANTOINE-LABELLE *Val-Barrette \\ / , Lac-Nominingue.L'Annonciation .Chénéville OUTOOUAIS Buckingham ^Plaisance- CANADA (Ontario) 100 km Saint-Michel- des-Saints V~ LANAUDSÈRE Saint-Donat- de-Montcalm \u2018Labelle LES LAURENTIDES .Saint-Jovite Sainte-Agathe- .Huberdeaii -L *Val-Davi(/ Rawdon./ I ''\t, y'-,-'LES PAYS-D'EN-HAUT/' .Satnt-Hippolyte Saint-iSauveur-* des-Monts ; L la rivière-v Laurentides DU-NORD ARGENTEUIL '\t.\tK' D .'EU|-; Saint-jérôme* -lÿ^s^iE Brownsburg.BIAINVILl] tnville MIRABEL ¦ 1\t1 u\turenvme i :\tBaisbriSr,d^erer ICTArUC^/\t/ 5AINT*EUSTACHEr MONTAGNES\u201d'*-».* ¦^Ote/ MONTRÉAL Réalisation cartographique : KOREM inc. 280 L\u2019état du Québec Montérégie (16) Superficie (2002) 11 114 km>« (0,73 % du Québec) Démographie (2001) Population \u2022 1 276 397* (17,64% du Québec) Variation 1996-2001 \u2022 + 1,60% Densité \u2022 114,8 hab/km2 \u2022 (Québec 4,8) Mortalité infantile (1998) \u2022 5,0 % (Québec 5,5) Répartition par groupe d'âge (2000) 0-14 ans \u2022 19,1 % \u2022 (Québec 17,9%) 15-54 ans \u2022 59,7 % \u2022 (Québec 59,3 %) 55-64 ans \u2022 10,1 % \u2022 (Québec 9,9%) 65 ans et plus \u2022 11,1 % \u2022 (Québec 12,8%) Marché du travail (2001) Population active (000) «716,6 Taux d'activité \u2022 67,3 % (Québec 63,6%) Personnes occupées (000) \u2022 668,6 Régions/Québec \u2022 18,8% Taux de chômage» 6,7 % (Québec 8,7 %) Emplois par secteur primaire \u2022 3 % \u2022 (Québec 2,9 %) secondaire \u2022 24,6% \u2022 (Québec 23,2 %) tertiaire \u2022 72,4 % \u2022 (Québec 73,9%) Secteurs d\u2019activité \u2022\tMatériel de transport (aéronefs) \u2022\tIndustrie chimique, du caoutchouc, des métaux, du textile et des aliments \u2022\tAcériculture, élevage, production laitière, horticulture et céréales \u2022\tRecherche et développement, services professionnels, finance \u2022\tCommerce Revenu moyen des particuliers (2000) 26420$ «(Québec 25 067$) Investissements (2000) 5 517 830 000$ \u2022 (Région/Québec 15,9%) Source privée \u2022 80,7% \u2022 (Québec 79,4%) Principales municipalités (2002)** Longueuil\t385\t690 Saint-Jean-sur-Richelieu\t81\t339 Saint-Hyacinthe\t51\t489 Granby\t45\t556 Châteauguay\t42\t097 Municipalités régionales de comté (MRC) \u2022\tActon \u2022 Beauharnois-Salaberry \u2022 Brome-Missisquoi \u2022\tLa Haute-Yamaska \u2022 La Vallée-du-Richelieu \u2022 Lajemmerais \u2022\tLe Bas-Richelieu \u2022 Le Haut-Richelieu \u2022 Le Haut-Saint-Laurent \u2022 Les Jardins-de-Napierville \u2022 Les Maskoutains \u2022\tRoussillon \u2022 Rouville \u2022 Vaudreuil-Soulanges \u2022\tVille de Longueuil* \u2022\tVille détenant les compétences d'une MRC \u201cPopulations estimation 2002 de l'ISO Le territoire 281 La région de la Montérégie Saint-Jean- .de-Matha MAÜRICIE Yamachiche Maskînongé* .Pierreville ska Tracy LE BAS-RICHEUEU LANAUDIÈRE \u2019Rawdon .joliette * Yaîrï^sk _________EtlEU \\ .Laurentides Uvaltrie.L'Assomption»\t/\t'\t\\ .Saint-Denis \\0U-QUÉ8EC Repentigny Repentigny^ 1\t;\t\\ MASKOutains ' , vO T^^bflpneî^^.varefnes / Zjnt_ / d; S lajemm'TVallée-; Hyacinthe .A AVAL /\t(!/\\ IdIricheI'u\tAqton Vale Boisbriand Saint-Eustache^^ ^VAL BlS^ / W^NTRFJ fONGpÇUIL isonx^_1X\t.>REimaU DRUMMOND J*.\t.Warwick ®DRU Saint-Guillaume JMMÔNDVILLE -Germain-*\t- *Kingsey Fallç, Grantham «Saint-Nicéphore #Wickhafn j /\t\"Asbestos .Saint-Hyacinthe\t|k .Richmond Roxton Falls* f\t.Windsor Valcourt hetford Mines idONTÉRÉGIE .Granby 100 km .Sherbrooke *Lennoxville ESTRIE Réalisation cartographique : KOREM inc. Couronne périphérique 324 L\u2019état du Québec Chibougamau.La Sarte Amos LVal-d'Or lont-Lauriei Maniwaki #ManSfield-i j - Pontefract .Mohtrqal La couronne périphérique Légende I Couronne I périphérique Limites des MRC Le territoire 325 ,'Sept-îles Baie-Comeau Sainte-Anne-dÇsrMonts Forestvi le l6nt:Jp i' ,Amqui ,Ville de Sagufenay New Richmond Carlejçn» Jrois-Pisto 1 iViére.=du-Loùp lalbaie-Pointe-au-Pic Baie Saint-Paul» Dégel is » Saint-Jeari-Port-Joti it/tpollinairç ¦Georges 6 Lac-Mégantic \u2022 50\t100 km Conception: Normand Brouillette, UQTR Réalisation cartographique KOREM inc.Couronne périphérique Couronne périphérique 326 L\u2019état du Québec Couronne périphérique L'agrotourisme, un nouveau type de rapport à l'espace agricole Laurent Deshaies Institut de recherche sur les PME Sophie Lesage Géographe L\u2019agrotourisme s\u2019est beaucoup développé au Québec depuis une dizaine d\u2019années.Les nouveaux entrepreneurs dans ce domaine ont rencontré et rencontrent encore une clientèle de plus en plus nombreuse.Les chercheurs en sciences sociales furent lents à reconnaître l\u2019importance du secteur de l\u2019agrotourisme et les intervenants étatiques ou institutionnels de développement économique ont également pris du temps avant de s\u2019y intéresser.Et pourtant, l\u2019étude d\u2019Anne Marchand (2001) fait état de 1059 exploitations agricoles menant des activités agrotouristiques représentant 3,35% des agriculteurs québécois.Pour sa part, Sophie Lesage (2001) arrive à des résultats similaires avec 2,61% des agriculteurs québécois, la différence étant probablement explicable par la définition que donnent les auteures de ce que regroupent les entreprises agrotouristiques.Les diverses visions de l'agrotourisme Malgré quatre colloques (1996, 1997, 1998, 2000) consacrés au secteur agrotouristique du Québec et quelques études subventionnées par le gouvernement du Québec, il est encore difficile de bien se représenter ce secteur, et à plus forte raison la place qu\u2019il occupe dans les régions périphériques.Au cours de ces colloques, deux visions opposées se sont manifestées de façon claire.Ainsi, les associations traditionnelles du milieu rural (UPA et Solidarité rurale) soutiennent que le tourisme est une activité complémentaire à la ferme, alors que plusieurs entrepreneurs en agrotourisme ont une vision beaucoup plus large de cette activité.Activité complémentaire.Pour le Groupe de concertation sur l\u2019agrotourisme au Québec (GCAQ), composé de représentants de divers ministères et organismes, « l\u2019agrotourisme est une activité touristique complémentaire à l\u2019agriculture.Il met en relation des producteurs agricoles avec des touristes ou des excursionnistes, permettant ainsi à ces derniers de découvrir le milieu agricole, l\u2019agriculture et sa production à travers l\u2019accueil et l\u2019information que leur réserve leur hôte ».En voici quelques citations : \u2022\tL\u2019agrotourisme doit être complémentaire d\u2019une agriculture dynamique, saine, vivante et véritable.\u2022\tL\u2019agrotourisme repose sur une gamme de produits et de services qui présentent des perspectives de viabilité financière à long terme pour les entreprises. Le territoire 327 \u2022\tToute offre agrotouristique devrait rencontrer les conditions suivantes: être offerte par un producteur agricole reconnu en vertu de la Loi sur les producteurs agricoles ; \u2022\tmettre en valeur la production agricole et ses dérivés ; (GCAQ, 2001).Le mot «complémentaire» fait déjà problème à plusieurs intervenants, dans la mesure où plusieurs fermes n\u2019existeraient tout simplement pas sans les touristes et les excursionnistes.Qu\u2019on songe aux centres équestres, aux vignobles, à plusieurs producteurs de boissons alcoolisées, aux fermes-musées, à certains vergers et cidreries, à quelques hydromelleries.qui n\u2019ont pas de circuits de distribution compte tenu de la nature de leur activité (exemple: l\u2019équitation), des contraintes légales (exemple: les vignobles et les autres producteurs de boissons alcoolisées obligés de vendre leur production sur place ou sur les marchés publics, dans les foires agricoles et les restaurants).Dans plusieurs entreprises agrotouristiques, la présence de la ferme est donc justifiée presque totalement par le tourisme.Dans un tel contexte, les termes « complémentarité à la ferme » sont sûrement inadéquats.La vision du GCAQ repose donc sur une conception traditionnelle qui considère l\u2019agrotourisme comme une opportunité de diversifier les activités agricoles.Une /orme de tourisme.La seconde vision consiste en «une forme particulière de prestation touristique » (Namdy, Disez et Bégin, 2001) où l\u2019activité est « l\u2019occasion de renouer avec une campagne préservée et imaginaire, de retrouver ses racines paysannes » pour des citoyens en situation de loisir.Les propriétaires d\u2019entreprises agrotouristiques tiennent souvent un dis- cours, tout comme leurs visiteurs, qui réconforte une telle vision.En effet, on peut comprendre le choix des touristes québécois, et surtout des excursionnistes, de ne pas visiter une méga-porcherie, une grande ferme laitière, une ferme avicole de 200 000 poules ou poulets.qui présentent pour eux un intérêt plus limité.Les fermes de ces catégories sont d\u2019ailleurs peu nombreuses à accueillir des touristes pour des raisons bien évidentes.Pourquoi les touristes ne préféreraient-ils pas à ces fermes l\u2019exotisme des élevages des cerfs de Virginie, du wapiti, de l\u2019autruche.et des produits originaux et élaborés finement?Ces deux visions différentes soulèvent la question de la finalité de l\u2019agrotourisme.Concerne-t-elle l\u2019avenir de l\u2019exploitation agricole ou la spécificité de la prestation touristique en milieu rural ?La priorité doit-elle être davantage accordée au producteur agrotouristique ou au consommateur de tourisme à la ferme ?Répartition des entreprises agrotouristiques L\u2019examen du tableau ci-contre révèle que le Saguenay-Lac-Saint-Jean et le Bas-Saint-Laurent se distinguent nettement des autres régions de la couronne périphérique, car elles sont situées sur des axes touristiques importants (le circuit de la Gaspésie et le «tour» du Lac-Saint-Jean).À l\u2019exception de la Côte-Nord, les régions périphériques ont une proportion d\u2019entreprises agrotouristiques supérieure à leur part de la population du Québec.En effet, les régions périphériques retenues regroupent 15,5% de la population québécoise, mais 27,5% des entreprises agrotouristiques.Le nombre de celles-ci pour 10 000 habitants vient confirmer une présence agrotouristique supérieure, toute proportion gardée évidemment, au reste de la L\u2019agrotourisme, un nouveau type de rapport à l\u2019espace agricole Couronne périphérique 328 L\u2019état du Québec Tableau 1 Répartition des entreprises agrotouristiques dans les régions périphériques \t\t\t\t Gaspésie-lles-de-la-Madeleine (11)\t15\t1,75\t1,5\t41 Bas-Saint-Laurent (01)\t72\t8.40\t3,5\t77 Saguenay-Lac-Saint-Jean (02)\t101\t11,79\t3,8\t68 Abitibi-Témiscamingue (08)\t38\t4,43\t2,4\t55 Côte-Nord (10)\t12\t1,40\t1,1\t27 Sous-total =\t238\t27,77\t2,78\t\u2014 Le reste du Québec =\t619\t72,23\t1,48\t36 à 77 TOTAL =\t857\t100.00\t1,55\t\u2014 1.Le degré de diversité s'exprime en % de présence dans la région des 22 types d'entreprises agrotouristiques.Source : Adaptation des données du mémoire de Sophie Lesage (2001) province.Enfin, ces régions périphériques, dont les difficultés agricoles sont bien connues, avaient peut-être un intérêt à diversifier les productions à la ferme même.Le recensement des entreprises agrotouristiques a servi à définir 22 types d\u2019entreprises.Les régions périphériques n\u2019ont rien à envier au reste de la province quant à la variété d\u2019entreprises.En termes de spécialités dominantes, on observe que la Côte-Nord et le Lac-Saint-Jean se distinguent par leurs piscicultures et leurs bleuetières, auxquelles s\u2019ajoutent les fermes maraîchères au Sagnenay-Lac-Saint-Jean.Par contre, la Gaspésie et l\u2019Abitibi sont davantage spécialisées dans les fermes traditionnelles pour leur offre agrotouristique.Enfin, le Bas-Saint-Laurent s\u2019est spécialisé dans les gîtes à la ferme, toutes proportions gardées évidemment.Même si elles possèdent à peu près toutes les autres fonctions que les régions périphériques, les autres régions du Québec s\u2019en différencient par le grand nombre de leurs érablières, leurs serres et jardins (Laval), et leurs repas champêtres (Estrie).L\u2019offre agrotouristique en régions périphériques ne semble avoir rien à envier, en apparence, à celle du reste du Québec.Problématique de l'agrotourisme en régions périphériques Plusieurs caractéristiques propres aux entreprises agrotouristiques déterminent la problématique de l\u2019agrotourisme, particulièrement en régions périphériques.Comme l\u2019activité se déroule à la campagne, son importance, sa viabilité, sa durabilité, et, par conséquent, sa rentabilité repose sur la force de son attrait.En fait, l\u2019agrotourisme constitue un produit d\u2019appel dont la force résulte de l\u2019intérêt des touristes et de la distance des grands marchés urbains.Cette attraction peut reposer sur sa spécificité, son caractère unique, sa rareté et la saisonnalité de son produit.Enfin, la concentration d\u2019entreprises agrotouristiques diversifiées et d\u2019autres attractions récréotouristiques dans un secteur géographique donné est aussi un autre atout indéniable pour la force de l\u2019attrait.À l\u2019examen, force est de constater Le territoire 329 que les régions périphériques du Québec ne sont pas au même niveau pour leurs produits d\u2019appel agrotouristique tant entre elles qu\u2019avec les régions plus centrales.Ainsi la Gaspésie, l\u2019Abitibi et le Témis-camingue sont plus éloignés des grands centres démographiques que le Sagnenay-Lac-Saint-Jean et le Bas-Saint-Laurent.Par ailleurs, trouve-t-on dans ces régions des produits et des services uniques que l\u2019on ne retrouve pas dans les autres régions du Québec?La nature des produits agrotouristiques en périphérie est à peu près identique à celle des régions centrales du Québec.En comparant les listes de prestations agrotouristiques, il y a somme toute peu de produits uniques qui peuvent attirer une population touristique non régionale, à l\u2019exception des touristes de passage.Mentionnons quelques exceptions comme la Maison de la prune à Saint-André, dans le Bas-Saint-Laurent, les bleuetières au Lac-Saint-Jean, le Refuge Pageau à Amos.Signalons aussi des entreprises traditionnelles comme le fromage de Saint-Prime et le Pied-de-Vent des tles-de-la-Madeleine, les Serres coopératives de Guyenne, village populairement identifié comme la « petite Russie ».Ces dernières entreprises sont confrontées à l\u2019éloignement des grands centres urbains du Québec, car elles doivent vendre une grande partie de leur production dans les commerces des villes.En régions périphériques, l\u2019agrotourisme est donc pris entre l\u2019arbre et l\u2019écorce, soit entre l\u2019éloignement des grandes agglomérations urbaines grandes pourvoyeuses de touristes et la force de l\u2019attrait de l\u2019entreprise agrotouristique avec ses services et ses produits du terroir.L\u2019agrotourisme peut-il encore se développer en régions touristiques?La présence de l\u2019agrotourisme dans ces régions prouve certes que cette activité peut être développée avec intérêt.Le développement de l\u2019agrotourisme repose avant tout sur l\u2019esprit entrepre-narial des individus, avant même les qualités intrinsèques des milieux (Deshaies, 2001).Ces diverses initiatives créent une offre isolée et dispersée, car il n\u2019y a pas de labellisation du terroir comme en France.Elle répond à une demande, d\u2019abord locale et régionale et ensuite nationale.Quand il s\u2019agit de mesurer l\u2019activité touristique, l\u2019agrotourisme est un terme inadapté pour traduire la réalité commerciale d\u2019une ferme dite «agrotouristique».En effet, celle-ci possède deux types de clientèle: les excursionnistes et les touristes.Comme une ferme reçoit des visiteurs en situation de loisir et possède cette double clientèle, on devrait alors parler de « récréo-tourisme à la ferme » avec ses deux composantes: l\u2019agrotourisme et «l\u2019agrorécréatif».Cette distinction demeure fondamentale pour ces fermes, car, si le tourisme est moins développé, la clientèle récréative peut être intéressante.Le développement de bons circuits régionaux, en général polyvalents, peut compenser en partie la faiblesse d\u2019une antenne périphérique d\u2019un circuit national, en général spécialisé, même si les deux types de circuits ne sont pas vraiment incompatibles.Le circuit régional peut alors profiter d'un développement des produits de terroir présents dans les autres régions pour accommoder une clientèle locale et régionale.Ainsi, comme il y a des produits de terroir qui ne peuvent pas se réclamer d\u2019une seule région, il y aurait des produits de terroir plus banals (exemple: les produits liés à certains fruits comme la fraise et la framboise) et d\u2019autres plus spécifiques et uniques à fort degré d\u2019appel.L\u2019agrotourisme, un nouveau type de rapport à l\u2019espace agricole Couronne périphérique 330 L\u2019état du Québec Projets d'entrepreneurs Dans le contexte québécois, particulièrement à cause de sa dimension géographique, l\u2019agrotourisme ne pourra pas se subdiviser en types répartis en zones homogènes sur l\u2019écoumène agricole québécois.Jusqu\u2019à présent, l\u2019agrotou-risme ne fut pas un projet territorial, mais bien un projet d\u2019entrepreneurs.Plusieurs intervenants provenant de l\u2019État ou des structures de nature publique semblent préconiser sans raison apparente, mais déterminante à leurs yeux, cette idée reçue d\u2019ailleurs (de France?) de produits de terroir articulés sur des finages.Ils croient probablement que la particularité, la spécificité et le caractère distinctif reposent avant tout sur un territoire, alors que l\u2019accent doit être mis en contexte québécois sur les produits et sur le leadership des entrepreneurs.Ainsi Martin Cardinal (2001) croit que «la principale épreuve à relever dans le développement de l\u2019agrotourisme sur le territoire réside sans doute dans la particularisation des différentes régions du Québec ».Il est loin d\u2019être le seul à penser ainsi.Si on pousse cette idée trop loin, il faudrait abandonner l\u2019agrotourisme dans certaines régions.Par exemple, devrait-on éliminer les vignobles de la région de Québec et du Richelieu parce qu\u2019il y a une localité dans l\u2019Estrie qui se distingue nettement par son regroupement de plusieurs vignobles ?Poser la question, c\u2019est y répondre.Les caractéristiques de l\u2019agrotourisme s\u2019articulent donc autour de deux axes : la clientèle et la nature des services et des produits du terroir.L\u2019axe de la clientèle regroupe à ses extrémités les excursionnistes (les agrorécréatifs de proximité) et les touristes (les agrotouristes avec séjour de plus d\u2019une journée).L\u2019axe des produits possède également deux pôles : les produits et services de terroir plus banals (régionaux comme l\u2019auto-cueillette) et les produits et services de forte typicité et particularité (produits d\u2019appel pour un marché extérieur ou plus éloigné).Agrotourisme et agriculture traditionnelle Mis à part l\u2019éloignement des grands marchés, l\u2019un des problèmes vécus par les entrepreneurs en agrotourisme concerne l\u2019arrimage entre l\u2019agriculture classique (lait, bœuf, œufs, porcs, poulet.) et l\u2019agrotourisme.L\u2019agriculture traditionnelle vit difficilement la complémentarité et la majorité des agriculteurs ne la désire pas non plus pour des raisons bien pratiques (manque de temps, absence de besoin d\u2019un revenu d\u2019appoint, etc.).Par contre, on constate que l\u2019agrotourisme s\u2019est souvent développé avec d\u2019autres types de culture ou d\u2019élevage, classiques ou pas, traditionnels et passés ou complètement nouveaux.Le patrimoine et le retour à la ferme d\u2019antan sont aussi très présents dans cette dynamique.«Le \u201cpaysan\u201d a tendance a céder sa place à l\u2019agriculteur.Or le touriste recherche le paysan, celui qui connaît le pays, l\u2019aime, qui en perçoit le charme et sait le faire partager» (idée de Mendras citée dans Grolleau et Ramus, 1986).L\u2019image développée par cet agrotourisme agace les gros producteurs de l\u2019agriculture classique et leurs associations qui voient dans l\u2019agrotourisme une image déformée de leur réalité agricole.La définition de l\u2019agrotourisme du Groupe de concertation sur l\u2019agrotourisme au Québec reflète cette préoccupation.Comme en France, «le monde agricole est resté longtemps très réticent, voire hostile, à l\u2019endroit du développement de cette activité touristique» (Grolleau et Ramus, 1986).Le milieu rural Le territoire 331 québécois semble maintenant mur pour l\u2019implantation d\u2019un zonage assurant la survie et le développement de ces deux types d\u2019agriculture: une zone réservée à l\u2019agriculture classique dominée par l\u2019agrobusiness et une zone agricole à sol moins intéressant pour une agriculture nouvelle, diversifiée et accessible à tous et aux touristes.Cette dernière zone correspondrait donc à un espace «d\u2019agropaysannat».Pour un zonage plus fin L\u2019agrotourisme est une activité relativement complexe et présente des caractéristiques spécifiques en régions périphériques.De plus, il semble acquis que l\u2019agro- tourisme introduit un nouveau type de rapport à l\u2019espace agricole.Les réticences du milieu agricole classique à l\u2019agrotourisme confirment d\u2019ailleurs notre assertion.C\u2019est pourquoi nous suggérons un zonage plus fin en milieu agricole pour permettre aux entreprises agrotouristiques de se développer et à d\u2019autres activités agricoles innovatrices de se faire valoir.Par ailleurs, il semble nécessaire de rappeler tant aux agriculteurs traditionnels qu\u2019aux dirigeants des entreprises touristiques que l\u2019agrotourisme est d\u2019abord et avant tout une activité de loisir à la ferme, une activité pratiquée par les excursionnistes et les touristes selon leurs désirs, Références Cardinal, Martin, Le rôle des centres locaux de développement en agrotouristique au Québec.Dans Théoros, vol.20, n° 2, été 2001.Collaboration, Actes des colloques nationaux sur l\u2019agrotourisme.Collection «Colloques et congrès» de Théoros, nOT 11,12,13 et 14.Montréal, Université du Québec à Montréal, 1996-1997-1998-2000.Deshaies, Laurent, Les vignobles et l\u2019agrotourisme.Dans Théoros, Collection «Colloques et congrès», no.12,1998.Deshaies, Laurent, La notion de terroir à l\u2019aune de l\u2019expérience viti-vinicole québécoise.Dans Cap-aux-Diamants, n065, printemps 2001.Deshaies, Laurent et Jean-Marie DUBOIS, L\u2019entreprise viti-vinicole du Québec : entre « froidure » et vente au vignoble.Dans Annales de géographie, n° 592,1996.Deshaies, Laurent et Gilles Sénécal, Postmodernité et territoire: vers de nouvelles territorialités.Dans Cahiers de géographie du Québec, vol.41, n° 114,1997.Dubois, Jean-Marie et Laurent Deshaies, Guide des vignobles du Québec.Les Presses de L\u2019Université Laval, 1997.Grolleau, Henri et André Ramus, Espace rural, espace touristique.Le tourisme à la campagne et les conditions de son développement en France.Paris, La Documentation française, 1986.Le Groupe Type, Étude sur le tourisme relié au monde agricole.Étude commanditée par l\u2019UPA, le MAPAQ et Tourisme Québec, p.d., 1997 Hart, Christian et Serge Dutil, Groupe de concertation sur l\u2019agrotourisme au Québec.Dans Actes du IV Colloque national sur l\u2019agrotourisme.Saint-Félicien, 2000.Montréal, Théoros, n° 142001.Lesage, Sophie, La répartition des entreprises agrotouristiques au Québec.(Mémoire de baccalauréat) Trois-Rivières, Module de géographie, Université du Québec à Trois-Rivières, 2001 Namdy, Jean-François, Nathalie Disez et Monique Begon, Agrotourisme et territoires.Le cas du Massif central.Dans Théoros, vol.20, n° 2, 2002.La Terre de chez nous, Tournée champêtre.Guide agroalimentaire et agrotouristique 2002.Longueuil, UPA, 2002.Université du Québec à Montréal, Dossier Tourisme Rural.Dans Théoros, vol.20, n° 2, été 2001, 2001.L\u2019agrotourisme, un nouveau type de rapport à l\u2019espace agricole Couronne périphérique 332 L\u2019état du Québec leurs besoins, leurs préoccupations, les modes, etc.Il ne faut pas répéter l\u2019erreur faite à propos du terme «tourisme» longtemps considérée comme une industrie, un territoire.avant d\u2019être enfin considérée comme une acüvité de loisir.L\u2019oublier ou ne pas l\u2019admettre, c\u2019est refuser le rôle fondamental de la clientèle récréotouris-tique dans le développement et l\u2019avenir de l\u2019agrotourisme au Québec.Sans cette clientèle, l\u2019offre agrotouristique est appelée à disparaître.À quand une véritable étude sur l\u2019agrotourisme par le biais de la clientèle?\u2022 Le transport aérien en région: de mal en pis Yvon Bigras École des sciences de la gestion, Université du Québec à Montréal Le 4 janvier 2003, la Gaspésie et les îles-de-la-Madeleine pourraient se retrouver privées de services aériens réguliers, accentuant un sentiment d\u2019isolement déjà bien présent.C\u2019est en effet à partir de cette date qu\u2019Air Canada se voit libéré de son obligation de maintenir son service vers l\u2019ensemble des localités qui étaient desservies en décembre 1999 par Air Canada, Canadien International ou l\u2019une de leurs filiales à 100%.Cette obligation lui a été imposée lors de la fusion avec Canadien International pour une période de trois ans.Les habitants des régions périphériques qui seront touchées se refusent à croire en une telle éventualité et les responsables politiques souhaitent trouver une solution d\u2019ici là.Pourtant les dirigeants d\u2019Air Canada Jazz, qui a succédé en mars 2002 à Air Canada Régional, ont répété à plusieurs reprises qu\u2019ils avaient bel et bien l\u2019intention d\u2019abandonner les liaisons qu\u2019elles jugent non rentables.En fait, il y a de nombreuses années que la desserte aérienne en région pose problème.Il y a quelques années on se plai- gnait de la concentration et du duopole qui dominait ces marchés.Avec un seul joueur en piste, la situation s\u2019est détériorée sans cesse au cours des trois dernières années.Le gouvernement fédéral et le transport aérien Le transport aérien, comme l'ensemble du secteur des transports, a longtemps été un secteur fortement réglementé.L\u2019accès y était contrôlé, les tarifs régis, les conditions d\u2019exploitation fixées et les niveaux de services déterminés par un organisme devant représenter l\u2019intérêt public.Sous la pression des forces du marché et pour s\u2019adapter au marché américain tout proche, le gouvernement fédéral, avec l\u2019accord des provinces, a radicalement changé au fil des vingt dernières années le cadre réglementaire qui régit ce secteur.La Loi de 1987 sur les transports nationaux occupe une place prépondérante dans cette évolution, mais il y a eu toute une série de décisions et de politiques qui ont conduit à la libéralisation actuelle.La loi de 1987 a clairement énoncé le principe de base de la Le territoire 333 politique actuelle en matière de transport en soulignant que la concurrence devait désormais servir de principale force motrice dans tout le réseau de transport canadien.La révision de cette loi a abouti à la Loi sur les transports au Canada qui est entrée en vigueur le 1\" juillet 1996 et qui confirme l\u2019orientation de la politique canadienne en instaurant cependant de nouvelles mesures de protection des consommateurs et en levant les conditions plus strictes de délivrance de licences qui avaient été maintenues pour la desserte du Grand Nord.Le recours aux forces du marché étant la clé de voûte de la politique gouvernementale en matière de transport, les conditions commerciales et financières ont dominé le secteur du transport aérien au cours des dix dernières années.Commercialisation et décentralisation.Parallèlement à l\u2019assouplissement de la réglementation, on a assisté à d\u2019importantes compressions des subventions publiques et à un recul majeur quant au rôle direct que jouait le gouvernement fédéral dans la prestation des services de transport.La politique de commercialisation et de décentralisation a, entres autres, amené la privatisation d\u2019Air Canada, parachevée en 1989.C\u2019est également dans le cadre de cette politique que les principales composantes des infrastructures aériennes ont été confiées à des organismes indépendants sans but lucratif (administrations aéroportuaires et NAV Canada \u2014 qui gère la navigation aérienne).Cette politique repose sur le principe du financement des infrastructures et des services de transport par l\u2019usager (principe de l\u2019utilisateur-payeur).Politique nationale des aéroports.Dans le même esprit, le gouvernement fédéral s\u2019est doté en 1994 d\u2019une Politique nationale des aéroports (PNA).La PNA a amené la création d\u2019un réseau d\u2019aéroports d\u2019importance nationale, le Réseau national d\u2019aéroports (RNA), qui compte 26 aéroports au Canada dont trois au Québec (Montréal-Dorval, Montréal-Mirabel et Québec).Ce réseau est composé des aéroports accueillant au moins 200 000 passagers par an ou desservant des capitales provinciales ou territoriales.Le gouvernement fédéral demeure propriétaire de ces aéroports (sauf dans les territoires où ils ont été cédés aux gouvernements territoriaux respectifs), mais il en a confié l\u2019exploitation à des administrations aéroportuaires sans but lucratif ayant signé des baux à long terme (60 ans dans le cas des Aéroports de Montréal).Quant aux aéroports régionaux et locaux qui assurent des services passagers réguliers mais qui ne répondent pas aux critères du RNA, le gouvernement fédéral tente d\u2019en céder la propriété et l\u2019exploitation à des groupes locaux.Ces aéroports sont au nombre de douze au Québec, auxquels il faut ajouter des aéroports éloignés (ex.: îles-de-ia-Madeleine) qui peuvent également desservir leurs régions avec des vols passagers réguliers.Au Québec, plusieurs aéroports régionaux et locaux ont déjà été cédés à des autorités locales (Val-d\u2019Or, Rouyn, Alma, Bagotville, Gaspé) et des négociations sont en cours avec les autres (Mont-Joli, Rjmouski, Baie Comeau, Sept-îles, Havre-Saint-Pierre, Natashquan).Pour soutenir les aéroports qui ont déjà été cédés à des autorités locales, le gouvernement fédéral a mis sur pied un Programme d\u2019aide aux immobilisations aéroportuaires (PAIA) qui s\u2019adresse aux aéroports qui accueillent au minimum 1000 passagers par an sur des vols réguliers.Le transport aérien en région : de mal en pis Couronne périphérique 334 L\u2019état du Québec La domination d'Air Canada C\u2019est dans ce contexte de libéralisation et de commercialisation qu\u2019Air Canada a acquis les Lignes aériennes Canadien International.Cette acquisition aurait pu se produire à quelques reprises au cours des io ou 15 dernières années, et en particulier en 1992-1993 alors qu\u2019Air Canada a fait des offres répétées pour acquérir son concurrent et tenter de bloquer l\u2019accord de service et de commercialisation de cette dernière avec AMR Corporation (American Airlines).Après que le gouvernement fédéral eut approuvé la transaction, le 21 décembre 1999, les deux transporteurs canadiens ont entrepris l\u2019exploitation conjointe des routes où ils s\u2019étaient toujours livrés une concurrence farouche.En avril 2000,\tles vols des deux compagnies ont été regroupés, puis en octobre de la même année Air Canada intégrait complètement les services des deux compagnies ainsi que de leurs filiales régionales.En décembre 2000, Air Canada et ses filiales ont alors pu étendre leur part du marché intérieur canadien à 77%, pourcentage qui est passé à 79 % en décembre 2001.\tCette part de marché est affaiblie par la domination de transporteurs indépendants vers le Grand Nord et par la plus forte présence de West let qui détient 33 % du marché dans l\u2019Ouest du Canada.Si on se limite au marché intérieur de l\u2019Est du Canada, la part d\u2019Air Canada et de ses filiales est passée de 74% à 87 % de décembre 2000 à décembre 2001.Comme West (et détient 6% sur ce marché mais que ce transporteur est absent du Québec, la domination d\u2019Air Canada au Québec est donc quasi totale.Cette domination sur le marché intérieur, Air Canada l\u2019exerce depuis le printemps 2002 de concert avec sa filiale Air Canada Jazz qui portait auparavant le nom de Air Canada Régional.Cette filiale est née en janvier 2000 du regroupement d\u2019Air Nova, d\u2019AirBC, d\u2019Air Ontario et de Canadien Régional.Avec 4000 employés, ce transporteur dessert plus de 80 destinations au Canada et aux États-Unis et il assure environ 800 vols quotidiennement.Son siège social est à Halifax et, au Québec, il dispose de bases et de bureaux d\u2019exploitation à Sainte-Foy et Montréal.L'état de la concurrence Que reste-t-il alors comme concurrence à Air Canada dans le transport vers les régions au Québec?Dans les années i960 et 1970 la concurrence se faisait entre des transporteurs régionaux relativement indépendants.Les Québecair, Nordair, Wardair et Eastern Provincial allaient finalement tous se retrouver intégrés à l\u2019intérieur de la famille Canadien.Le résultat de cette évolution rapide est l\u2019apparition d\u2019un duopole formé d\u2019Air Canada et de Canadien International qui contrôlaient le ciel canadien, directement ou par filiales ou partenaires interposés, en offrant sensiblement les mêmes services.Cette période a été marquée par de virulentes protestations, en particulier des chambres de commerces régionales, contre la collusion entre Air Canada et Canadien et contre le niveau élevé des tarifs aériens en région qui en découlait.On se plaignait également que les deux concurrents avaient des départs à quelques minutes d\u2019intervalle, ce qui arrangeait bien peu les usagers qui auraient préféré des horaires plus variés.Quant aux transporteurs, ils justifiaient les tarifs élevés en soulignant que leurs coûts d\u2019opération sont beaucoup plus élevés que sur les grandes liaisons internationales et que leurs avions n\u2019étaient pas suffisamment remplis. Le territoire 335 Avec un seul transporteur il semble bien que la situation ne se soit pas améliorée.Un billet aller-retour au tarif régulier entre Montréal et les îles-de-la-Madeleine coûtait 1030 $ (1274,85 $ avec les taxes) en mai 2002.Les billets à tarifs réduits assortis de plusieurs restrictions et disponibles en quantité limitée se vendent un peu plus de 600 $ et les prix sont semblables pour la Gaspésie, la Côte-Nord ou Alma, par exemple.Détérioration du service.Mais il n\u2019y a pas que le coût qui dérange.Une indication de la concentration accrue et de la détérioration du service est donnée par le nombre de marchés intérieurs desservis par des vols sans escale à partir de l\u2019aéroport de Québec, qui n\u2019est plus desservi pour ces vols que par un seul transporteur.En décembre 2000, il y avait treize marchés intérieurs desservis à partir de cet aéroport dont neuf vers des aéroports régionaux hors du RNA.En décembre 2001, il n\u2019y a plus que cinq de ces neuf aéroports régionaux desservis à partir de Québec.Cette situation implique qu\u2019un voyageur entre Baie-Comeau et Québec doit maintenant transiter par Montréal et qu\u2019il arrivera à destination quatre heures après son départ.Mais il ne faut pas croire que le problème de la concentration n\u2019affecte que les aéroports régionaux.Ainsi le nombre de sièges offerts a baissé, durant la même année, de 22 % entre Québec et Montréal, de 37% entre Montréal et Toronto et de 53 % entre Montréal et Halifax.Que faire devant la domination d'Air Canada ?Il est curieux de constater qu\u2019Air Canada, dans sa bataille pour prendre le contrôle de Canadien International, a toujours plaidé que les consommateurs canadiens seraient mieux servis par une industrie composée d\u2019un grand transporteur international et de plusieurs concurrents sur le marché intérieur.Le gouvernement fédéral avait prévu qu\u2019il y aurait une période de transition de deux ou trois ans avant de retrouver un degré de concurrence suffisant.Mais si on peut constater qu\u2019effec-tivement West Jet exerce une concurrence véritable à Air Canada dans l\u2019Ouest, dans l\u2019Est la situation est très différente.Il est très tôt pour présumer du succès et de la part de marché que pourra se tailler le nouveau transporteur JetsGo de Michel Leblanc, l\u2019ancien propriétaire de Royal Aviation qui avait été absorbé par Canada 3000 quelques mois avant sa faillite, qui vient de décoller en juin 2002.On attendait également pour l\u2019été 2002 le retour de Canjet, un autre transporteur qui avait été absorbé par Canada 3000 et dont la base d\u2019opération est Halifax.Mais de toutes façons ces nouveaux venus ne régleront en rien les problèmes des régions, car ils entendent opérer uniquement entre les grands centres au Canada.Politique cadre.Dans ce contexte de crise appréhendée, le gouvernement fédéral a mis sur pied un certain nombre de mécanismes pour faire le suivi de la restructuration de l\u2019industrie du transport aérien amorcée en 1999 avec la disparition de Canadien International.Entré en vigueur en juillet 2000, le projet de loi C-26 a mis en place une politique-cadre du transport aérien dont l\u2019objectif est de promouvoir la concurrence et de s\u2019assurer que l\u2019industrie du transport aérien réponde aux besoins des Canadiens.Cette loi a créé le poste de Commissaire aux plaintes relatives au transport aérien qui a pour mandat d\u2019étudier les plaintes des consommateurs au sujet de tout transporteur opérant au Le transport aérien en région : de mal en pis Couronne périphérique 336 L\u2019état du Québec Canada qui n\u2019aurait pas donné une réponse satisfaisante à un plaignant.Le commissaire a publié deux rapports en 2001 et un troisième en avril 2002.De plus, parmi ses nombreuses dispositions, la loi définit la procédure visant l\u2019examen des fusions et des acquisitions dans l'industrie du transport aérien et elle insère dans la liste des agissements anticoncurrentiels ceux posés par une personne exploitant un service aérien intérieur.L\u2019observatrice indépendante de la transition de la restructuration de l\u2019industrie du transport aérien, Debra Ward, a elle aussi publié trois rapports depuis qu\u2019elle a été nommée à ce poste en août 2000.Dans le cadre d\u2019un mandat ou elle doit déterminer si la loi C-26 a les effets escomptés, elle analysera l\u2019impact de la restructuration de l\u2019industrie du transport aérien sur les consommateurs, les communautés urbaines, rurales et éloignées, les agents de voyage, les aéroports, les compagnies aériennes et leurs employés.Son rapport final et ses recommandations sont attendues pour l\u2019été 2002.Ces nombreux rapports témoignent certainement de l\u2019embarras dans lequel se trouve le gouvernement fédéral face à la situation dominante d\u2019Air Canada, particulièrement sur le marché intérieur de l\u2019Est du Canada.Des solutions pour les régions L\u2019accès aux services aériens est perçu dans les régions comme un service essentiel et on peut douter qu\u2019il puisse être assujetti aux seules forces du marché.La mobilité de la population pour des voyages à des fins personnelles ou d\u2019affaires, le transport rapide de certains produits, l\u2019accès à des services médicaux et l\u2019ouverture des régions comme centres de tourisme (écotourisme, chasse et pêche) sont autant de raisons qui font de ces services un préalable au développement économique.La cause des régions n\u2019est cependant pas aidée par un certain nombre de caractéristiques du marché du transport aérien au Canada.Le marché intérieur a en effet plafonné et ses perspectives de croissance sont limitées, contrairement aux marchés internationaux qui ont un fort potentiel de développement.Parmi les causes qui expliquent cette situation, il y a l'avènement de nouvelles technologies de communication, la réduction du personnel administratif dans les organisations et la réorientation du commerce sur l\u2019axe nord-sud.Par ailleurs, le trafic limité dans les régions éloignées rend difficile d\u2019assumer les coûts de l\u2019infrastructure et des services.Ce problème est amplifié par la décroissance démographique de la plupart de ces régions.Les petits transporteurs.Les espoirs reposent beaucoup sur la présence de petits transporteurs indépendants, qui sont pourtant plus absents que jamais du paysage.Fondé en 1992, Air Montréal offrait des liaisons vers la plupart des régions du Québec à partir de Montréal ou Québec, avec des aéronefs de petit gabarit, des installations facilement accessibles à l\u2019extérieur de l\u2019aérogare principale et un système de réservation simple.Ce transporteur visait le créneau des voyageurs origine-destination qui n\u2019ont pas à prendre un autre vol et qui n\u2019auraient pas pris l\u2019avion s\u2019ils avaient dû payer le plein tarif exigé par les grands transporteurs, ses tarifs étant de 50% inférieurs.Il a cependant dû cesser ses activités en 2000.Air Alma était aussi présent et fonctionnait à partir de sa base principale d\u2019Alma, alors que Régionair avait développé son marché à partir de $ept-îles en l\u2019étendant progressivement à Le territoire 337 d\u2019autres localités.Ces deux transporteurs ont également cessé leurs activités.Il semble donc difficile pour des petits transporteurs indépendants de concurrencer les grands transporteurs et leurs réseaux.Ceux-ci contrôlent les systèmes de réservation, les créneaux, les portes et les services accessoires aux aéroports.Les voyageurs, par le partage des codes de vol, ont accès à des correspondances plus faciles en plus de pouvoir accumuler des points à titre de voyageurs assidus.On observe également que les grandes entreprises utilisent de plus en plus des aéronefs privés pour leur personnel et les marchandises, ce qui réduit la base de trafic dans les petites régions et les prive du trafic le plus payant.Il semble malgré tout que le seul espoir soit encore du côté de ces petits transporteurs indépendants.11 n'est en effet pas question de ressusciter un Qué-becair appartenant, même partiellement, au gouvernement du Québec.Mais celui-ci devra quand même trouver le moyen de supporter ces nouveaux transporteurs.Il est question que cela se fasse par le biais d'investissement Québec ou en accordant aux transporteurs régionaux le droit de créer des Sociétés de placements dans l'entreprise québécoise (SPEQ), une formule qui permet d\u2019octroyer des crédits fiscaux allant jusqu\u2019à 150% aux investisseurs.Quant au gouvernement fédéral, il doit réduire dans la mesure du possible les obstacles à l\u2019entrée sur ces marchés et s\u2019assurer qu\u2019Air Canada ne nuira pas aux chances de succès de ces transporteurs indépendants.\u2022 Sites Internet On peut trouver les rapports du commissaire aux plaintes relatives au transport aérien sur le site de l\u2019Office des transports du Canada : www.cta-otc.gc.ca/ On peut trouver les rapports de l\u2019observatrice indépendante de la transition de la restructuration de l\u2019industrie du transport aérien ainsi que d\u2019autres informations sur le site de Transports Canada: www.tc.gc.ca/pol/fr/transport_aerien/Restructuration_des_transporteurs_aeriens.htm La Gaspésia n'empêchera pas le déclin démographique de la Gaspésie Clermont Dugas Géographe, Université du Québec à Rimouski La fermeture de l\u2019usine Gaspésia de Chandler en iggg a contribué à attirer une fois de plus l\u2019attention sur la Gaspésie.Important pilier économique de la péninsule gaspésienne, cette usine de pâte et papier fournissait des emplois parmi les mieux rémunérés de la région à plus de 400 travailleurs.L\u2019annonce de sa fermeture a Le transport aérien en région : de mal en pis Couronne périphérique 338 L\u2019état du Québec suivi de peu celle d\u2019une autre entreprise majeure, les Mines de cuivre Gaspé à Murdochville.Compte tenu de la fragilité de l\u2019économie gaspésienne, ces pertes d\u2019emplois ont pour conséquence d\u2019accentuer un autre problème important de la région, soit celui de son dépeuplement.La réouverture de la Gaspésia prévue pour 2004 est évidemment une bonne nouvelle, mais elle ne résout pas le problème gaspésien.La nouvelle compagnie qui va rouvrir l\u2019usine après l\u2019avoir modernisée, créera moins d\u2019emplois qu\u2019avant et n\u2019entraînera pas le rapatriement de tous les travailleurs déplacés à l\u2019extérieur de la région.De plus, elle ne change rien aux difficultés de fond qui affectent la Gas-pésie depuis longtemps avant la fermeture de 1999.Un dépeuplement irrégulier mais constant Les malaises économiques et au plan des services qui ont pratiquement toujours été présents en Gaspésie ne sont pas sans effets sur la démographie.L\u2019émigration de la population vers l\u2019extérieur est une constante qui a toujours eu des effets sur l\u2019économie ainsi que la vie culturelle et sociale de cette région.Pour beaucoup, les départs étaient de courte durée, le temps d\u2019une période de chantier ou de construction d\u2019un barrage, tandis que pour d\u2019autres ils étaient permanents.Pendant longtemps, le courant d\u2019exode a été compensé par une forte natalité ainsi qu\u2019une expansion et un renforcement du tissu de peuplement liés à la mise en valeur des ressources naturelles, dont particulièrement l\u2019exploitation agricole.Ainsi, malgré l\u2019exode, la population de la région a été en croissance démographique jusqu\u2019en 1961 alors qu\u2019elle atteignait 114 098 personnes.À compter de cette date, c\u2019est le déclin qui s\u2019amorce.Une très forte diminution des activités dans les secteurs de l\u2019agriculture et de la pêche, la fermeture de 16 localités à la suite de recommandations du BAEQ et pour la réalisation du parc fédéral de Forillon, et une accentuation des départs pour fins d\u2019instruction et par la suite pour l\u2019obtention de postes répondant à la formation acquise, font partie des principaux facteurs qui ont causé du dépeuplement.Mais parallèlement à ces éléments déstructurants, la déconcentration gouvernementale et une amélioration des services tant publics que privés et quelques investissements majeurs dans la transformation du bois et l\u2019exploitation minière ont contribué au renforcement d\u2019un certain nombre de centres de services et à des augmentations ponctuelles de population.Cela fait que, contrairement à d\u2019autres régions rurales du Québec, le bilan global se traduit par un déclin démographique relativement lent jusqu\u2019à 1981.Ainsi, pour une période de vingt ans, le déficit total n\u2019a été que de l\u2019ordre de 500 personnes.Somme toute, la Gaspésie a assez bien traversé la forte période de dépeuplement rural qui a affecté l\u2019ensemble du Québec entre 1961 et 1971.Des pertes significatives à certains endroits étaient compensées par des gains ailleurs.Une perte de 14,5 %.C\u2019est à compter de 1981 que la situation s\u2019est davantage dégradée.De cette date à 2001, la population de la région diminue de plus de 16 000 personnes, pour atteindre un effectif total de 96 924 individus.Cela représente une perte de 14,5%, ce qui est considérable pour un territoire au peuplement si faible et si étalé.Mais cette diminution de population s\u2019est faite de façon très irrégulière sans conformité avec les prévisions de l\u2019Institut de la statistique du Québec, ce Le territoire 33g qui met en cause l\u2019évolution plus ou moins prévisible de facteurs de dépeuplement tant à l\u2019intérieur qu\u2019à l\u2019extérieur du territoire.En fait, les taux d\u2019évolution sont tellement différents d\u2019une période quinquennale à l\u2019autre qu\u2019ils semblent liés à un processus aléatoire.De 1981 à 2001, les taux quinquennaux suivants se sont succédé: -2,1%; -5,8%, + 0,6%, -7,8%.Contre toute prévision, la forte décroissance de 1986-1991 fut suivie d\u2019une légère augmentation.Par contre, la décroissance de la dernière période était prévisible, mais son intensité l\u2019était moins.La perte de 8 250 personnes en cinq ans est la pire de toute l\u2019histoire de la Gaspésie.Elle dépasse de loin les diminutions d\u2019emplois à Chandler et Murdochville.Des trois facteurs qui conditionnent l\u2019évolution démographique, c\u2019est-à-dire natalité, mortalité et migration, c\u2019est évidemment la migration qui est responsable des changements aussi importants qui se produisent d\u2019un recensement à l\u2019autre depuis les vingt dernières années.La mortalité et la natalité sont demeurées à des niveaux relativement constants.La migration est influencée par des éléments socio-économiques locaux et régionaux et aussi par les idéologies et perceptions à la mode et par la vie socio-économique à l\u2019extérieur du territoire.Ces influences externes sont, semble-t-il, d\u2019autant plus fortes que l\u2019économie régionale est fragile.De plus, elles sont aussi fortement déterminées par la structure de peuplement.De façon générale au Québec, les espaces ruraux, surtout ceux à forte dispersion de population, sont sensibles aux influences externes.Or, la Gaspésie dans son ensemble est assimilable à une vaste région rurale.Quand l\u2019activité économique nationale est forte, les grandes villes, qui en sont généralement les principales bénéficiaires, deviennent encore plus attractives pour les résidants aux emplois précaires des milieux ruraux.Cela se traduit par une intensification du courant migratoire.C\u2019est ce qui s\u2019est produit de façon particulière en Gaspésie en 1986-91 et en 1996-2001.Évolution démographique par MRC Toutes les municipalités régionales de comté (MRC) gaspésiennes accusent des pertes significatives d\u2019effectifs en 2001 par rapport à 1996, ce qui est un fait nouveau.En effet, jusqu\u2019à cette date, il y avait toujours au moins une ou deux MRC en croissance.Toutefois, les ponctions de population ne sont pas uniformes sur l\u2019ensemble du territoire, ce qui témoigne du rôle majeur des structures socio-économiques locales et sous-régionales.Les taux d\u2019évolution pour la période 1996-2001 vont de -3,9% à Avignon à -11% dans La Côte-de-Gaspé.Ce dernier taux de décroissance est de loin le plus fort du Québec.Il est suivi au deuxième rang provincial avec -9,5 %, par une autre MRC de la région, celle du Rocher-Percé.À l\u2019extérieur de la Gaspésie, le taux de décroissance le plus fort se situe dans la MRC La Vallée-de-la-Gatineau avec -7,6%.Les MRC Rocher-Percé et Côte-de-Gaspé sont deux territoires contigus à l\u2019extrémité de la péninsule et englobent respectivement les municipalités de Chandler et Murdochville.Évidemment, il y a une relation facile à faire avec les importantes pertes d\u2019emplois qui se sont produites là.Mais, si importantes qu\u2019elles soient, ces dernières n\u2019expliquent pas tout.Là comme ailleurs, il faut prendre en compte l\u2019ensemble de la situation économique et sociale.La Côte-de-Gaspé a connu une croissance soutenue jusqu\u2019à 1981 et de 1981 à La Gaspésia n'empêchera pas le déclin démographique de la Gaspésie Couronne périphérique 340 L\u2019état du Québec Évolution démographique des MRC gaspésiennes de 1981 à 2001\t\t\t\t \t\t\t\t \t\t\t\t Avignon\t15 117\t15 268\t+ 8,1\t-3,9 Bonaventure\t21 214\t18 267\t- 13,9\t-6,6 La Côte-de-Gaspé\t23 990\t18 545\t- 22,6\t-11,1 La Haute-Gaspésie\t15 707\t12 722\t- 19,0\t- 7,4 Le Rocher-Percé\t24 178\t19 298\t-20,1\t-9,6 Les îles-de-la-Madeleine\t14 130\t12 824\t-9,2\t- 7,1 Gaspésie\t113 335\t96 924\t- 14,5\t-7,8 Source: Statistique Canada, Recensements de 1986 à 2001 1996, ce fut au tour d\u2019Avignon d\u2019afficher le même type d\u2019évolution.Dans chacun des cas, le tertiaire public s\u2019est développé.À compter de 1981, la rétraction de l\u2019emploi dans le secteur minier a commencé à se faire sentir dans La Côte-de-Gaspé et la Haute-Gaspésie.Comme de nombreux travailleurs miniers avaient leurs résidences sur le littoral, une bonne partie du peuplement côtier fut ainsi affecté.Dans le contexte gaspésien, la situation qui a prévalu dans Avignon parait même assez exceptionnelle.Il y a eu là un gain d\u2019effectifs alors qu\u2019il y avait perte dans les autres parties du territoire (voir tableau ).Au moins deux facteurs contribuent à expliquer cette situation.Il s\u2019agit d\u2019une concentration d\u2019emplois dans le tertiaire public et privé, avec notamment le secteur de la santé à Maria et l\u2019enseignement et le tourisme à Carleton, et la proximité (à la limite est de la MRC) de l\u2019important centre d'emplois et de services que constitue New-Richmond avec son usine de papier.Mais le marasme économique qui prévaut a fini par infléchir également la courbe d\u2019évolution démographique de cette MRC.Évolution démographique par localité C\u2019est en considérant l\u2019évolution de la population à l\u2019échelle des municipalités qu\u2019on prend davantage la mesure de la gravité de la situation gaspésienne.La décroissance est tellement généralisée qu\u2019il n\u2019y a plus en 2001 que cinq municipalités qui ne sont pas en perte d\u2019effectifs.Il s\u2019agit de deux réserves indiennes, d\u2019une petite localité en périphérie d\u2019une des réserves et d\u2019une autre près de l\u2019usine de New-Richmond et d\u2019un TNO isolé à l\u2019intérieur de la péninsule.Fait sans précédent, la diminution de population se manifeste dans toutes les catégories de municipalités y compris les petites villes et centres de services et leur proche banlieue.Même si c\u2019est devenu un lieu commun de parler de diminution de population en Gaspésie, la décroissance n\u2019avait jamais été aussi généralisée et elle avait toujours épargné la plupart des municipalités reliées directement aux principales concentrations de services.Ces dernières ont même toujours fait figure de petits pôles de développement exerçant un certain effet structurant sur le tissu de peuplement rural périphérique.Elles ont été les grandes bénéficiaires de la Le territoire 341 tertiarisation de l\u2019économie ressentant moins brutalement que le milieu rural le choc économique lié aux pertes d\u2019emplois dans l\u2019exploitation des ressources naturelles.Mais elles ne pouvaient se soustraire indéfiniment aux malaises économiques qui affectent leur région.L\u2019intégration urbaine rurale joue dans les deux sens, tout particulièrement dans une région où la structure urbaine est si fragile.Le cas de Murdochville.Durant la dernière période intercensale, 19 municipalités ont perdu au moins 10% de leurs effectifs dont 8 plus de 15 %.Avec une diminution de 27 % de sa population, c\u2019est Murdoch-ville qui fut la plus éprouvée.Cette petite ville qui était l\u2019une des plus peuplées de la Gaspésie en 1981 avec 3396 habitants n\u2019en compte plus que 1171 en 2001.On imagine l\u2019impact d\u2019une telle décroissance sur son infrastructure de services et ce d\u2019autant plus que cette dernière n\u2019existe que pour les résidants de la municipalité.L\u2019isolement de la ville en plein cœur de la Gaspésie lui enlève toute possibilité de desservir en services des localités voisines.Comme les travailleurs bien rémunérés de Murdochville dépensaient une bonne partie de leur revenus à l\u2019extérieur, l\u2019importante diminution de la masse salariale conséquente qux suppressions d\u2019emplois se fait ressentir sur l\u2019économie et sur la démographie de localités qui bénéficiaient directement de son influence comme Gaspé et Sainte-Anne-des-Monts.Gaspé a particulièrement écopé et en chiffres absolus, a subi les pires pertes de toute la Gaspésie durant les cinq dernières années, soit une diminution de 1585 personnes, ce qui correspond à près de 20% des pertes gaspésiennes.Le cas de Chandler.Bien que majeure, la diminution de population à Chandler est moins forte que ce à quoi on aurait pu s\u2019attendre, compte tenu des importantes pertes d\u2019emplois qui se sont produites là.La ville compte au dernier recensement 354 personnes de moins qu\u2019en 1996, ce qui représente un taux de décroissance de 10,5%.Ce taux est inférieur à celui de 17 municipalités gaspésiennes situées dans tous les secteurs de la péninsule et qui n\u2019ont pas connu de pertes d\u2019emplois aussi fortes qu\u2019à Chandler.Malgré ses vicissitudes, Chandler a deux importants avantages sur Murdochville, ceux de sa localisation géographique et de son statut de centre de services régional.Une fonction tertiaire relativement bien développée au service du milieu environnant lui permet d\u2019amortir le choc de la fermeture de sa principale usine.Des facteurs structurels de dépeuplement.Les problèmes démographiques gaspé-siens sont indissociables de ceux de son économie, qui eux-mémes ne sont pas sans liens avec un contexte géographique particulier.Leur persistance malgré les nombreux efforts de développement entrepris par tous les niveaux de gouvernement depuis les années 60 témoigne en quelque sorte de l\u2019importance des difficultés à surmonter.On pourrait résumer la situation de la Gaspésie en disant que c\u2019est une région qui n\u2019a pas complété sa reconversion économique.La décennie 1960-1970 qui marque le début de la période de décroissance démographique gaspésienne en est aussi une de grandes mutations dans toutes les structures socio-économiques de la Gaspésie comme de l\u2019ensemble du Québec.La Gaspésie s\u2019inscrit dans ces changements tout en ayant d\u2019importants retards à combler La Gaspésia n\u2019empêchera pas le déclin démographique de la Gaspésie Couronne périphérique 342 L\u2019état du Québec par rapport à l\u2019ensemble de la province.Qu\u2019il suffise de rappeler que son niveau de revenu atteignait à peine 60 % de celui du Québec.Donc, en plus des transformations à opérer, il y avait un important rattrapage à faire.C\u2019est surtout à ça et à de la relocalisation qu\u2019ont servi les investissements gouvernementaux issus des ententes de développement Canada-Québec.L\u2019abandon massif de l\u2019agriculture et de la pêche côtière et la mécanisation accrue des opérations forestières ont libéré de la main-d\u2019œuvre alors que les emplois créés dans les secteurs de la transformation et des services se sont toujours avérés insuffisants pour tous les travailleurs disponibles.De plus, beaucoup d\u2019emplois des trois grands secteurs d\u2019activité sont saisonniers, relativement précaires et peu payés.Les modes de mise en valeur des ressources naturelles ont changé mais sans renforcer de façon significative l\u2019ensemble de la structure économique.Au contraire, l\u2019épuisement des ressources minières et halieutiques, le retour à la friche de terres agricoles et la diminution des approvisionnements forestiers ont conduit à une fragilisation de la principale base économique du territoire.Difficulté à créer des emplois À l\u2019instar du Québec, la région essaie depuis de nombreuses années de diversifier et renforcer son économie en favorisant le développement de l\u2019entrepre-neurship et en s\u2019appuyant sur les modalités du développement local.Elle s\u2019est dotée du même type de mécanismes de création d\u2019emplois que ceux qui existent ailleurs au Québec et essaie de miser sur les forces du milieu.Elle dispose d\u2019une bonne infrastructure d\u2019enseignement qui contribue à la formation professionnelle.Beaucoup de nouvelles petites entreprises ont été créées et beaucoup ont fermé.D\u2019autres restent fermées ou ne fonctionnent que sur une base temporaire faute de ressources à transformer.Essentiellement, la structure d\u2019emplois a continué à évoluer au même rythme que dans le passé.Même si la région a bénéficié d\u2019améliorations significatives de ses structures administratives et socio-économiques, elle fait toujours face à de sérieuses difficultés pour les créations d\u2019emplois.Une structure de peuplement linéaire, démesurément longue et pratiquement dépourvue de véritables villes, et une population relativement faible qui diminue à un rythme rapide et qui dispose du revenu le plus faible du Québec nuisent considérablement au développement de son secteur tertiaire.Cette situation ne favorise guère la création d\u2019entreprises modernes et à haut degré de développement technologique dans le domaine de la transformation et ce d\u2019autant plus que la région est loin des grands marchés et mal dotée en moyens de communications.Pour ce qui est de la mise en valeur des ressources naturelles, l\u2019affaiblissement des réserves et les modes d\u2019exploitation semblent conduire davantage vers des diminutions que des créations d\u2019emplois.La configuration du peuplement de la région présente incontestablement des avantages en terme de qualité environnementale pour les résidants, mais elle entraîne aussi des inconvénients majeurs en ce qui concerne le développement.L\u2019absence de villes et de grandes concentrations de peuplement se fait ressentir de bien des façons et particulièrement dans le domaine des services aux résidants.Cela a des impacts sur les emplois et également sur les courants migratoires.La faiblesse de l\u2019infrastructure de services Le territoire 343 constitue en effet un facteur de répulsion ou d\u2019émigration pour plus d\u2019un.Ce problème se manifeste particulièrement chez ceux qui ont eu l\u2019occasion de faire l\u2019expérience du monde urbain pour des raisons d\u2019étude ou de travail et il concerne aussi et souvent pour des raisons différentes tous les groupes d\u2019âge.Diverses catégories de services publics et privés sont en cause, et avec le temps, en partie à cause de la diminution de population, la situation tend plus à se dégrader qu\u2019à s\u2019améliorer.L\u2019introduction des nouveaux modes de communications électroniques ne peut compenser la fermeture de commerces, le manque de médecins et les multiples carences dans toutes les catégories de services.Les systèmes de communication pour les biens et personnes laissent aussi beaucoup à désirer.Le transport ferroviaire a été volontairement déstructuré, le transport aérien est à coûts prohibitifs et la réparation du réseau routier entreprise il y a plus de 30 ans est loin d\u2019être terminée.Cette faiblesse des services qui tend à s\u2019accentuer mine le potentiel de développement de la région.Création de villes.sur papier.À défaut d\u2019existence d\u2019une véritable structure urbaine, le gouvernement a créé de façon autoritaire des villes sur papier par voie de fusion.C\u2019est ainsi que Percé et Gaspé sont devenues en 1970 les deux plus importantes villes de la Gaspésie.Malheureusement cela n\u2019a pas contribué à en faire des pôles de développement et à insuffler le dynamisme recherché à l\u2019est de la péninsule.Ce sont toujours des noyaux villageois environnés de très vastes espaces à population dispersée qui ont perdu respecüvement 36% et 13% de leur population en 30 ans alors que la tendance était à la croissance pour les petites villes de leur taille au Québec.C\u2019est à se demander si en faisant disparaître une quinzaine de conseils municipaux, ce ne sont pas autant de foyers de dynamisme et ou de consolidation qu\u2019on a éliminés.On a sans doute supprimé des problèmes de compétition entre municipalités mais pas nécessairement entre communautés.Pour la Gaspésie comme pour tout territoire à problèmes économiques, l\u2019augmentation du niveau d\u2019instruction est considérée comme un important facteur de développement.Or, dans le contexte gaspésien actuel, l\u2019instruction semble aussi être un facteur supplémentaire d\u2019exode.Faute d\u2019emplois conformes à leur formation et à leur profil de carrière, un nombre important de jeunes instruits quittent la région.Un inventaire sommaire réalisé pour la petite municipalité agro-forestière de Saint-Alphonse (755 personnes) où l'on ne donne que les premiers niveaux du secondaire, indique qu\u2019au moins une soixantaine de diplômés universitaires originaires de cette municipalité demeurent à l\u2019extérieur, alors qu\u2019on en dénombre une quinzaine sur place.En extrapolant ces chiffres à toute la Gaspésie, cela signifie environ 7600 diplômés Références Dugas, Clermont, Les régions périphériques, Presses de l\u2019Université du Québec, Québec, 1983.Dugas, Clermont, Un pays de distance et de dispersion, Presses de l\u2019Université du Québec, Québec, 1981 Jobin, Jean-Marie, 40 ans de lutte pour le développement de la Gaspésie, UPA, New-Richmond, 1991.La Gaspésia n\u2019empêchera pas le déclin démographique de la Gaspésie Couronne périphérique 344 L\u2019état du Québec gaspésiens qui vivraient à l\u2019extérieur, ce qui correspond à 85% de ceux qui résident dans la péninsule.La forte diminution de population que connaît la Gaspésie n\u2019est pas que la résultante d\u2019un simple fait conjoncturel ou de la fermeture de deux entreprises, si importantes soient-elles.Elle dépend aussi de problèmes structurels majeurs dont la solution s\u2019avère très difficile.Compte tenu des assises économiques et de la forme de peuplement de ce territoire, il va falloir mettre en place d'autres interventions de développement que celles existantes pour créer les emplois et les services nécessaires à l\u2019arrêt de l\u2019érosion démographique et particulièrement à la rétention des personnes les plus instruites.\u2022 Le Saguenay devra mieux contrôler ses pertes financières Marc-Urbain Proulx Économie Régionale, Université du Québec à Chicoutimi Remplie d\u2019espoirs exprimés avec une certaine euphorie à la veille des élections municipales, l\u2019année 2002 aura permis aux Saguenéens de renouer avec le vieux rêve de constituer un pôle de croissance.Ce désir concernant un centre urbain prospère capable de rayonner intensément dans une vaste zone nordique que d\u2019aucuns associent au Royaume-du-Saguenay des Amérindiens, prend en réalité ses racines dans les premiers efforts de planification régionale effectués dans les années i960.La programmation de politiques publiques qui suivit cibla clairement des objectifs de polarisation et de diffusion.Le pôle urbain de Saguenay a alors bénéficié de plusieurs composantes essentielles à son renforcement, notamment un deuxième port en eau profonde, deux cégeps, une université, des parcs industriels, des centres commerciaux, des centres de R&D, des édifices à bureaux, des agences gouvernementales, des conseils régionaux, une autoroute régionale interurbaine, des géants de la distribution, etc.Elles venaient renforcer d\u2019autres composantes déjà acquises telles que les institutions religieuses, l\u2019hôpital régional, l\u2019aéroport, les centres culturels.Récemment, trois pièces essentielles se sont encore ajoutées aux divers outils existants pour favoriser la polarisation des activités économiques à Saguenay, soit la reconnaissance officielle de la Vallée de l\u2019aluminium, l\u2019engagement gouvernemental sur le projet de route à quatre voies divisées pour relier la région avec le centre du Québec ainsi que la fusion de Ville de Saguenay.Nul doute que ces dossiers qui ont désormais franchi en 2002 des étapes importantes vers leur réalisation effective, vont participer au renforcement du pôle afin d\u2019en stimuler le développement.Est-ce que ces mesures nécessaires seront suffisantes pour relever l\u2019important défi socio-économique actuel dans cette collectivité?Selon notre lecture du développement régional, l\u2019agglomération urbaine de Saguenay et sa périphérie devront encore, par l\u2019entremise de leurs Le territoire 345 diverses organisations, inventer collectivement en 2003 de nouveaux outils de développement afin de solidifier leurs avantages compétitifs.Les fuites financières hors des circuits économiques régionaux et l\u2019attraction de savoir-faire dans la 2e et la 3e transformations deviendront des enjeux stratégiques.La Vallée de l'aluminium Dès le début du xx\" siècle, les élites régionales ont imaginé sur une carte géographique, la formation d\u2019un district industriel florissant sur le plateau sagnenéen, localisé entre le port de La Baie et l\u2019embouchure du lac Saint-Jean.Tous les espoirs étaient permis et justifiés.Par son réseau hydrographique très étendu et facilement accessible, la région détenait une source fabuleuse d\u2019énergie pour attirer des industries.Aussi, le bassin forestier qui l\u2019entourait représentait une ressource collective considérable.Et finalement, l\u2019oasis de verdure du Saguenay-Lac-Saint-Jean devenait un point de transit, un relais au-delà des Laurentides vers un immense territoire nordique à occuper, à coloniser et à exploiter.On croyait à l\u2019époque et souvent encore aujourd\u2019hui, qu\u2019il suffisait d\u2019implanter quelques industries de base dites motrices pour amorcer un processus d\u2019industrialisation continue par cumul de capital, à l\u2019exemple des vallées de la vieille Europe ou des jeunes États-Unis.Ce principe de développement qui se voulait universel a subi des difficultés opérationnelles au Saguenay.Des industries motrices sont bel et bien venues s\u2019établir.Mais leur effet d\u2019entraînement sur le processus d\u2019industrialisation fut très limité.Cette vallée n\u2019était ni celle de l\u2019Hudson, ni celle du Delaware et encore moins celle du Rhin.Voici pourquoi en quelques points principaux : \u2022\tla distance des grands marchés québécois, canadiens et américains demeura une contrainte importante sous l\u2019angle des coûts de transport, malgré son allègement considérable grâce à la construction d\u2019infrastructures de transport ; \u2022\tensuite, le bassin de main-d\u2019œuvre formé autour des fonderies et des papetières possédait paradoxalement des niveaux élevés de revenu et faibles de qualification.Ce qui le rendait relativement peu attractif pour les industries de 2e et 3\" transformations des matières premières qui pouvaient offrir des salaires moins élevés à une main-d\u2019œuvre généralement plus qualifiée.Aussi, les techniques utilisées ne sont pas les mêmes selon les étapes de la transformation au sein des filières industrielles, rendant ainsi les transferts difficiles à partir des grandes unités en amont vers les plus petites unités en aval ; \u2022\tfinalement, la classe entrepreneuriale nouvellement créée fut fortement sollicitée pour « faire des affaires » dans le secteur tertiaire en très forte émergence, délaissant trop en conséquence les créneaux plus exigeants de l\u2019industrie.Cet entrepreneuriat est demeuré largement confiné à la fourniture d\u2019équipements et de services, à la distribution de biens durables ou non durables et à la sous-traitance diverse.Le capital financier et technique initial n\u2019a pas fait boule de neige au Saguenay, en ne s\u2019étendant pas ou si peu aux industries concernées par la transformation des matières premières.Le processus d\u2019industrialisation des principales filières du pôle Saguenay et de sa périphérie, soit l\u2019aluminium et le bois, s\u2019est arrêté aux segments amont sans descendre vers Le Saguenay devra mieux contrôler ses pertes financières Couronne périphérique 346 L\u2019état du Québec l\u2019aval.L\u2019exportation est demeurée sous la forme de matières brutes, peu valorisées.Récupérés par les sièges sociaux extérieurs, les importants profits de l\u2019industrie saguenéenne furent largement réinvestis ailleurs dans le monde sans participer beaucoup au cumul saguenéen de capital.Peu de gens se plaignaient vraiment de ce phénomène à l\u2019époque puisque les salaires versés étaient suffisamment créateurs de richesse pour la population en croissance démographique et l\u2019élite entrepreneuriale relativement florissante.Une situation nouvelle Or, il en est autrement aujourd\u2019hui.Les nouvelles technologies de production massivement adoptées remplacent désormais une bonne partie des postes de travail rémunérateurs dans les industries traditionnelles.Ce qui prive ainsi le Saguenay d\u2019importantes entrées financières sous la forme de salaires.En réalité, la production d\u2019aluminium et de bois s\u2019accroît mais l\u2019emploi qui y est relié diminue en se répercutant sur la masse salariale versée qui se rétrécit comme peau de chagrin dans le milieu.Bref, la population du Saguenay-Lac-Saint-Jean obtient moins de compensation salariale en retour du prélèvement des ressources naturelles.Ainsi, le nouveau concept de Vallée de l\u2019aluminium accompagné de mesures fiscales appropriées pour les entreprises s\u2019applique actuellement sur un territoire drainé davantage qu\u2019auparavant de plusieurs facteurs endogènes de croissance.Ce concept peut compter cependant sur plusieurs outils de développement déjà opérationnels tels que les services d\u2019incubation industrielle, les sociétés de capital de risque, les chaires de recherche, la for- mation de la main-d\u2019œuvre, le soutien à l\u2019entrepreneuriat, les conseils régionaux et locaux de développement, les chambres de commerce, les mécanismes de transfert de technologies, etc.Aussi, le Centre des technologies de l\u2019aluminium actuellement en construction devient une composante très importante.Ce n\u2019est donc pas un concept vide.Devant la dispersion des efforts passés de prospection industrielle, nul doute qu\u2019il faille un «pacte collectif global » à offrir aux investisseurs et aux technologues que le Saguenay désire attirer sur son territoire municipal et dans sa périphérie.Les alliances et les partenariats tissés en ce sens au cours des dernières années devraient aboutir à des résultats concrets en 2003.À cet effet, on ne peut au Saguenay contourner les enjeux que sont les salaires, la productivité et la qualité de vie.L'autoroute du Parc des Laurentides La population du Saguenay-Lac-Saint-Jean entretient beaucoup d\u2019espoir aussi à l\u2019égard d\u2019un axe routier à quatre voies divisées pour relier cette région au centre du Québec à travers la réserve faunique des Laurentides.Espoirs qui apparaissent quelquefois démesurés, sûrement à l\u2019image du taux de chômage record qui frappe cette région depuis vingt ans.Près de la moitié de la population régionale a signé la pétition du groupe de pression Accès Bleuets.Ce mouvement social a fait mouche.Les deux niveaux de gouvernements supérieurs se sont engagés à réaliser le projet.Cette infrastructure routière ne réduira pas la distance physique à franchir par les marchandises.C\u2019est entendu.Mais elle modifiera la perception de cette distance par les investisseurs, les cadres d\u2019entreprises, les experts, les technolo- Le territoire 347 gués, les touristes, les représentants, les fonctionnaires, les fournisseurs et les consommateurs.Ce qui représente un acquis éventuel considérable.L\u2019autoroute va désenclaver psychologiquement le Saguenay-Lac-Saint-Iean en le rendant plus attractif de capital humain si nécessaire à son défi actuel à l\u2019égard de la 2e et de la 3' transformations.Avec la montée en importance du transport routier au Québec et ailleurs dans le monde au cours des dernières décennies, nul doute qu\u2019un lien routier de meilleure qualité améliorera la position territoriale concurrentielle du pôle Saguenay sur le vaste espace québécois et nord-américain.De l\u2019avis de tous, la capacité d\u2019attraction d\u2019activités économiques et de ressources humaines qualifiées en sera bonifiée.Le degré réel de cette bonification sera fixé en 2003 par les experts qui exécuteront l\u2019étude de faisabilité de cette infrastructure.On se doute déjà que ce n\u2019est pas du strict point de vue coûts \u2014 bénéfices que « l\u2019autoroute du parc » est le plus justifié mais bien sous un angle économique plus large.Ce projet se situe dans la volonté de réduction des inégalités interrégionales largement préconisée par tous les gouvernements occidentaux dans le cadre de la politique régionale.À cet effet de volonté gouvernementale d\u2019intégrer tous les territoires dans l\u2019effort national de développement, les Saguenéens et les Jeannois ont comme les Gaspésiens bien compris qu\u2019un bon groupe de pression vaut plus que tous les beaux principes mis de l\u2019avant par les études, les commissions et les discours.Ils savent aussi que les groupes environnementalistes qui ont contré au Saguenay-Lac-Saint-Jean plusieurs projets ayant des retombées économiques démontrées, tels que le harnachement de la rivière Ashuamuschuan et la construction d\u2019un champ de tir pour l\u2019armée canadienne, ne pourront faire reculer les automobilistes et regarderont alors couler du béton et de l\u2019asphalte dans réserve faunique.Un dossier à suivre en 2003.Ville de Saguenay Désirée depuis la fin des années i960 par les autorités de Québec, la consolidation de Ville de Saguenay a franchi une étape très importante le 20 février 2002 par l\u2019application du décret gouvernemental.Pour l\u2019agglomération de Saguenay, cet effort d\u2019intégration urbaine ressemble à une véritable saga à l\u2019emporte-pièces, notamment les oppositions très chaotiques de certaines banlieues et le congédiement du directeur général de la nouvelle ville fusionnée après seulement quelques heures d\u2019entrée en fonction.Les prochaines pièces s\u2019annoncent à l\u2019aune des tendances à l\u2019hégémonie de cette ville sur sa périphérie.Le Saguenay-Lac-Saint-Jean semble à l\u2019évidence démarrer une nouvelle ère d\u2019équilibre difficile avec son principal pôle.Car les membres autant internes qu\u2019externes de ce pôle sont institutionnellement peu ficelés au corps principal, soit la corporation municipale.En réalité, Ville de Saguenay ne possède pas d\u2019attaches politiques avec ses partenaires internes du secteur public et collectif local.Elle n\u2019en a pas non plus avec ses partenaires des périphéries, ni immédiate soit la MRC, ni éloignée soit la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean et ni très éloignée soit le nord-est du Québec.En 2003, la question de la gouvernance globale de l\u2019ensemble se posera clairement et probablement douloureusement dans un contexte de confrontations politiques sur la scène québécoise.Si la nouvelle Ville de Saguenay pos- Le Saguenay devra mieux contrôler ses pertes financières Couronne périphérique 348 L\u2019état du Québec sède un excellent leadership interne de consolidaüon depuis l\u2019arrivée à la barre de la nouvelle équipe municipale, il demeure que le renforcement de ce pôle de croissance fait appel à un partenariat élargi qui ne peut être étendu et solidifié par des directives du haut magistrat ou par des règlements municipaux.Le vaste domaine public du Saguenay qui, par ses services d\u2019éducation, de santé, de transport, de soutien communautaire, de soutien à l\u2019emploi, de développement socio-économique, de prospection industrielle, de promotion touristique, de protection de l\u2019environnement, etc., doit être interpellé par des mécanismes institutionnels relevant davantage de la diplomatie que de la hiérarchie.La concertation, qui a eu ses heures difficiles dans cette communauté urbaine divisée comme pas une au Québec, doit trouver de nouvelles voies d\u2019affirmation afin de construire avec ce pôle un véritable centre à grand rayonnement nordique pour le bénéfice de ses entreprises, notamment dans le secteur tertiaire qui est le moteur de l\u2019économie contemporaine des villes dynamiques.Ville de Saguenay possède en ce sens une responsabilité naturelle qui déborde largement la gestion de services municipaux, sans toutefois que la Loi des Cités et villes le reconnaisse.L\u2019année 2003 sera charnière à cet effet.Le rôle du maire.Sur le front diplomatique, le populiste maire Jean Tremblay deviendra l\u2019objet d\u2019observation attentive par les élites locales, régionales et nationales.Il sera en conséquence soumis au verdict de la démocratie participative.Ce maire a par ailleurs déjà fort bien démontré qu\u2019il sait batailler, non seulement pour imposer son autorité mais aussi pour renforcer sa ville.En 2002, il a fait face à à peu près toutes les autorités autres que la sienne.Il réalisera sans doute que la société civile organisée est devenue une puissante force d\u2019équilibre politique au Québec, qui peut par ailleurs bien servir sa cause à l\u2019égard du développement.L\u2019année 2003 lui permettra de changer de perspective.Il s\u2019agit tout simplement à cet effet que le magistrat perçoive son défi de guerrier non pas sur son territoire local et régional mais bien dans le champ de la concurrence internationale entre villes du même acabit.Car le vrai concurrent de Ville de Saguenay en désir de polarisation d\u2019activités économiques, ce n\u2019est pas Larouche, Roberval, Alma, Tadoussac, Baie-Comeau ou Trois-Rivières mais bien Umea, Reykjavik et Punta Arenas.Le contrôle des fuites L\u2019ennemi n° 1 de Ville Saguenay et de sa périphérie immédiate, éloignée et très éloignée réside dans les fuites financières hors de ses circuits économiques.D\u2019abord, nous l\u2019avons vu, les opérations forestières, l\u2019agriculture, la première transformation de l\u2019aluminium et la fabrication de papier génèrent de moins en moins d\u2019emplois et de salaires alors que les profits d\u2019une production en croissance s\u2019envolent largement à l\u2019extérieur.Face à l\u2019effort d\u2019investissement demandé récemment pour effectuer la mutation technologique, plusieurs industries régionales telles que les scieries, les laiteries et les boulangeries furent intégrées par des intérêts extérieurs dans leur recherche de marchés, de sources d\u2019approvisionnement, d\u2019économies d\u2019échelle et de profits.Les petites unités de production, notamment dans l\u2019agroalimentaire, le textile et l\u2019habitation, sont désormais intégrées par des plus grosses qui se Le territoire 349 localisent ailleurs, accentuant ainsi les importations et les sorties financières qui en découlent.Les nouveaux emplois créés dans le tertiaire sont généralement moins bien rémunérés par des activités dont la propriété est de plus en plus extérieure.En réalité, le secteur tertiaire en pleine croissance fut envahi par les grandes chaînes nationales à multiples succursales dans l\u2019alimentation, l\u2019habillement, le meuble, la restauration, la quincaillerie, la comptabilité, la finance, l\u2019optométrie, etc.Par-dessus ces relations de marché qui désavantagent de plus en plus les périphéries, il apparaît que le Saguenay-Lac-Saint-Jean ne reçoit pas sa juste part des dépenses publiques dans certains secteurs, notamment la santé selon quelques études bien crédibles.Bref, les fuites financières qui ont toujours contraint le processus cumulatif de la croissance régionale, se sont accentuées à un point tel qu\u2019elles compromettent désormais très sérieusement les importants efforts de développement endogène effectués par une panoplie d\u2019agents, compétents et volontaires.Le débat sur l\u2019utilisation des redevances versées à Québec pour l\u2019exploitation des ressources naturelles devient de plus en plus important au Saguenay-Lac-Saint-Jean.Il est même devenu incisif au printemps 2002 lorsque les conditions non dévoilées de « l\u2019Entente Commune » entre Québec et les Amérindiens furent remises en question par une élite éveillée aux droits collectifs de la population indigène non autochtone.D\u2019autant plus que les tarifs de 27% imposés sur les millions de mètres cubes de bois d\u2019œuvre exportés aux États-Unis à partir de cette région, font apparaître clairement que ces redevances gouvernementales ne sont probablement pas suffisamment élevées à l\u2019égard de ces ressources dont l\u2019exploitation très intensive par de grandes entreprises crée de moins en moins d\u2019emplois localement.Peut-on exiger des redevances établies en fonction des fuites hors des circuits territoriaux, de manière à favoriser les investissements ?Il s\u2019agit ici aussi d\u2019un autre dossier à suivre en 2003.L'attraction de cerveaux à Saguenay Dans une région périphérique fortement dépendante des marchés mondiaux et largement dominée par les grandes entreprises, la stratégie d\u2019attraction d\u2019activités économiques demeure extrêmement importante.Plusieurs facteurs s\u2019avèrent favorables à cet objectif au Saguenay-Lac-Saint-Jean.Ils expliquent d\u2019ailleurs la venue récente d\u2019importants investissements industriels qui ne se concentrent pas à Ville de Saguenay mais se dispersent plutôt tout autour sur le vaste territoire.Aussi, la localisation des géants de la distribution fut un véritable succès au cours des années 1990 en matière d\u2019attraction commerciale.Succès qui apporte par contre des conséquences négatives importantes dans les petites villes de la périphérie qui voient s\u2019éroder le pouvoir d\u2019achat de leurs citoyens vers la capitale régionale.Il faut le dire, les intérêts des petites entreprises commerciales indigènes ne furent pas suffisamment protégés face à l\u2019arrivée de géants que d\u2019aucuns appellent les « killers ».Le capital local fut malmené encore plus dans sa tendance lourde à l\u2019effritement.Néanmoins, le pouvoir d\u2019attraction de Ville de Saguenay et sa vaste périphérie s\u2019avère certes bien réel.Le pôle Saguenay possède à cet effet sa vocation attractive dans le tertiaire moteur, c\u2019est-à-dire dans les services supérieurs aux entreprises Le Saguenay devra mieux contrôler ses pertes financières Couronne périphérique 350 L\u2019état du Québec (finance, marketing, génie, R&D, etc,).Ce potentiel d\u2019attraction devra dans le futur être utilisé pour attirer des services supérieurs privés et publics.Non pas pour intégrer et avaler les services existants mais bien pour les renforcer, les appuyer, les multiplier.Il ne faut pas nécessairement des grosses firmes qui offrent des services standardisés mais bien des petites unités détenant des savoir-faire spécifiques et pointus.L\u2019arrivée du Centre des technologies de l\u2019aluminium doit devenir une bougie d\u2019allumage à cet égard puisqu\u2019il nécessitera un ensemble de petites cellules de transfert et de valorisation des résultats de recherche.Il devient essentiel d\u2019attirer des experts et de les conserver par la suite.Il s\u2019agit alors moins pour Ville de Saguenay, d\u2019accentuer sa fonction bien développée à l\u2019égard de la distribution de biens de consommation courante que celle à l\u2019égard de la production de services supérieurs spécialisés.Les fuites de capital financier pourrait être compensées en partie par les entrées de capital humain qui représente en réalité le vrai nerf de la guerre économique.Ces services spécialisés en cours de polarisation à Ville de Saguenay formeront à terme un véritable foyer économique capable d\u2019insuffler de nouveaux savoir-faire dans les 2' et 3e transformations des ressources naturelles.Voilà, il nous semble, le véritable défi de Ville de Saguenay dans son repositionnement comme pôle de croissance de la vaste superficie appelée Royaume-du-Saguenay.La qualité de vie urbaine devient alors très importante, notamment les loisirs, la culture, l\u2019éducation, la santé, l\u2019atmosphère à la créativité, la sécurité.et aussi l\u2019environnement.À ce propos, Ville de Saguenay possède justement son entière responsabilité en matière d\u2019aménagement du territoire et de l\u2019urbanisme.Quelle coïncidence ! À travers les batailles à livrer par le Conseil municipal en 2003, y aura-t-il encore une petite place à l\u2019agenda pour s\u2019intéresser à l\u2019aménagement du territoire et l\u2019urbanisme?\u2022 Références Proulx, Marc-Urbain, « Difficile territorialité saguenéenne », paru dans Organisations et Territoires, vol.11, n° 3 automne 2002.?Site Internet Sur la Vallée de l\u2019aluminium : www.transformactions.net/val_alumi.html Le territoire 351 Les synthèses d'histoire régionale du Québec Le chantier sur l'histoire des régions du Québec Fernand Harvey INRS-Urbanisation, Culture et Société On a longtemps affirmé que l\u2019ancienne société canadienne-française était relativement homogène culturellement et que la principale dichotomie à établir se posait en termes d\u2019une opposition entre urbanisation et ruralité.Cette opposition culturelle entre la ville et la campagne n\u2019a plus cours depuis longtemps au Québec.Par contre, on a pu observer depuis les années i960 en particulier une montée de l\u2019affirmation des identités régionales, alimentée par les acteurs régionaux et par l\u2019action des trois niveaux de gouvernement \u2014 fédéral, provincial et municipal \u2014 en matière d\u2019administration publique, de développement et d\u2019aménagement du territoire.La région, qu\u2019on la considère à l\u2019échelle des municipalités régionales de comté (MRC), à l\u2019échelle des régions administratives, ou à celle plus ambiguë et mal définie des régions culturelles (ex.Charlevoix, Beauce), est devenue une réalité incontournable de la vie économique, politique et culturelle du Québec.Peu à peu émergent de nouvelles distinctions qui n\u2019opposent plus la ville et la campagne, mais le triangle Montréal, Québec et les autres régions.On observe aussi un clivage entre la région de Montréal aux allures multiculturelles et les autres régions du Québec, plus homogènes culturellement, malgré la présence toujours active de communautés anglophones dans l\u2019Outaouais, les Cantons de l\u2019Est, la Gaspésie et la région de Québec.La démographie établit également ses propres distinctions entre les régions périphériques en perte de population, les régions ceinturant l\u2019ile de Montréal en croissance rapide d\u2019effectifs et les autres régions dont la population demeure plus ou moins stable, comme dans la région de Québec.L\u2019activité culturelle crée aussi ses propres déséquilibres entre Montréal, métropole culturelle où sont concentrés les principaux lieux de création et de diffusion de la culture et les autres régions du Québec qui sont souvent marginalisées par les médias de masse montréalais, malgré un dynamisme artistique et littéraire étonnant.Bref, le Québec est devenu une société diversifiée où la dimension régionale doit être tenue en compte parallèlement à des réalités plus sectorielles liées à l\u2019économie, à l\u2019immigration, à la santé et à l\u2019éducation.Dès lors, il importait d\u2019avoir une meilleure connaissance de l\u2019histoire des espaces régionaux au Québec, afin de dépasser les idées vagues ou les stéréotypes engendrés par des survols trop rapides collés à l\u2019actualité ou par des reportages à caractère touristique.D\u2019où l\u2019idée de lancer un ambitieux projet sur l\u2019histoire de chacune des régions culturelles du Québec, y compris la région de Montréal.Ce chantier sur les histoires régionales a été lancé en 1980 par l\u2019Institut québécois de recherche sur la culture (IQRC), avec l\u2019appui de son premier président, Fernand Dumont.Ce Le chantier sur l\u2019histoire des régions du Québec Les synthèses d\u2019histoire régionale du Québec 352 L\u2019état du Québec chantier a d\u2019abord été dirigé par le sociologue et historien Fernand Harvey jusqu\u2019en 1990, puis par l\u2019historien Normand Perron depuis cette date.L\u2019IQRC a été entre-temps intégré à l\u2019Institut national de la recherche scientifique sous le nom d'INRS-Culture et Société, puis d\u2019INRS-Urbanisation, Culture et Société, mais le projet des histoires régionales se poursuivra jusqu\u2019à la réalisation finale des 23 synthèses prévues.La collection Les régions du Québec publiée par les Éditions de l\u2019IQRC / Presses de l\u2019Université Laval compte déjà 14 volumes en 2002.Financement local.Le concept d\u2019origine du projet prévoyait une série de synthèses historiques réalisées par des équipes de chercheurs chevronnés issus des différentes régions du Québec et couvrant l\u2019ensemble des périodes historiques d\u2019une même région, depuis ses origines amérindiennes jusqu\u2019à nos jours.Une grille thématique relativement uniforme a ainsi été utilisée pour rendre compte du peuplement, des activités économiques, des institutions sociales, ainsi que de la vie religieuse, scolaire et artistique.Chaque volume respecte les normes de rigueur scientifique tout en étant abondamment illustré et rédigé dans un langage accessible au grand public.L\u2019originalité du projet tient également au fait que sa réalisation est appuyée par un comité d\u2019honneur régional et un sous-comité de financement formés de personnalités du milieu.Chaque campagne régionale de financement a jusqu\u2019ici atteint ses objectifs compte tenu des contributions des différents secteurs sollicités (gouvernemental, municipal, parapublic, religieux, scolaire, coopératif, secteur privé, etc.).Le budget moyen d\u2019un projet de recherche se situe autour de 450 000 $ et se répartit sur une période de quatre ans.Quant au découpage régional retenu, il épouse généralement les limites des régions administratives du Québec.Certaines modifications ou recoupements ont toutefois été effectués pour tenir compte de limites culturelles imprécises dans le cas des Cantons de l\u2019Est et de la Montéré-gie, ou encore pour inclure des identités propres à certaines sous-régions comme la Beauce, la Côte-du-Sud, Charlevoix et les îles-de-la-Madeleine.L\u2019effet cumulatif des histoires régionales publiées depuis une vingtaine d\u2019années permet déjà d\u2019esquisser une vision en profondeur et plus diversifiée de l\u2019histoire générale du Québec.Il est maintenant possible d\u2019entrevoir des études interrégionales sur des thèmes tels que les transformations de l\u2019agriculture dans la vallée du Saint-Laurent et dans les régions de colonisation plus récente, la création par le clergé d\u2019institutions de santé et d\u2019éducation avant la prise en charge par le gouvernement québécois, etc.Des questions jusque-là négligées par les historiens comme la vie culturelle et artistique, l\u2019évolution du sentiment régional apparaissent maintenant sous un angle nouveau.L\u2019histoire économique du Québec peut aussi être régionalisée avec plus de précision.Sans doute sera-t-il possible dans l\u2019avenir de regrouper certaines régions en fonction de caractéristiques communes : régions frontalières, régions maritimes, régions fortement urbanisées, régions agricoles, forestières.Parmi les retombées de ce vaste projet, mentionnons la collection «Histoire en bref\", une version abrégée des grandes synthèses, de même que le projet Encyclobec, une encyclopédie historique interactive et évolutive sur les régions du Québec qui sera disponible sous peu sur Internet [site WEB en construction]. Le territoire 353 La dynamique des espaces régionaux se modifie sans cesse ; celle de demain différera sans doute de celle d\u2019aujourd\u2019hui, mais le recours à l\u2019histoire constituera toujours une référence essentielle pour comprendre et analyser les tendances lourdes qui affectent le rapport entre les hommes et le territoire qu\u2019ils habitent, de même que les liens sociaux qu\u2019ils ont tissés au sein de leur espace régional.C\u2019est en tenant compte des travaux déjà publiés sur l\u2019histoire des régions du Québec que Québec 2003 inaugure une série de profils régionaux.Les historiens qui ont étudié les régions dites « périphériques » ont été mis à contribution dans un premier temps.Les autres régions du Québec feront l\u2019objet d\u2019un traitement analogue au cours des années ultérieures.\u2022 Références Bibliographie des synthèses publiées Éditions de L\u2019IQRC / Presses de l\u2019Université Laval Collection « Les régions du Québec» Sous la direction de Normand Perron \u2022\tHistoire de la Gaspésie.795 p.1981 et 1999 [2' édition revue], Marc Desjardins, Yves Frenette et al.\u2022\tHistoire du Saguenay-Lac-Saint-Jean, 667 p.1989, Camil Girard et Normand Perron \u2022\tHistoire des Lau rend des, 892 p.1989, Serge Laurin \u2022\tHistoire de la Côte-du-Sud, 645 p.1993,\tAlain Laberge, dir.et al, \u2022\tHistoire du Bas-Saint-Laurent, 861 p.1993,\tJean-Charles Fortin, Antonio Lechasseur étal, \u2022\tHistoire de L\u2019Outaouais, 876 p.1994,\tChad Gaffield, dir.et al, \u2022\tHistoire de l\u2019Abitibi-Témiscamingue, 763 p.1995,\tOdette Vincent, dir.et al, \u2022\tHistoire de Lévis-Lotbinière, 812 p.1996,\tRoch Samson, dir.et al.\u2022\tHistoire de la Côte-Nord, 669 p.1996, Pierre Frenette, dir.et al, \u2022\tHistoire des Cantons de l\u2019Est, 829 p.1998,\tJean-Pierre Kesteman, Peter Southam et Diane Saint-Pierre, \u2022\tHistoire du Piémont-des-Appalaches, 411p.1999,\tMario Gendron et al, \u2022\tHistoire du Haut-Saint-Laurent, 439 p.2000,\tMario Filion et al, \u2022\tHistoire de Charveloix, 389 p.176 p.III.2000,\tNormand Perron et Serge Gauthier, \u2022\tHistoire du Richelieu-Yamaska, Rive-Sud, 557 P- 2001,\tMario Filion, Jean-Charles Fortin et al, En préparation : Histoire de la Mauricie; Histoire des Bois-Francs ; Histoire des îles-de-la Madeleine; Histoire de Beauce-Etchemins-Amiante ; Histoire de Québec et de sa région, Histoire de Montréal et de sa région ; Histoire de Lanaudière ; Histoire de la Jamésie ; Histoire du Nunavik.Collection «Les régions du Québec.Histoires en bref» Sous la direction de Léo Jacques et Normand Perron \u2022\tLe Bas-Saint-Laurent, 190 p.III.1999,\tJean-Charles Fortin et Antonio Lechasseur, \u2022\tHistoire des Lauren tides, 190 p.III.2000,\tSerge Laurin, Histoire de la Côte-du-Sud, 176 p.III.2000, Jacques Saint-Pierre, ?Site Internet www.histoires-regionales.inrs-ucs.uquebec.ca/ \t Le chantier sur l\u2019histoire des régions du Québec Les synthèses d\u2019histoire régionale du Québec 354 L'état du Québec LA CÔTE-DU-SUD Jacques Saint-Pierre Historien Aux XVII' et XVIII' siècles, l\u2019expression «coste du sud» s\u2019applique à une réalité strictement physique : la rive sud du Saint-Laurent.Le toponyme en vient à désigner plus spécifiquement le territoire qui s\u2019étend de Beaumont à Rivière-du-Loup au XIX' siècle.Il apparaît alors sous la plume d\u2019écrivains de la région, comme Philippe Aubert de Gaspé et Joseph-Charles Taché, ou d\u2019autres auteurs québécois.C\u2019est ainsi, par exemple, que Pierre-Joseph-Olivier Chauveau situe l\u2019action de son roman de mœurs Charles Guérin, paru en 1853, «dans une de ces riches paroisses de la côte du sud, qui forment une succession si harmonieuse de tous les genres de paysages imaginables, panorama le plus varié qui soit au monde, et qui ne cesse qu\u2019un peu au-dessus de Québec, où commence à se faire sentir la monotonie du district de Montréal.» Cette région se distingue du Bas-Saint-Laurent, à laquelle elle est assimilée par plusieurs personnes sous l\u2019expression Bas-du-Fleuve, par l\u2019ancienneté de son peuplement et elle est, du moins à cette époque, moins soumise à l\u2019influence de la ville de Québec que la Rive-Sud.Cependant, elle perd une partie de son identité à la suite de l\u2019avènement des moyens de communication modernes au début du XX' siècle.Le toponyme est remis à l\u2019honneur par la Société historique de la Côte-du-Sud après 1950 et il est employé aujourd\u2019hui en référence au territoire gravitant autour de deux pôles urbains, Montmagny à l\u2019ouest et La Pocatière à l\u2019est.En ce qui concerne l\u2019aménagement du territoire, la Côte-du-Sud englobe les municipalités régionales de comté de Bellechasse, Montmagny, L\u2019Islet et Kamouraska.La Côte-du-Sud n\u2019est pas une entité naturelle homogène, mais elle comporte plutôt une diversité de formes de terrain.Depuis le fleuve jusqu\u2019à la frontière américaine, on trouve : l\u2019archipel de Montmagny et les îles du littoral de Kamouraska, l\u2019étroit corridor des basses terres en bordure du Saint-Laurent, presque complètement défriché, le piedmont, domaine de l\u2019érablière, et le plateau appalachien, recouvert aujourd\u2019hui d\u2019une forêt mixte.Cette succession de paysages confère à la région sa physionomie particulière évoquée par Chauveau.Au point de vue géologique, la Côte-du-Sud repose sur une assise rocheuse vieille de 350 à 450 millions d\u2019années.Le relief délimite deux régions: une pénéplaine couvrant la majeure partie du territoire et une étroite bande de terres basses formées par la mer de Goldthwait qui recouvrait la zone inférieure à 150 m d\u2019altitude après le retrait des glaciers il y a 10 000 ans.Le plateau appalachien se détache très nettement de la plaine littorale.L\u2019escarpement atteint parfois plusieurs centaines de mètres, offrant des panoramas uniques, comme celui que l\u2019on peut observer depuis le belvédère du lac Trois-Saumons ou encore au sommet de la côte des Chats à Saint-Pacôme.Aux deux entités délimitées par le relief correspondent les grandes phases d\u2019occupation du territoire caractérisées par des modes de vie particuliers.La zone des basses terres coïncide à Le territoire 355 peu près avec l\u2019aire occupée par les seigneuries concédées avant la Conquête de 1760.Les colons se fixent d\u2019abord sur les terres les plus fertiles.La production agricole vise alors à satisfaire les besoins domestiques, mais la région produit aussi des surplus de blé qui sont exportés à l\u2019extérieur de la colonie.Au debut du XIX' siècle, les terres fertiles de la Rivière-du-Sud sont considérées comme le « grenier » de l\u2019est du Québec.La zone des hautes terres appalachiennes ne sera colonisée que dans la seconde moitié du XIX' siècle.C\u2019est la pression démographique qui force les fils de cultivateurs à venir s\u2019installer sur les sols pauvres de cette partie de la région.L\u2019agriculture s\u2019y développe en marge de l\u2019exploitation forestière, qui reste encore aujourd\u2019hui la seule véritable ressource de cette partie du territoire.Plusieurs familles souches québécoises ont leurs racines sur la Côte-du-Sud, qui représente un peu plus de 10 % de la population québécoise au XVIII' siècle.Mais ce poids démographique diminue régulièrement par la suite.Ainsi, la région ne compte plus que 6,4% de la population en 1851 et ce taux ne dépasse pas 3% en 1931.L\u2019importance numérique de la population des paroisses à l\u2019est de Québec (jusqu\u2019à Rimouski) justifie le recours par l\u2019évêque du diocèse à un délégué régional pour régler certaines difficultés.Le curé de Rivière-Ouelle, Bernard-Claude Panet, s\u2019acquitte si bien de cette mission qu\u2019il est choisi comme coadjuteur par monseigneur Joseph-Octave Plessis en 1806.Ce début de reconnaissance de la Côte-du-Sud comme entité se concrétise en 1827 avec la fondation d\u2019un collège classique à Sainte-Anne-de-la-Pocatière.Cette initiative de Joseph-François Painchaud, qui bénéficie de l\u2019appui de monseigneur Panet alors archevêque de Québec, crée un premier pôle institutionnel à l\u2019est de Québec, dont le rôle sera renforcé par la création de l\u2019École d\u2019agriculture en 1859.Au-delà des institutions, l\u2019identité de la Côte-du-Sud s\u2019exprime à travers les caractéristiques de la population, les modes de vie et les idéologies.Malgré un certain apport étranger à la fin du XVIII' siècle et au début du XIX' siècle, la population sudcôtoise demeure très homogène au point de vue de la langue et de la religion durant toute son histoire.Elle conserve, en outre, jusqu\u2019au milieu du XX' siècle son caractère essentiellement rural.Avant l\u2019uniformisation qui suit l\u2019avènement des moyens de communication modernes, la région se distingue également par certains usages particuliers au lieu comme l\u2019utilisation du foin de grève comme nourriture pour les bestiaux qui permet de produire le fameux beurre de Kamouraska, la préférence pour le cheval comme animal de trait, l\u2019abandon du battage au fléau des récoltes de grain au profit d\u2019un système actionné par la force du vent.Enfin, la Côte-du-Sud apparaît comme un bastion de l\u2019idéologie clérico-nationaliste, qui s\u2019impose au Québec dans la seconde moitié du XIX'siècle.Depuis 1850, la Côte-du-Sud éprouve des difficultés à retenir sa population.L\u2019ouverture des paroisses de colonisation de l\u2019arrière-pays ne suffit pas à endiguer le mouvement migratoire vers les États-Unis ou le reste du pays.L\u2019avènement du chemin de fer du Grand Tronc, qui relie Lévis à Rivière-du-Loup en 1859, facilite l\u2019immigration vers les villes manufacturières en pleine La Côte-du-Sud Les synthèses d\u2019histoire régionale du Québec 356 L\u2019état du Québec croissance.Les quelques industries régionales, notamment les scieries, fournissent un certain nombre d\u2019emplois.Par contre, elles ne sont pas en mesure d\u2019absorber la totalité de la main-d\u2019œuvre disponible.Montmagny demeure longtemps la seule agglomération urbaine de la Côte-du-Sud.C\u2019est encore actuellement le principal pôle industriel de la région, auquel se sont greffés des centres secondaires comme L\u2019Islet, Saint-Pamphile, La Pocatière et Saint-Damien.La Côte-du-Sud connaît un nouveau souffle dans le contexte de concertation régionale du début des années i960.Les Sudcôtois se mobilisent alors pour des motifs principalement économiques ; ils veulent leur part des bénéfices de la croissance de l\u2019après-guerre.Si les nouvelles institutions régionales mises sur pied à ce moment contribuent à renforcer le sentiment d\u2019appartenance à la région chez les principaux acteurs socio-économiques, l\u2019impact sur la population elle-même est plutôt négligeable.À l\u2019instar des autres Québécois, les gens de la Côte-du-Sud sont préoccupés davantage par des problèmes sociaux comme l\u2019emploi, la santé, l\u2019avenir des jeunes.La répartition de l\u2019emploi selon les secteurs d\u2019activité sur la Côte-du-Sud diffère quelque peu de la situation québécoise.La proportion de la population active dans le secteur des services varie de 52,5 % dans la MRC de L\u2019Islet à 64,9 % dans celle de Kamouraska, tandis qu\u2019elle dépasse 75 % au niveau du Québec.Le secteur primaire (agriculture, forêt, etc.) est plus important dans la région, notamment dans Bellechasse.Il en est de même du secteur manufacturier : dans les MRC de L\u2019Islet et de Montmagny, il regroupe respectivement 34,4% et 28,9% de la population active, contre 17% pour le Québec.L\u2019Islet compte à elle seule six des treize entreprises de 200 employés et plus de la région.L\u2019exode des jeunes n\u2019est pas un problème nouveau.Plus instruits depuis la réforme du système d\u2019éducation, ceux-ci sont aussi plus mobiles que par le passé.Quant aux décrocheurs, certains espèrent améliorer leur sort en partant pour la ville.Les possibilités d\u2019emploi pour les diplômés universitaires, les techniciens et les ouvriers qualifiés restent assez limitées.La région possède quelques centres de recherche, mais elle est dépourvue d\u2019institutions d\u2019enseignement supérieur.Quant aux entreprises œuvrant dans les secteurs de pointe, comme Bombardier à La Pocatière ou IPL à Saint-Damien, qui utilisent les services de plusieurs sous-traitants dans les environs, elles sont incapables d\u2019absorber toute la main-d\u2019œuvre disponible.Par contre, certains postes exigent des compétences qu\u2019on ne trouve pas nécessairement sur place.Dans les secteurs qui requièrent moins de qualifications, que ce soit dans l\u2019industrie ou les services, l\u2019offre d\u2019emplois est aussi nettement inférieure à la demande.Dans les années 1970 et 1980, les gouvernements ont tenté de corriger la situation en injectant des fonds publics dans des projets de création d\u2019emplois.Mais ces mesures n\u2019ont pas eu d\u2019effets permanents.En agriculture, c\u2019est plutôt la relève qui fait très souvent défaut.En premier lieu, le métier exige une formation beaucoup plus poussée que par le passé : le producteur moderne doit posséder des connaissances en agriculture, en mécanique, en gestion, etc.De plus, la hausse de Le territoire 357 la valeur des exploitations familiales rend plus problématique que jamais leur transmission d\u2019une génération à l\u2019autre.Une enquête effectuée, en 1990, auprès des 2000 membres de la Fédération de l\u2019Union des producteurs agricoles de la Côte-du-Sud révélait que plus de la moitié d\u2019entre eux n\u2019avaient pas de relève assurée.Par ailleurs, les producteurs agricoles font face depuis quelques années à un mouvement de contestation des transformations survenues dans cette activité depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.La fondation à la fin de 2001 à Saint-Germain-de-Kamouraska de l\u2019Union paysanne, qui revendique une agriculture à dimension plus humaine, est un événement dont la portée est encore difficile à évaluer.Le problème de l\u2019exode des jeunes est aggravé par le déclin de la natalité.Selon les données du recensement de 1996, le quart des Sudcôtois ont 55 ans et plus, tandis que la proportion n\u2019est que de 21 % pour l\u2019ensemble du Québec.Le vieillissement de la population posera dans l\u2019avenir un défi de taille aux responsables des services sociaux et de santé.La région dispose de plusieurs petits hôpitaux, dont la majorité ont été construits pendant les années i960, et d\u2019un établissement plus important, l\u2019Hôtel-Dieu de Montmagny, inauguré en 1952.À ces institutions dispensant des services aux malades, se sont ajoutés au fil des années plusieurs centres d\u2019accueil pour les personnes âgées.Quant aux centres locaux de services communautaires (CLSC), conçus comme la porte d\u2019entrée du réseau de la santé, ils sont au nombre de cinq dans la région : Saint-Pamphile, Saint-Fabien-de-Panet, Saint-Jean-Port-Joli, Saint-Pascal et Saint-Lazare.Mais le problème le plus criant demeure le chômage, qui sévit à l\u2019état endémique dans plusieurs municipalités de la Côte-du-Sud, notamment dans l\u2019arrière-pays.Les données de 1996 indiquent un taux de 15,7% dans la MRC de Kamouraska, de 13,9% dans celle de L\u2019Islet, de 12,3 % dans celle de Montmagny et de 8,8 % dans celle de Bellechasse.Ce dernier taux est le seul à se situer en deçà de la moyenne québécoise (11,8 %).Bien que le taux de chômage ait diminue au cours des dernières années, certains problèmes de taille se profilent déjà à l\u2019horizon.La fermeture de l\u2019usine Inglis, à Montmagny, et le conflit du bois d\u2019oeuvre avec les États-Unis sont les deux principaux dossiers auxquels les intervenants socio-économiques et les politiciens vont devoir s\u2019attaquer dans l\u2019avenir immédiat.Les données du recensement de 1996 indiquent une diminution de la population régionale de 1 % par rapport à 1991.Ces données traduisent une amélioration par rapport à la période 1986-1991, où la région a perdu 4 % de sa population.Il est peu probable qu'on puisse assister à court terme à un renversement de la tendance.Il faut souhaiter toutefois que la population se stabilise assez rapidement ; il en va de la survie de plusieurs communautés, surtout dans l\u2019arrière-pays.\u2022 \u2022 Voir référence en page 353.La Côte-du-Sud Les synthèses d\u2019histoire régionale du Québec 358 L\u2019état du Québec LE BAS-SAINT-LAURENT Antonio Lechasseur Archives nationales du Canada Le Bas-Saint-Laurent, cette belle région encastrée entre la Côte-du-Sud et la Gaspésie sur le rebord sud de l\u2019estuaire du Saint-Laurent, ne comptait plus en 2001 que 178 136 habitants alors qu\u2019en 1961, à son apogée démographique, elle atteignait les 205 277 habitants.Il y a derrière ces simples données statistiques toute la problématique d\u2019une région qui tente de se refaire une économie après la disparition des grands monopoles forestiers qui ont marqué son histoire au cours des XIX' et XX' siècles.Tout au long du mouvement de peuplement qui s\u2019amorce dès l\u2019ouverture des premières seigneuries au tournant des XVIIe et XVIII' siècles, l\u2019oekoumène régional a poursuivi son expansion d\u2019ouest en est sur les basses terres du littoral pour finalement s\u2019étendre, plus tardivement, aux vallées du Témiscouata et de la Matapédia ainsi qu\u2019aux plateaux laurentiens.Ce mouvement s\u2019est brutalement arrêté à la fin des années 1940 alors que la surexploitation des forêts publiques et privées aboutissait à de nombreuses fermetures d\u2019usines et, du même souffle, à la perte de milliers d\u2019emplois dans les secteurs de la coupe et de la transformation.Pour un temps, l\u2019exode saisonnier vers la Côte-Nord sera l\u2019exutoire du trop-plein de main-d\u2019œuvre.Il nous faut observer, en ce début de nouveau millénaire, la résurgence de ces thèmes alors que les droits compensatoires imposés sur le bois d\u2019œuvre canadien exporté aux États-Unis menacent la survie de l\u2019industrie du sciage.L\u2019histoire du Bas-Saint-Laurent, c\u2019est d\u2019abord celle de l\u2019évolution de deux paysages distincts : les basses terres en bordure de l\u2019estuaire et les hautes terres du plateau appalachien.Même si un fort sentiment d\u2019appartenance unit de plus en plus la population bas-laurentienne, il n\u2019en demeure pas moins que se creuse un écart social, économique et culturel entre ces zones : l\u2019urbaine et la rurale.Le fait est que le développement régional passe principalement par la croissance des zones urbaines comme celles de Rivière-du-Loup, Rimouski\u2014Mont-Joli et Matane.La problématique dans laquelle s\u2019enlise le discours néo-ruraliste (aujourd\u2019hui laïc mais tellement similaire à celui de la colonisation par l\u2019agriculture prêchée par l\u2019Église diocésaine régionale d\u2019avant 1940) ne semble pas réaliser que la dignité et la vitalité du monde rural doivent reposer sur une économie rentable et surtout indépendante des aléas des subventions gouvernementales.Les hautes terres, et jusqu\u2019à un certain point certaines zones des basses terres, sont devenues un immense terrain de jeu qu\u2019envahissent les citadins en mal d\u2019évasion durant les fins de semaines et les grandes vacances.Ce sont d\u2019abord les Bas-Laurentiens eux-mêmes qui utilisent leur propre région pour s\u2019y balader, skier, chasser, nager, etc.Mais ce sont également ces visiteurs des autres régions du Québec et du Canada qui viennent se perdre dans le paysage pour s\u2019approprier un tant soit peu sa beauté et autres attraits.Le développement touristique semble encore emprisonné dans sa vieille problématique de retenir un peu plus longtemps Le territoire 35g « ceux qui passent » alors en chemin vers la Gaspésie ou le Nouveau-Brunswick, tandis que les infrastructures pour ce faire sont loin d\u2019être à la hauteur.À ce chapitre, seule l\u2019ouverture du Petit Témis, cette piste cyclable créée en lieu et place du chemin de fer du Témiscouata dans la dernière décennie, se démarque dans le paysage des nouvelles infrastructures touristiques à grande valeur ajoutée.Le tourisme bas-laurentien semble à la merci de la diffusion sur le réseau national de Radio-Canada d\u2019un téléroman de Victor Lévy-Beaulieu tourné dans la région ! En somme, le Bas-Saint-Laurent est une société dont la majorité des habitants sont aujourd\u2019hui regroupés dans les villes des basses terres et les petites villes du Témiscouata et de la Matapédia.Le développement s\u2019y fait surtout autour du commerce de détail et grâce à la présence des institutions gouvernementales provinciales et fédérales.Rimouski domine nettement dans la hiérarchie urbaine, la fusion du début de 2002 avec plusieurs municipalités de sa périphérie environnante n\u2019ayant eu pour seul effet concret que de faire disparaître des conseils municipaux redondants en plus d\u2019avoir fait grimper le total officiel de sa population.Elle compte aujourd\u2019hui près de 45 000 habitants, le quart de la population régionale.La ville se caractérise par ses nombreuses institutions d\u2019enseignement dont l\u2019Université du Québec à Rimouski qui contribue principalement au développement régional, outre sa masse salariale, par la production de gestionnaires et d\u2019enseignants (dans ce dernier cas, un peu comme aux temps de l\u2019École normale des Ursulines).La ville possède le plus important hôpital régional de l\u2019Est de la province, bien que ce dernier vit le drame de la rareté des ressources financières si caractéristique du réseau de la santé québécois.L\u2019économie des services est complétée par un développement commercial marqué par l\u2019arrivée des grandes chaînes qui avaient jusqu\u2019ici boudé la région et par une guerre que se livrent les grandes surfaces du monde alimentaire qui y vont de nouvelles constructions, rénovations, fermetures, réouvertures, etc.Une grande partie de la population régionale dépend aujourd\u2019hui des services qu\u2019offre la métropole bas-laurentienne.Rivière-du-Loup et Matane jouent un rôle assez similaire, bien que de moindre envergure.On comprend donc les raisons qui poussent la population des hautes terres à s\u2019installer dans les centres urbains dans le but de « se rapprocher des écoles et des services ».L\u2019agriculture régionale contemporaine est une réalité des basses terres.Le plus grand échec de l\u2019histoire bas-laurentienne demeure le mouvement de colonisation pour l\u2019agriculture animé par l\u2019évêque de Rimouski Georges Courchesne et ses missionnaires-colonisateurs.On a tente de nier la dure réalité de la pauvreté des sols du plateau et d\u2019évincer les grandes entreprises forestières ayant monopolisé le domaine public sur la base d\u2019un seul idéal moralisateur: la primauté du monde rural traditionnel de type autosuffisant sur celui de la ville.Tout cela n\u2019était en fait qu\u2019un moyen de résister à la réalité de la modernité d\u2019alors: industrialisation et urbanisation; deux réalités auxquelles le Bas-Saint-Laurent est confronté depuis au moins le milieu du XIXe siècle.Le Bas-Saint-Laurent Les synthèses d\u2019histoire régionale du Québec 360 L\u2019état du Québec Il est surprenant de voir que même la nouvelle chaire fédérale en développement régional, créée à l\u2019UQAR dans les dernières années, ne s\u2019est pas encore intéressée à la réalité urbaine du Bas-Saint-Laurent.Depuis l\u2019échec du Bureau d\u2019aménagement de l\u2019Est du Québec (BAEQ), au tournant des années 1960-1970, le Bas-Saint-Laurent n\u2019a pas su prendre en main sa propre destinée.Il a plutôt été à la remorque des gouvernements dont les politiques de développement régional n\u2019ont jamais eu l\u2019effet durable et structurant recherché.Faut-il mettre la faute sur l\u2019éloignement (cette périphérie dont certains se réclament encore en pleine économie de l\u2019abondance), ou plutôt sur la faiblesse de l\u2019entrepreneurship régional et, par voie de conséquence, l\u2019absence d\u2019une industrie de transformation à haute valeur ajoutée de la principale ressource régionale : la forêt ?Le principal produit d\u2019exportation demeure le bois de sciage.Le recyclage de cette industrie se fait depuis trop longtemps attendre.L\u2019histoire récente des transports dans la région présente également son lot de problématiques.L\u2019arrivée du chemin de fer dans le dernier tiers du XIX' siècle a eu un impact important pour des localités comme Rivière-du-Loup et Mont-Joli.Aujourd\u2019hui, le Chemin defer de la Matapédia et du Golfe Inc., qui a remplacé le Canadien National dans la région, semble avoir favorisé une certaine augmentation du trafic ferroviaire.La ville de Mont-Joli profite quelque peu de la présence d\u2019une gare de triage de cette entreprise.Signe des temps, Cogema, la compagnie maritime qui gère un traversier-rail entre Baie-Comeau et Matane, souhaite doubler sa capacité dans les prochaines années.Comme partout ailleurs au Québec, le camionnage règne en roi et maître, posant ainsi tout le problème du maintien et du développement de l\u2019infrastructure routière.Après de nombreuses années de débats infructueux, le projet de prolongement de l\u2019autoroute 20 à l\u2019est de Cacouna a été réactivé.En parallèle, on s\u2019affaire à compléter le tronçon Pointe-au-Père\u2014Luceville de la section à voie simple de la 20 qui doit un jour relier Rimouski et Mont-Joli.Le maintien et le développement des infrastructures portuaires semblent compromis compte tenu de la faiblesse des investissements fédéraux.Par exemple, le traversier reliant Trois-Pistoles et Les Escoumins a dû interrompre ses activités en 2002 à cause de la vétusté du quai de la rive nord.Le quai de Pointe-au-Père, objet d\u2019un manque d\u2019intérêt total, s\u2019est petit à petit désintégré.Seuls les ports de Rivière-du-Loup, Rimouski et de Matane sont encore actifs compte tenu des liens qui les relient aux régions de Charlevoix et de la Côte-Nord.Les aéroports de la région sont administrés par les municipalités ; même l\u2019aéroport régional de Mont-Joli, le plus important de la région, et jusqu\u2019ici sous juridiction de Transport Canada, a été transféré, en 2001, à l\u2019autorité d\u2019un consortium de quatre municipalités régionales de comté (Matane, La Mitis, La Matapédia et Rimouski-Neigette).La difficulté du Bas-Saint-Laurent à entrevoir quel sera son avenir s\u2019illustre également sur les plans social et culturel.Ce que l\u2019on retiendra sans doute de plus important sur le plan social dans l\u2019histoire contemporaine, c\u2019est l\u2019incapacité de l\u2019Église régionale à surmonter la crise Le territoire 361 qu\u2019elle vit depuis la fin des années i960.Le laïc est ici appelé à jouer un rôle accru dans l\u2019administration des paroisses alors que Rome continue à refuser l\u2019ordination au* femmes.Le diocèse de Rimouski a lancé un vaste « chantier » de réflexion en son sein afin de poser les balises de son futur immédiat.Les questions brûlantes concernent l\u2019administration de ces dizaines de paroisses privées de prêtres résidents et de toutes celles qui ne peuvent plus même compter sur un desservant.Un patrimoine immobilier d\u2019une grande richesse se détériore petit à petit quant il n\u2019est tout simplement pas menacé de disparition lorsque les paroissiens et citoyens ne sont pas en mesure d\u2019en assurer la pérennité.L\u2019Église régionale ne semble plus disposer de la capacité à se renouveler, ses membres étant désormais si peu nombreux et ne pouvant compter que sur quelques centaines de bénévoles.On sent ici le début de la fin.Le Bas-Saint-Laurent jouit d\u2019une vie culturelle relativement animée.On y trouve auteurs, acteurs, musiciens, chorales, musées, festivals, etc., qui contribuent tous de manière originale à la vitalité régionale.Il est curieux que ce soit un débat culturel qui passionne les Rimouskois sur le plan de la politique municipale locale.On s\u2019y querelle depuis plus de quinze ans au sujet du meilleur endroit pour construire une salle de spectacles.Les partisans d'une culture plus populaire axée sur la revitalisation du centre-ville s\u2019opposent aux anciennes élites qui militent pour un site excentrique doté d\u2019un immense stationnement.Il y a derrière ce débat, qui s\u2019étiole en sondages, déclarations politiques et référendum, toute la difficulté de la politique locale et régionale à sortir des ornières de l\u2019intérêt privé pour une gestion saine de l\u2019intérêt public.Même la députation régionale à l\u2019Assemblée nationale ou à la Chambre des communes est incapable d\u2019aborder le développement économique, social et culturel en dehors de lignes de partis pures et dures.le Bas-Saint-Laurent perd un peu de sa jeunesse chaque année.Cette force vive va étudier à Québec ou à Montréal et ne revient pas.Les diplômés des cégeps et de l\u2019université de Rimouski tentent tant bien que mal de se trouver de l\u2019emploi dans la région mais beaucoup d\u2019entre eux doivent s\u2019exiler.L\u2019exil demeure, encore aujourd\u2019hui, une constante de la modernité bas-laurentienne.Peut-être est-ce en 2003 un peu moins grave qu\u2019au cours de l\u2019exode des années 1880-1890, alors que tout l\u2019accroissement naturel régional s\u2019est évanoui surtout en direction des États de la Nouvelle-Angleterre.Il n\u2019en demeure pas moins que le vieillissement de la population est l\u2019un des plus importants défis auxquels le Bas-Saint-Laurent doit faire face.\u2022 \u2022 Voir référence en page 353.Le Bas-Saint-Laurent Les synthèses d'histoire régionale du Québec 362 L\u2019état du Québec La région du Bas-Saint-Laurent Forestville* Sault-au-Mouton COTE-NORD RIMOUS Les Escoumins.Grandes Bergeronnes L\u2019Anse-, Saint-Jean ^Saint-Simon Trois-Pistoles LES BASQUES SAG U LAC-SA L ISIe-Verte .j -*'\\\t* Saint-Jean- \\ Saint-Georges- ; de.Dieu .de-Cacpuna .