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Titre :
L'annuaire du Québec...
Éditeur :
  • [Saint-Laurent] :Éditions Fides,[2002]-[2007]
Contenu spécifique :
2004
Genre spécifique :
  • Publications en série
Fréquence :
une fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Québec... (Saint-Laurent, Île-de-Montréal, Québec)
  • Successeur :
  • État du Québec ...
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L'annuaire du Québec..., 2004, Collections de BAnQ.

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[" ?Société Le retour des religions La violence à la télé Cent Québec dans un ?Politique Le plan Charest Qui vote ADQ ?Et la souveraineté ?Débats La « réingénierie » La mondialisation Le pacifisme L\u2019annuaire Québec Les emplois du futur La vraie force d\u2019attraction du français Le phénomène « Star Académie » Les enfants de la Loi 101 Qui est Paul Martin?Dossier spécial Etre jeune au Québec L\u2019annuaire du Québec 2004 SOUS LA DIRECTION DE MICHEL VENNE L\u2019annuaire Québec h 2004 q LE QUÉBEC EN UN COUP D\u2019CEIL MUTATIONS ET ENJEUX DE SOCIETE LE QUÉBEC LE CANADA LE MONDE Catalogage avant publication de la Bibliothèque nationale du Canada Vedette principale au titre : L\u2019annuaire du Québec 2004 Comprend des réf.bibliogr.et un index.ISBN 2-7621-2496-4 1.\tQuébec (Province) - Politique et gouvernement -1985- .2.\tQuébec (Province) - Conditions économiques -1960- .3.\tQuébec (Province) - Conditions sociales -1960- .4.\tQuébec (Province) - Civilisation - XXIe siècle.5.\tQuébec (Province) - Histoire - xxie siècle.I.Venne, Michel, 1960- FC2926.2.A662003\t97i.4\u2019o4\tC2003-941963-0 Dépôt légal : 4e trimestre 2003 Bibliothèque nationale du Québec © Éditions Fides, 2003 Les Éditions Fides remercient de leur soutien financier le ministère du Patrimoine canadien, le Conseil des Arts du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC).Les Éditions Fides bénéficient du Programme de crédit d\u2019impôt pour l\u2019édition de livres du Gouvernement du Québec, géré par la SODEC.IMPRIMÉ AU CANADA EN NOVEMBRE 2003 ?L\u2019annuaire du Québec 2004 L\u2019annuaire du Québec est publié par Les Éditions Fides depuis 1996.Directeur Michel Venne Directeur-adjoint (Territoire) Normand Brouillette Révision, rédaction et recherche François Brousseau, Alec Castonguay, Serge Laplante et Valérie Martin CONSEILLERS Tendances sociales Simon Langlois, Gilles Gagné, Fernand Harvey Famille et générations Madeleine Gauthier Phénomènes religieux Guy Ménard Economie Germain Belzile Santé Hélène Morais et Éric Laplante Éducation Pierre Chenard, Pierre Doray, Claire Fortier, Brigitte Gemme, Yves Gingras, Claude Lessard, Jean-Pierre Proulx et Maurice Tardif Culture Guy Bellavance et Élisabeth Nardout-Lafarge Médias Daniel Giroux et Florian Sauvageau Administration publique Paul-André Comeau Politiques publiques Sarah Fortin Territoire Jean Cermakian, Jean-Pierre Collin, Xavier Fonteneau, Pierre Hamel, Georges Massé, Paul-Louis Martin, Benoît Jean Papillon, Gilles Pronovost Rédaction Line Beauchesne, Isabelle Beaulieu, Claude Béland, François Béland, Nicolas Béland, Yves Bélanger, Guy Bellavance, Guy Bellemare, Gérard Boismenu, Yves Boisvert, Gérard Bouchard, Jacques Bourgault, Nicole Brais, André Brassard, Louise Briand, Hélène Buzzetti, Martine Campagnat, Frédéric Castel, Alec Castonguay, Charles Castonguay, Jean Cermakian, Johanne Charbonneau, Daniel Chartier, Robert Choinière, Tommy Chouinard, Martin Coiteux, Jean-Pierre Collin, Thomas Collombat, Louis Cornellier, Manon Cornellier, Jean Crête, Mathieu D\u2019Anjou, Michel David, Christian Deblock, Jacques Déguisé, Frédéric Deschenaux, Pierre-David Desjardins, Gérard Divay, Pierre Doray, Pierre Drouilly, Jules Duchastel, Pascale Dufour, Clermont Dugas, Magali Dupont, Robert Dutrisac, Xavier Fonteneau, Isabelle Fortier, Louis-Gilles Francœur, Christine Fréchette, Earl Fry, Julie Elizabeth Gagnon, Mona-Josée Gagnon, Guy Gauthier, Madeleine Gauthier, François-Pierre Gauvin, Brigitte Gemme, Yannick Gendron, Annick Germain, Yves Gingras, Daniel Giroux, Anne-Renée Gravel, Pierre-Luc Gravel, Jean-Herman Guay, Marie-Michelle Guay, Paule Halley, Pierre J.Hamel, Karine Hébert, Stéphanie Houde, Jacques Keable, Robert ^liberté, Simon Langlois, Serge Laplante, Jean Lebel, Céline Le Bourdais, Yvon Leclerc, Pierre Lefebvre, Richard Legris, Jean-François Le Houx, Raymond Lemieux, Claude Lessard, Julie Levasseur, Louis Levasseur, Jacques Lusignan, Antonia Maioni, Sophie Marcotte, Elizabeth Martin, Paul-Louis Martin, Valérie Martin, Guy Ménard, Nelson Michaud, Henry Milner, MarcMolgat, Madeleine Monette, ÉricMontpetit, Christian Morissonneau, Alain-Robert Nadeau, Jacques Nantel, Véronique Nguyên-Duy, Joëlle Noreau, Ghislain Otis, Françoise-Romaine Ouellette, Marc Ouimet, Élisabeth Papineau, Guy Paquette, Ève Paré, Norman Pastor, Normand Perron, Victor Piché, Gilles Pronovost, Jean-Pierre Proulx, Jean Renaud, John Richards, Christian Rioux, Pierre Roberge, Mélanie Robertson, Antoine Robitaille, François Roch, François Rocher, Jacques Rouillard, Yves Rousseau, Jean Roy, Chantal Royer, Jean Royer, Céline Saint-Pierre, Nicolas Saucier, Florian Sauvageau, Daniel Schwanen, Anne-Marie Séguin, Majella Simard, Maurice Tardif, Joseph Yvon Thériault, Diane-Gabrielle Tremblay, Stanley Tremblay, Harold Vétéré, Paul Villeneuve.Photographe Jacques Nadeau Caricaturiste Michel Carneau, alias Garnotte Direction artistique Gianni Caccia Mise en pages Josée Lalancette, Folio Infographie Infographie Bruno Lamoureux Cartographie Korem Inc.PARTENAIRES Association internationale des études québécoises (A1EQ) Centre d\u2019analyse des politiques publiques (CAPP) Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE) Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ) Centre d\u2019études sur les médias (CEM) Centre interdisciplinaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST) Conseil de la santé et du bien-être du Québec Conseil supérieur de l\u2019éducation École nationale d\u2019administration publique (ENAP) Emploi-Québec Institut de recherche en politiques publiques (IRPP) Ministère du Développement économique et régional du Québec Institut national de la recherche scientifique (INRS) Urbanisation, Culture et Société Observatoire Jeunes et Société Réseau Villes Régions Monde Revue Inroads L\u2019Annuaire du Québec est publié en collaboration avec Le Devoir Les Éditions Fides 165, rue Deslauriers Saint-Laurent (Québec) H4N 2S4 Annuaire(ô>fides.qc.ca ?Sommaire Introduction 15 Le Québec qui change Michel Venne 19 LeQuébecenuncoupd\u2019œil MUTATIONS ET ENJEUX DE SOCIÉTÉ 38 En quête d\u2019un nouvel idéal.Pour une pensée du lieu et du lien social Gérard Bouchard 44 Les nouvelles formes d\u2019engagement de la jeunesse québécoise Madeleine Gauthier Pierre-Luc Gravel 53 Les Québécois, pacifistes ou pacifiques ?Antoine Robitaille 65 De libre-échangistes, les Québécois sont-ils devenus antimondialistes ?Jules Duchastel 76 Le Québec dans 50 ans.Quatre grands défis démographiques du xxie siècle Victor Piché \u2022 Céline Le Bourdais 83 Cent Québec dans un! Claude Béland \u2022 Yvon Leclerc 91 Que reste-t-il de la question nationale ?François Rocher CHRONOLOGIE 2002-2003 99 Les principaux événements Serge Laplante 120 Les grands disparus L\u2019ANNÉE EN PHOTOS 124 Les photographies de Jacques Nadeau Dossier spécial Être jeune au Québec Les nouvelles formes d'engagement de la jeunesse québécoise 44 Les valeurs des jeunes 206 Pourquoi les jeunes font-ils moins d\u2019enfants ?213 Un premier portrait de la génération 101260 Les emplois du futur 304 Se choisir un métier 312 La réussite des garçons et des filles à l\u2019école 465 Le renouvellement du corps professoral universitaire 479 Les enjeux de la «réingénierie» 670 Un défi : renouveler la fonction publique 681 De l\u2019exode à la migration: pourquoi les jeunes quittent-ils leur région ?753 L\u2019ÉTAT DU QUÉBEC La population Les grandes tendances 136 Le Québec du xxie siècle.Une société en profonde mutation Simon Langlois 140 Glossaire La famille et les générations 206 Les valeurs des jeunes Gilles Pronovost Chantal Royer 213 Pourquoi les jeunes font-ils moins d\u2019enfants ?Johanne Charbonneau 222 Les nouveaux visages de l\u2019adoption Françoise-Romaine Ouellette La langue 232 La vraie question linguistique.La force d\u2019attraction du français Charles Castonguay 253 La fin de la discrimination salariale Nicolas Béland \u2022 Pierre Roberge L\u2019immigration et les relations interculturelles 260 Le premier portrait des enfants de la loi ioi Isabelle Beaulieu 266 Du français minoritaire au français dominant Jean Renaud Les phénomènes religieux 273 Progrès du catholicisme, influence de l\u2019immigration Frédéric Castel 283 Les nouveaux rituels Guy Ménard 289 Le catholicisme blessé Raymond Lemieux 294 L\u2019Autre, là où on ne l\u2019attendait pas Annick Germain Julie Élizabeth Gagnon 302 Le mariage homosexuel Alec castonguay L\u2019économie L\u2019emploi 304 Les emplois du futur Richard Legris 312 Se choisir un métier: attention aux fausses promesses Brigitte Gemme L\u2019état de l\u2019économie québécoise 317 Une économie en dents de scie Joëlle Noreau \u2022 Mathieu D\u2019Anjou 326 Relations de travail : des enjeux de taille Jacques Rouillard Les finances publiques 338 La politique budgétaire libérale Martin Coiteux Les politiques économiques 345 Les fusions dans le secteur bancaire Jean Roy La consommation 354 Commerce de détail : la synthèse du petit et du gros Jacques Nantel L\u2019habitation 359 Les leçons de la pénurie de logements Eve Paré \u2022 Martine Campagnat Les conditions de vie L\u2019emploi et les revenus 366 À la recherche du temps perdu Diane-Gabrielle Tremblay 379 Les histoires vécues de Monsieur Constant, Petit Job et Madame Solo Gérard Boismenu \u2022 Pacale Dufour La sécurité 388 La criminalité au Québec Marc Ouimet La santé 394 L\u2019état de santé des Québécois : Un bilan mitigé Robert Choin 1ère Stéphanie Houde 403 Le financement privé de la santé : coûts plus élevés, accès inégal François Béland 416 Une caisse-santé : pour gérer le présent ou préparer l\u2019avenir ?Julie Levasseur 423 Régionalisation : la mort d\u2019une idée ?Elizabeth Martin François-Pierre Gauvin 429 Ne le dites pas à mon maire.mais il est responsable de ma santé Pierre J.Hamel 434 Le rôle du public et l\u2019évaluation du système sociosanitaire québécois Antonia Maioni L\u2019éducation 439 La liberté de choix de l\u2019école existe déjà André Brassard \u2022 Claude Lessard Jacques Lusignan 453 Les bons d\u2019éducation : panacée ou illusion ?Pierre-David Desjardins Pierre Do ray 458 Le système d\u2019éducation face au défi démographique Simon Langlois 465 La réussite scolaire des garçons et des filles Céline Saint-Pierre 473 La réforme au secondaire : difficile mais réalisable Jean-Pierre Proulx 479 Le renouvellement du corps professoral universitaire Jean-François Le Houx 484 Le poids des enseignants diminue dans l\u2019école Maurice Tardif \u2022 Louis Levasseur La culture 496 Le phénomène Star Académie Véronique Nguyên-Duy 507 De parole et d\u2019argent: L\u2019année du cinéma québécois Yves Rousseau 511 L\u2019imaginaire de l\u2019absence et du vide : La production romanesque en 2003 Sophie Marcotte 515 Des comptables, d\u2019un chanoine, du 11 septembre et de la santé : Bilan des essais québécois Louis Cornelier 520 A-t-on réussi à démocratiser la culture Guy Bellavance \u2022 Guy Gauthier 532 Les Prix du Québec Serge Laplante Les médias 535 La violence augmente à la télévision Jacques Déguisé \u2022 Guy Paquette 546 L\u2019année des médias : Québécor à l\u2019avant-scène Nicolas Saucier 557 Convergence, concentration et diversité des médias : mythes et réalités Florian Sauvageau 565 Une vue d\u2019ensemble des médias québécois Daniel Giroux LA VIE POLITIQUE Les élections du 14 avril 580 La fin d\u2019un cycle.L\u2019année politique au Québec Michel David 588 La droite au pouvoir Jean Crête 593 Jean Charest n\u2019est plus une énigme Robert Dutrisac 598 Qui a voté quoi, où et pourquoi?Pierre Drouilly 615 Le Québec tranquille : celui qui vote ADQ Pierre Drouilly Les leçons du scrutin 620 Compétences civiques : le Québec à la traîne Henry Milner 631 L\u2019avenir de la social-démocratie Joseph Yvon Thériault 640 Des messages pour le syndicalisme Mona-Josêe Gagnon Thomas Collombat 651 La réforme électorale : deux ans pour agir Jean-Herman Guay 659 L\u2019Assemblée nationale et les partis Serge Laplante 665 Les principales lois adoptées par l\u2019Assemblée nationale Administration et politiques publiques Administration publique 670 Les enjeux de la « réingénierie » : choix générationnels ou collectifs ?ISABLELLE FORTIER \u2022 KARINE HÉBERT 681 Un défi : renouveler la fonction publique Stanley Temblay 688 Le mentorat, pour intégrer la relève Marie-Michelle Guay 691 La gestion horizontale : une autre mode passagère ou une percée durable ?Jacques Bourgault Société 699 Le fléau des appareils de loterie vidéo Yves Boisvert \u2022 Élisabeth Papineau Yves Bélanger \u2022 Harold Vétéré 705 Drogue : 95 % à la répression, 5 % pour le reste Line Beauchesne Politiques sociales 717 Les politiques familiales canadiennes sont inefficaces Pi erre Lefebvre 728 Garderies : profit et qualité se contredisent Guy Bellemare Anne-Renée Gravel Louise Briand Science et technologie 732 Procréation assistée : un débat détourné Éric Montpetit 738 Science et innovation: nuages à l\u2019horizon Yves Gingras \u2022 Jean Lebel LE TERRITOIRE Les grands enjeux 746 La valse des fusions/défusions Jean Cermakian 753 De l\u2019exode à la migration.Pourquoi lesjeunes quittent-ils leur region ?Frédéric Deschenaux Marc Molgat 759 Eau, énergie, forêt et agriculture dans la marmite électorale Louis-Gilles Francœur 768 L\u2019entente de principe avec les Innus.Une année de contestation Tommy Chouinard 773 Sur la voie d\u2019un traité « postcolonial » avec les Innus ?Ghislain Otis Les régions 784 Le projet ACCORD Xavier Fonteneau 789 Régions et affirmation culturelle depuis le milieu du xix' siècle Normand Perron 797 Le réseau Villes Régions Monde Jean-Pierre Collin Magali Dupont La région métropolitaine de Montréal 803 Une question obsessionnelle : la fusion Jacques Keable La couronne métropolitaine montréalaise 809 Croissance démographique et diversification économique Christian Morissonneau 814 Les arrondissements : le troisième pillier de la réforme municipale montréalaise Jean-Pierre Collin Mélanie Robertson 824 Le Contrat de ville de Montréal et la lutte à l\u2019exclusion Anne-Marie Séguin \u2022 Gérard Divay Région métropolitaine de Québec 835 Une année de planification stratégique Nicole Brais 842 Québec vieillit-elle bien ?Paul Villeneuve La couronne des villes intermédiaires 852 Le temps de la diversification économique Yannick GendROn 859 Créneaux, niches et circuits courts : le terroir monte à l\u2019assaut Paul-Louis Martin La couronne périphérique 869 Des régions périphériques mal en point dans un Québec prospère Clermont Dugas \u2022 Majella Simard 878 Le Québec et l\u2019exploitation des hydrocarbures du Saint-Laurent Paule Halley LE QUEBEC, LE CANADA, LE MONDE Le Québec et le Canada 892 L\u2019ascension de Paul Martin Manon Cornellier 905 Le règne de Jean Chrétien vu de ma cuisine John Richards 912 Ottawa dans l\u2019ombre de l\u2019Aigle Hélène Buzzetti 917 Rassurer les États-Unis, profiter du libre-échange et rester indépendant Daniel Schwanen 927 Les libertés, les droits et leurs limites.Un bilan de la Cour suprême du Canada Alain-Robert Nadeau Le Québec et le monde 936 New York : La fragilité de sa démesure Madeleine Monette 944 Des relations internationales à la politique étrangère du Québec Nelson Michaud 952 Le Québec tire profit de sa relation économique avec les États-Unis Earl Fry 956 ZLEA : entre l\u2019obsession sécuritaire des États-Unis et le scepticisme du Brésil Christian Deblock 965 ALENA: Le chapitre ii dans la mire François Roch 973 Glossaire 975 Quand le libre-échange ne suffit pas Christine Fréchette Norman Pastor 987 Vers un traité sur la diversité culturelle Christian Rioux 991 L\u2019AIEQ et l\u2019explosion des études québécoises dans le monde Robert Laliberté 994 Les études québécoises dans le monde.Bibliographie commentée Daniel Chartier îooo Index INTRODUCTION Le Québec qui change Michel Venne Le Québec vit, comme toutes les sociétés modernes, dans la culture du changement permanent.Il n\u2019est pas toujours facile de suivre le rythme.Il faut aussi distinguer les effets de mode des changements profonds.Le sociologue Simon Langlois signe dans cette édition de L\u2019annuaire du Quebec une étude des tendances sociales montrant que la société québécoise vit une mutation d\u2019une envergure inégalée.Nous commençons à subir les conséquences de la sous-fécondité des dernières décennies.Résultat, en 2002, la population du Québec a crû autant par l\u2019immigration qu\u2019elle a augmenté par la natalité.S\u2019il y a eu, au début du siècle dernier, une « revanche des berceaux », et si, plus récemment, la société vit au rythme des caprices des baby-boomers, le Québec entre dans une période qui sera marquée par le pluralisme et la diversification des modes de vie.Cela ne sera pas sans conséquence pour une petite nation, toujours en quête de reconnaissance, minoritaire sur le continent mais désireuse de prendre le monde à bras le corps.La vitalité de la langue française Dans un contexte où les migrations internationales joueront un rôle majeur, la question linguistique est toujours d\u2019actualité.À cet égard, certains signes sont encourageants.Nous publions ici en primeur les résultats d\u2019une première étude d\u2019importance sur les enfants de la loi 101, signée Isabelle Beaulieu, qui indique que les jeunes issus de l\u2019immigration qui ont fréquenté l\u2019école française, se comportent de plus en plus, sur le plan politique, comme les Québécois que l\u2019on dit de souche.Le Québec a donc une capacité d\u2019intégration.Jean Renaud constate la prédominance du français comme langue d\u2019usage chez les immigrants établis au Québec après dix ans.L\u2019écart salarial entre un anglophone et un francophone de Montréal s\u2019est complètement effacé, rappellent Nicolas Béland et Pierre Roberge.Mais la partie est-elle gagnée pour autant ?Dans une étude inédite, préparée pour L'annuaire du Quebec, le professeur Charles Castonguay pose ce qui est à ses yeux « la vraie question linguistique » : quelle est, dans un contexte de bilinguisme où elle est placée en concurrence avec l\u2019anglais, la véritable force d\u2019attraction de la langue française?Sa réponse soulève quelque inquiétude.Les gains faits par la 15 Introduction L» **> Gérard Bouchard, Madeleine Gauthier, Antoine Robitaille, Jules Duchastel, Claude Béland, Isabelle Fortier langue française au fil des ans résultent de mesures législatives ou réglementaires.Le français est, selon ses chiffres, en perte de vitalité.L\u2019engouement pour l\u2019enseignement de l\u2019anglais en première année du primaire n\u2019est-il pas révélateur d\u2019une perte de confiance dans la langue française ?La décroissance Le Québec n\u2019est pas encore une société vieille.Elle le deviendra dans quelques années.Selon le démographe Victor Piché, les moyens de faire face au vieillissement sont progressivement mis en place.Ce à quoi le Québec est moins préparé, c\u2019est à la décroissance.Une nouvelle région, Mauricie-Bois-Francs, s\u2019est ajoutée en 2001 à celles dont la population diminue.Société de chômage élevé, le Québec se dirige maintenant vers le plein emploi.Il y aura 640 000 postes à combler au cours des cinq prochaines années.Nos experts analysent pour vous les conséquences du renouvellement du corps professoral universitaire et des départs massifs à la retraite dans la fonction publique.En collaboration avec Emploi-Québec, nous vous proposons la liste des carrières les plus prometteuses.En contre-point, Brigitte Gemme, du CIRST, met en garde les jeunes qui vont se choisir un métier contre les rêves d\u2019emplois rémunérateurs qui peuvent se briser sur un choc boursier.Dans le bilan qu'ils vous proposent, les économistes du Mouvement Desjardins affirment d\u2019ailleurs que l\u2019économie du Quebec suit un parcours incertain, en dents de scie.Parmi les faits à signaler, une baisse des exportations.Le commerce extérieur compte pour près de 60 % de l\u2019économie québécoise.Les Québécois ont été favorables à l'ouverture des frontières.Du moins jusqu\u2019à présent.Comme l\u2019indique Iules Duchastel, le monde a lui-même évolué.À un contexte de libre-échange, caractérisé par l\u2019abolition ou la réduction des obstacles au commerce, a succédé le phénomène complexe de la mondialisation.Devant celui-ci, les Québécois affichent plus volontiers leur scepticisme ou leurs doutes.L\u2019attrait du monde L\u2019évolution du monde intéresse de plus en plus les Québécois.À l\u2019Observatoire Jeunes et Société, Madeleine Gauthier a constaté que les jeunes, que l\u2019on dit apathiques et désintéressés par la chose publique, ont trouvé dans les questions internationales, mais aussi dans le domaine de l\u2019environnement dont le journaliste Louis-Gilles Francœur dresse ici un bilan, de nouvelles sources de mobilisation.Les jeunes ne sont pas aussi démotivés qu\u2019on le prétend, écrit-elle dans le cadre de notre dossier spécial « Être jeune au Québec ».Les manifestations contre la guerre en Irak ont révélé elles aussi la préoccupation des Québécois pour la marche du monde.Le journaliste Antoine Robitaille a consulté les spécialistes qui ont fouille l\u2019âme québécoise à cet égard : sommes-nous plus pacifistes que les autres nations d\u2019Amérique ?Il semble bien que oui.Notre rapport avec le géant américain évolue sans cesse.Il est dicté souvent par des impératifs économiques et stratégiques.Mais ce rapport est aussi culturel.Habitant la métropole américaine depuis quelques années, l\u2019écrivaine Madeleine Monette livre ici sa vision de la ville de New York.16 Le Québec qui change Le spectre des inégalités Dans une société individualiste, le changement n\u2019est jamais uniforme ni linéaire.En même temps que l\u2019on réduit la présence de la religion dans les écoles, les statisticiens constatent une remontée du catholicisme sous l\u2019effet de l'immigration.L\u2019athéisme ne progresse pas dans le Québec sécularisé, montre Frédéric Castel dans une nouvelle section de L\u2019annuaire du Québec sur les phénomènes religieux.L\u2019islam est devenu la deuxième religion, devant le judaïsme.Dans ce domaine comme dans les autres, l\u2019une des caractéristiques est la diversité.Simon Langlois constate la même tendance dans les formes que prennent les familles.Une donnée révélatrice : 56 % des enfants naissent hors du mariage.Il y a « cent Québec dans un », révèlent Claude Béland et Yvon Leclerc, pays « dalmatien » fait de zones de prospérité et de poches de pauvreté.Bien que le Québec se soit doté de l\u2019État-providence le plus solidaire d\u2019Amérique du Nord, comme l\u2019illustrent les histoires de Monsieur Constant, Madame Solo et Petit Job racontées dans cet ouvrage par Gérard Boismenu et Pascale Dufour, le spectre de l\u2019accroissement des inégalités est revenu hanter le Québec.Les revenus des ménages ont recommencé à croître.L\u2019écart entre le revenu des femmes et celui des hommes se réduit.Mais les jeunes familles ne profitent pas autant de l\u2019embellie.Ce sont les couples sans enfants qui voient leur situation s\u2019améliorer le plus rapidement.Ces faits devraient dicter la voie à suivre : se doter de politiques sociales et familiales destinées à soutenir les familles mais aussi, comme le propose Pierre Lefebvre, à créer les conditions pour préparer les enfants à devenir des êtres autonomes.La montée de l\u2019emploi atypique et la mort du mythe de Liberté 55 devraient conduire à une politique des temps sociaux, formulée ici par l\u2019économiste Diane-Gabrielle Tremblay.En quête d\u2019un nouvel idéal Les inégalités apparaissent dans le bilan de santé des Québécois dressé par les experts de l\u2019Institut de la santé publique.L\u2019état de santé n\u2019est pas le même selon les revenus des personnes, leur niveau de scolarité ou leur lieu de résidence.La section Territoire, préparée sous la direction de Normand Brouillette, montre bien la persistance des disparités entre les régions du Québec.Disparités aussi dans la réussite scolaire des garçons et des filles, expliquées par Céline Saint-Pierre.Tous les citoyens ne sont pas égaux devant l\u2019exercice de la citoyenneté : Henry Milner observe que le Québec est à la traîne parrapportaux autres pays dumondequantau développement des compétences civiques.Guy Bellavance constate que l\u2019État fait moins d\u2019efforts pour démocratiser l\u2019accès à la culture que pour soutenir les carrières des artistes à l\u2019étranger.Florian Sauvageau analyse les effets de la concentration de la presse.Au-delà des inégalités qui subsistent et se creusent, le sociologue et historien Gérard Bouchard voit que ce sont les vieilles formes de lien social qui, ici comme dans d\u2019autres nations, sont soit en déclin, soit en procès.La perception de ce qui unit et mobilise la population s\u2019embrouille.Les mythes valides depuis la Simon Langlois, Diane-Gabrielle Tremblay, Louis-Gilles Francoeur, Jean-Pierre Proulx, Michel David, Céline Saint Pierre 17 Introduction Madeleine Monette, Normand Brouillette, Manon Cornellier, Florian Sauvageau, Paul-André Comeau, Jean Cermakian Révolution tranquille sont contestés et ont perdu leur potentiel de changement social.Les Québécois peuvent-ils découvrir un nouvel idéal, en développant une pensée du lieu et du lien social ?Certains phénomènes sociaux, analysés dans cette édition de L'annuaire du Quebec par les meilleurs experts québécois, ne sont-ils pas les signes d\u2019un certain désarroi : la popularité des jeux de hasard, la violence à la télévision, le « phénomène Star Académie», le recours de plus en plus routinier aux techniques de procréation assistée ?Le Québec à droite ?La montée de l\u2019ADQ avant les dernières élections, a semé la consternation parmi les commentateurs.Maintenant que la poussière est retombée, le sociologue Pierre Drouilly, de l\u2019UQAM, a fait une analyse détaillée et inédite du vote du 14 avril 2003.Le vote adéquiste, a-t-il notamment observé, est concentré dans une zone qu\u2019il appelle le « Québec tranquille ».L\u2019année politique 2003 a soulevé de nombreuses questions reprises dans cet ouvrage: Quel message pour le syndicalisme?Quel avenir pour la social-démocratie ?Quelles leçons tirer pour notre mode de scrutin ?Un nouveau gouvernement est au pouvoir à Québec qui a franchement annoncé ses couleurs : Jean Charest n\u2019est plus une énigme, écrit Robert Dutrisac dans un portrait du premier ministre ; ce gouvernement est de droite, ou de centre-droite, analyse le professeur Jean Crête.Québec annonce un programme de réformes qui est connu sous le nom de « réingénierie ».Isabelle Fortier fait l\u2019inventaire des enjeux qu\u2019elle soulève : les réformes administratives ne sont jamais neutres, écrit-elle en ouverture d\u2019une nouvelle section sur l\u2019administration publique préparée avec le concours de Paul-André Comeau, de l\u2019ENAP.Qu\u2019adviendra-t-il des projets ACCORD pilotés par la SGF dans les régions périphériques, du rôle des villes fusionnées/défusionnées (lire le papier de Jean Cermakian), des accords conclus avec les nations autochtones, de la réforme de l\u2019école secondaire analysée pour vous ici par Jean-Pierre Proulx, de la politique internationale québécoise et des revendications autonomistes du Québec?Ces élections marquent la fin d\u2019un cycle politique, écrit Michel David.Cette impression est renforcée par le départ de Jean Chrétien et l\u2019arrivée comme premier ministre à Ottawa de Paul Martin, dont Manon Cornellier trace un portrait révélateur.Que reste-t-il de la question nationale, demande François Rocher : avec Jean Charest, reviendrons-nous du « Je me souviens » à « La belle province » ?Avec ses 130 collaborateurs et s\u2019appuyant cette année sur le concours de centres de recherche et d\u2019organismes spécialisés, L\u2019annuaire du Québec se veut un guide dans ce Québec qui change, un instantané du Québec en mutation mais aussi un instrument de référence.À travers le changement, il reste toujours des points de repères, une référence commune.Bonne lecture ! 18 Le Québec en un coup d\u2019œil Un vaste territoire Le Québec occupe un très vaste territoire : i 667 441 km!, soit trois fois la France et près du cinquième des États-Unis d\u2019Amérique.Il s\u2019étend sur plus de 17 degrés de latitude et 22 degrés de longitude, entre le 45e et le 62e degré de latitude nord et entre le 56e et le 79edegré de longitude ouest.C\u2019est la deuxième province la plus populeuse du Canada et la plus vaste en termes de superficie; elle occupe 15,5 % du territoire canadien.Le Québec est délimité par plus de 10 000 km de frontières terrestres, fluviales et maritimes : à l\u2019ouest il est bordé par l\u2019Ontario, au sud par quatre états américains (Maine, Vermont, New York et New Hampshire), et au nord par le territoire du Nunavut (frontière maritime).À l\u2019est, les provinces canadiennes du Nouveau-Brunswick et de Terre-Neuve-et-Labrador, la Nouvelle-Écosse et l\u2019Ile-du-Prince-Édouard partagent aussi des frontières avec le Québec.Population 7 467 626 habitants 23,6 % de la population canadienne Superficie 1667 44i~km\"2 ~ 15,5 % du territoire canadien 19 © Publiphoto/Wortsdat International Le Québec en coup d'œil r>! ' *t /¦ AN* Wfc1- r»™r mjk m >£ «a : : 20 Le Québec en coup d'œil Pays du nord Outre l\u2019immensité de son territoire, le Québec est caractérisé par un climat froid et humide grandement déterminé par sa position nordique et maritime qui influence la diversité des zones climatiques (au nombre de quatre : arctique, subarctique, continentale humide et maritime) et entraîne la concentration des populations vers le sud.Le Québec ne profite pas de la présence du Gulf Stream, un courant chaud, mais se trouve sous l\u2019influence du courant marin du Labrador qui refroidit une partie de l\u2019Amérique du Nord.Au nord du 55e parallèle, un climat arctique (huit mois d\u2019hiver), des chutes de température considérables (parfois jusqu\u2019à -40°C) et une végétation de toundra, parsemée de mousses et de lichens, rendent les conditions de vie difficiles.Ce territoire n\u2019est pratiquement habité que par la population inuite.Le nord constitue, à lui seul, 55 % de la superficie totale du Québec.Au centre du Québec, le climat est subarctique, l\u2019hiver rigoureux, l\u2019été plus court.En descendant vers le sud, les terres deviennent plus propices à l'agriculture.D\u2019ailleurs, 80% de la population québécoise se concentre sur ces terres, en particulier sur les rives du fleuve Saint-Laurent.Dans les basses-terres du Saint-Laurent, le climat est de type continental humide.L\u2019hiver est froid et neigeux ; l\u2019automne, coloré et modéré ; le printemps, relativement doux et pluvieux et l\u2019été, chaud et humide.On y retrouve les agglomérations les plus populeuses que sont Montréal (1 853 000 h.en 2002), Québec (capitale, 359 000 h.) et Laval (513 000 h.).Enfin, le climat est maritime aux îles-de-la-Madeleine, en raison de la proximité de l\u2019océan Atlantique.Une « terre d\u2019eau ».Le fleuve Saint-Laurent, long de 3058 km, traverse le territoire d\u2019ouest en est pour se jeter dans l\u2019océan Atlantique.C\u2019est le troisième plus grand fleuve en Amérique du Nord, après les fleuves Mackenzie et Yukon, le 19e plus long au monde.Il reçoit dans sa portion québécoise 244 affluents ce qui le classe au 15e rang mondial quant à la superficie de son bassin versant.En plus d\u2019alimenter les Québécois en eau potable, il est le plus important axe fluvial nord-américain.Grâce à son estuaire de 65 km de largeur, il ouvre la voie vers les confins de l\u2019Amérique, en plus d\u2019atteindre par la Voie maritime le coeur du continent.On peut dire que le Québec est une « terre d\u2019eau » puisque sa superficie en eaux est de 315 638 km2, soit 19% du total, dont 183 690 km2 d\u2019eau douce, soit 10 % du territoire.D\u2019innombrables lacs (on en estime le nombre à 750 000), rivières (quelque 130 000) et ruisseaux ont émergé du Bouclier canadien.Selon le ministère des Ressources naturelles, le Québec détient 3% des réserves mondiales d\u2019eau douce.Le Bouclier est la plus vieille formation géologique du continent nord-américain, d\u2019âge précambrien.11 s\u2019étend sur plus de 80% du territoire québécois.L'altitude moyenne de ce socle est inférieure à 600 mètres mais s\u2019élève, en certains endroits, à plus de mille mètres au-dessus du niveau de la mer.Le mont D\u2019Iberville, situé dans la chaîne des monts Torngat, est le plus élevé du Québec, à 1652 mètres.21 Publiphoto/Y.Marcou* Le Québec en coup d'œil Les Québécois tirent de l\u2019eau leur première source d\u2019énergie et l\u2019un des socles de leur économie : l\u2019hydroélectricité.Fondée en 1944, la société Hydro-Québec \u2014 qui devint monopole d\u2019État lors de la nationalisation de 1963 \u2014 possède 83 centrales, dispersées aux quatre coins du territoire, qui fournissent plus des trois quarts (77,3 %) de leur électricité aux Québécois.L\u2019hydroélectricité est la première forme d\u2019énergie consommée (42%), suivie du pétrole (40%), du gaz naturel (15,9%) et du charbon (1,3 %).Le réseau de transport d\u2019Hydro-Québec compte 32 144 km de circuits électriques.Le Québec a produit 214 milliards de kilowatts-heures (KWh) en 2000.L\u2019électricité québécoise est l\u2019une des moins onéreuses qui soient: 6,03 cents le KWh pour un consommateur de Montréal en 2001, contre 22,70 cents à New York.80,4 % des exportations d\u2019hydroélectricité sont destinées aux États-Unis.et de forêts La forêts\u2019étend sur757 900 km2 ; elle recouvre donc près de la moitié de la superficie du Québec et représente 2% des forêts mondiales.Au nord, dans la forêt boréale de conifères, qui couvre près des trois quarts du territoire boisé, poussent des sapins baumiers, des pins gris et des épinettes.On y aperçoit quelques feuillus, comme le bouleau à papier et deux essences de peuplier.Au sud, la forêt offre un paysage de feuillus : bouleau jaune, chêne, tilleul, ainsi que le populaire érable à sucre, l\u2019emblème canadien dont on tire le sirop d\u2019érable.La faune est extrêmement diversifiée : ombles de fontaine, faucons pèlerins tortues des bois, salamandres pourpres, lynx, etc.On dénombre environ 25 000 espèces d\u2019insectes et 653 espèces animales ; 76 espèces animales seraient menacées par la chasse abusive et la pollution causée par l\u2019homme.On compte au Québec 7000 espèces de plantes et 1500 sortes de champignons.Le cinquième de cette flore abondante est aujourd\u2019hui en voie d\u2019extinction à cause des activités humaines.Le gouvernement a mis en place des lois et des statuts juridiques pour protéger les écosystèmes, les aires forestières, les rivières et les refuges d\u2019oiseaux.21 parcs nationaux ont été créés.Un sol riche en minerais Vers 1920, le Québec a aussi connu sa « Ruée vers l\u2019or», dans la région de l\u2019Abitibi-Témiscamingue, riche en minerais de toutes sortes.Le Québec abrite dans ses sous-sols d\u2019abondants gisements d\u2019or, de fer, de cuivre et de nickel.Argent, amiante, titane et zinc sont également exploités en Abitibi-Témiscamingue, au Saguenay-Lac-Saint-Jean et dans le Grand Nord.22 © Publiphoto/R.Maisonneuve Le Québec en coup d\u2019œil Avec 30 champs de mines ouverts à l\u2019exploitation, le potentiel minéral québécois reste sous-exploité.On estime à 40% la part des ressources du sous-sol qui est connue.Le Québec est le deuxième producteur d\u2019or, de fer, de minéraux industriels et de matériaux de construction au Canada.11 se classe au deuxième rang mondial pour l\u2019exportation du niobium.Le Québec est doté d\u2019abondantes ressources hydrauliques et géologiques, mais moins de 2% de ses terres sont fertiles à l\u2019agriculture.Les exploitations agricoles n\u2019occupent que 3 500 000 hectares.L\u2019urbanisation croissante tend à restreindre les terres agricoles.Les nombreux reliefs accidentés sont également peu propices à l\u2019agriculture.1127 municipalités Le Québec est divisé depuis le 30 juillet 1997 en 17 régions administratives à l\u2019intérieur desquelles le territoire est subdivisé d\u2019abord en municipalités régionales de comté (MRC), au nombre de 96, définies comme des « institutions supramunicipales qui regroupent l\u2019ensemble des municipalités urbaines et locales d\u2019une même région d\u2019appartenance » ; et en municipalités dont le nombre total a été réduit à 1127 à la suite des regroupements imposés en 2001-2002 par le gouvernement du Québec (42 regroupements touchant 212 municipalités).Un processus est en cours depuis l\u2019arrivée au pouvoir d\u2019un gouvernement libéral aux élections du 14 avril pour permettre à des citoyens qui le désirent de remettre en question ces regroupements dans chaucune des anciennes municipalités concernées.Population La population du Québec se chiffrait en 2003 à 7 467 626 habitants.Le Québec est peu peuplé par rapport à son immense espace.La densité de population est de 5,5 personnes par kilomètre carré.De 2002 à 2003, cette population a augmenté de 12 418 âmes.Le Québec occupe le second rang au Canada pour sa population, après l\u2019Ontario.Il compte pour 23,6% de la population du pays, un pourcentage qui ne cesse de décroître.Son taux de croissance annuel durant les années 1996-2000 a été de 0,28% \u2014 le même que le Danemark\u2014contre 0,73 % pour l\u2019ensemble du Canada.En 2001, l\u2019indice de fécondité était de 1,474.C\u2019est un peu plus qu\u2019en 2000 (1,434).La femme a une espérance de vie plus longue (8x,g ans) que l\u2019homme (76,2 ans).Le Québec compte 95 000 femmes (3 756 200) de plus que d\u2019hommes (3 661 500).En 2002, une personne sur cinq (19,7%) était âgée de 15 à 29 ans.Espérance de vie Femmes\t82 ans Hommes\t76,5 ans Indice de fécondité : 1,474\t Principales villes Montréal\t1 853 000 hab.Québec\t513 000 Longueuil\t386 000 Laval\t359 000 Gatineau\t229 000 Principales langues d\u2019usage Français\t82,9% Anglais\t10,2 % 23 Le Québec en coup d'œil Le revenu personnel disponible par habitant s\u2019élevait à 20 259 $ en 2002.Plus de 90% de la population, déclare connaître le français, qui est la langue maternelle de 81,4 % des Québécois et la première langue parlée à la maison de 82,3%.On estime à 75 % la proportion des Québécois issus des premiers colons de France venus peupler la colonie.Les personnes dont la première langue parlée à la maison est l\u2019anglais comptent pour 10,1% de la population.Autrefois terre d\u2019accueil pour les Européens (Irlandais, Juifs d\u2019Europe de l\u2019Est, Italiens, Portugais, Grecs.), le Québec a accueilli, depuis les années 1970, des immigrants d\u2019origines plus diversifiées.En 2002, la province a reçu 37 619 nouveaux arrivants, qui provenaient d\u2019Asie (34,4%), d\u2019Afrique (25%) etd\u2019Europe (24,4%).Les « allophones » (de langue maternelle autre que le français ou l\u2019anglais), le plus souvent immigrants ou enfants d\u2019immigrants, sont surtout établis à Montréal.Ils comptaient, selon le recensement de 2001, pour 10,3 7o de la population du Québec.Dans le territoire correspondant à la nouvelle ville de Montréal «fusionnée» (île de Montréal), la proportion de population de langue maternelle française s\u2019établissait en 2001 à 53,2 %, contre 17,7% pour l\u2019anglais et 29,1% pour les autres langues.À Montréal, 19% des allophones s\u2019expriment en grec, en italien ou en espagnol.La population amérindienne est de 70 000.Elle comprend 10 nations réparties dans 54 communautés.Les Inuits, nation autochtone non amérindienne, comptent 9 692 personnes.Ils vivent dans quatorze villages du Nunavik, sur les bords des baies d\u2019Ungava et d\u2019Hudson.Les autochtones, dont la moitié ont moins de 25 ans, forment 1% de la population du Québec.On estime à 50 000 leur nombre vivant hors d\u2019une réserve.Les cinq principales religions au Québec sont le catholicisme (près de six millions de baptisés), le protestantisme (335 590), l\u2019islam (108 620), la religion orthodoxe (100 370) et le judaïsme (89 915).Selon Statistique Canada, en 2001, le Québec arrivait au premier rang des provinces canadiennes pour le nombre de détenteurs de diplômes d\u2019études postsecondaires (collège et université) âgés entre 25 et 34 ans.68,5 % des jeunes détiennent un tel diplôme, comparativement à 63,9% en Ontario.À ce chapitre, le Québec pris séparément se classe au troisième rang parmi les pays de l\u2019OCDE.Repères historiques Province à l\u2019intérieur d\u2019une fédération, qui aime néanmoins à se voir comme une nation, le Québec comme entité politique existe depuis la Confédération canadienne de 1867.Mais ses racines historiques plongent plus loin: la colonisation française de la vallée du Saint-Laurent a commencé en 1608.Et la composante autochtone de l\u2019identité québécoise, quant à elle, plonge dans des millénaires de présence sur le continent.Contrairement à une vision communément répandue et qui fait commencer le Québec moderne en i960, avec la Révolution tranquille, la modernisation du Québec, qui s\u2019est sans doute accélérée au cours des années i960, a connu de très nombreux antécédants tout au long du siècle dernier.24 Le Québec en coup d'œil L'histoire du Québec \u2014 dont on trouvera ci-dessous quelques jalons chronologiques essentiels \u2014 peut se lire comme la recherche incessante, par un petit peuple du Nouveau Monde, de sa définition, des conditions de sa survie et de son progrès, dans un contexte culturel et politique difficile voire hostile après la Conquête de 1760 et la cession par la Couronne française à l\u2019empire britannique des terres de la Nouvelle-France, dans un continent anglo-saxon.La colonisation française, la conquête anglaise de 1760, les rébellions de 1837-1838, la Confédération canadienne, les référendums, les lois linguistiques, l'ouverture sur le monde: autant de jalons compréhensibles uniquement pour qui garde en mémoire cette clef d\u2019interprétation.Chronologie 8000 av.J.-C.\u2022 Arrivée des premières peuplades autochtones sur le territoire actuel du Québec.Vers 1390 \u2022 Fondation de la Confédération iroquoise par Dekanawidah et son assistant Hiawatha unissant les Cinq nations iroquoises (Mohawk, Seneca, Onondaya, Coyuga, Oneidas).1534 \u2022 Jacques Cartier, de Saint-Malo, accoste dans la baie de Gaspé.Au nom de François 1\", roi de France, il prend possession de ce territoire qui s'appellera le Canada.1608 \u2022 Samuel de Champlain arrive aux abords d\u2019un site escarpé que les Amérindiens appellent « Kébec ».Il fonde sur ce site une ville du même nom (Québec).Il est par la suite nommé lieutenant de la Nouvelle-France (1612).1625 \u2022 Arrivée des premiers Jésuites.1639 \u2022 Fondation à Québec du couvent des Ursulines par Marie Guyart, dite Marie de l\u2019Incarnation, et de l\u2019Hôtel-Dieu de Québec.1642 \u2022 Paul de Chomedey, sieur de Mai-sonneuve, fonde Ville-Marie (Montréal).1689-97 \u2022 Première guerre intercoloniale (Français contre Anglais).1701 \u2022 Le gouverneur Callières met fin aux guerres franco-amérindiennes.Il signe la Grande Paix de Montréal avec les Iroquois.1701-1713 \u2022 Deuxième guerre intercoloniale.1718 \u2022 Érection de la forteresse de Louisbourg pour défendre la Nouvelle-France.1740-48 \u2022 Troisième guerre intercoloniale.1748 \u2022 Fin de la guerre entre les colonies (Traitéd\u2019Aix-la-Chapelle).JïritJ\u2019 'fl 1754-60 \u2022 Quatrième guerre intercoloniale.1759\t\u2022 Siège de Québec et bataille des plaines d\u2019Abraham.Les troupes françaises du général Montcalm sont défaites par le général Wolfe et son armée britannique.1760\t\u2022 L\u2019armée britannique prend possession de Montréal.Capitulation de la Nouvelle-France et de Montréal.Établissement d\u2019un régime militaire anglais.1763 \u2022 Proclamation royale: le roi de France, par le Traité de Paris, cède le Canada au royaume britannique.La Province of Quebec est soumise aux lois d\u2019Angleterre.25 Le Québec en coup d'œil 1774 .Le Parlement de Londres, par l\u2019Acte de Québec, reconnaît le droit civil français (tout en gardant le droit criminel britannique), la religion catholique et le régime seigneurial.1791.L\u2019Acte constitutionnel divise le Canada en deux provinces : le Haut-Canada (Ontario), à majorité anglophone, et le Bas-Canada (Québec), à majorité francophone.Débuts du parlementarisme britannique.1792 .Premier Parlement du Bas-Canada et premières élections.Deux partis s\u2019affrontent: les «Tories», surtout des marchands et des nobles Anglais, et les « Canadiens », qui sont francophones.1799 .L\u2019anglais est déclaré langue officielle du Bas-Canada.1834 .Ludger Duvernay fonde la Société Saint-Jean-Baptiste, vouée à la cause des Canadiens français.Le Parti Canadien (Patriotes) propose 92 résolutions à l\u2019Assemblée du Bas-Canada, pour réclamer les mêmes privilèges que le Parlement britannique.1837-1838.Londres refuse les 92 résolutions.Rébellions dans le Bas-Canada.Les Patriotes (Parti Canadien), avec à leur tête Louis-Joseph Papineau, se soulèvent.Douze Patriotes sont pendus à Montréal, de nombreux autres forcés à l\u2019exil et des villages sont détruits.1839.Rapport Durham 1840 .L\u2019Acte d\u2019Union rassemble les provinces du Haut et du Bas-Canada.1852 .Fondation de l\u2019Université Laval, première université francophone et catholique en Amérique.1867 .L\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique réunit les provinces du Canada \u2014 l\u2019Ontario, le Québec, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick \u2014 pour créer le Dominion du Canada.C\u2019est le début de la Confédération canadienne.Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, un conservateur, devient le premier premier ministre du Québec et John A.MacDonald, un conservateur, premier premier ministre du Canada.1897 .Wilfrid Laurier, premier premier ministre francophone du Canada.1900 \u2022 Alphonse Desjardins fonde la première caisse populaire à Lévis.1907 .Le gouvernement Gouin crée l\u2019École des hautes études commerciales (HEC).1909\t.Fondation du club de hockey Canadien.1910\t\u2022 Fondation du journal Le Devoir par Henri Bourassa, un nationaliste canadien.1912 .Premier Congrès de la langue française.1917\t.Crise de la Conscription.Résistance des Canadiens français à l\u2019enrôlement forcé.1918\t.Les femmes obtiennent le droit de vote au niveau fédéral.1919\t.Fondation, au Monument national à Montréal, du Congrès juif canadien.1920\t.Fondation de l\u2019Université de Montréal.1922 .Inauguration de la première radio de langue française, CICAC (mise en ondes par le quotidien La Presse ; en 1919, Marconi avait mis en ondes une station de langue anglaise, CJAD).1931 \u2022 Statut de Westminster qui consacre la pleine indépendance du Canada.26 Le Québec en coup d\u2019œil 1934 \u2022 Création de la Banque du Canada.1936\t\u2022 Maurice Duplessis fonde l\u2019Union nationale, un parti réformiste et nationaliste.Il devient premier ministre du Québec (battu en 1939, puis régulièrement réélu à partir de 1944).1937\t\u2022 Loi du Cadenas, adoptée sous Maurice Duplessis qui interdit l\u2019utilisation d\u2019une maison « pour propager le communisme ou le bolchévisme ».Maurice Duplessis 1940 \u2022 Droit de vote pour les femmes aux élections provinciales; création par Ottawa de l\u2019assurance-chômage.1942\t\u2022 Plébiscite sur la conscription approuvée par les deux tiers des Canadiens mais rejetée par 73 % des Québécois ; accords fiscaux cédant à Ottawa le pouvoir d\u2019imposition.1943\t\u2022 Loi sur l\u2019instruction obligatoire des enfants.1944\t\u2022 Création d\u2019Hydro-Québec.1945\t\u2022 Loi sur l\u2019électrification rurale.1948 \u2022 Paul-Émile Borduas, à la tête des automatistes rebelles, écrit son manifeste Refus global; Adoption du drapeau du Québec.1949 \u2022 Grève de l\u2019amiante ; La Cour suprême du Canada devient la dernière instance d\u2019appel au Canada après l\u2019abolition du droit d\u2019appel au Comité judiciaire du Conseil privé de Londres.1952 \u2022 Première station de télévision au Québec, CBFT (Radio-Canada), Montréal.1955 \u2022 Émeute au Forum de Montréal suite à la suspension de Maurice Richard.1959\t\u2022 Inauguration de la Voie maritime du Saint-Laurent.1960\t\u2022 Début de la Révolution tranquille, après 16 ans d\u2019un régime duples-siste plus conservateur que réformiste (la période a été qualifiée de « Grande Noirceur»).L\u2019élection du gouvernement libéral de Jean Lesage inaugure une période de modernisation accélérée de la société québécoise et de son économie: création d\u2019entreprises publiques, nationalisation de l\u2019électricité (1963), création du ministère de l\u2019Éducation (1964), du ministère des Affaires culturelles (1961), assurance-hospitalisation (i960), création de la Caisse de dépôt et placement du Québec (1965) et de la Société générale de financement, ouverture des premières délégations du Québec à l\u2019étranger.1961\t\u2022 Première femme élue à l\u2019Assemblée législative du Québec, Claire Kirkland Casgrain, candidate libérale dans Jacques-Cartier.1963 \u2022 Apparition du mouvement terroriste Front de libération du Québec (FLQ) ; création par Ottawa de la Commission royale d\u2019enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (Lauren-deau-Dunton).Jean Lesage 27 Le Québec en coup d'œil 1964 \u2022 Loi qui met fin à l\u2019incapacité juridique des femmes mariées.1966\t\u2022 Daniel Johnson (UN) premier ministre; Inauguration du métro de Montréal.1967\t\u2022 Montréal accueille l\u2019exposition universelle ; Visite du général De Gaulle : « Vive le Québec libre ! » ; États généraux du Canada français ; création de la Bibliothèque nationale.1968\t\u2022 Fondation du Parti québécois, produit de la fusion du RIN (Rassemblement pour l\u2019indépendance nationale, fondé en i960 par André D\u2019Allemagne et présidé par Pierre Bourgault) et du MSA (Mouvement souveraineté-association).Chef : René Lévesque; Par-achèvement du barrage de la centrale hydroélectrique Manie 5 ; Décès de D.Johnson, J.-J.Bertrand lui succède ; instauration du mariage civil ; Commission Gendron sur la situation de la langue française ; l\u2019assemblée législative du Québec devient l\u2019Assemblée nationale ; fondation de l\u2019Université du Québec.1969\t\u2022 Manifestation pour un McGill français; Adoption à Ottawa de la Loi sur les langues officielles du Canada ; Émeute à Saint-Léonard en opposition au projet de loi 63 sur l\u2019inscription à l\u2019école française pour les enfants d\u2019immigrants.1970\t\u2022 Le libéral Robert Bourassa devient premier ministre.1970 \u2022 Crise d\u2019Octobre.Des membres du Front de libération du Québec (FLQ) enlèvent un diplomate britannique et assassinent le ministre du Travail, Pierre Laporte.Pierre-Elliott Trudeau, premier ministre du Canada, applique la Loi sur les mesures de guerre (suspension des libertés civiles).L\u2019armée canadienne est dépêchée au Québec.Assurance-maladie; Agence de coopération culturelle et technique (ancêtre de l\u2019Organisation internationale de la Francophonie).1972 \u2022 Grève du Front commun syndical du secteur public; emprisonnement des chefs syndicaux ; Aide juridique.1974\t\u2022 Le français devient la langue officielle du Québec (loi 22).1975\t\u2022 Adoption de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, à l\u2019Assemblée nationale; création de Radio-Québec qui deviendra Télé-Québec en 1996 ; Signature de la Convention de la Baie-lames et du Nord québécois avec les Cris, les Inuits et les Naskapis.1976\t\u2022 René Lévesque remporte les élections à la tête du Parti québécois; Montréal accueille les Jeux olympiques de la xxi' olympiade.1977\t\u2022 Adoption de la Charte de la langue française (loi 101).1980 \u2022 60 % des Québécois rejettent le projet de « souveraineté-association », lors d\u2019un référendum; une loi fédérale consacre le Ô Canada comme hymne national du Canada.1982\t\u2022 Nouvelle constitution canadienne, sans l\u2019accord de l\u2019Assemblée nationale du Québec, qui perd des pouvoirs en matières de langue et d\u2019éducation.Selon la Cour suprême du Canada, le Québec ne jouit d\u2019aucun droit de véto.1983\t\u2022 Création du Fonds de solidarité des travailleurs du Québec.1985 \u2022 Retour au pouvoir de Robert Bourassa, libéral.28 Le Québec en coup d'oeil 1987\t\u2022 Accord du lac Meech (négociations constitutionnelles) pour réintégrer le Québec dans la Constitution canadienne.Signature des onze premiers ministres du Canada et des provinces.Mais l\u2019accord ne sera pas ratifié.1988\t\u2022 Les clauses sur l\u2019affichage unilingue français de la loi ioi sont jugées inconstitutionnelles par la Cour suprême du Canada.La Loi 178 maintient l\u2019affichage commercial unilingue.1989\t\u2022 Entrée en vigueur de l\u2019Accord de libre-échange (ALE) Canada-États-Unis.1990\t\u2022 Échec de l\u2019Accord du lac Meech.Commission Bélanger-Campeau sur l\u2019avenir politique et constitutionnel du Québec ; Crise d\u2019Oka : affrontement entre citoyens blancs et Mohawks sur une question territoriale.1991\t\u2022 Rédaction du Rapport Allaire par les libéraux: on y recommande un transfert massif de pouvoirs aux provinces, et en particulier au Québec ou, à défaut, la souveraineté du Québec.1992\t\u2022 Accord de Charlottetown (négociations constitutionnelles).Lors d\u2019un référendum pan-canadien, 57% des Québécois et 54% des Canadiens rejettent l\u2019entente.1993\t\u2022 Adoption de la loi 86 permettant l\u2019affichage bilingue avec prédominance du français.Le Bloc québécois, parti souverainiste, avec à sa tête Lucien Bouchard, est élu « opposition officielle » à Ottawa.1994\t\u2022 Jacques Parizeau (PQ) est élu premier ministre du Québec ; Entrée en vigueur de l\u2019Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) Canada-États-Unis-Mexique.1995\t\u2022 Pour la deuxième fois de son histoire, le Québec, par voie référendaire, refuse la souveraineté politique : 49,4 % de OUI, 50,6 % de NON.1996\t\u2022 Lucien Bouchard (PQ), premier ministre, réélu en 1998 ; Déluge au Saguenay.1998 \u2022 Grand Verglas; Déconfessionnalisation du système scolaire par la création de commissions scolaires linguistiques; Renvoi de la Cour suprême du Canada sur la sécession, reconnaissant la légitimité du mouvement souverainiste.Il n\u2019existe pas de droit à la sécession dans la Constitution, mais avec une question claire et une majorité claire lors d\u2019un référendum sur la sécession du Québec, le reste du Canada aura l\u2019obligation de négocier.2000 \u2022 Sanction de la loi fédérale sur la clarté, découlant du Renvoi de la Cour suprême de 1998, imposant des conditions pour que le Parlement fédéral prenne en compte les résultats d\u2019un référendum sur la souveraineté (Loi C-20) ; en riposte, adoption à l\u2019Assemblée nationale de la Loi sur l\u2019exercice des droits fondamentaux et les prérogatives du peuple québécois et de l\u2019État du Québec (Loi n° 99).Fusions municipales, notamment des 29 municipalités de l\u2019île de Montréal.2001 \u2022 Bernard Landry (PQ) succède à Lucien Bouchard comme premier ministre.2003 \u2022 Sous la gouverne de Jean Charest, retour du Parti libéral au pouvoir.Jean Charest 29 © Photo Jacques Nadeau © Publiphoto/Jean-Guy Lavoie\t© Publiphoto/Jean Lemire\t© Publiphoto/Yves Beaulieu Le Québec en coup d'œil Devise et emblèmes Je me souviens TOOv C\u2019est en 1883 que l\u2019architecte et sous-ministre des Terres de la Couronne Eugène-Étienne Taché fait graver, sur la porte en pierre du Palais législatif de Québec, la devise « Je me souviens ».En 1939, elle est officiellement inscrite sur les nouvelles armoiries.L\u2019architecte Taché a voulu rendre hommage à tous les pionniers du Québec en rassemblant, sur la façade de l\u2019hôtel du Parlement, des figurines de bronze qui représentent les Amérindiens, les Français et les Britanniques.On y trouve représentés les premiers moments de la Nouvelle-France, avec les explorateurs, les missionnaires, les administrateurs, les généraux, les chefs, etc.Taché a aussi fait inscrire, au bas de l\u2019œuvre, la nouvelle devise.Armoiries Les armoiries du Québec reflètent les différentes époques du Québec.Elles sont décorées de fleurs de lis or sur fond bleu pour souligner l\u2019origine française de la nation québécoise, d\u2019un léopard or sur fond rouge pour mettre en évidence l\u2019héritage britannique, et de feuilles d\u2019érable pour signaler l\u2019appartenance du Québec au Canada.Drapeau Depuis Ie2ijanvieri948, le drapeau officiel du Québec, le fleurdelisé, flotte sur la tour de l\u2019Assemblée nationale.En hommage à la France, le drapeau représente quatre lis blancs sur autant de rectangles de fond azur.Une croix blanche, symbole de la foi chrétienne, les sépare.La fleur de lis est l\u2019un des plus anciens emblèmes au monde.Les Assyriens, quelque 3000 ans avant notre ère, l\u2019utilisaient déjà.La fleur de lis a aussi occupé une grande place dans l\u2019ornementation en France.Emblèmes L\u2019iris versicolore a été désigné emblème floral du Québec à l\u2019automne 1999.Le harfang des neiges, grand-duc blanc qui habite le nord du Québec, a été désigné emblème aviaire en 1987.Il évoque la blancheur des hivers québécois.Le bouleau jaune, ou merisier, estprésentdans la sylviculture québécoise depuis les temps de la Nouvelle-France.Le système politique Le Québec est une démocratie parlementaire \u2014 un système politique directement inspiré du régime parlementaire britannique \u2014 comme toutes les provinces canadiennes qui disposent d\u2019une assemblée législative et y font adopter leurs lois.Un « gouvernement responsable », composé d\u2019élus du parti majoritaire, est formé après les élections générales et répond directement au parlement (Assemblée nationale) selon le principe de la responsabilité ministérielle.30 Le Québec en coup d'ceil Compétences constitutionnelles Le gouvernement du Québec possède de nombreux champs de pouvoir définis par la constitution canadienne, notamment l\u2019éducation, les services sociaux et les municipalités.Mais la défense, la monnaie et les affaires étrangères \u2014 entendues ici dans leur dimension strictement diplomatique \u2014 relèvent du gouvernement fédéral canadien.Le système électoral Le système électoral est le même qu\u2019en Grande-Bretagne et dans le reste du Canada : uninominal majoritaire à un tour.Dans chacune des circonscriptions, le candidat ayant reçu le plus de votes, même s\u2019il ne dispose que d\u2019une majorité simple, devient le député de ladite circonscription.Ce système pouvant occasionner des distorsions importantes entre le pourcentage du vote obtenu par un parti et sa représentation parlementaire, l\u2019idée d\u2019une réforme électorale, intégrant des éléments de proportionnelle, plane depuis de nombreuses années au Québec.Aux élections générales du 14 avril 2003, le Parti libéral du Québec a récolté 45,99% des suffrages et fait élire 76 députés ce qui lui a permis de former le gouvernement sous la direction du premier ministre Jean Charest.Le Parti québécois a obtenu 33,24 % des votes et conservé 45 sièges pour former, sous la direction de Bernard Landry, l\u2019Opposition officielle.Avec r8,i8 % du vote, l\u2019Action démocratique du Québec, dirigée par Mario Dumont, a fait élire quatre députés.L\u2019Union des forces progressistes a obtenu 1 % des voix sans faire élire un seul de ses candidats.Six autres partis ont récolté environ 1,5% des suffrages.Le taux de participation, en baisse dramatique depuis 1998, s\u2019est établi à 70,4 %.Division des pouvoirs L\u2019État québécois est divisé en trois pouvoirs : législatif, exécutif et judiciaire.Le législatif : Il est assuré par les 125 députés élus constitutifs de l\u2019Assemblée nationale.Ces élus représentent chacun une circonscription.Leur rôle principal est de recevoir et d\u2019étudier les projets de loi, de les amender, de les rejeter ou de les adopter à l\u2019Assemblée nationale (jusqu\u2019à 1968 : « Assemblée législative ») Le représentant de la reine, théoriquement le chef de l\u2019État québécois, qui règne sans gouverner, le lieutenant-gouverneur (Mme Lise Thibault), doit sanctionner les lois.Le parlement québécois a vu le jour en i7gr à la suite de l\u2019adoption, par le Parlement britannique, de l\u2019Acte constitutionnel de 1791.La première sécance de la «Chambre d\u2019assemblée du Bas-Canada a eu lieu le 17 décembre 1792, ce qui en fait le plus vieux du monde après celui de Grande-Bretagne.L\u2019exécutif : Le gouvernement exerce le pouvoir exécutif.Le premier ministre est le chef du gouvernement.Il nomme les membres de son conseil des ministres: ministres titulaires, d\u2019État ou délégués, élus au suffrage universel et donc d\u2019abord députés (sauf rares exceptions).Ensemble, ils forment le conseil exécutif.Ils occu- 31 Le Québec en coup d'œil pent leurs fonctions pour un mandat maximal de cinq ans.Le chef dont le parti obtient le plus grand nombre de députés devient premier ministre.Le conseil exécutif administre l\u2019État en conformité avec les lois adoptées à l\u2019Assemblée nationale.C\u2019est, en général, le conseil exécutif qui présente des projets de loi pour adoption.C\u2019est lui qui adopte les règlements.Le parti qui obtient le plus de sièges après le gouvernement forme l\u2019Opposition officielle.Le chef de ce parti devient le chef de l\u2019Opposition officielle à l\u2019Assemblée nationale.L\u2019administration de l\u2019État relève d\u2019une vingtaine de ministères (chiffre variable) qui assument la base de l\u2019organisation gouvernementale (Santé, Éducation, etc.).Certaines fonctions administratives sont déléguées à près de 175 organismes autonomes et publics : sociétés (ex.: Société des alcools), conseils (Conseil du statut de la femme), offices (Office de la langue française), comités (Comité de révision de l\u2019Aide juridique), tribunaux administratifs, etc.Ils demeurent sous la responsabilité des ministres.Les municipalités jouissent de certains pouvoirs qui leur sont dévolus par le gouvernement provincial.Elles possèdent des champs de compétence dans lesquels elles peuvent intervenir à l\u2019échelle locale : finances, loisirs, salubrité publique, etc.Les municipalités sont gérées par un conseil dont les membres sont aussi élus au suffrage universel.Ce régime municipal existe depuis 1855 (Acte des municipalités et des chemins du Bas-Canada).Le judiciaire : La justice est indépendante des pouvoirs législatif et exécutif, même si certaines décisions la concernant (nomination des juges) impliquent le gouvernement.La justice québécoise doit cohabiter avec la justice canadienne (qui a par exemple préséance en droit criminel).Le système judiciaire québécois comporte deux niveaux : les tribunaux de première instance \u2014 Cour du Québec, Cour supérieure du Québec \u2014 et la Cour d\u2019appel, dont les décisions peuvent être portées en appel à la Cour suprême du Canada qui a compétence dans tous les domaines du droit et exerce le rôle de tribunal constitutionnel.Ces tribunaux doivent mettre en application le Code civil québécois et le Code pénal canadien (d\u2019inspiration britannique).Le Code civil est dérivé du Code français de Napoléon.Sa plus récente révision date de 1994.Sur le territoire québécois, il existe trois tribunaux spécialisés : le Tribunal des droits de la personne, le Tribunal des professions et le Tribunal du travail.Le Tribunal administratif du Québec a par ailleurs été institué pour juger les recours faisant suite à des décisions rendues par l\u2019administration publique.L\u2019éducation Tous les enfants sont tenus de fréquenter l\u2019école dès l\u2019âge de 6 ans, et ce jusqu\u2019à 16 ans.Il y a cinq niveaux d\u2019enseignement : préscolaire, primaire, secondaire, collégial et universitaire.L\u2019instruction, publique ou privée, est offerte en anglais et en français.Les écoles publiques sont administrées par des commissions scolaires qui relèvent du ministère de l\u2019Éducation.Ces commissions existent depuis 1845.Ceux qui les dirigent sont des élus.32 Le Québec en coup d'oeil La santé Le réseau de la santé, qui est public et d\u2019accès universel, est géré par le ministère de la Santé et des Services sociaux, et par des « régies régionales » dispersées dans les 17 régions administratives.Économie\t& Le produit intérieur brut du Québec était de près de 230 milliards de dollars en 6 2001.Considéré séparément, le PIB per capita du Québec se retrouve au dixième 5 rang des pays de l\u2019OCDE, devant le Japon et la France.Après avoir connu un ralentissement en 2001 (1,6 %), la croissance 3 du PIB réel a atteint 4,3 % en 2002, dépassant celle du Canada (3,3 %).Les 2 économistes prévoyaient un rythme de croissance de 3,5 % pour 2003.Le taux 1 de chômage est resté à peu près constant 0 de 2001 à 2002, passant de 8,7 à 8,6 %, mais il avait beaucoup diminué au cours de la décennie précédente (13,3 % en 1993).118 000 emplois ont été créés en 2002, le plus grand nombre depuis 1973.Le taux d\u2019activité (proportion de la population se trouvant sur le marché du travail) des 15-64 ans était de 66 % en mai 2003.La part de l\u2019emploi pour chacun des grands secteurs économiques est de 74,7 % pour le tertiaire, de 18,5 % pour la fabrication, de 4% pour la construction et de 2,8 % pour le primaire.Le secteur des services \u2014 services financiers et assurances en tête\u2014dominait le PIB avec 70,3 % en 2002.Venait ensuite le secteur manufacturier (manufactures, construction) avec une tranche de 27,2%.Le secteur des ressources naturelles fermait la marche avec 2,5 %.Le Québec est le 6e exportateur sur le marché américain.Dans la foulée de l\u2019Accord nord-américain de libre-échange (ALENA, 1993), les exportations du Québec se sont hissées à 57 % du PIB.Haute technologie Les entreprises de la haute technologie foisonnent au Québec.La part de cette industrie dans les exportations du Québec est de près du tiers.Les télécommunications, les automobiles, les avions, les moteurs et les pièces d\u2019avions figurent parmi les dix principaux produits d\u2019exportation du Québec.Le secteur de l\u2019aérospatiale a généré des ventes de onze milliards de PIB 230 milliards de dollars canadiens en 2001\t Croissance du PIB (2002)\t4,3% Chômage (2002)\t8,6% Taux d\u2019emploi (2002)\t59,6% Exportations (2002)\t57 % du PIB du PIB en % annuel États-Unis Canada Québec 1998\t1999\t2000\t2001\t2002 33 Le Québec en coup d\u2019œil 8.2% dollars en 2001.La province s\u2019est hissée au sixième rang mondial dans cette catégorie.Montréal est la quatrième ville nord-américaine pour le nombre d\u2019emplois dans le secteur bio-pharmaceutique.Dans les technologies de l\u2019information, les exportations ont totalisé plus de 15 milliards de dollars en 2000.Le Québec est bien placé sur l\u2019échiquier économique mondial : il a une main-d\u2019oeuvre bilingue et éduquée, bénéficie d\u2019un taux de change avantageux, d\u2019une proximité des marchés américains et latino-américains, d\u2019une économie portée vers les secteurs de pointe (santé, aérospatiale, technologies État&unis de l\u2019information).Ses coûts d\u2019exploitation sont plus bas 84%\t-\t.\t/\t/1 qu\u2019aux Etats-Unis.L investissement etranger est egalement important : quelque 1200 entreprises étrangères emploient plus de 200 000 Exportations Reste du monde Québécois.?Recherche et rédaction Valérie Martin Références Institut de la statistique du Québec, Le Québec statistique, édition 2002 Institut de la statistique du Québec, Le Québec chiffres en main, édition 2003.Statistique Canada, Recensement 2001 : données sur les populations (langues, origines ethniques, etc) Portail web du Gouvernement du Québec : Territoire, Vision du Québec, Vivre au Québec.(Dernière révision : 25 avril 2003).Portail web du ministère des Relations avec les citoyens et de l\u2019Immigration.Histoire du Québec, Emblèmes, Armoiries, Drapeau, Devise.2002.Encyclopaedia Universalis 2003 en DVD-ROM, articles « Canada : histoire et politique » et « Québec, province de » (auteurs : Michel Brunet, Louis Massicotte, Henry Rougier).Histoire du Québec, sous la direction de Jean Hamelin, Éditions France-Amérique, 1976, 537 pages.Site web du ministère des Ressources naturelles, faunes et parcs : données sur l\u2019énergie et l\u2019hydroélectricité.Site web du Parti québécois : données sur les diplômes postsecondaires.Site web de l\u2019Union des municipalités du Québec.Cahier Profil économique et financier du Québec, printemps 2003.Portail web du ministère des Finances, de l\u2019Économie et de la Recherche, pour toutes les statistiques sur l\u2019économie.Budget 2003-2004, Points saillants, ministère des Finances, Québec.Site web du ministère de l\u2019industrie et du commerce pour les données sur le PIB (www.mic.gouv.qc.ca) et Cahier excellence Québec 2000.Adas du Canada sur le site du Gouvernement du Canada (pour les statistiques sur le fleuve Saint-Laurent) Cahier Le Québec bio-alimentaire en un clin d\u2019œil, portrait statistique 2001, ministère des Pêcheries et de l\u2019Agriculture, données sur l\u2019agriculture.34 Mutations et enjeux de société /\t?a* FAeiil \\ Df Ct'c'FiR UN{ N CARRÜPC OÙ it- N \u201e AUdA t£5 %t> WUÇ 15 y v Au ÛUÊ(J£C.- / Mpi\\Ç No N, \\ C'KT Fnw.hùil1 _ DtVÎENS éçHoh'ToLoôvi! J Mutations et enjeux de société MUTATIONS ET ENJEUX DE SOCIÉTÉ 38 En quête d\u2019un nouvel idéal.Pour une pensée du lieu et du lien social 44 Les nouvelles formes d\u2019engagement de la jeunesse québécoise 53 Les Québécois, pacifistes ou pacifiques ?65 De libre-échangistes, les Québécois sont-ils devenus antimondialistes ?76 Le Québec dans 50 ans.Quatre grands défis démographiques du XXIe siècle 83 Cent Québec dans un ! 91 Que reste-t-il de la question nationale ?CHRONOLOGIE 2002-2003 99 Les grands événements 120 Les grands disparus L\u2019ANNÉE EN PHOTOS 124 Les photographies de Jacques Nadeau Mutations et enjeux de société En quête d\u2019un nouvel idéal Pour une pensée du Heu et du lien social Gérard Bouchard Titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les imaginaires collectifs Uniuersité du Que'bec à Chicoutimi Bouchard, Gérard, Genèse des nations et cultures du Nouueau Monde.Essai d'histoire comparée, Boréal, Montréal, 2000.Mouvance et brouillage Il est difficile de comprendre la situation présente du Québec si on ne l\u2019envisage pas d\u2019abord sous l\u2019éclairage général de la mouvance et du brouillage.C\u2019est le cas, du reste, de la plupart des sociétés dont le devenir s\u2019inscrit dans la tradition occidentale.Presque partout, depuis quelques décennies, les repères familiers les plus fondamentaux se sont effacés ou ont été remis en question, sans être remplacés.C\u2019estvrai dans l\u2019ordre symbolique (la tradition, les rituels, la mémoire, l\u2019identité, la nation, la religion) .C\u2019est vrai aussi dans l\u2019ordre social (la famille, la communauté, les classes sociales, les institutions).C\u2019estvrai, enfin, dans l\u2019ordre politique (la mondialisation, l\u2019essor du judiciaire, le nouveau rapport au citoyen).En d\u2019autres mots, dans un très grand nombre de nations, les vieilles formes du lien social et politique ainsi que ses représentations sont soit en déclin, soit en procès.Il est bon de s\u2019en rappeler : l\u2019état de désarroi et de désinvestissement qui préoccupe (avec raison) tant d\u2019intellectuels québécois est un phénomène international, presque planétaire, et il appelle une réflexion à cette échelle.Il se présente ici sous des traits singuliers, certes, mais il plonge ses racines dans une méga-conjoncture.Cette donnée ne nous dispense évidemment pas d\u2019une analyse « locale » ou de type « régional » ; elle devrait cependant nous mettre en garde contre des interprétations rétrécies, biaisées par un regard ethnocentrique.La société québécoise a beaucoup souffert de ce travers depuis le milieu du XIXe siècle.Ceci l\u2019a conduite à se donner d\u2019elle-même et à diffuser auprès des autres des représentations identitaires fantaisistes, très éloignées de sa réalité (on en trouvera de nombreux exemples dans G.Bouchard, 2000').Cette tradition n\u2019a pas entièrement disparu avec les bouleversements de la décennie 1960.Ainsi, l\u2019analyse elle-même de la Révolution tranquille a été souvent contenue dans des perspectives bien trop étroites, ce qui nous a empêchés de voir tout ce qu\u2019elle avait de commun avec tant de sociétés à la même époque et, par voie de conséquence, ce qui faisait vraiment son originalité.Il en a résulté de faux débats ou des questions mal posées qui ont braqué les esprits et gelé ou détourné la pensée.On pense ici, notamment, aux interprétations qui ont conduit à la mauvaise querelle de la Grande Noirceur.Mais on pourrait aussi évoquer le dossier de la mémoire nationale et celui de la religion (que les intellectuels des années soixante et leurs héritiers sont accusés 38 Mutations et enjeux de société d\u2019avoir, l\u2019une et l\u2019autre, radiées) ou encore le procès qui est fait présentement à la génération des baby-boomers, accusés en bloc d\u2019avoir sacrifié à leurs intérêts les plus égoïstes les richesses et les promesses du nombre de nations, Québec renaissant.Dans chacun de ces cas comme dans d\u2019autres, une ^ vieilles formes part incontestable de vérité s\u2019est mêlée à d\u2019étonnantes distorsions qu\u2019un regard plus ouvert, plus soucieux de comparaison, aurait permis d\u2019éviter, du lien SOCial et Dans un très grand Incroyance et désarroi Mouvance et brouillage, donc.En référence à la sphère québécoise, on voit bien que les grands mythes porteurs du Québec contemporain (nés pour la plupart avec la Révolution tranquille) sont soit en désuétude, soit en déclin, soit en cours de redéfinition.En désuétude, parce que vidés de leur potentiel de changement social ou culturel : la modernité, la laïcité, le rattrapage collectif, le réveil national, la décolonisation, la « québécitude » (ou l\u2019éloge du « pays »).En déclin, un peu pour la même raison : le « Québec Inc », la participation (appelée autrefois cogestion), l\u2019État entrepreneur, le développement régional, l\u2019aménagement du territoire.En voie de redéfinition, parce que les valeurs qu\u2019ils mobilisent sont toujours bien vivantes mais la conjoncture à laquelle ils s\u2019articulaient s\u2019est modifiée : la souveraineté, la société distincte, I\u2019américanité, la francophonie, le féminisme, l\u2019écologisme.Même des mythes plus récents comme ceux qui appellent à « l\u2019ouverture sur le monde » ou au « respect de la diversité culturelle » commencent à ressembler à des slogans un peu creux, parce que employés à toutes les sauces et usés prématurément par l\u2019imprécision de leurs contenus.Parallèlement, la démocratie québécoise, comme bien d\u2019autres, est menacée d\u2019érosion par le pouvoir des grandes corporations dans le marché mondial et par le réveil impérialiste qui galvanise présentement les États-Unis \u2014 parmi d\u2019autres, le livre récent de N.Ferguson2 (2003) est assez éloquent de ce point de vue.À l\u2019interne, des signes de désintégration ou de démobilisation collective suscitent également l'inquiétude (décrochage scolaire, suicides, ruptures institutionnelles, désaffection de la politique.).Dans une autre direction, la reconnaissance de la diversité ethnique de notre société a fait éclater la vision familière, exclusive, d\u2019une nation canadienne-française identifiée à l\u2019État québécois et objet (ou sujet) de la mémoire officielle.Une mosaïque se propose désormais là où régnait l\u2019homogénéité, sinon l\u2019unanimité.Les grands référents culturels qu\u2019étaient la France, l\u2019Angleterre et le Vatican ont eux aussi été bousculés.Le social lui-même ne se laisse plus décoder aussi aisément.L\u2019échiquier classique des classes a vu ses clivages se mêler.Des inégalités existent toujours, sous une forme accrue même, mais l\u2019aisance et la pauvreté ont changé de lieu, de nom, et leurs frontières se font plus diffuses.Sur un plan plus général encore, les critères traditionnels de l\u2019universel \u201e\t\u201e sont contestes, même dans ce qu\u2019ils avaient de plus assure (égalité, tolerance, non- Empm.Hou) Britajn violence, justice sociale).En même temps, cependant, la singularité culturelle Madethe Modem World, suscite d\u2019importantes réserves : plusieurs y voient un foyer potentiel d\u2019exacer- Basic Books, New bation, d\u2019ethnicisme.Enfin, les grands projets collectifs, les utopies, les « grands York, 2003.politique ainsi que ses représentations sont soit en déclin, soit en procès.39 Mutations et enjeux de société récits » (de gauche comme de droite) n\u2019ont pas bonne presse non plus, condamnés pour les horreurs auxquels ils ont été associés au cours du XXe siècle.Mouvance et brouillage ?On pourrait dire aussi : incroyance (ou non-croyance ?) et désarroi.Pour autant, notre société ne s\u2019est pas mise à l\u2019arrêt (comme on dit d\u2019un voilier qu\u2019il s\u2019encalmine ou se met à la cape), bien au contraire.On dirait même que des vents l\u2019emportent de tous bords : ceux de la mondialisation économique et culturelle, ceux de la technologie, ceux de la consommation et de la culture de masse, ceux du religieux aussi qui renaît dans les fractures (et les faillites) des grands cultes.Comment y voir clair?Signalons au passage la situation difficile de l'intellectuel en ce début de siècle.Comment, en effet, formuler des directions, des finalités, des programmes de changement quand l\u2019horizon s\u2019est embrouillé et que les acteurs eux-mêmes ne se sentent pas maîtres de leur destin, quand ils se croient impuissants à changer le cours de la vie collective?Comment promouvoir l\u2019utopie lorsque le désenchantement, le cynisme même, ont remplacé la croyance et l\u2019espoir?Comment relancer l\u2019imaginaire sur les fondements (ou sur les ruines ?) de l\u2019ancien lorsque les repères font défaut?Ces interrogations, qui posent le problème de la reconstruction des systèmes symboliques, ont envahi les sciences de la culture où l\u2019on ne trouve plus le principe de cohérence qui permettrait d\u2019ordonner la diversité, les contradictions du réel.Dans ces conditions, on ne s\u2019étonnera pas que la théorie générale en sociologie ou en anthropologie se soit rarement aussi mal portée au Québec, ni que les grandes synthèses historiques soient devenues un genre en perdition.En regard, songeons aux interprétations assurées et aux projets collectifs enthousiastes mis de l\u2019avant aux « belles années » de la Révolution tranquille.En nos temps d\u2019incertitude, la pensée scientifique manifeste donc elle aussi, à sa façon, une sorte d\u2019impuissance que le repli sur la monographie, la spécialisation et la segmentation n\u2019arrive pas à camoufler.En conséquence, l\u2019intellectuel qui entend faire son métier de déchiffreur et de visionnaire doit se faire aussi prudent que modeste, tout en s\u2019efforçant d\u2019éviter le piège de la démission et du refus a priori.Au-delà du désarroi : une critique du postmodeme Il est utile, en premier lieu, de faire valoir que la situation présente, apparemment délestée de ses principaux héritages, de ses anciennes certitudes, ouvre par le fait même sur un champ très étendu de possibles.Autrement dit, ce vide que plusieurs s\u2019accordent à déplorer appelle à être rempli.Il peut accueillir bien des imaginaires et, en ce sens, il offre paradoxalement un terrain favorable à une reprise de la pensée et de la croyance.C\u2019est bien du reste dans un semblable contexte de bouleversement et d\u2019incertitude \u2014 l\u2019Europe de la première moitié du xix' siècle, celle des révolutions, de l\u2019industrialisation, de l\u2019urbanisation, de la sécularisation \u2014 que sont nées les plus grandes théories sociologiques (pensons à Saint-Simon, Comte, Marx, Spencer, et d\u2019autres).De même, la Renaissance, qui a introduit un tout nouveau rapport au monde, s\u2019est érigée sur les ruines de l\u2019ancien imaginaire chrétien.11 faut signaler, en deuxième lieu, que le désenchantement évoqué 40 Mutations et enjeux de société plus haut est le fait de la culture savante davantage que de la culture de masse et de la culture populaire.On pourrait même ajouter qu'il est loin d\u2019embrasser l'ensemble de la culture savante.Pour un, le religieux \u2014 ou plus généralement la référence au sacré \u2014 est demeurée bien vivante, malgré de multiples avatars et métamorphoses.Troisièmement, l\u2019état présent, dans ce qu\u2019il doit à la postmodernité, ne saurait qu\u2019être provisoire.Cet énoncé appelle toutefois d\u2019importantes nuances.Le discours postmoderne a opéré une critique salutaire, tout à fait indispensable, des grandes machinations idéologiques (associées à la bourgeoisie, à l\u2019État, à la nation) qui ont causé les grands dérapages du vingtième siècle.En ce sens, il a joué un rôle déterminant et bienfaisant.Mais, dans la foulée, il a aussi installé dans les esprits une bonne dose de méfiance, de dégoût, de cynisme.Chez plusieurs, il a fondé l\u2019idée que les grands imaginaires collectifs (mythes, idéologies, « récits ») étaient intrinsèquement mauvais parce qu\u2019ils empiétaient sur le droit exclusifde l\u2019individu à former lui-même en toute liberté, sans interférence, sa conscience et sa vision du monde.Dans cet esprit, toute initiative collective apparaît dès lors comme une contrainte intolérable, comme une ingérence nuisible.L\u2019État, les institutions, la société et tout ce qui en relève se trouvent ainsi discrédités, frappés d'une sorte d\u2019illégitimité.La société civile, comme lieu (idéalisé?mythique?) de débats, remplace dès lors les jeux et les enjeux de la politique, elle aussi vilipendée, vidée de vertu sinon de sens, réduite à une arène de lobbying, c\u2019est-à-dire à une foire d'empoigne.En conséquence, il règne une sorte de complaisance dans l\u2019éloge du vide et de l\u2019indifférence, de la marge et de la migrance, du nihilisme et du désengagement.Ce sentiment a fini par instaurer un conformisme et même une sorte d\u2019hégémonie dans la vie intellectuelle en plus de contribuer \u2014 très paradoxalement \u2014 au statu quo.Il doit être combattu au nom du politique et du social, au nom des changements pressants à réaliser dans l\u2019ordre collectif.L\u2019éloge du désengagement et de l\u2019errance creuse le vide et entraîne un renfermement sur soi, livrant la masse aux agendas des puissants.Nous, intellectuels, nous sommes assez dit à quel point le temps que nous vivons est laid, déprimant, absurde, sans espoir.Nous savons tous la corruption qui a envahi le système économique et les nouvelles barrières dont les pouvoirs se sont entourés ; il n\u2019est guère utile d\u2019en rajouter.À la pensée de la marge et de la démission qui s\u2019est déployée depuis vingt ans, on doit désormais opposer une pensée du lieu et du lien social, une relance du mythe et de l\u2019action.Le mythe, c\u2019est-à-dire : une affirmation critique mais durable de valeur et de sens qui fonde une espérance et suggère une direction pour la mobilisation collective.Non pas une mission donc, qui aveugle autant qu\u2019elle éclaire, ni une doctrine qui accoucherait d\u2019une orthodoxie et d\u2019une hégémonie, mais un idéal patiemment poursuivi capable de se traduire en projets renouvelables.En somme : ni mission ni démission.Si les intellectuels, par souci de pureté éthique, délaissaient ce chantier, s\u2019ils choisissaient de se réfugier dans le repli, le parti du noble refus, d\u2019autres acteurs que nous connaissons bien seront trop heureux d\u2019occuper toute la place et de l\u2019aménager Les grands mythes porteurs du Québec contemporain (nés pour la plupart avec la Révolution tranquille) sont soit en désuétude, soit en déclin, soit en cours de redéfinition.41 Mutations et enjeux de société à leur guise.Les débuts de la mondialisation ont déjà donné un avant-goût du régime social qui ne manquera pas alors de s\u2019instaurer : un régime marqué par un essor des inégalités et des injustices, doublé d\u2019un déclin de la liberté et de la démocratie.Un mot encore sur le postmodeme, afin d\u2019éviter une regrettable confusion.Les états d\u2019âme qui ont engendré ce courant dans le domaine des arts et des lettres ont inspiré de nombreux et très grands chef-d\u2019œuvre, cela va de soi.Mais ce n\u2019est pas de cela qu'il est question ici ; il s\u2019agit plutôt de politique, c\u2019est-à-dire de pensée sociale, d\u2019idéologies, de façons de gouverner la cité, d\u2019arbitrer le jeu des pouvoirs.Or, on doit en convenir: dans cette sphère, l\u2019abstention et le désistement, si élégants soient-ils, ne constituent pas un programme.D\u2019autres mythes, d\u2019autres récits Il faudra donc apprendre à construire d\u2019autres mythes, d\u2019autres récits, qui évitent les vices dénoncés avec raison par le discours postmoderne.Cela ne peut se faire qu\u2019à la faveur d\u2019une démarche critique conduite dans un esprit de pluralisme, à la recherche d'un universel enraciné dans nos traditions, dans notre culture, dans notre singularité.En d\u2019autres mots, l\u2019universel mais à notre manière.Le Québec actuel a quelques raisons d\u2019y prétendre.Considérons les grands mythes qui y ont marqué les dernières décennies : qu\u2019il s'agisse de laïcité, de modernité, de souveraineté ou d\u2019interculturalisme, on reconnaîtra qu\u2019ils s\u2019articulaient à des valeurs et à des motivations dont les visées exclusivistes étaient remarquablement absentes.Sur quelles valeurs devraient se construire ces nouveaux mythes ?Et comment réaliser cet idéal d\u2019un universel incrusté dans la singularité québécoise, nourri de ses traditions ?La difficulté de ce genre d\u2019interrogation n\u2019échappe à personne.Ainsi, on a beaucoup commenté depuis quelque temps l\u2019espèce de quadrature du cercle que représenterait la recherche d\u2019une identité nationale (ou collective) dans la diversité culturelle (ou ethnique).Comment parvenir à construire une communauté de souvenirs, d\u2019émotions, d\u2019appartenance et d\u2019intérêts parmi une mosaïque de communautés, de cultures ?Il se peut qu'ainsi posée, la question n\u2019ait tout simplement pas de réponse.Dans le cadre abstrait où il a été mené, celui des principes, de la théorie, du modèle ou de l\u2019utopie, ce débat a peut-être épuisé ses ressources.Après avoir parcouru et quadrillé à satiété l\u2019aire des apories, des incompatibilités et des impasses, après avoir soigneusement dressé l\u2019inventaire des spécificités et des droits, des différences et des similitudes, après avoir examiné dans tous ses raffinements la dialectique compliquée de l'unité et de la diversité, de l\u2019identité et de l\u2019altérité, on ressent une impatience, un besoin de passer à des considérations plus empiriques, plus pragmatiques même : dans quel genre de société aimerions-nous vivre ?Que pouvons-nous faire dans l\u2019immédiat pour s'en approcher?La marge de manœuvre paraît très limitée sans doute ; mais l\u2019action, même modeste, est préférable à l\u2019abandon, même superbe.Du travail pour les intellectuels-citoyens Notre proposition ne manque pas d\u2019ambition elle non plus ; elle invite d\u2019abord à réenchanter le monde, soit à partir des lieux traditionnels où une transcendance, 42 Mutations et enjeux de société une croyance religieuse s\u2019est reconstituée ou a survécu en se renouvelant, soit à même une vision du monde plus séculière nourrie de l\u2019humanisme classique.Dans un cas comme dans l\u2019autre, un accord se fait assez aisément sur quelques valeurs à promouvoir suivant les institutions, les manières d\u2019ici : l\u2019égalité, la justice sociale, la démocratie, la solidarité, la non-violence.En d\u2019autres mots, mettre de l\u2019espérance dans les esprits et de la douceur dans les rapports sociaux.Dans les deux cas aussi, il importe de maintenir un réalisme, une lucidité qui donne sur l'espoir plutôt que son contraire.Il faudrait pouvoir retrouver et réinvestir dans une entreprise de recommencement l\u2019état de sagesse et de sérénité qui naît souvent des fins de parcours et des échecs : après beaucoup de désillusion, il s\u2019agit de refaire le choix de la candeur, celle qui vient non pas avec la naïveté des premiers âges, comme une prémisse ou une promesse, mais au terme d\u2019un long cheminement, comme une conclusion.Le choix de la candeur donc, un peu comme le pari de Pascal : une candeur qui ne serait pas naïve, qui garderait la mémoire et la conscience du mensonge, du désordre, de l\u2019absurde même, et qui se nourrirait du sens de la dignité et de la solidarité.Il n\u2019est pas nécessaire pour cela de postuler, comme le faisaient au xvme siècle Rousseau et plusieurs de ses contemporains, que tous les humains sont fondamentalement bons ; il suffit de croire qu\u2019ils ne sont pas fondamentalement mauvais.D\u2019une façon plus immédiate, il s\u2019ensuit que l\u2019homme, l\u2019humain doit retrouver sa place au centre de l\u2019histoire, comme unique sujet.Non pas comme un sujet isolé cependant, ainsi que le voudrait le néolibéralisme, mais en tant qu\u2019acteur au sein d\u2019une communauté d\u2019acteurs.Sur ce plan aussi une réhabilitation s\u2019impose.Les mouvements sociaux, l\u2019action politique à partir de la base, la mobilisation collective autour de projets sociaux, tout cela, qui a été si discrédité au cours des dernières années, demande maintenant à être restauré.Tout comme l\u2019idée de re-fonder une continuité, une tradition.Pour le retour du social Au cours des années 1980 et 1990, la thématique sociale a été relativement peu abordée dans les débats sur la place publique.Elle a, parallèlement, presque déserté le champ de la recherche dans les sciences sociales et historiques.Le discours même des centrales syndicales a beaucoup perdu de son mordant à ce chapitre.La campagne d\u2019Yves Michaud pour introduire un peu de démocratie dans la gestion des grandes corporations à capital-actions n\u2019a pas été prise très au sérieux.À l\u2019université et ailleurs, Marx et ses héritiers semblent n\u2019avoir jamais existé.Et sans le mouvement féministe, la lutte pour l\u2019égalité serait pratiquement disparue.Le social, toutefois, a amorcé un retour récemment.D\u2019abord avec l\u2019altermondialisation, très suivie au Québec, puis à l\u2019occasion de controverses et de revendications souvent très pointues (autour de la santé, des garderies, des sans-logis, de l\u2019équité salariale, des orphelins de Duplessis, des enfants de Huber-deau.), mais qui annoncent peut-être un véritable réveil.11 faut saluer, de ce point de vue, l\u2019initiative de Françoise David et de nombreux autres militants au sein du mouvement D\u2019abord Solidaires.43 Mutations et enjeux de société Mais il faudra faire plus et, ici encore, un chantier s\u2019offre aux intellectuels.Au-delà des objectifs généraux, au-delà aussi des indispensables enquêtes empiriques à réaliser pour appuyer l\u2019action, ce sont des repères théoriques qui font présentement défaut.Ce qui manque aujourd\u2019hui, c\u2019est l\u2019équivalent de ce que fut le marxisme (non comme doctrine mais comme instrument scientifique) pour le capitalisme des xix' et xx' siècles ; c\u2019est un corpus théorique qui permettrait de comprendre et de mettre en échec la gigantesque machine qu\u2019est devenu le système mondial de production et d\u2019échange.Il y aura beaucoup à faire pour y arriver.En fait, l\u2019orientation et l\u2019humeur de la vie intellectuelle qui prédomine actuellement dans le milieu universitaire en sont si éloignées que tous ces développements pourraient bien se produire dans d\u2019autres arènes.?Les nouvelles formes d\u2019engagement de la jeunesse québécoise Madeleine Gauthier et Pierre-Luc Gravel Observatoire Jeunes et Socie'te', INRS Urbanisation Culture et Société «Les jeunes se désintéressent de la politique.Ils sont individualistes.» Voilà des expressions que l\u2019on n\u2019ose plus remettre en question.Des statistiques viennent à l\u2019appui pour confirmer le fait que les jeunes sont peu nombreux à lire les journaux et à écouter les nouvelles, faisant ainsi l\u2019équation entre l\u2019information sociale et politique et la mobilisation.Des travaux scientifiques analysent la participation électorale aux élections fédérales et en arrivent à la conclusion que l\u2019intérêt des jeunes pour la politique va en diminuant, ce qui contribue à nourrir l\u2019opinion (Blais et al., 2002).Cette opinion n\u2019est pas l\u2019apanage des seuls Québécois et Canadiens, mais est très largement répandue, notamment aux États-Unis.Des manifestations récentes, en particulier au sujet de questions d\u2019ordre international, la création de nouveaux organismes de participation des jeunes à la chose publique comme les Forums jeunesse régionaux et le bilan de la vie associative des jeunes, contredisent pourtant cette image d\u2019apathie souvent véhiculée par les médias, à l\u2019occasion de tribunes téléphoniques ou même de colloques scientifiques.Une question se pose : quelle définition donne-t-on de la participation sociale et politique?Se résume-t-elle à la démarche d\u2019aller voter?Se pourrait-il que les jeunes Québécois fassent montre d\u2019un intérêt particulier pour certaines questions qu\u2019ignore la littérature internationale, en particulier les travaux américains et 44 Mutations et enjeux de société français dont s\u2019abreuvent les Québécois, tant journalistes que chercheurs ?Les mythes Aux dernières élections provinciales, 13 députés de moins de 35 ans ont été élus sur une possibilité de 125, ce qui dénote une progression par rapport aux élections de 1998 (9), 1994 (8) et 1989 (12).Cependant, ce nombre est inférieur à ceux enregistrés en 1985 (24 sur 122 députés), en 1981 (20) et en 1976 (22), ce qui peut laisser les témoins assidus de la scène politique sceptiques quant à la présence des jeunes dans les lieux de pouvoir.Parmi les 13 députés de 2003, on retrouve cependant un chef de parti et deux ministres.L'Assemblée nationale n'est donc pas le sénat qu\u2019on aurait pu imaginer.Qu\u2019il y ait déjà plusieurs députés aussi jeunes témoigne d\u2019un engagement précoce dans les coulisses de la scène électorale.Tous les partis politiques québécois font une place aux jeunes dans des commissions jeunesse où les moins de vingt-cinq ans font l\u2019expérience de la socialisation à la politique, à l\u2019influence qu\u2019ils peuvent exercer sur un parti et à la participation réelle aux instances de décision du parti.Les jeunes continuent de répondre à l\u2019appel.En va-t-il ainsi pour la participation au scrutin ?Celle-ci est vue, dans nos sociétés démocratiques, comme le droit fondamental le plus précieux, celui d\u2019élire ses représentants.L\u2019abstention, quel qu\u2019en soit le motif, est perçue comme un affaiblissement de ce droit, parfois même une sorte de cynisme qui risque d\u2019entraîner une perte des valeurs démocratiques.Ce n\u2019est pourtant pas un fait récent que les statistiques électorales indiquent une proportion moins élevée de moins de vingt-cinq ans à se rendre aux urnes.L\u2019accomplissement du devoir électoral est inégal selon le palier de pouvoir dont il est question, peu importe les générations.Ainsi, il n\u2019y a pas que les jeunes qui votent peu au palier municipal tout comme aux élections scolaires.Il n\u2019y a pas que les jeunes qui votent moins aux élections fédérales qu\u2019aux élections provinciales.Et il n\u2019y a pas que les aînés qui ont contribué à former le contingent de 93,5 °/o de votants au référendum de 1995! Les études sur la participation politique des jeunes font peu de cas de ces différences, ne voyant souvent que celle de l\u2019âge, ce qui contribue à perpétuer le mythe du désintérêt des jeunes pour la politique.Des enquêtes sur l\u2019information dite politique ou sur l\u2019histoire, souvent uniquement dirigées vers les jeunes, viennent renforcer ce mythe qui n\u2019est pas propre à la génération adulte actuelle.Dans un savoureux chapitre sur la qualité d\u2019écriture des jeunes Français, Baudelot et Establet ont fait la recension de discours de fin d\u2019année d\u2019inspecteurs d\u2019école depuis le milieu du xixe siècle (1990).Quelle surprise amusante de constater que le diagnostic n\u2019a pas changé : « Le niveau baisse ! ».Le niveau baisse tellement que s\u2019il fallait, selon les auteurs, prendre le discours de ces inspecteurs à la lettre, il n\u2019y aurait plus aujourd\u2019hui de Français qui sauraient écrire.Peut-être serions-nous étonnés aujourd\u2019hui de connaître le niveau de participation des jeunes au scrutin à différents moments de notre histoire.Jusqu\u2019aux années i960, les moins de 21 ans n\u2019avaient même pas le droit de vote.11 semble que ce soit un réflexe des Aux dernières élections provinciales, 13 députés de moins de 35 ans ont été élus sur une possibilité de 125.45 Mutations et enjeux de société générations aînées d\u2019attribuer le manque d\u2019expérience ou de connaissances dues à l\u2019âge à un désintérêt.Cela peut avoir comme conséquence la remise en question du système d\u2019enseignement.Il peut s\u2019agir en effet d\u2019une question de socialisation : une réaction très forte à la suite des années i960 et 1970 à l\u2019égard d\u2019un enseignement de l\u2019histoire un peu trop « politisé » peut avoir contribué à « aseptiser » l\u2019enseignement et à évacuer toute référence à la réalité politique.Henry Milner, qui effectue des enquêtes comparatives sur la socialisation politique des jeunes, voit un lien entre la baisse du taux de votation, l\u2019information politique et le désintérêt des jeunes pour la politique (2002).Le problème que posent les études effectuées par cet auteur, c\u2019est qu\u2019elles portent sur le Canada et non spécifiquement sur le Québec qui, comme il a été depuis longtemps démontré, ne présente pas le même comportement électoral que dans le Canada étudié comme totalité [Voir un texte de M.Milner à ce sujet p.620].Certains jeunes l\u2019affirment ouvertement : aucun des partis politiques en lice ne répond a leurs attentes et à leurs idéaux.Les jeunes et l'abstention L\u2019abstention d\u2019aller voter, en lieu d\u2019annulation de son bulletin de vote, n\u2019est pas non plus considérée comme un geste politique.Certains jeunes l\u2019affirment ouvertement : aucun des partis politiques en lice ne répond à leurs attentes et à leurs idéaux.Mais cette abstention n\u2019a pas toujours trouvé de lieu pour s\u2019exprimer.Elle le fut de façon plus ouverte aux dernières élections provinciales par la présence de partis qui présentaient une plus grande variété sur le plan des idéologies.Cela n\u2019a pas contribué pour autant à mobiliser la population.Ce ne sont pas seulement les jeunes qui se sont abstenus : le taux de participation, plus bas que d\u2019habitude, a signifié une prise de distance d\u2019électeurs d\u2019autres groupes d\u2019âge.Pourquoi l\u2019abstention est-elle toujours plus forte chez les jeunes (les moins de 25 ans) que chez leurs aînés ?On peut supposer que diverses dimensions de la participation au scrutin ne correspondent pas nécessairement au mode de vie de certains jeunes.Il faudrait revoir, dans cette perspective, le mode d\u2019inscription sur la liste électorale.Les moins de 25 ans constituent une population mobile, au domicile souvent temporaire pour la période des études (plus de la moitié des 20-24 ans sont aujourd\u2019hui aux études à plein temps).Le mode de scrutin qui avantage les individus au niveau d\u2019une circonscription électorale, plutôt que le parti qu\u2019ils représentent (absence de proportionnelle au niveau national), peut faire en sorte que les étudiants qui vivent hors de la circonscription où ils sont inscrits ne connaissent pas les candidats en lice, d\u2019où un possible manque d\u2019intérêt et, peut-être même, paradoxalement, l\u2019expression du sens des responsabilités dans le fait de ne pas aller voter plutôt que de voter pour quelqu\u2019un qu\u2019on ne connaît pas ou pas suffisamment.L'héritage remis en question N\u2019ayant pas eu à « profiter » individuellement de la présence de l\u2019État (services de santé ou services sociaux) ou à la « subir » (impôt et taxes), l\u2019utilité du vote n\u2019est peut-être pas des plus évidente.«Un gouvernement vaut l\u2019autre », entend-on fréquemment dire.Il ne faut pas oublier que l\u2019État, avec toute l\u2019ampleur que sa présence a pu 46 Mutations et enjeux de société prendre au cours des ans, est une construction des générations précédentes.Les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui arrivent à l\u2019âge adulte, à celui des responsabilités tout autant collectives qu\u2019individuelles, dans un contexte où il est plutôt question de la remise en cause de la place de l\u2019État ou du réaménagement de ses services.Dans cette remise en cause, la pensée libérale a trouvé les fissures par où s\u2019immiscer et la valorisation de l\u2019entreprise privée dans les services s\u2019est retrouvée dans le programme de certains partis politiques.Faudra-t-il s\u2019étonner de voir s\u2019exprimer chez les jeunes ce type de pensée ?Fernand Dumont faisait remarquer, il y a de cela quelques années, que la définition que nous avons tendance à donner de la réalité politique est certainement trop étroite (1970).Il faut y inclure les autres formes d\u2019intérêt pour la vie civique et les jeunes contemporains ne manquent pas de venir nourrir cette définition élargie.Des manifestants sans âge Les manifestations récentes autour d\u2019enjeux internationaux ont vu la mise en scène de leaders jeunes et de participants jeunes sans que ces derniers ne se définissent comme jeunes.Ils ne sont en effet pas les seuls à se rendre à Porto Alegre, à déambuler par les moins 20° Celsius dans les rues de Saint-Georges, de Rivière-du-Loup tout autant que dans celles de Québec ou de Montréal, mais ils sont probablement majoritaires.Des militants « altermon-dialistes », nouveau vocable à connotation moins négative que se sont donné les militants ) (1960-2002)\t \t\t \t\t I960\t35 129\t6,8 1970\t40 392\t6,7 1980\t43 515\t6,7 1985\t45 662\t6,9 1990\t48 651\t6,9 1995\t52 722\t7,3 2000\t53 046\t7,2 2001p\t54 541\t7,3 2002p\t55 632\t7.5 p : Donnée provisoire Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca et www.statcan.ca.152 tableau 1.13 Accroissements naturel et migratoire (en nombre et en %.) (1960-2002) \t\t\t\t \t\tn\t\tB 1960\t106 095\t6,7\t\t 1970\t56 120\t7,2\t\t-3,7 1980\t53 983\t8,3\t-4 487\t-0,7 1990\t49 362\t7,0\t28 588\t4,1 1991\t48105\t6,8\t35 214\t5,5 1992\t47 091\t6,6\t35 650\t5,5 1993\t40 491\t5,7\t34 577\t4,8 1994\t39 028\t5,4\t14 626\t2,0 1995\t34 536\t4,8\t13 000\t1,8 1996\t32 852\t4,5\t6 889\t0,9 1997\t25 443\t3,5\t-210\t0,0 1998\t21469\t3,0\t1384\t0,2 1999\t18 851\t2,6\t5 967\t0,8 2000\t18 854\t2,6\t9121\t1,2 2001p\t19 000\t2,6\t15 097\t2,0 2002p\t16 600\t2,2\t16 103\t2,2 p : Donnée provisoire Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca et www.statcan.ca.ments de population d\u2019une région à l\u2019autre, notamment des facteurs économiques et même géographiques comme le montre la situation comparable de provinces ou d\u2019États américains voisins.Québec-Ontario aller-retour Où vont les Québécois qui migrent ailleurs au Canada ?En Ontario, d\u2019abord, et de loin.La proportion de migrants québécois qui choisissent de s\u2019y établir est maintenant d\u2019environ trois sur quatre, et cette proportion, en constante augmentation depuis les années 1970, s\u2019établit à un peu moins de 70% en 2002.La région de l\u2019Atlantique vient loin derrière l\u2019Ontario avec 11,5 % des migrants en 2002 suivie de la région des Prairies (surtout l\u2019Alberta) avec 11,1 % et de la Colombie-Britannique (8,7 %) (tableau 1.14).Il y a un très net changement dans la destination choisie par les personnes sortant du Québec depuis 1975 : la part de l'Ontario se consolide à un niveau fort élevé et celle de la Colombie-Britannique, qui avait augmenté au milieu des années 1990, connaît à nouveau une hausse après une diminution causée par une mauvaise conjoncture économique.La part des provinces de l\u2019Atlantique a régressé de moitié depuis les années 1970, mais elle se redresse quelque peu ces dernières années.D\u2019où viennent les Canadiens qui migrent vers le Québec?Cette fois encore, l\u2019échange de population avec l\u2019Ontario domine largement : celle-ci a fourni les deux tiers des personnes nouvellement établies au Québec en 2002 en provenance d\u2019une autre province et cette proportion est presque stable depuis trente ans.Les provinces de l\u2019Atlantique suivent avec 13,8% de l\u2019ensemble, les Prairies avec 10% et la Colombie-Britannique avec 9,7 %.Il faut noter que la provenance des entrants au Québec est beaucoup plus stable sur une longue période que la destination des sortants qui semble s\u2019ajuster à la conjoncture économique régionale canadienne.Ces derniers ont plutôt tendance à se diriger en large majorité vers trois provinces.L\u2019Ontario demeure de très loin la première province avec laquelle se font les migrations interprovinciales qui impliquent des Québécois. L'état du Québec tableau 1.14 Migrations interprovinciales, entrants et sortants du Québec en % et solde migratoire selon la région (1975-2002) \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t Entrants au Québec a partir de\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t Atlantique\t16,4\t16,9\t14,2\t14,6\t13,9\t13,7\t13,6\t13,8\t130 743\t15,2 Ontario\t66,1\t61,3\t68,6\t64,8\t64,1\t64,4\t66,9\t66,5\t548 597\t63,6 Prairies/T.N.-0.\t9,2\t14,1\t10,9\t10,0\t8,8\t11,3\t9,8\t10,0\t106 403\t12,3 C.B.\t8,3\t7,8\t6,3\t10,6\t13,1\t10,6\t9,7\t9,7\t76 514\t8,9 Sortants du Québec vers\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t Atlantique\t19,4\t9,5\t10,6\t9,9\t8,5\t9,7\t10,3\t11,5\t155 474\t11,4 Ontario\t58,8\t59,6\t66,5\t65,6\t68,1\t73,1\t71,8\t68,7\t906 728\t66,3 Prairies/T.N.-0.\t13,1\t20,9\t11,7\t9,5\t13,2\t9,7\t9,9\t11,1\t167 793\t12,3 C.B.\t8,7\t10,0\t11,2\t15,0\t9,8\t7,5\t8,0\t8,7\t137 122\t10,0 Solde migratoire inter provincial\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t Total\t-12 340\t¦24 283\t-9 567\t10 248\t-15 940\t-14 724\t10 310\t¦7 778\t-504 894\t * Le total inclut trente ans, soit de 1972 à 2002.Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca.La migration interprovinciale touche davantage les jeunes que les autres groupes d\u2019âge.Plus de la moitié des entrants et des sortants ont moins de 30 ans (tableau 1.15).Il n\u2019y a pas vraiment de différences importantes entre l\u2019âge des entrants et l\u2019âge des sortants, qui migrent sensiblement dans les mêmes proportions.À peu près autant de jeunes entrent au Québec qu\u2019il y en a qui sortent.Le seul groupe d\u2019âge qui se distingue quelque peu est celui des personnes ayant atteint l\u2019âge de la retraite, qui sont plus nombreuses à quitter le Québec qu\u2019à s\u2019y établir en provenance de l\u2019extérieur.La création de ménages augmente plus vite que la population Le nombre de ménages a augmenté beaucoup plus rapidement que la popu- lation québécoise de 1961 à 2001.La croissance de la population en 30 ans a été de 41% et celle du nombre de ménagés de 150% (graphique 1.6).Le ménage ne doit pas être confondu avec la famille.Un ménage est une unité de vie autonome et il faut faire une adéquation entre ménage et logement.Une personne qui vit seule forme un ménage, tout comme une famille comptant cinq enfants.Si la création de ménages augmente plus vite que la population, cela signifie que les individus vivent dans des unités de plus en plus petites et que celles-ci se multiplient.Quand un couple divorce par exemple et que les deux ex-conjoints occupent chacun un logement en propre, il s\u2019ensuit que le nombre de ménages a augmenté sans que la population ne change pour autant.154 Plusieurs facteurs expliquent cet écart entre population et ménages.Le plus important est l\u2019établissement en ménage des enfants des premières cohortes du baby-boom d\u2019après guerre, arrivés en âge de quitter le foyer familial alors que leurs parents ne sont pas encore prêts à abandonner leur propre résidence.Cette demande accrue de logements explique en partie la pénurie notée depuis quelques années, les constructeurs n\u2019ayant pas répondu à cette forte demande pour diverses raisons que nous n\u2019examinerons pas ici [voir p.359].La hausse tendancielle du taux de divorces (voir plus loin) et la migration des jeunes vers les villes ont aussi contribué à faire augmenter le nombre de nouveaux ménages.L\u2019aide de dernier recours est aussi un facteur qui a fortement encouragé la croissance du nombre de ménages.Par ailleurs, l\u2019augmentation de l\u2019espérance de vie amène plus de personnes âgées à vivre seules plus longtemps, fréquemment dans de petits logements.Enfin, le nombre de ménages multifamiliaux est en forte baisse, sinon en disparition, les membres apparentés de différentes familles préférant vivre séparément.tableau 1.15 Migration interprovinciale selon le groupe d'âge (2001-2002) \t\t 0-19\t25,5\t26,0 20-29\t24,4\t29,0 30-39\t16,1\t21,3 40-49\t8,0\t10,6 50-64\t5,1\t7,6 65 et +\t3,2\t5,5 Total %\t100.0\t100,0 N\t26 949\t35 381 Année: du 1\u201c juillet au 30juin.Source: Statistiques démographiques annuelles, 2001, Ottawa, cat.91-213.La création de nouveaux ménages a été une source de croissance pour l\u2019économie (plus de logements, achat de biens durables dans les foyers, etc.).En fait, c\u2019est elle qui a soutenu la croissance économique des dernières années bien plus que la hausse de la population nettement plus faible.C\u2019est ce qui explique que la population (et sans doute aussi les dirigeants politiques) tarde à prendre toute la mesure de l\u2019impact de la faible croissance démographique.Familles : de plus en plus hors du mariage avec de moins en moins d\u2019enfants La famille a longtemps été présentée comme la cellule de base de la société et elle reste centrale dans l\u2019imaginaire de la collectivité.Un ministère du gouverne- ment du Québec lui est même consacré et un Conseil s\u2019occupe de faire des recommandations à l\u2019État sur les politiques à adopter.Comment se présente le L'état du Québec tableau 2.1 Répartition de la population selon l'état matrimonial, le groupe d'àge et le sexe (2001) \t\t\t\t\t\t\t Femme 20-24\t\t69,8\t5,5\t24,0\t0,7\t0,1\t100 25-29\t\t37,0\t22,5\t37,8\t2,5\t0,1\t100 30-34\t\t23,3\t36,3\t34,8\t5,5\t0,2\t100 35-39\t\t18,2\t44,3\t28,1\t8,9\t0,4\t100 40-44\t\t15,0\t49,8\t21,7\t12,7\t0,9\t100 45-49\t\t12,0\t53,5\t16,4\t16,2\t1,9\t100 50-59\t\t9,1\t57,9\t10,2\t17,8\t5,1\t100 60-69\t\t8,4\t56,3\t4,4\t13,5\t17,7\t100 70-79\t\t9,7\t39,6\t1,6\t6,5\t42,5\t100 80 et +\t\t13,3\t15,0\t0,4\t1,9\t69,0\t100 Homme 20-24\t\t83,5\t2,2\t13,9\t0,3\t0,1\t100 25-29\t\t51,8\t13,6\t33,1\t1,3\t0,1\t100 30-34\t\t32,9\t29,7\t34,3\t3,1\t0,1\t100 35-39\t\t25,4\t39,4\t29,6\t5,5\t0,1\t100 40-44\t\t20,0\t47,2\t23,9\t8,7\t0,3\t100 45-49\t\t15,1\t63,7\t18,8\t11,8\t0,5\t100 50-59\t\t9,8\t61,9\t13,8\t13,3\t1,3\t100 60-69\t\t7,8\t69,1\t8,0\t1U\t4,1\t100 70-79\t\t7,6\t69,5\t4.0\t7,3\t11,5\t100 80 et +\t\t7,7\t57,4\t1,9\t4,2\t28,7\t100 Total 15 ans\tF\t25,4\t38,9\t16,4\t9,3\t10,0\t100 et ?\tH\t31,4\t41,6\t17,7\t7,0\t2,2\t100 1.Les personnes séparées vivant en union libre sans avoir divorcé sont comprises dans les mariées.Source : Statistique Canada, Recensement de 2001 ; calculs de l\u2019auteur.portrait de la famille dans la société québécoise ?Nous nous limiterons ici à un examen des statistiques portant sur la nuptialité, la natalité et les caractéristiques morphologiques des ménages, examen qui nous en apprend cependant beaucoup sur la place qu\u2019occupe la famille dans la société québécoise contemporaine.Désaffection vis-à-vis du mariage comme institution L\u2019état matrimonial des individus varie beaucoup selon les étapes du cycle de vie (tableau 2.1).Si les jeunes sont davantage célibataires et les personnes âgées, plus souvent veuves, ce qui est une évidence connue, des différences entres sexes apparaissent à ces deux moments du cycle de vie puisque les femmes se marient plus tôt que les hommes et terminent leur vie veuves en plus forte proportion.La vie commune (en couple) intervient maintenant plus tard mais elle domine chez les individus qui ont entre 30 et 60 ans.Cette fois encore, des différences entre les sexes apparaissent: les trois-quarts des hommes âgés de 50 à 70 ans vivent en union et cette proportion est moindre chez les femmes à cause d\u2019une plus forte proportion de veuves, de plus en plus nombreuses à mesure qu\u2019on avance en âge.Le nombre absolu de mariages est tombé de plus de moitié depuis 1970, alors que la population augmentait par ailleurs (graphique 2.1).Au total 21 995 mariages ont été célébrés en 2002, contre 24 237 en 1995 et 51690 en 1975.Notons au passage qu\u2019on avait cru un moment en 2000 que le mariage gagnait de nouveau en popularité puisque 24 908 unions avaient été célébrées cette année-là, mais on sait maintenant que cette hausse a été bien éphémère, étant attribuable à la magie exercée par l\u2019entrée dans un nouveau millénaire.Environ 30 % des mariages ont été célébrés devant un célébrant civil (une proportion stable depuis six ans) contre ig % en 1980.En 2001, la proportion de mariages impliquant au moins une personne divorcée était de 31 %.156 La population L\u2019âge moyen au premier mariage a nettement augmenté en cinq ans, atteignant 28 ans pour les femmes et 29,8 ans pour les hommes en 1999 (dernière donnée disponible).On peut en fait parler d\u2019une véritable désaffection envers le mariage, qui apparait de moins en moins comme une institution normative aux yeux des nouveaux couples.Mais les données annuelles sur les nouveaux mariés ne donnent pas une idée juste de l\u2019ampleur de la défection vis-à-vis du mariage.Il faut examiner l\u2019état matrimonial de tous les couples pour en mesurer l\u2019ampleur, et aussi considérer les changements survenus en cours de vie.D\u2019après le Recensement de 2001, 30% de tous les couples québécois vivaient en union libre et sept sur dix étaient mariés officiellement (tableau 2.2).L\u2019union libre a donc fait un bond considérable en dix ans (elle touchait 19 % des couples en 1991).La popularité de l\u2019union libre varie fortement selon l\u2019âge.Elle est de 82% chez les jeunes tableau 2.2 Types d'union des couples selon l'âge de la femme (2001) \t\t\t\t 15-24\t18,0\t82,0\t100\t79 775 25-29\t37,3\t62,7\t100\t133 210 30-39\t57,1\t42,9\t100\t390 875 40-49\t72,9\t27,1\t100\t437 490 50-59\t84,9\t15,1\t100\t330 900 60 et +\t94,2\t5,8\t100\t328 150 Total\t70,4\t29,6\t100\t1 700 400 Source : Calculs de l'auteur à partir du recensement de 2001.graphique 2.1 Nombre de mariages et de divorces, en milliers, Québec (1970-2002) 60 OOO 50 000 40 000 30 000 20 000 10 000 Mariages Divorces 1970\t1980\t1990\t2000 2002 Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca et Statistiques démographiques annuelles, 2000, Ottawa, cat.91-213.couples âgés de moins de 24 ans (d\u2019après l\u2019âge de la femme) et elle est des deux tiers chez les 25-29 ans.Après l\u2019âge de 30 ans, la proportion de couples mariés augmente sensiblement.Il y a donc ici un important effet d\u2019âge ou effet cycle de vie : en vieillissant, les couples ont tendance à se marier, surtout lorsqu\u2019ils envisagent d\u2019avoir des enfants.L\u2019analyse qui précède donne cependant une vue statique de la situation, un portrait en coupe instantanée ou encore à un moment donné, comme une photographie.Pour une compréhension complète de la situation, il faut aussi reconstituer le film ou, en termes plus savants, examiner la situation dans une perspective longitudinale.On sait en effet qu\u2019une partie des couples vivant en union libre vont finir par se marier.D\u2019après l\u2019Enquête sociale générale de Statistique Canada (cycle 15), «le tiers des Québécoises avaient épousé leur conjoint de fait au moment de l\u2019enquête, comparativement à 59% 157 L'état du Québec chez les femmes des autres provinces canadiennes5 ».Mais cet effet d\u2019âge s\u2019atténue d\u2019une génération à l\u2019autre, car les nouvelles générations se marient moins, même à un âge plus avancé.Il faudra attendre que les nouvelles générations vieillissent pour mesurer l\u2019ampleur de la désaffection vis-à-vis du mariage.Tout indique qu\u2019elle restera bien réelle au Québec, même si le mariage gagne un peu de terrain en vieillissant6.Fait à signaler, celle-ci est beaucoup plus prononcée au Québec qu\u2019ailleurs au Canada.Ainsi, la probabihté de vivre en union libre lors de l\u2019établissement en couple est de 70,4% chez les Québécoises âgées de 30 à 39 ans et de 34,2 % chez les Canadiennes dans les provinces anglophones, d\u2019après l\u2019Enquête sociale générale.Autre indicateur tiré de la même enquête : la part des familles recomposées vivant en union libre est de 73,5 % au Québec et de 43,3 % au Canada anglais.Union civile et mariage des homosexuels En parallèle à la défection vis-à-vis du mariage, les personnes d\u2019orientation homosexuelle revendiquent avec beaucoup de bruit sur la place publique le droit de se marier officiellement, ce qui implique un changement dans les lois fédérales [voir p.302].En juin 2002, le gouvernement du Québec a reconnu de son côté l\u2019union civile.Au cours de la première année, 159 unions civiles ont été officiellement contractées, dont dix entre personnes hétérosexuelles.Au total, 82 unions ont impliqué deux hommes (51,6 % du total) et 67 unions, deux femmes (42,1 %).Dans une étude sur la question, Louis Duchesne, de l\u2019Institut de la statistique du Québec, a observé que les conjoints ayant choisi de s\u2019unir civilement étaient le plus souvent très instruits (plus de 15 ans de scolarité), d\u2019âge moyen assez élevé (autour de 45 ans) et plus fréquemment nés à l\u2019étranger (environ 20% chez les hommes)7.Le Recensement de 2001 présentait pour la première fois des données sur les unions entre personnes de même sexe.Il y avait au Québec 6 350 couples formés de deux hommes et 4 015 couples formés de deux femmes.Ces chiffres donnent une estimation plus faible que prévu de l\u2019ampleur du phénomène de l\u2019homosexualité en couples.Devant ce résultat, deux questions se posent: a-t-on exagéré l\u2019ampleur de l\u2019homosexualité dans la société à la suite d\u2019une attention accrue portée à cette question dans les médias ces dernières années (défilés de la Fierté gaie en juillet, débats sur la place publique sur les droits des homosexuels, etc.), ou encore, les personnes vivant dans des unions entre homosexuels ont-elles été réticentes à s\u2019identifier comme telles dans les questionnaires du recensement?Moins d\u2019enfants La désaffection vis-à-vis du mariage est liée à la dénatalité \u2014 les couples vivant en union libre ont moins d\u2019enfants que les couples mariés \u2014 mais elle n\u2019est pas la cause de la baisse de la natalité.Le mariage et la décision d\u2019avoir plusieurs enfants sont plutôt deux phénomènes reliés qui dépendent d\u2019un ensemble de facteurs.Il en va de même pour la diminution de la pratique religieuse [voir p.273], elle-même associée à la baisse de la natalité par plusieurs chercheurs8.La désaffection vis-à-vis de 158 la pratique religieuse, la désaffection vis-à-vis du mariage et la dénatalité sont en fait trois tendances interreliées qui révèlent des changements culturels profonds.Plusieurs facteurs semblent par ailleurs liés à la chute de la natalité [voir aussi p.213].Le premier est sans doute l\u2019insécurité économique qui frappe plus durement les jeunes ménages \u2014 précarité, revenus de travail en baisse \u2014 empêchant l\u2019élaboration de projets d\u2019avenir au cœur desquels le désir d\u2019enfants, bien présent comme les études le montrent, ne peut pas se concrétiser.Les jeunes couples reportent à plus tard la venue des enfants qu'ils désirent, au risque de ne jamais passer à l\u2019acte.Le second facteur est la difficulté qu\u2019ont les jeunes mères surtout, mais aussi de plus en plus de pères, à concilier l\u2019occupation d\u2019un emploi et le soin des enfants, surtout les deuxième et troisième[voiraussip.366].Si les places en garderies sont maintenant plus accessibles, il faut souligner que les entreprises et les employeurs sont encore réticents à mettre en œuvre des mesures favorisant la conciliation des activités professionnelles et familiales des parents.La réforme des congés de maternité (ou congés parentaux) est aussi un volet important de la politique familiale qui devrait permettre aux couples de concilier leurs responsabilités familiales et professionnelles et les aider à avoir les enfants qu\u2019ils désirent, mais cette réforme est l\u2019objet d\u2019un litige entre les deux gouvernements.Une autre conception de la vie en commun Plus largement, avoir des enfants implique que les couples se donnent un horizon commun durable.Or, tout amène les jeunes couples à s\u2019orienter autrement.Pour les uns, l\u2019emploi est devenu plus rare et précaire.D\u2019autres voient leur vie active comme une carrière et non plus comme un destin relativement stable (devenir paysan comme son père, par exemple, dans les générations passées).Plus largement, c\u2019est tout le mode de vie axé sur la consommation qui est devenu mobile, mode de vie peu conciliable avec une famille comptant plusieurs enfants.Il faut aussi considérer, dans la recherche d\u2019une explication à la baisse de la fécondité, cette profonde mutation culturelle qui marque la conception même de la vie en commun.Le destin des individus dans la société contemporaine s\u2019inscrit-il encore dans un espace et une temporalité qui est conciliable avec la venue des enfants ?De plus en plus de naissances hors mariage La proportion de naissances hors mariage a continué de s\u2019accroître, au point de dépasser une naissance sur deux (58,5 % en 2001, voir plus haut le tableau 1.7).Cette proportion est encore plus élevée pour les naissances de rang un (65 % en 2001).Il faut noter la forte progression de ce phénomène en moins de dix ans et il s\u2019agit ici d\u2019une mutation majeure et radicale, parallèle à la désaffection vis-à-vis du mariage.Une étude de Louis Duchesne révèle d\u2019importantes variations régionales dans la proportion de naissances hors mariage*1.En Abitibi-Témiscamingue, en Gaspésie et sur la Côte-Nord, plus des deux tiers des naissances sont issues de parents non mariés et dans la région de Montréal, cette proportion, L'état du Québec qui est stable depuis 1990, se situe autour de 40% seulement.Les différences sont encore plus considérables entre les municipalités, le phénomène étant moins marqué dans celles où se trouve une forte présence anglophone, notamment à l\u2019ouest de Montréal, là où l\u2019union libre est aussi beaucoup moins répandue.Hausse tendancielle du divorce Le nombre total de divorces tourne autour de 20 000 depuis dix ans, mais il a tendance à diminuer quelque peu, sans doute parce qu\u2019il y a moins de couples mariés susceptibles de divorcer.En fait cette relative stabilité en nombre absolu est trompeuse, car l\u2019incidence du divorce augmente très nettement d\u2019une génération à l\u2019autre.Le tableau 2.3 est révélateur de cette tendance : quelle que soit la durée du mariage, le taux de rupture d\u2019union augmente de façon régulière d\u2019une cohorte annuelle de mariés à l\u2019autre.Considérons un exemple.La proportion de couples mariés en 1975 qui n\u2019ont pas fêté leurs noces d\u2019argent en 2000 est de 33,9%, soit plus précisément 338,8 sur mille.Or, cette proportion était plus faible pour la cohorte des couples mariés en 1964, soit 21 % après 25 ans de mariage.Les diverses colonnes du tableau 2.3 montrent clairement qu\u2019à mesure qu\u2019on se rapproche des années récentes, les chances de divorcer augmentent.Ainsi, cette tendance est-elle particulièrement évidente pour les jeunes couples qui divorcent plus fréquemment après cinq ans de mariage, par exemple, soit 12,2% des couples mariés en 1993 (11,5 % en 1995 cependant).Cette proportion ne cesse d\u2019augmenter depuis le milieu des années i960, sauf chez les jeunes mariés.Les effets de génération apparaissent mieux lorsqu\u2019on examine les proportions de nouveaux divorcés après une certaine durée du mariage.On voit nettement une hausse tendancielle du taux de divorce dans les quinze premières années du mariage.Au-delà de cette période, les proportions de nouveaux divorces sont assez stables d\u2019une année à l\u2019autre et il n\u2019y a pas de hausse tendancielle observable dans les cohortes de mariés depuis l\u2019année 1964.Par exemple, après 21 ans de mariage, on observe une proportion de nouveaux divorcés de 46,1 % dans la cohorte des personnes mariées en 1964 et de 47,2 % dans celle des mariés en 1980.Il faudra évidemment attendre encore un certain temps avant de savoir si les personnes mariées dans les années 1980 et 1990 fêteront leurs noces d\u2019argent dans les années 2005-2015 dans les mêmes proportions.Il est cependant permis de penser que l\u2019effet de génération va se poursuivre et que les nouvelles cohortes vont connaître des taux de divorces plus élevés que les précédentes à durée de mariage égale.Cet effet de génération va sans doute contribuer à accroître les taux de divorces dans les années à venir.Plus de la moitié des divorces survenus en 2000 ont eu lieu après moins de quinze ans de mariage, alors que cette proportion était plus élevée dut ans auparavant (tableau 2.4).Au cours des années qui ont suivi l\u2019adoption de la loi qui a légalisé le divorce en 1969, il semble que les ménages formés de conjoints plus âgés ou mariés depuis plusieurs années aient eu moins tendance à rompre leur union que les jeunes ménages.Au fil des années, le 160 La population divorce est devenu plus fréquent dans tous les groupes d\u2019âge.Ce résultat est congruent avec l\u2019observation précédente d\u2019une hausse tendancielle du taux de rupture des unions conjugales.Ces statistiques donnent cependant une vue partielle de la situation des couples à cause de la désaffection vis-à-vis du mariage.Les ruptures d'union dans le cas des couples non mariés ne sont pas prises en compte dans cette analyse, alors que ces couples pèsent de plus en plus lourd dans l\u2019ensemble de la société.Les premières unions libres, plus susceptibles de se terminer par une rupture Les couples en union libre n\u2019échappent pas à la probabilité de connaître une rupture, bien loin de là.L\u2019Enquête sociale générale de Statistique Canada permet d\u2019estimer que les unions libres sont nettement plus instables que les mariages.La probabilité d\u2019une rupture de la première union libre est estimée au double de celle qui caractérise le mariage.Fait à signaler, cette probabilité serait cependant plus faible de nos jours au Québec, comparée à celle observée dans un passé récent ou encore à celle observée au Canada anglais, là où l\u2019union libre est moins répandue.En ce sens, lorsqu\u2019elle devient plus fréquente, l\u2019union libre comprend aussi un noyau de couples stables.Diversité grandissante des modes de vie familiaux et non familiaux Les modes de vie familiaux et non familiaux sont de plus en plus diversifiés, tant sur le plan synchronique \u2014 coupe transversale \u2014 que diachronique, c\u2019est-à-dire au cours du cycle de tableau 2.3 Proportion (%>) des mariages rompus par un divorce à certaines durées depuis le mariage selon l\u2019année du mariage (1964-1995) \t\t\t\t\t \t\t\t\t\t 1964\t1,3\t39,8\t109,0\t163,8\t209,9 1965\t4,9\t55,6\t123,8\t179,2\t227,3 1966\t8,4\t65,9\t131,3\t188,1\t238,6 1967\t11,4\t78,1\t146,1\t203,1\t254,5 1968\t15,1\t86,2\t151,7\t209,1\t259,8 1969\t19,3\t93,2\t163,6\t223,7\t274,1 1970\t23,9\t98,6\t171,9\t235,0\t285,0 1971\t31,2\t108,6\t182,6\t246,6\t296,9 1972\t33,9\t120,4\t197,3\t262,7\t311.9 1973\t39,0\t128,2\t206,5\t271,1\t319,8 1974\t43,2\t135,8\t211,6\t274,8\t322,6 1975\t46,9\t144,2\t226,7\t291,3\t338,8 1976\t54,0\t151,5\t236,4\t297,7\t344,2 1977\t57,5\t156,4\t238,5\t297,6\t344,2 1978\t62,5\t164,8\t248,1\t307,5\t354,0 1979\t65,3\t172,7\t256,6\t316,6\t363,7 1980\t60,5\t172,7\t256,2\t316,6\t363,8 1981\t60,5\t177,7\t257,4\t316,1\t 1982\t69,5\t182,2\t267,3\t330,8\t 1983\t78,0\t192,4\t273,0\t338,3\t 1984\t87,1\t201,4\t283,0\t348,2\t 1985\t94,3\t208,2\t292,2\t357,4\t 1986\t105,5\t214,3\t\t\t 1987\t108,6\t224,6\t\t\t 1988\t108,2\t225,8\t\t\t 1989\t117,8\t234,7\t\t\t 1990\t125,2\t249,0\t\t\t 1991\t127,4\t\t\t\t 1992\t128,5\t\t\t\t 1993\t122,0\t\t\t\t 1994\t115,3\t\t\t\t 1995\t115,1\t\t\t\t Le tableau se lit ainsi : Si l\u2019on suit 1000 mariages célébrés en 1971,31 sont rompus par un divorce après 5 ans, 109 après 10 ans, 247 après 20 ans et 297 après 25 ans de mariage, noces d\u2019argent qui auraient dû être célébrées en 1996.Les proportions sont cumulatives.Les divorces d\u2019avant 1969 ne sont pas inclus.Les zones en caractères gras indiquent que les nombres ont été estimés avec les derniers taux disponibles.Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca 161 L\u2019état du Québec tableau 2.4 Distribution des divorces selon le nombre d\u2019années de mariage (1985-2000) \t\t\t\t 0-4\t14,7\t18,1\t18,7\t16,4 5-9\t26,5\t22,2\t21,1\t19,8 10-14\t22,2\t19,6\t16,2\t16,6 15-19\t15,1\t16,1\t15,4\t14,7 20-24\t9,3\t11,3\t13,3\t13,2 25 et*\t12,2\t12,3\t14,7\t18,8 non déclaré\t0,0\t0,4\t0,7\t0,3 Total %\t100\t100\t100\t100 N\t15 814\t20 398\t20 133\t17144 Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca (calculs de l'auteur).vie des individus.Les normes qui régissaient la vie en commun jusqu\u2019à récemment dans l\u2019histoire québécoise sont beaucoup moins contraignantes et cette absence de norme commune se reflète dans les types de modes de vie.Rendre compte de cette diversité exige de considérer sous plusieurs angles les statistiques disponibles et de prendre un peu distance avec les catégories des statisticiens qui ne reflètent pas toujours adéquatement les mutations en cours.tableau 2.5 Typologie des ménages (2001) \t\t Couples avec enfant\t932 220\t31,0 Couples sans enfant présent\t751 740\t25,0 Familles monoparentales\t335 590\t11,2 Ménages non familiaux\t103 195\t3,4 Personnes seules*\t880 765\t29,4 Total\t3 003 510\t100 Source : Statistique Canada, Recensement de 2001, calculs de l'auteur.Nous caractériserons d\u2019abord les types de ménages avant d\u2019examiner les proportions d\u2019individus qui y vivent.Nous avons distingué dans un premier tableau cinq types de ménages (tableau 2.5).Les couples avec enfant présent au foyer représentent 30% d\u2019entre eux au Québec.Cette donnée à elle seule révèle bien l\u2019ampleur des changements survenus en quelques décennies seulement.L\u2019unité de vie typique dans la société n\u2019est plus le couple entouré d\u2019enfants.Les couples sans enfant présent représentent une catégorie de ménages en forte croissance et ils comptent pour le quart du total, une proportion en hausse rapide depuis cinq ans.Nous reviendrons sur ce type de ménage plus loin.Si l\u2019on additionne les couples avec et sans enfant présent, on note un autre changement majeur: les couples ne forment plus que la moitié des ménages environ.La vie de couple tout comme la vie familiale en présence d\u2019enfant ne sont donc plus des modes de vie aussi dominants.On ne peut plus parler de norme contraignant les modes de vie, qui paraissent au contraire plus éclatés.Deux types de ménages quasi inexistants il y a encore cinquante ans se partagent maintenant presque la moitié des unités ou des ménages.Les familles monoparentales représentent 11,2% des ménages et les personnes seules, près de 30 % de l\u2019ensemble.Les unités de vie sont aussi plus petites (tableau 2.6).Outre le fait que environ 30 % des individus vivent seuls de nos jours, les autres vivent dans des ménages de petite taille.Le tiers des individus ne côtoient qu\u2019une seule autre personne dans leur ménage au quotidien et moins du quart vivent dans un ménage comptant quatre personnes ou 162 La population plus (par exemple, la famille de deux adultes et deux enfants, souvent considérée comme famille type).Le tableau suivant donne une vue d\u2019ensemble du milieu de vie des individus en distinguant les adultes et les enfants.Si les ménages formés de personnes seules représentent le quart de tous les ménages, on n\u2019y trouve cependant que 12,4% de tous les individus, ou encore 17,9% des adultes (tableau 2.7).La moitié des Québécois (50,2%) vivent dans des familles biparentales et c\u2019est le cas de 77,5 % de tous les enfants, mais de seulement 38 % des adultes.Les familles biparentales représentent 30 % de tous les ménages, certes, mais elles regroupent encore plus de la moitié de la population totale.Un peu plus d\u2019une personne sur dix vit dans une famille monoparentale, soit 6,8 % des adultes et 22,5 % des enfants.Enfin, trois adultes sur dix vivent dans un couple seul.Nous pouvons tirer trois conclusions de cet examen des unités de vie.Tout d\u2019abord, l\u2019enfant occupe un espace plus limité qu\u2019auparavant dans la vie des adultes parce que ceux-ci en ont moins.Ils doivent en conséquence s\u2019occuper activement des enfants durant une période plus courte de leur vie.En 2002, moins de la moitié des adultes vivent en présence quotidienne d\u2019enfants dans leur ménage.C\u2019est là une situation nouvelle dans l\u2019histoire de la famille, car les adultes de la première moitié du siècle (et bien au delà, en fait) passaient quant à eux la majeure partie de leur vie à s\u2019occuper d\u2019enfants, après avoir eux-mêmes été élevés dans des familles nombreuses.Le rapport à l\u2019enfant est l\u2019un des changements majeurs qui caractérisent les modes de vie contemporains.tableau 2.6 Ménages privés selon le nombre de personnes (1971-2001) \t\t\t\t 1 personne\t12,1\t19,6\t24,7\t29,6 2 personnes\t23,1\t28,6\t31,4\t33,0 3 personnes\t18,1\t18,8\t18,4\t16,3 4 personnes\t17,7\t19,1\t17,1\t14,4 5 personnes\t12,2\t9,1\t6,1\t4,9 6 et plus\t16,9\t5,4\t2,2\t1,8 Total (%)\t100\t100\t100\t100 N (000)\t1606\t2173\t2 634\t2 978 Source : Institut de la statistique du Québec, Le Québec statistique, édition 2002 et Recensement du Canada.Ce qui frappe ensuite dans ces données, c\u2019est le fait que les individus vivent finalement dans des unités de très petite taille, très souvent seuls ou encore en couples.Les couples qui ont des enfants en ont peu et leurs ménages sont donc aussi de taille réduite.À cela s\u2019ajoute la mobilité des unions au cours du cycle de vie : la probabilité de vivre une certaine période de temps plus ou moins prolongée dans une unité de taille réduite est très élevée.Signalons enfin qu\u2019il existe maintenant une distance plus grande entre le mode de vie des individus et le mode d\u2019occupation de l\u2019espace habité, ce dernier apparaissant davantage fractionné.C\u2019est là une conclusion fort importante qu\u2019il faut tirer de cet examen des statistiques.Famille et ménage ne se recoupent plus aussi étroitement, ce qui a des implications pour les politiques municipales ou les politiques publiques de l\u2019État (système de garde, politiques de santé, etc.).163 L'état du Québec tableau 2.7 Types de ménages dans lesquels vivent les individus, adultes et enfants (2001) \t\t\t Familles biparentales\t38,0\t77,5\t50,2 couples mariés\t27,3\t57,2\t36,5 couples en union libre\t10,7\t20,3\t13,6 Familles monoparentales\t6,8\t22,5\t11,7 Couples sans enfant présent\t30,6\t\t21,2 Ménages non familiaux\t24,5\t\t17,0 personnes seules\t17,9\t\t12,4 Autres*\t6,6\t\t4,6 Total %\t100\t100\t100 N\t4 907 715\t2 190 140\t7 097 855 \u2022 Comprend : les personnes hors famille de recensement et les personnes dans les ménages non familiaux vivant avec des personnes apparentées ; les personnes hors famille de recensement et les personnes dans les ménages non familiaux vivant avec des personnes non apparentées seulement.Source : Recensement de 2001, calculs de l'auteur.Le couple sans enfant présent à la maison : un nouveau mode de vie Les types de ménages changent dans le temps.Avant les années 1930, les individus vivaient presque en totalité en familles.Les ménages multifamiliaux de cette période (dans lesquels coexistaient plusieurs familles de générations différentes) représentaient une proportion non négligeable et très peu de personnes vivaient seules.Les célibataires vivaient avec d\u2019autres personnes ou encore en communauté.La famille nucléaire s\u2019est imposée avec l\u2019avènement de la société de consommation et l\u2019urbanisation accélérée.Puis, on a assisté à la croissance du nombre de ménages formés de personnes vivant seules dans les années i960 et 1970.Avec les années 1990 s\u2019impose un nouveau type de ménages qui gagne en importance et croit plus vite que tous les autres : le couple sans enfant présent à la maison.L\u2019allongement de l\u2019espérance de vie et la baisse de la natalité sont les deux facteurs qui ont causé la forte croissance de ce type de ménages.À côté des personnes vivant seules et des familles avec enfants présents à la maison s\u2019impose donc une nouvelle catégorie modale de ménages qui ont des comportements de consommation et des habitudes de vie différentes des autres dont on commence à découvrir l\u2019importance et les caractéristiques propres.Il y avait 1683960 couples au Québec en 2001.Au total, 44,6% d\u2019entre eux n\u2019avaient pas d\u2019enfant présent à la maison (tableau 2.8).Le mode de vie en couple sans enfant présent est donc devenu en quelques années un mode de vie important sur le plan statistique, au moins aussi important que le mode de vie en solitaire, qui a davantage retenu l\u2019attention.La proportion de couples sans enfant présent est en hausse marquée et il esta prévoir que le phénomène deviendra plus important dans les années à venir.À noter enfin que ces couples ont aussi de plus en plus tendance à vivre en union libre.Les types de familles changent La famille n\u2019est plus la catégorie dominante parmi les ménages, mais elle est par ailleurs encore un milieu de vie important, car moins de la moitié des adultes s\u2019y retrouve, les autres vivant dans des unités non familiales au sens strict.Avant d\u2019examiner plus avant les statistiques, une question préalable s\u2019impose : comment définir la famille ?Répondre à cette question est devenu complexe, on le sait.Nous n\u2019entrerons pas dans le débat qui entoure cette ques- 164 La population don, qu\u2019il faut cependant évoquer, car la définition statistique diffère des définitions sociologiques courantes.Ainsi, les données officielles incluent-elles les couples sans enfant présent, qui sont considérés comme des familles économiques10.Nous proposons plutôt de caractériser la famille comme une unité dans laquelle se trouve au moins un enfant présent.Bien entendu, un couple dont les enfants n'habitent plus au foyer forme encore une famille, mais nous préférons du point de vue sociologique parler d'un couple sans enfant présent pour en caractériser les modes de vie.Les modes de vie changent avec le départ des enfants et il paraît en conséquence nécessaire de distinguer les familles et les couples sans enfant présent.Dans ce cas, la famille devient un réseau et non plus une unité de vie au sens strict.En fait, il s\u2019agit là d\u2019une mutation majeure qui n\u2019a pas assez retenu l\u2019attention.La famille au sens sociologique a maintenant deux formes bien distinctes : la famille institution \u2014 celle dans laquelle l\u2019enfant est en interaction quotidienne avec ses parents ou au moins l\u2019un d\u2019eux \u2014 et la famille réseau, celle qui est formée de liens maintenus entre membres consanguins appartenant à des unités de vie différentes.La famille réseau recoupe ce qu\u2019on appelait autrefois la famille étendue.Quatre changements majeurs ont marqué la famille contemporaine : l\u2019avènement de la famille à parent unique ou à parents vivant séparément (familles monoparentales), la mutation du type d\u2019union conjugale entre les parents, la chute du nombre d\u2019enfants qui affecte la fratrie et la recomposition des familles après une rupture d\u2019union.tableau 2.8 Typologie des couples selon l\u2019état civil et la présence d\u2019enfants (1986,1996 et 2001) \t\t\t Couples avec enfant\t64,1\t59,6\t55,4 Mariés\t59,5\t46,8\t39,8 Union libre\t4,6\t12,8\t15,6 Couples sans enfant présent\t35,9\t40,4\t44,6 Mariés\t27,9\t28,8\t30,0 Union libre\t8,0\t11,6\t14,6 Total %\t100\t100\t100 N\t1 498 690\t1 640 535\t1 683 960 Source : Recensement du Canada et compilation effectuée par l\u2019ISQ, calculs de l\u2019auteur.Considérons d\u2019abord la montée de la monoparentalité (tableau 2.9).Au total, 26,5 % des familles avec enfant présent sont monoparentales, ce qui représente une hausse d\u2019environ 27% depuis quinze ans.Ce type de famille continue de croître à un bon rythme.Les études montrent que les relations entre conjoints séparés ont changé au fil des années.La garde partagée est plus fréquente et il semble que les difficultés et divergences entre parents \u2014 forcément présentes dans les cas de ( tableau 2.9 Typologie des familles selon l\u2019état civil et la présence d\u2019enfants (1986,1996 et 2001) \t\t\t Familles biparentales\t79,2\t75,9\t73,5 Mariés\t73,5\t59,7\t52,9 Union libre\t5,7\t16,3\t20,7 Familles monoparentales\t20,8\t24,1\t26,5 Père seul\t3,6\t4,4\t5,4 Mère seule\t17,2\t19,6\t21,1 Total %\t100\t100\t100 N\t1 214 065\t1 286 520\t1 267 815 Source : Recensement de 2001, calculs de l\u2019auteur.165 L\u2019état du Québec tableau 2.10 Distribution des enfants selon la taille de la famille (1986,1996 et 2001) \t\t\t 1\t22,8\t25,7\t27,0 2\t43,3\t45,1\t44,4 3*\t23,3\t21,3\t28,6 4\t7,5\t5,8\t 5et +\t3,1\t2,1\t Total %\t100\t100\t100 N\t2 222 085\t2 249 410\t2 190 140 * trois et plus en 2001.Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca divorces et de rupture \u2014 sont gérées de manière moins conflictuelle qu\u2019il y a quinze ou vingt ans.Les pères assument aussi plus fréquemment la garde des enfants, mais les femmes sont encore plus nombreuses à le faire.Au total, 22,5 °l° des enfants sont élevés dans des familles monoparentales.Second changement majeur en cours : la mutation de l\u2019union entre parents.Si les familles monoparentales comptent pour le quart des familles avec enfant présent, on y trouve seulement le cinquième de tous les enfants, simplement parce qu\u2019elles en ont moins que les tableau 2.11 Types de familles dans lesquelles sont élevés les enfants (2001) \t\t\t\t\t 1\t43,2\t20,7\t36,1\t100\t590 620 2\t59,0\t21,8\t19,2\t100\t973 440 3 et +\t67,5\t17,6\t14,9\t100\t626 080 Total\t57,2\t20,3\t22,5\t100\t2 190 140 Source : Recensement de 2001, calculs de l\u2019auteur.familles qui on t deux parents présents au foyer.La majorité des enfants (57,2%) sont donc élevés par des couples mariés et 20,3 % par des couples vivant en union libre.Avec la montée de la monoparentalité, le changement le plus marqué depuis dix ans est sans doute l\u2019augmentation de la proportion des familles bi-parentales dans lesquelles les parents vivent en union libre.Mais cette statistique en coupe transversale ne donne pas une bonne idée de l\u2019ampleur du phénomène.Cette tendance à vivre en union libre va s\u2019accentuer dans l\u2019avenir, car les jeunes couples se forment davantage en dehors des liens du mariage.On a vu plus haut que la majorité des naissances surviennent maintenant dans les unions libres et à mesure que les unités familiales formées de personnes plus âgées vont se transformer, la proportion des familles dont les parents vivent en union libre va augmenter.En cinq ans seulement, la proportion d\u2019enfants élevés dans des couples vivant en union libre a connu une hausse considérable.Troisièmement, la taille moyenne des familles avec enfants présents continue de décroître avec la dénatalité (tableau 2.10).Un enfant sur quatre est maintenant élevé dans une famille à enfant unique et ce modèle de famille est en hausse.L\u2019historien E.Shorter qualifie ce type de famille de triade, pour bien montrer que la position de l\u2019enfant y est différente, celui-ci étant minoritaire devant deux adultes, sans interaction avec un frère ou une sœur, le plus souvent avec un nombre limité de cousins.La famille à deux enfants est en quelque sorte devenue la norme, comptant pour 44% de l\u2019ensemble.Un peu moins de trente pour cent des enfants ont au 166 moins deux frères ou sœurs.Ces chiffres portent sur les enfants présents, et ils ne prennent pas en compte le départ éventuel d\u2019un enfant qui a quitté le foyer.Ils sous-estiment quelque peu la taille réelle du nombre d\u2019enfants que les couples ont eus, mais ils en donnent plutôt une vue d\u2019ensemble des caractéristiques des familles sur le plan transversal, au moment du recensement.Les parents mariés ont plus d\u2019enfants que les autres familles biparentales et que les familles monoparentales (tableau 2.11).La francisation du Québec Les politiques linguistiques adoptées blés à long terme.Plusieurs indicateurs par le Québec dans les années 1970 donnent à penser que l\u2019intégration en commencent à donner des effets visi- français des nouveaux arrivants à la tableau 3.1 Langue maternelle des citoyens selon la région au Canada (1951,1991,1996 et 2001) \t\t\t\t\t\t \tm\t\t\t\t\t Nouveau-Brunswick\t1951\t63,1\t35,9\t1,0\t100\t515 697 \t1991\t65,1\t33,6\t1,3\t100\t723 895 \t1996\t65,5\t33,1\t1.4\t100\t729 625 \t2001\t65,2\t33,1\t1,7\t100\t719 715 Québec\t1951\t13,8\t82,5\t3,7\t100\t4 597 542 \t1991\t9,2\t82,0\t8,8\t100\t6 895 960 \t1996\t8,8\t81,5\t9,7\t100\t7 045 080 \t2001\t8,3\t81,4\t10,3\t100\t7 125 580 Ontario\t1951\t81,7\t7,4\t10,9\t100\t4 597 542 \t1991\t76,4\t5,0\t18,6\t100\t10 084 880 \t1996\t73,8\t4,6\t21,6\t100\t10 642 790 \t2001\t71,9\t4,4\t23,7\t100\t11 285 550 Canada sans Québec\t1951\t77,6\t7,3\t15,1\t100\t9 953 748 \t1991\t79,0\t4,8\t16,2\t100\t20 400 895 \t1996\t77,2\t4,5\t18,3\t100\t21483 130 \t2001\t75,7\t4,2\t20,1\t100\t22 513 455 Canada\t1951\t59,1\t29,0\t11,9\t100\t14 009 429 \t1991\t61,5\t24,3\t14,2\t100\t27 296 855 \t1996\t60,2\t23,7\t16,1\t100\t28 528 125 \t2001\t59,6\t22,9\t17,5\t100\t29 639 035 ¦ Les réponses multiples (français/anglais) ont été réparties au prorata de leur poids.Le français ou l'anglais et une autre langue ont été classés arec la langue officielle.Source : Recensement du Canada, 1951,1991,2001, données-échantillons (20 %), www.statcan.ca. L\u2019état du Québec graphique 3.1 Repartition de la population du Québec selon la langue maternelle (1901-2001) 1901 1911 1921 1931 1941 1951 1961 1971 1981 1991 1996 2001 ¦¦ Français Anglais IB Autres * Pour les années 1901 et 1911, les données portent sur l'origine ethnique.Source : Recensement du Canada 1901,1911,1921,1931,1941,1951,1961, 1971,1981,1991,2001.société d\u2019accueil se fait mieux qu\u2019aupa-ravant.Les indicateurs disponibles restent cependant imparfaits, d\u2019autant plus que Statistique Canada a modifié à plusieurs reprises les questions de recensement, ce qui pose des problèmes pour le suivi dans le temps pour l\u2019étude précise des questions linguistiques [voirp.232].Stabilité de la langue maternelle française , régression de la langue maternelle anglaise Considérons d\u2019abord la langue maternelle, définie comme la langue apprise en premier lieu à la maison dans l\u2019enfance et encore comprise par le répondant au moment du recensement\".La proportion de personnes de langue maternelle française est assez stable au Québec depuis le début du XXe siècle, à environ 82% de l\u2019ensemble (graphique 3.1).Par ailleurs, la proportion de Québécois de langue maternelle anglaise a connu une chute importante depuis 3951, chute qui s\u2019est accélérée dans les années 3970 et rg8o à cause du départ d\u2019une partie de la communauté anglo-québécoise (tableau 3.1).La proportion d\u2019anglophones de naissance est en effet passée de 13,8% en 3953 à 8,3% en 20or.La part des personnes n\u2019ayant déclaré ni le français ni l\u2019anglais comme langue maternelle augmente par ailleurs de manière marquée depuis 20 ans.Elle dépasse maintenant les ro°/o de l\u2019ensemble de la population québécoise.Soulignons au passage que l\u2019on observe le même phénomène en Ontario, où la proportion de personnes de langue maternelle anglaise est aussi en régression, mais pour des raisons différentes: l\u2019immigration internationale massive affecte le poids relatif des anglophones établis depuis longtemps.À la maison : domination du français, attirance de l\u2019anglais Le français comme langue d\u2019usage à la maison est un indicateur plus significatif en matière de comportements.Statistique Canada a introduit une nouvelle question dans le recensement de 2oor qui permet de caractériser différemment les langues parlées à la maison, en plus de celle qui était posée par le passé.La première porte sur la langue qui est le plus souvent parlée à la maison et la seconde, sur l\u2019identification d\u2019une autre langue parlée de façon régulière au foyer (tableau 3.2).D\u2019après les données de 2003, la majorité des Québécois (82,3%) ne parle que le français à la maison (d\u2019après l\u2019indicateur langue le plus souvent parlée) et à cette proportion s\u2019ajoute r,5 % des ménages qui parlent 168 La population une autre langue en plus du français dans la vie quotidienne.L\u2019anglais a attiré jusqu\u2019à présent plus de nouveaux locuteurs que le français chez les immigrants, et la proportion de personnes qui parlaient l\u2019anglais seulement à la maison en 2001 (9,8%) est plus élevée que la proportion de personnes de langue maternelle anglaise (8,3 %).La langue anglaise est quelque peu en régression comme langue principale dans les foyers québécois parce que l\u2019intégration des nouveaux arrivants à la majorité francophone commence à se voir concrètement dans les statistiques et à cause de la migration d\u2019anglophones à l\u2019extérieur du Québec.Des années 2970 aux années 2000, les transferts linguistiques ont permis à la communauté anglo-québécoise d\u2019augmenter ses effectifs, contrant ainsi l\u2019impact négatif de la migration en dehors du Québec d\u2019une partie de ses membres.Les transferts linguistiques sont estimés en comparant la langue maternelle et la langue parlée à la maison, ce qui permet de construire un indice de continuité linguistique.Les travaux de Charles Castonguay permettent d\u2019estimer à partir de cet indicateur que la communauté anglophone a constamment réussi à augmenter ses effectifs au Québec de 1971 à 2001 grâce à l\u2019intégration de personnes ayant adopté l\u2019anglais comme langue d\u2019usage à la maison.Il y a cependant lieu de noter un important effet de génération12, les immigrants les plus âgés ayant opté plus fréquemment pour l\u2019anglais.La situation est en train de changer chez les plus jeunes à cause des lois linguistiques qui les amènent à apprendre le français.Au fil des ans, de plus en plus d\u2019allophones se sont ffan- tableau 3.2 Langue parlée le plus sauvent à la maison selon la province de résidence (2001) \t\t\t\t\t \t\t\t\t\t Français\t82,3\t29,9\t2,6\t0,8\t21,8 Anglais\t9,8\t68,6\t81,7\t89,1\t66,7 Autres langues\t5,9\t0,6\t13,6\t8,8\t9,7 Français et anglais\t0,8\t0,7\t0,3\t0,1\t0,4 Français et autres\t0,6\t\t\t\t0,2 Anglais et autres\t0,3\t0,1\t1,7\t1,5\t1,2 Français, anglais et autres\t0,1\t\t\t\t Total\t100\t100\t100\t100\t100 Français (au total)\t83,8\t30,6\t2,9\t0,9\t22,4 Source : Recensement du Canada, 2001, Données-échantillons (20 %), www.statcan.ca.cisés, mais leur nombre n\u2019a pas encore dépassé celui des allophones qui se sont anglicisés (voir l\u2019article de Charles Castonguay dans cette édition de l\u2019Annuaire, p.232).Le français, langue commune Langue connue par 94,6 % de la population en 2001, le français est en voie de devenir la langue commune des Québécois et une majorité d\u2019immigrants et d\u2019Anglo-Québécois en ont une connaissance suffisante pour soutenir une conversation (tableau 3.3).Une majorité de Québécois ne connaissent que le français (53,8%) \u2014 mais cette proportion est en baisse par rapport au dernier recensement \u2014 et 40,8% se déclarent bilingues en 2001, une proportion en hausse.Le taux de bilinguisme est plus élevé au Québec que dans le reste du Canada où il plafonne à 10 % environ.À noter que le bilinguisme est en hausse chez les jeunes Québécois francophones, mais qu\u2019il est en régression chez les jeunes du Canada anglais.169 L'état du Québec tableau 3.3 Distribution de la connaissance des langues officielles dans les differentes régions du Canada (2001) \t\t\t\t Anglais\t4,6\t85,9\t87,5\t67,5 Fiançais\t53,8\t0,4\t0,5\t13,3 Anglais et français\t40,8\t11,7\t10,3\t17,7 Ni anglais ni français\t0,8\t2,1\t1,7\t1,5 Total\t100\t100\t100\t100 Français (au total)\t94,6\t12,1\t10,8\t31,0 Anglais (au total)\t45,4\t97,6\t97,8\t85,2 Source : Recensement du Canada, 2001, www.statcan.ca.Le français et l'immigration Une faible proportion de nouveaux immigrants venant de l\u2019étranger ont le français comme langue maternelle (n,8 % en 2002), mais cette proportion est en hausse depuis 1990 (tableau 3.4).La connaissance du français est cependant plus répandue chez les nouveaux immigrants (52,3 % en 2001) et 44,7 % d\u2019entre eux connaissaient l\u2019anglais.Ces dernières années, le tiers environ des immigrants qui se sont installés au Québec en 2001 ne parlaient ni anglais ni français.Territorialisation linguistique de fait Il ressort des données présentées plus haut que le Canada est un pays polarisé sur le plan linguistique à l\u2019aube de l\u2019an 20oo,J.On peut en d\u2019autres termes parler de territorialisation des langues dans les faits.La proportion de francophones hors Québec régresse dans l\u2019ensemble du pays (à signaler au passage que la communauté acadienne maintient cependant son poids démographique relatif au Nouveau-Brunswick, où elle a aussi acquis plus de pouvoir politique et économique) et les francophones du Canada se concentrent de plus en plus au Québec d\u2019après l\u2019indicateur langue maternelle.La concentration est encore plus forte d\u2019après l\u2019indicateur langue parlée à la maison, à cause de l\u2019importance des transferts linguistiques en milieux francophones canadiens.Deux raisons expliquent cette territorialisation des langues.Même si les communautés francophones en dehors du Québec sont dynamiques, elles connaissent un taux élevé de transferts linguistiques vers l\u2019anglais, particulièrement en Ontario et dans l\u2019Ouest du Canada.Mais surtout, l\u2019importance de l\u2019immigration au Canada est telle qu\u2019elle contribue fortement à la croissance du nombre d\u2019anglophones \u2014 puisque la grande majorité des 225 000 nouveaux arrivants qui s\u2019installent dans le reste du Canada chaque année adopte l\u2019anglais \u2014 affectant ainsi le poids relatif des francophones en dehors du Québec et le poids de ce dernier dans l\u2019ensemble canadien.Si le reste du Canada devient de plus en plus anglophone d\u2019après divers indicateurs linguistiques, le Québec de son côté affirme son caractère francophone, notamment avec la politique de francisation des immigrants qui s\u2019y installent, bien qu\u2019une partie d\u2019entre eux opte finalement pour l\u2019anglais dans leur vie privée et que les mesures de la vitalité linguistique (indice de continuité linguistique) ne soient pas aussi favorables au français qu\u2019elles ne le sont en faveur de l\u2019anglais ailleurs au Canada.170 tableau 3.4 Langue maternelle des immigrants et connaissance des langues (en %) (1980-2002) \t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t 1980\t12,0\t10,9\t77,1\t20,7\t8,2\t18,0\t53,1 1985\t9,9\t9,8\t80,3\t24,5\t13,5\t25,2\t36,9 1990\t5,8\t3,7\t90,5\t19,5\t17,4\t21,2\t41,8 1991\t6,8\t3,7\t89,5\t20,9\t16,6\t23,2\t39,2 1992\t8,8\t4,0\t89,2\t21,2\t14,9\t24,5\t39,5 1993\t9,7\t5,6\t84,7\t18,9\t13,0\t23,3\t44,8 1994\t10,8\t4,9\t84,4\t20,6\t11,1\t21,8\t46,5 1995\t14,2\t4,4\t81,5\t25,4\t11,8\t21,7\t41,1 1996\t10,8\t3,8\t85,4\t27,5\t11,4\t22,8\t38,3 1997\t10,5\t3,1\t86,5\t25,0\t10,7\t21,2\t43,1 1998\t14,0\t3,0\t83,1\t26,9\t13,3\t17,5\t42,3 1999\t13,3\t2,8\t84,0\t27,7\t15,2\t19,0\t38,1 2000\t13,5\t2,4\t84,1\t26,9\t18,4\t18,4\t36,3 2001\t12,3\t2,4\t85,3\t25,4\t21,6\t15,9\t37,1 2002*\t11,8\t2,4\t85,8\t24,9\t27,4\t17,3\t30,4 * Données préliminaires pour 2002.Source : ISQ (www.stat.gouv.qc.ca) (1980-1999), Ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration, Direction de la planification stratégique (2000-2001).Une plus grande diversité culturelle Le nombre d\u2019immigrants qui se sont établis au Québec a été de 37 619 au cours de l\u2019année 2002 (tableau 4.1).Ce nombre marque une hausse par rapport aux cinq dernières années, soit 10 000 personnes de plus qu\u2019en 1998.Le gouvernement québécois a annoncé son intenüon de hausser les quotas admissibles à l\u2019entrée au cours des prochaines années.Le Québec n\u2019a accueilli cependant que 16,4% du nombre total d\u2019immigrants qui ont choisi de vivre au Canada en 2002 alors qu\u2019il recevait plus de 20 % des immigrants canadiens dans les années i960, ce qui contribue fortement à l\u2019affaiblissement de son poids démographique.Le Canada est en effet l\u2019un des pays qui reçoit le plus fort contingentd\u2019immigrants chaque année dans le monde, ce qui implique que le Québec, comme société, doit se comparer à celle qui est l\u2019une des plus performantes sur ce plan.La comparaison avec le reste du Canada ne rend pas complètement justice à l\u2019effort que le Québec fait en matière d\u2019immigration.En accueillant L'état du Québec tableau 4.1 Distribution des immigrants selon la catégorie et l\u2019année, Québec, au total et en % du Canada (1960-2002) \t\t\t\tm\t\t \t\t\t\tD\t\t 1960\t\t\t\t\t23 774\t22,8 1970\t\t\t\t\t23 261\t15,7 1980\t32,9\t31,2\t35,9\t100\t22 538\t15,7 1985\t40,9\t46,4\t12,7\t100\t14 884\t 1990\t22,5\t60,4\t17,1\t100\t40 842\t19,1 1995\t35,7\t41,8\t22,5\t100\t27 222\t12,5 1996\t31,0\t39,1\t29,9\t100\t29 772\t13,1 1997\t29,5\t42,8\t27,8\t100\t27 684\t12,8 1998\t26,0\t50,5\t23,5\t100\t26 509\t15,2 1999\t25,9\t49,0\t25,1\t100\t29 214\t15,4 2000\t24,5\t50,8\t24,8\t100\t32 502\t14,3 2001\t22,6\t58,4\t19,1\t100\t37 537\t15,0 2002*\t21,1\t61,8\t17,1\t100\t37 619\t16,4 * Données préliminaires pour 2002.Source : ISO (www.stat.gouv.qc.ca) (1980-1996), Ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration, Direction de la planification stratégique (1997-2002).plus de 35 ooo nouveaux immigrants chaque année, la société québécoise apparaît en effet comme l\u2019une des plus ouvertes à l\u2019immigration.Une étude de l\u2019Institut de la statistique du Québec a montré que la proportion d\u2019immigrants vivant en territoire québécois était plus élevée que celle qu\u2019on observe aux États-Unis sur toute la période des 50 dernières années.Ainsi, 7,9% de la population des États-Unis était née à l\u2019étranger en 1990, contre 8,7% au Québec en iggi*4.La France de son côté compte 3,2 °/o d\u2019immigrés ayant acquis la nationalité française et 6,5% de citoyens étrangers sur son territoire au tournant de l\u2019an 2000.Plus de la moitié des immigrants sont des personnes indépendantes À la fin des années 1990, environ le quart des immigrants étaient des réfugiés.Cette proportion a régressé depuis 2001 et 2002 (17,1 °/o cette année-là), mais il est encore trop tôt pour voir s\u2019il s\u2019agit là d\u2019une tendance nouvelle.En 2002, 21,1 % des immigrants se sont inscrits dans le cadre du programme de réunification des familles.L\u2019origine nationale des immigrants qui entrent au Québec est fort diversifiée (tableau 4.2).La France vient au tableau 4.2 Nombre d\u2019immigrants selon le pays de naissance, au total (en nombre et en %) pour la période 1998-2002 et rang du pays d\u2019origine \t\t\t France\t1\t14 495\t8,9 Chine\t2\t14 247\t8,7 Algérie\t3\t12 386\t7,6 Maroc\t4\t11 875\t7,3 Roumanie\t5\t7 574\t4,6 Haiti\t6\t7 223\t4,4 Inde\t7\t5 086\t3,1 Pakistan\t8\t4 348\t2,7 Liban\t9\t4179\t2,6 Sri Lanka\t10\t4144\t2,5 Corée du Sud\t11\t3 572\t2,2 Rép.dém.du Congo\t12\t3 376\t2,1 Colombie\t13\t3 357\t2,1 Russie\t14\t3 313\t2,0 Philippines\t15\t2 477\t1,5 Autres\t\t61 729\t37,8 Total tous les pays\t\t163 381\t100 172 * Données préliminaires pour 2002 Source :Mimstère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration.Direction de la planification stratégique. La population premier rang des pays qui ont fourni le plus fort contingent d\u2019immigrants au cours des récentes années, soit 8,g % de l\u2019ensemble entre 1998 et 2002, suivie de la Chine (8,7 %), de l\u2019Algérie (7,6 %), du Maroc (7,3 %), de la Roumanie (4,6%) et de Haiti (4,4%).On consultera le tableau 4.2 pour la liste complète des principaux pays d\u2019origine des nouveaux immigrants récemment entrés au Québec.Le nombre d\u2019Amérindiens et d'Inuits augmente Il est difficile d\u2019estimer le nombre de personnes déclarant une identité autochtone ou métis de manière précise car certaines bandes amérindiennes boycottent les recensements.Le recen- sement de 2001 donne comme nombre 79 400 autochtones au Québec et le secrétariat aux affaires autochtones de l\u2019État québécois avance le chiffre de 79 268, soit environ r°/o de la population totale.Les spécialistes estiment qu\u2019il y en aurait au moins 50 000 vivant hors réserve et qui n\u2019ont pas déclaré une identité autochtone lors du dernier recensement.Les Amérindiens sont surtout concentrés dans l\u2019Ouest du Canada et 9,3 % d\u2019entre eux se retrouvent au Québec.Le nombre total d\u2019autochtones est en hausse à cause de la forte fécondité des familles, mais aussi à cause de la hausse du nombre de personnes qui ont déclaré une ascendance autochtone dans les derniers recensements, à la tableau 4.3 Population des nations autochtones et inuits du Québec, en effectifs et en proportions (1984-2001) \t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\tn Abénaquis\t779\t1,7\t1811\t2,8\t1907\t2,7\t2 009\t2,5 Algonquins\t4 030\t9,0\t7 323\t11,4\t8144\t11,6\t8 652\t10,9 Attikameks\t3 201\t7,1\t4 461\t6,9\t5 071\t7,2\t5 465\t6,9 Cris\t8 417\t18,7\t12 017\t18,7\t12 702\t18,2\t13 857\t17,5 Hurons-Wendat\t1250\t2,8\t2 648\t4.1\t2 831\t4,0\t2 927\t3,7 Malécites\t\t\t469\t0,7\t599\t0,9\t712\t0,9 Micmacs\t2 655\t5,9\t4 068\t6,3\t4 463\t6,4\t4 659\t5,9 Mohawks\t10 495\t23,3\t9 909\t15,4\t10 553\t15,1\t15 672\t19,8 Montagnais\t8 090\tOO O\t12 952\t20,2\t14 019\t20,0\t14 725\t18,6 Naskapis\t415\t0,9\t529\t0,8\t584\t0,8\t798\t1,0 Non affiliés\t\t\t221\t0,3\t153\t0,2\t100\t0,1 Inuits\t5 650\t12,6\t7 840\t12,2\t8 932\t12,8\t9 692\t12,2 Total\t44 982\u2019\t100\t64 248\t100\t69 958\t100\t79 268\t100 ' On estime qu'il y a environ 15 000 autres personnes d\u2019ascendance autochtone au Québec qui ne sont pas comprises dans les chiffres de 1984.\u201d Les données sur les Amérindiens ont été compilées en 1994 tandis que celles sur les Inuits datent de 1995.Source : Secrétariat au» affaires autochtones du Québec, Registre des Indiens, ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien (MAINC) (www.mac.gc.ca) et Registre des bénéficiaires de la Convention de la Baie James et du Nord québécois (Cris, Inuits et Naskapis), ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, 5 avril 2001.173 L'état du Québec tableau 4 4 Langue maternelle des individus ayant déclaré une identité autochtone (2001) \t\t Français seul\t32 900\t41,4 Anglais seul\t9 180\t11,6 Langue autochtone seule\t35 480\t44,7 Langues multiples\t1845\t2,3 Français - autre\t645\t0,8 Anglais - autre\t325\t0,4 Autres\t872\t1,1 Total\t79 400\t100 (44,7%), ne connaissant ni le français ni l\u2019anglais (tableau 4.4).Un peu plus de quarante pour cent ne parlent que le français (41,4%) et 11,6% ne connaissent que l\u2019anglais.Les Amérindiens du Québec vivent en majorité dans des réserves (69,8%) et cette proportion est plus élevée qu\u2019au Canada où elle est de 57,2% (tableau 4.5).La proportion d\u2019Amérindiens du Québec vivant dans les réserves était en constante régression dans les années 1980, mais elle a été assez stable durant les années 1990.Source : Recensement du Canada.2001, www.statcan.ca suite de la nouvelle affirmation identitaire des Amérindiens, Inuits et Métis.Le tableau 4.3 présente la distribution de la population autochtone entre les diverses nations que l\u2019on retrouve au Québec.Les Mohawks (19,8°/o), les Montagnais (18,6 °/o) et les Cris (17,5 °/o) sont les communautés les plus populeuses, suivies par les Inuits (12,2%).Un peu moins de la moitié des Amérindiens vivant au Québec ne parlent que leur langue maternelle autochtone tableau 4.5 Population d'Amérindiens inscrits dans les réserves et hors réserve (1982-2002) \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t 1982\t85,3\t70,9\t14,7\t29,1\t33 145\t332 178 1990\t71,6\t59,8\t28,4\t40,2\t48 551\t490 177 1995\t70,9\t58,7\t29,1\t41,3\t57 223\t593 050 2000\t70,0\t58,0\t30,0\t42,0\t63 315\t675 499 2002\t69,8\t57,2\t30,2\t42,8\t65 496\t704 851 Source : Données ministérielles de base 1997 ; Population indienne inscrite selon le sexe et la résidence, Affaires indiennes et du Nord Canada, www.inac.gc.ca Les minorités visibles : concentrées à Montréal Depuis 1996, une question dans le recensement demande aux citoyens s\u2019ils appartiennent à l\u2019un des groupes de minorités visibles tels que définis dans la loi (n groupes étaient donnés en exemple).La Loi canadienne sur l\u2019équité en matière d\u2019emploi définit les minorités visibles comme étant « les personnes, autres que les Autochtones, qui ne sont pas de race blanche ou qui n\u2019ont pas la peau blanche ».Que l\u2019État mesure ainsi l\u2019appartenance raciale de ses citoyens paraît bien étrange aux citoyens d\u2019autres pays, en Europe principalement, où une telle catégorisation selon la race ou le phénotype a laissé de fort mauvais souvenirs.Le but poursuivi par cette opération est différent au Canada : il s\u2019agit d\u2019évaluer quelle est l\u2019égalité des chances des citoyens qui se démarquent de la majorité par leur apparence physique.Le Canada compte maintenant 13,4% de sa population qui s'identifie comme faisant partie d\u2019une minorité visible, ce qui reflète les mutations récentes de l\u2019immigration internatio- 174 La population nale (tableau 4.6).Cette proportion est inférieure au Québec, qui ne compte que 7 % de sa population se plaçant elle-même dans cette catégorie, presque toute concentrée à Montréal, où les minorités visibles représentent 13,6% de la population.Montréal se situe donc dans la moyenne canadienne, mais loin derrière Toronto et Vancouver, où le tiers de la population fait partie d\u2019une minorité visible.Au total, les trois quarts des minorités visibles de tout le Canada se retrouvent dans les trois plus grandes villes et 43 % de ces personnes se concentrent à Toronto même.tableau 4.6 Minorités visibles (telles que définies par le Recensement) en % de la population totale et répartition au Canada selon la région et la ville (2001) \t\t Québec\t7,0\t12,5 Ontario\t19,1\t54,0 Autres\t11,9\t33,5 Montréal\t13,6\t11,5 Toronto\t36,8\t43,0 Vancouver\t36,9\t18,2 Autres\t\t27,3 Canada\t13,4\t100 Source : Recensement du Canada, www.statcan.ca L\u2019emploi en hausse De plus en plus de gens travaillent au Québec et le marché du travail apparait de nouveau en importante mutation après avoir connu des changements marqués à la fin des années 1980.L\u2019un des phénomènes qui doit retenir l\u2019attention est sans doute la hausse de la participation au marché du travail comme le révèle l\u2019augmentation du taux d\u2019emploi.Si la retraite demeure importante dans l\u2019imaginaire collectif, il semble que l\u2019on devra réajuster le discours public sur le moment de la prendre, lequel ne viendra pas aussi tôt dans la vie active qu\u2019on a voulu le laisser croire dans les prévisions les plus optimistes des années 1990.Hausse du taux global d'activité Après avoir connu une hausse continue pendant des années en raison de l\u2019entrée massive des femmes sur le marché du travail, le taux global d\u2019activité de la population en âge de travailler \u2014 soit la part de la population âgée de quinze ans et plus qui est en emploi, en chômage ou encore à la recherche d\u2019emploi \u2014 avait régressé quelque peu au début des années 1990, surtout parce que moins d\u2019hommes ont été actifs, ce qui n\u2019a pas été le cas des femmes.Cette tendance à la baisse s\u2019est arrêtée en 1996, date après laquelle le taux global d\u2019activité a connu une hausse continue pour retrouver en 2002 le sommet qui avait déjà été atteint en 1990 avec 64,2 % (graphique 5.1).Le taux de participation au marché du travail est cependant encore un peu plus faible au Québec qu\u2019ailleurs au Canada.Mais cet écart s\u2019est rétréci avec la croissance soutenue de l\u2019emploi à la fin des années 1990.175 L'état du Québec graphique 5.1 Taux d'activité de la population âgée de 15 ans et plus (en %) selon le sexe (moyenne mobile sur 2 périodes), Québec (1975-2002) 80 75 70 Moy.mobile sur 2 pér.(Hommes) Moy.mobile sur 2 pér.(Femmes) 1997 2001 1989 1977 1981 * 2002 : Moyenne des cinq premiers mois, désaisonnalisées Source : Statistique Canada, Moyennes annuelles de la population active, cat.71-529, Cansim D982667, D982670, D982673.Hausse du taux d\u2019activité chez les hommes L'un des phénomènes marquants des dernières années a été le retrait important des hommes du marché du travail, en particulier chez les plus âgés.Les hommes ont eu tendance à se retirer du marché du travail à partir des années 1970, dans le contexte d\u2019une importante restructuration du marché du travail.Les deux récessions économiques au début des années 1980 et au début des années 1990 ont touché plus durement les industries productrices de biens.«Comme ces industries embauchent beaucoup d\u2019hommes, ces derniers ont subi les effets immédiats et prolongés de la réduction de l\u2019effectif dans des secteurs » (Statistique Canada, cat.71-259, p.15).Les mutations du marché du travail \u2014 notamment l\u2019emploi salarié dans les grandes entreprises industrielles \u2014 ont affecté le niveau d\u2019emploi des hommes âgés de plus de 50 ans, sans parler de l\u2019usure de la force de travail qui marque ce groupe de travailleurs, dont plusieurs sont actifs depuis l\u2019adolescence.Cette tendance s\u2019est arrêtée dans les années 1990 qui ont connu une certaine stabilité dans le taux de participation au marché du travail chez les hommes.L\u2019implication des hommes sur le marché du travail est repartie vers le haut, d\u2019abord timidement après le milieu des années 1990 et elle est plus marquée dans les années 2000, surtout parce que les hommes restent plus longtemps sur le marché du travail après l\u2019âge de 50 ans (graphique 5.2).Plus des trois quarts des hommes âgés de 45 à 64 ans étaient en emploi au milieu de l\u2019année 2002.Le projet de prendre une retraite tôt dans la vie active \u2014 ce qu\u2019on appelle liberté 55 \u2014 très présent dans les publicités des années quatre-vingt-dix s\u2019estompe et bat de l\u2019aile.Féminisation du marché du travail L\u2019augmentation du taux d\u2019activité notée plus haut est aussi due au fait que les femmes ont accentué leur présence sur le marché du travail.Le taux d\u2019activité global chez les femmes âgées de 25 à 44 ans est maintenant de 81,1% en l\u2019an 2002, alors qu\u2019il est de 91,1% chez les hommes du même âge.Les femmes sont actives de manière plus continue, mais une autre raison explique la féminisation accrue du marché du travail.Les cohortes de femmes plus âgées, qui ont eu historiquement un taux d\u2019activité plus bas, sont remplacées par de nouvelles cohortes de femmes qui restent actives après 45 ans, une proportion en hausse continue (graphique 5.2).Au total, 176 La population 58,6 % des femmes âgées de 45 à 64 ans sont en activité professionnelle.C\u2019est pour cette raison que le taux de participation des femmes au marché du travail continue de croître.graphique 5.2 Taux d'activité de la population âgée entre 45 et 64 ans en % selon le sexe (moyenne mobile sur 2 périodes), Québec (1975-2002*) Le taux d\u2019emploi est en hausse Le taux d\u2019emploi de la population donne une vue plus juste de la participation au marché du travail, car il ne porte que sur les personnes qui occupent effectivement un emploi, excluant les chômeurs et les personnes à la recherche d\u2019un travail.Ce taux montre une évolution régulière à la hausse au cours des années 1990 pour deux raisons : 1) le taux de chômage a diminué sensiblement et surtout 2) davantage de femmes mais aussi davantage d\u2019hommes ont été ou sont restés sur le marché du travail, comme on l\u2019a vu plus haut.L\u2019analyse de ce taux confirme que tableau 5.1 Taux d'emploi de la population âgée de 15 ans et plus, au total et selon le sexe (1976-2002) \t\t\t 1976\t53,7\t70,4\t37,4 1980\t55,2\t69,6\t41,3 1985\t54,8\t65,9\t44,1 1990\t57,6\t67,0\t48,6 1995\t55,0\t62,3\t48,0 1997\t55,0\t61,9\t48,4 1999\t57,0\t64,0\t50,2 2000\t57,9\t64,7\t51,4 2001\t58,1\t64,6\t51,8 2002*\t59,5\t65,8\t53,5 \u2018Moyenne des cinq premiers mois, désaisonnalisée Source : Statistique Canada, Moyennes annuelles de la population active, Cansim D982676,0982680, D982682, tableau 282-0002.60 Moy.mobile sur 2 pér.(Hommes) Moy.mobile sur 2 pér.(Femmes) 1997 2001 1977 1981 1985 1989 1993 Source : Statistique Canada, Cansim, le mouvement de retrait des hommes du marché de l\u2019emploi a été renversé à partir de 1996 (tableau 5.1).Il était au total de 61,6% en 1996 et il se situe à 65,8% en l\u2019an 2002 chez les hommes âgés de 15 ans et plus.Le taux d\u2019emploi des femmes est aussi en hausse continue (53,5 % en 2002).Le travail à temps partiel plafonne L\u2019emploi à temps partiel a occupé une part grandissante de l\u2019emploi total au cours des années 1970 et 1980, mais la croissance de cette forme d\u2019emploi s\u2019est arrêtée en i993's.Depuis cette date, l\u2019emploi à temps partiel plafonne autour de 17,5 % de l\u2019ensemble, avec un creux au tournant de l\u2019an 2000 (graphique 5.3).On ne peut plus parler de hausse du travail à temps partiel au cours des années 1990.Un peu plus du quart des femmes en emploi travaillaient à temps partiel 177 L'état du Québec graphique 5.3 Population active à temps partiel au total et selon le sexe en % (moyenne mobile sur 2 périodes), Québec (1976-2002**) Moy.mobile sur 2 pér.(Hommes) Moy.mobile sur 2 pér.(Total) ^ Moy.mobile sur 2 pér.(Femmes) 1977\t1981\t1985\t1989\t1993\t1997 2001 *\tDonnées révisées à partir de 1987 pour tenir compte d\u2019une nouvelle définition du travail à temps partiel.*\t*2002 : Moyenne des 5 premiers mois, désaisonnalisées Source : Statistique Canada, Moyennes annuelles de la population active, cat.71-529, Cansim.(27,7 % en 2002), contre un peu plus du dixième chez les hommes (11% en 2002).Ces proportions sont assez stables depuis 1993, tant chez les hommes que chez les femmes.Les hommes occupent environ 30% de l\u2019ensemble de ces emplois, les femmes y étant encore largement majoritaires.L\u2019emploi atypique se développe Le développement de l\u2019emploi atypique est certes l\u2019un des traits nouveaux du marché du travail contemporain.H.Krahn, de Statistique Canada, retient cinq types d\u2019emplois non standards ou atypiques : le travail à son compte, le travail à temps partiel, le travail temporaire, le cumul d\u2019emploi et le travail saisonnier16.Ce dernier type est cependant objet de contestation de la part de plusieurs analystes qui sont réticents à l\u2019inclure dans la liste des formes de travail atypiques.Il est clair que la progression de ces types d\u2019emplois est liée à la recherche d\u2019une plus grande flexibilité organisationnelle.De plus en plus de gens travaillent de manière autonome en exécutant des tâches auparavant assumées au sein des entreprises.Sans lien d\u2019emploi, ces travailleurs et employés n\u2019ont plus accès aux avantages qui y sont rattachés comme des congés payés, les congés de maternité ou l\u2019assurance emploi.La protection sociale et juridique des travailleurs a été pensée en fonction du lien d\u2019emploi entre l\u2019individu et l\u2019entreprise, et l\u2019extension des emplois atypiques soulève de nouvelles difficultés sur ce plan.Le cas est particulièrement évident pour les congés de maternité des jeunes femmes qui se trouvent ainsi exclues des programmes récents de protection du revenu qui ont été mis en place [voir P- 3793- Professions et secteurs d\u2019emploi Il est difficile de comparer dans le temps l\u2019évolution des effectifs dans les différentes professions, compte tenu des nombreux changements qui interviennent sur le marché du travail.Par exemple, le travail de bureau s\u2019est considérablement transformé depuis une vingtaine d\u2019années avec l\u2019arrivée des ordinateurs, sans oublier la réorganisation du travail au sein des entreprises.Il en va de même pour le travail manuel ou le travail sur la ferme.Les compétences requises peuvent aussi varier considérablement au sein d\u2019un même secteur [voirp.304 et 312].Le tableau 5.2 présente la distribution des types de professions selon le sexe construite à partir des données du recensement.La gestion au sens large 178 La population occupe une place plus importante dans les années 1990 avec un emploi sur dix et il en va de même pour les emplois de techniciens.Ces deux types d\u2019occupations sont typiques du nouveau marché du travail qui s\u2019est mis en place ces dernières années.Les femmes occupent une part un peu moindre que les hommes dans le premier de ces deux types\u2014la gestion au sens large \u2014 mais non dans le second, les emplois de techniciens.Dans ce dernier cas, cependant, elles sont surtout concentrées dans les emplois qui impliquent des relations avec les personnes (techniques sociales, emplois techniques dans les hôpitaux ou l\u2019administration) alors que les hommes sont plus nombreux comme techniciens dans le secteur des nouvelles technologies.Le quart de la main-d'œuvre occupe des emplois d\u2019ouvriers et de cols bleus, types de professions où l\u2019on trouve tableau 5.2 Type de professions en pourcentage selon le sexe (1996) \tIS\t\t Cadres supérieurs\t1,7\t0,5\tU Gestionnaires et cadres intermédiaires\t10,8\t7,1\t9,2 Professionnels\t8,3\t6,1\t7,3 Semi-professionnels\t3,2\t9,6\t6,1 Techniciens\t8,8\t10,7\t9,7 Contremaîtres-superviseurs/policiers\t4,7\t2,0\t3,5 Employés de bureau\t6,4\t24,7\t14,6 Employés vente et service\t17,3\t20,9\t18,9 Ouvriers et cols bleus\t33,6\t12,9\t24,3 Exploitants agricoles pèche et horticulture\t1,6\t0,7\t1,2 Autres occupations et professions\t3,6\t4,9\t4,2 Total %\t100\t100\t100 N\t1 944 100\t1 592 100\t3 536 205 Sources : Recensement du Canada, 1996, Données-échantillons (20 %), www.statcan.ca.; calculs de l'auteur.tableau 5.3 Secteurs d\u2019emplois des personnes actives selon le sexe (2002) \t\t\t Gestion\t9,6\t5,4\t7,7 Affaires, finance et administration\t9,5\t26,0\t17,0 Sciences naturelles et appliquées et professions apparentées\t8,7\t2,5\t5,9 Secteur de la santé\t2,3\t9,7\t5,7 Sciences sociales, enseignement, administration publique et religion\t4,7\t9,4\t6,9 Arts, culture, sports et loisirs\t2,6\t3,5\t3,0 Vente et services\t20,0\t30,9\t24,9 Métiers, transport et machinerie\t23,1\t1,8\t13,5 Professions propres au secteur primaire\t4,6\t1.2\t3,1 Transformation, fabrication et services d'utilité publique\t12,1\t6,6\t9,6 Autres classifications\t2,7\t2,9\t2,7 Total\t100\t100\t100 Sources : Statistique Canada, Statistiques chronologiques sur la population active ; calculs de l'auteur, Cansim tableau 282-0009.Données pour le mois de mai 2002.179 L'état du Québec tableau 5.4 Taux de syndicalisation, conflits de travail au cours de l\u2019année, travailleurs touchés et jours-personnes perdus (1970-2002) \t\t\t\t \t\t\t\t 1970\t\t126\t73 189\t1 417 560 1975\t\t362\t135 765\t3 204 930 1980\t\t344\t174 047\t4 314 999 1985\t\t270\t44 491\t1 143 768 1990\t46,9\t190\t128 442\t1 117 054 1991\t48,5\t169\t43 096\t641 787 1992\t49,7\t138\t16 164\t419 647 1993\t46,4\t142\t47 361\t516 984 1994\t43,8\t104\t12 907\t318 922 1995\t41,9\t76\t47 944\t508 659 1996\t41,8\t88\t14 696\t387 339 1997\t41,7\t86\t22 502\t324 020 1998\t40,1\t105\t98 982\t723 609 1999\t39,8\t124\t25 257\t652 747 2000\t40,2\t99\t24 554\t345 640 2001\t40,7\t91\t52 597\t499 451 2002p\t40,7\t95\t22 021\t1 021 831 p Données préliminaires.Une nouvelle procédure d'enregistrement des arrêts de travail entraîne désormais une augmentation du nombre de conflits dans les tableaux statistiques.Toute comparaison de ces nouveaux chiffres avec ceux de l'ancienne série de tableaux devient donc hasardeuse.Source : Revue chronologique de la population active, 1999, d'après l'Enquête sur la population active et Travail Québec, Les arrêts de travail et l\u2019échéance des conventions collectives et Bilan des relations du travail au Québec.www.travail.gouv.qc.ca moins de femmes, plus fortement représentées chez les employés de bureau, un type d\u2019occupations dont l\u2019importance relative est un peu en régression à la fin des années îggo.La part des occupations dans la vente et les services est stable.Il s\u2019agit d\u2019un type d\u2019emplois qui, bien que les femmes y soient plus nombreuses, comprend une proportion importante d\u2019hommes.On notera enfin que les emplois dans le secteur de l\u2019exploitation agricole et horticole sont maintenant marginaux dans l\u2019ensemble.Le tableau suivant (tableau 5.3) présente la distribution des secteurs d\u2019emploi dans lesquels œuvre la population active.Soulignons qu\u2019on trouve dans chaque secteur une grande variété de professions.Par exemple, le secteur de la santé regroupe les médecins spécialistes, les techniciens de laboratoire, les infirmières, les préposés aux malades ou les personnes affectées à l\u2019entretien.Le secteur des sciences naturelles et appliquées, le secteur des sciences sociales et des arts et celui de la santé sont en croissance depuis une quinzaine d\u2019années, alors que celui des emplois manuels est en régression.D\u2019importantes différences entre hommes et femmes subsistent.Celles-ci sont largement surreprésentées dans le secteur administratif (emplois dans le secrétariat) et la vente et les hommes monopolisent presque les emplois manuels (métiers et machinerie).Cependant, la comparaison avec la distribution observée entre les secteurs dans les recensements précédents indique des changements notables vers une atténuation des différences entre les deux sexes.Baisse du taux de syndicalisation Le taux de syndicalisation a décliné de façon importante depuis iggo, passant de 46,g % à 40,7% en 2002 (tableau 5.4).Il a cependant augmenté quelque peu au cours des trois dernières années.Il demeure beaucoup plus élevé que le taux observé aux États-Unis ou en France, par exemple.On a noté une nette diminution des conflits de travail mesurés par différents indicateurs qui ont tous été en baisse durant les années 1990 : moins de 180 La population conflits de travail, moins de travailleurs touchés et moins de jours-personnes perdus.Les années 1990 ont nettement été moins troublées par des conflits de travail que les années 1980, et surtout les années 1970.Cette tendance se maintiendra-t-elle?Rien ne laisse présager un retour au climat conflictuel des années 1970.S\u2019il y a moins de conflits de travail et moins de travailleurs touchés, il faut par ailleurs noter que le nombre de jour-personnes perdus est en nette progression en 2002 à cause de la longueur de certains conflits majeurs qui se sont éternisés (la grève chez Videotron, par exemple), soit plus d'un million de jours-personnes (voir tableau 5.4).Plusieurs raisons expliquent la forte réduction des conflits de travail caractéristique des années 1990.Depuis dix ans, les entreprises ont modifié leurs pratiques en matière de relation de travail et la gestion de ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler les ressources humaines se fait selon une approche plus participative.On cherche à intéresser les employés au développement de l\u2019entreprise davantage qu\u2019à exploiter au maximum la main-d\u2019œuvre.Le perfectionnement et l\u2019amélioration des relations humaines ont la cote.Le chômage élevé des dernières années, l\u2019ouverture des marchés, la concurrence plus vive venant de l\u2019étranger, les effets de la rationalisation au sein même des entreprises sont autant de facteurs qui ont miné peu à peu le pouvoir de négociation des grands syndicats qui peuvent plus difficilement mobiliser les employés et les ouvriers.À cela s\u2019ajoute enfin un changement dans l\u2019idéologie tant des syndicats que des entreprises qui semblent moins portés vers l\u2019affrontement.graphique 5.4 Taux de chômage en % selon le sexe, Québec (1975-2002**) 15 1975 1981 1983 1985 1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 ¦1 Hommes Femmes ** 2002 : Moyenne des cinq premiers mois, désaisonnalisées Source : Statistique Canada, Moyenne annuelle de la population active, cat.71-529 et Cansim D982661, D982664.Les conflits de travail et les conflits en milieu de travail persistent, mais ils n\u2019impliquent plus d\u2019opposition radicale ni de grèves à répétition dans la recherche de règlement.À ces raisons, il faut ajouter une interprétation plus sociologique, d\u2019inspiration tocquevillienne.Les conflits se durcissent souvent en périodes de prospérité et les individus paraissent alors davantage plus insatisfaits et plus revendicateurs parce que l\u2019amélioration des chances objectives entraîne une extension des aspirations.Au contraire, en période de restrictions, ou lorsque la situation leur apparaît moins favorable, ils seraient moins portés à s\u2019engager dans des remises en cause plus radicales.Cette explication rend compte de la grande différence entre le climat social des années soixante et des années quatre-vingt.Or, il apparaît nettement que nous sommes maintenant entrés dans une nouvelle période de crois- 181 L'état du Québec graphique 5.5 Taux de chômage en % selon le groupe d\u2019âge, Québec (1975-2002**) ¦¦ 45-64 20-24 1981 1983 1985 1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 ** 2002 : Moyenne des cinq premiers mois, désaisonnalisée Source : Statistique Canada, Moyenne annuelle de la population active, cat.71-529 et CANSIM.sance réelle des revenus individuels, comme on le verra plus loin, ce qui laisse présager une accentuation des revendications syndicales dans les années avenir [voir p.326].Le taux de chômage régresse après une longue période de hausse Le taux de chômage, qui évolue de manière cyclique, connaît une importante diminution au tournant des années 2000, après avoir atteint des sommets en 1983 eteni993 (graphique 5.4).Cependant, deux changements majeurs se sont produits depuis vingt ans dans la composition du groupe des chômeurs qui n\u2019est plus tout à fait le même.Tout d\u2019abord, les hommes chôment nettement plus que les femmes au cours des années 1990, ce qui était le contraire au début des années 1980.Cette différence se maintient depuis et elle s\u2019est même agrandie en 2002 (le taux est de 10,6% chez les hommes contre 8,1 °/ochez les femmes).Ensuite, on note une hausse continue du taux de chômage dans la dernière moitié de la vie active, après 45 ans, comparée aux chiffres du début des années 1980.Cette dernière évolution est sans doute liée à la hausse du taux de chômage chez les hommes.La situation s\u2019est cependant nettement améliorée dans le groupe des travailleurs plus âgés vers la fin des années 1990 et en 2000, après plusieurs années de détérioration.Le chômage des jeunes s\u2019atténue Même s\u2019ils ont toujours connu un haut taux de chômage, les jeunes sont quant à eux moins affectés dans les années 1990 qu\u2019ils ne l\u2019ont été au cours des années 1980 (graphique 5.5).Les jeunes de 20 à 24 ans ont profité de la vigueur de l\u2019éco nomie et le taux de chômage a régressé davantage dans ce groupe d\u2019âge au cours des dernières années, passant de 17,1 % en 1993 à 11,9 % en 2002.Les revenus à la hausse L\u2019analyse de l\u2019évolution des revenus et du niveau de vie est complexe, parce que les indicateurs le plus souvent retenus mesurent des aspects differents qui ne sont pas toujours bien distingués [voir aussi p.317 et 379].Recul des gains réels des salariés Considérons un premier indicateur : la rémunération hebdomadaire moyenne des salariés.Celle-ci comprend l\u2019ensemble des revenus gagnés par les personnes salariées, y compris les revenus 182 La population tirés du travail supplémentaire.Cet indicateur mesure donc à la fois les gains et le nombre d\u2019heures travaillées.Ces gains, exprimés en dollars courants, sont en hausse constante, mais il s\u2019agit en fait d\u2019une illusion puisque, transformés en dollars constants de 2002, ils sont en réalité en recul de 1,6 % depuis 1991, étant en effet passés de 653 $ cette année-là à 643 $ en 2002 (tableau 6.1).Cette absence d\u2019augmentation réelle des gains a été maintes fois décrite comme un trait typique du marché du travail contemporain, comme le résultat de la crise du modèle fordiste et de la société salariale.Si nous comparons la situation du Québec avec celle de l\u2019Ontario, il ne semble pas que tel soit le cas puisque, dans la province voisine qui sert souvent de référence privilégiée, l\u2019évolution contraire s\u2019est produite, les gains réels des salariés progressant de 4,8% en onze ans.L\u2019écart entre le Québec et l\u2019Ontario s\u2019est agrandi de façon marquée ces dernières années, comme le montre le ratio des gains dans les deux provinces, les salariés québécois gagnant en moyenne 88,6 % des gains des salariés ontariens en 2002, alors qu\u2019il y avait parité relative entre les deux groupes 15 ans plus tôt.Cet écart a cessé de se creuser en 2002, ce qui indique un retournement de tendance qui restera à confirmer dans les années à venir.Revenus annuels des individus en hausse Les revenus des hommes et des femmes doivent être étudiés séparément parce qu\u2019ils ont évolué de manière fort différente.Après des années de stagnation, les revenus annuels moyens de travail des hommes (exprimés en dollars cons- tableau 6.1 Rémunération hebdomadaire moyenne (l'EERH) des salariés, estimations non désaisonnalisées, en dollars courants et constants (2001) et rapport Qué./Ont.(1991 2002) \t\t\t\t\t \t\t\t\t\t 1991\t547\t653\t580\t692\t94,4 1992\t568\t668\t601\t707\t94,6 1993\t573\t662\t615\t711\t93,2 1994\t578\t667\t634\t731\t91,2 1995\t580\t655\t636\t718\t91,2 1996\t585\t650\t657\t729\t89,1 1997\t593\t648\t664\t725\t89,3 1998\t601\t650\t672\t728\t89,3 1999\t607\t646\t686\t730\t88,5 2000\t616\t638\t700\t725\t87,9 2001\t625\t631\t713\t720\t87,6 2002\t643\t643\t725\t725\t88,6 * Juin de chaque année.Source : Statistique Canada, Cansim II, tableau 281-0026.tants) sont finalement de nouveau en hausse depuis 1998 et ils ont continué à croître en 2000, dernière année disponible'7.Les revenus gagnés par les femmes ont par ailleurs poursuivi leur progression continue, plus marquée que celle des hommes.La discrimination systémique dont les femmes avaient été victimes par le passé est en nette régression.Mais surtout, la composition de la population féminine au travail change à mesure qu\u2019on avance dans les années 2000, celle-ci comprenant des femmes aux compétences plus diversifiées et des femmes impliquées sur une base plus continue dans la vie active, deux caractéristiques associées à des revenus plus élevés.Ce qui change, c\u2019est le fait qu\u2019il y a maintenant plus de femmes gagnant des revenus élevés, reflet de 183 L'état du Québec leur scolarisation plus diversifiée et plus élevée en moyenne que par le passé.Depuis 1973, les revenus de travail des femmes actives à temps plein ont augmenté de 60% et ceux des hommes ont connu une hausse, inférieure à 10 % sur la même période.Réduction de l\u2019écart entre hommes et femmes Les femmes qui travaillent à temps plein gagnent maintenant 80% du revenu moyen des hommes, contre 61% en 1973 (tableau 6.2).Le revenu gagné réel moyen des hommes travaillant à temps plein a peu augmenté depuis vingt ans, alors que celui des femmes travaillant aussi à temps plein a progressé plus vite, réduisant ainsi les écarts.Cependant, la réduction des différences de revenus gagnés entre les deux sexes ne s\u2019était pas poursuivie durant les années 1990, puisque le ratio était relativement stable depuis 1992.Il en va différemment au tournant de l\u2019an 2000, alors que les écarts de revenus entre femmes et hommes travaillant à tableau 6.2 Gains annuels totaux moyens des hommes et des femmes travaillant à temps plein toute l'annee, en dollars constants de 2000 et en indice et rapport F/H (1973-2000) \t\t\t\t\t 1973\t39 617\t24 128\t100\t100\t0,61 1975\t41234\t25 957\t104\t108\t0,63 1981\t41 817\t28 028\t106\t116\t0,67 1985\t41 323\t28 436\t104\t118\t0,69 1990\t43 107\t29 648\t109\t123\t0,69 1995\t40 822\t30 540\t103\t127\t0,75 1999\t41612\t31400\t105\t130\t0,75 2000\t43 760\t34 877\t110\t140\t0,80 Source : Statistique Canada, cat.13-217, Le revenu au Canada, Ottawa, cat.75-202.temps plein se réduisent de nouveau.Ce changement de tendance survient au moment où les programmes d\u2019équité en matière de rémunération du travail dans les professions féminisées implantés dans les entreprises commencent à produire leurs effets.Il s\u2019explique aussi en bonne partie par l\u2019entrée progressive sur le marché du travail de nouvelles cohortes de femmes diplômées et mieux formées dans une grande variété de professions.Ces deux facteurs vont-ils relancer la réduction des écarts de gains entre hommes et femmes et même le réduire à néant ?Pas nécessairement, puisque d\u2019autres facteurs que la discrimination ou la qualification sont aussi en cause dans les inégalités de revenus entre les sexes.Cet écart de revenus moyens gagnés entre hommes et femmes est, faut-il le rappeler, souvent présenté dans les débats publics comme une mesure de l\u2019iniquité des revenus entre hommes et femmes.Cette lecture doit être nuancée.En fait, plusieurs raisons expliquent un tel écart.Outre l\u2019iniquité salariale \u2014 salaires moindres pour les emplois majoritairement occupés par les femmes et équivalents à d\u2019autres emplois majoritairement occupés par des hommes, un facteur cependant en régression \u2014, il faut aussi prendre en considération les différences dans le capital humain (les hommes plus âgés sont souvent plus scolarisés et ils ont plus d\u2019ancienneté que les femmes, un facteur qui exerce encore une certaine influence qui ira cependant en s\u2019amoindrissant dans les années à venir avec le remplacement des générations), les différences dans les modes de vie et les préférences pour le temps de loisir.Les femmes employées à temps plein 184 travaillent moins d\u2019heures que les hommes également employés à temps plein, notamment parce que celles-ci consacrent plus de temps aux tâches domestiques et les hommes, plus de temps au travail salarié.Le nombre moyen d\u2019heures travaillées par les personnes employées à temps plein est rarement pris en compte dans les débats sur les écarts de revenus entre les sexes.Tous ces facteurs combinent leurs effets pour créer un écart de revenus entre hommes et femmes.Rappelons enfin que les différences de revenus entre hommes et femmes célibataires sont beaucoup moins marquées, ce qui confirme que le mode de vie exerce aussi un important effet sur les revenus, en plus des caractéristiques associées au monde du travail.Le revenu familial de marché a atteint un nouveau sommet Un troisième indicateur caractérise cette fois le niveau de vie des unités dans lesquelles vivent les personnes : le revenu familial.Un changement majeur s\u2019est produit à la fin des années 1990: le revenu familial brut provenant du marché a atteint un sommet historique dépassant le niveau observé vingt ans plus tôt, (colonne 1 du tableau 6.3).Ce sommet atteint en 1999 mérite d\u2019être souligné, car il mettait fin à vingt ans de stagnation des revenus réels bruts tirés d\u2019activités sur le marché (travail salarié, travail autonome, placements).L\u2019augmentation moyenne observée en 2000 est même importante et elle indique l\u2019entrée dans une nouvelle période de tableau 6.3 Revenus moyens de marché, total et disponible et disponible des familles de deux personnes et plus en dollars constants (2001), paiements de transfert, impôts et rapport entre revenu disponible et revenu total (1973-2001) \t\t\t\t\t\t 1973\t\t\t49 808\t7 311\t42 496\t85,3 1975\t\t\t52 113\t7 345\t44 768\t85,9 1980\t51497\t5 596\t57 093\t9 709\t47 384\t83,0 1985\t48 208\t6 940\t55 147\t9 525\t45 622\t82,7 1990\t50 685\t7 227\t57 912\t11816\t46 097\t79,6 1995\t47 786\t7 902\t55 688\t11478\t44 210\t79,4 1998\t51210\t7 845\t59 054\t13 016\t46 039\t78,0 1999\t52 047\t7 635\t59 682\t12 839\t46 843\t78,5 2000\t56 057\t7 117\t63174\t14 366\t48 808\t77,3 2001\t56 740\t7 629\t64 369\t13 207\t51162\t79,5 Écart (%)\t10,2\t36,6\t12,7\t36,0\t8,0\t 1980-2001\t\t\t\t\t\t Source: Statistique Canada, cat.13-210; pour les données de 1973 à 1975.Le menu au Canada, Ottawa, cat.75-202.Calculs de l'auteur. L\u2019état du Québec graphique 6.1 Gains hebdomadaires des salariés en dollars constants (2000).Québec et Ontario, (1991-2002) 720 700 680 620 600 tenant terminée ; les salariés en emploi et les personnes autonomes peuvent maintenant bénéficier de meilleures augmentations de revenus (comme on l\u2019a vu plus haut), augmentant le revenu des ménages.Par ailleurs, le revenu en hausse des femmes est une composante de plus en plus importante du revenu total des ménages.Cette hypothèse sera confirmée plus loin lorsque nous caractériserons l\u2019évolution des revenus par types de ménages.580 mm Québec Ontario 560 1991\t1993\t1995\t1997\t1999\t2001 2002 Source : Statistique Canada, Emploi, gains et durée du travail 1998, cat.72-002-XPB (Tableau 9).Calculs de l\u2019auteur.hausse qui s\u2019est poursuivie en 2001, dernière année disponible.Tout donne à croire que cette tendance va se maintenir dans les années à venir.Pour comprendre cette évolution, revenons un peu en arrière.Des années 1950 jusqu\u2019au milieu des années 1970, le revenu familial brut total (le revenu de marché) a augmenté de manière continue d\u2019abord dans la foulée de la révolution salariale et fordiste, puis ensuite à cause de l\u2019avènement du double revenu dans les couples.Cette tendance à la hausse s\u2019est arrêtée dans les années qui ont suivi le premier grand choc pétrolier (1973) et au tout début des années 1980, le revenu familial tiré du marché étant par la suite presque stagnant et évoluant en dents de scie au gré des cycles économiques entre 1980 et la fin des années 1990 (graphique 6.2).Pendant ces années, les entreprises tant publiques que privées ont rationalisé leurs opérations et coupé dans leur personnel.Cette période semble main- Paiements de transfert en régression au tournant de 2000 Après avoir connu une forte croissance durant les années 1980, les paiements de transfert venant de l\u2019État ont quant à eux connu un plafonnement au début des années 1990, puis une lente régression à partir du milieu de cette décennie, contrairement à ce qui s\u2019est passé pour les revenus de marché (tableau 6.3).De 1980 à 2001, ils ont quand même augmenté de 36,6 %, une hausse dépassant largement la croissance des revenus de marché.Les paiements de transfert ont donc permis de compenser la stagnation et même la diminution à certaines périodes des revenus de marché, contribuant à la hausse du revenu familial total.Mais les récentes augmentations réelles des revenus et la baisse du chômage, sans compter les coupures dans les programmes étatiques, ont entraîné une réduction des paiements de transfert aux individus.Les paiements de transferts moyens représentaient 13,4% du revenu du marché en 2001, contre 10,9 % en 1980.Cette proportion était cependant plus forte au milieu des années 1990 \u2014 16,9% en 1996, par exemple \u2014 mais 186 La population elle reflétait alors une certaine détérioration des revenus de marché.Le revenu familial total à un nouveau sommet Le revenu familial brut moyen total exprimé en dollars constants était de 64 369 $ en 2001 (dernière année disponible), un sommet encore jamais atteint jusque-là (tableau 6.3).Après avoir mis exactement neuf ans à dépasser le dernier sommet observé en 7989, le revenu familial total moyen avant impôts a poursuivi sa lancée vers le haut dans un contexte économique favorable à des augmentations réelles.Nous verrons plus loin l\u2019ampleur de ces hausses qui neutralisent l\u2019effet des changements dans la composition des ménages.Hausse des montants moyens payés en impôts Depuis 1980, l\u2019État a prélevé une part de plus en plus grande des revenus des ménages, mais cette croissance s\u2019est fortement ralentie à la fin des années 1990 (colonne 4 du tableau 6.3).Les impôts moyens payés par les contribuables avaient alors augmenté plus rapidement que leurs revenus propres tirés du travail ou de leurs investissements (+36% entre 1980 et 2001).Les États fédéral et provincial ont depuis lors modifié leurs politiques fiscales afin de réduire quelque peu les taux d'imposition des contribuables.Cet allégement de la charge fiscale va s\u2019étendre cependant sur plusieurs années avant de produire ses véritables effets qui seront cependant modestes, car les réductions annoncées ne sont pas marquées.Les sommes moyennes payées en impôts directs varient aussi selon la graphique 6 2 Revenu moyen brut et disponible des familles en dollars constants (2000) (moyenne mobile sur 2 périodes), Québec (1973-2000) g 60 Ë = 55 50 45 40 Moy.mobile sur 2 pér.(Brut) Moy.mobile sur 2 pér.(Total disponible) 35 1973\t1977\t1981\t1985\t1989\t1993 1997\t2000 Source : Statistique Canada, cat.13-210; Statistique Canada, le revenu au Canada, Ottawa, cat.75-202.Calculs de l\u2019auteur.conjoncture économique puisqu\u2019elles augmentent lorsque les revenus gagnés sont en hausse.C\u2019est ce qui s\u2019est produit depuis 1996.Puisque le revenu moyen des familles est en augmentation, il en va de même pour les impôts directs payés par les contribuables, qui ont atteint un sommet de tous les temps en 2000 avec 14 366 $ en moyenne par ménage (dollars constant de 2001) comptant au moins deux personnes.Progression plus lente mais réelle du revenu disponible Le revenu disponible est peut-être le meilleur indicateur du niveau de vie réel des ménages, car il caractérise les ressources monétaires qu\u2019ils peuvent dépenser sur le marché pour satisfaire leurs besoins, étant entendu cependant qu\u2019une partie de ces derniers sont satisfaits à partir de ressources collectives (soins de santé, éducation et garde des enfants, protection publique, entretien des routes, etc.).187 L\u2019état du Québec Après une décennie complète de stagnation, le revenu disponible des familles a lui aussi dépassé le sommet atteint dix ans plus tôt et la tendance qui le caractérise est maintenant en hausse, atteignant 51162 $ en 2001 (colonne 5 du tableau 6.3).Le revenu disponible moyen représente environ 8o°/o du revenu total, une proportion assez stable depuis dix ans.Mais attention : l\u2019évolution des revenus moyens que l\u2019on vient de caractériser peut cependant être affectée par des changements qui surviennent dans la composition des ménages, et non pas seulement par les tendances à l\u2019œuvre sur le marché ou par les politiques de l\u2019État.Ainsi, si le nombre de familles monoparentales augmente, il se créera davantage de familles ayant des revenus forcément plus faibles \u2014 une famille père-mère étant remplacée par deux familles monoparentales après un divorce, ou encore par une combinaison de ménages recomposés de diverses façons.En d\u2019autres termes, l\u2019étude de l\u2019évolution des revenus exige de distinguer trois ensembles de facteurs qui ne le sont pas toujours, soit les tendances du marché, les tendances qui marquent la redistribution faite par l\u2019État (transferts et impôts), mais aussi les caractéristiques des ménages et des familles.Afin de tenir compte de ce troisième facteur, nous examinerons les évolutions des revenus disponibles par types de ménages.Hausses différenciées des revenus dans les types de familles Les données qui précèdent portent sur des moyennes d\u2019ensemble sur une longue période.Or, les types de ménages ont aussi changé en parallèle aux facteurs qui affectent les niveaux de revenus et le fait de neutraliser ce changement fait ressortir de manière différente les évolutions de revenus.Nous avons distingué cinq types de ménages, soit deux types de couples sans enfant présent au foyer et avec revenus ainsi que trois types de familles avec enfants présents au foyer et revenus (tableau 6.4).Les différences entre les cinq types dans les augmentations de revenus moyens nets (après impôt) sont importantes entre 1980 et 2001, allant de 0,3 % à 19,8 %, ce qui est considérable.Voici les hausses observées par types de ménages : \u2022\tCouples (sans enfant), un revenu : 19,8%; \u2022\tCouples (sans enfant), deux revenus : 6,8%; \u2022\tFamilles, un revenu : 0,3 % ; \u2022\tFamilles, deux revenus: 5,2%; \u2022\tFamilles monoparentales : 19,3 %.Ces hausses doivent être comparées à celle que l\u2019on observe en moyenne dans l\u2019ensemble des ménages comptant au moins deux personnes, qui est de 8% au cours de la même période (soit entre 1980 et 2001, voir la colonne 5 du tableau 6.3).La composition des ménages est donc bien un facteur important à prendre en considération dans l\u2019étude de la progression des revenus moyens depuis deux décennies.Fait non surprenant, les couples qui comptent deux pourvoyeurs (avec ou sans enfant) ont des revenus plus élevés que les autres, d\u2019une part, et ils sont parvenus à augmenter leurs ressources sur une longue période (6,8% et 5,2% de hausse réelle depuis 1980), contrairement aux familles avec enfants qui dépendent d\u2019un seul revenu.Ces dernières \u2014 qui sont aussi généralement 188 tableau 6.4 Revenu moyen disponible après impôt (en $ 2001) selon certains types de ménages (1980 à 2001) \tngm\t\t\t\t 1980\t38 805\t53 471\t40 904\t55 571\t25 424 1985\t38 886\t51080\t40 522\t53 127\t24 981 1990\t36 791\t48 872\t39 714\t53 208\t25 608 1995\t32 569\t49 015\t36 658\t53 560\t26 282 1998\t38 068\t49 566\t37 026\t55 430\t26 391 1999\t37 698\t52 013\t38 520\t55 834\t25 512 2000\t40 901\t52 553\t38 217\t54 707\t27 742 2001\t46 473\t57 089\t41011\t58 468\t30 330 Aug.en %\t19,8\t6.8\t0,3\t5,2\t19,3 1980 2001\t\t\t\t\t Source: Statistique Canada, Le revenu au Canada, Ottawa, cat.75-202, calculs de l'auteur.des familles plus jeunes dans lesquelles l\u2019un des conjoints reste au foyer lorsqu\u2019il y a des enfants \u2014 avaient vu leurs revenus réels disponibles se détériorer dans les années 1980 et 1990 et elles ont fait du surplace en vingt ans, contrairementaux cinq autres types considérés.L\u2019analyse montre que les couples à un seul revenu se distinguent nettement des familles aussi à revenu unique ces dernières années.Les couples à un seul revenu mais sans enfant présent ont connu des gains considérables en 2000, ce qui leur a permis de combler un net retard par rapport aux autre types (colonne 1 du tableau 6.4)'*.Comment expliquer ces différences entre couples sans enfant et familles avec enfant ne comptant que sur un seul revenu ?Les couples à un seul revenu sont sans doute plus âgés, l\u2019un des membres ayant pris une retraite, alors que les couples ayant un enfant seraient plus jeunes, l\u2019un des conjoints demeurant au foyer avec les enfants.Cette hypothèse reste à vérifier cependant De leur côté, les familles monoparentales ont connu une certaine stabilité de leurs revenus moyens entre 1989 et 1999 \u2014 revenus moyens constants évoluant en dents de scie entre 24 000 $ et 26 000 $ sur vingt ans \u2014, mais les choses ont changé ces dernières années.Les familles monoparentales ont en effet effectué des gains importants et réussi à améliorer leur situation économique au tournant de l\u2019an 2000.Plusieurs facteurs expliquent ce changement, le plus important étant la plus grande autonomie des jeunes femmes qui sont chefs de famille, mieux en mesure d\u2019occuper un emploi salarié.Celles-ci sont plus nombreuses à occuper un emploi salarié ou à retirer des revenus de travail et ceux-ci sont en moyenne en nette hausse ces dernières années.Il faudra attendre la publication d\u2019autres données annuelles avant de conclure aune tendance à l\u2019amélioration de la situation des familles monoparentales.Il faut par ailleurs noter qu\u2019une nette différence apparaît maintenant L'état du Québec tableau 6.5 Mesure de l'inégalité (coefficients de GINI) entre les ménages ayant deux personnes ou plus et entre les personnes seules selon des concepts de revenus différents, Québec, Ontario et Canada (1989-2000) \t\t\t\t\t \t\t\t\t\t 2 personnes et plus\t\t\t\t\t 1989\t0,362\t0,321\t0,278\t0,295\t0,290 1990\t0,372\t0,328\t0,282\t0,292\t0,290 1993\t0,377\t0,324\t0,276\t0,295\t0,296 1995\t0,392\t0,337\t0,287\t0,303\t0,296 1997\t0,453\t0,351\t0,305\t0,310\t0,311 2000\t0,436\t0,351\t0,301\t0,318\t0,314 Personnes seules\t\t\t\t\t 1989\t0,428\t0,364\t0,298\t0,317\t0,330 1990\t0,467\t0,383\t0,319\t0,330\t0,336 1993\t0,470\t0,374\t0,314\t0,326\t0,341 1995\t0,479\t0,390\t0,315\t0,336\t0,339 1997\t0,596\t0,407\t0,351\t0,356\t0,359 1999\t0,570\t0,395\t0,330\t0,379\t0,366 2000\t0,568\t0,399\t0,339\t0,365\t0,358 Source : Statistique Canada, Tendances du revenu au Canada, www.statcan.ca.entre les revenus moyens des familles monoparentales ayant à leur tète des mères actives ou des mères inactives sur le marché du travail.Le type de ménages est donc devenu un facteur qui contribue nettement à la différenciation des ressources économiques.Le double revenu étant devenu la norme, les ménages qui ne comptent que sur un seul pourvoyeur sont distancés par les autres.À un extrême se trouvent les familles à deux revenus avec enfants présents et à l\u2019autre, les familles monoparentales qui par définition ne peuvent compter que sur un seul revenu.Hausse de l'inégalité entre les revenus de marché On observe une augmentation des inégalités entre les revenus familiaux tirés du marché (revenus de travail et revenus de placements) chez les ménages comprenant deux personnes ou plus1» (tableau 6.5).L\u2019augmentation est même assez substantielle puisque le coefficient de GINI est passé de 0,362 à 0,453 en moins d\u2019une dizaine d\u2019années seulement, avant de redescendre quelque peu en 1999 et 2000 (voir glossaire pour une définition du coefficient de GINI).Les ménages formés de personnes vivant seules sont plus inégaux entre 190 eux que ne le sont les ménages de deux personnes ou plus, comme l\u2019indiquent les coefficients de GINI qui sont systématiquement plus élevés.L'impôt et les paiements de transfert réduisent les inégalités L\u2019impôt sur le revenu et les paiements de transfert aux individus réduisent considérablement les inégalités entre les ménages [voir aussi p.379].On peut voir cet effet en lisant les données contenues dans le tableau 6.5 ligne par ligne.Cette observation est importante, car elle montre que ces deux grands mécanismes de réduction des inégalités, caractéristiques du mode de fonctionnement de l\u2019État-providence, continuent de fonctionner.La colonne 2 du tableau indique bien une réduction des coefficients de GINI chaque année lorsqu\u2019on inclut les paiements de transfert dans le calcul du revenu total des familles et des personnes seules.Ce coefficient diminue encore lorsqu\u2019il est calculé pour les revenus totaux après impôts des ménages, et ce, quelle que soit l\u2019année considérée (colonne 3).La lecture des données du tableau colonne par colonne permet quant à elle de caractériser l\u2019évolution des inégalités dans le temps.Ainsi, la première colonne montre nettement que les coefficients de GINI caractérisant les revenus de marché sont en hausse depuis 1989, ce qui signifie que ces revenus sont distribués de plus en plus inégalement entre les ménages comptant deux personnes ou plus.La même tendance est à l\u2019œuvre chez les personnes seules.Les coefficients sont aussi en hausse dans les années 1990 pour les revenus incluant les transferts et les revenus disponibles, ce qui signifie que l\u2019action redistributive de l\u2019État, tout en étant efficace chaque année, ne parvient pas à neutraliser l\u2019augmentation tendancielle des inégalités qui caractérise les revenus de marché.Des changements importants observés dans les politiques publiques (abolition des allocations familiales, remise en cause de l\u2019universalité du programme de sécurité du revenu de la vieillesse, faible indexation de l\u2019aide de dernier recours, modifications radicales au programme de l\u2019assurance-emploi, etc.) et surtout les baisses d\u2019impôts qui ont été annoncées risquent d\u2019accroître la hausse des inégalités dans les années à venir.Les données des dernières années portant sur les revenus nets donnent à penser que la tendance est déjà amorcée (voir la troisième colonne du tableau 6.5, le coefficient de GINI passant de 0,276 en tableau 6.6 Rapport des revenus des ménages pauvres sur les ménages riches (rapport inter déciles D1/D9) selon des concepts de revenus différents (1969-2000) \t\t\t\t\t Revenus du marché\t0,187\t0,129\t0,118\t0,077\t0,104 Revenus après impôts\t0,177\t0,153\t0,145\t0,128\t0,128 Revenus nets\t0,201\t0,191\t0,198\t0,159\t0,182 Revenus disponibles par unités\t0,260\t0,261\t0,277\t0,253\t0,258 Source : Micro-données de l'enquêtes sur les dépenses des familles de Statistique Canada, calculs de l\u2019auteur. L'état du Québec 1993 à 0,301 en 2000 dans le cas des ménages comptant au moins deux personnes).Nous avons calculé une autre mesure susceptible de décrire les inégalités entre les ménages : le rapport inter déciles D1/D9 (tableau 6.6).Cette mesure consiste à diviser le revenu moyen des ménages situés au io\u201d rang dans la distribution (Di) par celui des ménages situés au 90' rang (D9).Elle permet de voir si la distance entre les ménages à faibles revenus et les ménages ayant les revenus les plus élevés est stable ou non dans le temps.Nous utilisons dans cette analyse quatre définitions du revenu.D\u2019après l\u2019étude des revenus de marché (revenus de travail et de placements), la distance entre pauvres et riches s\u2019agrandit depuis le milieu des années 1980.Les paiements de transfert et l\u2019impôt sur le revenu réduisent cependant cette distance, ce qui va dans le sens des observations tirées de l\u2019examen des coefficients de GINI.Les données pour la dernière année disponible donnent à penser que l\u2019hypothèse d\u2019une reprise à la hausse de la croissance des inégalités va se confirmer, puisque la distance entre les ménages à bas et à hauts revenus s\u2019accentue quelque peu.Les inégalités sont cependant moins fortes au Québec, société qui s\u2019est moins engagée dans la réduction des impôts des ménages à haut revenu que les autres provinces populeuses du Canada (l\u2019Alberta et l\u2019Ontario en particulier).La comparaison avec l\u2019Ontario est éclairante.Les coefficients de GINI caractérisant les revenus disponibles (après impôts) sont systématiquement plus élevés chaque année dans cette province comparée au Québec.La composition du ménage joue aussi un rôle important dans l\u2019étude des revenus, comme on l\u2019a vu plus haut.L\u2019examen du rapport inter déciles calculé sur le revenu disponible par unité de consommation (une mesure qui tient compte de la composition du ménage) indique que la distance entre ménage à bas revenus et à haut revenu serait restée assez stable au cours des vingt dernières années.Tout se passe comme si les ménages compensaient les faibles hausses de revenus en ayant moins d\u2019enfants, donc moins de bouches à nourrir.Ces rapports inter déciles vont dans le sens d\u2019une analyse faite avec d\u2019autres méthodes il y a quelques années20.Une fraction des contribuables paie la moitié des impôts L\u2019impôt sur le revenu a un caractère progressif au Québec.Au total, les ménages faisant partie du quintile supérieur des revenus paient en moyenne 32191 $ en impôts directs, ce qui représente 27,8 % de leurs revenus totaux (tableau 6.7).À eux seuls, ils paient 52,8% de tous les impôts directs.Les ménages au bas de l\u2019échelle des revenus (deux premiers quintiles) paient moins d\u2019impôts que les autres (en proportion de leurs revenus) et donc une portion faible des impôts totaux perçus par l\u2019État.Les ménages les moins fortunés dépendent davantage de l\u2019aide étatique Le tableau 6.7 montre que les paiements de transferts comptent pour une large part des revenus des familles situées au bas de l\u2019échelle des revenus ; ainsi, ils représentent 55,6 °/o de tous les revenus dans le groupement des ménages les moins fortunés (le quintile 192 tableau 6.7 Transferts reçus et impôts payés en moyenne par les ménages de deux personnes ou plus selon le quintile de revenus (2000) ¦\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t Q1 (inf)\t10 496\t55,6\t29,0\t906\t4,8\t1,5 02\t9 844\t29,0\t27,3\t4 258\t12,5\t7,0 03\t7 303\t15,1\t20,1\t9 035\t18,6\t14,8 04\t5113\t7,7\t14,1\t14 589\t22,0\t23,9 Q5 (sup)\t3470\t3,0\t9,6\t32 191\t27,8\t52,8 Total\t7 248\t12,8\t100\t12 188\t21,5\t100 Source : Statistique Canada, Le revenu au Canada, Ottawa, cat.75-202.inférieur).Ceux-ci sont donc davantage dépendants de l\u2019aide étatique, ce qui était beaucoup moins le cas il y a vingt ans.La culture philanthropique est moins développée au Québec Les Québécois donnent moins d\u2019argent en dons de bienfaisance que les citoyens des autres provinces du Canada.Ils ont versé 556,8 millions de dollars en dons à des organismes agréés en 2000 (tableau 6.8), soit un don médian de 100 $ environ par contribuable, contre un don médian de 180 $ au Canada (le don médian n\u2019est pas affecté par les montants plus élevés que donnent les riches mécènes qui font hausser la moyenne).Le don médian en Ontario est de 220 $ et il dépasse les 250 $ dans les quatre provinces de I'Adantique.Il faut par ailleurs noter que la culture philanthropique est plus récente au Québec et qu\u2019elle n\u2019est pas encore aussi profondément répandue qu\u2019elle peut l\u2019être en milieu anglo-saxon.On le voit par exemple dans l\u2019aide recueillie par les fondations des universités, beaucoup plus importante dans les univer- sités anglophones qui peuvent compter sur des dons plus généreux de leurs diplômés.La création de fondations est d\u2019ailleurs de tradition récente dans les universités, les hôpitaux et collèges du Québec.Plusieurs facteurs expliquent ce constat, notamment le fait que les Québécois auraient adopté une culture colbertiste héritée de longue date.Moins généreux, ils acceptent par ailleurs que l\u2019État joue un rôle accru dans la société et ils sont moins réticents que les citoyens du Canada anglais devant des taux d\u2019imposition TABLEAU 6.8\tDons de charité des particuliers à des organismes agréés (1995 à 2000) \t 1995\t431,0 1997\t471,1 1998\t510,3 1999\t504,7 2000\t556,8 Source : Centre canadien de la philanthropie, extrait d'un tableau paru dans Les affaires, 3 mars 2001 et Cansim D45363. L'état du Québec plus élevés pourvu que l\u2019État dispense des services publics de qualité.Nouvelle mesure de la pauvreté La mesure de la pauvreté a été ces dernières années un objet de débats sur la place publique.Il était devenu évident au fd des ans que la mesure du Seuil de faible revenu de Statistique Canada ne pouvait plus être considérée comme un seuil de pauvreté parce que son but n\u2019était précisément pas de mesurer ce phénomène, contrairement aux prétentions de certains lobbies qui continuaient de s\u2019y référer à tors comme à une telle mesure.Des recherches récentes avaient aussi montré que le seuil SFR était par ailleurs entaché de biais de mesure même aux fins de caractériser la faiblesse du revenu au Québec.La situation est maintenant corrigée puisque nous disposons depuis 2003 d\u2019une nouvelle mesure qui estime mieux l\u2019étendue de la pauvreté à partir d\u2019une approche basée sur le panier de consommation (le MPC).Nous avons aussi par ailleurs de nouvelles estimations du seuil de faible revenu calculées soit par Statistique Canada soit par des chercheurs indépendants qui prennent le Québec comme référence, ce qui corrige le biais signalé plus haut.Ces nouvelles mesures donnent un portrait différent \u2014 et moins alarmiste \u2014 de la situation de la pauvreté et de la faiblesse du revenu au Québec.Nous examinerons d\u2019abord la nouvelle mesure de la pauvreté avant de présenter plus loin les nouvelles estimations du seuil SFR.Selon la nouvelle mesure de Ressources humaines du Canada, une famille et les individus qui la composent seront considérés comme étant en situation de faiblesse du revenu corres- pondant à un état de pauvreté si le revenu familial ne leur permet pas d\u2019acheter un panier de biens et services défini comme un minimum pour assurer leur bien-être dans la collectivité qui est la leur2'.Cette mesure nouvelle ne représente pas un seuil officiel aux fins d\u2019admissibilité aux programmes d\u2019aide publique, mais elle vise plutôt à définir sociologiquement une situation de faiblesse du revenu caractérisant la pauvreté.À cause de l\u2019importance de la question de la pauvreté qui a occupé l\u2019actualité en 2003 (débat sur le projet de loi and pauvreté), nous examinerons en détail la façon de construire la nouvelle mesure de la pauvreté qui est appelée à devenir la référence marquante dans les prochaines années.Deux éléments nouveaux sont pris en compte : le pouvoir d\u2019achat de la famille tel que mesuré par le revenu disponible dont elle dispose et le coût de la vie dans la collectivité, car il en coûte plus cher pour vivre à Toronto ou à Montréal que dans une pedte ville.La mesure prend donc en considération deux critiques importantes qui ont été faites des indicateurs jusque-là disponibles.L\u2019indicateur MPC propose une façon originale de caractériser le revenu disponible des familles comme référence en enlevant non seulement les impôts et autres contributions, mais aussi en enlevant d\u2019autres éléments comme les pensions alimentaires, les cotisations syndicales ou les régimes de retraites, considérés comme des prélèvements obligatoires.Le revenu disponible des ménages devient alors celui qu\u2019on peut librement dépenser une fois leurs obligations payées.Le nouvel indicateur corrige donc de manière originale 194 une erreur souvent faite de prendre le revenu brut comme indicateur de la situation des ménages.Mais comment définir le contenu du panier de base nécessaire à la vie quotidienne?C\u2019était là la question la plus difficile à résoudre dans ce type d\u2019approche, qui a réussi à éviter le piège de ne considérer que les dépenses qui assurent la simple survie physique, comme c\u2019était le cas de la mesure élaborée par Chris-tofer Sarlo pour le Fraser Institute il y a quelques années.L\u2019approche MPC prend en considération quatre types de dépenses : nourriture, vêtements et chaussures, logement, transports, auxquelles on ajoute un poste général de dépenses diverses (meubles, téléphone, loisirs, etc.) et elle est plus généreuse dans le choix des articles ou éléments que ne l\u2019était le Fraser Institute.L\u2019organisme fédéral a ensuite estimé quel était le coût de ces dépenses de base.Par exemple, on considère le coût d\u2019achat et d\u2019entretien d\u2019une Chevrolet Cavalier quatre portes de cinq ans dans le panier.On inclut aussi des sorties au cinéma, la location de cassettes vidéo, etc.Le coût du panier minimum de vêtements a été déterminé avec la collaboration de personnes à faible revenu.Bref, la mesure peut être considérée comme étant relativement généreuse, bien qu\u2019on puisse toujours la critiquer.Mais on ne peut pas prétendre qu\u2019elle fixe les besoins minimums à un niveau trop bas.Elle fixe plutôt un minimum raisonnable, basé sur des études de diététique et de sociologie économique ainsi que sur la consultation élargie de divers groupes impliqués dans la lutte contre la pauvreté.Il est prévu d\u2019en revoir le contenu dans quelques années pour tenir compte du change- ment dans la richesse collective et partant, pour ajuster à la hausse la définition du bien-être minimum s\u2019il y a lieu.Moins de pauvres au Québec La nouvelle mesure de la faiblesse du revenu donne une image nouvelle du phénomène de la pauvreté (tableau 6.g).Selon elle, le Québec est loin de détenir le record du taux de pauvreté au Canada, car il se situe plutôt au second rang avec 11,9% personnes pauvres, tout juste derrière l\u2019Ontario qui a n% de pauvres.La proportion est de 13,1 % dans tout le Canada.Ce nouveau taux est par ailleurs beaucoup plus élevé dans les Maritimes et dans l'Ouest II grimpe même à 20% en Colombie-Britannique.Le Québec est donc bien loin de Terre-Neuve qui a un tauxde23,4%.Le récent rapport de Ressources humaines Canada analyse aussi l\u2019ampleur du faible revenu, c\u2019est-à-dire l\u2019écart entre le revenu disponible des ménages sous le seuil MPC et le seuil lui-même (voir la 4' colonne du tableau 6.g).Les ménages pauvres peuvent avoir en effet des revenus beaucoup plus faibles que le seuil de pauvreté.Autrement dit, plus cet écart est marqué, plus l\u2019intensité de la pauvreté est grande.Cette fois encore, la situation du Québec est meilleure que celle de l\u2019ensemble du Canada.L\u2019ampleur de la faiblesse du revenu est même moins forte au Québec qu\u2019en Ontario.Rappelons enfin que cet indicateur sera utile dans les prochaines années afin de suivre les progrès ou les reculs dans la situation relative des ménages pauvres.C\u2019est à ce dernier qu\u2019il faudra désormais se référer pour caractériser le phénomène de la pauvreté, et non plus au seuil SFR de Statistique Canada. L'état du Québec tableau 6.9 Mesure de la faiblesse du revenu selon l'approche du panier de consommation (MPC) en 2000 (personnes et ménages en %), et ampleur du faible revenu, Québec, Ontario et Canada \t\t\t\t \t11,9\t9,5\t23,9\t0,297 \t11,0\t8,7\t23,7\t0,311 \t13,1\t10,7\t25,6\t0,309 Source : Ressources humaines du Canada, cat.SP-569-03-03F, mai 2003.Les groupements anti-pauvreté ont maintes fois exprimé la crainte que l\u2019État ne manipule les mesures pour faire artificiellement baisser les taux de pauvreté.La mesure MPC ne mérite pas cette critique, car elle corrige des indicateurs biaisés ou imparfaits, ce qui est différent.Loin de manipuler à la baisse la pauvreté, la nouvelle mesure montre au contraire que celle-ci augmente dans tout le Canada par rapport à la mesure existante de faiblesse du revenu de Statistique Canada (le SFR.après impôt) à laquelle tous se référaient jusqu\u2019à récemment.Ainsi, le MPC est-il plus élevé que le SFRen Ontario mais non au Québec, ce qui illustre bien que les mesures antérieures donnaient une image alarmiste de la situation dans la Belle Province tout en sous-estimant la pauvreté ailleurs au Canada, à cause notamment des différences dans le coût de la vie et des interventions contre la pauvreté qui sont différentes d\u2019une province à l\u2019autre.Le paradoxe des ménages pauvres La proportion de ménages pauvres est fort différente selon qu\u2019on considère les personnes qui vivent seules et les ménages qui comptent au moins deux per- sonnes.Cette fois encore, la moyenne québécoise est inférieure à la moyenne canadienne dans les deux cas.Au Canada, 10,7 % des ménages de deux personnes ou plus sont pauvres et cette part est de 9,5 % au Québec ; les chiffres grimpent à environ un ménage sur quatre pour les personnes qui vivent seules (23,9 % au Québec et 25,6 % au Canada).Cette donnée s\u2019explique par une sorte de paradoxe.Lorsque les revenus personnels et l\u2019aide de l\u2019État s\u2019améliorent sur longue période, cela permet à plus de gens de vivre seuls ou de vivre dans de plus petits ménages, ce qui contribue à gonfler la proportion de ménages à faible revenu.Par exemple, lorsque les revenus des étudiants se bonifient, ceux-ci vont plus facilement pouvoir se mettre en ménage, et donc faire augmenter la proportion de ménages à faible revenu, car les étudiants ne sont pas riches, on le sait.La crise actuelle du logement s\u2019explique en partie par la hausse de la création de nouveaux ménages bien plus que par l\u2019augmentation de la population totale qui est peu importante, comme on le sait.Qui sont les pauvres?L\u2019avantage de la nouvelle mesure permet aussi d\u2019étudier les caractéristiques des pauvres au Québec.Qui sont-ils?La nouvelle mesure montre que la pauvreté est peu présente chez les personnes âgées de 65 ans et plus (2,8% des personnes seulement), qui bénéficient de programmes de soutien du revenu qui les placent au-dessus du seuil calculé.Ce résultat est beaucoup moins alarmiste que ne le donnent à penser les autres indicateurs pour les personnes âgées.Par ailleurs, le taux de pauvreté reste plus élevé qu\u2019en moyenne chez les 196 La population jeunes, ce qui confirme une fois de plus que la situation relative des jeunes ménages s\u2019est détériorée ces dernières années.L\u2019indicateur MPC mesure bien la réalité du faible revenu, car il concorde avec d\u2019autres études sur la position des jeunes ménages dans notre société par rapport aux générations précédentes.Enfin, l'étude indique que l\u2019incidence de la pauvreté est plus forte chez les personnes vivant seules et chez les familles monoparentales, deux observations connues.Par définition, ces deux types de ménages doivent défrayer avec un seul revenu, le plus souvent assez faible par ailleurs, ce qu\u2019il en coûte pour vivre.La mesure de la faiblesse du revenu réévaluée Statistique Canada ne propose pas de mesure officielle de la pauvreté, on l\u2019a rappelé plus haut.L\u2019organisme statistique construit plutôt un seuil de faible revenu (SFR) qu\u2019il ne faut pas confondre avec une mesure de la pauvreté, à la demande même de l\u2019organisme statistique\".Cette mise en garde est importante, car les études techniques montrent que la façon actuelle de calculer le SFR noircit la situation dans les provinces où les revenus des ménages sont moins élevés, comme c\u2019est le cas au Québec.Le SFR est en effet très sensible au coût du logement, plus élevé en Ontario et dans les provinces de l\u2019Alberta et de la Colombie-Britannique.Afin de corriger ces problèmes, nous avons estimé les seuils SFRen suivant la même méthodologie que Statistique Canada mais en prenant le Québec comme référence dans les calculs.Il en ressort une vision différente des taux de faiblesse du revenu (tableau 6.10).Il faut aussi tenir compte dans ces calculs du caractère progressif de l\u2019impôt sur le revenu qui a été illustré plus haut.Le revenu des ménages au bas de l\u2019échelle doit en effet se comparer aux revenus après impôts des riches puisque ceux-ci ne peuvent dépenser l\u2019argent que l\u2019État prélève dans leur portefeuille.Le fait de distinguer les revenus avant et après impôts fait apparaitre l\u2019efficacité des mesures de redistribution du revenu que sont les paiements de transfert et l\u2019impôt sur le revenu.La proportion de familles économiques comptant au moins deux personnes et la proportion des individus au total qui est sous le seuil diminuent fortement lorsque l\u2019on passe d\u2019un type de revenu (avant impôts) à un autre (après impôts).Ces données confirment la lecture qui a été faite plus haut à partir des coefficients de GINI mesurant l\u2019inégalité.De même, on retrouve un résultat déjà observé avec d\u2019autres approches : la tableau 6.10 Taux de faible revenu (SFR avant et après impôts) chez les ménages (familles et personnes seules), totalisations prenant le Québec comme référence (1997-2000) \t\t\t 2 pers, et +\t1997\t15,4\t10,0 \t1998\t16,1\t9,8 \t1999\t15,7\t10,2 \t2000\t14,5\t7,5 Personnes seules\t1997\t43,4\t28,2 \t1998\t45,8\t31,8 \t1999\t48,1\t31,4 \t2000\t48,4\t31,1 \u2022 Les seuils de faible revenu \u2022personnalisés\u2022 de Statistique Canada, Ministère de l\u2019Emploi et de la Solidarité sociale, Direction de la recherche, de l\u2019évaluation et de la statistique, p.2 (vmw.mess.gouv.qc.ca).Source : Statistique Canada, microdonnées de l\u2019Enquête sur les dépenses des ménages, calculs de l\u2019auteur.197 L'état du Québec proportion de ménages à faible revenu est plus élevée chez les personnes seules.Il faut par ailleurs ajouter que le Québec a mis en place de nombreuses mesures visant à donner des services directs ou en nature à la population dont les effets ne se reflètent pas dans les mesures statistiques de la pauvreté ou de la faiblesse du revenu (médicaments gratuits, logements en HLM, etc.).La prise en compte de ces mesures aurait un impact sur les taux de pauvreté et exigerait des mesures plus sophistiquées.Les pauvres, une population mouvante La population des pauvres est mouvante.Selon une étude publiée par Statistique Canada en 1997, effectuée à partir de données d\u2019enquête par panel menées en 1993 et 1994, un peu moins de la moitié des ménages pauvres ne l\u2019étaient plus après deux ans, ayant été remplacés par un contingent à peu près équivalent de nouveaux pauvres.La pauvreté est donc un état temporaire ou transitoire pour une proportion importante des ménages.Il ressort aussi de cette étude que l\u2019incidence de la pauvreté est importante puisque plus de ménages peuvent être pauvres à un moment ou à un autre au cours d\u2019une certaine période.Pour un tiers des ménages, l\u2019entrée dans l\u2019état de pauvreté a été causée par la perte d\u2019un membre à la suite d\u2019un divorce ou d\u2019une mortalité.La même proportion de ménages a pu quitter l\u2019état de pauvreté à la suite de l\u2019arrivée d\u2019un nouveau gagne-pain.L\u2019autre facteur déterminant est l\u2019entrée ou la sortie du marché du travail.Cette étude montre bien que les changements qui marquent le mode de vie sont à peu près aussi importants que la participation au marché du travail pour expliquer la sortie ou l\u2019entrée dans l\u2019état de pauvreté.tableau 6.11 Personnes et ménages bénéficiaires de l'aide sociale (au 31 mars) en nombre, en indice et en proportion de la population âgée de 0-64 ans (1970-2003) \t\t\t\t\t \t\t\t\t\t 1970\t515 760\t100\t9,2\t206 971\t100 1975\t419 558\t81\t7,2\t198 219\t96 1980\t512 068\t99\t8,6\t285 174\t138 1985\t708 677\t137\t11,8\t424 790\t205 1990\t555 907\t108\t8,9\t343 874\t166 1995\t802 240\t156\t12,6\t479 381\t232 2001\t576 614\t112\t8,9\t371 282\t179 2002\t560 783\t109\t8,7\t365 614\t177 2003\t544 229\t106\t8,4\t358 164\t181 198 Source : Gouvernement du Québec, Guide descriptif des programmes de sécurité du revenu, éditions 1989 et 1993, Québec ; Ministère de l\u2019Emploi et de la Solidarité sociale.Calculs de l\u2019auteur. Plus faible proportion de la population dépendante vis-à-vis de l\u2019aide sociale depuis 1970 L\u2019aide de dernier recours (ou l\u2019aide sociale) telle qu\u2019on la connaît a été mise en place en 1970 sous le premier gouvernement Bourassa.Pour la première fois depuis cette date, la part de la population québécoise âgée de o à 64 ans a atteint son niveau le plus faible.C\u2019est là une observation très peu connue qu\u2019il importe de souligner.Les personnes qui vivent de l\u2019aide sociale représentent en effet 8,4% de la population admissible (excluant donc les personnes âgées de 65 ans et plus).La progression continue depuis 1990 du nombre de personnes vivant de l\u2019aide sociale avait atteint un sommet en 1996(815 487) et ce nombre a régressé à 544 229 en mars 2003, une diminution de 33,3 % (tableau 6.11).La diminution est importante.Il en va différemment pour les ménages.Au total, 358 164 ménages recevaient l\u2019aide de dernier recours au 31 mars 2003, soit 26,2 % de moins que le sommet atteint en 1996 (485 261).Le nombre de ménages qui reçoit de l\u2019aide sociale décroît donc moins rapidement que le nombre de personnes.Sur une longue période (soit depuis 1970), la croissance du nombre de ménages recevant de l\u2019aide sociale est importante, tant en indice (+ 81 % en trente trois ans) qu\u2019en proportion et elle a été beaucoup plus rapide que l\u2019augmentation du nombre de personnes (+6 %), ce qui s\u2019explique par la multiplication des petits ménages, essentiellement formés de personnes seules et de familles monoparentales.Plus de sept ménages sur dix qui ont reçu de l\u2019aide sociale (72,2 % en mars 2003) sont en effet formés de personnes vivant seules (tableau 6.12).Cette proportion est en hausse conti- tableau 6.12 Ménages et personnes bénéficiaires de l'aide sociale selon le type de ménages (31 mars 2003) \t\t\t\t Personnes seules**\t259 503\t259 503\t\t259 503 \t72,2%\t47,7%\t\t47,7% Couples sans enfant\t20 337\t40 674\t\t40 674 \t5,7%\t7,5%\t\t7,5% Couples avec enfants\t24 718\t49 436\t51561\t100 997 \t6,9%\t9,1%\t9,5%\t18,6% Familles monoparentales\t54 747\t54 747\t88 308\t143 055 \t15,2%\t10,1%\t16,2%\t26,3% Total N\t359 305\t404 360\t139 869\t544 229 %\t100\t74,3\t25,7\t100 * Données officielles non ajustées.*¦ Comprend 852 conjoints d'étudiants.Source: Ministère de la Solidarité sociale et de la Sécurité du revenu, calculs de l\u2019auteur. L\u2019état du Québec graphique 6.3 Nombre de personnes et de ménages (en milliers) bénéficiaires de l'aide sociale (au 31 mars) (moyenne mobile sur 2 périodes), Québec (1970-2003) 800 000 700 000 600 000 500 000 400 000 300 000 200 000 100 000 0 mmm Moy.mobile sur 2 pér.(Personnes) ¦¦¦ Moy.mobile sur 2 pér.(Ménages) 1970\t1975\t1980\t1985\t1990\t1995 2000 2003 Source : Gouvernement du Québec, Guide descriptif des programmes de sécurité du revenu, éditions 1989 et 1993, Québec; ministère de la Main-d'œuvre et de la Sécurité du revenu.Calculs de l\u2019auteur.nue depuis plusieurs décennies.Les familles monoparentales constituent le second type en importance de ménages qui bénéficient de cette aide (15,2%).On le voit, 87,4°/o des ménages qui reçoivent l\u2019aide directe de l\u2019État ont à leur tête un seul adulte, ce qui est bien révélateur que la dépendance va de pair avec un certain isolement social.La vie en couple ou la vie de famille donnent aux individus sans ressources propres le support matériel pour vivre, mais lorsque survient une crise dans le couple ou la famille, bon nombre d\u2019individus ne peuvent subvenir seuls à leurs besoins et ils doivent alors compter sur l\u2019aide de l\u2019État.Celle-ci permet à des personnes en difficulté de vivre seules, ce qui était à peu près impossible avant 1970.Au total, 74,3 % des bénéficiaires de l\u2019aide de dernier recours étaient des adultes et 25,7%, des enfants, soit 139 869 au 31 mars 2003.Un peu moins des deux tiers de ces enfants vivaient dans des familles monoparentales.Marchandisation accrue de la vie quotidienne Dans son autobiographie La détresse et l\u2019enchantement, Gabrielle Roy raconte la fascination qu\u2019exerçait sur elle la fréquentation du magasin Eaton de Winnipeg dans les années 1930.Traverser le pont Provencher pour y aller avec sa mère ne marquait pas seulement l\u2019entrée dans un univers dans lequel elle se sentait étrangère\u2014comme le donne à penser la célèbre première phrase de l\u2019ouvrage \u2014 mais signifiait aussi l\u2019entrée dans l\u2019univers de la consommation marchande, dans l\u2019univers des objets qui éveillent les désirs et les aspirations.Comme ses concitoyens, la jeune Gabrielle était fascinée par la consommation naissante et par l\u2019abondance que donnaient à voir les grands magasins de l\u2019époque et leurs catalogues.Si la jeune institutrice \u2014 bien payée dans le Manitoba de l\u2019époque \u2014 donnait une partie de son salaire à sa mere pour l\u2019aider à subvenir aux besoins de sa famille et si elle épargnait en vue de voyager, elle avoue aussi qu\u2019elle achetait à sa discrétion de beaux vêtements toujours chez Eaton, conduite mal comprise, réprouvée même, par d\u2019autres membres de sa famille enfermés dans l\u2019univers des besoins primaires non satisfaits.200 Un nouveau genre de vie s\u2019est imposé avec l\u2019émergence de la société de consommation et avec l\u2019arrivée d\u2019une nouvelle culture matérielle, en rupture radicale avec celui des générations passées.Ce genre de vie passe désormais par la consommation élargie d\u2019objets et de services produits dans la sphère marchande et il est essentiellement urbain, que l'on vive à la ville ou à la campagne.Dans le modèle fordiste, production de masse, société salariale et consommation sont liées.Travaillant en usine et dans des bureaux, les individus sont dépendants du marché pour leur survie et pour leur bien-être et ils doivent consommer pour vivre.Mais l\u2019abondance de la production fordiste leur a offert bien plus que ce qu\u2019il faut pour vivre, elle leur a permis de construire une nouvelle vie confortable, elle leur a procuré le bien-être matériel et le confort.Diffusion rapide de nouveaux biens durables L\u2019équipement de base nécessaire à la vie quotidienne est maintenant à peu près présent dans tous les ménages : système de chauffage, chauffe-eau, cuisinière, frigidaire, machines à laver et à sécher le linge, téléphone, radio, télévision couleur font partie de l\u2019équipement standard, y compris dans les jeunes ménages et les ménages à faible revenu (tableau 7.1).Ce constat passe aujourd\u2019hui pour une évidence, mais il faut se rappeler qu\u2019il était loin d\u2019en être ainsi il y a vingt ans encore.De nouveaux équipements ménagers et de nouveaux biens durables continuent de se répandre dans les foyers.Le four à micro-ondes est devenu un bien essentiel en moins de dix ans, alors que le lave-vaisselle s\u2019est répandu moins rapidement.En dix ans le BBQ au gaz s\u2019est retrouvé dans presque la moitié des ménages, mais sa diffusion ne dépassera sans doute pas la proportion de ménages propriétaires de leur logement, pour des raisons de sécurité (les locataires n\u2019ayant généralement pas l\u2019espace nécessaire ni l\u2019autorisation d\u2019avoir un tel équipement).Le taux de possession d\u2019une voiture n\u2019augmente plus beaucoup depuis 10 ans, mais la proportion de ménages équipés d\u2019un camion ou d\u2019une fourgonnette (minivan) est en nette hausse.Mais si l\u2019on tient compte de la location et de la possession de plusieurs automobiles par ménages, on observe une augmentation continue de la motorisation.L\u2019automobile est maintenant bien ancrée dans le mode de vie des ménages et des individus qui en font partie.Les ménages ont acquis de nombreux biens d\u2019équipement ménager durant les années soixante et soixante-dix et la diffusion de ces derniers est maintenant saturée.Ils font partie de l\u2019équipement de base de presque tous les foyers.Durant les années 1980, ceux-ci se sont massivement équipés d\u2019une grande panoplie d\u2019équipements électroniques reliés aux loisirs dont la consommation est encore en hausse.Presque tous les ménages possèdent la télé couleur et la moitié d\u2019entre eux ont même deux postes ou plus, le magnétoscope est présent dans 87,8% des ménages et le lecteur de disques compacts ne vient pas loin derrière (70,4°/o).Le câble est présent dans les deux tiers des foyers et de nombreux foyers sont maintenant équipés d\u2019antennes paraboliques.Ces biens font maintenant eux aussi partie de l\u2019équipement de base de ces L\u2019état du Québec tableau 7.1 Taux de possession du logement et\tles petites villes et à la campagne que de certains équipements dans le ménage\tdans les grands centres (1986-2000)\të \t\t\t\t % de propriétaires\t53,6\t55,2\t55,8\t55,6 Lave-linge\t81,2\t84,9\t85,7\t86,9 Lave-vaisselle\t39,6\t43,0\t48,5\t50,1 Four à micro-ondes\t26,7\t65,5\t84,7\t89,8 B8Q au gaz\t16,2\t34,9\t45,5\t* Appareil climatiseur\t13,7\t13,3\t16,0\t19,8 Téléphone cellulaire\t*\t*\t*\t30,1 Lecteur disques compacts\t*\t13,7\t54,5\t70,4 Magnétoscope\t34,1\t63,2\t80,4\t87,8 Caméscope\t*\t4,9\t13,8\t* Télé-couleur\tune\t58,4\t57,6\t48,7\t40,7 deux ou +\t\u2022\t39,4\t50,6\t58,5 Câble\t56,2\t63,2\t66,3\t67,6 Micro-ordinateur\t8,7\t12,4\t27,7\t44,8 Utilise Internet à la maison\t?