\t, :\t/ ' - .Sgüatec, du-Loup rivière-du-loup \u2019Saint-Hubert' \u2018Saint-Antonin \u2018 '^Sà'nt-Alexanilrè,'' Cabano TfMISC0UAT* Rivière Saint-Simeon CAPITALE NATbklALE Clerfnont La Malbaie* Lac Témiscoua Notre-Dame-du-Lac #Kamouraska Saint-Pascal Dégelis* Baie-Saint-Paul 13 ^Pohénégamook \u2022 Mont-Carmel * Saint-Pacôme La Pocatière KAMOURASKA Rivière-Bleue .Saint-Jean-Port-Juji CHAUDIÈRE L\u2019Islet APPALACHES ETATS-UNIS (Maine) Le territoire 363 Matane MATANE Baie-des-Sables Saint-René-de-Matane Sayabec Mont-Joji Luceville LA MATAPÉDIA Saint-Gabriel Lac-au-Saumon ,Causapscal LA MITIS RIMOUSKI- NEIGETTE Campbellton( t ÎLES-DE-L CANADA (Nouveau-Brunswick) ,Edmundston 100 km Réalisation cartographique KOREM inc.Voir la fiche statistique de la région du Bas-Saint-Laurent en page 389.Le Bas-Saint-Laurent Les synthèses d'histoire régionale du Québec 364 L\u2019état du Québec LE SAGUENAY-LAC-SAINT-JEAN Camil Girard Historien, Université du Québec à Chicoutimi À l\u2019origine, le Saguenay est un territoire amérindien.Il s\u2019étend le long du Saint-Laurent, de Sept-îles à PÎle-aux-Coudres.Les frontières intérieures restent moins bien délimitées.Elles incluent le réseau hydrographique de la rivière Saguenay et du lac Saint-Jean pour déboucher au nord-ouest, aux limites élargies de la Baie James.Au début du XVIIe siècle, les llnus-Montagnais contrôlent le commerce des fourrures destinées aux marchés européens en s\u2019appuyant sur leurs territoires ancestraux de chasse qu\u2019ils occupent depuis près de 7000 ans.Dans cette phase initiale de rencontre entre les premières nations et les Européens, la France laisse agir les promoteurs désireux d\u2019exploiter les ressources.Toutefois, en s\u2019alliant aux Montagnais (alliance du 27 mai 1603), en dressant les cartes des côtes et en structurant le commerce par la création d\u2019un Domaine du Roi (traité de Tadoussac en 1652), la région apparaît comme un territoire fermé au peuplement et réservé au seul commerce des fourrures.La France jette les bases d\u2019une gestion particulière des territoires péri-nordiques de la vallée du Saint-Laurent.S\u2019amorce ainsi un long processus où les premières nations, dont les llnus-Montagnais, comme plusieurs autres nations autochtones d\u2019Amérique, sont assujetties au système des postes de traite (1652-1842) puis des réserves (1850 à nos jours).L\u2019ouverture de la région à la colonisation, au milieu du XIXe siècle (1842), répond à plusieurs impératifs économiques et sociaux.Ne pouvant compter sur une immigration d\u2019outre-mer pour occuper de nouveaux territoires comme ce fut le cas ailleurs au Canada, le Québec se tourne vers sa propre population pour coloniser le nord de la province.C\u2019est ainsi que les familles de Charlevoix (80%) et de la rive sud du Saint-Laurent fournissent les principaux contingents de colons qui envahissent le Saguenay et le Lac-Saint-Jean au cours du XIXe siècle.La colonisation s\u2019organise autour de populations rurales qui vivent à proximité des nouveaux territoires à peupler, ce qui représente plusieurs avantages dans la mise en valeur accélérée du Saguenay.Cette population française et catholique cherche par là à répondre aux problèmes dans les vieilles paroisses où les terres sont rares pour les nombreux enfants désireux de fonder une famille.Les nouveaux arrivants possèdent déjà une bonne connaissance du climat et du type de terres à occuper.La pratique religieuse et la vie sociale qui s\u2019organisent montrent un attachement aux valeurs traditionnelles.Dans cette étape de développement, les gouvernements du Canada-Uni puis ceux des provinces mettent en place une politique d\u2019allocation des ressources forestières qui sont louées à des intérêts privés à des fins d\u2019exploitation.Parallèlement, l\u2019espace agricole devient accessible à la propriété privée.L\u2019économie s\u2019organise à partir des activités agricoles et forestières, lesquelles sont assujetties au cycle des saisons. Le territoire 365 Le cycle traditionnel de l\u2019agriculture ou de la coupe forestière, qui voulait que toute activité s accomplisse pendant l\u2019eté ou l\u2019hiver, peut être contré.L\u2019arrivée du chemin de fer (1887) assure le transport des matières lourdes comme le bois pendant toute l\u2019année, ce qui favorise le développement économique.Le rail ouvre aussi le monde agricole aux marchés d\u2019exportation.La production du beurre et du fromage, qui s\u2019organise dans les deux dernières décennies du XIXe siècle, y trouve aussitôt son compte.Parmi les principaux intervenants qui s\u2019installent en région, William Price et ses descendants sont les plus dynamiques au XIXe siècle dans le secteur de la coupe forestière.Malgré certaines difficultés dont des désastres naturels et l\u2019effondrement des marchés du bois à partir de la Crise économique qui débute en 1873, la viabilité de la région est de plus en plus assurée.Outre la fondation de paroisses religieuses et civiles à partir des années 1850, l'administration de la justice voit le jour en 1855.En 1878, l\u2019évêque de Québec crée le diocèse de Chicoutimi et le premier évêque, MgI Dominique Racine est désigné comme premier prélat.En 1882, les Ursulines s'installent à Roberval et les Augustines de la Miséricorde assurent la mise sur pied du premier hôpital à Chicoutimi (1884).Avec une population de 37 367 en 1901, le Saguenay-Lac-Saint-Jean commence à se distinguer parmi les régions québécoises.Outre ses ressources naturelles, ce territoire possède alors une population et des institutions religieuses qui le rendent encore plus attrayant pour les investisseurs qui viendront implanter de nouvelles usines au XXe siècle.Pour accélérer l\u2019industrialisation dans le secteur des pâtes et papier, les hommes politiques du Québec renforcent le mouvement d\u2019allocation des ressources naturelles.Des droits sont aussi accordés pour le harnachement des chutes d\u2019eau à des fins de production d\u2019énergie hydraulique ou hydroélectrique.L\u2019implantation de la grande industrie, surtout dans les premières décennies du XXe siècle, vient modifier sensiblement le profil de la société régionale.L\u2019élargissement des réseaux de communication et de transport s\u2019inscrit dans une volonté de moderniser les régions à partir des investissements des grandes entreprises industrielles.L\u2019organisation du travail montre comment la société locale se prend en main.La publication de journaux, tant au Saguenayqu\u2019au Lac-Saint-Jean, permet d\u2019articuler un discours plus cohérent sur la région alors que les élites locales font de plus en plus valoir la nécessité pour la région de s'industrialiser et du même coup de s\u2019urbaniser.Les régionaux participent activement aussi aux travaux permettant de doter la population locale des infrastructures indispensables aux sociétés modernes: eau courante, égouts, électricité.Cependant, malgré tous ces développements, il faudra attendre 1950 pour que le réseau routier régional soit relié à Québec par le Parc des Laurentides.L\u2019agriculture de subsistance du XIXe siècle est remplacée graduellement par une agriculture qui se tourne de plus en plus vers la production industrielle et les marchés.Les premières Le Saguenay-Lac-Saint-Jean Les synthèses d\u2019histoire régionale du Québec 366 L\u2019état du Québec expériences dans la transformation du lait en beurre ou en fromage permettent aux agriculteurs de développer leur sens du travail collectif.Même si les techniques de production laissent parfois à désirer et que le marché demeure peu structuré, ces premiers efforts favorisent un changement d\u2019attitude dans l\u2019agriculture.La Crise économique des années 1930 permet aux agriculteurs de jeter les bases d\u2019un mouvement coopératif qui organise la production et équilibre les marchés.C\u2019est d\u2019ailleurs en intégrant leurs pratiques communautaires dans les mouvements coopératifs que les agriculteurs s\u2019insèrent, à partir des années 1950, à la société de consommation, laquelle exige une production intensive et une meilleure approche face à la concurrence.L\u2019agriculture devient ainsi une activité qui emprunte les techniques et les modes de gestion et de production des industries modernes.Chaque ferme devient une petite entreprise qui doit gérer ses investissements et ses revenus avec rigueur sous la gouverne de grandes coopératives auxquelles il faut s\u2019associer.Dans les premières décennies du siècle, les entrepreneurs organisent leur entreprise autour des concessions forestières et de productions adaptées à des marchés divers.Parmi les principaux industriels qui ont marqué l\u2019industrie régionale, il faut mentionner Julien-Édouard-Alfred Dubuc et William Price, troisième du nom.Grâce aux efforts de William Price et de grands investisseurs américains tels James B.Duke et Arthur Vining Davis (d\u2019où le nom : Ar-vi-da), les premiers barrages d\u2019importance sont aménagés et permettent à l\u2019Aluminum Company of America (Alcoa) d\u2019ériger la première aluminerie au Saguenay en 1926.La ville d\u2019Arvida est ainsi créée de toute pièce par la compagnie.Ce sera pendant la Seconde Guerre mondiale que l\u2019Alcan (créée en 1928) organise un véritable centre de production de l\u2019aluminium dans la région.Elle peut ainsi se hisser parmi les chefs de file de la production (actuellement, environ 5 % de la production mondiale avec plus de 1 million de tonnes).Le développement régional qui s\u2019organise à partir de la grande industrie aura des effets importants sur la société locale.D\u2019agriculteurs ou de travailleurs forestiers qu\u2019ils étaient au XIX' siècle, les régionaux envahissent les villes et se font salariés, employés d\u2019usines ou commerçants.Au terme de cette période de développement industriel, la région compte 262 426 habitants en 1961 dont près de 70% vit en milieu urbain.Les villes élargies de Chicoutimi, Jonquière et La Baie constituent les pôles urbains les plus dynamiques, comptant près de 120 000 personnes, soit près de 46% de la population régionale.En 1961, la région représente presque 5 % de la population québécoise.Les communautés religieuses, malgré leur dynamisme au plan local, sont incapables de répondre aux nouvelles exigences des populations et laissent la place aux laïcs dans les services d\u201denseignement et de santé.Les gouvernements prennent donc en charge ces domaines.Cette laïcisation, premier signe de ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler la Révolution tranquille, marque les régions et le Québec tout entier au début des années i960.Les années i960 marquent un certain plafonnement du développement économique de la région.La grande industrie paraît incapable d\u2019assurer un niveau soutenu d\u2019investissements et Le territoire 367 de création d\u2019emplois.Pour un temps, les gouvernements semblent vouloir se substituer à l\u2019entreprise privée.Il faut préciser que la région du Saguenay-lac-Saint-Jean a été, d\u2019une certaine manière, oubliée par le gouvernement du Québec lors de la nationalisation de l\u2019électricité.Les entreprises qui produisaient de l\u2019électricité pour leur propre besoin ont pu garder leur réseau en région.C\u2019est comme si le gouvernement du Québec se résignait, lorsqu\u2019il s\u2019agit de mettre en valeur une région comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean, à laisser à l\u2019entreprise privée des pouvoirs exclusifs sur des ressources naturelles dont la propriété touche des terres publiques en région.Considérant l\u2019importance de l\u2019exploitation de ces ressources dans le développement des régions québécoises, les régionaux estiment de plus en plus que les redevances sur ces ressources devraient retourner dans les régions pour favoriser un développement durable.Sur le plan économique, les régions ont retiré des avantages des investissements associés à la prise en charge des domaines de la santé et de l\u2019éducation par le gouvernement du Québec.Dans l\u2019histoire des régions, ce type d\u2019intervention a été profitable car les investissements gouvernementaux ont pu renforcer et diversifier les économies régionales.Par son rôle prépondérant dans la gestion des ressources naturelles ainsi que sur les services de santé et d\u2019éducation, le gouvernement provincial a acquis, depuis les années 1960, un pouvoir important sur les économies des régions.Malgré des intentions louables, les politiques fédérales restent assorties à plusieurs paramètres qui relèvent de la juridiction du gouvernement du Québec, ce qui complique les débats à l\u2019échelle locale.Avec une population de 289 696, la région représente moins de 4 % de l\u2019ensemble québécois en 1999.Les efforts pour redonner à l\u2019entrepreneuriat local un nouveau souffle sont en cours.Des initiatives, bien que modestes, incitent les intervenants à la concertation.Les gouvernements provincial et fédéral, la grande entreprise, l\u2019Université du Québec à Chicoutimi, les cégeps, les lieux de représentation que sont les Conseils de concertation et de développement (CRCD), les nouvelles municipalités fusionnées, les MRC, le Conseil Tribal Mamuitun, sont appelés à redéfinir les paramètres d\u2019un développement durable.\u2022 \u2022 Voir référence en page 353.Le Saguenay-Lac-Saint-Jean Les synthèses d\u2019histoire régionale du Québec 368 L\u2019état du Québec IARIA-CHAPDELAINE Mistassini Normandin La Doré linte-Monique L'Ascension Saint-Félicien LAC-SAINT- Saint-Prime.Lac Saint-Jean LE DOMAINE-OU-ROY .Saiht-«Métabetchouan Hébertville\" )r' Chambord, Desbieds .Lac-Bouctiette LAC- SAINT-JEANi-EST l ,Rapide-Blanc MWURICIE 100 km La région du Saguenay - Lac-Saint-Jean Le territoire 369 Les Escoumins 'Verë Sa, Grandes- Bergeronnes L'Anse-Saint-Jean ,Tadoussac Saint-Siméon Clerhiont LE FJORD-DU-SAGUENAY CÔTE-MO Forestville A.&' Trois- .Pistoles Lïsle-verte CAPITALE NATIONALE #Rivière-dU-Loup BAS- T-LAURENT SAIN Réalisation cartographique KOREM inc.Voir la fiche statistique de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean en page 390.Le Saguenay-Lac-Saint-Jean Les synthèses d\u2019histoire régionale du Québec 370 L\u2019état du Québec L'ABITIBI-TÉMISCAMINGUE Odette Vincent Historienne Un événement d\u2019ordre culturel a mis l\u2019Abitibi-Témiscamingue à l\u2019honneur en 2002 : la région a été désignée l\u2019hôte du Festival international de la littérature.Près d\u2019une vingtaine d\u2019écrivains et d\u2019artistes abitibiens ont été invités à Montréal, pour participer à des activités organisées avec l\u2019appui et la collaboration de différents acteurs ou groupes de la vie littéraire de la région.L\u2019événement est significatif: il souligne le passage, dans l\u2019imaginaire québécois, d\u2019une région autrefois identifiée à ses seules ressources naturelles à une région d\u2019appartenance et d\u2019inspiration.Dans l\u2019histoire du Québec, l\u2019Abitibi-Témiscamingue évoque une région «jeune», une construction récente ou moderne.Située aux portes du Nord et de l\u2019Ontario, à l\u2019extrémité ouest de la province, elle est longtemps restée un pays de frontière, d\u2019immensité, de ressources, de pionniers et d\u2019aventuriers.Mais sa réalité historique est plus complexe que ces représentations.Les frontières actuelles de la région de l\u2019Abitibi-Témiscamingue sont le produit d\u2019un découpage administratif qui date de 1987.Sa constitution en région est cependant le fruit d\u2019un processus dynamique étalé sur plusieurs siècles et ses limites territoriales ont varié dans le temps.Les Abitibiens n\u2019ignorent plus que leur histoire commence dans la nuit des temps, à une époque où les rivières constituaient la voie privilégiée de pénétration de ce territoire immense.Ce temps long des Amérindiens nomades, ancêtres des actuels Cris et Algonquins, remonterait à plus de 6000 ans.Ce sont eux qui, les premiers, ont nommé ses plans d\u2019eau, ses terres, ses collines.Longtemps identifié selon sa localisation dans l\u2019espace québécois, le Nord-Ouest du Québec prend le nom d\u2019Abitibi-Témiscamingue à la fin des années 1970 seulement, période pendant laquelle la région émerge comme réalité sociopolitique.À l\u2019origine donc, une désignation toute géographique.Ce territoire, de prime abord inhospitalier, jouit d\u2019une réputation nordique qui dépasse même sa réalité.De fait, la région appartient au Pré-Nord québécois, sorte de zone de transition entre le Nord et le Sud.Du Témiscamingue, au sud, à l\u2019Abitibi, au Nord, les paysages se transforment lentement et les espèces animales et végétales rencontrées se modifient.Globalement, la région présente l\u2019aspect d\u2019un vaste plateau, sans relief important, s\u2019inclinant lentement du sud-est vers le nord-ouest.Seule interruption dans l\u2019immensité du plat pays: une zone de hautes terres dont les principaux sommets atteignent à peine 600 mètres de dénivellation.Ce trait confère au paysage une douce monotonie et accentue encore davantage l\u2019impression d\u2019immensité du territoire.L\u2019oeil porte loin en Abitibi ! Située à la jonction de deux bassins hydrographiques, celui du Saint-Laurent, orienté vers le sud par la rivière des Outaouais, et celui de la Baie James, tourné vers le nord, la région tire son nom de cette singularité : Abitibi signifie en langue algonquine « là où l\u2019eau se rencontre à mi- Le territoire 371 chemin ».Sinueuse et tourmentée, la ligne de partage des eaux a longtemps constitué un obstacle géographique important au peuplement.Mais c\u2019est dans les profondeurs du sous-sol abitibien et dans les réserves forestières de son territoire que va se jouer l\u2019avenir économique du territoire.L\u2019Abitibi-Témiscamingue fait partie du Bouclier canadien, une des plus anciennes formations géologiques de l\u2019écorce terrestre.C\u2019est dans la fabuleuse ceinture polymétallique de l\u2019Abitibi que se retrouvent les minéraux de cuivre, d\u2019or, de zinc et d\u2019argent qui provoqueront une formidable course aux métaux précieux.L\u2019Abitibi-Témiscamingue a été ouvert au peuplement et à la colonisation en grande partie grâce aux travaux d\u2019exploration minière, à la découverte de gisements prometteurs et à la mise en valeur de ces gisements.Le peuplement de son territoire par les colons s\u2019effectue dans la deuxième moitié du XIX' siècle seulement, au Témiscamingue d\u2019abord, sur le modèle de l\u2019économie forestière et agroforestière.L\u2019Abitibi s\u2019ouvre au peuplement après la construction du chemin de fer transcontinental, vers 1910, selon une dynamique démographique qui se développe parallèlement : celle des villages agricoles et des petites villes où se concentrent les services pour les centres de colonisation, telles Amos, La Sarre et Macamic, et celle des villes minières de la faille de Cadillac telles Rouyn, Noranda, Val-d\u2019Or et Malartic.Pendant la période de construction de la région, grosso modo entre 1920 et 1950, les diverses stratégies de peuplement donnent lieu à la mise en place d\u2019un ensemble de villes et de villages égrenés le long du chemin de fer, ayant peu de liens entre eux.Le monde rural s\u2019appuie sur une série de projets portés par un discours messianique qui s\u2019accordent avec la nécessité qu\u2019ont les gouvernements de trouver des solutions à la grande crise economique des années 1930.Pour ces colons, les régions québécoises d\u2019origine marquent encore la définition de soi.L\u2019autre réalité, urbaine-minière, plus hétérogène, est une sorte de prolongement de l\u2019Ontario minier d\u2019où proviennent le capital et la main-d\u2019œuvre spécialisée, et dans une proportion loin d\u2019être négligeable, les mineurs de fond.Une réalité plus fluide, plus diversifiée.L\u2019éloignement physique du Québec central et de l\u2019axe du Saint-Laurent a été dans plusieurs secteurs d\u2019activités compensé par la proximité de l\u2019Ontario et des interrelations étroites avec ses institutions et ses populations.Les dioceses chevauchent la frontière politique ontarienne, les populations migrent en fonction du travail, d\u2019un côte ou de l\u2019autre de la frontière.La tradition canadienne-française en milieu urbain minier est ainsi influencée par le rythme de I industrie minière et sa pluralité ethnoculturelle : par ceux que l\u2019on a surnommés les « Fros » et qui sont en grande partie des immigrants de l\u2019Europe de l\u2019Est.En pays de frontière, I absence d institutions établies accentue la nécessité de compter sur l\u2019esprit d\u2019entreprise et d\u2019inventivité pour survivre.Les liens économiques étroits qui se sont établis entre le Temiscamingue, I Abitibi rural et la zone minière ont favorisé la création d\u2019une région unique à laquelle la population a pris cons- L\u2019Abitibi-Témiscamingue Les synthèses d\u2019histoire régionale du Québec 372 L\u2019état du Québec cience de son attachement.L\u2019Abitibi des années 1950 est un territoire où ont été ressenties les tensions liées à la confrontation entre les mondes rural et urbain à une période où déjà le messianisme agraire éprouvait des ratés.Dans les années i960, la colonisation devient manifestement synonyme d\u2019échec et le monde rural, un problème à gérer.La croissance démographique ralentit considérablement et la décennie i960 se solde par une perte nette de population.Avec le choix de la stratégie des pôles de croissance comme modèle de développement régional et la priorité accordée à la grande entreprise comme moteur de développement, les intervenants gouvernementaux et les leaders régionaux accentuent la marginalisation dans laquelle l\u2019économie d\u2019après-guerre a placé le monde rural dans les régions dites périphériques.En une décennie à peine, tout bascule.Ce sont les paroisses nées des plans de colonisation qui ont le plus souffert du grand mouvement de dépeuplement.Toute la frange nord de l\u2019Abitibi et celle du nord et de l\u2019est du Témiscamingue se sont retrouvées en situation de grande fragilité.Depuis le début des années 1980, l\u2019ensemble des municipalités de l\u2019Abitibi sont regroupées en cinq municipalités régionales de comté (MRC) dont chacune renferme une ville d\u2019importance qui agit comme pôle de développement.Une nouvelle dynamique s\u2019est bâtie autour de la MRC qui est devenue le lieu d\u2019échange et de concertation entre les différents partenaires du territoire.On a affaire à un modèle typique des régions frontières où les distances, la faiblesse de la population et la nature même de l\u2019économie régionale exigent une certaine forme de déconcentration des services.Cependant, ce nouveau découpage exagère l\u2019importance de certaines petites villes tout en limitant les possibilités de développement de grandes agglomérations.Et pour d\u2019autres villes situées à la frontière ontarienne, comme Témiscaming, ce sont les villes du Nord-Est ontarien qui exercent les fonctions de villes principales.D\u2019après le recensement de 2001, l\u2019Abitibi-Témiscamingue comprend 104 municipalités locales dont 91 % sont considérées comme rurales et quatre seulement ont plus de 5000 habitants.Elles regroupent près de la moitié de la population régionale.Aujourd\u2019hui, la structure économique de la région est encore fortement basée sur l\u2019exploitation et la première transformation de ses ressources agricoles, forestières et minières.Mais depuis i960, le secteur des services a connu une croissance importante et l\u2019industrie manufacturière repose principalement sur quelques grandes entreprises et d'autres entreprises de sous-traitance dont la production est liée aux marchés extérieurs.Mais même supplantée par de nouvelles activités tertiaires, l\u2019exploitation des ressources naturelles n\u2019en continue pas moins de fournir le principal motif de soutien du développement régional.Des ressources qui pourtant, seules, n\u2019assurent plus l\u2019avenir.Devant les inquiétudes soulevées par rapport à l\u2019exploitation abusive de ces ressources, des voix s\u2019élèvent en région comme celle de l\u2019Action boréale d\u2019Abitibi-Témiscamingue (ABAT) qui se préoccupe de revendiquer des aires de protection de la biodiversité, réclamant que le Québec protège au moins 8% de son territoire. Le territoire 373 Après une longue croissance ininterrompue, l\u2019industrie minière connaît à partir de 1960 un net ralentissement de ses activités.À la fin du XX' siècle, l\u2019industrie minière régionale tourne au ralenti : peu de variations dans les sommes investies, baisse prononcée du niveau d\u2019emploi régional minier et continue depuis 1987, instabilité des marchés et des prix des métaux précieux.Les moyens technologiques déployés pour l\u2019exploitation en ont grandement accéléré le rythme et en dépit de son éloignement, l\u2019Abitibi-Témiscamingue n\u2019y échappe pas.L\u2019essoufflement du développement de l\u2019Abitibi-Témiscamingue amorce une transition difficile pour les projets de développement local.Et dans certains secteurs professionnels, en dépit de la concertation et de la multidisciplinarité qui prévalent entre les établissements éducatifs et sociosanitaires, la région fait toujours face au défi d\u2019attirer les ressources professionnelles.Économiquement, la région se cherche.Dans sa volonté d\u2019assurer son avenir, le monde rural cherche toujours à innover et à mettre en place des modèles de développement et d\u2019occupation de l\u2019espace qui lui conviennent et qui n\u2019existent pas nécessairement ailleurs, avec des succès certains.Des initiatives se prennent dans le secteur de l\u2019agriculture biologique et des produits du terroir.L\u2019engagement et la ténacité des gens envers le développement de la région restent forts même si la conjoncture n\u2019est pas favorable.Le déclin accéléré du monde rural dans les années 1970 avait suscité des mobilisations articulées des populations qui prenaient conscience de l\u2019aliénation de la région par rapport au Québec central.Une certaine forme de dissidence politique, qui avait poussé les gens à élire un député du CCF et des représentants créditistes dans les années 1940, s\u2019affirmait cette fois parmi une génération de jeunes qui se sont misa pratiquer une forme de cinéma direct, un cinéma de conscientisation et de prise de parole.C\u2019est dans cette veine que Richard Desjardins réalisera, vingt ans plus tard, L\u2019Erreur boréale, documentaire choc sur la forêt boréale qui fait encore jaser, deux ans après sa présentation.En 2000, ce film récolta le prix Robert-Claude-Bérubé accordé à une œuvre ayant suscité d\u2019importantes interrogations sociales.Dans les productions culturelles, l\u2019Abitibi des origines revit à la manière des créateurs originaires de la région qui s\u2019en inspirent.Pour ces écrivains et artistes nés au-dela du 48e parallèle, que représente l\u2019Abitibi?Est-elle devenue du folklore, un mythe, une source d inspiration, un sujet d\u2019observation ?Quelle place occupe-t-elle dans leur œuvre ?Il est tout de même fascinant que l\u2019on puisse compter sur un corpus d\u2019œuvres produites par une generation d\u2019artistes nés en région et ayant une renommée nationale pour approcher maints aspects de cette région historique.\u2022 \u2022 Voir référence en page 353.L\u2019Abitibi-Témiscamingue Les synthèses d\u2019histoire régionale du Québec 374 L\u2019état du Québec Normétal (La Reini .Taschereau Sainte-Germaine DuparQuet CANADA (Ontario) Kirkland Lake ROUYN-NORAN0A Y ROUYN-NORANDA Notre-Dame-du-Nord / .Angliers Saint-Eugène-de-Guigui .Laverlochêre .Winneway TÉMISCAMINGUE Belleterre La région de l'Abitibi-Témiscamingue ABITIBI-OUEST La Sarre Macamic Lac i X H /\t\u2022 Abitibil.\t.Palmarolle Û X New Liskeard Lac A .T Témiscamingue Ville-Marie Le territoire 375 NORD-DU-QUEBEC -tebaUsur-Ouévillon ABITIBI Landrienne .Barraute Senneterre nère-Héya .Malartic Sullivan .Val-d'Or VALLÉE-DE-L'OR Lac-Simon' Grand-Lac-Victorij 100 km Voir la fiche statistique de la région de l\u2019Abitibi-Témiscamingue en page 390 Réalisation cartographique KOREM inc.L\u2019Abitibi-Témiscamingue les synthèses d\u2019histoire régionale du Québec 376 L\u2019état du Québec LA CÔTE-NORD Pierre Frenette Historien La Côte-Nord et le Labrador forment la frontière orientale de l\u2019Amérique et c\u2019est à ce titre qu\u2019elles accueillent, au début de la Nouvelle-France, les Cartier (à Blanc-Sablon) et les Champlain (à Tadoussac) venus découvrir puis exploiter le nouveau continent.Ces deux sites forment par la suite les extrémités de la région des « Costes du Nord », c\u2019est-à-dire celles du golfe Saint-Laurent auxquelles on ajoute, pour toutes sortes de raisons géographiques et historiques, l\u2019île d\u2019Anticosti.Première découverte, la région n\u2019est pourtant qu\u2019effleurée par les différents arrivants européens et devient même interdite de colonisation pendant les deux siècles suivants.Bien sûr, de difficiles conditions climatiques expliquent cette situation, mais s\u2019y ajoutent des modes très particuliers d\u2019exploitation des ressources économiques locales.Ce sont eux qui expliquent la division administrative du territoire en deux sections.Celle du sud-ouest est annexée au Domaine royal et louée à un ou des commerçants de pelleteries qui monopolisent les échanges avec les chasseurs innus qui sont, pendant deux siècles, les seuls occupants du territoire.Quelques postes de traite, quelquefois dotés d\u2019une chapelle, desservent les différents groupes autochtones qui nomadisent le long des immenses bassins hydrographiques de l\u2019arrière-pays.Certains ne fréquentent le littoral que pour commercer et profiter de la montaison du saumon ; d\u2019autres y séjournent quasi en permanence et se spécialisent dans la chasse hivernale aux mammifères marins dont l\u2019huile est très prisée et supporte une chasse spécialisée par au moins trois bandes autochtones.Pour sa part, le littoral Nord-Est est partagé par une dizaine de concessions de pêche exploitées par différents entrepreneurs de Québec et d\u2019outre-Atlantique.La pêche à la morue et au loup-marin attire, chaque été, des centaines d\u2019hommes dans les postes disséminés tout au long de la Basse-Côte-Nord.Dans la première moitié du XIX' siècle, deux mouvements de peuplement vont converger pour compléter une première occupation euro-canadienne du littoral.Au sud-ouest défilent les vagues de peuplement agricole et forestier issus de la Vallée du Saint-Laurent et de Charlevoix.Paysans et forestiers en surnombre dans leurs paroisses d\u2019origine érigent leurs fermes et leurs petites entreprises de sciage depuis Tadoussac jusqu\u2019à Sept-îles.Si la plupart des scieries ferment leurs portes dans les décennies suivantes, des familles rurales s\u2019enracinent tout au long du littoral baptisé Haute-Côte-Nord entre Tadoussac et Sault-au-Cochon (aujourd\u2019hui Forestville).Au nord-est, des pêcheurs des îles-de-la-Madeleine, de Gaspésie et de Terre-Neuve s\u2019installent en Minganie et Basse-Côte.Au terme de ces derniers « arrivages », la Minganie, en particulier Havre-Saint-Pierre et Natashquan, a pris une tournure toute acadienne et la Basse- Le territoire 377 Côte-Nord forme une mosaïque multilinguistique où alternent le français, l\u2019innu et, en majorité, l\u2019anglais des différentes familles terreneuviennes depuis Kégaska jusqu\u2019à Blanc-Sablon.Le contact avec les autochtones se concrétise de diverses façons depuis la coexistence pacifique jusqu\u2019à la dépossession forcée d\u2019une partie du littoral, en particulier en Haute-Côte-Nord, et qui entraîne la création de la première réserve, celle de Manicouagan, en 1851.Au début du XX' siècle, une nouvelle vague d\u2019investissements industriels déferle sur la section ouest du littoral : l\u2019exploitation du bois à pâte pour alimenter les usines de papier des journaux à grand tirage nord-américains et européens amène la création en Haute-Côte-Nord d\u2019un nouveau type de village côtier caractérisé par d\u2019imposantes installations portuaires de chargement de bois et des maisons en série pour les employés permanents chargés d\u2019encadrer les milliers de bûcherons et autres travailleurs forestiers saisonniers venus de la rive sud pour exploiter l\u2019arrière-pays à chaque automne.S\u2019y ajoutent de véritables usines comme à Clarke-City près de Sept-îles, ou à Baie-Comeau près de la rivière Manicouagan.Dans ce dernier cas, c\u2019est un magnat de la presse du Middle West américain, Robert R.McCormick, qui fait ériger de toutes pièces, en 1937-1938, un ensemble urbain complet avec centrale hydroélectrique, installations portuaires, résidentielles et industrielles du côté est de l\u2019embouchure de la grande rivière.Les années d\u2019après-guerre sont des années de folle croissance : une pluie de dollars permet la réalisation simultanée de : \u2022\tneuf usines hydroélectriques de la jeune compagnie d\u2019État Hydro-Québec sur les rivières Bersimis, Outardes et Manicouagan ; \u2022\tl\u2019aménagement dans l\u2019arrière-pays des trois sites miniers de Schefferville, Gagnon et Fermont avec leurs imposants systèmes ferroviaires et portuaires concentrés dans le secteur de Sept-îles et de Port-Cartier ; \u2022\tune usine de première fusion de l\u2019aluminium à Baie-Comeau.La population régionale triple en 25 ans, passant de 38 600 habitants en 1951 à 118 000 en 1981.Deux villes émergent, Baie-Comeau et Sept-îles, avec chacune une trentaine de milliers d\u2019habitants.Elles se partagent le leadership et les différents services professionnels et gouvernementaux.La région attire alors une importante main-d\u2019œuvre des zones limitrophes et offre le portrait prometteur d\u2019une région dynamique où tous les espoirs sont permis.Cette croissance phénoménale de la mise en valeur des richesses naturelles occulte évidemment les retards et les difficultés des secteurs plus traditionnels et de leurs activités de chasse, de pêche et d\u2019agriculture.Les jeunes quittent leurs familles et vont s\u2019établir dans la ville la plus proche, enclenchant ainsi un important exode rural.Les communautés autochtones résistent mieux à cette attraction urbaine en raison de leurs forts liens socioculturels.Celles-ci sont alors engagées dans un mouvement systématique de sédentarisation dans les neuf réserves La Côte-Nord Les synthèses d\u2019histoire régionale du Québec 378 L\u2019état du Québec Famille montagnaise photographiée par l\u2019anthropologue américain Frank G.Speck à Sept-îles durant l\u2019été de 1924.Tiré de Histoire de la Côte-Nord, sous la dir.de Pierre Frenette, PUL-IQRC.-\u2022A A- L«v nord-côtières.Le phénomène est fortement appuyé sinon imposé par le gouvernement fédéral qui multiplie les projets domiciliaires et scolaires.Le secteur minier et la région de Sept-îles - Port-Cartier sont les premiers à subir les contrecoups de la crise du fer des années 80.Deux des trois villes minières (Schefferville et Gagnon) disparaissent dans la tourmente et les populations combinées de Sept-îles et de Le territoire 379 Caniapiscau subissent une baisse de 23 % de leurs effectifs en dix ans passant de 52 800 à 40 700 personnes entre 1976 et 1986.Heureusement, la consolidation des activités minières à Fermont et au Labrador terreneuvien (Wabush et Labrador City), de même que la création d\u2019une première usine de traitement de l\u2019aluminium à Sept-lles permettent de stabiliser les effectifs des populations au cours des années 90.Malgré l\u2019actuel agrandissement de l\u2019usine d\u2019aluminium Alouette à Sept-lles, l\u2019incertitude demeure quant à l\u2019avenir de Fermont et de l\u2019exploitation minière du secteur Caniapiscau.C\u2019est la rançon de l\u2019exploitation de ressources naturelles non renouvelables.De son côté, la population de Baie-Comeau et de la région Manicouagan s\u2019est fixée dès les années 70 aux environs de 36 000 habitants.Après les grands projets des décennies précédentes, la poursuite des activités s\u2019appuie sur les multiples mises à jour des équipements d\u2019Hydro-Québec et de la compagnie papetière de même que sur les deux agrandissements de l\u2019usine d\u2019aluminium dorénavant dirigée par Alcoa, le géant mondial de l\u2019aluminium, qui en fait une de ses installations majeures d\u2019Amérique du Nord.Toutefois, les différentes opérations de rationalisation de la main-d\u2019œuvre par les grandes entreprises Hydro-Québec, Abitibi-Consol et Alcoa de même que l\u2019exode des jeunes et des retraités affecte durement l\u2019agglomération baie-comoise au cours des dernières années avec un érosion de 10% de sa population entre 1991 et 2001.La Côte-Nord est donc une région-ressource très diversifiée qui partage avec d\u2019autres régions du Québec d\u2019importantes interrogations sur son avenir.Ces inquiétudes sont évidemment partagées par les différents villages de la Haute-Côte-Nord et de la Minganie qui ont vu leur sort s\u2019améliorer avec la croissance des activités touristiques des années 80 et des activités de sciage dans les années 90, mais qui sont toujours aux prises avec le vieillissement de leur population et la fragilité de leur développement.L\u2019opinion publique nord-côtière est très sensible aux actuelles négociations entre les gouvernements du Québec et d\u2019Ottawa et les différentes bandes innues.Après des siècles d\u2019expropriation, la négociation d\u2019un traité original qui reconnaisse explicitement les droits aborigènes, une première au Canada, est en bonne voie de réalisation avec plusieurs bandes autochtones dont celles d\u2019Essipit, de Pesamit et de Natashquan.Mais les impacts de cette reconnaissance amènent différentes interrogations de la part de ceux qui partagent dorénavant l\u2019occupation industrielle et récréo-touristique de l\u2019arrière-pays avec leurs voisins autochtones.0 \u2022 Voir référence en page 353.La Côte-Nord Les synthèses d\u2019histoire régionale du Québec 380 L\u2019état du Québec CANIAPtSCAU SEPT-RIVI Sept-îles( Gallix*^ MANICOUAGAN Maliotenarçi *Moisie I Port-Cartier' Baie-Trinite, Godbout.LA HAUTE-CÔTE-NORI) BAIE-COMEAU Chute-?ux-Outardes.Sainte-Anne- des-Monts SAGUENÀY -LA\u20ac-5AtJ«r JEAN Betsianlitës, Colombier* ,Mont-Joli ^imouski Le^ Escoumins, Grandes-Berqeronnes Le Bic New Richmond, lalhousie.Trois-Pistoles BAS-SAINT-L , .CAPJL NATIOh Clermoi La Malt ière-du-Loup La région de la Côte-Nord Réservoir Manicouagan Murdocnvi! Campbellton negamook Edmundston CANADA 100 km (Notjveau-Bruinswick) Le territoire 381 wmsm MINGANIE NICIPALITÉDECÛIÉNORD-¦GOlfE'-DLI-SAINTJLAURENT La Rômaine it-Pierre Rivière- au-Tonnerre ^Port-Menier fie d'Anticosti 5ASPÊSIE -IKS-DE-LA-MADELEINE Golfe Percé S a i nt- L a u re n t .Caraquet Fatima# , j-Nord** Réalisation cartographique KOREM inc.Voir la fiche statistique de la région de la Côte-Nord en page 391.La Côte-Nord Les synthèses d\u2019histoire régionale du Québec 382 L\u2019état du Québec LA GASPÉSIE Yves Frenette historien, Collège universitaire Glendon La Gaspésie est une vaste péninsule de 21 000 kilomètres carrés qui s\u2019avance dans le golfe du Saint-Laurent, à l\u2019extrémité est du Québec.Unique par sa configuration géographique, la Gaspésie l\u2019est aussi par ses lieux et ses paysages tout en contrastes.Les attributs particuliers de sa géographie et les traces matérielles de son histoire ont toujours su attirer le visiteur.La Gaspésie est devenue la première région touristique du Québec.Pendant près de trois siècles, la pêche a conditionné le peuplement et l\u2019aménagement de l\u2019espace gaspésien, ainsi que les modes de vie de la population.Dès le XVIe siècle, la péninsule est la base terrestre des pêcheurs saisonniers venus d\u2019Europe, qui baptisent les lieux de toponymes empruntés aux Amérindiens.Ainsi, les Iroquoiens que rencontre Jacques Cartier en 1534 utilisent le terme « Honguedo » pour désigner ce territoire de passage ; l\u2019appellation est dès lors reprise par les Européens.À la fin du siècle, c\u2019est le toponyme micmac « Gespeg » et ses diverses variantes qui apparaît sur les cartes.En 1691, le récollet Chrestien LeClercq intitule son ouvrage sur les Micmacs de la péninsule, Nouvelle Relation de la Gaspésie, consacrant alors ce toponyme.La Gaspésie des humains est une bande de quelques kilomètres prise entre la mer et la montagne.Sur le littoral nord, soit de Capucins à Rivière-au-Renard, le domaine habité se fractionne en courts segments sur une étroite plaine côtière, car le relief vigoureux a forcé les riverains à se concentrer dans d\u2019étroites alvéoles creusées dans les plis du relief, dans des rentrants de rivières et sur de petits lambeaux de terrasses littorales.Subissant moins la contrainte du relief, les résidants de la Côte-de-Gaspé, soit de Rivière-au-Renard à Newport, et surtout ceux de la Baie-des-Chaleurs, c\u2019est-à-dire d\u2019Anse-aux-Gascons à Matapédia, ont eu le loisir d\u2019étaler plus librement leurs demeures sur le replat de larges terrasses et sur les petites plaines marquant la rencontre entre la mer et la montagne.Ainsi, entre Paspébiac et Nouvelle, le littoral est habité de façon continue et prend la forme d\u2019un long village-rue, selon l\u2019expression du géographe Clermont Dugas.À différents endroits, là où un large plateau côtier unit la mer à la plate-forme apalachienne, des trouées dans la forêt sont occupées par de petits villages ou découpées par des chemins de rang, le long desquels s\u2019égrènent les habitations.Pendant des centaines d\u2019années, le golfe du Saint-Laurent et la baie des Chaleurs ont nourri ceux qui voulaient bien y puiser leurs ressources.Ce fut le cas des Amérindiens.Ce fut aussi le cas des premiers Européens à visiter les côtes gaspésiennes et à s\u2019y installer.En effet, c\u2019est pour exploiter les ressources maritimes que des entrepreneurs français et canadiens ont favorisé l\u2019établissement de populations permanentes dans la péninsule au XVIII' siècle, et la pêche est demeurée la principale activité économique jusqu\u2019au début du XXe.Même les Gaspésiens qui Le territoire 383 s\u2019adonnaient à l\u2019agriculture trouvaient dans la mer des engrais fertilisants, et plus d\u2019une famille de cultivateurs de la Baie-des-Chaleurs complétait sa diète quotidienne par le poisson.À partir de 1760, les grandes entreprises de pêche proviennent surtout des îles de la Manche (Jersey et Guernesey) et maintiennent les pêcheurs d\u2019ici dans la marginalité.Elles leur font crédit et ceux-ci, en retour, leur livrent la morue pour solder leur compte.Mais la valeur des avances étant généralement plus élevée que celle accordée au poisson, les dettes s\u2019ensuivent.Le pécheur gaspésien se voit peu à peu pris dans un mécanisme qui perpétue sa condition de dépendance vis-à-vis des sociétés marchandes qui se doivent de s\u2019attacher leur main-d\u2019œuvre pour survivre et croître.À la fin du XIX' siècle, l\u2019organisation de la pêche morutière est bousculée.Les entreprises jersiaises sont confrontées à une réorientation technologique et commerciale qui secoue le continent.Le nombre de pécheurs diminue.Ceux qui restent voient dans la complémentarité des occupations une solution qui leur permettra de subsister.Ils cultivent la terre une partie de l\u2019année et ils se font aussi manœuvres dans les scieries, bûcherons dans les chantiers ou encore s\u2019occupent aux divers travaux publics.L\u2019industrie forestière naissante devient alors le secteur le plus dynamique de l\u2019économie régionale, mais elle ne se développe pas de la façon la plus souhaitable.En effet, les concessionnaires forestiers les plus importants sont des compagnies américaines et canadiennes qui ne voient souvent dans la péninsule qu\u2019une immense réserve forestière à exploiter au gré des circonstances.De plus, la quasi-absence de transformation sur place fait que le boisé gaspésien continue à alimenter les usines du Nouveau-Brunswick, des États-Unis ou d\u2019ailleurs.En dépit de la montée du coopératisme dans le deuxième quart du XX' siècle, ce n\u2019est que très lentement que naît une classe d\u2019entrepreneurs issus de la région et capables d\u2019esquisser une vision d\u2019avenir cohérente.Le même phénomène a cours en politique : jusqu\u2019à la Seconde Guerre mondiale, les élus sont souvent liés à des intérêts économiques particuliers ou sont de l\u2019extérieur de la région.Dans le premier cas, ils ont comme objectif de défendre ces intérêts ; dans le second, ils sont peu présents dans le milieu en dehors des périodes électorales et leur loyauté envers les Gaspésiens n\u2019est pas toujours évidente.Les politiciens qui prennent à cœur les intérêts de leurs électeurs n\u2019ont pas un poids très lourd dans des capitales où les questions gaspésiennes ne constituent pas une priorité.Ce vacuum explique en grande partie pourquoi le clergé continuera plus longtemps qu\u2019ailleurs au Québec à jouer un rôle de premier plan dans la vie régionale.En 1922, la création du diocèse de Gaspé et l\u2019accession au trône épiscopal d\u2019un évêque réformiste, monseigneur François-Xavier Ross, institue une tradition cléricale d\u2019intervention du côté des démunis.Plus qu\u2019ailleurs, l\u2019Église gaspésienne est un nid d\u2019élaboration de politiques socio-économiques.Outrés de ce que les Gaspésiens soient exploités par des étrangers, de surcroît des protestants, Couronne périphérique Les synthèses d\u2019histoire régionale du Québec 384 l\u2019état du Québec les prêtres mènent les grandes batailles.Plus tard, alors que la Révolution tranquille a ailleurs abattu les murs de la forteresse cléricale, ils poursuivent leur objectif de « relèvement et de libération » du peuple gaspésien.Leur autorité s\u2019est estompée, mais leur action demeure.Ainsi, depuis i960, les évêques gaspésiens interviennent publiquement dans les grands dossiers et, en 1976, deux prêtres briguent les suffrages aux élections provinciales dans la circonscription de Gaspé.L\u2019abbé Michel LeMoignan devient alors député de l\u2019Union nationale puis chef de cette formation politique.La Gaspésie a longtemps été une région multiculturelle, avec ses citoyens d\u2019origines micmaque, basque, française, acadienne, jersiaise, guernesiaise, canadienne-française, belge, anglaise, américaine, écossaise, irlandaise et norvégienne.Sauf pour ces derniers, les groupes ethnoculturels gaspésiens ont le français et/ou l\u2019anglais comme langues communes, et ils professent la religion catholique ou protestante.Comme ailleurs en Amérique du Nord, ces groupes forment souvent des enclaves reconnaissables par leur patrimoine bâti et ils réduisent au minimum les contacts avec leurs voisins.Toutefois, certaines localités constituent de véritables ensembles ethnoculturels où se manifeste un accommodement dans la vie quotidienne.A plusieurs endroits, on peut même parler de métissage.Au XX' siècle, la Gaspésie, qui vibrait auparavant au rythme de l\u2019économie atlantique, s\u2019ouvre davantage sur le Québec.Des lignes de bateaux assurent le transport maritime, un chemin de fer a vu le jour et, à partir de 1929, la construction d\u2019une route carrossable amène, l\u2019été, de nombreux touristes dans la péninsule.Les journaux, le téléphone, la radio, la télévision font sentir leur impact.Au milieu des années i960, la Gaspésie n\u2019est plus la région perdue qu\u2019elle était un siècle plus tôt.Mais la péninsule n\u2019en demeure pas moins un territoire mal intégré à l\u2019économie continentale.À l\u2019instar d\u2019autres régions périphériques, elle est aux prises avec de nombreux et graves problèmes de développement.C\u2019est une des régions les plus pauvres du Québec, même si les conditions matérielles sont généralement meilleures qu\u2019avant.En raison de son éloignement des grandes agglomérations du centre du pays et de son faible développement industriel et urbain, en raison aussi du peu d\u2019intérêt de la part des gouvernements, la Gaspésie ne peut profiter à plein de la prospérité que connaît alors le Québec.Obsédés par l\u2019idéologie du rattrapage, les universitaires qui donnent au gouvernement libéral de Jean Lesage (1960-1966) ses assises intellectuelles, incitent celui-ci à mettre sur pied le Bureau d\u2019aménagement de l\u2019est du Québec (BAEQ).L\u2019organisme a la noble mission d\u2019atténuer, sinon de faire disparaître, les disparités socio-économiques entre l\u2019est du Québec et le reste de la province par une mise en valeur rationnelle de l\u2019espace.Il dépose en 1966 un rapport en dix volumes.La mise en œuvre commence deux ans plus tard.Après une période d\u2019euphorie initiale, la population déchante rapidement quand elle se rend compte que des projets très populaires, comme la réorganisation du réseau routier, ne sont pas retenus et que, au contraire, les Le territoire 385 «N Pêcheur de morue.Carte postale.initiatives les plus importantes ont trait à la fermeture d\u2019une dizaine de villages de l\u2019arrière-pays et au replacement de la population.En outre, le plan d\u2019aménagement de l\u2019est du Québec regroupe les régions du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie et des îles-de-la-Madeleine en une seule entité administrative, faisant de Rimouski une lointaine capitale régionale.Ce type de politique suscite l\u2019affirmation d\u2019un sentiment et d\u2019un mouvement régionalistes qui auront des effets positifs.En 1985, est constituée officiellement la région administrative de la Gaspésie (région 11).Mais le sentiment régional continue d\u2019ailleurs de s\u2019exprimer de diverses façons, principalement par les efforts des Gaspésiens en vue d\u2019intensifier le développement économique de la péninsule.En effet, le plan du BAEQ a malencontreusement engagé l\u2019industrie de la pêche dans une sorte de cul-de-sac, qui s\u2019est accentué avec l\u2019effondrement des stocks de poisson dans la décennie de 1990.Parallèlement, l\u2019industrie forestière et minière connaît de grandes difficultés symbolisées par la fermeture de la mine de cuivre de la compagnie Noranda à Murdochville et de l\u2019usine de papier Gaspesia de Chandler.Le chômage augmente et les Gaspésiens continuent de quitter leur région natale en grand nombre, notamment les jeunes.C'est dans ce contexte qu\u2019est né le mouvement de l\u2019Action des Patriotes, qui compte quelque 10000 membres, et dont les leaders ont réussi à capter l\u2019attention de l\u2019opinion publique et des gouvernements.Mais il faudra du temps pour renverser des tendances séculaires.\u2022 \u2022 Voir référence en page 353.La Gaspésie Les synthèses d\u2019histoire régionale du Québec 386 L\u2019état du Québec La région de la Gaspésie - îles-de-la-Madeleine .Marsoui Sainte-Anne- des-Monts Cap-Chat, DENIS-RIVERIN Les Méchins' Sainte-Félicité Matane Saint-Ulric Baie-des-Sables ,Sayabec BAS-SAINT-LAURENT Causapscal AVIGNON .Nouvelle Carleton' DéUteusie' Pointe-à-la-Croix Campbellton CANADA (Nouveau-Brunswick) 100 km le territoire 387 la u r e n t Mont-Louis Riyière-au-Renard LA CÔTE-DE-GASPÊ BONAVENTURE Bonaventure' s Cha iles-de-la-Madeleine LE ROCHER-PERCÉ Chandler# ; f Port-Daniel ,Paspébiac\\ New Carlisle .Caraquet I .Percé #Grande-Rivière Jjrande-Vallée .Cloridorme \u2022 // Fatima.Cap-aux-Meules L'étang-du-Nord Réalisation cartographique : KOREM inc.Voir la fiche statistique de la région de la Gaspésie en page 391 La Gaspésie Les synthèses d\u2019histoire régionale du Québec 388 L\u2019état du Québec JCangiqsujuaq tQuaqtaq Aupaluk, Ungava /Sv'-'r Baie d'Hudson administration RÉGIONAL?KATIVIK f *Rai / =\\.¦ .temindji James VifJNICiPALITÉ >E BAIE-JAMES Nemiscai J SAÇUENÀŸ»; UA£:MLNt\u2018JEAW IBOUGAMAU 300 km La région du Nord-du-Québec Réalisation cartographique KO H iffifl Le territoire 389 Nord-du-Québec (10) Superficie (2002) 840 178 km2 \u2022 (55,14% du Québec) Démographie (2001) Population \u2022 38 575 \u2022 (0,53% du Québec) Variation 1996-2001 \u2022 + 0,47% Densité \u2022 0,05 hab/km2 \u2022 (Québec 4,8) Mortalité infantile (1998) \u2022 25,8 % (Québec 5,5) Répartition par groupe d'âge (2000) 0-14 ans \u2022 29,6% \u2022 (Québec 17,9%) 15-54 ans \u2022 56,2% \u2022 (Québec 59,3%) 55-64 ans \u2022 6,4% \u2022 (Québec 9,9%) 65 ans et plus \u2022 7,8% \u2022 (Québec 12,8%) Marché du travail (2001) Population active (000) *\u2022 62,5 Taux d'activité \u2022 63,8% (Québec 63,6%) Personnes occupées (000) * \u2022 51,6 Régions/Québec * \u2022 1,6% Taux de chômage \u2022 14,4 % (Québec 8,7 %) Emplois par secteur * primaire «8,3 % \u2022 (Québec %) secondaire \u2022 24,3 % \u2022 (Québec %) tertiaire \u2022 67,4 % \u2022 (Québec %) Secteurs d'activité \u2022\tÉlectricité \u2022\tMétaux, métaux précieux et diamants \u2022\tPêche-piégeage \u2022\tBois \u2022\tAdministration locale et enseignement Revenu moyen des particuliers (2000) 19 817$» (Québec 25 067 $) Investissements (2000) 382 238 000$ \u2022 (Région/Québec 1,1 %) Source privée \u2022 36,7% \u2022 (Québec 79,4%) Principales municipalités (2002) Chibougamau\t8 331 Lebel-sur-Quévillon\t3 259 Baie-James\t2 153 Kuujjuaq\t2 137 Matagami\t1 994 Municipalités régionales de comté (MRC) Administration régionale de Kativik et de la Jamésie * indicateur jumelé à la Côte-Nord Bas-Saint-Laurent (01) Superficie (2002) 22 405 km2 \u2022 ( 1,47 % du Québec) Démographie (2001) Population \u2022 200 630 \u2022 (2,77 % du Québec) Variation 1996-2001 \u2022 - 2,71 % Densité \u2022 9 hab/km2 \u2022 (Québec 4,8) Mortalité infantile (1998) \u2022 7,8% (Québec 5,5) Répartition par groupe d'âge (2000) 0-14 ans \u2022 16,4% \u2022 (Québec 17,9%) 15-54 ans \u2022 58,5 % \u2022 (Québec 59,3 %) 55-64 ans \u2022 10,2 % \u2022 (Québec 9,9%) 65 ans et plus \u2022 14,9% \u2022 (Québec 12,8%) Marché du travail (2001) Population active (000) \u2022 99,3 Taux d'activité \u2022 59% (Québec 63,6%) Personnes occupées (000) \u2022 88,4 Régions/Québec \u2022 2,6 % Taux de chômage» 11 % (Québec 8,7 %) Emplois par secteur primaire \u2022 9,4 % \u2022 (Québec 2,9 %) secondaire \u2022 18,5% \u2022 (Québec 23,2%) tertiaire \u2022 71,5% \u2022 (Québec 73,9%) Secteurs d\u2019activité \u2022\tÉlevage, acériculture \u2022\tBois d'oeuvre et papier \u2022\tPêche et recherche maritime \u2022\tAdministration publique et services Revenu moyen des particuliers (2000) 20 995 $ \u2022 (Québec 25 067 $) Investissements (2000) 662 913 000$ \u2022 (Région/Québec 1,9%) Source privée \u2022 76,2% \u2022 (Québec 79,4%) Principales municipalités (2002)* Rimouski\t41\t950 Rivière-du-Loup\t18\t065 Matane\t15\ti 34 Mont-Joli\t6\t749 Amqui\t6\t704 Municipalités régionales de comté (MRC) Kamouraska \u2022 La Matapédia \u2022 La Mitis \u2022 Les Basques \u2022\tMatane \u2022 Rimouski-Neigette \u2022 Riviére-du-Loup \u2022\tTémiscouata 'Population estimation 2002 de l\u2019ISO Fiches Les synthèses d'histoire régionale du Québec 390 L\u2019état du Québec Saguenay-Lac-Saint-Jean (02) Superficie (2002) 104 036 km* \u2022 (6,83 % du Québec) Démographie (2001) Population \u2022 278 279 \u2022 (3,84 % du Québec) Variation 1996-2001 \u2022 - 3,01 % Densité* 2,7 hab/km' \u2022 (Québec 4,8) Mortalité infantile (1998) * 5,7 % (Québec 5,5) Répartition par groupe d'âge (2000) 0-14ans* 18% «(Québec 17,9%) 15-54 ans \u2022 61 % \u2022 (Québec 59,3 %) 55-64 ans \u2022 9.6% \u2022 (Québec 9,9%) 65 ans et plus \u2022 11,4 % \u2022 (Québec 12,8 %) Marché du travail (2001) Population active (000) \u2022 139,2 Taux d'activité \u2022 59,5% (Québec 63,6%) Personnes occupées (000) \u2022 123,3 Régions/Québec \u2022 3,7 % Taux de chômage* 11,4% (Québec 8,7 %) Emplois par secteur primaire \u2022 4,4% \u2022 (Québec 2,9%) secondaire \u2022 19,8 % \u2022 (Québec 23,2 %) tertiaire \u2022 74,6% \u2022 (Québec 73,9%) Secteurs d'activité \u2022\tAluminium \u2022\tPâtes et papier, scieries \u2022\tCarrières-sablières \u2022\tAgroalimentaire Revenu moyen des particuliers (2000) 22 017$ «(Québec 25 067$) Investissements (2000) 2 414 543 000$ \u2022 (Région/Québec 7%) Source privée \u2022 91,8% \u2022 (Québec 79,4%) Principales municipalités (2002)** Saguenay\t151\t150 Alma\t30\t601 Dolbeau-Mistassini\t15\t100 Roberval\t11\t292 Saint-Félicien\t10\t88/ Municipalités régionales de comté (MRC) \u2022\tLac-Saint-Jean-Est \u2022 Le Domaine-du-Roy \u2022 Le Fjord-du-Saguenay \u2022 Maria-Chapdelaine \u2022 Ville de Saguenay* *\tVille détenant les compétences d'une MRC \"Population estimation 2002 de l'ISO Abitibi-Témiscamingue (08) Superficie (2002) 64 903 km2 \u2022 (4,26% du Québec) Démographie (2001) Population \u2022 146 097* (2,02 % du Québec) Variation 1996-2001 * - 5,34% Densité \u2022 2,3 hab/km2 \u2022 (Québec 4,8) Mortalité infantile (1998) \u2022 4,1 % (Québec 5,5) Répartition par groupe d\u2019âge (2000) 0-14 ans \u2022 20% \u2022 (Québec 17,9%) 15-54 ans \u2022 60,5 % \u2022 (Québec 59,3 %) 55-64 ans \u2022 8,9 % \u2022 (Québec 9,9 %) 65 ans et plus \u2022 10,6% \u2022 (Québec 12,8%) Marché du travail (2001) Population active (000) \u2022 75,2 Taux d'activité \u2022 61,6% (Québec 63,6%) Personnes occupées (000) \u2022 66 Régions/Québec \u2022 2 % Taux de chômage \u2022 12,2 % (Québec 8,7 %) Emplois par secteur primaire \u2022 10,4% \u2022 (Québec 2,9%) secondaire \u2022 11,5%* (Québec 23,2 %) tertiaire \u2022 74,7% \u2022 (Québec 73,9%) Secteurs d'activité \u2022\tBois, pâtes et papier \u2022\tMétaux, métaux précieux et minéraux \u2022\tÉlectricité \u2022\tAliments \u2022\tAdministration publique et services Revenu moyen des particuliers (2000) 22 787 $ \u2022 (Québec 25 067 $) Investissements (2000) 972 058 000 $ \u2022 (Région/Québec 2,8%) Source privée \u2022 90,6% \u2022 (Québec 79,4%) Principales municipalités (2002)** Rouyn-Noranda\t41\t401 Val-d'Or\t33\t876 Amos\t13\t47S La Sarre\t8\t115 Maladie\t3\t853 Municipalités régionales de comté (MRC) \u2022\tAbitibi \u2022 Abitibi-Ouest \u2022 Témiscamingue \u2022 Vallée-de-l'0r \u2022\tVille de Rouyn-Noranda* \u2022\tVille détenant les compétences d'une MRC \"Populations: estimation 2002 de l'ISO Le territoire Côte-Nord (09) Superficie (2002) 300 282 km2 \u2022 (19,71 % du Québec) Démographie (2001) Population \u2022 97 766* (1,35% du Québec) Variation 1996-2001 \u2022 5,66% Densité \u2022 0,3 hab/km2 \u2022 (Québec 4,8) Mortalité infantile (1998) \u2022 3,4% (Québec 5,5) Répartition par groupe d'àge (2000) 0-14 ans \u2022 19,1 % \u2022 (Québec 17,9%) 15-54 ans \u2022 62,4 % \u2022 (Québec 59,3 %) 55-64 ans \u2022 9,7 % \u2022 (Québec 9,9 %) 65 ans et plus \u2022 8,8 % \u2022 (Québec 12,8 %) Marché du travail (2001) Population active (000) ** \u2022 59,4 Taux d'activité ** \u2022 60,7% (Québec 63,6%) Personnes occupées (000) ** \u2022 51,6 Régions/Québec** \u2022 1,6% Taux de chômage** *13,1 % (Québec 8,7 %) Emplois par secteur * * primaire \u2022 8,3 % \u2022 (Québec 2,9%) secondaire \u2022 24,3 % \u2022 (Québec 23,2 %) tertiaire \u2022 67,4% \u2022 (Québec 73,9%) Secteurs d'activité \u2022\tÉlectricité \u2022\tMétaux, métaux précieux et minéraux \u2022\tBois \u2022\tPêche \u2022\tAdministration publique et transport Revenu moyen des particuliers (2000) 24 226$ «(Québec 25 067$) Investissements (2000) 1 453 422 000 S \u2022 (Région/Québec 4,2 %) Source privée \u2022 57,3% \u2022 (Québec 79,4%) Principales municipalités (2002)* Sept-îles\t24 235 Baie-Comeau\t24 201 Port-Cartier\t6 772 Forestville\t3 801 Havre-Saint-Pierre\t3 383 Municipalités régionales de comté (MRC) \u2022\tLe territoire de la Basse-Côte-Nord (détenant les compétences d'une MRC, anc.MRC de la Basse-Côte-Nord) \u2022\tCaniapiscau \u2022 La Haute-Côte-Nord \u2022 Mamcouagan \u2022\tMinganie \u2022 Sept-Riviéres \u2018Populations estimation: 2002 de l\u2019ISO \u201cindicateur jumelé au Nord-du-Québec Gaspésie-iles-de-la-Madeleine (11) Superficie (2002) 20 938 km2 \u2022 (1,37% du Québec) Démographie (2001) Population \u2022 96 924 \u2022 (1,34% du Québec) Variation 1996-2001 \u2022 8,51 % Densité \u2022 4,6 hab/km2 \u2022 (Québec 4,8) Mortalité infantile (1998) \u2022 7,9 % (Québec 5,5) Répartition par groupe d'âge (2000) 0-14 ans \u2022 16,5% \u2022 (Québec 17,9%) 15-54 ans \u2022 58,3 % \u2022 (Québec 59,3 %) 55-64 ans \u2022 10,8% \u2022 (Québec 9,9 %)65 ans et plus \u2022 14,4% «(Québec 12,8%) Marché du travail (2001) Population active (000) \u2022 42,2 Taux d\u2019activité \u2022 50,7 % (Québec 63,6%) Personnes occupées (000) \u2022 33,7 Régions/Québec \u2022 1,1 % Taux de chômage* 20,1 % (Québec 8,7 %) Emplois par secteur primaire \u2022 10,3% \u2022 (Québec 2,9%) secondaire \u2022 12,6% \u2022 (Québec 23,2%) tertiaire \u2022 70,3 % \u2022 (Québec 73,9%) Secteurs d'activité \u2022\tPâtes et papier \u2022\tCuivre, sel \u2022\tPèche, élevage \u2022\tIndustrie des aliments et agroalimentaire \u2022\tTourisme et administration publique Revenu moyen des particuliers (2000) 18 730$ «(Québec 25 067$) Investissements (2000) 214 008 000 $ \u2022 (Région/Québec 0,6%) Source privée \u2022 59,8% \u2022 (Québec 79,4%) Principales municipalités (2002)** Gaspé\t15 753 Les Îles-de-la-Madeleine\t13213 Pabos\t8 667 Sainte-Anne-des-Monts\t6 900 Carleton-Saint-Omer\t4 194 Municipalités régionales de comté (MRC) \u2022\tAvignon \u2022 Bonaventure \u2022 La Côte-de-Gaspé \u2022 La Haute-Gaspésie (anc.Denis-Riverin) \u2022 Le Rocher-Percé (anc.Pabok) \u2022 Municipalité des îles-de-la-Madeleine* *\tMunicipalité détenant les compétences d'une MRC \u201cPopulations: estimation 2002 de l'ISQ Études québécoises 392 L'état du Québec Etudes québécoises L'Atlas du Québec et de ses régions Un nouveau souffle Dans le cadre des travaux menés par l\u2019équipe multidisciplinaire et interuniversitaire dédiée à la création d\u2019un Atias du Québec et de ses relions, les plus récents résultats proviennent de la réalisation d\u2019une cartographie d\u2019indicateurs permettant la comparaison entre les dix-sept régions administratives à travers plus de 2500 cartes et de l\u2019ouverture de deux nouveaux sites régionaux : le Nunaviketla Région de la Capitale nationale et Chaudière Appala-ches.Ces atlas sont accessibles par le portail national sur Internet à l\u2019adresse suivante : www.atlasduquebec.qc.ca Des indicateurs socio-territoriaux Les 17 régions administratives du Québec peuvent désormais être comparées entre elles à partir d\u2019informadons socio-économiques présentées sous la forme d\u2019indicateurs.Un indicateur donne est composé de plusieurs variables et données (des descripteurs) destinées à cerner un objet et son évolution.Par exemple, un indicateur sur la pauvreté peut s\u2019appuyer à la fois sur le taux de chômage, le nombre de prestataires d\u2019aide sociale, le nombre de ménages à faible niveau de revenu et le nombre moyen d\u2019années d\u2019inacdvité par la population active.Le nombre de descripteurs peut varier avec la complexité du phénomène à mesurer.Un descripteur nécessite parfois un découpage plus fin de l\u2019information lorsqu\u2019il s\u2019agit de mesurer ou d\u2019assembler certaines données.Un descripteur sur le nombre d\u2019entreprises manufacturières pourrait, par exemple, exiger plusieurs sous-descripteurs pour chacune des divisions ou chacun des codes d\u2019activité concernant le secteur manufacturier en question.Ainsi, un sous-descripteur ne constitue pas invariablement une sous-catégorie, une donnée d\u2019inventaire, une donnée statique ou une donnée de «stock».Un sous-descripteur doit être compris ici comme une des composantes d\u2019un descripteur, lui-même composante d\u2019un indicateur.Les besoins des acteurs sont à ce point complexes et diversifiés qu\u2019il est possible de construire plusieurs systèmes d\u2019indicateurs sur un seul et même objet mais avec des liens fonctionnels entre descripteurs aussi diversifiés que les besoins eux-mêmes.Malgré toutes les apparences de « scientificité », derrière tout indicateur, il y a un choix social, un biais qui correspond aux objectifs de l\u2019utilisateur.La contribution du Groupe de l'Atlas du Québec Des catégories d\u2019indicateurs ont été retenues en fonction de la disponibilité de données et de descripteurs à l\u2019échelle des municipalités québécoises.Ce faisant, une foule de descripteurs et de données ont dû être exclus temporairement même s\u2019ils étaient disponibles à l\u2019échelle des régions, des municipalités régionales de comté (MRC) ou d\u2019autres découpages territoriaux.Dans certains cas, il est possible de construire certains indicateurs à l\u2019échelle locale en désagrégeant les données régionales par des traitements particuliers. Le territoire 393 Nos indicateurs sont des thèmes, des rubriques ou des repères qui rassemblent des descripteurs (données statiques, dynamiques, etc.) disponibles statistiquement à l\u2019échelle des municipalités du Québec.Nous avons structuré r8 de ces indicateurs comprenant eux-mêmes plusieurs descripteurs et sous-descripteurs.Un descripteur peut être une donnée de stock (nombre, inventaire, etc.) ou une donnée ou un ensemble de données trai-tée(s) (variation, ratio, indice, etc.).Dans certains cas, un descripteur peut être divisé en plusieurs sous-descripteurs : Indicateur :\tStructure productive Descripteur :\tNombre d\u2019entreprises par secteur industriel Sous-descripteurs : Nombre d\u2019entreprises dans le secteur des transports Nombre d\u2019entreprises dans le secteur de la construction Nombre d\u2019entreprises dans le secteur des communications etc.La liste des indicateurs du volet interrégional de l\u2019Atlas du Québec comprend des données sur la structure démographique, le peuplement, les migrations, la structure linguistique, la structure de l\u2019activité, la structure des revenus de la population, le niveau de précarité, la structure productive, la scolarité, la santé, la culture, le comportement électoral, la sécurité publique, le dynamisme immobilier et la mobilité.Le tout représente plus de 2500 cartes pour l\u2019ensemble des 17 régions administratives.Deux nouveaux atlas : Nunavik et Capitale nationale/Chaudière-Appalaches Pour ce qui est du troisième volet de l\u2019Atlas du Québec et de ses régions, celui des atlas régionaux, deux organisations régionales (tables de concertation, comités, groupes de travail), incluant des universitaires, des professeurs de niveau collégial et des spécialistes de ministères et d\u2019agences gouvernementales ont mis au point deux sites régionaux construits localement, par des équipes régionales, dont le contenu dépend des réalités et des problématiques régionales.Ce sont les atlas régionaux du Nunavik et de la Région de la Capitale nationale - Chaudière-Appalaches.Depuis janvier 2001, la Société de développement Makivik a mis en place un projet d\u2019atlas régional pour le Nunavik.Plusieurs partenaires locaux basés à Kuujjuaq, notamment le Fonds d\u2019Exploration Minière du Nunavik, la Commission Scolaire Kativik, l\u2019Association Touristique du Nunavik, l\u2019Administration Régionale Kativik et la Régie Régionale de la Santé et des Services Sociaux du Nunavik ont collaboré au processus.Ce Comité de l\u2019Atlas du Nunavik a eu le mandat de concevoir et de déterminer le contenu de l\u2019Atlas régional, et de rassembler toutes les informations nécessaires à sa création.La mobilisation des acteurs locaux et régionaux fut importante et le site compte déjà plusieurs dizaines de documents et cartes sur le milieu géophysique, socio-économique, historique et culturel et sur le découpage du territoire.Une équipe autour de Paul Villeneuve et Yves Brousseau (département de géographie, Université Laval) s\u2019est donné comme mandat d\u2019illustrer la diversité du territoire qui compose la grande région de Québec et d\u2019en mesurer l\u2019évolution vers L\u2019Atlas du Québec et de ses régions Études québécoises 394 L\u2019état du Québec une plus grande intégration sociale et économique, au-delà des limites administratives qui subdivisent l\u2019espace en deux régions administratives, 18 MRC et plus de 250 municipalités.Cet atlas régional propose au grand public une lecture géographique du paysage humain et naturel de la grande région de la Capitale-Nationale/Chau-dière-Appalaches en synthétisant le contenu scientifique de travaux de recherches menés par des géographes pour le rendre accessible à un public plus large.De plus, il offre aux étudiants du département de géographie et du département d\u2019aménagement une vitrine témoignant de leurs compétences et de leur savoir-faire tout en favorisant la diffusion d'une information dynamique par l\u2019utilisation des nouvelles technologies de l\u2019information et des communications.0 Références \u2022\tDépartement de Géographie de l\u2019Université du Québec à Montréal : Jean Carrière, Juan-Luis Klein, Sylvain Lefebvre.\u2022\tPortail de l\u2019Atlas du Québec et de ses régions : www.atlasduquebec.qc.ca Volet national Volet interrégional Portail des Atlas régionaux \u2022\tAtlas Bas-Saint-laurent : www.atlasbsl.uqar.qc.ca \u2022\tAtlas Saguenay-Lac-Saint-Jean : www.atlas.uqac.ca/saguenay-lac-saint-jean \u2022\tAtlas Montréal : www.atlas-montreal.inrs-urb.uquebec.ca \u2022\tPortail de l\u2019Outaouais : www.outaouais.org/atlas.html Atlas et bilan environnemental Projet de caractérisation des rivières - Outaouais Atlas de l\u2019Outaouais urbain Atlas de l\u2019Outaouais et sa population Atlas forestier de l\u2019Outaouais \u2022\tAtlas Lanaudière: www.atlas-lanaudiere.inrs-urb.uquebec.ca \u2022\tAtlas Laurentides-Laval : www.atlas-laurentides-laval.inrs-urb.uquebec.ca \u2022\tAtlas Montérégie: http://atlas-monteregie.inrs-urb.uquebec.ca \u2022\tAtlas métropolitain de Montréal : www.montreal-metro.inrs-urb.uquebec.ca \u2022\tAtlas de la Capitale-Nationale et de Chaudières-Appalaches www.atlascnca.geographie.ulaval.ca/ \u2022\tAtlas du Nunavik (Nord-du-Québec) www.makivik.org/nunavikatlas/ Atlas en chantier: \u2022\tAtlas scolaire : www.atlasduquebec.qc.ca/scolaire \u2022\tAtlas Estrie \u2022\tAtlas Abitibi-Témiscamingue Le territoire 395 Études québécoises Le Centre interuniversitaire d'études québécoises (CIEQ) Les faits saillants de l\u2019année 2001-2002 \u2022 Après Quebec, ville et capitale (direction Serge Courville), deux nouveaux volumes de la collection de l\u2019Atlas historique du Québec sont parus aux Presses de l\u2019Université Laval en 2001.Ce sont Le Nord, habitants et mutations (sous la direction de Gérard Duhaime) et La Paroisse (sous la direction de Serge Courville et de Normand Séguin).Le volume consacré à l\u2019institution paroissiale a remporté récemment le prix Clio de la Société historique du Canada.La collection comprend donc maintenant sept volumes ; six autres atlas sont en préparation et devraient paraître d\u2019ici 2007.\u2022 Plusieurs colloques et rencontres scientifiques nationales et internationales ont été organisés par les chercheurs du CIEQ en 2001-2002.Mentionnons, à titre d\u2019exemples, le 11' congrès international des géographes-historiens (Saint-Hilaire; Québec, 2001), le colloque international sur «l\u2019enseignement de la religion» Le Centre interuniversitaire d\u2019études québécoises (CIEQ) a été créé en 1993 par le regroupement du Centre d\u2019études québécoises de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières et le Laboratoire de géographie historique de l\u2019Université Laval, alors respectivement dirigés par Normand Séguin et Serge Courville.Le CIEQ compte actuellement 25 membres réguliers et 15 associés appartenant à huit universités québécoises et canadiennes.Les chercheurs du CIEQ étudient la société québécoise, de la colonisation française à nos jours.Leur démarche est interdisciplinaire et leur perspective est celle du changement socioculturel appréhendé sous l\u2019angle des dynamiques spatio-temporelles, selon cinq thématiques principales de recherche : \u2022\tles rapports espace-économie-société ; \u2022\tles discours et les représentations ; \u2022\tles institutions ; ¦ la sociabilité; \u2022\tle vécu religieux.L\u2019Atlas historique du Québec.Le CIEQ a défini un projet majeur commun auquel participent l\u2019ensemble de ses chercheurs principaux et associés : l\u2019Atlas historique du Québec.Toutes leurs démarches et tous leurs corpus concourent à sa réalisation.Ce projet en est un de longue haleine.Il se déploie sur la vaste trame temporelle de la société québécoise depuis le Régime français jusqu\u2019à nos jours et s\u2019intéresse au changement social et culturel, dans ses différentes facettes.Sept volumes ont paru depuis 1995 : Le pays laurentien; Population et territoire; Le territoire ; L'institution médicale ; Québec, ville et capitale ; Le Nord, habitants et mutations ; La Paroisse.Le Centre interuniversitaire d\u2019études québécoises Études québécoises 396 L\u2019état du Québec (Caulier; Rome, 2001), le colloque international «Nationalisations et dénationalisations aux xixe et xxe siècles : attentes, processus et bilans» (Lanthier, Trois-Rivières, 2001), le colloque international «L\u2019espace missionnaire: lieu de rencontres interculturelles et d\u2019innovations» (Routhier, Québec, 2001), et le colloque «Identité et culture: regards croisés» (Hardy, Trois-Rivières, 2001).D\u2019autres activités se tiendront prochainement comme le colloque «Les territoires de l\u2019entreprise» (Canadian Business History Conference 2002), (Bellavance et Lanthier, Trois-Rivières, 2002), le colloque de la Société canadienne de l\u2019histoire de l\u2019Église catholique (Ferretti, Trois-Rivières, 2002) et le congrès de l\u2019Association canadienne d\u2019histoire de l\u2019éducation (Hamel, Québec, 2002).\u2022 Normand Séguin, cofondateur du CIEQ avec Serge Courville, a reçu, à l\u2019automne 2001, le prestigieux prix Jacques-Rousseau de l\u2019Acfas.Ce prix vise à souligner la contribution exceptionnelle du récipiendaire à la promotion et à la pratique de l\u2019interdisciplinarité dans le champ des sciences sociales et des humanités.\u2022\tL\u2019équipe trifluvienne du CIEQ fêtait en septembre 2001 le vingt-cinquième anniversaire des études québécoises à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières et le quinzième anniversaire du Centre d\u2019études québécoises (CÉDEQ ou CIEQ-UQTR).\u2022\tAu cours des derniers mois, le CIEQ a mis en ligne plusieurs bases de données et modules de cartographie à l\u2019usage des chercheurs en études québécoises sur des thèmes variés (santé et environnement, discours économique des Canadiens français, population et histoire sociale de la ville de Québec, manuels scolaires, etc.).On accède à ces bases de données aux adresses suivantes : www.cieq.uqtr.ca ou www.cieq.ulaval.ca.# Direction du CIEQ: Claude Bellavance (Université du Québec à Trois-Rivières), Marc Saint-Hilaire et Brigitte Caulier (Université Laval.Brigitte Caulier a succédé à Marc St-Hilaire à la codirection du CIEQ en juin 2002).La paroisse Le Nord L'économie L'ÉTAT DE L'ÉCONOMIE QUÉBÉCOISE >\tLes grandes tendances >\tPoints de vue sur l'économie québécoise FINANCES PUBLIQUES >\tLe choix de l'équilibre budgétaire et ses conséquences >\tLes avantages d'un nouveau partage fiscal POLITIQUES >\tComment peut-on contrer la crise du logement?>\tL'entente avec les Cris: une évaluation économique >\tLe conflit du bois d'œuvre \u2014 On n'est pas sortis du bois.et c'est tant mieux ! >\tLes garderies à cinq dollars par jour : un programme dont profitent les plus riches MONNAIE >\tAdopter le dollar américain : à quel prix?CONSOMMATION >\tLe prix de l'essence au Québec : une source constante de polémique L\u2019économie 399 L'État de l'économie québécoise Les grandes tendances Germain Belzile et Jean-François Saillant École des hautes études commerciales, Institut d\u2019économie appliquée REVUE DE LA SITUATION DE L\u2019EMPLOI En matière d\u2019emploi, la référence le plus souvent utilisée pour tâter le pouls d\u2019une économie est le taux de chômage.Le taux de chômage correspond au nombre de chômeurs par rapport à la population active.En moyenne, en l\u2019an 2001, ce taux se fixait à 8,7%, alors qu\u2019il était de 9,3% en 1999 et 8,4% en 2000.Le chômage annuel moyen augmentait alors pour la première fois depuis quatre ans dans la province.Rappelons que ce taux avait plafonné au cours de la dernière décennie à 13,3 %, en 1993, résultat direct de la récession de 1990-1991 (graphique 1).Lorsqu\u2019on compare la situation du Québec à celle des autres provinces canadiennes ou encore des États limitrophes (Maine, New Hampshire, New York et Vermont), on constate qu\u2019il reste encore beaucoup de chemin à faire.En moyenne, Graphique 1 Évolution du taux de chômage (Canada: 1976-2000 ; États limitrophes: 1978-2000) Québec Ontario États limitrophes r\\im«3-Lnkor^oocno LO r- oo |vC0C000C0CQ00C0C000C0(Ji0)(J'0)(r>(Ti0)ffi(Ti0}O _ A\t.\u2014, \u2014.\u2014, \u2014, m\ttT\\ ' T '\tr 1 \\ f 1 '\tm m m ( ) cnc*ahcncncnahcncncnaTcnaTcncnc*cncncncncno Année Les grandes tendances L\u2019état de l'économie québécoise 400 L\u2019état du Québec Graphique 2 Évolution du différentiel entre le tau* de chômage des provinces et la moyenne des dix provinces canadiennes entre 1976 et 2000 /A.rsim^u'iLor'-coaio fNm^-u-iviDsoocno 2° £ S r-'OOooaDcocococooocooocTicnahaitncncnCThcnCTïO r-» r» oitTiCjicnCTicTiCThaiai-TrcncTicrtcnaicTiCTiaiaicjiaio (Ji Ol Ol -Terre-Neuve Année \u2014\tQuébec -\t- - * Colombie-Britannique -\t- - ¦ Ontario \u2014\t\u2014 Alberta * correspond au taux de chômage de la province duquel est soustrait le taux de chômage moyen des 10 provinces depuis 1976, le taux de chômage québécois est demeuré supérieur de 2,0 points de pourcentage à celui de la moyenne des dix provinces (graphique 2).De plus, on remarque que le taux de chômage est systématiquement moins élevé dans les États limitrophes sans égard à l\u2019année de comparaison (graphique 1), même lorsqu\u2019on considère que le taux de chômage américain est sous-estimé de 0,5 à 1,0 point de pourcentage par rapport aux normes de calcul canadiennes.En 2001, le Québec aura créé 36 760 emplois, moins que les années précédentes (80 300 en 2000, 75 900 en 1999 et 86 400 en 1998), en raison du ralentissement économique nord-américain.Alors que le Québec comptait pour 24% de la population des provinces canadiennes en 2001, la province n\u2019aura contribué à la création que de 22% des nouveaux emplois.Au cours des six premiers mois de 2002, cependant, 128 000 postes ont été créés de façon nette au Québec, un record pour une période de deux trimestres consécutifs (l\u2019ancien record, 79 800, remonte à 1983).Ainsi, l\u2019économie québécoise a généré 42% des emplois au Canada pour cette période. L\u2019économie 401 Les données publiées sur la création d\u2019emplois peuvent être trompeuses.En fait, on ne fait que calculer la variation dans le nombre total d\u2019emplois d\u2019un mois à l\u2019autre.Ainsi, une création nette de 128 000 emplois au Québec ne veut pas dire que 128 000 emplois y ont été créés.En fait, beaucoup plus d\u2019emplois nouveaux ont vu le jour, alors que plusieurs emplois disparaissaient sur la même période.Durant un mois typique, au Canada, pour la période 1990-1994, 595 000 emplois étaient créés, alors que 548 000 disparaissaient.On pouvait donc annoncer dans les médias la création de 47 000 nouveaux emplois.Référence : Stephen R.Jones et W.Craig Riddel, « Gross Flows of Labour in Canada and the United States », Canadian Public Policy, février 1998.La tendance sur un grand nombre d\u2019années est cependant moins rose.Le taux d\u2019emploi, qui fait le rapport entre le nombre de personnes à l\u2019emploi et la population de 15 ans et plus non institutionnalisée (la population «employable»), accuse un constant déficit (de l\u2019ordre de quatre points de pourcentage - 3= 5 Graphique 3 Évolution du différentiel entre le taux d'emploi des provinces et la moyenne des dix provinces canadiennes entre 1976 et 2000 15 rvm'3-uï^oi^cocno rsim^u-icDr-oocno P !\" \u201c\t8 r^oooooooocooooooooooocnCTiCTicr>CTia3cncrio 0101010101010101010101010101010101010101010 o~i >\u2014> '\t¦\t¦¦¦ u\t^\t'\u2014' tOCDCOCOMODCOCOCOCOOlOlOlOiaimOlOlOlClO r-~ r-» - OU OU OU OU OU OU ou OU OU OU ut ut U ¦ U .u ¦ u.u.\u2014¦\t\u2014 \u2022\t\u2014 OIOIOIOIOIOIOIOIOIOICTIOIOIOICTIOIOICTIOIOIOIO Année \u2014 Terre-Neuve \u2014\u2014 Québec -\t- - - Colombie-Britannique -\t- - \u2022 Ontario \tAlberta graphique 3) par rapport à la moyenne des provinces.Autrement dit, toutes propor-dons gardées, on dénombre plus de personnes sans emploi (à ne pas confondre avec les chômeurs) au Québec qu\u2019ailleurs au Canada.En 2001, la population active a continué à croître.Signe d\u2019un marché plus favorable à l\u2019égard des chercheurs d\u2019emploi, le taux d\u2019activité du Québec s\u2019est donc accru pour une cinquième année consécutive en 2001, pour se chiffrer à 63,6%.Malgré tout, la province demeure derrière la moyenne canadienne (graphique 4).CROISSANCE ÉCONOMIQUE, NIVEAU DE VIE, ÉPARGNE ET INVESTISSEMENT Le produit intérieur brut (PIB), qui correspond à la valeur aux prix du marché de tous les biens et services finaux produits au Québec au cours de l\u2019année, a enregistré une croissance de 4,3 % en 2000 en termes réels.Le taux de croissance du PIB réel canadien s\u2019est chiffré à 4,5 % pour la même année.La part québécoise du PIB canadien continue donc de s\u2019affaisser.En 2000, seulement 21,3% de la production canadienne provenait du Québec.Le PIB par habitant, mesure du niveau de vie d\u2019une population au sens économique, s\u2019est quant à lui accru de 4,4 % en 199g pour s\u2019établir à 27 767 $.Malgré cela, il s\u2019agit, une année de plus, d\u2019un niveau inférieur à la moyenne des provinces canadiennes (graphique 5).Une L'économie 403 10 000 8000 -6000-4000-2000\" 0- -2000-4000-6000-8000-10000-12 000 Graphique 5 Différentiel entre le PIB nominal par habitant des provinces et la moyenne des dix provinces canadiennes pour l'année 1999 +8155$ ¦ I 1 -3609$ PIB nominal par habitant moyen des 10 provinces en 1999: 31 376$ PIB nominal par habitant du Québec en 1999: 27 767$ -9623$ autre mesure intéressante des conditions de vie est le revenu personnel par habitant.En iggg, il a augmenté dans une proportion de 2,8% pour se fixer à 23 575 $\u2022 Cet indicateur se positionne lui aussi sous la moyenne des provinces canadiennes en iggg, accusant un écart de 1857 $ par rapporta celle-ci (graphique 6).Mentionnons que l\u2019écart réel entre le Québec et l\u2019Ontario n\u2019a pratiquement pas bougé depuis ig8i, tant en ce qui concerne le RP que le PIB par habitant (graphiques 7 et 8).En 2000, l\u2019accroissement du PIB est attribuable en bonne partie aux investissements majeurs auxquels ont procédé les entreprises québécoises.En effet, cette composante de l\u2019agrégat a augmenté de 7,8% en termes réels au cours de l\u2019année, pour se chiffrer à 34,2 milliards de dollars.Le total des investissements privés canadiens se chiffrant quant à lui à 182,4 milliards, la part québécoise de ces derniers était évaluée à 18,8%.Ce rapport enregistre pour la quatrième année consécutive une légère augmentation, après avoir fortement diminué depuis ig87, alors qu\u2019il atteignait un sommet de 23,1 % (tableau 1).On note par ailleurs que les administrations publiques (tous niveaux confondus, c\u2019est-à-dire municipal, provincial et fédéral) investissent à peu près autant au Québec qu\u2019ailleurs au Canada.En effet, la Les grandes tendances L\u2019état de l\u2019économie québécoise 404 L\u2019état du Québec Graphique 6 V c aj -ai ifc h 3000 2000- 1000 0- -1000 -2000 -3000- -4000 -5000 -6000- -7000 Différentiel entre le RP nominal par habitant des provinces et la moyenne des dix provinces canadiennes pour l'année 1999 +2285$ moyen des 10 provinces en 1999: 25 432$\t-5795$ RP nominal par habitant du Québec en 1999: 23 575$ RP nominal par habitant province récolte 23,7% du total des investissements publics au pays en 2000, alors que sa population compte pour près de 24% de celle du Canada.Ce constat s\u2019explique par une accélération plus rapide des investissements publics dans la province que dans l\u2019ensemble du pays.En effet, ceux-ci ont grimpé de 3,0% au Canada mais de g,4°/6au Québec en 2000.Le tableau 1 présente les principales données en matière d\u2019investissement au Québec et au Canada.Autre facteur explicatif de la croissance importante de 2000 : les dépenses de consommation.Elles enregistraient une solide augmentation, particulièrement dans le cas des biens durables (+5,3%).Les dépenses de consommation en biens et services des Québécois se chiffraient en 2000 à 125,9 milliards de dollars.Les dépenses gouvernementales courantes en biens et services affichaient une très légère augmentation (0,6%) au Québec pour la troisième année consécutive, se chiffrant en 2000 à 42,6 milliards de dollars.Au Canada, cette variation était de l\u2019ordre de 2,3%.Ce type de dépense sera appelé à croître plus rapidement au cours des prochaines années, à moins que le ralentissement attendu de l\u2019économie ne vienne réduire considérablement les recettes fiscales des gouvernements. Indice (1981=100)\tIndice (1981=100) L\u2019économie 405 Graphique 7 Évolution du PIB réel par habitant par province (en indice) depuis 1981 160 \u2022I5q_\t\u2014\u2014 Terre-Neuve Québec 140-\t- .- Colombie-Britannique .Ontario __ Alberta 120 110 100 90- t\u2014 fMm^mvor^oocjïO»\u2014 r\\im«tfincor-.oo oooooocooocooooocoototototototototot (jia)0)0)Oi(jiO'cnoi(j'0)ffioioiaiCTiO'ai OT en OT Année Graphique 8 Évolution du RP réel par habitant par province (en indice) depuis 1981 170 160 150 140 130 120 110 100 90 80 Terre-Neuve Québec Colombie-Britannique Ontario Alberta 00 lti 00\t01 o in or or OT OT OT OT OT OT 00 00 OT OT OT OT OT OT Année Les grandes tendances L\u2019état de l\u2019économie québécoise 406 L\u2019état du Québec Tableau 1 L'investissement public et privé* au Québec et au Canada 1981-1999 (données nominales -millions de dollars) ainsi que la part québécoise des investissements canadiens \t\t\t\t\t\t 1981\t2 167\t10 458\t20,7\t13 582\t78 026\t17,4 1982\t2 117\t11 902\t17,8\t10 337\t60 211\t17,2 1983\t2 361\t11 593\t20,4\t12 753\t68 403\t18,6 1984\t2 757\t12 626\t21,8\t16 864\t77 968\t21,6 1985\t3 466\t14 183\t24,4\t17 096\t85 553\t20,0 1986\t3 121\t14 054\t22,2\t19 270\t91 918\t21,0 1987\t3 050\t14 620\t20,9\t24 594\t106 441\t23,1 1988\t3 439\t15 763\t21,8\t26 213\t121 366\t21,6 1989\t3 939\t17 709\t22,2\t27 329\t132 030\t20,7 1990\t4 225\t19313\t21,9\t25 432\t119 023\t21,4 1991\t4 134\t19 172\t21,6\t22 458\t105 289\t21,3 1992\t4 048\t18 796\t21,5\t22 233\t101 687\t21,9 1993\t4 325\t18 555\t23,3\t23 174\t106 589\t21,7 1994\t4 663\t20 297\t23,0\t24 242\t119 442\t20,3 1995\t4615\t20 066\t23,0\t23 799\t126 174\t18,9 1996\t4 554\t19 152\t23,8\t24 473\t126 838\t19,3 1997\t4 357\t18 539\t23,5\t28 507\t159 932\t17,8 1998\t4 428\t18 194\t24,3\t29 410\t161 628\t18,2 1999\t4 389\t20 186\t21,7\t31 433\t170 252\t18,5 * Note : les chiffres comprennent la formation de capital brut de même que les investissements en stocks.Source: CANSIM matrices9019et 9014.COMMERCE EXTÉRIEUR Par ailleurs, les exportations du Québec étaient en hausse de 8,6 %, tandis que les importations ont augmenté de 8,o% en 2000.Le solde commercial du Québec était alors positif, la province exportant davantage qu\u2019elle n\u2019importait.En 2000, les exportations du Québec se chiffraient à 129,8 milliards de dollars tandis que les importations étaient évaluées à 125,5 milliards de dollars, d\u2019où un surplus commercial pour l\u2019année 2000.Malgré les prédictions les plus optimistes de la majorité des économistes, le dollar canadien s\u2019échange toujours à un niveau avoisinant les 0,65$ américain.Cette situation se traduit par des vacances coûteuses pour les touristes canadiens aux États-Unis, mais également par des affaires en or pour les entreprises québécoises qui exportent au sud de la frontière.En plus du taux de change favorable aux acheteurs américains, les accords de libre-échange conclus il y a près d\u2019une décennie avec les États-Unis auront considérablement stimulé les exportations.En effet, les exportations québécoises vers l\u2019étranger ont réalisé un bond spectacu- L\u2019économie 407 Tableau 2 Exportations, importations et solde commercial du Québec*, 1981-1999 (données nominales - en millions de dollars) \t\t\t 1981\t41 345\t43 217\t-1 872 1982\t39 963\t38 944\t1 019 1983\t42 736\t43 148\t-412 1984\t47 673\t50 456\t-2 783 1985\t49 800\t54 294\t-4 494 1986\t52 918\t56 260\t-3 342 1987\t55 099\t59 842\t-4 743 1988\t62 758\t65 735\t-2 977 1989\t65 727\t70 218\t-4 491 1990\t67 515\t72 095\t-4 580 1991\t63 748\t68 730\t-4 982 1992\t65 224\t69 898\t-4 674 1993\t72 120\t78 291\t-6 171 1994\t83 288\t84 523\t-1 235 1995\t93 591\t90 440\t3 151 1996\t94 954\t94 820\t134 1997\t101 802\t104 124\t-2 322 1998\t109 740\t112 979\t-3 239 1999\t118 506\t120 036\t-1 530 \u2018Note : les exportations comprennent les biens et services vendus dans les autres provinces canadiennes de même que ceux vendus à l'extérieur du Canada.La même logique s'applique aux importations.Source: CANSIM matrice 9019.laire depuis la mise en application de l\u2019accord de libre-échange canado-amé-ricain.En 2000, on exportait deux fois plus qu\u2019en 1990! Et bien que les taux d\u2019accroissement récents ne soient pas aussi considérables qu\u2019au début de cette période (à titre d\u2019exemple, on parle ici d\u2019un accroissement annuel de 14% et de r8°/o, respectivement en 1993 et 1994), ils demeurent toutefois très intéressants.Pour la troisième année consécutive, on enregistrait un taux de variation supérieur à 8,5%.Entre 1990 et 1999, les exportations internationales du Québec sont passées de 21,8 % à 38,3% en part du PIB.Par ailleurs, en termes réels, les exportations à destination des autres provinces canadiennes n\u2019ont pratiquement pas augmenté au cours de la même période, leur accroissement depuis 1990 n\u2019étant que de 3,8% (ce qui correspond à une accélération moyenne de 0,4% annuellement).Le constat n\u2019a en soi rien de bien étonnant.Bien qu\u2019il arrive occasionnellement que des barrières non tarifaires (il s\u2019agit plus souvent qu\u2019autrement de réglementations gouvernementales) viennent limiter les échanges commerciaux entre Les grandes tendances L\u2019état de l\u2019économie québécoise 408 L\u2019état du Québec les différentes provinces canadiennes, jamais n\u2019a-t-on vu de tarif douanier sur les produits québécois vendus ailleurs au pays.En faisant tomber ces barrières, il est donc attendu que les accords de libre-échange aient pour effet net un accroissement des ventes de produits québécois aux États-Unis.et vice-versa ! En effet, bien que l\u2019augmentation des importations internationales ne soit pas aussi impressionnante depuis 1990, elle n\u2019en demeure pas moins significative.À l\u2019époque, elles correspondaient à 25,7% du PIB québécois tandis qu\u2019en 1999, ce rapport avait grimpé à 39,0%.En termes réels, les importations québécoises de l\u2019extérieur du pays ont augmenté au cours de cette même période dans une proportion de 72,5 %.Par rapport à l\u2019ensemble des exportations canadiennes, celles en provenance du Québec comptaient en 1999 pour 18,9 % du total, chiffre relativement stable dans le temps.Par ailleurs, c\u2019est au Québec que 20,6 % des importations pro- venant des autres pays étaient dirigées.De manière générale, ce dernier rapport suit une tendance baissière depuis près de 20 ans.Si le commerce entre le Québec et le reste du monde augmente rapidement, un seul de nos partenaires commerciaux supplante tous les autres pays pour ce qui est du volume transigé, tant sur le plan des exportations que sur celui des importations.En effet, en 2001, 84,8 % des exportations québécoises étaient destinées au marché américain.Le plus proche rival était l\u2019Europe, retenant un maigre 9,2% des exportations totales vers l\u2019étranger (graphique 9).À ce compte, on saisit bien l\u2019importance pour la survie des entreprises exportatrices québécoises d\u2019une économie américaine robuste.Quant au Mexique, troisième partenaire commercial dans l\u2019ALENA, seulement 0,3% des exportations québécoises y sont dirigées.Dans le cas des importations, la situation n\u2019est pas aussi catégorique.Le principal partenaire commercial du Québec Graphique 9 Répartition des exportations québécoises en 2001, selon la destination Reste du monde \u2014 6% Europe \u2014 9,2% États-Unis \u2014 84,8% L\u2019économie 40g Graphique 10 Répartition des importations québécoises en 2001, selon l'origine Reste du monde \u2014 30,1 % États-Unis 42,3% Europe \u2014 27,6% demeure bien entendu les États-Unis.Par contre, ils ne contribuent qu\u2019à 42,3% aux importations québécoises de l\u2019étranger (2001).L\u2019Europe est notre deuxième plus important fournisseur, comptant pour 27,6% de nos importations (graphique 10).Entre autres choses, le taux de change défavorable à l\u2019importation du dollar canadien par rapport au dollar américain contribuerait à expliquer cette dichotomie.Toutefois, en raison notamment de la spécialisation accrue des productions, il faut comprendre que les États-Unis ne peuvent à eux seul fournir tous les biens et services que le Québec doit importer.Voilà pourquoi la province se tourne vers d\u2019autres producteurs.Cette situation est aussi tangible dans le cas des États-Unis, qui transigent également auprès de plusieurs autres producteurs.Le Québec ne constitue alors qu\u2019un producteur parmi bien d\u2019autres, ce qui explique très clairement que l\u2019écart soit si considérable entre la part de nos exportations destinées au marché américain et la part de nos importations qui en proviennent.Comptant pour 21,5% de l\u2019ensemble en 2001, le matériel de transport constituait la principale exportation internationale du Québec.Au second rang, viennent les exportations de produits électriques et électroniques (12,8%), suivies au troisième rang par le papier et les produits connexes (11,4%) et par la première transformation des métaux, au quatrième rang (11,1%).LES SECTEURS DE L\u2019ÉCONOMIE QUÉBÉCOISE En 2000, ce sont davantage les industries productrices de biens qui auront contribué à la croissance du PIB.En effet, celles-ci ont enregistré une progression de 6,2 % au cours de l\u2019année.Les industries de services ont quant à elles noté une augmentation de leurs activités de l\u2019ordre de 3,2%.Le contraire s\u2019est produit en 2001, alors que Les grandes tendances L\u2019état de l\u2019économie québécoise 410 L\u2019état du Québec les industries productrices de biens ont vu leur production décroître de 2,9 % et celles produisant des services ont continué à croître à un rythme annuel de 2,6%.Notons que le caractère cyclique de la production de biens est beaucoup plus marqué que celui des services.Industries primaires.L\u2019agriculture, les forêts, la chasse et la pêche ont connu une mauvais année en 2000, avec une croissance négative de l\u2019ordre de -1,2 %.Même chose pour le secteur des mines, qui a crû de -2,3 % pour la même année.En 2001, les industries primaires dans leur ensemble ont connu une baisse d\u2019activité économique.Fabrication d\u2019aliments.Par ailleurs, les industries alimentaires ont connu une bonne année, puisque la croissance du secteur était de 5,9% en 2000.Certaines industries alimentaires s\u2019en tirent encore mieux, dont la très dynamique industrie de transformation du poisson, dont la croissance entre 1997 et 2000 s\u2019est élevée à plus de 25 %.En 2001, le secteur de la fabrication des aliments a continué à croître à un rythme annuel de 3,5 %.Construction.Le secteur de la construction est en plein essor, ayant connu des hausses successives de 6,9% en 1998, 4,4 °/o en 1999 et 9,4% en 2000.2001 a été plus dur, avec une quasi-stagnation de l\u2019activité (+0,5%), mais 2002 s\u2019annonce prometteur.Plastiques et caoutchoucs.Le secteur des produits en plastique et en caoutchouc est souvent décrit comme voué à un avenir prometteur.Il y a effectivement matière à y croire.En 1999, ces industries ont connu une croissance marquée de 11,2%, puis de 7.3\t% en 2000.2001 a vu la croissance du secteur ralentir, à 1,3 °/o seulement.La production de plastiques au Québec est principalement orientée vers les produits d\u2019emballage et la construction.Or, la conjoncture favorable aura stimulé les mises en chantier et la consommation jusqu\u2019à 2000, soutenant ainsi la croissance de ces industries.Matériel de transport.Les industries de matériel de transport constituent un des fleurons de l\u2019économie québécoise.Ce secteur englobe principalement les industries du matériel ferroviaire, automobile et aéronautique.Cette industrie a connu en 1999 et 2000 des hausses particulièrement significatives de son volume d\u2019activité, soit de 16,4% et 15,5 %.2001 a été moins favorable, avec une croissance de seulement 6,6%.Cette chute est surtout due à la fabrication de véhicules automobiles, qui a régressé de 26,7% en 2001.L\u2019industrie de construction et de réparation de navires accuse depuis quelques années une réduction marquée de ses affaires, puisqu\u2019elle reculait de 23,5% en 1999 seulement.Depuis quelques années, les déboires du chantier naval de la MIL-Davie (maintenant fermé) ne sont pas sans rappeler que les jours sont comptés pour cette industrie au Québec.La fabrication de produits aérospatiaux et de leurs pièces est, quant à elle, en très bonne santé, avec des taux de croissance de 28,2% en 1999, de 17,1% en 2000 et de 17,0% en 2001.Produits informatiques et électroniques, matériel, appareils et composantes électriques.Depuis 1996, ce secteur industriel connaît un véritable boom: 20,6% en 1998, 20.3\t% en 1999 et 33,4% en 2000.Ce sont les machines électroniques, les machines L\u2019économie 411 de bureau de même que l\u2019équipement de communication qui ont propulsé ce secteur d\u2019activité.Les noms de fabricants célèbres sont nombreux au Québec, en particulier dans la région métropolitaine, qu\u2019on pense à Matrox ou encore à Ericsson.En revanche, certaines industries de ce secteur connaissent un repli considérable.C\u2019est notamment le cas des fabricants de fils et câbles électriques et de communication, qui accusent une diminution de leurs activités sur cette période.2001 a été une année très dure pour tout le secteur, entre autres en raison de la réduction de la demande provenant des États-Unis : ce secteur a rétréci de 36 % au cours de l\u2019année.On perçoit cependant une reprise en 2002.Meubles et produits connexes.Ce secteur a augmenté de 62 °/o entre 1997 et 2000, avec des taux de croissance de 19,2 % en 1998, de 21,9 °/o en 1999 et de 11,4 % en 2000.Une conjoncture beaucoup moins favora- ble en 2001 a causé une stagnation du secteur (-0,8%).Hébergement et restauration.Le secteur de l\u2019hébergement et de la restauration a terminé l\u2019année 1999 à la baisse par rapport à l\u2019année précédente (-1,9 °/o).En effet, bien que l\u2019industrie de l\u2019hébergement ait connu une légère expansion de 1,7% de son volume d\u2019affaires, c\u2019est principalement l\u2019industrie de la restauration qui a écopé.En termes réels, elle a notamment reculé de plus de 5,0%.Depuis cette période, la situation s\u2019est par ailleurs améliorée : le secteur de l\u2019hébergement et de la restauration a crû de 3,0 % en 2000 et de 1,8% en 2001.Information et culture.Ces deux industries sont passées à travers le ralentissement de 2001 sans problème, avec des taux de croissance de 7,5% en 1998, de 9,8% en 1999, de 11,2°/o en 2000 et de 10,4% en 2001.\u2022 Références ?Sites Internet Statistique Canada : www.statcan.ca Institut de la Statistique du Québec : www.statgouv.qc.ca Industrie Canada : www.ic.gc.ca Ministère de l\u2019Industrie et du Commerce du Québec : www.mic.gouv.qc.ca Bureau of Economie Analysis : www.bea.doc.gov Bureau of Labor Statistics : www.bls.gov Plant, Canada\u2019s Industry Newspaper (Nouvelles des industries manufacturières canadiennes) www.plantca Les grandes tendances L\u2019état de l\u2019économie québécoise 412 L\u2019état du Québec Points de vue sur l'économie québécoise POUR UN LIBRE-ÉCHANGE CANADIEN Institut économique de Montréal Il y a eu depuis 1992 un déplacement significatif dans l\u2019importance relative du commerce interprovincial et du commerce international au Canada.Même si le commerce interprovincial a augmenté, sa croissance a été moindre que celle des exportations internationales, ce qui laisse croire qu\u2019il y a moins d\u2019interdépendance entre les provinces : \u2022\tle commerce interprovincial a augmenté en moyenne de 4,7% chaque année de 1992 à 1998 ; \u2022\tpendant la même période, les exportations internationales ont connu une forte croissance de 11,9% en moyenne par année, alors que les importations augmentaient de 10,9%; \u2022\tles exportations internationales sont passées de 26 % du PIB en 1992 à 40% en 1998 alors que le poids du commerce interprovincial restait stable à environ 20%; \u2022\tles exportations internationales ont crû plus rapidement que les exportations domestiques de 1992 à 1998 pour toutes les provinces sauf le Nouveau-Brunswick.Cette forte performance du commerce international au cours des dernières années est une bonne nouvelle pour l\u2019économie canadienne mais, paradoxalement, l\u2019importance déclinante du commerce interprovincial pourrait s\u2019avérer néfaste pour le Canada en tant que pays et pour la croissance des exportations à plus long terme.L'importance du commerce interprovincial L\u2019Ontario et le Québec sont les deux principaux joueurs sur le marché canadien, ce qui n\u2019est pas surprenant puisqu\u2019il s\u2019agit des deux économies les plus importantes et les mieux intégrées du pays.Ils demeurent les meilleurs clients l\u2019un de l\u2019autre, le Québec absorbant 40% des exportations ontariennes vers le reste du Canada, et l\u2019Ontario 58% de celles du Québec.Le Québec a régulièrement connu entre 1992 et 1998 des déficits dans sa balance commerciale avec l\u2019Ontario et le Manitoba, mais a dégagé des surplus chaque année avec toutes les autres provinces.L\u2019Ontario est sans conteste le leader du commerce au Canada avec des surplus passant de 20 milliards $ en 1992 à 29\tmilliards $ en 1998.Certaines provinces voient sans doute que leur destinée économique se trouve maintenant au sud.Qui pourrait les blâmer?Le marché canadien ne compte que 30\tmillions de consommateurs alors qu\u2019un autre de plus en plus accessible juste au sud en compte dix fois plus.Il faut toutefois comprendre que le commerce interprovincial reste pertinent pour l\u2019économie canadienne dans son ensemble et pour sa performance sur les marchés internationaux, en particulier pour l\u2019économie du Québec.L'accord sur le commerce intérieur Le succès que connaissent le Québec et d\u2019autres provinces sur les marchés internationaux dépend de l\u2019ouverture et de la stabilité du marché canadien ainsi que de L\u2019économie 413 l\u2019accès accru au marché nord-américain garanti par l\u2019ALENA.Si le marché canadien s\u2019effrite ou entrave la productivité de notre économie, alors notre avantage compétitif sur les marchés mondiaux finira lui aussi par diminuer.Pour rester vigoureux, le marché intérieur canadien dépend d\u2019un climat de stabilité et doit s\u2019appuyer sur des politiques gouvernementales, une réglementation et des pratiques administratives qui supportent et promeuvent l\u2019ouverture, l\u2019accessibilité et la compétition.Dans une fédération, ceci requiert une coopération entre tous les gouvernements.C\u2019est justement ce que l\u2019Accord sur le commerce intérieur est censé fournir.Cet accord a été négocié par tous les gouvernements canadiens en 1993-94, a été ratifié par les premiers ministres en juillet 1994 et est entré en vigueur en juillet 1995.Son objectif est de réduire et d\u2019enlever les obstacles au commerce au sein du Canada et d\u2019établir un marché intérieur ouvert, performant et stable.Il inclut un ensemble de règles qui éliminent la discrimination sur une base géographique, ainsi que toute mesure qui entrave le commerce et n\u2019est pas nécessaire pour accomplir un objectif « légitime » (par exemple la sécurité et la santé du public, la protection de l\u2019environnement et des consommateurs, etc).L\u2019Accord met également sur pied un Comité ministériel et un Secrétariat qui ont pour mission de remplir ses objectifs et de mettre en place un processus de règlement des conflits.Depuis son entrée en vigueur en 1995, l\u2019Accord a toutefois été invisible.Il échoue à maints égards à remplir son rôle et les gouvernements ne s\u2019en sont pas servi pour coordonner leurs efforts.Il devrait pourtant leur donner l\u2019occasion de coopérer pour s\u2019assurer que les différentes pièces qui constituent le marché canadien sont bien imbriquées les unes dans les autres.Mieux encore, le commerce à l\u2019intérieur de l\u2019union canadienne devrait être libre de toute entrave et exempt d\u2019intervention de la part des gouvernements.Quelques problèmes spécifiques Plusieurs barrières demeurent non identifiées et ne font l\u2019objet d\u2019aucune contestation parce que l\u2019Accord est complexe et inaccessible, en plus de passer inaperçu.Certaines sont sans doute maintenues à cause de l\u2019inertie qui caractérise les institutions et les politiques publiques ou encore parce qu\u2019elles servent les intérêts d\u2019industries ou groupes spécifiques.Les quelques exemples qui suivent comptent parmi les plus typiques et flagrants et donnent une idée des problèmes qui subsistent.On trouve généralement des barrières dans les secteurs qui sont les plus sujets à la réglementation gouvernementale.Le marché du lait.L\u2019agriculture est l\u2019un des secteurs les plus réglementés et protégés au Canada.L\u2019industrie laitière offre un bon exemple du type de barrières qui affectent le commerce entre les provinces.On retrouve trois cas spécifiques de barrières qui protègent le commerce du lait et aucune d\u2019entre elles n\u2019est nécessaire à la protection des consommateurs ou à la santé et la sécurité du public: l\u2019interdiction de vendre de la margarine colorée au Québec ; l\u2019interdiction de produire et de vendre en Ontario des aliments faits d\u2019un mélange d\u2019huile végétale et de produit laitier et qui constituent un succédané de produit laitier ; et enfin un réglementation de la distribution des produits laitiers liquides en Ontario, au Québec et dans les provinces atlantiques.[.] Points de vue sur l\u2019économie québécoise L\u2019état de l\u2019économie québécoise 414 L\u2019état du Québec La mobilité' de la main-d\u2019œuure.Dans plusieurs professions, les travailleurs doivent obtenir une certification et se conformer à des exigences en matière de résidence.Certaines de ces exigences limitent la mobilité et contredisent les objectifs de l\u2019Accord.Elles sont peu contestées parce qu\u2019elles affectent les individus plutôt que les compagnies et les travailleurs isolés ne savent pas comment les contester au moyen de l\u2019Accord.Par exemple, dans la plupart des provinces, les comptables qui sont reconnus par l\u2019une des trois organisations professionnelles canadiennes, comptables (ca), comptables généraux licenciés (cga) et comptables en management accrédités (cma), ont la permission de faire des vérifications d\u2019états financiers et des missions d\u2019examen.Toutefois, l\u2019Ontario et l\u2019île-du-Prince-Édouard excluent ceux qui ne sont pas « ca » tandis que la Nouvelle-Écosse et le Québec donnent la préférence au « ca ».[.] La construction au Québec.Depuis le milieu des années 1970, le Québec impose des restrictions régionales au travail dans le domaine de la construction aussi bien pour les travailleurs que pour les compagnies.Cette réglementation visait à résoudre les conflits de travail dans cette industrie.Elle a toutefois eu pour effet de limiter la mobilité et la concurrence, en plus de restreindre l\u2019accès aux entrepreneurs et travailleurs des provinces voisines du Nouveau-Brunswick et de l\u2019Ontario.Les travailleurs et compagnies du Québec ont le champ libre dans ces deux provinces, mais le contraire n\u2019est pas vrai.L\u2019enregistrement des compagnies.Chaque province a ses propres exigences en matière d\u2019enregistrement et de déclaration applicables aux sociétés qui opèrent sur son territoire.Il serait évidemment avantageux pour la conduite des affaires de standardiser ces exigences au niveau national et d\u2019y appliquer les nouvelles technologies de l\u2019information.L\u2019Accord comprend un engagement et un plan détaillé pour atteindre cet objectif.Le système devait entrer en vigueur avant le 1\" juillet 1999, mais cette date est passée sans résultat concret.L\u2019énergie.L\u2019Accord inclut un engagement à compléter un chapitre sur l\u2019énergie avant juillet 1995.Ce chapitre n\u2019existe toujours pas.Il semble toutefois qu\u2019un brouillon acceptable pour la plupart des gouvernements soit en circulation depuis presque deux ans mais « la plupart « n\u2019est pas suffisant puisque l\u2019Accord ne fonctionne que par consensus.[.] Les marchés publics.L\u2019Accord met en place un système électronique d\u2019appels d\u2019offres pour les achats gouvernementaux, ce qui est l\u2019une de ses réalisations majeures.Ce succès est toutefois assombri par une longue liste d\u2019exceptions que les gouvernements ont beaucoup de difficultés à réduire.Au Québec, ces exceptions comprennent notamment Hydro-Québec et la Société des alcools, alors que l\u2019Ontario n\u2019exclut aucun de ses ministères, agences ou sociétés d\u2019États.[.] Conclusion D\u2019autres questions reliées au commerce intérieur n\u2019ont sans doute pas une importance cruciale pour l\u2019économie dans son ensemble, mais peuvent tout de même constituer des obstacles gênants ou même sérieux pour certains individus ou entreprises.Tiré de « Pour un libre-échange canadien », Institut économique de Montréal, Notes économiques, août 2001.Le texte complet est disponible à cette adresse: unmo.iedm.org/etudes/etudegJf.html L\u2019économie LE QUÉBEC FACE AUX AUTRES ÉCONOMIES INDUSTRIALISÉES : UN SURVOL Quynh Van Tran Institut de la statistique du Québec Pour plusieurs pays, la montée de l\u2019investissement constitue un élément majeur de la demande intérieure finale.Estimé à 1,9% entre 1990 et 1999, le taux de croissance annuel moyen au Québec reste au-dessous de celui du Canada (+ 3,3%), des États-Unis (+5,8%),de l\u2019OCDE (+3,4%) et du G-7 (+3,3 %).Après quatre reculs étalés sur cinq ans, le taux de croissance du Québec bénéficie d\u2019un regain depuis 1996.Il devance ainsi celui du Canada, sauf pour 1997, année au cours de laquelle l\u2019investissement canadien effectue un bond de 13,9%.Cette accélération des investissements au Québec, inférieure à celles de l\u2019OCDE et du G-7 durant la première moitié de la décennie, les surpasse à partir de 1996.De leur côté, à la suite de la diminution (-5,6%) survenue en 1991, les États-Unis connaissent une poussée des investissements, surtout durant l\u2019année 1998 avec un taux de croissance de 10,6 %.Certains autres pays, dont le Japon, accusent des reculs importants entre 1991 et 1999.Par ailleurs, en termes d\u2019importance dans la production, la part de l\u2019investissement au Québec, évaluée à 18,1% du PIB en 1990, baisse à 18,0% en 1999 et demeure inférieure aussi bien à la part canadienne, stabilisée à 20,5%, qu\u2019au ratio de l\u2019OCDE, qui passe de 21,3 % à 22,6%, ou encore à celui duG-7, qui monte à 22,2% en 1999 après avoir été de 21,0% en 1990.Ainsi, l\u2019écart entre les ratios du Québec et ceux des autres économies industrialisées, moins pro- noncé au début des années 90, augmente à la fin de la période.Poids des dépenses publiques dans le PIB La proportion des dépenses publiques dans la production indique qu\u2019elles occupent une place plus importante dans l\u2019activité économique au Québec qu\u2019au Canada et que dans l\u2019ensemble de l\u2019OCDE entre 1990 et 1999.Ce ratio, supérieur à 25,1% du PIB québécois avant 1994, n\u2019en constitue que 21,6% en 1999, mais dépasse les ratios canadien et américain.En effet, les dépenses gouvernementales canadiennes ne représentent que 22,9% du PIB en 1990 et 19,2 % en 1999, alors que celles des États-Unis, qui se situent à 19,0% en 1990, reculent à 14,1% en 1999.Les dépenses publiques, qui ne composent que 16 % du PIB de la zone de l\u2019OCDE, ne se contractent que de 0,6 point en l\u2019espace de neuf ans.Préoccupés par le gonflement des dépenses publiques, conjugué à la faible hausse des recettes, mais surtout parce qu\u2019ils craignent de perdre la maîtrise de la gestion de la dette, le Québec et le Canada entreprennent, au début des années 90, le rééquilibrage des finances publiques à l\u2019aide de politiques cohérentes et fermes.Fortement touché par la détérioration de la conjoncture économique, le Québec diminue ses dépenses publiques, à partir de 1993, après que celles-ci eurent progressé de 2,1% en 1992 et de 2,3% en 1991.Sur une période de neuf ans, elles 415 Points de vue sur l\u2019économie québécoise L\u2019état de l\u2019économie québécoise 416 L\u2019état du Québec ont baissé à cinq reprises et n\u2019ont commencé à remonter qu\u2019en 1998.De fait, l\u2019histoire de la lutte aux déficits révèle que le gouvernement du Québec n\u2019avait pas équilibré ses comptes depuis les années 70.À partir de 1995, il a procédé à des baisses importantes du déficit.Celui-ci passe de 5,8 milliards de dollars à 4,0 milliards en 1996.Ainsi, après de nombreuses années de déficit budgétaire, l\u2019année financière 1998-1999 se caractérise par un surplus, tout comme l\u2019année 1999-2000 qui marque le début de l\u2019ère de l\u2019obligation légale de maintenir un budget gouvernemental équilibré.Au Canada, les dépenses publiques ne commencent à diminuer qu\u2019en 1994, soit un an après le Québec, alors que celles des États-Unis, du Japon et de l\u2019Italie, entre autres pays, progressent de façon continue depuis 1996.Poids des exportations: l'écart diminue entre le Québec et le Canada Sur le marché extérieur, le Québec connaît une hausse de la part de ses exportations par rapport au PIB, celle-ci passant de 41,8°/o du PIB en 1990 à 55,1% en 1999.Inférieur à celui du Québec, le ratio du Canada est de 29,1 % du PIB en 1990 et de 40,5 % en 1999 : il se révèle donc supérieur à celui de l\u2019OCDE qui se situe à 18,8% et 24,0 % respectivement.Au début de la période, les exportations québécoises baissent (-4,3% en 1991), pour ensuite croître dans les années subséquentes.La croissance des exportations atteint un sommet en 1994 avec un taux de croissance de 9,2%, faiblit quelque peu en 1996, puis s\u2019accroit fortement en 1997, 1998 et 1999.Au Canada, les exportations sont en hausse constante depuis 1991, à une vitesse supérieure à celle du Québec.Les États-Unis affichent, pour leur part, une forte croissance des exportations de 1994 à 1997, puis un ralentissement à 2,2% en 1998 et 3,8% en 1999.Quant aux exportations de l\u2019OCDE et du G-7, elles progressent de 1991 à 1999, avec un sommet de 11,6% et de ir,2°/o respectivement en 1997.Du côté des importations, celles du Québec sont généralement à la hausse au cours de la dernière décennie, sauf en 1991 et 1992 (lors de la récession), alors qu\u2019elles affichent une décroissance de -2,5% et -0,2% respectivement.Elles remontent sensiblement par la suite, augmentant de 9,5% en 1999.Les importations canadiennes progressent plus vite que celles du Québec, soit de 3,2% en 1991 à 9,7°/o en 1999, la seule exception étant l\u2019année 1998.Les États-Unis occupent le premier rang pour les pays de l\u2019OCDE, avec une augmentation des importations de plus de 8,0%, sauf en 1991 et en 1992.De fait, les importations des pays de l\u2019OCDE et du G-7 sont à la hausse depuis 1991, à un rythme plus rapide que celui du Québec.Néanmoins, avec 44,6% du PIB en 1990 et 55,4% en 1999, les importations constituent une part beaucoup plus importante au Québec qu\u2019au Canada (31,1 % et 38,3 % respectivement) et que dans l\u2019ensemble de l\u2019OCDE (19,0% et 24,0%).Même si la progression des importations aux États-Unis est importante, sa part dans le PIB demeure faible: 11,5% en 1990 et 15,4% en 1999.Le solde commercial du Québec est déficitaire de 1990 à 1994, mais moins que son équivalent canadien pour la même période.Alors que le compte commercial canadien présente des surplus au cours de la seconde moitié des années 90, celui du Québec n\u2019affiche un excédent qu\u2019en 1995 (1,3 milliard ).Par la suite, il enregistre des déficits modérés se situant L\u2019économie 417 entre 0,5 et 0,8 milliard de dollars.La balance commerciale des États-Unis, qui est négative tout au long de la dernière décennie, se détériore surtout de 1994 à 1999.Le déficit atteint plus de 217,6 milliards en 1999, après avoir doublé entre 1997 et 1998.Extrait de « Le Québec Jace aux autres e'conomies industrialiséesun survol», Direction des comptes et études économiques, Institut de la statistique du Québec, septembre 2000.Disponible à cette adresse: iouno.stat.qouv.qc.ca/bul/ economie/pdj/eco^_oo.pdj L\u2019ÉVOLUTION OU NIVEAU DE VIE DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE Entrevue de Andrew Sharpe (.) En matière de revenus, le niveau de vie au Canada a très peu augmenté depuis la fin des années 1980.La mesure la plus révélatrice des tendances du revenu, vue sous l\u2019angle du niveau de vie, est sans doute le revenu personnel par habitant en valeur réelle, soit l\u2019ensemble des revenus avant impôts, divisés par la population total.Au Canada, le revenu personnel par habitant en termes réels, c\u2019est-à-dire abstraction faite de l\u2019inflation, a très peu augmenté pendant les années 1990.En fait, de 198g à 1996, il a même diminué de 0,40% en moyenne par année.II a augmenté par la suite, de 1996 à 2000, en moyenne de 2,1% par année.Conclusion : en l\u2019an 2000, le revenu personnel réel par habitant a augmenté de 6 % par rapport à ce qu\u2019il était en 1989.Au Québec, il a augmenté de 9 % pendant cette période.C\u2019est un peu moins reluisant du côté du revenu personnel réel après impôt, ce que l\u2019on appelle le revenu personnel disponible réel, alors qu\u2019on dénote encore moins de progression du niveau de vie au Canada.En réalité, de 1989 à 2000, il a augmenté en moyenne de 0,10%, soit à peu près de rien.Cela s\u2019explique par le fait que les charges fiscales ont augmenté proportionnellement plus que les revenus pendant cette période et en particulier dans la première moitié des années 90.Il faut préciser toutefois que, sur le plan du revenu personnel disponible, on distingue deux périodes, tout comme dans le cas de l\u2019évolution du revenu personnel par habitant.En effet, de 1989 à 1993, le revenu personnel disponible par habitant a baissé en moyenne de 0,83 % par année, alors que de 1996 à 2000, il a augmenté en moyenne de r,74%.La situation est quelque peu différente au Québec.Bien que le revenu personnel disponible ait diminué entre 1989 et 1996, il est supérieur en 2000 de 3 % par rapport à ce qu\u2019il était en 1989.Si nous nous comparons maintenant à nos voisins du Sud, nous pouvons affirmer que, dans les années 1990, le fossé s\u2019est considérablement creusé entre le Canada et les États-Unis.Le revenu personnel réel par habitant et le revenu personnel disponible ont augmenté beaucoup plus aux États-Unis qu\u2019au Canada.Aux États-Unis, ces deux mesures de revenus ont connu une augmentation soutenue tout au long de cette décennie.Cette hausse a certes été plus faible en moyenne dans la première moitié des années 1990 que dans la deuxième moitié, mais il n\u2019y a Points de vue sur l\u2019économie québécoise L\u2019état de l\u2019économie québécoise 418 L\u2019état du Québec pas eu de baisse comme ce fut le cas au Canada.Ainsi, l\u2019écart s\u2019est accentué entre le Canada et les États-Unis.De 1989 à 2000, le revenu personnel par habitant canadien est passé de 83,5 % à 75,5 % du revenu personnel américain, alors que les données correspondantes pour le revenu personnel disponible sont de 76,0% à 67,8%.Extrait d'une entrevue de Andrew Sharpe par Diane Bellemare, tire'e de «La minute de l'emploi», uol.5 n° 5, mai 2002.L\u2019entTevue complète est disponible à cette adresse: wu1u1.minute.qc.ca/Maio2/editorial10.html \u2022 Finances publiques Le choix de l'équilibre budgétaire et ses conséquences Germain Belzile Économiste, École des hautes études commerciales Devant la menace d\u2019un important ralentissement économique, déjà appréhendé, mais rendu plus inquiétant par les événements du 11 septembre 2001 aux États-Unis, la ministre des Finances Pauline Marois a décidé de déposer un budget hâtif le Ier novembre de la même année.Elle devançait ainsi de quelques mois la date normale de dépôt d\u2019un budget québécois.Mme Marois invoquait alors la nécessité d\u2019un budget stimulateur, pour contrer le ralentissement.Certains y ont cependant vu une manœuvre destinée à montrer que le gouvernement avait la situation bien en main, avant la détérioration inévitable des finances publiques.Les résultats pour l'année fiscale 2001-2002 Lors du budget 2001-2002 présenté en mars 2001, la ministre Marois visait l\u2019équilibre budgétaire.En raison d\u2019une croissance économique plus faible que prévu dans ce budget, soit 1,1% plutôt que 2,7%, les revenus autonomes du gouvernement ont été poussés à la baisse.Cela a creusé un trou imprévu de 1,4 G $ dans le budget.Cependant, les transferts fédéraux ont augmenté de 0,2 G $, par rapport aux prévisions du budget de mars.Il manquait donc 1,2 G$ (ou 6% des revenus) pour maintenir l\u2019équilibre budgétaire pour 2001-2002.La ministre Marois a décidé en novembre 2001 d\u2019utiliser la réserve créée dans le budget de mars 2001 (950 M$) et de couper 0,2 G $ dans les dépenses afin de maintenir l\u2019équilibre budgétaire pour l\u2019année fiscale 2001-2002.La réserve, créée à partir de la marge excédentaire dégagée en 2000-2001 et confiée à la Caisse de Dépôt, devait servir à financer des dépenses futures en santé, en services sociaux, en éducation, en solidarité sociale et en recherche.Contrairement à L\u2019économie 419 2000-2001, aucun surplus n\u2019a donc pu être dégagé afin de réduire la dette accumulée.Notons que ces résultats sont préliminaires : même si l\u2019année fiscale se termine le 31 mars 2002, les résultats finaux ne sont disponibles que plusieurs mois plus tard.Le budget 2002-2003 Dans le budget de mars 2001, la ministre des Finances visait l\u2019équilibre budgétaire.Malgré le ralentissement économique, elle maintenait en novembre 2001 le cap sur le même objectif de fond.Mme Marois prévoyait pour 2002 une croissance économique de 1,7 %, une opinion relativement optimiste, justifiée par le caractère stimulateur du budget.On peut noter que le Québec est la seule province à avoir tenté, via son budget, de stimuler l\u2019économie en 2002-2003.Le budget déposé pour 2002-2003 propose ainsi une hausse des dépenses de programme de 1,3 G $ (3,1%) alors que le service de la dette devrait diminuer de 0,5 G$ (-0,6%), pour une croissance totale des dépenses de 2,0%.Les dépenses officielles du gouvernement augmentent donc en termes réels, mais moins que la croissance nominale du PIB (la ministre prévoit 1,7 % de croissance réelle et 3,0% nominale pour 2002).Ainsi, le ratio dépenses / PIB continue à diminuer.L\u2019élément le plus important du budget, côté dépenses, est une accélération des dépenses d\u2019investissement en santé, en éducation et en infrastructure, d'un montant de 3 G$.Les détails de ces projets n\u2019ont pas été annoncés lors du dépôt du budget.Ces dépenses avaient déjà été inscrites au programme d\u2019investissement trisannuel et sont simplement devancées.Notons que des modifications aux règles comptables, approuvées par le vérificateur général, permettent de comptabiliser ces dépenses comme des opérations non budgétaires : elles n\u2019apparaissent donc pas dans les chiffres du budget 2002-2003.f-e Tableau 1 Sommaire budgétaire (en millions de dollars) \t\t\t\t\t\t Revenus autonomes\t41 047\t42 856\t41 652\t40 298\t42 817\t42 691 Transferts fédéraux\t6 352\t8 161\t9 484\t9 660\t9 557\t9 247 Revenus totaux\t47 399\t51 017\t51 316\t49 958\t52 374\t51 938 Dépenses de programme\t39 997\t41 959\t43 226\t43 506\t44 582\t44 582 Service de la dette\t7 372\t7 606\t7 910\t7 402\t7 792\t7 356 Dépenses totales\t47 369\t49 565\t51 136\t50 908\t52 374\t51 938 Surplus avant réserve\t30\t1 452\t0\t-950\t0\t0 Transfert de (vers) réserve\t0\t(950)\t0\t950\t0\t0 Surplus après réserve\t30\t502\t0\t0\t0\t0 Ratio Dépenses de programme /PIB (en %)\t18,6%\t18,5%\t\t18,5%\t\t18,4% Source: Bank of Montreal, Commentary, November 1\" 2001 et ministère des Finances du Québec, Budget 2002-2003 Le choix de l\u2019équilibre budgétaire et ses conséquences Finances publiques 420 L\u2019état du Québec Québec se joint ainsi à un groupe de provinces qui comptabilisent les coûts d\u2019investissements à mesure que les biens de capital sont utilisés.Le gros des investissements supplémentaires est consacré à la santé et aux services sociaux (0,5 G$) et à l\u2019éducation (0,4 G $) ; 100 M $ ont aussi été budgétisés pour la recherche et 400 M $ pour l\u2019amélioration des routes.De plus, les sociétés d\u2019État à vocation commerciale injecteront 0,5 G $ de plus en investissements.Côté revenus, le budget prévoit une aide de 0,4 G $ aux consommateurs, sous forme d\u2019une majoration de 100 $ du crédit d\u2019impôt pour la TVQ, une pleine indexation du régime d\u2019imposition des particuliers (2,7 % plutôt que le 1,8% prévu) et 75 M $ pour les personnes à faible revenu.Les revenus autonomes devraient malgré tout croître de 5,9%, alors que les transferts fédéraux devraient diminuer de 4,3%.Les revenus totaux augmenteraient donc de 2 G$, soit 4%, par rapport aux chiffres révisés de 2001-2002 (tableau 1).Les erreurs du gouvernement fédéral Lorsque Paul Martin a quitté le ministère des Finances fédéral au début de l\u2019été 2002, il laissait à son successeur John Manley une patate chaude, sous la forme de deux différends importants avec les provinces.Le premier problème provient d\u2019une erreur comptable fédérale vieille de 30 ans.En déduisant de façon erronée certains remboursements de gains de capital des revenus fiscaux provinciaux, le ministère du Revenu fédéral, qui collecte les impôts pour toutes les provinces hormis le Québec, a trop versé d\u2019argent aux provinces les plus riches.Pour la seule période 1993-1999, ce trop-payé se monte à 3,4 G $, dont 2,8 G $ à l\u2019Ontario (voir le Tableau 2 Impact des erreurs comptables du gouvernement fédéral (trop payés 1993-1999) \t\t\t Colombie-Britannique\t121\t327\t448 Alberta\t4\t\t4 Saskatchewan\t\t120\t120 Manitoba\t439\t(229)\t210 Ontario\t2812\t\t2812 Québec\t\t779\t779 Nouveau-Brunswick\t\t89\t89 Nouvelle-Écosse\t\t109\t109 île-du-Prince-Édouard\t\t17\t17 Terre-Neuve et Labrador\t\t64\t64 Total\t3 376\t1 274\t4 650 Source : CIBC World Markets, Canadian Financing Quarterly, June 27Lt 2002. L\u2019économie 421 tableau 2, à la rubrique « erreur d\u2019impôt provincial »).Le Québec n\u2019a pas profité de cette erreur, car il collecte lui-même ses impôts.Cette erreur en a cependant causé une autre : les revenus reçus par les provinces riches ayant augmenté, les paiements de péréquation aux provinces pauvres (dont le Québec) ont été surestimés (voir tableau 2 à la rubrique « erreur indirecte de paiement de transfert»).Globalement, le gouvernement fédéral aurait versé 4,65 G $ en trop aux provinces pour cette période.Le Québec, quant à lui, aurait reçu 77g M $ en trop pour la période 1993-99.Le second problème concerne particulièrement le Québec.La valeur du stock immobilier des provinces est utilisée dans la mesure de la base fiscale servant à calculer les paiements de péréquation fédéraux.Une nouvelle méthodologie de Statistique Canada, rendue publique au printemps 2002, a mené à une augmentation de la valeur du capital immobilier dans trois provinces: le Québec, l\u2019Ontario et l\u2019Alberta.Ce changement n\u2019a pas d\u2019impact pour les deux dernières provinces, qui ne reçoivent pas de paiements de péréquation.Pour le Québec, cependant, on estime que ce changement réduira d\u2019environ 654 M $ par année, pour la période 1999-2000 à 2002-2003, les transferts fédéraux.Les provinces restantes devraient plutôt profiter de ce changement (tableau 3).Le gouvernement fédéral a suspendu pour un an l\u2019impact au Québec de la réévaluation de la valeur du stock immobilier.Il a aussi promis d\u2019utiliser la nouvelle méthodologie graduellement, sur une période de cinq ans.Quant à l\u2019erreur comptable, le ministre Manley n\u2019a pas encore pris de décision définitive, mais il a laissé entrevoir qu\u2019il favorisait un rem- Tableau 3 Impact sur les transferts fédéraux du changement de la méthode de calcul du stock immobilier (1999-2000 à 2002-2003) \t Colombie-Britanique\t553 Alberta\t Saskatchewan\t54 Manitoba\t67 Ontario\t Québec\t(654) Nouveau-Brunswick\t121 Nouvelle-Écosse\t24 île-du-Prince-Édouard\t20 Terre-Neuve et Labrador\t68 Source : CIBC World Markets, Canadian Financing Quarterly, June 27\u201c- 2002.boursement, par les provinces, des trop-payés.Quoi qu\u2019il en soit, les relations fédérales-provinciales (particulièrement avec le Québec) ont déjà été meilleures.Ces événements mettent encore plus en lumière le problème du déséquilibre fiscal entre le gouvernement fédéral et ceux des provinces (voir article, p.426).Le fardeau fiscal des Québécois Le fardeau fiscal des Québécois est parmi les plus élevés en Amérique du Nord.Si les Québécois étaient imposés au taux moyen des autres provinces, ils paieraient environ 2,5 G$ de moins au gouvernement.Le système québécois est cependant l\u2019un des plus progressistes : les citoyens à faible revenu paient moins d\u2019impôts, alors que ceux ayant un revenu moyen ou élevé sont plus fortement taxés qu\u2019ailleurs en moyenne au Canada (tableau 4).Le gouvernement québécois a substantiellement réduit les impôts personnels au Québec depuis quelques années.D\u2019autres provinces ont, cependant, aussi allégé Le choix de l\u2019équilibre budgétaire et ses conséquences L\u2019état de l\u2019économie québécoise 422 L\u2019état du Québec Tableau 4 Impôt total à payer en fonction du revenu imposable (2002) \t\t\t\t Colombie-Britannique\t3 796\t10 994\t19 643\t29 701 Alberta\t3 945\t11 544\t20 010\t29 010 Saskatchewan\t4 692\t13 003\t22 619\t32 994 Manitoba\t4 672\t13 372\t23 387\t34 237 Ontario\t3 826\t10 999\t20 223\t31 075 Québec\t5 108\t14 299\t25 143\t36 571 Nouveau-Brunswick\t4 460\t12 921\t22 790\t33 420 Nouvelle-Écosse\t4 515\t13 113\t23 089\t34 099 île-du-Prince-Édouard\t4411\t12 822\t22 987\t34 080 Terre-Neuve et Labrador\t4 638\t13 497\t24 062\t35 472 Source : Ernst & Young, cité par Claude Picher, Les impôts d'une province à l'autre, La Presse, 30 juillet et V revenu imposable n'est pas calculé de la même façon dans toutes les provinces.\t\t\t\taoût 2002.Notons que le leur fiscalité.Le nouveau gouvernement Neuve, au niveau du taux d\u2019imposition de Colombie-Britannique a réduit les marginal maximal (tableau 5).impôts, pour 2001 et 2002, de 25 % à 28 %\tAu niveau des impôts des sociétés, le du total des impôts personnels provin- Québec est, pour le moment, une société ciaux.Ainsi, malgré les efforts des minis- distincte.Le gouvernement québécois très Landry et Marois, le Québec occupe impose en effet les profits des sociétés toujours le second rang, après Terre- (taux général) à un taux bien inférieur à\t\t\t\t \tTableau 5 Taux marginaux d\u2019imposition personnels maxima (fédéral et provincial combinés)\t\t\t \t\t\t\t Terre-Neuve et Labrador\t51,3\t48,6\t48,6\t-2,7 Île-du-Prince-Édouard\t48,8\t47,4\t47,4\t-1,4 Nouvelle-Écosse\t48,8\t47,3\t47,3\t-1,5 Nouveau-Brunswick\t48,8\t46,8\t46,8\t-1,9 Québec\t50,7\t48,7\t48,2\t-2,5 Ontario\t47,9\t46,4\t46,4\t-1,5 Manitoba\t48,1\t46,4\t46,4\t-1,7 Saskatchewan\t49,7\t45,0\t44,5\t-5,2 Alberta\t43,7\t39,0\t39,0\t-4,7 Colombie-Britannique\t51,3\t45,7\t43,7\t-7,6 Source : TD Economies, Report on Canadian Government Finances, October 121\" 2001. L\u2019économie 423 celui des autres provinces.Les gouvernements de l\u2019Ontario et de l\u2019Alberta ont cependant annoncé une baisse de leur taux général à 8% pour 2005.Le Québec faisait aussi bande à part au niveau de l\u2019impôt sur le capital (taxe sur la valeur des machines, équipements, etc.), avec un taux bien plus élevé que celui des autres provinces.Une telle taxe est considérée, par les économistes, comme très dommageable, car elle augmente le coût du capital (ce qui réduit l\u2019investissement et la croissance de la productivité) et est payée par toutes les firmes, même celles ne faisant aucun profit.L\u2019Ontario, la Colombie-Britannique et l\u2019Alberta ont toutes réduit le taux de cette taxe en 2001.Dans son budget 2002-2003, Mme Marois a suivi avec une annonce semblable: le taux passera de 0,64% à 0,30% d\u2019ici à 2007 et le seuil d\u2019exemption sera augmenté progressivement (par tranches de 250 000 $) jusqu\u2019à 1M $ en 2006.finalement, les taxes sur la masse salariale sont nettement plus élevées au Québec (tableau 6).La dette publique québécoise Le gouvernement québécois a fait le pari d\u2019équilibrer son budget annuel.La loi sur le déficit zéro, issue des sommets des partenaires économiques du printemps et de l\u2019automne 1996, lui interdit de présenter un budget déficitaire, à moins de circonstances exceptionnelles.Si cette décision d\u2019équilibrer constamment le budget est maintenue, la dette reste identique année après année : elle n\u2019est pas remboursée, mais ne diminue pas non plus.Est-ce la bonne décision?Un premier élément de réponse tient au fait que, contrairement aux particuliers, le gouvernement n\u2019a pas à rembourser sa dette.