\t*\t*\t33,0 Véhicule\tun\t53,5\t54,5\t51,6\t45,1 deux ou +\t19,1\t21,6\t18,7\t26,6 Camion et minivan\t12,6\t13,8\t21,3\t22,7 Véhicules loués\t*\t*\t*\t12,2 * Ne s\u2019applique pas ou article non mentionné dans le rapport d'enquête.Sources : Statistique Canada, Équipement ménager selon le revenu et d'autres caractéristiques (cat.13-218) et calculs de l'auteur faits à partir des micro-données des Enquêtes sur les dépenses des familles, 1997 à 2000 (cat.62-202) derniers.D\u2019autres biens d\u2019équipement plus luxueux se diffusent rapidement : téléphones cellulaires, appareils photo numériques, cinéma maison, nouvelles générations de chaînes hi-fi, soucoupes pour capter la télévision, etc.La proportion de ménages propriétaires augmente lentement L\u2019accès à la propriété progresse lentement et la proportion de propriétaires de leur logement dépasse la barre des 50% (55,6% en 2000) (tableau 7.1).Le taux de propriétaires est plus élevé dans Une structure de dépenses en profonde mutation La structure des dépenses des ménages est en profonde mutation depuis trente ans2J (tableau 7.2).Deux fonctions de consommation sont en régression dans le budget moyen des ménages comptant au moins deux personnes : l\u2019alimentation et l\u2019habillement, ce qui libère des ressources pour les autres fonctions en croissance.En d\u2019autres termes, le revenu discrétionnaire des ménages \u2014 le revenu dont on peut librement disposer une fois satisfaites les dépenses pour les biens et services de première nécessité \u2014 augmente et de nouveaux besoins peuvent être satisfaits.Logement, transports, loisirs, protection sont les fonctions de consommation qui ont profité de la croissance du revenu discrétionnaire.Depuis 1978, les ménages doivent assumer une part plus importante des dépenses pour la santé et l\u2019éducation \u2014 deux fonctions de consommation qui pèsent plus lourd dans les budgets \u2014 à cause du virage ambulatoire et des compressions dans les dépenses publiques.Mais une autre raison contribue aussi à expliquer cette hausse.De nouveaux biens et services ont en effet fait leur apparition et leur consommation contribue à la hausse des dépenses moyennes des ménages.Donnons des exemples.De nouvelles technologies permettent de corriger la vision des personnes ayant des problèmes de myopie, mais ces dépenses ne sont pas couvertes par l\u2019État.Il en va de même pour les nouvelles technologies en matière de soins dentaires (implants au titane, 202 tableau 7.2 Répartition en % (coeff.) des dépenses des ménages pondérés par la taille de l'unité de consommation selon le poste de dépense, ménages de deux personnes et plus (1969-2000) \t\t\t\t\t\t Alimentation\t29,0\t26,3\t24,5\t23,0\t21,0\t20,0 Logement\t20,0\t21,1\t23,4\t22,5\t24,1\t25,5 Transport\t11,5\t13,9\t13,8\t14,9\t15,1\t15,7 Loisirs\t7,3\t7,9\t7,8\t8,6\t8,8\t9,8 Habillement\t11,2\t9,4\t8,2\t8,3\t6,8\t5,8 Équipement\t5,2\t6,6\t5,4\t5,8\t5,3\t5,4 Protection\t5,4\t5,8\t6,4\t6,0\t7,3\t8,5 Santé\t5,9\t3,5\t4,1\t4,3\t4,5\t4,4 Éducation\t1,1\t1,2\t1,5\t1,7\t1,9\t2,2 Divers\t3,3\t4,2\t4,9\t4,8\t5,3\t2,6 Total %\t100\t100\t100\t100\t100\t100 $ courants\t7 607\t17 000\t23 941\t30 397\t36 758\t42 754 N\t(personnes)\t10 251\t5 362\t4 816\t5 311\t4 587\t7 268 (ménages)\t3 472\t2 016\t1754\t2 076\t1900\t3 785 Source : Micro-données des Enquêtes sur les dépenses des familles, 1969 à 2000, calculs de l\u2019auteur faits à partir des micro-données et non pas à partir des moyennes publiées par Statistique Canada pour chacune des fonctions.couronnes, etc.).Des personnes n\u2019hésitent pas à s\u2019acheter plusieurs paires de lunettes, et le coût de celles-ci peut varier à la hausse selon la qualité retenue ou le design.Il en va de même en matière d\u2019éducation.Plusieurs étudiants participent à des programmes d\u2019échange à l\u2019étranger, plus fréquents maintenant qu\u2019il y a dix ans, ce qui contribue à hausser le coût des études supérieures.On le voit, la hausse de la part du budget consacrée à certaines fonctions augmente aussi parce que le panier de biens et services disponibles se transforme.En croissance : logement transport, loisirs et protection Quatre fonctions de consommation sont en croissance dans la structure des budgets des ménages : le logement, le transport, les loisirs et la protection (assurances de toutes sortes).La proportion plus élevée des dépenses faites pour ces diverses fonctions de consommation révèle que les ménages expriment de nouveaux besoins et que les dépenses pour les satisfaire augmentent plus vite que celles qui sont effectuées pour les autres fonctions.Ce sont en fait les ménages les plus riches \u2014 ainsi que ceux de la partie supérieure de la classe moyenne \u2014 qui font accroître ces dépenses vers le haut.? L\u2019état du Québec Références 1.\tL\u2019auteur remercie Claude Fortier et David Dupont, étudiants au Département de sociologie de l\u2019Université Laval, pour l\u2019aide apportée dans la mise à jour des données.2.\tNormand Thibault, Perspectifs démographiques du Québec et de ses régions, 1991-2041, Québec, Institut de la Statistique du Québec, site Internet www.stat.gouv.qc.ca/publications/ demograph/pdf?p.58.3.\tNormand Thibault, « La fécondité des Québécoises en ce début du xxic siècle », Données sociales en bref, Institut québécois de la statistique, février 2003, p.1-3.4.\tLe solde migratoire est établi à partir des déclarations d\u2019impôt sur le revenu, avec deux ans de retard.Le solde calculé chaque année à partir du fichier des allocations familiales surestime les départs du Québec et les deux statistiques ne peuvent être comparées.Lorsque le solde estimé est publié chaque année, il s\u2019ensuit une distorsion si on le compare au seuil définitif de l\u2019année précédente mesuré à partir d\u2019une autre base.La surestimation qui résulte de la comparaison de données venant de deux sources a donné lieu à des manchettes alarmistes ces dernières années, surtout dans la presse anglophone.5.\tStatistique Canada, La diversification de la vie conjugale au Canada, Enquête sociale générale, cycle 15, Ottawa, cat.89-576-XIF, p.5.6.\tL\u2019étude citée de Statistique Canada donne à penser que l\u2019union libre reculera lorsque les jeunes cohortes qui privilégient actuellement cette forme de vie commune vieilliront.Ce diagnostic doit être fortement nuancé dans le cas du Québec, à notre avis.7.\tLouis Duchesne, « Les premiers conjoints en union civile de 2002 », Données sociodémographiques en bref Institut de la Statistique du Québec, février 2003, p.4-5.8.\tSelon une étude de Statistique Canada publiée en 1998 donnant les résultats d\u2019une enquête faite auprès des Québécoises.9.\tLouis Duchesne, « Naître au naturel : les naissances hors mariage », Données socio-démographiques en bref BSQ, juin 1997.10.\tVoir par exemple la récente publication du BSQ, du Conseil de la famille et de l\u2019enfance et du ministère de la Famille et de l\u2019Enfance, Un portrait statistique de la famille et de l\u2019enfance au Québec, Québec, BSQ et Conseil, 1999.11.\tLa question sur la langue maternelle a été modifiée plusieurs fois au fil des recensements.Statistique Canada a aussi changé l\u2019ordre de présentation des langues dans le questionnaire de recensement en 2001.L\u2019anglais apparaît au premier rang dans le questionnaire en langue anglaise et le français, au premier rang dans le questionnaire en langue française.Il semble que ce changement ait eu une incidence sur les réponses, les citoyens ayant tendance à cocher le premier choix qui se présente à eux dans le questionnaire, ce qui affecte quelque peu la comparaison dans le temps.12.\tCharles Castonguay, « Évolution de l\u2019assimilation linguistique au Québec et au Canada entre 1971 et 1991 », Recherches sociographiques, 3, 38, 1997: 469-490 ; « Assimilation linguistique et remplacement des générations francophones et anglophones au Québec et au Canada », Recherches sociographiques, janvier-avril 2002,149-182.13.\tVoir l\u2019article de Kenneth McRoberts, « Les politiques de la langue au Canada : un combat contre la territorialisation » dans Denis Lacorne et Tony Judt (sous la direction de), La politique de Babel.Du monolinguisme d\u2019Etat au plurilinguisme des peuples, Paris, Karthala, 2003, p.155-190.14.\tLouis Duch esn e, « Coup d\u2019œil comparatifsur la démographie des États-Unis », Données sociodémographiques en bref 2002, vol.6, numéro 3, p.6-8.15.\tStatistique Canada a modifié la définition du travail à temps partiel.Certains emplois réguliers occupés moins de trente heures par semaines (pilotes d\u2019avion, par exemple) sont inclus dans les emplois à temps plein.Les données ont été révisées à partir de 1987.Avant cette date, elles ne sont pas strictement comparables.204 16.\tH.Krahn, « Accroissement des régimes de travail atypiques », Perspective, 7, 4, Ottawa, Statistique Canada, cat.75-001F, p.39-47.17.\tLes données de l\u2019année 1999 indiquent un recul, mais il faut sans doute l\u2019imputer à une erreur d\u2019échantillonnage.La tendance à la hausse est bien présente, mais il faudra attendre les données des années ultérieures pour la confirmer de manière certaine.18.\tLes données de Statistique Canada pour ce type de ménages doivent cependant être considérées comme provisoires à notre avis, car l\u2019organisme statistique corrige régulièrement certaines données susceptibles d\u2019être affectées par une erreur d\u2019échantillonnage lorsque de nouvelles années s\u2019ajoutent.Plusieurs données portant sur les années récentes ont ainsi été corrigées après coup et par exemple on notera dans le tableau 6.3 des différences par rapport à ce qui a été publié dans les éditions antérieures de cet annuaire, résultat des corrections apportées par l\u2019organisme statistique aux données des dernières années.19.\tL\u2019inégalité est mesurée par le coefficient de G INI, qui est une mesure classique.Plus les riches reçoivent une part élevée des revenus, plus le coefficient de GINI est élevé.20.\tNous avons mieux documenté cette lecture dans une autre publication.Voir S.Langlois, « Le niveau de vie des familles.Déclassement et effet de génération », dans Gilles Pronovost (sous la direction de), Comprendre la /amille, Québec, Presses de l\u2019Université du Québec, 1994, p.17-30.21.\tTechniquement, le ministère continue de parler de mesure de faiblesse du revenu, mais cette mesure vise en fait à caractériser la satisfaction des besoins de base d\u2019un ménage, et elle caractérise par conséquent la pauvreté.Voir le document produit par la Direction générale de la recherche appliquée, Les statistiques de 2000 sur le faible revenu selon la mesure du panier de consommation, Ottawa, Ressources humaines du Canada, cat.SP-569-03-03F, mai 2003, 60 p.22.\t« Le SFR national (selon la taille de la famille et la taille de la région urbaine) s\u2019applique à toutes les provinces et régions.À titre d\u2019exemple, le même SFR est appliqué aux familles de quatre personnes vivant dans les grandes régions urbaines de l\u2019Ontario et du Québec (p.ex., Montréal et Toronto).Toutefois, il peut exister entre ces villes des différences sur le plan du coût de la vie dont le seuil de faible revenu ne tient pas compte.Cela pourrait introduire un biais dans toute comparaison des niveaux de faibles revenus entre les provinces.» G.Picot, Morissette et J.Myles L\u2019intensité des jdibles revenus au cours des années 1990 : le rôle de la croissance économique, des revenus d'emploi et des trans/erts sociaux, Cat.11F0019MIF, Ottawa, Statistique Canada, Division de la statistique du revenu, 2003.23.\tNous avons calculé les coefficients budgétaires pour dix grandes fonctions de consommation à partir des micro-données des Enquêtes sur les dépenses des familles de Statistique Canada. L'état du Québec LA FAMILLE ET LES GÉNÉRATIONS Les valeurs des jeunes : identité, famille, école, travail Gilles Pronovost et Chantal Royer Université du Québec à Trois-Rivières La recherche sur les valeurs des jeunes Québécois a connu un essor important dans la décennie de 1970, tout particulièrement.Cependant, pour des raisons qu\u2019il serait trop long d\u2019énumérer, elle a pratiquement été laissée à l\u2019abandon.Plus récemment, de nombreuses recherches ponctuelles permettent d\u2019approcher le sujet (voir références à la fin de ce texte).Nous passerons en revue les grandes conclusions que l\u2019on peut tirer de ces travaux, en nous appuyant à l\u2019occasion sur les travaux internationaux.La plupart de ces travaux concernent les 15 à 19 ans, parfois les 20 à 24 ans.Ce chapitre est une version remaniée et résumée d'un chapitre à paraître dans l\u2019ouvrage suivant : Madeleine Gauthier (sous la direction de), Regards sur la jeunesse au Québec, Presses de l'Université Laval, collection Regards sur la jeunesse dans le monde, 2004.De quels jeunes s\u2019agit-il ?Précisons tout d\u2019abord notre perspective : nous voulons aborder l\u2019étude des valeurs non comme un problème, ou dans une perspective alarmiste, mais comme l\u2019une des dimensions du projet de vie des jeunes, comme la construction d\u2019une représentation du monde par des acteurs sociaux de plein droit.Pour ce qui est des « jeunes », l\u2019âge ne constitue plus, on le sait, un indicateur significatif : amours, travail, école, loisirs, parentalité, font partie de quelques-unes des multiples « expériences » que traversent les nouvelles générations au sortir de l\u2019enfance, en ordre dispersé d\u2019ailleurs.Il en résulte un certain flottement dans l\u2019éventail des âges retenu pour l\u2019étude des jeunes, la plupart des recherches s\u2019en tenant à ceux qui ont 14 ans ou plus, et même dans de nombreuses études européennes et américaines, à la population âgée de 18 à 29 ans.Pour notre part, nous retiendrons ce qui suit.De nombreux travaux ont établi que le passage de l\u2019enfance à l\u2019adolescence débutait assez tôt, à partir de 9 à 10 ans, et que dès l\u2019âge de 15-16 ans, certaines pratiques culturelles étaient déjà fixées (France, Ministère de la Culture et de la Communication, 1999).Nous avons pu confirmer un tel processus, dans le cadre de l\u2019Enquête sociale et de santé des enfants et des adolescents, et dont les résultats ont été diffusés ; nous disposions d\u2019un échantillon de jeunes de 9,13 et 16 ans, sur 206 La population lequel nous avons complété une analyse sommaire des pratiques 5 relations ÜVeC les culturelles et de l\u2019emploi du temps.Or, il appert que dans la population\t.des jeunes, la période de 14 à 16 ans constitue une période-charnière, tant Patents Semblent sur le plan des pratiques culturelles, de leurs premières incursions sur le harmonieuses marché du travail, que du cheminement scolaire (Pronovost, 2002) ; en conséquence il nous apparaît stratégique de mieux cerner le système de valeurs en formation dès cet âge.Par ailleurs, comme nous venons de le souligner, les enquêtes sur les valeurs touchent généralement une population plus âgée, par exemple entre 16 et 20 ans dans le cas de l\u2019enquête du ministère de l\u2019Éducation, jusqu\u2019à 18 ans dans l\u2019enquête dirigée par Hélène Belleau.Il appert que chez les plus âgés, le système des valeurs est sans doute plus fixé, mais aussi modulé par les perspectives d\u2019emploi, l\u2019insertion progressive sur le marché du travail, l\u2019autonomie réalisée ou recherchée.On devra avoir ces distinctions en mémoire même si les données disponibles, du moins au Québec, permettent rarement de les isoler.De quelques valeurs chez les jeunes Les valeurs des jeunes peuvent être appréhendées selon un certain nombre de thèmes récurrents : la morale, la religion et la question identitaire; la place accordée aux institutions, dont la famille, la politique et l\u2019école ; le phénomène de la sociabilité ; la signification du travail ; les rapports au temps et la représentation de l\u2019avenir.Morale, religion, identité On a depuis longtemps constaté le déclin très net des valeurs religieuses et de l\u2019institution religieuse chez les jeunes.Dans le cadre du sondage mené auprès de jeunes du secondaire dans des établissements privés du Québec, dont l\u2019un des traits est un caractère confessionnel plus affiché, la moitié des jeunes déclaraient pourtant ne pas croire en Dieu ou se disaient incertains (Fédération., 2001, p.31).Ce phénomène de sécularisation ne serait pas propre aux jeunes, mais on le retrouve très accentué, même si persiste une pratique irrégulière de grands rituels religieux classiques, doublés de rites de passage (notamment à la fin des études secondaires).En fait, écrit Madeleine Gauthier, la brèche était ouverte dès les années soixante (Gauthier, 1997, p.139).Ce déclin des valeurs religieuses (Bréchon, 2000, chap.7) peut être associé à l\u2019érosion de toute norme institutionnelle, et plus généralement au refus latent des grandes institutions que sont l'Église, les grands partis politiques, etc.En d\u2019autres termes, on s\u2019en remet non pas à l\u2019autorité des chefs religieux ou politiques pour définir le vrai et le bon, mais à une morale plus diffuse s\u2019appuyant sur l\u2019expérience individuelle et des consensus fragmentaires.Car les jeunes expriment bien une certaine morale, ou plutôt des normes de comportement, dont on a dit qu\u2019elle avait trait à la permissivité et à la tolérance dans la vie publique, à la valorisation de l\u2019honnêteté et du civisme, à la liberté et à l\u2019égalité dans la vie privée.L\u2019individualisation des croyances et des pratiques en est 207 L\u2019état du Québec le corollaire (Galland, 2001).Comme l\u2019écrit Madeleine Gauthier, on est en face « d\u2019une culture morale plutôt que d\u2019une pratique religieuse » (1997, p.141)- Le déclin des institutions et le rapport au politique Les jeunes font peu confiance aux grandes institutions, comme nous venons de le mentionner.L\u2019érosion des normes institutionnelles d\u2019autorité est bien étayée, de même que le refus des affiliations politiques et idéologiques traditionnelles, par exemple dans les grands partis politiques.Non pas que les jeunes soient moins « politisés », mais on observe chez eux de nouvelles normes d\u2019engagement social ancrées dans l\u2019action directe ponctuelle ou l\u2019engagement associatif, la préférence pour les actions sectorielles plutôt que les grands mouvements sociaux.Moins bien étayée dans les enquêtes disponibles au Québec, cette situation est décrite de manière probante dans le cas de la France (Bréchon, dans Galland et Roudet, 2001).Cette dernière assertion demande à être nuancée, car on sait que les jeunes sont très sensibles aux questions écologiques et sont très actifs dans les mouvements anti-(ou alter-jmondialisation.Ainsi l\u2019étude de Belleau et Bayard indique bien que l\u2019environnement constitue l\u2019une des grandes préoccupations des jeunes.De même, on peut observer une relative stabilité de leur engagement associatif, comme en témoignent les taux relativement stables de participation des jeunes Québécois dans les associations (Conseil permanent de la jeunesse, 2003).La fam ille occupe toujours une place centrale.Les conceptions de la famille Les données dont nous disposons permettent de conclure que la famille occupe toujours une place centrale, tant en France qu'aux États-Unis qu\u2019au Québec.« Les élèves du secondaire sont à ce point satisfaits de leur famille qu\u2019ils aimeraient en fonder une semblable» (Bemier, 1997, p.51).Par« famille», il semble bien que les jeunes entendent une vie familiale stable, organisée autour de rapports chaleureux.Les données françaises de l\u2019enquête internationale sur les valeurs, déjà citée, indiquent même un certain retour de la fidélité dans le couple chez les jeunes.L\u2019insistance sur les valeurs relationnelles au sein du couple caractériserait également les jeunes générations ; des régulations fondées sur les choix électifs, la confiance entre intimes et l\u2019harmonie dans les relations personnelles sont aussi à noter.Louis Roussel parle d\u2019engagements amoureux fondés sur un pacte du bonheur (2002).De même, les relations avec les parents semblent dans l\u2019ensemble relativement harmonieuses, par-delà les mouvements bien connus de prise de distance par rapport à l\u2019autorité familiale et l\u2019importance des réseaux de sociabilité.Ainsi, des enquêtes américaines récentes indiquent que les jeunes font confiance à leurs parents, qu\u2019ils perçoivent ceux-ci de manière généralement positive et qu\u2019ils se sentent généralement bien appuyés par eux (Schneider et Stevenson, 1999).Dans l\u2019enquête déjà citée menée dans des établissements secondaires privés du Québec, près de 90% des jeunes se déclarent satisfaits des relations avec leurs parents, à peine 3 % ne se sentent pas aimés par eux (Fédération., p.23) 208 L'importance de la sociabilité Il est également bien connu que ce que l\u2019on appelait il y a quelques décennies la sociabilité'juue'nile prend une grande importance chez les jeunes.Mouvement de distanciation par rapport à l\u2019autorité parentale (mais sans remise en question du rôle des parents et de l\u2019importance accordée à la famille), affirmation de soi, quête d\u2019identité, culture jeune, en sont des éléments fondamentaux.La sociabilité consume une « caractéristique constitutive sinon essentielle » des jeunes, a-t-on écrit.On le voit par l\u2019importance de la fréquentation du cinéma, des discothèques et des spectacles musicaux ; il s\u2019agit de véritables pratiques identitaires.Dans la même veine, l\u2019enquête Santé Québec démontrait qu\u2019à 16 ans, les amis sont la principale source de soutien social (Aubin et al., 2002).Vers 15-16 ans, les amis deviennent les confidents les plus importants, on aime les activités de groupe et on se sent bien perçu parson entourage (Fédération., p.40).La place accordée à l\u2019école Pour ce qui est de l\u2019école, le portrait est moins net.Après une remise en question importante du rôle de l\u2019école, dont le décrochage scolaire était un symptôme, le Conseil supérieur de l\u2019éducation notait récemment (2001) que les « enquêtes ont laissé entrevoir que les élèves (du secondaire) avaient une motivation mitigée au regard de leurs études » ; une telle attitude va fortement de pair avec les résultats scolaires et le soutien du milieu familial.On a observé une nette montée des attentes de scolarisation : ainsi, au Québec, les deux tiers des jeunes de 13 ans et les trois quarts des jeunes de 16 ans aspirent à des études postsecondaires (Aubin, 2002) ; le mouvement est encore plus prononcé aux États-Unis où un peu moins de 5 % des élèves ne songent qu\u2019à un diplôme de « high school » (Schneider et Stevenson, 1999, p.75).On verra que les attentes scolaires sont fortement reliées aux représentations de l\u2019avenir, fait bien étayé par les études américaines citées.Entre école et loisir On ne peut comprendre la place accordée à l\u2019école chez les jeunes sans tenir compte des phénomènes de sociabilité, brièvement évoqués antérieurement, lesquels vont de pair avec l\u2019importance du loisir.De même, la montée du travail pendant les études renvoie à d\u2019autres phénomènes significatifs.Pour résumer sommairement, on dira que le temps scolaire constitue un temps dominant, renvoyant aux aspirations personnelles et a une vision de l\u2019avenir, alors que le loisir réfère à une éthique du divertissement dans l\u2019instant permettant du temps pour soi et entre amis.Les jeunes sont les grands porteurs pour ainsi dire des valeurs du loisir moderne.Dans les sondages, ce sont eux qui privilégient le plus nettement le loisir par rapport à d\u2019autres sphères de vie.Leur vie sportive, culturelle et sociale est intense, plus intense généralement que ce que l\u2019on observe dans la population en général. L'état du Québec Entre école et travail De plus en plus de jeunes cherchent à faire coexister études et travail.Au Québec, dès 13 ans, le quart des adolescents déclarent un travail rémunéré.À16 ans, il s\u2019agit du tiers des adolescents, dont près de la moitié déclare n heures et plus par semaine (Aubin, 2002).Entre 16 et 20 ans, plus de la moitié d\u2019entre eux occuperaient un emploi.Étant donné la nature des emplois occupés, le travail chez les étudiants constitue souvent une expérience transitoire, ayant peu de lien avec leur avenir professionnel.Cependant, même si les adolescents se retrouvent surtout dans les services et les emplois moins bien rémunérés, ils dressent un bilan positif, car elle leur procure une certaine autonomie personnelle et financière, et leur donne une image positive d\u2019eux-mêmes (Csikszentmihalyi et Schneider, 1998, p.91), sans oublier le fait qu\u2019elle leur permet d\u2019entrer de plain-pied très tôt dans l\u2019univers de la consommation.Certaines études indiquent qu\u2019il n\u2019y a pas de relation importante entre le fait d\u2019exercer un travail rémunéré et le rendement scolaire (Ministère de l\u2019Éducation du Quebec, 1994 ; Federation., p.77).Jusqu\u2019à une certaine limite, le travail étudiant suppose une présence active sur la scène publique, une certaine insertion dans des réseaux sociaux, des capacités d\u2019autonomie personnelle et de gestion du temps.Les relations qu\u2019entretient le travail avec les activités de loisir vont dans le même sens.Ainsi, dans l\u2019enquête de Santé Québec (Aubin, 2002), ce sont généralement ceux qui ne déclarent aucun travail rémunéré qui sont les moins actifs sur le plan culturel : à quelques exceptions près, ils sont plus nombreux à ne pas lire et également plus nombreux à ne pas effectuer des sorties au cinéma ou dans les discothèques par exemple.En d\u2019autres termes, la présence sur le marché du travail va de pair avec une vie culturelle plus active.Le rapport au travail, chez les jeunes, semble faire partie d\u2019un univers plus global, dans une sorte d\u2019équilibre entre école, travail et intégration sociale.De manière générale, l\u2019attachement à un travail stable, valorisant, bien rémunéré, ne fait aucun doute ; l\u2019autonomie dans le travail, la réalisation de soi forment la trame des valeurs recherchées chez les jeunes.Par-delà la situation présente, vécue comme transitoire, l\u2019accent est mis sur ce que l\u2019on désigne comme les valeurs expressives du travail, on valorise les aspects liés au contenu du travail et à la réalisation de soi.Cependant, les enquêtes récentes semblent indiquer que les jeunes manifestent moins d\u2019attachement à l\u2019égard de l\u2019entreprise, qu\u2019ils valoriseraient plus que leurs prédécesseurs les aspects instrumentaux du travail, ne serait-ce que parce qu\u2019ils prévoient peu de stabilité professionnelle.Les représentations de l'avenir Les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui démontrent un grand optimisme par rapport à l\u2019avenir.On a vu que les jeunes Québécois expriment maintenant des attentes très fortes en matière de scolarisation.À 16 ans, les deux tiers d\u2019entre eux savent déjà ce qu\u2019ils veulent faire plus tard, une très forte majorité affiche son optimisme par rapport à son avenir professionnel (Fédération., p.29).Une enquête sur la migration des jeunes effectuée au Québec par le Groupe de recherche sur la migration (5 346 210 La population répondants de 20 à 34 ans) confirme ce constat.Plus des deux tiers des jeunes foilt OCll répondants affirment un optimisme prononcé pour toutes les questions J ' - qui suivent : leurvie amoureuse, l\u2019emploi, la relation formation-emploi, la COÏIJIÛYICC Cl UX situation économique.Un peu moins pensent qu\u2019ils feront mieux que mcjes institution leursparents.Làoùilssontvraimentpessimistes.c\u2019estencequiconcerne o -\t- la pollution.Seulement 28 % croient qu\u2019elle diminuera au cours des dix prochaines années (Gauthier, 2002).On retrouve ce même regard confiant vers l\u2019avenir chez l\u2019adolescent américain moyen qui « présente une image relativement positive en termes d\u2019attentes par rapport à sa formation, son travail futur et ses aspirations » (Csikszentmihalyi et Schneider, 1998, p.43).Les adolescents américains sont très ambitieux : 90% d\u2019entre eux prévoient s\u2019engager dans des études collégiales ou universitaires et 70% s\u2019attendent à un emploi de type professionnel (Schneider et Stevenson, 1999, p.4-5).Une culture à plusieurs temps Cette représentation relativement favorable de l'avenir demande cependant à être située dans le contexte du cycle de vie des jeunes (Pronovost, 1996).La plupart des études sur les jeunes ont illustré le fait qu\u2019ils sont davantage préoccupés par leur univers immédiat, qu\u2019ils tentent de vivre intensément le temps présent, dans un cercle de relations sociales relativement fermées dont le loisir constitue le champ privilégié (Pronovost, 2000).Il y a ainsi un temps à court terme dont il faut savoir profiter: les valeurs du loisir et de l\u2019aventure, parfois l\u2019insouciance extrême, prédominent nettement ; les mass media y prennent la plus grande importance ; il s\u2019agit de la « culture jeune ».Mais il y a aussi le temps à moyen terme, lequel fait définitivement partie de l\u2019horizon temporel des jeunes, et qui fait en sorte que l\u2019on retrouve chez eux l\u2019idéal classique d\u2019une vie familiale chaleureuse et d\u2019un travail gratifiant, de fortes attentes de scolarisation et de gratifications professionnelles.Mais il y a aussi la tension entre le travail rémunéré et l'école, entre le loisir et la nécessité, entre la vie familiale et les activités de groupes.Entre le futur anticipé, la jouissance de l\u2019instant présent dans le loisir, l\u2019ordre du temps scolaire, le temps de sociabilité et les exigences des emplois occasionnels, le passage peut être difficile, aléatoire, fait de va-et-vient.Les loisirs et les amis peuvent servir de refuge, de défense.Conclusion Le portrait qui vient d\u2019être esquissé à grands traits demanderait à être nuancé.Pour les fins de ce texte nous avons procédé à d\u2019importantes généralisations.Or, on sait bien qu\u2019il existe de multiples jeunesses, et que leur système de valeurs est appelé à se modifier de façon importante selon l\u2019âge, le parcours scolaire et la nature de l\u2019expérience du marché du travail.Par exemple, il est fort plausible que le système des valeurs des jeunes à l\u2019entrée de l\u2019adolescence soit appelé à se transformer en fonction de leurs expériences scolaires et sociales ultérieures, ou selon leur entrée ou non sur le marché du travail.Au sortir de l\u2019adolescence, avec le premier emploi ou la poursuite d\u2019études universitaires, avec la formation du couple ou l\u2019arrivée du 211 premier enfant, les valeurs peuvent muter profondément, se raffermir, être infléchies.De même, il existe de profondes différences selon le genre.Si les études françaises tout particulièrement indiquent que les jeunes hommes partagent généralement des opinions qui les rapprochent de celles des jeunes femmes en ce qui concerne les rôles masculins et féminins, le portrait est moins net sur d\u2019autres plans.L\u2019ancrage dans les valeurs religieuses et surtout les rituels semble plus important chez les filles, mais celles-ci expriment davantage d\u2019idées suicidaires et ont moins confiance en elles-mêmes.Les types d\u2019engagements départagent également les jeunes hommes des jeunes filles, de même que la nature de leurs orientations professionnelles (Federation., 2001 ; Belleau et Bayard, 2002).Le portrait demanderait donc à être étayé par des analyses plus fines.De plus, la plupart des études consultées se tournent vers le milieu familial pour expliquer une grande partie de la structure de l\u2019univers des jeunes.La composition du milieu familial, le niveau d\u2019éducation des parents, les ressources de la famille, tout particulièrement, départagent fortement les jeunes, autant dans leur cheminement personnel et social que dans leur système de valeurs.?Références Aubin, J.Lavallée , C., Camirand, L, Audet, N.et autres, Enquête sociale et de santé auprès des enfants etdes adolescents québécois 1999, Québec, Institutde la statistique du Québec, 2002.Belleau, Hélène et Bayard, Chantal, Rapport de recherche.Portrait des jeunes de 12 à 18 ans de Bordeaux-Cartierville, Montréal, CHSLD CLSC Bordeaux-Cartierville, 2002,125 p.Bernier, Léon, «Les relations sociales», dans Gauthier, Bernier étal., Les 15-19 ans.Quel présent ?Vers quel avenir ?Quebec, Presses de l\u2019Université Laval et IQRC, 1997, p.39-63.Bréchon, Pierre (sous la direction de), Les valeurs des Français.Évolution de 1980 à 2000, Paris, Armand Colin, 2000,280 p.Conseil permanent de la jeunesse, Répertoire des organismes jeunesse, Québec, Gouvernement du Québec, 2003,162 p.Conseil supérieur de L\u2019Éducation, Aménager le temps autrement.Une responsabilité de l\u2019école secondaire, Québec, Gouvernement du Québec, 2001, 93 p.Texte intégral : http :// www.cpj.gouv.qc.ca Csikszentmihalyi, Mihaly et Schneider, Barbara, Becoming Adult.Hour Teenagers Prepare for the World ofWork, New York, Basic Books, 2000,289 p.Fédération des établissements d\u2019enseignement privés, Portrait des élèves du secteur régulier des écoles secondaires de la Fédération des établissements d\u2019enseignement privés : leur vécu familial, personnel, socio-affectif et scolaire, Montréal, 2001,155 p.+ annexes.France, Ministère de la Culture et de la Communication, « Les loisirs des 8-19 ans », Développement culturel, 131, Paris, Ministère de la Culture et de la Communication, déc.1999,8 p.Galland, Olivier, Lesjeunes, 6e éd., Paris, La Découverte, 2002,124 p.Galland, Olivier et Roudet, Bernard (sous la dir.), Les valeurs des jeunes.Tendances en France depuis 20 ans, Paris, L\u2019Harmattan, 2001,239 p. 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La fécondité est en baisse au Québec depuis plusieurs décennies.En fait, pour être plus précis, il faut dire L'état du Québec qu\u2019elle l\u2019est surtout chez les moins de 30 ans, car la tendance est à la hausse chez les femmes âgées de 30 ans et plus.Par ailleurs, si les femmes ont leur premier enfant à un âge plus avancé qu\u2019au-paravant, cela a comme effet direct de produire, à terme, des familles de plus petite taille.La parentalité est un événement du cycle de vie très sensible à des effets de la conjoncture économique et sociale.L\u2019insécurité économique, qui affecte plus souvent les jeunes ménages, est une des raisons les plus souvent évoquées au cours des dernières décennies pour expliquer le report de projets parentaux.Cela signifie-t-il qu\u2019une embellie économique favoriserait, à l\u2019inverse, une augmentation des taux de fécondité?En fait, bien d\u2019autres facteurs semblent aussi jouer un rôle important dans ces domaines.L'insécurité économique, qui affecte plus souvent les jeunes ménages, est une des raisons les plus souvent évoquées.Les explications classiques Les analyses classiques du report des projets de fécondité chez les jeunes l\u2019ont fréquemment associé à l\u2019augmentation de la fréquentation scolaire des femmes.Il estvrai que le contexte actuel permet une plus grande liberté de choix de vie pour les femmes.Celles-ci sont de plus en plus scolarisées et elles ont fortement adhéré au discours sur l\u2019importance de l\u2019autonomie et de l\u2019indépendance économique.Ainsi, lorsqu'elles terminent leurs études, il n\u2019est pas étonnant qu\u2019elles veuillent les « rentabiliser » avant de s\u2019engager plus avant dans des projets de maternité.Les changements sociaux les plus souvent associés au phénomène de la baisse de fécondité concernent aussi la vie de couple.Il sera par exemple question de l\u2019union libre, dont il a été démontré qu\u2019elle menait toujours à la naissance d\u2019un moins grand nombre d\u2019enfants que le mariage.Les jeunes couples québécois préfèrent effectivement l\u2019union libre (Le Bourdais et Marcil-Gratton, 1999).Ainsi, en 2001, le taux d\u2019unions libres des couples est de 73 % chez les hommes et de 64% chez les femmes âgés de 25 à 29 ans, alors que la moyenne pour l\u2019ensemble des couples québécois se situe à 29,8 %.L\u2019union libre est aussi plus populaire au Québec que dans d\u2019autres provinces canadiennes ; mais les analyses montrent tout de même que les couples québécois en union libre ont plus fréquemment un plus grand nombre d\u2019enfants (plus de deux) que les couples ontariens, par exemple.Il faut cependant souligner que cette forme d'entrée dans la vie de couple est plus susceptible de mènera une rupture que le mariage et que les enfants issus de familles dont les parents se sont séparés ou divorcés vivent eux-mêmes plus souvent dans ce type d\u2019union et se séparent plus souvent L\u2019augmentation du nombre de ruptures conjugales, qui entraîne nécessairement une multiplication de périodes de célibat et de monoparentalité, limite ainsi la possibilité de se trouver dans une situation favorable à la réalisation de projets parentaux.Depuis le début des années 1980, de nouvelles interprétations ou des analyses plus nuancées qu\u2019auparavant ont permis d\u2019avancer dans la compréhension du phénomène de la baisse de la fécondité chez les jeunes.Par exemple, au-delà de l\u2019observation de la popularité de l\u2019union libre ou des ruptures conjugales, on a cherché à mieux comprendre la complexité de la vie des 214 La population jeunes couples d\u2019aujourd\u2019hui.De la même façon, on ne s\u2019est plus contenté de noter le report des projets de fécondité, mais on s\u2019est plutôt demandé ce qui pouvait bien motiver des jeunes à désirer avoir des enfants de nos jours.Si plusieurs dimensions entrent en ligne de compte, cette décision paraît davantage se mesurer en termes psychologiques et subjectifs, qu\u2019en termes monétaires et rationnels.La vie de couple : un grand défi pour les jeunes La vie à deux se situe toujours au premier rang des conditions avancées par les jeunes pour être heureux (Marcil-Gratton, 2001).Pourtant, les Québécois de moins de 25 ans sont moins souvent en couple que les générations plus anciennes.Ainsi, la proportion de couples est passée de 26 % à 16 %, chez les hommes de ce groupe d\u2019âge, entre 1981 et 1996 et de 48% à 36% chez les femmes.Cette baisse est aussi visible chez les Québécois de 25-29 ans et même un peu au-delà et elle concerne particulièrement les jeunes hommes.Par ailleurs, ces phénomènes affectent surtout les jeunes qui vivent dans les grandes villes.En milieu rural, les jeunes s\u2019installent toujours plus précocement en couple et forment plus rapidement leur famille (Molgat, 1999 ; 2002).Les rapports amoureux semblent en fait devenus une expérience semée d\u2019embùches.Comme il a été mentionné déjà, les femmes ont d\u2019abord rejoint les hommes dans leurs aspirations scolaires et professionnelles.La stabilisation de la vie conjugale des jeunes ne paraît souvent pas pouvoir se produire avant qu\u2019une telle stabilisation ne soit aussi enregistrée dans la sphère professionnelle (Gauthier et Charbonneau, 2002).Certaines enquêtes montrent bien que ce sont les jeunes qui se sont installés le plus rapidement dans une vie professionnelle stable et satisfaisante qui s\u2019établissent le plus tôt en couple et forment aussi plus rapidement une famille.À l'inverse, les parcours les plus discontinus et les moins clairement définis constituent un frein en eux-mêmes à l\u2019établissement de relations stables, en particulier chez les jeunes hommes.Chez ceux qui se sont stabilisés en emploi, le pari de la vie conjugale n\u2019est pas gagné pour autant, par exemple, lorsque les difficultés de conciliation de la vie de couple, des responsabilités familiales et des obligations professionnelles finissent par affecter la qualité de la relation conjugale (Quéniart, 1994).Des partenaires exigeants En fait, le sens même de la vie de couple a changé au fil du temps.Issue d\u2019une tendance à la valorisation de l\u2019individu amorcée depuis plus de deux siècles, la relation de couple en Occident ne paraît désormais plus pouvoir être basée sur autre chose que sur le sentiment amoureux, sur l\u2019affectif et ne se définit plus obligatoirement en fonction d\u2019un projet subséquent comme celui de fonder une famille.Chaque membre du couple doit plutôtcontribuer au bonheur de l\u2019autre ; la relation conjugale est perçue comme une forme d\u2019épanouissement personnel qui ne doit pas contraindre les partenaires (Bernier 1996, 1998 ; Gau-det, 2003 ; Marcil-Gratton, 2001).La fragilité de cet engagement, et les exigences qui y sont associées, en révèle toute la valeur, mais aussi toute la La relation conjugale est perçue comme une forme d\u2019épanouissement personnel.215 difficulté à parvenir à combler les attentes de l\u2019un et de l\u2019autre.Sans compter que la promotion des valeurs d\u2019égalité et d\u2019autonomie consume aussi un défi important dans la définition du quotidien de ceux qui choisissent de vivre ensemble et de partager leur intimité et un espace de vie commun.Dans un tel contexte, il n\u2019est pas étonnant de constater une multiplication des ruptures d\u2019union.Il ne faut pas oublier non plus que ces dernières sont passées dans la « norme » de la vie des couples ; les jeunes d'aujourd\u2019hui en ont été témoins dans la génération même de leurs parents.La dissolution de l\u2019union sera ainsi toujours préférée à une relation qui brime l\u2019individualité d\u2019un partenaire.Les histoires amoureuses comportent ainsi leur part de souffrance qui peut d\u2019ailleurs conduire à refuser de vivre à nouveau une telle expérience.Mais, paradoxalement, ceci ne freine pas toujours un projet parental.Certaines femmes en viendront ainsi à concevoir seules un tel projet dans le but de créer une relation privilégiée avec un enfant, qui viendra remplacer, en quelque sorte, cette impossible relation intime entre deux conjoints.Une exploration amoureuse qui se prolonge À travers la succession des expériences amoureuses, phénomène de moins en moins réprouvé par notre société, les jeunes explorent leur capacité à être en couple, mais, selon plusieurs auteurs qui ont réalisé des enquêtes sur cette thématique, cet exercice ne revêt pas non plus la même signification pour les hommes et pour les femmes (Dulac, 1997 ; Lemieux et Bernier, 1993 ; Quéniart, 1994).Une femme peut ainsi être à la recherche de celui qu\u2019elle considérera le plus apte à devenir le père de ses futurs enfants.À l\u2019inverse, chez les jeunes hommes, la succession d\u2019expériences relationnelles est plus souvent interprétée comme l\u2019indice du refus d\u2019un engagement sérieux.Les hommes célibataires seraient particulièrement méfiants envers les femmes autonomes et émancipées, perçues comme une menace, un frein à leur liberté, ce qui révèle aussi leur propre vulnérabilité (Dulac, 1993).Les hommes n\u2019ont pas non plus, autant que les femmes, à vivre la limite de la fin de la trentaine pour réaliser leurs projets de fécondité.Peut-être est-ce pour cela qu\u2019on parle de plus en plus de ces hommes qui ont des enfants après cinquante ans.La vie en couple est moins populaire qu\u2019auparavant chez les jeunes.Dans certains cas, c\u2019est aussi parce qu\u2019elle a été détrônée par autre chose, par exemple par une vie centrée sur la sociabilité amicale, perçue comme moins exigeante et aussi valorisante.Selon Bibby et Posterski (1992), les jeunes Québécois accordent d\u2019ailleurs plus d\u2019importance à leur vie relationnelle que les autres jeunes Canadiens.Les amis d\u2019abord ?La sociabilité des jeunes n\u2019a cessé de prendre de l\u2019importance au fil des dernières décennies.Pour de nombreux jeunes, le temps passé avec les amis est supérieur à celui consacré aux parents, même lorsque les jeunes habitent encore chez leurs parents.À partir des données de l\u2019Enquête sociale générale de Statistique Canada, Pronovost (2000) a montré que le temps de loisir des 15-24 ans s\u2019est accru d\u2019une trentaine de minutes par jour entre 1986 et La population 1992, puis encore entre 1992 et 1998 ; la sociabilité entre amis domine les choix d\u2019occupation du temps libre chez les jeunes, surtout chez les hommes.Ces formes de sociabilité persistent maintenant jusqu\u2019à tard dans la vingtaine, entre autres à cause de l\u2019allongement des études.Elles s\u2019affirment particulièrement chez les étudiants et les jeunes travailleurs célibataires qui, souvent, choisissent de partager un logement à plusieurs, un type d\u2019expérience qu\u2019on ne retrouve pratiquement que parmi les groupes d\u2019âge situés entre 15 et 29 ans.Certains jeunes très bien insérés professionnellement préfèrent parfois une vie amicale très intense à un engagement dans une vie de couple et de famille stable, perçue comme un gage de perte de liberté.Le fait de profiter d\u2019un bon salaire sans avoir les contraintes des responsabilités familiales permet aussi de prolonger des pratiques de loisirs et de consommation amorcées au moment où les jeunes profitaient d\u2019un petit boulot tout en demeurant chez leurs parents (Char-bonneau, 2003a).De plus, la fin des interdits sur les relations sexuelles hors-mariage, qui a favorisé la séparation entre vie sexuelle et vie conjugale, s\u2019est accompagnée d\u2019une revalorisation de la vie de célibataire.L\u2019opinion publique n\u2019est plus hostile au célibat, souvent associé à la liberté, au goût de vivre et à l\u2019assouvissement des désirs personnels ; la parentalité, par contre, est plutôt synonyme d\u2019une vie de contraintes de choix et d\u2019horaire.La possibilité de vivre une vie sexuelle active sans enfanter, constitue ainsi une véritable « révolution » quant au sens que prend alors la venue d\u2019un enfant.Donner naissance n\u2019est plus un événement «subi», mais de plus un plus un choix délibéré.Cela signifie-t-il que les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui ne désirent plus faire des enfants ?Et le désir d\u2019enfants ?Le désir d\u2019enfants n\u2019est pas disparu.Les experts estiment toutefois que les jeunes Québécois ont moins d\u2019enfants qu\u2019ils ne le désirent a priori (Gauthier et Charbonneau, 2002).Et certains en désirent effectivement moins que d\u2019autres.C\u2019est par exemple le cas des femmes célibataires qui sont, on le sait, plus nombreuses qu\u2019auparavantdans la vingtaine (Balakrishnan étal., 1993).Ce serait aussi le cas des jeunes (hommes et femmes) qui proviennent de familles où ils ont été témoins d\u2019une mauvaise qualité des relations ; ils hésiteraient davantage que la moyenne à avoir des enfants (Dandurand, 2002).Les jeunes hommes qui expriment un désir précoce d\u2019enfants viennent généralement de grosses familles où prédominaient les valeurs de solidarité et de partage.Mais on sait aussi que ces familles sont elles-mêmes de moins en moins nombreuses.La parentalité est de plus en plus considérée comme une expérience personnelle et non comme une manière d\u2019assurer la suite des générations (Dulac, 1993).L\u2019assouvissement du désir de vivre une telle expérience peut ainsi être rapidement comblé après un seul enfant, ce qui ne favorise pas la formation de familles très nombreuses.L\u2019enquête réalisée par Quéniart (1994) montre tout de même que, pour certaines femmes, la maternité continue d\u2019être l\u2019expérience centrale de leur vie ; L\u2019opinion publique n'est plus hostile au célibat, souvent associé à la liberté.217 l'état du Québec ce sont celles qui auront le plus d\u2019enfants et des enfants plus précocement.Réunir les conditions préalables Pour d\u2019autres, ce projet ne peut se réaliser que lorsque toutes les conditions nécessaires sont réunies.La maternité devient ainsi un « défi » à planifier.Ces conditions réfèrent le plus souvent à l\u2019importance de profiter d\u2019une relation stable et d\u2019avoir un conjoint « capable d\u2019accepter la paternité, d\u2019en assumer les responsabilités et de partager les tâches de la vie quotidienne et de la parentalité » (Lemieux et Bernier, 1993).Mais si les jeunes femmes multiplient les expériences relationnelles afin de trouver le meilleur père, si les jeunes refusent de s\u2019engager vraiment parce qu\u2019ils ne sont pas certains que le conjoint ou la conjointe est bien la bonne personne avec qui ils vont choisir d\u2019avoir des enfants et si le divorce vient rompre l'union après un certain temps, il est probable que les projets de fécondité en seront d\u2019autant retardés, compromis ou abandonnés.Réaliser d'abord ses projets « personnels » Pour les jeunes, il importe aussi de réaliser certains projets personnels avant de s'engager dans le rôle de parent.On pense par exemple au voyage, devenu peu à peu un rituel pour bien des jeunes, entre autres pour ceux qui ont pu en assurer le financement grâce aux petits boulots qu\u2019ils occupent tout en pour-II n\u2019est pas rare non suivant leur cheminement scolaire.La réalisation d\u2019un voyage, souvent entre plus que des jeunes deux CyC|es scolaires, est souvent présentée comme une occasion de faire une pause pour réfléchir à son avenir, mais c\u2019est aussi une manière de prolonger la période de la jeunesse, de retarder l\u2019entrée dans la vie adulte.femmes expriment le désir de rester sans enfant.Les multiples projets personnels, des femmes et des hommes, finissent en fait par être en compétition entre eux.Il ne faut pas oublier non plus que le projet d\u2019enfant ne peut aussi se réaliser que s\u2019il s\u2019exprime en même temps chez la femme et son conjoint.Les jeunes hommes sont, de leur côté, restreints dans la realisation de leur désir d\u2019enfants qui demeure obligatoirement médiatisé par le désir des jeunes femmes d\u2019en faire ou non des «géniteurs».Quoi qu\u2019il en soit, les études montrent que le désir d'enfants s\u2019exprime généralement plus tard chez les jeunes hommes et naît souvent de l\u2019influence des pairs et des pressions de la conjointe (Dandurand et al., 1994).Après le premier enfant.Si de nombreuses conditions semblent devoir être réunies pour passer du désir d\u2019enfant à la réalisation du projet de parentalité, le choix d\u2019avoir plus d\u2019un enfant semble aussi une entreprise difficile.Si l\u2019idée du « deux enfants par famille » est encore assez répandue, il n\u2019est pas rare non plus que des jeunes femmes expriment le désir de rester sans enfant.Plusieurs chercheurs insistent sur le fait que le projet d\u2019une famille nombreuse est souvent incompatible avec les exigences actuelles du monde du travail (Gauthier et Charbonneau, 2002).Si on a souvent un premier enfant «pour soi», le choix d\u2019en avoir un second serait plutôt motivé par le projet d\u2019offrir un frère ou une sœur à l\u2019enfant déjà né ou par celui d\u2019avoir un enfant « de l\u2019autre sexe » (Dandurand et al, 1994).Lorsqu\u2019on a plus de deux enfants, c\u2019est que la vie de famille est véritablement au premier rang des 218 La population valeurs.Il ne faut pas oublier non plus que le choix d\u2019avoir plus d\u2019un enfant s\u2019effectue dans un contexte où les individus savent maintenant très concrètement ce que cela représente en matière de bouleversements et de défis posés à la vie quotidienne.Et c\u2019est devant le constat des difficultés rencontrées que plusieurs renonceront à actualiser leur désir d\u2019avoir plus d\u2019un enfant.Cela conduit d'ailleurs à se demander s\u2019il ne revient qu\u2019aux futurs parents et aux parents actuels à porter la responsabilité du « désir d\u2019enfants » dans la société.Il y a bien des débats en ce domaine et les responsabilités des gou-vernements et des entreprises sont ffé-quemment évoquées, en particulier dans le dossier de la conciliation entre le travail et la famille.La famille au premier plan Cette analyse, qui laisse en fait l\u2019impression que le projet parental est de moins en moins populaire auprès des jeunes, se trouve tout de même contredite dans certaines situations.Quéniart (1994) rappellera par exemple le cas, déjà évoqué, des femmes qui choisissent d\u2019avoir un enfant seule ; le lien privilégié avec l\u2019enfant est considéré ici comme pouvant mettre à l\u2019abri des déceptions amoureuses.L\u2019enquête de Charbonneau (2003a) a aussi mis au jour la situation des femmes qui ont terminé des études supérieures, ont connu une insertion professionnelle qui pourrait être considérée tout à fait réussie, mais qui a plutôt conduit à un désenchantement tel qu\u2019elles ont finalement abandonné la carrière.Ce désenchantement à l\u2019égard d\u2019un monde du travail qui n\u2019apporte pas les satisfactions attendues conduirait ainsi à Observatoire Jeunes et Société (OJS) Créé le 18 août 1998 par le Conseil d\u2019administration de l\u2019Institut national de la recherche scientifique, l'Observatoire Jeunes et Société (OJS) compte actuellement 36 membres appartenant à 18 universités québécoises, canadiennes et européennes et appartient à un réseau d\u2019affiliations qui s\u2019étend de l\u2019Amérique latine à l\u2019Afrique de l\u2019Ouest.L\u2019Observatoire travaille avec plusieurs partenaires issus de groupes de jeunes, du milieu communautaire, de l\u2019entreprise, de divers paliers de gouvernements et d\u2019autres encore, intéressés par la connaissance de la jeunesse québécoise.Pour les membres du réseau, la jeunesse correspond à la période qui s'étend de l\u2019adolescence jusqu\u2019à l\u2019âge adulte caractérisé par l\u2019autonomie économique, résidentielle et affective.Les chercheurs de l\u2019OJS étudient lesjeunes en tant qu\u2019acteurs sociaux capables, à la fois, de participer activement aux institutions dont ils sont partie prenante et de composer avec les règles du jeu et les contraintes qui en découlent.Leur démarche est interdisciplinaire et leurs recherches s'articulent autour de trois axes de recherche : \u2022\tL\u2019insertion sociale et professionnelle des jeunes \u2022\tLe rapport à l'espace et au territoire \u2022\tLa culture (valeurs, identités, rapport aux institutions, croyance, etc.) Veille documentaire : www.obsjeunes.qc.ca.Inscription à la liste d'envoi de l'OJS: obs.jeunes@>inrs-ucs.uquebec.ca.Publications La collection Regards sur la jeunesse du monde vise à faire connaître lesjeunes contemporains, mais aussi à effectuer des études comparatives.Dans cette collection, à surveiller cette année : Regard sur la jeunesse au Québec, Regard sur la jeunesse au Mexique et Regard sur les jeunes des pays de l'Europe de l'Est.Cette collection est publiée aux Presses de l\u2019Université Laval et de l\u2019IQRC.À lire, le numéro de Recherches Sociographiques sur le thème de la migration des jeunes (vol.44, n° 1, janvier - avril 2003).À surveiller, la parution au cours de la prochaine année de plusieurs ouvrages dirigés par l'un ou l'autre membre de l'OJS sur les thèmes de la migration, de la participation civique, du départ du foyer familial et des valeurs.?219 L'état du Québec réviser ses valeurs et à se tourner davantage vers la famille.Le rapport à l\u2019enfant demeure aussi au centre des valeurs de plusieurs mères qui font le choix de la parentalité précoce, comme les mères adolescentes (Charbonneau 2003b) ou comme ces femmes, de plus en plus nombreuses, qui choisissent de devenir mères alors qu\u2019elles poursuivent leurs études.Pour certains jeunes, l\u2019arrivée d\u2019un enfant est parfois considérée comme la raison principale du choix de retourner aux études, pour assurer à celui-ci un avenir meilleur, ou de la décision de quitter le chômage ou de trouver un emploi qui convient mieux à la vie familiale (Charbonneau, 2003a ; Molgat, 2003).La dynamique de la fécondité s\u2019inscrit dans le contexte large de l\u2019évolution de nos sociétés et des rapports sociaux.Il y a, dans ce contexte, des éléments sur lesquels les individus, qui font des choix pour eux-mêmes, ont une certaine prise.Il y en a d\u2019autres qui affec- tent la famille, mais sur lesquels les individus n\u2019ont pas le contrôle.Comment les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui envisagent-ils la vie de famille?La relation affective avec l\u2019enfant est encore très fortement valorisée chez les jeunes femmes.Mais devenir parent est parfois perçu comme une tâche très exigeante et très complexe, en particulier par celles qui sont les plus sensibles au discours des experts du développement de l\u2019enfant.Mais on peut aussi se demander ce qu\u2019apporte la parentalité aux jeunes hommes qui ne serait pas que « sacrifice » de leur liberté.La taille réduite des familles d\u2019aujourd\u2019hui fait en sorte que chacun vit de moins en moins longtemps en présence de jeunes enfants, au cours de sa vie.Cela expliquerait-il, du moins en partie, la difficulté des jeunes de se projeter dans un rôle de parent?Peut-être y a-t-il finalement trop de bonnes raisons, trop de bonnes occasions de faire autre chose.?Références Balakrjshnan, Tattmangalam.R., Êvelyne Lapierre-Adamcyk et Karol J.Krôtki, Family and Childbearing in Canada.A demographic Analysis, Toronto, U.T.P., 1993.Bernier, Léon, « L\u2019amour au temps du démariage «SodologieetSociété, 27,1,1996.Bern 1ER, Léon, « La question du lien social ou la sociologie de la relation sans contrainte », Lien social et Politiques, 39,1998.Bibby, Reginald et Donald Posterski, Teen Trends.A Nation in Motion, Toronto, Stoddart, 1992.Charbonneau, Johanne, Trajectoires scolaires et professionnelles des jeunes adultes: une comparaison entre le Québec et la France, Séminaire du groupe «Travail et temporalités sociales », Laboratoire d\u2019économie et de sociologie du travail, Aix-en Provence, 2003a.Charbonneau, Johanne, Adolescentes et mères.Histoires de 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L\u2019état du Québec Les nouveaux visages de l\u2019adoption Entre rupture et protection, mémoire et identité Françoise-Romaine Ouellette Anthropologue, INRS Urbanisation, Culture et Socie'te' La société québécoise d\u2019aujourd\u2019hui étant ouverte à une diversité de formes familiales et d'affiliations identitaires, les familles adoptives peuvent y affirmer fièrement leur différence.L\u2019adoption n\u2019est donc plus comme autrefois réservée aux seuls nourrissons qui peuvent facilement passer pour les enfants biologiques de leurs parents adoptifs.Les candidats à l\u2019adoption ne sont plus uniquement des couples soucieux de dissimuler leur infertilité ; certains ont déjà des enfants biologiques, d\u2019autres sont célibataires ou vivent en union homosexuelle.Sur le plan légal, l\u2019enfant adopté a maintenant les mêmes droits que l\u2019enfant biologique.Par contre, notre droit lui impose toujours une rupture de ses liens d\u2019origine.Les pratiques actuelles invitent cependant à repenser l\u2019adoption dans une perspective de continuité, ce qui pourrait justifier de repenser aussi les règles qui l\u2019encadrent.Les candidats à l\u2019adoption ne sont plus uniquement des couples soucieux de dissimuler leur infertilité.L\u2019adoption plénière Au Québec, comme dans la plupart des pays occidentaux, l\u2019adoption est toujours plénière : l\u2019enfant devient membre à part entière de sa nouvelle famille comme s\u2019il était né de ses parents adoptifs, mais il cesse définitivement d\u2019appartenir à sa famille d\u2019origine.Un nouvel acte de naissance est d\u2019ailleurs rédigé où les noms des parents adoptifs apparaissent comme s\u2019il s\u2019agissait des seuls parents que l\u2019enfant ait jamais eus, sans mention de l\u2019adoption.Ce dernier ne dispose encore que d\u2019un droit limité de connaître ses antécédents et de pouvoir réaliser des retrouvailles avec ses parents d\u2019origine, si ces derniers y consentent.En effet, l\u2019adoption est toujours soumise à une règle stricte de confidentialité.De plus, les parents biologiques ne peuvent désigner eux-mêmes les parents adoptifs de leur enfant (sauf dans la proche parenté) et l\u2019intervention d\u2019un intermédiaire privé n\u2019est pas non plus autorisée (saufen adoption internationale).L\u2019interdiction de placements privés en vue d\u2019adoption est souvent contestée, en invoquant notamment le fait qu\u2019il est beaucoup plus facile de trouver un enfant à adopter aux États-Unis et dans les autres provinces canadiennes.L\u2019adoption « ouverte », impliquant des contacts directs entre parents biologiques et adoptifs, tend donc à se développer.Par contre, ces contacts sont souvent anonymes et ne débouchent habituellement pas sur des relations à long terme.De plus, la rupture formelle des liens de parenté antérieurs à l\u2019adoption est rarement remise en question, comme si elle allait de soi.Pourtant, les enfants adoptés ne sont plus majoritairement des enfants nés de parents inconnus et abandonnés des la 222 naissance, comme c\u2019était le cas jusqu\u2019à la fin des années i960.Certains ont déjà une filiation clairement établie.Plusieurs sont déjà âgés de deux ans ou plus, connaissent leurs parents et ont déjà vécu auprès d\u2019eux.De plus, il existe d\u2019autres formes d\u2019adoption légale qui se disdnguent de l\u2019adoption plénière en ne créant pas un lien tout à fait exclusif.Ainsi, la France et la Belgique permettent dans certains cas une adoption simple qui crée une nouvelle filiation sans pour autant rompre les liens antérieurs.Les principaux usages de l\u2019adoption aujourd\u2019hui Des situations d\u2019adoption très diversifiées sont maintenant possibles parce qu\u2019un nouveau modèle familial s\u2019est imposé : celui de la famille égalitaire et relationnelle, centrée sur l'enfant, dégagée des contraintes de la biologie et dédiée à l\u2019épanouissement affectif de chacun de ses membres.Dans la mesure où elle se fonde sur un engagement personnel d\u2019aimer et de protéger un enfant, peu importe ses particularités et ses antécédents, l\u2019adoption représente une forme exemplaire de cette famille relationnelle.Devenir parent adoptif est un projet identitaire socialement valorisé.De plus, le fait d\u2019être adopté est de moins en moins perçu sous l\u2019angle des pertes sociales, affectives et symboliques que cela suppose.L\u2019accent est plutôt mis sur le droit de l\u2019enfant à une famille stable, aimante et sécuritaire, capable de lui offrirdes conditions de développement optimales.Dans ce nouveau contexte, l\u2019adoption plénière se développe selon des perspectives souvent très éloignées de celles qui justifiaient l\u2019adoption des enfants illégitimes à l\u2019époque où leurs mères étaient forcées de les abandonner à la naissance.La légalisation d'un lien socio-affectif: l'adoption de l'enfant du conjoint L\u2019adulte qui participe à l\u2019éducation de l\u2019enfant de son conjoint ou de sa conjointe joue, au moins partiellement, un rôle de père ou de mère auprès de cet enfant, sans que cela soit reconnu légalement.La plupart des beaux-parents s\u2019accommodent d\u2019une telle situation.Ils chevauchent les frontières imprécises de l\u2019affinité élective et de la parenté en se disant «presque», « quasi » ou « comme » un parent.D\u2019autres, par contre, décident d\u2019adopter l\u2019enfant afin d\u2019être légalement désignés comme son unique père, ou son unique mère.Il n\u2019existe pas de statistiques sur les adoptions de l\u2019enfant du conjoint, mais elles représentent probablement la majorité des adoptions dites intrafamiliales.Quand l\u2019enfant concerné n\u2019a qu\u2019un seul parent légal, le consentement de ce dernier en faveur de son conjoint permet qu\u2019une nouvelle filiation paternelle ou maternelle s\u2019ajoute à celle qui existe déjà.Cependant, quand l\u2019enfant a déjà une filiation établie avec ses deux parents, le parent non gardien doit aussi consentir à cette adoption, à moins qu\u2019il soit déchu de ses droits.Or, ce consentement entraîne l\u2019effacement définitif de tout lien avec ce parent et les autres membres de sa parenté, y compris d\u2019éventuels demi-frères et demi-sœurs biologiques de l\u2019enfant adopté.Une telle adoption plénière fait coïncider la filiation légale avec la relation qui se tisse au quotidien entre l\u2019enfant et son beau-parent.Elle remplace ainsi le parent biologique par le parent psychologique et social, interdisant que les deux soient reconnus simultanément.Elle confère a l'enfant les mêmes droits que s\u2019il était né de son parent adoptif, mais brise définitivement une part importante de ses appartenances familiales.On peut se demander si cette rupture est bien dans son intérêt (même quand il n\u2019a plus de contacts avec le parent non gardien).D\u2019autant plus que d\u2019autres avenues légales moins radicales que l\u2019adoption pléniere pourraient être explorées afin de consolider la relation avec le beau-parent.Mentionnons d\u2019ailleurs que la législation française ne permet l\u2019adoption plénière de l\u2019enfant du conjoint que si la filiation avec l\u2019autre parent n\u2019est pas établie ou s\u2019il s\u2019est vu retirer l\u2019autorité parentale, ou encore s\u2019il est décédé sans laisser de grands-parents manifestement intéressés à l\u2019enfant.L\u2019adoption par un couple homosexuel Depuis juin 2002, le Code civil du Québec reconnaît explicitement la possibilité d'établir pour un enfant une double filiation maternelle ou paternelle.L'enfant peut être celui d\u2019un couple de lesbiennes dont l\u2019une a eu recours à la procréation assistée (insémination naturelle ou artificielle) ou il peut être adopté.Un couple homosexuel peut donc maintenant se porter candidat à l\u2019adoption d\u2019un enfant abandonné.L\u2019un des conjoints peut aussi adopter l\u2019enfant de l\u2019autre qui l\u2019aura conçu lors d\u2019une précédente union hétérosexuelle ou qui l\u2019aura adopté en tant que célibataire.Cette nouvelle forme d\u2019accès au statut légal de parent soulève le même genre de questions que l\u2019adoption de l\u2019enfant du conjoint Elle invite à réfléchir sur la pertinence de subordonner l\u2019adoption à la rupture des liens d\u2019origine, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une nouvelle naissance.L\u2019abandon du principe qui imposait jusqu\u2019ici l\u2019attribution de deux parents de sexes différents se situe dans le prolongement logique de la dissociation entre sexualité, conjugalité et procréation qui a été rendue possible par les progrès de la contraception et l\u2019accès des femmes à l\u2019égalité juridique.Il reflète aussi le fait que l\u2019établissement de la filiation se conçoit maintenant comme étant d\u2019abord l\u2019attribution de droits et de responsabilités parentales en vue d\u2019assurer la protection de l\u2019enfant mineur.En ce sens, on accepte maintenant que ce soit l\u2019environnement concret de l\u2019enfant, plutôt que l\u2019organisation généalogique traditionnelle, qui nous dicte comment établir sa filiation.Des conjoints homosexuels peuvent certainement répondre adéquatement aux besoins de l\u2019enfant qu\u2019ils élèvent.De plus, il peut être dans l\u2019intérêt de ce dernier d\u2019avoir un lien de droit avec chacun des membres du couple.Néanmoins, l\u2019intérêt pour l\u2019enfant adopté de n\u2019avoir aucun lien reconnu avec ses parents biologiques ou de ne même pas connaître leur identité n\u2019est pas plus évident quand il s\u2019agit de l\u2019enfant d\u2019un couple homosexuel que lorsqu\u2019il s\u2019agit de l'enfant d\u2019un couple hétérosexuel.L\u2019intérêt qu\u2019il peut retirer d\u2019être identifié (notamment sur son acte de naissance) comme ayant uniquement deux mères ou uniquement deux pères (et aucun parent de l\u2019autre sexe) n\u2019est pas non plus évident, dans un contexte culturel et social où les origines biologiques de La population la personne sont considérées comme une part importante de son histoire et de son identité.Une telle position généalogique n\u2019est certainement pas plus facile à assumer que celle des autres enfants adoptés ou de certains enfants dotés d\u2019une filiation atypique (de père inconnu ou de mère tran-sexuelle, par exemple).L\u2019exemple des Pays-Bas est souvent invoqué pour apaiser les résistances à l\u2019adopüon plénière par un couple de conjoints de même sexe.Or, cet exemple pourrait plutôt inciter à préserver pour l'enfant une ouverture à la reconnaissance de ses parents biologiques.En effet, au Pays-Bas, il est possible de déléguer des responsabilités parentales au conjoint de même sexe sans procéder à l\u2019adoption.De plus, lorsqu\u2019il y a adoption, l\u2019acte de naissance de l\u2019enfant est annoté, mais il n\u2019est pas réécrit en éliminant les noms des parents biologiques.L\u2019adoption par la « banque mixte » Jusqu\u2019à la fin des années 1980, les services québécois d\u2019adoption recherchaient des familles pour les seuls enfants traditionnellement considérés adoptables, c\u2019est-à-dire les jeunes bébés ayant été abandonnés à la naissance.Aujourd\u2019hui, ce sont plutôt des enfants plus âgés victimes d\u2019abandon, d\u2019abus ou de négligence qui sont offerts en adoption.En effet, les Centres jeunesse sont maintenant tenus d\u2019élaborer un « projet de vie » pour chaque enfant placé qui ne pourra vraisemblablement pas être réintégré dans sa famille dans un avenir proche.L'adoption est habituellement le projet de vie privilégié, parce qu\u2019elle crée un lien permanent et qu\u2019elle transfère aux nouveaux parents l\u2019entière responsabilité de l\u2019enfant.Le placement en famille d\u2019accueil jusqu\u2019à la majorité serait une autre solution possible, mais il ne garantit pas une stabilité à long terme et ne permet pas à l\u2019État de se désengager.Il n\u2019est donc privilégié que si les conditions légales qui permettraient l\u2019adoption ne peuvent être réunies.Afin de stabiliser au plus tôt dans une nouvelle famille les enfants qui sont ainsi orientés vers l\u2019adoption, les Centres jeunesse ont créé un programme d\u2019intervention appelé « banque mixte ».Ce programme propose à des candidats à l\u2019adoption d\u2019être aussi évalués et accrédités pour jouer un rôle de famille d\u2019accueil rémunérée auprès d\u2019un enfant considéré comme étant à «haut risque d\u2019abandon», qui pourra devenir légalement adoptable en cours de placement.Ceux qui acceptent de prendre le risque relativement faible que ce projet d\u2019adoption n\u2019aboutisse jamais, peuvent se voir confier un enfant beaucoup plus rapidement que s\u2019ils choisissaient d\u2019être évalués uniquement pour l\u2019adoption régulière (d\u2019un enfant déjà légalement adoptable).Dans la majorité des cas, l\u2019adoption se réalise finalement.Un faible pourcentage d\u2019enfants sont repris par leurs parents d\u2019origine ou ne sont jamais déclarés admissibles à l\u2019adoption.L\u2019adoption en banque mixte représente une innovation importante en protection de l\u2019enfance.Elle introduit l\u2019idée d\u2019un continuum entre le placement familial et l\u2019adoption, sensibilisant ainsi les futurs parents adoptifs à l\u2019importance pour l\u2019enfant d\u2019une certaine continuité de ses ancrages sociaux et affectifs.Néanmoins, Un couple homosexuel peut maintenant se porter candidat à l\u2019adoption.225 L\u2019état du Québec Le Québec est l'une des sociétés occidentales qui réalisent le plus d\u2019adoptions internationales.certains projets d\u2019adoption en banque mixte risqueraient moins d\u2019échouer ou seraient réalisés dans des conditions plus favorables s\u2019il était possible de procéder à l\u2019adoption sans pour autant enlever toute reconnaissance aux liens familiaux d\u2019origine.Les parents d\u2019origine peuvent difficilement coopérer à sa bonne intégration dans une famille d\u2019accueil de la banque mixte s\u2019ils s\u2019opposent au projet d\u2019adoption.Certains accepteraient de consentir à une adoption qui ne couperait pas définitivement tous les liens avec leur enfant, mais cela ne peut leur être offert.Les professionnels des Centres jeunesse cherchent plutôt à démontrer leur incapacité parentale, afin d\u2019obtenir la déclaration judiciaire d\u2019admissibilité à l\u2019adoption qui les évincera définitivement de la vie de l\u2019enfant.Les visites supervisées qui devraient en principe contribuer à maintenir des liens entre l\u2019enfant et ses parents biologiques sont utilisées de manière à constituer cette preuve.Elles sont planifiées comme autant d\u2019occasions où les parents pourront révéler leurs insuffisances et où leur enfant pourra manifester des signes d\u2019inconfort ou de détresse en leur présence.Tant que l\u2019enfant n\u2019est pas légalement adoptable, ses éventuels parents adoptifs sont invités à devenir ses «parents psychologiques», mais sans jouir d\u2019aucune autonomie.En tant que ressources d\u2019accueil rémunérées par les Centres jeunesse, ils ne peuvent prendre eux-mêmes les décisions concernant sa scolarité ou sa santé, ni l\u2019emmener en voyage ou le faire garder sans autorisation.Les parents d\u2019origine étant le principal obstacle à l\u2019adoption, ils n\u2019aspirent qu\u2019à leur retrait définitif et refusent souvent d\u2019avoir des contacts avec eux.Afin de protéger leur intimité, les Centres jeunesse évitent alors de dévoiler leur identité ou demandent même à la Cour d\u2019ordonner un placement confidentiel, préparant ainsi une adoption fermée, même pour un enfant déjà grand.Par contre, d\u2019autres candidats à l\u2019adoption préfèrent finalement demeurer famille d\u2019accueil, parce qu\u2019ils ne souhaitent pas imposer à l\u2019enfant la coupure radicale de l\u2019adoption, ou parce qu\u2019ils veulent continuer d\u2019avoir un soutien financier et un accompagnement professionnel face à un enfant ayant de graves troubles de comportement, par exemple.Pour l\u2019enfant placé en banque mixte, le plus douloureux est certainement de n\u2019avoir droit à des parents d\u2019adoption qu\u2019à la condition de renoncer à ses parents d\u2019origine.Des formes d\u2019adoption simple, de délégation d\u2019autorité parentale ou d\u2019adoption ouverte encadrée par un jugement protégeant l\u2019intimité et l\u2019autonomie de la famille adoptive pourraient cependant être imaginées.Elles entreraient cependant en conflit avec le désir de la plupart des candidats à l\u2019adoption d\u2019être simplement des parents comme les autres, ayant avec leur enfant un lien tout à fait exclusif.L'adoption internationale Le Québec est l\u2019une des sociétés occidentales, après les pays Scandinaves, le Luxembourg et la Nouvelle-Zélande, qui réalisent le plus d\u2019adoptions internationales proportionnellement à sa population.Depuis 1990, les Québécois ont adopté plus de 10 000 enfants originaires d\u2019une soixantaine de pays différents.Ils sont majoritairement 226 asiatiques, noirs ou métissés; leur apparence physique constitue un rappel constant de leur origine étrangère.Ces adoptions sont l\u2019exemple par excellence d\u2019un désinvestissement du biologique comme critère de définition du lien de filiation.La majorité des candidats qui se lancent dans cette aventure recherchent quand même un très jeune enfant et ne veulent pas avoir de contacts avec sa famille biologique.Ils envisagentl\u2019adoption comme la création d\u2019un lien tout à fait exclusif avec un enfant jusque-là sans attache, seul au monde.Leurs récits sont d\u2019ailleurs émaillés de métaphores associant leur attente d\u2019un enfant à adopter à une grossesse et la première rencontre avec leur enfant à un accouchement En réalité, les enfants adoptés à l\u2019étranger ont des profils très diversifiés.Une large proportion sont confiés en adoption alors qu\u2019ils n\u2019ont encore que quelques mois, par un orphelinat qui n\u2019a que des informations lacunaires sur leurs parents d'origine.L\u2019adoption plénière leur procure une filiation, des parents, une famille, sans qu\u2019il soit nécessaire de rompre des hens vraiment significatifs.Par contre, dans bien d\u2019autres circonstances, l\u2019adoption internationale implique au départ une rupture.L\u2019enfant qu\u2019on imaginait seul au monde a parfois vécu avec ses parents, ses grands-parents.S\u2019il a transité par une famille d\u2019accueil ou un orphelinat, il a pu avoir le temps d\u2019y tisser des hens avec une nourrice et avec d\u2019autres enfants.Même quand ses parents sont inconnus et décédés, il a parfois des frères et sœurs dont l\u2019adoption vient le séparer.Il est parfois déjà grand (plus de 20 % des enfants ont plus de 2 ans à leur arrivée au Québec) et parle déjà sa langue maternelle.Il a souvent déjà vécu plus d\u2019une séparation traumatisante avant d\u2019être exposé au déplacement brutal qu\u2019implique l\u2019adoption internationale.Les parents qui décident de confier leur enfant en adoption internationale s\u2019inspirent souvent de traditions locales de survie et d\u2019entraide qui n\u2019impliquent pas un abandon définitif.Ils espèrent recevoir de ses nouvelles et le revoir un jour, ce que la plupart des parents adoptifs ne sont pas prêts à assumer.En ce sens, l\u2019adoption internationale s\u2019organise souvent sur la base d\u2019un malentendu.D\u2019autant plus que, dans plusieurs pays (en Haïti, par exemple), l\u2019adoption n\u2019a pas formellement pour effet de rompre la filiation d\u2019origine.C\u2019est pourquoi certaines adoptions réalisées à l\u2019étranger sont ensuite converties en adoption plénière par un tribunal québécois une fois que l\u2019enfant est arrivé au Québec.La Convention internationale de La Hayesur la protection des enfants et la coopération en matière d'adoption internationale (1993) favorise cette procédure de conversion qui permet au modèle occidental de l'adoption plénière de supplanter les formes plus inclusives d'adoption qui sont privilégiées ailleurs.L\u2019une des conséquences de cette conversion est que l\u2019enfant envoyé en adoption ne pourra jamais faire valoir ses liens de parenté biologique afin d\u2019aider sa famille d\u2019origine à immigrer dans son pays d\u2019accueil.Les conditions dans lesquelles se réalisent la majorité des adoptions internationales ne favorisent aucunement une approche ouverte qui inscrirait l\u2019adoption dans la continuité d\u2019une histoire.La plupart des parents adoptifs L'état du Québec n\u2019ont pas l\u2019occasion de rencontrer la famille d\u2019origine de leur enfant et de poursuivre avec elle des contacts à plus long terme.Au contraire, ils n\u2019ont souvent à peu près aucun matériel à partir duquel constituer pour leur enfant une mémoire qui le rattache au réseau familial dont il est issu: un vêtement quand c\u2019est possible, parfois un objet auquel il était attaché, plus rarement une photo de la mère d\u2019origine ou de la famille d\u2019accueil, dont l\u2019authenticité et la qualité est souvent douteuse.Ceux qui ont adopté en République populaire de Chine ne disposent habituellement que d\u2019indices minimes d\u2019une histoire qui n\u2019est pas sans rappeler les enfants trouvés des contes : ils peuvent savoir, par exemple, que leur fillette a été amenée à l\u2019orphelinat par un vieillard qui l\u2019a trouvée dans un parc, avec un peut billet épinglé à sa blouse, sur lequel était inscrite une date.Malgré ce contexte peu favorable, les parents adoptifs font d\u2019importants efforts pour constituer une mémoire des origines pour leur enfant.Celle-ci se construit cependant surtout autour de leur propre voyage dans son pays, des difficultés qu\u2019ils y ont rencontrées, de ce qu\u2019ils ont aimé et du contraste entre les conditions de vie et d\u2019hygiène là-bas et au Québec.Ils l\u2019élaborent à partir des photos qu\u2019ils ont prises eux-mêmes et des images vidéo qu\u2019ils ont tournées quand ils sont allés le chercher.Cette mémoire a ceci de particulier qu\u2019elle se constitue en référence à un pays et à sa culture, plutôt qu\u2019en référence à une famille.Parce qu\u2019elle s\u2019amarre aux souvenirs de voyage, elle offre une représentation de ce qui est perçu ou conçu par les parents adoptifs comme des traits particuliers de l\u2019identité nationale et culturelle d\u2019origine de l\u2019enfant.Ces derniers sont majoritairement scolarisés et bien informés et ils puisent largement dans leurs connaissances touristiques ou académiques concernant la nourriture, la musique, l\u2019histoire, les valeurs spirituelles.Leurs efforts prennent une forme de plus en plus structurée et informée dans le cadre des associations de familles ayant adopté des enfants dans le même pays (qui organisent des cours de langue ou de cuisine, qui font des fêtes traditionnelles et se tiennent informées de ce qui se passe dans le pays, apportant leur aide matérielle).Ces différentes manières d\u2019évoquer la culture d\u2019origine de l\u2019enfant adopté ne peuvent évidemment pas prétendre préserver et transmettre cette culture.Elles sont avant tout un témoignage de réelle reconnaissance de son origine étrangère et l\u2019identité particulière qui en découle.Il importe toutefois de noter que, par cet effort de reconnaissance, les parents adoptifs d\u2019aujourd\u2019hui transposent la question des origines personnelles et de l\u2019identité de l\u2019enfant adopté en dehors du champ de la parenté, pour la situer plutôt dans celui de la culture et de l\u2019ethnicité.Comment interpréter cette transposition ?En délimitant pour l\u2019enfant un champ identitaire ethnoculturel, les parents adoptifs contournent plus ou moins inconsciemment la question de ses géniteurs et évitent de remettre en cause l\u2019exclusivité du lien créé par l\u2019adoption.De marginale et exceptionnelle, la problématique identitaire posée par l\u2019adoption est ainsi approchée comme étant semblable et comparable à celle que vivent les membres 228 La population des différents groupes ethnoculturels qui composent nos sociétés pluralistes.D\u2019ailleurs, les parents adoptifs s\u2019inquiètent moins de la souffrance que pourra ressentir leur enfant quand il commencera à s\u2019interroger sur ses origines que du racisme et de la discrimination dont il pourra un jour être victime.Conclusion L\u2019adoption de l\u2019enfant du conjoint, l\u2019adoption par un couple homosexuel, les adoptions réalisées au bénéfice d\u2019enfants placés en famille d\u2019accueil et l\u2019adoption internationale constituent des usages sociaux de l\u2019adoption qui n'auraient pas été considérés comme acceptables il y a trente ou quarante ans.Ils sont le reflet d\u2019une société de plus en plus égalitaire, préoccupée de protéger les droits des enfants et ouverte à la diversité des identités et des cultures.Les contrôles dont ils font l\u2019objet visent d\u2019abord à assurer à l\u2019enfant une famille qui apportera une réponse adéquate à ses besoins et à éviter qu\u2019il soit traité comme un objet ou une marchandise au cours des transactions entourant son adoption.Le fait que l\u2019adoption plénière fasse une brisure très nette avec la famille biologique peut constituer une protection contre l\u2019intrusion de celle-ci dans la vie de l\u2019enfant et de sa nouvelle famille.Cependant, cette famille biologique ne peut être vue essentiellement comme une menace potentielle.Elle est aussi et avant tout un repère identitaire et un élément important de l\u2019histoire personnelle de l\u2019adopté.La forme plénière de l\u2019adoption est-elle la plus appropriée pour un enfant qui connaît ses parents, qui a peut-être déjà vécu avec eux, qui a des frères et sœurs, des grands-parents ?Ne vient- elle pas redoubler les abandons et les rejets déjà subis ?L\u2019adoption ne devrait-elle pas s\u2019inscrire dans la continuité d\u2019une histoire, pour l\u2019enfant, plutôt que de représenter une rupture?Au cours des prochaines années, ces questions vont se poser à tous les acteurs sociaux concernés par l\u2019adoption, à travers les débats sur l\u2019adoption ouverte, sur la confidentialité des dossiers d\u2019adoption et l\u2019accès aux retrouvailles et sur les formes légales d\u2019adoption qui n\u2019impliquent pas une rupture des liens d\u2019origine.Depuis que se multiplient les expériences d\u2019adoption ouverte, certaines provinces canadiennes ont reconnu la valeur juridique d\u2019ententes de contacts post-adoption et des droits de visites de l\u2019enfant adopté ont déjà été accordés à des familles biologiques, à des grands-parents par exemple.Aux États-Unis, des accords de contacts sont parfois fixés au moment même du jugement d\u2019adoption, même si les tribunaux sont toujours réticents à associer de tels accords à une rupture de filiation.La question des retrouvailles et celle de l\u2019accès des adoptés aux renseignements sur leurs origines sont débattues depuis longtemps.Elles prennent toutefois une acuité particulière depuis qu\u2019arri-vent à l\u2019âge adulte de nombreux adoptés originaires de pays étrangers.D\u2019autant plus que, pour plusieurs, la possibilité de retracer leurs origines existe réellement.C\u2019estaussi l\u2019adoption internationale qui vient susciter des interrogations sur la pertinence de poser l\u2019adoption plénière en modèle idéal d\u2019adoption.En effet, les formes d\u2019adoption plus inclusives qui sont privilégiées par plusieurs pays d\u2019origine des enfants adoptés à l\u2019étranger soulignent, par Le reflet d\u2019une société de plus en plus égalitaire, préoccupée de protéger les droits des enfants.229 L'état du Québec effet de contraste, le refus catégorique nous faisons de la rupture de liens et que nous opposons à un certain cumul d\u2019identité imposée à l\u2019enfant adopté des filiations et la banalisation que plénièrement.?Références Goubau, Dominique, « Open adoption in Canada », dans Fine, Agnès etClaire Neirinck (sous la direction de), Parents de sang, parents adoptifs, Paris : Maison des Sciences de l\u2019Homme/ LGDJ, Droit et société n° 29:63-85,2000.Noël, Louise, Léonard Lavoie et Gisèle Rochon, La réalité' des postulants et des parents du programme Banque-mixte, Montréal, Service adoption, Centres jeunesse de Montréal, 2000.Philips-Nootens, Suzanne et Carmen Lavallée, « De l\u2019état inaliénable à l\u2019instrumentalisation : la filiation en question », dans Lafond, P.C.et B.Lefebvre (sous la direction de), L\u2019union civile : nouveaux modèles de conjugalité et de parentalité' au xxP siècle, Montréal : Éd.Yvon Blais, 2003.Ouellette, Françoise-Romaine, « L\u2019enfant adopté et la question de sa filiation », Prisme, n°4i, p.28-41,2003.Ouellette, F.-R., « Don et adoption plénière», dans De l\u2019adoption.Des pratiques deviation différentes, sous la direction d\u2019Isabelle Leblic et Suzanne Lallemand, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Biaise Pascal, collection Anthropologie, p.215-242,2003.Ouellette, F.-R., Caroline Méthot et Julie Paquette, « L\u2019adoption, projet parental et projet de vie pour l\u2019enfant.L\u2019exemple de la « banque mixte » au Québec », dans Désir d'enfant, Revue Informations sociales, n° 107, p.66-75, 2003.Ouellette, Françoise-Romaine, « L\u2019intérêt de l\u2019enfant adopté et la protection de ses droits », Éthique publique vol.3, n° 1: 148-159,2001.Ouellette, Françoise-Romaine, L\u2019adoption.Les acteurs et les enjeux autour de l'enfant, Sainte-Foy, IQRC/Presses de l\u2019Université Laval (collection Diagnostic), 119 p., 1996.Sites Internet québécois sur l\u2019adoption internationale : http ://quebecadoption.net www.msss.gouv.qc.ca/adoption 230 La population Comprendre les espaces urbains, culturels et sociaux Institut national de la recherche scientifique Urbanisation, Culture et Société L'expertise de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS) dans le domaine des sciences sociales loge à une seule enseigne: le centre de recherche Urbanisation, Culture et Société (INRS-UCS), né du regroupement des centres INRS-Urbanisation et INRS-Culture et Société.Ce centre rassemble des spécialistes d'une dizaine de disciplines: économie, sociologie, anthropologie, démographie, histoire, géographie, science politique, planification urbaine, science et technologie.En plus de valoriser la multidisciplinarité dans l'analyse du fonctionnement de la société, le centre développe de multiples liens avec différents milieux et contribue aux réflexions collectives, assurant ainsi le transfert des connaissances vers les utilisateurs.Ensemble, professeurs, chercheurs et étudiants explorent les nouvelles réalités urbaines, culturelles et sociales du Québec et d'ailleurs, pour mieux comprendre le monde d\u2019aujourd\u2019hui dans le contexte de la mondialisation, marqué par la montée de l'économie du savoir et l'accroissement des inégalités.Pour ce faire, ils recourent à la collecte et à l'examen des statistiques sociales, à l'analyse qualitative, à l'évaluation des politiques et des institutions, et pratiquent le conseil stratégique.La recherche La recherche au centre Urbanisation, Culture et Société s'articule autour de trois axes: la dynamique des espaces métropolitains, l'étude des populations, des familles et de leur environnement social et, enfin, l'analyse des liens entre culture, science et nouvelle économie.L\u2019étude des métropoles rassemble des chercheurs qui se penchent sur les évolutions économiques, sociales, environnementales et institutionnelles touchant les grandes villes.En menant des études comparatives, les chercheurs de l\u2019INRS-UCS analysent les conséquences de la redistribution spatiale de l'économie, engendrée par la libéralisation des marchés et les changements technologiques, sur la dynamique des villes.Certains étudient les nouvelles tendances en matière de logement ou les exclusions sociales, tant dans les pays riches que dans ceux en développement.D'autres se penchent sur la qualité de l'environnement urbain, le transport et la gestion des infrastructures urbaines.Les nouvelles formes de gestion municipale font l\u2019objet de travaux visant à comparer la situation québécoise à celles ayant cours au Canada, aux États-Unis et en Europe.Les chercheurs du centre étudient l'impact des transformations sociales majeures qui caractérisent les sociétés contemporaines sous trois aspects : la redéfinition des âges de la vie et des dynamiques intergénérationnelles, les changements au sein des familles et l'intégration de nouvelles populations, ainsi que les interactions entre réseaux sociaux et milieux de vie.À cet effet, de nombreuses études se poursuivent, allant de l'analyse des savoirs autochtones aux tendances démographiques, en passant par l\u2019insertion des immigrants et la dynamique des familles recomposées.La relation complexe entre culture, science et nouvelle économie retient l'attention de chercheurs qui analysent les politiques culturelles, la diffusion des technologies et de la culture, et les relations entre la science et la société, de façon à documenter les conditions sociales de l'activité scientifique et technologique et les nouveaux modes de production du savoir.?231 L'état du Québec LA LANGUE La vraie question linguistique : quelle est la force d\u2019attraction réelle du français au Québec ?Analyse critique de l\u2019amelioration de la situation dujrançais observée en 2001 Charles Castonguay Uniuersite' d\u2019Ottawa La présente contribution s'inscrit dans le cadre de travaux subventionnés par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.A première vue, le recensement de 2001 indique une amélioration inattendue de la situation du français au Québec.L\u2019accroissement de la population francophone dans Pile de Montréal, en particulier, tranche à tel point avec les prévisions démographiques qu\u2019un examen minutieux des données s\u2019impose.Le progrès mis de l\u2019avant par Statistique Canada est-il réel ou bien le fruit des changements apportés au questionnaire de l'enquête que mène tous les cinq ans l\u2019agence fédérale?Pour bien évaluer les tendances à l\u2019œuvre, il faut remonter le temps et suivre l\u2019évolution des données avant et après la reformulation à deux reprises, en 1991 et 2001, du questionnaire de recensement.Ces reformulations (voir encadré) peuvent compromettre la comparabilité des données d\u2019un lustre à l\u2019autre.En outre, ce qui devrait compter le plus pour juger de l\u2019évolution de la situation de la langue française, et ainsi proposer les politiques publiques les plus aptes à protéger et à promouvoir la « langue commune » des Québécois, est la mesure de la vitalité comparative des langues ou, si l\u2019on veut, de leur force d\u2019attraction respective.Par exemple, une hausse du nombre de francophones dans l\u2019île de Montréal n\u2019est pas une indication en soi de la vitalité du français si cette hausse est attribuable à l\u2019établissement dans la métropole de banlieusards francophones qui retournent à la ville.Examinons les chiffres.Le Québec selon la langue maternelle L\u2019information sur la langue maternelle sert de point d\u2019ancrage à toute analyse linguistique.232 La population Les francophones Le poids de la population de langue maternelle française a évolué en trois phases depuis la Seconde Guerre mondiale (tableau i).Une première tendance à la baisse, causée par l\u2019arrivée de nombreux immigrants allophones entre 1951 et 1971, a ouvert la question de leur francisation, menant à la Commission Gendron et aux lois 22 et 101.Durant la phase subséquente, le poids du français s\u2019est accru.Cette hausse s\u2019explique par la migration d\u2019anglophones vers les autres provinces, qui s\u2019est emballée dès la Révolution tranquille (Joy 1967) et est demeurée importante jusqu\u2019au milieu des années 1980.Enfin, troisième phase, le poids des francophones baisse de nouveau, rapidement d\u2019abord en raison d\u2019une immigration allophone record entre 1988 et 1993, puis plus faiblement, depuis 1996.Le recensement de 2001 indique toutefois une certaine stabilisation du poids des francophones au détriment de celui des anglophones.Le fait que la question de recensement ait été reformulée en 2001 pour placer le français comme premier choix dans la liste des langues suggérées a pu influencer la tendance.La baisse rapide du poids des francophones entre 1986 et 1996 \u2014 qui a été plus marquée encore dans la région métropolitaine de recensement (RMRJ de Montréal où s\u2019établissent neuf immigrants allophones sur dix au Québec \u2014 a contribué à la création de la Commission Larose.Les anglophones et allophones Conséquence de la propension endémique de la population de langue anglaise à quitter le Québec, le poids des anglophones évolue à la baisse depuis 1951 \u2014 en fait, depuis 1931, premier recensement à poser la question sur la langue maternelle.Inversement, le poids des allophones, de langue maternelle autre que française ou tableau 1 Population selon la langue maternelle', Québec \t\t\t\t\t\t\t \t\t¦WM\t\t\t\t\t 1951\t4 055 681\t3 347 030\t82,5\t558 256\t13,8\t150 395\t3,7 1961\t5 259 211\t4 269 689\t81,2\t697 402\t13,3\t292 120\t5,6 1971\t6 027 765\t4 866 410\t80,7\t788 830\t13,1\t372 525\t6,2 1976\t6 234 430\t5 058 260\t81,1\t796 665\t12,8\t379 505\t6,1 1981\t6 369 055\t5 254 195\t82,5\t693 600\t10,9\t421 265\t6,6 1986\t6 454 465\t5 344 493\t82,8\t666 180\t10,3\t443 793\t6,9 1991\t6 810 305\t5 585 650\t82.0\t626 200\t9,2\t598 455\t8,8 1996\t7 045 085\t5 741 438\t81,5\t621 858\t8,8\t681 790\t9,7 2001\t7 125 575\t5 802 023\t81,4\t591 378\t8,3\t732 175\t10,3 \u2018Statistique Canada a introduit en 1971 un procédé d'arrondissement aléatoire des données qui fait en sorte que les totaux peuvent différer légèrement de la somme de leurs parties.Sources : Pour 1976, Lachapelle et Henripin 1980 ; pour 1986, Dallaire et Lachapelle 1990 ; pour 2001, www.statcan.ca et calculs de l\u2019auteur ; pour les autres recensements, Marmen et Corbeil 1999.233 L'état du Québec anglaise, évolue à la hausse, à l\u2019exception près d\u2019un léger recul entre 1971 et 1976.Durant cette période, la population allophone n\u2019auraitaugmenté en chiffres absolus que de 7 000 personnes, ce qui n\u2019est pas vraisemblable au vu des données sur l\u2019immigration.Il semble que la condition d\u2019accès à l\u2019école anglaise imposée parla loi 22, en vigueur au moment du recensement de 1976, ait porté plusieurs milliers d\u2019allophones à se déclarer alors de langue maternelle anglaise (Lachapelle, 1977).Ce phénomène est manifeste dans les données scolaires de l\u2019époque (Proulx 1976).Compte tenu de cette conjoncture, il est possible que la population anglophone ait commencé à décroître en chiffres absolus à partir de 1971 plutôt qu\u2019après 1976 et l\u2019élection d\u2019un gouvernement souverainiste.Par ailleurs, la nouvelle priorité donnée au français dans le questionnaire de 2001 a accentué quelque peu la baisse de la population anglophone entre 1996 et 2001.De même, le remodelage du questionnaire de 1991 a eu pour effet d\u2019accélérer la croissance de la population allophone entre 1986 et 1991.D\u2019entrée de jeu, l\u2019appréciation des tendances touchant la langue maternelle souligne l\u2019intérêt qu\u2019il y a à faire la part du réel et de l\u2019artificiel dans le mouvement des indicateurs linguistiques tirés des recensements, en tenant compte, entre autres, des changements apportés au questionnaire.La tendance à Montréal Devant la Commission des États généraux sur la situation et l\u2019avenir de la langue française, ou Commission Larose, certains démographes ont soutenu que l\u2019évolution récente des principaux indicateurs était de façon générale favorable au français dans la RMR de Montréal.Le poids des francophones y avait pourtant baissé de 0,8 point entre 1986 et 1991 et, si l\u2019on compare les populations habitant en 1991 et 1996 le territoire de la RMR.tel que délimité en 1996, il avait baissé à nouveau de 0,8 point entre 1991 et 1996 (tableau 2).Le poids des anglophones a baissé de 1991 à 1996 autant que celui des francophones, tandis que le poids des allophones, dopé par l\u2019immigration record des années 1988-1993, a progressé de 1,5 point.La situation a évolué différemment entre 1996 et 2001.Le poids des francophones serait légèrement en hausse depuis 1996, alors que celui des anglophones aurait baissé un peu plus fortement même qu\u2019entre 1991 et 1996.Quant aux allo- tableau 2 Population selon la langue maternelle, région métropolitaine de Montréal \t\t\t\t\t\t\t¦ \t\t\t\t\tKfl\t\tS 1991\t3 172 005\t2 179 037\t68,7\t461 114\t14,5\t531 854\t16,8 1996\t3 287 645\t2 233 430\t67,9\t451 265\t13,7\t602 945\t18,3 2001\t3 380 645\t2 303 339\t68,1\t431 829\t12,8\t645 482\t19,1 234 Sources : Statistique Canada, cat.93F0020XCB96004 et 97F0007XCB1000, et calculs de l'auteur.' Données ajustées en fonction des limites de la RMR en 1996. La population phones, la croissance de leur poids se serait ralentie en raison d\u2019une immigration moins forte après 1993.Dans ce revirement qui en a surpris plus d\u2019un, il n\u2019est pas facile de faire la part du réel et de l\u2019artificiel.C\u2019est à Montréal que se concentrent les personnes qui sont partagées entre le français et l\u2019anglais, et parmi lesquelles la nouvelle priorité donnée à « français » sur « anglais » dans le questionnaire de 2001 serait le plus susceptible d\u2019infléchir les réponses en faveur du français, au détriment de l\u2019anglais, tant pour la langue maternelle que pour la langue d\u2019usage au foyer et la connaissance du français et de l\u2019anglais.Une partie de la hausse récente du poids du français comme langue maternelle et de la baisse de celui de l\u2019anglais pourrait donc être attribuable à ce changement dans le questionnaire.Par contre, le bilan migratoire intraprovincial de la RMR de Montréal s\u2019est inversé.Des pertes nettes d\u2019environ 9 000 personnes en rg86-r99r et 7 000 en 1991-1996 au profit du reste du Québec ont été plus qu\u2019effacées en 1996-2001 par des gains nets de 31 000 pour la région métropolitaine aux dépens des autres régions québécoises.Ces migrants étant quasiment tous francophones, leur apport a pu faire en bonne partie contrepoids à l'immigration allophone, moins forte durant le dernier lustre.Le drainage démographique des autres régions au profit de la métropole n\u2019est cependant pas une expression de la vitalité du français en soi.La vitalité La vitalité intrinsèque d\u2019une langue en contact avec d\u2019autres se mesure ni par le bilan migratoire de ceux qui la parlent, ni par leur fécondité, mais par la persistance linguistique de ses locuteurs natifs et par son pouvoir d\u2019attraction auprès des locuteurs des autres langues.Dans le domaine privé, il est possible d\u2019évaluer la vitalité du français, par exemple, en comparant la population de langue maternelle française à celle de langue d\u2019usage française que détermine la question suivante: «Quelle langue cette personne parle-t-elle le plus souvent à la maison?», posée pour la première fois au recensement de 1971.Dans la mesure où le maintien ou l\u2019adoption du français comme langue usuelle dans l\u2019intimité du foyer reflète son prestige et son utilité au travail et au marché, cette comparaison nous renseigne indirectement aussi sur sa vitalité dans la sphère publique.De même pour l\u2019anglais et les autres langues.linguistique Pour reprendre l\u2019exemple du français, le mode de comparaison le plus simple est de soustraire la population de langue maternelle française de celle de langue d\u2019usage française.Le résultat est fonction directe de la persistance linguistique des francophones et de l\u2019attrait du français comme langue d\u2019usage auprès des anglophones et allophones.Un solde négatif, nul ou positif signale une vitalité faible, moyenne ou forte.Un autre mode de comparaison consiste à diviser la population de langue d\u2019usage française par celle de langue maternelle française.Un quotient inférieur, égal ou supérieur à un indique une vitalité faible, moyenne ou forte.En mettant la vitalité d\u2019une langue en relief par rapport à la taille de la population l\u2019ayant pour langue maternelle, cet indice permet de mieux comparer la vitalité d\u2019une langue à celle d\u2019une autre.?235 L'état du Québec tableau 3 Vitalité des langues', Québec La vitalité des langues La nouvelle priorité donnée au français dans le questionnaire de 2001 influe tout particulièrement sur l\u2019évaluation de la vitalité linguistique du fait que les personnes partagées entre l\u2019usage du français ou de l\u2019anglais au foyer ne proviennent pas uniquement des populations francophone et anglophone, comme pour la langue maternelle, mais se recrutent aussi parmi la population allophone.En effet, la vitalité d\u2019une langue, qui se mesure par la différence entre le nombre de ses locuteurs selon la langue d\u2019usage et celui de ses locuteurs selon la langue maternelle, dépend fortement, au Québec, du nombre d\u2019allophones qui adoptent le français ou l\u2019anglais comme langue d\u2019usage à la maison.\t\t\t 1971\t3 690\t99 045\t- 102 735 1981\t1 125\t113 185\t-112 045 1986\t-9 470\t125 183\t-115 715 1991\t66 145\t135 615\t201 760 1996\t88 644\t140 599\t- 229 243 2001\t116 362\t155 512\t- 271 880 ¦ Langue d'usage moins langue maternelle.a La question sur la langue d'usage au foyer n'a pas été posée au recensement de 1976.Sources : Pour 1986, Dallaire et Lachapelle 1990 ; pour 9001 www stetran ra at ralniK rte l'auteur \u2022 nmir las autres recensements, Marmen et Corbeil 1999.Tendances au Québec De 1971 à 1986, le français a fait preuve d\u2019une vitalité plutôt médiocre (tableau 3).L\u2019adoption du français comme langue d\u2019usage au foyer par un petit nombre d\u2019allophones compensait difficilement la persistance imparfaite de ses locuteurs natifs, sujets à l\u2019anglicisation dans les régions de Montréal et de l\u2019Outaouais.Avec l\u2019introduction du questionnaire remodelé en 1991, la vitalité du français devient tout à coup appréciable, du moins en chiffres absolus : un gain net de 66 145 nouveaux locuteurs usuels à la maison, chiffre en rupture de comparabilité évidente avec la série antérieure.Le gain supplémentaire de 22 499 recrues entre 1991 et 1996, fondé sur un module de questions linguistiques n\u2019ayant pas changé d\u2019une virgule, permet d\u2019estimer que la soudaine vitalité enregistrée en 1991 résultait en bonne partie de la refonte du questionnaire.L\u2019interprétation du progrès subséquent de 27 718 nouveaux locuteurs usuels entre 1996 et 2001 fait problème pour une raison semblable.Quelle part de cette croissance accélérée émane d\u2019une hausse réelle de la vitalité du français et quelle part s\u2019explique par les modifications apportées au questionnaire de 2001 ?Des vérifications confirment que l\u2019incidence de ces dernières n\u2019est pas négligeable.En revanche, la vitalité de l\u2019anglais est manifeste dès 1971 et croît à chaque recensement, alors même que la population de langue maternelle anglaise est tableau 4 Vitalité des langues', région métropolitaine de Montréal \t\t\t 1991\t43 779\t137 072\t- 180 856 1996\t61 090\t143 233\t- 204 327 2001\t85 853\t156 095\t- 241 953 * Langue d'usage moins langue maternelle.Sources : Statistique Canada, cat.93F0020XCB96004 et 97F0007XCB1000, et calculs de l\u2019auteur.236 La population Rupture de comparabilité des données en 1991 et 2001 Dans l'interprétation des tendances récentes, les données de 1991 et 1996 sont d'un intérêt exceptionnel du fait que les questions linguistiques n'ont subi aucun changement au recensement de 1996.Ce n'était pas le cas en 1991 et ce ne l'est pas non plus en 2001.Le remodelage du questionnaire en 1991 Statistique Canada a profondément remanié en 1991 son questionnaire «long» qui est distribué à un ménage sur cinq.Les questions portant sur la langue, éparpillées auparavant au fil du questionnaire, ont été regroupées l'une à la suite de l'autre dans un seul module.En outre, l'ordre des questions a été inversé.Au contraire des recensements de 1971 à 1986, la question sur la connaissance du français et de l'anglais vient désormais en premier, suivie d\u2019une nouvelle question sur la connaissance des autres langues que le français et l'anglais, puis de la question sur la langue d'usage au foyer et, enfin, de celle sur la langue maternelle.Le nouveau questionnaire a perturbé la façon de répondre aux questions sur la langue maternelle et la langue d'usage, ce qui a eu notamment pour effet de gonfler de façon artificielle, en regard des recensements antérieurs, le pouvoir d'assimilation du français au Québec et celui de l'anglais auprès des allophones partout au Canada.Ce chambardement n'a pas touché le questionnaire \u2022 court » où seule la question sur la langue maternelle est posée.Priorité au français en 2001 Jusqu\u2019au recensement de 1996, «anglais» précédait «français» dans le libellé des questions linguistiques aussi bien que dans leurs aires de réponse.Statistique Canada a inversé cette priorité dans la version française du questionnaire de 2001.Dans le module des questions linguistiques, «français» précède «anglais» pas moins de 38 fois sur les deux pages en cause, dont 36 fois dans l\u2019aire des réponses, conçue pour recueillir l'information sur chaque membre d'un ménage pouvant comporterjusqu'à six personnes.En regard des recensements précédents, cette inversion aurait, entre autres, gonflé artificiellement en 2001 le nombre de Québécois qui ont déclaré le français comme langue maternelle ou comme langue d'usage à la maison relativement au nombre de ceux qui ont déclaré l'anglais, de même que le pouvoir d'attraction du français parmi la population allophone.La question sur la langue d'usage Un deuxième changement d'importance en 2001 touche la question sur la langue d'usage, c'est-à-dire la langue parlée le plus souvent à la maison.Pour mieux capter la diversité des comportements au foyer, Statistique Canada y a ajouté un second volet : «Cette personne parle-t-elle régulièrement d'autres langues à la maison?» Cet ajout a provoqué une baisse inopinée de la persistance linguistique des allophones du point de vue de la langue parlée le plus souvent à la maison, au profit surtout des déclarations, comme langue d'usage principale, du français au Québec où une très forte majorité de répondants a utilisé le questionnaire français, et de l'anglais dans le reste du Canada où une majorité plus forte encore a répondu au questionnaire anglais.L'interprétation des réponses au second volet fait problème en raison de l'imprécision de l'adverbe «régulièrement», qui recouvre une vaste gamme de situations allant d'un usage quotidien à un usage tout juste occasionnel.Aussi n\u2019en tiendra-t-on pas davantage compte dans la présente analyse.?237 L'état du Québec en baisse.Corrélativement, la vitalité des autres langues que le français et l\u2019anglais est faible et, en chiffres absolus, va déclinant.De toute évidence, leur perte supplémentaire de 86 045 locuteurs habituels au profit du français ou de l\u2019anglais entre 1986 et 1991, soit en l\u2019espace d\u2019un seul lustre, s\u2019explique en grande partie par le remaniement du questionnaire en 1991.Leur forte perte additionnelle de 42 637 entre 1996 et 2001 appelle des réserves semblables au vu des modifications apportées à l\u2019instrument d\u2019observation en 2001.À Montréal Comme pour le Québec dans son ensemble, ce n\u2019est qu\u2019à partir du remaniement du questionnaire de 1991 que la vitalité du français à Montréal devient positive (tableau 4).Sa progression subséquente soulève de façon encore plus aiguë la même interrogation : quelle partie de la hausse accélérée de la vitalité du français au dernier lustre \u2014 gain supplémentaire de 24 763 nouveaux locuteurs usuels entre 1996 et 2001 comparativement à un gain additionnel de 17 311 entre 1991 et 1996 \u2014 n\u2019est qu\u2019apparente, c\u2019est-à-dire imputable à la modification du questionnaire en 2001 ?Toujours est-il que la hausse entre 1991 et 1996 traduit une tendance réelle, en raison d\u2019un questionnaire demeuré inchangé.La vitalité de l\u2019anglais se concentre à Montréal, son gain dans la région métropolitaine étant à peu de choses près identique à son gain à l\u2019échelle du Québec.Par contre, une part significative du gain récent du français \u2014 plus du tiers en 1991, plus du quart en 2001 \u2014 se réalise à l\u2019extérieur de la RMR.de Montréal.La vitalité comparée du français et de l'anglais Le tableau 5 montre l\u2019évolution de l\u2019indice de vitalité linguistique au Québec.Pour chaque langue, l\u2019indice se calcule en divisant le nombre de ses locuteurs selon la langue d\u2019usage par celui de ses locuteurs selon la langue maternelle.Les brusques inflexions de l\u2019indice de vitalité de chacune des trois catégories de langue en 2001 TABLEAU 5\tIndice de vitalité linguistique', Québec\t\t \t\t\t 1971\t1,001\t1,126\t0,724 1981\t1,000\t1,163\t0,734 1986\t0,998\t1,188\t0,739 1991\t1,012\t1,217\t0,663 1996\t1,015\t1,226\t0,664 2001\t1,020\t1,263\t0,629 * Langue d\u2019usage divisée par langue maternelle.Sources : Pour 1986, Dallaire et Lachapelle 1990 ; pour 2001, www.statcan.ca et calculs de l'auteur; pour les autres recensements, Marmen et Corbeil 1999.ainsi que du français et des tierces langues en 1991 soulignent les ruptures de comparabilité causées par les modifications apportées au questionnaire en 1991 et 2001.Une juste appréciation des tendances se fonde donc sur celles constatées entre 1971 et 1986, d\u2019une part, et entre 1991 et 1996, d\u2019autre part, les informations de 2001 marquant le début d\u2019une nouvelle série.Dans cette optique, l\u2019indice confirme à tout le moins la montée soutenue de la vitalité de l\u2019anglais et la récente tendance à la hausse de celle du français.En revanche, l\u2019indice de vita- 238 La population \t\t\t 1991\t1,020\t1,297\t0,660 1996\t1,027\t1,317\t0,661 2001\t1,037\t1,361\t0,625 ' Langue d'usage divisée par langue maternelle.Sources : Statistique Canada, cat.93F0020XCB96004 et 97F0007XCB1000, et calculs de l'auteur.lité des autres langues paraît plutôt tableau 6 Indice de vitalité constant, ce qui signale que leurs pertes\tlinguistique\", région en chiffres absolus au profit du français\tmétropolitaine de Montreal et de l\u2019anglais croissent au même rythme que la population allophone.Quant aux données de 2001 considérées isolément, l\u2019indice permet d\u2019apprécier l\u2019écart qui subsiste entre l\u2019attrait du français et celui de l\u2019anglais.Les deux langues seraient à vitalité égale si leurs indices coïncidaient.Ce serait le cas s\u2019il n\u2019y avait aucune anglicisation nette de francophones (ni francisation nette d\u2019anglophones) et si les allophones adoptaient le français ou l\u2019anglais au pro- rata des populations francophone et anglophone.Le Québec comptait en 2001 près de dix francophones pour un anglophone.À vitalité égale, du solde net de 271 880 allophones francisés ou anglicisés, le français en aurait attiré 246 742 et l\u2019anglais 25 148, pour un indice de vitalité identique de 1,043 \u2022 La répartition actuelle est tout autre.La conclusion reste la même dans le cadre de la RMR de Montréal (tableau 6).Les francophones y sont en 2001 plus de cinq fois plus nombreux que les anglophones.Du solde de 241 953 allophones francisés ou anglicisés, à vitalité égale du français et de l\u2019anglais 203 753 se seraient francisés et 38 200 se seraient anglicisés, pour un indice commun de 1,088.La langue d\u2019usage Tributaire de la vitalité linguistique, le profil de la population selon la langue d\u2019usage à la maison évolue forcément de façon différente de celui selon la langue maternelle.tableau 7 Population selon la langue d'usage, Québec \t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\tMM 1971\t6 027 765\t4 870 100\t80,8\t887 875\t14,7\t269 790\t4,5 1981\t6 369 075\t5 253 070\t82,5\t806 785\t12,7\t309 220\t4,9 1986\t6 454 465\t5 335 023\t82,7\t791363\t12,3\t328 078\t5,1 1991\t6 810 300\t5 651 795\t83,0\t761 815\t11,2\t396 695\t5,8 1996\t7 045 085\t5 830 082\t82,8\t762 457\t10,8\t452 547\t6,4 2001\t7 125 575\t5 918 385\t83,1\t746 890\t10,5\t460 295\t6,5 ' La question sur la langue parlée le plus souvent à la maison n'a pas été posée au recensement de 1976.Sources: Mêmes qu'au tableau 1.239 L'état du Québec Au Québec En hausse de 1971 à ig86, le poids des personnes parlant français au foyer se maintient depuis à environ 83 %.Les modifications du questionnaire en 1991 et 2001 y sont pour quelque chose, mais il existe aussi à partir de 1981 une tendance réelle à la hausse de l\u2019attrait du français comme langue d\u2019usage parmi la population allophone.La vitalité toujours croissante de l'anglais fait en sorte que le poids des parlants anglais à la maison recule plus lentement que celui des anglophones selon la langue maternelle.La différence ressort davantage en chiffres absolus : entre 1971 et 2001, la population de langue maternelle anglaise a baissé de 197 452 personnes (tableau 1) alors que celle de langue d\u2019usage anglaise n\u2019a reculé que de 140 985 \u2014 se stabilisant même entre 1991 et 1996.Le poids des personnes qui parlent au foyer une tierce langue (autre que l\u2019anglais ou le français) ne gagne que 2,0 points de pourcentage depuis 1971, soit moitié moins que la progression correspondante de 4,2 points des allophones selon la langue maternelle.La cause principale en est la vitalité supérieure de l\u2019anglais et du français, nombre d\u2019allophones ayant adopté l\u2019un ou l\u2019autre comme langue d\u2019usage au foyer.L\u2019augmentation minime de la population de langue d\u2019usage autre entre 1996 et 2001 \u20147 748 personnes \u2014n\u2019est tout de même pas plausible au vu de la progression de 50 385 dans la population de langue maternelle autre.La réduction corrélative de la persistance linguistique des allophones \u2014 3,5 points de pourcentage \u2014 paraît de même aussi subite que suspecte.La confusion créée par l\u2019introduction en 2001 d\u2019un second volet sur la langue d\u2019usage en serait responsable.Pour le lustre 1991-1996, la constance du questionnaire a enregistré des augmentations autrement plus plausibles : 83 335 et 55 852 respectivement selon la langue maternelle et la langue d\u2019usage, et une persistance linguistique à peu près stable.À Montréal C\u2019est dans la région métropolitaine que la concurrence entre la vitalité du français et celle de l\u2019anglais atteint son paroxysme.L\u2019écart entre l\u2019évolution de la population selon la langue maternelle et selon la langue d\u2019usage y est particulièrement frappant (tableaux 2 et 8).Les différences les plus remarquables concernent le français et les tierces langues.Le poids des personnes parlant français, langue d\u2019usage, baisse d\u2019abord de 0,3 point entre 1991 et 1996 puis remonte de 0,9 en 2001.En même temps, le poids des tableau 8 Population selon la langue d'usage, région métropolitaine de Montréal \t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\twm\t\t¦a 1991\t3 172 005\t2 222 816\t70,1\t598 186\t18,9\t350 998\tu,i 1996\t3 287 645\t2 294 520\t69,8\t594 498\t18,1\t398 618\t12,1 2001\t3 380 645\t2 389 192\t70,7\t587 924\t17,4\t403 529\tn,9 Sources : Statistique Canada, cat.93F0020XCB96004 et 97F0007XCB1000, et calculs de l\u2019auteur.240 francophones, langue maternelle, baisse de o,8 puis remonte de 0,2.Il est possible que cette dernière progression s\u2019explique en bonne partie par le déplacement récent de francophones des autres régions du Québec au profit de la métropole, mais le gain concomitant de 0,9 point du poids des personnes parlant français, langue d\u2019usage, doit provenir principalement d\u2019une soudaine poussée de la vitalité du français.Toutefois, c\u2019est justement à Montréal que les modifications apportées au questionnaire de 2001 joueraient le plus fortement sur la langue d'usage déclarée.Au cours du dernier lustre, la population de langue maternelle tierce aurait augmenté dans la région de 42 537, alors que celle d\u2019une tierce langue d\u2019usage n\u2019aurait progressé que de 4 911, ce qui parait encore plus invraisemblable que l\u2019écart relevé à l\u2019échelle de la province.Quant au poids, celui selon la langue maternelle a augmenté de 1,5 et de 0,8 point durant les lustres 1991-1996 et 1996-2001, tandis que celui selon la langue d\u2019usage aurait d\u2019abord progressé de 1,0 point, puis baissé de 0,2 point, ce qui semble également impossible.Le coupable serait le changement d\u2019instrument d\u2019observation.La tendance des transferts L\u2019appréciation de la vitalité du français s\u2019approfondit par l\u2019examen de la persistance linguistique des francophones et de l\u2019attrait relaüfdu français vis-à-vis de l\u2019anglais auprès des allophones.La vitalité du français correspond, en fait, au nombre net d\u2019allophones francisés moins celui des francophones anglicisés ; celle de l\u2019anglais, à la somme du nombre net de francophones et d\u2019allophones anglicisés.D\u2019où l\u2019importance de l\u2019analyse de ces « transferts linguistiques » \u2014 que les sociolinguistes qualifient plus justement de «substitutions linguistiques » \u2014 dans le mandat, inaccompli sur ce plan, de la Commission Larose.L'anglicisation des francophones Avant que le questionnaire ne soit remanié en 1991, les recensements indiquaient une persistance linguistique imparfaite chez les francophones (tableau 9).Le nombre de transferts nets du français à l\u2019anglais (le nombre de francophones, langue maternelle, qui déclaraient l\u2019anglais comme langue d\u2019usage, moins celui des anglophones pareillement francisés) était substantiel, voire augmentait de 1971 à 1986.Par la suite, la comparabilité est rompue : le questionnaire de 1991 réduit ces transferts nets à presque rien.En 1996, le même questionnaire suggère une tendance à la baisse.Au contraire, le questionnaire modifié de 2001 fait voir une hausse.Vu le nombre restreint de transferts en jeu, il n\u2019est pas facile de vérifier s\u2019il s\u2019agit simplement d\u2019un effet du questionnaire ou d\u2019une reprise réelle de l\u2019anglicisation des francophones.La francisation des allophones Les brusques chutes de vitalité des tierces langues (tableau 5), provoquées par la modification du questionnaire en 1991 et 2001, se sont accompagnées toutes deux par des hausses exceptionnelles de la francisation relative des allophones (figure 1).Celle-ci correspond à la part des transferts nets des allophones au français en regard L\u2019état du Québec tableau 9 Transferts linguistiques nets, Québec \t\t\t\t 1971\t24 455\t28155\t74 590\t27,4 1981\t28 492\t27 372\t84 675\t24,4 1986\t39 444\t29 974\t85 739\t25,9 1991\t6 096\t72 241\t129 519\t35,8 1996\t2 575\t91236\t137 989\t39,8 2001\t7 815\t124 173\t147 695\t45,7 Sources : Pour 1971, Statistique Canada, cat.92-776 (SP-6) ; pour 1981, compilation spéciale ; pour 1986 à 2001, cat.93-153,94-319,93F0020XCB96004 et 97F0007XCB1000, et calculs de l\u2019auteur.du total de leurs transferts nets soit au français, soit à l\u2019anglais.Des tendances davantage dignes de foi se dégagent des deux séries de données comparables entre 1971 et 1986 et entre 1991 et 1996.C\u2019est d\u2019abord l\u2019anglicisation des allophones qui a progressé entre 1971 et 1981, la part du français passant en dessous de 25 °/o (tableau 9).Le recensement de 1986 a ensuite marqué le début d\u2019une phase d\u2019accroissement de leur francisation relative.Les causes de ce redressement sont connues (Castonguay 1994).Dès le début des années 1970, l\u2019immigration allophone est composée majoritairement de ffancotropes, c'est-à-dire de ressortissants de pays jadis sous influence française (Haïti, Indochine, Maghreb, Liban) ou de personnes de langue maternelle latine (espagnol, portugais, roumain), tous davantage portés vers le français que l\u2019anglais.Puis les lois 22 et, surtout, 101 assurent à partir du milieu des années 1970 la scolarisation en français des enfants de tous les nouveaux arrivants.Ce second facteur a cependant beaucoup moins influencé le bilan des transferts que le premier.Celui-ci se trouve renforcé du fait que depuis 1978, le Québec sélectionne une partie de ses immigrants et accorde des points supplémentaires aux candidats qui font preuve d\u2019une connaissance préalable du français.Le questionnaire de 1991 a produit une augmentation invraisemblable des transferts nets parmi la population allophone, dont un nombre à peu près égal de transferts additionnels vers le français (42 267) et l\u2019anglais (43 780), ce qui a fait bondir de 9,9 points son taux de francisation relative.La progression subséquente de 4,0 points entre 1991 et 1996, fondée sur un questionnaire inchangé, démontre que plus de la moitié de la brusque augmentation entre 1986 et 1991 était attribuable au changement d\u2019instrument d\u2019observation, autrement dit, qu\u2019elle était artificielle.Le nombre de nouveaux transferts vers le français (18 995) et l\u2019anglais (8 470) enregistré en 1996 indique en outre que le questionnaire de 1991 aurait artificiellement créé au moins 20 000 transferts supplémentaires vers le français et 30 000 vers l\u2019anglais.Les questions modifiées de 2001 ont provoqué un nouveau bond de 5,9 points du taux de francisation relative, en raison de 32 937 transferts additionnels vers le français comparativement à seulement 9 706 vers l\u2019anglais.