À mesure que des obligations ou d\u2019autres titres qu\u2019il a émis viennent à échéance, il les rembourse en en émettant à nouveau.La valeur de sa dette ne diminue donc pas.Le gouvernement n\u2019a donc, dans les faits, qu\u2019à payer les intérêts sur ses emprunts passés (le service de la dette).Si le gouvernement obtient un surplus budgétaire, la valeur de sa dette nette Tableau 6 Taux d'imposition au Canada en 2001 \t\t\t\t\t \t\t\t\t\t \t\t\t\t\t \t\t\t\t\t Terre-Neuve et Labrador\t14,00\t5,00\t0,00\t4,00\t2,00 île-du-Prince-Édouard\t16,00\t7,50\t0,00\t3,00\t0,00 Nouvelle-Écosse\t16,00\t5,00\t0,25\t3,00\t0,00 Nouveau-Brunswick\t16,00\t4,00\t0,30\t3,00\t0,00 Québec\t8,90\t8,90\t0,64\t1,28\t4,26 Ontario\t13,63\t6,38\t0,30\t0,90\t1,95 Manitoba\t17,00\t6,00\t0,30\t3,00\t2,15 Saskatchewan\t17,00\t7,000\t0,60\t3,25\t0,00 Alberta\t14,17\t5,33\t0,00\t0,33\t0,00 Colombie-Britanique\t16,50\t4,50\t0,25\t3,00\t0,00 Source : TD Economies, Report on Canadian Government Finances, October 12th 2001 Le choix de l\u2019équilibre budgétaire et ses conséquences Finances publiques 424 L\u2019état du Québec diminue nécessairement, alors qu\u2019un déficit provoque une augmentation de sa dette.La dette en dollars n\u2019est pas une bonne mesure de l\u2019endettement d\u2019un gouvernement.La dette de l\u2019Ontario, par exemple, dépasse celle du Québec d\u2019environ 20 G$.Comme ce sont les citoyens de cette province qui doivent en assumer les coûts, et qu\u2019ils sont plus nombreux et ont des revenus moyens plus élevés que les Québécois, le gouvernement ontarien est considéré comme moins endetté que celui du Québec.La variable qui est habituellement utilisée pour mesurer le taux d\u2019endettement d\u2019un gouvernement est le ratio de la dette au PIB nominal.À l\u2019aune de cette mesure, le gouvernement québécois est actuellement l\u2019un des gouvernements provinciaux les plus endettés au Canada (tableau 7).Si l\u2019on ajoute à la dette du gouvernement du Québec la part québécoise de la dette fédérale (22 %, ce qui représente le % des revenus fédéraux provenant du Québec), on obtient une dette totale, à assumer par les citoyens, de 202 G$, soit 87,2 % du PIB en 2001-2002.Notons que ces chiffres ne comprennent ni la dette des sociétés de la couronne, ni le passif au titre des régimes de retraite.II n\u2019est pas nécessaire d\u2019équilibrer le budget ou d\u2019obtenir des surplus pour diminuer le taux d\u2019endettement.En effet, toute croissance de la dette inférieure à celle du PIB nominal fera diminuer le ratio dette/PIB.Comme le PIB en dollars courants croît en général de plus de 4% par année, une augmentation de la dette de 2\tou 3 % (équivalant à un déficit de 2 G$ à 3\tG$) produirait une réduction du taux d\u2019endettement C\u2019est pour cette raison que le taux d\u2019endettement québécois diminue Tableau 7 Ratios Dette/PIB, provinces et gouvernement fédéral (1995-2003) \t\t\t\t\t\t\t\t Total Féd + Prov\t100,6\t99,3\t96,2\t92,8\t85,5\t76,5\t74,7\t72,1 Fédéral\t70,7\t69,5\t65,7\t63,0\t57,6\t51,4\t50,1\t48,2 Provinces\t29,9\t29,8\t30,5\t29,7\t27,9\t25,1\t24,6\t23,9 Terre-Neuve et Labrador\t51,7\t49,2\t45,7\t47,1\t44.2\t41,7\t44,8\t43,8 île-du-Prince-Édouard\t36,8\t35,0\t35,5\t33,2\t32,9\t31,0\t30,7\t30,3 Nouvelle-Écosse\t45,0\t46,8\t45,5\t46,5\t48,9\t47,2\t46,3\t45,1 Nouveau-Brunswick\t35,6\t34,7\t34,0\t33,6\t36,4\t33,6\t32,3\t31,4 Québec\t34,6\t35,7\t43,5\t41,7\t39,2\t36,6\t35,7\t34,2 Ontario\t30,9\t32,1\t31,3\t30,3\t28,0\t25,8\t25,1\t24,1 Manitoba\t27,5\t25,4\t24,3\t23,4\t22,7\t21,8\t20,7\t19,7 Saskatchewan\t38,7\t32,0\t29,9\t28,1\t26,8\t23,6\t24,3\t23,7 Alberta\t22,3\t18,0\t14,0\t13,2\t10,7\t7,2\t5,6\t4,4 Colombie-Britanique\t18,8\t19.5\t19,3\t20,1\t20,9\t19,6\t21,0\t23,5 Source : TD Bank Financial Group, June 25\u201d' 2002.Ces mesures ne comprennent ni la dette des sociétés autonomes de la couronne, ni le passif au titre des régimes de retraite et représentent la somme des déficits accumulés.Les méthodes comptables utilisées pour mesurer la dette provinciale diffèrent d'une province à l'autre. L\u2019économie 425 depuis 1997-98, malgré l\u2019absence de surplus budgétaires notables.Ainsi, le ratio dette/PIB (dette totale, comprenant le passif net au titre des régimes de retraite) est passé de 51,7% en 1997-98 à 46,0% en 2001-02, en équilibrant le budget et en misant sur la hausse naturelle du PIB (causée par la croissance économique et l\u2019inflation).Que nous apportera l'avenir?Le gouvernement du Québec a choisi, pour les budgets 2000-01 à 2002-03, de viser l\u2019équilibre budgétaire.Cette stratégie d\u2019équilibre budgétaire comporte cependant un danger: un ralentissement économique important pourrait faire retomber le gouvernement en déficit.Le Québec, comme toutes les provinces, fait face à un problème structurel avec ses finances publiques.Responsable de la santé, de l\u2019éducation et des programmes sociaux, ses dépenses sont naturellement portées à augmenter plus rapidement que ses revenus.Le gouvernement fédéral, qui a choisi de régler en bonne partie ses problèmes de déficit, 'en transférant beaucoup moins d\u2019argent (en % des revenus provinciaux), a empiré la situation.Selon une étude du Conference Board du Canada (février 2002), le gouvernement fédéral devrait connaître, au cours de 20 prochaines années, des surplus croissants, alors que le Québec aura peine à atteindre l\u2019équilibre budgétaire.À moyen terme, il manque environ 3 G$ de revenus annuels pour faire face aux obligations du gouvernement québécois.Ce problème est rendu plus difficile à gérer par les transferts fédéraux fluctuant de façon imprévisible et arbitraire, ainsi que par la non-résolution du problème des erreurs passées de calcul des transferts fédéraux et de celui du changement de méthodologie expliqué plus haut.Si l\u2019on ajoute à ces problèmes le fait que plusieurs autres gouvernements provinciaux ont réduit de façon importante leurs impôts et taxes, on constate que la marge de manœuvre du gouvernement québécois sera ténue au cours des prochaines années.\u2022 Références Banque de Montréal, Quebec\u2019s 2002 Budget: Fiscal Juggling Act Boosts Spending, Keeps Balanced Budget Intact, November 1, 2001.CIBC WorldMarkets, Quebec Budget 2002-03, November 1, 2001.CIBC WorldMarkets, Canadian Financing Quaterly, Ottawa's Accounting Mess, June 27th 2002.Conference Board du Canada, Projection des équilibres financiers des gouvernements du Canada et du Québec, février 2002.Durocher, Benoit P., Quand les gouvernements viennent à la rescousse de l\u2019économie, En Perspective, vol.12, numéro 1, décembre 2001.Gouvernement du Québec, Budget 2002-2003, déposé le 1\" novembre 2001.Mouvement Desjardins, Budget express, ic novembre 2001.Picher, Claude, Les impôts d\u2019une province à l\u2019autre, La Presse, 30 juillet et ie août 2002.RBC Groupe Financier, Budget du Québec 2002-03,1e novembre 2001.TD Bank Financial Group, Canadian Federal & Provincial Governments: Tax-payer Supported Debt, June 25,h 2002.TD Economics, The 2002 Quebec Budget, November 2001.TD Economics, Bracing for Tough Economic Measures in the 2002 Provincial Budgets, February 2002.TD Economics, Federal and Provincial Financial Outlook to 2003-06, October 12th, 2001.Le choix de l\u2019équilibre budgétaire et ses conséquences Finances publiques 426 L\u2019état du Québec Les avantages d'un nouveau partage fiscal Nicolas Marceau Université du Québec à Montréal Membre de la Commission sur le déséquilibre fiscal La Commission sur le déséquilibre fiscal a déposé son rapport en mars 2002.Présidée par Yves Séguin et chargée de faire le point sur le déséquilibre fiscal et les arrangements financiers entre le gouvernement du Québec et le gouvernement fédéral, cette Commission a confirmé l\u2019existence d\u2019un déséquilibre fiscal au détriment du Québec.Elle a également analysé les causes et les conséquences de ce déséquilibre et suggéré des solutions pour y remédier.Avant, mais surtout à la suite du dépôt de ce rapport, la question du déséquilibre fiscal a été l\u2019objet de prises de position par de nombreux acteurs de la scène publique québécoise et canadienne.Ce qui aurait pu n\u2019être qu\u2019un débat de spécialistes est rapidement devenu un enjeu politique important, entre autres parce que le gouvernement fédéral rejette les conclusions du rapport, mais aussi parce qu\u2019au Québec, ce rapport fait l\u2019objet d\u2019un vaste consensus, comme en témoigne la motion unanime de l\u2019Assemblée nationale du 7 juin 2002 : « Que l\u2019Assemblée nationale, principalement en vue d\u2019améliorer les services de santé, d\u2019éducation et de soutien à la famille, demande au gouvernement fédéral de reconnaître et de corriger le déséquilibre fiscal constaté par le rapport Séguin, en tenant compte de ses recommandations qui dessinent un cadre nouveau pour les relations financières et fiscales au sein de la fédération cana- dienne, notamment afin que cessent ses interventions dans le champ de compétences des provinces.» État fédéral et équilibre fiscal Dans son rapport, la Commission a insisté sur le fait que l\u2019existence d\u2019un déséquilibre fiscal n\u2019est possible qu\u2019à l\u2019intérieur d\u2019une fédération telle que le Canada, cette notion étant sans objet dans un état unitaire.Un déséquilibre fiscal est en fait un dysfonctionnement majeur d\u2019une fédération.Les deux grands modèles d\u2019États, l\u2019État unitaire et l\u2019État fédéral, offrent chacun un certain nombre d\u2019avantages et d\u2019inconvénients.Relativement à un État unitaire, un État fédéral ne peut être avantageux que si coexistent, sur un même territoire, des peuples ou des communautés présentant des différences importantes aux plans culturels, sociaux, économiques ou politiques, ces différences étant susceptibles de se traduire par des besoins différents en termes de politiques publiques.Pour que les avantages du fédéralisme se réalisent, il faut donc que des choix différents de politiques publiques puissent effectivement être faits, ce qui exige que les gouvernements provinciaux puissent exercer leur rôle en toute autonomie, sans subordination à un autre ordre de gouvernement, et que les décideurs de chaque province soient imputables devant leurs citoyens.Au Canada, c\u2019est au moment de la rédaction du texte constitutionnel de 1867 L\u2019économie 427 qu\u2019a été établi le partage des sources de revenus et des champs de compétences entre les deux ordres de gouvernement.Une fois ce partage fait, les gouvernements ont graduellement occupé toutes les assiettes fiscales mises à leur disposition.Évidemment, les pères de la confédération n\u2019avaient pas prévu l\u2019émergence de l\u2019État-providence de la seconde moitié du xx' siècle, ni l\u2019explosion des coûts des soins de santé du début du xxi' siècle.Il en résulte qu\u2019aujourd\u2019hui l\u2019occupation effective des diverses assiettes fiscales, laquelle est en partie le résultat de l\u2019histoire, peut ne pas correspondre aux exigences de financement de chacun des ordres de gouvernement, ou ne pas favoriser l\u2019imputabilité des décideurs.En fait, il n\u2019y aura équilibre fiscal dans une fédération que si : \u2022\tdes sources de revenus autonomes sont attribuées à chaque gouvernement, l'occupation effective de ces sources assurant un financement suffisamment important à chacun des gouvernements pour que ceux-ci soient imputables devant leurs citoyens de leurs actions dans leurs champs de compétences ; \u2022\tle total des revenus \u2014 c\u2019est-à-dire la somme des revenus autonomes et des transferts \u2014 de chacun des gouvernements lui permet de financer l\u2019ensemble des dépenses qu\u2019il a à effectuer dans ses champs de compétences ; \u2022\tles transferts du gouvernement fédéral vers les provinces ne limitent pas leur autonomie décisionnelle et budgétaire.Notons que l\u2019équilibre fiscal dans une fédération n\u2019implique pas que le gouvernement fédéral n\u2019y joue aucun rôle.Le gouvernement fédéral est tout d\u2019abord responsable d\u2019intervenir dans les champs de compétences lui ayant été assignés par le texte constitutionnel.De plus, les provinces pourraient validement convenir avec le gouvernement fédéral de transferts conditionnels \u2014 c\u2019est-à-dire dans les champs de compétences des provinces, par exemple pour favoriser le fonctionnement efficace de la fédération.Constat d'un déséquilibre fiscal Partant de la définition d\u2019équilibre fiscal, la Commission a établi qu\u2019un déséquilibre fiscal existe si l\u2019on observe l\u2019une ou plusieurs des situations suivantes : \u2022\tl\u2019écart entre les revenus autonomes et les dépenses directes des provinces dans leurs champs de compétences, ce que les économistes appellent l\u2019écart fiscal, est trop grand ; \u2022\tles transferts du gouvernement fédéral ne comblent pas complètement l\u2019écart fiscal ; \u2022\tles transferts du gouvernement fédéral limitent l\u2019autonomie décisionnelle et budgétaire des provinces dans leurs champs de compétences, en raison des conditions qui les accompagnent ou des modalités selon lesquelles ils sont définis ; \u2022\tle gouvernement fédéral invoque un « pouvoir de dépenser » pour intervenir dans les champs de compétences des provinces.Dans son rapport, la Commission a démontré l\u2019existence de ces quatre situations au Canada et a en conséquence conclu qu\u2019il y a un déséquilibre fiscal.La Commission a en effet été en mesure de faire des constats clairs pour chacune des quatre situations permettant de diagnostiquer un déséquilibre fiscal : \u2022\tActuellement, l\u2019occupation effective des assiettes fiscales avantage le gouvernement fédéral alors que ce sont les Les avantages d\u2019un nouveau partage fiscal Finances publiques 428 L\u2019état du Québec provinces qui ont à subir d\u2019importantes pressions en matière de dépenses, notamment en santé.Cette occupation effective des assiettes fiscales, combinée à la dynamique de leurs dépenses respectives, entraînera une évolution différente des équilibres budgétaires des deux ordres de gouvernement.Déjà, on constate que certains besoins de la population ne sont pas couverts, illustration de revenus autonomes insuffisants et d\u2019un écart fiscal trop grand.Et selon l\u2019étude du Conference Board du Canada qu\u2019a commandée la Commission, le gouvernement fédéral connaîtra des surplus croissants et le Québec aura peine à atteindre l\u2019équilibre budgétaire.Depuis 1994-1995, le gouvernement fédéral a effectué d\u2019importantes coupes dans ses transferts aux provinces.Ces coupes ont été décidées arbitrairement par le gouvernement fédéral et elles ont fortement affecté les finances des provinces.De plus, la facilité avec laquelle le gouvernement fédéral a « revu » ses engagements en matière de transferts dans le passé nous enseigne qu\u2019il est risqué de compter sur les transferts de ce dernier pour combler complètement l\u2019écart fiscal dans le futur.Le Transfert canadien en matière de santé et de programmes sociaux (TCSPS), l\u2019un des deux importants programmes de transfert du gouvernement fédéral, s\u2019applique à des champs de compétences confiés aux provinces.Les conditions qui l\u2019accompagnent, par exemple le respect de la Loi canadienne sur la santé, de même que les modalités selon lesquelles il est défini, limitent indéniablement l\u2019autonomie décisionnelle et budgétaire des provinces dans leurs champs de compétences.\u2022 Le gouvernement fédéral invoque continuellement un «pouvoir de dépenser» pour intervenir dans les champs de compétences qui relèvent des provinces.Bn font foi des programmes comme les Bourses d'études du millénaire, la Stratégie canadienne d\u2019innovation ou encore la Prestation fiscale pour enfants.Les causes du déséquilibre fiscal Les causes du déséquilibre fiscal actuel sont nombreuses.Tout d\u2019abord, alors que les deux ordres de gouvernement connaissent une situation à peu près comparable du côté des recettes fiscales, il en va tout autrement du côté des dépenses dans leurs champs de compétences respectifs.La composiüon des dépenses \u2014 prestations directes de services versus transferts \u2014 des deux ordres de gouvernement diffère en effet de manière significative.Ainsi, en 2000-2001, les prestations directes de services constituaient 75 % des dépenses de programmes du gouvernement du Québec, comparativement à 31% dans le cas du gouvernement fédéral (tableau 1).Les transferts représentaient donc 25% des dépenses de programmes du gouvernement du Québec et 69% de celles du gouvernement fédéral.Or, des pressions importantes et structurelles à la hausse s\u2019exercent sur les coûts des prestations directes de services, particulièrement en santé.Il est beaucoup plus aisé de freiner la croissance des coûts dans le cas des transferts, en témoignent les coupes récentes du gouvernement fédéral dans plusieurs programmes de ce type \u2014 assurance-emploi, TCSPS, etc. L\u2019économie 429 Tableau 1 Répartition des dépenses de programmes du gouvernement du Québec et du gouvernement fédéral, 2000-2001 \t\t Gouvernement du Québec\t\t (41 991 millions de dollars)\t75%\t25% Gouvernement fédéral\t\t ( 119 348 millions de dollars) 31 %\t\t69% Source : Commission sur le déséquilibre fiscal ; Comptes publics du Québec (2000-2001); Comptes publics du Canada (2000-2001) Le caractère inadéquat des transferts intergouvemementaux actuels constitue une deuxième cause du déséquilibre fiscal.Les modalités selon lesquelles le TCSPS est défini limitent indéniablement l'autonomie décisionnelle et budgétaire du Québec.De plus, les coupes arbitraires des dernières années dans le TCSPS ont fait en sorte que les transferts intergouvemementaux ne comblent plus l\u2019écart fiscal.Quant à la péréquation, autre programme important de transferts intergouvemementaux, la nature générale du programme est adéquate mais certaines modalités d\u2019ap- plication posent problème et peuvent ultimement exacerber le déséquilibre fiscal.Le «pouvoir fédéral de dépenser» qu\u2019invoque le gouvernement fédéral pour justifier ses interventions dans les champs de compétences des provinces est une autre cause du déséquilibre fiscal.Ces interventions du gouvernement fédéral contribuent au déséquilibre fiscal pour deux raisons.Premièrement, les interventions du gouvernement fédéral dans les champs de compétences des provinces n\u2019étant pas nécessairement coordonnées avec celles des provinces, les prestations de services à la population sont moins efficaces et donc plus coûteuses.Deuxièmement, les interventions du gouvernement fédéral devant être financées, le gouvernement fédéral se doit d\u2019occuper une portion plus importante que nécessaire des assiettes fiscales.Le fardeau fiscal des contribuables étant déjà très lourd, il en résulte que les provinces n\u2019ont pas toute la marge de manœuvre requise pour financer leurs propres actions.Les solutions proposées par la Commission Utilisant les projections de dépenses et de revenus du Conference Board du Canada, Tableau 2 Prévision du Conference Board des soldes budgétaires des gouvernements fédéral et du Québec (en milliards de dollars) Moyennes quinquennales Années\t2002-03\t2003-04\t2004-05\t2005-10\t2010-15\t2015-20 Moyenne \t\t\t\t\t\t Solde budgétaire du gouvernement du Québec -1,8\t-2,2\t-2,6\t-2,5\t-3,3\t-4,2\t-2,9 Solde budgétaire du gouvernement fédéral\t0,2\t2,1\t2,3\t11,6\t30,8\t67,8\t28,0 Source : Commission sur le déséquilibre fiscal ; Conference Board du Canada Les avantages d\u2019un nouveau partage fiscal Finances publiques 430 L\u2019état du Québec Graphique 1 TCSPS actuel et moyens financiers additionnels dont bénéficierait le Québec en proportion de ses dépenses de santé, d'éducation et de services sociaux - 1984-1985 à 2006-2007 (en pourcentage) 24,0- 19,5 19,7 .- O -O 18,4 22,0- 18,0 14,0- 12.0-\t-Situation actuelle (TCSPS) - - - \u2022 Moyens additionnels avec la TPS 10.0-\t.Moyens additionnels avec l'IRP 20,0- Source : Commission sur ie déséquilibre fiscal, budget du Québec 2002-2003 ; Conference Board du Canada la Commission a estimé que pour corriger le déséquilibre fiscal actuel, le Québec devrait disposer de moyens financiers supplémentaires d\u2019au moins deux milliards de dollars à court terme et de trois milliards de dollars à moyen terme (tableau 2).La Commission se devait d\u2019identifier la meilleure façon de donner ces moyens supplémentaires au Québec.Une bonification du TCSPS ne pouvait être satisfaisante pour les raisons évoquées plus haut \u2014 limites à l\u2019autonomie budgétaire et décisionnelle des provinces et coupures arbitraires effectuées par le gouvernement fédéral.La Commission a donc privilégié un nouveau partage de l\u2019espace fiscal, lequel favoriserait l\u2019autonomie, l\u2019imputa- bilité et assurerait une plus grande prévisibilité et une plus grande stabilité des revenus (voir graphique 1).La principale recommandation de la Commission a donc été que le TCSPS soit aboli et que le gouvernement fédéral évacue complètement le champ de la TPS, les provinces occupant dorénavant seules ce champ d\u2019imposition.Par ailleurs, la Commission n\u2019a pas rejeté le scénario d\u2019un nouveau partage de l\u2019assiette de l\u2019impôt sur le revenu des particuliers.Elle a privilégié le champ de la TPS pour deux raisons principales.La première est que le risque d\u2019une réoccupation ultérieure du champ de la TPS est plus faible puisque dans le scénario envisagé, le gouvernement L\u2019économie 431 fédéral évacue complètement ce champ, ce qui n\u2019est pas le cas pour l\u2019impôt sur le revenu des particuliers.Deuxièmement, la formule de péréquation s\u2019appliquant aux nouveaux revenus des provinces, il est apparu que l\u2019essentiel des nouveaux moyens financiers du Québec serait constitué de revenus autonomes dans le cas de la TPS, alors qu\u2019une proportion beau-coup plus importante de ces nouveaux moyens proviendrait de la péréquation dans le cas de l\u2019impôt sur le revenu des particuliers.La réponse du gouvernement fédéral Le gouvernement fédéral ne conteste ni la définition du concept de déséquilibre fiscal mise de l\u2019avant par la Commission sur le déséquilibre fiscal, ni son opérationnalisation.Préférant de toute évidence ne pas s\u2019engager dans un débat de fond sur ces sujets, la stratégie du gouvernement fédéral a été, jusqu\u2019à maintenant, d\u2019en nier l\u2019existence et d\u2019étayer cette position d\u2019arguments peu probants.L\u2019assiette Jïscale.Par exemple, les porte-parole du gouvernement fédéral allèguent fréquemment que les provinces ont accès aux mêmes assiettes fiscales que le gouvernement fédéral et qu\u2019elles peuvent donc augmenter leurs impôts si elles croient avoir besoin de revenus supplémentaires.Cet argument fait fi de l\u2019occupation actuelle des assiettes fiscales et du fardeau global des impôts supporté actuellement par les contribuables.Comme il n\u2019est pas envisageable d\u2019accroître le fardeau fiscal global, le maintien de son occupation des diverses assiettes fiscales par le gouvernement fédéral empêche les gouvernements des provinces d\u2019accroître leurs impôts.Il apparaît donc évident que seule la libération d\u2019un espace fiscal par le gouvernement fédéral, lequel serait réap- proprié par les provinces, le tout de manière coordonnée \u2014 comme il se doit dans une fédération \u2014 et transparente, assurerait un meilleur partage des assiet-tes fiscales entre les ordres de gouvernement.La dette fédérale.Le gouvernement fédéral évoque aussi l\u2019importance de sa dette.Relativement aux provinces, le service de la dette du gouvernement fédéral représente effectivement, à l\u2019heure actuelle, une proportion plus importante de ses dépenses.L\u2019argument du gouvernement fédéral est que sa dette plus lourde justifie que lui seul fasse des surplus importants, quelle que soit la situation des provinces.Or, si rien ne change au Canada, la dette fédérale ira décroissante dans les prochaines années \u2014 le gouvernement fédéral ayant entrepris son remboursement \u2014 alors que celles de plusieurs provinces, et du Québec en particulier, augmenteront, entre autres à cause de pressions importantes en matière de dépenses, notamment en santé.L\u2019étude du Conference Board du Canada montre cela de manière convaincante.En fait, la dynamique du remboursement de la dette est actuellement à l\u2019avantage du gouvernement fédéral.La péréquation.Un autre élément de la réplique fédérale est que les transferts fédéraux effectuent une redistribution des provinces riches vers les provinces moins nanties, dont le Québec.Cette redistribution est implicite dans le cas du TCSPS et explicite dans le cas de la péréquation.En termes à peine voilés, le gouvernement fédéral nous rappelle que le Québec « profite » de la générosité des autres provinces \u2014 au travers du gouvernement fédéral \u2014 et qu\u2019il devrait conséquemment accepter que des conditions soient rattachées à cette générosité.Les avantages d\u2019un nouveau partage fiscal Finances publiques 432 L\u2019état du Québec La mise en œuvre d\u2019un programme de péréquation est pourtant une obligation faite au gouvernement fédéral par le texte constitutionnel, et non pas un acte de bonté de sa part.Cela fait partie des avantages qu\u2019il peut y avoir pour le Québec, ou pour toute autre province, à appartenir à la fédération canadienne.La Commission sur le déséquilibre fiscal est cohérente lorsqu\u2019elle propose des bonifications à la péréquation.Si le programme de péréquation était modifié selon les recommandations de la Commission, il serait plus conforme aux obligations constitutionnelles du gouvernement fédéral.La décentralisation.Les porte-parole fédéraux nous disent enfin que la fédération canadienne est plus décentralisée que d\u2019autres fédérations et qu\u2019en conséquence, il ne serait pas nécessaire de la décentraliser davantage.Ce type d\u2019argument ne fait que jeter de la confusion dans un débat qui mériterait pourtant mieux.Tout d\u2019abord, il est tout à fait possible que pour un niveau donné de décentralisation, il n\u2019y ait pas correspondance, pour un ordre de gouvernement, entre les dépenses découlant de ses compétences et les ressources fiscales auxquelles il a accès \u2014 c\u2019est-à-dire qu\u2019il y ait déséquilibre fiscal.Et deuxièmement, il est également pos- sible \u2014 mais la Commission ne s\u2019est pas penchée sur cette question \u2014 que le degré préféré de décentralisation des citoyens canadiens soit plus grand que celui prévalant actuellement, nonobstant le degré de décentralisation qu\u2019ont choisi les citoyens d\u2019autres fédérations.Sauvegarder les programmes sociaux Les solutions proposées par la Commission ont le mérite de s\u2019attaquer simultanément à toutes les causes du déséquilibre fiscal.La disparition du TCSPS et un nouveau partage des moyens financiers correspondant davantage aux dépenses engagées par les provinces dans l\u2019exercice de leurs compétences amélioreraient le fonctionnement de la fédération canadienne.Cette approche accroîtrait l\u2019imputabilité des gouvernements face à leurs citoyens, contribuerait à réduire les tensions intergouvemementales, mais surtout, assurerait un meilleur financement des programmes sociaux.Pour mettre en œuvre ces recommandations, le gouvernement fédéral doit toutefois se contenter du rôle qui est le sien et laisser les provinces disposer des moyens nécessaires pour jouer le leur.Agir autrement serait remettre en question le caractère fédéral du Canada.\u2022 Références Gouvernement du Québec, Commission sur le déséquilibre fiscal, mars 2002.Rapport : Pour un nouveau partage des moyens financiers au Canada ; Annexe 1 : Le déséquilibre fiscal au Canada : Contexte historique -, Annexe 2 : Le «pouvoir fédéral de dépenser» ; Annexe 3 .Recueil des textes soumis au Symposium international sur le déséquilibre fiscal.On peut trouver le rapport sur le site suivant : www.desequilibrefiscal.gouv.qc.ca/ L\u2019économie 433 Politiques Comment peut-on contrer la crise du logement?Eve Paré Economiste Des squatteurs dans un édifice désaffecté, des familles qui se retrouvent sur les trottoirs le week-end de la Confédération et des files d'attente qui se terminent en vente aux enchères devant les appartements convoités du Plateau Mont-Royal font désormais partie d\u2019une réalité bien québécoise.La pénurie de logements qui sévit présentement dans quatre des plus grands centres urbains (Montréal, Québec, Sherbrooke et Gatineau) pourrait bien s\u2019étendre vers d\u2019autres zones urbaines.Qu\u2019est-ce qui a mené, en quelques années seulement, à une telle rareté des logements ?La croissance économique des dernières années a bien sûr contribué à faire augmenter la demande de logements.Le marché de l\u2019emploi, spécialement chez les jeunes, a été particulièrement favorable.Ceux-ci ont alors délaissé le nid parental plus rapidement ou ont choisi de vivre seuls plutôt qu\u2019en colocation, créant ainsi une forte pression sur le marché du logement.Originaires des régions-ressources, plusieurs ont décidé de venir tenter le coup, en ville, sur un marché de l\u2019emploi en pleine effervescence.Le marché ne suit pas Or, dans un marché, lorsque la demande d\u2019un bien augmente, on devrait s\u2019attendre à ce que l\u2019offre se réajuste, à plus ou moins long terme, en conséquence.Dans ce cas-ci, on devrait assister à une recrudescence de la construction d\u2019immeubles locatifs, puisque le marché doit combler une pénurie.Pourtant, les plus récentes données nous indiquent clairement que ce n\u2019est pas le cas.La ministre Marois a annoncé, lors du dépôt du budget provincial de novembre 2001, des investissements de 500 millions en habitation afin de stimuler la construction de logements abordables.De ce montant, seuls 104 millions constituent réellement de l\u2019argent neuf destiné à la construction d\u2019immeubles.La création de ce programme dans le cadre d\u2019une entente fédérale-provinciale devrait permettre la construction de 6500 nouvelles unités d\u2019ici deux ans.Pour le reste, il s\u2019agit essentiellement de la reconduction du programme AccèsLogis (257 millions) ou de dépenses destinées à la rénovation (Réno-Village etPRVQ, in millions).En prenant le nombre de logements compris dans un parc immobilier donné et son taux d\u2019inoccupation, on peut aisément évaluer l\u2019ampleur de la pénurie.Il s\u2019agit en fait d\u2019appliquer une simple règle de trois, pour calculer le nombre de logements qu\u2019il faudrait construire afin atteindre l\u2019équilibre, qui se situe à un niveau de 3 % d\u2019inoccupation.En poussant l\u2019analyse un peu plus loin, on peut prévoir quels seront les besoins futurs en logement.Il faut tenir compte des composantes démographiques propres à chacun des marchés, de la forma- Comment peut-on contrer la crise du logement? Politiques 434 L\u2019état du Québec Tableau 1 Besoins actuels en matière de logement \t\t\t Montréal\t4 500\t1 500\t15 000 Québec\t1 250\t500\t2 800 Hull\t500\t300\t900 Total\t6 250\t2 150\t17 200 tion des ménages locataires et du rythme de construction annuel.C\u2019est un déficit accumulé de plus de 17 000 logements, dont 15 000 uniquement dans la grande région métropolitaine.Mesures /ïscales.Puisque la pénurie de logement ne se résoudra pas d\u2019elle-même, il faudra trouver des solutions afin de stimuler la construction de nouveaux immeubles.Parce que l\u2019abordabilité du logement semble demeurer une priorité aux yeux du gouvernement, la déréglementation concernant la fixation des loyers ne peut être considérée.Des mesures compensatoires doivent être étudiées, afin de redonner au secteur sa rentabilité d\u2019autrefois.Si les autorités souhaitent réellement encourager la construction, les leviers les plus efficaces sont les mesures relatives à la possibilité de reporter le profit réalisé lors de la vente et la création de crédits de taxes et de subventions.Il ne s\u2019agit plus uniquement d'être en mesure d\u2019offrir des unités à prix modiques pour les familles à faible revenu, mais plutôt de pouvoir offrir suffisamment de logements pour l\u2019ensemble de la population.Si des moyens efficaces ne sont pas entrepris pour permettre la rentabilité de la construction d\u2019immeubles locatifs, nous assisterons bientôt à une flambée des loyers et à un appauvrissement général de la population.Juillet 2003 sera une fois de plus un cauchemar pour des centaines de familles qui n\u2019auront pu trouver où se loger.Verra-t-on une fin prochaine à la crise du logement qui secoue les grands centres urbains québécois ?Tout porte à croire que non.Le gouvernement québécois hésite à donner le coup de pouce nécessaire à la relance des investissements privés pour la construction de logements locatifs.Problème de société'.En 2002, le mois de juillet a été marqué par quelques centaines de familles qui se sont retrouvées sur les trottoirs faute d\u2019avoir trouvé un logement.On peut envisager que la situation ira en empirant et que les familles qui n\u2019auront pas réussi à se loger seront encore plus nombreuses l\u2019an prochain.Devant l\u2019ampleur de la situation, on ne peut affirmer qu\u2019il s\u2019agit uniquement d\u2019un problème de pauvreté.La problématique soulève deux faits : celui de la pauvreté et celui du besoin d\u2019assurer un nombre suffisant de logements pour l\u2019ensemble de la population.Le problème de la pauvreté est intimement lié à la crise actuelle, parce que ce sont les ménages à faible revenu qui, les premiers, sont affectés par le nombre insuffisant de logements et par la surenchère qui s\u2019opère sur les loyers.Plus les ordres de gouvernements supérieurs laisseront la situation s\u2019aggraver, plus le L\u2019économie 435 nombre de ménages touchés par la crise sera grand.Un problème de rentabilité.Plusieurs facteurs peuvent expliquer le désintérêt des investisseurs envers le secteur immobilier, mais il s\u2019agit essentiellement d\u2019un problème de rentabilité.D\u2019abord, la baisse des rendements escomptés sur les immeubles et l\u2019encadrement rigide par la Régie du Logement de la relation entre un propriétaire et ses locataires.Il y a quelques années, la détention d\u2019un immeuble était une entreprise profitable, mais ce n\u2019est plus le cas aujourd\u2019hui.Outre la gestion des locataires et le mécanisme de fixation des loyers déterminé par la Régie du logement, les coûts de construction sont très élevés.Pour qu\u2019un projet soit viable, il faudrait en effet exiger des loyers bien au-dessus de ce que les locataires ont la capacité de payer.Parmi ceux qui auraient la possibilité de payer mensuellement de telles sommes, la plupart préfèrent opter pour l\u2019accession à la propriété, d\u2019autant plus dans un contexte où les taux hypothécaires sont bas.Les locataires restants n'ayant souvent pas les moyens financiers d\u2019assurer une telle charge, leurs projets ne voient simplement jamais le jour.Pistes de solutions S\u2019il existe un consensus autour de la gravité de la situation, il en est tout autrement pour ce qui est des solutions.Pour les groupes de locataires qui réclament des logements sociaux, l\u2019intervention du privé esta proscrire.Méfiants, ces derniers craignent de voir les investisseurs s\u2019enrichir au profit des locataires.Ils s\u2019interrogent sur les raisons qui pourraient amener les gouvernements à financer les promoteurs plutôt que de subventionner la construction de logements sociaux.Les solutions préconisées par le secteur privé ont pour objectif de diminuer les coûts de construction des immeubles locatifs, par le biais de la fiscalité.Les coûts assumés par l\u2019État seraient de voir les recettes fiscales diminuer pour des unités qui ne verraient pas autrement le jour.Puisque parmi les mesures privilégiées il s\u2019agit principalement de mesure permettant des reports d\u2019impôt, des recettes supplémentaires seraient perçues ultérieurement.La question de l\u2019abordabilité des logements qui seraient ainsi construits semble inquiéter les groupes de défense des locataires.Les loyers demandés pourraient, en effet, être plus élevés que la moyenne du marché, mais dépendraient de ce que Québec déciderait d\u2019implanter à titre d\u2019allégements fiscaux.L\u2019effet de percolation (Jiltering-upj viendrait soulager la pression à la hausse sur les loyers en plus de libérer des logements dans toutes les gammes de prix.Pour illustrer cet effet, on peut imaginer un ménage prêt à débourser un peu plus pour habiter dans un logement neuf, libérant ainsi un logement existant à prix inférieur et déclenchant ainsi un effet en cascade.Les premiers à bénéficier de l\u2019implantation de telles mesures seraient avant tout les locataires eux-mëmes.En rétablissant l\u2019offre de logement à un niveau adéquat, le risque que des gens se retrouvent à la rue par un dimanche de juillet serait réduit et la pression sur les loyers affaiblie.Partant de la prémisse que le logement est un bien essentiel, l\u2019intervention de l\u2019État devient dès lors une nécessité en cas d\u2019échec du marché.C\u2019est pourquoi différents organismes proposent une série de mesures permettant la diminution, par le biais de la fiscalité, des coûts de construction d\u2019immeubles locatifs.Celles-ci repré- Comment peut-on contrer la crise du logement? Politiques 436 L\u2019état du Québec sentent des incitatives efficaces visant à attirer de nouveau les investisseurs.L\u2019objectif initial était de trouver des mesures qui affecteraient le moins possible les budgets d\u2019opération des gouvernements, de sorte que le fardeau fiscal des contribuables québécois n\u2019en soit pas alourdi.Les mesures proposées n\u2019ont pas la prétention de réinventer la roue, ce sont des mesures qui ont déjà existé et qui ont démontré leur efficacité.Concrètement, les solutions Certaines des mesures proposées représentent des reports d\u2019impôts (mesures relatives à l\u2019amortissement), offrant à l\u2019investisseur les liquidités nécessaires au démarrage du projet.Elles représentent principalement comme coût pour les autorités, celui d\u2019un report de perception de taxes.Pour les autres mesures, il faut garder à l\u2019esprit que ces unités ne seront jamais construites sans l\u2019introduction de certains dégrèvements fiscaux.Elles ne peuvent donc pas être considérées à titre de coûts réels.L\u2019efficacité de toutes les mesures proposées repose sur l\u2019hypothèse que celles-ci seraient appliquées sans condition sur la fixation des loyers.L\u2019objectif poursuivi : stimuler l\u2019investissement en logement locatif, pour soulager la pénurie de logements résidentiels sévissant actuellement.La politique fiscale sous-jacente à la détention des biens immobiliers locatifs ne correspond plus à la réalité du marché.Parmi les suggestions de certains acteurs du secteur privé, on propose les modifications suivantes à la législation fiscale, de manière à stimuler les investissements immobiliers et à soulager la pénurie actuelle de logements résidentiels : \u2022\tle taux d\u2019amortissement des immeubles locatifs doit être augmenté et la règle de la demi-année abolie ; \u2022\tla restriction quant à l\u2019utilisation des pertes locatives doit être levée ; \u2022\tles immeubles locatifs doivent être comptabilisés au sein d\u2019une même catégorie fiscale ; Références Association provinciale des constructeurs d\u2019habitations du Québec (APCHQ).« Crise du logement : Ottawa et Québec appelés à en faire plus ».Québec Habitation, vol.19, n° 1.APCHQ.« La crise du logement au Québec, qu\u2019en est-il réellement?».Québec Habitation, vol.19, n° 1.Desrochers, Pierre, «Comment résoudre la crise du logement au Québec?», cahier de recherche, juillet 2002, Institut économique de Montréal.Disponible à cette adresse: www.iedm.org/etudes/ etude17_fr.html Ernst and Young, Comparative Real Estate Finance Analysis.Prepared for the Ministry of Municipal Affairs and Housing Policy Branch, Housing Supply Working Group.Fédération canadienne des municipalités (FCM), Stratégie nationale du logement abordable, Ottawa: FCM, 2000.Société canadienne d\u2019hypothèques et de logement (SCHL), Rapport sur les logements locatifs, Montréal, Ottawa , SCHL, 2002.Société d\u2019habitation du Québec, «Le marché de l\u2019habitation connaît une bonne année en 2001 », L\u2019habitation au Québec, vol.5, n° 4, 2001.Disponible à cette adresse: www.shq.gouv.qc.ca/ publications/Mo6309.pdf ?Site Internet Une série d\u2019articles dans La Presse, www.cyberpresse.ca/reseau/dossiers/0205/dos_102050098289.html L\u2019économie 437 \u2022\tdes mesures de report en franchise d\u2019impôt des gains en capital réalisés à la disposition d\u2019un immeuble locatif doivent être édictées ; \u2022\tles coûts afférents à la rénovation, à la transformation et au financement d\u2019un immeuble doivent être déductibles dans l\u2019année où ils sont encourus ; \u2022\tle report des impôts afférents au transfert entre génération de biens immeubles au décès d\u2019un particulier doit être édicté ; \u2022\tdes méthodes d\u2019évaluation des immeubles dans le cadre de l\u2019application des dispositions afférentes aux fournitures à soi-même doivent être édictées pour l\u2019application des taxes de vente.Ces propositions de modifications à la législation ne priveront pas les gouvernements de recettes fiscales.Tout au plus, ces propositions reporteront leur encaissement au moment où les biens immobiliers auront été complètement amortis ou vendus.L\u2019investissement en logements sociaux et l\u2019introduction de mesures fiscales permettant au secteur privé de contribuer à résoudre la crise ne sont pas mutuellement exclusifs.À l\u2019issue du Sommet de Montréal, qui s'est déroulé les 4, 5 et 6 juin 2002, un consensus qui constitue un pas dans la bonne direction a été adopté par le biais de la proposition suivante : « De manière à régler la grave crise du logement qui sévit à Montréal, il importe que tous les acteurs du secteur de l\u2019habitation soient mis à contribution.À cette fin, il faut rapidement développer des mesures, au besoin des mesures fiscales, afin de construire de nouvelles unités de logement locatif abordables.» \u2022 L'entente avec les Cris: une évaluation économique Germain Belzile Économiste, École des hautes études commerciales Selon la loi fédérale sur les Indiens, « un Indien est une personne qui est inscrite dans le Registre des Indiens du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien ou qui a droit de l\u2019être».La loi fédérale reconnaît certains droits et contraintes aux Indiens inscrits au Registre.Entre autres, les revenus gagnés sur le territoire d\u2019une réserve (une terre réservée, dont les fonds appartiennent à la Couronne) ne sont pas soumis à l\u2019impôt sur le revenu et les biens qu\u2019ils y achètent ne sont pas taxables.Les biens possédés sur une réserve ne peuvent être saisis.Ceux-ci ne peuvent donc servir de garantie lorsqu\u2019un Indien veut emprunter.Les Inuits ne sont pas soumis à la Loi sur les Indiens et ne sont donc pas exemptés d\u2019impôts et de taxes.Les gouvernements reconnaissent dix nations amérindiennes et une nation inuite au Québec.Une bande indienne (il y en a 40 au Québec) est formée d\u2019un groupe d\u2019indiens inscrits habitant une réserve.Comment peut-on contrer la crise du logement? Politiques 438 L\u2019état du Québec Tableau 1 La population autochtone au Québec \t\t\t Abénaquis\t372\t1 613\t1 985 Algonquins\t4 929\t3 542\t8 471 Attikameks\t4 492\t836\t5 328 Cris\t12 388\t1 142\t13 530 Hurons-Wendat\t1 220\t1 661\t2 881 Innus (Montagnais)\t10 289\t4 203\t14 492 Malécites\t2\t681\t683 Micmacs\t2419\t2 187\t4 606 Mohawks\t13 119\t2 439\t15 558 Naskapis\t734\t53\t787 Inscrits et non-associés à une nation\t1\t118\t119 Total - population amérindienne\t49 965\t18 475\t68 440 Total \u2014 Inuits\t8 877\t520\t9 397 Total global\t58 842\t18 995\t77 837 Source: Les Amérindiens elles Inuits du Québec: Onze nations contemporaines, 2001 Tableau 2 Superficie des terres réservées aux autochtones(1998) \t Abénaquis\t6,8 Algonquins\t208,0 Attikameks\t49,8 Hurons-Wendat\tU Innus (Montagnais)\t295,1 Malécites\t1,7 Micmacs\t41,4 Mohawks\t142,5 Total Partiel\t746,4 Conventionnés\t Cris\t5 551,7 Inuits\t8 162,1 Naskapis\t326,3 Total partiel\t14 040,1 Total global\t14 786,5 Source: Les Amérindiens et les Inuits du Québec: Onze nations contemporaines, 2001.Les Amérindiens et les Inuits représentent 1,05% de la population québécoise; ro% des autochtones canadiens résident au Québec (tableau r).Les terres réservées aux autochtones équivalent à 0,89 % du territoire québécois (tableau 2).Trois régions regroupent au total 50% des autochtones: le Nord-du Québec, l'Abitibi-Témiscamingue et la Côte-Nord.La presque totalité des Inuits vivent dans 14 communautés nordiques.Le gouvernement du Québec et les autochtones La Loi constitutionnelle de 1867 confie au gouvernement fédéral la responsabilité des autochtones.Pour cette raison, le gouvernement québécois n\u2019a eu que peu de relations avec eux jusque dans les années 1960.Les choses commencent à changer lorsque le Québec décide de développer ses ressources hydroélectriques, à la Baie James. L\u2019économie 439 En 1973, le jugement Calder (Cour suprême du Canada) reconnaît aux autochtones des droits territoriaux au Canada.La même année, le juge Malouf, de la Cour supérieure du Québec, reconnaît aux Cris et aux Inuits des droits sur les territoires de la Baie James, sur lesquels Hydro-Québec avait commencé des travaux importants.Les Cris forment, en 1974, le Grand Conseil des Cris, afin de négocier avec le gouvernement québécois.Ces négociations ont abouti, en 1975, à la signature de la Convention de la Baie lames et du Nord québécois (CBINQ).Une entente de même type est signée en 1978 avec les Naskapis.Le gouvernement fédéral officialise ces accords en votant la Loi sur les Cris et les Naskapis (1978), loi qui remplace pour eux la Loi sur les Indiens.En plus d\u2019un montant de r35 M $ (équivalent à environ 477 M $ de 2002), la Convention accorde des droits particuliers aux Cris sur d\u2019importants territoires classés en deux catégories: l\u2019usage exclusif d\u2019un territoire de 13 696 km\u201d et des droits exclusifs de chasse et de pêche sur 151 580 km2.Même si une deuxième phase de développement hydroélectrique était prévue dans la Convention (le projet Grande Baleine), les représentants Cris s\u2019y sont fortement opposés, notamment sur la scène internationale, jusqu\u2019à l\u2019abandon du projet en 1994.L'entente de 2002 Le 7 février 2002, le premier ministre du Québec, Bernard Landry, signait avec le grand chef du Grand Conseil des Cris, Ted Moses, une nouvelle entente, « de nation à nation », entre le gouvernement du Québec et le peuple cri.Cette entente, d\u2019une durée de 50 ans, vise trois objectifs : \u2022 aider au développement économique et communautaire des Cris ; \u2022\trésoudre les litiges actuels entre le gouvernement du Québec et les Cris ; \u2022\tpermettre la poursuite de la mise en valeur des ressources naturelles du territoire cri.Le principe le plus important est sans doute la volonté du gouvernement du Québec d\u2019associer les Cris au développement économique de la région.Plusieurs engagements sont prévus, pour chaque partie à l\u2019accord.Premièrement, les Cris consentent que deux projets hydroélectriques majeurs soient entrepris (Eastmain 1 et Eastmain i-A).Deuxièmement, ils laissent tomber toutes les poursuites contre la Société de développement de la Baie James, résultant de l\u2019application de la Convention de 1975.Finalement, les Cris dégagent le Québec de certaines obligations de la CBJNQ, qu\u2019ils prennent en charge.En contrepartie, le gouvernement du Québec s\u2019engage à créer, par une loi de l\u2019Assemblée nationale, la Société de développement crie (SDC).Cet organisme, dirigé par un conseil d\u2019administration composé de n membres (cinq nommés par les Cris, cinq par le gouvernement du Québec, plus un président choisi par la partie crie, après consultation avec le gouvernement), aura de multiples tâches, reliées au développement économique et communautaire.De plus, l\u2019accès aux programmes réguliers prévus par la CBJNQ sera maintenu (santé et éducation, entre autres).Dernier point, et non le moindre : le gouvernement québécois s\u2019engage à verser périodiquement un montant à la SDC: 23 M$ en 2002-2003, 46 M$ en 2003-2004, puis un minimum de 70 M$ par année (montant indexé) pendant 48 ans.Certains commentateurs (dont le Secrétariat aux affaires autochtones lui-même) ont alors parlé, lors de la L\u2019entente avec les Cris : une évaluation économique Politiques 440 L\u2019état du Québec divulgation de l\u2019entente, d\u2019un montant de 3>5 G $\u2022 Deux points méritent d\u2019être soulevés.Le premier concerne la méthode d\u2019indexation prévue dans l\u2019entente.À partir de 2004-2005, le montant versé sera le plus élevé entre 70 M $ et un montant correspondant à 70 M $ gonflé en fonction de l\u2019évolution de la valeur de la production hydroélectrique, minière et forestière du territoire défini dans l\u2019entente.D\u2019une façon simple, si la valeur de la production double, le paiement doublera aussi.Les Cris sont ainsi fortement incités à encourager l\u2019exploitation des ressources naturelles du territoire conventionné, car ils participeront aux bénéfices (voir encadré).Selon la méthode de calcul prévue par l\u2019entente, la valeur de la production hydroélectrique est calculée en multipliant la quantité produite, dans le territoire défini, par le prix moyen résultant de toutes ventes d\u2019électricité d\u2019Hydro-Québec, que ce soit au Québec, au Canada ou aux États-Unis.La valeur de la production minière est tout simplement égale à la valeur des livraisons des producteurs.La valeur de la production forestière, quant à elle, est calculée en multipliant le volume de bois expédié du territoire par le prix moyen du bois expédié par toutes les entreprises québécoises.Les prix des matières premières ayant une tendance séculaire à augmenter moins rapidement que le niveau général des prix, les Cris devront compter sur une augmentation des volumes pour maintenir la valeur réelle de leurs royautés.Un deuxième point mérite considération.Même si le gouvernement verse 70 M $ par année pendant 50 ans, le coût est, dans les faits, bien inférieur à 3,5 G $ (50 fois 70 M $ = 3,5 G $).En effet, recevoir 3,5 G $ cash n\u2019est pas équivalent à recevoir 70 M $ par année pendant 50 ans.Pour s\u2019en convaincre, il suffit de se demander combien de dollars valent aujourd\u2019hui 70 M $ reçus dans 50 ans.À un taux d\u2019intérêt composé annuellement de 5,76%, 4,25 M$ placés en 2003 donneraient 70 M $ en 2053.Recevoir 4,25 M$ aujourd\u2019hui ou 70 M$ dans 50 ans, c\u2019est la même chose ! Le tableau 3 indique la valeur actualisée (pour 2000-2001) d\u2019un flux de paiements de 23 M $ en 2001-2002, de 46 M $ en 2002-2003 et de 70 M $ par année pendant les 48 années suivantes.Le taux d\u2019actualisation choisi pour le calcul est tout simplement le taux d'intérêt pour les titres gouvernementaux canadiens de long terme, en juillet 2002.La valeur actualisée est alors de 1,8 G $.Évidemment, si les paiements augmentent à plus de 70 M $ par année, la valeur calculée ne sera pas la même.Tableau 3 Taux d\u2019actualisation 0,0576 Période T1 (2000-2001)\tMontant (M $) 23\tMontant actualisé (M $) 21.7 T2(2002-2003)\t46\t41,1 T3 (2004)\t70\t59,2 T4 (2005)\t70\t56,0 T5 (2006)\t70\t52,9 T6 (2007)\t70\t50,0 T7 (2008)\t70\t47,3 T8(2009)\t70\t44,7 T9 (2010)\t70\t42,3 T14 (2015)\t70\t32.0 T19 (2020)\t70\t24,2 T24 (2025)\t70\t18,3 T29 (2030)\t70\t13,8 T39(2040)\t70\t7,9 T50 (2051)\t70\t4,3 Total\t\t1075,5* *Le total est celui de toutes les années et pas seulement de celles retenues dans le tableau L\u2019économie 441 La formule d\u2019indexation exacte des sommes versées par le gouvernement du Québec à la communauté crie est la suivante : MA,_.= '^j{PH,+PM,+PF,}U 5 + Base où MA : montant annuel payé à l\u2019année 5 PH, : valeur de la production hydroélectrique à l\u2019année t PM : valeur de la production minière à l\u2019année t PF : valeur de la production forestière à l\u2019année t Base: valeur moyenne de la production annuelle globale entre le 1\" janvier 1999 et le 31 décembre 2003.Par exemple, en 2020 (MA, ), le montant payé par le gouvernement sera égal à 70 M $ fois un facteur reflétant l\u2019augmentation de la valeur de la production depuis 1999-2003.Si la valeur de la production moyenne au cours de cinq années précédant 2020 est le double de la valeur moyenne de la production entre 1999-2003, les Cris recevront 70 M S fois 2, ou 140 M $.S'agit-il d\u2019une bonne entente ?Globalement, il s\u2019agit d\u2019une entente intéressante pour les deux parties.Elle encourage le développement des ressources, en en faisant profiter l\u2019ensemble des partenaires, dont les Cris.Pour un avenir prévisible, c\u2019est la seule source d\u2019amélioration des conditions de vie des Amérindiens de ces territoires.Cette entente permet aussi de tenir compte des effets externes négatifs du développement.Lorsque l\u2019on entreprend un projet, on doit peser les avantages et les coûts qui en découlent.Si une partie des coûts est assumée par une tierce partie (c\u2019est le cas lorsqu\u2019il y a pollution, par exemple), on n\u2019est porté à comparer qu\u2019une partie des coûts avec l\u2019ensemble des avantages.Les Cris tiendront certainement compte des coûts environnementaux, ainsi que des bénéfices, lorsque viendra le temps d\u2019évaluer la pertinence de différents projets.Il y aura certainement à cet égard, dans l\u2019avenir, des débats déchirants à l\u2019intérieur même des communautés cries.Du côté d\u2019Hydro-Québec, cet accord est certainement bien accueilli.Il permet d\u2019envisager la construction de nouvelles centrales, dont deux sont déjà annoncées.Il s\u2019agit de Eastmain 1 et Eastmain i-A, qui devraient coûter 4 G $ et entraîner la création de 10 500 emplois sur neuf ans.Elles permettront d\u2019augmenter la capacité de production d\u2019Hydro-Québec de 1 200 MW.On prévoit des contrats à des entreprises cries pour une valeur de 590 M $.À long terme, l\u2019exportation d'électricité vers les États-Unis sera peut-être envisagée.Le gouvernement du Québec est sûrement très heureux de pouvoir enterrer la hache de guerre avec les Cris.Le conflit entre les autochtones et le Québec, hautement médiatisé internationalement, a sans doute beaucoup terni l\u2019image internationale des Québécois.On n\u2019a qu\u2019à se rappeler les interventions de Matthew Coon Come devant les Nations-Unies, les critiques des environnementalistes américains, etc.De plus, l\u2019accord permet un règlement définitif d\u2019une douzaine de L\u2019entente avec les Cris : une évaluation économique Politiques 442 L\u2019état du Québec litiges entre les Cris et le gouvernement, provenant surtout de l\u2019application de la CBJNQ.Parmi ceux-ci, on peut nommer les causes Matthew Coon Come I et II (2,8 G $) et Mario Lord (500 M $).La fin de cette saga permettra peut-être de mettre en lumière que, dans les dix provinces canadiennes, c\u2019est au Québec que les autochtones sont dans la situation la plus enviable.Le gouvernement a-t-il trop payé ?Les Cris ont-ils obtenu suffisamment?Pour 2004-2005, le paiement du gouvernement représentera un peu plus de 5000$ par personne (il y a environ 13 500 Cris au Québec).Cette somme vient s\u2019ajouter aux montants que le gouvernement assume déjà en matière de santé et d\u2019éducation.Bien utilisés, les 70 M $ et plus par année aideront sûrement les autochtones du Nord à faire la transition vers le xxie siècle.\u2022 Références Secrétariat aux affaires autochtones du Québec, Les Amérindiens et les Inuits du Québec: Onze nations contemporaines, 2001.Disponible sur le site du Secrétariat à cette adresse: www.mce.gouv.qc.ca/d/ html/do466ooi .html Entente concernant une nouvelle relation entre le gouvernement du Québec et les Cris du Québec, 7 février 2002.Disponible sur le site du Secrétariat à cette adresse: www.mce.gouv.qc.ca/d/html/ d2057014.html Le conflit du bois d'œuvre On n'est pas sortis du bois.et c'est tant mieux ! Joëlle Noreau Économiste, Fédération des Caisses Desjardins La forêt est au cœur de l\u2019histoire du Canada et du Québec.De la construction des premières habitations en bois rond aux « bois d\u2019ingénierie », en passant par les camps de bûcherons et les «moulins à scie», la fibre forestière fait partie de la fibre québécoise.C\u2019est une réalité indissociable de la vie et de l\u2019économie.Voilà pourquoi le conflit sur le bois d\u2019œuvre canado-américain prend de plus en plus des allures de bataille.C\u2019est qu\u2019il va bien au-delà du commerce des matériaux de construction.L\u2019industrie forestière couvre un vaste champ d\u2019activité.Il y a bien sûr les pâtes et papiers et les produits du bois (bois de sciage, panneaux, poutrelles, etc.).Toutefois, nombre de gens travaillent également en forêt, à l\u2019aménagement forestier et à l\u2019exploitation de la ressource.En 2001, plus de 20 000 salariés travaillaient à l\u2019exploitation forestière et aux activités de soutien au Québec.(Les données sur l\u2019emploi sont tirées de l\u2019Enquête sur l\u2019emploi, rémunération et heures de travail de Statistique Canada qui compte unique- L\u2019économie 443 50 000- 45 000- Graphique 1 Secteur du bois: Forêt et fabrication-Emplois (EERH) au Québec - - - ¦ Exploitation forestière et soutien Fabrication du papier Fabrication produits en bois 40 000 35 000 30 000 25 000 15 000 -, «\u2014\tfM\tm 03\tCT>\tOh \tL'Assemblée nationale et les partis POLITIQUES PUBLIQUES ET MOBILISATION SOCIALE >\tLa politique autochtone \u2014 Une année marquée par la reconnaissance des droits des Premières Nations >\tLa loi 104, un rendez-vous manqué >\tSécurité publique \u2014 La réforme de la desserte policière du territoire >\tLe mouvement syndical : un agenda chargé >\tLe développement de l'économie sociale depuis le Sommet de 1996 ÉTUDES QUÉBÉCOISES : LE PEQ La vie politique 477 Participation politique et partis L'année politique Le dangereux mélange de l'argent et de la politique Michel Venne Chroniqueur, Le Devoir \u2022 Éditeur délégué, Fides Les scandales liés aux commandites gouvernementales et à des méthodes douteuses de lobbying ont dominé l\u2019année politique terminée en juin 2002 au Québec.Le Parti québécois y a perdu son directeur général au change.Un ministre a démissionné sous la pression.L\u2019image du gouvernement de Bernard Landry a considérablement souffert de la situation.Le Parti libéral du Québec n\u2019est pas sorti glorieux de l\u2019histoire non plus, lui dont le principal organisateur avait trempé dans quelques-unes de ces «affaires».On a découvert plus tard également que le PLQ entretenait des liens avec un détective privé chargé de suivre un dirigeant de société d\u2019État.Cette affaire s\u2019est retrouvée devant les tribunaux.Résultat: toute la classe politique semble être sortie perdante de l\u2019épisode, malgré l\u2019adoption, en juin, d\u2019une loi sévère pour encadrer les activités de lobbying au Québec.Toute?Non! L\u2019Action démocratique du Québec de Mario Dumont a certainement profité de cette situation.Jeune formation politique qui n\u2019a jamais exercé le pouvoir et que l\u2019on suppose encore vierge, l\u2019ADQ a raflé quatre sièges lors d\u2019élections partielles et obtenait, en mai, plus de 30% de la faveur populaire, au lieu des 10% que lui accordaient les sondages jusqu\u2019au printemps.Trois Québécois sur quatre souhaitaient en effet un changement de gouvernement et estimaient que c\u2019est le parti de Mario Dumont qui l\u2019incarnait le mieux [voir article p.494].Ces « affaires » ont contribué à jeter dans l\u2019ombre les autres actions du gouvernement.C\u2019est qu\u2019en plus des situations qui concernent des activités de politiciens provinciaux, d\u2019autres scandales, beaucoup plus graves, ont éclaté au grand jour.Le plus grave est relié à la gestion douteuse du programme fédéral de commandites (plusieurs cas ont fait l\u2019objet d\u2019enquêtes policières, ce qui n\u2019est pas le cas des situations québécoises).D\u2019autres, dévoilés au fil des mois, concernent des conseillers municipaux membres du parti du nouveau maire de Montréal, Gérald Tremblay.Ces scandales, bien qu\u2019ils aient éclaté ailleurs, ont contribué à créer une atmosphère délétère.L'économie se porte mieux L\u2019atmosphère s\u2019est dégradée au point de faire oublier le bilan substantiel à l\u2019actif du gouvernement, y compris le fait que l\u2019économie du Québec se porte mieux que jamais.En juin, le taux de chômage était de 8,2%, le plus bas niveau enregistré depuis 25 ans.Il était de 12,2 % en 1994.À 59,9%, le taux d\u2019emploi au Québec était presque à égalité avec celui observé en Ontario: du jamais vu depuis 50 ans.Quelque 120 000 emplois ont été créés entre décembre 2001 et mai 2002.Le L\u2019année politique Participation politique et partis 478 L\u2019état du Québec secteur de la construction résidentielle connaît par ailleurs un boom hors du commun, qui a par contre l\u2019effet pervers de contribuer à une crise du logement locatif, en particulier pour les populations démunies, dans la plupart des villes importantes du Québec.Cette situation économique favorable représente une surprise pour la plupart des observateurs.À la suite des attentats terroristes survenus à New York et Washington le rr septembre 200t, Bernard Landry lui-même avait suggéré que l\u2019économie québécoise en subirait de durs contrecoups [sur l\u2019économie du Québec, voir p.39g à 418].Ces événements tragiques ont d\u2019ailleurs bouleversé l\u2019agenda gouvernemental en ce début d\u2019automne.Notamment, le gouvernement avait préparé une grande manifestation culturelle, la «saison du Québec à New York», qui devait débuter en septembre et dont plusieurs activités se déroulaient au World Trade Center Center.Elle a dû être annulée.Dans l\u2019ombre du 11 septembre Mais dès que les tours jumelles se sont effondrées, le gouvernement du Québec est tombé dans l\u2019ombre de celui d\u2019Ottawa.C\u2019est que les questions qui relèvent des compétences de l\u2019État fédéral ont pris le dessus et permis à Ottawa d\u2019occuper le devant de la scène politique.Les affaires militaires, les questions de sécurité, le contrôle des frontières et de l\u2019immigration, les relations internationales, les débats aux Nations unies et à l\u2019OTAN, où le Québec est absent, ont dominé les affaires publiques durant toute la période.Même le sommet de l\u2019Organisation internationale de la Francophonie, où le Québec est présent à titre de gouvernement participant et où il souhaitait faire valoir l\u2019importance de la protection de la diversité culturelle, surtout dans une période comme celle que nous traversions, a été annulé.Québec a bien ajusté les modalités de délivrance des documents d\u2019état civil pour améliorer la sécurité.L\u2019Assemblée nationale a aussi adopté une motion unanime de condoléances aux victimes et en faveur de la lutte contre le terrorisme.Mais les yeux étaient tournés vers Ottawa.Même l\u2019idée de la souveraineté du Québec a souffert des événements.Un sondage a révélé que trois Québécois sur quatre se sentaient plus en sécurité au Canada, dans les circonstances, que dans un Québec souverain [voir article, p.41].Il restait toutefois un secteur où le gouvernement du Québec pouvait intervenir: celui de l\u2019économie.C\u2019est ainsi que le gouvernement a devancé la présentation du budget.Le Ier novembre, la ministre des Finances, Pauline Marois, a déposé un budget qui était en fait un plan de sécurité économique de quatre milliards de dollars.Des investissements d\u2019une valeur de trois milliards seraient devancés durant l\u2019année.On retournerait 450 millions aux consommateurs sous la forme de baisses d\u2019impôt.Et 525 millions seraient attribués aux PME sous la forme de congés fiscaux.Il s\u2019agissait, a déclaré Mme Marois, de s\u2019assurer que « le Québec traverse avec un minimum de turbulences les difficultés actuelles».Le gouvernement, a-t-elle ajouté, « réaffirme sa volonté de maintenir tout à la fois les emplois et une base économique solide pour l\u2019avenir» [voir budget p.418], Autochtones : la « paix des braves » Au cours de l\u2019année, le gouvernement a aussi conclu une paix nouvelle et des accords de coopération avec plusieurs nations autochtones.Il s\u2019agit de progrès La vie politique 47g historiques.La « paix des braves », comme l\u2019ont désignée le premier ministre Bernard Landry et le grand chef Ted Moses, a été signée avec la nation crie à l\u2019occasion d\u2019un accord qui permettait de régler de vieux différends autour de l\u2019application de la Convention de la baie lames.Une entente est intervenue avec les Inuits sur la formation d\u2019un gouvernement autonome au Nunavik, dans le grand nord du Québec.Le gouvernement, enfin, a conclu une négociation avec la majorité des bandes innues (montagnaises) de la Côte-Nord et du Saguenay/Lac-Saint-Jean.Cet accord, une première, reconnaît aux Innus des droits sur le territoire que les gouvernements n\u2019ont jamais voulu reconnaître jusqu\u2019à présent.Avec ces accords, il y a lieu de penser que le Québec se trouve à l\u2019avant-garde dans ses relations avec les nations autochtones par rapport au reste de l\u2019Amérique par une reconnaissance, une délégation de responsabilité politique sur un territoire et un partenariat dans le développement [voir articles p.418 et 527].Ces ententes ont aussi l\u2019avantage de permettre la reprise du développement hydro-électrique dans le nord de la province.Le projet Grande-Baleine est remis en piste et plusieurs projets de petites centrales ont été approuvés par le gouvernement.L\u2019État québécois est critiqué par les environnementalistes à cet égard, qui estiment que l\u2019on devrait miser davantage sur les économies d\u2019énergie et les formes alternatives de production énergétique.Québec a tout de même doublé cette année l\u2019objectif de production d\u2019énergie de source éolienne.Mais surtout, il fait valoir la nécessité d\u2019assurer la sécurité énergétique des Québécois.À cette fin, il a approuvé, en juin, le parachèvement de la ligne de transmis- sion Hertel-Des-Cantons, un projet contesté par les résidants qui voient les lignes traverser leurs propriétés situées entre Montréal et la frontière américaine.Le Bureau d\u2019audiences publiques sur l\u2019environnement avait mis en doute la nécessité de la construction de cette ligne.Le gouvernement a aussi dérogé à la politique en vigueur en dégageant 500 mégawatts d\u2019électricité pour les offrir à une alumi-nerie qui s\u2019engage par ailleurs à transformer une partie de la matière première au Québec.Un riche bilan législatif Le bilan gouvernemental ne se réduit pas à ces questions.Au cours de l'année, Québec s\u2019est aussi entendu avec les syndicats du secteur public sur le prolongement des conventions collectives et sur l\u2019application de la Loi sur l\u2019équité salariale.11 a adopté la première politique de la ruralité du Québec et dégagé des millions de dollars pour le développement régional [voir article p.231].Il a fait adopter un moratoire sur l\u2019ouverture de nouvelles porcheries, un règlement avant-gardiste sur le bannissement des pesticides en milieu urbain, et lancé une opération de consultation publique sur la réforme des institutions politiques, y compris une réforme du mode de scrutin [voir article p.488].Une nouvelle politique, assortie d\u2019un budget de 450 millions de dollars, a été approuvée en faveur de la formation professionnelle et technique.Le salaire minimum a été haussé à 7,30 $, ce qui en fait le salaire minimum le plus élevé sur le continent.Une loi anti-pauvreté a été déposée à l\u2019Assemblée nationale, assortie d\u2019un plan de lutte contre la pauvreté étalé sur plusieurs années.Les prestations d\u2019aide sociale seront désormais indexées et des pénalités jusqu\u2019ici imposées aux assistés L\u2019année politique Participation politique et partis 480 L\u2019état du Québec sociaux partageant un logement ont été abolies.Le ministre de la Justice, Paul Bégin, a également fait adopter une loi reconnaissant l\u2019union civile entre conjoints de même sexe.Une brèche dans la Charte de la langue française, qui permettait à certains immigrants de contourner la loi en faisant un détour par l\u2019école privée, a été colmatée.En éducation, une enquête internationale a révélé que les élèves québécois se situaient parmi les meilleurs du monde en mathématiques et en sciences.Dans le domaine de la santé, enfin, de premiers groupes de médecine familiale ont été mis en route à la faveur d\u2019une entente avec les médecins.Le régime d\u2019assurance-médicaments a été renfloué.La pénurie d\u2019infirmières a continué toutefois de hanter les hôpitaux, qui doivent fermer des lits et dont les urgences continuent de déborder.La mondialisation Le gouvernement a cherché de plus à se distinguer sur le front des relations internationales en adoptant des positions nuancées à l\u2019égard de la mondialisation.Ainsi, non seulement était-il représenté à New York pour la grand-messe annuelle du sommet politico-financier de Davos (qui avait lieu exceptionnellement sur les rives de l\u2019Hudson, fin janvier 2002), mais il avait constitué une forte délégation pour le sommet de Porto Alegre, au Brésil, où se rencontrent désormais les tenants de tous poils d\u2019une «mondialisation à visage humain».L\u2019ancien ministre Jacques Parizeau y accompagnait la ministre Louise Beaudoin, qui a annoncé sur place la création prochaine d\u2019un Observatoire québécois de la mondialisation, auquel la société civile serait invitée à participer.Un projet de loi constituant cet observatoire a été présenté en juin.De plus, le gouvernement a adopté une politique selon laquelle le Québec s\u2019opposerait à tout accord de libre-échange incluant une disposition semblable à celle du chapitre 11 de l\u2019ALENA qui permet à des entreprises de poursuivre un gouvernement qui adopte une politique de santé publique ou de protection environnementale jugée contraire aux intérêts de cette entreprise.Enfin, il a été convenu que tout accord de libre-échange serait soumis à un vote des députés de l\u2019Assemblée nationale.En dépit de ces actions nombreuses et le plus souvent progressistes, le gouvernement n\u2019a pas su augmenter le niveau d\u2019appui dont il jouit dans la population.Le taux de satisfaction à l\u2019égard du gouvernement, qui avait fait un bond à 54% en décembre 2001 selon un sondage Léger Marketing, avait chuté à 40 % en mai.Jamais durant l\u2019année le Parti québécois n'a été le premier dans la faveur populaire même si la confiance envers son chef, Bernard Landry, est plus élevée que celle dont jouit le chef libéral Jean Charest.Il reste que jusqu\u2019au printemps, le PLQ semblait assuré de prendre le pouvoir si des élections générales avaient eu lieu durant cette période, avec au moins cinq points d\u2019avance sur le PQ dans les sondages.Lobbying et démissions Le gouvernement a cherché toute l\u2019année à remonter la pente.Mais ses efforts ont été freinés, au début de l\u2019année, lorsque, coup sur coup, des méthodes douteuses de lobbying ont été dévoilées par les médias d\u2019information.On a d\u2019abord su, grâce à La Presse, qu\u2019un ami du ministre de l\u2019Industrie et du Commerce, Gilles Baril, monnayait son accès au ministre en échange de fumeuses rétributions. La vie politique 481 Dans les jours qui ont suivi, Le Devoir révélait que l\u2019ancien chef de cabinet de M.Landry, lorsque celui-ci était ministre des Finances, Raymond Bréard, avait empoché au moins 200 000 dollars en commissions pour avoir convaincu le gouvernement de former un fonds pour financer des événements sportifs et culturels.M.Bréard, qui était devenu entretemps directeur général du Parti québécois, a annoncé sa démission après deux jours de tergiversations qui ont coïncidé avec la tenue du conseil national du Parti québécois, en février.Le lendemain, c\u2019était au tour du ministre Baril d\u2019annoncer qu\u2019il quittait ses fonctions ministérielles.Il a croulé sous la pression créée sur lui et sur sa famille par ces affaires de lobbying, annonçant sa décision, en pleurs, devant les caméras de télévision.Le parti devenant orphelin de son directeur général, puis un homme de confiance de M.Landry qui démissionne deux semaines à peine après avoir obtenu de nouvelles responsabilités : le premier ministre a reconnu plus tard que cet épisode avait été l\u2019un des pires de sa vie.Il a été personnellement ébranlé.D\u2019autres histoires de lobbying, de commissions et d\u2019allégations de trafic d\u2019influence ont hanté la vie politique québécoise dans les mois qui ont suivi.Les tribunaux ont été saisis de quelques affaires.Une loi sur le lobbying a été adoptée en juin.Mais l\u2019effet a duré.Six défaites aux élections partielles Au cours de l\u2019année, le Parti québécois a perdu six sièges à l\u2019Assemblée nationale à la faveur d\u2019élections partielles qui ont été désastreuses pour lui.La plupart des circonscriptions en jeu étaient auparavant représentées par des ministres importants, y compris celle de Jonquière, na- guère représentée par l\u2019ancien premier ministre Lucien Bouchard, tombée aux mains des libéraux le 1\" octobre en même temps que Laviolette.Le PQ a su conserver de justesse les circonscriptions de Labelle et de Blainville où se présentait le nouveau ministre Richard Legendre.Trois autres élections partielles ont eu lieu le t5 avril.Les libéraux ont facilement conservé le comté à prédominance immigrante de Viger.Ils ont repris Anjou, dont le député libéral avait démissionné à la suite du constat, par les tribunaux, d\u2019une fraude électorale remontant aux élections générales de rgg8.Le PQn\u2019a pas su cependant garder Saguenay où le candidat adé-quiste François Corriveau a mené, en compagnie de Mario Dumont, une forte campagne, axée sur le «changement», pour devenir le deuxième représentant de l\u2019ADQ à l\u2019Assemblée nationale.Cette élection a marqué le début d\u2019une montée irrésistible du parti de Mario Dumont.Celui-ci devait récolter les fruits de la déception, palpable dans l\u2019électorat, aux élections partielles du yj juin où il a remporté trois sièges et obtenu 45 % des suffrages exprimés contre 24% pour le Parti libéral et 29% pour le Parti québécois.Celui de Joliette, représenté par le coloré ministre péquiste Guy Chevrette depuis 1976.Celui de Berthier, représenté jusque-là par le ministre démissionnaire Gilles Baril, un homme de confiance de Bernard Landry, et où se présentait sous la bannière péquiste le nouveau ministre vedette David Levine.Et celui de Vimont, que toutes les projections donnaient au Parti libéral du Québec.Le transfuge blo-quiste Stéphan Tremblay a pu conserver le bastion péquiste de Lac-Saint-Jean.Ces élections ont créé une commotion au sein des deux partis dominants.Tous les deux ont promis des conseils généraux L\u2019année politique Participation politique et partis 482 L\u2019état du Québec ou des congrès d'orientation pour réviser leurs programmes [voir article p.500].Remises en question au PQ et au PLQ L\u2019exercice semble promis à une certaine sérénité chez les libéraux qui croient à un dégonflement de la «bulle» adéquiste au fil des mois.Le leadership du chef n\u2019est remis en cause ouvertement par personne au sein du parti.La montée de l\u2019ADQ a toutefois forcé le Parti libéral a changer de posture.Jusque-là, paraissant assurés de gagner les prochaines élections, les libéraux affichaient une certaine arrogance, pour ne pas dire parfois du mépris à l\u2019égard du gouvernement.Un député libéral a dû par exemple présenter des excuses pour avoir traité un ancien ministre péquiste et ami de Bernard Landry de «vieille guidoune».Et surtout, le PLQ se bornait à surfer sur les déboires du gouvernement au lieu de proposer lui-même des politiques innovatrices pour régler les problèmes du Québec.Désormais, le parti se propose de dévoiler les propositions qu\u2019il retenait pour la campagne électorale.Le processus de réflexion risque d\u2019être plus déchirant au sein du Parti québécois.Avant l\u2019été, deux tendances semblaient se faire jour.L\u2019une, inspirée entre autre, par l\u2019ancien premier ministre lacques Parizeau, veut que le parti revienne à ses credos traditionnels : souveraineté et social-démocratie.L\u2019autre souhaite un retour du balancier vers le centre.Au soir des élections partielles du 17 juin, M.Landry a fait valoir qu\u2019aux prochaines élections générales, les électeurs feraient face à un vrai choix entre, d\u2019une part, deux partis fédéralistes de droite, l\u2019ADQ et le PLQ, et un parti souverainiste progressiste, le Parti québécois.Le PQ est désormais à peu près seul à gauche.Après un succès inespéré et conjoncturel dans Mercier lors d\u2019une élection partielle au printemps 2001, la coalition de petits groupements gauchistes a fait chou blanc lors des élections partielles subséquentes.Bien que formant désormais un parti politique unifié sous l\u2019appellation « Union des forces progressistes », ce que l\u2019on avait cru être un mouvement en hausse au cours des années précédentes se révèle n\u2019être que l\u2019association de trois groupuscules dont personne ne se rappelle le nom du chef, d\u2019autant plus que l\u2019UFP a décidé, pour se démarquer des partis traditionnels, de se doter d\u2019une direction bicéphale.Par contre, deux ministres parmi les plus jeunes, André Boisclair et Joseph Facal, ont fait entendre en juin des sons de cloche différents.Aux yeux de M.Bois-clair, le PQ ferait une erreur en se rangeant à gauche toute.Les élections se gagnent au centre de l\u2019échiquier politique au Québec, a-t-il fait valoir.Il ne faut pas oublier la classe moyenne.Son collègue Facal est allé plus loin, remettant en cause « le modèle québécois » auquel il reproche d\u2019avoir suscité une forme de dépendance des Québécois envers l\u2019État et d\u2019être responsable de l\u2019accroissement de la dette publique au Québec.Cette sortie a causé une surprise de la part d\u2019un fidèle de Bernard Landry qui n\u2019a pas tardé à rabrouer gentiment mais fermement son ministre, lui rappelant que lui-même fut un artisan du modèle québécois et de son renouvellement.La souveraineté de retour Si l\u2019objectif du Parti québécois est de s\u2019en tenir à ses credos, force est de constater que c\u2019est, globalement, ce qu\u2019il fit tout au long de la dernière année écoulée.Le gouvernement avait constaté dès le début de La vie politique 483 l\u2019automne que la souveraineté restait, avec au-delà de 40% d\u2019appui, plus populaire que le parti, lui-même autour de 35%.En conséquence, le premier ministre Landry avait sonné le rappel des troupes souverainistes.Dès le 18 août, à l\u2019occasion d\u2019un congrès des jeunes péquistes, le parti avait décidé de replacer la souveraineté au centre de l\u2019agenda politique.À l\u2019automne, M.Landry avait accepté de participer aux célébrations entourant la commémoration des actions des patriotes en 1837-38.Au début de décembre, le Parti québécois avait organisé à Montréal un rassemblement souverainiste où s\u2019étaient donné rendez-vous des souverainistes de toutes tendances, y compris l\u2019ex-felquiste Raymond Villeneuve.En février, à la faveur de l\u2019assemblée d\u2019investiture péquiste dans Berthier, M.Landry avait annoncé que la prochaine campagne électorale aurait pour thème central la souveraineté du Québec.En mars, la Commission sur le déséquilibre fiscal, créée par Bernard Landry et présidée par l\u2019ancien ministre libéral Yves Séguin, a remis un rapport qui démontrait que le Québec subissait un manque à gagner de 50 millions de dollars par jour.Si la situation ne change pas, la dette du Québec grimpera de 100 à 160 milliards de dollars en 20 ans.La commission recommandait le rapatriement au Québec de tous les revenus provenant du Québec et découlant de la Taxe fédérale sur les produits et services.Le premier ministre avait estimé que ce rapport constituait une illustration de la nécessité de faire du Québec un pays au plus vite.Surtout que le gouvernement fédéral nie l\u2019existence de ce déséquilibre fiscal et n\u2019a pas l\u2019intention de proposer des correctifs.Le 19 mars, dans la mise à jour de son budget, la ministre des Finances, Pauline Marois, a justifié le fait qu\u2019elle n\u2019ajoutait rien dans la santé à cause de la possibilité que des décisions du gouvernement fédéral en matière de péréquation ne viennent miner les finances publiques du Québec au cours de l\u2019année en cours.En juin, l\u2019Assemblée nationale a finalement adopté une motion unanime demandant à Ottawa de reconnaître et de corriger le déséquilibre fiscal.Québec prévoyait organiser un sommet réunissant les acteurs de la société civile à ce sujet.Il a aussi été question d'un référendum sur ce thème.Sur le front des relations fédérales-provinciales, le gouvernement a également porté à l\u2019attention des tribunaux deux objets de litige.D\u2019une part, il conteste la constitutionnalité de la loi sur la justice pénale des adolescents, adoptée aux Communes en dépit du désaccord unanime du Québec.D\u2019autre part, il demande avis à la Cour d\u2019appel du Québec concernant le programme de congés parentaux.Québec prétend avoir droit à un transfert de fonds fédéraux pour lui permettre de mettre sur pied son propre programme, plus généreux que celui d\u2019Ottawa.Une loi anti-pauvreté Le gouvernement a cherché également à mettre en valeur son caractère social-démocrate en adoptant plusieurs mesures destinées aux plus démunis, incluant une loi anti-pauvreté présentée en juin, la hausse du salaire minimum, l\u2019injection de fonds pour relancer l\u2019emploi dans les régions ressources.Le gouvernement a poursuivi ses programmes interventionnistes dans l\u2019économie, notamment dans le secteur des nouvelles technologies et du L\u2019année politique Participation politique et partis 484 L\u2019état du Québec multimédia.II a renfloué les budgets de lutte contre le décrochage scolaire dans les écoles situées dans des quartiers défavorisés.Son bilan environnemental s\u2019est lui aussi amélioré au cours de l\u2019année, après deux années de critiques cinglantes à son endroit.L\u2019effet des scandales est sans aucun doute pour quelque chose dans les déboires du gouvernement.Le niveau de confiance des Québécois envers les politiciens des partis dominants a chuté.L\u2019ancien premier ministre Jacques Parizeau a aussi reproché au gouvernement de mal communiquer ses décisions.Il se dégage une impression de désordre, parfois d\u2019incohérence et d\u2019improvisation.Comme s\u2019il manquait une vision d\u2019ensemble.Les Québécois semblent d\u2019ailleurs à la recherche d\u2019un chef, d\u2019un guide.Les sondages le montrent qui, sauf ceux de mai où Mario Dumont a pris la tête, indiquent que chacun des trois chefs recueille à peu près le même niveau d\u2019appui au sein de la population.Aucun ne se démarque vraiment, en dépit d\u2019états de services différents.Y a-t-il quelqu\u2019un au Québec qui sache où nous en sommes et où nous allons?Le gouvernement n\u2019a pas su saisir les occasions pour se remettre en selle.Le remaniement ministériel du 30 janvier, par exemple, a été un fiasco.Les démissions fracassantes, la veille du remaniement, des ministres Guy Chevrette, David Cliche et Jacques Brassard, même si elles annonçaient un renouveau au sein du gouvernement, semblent s\u2019être retournée, du moins à court terme, contre M.Landry.La seule nouvelle vedette du remaniement, David Levine, ancien administrateur étoile d\u2019hôpitaux nommé à la Santé, en tandem avec François Legault, a été chassé du conseil des ministres en juin lors de sa défaite à l\u2019élection partielle dans Berthier.Pendant des mois, le PQ a cherché une circonscription sûre pour son candidat vedette mais s\u2019est heurté au refus des députés déjà élus.Et puis on a retenu de ce remaniement d\u2019abord et avant tout le nombre exceptionnellement élevé de ministres : 38, en incluant les secrétaires d\u2019État.En revanche, il ne restait que 31 députés péquistes ne disposant d\u2019aucune responsabilité gouvernementale.Il reste que la montée de l\u2019ADQ, parti ouvertement situé à droite de l\u2019échiquier, avec des politiques qui rappellent celles des républicains aux États-Unis et de l\u2019Alliance canadienne dans l\u2019ouest du Canada, force une remise en question des idées et des programmes politiques au Québec.L\u2019heure est probablement venue d\u2019une redéfinition de l\u2019État-providence québécois.Et les citoyens semblent s\u2019intéresser au sujet si l\u2019on se fie au taux de participation élevée (au-delà de 60%) aux élections partielles de juin.Voilà de quoi sera constitué le menu de la prochaine année politique québécoise.\u2022 Pour l\u2019ensemble du bilan législatif du gouvernement, voir p.520. La vie politique 485 Une nouvelle constitution pour le Québec?François Rocher Département de science politique \u2022 School of Canadian Studies, Carleton University, Ottawa Depuis des années circule l\u2019idée d\u2019une constitution proprement québécoise.Ce n\u2019est pas que le Québec ne dispose pas d\u2019un pareil document.La constitution québécoise découle en fait des articles 58 et suivants du British North America Act de 1867 qui définit les institutions politiques provinciales.Plusieurs de ses éléments sont éparpillés dans les lois fédérales et provinciales et, surtout, dans la tradition du parlementarisme britannique qui fonde une partie du droit sur des éléments non écrits, telles les conventions constitutionnelles, ou écrits, tels les jugements rendus par les tribunaux.À cet égard, l\u2019Avis de la Cour suprême du Canada sur la sécession unilatérale du Québec est maintenant considéré comme un élément s\u2019ajoutant au fatras constitutionnel.Mais il s\u2019agit là d\u2019une constitution minimale qui n\u2019a jamais fait l\u2019objet d\u2019un débat public.Qu\u2019il suffise de rappeler que la création du Canada fut le fait d\u2019une élite politique et qu\u2019elle n\u2019a jamais fait l\u2019objet d\u2019une consultation populaire.Une idée ancienne L\u2019idée de doter le Québec d\u2019une constitution interne n\u2019est pas nouvelle.Toutefois, toutes les tentatives allant dans ce sens se sont soldées par un échec.Daniel Johnson, en 1966, avança l\u2019idée de convoquer une assemblée constituante dont le mandat aurait été de se pencher sur le « nouveau pacte » qui devrait gouverner les rapports entre le Québec et le reste du Canada, dans la foulée de son fameux slogan « Égalité ou indépendance » et du débat constitutionnel qui prenait une ampleur nouvelle à cette époque.Les libéraux provinciaux, pour ne pas être en reste, appuyèrent une motion adoptée par l\u2019Assemblée nationale visant à créer une commission parlementaire devant se pencher sur cette question.En 1969, lors des états généraux du Canada français, cette idée fut à nouveau débattue.Depuis lors, elle fut reprise par plusieurs personnalités influentes (c\u2019est-à-dire qui ont le mérite d\u2019être écoutées), tels Gil Rémillard avant qu\u2019il ne devienne ministre des Affaires canadiennes et ministre de la Justice dans le gouvernement de M.Bou-rassa, le professeur de droit Jacques-Yvan Morin et le professeur de droit international et député du Bloc québécois pendant un temps, Daniel Turp.La liste pourrait s\u2019allonger.Quels sont les arguments invoqués pour justifier l\u2019adoption d\u2019un tel document?Ils sont multiples.Au plan de la gouverne politique, bien que le Québec ait l\u2019équivalent d\u2019une constitution, il ne dispose pas d\u2019un document donnant une direction précise et organisée reflétant la volonté générale des Québécois.Par ailleurs, le Québec est soumis depuis 1982 à un nouvel ordre constitutionnel qui reconnaît les autochtones comme peuple, magnifie le multiculturalisme mais est incapable de reconnaître le caractère distinct du Québec.Ainsi, au-delà de l\u2019aspect Une nouvelle constitution pour le Québec? Participation politique et partis 486 L\u2019état du Québec instrumental que représenterait la Loi des lois, une constitution québécoise permettrait d\u2019affirmer l\u2019existence du peuple québécois au sein de l\u2019ensemble canadien.Comme l\u2019affirmait le politologue Marc Chevier en 1995, «c\u2019est un symbole ralliant les énergies d\u2019un peuple à une idée commune; pour un peuple, c\u2019est un moyen de s\u2019affirmer et d\u2019accéder à une conscience politique de son existence.C\u2019est une source commune d\u2019idées, qui alimente pour les générations à venir les débats et les projets de société.C\u2019est un témoignage de maturité par lequel un peuple fait la part des droits qu\u2019il se réserve de ceux qu\u2019il accorde à ses minorités.C\u2019est aussi un instrument d\u2019imagination politique, grâce auquel une société fait l\u2019expérience d\u2019institutions et de valeurs nouvelles.» Sur le plan symbolique, une telle démarche permettrait aux Québécois de s\u2019affirmer comme une société politique à part entière, de réitérer son droit à l\u2019autodétermination (dans ou à l\u2019extérieur du Canada), elle permettrait aussi de confirmer le caractère démocratique et libéral (au sens philosophique du terme) de la société québécoise en y enchâssant la Charte des droits de la personne.Un phénomène répandu Plusieurs États contemporains, même les entités constituantes d\u2019une fédération, se sont dotés d\u2019une loi fondamentale précisant les paramètres de la vie politique et sociale, comme c\u2019est le cas pour les États américains, les Lânders allemands ou les États mexicains.Le Québec, en se dotant d\u2019une telle constitution, ne romprait ni avec la tradition, ni avec les précédents établis par d\u2019autres fédérations.De plus, son contenu serait en grande partie dicté par l\u2019histoire du Québec, sa longue tradi- tion parlementaire, son appartenance au monde occidental et son adhésion aux principes fondamentaux qui le régissent.Jacques-Yvan Morin a fait valoir que ce processus pourrait être l\u2019occasion d\u2019apporter des modifications aux institutions politiques, comme par exemple préciser que le choix du premier ministre dépendrait explicitement de la majorité des sièges détenues par son parti à l\u2019Assemblée nationale, les règles présidant à la chute du gouvernement, etc.En d\u2019autres termes, une constitution permettrait de mieux définir tous les éléments qui relèvent actuellement de conventions et de pratiques établies et acceptées.Dans une perspective souverainiste, l\u2019adoption d\u2019une constitution rendrait plus facile l'étape de la transition après un référendum positif et serait un gage de stabilité politique puisque les institutions seraient déjà clairement définies, les droits et libertés garantis.La nouvelle constitution québécoise n\u2019aurait besoin que d\u2019être amendée pour tenir compte des nouvelles responsabilités devant être assumées par l\u2019État du Québec.Les libertés individuelles y seraient déjà inscrites et les droits historiques de la minorité anglophone et peuples autochtones ne seraient pas remis en question.Une constitution rendrait plus sereins les débats portant sur l\u2019avenir politique du Québec et enlèverait un élément d\u2019incertitude.Consensus des partis au Québec Sur la scène politique québécoise, les principaux partis se sont prononcés en faveur d\u2019une telle démarche.Le Parti québécois a fait de la rédaction de la constitution une partie intégrante de la démarche souverainiste.Il propose que la constitution québécoise soit élaborée par une commission constituante formée U vie politique 487 de parlementaires et de non-parlementaires provenant de tous les horizons.Elle devrait être soumise à une consultation populaire et deviendrait la loi fondamentale du Québec: «La Constitution du Québec sera celle d\u2019un peuple libre, désireux d\u2019affaiblir clairement les objectifs en tant que communauté politique, de préserver la continuité de ses institutions et de garantir la liberté et l\u2019égalité des personnes.Elle établira que le peuple est souverain.» De manière plus spécifique, la constitution telle que prônée par le Parti québécois devrait préciser que le Québec est un pays de langue française, reconnaîtrait la diversité du peuple québécois et obligerait le gouvernement à assurer le développement de la culture québécoise.Elle affirmerait la primauté de la règle de droit et comporterait une charte des droits et libertés de la personne.Elle affirmerait le principe de la décentralisation et mettrait en valeur les notions de justice et de solidarité.Elle reconnaîtrait les droits de la minorité historique anglophone ainsi que ceux des nations autochtones.L\u2019Action démocratique s\u2019est déclarée en faveur de l\u2019adoption d\u2019une Charte du Québec : « Dans un premier temps, notre société aurait tout intérêt à se doter d\u2019un document de base qui préciserait, en termes éloquents, clairs et cohérents, les principaux éléments de la personnalité politique et juridique du Québec.Ce document représenterait, en deux mots, la carte d\u2019identité du Québec sur notre territoire, au Canada et dans le monde.Grâce à cet énoncé, que nous appelons la Charte du Québec, les Québécoises et les Québécois se reconnaîtraient entre eux, tout en proclamant haut et fort, dans le droit comme dans les symboles, les grands principes de leur association politique.Une communauté politique comme la nôtre, en plaçant la Charte du Québec au cœur de sa vie démocratique, renforcerait son identité, politique et juridique.Le Québec s\u2019en trouverait plus uni, et nos concitoyens y verraient la source d\u2019une confiance accrue dans nos institutions.» L\u2019objectif avoué d\u2019une telle Charte serait de rassembler, de manière à la fois concise et solennelle, les principaux éléments de son identité politique et juridique.Telle qu\u2019envisagée par l\u2019ADQ, la Charte inclurait les composantes suivantes : l\u2019autonomie politique du Québec, les droits, libertés et responsabilités des citoyens, un renforcement de nos institutions démocratiques et du pouvoir des citoyens, les pouvoirs des régions, les principes de nos politiques linguistiques, un régime québécois de citoyenneté et, enfin, un mécanisme d\u2019amendement.Un mouvement de citoyens Reprenant le flambeau, l\u2019ex-juge Marc Brière a mis sur pied au printemps 2002 le Mouvement pour une nouvelle constitution québécoise (MONOCOQ) dont le but est « de réveiller les ardeurs républicaines de nos concitoyens, pour qu\u2019ils réclament de nos partis politiques qu\u2019ils mettent de côté, pour un temps, leurs intérêts partisans et lancent un grand chantier d\u2019élaboration d\u2019une constitution québécoise moderne, qui devra être soumis au(x) peuple(s) québécois dans un référendum».D\u2019inspiration résolument républicaine, ce projet veut relancer le débat sur la question et cherche à profiter de l\u2019élan que pourrait donner la consultation entreprise, à l\u2019automne 2002, par la Commission parlementaire sur la réforme des institutions.Lorsqu\u2019elle est avancée par le Parti québécois, l\u2019idée de doter le Québec d\u2019une constitution est perçue comme une Une nouvelle constitution pour le Québec? Participation politique et partis 488 L\u2019état du Québec nouvelle «astuce» pour faire avancer la cause de la souveraineté et il s\u2019avère difficile de sortir cette démarche de l'opposition entre souverainistes et fédéralistes.Pour certains souverainistes, il s\u2019agit simplement d\u2019une fuite en avant qui détourne l\u2019attention du véritable objectif.L\u2019adoption par le Québec de sa propre constitution est un projet qui revient épi- sodiquement dans la vie politique depuis près de quarante ans.Peut-être le désir de changement qui s\u2019est manifesté en 2002 lors de l\u2019élection de nombreux députés adéquistes aux élections complémentaires, ira-t-il jusqu\u2019à lui donner corps cette fois-ci.\u2022 Références Chevrier, Marc, «« Une constitution pour le peuple québécois», L\u2019Agora, été 1995, vol.2, n° 10.Morin, Jacques-Yvan et José Woehrling, Demain le Québec.Choix politiques et constitutionnels d\u2019un pays en devenir, Septentrion, Sillery 1994.Morin, Jacques-Yvan, «Une constitution dans un Québec souverain ou autonome», Le Devoir, 25 avril 2000.Morin, Jacques-Yvan, «Comment rédiger une constitution?Prévoir la transition entre un Québec autonome et un Québec souverain », Le Devoir, 1er mai 2000.Seymour, Michel (sous la dir.de), Une nation peut-elle se donner une constitution de son choix F, Bellar-min, Montréal 1995.Turp, Daniel, L\u2019avant-projet de loi sur la souveraineté du Québec.Texte annoté, Éditions Yvon Blais, Montréal 1995.Turp, Daniel, «Une Constitution contre son gré ou une Constitution de son choix?», Le Devoir, 14 avril 2000.?Sites Internet Action démocratique du Québec : www.adq.qc.ca Dossier de la revue L\u2019Agora: www.agora.qc.ca/mot.nsf7Dossiers/Constitution_quebecoise Mouvement pour une nouvelle constitution québécoise : www.iquebec.ifrance.com/monocoq/ Parti québécois : www.partiquebecois.org/zones Réforme du mode de scrutin : l'art de noyer le poisson Louis Massicotte Département de science politique, Université de Montréal Le débat sur la réforme du mode de scrutin, presque éteint depuis 17 ans, a été ranimé en 2001.Mais rien n\u2019indiquait, début 2002, que ces nouveaux efforts avaient des chances sérieuses d\u2019aboutir à court terme.Rappelons qu\u2019aux élections de 1998, le Parti québécois a été reporté au pouvoir U vie politique 489 alors qu\u2019il a obtenu moins de voix que le Parti libéral.Prédit depuis plusieurs années, ce scénario pourrait se reproduire à l\u2019élection suivante.Des simulations suggèrent que les libéraux ont besoin de 7,5 points d\u2019avance, soit 300 000 votes, pour obtenir simplement le même nombre de sièges que le PQ (62 partout).Pour obtenir 76 sièges, soit autant que le PQ en a obtenu en 1998 (avec un point de moins que le PLQ), le Parti libéral aurait besoin d\u2019une avance de 12,5 points.Un document interne du Parti québécois, coulé en avril 2002, confirme cette analyse : sur la base d\u2019un sondage selon lequel le PLQ est crédité d\u2019une avance de 8,7 points sur le PQ, il n\u2019attribue au parti de lean Charest que 64 sièges contre 60 au PQ.La réforme de la carte électorale adoptée en décembre 2001 n\u2019élimine en rien cette inéquité entre les deux principaux partis, véritable «gerrymandering»* linguistique puisqu\u2019elle résulte de la concentration excessive des votes de l\u2019un d\u2019entre eux dans les circonscriptions où prédomine la minorité linguistique.En fait, elle l\u2019aggrave: une transposition des résultats de 1998 dans le nouveau découpage donne 79 sièges au PQ, 45 aux libéraux et un à l\u2019ADQ.Le mode de scrutin, une « condition gagnante » Autrement dit, le mode de scrutin est devenu pour le PQ une «condition gagnante ».Rien d\u2019étonnant dans ces conditions que le parti au pouvoir, oubliant * Gerrymandering : Mot anglais qui s\u2019emploie dans toutes les langues, pour désigner un découpage électoral arbitraire, fait sur mesure afin de favoriser tel ou tel candidat.Du nom d\u2019un gouverneur du Massachusetts du xix' siècle, coupable célèbre de telles pratiques.ses dénonciations passionnées du début des années 70, se soit confortablement installé dans le système existant.Et ce, en dépit de son programme aux élections de 1994, qui promettait en toutes lettres d\u2019instaurer « dans les plus brefs délais » un nouveau mode de scrutin.« Il nous faudra cependant, ajoutait le document, agir rapidement en début de mandat, car une fois élus, les députés peuvent en venir naturellement à développer un préjugé favorable pour le système qui les a favorisés.» Rarement aura-t-on vu un parti annoncer une réforme et expliquer du même souffle pourquoi elle ne se réalisera pas.Aussi le débat sur la réforme électorale sera dominé durant la seconde moitié des années 90 par des épisodes judiciaires dignes du xix' siècle, qui se solderont par la destruction de quatre carrières politiques (celles de Marie Malavoy, Richard Thérien, Monique Simard et Jean-Sébastien Lamoureux) et par une chasse obsessionnelle aux votes illégaux.Jusqu\u2019en 2002, le dossier est entre les mains d\u2019un Guy Chevrette, pour qui notre système électoral est «déjà parmi les plus avancés de la planète » alors, précise-t-il, qu\u2019en France « la proportionnelle, cela a donné Le Pen ».C\u2019est donc avec une certaine surprise que l\u2019on a vu la réforme du mode de scrutin revenir à l\u2019ordre du jour à la fin de 2001.À l\u2019origine de ce revirement, il y a en arrière-plan le succès du « plan B » d\u2019Ottawa contre les souverainistes québécois, la victoire des libéraux fédéraux à l\u2019élection de 2000, le constat d\u2019échec de Lucien Bouchard, et le succès relatif de Paul Cliche lors de l\u2019élection partielle de Mercier en avril 2001.Cette dernière performance a un moment donné l\u2019impression que, portée par la vague anti-mondialisation révélée par le Réforme du mode de scrutin : l\u2019art de noyer le poisson Participation politique et partis 490 L\u2019état du Québec sommet de Québec, l\u2019extrême-gauche était en pleine ascension, et qu\u2019un réalignement politique majeur s\u2019opérait.Une fois la poussière retombée, il apparut plutôt que Cliche avait tout bonnement bénéficié d\u2019appuis qui seraient allés à Yves Michaud s\u2019il s\u2019était présenté pour le PQ.C\u2019est ce que suggère la présence parmi ses organisateurs de personnes associées à cette candidature, et Cliche accrédita lui-même cette hypothèse en assistant quelques semaines plus tard à une assemblée de soutien au « Robin des Banques ».En tout cas Bernard Landry, lui, ne s\u2019y est pas trompé.Le surlendemain de la partielle, il appela non une personnalité de gauche, mais la très nationaliste Josée Legault, pour le conseiller en matière constitutionnelle.Il déclarera plus tard n\u2019avoir jamais cru à un essor de la gauche, et les sondages à l\u2019échelle du Québec, tout comme les élections partielles subséquentes, lui donnent entièrement raison.En appuyant la motion libérale condamnant Michaud, Bouchard a semé la zizanie dans les rangs souverainistes et heurté le courant symbolisé par Jacques Parizeau.Ce courant a profité de la partielle pour rappeler à Landry qu\u2019il existe et qu\u2019on ne peut lui marcher sur les pieds comme on l\u2019a fait.Pour la première fois depuis 1998 se dessine la possibilité d\u2019une victoire libérale aux prochaines élections.Les divisions du bloc souverainiste, humilié parle succès des libéraux fédéraux à l\u2019automne 2000, risquent d\u2019entraîner la victoire de ses ennemis jurés.Dans une entrevue au Devoir publiée en mai 2001, Bernard Landry déclarait ne pas envisager de modification au mode de scrutin car, dit-il, l\u2019accession à la souveraineté lui apparaît comme « un préalable » à une telle réforme.Le directeur du Devoir, Bernard Descôteaux, fait preuve d\u2019ambivalence.Les arguments du premier ministre contre la proportionnelle «ne sont pas à rejeter du revers de la main ».La proportionnelle pourrait «fragiliser notre système politique ».« Dans un contexte de rapport de forces avec Ottawa, l\u2019élection d\u2019un gouvernement minoritaire affaiblirait le Québec », a-t-il écrit.Mais pourquoi ne pas confier dès maintenant la question à un comité de sages, puisque « la nécessité d\u2019une réforme du mode de scrutin ne fait plus de doute » ?Un mouvement de citoyens demande le changement Le 30 mai 2001 se tenait à Montréal la première assemblée publique du Mouvement pour une démocratie nouvelle (MDN), voué à l\u2019instauration d\u2019un mode de scrutin proportionnel.Participaient à la réunion : Paul Cliche, chef du Rassemblement pour l\u2019Alternative politique (RAP), André Larocque de l\u2019ADQ, Marie Malavoy, vice-présidente du PQ et Jacques Cha-gnon, député libéral.Les politologues Vincent Lemieux et Henry Milner étaient également de la partie, en compagnie de quelque 150 personnes, dont plusieurs issues des mouvements de gauche.Le MDN se présente comme « un mouvement arc-en-ciel, rassembleur et non partisan, libre de toute attache politique».Visiblement échaudés par l\u2019insuccès de la proportionnelle tous azimuts qu\u2019ils ont tenté d\u2019accoucher au forceps en 1984, les animateurs du mouvement évitent soigneusement cette fois-ci de prôner une formule particulière.Les élections partielles du Ier octobre 2001 se sont soldées pour le Parti québécois par une défaite aussi cuisante qu\u2019inattendue.Tenues dans quatre circonscriptions solidement péquistes, elles ont La vie politique 491 occasionné un important mouvement de suffrages.Le Parti libéral conquiert Jon-quière et Laviolette, et manque Labelle par seulement 97 voix; le nouveau ministre Legendre parvient à conserver Blainville, mais avec une majorité réduite ; les candidatures d\u2019extrême-gauche ne recueillent qu\u2019un appui marginal.En 2001-2002, le parti gouvernemental se trouvait clairement en butte à la grogne des régions.Une grogne rageuse, voire excessive, qui a fait fondre en un jour des majorités de l\u2019ordre de 20 ou même de 40 points de pourcentage.Durant l\u2019automne 2001 a circulé une pétition du MDN demandant la tenue d\u2019une consultation publique sur la réforme du mode de scrutin, par le biais d\u2019une commission parlementaire ou d\u2019un comité d\u2019étude extra-parlementaire.Le 13 novembre 2001, le MDN rendait publique la liste des 125 signataires de cette pétition lors d\u2019une conférence de presse animée par quelques personnalités \u2014 Claude Ryan, Claude Charron, Jean Allaire \u2014 et par des représentants des grandes centrales syndicales et de la Fédération étudiante universitaire du Québec.Un examen de la liste des signataires révèle l\u2019ampleur de la brèche dans la coalition souverainiste de 1995.S\u2019y côtoyaient lean Allaire, Louis Balthazar, Victor Lévy-Beaulieu, Guy Bisaillon, Marc Brière, Michel Chartrand, Robert Comeau, Pierre F.Côté, Françoise David, Andrée Ferretti, Alain G.Gagnon, Pierre Godin, Pierre Graveline, Gérald Larose, Léo-Paul Lauzon, Marc Laviolette, Yves Michaud, Louis O\u2019Neill, Hélène Pedneault, Monique Richard, Guy Rocher, Monique Simard et Jules-Pascal Venne.Mais on y trouvait aussi quelques personnalités fédéralistes comme Claude Castonguay et Claude Ryan, ainsi que des politologues universi- taires spécialisés en la matière, dont l\u2019auteur de ces lignes.Un revirement de Bernard Landry C\u2019est Bernard Landry qui créa la véritable surprise du jour en annonçant immédiatement son intention « d\u2019attaquer de front la question», afin de la «vider».Tout un virage pour un premier ministre qui avait déclaré cinq mois plus tôt que la proportionnelle devrait suivre l\u2019indépendance, non la précéder.Il est vrai qu\u2019avec des sondages qui donnaient le PQ gravement à la traîne, le mode de scrutin a temporairement cessé d\u2019être une «condition gagnante».Faudrait-il attendre de Bernard Landry une manoeuvre électorale à la François Mitterrand, cet ancien président français qui avait, le temps d\u2019une élection en 1986, instauré la proportionnelle pour éviter le laminage de son Parti socialiste ?Les réactions au sein de la mouvance souverainiste manquent d\u2019enthousiasme.Des commentateurs comme Michel C.Auger, Michel David et Michel Vastel expriment de la sympathie pour une telle réforme.Par contre, la ministre Louise Harel déclare qu\u2019« on est dans un régime constitutionnel où les gens sont élus dans une circonscription.Les gens sont attachés à leurs élus, leur territoire.Enlever cela va susciter un tollé pire que lorsqu\u2019on a réduit le nombre de commissions scolaires».Avec la proportionnelle, font observer certains, René Lévesque n\u2019aurait jamais été premier ministre.Une telle réforme affaiblirait le Québec au sein de la fédération canadienne, a soutenu l\u2019un des idéologues du régime.Ces propos ont peut-être eu pour effet de tempérer les ardeurs du premier ministre.En tout cas, le gouvernement ne manifeste aucune hâte.C\u2019est seulement un peu avant Noël 2001 que l\u2019on apprendra Réforme du mode de scrutin: l\u2019art de noyer le poisson Participation politique et partis 492 L\u2019état du Québec son intention de confier le dossier à une commission parlementaire.Les partis s\u2019entendent pour que la commission des Institutions reçoive le mandat suivant : « Évaluer le mode de scrutin actuellement en vigueur au Québec ; étudier les différentes avenues de réforme du mode de représentation ; en mesurer les impacts sur la représentation, celle des régions notamment, sur le rôle et le fonctionnement des institutions parlementaires, sur la formation et la stabilité des gouvernements et de façon plus générale, sur le système politique québécois.La commission pourra notamment tenir une consultation générale itinérante ; consulter la Commission de la représentation électorale et le Directeur général des élections sur toute question qu\u2019elle jugera nécessaire.» À Québec, on chuchote que les deux grands partis se sont mis d\u2019accord pour exclure toute réforme avant l\u2019élection suivante, ce qui sera confirmé publiquement six mois plus tard par la Commission et par le ministre responsable du dossier.Scepticisme ambiant Le scepticisme ambiant est renforcé par le remaniement ministériel du 30 janvier 2002.«C\u2019est de la frime», déclare en claquant la porte le ministre Jacques Brassard, à qui l\u2019on a offert en vain le portefeuille de la réforme électorale pour le consoler de sa démotion.Le dossier échoit en prime \u2014 avec celui des relations intergouvemementales canadiennes \u2014 à l\u2019ex-président de l\u2019Assemblée nationale, Jean-Pierre Charbonneau, qui avait octroyé une subvention de 5000$ au MDN.Le nouveau ministre crée une commotion trois semaines après sa nomination en annonçant, dans une entrevue au Devoir, l\u2019ouverture prochaine d\u2019un «quatrième chantier de la Révolution tranquille » où se discuteront pêle-mêle l\u2019élection directe du premier ministre, la tenue d\u2019élections à dates fixes, la tenue de référendums sur de grands sujets d\u2019intérêt, une chambre des régions et (s\u2019il reste du temps, est-on tenté d\u2019ajouter).un mode de scrutin proportionnel.On voudrait noyer le poisson qu\u2019on ne s\u2019y prendrait pas autrement.C\u2019est en tout cas ce que suggèrent les rares réactions à la déclaration du ministre.L\u2019opposition libérale a dénoncé le « pâté chinois » que le ministre s\u2019apprêtait à cuisiner, et a rappelé l\u2019ancien président de l\u2019Assemblée au respect du mandat plus ciblé que viennent d\u2019adopter de concert les députés.«Vaste chantier, commente le directeur du Devoir, Bernard Descôteaux.À trop vouloir en faire, [Charbonneau] court toutefois le risque de ne rien faire.Les sujets qu\u2019il veut aborder sont délicats et il faut prendre le temps de bâtir de solides consensus (.) Parce qu\u2019il est très vaste, ce débat pourrait toutefois se révéler paralysant, surtout si l\u2019objectif était d\u2019élaborer une réforme globale mise en place d\u2019un seul bloc.» Dans La Presse, Katia Gagnon parle de « pelletage de nuages » et écrit que « les réformes que M.Charbonneau suggère sont, pour la plupart, parfaitement superflues (.) Ceinture noire en karaté, M.Charbonneau devrait savoir qu\u2019on ne peut mener douze combats de front.» «Jugement péremptoire», réplique le ministre, pour qui «le gouvernement n\u2019entend pas ignorer les grands problèmes de gouvernance démocratique qui, depuis tant d\u2019années, affectent la qualité de notre vie politique».Plus tard, le journal The Gazette se fera railleur: «Le gouvernement péquiste a enfin trouvé son nouveau grand projet apte à mobiliser les La vie politique 493 cœurs et les âmes des électeurs fatigués : la transformation de la province en une république gouvernée par un président.» Le changement de cap du ministre a rallié au moins l\u2019animateur du MDN, l\u2019ancien sous-ministre André Larocque, que Charbonneau nomme le 21 mars 2002 «sous-ministre à la réforme des institutions démocratiques».Dans la plus pure tradition des années 70, tout est « grand » dans le communiqué annonçant la nouvelle: grande réforme, grande réflexion nationale, grande discussion collective, grand et vaste chantier.La réforme du mode de scrutin, elle, glisse au septième rang des priorités.Surtout, on lit que « la prochaine échéance électorale ne serait pas un prétexte pour bousculer la population et précipiter indûment ces importantes réformes ».Cette prudence affichée n\u2019empêche pas le ministre Charbonneau de créer la surprise en annonçant, le 24 avril 2002, que le gouvernement péquiste s\u2019apprête à instaurer, d\u2019ici les prochaines elections jje'ne'-rales, un droit d\u2019initiative populaire per-mettrant à un groupe de citoyens de provoquer la tenue d\u2019un référendum.Des référendums d'initiative populaire ?Façon transparente de permettre aux souverainistes, même dans l\u2019opposition, de provoquer la tenue d\u2019un référendum sur la souveraineté au cas où, comme en 1990, les conditions gagnantes seraient réunies.«Boîte de Pandore», commente Michel David du Devoir.Le président d\u2019AUiance Québec, Brent Tyler, tue l\u2019idée dans l\u2019œuf en évoquant de possibles référendums sur les politiques linguistiques québécoises ou sur l\u2019adhésion du Québec à la Loi constitutionnelle de 1982.Panique du ministre: de tels référendums seront bien sûr interdits, car il n\u2019est pas question de mettre en danger les « institutions fondamentales ».Le premier ministre remet les pendules à l\u2019heure en précisant, avec un humour involontaire, que le mandat de son ministre est de « ventiler des idées », non de prendre des décisions.«M.Charbonneau, conclut le directeur du Devoir, aura mal servi la réforme d\u2019ensemble à laquelle il veut s\u2019attaquer.» Plus incisive, Lysiane Gagnon de La Presse dénonce une idée « directement sortie du catéchisme de la droite populiste nord-américaine» et crie au cafouillage.Entre-temps, le parti gouvernemental, ébranlé par quelques scandales, glisse au troisième rang dans les intentions de vote.L\u2019atmosphère politique sent la fin de régime.La montée soudaine de l\u2019ADQ et ses victoires aux élections partielles d\u2019avril et de juin 2002 obligent les deux grands partis à la plus grande circonspection dans ce dossier [voir article p.494].Pour la première fois depuis vingt ans, le duopole partisan québécois paraît menacé et l\u2019avenir même du Parti québécois paraît incertain.Si cette tendance se confirmait aux prochaines élections, les jours du système actuel pourraient bien être comptés : placé en position d\u2019arbitre en face d\u2019un gouvernement minoritaire, Mario Dumont exigerait probablement une réforme qui pérenniserait la position de son parti.À moins qu\u2019il n\u2019accède au pouvoir et ne se mette à aimer le système uninominal à un tour.Référence Martin, Pierre, Les systèmes électoraux et les modes de scrutin, 2\u2018 édition.Montchrestien, Paris, 1997\u2022 Réforme du mode de scrutin: l\u2019art de noyer le poisson Participation politique et partis 494 L\u2019état du Québec C\u2019est dans ce contexte que le ministre Charbonneau rendait public, le 20 juin 2002, un «livre vert» sur la réforme des institutions politiques et annonçait la tenue de consultations à l\u2019automne, l\u2019exercice devant culminer dans des « états généraux» au printemps 2003.Deux consultations automnales donc, l\u2019une portant sur une réforme globale, l\u2019autre sur le mode de scrutin.Affaire à suivre.\u2022 L'ADQ profite d'une conjoncture exceptionnelle Michel David Journaliste, Le Devoir L\u2019élection surprise du candidat de l\u2019Action démocratique du Québec (ADQ) à l\u2019élection complémentaire du 15 avril 2002, dans la circonscription de Saguenay, suivie de trois victoires tout aussi spectaculaires dans Berthier, Joliette etVimont, le 17 juin, a propulsé le parti dirigé par Mario Dumont à l\u2019avant-plan de la scène politique.Ce qui ne devait être qu\u2019un feu de paille prenait des allures de brasier.Jusque-là, la bonne performance de l\u2019ADQ dans les sondages ne s\u2019était jamais concrétisée dans l\u2019urne.Depuis l\u2019élection générale de septembre 1994, M.Dumont demeurait le seul représentant de son parti à l\u2019Assemblée nationale et personne ne voyait le jour où cette solitude prendrait fin.La percée fulgurante de l\u2019ADQ, qui a recueilli plus de 45% des voix le 17 juin, aussi bien en région que dans la banlieue immédiate de Montréal, a cependant bouleversé le paysage politique québécois.Impossible à envisager au début de 2002, l\u2019hypothèse que l\u2019ADQ puisse former l\u2019opposition officielle, et peut-être même le prochain gouvernement, ne peut plus être écartée.Il est très difficile d\u2019établir dans quelle mesure la popularité de l\u2019ADQ traduit un sentiment général de rejet du «modèle québécois» issu de la Révolution tranquille, la révolte d\u2019une génération contre la domination des baby-boomers, ou simplement un désir de changement, que le Parti libéral du Québec (PLQ) n\u2019arrive pas à incarner sous la gouverne de Jean Cha-rest.Chose certaine, une montée aussi fulgurante n\u2019aurait pas été possible sans une conjoncture politique exceptionnellement favorable.Les orphelins de Bouchard À première vue, la démission de Lucien Bouchard, au début de 2001, ne semblait pas avoir eu d\u2019effet profond sur l\u2019opinion publique.Au contraire, plusieurs y ont vu un bon débarras.Finalement, les années Bouchard avaient été une période assez désagréable, marquée par la quête du déficit zéro, qui avait laissé le système de santé exsangue, et une réforme municipale imposée sans ménagement.Pourtant, tout se passe comme si son départ avait désorienté une partie de l\u2019électorat, que son conservatisme modéré et sa U vie politique 495 prudence en matière constitutionnelle rassuraient.L\u2019ADQ avait vécu des heures très sombres au début de 1996, quand M.Bouchard avait remplacé Jacques Parizeau, dont le radicalisme avait poussé bon nombre de nationalistes « mous » à chercher refuge auprès de Mario Dumont.Durant toute l\u2019année 1995, la maison de sondage Léger Marketing avait accordé entre 10 et 20 % des intentions de vote à l\u2019ADQ.Dès que M.Bouchard est devenu premier ministre, ces chiffres ont été pratiquement coupés de moitié.Le même phénomène s\u2019est produit, de façon encore plus marquée, quand Jean Charest a succédé à Daniel Johnson à la tête du PLQ.L\u2019ADQ a réellement touché le fond du baril en août 1998.Avec à peine 3 % des intentions de vote, soit un pourcentage inférieur à la marge d\u2019erreur habituelle des sondages, elle n\u2019avait plus qu\u2019une existence virtuelle.Au lendemain de l\u2019annonce de la démission de M.Bouchard, la perspective que Bernard Landry devienne le prochain premier ministre l\u2019a propulsée à un sommet de 24,4%, soit le double du pourcentage de voix recueillie à l\u2019élection de novembre 1998.Cette poussée a été temporaire, mais un nouvel espace s\u2019était dégagé pour l\u2019ADQ.Durant toute l\u2019année 2001, son appui s\u2019est maintenu à des niveaux comparables à ceux de 1995.Plus encore que le pénible cafouillage auquel a donné lieu le remaniement ministériel de la fin de janvier 2002, qui a provoqué la démission dramatique de vétérans comme Guy Chevrette et Jacques Brassard, c\u2019est la mise à jour des activités de lobbying pratiquées par des amis du régime péquiste qui semble avoir précipité la baisse de popularité du gouvernement Landry et favorisé la percée de l\u2019ADQ.La démission forcée du directeur général du PQ, Raymond Bréard, ami personnel du premier ministre, immédiatement suivie de celle du ministre des Régions, Gilles Baril, également très proche de M.Landry, a eu un effet très négatif sur l\u2019opinion publique.Pour la première fois depuis sa fondation, en 1968, le parti de René Lévesque, auquel la population savait gré d'avoir assaini les moeurs politiques, laissait planer un doute sur son intégrité [voir article p.46].Les libéraux auraient dû bénéficier de la rupture de ce lien de confiance.Même si lean Charest demeurait un chef mal-aimé des francophones, le PLQ semblait en nette progression au début de 2002.Elle s\u2019est arrêtée net quand le chef de cabinet de M.Charest, Ronald Poupart, de même que l\u2019organisateur en chef du PLQ, Pierre Bibeau, se sont bien maladroitement associés à une enquête commandée à une firme de détectives, dont le rapport sur les faits et gestes de l\u2019ancien président de la Société des alcools du Québec (SAQ), Gaétan Frigon, a fait l\u2019objet d\u2019une fuite.Au même moment, les médias multipliaient les révélations sur le favoritisme pratiqué à grande échelle par le gouvernement Chrétien.À l\u2019hôtel de ville de Montréal, l\u2019administration du maire Gérald Tremblay se retrouvait également sur la sellette, renforçant l\u2019impression que tous les niveaux de gouvernement étaient également contaminés.Pour un parti comme l\u2019ADQ, qui plaidait depuis sa fondation pour une revalorisation des institutions démocratiques, sans jamais avoir eu à traverser l\u2019épreuve du pouvoir, il s\u2019agissait d\u2019un terreau particulièrement fertile.Malgré une conjoncture économique exceptionnelle, le taux de satisfaction à l\u2019endroit du gouvernement, qui demeurait L\u2019ADQ profite d\u2019une conjoncture exceptionnelle Participation politique et partis 496 L\u2019état du Québec remarquablement élevé pour un gouvernement approchant le terme d\u2019un deuxième mandat, a chuté brutalement en quelques semaines.La quête pathétique d\u2019un comté où le nouveau ministre délégué à la Santé, David Levine, aurait eu une chance d\u2019être élu à l\u2019Assemblée nationale, témoignait d\u2019une façon presque caricaturale du désarroi dans lequel était plongé le gouvernement.D\u2019obscurs députés pé-quistes d\u2019arrière-ban défiaient ouvertement l\u2019autorité du premier ministre, qui multipliait les pressions pour les convaincre de céder leur place à sa recrue vedette.Le 17 juin, sa défaite dans Berthier aux mains de la jeune candidate adéquiste, Marie Grégoire, fut un formidable camouflet donnant toute la mesure de l\u2019étendue des dégâts.La troisième voie Avec le recul, la création de l\u2019ADQ apparaîtra peut-être comme la conséquence la plus durable de la mort de l\u2019accord du lac Meech.Si, après une période de flottement, la grande majorité des membres du Parti libéral du Québec (PLQ) a refusé de remettre en cause l\u2019appartenance du Québec à la fédération canadienne, un petit groupe de dissidents animé par la Commission jeunesse du parti, alors présidée Mario Dumont, s\u2019est rangé derrière Jean Allaire.Cet ancien président de la commission juridique du PLQ avait été très tenté de suivre René Lévesque, lorsqu\u2019il avait lui-même claqué la porte, en 1967.Au lendemain de l\u2019échec de l\u2019accord du lac Meech, en juin 1990, il s\u2019était vu confier la présidence d\u2019un comité qui avait le mandat de définir la nouvelle politique constitutionnelle du PLQ, mais son rapport recommandait un bouleversement de la fédération si considérable qu\u2019il semblait la mener tout droit à l\u2019éclatement.Depuis qu\u2019il était redevenu premier ministre, en décembre 1985, Robert Bou-rassa utilisait volontiers la Commission jeunesse pour lancer des ballons d\u2019essai ou vaincre certaines résistances au sein de son parti.Dans le climat effervescent de l\u2019après-Meech, où tout paraissait possible, M.Bourassa avait encouragé la Commission jeunesse à explorer des voies jusqu\u2019alors interdites aux libéraux.Si bien qu\u2019à occasion de son congrès d\u2019août 1990, à La Pocatière, elle s\u2019était autoproclamée le premier groupe souverainiste au PLQ.Quand, en août 1992, M.Bourassa a voulu sonner la fin de la récréation, reniant officiellement le rapport Allaire au profit de la nouvelle entente constitutionnelle intervenue à Charlottetown \u2014 que Brian Mulroney l\u2019avait convaincu de soumettre à référendum \u2014 les dissidents menés par Jean Allaire et Mario Dumont ont formé le « Réseau des libéraux pour le non».Dès lors, il devenait inévitable qu\u2019ils quittent le PLQ de gré ou de force.Dès janvier 1993, la création du groupe Réflexion Québec pavait la voie à celle d\u2019un nouveau parti.Lors du congrès de fondation, en mars 1994, M.Allaire a été élu chef de l\u2019ADQ, mais des raisons de santé l\u2019ont rapidement contraint de céder sa place à M.Dumont, âgé de 24 ans.D\u2019entrée de jeu, l\u2019ADQ s\u2019est présentée comme le parti de la « troisième voie », entre la souveraineté inconditionnelle du Parti québécois, alors présidé par Jacques Parizeau, et le fédéralisme «à genoux» pratiqué par les libéraux, qui venaient de se donner un nouveau chef en la personne de Daniel Johnson.Plusieurs trouvaient bien ambigu ce « confédérationnisme » proposé par l\u2019ADQ.La démarche prévue était pourtant très semblable à celle que le gouvernement péquiste allait retenir l\u2019année La vie politique 497 suivante, soit « un référendum sur la souveraineté, en proposant une nouvelle union au reste du Canada, dans un esprit d\u2019ouverture et de coopération ».Dans l\u2019esprit comme dans la lettre, l\u2019offre de « partenariat» qui fera l\u2019objet d\u2019une entente tripartite entre le PQ, le Bloc québécois et l\u2019ADQ, le 12 juin 1995, était un concept authentiquement adéquiste.Après avoir fait campagne pour le « oui » durant la campagne référendaire de l\u2019automne 1995, Mario Dumont a repris ses distances face au camp souverainiste.À la veille de l\u2019élection générale de 1998, son projet de «paix constitutionnelle», assortie d\u2019un moratoire sur la tenue d\u2019un autre référendum sur la souveraineté, lui permettait de renvoyer libéraux et péquis-tes dos à dos, aussi incapables les uns que les autres de sortir le Québec du cul-de-sac dans lequel l\u2019échec de leurs projets respectifs l\u2019avait enfoncé.Sur le plan électoral, la manœuvre a porté fruits.L\u2019ambiguïté de sa position constitutionnelle, conjugué à la remarquable aptitude de son chef à ménager la chèvre et le chou, a permis à l\u2019ADQ de rallier ceux qui rêvent encore d\u2019un « Québec indépendant dans un Canada fort et uni », pour reprendre l\u2019expression de l\u2019humoriste Yvon Deschamps, ou souhaitent simplement souffler un peu.La proposition de l\u2019ADQ ne règle pas la question pour autant.L\u2019avis que la Cour suprême a rendu le 20 août 1998 imposerait peut-être au gouvernement fédéral et aux neuf autres provinces de discuter d\u2019un nouvel arrangement constitutionnel avec le Québec, si celui-ci en manifestait le désir, mais ne les obligerait certainement pas à accepter ses conditions.En reprenant à son compte les revendications du rapport Allaire, qui réclamait l\u2019exclusivité des pouvoirs dans 22 secteurs d\u2019activités, dont plusieurs ont été envahis par le gouvernement fédéral depuis des décennies, l\u2019ADQ court à un échec certain, mais M.Dumont n\u2019a jamais voulu dire comment il réagirait à cette éventualité.Virage à droite Même si les membres fondateurs provenaient en bonne partie du PLQ, le programme résolument conservateur de l\u2019ADQ l\u2019a fait comparer dès le départ au Reform Party, le parti de droite né dans les provinces de l\u2019ouest.L\u2019ADQ n\u2019a cependant jamais été attiré par le courant de la « droite morale », si puissant aux États-Unis et dans l\u2019ouest canadien.Lors de son congrès de fondation, c\u2019est le «contrat social» que l\u2019ADQ proposait de faire signer aux immigrants qui lui a valu les plus vives critiques.Les signataires devaient s\u2019engager «à s\u2019établir, à vivre et à prospérer en français au Québec ».Les progrès de leur intégration seraient évalués régulièrement durant cinq ans.Si le contrat n\u2019était pas respecté, les sommes consacrées à leur intégration devraient être remboursées.Face au tollé, la proposition a été promptement retirée du programme.Si l\u2019ADQ se réclame du « patriotisme québécois» et d\u2019une «fidélité première aux intérêts du Québec en tant que communauté politique», rien ne peut justifier qu\u2019on accuse l\u2019ADQ de racisme ou de xénophobie.Elle définit le Québec comme une société d\u2019accueil, où la langue française jouit certes d\u2019une « prépondérance nette et systématique», mais ajoute que «la citoyenneté québécoise est multiculturelle ».L\u2019expression « plan de redressement national», qu\u2019on retrouvait dans le programme de 1994, était peut-être mal choisie, mais ne faisait aucune référence à un L\u2019ADQ profite d\u2019une conjoncture exceptionnelle Participation politique et partis 498 L\u2019état du Québec quelconque « ordre nouveau ».Chercher à établir une comparaison avec le Front naüonal de Jean-Marie Le Pen, comme l\u2019a fait le député péquiste de Vachon, David Payne, ou avec tout autre mouvement fas-cisant, serait totalement injuste.Mario Dumont n\u2019a jamais caché toute l\u2019admiration que lui inspirait la «Révolution du bon sens » dans laquelle le gouvernement conservateur de Mike Harris avait entraîné l\u2019Ontario à son arrivée au pouvoir, en 1995.« La seule approche qui peut nous permettre de redresser les finances publiques et de sortir des problèmes économiques qu\u2019on a, c\u2019est l\u2019approche de Mike Harris », déclarait-il en octobre 1996.Qui plus est, le chef de l\u2019ADQ, habitué aux déclarations sans conséquences de Robert Bourassa, était ravi de découvrir un chef de gouvernement qui faisait exactement ce qu\u2019il avait dit.Contrairement à Jean Charest qui, après avoir fait l\u2019apologie de la méthode Harris, au début de la campagne électorale de 1998, avait battu en retraite, dès qu\u2019on l\u2019avait accusé de renier l\u2019héritage de la Révolution tranquille, Mario Dumont a toujours maintenu le cap à droite.De congrès en conseil général, l\u2019ADQ s\u2019est donné un programme dont l\u2019orientation conservatrice est très claire, même si les modalités des mesures mises de l\u2019avant demeurent souvent imprécises.L\u2019ADQ ne s\u2019en cache pas : le « modèle québécois », fondé sur une intervention résolue de l\u2019État dans le développement économique et la répartition de la richesse, lui déplaît profondément.Son programme reprend intégralement les grands thèmes chers au néo-libéralisme : réduction de la bureaucratie, allégement de la réglementation, élimination des subventions directes aux entreprises, abolition de la sécurité d\u2019emploi dans le secteur public, etc.La dernière mouture ne mentionne plus l\u2019abolition de la formule Rand (sur le financement obligatoire des syndicats par les employés), dont le conseil général a déjà approuvé le principe, mais l\u2019ADQ n\u2019y a jamais renoncé officiellement.Dans ses assemblées, l\u2019antisyndicalisme des participants est aussi manifeste que leur allergie à la social-démocratie.Deux mesures spécifiques, qui symbolisent le modèle adéquiste, risquent de faire l\u2019objet des plus vifs débats d\u2019ici la prochaine élection générale: l\u2019instauration d\u2019un taux de uniforme d\u2019impôt sur le revenu des particuliers, d\u2019abord fixé à 20%, mais qu\u2019un gouvernement adéquiste de propose d\u2019abaisser davantage au fil des budgets, et le développement d\u2019un système de santé privé.À l\u2019occasion des élections partielles du 17 juin 2002, libéraux et péquistes ont fait campagne de façon intensive sur ces deux propositions, sans qu\u2019on ait pu noter d\u2019effet négatif sur l\u2019électorat.Jusqu\u2019à présent, la progressivité de l\u2019impôt sur le revenu et le maintien d\u2019un régime de santé public, universel et gratuit étaient pourtant considérés comme intouchables.Autre secteur où la «liberté de choisir», qui est au cœur du discours adéquiste, risque de soulever les passions: l\u2019éducation.L\u2019ADQ propose d\u2019introduire au Québec les «bons d\u2019éducation», inspirés des school vouchers très controversés aux États-Unis, qui permettraient aux parents de choisir l\u2019école de leur choix, publique ou privée.L\u2019idée a été rejetée massivement la Fédération des comités de parents, la Fédération des commissions scolaires et la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), qui y voit un danger mortel pour l\u2019école publique.De la même façon, plusieurs voient dans son « bon pour garde d\u2019enfant», qui La vie politique 49g permettrait de remettre directement aux parents la subvention qui est actuellement versée aux centres de la petite enfance, qu\u2019ils décident d\u2019y inscrire leurs enfants ou non, une menace pour le réseau des « garderies à 5 $ ».Le cri de la classe moyenne En mai 2002, la ministre délégué à l\u2019Énergie, Rita Dionne-Marsolais, a soulevé un tollé et a dû présenter des excuses pour avoir déclaré que « Mario Dumont est le reflet d\u2019une génération très individualiste, qui pense seulement à elle».Loin de la rabrouer, le premier ministre Landry a abondé dans le même sens, expliquant que les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui étaient « moins collectivistes, moins engagés ».Il est permis de s\u2019interroger sur l\u2019habileté politique de ces déclarations, mais il est indéniable que les positions de l\u2019ADQ reflètent en partie le point de vue d\u2019une génération qui n\u2019éprouve pas le même attachement que la précédente aux valeurs qui sous-tendaient la Révolution tranquille et le modèle qui en est issu.L\u2019expression « projet de société », qui a été au cœur du discours politique québécois pendant plus de 30 ans, ne fait pas partie du vocabulaire adéquiste.Selon qu\u2019on ait connu ou non la situation antérieure à la création du régime québécois d\u2019assurance-maladie, l\u2019instauration d\u2019un système de santé privé peut tout aussi bien s\u2019imposer comme la solu- tion aux problèmes actuels ou signifier un retour à un passé douloureux.Si les moins de 40 ans sont nettement majoritaires dans les assemblées de l\u2019ADQ, sa performance dans les sondages et surtout aux élections partielles de 2002 atteste que le parti de Mario Dumont trouve des appuis dans toutes les tranches d\u2019âge.11 serait un peu court d\u2019y voir simplement une revanche contre les baby boomers qui, sous couvert de social-démocratie, auraient hypothéqué l\u2019avenir des générations suivantes pour assurer leur propre confort.Au conseil général de juin 2002, à Rivière-du-Loup, un délégué a causé un certain malaise en lançant peut-être plus crûment qu\u2019il n\u2019aurait dû: «Est-ce un crime au Québec d\u2019avoir de l\u2019argent?Il y a trop de social-démocratie au Québec.» Pour une bonne part, l\u2019engouement pour l\u2019ADQ serait donc l\u2019expression d\u2019une classe moyenne qui estime ne pas en avoir assez pour son argent et ne se gêne plus pour le dire.Quoi qu\u2019il en soit, en s\u2019imposant comme une force avec laquelle il faudra désormais compter, l\u2019ADQ forcera la tenue de débats auxquels le PQ et le PLQ, tous deux héritiers de la Révolution tranquille, s\u2019étaient jusqu\u2019à présent refusés.\u2022 Sur le programme de l\u2019ADQ et des autres partis, voir aussi p.500.L\u2019ADQ profite d\u2019une conjoncture exceptionnelle Participation politique et partis 500 L\u2019état du Québec Les programmes des partis, plus sérieux qu'on le dit Jean Crète Centre d\u2019analyse des politiques publiques Département de science politique, Université Laval Les partis politiques québécois, lorsqu\u2019ils prennent le pouvoir et contrairement à la croyance populaire, tendent à réaliser leur programme, comme c\u2019est le cas ailleurs dans les autres démocraties (Pétry 2002).Le citoyen serait donc bien avisé de prendre connaissance de ces programmes.Toutefois, les partis ne se contraignent pas tous également dans un programme.Certains sont plus opportunistes.On sait cependant que les partis plus programmatiques qu\u2019opportunistes ont de meilleures chances de réaliser leur programme (Lemieux 1985).Les programmes des partis politiques québécois, leurs orientations et projets de gouvernement sont consignés dans des textes adoptés et modifiés lors de congrès nationaux.Ces partis publient aussi lors des campagnes électorales des plates-formes qui sont principalement, mais non seulement, des extraits de leurs programmes jugés pertinents au débat public au moment de l\u2019élection.Les plates-formes sont rédigées sous le contrôle immédiat du chef du parti et de ses principaux lieutenants, alors que les programmes expriment davantage le point de vue des militants et la position du parti à long terme.Tout ce matériel couvrant des centaines de pages, on ne saurait s\u2019attendre que les citoyens prennent connaissance du détail des programmes.Une façon pour le citoyen de s\u2019y retrouver c\u2019est de dégager une image générale du parti, une idéologie, et de comparer cette position à celle des autres partis.Le Directeur général des élections reconnaissait 14 partis politiques le 1\u201c juillet 2002.Seuls trois de ces partis étaient représentés à l\u2019Assemblée nationale: l\u2019Action démocratique du Québec-Équipe Mario Dumont (ADQ), le Parti libéral du Québec (PLQ) et le Parti québécois (PQ).Selon toute vraisemblance, ce sont les seuls trois partis qui devraient réussir à faire élire de leurs représentants lors des prochaines élections générales.Dans ce bref article, nous prendrons le point de vue de l\u2019observateur et tenterons de situer les partis les uns par rapport aux autres sur un certain nombre de dimensions.Notre objectif n\u2019est point de décrire les programmes dans tous leurs moindres détails, mais plutôt d\u2019en faire ressortir l\u2019orientation générale.Une des difficultés vient du fait que les partis ne se prononcent pas tous sur les mêmes enjeux.Les partis accentuent certains points de leur programme pour se distinguer des autres partis.Le clivage identitaire La première dimension sur laquelle les partis peuvent être comparés est celle qui résulte du clivage identitaire, Québécois ou Canadien, qui a marqué tout particulièrement les trente dernières années au Québec.Dans les programmes des partis, ce clivage trouve d\u2019abord son expression dans les projets de statut politique.Le Parti québécois affirme dès l\u2019article un de son programme que son objectif La vie politique 501 fondamental est de réaliser la souveraineté du Québec de façon démocratique et de conclure avec le Canada une entente de partenariat.Toutefois, le PQ s\u2019engage à d\u2019abord tenir un référendum sur la souveraineté avant de mettre en œuvre le processus d\u2019accession à l\u2019indépendance et de procéder à des négociations avec le Canada.Cette mise en œuvre ne surviendrait que si plus de 50% des électeurs approuvaient son projet.L\u2019ADQ propose plutôt de ne pas tenir de référendum lors d'un premier mandat et de reprendre les négociations constitutionnelles en vue de procéder à une nouvelle distribution des pouvoirs entre l\u2019État fédéral et le Québec.L\u2019État fédéral garderait juridicüon exclusive dans les domaines de la Défense et de la sécurité du territoire, des douanes et tarifs, de la gestion de la dette commune, de la monnaie et de la péréquation.L\u2019État fédéral et la province partageraient le pouvoir dans les domaines des affaires autochtones, de la fiscalité et du revenu, de l\u2019immigration, des institutions financières, de la justice, des pêcheries, de la politique étrangère, des postes et télécommunications et des transports.Tous les autres domaines seraient de juridiction provinciale.Le fédéral perdrait aussi son droit d\u2019intervention dans les domaines de juridiction provinciale.Les institutions centrales devraient être réformées pour garantir la place du Québec comme « membre à part entière » de la fédération.Le Québec devrait avoir un droit de veto sur les modifications aux institutions fédérales.Fondamentalement, la position de l\u2019ADQ est celle exprimée dans le rapport Allaire qui, une fois rejeté par le Parti libéral du Québec en 1992, avait provoqué la scission du PLQ et la formation de l\u2019ADQ.Le PLQ, pour sa part, vise à mieux intégrer le Québec dans l\u2019ensemble canadien grâce, notamment, à des ententes et des aménagements administratifs avec l\u2019État fédéral.Le programme libéral contient également une très longue liste de propositions de modifications administratives du fonctionnement des institutions fédérales.À plus long terme, le PLQ espère que des modifications constitutionnelles puissent un jour être réalisées, notamment en vue de reconnaître la spécificité du Québec dans l\u2019ensemble canadien, d'octroyer au Québec un droit de veto sur certaines modifications constitutionnelles, de garantir une représentation québécoise à la Cour suprême, de limiter le pouvoir fédéral de dépenser dans les matières de juridiction provinciale.La position du PLQ demeure dans ses grandes lignes celle que le parti avait développée dans les années 1980, sans toutefois y mettre toute l\u2019urgence de ces années.Le PLQ reconnaît que les Canadiens, hors Québec, ne sont pas disposés pour l\u2019instant à insérer dans la constitution de la fédération les changements mis de l\u2019avant par le PLQ.Si on aligne les partis sur un continuum qui va de l\u2019indépendance du Québec à son absorption dans un Canada unitaire, on peut résumer la situation en disant que le PQ est le parti qui se situe le plus près du pôle de l\u2019indépendance.Le PQ, sans jamais employer l\u2019expression dans sa documentation officielle, semble favoriser la création d\u2019une confédération d\u2019États souverains.L\u2019ADQ, comme on l\u2019a vu, propose de maintenir la structure de la fédération canadienne actuelle, mais en ne confiant à l\u2019État fédéral qu\u2019un ensemble limité de juridictions.Quant au PLQ, il accepte le statu quo constitutionnel, une fédération avec prédominance de l\u2019État fédéral, tout en proposant des aménagements de nature à garantir le maintien du fédéralisme.Aucun de ces trois partis ne Les programmes des partis, plus sérieux qu\u2019on le dit Participation politique et partis 502 L\u2019état du Québec souhaite une accentuation de la prédominance de l\u2019État fédéral ou encore un Canada unitaire.Ces dernières perspectives se retrouvent au moins implicites dans l\u2019orientation du Parti Égalité/Equa-lity Party, un des partis politiques reconnus.Ce parti, en fait minuscule, représente une fraction de la population d\u2019expression anglaise et demeure tout à fait marginal dans le débat public.L'organisation interne de l\u2019État La représentation des citoyens.Les programmes des trois partis représentés à l\u2019Assemblée nationale prévoient une modification au mode de scrutin.Le programme de l\u2019ADQ propose que le nombre total de sièges à pourvoir soit maintenu à 125, mais que 50 de ces sièges soient attribués à la proportionnelle.Il y aurait donc 75 circonscriptions électorales.Le PQ propose le même mode de scrutin sans spécifier le nombre total de députés ou la répartition entre les sièges pourvus dans des circonscriptions locales et ceux pourvus grâce à une proportionnelle.Le PLQ souhaite aussi l\u2019introduction d\u2019un élément de proportionnalité, à condition de ne pas augmenter le nombre total de députés.Le désir du PLQ et du PQ de modifier le mode de scrutin apparaît pour le moins mitigé puisque leur poids à l\u2019Assemblée nationale leur aurait permis de légiférer en ce sens ces dernières années [voir article p.488].L\u2019ADQ propose aussi de modifier les institutions pour faire en sorte que les élections aient lieu à dates fixes, que les citoyens puissent rappeler leur député pour en élire un autre, et que le premier ministre soit élu par l\u2019ensemble de l\u2019électorat.L\u2019ADQ et le PQ proposent que les citoyens puissent initier des référendums, le PQ insistant pour que la Charte des droits ne puisse être modifiée de cette façon.De façon générale le PQ remet à l\u2019après-indépendance la révision des institutions.Le PLQ ne rejette pas nécessairement toutes ces modifications aux institutions, mais il ne s\u2019en fait pas le champion.La décentralisation.Le PQ propose de faire des municipalités régionales de comté (MRC) les lieux décisionnels démocratiques pour des enjeux qui vont au-delà de ce que peuvent accomplir les municipalités locales.Les MRC, au nombre de 96, devraient être habilitées à décider de l\u2019élection des préfets au suffrage universel.De nombreux pouvoirs seraient décentralisés vers les municipalités locales ou régionales en cas de réalisation de l\u2019indépendance nationale.L\u2019ADQ propose plutôt que ce soit les régions administratives, au nombre de 17, qui deviennent des gouvernements régionaux.Le PLQ critique l\u2019imposition de mesures uniformes à travers tout le territoire et propose plutôt que le gouvernement soutienne les initiatives locales ou régionales.Le PLQ voit d\u2019un mauvais œil la création forcée et uniforme de gouvernements locaux ou régionaux.Il propose plutôt que l\u2019on permette aux régions qui le désirent d\u2019adopter des structures appropriées à leur réalité.Dans cette perspective, le PLQ mettra en place un mécanisme qui permettra aux citoyens des municipalités qui ont été fusionnées d\u2019initier des procédures menant à la «défusion » de ces municipalités.Le « modèle québécois » Une deuxième grande dimension sur laquelle on peut distribuer les partis est celle dite du « modèle québécois ».Le modèle québécois est une façon de faire et de gérer les relations économiques, sociales, culturelles qui se fonde sur le La vie politique 503 partenariat entre l\u2019État québécois et une pluralité d\u2019acteurs sociaux.Il s\u2019agit au premier chef de l\u2019axe gauche-droite de la gestion de l\u2019économie et du monde du travail, tout en tenant compte des aspects culturels spécifiques.On pourrait aussi qualifier cet axe de « modèles des petits pays », en se référant à la Hollande, la Suède et la Suisse par exemple.Le PQ se propose de maintenir et de consolider ce modèle québécois qui lui apparaît comme la seule façon de maintenir la cohésion sociale nécessaire au développement d\u2019une société francophone en Amérique du Nord.Le PLQ propose de modifier le modèle actuel, qui, selon lui, favorise les groupes organisés et les grandes bureaucraties, pour faire plus de place aux individus.Le PLQ reconnaît que ce modèle fut fort utile pour réaliser les objectifs de la Révolution tranquille, mais qu\u2019il faut maintenant passer à autre chose.Le programme de l\u2019Action démocratique du Québec s\u2019inscrit dans la même perspective.Les propositions des partis dans trois domaines d\u2019activités, l\u2019économie, le marché du travail et le poids relatif de l\u2019État dans l\u2019ensemble de l\u2019activité de la société québécoise peuvent illustrer leur position sur cet axe.Un des principaux aspects du modèle québécois a trait à la gestion de l\u2019économie.Les trois partis inscrivent l\u2019ensemble de leurs propositions d\u2019intervention dans le contexte de la mondialisation de la production, des échanges et des investissements.Le Parti québécois met l\u2019accent sur les atouts que compte le Québec pour bien s\u2019inscrire dans ce mouvement mondial avant de proposer ses orientations.Le PLQ, qui estime que le Québec s\u2019appauvrit, et l\u2019ADQ, qui perçoit des défis, soulignent d\u2019abord les faiblesses du Québec avant de proposer leurs solutions.Le PQ fait de la création d\u2019emplois l\u2019objectif principal de sa politique de développement économique, cette politique devant aussi viser le partage de la richesse.Le PQ propose de maintenir le modèle québécois de concertation de l\u2019État, du patronat, des syndicats, des coopérants et des représentants de l\u2019économie sociale en n\u2019hésitant pas à multiplier les participations minoritaires de l\u2019État, via la Société générale de financement (SGF) ou d\u2019autres institutions étatiques, dans des entreprises.L\u2019ADQ et le PLQ se montrent plus réfractaires à ces interventions étatiques.Le PLQ s\u2019est même prononcé explicitement contre l\u2019idée d\u2019utiliser davantage la SGF comme levier du développement économique.Tant pour l\u2019ADQ que pour le PLQ, l\u2019État doit autant que possible se retirer de l\u2019intervention directe.Le rôle de l\u2019État en matière de développement économique devrait se limiter à la mise en place d\u2019un environnement propice aux entreprises et laisser le marché allouer les implantations d\u2019entreprises ou leur développement.Marché du travail.Un second aspect crucial du « modèle québécois » concerne l\u2019organisation du marché du travail.Le PLQ, s\u2019il était élu, procéderait à une étude des relations de travail dans le but de procéder à une révision des lois et règlements de manière à mieux répondre aux exigences de la nouvelle organisation du travail.De façon plus précise, le PLQ veut améliorer la protection des travailleurs autonomes et leur faciliter l\u2019accès aux diverses protections sociales traditionnellement disponibles pour les travailleurs et travailleuses, comme les congés de maladie et l\u2019assurance revenu.Le PLQ souhaite aussi mettre de l\u2019avant un programme de Les programmes des partis, plus sérieux qu\u2019on le dit Participation politique et partis 504 L\u2019état du Québec subventions aux petites et moyennes entreprises, les PME, pour qu\u2019elles embauchent les travailleurs moins qualifiés.L\u2019ADQ se fait d\u2019abord la championne de l\u2019abolition de toutes les formes de «clauses orphelin».Ces clauses ont pour effet de maintenir certaines conditions pour des travailleurs déjà en place et de soumettre les nouveaux venus à de nouvelles conditions moins avantageuses.De façon générale, l\u2019ADQ vise à faciliter l\u2019insertion des jeunes dans le marché du travail ou dans le monde des affaires.Comme les deux autres partis, l\u2019ADQ s\u2019intéresse aux travailleurs autonomes, mais met davantage l\u2019accent sur les «jeunes» travailleurs autonomes que ne le font les deux autres partis.Contrairement aux deux autres partis, l\u2019ADQ se propose de modifier substantiellement les règles syndicales.D\u2019abord le monopole de représentation syndicale serait aboli pour permettre la libre syndicalisation de groupes d\u2019employés et la loi favoriserait davantage la sous-traitance.Puis un gouvernement de l\u2019ADQ réglementerait le fonctionnement interne des syndicats en prévoyant des règles de décision, des mécanismes précis de modulation des cotisations et de remboursement de cotisation si l\u2019employé n\u2019était pas retenu après sa période de probation.Parmi les propositions du PQ, on remarquera celle qui vise à réduire le temps de travail et à favoriser le partage du travail.Il propose d\u2019allonger la période de vacances annuelles de deux semaines à trois semaines après deux ans d\u2019ancienneté et à quatre semaines après cinq ans.La place et la taille de l'État La place et la taille de l\u2019État dans la société est sans doute l\u2019élément le plus saillant du «modèle québécois».L\u2019ADQ et le PLQ offrent aux citoyens une véritable alter- native à la position du PQ.Le Parti libéral du Québec propose de réduire la taille de l\u2019État d\u2019environ 20 % sur une période de huit ans.L\u2019Action démocratique du Québec propose également une réduction du poids de l\u2019État dans l\u2019économie.Cette réduction du poids de l\u2019État s\u2019opérerait de deux façons.D\u2019une part, la diminution de la taille de l\u2019appareil étatique diminuerait le poids absolu de l\u2019État et réduirait le besoin de financement public.D\u2019autre part, la théorie qui sous-tend l\u2019argumentaire veut que les sommes dépensées par les individus ou les sociétés privées, plutôt que par l\u2019État, fassent croître le produit intérieur brut plus rapidement que ne le ferait l\u2019État ; le poids relatif de l\u2019État diminuerait alors d\u2019autant plus que le PIB croîtrait.Le programme du PQ ne prône pas de diminution de la taille absolue de l\u2019État.Pour réduire la taille de l\u2019État, le PLQ et l\u2019ADQ proposent deux voies : réduire la fonction publique et réduire les activités de l\u2019État.Le premier moyen suggéré pour réduire la taille de l\u2019État est de réduire le coût de la fonction publique sans toutefois diminuer la quantité et la qualité du travail effectué.Pour l\u2019ADQ, une réduction de la taille de la bureaucratie, tant en matière de structures que d\u2019effectifs, serait un pas dans la bonne direction.Pour réussir cette opération, l\u2019ADQ entend mettre fin à la permanence d\u2019emploi (« l\u2019emploi garanti à vie ») qui prévaut dans le secteur public, assouplir les conventions collectives, et faire en sorte que les conditions de travail dans le secteur public soient comparables à celles du secteur privé, étant sous-entendu que les conditions dans le secteur privé sont actuellement moins bonnes que dans le secteur public.L\u2019ADQ entend également faire appel à la sous-traitance. La vie politique 505 Pour le PQ, un secteur public fort constitue un atout dans le contexte de la mondialisation.Ses politiques visent la mise en œuvre d\u2019une gestion plus participative axée sur les résultats plutôt que sur les moyens.La lecture de la documentation des trois partis nous amène à conclure qu\u2019aucun des trois partis ne craint d\u2019utiliser l\u2019État pour atteindre certains objectifs, notamment dans le domaine culturel.Par ailleurs, pour le développement économique, le PLQ et l\u2019ADQ souhaitent que l\u2019État s\u2019en tienne à la préparation d\u2019un environnement favorable à l\u2019entreprise privée.Cet environnement inclut au premier chef des équipements, notamment de transport, de qualité et une main-d\u2019œuvre hautement qualifiée.Les choix inhérents au modèle québécois incluent ceux relatifs à la fiscalité.Pour promouvoir le développement économique, le PLQ et l\u2019ADQ proposent de modifier la politique fiscale et surtout de diminuer la proportion du revenu qui est versé à l\u2019État.L\u2019ADQ propose qu\u2019un taux unique d\u2019imposition soit appliqué aux revenus des individus.Au départ le taux serait de 20% en attendant d\u2019être réduit graduellement au fur et à mesure que le budget de l\u2019État le permettrait.Ce taux unique aurait pour effet de diminuer les impôts des personnes à revenu moyen et supérieur.Le PLQ prévoit des baisses d\u2019impôts substantielles, tant pour les individus que les sociétés, sans donner d\u2019indications sur la répartition des bénéfices entre les strates sociales.Le PQ souhaite réduire les impôts de la classe moyenne tout en maintenant un équilibre entre les impératifs d\u2019équité, de solidarité et de compétitivité.Bref, s\u2019il fallait classer ces partis sur la dimension «modèle québécois», on opposerait le PQ aux deux autres partis.Le PLQ et l\u2019ADQ sont également peu favorables à l\u2019utilisation de l\u2019État comme moteur économique.De plus, la position du parti adéquiste sur les questions syndicales laisse entrevoir des jours difficiles dans les relations de travail.Dans ces circonstances, il est fort peu probable que les syndicats, qui ont été les partenaires privilégiés de l\u2019État et du patronat et des coopératives pour la mise au point du modèle québécois, puissent participer à ces tables de concertation.On peut donc évaluer que l\u2019ADQ s\u2019oppose davantage au modèle québécois que le PLQ.La dimension sociale gauche-droite Une troisième dimension sur laquelle on peut distribuer les partis est l\u2019axe gauche-droite sociale.Cette dimension est issue des clivages de classes qui ont surgi lors de la période d\u2019industrialisation des pays capitalistes.Une partie du phénomène est déjà prise en compte par l\u2019aspect économique du « modèle québécois », mais le gros du budget de l\u2019État demeure concentré dans les politiques sectorielles traditionnelles : santé, éducation, services sociaux et logement.Se sont ajoutées au cours des années les préoccupations pour l\u2019environnement.La santé.Depuis le milieu des années go, le PLQ a fait de la santé son cheval de bataille.Lors de la campagne électorale de 1998, il formulait plus de 60 propositions spécifiques dans ce domaine.Si plusieurs des mesures proposées visent la coordination entre les intervenants et les institutions de toutes sortes, la décentralisation vers les établissements et la mise au point de critères de performance, la plupart des mesures supposent un accroissement des dépenses de l\u2019État dans le domaine de la santé.Les programmes des partis, plus sérieux qu\u2019on le dit Participation politique et partis 506 L'état du Québec La consultation de la documentation du Parti libéral du Québec convainc facilement le lecteur que le PLQ estime que les budgets dans le domaine de la santé sont très nettement insatisfaisants et qu\u2019un effort colossal s\u2019impose.L\u2019ADQ, de son côté, vise à introduire plus d\u2019éléments de concurrence dans le système de santé, à privatiser les services de soutien qui ne constituent pas des services médicaux directs et à faire appel à la sous-traitance.L\u2019ADQ, tout en maintenant le caractère universel et gratuit du système de santé, serait favorable à l\u2019idée de permettre aux citoyens qui le désirent de payer pour obtenir des soins plus rapides.Les médecins pourraient participer à la fois au régime conventionné, par lequel l\u2019État paie les médecins, et au régime privé payé entièrement par le patient.La position du PQ sur cette dernière question est claire: «Notre système de santé et de services sociaux est sous contrôle public et il doit le demeurer.» Le programme du PQ, comme celui du PLQ, énumère une longue liste de points sur lesquels le gouvernement devrait se pencher.On remarquera que le programme du PQ mentionne plus souvent les Centres locaux de services communautaires (CLSC) que ne font les autres partis.Ces références à des institutions publiques plutôt que privées laissent deviner une orientation plus favorable aux institutions à caractère public.L'éducation.Le second grand secteur d\u2019activité fortement contrôlé par l\u2019État est celui de l\u2019éducation.L\u2019ADQ se propose de mettre en place un régime de bons d\u2019étude en vertu duquel chaque parent recevra un bon correspondant à la subvention gouvernementale accordée à son enfant.Il y aurait aussi un bon de garde pour les enfants d\u2019âge préscolaire.Du côté du Parti québécois, tout au contraire on se propose de renforcer l\u2019école publique et de réévaluer le financement du secteur privé.Le PLQ, après avoir déploré les faiblesses du système d\u2019éducation actuel, se propose de bonifier le système par un ensemble de mesures dont certaines indiquent la volonté du parti d\u2019accroitre les dépenses en éducation.Le nombre d\u2019heures d\u2019enseignement serait augmenté, le nombre de manuels disponibles dans les classes serait augmenté, une enveloppe budgétaire ouverte serait créée pour la formation des adultes, les équipes de professionnels qui secondent les enseignants dans les écoles seraient renforcées.Le PLQ prévoit augmenter le financement des universités et celui accordé aux étudiants universitaires à travers notamment le régime des prêts et bourses, ainsi que des dépenses afférentes à la garde d\u2019enfants pour les familles monoparentales où le parent est aux études.L\u2019environnement.L\u2019environnement fait aussi partie des enjeux qui permettent de classer les partis sur l\u2019axe gauche-droite.Le PQ propose une philosophie, en fait une batterie de mesures, assez près de ce que pourrait proposer un parti vert viable.Notons que le Parti québécois reconnaît entre autres l\u2019importance de l\u2019intervention de l\u2019État dans le domaine de l\u2019efficacité énergétique et considère qu\u2019il est insuffisant de s\u2019en remettre aux lois du marché.Le PLQ suggère de décentraliser vers les communautés locales l\u2019application des lois, règlements et directives élaborés et mis en place par le ministère de l\u2019Environnement et de la Faune.Sur plusieurs sous-thèmes environnementaux, comme la gestion de l\u2019eau, les changements cli- La vie politique 507 matiques, les matières résiduelles, la protection du Saint-Laurent, le PLQ s\u2019engage à développer des politiques en partenariat avec les différents intervenants.Dans sa politique de l\u2019environnement, l\u2019ADQ prévoit accorder des droits d\u2019émission pour les gaz à effet de serre (« permis de polluer»), mettre sur pied un système annuel de vérification des véhicules de cinq ans ou plus et de permettre des déductions d\u2019impôt pour les dépenses reliées au transport en commun.Plusieurs autres domaines de l\u2019activité de l\u2019État pourraient être inclus ici, comme le logement social, les politiques visant les personnes démunies et ainsi de suite.Les trois principaux partis ne se distinguent pas toujours très clairement sur ces questions, bien que généralement le PQ favorise davantage que les deux autres partis l\u2019intervention de l\u2019État.Au total, nous avons classé les partis politiques québécois sur trois axes principaux.Sur la question du statut politique qui va de la plus grande indépendance du Québec à sa plus grande intégration dans le Canada, les partis se classent ainsi : PQ -ADQ - PLQ.Sur la dimension «modèle québécois», nous pouvons résumer en disant que le PQ est le plus grand promoteur du modèle, suivi du PLQ et de l\u2019ADQ, bien que la distance entre le PLQ et l\u2019ADQ n\u2019est peut-être pas très grande.Sur le troisième axe, celui qui concerne ce qu\u2019on appelle généralement la gauche et la droite sociale, nous placerions le PQ au centre-gauche, le PLQ au centre et l\u2019ADQ un peu à droite du PLQ.D\u2019autre part, trois des partis de gauche reconnus par le Directeur des élections, le Parti de la démocratie socialiste, le Rassemblement pour une alternative progressiste et le Parti communiste tentent de se rassembler sous une même tente, l\u2019Union des forces progressistes (UFP), et de se placer à gauche du Parti québécois.L\u2019Union des forces progressistes vise à offrir une alternative au Parti québécois qui, selon l\u2019UFP, mène une politique néolibérale visant essentiellement à défendre les intérêts de la classe dominante et qui n\u2019hésite pas pour ce faire à attaquer les intérêts les plus immédiats des classes ouvrière et populaire.L\u2019UFP favorise l\u2019indépendance du Québec, dénonce les ententes conclues avec le patronat et s\u2019oppose ainsi au modèle québécois et se situe à gauche sur les questions sociales.Finalement, on remarquera qu\u2019en discutant de la gauche et de la droite sociale, il ne fut pas question de morale religieuse et de purification des moeurs comme on s\u2019y attendrait ailleurs en Amérique du Nord.Sous cet aspect, le Québec constitue une société distincte (Lipset 1990).Prédire l'avenir par les programmes Un électeur qui se fierait aux programmes des partis pour prédire ce qui se passera advenant l\u2019élection de l\u2019un ou de l\u2019autre des trois principaux partis politiques québécois devrait s\u2019attendre au moins à ceci.Si le PLQ était élu, les services dans le domaine de la santé seraient améliorés et les coûts directs aux individus plus démunis, notamment pour l\u2019assurance-médicament, réduits.Il serait donc logique de s\u2019attendre à une hausse substantielle des dépenses de l\u2019État dans ce domaine ainsi qu\u2019à une hausse, moins spectaculaire, en éducation.Par ailleurs, les dépenses devraient être réduites dans les autres domaines d\u2019activité de l\u2019État pour compenser les hausses en santé et en éducation et pour permettre la réduction globale de la place de l\u2019État dans l\u2019économie.Du côté des prélèvements Les programmes des partis, plus sérieux qu\u2019on le dit Participation politique et partis 508 L\u2019état du Québec fiscaux, on doit s\u2019attendre à une diminution des impôts ou taxes affectant les sociétés et à une diminution des impôts des particuliers.S\u2019agissant des relations fédérales, on devrait s\u2019attendre à ce qu\u2019un gouvernement libéral accepte les diverses ententes fédérales-provinciales qui visent à assurer des standards pancanadiens.Si l\u2019ADQ était élue, quatre grands chantiers seraient ouverts.Dans le domaine de l\u2019éducation et de la petite enfance, les subventions aux institutions seraient coupées et des sommes seraient distribuées aux parents sous forme de bons.Avec ces bons, les parents achèteraient les services d\u2019éducation ou de garde d\u2019enfants dans les établissements de leur choix.Pour que ce soit un véritable choix comme le souhaite l\u2019ADQ, il faudrait que le bon couvre les frais réels de base.D\u2019un point de vue budgétaire, l\u2019État ne couvre actuellement les frais réels que pour les enfants dans les écoles publiques.Sous l\u2019ADQ, l\u2019État couvrirait aussi ces frais pour les enfants inscrits dans les écoles privées, d\u2019où une hausse probable du budget de l\u2019éducation.Dans le domaine de la santé, l\u2019ADQ se propose de procéder à une vaste consultation avant de mettre en œuvre son idée de permettre aux médecins conventionnés de pratiquer aussi hors convention.Cette partie controversée du programme pourrait cependant ne pas être appliquée si elle n\u2019était pas suffisamment populaire.Sous l\u2019ADQ, l\u2019importance de la syndicalisation et des syndicats serait réduite.La fin de la permanence d\u2019emploi dans le secteur public, l\u2019accélération du mouvement vers la sous-traitance et la privatisation de certains services devraient susciter une forte réaction du mouvement syndical.Il faut alors s\u2019attendre à certains malaises dans les relations de travail, tant dans la fonction publique proprement dite que dans le monde de l\u2019enseignement et des établissements de santé.L\u2019ADQ devrait aussi lancer une opération de modification de la constitution du Canada afin de rapatrier un certain nombre de pouvoirs.SI le PQ était réélu, il devrait normalement tenir un référendum sur l\u2019indépendance du Québec.Le PQ a lui-même prescrit cette condition à la mise en œuvre de la plus grande partie de son programme politique, celle qui a trait à la souveraineté.Dans l\u2019éventualité d\u2019un réfé- Références Lemieux, Vincent, Systèmes partisans et partis politiques.Presses de l\u2019Université du Québec, Sillery 1985.Lipset, Seymour Martin, Continental divide: The values and institutions of the United States and Canada.Routledge, New York 1990.Pétry, François (sous la dir.de), Le Parti québécois : bilan des engagements électoraux, igç4-2000.Presses de l\u2019Université Laval, Québec 2002.?Sites Internet Action démocratique du Québec : www.adq.qc.ca Parti libéral du Québec : www.plq.org Parti québécois : www.pq.org Union des forces progressistes: www.ufp.qc.ca Directeur général des élections : www.dgeq.qc.ca La vie politique 50g rendum favorable à la souveraineté du Québec, un gouvernement péquiste mettrait en œuvre un processus devant mener à l\u2019adoption d\u2019une nouvelle constitution, devrait modifier les structures administratives pour y incorporer les activités et les personnels de l\u2019ancienne fédération, procéderait à une décentralisation de services vers les autorités locales et régionales et négocierait une entente de partenariat avec le Canada.Si la souveraineté n\u2019était pas réalisée, il serait logique de ne s\u2019attendre qu\u2019à des modifications marginales des politiques actuelles.Foncièrement, le PQ souhaite maintenir et approfondir la social-démo-cratie et le faire en concertation avec les intervenants des grands groupes de la société civile: les syndicats, le patronat, les associations de coopérants et d\u2019économie sociale.\u2022 L'Assemblée nationale et les partis Serge Laplante Recherchiste, Le Devoir LE PERSONNEL POLITIQUE AU QUEBEC Fertile en rebondissements, la troisième année de mandat du gouvernement du Parti québécois a été marquée par un remaniement ministériel majeur, historique par sa taille, et par de nombreuses démissions.Plusieurs changements sont donc survenus en 2001-2002 à la liste des parlementaires de la 36e Législature, élus le 30 novembre 1998.Pas moins de onze élections complémentaires ont été tenues durant la période, pour combler les sièges de sept députés démissionnaires, dont quatre ministres, en plus des quatre annoncées au printemps 2001.On retrouve l\u2019essentiel des informations publiées ici (ainsi que la liste des députés par circonscription, les fonctions parlementaires, les membres du Bureau, etc.) à la section «Les parlementaires» du site Internet de l\u2019Assemblée nationale (voir les références à la fin de cette section).Remaniements ministériels Un premier ajustement est apporté le 13 novembre 2001 à l\u2019équipe ministérielle formée par Bernard Landry le 8 mars précédent.Richard Legendre, élu le 1\" octobre dans Blainville, accède au rang de ministre responsable de la Jeunesse, du Tourisme, du Loisir et du Sport.M.Legendre est notamment chargé de coordonner la politique jeunesse ainsi que l\u2019action gouvernementale qui en découle.André Boisclair, qui prend du galon, est nommé ministre d\u2019État à l\u2019Environnement et à l\u2019Eau et ministre de l\u2019Environnement, tout en conservant son poste de leader adjoint du gouvernement.François Legault Les programmes des partis, plus sérieux qu\u2019on le dit Participation politique et partis 510 L\u2019état du Quebec est nommé ministre d\u2019État à l\u2019Éducation et à l\u2019Emploi, ministre de l\u2019Éducation et ministre responsable de l\u2019Emploi.Rita Dionne-Marsolais fait un retour au cabinet et est nommée ministre déléguée aux Ressources naturelles.Le 21 novembre, le premier ministre lui ajoute la responsabilité des secteurs du Territoire, des Mines et de l\u2019Information foncière.Le grand bouleversement est survenu le 30 janvier 2002, lorsque le premier ministre Bernard Landry a procédé à un remaniement majeur de son conseil des ministres.Accueilli avec surprise par les observateurs, ce remaniement amène 36 personnes autour de la table du conseil des ministres (38 en comptant le whip en chef et le président du caucus des députés), soit six ministres de plus qu\u2019au dernier cabinet, une équipe d\u2019une taille sans précédent au Québec.Le nouveau cabinet était formé de 31 ministres et de quatre secrétaires d\u2019État.Il comprenait 13 nouveaux membres, dont David Levine, un non-élu, resté brièvement au gouvernement jusqu\u2019à sa défaite électorale en juin 2002.La relève s\u2019incarne dans les responsabilités accrues confiées à André Boisclair et dans l\u2019arrivée de Jean-François Simard et Stéphane Bédard, fils de Marc-André Bédard (lequel fut ministre à l\u2019époque de René Lévesque).Bernard Landry, député de Verchères, est premier ministre, président du Comité des priorités, et conserve la responsabilité de la Société générale de financement.Pauline Marois, députée de Taillon, est vice-première ministre, ministre d\u2019État à l\u2019Économie et aux Finances, ministre des Finances, ministre de l\u2019Industrie et du Commerce, ministre de la Recherche, de la Science et de la Technologie, présidente du Comité ministériel de l\u2019emploi, du développement économique et de la recherche et ministre responsable de la région de la Montérégie.Lucie Papineau, députée de Prévost, est ministre déléguée à l\u2019Industrie et au Commerce.Solange Charest, députée de Rimouski, est secrétaire d\u2019État à la Recherche, à la Science et à la Technologie et déléguée régionale de la région du Bas-Saint-Laurent.François Legault, député de Rousseau, est ministre d\u2019État à la Santé et aux Services sociaux, ministre de la Santé et des Services sociaux et président du Comité ministériel du développement social.David Levine, un spécialiste de l\u2019administration de la santé, est ministre délégué à la Santé.Roger Bertrand, député de Portneuf, est ministre délégué à la Santé, aux Services sociaux, à la Protection de la jeunesse et à la Prévention.Sylvain Simard, député de Richelieu, est ministre d\u2019État à l\u2019Éducation et à l\u2019Emploi, ministre de l\u2019Éducation, ministre responsable de l\u2019Emploi, président du Comité ministériel de l\u2019éducation et de la culture et ministre responsable de la région de I\u2019Outaouais.Agnès Maltais, députée de Taschereau, est ministre déléguée à l\u2019Emploi.Linda Goupil, députée de Lévis, est ministre d\u2019État à la Solidarité sociale, à la Famille et à l\u2019Enfance, ministre de la Solidarité sociale, ministre de la Famille et de La vie politique 511 l\u2019Enfance, ministre responsable de la Condition féminine, ministre responsable des Aînés, présidente du Comité ministériel des affaires régionales et territoriales et ministre responsable de la région de Chaudière-Appalaches.Nicole Léger, députée de Pointe-aux-Trembles, est ministre déléguée à la Lutte contre la pauvreté et l\u2019exclusion.Jocelyne Caron, députée de Terrebonne, est secrétaire d\u2019État à la Condition féminine.Rémy Trudel, député de Rouyn-Noranda/ Témiscamingue, est ministre d\u2019État à la Population et aux Affaires autochtones, ministre des Relations avec les citoyens et de l\u2019Immigration, ministre délégué aux Affaires autochtones, ministre responsable de la Politique de la natalité et ministre responsable de la région de l\u2019Abitibi-Témiscamingue.André Boulerice, député de Sainte-Marie/ Saint-Jacques, est ministre délégué aux Relations avec les citoyens et à l\u2019Immigration.Gilles Baril, député de Berthier, est ministre d\u2019État aux Ressources naturelles et aux Régions, ministre des Ressources naturelles, ministre des Régions, ministre responsable du Développement du Nord québécois et ministre responsable de la région de Lanaudière.Rjta Dionne-Marsolais, députée de Rosemont, est ministre déléguée à l\u2019Énergie.François Gendron, député d\u2019Abitibi-Ouest, est ministre délégué à la Gestion de la forêt et à la Ruralité.Michel Letourneau, député d\u2019Ungava, est ministre délégué au Développement du Nord québécois, ministre responsable de la région du Nord-du-Québec et ministre responsable de la région de la Côte-Nord.André Boisclair, député de Gouin, est ministre d\u2019État aux Affaires municipales et à la Métropole, à l\u2019Environnement et à l\u2019Eau, ministre des Affaires municipales et de la Métropole, ministre de l\u2019Environnement, leader parlementaire du gouvernement, président du Comité ministériel de la région de Montréal et ministre responsable de la région de Montréal.Jean-François Simard, député de Montmorency, est ministre délégué à l\u2019Environnement et à l\u2019Eau.Jacques Côté, député de Dubuc, est ministre délégué à l\u2019Habitation.Claude Boucher, député de Johnson, est secrétaire d\u2019État aux Infrastructures et délégué régional de l\u2019Estrie.Joseph Facai, député de Fabre, est ministre d\u2019État à l\u2019Administration et à la Fonction publique, ministre responsable de l\u2019Administration et de la Fonction publique et président du Conseil du trésor.Stéphane Bédard, député de Chicoutimi, est secrétaire d\u2019État au Renouvellement de la fonction publique et délégué régional du Saguenay-Lac-Saint-Jean.Louise Beaudoin, députée de Chambly, est ministre d\u2019État aux Relations internationales, ministre des Relations internationales, ministre responsable de la Francophonie et ministre responsable de l\u2019Observatoire de la mondialisation.L\u2019Assemblée nationale et les partis Participation politique et partis 512 L\u2019état du Québec Diane Lemieux, députée de Bourget, est ministre d\u2019État à la Culture et aux Communications, ministre de la Culture et des Communications, ministre responsable de la Charte de la langue française et ministre responsable de l\u2019Autoroute de l'information.lean Rochon, député de Charlesbourg, est ministre d\u2019État aux Ressources humaines et au Travail et ministre du Travail.Serge Ménard, député de Laval-des-Rapides, est ministre des Transports et ministre responsable de la région de Laval.Jacques Baril, député d\u2019Arthabaska, est ministre délégué aux Transports et à la Politique maritime et ministre responsable de la région du Centre-du-Québec.Paul Bégin, député de Louis-Hébert, est ministre de la Justice et Procureur général et président du Comité de législation.Normand Jutras, député de Drummond, est ministre de la Sécurité publique.Maxime Arseneau, député des îles-de-la-Madeleine, est ministre de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de PAlimentation et ministre responsable de la région de la Gaspésie-îles-de-la-Madeleine.Jean-Pierre Charbonneau, député de Borduas, est ministre délégué aux Affaires intergouvemementales canadiennes, ministre responsable des Relations avec les communautés francophones et acadiennes, ministre responsable de la Réforme électorale et ministre responsable de la Réforme parlementaire.Guy Julien, député de Trois-Rivières, est ministre du Revenu et ministre responsable de la région de la Mauricie.Richard Legendre, député de L\u2019Assomption, est ministre responsable de la Jeunesse, du Tourisme, du Loisir et du Sport, ministre responsable de la Faune et des Parcs, président du Comité ministériel à la jeunesse et ministre responsable de la région des Laurentides.Rosaire Bertrand, député de Charlevoix, est ministre délégué responsable de la région de la Capitale-Nationale.Michel Morin, député de Nicolet-Yamaska, est whip en chef du gouvernement.Serge Geoffrion, député de La Prairie, est président du Caucus du parti ministériel.Un autre ajustement est apporté à l\u2019équipe ministérielle le 13 février 2002, à la suite du départ du ministre Gilles Baril.François Gendron devient ministre des Ressources naturelles.Michel Letourneau devient ministre délégué aux Affaires autochtones, ministre délégué au Développement du Nord québécois, ministre responsable de la région de la Côte-Nord et ministre responsable de la région du Nord-du-Québec.Rémy Trudel devient ministre d\u2019État à la Population, aux Régions et aux Affaires autochtones, ministre des Régions, ministre des Relations avec les citoyens et de l\u2019Immigration, ministre responsable des Affaires autochtones, ministre responsable du Développement du Nord québécois, ministre responsable de la Politique La vie politique 513 de la natalité, président du Comité ministériel des affaires régionales et territoriales et ministre responsable de la région de l\u2019Abitibi-Témiscamingue.François Legault se voit confier, le 21 février 2002, la responsabilité de la région de Lanaudière.Cette région était sous la responsabilité ministérielle de M.Gilles Baril jusqu\u2019à sa démission.Le 18 juin 2002, au lendemain de sa défaite dans Berthier lors des élections complémentaires du 17 juin, le candidat vedette David Levine démissionne de son poste de ministre délégué à la Santé.Il est nommé, le 28 juin 2002, membre du conseil d\u2019administration et président-directeur général de la Régie régionale de la santé et des services sociaux de Montréal-Centre.Composition de l\u2019Assemblée nationale depuis le 17 juin 2002 Parti québécois : 69 députés Parti libéral du Québec : 51 députés Action démocratique du Québec : 5 députés Sièges vacants : o CHRONIQUE DE L\u2019ASSEMBLÉE NATIONALE Réforme parlementaire - Tel qu\u2019il s\u2019y était engagé alors qu\u2019il faisait le bilan de session, le leader du gouvernement, Jacques Brassard, fait connaître le 5 juillet 2001 la proposition du gouvernement (qui a l\u2019aval du caucus des députés ministériels et du conseil des ministres) à l\u2019égard de la réforme parlementaire.Ses propositions portent notamment sur la création d\u2019une nouvelle commission parlementaire (la Grande commission), les motions de clôture (le bâillon), une procédure simplifiée d\u2019adoption des projets de loi, les motions de blâme à l\u2019encontre d\u2019une personne qui n\u2019est pas député (affaire Michaud), du dépôt des pétitions à l\u2019Assemblée.Francophonie - Le président de l\u2019Assemblée nationale du Québec, Jean-Pierre Charbonneau, est élu président de l\u2019Assemblée parlementaire de la Francophonie (assemblée consultative de l\u2019Organisation internationale de la Francophonie), lors de la 27e session ordinaire de l\u2019instance qui réunit à Québec, les 8, 9 et 10 juillet 2001, 350 élus, représentant une cinquantaine d\u2019États et de communautés francophones.Action communautaire - Le 5 septembre 200t, le gouvernement dévoile la première Politique nationale de reconnaissance et de soutien de l\u2019action communautaire.Gabriel-Yvan Gagnon se retire - Le député péquiste de Saguenay démissionne le 16 septembre 2001 et retourne à l\u2019emploi de la municipalité de Baie-Comeau en tant qu\u2019agent de développement économique.Jean-Sébastien Lamoureux démissionne - Le 19 septembre 2001, le député libéral d\u2019Anjou, qui avait été élu avec une majorité d\u2019à peine 143 voix à l\u2019élection de 1998, démissionne, au lendemain du verdict du juge Serge Boisvert, de la Cour supérieure, qui a reconnu coupable un travailleur d\u2019élections, Alberto Berardinucci, d'avoir mis en place un système frauduleux où des électeurs étaient payés 10$ pour voter L\u2019Assemblée nationale et les partis Participation politique et partis 514 L\u2019état du Québec illégalement pour le candidat libéral.Il ne sera pas candidat à l\u2019occasion de l\u2019élection complémentaire.Élections partielles - Des scrutins sont tenus le 1\" octobre 2001 dans quatre circonscriptions électorales.Le siège de Jon-quière est vacant depuis le 8 mars 2001, moment où le premier ministre Lucien Bouchard a quitté ses foncüons après qu\u2019il eut annoncé, en janvier de la même année, son retrait de la vie politique ; celui de Blainville depuis le départ de la députée Céline Signori (le 27 juin 2001) ; celui de Labelle depuis le départ de Jacques Léonard (le 8 mars 2001) et Laviolette depuis l\u2019annonce de Jean-Pierre Jolivet (le 7 mars 2001).Richard Legendre (PQ) est élu dans Blainville, Françoise Gauthier (PLQ) dans Jonquière, Sylvain Pagé (PQ) dans Labelle et Julie Boulet (PLQ) dans Laviolette.Reprise de la session - Reprise, le 16 octobre 2001, des travaux de la 2e session de la 36e Législature.Le 11 septembre 2001 - Le jour de la rentrée parlementaire, le 16 octobre 2001, l\u2019Assemblée nationale adopte une motion présentée conjointement par Bernard Landry, Jean Charest et Mario Dumont sur l\u2019attentat terroriste survenu à New York.Elle stipule : « que l\u2019Assemblée nationale du Québec exprime ses condoléances aux proches de toutes les victimes, au peuple américain et à ses dirigeants à la suite des événements tragiques du 11 septembre 2001 ; qu\u2019elle condamne énergiquement les actes infâmes de terrorisme commis ce jour-là, ses responsables et ceux qui les soutiennent, de même que toute forme de terrorisme; qu\u2019elle se prononce pour l\u2019adoption de mesures d\u2019ordres diploma- tique, économique et autres afin d\u2019éliminer le terrorisme, et ce, dans le respect de la Charte de l\u2019Organisation des Nations-Unies et du droit international ; qu\u2019elle manifeste solidarité et sympathie à l\u2019égard de la population civile afghane ; qu\u2019elle réprouve tout acte d\u2019intolérance et réaffirme son engagement à faire prévaloir, dans le respect des valeurs chères aux Québécois, la bonne entente entre les citoyens de toutes origines ethniques et de toutes religions.» [voir articles p.3 2 et 41] Assermentations - Les quatre députés élus lors des élections complémentaires du 1\" octobre sont assermentés le 16 octobre 2001.S\u2019adressant aux deux nouvelles députées libérales, le premier ministre Bernard Landry les a prévenues; «Vous nous avez battus, vous vous êtes bien débrouillées, vous avez fait votre travail.Nous allons essayer, en toute loyauté, de vous faire subir le même sort à la prochaine élection générale.» La Paix des braves - Au Salon rouge de l\u2019Assemblée nationale, le 23 octobre 2001, Bernard Landry et le Grand chef des Cris, Ted Moses, annoncent la conclusion d\u2019une entente de principe historique entre le Grand Conseil des Cris et le Gouvernement du Québec.Cette entente, qualifiée de « Paix des braves », repose sur une volonté commune de régler les différends Québec-Cris à travers un nouveau cadre basé sur le dialogue, permet le lancement de la 3e phase de la Baie James dans le respect du mode de vie des Cris et assure une plus grande prise en charge par les Cris de leur propre développement.L\u2019entente finale sera signée à Waskaganish le 7 février 2002.[noir article, p.527] La vie politique 515 Budget 2002-2003 ' Pauline Marois présente son second budget le 1\" novembre 2001.Maciocia se retire - Le 13 novembre 2001, le député libéral de Viger, Cosmo Maciocia, annonce sa démission.Remaniement ministériel - Bernard Landry remanie le conseil des ministres le 13 novembre 2001 : Richard Legendre, André Boisclair, François Legault et Rita Dionne-Marsolais se voient attribuer de nouvelles responsabilités.La cuvée de 1976 - Trois membres de l\u2019Assemblée nationale fêtent leurs 25 ans de vie parlementaire le 15 novembre 2001 : Jacques Brassard, député de Lac-Saint-Jean, Guy Chevrette, député de Joliette et François Gendron, député d\u2019Abitibi-Ouest.Appartement de fonction - À défaut d\u2019une résidence officielle, le gouvernement du Québec se dote d\u2019un appartement de fonction.Le premier ministre pend la crémaillère le 22 novembre 2001 dans un appartement « aménagé de manière sobre et accueillante» aux 16e et 17e étages de l\u2019édifice Price (propriété de la Caisse de dépôt), rue Sainte-Anne.Le bâtiment, premier et longtemps unique gratte-ciel de Québec, est une silhouette familière du paysage visuel de la Capitale.Francophonie - Le 29 novembre 2001, l\u2019Assemblée nationale publie la Charte du jeune francophone du xxT siècle, adoptée à l\u2019unanimité, le 10 juillet 2001 à Québec, par le Parlement francophone des jeunes, (voir Références p.525 pour le texte).Action bénévole - Le 30 novembre 200t, le gouvernement saisit l\u2019occasion de l\u2019Année internationale des bénévoles pour proclamer sa Déclaration nationale sur l\u2019action bénévole (voir les références pour le texte).Fin de mandat du Vérificateur - Le Vérificateur général du Québec, Guy Breton, dépose son 10' et dernier rapport annuel le 4 décembre 200t.Carte électorale - Dépôt du rapport final du Commission de la représentation électorale le 5 décembre 2001 sur la nouvelle carte électorale devant s\u2019appliquer lors de la prochaine élection générale, (voir les références pour plus d\u2019information).Ruralité - Le premier ministre Bernard Landry et le ministre d\u2019État aux Régions et ministre de l\u2019Industrie et du Commerce, Gilles Baril, dévoilent le 6 décembre 2001, au Salon rouge de l\u2019Assemblée nationale, la toute première Politique nationale de la ruralité au Québec, [voir article, p.231] Encadrement des bâillons - L\u2019Assemblée adopte le 6 décembre 2001 des modifications au Règlement, largement inspirées des recommandations du leader Jacques Brassard, concernant l\u2019utilisation du bâillon (notamment une nouvelle procédure d\u2019exception qui ne permet plus d\u2019inclure plusieurs projets de loi dans une motion pour les faire adopter en fin de session), des motions, des pétitions.Labrador - Le 6 décembre 2001, dans une déclaration ministérielle concernant l\u2019amendement constitutionnel sur le changement de nom de Terre-Neuve et Labrador, loseph Facal, ministre délégué aux Affaires intergouvemementales L\u2019Assemblée nationale et les partis Participation politique et partis 516 L\u2019état du Québec canadiennes, rappelle que l'amendement n\u2019a aucune incidence sur la frontière du Labrador et que «aucun gouvernement québécois n\u2019a reconnu formellement le tracé de la frontière établie entre le Québec et Terre-Neuve par l\u2019avis du Conseil privé de Londres en 1927».Au nom de l\u2019opposition officielle, Benoît Pelletier, député de Chapleau, «souscrit entièrement» à la motion du gouvernement.du Québec dans les domaines constitutionnel et intergouvememental - De 1936 à mars 2001 », un ouvrage totalisant plus de cinq cents pages, qui fait suite à un document publié en 1991 par le gouvernement de Robert Bourassa, lequel reprenait le champ d\u2019une étude faite en 1978 par le ministère des Affaires intergouvemementales, sous Claude Morin.Affaire Michaud, suite - Le député péquiste de l\u2019Assomption, Jean-Claude St-André, présente le 13 décembre 2001 une pétition d\u2019un seul signataire, Yves Michaud, demandant de réparer l\u2019injustice causée à M.Michaud lors de l\u2019adoption d\u2019une motion dénonçant ses propos présumés à l\u2019égard des communautés ethniques.La motion est déposée, elle est conforme, et en vertu des nouvelles règles le gouvernement a 60 jours pour y apporter une réponse.Dans sa réponse du 12 mars, Jean-Pierre Charbonneau, ministre responsable de la Réforme des institutions, s\u2019est engagé à saisir la Commission de l\u2019Assemblée nationale d\u2019un projet de règlement interdisant le présentation de motions de blâme à l\u2019encontre d\u2019une personne qui n\u2019est pas député.Marie-Claire Kirkland - À l\u2019occasion du 40e anniversaire de l\u2019élection de la première femme à l\u2019Assemblée nationale du Québec, le 14 décembre 2001, l\u2019Assemblée honore madame Marie-Claire Kirkland.Mme Kirkland fut élue députée de la circonscription de Jacques-Cartier lors de l\u2019élection partielle du 14 décembre 1961.Doris Paradis, Vérificatrice - Le 16 décembre 2001, le poste de Vérificateur général du Québec est confié par intérim à Doris Paradis, vérificatrice générale adjointe.Mme Paradis succède à M.Guy Affaire Michaud - On apprend le 6 décembre 2001 que M.Yves Michaud va s\u2019adresser à la Cour supérieure pour contester la légalité de la motion de blâme dont il a fait l\u2019objet le 14 décembre 2000.Il veut la faire déclarer inconstitutionnelle, plaidant que l\u2019Assemblée nationale n\u2019a pas le droit d\u2019adopter une motion de blâme contre un individu, sauf si ce dernier porte atteinte aux droits et privilèges de l\u2019Assemblée ou de l\u2019un de ses membres.Mode de scrutin - Le premier ministre Bernard Landry annonce à l\u2019Assemblée nationale, le 6 décembre 2001, que la question du mode de scrutin sera sérieusement abordée en 2002.« Nous franchirons des étapes importantes au moins dans le débat, dans l\u2019approfondissement de la question», dit-il.Le premier ministre a expliqué qu\u2019il favorisait pour sa part l\u2019instauration au Québec d\u2019un régime présidentiel, mais que seule la souveraineté du Québec permettrait d\u2019atteindre un tel régime, [uoir article p.488] Budget des dépenses - Des crédits supplémentaires numéro 1 sont déposés le 11 décembre 2001.Positions constitutionnelles - Le 11 décembre 2001, Joseph Facal dépose en Chambre un document intitulé « Positions La vie politique 517 Breton qui assumait la fonction depuis 10 ans.La nomination du Vérificateur général, comme celle du Protecteur du citoyen, du Directeur général des élections, de l\u2019Inspecteur général des institutions financières, du président de la Commission des droits de la personne et du Commissaire au lobbyisme (les « personnes désignées ») requiert l\u2019accord des deux tiers des membres de l\u2019Assemblée nationale.Lévesque et Lesage - Le 17 décembre 2001, au terme d\u2019un débat de cinq heures tenu à l\u2019Assemblée nationale les 5-6 décembre, le président de la Commission de la représentation électorale, Me Marcel Blanchet, annonce des modifications mineures au rapport sur la nouvelle carte électorale déposé le 5 décembre 2001.Ainsi, la circonscription de Limoilou-Giffard porte maintenant le nom de Jean-Lesage, et la circonscription de Manicouagan celui de René-Lévesque.Normand Girard - Le 19 décembre 2001, l\u2019Assemblée souligne la retraite du doyen des courriéristes parlementaires, Normand Girard, journaliste au Journal de Quebec et au Journal de Montreal.Pierre Duchesne - Le 19 décembre 2001 marque la retraite de Pierre Duchesne, secrétaire général, après 27 ans à l\u2019Assemblée nationale.11 occupait cette fonction depuis 1984.François Côté, secrétaire général adjoint aux Affaires parlementaires et institutionnelles, lui succède et devient ainsi le neuvième secrétaire général depuis 1867.CanWest désavouée - L\u2019Assemblée adopte à l\u2019unanimité, le 19 décembre, une motion demandant à Southam de prendre des engagements afin de préserver le caractère original et l\u2019autonomie de son son seul quotidien au Québec, The Gazette: «Que l\u2019Assemblée nationale, conformément à la recommandation unanime du rapport de la commission de la culture sur la concentration des médias, demande aux dirigeants de l\u2019entreprise Southam News de publier un énoncé de principes et des engagements à l\u2019égard de la qualité et de la diversité de l\u2019information, et cela afin de maintenir et préserver le caractère original et l\u2019autonomie de son quotidien au Québec, The Gazette.» [voir article p.623] Ajournement - Le 19 décembre 2001, après 32 séances, les travaux sont ajournés au 12 mars 2002.Démissions - Insatisfaits du sort qui allait leur être réservé dans le prochain cabinet, trois ministres, dont deux piliers des gouvernements du Parti québécois depuis 25 ans, annoncent leur démission le 29 janvier 2002 : Guy Chevrette, Jacques Brassard, David Cliche.Remaniement - Bernard Landry remanie son équipe en profondeur le 30 janvier 2002, causant une véritable surprise en formant le plus gros cabinet de l\u2019histoire avec 38 ministres.Gilles Baril quitte le cabinet - Profondément affecté par les révélations concernant les activités de lobbyiste de son ami Raymond Bréard, révélations qui entraîneront sa démission comme directeur général du PQ, Gilles Baril annonce le 12 février 2002 qu\u2019il abandonne ses responsabilités ministérielles.Reprise de la session - La deuxième session de la trente-sixième Législature L\u2019Assemblée nationale et les partis Participation politique et partis 518 L\u2019état du Québec reprend ses travaux le 12 mars 2002.Louise Harel est la première femme élue présidente de l\u2019Assemblée nationale.Bicentenaire de la Bibliothèque - C\u2019est le 14 mars 2002 que débutent les célébrations du Deuxième centenaire de la Bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale.C\u2019est en effet le 10 mars 1802 que les députés ont adopté une résolution constituant la Bibliothèque de la Chambre d\u2019assemblée du Bas-Canada.Les parlementaires avaient manifesté, à la session de 1801, le désir de constituer une collection de livres utiles et propres à leur travail législatif.En posant pareil geste, ils emboîtaient le pas aux députés du Haut-Canada (1801) et aux congressistes américains qui avaient créé en 1800 une bibliothèque législative.Les célébrations du Bicentenaire culmineront lors du congrès de l\u2019Association des bibliothécaires parlementaires du Canada et du colloque sur l\u2019histoire des bibliothèques parlementaires qui auront lieu à Québec les 22-23-24 septembre 2002.riault (PLQ) dans Anjou et Anna Mancuso (PLQ) dans Viger.Assermentations - François Corriveau (Saguenay) est assermenté le 22 avril 2002, Lise Thériault (Anjou) et Anna Mancuso (Viger) le 23.Brian Mulroney honoré - Brian Mulroney est nommé grand officier de l\u2019Ordre national du Québec le 14 mai 2002.Pour Bernard Landry, M.Mulroney « a donné au Canada un des cadeaux les plus importants de l\u2019histoire.Quel serait le taux de chômage au Québec et au Canada, sans le libre-échange?» C\u2019est la première fois dans l\u2019histoire de l\u2019institution qu\u2019un premier ministre du Canada reçoit l\u2019Ordre national du Québec.Aucun chef de gouvernement du Québec n\u2019a eu droit à cet honneur.Rappelons que l\u2019Ordre national du Québec souligne le caractère exceptionnel des réalisations et la contribution à l\u2019épanouissement du Québec.Baril cède sa place - Gilles Baril, député de Berthier, démissionne le 15 mai 2002.Fait unique, Bernard Landry déclenche le même jour des élections complémentaires pour le 17 juin 2002 dans Berthier, Joliette, Vimont et Lac-Saint-Jean.L\u2019Argus - Modeste mais indispensable institution, la revue de presse quotidienne l\u2019Argus célèbre le 25 mai 2002 le 25e anniversaire de l\u2019édition de son premier numéro.Émancipation politique des Juifs - Les membres de l\u2019Assemblée commémorent le 170' anniversaire de l\u2019émancipation des Juifs le 5 juin 2002.Invités à l\u2019Assemblée nationale par le premier ministre Bernard Landry, le président du Congrès juif canadien (région du Québec) et celui de la Hôpital Montfort - L\u2019Assemblée félicite les Franco-Ontariens, le 13 mars 2002, pour leur victoire dans le dossier de l\u2019hôpital Montfort.La motion de Benoît Pelletier, député libéral de Chapleau, propose: «que l\u2019Assemblée nationale félicite la communauté franco-ontarienne pour sa victoire dans le dossier de l\u2019hôpital Montfort, laquelle témoigne de la ténacité des Franco-Ontariens et de leur profond attachement à la langue française, et laquelle rejaillit sur l\u2019ensemble de la francophonie canadienne.» [voirarticlep.673) Élections partielles - Le 15 avril 2002, François Corriveau (ADQ) est élu dans la circonscription de Saguenay, Lise Thé- La vie politique 519 Société Saint-Jean-Baptiste dévoilent une affiche que les deux organismes viennent de publier conjointement rappelant l\u2019adoption, le 5 juin 1832 par l'Assemblée législative du Québec (Bas-Canada), de la Loi sur l\u2019émancipation politique des Juifs.C'était le premier parlement de l\u2019Empire britannique à le faire, 25 ans avant le Parlement de Londres.Déséquilibre fiscal - Adhérant au diagnostic posé par la Commission sur le déséquilibre fiscal, dont le rapport (« Pour un nouveau partage des moyens financiers au Canada ») est publié le 7 mars 2002, l\u2019Assemblée nationale adopte à l\u2019unanimité, le 7 juin 2002, la motion conjointe: «Que l\u2019Assemblée nationale, principalement en vue d\u2019améliorer les services de santé, d\u2019éducation et de soutien à la famille, demande au gouvernement fédéral de reconnaître et de corriger le déséquilibre fiscal constaté par le rapport Séguin, en tenant compte de ses recommandations qui dessinent un cadre nouveau pour les relations financières et fiscales au sein de la fédération canadienne, notamment, afin que cessent ses interventions dans le champ de compétences des provinces» [voir article, p.426].Commissaire au lobbyisme - Le premier Commissaire au lobbyisme est élu à l\u2019unanimité par les députés le 14 juin 2002.Sur proposition du premier ministre Bernard Landry, Me André Côté, secrétaire général de l\u2019Université Laval, est nommé pour un mandat de cinq ans à compter du 5 août 2002 [voir article, p.46].Déportation des Acadiens - Le 13 juin 2002, l\u2019Assemblée adopte une motion unanime demandant au gouvernement britannique de reconnaître les torts histo- riques infligés aux Acadiens lors de la déportation de 1755, des événements « équivalent à un crime contre l\u2019humanité » a dit le premier ministre Bernard Landry.La motion stipule « que l\u2019Assemblée nationale du Québec exprime sa solidarité quant à la démarche que mène la Société nationale de l\u2019Acadie auprès de la couronne britannique afin que celle-ci reconnaisse officiellement les torts historiques infligés inutilement en son nom au peuple acadien lors de sa déportation de 1755 à 1763.» Ajournement - Les travaux de la session printanière sont ajournés le 14 juin 2002 \u2014 une date bien plus hâtive que de coutume \u2014, jusqu\u2019au 15 octobre 2002.Élections partielles - Coup de tonnerre, le 17 juin 2002 : l\u2019ADQ rafle trois circonscriptions sur quatre.Marie Grégoire est élue dans Berthier, Sylvie Lespérance dans Joliette, François Gaudreau dans Vimont, tandis que Stéphane Tremblay conserve Lac-Saint-Jean au PQ [voir article, p.494].Réforme des institutions démocratiques - Le 20 juin, le ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques, Jean-Pierre Charbonneau, donne le coup d\u2019envoi à une grande réflexion sur les institutions et les modes de fonctionnement qui encadrent la démocratie québécoise.Le gouvernement publie un document thématique (« Le pouvoir aux citoyens et aux citoyennes ») en vue des états généraux qui seront organisés au début de 2003.Plusieurs sujets seront abordés, notamment le mode de scrutin, la représentation des régions au Parlement, celle des autochtones, le droit de vote à 16 ans, les élections à date fixe et l\u2019élection du chef du gouvernement au suffrage universel [voir article, p.488].L\u2019Assemblée nationale et les partis Participation politique et partis 520 L\u2019état du Québec Hard présidente de l\u2019APF - La présidente première femme à présider l\u2019Assemblée de l\u2019Assemblée nationale, madame Louise parlementaire de la Francophonie (APF).Hard, est devenue le 5 juillet 2002 la LES PRINCIPALES LOIS VOTÉES PAR L\u2019ASSEMBLÉE NATIONALE Même si l\u2019opposition insiste sur l\u2019essoufflement, voire la désorganisation du gouvernement, qui est visiblement ébranlé par les controverses qui l'accablent (le premier ministre a lui-même qualifié la session du printemps de « mer orageuse et exceptionnellement agitée»), son bilan législatif, pour les sessions d\u2019automne 2001 et du printemps 2002 (poursuite de la deuxième session, ouverte le 22 mars 2001), est plus imposant que celui de l\u2019année précédente, avec 79 projets de loi publics adoptés contre 61, en 73 jours de travaux à peine.Moins fructueuse en pièces majeures, la session d\u2019automne est marquée par le dépôt d\u2019un budget et l\u2019annonce de mesures économiques destinées à «chauffer» une économie qui donne des signes d\u2019essoufflement au lendemain des événements du n septembre 2001.Tous les projets de loi à risques sont écartés et l\u2019heure est à l\u2019annonce de bonnes nouvelles: accélération d\u2019investissements, Politique de la ruralité, « Paix des braves» avec les autochtones (et relance des travaux de la Baie lames).Le gouvernement (ou les députés, par mandat d\u2019initiative) a également mené pas moins de 33 consultations, particulières ou générales (en comptant l\u2019examen du mandat de certains organismes publics) sur des sujets aussi variés que la problématique de la violence dans le hockey mineur, le virage à droite et les radars photographiques, le régime public d\u2019assurance automobile, le prix de l\u2019essence, l\u2019examen du plan stratégique d\u2019Hydro-Québec, l\u2019union civile, l\u2019indemnisation des per- sonnes accidentées reconnues coupables d\u2019actes criminels, le système correctionnel (libération des prévenus), la carte santé, la Charte de la langue française, la collecte sélective et le recyclage des journaux, l\u2019éthique en matière de lobbyisme, les services préhospitaliers d\u2019urgence, etc.Session de l'automne 2001: 42 lois Protecteur des usagers - Un projet de loi institue le Protecteur des usagers en matière de santé et de services sociaux, lequel succède au Commissaire aux plaintes.Le Protecteur des usagers veillera au respect des usagers et des droits qui leur sont reconnus et aura pour principale fonction d\u2019examiner les plaintes formulées par ceux-ci.Conseils d\u2019établissement - Une législation permet dorénavant aux élèves d\u2019avoir les mêmes droits que les autres membres des conseils d\u2019établissement des écoles secondaires, y compris celui de choisir les membres issus de la communauté.État civil - Dans la foulée des événements du 11 septembre, Québec modifie le Code civil en matière de demande de documents d\u2019état civil afin de resserrer ses contrôles pour l\u2019obtention de certificats de naissance, de mariage ou de décès.Bingos - Une loi modifie l\u2019organisation de l\u2019industrie du bingo en permettant d\u2019octroyer des permis de bingo à des propriétaires de salles privées autres que les organisations sans but lucratif. La vie politique 521 Session du printemps 2002: 37 lois Élections scolaires - Une loi reporte la date de la prochaine élection scolaire générale au 16 novembre 2003 pour permettre aux commissions scolaires de procéder à une nouvelle division des circonscriptions électorales.Code du travail - La Commission des relations du travail, nouvelle instance décisionnelle en matière d\u2019accréditation syndicale, prend la relève du Bureau du commissaire général du travail en matière de rapports collectifs de travail et disposera des plaintes et recours individuels déposés en vertu du Code du travail.Salaire des élus - Une autre loi vient corriger des oublis de la loi concrétisant les fusions municipales, pour éviter cette fois que certains élus ne touchent un double traitement lors de la naissance des nouvelles villes.Sécurité' civile - La Loi sur la sécurité civile, qui peut être considérée comme la réponse du gouvernement au rapport sur les événements relatifs à la tempête de verglas de 1998, vient renforcer le fait que c\u2019est le gouvernement de proximité qui doit gérer une catastrophe et venir en aide à la population touchée.Il prévoit de plus le renforcement des principes de prévention et de précaution.Secret professionnel - Une loi vise à assurer une meilleure protection des citoyens en permettant de communiquer des renseignements confidentiels ou protégés par le secret professionnel lorsqu\u2019un danger imminent de mort ou de blessures graves menace une personne ou un groupe de personnes identifiable.Cette mesure s\u2019inscrit dans la foulée de la Politique d\u2019intervention en matière conjugale et familiale, notamment.Dossier jiscal - Le projet de loi 14, modifiant la Loi sur le ministère du Revenu et d\u2019autres dispositions législatives relativement à la protection des renseignements confidentiels, précise dorénavant les dispositions relatives à la confidentialité des renseignements fiscaux, introduit la notion de dossier fiscal d\u2019une personne, établit que ce dossier est confidentiel et prévoit les règles concernant sa communication.Logements sociaux - Pour faire face à la rareté du logement dans les grands centres, une loi modifiant la Loi sur la Société d\u2019habitation du Québec donne de nouveaux moyens à la SHQ et aux offices municipaux d\u2019habitation pour le développement de logements sociaux dans les villes de Montréal, Gatineau, Québec et Sherbrooke [voir articles p.195, 267^433], Approbation des traités - Par la loi 52, l\u2019Assemblée nationale se donne le pouvoir d\u2019approuver ou non les traités internationaux négociés par le Québec, ou par le Canada mais qui touchent en tout ou en partie ses compétences constitutionnelles.Code de procédure civile - La réforme du Code de procédure civile du Québec, importante et attendue, est finalement adoptée.Élections scolaires - Visant à accroître l\u2019intérêt des citoyens pour la démocratie scolaire, une loi fixe au premier dimanche de novembre la date de la tenue, tous les quatre ans, du scrutin électoral scolaire et réduit la période électorale scolaire de 75 à 44 jours.Coussins gonflables - Faisant suite au scandale révélé par les médias, une loi L\u2019Assemblée nationale et les partis Participation politique et partis 522 L\u2019état du Québec modifiant le Code de la sécurité routière interdit l\u2019utilisation des coussins gonflables trafiqués.Terrains contaminés - Une loi établit de nouvelles règles visant la protection des terrains ainsi que leur réhabilitation en cas de contamination.Lobbying - Le projet de loi 80, sur la transparence et l\u2019éthique en matière de lobbyisme, a pour objet de rendre transparentes les activités de lobbying exercées auprès des titulaires de charges publiques.La loi crée la fonction de Commissaire au lobbying, qui sera notamment chargé d\u2019élaborer un code de déontologie [voir article p.46].Prêts et bourses - Québec modifie la Loi sur l\u2019aide financière aux études pour élargir le régime aux études secondaires en formation professionnelle et les études postsecondaires à temps partiel.Union civile - Avant-gardiste et adoptée à l\u2019unanimité, la loi 84, instituant l\u2019union civile des conjoints du même sexe et établissant de nouvelles règles de filiation, crée une nouvelle institution, l'union civile, et modifie le Code civil afin que les personnes liées par ce régime aient les mêmes droits et les mêmes obligations que les personnes liées par le mariage.Système correctionnel - Inspiré par une série de tragédies, dont la triste affaire Alexandre Livernoche, le législateur resserre les principes généraux qui doivent guider les libérations conditionnelles et impose l\u2019obligation de procéder à l\u2019évaluation de toute personne confiée aux Services correctionnels.Pratique médicale - Une loi attendue met à jour les champs d\u2019exercice et les capacités, distinctives ou partagées, de ri professions du secteur de la santé.En permettant le partage des activités médicales, elle autorise les infirmières, notamment, à poser certains actes médicaux.Fonction publique - Une loi prévoit les modalités découlant de la prolongation des conventions collectives des secteurs public et parapublic jusqu\u2019au 30 juin 2003.Paix des braues - Une loi est adoptée assurant la mise en oeuvre de l\u2019Entente concernant une nouvelle relation entre le gouvernement du Québec et les Cris du Québec, signée le 7 février 2002 [voir articles p.527 et 399l Garderies - Pour éviter les abus dans les garderies, une loi resserre les règles d\u2019attribution des permis aux propriétaires de garderies, permettant notamment l\u2019accès aux dossiers policiers, et met fin au moratoire sur les garderies privées.Assurance-médicaments - Le gouvernement étant aux prises avec une hausse annuelle de 15 % des coûts du régime, une loi modifie certaines règles relatives au financement et qui ont trait aux montants de la prime, de la franchise et de la contribution maximale, à la coassurance et au financement du Fonds de l\u2019assurance-médi-caments, ce qui se traduit, au premier chef, par une hausse de 10% de la franchise que doivent payer les usagers.Porcheries - Réaction du gouvernement aux préoccupations de plus en plus vives des citoyens face au développement de l\u2019industrie porcine, la loi 103 porte restrictions relatives à l\u2019élevage de porcs, et U vie politique 523 précède l\u2019imposition d\u2019un moratoire de deux ans sur l\u2019implantation de nouvelles porcheries.Langue - Réponse du gouvernement au rapport Larose (« Le français, une langue pour tout le monde.Une nouvelle approche stratégique et citoyenne», publié le 20 août 2001), une loi modifiant la Charte de la langue française vient créer l\u2019Office québécois de la langue française et le Conseil supérieur de la langue française, en plus de colmater une brèche par laquelle 4000 enfants avaient pu accéder à l\u2019école anglaise après un passage d\u2019un an dans une école privée non subventionnée [noir article p.534].LE FINANCEMENT DES PARTIS Le Directeur général des élections du Québec, M' Marcel Blanchet, a rendu publics le 5 juin 2002 les rapports financiers des partis politiques du Québec ainsi que le montant total de la participation de l\u2019État au financement politique pour l\u2019exercice financier qui s\u2019est terminé le 31 décembre 2001.Le document de près de 800 pages reprend intégralement les rapports financiers produits par n des 12 partis politiques autorisés au 31 décembre 2001, celui du Parti de la loi naturelle du Québec n\u2019ayant pas été produit dans le délai prescrit.Ces n entités autorisées ont eu des revenus globaux de 14 097 292 $ et ont dépensé 11 326 078$.Les trois partis représentés à l\u2019Assemblée nationale se partagent 98,6% des revenus et 98,5% des dépenses autorisées.Les contributions des électeurs ont totalisé 9 923 241 $.47 806 personnes ont fait des contributions de moins de 200 $, 10 276 de plus de 200 $ ; ces contributions comptent pour 68% de l\u2019argent recueilli.La contribution moyenne est de 171$, comparativement à 143 $ en 2001.Le rapport du DGE montre à nouveau que l\u2019État québécois demeure le principal pourvoyeur des partis politiques.La parti- cipation financière de l\u2019État au financement politique québécois, qui s\u2019élève à 6 374 619$ en 2001, comprend les montants suivants : Allocation de fonctionnement versée aux partis autorisé : Action démocratique du Québec : Parti libéral du Québec : Parti québécois : Autres partis : Total : 311 326$ 1147 698 $ 1\t223 959$ 35 975$ 2\t718 958$ Remboursements des frais de verification effectué aux partis :\t18934$ Remboursements de dépenses électorales (élections partielles du 9 avril 2001 dans la circonscription de Mercier et du Ier octobre 2001 dans les circonscriptions de Blainville, Jonquière, Labelle et Laviolette) :\t168 727 $ Crédits d'impôt pour contributions politiques provinciales accordés par Revenu Québec à 40 136 contribuables pour l\u2019année d\u2019imposition 2000:\t3 468 000 $ L\u2019Assemblée nationale et les partis Participation politique et partis 524 L'état du Québec L\u2019allocation que verse l\u2019État aux partis politiques est basée sur le nombre d\u2019électeurs inscrits sur la liste électorale lors de la dernière élection.Un montant de 50 cents est accordé pour chaque électeur inscrit.La somme globale est redistribuée entre les partis en fonction du pourcentage de vote obtenu lors de l\u2019élection du 30 novembre 1998.Les actifs nets des trois principaux partis politiques au 31 décembre 2001 s\u2019élevaient à 3 312 636 $ pour le Parti libéral du Québec, 2 499 240 $ pour le Parti québécois et 44 944 $ pour l\u2019Action démocratique du Québec.L\u2019Action démocratique du Québec, qui semble jouir de la faveur populaire, comme en témoignent ses succès électoraux récents, reste largement dépendante du financement de l\u2019État pour survivre, malgré une amélioration notable de ses revenus autonomes.Ce financement, qui atteignait 79,5% en 2000, atteint 61,4% en 2001, contre 16,4% pour le PLQ et 20, 7 % pour le PQ.Les militants libéraux sont les plus généreux, leur contribution moyenne étant de 234$, contre 129$ pour un péquiste et 116$ pour un adéquiste.Le PLQ a amassé 5,5 millions en contributions en 2001, contre 4,1 millions pour le PQ et 173 130 $ pour l\u2019ADQ.Les 14 partis politiques provinciaux autorisés au S juillet 2002 Action démocratique du Québec / Équipe Mario Dumont Chef : Mario Dumont Bloc équité sociale Chef : Daniel Touchette Bloc pot Chef : Alexandre Néron Parti communiste du Québec Chef : André Cloutier Parti de la démocratie socialiste Chef : Paul Rose Parti de la loi naturelle du Québec/ Natural Law Party of Québec Chef : Allen Faguy Parti démocratie chrétienne du Québec Chef: Gilles Noël Parti égalité / Equality Party Chef : Keith Henderson Parti innovateur du Québec Chef: Raymond Robitaille Parti libéral du Québec / Québec Liberal Party Chef: Jean Charest Parti marxiste-léniniste du Québec Chef: Claude Brunelle Parti québécois Chef: Bernard Landry Parti vert du Québec / Green Party of Québec Chef : Richard Savignac Rassemblement pour L\u2019ALTERNATIVE PROGRESSISTE Chef: Pierre Dostie Une nouvelle carte électorale La nouvelle carte électorale, rendue publique le 17 décembre 2001 par la Commission de la représentation électorale, La vie politique 525 présidée par le DGE, Mc Marcel Blanchet, modifie le territoire de soixante-dix circonscriptions au total, en plus d'attribuer le nom d\u2019un ancien premier ministre du Québec à deux circonscriptions électorales.La circonscription de Manicouagan s\u2019appellera désormais René-Lévesque, tandis que celle de Limoilou prendra le nom de Jean-Lesage.La délimitation des cent vingt-cinq circonscriptions électorales est basée sur les électeurs inscrits sur la liste électorale permanente du Québec en date du 30 juin 2000.La nouvelle carte électorale entrera en vigueur au moment de la dissolution de l\u2019Assemblée nationale pour la tenue des prochaines élections générales.Carte d\u2019électeur Dans un avis transmis à l\u2019Assemblée nationale le 29 novembre 2001, le DGE écarte l\u2019idée d\u2019implanter une carte d\u2019électeur numérisée avec photo et suggère qu\u2019on expérimente davantage les mécanismes actuels d\u2019identification des électeurs.Pour éviter la fraude électorale, la Loi électorale prévoit depuis deux ans que les électeurs doivent s\u2019identifier au moyen de leur carte d\u2019assurance-maladie, de leur permis de conduire ou de leur passeport, des documents qui comportent une photographie du titulaire.Ces mesures sont bien acceptées et semblent atteindre l\u2019objectif visé, affirme le DGE.M.Blanchet estime que la mise en place d\u2019une nouvelle carte d\u2019électeur numérisée ne comporterait pas d\u2019avantages par rapport aux mesures d\u2019identification actuelles et insiste sur le coût « prohibitif » \u2014 qui pourrait atteindre 289 millions $ \u2014 de l\u2019implantation d\u2019une carte d\u2019électeur numérisée.11 note enfin qu\u2019une carte d\u2019électeur ne garantirait pas que la personne qui la possède a le droit de vote le jour du scrutin.\u2022 Références ?Sites Internet Pour la composition de l\u2019Assemblée nationale : www.assnat.qc.ca/fra/Membres/index.html Sur les projets de loi publics : www.assnat.qc.ca/fra/Publications/projets-loi/publics/index.htm Sur le budget du Québec : www.budgetfinances.gouv.qc.ca/index.asp Sur les crédits (budget des dépenses) : www.tresor.gouv.qc.ca/budget/budget.htm Sur les documents de référence concernant la démocratie québécoise : www.mri.gouv.qc.ca/ la_bibliotheque/democratie/cadres.html Texte de la Charte francophone des jeunes : www.assnat.qc.ca/fra/PFJ/charte.htm Texte de la Déclaration nationale sur l\u2019action bénévole: www.mess.gouv.qc.ca/francais/saca/ declaration.htm Texte de la Politique nationale de la ruralité : www.mreg.gouv.qc.ca/pwpoint4.pdf Rapport Larose : www.mcc.gouv.qc.ca/publications/rapporthtm Rapport Séguin : www.desequilibrefiscal.gouv.qc.ca/ff/document/publication.htm Document de consultation sur la réforme du mode de scrutin « Le pouvoir aux citoyens et aux citoyennes » : www.mce.gouv.qc.ca Sur le gouvernement Landry : www.premier.gouv.qc.ca/premier/index.html Sur la Loi électorale, les résultats électoraux, le financement des partis politiques : www.dgeq.qc.ca/ Sur les partis représentés à l\u2019Assemblée nationale : portail.adq.qc.ca/ et www.adq.qc.ca/ partiquebecois.org/zones/www/www.plq.org L\u2019Assemblée nationale et les partis Participation politique et partis 526 L\u2019état du Québec Les premiers ministres du Québec depuis 1867 CHAUVEAU, Pierre-Joseph-Olivier OUIMET, Gédéon BOUCHER DE BOUCHERVILLE, Charles-Eugène JOLY DE LOTBINIÈRE, Henri-Gustave CHAPLEAU, Joseph-Adolphe MOUSSEAU, Joseph-Alfred ROSS, John Jones TAILLON, Louis-Olivier MERCIER, Honoré (père) BOUCHER DE BOUCHERVILLE, Charles-Eugène TAILLON, Louis-Olivier FLYNN, Edmund James MARCHAND, Félix-Gabriel PARENT, Siméon-Napoléon GOUIN, Lomer TASCHEREAU, Louis-Alexandre GODBOUT, Joseph-Adélard DUPLESSIS, Maurice Le Noblet GODBOUT, Joseph-Adélard DUPLESSIS, Maurice Le Noblet SAUVÉ, Joseph-Mignault-Paul BARRETTE, Antonio LESAGE, Jean JOHNSON, Daniel (père) BERTRAND, Jean-Jacques BOURASSA, Robert LÉVESQUE, René JOHNSON, Pierre Marc BOURASSA, Robert JOHNSON, Daniel (fils) PARIZEAU, Jacques BOUCHARD, Lucien LANDRY, Bernard 15 juillet 1867\tC 26 février 1873\tC 8 septembre 1874\tC 8 mars 1878\tL 31 octobre 1879\tC 31 juillet 1882\tC 23 janvier 1884\tC 25 janvier 1887\tC 29 janvier 1887\tL 21 décembre 1891\tC 16 décembre 1892\tC 12 mai 1896\tC 26 mai 1897\tL 3 octobre 1900\tL 23 mars 1905\tL 8 juillet 1920\tL 11 juin 1936\tL 26 août 1936\tUN 9 novembre 1939\tL 30 août 1944\tUN 11 septembre 1959\tUN 8 janvier 1960\tUN 22 juin 1960\tL 5 juin 1966\tUN 2 octobre 1968\tUN 29 avril 1970\tL 25 novembre 1976\tPQ 3 octobre 1985\tPQ 12 décembre 1985\tL 11 janvier 1994\tL 26 septembre 1994\tPQ 29 janvier 1996\tPQ 8 mars 2001\tPQ La vie politique 527 Politiques publiques et mobilisation sociale La politique autochtone Une année marquée par la reconnaissance des droits des Premières Nations Mario Cloutier Journaliste, La Presse S\u2019il est un domaine politique où le Québec et le gouvernement du premier ministre Bernard Landry peuvent se réjouir depuis des années d\u2019occuper l\u2019avant-garde, voire de pousser le gouvernement canadien dans ses derniers retranchements, c\u2019est bien celui des affaires autochtones.Les ententes historiques signées avec les Innus, les Cris et les Inuits ont démontré au cours de la dernière année que le Québec occupait bel et bien la «pôle-position » dans ce domaine, bouleversant les principes traditionnels de la politique fédérale.Jusqu\u2019en 2002, l\u2019anniversaire de la Constitution canadienne n\u2019avait rien de particulièrement réjouissant pour les Premières Nations.La vingtième année suivant le rapatriement de 1982 aura toutefois été marquée par un virage politique majeur, où le gouvernement fédéral a pris acte pour la toute première fois de l\u2019incontournable nécessité de reconnaître les droits ancestraux autochtones au sein de traités dûment négociés.En paraphant une entente de principe avec Québec et les Innus (Montagnais), Ottawa a littéralement donné vie à l\u2019article 35 de la Constitution de 1982, qui reconnaît et confirme les droits existants \u2014 ancestraux ou issus de traités \u2014 des peuples autochtones du Canada.Un radical changement de politique Ce changement radical de la politique canadienne a d\u2019abord été le fait de négociateurs et de juristes québécois, représentant Ottawa, Québec et les Innus, qui ont accepté de sortir des sentiers battus afin d\u2019envisager une solution basée sur la reconnaissance des droits plutôt que sur leur « extinction ».Depuis 30 ans, Ottawa exigeait en effet de signer des accords où les autochtones renonçaient, d\u2019une manière ou d\u2019une autre, à des droits que plusieurs jugements de tribunaux leur avaient pourtant reconnus.En fait, au cours des ans et des traités, le gouvernement canadien avait épuisé tous les synonymes \u2014 extinction, abandon, cession ou échange \u2014 quand il était question de prendre position face à cette délicate question des droits ancestraux qui se trouvaient au centre de dizaines de tables de négociations avec les nations autochtones.Ottawa a cependant été poussé au pied du mur par les représentants des trois parties lors des pourparlers territoriaux globaux avec les Innus de Mamuitun (ouest du Québec) qui se sont conclus par une entente de principe, au début de l\u2019année 2002.Les négociations avec les Innus ont commencé il y a plus de 20 ans.Mais la volonté d\u2019en arriver à un accord n\u2019avait jamais été aussi ferme et articulée.Cette La politique autochtone Politiques publiques et mobilisation sociale 528 L'état du Québec décision de faire une croix sur le passé relève de la même ouverture d\u2019esprit qui a d\u2019ailleurs permis au gouvernement québécois d\u2019actualiser, à peu près au même moment, la Convention de la Baie James et du Nord québécois (CBJNQ), en signant d\u2019autres accords majeurs avec les Cris et les Inuits.Innus : la reconnaissance des droits ancestraux Au départ, la position du Québec dans ses négociations avec les Innus n\u2019était pas révolutionnaire en soi.Les négociations territoriales globales avaient débuté il y a plus de deux décennies.Il y a quelques années, l\u2019idée de suspendre les droits autochtones non reconnus ou définis dans un traité \u2014 au lieu de les éteindre ou d\u2019en exiger l\u2019abandon \u2014 avait été soulevée, mais jugée trop difficile d\u2019application.La jurisprudence et le cadre politique canadiens ont toutefois évolué et permis de finalement effacer un anachronisme bien réel quant à la reconnaissance des droits autochtones.En reconnaissant l\u2019existence des Premières Nations en tant que telles en 1985, le gouvernement de René Lévesque avait déjà causé un précédent historique.Non dénué de raisons politiques \u2014 en vue de la souveraineté il était souhaitable de sympathiser avec les groupes autochtones \u2014 ce geste a néanmoins préparé les développements survenus au cours de 2001-2002.Même si le Québec a dénoncé le coup de force constitutionnel de 1982, la motion de l\u2019Assemblée nationale en 1985 allait dans le même sens que l\u2019article 35 de la Constitution.Le gouvernement québécois n\u2019a jamais cessé, par la suite, de développer des orientations et des politiques allant dans cette même direction.Confronté plusieurs fois dans son existence moderne au roc incontournable que représente la Cour suprême, Québec a ainsi devancé les autres provinces et le gouvernement canadien, en tenant compte du texte constitutionnel de 1982 et des jugements de tribunaux qui ont suivi.Face aux Innus, la position du Québec a été on ne peut plus claire dès le début: reconnaître les droits ancestraux des autochtones.Comme l\u2019a si bien résumé le négociateur fédéral dans le dossier, André Maltais, l\u2019accord avec ces autochtones de la Côte-Nord et du Lac Saint-Jean « met en vie l\u2019article 35 » de la Constitution.Le gouvernement québécois aura démontré dans ce dossier un courage politique doublé d\u2019une grande obstination.Après tout, la politique québécoise s\u2019inscrit dans la foulée d\u2019événements \u2014 notamment la crise d\u2019Oka en 1990 et autres chocs du genre avec les Micmacs ou les Innus par la suite \u2014\u2022 qui ont laissé des traces profondes sur la collectivité québécoise.Le gouvernement du Parti québécois a avancé contre vents et marées dans ce dossier, laissant préjugés et ressentiments de côté, pour se concentrer sur l\u2019objectif d\u2019une plus grande autonomie gouvernementale autochtone.Aucun bénejïce électoral.Cette volonté inébranlable aurait pu vaciller devant plusieurs écueils.Visant le long terme du développement de communautés bien souvent démunies, l\u2019historique entente de principe avec les Innus n\u2019aura même pas donné de fruits électoraux.Au contraire, des portions de certaines populations blanches en ont profité pour donner libre cours à un discours rétrograde, totalement débranché des réalités politiques et juridiques.Au cours des derniers mois, on a même vu des groupus- La vie politique 529 cules se former et manifester dans des régions \u2014 Sept-îles notamment \u2014 où les communautés autochtones n\u2019étaient pas encore assises à la table de négociation.Ce dérapage démagogique, encouragé par une presse ne faisant pas du tout dans la nuance, a forcé les trois parties à rendre public un texte incomplet, se situant à mi-chemin entre les résultats de longs pourparlers et l\u2019entente de principe.Malheureusement, aucune accalmie n\u2019est apparue.Afin de compléter le travail entrepris, les négociateurs et les juristes subiront de plus en plus de pression autant de la population que de leurs commettants.Si la volonté politique s\u2019est montrée souvent soluble devant les échéanciers électoraux ou la chaleur des débats, on peut se demander ce qu'il adviendra de l\u2019entente Québec-Ottawa-Innus d\u2019ici deux ans, le temps nécessaire à la rédaction d\u2019un traité en bonne et due forme.En outre, le prochain gouvernement québécois n\u2019aura pas la même couleur ni probablement la même vision des affaires autochtones.Et plusieurs observateurs s\u2019entendent pour dire qu\u2019ils ne croiront véritablement à cette entente que lorsque le texte juridique sera écrit et approuvé par les trois parties.Depuis le début, le plus sérieux obstacle à cette entente demeure cependant la politique canadienne et sa tradition \u2014 à l\u2019encontre des jugements de Cour et de la Constitution \u2014 de refuser de reconnaître les droits ancestraux autochtones ainsi que le titre aborigène.Même dans le plus récent exemple, celui du traité Nisga\u2019a en Colombie-Britannique, les autochtones ont dû échanger certains droits contre le versement de compensations financières.Désormais, l\u2019accord innu influencera des dizaines de tables de négociations partout au Canada, une conséquence politique dont les retombées se feront sentir pendant des années à venir.Nouveaux droits.L\u2019entente de principe avec les Innus québécois reconnaît la présence antérieure des autochtones sur le territoire, mais y affirme aussi la souveraineté de la Couronne.Recherchée par Ottawa, cette certitude juridique a été obtenue par une suspension des droits qui ne seront pas explicitement définis dans le traité.Les parties s\u2019entendent pour négocier l\u2019éventuelle reconnaissance de nouveaux droits ou de nouvelles juridictions, dans l\u2019éventualité d\u2019une modification à la Constitution, d\u2019une décision d\u2019un tribunal ou d\u2019une évolution pertinente du droit international.Le document précise les grandes lignes déjà convenues il y a deux ans avec Mamuitun, le conseil tribal représentant les communautés de Betsiamites, Essipit, Mashteuiatsh et Nutashkuan, lors de l\u2019approche commune.Les Innus recevront 275 millions d\u2019Ottawa et 102 millions de Québec pour favoriser leur autonomie financière et gouvernementale.Également, les Innus obtiennent pleine propriété sur un territoire de 522 kilomètres carrés, soit le double des réserves fédérales, et 3 % des redevances sur les ressources naturelles exploitées dans cette zone.Un gouvernement innu sera éventuellement mis sur pied et il s\u2019occupera notamment de fiscalité, de taxes et d\u2019impôts, de langue, de culture et d\u2019éducation.Il pourra aussi adopter une Charte innue des droits et libertés, mais le droit criminel, la défense et l\u2019immigration échapperont à cette nouvelle juridiction.Les Innus participeront à la gestion du territoire et géreront les activités de chasse, pêche, piégeage et cueillettes de fruits à des fins traditionnelles.La politique autochtone Politiques publiques et mobilisation sociale 530 L\u2019état du Québec Dans le domaine hydroélectrique, le Québec s\u2019engage à réserver à l\u2019usage exclusif des Innus de Mashteuiatsh, Essipit et Betsiamites un volume de puissance de 30 mégawatts.Pour Nutash-kuan, Québec réserve un potentiel de 50 mégawatts qui pourra être développé avec les municipalités avoisinantes.Cinq autres communautés innues n\u2019étaient pas représentées par Mamuitun lors de cette négociation.Le conseil tribal Mamit Innuat (Innus de l\u2019Est) représente trois d\u2019entre elles et négocie toujours avec Québec et Ottawa en vue de se joindre au futur traité.À l\u2019été 2002, Sept-Iles et Schefferville n\u2019étaient toujours pas en négociations.La paix avec les Cris : un retour à la Convention de la Baie James Contrairement à l\u2019entente de principe innue, l\u2019accord intervenu entre les Cris et le gouvernement québécois ne bouleverse pas le champ juridique des droits autochtones.Il s\u2019agit d\u2019abord et avant tout de la relecture d\u2019un traité existant qui pousse un plus loin l\u2019autonomie gouvernementale crie, sans rouvrir toutefois la question de droits ancestraux éteints par la Convention de la Baie James et du Nord québécois (CBJNQ) [voir aussi p.437].Cette entente entre Québec et les Cris, c\u2019est l\u2019histoire d\u2019une communauté autochtone qui avait déjà commencé à se prendre en mains avec la signature, en 1975, du premier traité moderne liant l\u2019une des Premières Nations du Canada.Elle reprend l\u2019esprit, plutôt que la lettre, de l\u2019accord historique et accentue la responsabilisation des communautés cries en mettant l\u2019accent sur leur développement communautaire, économique et social.Les Cris recevront 3,5 milliards de dollars d\u2019ici 50 ans, mais seront plus que jamais responsables d\u2019eux-mêmes, de la création et du maintien d\u2019emplois dans leur région et du mieux-être des 14 000 membres de cette Première Nation de la Baie lames.Le développement hydroélectrique sera l\u2019une des pierres angulaires du succès escompté, autant que les pratiques traditionnelles de pêche et de chasse, de même que l\u2019exploitation de la forêt et des mines \u2014 le diamant notamment \u2014 qui promettent des retombées intéressantes.Politiquement, l\u2019entente aura tout de même surpris.Les leaders politiques, le grand chef cri Ted Moses et le premier ministre Bernard Landry en tête, ont décidé, dans ce cas précis, d\u2019enterrer le passé et la hache de guerre des contestations judiciaires, avant de fumer le calumet de la « Paix des braves ».Ici aussi, le rôle et l\u2019attitude du gouvernement fédéral seront déterminant, pour la suite des choses.Appel à Ottawa.Si Québec a dit oui aux Cris, il reste encore à obtenir le même genre d\u2019engagement de la part d\u2019Ottawa.« le somme le Canada, a d\u2019ailleurs déclaré le chefTed Moses à la fin de 2001, et particulièrement le premier ministre Chrétien, de confirmer son appui [.] Le Québec a pris une grande initiative pour appuyer le développement dans la région.Le Canada doit maintenant en faire de même.» Devant les tribunaux, les Cris réclamaient plusieurs milliards de dollars des gouvernements d'Ottawa et de Québec, mais aussi des compagnies forestières pour dommages causés à leur environnement.Les poursuites contre le Québec ont été abandonnées, mais pas celles contre Ottawa et les forestières.Québec et les Cris tablent sur une meilleure coopération, de nation à nation, et sur une volonté commune de prospérer à tous les points U vie politique 531 de vue.Dans le même esprit, les Cris s\u2019engagent à ne pas intenter contre le Québec d\u2019autres recours relatifs à l\u2019application passée de la CBJNQ.Cette entente vise aussi la réalisation de projets majeurs de développement hydroélectrique sur le territoire de la baie James ainsi que l\u2019harmonisation des activités forestières avec les activités traditionnelles des Cris.L\u2019accord donne le coup d\u2019envoi aux plus grands travaux hydroélectriques depuis les années 1980.Les travaux de la centrale Eastmain 1 ont déjà été entrepris.Le projet Eastmain i-A/ Rupert a été lancé.Ces deux projets permettront la réalisation de 4 milliards de dollars d\u2019investissements dans la région et procureront de l\u2019emploi à 10 500 personnes au cours des neuf prochaines années.Au chapitre de la foresterie, l\u2019entente prévoit une participation accrue des communautés cries dans la mise en valeur des ressources forestières.Cette participation prendra forme notamment par la mise en place du Conseil Cris-Québec sur la foresterie et de groupes de travail conjoints, au niveau des communautés concernées, chargés de voir à l\u2019implantation des différentes modalités prévues à l\u2019entente.De plus, l\u2019introduction de mesures particulières facilitera une meilleure prise en considération du mode de vie des Cris.Inuits: une logique de développement La logique de ce règlement entre Québec et les Cris a été ensuite étendue aux négociations avec les Inuits, autres signataires de la CBJNQ.Quoique étant de race et de culture différentes des autres Amérindiens, les Inuits pourront également profiter de la même logique de développement.En outre, la création du Nunavik, équivalent juridique du Nunavut canadien, est plus que jamais à l\u2019ordre du jour.Ce gouvernement autonome inuit au Québec pourrait être représenté à l\u2019Assemblée nationale, a d\u2019ailleurs laissé entendre le nouveau ministre responsable du Nord québécois, Michel Létourneau.Le premier des ministres québécois à évoquer cette possibilité avait toutefois été le responsable des affaires autochtones en 1997, Guy Chevrette, lors du lancement d\u2019une politique de responsabilisation des communautés autochtones.L\u2019ombre de M.Chevrette planait encore lors des accords conclus au cours des derniers mois.Populiste et fin négociateur, l\u2019ancien ministre et député de Joliette a beaucoup aidé, au fil des ans, à établir un meilleur dialogue avec les Premières Nations, en homme de terrain qu\u2019il était.L\u2019entente de partenariat entre le gouvernement du Québec et les Inuits du Nunavik vise aussi à accélérer le développement économique et communautaire du Grand Nord québécois.D\u2019une durée de 25 ans, cette entente a été conclue à l\u2019occasion de l\u2019assemblée générale annuelle de la Société Makivik, en présence de représentants des quatorze communautés inuites et les principaux acteurs socio-économiques du Nunavik, dont Pita Aatami qui a déclaré : « Cette entente illustre le niveau élevé de coopération, de compromis et de confiance qui s\u2019est développé entre nous.» Comme dans le cas des Innus et des Cris, l\u2019entente comprend un volet important de développement hydroélectrique du territoire.Plusieurs sites à fort potentiel hydroélectrique ont été répertoriés au Nunavik.Des études préliminaires indiquent que ce potentiel pourrait atteindre de 6300 MW à 7200 MW.Si ce potentiel est pleinement réalisé, sa mise en valeur se traduirait par des investissements de l\u2019ordre La politique autochtone Politiques publiques et mobilisation sociale 532 L\u2019état du Québec Loi constitutionnelle.L\u2019article 35 de la Constitution de 1982 se lit comme suit : « (1) Les droits existants \u2014 ancestraux ou issus de traités \u2014 des peuples autochtones du Canada sont reconnus et confirmés.(2) Dans la présente loi, «peuples autochtones du Canada» s\u2019entend notamment des Indiens, des Inuits et des Métis du Canada.» Quelques jalons historiques 1973: Jugement Calder.Tout en déboutant des Nisga\u2019as de la Colombie-Britannique qui prétendaient que leur titre ancestral de propriété n\u2019avait jamais été éteint sur une ancienne terre tribale, la Cour suprême confirme l\u2019existence des droits ancestraux des autochtones sur le territoire, du fait qu\u2019ils l\u2019avaient occupé et utilisé avant les Européens.Cet important avis juridique force Ottawa à adopter une politique de revendications globales et prépare le terrain au futur article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982.1973 : Jugement Malouf.La Cour supérieure du Québec donne raison aux Cris et aux Inuits en leur reconnaissant aussi des droits territoriaux.Elle ordonne de suspendre les travaux sur les chantiers hydroélectriques de la Baie James.De longues négociations suivent et se concluent en 1975 par la signature de la Convention de la Baie James et du Nord québécois.1982: Loi constitutionnelle.L\u2019article 35 de la Constitution de 1982 se lit comme suit : « (1) Les droits existants \u2014 ancestraux ou issus de traités \u2014 des peuples autochtones du Canada sont reconnus et confirmés.(2) Dans la présente loi, \u201cpeuples autochtones du Canada\u201d s\u2019entend notamment des Indiens, des Inuits et des Métis du Canada.» Ces deux courtes phrases marquent un virage majeur dans le régime politique et juridique canadien.1985: Résolution de l\u2019Assemblée nationale.Québec adopte une motion de « reconnaissance des nations autochtones et de leurs droits » pour officialiser et faire connaître les grands principes que devra respecter le gouvernement dans ses relations avec les autochtones.de 18 milliards de dollars et créerait, en termes d\u2019emplois directs et indirects reliés à la construction des centrales hydroélectriques et à la fabrication des équipements, l\u2019équivalent de 50 000 personnes-années.Dans le cadre de l\u2019entente, les Inuits s\u2019engagent à travailler avec le gouvernement du Québec pour favoriser la mise en valeur de ces ressources.De son côté, le Québec, par l\u2019entremise d\u2019Hydro-Québec, consacrera 50 millions de dollars à la réalisation d\u2019études économiques, techniques et environnementales afin d\u2019évaluer ce potentiel et sa mise en valeur éventuelle.Autre constante: les deux gouvernements chercheront à favoriser une plus grande prise en charge par les Inuits de leur développement économique et communautaire.Les Inuits assumeront les responsabilités en matière de développement économique et communautaire jusqu\u2019à maintenant sous la responsabilité du gouvernement du Québec dans le cadre de la CBJNQ.À cet effet, Québec devait verser une somme de 7 millions de dollars en 2002-2003, de 8 millions de dollars en 2003-2004, et de 15 millions de dollars annuellement pendant 25 ans. U vie politique 533 1990: Affaire Sparrow.Un Musqueam de Colombie-Britannique, disant pêcher pour sa subsistance, se retrouve en Cour suprême pour avoir utilisé un filet de pêche interdit par la loi federale.Le tribunal lui donne raison en accordant à son droit ancestral, dont il a su prouver l'existence, une « interprétation libérale et généreuse ».1990 : Affaire Sioui.jugeant des Hurons de Québec qui ont coupé du bois et fait du feu dans un parc, la Cour suprême les acquitte en acceptant leur argument de pratiques ancestrales et religieuses.Le tribunal estime qu\u2019un sauf-conduit, émis en 1760 en faveur de leurs ancêtres, constitue un traité au sens de la Loi sur les Indiens et a donc préséance sur les lois provinciales.1996: Affaires Adams et Côté.La Cour suprême rend deux jugements simultanément en acquittant un Mohawk d\u2019Akwesasne et des Algonquins de Maniwaki d\u2019accusations d\u2019enfreinte à des règlements fédéraux, tout en les assujettissant aux règlements provinciaux.Dans le premier cas, il s\u2019agissait de pêche à des fins alimentaires, dans l'autre, d\u2019enseignement de techniques de pêche traditionnelle aux enfants.1997 : Arrêt Delgamuukw.La Cour suprême définit pour la première fois, depuis la Constitution de 1982, le titre aborigène.Celui-ci « comprend le droit d\u2019utiliser et d\u2019occuper de façon exclusive les terres détenues en vertu de ce titre pour différentes fins qui ne doivent pas nécessairement être des aspects de coutumes, pratiques et traditions autochtones faisant partie intégrante d\u2019une culture autochtone distinctive.Ces utilisations protégées ne doivent pas être incompatibles avec la nature de l\u2019attachement qu\u2019a le groupe concerné pour ces terres ».1999 : Affaire Marshall.La Cour suprême établit que les Micmacs de Nouvelle-Écosse peuvent pêcher à longueur d\u2019année sans permis pour leur consommation propre.Le plus haut tribunal au pays refuse toutefois de reconnaître un droit de commercer pour réaliser des gains financiers et assujettit cette pratique de pêche à la réglementation.Citoyens à part entière Toutes les nations autochtones n\u2019ont pas atteint le niveau de confiance en soi des Innus, des Cris ou des Inuits.Toutes les communautés visées par ces ententes ne s\u2019entendent pour réclamer les mêmes responsabilités à la même vitesse.Soumis au système des réserves et à l\u2019archaïque Loi fédérale des Indiens, certains groupes autochtones vivent dans un tel état de pauvreté qu\u2019il leur est pratiquement inimaginable de pouvoir sortir un jour du cercle vicieux de la dépendance.Avec des leaders tels que Ted Moses, Rémy Kurtness ou Pita Aatami, les autochtones du Québec démontrent toutefois qu\u2019une alternative existe.Ils sont prêts à faire confiance aux leurs afin d\u2019assumer des responsabilités socio-économiques de plus en plus grandes, en visant la création de gouvernements autochtones autonomes et responsables.Au bout du chemin, c\u2019est ni plus ni moins que la fin de l\u2019exclusion que ces visionnaires espèrent trouver.Des moyens originaux \u2014 comme ce Fonds de capital de risque autochtone du Québec de six millions de dollars appuyé conjointement par les gouvernements de Québec et d\u2019Ottawa \u2014 existent pour offrir aux communautés des outils de développement qui assureront les bases financières d'un avenir prospère et politiquement stable.Un avenir où les recours juri- La politique autochtone Politiques publiques et mobilisation sociale 534 L\u2019état du Québec diques seront de moins en moins un exutoire à l\u2019incompréhension entre Premières Nations et gouvernements blancs, puisque des mécanismes de règlements de différends accompagnent toutes les ententes récentes afin.D\u2019ici 20 ans, si tout se déroule normalement, les Innus avancent même que les systèmes fiscaux autochtones \u2014 encore à ses balbutiements \u2014 et québécois pourront être harmonisés.On se souviendra alors que ces citoyens autochtones à part entière ont commencé à rêver à un niveau de vie comparable à celui de leurs voisins québécois quelque part au début des années 2000 en négociant des ententes de bonne foi qui auront fait avancer la cause autochtone surtout au Québec, mais également au Canada.\u2022 Sur lü démographie autochtone, uoir page 143.Références Dupuis, Renée, Tribus, Peuples et Nations.Les nouveaux enjeux des revendications autochtones au Canada.Boréal, Montréal 1997.Dupuis, Renée, Quel Canada pour les autochtones ?La fin de l\u2019exclusion.Boréal, Montréal 2001.Kurtness, Rémy, Louis Bernard et André Maltais, Entente de principe d\u2019ordre général entre Les Premières nations de Mamuitun et de Nutashkuan et le gouvernement du Québec et le gouvernement du Canada, Québec 2002.Secrétariat aux Affaires autochtones, Les Amérindiens et les Inuits du Québec.Onze nations contemporaines.Gouvernement du Québec, Québec 2001.La loi 104: un rendez-vous manqué Stéphan Gervais Programme d\u2019études sur le Québec, Université McGill À la suite du dépôt du rapport de la Commission des états généraux sur la situation et l\u2019avenir de la langue française, le 17 août 2001, la ministre responsable de la Charte de la langue française, Diane Lemieux, décida d\u2019entreprendre une série de réformes modifiant la loi 101.Cela donna le projet de loi 104, adopté en juin 2002.Le gouvernement québécois, lors de la création de la Commission, le 29 juin 2000, avait confié comme mandat à cette commission, présidée par l\u2019ex-syndica- liste Gérald Larose, de « procéder à l\u2019examen des articles de la Charte de la langue française (.) et de présenter des recommandations visant à assurer l\u2019usage, le rayonnement et la qualité de la langue française au Québec ».Le rapport de la Commission, communément appelé rapport Larose, avait notamment retenu l\u2019attention médiatique avec son approche « fondée sur la reconnaissance d\u2019une citoyenneté québécoise dont la langue française traduit l\u2019originalité première».Le gouvernement La vie politique 535 péquiste n\u2019a pas jugé bon de saisir cette perche tendue pour susciter un débat autour de la citoyenneté québécoise et du rôle du français dans sa définition [voir article p.27].Pour un gouvernement qui se remettait à peine du furieux débat sur les fusions municipales, l\u2019heure n\u2019était sans doute pas aux grands travaux dans le domaine linguistique.Le 7 mai 2002, le projet de loi 104 visant à modifier la Charte de la langue française est déposé à l\u2019Assemblée nationale par Diane Lemieux.Quelques semaines plus tard, le 12 juin, le projet était adopté à l\u2019unanimité.Cette loi instaure des modifications à plusieurs aspects de la Charte de la langue française.L'accès à l'école anglaise: une brèche colmatée Une des modifications concerne le chapitre touchant la langue d\u2019enseignement, et particulièrement la fréquentation de l\u2019école anglaise publique ou privée subventionnée.En effet, en inscrivant un enfant pendant un an dans une école privée non subventionnée de langue anglaise, il était possible de se servir de ce séjour comme «passerelle» vers le réseau subventionné anglais, public ou privé.Le tout, en conformité avec le droit reconnu par l\u2019article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés qui affirme que «les citoyens canadiens dont un enfant a reçu ou reçoit son instruction aux niveau primaire ou secondaire, en français ou en anglais au Canada, ont le droit de faire instruire tous leurs enfants, aux niveaux primaire et secondaire, dans la langue de cette instruction».Cet article avait forcé une modification à la loi 101 pour étendre l\u2019accès à l\u2019école anglaise aux enfants de Canadiens des autres provinces et non aux seuls Québécois anglophones.Grâce à cette manœuvre, plus de 4000 étudiants ont pu obtenir, de 1996 à 2001, une dérogation pour accéder aux écoles publiques ou privées subventionnées.En 1998, les effectifs étudiants inscrits à l\u2019école non subventionnée qui ont revendiqué par la suite le droit de fréquenter l\u2019école anglaise subventionnée étaient de 481, alors qu\u2019ils sont passés à 906 en 2000-2001.Il faut préciser que la fréquentation de ces écoles privées non subventionnées se fait moyennant le paiement de droits de scolarité très élevés (environ 10 000 $ par an).La loi 104 stipule que dorénavant l\u2019enseignement en anglais reçu dans une école non subventionnée ne pourra être pris en compte.De même, tout en maintenant les exceptions prévues à la Charte pour les enfants en séjour temporaire au Québec, ceux vivant des difficultés d\u2019apprentissage ou une situation grave d\u2019ordre familial ou humanitaire, la loi 104 stipule que ces exceptions sont des autorisations individuelles qui ne pourront être transférées, par exemple à un autre membre de la famille.En annonçant ces modifications, Mme Lemieux affirma vouloir mettre fin à ces aberrations, déclarant: «On ne peut pas s\u2019acheter un droit par le biais d\u2019un truc.» Le rapport Larose va dans le même sens : on ne doit pas permettre, y lit-on, « à des parents résidant au Québec d\u2019acheter pour leurs enfants et leurs descendants le droit constitutionnel de recevoir au Québec leur enseignement en anglais».Le rapport va cependant plus loin, en proposant que le Québec soit soustrait des dispositions de l\u2019article 23 de la Charte canadienne.La ministre n\u2019a cependant pas affirmé son intention de mener une bataille constitutionnelle ou juridique.La loi 104 : un rendez-vous manqué Politiques publiques et mobilisation sociale 536 L\u2019état du Québec Cette réaction contraste avec celle du président du groupe de pression anglophone Alliance Québec, Brent Tyler, qui a affirmé que la bataille juridique sur cette disposition sera entamée «avant même que l\u2019encre de la loi 104 ne soit sèche».Lors des consultations entourant le projet de loi, un groupe pour la défense des droits des anglophones avait soutenu que la loi 104 «viendra pénaliser davantage» la communauté anglo-québécoise, et que «la situation de la minorité anglaise au Québec est fragile, pour ne pas dire carrément menacée en régions ».Le quotidien The Gazette a dénoncé en éditorial cette modification à la loi, en affirmant que «l\u2019actuelle bonne santé du français au Québec » plaide pour une plus grande liberté de choix et non pour un durcissement législatif.Cette même option de la liberté de choix est également soutenue par un petit groupe de parents francophones qui affirment que la réussite professionnelle des francophones passe par l\u2019anglais, car « nous vivons en Amérique du Nord, entourés de 300 millions d\u2019anglophones ».Le chef de l\u2019opposition Jean Charest n'a pas dénoncé cette disposition, ni encouragé sa contestation devant les tribunaux.Dans la presse francophone, un consensus s\u2019est rapidement dégagé en faveur de l\u2019intervention ministérielle sur cette disposition.Une voix alarmiste s\u2019exprima cependant avant même le dépôt du projet de loi 104, celle de lean Dorion, ancien président de la Société Saint-Jean-Baptiste et ancien délégué du Québec à Tokyo.M.Dorion écrivit dans Le Devoir qu\u2019une tendance inquiétante se manifeste désormais dans la diminution des effectifs fréquentant les écoles françaises.En effet, selon les chiffres mêmes du ministère de l\u2019Éducation, le pourcentage d\u2019enfants à l\u2019école française est passé, à l\u2019école primaire, de go,2 % en 1993-1994 à 88,95% en 2001-2002.La tendance est similaire au secondaire.Pour Dorion, il faut supprimer les exceptions contenues à propos de la langue d\u2019enseignement et cesser de « tenir un discours de perdants ».Dorion dénonce la «dualité forcée» de deux réseaux scolaires qui est une «séquelle de 1760 » en affirmant qu\u2019« au Québec, l\u2019imposition d\u2019un réseau d\u2019écoles enseignant dans une autre langue que celle de la majorité a été et demeure un facteur de rupture sociale ».Fusion des organismes linguistiques La loi 104 modifie considérablement les organismes et leurs mandats, notamment en les fusionnant.\u2022\tL\u2019Office québécois de la langue française.En présentant une disposition de la loi 104 visant à apporter des changements aux organismes gouvernementaux, la ministre a parlé de « modernisation des mandats des organismes de la Charte ainsi que de leurs structures ».On a ainsi mis sur pied un nouvel organisme, l\u2019Office québécois de la langue française, dont la mission est «l'officialisation linguistique et toponymique, de terminologie ainsi que de francisation de l\u2019administration des entreprises ».\u2022\tCe nouvel Office doit notamment assurer le respect de loi 101, surveiller l\u2019évolution de la situation linguistique au Québec, veiller à ce que le français soit la langue « normale et habituelle du travail, des communications, du commerce et des affaires dans l\u2019administration et les entreprises », et finalement établir les programmes de La vie politique 537 recherche nécessaires à l\u2019application de la Charte de la langue française.\u2022 Afin de faciliter l\u2019exécution de ce mandat, il est institué au sein de l\u2019Office un Comité d\u2019officialisation linguistique, un Comité d\u2019officialisation toponymi-que ainsi qu\u2019un Comité de suivi sur la situation linguistique.Les cinq membres de chacun de ces trois comités sont nommés par l\u2019Office.Une nouveauté: le Conseil supérieur de la langue jTançaise.La loi 104 crée un Conseil supérieur de la langue française qui a pour devoir de « donner son avis au ministre sur toute question que celui-ci lui soumet» et de « saisir le ministre de toute question qui, selon lui, appelle l\u2019attention du gouvernement».Le Conseil supérieur est formé d\u2019un président et de sept personnes que le gouvernement «considère représentatives des consommateurs, des milieux de l\u2019éducation, des communautés culturelles, des syndicats et du patronat ».En somme, le nouvel Office québécois de la langue française, en plus de conserver les pouvoirs accordés à l\u2019Office de la langue française, s\u2019accapare plusieurs des fonctions qui étaient dévolues à la Commission de la protection de la langue française, au Conseil de la langue française et à la Commission de toponymie du Québec.Plus précisément, le Conseil de la langue française perd la responsabilité du suivi de la situation linguistique.Le nouveau Conseil supérieur peut « effectuer les études et les recherches qu\u2019il juge nécessaires» et «informer le public sur toute question relative à langue française au Québec ».Par le passé, le Conseil de la langue française a publié des études et des avis qui ont grandement contribué à améliorer la compréhension des enjeux en présence.Soulignons la publication, pour le première fois en 1997, d\u2019un « indice des langues d\u2019usage public ».Cet indice entendait mesurer les retombées de la politique linguistique sur l\u2019usage du français dans la vie de tous les jours.L\u2019étude ajoutait aux catégories habituelles de «langue maternelle » et de « langue d\u2019usage à la maison », celle de « langue d\u2019usage public ».On y apprenait notamment que yi % de la population de l\u2019île de Montréal utilise « surtout le français » comme langue d\u2019usage public.Le Conseil a également publié récemment des études importantes sur la qualité de la langue, la langue d\u2019affichage, les perspectives démolinguistiques du Québec à l\u2019aube du xxi' siècle, et les défis de l\u2019intégration linguistique des Amériques.Les dangers de la jusion.Début 1986, lorsque les libéraux pensaient fusionner les organismes de la langue, le directeur du Devoir Jean-Louis Roy plaidait pour le maintien «d\u2019un lieu indépendant d\u2019enquête sur l\u2019état réel de la langue française chez nous ».De même, le rapport du Groupe de travail sur l\u2019examen des organismes gouvernementaux, mieux connu sous le nom de rapport Facal, confirmait en 1997 la pertinence du Conseil de langue française, affirmant que « le Conseil demeure un organisme essentiel pour assurer la pérennité du français au Québec ».