À la lumière des valeurs obtenues pour 1991-1996, environ deux de ces points et 10 000 de ces transferts supplémentaires vers le français seraient attribuables aux changements apportés au questionnaire de 2001 et, donc, artificiels.En somme, d\u2019après les données pour l\u2019ensemble de la période, la francisation relative des allophones serait passée de 27,4 à 45,7 %, soit une hausse de 18,3 points en trente ans.Au total, cependant, quelque sept ou huit de ces points, dont de cinq à 242 La population six en 1991 et environ deux en 2001, découleraient de la modification du questionnaire.À Montréal L\u2019analyse de l\u2019évolution récente des transferts dans la région métropolitaine mène à des conclusions semblables (tableau 10).Le questionnaire modifié de 2001 n\u2019a guère perturbé la mesure de l\u2019anglicisation des francophones \u2014 appréciable ici \u2014 mais a réduit de façon significative la vitalité des tierces langues, et ce, à peu près exclusivement au profit de celle du français.Il est essentiel de suivre cela de plus près.figure 1 Part de l\u2019anglais et du français dans l'intégration linguistique des allophones au Québec 160 000 120000 80 000 40000 0 40000 80000 120000 160000 1971\t1976*\t1981\t1986 ^ au français ~~ à l'anglais *La question sur la langue parlée le plus souvent La vitalité dopée du français en 2001\t313 m3iso'\u2019n a pas été p°sée au recensement ne 1976.,\t.\t.*\t\u2022\t.v ,\tSource : Tableau 9.Le comportement linguistique a la maison peut se modifier à l\u2019âge où l\u2019on passe de son foyer d\u2019origine à celui de sa vie adulte autonome.Par contre, sauf exception, on ne fait plus de transfert après l\u2019âge de 35 ou 40 ans.L\u2019analyse longitudinale des données idéalement comparables de 1991 et 1996 a permis de vérifier ce modèle général.Un contrôle semblable confirme que l\u2019accélération de la francisation relative des allophones après 1996 est en majeure partie, sinon entièrement, attribuable au questionnaire modifié de 2001.Parmi la population non immigrante, la persistance linguistique des allophones âgés de 40 ans et plus était en 1996 de 25,4 % et leur taux de francisation relative, de 24,4%.Les valeurs correspondantes en 2001 pour cette même cohorte de naissance, alors âgée de 45 ans et plus, étaient de 23,0 % et de 26,3 %.Or, ces tauxauraient dû demeurer inchangés.Il faut conclure que la modification des questions en 2001 a réduit la persistance de cette cohorte de quelque deux points et haussé sa francisation relative d\u2019environ autant.Parmi la population immigrée avant 1996, les mêmes valeurs étaient de 68,5% et 42,0% en 1996, mais de 66,1% et 45,0% en 2001, pour une persistance réduite de 2,4 points et une francisation relative accrue de 3,0 points alors qu\u2019il n\u2019y aurait pas dû y avoir, là non plus, de changement.Transferts linguistiques nets, région métropolitaine de Montréal g\t\t\t\t 1991\t15175\t58 965\t121889\t32,6 1996\t13 783\t74 886\t129 444\t36,6 2001\t17 706\t103 563\t138 391\t42,8 Sources : Statistique Canada, cat.93F0020XCB96004 et 97F0007XCB1000.et calculs de l\u2019auteur.243 L'état du Québec Ainsi, tant chez les immigrés que les non-immigrés, les glissements inattendus vont dans le même sens et sont du même ordre de grandeur.Rien ne permet de supposer que les questions modifiées de 2001 n\u2019ont pas causé de glissements similaires des mêmes taux parmi les allophones plus jeunes, immigrés ou non, et encore en âge d\u2019effectuer des transferts.Quant aux allophones immigrés entre 1996 et 2001, leur taux de francisation relative était de 75,4% selon le dernier recensement tandis qu\u2019ils ne comptaient que 43 %defrancotropes.Or, à tousles recensements antérieurs, l\u2019attrait relatifdu français auprès des cohortes quinquennales d\u2019immigrés allophones arrivés entre 1971 et 1995 n\u2019a jamais dépassé 69 % alors même qu\u2019elles comptaient toutes plus de 50 % de francotropes.Au vu de la cohérence, de l\u2019orientation et de l\u2019ampleur des anomalies relevées ci-dessus, on ne peut exclure la possibilité que la progression réelle de la francisation relative des allophones entre 1996 et 2001 ait été inférieure aux 4,0 points observés entre 1991 et 1996.L'effet de la durée de séjour sur la francisation Selon certaines études présentées à la Commission Larose, la francisation relative d\u2019une cohorte donnée d\u2019immigrants allophones s\u2019accroîtrait en fonction de la durée de leur séjour au Québec, le plus souvent dans la région de Montréal (Termote 1999 ; Renaud 2001).La scolarisation obligatoire en français oeuvre il est vrai dans ce sens, mais seulement pour la petite fraction d\u2019immigrés directement touchés par cette disposition de la loi 101.En fait, l\u2019évolution de la francisation relative entre 1991 et 1996 \u2014 les seuls recensements récents dont les données soient comparables \u2014 n\u2019indique à cet égard aucune tendance longitudinale significative, le taux évoluant faiblement et, selon la cohorte, parfois à la hausse, parfois à la baisse (tableau 11).En particulier, la francisation relative n\u2019augmente pas entre 1991 et 1996 pour la cohorte 1986-1990 qui comprend les allophones immigrés en 1989, dont ceux que visait tout spécialement l'étude Renaud.En outre, les allophones anglicisés sont plus portés que les francisés à quitter le Québec pour migrer ailleurs au Canada (Lachapelle et Henripin 1980).Ce tamisage migratoire a pour effet de hausser le taux de francisation relative entre 1991 et 1996 tableau 11 Francisation relative (en%) des immigrés allophones, par cohorte d\u2019immigration, Québec \t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t \t23,2\t33,5\t40,0\t52,8\t65,6\t66,9\t68,3 \t23,0\t33,8\t41,1\t54,2\t63,9\t68,2\t68,2 Source : Compilations spéciales des recensements de 1991 et 1996 et calculs de l'auteur.parmi les membres des cohortes d\u2019immigrés qui résident encore au Québec en 1996.Ainsi, une partie, sinon la totalité d\u2019une progression légère de la rancisation relative d\u2019une cohorte donnée entre les deux recensements serait due à ce tamisage linguistique plutôt qu\u2019à l\u2019effet du séjour à Montréal un soi.De manière plus globale, si l\u2019on calcule la francisation relative en 1991 de 244 l\u2019ensemble de la population allophone non immigrée ou immigrée avant 1991, toutes cohortes confondues, puis celle de la même population \u2014 au tamisage migratoire près\u2014âgée de cinq années de plus en 1996, on obtient des taux de 35,1 % au premier recensement et de 36,2 % au suivant.De ce maigre gain de 1,1 point, une partie s\u2019expliquerait par le tamisage linguistique interprovincial et l\u2019autre, par les nouveaux transferts accomplis au Québec entre 1991 et 1996, davantage orientés vers le français qu'auparavant en raison de la composition fortement francotrope des cohortes arrivées entre 1976 et 1990 et, dans une moindre mesure, de la scolarisation en français de leurs enfants, y compris ceux qui sont nés au Québec.L\u2019augmentation de 4,0 points de l\u2019attrait relatif du français auprès de la population allophone tout entière entre 1991 et 1996 serait donc essentiellementattribuable à l\u2019ajout en 1996 de la nouvelle cohorte immigrée en 1991-1996, francotrope 351% et dont le taux de francisation relative en 1996 était de 68,9 %.La francisation avant l'arrivée Le recensement de 1991, qui a eu lieu au début de juin, montrait un taux global de francisation ou d\u2019anglicisation nettes de 15,4% parmi les allophones immigrés en 1991, soit de un à cinq mois seulement avant la cueillette des données.Au recensement de 1996, tenu à la mi-mai, le même taux était de 20,7 % chez les allophones immigrés de un à quatre mois auparavant.En 2001, le taux était de 22,7 % parmi les arrivants de 2001.Dans tous les cas, dès les tout premiers mois après l\u2019arrivée, le taux global de francisation ou d\u2019anglicisation nettes égale environ la moitié du niveau atteint après un séjour de 25 à 30 ans au Québec.Le processus de transfert linguistique étant d\u2019ordinaire plutôt graduel, la vaste majorité des transferts déclarés pour ainsi dire dès l\u2019arrivée se sont de toute évidence accomplis avant même d\u2019immigrer.Ce qui met en relief, une fois de plus, le rôle capital que jouent la composition ethnolinguistique de l\u2019immigration récente et la sélection des immigrants dans la hausse de la francisation relative des allophones au Québec.Que faire des réponses multiples?À chaque recensement, des dizaines de milliers de répondants déclarent deux et parfois trois langues maternelles ou d'usage.En traçant le profil linguistique de la population, la pratique courante est de répartir ces réponses multiples de façon égale entre les langues déclarées afin de refléter fidèlement la fréquence relative des comportements indiqués.Cette méthode a servi à simplifier les données de 1981 à 2001 en vue du présent texte.Au recensement de 1971, Statistique Canada a simplifié les réponses multiples lors même de la saisie des données.? L'état du Québec Langue de travail et assimilation linguistique La Commission d\u2019enquête sur la situation de la langue française et sur les droits linguistiques au Québec (1972), ou Commission Gendron, a souligné la fonction essentielle de la langue de travail dans le processus de francisation ou d\u2019anglicisation des immigrants allophones.Aussi les lois 22 et 101 avaient-elles toutes deux comme objectif de faire du français la langue de travail habituelle, notamment dans la région de Montréal.Les données de recensement sur la langue principale de travail, recueillies pour la première fois en 2001, confirment la pertinence de cette analyse.Ces données résultent d\u2019une nouvelle question ajoutée au module relatif aux activités du répondant sur le marché du travail : « Dans cet emploi, quelle langue cette personne utilisait-elle le plus souvent?» Une deuxième question suivait: « Cette personne utilisait-elle régulièrement d\u2019autres langues dans cet emploi ?» De l\u2019avis même des analystes de Statistique Canada, ce second volet \u2014 tout comme le nouveau second volet sur les autres langues parlées à la maison \u2014 fait cependant problème en raison de sa formulation floue : « régulièrement » recouvre une gamme trop étendue de comportements allant d\u2019un usage quotidien à un usage seulement occasionnel.L\u2019analyse qui suit ne concerne donc que les réponses a la question sur la langue de travail principale.L'anglicisation des francophones L\u2019anglicisation nette des travailleurs francophones et leur usage de l\u2019anglais comme langue principale de travail sont liés.Dans la région de Montréal, en particulier, les deux tiers (67,3%) des transferts nets à l\u2019anglais effectués à la maison par les travailleurs francophones sont associés à l\u2019utilisation de l\u2019anglais comme langue principale au travail (tableau 12).Vu sous un autre angle, parmi les Montréalais qui travaillent principalement en anglais, les 8 161 transferts nets du français à l\u2019anglais représentent près de 10 % de ceux qui sont de langue maternelle française.tableau 12 Anglicisation nette des travailleurs francophones selon la langue principale de travail, région métropolitaine de Montréal (2001) \t\t\t \t\t\t \t\t\t Français\t1 166 943\t2100\t0,2 Français et anglais\t76 825\t1862\t2,4 Anglais\t82 522\t8161\t9,9 Le taux d\u2019anglicisation nette est sensiblement moins élevé parmi les travailleurs francophones qui utilisent aussi souvent le français que l\u2019anglais comme langues principales de travail.Parmi les Montréalais qui travaillent principalement en français, le nombre de francophones anglicisés (15 815) demeure tout juste supérieur à celui des anglophones francisés (13 715).'Les tau* d\u2019anglicisation nette associés au* déclarations peu fréquentes de langues de travail multiples : français et autre ; français, anglais et autre ; anglais et autre, sont respectivement du même ordre que ceux qui sont associés aux déclarations français, français et anglais, anglais.Les premiers types de déclarations se trouvent donc regroupés avec les seconds.Trop rares, celles d'une tierce langue comme langue de travail unique n\u2019offrent aucun résultat significatif.Source : Statistique Canada, cat.97F0016XCB01003.La francisation des allophones Le lien entre langue d\u2019usage au travail et langue d\u2019usage au foyer est tout aussi évident en ce qui a trait aux travailleurs allophones (tableau 13).Parmi ceux qui 246 La population Francisation relative des travailleurs allophones selon la langue principale de travail, région métropolitaine de Montréal (2001) \t\t\t Français\t47107\t20 893\t69,3 Français et anglais\t8 575\t13 930\t38,1 Anglais\t7 303\t54 664\t11,8 Autre\t546\t1094\t33,3 travaillent principalement en français, 69,3% des transferts nets effectués vont au français \u2014 ce qui laisse tout de même une part substantielle (30,7 %>) à l\u2019anglais, À l\u2019inverse, parmi ceux qui travaillent principalement en anglais, la vaste majorité (88,2%) des transferts nets déclarés vont à l\u2019anglais, n\u2019en laissant que 11,8% au français.Parmi ceux qui utilisent aussi souvent le français que l\u2019anglais comme langues principales de travail, l\u2019anglicisation relative (61,9 %) est supérieure à la francisation relative (38,1%).La répartition est semblable parmi ceux qui travaillent principalement dans une tierce langue.À l\u2019opposé d\u2019une enquête sociolinguistique approfondie, le recensement ne permet pas de reconnaître une relation causale entre les données sur la langue de travail et celles sur la langue parlée à la maison.Nombre d\u2019enquêtes arrivent toutefois à la même conclusion que la Commission Gendron, soit que la langue d\u2019intégration économique est un puissant déterminant de son adoption éventuelle comme langue principale dans l\u2019intimité du foyer.Les nouvelles données de recensement vont dans le même sens.a Les taux de francisation relative associés aux déclarations peu fréquentes de langues de travail multiples : français et autre ; français, anglais et autre ; anglais et autre, sont respectivement du même ordre que ceux qui sont associés aux déclarations français, français et anglais, anglais.Les premiers types de déclarations se trouvent donc regroupés avec les seconds.Source : Statistique Canada, cat.97F0016XCB01003.La langue commune La vitalité et les substitutions linguistiques, voire la simple connaissance des langues française et anglaise, nous informent certes sur la position du français et de l\u2019anglais comme langues communes au Québec, mais seulement de manière indirecte.Le recensement offre des renseignements plus spécifiques sur la langue de communication dans des situations de contact entre personnes de langues différentes.La langue principale de travail en 2001 nous éclaire sur l\u2019usage éventuel d\u2019une autre langue que la langue maternelle dans une aire d\u2019activité publique de toute première importance.La langue d\u2019usage déclarée au sein des couples linguistiquement mixtes nous renseigne d\u2019autre part sur les accommodements linguistiques entre conjoints de langues maternelles différentes, décidés le plus souvent en fonction de leur perception de l\u2019utilité et de l\u2019usage publics des langues.Ces deux indicateurs de langue commune atteignent leur signification maximale dans la région de Montréal.La langue de travail Le rayonnement de l\u2019anglais comme langue principale de travail à Montréal domine largement celui du français (tableau 14).Le nombre de Montréalais qui travaillent principalement en français dépasse de 27 295 l\u2019effectif des travailleurs francophones alors que le nombre de ceux qui travaillent principalement en 247 L'état du Québec tableau 14 Langue principale de travail par langue maternelle, region métropolitaine de Montréal (2001) \t\t\t\t \t\t\t\t Total travailleurs\t1 902 305\t1 327 050\t232 138\t343 118 Français\t1 354 345\t1 166 058\t45 593\t142 695 Français et anglais\t143 515\t75 273\t23 711\t44 531 Anglais\t368 970\t82 411\t161 486\t125 073 Autre\t17 890\t763\t338\t16 790 Français et autre\t4 520\t885\t65\t3 570 Anglais et autre\t4125\t111\t418\t3 596 Français, anglais et autre\t8 935\t1 552\t489\t6 894 Source : Même qu'au tableau 12.anglais excède de 136 832 celui des travailleurs anglophones, soit un surplus cinq fois supérieur à celui du français.De manière plus détaillée, les francophones qui travaillent principalement en anglais sont presque deux fois plus nombreux que les anglophones qui travaillent principalement en français.De même, les francophones sont plus de trois fois plus nombreux que les anglophones à utiliser aussi souvent le français et l\u2019anglais comme langues principales de travail.Enfin, bien que les travailleurs francophones soient plus de six fois plus nombreux que les anglophones, les allophones qui travaillent principalement en anglais sont presque aussi nombreux que ceux qui travaillent principalement en français.On sait par ailleurs qu\u2019en ce qui concerne les allophones immigrés, parmi les cohortes successives arrivées depuis 1980 le nombre de ceux qui travaillent principalement en anglais tend à rejoindre le nombre de ceux qui travaillent principalement en français (Serré 2003).Si bien que parmi la cohorte immigrée entre 1996 et 2001, l\u2019emploi de l\u2019anglais comme langue principale de travail dépasse légèrement celui du français.Cette tendance est sans doute reliée à la récente baisse du poids des francotropes dans l\u2019immigration allophone à Montréal, qui est passée de 62% parmi les cohortes arrivées entre 1981 et 1990 à 54% chez celle de 1991-1995, puis à 44 % parmi celle de 1996-2001.Ces résultats, tous nettement favorables à l\u2019anglais, ne témoignent pas exclusivement de la langue de communication entre travailleurs montréalais.La question de recensement porte sur la langue « utilisée » le plus souvent au travail, formule qui, le cas échéant, peut aussi faire entrer en ligne de compte les communications avec des personnes à l\u2019extérieur de la région ou, encore, la langue des logiciels.Qu\u2019il s\u2019agisse dans pareils cas de la langue de travail principale serait cependant l\u2019exception plutôt que la règle.Vu l\u2019ampleur du déséquilibre linguistique observé, il paraît plausible que les contacts directs entre personnes de langues maternelles différentes dans les milieux de travail à Montréal se soldent effectivement, la majeure partie du temps, par l\u2019usage de l\u2019anglais comme langue commune plutôt que du français.Les couples mixtes L observation de la langue commune des couples linguistiquement mixtes offre certains avantages.Les partenaires y négocient pour ainsi dire à forces égales, ce qui est rarement le cas en milieu de travail.De plus, les données pertinentes sont 248 Langue commune: de quoi parle-t-on?Langue commune, lieu commun se dit-on à force d'entendre répéter que le français est la langue commune de la société québécoise.Mais de quoi parle-t-on au juste?La Commission Gendron avait présenté le concept de manière suffisamment précise: «Nous recommandons que le Gouvernement du Québec se donne comme objectif général de faire du français la langue commune des Québécois, c'est-à-dire, une langue qui étant connue de tous, puisse servir d'instrument de communication dans les situations de contact entre Québécois francophones et non francophones.» Par contre, le bilan gouvernemental de 1996 sur la situation linguistique, intitulé Le français langue commune.Enjeu de la société québécoise, proposait de créer « un indicateur de langue d'usage public ou de langue commune », ce qui prête à confusion.Car «langue d'usage» signifie tout bonnement la langue parlée le plus souvent tandis que « langue commune » concerne la langue parlée entre personnes de langues différentes.Encore aujourd'hui, il n\u2019existe aucune enquête d\u2019envergure sur la langue commune proprement dite.Le Conseil de la langue française a bien réalisé une étude \u2014 contestable (Roy 2001) \u2014 de la langue d'usage publique.Toutefois, celle-ci n\u2019est pas la langue commune publique que vise la politique linguistique québécoise, et qui servirait spécifiquement d'interface ou de langue de convergence entre personnes de langues maternelles différentes au travail, au marché ou dans les activités de loisirs.Voilà plus de trente ans qu'on en parle à tort et à travers.?recueillies depuis trente ans.Pour échapper toutefois à la rupture de comparabilité survenue en 2001, on peut se limiter à comparer les données de 1971 et 1996, qui recouvrent une période suffisamment longue.Afin de bien saisir tout changement éventuel de comportement entre les générations, on peut aussi, pour 1996, s\u2019en tenir aux données touchant les couples dont la conjointe est âgée de 25 à 34 ans, qui se sont formés pour l\u2019essentiel entre dix et vingt ans après l\u2019adoption de la loi 101.La position dominante de l\u2019anglais dans la vie montréalaise avant les lois 22 et 101 ressort clairement de la langue commune des couples mixtes au recensement de 1971 (tableau 15).Dans 52 % des unions entre francophone et anglophone, les deux partenaires parlaient l\u2019anglais comme langue d\u2019usage à la maison.Le bilinguisme français-anglais y tenait aussi une place importante : dans 17% des couples francophone-anglophone, chaque partenaire déclarait parler sa langue maternelle comme langue d\u2019usage, le plus souvent dans le but de transmettre les deux langues aux enfants \u2014 comportement qui, à l\u2019époque, était fort répandu aussi dans la région d\u2019Ottawa-Gatineau (Castonguay 1981).Le français n\u2019était L'état du Québec donc la langue commune que de 30% des couples de ce genre.Au sein des couples anglophone-allophone, l\u2019anglais était en 1971 presque toujours la langue commune et le français, presque jamais.Parmi les couples francophone-allophone, le français était la langue commune dans une majorité des cas (59 %), mais l\u2019anglais y jouait assez souvent aussi ce rôle (23 °/o), ce qui entraînait l\u2019anglicisation du partenaire francophone.De même, 9% de ces couples pratiquaient le bilinguisme français-anglais, le partenaire francophone parlant le plus souvent sa langue maternelle et le conjoint allophone, l\u2019anglais.Enfin, l\u2019anglais était quatre fois plus souvent que le français la langue commune parmi les couples a deux partenaires allophones, mixtes et non mixtes confondus.Le statut des langues en concurrence a peu changé depuis, même parmi les couples de formation récente.En 1996, l\u2019anglais a certes perdu 15 points comme langue commune des jeunes couples francophone-anglophone avec conjointe âgée de 25 à 34 ans, mais un peu plus au profit du bilinguisme français-anglais (gain de 8 points) que du français (gain de 7 points).Si bien que l\u2019anglais demeure sur un pied d\u2019égalité avec le français comme langue commune de ce type d\u2019union.Parmi les jeunes couples francophone-allophone aussi bien qu\u2019anglophone-allophone, l\u2019amélioration du statut du français est quasiment nulle.De même, après la chute abrupte de la persistance linguistique des allophones causée par le réaménagement du questionnaire en 1991, l\u2019anglais domine le français à peu près aussi fortement qu\u2019en 1971 comme langue commune des jeunes couples allophone-allophone, mixtes ou non.Dans les quatre types de jeunes couples montréalais pris dans leur ensemble, donc, les données de 1996 montrent que l\u2019anglais l\u2019emporte encore nettement sur le français en tant que langue commune.C\u2019est sans doute toujours le cas en 2001.La force d\u2019attraction réelle du français au Québec En public comme en privé, la force véritable d\u2019une langue dans les situations de contact avec d\u2019autres s\u2019exprime à travers la persistance linguistique de ses locuteurs natifs et son utilisation de la part des locuteurs natifs des autres langues.Le rapport entre la langue d\u2019usage au travail et la langue d\u2019usage à la maison, mani- tableau is Langue commune des couples linguistiquement mixtes, région métropolitaine de Montréal \t\t\t\t \t\t\t\t Recensement de 19713\t\t\t\t Francophone-anglophone\t30\t52\t17\t1 Francophone-allophone\t59\t23\t9\t10 Anglophone-allophone\t1\t88\t1\t10 Allophone-allophone'\t4\t17\t1\t78 Recensement de 19966\t\t\t\t Francophone-anglophone\t37\t37\t25\t1 Francophone-allophone\t60\t20\t10\t11 Anglophone-allophone\t3\t83\t2\t12 Allophone-allophone'\t8\t27\t1\t65 \u2022Totalité des couples.b Jeunes couples uniquement, avec conjointe âgée de 25 à 34 ans.c Une minorité seulement de ces couples sont mixtes.Sources : Castonguay 1981 et compilation spéciale du recensement de 1996.250 feste dans les données de 2001, souligne en plus que les comportements publics et privés sont liés.Dans le domaine privé, le recensement permet de constater avec précision que l\u2019anglais domine toujours nettement le français comme langue commune dans les couples linguistiquement mixtes à Montréal.La faiblesse du français sur ce plan est encore plus évidente dans la région métropolitaine de Gatineau.Le recensement n\u2019offre, en revanche, qu\u2019une information partielle sur la langue commune publique.Les données de 2001 révèlent néanmoins la force démesurée de l\u2019anglais vis-à-vis du français comme langue principale de travail à Montréal, qui naduit sans doute un avantage de l\u2019anglais sur le français dans les situations de contact entre travailleurs de langues differentes.La supériorité de l\u2019anglais dans ce domaine est plus tranchée encore à Gaüneau.Les régions de Montréal et de Gatineau sont les principales zones de contact entre les langues au Québec.Elles réunissent un peu plus de la moitié de la population de la province, dont tout près de 80 % de sa population anglophone ainsi que 90% de sa population allophone.Le véritable statut du français se détermine là, en public comme en privé.Qu\u2019il soit la langue commune, publique ou privée, dans la partie massivement francophone du Québec, cela n\u2019a pas grande signification.U existe ainsi un écart considérable entre la force réelle du français en situation de contact sur le terrain et le discours officiel voulant que le français soit la langue commune de la société québécoise.Le recensement nous éclaire aussi sur l\u2019usage des langues en privé bien au-delà des seuls couples linguistiquement mixtes.L\u2019examen des substitutions ou transferts indique une hausse globale de 18,3 points de la francisation relative des allophones entre 1971 et 2001, dont de 7 à 8 points s\u2019expliquent cependant par la modification du questionnaire en 1991 et 2001.L\u2019analyse par cohorte d\u2019immigration démontre, en outre, que le véritable moteur du progrès réel de la force d\u2019attraction du français depuis 1971 est l\u2019addition de nouvelles cohortes d\u2019allo-phones considérablement francisés avant même d\u2019arriver au Québec et, à l\u2019exception de la cohorte arrivée en 1996-2001, majoritairement francotropes.Autrement dit, sans changement de composition ethnolinguistique de l\u2019immigration, sans sélection des immigrants et sans tamisage linguistique interprovincial \u2014 et sans changement du questionnaire ! \u2014 la vitalité du français aurait connu au mieux une amélioration fort modeste.Il peut paraître étonnant que le fait de vivre au Québec n\u2019exerce pas un effet de francisation plus marqué, et que la durée de séjour profite aussi à l\u2019anglicisation à tel point que les transferts linguistiques additionnels accomplis après l\u2019arrivée se distribuent entre le français et l\u2019anglais à peu près dans la même proportion que ceux qui avaient été effectués avant l\u2019immigration.Mais il semble que l\u2019avantage de l\u2019anglais sur le français dans le monde du travail à Montréal et dans l\u2019univers connexe des cégeps et des universités fasse contrepoids à la francisation par la langue de scolarisation.? Vitalité linguistique et démographie La fécondité détermine habituellement le remplacement des générations.Mais quand il s'agit de remplacer une population de langue maternelle donnée, la vitalité de la langue en cause joue aussi un rôle significatif (Castonguay 2002).Car de façon générale, la langue parlée le plus souvent à la maison par les parents devient la langue maternelle des enfants.Ainsi, au Québec, les populations francophone et anglophone connaissent à peu de choses près le même niveau de sous-fécondité depuis le début des années 1980.Toutefois, en raison de la vitalité supérieure de l\u2019anglais vis-à-vis du français, les jeunes adultes allophones adoptent de manière disproportionnée l'anglais comme langue d'usage pour ensuite le transmettre comme langue maternelle à leurs enfants.Par conséquent, la population anglophone du Québec était en 2001 plus jeune que la population francophone, leur âge médian étant respectivement de 37,2 et 38,7 années.Le remplacement des générations au sein d'une population donnée s'apprécie plus directement en comparant le nombre de jeunes enfants au nombre de jeunes adultes susceptibles d'être leurs parents.On constate de la sorte qu'en dépit d'une sous-fécondité à peu près identique, le défaut de remplacement des générations en 2001 n'est que de 5 % pour la population anglophone contre 16% pour la francophone, avantage démographique considérable dû pour l'essentiel à la vitalité supérieure de l'anglais.?Réferences Castonguay, Charles, Exogamie et anglicisation dans les regions de Montréal, Hull, Ottauia et Sudbury, Centre international de recherche sur le bilinguisme, Québec, 1981.Castonguay, Charles, L'assimilation linguistique : mesure et évolution 1971-1986, Conseil de la langue française, Québec, 1994.Castonguay, Charles, « Assimilation linguistique et remplacement des générations francophones et anglophones au Québec et au Canada », Recherches sociographiques, 43,1,2002.Commission d'enquête sur la situation de la langue française et sur les droits linguistiques au Québec, Rapport, Livre 1 : La langue de travail, Éditeur officiel, Québec, 1972.Commission des États généraux sur la situation et l\u2019avenir de la langue française au Québec, Lefrançais, une langue pour tout le monde, Gouvernement du Québec, Québec, 2001.Dai.laire, Louise M.et Réjean Lachapelle, Profils démolinguistiques, Secrétariat d\u2019État, Ottawa, 1990.Gouvernement du Québec, Le français langue commune.Enjeu de la société québécoise, Ministère de la Culture et des Communications, Québec, 1996.JoY, Richard )., Languages in Conflict.TheCanadian Experience, à compte d\u2019auteur, Ottawa, 1967 et McClelland and Stewart, Toronto, 1972. 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mission.Dunton un rapport qui a un impact sur Ce rapport porte sur la répartition l\u2019opinion publique et plus encore sur les des revenus selon les groupes ethni-décideurs et leaders d\u2019opinion qui ques au Canada.Il indique que, sur L'état du Québec Toutes les estimations présentées ici proviennent d\u2019une étude réalisée par Nicolas Béland pour le Conseil supérieur de la langue française, lorsqu\u2019il y travaillait.Cette étude devait être publiée à l\u2019automne 2003.Nicolas Béland a travaillé pour le Conseil jusqu\u2019en octobre 2002.l\u2019ensemble du Canada, les Canadiens d\u2019origine française sont presque au bas de l\u2019échelle des revenus, juste au-dessus des Canadiens d\u2019origine « indienne ».Pire, pour la région métropolitaine de recensement de Montréal, les données du recensement de 1961 montrent que les revenus de travail des « Britanniques » sont de 32 % supérieurs à ceux des « Français ».Ce qui est considérable et donne un aperçu de l\u2019ampleur de la différence de statut économique prévalant alors entre les deux communautés montréalaises.Or, Montréal est, et demeure, le lieu de contact entre francophones et anglophones au Canada.Ce qui s\u2019y passe est donc d\u2019une importance critique.Ce qui explique sans doute le fait que sept des dix commissaires soient des Montréalais ou d\u2019ex-Montréalais.Des deux codirecteurs de la recherche, l\u2019un est montréalais.Sans parler de la position d\u2019André Laurendeau.Et il y a beaucoup plus.L\u2019écart entre les revenus de travail des « Britanniques » et des « Français » est un écart brut.Le véritable impact du rapport se situe ailleurs.Raynauld et ses collaborateurs font face à un problème classique.Peuvent-ils attribuer à la seule origine ethnique la différence de revenus observée ?Doivent-ils, au contraire, expliquer cette différence par une autre chose, une différence de scolarisation, elle-même fortement associée à l\u2019origine ethnique?André Raynauld est alors un des économistes les plus en vue au pays et il a à sa disposition les outils statistiques les plus sophistiqués pour traiter de ce problème.Lui et ses collaborateurs introduisent donc dans l\u2019équation toutes ces autres variables (âge, scola- rité, chômage, appartenance à un secteur industriel plutôt qu\u2019à un autre, etc.) sur lesquelles le recensement contient de l\u2019information et qui ont théoriquement une influence sur le revenu de travail.Ces autres variables ont effectivement leur impact.Elles réduisentl\u2019écart brut dans les revenus de travail.Mais, et c\u2019est là le point central, elles ne l\u2019éliminent pas.Subsiste un écart, net cette fois, tel que si l\u2019on compare un « Britannique » et un «Français» du même âge, de scolarité semblable et ainsi de suite, le « Britannique » a encore des revenus de travail de 10 % supérieurs à ceux du « Français ».Pour la première fois, l\u2019hypothèse crédible et chiffrée d\u2019une discrimination systémique à l\u2019endroit des francophones est soulevée dans un document dont sont saisies les élites politiques.Et ceci dans un contexte où plusieurs intellectuels montréalais francophones puisent une partie de leurs références dans les écrits sur la décolonisation dans le Tiers-Monde et dans les études sur la situation des Noirs aux États-Unis.Il suffit de rappeler le succès de Nègres blancs d\u2019Amérique.Qu\u2019est-il advenu de tout cela ?L\u2019histoire racontée ici commence en 1970 et se poursuit jusqu\u2019en 1995, dernière année pour laquelle les données pertinentes sont disponibles.Elle concerne essentiellement la même question que celle traitée par Raynauld.Elle utilise les mêmes éléments d\u2019analyse.Elle vise, par un jeu d\u2019exclusions précisé dans l\u2019Encadré 1, une même population d\u2019hommes pleinement insérés sur le marché du travail.Elle se déroule sur le même lieu stratégique, Montréal.Elle a 254 La population donc valeur de test: c\u2019est sur cette population qu\u2019il faut voir si quelque chose s\u2019est produit.Elle ajoute, dans la lignée des travaux de Vaillancourt (1988), un nouvel élément : à savoir la capacité des personnes concernées de parler le français et l'anglais.Elle est étonnante dans la rapidité de ses retournements.Le lecteur intéressé par les aspects plus méthodologiques lira l\u2019Encadré 1.L\u2019histoire tient dans un seul tableau, le tableau 1 ci-dessous, et compte trois moments.1960-1970 : la persistance de l\u2019écart Les chiffres du Tableau 1 pour l\u2019année 1970 ne sont pas strictement comparables à ceux présentés par Raynauld pour i960.Mais dans les deux cas, d\u2019importants écarts sont visibles.Partout dans le Tableau 1, les hommes comparés ont même scolarité, même expérience de travail, même nombre de semaines de travail et même statut marital.Malgré tout cela, en 1970, les anglophones ont un salaire moyen supérieur à celui des francophones unilingues, lequel salaire sert de base de comparaison.Selon qu\u2019ils sont unilingues ou bilingues, le salaire moyen des anglophones est supérieur de 20 % ou de 25 % à celui des francophones unilingues.Ce qui est énorme : nous avons ici affaire à des personnes similairement qualifiées.Les francophones bilingues gagnent 11 % de plus que les francophones unilingues, mais moins, très clairement, que les anglophones unilingues et que les anglophones bilingues.Une distribution classique, et sans doute ancienne, des revenus persiste.À qualification égale, les anglophones sont au sommet de l\u2019échelle, les francophones unilingues au pied de l\u2019échelle et les francophones bilingues au milieu.Le salaire moyen des anglophones est supérieur de 20 % 1970-1980 : la disparition de l\u2019écart ou de 25 % à celui Tout cela va changer radicalement au cours des années 1970.En 1980, le des francophones salaire moyen des anglophones unilingues n\u2019est que de 4% supérieur à celui Unilingues, des francophones unilingues.Qui plus est, cet écart n\u2019est pas statistiquement significatif.Alors qu\u2019il y avait un écart de 20 °/o en 1970.On observe aussi un important changement chez les bilingues.Que ceux-ci soient francophones ou anglophones, leur salaire moyen est systématiquement plus élevé que celui des unilingues (francophones et anglophones).Un peu comme si le marché du travail avait instauré une prime au bilinguisme.Plus important encore est le fait que cette prime soit, à toutes fins utiles, la même que Ton provienne du monde francophone ou anglophone.En 1980, le salaire moyen des francophones bilingues est de 6% supérieur à celui des francophones unilingues.Celui des anglophones bilingues tableau 1 Écart, contrôles pertinents faits, entre le salaire moyen des hommes francophones et anglophones selon le bilinguisme français-anglais, RMR de Montreal, de 1970 à 1995 \t\t\t\t Anglophones unilingues\t20%\t4 %*\t3 %*\t-2 %* Anglophones bilingues\t25%\t8%\t3%\t7% Francophones bilingues\t11%\t6%\t7%\t6% Francophones unilingues\tBase 0\tBased\tBase 0\tBased * Écart non significatif Source des données : Statistique Canada 255 L'état du Québec la situation observée en 1980 donne tous les signes de s\u2019installer durablement.l\u2019est de 8%.Les données proviennent d\u2019un échantillon d\u2019une taille respectable.Mais la différence entre 6% et 8°/o est telle que malgré la taille de l\u2019échantillon, il est permis de la considérer comme, en pratique, non existante.Le changement de la situation est considérable.En 1970, comme dans les données de Raynauld, la distribution des revenus salariaux à Montréal porte encore des traces très visibles d\u2019une hiérarchie ethnolinguistique, depuis fort longtemps établie, au sommet de laquelle se trouvent les « Britanniques » comme groupe et l\u2019anglais comme langue.En 1980, cette hiérarchie a disparu.Tout se passe maintenant comme si les qualifications formelles des travailleurs (scolarité et expérience de travail) étaient devenues les seuls déterminants de leur salaire, sans égard à l\u2019origine ethnique, etcommesilemarché, finalement conscient de son environnement culturel et linguistique, avait instauré une prime au bilinguisme et l\u2019accordait sans égard à la langue d\u2019origine des bilingues.Changement de situation considérable et rapide à n\u2019y pas croire.En dix courtes années, le marché du travail aurait complètement redéfini ses règles de rémunération.Toutefois, l\u2019horizon temporel imposé ici par la disponibilité des données est peut-être trompeur.Il est parfaitement possible que la période 1970-1980 soit en fait la période au cours de laquelle des tendances économiques, sociales et politiques lourdes, nées bien avant, cumulent soudainement leurs effets.Il faudra y revenir.1980-1995: la persistance de la disparition La période 1980-1995 est moins fertile en rebondissements.On pourrait la tenir pour ennuyeuse.Ce serait une erreur.Les données provenant des recensements de 1991 et de 1996 indiquent clairement deux choses d\u2019une grande importance.La première est que la situation observée en 1980 donne tous les signes de s\u2019installer durablement.En 1990, les anglophones unilingues gagnent légèrement plus (5 %) que les francophones unilingues.En 1995, ils gagnent légèrement moins, - 2 %.Dans un cas comme dans l\u2019autre, la différence peut être considérée comme inexistante d\u2019un point de vue statistique et leur sort salarial identique d\u2019un point de vue pratique.En 1990 et en 1995, les bilingues gagnent plus que les unilingues.L\u2019écart n\u2019est pas faramineux, mais il est bien réel.Toutefois, la différence entre la « prime au bilinguisme » touchée par les francophones et les anglophones est mince, va tantôt dans un sens et tantôt dans l\u2019autre et est soit inexistante d\u2019un point de vue statistique (en 1995), soit négligeable d\u2019un point de vue pratique.Ceci a un corollaire qui est la deuxième chose importante à noter à propos de la période 1980-1995.La transformation observée entre 1970 et 1980 n\u2019a pas été l\u2019occasion d\u2019un retournement plus important de la situation au terme duquel les anglophones, et particulièrement les anglophones unilingues, se seraient retrouvés dans la position qui était, jusqu\u2019en 1970, celle des francophones unilingues.Il y a toutes les chances pour que les données du recensement de 2001 256 viennent, lorsqu\u2019elles seront disponibles à la fin de 2004, confirmer l'installation durable de ce nouvel état des choses.Le marché.marche! De quoi réconforter le cerveau d\u2019un économiste.Et faire se turlupiner celui d\u2019un sociologue.Comment expliquer tout cela ?Deux points de départ: Hugues et Guindon Pour expliquer ce qui s\u2019est passé, on peut faire appel à deux analyses de la société québécoise du début du xxc siècle contenues dans les travaux de deux sociologues : Hubert Guindon et Everett C.Hughes.Pour Guindon (1964, 1988), la société québécoise se définit jusqu'à la fin des années 1950 (et donc des observations de Raynauld) par un modèle d'autoségrégation institutionnelle mutuellement satisfaisante.Guindon entend par-là un type de société dans laquelle Canadiens français et Canadiens anglais, pour utiliser le langage de l\u2019époque, vivent l\u2019essentiel de leur vie dans des mondes institutionnels (écoles, églises, services sanitaires et sociaux, commerces, presse, mondes du divertissement et de la culture) complets en soi, distincts les uns des autres, et tenus tels à leur satisfaction mutuelle.Seul le monde du travail peut exiger des contacts.Selon les lieux et les époques, ces contacts peuvent ne concerner qu\u2019une minorité d\u2019individus dans chacune des communautés.Que les vendeuses de Dupuis Frères ou les professeurs de l\u2019Université de Montréal gagnent moins que leurs homologues de chez Eaton ou de McGill s\u2019explique, dans cette perspective, par des décisions propres à chacune des institutions en cause.Lesquelles décisions relèvent en partie de la richesse des communautés desservies par les dites institutions.La différence de revenus observée par Raynauld n\u2019est pas, directement à tout le moins, causée par des mécanismes de discrimination, d\u2019exploitation ou de colonialisme interne.Hughes (1943), quant à lui, a étudié Drummondville à la fin des années 1930.Il a accordé une attention particulière à la place des francophones et des anglophones dans la hiérarchie manufacturière de la ville.La situation dans l\u2019usine la plus importante de la ville (elle emploie près de 900 personnes) est la suivante.L\u2019usine est récente et a été financée par des capitaux britanniques.Le directeur vient d\u2019Angleterre.11 en est à sa cinquième affectation de ce genre aux quatre coins de l\u2019Empire.La très grande partie des autres cadres, des techniciens et des contremaîtres sont des Britanniques, des Américains ou des Canadiens anglais.La langue de travail est pour l\u2019essentiel l\u2019anglais.Il y a quelques contremaîtres Canadiens français.Et la quasi-totalité des ouvriers sont Canadiens français.Hugues ne donne pas de détails sur les salaires.Mais le décor est planté de manière classique pour que jouent divers mécanismes de discrimination et d\u2019exploitation.Les ouvriers francophones sont considérés comme faisant partie d'une main-d\u2019œuvre captive.Les ouvriers anglophones, venus des autres usines du groupe, sont considérés comme étant en affectation plus ou moins temporaire.La maîtrise de l\u2019anglais est nécessaire pour accéder à des postes de contremaîtres, de techniciens L'état du Québec ou de cadres.Rien n\u2019assure que les quelques francophones qui accèdent a ces postes soient traités comme leurs homologues anglophones.Ce qui vaut pour Drummondville vaut aussi pour le Montréal observé par Raynauld.Il y a alors, à Montréal, un très grand nombre d\u2019entreprises de toutes catégories dont le personnel est fait de francophones et d\u2019anglophones.La probabilité que l\u2019on retrouve dans celles de ces entreprises qui fonctionnent en anglais, c\u2019est le cas des plus importantes, une situation analogue à celle décrite par Hughes à Drummondville est considérable.La position raisonnable est de penser qu\u2019une partie de la différence nette de revenus de travail observée par Raynauld s\u2019explique par ce sur quoi Guindon attire l'attention : l\u2019existence de deux marchés du travail parallèles.Un effet Eaton / Dupuis pour ainsi dire.L\u2019autre partie de la différence relève d\u2019inégalités dans le traitement de francophones et d\u2019anglophones, par ailleurs similairement qualifiés, à l\u2019intérieur des entreprises qui les emploient.Un président des Canadian National Railways a eu, à l\u2019époque, des propos révélateurs.Il y a aussi un effet Gordon.Pour raisonnable qu\u2019elle soit, cette position demeure insatisfaisante : rien dans les données disponibles sur cette période ne permet d\u2019évaluer la force relative de chacun de ces effets.Il reste que deux choses au moins ont joué depuis et expliquent la disparition des écarts salariaux entre francophones et anglophones.L'expansion du marché interne Pour Guindon, la nature de la Révolution tranquille est simple.Il s\u2019agit pour la classe moyenne francophone qui émerge dans les années 1950 etigôo de se créer un espace économique propre.La suite montre qu\u2019elle le fait de quatre façons.Elle transforme une administration provinciale périphérique aux vrais enjeux en un État interventionniste.Elle ravit à l\u2019Église le contrôle de pans entiers de la structure institutionnelle : le système scolaire, le système hospitalier, les œuvres caritatives qui deviennent les services sociaux et l\u2019appareil du bien-être social notamment.Elle a l\u2019intelligence de ne pas investir qu\u2019en elle-même et de soutenir un rattrapage scolaire important qui profite à l\u2019ensemble des générations issues du baby-boom.Enfin, par l\u2019intermédiaire de l\u2019État, elle mobilise l\u2019épargne collective pour financer, à terme, le démarrage d\u2019une classe d\u2019affaires capable de concurrencer, sur le marche privé, les anciens pouvoirs anglophones.Québec Inc.naît.Les pages financières du quotidien de demain parleront de la Caisse de dépôts et de placements, d'Hydro-Québec, de Bombardier et de Vidéotron.Des noms comme Angus Shops, Vicker\u2019s, Dominion Bridge n\u2019évoquent plus que de vagues souvenirs.Sort de tous ces développements un monde de bureaucraties et d\u2019entreprises à directions francophones et capables de verser des salaires concurrentiels à des employés par ailleurs consommateurs dans une société dont le niveau de vie a augmenté.Les mœurs et la loi La croissance du marché interne n\u2019explique pas tout, il s\u2019en faut.Il y a en parallèle d\u2019autres mouvements dont les racines ouvrières et syndicales sont 258 La population peut-être aujourd\u2019hui oubliées.À ce propos, il est bon de rappeler qu\u2019un Louis Laberge commence sa vie professionnelle comme machiniste chez ce qui est alors Canadair.Initialement, les organisations syndicales vont réclamer, et obtenir par le jeu des conventions collectives, que leurs membres soient rémunérés, affectés et promus en fonction de critères objectifs, universaux, reliés à leurs seules qualifications professionnelles.À terme, cela aura pour effet de laminer les facteurs extrinsèques (ethniques, linguistiques, voire religieux) qui jouaient dans les mécanismes de rémunération et de promotion dans les entreprises.Historiquement, les revendications pour faire du français la langue de travail viennent plus tard.Elles ont aussi des assises syndicales.Elles sont portées par un mouvement plus vaste.Elles se concrétisent dans les législations linguistiques qui sont celles du Québec.Ces législations font malgré tout consensus.Elles ont leurs effets.Comme l\u2019illustrent les données dont il vient d'être question.On peut penser que ces effets ont été d\u2019autant nets et rapides qu\u2019ils ont profité d\u2019un changement de culture dans les entreprises initié, en partie au moins, par l\u2019application des critères universaux inscrits dans les conventions collectives.La naissance d\u2019un marché du travail unique Ces facteurs se combinent à d\u2019autres pour faire du marché du travail de la région métropolitaine de recensement de Montréal d\u2019aujourd\u2019hui un marché très différent de ce qu\u2019il était voici encore à peine une trentaine d'années.Prenant assises sur leur concentration géographique et sur leur capacité de transformer un appareil politique, les francophones ont transformé leur société pour la doter d\u2019élites administratives et d\u2019une classe d\u2019affaires qui n\u2019existaient pas avant.Ces deux facteurs peuvent expliquer à eux seuls la différence entre le sort économique des francophones au Québec et celui des Noirs aux États-Unis.Les anglophones montréalais se sont finalement assez bien accommodés de ces changements.Certains, et certaines grandes entreprises, se sont déplacés vers l\u2019Ouest et particulièrement sur Toronto.La plupart sont restés et se sont adaptés à la fois à la situation locale et à un ethos plus général et plus moderne qui veut que les gens, quels qu\u2019ils soient, soient traités non pas en fonction de qui ils sont mais de ce qu\u2019ils font.En est né, vraisemblablement, un marché du travail unique.Unique en deux sens différents.Unique au sens que, possédant les qualifications techniques requises, chacun a un accès à tous les points du marché.Unique aussi par les traits linguistiques des participants.En 1971, dans la population retenue ici, 65% des francophones se disent bilingues.En 1996, cette proportion est stable à 63 %.En 1971, la proportion de bilingues chez leurs homologues anglophones était de 44°/o.Elle a depuis grimpé d\u2019un recensement à l\u2019autre pour atteindre 79 % en 1996.Autre indice de la profonde transformation du marché.?Les anglophones montréalais se sont finalement assez bien accommodés de ces changements.259 L\u2019état du Québec Références Bf land, Nicolas, (2003) La persistante disparition de l\u2019écart : revolution des revenus salariaux des hommes selon deux appartenances ethnolinguistiques et le bilinguisme dans la région métropolitaine de recensement de Montréal de 1970 à 1995.Québec, Conseil supérieur de la langue française.Gu in don, Hubert, (1964) « Social Unrest, Social Class and Quebec\u2019s Bureaucratie Revolution », Queen's Quarterly, 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ont fréquenté l\u2019école française, ce qui a facilité leur intégration à la société québécoise.En les interro- 260 La population géant, Génération Québec voulait vérifier une intuition partagée par de nombreux jeunes Québécois nés après la Révolution tranquille: la ligne de partage entre citoyens québécois « de souche » ou non, n\u2019est plus aussi claire.Les résultats de cette première étude quantitative confirment cette intuition.Depuis quelques années on constate que les perceptions, les attitudes, et les comportements des enfants de la loi ioi se distinguent nettement de ceux de leurs parents pour se rapprocher davantage de ceux exprimés par la population francophone née au Québec.Mieux intégrée, la generation 101 a, sur plusieurs points, des valeurs et des attentes semblables à celles de la population québécoise dans son ensemble.La distinction faite sur l\u2019origine immigrante est de moins en moins pertinente.À l\u2019image de la majorité de la population québécoise, la génération 101 a le sentiment que le Québec forme une nation distincte du reste du Canada.Ces jeunes sont attachés à la langue française, ils participent massivement aux élections et ils aimeraient bien sortir de l\u2019impasse constitutionnelle.Ils voteraient OUI à 40% à un référendum qui proposerait la souveraineté du Québec, soit dans la même proportion que l\u2019ensemble de la population du Québec, selon les sondages.Nouvelle piste de recherche En avril 2000, Génération Québec réalisait un autre sondage qui, lui, portait sur l\u2019attachement à la nation québécoise.Les jeunes « non francophones » ne représentaient qu\u2019une partie de l\u2019échantillon de ce sondage qui portait sur l\u2019ensemble de la population québécoise.On constatait alors que chez les « non francophones » âgés de 18 à 35 ans : \u2022\t16 °/o se déclarent souverainistes ; \u2022\t52 % estiment que le Québec forme une nation qui doit poursuivre son propre développement.Ce sondage révélait que le clivage francophones/anglophones se transformait en un clivage générationnel (sondage publié dans Le Devoir, 23 juin 2000)\t.Ces résultats montraient l\u2019importance de poursuivre la recherche sur ces questions.Une analyse des rares documents pertinents sur le sujet (voir entre autres ; Piché et Bélanger 1995 ; Renaud et alii 2000; Helly et Van Schendel 1997; Meintel et Le Gall 1994 ; Lavoie et Serré, 2001)\tdémontre que beaucoup de travail de recherche reste à faire pour mieux connaître ces jeunes : les sources de leur socialisation, les canaux de leur intégration dans la société québécoise et leur compréhension de celle-ci.Afin de contribuer à la recherche dans ce domaine, Génération Québec a réalisé un sondage d\u2019envergure et sans précédent, portant exclusivement sur la génération 101.Citoyens québécois è part entière, ils réagissent comme la majorité.La génération 101 Cette étude, réalisée en 2003, a porté sur un vaste échantillon représentatif des enfants de la loi 101 (1025 répondants).Elle a principalement mesuré le niveau d\u2019intégration sociale et linguistique ainsi que le degré de participation civique de ces jeunes.Les répondants ont été sélectionnés en fonction de leur lieu de naissance ou celui de leurs parents et non en fonction de leur langue maternelle.Ce choix méthodologique n\u2019est pas sans importance puisque le lieu de naissance est une variable précise pour identifier la 261 L'état du Québec population issue de l\u2019immigration récente.De plus, elle a le mérite de ne pas exclure les jeunes originaires d\u2019Haïti, du Liban, du Maroc, de l\u2019Algérie, etc.L\u2019échantillon est composé de 41 % de jeunes nés à l\u2019étranger et de 5 g % de jeunes dont les parents sont nés à l\u2019étranger.Ainsi, tous sont Québécois de première ou de deuxième génération.Iis ont grandi dans le Québec de la loi 101 et ont fréquenté l\u2019école française pendant deux années ou plus.Selon notre étude, il semblerait qu\u2019au moins 300 000 jeunes Québécois âgés de 18 à 35 ans peuvent se réclamer de cette identité ainsi définie.Ce chiffre diffère de celui publié par Statistique Canada en 1996 (qui évaluait à 120 000 le nombre de ces enfants de la loi 101) parce que leur définition ne retient que les enfants ne parlant pas le français à la maison en excluant du coup de nombreux immigrants ou enfants d\u2019immigrants originaires de pays où le français est une langue d\u2019usage.Les « eux » et le « nous » : une distinction qui ne tient plus Les résultats du sondage confirment l\u2019hypothèse de départ.La génération 101 et la population qui forme la « nation distincte » québécoise, se ressemblent de plus en plus.Les fils et les filles des Canadiens-jrançais du Québec et les fils et Les jeunes de la filles d\u2019immigrants arrivés au Québec après l\u2019adoption de la loi 101, ont des génération 101 ont comportements et des aspirations similaires.Les jeunes de la génération 101 ont eu I occasion de eu l\u2019occasion de tisser des liens solides tisser des liens avec leur société d\u2019accuei1'lls benef\u2018- cientd\u2019une double culture civique : celle solides avec leur de leurs parents et celle qu\u2019ils partagent avec leurs amis ou dans leurs relations Société d'accueil, sociales au Québec.La nation et la politique Contrairement aux idées reçues, la génération 101 s\u2019implique politiquement et s\u2019exprime lors des scrutins.Plus de 80 % des répondants déclarent avoir participé tant aux élections provinciales que fédérales.Plus des trois quarts (83 %) des répondants ont des discussions d\u2019ordre politique.Les discussions d\u2019ordre politique se font le plus souvent entre amis (87%).La génération 101 a une perception positive de la démocratie au Québec (dans une proportion de 75 %).Les deux tiers d\u2019entre eux (68 %) ont une perception positive de l\u2019égalité entre les personnes au Québec et près des trois quarts (72%) considèrent bonne la situation économique du Québec.Il est intéressant de constater que cette partie de la population québécoise, bien qu\u2019arrivée au Québec récemment, adhère fortement à l\u2019idée de la nation québécoise.En effet, plus des deux tiers (67 °/o) des répondants considèrent que le Québec forme une nation distincte du reste du Canada.L\u2019analyse plus poussée des résultats montre que ce sentiment se développe avec le temps.Les répondants nés au Québec, de parents immigrants, estiment que le Québec forme une nation dans une proportion qui atteint 72 %.Les répondants n\u2019ont pas une perception uniforme des Canadiens vivant dans les autres provinces.En effet, 51 % se considèrent différents des Canadiens vivant dans les autres provinces comparativement à 48 % qui s\u2019estiment peu ou pas du tout différents.Une variation significative apparaît ici dans les résultats en fonction du degré de scolarité des répondants ou de leur lieu de naissance.Les diplômés universitaires sentent davantage leur différence (58% 262 La population d\u2019entre eux).Cette proportion est la même en ce qui concerne les répondants nés au Québec.La langue (46%) est la principale raison invoquée pour expliquer la différence qu\u2019ils ressentent par rapport aux Canadiens vivant dans les autres provinces.La question portant sur l\u2019identité a révélé, quant à elle, qu\u2019un peu plus du tiers des répondants (34%) se déclare d\u2019emblée Canadien.Un deuxième tiers (29%) se considère Montréalais et un troisième tiers (28%) Québécois.L\u2019étude démontre une forte corrélation entre le fait de s\u2019identifier comme Québécois et le fait d\u2019appuyer la souveraineté du Québec.Parmi les répondants qui affirment spontanément leur identité québécoise, 52% sont favorables à la souveraineté.Les répondants qui s\u2019identifient comme Canadiens sont favorables à la souveraineté dans une proportion de 18 % et cet appui se chiffre à 31 % parmi les répondants qui s\u2019identifient comme Montréalais.La souveraineté À la question : « Voteriez-vous OUI ou NON à un référendum qui proposerait la souveraineté du Québec assortie d\u2019une offre de partenariat avec le reste du Canada ?», 40 °/o des répondants ont répondu OUI.Aucune variation significative n\u2019est observable selon l\u2019âge, le sexe, le lieu de naissance ou la scolarité des répondants.Une proportion importante la génération 101 (40%) est insatisfaite du régime politique fédéral actuel et voteraient OUI à un référendum sur la souveraineté.Il n\u2019est donc plus pertinent de prétendre que cette question concerne d\u2019abord et avant tout les « francophones de souche ».Ces résultats sont semblables à ceux de sondage portant 40 % voteraient OUI sur la population québécoise dans son ensemble.En janvier 2003, 40% de la 3 un référendum sur population dans son ensemble donnait .\t.,\t.la souveraineté.son appui a la souveraineté.Le sous-groupe des 18-34 de ce sondage appuyait la souveraineté dans une proportion de 48% (sondage Léger Marketing, 31 janvier 2003).Soulignons également que la génération 101 (dans une proportion de 58%) partage le sentiment qu\u2019il est important de relancer le dossier constitutionnel et d\u2019obtenir davantage de pouvoirs pour le Québec.Les avantages pour réaliser la souveraineté du Québec, évoqués par les répondants de la génération 101 favorables à cette option, sont multiples : on retient des raisons économiques, politiques et culturelles.Les répondants favorables au maintien du Québec dans la fédération canadienne évoquent pour leur part des arguments principalement d\u2019ordre économique.Il est intéressant de constater que la «culture du référendum» est aussi ancrée chez lagénération 101 qu\u2019au sein de la population en général.En effet, tout changement politique majeur au Québec et au Canada devrait être soumis à la consultation populaire afin d\u2019être légitime.Plus des trois quarts (76 %) des répondants pensent qu\u2019une consultation de la population du Québec par référendum serait nécessaire si un prochain premier ministre décidait de signer la Constitution canadienne.Cette proportion est encore plus significative chez le groupe des 18-24 ans (81 °/o).Quelles que soient les intentions de vote lors d\u2019un référendum, la grande majorité des répondants estime qu\u2019il est nécessaire de régler le problème constitutionnel du Québec.En effet, 84% 263 L'état du Québec 59 % lisent principalement les journaux et les magazines en français.d\u2019entre eux considèrent qu\u2019il est important que les élus de Québec et d\u2019Ottawa trouvent une solution au problème constitutionnel.La langue Depuis l\u2019entrée en vigueur de la Charte de la langue française au Québec en 1977, les fils et filles d\u2019immigrants sont tenus de fréquenter l\u2019école française.Le Québec a choisi de faire de la langue française le creuset de la nation québécoise.Ce sondage démontre que cet important défi est en partie relevé auprès des jeunes Québécois issus de l\u2019immigration récente.Tout comme l\u2019ensemble de la population québécoise, la génération 101 est attachée à la langue française et elle est préoccupée par sa défense.Les répondants ont une opinion très positive de la langue française (92 %) : ils sont fiers de parler le français et considèrent que c\u2019est une richesse qu\u2019il faut protéger.Plus significative encore est la réponse donnée dans l\u2019hypothèse où ils pourraient choisir la langue d\u2019enseignement de leurs enfants.Plus de trois répondants sur cinq (63 °/o) ont répondu qu\u2019ils choisiraient d\u2019envoyer leurs enfants à l\u2019école française.Seulement le quart (24%) des répondants opteraient pour l\u2019école anglaise.Le choix linguistique est un choix de participation sociale.Cette étude démontre que les jeunes de la génération 101 ont choisi majoritairement le français comme langue d\u2019usage.\u2022 Les répondants communiquent principalement en français avec leurs amis, 54% d\u2019entre eux l\u2019affirment.L\u2019anglais constitue la seconde langue de communication dans les rapports amicaux, 17% parlent an- glais avec leurs amis et 19 % parlent anglais et français.\u2022\tLes répondants communiquent principalement en français, 46% l\u2019affirment, ou dans leur langue d\u2019origine, 36%, avec leurs parents.La proportion des répondants qui parlent anglais avec leurs parents est de 8 %.\u2022\tTrois sur cinq (59 °/o) lisent principalement les journaux et les magazines en français contre 23 °/o en anglais.\u2022\tTrois répondants sur cinq (59 %) lisent principalement livres et romans en français contre 27 % en anglais.Toutefois, force est de constater que l\u2019impact de la loi 101 est moins concluant en milieu de travail.Faire du français la langue de travail partout au Québec est pourtant un objectif prioritaire de la loi 101 qui légifère en matière de langue d\u2019usage dans le domaine public et non pas dans la vie privée.Ainsi, bien que 59 % des répondants privilégient le fiançais pour communiquer avec leurs collègues de travail, 14 % des répondants parlent seulement l\u2019anglais et 21% utilisent les deux langues.Les résultats de l\u2019étude indiquent une variation en ce qui concerne le choix de la langue et ce, en fonction de l\u2019âge, de l\u2019éducation et de l\u2019arrivée au Québec.L\u2019usage du français s\u2019accroît pour les répondants ayant une scolarité universitaire, lorsqu\u2019ils sont nés au Québec, ou encore lorsqu\u2019ils sont âgés de 25 à 35 ans.Toutefois, ces facteurs n\u2019ont aucune influence sur l\u2019utilisation du français au travail.L\u2019importance de l\u2019anglais dans le monde du travail explique peut-être les inquiétudes partagées par la génération 101 quant à l\u2019avenir du français au Québec.Les trois cinquièmes (60%) des répondants pensent que, malgré la 264 Méthodologie L'étude, effectuée par Léger Marketing, a été réalisée au moyen d'entrevues téléphoniques auprès d'un échantillon aléatoire de 1025 jeunes de la grande région métropolitaine âgé(e)s de 18 à 35 ans, pouvant s'exprimer en français ou en anglais et répondant aux deux critères suivants: Être né(e) à l'étranger ou né(e) au Québec de parents nés dans un pays étranger.Avoir fréquenté, au Québec, l'école française primaire et/ou secondaire pendant au moins deux ans.Les entrevues ont été réalisées du 27 janvier au 26 février 2003.La marge d'erreur maximale est de ± 3% et ce, 19 fois sur 20.?loi ioi, la situation du français au Québec reste précaire.Plus des trois quarts (84%) d\u2019entre eux esüment nécessaire de défendre la langue française.Moins d\u2019un répondant sur cinq (15 %) pense que la défense de la langue française est une bataille perdue d\u2019avance en raison de la situation géographique du Québec.Enfin, une forte proportion (86%) de la génération 101 pense qu\u2019il faut investir davantage dans l\u2019apprentissage du français afin d'améliorer l\u2019intégration des immigrants.Implication sociale Plus des deux tiers (66 %) des répondants se sont déjà impliqués afin de défendre une cause.Il est intéressant de noter ici l\u2019importance de la mobilisation des jeunes de la génération 101 pour des causes sociales.Les principales causes identifiées comme lieux de mobilisation sont des causes collectives et d\u2019équité (pauvreté, racisme, paix, environnement).À noter également : la protection de la langue française a déjà mobilisé un répondant sur six (17 %).Les répondants sont peu impliqués cependant dans les partis politiques, mais ils ont fait l\u2019expérience de diverses formes de participation civique.Près des trois quarts (71 %>) des répondants ont déjà été membres d\u2019une organisation sociale ou communautaire.L\u2019avenir Aucune étude quantitative de ce type n\u2019ayant été réalisée auparavant, l\u2019exercice de comparaison est complexe.Néanmoins, ces résultats confirment les intuitions partagées par de nombreux jeunes Québécois ayant grandi dans le Québec de la loi 101.Cet instantané nous permet de prendre le pouls de notre société nationale pour constater que la génération 101 a adopté le Québec, sa langue et sa culture politique.Les identités individuelles sont multiples certes, mais l\u2019identité collective de la population jeune du Québec n\u2019est pas traversée de fossés profonds.D\u2019autres recherches permettront sans doute d\u2019affiner notre connaissance de cette problématique.Mais déjà, dans le discours et les pratiques, dans les institutions politiques et sociales du Québec autant que dans les médias, une réflexion doit s\u2019amorcer afin de tenir compte cette réalité très souvent occultée.? L\u2019état du Québec Du français minoritaire au français dominant Les immigrants au Quebec Jean Renaud Université de Montréal FIGURE 1 * 100 80 60 40 20 0 Au Québec, l\u2019équilibre démographique entre francophones et anglophones se joue en partie par l\u2019orientation linguistique qu\u2019adoptent les immigrants.Leur usage du français ou de l\u2019anglais dans divers contextes tant publics que privés illustre non seulement la capacité d\u2019attraction de ces groupes sociaux, mais aussi détermine l\u2019évolution des tensions politiques autour de cette question.Nous allons, dans les lignes qui suivent, présenter les comportements linguistiques durant leurs dix premières années de séjour d\u2019une cohorte récente d\u2019immigrants [voir l\u2019encadré].Lorsque des données équiva- Cohorte de 1989 : langue la plus souvent parlée à la maison Temps 1\tTemps 2\tTemps 3\tTemps 4 Français\tAnglais Langue maternelle Français et autres langue Anglais et autres langue Autre lentes existent pour une cohorte plus ancienne, nous nous en servirons pour mesurer le chemin parcouru dans les dernières décennies.La langue parlée à la maison Dans la cohorte de 1989, la question sur la langue parlée à la maison a été posée à chacune des entrevues avec un choix de cinq réponses : « français », « anglais », « votre langue maternelle si autre que français ou anglais », « français etautres langues », « anglais et autres langues », «autre ».Il est à noter que les répondants dont la langue maternelle est le français ou l\u2019anglais sont classés dans ces groupes respectifs (figure 1).Dans cette cohorte récente, la langue maternelle est celle qui est la plus souvent parlée à la maison.Après avoir vu sa part augmenter légèrement entre le temps 1 et le temps 3 (respectivement 62,8%, 64,5 % et 67,6%), elle accuse une baisse notable au temps 4 (49,3 %) au profit du français, parlé seul (22,9 %) ou avec une autre langue (14,4%).La comparaison avec la cohorte de 1969 permet de constater l\u2019ampleur du changement qui est survenu en vingt ans.L\u2019anglais dominait alors la langue d\u2019usage à la maison de façon incontestée et cela s\u2019accentuait au fil de l\u2019établissement, l\u2019usage de cette langue passant de 42 % à 46 % en un an et demi, 266 alors que la part du français passait de 26 % à 23 %.Une partie importante du changement survenu d\u2019une cohorte à l\u2019autre tient à ce que l\u2019anglais est la langue maternelle la plus importante dans la cohorte de 1969 (29%) alors qu\u2019il ne représente plus que 3 % dans la cohorte de 1989.Les pourcentages équivalents pour le français sont de 20 °/o et de 10 %.En d\u2019autres termes, les langues maternelles autres que le français ou l\u2019anglais représentaient en 1969 la moitié de l\u2019échantillon alors qu\u2019elles représentent 87 % de l\u2019échantillon de 1989.Dans la cohorte de 1989, lorsqu\u2019on tient compte de la langue maternelle du répondant, on constate que le français parlé à la maison fait un gain réel chez ceux dont la langue maternelle est autre que le français ou l'anglais.Il passe de 8,7% au temps 1 à 16,2% au temps 4.L\u2019usage du français conjointement avec une autre langue s\u2019est aussi accru, soit de 8,1 % au temps 1 à 16,2 % au temps 4.L\u2019examen plus détaillé de cette question pour la 4' vague seulement montre que, chez ceux dont la langue maternelle n\u2019est ni le français ni l\u2019anglais, la langue maternelle domine (56,3 % des répondants de langue maternelle « autre ») ; 16,2 % utilisent le français seul et un autre 16,2% l\u2019utilisent avec une autre langue.L\u2019usage de l\u2019anglais, seul ou conjointement avec une autre langue, est assez marginal.Il y a donc eu une baisse majeure sur 20 ans de l\u2019importance de l\u2019anglais comme langue maternelle de même que, pour la cohorte la plus récente, une nette montée de l\u2019attraction du français comme langue d\u2019usage domestique.L\u2019anglais est passé d\u2019un statut central à une position marginale.La langue de travail L\u2019anglais dominait fortement la langue de travail de la cohorte de 1969, l\u2019usage de cette langue passant de 64% à six mois de séjour à 69 % après deux ans.Le français voyait dans le même temps son importance passer de 28 °/o à 25 %.Cette tendance est complètement transformée vingt ans plus tard.La cohorte qui vient s\u2019établir en 1989 adopte massivement le français au travail, à tel point que les proportions en sont totalement inversées.Dès le début de l\u2019établissement le français domine dans près de la moitié des emplois et cette proportion se stabilise à quelque 66% à long terme.Seule ombre au tableau, une décroissance temporaire ayant lieu entre deux et trois ans de séjour due à une crise économique durant laquelle il y a eu un repli ver les emplois en d\u2019autres langues (voir figure 2).Trajectoire selon la langue de travail La langue au travail peut être appréhendée en regardant chacun des épisodes d\u2019emploi ou en considérant la trajectoire des langues en emploi.C\u2019est ce dernier cas qui est présenté dans les paragraphes qui suivent, constituant à notre sens le meilleur indicateur de l\u2019univers linguistique dans lequel le répondant évolue dans le marché du travail, et plus encore de son intégration globale dans ce milieu linguistique.On peut imaginer en effet qu\u2019un itinéraire essentiellement constitué par des emplois en français indique que ces individus, en circulant à l\u2019intérieur de la communauté francophone, en viennent à s\u2019intégrer à celle-ci.À l\u2019opposé, un itinéraire « français-anglais » ou « français-anglais-autre » montrerait une non- intégration (ou une moins bonne) à une communauté linguistique en particulier.Comme indicateur de langue en emploi, nous avons utilisé la langue la plus fréquemment utilisée au travail.Les itinéraires présentés ici sont donc une suite de transitions d\u2019un état à un autre état, celui-ci étant défini comme un ou plusieurs épisodes d\u2019emplois dans une langue donnée.Ainsi, tant qu\u2019un répondant a un emploi en français, son état ne change pas et aucune transition n\u2019est réalisée.Dès que le répondant change sa langue d'emploi, par exemple, ici, du français à l\u2019anglais ou vers une autre langue, une transition vers une autre langue est enregistrée.Un répondant qui a eu cinq emplois tous en français n\u2019aura vécu aucune transition vers un emploi d\u2019une autre langue.La méthode utilisée repose sur une technique d\u2019estimation dont l\u2019algorithme de calcul a été mis au point par Rajulton Fernando dans son programme Lifehist.Cette méthode estime les probabilités de transitions avec l\u2019hypothèse que l\u2019ordre des événements joue et qu\u2019aucun d\u2019entre eux n\u2019est renouvelable (analyse dite « non marko-vienne»).Les probabilités obtenues sont dites asymptotiques, c\u2019est-à-dire basées sur des états de longue durée.Une probabilité change en effet si elle est calculée au mois d\u2019arrivée, après un an ou après deux ans.Les calculs faits ici sont les probabilités après 120 mois dans un état donné.11 faut préciser que le logiciel utilisé ne permet pas d\u2019aller au-delà de cinq transitions et que nos effectifs nous limitent à trois transitions.De ces probabilités de transitions (non présentées ici) sont déduites les probabilités des trajectoires qui esti- ment l\u2019importance relative de ces divers itinéraires linguistiques.Étant donné que cela représente l\u2019ensemble des itinéraires de langue en emploi, la somme de ces probabilités est égale à l\u2019unité.Quarante-quatre pour cent des répondants ont effectué une transition de l\u2019arrivée vers un état stationnaire d\u2019un ou d\u2019une série d\u2019emplois en français.DLx neuf pour cent des répondants ont effectué une transition vers un état stationnaire d\u2019un ou d\u2019une série d\u2019emplois en anglais.Aucune des autres trajectoires ne compte pour plus de 10 °/o.Si les tendances des dix premières années se maintiennent, on peut estimer qu\u2019à long terme 63 % des répondants occuperont un emploi de langue française.Pour ce qui est des trajectoires se terminant par un (ou des) emploi de langue anglaise, celles-ci sont estimées à 32 %.Non seulement il y a eu un renversement de la tendance quant à la langue de travail entre les cohortes de 1969 et de 1989, renversement que nous avons pu saisir sur le debut de l\u2019établissement, mais ce renversement est suivi par une circulation entre emplois qui favorise le maintien de la « nouvelle » place qu\u2019occupe le français pour les nouveaux immigrants.On peut donc penser que l\u2019importance du français au travail est un acquis qui dépassé, pour la cohorte de 1989, les dix années d\u2019observation.La langue d\u2019usage public On qualifie de langue d\u2019usage publique la langue parlée le plus souvent à l\u2019extérieur de la maison avec des personnes autres que les parents ou amis.Pour mesurer cette réalité, nous avons posé dans l\u2019enquête ÉNI la question : «Quelle langue parlez-nous le plus souvent avec des personnes autres que vos parents ou amis ?» Il s\u2019agit, comme on le voit, d\u2019une mesure simple et auto-évaluée.Nous n\u2019avons pas voulu alourdir le questionnaire en mesurant le détail des interactions linguistiques dans la sphère publique comme cela a été fait pour l\u2019Indicateur de langue d\u2019usage publique du Conseil de la langue française (CLF) en 1999.Nous n\u2019aurons donc pas la même finesse et fiabilité de mesure, mais comme les distributions sont très tranchées, cela ne portera pas \u2014 de toute façon \u2014 à confusion quant aux tendances globales.L\u2019énoncé que nous avons retenu a aussi le mérite d\u2019avoir été inclus dans de nombreux questionnaires (dont plusieurs de l\u2019Office de la langue française) depuis l\u2019étude du CLF, de sorte qu\u2019il est en voie de devenir un étalon de comparaison.Notons que la question n\u2019a été posée qu\u2019à la quatrième vague d'entrevues ; on ne pourra donc pas présenter l\u2019évolution des réponses au fil de l\u2019établissement.Enfin, ce concept n\u2019existait pas au moment de l\u2019enquête sur les Trois ans de vie au Canada ; on ne pourra donc pas comparer les deux cohortes.L\u2019usage du fiançais, seul ou avec une autre langue, prédomine : 60,7% des répondants utilisent le français seulement, 7,6 % l\u2019utilisent tout autant que l\u2019anglais et 5,9 % l\u2019utilisent tout autant qu\u2019une autre langue.La langue anglaise seule est utilisée par 19,4 % des répondants, alors qu\u2019une petite proportion (1,7%) l\u2019utilise avec une autre langue.Cette répartition ne change pratiquement pas pour les répondants dont la langue maternelle n\u2019est ni le français ni l\u2019anglais.La connaissance des langues après dix ans de séjour Dans l\u2019enquête ÉNI, la connaissance du français et de l\u2019anglais a été évaluée à chacune des entrevues à partir de questions la mesurant.Ces questions ont cependant été modifiées au temps 4, rendant ainsi la comparaison impossible avec les précédentes vagues.Par conséquent, nous ne décrirons ici que la connaissance à la quatrième entrevue de ces deux langues tel qu\u2019évalué par les répondants à partir de questions précises portant sur leur capacité, en français ou en anglais, de donner son nom, de répondre à des questions simples, de demander un renseignement, de raconter une journée, de défendre ses opinions, etc.Les réponses à ces questions nous ont permis de construire un indicateur mesurant le niveau de connaissance orale du français et de l\u2019anglais.L\u2019échelle a quatre niveaux et l\u2019indice obtenu varie entre une très bonne connaissance et une connaissance minimale [voir figures 2 et 3].Une plus grande proportion de répondants connaissent « très bien » le français autant que l\u2019anglais : 75 % dans le cas des premiers et 53,6% dans le cas des seconds.À l\u2019opposé, la faible connaissance de la langue (« très peu ou pas du tout») est plus élevée pour l\u2019anglais (23,8%) que pour le français (10,5%).Si nous ajoutons ceux qui connaissent « bien » le français, ce sont près de 80% de nos répondants pour qui le français (oral du moins) semble acquis ; cette proportion monte à 62,5 % pour l\u2019anglais.Nous n\u2019avons pu retrouver de données publiées issues de l\u2019enquête portant L'état du Québec Méthodologie Les données utilisées ici proviennent de deux enquêtes longitudinales auprès de nouveaux immigrants, l'une, la nôtre, suivant la cohorte de 1989 et l'autre suivant une cohorte s'établissant en 1969.L'enquête longitudinale sur l'Établissement des Nouveaux Immigrants (ÉNI) a eu quatre passages d'observation (auxquels on référera comme étant les temps 1, temps 2, temps 3 et temps 4) après un, deux, trois et dix ans de séjour.Cette enquête suit un échantillon de la cohorte d'immigrants adultes arrivés au Canada, visa en mains, en 1989, avec le Québec comme province de destination et résidant dans la grande région de Montréal vers la fin de leur première année de séjour.Mille entrevues en face-à-face ont été réalisées, en vingt-quatre langues, après une durée moyenne de séjour de 43 semaines (soit en 1990).Une seconde vague d'observation a été réalisée auprès des mêmes personnes à la fin de la deuxième année (en 1991) ; 729 immigrants ont été interrogés à nouveau.À la fin de la troisième année (en 1992), une troisième vague d'entrevues a eu lieu avec 508 immigrants issus des 729 précédents.Enfin, en 1999, une quatrième et dernière vague d'observation a eu lieu auprès de 429 des immigrants; on est alors retourné aux 1000 répondants originaux afin de retracer les répondants qui n'avaient pas répondus aux cycles 2 et 3 de l'enquête, soit pour des raisons d'absence de la région de Montréal, soit èa la suite de refus de répondre1.La figure 1 présente révolution des effectifs sous étude.Les immigrants suivis par cette enquête étant tous arrivés la même année et ayant tous évolué simultanément dans la société québécoise, on contrôle ainsi tant les conditions sociales générales que les conditions du marché du travail qui ont eu cours au fil de leur établissement: elles étaient les mêmes pour tous au départ et ont évolué en même temps pour tous.Enfin, une des grandes particularités de cette enquête est la datation des principaux gestes ou événements d'établissement des répondants: emplois, cours suivis, logements occupés, ménages formés, etc.Cela permet l'étude dynamique de leur établissement et va permettre ici de décrire l'évolution de l'utilisation des langues par les répondants au fil de leur établissement.On trouvera par ailleurs dans Renaud et al., 2001, une description de l'évolution de la cohorte dans ses dix premières années au Québec sur les diverses dimensions étudiées, dont un chapitre complet sur la langue.Pour fins de comparaisons et pour bien saisir l'évolution qui a eu lieu sur une période de 20 ans, on utilisera les résultats de l'enquête longitudinale Trois ans de vie au Canada qui a étudié la cohorte d\u2019immigrants de 19692.Plus spécifiquement, ces données n\u2019étant pas disponibles, nous utiliserons les tableaux déjà compilés pour le Québec3.Cela introduit un biais dans la comparaison, l'enquête ÉNI ne portant 1.\tOn trouvera le détail des procédures échantillonnâtes et les résultats globaux de la première vague d\u2019observation dans Renaud, Carpentier, Ouimet et Montgomery, 1992.Les annexes 1 et 2 de Renaud, Desrosiers et Carpentier, 1993, présentent l'évolution de l\u2019échantillon aux deuxième et troisième vagues d'entrevues.Ces documents sont disponibles sur le site Web du Centre d'études ethniques des universités montréalaises (CEETUM) à l'adresse suivante: http://www.ceetum.umontreal.ca/eni/ Portrait_Tl.pdf et http://www.ceetum.umontreal.ca/eni/Portrait_T3.pdf.L'analyse de l\u2019échantillon résultant de la quatrième vague d'observation est disponible à l'annexe VI de Renaud et al., 2001, 2.\tVoir Main-d'œuvre et Immigration, 1974, Trois ans de vie au Canada.Premier rapport de l'étude longitudinale sur l'adaptation économique et sociale des immigrants, Information Canada, 161 p.3.\tCarlos, Bélanger, Petit-Tessier, 1974, Monographie sur l'immigration au Québec, Centre de sondage, Université de Montréal, janvier 1974, 72 p.270 La population que sur les immigrants qui se sont établis dans la seule grande région de Montréal, alors que celle-ci porte sur l'ensemble du Québec.Près de 90% de immigrants s'établissent, bon an mal an, dans la région de Montréal et ceux qui s'établissent en dehors de la région métropolitaine ont beaucoup plus de chances d'adopter le français dans toutes leurs activités, l\u2019anglais y étant relativement absent.Le recours aux données sur la langue issues de cette enquête surévalue donc l'importance du français au début des années 1970 par rapport à ce qu'on aurait observé sur la seule région de Montréal qui est le territoire couvert par l'enquête ÉNI.?sur la cohorte de 1989 et portant sur la figure 2 compétence linguistique après quelques années d\u2019établissement.L\u2019étude réalisée * 100 par Carlos contient cependant quelques passages informatifs : « Quelques mois après leur arrivée au Québec (six mois), les immigrants 60 de 1969 penchent déjà du côté de l\u2019anglais.Ceux dont la langue maternelle 40 n\u2019est ni l\u2019anglais ni le français maîtrisent un peu mieux l\u2019anglais que le 2Q français.Les pourcentages de compétence dans l\u2019une et l\u2019autre des langues officielles du Canada sont respectivement 46 % et 35 %.» (Carlos, p.46) «À toutes fins utiles, le pouvoir respectif de l\u2019anglais et du français auprès des immigrants demeure stable au figure 3 cours des trois premières années de séjour au Québec.» (Carlos, p.48)\t* 100 Résultante vraisemblable de tous les autres changements constatés, on peut so croire qu\u2019ici aussi il y a eu renversement de tendance de la cohorte de 1969 à la 6o cohorte de 1989.40 Le français est devenu dominant : pourquoi ?Le français domine la vie des immigrants qui se sont établis au Québec en 1989, alors que c\u2019était plutôt l\u2019anglais qui dominait pour les immigrants qui Cohorte de 1989 : connaissance du français oral à la quatrième entrevue (dix ans de séjour) Très bien\tBien\tUn peu\tTrès peu ou pas du tout Cohorte de 1989 : connaissance de l'anglais à la quatrième entrevue (dix ans de séjour) Très peu Un peu Très bien ou pas du tout 271 L'état du Québec On est passé - dans le cas de la langue de travail - à deux tiers des immigrants œuvrant en anglais à deux tiers œuvrant en français.s\u2019établissaient vingt ans plus tôt.Le changement porte sur toutes les dimensions : la langue à la maison, la langue de travail, la langue d\u2019usage publique, la compétence linguistique.Il est profond.En vingt ans, il y a eu inversion de tendances lourdes et non pas un simple léger changement de pourcentage faisant passer la « dominance » d\u2019un côté à l\u2019autre d\u2019une majorité qui aurait été toute relative : on est passé \u2014 dans le cas de la langue de travail par exemple \u2014 à deux tiers des immigrants œuvrant en anglais à deux tiers œuvrant en français.Rien par ailleurs ne garantit qu\u2019il est irréversible : s\u2019il y a eu changement dans un sens, il pourrait sans doute se produire à nouveau mais dans l\u2019autre sens.Il est dès lors nécessaire de comprendre les conditions qui l\u2019ont rendu possible.On peut penser que le changement origine d\u2019un faisceau de conditions qui, séparément, seraient insuffisantes pour l\u2019expliquer.La première explication qui vienne à l\u2019esprit : les lois sur la prédominance du français au Québec qui ont été adoptées successivement depuis la fin des années i960 et dont la plus récente remonte à 1977 et est connue comme la « Charte de la langue française » ou comme la « loi 101 ».Ces lois, d\u2019abord de façon incitative puis de façon plus ou moins coercitive, ont fait du français la langue normale d\u2019échange entre Québécois.Elles visent, au-delà de la portée symbolique beaucoup plus large, la langue de travail et la langue de scolarisation des enfants d\u2019immigrants.Elles ont affecté la prédominance générale, mais non exclusive, du français au travail et l\u2019orientation des enfants des immigrants vers les écoles de langue française.En même temps, il y avait une reconfiguration de l\u2019immigration mondiale et prise en charge par le Québec de son immigration.Les pays de l\u2019Europe, fournisseurs traditionnels d\u2019immigrants au Canada et au Québec, ont largement cessé d\u2019être les principaux pays sources.11 ont été remplacés par un éventail beaucoup plus large de pays d\u2019origine où l\u2019anglais, comme on l\u2019a vu plus haut, n\u2019était plus la première langue maternelle.Sans doute ce changement dans les flux a-t-il permis à la loi 101 de pouvoir être efficace : si on avait conservé les mêmes pays source, on peut penser que les communautés immigrantes locales, ayant déjà opté pour l\u2019anglais, auraient voulu conserver ce statut pour leurs nouveaux membres et auraient offert une résistance beaucoup plus importante à l\u2019adoption et à l\u2019application de la loi.Les nouvelles vagues d\u2019immigration arrivant dans un nouveau contexte ont pu s\u2019y adapter d\u2019autant mieux que le Québec prenait charge de la sélection de la majeure partie du flux migratoire et créait son système d\u2019aide et de soutien à l\u2019établissement.Dans la foulée de la Révolution tranquille, il y a eu un plus grand contrôle de l\u2019économie par les francophones tant par la création d\u2019institutions étatiques que par le développement d\u2019un capital privé.Cette prise de contrôle a sûrement facilité l\u2019application des lois linguistiques et garanti que le français devenait prioritaire dans un large éventail d\u2019emplois de tous niveaux, emplois que sont venus en partie combler les nouveaux arrivants.Enfin, on ne peut oublier que l\u2019orientation linguistique des nouveaux arrivants se construit au quotidien dans toutes les sphères d\u2019activité des per- 272 sonnes et des ménages.On y retrouve le reflet des contraintes légales tout autant que l\u2019effet cumulatif des « petits gestes » ou « petits événements » qui orientent de façon dynamique cette orientation.Il nous reste à évaluer avec les données portant sur dix années d\u2019établissement l\u2019importance relative des processus ou déterminants qui conduisent à l\u2019adoption du français.Le changement que nous venons de décrire est-il irréversible?Rien ne l\u2019as- sure.Mais le Québec est beaucoup mieux placé en ces matières qu\u2019il ne l\u2019était il y a 30 ans.Les orientations linguistiques que prennent les nouveaux immigrants en début d\u2019établissement sont usuellement figées pour le reste de leurs jours.Cette inertie qui a joué si longtemps en faveur de l\u2019anglais devrait maintenant jouer en faveur du français.Ce qui était auparavant un élément de « résistance » au français devient une clé de sa pérennité.?LES PHÉNOMÈNES RELIGIEUX Progrès du catholicisme, influence de l\u2019immigration Les grandes tendances de [\u2019affiliation religieuse depuis la Seconde Guerre mondiale Frédéric Castel Doctorant en sciences religieuses, UQAM Dans les deux décennies qui suivent la Seconde Guerre mondiale, les diverses confessions connaissent une forte poussée démographique.L\u2019immigration européenne participe à la croissance des Églises chrétiennes natives ou récemment transplantées.Au milieu des années 1960, l\u2019érosion de la pratique religieuse devient perceptible au moment même où s\u2019amorce la « nouvelle immigration » non européenne.Une immigration qui fait sentir sa présence dans les Églises natives en même temps qu\u2019elle introduit des formes d\u2019altérité religieuse qui sortent du monde judéo-chrétien.Reste à savoir dans quelle mesure les diverses mutations confessionnelles sont liées à l\u2019ethnicité. L'état du Québec La montée de la désaffection confessionnelle Dès 1945, on assiste à l\u2019éclosion d\u2019un timide mouvement de désaffection confessionnelle.Rien à voir cependant avec ce qui se passera plus tard dans les années i960 ou l\u2019on peut véritablement parler d\u2019un mouvement de masse : en dix ans, le nombre de personnes ne s\u2019associant à aucune religion a décuplé (tableau 1).Dans la foulée de la Révolution tranquille et au diapason du climat social occidental, les jeunes baby-boomers des années 1967-1975 sont les premiers porteurs de cette brusque rupture identitaire avec la religion de leurs parents.Dans les décennies 1980 et 1990, l\u2019augmentation du nombre de personnes sans affiliation confessionnelle est aussi rapide que régulière : 130 000 personnes s\u2019ajoutentà chaque recensement.Ces pertes, du point de vue des Églises, seraient encore plus importantes si elles n\u2019étaient compensées par l\u2019immigration.En 1991, le phénomène concerne 3,1% des francophones et 8,6% des anglophones.À l\u2019échelle canadienne, le mouvement de désaffiliation touche beaucoup plus les gens d\u2019origine britannique (14,2 %) que ceux qui sont d\u2019origine française (3,1 %).Ainsi, les anglo-protestants apparaissent-ils plus enclins à se dissocier des institutions confessionnelles que les franco-catholiques.Dans le même sens, les groupes ethniques à majorité catholique sont beaucoup moins atteints par la désaffection confessionnelle que ceux qui sont protestants.L\u2019écart qui existe entre les francophones et les anglophones ne signifie pas que les premiers pratiquent davantage que les seconds ou qu\u2019ils abandonnent moins la religion, mais simplement qu\u2019ils continuent a s\u2019identifier au catholicisme même « s\u2019ils ne pratiquent pas » (ce que le questionnaire du recensement invitait à faire).Pour expliquer le phénomène, diverses hypothèses et variables sont à invoquer, mais sortent du cadre de cet article.Observons tout de même que les protestants sont continuellement confrontés à une multiplicité de confessions, depuis l\u2019école confessionnelle jusqu\u2019au monde du travail, ce qui ne manque sûrement pas d\u2019éveiller un certain relativisme confessionnel.Par contraste, sans compter le rôle historique qu\u2019a joué l\u2019Église catholique au Québec, les Québécois d\u2019origine française, italienne, portugaise ou autre qui ont fréquenté l\u2019école catholique auront côtoyé des gens d\u2019origines diverses, mais dont le catholicisme est l\u2019unique et commun référent religieux.Les catholiques Des communautés ethnoculturelles de plus en plus présentes Contrairement à ce que plusieurs attendaient, l\u2019Église catholique continue à progresser numériquement bien qu\u2019elle glisse en termes de pourcentage, principalement à cause des défections (tableau 1).Ironiquement, les immigrants contribuent à cette hausse dans la mesure où ils compensent les pertes.II ne faut pas croire cependant que leur apport est récent.Comme chacun sait, la nette prédominance de l\u2019Église catholique romaine au Québec tient au poids numérique des Québécois d\u2019origine française.En 1991, 90,4 % des catholiques ont le français comme langue maternelle, ce qui inclut 274 La population quelques centaines de milliers d\u2019enfants d\u2019immigrants passés par l\u2019école française.Au XIXe siècle, plusieurs milliers d\u2019Irlandais, flanqués d\u2019Anglais et d\u2019Écossais, ce qui est moins connu, sont les premiers à se greffer à ceux qu\u2019on appelait « Canadiens ».Difficiles à dénombrer, notamment à cause du métissage, ils dépassent aisément la centaine de milliers d\u2019individus en 1991.En 1941, les communautés culturelles catholiques, presque toutes réduites à moins de 5 000 individus, occupent encore peu d\u2019espace.Les Italiens se démarquent et représentent plus du tiers des immigrants catholiques (tableau 2).Les choses changent sensiblement avec les importantes vagues migratoires européennes qui suivent la Seconde Guerre mondiale.Ainsi en 1971, Allemands, Polonais, Libanais et Ukrainiens commencent à compter dans la mosaïque catholique alors que les Italiens se sont démultipliés : parmi les minorités culturelles, un catholique sur deux est Italien.En 1991, la vague portugaise des années 1960-1980 constitue l\u2019ultime afflux de catholiques européens.Il faudrait toutefois considérer l\u2019apport des immigrants de France qui passent généralement inaperçus dans les statistiques des groupes ethniques.La nouvelle immigration amène de nouvelles communautés catholiques des Antilles (Haïtiens), du Proche-Orient (Libanais), d\u2019Afrique centrale et d\u2019Asie du Sud-Est (Philippins, Vietnamiens).Les Chinois se sont toutefois convertis au Québec.On dénombre 40 000 hispanophones issus d\u2019une kyrielle de pays, principalement du Chili, du Salvador et de l\u2019Espagne.Tous ces groupes ethniques, dont la variété s\u2019accentue sans cesse, progressent à un rythme accéléré et se taillent une place de choix au sein du monde catholique québécois.La part des immigrants (5,4 °/o) au sein de la population catholique peut paraître congrue à cause du poids de la population d\u2019origine française, mais on parle de 324 795 personnes \u2014 presque autant que la population protestante au complet.Dans la même perspective, 178 240 catholiques sont issus des minorités visibles (lire non-Européens ou Nord-Américains), alors que les non-chrétiens en totalisent 157 060.L\u2019installation des Églises catholiques orientales Quand on dit catholique, on pense Église catholique romaine.Cependant, d\u2019autres Églises ont établi des missions et des paroisses au Québec.Il s\u2019agit pour l\u2019essentiel des Églises catholiques orientales nées en Europe de l\u2019Est (Église catholique ukrainienne) et surtout au Proche-Orient (Églises melkite, maronite, chaldéenne, tableau 1 Évolution des effectifs catholiques, protestants et de la desaffiliation confessionnelle (Québec, 1961-2001) \t\t\t\t\t Pop.du Québec\t5 259 211\t6 027 765\t6 369 070\t6 810 300\t7 125 580 catholiques\t4 635 610\t5 251 085\t5 618 365\t5 861 200\t5 939 710 \t87,5%\t86,7%\t88,0%\t85,9%\t83,2% protestants\t462 428\t510 105\t407 070\t398 725\t335 590 \t8,7%\t8,4%\t6,3%\t5,8%\t4,7% sans affiliation\t7 000\t76 690\t132 720\t262 800\t400 325 \t0,1%\t1,2%\t2,0%\t3,8%\t5,6% Source : Recensement du Canada 1961 ; 1971 ; Statistique Canada 1981,1991,2001.275 TABLEAU 2 Catholiques par minorité ethnique syriaque, arménienne catholique et copte catholique).Tout en demeurant autonomes, ces Églises reconnaissent l\u2019autorité du pape.Le nombre d'arabophones et d\u2019Arméniens relevant théoriquement de ces Églises devrait atteindre les 30 000 âmes, ce qui contredit Statistique Canada qui en dénombre six fois moins.Parmi plusieurs facteurs, il est possible que les recensés qui se disent simplement «catholiques» soient rangés parmi les catholiques romains.Hormis les melkites, installés dès la fin du xix'siècle, une dizaine de lieux de culte ont été créés par ces diverses Églises entre 1965 et 1995 dans la foulée de l\u2019immigration égyptienne et libanaise.Les protestants Un déclin global Depuis trois décennies, le monde protestant est traversé par divers bouleversements impliquant une profonde modification de la répartition confessionnelle ainsi que du paysage ethnique.Alors que les effectifs de presque toutes les grandes familles religieuses continuent de progresser, ceux des protestants reculent depuis trente ans.Aujourd'hui, 130 805 personnes manquent à l\u2019appel dont 78,7 % ont disparu entre 1971 et 1981 (tableau 1).Si les départs pour les autres provinces ont été les premiers responsables, les défections confessionnelles semblent davantage en cause depuis dix ans.\t Italiens\t166 560 Irlandais\t71570 Portugais\t35 555 Natifs de France\t30 570 Haïtiens\t25 595 Polonais\t20 710 Latino-Américains autres\t20 430 Allemands\t18 745 Libanais\t13 160 Arabes autres\t8 000 Natifs de Belgique\t8 000 Philippins\t8 555 Ukrainiens\t6 775 Salvadoriens\t6 630 Natifs de Grande-Bretagne\t5 890 Chinois\t5 560 Chiliens\t5 370 Hongrois\t5 505 Vietnamiens\t5 000 Sources : Recensements du Canada 1941 ; 1971, cat.92-735 ; Profils des Communautés culturelles du Québec 1995.* Les données ne sont plus comparables avec les recensements antérieurs.Les données croisées impliquant des groupes ethniques ne tiennent plus compte que de ceux qui ont déclaré une origine unique.La chute des trois grandes Eglises historiques Depuis la Conquête, anglicans, méthodistes et presbytériens ont dominé l\u2019histoire du protestantisme au Québec (et au Canada).En 1925, l\u2019Église anglicane, l\u2019Église unie (qui a été fondée par la fusion de l\u2019Église méthodiste avec d\u2019autres confessions) et l\u2019Église presbytérienne occupent la majeure partie de l\u2019espace protestant.Or, ces trois grandes Églises qui regroupent neuf protestants sur dix pendant la Seconde Guerre mondiale, et encore huit en 1971, ne rassemblent plus aujourd\u2019hui La population que 43,8% de la population protestante.Ensemble elles ont perdu 263 290 fidèles depuis trente ans.L'effondrement des grandes Églises est un phénomène beaucoup plus complexe qu\u2019il n\u2019y paraît et il faut se garder des interprétations rapides limitées à l\u2019émigration que peuvent susciter les courbes vertigineuses du graphique 1.Cette chute est aussi grandement imputable au mouvement de désaffiliation religieuse, au flou identitaire qui en conduit plusieurs à s\u2019identifier simplement comme « protestant » ou « chrétien », ainsi qu\u2019aux changements d\u2019allégeance en faveur des Églises évangéliques en pleine croissance.Le recul des grandes Églises n\u2019est sans doute pas étranger au fait que la grande majorité des Britanniques protestants, plus enclins à émigrer, y soient concentrés (80% en 1971).Toutefois, le taux de décroissance de l\u2019Église unie est le même qu\u2019ailleurs au Canada, c\u2019est dire que celle-ci est beaucoup moins affectée par l\u2019émigration que les deux autres.La chute globale des grandes Églises est néanmoins en phase avec ce qui se passe ailleurs au Canada, bien qu\u2019au Québec il faille parler de chute libre pour les anglicans et les presbytériens.Les Églises luthériennes L\u2019Église luthérienne s\u2019est implantée au milieu du xixe siècle pour desservir les immigrants allemands.Après la Seconde Guerre mondiale, de nouvelles congrégations et Églises émergent avec l\u2019arrivée des immigrants allemands, Scandinaves et baltes.Ces Églises voient le nombre de leurs fidèles fondre depuis trente ans.La montée des Églises évangéliques En marge des trois grandes Églises d\u2019origine britannique ou canadienne apparaissent au Québec au cours desxix'etxx'siècles, le plus souvent à partir des États-Unis, les Églises de la mouvance « évangélique » à laquelle appartiennent les baptistes, les adventistes, les pentecôtistes et les Témoins de Jéhovah (ces derniers s\u2019excluent de cette mouvance par leur doctrine, mais y seront associés ici pour des raisons sociologiques).D\u2019abord marginales, ces Églises rencontrent leurs premiers succès dans les décennies i960 et 1970, puis progressent à un rythme sans comparaison avec ce qui peut se passer ailleurs au Canada pour se tailler aujourd\u2019hui une bonne place dans l\u2019univers protestant du Québec.GRAPHIQUE 1 >00 000 150 000 LOO 000 1961\t1971\t1981\t1991\t2001 Église anglicane ¦ ¦ Église unie ¦ ¦ Église presbytérienne\tTémoins de Jéhovah Église pentecôtiste\tÉglise baptlste 277 L'état du Québec Nouvelles tendances depuis 1991 Les courbes descendantes des effectifs de l\u2019Église anglicane et de l\u2019Église unie s\u2019adoucissent entre 1991 et 2001.Il est permis de croire que le gros des pertes soit derrière elles et que le membership actuel, bien que vieillissant, se stabilise autour de ce qu\u2019on pourrait considérer comme le noyau dur.De leur côté, les Églises évangéliques montrent des signes de plafonnement, comme ailleurs au Canada.Si les baptistes et les adventistes progressent encore, les pentecôtistes (peut-être à cause d\u2019un éclatement identitaire né de la multiplication des dénominations) et les Témoins de Jéhovah, pour la première fois, reculent.Groupes ethniques et immigrants On retrouve 10% d\u2019immigrants au sein des trois grandes Églises, une part qui s\u2019élève entre 20 % et 30 % au sein des Églises évangéliques.Les immigrants non Européens qui ont joint les Églises anglicane, unie et presbytérienne, dont le fond est britannique, proviennent surtout des anciennes colonies de l\u2019Empire britannique.Les immigrants des Églises évangéliques proviennent davantage des Antilles et de l\u2019Amérique latine où le missionnariat américain est très actif.Les trois grandes Églises réunissent 14 730 fidèles issus de minorités visibles, ce qui est à peine plus que les seuls baptistes qui présentent la plus grande diversité ethnique.Les 53 000 Antillais (et Africains) occupent une place importante chez les pentecôtistes (23,4%), les baptistes (31,4%) et les adventistes (74,7%).Les 8 000 Latino-Américains sont dispersés dans une kyrielle d\u2019Églises.Même si les Témoins de Jéhovah et les pentecôtistes ont recruté chacun un millier d\u2019Italiens, les Européens sont fort peu concernés par les Églises évangéliques.La montée du protestantisme francophone La poussée des Églises évangéliques se greffe sur le protestantisme francophone, une réalité encore peu connue en dehors des premiers intéressés.Le phénomène remonte au xix1' siècle, où Suisses, presbytériens, baptistes, méthodistes et anglicans créent des congrégations de langue française pour les quelques milliers de nouveaux convertis.Resté marginal dans la première moitié du xxe siècle, le mouvement reprend dans les années 1950 pour connaître de grands succès dans les décennies i960 et 1970.Les Églises unie, baptiste et anglicane font des dizaines de milliers de convertis (tableau 4).C\u2019est ainsi que les protestants «d\u2019origine française » passent de 15 092 en 1941 à 95 890 en 1971.Dans les vingt années suivantes, c\u2019est l\u2019hécatombe au sein des grandes Églises, car elles perdent près de 90 % de leurs membres francophones.Il est impossible de dire dans quelles proportions ces derniers sont (re)devenus catholiques, ont changé de dénomination ou, comme bien des anglophones, ne s\u2019associent plus à quelque confession, mais il est plus que probable que plusieurs ont joint les rangs d\u2019Églises évangéliques.Ainsi, la désertion des francophones des Églises traditionnelles à dominante britannique a fait en sorte que ceux qui sont restés n\u2019y occupent plus qu'une portion congrue alors que les francophones sont devenus franchement majoritaires dans plusieurs petites Égüses évangéliques plus ou moins multiethniques.278 Les ioi 835 « francophones » protestants recensés en 1991, qui ne sontpas tous « d\u2019origine française », suggèrent que les conversions plafonnent, ce qui est compensé par l\u2019apport des immigrants antillais.Le quart, au moins, de la population protestante est francophone.Les orthodoxes des Églises des sept conciles Ces Égüses « orthodoxes » regroupent les Églises de la tradition byzantine.À la fin du xixesiècle, des pionniers libanais sont à l\u2019origine de l\u2019implantation de l\u2019Église orthodoxe d\u2019Antioche.Dans le premier quart du XXe siècle, les premiers immigrants grecs, russes et ukrainiens fondent des congrégations affiliées respectivement aux Églises orthodoxe grecque, orthodoxe en Amérique et orthodoxe ukrainienne.Vu le caractère problématique des données de Statistique Canada concernant les deux groupes orthodoxes, nous nous contenterons d\u2019évoquer des ordres de grandeur.De 1941 à 2001, les fidèles des Églises des sept conciles passent de 12 000 à 82 000, au moins.En 1941, le monde orthodoxe est à 40 % slave.Les Grecs deviennent largement prépondérants à la suite de leur immigration massive dans les décennies 1950-1960.Ainsi, aujourd\u2019hui forte de 50 000 membres répartis dans plusieurs congrégations, l\u2019Église orthodoxe grecque occupe une position centrale dans le monde orthodoxe.Le nombre de membres réguliers de l\u2019Église orthodoxe en Amérique dépasse les 6 000, ce qui en fait la seconde Église en importance.Les Russes et les Ukrainiens y sont toujours largement majoritaires, bien que depuis les années 1970 l\u2019Église ait recruté des Grecs tout en réussissant à créer une congrégation de francophones.Selon Statistique Canada, les effectifs des autres Églises oscilleraient entre 500 et 2 000 fidèles, mais c\u2019est probablement davantage.L\u2019Église orthodoxe ukrainienne connaît quelques difficultés, car elle n\u2019est pas renflouée par l\u2019immigration, contrairement aux autres Églises dont les immigrants constituent invariablement la majorité des fidèles.Les nouvelles vagues migratoires de l\u2019Europe de l\u2019Est des années iggo ont amené l\u2019émergence de l\u2019Église orthodoxe russe hors frontières, de l\u2019Église orthodoxe roumaine et de l\u2019Église orthodoxe serbe.Pour sa part, l\u2019Église orthodoxe d\u2019Antioche se développe rapidement depuis la Guerre du Liban et pourrait compter aujourd\u2019hui 3 700 membres.Les orthodoxes des Églises des trois conciles Malgré l\u2019homonymie, ces Églises « orthodoxes » de la tradition dite « mono-physite » (selon une expression jugée dépréciative par les premiers intéressés) n\u2019ont aucun lien avec le précédent groupe.L\u2019implantation et la croissance des Églises des trois conciles sont tributaires de la montée de l\u2019immigration proche-orientale.Arrivés dans les années 1945-1960, les Arméniens originaires de la diaspora balkanique suscitent l\u2019implantation de l\u2019Église orthodoxe arménienne en Amérique du Nord.L\u2019immigration des Arméniens de la diaspora proche-orientale commencée avec la Guerre du Liban L'état du Québec amène aussitôt l\u2019installation de l\u2019Église arménienne apostolique.On peut estimer le nombre de leurs fidèles respectifs à 2 000 et 8 000.Suivant les débuts de l\u2019immigration de Syrie et d\u2019Égypte, l\u2019Église orthodoxe syrienne apparaît au Québec dès les années 1950 et l\u2019Église copte orthodoxe dans les années i960.Elles doivent respectivement compter 3 600 et 1 500 membres.La montée des communautés non chrétiennes La nouvelle immigration L\u2019abolition en 1962 des mesures discriminatoires de la Loi canadienne sur l\u2019immigration et l\u2019instauration en 1968 de la grille de sélection (qui favorise les travailleurs qualifiés et les professionnels) permettent à l\u2019immigration non européenne de vraiment démarrer.L\u2019immigration orientale et nord-africaine va de pair avec le développement rapide des appartenances religieuses autres que chrétiennes ou juives (graphique 2).Bien que non chrétienne, l\u2019immigration juive relève d\u2019abord de l\u2019immigration classique européenne.C\u2019est pourquoi seulement un Juif sur trois est natif de l\u2019étranger alors que le rapport s\u2019inverse dans les autres communautés non chrétiennes.Les Juifs Les pionniers juifs, natifs de l\u2019Angleterre, s\u2019installent à Montréal dès la Conquête.L\u2019immigration des Juifs de culture ashkénaze et de langue yiddish originaires de l\u2019Empire russe et des pays voisins commence à se faire sentir à la fin du XIXe siècle pour exploser avant le Première Guerre mondiale.À l\u2019issue de la Seconde Guerre mondiale, le Québec accueille des rescapés de la Shoah en provenance de l\u2019Europe de l\u2019Est (dont des Hassidim) et, dans les décennies 1950 et i960, des Juifs d\u2019Afrique du Nord de culture sépharade et de langue française.La population ashkénaze anglicisée plafonne dans les années i960 avant de connaître un déclin ininterrompu jusqu\u2019à aujourd\u2019hui par le biais des départs pour Toronto ou l\u2019étranger.Les nouveaux immigrants proviennent du Proche-Orient (Iran, Irak, Liban, Israël) et de Russie.Aujourd\u2019hui, le quart, sinon plus, de la population juive est sépharade.Les musulmans Les premiers musulmans sont des Arabes libanais et syriens et des Indo-Pakistanais.Par la suite, le Québec accueille deux vagues de réfugiés : des GRAPHIQUE 2 120 000 100 000 80 000 Musulmans ¦ ¦ Bouddhistes Hindous Sikhs 60 000 40 000 20 000 1971 2001 Juifs\tMusulmans ¦ ¦ Bouddhistes ¦ ¦ Hindous \u2014\u2014 Sikhs 280 La population Indiens d\u2019Afrique orientale (1975-1985) et des Libanais fuyant la guerre (1975-1990).Après 1985, on assiste à une importante poussée démographique nourrie principalement par l\u2019immigration libanaise qui continue sur sa lancée, l'immigration maghrébine qui commence (Maroc, Algérie), un flot de réfugiés iraniens qui fuient la guerre avec l\u2019Irak et quelques Turcs.Dans la décennie 1990, s\u2019ajoute un nombre sans cesse croissant de pays d\u2019émigration, ce qui amène des immigrants des confins du monde musulman : Balkans, Corne de l\u2019Afrique, Afrique noire francophone, Asie centrale, Malaisie.Beaucoup de réfugiés économiques ou politiques sont du nombre (Érythréens, Algériens, Bosniaques, Hazaras).Depuis 1991, l\u2019apparte-nance musulmane a augmenté de 241 °/o.Contrairement au reste du Canada où les Sud-Asiatiques dominent en nombre, les Arabes, bien qu\u2019au coeur d\u2019une communauté plurielle, sont majoritaires au Québec.Alors que les sunnites représentent 90% de l\u2019Islam mondial, l\u2019importance numérique des Libanais et des Iraniens fait augmenter le poids des chiites (50 % en 1991) dans la communauté québécoise.Les hindous et les sikhs Les premiers hindous immigrent directement de l\u2019Inde.S\u2019ajoutent dans les années l975-ig85 des réfugiés de la diaspora indienne d\u2019Afrique orientale.Ensuite, la population hindoue s\u2019accroît rapidement avec l\u2019immigration de l\u2019Inde et de la diaspora, mais surtout avec l\u2019apport des réfugiés tamouls qui fuient le climat politique du Sri Lanka.Plus de la moitié des hindous sont issus des ethnies du Nord de l\u2019Inde, un dixième de la diaspora métissée et le quart du Sri Lanka.Les immigrants sikhs sont essentiellement des natifs du Pendjab indien.La communauté s\u2019accroît lentement jusqu\u2019en 1985, année de l'arrivée des premiers réfugiés sikhs éprouvés par les incidents d\u2019Amritsar.Les bouddhistes En 1961, les 500 bouddhistes qui vivent a Montréal se retrouvent presque exclusivement dans la communauté chinoise présente depuis la fin du xixe siècle.À la suite de l\u2019évolution sociopolitique des pays d\u2019Indochine après 1975, le Québec accueille des milliers de réfugiés vietnamiens, cambodgiens et laotiens.Cela ne manque pas de modifier la composition ethnique de la population bouddhiste québécoise : en 1991, les Vietnamiens représentent le tiers de la communauté, les Cambodgiens et les Laotiens un autre tiers et les Chinois (originaires de la Chine ou de la diaspora dont fait partie le Vietnam) le quart.Les deux tiers des fidèles sont des adeptes du bouddhisme mahayana et 30 % du bouddhisme theravada.La relative importance de cette dernière forme du bouddhisme est propre au Québec.La communauté musulmane est la plus importante collectivité non chrétienne.281 L'état du Québec Conclusion Pour spectaculaire qu\u2019elle soit, la montée de la désaffiliation religieuse n\u2019est pas le phénomène le plus inattendu que l\u2019on puisse relever dans les chiffres du recensement de 2001.La progression relative de l\u2019Église catholique a défié quelques conjectures.Visiblement, celle-ci constitue encore le référent religieux de ceux qui ne visitent l\u2019église que pour les rites de passages (baptême, mariage, obsèques), voire un signe d\u2019appartenance pour les non-pratiquants.Le phénomène contraste avec le sort des Églises anglicane, unie et presbytérienne.La chute de ces dernières apparaît d\u2019autant plus abrupte à comparer avec la poussée des Églises évangéliques qui n\u2019est pas sans lien avec la montée du protestantisme francophone.Encore très peu connu du public, le christianisme oriental se taille une place insoupçonnée au Québec.On ne parle plus uniquement des Églises orthodoxes de l\u2019Europe orientale, mais aussi du christianisme du Proche-Orient incarné par les Églises orthodoxes des sept conciles, les Églises orthodoxes des trois conciles etles Églises catholiques orientales.Les chiffres font aussi voir que les néo-Québécois issus de la nouvelle immigration sont majoritairement chrétiens comme c\u2019est le cas, par exemple, des arabophones.Quant aux religions orientales, elles se développent assurément, mais la part qu\u2019elles occupent dans la société québécoise est encore relativement marginale, soit 3,8 % \u2014 2,6% sans le judaïsme.La communauté musulmane, il est vrai, croît assez rapidement par le biais de l\u2019immigration des pays de la francophonie.En franchissant le cap des roo 000 âmes, elle est devenue en 2001, devant la communauté juive, la plus importante collectivité non chrétienne.Enfin, notons que 4 335 personnes se déclarent athées.C\u2019est dire qu\u2019au-delà de l\u2019érosion des grandes institutions religieuses, l\u2019évolution du sentiment religieux ne va pas dans le sens de l\u2019athéisme.^ Références Québec, Ministère des Affaires internationales, de l\u2019Immigration et des communautés culturelles, 1995, Profils des prinripauxgroupes religieux du Québec, Sainte-Foy, 191 p.-, 1994, Profils des communautés culturelles du Québec (2e édition), Sainte-Foy, 654 p.Castel, Frédéric, 1998, «L\u2019évolution polymorphe de l\u2019espace sacré à Montréal (1760-1890) », dans Louis Rousseau et Frank W.Remiggi (dirs.), Atlas historique des pratiques religieuses.Le Sud-Ouest du Québec au xix* siècle, Ottawa, PUO, p.134-142.Colpron, Julie, 2000, Montréal religieux: état de la connaissance, département des Sciences religieuses, UQAM, Montréal, 57 p.Larouche, Jean-Marc et Ménard, Guy (dir.J, 2001, L\u2019étude de la religion au Québec.Bilan et prospective, Sainte-Foy, PUL, 504 p.(voir les articles de Richard Lougheed, Ira Robinson et Stéphane Bigham) 282 Les nouveaux rituels Deplacements et mutations de la religion dans le Quebec contemporain Guy Ménard Departement des sciences religieuses, UQAM Le recensement de 2001 mettait en lumière des données à première vue assez paradoxales en ce qui a trait à l\u2019appartenance religieuse des Canadiens et des Québécois.On y apprenait par exemple que si le Quebec enregistre le plus faible taux de pratique au pays, il demeure en revanche, juste après Terre-Neuve, la province où le moins de gens se disent « sans religion » (5,6%, par rapport aux 16,2 % de la moyenne canadienne).Plus encore: on y constate qu'une large majorité de ces Québécois qui désertent de plus en plus la messe \u2014 83,2%, pour être plus précis \u2014 s\u2019identifient toujours à la religion catholique romaine.De quoi faire sourciller aussi bien la génération du Déclin de l'empire américain que celle des Inua-siom barbares.Paradoxe québécois ?Le problème pourrait bien être plutôt ailleurs, et notamment dans le choix méthodologique de Statistique Canada qui aborde la question religieuse par l\u2019unique biais de l\u2019appartenance et de la pratique institutionnelles de nos concitoyens.Un tel choix fait d\u2019abord apparaître une contradiction entre l\u2019appartenance déclarée et la pratique avouée \u2014 et nous laisse ainsi avec l\u2019embarrassante question de savoir ce que peut bien signifier une religion que l\u2019on ne pratique presque plus, à laquelle on ne croit plus guere, et dont on ignore plus ou moins les préceptes moraux.Mais il laisse également dans l\u2019ombre un grand nombre d\u2019indices qui donnent à penser que l\u2019on peut repérer bien d\u2019autres formes d\u2019expérience religieuse chez nos concitoyens, en ce début de millénaire \u2014 pour peu que l\u2019on aborde le facteur religieux de manière moins uniquement traditionnelle.Qu\u2019est-ce à dire?Au cours de l\u2019hiver 2003, par exemple, l\u2019engouement de millions de Québécois pour le phénomène Star Académie relevait d\u2019une ferveur qu\u2019il est fort tentant de considérer comme religieuse \u2014 mais d\u2019une manière qui échappe totalement, bien sûr, aux catégories de Statistique Canada.Et si la pratique traditionnelle semble avoir de moins en moins la cote, il en va tout autrement pour bien des nouvelles formes rituelles qui fascinent un nombre croissant de nos contemporains, des tatouages aux jeux de rôles, en passant par les grandes liturgies sportives et les méga concerts rock.Et que dire de ces 20 000 Canadiens qui, lors du dernier recensement, se sont déclarés adeptes de la religion.ledi ! Repenser la « religion » Depuis plus d\u2019une centaine d\u2019années, les chercheurs en sciences de la religion L\u2019état du Québec L\u2019une des sources de cette fragmentation tient à l\u2019effritement des '< grands récits » (ou des grands mythes) fondateurs.ont tenté de dégager les structures et les caractéristiques essentielles du religieux, et en les distinguant de ses éléments plus accessoires, c\u2019est-à-dire qu\u2019on ne retrouve pas forcément dans toutes les formes religieuses historiques.