À la lumière des modifications proposées par la loi 104, on peut fortement douter que le nouvel Office québécois de la langue française puisse avoir la distance nécessaire du pouvoir politique pour conserver le niveau de crédibilité des études du Conseil de la langue française.Selon Guy Rocher, professeur au département de Sociologie de l\u2019Université de Montréal, intimement associé à la La loi 104 : un rendez-vous manqué Politiques publiques et mobilisation sociale 538 L\u2019état du Québec genèse de la loi 101, « le projet de loi 104 politise l\u2019application de la loi 101 et la recherche sur la situation linguistique».M.Rocher faisait notamment référence à la présence du sous-ministre comme membre permanent siégeant au sein du nouvel Office québécois.La loi 104 transforme la Commission de toponymie en Comité d\u2019officialisation toponymique.Le lien administratif avec l\u2019Office de la langue française devient un lien de dépendance, le nouveau comité perdant son autonomie décisionnelle.Dans une lettre publiée dans Le Devoir, l\u2019ex-président de la Commission de toponymie, Henri Dorion, affirmait qu\u2019« aucune raison valable ne milite en faveur du ravalement de cet organisme au rang d\u2019un service subordonne à une autre instance, si ce n\u2019est que de rattraper un certain nombre de recommandations du Rapport Larose afin de ne pas donner l\u2019impression qu\u2019il fut inutile ».Abolition de la Commission de protection de la langue La Commission de la protection de la langue française, qui avait comme mandat «d\u2019assurer le respect de la Charte de la langue française et des règlements qui en découlent», est abolie.Son mandat est désormais confié au nouvel Office.Cette situation est identique à celle qui prévalait en 1993 lors de l\u2019adoption de la loi 86 par le gouvernement libéral.Le gouvernement péquiste avait rétabli la Commission en septembre 1997.C\u2019est ainsi que l\u2019organisme responsable de la francisation des entreprises est aussi celui qui veillera au respect de la loi 101.On peut se demander si la transposition du mandat de la Commission de Protection de la langue française ne risque pas d\u2019embrouiller les mandats et de frei- ner la francisation des milieux de travail.Il est en effet difficile de concilier francisation et coercition dans un même organisme.Comme le soulignaient les signataires d\u2019une lettre ouverte parue en février 2002, parmi lesquels figuraient Louis Balthazar, Marie-Andrée Beaudet, Fernand Daoust, Alain-G.Gagnon et Guy Rocher, l\u2019incorporation de la Commission de la protection de la langue française au sein de l\u2019Office rappelle la situation qui prévalait avant le départage des fonctions.Selon les signataires, « l\u2019Office était constamment en conflit d\u2019intérêt avec lui-même, il se trouvait souvent juge et partie ».Il est à noter que cette décision a été chaudement applaudie par The Gazette, qui a affirmé que cette modification témoigne de « la victoire des modérés sur les fondamentalistes de la langue ».La Commission, dont le mandat, les actions et les effectifs auraient pu être mieux connus du grand public, a toujours été perçue comme une source majeure d\u2019irritation par de nombreux anglophones.Après avoir consacré des expressions injurieuses comme «police de la langue », l\u2019inflation verbale grimpa encore d\u2019un cran ou deux lorsque le chroniqueur Don Macpherson, du même quotidien anglophone, parla des «talibans de la langue ».La francisation des entreprises Au chapitre de la francisation des entreprises, la loi 104 n\u2019étend pas l\u2019obligation d\u2019obtenir un certificat de francisation pour les entreprises de moins de 100 employés.Cependant, elle accorde un pouvoir discrétionnaire au nouvel Office québécois de la langue française.Celui-ci peut forcer, après examen de la situation, une entreprise de 50 à 99 employés à former un comité de francisation, formé de six mem- La vie politique 53g bres provenant de façon paritaire des employés et des employeurs.Le délai entre l\u2019inscription d\u2019une entreprise à un programme de francisation et la mise en place du programme est ramené de deux ans à un an.Il y a ici convergence entre les modifications de la loi 104 et les recommandations du rapport Larose.La loi 104 n\u2019est pas une loi musclée en matière de francisation des entreprises.Elle fait sienne l\u2019approche « incitative et partenariale » du rapport Larose.Malheureusement, le cumul des fonctions risque de desservir l\u2019Office et de nuire à l\u2019établissement d\u2019un climat de confiance et de partenariat avec les entreprises.L'implication des cégeps et des universités La loi 104 a aussi retenu du rapport Larose le besoin d\u2019une implication accrue des cégeps et des universités dans la mise sur pied d\u2019une politique linguistique au sein de ces institutions.Cette politique doit être transmise au ministre de l\u2019Éducation et faire mention de la langue des manuels et des instruments d\u2019évaluation, de la langue de communication dans l\u2019établissement, de la qualité du français des étudiants et des membres du personnel, de la langue de travail, etc.Pour les établissements de langue anglaise, la loi 104 prévoit qu\u2019ils doivent se doter d\u2019une politique en matière d\u2019enseignement du français langue seconde, et de Références Gouvernement du Québec, Commission des états généraux sur la situation et l\u2019avenir de la langue française au Québec, Le français, une langue pour tout le monde.Une nouvelle approche stratégique et citoyenne, sous la présidence de Gérald Larose, Québec, Éditeur officiel du Québec, Québec, 2001.Sur Internet : www.etatsgeneraux.gouv.qc.ca/pdf/COM1-021_Rapport_final.pdf Gouvernement du Québec, Conseil de la langue française, La qualité de la langue: un projet de société, Rapport préparé par Jacques Maurais.Éditeur officiel du Québec, Québec, 1999.Gouvernement du Québec, Conseil de la langue française, Le français au Québec.400 ans d\u2019histoire et de vie, sous la direction de Michel Plourde.Coédition Fides et Les Publications du Québec, Québec, 2000.Gouvernement du Québec, Conseil de la langue française, Le français, langue d'usage public au Québec en 1QQ7: rapport de recherche.Rapport préparé par Paul Béland.Éditeur officiel du Québec, Québec, 1999.Gouvernement du Québec, Conseil de la langue française, Les enjeux et les défis linguistiques.Avis à la ministre responsable de l\u2019application de la Charte de la langue française, par Christine Fréchette.Éditeur officiel du Québec, Québec, 2001.Gouvernement du Québec, Conseil de la langue française, Perspectives démolinguistiques du Québec et de la région de Montréal à l\u2019aube du xxf siècle: implications pour le français langue d\u2019usage public.Rapport préparé par Marc Termote.Éditeur officiel du Québec, Québec, 1999.?Sites Internet Office de la langue française : www.olf.gouv.qc.ca Texte de la Charte de la langue française : www.olf.gouv.qc.ca/charte/charte/index.html Commission de protection de la langue française : www.cplf.gouv.qc.ca Conseil de la langue française : www.clf.gouv.qc.ca Commission de toponymie du Québec : www.toponymie.gouv.qc.ca Texte de la loi 104: www.assnat.qc.ca/fra/Publications/Projets-loi/Publics/02-f104.pdf La I0M04 : un rendez-vous manqué Politiques publiques et mobilisation sociale 540 l\u2019état du Québec communications écrites avec l\u2019extérieur.Il faut souligner cet heureux ajout à la Charte, qui affirme le rôle central de ces institutions dans la qualité de la langue au Québec.La loi 104 oblige les cégeps et les universités à s\u2019impliquer.Sans leur imposer une politique unique, elle les force à débattre des stratégies linguistiques.En ce qui concerne les communications avec les autres gouvernements et avec les personnes morales au Québec, la loi 104 propose une modification à l\u2019article 16 de la loi 101, en stipulant que les communications du gouvernement se feront «uniquement» en français.On inscrit clairement l\u2019usage exclusif du français, tout en laissant la porte ouverte à des exceptions.Un débat étouffé Il aurait été souhaitable qu\u2019un débat large et éclairé ait eu lieu autour du projet de loi 104, notamment sur la refonte des organismes de la Charte.La Commission parlementaire a été annoncée quelques jours avant le début de ses travaux.On y conviait les intervenants sur invitation seulement: un débat étouffé, en somme.Le public aurait pu être saisi des tenants et aboutissants de la fusion des organismes.Il eut été aussi intéressant de discuter de l\u2019opportunité de donner à l\u2019Assemblée natio-nale \u2014 plutôt qu\u2019au ministre \u2014 le pouvoir de nommer les présidents des organismes.En bref, la loi 104 fut une occasion ratée, un débat étouffé, sur fond d\u2019exper-üses gaspillées.\u2022 Sécurité publique La réforme de la desserte policière du territoire Marc Ouimet et Paul-Philippe Paré École de criminologie, Université de Montréal Le visage de la police au Québec a beaucoup changé durant les années 90.La desserte policière, ou la répartition de la responsabilité de la sécurité publique, s\u2019est modifiée d\u2019abord en raison des réformes entreprises par le ministère de la Sécurité publique du Québec en ce qui concerne le financement des services de la Sûreté du Québec.C\u2019est en 1991 que la loi de police fut modifiée (projet de loi 145 : Loi modifiant diverses dispositions législatives concernant les finances municipales) pour imposer des frais aux municipalités qui ne disposent pas de services policiers muni- cipaux et qui utilisent les services de la Sûreté du Québec pour la protection de leur territoire.Il devint alors intéressant pour certaines municipalités n\u2019ayant pas de services policiers municipaux de se joindre à des villes environnantes pour mettre sur pied un service de police régional.La proportion de la population desservie par un service policier municipal a donc augmenté sensiblement durant la première moitié des années 90.Au milieu des années 90 régnait une certaine confusion quant aux rôles et responsabilités des différents partenaires de La vie politique 541 sécurité publique.Notamment, les petits services de police devaient faire appel fréquemment à la Sûreté du Québec pour de la suppléance pendant certaines plages horaires ou pour des enquêtes sur des crimes majeurs.Après consultations, le gouvernement a apporté des changements à la loi de police qui prirent effet en 1997.Les changements obligèrent les municipalités de moins de 5000 habitants à recourir à la SQ pour les services policiers et le coût des services rendus par la Sûreté du Québec furent haussés.Le Règlement sur les services policiers de base de 1997 proposa aussi une réorganisation de la Sûreté du Québec pour que celle-ci soit structurée sur la base des municipalités régionales de comtés (MRC).Des ententes avec les MRC furent établies, ententes prévoyant la mise en place d\u2019un comité de sécurité publique favorisant un rapprochement entre les communautés desservies et le service de police.En 1999, il n\u2019y avait plus que 133 services policiers municipaux au Québec.Finalement, la réforme de 1997 permettait une meilleure identificadon des services que devaient rendre les corps de police municipaux selon la taille de la population à desservir ; le concept de niveaux de services était créé.Six niveaux de services En juin 2000, la Loi sur la police est modifiée (L.Q., C.12) pour reprendre les éléments des changements législatifs précédents.Cette loi permet aussi la création de l\u2019École Nationale de Police du Québec qui succède à l\u2019Institut de police du Québec (dont le mandat comprend maintenant la formation de niveau universitaire et la recherche).Cette loi établit aussi le caractère communautaire de l\u2019action policière au Québec et institue un Conseil de surveillance des activités de la Sûreté du Québec.La Loi sur la police a été encore modifiée en juin 2001 (Loi concernant l'organisation des services policiers; L.Q.2001, c.ig) de manière à mieux préciser les niveaux de services policiers en fonction du nombre d\u2019habitants desservis par chaque service de police municipal, à établir les services complémentaires fournis par la Sûreté du Québec et à identifier sa mission à caractère national.La réforme se justifie par le fait que le Québec est aux prises avec une criminalité de plus en plus organisée et complexe qui traverse les frontières des municipalités, de la province ou du pays.Dans son discours devant l\u2019Assemblée nationale du 20 décembre 2000 présentant le projet de loi, le ministre Serge Ménard résume la situation : « En somme, compte tenu de la nature de la criminalité et de ses effets maintenant ressentis dans toutes les régions du Québec, il est de plus en plus évident qu\u2019un nombre important de nos organisations policières n\u2019ont pas la profondeur d\u2019action pour remplir leurs responsabilités en matière de lutte à la criminalité.Il est très important de mettre en perspective que ce constat ne réfère aucunement à la compétence même des policiers concernés, ni au volume de ressources policières recensées au Québec, mais il découle bien davantage de la fragmentation des organisations, de leur répartition déficiente sur le territoire et des carences observées au plan du partage des responsabilités.» Selon la nouvelle loi, il y a six niveaux de services.Le premier niveau correspond aux services de base que doivent assurer tous les corps policiers.Le niveau deux correspond aux responsabilités supplémentaires des agglomérations urbaines de plus de 100 000 habitants, le niveau trois pour les populations de 200 000 Sécurité publique : la réforme de la desserte policière Politiques publiques et mobilisation sociale 542 L\u2019état du Québec habitants, le niveau quatre pour les populations de 500 000 habitants et le niveau cinq pour les agglomérations dont la population est de 1 million d\u2019habitants ou plus.Seule la Sûreté du Québec assure les services de niveau six.La vague des fusions municipales est donc étroitement liée avec la réorganisation des services policiers.Par exemple, au sud de Montréal, les huit services de police existant auparavant se sont fusionnés dans le service de police de Longueuil.Avec la réforme, d\u2019autres services de police ne pouvant offrir faute de profondeur des services de niveau un, cesseront d\u2019exister et leurs effectifs seront intégrés à ceux de la Sûreté du Québec, comme ce fut le cas en 2002 pour les services de police d\u2019Alma, de Matane, de Vaudreuil-Dorion et de plusieurs autres.D\u2019ici peu, il ne restera que 30 ou 40 services de police municipaux au Québec.Gendarmerie, enquête, urgence et soutien De manière à établir les niveaux de services propres à chaque catégorie de corps de police, le ministère de la Sécurité publique a entrepris une analyse minutieuse des types de services dispensés par les policiers.Ceux-ci ont été regroupés en quatre genres, soit les services de gendarmerie, d\u2019enquêtes, de mesures d\u2019urgence et de services de souden.Le tableau ci-contre donne un aperçu des tâches associées à chacun des niveaux de services.Le niveau cinq s\u2019applique uniquement au Service de Police de la Ville de Montréal et le niveau six réfère aux services réservés à la Sûreté du Québec.La liste des niveaux de service délimite clairement les responsabilités de chaque type de corps de police.Les services qui n\u2019ont pas à être offerts par un corps de police en foncdon de sa taille sont alors dispensés par la Sûreté du Québec.Les responsabilités qui incombent au premier niveau de service permettent de comprendre pourquoi les petits corps de police fusionneront avec la Sûreté du Québec ou avec d\u2019autres corps de police pour former des régies régionales de sécurité publique.En effet, les services obligatoires sont beaucoup plus étendus que ce qu\u2019offraient les petits corps de police, surtout en ce qui concerne les enquêtes et les services de soutien.Pour les agglomérations plus importantes, ce sont aussi les responsabilités d\u2019enquête et de soutien qui s\u2019alourdissent.La réforme de l\u2019organisation de la police en ce début de siècle vise plusieurs objectifs, soit: \u2022\tle rehaussement de l\u2019efficacité et de l\u2019efficience ; \u2022\tune répartition des ressources mieux adaptée aux besoins ; \u2022\tl\u2019établissement d\u2019un partage plus précis des responsabilités ; \u2022\tla consolidation de la présence de la Sûreté du Québec sur l\u2019ensemble du territoire ; \u2022\tl\u2019amélioration de la lutte à la criminalité organisée ; \u2022\tl\u2019adaptation de l\u2019organisation à la réforme municipale ; \u2022\tl\u2019autofinancement des services.Il était clair que le morcellement de la police et les dédoublements des services n\u2019étaient plus en mesure de bien servir la cause de la sécurité intérieure dans la mesure où la criminalité s\u2019est complexifiée au cours des dernières décennies.De nouvelles réalités, comme les crimes informatiques, les réseaux internationaux ou le terrorisme demandaient une réorganisation importante de la police au Québec. La vie politique 543 Aperçu des niveaux de services \t\t\t 1 Patrouille continue, réponse aux appels, sécurité routière, protection des scènes de crime, transport de détenus, prise d'otage (périmètre), prévention, sécurité nautique (sauf sur le Saint-Laurent).\tAgression sexuelle, voies de fait, vol qualifié, introduction par effraction, incendie, vol de véhicule, trafic de drogues local, vol, fraude, méfait, moralité, mort par noyade ou suicide, disparition, fugue\tSinistre local, sauvetage, recherche en forêt, contrôle de foule pacifique.\tScène de crime de base (poudrage et photographie), renseignement criminel, détention, pièces à conviction, liaison judiciaire, gestion des mandats, CRPQ, SALVAC, affaires internes, analyse de la criminalité, infiltration Ie1 niveau des organisations.Il\tTentative de meurtre, agression sexuelle grave ou armée, vol de banque, crimes reliés aux gangs de rue, incendie mortel ou en série, fraude commerciale, production de drogues, réseau de vols de véhicules.\tPersonnes armées barricadées (sans otage), contrôle de foule avec risque d'agitation.\tGroupe spécial d'intervention, infiltration de base, technicien en scène de crime et identité.III\tMeurtre, enlèvement ou séquestration, extorsion, produits de la criminalité, niveaux supérieurs de la revente de drogues, gangstérisme, pornographie juvénile.\t\tFilature, extraction banques de données, infiltration 2e niveau des organisations, juriscomptabilité, équipe cynophile.IV\tEn interrelation avec la Sûreté du Québec, infractions commises par les organisations criminelles opérant à l'échelle du Québec.\tEn partenariat avec la Sûreté du Québec, contrôle de foule avec risques d'émeute.\tProtection des témoins, contrôle des témoins repentis, surveillance électronique.V Sécurité nautique sur le Saint-Laurent, surveillance aérienne.importation de drogues, trafic d'armes, méfait concernant données informatiques, vente pyramidale.Intervention héliportée, contrôle de foule avec risques d'émeute, prise d'otage avec coups de feu.Plongée sous-marine, équipe d'explosifs, infiltration de haut niveau, groupe tactique d'intervention, polygraphie et hypnose, portraitiste, renseignement de sécurité opérationnelle.VI\tPhénomènes criminels\tCoordination du maintien\tProtection des personnalités \thors du commun,\tde l'ordre de situations\tinternationales, sécurité d'État, \tmeurtres et agressions\td'urgence d'envergure\tcoordination SALVAC, banque \ten série, crimes touchant provinciale.\tcentrale d'empreintes digitales, \tles revenus de l'État ou\tgestion du CRPQ, unité \tsa sécurité, réseaux criminels internationaux, corruption de fonctionnaire, crimes commis dans les établissements correctionnels, cybersurveillance, entraide judiciaire internationale.\td'urgence permanente.Sécurité publique : la réforme de la desserte policière Politiques publiques et mobilisation sociale 544 L\u2019état du Québec Il ne reste plus aux organisations policières qu\u2019à s\u2019adapter aux changements qui se sont produits brusquement.Cela veut dire, entre autres, une police plus professionnelle et plus savante, soit une police mieux branchée sur le développement des connaissances en matière de recherche policière et de sécurité intérieure.En effet, il appert maintenant que les organisations policières proactives qui mettent à profit les technologies de l\u2019information, l\u2019analyse du renseignement criminel, et qui n\u2019ont pas peur de mener des entreprises conjointes avec d\u2019autres acteurs du système sont capables d\u2019exercer une pression à la baisse sur la criminalité.\u2022 Voir aussi l\u2019article page 223.Références Ministère de la Sécurité publique, Politique ministérielle, Vers une police plus communautaire, décembre 2000.?Sites Internet Sur les niveaux de services des corps de police, voir aussi le site du ministère de la Sécurité publique: msp.gouv.qc.ca Sûreté du Québec : surete.qc.ca Le mouvement syndical: un agenda chargé Mona-Josée Gagnon Département de sociologie, Université de Montréal Notre bilan de l\u2019année dernière s\u2019était terminé sur le constat de la naissance d\u2019un mouvement anti-mondialisation «sauvage», fondé sur de nouvelles relations entre organisations syndicales, organisations non gouvernementales (ONG) et groupes militants.Par contraste, force est de constater que le bilan de cette dernière année est plus varié.Certes, l\u2019activité sur le front de la mondialisation est toujours présente, mais s\u2019y sont ajoutés de nombreux conflits de travail, d\u2019importantes négociations de conventions collectives tant dans le secteur public que privé, des changements d\u2019allégeance massifs, des tensions entre centrales et à l\u2019intérieur même des centrales, ainsi qu\u2019un grand nombre de questions d\u2019ordre politique qui ont accaparé les organisations syndicales.La mondialisation Tant la Confédération des syndicats nationaux (CSN) que la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) ont choisi de faire de la mondialisation le thème ou l\u2019un des thèmes majeurs de leurs congrès respectifs.L\u2019ensemble des organisations syndicales s\u2019est également La vie politique 545 retrouvé en février 2002 au Forum social mondial de Porto Alegre, au Brésil, en compagnie d\u2019autres groupes et de représentants gouvernementaux, soit une centaine de Québécois noyés dans une foule de 51 000 personnes venues de 131 pays et de milliers de jeunes non affiliés venant de partout, à l\u2019enseigne du slogan « Un autre monde est possible ».Le Réseau québécois sur l\u2019intégration continentale (RQIC) regroupe des organismes hétéroclites : organisations syndicales, groupes militants et groupes pratiquement sans membership.Mais de nombreux autres groupes opposés à la mondialisation sauvage n\u2019en font pas partie.Il s\u2019agit donc d\u2019une mouvance bigarrée au sein de laquelle se côtoient des postures politiques différentes, allant de la revendication d\u2019une régulation de la mondialisation, elle-même perçue comme positive, à une dénonciation sans nuances.Tous les Porto Alegre du monde, toutes les manifestations, tous les contacts entre syndicats et ONG et toutes les déclarations solennelles n\u2019empêcheront pas que l\u2019amélioration des conditions de travail dans les Amériques passe d\u2019abord par la construction de liens de solidarité concrets entre le Nord et le Sud.La mondialisation fait partie de l\u2019ordre du jour des syndicats de base.De nouveaux réseaux de coordination et de solidarité se mettent sur pied, par exemple, entre syndicats du secteur privé œuvrant au sein des mêmes firmes transnationales, ou encore dans le domaine des services publics et particulièrement de l\u2019éducation.Si la CSN a rejoint la FTQ dans sa préoccupation à l\u2019égard de l\u2019investissement « éthique », qui met en cause les régimes de retraite d\u2019entreprises syndiquées, c\u2019est beaucoup grâce au travail d\u2019ONG locales ou internatio- nales.Le gouvernement du Québec a voulu mettre la main à la pâte par la fondation annoncée, début 2002, d\u2019un Observatoire québécois de la mondialisation et par des prises de position plus fermes que celles du Canada sur la diversité culturelle et linguistique, de même que sur la protection de l\u2019initiative publique (le fameux article n de l'Accord de libre-échange nord-américain ou ALENA).En avril 2002, le RQIC était hôte d\u2019une rencontre de coordination de l\u2019Alliance sociale continentale (ASC), coalition diversifiée mais dont les syndicats sont les piliers.À l\u2019ordre du jour: la militarisation de plusieurs société latino-américaines, les politiques répressives des États-Unis, la négociation à huis clos de l\u2019accord de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), la crise des systèmes publics.Le syndicalisme canadien se réjouit par ailleurs d\u2019avoir été convié par le gouvernement fédéral à un nouveau comité consultatif permanent sur la ZLEA.Mais compte tenu de l\u2019absence d\u2019ouverture par le passé, il y a lieu d\u2019être sceptique.La carte syndicale Pendant l\u2019année 2001, le taux de syndicalisation au Québec s\u2019est modestement hissé à 40,4%, soit une hausse de 0,5%, les hommes étant légèrement plus syndiqués que les femmes.Il s\u2019agit donc d\u2019une deuxième année d\u2019embellie.Ces chiffres font du Québec la province la plus syndiquée du Canada, bien loin devant l\u2019Ontario qui se retrouve à 27,8% (sans parler des États-Unis, avec un taux de 15 % qui ne bouge pas).Un bilan somme toute positif, qui rapproche le syndicalisme québécois de son sommet historique de 1997 (41,5 %) [voir aussi article dans Québec 2002].Le mouvement syndical: un agenda chargé Politiques publiques et mobilisation sociale 546 L\u2019état du Québec De fait, celui qui lit les publications des grandes centrales aura constaté que, loin de passer tout leur temps à se « voler » des syndiqués entre elles, ces dernières syndiquent de nouveaux secteurs : la sylviculture, les restaurants, les petites et moyennes entreprises manufacturières, les services financiers, les éducatrices de garderies, y inclut celles qui œuvrent en milieu familial.Cela dit, la syndicalisation des salariés du secteur privé reste lourdement à la traîne (27,7%) par rapport à celle du secteur public (81,4%).Les centrales syndicales, organisations multisectorielles, regroupent 80% des effectifs syndiqués.La FTQ recense 44% de ces effectifs, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) 20%, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ, ex-Centrale de l\u2019enseignement du Québec) 11% et la Centrale des syndicats démocratiques (CSD, ex-transfuge de la CSN), qui vient de fêter son trentième anniversaire d\u2019existence, 5 %.Reste un 20 % qui revient aux syndicats indépendants, notamment le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), à qui il arrive de courir hors de ses plates-bandes, le Syndicat de la Fonction publique du Québec qui regroupe les employés et ouvriers à l\u2019emploi du gouvernement, et enfin la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ).Cette dernière, forte de 45 000 membres, est la plus imposante composante du syndicalisme indépendant.En septembre 2001, son instance décisionnelle a rejeté, par un vote de 48% (alors qu\u2019il aurait fallu 66%), la recommandation de son exécutif de s\u2019affilier à la FTQ.Les travailleurs autonomes.Le gouvernement, réagissant à des pressions, a mis sur pied une Association professionnelle des chauffeurs de taxi, de même qu\u2019une Association indépendante des chauffeurs de camion.Cela n\u2019est pas anodin.C\u2019est une façon de permettre à des travailleurs autonomes de se fédérer.À coup sûr, c\u2019est la FTQ qui en profitera le plus.Mais des possibilités de changements d\u2019allégeance sont prévus.Les centrales avaient déjà des acquis en matière de syndicalisation de travailleurs autonomes.II en est ainsi de l\u2019Association des journalistes indépendants du Québec (CSN), qui a réussi à l\u2019automne 2001 à négocier une entente satisfaisante en matière de propriété intellectuelle avec le journal Le Devoir, dont on peut espérer qu\u2019elle va se reproduire.Voilà un syndicalisme qui s\u2019adapte à la précarité croissante du marché du travail et à l\u2019incidence accrue du travail autonome.Par ailleurs, de nombreux changements d\u2019allégeance ont eu lieu.Ces opérations périodiques \u2014 appelées communément «maraudage» \u2014 ont eu lieu comme à l\u2019habitude dans la fonction publique (période dite « ouverte » en novembre 2001).Cette ouverture a été amplifiée par les restructurations des commissions scolaires, de même que par la mise sur pied de nouveaux centres hospitaliers.Les fusions municipales sont venues compliquer la situation.Voici quelques tendances sur les derniers réalignements syndicaux : \u2022\tla FTQ a augmenté ses effectifs dans le secteur municipal ; \u2022\tla CSN a augmenté les siens dans les services sociaux et de santé ; \u2022\tla CSQ a fait de même dans le secteur du soutien scolaire.Relations intersyndicales Toutes les organisations syndicales se rallient à des causes comme la « Loi contre la La vie politique 547 pauvreté», la hausse du salaire minimum, ou encore l\u2019amélioration de la Loi sur les normes du travail.Mais il n\u2019empêche que des rivalités demeurent.La lecture des journaux syndicaux permet de constater les accrochages, de plus en plus fréquents, entre les trois grandes centrales.Les changements d\u2019allégeance font couler beaucoup d\u2019encre.Les positions divergentes sur quelques questions comme la mini-réforme du Code du travail ou le conflit israélo-palestinien, n\u2019émeuvent guère.Il demeure que la FTQ, lors de son dernier congrès, n\u2019a pas invité comme à son habitude le président de la CSN à s\u2019adresser aux délégués, et que le président de la FTQ a ignoré l\u2019invitation de participer au congrès de la CSN en mai 2002.L\u2019une et l\u2019autre centrales ont, au cours de leur derniers congrès (novembre 2001 et mai 2002), appelé à un raffermissement des relations intersyndicales, tout en déplorant les maraudages excessifs.Dans l\u2019ensemble, les relations FTQ-CSQ paraissent sereines.La CSQ siège au Fonds de solidarité des travailleurs du Québec-FTQ, et les deux centrales ont monté un programme de formation sur le syndicalisme dans les écoles secondaires.Les relations CSN-CSQ sont plus acrimonieuses.Il y a eu affrontement sur la question de l\u2019équité salariale, la CSQ refusant l\u2019entente FTQ-CSN sur les principes d\u2019un mode d\u2019évaluation des tâches.Une lettre ouverte de la vice-présidente de la CSN sur cette question a alimenté l\u2019hostilité.La FIIQ est en bons termes avec la FTQ et la CSN, mais en mauvais termes avec la CSQ.La question de l\u2019affiliation de la FIIQ à une centrale est toujours d\u2019actualité, mais certains se demandent si l\u2019exécutif de la FIIQ a vraiment l\u2019heure juste, étant abonné aux votes négatifs de sa principale instance.L'équité, une pomme de discorde inattendue Qui aurait pu penser que la cause de l\u2019équité salariale en faveur des femmes alimenterait l\u2019hostilité entre la CSQ et la CSN et transformerait la CSQ en foire d\u2019empoigne médiatisée?En novembre 1996, au grand dam des employeurs, une Loi sur l\u2019équité salariale est votée, laquelle indique des échéances pour les redressements salariaux.L\u2019échéance ultime était novembre 2001.Or, non seulement plusieurs employeurs \u2014 dont le gouvernement lui-même \u2014 n\u2019avaient pas fait leur travail, mais encore les centrales dénonçaient certains gros employeurs qui se défilaient en raison d\u2019un article de la Loi qui avait paru à l\u2019époque innocent.Une intersyndicale fut mise sur pied et les organisations en firent une lutte prioritaire à l\u2019automne 20or, déposant des plaintes devant différentes instances.Victoire syndicale : en novembre 2001, une entente était signée avec le Conseil du trésor sur les détails d\u2019application de la Loi sur l\u2019équité salariale.Le mécanisme avalisé est en fait celui que les syndicats de la FTQ mettent de l\u2019avant depuis longtemps, soit la mesure des dimensions du poste de travail.De nouvelles échéances ont été négociées : les travaux devaient être complétés fin juin 2002, et les correctifs apportés fin décembre 2002.En prime, le gouvernement a remplacé par une ex-syndicaliste la présidente contestée de l\u2019organisme chargé d\u2019appliquer la loi.Et c\u2019est dans la foulée de cette entente que les organisations syndicales, à quelques exceptions près, acceptaient au printemps 2002 de reporter d\u2019un an l\u2019échéance des conventions collectives Le mouvement syndical : un agenda chargé Politiques publiques et mobilisation sociale 548 L'état du Québec dans le secteur public (avec augmentation de 2%), pour «laisser le temps» aux répercussions monétaires de l\u2019équité salariale d\u2019être mesurées.Cette histoire sans nuages était pourtant plus compliquée.En effet, dès le départ de l\u2019intersyndicale, la CSQ, dont plus des deux tiers des membres sont les enseignants du primaire et de secondaire, ont « raffiné » la revendication d\u2019équité en y introduisant la notion d\u2019« heures travaillées».Selon le gouvernement, les enseignants travaillaient 35 heures, et selon la centrale 40 heures.De nombreuses actions de boycottage furent menées dans les écoles : congés de devoirs, etc.Les autres organisations ne voyaient pas cette insistance d\u2019un très bon œil.La CSQ ne signa pas l\u2019entente de novembre 2001 et, fait inusité, Claudette Carbon-neau, alors vice-présidente de la CSN \u2014 devenue présidente en mai 2002 \u2014 dénonça la CSQ dans des déclarations aux journaux.Ce n\u2019est qu\u2019en mai 2002 qu\u2019une entente intervint entre le ministre de l\u2019Éducation et la CSQ.Cette entente, critiquée par les éditorialistes et les «vrais patrons» des enseignants, les commissions scolaires, rajuste à la hausse de 6% en moyenne les salaires des enseignants du Québec (au coût de 256 millions de dollars).En contrepartie, il est désormais interdit aux commissions scolaires de réduire après entente avec les syndicats concernés le «temps de présence» à l\u2019école.Ce temps de présence est haussé de cinq heures par semaine.Le tout à partir de l\u2019automne 2003.Le ministre chante victoire : on pourra enfin implanter la réforme de l\u2019enseignement.La CSQ aussi : les corrections du dimanche soir sont enfin reconnues comme du temps travaillé.Par ailleurs, les cinq heures de plus par semaine, sans obligation d\u2019encadrement ou d\u2019enseignement, ne changeront rien dans la vie des enseignants.La CSQ accepte elle aussi de reporter d\u2019un an la négociation dans le secteur public.Conflits et paix des braves En plus des centaines de conventions collectives qui se sont signées sans que l\u2019on n\u2019en entende parler, certains conflits anciens ou récents se sont réglés en 2001-2002.La palme revient au dernier carré des onze résistants d\u2019un lock-out décrété en 1993 par le quotidien The Gazette contre ses typographes affiliés à la FTQ.La Cour leur a donné raison.Dans l\u2019intervalle, leur métier a disparu, mais on leur apprendra l\u2019infographie ! Sans tambours ni trompettes, les ouvriers de la construction, tous secteurs confondus, ont accepté à l\u2019automne 2001 une nouvelle convention collective, transformée par la suite en décret gouvernemental.C\u2019était la première fois qu\u2019une centrale unique négociait au nom de tous, la FTQ profitant ici de la réconciliation entre ses syndicats dits « internationaux», et ceux d\u2019ancienne allégeance FTQ, ce qui lui conférait une représentativité de 72%.Les ouvriers de la construction ont vu leur salaire bonifié de 5 à 5,25% par an, et dans certains métiers davantage.Pour la première fois depuis la nouvelle réglementation de l\u2019industrie, en 1968, il y eut bel et bien accord dans tous les « sous-secteurs» de la construction, c\u2019est-à-dire le commercial, l\u2019institutionnel, l\u2019industriel, le génie civil et le résidentiel.Les 7500 syndiqués de Bombardier (FTQ) ont accepté le 5 mai 2002, à 70%, les propositions du troisième avionneur civil mondial, après trois semaines de grève.« Une grève de jeunes », a-t-on dit La vie politique 549 de ce groupe dans lequel un travailleur sur deux est nouveau.Avec l\u2019aide d\u2019un conciliateur, ils ont obtenu des augmentations de 13,5 % sur quatre ans.Toujours du côté de l\u2019harmonie, comment ne pas signaler la nouvelle Ville de Montréal, où le maire et les syndicats chantent au diapason.Les parties héritent de 95 conventions collectives qui doivent en devenir neuf, soit une par catégorie socioprofessionnelle.Vingt-sept mille salariés sont concernés par ces négociations qui devaient commencer en septembre 2002.Il faut signaler que deux groupes de salariés en butte à des attitudes antisyndicales (les employés des services financiers de la Banque nationale et ceux du restaurant McDonald de Rawdon, tous deux de la CSN) ont bénéficié d\u2019une convention collective arbitrée en vertu d\u2019une disposition du Code du travail destinée à permettre l\u2019imposition d\u2019une première convention collective, là où les employeurs sont très récalcitrants.Le conflit entre la Société Radio-Canada (SRC) et ses 1400 salariés du Québec et de la ville de Moncton, membres du Syndicat des communications de Radio-Canada (CSN) a, de mars à juin 2002, fait régulièrement la manchette.Ce conflit a mis en relief certains flous du côté syndical, mais de façon bien plus nette le fonctionnement inadéquat de la partie patronale.Cette grève \u2014 en fait, un lock-out \u2014 aura permis de solidariser ce groupe hétéroclite autour de trois enjeux : la diminution du taux de précarité, la redéfinition des tâches, la réglementation des suppléments salariaux individuels (rémunération au mérite).Les appuis aux lock-outés n\u2019ont cessé d\u2019affluer, venant même des trois chefs de parti à l\u2019Assemblée nationale du Québec! Comme un chroniqueur du Devoir l\u2019a souligné, jamais conflit n\u2019aura autant fait usage d\u2019Internet : site syndical, sites salariés, site patronal.De plus, l\u2019opinion publique \u2014 avec notamment des pétitions \u2014 aura joué un grand rôle [voir article p.623].Enfin, du côté de la Place des Arts, le conflit entre l\u2019employeur et ses techniciens (Alliance internationale des techniciens de scène et de cinéma, affiliée à la FTQ), déclenché le 28 février 1999, perdure.pour le bonheur des avocats.De fermetures en réouvertures Deux catastrophes ont frappé le syndicalisme et l\u2019économie québécoise.General Motors a annoncé la fermeture de son usine de Boisbriand.Annonce depuis longtemps appréhendée, mais qui venait anéantir tout espoir de maintenir une industrie automobile au Québec.Le syndicat des Travailleurs canadiens de l\u2019automobile (FTQ) a fait signer des pétitions, reçu l\u2019appui de tout ce qui grouille dans les Basses-Laurentides et des autres centrales syndicales, organisé des tournées, mais rien n\u2019y a fait: GM ne veut plus de cette usine.Les salariés ont accepté en juin 2002, à 63%, un règlement d\u2019adieu bonifiant les retraites et assurant la survie physique de l\u2019usine pendant seize mois après la fermeture.Selon la FTQ, 10 000 emplois directs et indirects sont en jeu.L\u2019industrie des pièces automobiles pâtira de la fermeture.La FTQ a l\u2019appui du gouvernement du Québec, mais considère que le gouvernement fédéral n\u2019a rien fait pour prévenir cette issue.De même, la firme Noranda a annoncé pour le 30 avril la fermeture de sa fonderie de Murdochville, qui faisait vivre 300 personnes.Cette nouvelle fait suite à la fermeture de la mine de cuivre, trois ans plus tôt.Que restera-t-il de Murdochville?Le mouvement syndical: un agenda chargé Politiques publiques et mobilisation sociale 550 L\u2019état du Québec Un sondage du syndicat des Métallos-FTQ, publié en juin 2002, montre que les citoyens demandent de fermer la ville avec compensations.L\u2019ancien président du conseil d\u2019administration de la Banque nationale n\u2019aurait pas dit mieux.Voici au moins une bonne nouvelle en provenance de la Gaspésie.À Chandler, après deux ans et demi d\u2019incertitude consécutive à la fermeture de l\u2019établissement local de l\u2019Abitibi-Consol, une nouvelle firme, les Papiers Gaspesia, va prendre le relais grâce à un investissement du Fonds de solidarité des travailleurs du Québec-FTQ (50%), de Tembec (25%) et de la Société générale de financement (25%).Grâce à l\u2019acharnement des militants syndicaux locaux, Chandler va revivre, ce qui va redonner un emploi à plus de 200 personnes [voir article p.337].De même, un espoir pointe du côté du chantier naval Davie à Lauzon, en faillite depuis octobre 2001, ce qui a mis au chômage 1500 personnes.On a annoncé qu\u2019une frégate du gouvernement fédéral devait être réparée.Au printemps 2002, la CSN espérait que d\u2019autres navires mal en point seraient bientôt recrutés.Les dossiers politiques Comme d\u2019habitude, les organisations syndicales ont été présentes dans nombre de débats publics.Quatre valent d\u2019être mentionnés, en raison de leur importance ou des traces qu\u2019ils risquent de laisser.Code du travail.Une modeste réforme du Code du travail (loi 31) a été adoptée le 21 juin 2001.La FTQ s\u2019est finalement montrée favorable à la loi, alors que CSN et CSQ ont été rébarbatives.Pour toutes les trois, le problème des « faux autonomes » (des travailleurs autonomes travaillant à plein temps pour un seul donneur d\u2019ouvrage) n\u2019est pas réglé.Les mesures sur la sous-traitance ne font pas que des heureux non plus.Par ailleurs, la mise sur pied d\u2019une Commission des relations du travail (CRT), dorénavant chargée de la surveillance des mécanismes d\u2019accréditation syndicale, est bien reçue partout.Son président, M'Louis Morin, a été nommé au printemps 2002 avec l\u2019aval de toutes les parties.Les porte-parole syndicaux estiment qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une déjudiciarisation du système, et que les manoeuvres d\u2019obstruction patronale à la syndicalisation (comme chez McDonald) ne pourront plus avoir cours.Services publics.La protection du service public, la lutte contre les privatisations, les déréglementations et les sous-effectifs, ont réuni toutes les organisations syndicales.Tous les journaux syndicaux ont publié des dossiers sur ces questions, et toutes les organisations ont organisé manifestations et autres actions.Cette préoccupation s\u2019est raffermie dans le cadre de la lutte contre la « mondialisation sauvage », le syndicalisme québécois ayant eu l\u2019occasion de mesurer les « méfaits » des atteintes aux services publics.Si aucun événement précis n\u2019a canalisé l\u2019insatisfaction, la protection des services publics demeure une préoccupation constante, tant du point de vue de la défense des membres que de celui de la promotion d\u2019une société équitable.Normes du travail.Le gouvernement québécois a enfin, après 12 années d\u2019inactivité, proposé une réforme de la Loi sur les normes du travail, sujet qui touche de près les organisations syndicales.Le ministre d\u2019État aux Ressources humaines et au Travail a ainsi déposé un document de consultation en mai 2002, en vue d\u2019un dépôt ferme du projet de loi à l\u2019automne La vie politique 551 2002.\tDéjà, le Ier mai, une hausse du salaire minimum avait été annoncée: 0,30$, pour un total de 7,30$ l\u2019heure.Avec une nuance toutefois : cette mesure, qui concerne 217 000 salariés, sera appliquée progressivement, la dernière tranche de 10 cents devant être ajoutée au 1\u201c février 2003.\tCette hausse a été bien reçue par les organisations syndicales, mais jugée insuffisante.Par ailleurs, le texte a suscité, du côté des organisations syndicales et des groupes communautaires, des réactions à la fois positives et insatisfaites : « Bien, mais peut faire mieux.» Les organisations patronales, elles, sont montées aux barricades.Leurs arguments : la menace de faillite des PME égorgées, des exigences trop lourdes, une législation jugée «trop avancée» pour l\u2019Amérique du Nord et calquée sur l\u2019Europe social-démocrate (dixit le Conseil du patronat), etc.Les restaurateurs prétendent, de leur côté, que l\u2019abolition de la notion de « jours ouvrables » va les plonger dans l\u2019abîme.Quant aux cultivateurs maraîchers, ils craignent de ne plus pouvoir sous-payer des enfants pour cueillir fraises et concombres.La Fédération des femmes du Québec, de son côté, a soulevé le problème de l\u2019exploitation des domestiques logées chez leur employeur.On a aussi mis en relief le problème des salariés de l\u2019État dispensant des services aux personnes handicapées ou en perte d\u2019autonomie.Même s\u2019il ne renferme que des dispositions modestes, ce nouveau document sur les normes du travail va certainement contre l\u2019air «néolibéral» du temps.Est-il «scandaleux» d\u2019interdire à un patron d\u2019obliger un employé à travailler plus de 12 heures consécutives, ou de congédier sans raison un employé après deux années de service (au lieu de trois années) ?Comme l\u2019a signalé la FTQ, le problème, avec la Commission des normes du travail, c\u2019est que fort peu d\u2019effectifs sont consacrés à son application : seules 2250 entreprises, sur les 178 000 assujetties à la Loi, ont reçu une visite d\u2019inspecteur au cours de l\u2019année 2001.À chacun ses problèmes Les organisations syndicales vivent toutes des problèmes particuliers, de même qu\u2019elles sont bénies à l\u2019occasion par la Providence.FTQ.La FTQ fonctionne bien à l\u2019interne.Elle a réussi à mettre en veilleuse les querelles entre ses affiliés.En 2001-2002, le Fonds de solidarité a accueilli son 500 000' actionnaire.Il a soutenu la mise sur pied d\u2019un Fonds de solidarité « emploi/ retraite » au Sénégal ; un projet semblable est en gestation en Algérie.Un nouveau président-directeur général, Pierre Genest, originaire de la Mutuelle-SSQ, a été nommé en remplacement de Raymond Bachand.CSN.Fin mai 2002, la CSN s\u2019est donné une nouvelle présidente en la personne de l\u2019ancienne vice-présidente Claudette Carbonneau.À l\u2019issue d\u2019un vote très serré, remporté aux dépens de Marc Laviolette, elle a pour tâche de réduire les tensions et de régler l\u2019historique querelle, au sein de la CSN, entre secteur privé et secteur public.La CSN a donc pour la première fois de son existence une présidente.C\u2019était aussi la première fois qu\u2019un membre de l\u2019exécutif sortant contestait le président.La CSN a par ailleurs réussi à recruter 8000 membres à l\u2019emploi des services correctionnels répartis dans tout le Canada, ce qui fait d\u2019elle une centrale Le mouvement syndical : un agenda chargé Politiques publiques et mobilisation sociale 552 L'état du Québec syndicale « canadienne » de bon droit.Et nous voici devant cette ironie des compétitions discursives : la CSN, qui s\u2019est toujours présentée comme un produit du terroir québécois, à l\u2019opposé de la FTQ et de ses attaches outre-Québec, est maintenant une centrale authentiquement canadienne, alors que la FTQ \u2014 comme ce fut toujours le cas \u2014 n\u2019a que des affiliés québécois.Soulignons enfin que Fondac-tion, le fonds d\u2019investissement de la CSN inspiré du Fonds de solidarité, s\u2019est développé en 2001-2002.CSQ.La CSQ a eu sa large part de problèmes.Sa direction a dû faire face à des contestations contre la dernière convention collective, dont certaines dispositions annulent les primes salariales au perfectionnement, tout en accréditant les diplômes des nouveaux embauchés, qui peuvent ainsi monter plus vite dans l\u2019échelle salariale.Quant au règlement sur l'équité salariale, récemment intervenu, il en a indisposé plusieurs, qui n\u2019apprécient pas l\u2019ajout de présence de cinq heures à l\u2019école.Enfin, le débat sur l\u2019opportunité de la création d\u2019un « ordre professionnel » des enseignants (distinct du syndicat) a refait surface, à un mauvais moment pour la CSQ qui s\u2019y oppose farouchement.La centrale voit là une manœuvre antisyndicale et droitière.Elle soutient que les enseignants sont déjà très contrôlés et qu\u2019elle est apte à défendre tant leurs intérêts professionnels que ceux du public.Un syndicalisme dans l'expectative Comment faire un bilan de la dernière année syndicale sans jeter un coup d\u2019œil sur ce qui se profile?2001-2002 a été une année agitée, lourde d\u2019incertitudes.Les centrales devront se situer dans l\u2019univers politique québécois.Les centrales syndicales portent comme un bras en écharpe leur adhésion au principe de la souveraineté du Québec.La CSN, la CSQ et la CSD sont toujours contre tout appui à un parti politique.La FTQ a déjà appuyé le Parti québécois, mais cet appui n\u2019est pas automatique, devant être renouvelé par congrès extraordinaire à chaque occasion.Un nouveau parti de la « gauche unifiée » (l\u2019Union des forces progressistes) a vu le jour en juin 2002, et l\u2019instance montréalaise de la CSN en fait partie.Au sein du régime électoral qui a cours au Québec, les formations politiques minoritaires n\u2019ont guère de chance.Les organisations syndicales devront prendre position sur ce régime, en raison des mouvements de citoyens qui ont émergé pour exiger une réforme électorale.Pour l\u2019heure, les dirigeants syndicaux sont abasourdis.Des réflexions, des rencontres auront lieu à l\u2019automne 2002.Le programme officiel de l\u2019Action démocratique du Québec, en tête des sondages électoraux, est quelque peu inquiétant pour les employés de la fonction publique.Il remet en question les traditions québécoises en matière de relations de travail.Celui du Parti libéral du Québec également.L\u2019année 2003 sera l\u2019année de toutes les surprises, pour le mouvement syndical .mais pas seulement pour lui.\u2022 La vie politique 553 Le développement de l'économie sociale depuis le Sommet de 1996 André Giroux Journaliste Vaste secteur que celui de l\u2019économie sociale.On y retrouve des colosses financiers comme le mouvement Desjardins et la SSQ, ainsi que les coopératives agricoles de grande taille comme la Coopérative fédérée de Québec et la coopérative Agropur.L\u2019économie sociale compte aussi quelques milliers d\u2019organismes de taille beaucoup plus modeste.Comme leurs ancêtres, elles sont nées de l\u2019initiative de citoyens voulant se donner des outils de prestations de biens ou de services.Elles prennent la forme de coopératives ou d\u2019organismes à but non lucratif (OBNL).Le mouvement coopératif est reconnu depuis longtemps, mais la notion d\u2019économie sociale, intégrant à la fois les coopératives et les OBNL, a acquis sa véritable reconnaissance en 1996.Ce gain est important puisque la majorité des entreprises d\u2019économie sociale sont des OBNL.Bien que leur chiffre d\u2019affaires soit moindre, elles embauchent un plus grand nombre d\u2019employés que les entreprises régies par la Loi sur les coopératives.Un peu d\u2019histoire En 1996, le mouvement des femmes et plus globalement le mouvement progressiste étaient galvanisés par la réussite populaire de la Marche des femmes de 1995.Des centaines de femmes avaient alors marché vers Québec sous le thème « Du pain et des roses ».Le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard et le milieu des affaires étaient alors, quant à eux, très préoccupés par l\u2019état des finances publiques.Le marché du travail peinait à se relever de la profonde crise économique du début de la décennie.Le taux de chômage voisinait les 12 %.C\u2019est dans ce contexte que le gouvernement québécois convoquait un Sommet sur l\u2019économie et l\u2019emploi.Il en ressortira un quasi consensus sur la priorité de la lutte contre le déficit.Mais l\u2019initiatrice de la Marche des femmes, Françoise David, et le coordonnateur du Front d\u2019action populaire en réaménagement urbain, François Saillant, quittèrent la table pour marquer leur désaccord.C\u2019est que les personnes les plus démunies subissaient déjà les compressions de budgets gouvernementaux et que la situation risquait fort de se dégrader pour eux.Comme corollaire de la lutte contre le déficit, un autre mot d\u2019ordre gouvernemental fut lancé : il faut développer de nouveaux projets pour stimuler l\u2019économie et l\u2019emploi, mais en tenant compte des faibles ressources de l\u2019État.Les corporations de développement économique communautaire existaient déjà.L\u2019une des figures de proue de ce mouvement, Nancy Neamtam, présidait le Groupe de travail sur l\u2019économie sociale, créé dans le cadre du Sommet.Neamtam oeuvrait à l\u2019époque au Regroupement pour la relance économique et sociale du sud-ouest de Montréal (Réso).Ce groupe de travail deviendra permanent en 1999, sous le nom de Chantier d\u2019économie sociale.Le développement de l\u2019économie sociale depuis le Sommet de 1996 Politiques publiques et mobilisation sociale 554 L\u2019état du Québec Une vingtaine de projets Le groupe de travail présenta une vingtaine de projets au Sommet sur l\u2019économie et l\u2019emploi.Les journées nationales de la culture, par exemple, ont été conçues par le milieu culturel, mais c\u2019est bien lors du Sommet qu\u2019elles ont vu le jour.En juin 1997, l\u2019Assemblée nationale du Québec confirma le consensus dégagé en adoptant à l\u2019unanimité une motion décrétant le dernier vendredi de septembre et les deux journées suivantes « Journées nationales de la culture ».Le groupe de travail proposa un amendement à la Loi sur les coopératives pour reconnaître la coopérative de solidarité.Sa particularité tient à son membership mixte: usagers, travailleurs et représentants du milieu décident ensemble des orientations de l\u2019organisme.Cette nouvelle formule vit le jour au Québec en juin 1997.Quatre ans plus tard, on comptait déjà 140 coopératives de solidarité, principalement actives dans les secteurs des loisirs et des services (aide domestique, services sociaux, services aux entreprises).Cela représente 6% des coopératives.Le développement durable fut reconnu par la promotion d\u2019un réseau québécois de « ressourceries ».Créé en 1995, incorporé en 1997, le Réseau des ressourceries du Québec a contribué depuis à la création de près de 50 entreprises.Elles recyclent les déchets domestiques, industriels et commerciaux non couverts par la collecte sélective déjà en place dans les municipalités (verre, plastique, papier).La création d'emplois La grande majorité des projets adoptés lors du sommet ont été réalisés dans les quatre années suivantes.Au cours de cette période, un millier d\u2019entreprises d\u2019écono- mie sociale ont vu le jour, créant ou consolidant 15 000 emplois.Aujourd\u2019hui, en excluant le Mouvement Desjardins, les mutuelles d\u2019assurances et les organismes communautaires, l\u2019économie sociale compte plus de 3900 entreprises, embauchant 75 000 personnes et réalisant un chiffre d\u2019affaires annuel de 7,6 milliards de dollars.À elles seules, les deux plus importantes entreprises agricoles détiennent un chiffre d\u2019affaires de l\u2019ordre de 3,5 milliards de dollars au Québec.D\u2019où l\u2019importance de ce secteur dans lequel travaillent plus de 17 000 personnes.D\u2019où l\u2019importance, aussi, du secteur primaire : la foresterie bénéficie d\u2019un important chiffre d\u2019affaires, mais le nombre d\u2019employés y est beaucoup moins élevé.C\u2019est dans les centres de la petite enfance que l\u2019on retrouve le plus grand nombre de travailleurs de l\u2019économie sociale.Tout près de 800 millions de dollars y sont consacrés chaque année et plus de 22 000 personnes y travaillent.Globalement, cela en fait un employeur plus important qu\u2019Hydro-Québec, cinquième employeur au Québec selon le classement du journal Les Affaires.Une bonne proportion de travailleurs de l\u2019économie sociale œuvrent dans le secteur des arts, du loisir et du tourisme.Le nombre d\u2019entreprises y est aussi très important.Quant aux coopératives d\u2019habitation, elles représentent à elles seules 47% des entreprises d\u2019économie sociale.L\u2019économie sociale est diversifiée.Elle est particulièrement présente dans les secteurs primaire et tertiaire.Elle joue parfois un rôle majeur dans l\u2019industrie.Il en est ainsi des coopératives scolaires.Les 19 librairies scolaires et universitaires agréées par le ministère québécois de la Culture et des Communications occupent La vie politique 555 Portrait statistique des entreprises d'économie sociale Secteur d\u2019activité Nombre d'entreprises Nombre d'emplois Chiffre d\u2019affaires _______________________________________________________________(en NI $) \tCoopératives actives en septembre 2001\tCoopératives déclarantes 1999\tOBNL\tTotal des entreprises d'économie sociale en 2001\tCoopératives déclarantes 1999\tOBNL\tTotal des entreprises d'économie sociale\tCoopératives déclarantes 1999\tOBNL\tTotal des entreprises d'économie sociale Aide domestique\t48\t35\t62\t110\t1190\t2174\t3364\t13,0\t35,9\t48,9 Agro-alimentaire\t323\t266\t\t323\t17 117\t\t17 117\t5 182,0\t\t5 182,0 Artisanat, arts et spectacles\t41\t18\t1496\t1537\t82\t8305\t8387\t5,9\t156,3\t162,2 Autochtones\t18\t15\t\t18\t247\t\t247\t89,0\t\t89,0 Communications NTI\t38\t39\t151\t189\t80\t615\t695\t7,7\t24,3\t32,0 Centres de la petite enfance\t16\t12\t899\t915\t154\t22 266\t22 420\t5,3\t791,7\t797,0 Entreprises adaptées\t\t\t43\t43\t\t3400\t3400\t\t117,0\t117,0 Entreprises d'insertion\t\t\t46\t46\t\t489\t489\t\t18,6\t18,6 Forêt\t83\t64\t\t83\t5916\t\t5916\t435,1\t\t435,1 Habitation\t1134\t1066\t244\t1378\t73\t82\t155\t133,6\t20,7\t154,3 Loisir-tourisme\t77\t51\t960\t1037\t900\t7015\t7915\t23,6\t174,2\t197,8 Manufacturier\t41\t21\t\t41\t794\t\t794\t8,0\t\t8,0 Périnatalité\t\t\t10\t10\t\t61\t61\t\t3,2\t3,2 Ressourcerie- récupération\t17\t4\t30\t47\t59\t673\t732\t0,2\t17,0\t17,2 Scolaire\t103\t95\t\t103\t1 003\t\t1003\t124,1\t\t124,1 Service aux entreprises et services conseils\t91\t49\t\t91\t281\t\t281\t6,3\t\t6,3 Services funéraires\t43\t41\t\t43\t433\t\t433\t22,1\t\t22,1 Services publics\t33\t28\t\t33\t42\t\t42\t13,6\t\t13,6 Services sociaux\t26\t12\t\t26\t72\t\t72\t2,0\t\t2,0 Transport\t48\t37\t\t48\t1 451\t\t1 451\t73,2\t\t73,2 Autres secteurs\t210\t125\t\t210\t2637\t\t2637\t48,2\t\t48,2 TOTAL\t2390\t1978\t3941\t6331\t32 531\t45 080\t77611\t6192,9\t1358,9\t7551,8 Note : Les données concernant les coopératives proviennent d'un document du ministère de I Industrie et du Commerce du Québec, Coopératives du Québec, données statistiques 1999: statistiques sur les entreprises coopératives régies par la Loi sur les coopératives (Édition 2001), 2002.Elles excluent le Mouvement Desjardins et les mutuelles, non régies par la Loi sur les coopératives.Les données concernant les OBNL proviennent d'estimations du Chantier d'économie sociale à partir d'informations obtenues de diverses sources gouvernementales ou d économie sociale.Elles excluent les organismes communautaires.Le développement de l\u2019économie sociale depuis le Sommet de 1996 Politiques publiques et mobilisation sociale 556 L\u2019état du Québec L\u2019économie sociale: une définition L\u2019économie sociale regroupe l\u2019ensemble des activités et organismes issus de l\u2019entreprenariat collectif qui s\u2019ordonnent autour des principes et règles de fonctionnement suivants : \u2022\tl\u2019entreprise de l\u2019économie sociale a pour finalité de servir ses membres ou la collectivité plutôt que de simplement engendrer des profits et viser le rendement financier ; \u2022\telle a une autonomie de gestion par rapport à l\u2019État ; \u2022\telle intègre dans ses statuts et façons de faire un processus de décision démocratique impliquant usagers et travailleurs ; \u2022\telle défend la primauté des personnes et du travail sur le capital dans la répartition de ses surplus et revenus; \u2022\telle fonde ses activités sur les principes de la participation, de la prise en charge et de la responsabilité individuelle et collective.(Cette définition a fait consensus au Sommet sur l\u2019économie et l\u2019emploi, en octobre 1996.) par exemple le quart du marché des librairies agréées.Par définition, au-delà de la croissance et des parts de marché, l\u2019entreprise d\u2019économie sociale a pour principe de promouvoir la primauté des personnes sur le capital.Cette priorité ne vise pas à accroître la rentabilité de l\u2019entreprise ; elle constitue une valeur centrale de l\u2019organisation.La gestion devient alors plus collective qu\u2019hiérarchique.L\u2019entreprise d\u2019économie sociale revendique aussi une autonomie de gestion face à l\u2019État.Elle ne saurait être un sous-traitant des pouvoirs publics.Elle tient sa force et son originalité dans sa capacité d\u2019innovation et de créativité impulsées par les collectivités locales.Les faiblesses de l'économie sociale Au-delà des principes, les entreprises d\u2019économie sociale, grandes ou petites, sont confrontées à des impératifs qui les mettent face à leurs contradictions.Plus grand employeur au Québec, le Mouvement Desjardins ne s\u2019est pas moins départi de près du quart de ses employés entre 1995 et 2001 : le nombre d\u2019employés y est passé de 46 673 à 36 436.La fusion des caisses et des fédérations a aussi suscité beaucoup de controverses.Les petites entreprises d\u2019économie sociale confrontent une insuffisance chronique de revenus.Elles sont parfois critiquées pour l\u2019embauche du cheap labor, particulièrement dans l\u2019aide domestique.Le mouvement syndical a longtemps craint que l\u2019État ne se déleste d\u2019une partie de ses responsabilités en les déléguant aux entreprises d\u2019économie sociale.Le résultat net aurait été une dégradation des conditions de travail des personnes qui interviennent auprès des malades ou des personnes âgées.Or, en 2000, le réseau d\u2019économie sociale en aide domestique s\u2019élevait à 103 entreprises embauchant 3800 personnes.Malgré ce développement, le nombre d\u2019auxiliaires familiales et sociales en CLSC (Centres locaux de services communautaires, organismes gouvernementaux) continuait de croître.Le rythme d\u2019augmentation était le même entre 1996 et 2000 qu\u2019entre 1992 et 1996. La vie politique 557 Selon le Chantier de l\u2019économie sociale, les assistés sociaux réalisent maintenant dans le cadre d\u2019un emploi ce qu\u2019ils réalisaient autrefois dans le cadre de programmes dits d\u2019employabilité (aide à la réinsertion).De fait, au début des années 90, ces programmes étaient fréquemment utilisés pour l\u2019aide aux personnes en perte d\u2019autonomie.L\u2019emploi ne s\u2019est pas dégradé dans le réseau public, mais des assistés sociaux ont amélioré leurs conditions.Les défis Le défi de l\u2019économie sociale sera d\u2019offrir aux employés des conditions de travail au moins égales, sinon supérieures, à celles de l\u2019entreprise privée de même taille, tout en offrant des services d\u2019aussi bonne qualité sinon supérieurs et ce, à des prix comparables.Pour y parvenir, elle aura, entre autres, besoin du soutien de l\u2019État, mais aussi de sources de capitalisation.Les entreprises d\u2019économie sociale ont accès à moins de 1% des 4,5 milliards de dollars disponibles en fonds de capital de risque : Fonds de solidarité, Innovatech, etc.Pourtant, leur persévérance, à tout le moins celle des coopératives, est supérieure à celles de l\u2019entreprise privée.Le taux de survie des coopératives est de 64% après cinq ans, comparativement à 36% pour l\u2019entreprise privée.Après 10 ans, ce taux est de 46 % versus 20%.Pour fins de comparaison, les coopératives d\u2019habitation sont exclues.L\u2019évaluation de l\u2019apport de l\u2019économie sociale ne peut être qu\u2019économique.Démocratie, responsabilisation individuelle et collective, intégration de personnes autrement exclues du marché du travail : voilà autant de valeurs qui lui sont centrales.Elle n\u2019est ni un complément au marché traditionnel, ni un supplément à l\u2019État, mais joue un rôle spécifique et différent.\u2022 Références Ministère de l\u2019Industrie et du Commerce du Québec, Coopératives du Québec, données statistiques iggg: statistiques sur les entreprises coopératives régies par la Loi sur les coopératives (Édition 2001).(disponible sur www.mic.g0uv.qc.ca/publicati0ns/c00peratives/statistiques-2001.pdf) Classement des entreprises du journal Les Affaires: disponible à l\u2019adresse www.lesaffaires.com Groupe de travail sur l\u2019économie sociale, Osons la solidarité! Rapport remis au Sommet sur l\u2019économie et l\u2019emploi, octobre 1996.Chantier d\u2019économie sociale, Positionnement stratégique, 2000 (disponible sur www.chantier.qc.ca, rubrique « Le chantier»).Ministère de l\u2019Industrie et du Commerce, Taux de survie des entreprises coopératives au Québec, Québec, 1999 (disponible sur www.mic.gouv.qc.ca/publications/coopérativesrTauxSurvie.pdf).?Sites Internet Sur le Chantier d\u2019économie sociale, voir le site www.chantier.qc.ca Sur le Comité sectoriel de main-d\u2019œuvre de l\u2019économie sociale et de l\u2019action communautaire, voir le site www.csmoesac.qc.ca Sur le Fonds du Réseau d\u2019investissement social du Québec (capital de risque), voir le site www.fonds-risq.qc.ca Voir également le site de l\u2019Alliance de recherches-communautés en économie sociale, basée à l\u2019UQAM, à l\u2019adresse : www.aruc-es.uqam.ca Le développement de l\u2019économie sociale depuis le Sommet de 1996 Études québécoises 558 L\u2019état du Québec Études québécoises Le Programme d'études sur le Québec de l'Université McGill : publications récentes et à venir Guy Rocher et Jacques Grand'Maison Grands Conférenciers Desjardins La neuvième Grande Conférence Desjardins fut prononcée le 6 novembre 2001 par Guy Rocher, professeur au Centre de recherche en droit public et professeur au département de sociologie de l\u2019Université de Montréal.Elle avait pour titre Le « laboratoire» des réformes dans la Révolution tranquille.Jacques Grand\u2019Maison a prononcé, le 13 mars 2002, à l\u2019Auditorium du Musée Redpath, la dixième Grande Conférence Desjardins.M.Grand\u2019Maison est professeur émérite à l\u2019Université de Montréal.Le titre de la conférence de M.Grand\u2019Maison posait la question : Pourquoi sombrons-nous si souvent dans la démesure ?Les textes des conférences de MM.Rocher et Grand\u2019Maison de même que l\u2019ensemble des Grandes Conférences Desjardins sont disponibles sur le site Web du PÉQ : www.arts.mcgill.ca/programs/qs/ Francais/findex.html.La conférence de M.Grand\u2019Maison est également disponible aux éditions Fides dans la collection Les Grandes Conférences.Ajout de deux nouveaux titres à la collection Débats La collection Débats compte deux nouveaux titres : \u2022\tRepères en mutation.Identité et citoyenneté dans le Québec contemporain \u2022\tCritique de l\u2019américanité.Mémoire et démocratie au Québec Repères en Mutation.Il s\u2019agit d\u2019un ouvrage collectif sous la direction de Jocelyn Maclure et Alain-G.Gagnon.L\u2019ouvrage apporte une contribution majeure à l\u2019éclaircissement des débats sociopolitiques les plus importants de ce début du xxie siècle.Seize auteurs ont participé au livre dont notamment Gérard Bouchard, Diane Lamoureux, Chantal Maillé, Philip Resnick et Daniel Weinstock.Critique de l\u2019américanité.Mémoire et démocratie au Québec a été le deuxième livre de la collection lancé durant l\u2019année universitaire 2001-2002.Écrit par Joseph Yvon Thé-riault, professeur titulaire au département de sociologie et directeur du Centre interdisciplinaire de recherche sur la citoyenneté et les minorité (CIRCEM) à l\u2019Université d\u2019Ottawa, le livre est un portrait critique de la pensée contemporaine de l\u2019américanité québécoise.Une récente recension dans Le Devoir (2 juin 2002) établit que «Critique de l\u2019américanité est un ouvrage majeur impossible à résumer en quelques lignes.(.) Joseph Yvon Thé-riault s\u2019impose comme un essayiste courageux et costaud pour qui la modernité québécoise a une profondeur historique et n\u2019est pas une coquille vide.» Ces deux livres ainsi que tous les titres de la collection sont disponibles aux Éditions Québec Amérique (www.quebec-ame-rique.com) La vie politique 55g Les publications soutenues par le PÉQ Le mouvement coopératif au cœur du xxi' siècle.Sous la direction d'Alain-G.Gagnon et de Jean-Pierre Girard, avec la collaboration de Stéphan Gervais, le livre Le mouvement cooperatif au coeur du XXL siècle a été publié aux Presses de l\u2019Université du Québec en collaboration avec la Chaire de Coopération Guy-Bernier de l\u2019UQAM.L\u2019ouvrage, préfacé par Alban D'Amour, président du Mouvement Desjardins, rassemble les contributions d\u2019une quinzaine d\u2019experts du Québec, du Canada et des États-Unis et fait le point sur les défis auxquels le mouvement coopératif doit faire face.Le livre est disponible par le site des Presses de l\u2019Université du Québec http :// www.puq.uquebec.ca/ Globe.Revue internationale d\u2019études québécoises.Le PÉQ figure parmi les partenaires des numéros Repaysements du Québec (volume 4, numéro 2) et du numéro spécial Les études québécoises dans le monde consacré à une synthèse historique de l\u2019émergence des études québécoises dans les universités étrangères.Ce dernier numéro rassemble des contributions des chercheurs provenant des cinq continents et est le fruit d\u2019une collaboration entre le ministère des Relations internationales du Québec et l\u2019Association internationale des études québécoises (AIEQ).Ces deux numéros sont disponibles par le site de l\u2019éditeur nota bene http ://www.nota bene.ca Multinational Democracies Sous la direction d\u2019Alain-G.Gagnon et James Tully, ce livre, publié à Cambridge University Press, rassemble des contributions de plus de dix-neuf politologues provenant de l\u2019Europe et de l\u2019Amérique du Nord et passe au crible les questions multiculturelles et multinationales tou- chant le Royaume-Uni, l\u2019Espagne, la Belgique et le Canada dans une perspective comparée.On peut se procurer le livre par le site de Cambridge University Press http ://us.cambridge.org Les symposiums du PÉQ Le PÉQ organise de façon ponctuelle plusieurs symposiums afin de réunir des chercheurs pour proposer des pistes de réflexion sur un enjeu important auquel est confrontée la société québécoise.En collaboration avec l\u2019Institut d\u2019études canadiennes de McGill, le PÉQ a organisé le 28 janvier 2002 un symposium intitulé Citoyenneté et identification partisane, et a invité Michel Venne (alors directeur de l\u2019information au journal Le Devoir), Joseph Yvon Thériault (professeur de sociologie à l\u2019Université d\u2019Ottawa), Michel Seymour (professeur de philosophie à l\u2019Université de Montréal) et Marc Brière (auteur du livre Quel avenir pour le Québec?) à venir échanger sur la position des partis sur l\u2019échiquier politique, l'avenir des différentes options politiques et la citoyenneté québécoise.Les textes des participants sont disponibles sur le site Web du PÉQ: www.arts, mcgill.ca/programs/qs/Fran-cais/findex.html [voir articlep.27].Les publications en préparation Québec: État et société.Préparation d\u2019une nouvelle édition du livre récipiendaire du prix Richard-Arès regroupant plus de vingt articles par des québécistes de grande renommée.Il s\u2019agit d\u2019un livre synthèse sur les grands enjeux du Québec contemporain.Le livre sera publié dans les quatre langues des Amériques (français, anglais, espagnol et portugais).L\u2019édition française sera assurée par Les éditions Québec Amérique, l\u2019anglaise par Oxford University Press, la version espagnole par Le Programme d\u2019études sur le Québec de l\u2019Université McGill Études québécoises 560 L\u2019état du Québec Le Programme d\u2019études sur le Québec de l\u2019Université McGill (PÉQ) existe sous cette appellation depuis 1993 mais il est l\u2019héritier du Centre d\u2019études canadiennes-françaises fondé en 1963.Cinq principes directeurs orientent la mission du PÉQ: la désignation du Québec comme objet d\u2019analyse privilégié ; le recours à une approche multidisciplinaire et comparée pour faire l\u2019étude du Québec, la conviction que l\u2019Université McGill peut apporter une contribution unique et significative en formation et en recherche dans le domaine des études québécoises, la volonté de contribuer au rayonnement des études sur le Québec à McGill en développant des partenariats tant au sein de la communauté mcgilloise qu\u2019à l\u2019échelle nationale et internationale, et finalement la volonté d\u2019intégrer la jeune recherche en études québécoises.Le programme est dirigé par Alain G.Gagnon, politologue.Programme d\u2019études sur le Québec Université McGill 3460, rur McTavish Montréal H3A1X9 Tél.: 514 398-3960 Site Internet : www.arts.mcgill.ca/programs/qs une maison d\u2019édition mexicaine spécialisée en publication savante et la version portugaise par la Universidade Federal do Rio Grande do Sul.Pour se procurer la version française, consulter le site Web du PÉQ: www.arts.mcgill.ca/programs/qs/ Francais/findex.html.Regard sur la Convention de la Baie-James et du Nord québécois Sous la direction d\u2019Alain-G.Gagnon et de Guy Rocher, cet ouvrage, qui doit paraître à l\u2019automne de 2002 aux éditions Québec Amérique, fait une synthèse critique et historique de la Convention.Il regroupe des contributions de plus de vingt auteurs autour de quatre thèmes : le développement territorial, la mise en œuvre, l\u2019environnement et la gouvernance.Le livre sera publié en deux éditions bilingues (français-anglais et inuttitutt-cri) et fait suite au colloque tenu en octobre 2001.Le livre sera disponible par le site des éditions Québec Amérique (www.quebec-ame-rique.com/) Partis politiques et comportement électoral au Canada.Filiations et ajgîliations.Les Éditions du Boréal publient à l\u2019automne 2002 le livre Partis politiques et comportement electoral au Canada.Filiations et affiliations.Corédigé par lames Bickerton, Alain-G.Gagnon et Patrick ).Smith, cet ouvrage vient débattre des facteurs socioéconomiques, ethnolinguistiques et démographiques qui motivent l\u2019attachement à un parti politique.Il s\u2019agit d'une mise à jour d\u2019une version initialement publiée à Oxford University Press.Pour information, consulter le site des éditions du Boréal (www.editions boreal, qc.ca/) Six penseurs en quête de liberté, d'égalité et de communauté: Grant, Innis, Laurendeau, Rioux, Taylor et Trudeau En 2003 doit paraître aux Presses de l\u2019Université Laval un ouvrage corédigé par James Bickerton, Alain-G.Gagnon et Stephen Brooks sur la contribution des intellectuels à l\u2019avancement des idées poli- U vie politique 561 tiques au Canada.Le livre sera disponible par le site Web des Pressses de l\u2019Université Laval (www.ulaval.ca/pul/) Pour être informé des activités récentes et des publications du PÉQ Les activités ponctuelles et les publications à venir sont médiatisées par le site Web du PÉQ.De même, le PÉQ a entrepris la numérisation de l\u2019ensemble des titres parus dans la collection des Cahiers du PÉQ et des Grandes Conferences Desjardins.Pour consulter la liste des titres parus, consulter le site http www.arts.mcgill.ca/programs/qs/ Francais/fmdex.html.\u2022 le Programme d\u2019études sur le Québec de l\u2019Université McGill Culture, éducation et médias CULTURE >\tLa vie philosophique au Québec: un bilan partiel >\tLes essais: un Québec intellectuel serein ou apathique ?>\tQuelle littérature enseigner au Québec ?>\tL'année littéraire : l'éclatement du monde en mode majeur >\tL'année du cinéma : point de salut hors de l'État >\tLes études québécoises en littérature: le CÉTUQ >\tChronique du monde des arts \u2022 L'année culturelle : triomphes et départs précipités ÉDUCATION >\tLes grandes tendances >\tLes chaires de recherches du Canada : plus d\u2019argent mais moins d'autonomie pour les universités >\tLes enjeux de la création d'un ordre professionnel des enseignants MÉDIAS >\tL'enjeu du journalisme libre >\tMarée basse pour la convergence des médias >\tSexe, chaînes et télévision >\tL'imprimé en perte de popularité Culture, éducation et médias 565 Culture/Perspective sur le Québec L'état de la philosophie au Québec : un bilan partiel Georges Leroux Département de philosophie, Université du Québec à Montréal À bien des égards, la vie de la philosophie au Québec ne présente plus guère de traits qui pourraient la relier encore à son exercice passé.De la Révolution tranquille au tournant du nouveau siècle, les traces de la scolastique et du dogmatisme qui avaient caractérisé pendant plus d\u2019un siècle l\u2019enseignement des collèges classiques se sont lentement effacées, et la philosophie est entrée de plain pied dans le monde de la post-modernité sans s\u2019attarder, pour ainsi dire, dans ce qui aurait été sa rupture moderne.La sécularisation de la pensée, son détachement de l\u2019orthodoxie religieuse, tout cela s\u2019est opéré presque d\u2019un coup, à la faveur des grands mouvements sociaux qui ont bouleversé avec une égale turbulence les arts, les sciences humaines et la littérature.La modernité fut reçue d\u2019ailleurs, surtout d\u2019Europe, par les chemins du marxisme, de la psychanalyse et de la philosophie post-nietzschéenne des penseurs français des années soixante-dix (Foucault, Althusser, Lyotard).Ce renouvellement fut accueilli avec enthousiasme, mais trente ans plus tard, on voit que la discussion s\u2019est orientée autrement: tout en se fondant sur ces influences européennes, elle s\u2019est ouverte à la pluralité des débats contemporains provoqués par la dissolution des hégémonies et des paradigmes dominants.L\u2019avénement des cégeps.Même si quelques autres figures d\u2019écrivains et d\u2019essayistes jalonnent son histoire de manière dispersée avant 1970 \u2014 on pense surtout à François Hertel, à Jacques Lavigne (décédé en 1999) ou même à Hermas Bastien \u2014, la philosophie pratiquée au Québec a d\u2019abord été liée en effet aux structures institutionnelles de l\u2019enseignement et cette philosophie scolaire rendait pratiquement impossible l\u2019éclosion d\u2019une écriture philosophique de recherche.Cette situation s\u2019est modifiée radicalement depuis l\u2019avènement des cégeps.La philosophie a conservé le rôle de discipline fondamentale qu\u2019elle avait dans les collèges classiques, mais l\u2019orthodoxie a cédé, libérant pour ainsi dire l\u2019exercice de la pensée.Même si la pratique de l\u2019enseignement d\u2019une discipline obligatoire semble avoir requis le meilleur des énergies (voir les analyses de Pierre Bertrand, Robert Hébert, Jacques Marchand, Michel Métayer et Laurent-Michel Vacher, Pratiques de la penseé.Philosophie et enseignement de la philosophie au cégep.Liber, 2002), plusieurs travaux se sont développés au sein des collèges (voir en ce sens le bilan de Jean-Claude Simard, dans Klibansky et Boulad-Ayoub, 1998).Ce milieu composé de centaines de professeurs n\u2019est certes pas encore la pépinière d\u2019intellectuels qu\u2019il pourrait devenir, mais il a beaucoup contribué à l\u2019avènement d\u2019une pensée critique au Québec.La coupure d\u2019avec le milieu universitaire, une coupure d\u2019abord institutionnelle, compte pour beaucoup dans la lenteur de cette évolution, mais on peut L\u2019état de la philosophie au Québec Culture 566 L\u2019état du Québec espérer qu\u2019avec la stabilisation des cégeps et de leurs orientations pédagogiques, la nouvelle génération de professeurs se tournera de plus en plus vers l\u2019écriture et l\u2019engagement intellectuel dans les débats qui sollicitent l\u2019intervention des philosophes dans la société.Au chapitre de l\u2019essai, des noms comme ceux de Michel Morin, de Robert Hébert et de Pierre Bertrand, tous professeurs de philosophie au cégep, s\u2019imposent d\u2019emblée et s\u2019il est question de mesurer le chemin parcouru depuis l\u2019œuvre de François Hertel ou de Jacques Lavigne, on doit constater que ce sont eux qui portent la relève de l\u2019essai.Il suffit de se reporter à un texte du poète Jacques Brault, alors professeur à la Faculté de philosophie de l\u2019Université de Montréal, où il appelait de tous ses vœux la naissance d\u2019une philosophie québécoise, libérée de la peur : « Philosopher au Québec a toujours été le contraire d\u2019une délivrance, car la vérité préexistait si purement et si extérieurement à la conscience que nulle initiative de la liberté n\u2019était possible, et par là j\u2019entends non pas le doute, mais ce moment de rigueur et d\u2019angoisse où le moi se pose par un non radical et irréversible (.).Il y avait, il y a une tâche ici pour les philosophes : nous désapprendre la peur en donnant à notre peur des objets vrais et durs comme le réel » (revue Parti pris, 7 mars 1965, repris dans Lamonde, 1972).Dans la période qui s\u2019ouvre après 1968 et qui montre maintenant ses fruits, on peut dire que cette philosophie est advenue.Le rôle de Fernand Dumont.De cette génération de transition, nourrie à la fois de l\u2019héritage religieux et soucieuse de modernité, Fernand Dumont, mort en 1997, demeure le témoin privilégié.Sa recherche, tendue par une quête profonde du sens de l\u2019existence historique, n\u2019a cessé d\u2019alimenter les débats, et plusieurs numéros de revue lui ont été consacrés récemment (Recherches sociographiques, Arguments, Bulletin d\u2019Histoire politique, Voix et images)), sans oublier l\u2019importante étude de Jean Philippe Warren (Un supplément d\u2019âme.Les intentions primordiales de Fernand Dumont.Presses de l\u2019Université Laval, 1998).On a aussi publié un recueil de ses entretiens (Un témoin de l\u2019homme, éd.par Serge Canon, l\u2019Hexagone, 2000).Critique d\u2019un rationalisme dominateur et totalisant, la pensée de Dumont cherche une «via media» qui ferait sa place à une philosophie authentique de la culture, capable de répondre aux objections de la critique des idéologies et des sciences humaines jugées réductrices dans leurs excès.Le contexte libertaire et à bien des égards anti-humaniste de la pensée des années soixante-dix ne représentait pas un milieu d\u2019accueil favorable au projet de Fernand Dumont, qui apportait néanmoins les conditions concrètes d\u2019une libération intellectuelle.Avec le recul, on voit combien sa contribution fut profonde et déterminante.Ce projet, faut-il y insister par ailleurs, s\u2019est développé dans une interaction constante avec la discussion sur l\u2019avenir du Québec comme nation (Raisons communes, Fides, 1995 ; Genèse de la société québécoise, Boréal, 1994) et s\u2019est placé dans un rapport intime autant que libre avec la réflexion de l\u2019auteur comme croyant (La foi partagée, Fides,1996).De quelques essayistes.Les essais philosophiques ne sont sans doute pas très nombreux chaque année, mais on peut parler d'œuvres qui jalonnent une vie de réflexion.Pierre Bertrand (L\u2019art et la uie, Liber, 2001) poursuit le travail entrepris Culture, éducation et médias 567 dans ses livres précédents (Eloge de la fragilité', La vie au plus près), et qu\u2019on pourrait caractériser comme une méditation sur la contingence et la recherche d\u2019une éthique ajustée aux défis d\u2019un monde en mutation.Moraliste raffiné, sa sensibilité est proche de la littérature.Michel Morin développe lui aussi le projet rigoureux d\u2019une éthique, mais ses derniers livres abordent en plus les questions métaphysiques les plus complexes (Créer un monde, Hurtubise HMH, 2001).Cette œuvre solitaire, fondée sur la méditation d\u2019une expérience de la pensée en butte aux pouvoirs de l\u2019objectivité, prend acte, selon un tracé qui doit beaucoup à Nietzsche, de la faillite de la métaphysique et présente une interrogation non seulement sur la nature de la pensée d\u2019après la métaphysique, mais sur la possibilité même d\u2019une expérience qui soit fidèle aux exigences de Descartes.L\u2019œuvre de ces penseurs reprend à la fois le projet critique moderne, et représente la quête d\u2019un art de vivre pour le présent qui se pose comme résistance à l\u2019emprise de la philosophie savante, perçue par eux comme dégagée de la vie.Le travail de Claude Lévesque représente de son côté le développement au Québec de la pensée de la différence.Professeur de philosophie (Université de Montréal), formé à l\u2019école de la phénoménologie et lecteur de Husserl et de Merleau-Ponty, sa pensée se place au cœur de la problématique des rapports de la littérature et de la philosophie.L\u2019influence de la psychanalyse, présente dès ses premiers travaux, n\u2019a cessé de s\u2019approfondir et son livre le plus récent le montre exemplairement (Par-delà le masculin et le femi-nin.L\u2019énigme de la différence sexuelle, Paris, Aubier, 2002).Critique de Freud et de Lacan, il propose, dans le sillage de Georges Bataille et de Jacques Derrida, une pensée de l\u2019hétérogène qui résiste autant à l\u2019hégémonie de la philosophie analytique qu\u2019à l\u2019idéalisme traditionnel.Cette pensée est une pensée du risque et de l\u2019audace, dans l\u2019affrontement toujours déjà marqué par un certain vertige avec la perte du sens, la dissolution des repères anciens, l\u2019abîme de la différence.Portée par une protestation véhémente à l\u2019endroit de toute certitude comme de toute orthodoxie, elle accepte de prendre le risque du nihilisme s\u2019il constitue la seule issue hors de la métaphysique.Charles Taylor constitue une figure philosophique québécoise exemplaire, encore que sans doute atypique.Professeur à l\u2019Université McGill et à l\u2019Université de Montréal, aujourd\u2019hui retraité, il intervient en effet aussi bien dans le milieu francophone que dans le milieu anglophone et sa réputation est internationale.Sa pensée constitue une réflexion critique, alimentée aux meilleures sources de l\u2019herméneutique, sur la théorie contemporaine de l\u2019action et de la subjectivité.Son œuvre imposante est une contribution aux débats actuels sur l\u2019intentionnalité, l\u2019identité personnelle et l\u2019historicité (Philosophical Papers, 2 volumes, Cambridge, 1985 ; Les sources du moi, trad.fr.de Charlotte Melançon, Boréal, 1998 ; Grandeur et misère de la modernité', Fides, 1992).Son influence dans le développement de la pensée herméneutique et de la philosophie politique au Québec demeure considérable.Depuis plusieurs années déjà, en effet, sa réflexion se porte vers les questions des droits de la communauté et cherche à produire une pensée de la culture dans laquelle le langage trouverait sa pleine justification eu égard à l\u2019identité.Un recueil récent permet de prendre la mesure des débats et des influences (sous la dir.de Guy Laforest et Philippe de Lara, Charles Taylor et l\u2019inter- L\u2019état de la philosophie au Québec Culture 568 L\u2019état du Québec prétation de l\u2019identité moderne.Presses de l\u2019Université Lavai, 1998 ; voir également l\u2019étude de Janie Pélabay, Charles Taylor, penseur de la pluralité'.Presses de l\u2019Université Laval, « Mercure du Nord », 2001).Philosophie universitaire.Évoluant dans un circuit différent, et étanche par bien des aspects à celui des essais, la philosophie universitaire a construit au fil des ans un réseau institutionnel d\u2019une grande vitalité.Son monde s\u2019est ouvert, la discussion s\u2019est internationalisée et on peut constater à quel point ses problématiques principales sont le résultat de débats et de grands courants qui ont leur centre aux États-Unis ou en Europe.C\u2019est le cas par exemple de la philosophie analytique ou de la phénoménologie.La fin du vingtième siècle connaît universellement un effort philosophique sans précédent, auquel on ne saurait assigner un centre national particulier et la communication de la pensée en constitue le paradigme déterminant.Au cours de ces années, la philosophie qui s\u2019écrit au Québec a rompu avec l\u2019angoisse de devoir être une philosophie nationale et elle s\u2019est inscrite sereinement dans les grands débats contemporains.La libération d\u2019avoir à être pour se poser a eu principalement pour effet de rendre possible une volonté d\u2019universalité qui paraissait interdite dans la période précédente.À cet effort, les philosophes québécois apportent une contribution importante, surtout si on tient compte du nombre restreint des départements et la petite taille des corps professoraux qui y travaillent.La collaboration entre les départements francophones et anglophones n\u2019est pas à la hauteur des possibilités ouvertes par la situation culturelle d\u2019une ville comme Montréal, mais sur ce terrain, l\u2019évolution, même lente, semble prometteuse.Il est bien sûr impossible de recenser l\u2019ensemble des travaux parus récemment, on visera ici plutôt à repérer quelques lignes directrices.Ce travail est rendu beaucoup plus aisé depuis la publication de grands bilans de la recherche en philosophie (pour le Canada, voir G.Leroux et J.T.Stevenson, 1998, et pour le Québec, voir le collectif rassemblé par J.Boulad-Ayoub et R.Klibansky, 1998, qui présente des bilans thématiques dans tous les domaines de la recherche philosophique).Ces deux bilans permettent de prendre la mesure de l\u2019ensemble du champ.La situation actuelle de la recherche se caractérise d\u2019abord par un pluralisme dans tous les domaines: la plupart des traditions philosophiques sont désormais représentées, même si cela n\u2019est le fait que de quelques personnes, et il devient difficile, sinon impossible, de désigner des hégémonies rigides ou même des courants dominants.L\u2019homogénéité est définitivement chose du passé et on ne peut parler d\u2019une école particulière.Éthique, philosophie sociale et politique La discussion des idéologies et du marxisme a occupé pendant longtemps toute la scène de la philosophie politique au Québec, contrairement à ce qui se passait au même moment aux États-Unis.Cette situation, favorisée par des influences européennes multiples, s\u2019est profondément modifiée au cours des cinq dernières années, et la discussion s\u2019est réorientée vers la tradition de la pensée libérale et les enjeux contemporains de la démocratie et de la citoyenneté.La théorie critique de l\u2019École de Francfort, qui avait commencé à percer, ne s\u2019est jamais imposée comme un paradigme de discussion, et cela en dépit de beaux travaux sur l\u2019oeuvre de ses penseurs les plus importants, notamment Culture, éducation et médias 569 Ernst Bloch (voir le livre de Jean Roy, Le souffle de l\u2019espérance, Bellarmin, 2000), Walter Benjamin et Jürgen Habermas.Un essai récent de Guillaume Dufour (Patriotisme constitutionnel et nationalisme, Liber, 2001) montre l\u2019intérêt d\u2019une réflexion construite à compter des théories de Habermas pour faire progresser la discussion politique sur la nation.L\u2019essor actuel de la philosophie politique doit beaucoup aux recherches de Michel Seymour, qui reprend à nouveaux frais la réflexion sur l\u2019état national et postnational.Après Charles Taylor (Rapprocher les solitudes.Écrits sur le fédéralisme et le nationalisme au Canada, Presses de l\u2019Université Laval, 1992 ; Multiculturalisme : différence et démocratie, Aubier, 1994), il propose une discussion critique des principales approches contemporaines, et notamment du communautarisme (voir par exemple, sous la direction de Michel Seymour, le numéro spécial de la revue Philosophiques, Une nation peut-elle se donner une constitution de son choix?, réédition 1995 ; et sous sa direction, États-nations, multinations et organisations supranationales, Montréal, Liber, 2001 ; Nationalité, citoyenneté et solidarité, Liber, 1999 ; La nation en question, l\u2019Hexagone, 1999).Son travail se poursuit en dialogue constant avec les intellectuels du Canada anglais (voir son Rethinking Nationalism, en collaboration avec Jocelyne Couture et Kai Nielsen, Supplementary Volume, Canadian Journal of Philosophy, University of Calgary Press, 1996).Ce travail de fond est soutenu par des recherches comme celles de Dominique Leydet ou de Daniel Weinstock, et l\u2019implantation à l\u2019Université du Québec à Montréal d\u2019une Chaire de recherche, patronnée par l\u2019UNESCO, sur la Justice et les fondements philosophiques de la démocratie, placée sous la direction de Josiane Boulad- Ayoub, contribue à la vigueur de la philosophie politique actuelle.Des essais comme ceux de Daniel Jacques (Tocqueville et la modernité, Boréal, 1995 ; Nationalité et modernité, Boréal, 1998) et de Joseph Pes-tieau (Les citoyens au bazar.Mondialisation, nations et minorités.Québec, Presses de l\u2019Université Laval, «Prisme», 1999) doivent aussi être mentionnés.L\u2019éthique.Au Québec, l\u2019éthique semble avoir beaucoup de mal à trouver un terrain contemporain de discussion.On assiste à un effort de structuration du paradigme de recherche, comme par exemple dans le domaine de l\u2019éthique sociale (Jocelyne Couture, Éthique et rationalité, 1992; R.Lambert, La justice vécue et les théories éthiques contemporaines, Presses de l\u2019Université Laval, 1994 ; Une solution de rechange au néo-libéralisme.Nouveau regard sur le droit et ses fondements.Presses de l\u2019Université Laval, 1999).La question de l\u2019égalité en constitue l\u2019enjeu majeur.L\u2019influence des débats autour de la pensée de John Rawls demeure active dans ces discussions, mais les philosophes francophones, peut-être plus influencés que les anglophones par la pensée de l\u2019école de Francfort, cherchent à relier la discussion sur la justice au grand débat européen sur la rationalité sociale et sur la post-modernité (Michel Freitag, Dialectique et société, 1986 ; Yves Boisvert, Post-modernité et sciences humaines, Liber, 1998).Les relations de l\u2019éthique aux débats des sciences sociales s\u2019intensifient (voir par exemple, en collab., Vingt années de recherches en éthique et débats au Québec, Fides, 1997) et les rapports avec le développement des politiques publiques a donné lieu à la naissance d\u2019une revue très dynamique (Éthique publique, Éditions Liber), consacrée aux enjeux de l\u2019éthique sociétale et gouvernementale.La philoso- L\u2019état de la philosophie au Québec Culture 570 L\u2019état du Québec phie du droit n\u2019est pas en reste avec les travaux de Bjarne Melkevik (Horizons de la philosophie du droit, Presses de l\u2019Université Laval, 1998).L\u2019éthique appliquée connaît actuellement un grand essor, principalement en raison des requêtes communiquées par les institutions médicales et juridiques avec la prolifération de nouvelles technologies et à la croissance du pouvoir expert dans les sociétés post-industrielles.La première grande vague de recherche fut celle de l\u2019éthique médicale et de la bioéthique (voir Guy Durand, introduction générale à la bioéthique, Fides, 1999).Les enjeux de la contraception, de l\u2019avortement, des technologies de reproduction, de l\u2019euthanasie et la rareté des ressources dans l\u2019allocation des soins ont engendré une recherche philosophique très abondante (Guy Bour-geault, L\u2019éthique et le droit/ace aux nouvelles technologies biomédicales, 1990; Marie-Hélène Parizeau, Les fondements de la bioéthique, 1992 ; Thomas de Koninck, De la dignité humaine, Presses Universitaires de France, 1995; sous la dir., de Jean-François Malherbe, Compromis, dilemmes et paradoxes en éthique clinique, Fides, 1999).La deuxième vague a été produite par la croissance de l\u2019éthique administrative, à la suite de la discussion de problèmes de corruption et de malfaisance, autant dans l\u2019entreprise que dans la bureaucratie publique (Georges A.Legault, Professionalisme et délibération éthique, Presses de l\u2019Université du Québec, 1999; Michel Dion, L\u2019éthique de l\u2019entreprise, Fides, 1994).L\u2019examen des codes d\u2019éthique de la profession médicale fut rapidement suivi de l\u2019analyse déontologique des codes d\u2019autres secteurs de la vie publique.Il faut enfin noter un intérêt grandissant pour l\u2019éthique environnementale, en particulier dans les travaux d'André Beauchamp.La psychanalyse théorique, après un moment de diffusion plus visible, grâce aux travaux de l\u2019équipe regroupée autour de la revue Trans, fondée en 1992, semble entrer de nouveau dans une phase de repli sur l\u2019activité clinique.Cette revue promettait beaucoup, mais tout comme les efforts antérieurs de la revue Interprétation, fondée par Julien Bigras (1967), elle s\u2019est interrompue brusquement.Plusieurs revues se sont relayées au cours des dix dernières années pour garder vivant l\u2019héritage de la pensée psychanalytique (Brèches, Bordures, Frayages) et chacune a été le lieu d\u2019une rencontre de la philosophie et de la psychanalyse qui n\u2019aurait pas été possible autrement.Mais aucune n\u2019a réussi à se maintenir, malgré l\u2019activité de groupes comme le Groupe d\u2019études psychanalytiques interuniversitaire et l\u2019engagement de théoriciens comme Isabelle Lasvergnas ou Lise Monette, et on ne peut que le déplorer.Ce repli semble confirmé par l\u2019absence quasi totale de travaux publiés, si on fait exception du séminaire de Jean Imbeault (Mouvements, Gallimard, 1997) et des travaux de Claude Brodeur (Le problème de l'inconscient, L\u2019Harmattan, 3 vols, 1999).Logique, métaphysique, épistémologie et philosophie des sciences Au cours des dix dernières années, les différents courants de la philosophie anglo-saxonne se sont implantés progressivement dans les départements de philosophie, ouvrant la voie à la recherche en philosophie du langage, en philosophie de l\u2019esprit, en théorie de l\u2019action.Étalé sur une période très brève, l\u2019ensemble de ce renouvellement constitue pratiquement une révolution et on ne saurait prétendre en présenter, même brièvement, les nombreuses ramifications (voir les bilans détaillés dans Klibansky et Boulad-Ayoub, Culture, éducation et médias 571 igg8).Par ailleurs, il est clair que l\u2019omniprésence de l\u2019informatique et des modèles computationnels dans le traitement de l\u2019information influence considérablement les analogies et les modèles en science cognitive et en théorie de l\u2019intelligence artificielle, produisant des effets profonds sur la discussion du rapport corps-esprit en métaphysique et sur la théorie sociale des groupes et de la communication.Un pionnier dans ces domaines depuis plusieurs années est Jean-Guy Meunier, professeur à l\u2019UQAM.La tension qui se déploie de manière fondamentale dans ces recherches fait s\u2019opposer un courant naturaliste, héritier de l\u2019ancien positivisme, en vertu duquel le travail philosophique doit d\u2019abord servir le projet d\u2019une naturalisation de la connaissance, et un courant critique dans lequel se retrouvent toutes les formes d\u2019épistémologie et de philosophie qui ne croient pas pensable la dissolution du travail philosophique dans une extension de la science naturelle.Un livre important, qui adopte une position très critique, permet de mesurer l\u2019ensemble des enjeux ; il est l\u2019oeuvre de Daniel Laurier, philosophe intéressé par les modèles de l\u2019esprit (voir son récent L\u2019esprit et la nature, Presses de l\u2019Université de Montréal, 2002).On trouvera par ailleurs une riche synthèse dans un livre publié par Denis Fisette et Pierre Poirier (La philosophie de l\u2019esprit.État des lieux.Librairie J.Vrin, 2001).Au croisement de l\u2019histoire de la philosophie et de la philosophie du langage, la recherche de Claude Panaccio sur le discours intérieur n\u2019a cessé de s\u2019approfondir (voir son récent livre, Le discours inferieur, Éditions du Seuil, 2001).La mosaïque est complexe, à proportion du développement fulgurant des paradigmes nouveaux de recherche dans les sciences.Jamais autant qu\u2019aujourd\u2019hui les rapports de la philosophie avec la connaissance scientifique n\u2019auront-ils été aussi riches et ramifiés.Cette évolution d\u2019une recherche en logique propositionnelle standard vers une augmentation des travaux en logique non-standard fut certes beaucoup plus lente dans la logique francophone, mais on peut l\u2019observer dans les travaux de Daniel Vanderveken en logique illocutionnaire ( Les actes de discours, ig88 ; Meaning and Speech Arts, iggo-gi) et de Yvon Gauthier qui a élaboré une logique constructiviste qu\u2019il appelle logique arithmétique (De la logique interne, iggi ; La logique interne des theories physiques, igg2).Il faut aussi mentionner les recherches de François Lepage en logique intensionnelle (avec Serge Lapierre, Logique partielle et savoir.Essai de philosophie jùrmelle, Bellar-min, 2000) et de Mathieu Marion et Alain Voizard (Frege.Logique et philosophie.L\u2019Harmattan, «Tradition sémantique», igg8).Mentionnons enfin l\u2019hommage important rendu au logicien Hugues Leblanc (ig24-2001), qui a fait sa carrière à Philadelphie, mais qui était revenu comme professeur émérite à l\u2019UQAM, dans un recueil d\u2019études (Mathieu Marion et Robert S.Cohen, Quebec Studies in the Philosophy of Science.Essays in honour of Hugues Leblanc.Kluwer, igg6, 2 vols.).La métaphysique.Le domaine de la métaphysique et de l\u2019ontologie semble être devenu le parent pauvre de la pensée philosophique, alors même qu\u2019il constituait à l\u2019époque de la pensée scolastique le paradigme de la réflexion.Cette situation va de pair avec le reflux de la théologie naturelle et spéculative dans les travaux des théologiens.On se doit néanmoins de signaler les travaux de Thomas de Koninck, de Jean Theau et de Marc Renault, qui chacun à L\u2019état de la philosophie au Québec Culture 572 L\u2019état du Québec leur manière poursuivent une analyse historique et critique de l\u2019histoire de la métaphysique classique.On notera aussi l\u2019ensemble des recherches présentées lors du Congrès de Québec de l\u2019Association des Sociétés de philosophie de langue française (La métaphysique.Son histoire, sa critique, ses enjeux.2 volumes édités par Jean-Marc Narbonne et Luc Langlois, Presses de l\u2019Université Laval, 2000).Dans l\u2019ensemble de ces travaux, l\u2019œuvre récente de Jean Grondin se signale par une exceptionnelle rigueur et la complexité d\u2019un parcours qui croise, dans une interpellation réciproque, les œuvres de Martin Heidegger et de Hans-Georg Gadamer et l\u2019histoire de la pensée herméneutique.(L\u2019uniuersalité de l\u2019herméneutique, Presses Universitaires de France, 1993 ; Introduction à Hans-Georg Gadamer.Éditions du Cerf, « La nuit surveillée », 1999).La discussion ontologique demeure liée aux changements importants dans les domaines de la théorie de la connaissance, de l\u2019épistémologie et de la philosophie des sciences.Des distinctions cardinales (propositions analytiques et synthétiques, savoir a priori et a posteriori) se sont fracturées et les normes antérieures de la rationalité ont été mises en question.La structure de la connaissance ne consiste plus en un édifice de connaissances particulières, construit sur la base de fondements certains ou nécessaires selon la manière cartésienne ou aristotélicienne ; cette structure ressemble plutôt à un tissu de croyances, dont le critère de vérité devient ou bien la cohérence, ou encore un vaste équilibre réflexif.La physique a cessé de constituer le paradigme de tout savoir, même si elle continue de stimuler la recherche en philosophie des sciences.Cette discussion a conduit à un pluralisme très ouvert, une position toujours risquée dans la mesure où l\u2019anarchisme épistémologique découle toujours de la relativisation de la rationalité et de la vérité.Ce pluralisme semble assujetti à ce qui constitue sans doute un trait commun de la recherche épistémologique au Québec : une attention forte à l\u2019histoire et à la philosophie des sciences sociales, comme on le voit dans les travaux de Robert Miguelez, J.Nicolas Kaufmann, Paul Dumouchel, Maurice Lagueux (Actualité de la philosophie de l\u2019histoire.Presses de l\u2019Université Laval, 2001) et Robert Nadeau.Ce dernier a fait paraître un instrument de travail indispensable pour la recherche (Vocabulaire technique et analytique de l'épistémologie, Presses Universitaires de France, 1999).Le courant dominant est celui de l\u2019épistémologie historique.On doit noter par ailleurs l\u2019émergence de nombreuses recherches dans le domaine de la philosophie de l\u2019esprit et des sciences cognitives, marquées par la question de la conscience et de l\u2019intentionnalité, qui ne manqueront pas d\u2019influencer le développement de la réflexion épistémologique.Des domaines de recherche comme l\u2019esthétique, la philosophie de la religion semblent un peu délaissés, mais beaucoup des questions importantes se retrouvent dans l\u2019abondance des travaux qu\u2019on observe en histoire de la philosophie.Par ailleurs, notons en terminant que le choix des auteurs et des travaux cités dans ce bref bilan présente le risque d\u2019un regard très injuste sur l\u2019écriture philosophique au Québec.Injuste en raison de son caractère très partiel ; se limiter à quelques livres a pour effet de laisser de côté la production chaque année plus volumineuse d\u2019articles, où se déploie l\u2019essentiel de la recherche.Cette bibliographie demeure cependant accessible par les outils de recherche Culture, éducation et médias 573 internationaux et par les grandes revues de recherche.Injuste aussi en raison de sa partialité.Dans les marges de l\u2019institution, dans les bordures de la discipline, on trouve plusieurs noms, dont l\u2019œuvre se réclame d\u2019un projet philosophique et qui méritent une place dans une histoire de la pensée contemporaine au Québec.Cette histoire demeure à faire.L\u2019avenir de la recherche philosophique au Québec conservera sans doute plusieurs des traits qui la caractérisent actuellement: pluralisme, ouverture aux cou- rants européens et américains, intérêt pour la recherche historique, volonté de contribuer aux grandes discussions politiques, éthiques et épistémologiques, souci de pertinence dans les secteurs de la philosophie appliquée, richesse des entreprises individuelles.On peut penser aussi que des traits qui émergent dans le moment deviendront centraux, comme la préoccupation des droits des personnes et des communautés et le projet d\u2019apporter une contribution philosophique au renouvellement des idées sociales et politiques.Références Dans les indications bibliographiques qui suivent, j\u2019ai regroupé des travaux qui se signalent ou bien par leur richesse bibliographique et historiographique propre, ou bien par leur aspect anthologique.Le lecteur intéressé pourra facilement reconstituer une bibliographie quasi exhaustive en cheminant à travers la riche recherche de mes devanciers.Bouiad-Ayoub, Josiane et Raymond Klibansky (sous la dir.de), La pensée philosophique d\u2019expression française au Canada.Le rayonnement du Québec.Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval, «Collection Zetesis», 1998.Cauchy, Venant, La philosophie au Québec et au Canada français, dans Doctrines et concepts.Cinquante ans de philosophie de langue française.Actes de l\u2019ASPLF,1937-1987, librairie philosophique J.Vrin, Paris, 1988.Lamonde, Yvan (sous la dir.de), Historiographie de la philosophie au Québec, 1853-1970.Hurtubise HMH, «Cahiers du Québec », Montréal, 1972.Lamonde, Yvan.La philosophie et son enseignement au Québec (1665-1920), Hurtubise HMH, «Cahiers du Québec», Montréal, 1978.Leroux, Georges et J.T.Stevenson, La philosophie au Canada, in Arnaldez, Roger et Mattéi, J.F.(sous la dir.de), Encyclopédie philosophique, Presses Universitaires de France, Volume IV, Paris, 1998.Mathien, Thomas, Bibliography of Philosophy in Canada: a Research Guide/ Bibliographie de la philosophie au Canada : guide de recherche, Frye Publishing, Kingston, 1989.Panaccio, Claude et P.A.Quintin, P.A.(sous la dir.de), Philosophie au Québec, Éditions Bellarmin, Montréal, 1976.Wyczynski, Paul, François Gallays et Sylvain Simard, L\u2019essai et la prose d\u2019idées au Québec.Éditions Fides, « Archives des Lettres canadiennes, Tome VI », Montréal, 1985.?Revues principales et leurs sites Internet Dialogue (Association canadienne de philosophie) : www.usask.ca/philosophy/dialogue/ Éthique publique (Éditions Liber : www.ethiquepublique.qc.ca/mandat.html Horizons philosophiques (Cégep Édouard-Montpetit) : www.cam.org/-gagnonc/ horizons_philosophiques.htm Laval théologique et philosophique (Université Laval) : www.ftsr.ulaval.ca/ltp/ Philosophiques (Société de philosophie du Québec) www.philo.uqam.ca/spq/infospq.html Science et Esprit (Collège dominicain, Ottawa) : www.collegedominicain.com/rse/infb.htm L\u2019état de la philosophie au Québec Culture 574 L\u2019état du Québec Une pensée de la justice, une pensée de la liberté, telles que les appelaient déjà Jacques Brault et Fernand Dumont, constituent l\u2019horizon irréductible de la philo- sophie dans une société qui demeure en quête de son identité et fière de sa vie démocratique.\u2022 Les essais: un Québec intellectuel serein ou apathique?Louis Cornellier Cégep de Joliette, chroniqueur, Le Devoir Quels sont les débats de l\u2019heure dans le Québec intellectuel?Bien malin, ou présomptueux, celui qui répondrait à cette question avec assurance.Peu de débats, en effet, suscitent actuellement un intérêt général.Bien sûr, notre question nationale en fait toujours courir quelques-uns, souvent parmi les meilleurs, mais l\u2019année écoulée (jusqu\u2019en juin 2002), dans le domaine des essais, aura surtout été celle des initiatives isolées sans retentissement collectif.Au lendemain des attentats du 11 septembre, les pages d\u2019opinions de La Presse et surtout du Deuotr se sont bien animées un peu, mais ce fut de courte durée et sans déclencher de réflexion de fond.Dans des textes catégoriques rédigés à chaud, l\u2019historien Jocelyn Létourneau et, inopinément, l\u2019éditeur Jacques Lanctôt ont exprimé avec force leurs sympathies américaines et leur dégoût absolu des auteurs du massacre.Mal accueillis par plusieurs, c\u2019est-à-dire par les nombreux contempteurs de la politique étrangère américaine que compte le Québec, leurs cris du cœur sont pourtant demeurés à peu près sans réplique significative.Seul le professeur Omar Aktouf, et cela sans entrer ouvertement en débat avec les précédents, s\u2019est fendu d'une critique publique de l\u2019attitude arrogante des Américains.II a fallu, là encore, compter sur quelques simples lecteurs pour lui donner la réplique.Sereins ou apathiques, les intellectuels québécois?Bien discrets, en tout cas, autour du drame du 11 septembre pour l\u2019interprétation duquel, à quelques exceptions près (Georges Leroux, Thierry Hentsch), ils s\u2019en sont remis aux experts à la souvent ennuyante neutralité.La question nationale en veilleuse?Ici même, l\u2019an dernier, dans le cadre de ce rendez-vous annuel, la question nationale suscitait une interrogation: «se peut-il qu\u2019un débat essentiel, vital, qui touche au cœur même de l\u2019avenir d\u2019une collectivité nationale comme la nôtre, s\u2019épuise de ne jamais trouver son terme?» Front plutôt tranquille, en tout cas, que celui-là cette année.Alors directeur de l\u2019information au Devoir, Michel Venne, avec Les porteurs de liberté, a bien tenté de renouveler l\u2019argumentaire souverainiste en en offrant une version actualisée, moderne et exempte de ressentiment, mais son ouvrage fut Culture, éducation et médias 575 accueilli dans une relative indifférence.L'infatigable philosophe Michel Seymour n\u2019a pas suscité plus de remous en dénonçant en détail «l\u2019intransigeance canadienne face au Québec » dans Le pari de la de'mesure.Trop ternes, les penseurs?La bouillonnante Andrée Ferretti, pourtant, n\u2019a presque rien soulevé non plus, sur le plan du débat public, avec sa Passion de l\u2019engagement qui reprenait l\u2019oeuvre militante d\u2019une vie.Taras Grescoe, quant à lui, a publié Sacré Blues, son excellent mais contestable « portrait iconoclaste du Québec » par un Canadien anglais postnationaliste, sans que quelque intellectuel québécois n\u2019y trouve à redire.Alors, sereins ou apathiques, nos penseurs engagés qui font silence sur les travaux des rares parmi eux qui continuent à s\u2019escrimer en ce domaine ?Le moins que l\u2019on puisse dire, c\u2019est qu\u2019ils semblent avoir mis leur fibre nationale en veilleuse.Blues du référendum de 1995 ?Ça fait déjà sept ans ! Usure du Parti québécois, au pouvoir depuis 1994, qui entraîne une désaffection à l\u2019égard de la cause à laquelle il est intrinsèquement identifié?Peut-être.Le bel hier Peut-être, en effet, que la tentation est forte de se rejouer le bel hier exaltant quand le présent semble sclérosé.C\u2019est sur ce terrain, en tout cas, celui d\u2019un passé récent plein de promesses, que certaines des œuvres les plus stimulantes de l\u2019année se sont situées.Le journaliste Pierre Godin, avec L\u2019espoir et le chagrin, 1976-1980, le troisième tome de son imposante biographie de René Lévesque, est venu nous rappeler à quel point le premier gouvernement du Parti québécois carburait à l\u2019audace et au courage politiques.Oui, il y eut un référendum perdu en 1980, mais les réalisations (lois 101, antibriseurs de grève, sur le zonage agricole, sur le nouveau régime public d\u2019assurance-auto-mobile) qui ont précédé cette gifle sauvent l\u2019époque.La social-démocratie et le nationalisme, en ce temps-là, s\u2019exprimaient dans l\u2019enthousiasme au PQ.Pierre Duchesne, avec Le Baron, 1970-1985, deuxième tome de sa magistrale biographie de Jacques Parizeau, a enfoncé le clou : le PQ du tandem Lévesque-Parizeau, c\u2019était l\u2019espoir et l\u2019envergure politiques.Mais aujourd\u2019hui?Disons que l\u2019enthousiasme semble plus difficile à susciter.Une des rares polémiques de l\u2019année, d\u2019ailleurs, a opposé les deux biographes au sujet des liens entre Lévesque et son lieutenant Claude Morin.Quand donc le premier a-t-il su que le second frayait avec la GRC ?L\u2019insouciance de Lévesque à cet égard et les silences de Morin ont-ils nui aux revendications du Québec face au gouvernement Trudeau?Le débat reste à trancher.Bel hier stimulant, aussi, que celui du militant Pierre Vallières auquel deux essais importants ont été consacrés.Celui du père Constantin Baillargeon, d\u2019abord, Pierre Vallières vu par son professeur de philosophie, qui retraçait « l\u2019évolution religieuse et spirituelle de Pierre Vallières » pour en conclure que c\u2019est l\u2019idéal franciscain qui explique le brûlant désir de justice sociale du felquiste déçu.Celui, ensuite, de Jacques Jourdain et Mélanie Mailhot, une anthologie commentée intitulée Paroles d\u2019un nègre blanc, destinée à rendre hommage à un Vallières qui nous a laissé l\u2019indignation et la révolte en héritage.Sans le formuler clairement, ces deux ouvrages laissent néanmoins sous-entendre un message douloureux : hier, ça brassait ! Et avant-hier aussi, s\u2019il faut en croire le passionnant deuxième tome de la biographie d\u2019Olivar Asselin, Le volontaire, que la Les essais : un Québec intellectuel serein ou apathique? Culture 576 L\u2019état du Québec journaliste Hélène Pelletier-Baillargeon a consacré à l\u2019expérience de guerre (1916-1919) du pamphlétaire nationaliste.De l'histoire pour aujourd'hui Mais d\u2019un hier séduisant ou, à tout le moins, agité, peut-on tirer des raisons de s\u2019engager dans l\u2019aujourd\u2019hui?Irrité par une propagande fédéraliste incessante qui met le passé au service d\u2019un antinationalisme québécois très actuel, le journaliste Normand Lester a largué une véritable bombe nationale en publiant, en novembre 2001, son Livre noir du Canada anglais, une cinglante réplique aux contempteurs de la tradition démocratique québécoise.Ce sont les Canadiens anglais d\u2019origine britannique, expliquait-il en substance, qui furent racistes tout au long de l\u2019histoire canadienne.Aussi, qu\u2019on cesse donc de discréditer le projet national québécois au nom de sa supposée tradition d\u2019intolérance.Succès de librairie, le pamphlet de Lester, musclé mais pas réellement innovateur, lui a valu de perdre son poste à Radio-Canada et de se gagner plusieurs partisans attachés à la liberté d\u2019expression, mais n\u2019a pas entraîné de véritables débats historiques.Quant au mégaprojet radio-canadien intitulé Le Canada : une histoire populaire, une série télévisée à grand déploiement accompagnée d\u2019une version écrite en deux volumes luxueux, il n\u2019aura réussi, pour sa part, qu\u2019à illustrer une fois de plus le gouffre, immense, qui sépare, irrémédiablement faut-il croire, ce que notre folklore désigne comme étant les « deux solitudes » canadiennes.Œuvre prestigieuse et nuancée accueillie avec fierté au Canada anglais, cet immense travail historico-journalis-tique fut à peu près unanimement dénoncé au Québec, pour cause de propagande, sans même avoir été sérieusement évalué.Le commentateur politique nationaliste (mais de moins en moins indépendantiste) Christian Dufour et le directeur de la publication de cette histoire, Mario Cardinal, ont croisé le fer à ce sujet dans les pages de la revue Argument et du Devoir, mais les arguments honnêtes et valables de Cardinal n\u2019ont pas reçu l\u2019accueil qu\u2019ils méritaient, tant, pour la plupart des Québécois, la cause était entendue avant même la réception des pièces à conviction.Ces événements médiatiques ont toutefois soulevé une question qui s\u2019impose de plus en plus dans l\u2019univers intellectuel québécois : à quoi sert l'histoire?Quelles sont les tâches de l\u2019historien ?Dans un des échanges les plus stimulants de l\u2019année, malgré sa brièveté, les professeurs Marc Angenot et Jocelyn Létourneau ont abordé cette problématique à l\u2019invitation de la revue Spirale.Partisan d\u2019une approche essentiellement critique du travail de recherche historique, Angenot, auteur en 2001 d\u2019un solide mais déprimant ouvrage sur «la décomposition de l\u2019idée de progrès», mettait les historiens en garde contre la tentation de puiser l\u2019espérance au passé.Historien-intellectuel aux ambitions plus prophétiques, Létourneau lui répliquait en exprimant son refus de cette posture de la distanciation radicale: «Briseur de sens, l\u2019intellectuel ne peut laisser les sociétés en proie à 1\u2019 « absens » ni les abandonner au vertige paralysant de l\u2019infinité des sens.S\u2019il doit assumer sa fonction critique, l\u2019intellectuel ne peut se délester de son rôle de parolier et de passeur.» Un des beaux moments intellectuels de l\u2019année.De santé, d'éducation et de littérature Il y en eut d\u2019autres qui n\u2019auront pas reçu, honte aux silencieux!, toute l\u2019attention qu\u2019ils méritaient.Un jour la santé, de Culture, éducation et médias 577 l\u2019excellent vulgarisateur scientifique Yanick Villedieu, s\u2019il a suscité un imposant bavardage médiatique, ne sera pas parvenu, semble-t-il, à attirer sur la place publique, comme cela aurait dû être le cas, les spécialistes de notre système de santé en quête d\u2019une cohérence et d\u2019une efficacité renouvelée.Pratiques de la pense'e : philosophie et enseignement de la philosophie au collégial, un ouvrage collectif qui visait à faire le point sur la place de cette madère unique en son genre au collégial, sera, quant à lui et malheureusement, passé à peu près totalement inaperçu, malgré l\u2019invitation à discuter de la place de l\u2019esprit critique en éducation au Québec que représentait sa seule publication.Un silence qui en dit long [voir article p.465].Nos littéraires auraient-ils plus de nerf que nos philosophes?Le débat vigoureux qui a animé les pages du Devoir en février-mars 2002, avant de se poursuivre dans la revue L\u2019Action nationale, et qui portait sur la place consacrée à la littérature québécoise dans l\u2019enseignement collégial, porte à le croire.Comme l\u2019auteur de ces lignes fut l\u2019instigateur de cette polémique, on pourra lire, ailleurs dans cet ouvrage, un résumé des positions exprimées alors [voir article p.suivante].N\u2019y aurait-il, au Québec, que la question nationale qui soit apte à mobiliser autour d\u2019elle une majorité d\u2019intellectuels?D\u2019où l\u2019on comprendrait que, quand son intensité politique diminue, ce sont les débats qui la récupèrent, dans une certaine mesure, comme les polémiques sur l\u2019his- Références Venne, Michel, Les porteurs de liberté, VLB, Montréal, 2001.Seymour, Michel, Le pari de la démesure.L\u2019intransigeance canadienne face au Québec, l\u2019Hexagone, Montréal, 2001.Ferretti, Andrée, La passion de l\u2019engagement, Lanctôt, Montréal, 2002.Grescoe, Taras, Sacré Blues.Un portrait iconoclaste du Québec, VLB, Montréal, 2002.Godin, Pierre, René Lévesque.L'espoir et chagrin, igy6-ig8o, Boréal, Montréal, 2001.Duchesne, Pierre, Jacques Parizeau.Le Baron (igyo-ig85), Québec Amérique, Montréal, 2002.Baillargeon, Constantin, Pierre Vallières vu parson professeur de philosophie, Médiaspaul, Montréal, 2002.Jourdain, Jacques et Mélanie, Pierre Vallières.Paroles d\u2019un nègre blanc, VLB, Montréal, 2002.Pelletier-Baillargeon, Hélène, OlivarAsselin et son temps.Le volontaire, Fides, Montréal, 2001.Lester, Normand, Le livre noir du Canada anglais, Les Intouchables, Montréal, 2001.Gillmor, Don, Achille Michaud et Pierre Turgeon, Le Canada: une histoire populaire, Fides, Montréal, 2001.Angenot, Marc, D\u2019où venons-nous ?Où allons-nous P La décomposition de l\u2019idée de progrès, Trait d\u2019union, Montréal, 2001.Revue Spirale, numéro 180, septembre-octobre 2001.Villedieu, Yanick, Un jour la santé, Boréal, Montréal, 2002.Bertrand, Pierre, Robert Hébert, Jacques Marchand, Michel Métayer et Laurent-Michel Vacher, Pratiques de la pensée.Philosophie et enseignement de la philosophie au collégial, Liber, Montréal, 2002.Revue L\u2019Action nationale, volume XCII, n° 4, avril 2002.Revue Argument, volume 4, n° 2, printemps-été 2002.Thériault, Joseph Yvon, Critique de l\u2019américanité, Québec Amérique, Montréal, 2002.Les essais : un Québec intellectuel serein ou apathique? Culture 578 L\u2019état du Québec toire nationale et sur l\u2019enseignement de la littérature nationale, qui parviennent encore à nous préserver de l\u2019apathie?Ceux qui souhaitent, alors, qu\u2019on en finisse avec ce «vieux débat», qu\u2019on passe à autre chose, devraient peut-être réviser leur position et reconnaître qu\u2019on ne néglige pas ainsi le coeur d\u2019une tradition nationale sans s\u2019exposer à une léthargie intellectuelle collective.Il n\u2019y a pas, bien sûr, que la question nationale, et tout ne doit pas lui être soumis, évidemment, mais force est de constater que, sans elle, notre paysage devient bien terne, presque impensable.La remarque a déjà été formulée en ces pages (voir Québec 2000), mais la relative tranquillité de nos intellectuels, par les temps qui courent, oblige à la redite: ce n\u2019est pas, en elle-même, la production intellectuelle et essayistique québécoise qui n\u2019est pas à la hauteur, mais sa réception.Nos essayistes écrivent, c\u2019est une évidence, des choses pertinentes et essentielles, mais qui demeurent trop souvent non relayées par leurs congénères.Ils se lisent peut-être les uns les autres, s\u2019observent et s'étudient, mais ils ne poussent que trop rarement leur engagement jusqu\u2019au choc des idées, seul véritable moteur d\u2019une vie intellectuelle vivante et d\u2019une tradition en marche.Le débat, complexe mais passionnant, autour de l\u2019américanité du Québec, qui oppose l\u2019historien Gérard Bouchard (partisan du Québec comme francophonie nord-américaine) au sociologue Joseph Yvon Thériault (critique radical du concept d\u2019américanité québécoise), et qui engage tant le passé et le présent que l\u2019avenir du Québec parce qu\u2019il met en jeu notre rapporta la culture (populaire/élitiste), au réel et à ses représentations, constitue peut-être une réjouissante exception à cet égard.Tout compte fait, on aurait envie de souhaiter aux intellectuels québécois, pour l\u2019année à venir, un peu plus de nerf.Du nerf, et le courage de l\u2019affrontement.\u2022 Quelle littérature enseigner au cégep?Antoine Robitaille Journaliste Quelle littérature devrait-on enseigner au collège ?Davantage d\u2019ouvrages québécois, moins de français?Ou l\u2019inverse?La littérature de l\u2019Hexagone nous est-elle étrangère?Ou alors toute littérature n\u2019est-elle pas, justement, étrangère : mise à distance essentielle pour toute expérience réelle d\u2019éducation?Un texte de Louis Cornellier, publié le 11 février dans Le Devoir et sous-titré « Et si la réussite passait par la décolonisation ?» a lancé une nouvelle querelle des «ter-roiristes » et des « exotiques », comme l\u2019a fait remarquer Gilles Marcotte qui rappelait la profondeur de ce débat dans l'histoire du Québec.Selon Cornellier, l\u2019enseignement de la littérature française dès l\u2019entrée au collégial découragerait les étudiants, puisque «Rabelais, Ronsard, Voltaire et Lamartine » sont étrangers à Culture, éducation et médias 57g ceux-ci.S\u2019impose donc selon lui une réforme « en profondeur » où les deux premiers cours de français (sur les quatre obligatoires) seraient consacrés à la littérature québécoise, le troisième aux littératures francophones et le dernier, consacré à la «communication efficace» (sic), à des textes non littéraires.La réplique à Cornellier fut, au dire même du principal intéressé, massive: «je me suis fait lapider.» François Ricard, de l\u2019université McGill, usa d\u2019une ironie mordante (Le Devoir, samedi 16 février).Faisant mine d\u2019abonder dans le sens de Cornellier, il suggéra de façon absurde l\u2019abolition de toute littérature, « ce qui permettrait enfin à nos chers jeunes de ne plus ressentir de déficit de sens, de ne plus se morfondre et se faire humilier dans leurs cours de français ».Querelles d'injures Plusieurs textes de soutien à l\u2019une et à l\u2019autre position ont été publiés dans les semaines qui ont suivi.Jean-Claude Germain, dans l\u2019éditorial de la revue LApos-trophe, écrit que « l\u2019exhortaüon [de Cornellier à enseigner la littérature québécoise dans les écoles du Québec] a suscité un Non merci qui n\u2019est pas sans évoquer celui des Yvettes d\u2019antan ».Aussi, LAction nationale du mois d\u2019avril proposa-t-elle un dossier d\u2019appui à Cornellier, dossier qui comportait des textes de Victor-Lévy Beaulieu, de Bruno Roy, d\u2019Andrée Ferretti et de Roxanne Bouchard.V.