(La figure de Dieu, par exemple, aussi étonnant que cela puisse à première vue paraître, est en fait apparue assez tardivement dans l\u2019histoire des religions \u2014 et elle est loin d\u2019être présente dans toutes.) Munie d\u2019un tel outil, la recherche a ainsi pu mettre en lumière le fait que l\u2019on retrouve de plus en plus ces caractéristiques essentielles de la religion dans une grande diversité de sphères de la culture actuelle vers lesquelles, désertant en quelque sorte les lieux plus traditionnels, l\u2019expérience religieuse d\u2019un nombre croissant de nos contemporains tend à se déplacer.De telles perspectives bousculent assurément notre conception spontanée de la religion.Elles nous invitent en fait à nous donner de celle-ci une conception beaucoup plus large et plus englobante, désancrée des seules institutions historiques \u2014 et surtout, peut-être, dégagée de longs siècles de définition essentiellement judéo-chrétienne (voir notamment Ménard, 1999).On se tromperait pourtant si l\u2019on déduisait de ce qui précède un pur et simple retour à la religiosité de nos ancêtres.Celle qui taraude nos contemporains porte en effet profondément la marque des valeurs et des idéaux de la modernité, voire des ruptures de ce que plusieurs désignent en parlant de postmodernité.Si l\u2019on peut soutenir que les Québécois d\u2019aujourd\u2019hui sont aussi religieux que leurs parents\u2014et que leurs ancêtres \u2014, force est de reconnaître qu\u2019ils le sont d\u2019une manière qui se laisse de moins en moins saisir par les seules catégories traditionnelles de la religion ; d\u2019une manière dont il importe dès lors de dégager les principales caractéristiques qui permettront de repérer le phénomène là où il se trouve.Une religion fragmentée Parmi ces caractéristiques, il y a tout d\u2019abord lieu de signaler l\u2019aspect de plus en plus éclaté du paysage religieux contemporain.Et l\u2019observation apparaît d\u2019autant plus importante que nous avons longtemps été habitués à considérer le Québec comme une société très homogène à cet égard (francophones catholiques, anglo-protestants.) L\u2019une des sources de cette fragmentation tient vraisemblablement à ce que le philosophe Jean-François Lyotard (1979) appelait l\u2019effritement des « grands récits » (ou des grands mythes) fondateurs, au profit d\u2019une multitude de nouveaux récits d\u2019ampleur généralement beaucoup plus modeste (dans leur longévité, sinon dans l\u2019impact qu\u2019ils ont sur la vie de ceux qui y adhèrent).Cet effritement se constate aussi bien dans le cas des grands récits religieux traditionnels (celui du christianisme, notamment) que dans celui des grands credos issus de la modernité (la croyance au Progrès inéluctable, le mythe de la toute puissance de la Raison, etc.).Ces anciens grands récits ne disparaissent certes pas complètement du paysage de la culture : on continue de lire la Bible, plusieurs mettent toujours leur espoir dans les miracles du progrès technique, et tous n\u2019ont pas renoncé à voir un jour poindre l\u2019aube bénie d\u2019un Québec souverain.Il semble bien, en revanche, que ces grands 284 La population mythes, jadis porteurs des espoirs de vastes collectivités, aient perdu leur capacité d\u2019unifier les croyances et les espoirs de larges pans de nos concitoyens et de mobiliser ceux-ci en vue de l\u2019action.Dans le supermarché des visions du monde qu\u2019est devenue notre culture, on cherche de moins en moins « la » vérité (unique et exclusive), et bien davantage « une » maniéré de dire le sens (du monde, de la vie) ; une manière parmi d\u2019autres, compatible et combinable avec d\u2019autres.Une religion «à la carte» Dans un ouvrage paru en 1987 sous le titre Fragmented Gods, le sociologue Reginald W.Bibby mettait déjà en lumière la complexité croissante du paysage religieux canadien.Le titre de la traduction française de son livre \u2014 La religion à la carte \u2014 suggère un autre trait important du vécu religieux contemporain.Celui-ci apparaît en effet marqué par un fort éclectisme, c\u2019est-à-dire par le fait de tenir à choisir soi-mëme les croyances et les valeurs auxquelles on adhère, plutôt que de se les voir imposer par quelque autorité (Églises, appareils politiques, syndicats, famille, etc.).Les nouvelles cristallisations religieuses de notre époque s\u2019élaboreraient ainsi largement au moyen d\u2019un bricolage parfois aussi étriqué qu\u2019étonnant, faisant appel aux matériaux les plus divers.Les anciennes références religieuses traditionnelles, là non plus, ne disparaissent pas complètement \u2014 ce qui peut d\u2019ailleurs contribuer à induire en erreur certaines de nos perceptions quant à la vitalité des institutions dont elles proviennent.Elles donnent cependant l\u2019impression de s\u2019être largement désancrées de ces institutions qui les géraient jadis (Églises, etc.).Tous se passe comme si leurs éléments constitutifs (représentations, symboles, rituels, etc.) étaient devenus flottants, délestés des dogmes qui en assuraient autrefois la cohérence, disponibles à toutes sortes de nouvelles combinatoires et de réinterprétations inédites.Telle personne se confectionnera ainsi une croyance religieuse à sa convenance, greffant à un vieux fond chrétien défalqué de ses « irritants dogmatiques » (la Trinité, l\u2019Enfer.) des éléments de spiritualité orientale (la réincarnation, le yoga ou la méditation transcendantale), un soupçon de mystique Neu> Age, un zeste d\u2019astrologie.; telle autre « magasinera » sans vergogne, de groupes de croissance en « nouvelles religions», jusqu\u2019à ce qu\u2019il ait trouvé une « niche » religieuse correspondant à peu près à sa quête (de sens, d\u2019identité ou d\u2019appartenance), sans voir de contradiction ou d\u2019incohérence dans sa démarche.Le fait de tenir à choisir soi-même les croyances et les valeurs auxquelles on adhère, plutôt que de se les voir imposer.Un réenchantement rituel S\u2019il est par ailleurs un autre trait de notre époque qui nous oblige à remettre en questions certaines prédictions de la modernité, c\u2019est bien sa disponibilité à ce qu\u2019on pourrait appeler un réenchantement du monde par le rituel.On sait à quel point le Québec des années i960 et 1970, notamment, a pu violemment rejeter l\u2019idée même de toute ritualité, y voyant la quintessence de la rigidité institutionnelle étouffante, obstacle à toute liberté, ennemie de toute spontanéité créatrice.Du rituel, on mettait également en doute l\u2019efficacité purement symbolique \u2014 de plus en plus éconduite au profit de la rationalité scientifique et de la performativité technique.285 L'état du Québec Ce que le sociologue Claude Rivière (1995) appelait « le plaisir du rituel sans la contrainte du dogme ».Force est cependant d\u2019admettre que ce début de millénaire, chez nous comme ailleurs, se présente tout autrement.Nos contemporains y sont en effet plus que jamais, dirait-on, deman-deurs de ritualités de toutes sortes.Celles-ci, cependant, comme les mythes et les grands récits dont il vient d\u2019être question, se sont pour une large part affranchis des arrière-fonds théologiques et des contrôles institutionnels.L\u2019absence de solutions de rechange fait qu\u2019un nombre non négligeable de Québécoises et de Québécois continuent certes d\u2019avoir recours aux services des institutions religieuses traditionnelles pour la célébration des rituels entourant les grands passades de la vie (naissance, vie commune, mort).On constate néan-moins, un peu partout dans la culture, bien des initiatives qui cherchent à réinventer ces rituels hors de toute tradition religieuse établie.On se souviendra par exemple des obsèques de la comédienne Marie-Soleil Tougas, il y a quelques années, ou de celles de )ean-Paul Rjopelle et de Pierre Bourgault qui, bien qu\u2019ayant eu lieu dans une église, se déroulèrent néanmoins sans aucune référence chrétienne.Les entreprises funéraires ont d\u2019ailleurs développé depuis quelques années une expertise visant à offrir à leur clientèle, de plus en plus diversifiée, ce qu\u2019il faut bien, ici encore, appeler des rituels funéraires «à la carte ».Le phénomène, sans être encore massif, s\u2019étend par ailleurs aussi aux mariages \u2014 dont la ritualisation se colore de tous les engouements de notre temps, des ambiances médiévales aux grands espaces du plein air.Des entreprises spécialisées dans la vente de ballons et autres articles de partys proposent même aujourd\u2019hui des rituels d\u2019accueil de nouveau-nés à des parents qui souhaitent ritualiser cet heureux événement, mais ne se retrouvent plus dans la liturgie traditionnelle du baptême.Au-delà de ces grands rites de passage, c\u2019est à vrai dire toute l\u2019existence qui semble redevenir disponible à ce que le sociologue Claude Riviere (1995) appelait « le plaisir du rituel sans la contrainte du dogme ».Songeons, en vrac et pêle-mêle, à l\u2019engouement de plusieurs pour les jeux de rôles hyper ritualisés, de type Donjons et Drayons, surtout lorsqu\u2019ils sont pratiqués grandeur nature et vont, pour leurs adeptes, bien au-delà du simple passe-temps ludique.Songeons encore à la fascination qui en amène plusieurs à se couler dans une ritualisation inspirée par divers univers issus de la fiction littéraire ou cinématographique : clairs-obscurs gothiques d\u2019Ann Rice, mondes fantastiques de Tolkien ou de George Lucas, etc.Observons aussi la place qu\u2019occupent de nos jours les tatouages et autres marquages corporels dans l\u2019imaginaire fortement ritualisé de plusieurs, et notamment de bien des jeunes ; signalons encore (les parents d\u2019ados en seront d'emblée convaincus) la prodigieuse importance initiatique qu\u2019a prise chez nous le bal des finissants de cinquième secondaire depuis quelques années ; et arrêtons-nous un moment à cette passion pour les voyages eux aussi à forte valence initiatique qui pousse bon nombre d\u2019adolescents et de jeunes adultes à quitter le confort de leur banlieue pour entreprendre ainsi une démarche aussi décisive et ritualisée que les pèlerinages de jadis à Compos telle ou Katmandou.286 La population Dans un monde où les liturgies des institutions traditionnelles ne suscitent guère plus l\u2019adhésion que les grands récits qu\u2019elles avaient pour fonction de garder vivants, il n\u2019est pas si étonnant de retrouver, dans l'expérience rituelle contemporaine, ce même éclectisme bricoleur dont se nourrit de plus en plus la religiosité de notre temps.Une religiosité tribale Le Québec, comme les autres sociétés traditionnelles, a connu jadis une vie religieuse fortement collective et communautaire, dont il était pratiquement impossible de s\u2019abstraire, on le sait, sans risquer l\u2019ostracisme et le rejet social.La modernité, notamment à travers la réforme protestante (qui a d\u2019ailleurs fini par déteindre sur la sensibilité des catholiques eux-mêmes), a promu pour sa part une expérience religieuse beaucoup plus personnelle, voire beaucoup plus privée, tout à fait en phase avec l\u2019individualisme moderne.De nombreux indices donnent cependant à penser que, dans sa manière d\u2019être religieuse, notre époque se distingue aussi bien de l\u2019une que de l\u2019autre forme : ni lourdement grégaire, ni farouchement individualiste, elle adopterait plutôt les traits de ce que d\u2019aucuns ont proposé d\u2019appeler néotribalisme.Par là, il y a lieu d\u2019entendre une forme d\u2019être-ensemble mouvante et non exclusive, relativement peu contraignante mais fortement attirante, fondée sur l\u2019affectivité et les affinités identitaires bien plus que sur les identités traditionnelles, les intérêts rationnels ou la pure subjectivité individualiste.Le tam-tam dominical du mont Royal, à Montréal, en offre une illustration assez convaincante.Cette célébra- tion réunit hebdomadairement ses « fidèles » selon une très souple combinatoire qui transcende les frontières ethno-linguistiques et même générationnelles.Elle se fonde essentiellement sur l\u2019émotion immédiate et fusionnelle de l\u2019être-ensemble portée et nourrie par des rythmes musicaux eux-mêmes largement métissés de world beat.Mais on en retrouverait sans peine la présence de cette religiosité tribale dans bien d\u2019autres lieux de la culture actuelle, que ce soit autour du culte voué à telle ou telle idole artistique ou sportive (pensons de nouveau au phénomène Star Académie, évoqué au début de ces pages), dans les bandes de jeunes ou les groupes du Nouvel Âge, chez les jeunes accros de Star Trek ou les vieux fans d\u2019Elvis, à moins que ce soit.l\u2019inverse ! Et que dire de ces raves qui ont profondément marqué les comportements de larges secteurs de la jeunesse au cours des années 1990, et dans lesquels plusieurs n\u2019ont pas manqué de repérer une ritualité extatique fortement dionysiaque ?Le caractère mouvant et non exclusif de l\u2019appartenance à ces nouvelles « tribus » a en outre ceci d\u2019intéressant qu\u2019il rend tout à fait possible l\u2019adhésion simultanée à plus d'une constellation de religiosité tribale.Tel mordu du tam-tam se retrouvera par exemple aussi, à un autre moment de la semaine, avec d\u2019autres adeptes passionnés de jeux de rôles ou d\u2019arts martiaux japonais ; il pourra tout aussi bien fréquenter sur Internet un chat dédié à la saga du Seigneur des Anneaux ou un cercle de fidèles raëliens, passant sans heurt d\u2019un univers à l\u2019autre, se glissant chaque fois dans la sémantique et la syntaxe d\u2019une ritualité différente, sans autodafé ni apostasie.Ni lourdement grégaire, ni farouchement individualiste, elle adopterait plutôt les traits de ce que d\u2019aucuns ont proposé d\u2019appeler néotribalisme.287 L'état du Québec Une religiosité light Ce dernier aspect du néotribalisme contemporain permet d\u2019ailleurs d\u2019enchai-ner sur un autre trait caractéristique de la religiosité de notre époque, etqu\u2019avec prudence on pourrait appeler sa légèreté.Force est en tout cas de reconnaître que l\u2019on ne retrouve généralement pas dans le vécu religieux actuel la gravité austère et rigide qui a largement caractérisé les grandes religions et les grandes idéologies de l\u2019Occident, du christianisme au marxisme, en passant par toutes les variantes de la « religion de l\u2019Humanité ».Il eût en tout cas été difficile d\u2019imaginer, il y a quelques décennies à peine, un cardinal archevêque participer à une émission de variétés estivale et y évoquer ses conversations avec « son grand chum » Jésus.Il est en outre significatif à cet égard que l\u2019une des formes religieuses traditionnelles qui ont connu le plus de popularité dans l'Occident des dernières décennies, y compris au Québec, ait été le bouddhisme, représenté par un certain nombre de maîtres spirituels mais peut-être d\u2019abord par la figure très médiatisée du dalaï-lama.On peut en tout cas faire l\u2019hypothèse que l\u2019absence de rigidité dogmatique et morale de cette tradition et même la place qu\u2019y tient l\u2019humour, se sont trouvées particulièrement « en phase » avec la sensibilité religieuse de notre temps.Ni excommunication, ni contention, donc, ni martyre, ni guerre sainte \u2014 ce qui n\u2019exclut pourtant ni l\u2019enthousiasme ni la ferveur : c\u2019est que cette religiosité se conjugue tout naturellement avec un hédonisme généralisé dans lequel on a pu voir un autre trait caractéristique de notre temps, et qui illustre vraisemblablement aussi l\u2019une des principales ruptures du vécu religieux, à une époque qui n\u2019accepte plus de sacrifier la jouissance du présent aux promesses de quelque paradis extramondain ou de quelque avenir radieux.Voici d\u2019ailleurs peut-être l\u2019un des aspects les plus déroutants de la mutation actuelle du religieux, et aussi l\u2019un des plus décisifs, auquel il importe dès lors de rester attentif, si tant est que l\u2019on souhaite vraiment comprendre quelque chose aux transformations culturelles de notre temps.?Réferences Berger, Peter L.(sous la direction de), Le réenchantement du monde, Bayard, Paris, 2001.Bibby, Reginald W., Fragmented Gods.The Poverty and Potential of Religion in Canada, Irwin, Toronto, 1987 (tr.ff.sous le titre : La religion à la carte, Fides, Montréal, 1988).Lyotard, Jean-François, La condition postmodeme, Minuit, Paris, 1979.Ménard, Guy, Petit traite' de la vraie religion \u2014 à l\u2019usage de ceux et celles qui souhaitent comprendre un peu mieux le vingt et unième siècle, Liber, Montréal, 1999.Ménard, Guy et Eve Paquette (sous la direction de), Religion et postmodernité, Rehgio-logiques, 19, Montréal, 1999.Rivière, Claude, Les rites profanes, PUF, Paris, 1995.288 Le catholicisme blessé D\u2019un statut de pouuoir à un statut de quête Raymond Lemieux Université Laval Voilà un siècle, l\u2019Église catholique du Canada français vivait cette période de son histoire qu\u2019on a qualifiée de triomphaliste.Sortie depuis une cinquantaine d\u2019années de la pauvreté consécutive à la Conquête, son clergé et ses institutions grandissaient avec régularité.De un pour 1834 en 1830, le nombre de prêtres par fidèle progressera jusqu\u2019à un pour 509 en i960).Le temps était révolu où ce clergé devait se former sur le tas, les jeunes prêtres apprenant de leur curé : les séminaires, petits et grands, assuraient désormais leur instruction en même temps que celle des « élites » de la nation, à travers un curriculum classique.Parfois venues de France où leur action était limitée par les lois républicaines (alors que le gouvernement colonial leur laissait ici le champ libre), mais aussi de fondations locales, de nombreuses communautés religieuses, surtout féminines, développaient un impressionnant réseau d\u2019institutions sociales.Au nom de leur vocation de service, Mères ursulines, Dames de la Congrégation, Sœurs de la Charité, du Bon-Pasteur, de Jésus-Marie et autres, non seulement assuraient l\u2019essentiel des structures d\u2019éducation mais organisaient hôpitaux, asiles pour vieillards, malades mentaux, délinquants, écoles de réformes, etc.Dans ce contexte, le catholicisme a véritablement été un acteur majeur de la civilisation canadienne-française.À faible coût public, il a procuré des institutions modernes \u2014 au vu de l\u2019époque \u2014 là même où la modernité en gestation portait des problèmes inédits de violence, d\u2019isolement et de misère.Il a encadré les populations passant de la paysannerie à la ville.11 a fourni son armature morale, intellectuelle et spirituelle à un peuple fragilisé dans son identité, jusqu\u2019à soutenir son nationalisme pour le mêler d'idéal missionnaire et de mysticisme.On a pu parler avec raison de chrétienté pour désigner cette association intime entre le christianisme, dans sa confession catholique, et les structures d\u2019une société en développement Cette situation aura duré à peu près cent ans, soit la deuxième moitié du xbé siècle et la première moitié du xxe.La Révolution tranquille en a signé le renversement dans les années i960.Un peuple urbanisé, moyennement scolarisé, en plein développement, a alors voulu se donner les outils politiques propres à consolider sa force économique.Les Québécois \u2014 qui se désigneront désormais comme tels et non plus comme Canadiens jrançais \u2014 élisent un gouvernement du Parti libéral en i960 avec le slogan « Il faut que ça change ! » Reniant la collusion des pouvoirs politique et religieux dont le duples- L'état du Québec sisme était le dernier avatar, ils vont alors engager leurs descendants à poursuivre de nouveaux idéaux dont les maîtres mots sont la réussite personnelle et l\u2019essor économique.Leur indéniable succès pendant les trente glorieuses fera du Québec une des sociétés les plus modernes d\u2019Occident, consolidant les assises idéologiques d\u2019un nouvel accès à la modernité et reléguant la mémoire des modèles antérieurs dans la grande noirceur.Une telle révolution n\u2019a rien de particulièrement original.Remplaçant les régulations communautaires traditionnelles par des régulations techniques et «rationnelles», assimilant « progrès » et développement économique, elle suit un modèle commun en Occident.Une de ses caractéristiques est de provoquer la sécularisation, c\u2019est-à-dire l\u2019autonomisation progressive de secteurs sociaux qui échappent à la domination des significations et des institutions religieuses.Il faut cependant remarquer la rapidité du processus dans le cas du Québec.En une dizaine d\u2019années, les clercs qui encadraient la société sont remplacés par d\u2019autres élites-cadres, professionnelles et bourgeoises, prônant des valeurs dites modernes: non plus la solidarité des communautés «naturelles», mais la réalisation de soi, la performance, le savoir-faire ; non plus le respect de l\u2019autorité mais la maîtrise des technologies.La voie privilégiée de salut en devient non plus l\u2019identité collective sublimée dans les convictions religieuses mais la réussite, dans des entreprises dont les processus sont contrôlés: industries, affaires, sports, arts, médias, etc.Le champion, désormais, fera figure d\u2019idéal, quitte à ce qu\u2019en soient brisées les solidarités d\u2019où il a pu naître.Québec inc.S\u2019il a pu planer haut son temps, le triomphalisme clérical en a pris un coup dans l\u2019aile.11 faut désormais parler, au Québec, d\u2019un catholicisme blessé dans sa mémoire et dans ses institutions.Blessé dans sa mémoire Il est profondément blessé dans sa mémoire, d\u2019abord, par la critique à la fois souterraine et acerbe, souvent arbitraire, faite à sa position d\u2019autrefois.Injuste quand elle refuse de tenir compte de la nature des problèmes sociaux et des outils, intellectuels ou autres, dont on pouvait disposer à l\u2019époque, cette critique va souvent jusqu\u2019à la caricature, dans la vulgate médiatique, comme si les ancêtres avaient été une bande d\u2019idiots manipulés par des forces occultes.Intériorisation inconsciente du discours du maître qui se gaussait de la priest ridden Province?Qui sait?La conséquence en est une profonde déstabilisation de l\u2019identité de ceux qui peuvent encore se dire catholiques.Comment vivre une telle identité quand elle devient honteuse de ses racines ?L\u2019enjeu n\u2019est pas ici de nier les abus qu\u2019ont pu commettre les institutions catholiques ou certains de leurs représentants autrefois, abus de pouvoir, perversions sexuelles ou autres.Quand on peut en vérifier la réalité, il est d\u2019autant plus important de les dénoncer que les institutions d\u2019aujourd\u2019hui, religieuses ou laïques, sont loin d\u2019être à l\u2019abri.Les historiens du religieux ont une responsabilité particulière pour en produire une lecture dégagée des aliénations idéologiques, quel qu\u2019en soit le 290 La population sens, en espérant que leurs travaux servent la mémoire commune.Quoi qu\u2019il en soit, il faut un certain courage pour se dire catholique au Québec au début du xxi' siècle.L\u2019engagement est spontanément associé au lavage de cerveau.Parfois le simple aveu d\u2019une foi ou d\u2019une adhésion aux pratiques d\u2019une communauté croyante est d\u2019emblée la source de soupçons.Quoiqu\u2019on continue de recourir massivement aux rites de passages (baptême, mariage, funérailles) dont l\u2019Église est le fournisseur privilégié, on reste le plus souvent sourd au discours religieux qui les accompagne et surtout à la responsabilité qu\u2019ils pourraient engager.On y cherche moins du sens que la reconnaissance symbolique des états de fait.Le sens proposé appartient de toute façon à un autre monde.La vie courante est soumise à d\u2019autres contraintes, enjeux et conformismes.Des institutions fragilisées Interdit de mémoire, le catholicisme est également profondément blessé dans ses institutions.Dès les années soixante, la perte de ses principales fonctions d\u2019encadrement social s\u2019est soldée par un grand nombre de sorties du clergé.Dans la plupart des communautés religieuses, la moyenne d\u2019âge se situe désormais au-delà des soixante-dix ans et rarissimes sont les nouvelles recrues.Dans quinze ans, il est probable que les organisations soutenues par ces groupes auront dû être prises en charge par d\u2019autres ou auront disparu, de même que ces communautés elles-mêmes, quoique certaines soient liées au patrimoine le plus vénérable du Québec.Dans les paroisses urbaines, la pratique dominicale se situe rarement au-dessus de io %, descendant jusqu\u2019au plancher de 3 % dans les milieux de centre-ville.Elle n\u2019atteint pas plus de 25 % dans les paroisses rurales.Faute de pouvoir les entretenir adéquatement, les diocèses ont commencé à vendre les églises urbaines.Viendra bientôt le tour des bâtiments ruraux, pourtant symboles des communautés humaines installées autour d\u2019eux.Les institutions de l\u2019Église entrent d\u2019évidence dans une nouvelle conjoncture de pauvreté.Non seulement sont-elles en quête de ressources, mais les services qu\u2019elles peuvent rendre sont désormais jugés à l\u2019aune de critères étrangers à leur culture propre : non plus la générosité de la réponse à un appel vocationnel, mais l\u2019efficacité, la mise en demeure de rendre compte de leur utilité dans un monde de concurrence et de performance.La noblesse des sentiments n\u2019est plus un critère recevable.Dans les meilleurs cas, cela amène les chrétiens à travailler avec d\u2019autres, à trouver des partenaires ailleurs, à développer des solidarités éclatées, à inventer de nouveaux modèles.Parfois, cependant, cela dénature leur discours, pour le pousser sur le terrain des performances à court terme, des enjeux du paraître et de la réussite, ou encore de la défense d\u2019intérêts institutionnels à légitimité réduite.Cette Église, donc, paraît fragilisée dans son identité, son action et son discours.Quand elle cherche à tenir une parole signifiante pour le monde d\u2019aujourd\u2019hui, cette parole est reçue avec le sentiment du déjà entendu.Quand elle parle de projet de société, d\u2019autres acteurs occupent déjà le terrain.On peut parler d\u2019atonie1 de la scène Se dire catholique prend un certain courage pour un Québécois du début du XXIe siècle.291 L\u2019état du Québec catholique québécoise.Quoi que disent prêtres et animateurs dans leurs approches pastorales, quelque position, timide ou courageuse, que prennent les évêques ou le pape lui-même, quel que soit le domaine visé (l\u2019économie, les fractures de pauvreté, la guerre, la famille ou la sexualité), tout cela est reçu au mieux avec un respect d\u2019usage, au pire comme une intrusion anachronique dans la liberté de conscience.Le plus souvent, on l\u2019appréhende comme un vestige folklorique dont on sait d\u2019avance ce qu\u2019il en est de ses visées.L\u2019atonie dans ce contexte provient moins d\u2019un manque de courage ou de lucidité des respon-sables que d\u2019un manque de réponse dans une culture occupée ailleurs.Malgré les blessures, le catholicisme québécois d hui manifeste une paradoxale et réelle vitalité.Une paradoxale mais réelle vitalité On peut évidemment se demander ce que devient la Bonne Nouvelle quand le sentiment de déjà vu domine la réception d\u2019un discours qui n'arrive tout simplement plus à faire nouvelle.Restent alors, à l\u2019extérieur des institutions catholiques, l\u2019exploitation des petits et grands scandales qui font office de ramener les idéaux sur terre, là où personne ne peut prétendre à la pureté.Dans la culture commune, pourtant, ce n\u2019est pas la religion qui s\u2019efface.Au contraire, on en voit naître, renaître et proliférer de multiples formes, sectaires ou ouvertes, avec leurs mythes, leurs rites et leurs croyances, stimulées par la concurrence des marchés.C\u2019est plutôt « une configuration du catholicisme qui s\u2019épuise », en même temps que disparaît le modèle de société auquel cette configuration était liée2.La question qui se pose dès lors est la suivante : Une autre conjîguration ot-ellepossible ?Malgré les blessures dont la liste pourrait être beaucoup plus longue, le catholicisme québécois d\u2019aujourd\u2019hui manifeste, oserions-nous dire, une paradoxale et réelle vitalité3.Certes, il faut généralement se donner la peine de regarder hors des sentiers battus pour la trouver.On la voit alors à l\u2019œuvre, aujourd\u2019hui comme hier, dans les lieux de détresse de la société, les quarts-mondes urbains, les refuges pour sans-abri, les soupes populaires, auprès des jeunes et moins jeunes de la rue, à la rencontre de la solitude des personnes âgées, dans toutes sortes de modes d\u2019accompagnement de la souffrance et de la finitude humaine.Paradoxalement, les chrétiens ordinaires engagés au nom de leur foi sont peut-être aujourd\u2019hui plus nombreux qu\u2019ils ne l'étaient à l\u2019epoque où cet engagement était réservé à des organisations spécialisées, telles les communautés religieuses.On les trouve dans toutes les grandes villes du Québec et du monde.La plupart du temps, ils ne portent pas de fanions confessionnels.Ils ne se tiennent d\u2019ailleurs pas entre eux mais travaillent avec d'autres, des chrétiens d\u2019autres confessions, des non-chrétiens, des agnostiques et des athées, dans des projets dont ils ne revendiquent pas nécessairement le contrôle.On lesvoitainsi, parfois, risquer leurvie au service des plus pauvres.Ils présentent alors une des figures les plus marquantes etles plus crédibles du christianisme d'aujourd\u2019hui, enracinant sa crédibilité dans le/aire, prenant des risques réels avec le monde.Malheureusement, il faut bien le dire, cette figure est souvent mal articulée aux structures traditionnelles de l\u2019Église et reléguée dans les marges de son dis- 292 C5C cours.Elle est déstabilisante.Une religieuse engagée dans la pastorale sociale rapportait ainsi comment, dans sa petite ville, elle avait été mise en contact avec les motards du coin.Rien à voir ici avec les Hells Angels et le crime organisé, mais avec la petite délinquance, la revente de drogue, la violence occasionnelle (aux femmes notamment) et la détresse, commune à tous les genres.Ayant réussi à maintenir un lien avec ce monde qui lui était assez étranger, avouait-elle, sa plus grande souffrance ne venait pas de la crainte ou des situations difficiles qu\u2019elle pouvait avoir à vivre, mais du fait que dans sa communauté, où résidaient cinq ou six autres religieuses, elle ne pouvait pas en parler.« Mes sœurs, elles ont peur.Je suis certaine qu\u2019elles prient pour moi soir et matin, qu'elles m\u2019accompagnent de leurs vœux et de leurs pensées.Mais elles ne veulent pas en entendre parler.»).Il faut dire qu\u2019à près de cinquante ans, elle était la plus jeune du groupe.On peut comprendre les fantasmes des plus vieilles.Un tel engagement, pour cette femme, a été l\u2019occasion de prendre une position d\u2019Église non plus instituée, mais instituante.Pour trouver un lieu de parole, dénouer ses incertitudes et angoisses, développer sa réflexion éthique, elle a alors constitué son propre groupe de référence, avec des travailleurs sociaux, un médecin, une infirmière, des instituteurs.Non-pratiquants, agnostiques, mais capables de recevoir ses doutes et défis.« Nous mangeons ensemble deux fois par mois.» De nouvelles communautés Voilà sans doute une situation extrême.Pourtant, les lieux institutionnels eux- mêmes ne manquent pas de créativité.Ils sont innombrables les groupes, associations, cuisines populaires, sociétés d\u2019entraide, société Saint-Vincent-de-Paul, solidarités tiers-monde, dans lesquelles des hommes et des femmes, pratiquants ou « distants », s\u2019engagent au nom d\u2019une conscience sociale que le christianisme les aide à développer.Un curé rapportait avoir recensé t25 associations dans sa paroisse, en milieu populaire.« Je n\u2019ai aucune envie de les contrôler.Elles forment, tout simplement, la base vivante de la paroisse.» Et on trouve, à un autre niveau, au moins une quinzaine de nouvelles formes de communauté religieuse, nées au cours des vingt dernières années.Pas de modèles qui s\u2019imposent, mais une recherche évidente, réinventant le sens de la mission (non plus convertir, mais accompagner), celui de la liturgie (célébrer la différence et l\u2019unité à construire plutôt que la communauté « naturelle »), et celui-là même de l\u2019intelligence d\u2019une foi qui cherche à reconnaître l\u2019autre dans sa propre quête, avec ses richesses et ses limites, plutôt que de I\u2019ostraciser au nom d\u2019une vérité possédée.Une des questions majeures à ce propos, faut-il le rappeler, est celle de la place des femmes, qui s\u2019insère elle-même dans la problématique plus large de la place des laïcs.Le défi de la culture chrétienne, relevait l\u2019Assemblée des évêques du Québec dans son rapport au pape Jean-Paul II en avril 1999, est d\u2019être « moins cléricale » et « plus synodale ».La place réelle accordée aux laïcs et particulièrement aux femmes (qui forment 80% des laïcs engagés) dans le partage des responsabilités ecclésiales est certes une des plus remarquables manifestations du dynamisme contemporain de L\u2019etat du Québec l\u2019Église qué-bécoise.En même temps, il faut bien le dire, la parcimonie de la reconnaissance symbolique qui leur est donnée reste un lieu de scandale aux yeux de bien des observateurs externes et de beaucoup de chrétiens engagés.Désormais associé aune des sociétés les plus sécularisées du monde, le catholicisme québécois, dans ce passage imposé d\u2019un statut de pouvoir à un statut de quête, appelé à reconfigurer son identité, représente un immense chantier théologique et ecclésiologique et un véritable laboratoire du christia- nisme contemporain.Avec les catholicismes d\u2019autres milieux ou avec les autres confessions religieuses, il partage un défi de taille : concilier la conscience de la cite' et le meilleur de ses traditions4.Peut-être dira-on que c\u2019est là un défi de tous temps et tous lieux.Certes.Pour vivre, pour se donner un avenir, il doit cependant désormais en inventer les formes, c\u2019est-à-dire/aire venir au langage, dans un monde dont les langues lui sont étrangères, l\u2019expérience et l\u2019espoir, bref l\u2019utopie dont il se veut porteur.?Références 1.\tLe terme est emprunté à Danièle Hervieu-Leger, Catholicisme, lajin d\u2019un monde, Paris, Bayard, 2003,335 p.3.\tOn pourra aussi consulter notre article qui faisait déjà le point de cette question il y a plus de quinze ans, écrit en collaboration avec Jean-Paul Montminy, « La vitalité paradoxale du catholicisme québécois», in Gérard Daigle (dir.), Le Québec en jeu.Comprendre les grands défis, Montréal, Presses de l\u2019Université de Montréal, 1992, 575-607.2.\tDenis Pelletier, La crise catholique.Religion, société', politique en France (1965-1978), Paris, Payot, 2002,324 p.4.\tVoir Raymond Lemi eux et Jean-Paul Montm 1 ny, Le catholicisme québécois, Les Éditions de l\u2019IQRC/Presses de l\u2019Université Laval, coll.Diagnostic, n° 28,2000,141 p.L\u2019Autre, là où on ne l\u2019attendait pas.Les lieux de culte des minorités ethno-relicjieuses Annick Germain et Julie Elizabeth Gagnon INRS Urbanisation, Culture et Société La cause est entendue, Montréal est une métropole qui devient chaque jour davantage multiethnique.La proportion d\u2019immigrants augmente pratique- ment dans tous les secteurs de l\u2019île ainsi que dans les banlieues proches.La diversité des origines ethniques qui distingue l\u2019immigration canadienne est 294 La population particulièrement prononcée à Montréal.Or, les pratiques religieuses des immigrants (et plus largement des communautés culturelles), et tout particulièrement l\u2019aménagement de leurs lieux de culte, semblent avoir pris les autorités municipales par surprise.Dans les années 1990, plusieurs municipalités de la région montréalaise ont en effet décrété des moratoires sur ces aménagements, certaines ont revu leurs règlements de zonage pour contenir le flot croissant des demandes d\u2019établissement de lieux de culte.On a vu aussi se multiplier les controverses suscitées par ces projets d\u2019aménagement dans les quartiers environnants.Enfin, certaines décisions municipales de permettre ou de refuser des projets d\u2019agrandissement ou de construction de lieux de culte associés à des minorités ethno-religieuses ont commencé à alimenter des débats sur les attitudes discriminatoires (tant positives que négatives) des municipalités et plus largement sur la laïcité de l\u2019espace public.Pourtant ce n\u2019est pas d\u2019hier que Montréal n\u2019est plus seulement la « ville aux cent clochers ».Certains quartiers dont le Mile End, couloir traditionnel de l\u2019immigration, possèdent un patrimoine religieux très diversifié, et ce, depuis longtemps.Les visites guidées organisées par la Société d\u2019histoire du Mile End révèlent un foisonnement de types de lieux de culte différents qui souvent se sont succédé dans les mêmes édifices ou ont été recyclés à d\u2019autres usages (Bronson, 2002).Qu\u2019y a-t-il donc de relativement neuf dans la géographie récente des lieux de culte des minorités ou dans les enjeux posés par leur aménagement ?Croissance, étalement et diversité Le paysage religieux de l\u2019agglomération montréalaise connaît des changements importants liés en partie à l\u2019évolution des flux migratoires des dernières décennies : augmentation continue des quotas fixés par les gouvernements provincial et fédéral, diversité accrue des pays d\u2019origine.Depuis les années 1990, les municipalités de la région montréalaise ont vu augmenter de façon significative les demandes de constructions ou d\u2019agrandissement des lieux de culte, et la plupart étaient associées aux minorités ethniques.Bien qu\u2019il soit difficile de réaliser un inventaire des lieux de culte, une réalité très mouvante, on a estimé en 2002 qu\u2019en-viron 35 % des quelque 800 lieux de culte que compte l\u2019île de Montréal sont associés à des groupes immigrants ou ethno-religieux particuliers, avec une forte croissance des religions non chrétiennes orientales comme l\u2019islam, le sikhisme et le bouddhisme, en plus des Églises associées au protestantisme réformé dont le pentecôtisme et l\u2019ad-ventisme, des Églises qui comportent souvent une forte proportion d\u2019immigrants et/ou de minorités visibles.On voit se multiplier à la fois des petites communautés aux ressources limitées à la recherche de terrains peu coûteux comme dans les parcs industriels peu convoités ou de locaux commerciaux désaffectés, mais aussi des projets de grande envergure arborant éventuellement une architecture évoquant la culture d\u2019origine, comme le temple sikh (gurdwara) de LaSalle.Ces lieux de culte ne sont plus tous aménagés à proximité des quartiers de résidence de leur communauté, ou « au cœur de la cité » comme l\u2019étaient les 35 % des quelque 800 lieux de culte que compte l\u2019île de Montréal sont associés à des groupes immigrants ou ethno-religieux.295 L'état du Québec églises catholiques.Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un choix ou d\u2019une contrainte (pénurie ou coût des espaces de proximité), ces nouvelles localisations font que ces lieux de culte à rayonnement régional ont pour effet de créer des situations de rapprochement spatial de cultures très différentes, situations qui ne passent pas inaperçues, surtout dans le tissu homogène des banlieues Enfin, la croissance des lieux de culte des minorités survient au moment où la désaffection des églises catholiques et protestantes traditionnelles et le recyclage de certaines d\u2019entre elles a des fins notamment résidentielles posent des problèmes de conservation du patrimoine religieux.Notons que les églises catholiques sont souvent d\u2019un gabarit trop monumental (en clair, elles sont trop coûteuses à entretenir) pour être réutilisées par d\u2019autres groupes religieux, quand toutefois les obstacles ne sont pas d\u2019abord d\u2019ordre institutionnel.Comment ont réagi les municipalités à cette prolifération de lieux de culte et quels enjeux représentent-ils pour elles' ?Des municipalités de moins en moins conciliantes Avant de se montrer de plus en plus réticentes face à l\u2019augmentation des demandes d\u2019aménagement de lieux de culte, la plupart des municipalités étaient en général assez ouvertes aux demandes qui leur étaient faites par divers groupes ethno-religieux.En fait, les lieux de culte n\u2019étaient souvent même pas mentionnés dans les classifications relatives à l\u2019usage du sol dans les règlements de zonage, et pouvaient donc s\u2019implanter n\u2019importe où y compris en zone résidentielle où d\u2019ailleurs beaucoup de lieux de culte ont com- mencé par s\u2019établir, souvent dans un logement privé.Mais l\u2019augmentation du nombre de demandes dans les années 1990 à Montréal (Arteau, 2000) et ailleurs dans file provoque un changement d\u2019attitude, et la plupart des municipalités accueillant beaucoup d\u2019immigrants modifient leurs règlements de zonage pour restreindre les zones où des lieux de culte pourraient s\u2019établir de plein droit ; certaines, dont Montréal, décrétant même un moratoire sur toute implantation de nouveau lieu de culte.Ces moratoires n\u2019empêchent pas l\u2019établissement d\u2019un nouveau lieu de culte, mais assujettissent les projets à un plus grand contrôle politique.C\u2019est que les municipalités commencent à prendre la mesure des enjeux économiques, urbanistiques et socio-politiques qui sous-tendent la multiplication des lieux de culte sur leur territoire, surtout s\u2019ils sont associés à des minorités ethno-religieuses.Rappelons d\u2019abord qu\u2019en vertu d\u2019une loi provinciale, les lieux de culte sont exemptés de taxes foncières et scolaires, y compris pour les parties du bâtiment qui ne correspondent pas au lieu de prière proprement dit (une garderie, une salle communautaire, un gymnase, etc.).Ces édifices représentent donc aux yeux des autorités municipales dont les revenus dépendent essentiellement de ces taxes, « des manques à gagner » pour le budget municipal.Cet argument fiscal est d\u2019autant plus important qu\u2019avec l\u2019urbanisation de la métropole, les terrains vacants disponibles se raréfient ; en témoigne l\u2019attitude des villes qui, avec le retour de la croissance économique au milieu des années 1990, ontvoulu attirer des entreprises de haute technologie dans leurs parcs industriels.296 La population Ensuite, plusieurs gros projets de lieux de culte causent des maux de tête aux municipalités, la qualité des matériaux quand ce n\u2019est pas les financements escomptés n\u2019étant pas toujours au rendez-vous.Surtout, on craint de plus en plus les « nuisances » susceptibles d\u2019affecter les milieux résidentiels adjacents : trafic, encombrement des espaces de stationnement, bruit des cérémonies, etc.De fait, de nombreuses controverses sont déclenchées autour des impacts de ces projets sur la qualité de vie des riverains (surtout lorsque ceux-ci sont des propriétaires soucieux de la valeur de leur propriété !).Les lieux de culte de rayonnement dit régional sont aussi mal vus par les autorités locales notamment des banlieues, qui souvent n\u2019hésitent pas à réclamer la liste des adresses des membres de la congrégation pour s'assurer qu\u2019il s\u2019agit bien de contribuables et d\u2019électeurs locaux.Mais les lieux de culte de proximité suscitent aussi des réticences.Plus rarement avoué mais non moins prégnant est l\u2019argument des effets d\u2019entraînement sur la composition ethnique du milieu résidentiel adjacent ; ainsi l\u2019aménagement d\u2019une église pentecôtiste africaine a fait craindre « une invasion de minorités visibles » dans un quartier où les immigrants avaient jusque-là peu tendance à s\u2019installer.Cette dimension de la visibilité de l\u2019immigration semble importante à plus d\u2019un titre et mérite qu\u2019on s\u2019y arrête un moment.Des minorités plus nombreuses et plus visibles.L\u2019expression « minorités visibles » s\u2019applique aux personnes, autres que des autochtones, qui, selon la Loi sur l\u2019équité en matière d\u2019emploi, « ne sont pas de race blanche ou qui n\u2019ont pas la peau blanche».Le recensement du Canada permet de suivre l\u2019évolution des conditions d\u2019accès à l\u2019emploi, au logement, et autres, des personnes appartenant aux minorités visibles et comprend une question à cet égard.Les experts s\u2019accordent à penser que le sous-dénombrement des minorités visibles est notoire, mais les résultats du recensement sont néanmoins utiles, surtout si on compare les données d\u2019un recensement à l\u2019autre.Or, les données du dernier recensement (2001) révèlent une augmentation importante de la proportion de minorités visibles dans la population canadienne en général (la proportion a triplé depuis 1981) et tout particulièrement dans certaines municipalités.Rappelons que depuis les années 1980, l\u2019immigration admise au Québec (comme dans le reste du Canada d\u2019ailleurs) est largement non européenne avec une forte dominance des origines asiatiques.Parmi les 25 municipalités canadiennes de 5 000 habitants et plus ayant les plus fortes proportions de minorités visibles en 2001, on note en tête de liste Richmond, en banlieue de Vancouver, avec 59 % de sa population appartenant aux minorités visibles ; Toronto arrive au 6e rang avec 42,8 %.Suivent au 10e rang Saint-Laurent avec 38,2 °/o, Brossard au 13e rang avec 27,7%, Dollard-des-Ormeaux au 15' rang avec 26 %, suivi de Pierrefonds avec 25,8%.Montréal arrive en 21e place avec 22,7 %.Si l\u2019on revient au cas de Saint-Laurent, il est intéressant de noter que cet arrondissement dont près de la moitié des habitants sont aujourd\u2019hui Plusieurs gros projets de lieux de culte causent des maux de tête aux municipalités.297 immigrants, n\u2019en comptait guère avant les années 1950.La rapidité avec laquelle les Laurentiens Canadiens français et anglais sont pour ainsi dire mis en minorité par des immigrants, minorités visibles de surcroît, mérite d\u2019être soulignée.Car c\u2019est dans ce contexte de changements démographiques majeurs que se manifeste une autre dimension de la visibilité des immigrants, telle qu\u2019elle est véhiculée par les nouveaux lieux de culte.L\u2019architecture résidentielle montréalaise typique des « plex » (duplex, triplex, etc.) a intégré depuis longtemps les apports de diverses communautés européennes.Ce sont aujourd\u2019hui d\u2019autres influences culturelles qui façonnent cette fois l\u2019architecture religieuse.Le cas de la mosquée de Saint-Laurent, la plus importante en sol montréalais, permet bien d\u2019illustrer ce changement dans le paysage urbain.Le Centre islamique de Saint-Laurent fait l\u2019objet de travaux majeurs d\u2019agrandissement qui vont également modifier son architecture, désormais de caractère islamique.Installée dès 1965 dans un modeste «bungalow» dans un secteur relativement désuet de la ville, la mosquée passe pendant longtemps inaperçue, avant de faire l\u2019objet de travaux successifs d\u2019agrandissement qui vont peu à peu contribuer à affirmer la présence d'une communauté musulmane de plus en plus nombreuse.Le dernier des projets d\u2019agrandissement a suscité certaines réticences auprès de l\u2019administration municipale (du fait du gabarit et de l\u2019architecture), qui a tenté de convaincre le gouvernement provincial de revoir sa loi sur les exemptions de taxes accordées aux lieux de culte.D\u2019autres projets d\u2019agrandissement ou de construction de mosquées ont été mal accueillis par les autorités locales dans la région montréalaise, comme d\u2019ailleurs à Toronto où cependant tous les projets ont fini par se réaliser (Qadeer et Chaudry, 2000).D\u2019autres types de lieux de culte ont connu un sort semblable (même si l\u2019attention médiatique, tout particulièrement depuis les événements du 11 septembre 2001, semble parfois privilégier les mosquées comme dans le cas des deux refus de projets de mosquée à Dollard-des-Ormeaux).Les raisons qui sous-tendent ces attitudes tant des municipalités que des riverains sont multiples, mais on peut lire en filigrane dans la plupart de ces cas l\u2019inconfort causé par l\u2019affirmation d\u2019un groupe ethno-religieux dans l\u2019espace public.Plusieurs responsables religieux, notamment de mosquées, choisissent d\u2019ailleurs le parti de l\u2019invisibilité pour éviter toute attitude de rejet Pour d\u2019autres, au contraire, l\u2019enjeu en est précisément un de reconnaissance, dans une perspective de citoyenneté urbaine comme l\u2019ont montré Isin et Siemiatycki pour Toronto (Isin et Siemiatycki, 2002).Ce que cohabiter veut dire Mais les municipalités ne sont pas les seuls acteurs concernés dans ces dossiers d\u2019aménagement.En plus des responsables de lieux de culte, les habitants sont aussi à l\u2019occasion partie prenante du débat, mais sont d\u2019abord interpellés par ces nouvelles situations de cohabitation interculturelle.Les municipalités jouent à leur égard differents rôles : tantôt relayant le point de vue des demandeurs, elles exercent une fonction de médiation, tantôt elles tranchent en reprenant le point de vue La population des résidants ou au contraire en passant outre, car les enjeux politiques sont souvent lourds et la majorité n\u2019est pas toujours là où on croit, comme on le verra plus loin.En effet, ces dossiers engagent souvent des dynamiques sociales microlocales particulières.On citera le cas d\u2019un projet d\u2019agrandissement d\u2019une mosquée à Laval installée non dans le quartier fortement immigrant de Cho-medey, mais dans une secteur à majorité « québécoise de souche » à proximité d\u2019une artère commerciale en déclin mais à forte circulation.Les résidants estimant à bon droit devoir supporter les multiples nuisances d'un milieu peu hospitalier ont mal accueilli le projet, « une goutte d\u2019eau faisant déborder le vase ».Les représentants de la communauté musulmane ainsi que ceux de la municipalité ne ménageront pas leurs efforts pour expliquer le dossier aux résidants, les familiariser avec les pratiques religieuses de la communauté musulmane (quand, comment, etc.), les efforts de dialogue et de négociation finissant par porter leurs fruits.Ces dynamiques sociales microlocales, qui s\u2019avèrent bien souvent cruciales, peuvent toutefois varier d\u2019un quartier à l\u2019autre pour des problèmes pourtant similaires.Les cas des synagogues hassidiques dans Mile End et Outremont sont à cet égard probants (Gagnon, 2001).Deux projets d\u2019aménagement de synagogues dans deux quartiers limitrophes ont suscité des dynamiques radicalement différentes qui reflètent les caractéristiques des milieux locaux.Rappelons que la localisation des synagogues est soumise à des contraintes de proximité particuliè- rement sévères dans le cas des communautés juives (ultra) orthodoxes puisque les déplacements doivent être limités lors de la période du Sabbat et d\u2019autres fêtes religieuses.Or, les juifs hassidiques sont depuis longtemps concentrés dans le secteur du Mile End et du bas Outremont, dans une zone qui fut jusque dans les années i960 le berceau de la communauté juive à Montréal.La croissance rapide de leurs communautés les a conduits dans un cas (Mile End) à agrandir une synagogue déjà installée dans un secteur résidentiel en acquérant successivement deux maisons supplémentaires, dans l\u2019autre (Outremont) à ouvrir une nouvelle synagogue dans une rue à caractère mixte commercial/résidentiel.Ces deux projets d\u2019aménagement ont fait l\u2019objet de controverses fort différentes.Dans le Mile End, des résidants réunis en comité de rue avaient déjà négocié il y a une dizaine d\u2019années, directement avec les représentants du groupe hassidique concerné ainsi qu\u2019avec des fonctionnaires municipaux, les conditions concrètes auxquelles serait assujetti l\u2019octroi d\u2019un permis d\u2019agrandissement.L\u2019entente incluait notamment l\u2019installation d\u2019un système de climatisation permettant de garder les fenêtres de la synagogue fermées afin de contenir les effets sonores des cérémonies, l\u2019amélioration de la gestion du stationnement lors du Sabbat, et l\u2019aménagement paysager du terrain de la synagogue, ainsi qu\u2019un moratoire de dix ans sur un éventuel agrandissement.Cette entente a été suivie de transactions informelles de bon voisinage jusqu\u2019à ce que le moratoire vienne à échéance dixansplustard Deux projets d\u2019aménagement de synagogues dans deux quartiers limitrophes ont suscité des dynamiques radicalement différentes.299 L'état du Québec et que le groupe hassidique fasse une nouvelle demande d\u2019agrandissement pour s\u2019adapter à la croissance de la communauté.Les riverains estimant que les Hassidim n\u2019ont pas respecté toutes les conditions de l\u2019entente et craignant que cet agrandissement ne vienne menacer le caractère résidentiel de la rue, tenteront de s\u2019opposer au projet et seront appuyés par diverses instances consultatives.Mais les élus montréalais trancheront en faveur des Hassidim en dépit des avis émis par des fonctionnaires municipaux.Malgré ce dénouement qui en laissera plusieurs amers, ce processus de transaction pragmatique entre citadins reconnaissant chacun la légitimité de l\u2019Autre à être là, est aux antipodes du processus d\u2019emblée procédurier et médiatisé qui sera suivi dans Outremont.À plusieurs reprises les parties en cause solliciteront l\u2019intervention des tribunaux sur des questions de principe, dans le litige sur la synagogue ainsi que dans celui sur l\u2019installation d\u2019un érouv (mince fil de fer suspendu à plusieurs mètres du sol pour étendre, symboliquement, le périmètre à l\u2019intérieur duquel certaines activités sont autorisées lors du Sabbat).Le conflit engagé dans une spirale judiciaire est à la fois le résultat et la cause du climat de tension qui règne dans le quartier.Alors que de le Mile End est depuis longtemps un quartier d\u2019immigration dont l\u2019image de cosmopolitisme est valorisée tant par les « gentrificateurs » qui s\u2019y installent que par des résidants de longue date ou par les commerçants, Outremont possède la réputation d\u2019être le « bastion de la bourgeoisie canadienne-française», même si sa réalité démographique est en fait plus diversifiée.Les Hassidim en nombre croissant au point d\u2019être quasi majoritaires dans certains secteurs d\u2019Outremont, où ils sont en concurrence avec les francophones (Québécois et immigrants d\u2019origine française, fortement représentés dans le quartier) sur le marché immobilier pour l\u2019acquisition de maisons.Ces deux groupes, dont les valeurs et les modes de vies diffèrent fortement, illustrent les inconforts liés à la cohabitation à travers ce conflit tout en l\u2019utilisant dans leurs stratégies respectives de prosélytisme, chacun voulant faire prévaloir son modus vivendi.La laïcité de l\u2019espace public devient dans ce contexte un pilier dans l\u2019argumentation de ceux qui s\u2019opposent aux Hassidim, ces derniers faisant au contraire de la religion un principe organisateur fondamental de leur communauté et de leur mode de vie.Ce conflit apparemment local a cependant des résonances plus larges dans le contexte actuel à la fois québécois et international.Si le Québec n\u2019a pas encore fini de régler la question délicate de la place de la religion à l\u2019école, et commence à se demander comment concilier diversité religieuse et laïcité (le Conseil des relations interculturelles s\u2019est engagé à produire un avis sur la question de la diversité religieuse), ces débats surviennent aussi dans des pays participant pourtant d\u2019une tout autre tradition.Ainsi la très républicaine et jacobine France vient-elle de se lancer dans un débat national sur la redéfinition de la laïcité.Mais c\u2019est avant tout sur le terrain bien concret de la cohabitation dans l\u2019espace urbain que se joue, du moins ici, l\u2019affirmation de la diversité religieuse des communautés culturelles, et 300 jusqu\u2019à présent l\u2019expérience montre que l\u2019accommodement pragmatique est généralement une piste plus prometteuse que le débat sur des principes, même si on ne peut ignorer la redéfinition de l\u2019espace public qui accompagne nécessairement l\u2019affirmation de la diversité religieuse.?Références Arteau, Richard, « Les dieux dans la ville : multiplication des lieux de culte et diversité religieuse à Montréal.Les défis posés à l\u2019aménagement urbain», Communication présentée dans le cadre du Forum de Montréal sur la diversité urbaine et la gestion des uilles multiculturelles, Montréal, 20 mars 2000.Bronson, Susan D., Le patrimoine religieux du Mile End : des lieux de culte en transition, dépliant, Montréal : Société d\u2019histoire du Mile End, 2002.Gagnon, Julie Elizabeth, « Cohabitation interculturelle et aménagement urbain : quelques réflexions à partir du cas des communautés hassidiques juives d\u2019Outremont/Mile-End », Cahiers du GRES (Université de Montréal), 2001, 3(1) ; 39-53.Germain, Annick, Julie Elizabeth Gagnon, Anne-Lise Polo, avec la collaboration de Ali Daher et Linda Ainouche, L'aménagement des lieux de culte des minorités ethniques : enjeux et dynamiques locales, INRS-Urbanisation, Culture et Société, 2000.Isin, Engin Fahri et Myer Siemiatycki, « Making space for mosques : Claiming urban citizenship », dans Sherene H.Razack (dir.) Race, Space and the Law : Unmapping a White Settler Society, Toronto : Between de Lines, 2002.Qadeer, Mohamed et Magfoor Chau dry, « The planning system and the development of mosques in the great Toronto area », Plan Canada, 200,40 (2) : 17-21.1.Les données utilisées dans la suite du texte proviennent d\u2019une enquête effectuée sur une quinzaine de dossiers d\u2019aménagement de lieux de culte dans la région montréalaise (Germain et al., 2002). L'état du Québec Le mariage homosexuel À l\u2019été 2003, le gouvernement du Canada a entrepris une longue marche visant à accorder aux homosexuels le droit au mariage, coincé par des jugements provinciaux statuant qu'il est discriminatoire d'empêcher le mariage gai en vertu de la Charte canadienne des droits et libertés.Le 10 juin, la Cour d'appel de l'Ontario a statué que l'exigence hétéro-sexuelle du mariage n'est pas constitutionnelle et a donc ordonné que le mariage en Ontario soit accessible aux conjoints de même sexe.Le tribunal a déclaré que sa décision n'impliquait pas les institutions religieuses.La Cour a ordonné que sa décision prenne effet immédiatement.Les mariages gais civils se sont aussitôt multipliés en Ontario, voyant même des dizaines de couples américains faire le voyage pour profiter de ce droit.Dans la région de Toronto seulement, entre le 10 juin et le 10 septembre 2003, plus de 600 couples homosexuels ont célébré leur mariage.La décision du tribunal ontarien suivait de près un verdict semblable de la Cour d'appel de la Colombie-Britannique rendu le 1\u201c mai.Même si la décision du tribunal donnait initialement au Parlement canadien, qui a l'autorité sur la définition du mariage, jusqu'en juillet 2004 pour modifier ses lois, cette ordonnance a été renversée le 8 juillet, permettant à son tour aux conjoints de même sexe de se marier dans cette province.Une décision similaire de la Cour supérieure du Québec devait prendre effet en septembre 2004.Le 17 juin, le gouvernement du Canada a annoncé qu'il ne porterait pas les jugements en appel.Le 15juillet, il retirait aussi son appel dans la cause au Québec.Deux jours plus tard, le 17 juillet, le ministre de la Justice Martin Cauchon annonçait le renvoi devant la Cour suprême de l'avant-projet de loi sur le mariage et la reconnaissance juridique des unions de conjoints de même sexe.Le renvoi permet d'obtenir l'approbation préalable de la Cour suprême.L'avant-projet de loi, qui devrait être soumis à un vote libre au Parlement au cours de l\u2019année 2004, contient une nouvelle définition du mariage: « Le mariage est, sur le plan civil, l'union légitime de deux personnes, à l'exclusion de toute autre personne.» Aucune obligation n'est faite aux différents cultes de célébrer un mariage religieux entre personnes de même sexe.Le texte législatif précise que «la présente loi est sans effet sur la liberté des autorités religieuses de refuser de procéder à des mariages non conformes à leurs croyances religieuses».Le gouvernement du Canada pose trois questions à la Cour : 1- L'avant-projet de loi relève-t-il de la compétence exclusive du Parlement du Canada?2- L'article de l'avant-projet de loi qui accorde aux personnes de même sexe la capacité de se marier est-il conforme à la Charte canadienne des droits et libertés ?3- La liberté de religion, que garantit la Charte, protège-t-elle les autorités religieuses de la contrainte d'avoir à marier deux personnes de même sex e contrai rement à leurs croyances religieuses ?Les évêques canadiens se sont opposés aux intentions fédérales.Début août, le Vatican publiait d'ailleurs un rapport dans lequel les hautes autorités ecclésiastiques qualifiaient le mariage gai « d'immoral » et invitaient les élus catholiques du monde entier à voter contre toute loi favorisant de telles unions.Un sondage mené début août montrait que 49 % des Canadiens étaient en faveur d'une modification du mariage pour que celle-ci englobe les couples homosexuels, 49% étant contre.La population et les députés étaient profondément divisés.Au Québec, la proportion en faveur des mariages gais montait à plus de 60%.?Alec Castonguay 302 ?L\u2019économie et les conditions de vie L\u2019ECONOMIE L\u2019emploi 304 Les emplois du futur 312 Se choisir un métier : attention aux fausses promesses L\u2019état de l\u2019économie québécoise 317 Une économie en dents de scie 326 Relations de travail : des enjeux de taille Finances publiques 338 La politique budgétaire libérale Les politiques économiques 345 Les fusions dans le secteur bancaire La consommation 354 Commerce de détail : la synthèse du petit et du gros L\u2019habitation 359 Les leçons de la pénurie de logements LES CONDITIONS DE VIE L\u2019emploi et les revenus 366 À la recherche du temps perdu 379 Les histoires vécues de Monsieur Constant, Petit Job et Madame Solo La sécurité 388 La criminalité au Québec L'état du Québec L\u2019ÉCONOMIE - L\u2019EMPLOI Les emplois du futur 640 000 emplois à pouruoir d\u2019ici a 2006 Richard Legris Économiste, Emploi-Québec Parmi les mandats des Services publics d\u2019emploi, celui de prévoir l\u2019évolution du marché du travail à moyen terme est certainement l\u2019un des plus névralgiques.Les résultats de cet exercice prospectif donnent en effet accès, tant aux intervenants sur le marché du travail qu\u2019aux personnes à la recherche d\u2019un emploi ou en réorientation, à une information précieuse, permettant des choix plus éclairés et, surtout, mieux adaptés à la réalité qui les entoure.Par exemple, l\u2019offre de formation, pour un métier ou une profession spécifique, pourra être modulée selon les tendances prévues de la demande de main-d\u2019œuvre et la capacité de l\u2019offre de main-d\u2019œuvre actuelle d\u2019y répondre de façon adéquate.De plus, les étudiants seront en mesure de mieux choisir la carrière qu\u2019ils désirent embrasser.Mentionnons également que la sélection d\u2019immigrants pourra se faire en tenant compte des paramètres anticipés du marché du travail, permettant ainsi une meilleure insertion des nouveaux arrivants.Selon les prévisions d\u2019Emploi-Québec, près de 640 000 emplois seront disponibles au cours des années 2002 à 2006 au Québec, grâce en partie à l\u2019expansion des secteurs d\u2019activité pour un taux de croissance annuel moyen de l\u2019emploi de 1,6 %, mais également au remplacement des personnes qui prendront leur retraite.Environ 290 000 emplois auront été créés (demande d\u2019expansion) au cours de cette période, ce qui représente 45 % de la demande totale.Cette création d\u2019emplois attendue devrait excéder de plus de 50 000 les nouveaux arrivants sur le marché du travail, faisant ainsi diminuer le nombre de chômeurs et de chômeuses.Le taux de chômage, de 8,7 % qu\u2019il était en 2001, devrait se situer, en 2006, à 7,1 %.Dans le secteur manufacturier, l\u2019emploi devrait croître une fois et demie plus rapidement dans les industries de biens durables que dans celles de biens Le tClUX CIC chômage non durables.C\u2019est dans les industries du meuble, des productions devrait se situer en mdtalliclues> du bois> de l\u2019imprimerie et l\u2019édition, des aliments et boissons et de la machinerie que la croissance de l\u2019emploi sera la plus 2006, U J,1 %, forte.L\u2019industrie de la construction devrait continuer d\u2019avoir une 304 L'économie et les conditions de vie croissance soutenue, la rareté des logements maintenant une activité élevée dans le secteur résidentiel.Dans le secteur tertiaire, qui regroupe près des trois quarts des emplois, ce sont les industries des services aux entreprises et des divertissements et loisirs qui auront les plus forts taux de croissance de leur emploi.Quant au secteur primaire, il ne devrait connaître qu'une faible création d\u2019emplois.Aux emplois à pourvoir grâce à la croissance économique s\u2019ajoutent les postes qui seront rendus disponibles par la demande de remplacement des travailleurs qui prendront leur retraite.Ces postes représentent 55 % de la demande totale de main-d\u2019œuvre (près de 350 000 emplois).Le poids de cette composante de la demande totale de main-d\u2019œuvre ira en s\u2019amplifiant au cours des prochaines années, résultant du vieillissement de la population.Les professions analysées dans l\u2019exercice des perspectives professionnelles peuvent être regroupées selon le niveau de compétence, qui s\u2019apparente assez étroitement au niveau d\u2019instruction (ou de capacités développées) et le genre de compétence, qui, quant à lui, fait plus référence au domaine d\u2019activité (par exemple, le domaine de la santé, des sciences naturelles.).Nous présentons dans ce qui suit les résultats selon les deux regroupements.Résultats selon le niveau de compétence Selon les résultats obtenus, le taux de demande de main-d\u2019œuvre1 sera plus élevé pour les professions de niveau de compétence « professionnel » (qui requièrent habituellement un diplôme universitaire).De plus, on remarque que, bien que les professions de niveau de compétence professionnel ne représentent que 15% de l\u2019emploi (en 2001), ils accaparent près de 19% des emplois disponibles au cours des années 2002-2006, laissant entrevoir une augmentation du poids des emplois fortement scolarisés sur cette période.De leur côté, les professions de niveaux de compétence technique et intermédiaire, dont une bonne partie nécessite soit un diplôme d\u2019études collégiales technique, soit un diplôme d\u2019études secondaires professionnel, ont un taux de demande de main-d\u2019œuvre plus faible que celui des professions de niveau de compétence professionnel, mais leur poids relatif plus important sur le marché du travail fait qu\u2019ils accaparent plus de 60% des emplois qui seront disponibles, soit environ la proportion de l\u2019emploi total qu\u2019elles représentaient en 2001.GRAPHIQUE 1 16 14 Taux de chômage estimé (2001) selon le niveau de compétence, ensemble du Québec ¦ I Source : Emploi-Québec, Le marché du travail au Québec, Perspectives professionnelles 2002-2006.305 Intermédiaire L'état du Québec tableau l Répartition des emplois et de la demande de main-d'œuvre selon le niveau de compétence source : Emploi-Québec Quant aux professions de niveau de compétence élémentaire, les résultats nous laissent entrevoir une baisse du poids relatif des emplois qu\u2019elles occuperont, en proportion de l\u2019emploi total, au cours des prochaines années.En effet, ces professions représentaient plus de 12 % des emplois en 2001, alors qu\u2019elles fourniront à peine plus de 9% des emplois qui seront rendus disponibles au cours des années 2002 à 2006.Notons par ailleurs que le niveau de scolarité est peu déterminant pour les professions de niveau de compétence de la gestion, l\u2019expérience dans le domaine relié y jouant un rôle plus probant.Du côté de l\u2019offre, on observe que le taux de chômage estimé (en 2001) pour les personnes de niveau de compétence professionnel n\u2019atteint pas 4 %, alors qu\u2019il est de près de 15 % pour celles de niveau élémentaire (voir graphique 1).Cela vient confirmer la tendance selon laquelle le taux de chômage diminue avec l\u2019augmentation du niveau de scolarité.Les perspectives professionnelles sont ainsi généralement plus reluisantes pour les personnes qui ont un niveau de scolarité plus élevé.\t\t\t\t Gestion\t325 200\t9,4%\t63 000\t9,9% Professionnel\t541 700\t15,6%\t121 000\t19,0% Technique\t972 200\t28,0%\t168 000\t26,3% Intermédiaire\t1 208 300\t34,8%\t226 000\t35,4% Élémentaire\t427 100\t12,3%\t60 000\t9,4% total\t3 474 500\t100%\t638 000\t100% Résultats selon le genre de compétence Si les niveaux de compétence sont relativement reliés aux niveaux de scolarité, les genres de compétence sont, quant à eux, plus naturellement reliés à des secteurs (ou domaines) d\u2019activité économique particuliers.Selon nos estimations, quatre des dix domaines d\u2019activité connaîtront un taux de demande sensiblement supérieur à la moyenne.Ce sont ceux des sciences naturelles et appliquées, des sciences sociales, de l\u2019enseignement et de l\u2019administration publique, de la santé et, enfin, des arts, de la culture et des sports et loisirs.Toutefois, étant donné le poids énorme que représente le domaine d\u2019activité de la vente et du service dans l\u2019économie avec près de 900 000 travailleurs, c\u2019est dans ce domaine que les besoins de main-d\u2019œuvre seront les plus importants.Au total, 170 000 emplois devront y être comblés.Du côté de l\u2019offre de main-d\u2019œuvre, ce sontles domaines d\u2019activité delà santé, des sciences sociales, de l\u2019enseignement et de l\u2019administration publique, des sciences naturelles et appliquées et des affaires, des finances et de l\u2019administration qui se démarquent nettement, avec des taux de chômage estimés (2001) sous les 7 %.Les domaines ayant les taux de chômage les plus élevés sont le secteur primaire et celui de la transformation, de la fabrication et des services d\u2019utilité publique.Dans le domaine d\u2019activité des affaires, de la finance et de l\u2019administration, près de neuf emplois disponibles sur dix le seront en raison du remplacement de personnes qui quitteront le marché du travail.Parmi les professions pour lesquelles 306 L'économie et les conditions de vie les perspectives sont les meilleures, mentionnons les spécialistes des ressources humaines, les vérificateurs, les vérificatrices et comptables et les secrétaires juridiques.Le domaine des sciences naturelles etappliquées a connu, entre 1992 et 2001, un taux de croissance de l\u2019emploi nettement supérieur à la moyenne et continuera de croître ainsi au cours des années 2002 à 2006.Les besoins provenant du remplacement de la main-d\u2019œuvre qui quitte seront plus grands pour les professions de niveau de compétence professionnel.Mentionnons que plus de la moitié des professions de cette catégorie offrent des perspectives favorables ou très favorables.Parmi celles-ci, signalons notamment les ingénieurs électriciens et électroniciens, les technologues et techniciens en chimie appliquée ainsi que les technologues et techniciens en dessin.L\u2019emploi dans le secteur de la santé devrait, entre 2002 et 2006, croître un peu plus fortement que la moyenne de l\u2019ensemble des professions.Le vieillissement de la population et les besoins croissants de soins qui en découlent, notamment, sont des facteurs pouvant expliquer cette expansion.Aucune profession du secteur de la santé n\u2019offre des perspectives res- treintes.Parmi les nombreuses professions de ce secteur offrant de belles possibilités, mentionnons celles d\u2019infirmiers et infirmières, de techniciens et techniciennes de laboratoire médical et d\u2019auxiliaires médicaux et médicales.L'emploi dans le domaine d\u2019activité des sciences sociales, de l\u2019enseignement et de l\u2019administration publique devrait croître de façon un peu moins substantielle que la moyenne.Par contre, la forte demande de remplacement contribuera a etoffer la demande totale.Près de trois emplois disponibles sur quatre le seront en effet pour remplacer des personnes qui quitteront le marché du travail.Mentionnons de plus que les compétences transversales acquises par les personnes des sciences sociales et de l\u2019enseignement donnent à celles-ci une polyvalence qu\u2019elles peuvent mettre à profit dans d\u2019autres sphères d\u2019activité.Le domaine des arts, de la culture, des sports et des loisirs a vu son emploi, depuis 1987, croître deux fois plus rapidement que la moyenne de l\u2019en- tableau 2 Répartition des emplois et de la demande de main- d'œuvre selon le genre de compétence\t\t\t\t \t\t\t\t \t\t\t\t \t\t\t\t Gestion\t325 200\t9,4%\t63 000\t9,9% Affaires, finances et administration\t650 000\t18,7%\t84 000\t13,2% Sciences naturelles et appliquées et professions apparentées\t211 700\t6,1%\t54 000\t8,5% Secteur de la santé\t201 400\t5,8%\t45 000\t7,1% Sciences sociales, enseignement, administration publique et religion\t247 400\t7,1%\t60 000\t9,4% Arts, culture, sports et loisirs\t106 400\t3,1%\t23 000\t3,6% Vente et services\t873 500\t25,1%\t170 000\t26,6% Métiers, transport et machinerie\t442 400\t12,7%\t71000\t11,1% Secteur primaire\t84 200\t2,4%\t6 000\t0,9% Transformation,\t332 300\t9,6%\t62 000\t9,7% fabrication et services\t\t\t\t d'utilité publique\t\t\t\t Total\t3 474 500\t100%\t638 000\t100% 307 L'état du Québec Exemples de métiers et professions offrant des perspectives favorables ou très favorables selon les domaines d\u2019activité Gestion ¦\tDirecteurs financiers/directrices financières ¦\tDirecteurs/directrices des ressources humaines ¦\tDirecteurs/directrices des achats ¦\tDirecteurs/directrices de la transmission des télécommunications ¦\tDirecteurs/directrices des services du génie, des sciences et de l'architecture \u2018 Directeurs/directrices des systèmes et des services informatisés \u2018 Directeurs/directrices des soins de santé ' Directeurs/directrices des ventes, du marketing et de la publicité ' Directeurs/directrices de la vente au détail ' Directeurs/directrices de la fabrication Affaires, finances et administration ¦\tVérificateurs/vérificatrices et comptables ' Analystes financiers/analystes financières et analystes en placements ' Spécialistes des ressources humaines \u2022\tAgents/agentes de l'immigration, de l'assurance-chômage et du revenu \u2022\tCourtiers/courtières en douanes, courtiers/courtières maritimes et autres courtiers/courtières ' Secrétaires juridiques Sciences naturelles et appliquées ' Ingénieurs civils/ingénieures civiles ' Ingénieurs mécaniciens/ingénieures mécaniciennes ' Ingénieurs électriciens et électroniciens/ ingénieures électriciennes et électroniciennes ' Analystes de systèmes informatiques ' Technologues et techniciens/ techniciennes en chimie appliquée ' Technologues et techniciens/ techniciennes en génie mécanique ¦\tTechnologues et techniciens/ techniciennes en génie industriel et en génie de fabrication \u2022\tÉlectroniciens/électroniciennes d\u2019entretien (biens de consommation) \u2022\tTechniciens/techniciennes et mécaniciens/mécaniciennes d\u2019instruments industriels \u2022\tTechnologues et techniciens/ techniciennes en dessin Secteur de la santé ' Médecins spécialistes \u2022\tOmnipraticiens/omnipraticiennes et médecins en médecine familiale \u2022\tOptométristes ¦\tPharmaciens/pharmaciennes \u2022\tAudiologistes et orthophonistes \u2022\tPhysiothérapeutes ¦\tErgothérapeutes ¦\tInfirmiers diplômés/infirmières diplômées \u2022\tTechniciens/techniciennes de laboratoire médical \u2018 Inhalothérapeutes et perfusionnistes cardio-vasculaires \u2022\tTechnologues en radiologie ' Hygiénistes et thérapeutes dentaires \u2018 Opticiens/opticiennes ' Infirmiers auxiliaires autorisés/infirmières auxiliaires autorisées \u2018 Ambulanciers/ambulancières et autre personnel paramédical Sciences sociales, enseignement et administration publique \u2022\tProfesseurs/professeures au niveau secondaire \u2022\tInstituteurs/institutrices à la maternelle et au niveau primaire \" Conseillers/conseillères pédagogiques et conseillers/ conseillères d'orientation 308 L'économie et les conditions de vie \u2022\tPsychologues \u2022\tTravailleurs sociaux/travailleuses sociales \u2022\tÉconomistes, recherchistes et analystes des politiques économiques \u2022\tConseillers/conseillères en emploi \u2022\tProfesseurs/professeures et instructeurs/ instructrices en éducation spécialisée Arts, culture, sports et loisirs \u2022\tTechniciens/techniciennes en graphisme ¦\tDesigners d'intérieur \u2022\tTraducteurs/traductrices, terminologues et interprètes \u2022\tBibliothécaires Vente et services \u2022\tSpécialistes des ventes techniques, vente en gros \u2022\tAcheteurs/acheteuses des commerces de gros et de détail \u2022\tBouchers/bouchères et dépeceurs/ dépeceuses de viande, ventes en gros et au détail \u2022\tReprésentants/représentantes des ventes non techniques, vente en gros \u2022\tÉducateurs/éducatrices et aides-éducateurs/aides-éducatrices de la petite enfance Métiers, transports et machinerie ¦\tOutilleurs-ajusteurs/outilleuses-ajusteuses \u2022\tÉlectriciens/électriciennes (sauf électriciens industriels/électriciennes industrielles et de réseaux électriques) ' Plombiers/plombières \u2022\tÉbénistes ' Carreleurs/carreleuses ¦\tPlâtriers/plâtrières, latteurs/latteuses et poseurs/poseuses de systèmes intérieurs \u2018 Constructeurs/constructrices et mécaniciens/mécaniciennes d'ascenseurs \u2022\tMécaniciens/mécaniciennes, techniciens/ techniciennes et réparateurs/réparatrices de véhicules automobiles \u2019 Réparateurs/réparatrices d'appareils électroménagers Transformation, fabrication et services d\u2019utilité publique \u2022\tOpérateurs/opératrices d'installations de traitement des produits chimiques \u2022\tConducteurs/conductrices de machines de traitement des matières plastiques ¦\tConducteurs/conductrices de machines de transformation du caoutchouc et personnel assimilé ¦\tConducteurs/conductrices de machines de procédés industriels dans la transformation des aliments et des boissons \u2022\tBouchers industriels/bouchères industrielles, dépeceurs-découpeurs/ dépeceuses-découpeuses de viande, préparateurs/préparatrices de volaille et personnel assimilé \u2022\tMonteurs/monteuses et contrôleurs/ contrôleuses de meubles et d'accessoires ¦\tVernisseurs/vernisseuses en finition et en réparation de meubles \u2022\tSoudeurs/soudeuses et conducteurs/ conductrices de machines à souder \u2022\tConducteurs/conductrices de machines d'usinage semble des professions.L\u2019expansion de l\u2019industrie des loisirs, de la production cinématographique et de la production multimédia n\u2019est pas étrangère à cette croissance soutenue.Au cours des années 2002 à 2006, l\u2019emploi devrait con- tinuer de croître plus que la moyenne québécoise.Malgré cela, une offre relativement importante devrait rendre moins alléchantes les perspectives d\u2019emploi.Mentionnons tout de même les bibliothécaires, les traducteurs et 309 L\u2019état du Québec traductrices, terminologues et interprètes, dont les perspectives seront plus intéressantes.Selon la Classification nationale des professions (CNP), le domaine de la vente et des services ne compte aucune profession de niveau de compétence professionnel et un emploi sur cinq seulement est de niveau technique.On y trouve des emplois aussi variés que commis de la vente au détail, agents et agentes d\u2019assurance, ou serveurs et serveuses.Quelques professions offrant des perspectives favorables ou très favorables : éducateurs et éducatrices de la petite enfance, policiers et policières ainsi que représentants et représentantes des ventes en gros.Le taux de demande de main-d\u2019œuvre dans le domaine des métiers, transports et machinerie sera légèrement inférieur à la moyenne.Par contre, le taux de chômage est une fois et demie plus élevé, en raison de la forte saisonnalité de certains métiers, notamment dans l\u2019industrie de la construction.Une quinzaine de professions, qui représentent environ 20 % des emplois de cette catégorie, offrent des perspectives favorables.Parmi celles-ci, mentionnons les outilleurs-ajusteurs et outilleuses-ajus-teuses, les électriciens et électriciennes ainsi que les plombiers et plombières.Le secteur primaire, qui représente à peine plus de 2 %> de l\u2019emploi total, verra son poids relatif diminuer au cours des prochaines années.Les emplois à combler de 2002 à 2006 ne représenteront en effet que moins de 1 % des 640 000 disponibles.Méthodologie Les résultats de l\u2019exercice des perspectives professionnelles reposent sur une méthodologie solide, dont voici les principales étapes: 1.\tEstimation de la croissance prévue de la production par secteur d'activité, basée sur le scénario macroéconomique du Conference Board du Canada.2.\tProjection de la croissance de l'emploi par secteur d\u2019activité selon l'évolution prévue de la productivité.3.\tRépartition de l\u2019emploi par profession selon l\u2019évolution prévue de la composition professionnelle de chacun des secteurs et estimation de la demande de main-d'œuvre due à l'expansion.4.\tEstimation des besoins de remplacement (retraites et décès) selon la structure d'âge des groupes professionnels.5.\tEstimation du chômage par profession par actualisation des données du recensement, d'après l\u2019évolution des indicateurs de l\u2019Enquête sur la population active.6.\tDétermination des perspectives professionnelles, en termes qualitatifs, pour l'ensemble des professions par le croisement de l\u2019offre (taux de chômage en début de période) et de la demande (taux de demande pour l'ensemble de la période).?310 L'économie et les conditions de vie La brochure Le marché du travail au Québec, perspectives professionnelles est le fruit d'une analyse économétrique, appuyée par une veille du marché du travail et la participation des partenaires d'Emploi-Québec.Elle trace un portrait de ce que sera la tendance du marché du travail sur un horizon de cinq ans et est révisée annuellement.La plus récente brochure dévoile les perspectives professionnelles pour l'ensemble des métiers et professions entre 2002 et 2006.On y présente une courte analyse des principaux domaines professionnels (genres de compétences) ainsi qu'un diagnostic pour près de 500 métiers et professions.Les diagnostics établis sont le résultat du croisement de la demande anticipée de main-d'œuvre sur l'ensemble de la période et de l'offre de celle-ci en début de période.?Une seule profession de ce groupe a des perspectives favorables, soit les surveillants et surveillantes d\u2019exploitations agricoles et les ouvriers spécialisés et ouvrières spécialisées dans l\u2019élevage de bétail.Plus de 6o ooo emplois serontà pourvoir dans le domaine de la transformation, de la fabrication et des services d\u2019utilité publique au cours des années 2002 a 2006.Le taux de demande sur cette période est comparable à la moyenne québécoise.Le chômage, à 15 %, y est toutefois nettement plus élevé que dans l\u2019ensemble du marché du travail québécois.Quelques professions ont cependant des perspectives intéressantes : les conducteurs et conductrices de machines de transformation de caoutchouc, les opérateurs et opératrices d\u2019installations d\u2019assainissement de l\u2019eau et de traitement des déchets et les monteurs, monteuses et contrôleurs, contrôleuses de matériel mécanique.?Références 1.\tPour plus d\u2019informations, voir Emploi-Québec, Perspectives sectorielles du marche' du travail au Québec 2002-2006, juillet 2002.2.\tLe taux de demande de main-d\u2019œuvre d\u2019une profession représente la demande totale de main-d\u2019œuvre (expansion et remplacement) sur l\u2019ensemble de la période, divisée par l\u2019emploi estimé, pour cette profession, en début de période.311 L'état du Québec Se choisir un métier : attention aux fausses promesses Le cas des étudiants en informatique Brigitte Gemme Centre interaniversitaire de recherche sur la science et la technologie La formation professionnelle et technique fait l\u2019objet, au Québec, de campagnes de promotion énergiques visant à accroître les inscriptions dans les programmes d\u2019études qui ont longtemps été les parents pauvres du système d\u2019éducation.Surtout coordonnés par le ministère de l\u2019Éducation mais soutenus par plusieurs autres acteurs économiques, sociaux et éducatifs, ces efforts s\u2019inscrivent dans un courant plus vaste qui vise un meilleur ajustement des qualifications des travailleurs aux besoins de l\u2019économie.L\u2019objectif : accroître la compétitivité et l\u2019innovation tout en diminuant le chômage structurel dû aux transformations de l\u2019économie et à la libéralisation des marchés.La stratégie : fournir aux jeunes toute l\u2019information disponible sur les perspectives d\u2019emploi offertes dans les différents métiers et secteurs d\u2019activité afin qu\u2019ils prennent la « meilleure » décision d\u2019orientation possible.Autrement dit, les amènera étudier dans les domaines associés aux industries les plus dynamiques du marché du travail.Que les professions soient, de manière informelle, classées par les jeunes et leurs parents en fonction de leur prestige et de leur rémunération n\u2019est pas nouveau.Toutefois, le déploiement d\u2019un appareillage statistique sophistiqué visant à déterminer quelles sont les « carrières d\u2019avenir » est un phénomène qui a pris beaucoup d\u2019ampleur au cours des cinq dernières années.En plus de faire l\u2019objet d\u2019au moins deux guides annuels publiés en collaboration avec le gouvernement du Québec (Les carrières d'auenir des éditions Jobboom et Le Guide de l\u2019emploi chez Septembre), ces données sont relayées par les publicités du ministère de l\u2019Éducation, les affiches de recrutement des établissements d\u2019enseignement et les médias généralistes.La mise en valeur des «formations gagnantes» atteint-elle ses cibles?Quelles peuvent en être les conséquences pour les étudiants, le système d\u2019éducation et le marché du travail ?Le cas du programme d\u2019informatique au collégial nous permettra de répondre au moins en partie à ces questions.Les besoins des jeunes, les réponses des guides Le discours public sur la main-d\u2019œuvre a l\u2019oreille attentive d\u2019une population inquiète : les jeunes sont plus souvent chômeurs que leurs aînés et, lorsqu\u2019ils décrochent un emploi, ils se retrouvent plus souvent qu\u2019à leur tour dans une situation de « travail atypique », à temps partiel, instable, précaire et faiblement rémunéré (Fournier et Bourassa, 2000).Le départ à la retraite attendu des baby-boomers peut donner de l\u2019espoir à 312 L'économie et les conditions de vie quelques-uns, mais rien n\u2019assure que tous ceux qui partent seront remplacés et encore moins que la sécurité d\u2019emploi sera au rendez-vous.Conséquemment, choisir un domaine d\u2019études dont les diplômés sont en forte demande constitue non pas tant une manière de se garantir un salaire élevé que tout simplement de se prémunir contre de longues périodes de chômage.Les guides de soutien à l\u2019orientation les plus vendus répondent exactement à ces préoccupations.Dans le Guide de l'emploi et, dans une moindre mesure, dans Les carrières d'avenir, les projecteurs sont braqués sur les mouvements économiques et démographiques qui détermineront les besoins de main-d\u2019œuvre.On y indique quelles spécialités précises sont en demande, quels sont les programmes d\u2019études associés à ces emplois et même quelles sont les entreprises qui recrutent du personnel.Toutefois, les informations sur les tâches réalisées par les différentes catégories de travailleurs et sur les aptitudes et compétences requises pour les réaliser sont rarement présentées : elles sont accessoirement glissées dans des citations d\u2019intervenants du milieu mais non abordées systématiquement.Certes, d\u2019autres ressources offrent des profils plus étayés des métiers et professions qui s\u2019offrent aux jeunes.On pourrait s\u2019attendre à ce que les étudiants recourent aux conseillers d\u2019orientation pour réaliser une démarche plus complète d\u2019information et d\u2019évaluation et à ce que chacun fasse une recherche approfondie avant de prendre une décision aussi importante.En pratique, toutefois, ce n\u2019est que rarement le cas: les étudiants, en particulier les plus jeunes, consultent surtout des ouvrages de référence généraux et saisissent au vol des bribes d\u2019information auprès des proches, des parents, des professeurs et des médias.Ils choisissent ensuite l\u2019option qui offre le meilleur taux de placement parmi celles qui correspondent à l\u2019intuition qu\u2019ils ont de leurs goûts et affinités.Si on ne peut généraliser cette approche à l\u2019ensemble de la population étudiante, on sait au moins qu\u2019elle caractérise les cheminements dans plusieurs secteurs dits prometteurs (Fortier, 2003).Choisir l\u2019informatique en 2000 L\u2019informatique est, parmi les domaines qui étaient réputés « gagnants » au cours des dernières années, un exemple emblématique du poids des perspectives d\u2019emploi dans les décisions d\u2019orientation.Jusqu\u2019à récemment, les technologies de l\u2019information et des communications (TIC) semblaient en pleine effervescence et les médias relayaient régulièrement l\u2019inquiétude des industriels face à des pénuries de main-d\u2019œuvre réelles ou appréhendées.Le regroupement d\u2019entreprises Montréal TechnoVision avait notamment publié une étude selon laquelle la production annuelle de diplômés en TIC devrait être multipliée par trois pour répondre aux besoins des entreprises québécoises (1999).Sitôt après, le nouveau ministre de l\u2019Éducation d\u2019alors annonçait son intention de doubler avant 2004 le nombre de diplômés dans ce secteur et se mettait à distribuer des bourses aux finissants dont la contribution à l\u2019économie du savoir serait la plus critique.Les métiers associés aux TIC jouissaient de plus d\u2019un certain prestige social : la soudaine réussite économique a transformé les programmeurs et autres L'informatique est, parmi les domaines qui étaient réputés « gagnants » au cours des dernières années.313 L'état du Québec informaticiens en icônes de progrès et de succès instantané.Au même moment, même les plus simples techniciens devenaient, grâce à la multiplication des ordinateurs à la maison et au travail, des figures connues et souvent admirées pour leur facilité à régler des problèmes insolubles pour les utilisateurs ordinaires.La figure de l\u2019informaticien s\u2019était taillé une place dans le cercle des rares métiers avec lesquels les jeunes sont familiers au-delà des emplois occupés par leurs proches et des professions libérales.La prospérité de l\u2019industrie informatique explique certainement en bonne partie l\u2019accroissement spectaculaire du nombre de nouveaux inscrits en Techniques de l\u2019informatique au collégial : leur nombre a presque triplé entre 1989 et le sommet historique de 1998 (de 881 à 2284 nouveaux inscrits).En septembre 2000, nous avons commencé à suivre 41 nouveaux inscrits au programme par le biais d\u2019entrevues individuelles approfondies : nous voulions mieux comprendre ce qui les avait amenés vers ce «secteur d\u2019avenir».Ultérieurement, nous voulions aussi expliquer le grand nombre de changements d\u2019orientation parmi eux puisque seul le tiers de nouveaux inscrits d\u2019une année donnée obtiennent éventuellement le diplôme du programme, une situation qui n\u2019est pas étrangère à plusieurs programmes dont les diplômés sont «en demande».Il serait abusif de prétendre que ceux qui se sont joints aux rangs du programme d\u2019informatique au collégial n\u2019étaient attirés que par la perspective de salaires élevés garantis par la rareté de la main-d'œuvre qualifiée.Il ressort toutefois clairement de l\u2019examen des entrevues réalisées avec chacun d\u2019entre eux à plusieurs moments de leur parcours que cette orientation est souvent le fruit d\u2019un compromis entre les goûts, les valeurs et les aptitudes des étudiants et la nécessité, parfois urgente, de quitter le monde scolaire pour devenir des travailleurs et des consommateurs.À l\u2019exception de quelques mordus pour lesquels l\u2019informatique est la seule et unique passion, l\u2019intérêt pour l\u2019informatique en tant qu\u2019activité scolaire et professionnelle apparaît souvent après que l\u2019étudiant ait pris conscience des perspectives d\u2019emploi offertes par le domaine, que ce soit par le bouche-à-oreille, les médias ou les guides publiant des statistiques sur l\u2019emploi des diplômés.D\u2019ailleurs, moins de la moitié des étudiants du programme en sont a leur premiere tentative d\u2019orientation dans l\u2019enseignement postsecondaire : la plupart ont étudié dans d\u2019autres programmes au collégial ou à l\u2019université, souvent en sciences humaines ou en arts, avant de reconsidérer leur parcours à la suite de difficultés scolaires ou après avoir pris conscience de l\u2019incertitude entourant leur insertion professionnelle dans leur domaine de predilection.L\u2019informatique est alors apparue comme une porte de sortie de l\u2019école et une porte d\u2019entrée du marché du travail : « L\u2019informatique, c\u2019est l\u2019avenir ! », tous le disent.Les campagnes de promotion des formations techniques en TIC on t assurément atteint leur cible.L\u2019orientation ou la réorientation de ces étudiants découle largement d\u2019une représentation très positive, voire idéalisée, des conditions de travail en informatique : abondance de postes, salaire élevé, horaire régulier ou flexible, longues vacances, cadre agréable et 314 autonomie professionnelle font partie, selon eux, des caractéristiques de l\u2019emploi des techniciens en informatique.Concrètement, toutefois, les fonctions occupées par les techniciens sont méconnues au début du programme et peu d\u2019étudiants peuvent parler du travail effectué par un informaticien ou des aptitudes requises pour y parvenir.Les exigences de la formation, notamment en mathématiques, sont également ignorées de plusieurs.Sans tout à fait ignorer les autres dimensions pertinentes au choix de carrière, la décision d\u2019étudier en informatique repose en bonne partie sur les perspectives d\u2019emploi que l\u2019étudiant associe au domaine.L\u2019assurance de trouver du travail immédiatement après ses études n\u2019est peut-être pas une condition suffisante pour choisir une voie de formation, mais il s\u2019agit assurément d\u2019une condition nécessaire et déterminante.Les bases trop fragiles d\u2019une orientation Les conséquences de cette démarche d\u2019orientation incomplète ou, à tout le moins, trop axée sur les seules perspectives d\u2019emploi, se font immédiatement sentir : au terme de la première année (sur trois) en Techniques de l\u2019informatique, environ un tiers des étudiants ont déjà quitté le programme ou annoncé leur intention de le faire.On peut attribuer les départs qui se produisent à deux principaux groupes de causes.D\u2019une part, plusieurs étudiants n\u2019ont pas les préalables requis pour réussir le programme : leurs bases en mathématiques et en langue maternelle sont fragiles ou alors ils ne maîtrisent L'économie et les conditions de vie pas les compétences de base pour utiliser un ordinateur, lesquelles sont considérées acquises par les enseignants.Arrivés en queue de peloton parmi les étudiants ayant posé une demande d\u2019admission, ils auraient peut-être été refusés au programme n\u2019eût été du contexte de décroissance générale de la clientèle dans les cégeps et de la pression gouvernementale pour accroître les admissions en TIC.D\u2019autre part, l\u2019informatique enseignée au collégial est bien différente des activités exercées par les étudiants dans leurs loisirs (Internet, jeux) et même de la matière enseignée en informatique au secondaire.L\u2019accent mis sur la programmation au cours de la première année en fait un programme aride et les résultats atteints grâce aux techniques apprises sont décevants aux yeux de nombreux étudiants.Le plaisir associé à l\u2019utilisation de l\u2019ordinateur s\u2019effrite au contact de ce qui s\u2019impose comme étant la «vraie informatique », qui n\u2019a pas grand chose en commun avec ce qu\u2019on montre dans les reportages aux nouvelles du soir.La stratégie de promotion des carrières qui correspondent le mieux aux besoins de l\u2019économie a de toute évidence ses limites.À trop insister sur les perspectives d\u2019emploi et l\u2019importance de choisir une « formation gagnante », le ministère de l\u2019Éducation et ses alliés entraînent peut-être davantage de réorientations qu\u2019ils n\u2019en souhaiteraient et contribuent ainsi probablement à l\u2019allongement des études.Au terme de la première année (sur trois) en Techniques de l'informatique, environ un tiers des étudiants ont déjà quitté le programme.Combien de temps dure l\u2019avenir?Tous, cependant, ne décrochent pas.À terme, environ le tiers de chaque cohorte termine avec succès le programme 315 L\u2019état du Québec d'informatique du collégial.L\u2019obtention du diplôme, contrairement à ce que les étudiants croyaient fer-mement, n\u2019ouvre toutefois plus les portes d\u2019un paradis professionnel depuis le ralentissement de l\u2019industrie des TIC.Arrivés presqueau terme de leurs études, en 2003, ces finissants font face à un marché du travail resserré, ont des difficultés à décrocher un stage (même non rémunéré) et ont depuis longtemps abandonné leur certitude d\u2019être recrutés par une entreprise avant même la fin de leurs études.On observe d\u2019ailleurs une baisse marquée des inscriptions au programme depuis les difficultés de l\u2019industrie des TIC.L\u2019exemple à certains égards tragique des étudiants en informatique au collégial nous force a reconsidérer sérieusement les efforts consacrés par les divers paliers de gouvernement à la prévision des besoins de main-d\u2019œuvre et, surtout, l\u2019utilisation qui est faite des données prospectives.L\u2019examen d\u2019expériences passées etprésentes dans d\u2019autres secteurs de formation, le domaine de la santé notamment, fournirait assurément d'autres constats tout aussi troublants.Les statisticiens responsables des prévisions entourent leurs résultats de nombreuses mises en garde méthodologiques et soulignent toujours le caractère imprévisible de l\u2019économie.Une fois les données publiées et diffusées dans le grand public, toutefois, ces nuances et précautions disparaissent.Seul l\u2019écho des réelles prévisions atteint effectivement ceux qui s\u2019en servent pour s\u2019orienter à l\u2019école et sur le marché du travail.L\u2019effet des campagnes de promotion des carrières correspondant aux besoins de l\u2019économie atteint au moins en partie sa cible en entraînant une hausse des inscriptions dans les programmes correspondants.Toutefois, les conséquences d\u2019une telle approche sont en bonne partie incontrôlées et l\u2019affluence d\u2019étudiants ne garantit en rien la disponibilité de travailleurs qualifiés au moment opportun (et seulement au moment opportun).Les diplômés ne peuvent pas être produits «juste à temps».À l\u2019échelle individuelle, les perspectives d\u2019emploi ne peuvent constituer la seule base d\u2019une orientation scolaire et professionnelle durable, pas plus que, à l\u2019échelle collective, les indicateurs économiques ne peuvent suffire à planifier le développement de la main-d\u2019œuvre.?Références Fortier, Claire (à paraître en 2003).Les yeux grands fermés :.Note de recherche du CIRST disponible sur Internet : http ://www.cirst.uqam.ca Fournier, Geneviève et Bruno Bourassa (sous la dir.de), Les 18 à 30 ans et le marche du travail : Quand la marge devient la norme.Presses de l\u2019Université Laval, Sainte-Foy, 2000.Laval, Christian et Louis Weber, Le nouvel ordre éducatifmondial : OMC, Banque mondiale, OCDE, Commission européenne, Éditions Nouveau Regard, Paris, 2002.316 L'économie et les conditions de vie L\u2019ÉTAT DE L\u2019ÉCONOMIE QUÉBÉCOISE Une économie en dents de scie Joëlle Noreau et Mathieu D\u2019Anjou Économistes, Fédération des Caisses Desjardins L\u2019entrée de l\u2019économie québécoise dans le xxi' siècle prend des allures de montagnes russes.La progression annuelle du produit intérieur brut (PIB) réel est successivement passée d\u2019un taux de croissance exceptionnel de 5,4% en 2000 à 1,6% en 2001, puis à 4,3% en 2002.Cette trajectoire est à l\u2019image du climat financier, géopolitique et économique changeant qui plane sur l\u2019économie mondiale, notamment sur l\u2019économie américaine.Toutefois, l\u2019année 2002 esta marquer d\u2019une pierre blanche pour le Québec.En dépit de la morosité dans laquelle baignait littéralement les États-Unis, le Québec a fini en tête de peloton en Amérique du nord avec une croissance annuelle du PIB réel de 4,3%, pour atteindre 230 milliards (en dollars constants de 1997) ou 245,8 milliards en dollars courants.Cette marque se compare avantageusement à celle du Canada qui était 33,3 % et celle des États-Unis qui se classaient derrière avec une hausse de 2,4 % de son PIB en 2002.Dans le texte qui suit, nous examinerons en détails la performance économique du Québec pour l'année 2002 puisque toutes les données pertinentes sont disponibles, avant de jeter un coup d\u2019oeil sur la tendance en cours pour l\u2019année 2003 et de tenter quelques prédictions pour l\u2019année 2004.2002 : une année exceptionnelle L\u2019année 2002 a été remarquable à maints égards.D\u2019abord, elle a commencé en lion au premier semestre.Certes, les États-Unis et le Canada ont également démarré l\u2019année avec de fortes croissances, mais celle du Québec leur était nettement supérieure.Pourquoi une telle effervescence ?Parce que 2002 succédait à une année de ralentissement économique dans toute l\u2019Amérique du Nord et que les espoirs de reprise semblaient vouloir se matérialiser chez l\u2019oncle Sam.Le départ « canon » au premier trimestre de l\u2019année 2002 était en quelque sorte une réaction à la faiblesse des trimestres précédents.On se souviendra que la stupeur causée par les événements du n septembre avait pratiquement pétrifié l\u2019activité économique au troisième trimestre de 2001.À l\u2019instar des États-Unis et du Canada, le rythme de croissance de l\u2019économie québécoise a ralenti peu à peu au fil des trimestres, mais le Québec a gardé la première position.Peu à peu, l\u2019effet de rattrapage a diminué et les affres de la comptabilité créative (scandales financiers chez Enron, WorldCom, Tyco, etc.) ont commencé à miner le moral des consommateurs.Bien que ce phénomène ne soit pas exclusif aux États-Unis, il a pesé davantage sur le 317 L\u2019état du Québec graphique l Évolution du PIB réel 1 7 I\t¦¦ États-Unis IB Canada Wfô Québec a* 6\tm MM\t¦MBs\t¦¦¦¦¦« 1998\t1999\t2000\t2001\t2002 Sources : Datastream, Statistique Canada, Institut de la statistique du Québec (ISQ) niveau de confiance des investisseurs et des ménages américains que chez nous.Les marchés financiers ont continué leur descente, alors que le fond du baril semblait déjà avoir été atteint.Conséquemment, les projets d\u2019investissement des entreprises ont été reportés et peu à peu l\u2019économie américaine s\u2019est engluée dans un pessimisme qui a ralenti la reprise amorcée à l\u2019automne de 2001.L\u2019économie québécoise a pu tirer son épingle du jeu notamment grâce à un rattrapage au chapitre de l\u2019emploi, à une conjonction exceptionnelle de facteurs favorables au marché de l\u2019habitation et par des dépenses gouvernementales imposantes en infrastructures.L\u2019apport des entreprises a été négatif, tant au chapitre des investissements que des exportations.Comme en 2001, ce sont les ménages et les gouvernements qui ont permis à l\u2019économie d\u2019encaisser des gains.Dans l\u2019espoir d\u2019une reprise soutenue de l\u2019économie américaine, la participation active des entreprises s\u2019est fait attendre toute l\u2019année, sans jamais se matérialiser véritablement.Les lignes de force de l\u2019économie québécoise en 2002 L\u2019emploi La vitalité du marché du travail est un des éléments marquants de l\u2019année 2002.Le nombre de travailleurs a atteint un niveau record au Québec.En moyenne annuelle, il s\u2019est créé ri8 200 emplois en 2002, soit une croissance de 3,4% par rapport à 2001.Depuis 1976, jamais on n\u2019avait observé un nombre si imposant de nouveaux travailleurs accéder au marché du travail.Toutefois, la variation annuelle de 3,4% n\u2019est pas un précédent puisqu\u2019elle a été surpassée en 1979 (3,8%).Il est vrai qu\u2019une partie de la création d\u2019emplois de 2002 constitue en quelque sorte une « revanche » sur l\u2019année 2001, mais cela ne saurait expliquer l\u2019ajout d\u2019autant de postes.Comme la consommation et, plus encore, la construction domiciliaire sont demeurées soutenues au Québec et au Canada, elles commandaient un niveau de production économique relativement élevé puisque bon nombre d\u2019entreprises québécoises ont d\u2019abord un marché québécois.Malgré une création d\u2019emplois phénoménale, le taux de chômage n\u2019a pas reculé autant qu\u2019on aurait pu s\u2019y attendre.On pourrait affirmer que le marché du travail a été victime de son propre succès.Encouragées par les bilans positifs publiés mois après mois par Statistique Canada, bon nombre de personnes, qui n\u2019étaient pas considérées comme des chercheuses d'emploi, ont décidé de tenter leur chance et elles sont venues gonfler les rangs de la population active.Comme le nombre de prospecteurs augmentait pratiquement à la même vitesse que ceux qui 318 L'économie et les conditions de vie décrochaient un emploi, le taux de chômage n\u2019a pratiquement pas reculé : il est passé de 8,7 % en 2001 à 8,6 % en 2002.Par contre, le taux d\u2019emploi (le rapport entre le nombre de travailleurs et le nombre de chercheurs d\u2019emploi (population active)) a fait un bond de 58,1% à 59,6 %, un sommet depuis 1976.Cela témoigne de la vitalité exceptionnelle du marché du travail.C\u2019est le secteur des services qui a récolté la majorité des nouveaux emplois créés (environ 82 000 sur 118 200).Ce n\u2019est pas étonnant, puisque plus de 70 % de l\u2019emploi au Québec est concentré dans les services.Le secteur du commerce (gros et détail) se classe bon premier avec plus de 36 000 emplois supplémentaires.Les services d\u2019enseignement et de soins de santé ont fait des gains respectifs de 20 000 et 17 000 emplois.Par ailleurs, conséquence du ralentissement américain et des événements du 11 septembre 2001, le secteur du transport et de l\u2019entreposage a perdu environ 23 500 postes.Les gains dans le secteur manufacturier ont été d\u2019environ 12 600 (en moyenne annuelle) En parallèle, le secteur de la construction a généré beaucoup d\u2019activité et pas seulement sur les chantiers.Le nombre de travailleurs de la construction a cru de 18 000 pour répondre à la demande frénétique de mises en chantier et aux travaux de réfection des infrastructures.Par ricochet, l\u2019emploi a progressé chez les fabricants de matériaux de construction.Cette création d\u2019emplois a permis de maintenir le moral des ménages québécois à un niveau élevé en regard des années précédentes.Cette bonne tenue du niveau de confiance a créé des con- ditions propices aux dépenses de consommation qui ont cru de 3,3 % selon les comptes économiques.Les dépenses en biens et en services sont un poids lourd de l\u2019économie québécoise puisqu\u2019elles comptent pour environ 60 % du PIB.Voilà pourquoi une réduction du niveau de confiance des ménages suscite tant d\u2019inquiétude auprès des économistes.La croissance de l\u2019emploi n\u2019a pas eu des effets bénéfiques uniquement sur la consommation.Les répercussions sur le marché de l\u2019habitation se sont fait sentir en 2002 et également en 2003.L\u2019habitation Le marché de l\u2019habitation a connu une année exceptionnelle en 2002 et contribué de manière importante à la performance remarquable de l\u2019économie québécoise.La construction neuve s\u2019est démarquée alors que les mises en chantier ont bondi de plus de 53 % pour atteindre 42 452 unités, un sommet depuis 1991.Les statistiques sur les centres urbains de 10 000 habitants et plus montrent que la construction de propriétés individuelles a connu une augmentation remarquable de 44%.Le logement collectif, qui comprend les appartements, lesjumelés etles maisons en rangée, a fait encore mieux avec un bond de 64%.Toutes les régions de la province ont profité de cette flambée de l\u2019habitation ; les régions métropolitaines de Trois-Rivières, de Saguenay et de Québec ont cependant su se démarquer avec des croissances respectives des mises en chantier de 91 %, 77 % et 68 %.Ce boom de la construction est loin d\u2019être un phénomène exclusif aux grands centres urbains puisque les mises en chantier ont crû de 56% dans 319 L\u2019état du Québec Les gouvernements ont aussi mis l\u2019épaule à la roue en 2002 alors que les dépenses publiques ont enregistré une hausse de 5,5 %.les municipalités de moins de io ooo habitants en 2002.Il faut dire que les années 19958 2001 ont été des années de vaches maigres pour la construction résidentielle au Québec.Les excès de la fin des années 1980, qui ont été prolongés par le programme gouvernemental « Mon taux, mon toit» au début des années 1990, ont tardé à se résorber.Une construction très faible pendant près d'une décennie a cependant fini par créer une rareté tant dans la maison individuelle que dans le logement collectif.Cela s\u2019est traduit par une baisse importante du taux d\u2019inoccupation et du ratio vendeurs/acheteur.Un rattrapage est donc devenu nécessaire en 2002, surtout que plusieurs facteurs sont venus enflammer la demande de logements.En premier lieu, la bonne performance de l\u2019économie québécoise et la poussée de l\u2019emploi qui en a résulté ont nourri l\u2019appétit des consommateurs pour la propriété résidentielle.De plus, les tendances démographiques sont redevenues favorables au marché de l\u2019habitation alors que les enfants des baby-boomers (l\u2019écho du baby-boom) atteignent progressivement l\u2019âge d\u2019acquérir leur propre logement.L\u2019effet de ce facteur démographique est amplifié par les meilleures perspectives d\u2019emploi offertes aux jeunes Québécois qui les encouragent à quitter le nid familial pour voler de leurs propres ailes.La baisse des taux hypothécaires, à leur plus bas niveau en près de 40 ans, a aussi grandement facilité l\u2019accès à la propriété malgré des hausses de prix significatives en 2002.L\u2019engouement des Québécois pour la propriété ne s\u2019est pas limité aux habi- tations neuves.La revente de maison a connu une année record en 2002 alors que le nombre de transactions a atteint 71000 unités, une augmentation de 15 % par rapport à 2001.La hausse de 12 % du prix de vente moyen sur ces transactions indique que l\u2019activité est nourrie par une demande vigoureuse.Le marché de la revente apparaît ainsi très favorable aux vendeurs.L\u2019année 2002 a donc vraiment été excellente pour l\u2019habitation au Québec, et ce dans tous les secteurs et toutes les régions.Malgré la poussée de la construction résidentielle en 2002, la demande semble encore loin d\u2019être comblée alors que le taux d\u2019inoccupation demeure sous le seuil d\u2019équilibre, évalué à environ 3 % par la Société canadienne d\u2019hypothèques et de logement (SCHL), et que les permis de bâtir sont de nouveau à la hausse en première moitié de 2003.Les transactions de nature purement spéculatives sont demeurées rares et concentrées dans quelques quartiers.Nous croyons donc qu\u2019il est trop tôt pour parler d\u2019une bulle spéculative dans le marché du logement.Les dépenses gouvernementales Les gouvernements ont aussi mis l\u2019épaule à la roue en 2002 alors que les dépenses publiques ont enregistré une hausse de 5,5 %, en termes réels (après inflation), la plus forte des 20 dernières années.Les dépenses de programmes ont augmenté de 3,2% en 2002, un rythme significativement plus élevé que la moyenne de 1,2 % depuis 1982, alors que les investissements gouvernementaux ont bondi de 23,4% en 2002, toujours en termes réels.Cette flambée de l\u2019investissement des gouvernements visait à contrer les 320 effets du ralentissement économique mondial, celui-ci ne faisant plus aucun doute après les attaques terroristes du n septembre 2001.Le gouvernement québécois a ainsi annoncé en novembre 2001, lors du dépôt du budget 2002-2003, la mise en place de l\u2019ambitieux projet AGIR visant à soutenir l\u2019emploi et l\u2019activité économique.Ce projet se subdivisait en trois volets : l\u2019injection rapide de 400 millions dans l\u2019économie, des mesures de soutien aux PME et à l\u2019investissement privé et, finalement, un vaste plan d\u2019accélération des investissements publics (PAIP) visant à ajouter trois milliards de dollars aux investissements du gouvernement québécois déjà prévus d'ici la fin de l\u2019année financière 2003-2004.Plus de la moitié des trois milliards supplémentaires de travaux publics ont été effectués au cours de l\u2019année 2002, ce qui explique la flambée de l\u2019investissement public.Ces investissements additionnels ont été concentrés dans la santé, l\u2019éducation, la construction de logements sociaux, l\u2019amélioration du réseau routier et les infrastructures municipales.Les faiblesses de l\u2019économie québécoise en 2002 Le secteur extérieur Les exportations québécoises ont stagné en 2002, tout comme en 2001, réduisant ainsi la progression de notre économie.Au cours de ces deux années, les expéditions vers les autres provinces canadiennes, qui comptent pour le tiers des exportations du Québec, ont affiché des croissances vigoureuses de 4% et 5 %, mais les exportations internationales ont diminué.Ces récentes performances contrastent avec celles enre- L\u2019économie et les conditions de vie gistrées depuis l\u2019entrée en vigueur de l\u2019Accord de libre échange (PALE) avec les États-Unis en 1989.En effet, les exportations totales ont crû en moyenne de 5,1 % entre les années 1989 et 2000 grâce à une hausse annuelle de 8,7 % des exportations internationales.Comment expliquer ce récent renversement de tendance?La principale raison est, sans aucun doute, le ralentissement économique qui frappe les États-Unis depuis le début de l\u2019année 2001.Le revers de la médaille du succès des entreprises québécoises sur le marché américain est que ce pays absorbe maintenant à lui seul environ 85 °/o de nos expéditions internationales, soit plus de 55°/o de nos exportations totales.Il y a dix ans, alors que l\u2019économie québécoise était un peu moins ouverte sur le monde, seulement 35 % des nos exportations étaient destinées à notre puissant voisin du sud.Dans ces circonstances, on comprend que les exportateurs québécois souffrent de la conjoncture économique difficile qui frappe les États-Unis en ce début de xxP siècle.De surcroît, plusieurs de nos autres partenaires commerciaux sont situés en Europe, un continent dont l\u2019économie connaissait aussi des ratés en 2001 et 2002.La baisse des exportations internationales n\u2019affecte pas de manière uniforme les différents secteurs de l\u2019économie québécoise.Plusieurs de nos industries ont continué d\u2019augmenter leurs expéditions en 2001 et 2002, mais quelques secteurs très importants ont connu des années très difficiles.Après une période de croissance effrénée, les industries œuvrant dans la « nouvelle économie »> vivent des moments douloureux depuis l\u2019éclatement en 2000 de La baisse des exportations internationales n\u2019affecte pas de manière uniforme les différents secteurs de l\u2019économie québécoise.321 L'état du Québec tableau 2 Rang et croissance de la valeur des exportations internationales par produit, en dollars constants (aux prix de 1997) \t\t\t|§g|f\t\t Total -Québec\t\t\t-6,9%\t\t-2,2% Autres équipements et mat.de télécommunication\t1\"rang\t2'rang\t-53%\t3'rang\t-33,2% Automobiles et chassis\t6' rang\t8'rang\t-24,1%\t8e rang\t10,6% Bois d\u2019œuvre, résineux\t8e rang\t6' rang\t+2,8%\t6' rang\t-8,3% Total moins trois secteurs précédents\t\t\t+3,5%\t\t1,3% Avions\t2' rang\tT rang +\t¦24,7%\t1er rang\t-6,4% Sources : ISQ, Mouvement Desjardins la bulle spéculative qui avait gonflé exagérément la valeur des entreprises œuvrant dans ce domaine.Les exportations de matériel de communication et autres équipements ont ainsi chuté de 53 % en 2001 et de 33 % en 2002.Ces produits sont ainsi passés du premier rang des exportations internationales du Québec en 2000 au troisième en 2002.Il faut dire que les ennuis du géant Nortel ont lourdement pesé sur ce secteur.graphique 2 Après des années 1990 extraordinaires, les exportations ont du plomb dans l\u2019aile 1981\t1984\t1987\t1990\t1993\t1996\t1999\t2002 Part des exportations dans le PIB québécois Proportion des exportations destinées à l\u2019International Alors que l\u2019on aurait pu penser que les problèmes de l\u2019industrie aéronautique depuis le 11 septembre 2001 affecteraient considérablement les exportations québécoises, force est de constater que ce secteur a relativement bien résisté à la tourmente en 2002 après une forte croissance en 2001.C\u2019est davantage les déboires de l\u2019industrie automobile québécoise qui ont pesé sur nos exportations de matériel de transport, les expéditions d\u2019automobiles et de châssis diminuant de 24% en 2001 et 11 % en 2002.Le ralentissement de la cadence à l\u2019usine GM de Boisbriand en 2001 (la seule à produire des véhicules complets au Québec) et sa fermeture en septembre 2002, a eu un effet notable sur nos exportations.Finalement, les expéditions de bois d\u2019œuvre, touchées par les tarifs américains, ont diminué de plus de 8 % en 2002.La performance remarquable de notre économie en 2002 peut sembler difficilement conciliable avec la stagnation des exportations compte tenu de l\u2019importance de ces dernières pour le Québec (57% du PIB en 2002).L\u2019explication est que la dégradation du solde extérieur a été limitée par une crois- 322 L\u2019économie et les conditions de vie sance très faible des importations.Deux raisons expliquent l\u2019évolution mitigée des importations malgré la vigueur de la demande interne québécoise en 2002.Premièrement, il faut savoir que près de 30 % des exportations québécoises sont en fait du contenu importé de l\u2019étranger qui est réexpédié après avoir été transformé.Ceci tend à limiter les divergences entre les importations et les exportations.Deuxièmement, le niveau de confiance des entreprises n\u2019était pas le même que celui des ménages en raison de la baisse des profits en 2001, de la déconfiture des marchés boursiers et de la lenteur de la reprise américaine.Conséquemment, les investissements ont chuté et le niveau des échanges commerciaux a graduellement ralenti, au point de perdre de l\u2019importance dans le PIB total.Sur quelles bases a démarré 2003 ?L\u2019année 2003 n\u2019est pas à l\u2019image de 2002.Vraisemblablement, l\u2019économie québécoise poursuit sa tendance syncopée amorcée depuis l\u2019an 2000, où une croissance annuelle dynamique est suivie d\u2019une progression beaucoup plus modeste du PIB réel l\u2019année suivante.En 2003, le tempo est beaucoup plus modéré qu'en 2002.Pourquoi?Parce que l\u2019économie américaine a démarré l\u2019année dans un climat d\u2019incertitude géopolitique, financier et économique qui s\u2019est fortement répercuté sur notre commerce extérieur.2003 n\u2019est pas une réplique de 2002 parce que l\u2019économie québécoise n\u2019a pu tabler sur des hausses aussi spectaculaires des mises en chantier, de la revente de maisons ou des dépenses gouvernementales que celles observées en 2002.D\u2019abord, avec la morosité qui a caractérisé le début de l\u2019année 2003, l\u2019exploit de 118 200 nouveaux emplois créés ne peut être répété.Cependant, les nouveaux travailleurs de 2002 sont des consommateurs en 2003 et ils permettent de conserver un rythme de dépenses soutenu par rapport à 2002.Ensuite, il n\u2019est pas excessif de dire que le marché de l\u2019habitation roulait déjà à un train d\u2019enfer en 2002.Il y avait de la place pour une augmentation de la cadence, mais seulement pour une hausse modérée de l\u2019activité compte tenu de la main-d\u2019œuvre disponible, de l\u2019augmentation du prix des matériaux, du coût de la main-d\u2019œuvre et des terrains.Les facteurs propices à la croissance du marché de l\u2019habitation sont encore en place en 2003 et la demande est pressante.Toutefois, encore faut-il être capable d\u2019y répondre avec les effectifs compétents.Bref, malgré une croissance encore possible, on réalisera qu\u2019au bout du compte, elle n\u2019aura pas une influence aussi grande sur la croissance du PIB que celle enregistrée en 2002.Par ailleurs, les gouvernements ont accéléré la réalisation du programme des travaux d\u2019infrastructures en 2002 et au début de 2003 ; conséquemment, le rythme de dépenses risque d\u2019être moins élevé qu\u2019en 2002.L\u2019atteinte de l\u2019équilibre budgétaire, un objectif clair des différents gouvernements qui se sont succédé au Québec, limite également tout débordement.Au moment de dresser le bilan de 2003 à l\u2019aide des comptes économiques, on pourra mesurer une progression des dépenses moins importante qu\u2019en 2002.U ne faut pas attendre un apport herculéen des dépenses publiques à la progression du PIB québécois.En 2003, le tempo est beaucoup plus modéré qu'en 2002.323 L'état du Québec En 2003, les trois piliers de l\u2019économie québécoise demeurent les mêmes qu\u2019au cours de 2001 et 2002 : les ménages, le marché de l\u2019habitation et les gouvernements.Les ménages dépensent, le marché de l\u2019habitation est dynamique et les gouvernements continuent de soutenir l\u2019activité économique.Toutefois l\u2019apport de chaque composante est moins élevé qu\u2019en 2002 et de surcroit, le commerce extérieur se contracte.Conséquemment, la croissance du PIB est plus modeste.Ou sont les entreprises dans tout cela ?Depuis 2001, elles ont été tour à tour touchées par la débâcle des marchés boursiers, le ralentissement de l\u2019économie américaine, les scandales financiers, la baisse des exportations et, en 2003, par la hausse du dollar canadien et le SRAS, pour ne nommer que ces facteurs.Résultat, la contribution des entreprises à la croissance de l\u2019économie québécoise est négative.Depuis l\u2019automne 2001, les espoirs d\u2019une reprise soutenue aux États-Unis sont constamment repoussés, ce qui éloigne d\u2019autant les investissements.Les livraisons manufacturières, dont les variations mensuelles sont soumises à une très grande volatilité, semblent plafonner et même diminuer si on les analyse sur un horizon annuel.Le signal attendu est le revirement décisif de la production manufacturière américaine, qui permettra d\u2019entrevoir des perspectives de croissance pour le secteur de la fabrication québécois.Viendront ensuite les investissements.L\u2019apport des entreprises à la croissance de l\u2019économie québécoise sera bienvenu même s\u2019il ne se matérialise qu\u2019à la fin de 2003.2003 prépare 2004 De quoi sera fait 2004 ?De croissance.Toutefois, le mouvement en dents de scie qui caractérise l\u2019évolution du PIB québécois depuis l\u2019année 2000 devrait prendre fin.Après une progression sous le niveau de 2,5 % en 2003, le Québec ne démarrera pas en flèche en 2004.Elle serait donc près de 3 % en 2004.L\u2019année qui s\u2019ouvre repose toujours sur les assises de la précédente.Mais en quoi 2004 sera différente?Le Québec pourra enfin compter sur la participation des entreprises à la croissance.Dans la mesure où l\u2019économie de l\u2019oncle Sam redémarre de façon plus décisive qu\u2019elle ne l\u2019a fait en 2002 et en première moitié de 2003, la demande intérieure américaine se raffermira.Cette poussée de la demande intérieure stimulera la production manufacturière et la création d\u2019emplois, et ce, non seulement aux États-Unis, mais également au Québec.Dans les secteurs du matériel de transport, des produits informatiques et électroniques et celui de la machinerie, le degré d\u2019ouverture aux marchés extérieurs est supérieur à 80%.Pour ces industries, le temps presse.En 2004, on pourra vraisemblablement compter sur les dépenses des entreprises en équipement et en construction et sur la hausse des exportations pour soutenir l\u2019économie du Québec.Par ailleurs, le marché de l\u2019habitation sera toujours dynamique, quoique le tempo soit appelé à ralentir.Les mises en chantier seront moins nombreuses, aux environs de 40 000 unités, ce qui est toutefois nettement supérieur à la moyenne des années 1990.Ceci représente une baisse par rapporta 2003, où le nombre de constructions 324 L'économie et les conditions de vie neuves se chiffrera aux environs de 44 ooo unités.Les taux d\u2019intérêt hypothécaires demeureront favorables aux acheteurs, mais une partie de la demande aura été satisfaite en 2002 et 2003.Les consommateurs continueront de dépenser, bien que la progression de l\u2019emploi aura été beaucoup moins fulgurante en 2003 qu\u2019en 2002.Néanmoins, on pourra observer une croissance des dépenses en biens et en services en 2004 qui contribuera à la croissance du PIB québécois.L\u2019ampleur de cette augmentation reste cependant à préciser.Au chapitre des dépenses gouvernementales, il faudra s\u2019attendre à une croissance des débours qui s\u2019approchera davantage des moyennes historiques, soit entre 2,5% et 3,0%.La fin du devancement des travaux d\u2019infrastructures (réfection d\u2019hôpitaux, d\u2019école, de ponts, de routes, etc.) freinera les investissements des administrations publiques.Par contre, les besoins croissants du système de santé et en éducation viendront limiter les effets du ralentissement des grands chantiers, ce qui permettra, somme toute, d\u2019observer une croissance des dépenses gouvernementales totales.Toutes choses étant égales par ailleurs, ces prévisions s\u2019appuient sur une croissance plus affirmée de l\u2019économie américaine à la fin de 2003 et en 2004, un taux d\u2019inflation qui se situe à l\u2019intérieur de la fourchette établie de la Banque du Canada (entre 1% et 3 %), une hausse modérée des taux d\u2019intérêt au cours de 2004 et un dollar canadien qui oscille entre 70 > ont profité des nombreuses constituantes du groupe Québécor, le plus important au Québec avec ses actifs dans les secteurs de la production et de la distribution de contenus et services écrits, électroniques, cinématographiques et informatiques [voir aussi p.546].Un phénomène populaire D\u2019aucuns diront qu\u2019une telle structure n\u2019aurait été qu\u2019une coûteuse coquille vide n\u2019eût été du succès populaire de l\u2019émission.Et ce dernier ne fait aucun doute puisque les galas hebdomadaires se sont constamment maintenus en tête des palmarès de cotes d\u2019écoute, déclassant même le très populaire Gala MétroStar ainsi que le débat des chefs lors de la campagne électorale provinciale.Selon les données produites par la firme Nielsen, l\u2019auditoire de Star Académie n\u2019a cessé de croître puisqu\u2019il est passé de 1,7 million de téléspectateurs lors du gala d'ouverture à plus de trois millions de téléspectateurs lors de la finale des filles, un record historique pour une émission du réseau TVA.Les émissions quotidiennes ont elles aussi attiré un auditoire dont l\u2019ampleur, estimée en moyenne à deux millions de téléspectateurs, ne s\u2019est jamais démentie.En France, le gala de clôture a été suivi par 11,5 millions d\u2019auditeurs, soit près d\u2019un Français sur cinq (Cauchon, 2003a).Sachant qu\u2019un francophone sur deux était littéralement rivé à son téléviseur le soir de la finale, force nous est d\u2019admettre que le succès de Star Académie au Québec est tout simplement phénoménal.Et si la popularité d\u2019un concept repose en partie sur une mystérieuse chimie avec l\u2019auditoire, il serait naif de croire qu\u2019elle n\u2019est que le fruit du hasard, loin s\u2019en faut.En matière de médias de masse, il est rarissime qu\u2019un succès aussi important ne soit largement tributaire de savantes stratégies commerciales et promotionnelles.Les médias créent l\u2019événement comme d\u2019autres fabriquent des voitures et la véritable maestria consiste aujourd\u2019hui à faire croire au plus grand nombre que tel ou tel produit médiatique \u2014 car c\u2019est bien de produits dont il s\u2019agit ici \u2014 est un incontournable, un must, dont la consommation nous inscrit, tous autant que nous sommes, les fans comme les détracteurs, dans une certaine communauté.Un phénomène commercial Tous les efforts ont donc été déployés afin de rentabiliser au maximum chacune des vitrines médiatiques du groupe Québécor.Ainsi, les émissions étaient diffusées par le réseau TVA, propriété de Québécor, répercutées par les journaux et magazines du groupe, les plus populaires dans leurs catégories respectives, exploitées de diverses manières par le distributeur de services Vidéotron, encore une fois propriété de Québécor, déclinées sous toutes les formes commerciales possibles etvendues, entre autres, dans les magasins Archambault, aboutissement 497 L'état du Québec final de ce chassé-croisé commercial.Comme l\u2019affirmait en entrevue Pierre Karl Péladeau, «il est toujours plus facile de travailler en famille qu\u2019avec des partenaires » (Cauchon, 2003b).Le phénomène Star Académie est donc d\u2019abord et avant tout un modèle de convergence des médias comme le Québec n\u2019en avait jamais connu auparavant; une expérience commerciale qui nous permet de constater que les dérives anticipées de la concentration étaient loin de n\u2019être que de funestes chimères.Ainsi, le réseau TVA, qui arrivait déjà en tête des cotes d\u2019écoute avant l\u2019avènement de Star Académie, a-t-il vu ses parts de marché grimper à 33,6% de l\u2019auditoire total, écrasant ainsi ses principaux concurrents, Radio-Canada et Télévision Quatre Saisons, dont les parts de marché respectives se chiffraient à de maigres 11,4% et 12,3% (Nielsen, 2003).Dans la même foulée, c\u2019est par centaines de milliers que les internautes, dans leur frénétique quête d\u2019images inédites, dans leurs efforts d\u2019encourager Wilfred, de critiquer Marie-Mai ou de sauver Maritza, ont pris d\u2019assaut les serveurs de Netgraphe, le portail de Vidéotron, propriété de Québécor.L\u2019engouement fut si marqué qu\u2019il a fallu accroître la capacité d\u2019accueil du portail afin d\u2019éviter que le réseau soit totalement paralysé, comme ce fut le cas au début de la diffusion de l\u2019émission (Dumais, 2003).Une simple visite sur le site donne le vertige.Tout est prévu pour susciter la consommation des nombreux biens et services offerts par Québécor et ses partenaires.Ainsi, le semblant d\u2019interactivité démocratique qui permet aux internautes de voter pour l\u2019un ou l\u2019autre candidat est facturé à la pièce alors que pour accéder aux images transmises en continu depuis l\u2019Académie, les internautes sont invités à s\u2019abonner au service haute-vitesse de Vidéotron (Cauchon, 2003b).Au terme de l\u2019experience, pas moins de 300 000 internautes se sont inscrits comme membres et le vote a permis de récolter 400 000 dollars.Bien sûr, le commerce électronique est à l'honneur sur le site de Star Académie.Ainsi, y exploite-t-on le nouveau logiciel Videowearqui permet au téléspectateur de « s\u2019arrêter sur une scène de l\u2019émission, d\u2019obtenir des renseignements sur les produits qu\u2019il voit \u2014 vêtements portés par la vedette, meubles, etc.