-L.Beaulieu y prétend que les nombreuses répliques à Cornellier révèlent que « nos professeurs » croient que « nous n\u2019avons toujours pas de littérature nationale, ce que confirment d\u2019ailleurs la plupart des chroniqueurs qui se font aller le mâche-patate dans nos journaux».Roxanne Bouchard voit pour sa part dans les détracteurs de Cornellier de sombres « héritiers de Lord Durham qui continuent à nous dire que nous constituons un petit peuple dont la culture est sans importance ! » La polémique est-elle bien engagée?Selon Max Roy, chercheur à l\u2019UQAM qui s\u2019est penché dans diverses études empiriques sur la littérature qu\u2019on enseigne au Cégep, les protagonistes sont catastrophistes parce les uns comme les autres, ils ignorent ce qui se fait réellement au collégial.Or, ses recherches ont révélé qu\u2019une « large majorité des étudiants, au terme de leur passage au collégial, aura très probablement lu plusieurs œuvres françaises et québécoises : une pièce de Molière, un récit du XVIIIe siècle \u2014 Candide de Voltaire très souvent \u2014 ainsi qu\u2019une oeuvre française du xixe comme les Fleurs du mal, de Baudelaire.Parmi les œuvres québécoises, beaucoup auront lu Le Survenant de Germaine Guévremont et très vraisemblablement un roman ou une pièce de Tremblay ».Une étude de Max Roy, en 1996, avait déclenché dans Voir un débat entre les professeurs Pierre Nepveu et lean Larose.Roy avait indiqué que depuis l\u2019entrée en vigueur du nouveau programme de 1993, 26,4% du corpus des cours de français était consacré à la littérature québécoise par rapport à 47,2 avant la réforme.Larose disait alors qu\u2019avec quelque 25 %, la littérature québécoise avait « trouvé sa juste place » puisque elle est jeune par rapport à la française.«Si Réjean Ducharme et Michel Tremblay n\u2019avaient lu que des auteurs québécois, disait-il, ils n\u2019auraient pas écrit ce qu\u2019ils ont écrit.Ht on voudrait qu\u2019eux, on les lise, sans les mettre dans la filiation à laquelle ils appartiennent?» Aux yeux de Nepveu cependant, 25 %, ce n\u2019était pas suffisant.« Le strict minimum devrait être 33%» puisque la Quelle littérature enseigner au cégep? Culture 580 L\u2019état du Québec « tradition québécoise » existe bel et bien et qu\u2019elle diffère de la française par ses sources, notamment nord-américaines.Or, selon les dernières données de Max Roy, en 2002, le vœu de Nepveu serait pratiquement exaucé: «On est à 30% environ, officiellement; mais officieusement, c\u2019est probablement un peu plus.» Lorsqu\u2019on lui présente ces chiffres, François Ricard réplique par une boutade :« c\u2019est trop!» Évidemment, enchaîne-t-il, «ce n\u2019est pas une question de pourcentage.On peut très bien faire étudier la littérature québécoise et ouvrir sur des grands modèles.Mais ce qui arrive trop souvent, c\u2019est que ça fait écran.Les grandes œuvres du passé se trouvent disqualifiées.» Quelle distance ?Face à cette position, Louis Cornellier dénonce l\u2019idée que l\u2019universel doive toujours être livré par des non-Québécois.Max Roy, lui, déplore que ce débat impose «une polarisation entre deux corpus littéraires », ce qui occulte selon lui la vraie question : souvent, au collège, depuis l\u2019implantation de «l\u2019épreuve uniforme» \u2014 l\u2019examen que tous les étudiants doivent passer pour l\u2019obtention du DEC \u2014 la littérature est abordée de façon utilitaire, comme exercice pour préparer l\u2019épreuve et non comme véritable expérience de formation.Pour Micheline Cambron, professeur à l\u2019Université de Montréal, ce qui fausse le plus le débat est la mauvaise compréhension de ce qui est « proche et lointain » en littérature.Selon elle, l'origine géographique d\u2019un auteur ne garantit rien.« La poétesse québécoise Nicole Brassard sera très probablement plus déroutante qu\u2019un Zola pour un cégépien.» Max Roy va dans le même sens.Ses dernières études montrent même que la littérature qui intéresse le plus spontanément les étudiants est celle.du Moyen-Àge! La culture de Donnons et dragons, des jeux de rôle et des vidéos rend plus souvent familiers et attirants le Conte du Graal, Tristan et Iseut, etc.Dans ce cas, « la proximité avec un univers merveilleux annule souvent la distance du langage ».Ailleurs Des questions similaires se posent dans le ROC (rest of Canada), dont le problème est sans doute plus grave encore puisqu\u2019il est tiraillé non seulement entre les traditions britanniques et canadiennes, mais aussi par l\u2019américaine.Mais au Canada anglais, les nationalistes auraient « gagné la partie » et on enseignerait « presque uniquement des auteurs canadiens anglais au Canada»: «Une honte», dixit Ray Conlogue, du Globe and Mail.Selon Monica Heller, de l\u2019Université de Toronto, des querelles comparables se présentent à differents degrés dans les mondes hispanique et lusophone.Mais au Canada même, insiste-t-elle, « on a aussi des débats Références Revue L'Action nationale, volume XCII, n°4, avril 2002.Roy, Max, L\u2019espace du texte dans la critique universitaire de la littérature québécoise (1920-1984) », dans Le discours de l\u2019Université sur la littérature québécoise, sous la dir.de Joseph Melançon, Québec, Nuit blanche éd./CRELIQ-Université taval, série « Recherche », 1996.\u2014 Voir aussi: te discours d\u2019une didactique.La formation littéraire dans l\u2019enseignement classique au Québec (1852-1967), en collaboration avec Joseph Melançon et Clément Moisan, Québec, CRELIQ/ Nuit blanche, Cahiers du CRELIQ, coll.« Recherche », 1988. Culture, éducation et médias 581 sur l\u2019accent à mettre sur la littérature antillaise et africaine.» Autrement dit, franco-ontarienne, acadienne, québé- nous ne sommes pas sortis de Pau-coise, de l\u2019Ouest du Canada, française, berge ! \u2022 L'année littéraire : l'éclatement du monde en mode majeur Francine Bordeleau journaliste Sur le plan romanesque, l\u2019année 2001-2002, éclectique et variée, peut être qualifiée de très bon cru.Cette année fut avant tout celle des écrivains consacrés, ou chevronnés, qui ont publié en masse.La découpe d\u2019ensemble révèle nombre d\u2019œuvres fortes ou ambitieuses souvent inscrites dans un projet de longue durée, moyennement optimistes quant à la suite du monde, et enclines à proposer, par l\u2019entremise de la fiction, une réflexion sur l\u2019art ou la littérature.Se démarquent d\u2019abord, toutefois, deux auteurs d\u2019un premier « roman », aux antipodes l\u2019un de l\u2019autre, qui ont fait événement.La palme de la couverture médiatique revient ainsi à Nelly Arcan, étudiante en littérature qui, à 26 ans, publie au Seuil Putain, une autofiction relatant son passé d\u2019«escorte».Arcan, qui inspire de bons mots au Monde et à Libération, présente pour Paris l\u2019attrait de surfer sur une mode « gyno-érotique » de fabrication française, à la Virginie Despentes et à la Catherine Millet.Mais Putain, où sont peints crûment « [la] mère qui larve et [le] père qui jouit», propose surtout un discours (ambigu) sur le féminin à l\u2019ère du triomphe de l\u2019image, sur la beauté ressentie à la fois comme une tyrannie et la source d\u2019une incommensurable satisfaction narcissique.Et témoigne, avec ses phrases volontairement interminables, lancinantes, d\u2019un réel travail d\u2019écriture.Ce livre est peut-être le fait d\u2019une étudiante brillante qui a su intégrer les codes de la machine littérature.Il se situe néanmoins fort loin des histoires gentiment érotiques que signeront plus tard dans la saison Dominique Chénier (Pure libertine), directrice de la collection «Sex Libris» chez Trait d\u2019union, ou Geneviève Saint-Amour (Passions tropicales).L\u2019autre « débutant » de l\u2019année, c\u2019est le sociologue Gérard Bouchard qui, à presque 60 ans, étonne, en mai, avec le roman historique Mistouk.Son héros Méo Tremblay, Bouchard le fait naître le 24 juin 1887, l\u2019affuble d\u2019une taille et de rêves démesurés, le transforme en acteur de la colonisation du Saguenay.Éternel bourlingueur quittant son coin natal pour le Nord des Montagnais ou les manufactures des États-Unis, déchiré entre l\u2019amour d\u2019une femme et la frénésie de la liberté, Méo sert à illustrer un pan de l\u2019Histoire et de la psyché québécoises.Bouchard, lui, se révèle un conteur doué qui utilise les ressorts habituels du roman historique pour composer une grande fable L\u2019état de la philosophie au Québec Culture 582 L\u2019état du Québec saguenéenne où se mêlent avec bonheur personnages légendaires, imaginaires et réels (Alexis-le-trotteur, Olivar Asselin, Damase Potvin, Louis Hémon, le Survenant.).Avec Mistouk, ode à ce «Royaume» dont il a fait son objet d\u2019étude privilégié, Gérard Bouchard a signé l\u2019un des best-sellers les plus inattendus de l\u2019été.La dérive des Amériques De fait la présence ininterrompue de Marie Laberge, durant toute cette année, sur les listes de best-sellers, aura été beaucoup plus prévisible.Avec Florent, paru à l\u2019automne, la romancière terminait sa trilogie Le goût du bonheur.Et pouvait se targuer d\u2019avoir réussi le pari de rallier le public et la critique, celle-ci ayant réservé un bel accueil à sa volumineuse saga.C\u2019est au second volet de sa trilogie amorcée en 2000 avec Saltimbanques que Sergio Kokis, lui, nous conviait à l\u2019automne 2001.Son Kaleidoscope brise' flamboyant et baroque, construit selon une chronologie savamment bousculée, suit la trace des artistes du grand Circus Alberti de 1947 à 1969.Ces « errants parcourant la terre» quittent Gênes et les rigueurs de l\u2019après-guerre dans l\u2019espoir de prendre leur part du rêve américain.Las ! Ce rêve s\u2019avère un « kaléidoscope brisé » dont la chute de la troupe, qui effectua « un long voyage au cœur de la défaite » avant de s\u2019éteindre à Rio de laneiro, constitue la tragique démonstration.Sur cette trame, et au moyen d\u2019un style distancié souvent proche de l\u2019essai, l\u2019écrivain d\u2019origine brésilienne poursuit une réflexion sur ses thèmes de prédilection, soit la confrontation entre le Nord et le Sud (de l\u2019Amérique) et le sens que peut revêtir l\u2019art.Il n\u2019y a plus d\u2019Amérique, titrait pour sa part Louis Caron au printemps.Pour son grand retour, l\u2019écrivain rompt d\u2019avec le roman historique qui l\u2019a consacré et plonge résolument en plein chaos contemporain.Tout en empruntant son titre à un vers d\u2019une chanson de lacques Brel (Voir un ami pleurer), Caron s\u2019inspire d\u2019un fait divers survenu en 1979 pour écrire un livre sombre sur le troisième millénaire naissant.Soit un couple de banlieusards : Suzanne et Hubert, existence sans histoire et tout confort.Cette vie douillette bascule lorsque le fils est assassiné, victime d\u2019un crime gratuit.Suzanne trouve alors refuge dans une secte tandis qu\u2019Hubert, se découvrant une inextinguible violence, devient membre de l\u2019une de ces milices d\u2019extrême droite qui pullulent dans l\u2019Amérique profonde.Sur cette anecdote, Caron dresse le portrait d\u2019une Amérique en déliquescence, morcelée plus qu\u2019éclatée, en panne et en deuil de sens.Pour le romancier, le troisième millénaire s\u2019ouvre sur les cendres du deuxième, et n\u2019annonce rien qui vaille.L\u2019Amérique, c\u2019est le territoire de prédilection de Louis Hamelin, sans doute le plus américain des écrivains québécois.Cinq ans après Le Soleil des gouffres, qui conviait en 1996 à une traversée du continent du nord au sud, voilà Lejoueur de flûte (le titre renvoie à une vieille légende allemande du Moyen Âge), qui renoue avec l\u2019esprit de la contre-culture.Ti-Luc Blouin, «conçu dans une commune de la côte ouest à la fin des années soixante », «enfant perdu» d\u2019une mère aujourd\u2019hui décédée et d\u2019un père, «Mister Big», qu\u2019il n\u2019a jamais connu, gagne la région de Vancouver, Mere Island plus précisément, île menacée par une « forestière géante ».Par hasard vit là Mister Big, écrivain qui eut jadis son heure de gloire à San Francisco.Hamelin, influencé notamment par les Don DeLillo et Russell Banks, nourrit ici I l .t ifl| i)0 lie K iea SH - at sist iori Mti pou bû U pen les loi Culture, éducation et médias 583 de hautes ambitions.Se déployant à mille lieues du roman intimiste et de l\u2019autofiction, son livre propose plutôt un immense brassage de mythes, de thèmes, de symboles qui embrasse l\u2019imagerie de tout le continent, continent que semble résumer Mere Island où se rejoignent, luttant contre la forestière, des protestataires de toutes les générations et de toutes les origines.Le Joueur de Jlûte constitue sans contredit l\u2019un des grands moments de l\u2019année littéraire.Au nom du père La figure paternelle ressuscite chez Hame-lin, comme du reste chez nombre d\u2019autres écrivains.La maison L\u2019instant même marque le pas, avec au moins trois titres qui exploitent le thème.Des dés en trop, un doigt en moins, première fiction \u2014 et polar bien accueilli \u2014 du journaliste Laurent Laplante, a ouvert le bal.Au programme: des brins d\u2019humour, une construction relativement sophistiquée, et la très sexy maîtresse d\u2019un bonze des Hell\u2019s Angels en guise de victime.Celle-ci incarne la « mauvaise mère» \u2014 en sa version troisième millénaire \u2014, qui a eu un enfant parce que le beau-père assurait une rente confortable en échange d\u2019un petit-fils.Dès lors Des dés en trop, un doigt en moins semble prétexte à un discours proche des militants masculi-nistes, et s\u2019inscrit dans un mouvement social : celui des pères divorcés qui réclament la garde de leurs enfants.Le Devoir, notamment, a salué Laplante comme pourfendeur de tabous osant dénoncer le laxisme des tribunaux envers les mères.Mais l\u2019auteur, qui à gros traits victimise le père et démonise la mère, n\u2019aura pas évité les écueils du manichéisme.Pas de mauvaise mère chez Louis Jolicœur, écrivain discret qui a cette année troqué la nouvelle contre le récit, mais un père récemment décédé avec qui le fils entame un dialogue empreint de tendresse.L\u2019homme était « fin causeur et grand voyageur, à la recherche toujours de quelque nouvel élan ».Le fils, anthropologue, traducteur, écrivain et grand amoureux de l\u2019Espagne, ouvrira au défunt les portes de Grenade.Le Siège du Moure appartient à ces livres de l\u2019intimité qui ne font pas recette, mais sont d\u2019évidence motivés par une nécessité intérieure.Ici nul ressentiment: Jolicœur se fait fort d\u2019évoquer la relation père-fils sur le mode de la sensibilité, de la sobriété, de la nostalgie sereine.Serge Lamothe navigue en d\u2019autres zones avec L\u2019Ange ou berceau, qui clôt une trilogie amorcée en 1998 par La longue portée.Ce projet, qui n\u2019est pas sans rappeler la fameuse Trilogie new-yorkaise de Paul Auster, avait d\u2019abord comme narrateur Charles Godin ; enfermé dans une chambre d\u2019hôtel Beretta en main, l'homme, en attendant celui qu\u2019il avait décidé de mer, écrivait une longue lettre à son fils Simon.On entend aujourd\u2019hui la voix de ce fils dont les parents ont été assassinés.Quête d\u2019identité, quête des origines et relation père-fils constituent les grands thèmes d\u2019une trilogie brillante, complexe, et dont les volets ne racontent peut-être, selon des perspectives diverses, que la même histoire.Le père est aussi le héros du Corps de mon Jrère, de l\u2019Anglo-Montréalaise Lynn Diamond, qui en fin de course récapitule ainsi son «roman» autobiographique: «Ai-je écrit une œuvre d\u2019imagination ou un récit véridique ?Qui peut avec certitude démêler la vérité de la fiction?Qui peut m\u2019accuser de cacher un meurtrier, de taire un meurtre, fut-ce celui de mon frère ?» Ce frère, schizophrène, a mystérieusement L\u2019année littéraire : l\u2019éclatement du monde en mode majeur Culture 584 L\u2019état du Québec disparu quelques années après son internement en institution psychiatrique.Vingt ans plus tard surgit du passé, et du hasard, un homme qui aurait participé à l\u2019enlèvement, puis à l\u2019assassinat du frère, tué parce que le père, joueur impénitent, ne remboursait pas ses dettes à la mafia.Ces révélations amènent l\u2019écrivaine à réévaluer l\u2019histoire familiale, histoire que Le corps de monjrère décline en une chronologie bouleversée empruntant des accents prous-tiens.Commerçant, artiste, jouisseur, et joueur cachant bien son jeu, le père, plus que le frère, occupe le cœur de ce très intéressant texte où sont exposés à l\u2019envi les ressorts du travail d\u2019écriture qui fouille la mémoire, les souvenirs, l\u2019imaginaire, le réel, et qui consiste donc, ici, à rouvrir le roman familial, à reprendre une histoire que le non-dit et le faux-semblant avaient transformée en fiction afin d\u2019atteindre à une certaine vérité.Dans cet autre gros morceau de la saison que constitue Le cœur est un muscle involontaire, Monique Proulx, dont on n\u2019avait rien lu depuis Les Aurores montre'ales de 1996, met pour sa part en scène « la fille de Pepa » \u2014 un « Pepa » qui répond au «Môman» de Michel Tremblay?\u2014, comme l\u2019admettra sa narratrice à la toute fin.Signe distinctif: cette Florence «ne tolère pas l\u2019arrogance pesante des livres », et aime encore moins Pierre Laliberté, « cet écrivain mythique dont personne n\u2019a jamais aperçu le visage, qui vit reclus comme un lépreux alors que les honneurs se ternissent et s\u2019érodent à l\u2019attendre ».Voilà bien sûr un sosie de Réjean Du-charme, à qui Proulx rend explicitement hommage.Hommage à Ducharme, et à la littérature tout court, Le cœur est un muscle involontaire contient maintes références et allusions tout en se présentant comme un roman « familial ».L\u2019histoire de Florence, qui traquera Laliberté jusqu\u2019à New York, est en effet déclenchée par la mort du père, écrivain raté et homme en apparence médiocre avec qui sa fille doit désormais se réconcilier.La recherche du temps perdu Avec les Proulx, Hamelin et autres Caron, la maison Boréal a décidément sorti son artillerie lourde.Parmi ses incontournables de l\u2019année se profile, encore, Ying Chen, dont Le champ dans la mer renoue avec la manière qu\u2019exploitait L\u2019Ingratitude en 1995.À l\u2019instar de la narratrice de L\u2019Ingratitude, en effet, celle du Champ dans la mer est morte, et son histoire parvient donc d\u2019outre-tombe.Fantôme discret, cette héroïne franchit ainsi, dans une sorte de mouvement perpétuel, la frontière entre la vie et la mort, entre le présent et le passé, ce passé renvoyant à un village lointain et à un univers disparu.Au moyen d\u2019une écriture toujours aussi minimaliste et métaphorique, Ying Chen n\u2019évoque pas tant le poids des traditions et de la mémoire que la fin d\u2019un monde (celui du « maïs »).La constante de l\u2019écrivaine?Peut-être bien une tentative de cerner le mouvement qui entraîne toute chose au néant.Là n\u2019est pas, loin s\u2019en faut, l\u2019ambition d\u2019Hervé Bouchard, auteur d\u2019un premier livre prometteur.Cela s\u2019intitule Mailloux, histoires de novembre et de juin racontées par Hervé Bouchard, citoyen dejonquière.Ouf! Bien que toutes les comparaisons soient boiteuses, ce retour à l\u2019enfance mettant en scène Jacques Mailloux, garçon un peu « simple » comme on dit au Saguenay-Lac-Saint-Jean, tient un peu de Réjean Ducharme, et peut-être un peu plus du Pierre Yergeau de Tu attends la neige, Léonard?(L\u2019instant même, 1992).« En mil neuf cent quelque chose», Mailloux fait malgré lui les quatre cents coups au Saguenay.L\u2019écri- Culture, éducation et médias 585 ture estjubilatoire et inventive, et Bouchard se révèle une recrue de talent.Avec ce livre découpé en historiettes proches du conte, Hervé Bouchard s\u2019inscrit peu ou prou dans une écriture de l\u2019oralité, manière dont Antonine Maillet est l\u2019une des célèbres ambassadrices.À l\u2019évidence madame Perfecta, sa dernière héroïne, a réellement existé.« Laissez-moi donc vous raconter à voix haute, comme on chante, ou psalmodie, ou parle, tout simplement, sans autre effet de style que celui de la parole toute nue », écrit du reste Antonine Maillet dans le prologue de Madame Perfecta.Cette Espagnole née en 1922 fut la femme de ménage de l\u2019écrivaine.Une sagouine madrilène! De l\u2019Espagne franquiste à Outremont, Perfecta affiche un parcours qu\u2019Antonine Maillet immortalise.Ici, l\u2019écrivaine entredent une sorte de dialogue avec les rêves et les souvenirs de son héroïne, et n\u2019hésite pas, même, à s\u2019entretenir avec cette morte.Le résultat final donne un très attachant portrait de femme avec, à la clef, jeux narratifs entre présent et passé, entre réel et imaginaire.Si madame Perfecta constitue une héroïne fort joliment campée, que dire de Mie, inventée par Pierre Yergeau?Elle aussi porte, à l\u2019instar des personnages de Sergio Kokis, l\u2019héritage d\u2019un cirque échoué.Peu de temps après que « le chapiteau fut monté sur la rivière gelée », le Grand Cirque d\u2019Hiver, arrivé à Senneterre en 1933, connut son chant du cygne.Les détails étaient relatés dans L\u2019Écrivain public, premier volet, paru en 1996, d\u2019un vaste cycle abitibien censé compter neuf titres.Une « nonalogie », donc.À travers cette fois le regard de Mie, ses allers-retours dans le temps et ses souvenirs façonnés par le « théâtre miniature » représentant le Cirque et les personnages quasi fabuleux qui l\u2019ont incarné \u2014mais Mie, malgré son âge avancé, ne possède que très peu de souvenirs \u2014, Yergeau poursuit, dans La désertion, l\u2019exploration du pays natal.Cette exploration relève du réel comme de la fantasmagorie, est servie par une écriture lumineuse, et donne accès à un univers singulier, unique qui a suscité le dithyrambe de la critique.Art, littérature, fiction Si Yergeau mérite de figurer en bonne place au tableau d\u2019honneur de l\u2019année, il en est de même pour Gilbert Dupuis, qui a clos en 2001 une trilogie amorcée en 1996 sous le signe de Borduas et du Manifeste du Refus cjlobal.Au coeur de L\u2019Étoile noire, de Les Cendres de Correlieu (paru en 1998) et maintenant de La Chambre morte, une grande question : l\u2019art peut-il changer le monde?Comme les deux premiers tomes, ce livre-ci entreprend, sous la forme ludique du polar \u2014 des rebelles de la culture partent en guerre contre une multinationale qui voit dans la création un fléau \u2014, de revisiter la modernité québécoise et ses principales figures.Hommage jouissif à l\u2019art autant qu\u2019habile mélange de genres, La Chambre morte termine en beauté une trilogie en forme de « thriller culturel » où revivent Henri Tranquille, Borduas, Claude Gauvreau, Pierre Perrault, le frère Marie-Victorin et même Fleury Mesplet puisque l\u2019intrigue de ce dernier volet gravite autour d\u2019un exemplaire de La Gazette littéraire publié en 1779 ! La réflexion sur l\u2019art et la littérature, qui prend un tour ludique et érudit chez Dupuis, a tenté d\u2019autres écrivains.Monique LaRue, dont le roman précédent, La Démarche du crabe, date de 1995, est du nombre.Le décor de La Gloire de Cassiodore : un département de français dans un collège montréalais.Les profs grenouillent L\u2019année littéraire : l\u2019éclatement du monde en mode majeur Culture 586 L\u2019état du Québec ferme pour obtenir leur part de pouvoir ou de gloire médiatique sous l\u2019œil goguenard ou indifférent des étudiants.Tout en décortiquant le monde de l\u2019enseignement, le temps d\u2019une année scolaire, LaRue pose la question de la place de la littérature, non seulement dans les collèges mais dans l\u2019ensemble de la société.À l\u2019instar du dernier roman de Monique Proulx, La Gloire de Cassiodore se veut un hommage vibrant aux livres et à la littérature dont on démontre ici qu\u2019elle est plus vivante que jamais.Sous la plume de Nicole Brossard, le thème de l\u2019art conduit à l\u2019un des livres les plus riches de l\u2019année.Hier peut apparaître comme un « roman de femmes » d\u2019abord, puisqu\u2019il met en scène des personnages féminins essentiellement et que les liens unissant mères et filles y occupent une place importante.Mais par-delà cette dynamique, Brossard s\u2019intéresse bien davantage à des thèmes inépuisables comme le temps, la mémoire, les traces laissées par les civilisations, l\u2019acte même de création, tout cela s\u2019incarnant dans quatre femmes : ainsi l\u2019une, passionnée de ruines, dirige un musée, tandis que sa petite-fille est chercheuse en biogénétique, pour ne mentionner que ces deux-là.La première est absorbée par la conservation du passé, la seconde est résolument tournée vers le futur.Roman à saveur philosophique et poétique, Hier, qui par ailleurs emprunte plusieurs niveaux et formes de narration, embrasse beaucoup.Et constitue assurément le grand œuvre de Nicole Brossard.Qu\u2019est-ce qu\u2019écrire?Peut-être bien exposer « restes, débris et fragments d\u2019un Références Arcan, Nelly, Putain, Seuil, Paris, 2001.Chénier, Dominique, Pure libertine, Trait d\u2019union, Montréal, 2002.St-AMOUR, Geneviève, Passions tropicales, VLB éditeur, Montréal, 2002.Bouchard, Gérard, Mistouk, Boréal, Montréal, 2002.Laberge, Marie, Florent, Boréal, Montréal, 2001.Kokis, Sergio, Kaléidoscope brisé, XYZ éditeur, Montréal, 2001.Caron, Louis, Il n\u2019y a plus d\u2019Amérique, Boréal, Montréal, 2002.Hamelin, Louis, Le Joueur de flûte, Boréal, Montréal, 2001.Laplante, Laurent, Des clés en trop, un doigt en moins, L\u2019instant même, Québec, 2001.Joucœur, Louis, Le Siège du Maure, L\u2019instant même, Québec, 2002.Lamothe, Serge, L\u2019Ange au berceau, L\u2019instant même, Québec, 2002.Diamond, Lynn, Le Corps de mon frère.Triptyque, Montréal, 2002.Proulx, Monique, Le Coeur est un muscle involontaire, Boréal, Montréal, 2002.Chen, Ying, Le Champ dans la mer, Boréal, Montréal, 2002.Bouchard, Hervé, Mailloux, histoires de novembre et de juin racontées par Hervé Bouchard, citoyen de Jonquière, l\u2019Effet pourpre, Montréal, 2002.Maillet, Antonine, Madame Perfecta, Leméac, Montréal, 2001.Yergeau, Pierre, La Désertion, L\u2019instant même, Québec, 2001.Dupuis, Gilbert, La Chambre morte, VLB éditeur, Montréal, 2001.La Rue, Monique, La Gloire de Cassiodore, Boréal, Montréal, 2002.Brossard, Nicole, Hier, Québec Amérique, Montréal, 2001. Culture, éducation et médias 587 grand tout qui fut [.] une douleur si vive qu\u2019il faut bien lui donner un sens», dit l\u2019un des personnages d\u2019Hier.De ces « fragments», l\u2019année 2001-2002, à marquer d\u2019une pierre blanche sur le plan littéraire, aura donné le meilleur depuis longtemps.\u2022 L'année du cinéma : point de salut hors de l'État Yves Rousseau Département de cinéma, Collège François-Xavier-Garneau Chroniqueur-télé, 24 Images Le cinéma québécois, toutes tendances et genres confondus, reste essentiellement un cinéma d\u2019État.S\u2019il existe du cinéma privé au Québec, c\u2019est la porno financée par les Hell\u2019s Angels et autres mafias pour blanchir de l\u2019argent.En ce qui concerne la production dite courante, point de salut sans l\u2019argent des contribuables, réparti par des organismes gouvernementaux, des télévisions et des systèmes d\u2019abris fiscaux.Même les productions les plus populaires ne sont pas rentables sur le marché local, puisqu\u2019il faudrait compter au moins le double du budget total en recettes brutes pour y arriver.De plus, des films comme la série Les Boys, qui raconte les turpitudes d\u2019une équipe de hockey de garage avec un casting d\u2019humoristes locaux, sont rigoureusement inexportables, n\u2019ayant pas les qualités artistiques qui leur permettraient de trouver grâce aux yeux d\u2019un public outremer ignorant des conventions banlieusardes locales.Des jilms qui n\u2019ont pas besoin d\u2019etre dus.Peu importe, la machine tourne, même si la plupart des films québécois ne sont pas vus.Je caricature à peine, mais on pourrait voir notre système de production comme une machine produisant des objets n\u2019ayant absolument pas besoin d\u2019être vendus pour que l\u2019usine, son personnel et sa direction puissent vivre confortablement et ne jamais déclarer faillite.Explication : Les scénaristes sont subventionnés pour écrire, les producteurs peuvent aussi acheter des droits d\u2019œuvres littéraires (elles-mêmes subventionnées) avec l\u2019argent de leurs subventions.Ils se payent en gardant un pourcentage (autour de 10%) de l\u2019ensemble des subventions accordées à un projet, ce qui n\u2019est pas un incitatif à produire un film à 1 million , alors que ce n\u2019est pas cinq fois plus de travail de faire un seul film à 5 millions, avec 500 000$ minimum garanti pour le producteur.Le montage financier du projet se complète ensuite avec des crédits d\u2019impôt (autre forme de subvention) et l\u2019achat des droits télé par un réseau, le plus souvent un réseau public.Les techniciens et les acteurs sont payés, les gens de la post-production aussi (monteurs, mixeurs, tirage des copies).Les distributeurs, ceux qui servent d\u2019intermédiaires entre le producteur et les L\u2019année littéraire: l\u2019éclatement du monde en mode majeur Culture 588 L\u2019état du Québec salles, sont aussi subventionnés.Les seuls qui pourraient prendre un risque sont les exploitants, qui rechignent à abandonner une de leurs salles à un film québécois qui fera 15 entrées par séance, salle qui pourrait être pleine de spectateurs venus voir Men in Blade II.Une comédienne d\u2019ici, Myriam Cyr, qui a travaillé pour Ken Russel, entre autres, rencontrée il y a quelques années dans un festival en Europe, se plaignait que le distributeur ne faisait pas grand-chose pour vendre Le secret de Je'rôme à l\u2019étranger.Pourquoi se fatiguer si tout le monde touche son chèque avant même que le film ne soit vu ?Le cinéma du «450».En fait, la clé du succès commercial réside dans la promotion.Personne n\u2019a envie d\u2019aller voir un film dont il ne soupçonne même pas l\u2019existence.Si les spectateurs se ruent sur les produits hollywoodiens, c\u2019est qu\u2019ils ont été longuement et savamment conditionnées par moults articles et reportages sur le tournage, les stars et les grandes lignes de l\u2019intrigue, parfois avant même que le film ne soit terminé.L\u2019idée étant qu\u2019avec un billet à 12$, on veut savoir à quoi s\u2019attendre.Sinon, ce sera un cas de vidéo ou de DVD.Les Boys, et autres Alice Tremblay mettent le paquet sur le marketing parce qu\u2019ils sont conçus non pas en tant qu\u2019œuvres autonomes, mais comme des objets consensuels faciles à mettre en marché, directement ciblés pour le public du «450», l\u2019indicatif téléphonique de la grande couronne de la banlieue montréalaise, public très majoritairement blanc, francophone, classe moyenne, qui regarde TVA, a un enfant et demi, une piscine hors-terre, un 4X4 ou une mini-four-gonnette et un cinéma-maison, en plus d\u2019avoir un peu peur d\u2019aller au centre-ville le soir.D\u2019ailleurs, le prochain film destiné à cette clientèle s\u2019appelle justement 450.Il fallait y penser.Le cinéma du «514».Le film de banlieue possède aussi son petit frère plus stylé du centre-ville : c\u2019est le film urbain, qu\u2019on pourrait qualifier de «514», (l\u2019indicatif téléphonique de l\u2019île de Montréal) dont le plus prolifique auteur est sans doute le producteur Roger Frappier.Car si les films urbains sont réalisées par Denis Ville-neuve, Manon Briand ou André Turpin (Un crabe dans la tête), ils portent tous la griffe Maxfilms, au point de se confondre entre eux, tant par les scénarios que par l\u2019esthétique résolument «postmoderne» de leur filmage.Ces films semblent davantage destinés au public plus jeune et intello des grandes villes et des festivals du monde.En fait, ils n\u2019arrivent qu\u2019à ressembler à d\u2019autres films d\u2019errance urbaine produits à Berlin, Londres ou New York.Fictions calibrées pour un hypothétique marché international, récompensées par une pléthore de trophées locaux et boudées par le public.Films dépressifs travaillés par un intense sentiment de culpabilité des personnages, qui se cherchent entre lofts chromés et usines désaffectées.Antonioni faisait ça au début des années soixante avec un regard autrement plus fort.Exception dans l\u2019écurie Frappier: L\u2019ange de goudron, de Denis Chouinard, qui porte un regard fouillé sur l\u2019immigration et ses tiraillements, en plus de montrer un personnage étonnamment absent de la cinématographie d\u2019un pays où il neige cinq mois par année: l\u2019hiver.Œuvre prémonitoire des événements du n septembre, L\u2019ange de goudron a été malheureusement boudé des jurys et du public. Culture, éducation et médias 589 Les outsiders.Quelques fictions semblent infiniment plus singulières, plusieurs étant issues de la Coop Vidéo de Montréal, dont la productrice Lorraine Dufour est étroitement liée avec l\u2019oeuvre de Robert Morin, le cinéaste le plus important à être apparu au Québec depuis une quinzaine d\u2019années.Leur dernier opus risque de choquer les bien-pensants.Le neg' raconte la descente aux enfers d\u2019un jeune Noir pris en flagrant délit de vol d\u2019un de ces nains de jardin représentant un Noir avec une lanterne.Capturé par les membres d\u2019une tribu blanche du Québec profond qui l\u2019attachent sur un tracteur et se purgent de toutes leurs frustrations, le bouc émissaire ne dira pas un mot du film.L\u2019histoire est racontée de plusieurs points de vue, chacune de ces versions étant tournée dans un style et sur un support différents.Si quelqu\u2019un devait tourner les histoires de banlieue, ce devrait être Robert Morin.Mariages de Catherine Martin, aussi produit par Lorraine Dufour, est un film étonnant par sa maîtrise formelle et sa liberté d\u2019aborder un monde en apparence aussi éloigné des préoccupations matérielles contemporaines que peut l\u2019être une petite communauté rurale d\u2019il y a cent ans.Monde de femmes prisonnières d\u2019une façade morale implacable qui peut servir de prétexte aux pires répressions, un monde pas si éloigné des diktats des revues féminines et autres avatars du politiquement correct contemporain.Quelque chose du grand cinéaste danois Dreyer traverse ce film.Autre film d\u2019époque, la femme qui boit de Bernard Émond, transfuge du documentaire, nous plonge dans l\u2019univers d\u2019une alcoolique des années 50, au moment où la grande noirceur ne voyait pas encore poindre l\u2019aube de la révolution tranquille.Porté par une performance remarquable de la comédienne Élise Guilbault, le film vaut aussi pour un travail de déconstruction temporelle qui à la fois renforce et allège le huis clos dans lequel nous plonge le cinéaste.Dans un registre plus léger, sur un mode de thriller rural, La loi du cochon d\u2019Érik Canuel, un fils de pub, porté par un scénario solide, beaucoup d\u2019énergie et des acteurs fort bien choisis, livre la marchandise, même s\u2019il abuse un peu du grand angulaire et des transitions flyées.C\u2019est visiblement un film de «gang» qui a eu non seulement du plaisir à le tourner, mais qui sait le communiquer au public.Comme cinéaste populaire, je miserais sur Canuel.Résurgence du documentaire d\u2019auteur.Pour rester dans les sujets porcins, Hugo Latu-lippe a donné Bacon, lejîlm, dans la lancée de Richard Desjardins et Robert Monderie avec L'erreur boréale.Latulippe a frappé fort, même s\u2019il tourne parfois les coins ronds avec l\u2019éthique dans la relation avec les personnes qu\u2019il filme en les piégeant sur ses véritables motivations.La cause a beau être bonne (dénoncer les excès de l\u2019élevage industriel), si on adopte des méthodes cinématographiques aussi discutables que les méthodes de production qu\u2019on dénonce, ne devient-on pas comme ceux qu\u2019on veut dénoncer?Bacon a néanmoins le mérite d\u2019avoir favorisé un grand débat de société et touché un large auditoire, qui commence à s\u2019interroger sur ce qui arrive dans son assiette, ce qui n\u2019est pas rien pour un film québécois, à fortiori un documentaire.Le documentaire a longtemps été l\u2019épine dorsale du cinéma québécois.Des années i960 aux années 1980, la plupart des cinéastes majeurs se sont colletés avec le réel.Après un passage à vide, phagocyté par la télé, qui fait passer de longs repor- L\u2019année du cinéma : point de salut hors de l\u2019État Culture 590 L\u2019état du Québec Le texte qui suit est la conclusion d\u2019un article du quotidien français Libération (mercredi to juillet 2002), sur les déboires de Film Four, qui s\u2019est fourvoyé à chercher à se modeler sur un hypothétique marché mondial de prestige.C\u2019est le piège qui guette une certaine tendance du cinéma québécois.Référence: www.liberation.com/page.phpfArticle-qog23 Channel 4 enterre son rêve hollywoodien Lancée en 1998, avec à sa tête Paul Webster, formé à Miramax, Film Four se voulait un ministudio proposant « le tout en un » : développement, production, distribution, acquisition.Au-delà des chiffres, un parti pris pourrait expliquer le flop.À vouloir croire que des films plus gros, plus chers, avec une distribution « internationale », vont attirer le public britannique des multiplexes, dévoreurs des derniers blockbusters hollywoodiens, et satisfaire le public mondial mais surtout américain, Film Four n\u2019a-t-il pas simplement perdu le cap ?Oublier que le cinéma anglais, depuis les comédies d\u2019Ealing des années quarante jusqu\u2019aux Navigators Ae Ken Loach en passant par My Beautiful Laundrette ou Trainspotting, appartient à l\u2019artisanat local et à des budgets raisonnables, a conduit Film Four à créer des monstres hybrides, tel Charlotte Gray.Des films trop ou pas assez chers, trop ou pas assez commerciaux, trop ou pas assez artistiques.Bref, des films sans identité qui se voudraient de grande consommation.Sauf que le public n\u2019a pas suivi.Agnès Catherine Poirier tages pour du documentaire, cette forme a connu un regain, peut-être porté par la soif d\u2019une part grandissante du public à voir autre chose que des effets spéciaux numériques et des films d\u2019animation avec acteurs humains sur l\u2019écran.Dans cette mouvance, il faut mentionner Mon œil pour une caméra de Denys Desjardins, Trois princesses pour Roland d'Andrée-Line Beau-parlant, S.P.l.T.de Daniel Cross, Le diable dans l\u2019eau bénite de Joe Balass et Le rinq intérieur de Dan Bigras.Une politique québécoise du cinéma ?Mais aucun des films dont nous venons de parler n\u2019aurait existé sans l\u2019aide de l\u2019État.Cette aide doit être encadrée selon des choix clairs.Nous avons assez payé les errances des apprentis-sorciers dans le long passage à vide des années 1990 ; et le superproducteur qu\u2019est le gouvernement devrait envoyer bientôt des signaux clairs sur ses intentions.Une politique du cinéma québécois, pour quand, pour qui?On la promet depuis des années.Trois ministres de la culture du parti au pouvoir n\u2019y sont pas encore arrivés et on craint le pire vu les leçons du passé : la loi obligeant les distributeurs a permettre l\u2019accessibilité des films étrangers (essentiellement des films hollywoodiens) en français a eu pour conséquence une mainmise accrue des produits américains sur nos écrans ainsi que les disparition quasi complète des versions sous-titrées.Autre exemple, dans les années 90, devant les résultats désastreux de la politique précitée pour la cinématographie locale et le cinéma d\u2019auteur étranger, on a eu l\u2019idée de subventionner les distributeurs afin qu\u2019ils puissent acheter davan- Culture, éducation et médias 591 tage de films de prestige étrangers, principalement européens.Les Européens étaient morts de rire: nos distributeurs, soudain tous plus riches (du moins ceux qui ont eu accès à ce programme), se sont tous mis à surenchérir les uns avec les autres.Résultat : pas plus de films de prestige mais on payait les droits 300 000 $ au lieu de 100 000 $.Dernier exemple : il y a quatre ans, lorsque Louise Beaudoin, ministre de la Culture à l\u2019époque, s\u2019inspirant d\u2019une formule éprouvée qui a permis au cinéma français d\u2019avoir les reins assez solides pour regagner du terrain face à la concurrence étatsunienne, a eu des velléités d\u2019introduire une petite taxe sur chaque billet de cinéma vendu au Québec, taxe destinée au financement de la production locale.Les exploitants (Cineplex et Famous Players) ont hurlé à la mort que le public allait déserter les salles s\u2019il devait payer 50 cents de plus un billet qui tournait alors autour de 8$.Madame Beaudoin et ses fonctionnaires ont battu en retraite.Six mois plus tard, ces mêmes exploitants ouvraient une pléthore de mégaplexes d\u2019une quinzaine de salles conçues sur mesure pour les blockbusters, offrant force comptoirs de fastfood, jeux vidéos et autres bebelles destinées à vous soutirer un maximum de dollars en plus du coût d\u2019admission fixé autour de 11 $ pour le film.Au ministère de la Culture, on a du penser que les chantiers de ces énormes édifices, souvent situés au confluent de deux autoroutes de banlieue et annoncés à grand renfort de marketing, étaient des embryons de centres commerciaux.J\u2019aimerais terminer ce bilan par deux prédictions : d\u2019abord l\u2019émergence d\u2019un cinéma québécois anglophone, ensuite un phénomène issu à la fois des possibilités extraordinaires des caméras et systèmes de montage numériques et du ras-le-bol face à la lourde lenteur des procédures du cinéma étatique : le mouvement Kind.Avec 5000 $ d\u2019équipement (combien coûte une voiture usagée?), une poignée de jeunes ont mis sur pied il y a trois ans les soirées Kind, où tout un chacun peut présenter ses œuvres.Du salon d\u2019un appartement à des salles pouvant contenir quelques centaines de personnes, les Kind font maintenant florès partout au Québec et réunissent des gens qui ne se reconnaissent ni dans la programmation hollywoodienne, ni chez Amélie Poulain.À l\u2019été 2002, des adeptes de Kind sont allés présenter leur travail et leurs méthodes en Europe (Russie, Allemagne et Pays-Bas).Après le Cirque du soleil et Robert Lepage, Kind est peut-être le prochain succès story de l\u2019exportation d\u2019un concept culturel québécois.\u2022 L\u2019année du cinéma: point de salut hors de l\u2019État Culture 592 L\u2019état du Québec Les études québécoises en littérature Activités et publications récentes Centre d'Études québécoises de l'Université de Montréal (CÉTUQ) Projets de recherche Sur le théâtre, les travaux actuels visent la constitution d\u2019une mémoire théâtrale et l\u2019analyse des orientations esthétiques des pratiques antérieures ou actuelles : \u2022\tFormes et jonctions discursives dans les écrits sur le theatre à Montreal (1900-1950) \u2014 Gilbert David ; \u2022\tLa reception critique du theatre des Jemmes au Quebec (1930-1990) \u2014 Gilbert David et Marie-Christine Lesage ; \u2022\tRe'cit et dramaturgie: processus d'hybridation dans la dramaturgie québécoise \u2014 Marie-Christine Lesage ; \u2022\tSociocritique du programme de spectacle dans le théâtre montréalais (1900-1990) \u2014 Gilbert David ; Sur les discours critiques québécois, la réflexion s\u2019attache à problématiser les modes de configuration de l\u2019histoire littéraire et culturelle qui sont propres au Québec : \u2022\tConstruction de la modernité dans les discours critiques québécois \u2014 Ginette Michaud et Élisabeth Nardout-Lafarge, associés à Esther Trépanier, Johanne Lamoureux et Gilles Lapointe, tous trois spécialistes d\u2019histoire de l\u2019art ; \u2022\tLa non-lecture du xix* siècle ou la constitution d'une vulgate \u2014 Micheline Cam-bron.D\u2019autres chantiers sont actifs où l\u2019on se penche, dans une perspective interdisciplinaire, sur l\u2019histoire culturelle et sur le rôle qu\u2019y ont joué divers réseaux artistiques et culturels: Circulation culturelle Belgique-Québec (1888-1929) \u2014 Marie-Thérèse Lefebvre et de nombreux collaborateurs de musique, histoire de l\u2019art, littérature, histoire ; ou encore sur le rôle de la lecture et la transmission de la culture dans nos sociétés : La lecture littéraire: ses enjeux, son avenir \u2014 Micheline Cam-bron, Marcel Goulet et Monique LaRue.Le CÉTUQ entend ainsi contribuer à la fois à la constitution et la problématisation d\u2019une mémoire culturelle québécoise ouverte sur le monde.Plusieurs équipes comptent en leur sein des chercheurs étrangers.Par ailleurs, le CÉTUQ est coresponsable, avec le centre ARCHÈ, d\u2019un regroupement de chercheurs qui travaillent sur des manuscrits et des archives littéraires \u2014 le groupe IRMA (Initiative interuniversitaire de recherche sur les manuscrits et les archives littéraires) \u2014, confirmant ainsi les liens étroits qu\u2019il entend maintenir entre sa vocation documentaire et ses pratiques de recherche.Séminaire du CÉTUQ Le CÉTUQ offre annuellement un séminaire de deuxième et troisième cycles lié aux travaux de recherche en cours ou à certaines problématiques générales propices à l\u2019élaboration d\u2019une réflexion théorique sur la culture québécoise.Ainsi, en 2001-2002, le séminaire a abordé les difficiles questions de l\u2019élaboration du canon littéraire québécois et de la mise en place d\u2019une tradition critique en interrogeant Culture, éducation et médias 593 radicalement les postulats habituels de nos lectures de l\u2019histoire littéraire: Relectures des textes québécois : enjeux critiques (séminaire dirigé par Élisabeth Nardout-Lafarge).On y a accueilli de nombreux chercheurs québécois et étrangers, spécialistes de littérature comme de l\u2019histoire de l\u2019art.En 2002-2003, Ie séminaire s\u2019intitulera Problèmes d\u2019histoire du théâtre au Québec (Gilbert David) ; on y recevra des chercheurs en théâtre, en littérature et en histoire.Il sera consacré à une relecture critique de la recherche historiographique menée depuis une trentaine d\u2019années sur le théâtre au Québec afin de jeter les bases d\u2019un programme de recherche interdisciplinaire qui ait pour objectif la « mise en récit» de l\u2019activité théâtrale au Québec.Ce séminaire contribue à la formation d\u2019étudiants sensibles à la fois à la dimension interdiscursive et interdisciplinaire qui devrait caractériser tout travail sur la culture, et constitue un creuset important pour le renouvellement des perspectives en études québécoises, comme en témoigne un dossier à paraître dans la revue Quebec Studies, sur les «Nouvelles études québécoises ».Colloques et événements scientifiques Le CÉTUQ a organisé ou co-organisé de nombreux colloques scientifiques au cours des dernières années : \u2022\tPresse et littérature.L\u2019inscription de la littérature dans la presse et les médias (xvin'-xx1 siècles), 199g ; \u2022\tAutour de l\u2019École littéraire de Montréal.La vie culturelle montréalaise au tournant du siècle dernier, 1999 ; \u2022\tThéâtres d\u2019ici vus d\u2019ailleurs, 1999 ; \u2022\tDiscours critiques au Québec : les sites de la modernité, 1999 ; \u2022\tJacques Ferron : le palimpseste infini, 2000 ; \u2022\tLittératures mineures en langue majeure: Wallonie-Bruxelles/Québec, 2001 ; \u2022\tLes théâtres de la francophonie nord- américaine au xx' siècle: bilan, perspectives et voies actuelles de la recherche, 2001.En automne 2002 (7 et 8 novembre) se tient à Montréal le colloque André Brochu, écrivain, portant sur divers aspects de l\u2019oeuvre d\u2019André Brochu \u2014 textes critiques et essayistiques, poésie, prose ; le CÉTUQ coorganisera également, avec le CRELIQ, un colloque sur le régionalisme de l\u2019entredeux guerres, en février 2003.Deux autres rencontres scientifiques sont prévues qui rendront compte des travaux en cours dans les équipes de recherche, l\u2019un intitulé Construction de la modernité au Québec (automne 2003), l\u2019autre portant sur le théâtre des femmes.Présence des écrivains Depuis septembre 2000, le Département d\u2019études françaises et le CÉTUQ ont repris la tradition d\u2019accueillir annuellement un écrivain en résidence.Gaston Miron (1990), Jacques Godbout (1991-1992) et Suzanne Jacob (1992-1993) avaient été invités par le passé; plus récemment, Hélène Dorion (2000-2001) et Normand Chaurette (2001-2002) ont été reçus dans le cadre des résidences d\u2019écrivains subventionnées par le Conseil des arts du Canada.Les écrivains rencontrent les étudiants dans le cadre de certains cours et séminaires offerts par le Département, participent à diverses activités littéraires et sont disponibles pour des rencontres individuelles avec les étudiants.Le CÉTUQ accueille aussi des écrivains dans le cadre des Rencontres subventionnées par le Conseil des arts du Canada depuis 1977.Depuis quelques années ces rencontres ont lieu à la librairie Olivieri, tout près de l\u2019Université de Montréal.Deux séries de Les études québécoises en littérature Culture 594 L\u2019état du Québec Fondé en 1975 par Léopold Leblanc, le Centre d\u2019études québécoises (CÉTUQ) est depuis ses origines un lieu de documentation consacré à la littérature québécoise.Au cours des années, on y a accumulé des ouvrages de référence, des périodiques et des monographies et constitué d\u2019importants dossiers de presse sur des écrivains, des maisons d\u2019édition, des organismes culturels et divers autres thèmes touchant la littérature et la société québécoises.Une partie importante de ces documents concerne le théâtre (dossiers de presse sur des compagnies et des productions théâtrales, documents sonores et audiovisuels, affiches et programmes de spectacles).Après d\u2019importants travaux archivistiques, ayant conduit, en 2002, au rétablissement d\u2019une section autonome, la Théâtrothèque, ces documents ont été ouverts à la consultation.Certains fragments de cette documentation sont facilement accessibles puisque le CÉTUQ collabore, avec le CRELIQ, l\u2019UNEQ, la Bibliothèque nationale du Québec et l\u2019Association internationale des études québécoises à l\u2019élaboration et à l\u2019entretien du site Web l\u2019île qui rend disponible en ligne plus de 900 biographies, bibliographies et dossiers de presse sur les auteurs québécois.Depuis une quinzaine d\u2019années, le CÉTUQ est en outre devenu un centre de recherche tant en littérature qu\u2019en théâtre, en histoire, en histoire de l\u2019art et en musique.Les projets en cours visent à saisir les textes dans le mouvement même de la culture québécoise et témoignent d\u2019une attention portée tant aux rapports intertextuels avec des textes étrangers \u2014 francophones ou non francophones \u2014 qu\u2019aux liens que ceux-ci entretiennent avec d\u2019autres pratiques artistiques et d\u2019autres domaines de la pensée.Le Centre participe actuellement, conjointement avec le CRELIQ de l\u2019Université Laval, à l\u2019élaboration d\u2019un regroupement interuniversitaire résolument interdisciplinaire qui répondra aux nouvelles orientations de la recherche en littérature, en musique et en histoire de l\u2019art: théorie des réseaux, histoire culturelle, étude de l\u2019interdiscursivité.Depuis 1998, le CÉTUQ est sous la responsabilité de Micheline Cambron.Centre d\u2019études québécoises (CÉTUQ) Département d\u2019études françaises, Université de Montréal C.P.6128, suce.Centre-ville Montréal (Québec), H3C 3J7 Tel: (514)343-7369 Courriel : CÉTUQ(â)umontreal.ca Site Web : http ://www.fas.umontreal.ca/CÉTUQ/ rencontres accueillent les écrivains invités : « les Lundis de la Théâtrothèque », consacrés aux dramaturges et aux différents artisans de la scène, et « les Lundis du CÉTUQ» dévolus aux autres genres littéraires.À l\u2019automne 2002, Jean-Marc Dalpé (23 septembre), Jean-Pierre Ronfard (28 octobre) et Lise Vaillancourt (25 no- vembre) sont invités dans le cadre des « Lundis de la Théâtrothèque ».Publications du CÉTUQ Diverses publications placées sous la responsabilité du CÉTUQ permettent de rendre accessibles les recherches accomplies par des membres du Centre ou par Culture, éducation et médias 595 des chercheurs dont les travaux portent sur la littérature et la culture québécoises.La collection des « Cahiers de recherche » du CÉTUQ accueille divers documents de travail (bibliographies, théâtrographies, chronologies, index), propose des prépublications (mémoires de maîtrise ou thèses de doctorat sur la littérature québécoise) ou rassemble des travaux accomplis dans le cadre des séminaires ou des projets de recherche du Centre.Dix-sept documents ont été publiés depuis la création de la collection en 1986.La collection « Nouvelles études québécoises », publiée aux éditions Fides, a été créée en 1995.Elle comporte une dizaine d\u2019ouvrages, individuels ou collectifs, qui témoignent du renouvellement des voies de recherche en études québécoises.Parmi les parutions récentes, mentionnons : \u2022\tlejournal Le Canadien.Littérature, espace public et utopie, 1836-1845 (Micheline Cambron, 1999) ; \u2022\tTe'merqence des classiques.La réception de la litte'rature québécoise des années 1930 (Daniel Chartier, 2000) \u2022\tRejean Ducharme: une poétique du débris (Élisabeth Nardout-Lafarge, 2001) ; \u2022\tune réédition revue et augmentée de la Langue et le Nombril.Une histoire sociolinguistique du Québec (Chantal Bouchard, 2002).Trois publications sont prévues durant l\u2019année 2002-2003 : \u2022\tLa Révolution québécoise.Hubert Aquin et Gaston Miron au tournant des années soixante (Jean-Christian Pleau) ; \u2022\tJeunesse et poésie.Autour de l'Hexagone naissant (Christine Tellier) ; \u2022\tItalies imaginaires du Québec (sous la dir.d\u2019Élisabeth Nardout-Lafarge et de Caria Fratta).Relations internationales et bourses d'étude Le CÉTUQ accueille chaque année plus d\u2019une trentaine d\u2019universitaires, depuis les plus jeunes jusqu\u2019aux plus chevronnés, lors de séjours de recherche ponctuels ou prolongés.Il entretient des rapports privilégiés avec l\u2019Association internationale des études québécoises (AIEQ) et avec d\u2019autres centres de recherches s\u2019intéressant à la littérature et la culture québécoise, partout dans le monde (Centre d\u2019études québécoises de l\u2019Université de Bologne, Centre d\u2019études québécoises de Liège, Centre d\u2019études francophones Québec-Pacifique de l\u2019Université Simon Fraser à Vancouver, Centre d\u2019études canadiennes de l\u2019Université de Graz) et se réjouit d\u2019avoir contribué à l\u2019établissement de protocoles d\u2019échanges internationaux avec l\u2019Université de Bologne (Italie), l\u2019Université de Graz (Autriche) et l\u2019Université de Leeds (Angleterre).Afin de favoriser le développement international des études québécoises, le CÉTUQ accorde également chaque année la Bourse du CÉTUQ à un étudiant étranger aux cycles supérieurs dont les travaux portent sur la littérature québécoise.D\u2019une valeur de 5000$, la bourse permet au gagnant d\u2019assumer les coûts d\u2019un séjour d\u2019un trimestre au CÉTUQ afin d\u2019y poursuivre des recherches.Le Centre décerne également, en alternance, la Bourse postdoctorale du CÉTUQ qui permet l\u2019accueil d\u2019un stagiaire postdoctoral, et la Bourse Georges-André Vachon, destinée à un étudiant des cycles supérieurs du Département d\u2019études françaises ayant inscrit un sujet en littérature québécoise.\u2022 Les études québécoises en littérature Culture 596 L\u2019état du Québec Chronique du monde des arts L'année culturelle: triomphes et départs précipités François Brousseau Journaliste L\u2019année 2001-2002 a été bien chargée sur le plan culturel.Certaines vedettes des arts de la scène québécoise ont connu la consécration à l\u2019étranger.L\u2019Orchestre symphonique de Montréal a gagné la promesse d\u2019une nouvelle salle de concert.juste avant de perdre son légendaire directeur artistique, Charles Dutoit.Le milieu culturel a connu sa part de disparitions, dont celle du peintre Riopelle qui fut la plus remarquée [voir article p.91].Le monde de la télévision a continué sur sa lancée, avec une double tendance à la fragmentation et à la concentration économique [voir articles p.628 et p.635].Ce fiat une belle saison dans les musées, où l\u2019on retiendra, à Montréal, deux événements marquants : l\u2019exposition parallèle Goya-Piranèse (dessins et eaux-fortes) au Musée des beaux arts et, au Musée d\u2019Art contemporain, l\u2019impressionnante exposition des photos et films brefs de l\u2019Iranienne Shirin Neshat.Le chantier de la Grande Bibliothèque, rue Berri, a connu pour sa part des ratés, des retards de plusieurs mois \u2014 voire d\u2019un an \u2014 étant annoncés par rapport au calendrier initial.Dans les arts de la scène, on a assisté au succès remarquable, voire au triomphe, de quelques artistes québécois sur les scènes étrangères.En 2001-2002, le chanteur Garou, les chanteuses Isabelle Boulay et Lynda Lemay, ainsi que le dramaturge Robert Lepage, ont fait courir les foules à Paris et ailleurs, en plus de rafler les honneurs sur la scène québécoise.Garou a notamment remporté, avec son tube Sous le vent, la Victoire (trophée) de la « chanson de l\u2019année » lors du gala annuel des Victoires tenu au Zénith à Paris.Le chanteur originaire de Sherbrooke a également rempli l\u2019Olympia à plusieurs reprises, ainsi que le palais om-nisports de Bercy, dans la région parisienne, où 14 000 personnes se sont entassées en mars 2002 pour l\u2019acclamer.L\u2019interprète Isabelle Boulay a également consolidé son statut de star en France, avec deux statuettes de Victoire, une tournée en Europe, un spectacle au Zénith et un autre au parc de la Villette.Son disque Mieux qu\u2019ici-bas a dépassé le cap du million d\u2019exemplaires vendus.Idem pour Lynda Lemay, la protégée de Charles Aznavour qu\u2019elle a séduit \u2014 tout comme elle a séduit le public français \u2014 avec ses textes intimistes, très « vie quotidienne » et surtout pas à l\u2019eau de rose.Lemay est devenue une habituée de l\u2019Olympia; ses disques ont régulièrement figuré, en 2001-2002, en tête du palmarès français.Le metteur en scène Robert Lepage a triomphé au Québec, puis à Londres avec sa pièce-one-man-show La face cachée de la lune, sacrée meilleure production de l\u2019année par la critique londonienne.À Paris, sa mise en scène de la Damnation de Faust, d\u2019Hector Berlioz, a été plébiscitée.Beaucoup d\u2019autres artistes québécois ont continué, en 2001-2002, de parcourir le monde avec des succès réels, même s\u2019ils ont été plus discrets, ou encore moins Culture, éducation et médias 597 soutenus ou spectaculaires, que ceux qui Hamelin et Louis Lortie, le cirque Eloise, précèdent: les pianistes Marc-André les compagnies de danse moderne.LES ÉVÉNEMENTS Août 2001 Le 30 \u2014 Direction de la Place des Arts.Marie Lavigne est nommée directrice générale de la Place des Arts.Elle entre en fonctions le 9 octobre.Marie-Claire Lévesque, haut fonctionnaire du ministère de la Culture et des Communications, devient la nouvelle présidente-directrice générale du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), que dirigeait Mme Lavigne.Novembre 2001 Le 10 \u2014 Patrimoine religieux.La ministre d\u2019État à la Culture Diane Lemieux annonce un budget de 25 millions de dollars pour le patrimoine québécois bâü, dont 20 millions au patrimoine religieux, ce qui permettra de restaurer certains éléments d\u2019églises qui tombent en ruines, un peu partout au Québec.Le 19 \u2014 Un Festival du Cirque.On annonce un premier Festival du monde des arts du cirque, qui devrait avoir lieu à l\u2019automne 2004 à Montréal, pour marquer l\u2019année de l\u2019inauguration de la Cité des arts du cirque.C\u2019est d\u2019ailleurs la Cité qui sera l\u2019organisateur de l\u2019événement biennal.Le festival de Montréal ne sera pas une compétition, comme le festival qui se tient déjà à Paris, et mettra l\u2019accent sur les «nouveaux cirques».La Cité des arts du cirque recevra 15 millions de plus du gouvernement du Québec et de la Ville de Montréal, ce qui porte à 33 millions l\u2019aide publique accordée à cette idée qui fut pilotée par le Cirque du Soleil.Le 20 \u2014 Prix du Québec.L\u2019homme de théâtre Paul Buissonneau et l\u2019écrivain Victor Lévy-Beaulieu sont honorés à l\u2019Assemblée nationale, lors de la remise des prix du Québec.M.Buissonneau reçoit le prix Denise-Pelletier pour sa participation au développement du théâtre québécois, tandis que M.Beaulieu voit son oeuvre littéraire couronnée du prix Athanase-David.Neuf autres personnalités sont couronnées, dont le sculpteur Roland Poulin, avec le prix Paul-Émile-Borduas, et l\u2019archiviste Carol Couture, avec le prix Gérard-Morrisset [voir la liste complète page 599].Le 28 \u2014 Le succès de l\u2019année au cinéma.Sortie sur 100 écrans québécois du film Les Boys 111 : un record.Les critiques boudent mais le public plébiscite.Décembre 2001 Le 14 \u2014 Nouveau musée de la culture populaire.Le Musée des arts et traditions populaires du Québec à Trois-Rivières, fermé depuis l\u2019automne 1999, sera remplacé par le Musée québécois de culture populaire.Le nouveau concept muséal, élaboré par le comité de relance dans la foulée des travaux menés par le groupe de réflexion, modifie la vocation de l\u2019ancien musée pour le transformer en un musée de société ayant pour thème la culture populaire.Le gouvernement du Québec finan- Chronique du monde des arts Culture 598 L\u2019état du Québec cera la nouvelle institution en lui versant une aide de près de six millions sur trois ans.Février 2002 Le 4 \u2014 Un nouveau théâtre à Terrebonne.La ministre de la Culture Diane Lemieux annonce qu\u2019un immeuble sera construit, au coût de 6,1 millions de dollars, pour reloger le théâtre du Vieux-Terrebonne aux abords de la rivière des Mille-Îles, dans le quartier historique.Le gouvernement versera une aide financière de 4,3 millions pour réaliser ce projet.L\u2019immeuble qui loge l\u2019actuel théâtre date de 1947 et était tombé en désuétude, en plus de ne pouvoir répondre aux attentes d\u2019une clientèle en croissance.Le 22 \u2014 Une salle pour l\u2019OSM.L\u2019Orchestre symphonique de Montréal aura finalement sa salle de concerts à lui, en réponse à une vieille demande du chef d\u2019orchestre Charles Dutoit, qui souffre, comme beaucoup de mélomanes, de la mauvaise acoustique de la Salle Wilffid-Pelletier.Québec annonce un investissement de 250 millions dans un complexe culturel et administratif qui sera adjacent à la Place des Arts.Le président de la Place des Arts, Clément Richard, démissionne, faisant valoir que cette nouvelle salle pourrait ruiner le complexe qu\u2019il dirige en le privant désormais de l\u2019un de ses plus gros locataires.M.Richard craint également que la gestion du nouveau complexe culturel n\u2019échappe à la PdA.Les adversaires d\u2019une nouvelle salle prétendent que Montréal n\u2019a pas un marché suffisant pour faire vivre deux complexes côte à côte, la Place des Arts et une salle séparée pour l\u2019OSM.Le 27 \u2014 Un Parc des Festivals.La ville de Montréal annonce qu\u2019elle aménagera un nouveau parc des Festivals, au coin des rues Sainte-Catherine Ouest et Jeanne-Mance.L\u2019été, l\u2019endroit servira à la présentation de spectacles en plein air et, l\u2019hiver, on y installera une patinoire, au cœur du Le 10 avril \u2014 Dutoit claque la porte À la veille de la célébration de son 25' anniversaire à la tête de la formation, argument principal de promotion de la saison 2002-2003, Charles Dutoit démissionne avec fracas de la direction de l\u2019Orchestre symphonique de Montréal.Les rapports entre le chef et une partie au moins de l\u2019ensemble s\u2019étaient gravement détériorés au cours des dernières années.Une lettre de dénonciation contre lui signée par de nombreux musiciens fut la goutte faisant déborder le vase.Devant « le travail de sape de quelques-uns», Dutoit a estimé qu\u2019il ne pouvait plus diriger un orchestre entré en rébellion contre lui.Selon le New fork Times, Charles Dutoit faisait partie de la tradition «tyrannique» des grands chefs d\u2019orchestre, dans la lignée des Furtwângler et Toscanini, qui fait aujourd\u2019hui place à une approche plus humble et plus conviviale des rapports entre chefs et instrumentistes.Mais l\u2019Orchestre avait également des instances syndicales réputées très «dures», qui n\u2019ont pas contribué à alléger l\u2019atmosphère.Sous la houlette de Charles Dutoit, à la fois coloriste inspiré et maître du marketing, l\u2019OSM s\u2019est hissé au rang des orchestres les plus prestigieux du monde, gravant plus de 75 disques \u2014 souvent primés \u2014 et se produisant dans le monde entier. Culture, éducation et médias 599 centre-ville, comme au Rockefeller Center de New York.Tout cela à deux pas de nouvelles salles consacrées au cinéma d\u2019auteur.Avril 2002 Le 4 \u2014 Les 10 ans de Lorraine Pintal au TNM.En rgg2, Lorraine Pintal devenait la première femme à accéder à la direction du Théâtre du Nouveau Monde.Dix ans plus tard, le TNM a épongé son énorme déficit, assaini les relations de travail (longtemps conflictuelles) avec ses employés, rénové son théâtre, renouvelé son public et presque triplé le nombre de ses abonnés, passant de 4000 à plus de rr 000 personnes.Le 11 \u2014 Le Québec culturel au Mexique.Une délégation culturelle québécoise rentre d\u2019une tournée au Mexique, plus d\u2019une cinquantaine d\u2019ententes et de projets concrets en poche.L\u2019objet de ce voyage : favoriser l\u2019échange d\u2019expertise en matière de gestion culturelle, accroître la présence d\u2019artistes des deux pays sur le territoire de l\u2019autre et, enfin, établir des partenariats entre les organismes et entreprises du Mexique et du Québec dans les différentes sphères de l\u2019activité culturelle et des communications.Mai 2002 Le 24 \u2014 Un musée de l\u2019Holocauste à Montréal.Les responsables du Centre commémoratif de l\u2019Holocauste de Montréal, une institution méconnue du grand public mais dotée de 6000 artefacts, veulent la transformer en un vrai musée.Le ministère de la Culture annonce une contribution de gio 000 $ pour la réalisation de cet ambitieux projet.Le 27 \u2014 Chantiers culturels à Montréal.La délégation du secteur culturel au Sommet de Montréal annonce qu\u2019elle va défendre quatre grands projets : la hausse des budgets du Conseil des arts de Montréal, le développement de la Cité des arts du cirque et du Quartier des spectacles (autour de la Place des Arts), le renforcement du réseau des bibliothèques et des maisons de la culture sur toute Pile.Juin 2002 Le 15 \u2014 De la Formule Un à la musique classique.Le président du Grand Prix de Montréal, Normand Legault, est nommé à la tête du conseil d\u2019administration de la Place des Arts.La place était vacante depuis le départ fracassant de Clément Richard, qui a claqué la porte le jour où la ministre de la Culture dévoilait les plans de la nouvelle salle de l\u2019OSM, en février.LES PRIX Les prix du Québec Accompagnés d\u2019une bourse de 30 000 $, ces prix sont décernés chaque année par le gouvernement du Québec à 11 personnes qui, tout au long de leur vie, se sont illustrées dans divers champs d\u2019activités.Voici la liste des lauréats décorés en novembre 2001.Michel Bergeron, médecin néphrologue, éditeur, remporte le prix Georges-Émile Lapalme (langue française) pour sa défen- Chronique du monde des arts Culture 600 L\u2019état du Québec se du français et des langues nationales dans les communications scientifiques.Paul Buissonneau, comédien et metteur en scène, remporte le prix Denise-Pelletier (arts de la scène).Robert Emery Prud\u2019homme, chimiste, spécialiste des polymères, remporte le prix Marie-Victorin (sciences).Marcel Trudel, historien, spécialiste de la Nouvelle-France, remporte le prix Léon-Gérin (sciences humaines).Morrel P.Bachynski, physicien, ingénieur et entrepreneur, remporte le prix Lionel-Boulet (développement économique).Pavel Hamet, médecin, chercheur, endocrinologue, remporte le prix Wilder-Penfield (recherche biomédicale).Roland Poulin, sculpteur, remporte le prLx Paul-Émile Borduas (arts visuels).René Jodoin, cinéaste de courts métrages, remporte le prix Albert-Tessier (cinéma).Emil Skamane, médecin, chercheur, spécialiste des maladies infectieuses, remporte le prix Armand-Frappier (recherche).Carol Couture, archiviste, remporte le prix Gérard-Morisset (patrimoine).Victor Lévy-Beaulieu, écrivain, dramaturge, auteur de télévision, remporte le prix Athanase-David (littérature).Prix de l\u2019ADISQ Les chanteurs Garou et Isabelle Boulay, qui ont connu des succès fulgurants en France en 2001 et 2002, ont raflé les plus importants trophées (Félix) lors de la soirée de gala de l\u2019ADISQ (industrie du disque), le 28 octobre 2001 à Montréal.Boulay est nommée « interprète de l\u2019année » pour son spectacle Mieux qu\u2019ici-bas et son disque portant le même titre.Garou remporte le Félix de l\u2019interprète masculin de l\u2019année et celui de l\u2019artiste qui s\u2019est le plus illustré à l\u2019étranger.La « révélation de l\u2019année » est Gabrielle Destroismaisons.Le Félix de l\u2019auteur-compositeur de l\u2019année a été accordé au vieux routier Stephen Faulkner.Les Jutra Grande soirée des Jutra, les « Oscars » du cinéma québécois.Le film Un crabe dans la tête, d\u2019André Turpin, rafle les honneurs de la soirée, avec sept prix dont celui du meilleur film.L\u2019autre film vedette de la soirée est 15/évrier 183g de Pierre Falardeau, qui évoque l\u2019exécution des Patriotes de 1838-3g.L\u2019acteur principal de ce film, Luc Picard, est primé pour sa vibrante incarnation du sieur de Lorimier.Les Olivier Ainsi nommés en hommage à Olivier Gui-mond, les Olivier représentent le palmarès des meilleures réussites, dans la prospère industrie québécoise de l\u2019humour.En 2002, Jean-Michel Anctil a remporté le vote populaire et a ainsi décroché l\u2019Olivier du « spectacle d\u2019humour de l\u2019année ».Lise Dion recueille l\u2019Olivier d\u2019« humoriste de l\u2019année », tandis que Louis-José Houde est nommé « découverte de l\u2019année ».Les Prix du Festival des Films du Monde de Montréal Le 2 septembre 2001, à la clôture du 25e Festival des Films du Monde de Montréal, le Grand Prix des Amériques, qui récompense le ou les meilleurs films de la corn- Culture, éducation et médias 601 pétition, était accordé à deux films ex-aequo, Baron de Majid Majidi (Iran) et Torszk («Abandonnés») de Arpad Sopsits (Hongrie).Le grand prix spécial du jury était accordé à El hijo de la nouia (« Le fils de la mariée») de Juan José Campanella (Argentine-Espagne).Le prix du Public est allé à Der Tunnel de Roland Suso Richter, tandis que les prix de la meilleure interprétation allaient respectivement, côté masculin, à Robert Stadlober dans Engel & Joe de Vanessa Joop (Allemagne) et, côté féminin, à trois actrices ex-aequo, Sandrine Kiberlain, Nicole Garcia et Mathilde Seigner dans Betty Fischer et autres histoires (France-Canada).Les prix du Festival international du film sur l\u2019art Le FIFA, qui s\u2019est tenu à Montréal du 12 au 19 mars 2002, en était à sa 20\" édition.Le grand prix est allé au réalisateur Thomas Riedelsheimer, primé pour son documentaire sur le sculpteur Andy Goldsworthy, Riuers and Tides.Le prix du jury est allé à un autre film au titre marin, Un sillaye sur la mer de Bettina Ehrhardt, qui porte un regard sur trois musiciens italiens, Claudio Abbado, Maurizio Pollini et Luigi Nono.Anne-Marie Tougas a obtenu le prix de la meilleure œuvre canadienne pour son portrait du philosophe Raymond Klibansky.Prix Félix-Leclerc de la chanson En 2001, le prix est allé au groupe engagé et facétieux Loco Locass, une formation « hip », qui a souvent pris les questions de langue et de politique comme sujets de prédilection.Prix de l'ACFAS L\u2019Association canadienne-française pour l\u2019avancement des sciences (ACFAS) remet annuellement des prix dans différents domaines scientifiques.Le 69' Congrès s\u2019est tenu du 14 au 17 mai 2001 à Sherbrooke.Une dizaine de scientifiques et innovateurs y ont été primés.Voici les principaux : Germain Lamonde, entrepreneur, président d\u2019EXFO ingénierie Électro-optique, une entreprise spécialisée dans les applications de la fibre optique, remporte le prix Armand-Bombardier (innovation technologique).Louis Bernatchez, professeur de biologie à l\u2019Université Laval, spécialiste de la diversité génétique, remporte le prix Michel-Jurdant (sciences de l\u2019environnement) Michel Bergeron, médecin, chercheur, directeur de la revue Médecine Sciences, remporte le prix Adrien-Pouliot (coopération France-Québec).Nabil G.Seidah, de l\u2019Institut de recherches cliniques de Montréal, est biochimiste, biologiste moléculaire, spécialiste des convertases.Il remporte le prix Léo-Pariseau (sciences biologiques et sciences de la santé).John Jonas, ingénieur minier et métallurgiste à la Polytechnique de Montréal, remporte le prix Urgel-Archambault (physique, mathématiques, génie).Raymond Lemieux, théologien à l\u2019Université Laval, remporte le prix André-Laurendeau (sciences humaines).Danielle Juteau, du Centre d\u2019études ethniques de l\u2019Université de Montréal, remporte le prix Marcel-Vincent (sciences sociales).Chronique du monde des arts Culture 602 L\u2019état du Québec Normand Séguin, professeur de sciences humaines à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières, remporte le prix Jacques-Rousseau (œuvre interdisciplinaire).Prix du Salon du Livre de Montréal Tenu en novembre de chaque année à Montréal, le Salon du livre de Montréal, grand rendez-vous de l\u2019industrie québécoise du livre, est aussi l\u2019occasion de décerner quelques prix littéraires.En 2001, le prix Marcel-Couture a été décerné à Madeleine Gagnon pour Les femmes et la guerre (VLB) et le prix Fleury-Mesplet (destiné à souligner le mérite d\u2019une personne ou d\u2019un organisme qui par son action a contribué au progrès de l\u2019édition au Québec) à Jean-Claude Germain.Le Bédélys d\u2019or (bande dessinée) a été attribué au livre Le Dernier Printemps de Beuriot et Richelle (Casterman), le Bédélys Québec à La Mare au Diable de Voro (Mille-Isles).Prix de l'académie des lettres du Québec Le 31 octobre 2001, l\u2019Académie des lettres du Québec a remis ses trois prix.Le prix de poésie Alain-Grandbois a été décerné à Martine Audet, pour son recueil Orbites (Éditions du Noroît).Aki Shimazakia a reçu le prix Ringuet pour son roman Hamaguri (Leméac).Et Pierre Vadebon- coeur remporte le prix Victor-Barbeau pour son essai L\u2019Humanité' improvisée (Bel-larmin).Le prix Anne-Hébert Le prix Anne-Hébert est remis chaque année par le Centre culturel canadien de Paris et la radio française de Radio-Canada pour un premier roman.Le orix 2002 a été remis à Denis Thériault pour son roman L\u2019iguane paru aux éditions XYZ.Les prix de la Quebec Writers Federation Anciennement connus sous le nom de QSPELL, les Prix de la QWF sont décernés aux meilleures œuvres de langue anglaise parues au Québec.En 2001, le prix de poésie est allé à Anne Carson pour The Beauty of the Husband (Knopf), le prix de l\u2019essai à Jack Todd pour A Taste of Metal : A Deserter's Story (Harpers Flamingo), et le prix du roman à Yann Martel pour The Life o/Pi (Knopf Canada).Prix Émile-Nelligan Fondé en 1979, le prix Émile-Nelligan récompense chaque année un recueil de poésies.En 2001, il a été attribué à Mathieu Boily pour son premier recueil, Le Grand Respir (Les Herbes rouges).\u2022 Culture, éducation et médias 603 Les grandes tendances Simon Langlois Sociologue, Université Laval Diminution du nombre d'étudiants inscrits dans les universités L\u2019effectif étudiant est en baisse dans les universités québécoises (tableau 1).L\u2019année 1992 a marqué un sommet dans les inscriptions, qui ont par la suite décliné de 7,2% jusqu\u2019en 2000-2001.Cette diminution a surtout frappé le premier cycle universitaire depuis cinq ans, les effectifs inscrits au cours de la dernière année disponible étant en légère hausse.On observe une faible augmentation de l'effectif étudiant dans les programmes de deuxième cycle.Il est cependant surprenant de noter une quasi-stabilité des inscriptions au niveau du doctorat dans les universités québécoises.Au total, seulement 5261 personnes étaient inscrites dans un programme de 3e cycle en 2000-2001, soit 613 de moins que le chiffre observé au milieu des années quatre-vingt-dix.La poursuite d\u2019études à un niveau élevé ne progresse plus aussi rapidement au Québec depuis cinq ans et les inscriptions plafonnent (sinon même régressent) dans les programmes d\u2019études avancées.Bien entendu, plusieurs Québécois poursuivent Tableau 1 Effectif étudiant des universités selon l'année et le cycle universitaire, Québec, 1984-1985 à 2000-2001 \t\t\t\t 1984-1985\t124 389\t16 445\t3 143\t143 977 1986-1987\t130 313\t16 499\t3 576\t150 388 1988-1989\t134 772\t17 340\t4 086\t156 198 1990-1991\t140 000\t18 664\t4612\t163 276 1992-1993\t145 907\t20 517\t5 469\t171 893 1994-1995\t140 370\t20 454\t5 974\t166 798 1996-1997\t134 045\t20 730\t5 592\t160 367 1997-1998\t131 797\t20 760\t5 520\t158 076 1998-1999\t132 472\t20 988\t5 234\t158 863 1999-2000\t134 749\t21 801\t5 168\t161 719 2000-2001\t135 351\t22 675\t5 265\t163 286 Taux d'augmentation\t\t\t\t 1985/2001\t9%\t38%\t67%\t13% 1993/2001\t-7%\t11%\t-4%\t-5% Source : Jacques La Haye, Effectif étudiant en équivalence au temps plein (EEETP) des universités québécoises, Ministère de l'Éducation, avril 2001.Les grandes tendances Éducation 604 L\u2019état du Québec des études à l\u2019étranger, mais il semble que les universités du Québec ne réussissent plus à attirer davantage de candidats dans ce type de programme.Le Québec serait-il en train de prendre du retard par rapport à d\u2019autres sociétés comparables où l\u2019on observe un taux de poursuite des études dans les programmes avancés beaucoup plus élevé?Il est permis d\u2019en faire l\u2019hypothèse.Décroissance du nombre de diplômés universitaires Le nombre de diplômés universitaires n\u2019évolue plus dans la même direction aux cycles inférieurs et supérieurs du régime d\u2019études universitaires.Le nombre de diplômés universitaires a cessé d\u2019augmenter au niveau du baccalauréat depuis 1996, passant de 29 602 en 1996 à 27 822 en 1999 (tableau 2).11 en va de même pour les certificats de premier cycle, aussi en diminution.Il s\u2019agit là d\u2019un important revirement de tendance puisque le nombre de diplômés universitaires n\u2019avait cessé de croître depuis la Révolution tranquille.Sans doute faudrait-il considérer des taux de diplômation ou des taux de fréquentation par groupes d\u2019âges, mais force est de constater qu\u2019un phénomène nouveau est apparu : le Québec produit moins de diplômés universitaires de premier cycle à la fin des années 1990.La situation est différente à la maîtrise où l\u2019on observe une faible augmentation du nombre de diplômés (6547 diplômes décernés en 1996 et 7468 en 2000) après quatre ans de stabilité.La croissance est plus nette au niveau du doctorat, où l\u2019on a franchi la barre des 1000 diplômés par an au début des années 1990.Les universités ont décerné en 1999 1165 diplômes de 3' cycle (graphique 1).Le nombre de doctorats décernés chaque année peut paraître élevé, mais en chiffres absolus les 1165 nouveaux docteurs ne sont-ils pas trop peu nombreux pour une société qui compte plus de sept millions d\u2019habitants et qui investit une part importante de ses ressources publiques dans le système d\u2019éducation ?Après des années de croissance, il semble que le Québec marque le pas dans la production de diplômés universitaires Tableau 2 Nombre de diplômes universitaires décernés selon le type de diplômés et le sexe, Québec, 1989-2000 \t\t\t\t\t\t\t\t Certificat r cycle\tM\t5 359\t6 136\t5 563\t5 182\t4 541\t4 431\t4 434 \tF\t9 790\t11 876\t10 800\t9 929\t9 083\t8 423\t7 804 Certificat 2\" cycle\tM\t522\t678\t724\t735\t856\t750\t823 \tF\t628\t711\t861\t878\t863\t852\t1047 Baccalauréat\tM\t11 303\t11 958\t11 859\t11 537\t11 375\t11 582\t11 486 \tF\t13 545\t15715\t17 743\t17 357\t16 100\t16 700\t16 336 Maîtrise\tM\t2 695\t3017\t3 202\t3 201\t3 230\t3 294\t3617 \tF\t2 209\t2 805\t3 343\t3312\t3 495\t3 516\t3 851 Doctorat\tM\t495\t847\t731\t752\t779\t717\t675 \tF\t201\t268\t356\t391\t452\t453\t490 Source : Ministère de l'Éducation. Culture, éducation et médias 605 Graphique 1 Diplômes universitaires décernés (en indice) selon le type de diplôme, Québec, 1985-2001 250 Source : S.Langlois (dir.), La société québécoise en tendances, IQRC, 1990; Ministère de l'Éducation, Les diplômés du système scolaire.dans les programmes d\u2019études avancées où le nombre de diplômes reste encore inférieur aux attentes et ne reflète pas l\u2019ampleur des investissements faits dans l\u2019enseignement supérieur.Féminisation accrue des diplômés universitaires Les femmes accentuent leur présence dans le contingent des diplômés universitaires.Elles sont nettement plus nombreuses que les hommes dans le groupe des diplômés de certificat et des diplômés du premier cycle universitaire.L\u2019écart est maintenant considérable au niveau du baccalauréat, où l\u2019on compte 42% plus de femmes diplômées que d\u2019hommes en 2000.Traditionnellement, les femmes ont poursuivi en moins forte proportion leurs études aux cycles supérieurs, mais les choses sont en train de changer rapidement.L\u2019écart en faveur des femmes est maintenant de 6,5 % à la maîtrise et les différences entre hommes et femmes au doctorat se sont amenuisées depuis dix ans, puisque 490 diplômes de doctorat ont été décernés à des femmes par rapport à 675 à des hommes en 2000.L\u2019écart entre hommes et femmes était deux fois plus marqué en 1989 au niveau du doctorat.Décroissance des inscriptions et des diplômés au cégep Les inscriptions d\u2019étudiants au cégep dans le système d\u2019enseignement régulier (niveaux préuniversitaire et technique) sont en décroissance depuis le milieu des années 1990, conséquence directe de la dénatalité (tableau 3).La diminution au total a été de 8,1 % entre 1995 et 2001.Il en Les grandes tendances Éducation 606 L\u2019état du Québec Tableau 3 Nombre d'étudiants inscrits dans les collèges selon le programme d\u2019étude, Québec, 1995-2001 \t\t\t\t\t\t\t\t Enseignement ordinaire\t179 155\t180 315\t176 587\t174 468\t171 682\t167 041\t164 732\t-8,1% DEC (préuniversitaire)\t87 212\t86 227\t82 877\t81 034\t79 240\t76 232\t74 503\t-14,6% DEC (technique)\t84 316\t85 606\t86 505\t86 267\t85 130\t83 715\t83 375\t-1,1% Autres*\t7627\t8482\t7205\t7167\t7312\t7094\t6854\t-10,1% Éducation des adultes\t62 705\t57 170\t54 502\t54 265\t47 610\t46 796\t41 337\t-34,1% DEC (préuniversitaire)\t5760\t5112\t4321\t3627\t3022\t2934\t2742\t-52,4% DEC (technique)\t5211\t4853\t4455\t4169\t3855\t3989\t3 679\t-29,4% Autres*\t51 734\t47 205\t45 726\t46 469\t40 733\t39 873\t34 916\t-32,5% Total\t241 860\t237 485\t231 089\t228 733\t219 292\t213 837\t206 069\t-14,8% DEC (préuniversitaire)\t92 972\t91 339\t87 198\t84 661\t82 262\t79 166\t77 245\t-16,9% DEC (technique)\t89 527\t90 459\t90 960\t90 436\t88 985\t87 704\t87 054\t-2,8% Autres*\t59 361\t55 687\t52 931\t53 636\t48 045\t46 967\t41 770\t-29,6% * Comprend AEC (attestation d'études collégiales), CEC (certificat d'études collégiales), DPEC (diplômes de perfectionnement de l'enseignement collégial), hors programme et bac.français.Sources: Ministère de l'Éducation du Québec, www.meq.gouv.qc.ca, Direction des statistiques et des études quantitatives.va de même pour l\u2019éducation des adultes, qui a perdu le tiers de ses clientèles étudiantes au cours de la même période, la diminution ayant été marquée en 2001.Parallèlement à la baisse observée dans les clientèles étudiantes, le nombre de diplômés de cégep diminue (tableau 4).Cette diminution frappe plus durement les régions à cause de la dénatalité et de la migration vers les grands centres.Certains cégeps n\u2019auront plus bientôt la masse critique nécessaire pour dispenser certains programmes.Tableau 4 Nombre de diplômes collégiaux décernés selon le type de diplôme, Québec, 1989-2000 \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\tim DEC (préuniversitaire)\t24 851\t24 992\t25 244\t25 414\t24 993\t25 861\t25 566\t24 385\"\t25 870\t25 084\t24 482\t18 267 DEC (technique)\t13 495\t13 632\t13 196\t13 516\t14 772\t15018\t15 630\t15 125\t16 682\t15712\t17 294\t13 687 DEC (autres*)\t2 497\t2 679\t3 329\t4 364\t4 962\t3 874\t2 052\t1 424\t78\t1 019\t12\t0 Total\t40 843\t41 303\t41 769 43 294\t\t44 727\t44 753\t43 248\t40 934 42 630\t\t41 815\t41 788\t31 954 * Comptera) DEC sans mention, CEC et DPEC.Source: Ministère de l'Éducation, www.meq.gouvqc.ca Culture, éducation et médias 607 Tableau 5 Taux de décrochage scolaire selon l'âge et le sexe, Québec, 1979-2000 \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t 17 ans\tT\t26,1\t16,5\t18,5\t10,5\t10,2\t8,9\t10,4\t10,6\t10,4\t11,4 \tM\t27,6\t18,8\t21,3\t12,1\t12,4\t10,8\t12,8\t12,9\t13,3\t13,9 \tF\t24,7\t14,0\t15,5\t8,8\t8,0\t6,9\t7,9\t8,1\t7,3\t8,8 18 ans\tT\t35,7\t23,7\t23,4\t17,7\t16,3\t15,6\t15,0\t16,7\t16,6\t16,6 \tM\t38,0\t26,8\t27,1\t20,6\t19,5\t19,2\t18,5\t20,7\t20,5\t21,1 \tF\t33,2\t20,4\t19,6\t14,6\t13,0\t11,8\t11,2\t12,5\t12,6\t11,8 19 ans\tT\t30,5\t26,9\t27,1\t20,4\t20,7\t18,7\t18,4\t18,1\t19,9\t19,3 \tM\t43,8\t30,1\t31,1\t24,7\t24,4\t22,6\t22,7\t22,3\t24,7\t23,9 \tF\t37,2\t23,6\t22,9\t15,9\t16,7\t14,6\t13,9\t13,6\t14,8\t14,4 20-24 ans\tT\tn.d.\t33,8\t25,9\t26,2\t24,8\t24,2\t23,1\t22,4\tn.d.\tn.d.\tM\tn.d.\t36,5\t30,0\t30,9\t29,6\t29,0\t27,8\t27,2\tn.d.\tn.d.\tF\tn.d.\t30,9\t21,5\t21,3\t19,8\t19,1\t18,0\t17,2\tn.d.\tn.d.p: Données provisoires n.d.: Données non disponibles Source: Ministère de l'Éducation, www.meq.gouv.qc.ca L'enseignement technique devient plus populaire au cégep Le nombre d\u2019étudiants inscrits dans le secteur technique s\u2019est maintenu à un niveau élevé et relativement constant durant les années 1990.Par contre, les clientèles du secteur préuniversitaire ont baissé de 14,6% depuis 1995 (tableau 3).Il y a maintenant davantage d\u2019étudiants dans le secteur technique 83 375 en 2001) que dans le secteur pré-universitaire (74 503 la même année).Tableau 6 La scolarisation de la population âgée de 15 ans et plus en %, Québec, 1971-1996 Année \t\t\t\t Primaire (8e et -)\t40,9\t27,2\t20,1\t18,1 Secondaire (9 à 13 + métier)\t38,7\t40\t41,5\t39,4 Postsecondaire\t15,9\t25,8\t20,3\t22,3 Universitaire\t4,6\t7,1\t18,1\t20,2 Total N\t4 208 270\t4 975 830\t5 433 245\t5 673 405 %\t100\t100\t100\t100 Source : Statistique Canada, cat.93-328, 93-110, 13-579 et données non publiées.Les grandes tendances Éducation 608 L\u2019état du Québec Le taux de décrochage diminue au secondaire Contrairement à une opinion répandue, le taux de décrochage des étudiants au niveau secondaire est en régression.Nous reproduisons ici les résultats d\u2019une étude menée par le ministère de l\u2019Éducation du Québec.Celle-ci arrive à une conclusion différente sur ce phénomène en additionnant aux diplômés du secondaire les étudiants qui sont encore inscrits sous une forme ou une autre dans le système scolaire mais sans avoir le diplôme d\u2019études secondaires.Au total, le taux de décrochage à l\u2019âge de 17 ans ne serait que de 11,4%, 16,6% à l\u2019âge de 18 ans et de 19,3 % à l\u2019âge de 19 ans (tableau 5).Le phénomène du décrochage est nettement en baisse depuis le début des années 1980, notamment parce que le système d\u2019éducation rattrape en quelque sorte les jeunes qui quittent le système régulier d\u2019enseignement.Les garçons décrochent plus que les filles Les jeunes hommes abandonnent davantage leurs études avant d\u2019avoir obtenu un diplôme que les jeunes femmes.Au total, l\u2019écart est assez constant depuis vingt ans et on ne peut pas avancer qu\u2019il s\u2019aggrave ou s\u2019améliore (voir le tableau 5).Hausse de la scolarité moyenne de la population La scolarisation de la population âgée de 15 ans et plus a profondément changé en 25 ans.En 1971, seulement 5% des Québécois de 15 ans et plus possédait un diplôme universitaire ; cette proportion dépasse maintenant les 20% (tableau 6).Ces diplômes universitaires sont cependant eux-mêmes hiérarchisés, du certificat au doctorat.\u2022 Les chaires de recherche du Canada: plus d'argent mais moins d'autonomie pour les universités Yves Gingras Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie, UQAM La division des pouvoirs entre le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux, enchâssée dans la Constitution, fait de l\u2019éducation un domaine de juridiction provinciale.La recherche scientifique, par contre, est un domaine partagé, ce qui permet au gouvernement fédéral d\u2019intervenir auprès des universités par le biais de la recherche.Habituellement, les budgets fédéraux alimentaient les divers fonds de recherche (CRSH, CRSNG, IRSC, FCI) accessibles aux chercheurs universitaires, mais n\u2019avaient pas d\u2019effet direct sur l\u2019embauche des professeurs.Or, le budget 2000 du ministre des Finances Paul Martin a fait un pas de plus dans la stratégie fédérale de stimuler la recherche et l\u2019innovation en créant le Programme des chaires de recherche du Canada.Un budget de 900 millions de dollars a en effet été octroyé Culture, éducation et médias 609 pour la création, d\u2019ici 2005, de 2000 chaires de recherche réparties dans l\u2019ensemble des universités canadiennes.Bien qu\u2019elles soient dédiées à la recherche et non à l\u2019enseignement (ce qui empiéterait sur une juridiction provinciale), ces chaires permettent aux universités d\u2019engager de nouveaux professeurs qui auront en fait une tâche d\u2019enseignement, même minime.L\u2019objectif premier du programme est le suivant : \u2022 « permettre aux universités canadiennes, de même qu\u2019aux instituts de recherche et aux centres hospitaliers qui leur sont affiliés, d\u2019atteindre l\u2019excellence dans le domaine de la recherche et de devenir des centres de recherche de classe mondiale dans l\u2019économie du savoir à l\u2019échelle internationale ».Les objectifs secondaires du programme sont formulés ainsi : 1)\trenforcer l\u2019excellence en recherche au Canada et améliorer la capacité du Canada dans ce domaine en attirant et en retenant d\u2019excellents chercheurs dans les universités canadiennes ; 2)\tparfaire par la recherche la formation de personnel hautement qualifié ; 3)\taméliorer la capacité des universités de produire et d\u2019appliquer de nouvelles connaissances ; 4)\tassurer l\u2019utilisation optimale des ressources de recherche grâce à la planification stratégique institutionnelle et à la collaboration entre établissements et entre secteurs (source: www.chaires.gc.ca).Pour couvrir à la fois les chercheurs confirmés et les jeunes chercheurs considérés comme exceptionnels, les 2000 chaires se répartissent également entre deux types : 1) des chaires renouvelables après sept ans qui seront attribuées à des cher- cheurs d\u2019expérience reconnus par leurs pairs comme des chefs de file mondiaux dans leur domaine ; 2) des chaires d\u2019une durée de cinq ans, renouvelables une fois et attribuées à des chercheurs que leurs pairs jugent susceptibles de devenir des chefs de file dans leur domaine.Les premières sont d\u2019une valeur de 200 000 $ et les secondes de 100 000 $.Ce budget peut servir à couvrir le salaire du titulaire et les dépenses liées à ses recherches.De plus, pour assurer l\u2019installation des chaires, chaque université pourra faire des demandes auprès de la Fondation canadienne pour l\u2019innovation à hauteur, en moyenne, de 125 000 $ par chaire.Et comme les chaires en sciences humaines réclament souvent moins de ces fonds d\u2019infrastructure, cela permet à l\u2019université de reporter la différence sur des chaires ayant des besoins beaucoup plus importants, en espaces de laboratoires par exemple, et demander ainsi beaucoup plus que la moyenne de 125 000 $.Cependant, la FCI ne fournissant que 40% des montants demandés, cela oblige l\u2019université à trouver ailleurs, soit auprès du gouvernement provincial, de ses fonds internes ou auprès de l\u2019industrie, les 60% manquants.Une distribution inégale La première question fondamentale à laquelle les responsables du programme ont eu à répondre fut celle de la distribution des chaires selon les domaines de recherche : sciences naturelles et génie, sciences humaines et sociales et les sciences de la santé.Le contexte idéologique qui a présidé au programme étant l\u2019obsession de l\u2019innovation technologique et de la croissance économique, il était facile de prédire que le gros du budget serait Les chaires de recherche du Canada Education 610 L\u2019état du Québec reserve aux sciences, au genie et aux sciences biomédicales.En effet, en choisissant de distribuer les 2000 chaires dans la proportion des budgets actuels des trois grands fonds fédéraux de recherche (soit le CRSH, le CRSNG et les IRSC), l\u2019opération ne faisait que favoriser des secteurs déjà privilégiés.Après des négociations que l\u2019on imagine assez féroces, les sciences humaines et sociales ont tout de même pu obtenir 20% des 2000 chaires, soit à peu près le double de leur poids financier, les sciences de la santé 35 °/o et les sciences et le génie 45 %.Sans ce réajustement à la marge, ces derniers auraient obtenu la moitié des chaires et les sciences de la santé en auraient raflé 40 %.La seconde question fondamentale avait trait au mode de distribution des chaires entre les universités.Le choix s\u2019est arrêté sur la proportion des fonds obtenus par chaque institution auprès des trois grands fonds subventionnaires fédéraux: le CRSH, le CRSNG et les IRSC.Loin d\u2019être banal, ce mécanisme a comme effet immédiat de concentrer encore davantage les ressources au sein des universités déjà bien dotées, creusant ainsi l\u2019écart entre les universités en matière de capacité de recherche, au lieu, par exemple, de chercher à le diminuer.Confronté à la colère des petites universités qui recueillent moins de 1% des fonds de recherche de ces organismes et qui, selon cette formule, n\u2019auraient eu aucune chaire, il a été décidé de réserver 120 chaires pour les allouer à ces institutions.L\u2019effet de concentration demeure très important, car environ les deux tiers des chaires sont accaparées par seulement dix des quelque 90 universités canadiennes admissibles.Si le critère retenu semble aller de soi pour répartir les chaires de façon « objective », d\u2019aucuns ont vite fait de rappeler que le nombre de professeurs par domaine de recherche aurait été un choix plus logique.Or, cette répartition aurait été tout à fait différente de la première car les sciences humaines et sociales représentent au Canada environ 54% du corps professoral à temps plein, alors que les sciences et le génie comptent pour 28 % et les sciences de la santé pour 18%.On retrouve d'ailleurs une répartition similaire si l\u2019on prend la distribution des étudiants de cycles supérieurs : 59 °/o en sciences humaines et sociales, 30 % en sciences et génie et 10% en sciences de la santé, selon les données de 1998-99.Quel critère fallait-il choisir?Les données produites par l\u2019Association canadienne des professeurs d\u2019université (ACPPU), nous permettent de constater qu\u2019un calcul fondé sur le nombre de professeurs ou même sur le nombre d\u2019étudiants, aurait défavorisé le Québec davantage que la formule retenue.Ainsi, le critère du nombre de professeurs aurait fait perdre plus de cent chaires aux universités québécoises.Comme les chercheurs des universités québécoises performent bien dans les concours des organismes fédéraux, le Québec reçoit environ 27% des chaires, alors qu\u2019il n\u2019en recevrait que 22% si on les distribuait selon la proportion des étudiants.En somme, parmi les différents critères possibles, toujours un peu arbitraires, le Québec s\u2019en tire très bien avec celui qui a été retenu.Les critiques du programme À peine le gouvernement eut-il annoncé, en avril 2000, les procédures d\u2019attribution des chaires que les critiques se sont manifestées de toutes parts.Bien sûr, tous les intervenants se sont dits heureux de voir le gouvernement fédéral enfin réinvestir dans l\u2019enseignement supérieur après avoir Culture, éducation et médias 611 réduit sa contribution d\u2019un tiers depuis 1992.Les 2000 chaires devraient donc permettre de compenser en partie la baisse de 10% des effectifs professoraux enregistrée au cours de la décennie 1990.Mais au-delà de ce constat, nombreux sont ceux qui ont dénoncé la méthode employée et plusieurs, surtout parmi les associations et syndicats de professeurs, ont même prédit des effets désastreux sur le système universitaire canadien.En plus de la concentration accrue des ressources déjà mentionnée (et qui ne fait aucun doute), on s\u2019attend à une compéti-don féroce entre les universités qui tenteront d\u2019attirer à elles les « étoiles » (montantes ou non.) des institutions concurrentes, les perdantes étant bien sûr les « petites » universités moins pourvues et ne pouvant répliquer par des contre-offres aussi alléchantes que celles de leurs compétiteurs.Ainsi, l\u2019effet de concentration se doublerait d\u2019un effet d\u2019appauvrissement des petites universités : non content de ne rien leur donner, on leur enlèverait encore leurs meilleures ressources.De plus, en créant ainsi un espace de compétition, on pousse les salaires à la hausse sans que les ressources universitaires puissent vraiment répondre à une telle inflation créée artificiellement par le programme de chaires.Et bien que le gouvernement vise ainsi à contrer la soi-disant « fuite des cerveaux » vers les États-Unis, les montants octroyés (100 000 $ ou 200 000 $ par chaire) ne seront pas vraiment suffisants pour réellement faire compétition aux offres américaines.Les dangers à moyen terme ont également été soulevés, car rien n\u2019assure que le gouvernement financera le programme après cinq ans, laissant ainsi les universités canadiennes avec des frais annuels d\u2019environ 300 millions pour payer les profes- seurs embauchés.Autre effet pervers attendu et dénoncé: en concentrant les ressources sur des chaires de recherche, on détournera de l\u2019enseignement les meilleurs professeurs qui sont parfois et même souvent les meilleurs chercheurs.Enfin, en reliant l\u2019infrastructure des chaires à la FCI, on accroîtra encore davantage les liens entre les universités et les industries, réorientant ainsi le système d'enseignement supérieur sans aucun débat public.Plus de contrôle Une chose est certaine : la stratégie fédérale en matière d\u2019enseignement supérieur vise clairement à agir de façon directe sur les choix stratégiques des universités en mettant en place des programmes qui orientent le système universitaire vers une plus grande reddition de comptes.Ainsi, au lieu d\u2019accroître les fonds des trois organismes subventionnaires (CRSH, CRSNG, IRSC) le gouvernement contourne ces organismes auto-nomes et multiplie les structures parallèles : FCI, Génome Canada, et maintenant Chaires de recherche.En plus d\u2019assurer une plus grande visibilité à ses investissements, le gouvernement contrôle davantage leurs effets sur le système universitaire.Ainsi, la première demande imposée par le programme avant l\u2019octroi d\u2019une chaire à une université a été d\u2019obliger toutes les institutions à présenter un « plan stratégique de recherche », lequel servira de base pour juger de la pertinence des demandes de chaires.Et bien que le processus de sélection soit entièrement indépendant du gouvernement et régi par des comités d\u2019évaluation par les pairs, une telle demande a pour effet de forcer les universités à mieux définir leurs priorités, car les règles stipulent clairement que «les Les chaires de recherche du Canada Éducation 612 L\u2019état du Québec examinateurs doivent évaluer le niveau d\u2019engagement institutionnel proposé pour la chaire».Au-delà de la distribution par grands domaines, fixée par la formule générale, les universités sont seules responsables du choix des titulaires de chaires et donc des spécialités de recherche.Ainsi, une institution qui aurait obtenu cinq chaires en sciences humaines et sociales est entièrement libre de décider d\u2019en attribuer une en philosophie, deux en science politique, une en danse et une en histoire de l\u2019art.La seule contrainte étant que le titulaire proposé satisfasse aux critères d\u2019excellence tels qu\u2019interprétés par un comité de pairs, c\u2019est-à-dire de chercheurs à même d\u2019évaluer sérieusement et dans le détail la valeur des candidats proposés.Les résultats Deux ans après l\u2019annonce du programme, on est enfin en mesure de constater les premiers résultats et de les comparer aux prévisions, près du tiers des chaires (646) ayant été octroyées en date du mois de juin 2002.Ce qui frappe d\u2019abord, c\u2019est le taux très élevé (75 %) de recrutement interne à l\u2019université.Ensuite, et contrairement aux prévisions, le «maraudage» auprès des autres universités canadiennes a été jusqu\u2019à maintenant relativement faible (g %), ce qui ne veut pas dire que des pertes qualitativement importantes n\u2019ont pas été subies par des petites universités.Enfin, alors qu'au moment du lancement du programme l\u2019accent était mis sur l\u2019importance de contrer «l\u2019exode des cerveaux», seulement 88 chaires (soit 15%) ont servi à attirer des chercheurs au Canada.Quant au taux d\u2019approbation des chaires, il est de go %, ce qui montre bien que les universités ne soumettent que des candidatures dont la qualité ne fait aucun doute auprès des pairs.Les données sont à peu près les mêmes pour le Québec.Si l\u2019on regarde l\u2019évolution des demandes de chaires entre 2000 et 2002, on constate que le nombre de demandes internes tend à diminuer.Après avoir répondu au programme en choisissant leurs «étoiles» au sein de leur propre institution, les universités se tournent maintenant davantage vers l\u2019extérieur.Quant au recrutement étranger, aux États-Unis en particulier, il est probable qu\u2019il demeurera marginal, car les sommes attribuées aux chaires demeurent somme toute assez faibles.En fait, la donnée qui a fait le plus scandale a été la répartition selon le sexe : seulement 15 °/o des chaires ont été attribuées à des femmes.Et bien qu\u2019après chaque cycle d\u2019évaluation (il y en a trois par année) des voix aient dénoncé cette répartition qualifiée de « scandaleuse », la tendance n\u2019a pas vraiment changé.On s\u2019en doute: les sciences et le génie font piètre figure avec 10% des chaires attribuées à des femmes, suivies des sciences de la santé avec 16% et des sciences humaines et sociales avec 24%.Et les universités québécoises ne sont pas plus progressistes que leurs homologues canadiennes, car elles n\u2019ont accordé en fait que 13% des chaires à des femmes: 8% en science et génie, 16% en santé et seulement 15% en sciences humaines et sociales.Devant de tels résultats, nombreuses sont les voix qui réclament maintenant une modification des règles en vigueur pour imposer un quota de chaires pour les femmes qui représentent en fait (selon des données de iggg) 27 % du corps professoral (32% en sciences humaines et sociales, 13 % en sciences et génie et 33% en sciences de la santé). Culture, éducation et médias 613 Pour des raisons démographiques, on devait aussi s\u2019attendre à ce que la proportion des chaires attribuées à des femmes soit supérieure au niveau 2 (junior) qu\u2019au niveau 1 (senior), car environ 42% des postes de professeur adjoint sont occupés par des femmes alors qu\u2019elles ne comptent que pour 14,5 % des postes de professeur titulaire.Et effectivement, seulement 10 % des chaires senior ont été attribuées à des femmes alors qu\u2019elles ont obtenu 21% des chaires junior.En somme, toutes les données indiquent que le processus de décision interne aux universités favorise les candidatures masculines au détriment des candidatures féminines.Le programme étant en vigueur jusqu\u2019en 2005, il est encore susceptible d\u2019évoluer.Une évaluation à mi-parcours a d\u2019ailleurs été prévue de façon à pouvoir réajuster le tir si nécessaire.À la lumière des données actuelles, il est certain que la pression sur les universités ira croissante pour les forcer à recruter davantage de femmes.Ensuite, il faut s\u2019attendre à ce que la proportion des titulaires externes augmente de façon importante sinon les objectifs de croissance, la capacité de recherche des universités canadiennes et surtout de recrutement n\u2019auront pas vraiment été atteints et il faudra se demander sérieusement si une partie des ressources financières fédérales n\u2019aura pas simplement servi à garnir les fonds consolidés des universités.\u2022 L\u2019auteur remercie Denis Croux et Rene' Durocher du programme des chaires du Canada pour lui auoir/ourni les statistiques sur le programme.Références Divers documents concernant le programme des chaires sont disponibles sur le site : www.chaires.gc.ca Pour des réactions critiques au programme.www.acppu.ca Sur la question de « l\u2019exode des cerveaux » voir : \u2022\twww.ostqc.ca/OST/Document/Evaluation_Chercheur_emigrant_quebecois.pdf \u2022\twww.ost.qc.ca/OST/Document/Exode_final.pdf Les enjeux de la création d'un ordre professionnel des enseignants Maurice Tardif Directeur du Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE) Depuis cinq ans, le personnel éducatif sivement les débats et suscite, parmi les québécois vit dans l\u2019attente d\u2019un événe- différents organismes et acteurs scolai-ment important qui polarise progrès- res, des sentiments contradictoires: la Les chaires de recherche du Canada Éducation 614 L\u2019état du Québec création d\u2019un ordre professionnel des enseignants, lequel aura des répercussions majeures sur le fonctionnement du système d\u2019éducation au Québec.Or, c\u2019est en principe au cours de 2002-2003 qu\u2019une décision sera prise par le gouvernement à ce propos.Pourquoi un ordre professionnel en enseignement ?Rappelons d\u2019entrée de jeu que l\u2019idée de professionnaliser l\u2019enseignement n\u2019est pas nouvelle au Québec.Déjà en 1965, le rapport Parent affirmait le caractère professionnel de l\u2019acte d\u2019enseigner.En 1991, le Conseil supérieur de l\u2019éducation reprenait la même idée dans son rapport sur La profession enseignante.Cette idée rallie maintenant la vaste majorité des acteurs et organismes éducatifs au Québec \u2014 y compris le ministère de l\u2019Éducation (MEQ) et la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) \u2014 car tous s\u2019accordent pour reconnaître à l\u2019acte d\u2019enseigner un statut professionnel.Les dernières réformes de la formation des maîtres, initiées en 1994 et 2000 par le MEQ, vont également dans ce sens.De plus, depuis les années 1980, l\u2019idée de professionnaliser l\u2019enseignement constitue un mouvement d\u2019envergure international.Amorcé initialement dans les pays de culture anglo-saxonne, notamment les États-Unis et l\u2019Écosse, laquelle a institué un ordre des enseignants dès 1986, ce mouvement s\u2019est par la suite étendu à l\u2019ensemble des sociétés occidentales.Dans la plupart d\u2019entre elles, on trouve aujourd\u2019hui soit minoritairement des ordres professionnels, soit majoritairement des mécanismes, instances et lois qui assurent à l\u2019enseignement un caractère professionnel.Par exemple, au Canada, on trouve des ordres professionnels en Colombie-Britannique et en Onta- rio, tandis que toutes les autres provinces, y compris bien sûr le Québec, définissent maintenant des normes de formation et de pratiques qui confèrent à l\u2019enseignement un caractère professionnel mais sans l\u2019existence légale d\u2019un ordre en bonne et due forme.Bref, tant au Québec et au Canada que dans les autres pays développés, la professionnalisation de l\u2019enseignement \u2014 avec ou sans ordre professionnel \u2014 constitue donc une tendance fondamentale dans l\u2019évolution récente de l\u2019éducation.Or, cette tendance résulte elle-même des transformations qui marquent, depuis quelques décennies, le monde de l\u2019enseignement au Québec et dans plusieurs pays.En effet, au Québec et ailleurs, pendant longtemps on a cru que les enseignants représentaient un élément négligeable ou périphérique du système d\u2019enseignement par rapport aux lois et structures scolaires, aux ressources allouées ou aux programmes éducatifs.Par exemple, la Révolution tranquille au Québec et les réformes analogues dans les autres pays au cours des années 1950 à 1970 misaient sur les mêmes principes : améliorer l\u2019éducation en la démocratisant, en y investissant plus de ressources, en créant de nouveaux établissements et services éducatifs, en instituant des lois et mesures favorisant la fréquentation scolaire, en réformant les programmes, etc.Or, vingt ans plus tard, on va s\u2019apercevoir que cet ensemble de principes, s\u2019il garantit la quantité, n\u2019assure pas la qualité de l\u2019enseignement et de l\u2019apprentissage : tous les enfants vont à l\u2019école, mais qu\u2019y apprennent-ils au juste ?Dès lors, on va s\u2019attacher à mieux préciser les véritables facteurs contribuant réellement à la réussite éducative et scolaire des élèves.Or, il ressort des milliers de Culture, éducation et médias 615 travaux et de rapports consacrés à cette question dans plusieurs pays que les enseignants constituent bel et bien l\u2019un, sinon le principal facteur de réussite des élèves au sein de l\u2019école.En vérité cela n\u2019a rien de très étonnant, car ce sont les enseignants qui travaillent quotidiennement avec les élèves pendant des mois et des années : il est donc naturel que l\u2019impact de leur présence et de leurs activités soit à la fois le plus direct et le plus substantiel sur l\u2019apprentissage.Partant de ce constat, les autorités éducatives des divers pays ont donc reconnu la nécessité de placer l\u2019enseignant au cœur des activités scolaires et de lui reconnaître un statut à la mesure de sa fonction essentielle.C\u2019est pourquoi tous ces pays se sont lancés depuis vingt ans dans un processus de professionnalisation de l\u2019enseignement, justement afin de reconnaître aux enseignants leur rôle fondamental, de leur donner davantage d\u2019autonomie et de pouvoirs de décision pédagogique et d'améliorer leur statut.Enfin, dans la vaste majorité de ces pays, on croit que les enseignants sont les mieux placés pour agir en connaissance de cause, c\u2019est-à-dire de façon compétente et responsable dans leur champ propre d\u2019activité, soit l\u2019intervention pédagogique et éducative auprès des élèves.L\u2019OPEQ (Ordre professionnel des enseignantes et enseignants du Québec) s\u2019inscrit donc directement dans cette tendance internationale.Une complexité croissante.Un second pointa considérer découle de l\u2019évolution récente de l\u2019enseignement et des conditions culturelles et sociales dans lesquelles il s\u2019exerce aujourd\u2019hui.Tous les observateurs s\u2019accordent pour dire que l\u2019enseignement s\u2019avère aujourd\u2019hui une activité beaucoup plus complexe qu\u2019elle ne l\u2019était il y a une trentaine d\u2019années à peine.Pourquoi?Essentiellement parce que les élèves eux-mêmes ont changé et qu\u2019ils ne forment plus une masse uniforme partageant le même héritage culturel, la même origine ethnique et sociale, les mêmes attentes et besoins.11 en découle que leurs capacités, attentes et besoins éducatifs mais aussi personnels sont beaucoup plus larges et diversifiés qu\u2019auparavant et que les enseignants doivent y faire face en fonction d\u2019une non moins large variété de démarches et de stratégies pédagogiques.De plus, la scolarisation s\u2019est considérablement allongée, ce qui signifie que les enseignants doivent désormais soutenir tous ces élèves pendant toute la scolarité obligatoire, peu importe leurs difficultés et leurs motivations face à l\u2019école.Par ailleurs, le contexte social, économique et culturel dans lequel évoluent les élèves d\u2019aujourd\u2019hui semble lui-même fort complexe et pour tout dire mouvant.Les repères traditionnels (religion, valeurs, mœurs, modèles de vie, etc.) et les institutions établies (famille, église, communautés diverses, etc.) ont été profondément contestées, faisant place au relativisme et au pluralisme dans la plupart des domaines.En même temps, le relativisme et le pluralisme ne fonctionnent pas par le vide mais par le plein : les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui sont dès leur plus tendre enfance soumis à une véritable saturation d\u2019informations, d\u2019images de toutes sortes, d\u2019expériences et de sollicitations les plus diverses et souvent contradictoires, de valeurs disparates, etc.Ainsi, à la différence de leurs collègues d\u2019hier, les enseignants d\u2019aujourd\u2019hui doivent donc assumer leur mission d\u2019éducation et d\u2019instruction dans un environnement social beaucoup plus trouble et moins assuré que Les enjeux de la création d\u2019un ordre professionnel des enseignants Éducation 616 L\u2019état du Québec par le passé.En particulier, on constate que la société des adultes en général et les parents en particulier remettent de plus en plus entre les mains de l\u2019école et donc des enseignants, non seulement l\u2019instruction des enfants proprement dite, mais également leur éducation et leur socialisation.C\u2019est pourquoi les programmes scolaires parlent aujourd\u2019hui de plus en plus d\u2019éthique, de valeurs et de normes morales, d\u2019acquisition de compétences sociales, de l\u2019école comme étant un milieu de vie, etc.Tous ces sujets attestent que le rôle des enseignants ne se limite plus à instruire les élèves, qu\u2019il couvrent également une bonne part de leur éducation et de leur apprentissage de la vie sociale.Éuolution des contenus.Finalement, les bases mêmes de l\u2019apprentissage scolaire ont elles aussi subi des transformations extrêmement importantes.Avant la Révolution tranquille, l\u2019école enseignait à la vaste majorité des enfants durant huit ans à peine en moyenne les rudiments de l\u2019arithmétique, du français, beaucoup de religion et quelques « leçons de choses ».Quarante ans plus tard, les connaissances et les compétences que doivent acquérir les élèves pour devenir des citoyens et des travailleurs ordinaires ont été considérablement multipliées, raffinées et complexifiées.Il suffit de comparer les programmes scolaires des années 2000 avec ceux des années 1950 pour s\u2019en rendre compte : les élèves actuels ne vivent plus dans le même univers culturel, social, scientifique et technologique que ceux des générations précédentes.Ce que la société et l\u2019école attendent d\u2019eux est beaucoup plus lourd et plus complexe en termes d\u2019apprentissage et de réussite scolaire.En définitive, c\u2019est l\u2019évolution même de la société et de l\u2019école qui entraine un rehaussement important des connaissances et des compétences à la base de l\u2019acte d\u2019enseigner.De ce point de vue, l\u2019enseignement peut donc être considéré au sens fort du terme comme une activité professionnelle.Celle-ci exige la prise en compte de connaissances et de compétences de haut niveau dans plusieurs domaines, des aptitudes et des attitudes propres à faciliter l\u2019apprentissage chez les élèves, une bonne dose d\u2019autonomie et l\u2019exercice d\u2019un jugement professionnel respectueux autant des besoins des élèves que des exigences de la vie scolaire.Ils doivent apprendre par-dessus tout à organiser eux-mêmes les conditions qui favorisent l\u2019apprentissage des élèves, choisir les moyens adéquats et les stratégies d\u2019enseignement les plus efficaces, le tout bien souvent dans un contexte où les ressources et les services sont en diminution, et la charge de travail en croissance.Enfin, parce qu\u2019ils travailleront avec des enfants et des adolescents, les futurs enseignants se doivent aussi d\u2019incarner des modèles de citoyens responsables et moralement irréprochables.Tout cela montre que l\u2019époque est définitivement révolue où il suffisait de connaitre les rudiments d\u2019une matière et quelques recettes pour contrôler des élèves turbulents, pour se voir aussitôt accorder le titre d\u2019enseignant.Partant de ce constat et des profonds changements socio-éducatifs qui le justifient, le projet de création d\u2019un ordre professionnel préconise de reconnaître aux enseignants le statut légal qui est véritablement le leur en fait: celui de professionnels de l\u2019apprentissage.Cependant ce projet lui-même s\u2019avère un processus long et complexe. Culture, éducation et médias 617 La création d'un ordre : un processus long et complexe Tout ce projet a en effet débuté officiellement en juin 1997, lorsque le Conseil pédagogique interdisciplinaire du Québec (CPIQ) a adressé à l\u2019Office des professions une demande officielle de constitution d\u2019un Ordre professionnel des enseignantes et enseignants de la Province de Québec (OPEQ).Le CPIQ est un organisme privé sans but lucratif créé en 1968 dont la mission est de contribuer au développement de la pédagogie et de la compétence professionnelle des enseignants.Il réunit 31 associations d\u2019enseignants, la plupart de ceux-ci œuvrant à l\u2019école primaire et secondaire, et représentent 15 000 membres, soit environ le sixième de tous les enseignants québécois syndiqués à l\u2019emploi des commissions scolaires.Les associations composant le CPIQ sont en général identifiées à des disciplines d\u2019enseignement: association des professeurs de français, association des professeurs de sciences, d\u2019histoire, de géographie, d\u2019éducation physique, etc.Notons toutefois que le CPIQ, en s'engageant dans ce projet, prétend aussi exprimer le vœu d\u2019une bonne majorité d'enseignants.Il justifie notamment sa démarche en s\u2019appuyant sur des sondages effectués en 1996 et 1997 (ce dernier fut réalisé par le Groupe Léger-Léger, une firme indépendante) qui auraient montré qu\u2019entre 76% et 80% des enseignants syndiqués du primaire et du secondaire seraient favorables à la création d\u2019un ordre dans leur domaine d\u2019exercice.Quant à l\u2019Office des professions, il s\u2019agit, rappelons-le, d\u2019un organisme gouvernemental dont le mandat est de superviser et de contrôler le fonctionnement du système professionnel au Québec.Les activités de l\u2019Office sont enchâssées dans une loi (L.R.Q., c.C-26), qu\u2019on appelle le Code de professions, qui lui procure un pouvoir d\u2019intervention auprès des ordres et de recommandation auprès du gouvernement.Dans le cas présent, c\u2019est donc l'Office qui procède à l\u2019étude de la demande du CPIQ; une fois l\u2019examen terminé, l'Office acheminera ses recommandations à l\u2019Assemblée nationale, laquelle aura en dernière instance le pouvoir d\u2019officialiser ou non la création d\u2019un OPEQ.Consultation et débat.Depuis 1997, la demande du CPIQ chemine donc lentement à l\u2019Office des professions.Cette lenteur est normale car l\u2019institution d\u2019un ordre professionnel, peu importe son domaine d\u2019exercice, est une affaire complexe qui a de multiples répercussions économiques, juridiques et sociales.Dans une première étape, la proposition du CPIQ a d\u2019abord été soumise à un comité d\u2019experts indépendants qui a examiné sa teneur, tout en soulevant certaines questions sur son bien-fondé, ses objectifs et les besoins auxquels elle est censée répondre.Dans une seconde étape, l\u2019Office a demandé au CPIQ un certain nombre d\u2019éclaircissements à propos de questions importantes : qui seraient au juste les enseignants membres de l\u2019ordre?Comment définir l\u2019acte d\u2019enseignement afin qu\u2019il puisse être régi par les normes propres aux professions constituées?Quel type d\u2019ordre faut-il privilégier, celui à exercice exclusif qui protège à la fois le titre et l\u2019activité des professionnels ou celui à titre réservé qui protège uniquement leur titre ?Dans une troisième étape, l\u2019Office a procédé, de janvier à avril 2002, à une vaste consultation auprès de l\u2019ensemble des organismes, associations, groupes et institutions concernés d\u2019une manière ou Les enjeux de la création d\u2019un ordre professionnel des enseignants Éducation 618 L\u2019état du Québec d\u2019une autre par cette question.Le rapport final de l\u2019Office devrait être acheminé à l\u2019Assemblée nationale avant la fin de 2002.Enfin, ultime étape, il y aura vraisemblablement un débat politique et public au cours duquel la classe politique mais aussi la population pourront faire entendre leurs points de vue et prendre parti sur cette question.Il faut avouer que, jusqu\u2019à présent, le projet initié par le CPIQ a assez peu passionné l\u2019opinion publique québécoise.Les débats sont restés limités au domaine de l\u2019enseignement et surtout clivés entre, d\u2019une part, la Centrale des syndicats du Québec (l\u2019ex-CEQ maintenant CSQ), où sont syndiqués tous les enseignants à l\u2019emploi des commissions scolaires du Québec et qui est l\u2019adversaire le plus farouche de ce projet, et d\u2019autre part, le CPIQ, qui en est le prometteur non moins acharné.Quant à la position du ministère de l\u2019Éducation du Québec sur cette question, elle demeure pour le moment la grande inconnue.Pourtant, au-delà de l'antagonisme entre la CSQ et le CPIQ, la création d\u2019un tel ordre professionnel est avant tout un choix de société, et non une stricte question juridique ou corporatiste qui peut être laissée aux querelles intestines entre des instances syndicales et pédagogiques qui défendent souvent leurs intérêts et cherchent à imposer leurs propres visions des choses, y compris aux enseignants de la base qui n\u2019ont guère jusqu\u2019ici exercé leur droit de parole en la matière.Il convient donc de prendre la mesure des changements potentiels qui résulteraient, pour le système d\u2019éducation et la société québécoise, de la création d\u2019un ordre professionnel en enseignement.Un enjeu de société aux impacts multiples Ce n\u2019est pas la première fois que des enseignants ou des sous-groupes d\u2019enseignants réclament la création d\u2019un ordre professionnel, car diverses associations ont déjà formulé une telle requête par le passé.Cependant la démarche actuelle du CPIQ est différente a plusieurs points de vue.Statut professionnel.Un tel ordre, s\u2019il était officiellement reconnu, donnerait à l\u2019ensemble des enseignants du préscolaire, du primaire et du secondaire un statut professionnel equivalent, d\u2019un point de vue légal, à celui, par exemple, des médecins, des avocats ou des ingénieurs.Or, partout en Amérique du Nord, les professions sont considérées comme les occupations les plus prestigieuses dont les titres et les activités sont protégés et régulés par des lois et des règles très strictes.Bref, la reconnaissance légale d\u2019un OPEQ entraînerait vraisemblablement une modification importante du statut des enseignants tant dans l\u2019école que la société.Certes, cette modification ne se traduirait pas forcement par un accroissement du prestige social des enseignants, ce qui est l\u2019un des buts visés par les prometteurs de l\u2019OPEQ.Elle impliquerait toutefois, à très court terme, une élévation de leur position professionnelle.En effet, l\u2019enseignant cesserait d\u2019être considéré comme un travailleur syndiqué ou un fonctionnaire, et deviendrait un professionnel à part entière avec tout ce que cela implique de devoirs et d\u2019obligations mais aussi de droits et de privilèges.C\u2019est donc l\u2019image sociale des enseignants qui serait modifiée en profondeur ainsi que les représentations qu\u2019en ont le public mais aussi les élèves et leurs parents.Nul doute que cette modification susciterait rapidement des nouvelles attentes et exigences plus élevées Culture, éducation et médias 619 face aux enseignants, car on ne transige pas avec des professionnels comme on le fait, par exemple, avec des techniciens, des fonctionnaires ou simplement des travailleurs syndiqués.100 000 membres.Cet ordre serait le plus important au Québec en termes de membres avec un bassin potentiel d\u2019au moins 100 000 d\u2019adhérents, voire bien davantage.En effet, rien n\u2019interdit de penser que sa création aboutirait rapidement à une revendication analogue chez les 20 000 professeurs des cégeps et les 10 000 professeurs d\u2019université, sans parler du personnel éducatif des autres secteurs du système d\u2019éducation, par exemple, les enseignants spécialistes des élèves en difficulté, ceux de l\u2019éducation des adultes, les administrateurs scolaires, les directeurs d\u2019école, etc.On parle donc ici de la professionnalisation potentielle d\u2019environ 150 000 agents éducatifs, ce qui est énorme quand on sait que tout le système professionnel québécois réunit actuellement 45 ordres professionnels regroupant 272 000 membres.L\u2019existence même d\u2019un ordre aussi vaste soulèverait immanquablement une question d\u2019équilibre entre les diverses professions ainsi qu\u2019entre la profession enseignante et les autres groupes d\u2019agents scolaires.De ce point de vue, on comprend mieux les craintes de la CSQ et peut-être du MEQ de devoir éventuellement négocier avec un troisième et nouveau partenaire aussi puissant.En effet, sa présence risquerait de bouleverser toutes les relations de travail au sein de l\u2019école québécoise, relations fixées depuis la Révolution tranquille par les conventions collectives, les négociations et bien souvent les tractations et conflits entre la CSQ et le gouvernement.Les droits des usagers.Plus important encore, la reconnaissance de cet ordre modifierait en profondeur les droits des usagers du système d\u2019éducation.On parle ici d\u2019un groupe de personnes qui représente plus du quart de la population du Québec, soit plus d\u2019un million d\u2019élèves, leurs parents et tout le personnel scolaire.Par ailleurs, comme la scolarité tend sans cesse à s\u2019allonger, il est évident que la création d\u2019un OPEQ pourrait avoir un impact à la fois profond et durable sur une bonne partie de la population québécoise.Cet impact découle du Code des professions, lequel stipule que la mission première d\u2019un ordre est de protéger les droits du public, en l\u2019occurrence ici des élèves et de leurs parents.De ce point de vue, un ordre professionnel diffère complètement d\u2019un syndicat, lequel cherche avant tout à protéger ses membres et non le public.En l\u2019occurrence, l\u2019OPEQ devrait garantir la compétence de ses membres, vérifier s\u2019ils ont la formation ou les diplômes requis et organiser des activités de perfectionnement.Du plus, il devrait s\u2019assurer du maintien de cette compétence et de la qualité des services d\u2019enseignement au moyen d\u2019un comité d\u2019inspection professionnelle.Finalement, il contrôlerait l\u2019intégrité et la conduite de ses membres, notamment en imposant un code de déontologie.Conséquemment, cela signifie que les élèves ou leurs parents pourraient exiger des enseignants qu\u2019ils agissent conformément aux règles de l\u2019OPEQ tout en ayant la possibilité de porter plainte dans les cas contraires.En même temps, comme les médecins ou les ingénieurs, les enseignants seraient tenus d\u2019agir en professionnels compétents, en mettant à jour, par exemple, leur formation, leurs connaissances et leurs méthodes pédagogiques, en se soumettant à l\u2019évaluation de leurs pairs, etc.Les enjeux de la création d\u2019un ordre professionnel des enseignants Education 620 L\u2019état du Québec Rfsponsabilitéprqfessionnelle.Cela entraînerait simultanément la nécessité de préciser les limites des obligations des enseignants en regard de leur rôle dans les classes et les établissements scolaires.Ce qui est en jeu ici, c\u2019est l\u2019idée même de responsabilité professionnelle des enseignants dans l\u2019exercice de leur fonction.Or, rappelons-le, cette fonction coûte au bas mot cinq milliards de dollars par année au trésor québécois ; de plus, c\u2019est elle qui assure la formation des nouvelles générations de citoyens et donc le renouvellement de notre société.Cette idée est donc cruciale car un professionnel, quel qu'il soit, doit être imputable des actes qui relèvent de sa responsabilité'.Qu\u2019en est-il pour l\u2019enseignement ?Actuellement, les obligations et responsabilités des enseignants sont précisées dans la Loi de l\u2019instruction publique (c.84, a.22; 1997, c.96, a.10.).Cependant elles sont générales, floues et donc sujettes à de multiples interprétations.C\u2019est pourquoi il est difficile, pour des élèves, des parents ou des directions d\u2019école, d\u2019y référer pour évaluer la qualité des actes professionnels des enseignants.Par ailleurs, dans les rares cas où cela se produit, le processus aboutit habituellement à un « règlement à l\u2019amiable » avec le syndicat, par exemple, l\u2019enseignant est changé d\u2019école! C\u2019est pourquoi cette question de la responsabilité professionnelle est au cœur même de l\u2019évaluation et de la consultation de l\u2019Office à propos de l\u2019OPEQ.En effet, si les enseignants ne peuvent être tenus responsables de rien, si tout ce qui arrive dans les classes et les écoles ne dépend jamais d\u2019eux, mais des circonstances, de la société ou d\u2019autres causes (le ministère, les compressions budgétaires, les familles en crise, la pauvreté, les médias, etc.), alors il devient évident qu\u2019ils ne pourront jamais être considérés comme d\u2019authentiques professionnels.Par ailleurs, leur responsabilité professionnelle ne peut pas non plus se limiter à des généralités : elle doit être établie, par exemple devant un tribunal professionnel formé de pairs, en fonction de critères précis portant sur des activités circonscrites.Comment doit-on considérer cette question de la responsabilité des enseignants ?Laissons de côté ici les cas évidents qui relèvent de la loi ou du sens commun: l\u2019enseignant qui arrive ivre en classe, celui qui cherche à séduire une étudiante, celui qui se livre à des attouchements sur ses élèves ou encore, celui qui professe ouvertement son racisme ou tient des propos scabreux, sont clairement des irresponsables.Nul besoin ici d\u2019un OPEQ pour l\u2019établir.Il en va cependant autrement dans la vaste majorité des cas où il s\u2019agit de responsabilité proprement pédagogique.Où commence et où s\u2019arrête cette responsabilité?Est-il possible de l\u2019établir, d\u2019en marquer les contenus et les limites?Par exemple, est-il possible d\u2019établir qu\u2019un enseignant fait preuve d\u2019incompétence sur le plan pédagogique?Aux États-Unis et dans plusieurs autres pays, des ordres professionnels mais aussi des tribunaux réguliers ont été appelés à se prononcer sur de telles questions, jetant par conséquent les bases d\u2019une jurisprudence professionnelle pour l\u2019enseignement.En substance, celle-ci nous apprend que, tout comme un médecin ne peut pas être tenu responsable de l\u2019état de santé de ses patients (lequel dépend à la fois d\u2019eux, de leur hérédité et de leur environnement) mais uniquement de la qualité professionnelle de ses décisions et de ses actes à leur endroit (diagnostic, traitement, etc.), un enseignant ne peut pas non plus être Culture, éducation et médias 621 tenu responsable du niveau d\u2019apprentissage de ses élèves mais uniquement de la qualité de son approche pédagogique et de ses méthodes d\u2019enseignement.Par exemple, un enseignant qui rend jféquem-ment mal sa matière, qui néglige de préciser régulièrement des objectifs réalistes d\u2019apprentissage, qui ne soutient pas quotidiennement ses élèves dans leur démarche par des méthodes éprouvées, qui ne se soucie pas de planifier ses leçons ou qui ne procède pas à des évaluations systématiques des progrès de ses élèves, pourrait être référé à l\u2019OPEQ pour cause d\u2019incompétence pédagogique.On notera ici que l\u2019incompétence ne découle pas d\u2019un acte singulier, par exemple une faute ponctuelle ou un oubli momentané, mais bien de la répétition d\u2019un enseignement de mauvaise qualité selon les normes admises dans la profession et qu\u2019aurait à évaluer un groupe de pairs.Un nouveau pouvoir.Finalement, un OPEQ représenterait sans contredit un nouveau pouvoir important, non seulement dans le monde de l\u2019éducation mais dans la société québécoise en général.De fait, un ordre n\u2019entraîne pas que des devoirs et obligations pour ses membres, il accroît également leur autonomie et donc leur pouvoir de contrôler leur propre travail.Tout comme le Collège des médecins ou l\u2019Ordre des ingénieurs dans leur domaine respectif, l\u2019OPEQ aurait ainsi son mot à dire sur la qualité de l\u2019éducation, sur la valeur des programmes et des apprentissages scolaires, sur la formation des enseignants, sur les droits du public en matière de services éducatifs, etc.Plus particulièrement, on peut penser que l\u2019existence d\u2019un OPEQ aboutirait à dissiper considérablement la confusion générale qui règne depuis longtemps en éducation entre les intérêts économiques et corporatistes défendus par les parties patronales (le MEQ, le gouvernement) et syndicales, et les besoins éducatifs des élèves.Du côté patronal, cette confusion découle du fait que l\u2019État québécois prétend gérer à la fois les budgets de l\u2019éducation et l\u2019éducation elle-même.Or, depuis quarante ans, on observe que cette double gestion conduit souvent à des aberrations : d\u2019un côté, «l\u2019État-pédagogue» dicte aux enseignants, à travers ses réformes successives, quoi et comment enseigner (comme c\u2019est le cas actuellement avec la réforme constructiviste des programmes par compétences), et de l\u2019autre, il entend imposer, contrôler et bien souvent diminuer les ressources financières et humaines allouées à l\u2019éducation.Bref, l\u2019État se mêle de pédagogie, domaine dans lequel il n\u2019a pas de compétence, tout en fondant bon nombre de ses décisions principalement à partir d\u2019impératifs budgétaires.Certes, il appartient à l\u2019État de définir les grandes finalités de l\u2019éducation ; mais, sur le plan de la cohérence du système d\u2019enseignement, il est malsain que le Conseil du trésor définisse en sous-main les véritables priorités, tandis que le MEQ s\u2019emploie à faire croire que ses réformes sont justifiées pour des motifs pédagogiques.Du côté syndical, on retrouve la même confusion mais inversée, dans la mesure où la défense économique légitime des intérêts des «travailleurs de l\u2019enseignement» finit par s\u2019imposer comme le seul critère de la qualité pédagogique, comme si le fait, par exemple, de recevoir un meilleur salaire se traduisait ipso facto par un accroissement de la compétence pédagogique et de l\u2019engagement professionnel.La création d\u2019un ordre professionnel aurait ainsi le mérite d\u2019éliminer cette Les enjeux de la création d\u2019un ordre professionnel des enseignants Éducation 622 L\u2019état du Québec confusion qui mine et paralyse l\u2019enseignement depuis la Révolution tranquille, en permettant d\u2019identifier et de séparer clairement les intérêts trop souvent contradictoires à l\u2019œuvre derrière les discours officiels du MEQ et de la CSQ.Les parties patronales et syndicales pourraient continuer à négocier les enjeux économiques de l\u2019enseignement (par exemple, les salaires et les conditions de travail), tandis que les enjeux éducatifs et pédagogiques se formuleraient sur leur vrai terrain : celui de la qualité professionnelle des pratiques enseignantes et leur impact sur l\u2019apprentissage des élèves.Mais le MEQ et la CSQ ne sont pas seuls en cause car, au Québec, le monde de l\u2019enseignement demeure toujours éclaté en micro-pouvoirs dont la présence et les interventions souvent incohérentes accroissent la confusion générale.Par exemple, la formation des maîtres est construite en l\u2019absence complète des enseignants eux-mêmes, tandis que divers organismes (universités, facultés, commissions scolaires, associations syndicales, etc.) et diverses instances (comités d\u2019agrément, commission des programmes, ministère, etc.) décident au nom de la profession ce qui est bon pour elle et pour les futurs enseignants.Bref, les enseignants, bien qu\u2019ils possèdent en moyenne plus de 17 ans de scolarité, sont toujours considérés comme des personnes n\u2019ayant pas voix au chapitre quant à leur propre formation.Ici encore, la création d\u2019un OPEQ aurait le mérite de clarifier cette situation confuse.Tels sont donc en substance les principaux changements sociaux et éducatifs qu\u2019introduirait la reconnaissance d\u2019un ordre professionnel en enseignement au Québec.Or la question se pose : sommes-nous prêts, en tant que société, à reconnaître aux enseignants un statut à la mesure de leurs responsabilités?