\u2014 et dans certains cas d\u2019effectuer la transaction » (Dansereau, 2003 ).Ceci, sans compter les dédicaces virtuelles, les produits de la boutique officielle et, bien sûr, les billets des différents spectacles de la tournée Star Académie que les fans se sont littéralement arrachés.Ainsi, quatre heures après l\u2019annonce de la tournée Star Académie, 23 000 billets avaient été vendus.Deux semaines plus tard, on en dénombrait 200 000 et, au terme de la tournée estivale, on estime les ventes totales à plus d\u2019un demi-million de billets.Idem pour les 500 000 disques compacts vendus, dont 100 000 écoulés durant les deux premières journées seulement, un véritable raz-de-marée auquel aucun artiste local n\u2019est en droit de rêver.Quant aux ventes de magazines, un secteur où Québécor est très actif, elles ont grimpé en flèche comme en témoignent les données relatives au magazine 7jours, fleuron des magazines du groupe, dont les ventes auraient fait un bond de 44% depuis l\u2019avènement de Star Académie.Mais pratiquement personne ne semble s\u2019inquiéter de ces nombreuses récupérations commerciales qui, en plus de confirmer la redoutable emprise du 498 La culture et les médias Le pouvoir conféré au spectateur ne permet pas une remise en groupe sur l\u2019ensemble de l\u2019offre médiatique au Québec, versent dans toutes sortes d\u2019excès.Ainsi, il semblerait bien qu\u2019il soit désormais normal pour un aspirant chanteur de se voir imposer de concevoir un message publicitaire pour un important commanditaire, en l'occurrence Toyota (Cauchon, 2003c).Plus étonnant encore, pratiquement personne n\u2019a bronché lorsque les promoteurs de l\u2019émission, n\u2019hésitant pas à titiller Cause de la logiipiC une corde sensible des Québécois, ont soutenu sans sourciller que Star\tc'/( l/é Academie avait entre autres mission de promouvoir la chanson francophone auprès d\u2019un public jeune1.On pourrait penser que les réactions sont plus nombreuses et plus vives lorsque sont mises en cause les politiques éditoriales de véhicules d\u2019information comme lejoumal de Montreal et les émissions d\u2019actualité du réseau TVA.Mais encore une fois, peu de gens ont souligné le nombre impressionnant d\u2019articles consacrés au sujet dans lejoumal de Montreal, dont une chronique hebdomadaire exclusivement dédiée à la promotion du site Internet de Star Académie, ou ont dénoncé le fait que, dans le traitement de l\u2019information, les moindres aléas de la vie des candidats entraient en concurrence avec le conflit en Irak ou la campagne électorale.Aucun tollé non plus lorsque les journalistes visés par ces rares critiques se lancent dans une rhétorique approximative visant à rassurer tout un chacun sur la liberté totale dont ils jouissent et sur le désintéressement tout aussi total dont ils feraient preuve.Pourtant, qu\u2019un journaliste affirme, comme le fait le chroniqueur télé dujoumal de Montréal, que personne ne le force à parler de Star Académie (Lagacé, 2003), même si c\u2019est vrai, ne devrait rassurer personne.Après tout, ne dit-on pas que la propagande n\u2019est véritablement achevée que lorsqu\u2019elle réussit à se substituer à la réalité, que lorsqu\u2019elle parvient à conférer à une idéologie \u2014 ici l\u2019idéologie marchande \u2014 le poids de vérité d\u2019un nouvel ordre naturel ?« Une telle convergence donne le tournis et on se met à imaginer, dans une sorte de fantasme fou, ce qui arriverait si une telle force de frappe idéologique était mise au service, par exemple, de la lutte contre la pauvreté, ou contre les tentations guerrières du président Bush.Puis on se réveille et on retombe sur terre, en se disant que ce serait évidemment pas mal moins payant » (Cauchon, 2003b).Nul doute donc que le phénomène Star Académie est d\u2019abord et avant tout un phénomène commercial où un groupe, mettant à contribution chacune de ses constituantes, s\u2019affaire à faire des affaires d\u2019or.Après des années difficiles durant lesquelles ses visées synergiques ont été vertement critiquées, Pierre Karl Péladeau, en plus de confirmer sa totale emprise sur les différents secteurs médiatiques au Québec, a enfin réussi à faire la démonstration des vertus de polyvalence et de rentabilité de la stratégie de convergence.Un phénomène planétaire Mais si cette incroyable machine commerciale a considérablement contribué au succès de Star Académie, il serait exagéré de lui en attribuer tout le mérite.Nous en tenons pour preuve une émission comme Mix Mania, diffusée sur les ondes de VRAK.TV et qui, avec des moyens dérisoires en regard de ceux mobilisés pour Star 499 L'état du Québec Academie, est néanmoins devenue le plus grand succès populaire jamais enregistré par une chaîne spécialisée au Québec.Ralliant plus de 70 % des jeunes de 7 à 14 ans, soit environ 500 000 spectateurs, et près d\u2019un million d\u2019internautes invités à se prononcer sur l\u2019allure que devraientadopter les concurrents, l\u2019attribution des solos et même les textes des chansons, dont plusieurs ont été écrits par des fans, nul doute que le succès de Mix Mania est, toutes proportions gardées, comparable à celui de Star Académie (Cayouette, 2003).Nul doute non plus que ces deux émissions s\u2019inscrivent dans la lignée des American Idol (États-Unis), Star Academy (France), La Academia (Espagne) et Pop Idol (Angleterre).Ces concours amateurs nouveau genre ont ceci de commun d\u2019être présentés à travers le prisme de la télé-réalité qui, loin de se contenter des prestations scéniques des candidats et du couronnement d\u2019un gagnant, nous permet d\u2019assister à leur lente agonie, «à leurs doutes et leur triomphe de l\u2019adversité ; de les voir amoureux, fatigués, excités à l\u2019approche de leur performance, euphoriques ou déprimés après celle-ci ; d\u2019être témoins de leurs sacrifices » (www.staracademie.ca).Cette façon de publiciser et de rendre spectaculaire ce qui, d\u2019ordinaire, relève du strict domaine privé, semble bien être caractéristique de la télé-réalité.Mais est-ce vraiment le cas ?Le spectacle de la vie quotidienne suffit-il à la télé-réalité ?Il semblerait bien que non.Car, peu importent le décor et la formule \u2014 île déserte, loft branché ou campement militaire ; génération spontanée de stars, de Robinson ou de GI \u2014, l\u2019objectif est toujours de tenir le coup jusqu\u2019au bout, d\u2019être l\u2019ultime survivant aux rituels d\u2019élimination successifs.Ce n\u2019est pas un hasard si l\u2019un des plus célèbres concepts de télé-réalité est le bien nommé Survivor.Mais à quoi doit-on attribuer le succès de cette télé-réalité qui, au-delà des frontières géographiques, culturelles, sociales ou générationnelles, rassemble des millions de téléspectateurs devant leur petit écran ?Y a-t-il un fond commun entre les Français, les Espagnols et les Québécois qui justifie leurs réactions unanimes et enthousiastes devant le concept de Star Académie ?La télé-réalité toucherait-elle à l\u2019universel, même le plus vil ?On peut s'inquiéter de l\u2019indifférence que provoque le spectacle de l'humiliation.Un phénomène épique On a souvent dit de la télé-réalité qu\u2019elle se caractérisait par une « spectacula-risation » de la réalité et du domaine privé.Ainsi, le fait d\u2019entrer dans des lieux habituellement privés ; le fait de suivre, nuit et jour, les moindres allées et venues des participants et d\u2019être témoins de leurs discussions, de leurs disputes, de leurs conversations téléphoniques les plus intimes et même de leurs confessions à la caméra ; tout cela incite à penser que le succès de la télé-réalité tient à ce dévoilement exhibitionniste d\u2019une intimité que l\u2019on considère aussi réelle que vraie.Soutenir une telle idée implique cependant d\u2019occulter le caractère foncièrement artificiel de ce type d\u2019entreprises où tout est savamment orienté vers la médiatisation et la commercialisation.Partant, c\u2019est à un simulacre de réalité et de « privacité » auquel nous avons affaire.Enfermer de jeunes adultes dans un loft, créer des stars sur mesure ou survivre dans une île déserte, n\u2019a rien de commun avec la réalité quoti- 500 La culture et les médias Fiche technique abrégée Production: Productions J Concepteur, producteur au contenu et idéa- teur: Stéphane Laporte.Réalisateur: Jean Lamoureux.Producteur délégué : Jean-François Boulianne Directeur artistique: Josélito Michaud Direcrice de casting : Dominique Savoie.Animatrice des galas hebdomadaires: Julie Snyder Animatrice des émissions quotidiennes: Pascale Wilhelmy Gagnante du volet féminin: Marie-Élaine Thibert Gagnant du volet masculin et du grand concours: Wilfred LeBouthillier Concept de l\u2019émission ¦ Gigantesque machine alliant docu-vérité et spectacle de variétés, l'émission permettra la création de vedettes à partir d'inconnus talentueux » (Cauchon, 2002).« Le concept est gigantesque et a pour but de nous faire partager la vie des aspirants-vedettes pendant neuf semaines.Il nous faut tripper avec eux et chaque semaine en jeter deux dehors pour finalement arriver avec deux grands gagnants, un gars et une fille, qui se verront offrir un contrat de disque.[.] » (Cousineau, 2003 et 2002).Déroulement de la série \u2022 Star Académie prendra l'affiche en février sur les ondes de TVA et mettra en scène douze participants âgés de 18 à 25 ans, provenant des quatre coins du Québec, qui seront installés pendant neuf semaines dans une maison de rêve, la maison de feu Pierre Péladeau à Sainte-Adèle.TVA diffusera quatre soirs par semaine, en début de soirée, un documentaire sur les participants, qui apprendront tous les rouages du showbiz.Chaque semaine se terminera par la présentation d\u2019un grand spectacle de 90 minutes le dimanche soir, où le public sera appelé à voter pour éliminer un candidat, l'objectif étant d'en arriver après neuf semaines à choisir une ou quelques \"vedettes\u201d.[.] Les participants recevront une formation en chant, en danse, en expression scénique, en diction, rencontreront des critiques musicaux, feront des duos avec de véritables vedettes.» (Cauchon, 2002) « Il y a des caméras partout, 22 en tout.Des murs ont été jetés à terre, 10 000 pieds de fils installés, des régies d'images et de son installées dans le sous-sol.Trois mille pieds de câble pour les caméras, 5000 pour le son.Les caméras fixes sont discrètes.Mais les candidats seront constamment suivis de deux caméramans avec petite caméra et un micro sera toujours installé sur leur personne.[.] (L)es aspirants seront confiés à des professeurs dont la plus redoutable est certainement Denise Fliatrault, qui leur enseignera l'expression scénique.[.] Les autres profs seront Linda Mailho en chant, Geneviève Dorion-Coupal en danse et Bruni Surin en éducation physique.[.] Tout ce beau monde sous la direction de Josélito, l'ancien gérant d'Isabelle Boulay.[.] Les plus curieux d'entre vous pourront suivre l'action 24 heures sur 24 sur un site Internet consacré à l'émission.» (Cousineau, 2003) ?dienne telle qu\u2019elle est vécue par la plupart des gens ordinaires.Pourquoi le faire alors?Parce que le savant mélange de spectaculaire et d\u2019intime, de public et de privé, d\u2019extraordinaire et de banalité auquel s\u2019adonne la téléréalité permet d\u2019exacerber et, partant, de révéler une seule et unique réalité, spectaculaire par essence, celle des jeux, voire des luttes, de pouvoir.Le 501 L'état du Québec regard constant de la caméra sur les participants, le confinement de ces derniers, leur renoncement à toute autonomie et à toute liberté adjoints aux épreuves qu\u2019ils doivent impérativement traverser afin d\u2019éviter l\u2019élimination ; tout cela participe d\u2019une savante miseenscènequin\u2019a pour finalité que de précipiter et d\u2019accentuer les manifestations et répercussions concrètes de la soif de pouvoir qui anime les participants.La fin et les moyens des Star Academie, Lojt Story et autres Suruiuors gravitent tous autour de cette quête effrénée et le spectacle auquel nous sommes conviés est en fait celui, aussi impitoyable qu\u2019universel, de l\u2019ascension sociale à tout prix.Dans nos sociétés où l\u2019anonymat est de plus en plus généralisé et où tout ce qui est jugé important est systématiquement médiatisé, le pouvoir est le plus souvent assimilé à la notoriété.Les grosses cagnottes des loteries et les prix faramineux des jeux télévisés ne semblant plus suffire pour se distinguer dans le flot ininterrompu de concepts médiatiques, la télé-réalité s\u2019aventure donc sur un terrain encore relativement vierge en promettant aux participants une notoriété quasi instantanée.Une promesse qui prend de plus en plus des allures de garantie dans la mesure ou même le candidat éliminé verra son « passage par la case petit écran lui donner instantanément le droit d\u2019écrire des livres, de poser en couverture des magazines, bref, d\u2019exister aux yeux des autres.» (Debril etConty, 2003).Les fondements de la télé-réalité sont donc fort simples.Un enjeu, le pouvoir, une quête spécifique, la notoriété et un moyen, les épreuves fatales.Tout bien considéré, les émissions de télé-réalité, qu\u2019on a souvent comparées aux tragédies grecques, seraient en fait des épopées modernes où la quête héroïque s\u2019est métamorphosée en quête d\u2019héroïsme.Ainsi, les émissions de télé-réalité mettent en scène des aspirants au titre de héros, jalonnent systématiquement leur parcours d\u2019épreuves aussi diverses qu\u2019insurmontables et accordent une place prépondérante à la dimension temporelle dans la mesure où le principal défi est celui de la pérennité.La télé-réalité ne nous parle pas de la vie quotidienne de quidams, pas plus que de la vie quotidienne de héros.Ce dont nous parle la télé-réalité, c\u2019est de la transformation quotidienne de quidams en héros.Une fois les épreuves traversées, une fois les héros couronnés, ils seront chassés de l\u2019Olympe et laissés seuls à eux-mêmes, libres de poursuivre leur destin de héros ou de se noyer dans le maelstrom médiatique.D\u2019ailleurs, un des principaux reproches adressés aux concepteurs d\u2019émissions telles que Star Académie est d\u2019objectiver et d\u2019instrumentaliser les participants, de les jeter après usage.Comme le disait Juliette Gréco, « j\u2019ai peur que ces espoirs fous ne deviennent des désespoirs fous » (Cayouette, 2003).Et il est vrai qu\u2019on peut anticiper des drames personnels lorsque les feux de la rampe se refermeront sur ces quatorze jeunes encore gonflés à bloc après les mois d\u2019euphorie médiatique qu\u2019ils ont traversés.Mais un autre Star Académie est déjà en route, les auditions se tiendront bientôt et d\u2019autres quêtes viendront garnir les coffres des commanditaires.Comme le veut l\u2019adage et comme pour toutes les grandes épopées, qu\u2019il s\u2019agisse des poèmes homériques, de la quête du Graal ou de la conquête du Far West, c\u2019est le chemin et non la destination qui fait le voyage.502 La culture et les médias Un phénomène idéologique Et plus élevée est la destination, plus difficile sera le chemin.De la à dire que « ce qui plait maintenant, c\u2019est le spectacle de candidats prêts a se montrer dans des situations dégradantes pour gagner leur quart d\u2019heure de célébrité warholien » (Debril et Conty, 2003), il n\u2019y a qu\u2019un pas que nous ne franchirons pas.Il est vrai que la téléréalité met en place un dispositif qui « s\u2019apparente aux antiques jeux du cirque » (Carlier cité dans Debril et Conty, 2003 ) et où le téléspectateur, adoptant une position de juge omniscient, est en droit de gracier ou de condamner tel ou tel participant d'un seul coup de fil.Nous l\u2019avons dit, le fondement de la télé-réalité est la lutte de pouvoir et le rôle de voyeur sadique qui est attribué au spectateur, « si l\u2019on admet avec Freud que le sadisme consiste en une manifestation de puissance à l\u2019encontre d\u2019une autre personne prise comme un objet» (Jost cité dans Debril et Conty, 2003), respecte parfaitement les termes du contrat de lecture proposé par ce genre d\u2019émissions.Cela étant, détenir un pouvoir n\u2019implique pas nécessairement de se complaire dans une fascination morbide pour le seul spectacle de l'humiliation.Ainsi, et c\u2019est le seul \u2014 mais neanmoins significatif\u2014 aspect qui distingue l\u2019auditoire québécois de Star Académie des autres auditoires d\u2019émissions semblables, nous n\u2019avons pas tardé à redéfinir les limites de l\u2019inacceptable.Au lendemain du premier gala, durant lequel s\u2019est déroulée la toute première élimination en direct, les réactions négatives, provenant aussi bien des artistes ayant participé au gala que du public en général, ont été si fortes que les producteurs de l\u2019émission ont décidé de modifier cette façon de procéder.L\u2019obligation faite aux participants de se prononcer publiquement sur le sort de l\u2019un ou l\u2019autre de leur frères d\u2019armes fut donc levée, au prix de tractations juridiques entre les avocats des Productions J et ceux des concepteurs hollandais.« L\u2019engrenage a heureusement ses limites.Ironiquement, les publicitaires sont les meilleurs garde-fous de ce marché.\u201cUn concept trop trash nuit à l\u2019image des marques.Le téléspectateur ne doit pas se sentir dégradé, sinon il ne regardera plus.Tout le jeu est de s\u2019arrêter juste à temps\u201d » (Villegas cité dans Debril et Conty : 2003).En exerçant son véritable pouvoir, fondé sur une détermination directe des revenus engrangés par les producteurs, diffuseurs et commanditaires, l\u2019auditoire québécois a bel et bien endossé son rôle déjugé omniscient, mais a aussi démontré que l\u2019humiliation seule ne peut expliquer la fascination qu\u2019exerce la télé-réalité.S\u2019il est indéniable que la télé-réalité réveille nos instincts voyeurs et sadiques, il ne faudrait pas oublier qu\u2019elle nous fournit aussi l\u2019occasion de satisfaire d\u2019autres élans, fondés cette fois sur l\u2019identification, soit-elle admirative ou empathique.« Le téléspectateur connaît deux modes d\u2019identification à ceux qui sont dans l\u2019écran.L\u2019appel du héros, comme le disait Bergson, qui le submerge et le domine, et l\u2019identification à son semblable » (Jost, 2003).La télé-réalité est fondée sur le rêve, universellement partagé, de l\u2019accession à une vie meilleure.En ce sens, elle puise aux deux modes d\u2019identification évoqués précédemment.Ainsi, les candidats d\u2019une émission comme Star Académie sont tous des gens ordinaires auxquels il nous est facile de nous identifier, et ce, d\u2019autant plus qu\u2019ils proviennent des régions qui ne sont que peu représentées dans les médias en 503 L'état du Québec général.Cela dit, l\u2019identification à mon semblable, soit-il du même patelin que moi, ne suffit pas, contrairement à ce que prétendent certains.Encore faut-il un enjeu, une lutte, qui pousse au dépassement et qui se concrétise par le biais d\u2019une transformation aussi spectaculaire que définitive.La transformation à laquelle nous convie une émission comme Star Académie est fondamentalement héroïque et implique, au propre comme au figuré, une certaine élévation.Ici, intervient l\u2019appel du héros, cette identification essentiellement admirative à laquelle référait Bergson.En d\u2019autres termes, la télé-réalité ne s\u2019intéresse pas au quotidien des gens ordinaires, mais bien à ce que font des gens ordinaires lorsqu\u2019ils sont placés en situation extraordinaire.Et si on tire un certain plaisir sadique du spectacle des difficultés, voire des humiliations, que subissent ces héros en devenir, on est aussi animé par le désir de les voir réussir, de les voir prouver que le talent, la détermination et la grandeur d\u2019âme triomphent de tout.Sans les moments d\u2019émotions empathiques que provoque le spectacle de la défaite, sans la gratification finale qu\u2019apporte la victoire, l\u2019humiliation n\u2019aurait aucun sens.On peut bien sûr s\u2019inquiéter de l\u2019indifférence de plus en plus grande que provoque le spectacle de l\u2019humiliation dans nos sociétés en général, mais cela n\u2019équivaut pas à dire que le succès de la télé-réalité repose sur la seule humiliation.Et si la télé-réalité crée des épopées à la chaîne, si elle offre au spectateur la possibilité d\u2019assisterà la création d\u2019un héros, le fait demeure qu\u2019un seul participant complétera avec succès sa transformation.Si l\u2019on peut penser que la décision du public de sauver ou non l\u2019un ou l\u2019autre candidat repose sur des motivations obscures et sur des jugements de valeurs discutables, elle n\u2019en confirme pas moins que nous ne sommes pas tous égaux devant le dieu audimat D\u2019une certaine façon, on peut dire que si les émissions de débat axées autour d\u2019une participation de l\u2019auditoire sont autant de « représentations symbolique de la démocratie » (Cha-raudeau cité dans Lochard et Soulages, 1994: 20), les émissions de télé-réalité seraient alors autant de représentations symboliques des inégalités humaines et sociales.C\u2019est dans cette mesure que la télé-réalité procède d\u2019une spectaculari-sation de la réalité.Ce que la télé-réalité passe cependant sous silence, c\u2019est que le pouvoir conféré au spectateur, à l\u2019instar de celui promis aux participants, est en dernier ressort bien superficiel dans la mesure où il ne permet pas une véritable remise en cause de la logique commerciale qui conditionne et justifie toute cette mise en scène.Et si la télé-réalité se veut, d\u2019une certaine manière, une représentation symbolique des luttes de pouvoir, elle ne semble pas préoccupée d\u2019établir une distinction critique entre « une domination sociale, qui s\u2019exerce sur les individus et qui structure leur expérience, et une domination culturelle, qu\u2019exerce le modèle marchand Ce dont parle Ici télé- surlamanière dont la télévision prend en charge cette expérience »(Macé, 1994 : p.43).Pour reprendre, en la développant, la comparaison que nous établissions précédemment entre les émissions de débats axées autour d\u2019une participation de l\u2019auditoire et les émissions de télé-réalité, nous pourrions conclure en disant que si les premières alimentent\" la croyance naïve en l\u2019égalité des ressources du profane et du professionnel de la réalité, cest de la transformation de quidams en héros.504 La culture et les médias politique, qui est un élément essentiel de la mythologie démocratique » (Darras, 1994:90), les secondes alimentent quant à elle la croyance naïve en l\u2019égalité d\u2019un pouvoir symbolique et d\u2019un pouvoir réel, élément essentiel de la mythologie des sociétés de consommation.?Références 1.En France, les chansons interprétées par les candidats étaient elles aussi francophones sans que cela n\u2019ait conduit à conclure à un quelconque a pnori idéologico-linguistique.Il n\u2019y a qu\u2019au Québec, semble-t-il, où nous sommes suffisamment préoccupés par les questions linguistique et identitaire pour envisager qu\u2019il en soit autrement Si Star Académie favorise la popularisation de la chanson d\u2019expression française auprès d\u2019un public qui y était jusque-là réfractaire, ce n\u2019est qu\u2019un « bénéfice collatéral » d\u2019une guerre commerciale et ce ne peut en aucune manière être considéré comme une volonté d\u2019affirmation identitaire.Cauchon, Paul, (2003a), « Star Académie : showbiz à la puissance dix », Le Devoir, 15 février, Agenda, p.19.- (2003b), « Star Académie, la concentration en temps réel », Le Devoir, 24 février, p.B7.-(2003c), « Cash Académie », Le Devoir, 10 mars, p.B7.- (2002), «TVA aura son Star Académie.Gigantesque machine alliant docu-vérité et spectacle de variétés, l\u2019émission permettra la création de vedettes à partir d\u2019inconnus talentueux », Le Devoir, 8 octobre, B8.Cayouette, Pierre, (2003), « Mais qu\u2019est-ce que cette MixMania?», L\u2019actualité, 28:5, Ier avril, p.65.Cousineau, Louise, (2003), « Et dans la chambre à coucher de feu Pierre Péladeau, sept jeunes femmes.Star Académie loge ses candidats à Sainte-Adèle», La Presse, 18 janvier, D2.- (2002), « Star Académie : amateurs recherchés par Julie qui seront logés au château Péladeau », La Presse, 8 octobre, C2.Dansereau, Suzanne, (2003), « Une firme québécoise permet de \u201cmagasinera la télé\u201d », Les Affaires, Ier mars, p.22.Darras, Éric, (1994), « Un paysan à la télé.Nouvelles mises en scène du politique», dans Beaud, Paul et Patrice, Flichy, (dir.), RéseauxCNFT, n0Ô3.Debril, Laurence et Romain, Conty, (2003), «Humiliation en prime time», L\u2019Express, n° 2690,23 janvier, p.34.Dumais, Michel, (2003), « Quand le courriel va mal », Le Devoir, 31 mars, p.B7.Lagacé, Richard, (2003), « Réaction à la chronique Ondes de choc », Voir, 17:10,13 mars, P-5- Lochard, Guy et Jean-Claude Soulages (1994), « Les imaginaires de la parole télévisuelle.Permanences, glissements et conflits », dans Beaud, Paul et Patrice, Flichy, (dir.), Réseaux CNET,n°63.Macé, Éric, (1994), «La programmation de la réception : une sociologie critique des contenus», dans Beaud, Paul et Patrice Flichy, (dir.), RéseauxCNET, n°Ô3.505 L'état du Québec Le CRILCQ Le Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ) est né en 2003 du regroupement de chercheurs issus du Centre de recherche en littérature québécoise de I Université Laval (CRELIQ) et du Centre d'études québécoises de l'Université de Montréal (CÉTUQ) ; des chercheurs de l'UQAM forment pour le moment une antenne complémentaire.Il est dirigé par Marie-Andrée Beaudet de l\u2019Université Laval et codirigé par Micheline Cambron de l'Université de Montréal.Ce nouveau regroupement, auquel se sont joints des chercheurs en histoire culturelle, en histoire de l\u2019art et en musicologie provenant du Québec, du Canada et de l'étranger, poursuit comme objectif principal la réalisation pour le Québec de grands travaux d'érudition et de synthèse en histoire littéraire, théâtrale et plus largement culturelle.Le Centre, structuré à partir de deux sites qui fonctionnent en collaboration, l\u2019un à l'Université de Montréal et l'autre à l'Université Laval, développe la recherche sur la littérature et la culture québécoises selon trois grands axes en interaction: l'histoire littéraire et théâtrale, l'histoire de la vie culturelle et une réflexion sur les évolutions formelles et esthétiques à l\u2019époque contemporaine.De nombreux projets de recherche subventionnés se trouvent ainsi rassemblés, parmi lesquels: «Penser l'histoire de la vie culturelle québécoise », subventionné par le Fonds québécois de recherche sur la culture (FQRSC), sous la responsabilité de Micheline Cambron et Denis Saint-Jacques auxquels sont associés Michèle Dagenais, Gilbert David, François-Marc Gagnon, François Hébert ; Olivier Hubert ; Serge Laçasse; Laurier Lacroix, Michel Lacroix, Marie-Thérèse Levebvre Lucie Robert et Hans-Jürgen Lüsebrink ; « L'édition de l'oeuvre éparse de Gaston Miron », subventionnée par le Conseil de la recherche en sciences humaines du Canada (CRSH), Marie-Andrée Beaudet et Pierre Nepveu; «La construction de la moder- nité dans les discours critiques québécois» (FQRSC), Ginette Michaud et Élisabeth Nardout-Lafarge; «La littérature contemporaine dans l\u2019histoire littéraire au Québec» (CRSH), Michel Biron, François Dumont et Élisabeth Nardout-Lafarge ; « La dynamique des genres dans la littérature et le théâtre québécois depuis 1980 » (FQRSC), Robert Dion, Frances Fortier, Chantal Hébert, Andrée Mercier, Irène Perelli-Contos et Richard Saint-Gelais ; « Le récit littéraire contemporain.Étude des mécanismes de l'identité générique» (CRSH), Frances Fortier, Andrée Mercier et Christiane Kègle ; « Formes et statuts du recueil dans la littérature québécoise contemporaine» (CRSH), François Dumont et Richard Saint-Gelais ; « Un genre en émergence : la biographie imaginaire d\u2019écrivains» (CRSH), Robert Dion et Frances Fortier.Le centre compte aussi des projets en théâtre : « L'écriture scénique ou la pensée-image de Robert Lepage» (CRSH), Chantal Hébert et Irène Perelli-Contos; « La réception critique du théâtre des femmes au Québec.1930-1995» (FQRSC), Gilbert David et Marie-Christine Lesage.Plusieurs projets individuels sont également en cours, celui de Gilles Dupuis, «Les écritures transmigrantes: «L'impact des écritures migrantes sur la littérature québécoise» (subvention du FQRSC), celui de Lise Gauvin, «Vers une théorie de l'espace littéraire francophone: la question des modèles» subvention du CRSH), et celui de Marie-Thérèse Lefebvre, « Histoire de la vie musicale au Québec entre 1903 et 1953 : étude des réseaux et de leur impact sur la création et la diffusion de la musique canadienne» (subvention du CRSH).Le CRILCQ publie des «Cahiers de recherche», il est responsable de plusieurs collections, «Nouvelles études québécoises» aux éditions Fides ainsi que les collections «Études» et «Les cahiers du CRÉLIQ» chez Nota Bene Éditeur.?Élisabeth Nardout-Lafarge 506 De parole et d\u2019argent t\u2019année du cinema québécois La culture et les médias Yves Rousseau Cégep François-Xauier-Garneau Les Québécois ont résolument affiché un comportement de société distincte dans leurs choix cinématographiques en 2003.Si le cinéma hollywoodien règne toujours confortablement sur la majorité des écrans, la part de marché du cinéma québécois a dépassé les 10% et trois films (Un homme et son pèche', Les inuasions barbares et La grande séduction) ont à eux seuls engrangé des recettes locales de plus de 20 millions de dollars ; un record absolu.De plus, une vingtaine d\u2019autres productions locales sont passées par les salles, avec certes des fortunes diverses, dépendant souvent des efforts investis dans le marketing, mais trouvant néanmoins un public plus vaste que jamais auparavant Il ne faut cependant pas se laisser berner par les sirènes du box-office et le « succès » d\u2019un film ne se mesure pas seulement en recettes au guichet.Les statistiques d\u2019une année sont condamnées à être remplacées par d\u2019autres plus récentes ; et sans une vision cohérente de l\u2019ensemble de la production, le champagne peut vite tiédir l\u2019année suivante.Il faut cependant noter que l\u2019année a été marquée par un rayonnement international (festivals et succès public des Invasions barbares en France), des scores inespérés pour des films plus personnels comme Gaz Bar Blues, une couverture médiatique exceptionnelle pour un documentaire (À hauteur d\u2019homme) et l\u2019usage intensif des techniques de marketing (promotion et lancements sur plus d\u2019une centaine d\u2019écrans de certains films) naguère réservées aux produits hollywoodiens.On commence donc à comprendre que le public ne peut pas avoir envie d\u2019aller voir un film dont il n\u2019a jamais entendu parler.D\u2019autre part, le flop d\u2019un film comme Les dangereux montre clairement les limites de certains produits pourtant calibrés pour ratisser très large avec son casting d'humoristes et de vedettes du petit écran, sa promo agressive et Louis Saïa, l\u2019homme des Boys, derrière la caméra.Ce film représente aussi l\u2019aboutissement logique de la politique de financement de Téléfilm Canada, principal bailleur de fonds de la cinématographie québécoise et canadienne ; politique qui vise une illusoire rentabilité au guichet par le financement d\u2019un cinéma résolument commercial.Comme le cinéma québécois fait déjà beaucoup mieux en termes de part de marché que le cinéma canadien qui, malgré de grands cinéastes comme David Cronenberg et Atom Egoyan, touche moins de 2% du public), Téléfilm Canada demande plus d\u2019entrées aux films québécois pour avoir droit à la prime au succès.Est-ce une illustration du déséquilibre fiscal ?L\u2019argent de l\u2019État est le nerf de la guerre et le cinéma est un médium ou la durée de gestation d\u2019une œuvre est relativement longue.Ce n\u2019est donc qu\u2019à 507 l'état du Québec moyen terme que nous pourrons constater les effets des politiques de financement gouvernementales sur la production québécoise en cinéma de fiction.En ce qui concerne le documentaire, l'obligation de contenu canadien tous azimuts a pratiquement fait disparaître les sujets internationaux, et ce, à l\u2019heure de la mondialisation.L\u2019embellie actuelle tient pour beaucoup à l\u2019accession du cinéma québécois à une certaine maturité qui permet la coexistence de films personnels et de films dits commerciaux.Puisqu\u2019il n\u2019existe pas de producteurs vraiment privés, l\u2019État doit s\u2019assurer que tout le monde ait sa part du gâteau.Plus que jamais, Séraphin ne doitpas ramasser tout le pactole, même s\u2019il a chauffé Le seigneur des anneaux au box-office alors que La grande séduction a battu The Matrix Reloaded et Les invasions barbares ont attiré plus de monde que Pirates des Caraïbes.Peu de cinématographies nationales peuvent afficher une pareille tenue, d\u2019autant plus que le Québec est considéré comme un « marché domestique » par Hollywood.Ces trois succès populaires québécois ont en commun d'évacuer un possible contenu politique pour de l\u2019émotion à la tonne.Le pouvoir de l\u2019argent Ces trois succès populaires québécois ont d\u2019ailleurs en commun d\u2019évacuer un possible contenu politique pour de l\u2019émotion à la tonne.De plus, les trois films sont traversés par la question du fric, à l\u2019heure où les autres médias n\u2019en ont que pour la célébrité.Dans Séraphin-Un homme et son péché, la mise en scène de Charles Binamé focalise sur le lyrisme romantique du jeune et beau couple, les belles images et la belle musique, qui sont opposés au méchant vieux libidineux qui ne pense qu\u2019à l\u2019argent.On répondra que c\u2019est dans l\u2019histoire de Claude-Henri Grignon.Mais on aurait pu attendre quelque chose de plus fort sur le pouvoir de l\u2019argent, ici ramené à une tare psychologique.Plus ambitieuses sont Les invasions barbares de Denys Arcand, qui retrouve la cote auprès du public pour la première fois depuis Jésus de Montréal.L\u2019homme du Déclin en avait-il assez de se faire traiter de cynique ?Toujours est-il que ses « barbares » prennent le visage d\u2019un capitaliste bienveillant Ici l\u2019argent se met au service d\u2019une « bonne » cause et son pouvoir bénéfique est clairement démontré.Loin d\u2019être un gestionnaire froid et distant, le fils prodigue se révèle aimant et attentionné pour un père qui ne le méritait probablement pas.Car Rémy et sa « gang » n\u2019ont rien foutu du formidable potentiel qu\u2019avait la génération dite des baby-boomers.Carrière médiocre mais confortable, fourvoiement idéologique constant et immaturité affective ; bref un ratage intégral, absous par l\u2019idée qu\u2019«on s\u2019est bien amusé, nous au moins ».Pas étonnant que la plupart des articles écrits sur ce film parlent davantage de sociologie que de cinéma, car il y a peu à dire de la mise en scène, sinon qu\u2019elle est au service du texte et de divers numéros d\u2019acteurs qui vont du cabotinage de Rémy Girard à la réserve de Stéphane Rousseau, la bonne surprise du film.Comme toujours chez Denys Arcand, c\u2019est dialogué avec beaucoup d\u2019efficacité, mais on pourrait «voir» le film les yeux fermés et ne pas manquer grand-chose.Des trois films à succès, c\u2019est La grande seduction, premier long-métrage de lean-François Pouliot, venu du monde de la publicité, qui offre la meilleure proposition cinématographique.D\u2019abord parce qu\u2019il affiche une inté- 508 La culture et les médias ressante maîtrise de l\u2019espace.Le site du tournage (une île isolée de la Basse Côte-Nord) devient davantage qu\u2019un décor pittoresque : un personnage à part entière.Ensuite parce que le scénario repose sur un postulat tout à fait cinématographique : le mensonge.Godard a beau dire que le cinéma c\u2019est la vérité 24 fois par seconde, on peut aussi penser que le cinéma n\u2019est qu\u2019ar-tifice, qui peut, paradoxalement, se mettre au service de la vérité.C\u2019est exactement ce que font les habitants de Sainte-Marie-La-Mau-derne, sans le sou, qui s\u2019étiolent lentement entre deux chèques de « BS » alors qu\u2019il n\u2019y a plus de poisson dans la mer et pas d\u2019emplois à l\u2019horizon.On pourrait avoir une usine mais la compagnie exige un médecin comme condition préalable, en plus de quelques pots-de-vin.Qu\u2019à cela ne tienne, la collectivité s\u2019organise pour dénicher un docteur; mais encore faut-il le convaincre de rester.Car, outre l\u2019austère beauté de ses paysages, La-Maudeme a peu à offrir à un yuppie coké et amateur de crickett.Tout le village se met donc en état de «speed dating» collectif échelonné sur un mois.Comment tenir la route aussi longtemps sans mentir ou à tout le moins, arrondir les coins?Le spectateur a évidemment une bonne longueur d\u2019avance sur le médecin et peut se délecter des mille et unes entourloupes parfois anodines (le jazz-fusion), parfois carrément indécentes (le coup du fils disparu) et parfois sublimes (la fausse partie de crickett) manigancées par les insulaires.Contrairement aux habituelles comédies d\u2019été, La grande séduction vise en haut de la ceinture et révèle un cinéaste qui ne confond pas rythme avec hystérie et applique de judicieux choix de casting et de direction d\u2019acteurs, en particulier celui de ne pas essayer de faire parler ses personnages avec un faux accent du terroir.Dis-moi comment tu parles.La question linguistique n\u2019est pas qu\u2019affaire de politique municipale, elle travaille la société québécoise et toutes les lois 101 du monde ne régleront pas le problème du niveau de langage des personnages d\u2019un film québécois.Plusieurs s\u2019y cassent les dents à commencer par les scénaristes-dialoguistes qui, s\u2019ils sont souvent capables d\u2019établir une structure dramatique (il y a des livres pour apprendre ça) peinent souvent a écrire des dialogues qui sonnent comme du monde.Les comédiens peinent alors et se ridiculisent à parler une langue qu\u2019ils n\u2019arrivent tout simplement pas à se mettre en bouche.Entre le français « international » radio-canadien et le langage de l\u2019Est de 20I117 rue Darling de Bernard Émond, se décline une infinité de variations qui passent aussi par la langue rugueuse des personnages du Neg\u2019 de Robert Morin, le doublage local déficient de Mambo Italiano et I\u2019europoudding québécois du Marais.Ce dernier film (premier long métrage de Kim N\u2019Guyen) présente d\u2019indéniables qualités visuelles, mais la mise en scène n\u2019est pas à la hauteur : statisme de l\u2019image, composition pas toujours heureuse, une direction d\u2019acteurs pleine de scories comme la répétition des séances de gossage de petits bouts de bois par des personnages qui se demandent quoi faire, la démarche extrêmement lente de tous les comédiens, le hyératisme des poses.Mais on 509 L'état du Québec y entend surtout un incroyable mélange d\u2019accents serbes, allemands, bulgares, marseillais et même québécois dans un no man\u2019s land situé quelque part en Europe centrale.La palme de la maladresse linguistique revient cependant à Mambo Italiano dans sa version doublée au Québec.Le film a été tourné en anglais avec un casting multilingue.L\u2019accent italien y est de mise pour plusieurs, mais lorsque Ginette Reno se double elle-même en français, elle saute constamment de son faux accent italien au québécois le plus montréalais.Le personnage du père, joué par Paul Sorvino, est doublé par Hubert Gagnon, la voix québécoise d\u2019Homer Simpson, ce qui nous ramène constamment au dessin animé de la célébré famille dysfonctionnelle de Springfield.On sort du film en ayant appris que les Italiens passent leur temps à se donner des claques derrière la tête.Beaucoup plus intéressant est le Gaz Bar Blues de Louis Bélanger, qui se situe dans un milieu populaire, comme son premier film Post-Mortem, mais avec une structure narrative et des personnages très différents.La virtuosité scénaris-tique est restée, même si elle est moins voyante que dans Post-Mortem.À partir de micro-événements qui finissent par s\u2019imbriquer, Bélanger trace le portrait d\u2019un monde qui s\u2019écroule, mettant en résonnance le très local (la petite communauté qui gravite autour d\u2019un gaz bar en sursis) et le méga-événement géopolitique (la chute du mur de Berlin).Pas d\u2019esbrouffe visuelle ici, ce sont les personnages, filmés dans une lumière crue, de jour comme de nuit, plus que la technique qui intéressent le cinéaste.Un père et ses deux fils, le père qui s\u2019accroche dans la dignité, comme on imagine un capitaine qui sait qu\u2019il va couler avec son bateau, les fils qui veulent quitter le navire avant qu\u2019il ne soit trop tard.Idée forte : le gaz bar est un lieu aussi étouffant que pouvait l\u2019être Berlin-Est avant la chute du Mur.On a aussi entendu la langue des politiciens dans le cinéma québécois cette année.Une langue souvent dite « de bois ».Depuis L\u2019erreur boréale, aucun documentaire d\u2019ici n\u2019avait été autant médiatisé.Probablement parce que les médias en sont le sujet, autant sinon plus que Bernard Landry, qui a été suivi pendant la campagne du printemps 2003 par la caméra de Jean-Claude Labrecque.Plus qu\u2019un portrait de Landry, Labrecque filme les journalistes comme une meute de loups forçant un cerf.Ils sont d\u2019abord hors-champ, uniquement des voix.Ils encerclent, se rapprochent, ils convergent littéralement, finissent par envahir l\u2019écran.On finit presque par avoir pitié de Landry.Les commentaires ont été très durs envers les journalistes et leur attitude.En fait, on montre le journalisme à l\u2019heure de la surinformation : les journaux ont de plus en plus de pages, les bulletins de nouvelles et les chaînes d\u2019info en continu se multiplient.Il faut bien remplir cet espace.Chaque jour il faut noircir du papier, pisser de la copie, disent certains, même s\u2019il ne se passe rien.Les journalistes ne sont pas si idiots, ils savent très bien qu\u2019il est injuste de condamner un homme sur des propos que l\u2019on n\u2019a pas encore entendus.Mais ils savent aussi qu\u2019une citation latine ne fera pas vendre assez de journaux.?510 La culture et les médias Deux sites pour obtenir des statistiques dur le cinéma au Quebec : Institut de la statistique du Québec : http ://www.stat.gouv.qc.ca/observatoire/publicat_obs/ film.htm Alexfilms : http ://www.alexfilms.com/home.html L\u2019imaginaire de l\u2019absence et du uide La production romanesque en 2003 Sophie Marcotte Unioersitë Concordia Le moins que l\u2019on puisse dire, c\u2019est que l\u2019année littéraire 2002-2003 aura Été celle du roman du mal de vivre, de la douleur d\u2019exister.De façon générale, en effet, il y a peu de romans parus de septembre 2002 à juillet 2003 qui ne fassent état d\u2019une quête existentielle vécue par un personnage qui, le plus souvent suite à une rupture amoureuse, se trouve incapable de saisir ou d\u2019accepter le quotidien dans lequel il évolue.Le protagoniste s\u2019enlise de plus en plus dans la nostalgie du passé et dans le laisser-aller, atteignant parfois les limites du non-retour et se trouvant, à un certain point, à cheval entre une mort certaine \u2014 mort de l\u2019âme, du moins \u2014 et une possible résurrection.A cet égard, il y a peu de différence entre les romans des écrivains déjà consacrés par l'institution et les récits de ceux qui en sont à leurs premiers faits d\u2019armes en matière d\u2019écriture romanesque.En fait, on pourrait affirmer qu\u2019une grande proportion des romans de l\u2019année 2002-2003 sont réunis autour d\u2019une figure centrale, celle du uide, un uide amoureux ou affectif, dans bien des cas, qui se double parfois d\u2019un uide artistique et/ou d\u2019un uide métaphysique.Le tide à l\u2019état pur Le Edouard du dernier roman de Stéphane Bourguignon, Un peu de fatigue, appartient au groupe de protagonistes qui incarnent ce qu\u2019on pourrait appeler le uide à l\u2019état pur.Le fond sur lequel se déroule la trame événementielle ressemble, à quelques égards, à celle des deux premiers romans de l\u2019auteur (LAvaleur de sable et Le Principe du Geyser), mais le personnage d\u2019Eddy, encore plus que ceux qui l\u2019ont précédé, est plongé dans le désabusement le plus total de la vie, de l\u2019amour, de la cellule familiale et de la société matérialiste dans laquelle il est contraint d\u2019évoluer.Ce désabusement conduit à un vide affectif dont une certaine violence devient la conséquence : Edouard procède d\u2019abord au saccage de son jardin, puis de sa maison, qui constituent des symboles de son mariage et de sa vie 511 L'état du Québec Il s'agit d\u2019un être obsédé par la solitude, incapable d'apprécier le quotidien, qui devient peu à peu synonyme de désarroi, de désenchantement, de pure désolation.familiale ratés.Il pointe enfin son revolver sur son ex-épouse et son amant, dont il interrompt brutalement \u2014 sans pourtant mettre ses menaces à exécution \u2014 le week-end d\u2019amoureux passé à la campagne.Le personnage central du Voyage au Portugal avec un Allemand de Louis Gauthier ressemble, d\u2019une certaine manière, à celui du roman de Bourguignon.Il s\u2019agit en effet d\u2019un être obsédé par la solitude, incapable d\u2019apprécier le quotidien, un quotidien qui devient peu à peu synonyme de désarroi, de désenchantement, de pure désolation.Mais le narrateur du Voyage, au lieu d\u2019entretenir des sentiments teintés de violence et de vengeance envers l\u2019humanité tout entière, choisit de se refermer encore davantage sur lui-même.N\u2019importe plus que son moi en détresse, autour duquel s\u2019établit une sorte de complaisance, un moi qui abolit à la fois le paysage et la société.Voyage au Portugal, qui s\u2019inscrit dans la suite de Voyage en Irlande avec un parapluie et du Pont de Londres du même auteur, se construit ainsi comme le récit d\u2019un voyage sans paysage, un voyage intérieur, celui d\u2019un écrivain à la dérive, qui ne parvient pas à rédiger le roman qu\u2019il souhaite créer.À l\u2019impossibilité de mener une existence heureuse vient donc se greffer une autre impossibilité, celle de l'écriture.Au total, l\u2019obsession de la solitude et le vide immense \u2014 affectif, amoureux, mais également métaphysique \u2014 qui accablent le narrateur alimentent ses pensées morbides et accentuent la folie dont il semble de plus en plus atteint au fur et à mesure que progresse le récit.L\u2019évolution de la folie, qui peu à peu plonge le protagoniste dans un état second, dans un gouffre duquel il devient impossible de s\u2019évader, constitue également le moteur de l\u2019intrigue du Marcheur, premier roman de Pierre Fortin, qui enseigne la littérature au Collège de Maisonneuve.Ce marcheur, Jean Landry, photographe et professeur à l\u2019UQAM, se voit graduellement dépossédé de toutes ses raisons de vivre : sa nouvelle compagne de vie se suicide, il rencontre une jeune étudiante qui le quitte après une brève liaison amoureuse, il se sent constamment traqué par celui qu\u2019il appelle le Collectionneur (on apprendra à la fin du roman qu\u2019il s\u2019agit du frère de sa défunte compagne), qui vendrait à gauche et à droite les oeuvres du photographe en se les appropriant.La marche devient la seule façon possible pour tenter de retrouver son identité.Le pas est d\u2019abord léger, mais plus les malheurs s\u2019accumulent, plus la démarche devient lourde: «la marche [.] était une lente accession à la mort ».Le vide, ici, accable si profondément lean, «au point de l\u2019empêcher de penser, d\u2019aligner les idées les unes à la suite des autres », qu\u2019il file droit vers la mort, la mort de l\u2019âme, une mort douloureuse parce que le photographe demeure conscient de toutes les étapes qui l\u2019y conduisent.C\u2019est comme si on assistait au long chemin de croix d\u2019un individu qui, d\u2019abord dépossédé des êtres qui lui sont le plus chers, est vidé de son identité qu\u2019il n\u2019arrive pas à récupérer.Le vide « dédoublé » Le dernier roman de Ying Chen, intitulé Querelle d\u2019un squelette avec son double, se fonde sur une sorte de dédoublement narratif : il nous fait assister au déploie- 512 La culture et les médias ment de deux histoires simultanées, qui mettent en scène des personnages sans matérialité, dont l\u2019un lance un appel à l\u2019aide sans trouver chez l\u2019autre la solidarité qu\u2019il recherche.Chen propose, d\u2019une certaine manière, une sorte de reconstruction de son propre imaginaire, celui qu\u2019elle a érigé dans ses romans précédents, Le Champ de la mer et Immobile, un imaginaire autour duquel gravitent les thèmes de la fuite du temps et de l\u2019incommunicabilité.Dans Querelle d\u2019un squelette auec son double, le uide anime de façon simultanée les deux voix de la narration ; celle qu\u2019on associe au « squelette » du titre rappelle même à son interlocutrice que « vous et moi nous sommes absolument sans essence ni constitution, notre individualité est une extravagante illusion ».Or, le dédoublement est poussé à la limite, de façon telle qu\u2019on ne sait plus très bien, à la fin, s\u2019il y a bien eu dialogue entre deux personnages distincts, ou si nous avons assisté à une querelle intérieure, à une lutte entre deux moi qui n\u2019arrivent pas à se réconcilier, et qui se battent contre le passage du temps et le vide qu\u2019il crée.Chez Suzanne Jacob, par ailleurs, ce sont des jumeaux, un frère et une sœur, qui, depuis le décès de leur mère, sont en proie à un vide intérieur.Les deux personnages principaux de Wells (qui reprend Places du Maine publié en 1989 en lui ajoutant une suite inédite) se sont en effet graduellement éloignés l\u2019un de l\u2019autre après une courte escapade à Wells, dans le Maine, où ils s\u2019étaient rendus pour honorer les dernières volontés de leur mère.Cette séparation, qui a duré une vingtaine d\u2019années, a été habitée, de part et d\u2019autre, de deuil, d\u2019incompréhension et de déposses- sion : le frère et la sœur n\u2019ont jamais pu, au cours de toutes ces années, trouver la paix et la sérénité d\u2019esprit, puisqu\u2019il leur manquait constamment l\u2019autre moitié du casse-tête.La pièce manquante, ils la redécouvrent lors du décès de leur père, alors qu'ils convergent tous deux vers Wells.Les jumeaux \u2014 le frère, dans la chambre, la sœur, dans le vestibule de l\u2019hôtel \u2014 s\u2019adressent intérieurement l\u2019un à l\u2019autre.C\u2019est précisément de ce dialogue sans interlocuteur que ressort le vide affectif, amoureux et identitaire qui les accable.Et c\u2019est précisément dans cet état de vide que les personnages, désormais affranchis de leurs parents, chercherontà reconstruire leur vie, leur histoire et leur identité.Le vide partagé Dans La Maison étrangère d\u2019Élise Turcotte, le temps est présenté comme l\u2019ennemi à combattre.En effet, Élisabeth entetient un rapport assez problématique avec le temps et tous les objets qui le représentent.Après une rupture amoureuse, elle part à la recherche d\u2019elle-même et essaie d\u2019identifier la place qu\u2019elle doit occuper dans le monde.Afin de combler le vide qu\u2019elle ressent, la femme, qui frôle la quarantaine, se plonge dans son travail sur les textes médiévaux.Or, elle se rend compte, par une série d\u2019événements et de rencontres, qu\u2019elle doit d\u2019abord et avant tout se réconcilier avec son propre corps et apprendre à le connaitre, avant de pouvoir espérer s\u2019ouvrir sur le monde.De la même façon que Lorraine, la bibliothécaire atteinte de folie passagère \u2014 avec qui Élisabeth établit une sorte de communion dans le désarroi 513 L'état du Québec L\u2019obsession du temps et l\u2019éclatement des valeurs qui animent la grande majorité des récits des quatre ou cinq dernières années.\u2014 qui devra, après sa guérison, pour éviter de sombrer de nouveau dans la maladie, accepter de renouveller sa vision du monde qui l\u2019entoure et apprendre à composer avec les événements qui le bousculent, Élisabeth, pour combler le vide affectif et pallier son incapacité à se rapprocher de l\u2019Autre, devra apprendre à se connaître et à apprivoiser la solitude avant d\u2019oser aspirer à la connaissance de l\u2019univers tout entier.Le second roman de Mauricio Segura, Bouche-à-bouche, constitue une autre illustration de ce que nous appelons le vide partagé.Le vide existentiel n\u2019est plus le fardeau d\u2019une seule personne, mais d\u2019un groupe de protagonistes, gravitant dans le milieu glamour de la mode, et qui se trouvent tous poursuivis par les mêmes obsessions : la beauté, le plaisir, la richesse.En fait, le vide correspond, chez Segura, à une difficulté d\u2019exister, à une incapacité à vivre dans la réalité qui fait en sorte que les personnages ont besoin d\u2019une échappatoire.La réalité est associée à la routine, qui constitue un irritant de premier ordre.Nayla ne trouve-t-elle pas, trois jours après le début de sa liaison avec Mark, que « la relation s\u2019enlisait déjà dans la routine, les échanges et les étreintes n\u2019avaient plus aucune saveur » ?Le vide qui les habite, les protagonistes de Bouche-à-bouche le fuient dans la drogue et dans la prostitution.Or, un peu comme chez Ying Chen, le lecteur du roman de Segura est laissé dans l\u2019ambivalence : on se demande parfois si ce qui survient sur le parcours quelque peu accidenté de la vie des personnages est réellement arrivé ou si les événements ne se déroulent que dans les nombreux moments d\u2019hallucinations auxquels ils sont livrés.?Ce ne sont tout de même pas tous les romans de l\u2019année littéraire 2002-2003 qui mettent cette figure du vide au premier plan.L\u2019Angle mort de Jean-François Chassay (inspiré des Leçons ame'ricaines d\u2019Italo Calvino), dont la narration est assurée, en alternance, par trois protagonistes qui reconstruisent leur passé et dans lequel la mémoire\u2014et le temps \u2014 jouent un rôle primordial, et Ça va aller de Catherine Mavrikakis, roman porté par la rage et la révolte, dans lequel le personnage principal, Sappho Didon Apostasias, s\u2019attaque aux piliers de la littérature québécoise \u2014 notamment à Réjean Ducharme \u2014, en constituent notamment la preuve.11 reste cependant que ceux qui font exception à ce déploiement explicite du vide n\u2019échappent pas à l\u2019obsession du temps et à l\u2019éclatement des valeurs qui animent la grande majorité des récits des quatre ou cinq dernières années.C\u2019est pourquoi on pourrait sans doute parler, à propos des romans, récits et nouvelles récents, d\u2019un éclatement, voire d\u2019une dissolution d\u2019un imaginaire, un imaginaire qui serait justement aspiré par le temps qui passe et par la difficulté, voire l\u2019incapacité, à vivre dans cette société sans balises, aux valeurs éclatées, une société, comme semblent le laisser croire les romanciers et leurs personnages, devenue vide de sens.L\u2019analyse qui précède, on l\u2019aura remarqué, ne se penche que sur une dizaine de romans publiés au cours de l\u2019année 2002.Cela dit, on constate que dans ces récits sont amplifiés les traits 514 La culture et les médias retrouvés dans une cinquantaine de romans publiés au cours des cinq dernières années, notamment dans un corpus de premiers romans de romanciers de trente-cinq ans et moins que nous avons aussi étudiés dans le cadre d\u2019un projet sur « Les figures de l\u2019imaginaire dans le roman québécois contemporain » (dirigé par Gérard Bouchard de l\u2019Université du Québec à Chicoutimi dans le cadre de la Chaire de recherche du Canada sur la dynamique comparée des imaginaires collectifs).Ces premiers romans, en plus d\u2019être organisés autour des figures du vide et du désarroi, offrent une narration beaucoup plus éclatée que les romans des auteurs déjà « canonisés » par l'Institution littéraire québécoise.Moins travaillés sur le plan stylistique, ils se distinguent également par leur contenu beaucoup plus stéréotypé.Les jeunes romanciers semblent enfin se livrer à un discours de la transgression plus explicite que les auteurs déjà consacrés \u2014 surtout en ce qui a trait à la sexualité \u2014, et dressent un portrait plutôt pessimiste de la vie, qui n\u2019est souvent réduite qu\u2019à une sorte de jeu.?Réferences Bourguignon, Stéphane, Un peu de fatigue, Montréal, Québec-Amérique, 2002.Chassay, Jean-François, [Angle mort, Montréal, Boréal, 2002.Chen, Ying, Querelle d'un squelette auec son double, Montréal, Boréal, 2003.Fortin, Pierre, Le Marcheur, Montréal, Québec-Amérique, 2002.Gauthier, Louis, Voyage au Portugal avec un Allemand, Montréal, Fides, 2002.Jacob, Suzanne, Wells, Montréal, Boréal, 2003.Mavrikakis, Catherine, Ça va aller, Montréal, Leméac, 2002.Segura, Mauricio, Bouche-à-bouche, Montréal, Boréal, 2003.Turcotte, Élise, La Maison étrangère, Montréal, Leméac, 2002.Des comptables, d\u2019un chanoine, du 11 septembre et de la santé Bilan des essais québécois Louis Cornellier Professeur au cégep deJoliette et chroniqueur au Devoir Au début de l\u2019année 2003, c\u2019est l\u2019ADQ daient les péquistes et les progressistes de Mario Dumont et ses jeunes loups québécois, sur un pied de guerre et plus populistes et néolibéraux qu\u2019atten- inquiets que jamais.Finalement, ce 515 L'état du Québec Les essayistes québécois n'avaient pas vraiment vu venir la victoire libérale.sont les comptables libéraux soi-disant modérés de lean Charest qui, le 14 avril 2003, sont venus.Et le lendemain de veille fut brutal.Fort d\u2019une victoire qu\u2019il n\u2019attendait presque plus tant l\u2019indifférence des électeurs et des médias à son égard semblait irréversible, le Parti libéral du Québec n\u2019a pas perdu de temps pour faire connaître ses couleurs.adé-quistes : compressions budgétaires systématiques, retour du ivorkfare, appui très ambigu au programme de garderies à 5 $, adhésion enthousiaste au provincialisme, etc.Les essayistes québécois, c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire, ne l\u2019avaient pas vraiment vue venir, celle-là.Comme si l\u2019insignifiant PLQ de Jean Charest, pour eux, ne méritait même pas qu\u2019on s\u2019y attarde, c\u2019est l\u2019ADQ, et ses solutions néolibérales provocatrices affichées, qui a drainé toutes leurs énergies.Lancée par Jean-Claude St-Onge et Pierre Mouterde avec ADQ : voie sans issue qui, d\u2019un point de vue de gauche, démolissait les thèses adéquistes tout en attribuant leur succès au virage au droite du PQ lui-même, la charge anti-ADQ a atteint son plus haut degré de raffinement avec À droite toute! Le programme de l'ADQ expliqué, un collectif d\u2019experts qui, sous la direction de Jean-Marc Piotte, non seulement s\u2019en prenait au dérapage idéologique de la formation de Mario Dumont, mais frappait encore plus fort en illustrant l\u2019inefficacité de ses solutions, déjà appliquées, ailleurs, sans succès.Quelques semaines avant les élections, quand François Grégoire a enfoncé le clou avec un pamphlet un peu brouillon intitulé La face cachée de l\u2019ADQ, les ennemis de cette formation jubilaient déjà : non, Mario Dumont ne prendrait pas le pouvoir ! Ce fut plutôt, on le sait maintenant, pour mieux paver la voie au PLQ de Jean Charest, un politicien conservateur que seul le politologue Christian Dufour persiste à qualifier de.social-démocrate! Qui gagne perd?Au moins, les opportunistes Bourque, Bellemare, Laforest et Lescop n\u2019ont pas gagné, se dit-on parfois à gauche pour se consoler.N\u2019empêche : les années à venir, c\u2019est une évidence, imposeront donc aux essayistes québécois, même à leur corps défendant, de rajuster le tir en direction des comptables obsédés de « réingénierie » du PLQ.Les esprits progressistes, qui risquent de s\u2019ennuyer du PQ malgré ses imperfections, n\u2019ont pourtant pas été nombreux à l\u2019appuyer ouvertement dans la course électorale.Très à gauche, on a plutôt choisi de rechigner devant ses ratés bien réels et de se marginaliser, pour la beauté du geste, en appuyant l\u2019improbable Union des Forces Progressistes (UFP).Dans le camp souverainiste, un ralliement tardif a donné lieu à un enthousiasme plus que tranquille.Presque seul représentant de la confrérie des essayistes à monter au front, Michel Venne, directeur de cet annuaire et chroniqueur au Devoir, a bien tenté de stimuler les troupes en publiant Souverainistes, que/aire?, un programme d\u2019action réaliste en vue de réaliser à moyen terme la souveraineté du Québec, mais son intervention n\u2019a pas eu l\u2019effet escompté.Il reste donc à souhaiter que, dans le brassage d\u2019idées à venir annoncé par Bernard Landry (qui a lui-même publié, à l\u2019hiver 2003, un essai politique intitulé La cause du Québec) au lendemain des 516 La culture et les médias élections, les propositions concrètes de Michel Venne serviront d\u2019aiguillon à la relance de la nécessaire réflexion sur la question nationale et sur l\u2019avenir du modèle québécois que le pouvoir libéral ne manquera pas de mettre à mal.La Seconde Révolution tranquille à laquelle nous invite Gil Courtemanche, à gauche mais trop décentralisatrice et oublieuse de la question nationale pour convaincre, risque de ne pas nous être d\u2019un grand secours dans cette tâche.On comptera plutôt sur les idées d\u2019un lacques Beau-chemin qui, dans L'Histoire en trop, un solide essai sous-titré « La mauvaise conscience des souverainistes québécois », est venu redire avec force que « le sentiment d\u2019appartenance [et] la dimension communautaire que l\u2019Histoire a laissés en héritage aux Franco-Québécois » ne sauraient, sans préjudice, être balayés du revers de la main dans l\u2019entreprise de redéfinition nationale qui nous sollicitera dans les années à venir.Pierre Bourgault, malheureusement décédé en juin 2003, n\u2019y sera plus pour brasser la cage, mais sa cause, sauf à décréter une mort lente collective, devra lui survivre.Le projet de constitution québécoise républicaine, tel que suggéré par Marc Brière dans Pour sortir de l\u2019impasse : un Québec républicain !, contient-il un potentiel mobilisateur qui mérite d\u2019être pris en compte?Cette avenue, pour l\u2019instant, ne semble pas sourire à grand monde, mais la balayer du revers de la main serait présomptueux.Le chanoine revisité Y a-t-il encore quelque chose à dire qui n\u2019ait pas été dit au sujet de l\u2019œuvre et de la figure de Lionel Groulx?Esther Delisle, il y a quelques années (voir Le Traître et le Juif), avait relancé la foire d\u2019empoigne dans ce débat en accusant Groulx de tous les maux.Depuis, les esprits s\u2019étaient calmés et la politologue, plus discrète mais toujours aussi vaillante, avait résolu de poursuivre ses recherches sur « l\u2019imprégnation fasciste au Québec» (titre d\u2019un essai paru à l\u2019automne 2002) dans d\u2019autres directions (Hertel, Drapeau, Michel Char-trand, P.E.Trudeau et le FLQ).Débat clos, donc ?Pas pour l\u2019increvable et essentiel Gérard Bouchard qui ne se satisfaisait pas du verdict ambigu réservé à ce dossier.Aussi, tout à ses recherches visant à renouveler l\u2019histoire du nationalisme québécois et à redéfinir le projet national des souverainistes, le sociologue et historien a tout relu Groulx pour en conclure à la profonde ambivalence du personnage.L\u2019homme, écrit Bouchard dans Les deux chanoines, fut réellement conservateur et moderne, libéral et réactionnaire, humaniste et intolérant, fidele a la France et autonomiste, indépendantiste et fédéraliste, contradictoire donc, à un point tel que sa pensée ne peut qu\u2019apparaître inopérante aux yeux du commentateur honnête.D\u2019où il faudrait comprendre que, pour les indépendantistes d\u2019aujourd\u2019hui, s\u2019en libérer relève du devoir.Peu débattue (j\u2019ai moi-même offert la réplique à l\u2019historien à ce sujet, suivi en cela par le D'Jacques Genest, ancien médecin de Groulx, qui a parlé de «conclusions injustes à rectifier» dans Le Devoir du 7 juillet 2003), cette importante thèse n\u2019a pas soulevé les passions de naguère.Feu Groulx, donc, même pour la mémoire souverainiste ?Ce n\u2019est pas là l\u2019opinion défendue par le politologue Frédéric Boily qui, 517 L'état du Québec dans un solide essai intitulé La pensée nationaliste de Lionel Groulx, avance plutôt que la conception organiciste de la nation du chanoine reste active, à certains égards, dans l\u2019oeuvre des historiens de l\u2019École de Montréal, chez Fernand Dumont, chez Serge Cantin et même chez Charles Taylor.Peu convaincante, cette accusation, car c\u2019en est une qui, si elle s\u2019avérait, discréditerait tout un pan du souverainisme actuel, n\u2019est pas à la hauteur de la lecture très fine de l\u2019œuvre de Groulx par ailleurs menée par Boily.Respecter la figure de Groulx, cela ne veut pas dire, pour les indépendantistes, reconduire l\u2019essence de son œuvre.Souhaitons qu\u2019à cet égard, le débat ne dérape pas vers des jugements non fondés.Dans un tout autre ordre d'idées, il importe de souligner la contribution québécoise à la réflexion post-11 septembre 2001.Penser le 11 septembre, un an après Dans un tout autre ordre d\u2019idées, il importe de souligner la contribution québécoise à la réflexion post-n septembre 2001.Trois livres, parus aux éditions Écosociété un an après la catastrophe, retiennent l\u2019attention.Le plus explosif, celui du professeur Michel Chossudovsky intitulé Guerre et mondialisation.La uérité derrière le n septembre, est représentatif du point de vue d\u2019une certaine gauche radicale quand il flirte avec la théorie du complot en affirmant que « si les autorités américaines avaient voulu arrêter Oussama ben Laden avant le n septembre, elles auraient pu le faire.Mais elles n\u2019auraient pas disposé alors du prétexte pour lancer leur vaste opération militaire en Asie centrale ».Souvent murmurée, depuis, à titre d'hypothèse, cette thèse, reprise par Zehira Houfani-Berfas dans sa Lettre d\u2019une musulmane aux Nord-Américaines, n\u2019a jamais vraiment été considérée comme acceptable dans les milieux informés (la mise au jour des mensonges américano-britanniques dans la seconde guerre d\u2019Irak y changera-t-elle quelque chose?).Plus intéressant, toutefois, est cet appel à la solidarité lancé par Houfani-Berfas au nom d\u2019une résistance internationale autant aux élites occidentales impérialistes qu\u2019aux élites arabes corrompues.Dans un registre différent, mais qui s\u2019inscrit lui aussi dans les suites du il septembre, Jean-Claude St-Onge, avec Dieu est mon copilote.La Bible, le Coran et le il septembre, a mis en cause la violence inhérente aux trois grandes religions monothéistes.Bible et Coran, selon lui, fourmilleraient d\u2019appels aux massacres, d\u2019invitations au mépris de la vie et à la diffamation de l\u2019être humain, en plus d\u2019entretenir un souverain mépris de la femme.Cela, concluait-il, n\u2019explique pas tout, mais fournit des pistes de compréhension.Intéressante, cette lecture s\u2019est toutefois un peu discréditée elle-même par son caractère cavalier.La plume des médecins Respectés plus qu\u2019aimés, les médecins québécois, qui ne cessent de faire les manchettes, prennent rarement la plume pour discuter à fond des enjeux d\u2019un système de santé qui obsède pourtant tout le monde.L\u2019année écoulée, dans une certaine mesure, a toutefois fait exception à cette règle puisqu\u2019elle a vu trois médecins se livrer dans des ouvrages en lien plus ou moins direct, cependant, avec les débats les plus chauds en ce domaine.Dans un pamphlet mal rédigé et d\u2019inspiration profondément néolibé- 518 La culture et les médias raie intitulé Permettez-moi de nous dire., le bourru Augustin Roy n\u2019a pas hésité à plaider en faveur de la « vraie médecine libérale», c\u2019est-à-dire, selon lui, d\u2019un système qui laisse une grande place au privé.Piètre argumentateur et populiste mal dégrossi, il aurait peut-être mieux fait de se taire.Figure radicalement opposée à la précédente, le psychiatre Denis Lazure, auteur de Médecin et citoyen, s\u2019est montré nettement plus à la hauteur en rédigeant ses souvenirs de médecin et de militant indépendantiste social-démocrate.Un seul regret : on aurait souhaité l\u2019entendre se prononcer plus ouvertement sur la situation actuelle.Plus prudent, son collègue psychiatre Yves Lamontagne s\u2019est contenté de nous faire de sympathiques et nostalgiques Confidences d'un médecin.Quand on connaît les partis pris idéologiques du docteur, plus nuancés mais semblables à ceux d\u2019Augustin Roy, on se dit que c\u2019est sûrement mieux ainsi.Cette prise de parole annonce-t-elle un courant de médecins à la plume?Souhaitons-le, pour l\u2019intelligence et la richesse du débat concernant l\u2019avenir de notre système de santé.Un essai du ministre Couiilard, peut-être, qui n\u2019hésite pas, semble-t-il, à citer Lamartine et à témoigner de sa passion de la littérature?Des débats à poursuivre Hors des sentiers battus, souvent même contre une certaine indifférence du public, d\u2019autres essayistes québécois ont tenté d\u2019attirer l\u2019attention de leurs compatriotes sur des sujets négligés.Roméo Bouchard, avec Plaidoyer pour une agriculture paysanne, a touché une corde sensible chez plusieurs d\u2019entre eux, craintifs devant l\u2019évolution de l\u2019industrie agro-alimentaire.Le philosophe Daniel Jacques, toujours aussi exigeant, nous a brillamment entretenu des enjeux de La révolution technique en nous rappelant à notre «devoir d\u2019humanité».Audacieux et provocateur, Robin Philpot a osé réfuter la thèse du génocide perpétré par les Hutus contre les Tutsis au Rwanda, en écrivant Ça ne s\u2019est pas passé comme ça à Kigali.Ses arguments, c\u2019est le moins que l\u2019on puisse dire, ne sont pas passés comme une lettre à la poste et continuent d\u2019être sévèrement contestés.Laurent-Michel Vacher, avec Débats philosophiques, a poursuivi son entreprise très originale de renouvellement de l\u2019enseignement de la philosophie au cégep.Ses collègues, malheureusement, ne l\u2019ont pas très bien accueilli et ont, pour la plupart, esquivé le débat, évitant ainsi la remise en question.Dans les mois et les années à venir, il risque de pas y avoir que des idées qui se feront brasser.Avec son activisme de droite, le Parti libéral de Jean Charest brassera surtout le reste.Les essayistes, qui l\u2019avaient plutôt oublié, auront donc l\u2019occasion de se reprendre en lui assurant la réplique et en continuant d\u2019avoir des idées, ce qui est déjà beaucoup.?Livres cités St-Onge, Jean-Claude et Mouterde, Pierre, ADQ : voie sans issue, Écosociété, Montréal, 2002.519 L\u2019état du Québec Piotte, Jean-Marc (sous la direction de), À droite toute ! Le programme de l\u2019ADQ expliqué, HMH, Montréal, 2003.Grégoire, François, La face cachée de l\u2019ADQ, Lanctôt, Montréal, 2003.Venne, Michel, Souverainistes, que faire?, VLB, Montréal, 2002.Lan dry, Bernard, La cause du Quebec, VLB, Montréal, 2003.Courtemanche, Gil, La Seconde Révolution tranquille, Boréal, Montréal, 2003.Beauchemin, Jacques, L\u2019Histoire en trop.La mauvaise conscience des souverainistes québécois, VLB, Montréal, 2003.Briére, Marc, Pour sortir de l'impasse: un Quebec républicain !, Varia, Montréal, 2002.Delisle, Esther, Essais sur I\u2019imprégnarion/asciste au Québec, Varia, Montréal, 2002.Bouchard, Gérard, Les deux chanoines, Boréal, Montréal, 2003.Boily, Frédéric, La pensée nationaliste de Lionel Groulx, Septentrion, Sillery, 2003.Chossudovsky, Michel, Guerre et mondialisation.La vérité derrière le 11 septembre, Écosociété, Montréal, 2002.Houfani-Berfas, Zehira, Lettre d\u2019une musulmane aux Nord-Américaines, Écosociété, Montréal, 2002.St-Onge, Jean-Claude, Dieu est mon copilote.La Bible, le Coran et le 11 septembre, Écosociété, Montréal, 2002.Roy, Augustin, Permettez-moi de vous dire., Méridien, Montréal, 2003.Lazure, Denis, Médecin et citoyen, Boréal, Montréal, 2002.Lamontagne, Yves, Conjïdences d\u2019un médecin, Québec Amérique, Montréal, 2003.Bouchard, Roméo, Plaidoyer pour une agriculture paysanne, Écosociété, Montréal, 2002.Jacques, Daniel, La Révolution technique, Boréal, Montréal, 2002.Philpot, Robin, Ça ne s\u2019est pas passé comme ça à Kigali, Les Intouchables, Montréal, 2003.Vacher, Laurent-Michel, Débats philosophiques, Liber, Montréal, 2002.A-t-on réussi à démocratiser la culture ?Guy Bellavance et Guy Gauthier INRS Urbanisation, Culture et Société La démocratisation a été, au Québec comme dans bon nombre de pays occidentaux l\u2019une des principales justifications de l\u2019action publique en matière de culture.C\u2019est en bonne partie en son nom, à la faveur du décollage de l\u2019État providence que, depuis les années soixante, les politiques culturelles ont pu se tailler une place relativement autonome et une plus forte légitimité au 520 La culture et les médias sein du champ des politiques publiques : moins que les secteurs de la santé et de l\u2019éducation, sans doute, mais au moins autant, sinon plus, que celui de l\u2019environnement, ou du sport et du loisir.Cette justification, toutefois, est-elle précisément autre chose qu\u2019une « justification » ?Bien qu\u2019elle fut et est encore régulièrement invoquée, on est en droit de se le demander à la lumière de leur histoire.En effet, la démocratisation \u2014 au sens de l\u2019accès à la culture pour tous \u2014, n\u2019a manifestement pas été le seul objectif, ni le plus central, de ces politiques.D\u2019autres objectifs se sont avérés au moins tout aussi importants, sinon plus : l\u2019affirmation de l\u2019identité nationale (canadienne française, puis québécoise) ; la recherche de rayonnement et de prestige international par les arts et la culture ; l\u2019accès à la modernité, par la création de nouvelles institutions culturelles, la modernisation des institutions existantes et le renouvellement des répertoires ; le développement des marchés culturels locaux ou nationaux, que traduit notamment cette préoccupation accrue (et aveuglante?) pour la santé de nos « industries culturelles ».Bien que ces autres objectifs ne contredisent pas nécessairement celui de démocratisation, ils n\u2019en sont pas pour autant entièrement solidaires.Ils tendent aussi à teinter sinon même à brouiller ce que l\u2019on entend couramment par démocratisation culturelle.Le thème se confond ainsi chez plusieurs avec celui de la « décolonisation » (et de la libération) nationale, pour s\u2019avérer surtout une question identitaire et politique, sinon linguistique et constitutionnelle.D\u2019autres l\u2019inscrivent entièrement dans une entreprise de « rattra- page » : il s\u2019agit de rehausser le niveau culturel moyen d\u2019une population jugée trop traditionnelle, sinon « arriérée », pour la faire accéder à des oeuvres ou à des loisirs de qualité.Pour d\u2019autres enfin l\u2019accès pour tous à la culture équivaut essentiellement à l\u2019accès à la « consommation culturelle » : elle tient surtout à une entreprise réussie de commercialisation de (nos) produits et industries culturels auprès d\u2019une demande solvable.Pas d'effort systématique On ne rencontre pas, notamment, en matière de développement et d\u2019élargissement des publics et de la demande, d\u2019efforts aussi tangibles, de programmes aussi systématiques et de mesures aussi précises qu\u2019en matière de développement de l\u2019offre et de soutien aux producteurs culturels.L\u2019État semble avoir beaucoup moins de prise sur les publics, volatils, que sur les professionnels directement impliqués.L\u2019accès aux services culturels publics n\u2019a par ailleurs jamais eu l\u2019ampleur, ou l\u2019universalité, qu\u2019on a pu atteindre en matière de santé ou d\u2019éducation.Il est vrai que l\u2019État (l\u2019État québécois en l\u2019occurrence) ne détient pas dans le champ de la culture un monopole aussi incontesté qu\u2019en ces deux domaines.L\u2019action culturelle publique reste à vrai dire une action mixte et un peu éclatée, où interviennent non seulement les politiques et les programmes de deux principaux paliers de gouvernements, fédéral et provincial, mais ou agissent surtout d\u2019innombrables entreprises privées et ONG (à buts non lucratifs), toutes pourvues d\u2019une grande marge d\u2019autonomie, d\u2019ailleurs largement soutenue par ces gouvernements.521 L'état du Québec Le fait de frequenter ou d\u2019avoir fréquenté l\u2019université demeure la condition la plus déterminante de la consommation culturelle « cultivée ».De ce point de vue, la démocratisation de la culture aura autant été l\u2019affaire, au cours des dernières décennies, de ces actions non (directement) gouvernementales : elle passe par une véritable libération/libéralisation des marchés culturels, portée par l\u2019expansion du secteur audiovisuel et l\u2019explosion des mass médias ; elle passe aussi par la mobilisation des milieux culturels professionnels (ou en voie de professionnalisation) portée par la croissance des secteurs les plus proches de la culture (artistes, intellectuels, universitaires).L\u2019action de l\u2019État en madère de démocratisation de la culture \u2014 si on entend par là la croissance des publics « cultivés » \u2014 relève en outre bien moins de son action spécifiquement culturelle, a travers un ministère de la Culture, un Conseil des Arts, une Société de développement des entreprises culturelles, que du développement du secteur de l\u2019éducation, et en particulier de l\u2019éducation supérieure.Le fait de fréquenter ou d\u2019avoir fréquenté l\u2019université, et à un moindre degré le cégep, demeure en effet la condition la plus déterminante de cette consommation culturelle cultivée.La croissance des publics de la culture apparaîtrait de la sorte en grande partie comme une retombée indirecte de cette action culturelle plus large de l\u2019État à travers le développement du système scolaire.Entre l\u2019action de l\u2019École et celle des Médias, la portée véritable des actions gouvernementales directes en faveur de la démocratisation de la culture demeure ainsi fort mitigée, conditionnée par la volonté de soutenir l\u2019offre, plutôt que la demande.Il faut reconnaître par ailleurs qu\u2019il reste difficile de mesurer les progrès de la démocratisation culturelle comme on peut le faire pour l\u2019éducation ou la santé.Comment mesurer la démocratisation culturelle?Les Québécois d\u2019aujourd\u2019hui sont-ils plus ou moins « cultivés », ou plus ou moins portés vers les activités culturelles, que ne l\u2019étaient les Canadiens français d\u2019hier?La difficulté tient d\u2019abord au fait que l\u2019objectif de cette démocratisation n\u2019a jamais été parfaitement éclairci.Veut-on garantir un accès égal et universel, comme en santé, ou veut-on plus modestement élever le niveau moyen, comme en éducation : une démocratisation absolue ou une démocratisation relative ?De plus, que veut-on réellement démocratiser.et pour qui ?S\u2019agit-il d\u2019élargir le cercle de ceux qui ont accès au répertoire (artistique) légitime des grandes œuvres du présent et du passé?S\u2019agit-il plutôt d\u2019élargir le répertoire des objets culturels légitimes ?Si le premier cas renvoie bien à l\u2019idée classique de démocratisation de la Culture, le second renvoie plutôt à l\u2019idée plus radicale de « démocratie culturelle ».Il y a là en outre deux niveaux bien différents d\u2019objectifs par lesquels évaluer la réussite ou l\u2019échec de la démocratisation.Dans le premier cas, il s\u2019agit d\u2019évaluer la pénétration au sein des différentes couches sociales de cet ensemble fini que constitue le répertoire connu et reconnu des grandes œuvres actuelles ou passées, tenant pour acquis qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un répertoire universellement admis.Ceci implique dès lors une action spécifique auprès des membres des groupes sociaux qui en seraient pour toutes sortes de raisons éloignés 522 La culture et les médias ou exclus.Comme le souligne Sylvie Octobre (2001) au sujet de la fréquentation des équipements culturels, il n'y a démocratisation de ces institutions que lorsque deux conditions sont remplies : une augmentation de la fréquentation et une augmentation du taux de pénétration de la catégorie la moins favorisée, et cela sans qu\u2019il y ait repli de la part de l\u2019autre catégorie de population.On ne peut donc simplement raisonner en terme d\u2019augmentation de la demande, qui peut camoufler tout autre chose que la démocratisation : une intensification de la pratique des publics en place, notamment, ou encore une pénétration plus efficace auprès des groupes sociaux déjà les mieux représentés, sans que rien ne change véritablement par ailleurs.Et il semble bien que, sous le couvert de la démocratisation, l\u2019objectifvéritable au cours des dernières années ait plutôt consisté à faire le plein auprès de ces groupes culturellement et/ou économiquement les plus favorisés.On ne trouve en revanche que fort peu de démarches cohérentes et systématiques auprès des véritables exclus.Une telle démarche nécessiterait non seulement un effort de diffusion, dans une perspective strictement territoriale, mais aussi un effort de socialisation et d\u2019habilitation, visant à modifier la structure des publics : il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019amener la culture dans les régions éloignées, au sens géographique ; il faut aussi le faire au sens sociologique.En plus de développer l\u2019équipement, il faut développer l\u2019intérêt, les compétences, sinon le désir de culture.Il s\u2019agit moins d\u2019élargir le public, pour obtenir un plus « grand public », que de former de plus nombreux « bons publics », plus compétents et plus expérimentés.On peut toutefois se demander si un tel programme est réaliste.On peut même se demander s\u2019il est légitime.En effet, de quel droit prétendre à la supériorité de tel répertoire sur tel autre ?On passe alors de la démocratisation de la culture au sens classique et humaniste \u2014 « la Culture pour tous » \u2014 à cette «démocratie culturelle» éventuellement plus radicale mais aussi plus conflictuelle : « à chacun sa culture » ! Si dans le premier cas, il s\u2019agit d\u2019habiliter des personnes, le second consiste plutôt à réhabiliter des répertoires d\u2019objets culturels.En contexte de démocratie culturelle, chacun est en effet porté, sinon obligé, à faire reconnaître la valeur de ses goûts (de ses penchants, de ses désirs, de ses intérêts) dans la mesure où ils sont indissociables de la dignité de sa personne.Il ne s\u2019agit plus alors de mesurer le degré de pénétration de la culture auprès des défavorisés, conception classique, mais plutôt d\u2019estimer l\u2019évolution du processus de reconnaissance que mettent en jeux les objets culturels ; un processus de mise en valeur culturelle publique d\u2019objets autrefois non culturels, ou non légitimes, auxquels s\u2019identifient néanmoins des personnes.Ceci implique inévitablement la réhabilitation de toutes sortes de formes d\u2019activités culturelles non inclus au départ, parce que méconnues, oubliées, marginalisées ou injustement dévalorisées, ce qui ébranle d\u2019autant la hiérarchie traditionnelle des valeurs culturelles et artistiques.Une telle perspective n\u2019est pas pour autant plus commode à tenir que la précédente.À partir de quel critère exclure ou Sous le couvert de la démocratisation, l'objectif véritable a plutôt consisté à faire le plein auprès des groupes les plus favorisés.523 L'état du Québec inclure tel objet : la qualité, l\u2019identité, le marché ?L\u2019évolution des politiques publiques de la culture, sous l\u2019angle de la démocratisation, pourrait dès lors s\u2019expliquer par l\u2019alternance de ces deux niveaux d\u2019objectifs qui tendent à entrer en contradiction : une alternance de mesures (trop) élitistes (ou puristes et autoritaires) et de mesures (trop) populistes (ou relativistes) qui répercute un bouquet d\u2019oppositions bien connues, entre culture au sens strict (savante, cultivée) et culture au sens large (populaire ou identitaire), entre l\u2019art au sens traditionnel et la culture comme mode de vie, entre la Culture et le « culturel ».L\u2019évolution des politiques culturelles traduit bel et bien cette ambivalence.Si, dans un premier temps, elles ont répondu à la première logique \u2014 rendre accessible à un plus large public une culture « savante » ou « érudite », lettrée ou cultivée, que les premiers décideurs pouvaient encore croire relativement incontestée\u2014on peut voir ce projet initial de diffusion et de divulgation de la « haute » culture assez rapidement fléchir, pour s\u2019élargir à l\u2019ensemble des productions culturelles professionnelles, et devoir composer avec elles.Le prosélytisme culturel vise non seulement les expressions culturelles et artistiques, de longue tradition, mais l\u2019ensemble des pratiques culturelles qui ont su s\u2019organiser, et notamment les plus commercialisables d\u2019entre elles.Trois périodes On pourrait ainsi se représenter cette évolution de l\u2019action culturelle de l\u2019État de façon schématique, et à peine cari- caturale, en trois temps qui correspondent à trois façons tout aussi tranchées de concevoir la démocratisation et la culture.La première, qui n\u2019est pas la plus courante aujourd\u2019hui, est cette conception « classique/élitiste » qui veut rendre accessible à tous le répertoire prédéfini des oeuvres majeures du patrimoine artistique passé et présent La seconde, « populiste/gauchiste », est surtout caractéristique des années 1970.Elle veut favoriser la participation des citoyens à la vie culturelle en un sens beaucoup plus large, et beaucoup plus indéfini.Elle implique la réhabilitation de formes ou de pratiques populaires ou communautaires, minoritaires ou marginales, parfois même déviantes, ne faisant pas traditionnellement partie du répertoire traditionnellement « cultivé ».Il y a enfin cette troisième voie, « capitaliste/pragmatique », de plus en plus souvent empruntée ces jours-ci, où il ne s\u2019agit plus tant d\u2019assurer l\u2019accès à la (grande) culture, comme dans le premier cas, ni de promouvoir l\u2019inclusion des exclus à travers leurs objets de prédilection, comme dans le second, mais de favoriser l\u2019accès à la consommation culturelle.On a moins affaire à un public qu\u2019il faut éduquer (comme dans le premier), ou à un citoyen qu\u2019il faut inclure (comme dans le second) qu\u2019à un consommateur qu\u2019il faut convaincre et séduire.Probablement parce que les deux précédentes auront été jugées trop exigeantes, ou irréalistes, on s\u2019en remettra de la sorte à la seule sanction du marché.Qu\u2019en est-il de la participation actuelle des différents groupes sociaux à cette vie culturelle organisée, commercialisée et/ou subventionnée?Le 524 La culture et les médias sondage sur le comportement culturel des Québécois que le MCCQ réalise tous les cinq ans depuis 197g en fournit un aperçu.La structure sociale du public cultivé La taille de l\u2019échantillon, nettement plus imposant que tout autre sondage de ce type, garantit une meilleure précision.Le plus récent (1999) compte 6548 répondants, ce qui assure, 19 fois sur 20, une variation de plus ou moins 1,2% sur un résultat de 50% et de plus ou moins 0,7 % sur un résultat de 10 % ou 90%.Le tableau que nous avons produit à partir de ces données permet de considérer l\u2019effet de différents facteurs (éducation, occupation, revenu, âge, sexe, lieu de résidence) sur la participation de la population âgée de 15 ans et plus à deux grands types d\u2019activités culturelles.Nous avons distingué un premier type formé d\u2019un ensemble d\u2019activités généralement perçues comme « cultivées» \u2014 musées d\u2019art, théâtre de répertoire, concert de musique classique, spectacles de danse classique et moderne \u2014, et sur lesquels l\u2019action de démocratisation des gouvernements, selon une perspective classique, aurait dû prioritairement porter.Le second type regroupe des formes de spectacles qui, sans être à la portée de toutes les bourses, n\u2019en sont pas moins dites « populaires », et qui reçoivent aussi à l\u2019occasion l\u2019appui financier des gouvernements : humour, concerts rock, comédies musicales, spectacles de variétés ou de music-hall.Précisons que cet univers des « sorties culturelles », qu\u2019elles soient cultivées ou populaires, s\u2019avère plus « discriminant» que celui d\u2019autres types d\u2019activités cultu- relles.Seul le tiers de la population mentionne par exemple avoir assisté au cours de l\u2019année écoulée à un spectacle de musique professionnel, peu importe le genre.En revanche, l\u2019écoute fréquente de musique (à la maison ou ailleurs) est une activité quasi universelle, mentionnée par huit québécois sur dix.La même proportion dispose d\u2019ailleurs d\u2019un lecteur de disques compacts à la maison.La portée des quatre sorties populaires retenues (40%) est même plus faible que celle du livre : la lecture fréquente de livres concerne un peu plus de la moitié de la population (52%).Le cinéma est bien quant à lui une forme de sorties culturelles, et la plus populaire d'entre elles (72 % y sont allés au moins une fois, et la moyenne globale est de n sorties).Mais les données ne permettent pas de départager cinéma d\u2019auteurs et pur divertissement, ce qui nous oblige à l\u2019écarter.Les sorties « populaires » ne couvrent évidemment pas tout le domaine populaire qui, à l\u2019inverse du domaine cultivé, est beaucoup plus éclaté et moins homogène, moins stabilisé ou moins codifié, en continuelle évolution et qui transite surtout par une multiplicité d\u2019autres supports: médias, disques, etc.On ne tient pas compte non plus des publics de festivals, de théâtre d\u2019été, et d\u2019un ensemble de formes de spectacles moins répandus (chansonniers, danse folklorique, jazz et blues, musique country, chant choral, etc.) et dont le statut culturel (populaire ou cultivé) est souvent plus ambigu.De plus, on s\u2019en est tenu à des données comparables.Outre l\u2019exclusion des manifestations amateurs, on a également exclu parmi les productions professionnelles toutes celles qui, faute de données précises, 525 L'état du Québec rendaient impossible le partage entre contenus sérieux et légers : outre le cinéma, la radiotélévision, les nouveaux médias (Internet, consoles de jeux multimédias), l\u2019écoute musicale à domicile et la lecture de livres, qui sont tous plus répandus et plus fréquents que les «sorties culturelles», sont exclus.Cette comparaison des deux types de sorties ne prétend donc mesurer ni la portée de l\u2019ensemble des activités culturelles, ni le poids relatif des plus cultivées et des plus populaires d\u2019entre elles.Elle vise plus simplement à saisir la structure sociale de deux univers culturels relativement distincts, ne serait-ce que par la force des conventions.En fonction de l\u2019éducation, de l\u2019occupation et de l'âge On s\u2019attardera spécialement à l\u2019effet combiné de l\u2019éducation, de l\u2019occupation et de l\u2019âge, qui, étant fortement corrélés au revenu, fournit ni plus ni moins une indication de l\u2019effet du statut social sur le choix des types de sorties.La première section du tableau isole à cet effet onze sous-groupes sociaux compte tenu, en premier lieu, du niveau d\u2019éducation (ayant ou non fréquenté l\u2019université), et, en second lieu pour une partie d\u2019entre eux, du champ d\u2019occupation professionnel.Nous avons également distingué ces populations en fonction de l\u2019âge \u2014 moins de vingt-cinq ans (jeunes) et vingt-cinq ans et plus (adultes).Selon ces données, six Québécois sur dix auraient effectué au moins une sortie à l\u2019une ou l\u2019autre des deux types d\u2019activité.On peut d\u2019emblée distinguer au sein de l\u2019auditoire trois grands types de public représentés à part égal : un premier tiers, « puriste », n\u2019a participé qu\u2019aux activités de type i ; un second tiers, « populaire », s\u2019en est tenu à celles de type 2 ; et un dernier tiers, « omnivore » ou « éclectique », a participé aux deux.Au plan de la fréquentation par types, le tableau indique que 43,5 % des Québécois a assisté à un spectacle de type 1 et 39,7 °/o à un spectacle de type 2 pour une fréquence moyenne de moins de deux sorties.Avant de s\u2019interroger sur l\u2019influence respective des différents facteurs, on peut considérer, sous un angle plus empirique, la structure sociale actuelle de ces auditoires.La population adulte ayant fréquenté l\u2019université est manifestement surreprésentée aux activités du premier type : elle compte pour un peu plus du quart de la population totale, mais pour un peu plus de la moitié des entrées.Elle ne se montre pas pour autant réfractaire aux activités du deuxième type: sa présence y équivaut à peu de choses près à sa taille dans l\u2019ensemble de la population du Québec.La surreprésentation de ce groupe en matière de sorties cultivées concerne par ailleurs tous les sous-groupes occupationnels considérés, mais varie néanmoins fortement selon le type d\u2019emploi occupé.On pourrait distinguer ici, par commodité, trois grandes classes en fonction du revenu moyen et de l\u2019occupation : une « classe supérieure » formée des personnes exerçant des occupations dans les milieux de la gestion ou des affaires et de la science ou de la technoscience, ainsi que les membres des professions libérales traditionnelles, dont les revenus moyens sont les plus élevés ; une « classe moyenne », formée des autres secteurs profession- 526 La culture et les médias nels qualifiés, à l\u2019exclusion des professionnels de la culture et des enseignants, qui regroupe des professions de statut intermédiaire ou moins prestigieuses que la première, ne serait-ce qu\u2019en vertu de leur revenu moyen plus faible ; et enfin une « classe culturelle » formée des professionnels de la culture (incluant les non universitaires) et des enseignants (à l\u2019exclusion des enseignants postsecondaires en sciences), dont le revenu moyen quoique plus faible se rapproche sensiblement de celui de la classe moyenne.Sous cet angle, la classe culturelle, qui compte pour moins de 10% de la population (7,3%), fournit en réalité plus de 20% de l\u2019auditoire cultivé ; la classe supérieure, dont la taille dans la population est du même ordre, est sensiblement moins surreprésentée dans l\u2019auditoire (12,6%) ; la classe moyenne, quant à elle, a une propension non moins forte que la classe supérieure vers les activités du type 1, et sa présence est surtout plus sensible, puisqu\u2019elle forme à elle seule un autre cinquième de l\u2019auditoire, équivalant à celui de la « classe culturelle ».La sous-représentation de l\u2019autre catégorie de population (non universitaire et/ou de moins de 25 ans) tient quant à elle manifestement à celle de la population n\u2019ayant pas fréquenté l\u2019université.La population adulte n\u2019ayant pas fréquenté l\u2019université, qui représente bien plus que la moitié de la population québécoise (57%), forme moins de la moitié du public des sorties populaires (45,5%).De ce point de vue, ce type d\u2019activités dites populaires ne s\u2019avère donc pas si populaire.Et elles ne sont pas non plus strictement le lot des classes populaires.Le lieu de résidence L'effet conjugué de l\u2019éducation, de l\u2019occupation et de l\u2019âge, fortement relié au revenu, paraît aussi avoir une influence plus forte que le sexe et le lieu de résidence pris isolément.Il est vrai que les femmes sont sensiblement plus présentes aux activités cultivées, au même titre que les hommes sont surreprésentés aux activités populaires.Mais les écarts sont nettement moins prononcés que dans le cas précédent.Les résidents des nouvelles grandes villes de Montréal et de Québec ont bien eux aussi un net avantage quant aux activités du premier type : ils forment près de la moitié de l\u2019auditoire, mais moins du tiers du Québec.Les régions les plus éloignées, à cet égard, apparaissent bien en déficit aigu.En ce qui a trait aux régions (et villes) intermédiaires, toutefois, le déficit bien que réel est beaucoup moins prononcé : représentant plus de la moitié de la population québécoise (56%), ces régions forment tout de même près de la moitié des auditoires (48%).Ceci tient d\u2019ailleurs non seulement à la couronne de Montréal, mais également aux autres régions.L\u2019effet du lieu de résidence s\u2019atténue par ailleurs considérablement lorsque l\u2019on considère les sorties populaires.Les gens des régions éloignées, et plus encore ceux des régions intermédiaires réduisent sensiblement leur écart avec les grands centres, au point, dans le cas de la couronne de Montréal, de pouvoir alors l\u2019effacer.L\u2019âge est également un facteur à considérer isolément.Les auditoires de type 1, nettement plus âgés que ceux de type 2, paraissent néanmoins se répartir assez équitablement entre les différents La classe culturelle, qui compte pour moins de 10 % de la population (7,3%), fournit en réalité plus de 20 % de l\u2019auditoire cultivé.527 L'état du Québec groupes d\u2019âges : la surreprésentation des groupes plus âgés (ceux de 45 ans et plus) demeure sensible, du même ordre que celle des femmes face aux hommes ; mais l\u2019écart reste faible comparé à celles observées en matière d\u2019éducation et d\u2019occupation.De ce point de vue, il faudrait plutôt parler, de la part des activités de type 2, d\u2019une « discrimination positive » à l\u2019égard des jeunes : les moins de 35 ans comptent pour plus de la moitié de ce type d\u2019auditoire (46 %) alors qu\u2019ils ne constituent qu\u2019un peu plus du tiers de la population du Québec (35 %).Et la participation décline avec l\u2019âge : elle fléchit a partir de 35 ans, chute à partir de 45, et plus encore au-dela de 55.L\u2019âge n\u2019est pas ici un simple marqueur biologique ou même économique.Il comporte une dimension générationnelle (on est le produit non seulement de ses parents, mais d\u2019une génération ou d\u2019une époque), et représente aussi une étape dans un cycle de vie (le style de vie des jeunes célibataires ou des retraités est très différent de celui des travailleurs dans la force de l\u2019âge pour qui le temps est une denrée rare).Des obstacles Ce premier aperçu souligne donc la persistance d\u2019obstacles à la participation de certains groupes sociaux.Le niveau d\u2019éducation, conjugué au champ de formation, que répercute le plus souvent l\u2019emploi occupé et le revenu, apparait comme le facteur le plus important de tous ceux que l\u2019on vient d\u2019examiner.Une analyse de régression logistique, qui permet d\u2019isoler leur effet respectif, montre sans doute que le fait d\u2019étre une femme, plutôt qu\u2019un homme, ou d\u2019habiter Montréal ou Québec, plutôt qu\u2019en région éloignée, accorde entre une et deux fois plus de chances de faire une sortie cultivée.Il reste qu\u2019un diplômé du primaire en a vingt fois moins qu\u2019un docteur.De plus, la probabilité de participer s\u2019accroit à mesure que s\u2019élève le niveau de diplôme, un bond se produisant au niveau collégial, l\u2019écart continuant à se creuser par la suite.L\u2019action du niveau de scolarisadon est aussi plus directe et tangible que celle du niveau de revenu.Les chances de participer à ces sorties cultivées augmentent à mesure que s\u2019élève le niveau de scolarisation, ce qui n\u2019est pas le cas avec le revenu.Ceci souligne l\u2019existence de différences d\u2019ordre culturel qu\u2019il est impossible d\u2019approcher en stricts termes d\u2019iniquité ou d\u2019inégalité socioéconomique.L\u2019éducation et l\u2019occupation n\u2019expliquent pas pour autant l\u2019ensemble du comportementcultivé.Il n\u2019yasans doute pas à cet égard de facteur explicatif en dernière instance.Tous ces facteurs, dont l\u2019action peut se redoubler, dissimulent probablement aussi l\u2019effet de certains autres que ces enquêtes ne permettent pas de considérer aussi précisément.L\u2019effet de facteurs sociologiques conventionnels comme l\u2019origine sociale, derrière lequel se devinerait celui de l\u2019héritage culturel \u2014 celui des familles cultivées sur leur progéniture \u2014 l\u2019éducation reçue et le métier occupé étant, au même titre que le revenu, fortement conditionnés par le statut social des parents.L\u2019effet de l\u2019occupation du conjoint et des proches, ou encore celui des emplois occupés antérieurement, peuvent aussi s\u2019avérer décisifs.Mais ces facteurs camouflent aussi l\u2019action de facteurs plus spécifiques aux pratiques culturelles, comme le fait de 528 La culture et les médias ne pas avoir d\u2019enfants en bas âge (les célibataires sont nettement plus actifs en matière de sorties culturelles), ou le fait d\u2019une socialisation précoce à une forme d\u2019art.En ce sens, l\u2019augmentation du nombre de ceux qui ont reçu une formation à une forme d\u2019art au cours de leurs études a sans doute pu avoir un effet à la hausse sur la fréquentation de ces formes d\u2019activités.Le sondage montre à cet égard que ce nombre s\u2019est accru sensiblement et régulièrement d\u2019une génération à l\u2019autre : la moitié des jeunes Québécois (les moins de 25 ans) sont dans ce cas, contre le quart des aînés (65 ans et plus).L\u2019école apparaît donc encore une fois comme un acteur crucial.Pour les mêmes raisons, on devrait sans doute également vérifier l\u2019impact de la baisse du taux de natalité sur ces pratiques.Elle aura peut-être eu un effet équivalent Démocratisation de la culture ou démocratie culturelle ?À la suite du sociologue Pierre Bourdieu, on peut sans doute considérer la participation culturelle comme un « marqueur de statut social ».Doit-on pour autant y voir un «générateur d\u2019inégalités »?Le diagnostic peut par ailleurs varier considérablement selon qu\u2019on adopte le point de vue classique de la démocratisation, «la Culture pour tous », ou celui plus radical de la démocratie culturelle, « à chacun sa culture » ! Dans une perspective vraiment démocratique, ne serait-il pas par exemple plus juste d\u2019offrir à tous, et plus particulièrement aux plus démunis d'entre eux, l\u2019accès gratuit aux spectacles devenus hors de prix d\u2019une Céline Dion, du Cirque du soleil, ou de tel humoriste vedette?Élargir sans doute, mais le public ou le répertoire, ou les deux ?Et à quel prix?À vrai dire, plusieurs questions restent sans réponses.Des inégalités profondes face à la culture cultivée subsistent manifestement: mais le verre est-il à moitié plein ou à moitié vide?Y a-t-il en effet plus ou moins de ces populations moins favorisées dans les salles aujourd\u2019hui qu\u2019hier?Doit-on se désoler de leur sous représentation ou doit-on au contraire s\u2019étonner de leur présence somme toute sensible ?A-t-on affaire à une sorte de club privé dont la structure élitiste a peu évolué, ou, au contraire, à un club en voie de déprivatisation ?Les sondages du ministère ne permettent pas de cerner en toute certitude ce genre d\u2019évolution.D\u2019une part, il est fort possible que les principales modifications soient intervenues au cours des années i960 et 1970, période pour lesquelles on ne dispose d\u2019aucunes données comparables, mais qui correspond à l\u2019explosion des marchés culturels, aux grandes réformes de l\u2019éducation et à la mutations de la structure des occupations professionnelles, qui toutes semblent avoir un effet majeur sur la structure des publics.D\u2019autre part, les sondages périodiques réalisés depuis 1979, bien qu\u2019ils offrent une vue panoramique de la situation à différents moments du temps, reflètent autant les transformations de l\u2019offre et de la demande culturelles que les mutations structurelles de la société.Il faut en quelque sorte distinguer ici démocratisation de la structure sociale et démocratisation des activités culturelles.D\u2019un côté, les répertoires ont évolué, sous l\u2019effet du jeu de l\u2019offre et de la demande, mais les listes d\u2019activités 529 L'état du Québec répertoriées n\u2019ont pas nécessairement évolué au même rythme.De l\u2019autre, la structure de la société elle-même a pu évoluer : le niveau moyen de scolarité de même que les occupations culturelles et intellectuelles ont rapidement progressé au cours des cinquante dernières années, autant de facteurs qui pourraient expliquer une éventuelle augmentation de la demande, sans que la structure elle-même des auditoires n\u2019en soit pour autant modifiée.Selon Pronovost (2002), la proportion d\u2019universitaires aurait doublé entre 1989 et 1999 : la croissance éventuelle des auditoires cultivés au cours de la même période pourrait bien n\u2019en être dès lors qu\u2019une résultante tout à fait indirecte.Ajoutons que bon nombre de ces nouveaux universitaires proviennent sans doute de milieux sociaux peu familiers avec la culture établie, ce qui peut aussi avoir eu une influence sur la nature de l\u2019offre et sur le répertoire.Avant même de porter un diagnostic sur la démocratisation, il faut aussi se demander s\u2019il y eut des mesures véritables en ce cens.Le petit ministère de la Culture (et des Communications) paraît à cet égard n\u2019avoir disposé que d\u2019une bien faible marge de manœuvre.D\u2019une part, le soutien (nécessaire) de l\u2019offre a monopolisé et monopolise toujours l\u2019essentiel de ses budgets.Tenant pour acquis que du développement de l\u2019offre découleraient inévitablement une plus grande accessibilité et un plus large intérêt pour l\u2019art et la culture, on s\u2019est peu préoccupé de l\u2019effet des facteurs que l\u2019on vient de considérer.Bien sûr, le fait de construire plus de théâtres et de musées, d\u2019abaisser le coût des billets, d\u2019accroître la qualité des produits et d\u2019en assurer une promotion adéquate n\u2019a sans doute pas été sans effets positifs sur la fréquentation de ceux qui s\u2019intéressaient déjà à la chose.Même de ce point de vue-là, il reste sans doute encore beaucoup à faire.Mais tout cela demeure relativement sans conséquence sur un très grand nombre de groupes sociaux qui pour toutes sortes de raisons en sont éloignés au départ.Les politiques et institutions culturelles semblent avoir par ailleurs fort peu de prises directes sur les principaux déterminants de la consommation cultivée.L\u2019école et sans doute la famille, relayées par la suite par les milieux professionnels, en ont une bien plus sûre.Les acteurs culturels publics ne se sont intéressés qu\u2019assez tardivement au rôle de l\u2019école à ce chapitre.Et si on peut reconnaître l\u2019effort (très relatif) tenté en matière de décentralisation territoriale, on peut aussi s\u2019étonner qu\u2019aucun effort comparable n\u2019ait été fait auprès des milieux professionnels, notamment le milieu syndical ou celui des associations professionnelles « hautement qualifié» au sein desquels la pratique cultivée est loin d\u2019être universelle.La majorité des pratiquants s\u2019avère en réalité n\u2019avoir qu\u2019un rapport occasionnel sinon exceptionnel à ces activités.De plus, plusieurs groupes d\u2019universitaires, ceux des milieux scientifiques et ceux de la gestion en particulier, comportent de fortes proportions de reclus, qui ne sont pas pour autant des exclus.Mais une démocratisation réussie, ou aboutie, signifie-t-elle que chacun doive développer un rapport professionnel, spécialiste ou puriste à la culture?Le rapport épisodique, ou cette attention flottante, ne sont-ils pas tout aussi corrects ?530 La culture et les médias La question la plus difficile reste cependant de savoir si l\u2019accès à ces répertoires et à ces établissements cultivés est le gage d\u2019une véritable démocratisation.Comme l\u2019indique la défection de bon nombre d\u2019universitaires, être réfractaire à ce type de répertoire n\u2019est pas nécessairement un signe d\u2019exclusion sociale.Inversement, le fait de pratiquer une activité cultivée n\u2019est pas une marque d'intégration sociale parfaite, particulièrement au Québec et en Amérique du Nord, où la compétence (surtout technologique) remplace la Culture.Dans l\u2019ensemble les auditoires cultivés font-ils par ailleurs réellement la différence entre un spectacle culüvé et un spectacle populaire, entre le théâtre de répertoire et l\u2019humour.Et devraient-ils la faire ?Comme on l\u2019a montré ailleurs (Bella-vance, Fournier et Latouche, 1996), c\u2019est un peu une vue de l\u2019esprit que de distinguer ainsi entre public cultivé et public populaire.Et comme on a vu ici, une grande partie du même monde assiste indifféremment aux deux types de spectacles, la tendance étant peut-être bien plus à l\u2019éclectisme qu\u2019à la spécialisation ou au purisme.Ceci amène d\u2019ailleurs le sociologue américain Richard A.Peterson à identifier chez les nouvelles élites une forme d\u2019omnivorisme culturel qu\u2019il oppose tout autant au snobisme d\u2019antan qu\u2019à l\u2019uni-vorisme des démunis.Mais cette sorte de démocratisation ou de diversification « par le haut» touche plutôt l\u2019attitude face aux répertoires que la structure même des publics.Elle ne s\u2019avère peut-être de la sorte que la nouvelle forme du snobisme.?Penser l\u2019histoire de la vie culturelle au Québec Contrairement aux idées reçues, la vie culturelle québécoise n'était pas un désert avant 1960.Mais nous n\u2019en possédons pas de tableau précis et vivant.En effet, alors que les travaux sur la littérature, l'histoire de l'art et la musique sont nombreux, aucune véritable synthèse ne rend compte de l'interaction entre les arts, de l'intrication des milieux culturels, de l'effet global créé par la mise en place d'institutions comme les bibliothèques ou les conservatoires.Or il importe, afin de mieux comprendre le développement des diverses disciplines artistiques et leurs modes d'inscription dans la vie collective, d'élaborer des outils qui mettent en relief l\u2019existence d\u2019une vie culturelle québécoise hétérogène et partagée, fondée sur une commune participation à la production, à la circulation et à l'évaluation des œuvres et des pratiques culturelles.Il s'agit en somme de rendre compte d'une effervescence faite de grands mouvements mais aussi de petits phénomènes ponctuels.Dans ce but, nous avons mis sur pied un groupe de 13 chercheurs de diverses disciplines (histoire culturelle, histoire de l'art, littérature et musicologie) rattaché au CRILCQ et nous entendons proposer une nouvelle manière, globale et intégrée, d\u2019imaginer des synthèses qui tiennent compte à la fois des œuvres, des trajectoires des principaux acteurs de la vie culturelle, des réseaux et des institutions dans lesquels ceux-ci se trouvent rassemblés.Nous avons choisi de mener une première expérience sur deux périodes, les années 1895-1905 et les années 1918-1930.Nous faisons le pari que le modèle historiographique qui émergera de nos travaux permettra d'effectuer des synthèses neuves qui transformeront notre compréhension des enjeux et des pratiques liées à la vie culturelle et permettront de construire un récit offrant une représentation de la totalité de la vie culturelle québécoise.?Micheline Cambron Codirectrice, CRILCQ/Montréal 531 L\u2019état du Québec Références Bellavance, Guy, Fournier, Marcel et Daniel Latouche, «Les publics des arts à Montréal : le cas des chevauchements de publics », dans Jean-Paul Baillargeon, Les publics du secteur culturel : nouvelles approches, Éditions IQRC/Presses de l\u2019Université Laval, Québec, 1996, p.29-57.Octobre, Sylvie, « Comment mesurer la démocratisation », dans Olivier Donnât et Sylvie Octobre, Les publics des équipements culturels, Ministère de la Culture et de la Communication (France), juin 2001, p.21-25.Peterson, Richard A., \u201cUnderstanding audience segmentation : From elite and mass to omnivore and univore\u201d, Poetics 21,1992, p.243-258.Pronovost, Gilles, Les enquêtes de participation culturelle.Une comparaison France-Québec-États-Unis, Observatoire de la Culture et des Communications du Québec, septembre 2002, P- 34-35 Les Prix du Québec Serge Laplante Recherchiste, Le Devoir Les prix du Québec constituent la plus haute distinction décernée chaque année par le gouvernement du Québec en reconnaissance d\u2019une carrière remarquable dans le domaine artistique et culturel.Chacun des lauréats reçoit une bourse non imposable de 30 000 $, une médaille en argent et un parchemin calligraphié.Les prix ont été remis le 5 novembre 2002.Les prix culturels Le prix Athanase-David, du nom de l\u2019ancien secrétaire et registraire de la province de Québec, fondateur des Archives nationales, de l\u2019École des beaux-arts et du Musée du Québec ins- tigateur en 1922 des Concours littéraire et scientifique, est accordé à un écrivain pour l\u2019ensemble de son œuvre.Le prix est attribué à l\u2019écrivaine Madeleine Gagnon pour la lucidité et la poésie de son écriture et pour l\u2019humanisme du regard qu\u2019elle porte sur le monde et sur la condition des femmes.Le prix Paul-Émile-Borduas, du nom du grand maître québécois, élève d\u2019Ozias Leduc et rédacteur en 1948 du célèbre manifeste Refus global, est accordée à un artisan ou à un artiste pour l\u2019ensemble de son œuvre dans les domaines des arts visuels, des métiers d\u2019art, de l\u2019architecture et du design.Le prix est remis 532 La culture et les médias à Jocelyne Alloucherie pour l'originalité de sa démarche artistique qui associe la photographie, la sculpture et le dessin.Le prix Denise-Pelletier, du nom de la grande comédienne montréalaise, sœur du comédien Gilles Pelletier, est la plus haute distinction accordée à un artiste pour l\u2019ensemble de son œuvre et de sa carrière dans le domaine des arts de la scène, soit la chanson, la musique, l\u2019art lyrique, le théâtre et la danse.Le prix en 2002 rend hommage à Édouard Lock, fondateur de la compagnie de danse La La La Human Steps, pour son travail inspiré de chorégraphe qui a contribué à renouveler le langage de la danse moderne.Le prix Albert-Tessier, du nom de M81 Albert Tessier, pionnier du cinéma documentaire québécois, est la plus haute distinction accordée à une personne pour l\u2019ensemble de son œuvre et de sa carrière dans le domaine du cinéma.Le prix est remis à Robert Dau-delin, pour son apport remarquable à la diffusion du cinéma et à la conservation du patrimoine cinématographique québécois et mondial.Le prix Gérard-Morisset, du nom de l\u2019ancien directeur du Musée du Québec, qui dressa l\u2019inventaire des œuvres d'art du Québec, est la plus haute distinction accordée à une personne pour l\u2019ensemble d\u2019une carrière consacrée au patrimoine.Le prix est décerné à Norman Clermont pour son travail de pionnier de l\u2019archéologie québécoise et de la connaissance des sociétés amérindiennes.Le prix Georges-Émile-Lapalme, du nom du premier titulaire du ministère des Affaires culturelles du Québec, qu\u2019on surnomma le « père de la Révolution tranquille», est la plus haute distinction accordée à une personne ayant contribué de façon exceptionnelle, tout au cours de sa carrière, à la qualité et au rayonnement de la langue française parlée ou écrite au Québec.Le prix est attribué au linguiste Jean-Claude Corbeil qui a créé des outils pratiques pour mieux maîtriser le français, contribuant ainsi à établir la réputation du Québec comme partenaire majeur au sein de la Francophonie.Les prix scientifiques Le prix Léon-Gérin, du nom du sociologue qui s\u2019intéressa toute sa vie aux conditions de vie de la société canadienne-française, s\u2019adresse aux chercheurs œuvrant dans l\u2019une des disciplines des sciences humaines.Le prix est attribué à Paul-André Crépeau, éminent civiliste et père spirituel du nouveau Code civil du Québec et coauteur du rapport qui a mené à la rédaction de la Charte des droits et libertés de la personne.Le prix Marie-Victorin, du nom de l\u2019homme de science, religieux et nationaliste, auteur de la Flore laurentienne, s\u2019adresse aux chercheurs de sciences pures et appliquées dont les travaux ne relèvent pas du domaine biomédical.Le prix est décerné à Claude Hillaire-Marcel, spécialiste de la géochimie isotopique, dont les découvertes permettent de mieux saisir les transformations géologiques et climatiques en cours.533 L\u2019état du Québec Le prix Wilder-Penfield, du nom d\u2019un des plus grands neurochirurgiens et neurologues au monde, fondateur de l\u2019Institut neurologique de Montréal, s\u2019adresse aux scientifiques dont l\u2019objet de recherche appartient au domaine biomédical.Le prix souligne la carrière du docteur André Parent, neurobiologiste, qui s\u2019est distingué par ses travaux de recherche sur le fonctionnement du cerveau, jetant ainsi une lueur d\u2019espoir pour le traitement de maladies neurodégénératives.Le prix Armand-Frappier, du nom du pionnier en matière de santé et d\u2019hygiène publique, qui s\u2019acharna par ses travaux à prévenir la propagation des maladies infectieuses, ses travaux expérimentaux sur le vaccin BCG lui valant une renommée internationale, s\u2019adresse aux personnes qui ont mené une carrière en recherche et qui ont contribué au développement d\u2019une institution de recherche ou qui se sont consacrées à l\u2019administration ou à la promotion de la recherche et qui, de ce fait, ont su favoriser la relève scientifique et susciter l\u2019intérêt de la population pour la science et la technologie.Le prix est remis à Robert Lacroix pour son apport considérable à l\u2019essor de la recherche au sein de l\u2019Université de Montréal, dont il est le recteur.Enfin, le prix Lionel-Boulet, du nom de l\u2019ingénieur électrique, fondateur de recherche d\u2019Hydro-Québec (IREQ), s\u2019adresse au chercheur qui s\u2019est distingué par ses inventions, ses innovations scientifiques et technologiques, son leadership dans le développement scientifique et son apport à la croissance économique du Québec.Le prix Lionel-Boulet est attribué à Pierre-Claude Aïtcin pour ses recherches sur le béton qui ont contribué à l'essor mondial de l\u2019industrie québécoise du béton.?534 La culture et les médias LES MÉDIAS La violence augmente à la télévision Guy Paquette et Jacques de Guise Professeurs au Département d\u2019information et de communication, Uniuersité Laual Depuis que nous avons commencé nos observations, en 1993, les actes de violence diffusés à la télévision ne cessent d\u2019augmenter : de 1993 à 2001, leur nombre est passé de 772 à 3 689, soit une progression de 378% en huit ans (un taux d\u2019accroissement moyen annuel de 47 %).En une semaine de l\u2019année 2001, la télévision a véhiculé 3 689 actes de violence, soit 30 actes par heure de fiction diffusée.Pour l\u2019année 1998, nous avons dénombré 250 homicides, soit 13 000 pour l\u2019ensemble de l\u2019année, en faisant l\u2019hypothèse que la semaine étudiée est représentative des autres semaines.Et, depuis 1998, la violence s\u2019est encore accrue de 25 % ! Les réseaux privés sont particulièrement violents Plus nombreux, les réseaux privés diffusent évidemment plus de violence que les réseaux publics.La différence toutefois n\u2019est pas proportionnelle puisque les réseaux privés, qui constituent seulement les deux tiers de l\u2019ensemble, présentent 90,2% des actes de violence.Pour les sept années observées, les réseaux privés présentent neuf fois plus de violence que les publics et leurs émissions FIGURE contiennent 2,5 fois plus d\u2019actes de violence à l\u2019heure que celles des réseaux | publics (26,7 contre 10,4).\tJ I 3000 Plus de violence dans les réseaux francophones 2000 Nous constatons que les stations de langue française diffusent beaucoup plus d\u2019actes de violence physique que 1000 celles de langue anglaise.Les réseaux de langue française présentent 62,9 % de tous les actes de violence, et cela, même Évolution du nombre d'actes de violence physique sur les principaux réseaux de télévision au Canada - 45 £ 1993\t1994\t1995\t1998\t1999\t2000\t2001 535 Nombre d'actes à l'heure L'état du Québec figure 2 Nombre d\u2019actes de violence à l\u2019heure\ts\u2019ily a un peu plus d\u2019heures de diffusion selon la langue de diffusion\ten angiais qu\u2019en français (329 com- parativement à 310).Les actes de violence à l\u2019heure sont évidemment plus nombreux dans les réseaux de langue française (33,1 en regard de 18,4), ce qui signifie que les émissions francophones sont presque deux fois plus violentes.On remarquera aussi que, dans les réseaux de langue anglaise, la violence est demeurée à peu près au même niveau depuis 1998 alors que, pour la même période, elle est en forte 1995\t1998\t1999\t2000 2001 hausse dans les réseaux francophones.Il n\u2019est pas facile d\u2019expliquer pourquoi les réseaux de langue française sont plus violents.Il est évidemment possible que les francophones soient plus friands de violence et que la quantité de violence diffusée reflète simplement la demande.Il est également possible que cette situaüon soit le résultat d\u2019une politique de programmation qui favorise, délibérément ou non, la violence.Nous verrons en effet plus loin que, de tous les formats d\u2019émission, les films sont les plus importants vecteurs de violence et qu\u2019ils sont plus nombreux dans les réseaux francophones.La présence d\u2019un plus grand nombre de films pourrait s\u2019expliquer à son tour par la faiblesse des budgets de production.Ce ne sont là que des hypothèses.C\u2019est TQS qui est le réseau le plus violent, diffusant à lui seul 38% des actes de violence pour toutes les années que nous avons observées.Depuis 1998, le mouton noir de lu tele'a plus que doublé la quantité de violence qu\u2019il présente.TQS est suivi, d\u2019assez loin, par TVA et Global.En 2001, TQS présentait trois fois plus d\u2019actes de violence à l\u2019heure que TVA et 26 fois FIGURE 3 | 2000 | 1800 1 1600 E * 1400 1200 100 Evolution du nombre annuel d\u2019actes de violence pour chacun des réseaux LÜ il SRC\tTVA \u2014 1993 t=3 1994 1999 \u2014 2000 TQS ¦\t1995 ¦\t2001 a .CBC A h.i I GLOBAL Réseaux plus que Radio-Canada.C\u2019est ce dernier réseau qui est le moins violent.Violence largement accessible aux jeunes Un grand nombre (39%) des actes de violence physique figurent dans les émissions qui sont mises à l\u2019antenne avant 20 h, et 88 % surviennent dans les émissions mises à l\u2019horaire avant 21 h.C\u2019est aussi avant 20 h qu\u2019on trouve le plus d\u2019actes de violence à l\u2019heure (37,3).Cela signifie que la violence télévisée est largement accessible aux enfants et que les mesures prises pour répondre aux 536 La culture et les médias préoccupations du public à cet égard figure 4 n\u2019ont pas été efficaces, du moins en ce ,\t.,\t100% qui concerne les reseaux prives.Pourcentage des actes de violence physique selon les heures de diffusion Le format le plus violent : le film C\u2019est le film qui est le format le plus violent, avec 47,3 actes de violence par heure de diffusion pour l\u2019ensemble de la période étudiée.Ce nombre est deux fois plus élevé que celui des téléséries (22,8) et 10 fois plus que celui des téléromans (4,8).Nos observations montrent aussi que le caractère violent des films ne cesse de s\u2019accroître, alors qu\u2019il est à peu près stable pour les autres formats.Les émissions éducatives et les émissions pour enfants ne présentent à peu près pas de violence, mais les dessins animés, qui sont souvent violents, ne font pas partie de cette analyse.Il ne faut donc pas s\u2019étonner de constater que 62,5 % du total des actes de violence proviennent des films alors que l\u2019apport des téléséries n\u2019est que de 30,8 % et celui des téléromans de 4,4 %.Non seulement les films durent plus longtemps que les autres émissions, mais ils sont de plus en plus violents : en 2001 on y a recensé 73,6 actes de violence à l\u2019heure comparativement a 33,5 pour les téléséries.Les téléromans présentaient peu de violence physique (4,8 actes à l\u2019heure) mais beaucoup de violence psychologique, comme nous le verrons plus loin.Il peut être intéressant de noter la relation qu\u2019on peut faire entre le coût des formats et la violence physique qu\u2019ils présentent : plus un format coûte cher à produire, plus il contient de cette violence.Impliquant souvent des effets spéciaux, la violence physique est sans doute plus difficile à mettre en scène alors que la violence psychologique, à base d\u2019altercations verbales, est particulièrement bien adaptée aux productions à plus petit budget, notamment les téléromans.Avant 20 h Avant 21 h Après 21 h Une violence d\u2019origine américaine La violence des réseaux canadiens est d\u2019abord d\u2019origine américaine : 83 % des actes prennent place dans des émissions produites aux États-Unis et seulement 11% dans des émissions canadiennes.Cela s\u2019explique d\u2019abord par le fait que les émissions d\u2019origine américaine sont très nombreuses, en particulier les films, qui sont le format le plus violent.Mais les émissions américaines sont particulièrement violentes, comme on le voit en considérant le nombre des actes à l\u2019heure, plus du double que celui des émissions canadiennes.Remarquons aussi que la violence des émissions américaines est en hausse constante, alors qu\u2019elle est plutôt stable dans les émissions des autres pays.Au Canada, les Québécois produisent peu de violence physique (2,1 % du total des actes), beaucoup moins que leurs compatriotes de langue anglaise (7 %), mais 537 L'état du Québec comme nous le verrons plus loin, ils produisent beaucoup plus de violence psychologique.Ce sont aussi les émissions d\u2019origine américaine qui véhiculent le plus d\u2019actes de violence à l\u2019heure, soit plus du double des émissions canadiennes.Nos données montrent aussi que, depuis 1993, la violence des émissions américaines est en hausse constante, hausse beaucoup moins marquée dans les émissions des autres pays.En très forte augmentation : la violence psychologique La violence psychologique réfère à tout acte visant à porter atteinte à l\u2019intégrité psychologique ou morale de l\u2019individu ou à provoquer chez ce dernier un état psychologique indésirable ou générateur d\u2019une souffrance qui ne se manifeste pas sur le plan physique (la peur, l\u2019angoisse, la dévalorisation, l\u2019humiliation, etc.).Tout comme l\u2019acte de violence physique, l\u2019acte de violence psychologique peut être un geste isolé ou une succession ininterrompue d\u2019actes.La violence psychologique est le plus souvent véhiculée par la parole.Au total, les actes de violence psychologique sont moins nombreux que les actes physiques, mais on observe une augmentation considérable depuis 1999 et c\u2019est Tannée 2001 qui est la plus violente, tant du point de vue de la quantité brute des actes que du point de vue du nombre des actes à l\u2019heure.Dans les faits, le nombre d\u2019actes de violence psychologique dépasse maintenant le nombre d\u2019actes physiques (3947 versus 3689 en 2001).Comme les actes de violence physique, les actes de violence psychologique sont plus nombreux dans les réseaux privés que dans les réseaux publics.Cela semble dû uniquementau plus grand nombre d\u2019heures de diffusion, car, en considérantle nombre des actes à l\u2019heure, on constate que les réseaux publics et les réseaux privés sont à peu près sur le même pied.La violence psychologique est à peu près identique dans les réseaux francophones et anglophones.En fait, c\u2019est Global, TVA et CTV qui en présentent le plus.Toutefois, si on tient compte de la durée de diffusion, on constate que c\u2019est Radio-Canada qui diffuse les émissions les plus violentes, c\u2019est-à-dire celles qui contiennent le plus de violence psychologique par heure.Cette situation est vraisemblablement attribuable aux nombreux téléromans, dans lesquels la violence psychologique prédomine.Les téléromans sont en effet le seul format où la violence psychologique surpasse la violence physique.Cela peut s\u2019expliquer par les coûts de production plus faibles.La violence physique implique figure s Évolution du nombre d'actes de violence physique et de violence psychologique 8000 n actes psychologiques n actes physiques 7000 | 6000 5000 4000 3000 2000 1000 0 1994\t1995\t1998\t1999\t2000\t2001 538 La culture et les médias De quelle violence s\u2019agit-il?La violence dont il est question concerne tout acte explicite de force destiné à blesser, à tuer ou à faire du tort à quelqu'un, ou toute menace sérieuse de blessure ou de mort.Tout acte qui correspond à cette définition est considéré comme violent, quel que soit le contexte (réaliste ou fictif, comique ou sérieux, moral ou immoral, etc.) dans lequel il se situe.Il est aussi question de violence psychologique, mais sauf indication contraire, les chiffres que nous présentons concernent la violence physique.Les réseaux qui ont été étudiés sont Radio-Canada, TVA, TQS, CBC, CTV et Global, les six principaux réseaux canadiens.L'analyse que nous présentons porte sur une semaine de programmation par année et seulement sur les émissions diffusées en soirée, entre 18 h et 23 h sur semaine, et sur celles de toute la journée du samedi et du dimanche (de 6 h à 23 h).L\u2019analyse considère uniquement les émissions de fiction; elle exclut donc les émissions de nouvelles et d\u2019affaires publiques et les autres émissions de divertissement.?en effet souvent une mise en scène coûteuse (des effets spéciaux) alors que la violence psychologique, véhiculée dans un dialogue entre deux ou trois personnages constitue un matériau dramatique peu coûteux et facile à utiliser.Radio-Canada est le seul réseau qui diffuse plus de violence psychologique que de violence physique.Comme la violence physique, la violence psychologique est très largement accessible aux plus jeunes puisque plus de 8o % des actes sont présentés avant 21 h.En résumé, les actes de violence sont extrêmement nombreux à la télé canadienne et d\u2019année en année, leur nombre ne cesse de croître.Les émissions de violence sont largement accessibles aux plus jeunes.La violence est plus répandue dans les réseaux privés, et plus chez les francophones que les anglophones.Ce sont les films qui présentent le plus de violence, mais, pour ce qui est de la violence psychologique, ce sont les téléromans qui présentent le plus d\u2019actes par heure de diffusion.Les effets de la télévision violente : les craintes du public sont-elles fondées ?La grande quantité de violence que véhicule la télévision canadienne est susceptible de donner des arguments à ceux qui s\u2019inquiètent des effets que les figure 6 Nombre d'actes de violence physique et psychologique par réseau SRC\tTVA\tTQS\tCBC\tCTV GLOBAL 6000 » 5000 3000 2000 mm Actes physiques \u201d Actes psychologiques 539 L'état du Québec émissions peuvent avoir sur les comportements des téléspectateurs.Ces inquiétudes sont-elles fondées ?Quels sont les effets qu\u2019on peut craindre de cette prolifération de violence ?La télévision : facteur probablement négligeable La violence télévisée augmente-t-elle l\u2019incidence des comportements antisociaux?Les effets de la télé, qu\u2019ils soient positifs ou négatifs, apparaissent aux yeux de plusieurs comme une évidence.Il semble en effet impossible que l\u2019exposition à une telle quantité de messages de violence d\u2019une intensité aussi grande et sur une période aussi longue demeure sans effet.Cela serait particulièrement vrai pour les enfants, qui n\u2019ont pas la maturité pour juger les actes d\u2019agression dont ils sont témoins et pour qui, malgré tout, la télévision semble être un agent de socialisation aussi important que l\u2019école ou même que les parents.Cette position a d\u2019autant plus d\u2019attrait que la télé véhicule les messages d\u2019artistes ou de créateurs, agents de changement de première importance et particulièrement susceptibles d\u2019aller à l\u2019encontre des normes ou des valeurs établies.L\u2019histoire nous dit que tous les médias nouvellement arrivés ont toujours suscité des craintes.Il n\u2019est donc pas étonnant qu\u2019un médium aussi puissant que la télévision suscite à son tour la controverse.En fait, il est facile de constater que la lutte contre la violence à la télé est pour beaucoup de citoyens une position de nature plus idéologique que scientifique.Le mandat qui est alors dévolu aux chercheurs n\u2019est pas de faire apparaître des connaissances scientifiques mais de documenter cette thèse, et les tentatives qui ne concluent pas dans cette direction sont volontiers considérées comme des échecs.D\u2019autre part, la télévision fait partie intégrante de la vie de tous les jours ; elle est à la fois source d\u2019inspiration et reflet de la vie ambiante et, si on veut être scientifiquement rigoureux, il est extrêmement difficile d\u2019isoler ce facteur de tous les autres et de faire apparaître la part qu\u2019il peut avoir dans la violence de la vie réelle.Il ne faut donc pas s\u2019étonner si, comme le montre Jonathan Freedman (2002), un éminent chercheur de University qf Toronto, les recherches ne produisent pas les mêmes résultats et souvent même, aboutissent à des conclusions opposées.De plus, quand elles montrent des effets antisociaux, les corrélations sont faibles, de l\u2019ordre de 0,2 ou 0,3, ce qui signifie que la télé rendrait compte de 2 % à g % de la violence réelle.Enfin, en considérant les travaux de recherche d\u2019un point de vue rigoureusement scientifique, on constate qu\u2019à cause de la difficulté du sujet, un grand nombre d\u2019entre eux présentent des faiblesses méthodologiques.On peut considérer le problème d\u2019un autre point de vue et examiner si i.t\u20195 SOC li tCS OU Id tl Lê la violence qu\u2019on voit à la télé correspond à celle qui est commise dans la H O PUS encore v\u2018e r®e^e- Que* est *e portrait de la violence que nous présente la télévision?Un examen attentif des actes agressifs de la programmation pénétré donnent de l\u2019année igg8 nous révèle que la violence télévisée est d\u2019abord le fait / efiacfflclp d\u2019agressions contre les personnes : 8,67o sont des homicides eti8%des ~ \u2018\ttentatives d\u2019homicide.Beaucoup de blessures et de tentatives de des pires Utrocités.blessures, mais très peu de crimes sexuels, très peu de vols, de fraudes et 540 La culture et les médias autres crimes contre les biens des personnes.Ce portrait est loin de ressembler à celui de la criminalité canadienne, où on trouve 1,8 homicide, 95 crimes sexuels et 4555 crimes contre la propriété par 100,000 habitants.Enfin, alors que notre télé n\u2019a jamais été aussi violente, la criminalité est en baisse.« Le Canada est aussi sûr qu\u2019en 1979 », titrait Le Devoir du 21 juillet 2003, citant Statistique Canada.La télé francophone est considérablement plus violente que la télé anglophone et pourtant, dans tout le pays, c\u2019est au Québec que le nombre des crimes avec violence est le plus faible.Qu'en est-il des personnages impliqués dans la violence?À la télé, les agresseurs sont surtout des hommes (85,8%).Seulement 6,4% sont de race noire et 0,3 % Amérindiens, la grande majorité étant de race blanche (78,4 °/o).Ils sontaussi de classe moyenne (89,3 °/o) et seulement 4,8 % sont présentés comme pauvres.Dans 61,6 \u201c/odes cas, les agresseurs n\u2019ontaucun lien avec leur victime, qui est le plus souvent de sexe masculin (88,8%).Ce portrait est passablement différent de celui de la criminalité canadienne.On peut dès lors conclure tout de suite que la télé ne peut pas être invoquée comme cause importante de la violence commise dans la vie réelle.Cela expliquerait pourquoi les criminologues ne la considèrent à peu près pas dans la recherche des facteurs de crime.« Si l\u2019idée que la télévision et la violence à la télévision causent directement ou indirectement la violence est partagée par plusieurs chercheurs (.), ce n\u2019est certainement pas parce que l\u2019idée est démontrée et validée scientifiquement », écrit le criminologue Marc Ouimet (2002).Mais la télévision renforcerait des facteurs de violence D\u2019autres voies de recherche ont porté sur des aspects différents du problème, en s\u2019attaquant aux effets que pourrait avoir la télévision non pas sur les comportements comme tels, mais sur les facteurs qui peuvent conduire à des comportements de violence ou d\u2019agression.Des effets cognitifs Il est relativement facile tout d\u2019abord de constater que la télé contribue à des effets cognitifs pouvant favoriser la violence.L\u2019exposition à la violence ne conduit pas toujours à l\u2019agression, mais elle conduit presque toujours à la connaissance de comportements agressifs, dont plusieurs n\u2019auraient pu être imaginés spontanément par la majorité des citoyens.En s\u2019exposant à la télé, les enfants, et c\u2019est souvent le cas des adultes, élargissent considérablement le répertoire des comportements violents qu\u2019ils possèdent et ces comportements pourront éventuellement apparaître dans les conduites ultérieures.Pour ce qui est des enfants, la télévision leur présente une foule d\u2019informations que les parents n\u2019auraient jamais osé leur transmettre.Dès l\u2019âge le plus tendre, ils acquièrent ainsi une compétence de la violence : ils savent brutaliser, utiliser des armes diverses, blesser et tuer, et cela, avant d\u2019avoir atteint la maturité requise pour gérer ce type de connaissances.Cette connaissance des comportements violents est une condition préalable au comportement lui-même.541 L'état du Québec Des effets d'activation Les chercheurs ont aussi montré que l\u2019observation de l\u2019agression peut mettre un individu dans un état d\u2019excitation qui aurait pour effet de hausser l\u2019intensité de ses actes, y compris mais non exclusivement les actes violents.Les auteurs parlent alors d\u2019un phénomène d\u2019activation de l\u2019agressivité, qui peut alors prendre pour cible tout objet ou toute personne qui se trouve à proximité.Amorçage ou contagion L\u2019exposition à des scènes d\u2019agression peut aussi servir à activer des réseaux cognitifs reliés à des pensées ou à des comportements agressifs.Plus simplement, la violence dont on est témoin peut nous faire penser à la violence et nous prédisposer ainsi à l\u2019agression.C\u2019est dans cette perspective que se situe la thèse de la contagion de la violence.Un auteur comme D.Philips (1983), par exemple, démontre que la médiatisation des suicides de vedettes ou de personnes importantes provoquerait dans les jours suivants une « vague » de suicides dans la communauté impliquée.Ces mêmes travaux montreraient aussi que les grands combats de boxe sont souvent suivis d\u2019une hausse des homicides.Désensibilisation Un autre effet qu\u2019on peut craindre de la télé violente est celui de la désensibilisation à l\u2019égard la violence.Le concept de désensibilisation désigne d\u2019abord une attitude de tolérance ou de résignation à la violence, mais il fait aussi référence à un effet d\u2019accoutumance, à un état d\u2019insensibilité, à une « fatigue de compassion », selon la très belle expression de Sissela Bok (1998).La violence médiatisée semble particulièrement efficace pour produire des réactions émotives très fortes.La représentation d\u2019un événement est en effet bien supérieure à cet événement lui-même : alors qu\u2019un incident se déroule au hasard de l\u2019intervention de ses protagonistes, sa représentation est sciemment construite en fonction des effets qu\u2019on veut qu\u2019elle provoque.Elle est une caricature de l\u2019événement, dont elle restructure le déroulement pour en souligner les temps forts, ceux qui sont le plus susceptibles d\u2019émouvoir et d\u2019exciter.À force de voir de la violence, par un mécanisme de défense tout à fait naturel, les gens s\u2019habitueraient à la supporter, ils apprendraient à ne pas ressentir la souffrance des autres, comme on s\u2019habitue aux nouvelles qui nous transmettent couramment les accidents et les crimes les plus horribles.Cette apathie n\u2019incite pas comme telle à la violence, mais elle lève une des barrières qui pourraient en contrôler la manifestation.Une conséquence de cette désensibilisation réside dans le blasement du téléspectateur, qui devient incapable de ressentir les émotions qu\u2019il attend du spectacle de la violence, de sorte que les scènes destinées à lui procurer le plaisir médiatique doivent être de plus en plus violentes pour atteindre leur but.C\u2019est possiblement la raison pour laquelle les scènes de violence sont en croissance constante et celles qui glaçaient d\u2019horreur le spectateur d\u2019autrefois font sourire l\u2019adolescent d\u2019aujourd\u2019hui.Le nombre d'actes de violence à la télévision a progressé de 378 % en huit ans.542 La culture et les médias Paradoxalement, les effets de désensibilisation semblent provenir tout autant de la présence que de l\u2019absence de la présentation des conséquences de la violence sur les vicümes.Si les descriptions trop précises peuvent émousser la sensibilité, l\u2019absence de description des consequences peut finir par laisser croire que les agressions médiatiques ne font pas réellement de mal ou que la souffrance des victimes est minime ou sans intérêt.Les données que nous avons à ce sujet nous révèlent que 20 % des scènes de violence sont décrites avec une intensité très grande ou extrême.Par contre, très souvent, dans les scènes de violence, les souffrances des victimes ne sont pas montrées (41 %) ou sont présentées de façon sommaire (23 °/o).11 nous est certes très difficile de prévoir ce qui en résultera, mais les producteurs et télédiffuseurs ne le savent pas nonplus.De toute façon, ils ne semblent pas s\u2019en préoccuper puisque, comme nous le montrent nos observations, la majorité des scènes de violence peuvent être classées comme inutiles, au sens ou elles n\u2019apportent rien d\u2019utile au scénario.(C\u2019est peut-être ici que les œuvres de la télévision se distinguent le plus de celles de Shakespeare.) La réduction des inhibitions Un autre effet possible de l\u2019exposition intensive à la violence est la réduction des inhibitions à l\u2019agression.On entend par inhibition le blocage ou le freinage d\u2019un mécanisme ou d'une fonction.Dans toute société, le recours à l\u2019agression est une activité normalement inhibée, c\u2019est-à-dire interdite sauf dans certaines conditions bien précises.Lorenz (1969), par exemple, montre que les animaux cessent de se battre, aussitôt qu\u2019un des combattants manifeste, par des signaux ou des postures, sa volonté de se soumettre.Selon cet auteur, chez les animaux, cette inhibition de l\u2019agression est naturelle.Chez les humains, elle est plutôt donnée par la culture, apprise par les agents de socialisation.C\u2019est ce qui fait que la plupart des humains normaux ne tuent pas aisément leurs semblables et qu\u2019il leur faut généralement un certain courage pour le faire.Attenter à la vie ou à l\u2019intégrité physique d\u2019une personne humaine est l\u2019objet d\u2019un tabou qu\u2019il n\u2019est pas facile de violer.Même les militaires ne tuent pas, la première fois, sans une certaine hésitation, un ennemi qui les menace.C\u2019est notamment pour cela qu\u2019on les entraîne physiquement et psychologiquement au combat.Parce qu\u2019il est, chez les humains, de nature culturelle, ce mécanisme est relativement fragile.Agents de socialisation puissants, les médias, en nous familiarisant avec la violence, peuvent affaiblir l\u2019inhibition qui l\u2019interdit ou la régule.Dans une culture qui diffuse, avons-nous dit, quelque 13 000 homicides par année dans l\u2019intimité familiale, peut-on vraiment prétendre que tuer un congénère est encore tabou ?Un colonel américain à la retraite, Dave Grossman (Grossman et DeGaetano, 1999), va plus loin encore en prétendant que certains jeux vidéo sont, à quelques détails près, des répliques des instruments avec lesquels on entraîne les militaires à tuer, à surmonter l\u2019interdit sans faire intervenir la conscience.Certes, les jeux vidéo ne sont pas la télé, mais ils sont en quelque sorte de la même famille.C\u2019est cette levée de l\u2019inhibition des comportements violents qui expliquerait comment, par exemple, des adolescents de Columbine ont pu mitrailler de sang-froid leurs camarades de classe et leurs professeurs.543 L'état du Québec La peur Enfin, la peur est un autre type de conséquence qu\u2019on peut redouter de la diffusion de la violence.On peut la considérer au niveau personnel et au niveau social.Au plan individuel, les spectateurs, en particulier les enfants, peuvent être effrayés par les émissions qu\u2019ils visionnent et en subir les conséquences psychologiques.Un enfant, par exemple, peut avoir des cauchemars après avoir vu des scènes qui l\u2019ont effrayé ; on a vu des adultes incapables d\u2019aller dans la mer après avoir vu le film Les dents de la mer.Au plan collectif, la télévision a une telle importance que la présentation qu\u2019elle fait du monde ambiant peut finir par prendre le dessus sur la réalité, comme tendent a le démontrer les études de George Gerbner et sa thèse d\u2019incubation ou de la cultuiation analysis.Selon cette école de pensée, la télévision diffuserait tellement de violence que les téléuores en viendraient à percevoir leur milieu social comme un monde mesquin et dangereux, dans lequel la règle de base est le chacun pour soi.Les relations sociales seraient alors empreintes de froideur ou d\u2019hostilité susceptibles de conduire à l\u2019indifférence et à la violence.Pire peut-être, à cause de la peur sourde qu\u2019ils ressentent confusément de l\u2019image qu\u2019ils ont de leur environnement, les citoyens finiraient par accorder une importance exagérée à leur sécurité et seraient portés à des attitudes politiques de droite pour donner préséance au respect de la loi et de l\u2019ordre public (Gerbner et al., 1989).On peut voir dans la hausse des budgets de police, dans la croissance des entreprises de sécurité personnelle et peut-être aussi dans la résistance au contrôle des armes à feu des indices du bien-fondé de cette thèse.Conclusion La violence est naturelle, elle est absolument essentielle à la vie.« Le principe même de la vie imposerait une contrainte de dévoration », écrit Boris Cyrulnik (2000).C\u2019est aussi éminemment le cas pour les humains, qui non seulement luttent pour leur survie, mais aussi s\u2019agressent pour un territoire, comme nous l\u2019enseigne si abondamment l\u2019histoire.Et s\u2019ils ne combattent pas pour se reproduire, comme les animaux, ils sont en compétition féroce pour se hiérarchiser et pour s\u2019enrichir.Pour cela, les humains sont équipés et sont même doués pour la violence.Ils ont des dents, des ongles, des pieds et des bras, ainsi qu\u2019une force physique amplement suffisante pour agresser.Leur système physiologique est programmé pour supporter le stress du combat et de la souffrance.En plus, les hommes ont un cerveau et une capacité d\u2019apprentissage qui leur donne accès à une violence intelligente, beaucoup plus dévastatrice et cruelle que celle des animaux.L\u2019agression est pour eux une tentation permanente et le problème premier de la vie en société n\u2019est pas celui de la présence de la violence mais celui de son contrôle, qui est le fondement séculaire de l\u2019ordre public et de la civilisation.Par ailleurs, si sous certains aspects, notre société n\u2019a jamais été aussi violente, elle n\u2019a jamais été non plus aussi compatissante.Depuis que nous avons la télévision, nous avons aboli la peine de mort et les châtiments corporels et nous interdisons aux parents et aux professeurs de lever la main sur les enfants ; nous 544 La culture et les médias trouvons intolérable la violence conjugale, courante jusqu\u2019au milieu du xx' P)ans notre Culture siècle.Nous sommes devenus sensibles à la protection des animaux, nous luttons contre leur utilisation en laboratoire et nous sommes prêts à Violence est dépenser des fortunes pour secourir une baleine prise dans les glaces ou des oiseaux englués dans le pétrole des marées noires.La première génération d\u2019enfants élevés avec la télévision a été celle qui a le plus telle itlSOudunCe j Otl vigoureusement protesté contre la guerre (celle du Viêt-Nam), et nous l\u2019avons d\u2019ailleurs surnommée peace and loue.En un mot, la souffrance et la mort ne sont plus admises au quotidien et les médias sont les seuls endroits où on les tolère.Ce sont les sociétés où la télé n\u2019a pas encore pénétré sur une grande échelle qui nous donnent encore le spectacle des pires atrocités.Quand on se penche sur le problème de la violence à la télévision, la première conclusion à tirer c\u2019est que manifestement il nous manque des variables ! Mais ce qui frappe aussi en analysant, comme nous l\u2019avons fait, la programmation, c\u2019est de constater que, dans notre culture, la violence est devenue l\u2019objet d\u2019une telle insouciance ; on l\u2019utilise à profusion, à des fins d\u2019abord commerciales, pour amuser le public, sans la moindre prudence, sans se soucier des effets que sa diffusion pourrait occasionner.Les effets de la violence télévisée font encore l\u2019objet de débats parmi les scientifiques.D\u2019un point de vue scientifique, il est extrêmement difficile d\u2019isoler le facteur télévision comme cause de la violence dans la société.Cela est d\u2019autant plus difficile que plusieurs autres médias (en particulier le cinéma et les cassettes vidéo) véhiculent les mêmes contenus.Nous vivons dans une culture de violence et il n\u2019est pas évident que le fait de la faire disparaître ou de la diminuer à la télévision réduirait de façon sensible les agressions dans la société.Mais une autre dimension du problème devrait être prise en considération : le fait que la télé diffuse dans l\u2019intimité du foyer.Le petit écran vient présenter dans nos propres maisons des images que peu de parents prendraient l\u2019initiative de montrer à leurs enfants, pour des raisons de décence ou de gros bon sens.Cette intrusion dans la vie familiale devrait suffire pour mieux encadrer la liberté des entreprises de diffusion, dont le rôle éminemment social, devrait obéir avant tout à des normes sociales, elles-mêmes jamais définies de façon scientifique.?l\u2019utilise à profusion.devenue l\u2019objet d\u2019une Références Bok, S., Mayhem : Violence as Public Entertainment.Reading (Mass) : Addson-Wesley, 1998.Cyrulnik, B., C., Les nourritures affectives, Odile Jacob, 2000.Freedman J.L., Media Violence and its Ejects on Aggresston.Assessing the Scientific Evidence.Toronto : University ofToronto Press, 2002.Gerbner, G., L.Gross, M.Morgan, et N.Signori elli, \u201cThe mainstreaming of America : Violence profile n° 11\u201d.Journal of Communication, 30,3,10-29,1980.Grossman, D., DeGaetano (1999).Stop Teaching Our Kids to Kill : A Call/or Action againstTV, Mouie and Video Game.New York : Crown Publishers.545 L\u2019état du Québec Lorenz, K., LAgression.Une histoire naturelle du mal.Paris : Flammarion, 1969.Ouimet, Marc, « La violence à la télévision et les tendances de la criminalité au Canada», dans La violence à la télévision et les jeunes.Un colloque sur les conséquences du marketing des produits télévisuels.Actes du colloque.(Sous la direction de Normand Turgeon), Centre d\u2019études sur les médias.Montréal : HEC, 2002.Philips, D.P., \u201cThe impact of mass media violence on U.S.homicides\u201d.American Sociological Review, 48,560-568,1983.L\u2019année des médias : Québécor à l\u2019avant-scène Nicolas Saucier (auec la collaboration de Julie Bigaouette), Centre d\u2019études sur les me'dias, Uniuersite' Laual L\u2019emprise du groupe Québécor sur les médias québécois s\u2019est manifestée de façon éclatante tout au long de l\u2019année.Le succès colossal de la série Star Academie démontre ce que peut donner l\u2019action concertée de l\u2019ensemble de ses filiales autour d\u2019un projet de groupe [voir p.496].Le réseau de télévision, les quotidiens, les magazines, les portails Internet, le service de distribution numérique, ainsi que les magasins et la maison de disques sont mis à contribution et retirent des bénéfices importants de la réussite gigantesque de l\u2019opération.En revanche, les hauts et les bas de la vie agitée du groupe ont contribué à alimenter la chronique financière.L\u2019acquisition par Québécor et la Caisse de dépôt et placement du Québec du câblo-distributeur Vidéotron et du réseau TVA, au printemps 2000, a apporté tout au long de l\u2019année 2002-2003 son l°t de difficultés au conglomérat dirigé par Pierre-Karl Péladeau.Les résultats financiers de la Caisse en ont grandement souffert.L\u2019achat s\u2019est fait à prix fort, car les cours boursiers étaient alors gonflés par la bulle spéculative entourant les nouvelles technologies.L\u2019entreprise s\u2019est ainsi lourdement endettée pour acquérir des actifs dont elle a dû revoir la valeur à la baisse.De plus, Vidéotron, qui jouissait il y a peu encore d\u2019un monopole dans la distribution de canaux de télévision sur les territoires qu\u2019elle dessert, fait face à une concurrence de plus en plus vive du service de distribution par satellite de Bell, ExpressVu.Le nouveau propriétaire cherche donc à diminuer ses coûts en modifiant certaines pratiques, mais, ce faisant, il empoisonne les relations avec ses employés, ses fournisseurs propriétaires de canaux spécialisés et l\u2019organisme de réglementation, le 546 La culture et les médias Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadienne (CRTC).Celui-ci bloque également les projets de Québécor visant à prendre pied dans la radio.Les finances de l\u2019empire Québécor L\u2019année 2002-2003 est difficile pour Québécor, qui doit encore absorber l\u2019acquisition de Vidéotron et supporter une dette très importante.Le groupe doit effacer quelque 2,35 milliards de dollars de la valeur de Vidéotron afin de mieux refléter ce que vaut depuis lors le câblo-distributeur.La Caisse de dépôt et placement, partenaire à hauteur de 45 % dans la filiale qui regroupe les activités médiatiques du conglomérat, Québécor Media, dévalue elle aussi sa participation pour une deuxième fois en 2002.Les 2,96 milliards de dollars investis par l\u2019institution dans Québécor Média ne valaient plus, au printemps 2003, que 435 millions, soit une perte de valeur de 85 %.Québécor a dû aussi vendre, en novembre 2002, quelque huit millions d\u2019actions de sa filiale d\u2019imprimerie Québécor World afin de rembourser sa partie égale à 245 millions d\u2019un emprunt de 429 millions contracté pour l\u2019achat de Vidéotron.La Caisse de dépôt a dû honorer sa part (193 millions) du remboursement de cet emprunt En raison de la perte de valeur de certains actifs et des obligations financières découlant de son endettement, QuebecorMédia a terminé l\u2019année 2002 avec une perte de 214 millions de dollars, moins élevée cependant que la perte de 444 millions enregistrée l\u2019année précédente.Le conflit de travail chez le câblo-distributeur Vidéotron a commencé au printemps 2002 et a mis dût mois avant de se régler [voir p.326].Il s\u2019est terminé par l\u2019acceptation, par les 2 200 employés, de l\u2019abolition de 268 postes, un recours accru à la sous-traitance, une augmentation des heures de travail, et d'autres reculs.De son côté, l\u2019entreprise a accepté l\u2019annulation de la vente de ses activités d\u2019entretien et d\u2019installation à Alentron, filiale de la compagnie Entourage.Cette transaction, qui s\u2019accompagnait du transfert de 664 techniciens de Vidéotron à Alentron, avait été l\u2019une des causes importantes du conflit, aussi marqué par la volonté générale de Québécor de réduire les dépenses de sa filiale Vidéotron.Selon le président de Québécor, les revenus de Vidéotron ne suffisaient plus à payer les intérêts sur sa dette, à entretenir son réseau et à investir dans le développement de la distribution de la télévision numérique.Le conflit, marqué par l\u2019utilisation de briseurs de grève, avait donné lieu à de multiples actes de sabotage du réseau de Vidéotron, ce qui a parfois privé de service des centaines de milliers d\u2019abonnés du câble, d\u2019Internet et de Vidéotron Télécom.Cela n\u2019a pas facilité la tâche à Vidéotron, qui perdait déjà des milliers d\u2019abonnés au profit de ses concurrents, avant même le conflit de travail.Le CRTC a obligé Vidéotron à redonner à ses concurrents accès à la partie de son réseau desservant 7762 immeubles de 20 logements et plus, au prix réglementé de 52 cents par abonné.Vidéotron avait vendu le réseau de câblage intérieur desservant ces 383 000 unités d\u2019habitation à une filiale, Câblage QMI, dans l\u2019espoir que ces infrastructures échappent à la juridiction de l\u2019organisme de réglementation et au prix 547 L'état du Québec réglementé.Après la vente, Câblage QMI exigeait des concurrents de Vidéotron, notamment Bell ExpressVu et Look Communications, des redevances de 5 $ par mois par abonné pour l\u2019utilisation de son réseau de distribution dans ces immeubles.Le CRTC a estimé que Vidéotron a cherchait à protéger sa position dominante dans le marché, soit en retirant des bénéfices indus des redevances élevées imposées aux concurrents, soit en empêchant ces derniers d\u2019avoir accès à ce marché.Vidéotron a contesté en vain la décision du CRTC devant la Cour fédérale.Les tarifs des chaînes spécialisées Estimant trop élevés les tarifs exigés par certains canaux spécialisés pour leur distribution sur son réseau de câble, Vidéotron a décidé unilatéralement, au printemps 2002, de réduire les droits qu\u2019elle leur paie.Cela a entraîné de longs conflits avec presque tous les propriétaires de ces chaînes.Le conflit était particulièrement virulent entre Québécor et son concurrent BCE, qui possède le distributeur par satellite Bell ExpressVu ainsi que le Réseau des sports (RDS).Vidéotron a entamé une poursuite de 13,4 millions de dollars contre RDS, estimant que la chaîne spécialisée lui avait facturé des droits de diffusion plus élevés qu\u2019à sa parente Bell ExpressVu.De son côté, BCE s\u2019est adressé à la Cour supérieure pour récupérer les sommes que Vidéotron ne lui aurait pas versées en redevances, car le câblodistributeur aurait sous-estimé à dessein le nombre des abonnés à ses canaux, RDS notamment.En août 2002, le CRTC a sévèrement blâmé Vidéotron pour avoir réduit unilatéralement le tarif de ses redevances à un niveau déraisonnable et sans raison valable.Le CRTC a ordonné au câblodistributeur de rembourser à RDS les arrérages de redevances.Après avoir d\u2019abord refusé d\u2019obtempérer, le câblodistributeur s\u2019est finalement exécuté en janvier 2003, lorsque le CRTC a menacé d\u2019émettre une ordonnance exécutoire.Devant la menace brandie par d\u2019autres chaînes spécialisées, à l\u2019effet de cesser de lui fournir un signal (comme Family Channel Ta fait pendant plusieurs semaines), le câblodistributeur s\u2019est entendu avec ces dernières.Déréglementation des tarifs de Vidéotron À la suite d'une baisse de la clientèle, la compagnie Vidéotron a souhaité profiter du règlement du CRTC qui permet à un câblodistributeur de demander que ses tarifs soient déréglementés dans les marchés où il a perdu plus de 5 % de ses clients.Vidéotron a fait de telles demandes pour une partie de ses abonnés de la région de Montréal, ainsi que pour ceux de Terrebonne, Québec, Sherbrooke, Rivière-du-Loup et Chicoutimi.Le câblodistributeur a perdu de 5 à 10 % de ses abonnés au câble analogique dans ces marchés au cours des dernières années.Vidéotron a indiqué que son geste ne visait pas à augmenter sensiblement ses prix, ce qui lui serait nuisible en raison de la concurrence, mais seulement à harmoniser tarifs et forfaits sur un ensemble de quelque 60 territoires.Vidéotron veut également avoir les coudées franches vis-à-vis de ses concurrents de la distribution par satellite.Si le CRTC accepte toutes ces demandes, la majorité des abonnements de Vidéotron ne seront plus réglementés, soit 1,1 million sur 1,4 mil- 548 La culture et les médias lion d\u2019abonnements.On estime que 65% des foyers canadiens abonnés au câble sont sous un régime non réglementé.Tentative d\u2019incursion ratée de TVA dans la radio Dans une décision rendue en juillet 2003, le CRTC a refusé d\u2019autoriser l\u2019achat de plusieurs stations de radio appartenant au groupe Astral par la filiale de Québécor Média, TVA, et son associée, Radio-Nord.Il s\u2019agissait des huit stations AM du réseau Radio-média, dont CRAC à Montréal et CHRC à Québec, ainsi que de la station CFOM de Lévis qui opère sur la bande FM.Ces stations ont été acquises par Astral, mais doivent être revendues à la suite de décisions du CRTC et du Bureau de la concurrence.Cette tentative d\u2019incursion de TVA dans le secteur de la radio a suscité de nombreuses réactions négatives.La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) a affirmé que cela représenterait une concentration excessive de la propriété des médias entre les mains de Québécor.Le Conseil de presse a également jugé que le niveau élevé de concentration des médias constituait un danger pour le pluralisme et la libre circulation des idées.Les syndicats se sont opposés à la transaction par crainte que les stations AM perdent leur identité et deviennent un véhicule publicitaire pour TVA et l\u2019empire Québécor.Plusieurs intervenants évoquent l\u2019aberration bureaucratique qui pourrait permettre à l\u2019empire de Québécor, la principale source d\u2019information des Québécois, d\u2019acheter ces stations, alors que le Bureau de la concurrence avait empêché Astral de les acquérir en invoquant une trop grande prédominance dans le marché publicitaire radiophonique.Lors d\u2019audiences publiques tenues par le CRTC en février 2003, TVA et Radio-Nord ont déclaré être en mesure de relancer la radio AM, qui est financièrement déficitaire et perd des auditeurs depuis plusieurs années.Le CRTC refuse la transaction parce que le projet de relance de la radio AM soumis par TVA n\u2019offrait pas suffisamment d\u2019avantages pour contrebalancer les effets d\u2019une telle concentration de médias dans les mains de Québécor.Le CRTC a refusé d\u2019autoriser l\u2019achat de plusieurs stations de radio appartenant au groupe Astral par la filiale de Québécor Média,TVA.Et la convergence des médias ?Tout ne va pas mal pour Québécor.La série télévisée Star Académie, pour laquelle l'entreprise a mis à contribution l\u2019ensemble de ses filiales, s\u2019est avérée un franc succès.Québécor affirme que le succès de Star Académie confirme la réussite de sa stratégie de convergence.La station de télévision TVA a récolté 41 % des parts de marché le dimanche soir, l\u2019émission s\u2019étant hissée au sommet des émissions les plus regardées avec une moyenne de 1182 675 téléspectateurs par gala.Les magazines appartenant à l\u2019entreprise et faisant la promotion des «académiciens », comme le 7 jours et le Dernière heure, se sont vendus à plus de 400 000 exemplaires.La filiale Netgraphe, grâce au vote payant sur Internet, s\u2019est trouvé une source de revenus directs qui lui a évité de fonctionner à même du capital emprunté, ce dont Pierre-Karl Péladeau se réjouit particulièrement.Québécor, ne possédant pas de stations de radio, s\u2019est associée au réseau Radio Energie, une propriété d\u2019Astral Média, pour assurer un rayonnement plus large à 549 L'état du Québec « l\u2019Académie ».La maison de disques de Québécor, Sélect, a vendu 500 000 copies de l\u2019album enregistré par les jeunes, en partie par l\u2019intermédiaire des magasins Archambault, une autre propriété du conglomérat.Selon Pierre Karl-Péladeau, il s\u2019agit d\u2019une éloquente illustration des possibilités de la convergence des médias que possède Québécor.D\u2019ailleurs, la télé-réalité s\u2019est généralisée au Québec durant la dernière année.Le Fonds canadien de télévision Le gouvernement fédéral a une diminution de 25 millions de dollars de sa contribution au Fonds canadien de télévision (FCT).Le gouvernement fédéral a jeté la consternation dans le monde de la production télévisuelle et de la radiodiffusion en annonçant, lors du budget de février 2003, une diminution de 25 millions de dollars de sa contribution au Fonds canadien de télévision (FCT).Créé en 1996 dans le but d\u2019appuyer la production et la diffusion d\u2019émissions canadiennes de qualité, le Fonds est issu d\u2019un partenariat des secteurs public et privé.Il est financé par le gouvernement fédéral, les entreprises de câblodistribution et les systèmes de radiodiffusion directe par satellite.Après maintes protestations, les ministres fédéraux des Finances et du Patrimoine ont décidé en juin 2003 de remettre dans la cagnotte une somme de 12,5 millions de dollars.II s\u2019agit toutefois de dépenser une partie du budget de l\u2019année 2004 qui sera donc réduit d\u2019autant.Le Fonds a reçu en 2003 plus de demandes de financement que l\u2019année précédente, alors qu\u2019il disposait de moins d\u2019argent.Les 788 demandes déposées au printemps 2003 totalisaient 341 millions de dollars, alors qu\u2019il n\u2019y avait que 172 millions à distribuer.Les 295 demandes de financement pour des émissions de langue française représentaient à elles seules 113 millions de dollars.Le FCT doit donc refuser la majorité des demandes qui lui sont faites.Le FCT est victime de son succès.En effet, les nouvelles chaînes spécialisées multiplient les projets d\u2019émissions pour meubler leurs grilles horaires et adressent au Fonds un nombre croissant de demandes.Outre la réduction de la contribution d\u2019Ottawa au FCT, les producteurs québécois de télévision ont été touchés par des modifications annoncées lors du budget québécois de 2003, qui réduisent de plusieurs millions de dollars les crédits d\u2019impôt qu\u2019accorde le gouvernement québécois à la production télévisuelle.Plusieurs types de productions ne sont plus admissibles à de telles réductions d\u2019impôt : les émissions de « télé-réalité » ; les reportages de tournage (« making-of») ; les jeux-questionnaires (sauf si leur contenu est éducatif) ; les magazines télévisés, notamment ceux traitant de construction, de rénovation, de décoration, de jardinage ou de cuisine.Examen de la Loi sur la radiodiffusion Après deux ans de travail, le Comité permanent du patrimoine canadien de la Chambre des communes a présenté à l\u2019été 2003 un rapport de 1000 pages sur la radiodiffusion, comportant 97 recommandations.Présidé par le député Clifford Lincoln, le Comité a notamment demandé une augmentation du financement des programmes de soutien à la production télévisuelle canadienne, ainsi que la création d\u2019un fonds d\u2019aide à la production régionale, locale et com- 550 La culture et les médias La propriété des médias Le phénomène de la concentration de la propriété des médias d'information a continué de susciter l'intérêt des gouvernements fédéral et provincial, mais aucune nouvelle législation, aucune réglementation ni aucun programme d\u2019aide à la diversité n'ont été adoptés en 2002 ou en 2003.À l'automne 2002, la ministre québécoise de la Culture et des Communications, Diane Lemieux, avait créé un Comité-conseil sur la qualité et la diversité de l'information.Dirigé par Armande Saint-Jean, ex-journaliste et professeure à l'Université de Sherbrooke, ce comité a remis son rapport en février 2003.Ce rapport propose l'adoption d'une loi sur l'information ainsi qu'une série de mesures visant à atténuer les effets de la concentration des médias au Québec.Plusieurs de ces mesures sont similaires à celles proposées l\u2019année précédente par la commission de la Culture de l\u2019Assemblée nationale.Le Comité-conseil a notamment recommandé la création d'un «conseil de l'information» qui relèverait de l'Assemblée nationale, et qui agirait comme observatoire des médias et comme outil d'éducation aux médias.Composé de professionnels du milieu et de représentants de la population, ce conseil assurerait le maintien de la qualité, de la diversité et de l'accessibilité à l'information.Le comité a aussi proposé l'élaboration d'une charte de l'information énonçant les règles fondamentales et principes éthiques auxquels devraient se conformer les entreprises et les journalistes.Le conseil de l'information aurait pour mandat de vérifier si les codes de déontologie des entreprises sont conformes à ces principes.Il gérerait aussi un fonds d'aide qui soutiendrait la presse indépendante et les médias régionaux.Ce fonds serait financé à même les revenus publi- citaires des entreprises.Le comité suggère également que les transactions qui modifient la propriété des médias soient examinées par le conseil de l'information.La Fédération professionnelle des journalistes du Québec a manifesté de fortes réserves face à ce rapport.Elle s'oppose à la création d'une structure gouvernementale qui interviendrait dans le domaine de l\u2019information.La FPJQ estime que le rapport ne répond pas aux préoccupations des journalistes et des citoyens, car il ne propose rien pour bloquer la concentration grandissante de la propriété.La FPJQ appuie cependant l'idée de créer un observatoire des médias ainsi que la mise sur pied d'un fonds d'aide à l'information.Par ailleurs, lors de leur congrès annuel tenu à l'automne 2002, les membres de la FPJQ avaient rejeté l'idée, soumise par leur comité de direction, d'une loi qui encadrerait leur profession.À ce sujet, Michel Roy, président du Conseil de presse du Québec, a également rejeté l'idée d'une intervention gouvernementale dans la gestion de la presse.Il estime que la voie de l'autorégulation demeure la plus appropriée, dans l'optique de la protection du public.Selon lui, le Conseil de presse pourrait assumer davantage de responsabilités si on lui fournissait un financement adéquat.Devant de telles réactions, la ministre de la Culture et des Communications a rapidement rejeté l'idée d'adopter une loi sur l'information.La ministre en a plutôt appelé à la responsabilité des entreprises de presse, afin qu'elles fassent preuve de transparence et qu'elles offrent au public des garanties plus fermes quant à la qualité et à la diversité de l\u2019information.Elle a proposé d'élargir le rôle du Conseil de presse et de jeter les bases d'une charte de l'information, non coercitive, qui consacrerait le droit du public à l'information.La ministre a 551 L'état du Québec repris l'idée d'un fonds d'aide à l'information qui aurait pour but de soutenir, entre autres, les médias régionaux.Mais aucune suite n'a été donnée à cette idée avant les élections d'avril 2003, perdues par le PQ.Du côté fédéral, le Comité du patrimoine canadien de la Chambre des communes a profité de la publication de son rapport sur la radiodiffusion pour aborder la question de la concentration des médias, et tout particulièrement celle de la propriété croisée.Le Comité estime que la propriété croisée et la concentration des médias affectent la diversité des voix, des sources d'information et des opinions éditoriales.Le Comité s'inquiète des effets de la propriété croisée et dénonce les atteintes à l\u2019indépendance éditoriale, mentionnant nommément les politiques du groupe CanWest Global à l'égard de ses journaux.Le Comité du patrimoine a estimé que les problèmes potentiels découlant de la propriété croisée des médias sont suffisamment graves pour que le gouvernement fédéral établisse une politique à ce sujet.Il a demandé au gouvernement de faire connaître cette politique avant juin 2004, et souhaité qu\u2019entre-temps le CRTC impose un moratoire sur l'émission de nouvelles licences de radiodiffusion entraînant la propriété croisée d'entreprises médiatiques.C'est au moment de réagir à l'ensemble des recommandations du rapport sur la radiodiffusion que la ministre du Patrimoine devrait faire connaître sa position sur cette suggestion.Enfin, en avril 2003, un comité du Sénat a entrepris une étude sur l'état des médias au Canada.La présidente du comité, la sénatrice et ex-journallste Joan Fraser, estime que les médias canadiens se portent bien mais qu\u2019avec la concentration croissante de la propriété, il faut se demander comment assurer la diversité dans les médias, la qualité des contenus et l'indépendance des rédactions par rapport aux propriétaires.Le comité prévoyait remettre son rapport à l'automne 2004.Les \" rationalisations de CanWest Global La politique d'uniformisation des éditoriaux des principaux quotidiens de CanWest Global, annoncée à la fin de 2001 et ensuite abandonnée, a provoqué d'autres événements sur le même registre en 2002-2003, notamment le renvoi de l'éditeur du Ottawa Citizen, qui ne partageait pas la philosophie de la direction de l'entreprise.Un débat s'en est suivi sur l\u2019indépendance éditoriale des journaux ainsi que sur la diversité et la liberté des opinions face aux empires médiatiques.L'Institut International de la Presse a même estimé que cette affaire portait atteinte à l\u2019excellente réputation du Canada en matière de liberté de presse.Au début de 2003, CanWest a fait un pas de plus dans la centralisation de ses activités journalistiques en installant à Winnipeg un pupitre d'information où une trentaine de journalistes produisent ou retravaillent des articles sur les affaires nationales et internationales avant de les mettre à la disposition des journaux de la chaîne.Au Québec, le quotidien montréalais The Gazette, qui appartient à CanWest, a aboli 16 postes de journalistes en 2003.L'éditeur du journal, Larry Smith, a fait valoir que le journal avait trop d'employés par rapport à la taille de son marché.Par ailleurs, le Conseil de presse du Québec a rendu une décision concernant la plainte d\u2019un lecteur du quotidien The Gazette contre la politique de l'éditorial unique de CanWest Global.Le Conseil a affirmé que CanWest Global avait le droit de fixer les règles rédactionnelles de ses journaux et d'exclure les points de vue qui s\u2019écartent de sa politique, mais il a rappelé que les droits des entreprises sont également assortis de responsabilités et que The Gazette doit donc refléter adéquatement la réalité montréalaise et québécoise, tant sur le plan de l'opinion que sur celui de l\u2019information.552 La culture et les médias La propriété étrangère La question de la participation étrangère à la propriété des télécommunications et des médias canadiens a fait l'objet de nombreux débats au Parlement canadien.Selon les règles actuelles, les compagnies étrangères ne peuvent détenir plus de 46,7% du capital des entreprises canadiennes de télécommunications et de radiodiffusion (radio, télé et distribution).Le débat oppose les partisans de la déréglementation à ceux qui s'inquiètent de l'avenir du contenu canadien, surtout à la télévision, si les médias passaient aux mains d'intérêts étrangers.Le ministre, tout comme le Comité de l'Industrie de la Chambre des communes, est favorable à une plus grande ouverture aux capitaux étrangers, alors que la ministre et le Comité du Patrimoine, eux, s'y opposent.Les concurrents de Bell Canada dans le domaine des télécommunications sont les plus ardents partisans d'une libéralisation des règles de propriété étrangère dans leur secteur.Cela leur permettrait d'accroître leurs capitaux et d'offrir, affirment-ils, une compétition plus vive à Bell.De leur côté, lescâblodis-tributeurs souhaitent être soumis aux mêmes règles que les entreprises de télécommunications, avec lesquelles ils ont de plus en plus à se mesurer, sinon ils s'en trouveront désavantagés.Ces câblodistributeurs disent ne pas avoir l'intention de céder le contrôle de leurs entreprises à des intérêts étrangers, mais affirment qu\u2019ils ont également besoin de nouveaux capitaux pour réaliser les investissements nécessaires à leur développement, leur niveau d'endettement élevé limitant leur capacité d'investir.L'un des objectifs que visent les actuelles limitations légales, c'est d'empêcher les grandes entreprises médiatiques d'inonder le marché canadien de contenus étrangers, et particulièrement d'émissions de télévision américaines.Les partisans d'un assouplissement des règles avancent que les changements pourraient être circonscrits aux secteurs du transport et de la distribution, et que ces activités pourraient être séparées de celles relatives à la production et à la diffusion du contenu.La protection culturelle du Canada pourrait, à leur avis, être assurée en maintenant les règles de propriété pour les réseaux de télévision, ainsi que les quotas sur le «contenu canadien».Ceux qui prônent le maintien des limitations actuelles croient qu'elles constituent une condition essentielle à la survie de l'ensemble des mesures qui assurent la production et la distribution d'émissions canadiennes et québécoises.?Nicolas Saucier munautaire.Il souhaite que la société Radio-Canada reçoive un budget plus élevé et stable, mais qu\u2019en contrepartie elle soit de nouveau davantage présente dans les régions.Le Comité propose aussi de rassembler toutes les responsabilités en matière de radiodiffusion et de télécommunications, lesquelles relèvent actuellement soit de l\u2019Industrie, soit du Patrimoine, au sein d\u2019un ministère des Communications.Enfin, il recommande une réforme fondamentale de la structure et de la composition du CRTC.Le Bloc québécois s\u2019est dit d\u2019accord avec plusieurs des recommandations, mais considère qu\u2019il appartient au Québec de gérer sa culture.Le Bloc regrette que le Comité ne reconnaisse pas la spécificité culturelle québécoise et propose une nouvelle entente administrative provinciale-fédérale dans le domaine des communications, comme le souhaite le gouvernement du Québec.553 L'état du Québec La télévision par satellite recrute maintenant la majorité de ses nouveaux clients dans les zones urbaines.Télé communautaire Le CRTC a émis une nouvelle politique sur la télévision communautaire, résultat de presque deux années de consultations.Cette politique affirme clairement qu\u2019une chaîne communautaire doit susciter un taux élevé de participation des citoyens, reposer sur la collaboration de la collectivité à sa programmation, et promouvoir activement l\u2019accès des citoyens à ce type d\u2019expression.Cette politique vise à empêcher un câblodistributeur de mettre à l\u2019écart des télévisions communautaires pour leur substituer ses propres canaux à tendance commerciale.Mentionnons l\u2019exemple de Vidéotron, qui a remplacé une dizaine d\u2019entre elles par Vox, sa propre chaîne « communautaire », entre 1998 et 2000.Selon les nouvelles dispositions, un canal communautaire a l\u2019obligation de consacrer, chaque semaine, au moins 60% de sa programmation à des émissions locales.De 30% à 50% de la programmation doit consister en des émissions produites et créées par les membres de la communauté.Si un câblodistributeur n\u2019offre pas de canal communautaire ou offre un canal qui ne correspond pas à la politique, des groupes communautaires sans butlucraüf pourront demander un permis au CRTC, et leur chaîne devra éventuellement être distribuée par le câblodistributeur.La Fédération des télévisions communautaires autonomes du Québec, qui regroupe une quarantaine de télévisions sans but lucratif, s\u2019est réjouie de ce qu\u2019elle qualifie de «gain historique».On croit que cette politique aura un impact majeur sur la survie et le développement des télévisions communautaires.Télédistribution : le succès du satellite La croissance rapide des services de radiodiffusion directe par satellite se poursuit aux dépens de la câblodistribution.Les données du CRTC indiquent que, pour l\u2019ensemble du Canada, leur part de marché atteignait 22 % en 2003, contre 17 % en 2001, et que près de deux millions de Canadiens y sont abonnés.Les revenus de ces distributeurs témoignent de leur forte croissance, puisqu\u2019ils atteignaient 941 millions de dollars en 2002, contre 678 millions en 2001.Notons qu\u2019après avoir d\u2019abord connu du succès dans les régions éloignées, la télévision par satellite recrute maintenant la majorité de ses nouveaux clients dans les zones urbaines, au détriment des câblodistributeurs.Mais il faut nuancer l\u2019ampleur de ces succès, puisque les distributeurs de télévision par satellite et de système multipoint affichent, globalement, une perte nette d\u2019exploitation d\u2019environ 81 millions de dollars en 2002, qu\u2019ils n\u2019atteindront pas la rentabilité avant 2004 dans le meilleur des cas.C\u2019est d\u2019ailleurs la raison pour laquelle les compagnies de télévision par satellite, qui avaient opté pour une pratique de prix modérés afin de se bâtir une clientèle, ont augmenté leurs tarifs.Afin de maintenir son attrait auprès du public, la principale de ces compagnies, Bell ExpressVu, a procédé au cours de l\u2019année au lancement d\u2019un nouveau satellite, ce qui a doublé son éventail de canaux.Depuis mars 2003, elle propose 76 nouveaux canaux dont 25 stations locales, qui étaient auparavant absentes de sa programmation, ainsi que quelques chaînes de France.Malgré la forte croissance des com- 554 La culture et les médias pagnies de radiodiffusion directe par satellite, l\u2019industrie canadienne de la câblodistribution a connu tout de même une nouvelle hausse de ses revenus (7%) en 2002.Les revenus qui croissent le plus rapidement et expliquent la hausse sont cependant ceux des services d\u2019accès Internet à haute vitesse.De 1998 à 2002, les revenus des câblodistributeurs ont augmenté de 41,1% pour atteindre les 3,9 milliards de dollars.Piratage et « marché gris » La seule ombre au tableau pour la télévision par satellite est la persistance du piratage des signaux canadiens et des abonnements au marché «gris» (services de distribution américains).Des pirates interceptent les signaux en modifiant les cartes d\u2019accès qu\u2019on peut se procurer chez les fournisseurs d\u2019équipements.Ils bénéficient ainsi des émissions sans avoir à payer d\u2019abonnement.D\u2019autres s\u2019abonnent à des services de distribution américains.Bell ExpressVu et d\u2019autres compagnies de l\u2019industrie télévisuelle ont engagé des poursuites de plusieurs millions de dollars contre des fournisseurs d\u2019équipements donnantaccès à ce marché gris de la télévision par satellite.ExpressVu a subi par ailleurs les foudres des câblodistributeurs, dont Québécor etCogeco, etde leur association (ACTC) qui lui ont reproché de ne pas faire suffisamment d\u2019efforts pour remédier au piratage de ses signaux en adoptant des décodeurs plus perfectionnés.BCE a promis d\u2019améliorer la technologie utilisée par sa filiale ExpressVu.En novembre 2002, une coalition formée notamment des principaux distributeurs par câble et par satellite a lancé une campagne contre le piratage de signaux, afin de sensibiliser le public au fait qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un vol qui nuit à l\u2019industrie de la culture et provoque des pertes d\u2019emplois.L\u2019industrie de la distribution estime que le piratage lui fait perdre au total des revenus de 100 millions de dollars au Québec et de 400 millions à l\u2019échelle du Canada.Le piratage toucherait environ 700 000 foyers au Canada sur les 12 millions de foyers ayant accès à des services de télédistribution.La coalition demande au gouvernement fédéral de hausser le montant des amendes que les tribunaux peuvent imposer aux contrevenants afin de rendre la mesure plus dissuasive.Radio-Canada : la télévision publique se réoriente L\u2019écoute de la télévision de Radio-Canada a continué de décroître en 2002-2003, alors que celle de la radio publique, elle, continuait de croître.Il y a dix ans à peine, le quart des heures que passaient les Québécois à regarder la télévision revenait à Radio-Canada.En 2003, cette télévision n\u2019obtient plus que 15 % de l\u2019écoute.Mince consolation : au Canada anglais, c\u2019est encore pire car CBC n\u2019obtient plus que 8 % de l\u2019écoute.Au printemps 2003, la société Radio-Canada (SRC) a annoncé un « repositionnement» de sa programmation.Son président, Robert Rabinovitch, a alors rappelé que la société d\u2019État avait un mandat culturel à remplir, qu\u2019elle avait des obligations envers certaines clientèles négligées et que sa programmation devait être distincte et de qualité.Radio-Canada souhaite mettre fin à sa « crise d\u2019identité » en affirmant clairement son rôle de télévision publique.555 L'état du Québec On annonce que le choix d'émissions de la télévision publique ne sera plus dicté par les cotes d\u2019écoutes \u2014 quitte à perdre quelques parts de marché \u2014 et qu\u2019on recherchera plutôt l\u2019estime et le respect du public.C\u2019est le nouveau vice-président à la télévision française, Daniel Gourd, auparavant directeur des programmes, qui est censé mettre en œuvre cette nouvelle orientation.Il s\u2019est adjoint, à la direction des programmes, Mario Clément, dont le passage à la direction des programmes de Télé-Québec, de 1997 à 2003, avait suscité maints commentaires positifs.À la rentrée de septembre, Radio-Canada a remanié l\u2019ensemble de ses émissions de nouvelles.Une importante campagne de promotion a accompagné ces changements qui ont été, toutefois, fort mal accueillis tant par l\u2019auditoire que par les critiques.Les hauts responsables de l\u2019information ont dû quitter leur emploi.Le réseau TQS a lui aussi apporté divers changements à son émission de nouvelles du début de soirée.Dans les quotidiens, les chroniqueurs médias ont annoncé une nouvelle « guerre de l'information » sur les ondes.Le CRTC a octroyé un permis à un groupe formé de Spectra et de Radio-Nord pour la mise sur pied d'une radio francophone consacrée au jazz.La radio publique gagne en popularité Du côté de la radio, la Première chaîne de Radio-Canada a constaté une hausse du nombre de ses auditeurs lors des sondages BBM de l\u2019automne 2002 et du printemps 2003.Pour l\u2019ensemble du Canada, tant en français qu\u2019en anglais, les services de radio de Radio-Canada gagnent de nouveaux auditeurs.Chez les francophones, la part d\u2019audience des deux chaînes était de 9,5 % début 2003, comparativement à 6,8% en 1998.Mais l\u2019année 2002-2003 n\u2019a Pas été que positive pour la radio de la SRC.Du côté français, l\u2019annonce de l\u2019abandon, par la chaîne culturelle, de certaines émissions de création et de débat dont l\u2019écoute était plus faible, a provoqué des réactions négatives de certains auditeurs et de membres de la communauté culturelle et littéraire.La nécessité de concilier « écoute » et « mandat culturel » a représenté et continue de représenter une grande question existentielle pour Radio-Canada.Nouveaux projets dans la radio privée La bonne santé financière de l\u2019industrie de la radio privée \u2014 plus précisément de la radio FM \u2014 a amené le CRTC à octroyer plusieurs nouveaux permis au Québec en 2003.L\u2019organisme estime que les marchés de plusieurs villes et régions peuvent accueillir de nouvelles stations qui ajouteront à l\u2019offre sans menacer la survie des radios existantes.C\u2019est le groupe Cogeco qui a le plus bénéficié de cette décision, obtenant trois nouveaux permis pour exploiter des radios FM à Québec, Sherbrooke et Trois-Rivières.Le CRTC a également octroyé un permis à un groupe formé de Spectra (qui organise le Festival de jazz de Montréal) et de Radio-Nord, pour la mise sur pied d\u2019une radio francophone consacrée au jazz.Enfin, il a autorisé une radio autochtone et une radio hellénique à Montréal, une radio rock et une radio communautaire à Sherbrooke, ainsi qu\u2019une radio AM à Laval, destinée aux plus de 50 ans.Par contre, le CRTC a refusé d\u2019entériner l\u2019acquisition des stations du groupe Astral par une coentreprise formée de TVA et de Radio-Nord.Il a aussi dit non au projet qu\u2019avait TVA de créer un réseau de radios FM destinées 556 La culture et les médias aux baby-boomers.En septembre 2003, les stations du groupe Astral ont été vendues à une coentreprise qui sera détenue par l\u2019éditeur Gaëtan Morin (Bo°/o) et l\u2019actuel président et directeur général de CKAC, Sylvain Chamber-land.C\u2019est M.Chamberland qui dirigera l\u2019entreprise.L\u2019annonce de la tran- saction a suscité des commentaires positifs, en particulier des journalistes.Elle ne crée pas de problèmes associés à la concentration de la propriété des médias, mais doit recevoir l\u2019accord du CRTC.Les nouveaux acquéreurs devront maintenant trouver une façon de relancer les stations AM en déclin.?Convergence, concentration et diversité des médias : mythes et réalités Florian Sauvageau Departement d\u2019information et de communication, Université Laual Rappelons-nous les promesses euphoriques d\u2019il y a quelques années.La convergence devait révolutionner le panorama des médias du xxie siècle.Internet, qui en était le ciment, deviendrait vite le lieu principal d\u2019information des citoyens et de divertissement des foules, et le cœur commercial de nos sociétés.L\u2019acquisition du conglomérat Time Warner (films, disques, magazines, câble, etc.) par le fournisseur de services Internet America on Line (AOL), en janvier 2000, en constituait l\u2019emblème.Au Canada et au Québec, c\u2019est sous la même bannière de la convergence et de l\u2019intégration des contenus et des contenants que BCE, la société de portefeuille qui contrôle Bell Canada, achetait le réseau de télévision CTV et le quotidien The Globe and Mail, et que Québécor acquérait à grands frais Vidéotron et le réseau TVA.L'entreprise mettait ainsi la main, selon le président de Québécor Pierre-Karl Péladeau, sur l\u2019infrastructure d\u2019accès à Internet, « l\u2019élément stratégique de taille » qui lui manquait (La Presse, 12 avril 2000).Aujourd\u2019hui, les entreprises « con-vergées » vacillent pour la plupart sous le poids de l\u2019endettement.Malgré son impact indéniable, Internet n\u2019a pas encore engendré la révolution annoncée.Les médias « anciens », dont certains prophètes annonçaient la mort quasi imminente, tiennent le coup.Nous regardons toujours la télévision et nous lisons encore les journaux! Comme l\u2019explique le torontois David Olive, l\u2019un des rares journalistes que les promesses de la convergence n\u2019ont jamais enthousiasmé, « aucun projet ne 557 L\u2019état du Québec Mais qu\u2019est-ce donc que la convergence ?C'est une auberge espagnole.semble devoir produire la diminution de dépenses et le surcroît de recettes justifiant les énormes frais des fusions et les dettes contractées pour former ces empires de la convergence» (Centre d\u2019études sur les médias, 2003).Time Warner a éliminé la mention AOL de la raison sociale de l\u2019entreprise.Le geste a valeur de symbole.Le concept-slogan chancelle.Au début de 2003, le président de BCE, Michael Sabia, annonçait que les deux entreprises clés de Bell Globemedia, société issue de la stratégie de convergence, CTV et Tfie Globe and Mail, seront désormais exploitées séparément.Ainsi, «BCE met le point final à la convergence » (La Presse, 30 janvier 2003).En revanche, Québécor persiste et signe.Les succès de Star Académie auxquels contribuent de nombreuses filiales de l\u2019entreprise revigorent la foi en la convergence du président Pierre-Karl Péladeau.Mais qu\u2019est-ce donc que la convergence?C\u2019est une auberge espagnole.Demandez, disait-on il y a peu, à dix entrepreneurs qui prétendent faire de la convergence de définir le concept, et vous aurez dix réponses différentes.Au milieu des années 1990, on entendait par convergence le phénomène, découlant de la technologie et de la déréglementation, qui allait permettre aux entreprises de télécommunications et de câblodistribution d\u2019offrir les mêmes services.Les compagnies de téléphone nous proposeraient aussi la télévision et les câblodistributeurs, le téléphone.On ne distinguerait plus les unes des autres.Elles «convergeraient».Plus tard, comme l\u2019explique Yves Rabeau de l\u2019UQAM, «l\u2019idée de convergence a glissé du domaine de la technologie vers les stratégies et modèles d\u2019affai- res ».Les entreprises de télécommunications allaient intégrer des sociétés d\u2019informatique et des entreprises de contenu.« En fait, explique le professeur Rabeau, ce concept de convergence comme modèle d\u2019affaires recouvre deux stratégies des plus traditionnelles: l\u2019intégration horizontale et l\u2019intégration verticale » (Centre d\u2019études sur les médias, 2003).La convergence, c\u2019est la concentration dans de nouveaux habits.Ainsi, la réussite de Star Académie s\u2019explique par la nouveauté et l\u2019attrait du genre et une stratégie traditionnelle de promotion croisée bien orchestrée, mais tout à fait classique, plutôt que par la convergence nouvelle liée à la technologie et à Internet, comme le président Pierre-Karl Péladeau la présentait, il y a quelques années à peine.L\u2019apport des nouveaux médias au succès de Star Académie reste bien secondaire quand on le compare au rôle joué par les médias « anciens ».C\u2019est la force de frappe du réseau TVA et la contribution des médias écrits du groupe Québécor qui ont constitué l\u2019armature de l\u2019opération.L\u2019utilisation du Journal de Montréal, dont les nouvelles de «l'Académie» y semblaient certains jours plus importantes que celles de la guerre en Irak, et des magazines « artistiques » du groupe pour faire la promotion des émissions de télévision, s\u2019apparente aux stratégies déployées au début du siècle précédait par William Randolph Hearst, qui se servait des quotidiens qu\u2019il possédait dans de nombreuses villes américaines pour favoriser les films que produisait son studio d\u2019Hollywood.L\u2019empire de Hearst, criblé de dettes, ne survécut pas à la Dépression.Hearst, qui possédait aussi des magazines et des stations de 558 La culture et les médias radio, faisait de la « synergie » avant le mot.La synergie, slogan a la mode chez les entrepreneurs de médias avant que la convergence ne devienne la nouvelle formule, suppose qu\u2019une même idée ou concept donne lieu à plusieurs produits différents (un film, un livre, des émissions de télévision, etc.) et à la mise en marché de multiples produits dérivés.Ce sont ces effets de synergie que recherchent les patrons de médias quand ils font de la concentration ou ce qu\u2019ils appellent \u2014 un bel euphémisme \u2014 de la consolidation.C\u2019est ce qu\u2019on a brillamment réussi avec Star Académie.Québécor n\u2019est pas seule à rechercher les effets de synergie.Radio-Canada, toute publique qu\u2019elle soit, fait aussi de la promotion croisée quand ses animateurs et journalistes-vedettes défilent d\u2019une émission à l\u2019autre, à la radio et à la télé, pour dire à d\u2019autres animateurs et journalistes de la maison, qui semblent avoir soudainement perdu tout sens critique, l\u2019importance et l\u2019urgence de les regarder et de les écouter.Une menace contre la diversité ?Pour le président de Québécor, le succès de Star Académie confirme la réussite de sa stratégie de convergence.On peut lui souhaiter que la promotion croisée ou les synergies qui découlent de la fusion d\u2019entreprises aident Québécor à sortir du bourbier dans lequel l\u2019endettement découlant de l\u2019acquisition de Vidéotron l\u2019a entraînée.Mais ce n\u2019est pas la seule Star Académie qui y arrivera.Pour ceux que la concentration et la propriété croisée des médias inquiètent, la réussite de Star Académie en illustre les dangers.Selon eux, l\u2019influence de Québécor, dont elle témoigne magistrale- ment, constitue une menace tout autant pour la bonne marche de l\u2019économie, pour les concurrents et les annonceurs, dont les possibilités de choix et la marge de manœuvre peuvent être réduites, que pour la vie démocratique et la diversité d\u2019information et d\u2019opinion qu\u2019elle requiert.Un lien a constamment été établi par ceux qu\u2019inquiète la concentration entre la structure de propriété des médias et la diversité des contenus.Le citoyen a besoin d\u2019un large éventail d\u2019informations et d\u2019opinions pour évaluer le cours des affaires publiques et participer de façon éclairée à la vie de la cité.C\u2019est aux médias qu\u2019on attribue la responsabilité d\u2019assurer cette information variée.On craint qu\u2019une concentration excessive de la propriété des médias mène à une sous-représentation de certains points de vue alors que d\u2019autres seraient davantage valorisés, et que les propriétaires puissent utiliser leur contrôle des médias pour exercer une influence politique indue.Imaginons un instant que Québécor décide un jour d\u2019utiliser sa force de frappe à des fins politiques plutôt qu\u2019à la seule promotion de ses intérêts commerciaux.Il est clair, pour plusieurs, que la concentration de la propriété, qui s\u2019inscrit dans une logique industrielle et vise à réduire les coûts, conduit inévitablement à une concentration du contenu rédactionnel.CanWest prépare à son centre de Winnipeg les mêmes nouvelles nationales ou internationales qu\u2019il distribue à chaque journal du groupe.Les journaux ne sont pas tenus de les publier, mais s\u2019ils ne le font pas, ils pourront se faire demander pourquoi.Le Soleil publie de même chaque semaine des textes des journalistes Pour plusieurs, la concentration de la propriété, conduit inévitablement à une concentration du contenu rédactionnel.559 L\u2019état du Québec Qu\u2019est-ce que la concentration?Dans le secteur des médias, le concept de concentration renvoie à deux dimensions: la concentration de la propriété des entreprises et la concentration du contenu rédactionnel, la seconde pouvant découler de la première.La concentration de la propriété prend diverses formes ; elle peut être horizontale, verticale, il peut s'agir de propriété croisée ou d\u2019intégration multisectorielle.La concentration de la propriété soulève des inquiétudes à cause de l'uniformisation de l\u2019information, la concentration du contenu rédactionnel, qu'elle peut entraîner.Concentration horizontale On utilise le terme concentration ou intégration horizontale pour définir une situation dans laquelle une entreprise contrôle, sur un territoire donné, plusieurs unités de production de même nature qui fabriquent des produits identiques ou similaires.Dans le cas des médias, cela signifie qu\u2019une même entreprise contrôle soit plusieurs titres de journaux, soit plusieurs stations de télévision, ou encore plusieurs agences de publicité.Le contrôle par CanWest Global de quotidiens dans la plupart des grandes villes du Canada (Toronto, Montréal, Vancouver, Ottawa, Edmonton, Calgary, etc.) ou la propriété du groupe Gesca/Power Corporation de sept des dix quotidiens de langue française du Québec (en incluant Le Droit de Hull-Ottawa), en constituent les meilleurs exemples.Concentration verticale On utilise le terme concentration ou intégration verticale pour définir une situation dans laquelle une entreprise contrôle les différentes phases d\u2019un processus de production.Par exemple, Québécor, qui publie des quotidiens, des hebdomadaires, des magazines, est également présente dans le secteur de l\u2019imprimerie et dans celui de la distribution, les messageries Dynamiques.L'acquisition du réseau de télévision CTV par le géant des télécommunications BCE offre un autre exemple de concentration verticale.Un groupe actif dans la distribution de signaux télévisuels, avec le service Bell Express Vu, est devenu propriétaire du plus important réseau privé de télévision au Canada.Propriété croisée ou propriété mixte Cette forme de concentration désigne une situation où une société possède des actifs dans deux ou plusieurs types de médias, journaux/télévision ou radio/télévision, dans un marché donné.Au Canada anglais, le groupe CanWest, qui exploite le réseau de télévision Global, possède maintenant un quotidien important et une station de télévision dans au moins dix villes importantes.Au Québec, en se portant acquéreur du groupe Vidéotron, Québécor est devenu le numéro un de la télévision.Cela crée une situation de propriété croisée journaux/télévision d\u2019une ampleur considérable, étant donné le poids de TVA dans la télévision québécoise, en particulier dans le secteur de l\u2019information, et celui du Journal de Montréal et du Journal de Québec.Intégration multisectorielle ou conglomérat Une intégration est dite multisectorielle lorsqu'une entreprise contrôle un ou plusieurs types de médias différents et, dans le même temps, se trouve associée à d'autres activités connexes.Les AOL Time Warner, News Corporation, Bertelsmann et autres énormes conglomérats qui dominent, à l\u2019échelle internationale, les divers secteurs de l'information et du divertissement, constituent, tout comme Québécor chez nous, la meilleure illustration de 560 La culture et les médias ce type d'intégration.Ces conglomérats sont souvent présents tout autant dans la production que dans la distribution de produits culturels, dans les domaines du disque, du cinéma, du livre comme du journalisme.Plus rarement, des entreprises du secteur de l'information et du divertissement sont aussi intégrées dans des conglomérats plus vastes oeuvrant dans d'autres secteurs de la vie industrielle ou commerciale.C'est notamment le cas de General Electric qui possède, aux États-Unis, le réseau de télévision NBC.Au Québec, Power Corporation est un exemple de ce type d'intégration.Par sa filiale Gesca (presse écrite), le groupe est un acteur important des médias.Par ailleurs, il possède aussi des intérêts majeurs dans le secteur des services financiers (assurance-vie et fonds de placement).Sources : Synthesis Report on Media Concentration in Europe, document du Conseil de l'Europe, 1992 ; Centre d'études sur les médias, La concentration de la presse à l'ère de la-convergence\", 2001.?de son grand frère La Presse, particulièrement les articles de la rubrique économie.Cela nuit sans doute à la diversité entre les deux quotidiens et aurait, il y a 20 ans, provoqué la colère des journalistes.Mais cela donne aussi à la majorité des lecteurs du Soleil, qui ne lisent pas La Presse, certaines informations qu\u2019ils n\u2019auraient peut-être pas autrement.Pour d\u2019autres, il ne faut surtout pas exagérer l\u2019importance et les conséquences de la concentration de la propriété.La propriété en effet n\u2019est qu\u2019un des nombreux facteurs qui contribuent à façonner le contenu des médias et concourent à accroître ou à réduire leur diversité.Le concept de diversité a donné lieu à une abondance de travaux de réflexion dont nous avons fait l\u2019examen au Centre d\u2019études sur les médias.La diversité des contenus doit être examinée de diverses manières : diversité des sujets traités ; diversité des analyses, des idées et des opinions, etc.Au-delà du pluralisme dans la propriété, dont il ne s\u2019agit pas de nier l\u2019importance, d\u2019autres facteurs influencent la nature des contenus : la diversité des sources utilisées, la diver- sité des équipes rédactionnelles et des pratiques professionnelles.Par exemple, les journaux et les stations de télévision diffusent-ils des textes ou des images provenant de plusieurs agences, des reportages réalisés par des producteurs différents, des analyses signées par des « commentateurs » externes tout autant que par les chroniqueurs-vedettes de la maison.La composition des équipes de journalistes reflète-t-elle la diversité sociodémographique du milieu : âge, sexe, origine ethnique?Ainsi, au Québec, on a longtemps reproché aux médias francophones leur rarissime recrutement de journalistes chez les immigrants.La situation a commencé à changer.Des auteurs distinguent aussi le « pluralisme interne » et le « pluralisme externe » des médias.Le pluralisme interne exige qu\u2019un large éventail d\u2019opinions, d\u2019informations et de thèmes culturels, politiques et sociaux soient présents dans chaque média, alors que le pluralisme externe se réfère à l\u2019ensemble des médias qui, chacun de leur côté et à leur façon, contribuent à la diversité de l\u2019ensemble.561 L'état du Québec Les consommateurs ont aujourd\u2019hui accès à une abondance de contenus médiatiques de tous ordres et de toutes les provenances : multiplication des canaux sur le câble et le satellite, Internet, publications spécialisées, etc.Cette apparente variété entraîne-t-elle nécessairement la diversité d\u2019information et d\u2019opinion souhaitée?More of the same, disent les anglophones.Certains auteurs estiment qu\u2019il faut aussi s\u2019intéresser à ce que chacun consomme réellement ; combien de sources différentes d\u2019information le citoyen fait-il l\u2019effort de consulter?Par contre, on peut bien lire trois ou quatre journaux chaque jour, mais quelques détails et textes d\u2019opinion mis à part, la diversité est loin d\u2019être au rendez-vous ! Le contenu ne varie guère d\u2019un quotidien à l\u2019autre.Chacun couvre les mêmes événements, souvent « artificiels » (media events) et les mêmes déclarations « officielles » des personnalités publiques.Et chacun le fait de la même manière, à partir des mêmes techniques et formules journalistiques stéréotypées.Le caractère routinier des pratiques professionnelles, constant d\u2019une entreprise de presse à l\u2019autre, ne contribue-t-il pas, tout autant que la concentration de la propriété, à l\u2019uniformité des contenus ?Autre exemple : le fait que les mêmes célébrités journalistiques, dont les textes paraissent dans divers journaux et magazines, discourent en outre à diverses antennes, et souvent sur les mêmes sujets, ne constitue certainement pas non plus la meilleure garantie de diversité des opinions.Le phénomène est pourtant répandu.Sans nier leur apport important à l\u2019information du public, c\u2019est aussi à l\u2019extérieur de la sphère des médias traditionnels qu\u2019il faut rechercher des façons originales de garantir la diversité de l\u2019information.Méfiance vis-à-vis de l\u2019État Au Québec, ce sont les journalistes qui gardent depuis des années vivant le débat public sur la concentration des médias.Mais ils ne s\u2019entendent pas toujours sur les remèdes, bien au contraire.Le rapport soumis au début de 2003 par le Comité conseil sur la qualité et la diversité de l\u2019information, présidé par Armande Saint-Jean, l\u2019a démontré.Les propositions d\u2019adoption d\u2019une loi sur l\u2019information, d\u2019une charte de l\u2019information et de la création d\u2019un conseil de l\u2019information relevant de l\u2019Assemblée nationale ont été accueillies plutôt mal.Les journalistes souhaitent que l\u2019État intervienne pour restreindre la concentration, mais ne s\u2019entendent pas sur la nature de cette intervention.Plusieurs d\u2019entre eux implorent l\u2019État de fixer une limite à la concentration de la propriété, mais craignent en même temps avec raison son ingérence dans les salles de rédaction.On veut bien que l\u2019État intervienne, mais s\u2019il décide d\u2019intervenir, on ne le souhaite plus vraiment.On craint de remplacer un mal par un autre, pire.Les résultats d\u2019enquêtes que nous avons menées [Pritchard et Sauvageau, 1999] auprès de journalistes de l\u2019ensemble du Canada, en 1996 et en 2003, illustrent cette ambivalence.Les journalistes semblent craindre davantage en 2003 les conséquences négatives que la concentration de la propriété des médias au Canada pourrait avoir sur la libre circulation des idées.En revanche, et paradoxalement, ils sont en même temps 562 La culture et les médias moins enclins qu'en 1996 à croire que l\u2019État devrait agir pour la limiter.L\u2019accueil réservé au Rapport Saint-Jean rappelle celui qu\u2019avait reçu en 1978 un projet de loi préparé sous la responsabilité du ministre des Communications du temps, Louis O\u2019Neill.Le texte, mal accueilli par les journalistes, comme le Rapport Saint-Jean aujourd\u2019hui, suggérait d\u2019imposer aux entreprises de presse, sacrées entre-prises «d\u2019intérêt public», « de diffuser une information honnête et complète de manière à respecter le droit du public à l\u2019information» [Sauvageau, 1980].Le Rapport Saint-Jean recommande l\u2019adoption d\u2019une loi « où sera affirmée l\u2019importance du droit du public à l\u2019information et qui visera à assurer la qualité, la diversité et l\u2019accessibilité de l\u2019information au Québec».De même, les auteurs du rapport écrivent : « En somme, c\u2019est le service public qu\u2019elles rendent qui constitue la raison d\u2019être des entreprises de presse.» D\u2019où les diverses obligations et responsabilités que la loi proposée imposerait aux entreprises de presse et aux journalistes.À 25 ans d\u2019intervalle, le même discours et les mêmes remèdes provoquent les mêmes réactions, qui montrent bien l\u2019inquiétude qu\u2019a toujours engendrée chez les journalistes le désir de l\u2019État d\u2019intervenir dans le monde des médias.Le droit à l\u2019information peut bien se heurter à la liberté de commerce et aux projets d\u2019expansion des entreprises.Mais la liberté de la presse se concilie aussi plutôt mal avec l\u2019intervention de l\u2019État.La contradiction, écrivait il y a plus de 30 ans Francis Balle, l\u2019un des pionniers de la recherche sur les médias en France, est insurmontable.« Ou bien Le Centre d\u2019études sur les médias Fondé en 1992, le Centre d\u2019études sur les médias est un lieu de recherche, mais il est également un agent de concertation entre les entreprises de communication et les milieux gouvernementaux et universitaires qui poursuit deux objectifs: \u2022\tfavoriser le développement et l\u2019organisation de la recherche sur les médias; \u2022\tfournir aux professionnels de cette industrie un éclairage adéquat sur les problèmes auxquels ils sont confrontés et sur les contextes national et international dans lesquels ils évoluent, en vue d\u2019améliorer leur performance sur les plans économique, social et culturel.Les projets du Centre d\u2019études sur les médias, un organisme à but non lucratif, reçoivent un appui financier du ministère de la Culture et des Communications.Le Centre compte deux partenaires universitaires: le département d\u2019information et de communication de l\u2019Université Laval et HEC Montréal.Son conseil d\u2019administration est formé de représentants universitaires et de l\u2019industrie des médias.Touchant principalement aux médias traditionnels \u2014 presse écrite, radio et télévision (et leurs modes de distribution: câblodistribution, radiodiffusion directe par satellite) \u2014 le Centre s'intéresse également aux télécommunications, à la publicité de même qu'aux nouveaux médias qui naissent avec Internet.Florian Sauvageau, professeur au département d'information et de communication de l'Université Laval, assume la direction du Centre.Daniel Giroux en est le secrétaire général.Centre d'études sur les médias Pavillon Casault, local 5604 Université Laval Sainte-Foy (Québec) G1K 7P4 Téléphone: (418) 656-3235 Télécopieur: (418) 656-7807 Courriel : cem@com.ulaval.ca 563 L'état du Québec on laisse jouer les mécanismes du marché, ce qui dispense gouvernants, gouvernés et professionnels de préciser les finalités, les objectifs ou les attributs de ce qui est offert à la clientèle.Ou bien l\u2019État veut garantir à tous une information de qualité et il doit poser des choix qui ne font pas l\u2019unanimité et qui sont contraires aux libertés individuelles d\u2019expression et d\u2019opinion.» Comment sortir de ce cul-de-sac ?En élargissant le débat.En situant la réflexion sur les médias, la diversité et la démocratie dans un cadre qui dépasse les médias traditionnels et le problème de la concentration.Il ne faut pas trop attendre des grands médias commerciaux.La rentabilité sera toujours leur premier souci.Ce sont les médias de toutes natures (privés, publics, communautaires, « nouveaux médias », etc.) qui contribuent, dans l'ensemble, à la diversité d'information et d\u2019opinions et au pluralisme qu\u2019exige la vie démocratique.La conception que chacun se fait du rôle du journalisme et des médias varie selon l\u2019idée que l\u2019on a de la démocratie.Quels que soient les efforts que fassent les médias privés pour tendre vers la plus large diversité, ils ne répondront jamais aux attentes de ceux qui conçoivent l\u2019information comme un outil de mobilisation et se reconnaissent davantage dans les pages des journaux militants ou sur le Web où s\u2019invente, dans l\u2019interactivité et les échanges, une nouvelle manière d\u2019alimenter le débat démocratique.Ces échanges ne répondent certes pas aux normes du journalisme professionnel, mais constituent pour plusieurs un contrepoids essentiel à la pensée dominante.C\u2019est dans ce cadre plus large qu\u2019il faut envisager la diversité et que l\u2019État doit situer son action.?Références Balle, Francis, cité dans Les journalistes : dans les coulisses de 1'in/ormation, sous la direction de F.Sauvageau, G.Lesage et J.de Bonville, Éditions Québec-Amérique, 1980.Centre d\u2019études sur les médias, La convergence : des promesses folles aux espoirs déçus, Actes du colloque tenu à Montréal en novembre 2002, publié en octobre 2003.Centre d\u2019études sur les médias, La propriété' des médias au Canada, rapport remis au Comité permanent du patrimoine canadien de la Chambre des communes, février 2003.Centre d'études sur les médias, La concentration delà pressed l\u2019ère de la convergence, rapport remis à la Commission de la culture de l'Assemblée nationale du Québec, février 2001.Centre d\u2019étude sur les médias, La propriété croisée des médias au Canada, rapport préparé pour le CRTC et Patrimoine canadien, février 2001.Comité conseil sur la qualité et la diversité de l\u2019information, présidé par Armande Saint-Jean, rapport final, janvier 2003.Pritchard, David et Sauvageau, Florian, Les journalistes canadiens.Un portrait defn desiède, Les Presses de l\u2019université Laval, p.21 ; 1999, données inédites recueillies lors d\u2019une enquête de 2003, à paraître.Sauvageau, Florian, « Auto-contrôle ou législation : de Charybde en Scylla?», in Les journalistes : dans les coulisses de l\u2019information, sous la direction de F.Sauvageau, G.Lesage et I.de Bonville, Éditions Québec-Amérique, p.317-343,1980.564 Une vue d\u2019ensemble des médias québécois La culture et les médias Daniel Giroux Centre d\u2019e'tude sur les médias, Uniuersite' Laval Comment évoluent le tirage des quotidiens et la propriété des hebdomadaires régionaux ?Quelle part de l\u2019écoute de la télévision les RDS, Canal Famille, RDI et autres canaux spécialisés, récoltent-ils?À quel rythme les revenus publicitaires des stations de radio croissent-ils?Voilà quelques-unes des questions auxquelles nous répondrons dans ces brefs portraits de la presse quotidienne, de la presse hebdomadaire régionale, de la télévision et de la radio.Mentionnons d\u2019entrée de jeu que le nombre de groupes présents sur la scène québécoise s\u2019est beaucoup réduit ces dernières années.La famille Chagnon a vendu TVA et l\u2019entreprise de câblodistribution Vidéotron.Celle des Gaspé Beaubien (Télémédia) a quitté le domaine de la radio.Radiomutuel a cessé ses activités radiophoniques et a quitté le domaine des canaux spécialisés.En presse écrite, Conrad Black (Hollinger) n\u2019a conservé que le plus petit des cinq quotidiens qu\u2019il possédait au Québec, The Record de Sherbrooke.Les acquéreurs, les Québécor de la famille Péladeau, Cogeco de la famille Audet et Astral de la famille Greenberg, avaient déjà d\u2019autres actifs dans les médias.Pour sa part, même si elle a quitté la radio, la famille Desmarais (Gesca/Power Corporation) a augmenté le nombre des quotidiens de langue française qu\u2019elle possède en faisant l\u2019acquisition de ceux de Hollinger.Enfin, le groupe Transcontinental a ajouté des hebdomadaires régionaux à ceux qu\u2019il possédait déjà.LA PRESSE QUOTIDIENNE Titres et tirage Douze quotidiens sont publiés au Québec, dont dix en langue française.Ce nombre n\u2019a pas bougé depuis plusieurs années, soit depuis l\u2019expérience infructueuse du journal Le Fleuve, qui aura duré moins d\u2019une année dans la région de Rimouski en 1996.Comme l\u2019indique le graphique 1, de 1965 à la fin des années 1980, le tirage sur l\u2019ensemble de la semaine des quotidiens québécois a augmenté de quelque 900 000 exemplaires, malgré la fermeture de quelques titres.Toutefois, 96% de cette croissance est attribuable à l\u2019apparition d\u2019éditions du dimanche pour cinq des douze quotidiens présents.Mais depuis 1990, c\u2019est la chute : une perte de près de 1,2 million d\u2019exemplaires, et ce malgré une légère embellie en 2001 et en 2002.La baisse est de 13 % pour les titres francophones, et de 23 % pour les titres anglophones.La perte de popularité des quotidiens est toutefois plus importante que ne le laissent croire ces données brutes, qui ne tiennent pas compte de l\u2019augmentation de la 565 L'état du Québec TABLEAU 1\tRepartition des titres et du tirage des quotidiens québécois (2002)\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t Gesca (Power)\tLa Presse\t1 411 000\t\t\t187 916\t276 471\t194 841 \tLa Tribune\t196 000\t\t\t31 409\t38 764\t0 \tLa Voix be l'Est\t94 000\t\t\t15 080\t18 488\t0 \tLe Nouvelliste\t257 000\t\t\t42 090\t46 440\t0 \tLe Soleil\t620 000\t\t\t82 419\t117 182\t90245 \tLe Quotidien\t170 000\t\t\t28 309\t28 309\t0 \tLe Droit\t214 000\t\t\t34 726\t40 310\t0 \t\t2 962 000\t43,9\t51,7\t\t\t Québécor\tLe Journal de Montréal\t1 900 000\t\t\t262 229\t319 352\t269 578 \tLe Journal de Québec\t702 000\t\t\t96 324\t121900\t98 809 \t\t2 602 000\t38,5\t45,4\t\t\t CanWest Global\tThe Gazette\t997 000\t14,7\t\t136 970\t173 726\t138605 Hollinger\tThe Record\t25 000\t0,4\t\t4 999\t0\t0 Le Devoir Inc.\tLe Devoir\t166 000\t2,5\t2,9\t25 292\t39 268\t0 Total\t12 quotidiens\t6 751 000\t100,0\t100,0\t\t\t Source : Compilation du CEM à partir de données de tirage vérifiées par l\u2019Audit Bureau of Circulation.population et, donc, du nombre des clients potentiels.En effet, l\u2019ensemble des quotidiens québécois vend maintenant presque deux fois moins d\u2019exemplaires \u2014 par tranche de 1000 personnes âgées de 20 ans et plus \u2014 qu\u2019au milieu des années i960.Le nombre est passé de 304 exemplaires pour mille lecteurs potentiels en 1965, à 169 en 2002.Lectorat La baisse de popularité touche tous les groupes d\u2019âge, mais elle est particulièrement marquée chez les jeunes adultes.À l\u2019échelle du Canada, ils ne sont plus que 45 %, parmi les 18-24 ans, à lire régulièrement un journal en semaine (graphique 2).Ce taux se rapproche de celui observé aux États-Unis, qui est de 41 %.Le phénomène est aussi présent dans de nombreux autres pays : un peu partout, les jeunes lisent de moins en moins de quotidiens.On a cru longtemps que plusieurs d\u2019entre eux deviendraient des lecteurs plus assidus une fois arrivés à la trentaine, alors que bon nombre d\u2019individus s\u2019établissent dans la vie (carrière et famille).Or, il n\u2019en est rien.Une étude récente réalisée pour la Newspapers Association qf America montre que les habitudes de lecture des quotidiens prises avant l\u2019âge de 30 ans, perdurent au-delà.566 La culture et les médias Revenus Malgré cette décroissance du nombre de leurs lecteurs, les quotidiens sont parvenus à augmenter leurs revenus publicitaires.Ils ont atteint les 420 millions de dollars au Québec en 2001, à l\u2019exclusion des petites annonces.On les évaluait à 255 millions en 1991.Il s\u2019agit d\u2019une croissance annuelle moyenne de 5,6%.La part de l\u2019ensemble des dépenses publicitaires des annonceurs qui est allée aux quotidiens a même augmenté de près de quatre points pendant cette période, passant de 22,9% en 1991 à 25,7% en 2001.Propriété Au chapitre de la propriété, l\u2019acquisition en novembre 2000 par Gesca/ Power Corporation de trois quotidiens du groupe Hollinger, dont Le Soleil de Québec, fait en sorte que deux groupes se partagent maintenant l\u2019essentiel du tirage de la presse quotidienne de langue française au Québec (tableau 1).Avec ses sept titres répartis sur l\u2019ensemble du territoire québécois, Gesca/Power Corporation accapare la moitié de ce tirage.Québécor ne possède que deux titres, mais sa part de marché totalise 45 %.La part de tirage du seul quotidien indépendant, Le Devoir, ne représente plus que 3 °/o de l\u2019ensemble.Chez les anglophones, The Gazette appartient à Can West Global qui possède plusieurs grands quotidiens au Canada, dont le National Post.graphique 1 Tirage hebdomadaire des quotidiens québécois s 4000 8000 6000 2000 * - _ 0 1965 1975 1985 1990 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 Total De langue française ¦ ¦ De langue anglaise Source : Compilation du Centre d\u2019études des médias de l'université Laval (CEM) à partir de données vérifiées par l\u2019Audit Bureau of Circulation graphique 2 Lecteurs réguliers des quotidiens en semaine selon les groupes d\u2019àge en 2002, Canada 5?\t100 80 18+\t18-24\t25-34\t35-49\t50-64\t65+ Source : Données de NADbank.QUELQUES DONNÉES SUR U TELEVISION 31 stations en activité On compte actuellement 31 stations de télévision qui émettent par voie hertzienne pour desservir le Québec.Vingt- six d\u2019entre elles appartiennent à des intérêts privés.Les autres sont exploitées par les services publics de Radio-Canada et de Télé-Québec.Quelques- 567 L'état du Québec unes des stations privées sont affiliées au réseau français de Radio-Canada.Les autres stations diffusent les programmations de TQS ou de TVA du côté francophone, de CTV ou de Global pour les anglophones.On dit de ces stations, parce que leurs programmations sont variées (information, dramatiques, émissions pour enfants, variétés et magazines divers), qu\u2019elles font de la télévision généraliste.Il y a aussi des canaux qui occupent des créneaux bien précis : le sport, l\u2019information, les émissions pour enfants, l\u2019histoire, la musique.Ce sont les canaux spécialisés.Pour les écouter, il faut être abonné à un service de câblodistribution, analogique ou numérique, à un service de radiodiffusion numérique directe par satellite, comme Bell Express Vu ou Star Choice, ou à un service de distribution multipoints numérique, tel que Look Tv.Le nombre de ces canaux de langue française est graphique 3 Écoute de la télévision au Québec pour différents groupes en 2001 O\tU j= 40 Source : Divers numéros de la publication de Statistique Canada te Quotidien.passé de cinq en 1991, à 16 en 2002.Cela fait en sorte que tous les espaces disponibles sur les services analogiques de câblodistribution sont maintenant occupés.Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), l\u2019organisme qui réglemente le secteur, a autorisé toutefois quelques canaux de langue française supplémentaires qui pourront être offerts par les services numériques de distribution.Leur lancement a été repoussé par les détenteurs de ces licences, en raison du nombre réduit de foyers québécois ayant adopté le numérique.De tels services sont offerts aux anglophones depuis septembre 2001.Enfin, les abonnés des systèmes de distribution peuvent aussi écouter les services payants tels que Super Écran, moyennant une tarification mensuelle ou des émissions à la carte proposées notamment par Indigo.On paie alors selon la consommation.Certains câblodistributeurs offrent également, depuis l\u2019automne 2002, des services de vidéo sur demande pour les abonnés aux services numériques.Une écoute globale a la baisse Ce plus grand choix ne se traduit pas par une hausse de l\u2019écoute de la télévision.Au contraire, on écoute de moins en moins d\u2019émissions télévisées, et ce tant au Québec qu\u2019au Canada.En 2001, les Québécois ont passé en moyenne 23,5 heures devant le petit écran chaque semaine.En 1996, cette moyenne était de 26 heures.Les Québécois de langue française écoutent davantage la télévision que les autres Canadiens, et cela année après année.En 2001, l\u2019écart était de 2,3 heures par semaine.Les données les plus récentes publiées 568 La culture et les médias par Statistique Canada, rapportées au graphique 2, montrent notamment que: \u2022\tLes femmes sont plus « télévores » que les hommes (six heures de plus en 2001); \u2022\tL\u2019écoute de la télévision augmente avec l\u2019âge ; \u2022\tLes femmes âgées de plus de 60 ans passent trois fois plus de temps devant leur téléviseur que les hommes de 18 à 24 ans.Les Québécois francophones sont très fidèles aux émissions que leur proposent les réseaux de langue française.Ils leur accordent près de 90 % de leurs heures d\u2019écoute.Les réseaux canadiens de langue anglaise ont moins de succès auprès des Québécois anglophones, n\u2019obtenant que 58 % de leur écoute, en raison de la concurrence des chaînes américaines.Par ailleurs, le choix plus grand de canaux a entraîné un morcellement croissant de l\u2019écoute.La part de l\u2019ensemble des canaux spécialisés et des services payants de langue française, comme Vrak.TV, RDS, Séries +, LCN, Canal D, Super Écran et autres, auprès des téléspectateurs francophones est passée de 6,3 % en 1992 à 17,5 % en 2002 (graphique 3).Les parts de TVA et de Radio-Canada en ont souffert.Mais celles de TQS et de Télé-Québec, après avoir connu quelques années à la baisse à la fin de la décennie 1990, ont depuis repris du terrain.Les émissions de TVA demeurent les plus populaires.Notons que la part globale de l\u2019écoute attribuée aux canaux spécialisés se répartit entre 18 services différents.Plusieurs d\u2019entre eux recueillent donc moins de 1 % de l\u2019écoute.Les plus prisés, Vrak.TV, RDS, RDI etTeletoon, obtiennent autour de graphique 4 Évolution des parts dÈécoute chez les francophones du Québec 1992 1994 1996 1998 2000 2002 Radio-Canada Télé-Québec Canaux spécialisés fr.2 %.Ensemble, les parts d\u2019écoute des huit canaux spécialisés et du service payant, dans lesquels le groupe Astral détient une participation de 50% et plus, totalisent 10 °/o de l\u2019écoute.Trois grandes sources de revenus Les chaînes de télévision tirent leurs revenus de trois sources : \u2022\tla vente de temps d\u2019antenne aux annonceurs ; \u2022\tles crédits versés par le gouvernement fédéral à Radio-Canada et ceux versés par le gouvernement québécois à Télé-Québec ; \u2022\tles redevances, versées par les opérateurs des services de distribution aux propriétaires de canaux spécialisés en échange du droit de pouvoir distribuer leurs émissions.Elles font partie des frais payés par les abonnés aux services de distribution.Les recettes que les services privés et publics de télévision \u2014 généraliste et spécialisée \u2014 tirent de la publicité au Québec étaient évaluées 8532 millions 569 L'état du Québec de dollars en 2001.Elles ont crû de 35 °/o depuis 1991, soit une augmentation moyenne de 3,3 %> par année.Toutefois, cette croissance n\u2019a pas été suffisante pour que la télévision maintienne sa part des dépenses publicitaires totales des annonceurs.Depuis 1991, la télévision a perdu trois points, passant de 35,3 % à 32,5% en 2001.Malgré cette baisse, la télévision demeure le véhicule publicitaire auquel, globalement, les annonceurs accordent la plus large part de leurs budgets.Les quotidiens, qui arrivent au second rang, obtenaient 25,7% de ces budgets en 2001.La hausse globale des revenus publicitaires de la télévision ne profite plus, depuis 1998, qu\u2019aux canaux spécialisés.En effet, ils ont doublé dans leur cas, alors que les revenus publicitaires sont demeurés à peu près stables pour les réseaux généralistes, privés comme publics.La publicité représente 85% des revenus de la télévision privée généraliste.Il en va autrement pour le service public et les services spécialisés.Le financement gouvernemental est la principale source de revenus des services publics.Il représente 517 millions de dollars, soit 56% des revenus dont dispose Radio-Canada pour ses deux réseaux généralistes, anglais et français.Pour Télé-Québec, il est de l\u2019ordre de 59 millions, soit 78 % de ses revenus.Ceux que Radio-Canada tire de la vente de temps d\u2019antenne sont de l\u2019ordre de 320 millions de dollars.Notons que les crédits parlementaires fédéraux octroyés à Radio-Canada sont actuellement moindres qu\u2019en 1997 : ils ont en effet, depuis cette date, enregistré une baisse de 16 %>.Pour leur part, les services spécialisés et payants tirent 75% de leurs recettes des redevances qui leur sont versées par les services de distribution.Ces revenus ont augmenté de 55% depuis 1998, en raison du nombre grandissant de foyers qui s\u2019abonnent à un service de distribution.Globalement, les services spécialisés bénéficient de revenus de plus en plus importants qu\u2019ils peuvent investir dans leur programmation, ce qui n\u2019est pas le cas des services généralistes.D\u2019ailleurs, les revenus de la télévision privée spécialisée, qui étaient de 1,7 milliard de dollars en 2002, ne sont plus très loin de ceux de la télévision privée généraliste qui s\u2019élevaient à 1,9 milliard.Ceux du service public de Radio-Canada sont bien en deçà.Ils dépassaient à peine le milliard de dollars en 2002.Précisons que d\u2019autres sommes servent aussi à encourager la production d\u2019émissions canadiennes de télévision.Les deux paliers de gouvernement accordent en effet aux producteurs indépendants de télévision, c\u2019est-à-dire des entreprises privées qui ne peuvent être des diffuseurs comme TVA ou Radio-Canada, à la fois des subventions et des crédits d\u2019impôts.Les propriétaires de services de distribution, pour se conformer aux conditions de licence que leur impose le CRTC, versent également de l\u2019aide à des projets d'émissions soumis par les producteurs indépendants.Le Fonds canadien de télévision distribue l\u2019aide du gouvernement fédéral et une grande part de celle des services de distribution.Structure de propriété Comme le montre la figure 1, Québécor, le consortium formé de Cogeco (60%) et de Bell Globemedia, ainsi que le groupe Astral, sont les acteurs les plus 570 La culture et les médias tableau 2 Principaux groupes privés de télévision et leurs actifs \t\t\t Québécor\tRéseau TVA et les six plus importantes stations qui forment le réseau.En partenariat à hauteur de 45% avec Marc Simard: une station affiliée à TVA, une station affiliée à Radio-Canada, une station affiliée à TQS (45%).\tLCN Canal Évasion (10%)\tVidéotron Cogeco\tEn partenariat à hauteur de 60 % avec Bell Globemedia : réseau TQS et les cinq plus importantes stations qui forment le réseau ; trois stations régionales affiliées à Radio-Canada.\t\tCogeco Câble Bell Globemedia\tLa station montréalaise du réseau CIV.Partenaire à 40% dans les actifs de Cogeco en télévision généraliste.\tRDS\tBell Express Vu Astral\t\tVrak.TV, Canal D, Canal Vie, Canal Z, Historia (50%), Séries + (50%), MusiquePlus (50%), Musimax (50 %), Télétoon (40%) Super Écran\t CanWest Global\tLes deux stations du réseau Global au Québec.\t\t Radio-Nord\tDeux stations affiliées à TVA.Deux stations affiliées à TQS.Une station affiliée à Radio-Canada.\t\t Marc Simard\tEn partenariat à hauteur de 55% avec Québécor: une station affiliée à TVA, une station affiliée à TQS.une station affiliée à Radio-Canada.Une autre station affiliée à Radio-Canada.\t\t importants en télévision privée au Québec.Québécor possède TVA, le réseau le plus écouté, ainsi que la chaîne d\u2019information continue LCN.Cogeco est le principal actionnaire de TQS, le troi- sième réseau le plus écouté.Outre sa participation dans TQS, Bell Globe-media possède le Réseau des sports (RDS).Ces trois groupes sont également propriétaires des réseaux de distribution les plus importants au 571 Nombre d'heures par semaine L\u2019état du Québec Québec.Quant au groupe Astral, il détient une participation dans neuf des 16 canaux spécialisés francophones.Par ailleurs, outre ses deux réseaux de télévision généraliste, Radio-Canada exploite des services d\u2019information continue, un dans chaque langue.11 est, de plus, l\u2019un des partenaires du canal culturel ARTV.Pour sa part, Télé-Québec exploite une chaîne éducative et culturelle.Elle détient, elle aussi, une participation dans ARTV.RADIO Services et écoute Le Québec est desservi par une centaine de stations de radio privées.Ce nombre a peu varié ces dernières années, même si quelques stations AM établies dans leur milieu depuis longtemps ont fermé leurs portes au cours de la décennie 1990.On pense notamment aux stations CJMS à Montréal et CIRP à Québec.D\u2019autres, sur la bande FM, les ont remplacées.D\u2019ailleurs, le CRTC a accordé en 2003 de nouvelles licences à Montréal, Laval, Sherbrooke, Trois-Rivières et Québec.graphique 5 Écoute de la radio au Québec par différents groupes en 2002 30 O\tït Son R°L£ Wn« s.u A MuTïV* D'UoN'A'C \u201d\u2022 l4M>* ArtfU< p vx>'> frALA K?JE NtouîKAi?jucawfî maw SAnÇ 0.U» TouT ÇA n'AUKA\u2018t ^ PAS \u20actf (ît'.\u2019Vj.Tti ?Les élections du 14 avril Les résultats 580 La fin d\u2019un cycle : le bilan de l\u2019année politique 588 La droite au pouvoir 593 Jean Charest n\u2019est plus une énigme 598 Qui a voté quoi, où et pourquoi?615 Le Québec tranquille : celui qui vote ADQ Les leçons du scrutin 620 Compétences civiques : le Québec à la traîne 631 L\u2019avenir de la social-démocratie 640 Des messages pour le syndicalisme 651 La réforme électorale : deux ans pour agir 659 L\u2019assemblée nationale et les partis 665 Les principales lois adoptées par l\u2019Assemblée nationale La vie politique LES RÉSULTATS La fin d\u2019un cycle L\u2019année politique au Québec Michel David Chroniqueur politique, Le Devoir Evénement central de l\u2019année politique, les élections générales du 14 avril 2003 ont marqué la fin d\u2019un cycle qui avait commencé le 23 juin 1990, quand la mort de l\u2019Accord du lac Meech avait été officiellement constatée.En accordant une majorité de sièges au Parti libéral dirigé par Jean Charest, les Québécois se donnaient un gouvernement qui leur propose non seulement de réintégrer pleinement l\u2019ensemble canadien, mais également de renoncer au fédéralisme asymétrique que Robert Bourassa avait recherché en vain.La campagne qui a culminé dans la victoire libérale était également l\u2019aboutissement du débat de société le plus intense dans lequel le Québec s\u2019était engagé depuis la Révolution tranquille des années i960.La perspective d\u2019un gouvernement résolument de droite formé par le parti de l\u2019Action démocratique du Québec, dirigé par Mario Dumont, devenue une réelle possibilité, a provoqué une réflexion en profondeur sur ce qu\u2019on a appelé, à défaut d\u2019une meilleure expression, le « modèle québécois », que personne n'avait sérieusement remis en question depuis quarante ans [voir p.588].Au lendemain du 14 avril, bon nombre d\u2019électeurs ont eu la surprise de découvrir qu\u2019après avoir dénoncé avec la dernière énergie les excès du «dumontisme», le nouveau premier ministre semblait s\u2019en inspirer davantage que des «valeurs libérales », dont il avait prétendu se faire le défenseur au cours des mois précédents.