\u2022 Références Conseil supérieur de l\u2019éducation, Rapport annuel iggo-iggi sur l\u2019état et les besoins de l\u2019éducation.La profession enseignante : vers un renouvellement du contrat social, Les publications du Québec, Québec, 1991.Ordre des enseignants et des enseignantes de l\u2019Ontario, La reconnaissance professionnelle: un privilège.Ordre des enseignants et des enseignantes de l\u2019Ontario, Toronto, 1995.On peut consulter également le site de l\u2019ordre ontarien : www.octon.ca/frvnch/,).Tardif, M, C.Lessard et C.Gauthier (sous la dir.de), Formation des maîtres et contextes sociaux, Presses universitaires de France, Paris, 1998.Tardif, M.etc.Gauthier, (sous la dir.de), Pour ou contre un ordre professionnel des enseignantes et des enseignants au Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval, Québec, 1999.?Site Internet Office des professions de la Province de Québec: www.opq.gouv.qc.ca/ Culture, éducation et médias 623 Médias L'enjeu du journalisme libre Jean-Claude Leclerc Journaliste Alors que les principaux quotidiens anglophones du Canada ont connu une révolte larvée contre leur nouveau propriétaire (CanWest), l\u2019achat au Québec du Soleil, du Droit et du Quotidien par l\u2019empire Desmarais (Gesca) n\u2019a pas donné lieu aux soubresauts que certains prédisaient.Néanmoins, un certain malaise persiste dans le journalisme québécois, et à la Fédération professionnelle des journalistes (FP1Q), quelques-uns souhaitent réviser les orientations de l\u2019organisme.Le tiers des membres a connu un long conflit de travail à Radio-Canada.La profession n\u2019aurait plus, dit-on, le poids qu\u2019on lui attribue.Aussi des tenants de la presse «alternative » estiment-ils que l\u2019heure est arrivée du journalisme « libre ».Invitée à regarder de près la question de la concentration des entreprises de presse, la commission de la Culture de l\u2019Assemblée nationale a produit un rapport dont les recommandations ont frappé par leur timidité.Les députés s\u2019en sont tenus à quelques souhaits, dont la création d\u2019une sorte d\u2019observatoire des médias et l\u2019octroi d\u2019une aide fiscale aux médias indépendants.Si minimalistes aient été ces propositions, le gouvernement provincial n\u2019a montré aucun empressement à y donner suite.Il est vrai que certains des journaux de Gesca ont pris du mieux.Mais les tiraillements au sein de Québécor se sont aggravés.La Caisse de dépôt et placement, son principal appui financier, a même été mise en cause.Bien que l\u2019Assemblée nationale ne s\u2019intéresse guère au sort des médias québécois, des changements profonds pourraient malgré tout y survenir.À Ottawa, en effet, des sénateurs ont entrepris de faire enquête sur la propriété et la liberté de la presse au pays.Ils s\u2019inquiètent des oligopoles en information depuis qu\u2019une régie fédérale a donné le feu vert à l\u2019acquisition de chaînes de journaux par des télédiffuseurs (CanWest) ou de réseaux de télé par des géants des communications (Québécor).Si une philosophie moins mercantile sort d\u2019une telle enquête, elle pourrait avoir des effets également au Québec.Entre-temps, le gouvernement fédéral, déjà engagé dans le monde de la télévision, l\u2019est aussi de plus en plus dans celui de la presse écrite.Outre l\u2019aide financière qu\u2019il accorde aux petites publications, il a commencé à verser quelque 150 millions de dollars pour défendre contre l\u2019invasion des magazines américains \u2014 libre-échange oblige \u2014 les publications «canadiennes», dont la plupart appartiennent à de riches groupes de presse.L\u2019assaut américain n\u2019a pas eu lieu.Mais au Québec des empires comme Québécor ou Transcontinental ont touché à ce titre en 2001 plus d\u2019un million de dollars chacun.«Socialisme pour les riches ?» se sont demandé certains.Certes, la montée des oligopoles ne se fait pas toujours sans obstacle.Par exemple, le bureau fédéral contre les cartels a L\u2019enjeu du journalisme libre Médias 624 L\u2019état du Québec bloqué le groupe Astral quand ce radio-diffuseur a voulu acheter huit stations québécoises, dont CKAC à Montréal et CHRC à Québec.Mais rien n\u2019a pu empêcher Québécor de fusionner ses magazines avec ceux que possédait déjà le réseau de TVA, également sa propriété, ajoutant ainsi aux possibilités de « convergence» entre ces médias écrits et les émissions du petit écran.Conflit à Radio-Canada Les médias de propriété privée n\u2019ont pas été les seuls à faire la manchette.Le secteur français de Radio-Canada (SRC) a été secoué par un conflit de travail qui a pris la proportion d\u2019une crise.La direction a répondu par un lock-out à la journée de grève que ses journalistes et autres artisans de l\u2019information avaient cru opportun de déclencher en vue de résoudre de vieux problèmes comme la permanence d\u2019emploi ou les différences de salaire.Pour un ancien ombudsman de Radio-Canada, Mario Cardinal, le combat du Syndicat des communications en était un pour la qualité de l\u2019information.Plus que des téléromans \u2014 «les Catherine, Jérémie, Virginie et Supermamies de ce monde » \u2014 la raison d\u2019être de la SRC, a-t-il déclaré publiquement, est d\u2019offrir, conformément à son mandat, «un service d\u2019information équilibré et de haute qualité sur lequel tous les citoyens peuvent compter».Un règlement de compromis a mis fin, au moins temporairement, au conflit.Mais l\u2019aventure aura fait particulièrement ressortir un enjeu fort semblable à celui que pose le secteur privé : dans les entreprises de communication où l\u2019information du public n\u2019est pas nécessairement une priorité, le journalisme peut-il encore subsister dans toute son intégrité?On s\u2019est demandé au parlement si Radio-Canada pouvait perdre la diffusion de la Soirée du hockey.Mais que peu de journalistes canadiens soient présents dans les autres continents de la planète n\u2019a guère suscité de discussion.L'information internationale Comme un média ne peut avoir des correspondants partout dans le monde, l\u2019information internationale repose depuis longtemps sur le partage des informations entre entreprises de presse.Le même principe vaut pour la télévision.Depuis le choc du 11 septembre 2001, toutefois, l\u2019information internationale a pris plus d\u2019importance aux yeux du public.Comme elle coûte cher, seules les chaînes ou une poignée de quotidiens ont les moyens d\u2019y assurer une couverture de plus grande ampleur.En même temps, la destruction du World Trade Center a incité davantage les gouvernements à contrôler l\u2019information.Si les petits médias n\u2019ont guère les moyens de susciter de remous dans l\u2019opinion publique, les grands, eux, ont la capacité d\u2019imposer une vision des événements.Sera-t-elle diversifiée ou monolithique?À cet égard la presse électronique a développé une gestion centralisée qui constitue une menace potentielle.Au Canada, une station centrale de radio peut alimenter maints postes affiliés.À la télé, la tête d\u2019un réseau peut faire de même.Cette centralisation a causé toute une crise lorsqu\u2019on a voulu l\u2019implanter dans une chaîne de journaux au Canada.Depuis que l\u2019empire CanWest est allé jusqu\u2019à congédier l\u2019éditeur du Citizen d\u2019Ottawa, l\u2019idée d\u2019imposer aux quotidiens du pays un bureau central pour faire la sélection des opinions et des informations fait craindre pour l\u2019avenir du journalisme au Culture, éducation et médias 625 Tableau 1 Tirage des quotidiens québécois, 2002 \t\t\t Le Devoir (Montréal)\t25 753\t40 575\t Le Droit (Ottawa/Gatineau)\t55 127\t40 758\t The Gazette (Montréal)\t136 447\t175 266\t140 635 Le Journal de Montréal\t263 346\t323 390\t270 039 Le Journal de Québec\t100 137\t127 423\t101 071 Le Nouvelliste (Trois-Rivières)\t43 088\t47 493\t La Presse (Montréal)\t195 360\t284 871\t101 071 Progrès-Dimanche (Saguenay)\t\t\t43 298 Le Quotidien (Saguenay)\t28 808\t\t The Record (Sherbrooke)\t5416\t\t Le Soleil (Québec)\t85 255\t117 991\t89 955 La Tribune (Sherbrooke)\t32 420\t39 782\t La Voix de l'Est (Granby)\t15 429\t18 780\t En Acadie: L'Acadie nouvelle\t17 847\t\t Source : CARD, juillet 2002 pays.Le propriétaire, le groupe Asper, aurait même songé à sélectionner à partir de Winnipeg les nouvelles internationales à paraître dans ses journaux, tout comme il s\u2019était déjà réservé de commenter seul en éditorial les affaires nationales.Ce virage a provoqué la révolte de journalistes et de certains rédacteurs en chef contre CanWest.Ce groupe de Winnipeg n\u2019a pris le contrôle que des journaux de la chaîne Sou-tham (dont The Gazette à Montréal), mais ses « innovations » politiques et financières pourraient donner des idées à d\u2019autres groupes de presse, surtout s\u2019ils connaissent des problèmes d\u2019argent (comme Québécor) ou entretiennent des visées politiques (comme Gesca).On ne peut produire d\u2019information locale à partir d\u2019un bureau central, mais l\u2019information internationale passe déjà par de grandes agences de presse.Le contrôle en est plus facile.Au Québec, le groupe Gesca prétend, non seulement n\u2019avoir pas réduit ses effectifs, mais investir dans une plus large couverture.Jamais en tout cas ses journalistes n\u2019auront autant voyagé à travers le monde.Une façon économique d\u2019améliorer l'information a fait ses preuves dans les agences de presse, c\u2019est l\u2019échange de texte entre médias.Désormais La Presse, par exemple, publie des articles du Soleil grâce à un réseau qui relie les quotidiens du groupe.Longtemps redoutée par les journalistes, cette formule est répandue dans d\u2019autres chaînes.On en appréhende les effets, cependant, sur une agence nationale comme la Presse Canadienne, dont la survie n\u2019est pas assurée.Exploitations indues À l\u2019occasion du ralentissement économique qui a touché les médias, de vieilles plaies ont été rouvertes.Les pigistes, par exemple, ne bénéficient pas tous des honoraires généreux que touchent certaines vedettes.La plupart au contraire tirent le diable par la queue et doivent se contenter L\u2019enjeu du journalisme libre Médias 626 L\u2019état du Québec de tarifs qui ont à peine changé depuis des décennies.L\u2019Association des journalistes indépendants (AJIQ), qui regroupe plusieurs pigistes, n\u2019a pas encore gagné la lutte qu\u2019elle a engagée depuis quelques années à ce sujet.Le problème a été porté devant les tribunaux.Un journal comme Le Devoir a trouvé un terrain d\u2019entente.Mais l\u2019exploitation des pigistes demeure une des hontes cachées de l\u2019industrie de la presse, tant écrite qu\u2019électronique.Par contre, la législation sur les redevances intellectuelles n\u2019est plus théorique, bien qu\u2019elle ne soit pas appliquée aussi généralement qu\u2019on le souhaiterait.Des organismes ont été mis sur pied pour veiller à la cueillette des droits d\u2019auteur.Toutefois, comme le note Bernard Descô-teaux, le respect de cette loi ne fait « pas encore partie de nos mœurs ».Le directeur du Devoir constate que « nombre d\u2019entreprises, et même des gouvernements, hésitent à verser aux journaux des redevances équitables pour les revues de presse distribuées à plusieurs exemplaires qu\u2019ils font exécuter par des tiers ».Médias alternatifs Les aspirations à un journalisme de meilleure qualité ne sont pas l\u2019apanage des seuls journalistes.Les milieux communautaires \u2014 et quelques organisations professionnelles \u2014 ont, ici et là, entrepris de relever les normes de leurs publications.C\u2019est le cas, par exemple, du Journal de la Rue, un bimestriel qui en est à sa dixième année de publication et dont les 45 000 exemplaires atteignent quelque 120 000 personnes au Québec.Une réflexion de même ordre fait peu à peu son chemin dans les revues à caractère religieux.Certains titres ont un grand lectorat, mais la plupart n\u2019atteignent qu\u2019un public restreint.Quelques éditeurs songent donc à un regroupement de ressources.La mutation du catholicisme québécois comme la réorientation des communautés religieuses vers un engagement social se traduit déjà par un changement dans la propriété et l\u2019orientation de quelques périodiques.(C\u2019est le cas de Présence, magazine né d\u2019un partenariat entre les Dominicains, les Pères de Sainte-Croix, les religieuses de la Congrégation Notre-Dame et les Frères des Écoles chrétiennes.) Bien que les débats ne soient pas exclus des médias traditionnels, et que certains éditeurs, comme François Bourque, le nouveau directeur de l\u2019information au Soleil, veuillent en faire une priorité, toute une presse alternative estime que profit et vérité ne font plus bon ménage.La question ne se pose pas seulement au Québec, mais les médias alternatifs d\u2019ici la jugent particulièrement pertinente.Paradoxe peu connu, ceux qui optent pour le journalisme «militant» renouent avec une vieille tradition de presse : le journalisme de combat.Pour ces autres journalistes, permanents ou bénévoles et «amateurs», les changements souhaitables dans le monde et dans la société ne viendront pas des intérêts en place et de la presse dominante, qui y est trop liée.L\u2019avenir appartiendrait aux milieux qui souhaitent un revirement dans les valeurs, et seule un autre genre presse peut s\u2019en faire le reflet et le moteur.Non seulement l\u2019écologie et la solidarité sociale ou internationale y trouveraient-elles leur compte, mais la démocratie elle-même, son salut.Jean-Claude Landry, directeur général de la Gazette Populaire de Trois-Rjvières, s\u2019en est expliqué ainsi dans Le 30, le magazine du journalisme québécois : « Nous produisons une information qui contribue Culture, éducation et médias 627 à faire réfléchir un peu plus, qui multiplie les occasions de solidarité, indispensables pour préserver la démocratie.» Tous les journaux alternatifs ne rêvent pas cependant d\u2019ébranler le statu quo.Ainsi Voir, l\u2019hebdomadaire culturel à grand tirage, s\u2019est donné un nouveau patron, Nicolas Tittley, qui n\u2019entend pas, après 15 ans de succès, y apporter de révolution.Cet hebdo gratuit a fortement influencé des quotidiens, qui ont ajusté leur couverture en vue de capter ce marché de lecteurs et d\u2019annonceurs.Un même phénomène de récupération ne risque-t-il pas de se produire dans le cas des médias alternatifs?(D\u2019après une étude canadienne, les médias communautaires, tels les hebdos gratuits si répandus au Québec, sont davantage lus désormais que les journaux quotidiens.C\u2019est dire que les entreprises n\u2019ont pas fini d\u2019acheter ces autres concurrents ou de leur proposer des partenariats.) Devant toutes ces transformations, les journalistes du Québec restent divisés.Les uns y voient un recul pour le journalisme, d\u2019autres y trouvent l\u2019assurance d'une sécurité dans leur travail.Le débat, sans être vif dans le grand public, reste d\u2019actualité Anne-Marie Dussault, la présidente de la FPJQ, a invité toute la profession à y prendre part.Dans une lettre qui n\u2019est pas passée inaperçue, elle écrit aux journalistes : « Alors que les enjeux et les questions en information deviennent de plus en plus considérables et difficiles, nous ne pouvons plus rester en marge des décisions qui modèlent l\u2019information du public.» Mais le « modèle » de la convergence a pris entre-temps du plomb financier dans l\u2019aile.En reviendra-t-on aux chaînes ordinaires?C\u2019est la leçon que certaines tireront de la vente forcée par CanWest d\u2019une part de son empire à Transcontinental.Le géant québécois de l\u2019imprimerie, le deuxième en importance après Québécor, visait à devenir une grande chaîne de magazines.Il a causé toute une surprise en achetant de CanWest dix quotidiens de l\u2019Atlantique et de la Saskatchewan.\u2022 Voir aussi l'article de Claude Martin, p.suivante Sites Internet Assemblée nationale, Québec, Commission de la culture, Mandat d\u2019initiative portant sur La concentration de la presse, novembre 2001, dans «Travaux parlementaires» : www.assnat.qc.ca.Fédération professionnelle des journalistes du Québec: www.fpjq.org Le jo, magazine des journalistes du Québec : www.le30.org Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ) : www.ajiq.qc.ca L\u2019enjeu du journalisme libre Médias 628 L\u2019état du Québec Marée basse pour la convergence des médias Claude Martin économiste, Département de communication, Université de Montréal Le 24 avril 2002 au matin, surprise ! Jean Monty démissionne! La première entreprise de communication au Canada, la sixième en importance tous secteurs confondus, perd son grand patron et son illustre chantre de la convergence.La valeur en Bourse de BCE (Bell Canada Entreprises) a trop vacillé, à la suite des déboires de quelques filiales.Il ne s\u2019agit cependant pas des filiales du domaine des médias, CTV, TQS, le Globe and Mail, etc., qui s\u2019en tirent plutôt bien.Le mal provient de Téléglobe, un réseau de télécommunication international, et de BCE Emergis, positionné dans le commerce électronique.Le patron de l\u2019autre grand conglomérat, Pierre-Karl Péladeau, se trouve aussi sous les feux de la critique.Le 26 avril 2002, il déclare conserver toute sa confiance dans la stratégie de convergence.Mais la valeur en Bourse de Québécor a aussi chuté.Le fils Péladeau risque cependant moins que Jean Monty.Sa famille contrôle l\u2019empire Québécor, alors que BCE appartient à une myriade d\u2019investisseurs.(Voir les Tableaux 1 et 2 pour une liste des principales entreprises du domaine des médias au Québec.) L\u2019intervalle entre l\u2019euphorie et l\u2019inquiétude aura donc été court.Dans le domaine des médias, l\u2019année 2000-2001 a été marquée par d\u2019importants changements structurels, souvent au nom de la « convergence ».L\u2019année 2001-2002 sera celle d\u2019une pause relative dans ce mouvement.L\u2019action se déplace du côté des stratégies de rentabilisation.À l\u2019été 2001, la bulle spéculative des « .com » s\u2019est dégonflée.L\u2019économie frôle la récession.La fièvre des acquisitions diminue.Dans le secteur des communications, le nombre et la valeur de ces transactions ont fortement baissé entre 2000 et 2001 (80% pour la valeur, données de source privée cité par La Presse, 28 décembre 2001).Les dépenses de publicité stagnent.Les médias cherchent les moyens de diminuer leurs dépenses.Des naissances reportées Pourtant, il faut toujours aller de l'avant et occuper de nouveaux territoires.Début septembre 2001, quelques jours avant les événements de New York, un nouvel ensemble de canaux de télévision fait son apparition.Il s\u2019agit des canaux dit « numériques », parce qu\u2019ils sont diffusés en mode numérique ou binaire plutôt qu\u2019analogique, ce qui nécessite une quincaillerie particulière pour les abonnés du câble et un supplément sur la facture du câble ou du satellite.En principe, ils s\u2019adressent à des auditoires restreints intéressés par des contenus dits « spécialisés » : le sport, la mode, la BBC, le National Geographic, Sex TV, etc.On en compte une cinquantaine.Mais cette nouvelle offre ne comporte aucun canal en français.Quelques nouveaux canaux numériques en français ont bien été autorisés par le CRTC en novembre 2000, mais la conjoncture est mauvaise.Le Réseau Info Sport, cousin du Réseau des Sports, un des canaux spécialisés parmi les plus regardés, refuse de plonger.TVA dispose de permis pour trois chaînes numériques.Musique Plus Culture, éducation et médias 629 (propriété d\u2019Astral et de CHUM) en a aussi un permis.Les deux reportent leurs lancements d\u2019une année.Parmi les raisons évoquées, le faible taux d\u2019abonnement à des services numériques (satellites ou décodeurs du câble) qui ne rejoindraient qu\u2019environ 400 000 à 500 000 Québé-cois, ce qui ne donnerait que quelques centaines ou milliers de téléspectateurs aux nouvelles chaînes, les autres regardant les canaux usuels.En juin 2002, Vidéotron et Cogeco améliorent un peu leur offre aux abonnés francophones du service numérique.Ils annoncent l\u2019ajout de trois chaînes européennes en français : Paris Première, Planète et EuroNews, cette dernière mieux connue depuis que Radio-Canada l\u2019a utilisée en 2002 pour remplacer certains bulletins de nouvelles lors du conflit de travail avec ses employés.Bref, la télé numérique en français demeure un phénomène marginal.Une solution pour TQS Le rachat de Vidéotron par Québécor à l\u2019automne 2000 avait laissé Québécor propriétaire des deux principaux réseaux francophones privés, TVA et TQS.Un tel niveau de concentration ne pouvait durer et Québécor devait vendre un des réseaux.Comme TVA dominait les cotes d\u2019écoute, la vente de TQS allait de soi.L\u2019affaire traîna en longueur et finalement, en septembre 2001, Cogeco et Bell Globemedia s\u2019emparent de TQS.Cogeco, le deuxième câblodistributeur au Québec, déjà propriétaire de six stations de télévision prend 60% des parts de TQS.Bell Globemedia, filiale de BCE, propriétaire du réseau CTV et de CFCF, la principale station anglophone à Montréal, prend 40%.Pour TQS, c\u2019est un curieux retour des choses, caria station fondée en 1986 passe rapidement sous la coupe de CFCF, alors sous le contrôle d\u2019Adrien Pouliot, aussi propriétaire de CF Cable, le cablôdistri-buteur de l\u2019ouest de Montréal.TQS a suivi CF Cable chez Vidéotron en 1996, alors propriété de la famille Chagnon.Mais Vidéotron doit choisir entre TVA et TQS.Cette dernière est vendue à Québécor en 1997.Mais Québécor prend le contrôle de Videotron en 2000, réunissant à nouveau TVA et TQS ! TQS devra encore partir ! Pendant toutes ces années, TQS enregistre des pertes.Finalement, Québécor semblait en voie d\u2019en faire un réseau rentable, après avoir passablement changé sa programmation, sous le thème du « mouton noir».Au printemps 2001, TQS a comme particularité d\u2019être le seul grand réseau avec un auditoire majoritairement masculin.Cette stratégie semble porter ses fruits.Au printemps 2002, TQS passe un cap psychologique en touchant les 15 % de part d\u2019écoute.Autre curiosité de cette prise de contrôle : suite à la restructuration des avoirs de Cogeco, TQS se trouve à gérer des stations affiliées à la SRC ! Les bulletins de nouvelles de la SRC dans trois régions auraient donc été sous l\u2019emprise de son concurrent, TQS.En novembre 2001, les deux parties s'entendent pour transférer à la SRC la responsabilité des bulletins de nouvelles de ces stations, financièrement liées à TQS, mais affiliées à la SRC pour la programmation et les nouvelles.Alliances La SRC se trouve donc de plus en plus commercialement liée à des entreprises privées (Cogeco, horaire télé Voilà ! de La Presse, bulletins de nouvelles de CJPX, la station de musique classique légère de Montréal).La nouvelle télé des arts, Artv, lancée en septembre 2001, appartient à la Marée basse pour la convergence des médias Médias 630 L\u2019état du Québec SRC (37%) avec Télé-Québec (25%), Bell Globemedia (16%), la chaîne européenne Arte (15 %) et l\u2019Équipe Spectra (7%).Cette stratégie d\u2019alliance sourit aussi à d\u2019autres organisations.En février 2002, La Presse annonce qu\u2019elle confiera son impression au Groupe Transcontinental à partir de 2003.Cela règle le problème de ses presses trop anciennes pour offrir une impression en couleur de qualité et renforce la position de Transcontinental face à Québécor.Ces deux derniers poursuivent chacun une stratégie mondiale d\u2019acquisition dans l\u2019imprimerie.BCE fait aussi la manchette en remplaçant Molson comme commanditaire principal de la plus grande salle de spectacle à Montréal, le Centre Molson, temple des Canadiens de Montréal, qui devient le Centre BCE.Ceci souligne l\u2019intérêt de BCE pour le sport (chaîne RDS) et les produits culturels en général.Conflits Les avocats des médias n\u2019ont pas chômé pendant cette année.Les conflits se déroulent sur deux fronts : batailles entre les entreprises et conflits de travail.Dans le métro de Montréal, Transcontinental et Québécor s\u2019affrontent en publiant chacun un quotidien gratuit.Québécor porte la bataille en cours en contestant l\u2019entente conclue entre Transcontinental et la Société de transport et qui accorde à Transcontinental l\u2019exclusivité de la distribution d\u2019un quotidien dans le métro.En juin 2002, le jugement est encore attendu.Québécor se retrouve aussi en cours contre BCE à propos des redevances à payer pour la diffusion du canal RDS (de BCE) par Vidéotron et du Canal Nouvelles LCN (de Québécor) par Bell Express Vu ! Devant le CRTC, on se chicane aussi sur le prix demandé par Vidéotron lorsqu\u2019un édifice câblé par Vidéotron passe au satellite ou à Look, un distributeur par micro-ondes.En avril 2002, BCE, en guise de représailles, retire ses publicités des stations de télévision détenues par Québécor, une dépense de plus de 10 millions.Québécor en découd aussi avec ses employés.Au Journal de Montreal, on évite de peu un conflit majeur.Chez Vidéotron, une bataille féroce s\u2019amorce alors que Québécor veut vendre à une firme extérieure, Entourage d\u2019Adrien Pouliot, l\u2019expatron de CFCF, son service d\u2019installation du câble.Ce serait une réduction de 40% des effectifs.Les employés se retrouvent sur les piquets de grève alors que se pointe la période des déménagements.Le conflit de travail à Radio-Canada se déroule à peu près au même moment (noir article, p.623].Pauvres amateurs de sport ! Il est rare que l\u2019État mette son nez dans la programmation télévisuelle.Mais au printemps 2002, un drame national se joue à Ottawa.Les nouveaux propriétaires américains des Canadiens de Montréal cèdent leurs droits de télévision à RDS, la filiale de BCE, risquant ainsi de mettre ainsi fin à la plus ancienne émission de télévision au Québec, La soirée du hockey, diffusée à la SRC.Certes, on pouvait depuis longtemps voir des matchs de hockey sur d\u2019autres canaux, mais La soirée du hockey de la SRC constitue un phénomène médiatique historique.L\u2019histoire du sport professionnel est intimement liée à celle des médias.Les sports ont contribué au développement et aux profits des médias et, en retour, les médias ont popularisé les sports professionnels.Le hockey trouve un financement important par le moyen des annonceurs intéressés par les vastes auditoires de la télévision, plus exactement de la diffusion Culture, éducation et médias 631 par une chaîne disponible sur les ondes, sans nécessairement passer par le câble.En passant à RDS, une chaîne spécialisée qui demande un supplément en plus du tarif de base du câble, le hockey change de logique de diffusion, abandonnant, grosso modo, le tiers des spectateurs, surtout les moins fortunés, et en particulier les francophones hors-Québec qui n\u2019ont pas toujours accès aux canaux spécialisés en français.D\u2019où le drame à Ottawa.Des parlementaires y ont vu une discrimination selon la langue, car le hockey torontois est toujours disponible à la CBC ! Une entente est finalement intervenue entre Radio-Canada et RDS, pour éviter ce drame national [voir aussi p.635].Même TVA doute du sport! En mars 2002, le réseau met fin à ses nouvelles du sport de fin de soirée et abolit quelques postes de journaliste sportif.Les nouvelles sportives de fin de soirée passent au canal LCN, disponible sur câble ou satellite.Ainsi, la longue association entre la télévision généraliste et le sport professionnel chancelle.L\u2019année précédente, c\u2019était le baseball qui s\u2019était absenté, pour une saison.Les sports professionnels traditionnels demandent trop.Mais les Olympiques, la course de Formule 1 et le football (ballon rond) prennent plus de place.Les icônes de la culture populaire changent.Des résultats qui soulèvent des questions L\u2019année 2001-2002 a été plutôt mauvaise pour la Bourse.L\u2019indice général de la Bourse de Toronto s\u2019est aussi déprécié de plus de 8%.La valeur en Bourse des principales entreprises québécoises du domaine des médias s\u2019est aussi dépréciée en 2001-2002, sauf pour Transcontinental qui a vu son titre augmenter fortement (graphique 1).Il s\u2019agit cependant ici du Groupe Transcontinental, une entité qui Graphique 1 Évolution de la valeur des actions de quelques entreprises du domaine des médias (juin 2001 = 100) 150 130- / / / Transcontinental / Astral Québécor \\ Cogeco Notes : actions de classe B lorsque présentes.TSX : indice général de la Bourse de Toronto.Marée basse pour la convergence des médias Médias 632 L\u2019état du Québec Tableau 1 Revenus et nombre d'employés des principales organisations du domaine des médias au Québec (2001) \t\t\t\t \t\t\t\t Québécor Média\t1 841 000\t1 668 000\t12 091\t7987 Radio-Canada/CBC\t1 478 800\t\t7600\t4148 Gesca\t\t\t1800\t1800 Médias Transcontinental\t684 600\t232 868\t1630\t1345 Astral Media\t345 116\t\t1200\t1000 CanWest Global\t2 200 753\t\t11 400\t700 Cogeco\t478 814\t220 208\t1459\t671 Bell Globemedia\t1 203 000\t13617\t4223\t478 Sél.du Reader's Digest\t\t\t273\t270 Rogers Media\t721 000\t\t\t200 Légende : - : non disponible.Note : les nombres d'employés peuvent être établis selon divers critères ; en particulier, celui de Radio-Canada comprend un tiers d'employés à temps partiel.Sources : journal Les Affaires, revue Commerce, organisations elles-mêmes.déborde le domaine des médias pour inclure un vaste ensemble d\u2019imprimeries.Plutôt que de partir à la chasse de la convergence, Transcontinental adopte une stratégie de « partenariat» et joue de prudence face au ralentissement de l\u2019économie.Ses bénéfices sont d\u2019ailleurs en chute, passant de 61,1 millions $ à 20,7 millions $ en 2001.Québécor \u2014 ici aussi il s\u2019agit de l\u2019ensemble du groupe y compris le secteur de l\u2019imprimerie \u2014 s\u2019en tire assez bien, la valeur de son action étant légèrement en baisse, à peu près comme l\u2019indice général de la Bourse.Mais l\u2019action de Québécor a fortement chuté à l\u2019automne 2001 pour ensuite se rattraper au printemps 2002.En 2001, Québécor affiche des pertes de 241,7 millions contre des gains de 1,08 milliards l\u2019année précédente.La filiale Québécor Médias affiche des pertes de 431 millions en 2001.Au seul chapitre de la câblo- distribution (Vidéotron), il faudra radier près de deux milliards de la valeur de l\u2019entreprise.Le conglomérat retrouve la rentabilité au début de 2002.Astral déclare des profits en hausse (34,7 millions) et voit son action suivre à peu près la tendance générale.Astral domine la télévision spécialisée francophone et ses canaux, en propriété exclusive ou partagée, dominent les cotes d\u2019écoute (Télétoon, Vrak.TV, l\u2019ex-Canal Famille).Sa croissance dans la radio est cependant en suspens.En 2001, le CRTC l\u2019avait autorisé à prendre le contrôle des stations de radio de Télémédia ainsi que de la part de Télémédia dans Radiomédia (CRAC, CHRC).Mais, en décembre 2001, dans un geste plutôt inattendu, le Bureau de la concurrence d\u2019Ottawa lui refuse ce quasi-monopole de la radio.S\u2019ensuit un débat juridique encore en cours où Astral prétend que le Bureau de la concurrence Culture, éducation et médias 633 Tableau 2 Activités et contrôle des principales organisations du domaine des médias au Québec (2002) \t\t Québécor Média\tJournaux, télévision, câble, Internet, magazines, livres, distribution, commerce de détail\tQuébécor, 55 % (famille Péladeau) et Caisse de dépôt, 45 % (Gouv.du Québec) Radio-Canada/CBC\tTélévision, radio\tGouv.du Canada Gesca\tQuotidiens\tPower Corp.(famille Desmarais) Médias Transcontinental\tMagazines\tFamille Marcoux Astral Media\tTélévision spécialisée, radio\tFamille Greenberg CanWest Global\tTélévision, quotidiens\tFamille Asper Cogeco\tCâble, télévision, radio, Internet\tFamille Audet Bell Globemedia\tInternet, télévision, satellites\tBCE (actionnaires multiples) Sél.du Reader's Digest\tMagazine\tReader's Digest Rogers Media\tMagazines\tE.S.Rogers n\u2019a pas juridiction dans les domaines sous la responsabilité du CRTC.Bell Globemedia n\u2019étant pas coté en Bourse, nous ne pouvons que regarder le sort de BCE, sa société-mère, qui termine l\u2019année en forte baisse.Pour sa part, Bell Globemedia déclare une perte de 150 millions en 2001.Cogeco termine l\u2019année avec une importante baisse de sa cote en Bourse.L\u2019entreprise affiche pourtant des bénéfices (6,7 millions), mais en baisse en regard de l\u2019année précédente (8,4 millions).Outre le risque pris lors de la prise de contrôle de TQS, Cogeco souffre surtout de la vive concurrence que représente le satellite pour ses activités de câblodistribution.Un de ces concurrents est justement BCE avec lequel Cogeco s\u2019est allié pour acheter TQS.Radio-Canada ne peut être jugée à l\u2019aulne de sa performance financière.Nous ne nous aventurerons pas ici à mesurer la qualité de sa programmation au regard de son mandat, une analyse plus appropriée pour un diffuseur public.Mais les cotes d\u2019écoute peuvent constituer une mesure du succès de la programmation télévisuelle.Selon les données BBM, la part de l\u2019auditoire de la SRC passe de 18 à 17% entre le printemps 2001 et celui de 2002 alors que celle de TQS,augmente de 14 à 15%.Selon des données de l\u2019autre firme de sondage, Nielsen, TQS aurait dépassé la SRC à certains moments (16 à 17% contre 12 à 13%).Ceci constitue un tournant historique, car la SRC pouvait se vanter de détenir en français une position beaucoup plus solide que celle de la CBC, en anglais.Si elle glisse au troisième rang des parts d\u2019écoute, sa position comme institution culturelle de premier rang s\u2019en trouvera affaiblie.Les petites misères de la convergence Les grands groupes médiatiques ont capté l\u2019attention pendant cette dernière année.L\u2019américaine AOL Time Warner, l\u2019icône de la convergence, a réduit son bilan de dizaines de milliards.À l\u2019été 2002, la française Vivendi congédie son PDG alors que le cours de son action s\u2019effondre.Plus Marée basse pour la convergence des médias Médias 634 L\u2019état du Québec près de nous, BCE et Québécor, les deux forces dominantes du domaine des communications, arrivent difficilement à digérer leurs récentes acquisitions.La plus-value escomptée de la croissance d'Internet ne se matérialise pas.Les prix élevés payés pour certaines filiales deviennent sources de difficultés de trésorerie.Les ténors de la convergence parlent de patience et de long terme.Québécor cherche la rentabilité dans une série de conflits avec ses concurrents et ses employés.Une bataille féroce se dessine entre le câble (Québécor, Cogeco) et le satellite (Bell Express Vu, de BCE, Star Choice, filiale du groupe Shaw).Pendant ce temps, plusieurs des entreprises qui ont refusé de prendre le bateau de la convergence se portent relativement bien.Le débat se poursuit sur les vertus de la convergence (voir Québec 2002, p.651, pour une analyse du sens de ce terme).En mai 2002, André Préfontaine, patron de Médias Transcontinental, la filiale du groupe dans l\u2019édition des magazines, triomphe : la convergence à la BCE ou à la AOL « s\u2019est révélée une boîte aux mauvaises surprises » déclare-t-il (La Presse, 15 mais 2002).Presque au même moment, Yves Rabeau, économiste à l\u2019UQÀM, estime que la stratégie de convergence suivie dans les communications « s\u2019inscrit à contre-courant des tendances observées » dans d\u2019autres secteurs (La Presse, 10 mai 2002).II dénonce en particulier l\u2019effet de l\u2019intégration verticale qui impose d\u2019importants coûts de restructuration et qui limite la flexibilité de l\u2019entreprise.Mais le domaine des médias de masse a ses particularités.Les coûts de «livraison» des contenus sont généralement faibles.C\u2019est la base même d\u2019un média de masse : une technique peu coûteuse de reproduction ou de diffusion.Plus les auditoires d\u2019un média sont grands, moins il en coûte pour rejoindre chacun des membres de cet auditoire.Les coûts de production sont divisés entre un plus grand nombre de personnes.II en découle une tentation constante : accroître la taille des entreprises, ce qui prend souvent la forme d\u2019une plus grande concentration du pouvoir économique.On peut aussi tenter de distribuer un produit par le moyen de plusieurs canaux (le fdm en salle, en télévision, la musique en disque, l\u2019entrevue de la vedette en magazine).On touche ici à un autre aspect particulier des médias: la distribution ou la diffusion des contenus joue un rôle stratégique.Un beau film ignoré des distributeurs peut gagner des prix, mais pas des bénéfices.Références Belnaves, Mark et al., Atlas des médias dans le monde, s.l., Éd.Autrement, 2001.Benhamou, Françoise, L\u2019économie de la culture, 3' éd., Paris, La Découverte, 2001.Le guide annuel des médias 2002, Éditions Info Presse, Montréal, 2001 (ne s\u2019intéresse qu\u2019aux médias supports de publicité).?Sites Internet Le site de l\u2019Observatoire de la culture et des communications du Québec, pour des données sur les médias au Québec et un ensemble de liens vers des sites du domaine: www.stat.gouv.qc.ca/observatoire/ default.htm Pour suivre l\u2019actualité des médias du point de vue publicitaire : www.infbpresse.com Pour des informations sur les entreprises au Québec: www.lesaffeires.com Culture, éducation et médias 635 Les conglomérats perdent ici en flexibilité.Il n\u2019est pas nécessairement avantageux de devoir diffuser le contenu produit par une filiale du groupe.On peut rester pris avec des navets.Une filiale dans le domaine de l\u2019information journalistique risque sa crédibilité au jeu de la convergence.Mais lorsqu\u2019un groupe multimédia prend un produit en charge, ses chances de rentabilité augmentent et inversement, hors des grands groupes, les risques augmentent.Une tension se développe donc entre la stratégie de convergence (ou de concentration) et d\u2019autres caractéristiques des médias.Comment maintenir dans ces grands groupes le niveau de créativité demandé par un domaine qui renouvelle constamment ses formules?Comment concilier la concentration avec la néces- saire pluralité des voix qu\u2019impliquent les fonctions politiques et culturelles des médias?Et comme la convergence opère aussi hors du domaine des médias de masse, comment mettre les filiales mass médiatiques à l\u2019abri des déboires des filiales de télécommunication (téléphonie, câble, satellite), ces grandes dévoreuses de capital ?Devenu le plus important groupe médiatique québécois (voir tableaux 1 et 2), fortement appuyé par l\u2019État québécois, Québécor vivra toutes ces contradictions.Le paysage médiatique québécois des prochaines années sera affecté par le mode de résolution de ces contradictions.\u2022 Avec la collaboration de Ilhem Allacjui, Melissa Bernier, Marylaine Chausse' et Maria Dominquez, étudiantes au doctorat ou à la maîtrise Sexe, chaînes et télévision Yves Rousseau Département de cinéma, Collège François-Xavier-Garneau Chroniqueur-télé, 24 Images La télévision québécoise a toujours compensé la petitesse de son marché (environ six millions de francophones) par une influence très forte sur la définition de l\u2019identité populaire, au point d\u2019en devenir une des marques de la fameuse « société distincte ».Elle aura fait plus que sa part pour contribuer à fonder un star-system local.En plus des artistes (comédiens, chanteurs et humoristes), plusieurs journalistes-télé y ont gagné un statut de vedettes, à un point tel que les publica- tions qui font leur beurre de la vie privée des artistes ouvrent leurs pages aux jardins et maisons de présentateurs de nouvelles.Dans un autre registre, le suicide de l\u2019animateur d\u2019une émission d\u2019affaires publiques du réseau TVA est devenu l\u2019objet d\u2019un débat national, où bien des gens ont découvert avec effarement que le suicide est la principale cause de mortalité des hommes québécois de moins de 35 ans, loin devant les accidents de la route et le sida.Outre le star-system, la télé québécoise Marée basse pour la convergence des médias Médias 636 L\u2019état du Québec pouvait compter sur un solide triumvirat composé d\u2019information, de téléromans et de publicité made in Quebec.Depuis toujours, le marché télévisuel du Québec francophone était un marché captif vivant pratiquement en autarcie.ceurs, fabricants et transporteurs de contenus (càblodistributeurs et satellites) ; auxquels il faut ajouter imprimeurs et éditeurs de presse écrite, ainsi qu\u2019internet.La partie est maintenant jouée et nous assistons aux premiers résultats du labeur des architectes de la convergence.Leur but étant de réaliser des économies d\u2019échelle afin de maximiser les profits.En clair, de pouvoir utiliser les mêmes (res)sources d\u2019un même journaliste pour un reportage télé, un article de journal et un site Web.Il est aussi courant de pratiquer l\u2019autopromotion par médias croisés : pub de TVA à la une du Journal de Montréal pour une émission qui propose un concours où vous pouvez gagner des billets pour le spectacle de cet artiste, qui passe justement faire sa promo à TVA, dont vous pouvez acheter les disques chez Archambault et voir le chien et la maison dans Le lundi.Vous trouverez tous les détails à notre portail Internet.La SRC est pour sa part associée avec Gesca, dont le guide horaire Voilà ! inséré dans ses quotidiens, a souvent des allures de publireportage pour les émissions de la SRC.Ici, il est clair qu\u2019on a peu à faire de principes tels que la diversité de l\u2019information.Les colloques de journalistes ont bien soulevé la question sans toutefois causer un grand émoi, ni dans la population, ni au CRTC.Conflits de travail L\u2019année 2002 a été marquée par deux conflits de travail majeurs.Une longue et dure grève des employés de Vidéotron et le lockout des employés du Syndicat des communications (journalistes, recher-chistes et présentateurs) de Radio-Canada (SRC), de mars à mai 2002.Si la grève à Vidéotron a moins d\u2019impact direct sur le contenu des émissions que le lockout de la La fin d'un âge d'or On aurait pratiquement pu croire que la télé d\u2019ici pouvait vivre en vase clos, qu\u2019elle pourrait toujours être « réseautée pure laine» pour paraphraser une expression connue.Cet âge d\u2019or de la télé québécoise en est peut-être à ses dernières années, s\u2019effritant sous les coups de boutoir combinés de plusieurs facteurs, externes (contexte mondial) et internes (spécificité québécoise).Ici comme ailleurs, les facteurs d\u2019ordre économique priment sur le contenu télévisuel [voir article p.628].Depuis quelques années, c\u2019est bien plus dans les pages économiques que dans les sections culturelles des journaux qu\u2019on peut suivre les mutations du paysage télévisuel.La télévision généraliste n\u2019est plus une entité autonome mais un maillon dans une chaîne constituée de plusieurs médias écrits et électroniques ; du journal de quartier à la toile mondiale.Le poste de télé lui-même est maintenant utilisé à d\u2019autres fins que l\u2019écoute traditionnelle d\u2019émissions en direct: cinéma maison (dopé par la percée fulgurante du DVD), jeux vidéo et même Internet occupent une part croissante de l\u2019usage du petit écran.Les années 1990 ont vu l\u2019ensemble de l\u2019industrie des communications et du divertissement prendre un virage radical, dans la mouvance de ce qu\u2019on appelle maintenant la mondialisation.La variante communicationnelle de la mondialisation passe par la convergence.Avec la bénédiction des gouvernements, les alliances se sont multipliées entre diffuseurs, annon- Culture, éducation et médias 637 SRC, elle n\u2019est pas moins significative et son résultat devrait avoir une grande influence sur les conditions de travail des techniciens de l\u2019ensemble de l\u2019industrie des communications, particulièrement de la télévision, au Québec.Si Pierre Karl Péladeau (PKP), nouveau patron de Vidéotron, remporte son pari, beaucoup de travailleurs de la télévision pourraient voir leurs salaires s\u2019aligner vers le bas.Du côté de la SRC, le lockout a surtout affecté le secteur des informations et affaires publiques, le reste de la programmation étant surtout constitué d\u2019émissions préenregistrées et de commandes à des producteurs privés.Du point de vue du téléspectateur, on a même lu plusieurs lettres dans les journaux se félicitant de la raréfaction de la «parlotte», principalement à la radio, et de la présentation des matches de hockey sans commentaires.Sur ce point, outre le fait que de nombreuses personnes se sont aussi mobilisées au nom du principe du « service public», il faut retenir deux choses: un certain sens de la débrouille des amateurs de hockey qui synchronisaient le commentaire de la radio privée sur les images de la SRC ; et un constat beaucoup plus inquiétant pour les employés de la SRC, principalement pour les journalistes et animateurs, surtout des émissions de sports.Le règlement du conflit fut d\u2019ailleurs suivi d\u2019un véritable psychodrame national à propos de la disparition annoncée de La Soirée du hockey, probablement la plus ancienne émission encore à l\u2019antenne de la télé mondiale (50 ans).Devant le tollé soulevé par une atteinte à cette icône, un compromis a été trouvé pour que les francophones non câblés puissent cette année encore communier à la grande messe du sport national.Les derniers sondages n\u2019indiquent pas que l\u2019audience de la SRC, déjà sur la pente descendante depuis plus d\u2019une décennie, ait pâti davantage du lockout.Les gagnants Pour l\u2019instant, le téléspectateur est bien servi par la guerre des empires médiatiques, tout le monde cassant les prix pour accaparer un maximum de parts de marché.D\u2019autre part, le consommateur risque de se lasser de la surenchère technologique, qui rend très vite obsolète la dispendieuse quincaillerie maintenant nécessaire pour regarder la télé.Les systèmes numériques commencent à peine à s\u2019installer et on nous promet déjà la télévision à haute définition (TVHD) d\u2019ici cinq ans, ce qui implique un renouvellement total de la quincaillerie, des caméras jusqu\u2019aux téléviseurs.Les entreprises qui traversent le mieux les turbulences actuelles sont celles qui occupent un créneau bien défini et ont adopté une stratégie de croissance basée sur la consolidation plutôt que l\u2019acquisition tout azimut d\u2019entreprises dont ils ne maîtrisent pas tous les rouages.Alors que la télévision généraliste est en baisse constante, en 2001 la télé spécialisée et les chaînes payantes accaparaient 26,6% des recettes du secteur télévisuel au pays, contre 19 % en 1998.La marge bénéficiaire a aussi augmenté, passant de 18,1% à 21,7% dans la même période.Les ventes publicitaires ont suivi à la hausse, mais la source de revenus la plus stable des chaînes spécialisées reste les redevances d\u2019abonnement.Ces entreprises ont compris que le téléspectateur confronté à un choix toujours plus vaste de loisirs ne dispose pas d\u2019un temps étirable à l\u2019infini et cherchera à maximiser son écoute en se concentrant sur des produits bien ciblés : sport, docu- Sexe, chaînes et télévision Médias 638 L'état du Québec mentaires, culture, histoire, cinéma de fiction, etc.De moins en moins de gens vont passer toute une soirée au même réseau généraliste.Les diffuseurs spécialisés vont aussi attirer des annonceurs en leur offrant un public certes moins nombreux, mais taillé sur mesure pour leurs produits.Les fournisseurs de contenu spécialisé sont aussi très en demande puisque la technologie numérique permet une véritable explosion de chaînes, avec des centaines d\u2019heures de grilles de programmation à remplir.Le CRTC a déjà accordé plus de 300 nouvelles licences de chaînes spécialisées.Même si toutes ne verront pas le jour immédiatement et si plusieurs disparaîtront aussi vite qu\u2019elles auront poussé, la demande sera forte pour du contenu canadien et les producteurs et artisans ne chômeront pas.Par contre, l\u2019auditoire global n\u2019augmente plus, la tarte publicitaire ne croît plus à un rythme exponentiel et le nombre d\u2019heures hebdomadaires consacrées à la télé stagne aussi.Les gains se feront au niveau des transferts de parts de marché.La télé généraliste Quoiqu\u2019en régression (de 77,7% à 67,1 % entre 1998 et 2001), la télé généraliste a encore de bonnes années devant elle.TVA et la SRC ont déjà des intérêts dans plusieurs chaînes spécialisées et vont donc chercher d\u2019un côté une partie de ce qu\u2019ils perdent de l\u2019autre.TQS a considérablement augmenté ses parts de marché et dispute maintenant le second rang à une SRC déjà en perte de vitesse avant le conflit de travail du printemps 2002.Si TVA trône encore au sommet des cotes d\u2019écoute avec presque la moitié de l\u2019auditoire total au Québec, elle n\u2019est plus la machine à faire de l\u2019argent qu\u2019elle a été dans les années 90.De plus, TVA, maintenant propriété de Québécor Média, pourrait souffrir des problèmes d\u2019endettement de la compagnie mère et vivre quelques difficultés d\u2019adaptation à la nouvelle culture d\u2019entreprise imposée par la gestion de PKP.Le plus grand impact de l\u2019arrivée de TQS il y a quinze ans aura probablement été, outre sa programmation calquée sur les dérives les plus populistes de la télé américaine, d\u2019avoir fait se ressembler les contenus de SRC et TVA.Il n\u2019est d\u2019ailleurs plus rare que des journalistes et animateurs vedettes passent d\u2019un réseau à l\u2019autre.La riche TVA s\u2019est donné un vernis de respectabilité tandis que la SRC, au bout de 10 ans de restrictions budgétaires est exsangue, avec des employés dont le moral est au plus bas.À l\u2019été 2002, Michèle Fortin, patronne du service français de la SRC depuis 1994 et responsable des relations de travail de la boîte, annonçait sa démission.Elle laisse un bilan mitigé :un excellent site Internet, une diminution de la représentation des régions au profit de Montréal, pas beaucoup d\u2019argent neuf d\u2019Ottawa, un mélange de populisme et de tradition radio-canadienne, des cotes d\u2019écoute en érosion et une nouvelle chaîne culturelle, Artv, à la programmation aussi écartelée que les intérêts de ses multiples partenaires.Tendances Une des valeurs traditionnelles de la télé québécoise reste en croissance et semble insensible aux tribulations du marché : sa «féminité».Reflet de la théorie québécoise du matriarcat ou simple logique de marketing, à l\u2019image de ce mot d\u2019un publicitaire décrétant que la télé devait s\u2019adresser « à la ménagère de moins de 50 ans » ?Toujours est-il que les pionnières de la télé québécoiss ne manquent pas Culture, éducation et médias 639 d\u2019émules.Janette Bertrand peut se retirer la conscience tranquille ; tant devant que derrière la caméra, les femmes ont la cote à la télé d\u2019ici.Producteurs, scénaristes, journalistes, animateurs parmi les plus cotées sont.des femmes.De plus, un fort courant de la publicité télévisuelle québécoise veut montrer les hommes comme de parfaits crétins ou des débiles légers (imaginons à rebrousse-sexe cette pub de Ford, où une très belle jeune femme kidnappe un insignifiant blondinet pour vraisemblablement en faire son esclave sexuel, scandale garanti), mais cette tendance semble plafonner.Devant la caméra, c\u2019est l\u2019apothéose des Véronique Cloutier (La jùreur, Shouibizz et de nombreuses publicités) ; une femme présente le bulletin de nouvelles du soir le plus regardé au Québec (TVA) ; si l\u2019étoile d\u2019animatrice de Julie Snyder a pâli suite à son flop parisien, elle n\u2019en reste pas moins une productrice aux affaires florissantes ; Anne-Marie Losique produit, anime et diffuse sur au moins quatre chaînes ses conceptions du cinéma et de la sexualité ; Les copines d\u2019abord est l\u2019émission la plus regardée de la chaîne spécialisée Canal Vie ; plusieurs chaînes sont dirigées par des femmes ; Micheline Charest, longtemps érigée en modèle de réussite par les magazines féminins, au cœur du scandale de Cinar, s\u2019est vite recyclée dans l\u2019humour après un court purgatoire.Fabienne Larouche, après avoir dénoncé le scandale des producteurs télé, s\u2019est elle-même lancée dans la production, tout en écrivant des séries à un rythme faire passer Stephen King pour un procrastinateur.Larouche est en soi un phénomène, avec son aplomb inébranlable et dont le discours, tant dans sa bouche que dans celui de ses personnages revient à : yes I can ! En 2002, ses trois séries (Virginie, Fortier et Shourbizz) ont toutes flirté avec le million de téléspectateurs et plus.Perspectives Les années 1990 ont été marquées par un débat sur la violence à la télé qui s\u2019est soldé par un match nul, aucun des deux clans (pro et anti-censure) n\u2019ayant trouvé d\u2019argument décisif, les études se contredisant toutes.Dans la plupart des cas on est d\u2019ailleurs passé carrément à côté du sujet en quantifiant bêtement le nombre d\u2019actes de violence à l\u2019heure.Or, le problème n\u2019est peut-être pas une question de représentation (avec comme prémisse le fait que les gens seraient des chiens de Pavlov) mais dans la nature même du médium télévisuel, qui propose un univers archi-dis-continu fort peu propice à la pensée linéaire ; où on saute d\u2019une pub à un clip, à un bout d\u2019émission, à un topo de deux minutes, à une autre chaîne, à d\u2019autres pubs, etc.Un monde où les pires agressions sont souvent sonores et où les informations ont souvent l\u2019air de films snujf avec la mort en direct au bout des caméras de reportage.Le prochain débat sur les contenus risque d\u2019opposer les prudes et les libertaires en matière de sexualité.On parle de sexe plus que jamais à la télé québécoise et on le montre de plus en plus.Les réseaux privés ont tous une ou plusieurs émissions où l\u2019on discute à bâtons rompus de gode-michés, de fétichisme, de techniques de fellation ou de l\u2019attrait qu\u2019exerceraient les grosses poitrines sur la gent masculine.Animées par des prêtresses hautement vedettarisées, ces émissions viennent épicer une vie sexuelle appauvrie par le cocooning et la peur du sida.Les chaînes spécialisées ne sont pas en reste, certaines sont même entièrement consacrées au dieu Éros.Sexe, chaînes et télévision Médias 640 L\u2019état du Québec Si l\u2019humour a toujours été une valeur sûre à la télé, il est plus rare que le petit écran nous offre des concepts aussi révolutionnaires que celui de Phylactère Cola qui prend littéralement à bras-le-corps le médium télé en tant que tel.Utilisation jusqu\u2019au-boutiste de toutes les possibilités techniques et esthétiques de la télé, la méthode Phylactère va aussi à contre-courant de la vedettarisation individuelle avec son approche résolument collectiviste.Autre émission qui va à contre-courant, cette fois du rythme frénétique habituellement propre au montage télévisuel, N\u2019ajustez pas votre sécheuse, de et avec Bruno Blanchet, qui fait de la lenteur une vertu cardinale avec ses gags démesurément étirés.À noter que ces deux émissions ont été présentées à Télé-Québec, qui offre encore le meilleur rapport qualité/prix des ondes locales.ARTV.Parmi les nouveaux venus, il faut dire que la première année d\u2019Artv n\u2019a pas été concluante.Après un longue gestation ponctuée de nombreuses chicanes, la chaîne culturelle se cherche encore et bien peu de téléspectateurs semblent l\u2019avoir trouvée (0,1 % d\u2019auditoire en janvier 2002).Sa programmation est dans l\u2019ensemble bien timorée; pas assez recherchée pour attirer son 2 ou 3% d\u2019auditoire naturel, ceux qui n\u2019ont pas peur des films sous- titrés ; et trop pointue pour ceux qui trouvent déjà la SRC trop cérébrale.Une programmation anémique de longs métrages trop souvent doublés, diffusés sans vision cohérente, au gré des recyclages de fonds de cinémathèque de la SRC et Télé-Québec, partenaires de la chaîne.Par contre, de réels efforts sont faits pour le court métrage.Parmi les bons coups, il faut mentionner une émission comme Bande à part et les rediffusions de Sol et Gobelet.Face à de nouvelles chaînes comme Paris-Première, maintenant disponible en numérique et Télé-Québec, qui poursuit sa lancée, Artv devra mettre le paquet si elle veut survivre dans l\u2019univers hautement volatil de la télévision.Fin du magnétoscope.Un objet risque de disparaître des chaumières après plus de 20 ans de loyaux services : le magnétoscope.BCE offre déjà un appareil qui peut stocker 30 heures d\u2019émissions sur disque dur.Ajoutez un graveur et vous pouvez créer vos propres disques avec films et émissions préférées.Autre avantage : le numérique permet de zapper les pubs à l\u2019enregistrement ou à la lecture, ce qui n\u2019est pas sans donner des maux de tête aux annonceurs.On peut s\u2019attendre à une augmentation du placement de produits dans les émissions et même à des émissions carrément coproduites par des Références Pour un portrait des médias à l\u2019échelle mondiale: « L\u2019empire des médias », Manière de voir, n° 63, mai-juin 2002.Édité par Le monde diplomatique.?Sites Internet Conseil de la radiodiffusion et des communications canadiennes (CRTC) www.crtc.gc.ca Vidéotron : www.videotron.com/portail_fr/index.htm Infopresse : www.infopresse.com/ BCE : www.bce.ca/fr/ Culture, éducation et médias 641 annonceurs avec scénarios écrits sur mesure pour le placement de produit.Dernier espoir des fabricants de cigarettes ?Vu que la fiction a grand besoin de vilains et que maintenant, seuls les méchants fument à l\u2019écran.Interactivité.Enfin, l\u2019interactivité, ce grand fantasme des fournisseurs de contenu, revient à l\u2019ordre du jour.On se souvient peut-être du fiasco du projet UBI au milieu des années 1990, avec lequel Vidéotron espérait convaincre la masse des téléspectateurs qu\u2019il serait formidable de pouvoir se commander une pizza par câble.Vidéotron remet ça avec Illico, qui per- mettrait, entre autres, de surfer sur Internet et d\u2019envoyer des courriels à l\u2019aide d\u2019un petit clavier relié à l\u2019écran et au terminal.Le téléspectateur moyen étant un être fondamentalement passif et le plus souvent technophobe (la plupart ne savent même pas programmer un magnétoscope), qui cherche avant tout à mettre son cerveau en position off, on ne l\u2019imagine ni en train de pitonner pour avoir des angles de vision inusités pendant son match de hockey, ni en train d\u2019écrire des courriels en regardant son téléroman préféré.À part les critiques de télévision, personne ne veut travailler en regardant la télé.\u2022 L'imprimé en perte de popularité André Giroux Journaliste Le paradoxe : la population est plus scolarisée, le livre est plus présent dans les foyers, la fréquentation des bibliothèques augmente, mais les citoyens lisent moins qu\u2019il y a vingt ans! Moins de journaux, moins de magazines et moins de livres.Internet est mis en cause.À tort ou à raison ?L\u2019année 1994 marque un sommet dans le taux de lecture des imprimés.Entre 1979 et rg94, il passe de 88% à 93%.Entre t994 et iggg, cette proportion descend à 89,7%.Au-delà de la diminution, c\u2019est la forte proportion qui étonne: en 1994, 28% des Québécois de plus de r6 ans avaient de la difficulté à lire.On ne s\u2019en étonnera donc pas : plus on passe des quotidiens aux livres, moins on retrouve de lecteurs.En moyenne, entre rg79 et 1999, 74,5% des Québécois lisaient régulièrement un quotidien.La proportion diminue à 58,4% pour le magazine et à 53,5 % pour le livre (tableau 1).À l\u2019inverse, en France, on compte plus de lecteurs de magazines que de quotidiens.Une constante : les trois types de lecture sont en perte de vitesse.La diminution a commencé en 198g pour le quotidien, en rgg4 pour le magazine et le livre.La situation des magazines étonne puisque la diminution constatée en 1999 Sexe, chaînes et télévision Médias 642 L'état du Québec survient après 15 ans de progression continue.Les quotidiens Ce sont les revenus, personnels ou familiaux, ainsi que le statut socioprofessionnel qui influent le plus sur le taux de lecture régulière des quotidiens [voir aussi p.625].Les personnes financièrement aisées les lisent davantage.Les plus grands lecteurs sont les enseignants ; les plus faibles.leurs étudiants! et le personnel administratif et de bureau.Francophones et anglophones se replient davantage sur leur langue maternelle pour la lecture des quotidiens depuis cinq ans.Reste que le quart des anglophones lisent des quotidiens francophones, alors qu\u2019à peine 6°/o des francophones lisent des quotidiens anglophones.Chez les allophones, la lecture en français domine nettement.Les magazines Les quotidiens et les magazines touchent deux publics très différents.Les hommes lisent plus les journaux que les femmes, les femmes optent plus que les hommes pour les magazines.Les quotidiens rejoignent davantage les personnes âgées que les jeunes, alors que les magazines connaissent le phénomène inverse.Les étudiants lisent peu les quotidiens, mais dominent depuis vingt ans la lecture des magazines.Si la scolarisation n\u2019influence pas de façon draconienne la lecture des quotidiens, elle constitue un facteur primordial dans la lecture des magazines.Bref, le profil du lecteur de magazines ressemble davantage à celui du lecteur de livres qu\u2019à celui des quotidiens.La proportion de lecteurs de magazines a augmenté régulièrement de 1979 à 1994, passant de 55,3% à 63,4%.Les gains réalisés en 15 ans sont disparus en cinq ans, le taux de lecture de magazines n\u2019étant plus que de 55,6% en 1999.Les magazines ont enregistré certains gains en vingt ans, particulièrement chez les personnes de 55 ans et plus et chez les personnes faiblement scolarisées, celles qui n\u2019ont pas atteint le niveau secondaire.Les anglophones s\u2019intéressent davantage aux magazines francophones depuis dix ans.Ils lisaient uniquement en anglais dans une proportion de 92,8 % en 1989.Ils n\u2019étaient plus que 75% à maintenir cette pratique dix ans plus tard.Ils rejoignent ainsi les francophones, qui sont 76,5 % à ne lire que des magazines francophones.Chez les allophones on retrouve trois blocs sensiblement de même taille entre les lecteurs en français, en anglais ou dans les deux langues.Le livre Le nombre de lecteurs de livres diminue, et ceux qui restent lisent moins.Entre 1983 et 1994, la proportion de lecteurs réguliers était passée de 51% à 56,9°/o.En 1999, ce taux est presque revenu à ce qu\u2019il était 16 ans plus tôt: 52% (tableau 1).La scolarité, le sexe et la situation professionnelle démarquent le lecteur, mais aussi sa lecture.Le livre se démocratise, pourrait-on penser.L\u2019écart a diminué entre la proportion de lecteurs chez les moins scolarisés (niveau primaire) et les plus scolarisés (diplômés universitaires).Mais si cet écart a diminué, c\u2019est que la proportion de lecteurs scolarisés a diminué depuis vingt ans.Les écarts entre générations s\u2019estompent face au livre (tableau 3).D\u2019une part parce que les premiers bénéficiaires de la réforme de l\u2019éducation des années 60 ont pris de l\u2019âge et ont maintenu leurs habitudes de lecture.D\u2019autre part, parce que Culture, éducation et médias 643 Tableau 1 Lecture des imprimés dans l'ensemble de la population \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t Quotidiens\t75,7\t72,0\t77,3\t76,5\t70,9\t74,5 Magazines\t55,2\t57,4\t60,6\t63,4\t55,6\t58,4 Livres\t54,3\t51,0\t53,2\t56,9\t52,0\t53,5 L\u2019un ou l\u2019autre des imprimés\t88,3\t87,0\t90,5\t93,0\t89,7\t89,7 Source : Ministère de la Culture et des Communications, Les pratiques culturelles des Québécoises et des Québécois, 1979-1999, 2002 les jeunes lisent moins que ceux du début des années 1980.Le clivage a lieu à 45 ans : moins de 45 ans, baisse du lectorat; plus de 45 ans, hausse du lectorat.Corollaire ou lien de cause à effet, les auteurs aussi prennent de l\u2019âge.Cinquante-cinq pourcent des boursiers littéraires du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) ont plus de 45 ans, comparativement à 27 % pour l'ensemble des artistes.Les romans, particulièrement les romans policiers, ainsi que les biographies et autobiographies dominent nettement les lectures régulières.Tous les autres genres recueillent respectivement moins de io°/o de la faveur du lectorat.Les genres lus de temps à autre sont beaucoup plus diversifiés.Le roman demeure en tête, mais le policier est devancé par le best-seller et les grands auteurs.La biographie conserve une importance majeure.Principaux autres genres lus de temps à autre sans devenir une lecture régulière: santé, livres pratiques (bricolage, cuisine, etc.), actualités et documentaires, histoire.S\u2019il est une constante depuis vingt ans, c\u2019est que les femmes lisent plus que les hommes, dans une proportion de 50%.Les choix de lectures révèlent la persistance des stéréotypes.Les femmes se démarquent par la lecture des romans d\u2019amour et des best-sellers ; les hommes, Tableau 2 Proportion de lecteurs selon le nombre de livres lus annuellement \t\t\t\t\t Aucun\t45,7\t49,0\t46,8\t43,1\t48,0 De 1 à 9 livres\t12,8\t11,5\t17,7\t17,0\t15,2 De 10 à 19 livres\t16,1\t13,3\t13,6\t15,8\t15,3 De 20 à 49 livres\t13,1\t11,8\t12,7\t14,2\t12,6 50 livres ou plus\t12,3\t14,4\t9,2\t10,0\t8,9 Total\t100\t100\t100\t100\t100 Source : Québec 2003, à partir de Ministère de la Culture et des Communications, Les pratiques culturelles des Québécoises et des Québécois, 1979-1999, 2002 L\u2019imprimé en perte de popularité Médias 644 L\u2019état du Québec Tableau 3 Lecture de livres chez la population de 15 ans et plus au Québec \t\t\t\t\t \t54,3\t51,0\t53,2\t56,9\t52,0 Sexe\t\t\t\t\t Homme\t44,5\t38,2\t41,9\t45,7\t41,7 Femme\t63,7\t63,0\t63,8\t67,5\t61,9 Âge\t\t\t\t\t 15 à 24 ans\t60,0\t54,8\t56,9\t64,4\t53,0 25 à 34 ans\t65,0\t56,8\t53,6\t59,8\t48,5 35 à 44 ans\t60,8\t55,5\t52,2\t56,1\t51,1 45 à 54 ans\t46,6\t47,5\t50,5\t61,3\t56,1 55 ans et plus\t38,8\t39,5\t52,2\t47,5\t52,1 Scolarité\t\t\t\t\t De un à 7 ans\t21,3\t26,9\t33,8\t34,5\t25,2 De 8 à 11 ans\t50,7\t47,2\t47,5\t50,6\t43,4 De 12 à 15 ans\t67,5\t58,7\t57,2\t58,7\t51,7 16 ans et plus\t78,3\t71,7\t69,0\t71,3\t65,1 Situation\t\t\t\t\t Personne active\t53,9\t48,2\t52,1\t54,9\t49,9 Personne inactive\t51,3\t47,4\t53,1\t53,2\t53,3 Étudiant(e)\t79,0\t71,0\t59,9\t72,8\t59,1 Source : Ministère de la Culture et des Communications, les pratiques culturelles des Québécoises et des Québécois, 1979-1999, 2002 par les bandes dessinées, la micro-informatique et les livres scientifiques et techniques.Ces stéréotypes persistent chez les jeunes générations, que l\u2019on retrouve aussi dans la lecture des magazines.L'avenir Les habiletés de lecture des jeunes sont reconnues.En 2000, les Canadiens de 15 ans se sont classés au deuxième rang sur 32 pays au Programme international pour le suivi des acquis des élèves.Les Québécois se sont classés au troisième rang au Canada.Notons que les filles se classent mieux que les garçons dans les 32 pays.La Politique de la lecture et du livre, adoptée par le gouvernement québécois en 1998, obtient-elle les résultats escomptés ?Le bilan reste à faire, mais la ministre de la Culture et des Communications, Diane Lemieux, a manifesté son inquiétude.Un sondage réalisé en novembre 2001 par Léger marketing pour le compte du ministère de la Culture et des Communications témoigne d\u2019un manque de fonds, à tout le moins pour l\u2019éveil à la lecture des jeunes enfants.La politique prévoyait la formation du personnel des centres de la petite enfance afin d\u2019éveiller les jeunes à la lecture.La participation des éducateurs demeure faible : à peine 8% ont suivi la formation.Ces 2000 personnes estiment que la Culture, éducation et médias 645 Le paradoxe étudiant Il est tout aussi vrai d\u2019affirmer que les étudiants lisent beaucoup moins de magazines et de livres qu'autrefois que de plaider qu'ils forment un fort contingent de lecteurs.Dans le cas des quotidiens, toutefois, ils semblent avoir cédé la place à d\u2019autres.C\u2019est chez les étudiants que l\u2019on retrouve la plus forte diminution de lecteurs de quotidiens.Ils les lisaient un peu plus que l'ensemble de la population jusqu\u2019en 1989.Depuis, le taux de lecture régulière a chuté de près de 17 points.En 1999, 6z,4% des étudiants lisaient régulièrement un quotidien, un taux à peine plus élevé que celui des personnes de scolarité de niveau primaire.La chute de popularité des magazines est semblable à celle des quotidiens (-16,4%), mais elle s\u2019est produite deux fois plus rapidement, soit de 1994 à 1999.Pourtant, à 61,2%, les étudiants forment encore, après les diplômés universitaires (65,4 %), le plus fort contingent de lecteurs de magazines.Le taux de lecture de livres varie considérablement chez les étudiants au cours des ans.Entre a994 et 1999, il chute de près de 14 points, revenant ainsi au taux de 1989, qui lui même représente une culbute de vingt points sur 1979.Dans les deux cas, il s\u2019agit d\u2019un record pour le recul face au livre.Pourtant, malgré ces pertes, seuls les diplômés universitaires et les femmes comptent une plus grande proportion d\u2019adeptes du livre que les étudiants.S\u2019il est possible de mettre en cause Internet pour la perte de 14 points du taux de lecture des étudiants entre 1994 et 1999, il est difficile de l\u2019invoquer pour la dégringolade de 20 points au cours des années 80.Ce qui est nouveau toutefois, c\u2019est la perte massive d\u2019intérêt pour l\u2019imprimé, quel qu\u2019il soit.Nouveau et unique.On ne constate ce phénomène à ce point marqué dans aucun autre groupe.formation stimule les activités d\u2019éveil à la lecture.La très grande majorité se dit satisfaite de la littérature québécoise offerte aux jeunes.La formation stimule l\u2019achat de livres, mais peu l\u2019emprunt en bibliothèque.Les fonds demeurent insuffisants, estime le personnel des garderies.La ministre Diane Lemieux a depuis obtenu un ajout de 21 millions de dollars pour ancrer davantage la politique de la lecture et du livre.Une partie de cette somme sera consacrée à renforcer les liens entre les bibliothèques publiques et les centres de la petite enfance.Tableau 4 Lecture des imprimés par les étudiants, de 1979 à 1999 Quotidiens\t77,6\t75,1\t78,9\t72,4\t?\t62,4 Magazines\t70,9\t74,5\t71,0\t77,6\t61,2 Livres\t79,0\t71,0\t59,9\t72,8\t59,1 Source : Ministère de le Culture et des Communications, Les pratiques culturelles des Québécoises et des Québécois, 1979-1999 2002.L\u2019imprimé en perte de popularité Médias 646 L\u2019état du Québec Internet.Jusqu\u2019à quel point Internet concurrence-t-il le livre?En février 2001, près des deux tiers des répondants à un sondage de Léger Marketing affirmaient que leurs enfants utilisaient Internet à des fins scolaires, de façon courante (20,7 %) ou quelques fois (41,8%).L\u2019imprimé en souffre probablement, mais force est de constater qu\u2019il s\u2019agit là d'un phénomène de société incontournable.Les groupes où la lecture d\u2019imprimés a le plus régressé ces vingt dernières années demeurent malgré tout ceux où elle demeure la plus répandue et la plus diversifiée : les jeunes, les étudiants et les personnes scolarisées.C\u2019est dans ces groupes qu\u2019internet a effectué sa plus grande percée.Les imprimés en ont souffert, mais moins que la télévision.Six personnes sur dix utilisent Internet au foyer entre une et sept heures par semaine.Ces internautes sacrifient la télévision dans une proportion de 27%, 15% lisent moins d\u2019imprimés et 10% grugent respectivement sur leur temps de sommeil, de loisirs à la maison ou de tâches ménagères.Après l\u2019échange de courriel, les internautes canadiens consultent le Web surtout pour la recherche de renseignements sur les produits et services (75%), l\u2019accès au site de nouvelles en ligne des journaux (55 %) et l\u2019obtention d\u2019informations sur la santé (45%).L\u2019intérêt pour les imprimés diminue, pas nécessairement l\u2019intérêt pour la lecture.La vigueur du marché de l\u2019édition de livres en témoigne.\u2022 Références Ministère de la Culture et des Communications, Les pratiques culturelles des Québécoises et des Québécois 1979-1999 (titre provisoire), 2002 (www.mcc.gouv.qc.ca; section publications en arts et lettres) Conseil des arts et des lettres du Québec, Constats du CALQ, vol.1, n° 1, bulletin électronique, janvier 2002, (www.calq.qc.ca ; section publications) Ministère de la Culture et des Communications, Politique de la lecture et du livre: bilan après trois ans, document de travail, mars 2002 (www.mcc.gouv.qc.ca ; section publications en arts et lettres) Léger Marketing, Impacts de la formation portant sur les activités d\u2019éveil à la lecture et à l\u2019écriture sur l'achat, l\u2019emprunt de livres et les pratiques d'éveil dans les services de garde du Québec, sondage réalisé pour le compte du ministère de la Culture et des Communications, rapport d\u2019étude, i\" février 2002 (www.mcc.gouv.qc.ca ; section publications en arts et lettres) CEFRIO, Léger Marketing, NETendances 2001, Utilisation d\u2019Internet au Québec, Janvier 2002 (www.ceffio.qc.ca ; rubrique publications et rapports de recherche) Statistique Canada, Les temps changent: pourquoi et comment les Canadiens utilisent Internet, Mars 2001, N0.56F0006XIF au catalogue (www.statcan.ca ; rechercher par le numéro au catalogue) Ministère de la Culture et des Communications, Le temps de lire, un art de vivre: Politique de la lecture et du livre, 1998 (www.mcc.gouv.qc.ca ; section publications en arts et lettres) Le Québec, le Canada, le monde PERSPECTIVE >\tLe Canada anglais, une petite nation qui s'ignore POLITIQUE INTERNATIONALE QUÉBÉCOISE >\tMondialisation tous azimuts à Québec LES RELATIONS QUÉBEC-OTTAWA >\tL\u2019alliance canadienne au Québec : résolument marginale FRANCOPHONIE CANADIENNE > Entre l'école et l'hôpital : le développement de la francophonie canadienne LES ÉTUDES QUÉBÉCOISES DANS LE MONDE >\tLe Québec et le Canada vus du Brésil >\tLe Centre Moscou-Québec: un pont entre la Russie et le Québec >\tL'AIEQ et l'explosion des études québécoises dans le monde Le Québec, le Canada, le monde 649 Perspective Le Canada anglais, une petite nation qui s'ignore Antoine Robitaille Journaliste et essayiste Le Canada anglais, ou Rest of Canada (ROC), est une nation profondément angoissée par son avenir, comme toutes les « pentes nations ».Oui, « petites nations », lesquelles, Milan Kundera l\u2019a bien expliqué, ne sont pas «petites» géographiquement mais existentiellement, puisqu\u2019elles «voient leur existence perpétuellement menacée ou mise en question ; car leur existence est question ».Robertson Davies ne disait-il pas à propos du Canada que « ce n\u2019est pas un pays qu\u2019on aime, mais un pays dont on se soucie » ?Or, les soucis du ROC, les principaux motifs d\u2019inquiétude de ce groupe particulier, majoritaire dans la fédération canadienne, ont évolué de façon considérable dans les trois dernières années.Mutation qui s\u2019est accentuée dans les douze mois qui viennent de passer, et qui risque de redéfinir la dynamique entre les diverses nations du Canada.Depuis la décennie 60, en effet, c\u2019est la crainte de l\u2019éclatement par la souveraineté du Québec qui dominait le palmarès des inquiétudes du ROC.Aujourd\u2019hui, la con-tinentalisation, l\u2019englobement dans le grand tout nord-américain, a pris la première place.C\u2019est la phobie publique numéro un.Certes, l\u2019angoisse de l\u2019américanisation et d\u2019un déclin de la souveraineté canadienne existent depuis toujours au Canada anglais \u2014 pensons à George Grant et à son livre Lament for a Nation.Il est toutefois remarquable qu\u2019elle en soit venue ces derniers temps à devancer pour la première fois depuis 40 ans la peur de la souveraineté du Québec.Les résultats d\u2019un sondage Crop-Environics, publiés dans le Toronto Star en novembre 2001, était à cet égard des plus clairs : pour 60 % des Canadiens, « maintenir l\u2019indépendance de leur pays » apparaissait comme un défi «plus important que celui de le garder uni ».Les attentats du n septembre et l\u2019accent mis depuis sur la sécurité continentale ont précipité, et accentué, cet important déplacement.Mouvement passager?Peut-être, mais nous faisons l\u2019hypothèse que l\u2019opinion du ROC s\u2019en est trouvée durablement modifiée et que cela influe sur son attitude générale à l\u2019égard du Québec.Nous y reviendrons au terme de ce texte.Avant le 11 septembre Il faut dire que la mutation des inquiétudes principales du ROC s\u2019était déclenchée bien avant la sinistre journée qui vit s\u2019effondrer les tours jumelles de New York.D\u2019abord, dès mars 2000, la menace souverainiste avait été relativisée par l\u2019adoption de ladite loi fédérale sur la «clarté», appuyée de façon presque unanime dans le ROC.On y voyait une arme pour empêcher que ne se produise « l\u2019impensable », frôlé au référendum d\u2019octobre 1995.Depuis, tous les signes venant du Québec n\u2019ont cessé de démontrer une stagnation, voire un déclin, de l\u2019appui à la souveraineté.Lors des élections fédérales Le Canada anglais, une petite nation qui s\u2019ignore Perspective 650 Le Québec, le Canada, le monde du 27 novembre 2000, par exemple, les libéraux de Jean Chrétien ont obtenu 44% des suffrages au Québec alors que le Bloc québécois n\u2019en recueillait que 40%.Depuis, dans le ROC, plusieurs affirment et répètent que le séparatisme est mort ou, au pire, qu\u2019il hiberne profondément.Et pour longtemps.Or, les mêmes causes \u2014 mondialisation, libéralisation des échanges \u2014 qui sont censées avoir contribué à rendre le séparatisme « caduc et dépassé », affectent pourtant aussi le Canada dans sa souveraineté.Son rapport aux États-Unis s\u2019en trouve affecté d\u2019autant plus qu\u2019une décennie de libre-échange a travaillé au corps le Canada, dont l\u2019économie s\u2019incorpore de plus en plus à celle de son voisin du sud.Plus de 80 % de ses exportations prennent le chemin des États-Unis.Et sur le plan des matières de l\u2019esprit, si le Canada anglais a bel et bien des écrivains, des penseurs, des artistes, bref une culture bien à lui (contrairement à ce qu\u2019une ministre québécoise a laissé entendre à l\u2019automne 2000), il ne génère pourtant pas \u2014 et c\u2019est là l\u2019opinion de Ray Con-logue, du Globe and Mail\u2014 sa propre culture de masse et un star system local comparable à celui qui s\u2019est développé au Québec avec la télévision.Au Canada anglais, la communauté de langue et de continent avec l\u2019oncle Sam, la prééminence de la culture de masse américaine dans le monde anglo-saxon, rend ceci tout simplement impossible.Autrement dit, les inévitables comparaisons, de plus en plus fréquentes, quotidiennes, entre les deux pays, conduisent de nombreux Canadiens à remettre en question certaines des valeurs de base canadiennes (système de santé public, impôts élevés, nombreuses interventions de l\u2019État dans l\u2019économie, etc.).Ces der- nières, selon certains, empêcheraient le Canada d\u2019atteindre les niveaux de vie et de productivité américains.C\u2019est notamment l\u2019opinion de Conrad Black, magnat canadien, fondateur du National Post \u2014 qu\u2019il a vendu en 2oor \u2014 et personnage haut en couleur qui a récemment décidé de renoncer à sa citoyenneté canadienne pour obtenir la britannique afin de pouvoir être nommé « Lord » et siéger à la chambre haute.Black prononça un discours devant le Fraser Institute, à Vancouver, à l\u2019automne 2001.Selon lui, les Canadiens se contentent d\u2019être différents de leurs voisins Américains par le simple fait qu\u2019ils sont un peu plus «socialistes».Mais ce choix les a rendus simplement moins « compétitifs » et a accentué avec le temps un inquiétant fossé, au point, prétend-il dans un article, qu\u2019« aujourd\u2019hui, la population noire des États-Unis a un plus haut niveau de vie que celle du Canada ».Pauvre.et cher dollar.Par ailleurs, ce qui a imposé des réflexions qui étaient pratiquement taboues il y a quelques années quant à la souveraineté canadienne, c\u2019est bien la faiblesse de la monnaie canadienne, qui ne cesse depuis quatre ans de défoncer l\u2019un après l\u2019autre les planchers records de valeur par rapport au dollar américain.Un courant minoritaire dans les élites du ROC, représenté notamment par des économistes comme Thomas Courchesne et Richard Harris, proches de l\u2019Institut C.D.Howe, ose affirmer que l\u2019union monétaire avec les États-Unis est, à moyen terme, inévitable.L\u2019ancien ministre conservateur Brian Mulroney a pour sa part avancé, en septembre 2000, l\u2019idée d\u2019une union douanière avec les États-Unis.Mais ces voix sont toujours rabrouées assez durement dans la presse du ROC, où l\u2019on se fait fort Le Québec, le Canada, le monde 651 de rappeler que la monnaie est un élément essentiel de la souveraineté [voir article, P- 459] Les réactions sont carrément véhémentes lorsque ce sont des Américains qui réfléchissent tout haut à la possibilité d\u2019une fusion du Canada dans le grand tout nord-américain.Tel Stephen Pearlstein, correspondant du Washington Post au Canada, qui publiait, en septembre 2000, au moment quitter son poste, un article sur le « chant du cygne du Canada ».D\u2019ici 2025, affirmait-il, le Canada disparaîtra comme pays souverain: «Sur les plans économique, culturel et social, d\u2019un point de vue démographique et même politique, le Canada est de moins en moins distinct des États-Unis, et plusieurs Canadiens vous le concèdent d\u2019ailleurs.» Le National Post répondit sèchement que Pearlstein n\u2019avait rien compris, que « le Canada avait autant de chance de devenir le 51e État des États-Unis que le Texas de devenir un État indépendant».Le Ottawa Citizen lança pour sa part un sonore « Bon débarras ! » au journaliste en partance.La déception et la colère face à ce type de position sont d\u2019autant plus grandes que le Canada anglais, comme toutes les petites nations périphériques, est toujours extrêmement attentif et sensible à ce qu\u2019on dit de lui dans les grandes nations.Et principalement, dans le cas du ROC, aux États-Unis.Or, depuis l\u2019élection de George Bush, plusieurs voix se plaignaient de la relative indifférence du nouveau président pour le Canada.À leurs yeux, Bush fils \u2014 qui, dans l\u2019opinion canadienne, n\u2019était préféré à Gore que dans l\u2019Alberta \u2014 manquait d\u2019égards pour le premier ministre Chrétien.Il semblait tenir pour acquis l\u2019amitié du Canada, pays qu\u2019il n\u2019avait du reste que très rarement visité.Il lorgnait trop vers le Mexique au goût de nombreux observateurs du ROC.La politique énergétique du nouveau président américain, si elle enchanta l\u2019Alberta riche en pétrole et le Québec débordant de potentiel hydro-électrique, fit pourtant redouter, à terme, une sorte de mainmise effective des États-Unis sur les sources d\u2019énergie canadiennes.L\u2019appartenance de Bush à un clan industriel annonçait au reste des coups durs pour des secteurs de l\u2019économie canadienne très dépendants des exportations, comme le bois et l\u2019agriculture.Ces craintes se concrétiseront très rapidement: dès la mi-août 2001, le gouvernement américain annonce sa volonté de s\u2019en prendre au bois d\u2019œuvre canadien [voir article, p.442].Après le 11 septembre Les attentats du 11 septembre 2001 viendront bousculer beaucoup d\u2019habitudes.Dans le ROC, la volonté de se différencier à tout prix des États-Unis, qui s\u2019y manifeste presque quotidiennement, a fait place, tout de suite après les attentats, à une identification spontanée et toute naturelle au «pays frère» victime de la démence terroriste.Une cérémonie monstre, quelques jours après le drame, a réuni à Ottawa, devant le parlement fédéral, des milliers de personnes qui, spontanément, entonnèrent en chœur l\u2019hymne américain.« Nous sommes tous des New-Yorkais », clama en éditorial, au lendemain du drame, le néanmoins nationaliste Toronto Star.« Nous sommes maintenant tous des Américains », osa Margaret Wente dans le Globs and Mail.«Nous les Canadiens, aimons bien, rappela-t-elle, exagérer nos différences par rapport aux Américains et nous vanter de notre supériorité morale et culturelle.Mais aujourd\u2019hui, nous ne pouvons penser qu\u2019à ce que nous avons en commun : notre foi dans la dignité Le Canada anglais, une petite nation qui s\u2019ignore Perspective 652 Le Québec, le Canada, le monde humaine et dans la primauté du droit.Les différences n\u2019importent plus.» Jeffrey Simpson, aussi dans le Globe and Mail, fit remarquer que « nous ne nous entendons pas sur tout avec les Américains.Nos perspectives sur le monde ne sont pas similaires.Mais ces différences sont bien peu de choses, comparé à ce que nous avons en commun.Cette proximité découle non seulement de la géographie ou des échanges commerciaux (.) mais à ce fondement constitué des mêmes principes de liberté et de démocratie et les valeurs qui les sous-tendent.» Après les attentats, une station de radio a, en ondes et sur son site Web (www.cfbr.com), exhumé et diffusé un «éditorial radiophonique» célèbre, écrit et enregistré par Gordon Sinclair le 5 juin 1973 sur les ondes de la CFRJB de Toronto.Le texte, célèbre dans le ROC, est un hymne à la «générosité des Américains », qui interviennent partout dans le monde pour aider les autres pays au moment de catastrophes, mais qui n\u2019en retirent que sarcasmes et mépris.Plusieurs chroniqueurs, dont Steve Madely du Ottawa Sun, y ont fait référence après les attentats, et s\u2019y sont référés pour attaquer tous les «libéraux et gauchistes» qui « crachent rituellement sur les États-Unis » [voir article, p.32].Après la solidarité Cet élan unanime et spontané de solidarité à l\u2019égard d\u2019un pays attaqué a progressivement cédé un peu de place, dans le ROC, à trois autres types de discours : d\u2019abord celui de la méfiance face à l\u2019empire voisin ; ensuite, celui du constat quelque peu désabusé, sur la disparition de facto du Canada et l\u2019extinction effective de sa souveraineté; en réaction à cette annexion tranquille, on assista à des manifestations de revalorisation extrême, parfois excessive, du Canada dans ses prétendues traits spécifiques.Examinons-les avant d\u2019étudier plus avant comment ces réactions influencent les rapports du ROC au Québec.La méfiance.L\u2019apparente indifférence des États-Unis à l\u2019égard du Canada, que la presse du ROC reprochait de façon courante aux Américains avant le 11 septembre, se transformera dès après les attentats en « intérêt », dans le sens fort du terme.À partir de septembre, l\u2019oncle Sam verra dans son voisin du nord, comme jamais peut-être depuis la fin de la guerre froide, un maillon essentiel à sa sécurité.Le Canada avait-il servi de havre pour terroristes planifiant des attentats aux États-Unis?Cette suspicion à l\u2019égard du Canada en choquera plusieurs dans le ROC.Les États-Unis avaient trouvé le prétexte pour dicter au Canada ses règles en matière de politiques d\u2019immigration et, à terme, prendre en charge les frontières canadiennes.lames Laxer, politologue et pamphlétaire anti-américain, reprocha au gouvernement canadien, début octobre 2001 dans le Globe and Mail, d\u2019avoir accéléré le mouvement «d\u2019intégration continentale » en acceptant à la va-vite d\u2019américaniser plusieurs éléments des politiques canadiennes en matière d\u2019immigration et de frontières.Laxer s\u2019inquiétait que le Canada, comme pays souverain, «devienne la victime collatérale des attentats terroristes ».Fin octobre 2001, la relance de la crise du bois d\u2019œuvre constitua une autre occasion pour les observateurs canadiens de rompre avec la solidarité obligée des lendemains de drame et d\u2019exprimer ouvertement leur méfiance, voire leur colère à l\u2019égard de l\u2019oncle Sam.«Les États-Unis Le Québec, le Canada, le monde 653 terrorisent notre industrie du bois d\u2019œuvre», s\u2019indignait, fin octobre 2001, le quotidien britanno-colombien The Prouince dans un éditorial plein d\u2019amertume.«C\u2019est leur façon de nous remercier?» pestait-il.Les autorités américaines venaient en efFet d\u2019annoncer l\u2019imposition d\u2019un droit compensatoire total d\u2019environ 30% sur les exportations canadiennes de bois d\u2019œuvre aux État-Unis.Les Américains faisaient preuve d\u2019une grande ingratitude, selon The Prouince qui énumérait les services rendus par le Canada à son voisin depuis le 11 septembre : « Nous nous sommes précipites à leur secours en ouvrant notre espace aérien.Nos services de renseignements ont fourni de l\u2019information essentielle aux autorités américaines concernant de possibles attaques terroristes.Nous avons par la suite dépêché à leurs côtés, dans leur lutte contre le terrorisme, les meilleurs éléments de notre marine.Et n\u2019oublions pas, nous sommes leur plus important partenaire commercial et un fournisseur essentiel de pétrole et de gaz.» Dans le même journal, le chroniqueur Michael Smyth déplorait que le Canada n\u2019ait pas droit au traitement qu\u2019on réserve ordinairement aux alliés.«Que l\u2019on soit en guerre ou non, que l\u2019on soit des alliés ou non, les Américains protégeront toujours leur industrie d\u2019abord.» Smyth affirmait que les Américains veulent forcer les Canadiens à retourner à la table de négociation où ils pourront imposer à ces derniers un accord qui les avantagera totalement.Scénario qui devait selon lui être refusé : « Oubliez les négociations ! Portons plutôt cette cause devant l\u2019Organisation mondiale du Commerce.Et devant l\u2019ALENA (.) Le premier ministre Chrétien, lui, devrait aller plaider la cause directement dans le bureau du président.Considérant les pertes qui sont de 10 millions de dollars par jour, il devrait le faire immédiatement.» Mais alliés ou non, selon Jeffrey Simpson du Globe and Mail, le Canada n\u2019était pas en bonne posture pour exiger quoi que ce soit des Américains.Selon lui, les traités de libre-échange ont rendu le Canada plus dépendant que jamais des États-Unis.Et depuis le n septembre, pour des raisons de sécurité, mais aussi pour assurer ses approvisionnements en énergie, il fallait s\u2019attendre à ce que les États-Unis fassent comme jamais pression sur le Canada pour qu\u2019il se conforme à ses volontés.Les débats autour de la ratification des accords de Kyoto sur le réchauffement climatique ont constitué pour nombre d\u2019observateur du ROC une autre occasion de dénoncer l\u2019unilatéralisme américain.En ja'nvier 2002, lorsque l\u2019ambassadeur américain au Canada, Paul Cellucci, dans une interview au Globe and Mail, s\u2019autorisa à dire que ce n\u2019est « pas dans l'intérêt des États-Unis et peut-être pas non plus dans celui du Canada que de ratifier l\u2019accord », faisant valoir que les deux économies sont trop enchevêtrées pour « souffrir des politiques différentes », le Globe réagit vigoureusement en éditorial.Il argua que le réchauffement climatique menace à terme l\u2019ensemble de l\u2019économie nord-américaine.Le sud de la Floride, notamment, « pourrait être immergé de façon permanente » si le climat continuait à se réchauffer.Les États-Unis devraient renoncer à l\u2019isolationnisme sur cette question, protesta le journal.Et ils devraient cesser de donner des conseils trop directs à un État certes ami, mais bien souverain : « Des amis intimes peuvent parfois se marcher sur les pieds.M.Cellucci marche ici un peu trop près de nos orteils.» Le Canada anglais, une petite nation qui s\u2019ignore Perspective 654 Le Québec, le Canada, le monde La disparition de facto du Canada.Si plusieurs expriment leur méfiance à l\u2019égard des États-Unis, d\u2019autres croient que de toute façon, tout est déjà foutu.Selon eux, ce que plusieurs craignent \u2014 la transformation du Canada en 51e État des États-Unis \u2014 existe déjà.La mutation est achevée ou presque.L\u2019historien Michael Bliss, de l\u2019Université de Toronto, est intervenu à plusieurs reprises dans les pages du National Post, depuis le n septembre, pour étayer cette thèse.La souveraineté du Canada, oui, mais pourquoi si c\u2019est pour faire comme les autres ?Et il répond, un brin ironique : « la souveraineté, ça nous donne au moins la possibilité de dire \u201cnous aussi\u201d ».1914, 1939 : deux moments où le Canada entra en guerre.La première fois, il n\u2019avait pas le choix, n\u2019étant pas souverain.La deuxième fois, il était relativement libre de faire ce qu\u2019il voulait, mais répondit «présent! » de la même façon.Et maintenant?Le gouvernement du Canada a beau insister pour dire que le pays ne suit pas automatiquement les États-Unis, dans la réalité, il ne peut faire grand chose d\u2019autre.«Théoriquement, nous pourrions exercer notre droit d\u2019être différents et en subir les conséquences.» Mais le prix à payer serait trop élevé, prétend Bliss qui s\u2019interroge: la souveraineté serait-elle «une autre de ces moribondes illusions canadiennes ?» Le même Michael Bliss affirmait en janvier 2002 que le Canada se muait placidement en une sorte de « banlieue des États-Unis», la vraie question étant donc selon lui: «Comment la banlieue nord devrait-elle se gouverner en rapport avec la grande \u201cmétropole\u201d au sud?De quelle marge de manœuvre réelle notre \u201cconseil municipal\u201d jouit-il?Devrions-nous poser l\u2019ultime question : pourquoi donc s\u2019encombrer d\u2019un gouvernement de banlieue séparée ?Pourquoi ne pas fusionner ?» La spécificité culturelle du Canada a été pratiquement gommée à la fin du xx' siècle, affirme Bliss.C\u2019est maintenant un pays ni britannique, ni « anglo-français », ni conservateur, et « certainement pas une contrée plus tolérante et plus multiculturelle » que le voisin du sud.Bliss affirme que les États-Unis sont des plus présents dans notre vie quotidienne et que les Canadiens forment le peuple qui, sur Terre, « ressemble le plus aux Américains ».Bref, nulle surprise que depuis quelque temps, des voix osent faire entendre des questions taboues, comme celle de l\u2019union éventuelle du Canada aux États-Unis.Ce n\u2019est pas, insista-t-il, le scénario que lui, Michael Bliss, privilégie.Mais son analyse est si implacable qu\u2019on peut se demander si d\u2019autres dénouements peuvent être envisagés.Diverses crises risquant d\u2019éclater à court ou à moyen terme, écrit-il, pourraient achever de faire disparaître le Canada.L\u2019écrasement total du huard, d\u2019abord, qui pourrait « nous dollariser dans les faits autant que ne l\u2019est la Ligue nationale de hockey».Ensuite, « l\u2019incompétence d\u2019Ottawa » ; ou alors « la tendance irrépressible du Canada de l\u2019Est à vivre aux dépens des autres ».Les Canadiens auront-ils ce qu\u2019ils méritent?Bliss semble répondre par l\u2019affirmative lorsqu\u2019il dénonce le peu d\u2019attirance des Canadiens pour «l\u2019excellence et l\u2019ambition ».Cela fera qu\u2019un jour, suggère-t-il, nous choisirons librement de troquer notre état de «banlieue» contre celui de «ville fusionnée».À propos du Canada actuel, il parle de «ce pays mal géré, mal gouverné, où la dénégation est un mode de vie, où la médiocrité passe pour de l\u2019excellence, où la politique de l\u2019abandon à la petite semaine devient la Le Québec, le Canada, le monde 655 norme».Nous dérivons tranquillement, «tels des somnambules», vers une intégration totale aux États-Unis, soutient Bliss.Et un jour viendra où l\u2019on proposera la fusion avec le grand voisin parce que « personne ne souviendra plus des raisons qui militent pour que nous en demeurions séparés ».Une de ces raisons d\u2019être, c\u2019est évidemment le système canadien de santé.11 a été élevé dans le ROC au rang de caractéristique fondamentale du Canada, comme une preuve qu\u2019il peut décider librement de ne pas faire les choses comme le reste du continent.Or, l\u2019historien Robert Fulford soulignait dans le National Post, en janvier 2002, que le Canada changeait aussi sur ce plan puisqu\u2019il est maintenant permis de jongler ouvertement avec certains concepts se rapprochant de la privatisation.Ce sont principalement les déclarations de la ministre Anne McLelIan qui inquiétèrent l\u2019historien : « Elle dit considérer des modifications à la Loi canadienne sur la santé.(.) Pourtant, la politique canadienne fonctionnait depuis une génération sur la base de ce véritable commandement : Tu ne toucheras pas (ni n\u2019aura l\u2019air de toucher) à une virgule de la Loi canadienne sur la santé, et tu ne songeras même pas à établir un système de santé à deux vitesses ou quoique ce soit y ressemble.» U nationalisme hypertrophié.À l\u2019opposé de ces noirs constats de déclin, de disparition, il y a évidemment les discours nationalistes canadiens qui prétendent que le Canada va plutôt bien.Pour ce faire, on cherche à souligner, voire à magnifier, les différences entre le Canada et les États-Unis.Il s\u2019agit de se convaincre que l\u2019assimilation n\u2019a pas eu lieu et qu\u2019au contraire les différences avec les États-Unis se maintiennent et parfois même s\u2019accentuent.Là aussi, tout n\u2019a pas commencé avec le n septembre.« Patriarcat-o-mètre » En juillet 2001, par exemple, le sondeur Michael Adams développait la thèse, dans le Globe and Mail, selon laquelle le Canada peut se targuer d\u2019être moins « patriarcal » que les États-Unis.Il tirait cette conclusion d\u2019une étude d\u2019opinion publique de la firme Environics, qui avait recueilli l\u2019avis des Canadiens et des Américains sur l'affirmation « Le père de famille doit être le maître dans sa maison ».Exposant les résultats, Adams jubile : le patriarcat est en hausse chez les Américains alors qu\u2019il décline continuellement chez les Canadiens.Neuf ans plus tôt, il y avait déjà 16% d\u2019écart entre les deux pays.À la joie apparente du sondeur, le fossé n\u2019a cessé de se creuser dans les années go.Le Québec se révélait la moins patriarcale des provinces canadiennes avec un taux d\u2019adhésion à l\u2019énoncé évalué à 15 % seulement pour l\u2019an 2000.Selon Adams, la question dudit sondage est plus révélatrice qu\u2019on peut le croire, car il découle de ce type d\u2019opinion un ensemble d\u2019attitudes « à l\u2019égard de l\u2019autorité, du travail, de l\u2019Église et à la politique».À preuve, ajoutait Adams, le Canada a eu l\u2019ouverture d\u2019esprit nécessaire pour élire une femme au poste de premier ministre et le chef actuel du Parti conservateur canadien a pu ouvrir « le dernier défilé de la fierté gaie de Calgary » sans subir de contrecoups.Et Adams de s\u2019interroger : « Pouvez-vous imaginer le président George W.Bush menant un défilé semblable à Houston?» Il ne faudrait donc pas, soutient Adams, avoir trop peur de l\u2019aspect « américanisant » de la mondialisation.Car malgré la « rapidité toujours Le Canada anglais, une petite nation qui s\u2019ignore Perspective 656 Le Québec, le Canada, le monde plus grande de circulation des gens, de l\u2019argent, des idées et des images », la « culture pop américaine » semble connaître le même destin que «le contenu d\u2019une bouteille de Coke : ça traverse tout simplement notre organisme ».prit la peine de le présenter lors de rencontres officielles.Molson, contente d\u2019avoir touché une corde sensible, a multiplié depuis les messages dans le même ton et qui se terminent invariablement par un retentissant « 1 am Canadian ».Complexe de supériorité Le nouveau nationalisme canadien, illustré par cette publicité, aime à affirmer que le Canada est supérieur aux États-Unis sur divers plans.Le «loe» de la publicité rappelle, par exemple, que son pays favorise le «maintien de la paix» et non les « frappes militaires » ; le multiculturalisme, et non le « melting pot».Cette idée a dans les journaux du ROC un défenseur, voire un champion très actif : le « chroniqueur émérite » du Toronto Star, Haroon Siddiqui, qui n\u2019hésite pas à écrire que « le Canada est sur Terre l\u2019endroit qui ressemble le plus au Paradis» (D\u2019autres affirment que le Canada est une utopie réalisée.Voir Joe Heath, The Efficient Society : Why Canada is as Close to Utopia as It Gets, Toronto, Penguin Books, 2002.).En avril 2001, Siddiqui répliquait à la thèse voulant que le Canada s\u2019américanise en faisant la supposition inverse : celle d\u2019une canadianisation des États-Unis ! Siddiqui analysait pour ce faire les derniers chiffres du recensement révélant une montée importante des latinos.En Amérique du Nord, il y a désormais plus d\u2019Américains «hispaniques» (35,3 millions) que de Canadiens (31 millions).Leur population a augmenté de 61% dans la dernière décennie alors que la population noire croissait de 16% et celle des Blancs, de 7,3 %.Ces derniers représentent maintenant 69% de la population comparativement à 74% il y a dix ans.Il y a désormais plus de latinos aux États-Unis que de Noirs (lesquels sont 34,7 millions).Mais « Joe » Canadian L\u2019idée d\u2019une différence canadienne durable, voire d\u2019une supériorité du Canada, n\u2019est pas que le fait de l\u2019élite du ROC.Elle a des résonances bien concrè-tes dans sa population.À preuve, par exemple, ce fameux message publicitaire de la bière «Molson Canadian», diffusé pour la première fois en avril 2000, où l\u2019on apercevait, seul sur une scène, un personnage du nom de « Joe », représentant le Canadien moyen.Timide au départ dans sa présentation de lui-même, il finit par hurler ses quatre vérités à un auditoire que l\u2019on déduit être composé d\u2019Américains.Véritable voix et incarnation des frustrations canadiennes à l\u2019endroit de leurs puissants voisins, Joe, en quelque 60 secondes, réussissait à souligner à traits rouges-feuille-d\u2019érable toutes les principales spécificités linguistiques, politiques, philosophiques et nationales qui, aux yeux des Canadiens, distinguent leur pays des États-Unis.Le succès de cette publicité mêlant affirmation véhémente de soi et hostilité à l\u2019égard des Américains fut foudroyant dans le ROC (au Québec, la Molson Canadian n\u2019est pas vendue.), donnant lieu notamment à des articles dithyrambiques en première page des journaux.La pub a inauguré pendant des mois les matchs de hockey dans les aré-nas.Au cinéma, avant le début des représentations, le message fut également largement présenté et célébré.Il reçut même l\u2019imprimatur de personnalités politiques nationalistes telle Sheila Copps, qui Le Québec, le Canada, le monde 657 qu\u2019y a-t-il de canadien dans tout cela?«Les États-Unis se diversifient de façon tranquille », observe Siddiqui.« Cela occasionne parfois des confrontations, (.) mais pas vraiment d\u2019émeutes raciales.Les nouvelles sont encore meilleures : même si les Américains continuent de se regrouper dans des enclaves ethniques, on observe une faible tendance, très canadienne, vers l\u2019enchevêtrement plus grand des diverses communautés, notamment parce que les classes moyennes noires déménagent de plus en plus dans les banlieues blanches ».Cette idée d\u2019un multiculturalisme «réussi» comme étant LE message universel, la leçon que le Canada peut proposer au monde entier revient régulièrement dans le ROC.On sait que le philosophe Will Kymlicka s\u2019est fait le porte-parole, ainsi que le théoricien, de cette réussite canadienne, bien qu\u2019il nuance son constat en soulignant les difficultés que posent ces communautés particulières que sont les « minorités nationales » (Québécois et peuples autochtones), lesquelles ne peuvent être traitées comme des groupes d\u2019immigrants puisqu\u2019ils existaient avant leur rattachement involontaire au pays.Mais il n\u2019y aurait pas que les États-Unis qui se canadianiseraient.En juillet 2001, le Globe and Mail publiait un article de fohn Lloyd \u2014 ancien directeur de la revue The Netu Statesman \u2014 où ce dernier vantait la force du « modèle canadien » de multiculturalisme.Sa prédiction : nous assisterons bientôt à une « canadianisa-tion» de l\u2019Europe.Il faisait état d\u2019une réunion de grands esprits de gauche, à Stockholm, où un Canadien bien connu (que Lloyd ne nommait pas, mais ce pourrait bien être Will Kymlicka ou Charles Taylor) présenta le modèle dont « tout le monde voulait entendre parler» et qui était considéré comme une réussite: le multiculturalisme canadien.Aux yeux des Européens, écrivait Lloyd, « l\u2019expérience canadienne est révolutionnaire » et ceux-ci veulent en tirer des leçons pour leur pays respectif, aux prises avec une diversité sans précédent.L'atout de la diversité Dans la foulée du 11 septembre, le multiculturalisme canadien s\u2019est trouvé au centre de polémiques très révélatrices.Certains chroniqueurs du ROC ont dénoncé non seulement la faiblesse militaire du Canada, mais aussi, au passage, sa léthargie sur le plan moral, laquelle serait, selon eux, due au multiculturalisme.Un lecteur du Toronto Star, Calvin Preddie, formula clairement cette position, qui affleurait ici et là dans la presse, surtout dans l\u2019Ouest.Selon lui, si le Canada avait été attaqué comme l\u2019ont été les États-Unis, il eût été impossible pour ce pays, en raison de la diversité des allégeances et appartenances qui y existent, de se rassembler derrière un chef politique pour se relever et échafauder des représailles : « Le Québec aurait probablement dit qu\u2019il n\u2019a rien à voir là-dedans et les provinces, même celles qui auraient souffert de dommages terroristes, auraient adressé une liste de griefs à Ottawa.Des clivages religieux mais aussi de classe seraient apparus.Et tout cela aurait pour cause, en partie au moins, le multiculturalisme à la canadienne.» Andrew Coyne, à la fin septembre 2001, dénonçait dans le National Post la «mollesse» de la réaction du gouvernement Chrétien.Selon lui, cela révélerait les failles du «caractère national » canadien, pays où l\u2019on enseigne que les principes de courage et de solidarité dans l\u2019épreuve relèvent d\u2019une idéologie à Le Canada anglais, une petite nation qui s\u2019ignore Perspective 658 Le Québec, le Canada, le monde rejeter « parce qu\u2019américaine ».Que pourrait alors invoquer Jean Chrétien pour mobiliser les Canadiens?se demanda Coyne.Et il ironisait : « Devrait-il dire que le multiculturalisme a été attaqué ?» Tous ne partagent pas cette opinion.Paul Wells, du National Post, faisait remarquer que dans l\u2019ère qui s\u2019est ouverte avec les attentats du n septembre, les forces et les faiblesses ne sont plus les mêmes.Et dans cette situation inédite, soutint Wells, le Canada n\u2019est pas sans atouts.Parce qu\u2019ils font partie d\u2019un grand pays d\u2019immigration, les Canadiens ont « une sensibilité culturelle très développée ».Ils jouissent en plus d\u2019une bonne réputation internationale.«Notre multiculturalisme mou, dont on se moque si aisément, est en passe de devenir une arme indispensable dans cette guerre nouveau type.» Wells évoque même une division du travail des peuples d\u2019Amérique du Nord pour les guerres à venir: pendant que les Américains s\u2019occuperont de «la défense du territoire» et des représailles, les Canadiens pourraient envoyer des forces d\u2019interposition dans certains points chauds de la planète pour y maintenir la paix.Dans le Star, Haroon Siddiqui, cité précédemment, alla dans le même sens que Wells.Pour Siddiqui, la guerre qui s\u2019annonçait alors «exigera surtout une compréhension fine des rapports interculturels et inter-religieux.C\u2019est là un champ d\u2019expertise canadien ».Il arguait aussi que grâce au multiculturalisme, le Canada pourra jouer un rôle de tampon entre les États-Unis et les « gouvernements autoritaires », aux prises avec des opinions publiques anti-américaines.La vérité par le hockey On pourrait citer bien d\u2019autres exemples de célébrations des vertus nationales canadiennes, dans le ROC.Mais un événement a permis de les résumer toutes en un seul moment : la double victoire des Canadiens, aux Olympiques d\u2019hiver de Sait Lake City, dans LA discipline canadienne par excellence, le hockey.Et chez les hommes et chez les femmes, le Canada a obtenu l\u2019or.Explosion de joie, records d\u2019audience télévisuelles dans le ROC (mais pas au Québec.), déluge de célébration, étalage de fierté nationale : cette victoire semblait permettre à cette petite nation de prendre une revanche sur le sort, voire de rendre impossible sa disparition.Comme souvent chez les petites nations, un événement favorable a été utilisé ad nauseam, politiquement, culturellement, médiati-quement, pour faire croire, pendant un temps, que l'inquiétude fondamentale \u2014 disparaître \u2014 n\u2019avait plus lieu d\u2019être.Ainsi, Andrew Coyne présenta-t-il le hockey comme le seul élément stable, indéracinable, de «l\u2019être authentique canadien ».C\u2019est là, « parmi nos symboles nationaux, le seul qui, de quelque façon que ce soit, n\u2019a été ni altéré ni corrompu.Le seul aspect de notre vie nationale qui ne vient pas d\u2019ailleurs ».Pourfendeur connu de la mollesse canadienne, Coyne voit d\u2019ailleurs dans le hockey une occasion de réviser la façon dont les Canadiens se perçoivent eux-mêmes pour rétablir des traits plus virils, plus affirmés.Car le hockey est selon Coyne une réfutation de tous les «poncifs» selon lesquels les Canadiens seraient «polis» et timides.«Nulle tradition de maintien de la paix dans notre sport», affirme Coyne.Pas non plus de «ligues spéciales pour autochtones, pas de contenu canadien obligatoire, pas de paiement de péréquation ou de discrimination positive.Le hockey n\u2019est de compétence ni fédérale, ni provinciale.» Le Québec, le Canada, le monde 659 Cette victoire « a renouvelé notre âme collective», affirma Douglas Fisher dans le Ottawa Sun.Mais pourquoi fut-ce au juste à ce point exquis?Richard Gwyn, chroniqueur chevronné du Toronto Star, répondit : parce que l\u2019or a été gagné aux dépens des Américains.La victoire marquait aussi le retour de Wayne Gretzky, «l\u2019enfant prodigue exilé pendant un temps aux États-Unis pour faire de l\u2019argent».Gwyn, vieux routier, commençait son texte en avouant que, bien sûr, « tout cela n\u2019est que du sport».Mais il enchaînait tout de suite : « Dieu que ça a fait du bien.Dieu que ça été bon pour nous.Et peut-être que ce que cette victoire nous a apporté davantage qu\u2019une extraordinaire après-midi de hockey.» Ce fut aussi l\u2019espoir d\u2019Edward Greenspan, du Globe and Mail, qui voulut y voir le signe d\u2019un «nouvel esprit national, plus sûr de lui-même», à la fois exprimé et raffermi par la médaille.Le chroniqueur \u2014 qui venait de publier un livre sur le Canada intitulé de façon très «petite nation » Searching/or Certainty \u2014 affirmait que les Canadiens ne se contentaient plus comme avant de secondes et de troisièmes places.Aujourd\u2019hui, ils veulent l\u2019or.Pas seulement dans le sport, mais dans tous les domaines.Il faudrait maintenant, disait-il, que leur gouvernement fédéral ait ce type de visées.Greenspan faisait remarquer avec satisfaction que ce désir d\u2019exceller partout se retrouvait dans la Politique d\u2019innovation que le fédéral venait de rendre publique.« Nous semblons être en train de passer \u2014 lentement mais sûrement \u2014 de politiques publiques fondées sur l\u2019équité à des politiques fondées sur l\u2019excellence.» Les Canadiens font preuve d\u2019une ambition qu\u2019on ne leur connaissait pas et qui se traduit ainsi : « rapporter de l\u2019or à la maison.» Un Canada fort dans une Amérique du Nord unie Un Canada plus fort.Plus solide, moins vulnérable.Moins « petite nation ».Voilà ce que nombre de Canadiens étaient sans doute ravis d\u2019entendre à l\u2019issue des Olympiques de Salt Lake City.Et après quelques mois à se faire dire que leur pays était kaput, perdu, annexé dans les faits.Le sport a sans doute permis cet exutoire, comme le laisse entendre Richard Gwyn.Est-ce à dire que dans l\u2019angoisse d\u2019être avalés, les gens du ROC souhaitent rompre avec les Américains ?Pas du tout et il est important de le noter.Dans le sondage Environics-Crop du mois de novembre 2001 déjà mentionné, on découvre même que les attentats ont rapproché les Canadiens de leurs voisins.Parmi eux, la proportion de ceux qui aimeraient accroître les liens entre les deux pays s\u2019est même accrue de 10 pour cent entre mars et octobre 2001, passant de 23 à 33 pour cent.Un autre sondage, en septembre 2001, révéla que trois Canadiens sur quatre appuyaient l\u2019idée que le Canada s\u2019enrôle dans la contre-offensive américaine contre le terrorisme.L\u2019appui s\u2019est maintenu pratiquement aux mêmes niveaux, malgré l\u2019antiaméricanisme parfois virulent dans l\u2019élite du ROC, en avril 2002, lorsque le feu américain tua par erreur quatre soldats canadiens en Afghanistan.Les chroniqueurs et éditorialistes, alors, réitérèrent presque unanimement les raisons de la présence canadienne en Afghanistan.Certains d\u2019entre eux, comme Tom Brodbeck, du Winnipeg Sun, firent même un lien entre l\u2019engagement canadien et l\u2019anniversaire des vingt ans de la Charte canadienne des droits et libertés, célébré le 13 avril: «nos soldats se battaient justement pour défendre ces droits », affirma-t-il.Le Canada anglais, une petite nation qui s\u2019ignore Perspective 660 Le Québec, le Canada, le monde Ce n\u2019est donc pas les États-Unis en soi que les Canadiens refusent.Andrew Parkin, un des exégètes du sondage Environics-CROP de novembre 2001 sur l\u2019identité canadienne, faisait remarquer que les Canadiens rejettent radicalement «toute mesure qui pourrait apparaître comme étant une menace à l\u2019indépendance de leur pays ».Le sondage révélait par exemple que si l\u2019appui à une monnaie commune est passablement élevé dans le ROC \u2014 bien que non majoritaire \u2014, la proportion d\u2019appuis plonge radicalement si la formule proposée est la simple adoption du billet vert par le Canada.Bref, comme observa Parkin, l\u2019ambivalence imprègne le rapport des Canadiens à l\u2019égard des États-Unis.Ouverts à leurs voisins, tout à fait prêts à établir des liens plus étroits avec eux, ils tiennent cependant mordicus à conserver leur souveraineté et leur identité.Autrement dit, ils veulent la souveraineté et l\u2019association.ou, pour paraphraser Yvon Deschamps, «un Canada fort dans une Amérique du Nord unie»! Un Québec inquiétant Dans son rapport aux États-Unis, il semble que le Québec ait des réflexes inverses à ceux du ROC.La crainte de l\u2019assimilation y est moins grande, en raison de la barrière de la langue.Les résultats d\u2019un sondage Léger Marketing publiés la veille des attentats, le 10 septembre 2001, indiquaient que 34% des Québécois sont carrément en faveur de l\u2019annexion aux États-Unis.Dans le ROC, 20% seulement disent opter pour cette solution papi-nienne.Même tendance pour ce qui est de la monnaie commune : les Québécois, à 53,5 %, sont majoritairement en faveur de l\u2019adoption par le Canada du dollar américain.Une proportion beaucoup plus élevée que dans les autres provinces ou régions (seulement 33% en Ontario et 36% en Alberta, une des provinces pourtant des plus pro-américaines).De façon surprenante, aux lendemains du 11 septembre, les sondages révélaient une opinion québécoise peu favorable à la participation canadienne à l\u2019effort de guerre contre l\u2019Afghanistan.Dans le ROC, toutefois, l\u2019appui a toujours été très élevé, avec des pointes à 75 % aux lendemains du drame.Lorsqu\u2019on demande aux sondés s\u2019ils maintiendraient leur appui si le Canada se trouvait directement en danger sur le théâtre des opérations, les pourcentages baissaient considérablement dans l\u2019ensemble du Canada, mais fondaient littéralement au Québec, à 31%, soit presque vingt points derrière les moyennes canadiennes.Bref, le Québec est distinct du ROC, même \u2014 voire surtout \u2014 en temps de guerre.Ce que fit remarquer Hugh Winsor dans le Globe and Mail, en septembre.À preuve, selon lui, la position adoptée par le Bloc québécois lors du débat spécial sur le terrorisme à la Chambre des communes, peu après les attentats.En effet, le parti de Gilles Duceppe s\u2019était voulu plus « nuancé » que les autres, lesquels s\u2019avéraient plutôt empressés à se rallier aux États-Unis.La position pleine de bémols du chef bloquiste qui refusait de donner « un chèque en blanc aux Américains », évoque, au dire de Winsor, «l\u2019histoire du Québec, qui, en temps de guerre, marche toujours au son de tambours différents ».Évidemment, le clivage entre le Québec et le ROC fut moins profond que lors de la guerre des Boers ou qu\u2019au moment de la Seconde Guerre mondiale, où «Mackenzie King limogea son ministre de la défense pour apaiser ses supporters au Québec».Winsor notait d\u2019ailleurs que les Le Québec, le Canada, le monde 661 bloquistes ont tenu, lors de leurs discours pendant le débat spécial, à se dissocier de « l\u2019esprit fermé » des Québécois de jadis.Duceppe déclara au parlement que les « pacifistes s\u2019étaient trompés en 1939 et le monde s\u2019est retrouvé devant un Hitler ».Le chroniqueur citait ensuite la position de Francine Lalonde, selon laquelle l\u2019attitude québécoise s\u2019apparente davantage à celle des Européens : « elle est, d\u2019une certaine façon, moins anglo-saxonne.» « Tout est dit», conclut le chroniqueur, «les Québécois ont changé, mais, en temps de guerre, ils marchent encore au son d\u2019une autre musique ».Conspiration et suspicion.Cette musique pourrait-elle même en venir à aider l\u2019ennemi, à lui servir?Certains l\u2019ont suggéré.Diane Francis, dans le Financial Post, s\u2019interrogeait ainsi, fin octobre 2001 : «Pourquoi le Canada a-t-il permis au Québec de lui dicter sa politique d\u2019immigration, laquelle a facilité la venue à Montréal, sous couvert du statut d\u2019étudiants, de centaines de francophones musulmans potentiellement dangereux?» Dès le lendemain des attentats, le 14 septembre, ce type de rapprochement francophones-arabes-Québec-terrorisme avait aussi été effectué dans le New York Times, qui avait même évoqué une responsabilité indirecte des « séparatistes » québécois dans les attentats du 11 septembre : « la province de Québec, avec sa politique visant à attirer des immigrants francophones \u2014 mise de l\u2019avant principalement par des gouvernements séparatistes \u2014 a créé de grandes communautés d\u2019Arabes francophones, parmi lesquels des terroristes ont pu se mêler, affirment les experts.» Il faut savoir que cette hypothèse circulait depuis le dernier référendum dans les cercles imprégnés de diverses théories de la conspiration.En septembre 1998, par exemple, Tom Humble, alors chroniqueur au Calvary Sun, écrivait: «Nous devons tout simplement interdire au Québec de se séparer.» Pourquoi?Non pas simplement pour sauvegarder le Canada, arguait-il, mais parce l\u2019apparition d\u2019un nouveau pays en Amérique du Nord pourrait entraîner un accroissement de la menace terroriste.Selon Humble, les États et les organisations terroristes verraient dans un jeune Québec souverain \u2014 forcément à la recherche d\u2019appuis internationaux \u2014 une bonne occasion de prendre racine sur le continent nord-américain: «Les terroristes comme l\u2019infâme Oussama Ben Laden et une demi-douzaine d\u2019autres tyrans feraient des pieds et des mains pour se baser en Amérique du Nord.Ils rempliraient un Québec nouvellement souverain d\u2019ambassadeurs, de traités et de pots-de-vin.Voilà qui serait très alléchant pour un leader nationaliste québécois.Il ne pourrait refuser ces offres.Et le Québec deviendrait sans le vouloir, par défaut, un pion sur l\u2019échiquier du terrorisme international.» C\u2019était en 1998.Or, en novembre 2001, la même sorte de suspicion a teinté la réaction des commentateurs et éditorialiste du ROC à une déclaration effectuée par le premier ministre péquiste Bernard Landry devant son parti réuni en congrès.Dans ses propos rapportés de façon douteuse, il semblait avoir affirmé que les attentats attestaient qu\u2019un dilemme clair s\u2019imposera de plus en plus dans l\u2019avenir : « Le monde sera catalan ou taliban.» Il faudrait choisir, autrement dit, entre le respect des identités nationales et la violence terroriste.Dans le ROC, on y vit une autre « gifle » de la part des élus québécois, après celle de Lucien Bouchard sur Le Canada anglais, une petite nation qui s\u2019ignore Perspective 662 Le Québec, le Canada, le monde le « Canada qui n\u2019est pas un vrai pays », celle de Landry sur les « chiffons rouges » ou encore le fameux « l\u2019Ontario n\u2019a pas de culture» de Diane Lemieux.La citation « catalan-taliban » étant incertaine, le Globe joua de prudence dans sa dénonciation du premier ministre québécois, mais mit celui-ci en demeure de s\u2019expliquer: «Si [Landry] a bel et bien fait un lien entre les attentats terroristes du 11 septembre et la souveraineté du Québec en laissant entendre que le rejet du séparatisme conduirait au terrorisme, il s\u2019est trouvé à insulter, d\u2019une façon ridicule, à la fois la mémoire des victimes du 11 septembre et son propre projet d\u2019indépendance.» D\u2019autres, comme Ross McLennan, chroniqueur au Winnipeg Sun, prirent moins de précaution : « Alors Bernie, quand penses-tu qu\u2019un pilote péquiste stupide et paranoïaque lancera un avion détourné sur la Tour du CN?Après la terrible humiliation d\u2019un septième référendum perdant?Un huitième ?» Par ailleurs, que des Québécois, tel Bernard Landry, se permettent de citer avec envie la Catalogne ou encore l\u2019Écosse ou le pays de Galles (des petites nations non souveraines évoquées par le premier ministre dans son fameux discours) révèle, selon plusieurs dans le ROC, une sorte de mirage utopique pour le Québec.Car comme province, les Québécois « ont déjà plus de pouvoirs et de latitude au sein de la fédération canadienne qu'aucune de ces nations», affirma le Halifax Herald.Jeffrey Simpson dans le Globe and Mail ajoutait que si le Québec se voyait octroyer le statut d\u2019une de ces trois nations, au mieux il ferait du surplace ou un « pas de côté», mais il est plus probable qu\u2019il reculerait, qu\u2019il perdrait de l\u2019autonomie.De toute façon, dans le monde post-n septembre, l\u2019éventualité que le Québec devienne souverain apparaît de plus en plus faible.Les attentats et la redéfinition des relations internationales qui s\u2019en est suivi ont relativisé, voire miné pour de bon le projet souverainiste.C\u2019est du moins l\u2019opinion formulée par de nombreux chroniqueurs et éditorialistes du ROC depuis septembre 2001.Commentant un sondage qui démontrait un fort déclin de la souveraineté dans l\u2019ordre de priorités des Québécois (seuls 2% d\u2019entre eux considéraient ce projet comme prioritaire), le Globe and Mail mettait en relief une transformation radicale des fondements de l\u2019identité québécoise suscitée par les attentats.Alors qu\u2019en février 2001, 24% des citoyens du Québec se décrivaient prioritairement comme «Québécois», cette proportion, dans la foulée des attentats, avait descendu à 15%.Les périodes d\u2019inquiétude ont du bon, du moins au Canada selon le Globe : « ce sont celles où l\u2019on souhaite construire des liens, et non les rompre ».Une accentuation des solitudes Aux yeux de la presse du ROC, le Québec apparaît donc la plupart du temps comme une petite enclave crispée, attachée à ses chimères.Quand on parle de lui dans la presse, c\u2019est habituellement pour rappeler, dans des articles aux allures de rituels, qu\u2019il possède des lois linguistiques bizarres et oppressives, ou qu\u2019il continue de faire des choix ridiculement « socialistes » comme celui des garderies à cinq dollars.Parfois on s\u2019intéressera à sa différence culturelle, à ses artistes, à son art de vivre (les restaurants à Montréal, par exemple, ont fait l\u2019objet de divers articles), mais ce, presque uniquement dans les pages du Globe and Mail et du Maclean\u2019s.Pour le reste, force est de constater que l\u2019hostilité traditionnelle du Canada anglais à l\u2019endroit Le Québec, le Canada, le monde 663 du Québec se double de plus en plus d\u2019un désintérêt général.Jadis, la Belle Province avait au moins le mérite de donner au Dominion de grandes idées et de grands hommes (Trudeau par exemple).Mais comme l\u2019affirmait récemment l\u2019historien Michael Bliss dans le National Post, ce n\u2019est plus tellement le cas.Selon ce dernier, le Québec appartient à « l\u2019ancien Canada », celui dont la culture politique reste attachée aux « idées de subvention aux entreprises, de redistribution aux chômeurs.et aux amis politiques ».Soit dit en passant, pour plusieurs commentateurs du ROC, le scandale des commandites fédérales au Québec, qui a éclaté à l\u2019hiver 2002, a des racines bien québécoises : c\u2019est ainsi que l\u2019on fait de la politique depuis toujours au Québec, a par exemple écrit Richard Gwyn.Dans le Canada atlantique et au Québec, explique encore Bliss, « les politiciens sont toujours fiers d\u2019annoncer des subventions, fiers de jouer l\u2019antique jeu du patronage».Le nouveau Canada, « d\u2019où les nouvelles idées viennent» (toujours dixit Bliss), c\u2019est tout ce qui se trouve à l\u2019ouest de la rivière Outaouais.Cette région est plus ouverte, plus tournée vers l\u2019avenir et la libre entreprise, moins attachée à l\u2019importance de l\u2019État, soutient encore l\u2019historien.(À cet égard, nous ne pouvons nous empêcher de noter que l\u2019Action démocratique du Québec semble bel et bien être un parti du « nouveau Canada ».Le Québec, si l\u2019on en juge par les derniers sondages, souhaite peut-être se joindre au « nouveau Canada » révélé par Bliss?) Le désintérêt à l\u2019endroit du Québec s\u2019illustre de façon concrète : dans la dernière année, plusieurs médias canadiens anglais ont rapatrié leurs correspondants travaillant à la tribune de la presse du Parlement de Québec, arguant notamment le déclin de la « menace séparatiste ».À l\u2019automne 200, CTV a carrément fermé Références Bricker, Darrell et Edward Greenspon, Searching for Certainty, Inside the New Canadian Mindset, Doubleday Canada, Toronto, 2001.Heath, Joe, The Efficient Society: Why Canada is as Close to Utopia as It Gets, Penguin Books, Toronto, 2002.Kostash, Myrna, The Next Canada In Search of Our Future Nation, McLennan & Stewart,Toronto, 2000.Kymucka, Will, Finding our Way, Oxford University Press, 1998.(Une traduction française d\u2019Antoine Robitaille sera publiée aux éditions du Boréal à l\u2019automne 2002.) MacDonald, L.Ian (dir.) Free Trade, Risks & Rewards, McGill-Queen\u2019s University Press, Toronto 2000.Simpson, Jeffrey , Star-Spangled Canadians: Canadians Living the American Dream, Harper Collins, Toronto, 200.Thomas, David M., Canada and the United States, Differences That Count, Broadview Press, Toronto, 2000.?Sites Internet The Globe and Mail: www.globeandmail.ca Site conjoint du National Post et de Canadian Press : www.canada.com Magazine Maclean\u2019s : www.macleans.ca Site de la société Molson Canadian (où l\u2019on peut visionner le fameux message publicitaire de «Joe Canadian ») : www.iam.ca Le Canada anglais, une petite nation qui s\u2019ignore Perspective 664 Le Québec, le Canada, le monde son bureau régional à Québec.La CBC anglaise, pour sa part, y a réduit la taille de son équipe.Le cas le plus dramatique est sans doute celui du courriériste Robert Mackenzie, qui couvrait depuis plusieurs décennies la politique québécoise pour le Toronto Star à Québec.Son poste a été aboli et il a été mis à la retraite forcée.La direction lui reprochait notamment d\u2019avoir appuyé le journaliste Normand Lester, lequel s\u2019était retrouvé en guerre contre la direction de Radio-Canada en raison de son brûlot Le Livre noir du Canada anglais.Ce retrait du ROC du Québec était pour ainsi dire prévisible, compte tenu du réaménagement de ses inquiétudes fondamentales.Quelle suite peut-on prévoir?Une accentuation du phénomène des «deux solitudes» canadiennes?Qu\u2019ad-viendra-t-il de cette nouvelle attitude du ROC lorsqu\u2019un nouveau gouvernement, très probablement non péquiste, prendra le pouvoir à Québec dans les prochaines années ?À Ottawa, on peut parier que le prochain premier ministre sera choisi en fonction de la nouvelle inquiétude principale du ROC.Depuis presque 40 ans, la menace souverainiste a aidé des Québécois francophones à s\u2019emparer de la fonction de chef du gouvernement canadien.Qui le spectre de la continentalisation favorisera-t-il?Autrement dit, le bouleversement des inquiétudes n\u2019a pas fini de transformer la donne canadienne.\u2022 Politique internationale québécoise Mondialisation tous azimuts à Québec Robert Dutrisac journaliste, Le Devoir À l\u2019issue du Sommet des Amériques et du Sommet des peuples qui ont eu lieu à Québec en avril 2001, le gouvernement du Québec a pris conscience que sa réflexion sur le phénomène de la mondialisation était encore bien embryonnaire et que ses positions à cet égard étaient à peu près inexistantes.«Nous avons réalisé que nous n\u2019avions rien de précis à dire sur la mondialisation», dira en rétrospective la ministre des Relations internationales, Louise Beaudoin.C\u2019est cette lacune que le gouvernement québécois a voulu corriger dans l\u2019année qui a suivi.Pilotés par Louise Beaudoin, deux projets de loi adoptés au printemps 2002 \u2014 le premier créant l\u2019Observatoire sur la mondialisation et le second consacrant le rôle de l\u2019Assemblée nationale dans l\u2019approbation de tout traité ou accord internationaux touchant les compétences du Québec \u2014 ont jeté les bases d\u2019une véritable offensive québécoise face à la mondialisation et conduit à une actualisation Le Québec, le Canada, le monde 665 de la doctrine Gérin-Lajoie sur laquelle s\u2019appuie l\u2019action du Québec sur la scène internationale depuis 1965.Adoptée à l\u2019unanimité par l\u2019Assemblée nationale, la loi 52 fait en sorte que tout engagement international d\u2019une certaine importance affectant les compétences du Québec, exclusives ou non, soit soumis au vote des députés québécois.Il revient désormais à l\u2019Assemblée nationale d\u2019approuver ou de rejeter en bloc non seulement les engagements internationaux pris par le gouvernement du Québec mais aussi les accords internationaux, conclus par le gouvernement canadien, qui ont des incidences sur les compétences des provinces.Une voix internationale pour les États non souverains L\u2019Assemblée nationale du Québec est devenu le premier parlement de type britannique à associer ses élus au processus d\u2019approbaüon des engagements internationaux.Même les députés canadiens à la Chambre des communes ne jouissent pas de ce droit d\u2019approuver ou de rejeter ces traités.En clair, cela signifie par exemple que les élus québécois devront se prononcer sur l\u2019Accord instituant la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA) en raison des multiples effets que cette entente, si elle est ratifiée en 2005 comme prévu, pourraient avoir sur les prérogatives de l\u2019État québécois.Autre exemple : un accord comme celui de Kyoto, sur la réduction des gaz à effet de serre, devra faire l\u2019objet d\u2019un vote à l\u2019Assemblée nationale en raison des compétences reconnues aux provinces en matière d\u2019environnement.Avant l\u2019adoption du projet de loi, l\u2019Assemblée nationale a voté son appui au protocole de Kyoto ; la procédure est maintenant obligatoire.Amorcé à Doha, en Arabie Saoudite, le cycle de négociations de l\u2019Organisation mondiale du Commerce (OMC) sur la libéralisation des services aborde des domaines qui relèvent de la compétence exclusive des provinces.On n\u2019a qu\u2019à penser aux ordres professionnels \u2014 architectes, ingénieurs, comptables, etc., \u2014 dont les membres fournissent la plupart des services qui font l\u2019objet des négociations.Les réglementations sur l\u2019assurance et sur les agences de voyages, qui sont également visées, sont la responsabilité des provinces.Sous la pression des États-Unis, les industries culturelles figurent parmi les secteurs à libéraliser, tout comme l\u2019éducation et peut-être bien les soins de santé.C\u2019est en juin 2003 que chacun des pays membres de l\u2019OMC, y compris le Canada, doit présenter son offre de libéralisation des services.Aux yeux du gouvernement québécois, ces négociations à l\u2019OMC sur les services pourraient avoir de lourdes répercussions sur certaines mesures sociales en vigueur au Québec.Les Américains pourraient considérer le maintien des frais de scolarité peu élevés qu\u2019exigent les universités québécoises comme une entrave injustifiée à la concurrence qui proviendrait des universités américaines.De même, on peut imaginer que l\u2019accès à des garderies sans but lucratif au tarif de cinq dollars par jour pour les enfants québécois puisse être un jour remis en question parce qu\u2019il empêche la libre concurrence de s\u2019exercer.« Déficit démocratique » et « déficit fédératif » Pour le gouvernement québécois, les négociations qui entourent ces grands traités internationaux et qui se déroulent Mondialisation tous azimuts à Québec Politique internationale québécoise 666 Politique internationale québécoise derrière des portes closes souffrent non seulement du «déficit démocratique» dénoncé par les représentants de la société civile, mais aussi d\u2019un «déficit fédératif».Les compétences des États fédérés sont souvent affectées par ces ententes internationales.Or, au Canada, il n\u2019existe aucun mécanisme formel pour associer les États fédérés \u2014 les provinces \u2014 au processus de négociations.Certes, on peut comprendre qu\u2019on ne peut négocier sur la place publique de telles ententes.Mais dans certains pays comme les États-Unis, les élus sont associés, sous le sceau de la confidentialité, à l\u2019étude de ces traités commerciaux qui sont soumis par la suite au vote du Congrès, fait-on valoir au ministère des Relations internationales.Jusqu\u2019ici, le gouvernement fédéral n\u2019a pas voulu créer un mécanisme formel de consultation des provinces en regard de ces ententes internationales.Au printemps 2002, le nouveau ministre des Affaires étrangères du Canada, Bill Graham, a refusé de rencontrer son homologue québécois, Louise Beaudoin, la référant au député fédéral chargé de la francophonie, Denis Paradis.Le ministre Graham confirme la position fédérale voulant que sur la scène internationale, le Québec doive essentiellement se contenter de son rôle au sein de la Francophonie.Mais à Québec, on ne le voit pas du même œil.Avec la loi 52 qui habilite l\u2019Assemblée nationale à se prononcer sur les engagements internationaux et la création de l\u2019Observatoire sur la mondialisation, le gouvernement actualise la doctrine Gérin-Lajoie.Qui plus est, à cause des conséquences de la mondialisation sur les compétences des provinces, le gouvernement québécois prend position sur des dispositions qui pour- raient être contenues dans de futurs accords internationaux.Dans cet esprit, le gouvernement québécois s\u2019est officiellement opposé, dans une décision prise par le conseil des ministres au printemps 2002, à toute clause ressemblant au chapitre 11 de l\u2019ALENA qui pourrait être comprise dans un prochain traité comme celui de la ZLEA.En vertu d'une interprétation donnée par le tribunal d\u2019arbitrage de l\u2019ALENA, le chapitre 11 permet à des entreprises de poursuivre en dommages-intérêts les États qui adoptent légitimement des lois ou règlements allant à l\u2019encontre des intérêts commerciaux de ces entreprises.Au Mexique et au Canada, des sociétés privées ont déjà invoqué avec succès ces dispositions pour contrecarrer la réglementation environnementale et obtenir un dédommagement.De même, à l\u2019égard du protocole de Kyoto, le Québec a avalisé sa ratification avant même que le gouvernement fédéral n\u2019arrête sa position finale.Au printemps 2002, le ministre québécois de l\u2019Environnement et de l\u2019Eau, André Boisclair, est d\u2019ailleurs allé défendre la position québécoise lors d\u2019une rencontre internationale sur l\u2019environnement à Bonn.Il s\u2019apprêtait à faire de même, fin août 2002, lors de la grande conférence internationale sur le développement durable à Johannesburg, en Afrique du Sud.Au moment de sa formulation dans les années 60, la doctrine Gérin-Lajoie énonçait, en résumé, que l\u2019État québécois pouvait tisser des relations internationales avec des pays souverains ou encore des État fédérés, dans la mesure où ses champs de compétence étaient directement concernés.Cette doctrine a servi de pierre d\u2019assises au rayonnement international du Québec à l\u2019étranger en lui Le Québec, le Canada, le monde 667 permettant, notamment, de signer des accords de coopération en matière d\u2019éducation ou d\u2019aide technique.L'environnement et l\u2019économie: des terrains propices Mais voilà qu\u2019à la faveur de la mondialisation consacrée par les traités internationaux touchant le commerce ou l\u2019environnement, l\u2019État québécois se trouve justifié d\u2019intervenir pour assurer la protection de ses mesures sociales, économiques ou environnementales.La prétention du gouvernement du Québec, c\u2019est que le gouvernement fédéral ne peut engager les provinces sans leur consentement dans des traités internationaux si leurs compétences sont en jeu.Au ministère des Relations internationales, on souligne que ce concept va plus loin que la doctrine Gérin-Lajoie : le Québec est maintenant doté d\u2019une capacité de blocage des traités internationaux signés par le Canada, ce que consacre le pouvoir conféré aux élus québécois d\u2019approuver ou de rejeter de tels engagements internationaux, tout comme la volonté du gouvernement québécois d\u2019élaborer des positions indépendantes sur des enjeux internationaux qui rejoignent ses compétences.Cette évolution laisse présager de nouveaux affrontements en matière d\u2019affaires étrangères entre les gouvernements canadien et québécois.La ministre Louise Beaudoin ne le cache pas.À cet égard, l\u2019Observatoire de la mondialisation servira à animer les débats au sein de la population et à fournir à la société civile une source fiable d\u2019information, de documentation et d\u2019analyses sur la mondialisation.Cet Observatoire est une idée chère à Jacques Parizeau qui a participé à l\u2019élaboration de son concept.L\u2019ex-premier ministre du Québec s\u2019inquié- tait du peu d\u2019informations qui parvenaient à la population et aux élus concernant les dispositions des accords commerciaux internationaux et les enjeux de la mondialisation.Créé à la faveur d\u2019une loi adoptée en juin 2002, l\u2019Observatoire sur la mondialisation est un instrument remis aux ONG, aux universités, aux syndicats et au patronat dans l\u2019optique de démocratiser le débat sur ces enjeux.Mais grâce à cette prise conscience, il permettra au gouvernement québécois de s\u2019appuyer sur la société civile pour défendre les intérêts du Québec, face à Ottawa, notamment, dans le contexte de la mondialisation, pense la ministre Louise Beaudoin.Annulation de Québec-New York 2001 Les événements du 11 septembre ont forcé l\u2019annulation de la plupart des activités de Québec-New York 2001, cet équivalent américain de la Saison du Québec en France qui s\u2019était déroulée en 1999.Ces événements tragiques ont aussi entraîné le report du Sommet de la Francophonie qui devait avoir lieu à Beyrouth en octobre 2001.Or, le gouvernement québécois comptait sur ce sommet pour faire avancer la cause de la diversité culturelle dont le Québec s\u2019est fait le champion, avec la France (et aussi le Canada).Ce n\u2019est que partie remise, puisque la tenue du Sommet de la Francophonie a été repoussée à l\u2019automne 2002.L\u2019objectif du gouvernement du Québec est demeuré le même : faire en sorte que les quelques 50 pays de la Francophonie ratifient un engagement en faveur de la création d\u2019un « instrument international » doté de pouvoirs contraignants, afin de promouvoir et défendre la diversité culturelle.Cette sorte de «Kyoto de la culture», selon l\u2019expression de Louise Beaudoin, vise à protéger le droit des États d\u2019intetvenir Mondialisation tous azimuts à Québec Politique internationale québécoise 668 Politique internationale québécoise pour soutenir les productions culturelles nationales grâce à des subventions, des quotas, etc.Les États-Unis, quant à eux, voudraient que les industries culturelles soient soumises au sein de l\u2019OMC aux mêmes règles commerciales que tout autre produit ou service.En se prononçant en faveur d\u2019un instrument international pour promouvoir la diversité culturelle, les 50 pays de la Francophonie prendraient l\u2019engagement de ne pas faire d\u2019offre de libéralisation visant la culture à l\u2019OMC en juin 2003.On sait maintenant que l\u2019UNESCO, qui semblait de prime abord l\u2019organisme de choix pour élaborer et abriter cet instrument, a refusé de s\u2019engager dans cette voie.L\u2019organisme onusien a préféré adopter une déclaration sur la culture, de nature non contraignante, afin de ne pas froisser les Américains, explique-t-on dans les milieux diplomatiques.L\u2019UNESCO voudrait bien que les États-Unis, avec leurs dollars, réintègrent ses rangs, rappelle-t-on délicatement.Dans un rapport commandé par le Groupe de travail franco-québécois sur la diversité culturelle, un professeur de l\u2019Université Laval, Ivan Bernier, et une pro-fesseure à l\u2019Université de Paris I - Panthéon Sorbonne, Hélène Ruiz Fabri, concluent à la faisabilité juridique du fameux «instrument».Mais les chercheurs ajoutent que cet instrument devra être arrimé au droit de l\u2019OMC, ce qui en complique la création et l\u2019application.Une oreille bienveillante à Paris Pour atteindre son objectif de convaincre l\u2019ensemble des pays de la Francophonie de souscrire à cet instrument, la Québec a besoin du formidable allié que constitue la France au sein de l\u2019Organisation internationale de la Francophonie.À cet égard, le changement de garde au Quai d\u2019Orsay facilitera les choses, espère-t-on à Québec.Le premier ministre français, Jean-Pierre Raffarin, a une connaissance étendue du Québec.À titre de président des régions de France, M.Raffarin est venu à plusieurs reprises au Québec où il a rencontré le premier ministre Bernard Landry et Mme Beaudoin.À l\u2019occasion de l\u2019ouverture de la session parlementaire extraordinaire au début de juillet 2002, M.Raffarin, dans son discours de politique générale, a évoqué la Francophonie, ce qui ne s\u2019était pas entendu depuis longtemps de la part d\u2019un premier ministre français.En outre, le nouveau ministre responsable de la Coopération et de la Francophonie, Pierre-André Wiltzer, est un ami de Louise Beaudoin.Alors que la question québécoise laissait indifférent le gouvernement socialiste de Lionel Jospin, on s\u2019attend à Québec à davantage d\u2019ouverture de la part du nouveau gouvernement de droite.On doit toutefois admettre que le président Jacques Chirac a surtout privilégié les relations avec le gouvernement Chrétien.Dans l\u2019hémisphère américain, le gouvernement du Québec a complété en 2002, avec l\u2019ouverture de la nouvelle délégation du Québec à Los Angeles, la mise à niveau de son réseau de représentation aux États-Unis.Ce réseau compte maintenant 65 personnes dans quatre délégations \u2014 Boston, Chicago, Los Angeles et New York \u2014, un bureau à Miami et une antenne à Atlanta.Son budget est passé de 8,7 millions à 13,8 millions.En Amérique du Sud, outre la mission économique qui a mené le premier ministre Bernard Landry au Chili et au Pérou, la ministre des Relations internationales a participé au Forum social mondial de Porto Alegre, sorte d\u2019« anti-Davos » auquel Le Québec, le Canada, le monde 66g ont participé 40 000 représentants de la société civile.À cette occasion, avec l\u2019appui décisif de la France, qui comptait parmi les rares pays à y avoir envoyé une délégation (le Canada n\u2019était pas présent), le Québec a réussi à faire inclure dans la déclaration finale du Forum portant sur la diversité culturelle et linguistique une référence explicite à la nécessité d\u2019un instrument international pour protéger la culture.Au ministère des Relations internationales, on croit que le dernier Forum social mondial témoigne d\u2019un mouvement qui n\u2019est plus simplement une fronde anti-mondialisation.Ce mouvement préconise plutôt une «mondialisation à visage humain», au diapason avec l\u2019orientation générale du gouvernement québécois à cet égard.Sur le plan de ses relations internationales, c\u2019est un cheval que le gouvernement du Québec entend enfourcher indépendamment de la Sites Internet position que pourrait prendre à cet égard le gouvernement canadien.C\u2019est donc une année de « mondialisation tous azimuts » qui se dessine à Québec.Cet enjeu, tout comme ceux de l\u2019environnement et du développement durable, assurera un certain rayonnement au Québec sur la scène internationale, par la voie de la « paradiplomatie ».Cet outil demeure toutefois insuffisant pour un État comme le conçoit l\u2019actuel gouvernement du Parti québécois.D\u2019une certaine façon, c\u2019est le Québec qui a inventé la paradiplomatie à l\u2019usage des États qui n\u2019ont pas de statut souverain, se plaît-on à souligner au ministère.Le champion mondial de la paradiplomatie, dit-on à l\u2019édifice Hector-Fabre, boulevard René-Lévesque à Québec, c\u2019est le Québec, dont l\u2019exemple est suivi aujourd'hui par l\u2019Écosse et la Catalogne, ou par les communautés wallonne et flamande de Belgique.\u2022 Ministère des Relations internationales du Québec: www.mri.gouv.qc.ca Délégation du Québec à New York : www.quebecusa.org Délégation du Québec à Paris : www.quebec.fr Les relations Québec-Ottawa L'Alliance canadienne au Québec: résolument marginale Hélène Buzzetti Correspondante parlementaire du Devoir à Ottawa Depuis 1993, le Parti libéral du Canada fédérale.Seule l\u2019Alliance canadienne sem-règne en maître sur la scène politique ble, sinon capable, du moins désireuse de Mondialisation tous azimuts à Québec Les relations Québec-Ottawa 670 Le Québec, le Canada, le monde contester cette domination.En attendant son heure, elle réchauffe les banquettes de l\u2019opposition.Mais si l\u2019équipe allianciste a un temps \u2014 celui du bref passage de Stockwell Day comme capitaine \u2014 flirté avec le Québec, elle semble lui avoir tourné le dos, maintenant que Stephen Harper en a pris les commandes.Été 2000.Un obscur trésorier alber-tain, Stockwell Day, est porté à la tête de la nouvelle Alliance canadienne avec tous les honneurs dus au prophète.L\u2019époque Preston Manning est révolue, et l\u2019affaire n\u2019est pas que symbolique.On aura tout reproché à M.Day, de son improvisation l\u2019amenant à réviser la plateforme du parti, à son faible pour les mises en scène destinées aux caméras, mais il aura réussi là où son prédécesseur avait échoué: piquer la curiosité du Québec.Maîtrisant assez bien le français et provenant d\u2019une province plutôt autonomiste, Stockwell Day comprenait la fibre nationaliste plus ou moins robuste des Québécois et a su en jouer efficacement.Il a bâti une organisation digne de ce nom au Québec.Son attaché de presse et proche conseiller, Éric Duhaime, en provenait, tout comme Mark Quinlan, l\u2019autre francophone du bureau du chef.Il a prononcé quelques discours à Montréal, présenté ses candidats à l\u2019élection dans une rame de métro montréalais.Contre le bilinguisme Le Parti réformiste s\u2019était transformé en Alliance canadienne pour prendre de l\u2019expansion vers l\u2019est, et c\u2019est vers l\u2019est qu\u2019il irait.Aux élections de novembre 2002, son parti a récolté 6,2% des voix au Québec, une nette amélioration par rapport au score de 0,3 % de 1997.Mais la suite ne sera pas à l\u2019avenant.Stockwell Day multipliera les impairs et devra déclencher, 15 mois après son ascension fulgurante, une course au leadership au cours de laquelle il tentera en vain de se succéder à lui-même.Avec son chef gaffeur, c\u2019est sur le Québec que l\u2019Alliance canadienne semble aussi avoir fait une croix.Le nouveau leader, Stephen Harper, est sans contredit l\u2019un des «cerveaux» de ce parti.II a étroitement participé à l\u2019élaboration de sa plateforme.Autant Day pouvait être un homme d\u2019images, autant Harper se veut un homme d\u2019idées.Il entend revenir aux racines idéologiques du mouvement: remise en question du caractère biculturel du Canada ; refus d\u2019un fédéralisme asymétrique tel que conçu par une bonne frange de la population québécoise.Stephen Harper se fera remarquer en réaffirmant, à Montréal, les positions controversées de son parti sur le bilinguisme.Le français, déclare-t-il alors, n\u2019a pas besoin de statut spécial au Québec parce qu\u2019il n\u2019y est pas menacé.Lorsque des explications sont réclamées, il n\u2019hésite pas à en remettre : dans une lettre ouverte, il détruit le mythe d\u2019un Canada bilingue.« Le Canada est plutôt un pays ayant deux langues officielles réparties dans des régions différentes », déclare-t-il.De là la proposition de son parti à l\u2019effet de n\u2019offrir de services gouvernementaux fédéraux dans la langue de la minorité que si elle constitue au moins 10% de la population.La politique linguistique d\u2019Ottawa doit être pragmatique et non idéologique, croit celui qui voudrait que les coûts administratifs du bilinguisme soient publiés annuellement : « La politique sur la langue devrait servir le pays et la population actuelle et ne pas servir à créer autre chose.» Le Québec, le Canada, le monde 671 Non aux « nationalistes mous » du Québec Plus tard, lors du congrès bisannuel de son paru en avril 2002, Stephen Harper déclare sans ambage que les «nationalistes mous » du Québec, « du genre à mettre le couteau sur la gorge» pour obtenir des concessions du Canada, ne sont pas les bienvenus à l\u2019Alliance canadienne.Les seuls qu\u2019il saurait tolérer sont «ceux qui comprennent que la politique fédérale ne peut être strictement régio-naliste».«le ne veux pas de séparatistes parce qu\u2019ils ne sont pas des éléments stables dans une coalition fédéraliste à long terme», expliquera-t-il quelque temps après son élection à la tête du parti.«C\u2019est la stratégie Manning à ses débuts qui est de retour», déplore un ancien organisateur qui a quitté le navire.« On casse du sucre sur le dos du Québec dans l\u2019espoir de gagner des appuis en Ontario.Mais ça n\u2019a pas fonctionné et ça ne fonctionnera pas.» L\u2019organisateur en chef du parti au Québec, Michel Rivard, n\u2019aime évidemment pas cette analyse.« On a toujours fait le procès des opinions des chefs de l'Alliance canadienne», déclarait-il au Devoir en juin.Ces nationalistes sur qui M.Harper lève le nez sont pourtant ceux que Stock-well Day avait attirés au parti avec ses promesses de décentralisation.Il suffit d\u2019interroger les quelques militants alliancistes québécois pour s\u2019en convaincre.Ils proviennent pour la très grande majorité du Parti conservateur.Certains membres actifs, comme M.Rivard lui-même ou sa conjointe Lucie Couturier, ont flirté avec les péquistes à Québec.Tous rêvent de recréer la grande coalition qui avait porté Brian Mulroney au pouvoir en 1984.Depuis 1998, les sondages le démontrent: l\u2019appui combiné au Bloc québécois et au Parti libéral du Canada reste stable au Québec, entre 80 et 85 %.Ce que perd le Bloc, c\u2019est le PLC qui le récupère, tandis qu\u2019alliancistes et conservateurs s\u2019entre-déchirent sur la droite.Ces électeurs qui passent aussi facilement d\u2019une formation souverainiste à un parti fédéraliste sont à l\u2019évidence des nationalistes mous.Signe des temps : au congrès d\u2019avril 2002 à Edmonton \u2014 le premier depuis l\u2019élection de Stephen Harper \u2014, seulement huit Québécois étaient présents sur un total d\u2019un millier de délégués.Cette délégation était dirigée par Michel Rivard, celui-là même qui avait réussi, 20 mois plus tôt, à remplir un autobus pour aller célébrer le couronnement de Stockwell Day à Toronto.Il faut dire que Stephen Harper n\u2019était pas le choix numéro un des militants alliancistes québécois, loin s\u2019en faut.Il n\u2019a récolté que 22% des votes du Québec lors de l\u2019élection au leadership, contre 73 % pour Day.Aux élections partielles de mai 2002, l\u2019allianciste Joe De Santis n\u2019a réussi à obtenir que 1,4% des votes dans la circonscription montréalaise de Verdun-Saint-Henri-Saint-Paul-Pointe-Saint-Charles, remportée par la libérale Liza Frulla.Dans Saint-Léonard-Saint-Michel, l\u2019aspirant candidat n\u2019a même pas réussi à recueillir les cent signatures nécessaires pour voir son nom apparaître sur les bulletins de vote.Le cul-de-sac dans lequel se sont perdues les discussions concernant un éventuel rapprochement entre l\u2019Alliance canadienne et le Parti conservateur a découragé la plupart des organisateurs québécois.Les intéressés potentiels disent maintenant: «Que la droite s\u2019entende d\u2019abord, on lui donnera un coup de main ensuite.» L\u2019Alliance canadienne au Québec: résolument marginale Les relations Québec-Ottawa S72 Le Québec, le Canada, le monde La promesse adéquiste ?Jean-Claude Roy, l\u2019un des représentants québécois au conseil national du parti, reconnaît qu\u2019il y a eu une baisse de l\u2019engouement pour l\u2019Alliance canadienne au Québec depuis l\u2019arrivée de Harper.« C\u2019est pour cela qu\u2019on doit repenser notre stratégie», disait-il au printemps 2002.M.Roy croit que Stephen Harper arrivera à faire progresser le parti au Québec.« Il est en train de repenser les choses, de voir ce qu\u2019on va faire au Québec et comment on va le faire.On envisage l\u2019avenir très bien.» Michel Rivard prédisait, vers la même époque, que les électeurs chercheront une alternative au Bloc québécois, une fois que le gouvernement péquiste aura été battu à Québec.«Il ne faut pas être devin pour voir que le PQva perdre le pouvoir.À partir de là, il n\u2019y aura plus aucune raison de voter au fédéral pour le Bloc québécois.Le choix sera alors entre l\u2019Alliance canadienne et les libéraux corrompus », disait-il en juin 2002 alors que le scandale des commandites battait son plein à Ottawa.Mais la dynamique politique québécoise serait en faveur de l\u2019Alliance à un autre niveau.Si les sondages disent vrai et si l\u2019équipe de Mario Dumont fait une percée à l'élection générale, il pourrait y avoir une migration d\u2019adéquistes vers son parti, espèrent les rares partisans de l\u2019Alliance au Québec.«Beaucoup de gens sympathiques à l\u2019Alliance canadienne travaillent actuellement pour l\u2019ADQ, déclarait Michel Rivard.Il y aura retour d\u2019ascenseur.» \u2022 Références «Bilinguisme: Harper s\u2019explique», La Presse, 2 mai 2002.Giroux, Raymond, « L\u2019Alliance a une longue pente à remonter au Québec, admet Harper», Le Soleil, 25 mai 2002.Buzzetti, Hélène, « Le Québec n\u2019a pas besoin d\u2019étre amadoué » (entrevue avec Stephen Harper), Le Devoir, 28 mars 2002.Flanagan, Tom, Waiting for the Wave: The Reform Party and Preston Manning.Stoddart Publisher, 1995.?Site Internet Site officiel de l\u2019Alliance canadienne : www.canadianalliance.ca Le Québec, le Canada, le monde 673 Francophonie canadienne Entre l'école et l'hôpital, le développement de la francophonie canadienne Anne Gilbert Géographe, Université d\u2019Ottawa Le 7 décembre 2001, la Cour d\u2019appel de l\u2019Ontario, confirmant la décision rendue par un tribunal de première instance deux ans plus tôt, reconnaissait que les minorités linguistiques jouissent au Canada d\u2019une protection constitutionnelle et que l\u2019on ne peut réduire les services offerts à l\u2019hôpital Montfort d\u2019Ottawa sans aller à l\u2019encontre de celle-ci.Cette victoire de la communauté franco-ontarienne contre le gouvernement de l\u2019Ontario assure la survie de l\u2019hôpital.Mais le jugement rendu dans la cause Montfort va encore plus loin.Il reconnaît que le gouvernement ontarien ne peut impunément s\u2019attaquer aux institutions de la minorité, dont il consacre le rôle essentiel dans son développement.Et il crée ainsi la possibilité d\u2019un nouveau positionnement de la francophonie canadienne sur l\u2019échiquier politique.Une minorité sous tension Pour expliquer comment le dénouement de cette saga judiciaire a pu prendre une telle importance pour les communautés francophones en situation minoritaire, il faut retourner au concept de minorité et rappeler certaines des réalités qu\u2019il recouvre.Le fait minoritaire peut être abordé de diverses façons.Posé en rapport avec les attributs du groupe, en l\u2019occurrence sa langue, son origine québécoise, son his- toire rurale ou encore son catholicisme, le statut de minorité francophone est présenté comme découlant de particularismes culturels qui distinguent les membres du groupe francophone de la majorité de la population.Abordée en tant que phénomène culturel ayant comme lieu principal le processus de socialisation qui permet à ces derniers de partager une culture, une identité et une histoire, la minorité francophone devient une question de sens.Être membre de la minorité francophone, c\u2019est, selon ce point de vue, partager le sentiment d\u2019être différent en vertu de ces particularismes, et en tirer des comportements qui marqueront les pratiques de la vie quotidienne (Bernard, t988 ; Thériault, 1995).Enfin, si l\u2019on penche plutôt pour une explication qui confère aux relations sociales un caractère déterminant dans le fait minoritaire, c\u2019est à la domination exercée par la majorité sur les communautés francophones minoritaires que l\u2019on s\u2019attache, tout en s\u2019intéressant à l\u2019articulation entre la construction de la minorité francophone et celle des rapports de sexe, de classe et plus récemment des rapports entre les cultures dites fondatrices du Canada et les autres.C\u2019est dans ces termes que Danielle Juteau (1999) par exemple, privilégiant sa dimension politique, pose la question de la minorité Le Canada anglais, une petite nation qui s\u2019ignore Francophonie canadienne 674 Le Québec, le Canada, le monde francophone du Canada, dont elle voit les pratiques culturelles comme l\u2019expression d\u2019une lutte incessante devant lui permettre d\u2019affirmer son identité et de protester contre l\u2019ordre politique et culturel établi.Quelle que soit la perspective, on ne peut réfléchir sur la francophonie canadienne sans faire référence à sa très grande diversité (Gilbert, 1999).Étudier la francophonie nous oblige à scruter ses variantes de taille et de poids relatifs face à la majorité, la possibilité ou non, selon les cas, que s\u2019y développe une identité particulière au gré de comportements communs, sa plus ou moins grande affirmation de la différence, sa plus ou moins forte résistance au pouvoir de la majorité.Ce qui n\u2019est pas une mince affaire, compte tenu de la très forte hétérogénéité de la francophonie canadienne, et de sa fragmentation.La cas ontarien.En Ontario par exemple, les quelque 499 689 personnes de langue maternelle française constituent, d\u2019après le recensement de 1996, à peine 4,7 % de la population de la province.Un regard sur les nombres à une échelle plus petite révèle une situation qui n\u2019est pas aussi défavorable qu\u2019il n\u2019y paraît.Les francophones sont majoritaires dans les comtés unis de Prescott et Russell, dans l\u2019extrême sud-est de la province.Ils dépassent les 40 % dans le district de Cochrane, les 30 % dans la municipalité régionale de Sudbury et les 25% dans la plupart des autres régions du Nord.À Ottawa, ils ne comptent peut-être que pour 16% de la population du territoire formant la nouvelle ville, mais ils forment une majorité dans un de ses quartiers centraux, Vanier et un pourcentage qui atteint les 30 % dans sa banlieue est, Orléans.La bataille récente qu\u2019a eu à livrer cette population francophone pour faire reconnaître le statut bilingue d\u2019Ottawa confirme cependant que, quelle que soit l\u2019échelle, la communauté franco-ontarienne vit en situation minoritaire.Évoquer la minorité francophone au Canada, c\u2019est aussi faire référence à son très grand pluralisme.Qui dit pluralisme, dit diversité des modalités d\u2019appartenance et d\u2019identification individuelles à la communauté francophone.Raymond Breton (1985,1994), en référence à la tension que leur impose un environnement socioculturel auquel ils cherchent à s\u2019intégrer tout en restant assez distanciés pour garder leur identité propre, a identifié les bases sur lesquelles s\u2019établit la relation des individus au groupe.Construite pour les uns sur une seule base pragmatique ou utilitaire, pour les autres sur la perception d\u2019un héritage culturel distinct, cette relation prend de multiples formes, sans compter qu\u2019elle peut changer selon les circonstances.Dans chaque cas, il s\u2019agit d\u2019un spectre allant du négatif au positif, du rejet à la fierté, en passant par l\u2019indifférence.Développer les institutions pour s'épanouir Le débat public qui se tient au Canada autour de ces minorités francophones tourne inévitablement autour de la question de leur assimilation (Bernard 1998, O\u2019Keefe 1998).Les personnes de langue maternelle française de l\u2019extérieur du Québec s\u2019anglicisent, le pouvoir d\u2019attraction du français y étant nul.Toutes les régions en souffrent, mais ce sont celles où la proportion de francophones est la plus faible qui sont les plus touchées.Hors de la famille et de l\u2019école, l\u2019anglais s\u2019impose dans la plupart des milieux comme la seule langue utilisée dans Le Québec, le Canada, le monde 675 l\u2019espace public, le français étant relégué à la sphère privée.Ce qui n\u2019est pas sans effet sur l\u2019identité et les représentations collectives des francophones, qui se fragilisent.Les acteurs politiques de la minorité francophone cherchent à maintenir et fortifier les communautés de façon à endiguer ces pertes.Ils essaient d\u2019aviver le sentiment d\u2019appartenance.Ils mettent sur pied des organisations qui regroupent les francophones, recréant ainsi des frontières ethniques qui baliseront une identité francophone.Du travail politique et communautaire de ces organisations naissent des institutions de langue française, dans une diversité de secteurs.Cette volonté de continuité historique se manifeste à des degrés divers selon les milieux, mais elle est visible partout.Ainsi la francophonie minoritaire s\u2019est-elle dotée, au fil des ans, d\u2019un éventail d\u2019institutions qui lui ont permis de maintenir une vie collective en français dans des milieux qui étaient loin de s\u2019y prêter naturellement, à la faveur d\u2019une action politique habilement menée, dont on peut voir les résultats sur les plans constitutionnel et législatif.Danielle luteau et Lise Séguin-Kimpton (1993) font une excellente analyse des processus qui ont entouré, depuis la fin des années 60, la structuration de cet espace institutionnel en Ontario, à partir du secteur de la culture et des communications, pour s\u2019étendre ensuite à divers autres domaines, dont celui de l\u2019éducation, où la lutte pour la défense du français a été particulièrement acharnée.La communauté franco-ontarienne a réussi dans ce domaine à se réapproprier sa langue, à travers la mise en place d\u2019un réseau particulièrement fourni d\u2019écoles \u2014 on en compte à l\u2019heure actuelle plus de 350 dans la province \u2014 gérées par elle, qui sont un symbole de sa vitalité.Sans parler de la création de garderies de langue française dans plusieurs localités, de collèges de langue française desservant l\u2019ensemble du territoire, et des nombreux groupes d\u2019alphabétisation populaire qui ont émergé tant en milieu rural qu\u2019urbain.Ces institutions sont considérées comme les piliers du développement de la francophonie.Les juges qui ont statué sur l\u2019avenir de Montfort n\u2019ont pas hésité à le reconnaître, en retenant des arguments que leur ont présentés les sociologues Raymond Breton et Roger Bernard (2000): « Celles-ci sont beaucoup plus que de simples fournisseurs de services.Elles sont des milieux linguistiques et culturels qui fournissent aux personnes les moyens d\u2019affirmer et d\u2019exprimer leur identité culturelle et qui, par extension, leurs permettent de réaffirmer leur appartenance culturelle à une collectivité [.].Elles expriment l\u2019identité du groupe, la présence française en Ontario et au Canada, la réalité française dans la vie publique, et la force et la vitalité de la collectivité.» (Jugement de la Cour divisionnaire de l\u2019Ontario, 1999).La francophonie a fait de la consolidation de son espace institutionnel le fer de lance de son action.Quel que soit le domaine, on cherche à s\u2019assurer de lieux permettant aux jeunes, aux personnes âgées, aux femmes, aux membres des minorités raciales et culturelles \u2014 pour ne nommer que ceux-là \u2014 d\u2019interagir en français.De nombreux projets visant à faciliter leur mise en réseau ont aussi vu le jour, tant à l\u2019échelle des régions que des provinces, qui ont fait de la francophonie canadienne une grande utilisatrice des réseaux électroniques.Toutes ces réalisations ont été l\u2019occasion de négo- Entre l\u2019école et l\u2019hôpital, le développement de la francophonie canadienne Francophonie canadienne 676 Le Québec, le Canada, le monde dations serrées avec une majorité qui contrôle tous les lieux de pouvoir, sauf dans quelques milieux plus favorisés par le nombre.Plusieurs ont fait l\u2019objet de luttes assez dures, qui ont jeté le doute sur la capacité de « vivre ensemble » de la société canadienne.De l'éducation à la santé Au cours des 30 dernières années, c\u2019est la question de l\u2019éducation qui a mobilisé le plus clair des énergies.La francophonie canadienne s\u2019est battue contre son assimilation en luttant pour obtenir la gestion de ses écoles \u2014 dans les cas, bien sûr, où elle en avait.Les tribunaux (jugement Mahé, 1990) ayant clarifié et établi ses droits fondamentaux dans ce domaine, sa lutte se déplace maintenant sur d\u2019autres terrains.La santé et les services sociaux apparaissent en tête de liste.Alléguant que les services de santé en français sont rarement \u2014 sinon jamais \u2014 accessibles aux francophones dans plus de la moitié des régions où ils vivent en minoritaires, que ce manque d\u2019accessibilité les empêche de recevoir des soins de qualité - avec l\u2019idée que la capacité de comprendre et d\u2019être compris fait partie intégrante de la qualité du service \u2014 et qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une source profonde d\u2019iniquité, les acteurs politiques de la minorité demandent de plus en plus qu\u2019on fasse de la santé en français un dossier prioritaire au pays.L\u2019accès à des services de santé en français pour les francophones minoritaires est devenu, sans contredit, une priorité.Un bref portrait démographique de la francophonie canadienne, et un retour sur certains de ses acquis politiques, aident à comprendre pourquoi.Vieillissement.Les minorités francophones sont des communautés vieillissantes.D\u2019après le recensement de 1996, elles ne comptent plus qu\u2019une faible proportion de jeunes, avec seulement 13,9% de jeunes de moins de 15 ans et à peine 11,4 % de 15 à 24 ans.Chez les anglophones du Canada (Québec exclu), ces pourcentages s\u2019élèvent à 23,4% et 14,2% respectivement.Cette déficience du côté des jeunes francophones se répercute forcément vers le haut de la pyramide des âges, où les groupes plus âgés occupent une place démesurée par rapport à celle qu\u2019ils occupent chez les anglophones: 10,9% dans la catégorie des 55-64 ans et 13,6% dans celle des 65 ans et plus pour la population francophone, contre 7,4% et 10,4% pour la population anglophone.Le vieillissement constitue une réalité qui crée tout un ensemble de défis au sein de la francophonie canadienne, et notamment dans ses milieux ruraux.En Saskatchewan par exemple, 42,2 % des francophones ont plus de 55 ans : cas certes extrême, mais qui révèle l\u2019ampleur du vieillissement de la francophonie rurale.Dans un tel contexte, l\u2019intérêt porté à la santé et l\u2019action vigoureuse menée dans ce dossier par les acteurs politiques de la minorité ne surprennent guère.Dans ses chroniques de la vie politique en Ontario français de 1986 à 1996, Linda Cardinal (2001) évoque un tout autre ensemble de conditions auxquelles il faut associer le développement des services de santé et des services sociaux en français au pays.De son point de vue, c\u2019est à un contexte politique et législatif favorable aux revendications de la minorité francophone qu\u2019il faut attribuer ses premiers succès dans ce domaine à l\u2019échelle ontarienne.S\u2019est en effet amorcée alors, dans les années 60, une période d\u2019ouverture aux Le Québec, le Canada, le monde 677 préoccupations des francophones de l\u2019Ontario, qui mène en 1971 \u2014 en écho à la Commission royale d\u2019enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme au Canada \u2014 à une politique accordant des services en français « là où le nombre le justifie et là où c\u2019est pratique».En 1986, le gouvernement adopte sa Loi sur les services en français, qui assure aux francophones de la province le droit de recevoir des services gouvernementaux en français, dans les régions où leurs assises sont les plus solides.Certains mécanismes mis en place par le gouvernement de la province pour l\u2019appliquer dans le dossier de la santé ont été sévèrement critiqués.Cette loi sera néanmoins vue par les acteurs politiques comme une occasion unique de parfaire l\u2019offre de services en français dans ce domaine.Ceux-ci ont été habiles à tirer profit de l\u2019opportunité politique qu\u2019elle leur ouvrait, aidés dans ce travail par les fonctionnaires francophones qui ont servi de relais stratégique des revendications de la minorité auprès du gouvernement.L\u2019arrivée au pouvoir du Parti progressiste-conservateur a certes marqué, en 1995, le début d\u2019une ère beaucoup moins propice au développement des services de santé en français en Ontario.Le contexte n\u2019en reste pas moins favorable à l\u2019avancement du dossier, dans la foulée de la percée de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada au palier fédéral.Suite à un travail bien mené des lobbyistes de la FCFA, le ministre de la Santé a créé l'an dernier un Bureau d\u2019appui aux communautés de langues officielles, procédé à des consultations auprès de celles-ci, et financé plusieurs projets communautaires.Dans l\u2019esprit de l\u2019application de la Vile Partie de la Loi sur les langues officielles, qui stipule que le gouvernement fédéral doit favoriser l\u2019épanouissement des minorités francophones et anglophones du Canada et appuyer leur développement, le ministre a aussi établi deux comités consultatifs, un francophone et un anglophone, ayant comme mandat de fournir des avis pour orienter les politiques et les programmes de Santé Canada.Le Comité consultatif des communautés francophones en situation minoritaire (CCCFSM) établi au printemps 2000, a remis un premier rapport au ministre en septembre 2001, qui recommande une stratégie globale d\u2019amélioration permanente de l\u2019accessibilité des services de santé en français.Les enjeux communautaires Ce rapport identifie cinq leviers d\u2019action pour corriger la situation.À la base, il recommande la création de lieux d\u2019accueil, regroupant les intervenants francophones de la santé, et qui seraient gérés par la minorité.Les services de première ligne sont les premiers visés, et l\u2019approche communautaire privilégiant la multidisciplinarité est préconisée.Il recommande aussi la création de réseaux régionaux devant réunir les forces vives de la communauté engagées dans le dossier de la santé.Ces réseaux auraient comme mission de faire état des besoins, d\u2019identifier les moyens d\u2019y répondre et de réunir les principaux partenaires capables d\u2019améliorer l\u2019accès des francophones aux services dont ils ont besoin.Le rapport propose de faire appel aux nouvelles technologies d\u2019information et de communication, pour rendre ces services disponibles au plus grand nombre.Il insiste aussi sur le besoin d\u2019une action stratégique visant la formation d\u2019intervenants francophones en santé et la recherche sur la santé des francophones vivant en situation minoritaire.Entre l\u2019école et l\u2019hôpital, le développement de la francophonie canadienne Francophonie canadienne 678 Le Québec, le Canada, le monde Les besoins en matière de services de santé en français sont criants, même dans une région comme l\u2019Est ontarien, pourtant parmi les plus favorisées sur le plan institutionnel.Les combler sera d\u2019autant plus difficile que le leadership communautaire commence à peine à se créer, après avoir été en veilleuse pendant de longues années.La quesüon de la demande constitue un autre des enjeux reliés au développement des services de santé en français.Les francophones du Canada n\u2019ont pas l\u2019habitude de demander qu\u2019on les serve dans leur langue dans les cliniques de santé ou les hôpitaux.Le fait que la clientèle soit là ne signifie pas pour autant que la demande s\u2019exprimera.Un important travail de mobilisation reste donc à faire.Les enjeux légaux et politiques Le récent mémoire de la FCFA du Canada à la Commission sur l\u2019avenir des soins de santé au Canada (Commission Romanow) propose deux mesures gouvernementales pour donner l\u2019élan nécessaire à ces différentes initiadves (FCFA, 200t).La première concerne la créadon, à Santé Canada, d\u2019un programme fédéral-provincial-territorial qui offrirait des mesures incitadves aux gouvernements provinciaux afin qu\u2019ils prévoient des services de santé qui répondent aux besoins de leurs minorités francophones.Un tel programme s\u2019inspirerait du modèle du Programme des langues officielles dans l\u2019enseignement, géré par le ministère du Patrimoine canadien, qui a permis de nombreuses initiatives, tant en termes d\u2019infrastructures que de livraison de services.La seconde réside dans l\u2019adoption d\u2019une modification à la Loi canadienne sur la santé afin d\u2019y ajouter un sixième principe portant sur la dualité linguistique.Un tel ajout assurerait le droit aux services de santé dans leur langue aux minorités de langue officielle du pays, un droit qui n\u2019est pas visé par l\u2019actuelle Charte canadienne des droits et libertés, dont la portée se limite à l\u2019éducation.Il assurerait l\u2019engagement des gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux pour le développement de ces services.Selon la FCFA du Canada, cette prescription permettrait au système de santé de refléter cette valeur fondamentale du Canada qu\u2019est la dualité linguistique.Elle s\u2019inscrirait dans la notion de progression des droits des francophones du pays et suivrait le modèle déjà en vigueur dans le secteur de l\u2019éducation.Et elle établirait dans les faits la réciprocité entre la francophonie canadienne et les anglophones du Québec, qui jouissent de tels droits grâce à une loi de l\u2019Assemblée nationale.Sortir de l'approche judiciaire Les victoires successives de Montfort en Cour divisionnaire et en Cour d\u2019appel contre le gouvernement de l\u2019Ontario ont changé la donne politique.La Commission Romanow, pour ne nommer que celle-là, n\u2019aura d\u2019autre choix que de traiter, dans ses recommandations, de la question des services aux minorités.Il est trop tôt pour prédire quelle forme elles prendront, et surtout, ce qu\u2019en fera ensuite le gouvernement fédéral.M.Romanow aura sûrement pris acte du fait que de toutes les provinces, seul le Québec a une loi spécifique pour assurer des services sociaux et de santé à sa minorité linguistique.Il aura aussi évidemment compris que, tôt ou tard, les tribunaux finiront par consacrer le droit des francophones à recevoir des soins de santé dans leur langue si, devant l\u2019inaction du gouvernement, Le Québec, le Canada, le monde 679 ces derniers devaient continuer de porter leur cause devant les tribunaux.La stratégie judiciaire s\u2019est certes avérée gagnante, dans ce dossier comme dans plusieurs autres.Très lourde à porter par une minorité qui aurait mieux à faire que d\u2019épuiser ses acteurs politiques dans de longues poursuites.D\u2019aucuns souhaitent que le développement des services de santé en français se fasse autrement, à travers la négociation et le jeu politique.Il y a eu un débat assez virulent entre les défenseurs de chacune de ces stratégies, au moment où il a fallu s\u2019entendre sur la façon de réagir à la fermeture de l\u2019hôpital Montfort.Plusieurs acteurs de la minorité osent espérer que leur victoire récente dans ce dossier leur aura fourni suffisamment de capital politique pour qu\u2019à l\u2019avenir, on n\u2019ait plus à recourir aux tribunaux.L\u2019avenir dira s\u2019ils ont raison.\u2022 Références Bernard, Roger, De Québécois à Ontarois.La communauté franco-ontarienne.Le Nordir, Hearst, 1988.Bernard, Roger, Le Canada français: entre mythe et utopie.Le Nordir, Ottawa ,1998.Bernard, Roger, À la défense de Montfort.Le Nordir, Ottawa , 2000.Breton, Raymond, «L\u2019intégration des francophones hors Québec dans des communautés de langue française », Revue de l\u2019Université d\u2019Ottawa, vol.55, n° 2,1985.Breton, Raymond, «Modalités d\u2019appartenance aux francophonies minoritaires.Essai de typologie», Sociologie et sociétés, vol.26, n° 1,1994.Cardinal, Linda, Chroniques d'une vie politique mouvementée.L\u2019Ontario francophone de 1986à 1996.Le Nordir, Ottawa, 2001.Comité consultatif des communautés francophones en situation minoritaire, Rapport au ministre fédéral de la Santé, Ottawa, Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, septembre 2001.Cour divisionnaire de l\u2019Ontario, Jugement de la cause Lalonde, de Courville Nicol et Hôpital Montfort c.Commission de restructuration des services de santé (dossier 98-DU-244), 29 novembre 1999.Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada, Dessein 2000: pour un espace francophone, FCFA du Canada, Ottawa, 1992.Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada, Mémoire de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada à la Commission sur l\u2019avenir des soins de santé au Canada, novembre 2001.Gilbert, Anne, Espaces franco-ontariens, Le Nordir, Ottawa, 1999.Juteau, Danielle, L\u2019ethnicité et ses frontières, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, Montréal, 1999.Juteau, Danielle et Lise Séguin-Kimpton, «La collectivité franco-ontarienne: structuration d\u2019un espace symbolique et politique», in C.J.JaüNEN (sous la dir.de), Les Franco-Ontariens, Les Presses de l\u2019Université d\u2019Ottawa, Ottawa, 1993.O\u2019Keefe, Michael, Minorités francophones: assimilation et vitalité des communautés, Patrimoine canadien, C98-980021-0F, Ottawa, 1998.Thériault, Joseph Yvon, L'identité à l'épreuve de la modernité, Éditions d\u2019Acadie, Moncton, 1995.Le Canada anglais, une petite nation qui s\u2019ignore Les études québécoises dans le monde 680 Le Québec, le Canada, le monde Les études québécoises dans le monde Le Québec et le Canada vus du Brésil Zilé Bernd Université fédérale, Rio Grande do Sul Directrice, Groupe de recherche sur les transferts culturels Conseil international d\u2019études canadiennes Évoquons pour commencer l\u2019importance que revêt, au Brésil et en Amérique latine, le dialogue qui a commencé à s\u2019établir entre le Québec et le Brésil à partir des années 1980, et par la suite les liens qui se sont tissés entre le Canada, le Québec, le Brésil et d\u2019autres pays latino-américains.Limitons l\u2019évaluation de ces échanges au monde universitaire, en soulignant les effets bénéfiques de cette réciprocité, non seulement pour les francophones des Amériques, mais aussi pour tous ceux qui croient aux méthodes comparatives dans le développement des connaissances.L\u2019ouverture du Brésil vers la francophonie américaine, à l\u2019occasion de l\u2019organisation, au début des années 80, des premiers stages organisés par le ministère québécois des Relations internationales (MRI), fut une bouffée d\u2019oxygène dans un contexte marqué par l\u2019influence d\u2019une culture hégémonique, celle de la France.L\u2019option pour le Québec, sa culture et sa littérature a plongé d\u2019emblée les chercheurs du Brésil dans un univers culturel pluriel, multiple et hétérogène qui a permis l\u2019ébauche d\u2019un dialogue, créant par la suite un espace privilégié de réflexions et d\u2019échanges sur les questions identitaires dans les deux pays.De l'exotisme à la vraie connaissance L\u2019ambiance ouverte et démocratique des milieux universitaires québécois a favorisé des projets d\u2019échanges qui ont débuté vers les années 1990 et se prolongent sans interruption jusqu\u2019à aujourd\u2019hui.Ce faisant, on est passé progressivement de la séduction de l\u2019exotisme \u2014 qui condamne la connaissance de l\u2019autre à rester à un stade superficiel \u2014 à une connaissance basée sur le respect des différences.Il faut nommer ici les quelques chercheurs qui furent les premiers à entrevoir le grand potentiel du rapprochement culturel Brésil-Québec.\u2022\tMaximilien Laroche, de l\u2019Université Laval, qui dans ses écrits évoque la prise de conscience de l\u2019appartenance commune aux Amériques, et invite « à réinventer les Amériques en passant de la fiction de sa découverte à la réalité de sa conquête pour aboutir à la dialectique de sa construction largement à venir ».\u2022\tBernard Andrés, de l\u2019Université du Québec à Montréal, infatigable promoteur des échanges Brésil-Québec, qui a attiré l\u2019attention sur le besoin de sortir du « triangle vicieux » constitué avec la France.\u2022\tPierre Nepveu, de l\u2019Université de Montréal, qui a écrit que « toute littérature, si liée soit-elle à une culture particulière, n\u2019a de sens que si on en sort, pour y revenir, changé, un peu égaré, lesté d\u2019images et d\u2019idées nouvelles» (Intérieurs du Nouveau Monde, 1998). Le Québec, le Canada, le monde 681 \u2022\tNoël Audet, qui rappelle «que nous habitons tous l\u2019Amérique comme des enfants qui rêvent» (Frontières ou tableaux d\u2019Amérique, 1995).\u2022\tJean Morisset, géographe, qui s\u2019intéresse au Brésil depuis longtemps et vient d\u2019y découvrir un poète \u2014 Mathias Carvalho \u2014 qui, en 1886, rendit hommage à Louis Riel, inscrivant ainsi un personnage de l\u2019histoire du Canada dans le grand mouvement d\u2019émancipation des Amériques.Et tous les autres, car depuis vingt ans une génération de chercheurs comme Marc Angenot, Régine Robin, Walter Moser, Jocelyn Létourneau, Gérard Bouchard, sont devenus des références au Brésil, dans les domaines de la littérature, des sciences de l\u2019éducation, de la sociocri-tique des textes et des sciences humaines en général.Des échanges interuniversitaires accrus La réflexion de ces chercheurs a préparé le terrain à la signature de protocoles d\u2019entente interuniversitaires à travers lesquels des missions d\u2019enseignement et de recherche ont été réalisées, et qui ont contribué de façon substantielle à la dynamisation de la culture et de la littérature québécoises au Brésil.Si les lettres québécoises ont été mises à l\u2019honneur au Brésil, les lettres brésiliennes ont à leur tour trouvé une place dans les programmes d\u2019études des universités québécoises.L\u2019inauguration du Centre d\u2019études et de recherches sur le Brésil (CERB) à l\u2019UQAM, coordonné par Bernard Andrés, qui deviendra sans doute un important atout pour le rayonnement de la culture brésilienne au Canada, témoigne du sérieux et du potentiel de ces échanges.Des ouvrages collectifs ont été publiés au Brésil et au Québec, ouvrant à un public élargi les fructueux résultats de ces traversées interculturelles.Tous ces chercheurs sont devenus en quelque sorte des «passeurs culturels», pour reprendre l\u2019expression de Suzanne Giguère.À partir des années 90, ces rapports assument un caractère institutionnel encore plus ferme, avec l\u2019entrée en scène du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international du Canada (MAECI), qui ira encourager la création de centres d\u2019études canadiennes, sous la coordination de l\u2019Association brésilienne d\u2019études canadiennes.Avec la création de l\u2019ABECAN en 1991, les échanges Brésil-Canada ont été encouragés par des bourses d\u2019études et par les nouvelles possibilités de dialogue pour les chercheurs brésiliens dont l\u2019anglais est la langue de spécialisation.La plus grande partie du travail de PABECAN est réalisée à travers les centres d'études canadiennes qui se sont développés dans presque toutes les provinces brésiliennes, fruits des accords signés entre des universités et l\u2019ambassade du Canada au Brésil.Aujourd\u2019hui, un ensemble de 17 centres établis dans les universités fédérales et privées dynamisent le travail d\u2019enseignement, de recherche et d\u2019accueil aux collègues canadiens qui viennent pour des séjours plus ou moins longs de maîtrise et de doctorat.La traduction de textes du Canada anglais et du Québec est très stimulée dans le cadre des activités des centres, ce qui permet aux lusophones d\u2019entrer en contact avec la production canadienne, surtout dans le domaine des sciences humaines.La vigueur de ces efforts a été attestée lors du sixième Congrès international de l\u2019ABECAN qui s\u2019est tenu à Porto Alegre en Le Québec et le Canada vus du Brésil Les études québécoises dans le monde 682 Le Québec, le Canada, le monde 2001.Les communications présentées par plus de 200 participants venus de différentes régions du Brésil, de l'Amérique latine, du Canada et de l\u2019Europe, ont révélé une ouverture vers d\u2019autres champs d\u2019intérêt tels que l\u2019anthropologie, la sociologie, les arts plastiques, l\u2019environnement et les relations internationales, au-delà des secteurs déjà assez développés que sont la gestion, la littérature québécoise, la littérature canadienne de langue anglaise, la littérature comparée, l\u2019analyse de discours, la traduction et la terminologie.Les objectifs que l\u2019Association s\u2019est donnée ont été largement atteints : constituer une association autonome du point de vue du choix des thèmes de recherche, académiquement forte, multidisciplinaire et trilingue (portugais, anglais et français).Un aspect fondamental de la mission de l\u2019ABECAN est de stimuler les publications dans les trois langues et d\u2019appuyer la circulation des revues.Actuellement, l\u2019Association donne son appui à trois revues: Interfaces Brasil/Canada (revue officielle de l\u2019ABECAN), Canadart (revue du centre d\u2019études canadiennes de Salvador à Bahia) et Boletim da Abecan, édité à Belo Horizonte, actuel siège de l\u2019Association.Les membres peuvent aussi se mettre au courant de toutes les nouvelles à travers le site Internet www.abecan.com.br.L\u2019approche comparative, un élément essentiel L\u2019un des aspects les plus stimulants de ces recherches est leur approche comparative.La possibilité de mieux comprendre les enjeux identitaires brésiliens après avoir étudié les tensions existant entre le Québec et le Canada, est un exemple.Autre exemple : les enseignements que les Canadiens pourront tirer de certains mouvements culturels du Brésil, tels que le «mouvement anthropophage» de 1928 qui exorcisa le « péché originel » de l\u2019européocentrisme.C\u2019est ce versant comparatif qui est de plus en plus exploité et qui mène un certain nombre de critiques littéraires brésiliens à s\u2019intéresser au phénomène des « littératures migrantes » du Québec et du Canada, dans lequel ils peuvent constater l\u2019imbrication d\u2019au moins deux horizons culturels (celui de la culture d\u2019origine de l\u2019écrivain et celui du pays d\u2019accueil) et les tentatives des écrivains de redéfinir le concept d\u2019identité.Toutes ces contributions ont enrichi les études sur les questions identitaires et sur la théorie littéraire, pour ne nommer que ces deux domaines.Deux organismes internationaux ont beaucoup contribué à l\u2019essor des études canadiennes et comparées au Brésil et en Amérique latine : l\u2019Association internationale d\u2019études québécoises (AIEQ) et le Conseil international d\u2019études canadiennes (CIEC).Leurs programmes de bourses, d\u2019appui à l\u2019édition, d\u2019aide à la recherche et à l'organisation de colloques apportent une contribution décisive aux rencontres entre chercheurs et à la diffusion de leurs résultats.La mise en réseau des canadianistes, par les techniques les plus avancées, est également à mettre au crédit de ces organismes.À partir de 2001, un important réseau international de recherche a été mis sur pied par le CIEC : cinq équipes de chercheurs ont été constituées pour travailler sur la thématique des transferts culturels au Canada et à l\u2019étranger, sur l\u2019impact de ces transferts sur les cultures dites nationales, sur le métissage culturel et son impact sur l\u2019identité nationale, et l\u2019influence de la culture canadienne Le Québec, le Canada, le monde 683 sur le marché mondial des cultures au 21' siècle.Un symposium Canada-Brésil à Montréal Des rencontres prévues en 2002 et 2003 seront suivies de publications qui témoigneront de l\u2019indispensable croisement culturel que les études canadiennes stimulent.Un symposium Canada-Brésil, qui se propose de penser les transferts culturels, les pratiques et les discours du pluralisme, doit avoir lieu à Montréal en décembre 2002.L\u2019approche comparative interaméricaine permet de réfléchir sur la question identitaire en allant au-delà des frontières nationales, linguistiques et culturelles.Penser les rapports Brésil-Québec-Canada dans un cadre transculturel nous pousse à considérer le concept d\u2019américanité, intimement associé aux questions identitaires et qui peut correspondre à un besoin d\u2019affirmation identitaire plus élargi.Si on réfléchit à l'extraordinaire hétérogénéité du continent américain, cette proposition peut sembler dérisoire : comment s\u2019identifier à quelque chose qui a tant de facettes, où se côtoient la richesse et la pauvreté, où les écarts sociaux et économiques sont immenses et où tant de cultures se sont entremêlées dans différents moments de son histoire?Un autre obstacle, peut être encore plus difficile à surmonter: l\u2019adhésion à Références Livres parus au Brésil Almeida, S.R.G.(sous la dir.de), Intersecçôes : diàlogos com a literatura e a lingufstica no Canada.UFMG/ ABECAN, Belo Horizonte, 2001.Andrés, B.Coerçâo e subversâo: o Quebec e a América Latina.Editora da UFRGS, Porto Alegre, 1999.Bernd, Z., et J.Mélançon (sous la dir.de) Vozesdo Quebec (antologia).Editora da UFRGS/Embaixada do Canada, Porto Alegre 1992 (traduction du français parZilâ Bernd et son équipe).Bernd, Z.et E.Santos, Canada : Imagens de um pais.Anthologia.Editora da UFRGS, Porto Alegre, 1994.Bernd, Z.(sous la dir.de), Escrituras hi'bridas ; estudos de literatura comparada interamericana.Editora da Universidade (UFRGS), Porto Alegre, 1998.Bernd, Z, org.CD-ROM: Antologia de textos fundadores do comparatismo literàrio interamericano.UFRGS, Porto Alegre 2001.(CD-ROM, également disponible sur le site www.ufrgs.br/cdrom) Hanciau, N., A.Béranger et S.Dion, L\u2019Amérique française; Introduction à culture québécoise.FURG, AIEQ et ABECAN, Rio Grande, 1998.Lavallée, D.(sous la dir.de) Les études canadiennes au Brésil et leurs articulations avec le Canada.UNEB/ Abecan, Salvador, 1997.Oliveira, H.L.et D.Forget, Imagens do outro: leituras divergentes da alteridade.UEFS/Abecan, Feira de Samtana, 2001 (édition bilingue).Livres parus au Québec Bernd, Z.et M.Peterson, Confluences littéraires: BrésiVQuébec, les bases d\u2019une comparaison.Balzac, Montréal, 1992.Bernd, Z.et B.Andrés (sous la dir.de), Le littéraire et l'identitaire dans les Amériques.Nota Bene, Québec, 1999.Revues Interfaces Brasil/Canada(annuelle), n° 1, 2001 et n° 2, 2002.Numéro spécial de la revue Liberté (Montréal), « BRESILITTERAIRE » (anthologie de textes de la littérature brésilienne traduits vers le français), dirigé par Z.Bernd et B.Andrés, 1994.Le Québec et le Canada vus du Brésil Les études québécoises dans le monde 684 Le Québec, le Canada, le monde une identité continentale obligera, à la limite, à rompre avec les points de repères ethniques, linguistiques et nationaux, ceux-là mêmes qui, d\u2019habitude, créent parmi les individus la notion d\u2019appartenance à une communauté.Le grand avantage est que la notion d\u2019américanité \u2014 avec ses variantes amcricanidad et ame-ricanidade \u2014 force l\u2019introduction de la dimension de l\u2019altérité dans la réflexion sur l\u2019identitaire, et peut se constituer comme une sorte de nouvelle référence délocalisée pour les populations migrantes.Le plus grand défi est celui de s\u2019engager dans la voie de la relation avec l\u2019autre, qui permet de fréquenter et d\u2019admirer la culture d\u2019autrui, mais sans cesser pour autant de cultiver la sienne propre.L\u2019extraordinaire hétérogénéité qui caractérise les cultures américaines invite à vivre l\u2019identité dans une perpétuelle mouvance, réactualisant les parcours nomades de nos ancêtres amérindiens.Gaston Miron nous parle d\u2019un monde enchevêtré, « monde qui devient de plus en plus complexe, interdépendant, métissé et pluriel».Savoir que nous ne sommes pas seuls et que nous avons des compagnons pour partager la tâche de le défricher et de le définir \u2014 ne serait-ce que de manière provisoire et inachevée \u2014 semble de très bon augure pour le nouveau siècle.Entreprendre le défi de réfléchir à l\u2019américanité inachevée, voilà une salutaire stimulation pour les recherches en cours, tant au Brésil qu\u2019au Canada.\u2022 Les études québécoises dans le monde Le Centre Moscou-Québec Un pont entre la Russie et le Québec L\u2019Université d\u2019État des Sciences humaines de Russie, située à Moscou, compte depuis 1996 un Centre d\u2019études sur le Québec.Plus précisément, cette jeune université abrite l'une des deux antennes du Centre Moscou-Québec, l\u2019autre étant située à l\u2019Université Laval.Le Centre agit comme lieu d\u2019échanges entre étudiants russes et québécois.Chaque année, depuis quatre ans, une quinzaine d\u2019étudiants québécois font un stage à Moscou après être passés par le Programme d\u2019études russes de l\u2019Univer- sité Laval.Le Centre accueille aussi des chercheurs québécois, des conférenciers et des professeurs dans le cadre de la tenue de séminaires et de colloques.Les étudiants russes sont par contre moins nombreux à faire le voyage inverse, à cause des coûts de transport.Historique L\u2019existence de ce centre a été rendue possible par la politique d\u2019ouverture de cette université moscovite et la volonté du ministère québécois des Relations inter- Le Québec, le Canada, le monde 685 42» Étudiantes du Centre Moscou-Québec, à l'Université des sciences humaines de Russie : (de g.à d.) Julia Vassilieva, Tania Viens, Ekaterina Isaeva (vice-directrice du Centre), Anna Prikhodko, Olga Petoukhova et Natalia Khartchenkova.nationales de voir naître un centre d\u2019études sur le Québec en Russie.Connue sous le nom de RGGU (Rossiïskiï Gosou-darstvenniï Goumanitarniï Universitet), cette institution moscovite a vu le jour en 1991 avec le passage de la Russie à l\u2019ère post-communiste.Cette date n\u2019est pas un hasard: la RGGU a bien été créée pour libérer les sciences humaines de 70 années d\u2019idéologie officielle.Son recteur, Youri Afanassiev, est un des fondateurs, avec Andrei Sakharov, Elena Bonner et Boris Eltsine, du mouvement «Russie démocratique ».Si jeune soit-elle, cette université trouve tout de même ses racines dans deux institutions culturelles russes.La première est l\u2019Université populaire Cha-niavski, centrée sur les arts et les valeurs humanistes, qui n\u2019a pas survécu aux bouleversements de la Révolution de 1917.L\u2019université actuelle loge dans l\u2019édifice construit au début du siècle pour l\u2019université Chaniavski.La seconde institution est l\u2019Institut d\u2019histoire et d\u2019archives de Moscou, fondé en 1930 pour former des archivistes et qui sut garder tout au long du siècle une tradition de recherche scientifique.Cet institut est aujourd\u2019hui un département de la RGGU.La jeune université compte environ 5000 étudiants et concentre sa formation sur l\u2019histoire, l\u2019économie, le droit, la sociologie, la linguistique et les langues, la psychologie et l\u2019histoire de l\u2019art.Elle se distingue par une volonté d\u2019ouverture sur le monde : elle est partenaire de nombreuses universités européennes, abrite une chaire de culturologie de l\u2019Unesco, le Centre franco-russe Marc-Bloch (anthropologie historique), le Centre Suède-Russie et enfin le Centre Moscou-Québec.Le Centre Moscou-Québec: un pont entre la Russie et le Québec Les études québécoises dans le monde 686 Le Québec, le Canada, le monde Ce dernier a été créé grâce à une subvention du ministère québécois des Relations internationales remise au CELAT (Centre d\u2019études interdisciplinaire sur les arts, les lettres et les traditions) de l\u2019Université Laval.Cette aide a permis d\u2019aménager un local à l\u2019université de Moscou, lequel abrite maintenant une collection de livres dont une bonne partie a été fournie par l\u2019Association internationale des études québécoises (AIEQ).Une première Il existait déjà à Moscou un Institut des États-Unis et du Canada, dont le Québec constitue un objet d\u2019étude privilégié, mais la création d\u2019un centre consacré à l\u2019étude du Québec est une première en Russie.En 2000, un programme spécialisé d\u2019études québécoises a vu le jour sous l\u2019appellation: «L\u2019histoire, la culture et les archives de l\u2019Amérique francophone : la civilisation québécoise au passé et au présent ».Il ne s\u2019agit pas encore d\u2019un centre de grande envergure: il accueille une douzaine de nouveaux étudiants chaque année qui poursuivent une formation de deux ans où dominent l\u2019histoire et l\u2019étude des archives (environ 60% du temps) auxquelles ils ajoutent l\u2019étude du français ainsi que des cours sur le Québec (40% du temps).Depuis septembre 2002, une troisième année permet à ces étudiants d\u2019aborder l\u2019étude de la littérature québécoise.En l\u2019an 2000, une classe du niveau collégial a été créée à Moscou pour preparer des étudiants russes aux études du Centre Moscou-Québec.Pendant leur passage à RGGU, les étudiants québécois, qui, en général parlent russe à leur arrivée à Moscou, donnent des cours de français ou de culture francophone (littérature, civilisation), en échange des frais de scolarité et du logement sur le campus.Celui-ci est situé dans un quartier animé du centre de la capitale.Pour de nombreux étudiants québécois, le passage à la RGGU est l\u2019occasion de parcourir la Russie, souvent jusqu\u2019à Vladivostok, ou encore de trouver de l\u2019emploi sur place.Depuis deux ans, le Centre gère le fonds Ladislas-Gonczarov, d\u2019une valeur de 343 000$, légué par un homme d\u2019affaires d\u2019origine russe.Chaque année, une somme de 25 000 $ est consacrée à trois catégories de bourses pour des étudiants de Laval tandis que 7500$ servent à donner trois bourses à des étudiants russes pour leurs études à Laval.Le Centre Moscou-Québec a compilé une bibliographie bilingue des ouvrages et thèses publiés au Québec sur la Russie entre 1978 et 1998 ; l\u2019ouvrage comprend aussi plus de 740 références à des monographies, recueils et articles consacrés au Québec et publiés en russe au cours du xxc siècle [voir Référencesp.689].Parmi les publications récentes nées sous l\u2019impulsion du Centre Moscou- Centre Moscou-Québec Directrice: Tatiana Mogilevskaya : tmog(5)mail.ru On peut également contacter le professeur Alexandre Sadetsky : Alexandre.Sadetsky(â)lli.ulaval.ca Vice-directrice à Moscou : Ekaterina Isaeva Site du Centre Moscou-Québec : www.oui-da.net/centre/ Le Québec, le Canada, le monde 687 Les Légendes de la Nouvelle-France de Jean-Claude Dupont en édition russe.on Québec, mentionnons encore Légendes de la Nouvelle-France, paru en russe au printemps de 2001 (Édtions GID), à l\u2019occasion de la Semaine de la Francophonie.Il s\u2019agit d\u2019adaptation de textes, illustrés et tirés de la collection de Jean-Claude Dupont, ethnographe et folkloriste.\u2022 Roch Côté Les études québécoises dans le monde L'AIEQ et l'explosion des études québécoises dans le monde L\u2019Association internationale des études québécoises (AIEQ) a été créée en mai 1997.Elle a été mise en place à l\u2019initiative d\u2019un petit groupe de professeurs d\u2019universités québécoises.Après seulement cinq ans d\u2019existence, elle est une organisation dont le caractère international s\u2019affirme de plus en plus, ce qui reflète l\u2019augmentation remarquable, ces dernières années, de l\u2019intérêt qu\u2019exerce le Québec sur les chercheurs du monde entier.Sur les 32 membres qui composent son Conseil d\u2019administration, 60% sont de l\u2019extérieur du Québec.La proportion est la même en ce qui a trait à ses quelque 750 membres.Depuis mai 1999, l\u2019Association est présidée par le représentant de l\u2019Allemagne au sein du Conseil d\u2019administration, le professeur Ingo Kolboom, de l\u2019Université de Dresde.Les fondateurs ont souhaité mettre en place une association dont la principale mission est de promouvoir et de soutenir le développement d\u2019études portant sur le Québec.Le regroupement et la multiplication des contacts entre « québécistes » du monde entier s\u2019imposait donc.L\u2019AIEQ s\u2019est d\u2019abord consacrée à établir et à faire fonctionner ce réseau international.Elle a identifié puis répertorié plus de 2250 professeurs, chercheurs et étudiants qui, dans les universités de 65 pays et dans plus de 40 disciplines, ont fait du Québec au moins un de leurs sujets de recherches, de publications ou d\u2019enseignement.La majorité de ces québécistes sont de l\u2019extérieur du Canada et du Québec.Ils se retrouvent dans chacune des différentes régions du monde, mais en plus grand nombre en Europe et aux États-Unis.C\u2019est à travers l\u2019intérêt qu\u2019ils accordent à la littérature québécoise que le plus grand nombre de ces québécistes étrangers découvrent et apprécient les réalités québécoises.Le Centre Moscou-Québec : un pont entre la Russie et le Québec Les études québécoises dans le monde 688 Le Québec, le Canada, le monde L\u2019AIEQ s\u2019est dotée de différents moyens pour promouvoir et soutenir concrètement le développement et le rayonnement international des études québécoises.À titre d\u2019exemple, elle transmet chaque semaine par courriel, aux quelque 2250 québécistes qu\u2019elle a recensés à travers le monde, un bulletin d\u2019information électronique.Elle s\u2019est dotée, en outre, d\u2019un site Internet qui rend accessibles, facilement et rapidement, les informations les plus utiles pour mieux connaître le Québec, ou encore pour mieux connaître les activités de ceux qui se consacrent à l\u2019étude du Québec.Enfin, elle offre à ses membres des aides techniques ou financières susceptibles de faciliter la réalisation d\u2019un projet de recherche, d\u2019enseignement, de publication ou de communication.Deux bourses d\u2019excellence sont offertes annuellement: la Bourse Gaston-Miron, qui vise à encourager la recherche en littérature québécoise, et celle de la Commission de la capitale nationale du Québec pour une recherche sur le rôle international des villes-capitales.En 2002, la Bourse Gaston-Miron a été obtenue par un étudiant brésilien, et celle de la Commission de la capitale nationale du Québec, par une enseignante de l'Université du Québec à Trois-Rivières.Colloques Chaque année depuis sa création, l\u2019AIEQ a organisé des colloques réunissant autour d\u2019un même thème les experts de l\u2019étranger et leurs homologues québécois.Ces grands colloques ont eu pour thèmes: «Citoyenneté, Nations, Supranationalité», «Définir l\u2019intégration?», « Scotland/Quebec, An Evolving Comparison », ou encore « L\u2019émergence des études québécoises dans le monde ».En 2002, il s\u2019est agit d\u2019une table ronde traitant de la politique linguistique québécoise vue de l\u2019étranger.L\u2019AIEQ a également organisé, en juin 2002, un symposium sur « L\u2019Amérique française: Louisiane, Acadie, Québec, une histoire partagée» au cours duquel des historiens des États-Unis, du Canada et du Québec ont pu s\u2019exprimer sur leurs recherches.Depuis 1997, l\u2019Association s\u2019efforce de promouvoir les études québécoises tant au sein des congrès des associations régionales d\u2019études canadiennes que lors des rendez-vous internationaux de la plupart des disciplines.En 2001-2002, elle aura été présente au Brésil (Congrès de l\u2019Association brésilienne des études canadiennes à Porto Alegre), aux États-Unis (American Association of Teachers of French à Boston), au Royaume-Uni (troisième Conférence internationale francophone à Leeds), en Irlande (Congrès de la British Association of Canadian Studies), en Allemagne (Congrès annuel des canadianistes de langue allemande à Graïnau), en Russie (Semaine de la francophonie - Centre Québec-Moscou [voir article p.684]), en Inde (Association indienne des études canadiennes à New Delhi), et au Congrès du Conseil international des études canadiennes à Ottawa.Par le biais de ses aides techniques et financières, l\u2019AIEQ a permis à de nombreux membres de participer à des colloques, séminaires et conférences (entre autres pays en 2002 : Autriche, France, Belgique, Irlande), de publier des ouvrages, articles et essais portant sur le Québec (soutien à des auteurs brésilien et hongrois) et de profiter d\u2019un complément de spécialisation (par un professeur danois).Dans son bulletin électronique hebdomadaire, l\u2019AIEQ tient ses membres Le Québec, le Canada, le monde 689 informés de tous les colloques, auxquels elle participe ou non elle-même, qui impliquent les études québécoises ou encore qui ont la francophonie internationale comme objet.Elle suit également à la trace les ouvrages parus récemment dans le domaine des études québécoises, les événements, colloques ou conférences d\u2019intérêt pour celles et ceux qui étudient le Québec, les grands débats et défis qui périodiquement mobilisent la société québécoise.Au programme de la saison 2002-2003, on trouve par exemple un colloque sur le français aux États-Unis, en Indiana en avril 2003.Fin août 2002, à Québec, des spécialistes devaient « parler langue », lors d\u2019un Séminaire interaméricain sur la gestion des langues dans le contexte de la future Zone de libre-échange des Amériques.Nul doute qu\u2019il y aura été question du dynamisme du français, de l\u2019espagnol et du portugais face au défi de la domination anglo-saxonne.Une question qui doit intéresser bien des québécistes.\u2022 Références Association internationale des études québécoises (AIEQ) Place Royale 32, rue Notre-Dame Québec (Québec) G1K8A5 Tél.: (418) 528-7560 Fax:(418)528-7558 Courriel : accueil(p)aieq.qc.ca Site Internet: www.aieq.qc.ca Président: Ingo Kolboom Directeur général : Robert Laliberté Les études québécoises à l\u2019étranger ont connu un grand essor au cours des vingt dernières années.Dans la plupart des grands et beaucoup de moins grands pays du monde, on peut trouver aujourd\u2019hui des spécialistes capables de parler intelligemment d\u2019Émile Nelligan, de René Lévesque ou des méandres linguistiques québécois.Cela est particulièrement vrai du domaine des études littéraires, même si l\u2019économie et la politique sont de plus en plus présents.Nous proposons ici aux lecteurs une bibliographie qui, sans être exhaustive, donne une idée de la masse et de la qualité des publications qui se font à l\u2019étranger sur le Québec.Nous avons privilégié les parutions les plus récentes, mais pas de manière exclusive.La présence de pays comme l\u2019Allemagne et le Brésil, qui n\u2019ont pas avec le Québec de liens traditionnels si forts si on les compare à la France ou aux États-Unis, est remarquable dans la liste qui suit.Soutenue notamment par le gouvernement du Québec, mais autonome par rapport à lui, l\u2019AIEQ, fondée en 1997, veut systématiser et encourager le développement de la connaissance à l\u2019étranger sur le Québec.Soulignons qu\u2019au printemps 2001, l\u2019AIEQ a organisé, en collaboration avec la revue GLOBE (www.revueglobe.ca), un colloque sur « l\u2019émergence des études québécoises dans le monde », réunissant une vingtaine d\u2019experts et de représentants de tous les coins de la planète.La revue GLOBE a présenté leurs propos dans le volume 4, numéro 2 de 2001.Ce numéro constitue un document fort utile pour qui s\u2019intéresse à l\u2019évolution des études québécoises.Sauf exception, les auteurs sont classés par pays d\u2019origine, et non par pays de publication.Allemagne Erfurt, Jurgen, «Frankophone Minderheiten, Migration und mixité in Kanada», Zeitschrift der Gesellschaft für Kanadastudien, vol.20, n°i, 2000.Erfurt, Jürgen, Monica Heller et Normand Labrie, Prise de parole: La construction discursive de l'espace francophone en Amérique du Nord.Rapports aux participants, University of Toronto, Centre de recherche en éducation franco-ontarienne, Toronto, 2001.L\u2019AIEQ et l\u2019explosion des études québécoises dans le monde Les études québécoises dans le monde 690 Le Québec, le Canada, le monde Greif, Hans-Jürgen et François Ouellet, Literaturin Québec-Eine Anthologie ; Littérature québécoise-Une anthologie, im Auftrag des CIFRAQS derTechnischen Universitat, Dresde, 2000.Klaus, Peter (sous ladir.de), «Québec-Canada.Culture et littératures immigrées» in Neue Romania, n°i8, 1997.Klaus, Peter (sous la dir.de), Conteurs franco-canadiens, Reclam, 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Index 695 Index des noms et des principaux thèmes Aatami, Pita, 531, 533 Abénakis, 143 Abitibi Consol, 79 Abitibi-Témiscamingue, 100, 241, 328-329, 370-373, carte p.374, fiche statistique p.390 Académie des lettres du Québec, 602 Acadie, 519 AccèsLogis, 433 Accord du lac Meech (voir Lac Meech) Accord sur le commerce intérieur (voir aussi Commerce interprovincial), 412, 413 ACFAS (Association canadienne-française pour l\u2019avancement des sciences), 601 Action démocratique du Québec (ADQ), 76, 86, 87, 124, 481, 482, 484, 487, 489, 490, 494-508, 51?.5I9-523, 524; voir aussi [2001] p.162,477 Activité physique, 211, 214 Adams, Michael, 655 ADISQ (industrie du disque), 600 Adoption internationale, 105 Aéroports de Montréal (ADM), 85, 260, 262-266, 335 Afanassiev, Youri, 685 Agence anti-dopage, 74 Agence métropolitaine de transport, 256 Agressions sexuelles, 219-220 Agropur, 553 Agrotourisme, 326-332 Aide sociale, 179,180 Air Alma, 79, 336 Air Canada, 260, 262-265, 332-337 Air France, 261, 263, 264, 266 Air Montréal, 336 Air Transat, 75, 260, 266 Aktouf, Omar, 574 Al RaufAl Jiddi, 79 Alberta, 651 Alcan, 81, 366 Alcool (consommation), 207, 208 ALENA (Accord de libre-échange nord-américain), 408,413,449,459,480, 545, 653, 666 Algonquins, 143, 370, 533 Alimentation Couche-Tard, 467 Alimentation, 216 Alitalia, 261 Allaire, lean, 491, 496 Alley, Bug, 139 Alliance canadienne (parti), 43, 83, 484, 669-672 Alliance Québec, 22, 493, 536 Allocations à la naissance, 125 Almanach du peuple, 53 Aluminium, 81, 345, 346, 350,366,378 Amérindiens (voir Autochtones) Amnistie Internationale, 45 Anctil, Jean-Michel, 600 Anderson, Benedict, 8 Andrés Bernard, 680 Angenot, Marc, 576, 681 Anglo-Québécois, 6,18, 20, 21, 22, 23,135-141, 486, 678 AOL Time Warner, 633 Apedaile, Peter, 238 Aquin, Hubert, 595 Arafat, Yasser, 39 Arcan, Nelly, 581 Argument (revue), 576 Arseneau, Maxime, 512 ARTV, 630, 640 Ashuapmuchuan (rivière), 347 Asper (Groupe), 625 Asselin, Olivar, 575 Assemblée nationale (Québec), 361,478,480, 481,483,496, 500, 502, 509-523, 531, 549, 554, 617-6l8, 623, 664-666 Association canadienne de paiement (AQUIP), 471, 473 Association des régions du Québec, 231 Association internationale des études québécoises (AIEQ), 559, 682, 686, 687-689 Assurance parentale, 126 Assurance-emploi, 180-188 Assurance-médicaments, 480, 522 Assurances personnelles, 193 Astral Media, 624, 631, 632 Adas du Québec, 392-394 Adas historique du Québec, 395 Attentats du 11 septembre, 32-41,41-45,75,418,478,514, 649, 65I-653, 658, 66l, 662, 667, Auberge Grand-Mère, 51 Aubert de Gaspé, Philippe, 354 Audet, Martine, 602 Audet, Noël, 681 Auger, Michel C., 491 Autochtones, 7, 10,18, 22,143, 144,145,437.438, 44>, 23Ô.344, 382, 478, 486, 527-534 Automobile, 190 Avortement (voir Interrupdon volontaire de grossesse) Aznavour, Charles, 596 Bachand, Raymond, 551 Bachynski, Morrel P., 600 BAEQ (Bureau d\u2019aménagement de l\u2019Est du Québec), 59, 60, 61, 63, 338, 360,385 Baie James, 236, 364, 370, 530 convention, 438, 439, 479, 528,531,532,560 Index des noms et des principaux thèmes Index des noms et des principaux thèmes 696 Index Baillargeon, Constantin, 575 Balthazar, Louis, 491, 538 Banque du Canada, 461, 462 Banville, Charles, 60 BAPE (Bureau d\u2019audiences publiques en environnement), 251, 253-256,384,479 Baril, Gilles, 47, 49, 231, 480, 481,495,511,512,517,518 Bariteau, Claude, 14 Bas-Saint-Laurent, 100, 231, 327-329.354.358-361.385; carte p.362, fiche statistique p.389 Bastien, Hermas, 565 Bataille, Georges, 567 Battah, Jean, 56 BBC, 628 BCE (Bell Canada Enterprises), 85 628-630, 633, 634, 640 Beauce, 352 Beauchamp, André, 570 Beauchemin, Jacques, 12,15 Beaudet, Marie-Andrée, 538 Beaudoin, Louise, 40, 480, 511, 591, 664, 666-668 Beaugrand-Champagne, Paule, 79 Beaulieu, Mario, 78 Beauparlant, Andrée-Line, 590 Bédard, Stéphane, 510, 511 Beets, Jack, 139 Bégin, Paul, 50, 86, 480, 512 Bell ExpressVu, 630 Berd, Françoise, 88 Bergeron, Michel, 599, 601 Bernard, Roger, 675 Bernatchez, Louis, 601 Bernierm, Ivan, 668 Bertrand, Rosaire, 512 Bertrand, Pierre, 566 Bertrand, Roger, 510 Beuriot et Richelle, 602 Bibeau, Pierre, 495 Bickerton, James, 560 Bigras, Dan, 590 Bigras, Julien, 570 Bilinguisme officiel, 7,132, 670,677 Bingos (loi), 520 Bisaillon, Guy, 491 Black Conrad, 650 Blanchet, Marcel, 517 Blanchet, Mp Bertrand, 60 Bliss, Michael, 654,663 Bloc Équité sociale, 524 Bloc Pot, 524 Bloc québécois, 42, 485, 497, 660, 671, 672 Bloch, Ernst, 569 BNAA (British North American Act), 485 Boily, Mathieu, 602 Bois d\u2019œuvre, 74, 85, 442-451 Boisclair, André, 55, 56, 87, 482, 509, 510, 511, 515, 666 Bombardier, 73, 75, 79, 84, 548 Bonner, Elena, 685 Borkar, Ramachaudra, 139 Borras, Alphonse, 311 Bouchard, Gérard, 7,10,12, 14,15,17,18,558,578,581, 681 Bouchard, Hervé, 584, 585 Bouchard, Lucien, 20, 76, 481,489,494,495,553, 661; voir aussi [1997] p.105 Bouchard, Roméo, 67 Bouchard, Roxanne, 579 Boucher, Maurice «Mom», 83 Boucher, Claude, 511 Boudria, Don, 52, 55, 83 Boulad-Ayoub, Josiane, 569 Boulay, Claude, 52, 54 Boulay, Isabelle, 596, 600 Boulerice, André, 511 Boulet, Julie, 514 Bourassa, Robert, 5, 485, 496, 498; voir aussi [1998] p.107 Bourque, François, 626 Bourque, Pierre, 74, 76, 77, 253 Boussora, Faker, 79 Bouthillier, Guy, 78 Boutros-Ghali, Boutros, 77 Bran Van 3000,139 Brassard, Jacques, 80, 484, 492, 495.515.517 Brault, Jacques, 50, 54, 566, 574 Bréard, Raymond, 48, 49, 481, 495.517 Brésil, 464, 680-684 Breton, Guy, 515, 516 Breton, Raymond, 674, 675 Briand, Manon, 588 Brière, Marc, 487, 491, 559 British Airways, 261 Brochu, André, 593 Brodbeck, Torn, 659 Brooks, Stephen, 560 Brossard, Nicole, 580, 586 Brousseau, Yves, 393 Budget du Québec, 77, 418, 425.478 Buissonneau, Paul, 597, 600 Bush, George W., 37, 38, 655 Bush, George, 651 Caisse de dépôt et placement, 82, 86, 299, 623 Caldwell, Gary, n Calgary Sun, 661 Cambron, Micheline, 580, 592 Campanella, Juan José, 601 Canada (anglais ou ROC), 649-664, 580 Canada français, 17, 21,134 Canadien (club de hockey), 82, 629, 630 Canadien International, 332, 334 Canadiens-Français, 12,13, 16,18 Cantin, Serge, 10, Canuel, Erik, 589 CanWest Global Communications, 517, 624, 625, 627, 632, 633 Carbonneau, Claudette, 86, 548.551 Cardinal, Mario, 576, 624 Cardinal, Linda, 676 Cardinal, Martin, 330 Carleton University, 313 Caron, Jocelyne, 511 Caron, Louis, 582 Carson, Ann, 138, 602 Casino du Lac Leamy, 314 Castonguay, Charles, 132 Castonguay, Claude, 491 Cavell, Charles, 76 CBC (Canadian Broadcasting Corporation), 631, 633, 664 Cellucci, Paul, 34, 653 Index 697 Centrale des syndicats démocratiques (CSD), 546 Centrale des syndicats du Québec (CSQ), 498, 546-552, 614, 618, 619, 622 Centre Bell, 82 Centre d\u2019études québécoises (CETUQ, UdeM), 592-595 Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ), 300 Centre hospitalier universitaire Laval (CHUL), 298 Centre international d\u2019études canadiennes, 682 Centre interuniversitaire d\u2019études québécoises (CIEQ), 395 Centre Québec-Europe, 87 Centre Saidye-Bonfrnan, 137 Centre-du-Québec, 100, carte et fiche statistique, 322-323 CFCF, 629, 630 Chagnon, Jacques, 490 Chambre des Communes, 361, 660, 665 Chandler, 241, 550 Chaput-Roland, Solange, 88 Charbonneau, Jean-Pierre, 84, 492-494,512,516,519 Charest, Jean, 20,47, 50, 51, 74,77, 80, 82,480, 495, 498, 514, 536; voir aussi [2001] p.158 Charest, Micheline, 80, 639 Charest, Solange, 510 Charlebois, Jeann-d'Arc, 88 Charlevoix, 352, 360, 364, 376 Charney, Ann, 138 Charney, Melvyn, 138 Charron, Claude, 491 Charte de la langue française, (loi 101), 7, 20,76,480, 5t2, 534-540 Charte des droits et libertés (Canada), 44 Charte des droits et libertés (Québec), 486, 502 Chartrand, Michel, 491 Chaudière-Appalaches, 100, 299, 306, 3°7.392\"394 Chaurette, Normand, 593 Chauveau, Pierre-Ioseph-Olivier, 354 Chénier, Dominique, 581 Chevrette, Guy, 80, 481, 484, 489,495,515,517, 531 Chevrier, Marc, 486 Chiarielli, Bob, 312 Chicoutimi, 365, 366 Childerhose, Buffÿ, 139 Chirac, Jacques, 668 Chômage, 163, 180,399, 400 Chouinard, Denis, 588 CHRC, 624 Chrétien, Jean, 42, 51, 52, 53, 54,55,650,651,653,658 Cinar, 80 Cinéma, 193,194, 587-591 Cirque du Soleil, 591, 597 Cité du multimédia, 300 Citoyenneté, 14,17,18, 23, 74, québécoise, 27-32 CJPX,629 CKAC, 624 Clauses «orphelin», 504 Cliche, David, 484, 517 Cliche, Paul, 80, 489, 490 Cloutier, Véronique, 639 Coalition rurale du Bas-Saint-Laurent, 235 Coalition Sauver les campagnes, 67, 68 Coalition urgence rurale du Bas-Saint-Laurent, 63 Code du travail, 521, 550 Cogeco, 629, 631-634 Coiteux, Marc, 137 Collèges (inscriptions et diplômes), 606 Colombie-Britannique, 529, 532,533,614 Comeau, Robert, 491 Comité international olympique (CIO), 73 Commandites, 50, 53 Commerce extérieur, 406-409 Commerce interprovincial, 407, 412 Commission Bélanger-Campeau, 84 Commission de la capitale nationale (Ottawa), 312 Commission de la capitale nationale (Québec), 283 Commission de toponymie, 537 Communauté métropolitaine de Montréal, 257 Communauté urbaine de Québec, 299 Confédération des syndicats nationaux (CSN), 86, 544-552 Confédération paysanne, 61 Conference Board du Canada, 425, 427, 429 Conflits d\u2019intérêts, 46-59 Conflits de travail, 161 Conlogue, Ray, 580, 650 Conseil canadien des chefs d\u2019entreprise, 35 Conseil de la science et de la technologie, 302 Conseil supérieur de la langue française, 537 Consommation, 189-194, 404 Constitution (pour le Québec), 485-488, 509 Constitution, 21, 85 Construction, 195, 410, 414 Coon Come, Matthew, 441, 442 Copps, Sheila, 656 Corbo, Claude, 84 Corcoran, Jim, 138 Cornellier, Louis, 578-580 Corriveau, François, 481, 518 Corruption, 46-59 Cosgrove, Stanley, 88 Côté, André, 519 Côté, Charles, 62 Côté, François, 517 Côté, Jacques, 511 Côté, Pierre F., 491 Côte-du-Sud, 352, 354-358 Côté-Mercier, Gilberte, 89 Côte-Nord, 100, 241, 327-328, 335.358' 360,376-379.47g, 528; carte p.380, fiche statistique p.391 Cour suprême, 485, 501, 528, 532.533 Courchesne, Georges, 359 Courchesne, Thomas, 650 Couture, Carol, 597, 600 Couturier, Lucie, 671 Index des noms et des principaux thèmes Index des noms et des principaux thèmes 698 Index Coyne, Andrew, 657, 658 Crête, Michel, 80 Crevier (pétrole), 467 Criminalité, 219-223, 223-227, 541; voir aussi [1997] p.63, [1998] p.67 CRIQ (Centre de recherche industrielle du Québec), 299 Cris, 76,143, 144, 370, 437-442,527,528,530-533 Cross, Daniel, 590 CRTC (Conseil de la radiodiffusion et de la télévision canadiennes), 628, 630, 636, 638 CTV (télévision), 628-629, 663 Cyr, François, 87 Cyr, Myriam, 598 D\u2019Amour, Alban, 559 D\u2019Aquino, Torn, 35 Dalpé, Jean-Marc, 594 Daoust, Fernand, 538 Daviau, Thérèse, 89 David, Françoise, 491, 553 David, Gilbert, 592 David, Michel, 491, 493 Davies, Robertson, 649 Davis, Arthur Vining, 366 Day, Stockwell, 83, 670 De Santis, Joe, 671 Debaïlleul, Guy, 67 Décès taux, 105 causes, 204, 205 Décrochage scolaire, 607, 608 Delanoë, Bertrand, 77 Delta, 266 Démographie, 95-112,112-124,129-135,141-146 Denis, André, 74 Deschamps, Yvon, 497, 660 Descôteaux, Bernard, 490, 492, 626 Déséquilibre fiscal, 73, 82, 426-432 (voir aussi Séguin, Yves) Deshaies, Guy, 89 Desjardins (Mouvement), 553, 554.556 Desjardins, Denys, 590 Desjardins, Pierre, 56 Desjardins, Richard, 68, 373, 589 Desroches, André, 47, 48 Destroismaisons, Danielle, 600 Dette publique, 423, 424 Diamond, Lynn, 583 Diététique, 216 Dion, Céline, 138 Dion, Stéphane, 73 Dionne-Marsolais, Rita, 499, 510,511,515 Diplômes (nombre), 604, 605 Directeur général des élections, 492, 500, 507, 523-525 Discrimination, 146-152 Diversité culturelle, 5, 21, 40, 44; voir aussi [2001] p.176, [2002] p.23 Divorces, 115,118 Dollard-des-Ormeaux, 56 Dollarisation, 459-465 Dopage, 74 Dor, Georges, 89 Dorion, Hélène, 593 Dorion, Henri, 538 Dorion, Jean, 536 Dorval (aéroport), 86, 261-266,333 Drainville, Mgr Gérard, 60 Drapeau, Maurice, 61 Drogues (consommation), 208, 221 Drucker, Michel, 77 Dubuc, Alain, 236 Dubuc, Alfred, 366 Duceppe, Gilles, 78, 660, 66i;voir aussi [1998] p.198 Ducharme, Réjean, 579, 584, 595 Ducharme, Yves, 77, 312 Duchesne, Louis, 115 Duchesne, Pierre, 517, 575 Dufour, Christian, 576 Dufour, Guillaume, 569 Dufour, Lorraine, 589 Dugas, Clermont, 382 Duhaime, Éric, 670 Duhaime, Yves, 49 Duke, James B., 366 Dumont, Fernand, 6-12,17, 20, 351, 566, 574 Dumont, Mario, 87, 477, 481, 484, 493-500, 514, 672 Dumouchel, Paul, 572 Dupont, Jean-Claude, 687 Dupuis, Gilbert, 585 Dussault, René, 85 Dutoit, Charles, 596, 598 Eastmain, 439, 441 Économie sociale, 553-557 Éducation, 192, 193, 506, 508; enseignants, 613-622 Eggleton, Art, 54 Église catholique, 292, 308-311, 360, 361, 383 Ehrhardt, Bettina, 601 Élections municipales, 77 Élections partielles (provinciales), 76, 85, 87 Blainville, 76 Vimont, 87 Berthier, 87 Joliette, 87 Lac-Saint-Jean, 87 Labelle, 76 Laviolette, 76 Viger, 85 Elstine, Boris, 685 Embraer, 73 Émigration, 148 Émond, Bernard, 589 Emploi, 155-164, 399-402 Environnement, 506, 507 Équité salariale, 479 Espérance de vie, 202, 203 Essence, 465-474 Esso, 466, 467 Estrie (et Cantons de l\u2019Est), 100, carte et fiche statistique, 318, 319, 351, .35* État-providence, 173,174, 297,484 État-région, 19, 20 États généraux du Canada français, 485 États généraux du monde rural, 231 États généraux sur la langue française, 27, 30, 74 Etats-Unis, 32-41, 649-660, 688, 689 Éthique, 46-59 Index 699 Ethnicité, 12 Études québécoises, 388, 392, 613, 615, 675, 701; voir aussi [2002] p.71 Euro, 459 Exportations, 406-409, 412, 416, 460 Expos (baseball), 77, 81 Facal, Joseph, 77, 87, 482, su, 515,516 Falardeau, Pierre, 600 Famille, 112-124,124-129, monoparentale, 119 122, 171,172,180 politique familiale, 124-129, 451,452,454, 455.456 Farkas, Endre, 139 Faulkner, Stephen, 600 Fécondité, 103,104 Fédération des Commissions scolaires, 498 Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), 677, 678 Fédération des femmes du Québec, 551 Fédération des infirmières du Québec, 546, 547 Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), 84, 544-552 Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), 623 Fédération québécoise des municipalités, 231, 236 Feng Shui, 197 Ferretti, Andrée, 491, 575, 579 Ferrier, Lai, 139 Ferron, Jacques, 593 Ferron, Marcelle, 89 Festival des Films du Monde, 600, 601 Festival International du film sur l\u2019art (FIFA), 601 Fisette, Denis, 571 Fisher, Douglas, 659 Fondaction (CSN), 552 Fonds de Solidarité, 79, 299, 550-552 Forêts, 244-246, 442, 443 France, 364, 668, 669 Francis, Diane, 661 Francophones hors Québec, 134 Francophonie internationale, 77, 79 nord-américaine, 17,18 Francophonie canadienne (francophones hors Québec), 673-679 Francophonie, 478, 513, 515, 667, 668, 680 Frappier, Roger, 588 Fraser Institute, 650 Fraser, Sheila, 53 Freed, Josh, 135,136 Frigon, Gaétan, 50, 80, 495 Frontière(s), 32, 34, 40, 42 Frost, Corey, 139 Frulla, Liza, 671 Fulford, Robert, 655 Fusions municipales, 79, 81 ; voir aussi [2002) p.51, 235, 257,290,308,317,357,361, 526 Gagliano, Alphonso, 53, 54 Gagnon, Alain G., 19, 491, 538,558-560 Gagnon, Gabriel-Yvan, 513 Gagnon, Jean-Guy, 61 Gagnon, Katia, 492 Gagnon, Lysiane, 493 Gagnon, Madeleine, 602 Gagnon, Marc, 81 Gallant, Mavis, 138 Garcia, Nicole, 601 Garderies, 77, 451-458 Garon, Jean, 77 Garou, 596, 600 Gaspésia, 79, 241, 337, 338, 385.550 Gaspésie-îes-de-la-Madeleine, 100, 241, 327-329.332.335.337-344.351.352.358.376, 382-385, 550; carte p.386, fiche statistique p.391, Gatineau, 312-315 Gaudreau, François, 519 Gauthier, François, 514 Gélinas, Marc, 89 Gendarmerie royale du Canada (GRC), 53, 80 Gendron, François, 231, 511, 512,515 General Motors (GM), 75, 232, 549 Genest, Pierre, 551 Geoffrion, Serge, 512 Gérin-Lajoie (doctrine), 665-667 Germain, Jean-Claude, 579, 602 Gervais, Stéphan, 559 Gesca, 625, 632, 633 Giguère, Suzanne, 681 Gillis, Margie, 138 Girard, Doris, 79 Girard, Jean-Pierre, 559 Girard, Normand, 517 Globe (revue), 559 Godbout, Jacques T., 59 Godbout, Jacques, 593 Godin, Pierre, 491, 575 Goodale, Ralph, 55 Goodwin, Betty, 138 Goulet, Marcel, 592 Goupil, Linda, 510 Graham, Bill, 666 Grand Conseil des Cris, 439 Grand\u2019Maison, Jacques, 558 Grande Baleine, 439 Grande bibliothèque, 596 Grande Paix de Montréal, 73 Grant, George, 649 Graveline, Pierre, 491 Greenspan, Edward, 659 Grégoire, Marie, 496, 519 Grescoe, Taras, 575 Gretzky, Wayne, 659 Grondin, Jean, 572 Groupaction, 50, 51, 52, 53, 54.83 Groupe Everest, 51, 52, 53, 54 Grundman, Irving, 85 Guibord, André, 53 Guilbault, Élise, 589 Guité, Charles, 54 Gwyn, Richard, 659, 663 Halifax Herald, 662 Halifax, 261, 335 Hamelin, Louis, 582 Hamet, Pavel, 600 Haouari, Makhtar, 79 Harel, Louise, 57, 82, 491, 520 Harper, Stephen, 83, 670-672 Harris, Michael, 138, 498 Index des noms et des principaux thèmes Index des noms et des principaux thèmes 700 Index Harris, Peter, 139 Harris, Richard, 462, 464 Harvey, Fernand, 352 Harvey, Julien, n Hébert, Chantal, 14 Hébert, Robert, 566 Hechtman, Ken, 78 Heller, Monica, 580 Hells Angels, 83, 86 Hertel, François, 565, 566 Hertel-Des-Cantons (ligne), 74.479 Histoire, 7, voir aussi [2000], p.15-121 Hoffman, Wally, 76 Homel, David, 138 Hôpital Laval, 298 Hôpital Montfort, 80, 518, 673.675.678, 67g Hôpital Saint-François-d\u2019Assise, 298 Hôtel-Dieu (Québec), 298 Houde, Louis-José, 600 Hull, 267 Humble, Torn, 661 Hurons-Wendats, 143, 533 Hydro-Québec, 377, 378, 439, 440, 441, 532, 554 Iacurto, Franchesco, 89 Identité nationale, 5-27 Immigration, 11,12, 35, 44, 79,95,146-155,480 Importations, 408, 416 Impôts, 169,173,174, 421, 422, 423.437 Industries, 410 Inégalités, 172,173,174 Infopresse, 137 INRS (Institut national de la recherche scientifique), 299 InsitutC.D.Howe, 650 Institut national de la recherche scientitfique (INRS), 352 Institut pour le progrès socioéconomique (IPSÉ), 56 Institut québécois de recherche sur la culture (IQRC), 351, 352 Institutions démocratiques, 87 Intégration, n, 16,147,148 Intergaz, 473 International Trade Commission, 449 Interruption volontaire de grosssesse (IVG), 105; voir aussi [2002] p.111-112,118 Inuits, 84,143,144, 437, 527, 528,533 Investissements (privés et publics), 403, 404, 415 Jacob, Suzanne, 593 Jacques, Daniel, 569 Jeu (gambling), 80 Jeux olympiques, 81, 658, 659 Jodoin, René, 600 Johnson, Daniel (fils), 495 Johnson, Daniel (père), 485 Jolicoeur, Louis, 583 Joliette, 261 Jolivet, Jean-Pierre, 231,232, 514 Jonas, John, 601 Jonquière, 366, 481 Jospin, Lionel, 668 Jourdain, Jacques, 575 Juifs, 518 Julien, Guy, 512 Juteau, Danielle, 673, 675, 601 Jutras, Normand, 512 Kamouraska, 354-357 Kaufmann, Nicolas J., 572 Khan, Irene, 45 Kiberlain, Sandrine, 601 Kidd, Katherine, 139 King, Mackensie, 660 King, Martin-Luther, 13 Kirkland, Marie-Claire, 516 Kirpan, 86 Klibansky, Raymond, 601 KLM, 261 Koivu, Saku, 75 Kokis, Sergio, 582, 585 Koninck, Thomas de, 571 Kundera, Milan, 649 Kurtness, Rémy, 533 Kuujjuaq, 393 Kymlica, Will, 657 LAcadie nouvelle, 625 L'action nationale, 577 L\u2019Allier, Jean-Paul, 77 L\u2019apostrophe, 579 LArcjus, 518 La Gazette populaire, 626 La Presse, 137, 480, 625 La Tribune, 625 La Voie de l\u2019Est, 625 Laberge, Marie, 582 Labrador, 376, 515 Lac Meech (Entente), 5, 496 Lagueux, Maurice, 572 Laidler, David, 464 Lalonde, Francine, 661 Lamonde, Germain, 601 Lamothe, Serge, 583 Lamoureux, Diane, 558 Lamoureux, Jean-Sébastien, 75.513 Lamoureux, Johanne, 592 Lanaudière, 100; carte 277, fiche statistique, 278 Lanctôt, Jacques, 574 Landry, Bernard, 42-44, 48-5°.73-78, 80-82, 85, 87, 439.477-484.49°.491.495.509, 510, 514-519, 527, 530, 661,662,668 Landry, Jean-Claude, 626 Langue française, 17,18, 23, 27, 74, 76,87,129-135 anglaise, 129,130,136 commune, n, 18,132 d\u2019usage, 674, 675 lois linguistiques, 523, 534-540, 662 Laplante, Laurent, 583 Lapointe, Gilles, 592 Lapointe, Renaude, 89 Laroche, Maximilien, 680 Larocque, André, 490, 493 Larose, Gérald, 74, 252, 253, 491.534 Larose, Jean, 579 Larouche, Fabienne, 639 LaRue, Monique, 585, 592 Lasvergnas, Isabelle, 570 Latulipe, Hugo, 68, 589 Laurentides, 100, 266; carte et fiche statistique, 278, 279.Laurier, Daniel, 571 Lauzon, Léo-Paul, 491 Index 701 Laval, 100, 257; carte et fiche statistique, 275, 276 Lavigne, Jacques, 565, 566 Lavigne, Marie, 597 Laviolette, Marc, 491, 551 Laxer, James, 652 LCN, 630, 631 Le 30, 626 Le Devoir, 20, 536-538, 578, 625, 626 Le Droit, 623, 625 Le journal de la rue, 626 Le Journal de Montreal, 625, 630 Le Journal de Quebec, 517, 625 Le liure noir du Canada anglais, 78 Le lundi, 636 Le Nouuelliste, 625 Le Quotidien, 623, 625 Le Soleil, 236, 623, 625, 626 Leca, Jean, 14 Lefebvre, Marie-Thérèse, 592 Legault, François, 80, 484, 509, 510, 513, 515 Legault, Josée, 490 Legault, Normand, 599 Legendre, Richard, 76, 481, 491 > 509.512, 5H» 515 Léger, Nicole, 511 Lelièvre, Sylvain, 89 Lemay, Lynda, 596 Lemieux, Diane, 84, 512, 535, 597, 598, 644, 645, 662 Lemieux, Raymond, 601 Lemieux, Vincent, 490 LeMoignan, Michel, 384 Léonard, Jacques, 514 Lepage, François, 571 Lepage, Robert, 591, 596 Les Affaires, 554 Lesage, Jean, 384 Lesage, Marie-Christine, 592 Lesage, Sophie, 326 Lespérance, Sylvie, 519 Lester, Normand, 78, 576, 664 Létourneau, Jocelyn, 574,576, 681 Létourneau, Michel, 511, 512, 531 Lévesque, René, 22, 491, 495, 496,528,575 Lévesque, Claude, 567 Levesque, Gérard-D., 125 Lévesque, Marie-Claire, 597 Levine, David, 80, 87, 481, 484, 496, 510, 511 Lévis, 300 Lévy-Beaulieu, Victor, 359, 49L 579.597.600 Leydet, Dominique, 569 Libération, 590 Libre-échange, 407, 460, 650 Lind, Michael, 7, 8,11, 20 Livre (taux de lecture), 642-645 Lloyd, John, 657 Lobbying, 46-59, 477, 480, 481,495,519,522 Locass, Loco, 601 Logement, 193,195-201, 267-274> 433'437 Loi sur les jeunes contrevenants, 80 Londres, 264 Longueuil, 73, 257 Look, 630 Lord, Mario, 442 Loria, Jeffrey, 81 Losique, Anne-Marie, 639 Lufthansa, 261 Maciocia, Cosmo, 515 Mackensie, Robert, 664 Maclean\u2019s, 662 Maclure, Jocelyn, 558 Madely, Steve, 652 Magazines (taux de lecture), 642, 643, 645 Mailhot, Mélanie, 575 Maillé, Chantale, 558 Maillet, Antonine, 585 Majidi, Majid, 601 Majzels, Robert, 139 Malavoy, Marie, 490 Malécites, 143 Maltais, Agnès, 510 Mancuso, Anna, 518 Manley, John, 35, 420 Marchand, Anne, 326 Marché du travail, 155-164 Marcotte, Gilles, 578 Mariages, 112,115 Marois, Pauline, 42, 77, 418, 433.478.483.51° Martel, Yann, 602 Martin, Catherine, 589 Martin, Paul, 54, 420, 422, 608 Martin, père Paul-Aimé, 89 Massé, Henri, 84 Massé, Marcel, 53 Mathews, Georges, ni Mathieu, Rhéal, 73 Mauricie, 100, 308-311, carte et fiche statistique, 316, 317 McCall, Gordon, 139 McLellan, Anne, 44, 655 McLennan, Ross, 662 Média I.D.A.Vision, 51 Ménages (typologie), 109,110, 118-121 Ménard, Serge, 84, 512, 541 Méningite, 73 Métis, 144 Métro-Richelieu, 49 Meunier, Jean-Guy, 571 Meyssan, Thierry, 39 Michaud, Yves, 490, 491, 516 Michaud, Ginette, 592 Micmacs, 143, 382, 533 Micro-ordinateurs, 190,191 Microtec, 301 Migrations interprovinciales, 107-109 Miguelez, Robert, 572 Milner, Henry, 490 Minorités visibles, 145, 148 Mirabel (aéroport), 85, 260-266,333 Miron, Gaston, 593, 595, 684 Mitterrand, François, 491 Mode de scrutin, 87, 488-493, 502, 516; voir aussi [2000] p.319 Modèle québécois, 494, 502-505.507 Mohawks, 143,144 Molson (brasserie), 630, 656 Monderie, Robert, 68, 589 Mondialisation, 6, 480, 544, 545, 650, 664-669 Monette, Lise, 570 Monnaie (commune-voir aussi dollarisation), 32, 459, 460 Montagnais (et Ilnus-Montagnais), 143,144, 364 Montérégie, 100, 352; carte et fiche statistique, 280, 281 Montmagny, 354,356, 357 Index des noms et des principaux thèmes Index des noms et des principaux thèmes 702 Index Montréal région, 100; 302 ; carte et fiche statistique, 275-276, ville, 46, 55, 86, 233, 288, 250-260, 335, 351, 537, 542.549 Monty, lean, 85, 628 Morin, Claude, 516, 575 Morin, Jacques-Yvan, 485, 486 Morin, Louis, 550 Morin, Michel, 512, 566, 567 Morin, Robert, 589 Morisset, Jean, 681 Morrow, André, 56 Mortalité infantile, 203, 204 Moscou, 684-687 Moser, Walter, 681 Moses, Ted, 76, 439, 479, 530, 533 Motards criminels, 86 Muhlstock, Louis, 90 Mulroney Brian, 496, 518, 650, 671 Multiculturalisme, 6 Municipalités régionales de comté (MRC), 234-238, 339, 351,367,372,392,394, 502.541 Murdochville, 84, 338, 339, 341,385,549 Musée d\u2019art contemporain, 596 Musée des beaux arts, 596 Musée québécois de culture populaire, 597 Musique Plus, 629 Nardout-Lafarge, Élisabeth, 592, 593 Naskapis, 143, 439 Natalité, 102-113,115 Nation (québécoise), 5-27 National Geographic, 628 Nationalisme, 8,14,15,16,18, 19, voir aussi [1996] p.371, [1997] p.305, [1998] p.265, [2000] p.381, [2001) p.91, [2002] p.5 Nationalité, 14, 31 Neamtam, Nancy, 553 Nepveu, Pierre, 579, 580, 680 Neshat, Shirin, 596 Nicolet, Roger, 251 NORAD, 36 Nord-du-Québec, 100, 333, 531 ; carte et fiche statistique p.388- 389 Norris, Ken, 139 Nouveau-Brunswick, 359, 383 Nunavik, 84, 392, 393, 479, 531 O\u2019Hara, Alexis, 139 O\u2019Neill, Louis, 491 Obésité, 213-218 Office de la langue française, 536-539 Olivier, Jacques, 77 Ontario, 314, 370, 371, 498, 662, 671, 673-678, 614 Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP), 467 Orchestre symphonique de Montréal (OSM), 596, 598, 599 Organisation mondiale du commerce (OMC), 74, 449, 653, 665, 668 Ornsby, Eric, 138 Otis, Léonard, 67 Ottawa (ville et agglomération), 261, 270, 312-315,674 Ottawa Citizen, 314, 651 Ottawa Sun, 314, 652, 659 Outaouais (région), 100, 312-315, 351; carte et fiche statistique, 320-322 Oxygène-9, 47, 48, 49, 81 Pagé, Sylvain, 514 Paix des Braves, 76, 236, 478, 479, 514, 522, 530 Palmer, Jim, 54 Panaccio, Claude, 571 Panet, Bernard-Claude, 355 Papineau, Lucie, 510 Paradis, Denis, 516, 666 Parizeau Jacques, 5, 480, 484, 490, 495, 496, 575, 667; voir aussi (1997] p.n Parkin, Andrew, 660 Parti communiste du Québec, 5°7.524 Parti conservateur, 671 Parti de la démocratie socialiste, 507, 524 Parti de la loi naturelle, 523, 524 Parti Démocratie chrétienne, 524 Parti Égalité, 22, 502, 524 Parti innovateur du Québec, 524 Parti libéral du Canada, 669, 671 Parti libéral du Québec (PLQ), 236, 477, 480-482, 489, 491, 494-507,513,523,524,552 Parti marxiste-léniniste du Québec, 524 Parti québécois (PQ), 49, 477-484,486-491,495,497, 499-\t509, 5t3, 523, 524, 552, 575 Parti vert du Québec, 524 Partis politiques -financement des partis, 523, 5M programmes des partis, 500-\t509 Pauvreté, 87,164-180, 434, 479 mesure de la pauvreté, 175, 176,180; voir aussi [1997) P- 39 Payne, David, 498 Pearlstein, Ted Stephen, 651 Pêches, 246-248 Pedneault, Hélène, 491 Péladeau, Pierre-Karl, 628, 637,638 Pelletier, Benoît, 518 Pelletier, David, 81 Pelletier-Baillargeon, Hélène, 576 Périmètre de sécurité, 34, 35 Petro-Canada, 466, 467 Pettigrew, Pierre, 74 Philosophie (au Québec), 565-573 Phylactère Cola, 640e Picard, Luc, 600 Piché, Robert, 75 Pintal, Lorraine, 599 Pipes, Nicolas, 139 Pivot, Bernard, 77 Place des Arts, 549 Index 703 Plessis, Joseph-Octave, 355 Pluralisme, 11 Points d\u2019impôt (voir aussi déséquilibre fiscal), 77 Poirier, Pierre, 571 Police, 223-227, 540-544 Population (voir aussi démographie) du Québec, 82, 95 selon l\u2019âge, 97, 98 Port de Montréal, 251-253 Porto Alegre (Forum social), 59, 480, 545, 668 Potvin, Maryse, 45 Poulin, Roland, 597, 600 Pouliot, Adrien, 629, 630 Poupart, Ronald, 495 Pratt et Whitney, 77 Précarité, 186 Preddie, Calvin, 657 Préfontaine, André, 634 Premières Nations (voir aussi Autochtones), 74, 527 Premiers ministres du Québec (depuis 1867), 526 Presse Canadienne (agence), 625 Price, William, 365, 366 Princess, Patricia, 36 Produit intérieur brut (PIB), 402, 403, 409, 415 Propriété, 191,197,198 Protocole de Kyoto, 258, 653, 665, 666 Proulx, Jacques, 231 Proulx, Monique, 584, 586 Prud\u2019homme, Robert Emery, 600 Québec ville, 282-303, 351, 354 région (Capitale nationale), 100, 298-299, 302-305, 351, 392-394 Québécor, 75, 76,623, 629-635 Question nationale, 5-27, 27-32 Quinlan, Mark, 670 Quotidiens, taux de lecture, 641, 642, 645.tirages : 625 Rabeau, Yves, 634 Racine, Dominique, 365 Radio-Canada (SRC), 78, 83, 3H> 359- 549» 57^» 623, 624, 629-631, 633,636-640, 664 Raffarin, Jean-Pierre, 668 Rapport Parent, 614 Rassemblement des citoyens de Montréal (RCM), 75 Rassemblement pour l\u2019alternative progressiste (RAP), 524 RDS, 630, 631 Recherche (chaires), 608-613 Référendum (sur la souveraineté), 74,82, 486, 508; voir aussi [1996] section spéciale de 32 pages, [1997] p.147, Reform Party, 497, 670 Régie de l\u2019énergie, 466, 471-474 Régie du logement, 272, 434 Régionalr, 79, 336 Régions, (voir aussi [1996] p.217, [1999] p.341, (2001] p.205, 281, [2002) p.5) démographie, 100 histoire, 351-385 Remaniement ministériel, 80 Rémillard, Gil, 485 Renaud, Jean, 148 Renault, Marc, 571 Resnick, Philip, 558 Ressam, Ahmed, 78 Revenu de solidarité, 87 Revenus (individuel et familial), 164-168,170 Révolution tranquille, 298, 366,383,492,494,499, 503,558,565,616 Rexfor, 79 Ricard, François, 579 Richard, Clément, 598, 599 Richard, Maurice, 84 Richard, Monique, 491 Richler, Mordecai, 90 Richter, Roland Suso, 601 Riddez, Sita, 91 Ridge, Tom, 35 Riedelsheimer, Thomas, 601 Rimouski, 78, 358-361 Rimouski-Neigette (MRC), 235 Riopelle, Jean-Paul, 90 Rivard, Michel (Alliance canadienne), 671, 672 Rivière-du-Loup, 354, 355, 358-360,499 Robin, Régine, 681 Robinson, Frank, 81 Rocher, Guy, 7, 9,15, 491, 537.538,558,560 Rochon, Jean, 512 Rogers Médias, 632, 633 Rogge, Jacques, 73 Romanow (Commission), 678 Ronfard, Jean-Pierre, 594 Roquet, Louis, 80 Ross, François-Xavier, 383 Rousseau, Henri-Paul, 86 Rousseau, Jean-Jacques, 29 Rouyn-Noranda, 371 Roy, Bruno, 579 Roy, Gabrielle, 189 Roy, Jean-Claude, 672 Roy, Jean-Louis, 537 Roy, Max, 579, 580 Ruiz Fabri, Hélène, 668 Ruralité, 59-70, 78, 231-241, 241-250, 479, 515 Russel, Ken, 588 Ryan, Claude, 491 Saguenay (Ville), 78, 84, 344-350 Saguenay/Lac-Saint-Jean, 100, 241,327-329,344-350.364-367, carte p.368, fiche statistique p.390, 479, 528 Saillant, François, 553 Saint-Amour, Geneviève, 581 Saint-Denis, Claude, 91 Saint-Laurent, Bernard, 138 Sakharov, Andréï, 685 Salaires, 164 minimum, 85, 479, 551 Salé, Jamie, 81 Salon du livre de Montréal,602 Santé système, 480, 505-507, 676- 679 état de la population, 202-213, 213-218 privatisation, 192 Société canadienne d\u2019hypothèque et de Inde* des noms et des principaux thèmes Index des noms et des principaux thèmes 704 Index logement (SCHL), 268, 270, 271 Schnapper, Dominique, 14 Scolarisation, 607, 608 Scott, Gail, 138 Scraire, Jean-Claude, 82, 86 Sécurité publique, 41-45, 540-544 Segal, Seymour, 138 Seguin, Normand, 396, 601 Séguin, Yves, 426 Séguin, Yves (Commission Séguin), 426, 483, 519 Séguin-Kimpton, Lise, 675 Seidah, Nabil G., 601 Seigner, Mathilde, 601 Sept-îles, 364, 376, 378, 529 Service de police de Montréal, 224 Services de garde (voir aussi garderies), 125 Sex TV, 628 Seymour, Michel, 16, 559, 569.575 Sharon, Ariel, 39 Shawinigan, 311 Shell, 466, 467 Sherbrooke Record, 625 Shimazakia, Aki, 602 Siddiqui, Haroon, 656, 658 Signori, Céline, 514 Simard, Sylvain, 48, 510 Simard, Jean-François, 510, 511 Simard, Jean-Jacques, 15, 20 Simard, Monique, 491 Simpson, Gwen, 76 Simpson, Jeffrey, 652, 653, 662 Sinclair, Gordon, 652 Singh Multani, Gurbaj, 86 Skamane, Emil, 600 Smith, Patrick J., 560 Smyth, Michael, 653 Snyder, Julie, 639 Société d\u2019habitation du Québec, 267, 270, 297 Société de développement crie, 439 Société de transport de Montréal, 256, 257 Société des alcools du Québec (SAQ), 50, 495 Société distincte, 5,124, 507 Société générale de financement (SGF), 241, 5°3 Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJBM), 78 Solde migratoire, 107 Solidarité rurale du Québec, 65, 67, 231, 236-237, 326 Solway, David, 138 Sommet des Amériques, 664 Sommet des peuples, 664 Sondages politiques, 76, 81,86 Sonic, 467 Sopsits, Arpad, 601 Southam, 625 Souveraineté du Québec (et indépendance), 6, 20, 42, 78, 84, 501, 507, 508 Spirale, 576 Squatteurs, 76, 433 Stadlober, Robert, 601 Starmino, Carmine, 138 Stress, 216 Suicide, 212, 213, 216 Sûreté du Québec, 223, 224, 54T542 Syndicalisation, 161, 508 Syndicalisme (mouvement syndical), 544-552 Tabagisme, 207, 208 Taché, Joseph-Charles, 354 Taylor, Charles, 6,15,16, 567, 569 Téléglobe Canada, 85, 628 Télé-Québec, 79, 630, 640 Télévision, 635-641 Tellier, Paul, 460 Tératechnologies, 57 Terrorisme, 35 The Citizen, 624 The Financial Post, 661 The Gazette, 625 The Globe and Mail, 628, 650-653.655, 657, 659, 660, 662 The Mirror, 78 The National Post, 650, 651, 655, 657, 658, 662 The Province, 653 The Toronto Star, 649, 651, 656, 657,659,654 The Washington Post, 651 The Winnipeg Sun, 659, 662 Théâtre du Nouveau Monde, 599 Théâtre du Vieux-Terrebonne, 598 Theau, Jean, 571 Thériault, Denis, 602 Thériault, Joseph Yvon, 558, 559.578 Thériault, Lise, 518 Todd, Jack, 602 Toronto, 264, 267, 284, 671 TQS (télévision), 75, 315, 628-629, 633, 638 Trans, 570 Transcontinental, 623, 627 Tremblay, Gérald, 55, 56, 57, 75,77,81,477,495 Tremblay, Jean, 78, 348 Tremblay, Michel (écrivain), 138.579 Tremblay, Michel (maire de Rjmouski), 78 Tremblay, Stéphan, 481 Trépanier, Esther, 139, 592 Trois-Rivières (ville et RMR), 309,311,348 Trudeau, Pierre Elliott, 44, «s Trudel, Rémy, 73, 231, 511, 5i2 Trudel, Marcel, 600 Tully, James, 559 Turp, Daniel, 485 Turpin, André, 588, 600 TVA (télévision), 75, 315, 624, 628, 629, 631, 635, 636, 638 Tyler, Brent, 493, 536 Ultramar, 466, 467, 471 Unesco, 569 668, 685, Union civile, 87, 480 Union des citoyens de Pile de Montréal (UCIM), 75 Union des forces progressistes (UFP), 482, 507 Union des forces progressistes, 87 Union des municipalités du Québec, 236 Index 705 Union des producteurs agricoles (UPA), 61, 62, 63, 64, 65, 67, 68, 70, 78, 231, 326.357 Union européenne, 6, 459 Union paysanne, 59-70, 78 Union québécoise pour la conservation de la nature (UQCN), 68 Université d\u2019Ottawa, 313 Université de Montréal, 680, 566 Université de Toronto, 580, 654 Université du Québec à Chicoutimi, 367 Université du Québec à Hull (ou en Outaouais), 313 Université du Québec à Montréal, 680, 681, 569, 571.579 Université du Québec à Rjmouski, 235, 359-361 Université du Québec à Trois-Rivières, 396, 688 Université Laval, 287, 298-301, 668, 680, 684, 686 Université McGill, 567, 579 Universités inscriptions et diplômes, 603-605 recherche, 608-613 Urbanisation, 102 Vachon, Bernard, 67 Vadeboncoeur, Pierre, 602 Vaillancourt, Gilles, 77 Vaillancourt, Lise, 594 Val-d\u2019Or, 371 Vallières, Pierre, 575 Val-Saint-François, 74 Vancouver, 267, 270 Vanderveken, Daniel, 571 Vastel, Michel, 491 Vaugeois, Sylvain, 48 Veillette, Martin, 309 Venne, Michel, 20, 559, 574 Venne, Jules-Pascal, 491 Viau, Pierre, 266 Vidéotron, 75, 301, 629-631, 636, 637, 641 Villedieu, Yannick, 577 Villeneneuve, Paul, 233, 393 Villeneuve, Denis, 588 Villeneuve, Raymond, 483 Vivendi, 633 Voir, 579, 627 Voro, 602 Ward, Debra, 336 Warren, Philippe, 566 Wasserman, Bryna, 139 Weinberg, Ronald, 80 Weinstock, Daniel, 558, 569 Wells, Paul, 658 Wente, Margaret, 651 West Jet, 334 Whittoms, Irene, 138 Wiltzer, Pierre-André, 668 Winnipeg, 287, 625 Winsor, Hugh, 660 Yeomans, Peter, 55, 56 Yergeau, Pierre, 584, 585 Ying, Chen, 584 Young, Karen, 138 Zampino, Frank, 56 Index des noms et des principaux thèmes Dossiers des éditions précédentes de l'annuaire Québec 1996 Les résultats commentés du référendum du 30 octobre 1995 Québec 1997 Pauvreté, dépendance sociale et inégalités : une nouvelle lecture de la situation au Québec Québec 1998 La présence de l\u2019État : tendances observables de 1971 à 1996 L\u2019état de la criminalité : mœurs tranquilles sur fond de zizanie Québec 1999 L\u2019état de la religion au Québec Québec 2000 Le xxc siècle québécois : quatre articles de fond sur l\u2019histoire sociale, politique, économique et littéraire Le débat sur « le modèle québécois » Le débat sur l\u2019identité nationale L\u2019évolution de la famille, du couple et du mode de vie des Québécois une révolution sociale et culturelle Québec 2001 Le projet souverainiste en question Les enjeux sociaux du début des années 2000 Le modèle agricole québécois remis en question Un nouveau découpage de l\u2019espace québécois Québec 2002 La nation et le nationalisme en profonde mutation Le libre-échange continental est-il une menace?Tendances de l\u2019appui à la souveraineté L\u2019essor des études québécoises dans le monde Dans chaque édition de l\u2019annuaire Fides depuis 1996 Une analyse détaillée des grandes tendances de la société québécoise, accompagnée de tableaux et graphiques L\u2019histoire politique et sociale de l\u2019année Un bilan de l\u2019économie Le pouls de la vie culturelle Publié sous la direction de Roch Côté et de Michel Venne, en collaboration avec Le Devoir et les centres d\u2019études québécoises, L\u2019annuaire du Québec 2003 réunit les textes inédits de 75 experts.TOUT CE QU\u2019IL FAUT SAVOIR SUR LE QUÉBEC D\u2019AUJOURD\u2019HUI Une étude commentée et chiffrée des grandes tendances de la démographie, des modes de vie, de l\u2019emploi, de la consommation, de la santé, de l\u2019éducation Des commentaires d\u2019experts sur les grands débats de l\u2019heure : la politique autochtone, l\u2019éthique publique, la popularité de l\u2019ADQ, l\u2019adoption du dollar américain, les suites du 11 septembre 2001, la fondation de l\u2019Union paysanne, le déséquilibre fiscal et le conflit du bois d\u2019œuvre Un examen minutieux de la «crise du logement» aux points de vue régional, social et économique Un diagnostic de l\u2019état de l\u2019économie et des politiques économiques Un panorama du Québec des régions avec cartes, statistiques, analyses et aperçus historiques Un tour d\u2019horizon de la vie culturelle, un bilan critique de la production littéraire, cinématographique et télévisuelle Trois études approfondies: le Canada anglais comme «petite nation», l\u2019état de la philosophie au Québec, la refondation de la nation québécoise Une chronologie complète des principaux événements de l\u2019année écoulée ISBN 2-7621-2430-1 9 oc f OC F I D E S 24,95$ \u2022 19\u20ac 9782762124309 "]
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