À force d\u2019entendre les libéraux condamner la «médecine à deux vitesses» préconisée par l\u2019ADQ on avait fini par oublier que le conseil général du PLQ avait adopté, dès septembre 2002, une résolution en bonne et due forme prévoyant l\u2019abolition du principe de l\u2019universalité en matière de services de garde [voir p.728].En 1998, Jean Charest avait payé cher sa prétention d\u2019appliquer au Québec la recette utilisée en Ontario par les conservateurs de Mike Harris.Cette fois-ci, il s\u2019est montré plus discret sur les modalités de la « réingénierie » qu\u2019il proposait En ne recueillant que 3 3 pour cent des vont le 14 avril, le Parti québécois a subi sa plus grande défaite électorale depuis 1973.Une remarquable remontée dans les sondages au cours des semaines précédentes avait pourtant rendu plausible ce 580 Les élections du 14 avril \t\t Parti libéral du Québec (PLQ)\t45,99 %\t76 Parti québécois (PQ)\t33,24 %\t45 Action démocratique du Québec (ADQ)\t18,18%\t4 Union des forces progressistes (UFP)\t1,1%\t Bloc Pot\t0,6%\t Autres\t1,5%\t Taux de participation\t70,4%\t Nombre de femmes élues\t\t38 qu\u2019aucun parti politique québécois tableau l Les élections du 14 avril n\u2019avait pu accomplir depuis l\u2019Union\ten un C0UP d'œil nationale de Maurice Duplessis, un demi-siècle plus tôt: remporter un troisième mandat consécutif.Après une descente aux enfers qui, six mois plus tôt, en avait amené plusieurs à prédire sa disparition, l\u2019élection de 45 députés constituait un résultat très honorable pour le PQ.Il n\u2019en signifiait pas moins le report à un avenir très hypothétique la réalisation du grand rêve de la souveraineté et la reprise de débats stratégiques potentiellement déchirants, sur fond de course au leadership, bien qu\u2019à 66 ans, Bernard Landry ne semble pas encore disposé à prendre sa retraite.Les grands perdants du scrutin ont cependant été l\u2019ADQ et son jeune chef Mario Dumont, dont l\u2019ascension fulgurante, illustrée par une victoire dans trois circonscriptions sur quatre, aux élections partielles du 17 juin 2002, avait autorisé les plus grands espoirs.En quelques mois, l\u2019un et l\u2019autre ont cependant fait la démonstration éclatante qu\u2019ils n\u2019étaient pas prêts à gouverner.Quelques candidatures de prestige, dont celle de l\u2019ancien maire de Montréal, Pierre Bourque, n\u2019ont pu faire illusion.Dès le déclenchement de la campagne, il est apparu que l\u2019ADQ n\u2019était plus dans la course.Outre M.Dumont, imbattable dans son fief de Rivière-du-Loup, elle n\u2019a pu faire élire que trois députés dans des circonscriptions rurales.Son avenir semble aujourd\u2019hui bien incertain.Les 1000 jours C\u2019est pourtant au PQ que l\u2019avenir paraissait le plus sombre quand le Conseil national s\u2019est réuni à Gatineau, les 7 et 8 septembre 2002.Les résultats des élections partielles avaient été si désastreux que plusieurs membres du conseil des ministres se demandaient sérieusement si le premier ministre Landry allait demeurer en poste.Trois jours avant le Conseil national, le ministre délégué aux Affaires intergouvemementales, Jean-Pierre Charbonneau, avait mis la table pour un nouveau psychodrame dont le PQ a le secret, en déclarant que M.Landry s\u2019apprêtait à promettre la tenue d\u2019un nouveau référendum sur la souveraineté au cours d\u2019un prochain mandat.La vice-première ministre, Pauline Marois, en mission en Belgique, avait aussitôt battu le rappel des des étudiants, dont 80% obtiennent le diplôme de fin d\u2019études en quatre ans.Pour la période 1995-1998, c\u2019est au Québec que l\u2019écart entre filles et garçons est le plus prononcé.Les chiffres indiquent clairement que, aux niveaux primaire et secondaire, il faut donner la priorité à la promotion des compétences générales, surtout chez les marginaux, notamment les garçons issus de milieux défavorisés [voir p.465].Le défi consiste donc, ici, à inculquer aux étudiants, et particulièrement aux garçons, les habiletés de base et à les encourager à développer les assises de la compétence civique : la lecture des journaux et des livres, la fréquentation des bibliothèques, la lecture et l'emploi de divers types de cartes géographiques, la rédaction (notamment celle de la correspondance), etc.Pour les adultes, la promotion de la compétence civique devra passer par le renforcement de certaines pratiques.Elles comprennent les cours d\u2019éducation civique pour les jeunes de 16 et 17 ans, les cercles d\u2019étude, la promotion de la lecture des journaux ainsi que la distribution à coût minime de l\u2019information politique aux moins alphabétisés.Les habitudes de consommation des médias est un élément clé.Il y a une corrélation entre la faible compétence civique des Canadiens et le faible nombre de lecteurs de journaux.Les chiffres de l\u2019UNESCO (PNUD, 1998; Milner 2002, chapitre 4) montrent que leur faible tirage par habitant dépasse, mais à peine, celui de l\u2019Italie et de l\u2019Irlande5.Ce n\u2019est pas par hasard.Les pays à forte compétence civique conçoivent les politiques pour favoriser la lecture des journaux comme partie intégrale d\u2019un ensemble plus large de mesures d\u2019alphabétisation.Les plus efficaces sont les mesures qui permettent aux adultes de consolider les aptitudes et les comportements acquis à l\u2019adolescence.Rares sont les sociétés comparables au Québec où il y a si peu de quotidiens et de lecteurs et où les tirages sont aussi faibles [voirp.565].Pour continuer la comparaison avec la Suède (population .- neuf millions, soit moins de deux millions de plus que le Québec), outre 80 communautés dotées d\u2019au moins un quotidien propre à chacune d\u2019entre elles, on trouve cinq journaux distribués à l\u2019échelle nationale (tirage moyen: plus de 190 000 exemplaires)11.Ce n\u2019est pas le fruit du hasard : la Norvège, la Finlande et la Suède subventionnent les quotidiens qui ne sont pas les chefs de file dans leur marché, à hauteur moyenne de 11 % de leurs revenus et 3 à 4 % des revenus de tous les journaux.Revenons à l\u2019éducation des adultes, outil clé de promotion de la compétence civique chez les adultes.Pour le nombre d\u2019heures consacrées à l\u2019éducation et la formation des adultes, le Canada semblerait se classer au-dessous de la moyenne des pays comparables.En ce qui concerne le Québec, le portrait est inquiétant.Le Québec se classe derrière toutes les autres provinces, sauf Terre-Neuve, 624 Les élections du 14 avril et la situation s\u2019y détériore.En 1991, il se situait tout juste au-dessous de la moyenne canadienne.(Il faut noter, cependant, que bien qu\u2019il se classe dernier lorsqu\u2019il s\u2019agit de la participation de la main-d\u2019œuvre active, l\u2019on remarque au Québec une tendance positive dans la durée de l\u2019implication, supérieure, elle, à la moyenne.Cela reflète la tendance, particulièrement chez les jeunes adultes, à retourner au cégep pour s\u2019y inscrire à des programmes plus longs, ou encore à des cours de formation à l\u2019emploi.) Dernier indicateur pertinent: les bibliothèques et leur fréquentation .Bien qu\u2019il soit difficile de comparer systématiquement les données, nous savons que les Scandinaves affichent un taux d\u2019emprunt élevé, leur moyenne annuelle (1995) étant légèrement inférieure à 10 livres par habitant.PourleCanada, je n\u2019ai réussi à trouver que des données globales \u2014 colligées en 1996 par les bibliothèques \u2014 sur l\u2019ensemble des emprunts (livres et autres documents de toutes sortes).Les emprunts se chiffrent, en moyenne, à neuf articles par habitant En ce qui concerne le Québec, bien qu\u2019ils comptent pour 24% de la population canadienne, les Québécois n\u2019effectuent que 17 % des emprunts au pays auprès de 20,1% des bibliothèques et 7,6% des points de service ; ils sont desservis par 18,8% du personnel et leurs collections représentent 17,1% de celles de l\u2019ensemble du Canada.Ce qui pourrait être encore plus inquiétant, toutefois, c\u2019est que les Québécois n\u2019ont formulé que 6,6% de l\u2019ensemble des demandes d\u2019information auprès des bibliothèques canadiennes (Schrader et Brundin, 1999).« Pour les deux principaux indicateurs de performance que sont les prêts tableau 2 Résultats au test de compréhension de l'écrit de l\u2019ELAA \t\t\t\t \t\tm\t\t Échelle des textes suivis (%)\t\t\t\t Canada\t22\t26\t33\t20 Provinces de l\u2019Atlantique1\t25\t26\t35\t15 Nouveau-Brunswick\t28\t31\t25\t16 Québec\t28\t26\t39\t8 Ontario\t19\t28\t28\t25 Provinces de l\u2019Ouest2\t18\t24\t34\t25 Alberta\t15\t21\t36\t29 Colombie-Britannique\t19\t24\t35\t22 Échelle des textes schématiques (%) Canada\t23\t24\t30\t22 Provinces de l\u2019Atlantique1\t28\t26\t32\t14 Nouveau-Brunswick\t29\t30\t24\t16 Québec\t31\t27\t29\t13 Ontario\t21\t22\t31\t26 Provinces de l'Ouest\u2019\t19\t25\t29\t27 Alberta\t16\t21\t33\t30 Colombie-Britannique\t20\t29\t27\t25 Échelle des textes au contenu quantitatif (%) Canada\t22\t26\t32\t20 Provinces de l'Atlantique'\t23\t30\t30\t16 Nouveau-Brunswick\t25\t34\t27\t14 Québec\t28\t32\t30\t10 Ontario\t20\t23\t34\t23 Provinces de l'Ouest2\t18\t24\t33\t25 Alberta\t13\t22\t38\t27 Colombie-Britannique\t21\t23\t34\t23 1.\tComprend rile-du-Prince-Édouard, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve.2.\tComprend l'Alberta, la Colombie-Britannique, le Manitoba et la Saskatchewan, etles visites par habitant, l\u2019Ontario arrive encore à faire presque deux fois mieux que le Québec.Il semble que la situation des bibliothèques publiques québécoises se soit même détériorée : Le rang du Québec pour l\u2019ensemble des dépen- 625 ses consacrées aux bibliothèques publiques : en 1987, 5e sur 9 ; en 2000, 6Esur 9 .; pour le nombre de livres par habitant: en 1987, ge sur 9 ; en 2000, 9e sur ro » (Savard, 2003).Que faire?Pour redresser la faiblesse de la compétence civique, il faudra reconnaître le bien-fondé des revendications traditionnelles québécoises en matière d\u2019autonomie institutionnelle et agir en conséquence.Une autonomie accrue permettrait aux Québécois de bâtir sur leurs acquis propres et, comme communauté, d\u2019adapter leurs institutions aux exigences du redressement des faiblesses constatées7.Par exemple, en ce qui concerne le Québec, Ottawa eût mieux fait d\u2019affecter une part des sommes consacrées aux bourses du millénaire et au programme des chaires de recherche universitaire à résoudre le problème de l\u2019abandon scolaire.Comment, donc, faciliter une participation bien renseignée à la vie politique?Le problème immédiat est celui du déclin de la participation des citoyens.)e l'ai soutenu ailleurs (Milner 1999 ; 20or) : la priorité du Canada dans son ensemble doit être d\u2019évoluer vers un régime électoral proportionnel.Un tel régime inciterait les partis à mieux renseigner l\u2019ensemble des citoyens.Ceux-ci se sentiraient alors encouragés, à leur tour, à s\u2019impliquer davantage dans la vie politique et, notamment, à participer aux scrutins.Dans cette optique, le maintien à l\u2019agenda politique de cette réforme est un indice, parmi plusieurs, de ce qui distingue le Québec du Canada anglais eu égard à l\u2019importance relative des facteurs sous-jacents à la compétence civique.En 1983, le Québec estvenu près d\u2019adopter la représentation proportionnelle pour les élections provinciales.Et en juin 2003, après 18 mois de discussion publique intense, le nouveau gouvernement de Jean Charest s\u2019est engagé à réformer le mode de scrutin avant les prochaines élections [voirp.651].Revenons aux politiques abordées ici.Pour améliorer les habiletés et les habitudes de lecture de sa population, le Québec devra exploiter à fond sa compétence autonome dans les domaines de l\u2019éducation, de la formation de la main-d\u2019œuvre, de la culture et des communications.Il lui faudra s\u2019appliquer à résoudre les problèmes les plus pressants : le taux élevé de décrochage et les mauvaises habitudes de lecture.Son premier souci devra être de procurer les habiletés essentielles à tout adulte qui ne les possède pas encore, et il devra cibler tout particulièrement les étudiants à risque de décrocher avant de les maîtriser.Plutôt que de mettre au point une formation axée uniquement sur les exigences du marché du travail, les nouvelles initiatives en éducation des adultes devront, en priorité, aider les décrocheurs à acquérir les habiletés essentielles ainsi que de bonnes habitudes de lecture, soit en facilitant leur retour à l\u2019école secondaire, soit en leur donnant accès à des programmes conçus spécialement pour eux.En ce qui concerne l\u2019éducation civique des jeunes, le Québec aurait aussi intérêt à s\u2019inspirer du modèle suédois.Celui-ci vise les étudiants de 16 à 18 ans, tenus de suivre un minimum de 90 heures de cours d\u2019éducation civique (300 heures pour les étudiants en sciences sociales).Il est scandaleux qu\u2019au Québec, les étudiants de cégep Les élections du 14 avril Les Cahiers du 27 juin Une nouvelle revue vouée aux débats publics a vu le jour au cours de l'année 2003.La création des Cahiers du 27 juin vient du constat que malgré le fait que la Charte québécoise des droits et libertés de la personne contienne les germes d'une société juste et égalitaire à laquelle aspirent de nombreux Québécois, les principes et valeurs de la Charte sont parfois méconnus et ignorés.En faisant un clin d\u2019œil à la date à laquelle la Charte a été adoptée, le 27 juin 1975, la revue veut contribuer à la réalisation des principes et valeurs qui y sont exprimés.Sans être un outil de promotion de la Charte et ne voulant aucunement subordonner le politique au droit.Les Cahiers du 27juin souhaitent que l'esprit de la Charte refasse surface dans nos débats publics.Face à ce constat, l'objectif de la revue est de promouvoir un certain ethos démocratique et de dynamiser l'espace public québécois en contribuant à l'enrichissement de la délibération publique et en encourageant la participation citoyenne.Pour atteindre cet objectif, les animateurs des Cahiers ont opté pour une démarche de «contamination mutuelle» entre les idées et l'action sociale.La revue se veut un lieu où se noue un dialogue entre théoriciens et praticiens et où s'entrecroisent des articles écrits par des intellectuels, des professionnels et des militants.Ne voulant pas uniquement incarner la prise de parole d'une génération ( les animateurs de la revue ont entre 25 et 35 ans), Les Cahiers veut favoriser une rencontre entre les générations.La revue a fait le choix d'une approche volontairement réformiste, progressiste et pragmatique pour soulever des pistes de solutions à quelques-uns des problèmes du Québec contemporain.Chaque numéro aborde deux dossiers thématiques comportant un minimum de trois essais complémentaires et un commentaire.À cela s'ajoutent une entrevue, un dossier sur des démarches artistiques contemporaines, un espace Charte et des chroniques.Le premier numéro abordait les thématiques de la démocratie au Québec et des pensées et pratiques écologiques, en plus de proposer des dialogues avec Charles Taylor et Céline Saint-Pierre.Le deux ième numéro de la revue, disponible dès la fin octobre 2003, traite entre autres de la réforme de l\u2019État québécois et de la famille.Chaque nouvelle parution est accompagnée de forums publics ( les Entretiens du 27juin) où les citoyens sont conviés à débattre des enjeux autour des thématiques du dernier numéro des Cahiers.Ces Entretiens du 27 juin vont se dérouler dans plusieurs villes du Québec pour ainsi favoriser un déploiement du débat à l'échelle de tout le Québec.La revue est indépendante et est publiée deux fois par année.Elle est disponible en kiosque, en librairie ou par abonnement.Pour des renseignements supplémentaires sur le projet, les animateurs ou les procédures d\u2019abonnement, consultez le site Web de la revue au www.cahiersdu 27jum.org ?qui sont à l\u2019aube de prendre leurs responsabilités comme citoyens ne soient soumis à aucune obligation de cette nature.Au Québec, le problème des bibliothèques en est moins un de financement adéquat que d\u2019intégration dans la communauté.Nous avons vu que les bibliothèques jouent un rôle beaucoup plus important dans les autres provinces qu\u2019au Québec, où l\u2019accessibilité à une bibliothèque locale est rarement comparable à ce que l\u2019on trouve couramment dans les pays de haut niveau de compétence civique, en Scandinavie et ailleurs.En Suède (Milner, 2002, 627 La vie politique Le Québec devrait étudier la possibilité de subventionner des journaux quotidiens.chapitre 9), les bibliothèques administrent de nombreux programmes conçus en fonction des besoins particuliers de la communauté: livraison gratuite à domicile pour les personnes ne pouvant se déplacer, services aux hôpitaux et aux foyers pour personnes âgées, etc.Comme elles ne fonctionnent pas isolément, les bibliothèques ne se contentent pas de fournir des livres en réaction à la demande : elles encouragent activement la lecture, y compris celle des journaux*.Le Québec investit aujourd\u2019hui des sommes considérables à mettre sur pied, à Montréal, une « Grande Bibliothèque » à la fine pointe de la technique.Ses promoteurs prédisent un débordement vers les bibliothèques de quartier de l\u2019intérêt qu\u2019elle suscitera : tout en souhaitant que cela se produise, on ne peut s\u2019empêcher de se demander s\u2019il n\u2019eût pas été plus profitable, et plus sûr, de consacrer les sommes engagées à améliorer le service des bibliothèques locales et à promouvoir l\u2019intérêt du public à leur endroit.Pour prendre en compte sa réalité particulière, le Québec devrait étudier la possibilité de subventionner, comme la Scandinavie, des quotidiens à faible tirage.L\u2019on ne peut, en effet, fermer les yeux sur la relation évidente entre la taille modeste du public, le petit nombre de journaux, et la domination du marché par deux grands groupes de presse.En favorisant la concurrence, comme en Suède, des subventions permettraient-elles à de nouveaux quotidiens de percer?Entraîneraient-elles un contenu de meilleure qualité et une plus grande diversité d\u2019opinion?Nous n\u2019en savons rien, mais le nombre de villes et de communautés qui sont privées, ici, d\u2019un journal local, rend très difficilement excusable l\u2019inaction pour corriger la situation.Finalement, il existe une technique largement ignorée en Amérique du Nord, mais susceptible d\u2019avoir un impact déterminant à long terme : le sous-titrage.Cette technique est très efficace pour améliorer l\u2019habileté à lire.Dans les petites communautés linguistiques d\u2019Europe, y compris celles de la Scandinavie, les émissions de télévision ainsi que les films et vidéos en langue étrangère sont sous-titrés.Vu la prédominance de l\u2019anglais à la télé et dans les films importés au Canada anglais, la pratique du sous-titrage n\u2019y aurait guère de place ; au Québec, cependant, elle pourrait exercer un effet bénéfique immense.Il n\u2019est d\u2019ailleurs pas étonnant \u2014 et les données de l\u2019EIAA le montrent \u2014 que les populations de pays y ayant recours se classent parmi les premières pour la compréhension de textes imprimés en leur langue nationale, et se distinguent aussi par leur aptitude à saisir les langues étrangères, en particulier l\u2019anglais.Malgré la petite taille de la population du Québec, la télévision sous-titrée est inconnue, et l\u2019on ne peut y voir de films sous-titrés en dehors des cinémas de répertoire de Montréal destinés aux cinéphiles, alors que même en France la plupart des films en anglais peuvent généralement être vus en version sous-titrée aussi bien qu\u2019en version doublée.Le Québec pourrait pourtant en tirer grand profit, vu la faible habileté à lire le français chez la majorité francophone et sa méconnaissance de l\u2019anglais (comparées, par exemple, à celles des Scandinaves \u2014 et ce malgré le fait que 10 °/o des Québécois sont de langue maternelle anglaise).Le sous-titrage 628 Les élections du 14 avril serait avantageux à tous égards, et son implantation simple et peu coûteuse.Cependant, toute initiative en ce sens pourrait malheureusement comporter des coûts politiques auxquels aucune formation ne semble encore prête à s\u2019exposer.Peut-être que, si le gouvernement respecte son engagement à réformer le mode de scrutin avant les prochaines élections, un gouvernement de coalition suivra, prêt à s\u2019exposer à ces coûts.On peut toujours rêver.Conclusion Dans les sociétés où la compétence civique est forte, la participation à la vie politique est plus active et mieux renseignée.Ceci est excellent en soi, mais ce n\u2019est pas tout.La participation à la vie politique de citoyens moins nantis met la société davantage à leur écoute et la pousse naturellement à adopter des politiques qui tiennent compte de leurs intérêts et besoins.En Scandinavie notamment, où la richesse est mieux répartie, la population bien renseignée appuie des politiques qui favorisent, entretiennent et renforcent la compétence civique.Les Canadiens, pour la plupart, sont fiers de leur société plus juste et mieux informée que celle de leurs voisins du sud.De même, les Québécois sont fiers de leur attachement plus profond, par comparaison à celui du Canada anglais, aux valeurs de solidarité sociale et d\u2019équité économique.Si nous tenons à faire reposer cette fierté sur plus qu\u2019une pensée magique facile à basculer, il est urgent d\u2019agir pour en affermir les assises.?Références 1.\tCet article est fondé sur la conclusion de la version française (Milner 2003) de mon livre, Civic Literacy - Hoiv Informed Citizens Make Democracy Work (University Press of New England, 2002).Je ùens à remercier Pierre Joncas et Olga Berseneff pour leur travail sur la version française de ce texte.2.\tUne autre étude avait démontré que les étudiants universitaires britanniques surpassent de loin leurs homologues à la fois américains et canadiens.Dans cette étude, aux questions portantsur les leaders politiques actuels et passés, le pourcentagede réponses exactes n\u2019était que de 25 p.c.tant aux États-Unis qu'au Canada, alors qu'il atteignait 42 p.c.en Grande-Bretagne.Au questions portant sur la population et le PIB, les notes moyens de ces trois pays étaient respectivement43,45 et72 (Baker et al, 1996).3.\tDans cette étude du « programme international pour le suivi des acquis », le Québec, suivi du Canada, se classe deuxième après le Finlande.4.\tLes données sur la lecture de journaux sont calculées à partir des chiffres de tirage fournis au site WEB de l\u2019Association canadienne des journaux.Les données sur l\u2019écoute de la télévision proviennent de l\u2019International Television and Video Almanac (Quigley Publishing Company, New York, 1996:681).Il faut souligner qu\u2019une forte proportion des émissions de télévision en langue française est réalisée localement, ce qui suggère que celles-ci, très écoutées et souvent de bonne qualité, contribuent davantage aux compétences civiques que ne le font les émissions américaines qui dominent la programmation de langue anglaise.5.\tNotons, toutefois, qu\u2019un plus grand nombre de Canadiens que d\u2019Américains affirment se renseigner par les médias imprimés.6.\tLes données proviennent du Feuillet de documentation sur les me'dias, publié par l\u2019Institut Suédois, 1999.629 La vie politique 7.\tLa réalisation du redressement pourrait passer par une plus grande décentralisation au profit de toutes les provinces, ou par la souveraineté du Québec, ou encore, pour tenir compte des priorités et des préoccupations différentes des provinces anglophones tout en assurant au Québec l\u2019autonomie dont il a besoin, par des aménagements constitutionnels asymétriques.8.\tLes bibliothèques suédoises diffusent le quotidien 8 Sidor (« Le 8 pages »), rédigé en suédois élémentaire pour les personnes avec peu d\u2019habileté pour la lecture, de même que des livres, articles et dépliants d\u2019accès également facile, et des « quotidiens parlants » enregistrés sur cassettes pour personnes affligées de cécité ou de dyslexie.Baker, John R, Bennett, L.M, Bennett, S.E, and Flickiger, R.S, «Citizens\u2019 Knowledge and Perceptions of Legislatures in Canada, Britain and the United States», Journal of legislative Studies 2, 2:44-62,1996.Bennett, Stephen E.et al., « The Impact of Mass Media Exposure on Citizens\u2019 Knowledge of Foreign Affairs : A Five Nation Study», présenté au colloque de la American Political Science Association, Chicago, août 1995.Blais, A., E.Gidengill, R, Nadeau et N.Nevitte, Anatomy 0/a Liberal Victory : Making Sense of the Vote in the 2000 Canadian Election, Peterborough, Broadview, 2002.Caldwell, Gary, and Reed, Paul, « Civic Participation in Canada : Is Quebec Different?», Inroads, 8:215-222,1999.Commun ication Canada, Enjeux et défis de communication des Canadiens et des Canadiennes peu alphabétisés, Ottawa, 2000.Corbeil, Jean-Pierre, « Littératie au Canada : disparité entre francophones et anglophones ?», Canadian Social Trends, Ottawa, Statistique Canada, 1998.Développement des ressources humaines Canada, Éducation et/ormation des adultes au Canada : Rapport découlant de l'Enquête sur l\u2019éducation et sur la formation des adultes, Ottawa, Gouvernement de Canada, 1994.Johnston R., and S.Siroka, «Social Capital in a Multicultural Society: the Case of Canada», présenté au colloque de l\u2019Association canadienne de science politique, Sherbrooke, juin 1999.Millard, William J., «International Public Opinion of the United Nations», International Journal of Public Opinion 5,92-9,1993.Milner, Henry, La Compétence civique : Comment les citoyens informés contribuent au bon fonctionnement de la démocratie.Québec : PUL, 2003.(Version française de Civic Literacy : Hou; Informed Citizens make Democracy Work.Hanover NH, University Press of New England, 2002.) -.Civic Literacy in Comparatiue Context : Why Canada's #1 Rank in « Human Deuelopment » is Misleading, Montreal, IRPP, 2001.-(ed.).Making Euery Vote Count : Reappraising Canada\u2019s Electoral System.Peterborough : Broadview, 1999.National Geographic-Roper study on geographic literacy among young adults (http:// www.nationalgeographic.ca/press/survey.asp), 2003.OCDE.Littératie et société du sauoir : nouveaux résultats de l\u2019Enquête internationale sur les capacités de lecture et d\u2019écriture des adultes, Paris, 1997.630 Les élections du 14 avril OCDE.La littératie à l'ère de l'information : Rapport final de l\u2019Enquête internationale sur la litteratie des adultes, Paris, 2000.Pammett, Ion et Larry Leduc, « Pourquoi la participation décline aux élections fédérales canadiennes : un nouveau sondage des non-votants », Ottawa, Élections Canada, 2003.Rubensson, Kjell., « Adult Education Policy in Sweden, 1967-1991 », Policy Studies Review, 13, 3-4:367-390, 1994.Schrader, 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1998 ; 1999.Willms, J.D., « Les capacités de lecture des jeunes Canadiens », Enquête internationale sur les capacités de lecture et d'écriture des adultes, Ottawa, Statistique Canada, 1997.L\u2019avenir de la social-démocratie au Québec Joseph Yvon Thériault Sociologue, Université d\u2019Ottawa La campagne électorale du printemps 2003, en remettant à l\u2019avant-plan le débat sur le rôle de l\u2019État, a soulevé la question de l\u2019avenir de la social-démocratie.L\u2019enjeu du débat peut se formuler ainsi : sur quelles prémisses devraient aujourd\u2019hui reposer une social-démocratie qui éviterait à la fois les écueils du néolibéralisme et l\u2019impossibilité de maintenir l\u2019État-providence selon la forme qu\u2019il a prise au cours des cinquante dernières années ?Poser une telle question implique effectivement que l\u2019on accepte comme préalable qu\u2019il y a «crise» de l\u2019État-providence ou, tout au moins, nécessité 631 La vie politique de repenser la question sociale dans un rapport nouveau entre l\u2019État, la société civile et l\u2019individu.Rappelons, comme entrée en matière, trois éléments de cette crise qui ne sont pas des fabulations néolibérales, et qui exigent des réponses progressistes, c\u2019est-à-dire de gauche.Trois crises propres à l\u2019État-providence î : La crisejiscale : Comme l\u2019a bien démontré Pierre Rosanvallon, dès le début des années 1970, dans La crise de l\u2019État-providence, l\u2019État-providence repose sur une logique de croissance exponentielle des besoins.C\u2019est donc moins le fait que l\u2019État soit incapable de payer, que la logique du « tout État » surgissant d\u2019une société où la solidarité est dorénavant pensée exclusivement sous la forme étatique, qui provoqua la crise.Si l\u2019obligation du déficit zéro et les baisses d\u2019impôts sont des réponses politiciennes et idéologiques à cette crise, l\u2019idée toutefois d\u2019un État qui devrait augmenter les prélèvements fiscaux jusqu\u2019à 50, 60, ou 70 °/o de la richesse nationale a heurté la culture démocratique des sociétés occidentales.La crise fiscale est une crise de culture politique.2.La crise de rigidité' : L\u2019État-providence dans la forme qu\u2019il a prise après la guerre répondait à une régulation de type fordiste, centralisée.L\u2019État-providence a accompagné une économie qui se structurait au niveau de l\u2019État-nation et qui reposait largement sur une logique centralisée qui sied bien à la rigidité technologique de la société industrielle.La mondialisation de l\u2019économie, les nouvelles technologies, le développement de l\u2019autonomie réflexive des individus ont conduit à ce que les sociologues ont appelé l\u2019accroissement de la complexité des systèmes.Dans une société complexe aucun centre de décision ne peutà lui seul régulerl\u2019ensemble, il faut accepter la flexibilité plurielle des lieux décisionnels.La crise de rigidité est une crise sociologique, elle renvoie à la manière dont l\u2019économie et le social influent sur le « vivre ensemble ».3.Le déficit démocratique : Contre la dépendance créée par un État de plus en plus interventionniste dans la gestion de la vie, contre les rigidités engendrées par le centralisme, tant de la structure industrielle que de la structure étatique, mais aussi face au constat d\u2019une mondialisation qui rend évanescents les lieux effectifs du pouvoir décisionnel, est née une revendication d\u2019en bas, au nom du pouvoir citoyen, une revendication pour une démocratie participative.Cette revendication prend la forme autant d\u2019un mouvement « libertarien » qui critique l\u2019État au nom de la suprématie de l\u2019individu, que d\u2019un mouvement émanant de la société civile et de ses associations, dont Porto Allegre, au Brésil, est devenue aujourd\u2019hui la ville étendard.Le sentiment que le pouvoir doit se rapprocher de l\u2019individu ou du citoyen et de ses organisations est un phénomène réel qui participe à l\u2019ébranlement de l\u2019État-providence.Ces crises sont réelles.Cela n\u2019implique pas pour autant qu\u2019il y ait une seule façon de les résoudre.Les réponses ne peuvent d\u2019ailleurs se limiter aux manifestations les plus visibles de ces crises, elles doivent tenir compte d\u2019autres exigences, d\u2019autres valeurs, peut-être moins liées à la conjoncture présente, mais profondément inscrites dans l\u2019histoire sociale et politique de nos démocraties.Il y a, notamment, l\u2019idée de solidarité qui est une exigence à la/ois sociologique\u2014 632 Les élections du 14 avril dans une société où la solidarité traditionnelle, par la famille, l\u2019Église, etc., a largement disparu, un corps organisé, public, doit prendre en charge la solidarité; et une exigence de moralité' politique \u2014 la citoyenneté a besoin pour être vivante d\u2019être nourrie par des formes concrètes de solidarité (ce qui ne relève pas de la charité mais de la copropriété des richesses nationales).Il faut aussi songer aux besoins d\u2019institutions publiques qui ont le prestige d\u2019institutions au service de tous.Des approches « clientéliste » ou « guichet électronique » ne permettent pas aux institutions publiques de nourrir chez le citoyen un sentiment d\u2019engagement envers ses institutions publiques.Penser l\u2019État comme un Wal Mart c\u2019est favoriser le désengagement, la désaffiliation et diminuer la capacité du citoyen d\u2019orienter les actions des institutions publiques.Ajoutons encore l\u2019importance d\u2019une démocratie politique et, par conséquent, les limites d\u2019une équation trop facile entre démocratie et pouvoir de l\u2019individu ou de la société civile.La démocratie ne saurait se réduire au pouvoir des individus, elle ne peut être la somme des intérêts personnels : elle est aussi la construction d\u2019une volonté collective, d\u2019une volonté d\u2019ensemble.Remettre le pouvoir aux individus pourrait bien vouloir dire remettre le pouvoir à « personne », à une règle tout à fait inhumaine qui surgit spontanément de l\u2019affrontement des intérêts individuels \u2014 ce que l\u2019on a appelé le marché ou le système\u2014, ou encore aux individus les plus forts \u2014 les dirigeants non politiques de nos sociétés.Même chose dira-t-on de la société civile, cette nébuleuse, lieu de toutes les promesses mais aussi de tous les dangers.Remettre le pouvoir à la société civile, ce serait remettre le pouvoir à une myriade d\u2019intérêts divers, fragmentés.Le déficit démocratique ne doit pas conduire au nom de la démocratie « réelle », « participative », à miner les assisses d\u2019une démocratie « politique », représentative, seul lieu ou la pluralité des intérêts et des opinions peut se muter en volonté générale.Le pôle collectif et le pôle individuel des démocraties L\u2019opposition qui vient d\u2019être construite entre les exigences d\u2019une conjoncture politique qui oblige à penser un État moins directement interventionniste, à accepter une certaine flexibilité dans le monde politique, comme dans le monde du travail, à favoriser la participation citoyenne à travers la responsabilisation individuelle ou la prise en charge communautaire \u2014 la société civile \u2014 d\u2019une part et, d\u2019autre part, les exigences de solidarités collectives incarnées dans des politiques universalistes de redistribution, dans la présence d\u2019institutions publiques qui font la fierté du citoyen et qui sont aux services de tous, dans l\u2019existence d\u2019une démocratie politique constitutive de la volonté générale de la nation, au-delà des intérêts particuliers des individus et des groupes, cette opposition peut se définir comme l\u2019opposition entre deux pôles de la démocratie : le pôle individualiste et le pôle collectif.Ces deux pôles sont inhérents à l\u2019histoire de la démocratie.Soit que l\u2019on conçoive en effet la démocratie comme le pouvoir au peuple réel, au peuple d\u2019en bas, et dans ce cas l\u2019on favorisera la « responsabilisation individuelle» ou La démocratie ne saurait se réduire au pouvoir des individus.633 La vie politique « communautaire » comme la forme achevée de la démocratie ; soit que l\u2019on pense la démocratie comme la construction d\u2019une volonté générale et dans ce cas l\u2019on favorisera les mécanismes politiques, tant institutionnels que délibératifs, de la formation de cette volonté générale.Opposition entre un pôle individuel et un pôle collectif, mais il serait tout aussi possible de dire : opposition entre la droite et la gauche.Car il est juste qu\u2019historiquement la droite a été identifiée au pôle individuel et la gauche au pôle collectif ; la droite à la défense du pluralisme inhérent à la société, la gauche à la formulation d\u2019une volonté générale.Comme le disait Simone de Beauvoir : « la vérité est une et l\u2019erreur est multiple, c\u2019est pourquoi la droite a toujours favorisé le pluralisme ».Une telle distinction, on pourra me le reprocher, place la société civile, ses multiples associations et intérêts divers, du côté de la droite.N\u2019oublions pas qu\u2019il en fut ainsi.Tant les coopératives, les associations paysannes, les associations religieuses, les groupements régionaux, etc.\u2014 les fleurons aujourd\u2019hui de la société civile \u2014 furent longtemps perçus à gauche comme des groupements conservateurs, délétères de l\u2019intérêt général.La démocratie est, rappelle-t-on souvent, « le pouvoir au peuple, par le peuple, pour le peuple».Dans cette définition on ne dit jamais qui est le peuple.Est-ce celui de la volonté générale, construit à travers la délibération, est-ce l\u2019individu propriétaire ou le militant de base qui se lève contre le pouvoir politique et qui dit : « je suis le peuple»?L\u2019énigme de la démocratie, rappelle Claude Lefort, est tout contenu dans l\u2019isoloir au cœur du suffrage universel: au moment ultime où le peuple prend une décision, on détruit le Peuple avec un grand P (le peuple comme Un ou encore peuple dans ses multiples associations), pour lui substituer l\u2019individu isolé des autres membres du peuple, l\u2019individu seul avec son bulletin de vote.Cette distinction entre le pôle individuel de la démocratie et son pôle collectif n\u2019est pas factice, comme n\u2019est pas factice non plus la distinction entre la gauche et la droite.Il existe une opposition irréductible, indépassable, entre l\u2019idée du bien commun construità partir de la volonté générale et l\u2019idée de la démocratie comme la somme des intérêts des individus et des groupes, opposition entre le pôle de la responsabilisation collective et celui de la responsabilisation individuelle, entre la démocratie politique et la démocratie participative.Irréductible, car il estjuste d\u2019affirmer que plus de pouvoirs à l\u2019instance politique signifie moins de pouvoirs à la société civile et aux individus, tout comme plus de pouvoirs aux individus et aux différents corps organisés de la société dilue la capacité du Peuple comme collectifd\u2019exprimer une volonté politique.Indépassable, car l\u2019affirmation de l'un de ces pôles semble faire surgir son contraire.Il est essentiel à la vie politique, à l\u2019existence d\u2019un véritable débat sur les choix de société qu\u2019une telle distinction se maintienne, qu\u2019elle continue à diviser les grandes orientations partisanes de nos sociétés.La démocratie est plus riche lorsqu\u2019elle structure les partis entre le camp des choix collectifs et celui des choix individuels.Autrement dit, ce serait une perte pour la vitalité démocra- 634 Les élections du 14 avril tique de nos sociétés que la gauche aujourd\u2019hui se mette à emprunter exclusivement le langage du pôle d\u2019en bas, celui de la responsabilité individuelle, du pouvoir citoyen, de l\u2019auto-régulation de la société civile etabandonne le pôle d\u2019en haut, celui de la construction d\u2019une volonté générale, du bien commun.Cela étant, ces deux pôles doivent-être compris comme des sensibilités et non des positions dogmatiques.Historiquement la social-démocratie fut porteuse de transformations et de progrès parce qu\u2019elle a pu incorporer à sa sensibilité collective l\u2019univers contraire : celui de la liberté individuelle.Pour emprunter une image à André Gorz, dans ses Adieux aux proletariats, c\u2019est pour avoir compris l\u2019attachement de la classe ouvrière à son petit lopin de propriété individuelle que la gauche social-démocrate a pu imposer à la société une certaine conception du bien public.C\u2019est historiquement ce que le communisme n\u2019a pu faire, et c\u2019est pourquoi il connut l\u2019échec.On dira la même chose du camp libéral, entendu ici comme le pôle individuel ; c\u2019est quand il a pu incorporer à son projet certains éléments du bien commun qu\u2019il a pu prétendre, pour un temps, être le porteur du projet d\u2019une société entière.Ce sont, ne l\u2019oublions pas, largement des gouvernements libéraux qui ont édifié au cours du xx' siècle l\u2019État-social ou providentialiste que nous connaissons.Quand les libéraux se sont historiquement campés dans le camp exclusif de la responsabilité personnelle, ils ont plutôt activé les fractures et les crises sociales que solidifié les démocraties.Le néolibéralisme comme revalorisation du pôle individuel Les années quatre-vingt sont, à certains égards, des années sombres de la démocratie, parce qu\u2019elles ont indûment valorisé son pôle individuel.Ce furent des années où la mondialisation s\u2019est imposée comme projet d\u2019une société dorénavant dirigée par la logique autorégulatrice du marché et des systèmes techniques.Ce furent des années annoncées politiquement par les gouvernements Thatcher en Angleterre et Reagan aux États-Unis où l\u2019État, dans ses fonctions économiques comme sociales, fut remis en question.Ce furent des années, culturellement, d\u2019emballement de l\u2019individualisme où les maîtres-mots furent : « défoncez-vous », « réalisez-vous », « soyez des vainqueurs ».Ce furent des armées enfin, où le social s\u2019est affirmé sur un mode, plus d\u2019intérêts et d\u2019identités que politique.Le camp du politique et du collectif a été comme pris par surprise.La gauche s\u2019est retranchée dans une position de repli, une défense des acquis large-ment associée au sauvetage d\u2019un État-providence qu\u2019elle vilipendait pourtant quelques années auparavant.Elle s\u2019est réfugiée dans une critique tous azimuts du néolibéralisme et de la mondialisation\u2014genre Le Monde diplomatique\u2014 sans s\u2019interroger, autrement que sous le signe de la manipulation idéologique, sur ce qui faisait la fortune d\u2019un tel mouvement II faut comprendre ici que, sans accepter les prémisses du néolibéralisme, la sensibilité d\u2019en bas qu\u2019une telle idéologie exprime correspond à une mouvance de nos sociétés quelecampdu collectif ne peut éviter de poser, au risque d\u2019être expulsé du débat politique pour cause de non pertinence.635 La vie politique Le Collectif D\u2019abord solidaires Le collectif D'abord solidaires est né à l'automne 2002 à cause de la montée de l'Action démocratique du Québec et, plus généralement, des idées de droite au Québec.Le collectif s'est formé dans le but d'entreprendre une campagne d\u2019éducation populaire autour des enjeux de la campagne électorale provinciale annoncée pour le printemps 2003.La valeur centrale qui a réuni une quinzaine de militantes et militants a été celle du bien commun, une valeur qui leur semblait passablement malmenée dans la société québécoise.Le collectif D'abord solidaires a établi qu'il serait non partisan et n'appuierait donc aucun parti politique avant ou pendant la campagne électorale.Le premier geste du collectif a été la diffusion d'un appel intitulé: Appel pour un Québec d'abord solidaire.Ce texte est toujours d'actualité et l'on doit s'y référer pour bien saisir les valeurs qui animent D'abord solidaires.Ces valeurs sont celles de la solidarité et de la justice sociales, de l'égalité entre les sexes et du respect des droits fondamentaux.De la recherche \u2014 au-delà des corporatismes \u2014, du bien commun, de l'intérêt général.Une version raccourcie de ce texte (disponible sur le site Internet www.dabord solidaires.ca) a été publiée dans Le Devoir du 28 janvier 2003.Mille quatre cents personnes ont signifié leur appui à D'abord solidaires en écrivant sur le site ou en remplissant un formulaire.Durant la campagne électorale, le collectif a mis à la disposition du public un site Internet permettant de prendre connaissance, et de les comparer, des programmes électoraux de cinq partis politiques: le PQ, le PLQ, l'ADQ, l'Union des forces progressistes (UFP) et le Parti vert, montrant que «non, ils ne sont pas tous pareils! ».Ce site a été visité par des milliers de personnes, utilisés dans les réseaux communautaires, féministes et syndicaux et cités dans les médias.Les porte-parole du collectif ont effectué une tournée dans 11 régions du Québec et pour lancer un appel à mettre sur pied d\u2019autres collectifs sur une base régionale.Au total, 66 activités ont été organisées.Les femmes comptaient pour 60% des participants; la majorité des personnes présentes se situait dans la tranche d'âge des 30-50 ans.Cependant, quelques invitations dans des cégeps ont permis de rencontrer des centaines de jeunes.Au total, près de 4000 personnes ont été rencontrées.À l'exception de Montréal et Québec, la couverture médias a été très bonne.Le réseau de D'abord solidaires compte désormais une vingtaine de collectifs, dont 13 ont été formés avant et pendant la campagne électorale et sept par la suite.Le chacun pour soi Ce n'est pas D'abord solidaires qui a provoqué le recul spectaculaire de l'Action démocratique du Québec.Nous y avons contribué, bien sûr, avec plusieurs autres, mais ce parti a surtout souffert de ses propres incohérences et d'un discours beaucoup trop à droite en rapport avec les aspirations du peuple québécois.Plusieurs ont mis la main à la pâte pour déboulonner l'ADQ dans l'opinion publique.Plusieurs nous ont exprimé leur contentement de pouvoir débattre de politique en toute convivialité.La notion du bien commun a joué un rôle important dans ce renouveau du «goût de discuter politique»: elle a joué le rôle de lunettes d'approche avec lesquelles nous pouvions analyser les programmes des partis politiques; elle a servi de critère de référence pour porter un jugement sur les déclarations et les comportements des candidats et candidates; enfin, elle a beaucoup permis de rejoindre notre public majoritairement féminin.Le résultat des élections doit nous interpeller et particulièrement le nombre élevé -» 636 Les élections du 14 avril d'abstentionnistes.Qui sont-ils?Pourquoi le taux de participation a-t-il chuté de 11 points depuis 1994?Et que dire des votes libéraux et adéquistes?Plusieurs raisons peuvent les expliquer et notre appel pour un Québec d'abord solidaire sonnait déjà l'alarme.Nous nous inquiétions de l'individualisme ambiant, de la montée du « chacun pour soi », du rejet de l'État au-delà des critiques justifiées, etc.Le résultat des élections démontre que nous avions raison de nous inquiéter.Bien sûr il y a aussi l'habitude de l'alternance, le désenchantement face au PQ, la révolte contre les fusions municipales et d'autres raisons.Mais à D'abord solidaires, nous croyons que le «chacun pour soi » trouve un écho dans la population et qu'une partie de celle-ci jette parfois un État jugé trop interventionniste avec l'eau du bain.D'abord solidaires en est maintenant à imaginer l\u2019avenir.Le collectif initiateur et une vingtaine d'autres se retrouvent donc en pleine réflexion.À Montréal, une assemblée publique a réuni 170 personnes, le 16 juin, pour entamer des débats.La question à laquelle nous devons répondre est la suivante : « De quoi le Québec d'aujourd'hui a-t-il besoin qui n\u2019existe pas déjà et qui pourrait permettre de construire une société plus juste et plus égalitaire, solidaire aussi des peuples du monde?» Deux options émergent déjà: demeurer un mouvement d'éducation politique non partisan, un lieu de réflexion, de débats et d'action citoyenne contre la droite.Ou alors, l\u2019action politique partisane qui doit mettre l\u2019accent aussi sur l'éducation politique et proposer des perspectives qui feront avancer le Québec social.?Françoise David Porte-parole de D'abord solidaires Les décennies que nous venons de vivre furent des années sombres pour la démocratie non parce que le discours néolibéral fut hégémonique.En fait, le projet néolibéral n\u2019a pas gagné.Nulle part n\u2019a-t-il réussi à détruire vraiment l\u2019État-providence et, comme le titrait le journal français Libération, au moment du Sommet de Davos de l\u2019hiver 2000, même « la mondialisation doute d\u2019elle-même », c\u2019est-à-dire que les artisans de celle-ci, les banquiers, comme nos ministres des Finances, commencent à se demander comment réguler politiquement une mondialisation que plus personne ne semble pouvoir contrôler.Les décennies que nous venons de vivre furent sombres pour la démocratie parce que les deux camps en présence ne réussissaient pas à féconder un affrontement politique porteur de pro- positions neuves.Le néolibéralisme s\u2019est campé dans une conception sans avenir de l\u2019individu, consommateur et mondialisé; les sociaux-démocrates dans une nostalgie pérenne de l\u2019État-providence.Autrement dit, ni a gauche ni à droite, il n\u2019a été proposé de nouvelle synthèse qui réponde aux exigences de notre époque, entre le collectif et l\u2019individuel.Vers une nouvelle social-démocratie Il est possible de croire que l\u2019on sorte du tunnel.J\u2019ai rappelé que le camp néolibéral doutait de lui-même.Il s\u2019agira cependant de se limiter ici à l\u2019alternative collective qui semble aujourd\u2019hui se dessiner.Certains l\u2019ont appelé la «troisième voie», mais l\u2019utilisation qu\u2019en a faite récemment Tony Blair dans l\u2019affrontement Irak-États-Unis 637 La vie politique Le projet néolibéral n\u2019a pas gagné, il n'a pas réussi, nulle part.rend l'appellation suspecte.D\u2019autres l\u2019ont nommé «État-partenariat», vocable qui s\u2019avère trop instrumental, trop lié à une conception contractuelle et consumériste du rapport du citoyen avec l\u2019État.Conservons pour le moment la vieille appellation « nouvelle social-démocraüe » qui a le mérite d\u2019insister sur le caractère à la fois social et politique (démocratique) d\u2019une proposition d\u2019avenir.Le politologue de l\u2019Université de Montréal Alain Noël a proposé le canevas suivant pour essayer de dégager les enjeux du débat et les pistes de cette nouvelle social-démocratie.Alors que l'État-providence, précisait-il, reposait sur une solidarité égalitariste, universaliste où l\u2019État par des normes nationales assurait lui-même les transferts et les services sociaux, l'État néolibéral s\u2019est efforcé d\u2019implanter une solidarité limitée, particulariste, où la décentralisation vers des organismes de la société civile allait assurer une adaptabilité des politiques sociales au monde du travad et une plus grande responsabilisation des individus.Se dessine aujourd\u2019hui, face à cette double logique, une troisième piste : l'État partenaire (je préférerais ici, comme je viens de l\u2019indiquer, « nouvelle social-démocratie ») où, à partir d\u2019une exigence de solidarité, s\u2019élabore une nouvelle synthèse entre l\u2019État, la société civile et la pluralité des appartenances individuelles.Dans cette nouvelle social-démocratie seront conservées des/ormes de solidarités universalistes, notamment par l\u2019intégration des transferts sociaux à la fiscalité (ce qui renvoie à l\u2019idée d\u2019une forme de revenu minimum garanti).Nul besoin d\u2019insister sur le fait que le maintien d\u2019une logique redistributive, universaliste, est une condition nécessaire au fait que la redistribution ne soit pas reléguée à sa dimension de « charité », mais demeure un véritable socle de la « citoyenneté ».La nouvelle social-démocratie devra s\u2019accompagner aussi d\u2019un accroissement des responsabilités des groupes solidaires et des communautés locales.La participation, à travers ses organisations, de la société civile est une nécessité liée notamment au besoin d\u2019épaissir la société, dans une société où, entre l\u2019individu, l\u2019État et le marché mondial s\u2019amenuisent continuellement les corps intermédiaires où la solidarité citoyenne s\u2019exprime plus spontanément.Enfin, la nouvelle social-démocratie devra tenir compte d\u2019une plus grande diversité des parcours citoyens, tant culturels \u2014 le respect de la différence \u2014, économiques\u2014le partage du travail et la pluri-activité \u2014, que proprement individuels.Ce que les sociologues ont appelé l\u2019individualisation croissante de nos sociétés pose à la fois un défi à la solidarité, tout en exigeant son renouvellement.L\u2019individu moderne exige plus de liberté, plus d\u2019autonomie personnelle, que ce soit en regard de la famille ou de l\u2019État, en même temps que cette autonomie individuelle accrue crée un individu plus fragile, ayant besoin de soutiens collectifs mieux ciblés.Voilà en fait, rapidement brossés, les grands axes d\u2019une nouvelle politique du camp de la solidarité, du camp de la gauche.Entre l\u2019État et le citoyen : plus de politique Aujourd\u2019hui, dans l\u2019opposition entre le pôle collectif et le pôle individuel de la démocratie, c\u2019est bien le pôle collectif 638 Les élections du 14 avril qui a besoin d\u2019être revalorisé et non le pôle individuel.La démocratie est actuellement déficitaire beaucoup moins parce qu\u2019elle est incapable de « représenter » les multiples intérêts de la société civile, qu\u2019ils soient individuels ou collectifs \u2014 on n\u2019a qu\u2019à se représenter la multiplication des conseils, des comités, des commissions, des régies où l\u2019État tente de quadriller les citoyens en consommateurs différenciés des services publics \u2014, que de recomposer ces multiples intérêts en de grandes catégories d\u2019opinions susceptibles de guider les choix collectifs.C\u2019est ainsi qu\u2019apparaissent les limites des propositions émanant de la récente Commission sur la réforme des institutions démocratiques.On s\u2019est beaucoup interrogé sur la capacité de nos institutions à représenter les multiples intérêts et tendances de la société civile, mais très peu à comprendre comment cette démocratie peut et doit se muter en démocratie délibérative, c\u2019est-à-dire en grands débats collectifs susceptibles d\u2019orienter les choix de société.Mais revenons aux enjeux politiques plus immédiats.Contre cette tendance de l\u2019État gestionnaire à incorporer le citoyen comme consommateur, à rigi-difier la vie collective, on propose aujourd\u2019hui moins de politique et plus de responsabilisations personnelles.Cela pourrait avoir l\u2019effet contraire à celui souhaité, soit de réduire la vie citoyenne à un ensemble de choix individuels, accentuant encore plus l\u2019isolement du citoyen et la fragmen- tation sociale.C\u2019est bien le contraire que l'on doit proposer.Une valorisation de la dimension politique du citoyen.Non pas, faut-il le préciser, une revalorisation de l\u2019État.On a indiqué plus haut les raisons qui militent pour une nouvelle social-démocratie valorisant la pluralité des fonctions citoyennes (État ; société-civile ; individu).II s\u2019agit ici plus précisément de la fonction délibérative du politique.De la revalorisation des lieux \u2014 ce qui comprend le parlement, mais ne s\u2019y réduit pas\u2014où le citoyen apprend à s\u2019éloigner de ses intérêts immédiats pour engager un débat public sur les affaires de la cité, sur nos enjeux communs.Cela veut dire pour les milieux syndicaux et populaires de ne pas se camper sur des positions corporatistes mais s\u2019engager, en tenant compte des positions des autres, dans un véritable débat politique sur le bien commun.Le réaménagement nécessaire entre l\u2019État, la société civile et l\u2019individu, nécessite plus de forums publics, plus de lieux de délibérations, plus de valorisation de la dimension politique de la vie sociale et non pas moins.le crois fondamentalement en cette affirmation du philosophe italien Norberto Bobbio selon laquelle la démocratie politique engendre nécessairement la démocratie sociale.Ce qui revient à dire qu\u2019une démocratie politique forte est toujours une social-démocratie.Le contraire n\u2019est pas pour autant vrai, un pouvoir social fort n\u2019engendre pas toujours une démocratie politique porteuse d\u2019autonomie et de liberté.?Recomposer ces multiples Intérêts en de grandes catégories d\u2019opinions susceptibles de guider les choix collectifs.Références Es ping-Anderson, Les trois mondes de lïtut-providence, Paris, PUF, 1999.Giroux, Guy (sous la dir.de), L\u2019Etat, la société' civile et l\u2019économie, L\u2019Harmattan/Les Presses de l\u2019Université Laval, Paris, Québec, 2001.639 La vie politique Lefort, Claude, Essais sur le politique, Paris, Seuil, 1986.Noël, Alain, « Vers Un nouvel État-providence ?Enjeux démocratiques », Politiques et société, n°3°, P- 3-27.1996- Rosanvallon, Pierre, La nouvelle question sociale, repenser l\u2019État-providence, Paris, Seuil 1992.Schnapper, Dominique, La démocratieprovidentielle, Paris, Gallimard 2002.Des messages pour le syndicalisme Mona-Josée Gagnon Sociologue, Université' de Montréal Thomas Collombat Politologue La montée de l\u2019Action démocratique du Québec (ADQ) dans les sondages préélectoraux (automne 2002) a d\u2019abord étonné, puis inquiété les organisations syndicales.De diverses manières, elles ont tenté de mettre en relief les reculs sociaux que l\u2019application du programme de l\u2019ADQ pouvait entraîner.Malgré toutes ses incohérences idéologiques et les contradictions que la campagne électorale a mis au jour, l\u2019ADQ a maintenu jusqu\u2019au bout, par la voix de son chef Mario Dumont, ses dénonciations de « l\u2019establishment syndical ».Elle récolta finalement une part appréciable du vote (près de 20%), cela dans la province canadienne la « mieux » syndiquée (40,4%), là où le terme « social-démocratie » n\u2019est pas encore honni et où l\u2019idée de priva-tisation des services publics fait encore des remous.En vertu du régime de scrutin uninominal à un tour, l\u2019ADQ semble avoir fondu comme neige au soleil, mais son succès éphémère et programmé ne constitue-t-il pas un révélateur quanta la nature et à l\u2019image du syndicalisme dans notre société ?Au-delà des résultats électoraux, quelques réflexions s\u2019imposent.Le syndicalisme dans la société québécoise Les chefs syndicaux, tout comme leurs vis-à-vis patronaux, font partie de la classe politique.La revue Commerce classait d\u2019ailleurs en 2003 un président de centrale syndicale en quinzième position des personnalités les plus influentes au Québec.Ils sont familiers des arcanes du pouvoir et largement médiatisés, ce qui n\u2019empêche pas les syndicats québécois de se distinguer par leur combativité, tant en matière de syndicalisation que de conflictualité.Ce rôle politique et cette proximité avec l\u2019État s\u2019accentuent lorsque le Parti québécois (PQ) est au pouvoir.Les 640 Les élections du 14 avril organisations syndicales, du moins les principales dont il est ici question, soit la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), la Confédération des syndicats nationaux (CSN) et la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) ont toutes pris position, à un moment ou à un autre, en faveur de la souveraineté.De plus, le PQ occupe la gauche de l\u2019échiquier politique, position moins que jamais disputée en raison de l\u2019orientation droitiste du Parti libéral du Québec (PLQ) depuis qu'il est au gouvernement.En dépit de brouilles imputables notamment aux tensions lorsque vient le moment des négociations de conventions collectives dans le secteur public, il existe, entre le PQ et les appareils syndicaux, des complicités réelles.Ces complicités ont une histoire et s\u2019articulent autour de quatre grands axes explicatifs.Elles commencent par l\u2019octroi du droit à la syndicalisation des employés des services publics.Quasi du jour au lendemain, la morphologie du syndicalisme québécois fut bouleversée, les affiliés du secteur public (de même que para et péri publics) se taillant la moitié des effectifs globaux.Un régime centralisé de négociation des conditions de travail des employés de l\u2019État ou des organismes en relevant se mit graduellement en place.Des relations directes s\u2019établirent ainsi entre les plus hautes autorités gouvernementales et syndicales à l\u2019occasion des rondes de négociation.La Révolution tranquille fut l\u2019occasion de modifier du tout au tout les modes de consultation et de représentation sociétaux.Le long régime duplessiste avait appliqué une politique anti-syndicale et réduit l\u2019audience des organisations syndicales à la présen- tation d\u2019un cahier annuel de doléances.Ce fut donc un véritable bouleversement lorsque l\u2019État mit sur pied des mécanismes publics de consultation et s\u2019ouvrit aux groupes constitués.Des dizaines d\u2019organismes consultatifs et administratifs furent créés dans les années soixante et soixante-dix, auxquels les organisations syndicales furent invitées, en réciprocité avec les organisations patronales nouvellement mises sur pied.Puis advint la prise de pouvoir du Parti québécois qui poursuivit l\u2019approche consultative, mais lui donna graduellement une inflexion néocorporatiste.Nombre de sommets furent organisés, auxquels se retrouvaient les membres du gouvernement et les principaux ténors des mouvements syndical et patronal.En 1979, la Loi sur la santé et la sécurité du travail, largement inspirée de la loi suédoise, entraîna la mise sur pied d\u2019un conseil d\u2019administration paritaire (patronal-syndical).Même en 1995, la Commission Bélanger-Campeau sur l\u2019avenir du Québec présentait une composition partiellement patronale-syndicale.Depuis lors, cependant, les autres groupes de la société civile ont gagné en importance dans les organismes et processus de consultation (comme à la Table des Partenaires du marché du travail, dans le domaine de la formation professionnelle).Enfin, la mise sur pied du Fonds de solidarité des travailleurs du Québec (FSTQ) par la FTQ (suivie tardivement par celle de Fondaction par la CSN) propulsa la FTQ au rang d\u2019acteur financier, le FSTQ étant devenu la plus importante entreprise en capital de risque au Québec.Changement de 641 La vie politique registre, changement de répertoire et changement d'arène.Le syndicalisme de 2003 ne ressemble guère à celui de 1960.11 n\u2019avait pas seulement grandi, mûri, il avait en quelque sorte muté.Et c\u2019est sur cette toile de fond que s\u2019engagea la campagne électorale.La campagne électorale : l\u2019ADQ et les syndicats Le discours adéquiste fut typique de celui d\u2019un parti de droite : non-interventionnisme de l\u2019État, place à l\u2019entrepre-neurship, à l\u2019innovation et à l\u2019individualisme.La configuration générale de la société qui prévalait sous la gouverne du Parti québécois mettait en présence les trois grands acteurs sociaux : l\u2019État, les employeurs, les syndicats comme représentants les plus en vue de la société civile.Une nouvelle configuration sociale fut mise de l\u2019avant par l\u2019ADQ.Comme auparavant, on retrouve l\u2019État et les employeurs, mais les syndicats disparaissent comme acteur social pour se voir remplacés par les citoyens.Les groupes représentatifs, et au premier chef les syndicats, ne doivent plus faire écran aux rapports entre l\u2019État et le peuple.Pendant la campagne électorale, le patronat organisé ne put que prêter une oreille sympathique au discours adéquiste, qui reprenait avec application toutes les antiennes patronales, à commencer par la hantise des réglementations et la dénonciation de la (pourtant bien timide) Loi dite du 1 % sur la formation professionnelle.L\u2019ADQ n\u2019eut que des éloges pour les employeurs, dont on sait que quelques-uns parmi les plus éminents s\u2019engagèrent ouvertement à ses côtés, réservant son hostilité aux syndicats.Les syndicats furent visés par quelques engagements concrets mais épars, relatifs à des fonctionnements syndicaux qu\u2019il fallait réviser, tant pour ce qui était de la régie syndicale interne que du pouvoir des syndicats.Au-delà des quelques propositions précises, deux grands messages étaient martelés par l\u2019ADQ.Premier message : les syndicats sont trop forts.Les « establishments syndicaux » exercent une emprise démesurée sur l\u2019administration publique.II faut donc mettre en cause les « monopoles syndicaux», réviser les conventions collectives, favoriser la sous-traitance.L\u2019utilisation fréquente du terme « monopoles syndicaux» ne pouvait que semer la confusion.Il n\u2019existe pas de monopole syndical à proprement parler, il existe des « monopoles de représentation », assortis de règles démocratiques pour changer collectivement de syndicat.Ce système de représentation existe dans toute l\u2019Amérique du Nord ainsi que dans l\u2019Europe non-latine et n\u2019a rien de particulièrement québécois.Deuxième message : les syndicats ont favorisé indûment les baby-boomers au détriment des contemporains et cadets du chef de l\u2019ADQ.Les mécanismes reliés à l\u2019ancienneté dans l\u2019administration publique, les conditions de travail des précaires (et les fameuses «clauses orphelin») furent particulièrement dénoncés.Certains passages du programme de l\u2019ADQ sonnaient juste à cet égard, mais ils faisaient peu de cas du rôle des employeurs, publics et privés, dans la précarisation du marché du travail.Les syndicats étaient déclarés coupables d\u2019avoir mal défendu les précaires, alors que la précarisation des stamts est bel et bien un mode de gestion 642 Les élections du 14 avril patronal malheureusement répandu et généralement imposé aux syndicats.C\u2019est sur cette toile de fond de conflit intergénérationnel larvé que l\u2019ADQ se lança ensuite à la défense des jeunes familles, suivie en cela par tous les chefs de parti.Ceux-ci offrirent à la population un concert à plusieurs voix de familialisme bêlant, digne des dénonciations de la conscription en r940 au nom de la survie de la famille canadienne-française.Attaquées de front, les organisations syndicales diabolisèrent, à des degrés divers, l\u2019ADQ.Elles négligèrent du même coup le Parti libéral du Québec, lequel laissait les gros mots à Mario Dumont mais n\u2019en pensait pas moins, et dont le programme, moins démagogique mais plus ciblé, convergeait avec les principales revendications patronales (abrogation des exigences de la loi du i %, ouverture à la sous-traitance.).Les syndicats québécois face aux élections générales de 2003 La FTQ :1e maintien de la tradition d\u2019engagement Qu\u2019il s\u2019agisse de scrutins fédéraux ou provinciaux, la FTQ s\u2019est clairement prononcée à plusieurs reprises pour un parti politique.Longtemps liée au Nouveau Parti démocratique (NPD) en vertu de la tradition du Congrès du travail du Canada (CTC) auquel elle est affiliée, elle a manifesté son autonomie dans les années r970 et a ainsi officiellement soutenu le PQ à plusieurs reprises.Cette possibilité d\u2019offrir son soutien à une formation politique est d\u2019ailleurs autorisée par ses statuts, à condition que la décision soit approuvée par un congrès extraordinaire.La frange la plus à gauche de la FTQ était prête à faire un bilan assez critique du gouvernement sortant qui s\u2019était mis à dos une bonne partie des syndiqués du secteur public à cause de son objectif de « déficit zéro ».Mais, face au « danger public » que représentait l\u2019ADQ, la direction de la FTQ décida de peser de toutson poids pour faire en sorte que cette tentation trop critique s\u2019atténue et que ses troupes se rangent clairement derrière le PQ.Cette discipline était d\u2019autant plus nécessaire que les dirigeants de la FTQ étaient conscients qu'une forte popularité de l\u2019ADQ signifiait nécessairement que certains syndiqués étaient attirés par les idées de ce parti, comme le montraient certains sondages.Le défi était donc double : dénoncer les idées de l\u2019ADQ et convaincre de la nécessité de soutenir le PQ.L\u2019un des arguments les plus utilisés auprès des membres de la FTQ fut la comparaison avec l\u2019élection provinciale ontarienne de rg95 au cours de laquelle les syndicats avaient retiré leur appui au NPD qu\u2019ils n\u2019estimaient pas assez à gauche pour finalement se retrouver avec un gouvernement ultra-conservateur et parmi les plus anti-syndicaux du pays.On s\u2019efforça également de souligner les apports du mandat péquiste en transformant les critiques potentielles en «chantiers à terminer».Les références à la « grande noirceur » furent également nombreuses pour stigmatiser l\u2019ADQ.L\u2019affrontement entre la FTQ et l\u2019ADQ fut donc assez direct, le chef de l\u2019ADQ allant jusqu\u2019à traiter un président de syndicat de «barbare».La centrale s\u2019investit de son côté beaucoup dans la campagne, et adressa à tous ses affiliés une lettre pressante contre l\u2019ADQ.643 La vie politique Paradoxalement, la FTQ décida de ne pas convoquer de congrès extraordinaire pour apporter son soutien officiel au PQ comme elle l\u2019avait déjà fait par le passé.Ceci s\u2019explique à la fois par une volonté de ne pas embarrasser le PQ (déjà stigmatisé par l\u2019ADQ comme le « parti des syndicats ») et par une certaine réticence de la part des syndiqués du secteur public.Au total, les dirigeants de la FTQ furent satisfaits de la déroute adéquiste et certaines études internes les confortèrent dans l\u2019idée que leur propre campagne avait porté ses fruits, la popularité de l\u2019ADQ s\u2019étant considérablement effritée chez les syndiqués.La CSN : vers une remise en cause de la neutralité ?Historiquement, la CSN a toujours vivement défendu son indépendance à l\u2019égard des partis politiques.Ses statuts lui interdisent d\u2019ailleurs de s\u2019affilier à l\u2019un d\u2019eux et sont généralement interprétés de façon large si bien que la centrale n'appuie jamais officiellement de formation politique.Cette tradition ne fait pas pour autant de la CSN une organisation apolitique.Très marquée à gauche dans les années 1970, elle s\u2019est ensuite peu à peu posée comme une alliée critique du PQ.La forte présence d\u2019employés du secteur public provincial (essentiellement dans les secteurs de la santé, des services sociaux et de l\u2019éducation) dans les rangs de la CSN amenait celle-ci à faire un bilan plus critique du gouvernement sortant que la FTQ.L\u2019interdiction de se prononcer pour un parti ne s\u2019appliquant pas aux conseils centraux de la CSN (qui regroupent les syndicats sur une base régionale), plusieurs d\u2019entre eux, dont le conseil central de Montréal, reconnu pour ses positions radicales, n\u2019ont pas hésité à prendre position pour des candidats de l\u2019Union des forces progressistes (UFP) en rupture avec le PQ dont ils dénonçaient les « dérives néolibérales ».Face au danger que représentait l\u2019ADQ tant sur le plan de la réglementation des relations du travail que sur celui des services publics, la direction de la CSN a décidé de sortir de sa traditionnelle neutralité de façade.Non seulement elle a adopté une plate-forme et a analysé à partir de celle-ci les programmes des partis en lice, mais elle s\u2019est explicitement prononcée contre l\u2019ADQ.Elle n\u2019a par contre pas donné de consigne de vote positive mais plutôt prôné un vote « utile et stratégique » qui, largement interprété, pouvait à la fois signifier un soutien au PQ ou un vote circonscription par circonscription.Concrètement, les résolutions adoptées par le conseil confédéral de mars 2003 tendaient à assouplir l\u2019habituel devoir de réserve imposé aux militants et salariés de la centrale en les incitant à porter dans tous les syndicats affiliés la position de la CSN.La CSQ : poser des questions sans prendre parti L\u2019attitude de la CSQ fut plus proche de celle de la CSN que de celle de la FTQ.L\u2019homogénéité est sans doute l\u2019une des principales caractéristiques de cette centrale dont près de 70 % des membres œuvrent dans le domaine de l\u2019enseignement.La montée de l\u2019ADQ et la diffusion progressive de ses idées touchèrent donc la CSQ tout particulièrement dans le secteur de l\u2019éducation.C\u2019est la proposition des bons d\u2019études 644 Les élections du 14 avril qui fit en particulier réagir la centrale, pour laquelle cette solution représentait un danger majeur pour le réseau public.Comme d\u2019autres organismes, elle commanda donc un rapport sur la politique des bons afin de mieux la dénoncer publiquement.La publication de cette étude fut la principale action publique de la CSQ pendant la campagne puisqu\u2019elle se contenta, autrement, d\u2019interpeler tous les partis sans en soutenir aucun, tout en dressant sa propre plate-forme et en la comparant aux programmes des partis.Toutefois, l\u2019ADQ étant seule à proposer les bons d\u2019éducation, l\u2019opposition de la centrale à cette formation ne faisait mystère pour personne.Aucune prise de position positive ne fut par contre exposée.On n\u2019opta même pas pour un vote stratégique comme à la CSN.Au lendemain de la victoire libérale, la réaction de la présidente de la centrale fut d\u2019ailleurs immédiatement de poser des questions au nouveau gouvernement plutôt que de tenter de fournir une analyse de la défaite péquiste comme le faisaient ses homologues de la FTQ et de la CSN.Cette grande prudence s\u2019explique notamment par le fait qu\u2019un appel à bloquer l\u2019ADQ aurait été interprété comme un soutien implicite au PQ, chose impensable dans une centrale à la base militante assez radicale et qui ne pardonnait pas au gouvernement sortant les compressions budgétaires en éducation.Nature et image du syndicalisme québécois S\u2019il est trop tôt pour dire que les élections de 2003 ont constitué un tournant dans l\u2019histoire du rapport des syndicats à la politique au Québec, on peut par contre affirmer dès à présent qu\u2019elles ont servi de miroir grossissant aux relations entre État, syndicats et partis politiques.Elle permet ainsi de dresser un portrait tant de la nature réelle des syndicats que de l'image qu\u2019ils projettent dans la société.Le mouvement syndical québécois n\u2019a pas réagi de façon homogène.Analyse des stratégies syndicales La principale leçon à tirer de l\u2019observation de l\u2019attitude des centrales syndicales pendant cette campagne est sans doute que le mouvement syndical québécois n\u2019a pas réagi de façon homogène.Contrairement à l\u2019idée reçue selon laquelle il formerait un bloc indivisible et solidaire, simplement victime à l\u2019occasion de querelles de clochers sans grand fondement, le syndicalisme québécois est en réalité pluriel, tout en reposant sur un socle de valeurs communes.Cette pluralité s\u2019est manifestée pendant la campagne pour les élections d\u2019avril 2003 par une variété quantitative et qualitative de l\u2019engagement de chaque organisation.Toutes les centrales ne se sont pas investies autant dans la campagne et, surtout, elles ne l\u2019ont pas fait de la même manière.Il se révèle que, dans le cas présent, la composition du membership de chaque organisation a été déterminante dans l\u2019attitude adoptée face aux élections.La part de syndiqués en provenance du secteur public fut, en particulier, un critère majeur d'orientation.Les centrales syndicales québécoises vivent en effet un double rapport à l\u2019État.Le modèle de société issu de la Révolution tranquille a renforcé le rôle de l\u2019État québécois comme régulateur.Plus qu\u2019un simple législateur en matière de relations du travail, il est devenu, par la politique de consultation 645 La vie politique L\u2019adhérent de base peut se sentir prive de pouvoir et prêter l\u2019oreille au discours contre les « establishments ».et le culte du consensus de certains gouvernements, le garant du statut d\u2019interlocuteur privilégié dont jouissent les syndicats.C\u2019est également à partir des années 1960-1970 qu\u2019avec l\u2019augmentation de la taille du secteur public, l\u2019État québécois a consolidé son rôle d\u2019employeur.Or, au Québec comme dans la plupart des sociétés occidentales, le syndicalisme est majoritairement présent dans le secteur public (environ 50% des syndiqués viennent du secteur public, ce qui est une surreprésentation de leur part dans la population active).Ce double rapport face à l\u2019État régulateur et face à l\u2019État employeur façonne l\u2019attitude des centrales à l\u2019égard de l\u2019État.En effet, ces dernières ne connaissent absolument pas les mêmes taux de présence dans le secteur public.La FTQ n'y compte que 40 % de ses effectifs contre 64% à la CSN et 93 °/o à la CSQ.Il convient d'ajouter que ces deux dernières, par leur forte implantation dans les secteurs de la santé, des services sociaux et de l\u2019éducation, représentent quasi exclusivement la fonction publique provinciale, tandis qu\u2019une part des membres FTQ du secteur public sont employés par le gouvernement fédéral ou les municipalités.Les élections générales étant, par définition, le moment où sont choisis les futurs responsables gouvernementaux, il est normal que le rapport à l\u2019État soit un facteur déterminant dans l\u2019attitude des centrales durant la campagne.La FTQ fut sans doute la plus à l\u2019aise des trois organisations.Confrontée à l\u2019État principalement comme régulateur, elle n\u2019a pas hésité à tirer un bilan plutôt positif du gouvernement du PQ.De plus, ceci ne remettait pas en cause son soutien historique à ce parti.Elle a donc pu concentrer clairement ses forces sur la lutte contre l\u2019ADQ étant en outre sensible au fait que ses membres étaient peut-être plus tentés par un vote adéquiste que ceux des autres centrales.Étant en majorité issus du secteur privé ou de la fonction publique fédérale, ils ne percevaient pas de manière aussi flagrante le danger représenté par l\u2019ADQ comme « employeur potentiel » si elle parvenait au pouvoir.La FTQ fut d\u2019ailleurs la seule centrale à rendre publiques ses études sur le vote des syndiqués et à donner une importance aussi forte au travail de persuasion à faire dans les syndicats.La nature du membership de la FTQ, combinée à sa tradition historique de positionnement explicite et d\u2019engagement, a donc conditionné son attitude pendant la campagne.Elle a opté pour une position claire d\u2019opposition à l\u2019ADQ et de soutien au PQ en insistant sur le travail à faire auprès de ses propres membres.La situation fut beaucoup plus complexe pour la CSN.Majoritairement implantée dans le secteur public, elle est toutefois une confédération pluri-sectorielle et est reconnue comme une organisation variée et représentative.Elle vit donc pleinement les deux dimensions du rapport à l\u2019État Si son opposition à l\u2019ADQ était essentiellement motivée par le risque de voir disparaître le statut de partenaire privilégié des syndicats, c\u2019est son rapport à l\u2019État-employeur qui a compliqué sa situation.Tout en rejetant l\u2019ADQ, elle ne pouvait en effet pas se prononcer pour le PQ, non seulement parce que ses statuts le lui interdisent, mais surtout parce que ses syndiqués du secteur 646 Les élections du 14 avril public refusaient de faire un bilan positif du gouvernement sortant.L\u2019option du vote utile et stratégique fut donc un compromis.Elle permit à la fois à la direction de se prononcer à demi-mots pour le « moins mauvais » choix, soit le PQ, et à une partie de la base de conserver son discours critique à l\u2019égard du gouvernement sortant.Pour la direction de la CSN, un vote de sa base en faveur de l\u2019ADQ devait être interprété avant tout comme un rejet du PQ.Ses membres présentaient également un risque de vote blanc, annulé ou « alternatif » comme moyen de punition contre le gouvernement sortant.Elle devait donc parler stratégie plutôt qu\u2019idéologie.Or, une position ambiguë comme celle du vote utile et stratégique ne lui permit pas de porter un message clair, certaines de ses instances régionales donnant des consignes contraires à celles de la direction nationale.La CSQ fut le symbole du malaise du syndicalisme du secteur public face au scrutin de 2003.Tout en rejetant l\u2019ADQ à travers son étude sur les bons d\u2019éducation, la centrale refusa d\u2019afficher explicitement une position.Les raisons ne sont pas uniquement à chercher dans sa tradition historique de neutralité.Face à une base très touchée par les compressions budgétaires, la direction ne pouvait se permettre de présenter le PQ comme la meilleure solution.Elle ne put donc que parler à demi-mots, sous-entendre ses intentions et se concentrer sur les programmes en les comparant avec ses exigences plutôt que de tenter de suggérer une stratégie.Percevant son rapport à l\u2019État avant tout comme un rapport à l\u2019employeur, elle ne put s\u2019investir avec la même intensité que la FTQ ou même la CSN.Le risque de vote de protestation anti-PQ était présent dans ses rangs, comme à la CSN, mais la direction avait les mains liées par une forte tradition historique et par une base très vigilante eu égard au respect de la neutralité.Elle ne put donc engager aucun travail interne.On constate que la nature de l\u2019implantation de chaque centrale a considérablement influencé ses prises de position et ses stratégies.Là où l\u2019État est avant tout régulateur, une position pro-PQ a pu être assumée et largement diffusée.Au contraire, plus les syndicats comptent de fonctionnaires, plus ils se trouvent face à un dilemme où, tout en rejetant l\u2019ADQ, ils ne peuvent se prononcer explicitement pour le gouvernement sortant.En outre, le secteur public québécois est de plus en plus marqué par la précarisation (30% à 40 % des employés, tous sous-secteurs confondus).Les syndicats intègrent progressivement cette dimension en incorporant ces nouveaux membres tout en essayant d\u2019améliorer leur statut.Paradoxalement, ils contribuent à institutionnaliser la précarisation, alimentant ainsi la rancœur des membres concernés.II est fort probable que les centrales ne saisissent pas encore pleinement combien ce phénomène constitue un facteur de division des troupes.Le fait que l\u2019ADQ, tout en tirant sur le secteur public, ait tenu un discours de séduction des travailleurs précaires en dénonçant les syndicats a sans doute également contribué à augmenter sa popularité chez certains employés de la fonction publique.Enfin, le mode de scrutin uninominal à un tour n\u2019aide en rien les organisations syndicales dans leurs choix.Il les oblige a opter pour des positions 647 La vie politique extrêmement stratégiques alors qu\u2019elles se présentent généralement comme des groupes de pression influençant les partis et les gouvernements quand ceux-ci négligent les intérêts des travailleurs.Ce double rôle de négociateur et d\u2019acteur sociopolitique, qui doit conjuguer pragmatisme et idéalisme, n'en devient que plus délicat à tenir.L\u2019ADQ aura ainsi réussi à exploiter les paradoxes du syndicalisme québécois.Des enjeux sociopolitiques L\u2019analyse des stratégies syndicales illustre non seulement la diversité de celles-ci, mais aussi les difficultés que les organisations syndicales éprouvent à concilier les intérêts dits supérieurs du syndicalisme et les intérêts définis de façon plus immédiate par les membres de groupes syndiqués, à plus forte raison si ces derniers sont divisés par des différenciations statutaires.C\u2019est en partant de la différenciation des syndicats, tant sur les plans de leur fonctionnement que sur celui des représentations sociales, qu\u2019il convient de comprendre le succès, éphémère certes mais non moins troublant, de l\u2019ADQ, qui s\u2019était dotée d\u2019un programme marqué à l\u2019enseigne du populisme et de l\u2019antisyndicalisme.Le discours populiste s\u2019adapte facilement aux différentes conjonctures politiques, parce qu\u2019il exploite des thèmes hautement exportables : aliénation, sentiment d\u2019injustice.Le populisme peut ainsi se conjuguer avec bien des variantes : xénophobe, de droite, de gauche, modernisateur ou traditionaliste.Dans tous les cas de figure, le populisme est le reflet d\u2019une crise des repères traditionnels en matière de représentation politique.De même, il fait fi des frontières de classe identifiables, pour s\u2019adresser directementà tous ceux qui, pour toutes sortes de raisons, se sentent exclus, dominés, sans prise sur leur environnement politique.Enfin, le populisme se présente comme une contestation des groupes qui participent, à quelque titre que ce soit, à l\u2019exercice du pouvoir.Les appels au peuple se sont transformés, version ADQ, en appel aux citoyens, catégorie sémantique plus correcte politiquement et dépourvue de réminiscences gauchistes.Le discours adéquiste a ainsi exalté les citoyens, la citoyenneté, notamment par la promesse d\u2019une Charte des droits du citoyen (droits définis essentiellement par rapport à l\u2019État, rendu dysfonctionel par une bureaucratie étouffante), et a proclamé que l\u2019État appartenait à tous les citoyens.Entre le premier et les derniers, personne ne devrait plus s\u2019interposer.Des formules audacieuses de décentralisation administrative furent aussi mises de l\u2019avant dans le programme adéquiste (une sorte de démocratie à la carte).En toile de fond, stigmatisées, les élites actuelles, les «establishments» et «nous», les citoyens, bernés, relayés par l\u2019ADQ, formation politique nouvelle et non liée aux pouvoirs établis.Au Québec comme ailleurs, le discours populiste se distingue par son incohérence, et l\u2019ADQ n\u2019a pas dérogé à cette règle.Au fur et à mesure que la campagne électorale avançait, les contradictions du programme se faisaient jour.L\u2019appel à des valeurs morales prenait de l\u2019importance («il faut oser», « pour une autre façon de faire de la politique ») alors que le pro-gramme lui-même était mis en veilleuse.Derrière l\u2019emphase, il n\u2019y avait qu\u2019un vide propositionnel, qui devint de 648 Les élections du 14 avril plus en plus clair.« La vacuité du populisme est son plus grand désavantage » (Laclau dans Strinati 1990 :i25, notre traduction).Si en Europe les discours populistes diabolisent les immigrés, au Québec ce fut bel et bien le syndicalisme qui fut visé.Cette flambée anti-syndicale, qui ne s\u2019est pas démentie jusqu\u2019en fin de campagne, est apparue dans une conjoncture précise.D\u2019une part, dans l\u2019économie mondiale, les syndicats sont déstabilisés en raison de la fluidité du capital, de l\u2019absence de contrôle sur ce dernier, et des politiques néolibérales que la raison géopolitique impose en quelque sorte.D\u2019autre part, dans la société québécoise, le syndicalisme a atteint un degré de pouvoir d\u2019influence inédit, acteur majeur à l\u2019échelle sociétale et participant à la régulation de la relation d\u2019emploi à l\u2019échelle des milieux de travail où il est implanté.Un syndicalisme donc affaibli mais paradoxalement fort C\u2019est dans ce contexte que le Parti libéral du Québec n\u2019a pas attaqué de front le syndicalisme, mais a affiché un programme qui, par la lettre et l\u2019esprit, répondait aux revendications patronales.Le Parti québécois en a profité pour se présenter en défenseur de la concertation et de la paix sociale.À cela on peut ajouter que la tentation néocorporatiste fait partie intégrante du projet souverainiste.Le syndicalisme croit à la souvernaineté, contrairement aux organisations patronales, et le parti politique qui l\u2019incarne doit miser sur sa capacité de construire des consensus, fussent-ils artificiels.À cet égard, le syndicalisme a été un allié objectif du Parti québécois, toujours présent aux sommets économiques et autres événements consultatifs, présentant des propositions et se ralliant à des demi-mesures, consacrant ainsi le leadership consensuel du parti au pouvoir et imposant, dans le cas de la FTQ, son rôle d\u2019acteur économique de poids.Le discours adéquiste a mordu dans cette dynamique qui relève des niveaux supérieurs des appareils étatique et syndical.Une mythologie fut proposée, fondée sur des fantasmes de démocratie directe, de reprise du pouvoir par les citoyens.Conclusion L\u2019ADQ aura ainsi réussi à exploiter les paradoxes du syndicalisme québécois, qui cumule les particularités d\u2019être puissant à l'échelle sociétale et très institutionnalisé dans les milieux de travail.Mais cette force apparente dissimule des faiblesses.Une première faiblesse est que le syndicalisme n\u2019a pas su contrer la montée de la précarisation, dans le secteur public tout particulièrement.Si bien que l\u2019ADQ, dans toute l\u2019incohérence typique des partis populistes, pouvait prétendre à séduire l\u2019électorat précarisé, tout en s\u2019engageant à réduire les effectifs de la fonction publique.La seconde faiblesse renvoie au caractère contradictoire des formes de la démocratie syndicale.À l\u2019échelle des milieux de travail, les syndiqués ont vraiment prise sur leur destin collectif; ils élisent leurs dirigeants, bien sûr, mais sont aussi souverains pour ce qui concerne leurs conventions collectives, le déclenchement des conflits, et ce, en raison du caractère très décentralisé des relations du travail (particulièrement, bien sûr, dans le secteur privé).Par contre, les appareils syndicaux fonctionnent selon Le discours populiste se distingue par son incohérence.649 le principe démultiplié de la démocratie de représentation.L\u2019adhérent de base peut se sentir, par comparaison avec son environnement syndical immédiat, privé de pouvoir et prêter l\u2019oreille au discours contre les « establishments » syndicaux.C\u2019est ainsi que l\u2019audience accordée par l'électorat a une formation politique de droite comme l\u2019était l\u2019ADQ renvoie le syndicalisme à ses fonction- nements, à ses échecs et à l\u2019image qu\u2019il s\u2019est construite dans la société.Mais c\u2019est maintenant du côté des réactions populaires aux politiques mises en œuvre par le nouveau gouvernement libéral qu\u2019il faut regarder.Car ce dernier ne fait pas de quartiers avec les organisations syndicales et met en œuvre une politique qui renvoie l\u2019ADQ au statut d\u2019organisation superfétatoire.?Références Ouvrages Baccigalupo, André, « L\u2019administration consultative au Québec », La Revue administrative du Québec, vol.30, n° 178,1977, p.409-420.Mouffe, Chantal, « La \u201cfin du politique\u201d et le défi du populisme de droite », Revue du Mauss, n° 20,2002, p.178-194.Strinati, Dominic, «A Ghost in the Machine ?The State and the Labour Process in Theory and in Practice», dans David Knights et Hugh Willmott (sous la dir.de), Labour Process Theory, The Macmillan Press, Basingstoke et London, 1990, p.225.Simard, Jean-Jacques, « La longue marche des technocrates », Recherches sociographiques, vol.XVIII, n° 1, p.93-132.Publications syndicales Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec, Élections 2003 : plateforme électorale de la ITQ, Montréal, 2003.Confédération des syndicats nationaux, Élections générales au Quebec.Le parti pris de la solidarité'.Plate-formeCSN, Conseil confédéral des 11-14 mars 2003, Québec, 2003.Confédération des syndicats nationaux, Recommandations du Comité executif de la CSN dans le cadre des elections cje'nerales 2003 au Quebec, Conseil confédéral des 11-14 mars, Québec, 2003.Centrale des syndicats du Québec, Le compte à rebours est commence', Conseil général des 19-21 février, Montréal, 2003.Centrale des syndicats du Québec, Des bons ?À quoi bons ?, Montréal, 2003. La réforme électorale : deux ans pour agir Les élections du 14 avril Jean-Herman Guay Departement d'histoire et de sciences politiques, Université' de Sherbrooke Le 5 juin 2003, lors du discours inaugural de la nouvelle session de l\u2019Assemblée nationale, Jean Charest annonçait que son gouvernement entendait « apporter des modifications au mode de scrutin, afin que la distribution des sièges parlementaires respecte davantage les votes exprimés ».Faut-il le croire ?La prudence est de mise : en 1981, lors d\u2019un semblable discours inaugural, René Lévesque s\u2019était engagé avec autant de fermeté.En fait, depuis presque trente ans, la question revient d\u2019une manière récurrente dans le débat public.Sans aucun résultat.L\u2019élection de Lucien Bouchard en 1998 aurait pu relancer le débat Arrivé deuxième aux voix, le Parti québécois formait néanmoins le gouvernement.Le problème central du mode de scrutin majoritaire était là, sous une lumière crue.Au cours des 60 dernières années, c\u2019était la troisième fois que ce paradoxe se produisait.L\u2019Union nationale en avait tiré profit en 1944, puis en 1966.Cette fois-ci, c\u2019était le PQ qui profitait de la dispersion géographique de son vote et de la concentration du vote libéral dans l\u2019ouest de Montréal.En 2002 et en 2003, la question du mode de scrutin est revenue hanter le débat public.Mais la promesse du nouveau gouvernement s\u2019inscrit cette fois dans un contexte différent, prometteur pour ceux qui souhaitent une réforme des institutions démocratiques.Un contexte particulier Des événements récents, extérieurs à la scène québécoise, ont alimenté la réflexion.Il y a eu l\u2019élection présidentielle américaine de 2000, lorsque Georges W.Bush l\u2019a emporté avec moins de votes que son adversaire.Quant à l\u2019élimination du socialiste Lionel Jospin dès le premier tour de la présidentielle française de 2002, elle ne concernait pas le système électoral proprement dit, mais fit parler d\u2019une crise des institutions et des mécanismes de représentation politique.Au Québec comme ailleurs, le cynisme politique est devenu tel qu\u2019une question est à l\u2019ordre du jour : le mode de scrutin majoritaire ne serait-il pas l\u2019une des causes du désarroi qu\u2019éprouve le citoyen ?Au Québec, l\u2019élection partielle du 9 avril 2001, avait, à sa manière, suscité un certain émoi.Le PQ perdait son château-fort de Mercier, occupé depuis 1976, alors que l\u2019Union des forces progressistes obtenait plus de 4000 voix, permettant aux libéraux de se faufiler.Les libéraux avaient néanmoins mené une réflexion depuis quelques mois.Victimes du mode de scrutin en 1998, ils avaient développé leur argumentaire, sous l\u2019inspiration du constitutionnaliste Benoit Pelletier.Publié en 2001, le document Un projet pour le Quebec proposait des pistes de réflexion : «Aussi nous semble-t-il important [.] d\u2019affirmer la nécessité de se pencher à brève échéance sur la qualité de nos 651 La vie politique Depuis presque trente ans, ta question revient.Sans aucun résultat.institutions démocratiques, sur leur fonctionnement et, le cas échéant, sur leur réforme en fonction des objectifs fondamentaux que constituent la participation effective des citoyens à la vie démocratique, leur représentation concrète [.] ainsi que le respect des libertés et droits fondamentaux de chaque citoyen.» Benoît Pelletier jugeait sévèrement la dynamique institutionnelle : « La concentration des pouvoirs entre les mains du premier ministre rend nécessaire [.] un rééquilibrage entre le rôle de l\u2019exécutif et celui du législatif [.].La théorie bien connue des checks and balances ne peut qu\u2019être compromise par un tel déséquilibre, puisque le législatif ne parvient plus à faire contrepoids à l\u2019exécutif, s\u2019il y est déjà parvenu, ce qui est loin d'étre certain.Afin de corriger la situation, il faudrait songer à diverses initiatives visant à redorer le blason de la sphère législative.» Lors d\u2019une rencontre des 150 jeunes conseillers de la Commission jeunesse du PLQ, on a proposé un scrutin mixte : 75 députés suivant le découpage actuel des circonscriptions fédérales, plus 50 députés à la proportionnelle.Et ce, expliquaient-ils, « pour faire en sorte que chaque vote soit important.On a eu plein de démonstrations.Un vote libéral dans Westmount-Saint-Louis, c\u2019est presque pas utile parce que le député va passer.La même chose pour les votants péquistes du Lac-Saint-)ean ou du Saguenay.Ils ne sentent pas que le vote vaut quelque chose1.» Dans leur mémoire présenté à la Commission des institutions de l\u2019Assemblée nationale en novembre 2002, les libéraux réitéraient leur position : il existe « des problèmes sérieux qui, s\u2019ils ne sont pas corrigés dans un délai raisonnable, risquent de miner davantage la confiance déjà ébranlée envers les institutions politiques ».L\u2019événement qui relance le débat n\u2019est pas étranger au remaniement ministériel de janvier 2002 de l\u2019ancien gouvernement péquiste.Jean-Pierre Charbonneau quitte alors la présidence de l\u2019Assemblée nationale et devient ministre responsable de la Réforme électorale.Il s\u2019emploie rapidement à mettre en place les conditions d\u2019un débat.Il nomme André Larocque (ex-conseiller de Mario Dumont et ex-responsable de la réforme du mode de scrutin sous le gouvernement de René Lévesque) sous-ministre de la réforme des institutions.Le duo Charbonneau-Larocque lance une opération d\u2019envergure, dans un contexte qui semble s\u2019y prêter.En fait, c\u2019est l\u2019agenda qui plaide contre eux : le Parti québécois est en fin de régime.Il ne lui reste qu\u2019un an ; aucune réforme n\u2019est envisageable avant la prochaine élection.D\u2019aucuns voient dans le traitement de ce dossier une manœuvre habile pour distraire les intellectuels en mal de débat.Malgré cela, les deux hommes multiplient les actions.Mais pour enclencher une opération d\u2019envergure, il manque encore un personnage : c\u2019est Claude Béland, l\u2019ex-président du Mouvement Desjardins.C\u2019est lui qui présidera à une grande consultation publique sur la réforme du mode de scrutin et des institutions représentatives.« Mon rôle, dira M.Béland, ce n\u2019est pas de trancher la question, mais de mener les consultations et d\u2019être à l\u2019écoute2.» 652 Les élections du 14 avril Une grande consultation publique Lorsque les documents coiffés du slogan « Prenez votre place » sont lancés, on peu constater combien le comité directeur souhaite un large débat.Tout est sur la table, sous la forme de dix questions : \u2022\tLe système politique : modèle britannique ou modèle américain ?\u2022\tLe mode de scrutin : majoritaire ou proportionnel ?\u2022\tSystème centralisé ou pouvoir aux régions ?\u2022\tLes nations autochtones : cohabitation ou partenariat institutionnel ?\u2022\tDémocratie représentative ou démocratie directe?\u2022\tDes élections à dates fixes ?\u2022\tLimiter la durée des mandats électoraux?\u2022\tRenforcer l\u2019intégrité du processus de vote?\u2022\tOctroyer le droit de vote à 16 ans ?\u2022\tComment améliorer la place des femmes en politique ?Durant l\u2019été et l\u2019automne 2002, le ministre responsable de la réforme des institutions démocratiques animera une tournée à travers les différentes régions du Québec.Mais le travail le plus imposant est réalisé par le Comité directeur.Celui-ci est formé de neuf personnes de tous horizons : Claude Béland, mais aussi Jean Allaire, Martine Blanc, Joseph Giguère, Emmanuelle Hébert, Brenda Paris, Christian Robi-taille, Bernard J.Shapiro et Monique Vézina.Ce groupe procède à une vaste consultation : 27 assemblées publiques dans 20 villes et r6 régions différentes ; rencontre avec plus de deux mille personnes ; 735 interventions verbales au cours des audiences publiques, quelque 3000 questionnaires complé- tés et 237 mémoires reçus des groupes constitués et de citoyens individuels.Tous les partis politiques présenteront un mémoire.Les grandes centrales syndicales également.S\u2019y ajoutent divers groupes de pression : le Conseil du statut de la femme, la Fédération des femmes du Québec, la Chambre de commerce du Montréal Métropolitain, le Mouvement Démocratie nouvelle, le Mouvement national des Québécoises et Québécois, la Fédération étudiante collégiale du Québec et plusieurs organismes régionaux.Il s\u2019en dégage un grand cynisme à l\u2019endroit de la politique.«Le cœur citoyen, si on nous permet l\u2019expression, est inquiet.Un profond sentiment de désabusement à l\u2019égard de la politique traverse le Québec.La frustration du citoyen est palpable devant son impuissance à influer, comme il le voudrait, sur les décisions qui ont un impact sur sa vie et sur celle de ses pairs.Parmi ses grandes déceptions, il y a le mode de scrutin actuel.[.] Toutcompte fait, les citoyennes et citoyens réclament plus de pouvoir.Ils considèrent que l\u2019organisation de la gouvernance québécoise actuelle n\u2019est pas adaptée aux exigences démocratiques découlant du contexte de la mondialisation\u2019.» Provenant des t7 régions du Québec et sélectionnées sur la base de leurs interventions lors de la consultation de l\u2019automne, plus de 800 personnes sont réunies à Québec les 2r, 22 et 23 février afin de prendre part aux États généraux sur la réforme des institutions démocratiques.Les votes qui s\u2019y tiennent confirment une volonté de changement sur plusieurs aspects : go % des délégués s\u2019expriment en faveur d\u2019un nouveau mode de scrutin avec un élément Le comité directeur souhaite un large débat.Tout est sur la table.653 La vie politique de proportionnelle ; 82 % approuvent les élections à date fixe, 74% appuient des mesures facilitant l\u2019accès aux femmes en politique et 65% estiment que le même principe devrait être appliqué aux communautés culturelles.Une faible majorité (53%) refuse le régime présidentiel et 58% le droit de vote à 16 ans.Quand les 800 personnes quittent la capitale, certaines sont habitées par la conviction qu'elles viennent de participer à un « événement historique » qui provoquera un déferlement de débats et de réformes.Las! Les journaux des jours précédents ont été discrets, voire silencieux.Et le lendemain, la presse québécoise, sans être muette, ne fait pas ses manchettes à ces États généraux.Des propositions audacieuses ont été mises de l\u2019avant, mais à quelques semaines des élections générales, l\u2019esprit est ailleurs.Un profond sentiment de désabusement à l\u2019égard de la politique traverse le Québec.Un faible intérêt médiatique L\u2019intérêt des médias est également faible lorsque le Comité Béland rend public son rapport final.On y propose l\u2019adoption d\u2019un mode de scrutin à représentation proportionnelle régionale, analogue à ce qu\u2019avait présenté Robert Burns à la fin des années 70.Le Québec serait divisé en 21 grandes circonscriptions (15 correspondraient aux régions administratives ; Montréal serait subdivisé en 4 grandes circonscriptions et la région de Québec serait formée de deux grandes circonscriptions), chacune faisant élire cinq ou six députés.Les partis politiques dresseraient eux-mêmes une liste de candidats, mais l\u2019électeur pourrait appuyer cette liste ou procéder à autant de choix qu\u2019il y a de sièges à pourvoir parmi les différentes listes («vote panaché»).L\u2019attribution des sièges aux individus ne serait donc pas le seul privilège des partis.On propose aussi de reconnaître le droit d\u2019initiative populaire en matière référendaire et la tenue d\u2019élections à date fixe (en mai, à tous les quatre ans).À l\u2019Assemblée nationale, la discipline de parti serait assouplie pour revaloriser le rôle du député.Le tout serait inséré dans une loi fondamentale soumise à la décision populaire, lors d\u2019un référendum.Cette loi deviendrait la «Constitution du Québec ».Claude Béland est fort conscient que l\u2019agenda politique ne se prête pas à une adoption immédiate de ces résolutions : « Pour nous, ce n\u2019est pas la ligne d\u2019arrivée.Notre mandat est terminé, mais le débat ne fait que commencer.C\u2019est une ligne de départ1.» Le ministre libéral délégué à la Réforme des institutions démocratique, Jacques Dupuis, n\u2019a exprimé pour sa part aucun enthousiasme envers ce rapport : « Le rapport Béland embrassait un certain nombre de réformes que nous ne sommes pas prêts à embrasser.Le gouvernement n\u2019a pas l\u2019intention de donner suite à ces recommandations5.» Quant à la contribution des Jean-Pierre Charbonneau, André Larocque et Claude Béland, on peut, en résumé, dire qu\u2019elle se situe à deux niveaux.Premièrement, bien qu\u2019elles n\u2019aient pas rejoint le grand public, les consultations régionales et les États généraux de Québec ont grandement élargi le cercle des personnes préoccupées par la réforme des institutions, l^s spécialistes ne sont plus les seuls à jongler avec les différents modèles institutionnels.Un examen attentif des mémoires présentés nous indique que tous les groupes 654 Les élections du 14 avril organisés de la société québécoise ont proposé leurs réformes.Deuxièmement, on a pu prendre connaissance de nouveaux argumentaires, dans les milieux politiques et intellectuels.La naissance du Mouvement Démocratie nouvelle n\u2019est pas étrangère à tout ce brassage d\u2019idées.« Organisme sans but lucratif, non partisan, libre de toute attache politique, dont la seule et unique mission est de susciter un débat public sur la pertinence de modifier le système électoral du Québec, afin d\u2019assurer et d\u2019augmenter la vitalité de la vie démocratique du Québec», ce groupe est à la fois le produit du débat des dernières années et l\u2019un de ses animateurs.Quand Vincent Lemieux (Université Laval), Claude Ryan (ex-ministre libéral), Claude Charron (ex-ministre péquiste), Jean Allaire (exprésident de l\u2019Action démocratique), Andrée Mayer-Périard (présidente de la Fédération Étudiante Universitaire du Québec) et Marc Laviolette (ancien président de la CSN) appuient en conférence de presse, le 13 novembre 2001, la position du Mouvement Démocratie nouvelle présidé par Paul-André Martineau, le débat opère un saut qualitatif.Mais plusieurs intellectuels s\u2019engagent sur d\u2019autres tribunes.Louis Massicote et André Blais de l\u2019Université de Montréal, ainsi que l\u2019auteur de ces lignes, proposent un mode de scrutin mate (à l\u2019allemande), selon le scénario des libéraux.Dans un éditorial du Soleil de Québec, Jean-Marc Salvet se range du côté des réformateurs6.Il en va de même de Claude Bariteau, André Campeau et Jean-Pierre Roy qui signent une lettre commune dans les pages du Devoir7.De leur côté, Henri Brun de l\u2019Université Laval, Claude Lalande de l\u2019Ob- servatoire du Québec et surtout Christian Dufour de l\u2019École nationale d\u2019administration publique émettent une série de réserves qui convergent vers une idée centrale: la situation des francophones au sein du Canada, la querelle éternelle entre les deux paliers de gouvernement, oblige le maintien d\u2019un gouvernement québécois fort, non morcelé.D\u2019autres sont sceptiques.Michel Lévesque, politologue et historien, écrit que l\u2019on veut « faire croire que le mode de scrutin proportionnel aurait des vertus qu\u2019il n\u2019a malheureusement pas8.» i\tj> rr ¦ d\u2019être premier ministre [pour marquer son époque] », dit celui qui C 10lnnlL 1 ClJJMreS passera à l\u2019histoire, de l\u2019avis de plusieurs, comme l\u2019un des ministres des va bien.» Finances les plus marquants de l\u2019histoire canadienne, et la tête d\u2019affiche incontestée du gouvernement Chrétien.\t^on Pere en l977 Son entourage insiste pour dire que, contrairement à ce que soutiennent certains commentateurs, le fils n\u2019a jamais envisagé de devenir premier ministre pour venger les défaites de son père.Comment pourrait-il en être ainsi puisque, pour lui, son père n\u2019a pas échoué ?Un rendez-vous inévitable Peu importe les détours qu'il a pris, Paul Martin pouvait difficilement échapper à la politique.Son nom, pour commencer, en a fait l\u2019héritier d\u2019une tradition.L\u2019exemple de son père lui a insufflé un intérêt profond pour les pays en développement et un grand respect pour le service public.Comme il le dit en entrevue, il y a des choses qui ne peuvent être changées que de l\u2019intérieur : « J\u2019ai une certaine idée de la direction que le monde est en train de prendre, et du rôle que le Canada doit jouer là-dedans.Et ça, je ne pourrais pas le faire à l\u2019extérieur de la politique.On peut influencer les politiciens de l\u2019extérieur.Mais à la fin, c\u2019est le politicien qui prend la décision.» La politique s\u2019est insinuée dans sa vie dès son premier souffle.Elle a même décidé de la date de sa naissance, le 26 août 1938.L\u2019arrivée du petit Paul est attendue incessamment lorsque son père doit partir pour Genève, pour représenter le Canada à la réunion de la Société des Nations.Le médecin accepte alors de provoquer l\u2019accouchement pour permettre à Paul Martin le père de voir son premier enfant avant de partir.Quand Paul Martin devient ministre en 1945, la famille déménage à Ottawa, mais les enfants passent nombre de week-ends avec leur père dans sa circonscription de la région de Windsor.Campagnes électorales, assemblées publiques, fréquentation de libéraux de tous âges, l\u2019immersion est complète.Elle jette les bases d\u2019un réseau de contacts qui lui serviront plus tard.Malgré l\u2019admiration sans bornes qu\u2019il a pour son père \u2014 et ce, encore aujourd\u2019hui\u2014, la première passion de Paul Martin fils n\u2019est pas la politique, même si elle l\u2019intéresse et malgré le fait qu\u2019il soit modérément actif.Son vrai rêve, c\u2019est d\u2019aller travailler dans le tiers-monde.Il commence cependant des études de philosophie, comme le souhaitait son père, pour ensuite suivre un cours de droit à l\u2019Université de Toronto.Avant de faire son barreau, il part en Europe travailler quelques mois pour la Communauté économique du charbon et de l\u2019acier (CECA), embryon de la future Communauté économique européenne, devenue aujourd\u2019hui l\u2019Union européenne.À son retour, une fois son barreau complété, il songe sérieusement à partir pour les pays en développement II en parle à Maurice Strong, qu\u2019il a connu à travers son 893 Le Québec, le Canada, le monde pere et qui, au début de 1966, est président de Power Corporation.Strong est déjà reconnu pour sa passion pour l'environnement et le développement.« Maurice Strong m\u2019a dit très clairement : \u201cVoilà exactement ce dont on a besoin dans les pays sous-développés, un autre avocat ! Mais qu\u2019est-ce que tu vas aller faire là-bas?Ils ont besoin de médecins, d\u2019ingénieurs, de gens d\u2019affaires.Mais une chose dont ils n\u2019ont pas besoin, c\u2019est d\u2019avocats.Si c\u2019est vraiment ce que tu veux faire, viens travailler pour moi pour quelques années, viens apprendre les affaires.Puis tu partiras une fois que tu auras une certaine expérience\u201d », raconte Paul Martin.Il accepte l\u2019offre de celui qui deviendra et reste encore son plus fidèle conseiller.après sa femme.Il déménage à Montréal.Son intérêt pour les pays en développement le fait dévier vers les affaires qui, de prime abord, le laissaient indifférent.Sept mois plus tard, Strong quitte Power Corporation.Martin reste.Il gagne la confiance de Paul Desmarais, reconnu pour aimer les gestionnaires aux réseaux politiques bien établis.Paul Martin n\u2019est toutefois pas un initié du Parti libéral du Canada.Il connaît beaucoup de gens, mais son réseau ne s\u2019enracine vraiment que lorsque \u2014 deux ans après son arrivée à Power \u2014 il prend un congé sans solde de plusieurs mois pour diriger la deuxième campagne au leadership de son père.Après cet épisode, Paul Desmarais en fait l\u2019un de ses vice-présidents.Il pare aux urgences, restructure à tout crin, organise et impose des cures-minceur à certaines filiales, dont la Consolidated-Bathurst.Quand Power fait l\u2019acquisition de Canada Steamship Lines (CSL) en 1973, Paul Martin est choisi pour la présider.À CSL, Paul Martin est dans son élément.Et surtout, il touche directement à l\u2019une de ses passions : le monde maritime.Quand Desmarais veut vendre l\u2019entreprise, il lui confie la tâche de trouver un acheteur.Paul Martin choisit plutôt de s\u2019en porter acquéreur.Il n\u2019a pas les fonds nécessaires et a besoin d\u2019un partenaire.Il emprunte massivement pour acquérir sa part et convainc Laurence Pathy, de Fednav Shipping, de se joindre à lui.Le risque est énorme, car les taux d\u2019intérêt sont à la hausse et le milieu maritime est en pleine transformation.Pourquoi se lancer là-dedans ?Par amour du monde maritime.Mais aussi parce qu\u2019il a voulu, bien avant d\u2019entrer en politique, que CSL devienne une multinationale tout en demeurant une entreprise canadienne.Au moment de l\u2019acquisition de CSL, il songe cependant depuis plusieurs années à faire de la politique, comme le démontre le journal de son père.Les deux hommes en discutent à quelques reprises, à la fin des années 1970.Paul Martin père veut que, contrairement à lui, son fils attende, qu\u2019il fasse d\u2019abord sa marque dans son domaine et qu\u2019il assure une sécurité financière à sa famille.Au début des années 1980, son fils commence toutefois à attirer l\u2019attention de plusieurs liberaux, en particulier parmi les jeunes.Trois d\u2019entre eux, Alfred Apps, Peter Donolo, qui sera plus tard directeur des communications de Jean Chrétien, et Terry O\u2019Leary, qui deviendra son véritable bras droit à partir de 1990, se rendent à Montreal en 1981 pour lui demander de faire un discours à leur congrès annuel de 1982.Le courant passe.Il accepte et on le remarque.Après cet épisode, on le 894 Le Québec et le Canada sollicite advantage.On commence à citer son nom parmi les éventuels « Si on H6 vientpCIS candidats à la succession de Pierre Elliott Trudeau.\t.Ce sera finalement l\u2019audacieuse acquisition de Canada Steamship politiquepOW faire des choses, je me demande pourquoi on va Lines qui ralentira ses ardeurs politiques pendant un moment s\u2019impliquera de diverses manières.11 présidera les débats des candidats au leadership de 1984.Aidera au recrutement de candidats à l\u2019élection subséquente.Secondera certains politiciens qui sont aujourd\u2019hui ses supporteurs.Ce ne sera cependant qu\u2019une parenthèse, car Paul Martin ressent en politique.» depuis des années l\u2019envie de faire sa marque.Au cours d\u2019un voyage de pêche avec son père, fin août 1979, il se demande s\u2019il a bien fait de suivre son conseil et d\u2019attendre.Son père note une confidence de son fils.« Si à la fin, il n\u2019a pas fait quelque chose pour aider ses semblables \u2014 disons dans le monde sous-développé \u2014 il ne sera pas heureux.» Son fils est très attaché à cette idée de Framework/or Economic Policy.Ottawa, ministère des Finances, octobre 1994.Une argumentation en faveur du redressement des finances publiques fédérales, étude commandée par Paul Martin (existe en version française).Flanagan , Tom et Alan Cai rns, « An Exchange », Revue Inroads n° 10,2001.Un fascinant échange sur la question autochtone au Canada.Parti liberal du Canada, Creating Opportunity : The Liberal Plan/or Canada.C\u2019est le fameux « Livre rouge » (existe en version française).Manning, Preston, Think Big : My Adventures in Life and Democracy.McClelland & Stewart, Toronto, 2002.Richards, John, « Now That the Coat Fits the Cloth: Spending Wisely in a Trimmed-Down Age.» Commentary , n° 143.C.D.Howe Institute, Toronto, 2000.Disponible à l\u2019adresse: http ://www.cdhowe.org.Une analyse de la politique fiscale canadienne, à Ottawa et au niveau provincial, au cours des années 1990.Richards, John, « The Paradox of the Social Union Framework Agreement», Backgrounder, n° 59.C.D.Howe Institute, Toronto, 2002.Disponible à l\u2019adresse: http://www.cdhowe.org.Une analyse de la tendance qu\u2019a le gouvernement fédéral de faire fi de la division des pouvoirs en politique sociale.Ottawa dans l\u2019ombre de l\u2019Aigle Hélène Buzzetti Correspondante parlementaire à Ottawa, Le Devoir 912 C\u2019est connu, le cœur d\u2019Ottawa bat au l\u2019ombre d\u2019un autre drapeau \u2014 sans rythme des claquements de l\u2019unifolié.feuille mais avec beaucoup d\u2019étoiles \u2014 Depuis 2002, toutefois, c\u2019est dans que vit la capitale canadienne. Le Québec et le Canada Le refus du Canada d\u2019aller en guerre en Irak aux côtés de son indéfectible allié américain a installé un climat de crainte perpétuelle, et toute décision du gouvernement est désormais évaluée en fonction des réactions qu\u2019elle pourrait susciter à Washington, ou de l\u2019impact qu\u2019elle pourrait avoir sur les échanges commerciaux.Pour s\u2019en convaincre, on peut rappeler l\u2019importance accordée aux propos de l\u2019ambassadeur américain à Ottawa, Paul Cellucci.Ce réflexe n\u2019est pas précisément né avec le différend diplomatique irakien, même si celui-ci l\u2019a amplifié.Déjà, à l\u2019automne 2002, le Canada était déchiré entre les partisans d\u2019une ratification du protocole de Kyoto sur les changements climatiques, et ceux qui s\u2019y opposaient par crainte d\u2019impacts économiques trop grands après le retrait des États-Unis du traité multilatéral.Le Canada de feu et de glace Entre l\u2019annonce du retrait de Kyoto par le président George W.Bush, et celle de la ratification du premier ministre Jean Chrétien, il s\u2019est écoulé un an et demi, période pendant laquelle l\u2019administration canadienne a soufflé le chaud et le froid.Le ministre des Ressources naturelles, Herb Dhaliwal, pourtant coresponsable du dossier, ne s\u2019est pas gêné pour dire qu\u2019avant de dire oui, le Canada aurait dû mieux connaître les implications économiques d\u2019une ratification.Il a même, devant 40 personnes del\u2019Institutd\u2019océanographie Bedford, à Halifax, fait l\u2019éloge du réchauffement de la planète.en évoquant une saison de navigation plus longue dans le Grand Nord ! M.Dhaliwal n\u2019a, il estvrai, jamais prétendu être un prêcheur de la « cause verte », et c\u2019est sans sourciller qu\u2019il se fait reprocher régulièrement par son collègue de l\u2019Environnement, David Anderson, de posséder deux véhicules utilitaires énergivores.De son côté, M.Anderson a tellement insisté pour que le Canada obtienne des crédits à l\u2019exportation d\u2019énergie « propre » vers les États-Unis, que plusieurs députés et sénateurs libéraux ont eu l\u2019impression que le Canada en faisait une condition de sa ratification.Ils ont dénoncé ces tractations en signant une pétition.Enfin, la valse-hésitation canadienne a été alimentée par les multiples évaluations des impacts économiques du protocole de Kyoto, allant de la plus noire à la plus rose, que les divers ministères ont communiquées aux médias.Environnement Canada a affirmé qu\u2019il en coûterait 0,5 % du PIB \u2014 5,5 milliards de dollars \u2014 d'ici 2010, et 60 000 emplois qui ne verraient jamais le jour : évaluation dont Industrie Canada dit qu\u2019elle se situe à 30 % en-dessous de la réalité.Des sources gouvernementales anonymes ont même fait savoir que les évaluations trop pessimistes contenues dans un mémo destiné au cabinet des ministres avaient été rayées à la dernière minute.Le retrait américain de Kyoto a « certainement eu de l\u2019influence parce que le lobby immense déployé par l\u2019industrie du pétrole, le monde des affaires et le monde commercial se fondait sur le fait que nous avions une alliance commerciale avec les États-Unis.Alliance qui serait mise à mal si nous ratifiions Kyoto et que les États-Unis ne le ratifiaient pas », a expliqué le député libéral de Lac-Saint-Louis, Clifford Lincoln.Ex-ministre québécois de l\u2019Environnement, M.Lincoln a été l\u2019un des Le refus du Canada d'aller en guerre a installé un climat de crainte perpétuelle 913 Le Québec, le Canada, le monde Françoise Ducros a qualifié de « crétin » le président Bush.instigateurs de la pétition auprès de ses collègues visant à presser le premier ministre de ratifier le protocole.« C\u2019est sûr que cela a ajouté au délai que nous avons subi par rapport à Kyoto.» On connaît la suite, qui n\u2019a été, aux yeux de l\u2019opposition officielle à la Chambre des communes, qu\u2019une succession de mauvaises décisions et de commentaires désobligeants de la part du gouvernement libéral.Actions et paroles qui auraient fait grand tort aux relations canado-américaines.Ainsi, la directrice des communications du premier ministre, Françoise Ducros, a qualifié de « crétin » le président Bush lors d\u2019une conférence de l\u2019OTAN.Le Canada a ensuite annoncé qu\u2019il n\u2019irait pas en guerre.Puis une députée libérale, Carolyn Parrish, a traité les Américains de « bâtards ».Etle ministre Herb Dhaliwal a jugé que le président américain, toujours lui, ne se comportait pas en « homme d\u2019État ».Certains de ces commentaires ont été formulés loin des micros ou au cours de conversations qui se voulaient privées.Mais tout cela a laissé l'impression d\u2019un antiaméricanisme forcené à Ottawa \u2014 impression exploitée à fond par l\u2019opposition.Il ne s\u2019est pas passé une semaine sans que l\u2019opposition, l\u2019Alliance canadienne en tête, n\u2019accuse le gouvernement de faire du tort aux relations avec le grand voisin.Voici par exemple la déclaration d\u2019un député allianciste, Jason Kelley : « Comment le premier ministre explique-t-il que ses députés et ses ministres ne le prennent pas au sérieux lorsqu\u2019il désavoue cet anti-américanisme ?Se peut-il qu\u2019il s\u2019en soit lui-même rendu coupable lors des réunions de son caucus ?Pourquoi, en cette période de grande crise, le premier ministre n\u2019empêche-t-il pas ses députés de compromettre, avec ces insultes non fondées contre notre plus grand allié, les intérêts stratégiques et économiques des Canadiens ?» Des critiques comme celle-là, il y en a eu des dizaines au parlement canadien en 2002 et 2003.Bien vite, on a attribué à ces relations diplomatiques tendues tous les ralentissements dans le règlement des différends commerciaux avec les États-Unis, que ce soit celui sur le bois d\u2019œuvre ou encore l\u2019embargo sur le bœuf canadien.Dans ce dernier cas, plus de deux mois se sont écoulés avant que les États-Unis n\u2019acceptent de rouvrir partiellement leurs frontières pour laisser passer le bœuf canadien \u2014 et ce, même si un seul cas de vache folle avait été découvert en Alberta.« À cause de son comportement, notre premier ministre a brûlé toutes les relations politiques qu\u2019il pouvait avoir avec nos amis américains.Il n\u2019est plus possible maintenant de jouer sur cette amitié, ou de demander une faveur particulière pour s\u2019assurer que ce dossier soit inscrit en tête de l\u2019ordre du jour américain », a déclaré l\u2019allianciste Monte Solberg.La communauté d'affaires s\u2019est mise aussi de la partie.Autant le président du Conseil canadien des chefs d\u2019entreprises, Torn d\u2019Aquino, que le président des Manufacturiers et Exportateurs du Canada, Perrin Beatty, ont publiquement demandé au premier ministre de rappeler ses troupes à l\u2019ordre pour ne pas nuire aux relations commerciales canado-américaines.Pendant ce temps, la présidente de la Chambre de commerce du Canada, Nancy Hughes Anthony, invitaitM.Chrétien à dire à son 914 Le Québec et le Canada homologue américain qu\u2019il était le bienvenu à Ottawa.« Il ne s\u2019agit pas de dire à tout le monde de se taire et de ne pas exprimer ses opinions, s\u2019est défenduM.d\u2019Aquino.Il s\u2019agit de montrer l\u2019exemple.Cela doit être clair parce que, si la perception dominante dans l\u2019électorat, c\u2019est que les leaders politiques canadiens n\u2019ont pas beaucoup de respect pour le président Bush et son équipe [.], alors cela provoquera une attitude antagoniste.» Accompagnés du vice-premier ministre John Manley, une centaine de dirigeants d\u2019entreprise ont même mené, début avril 2003, une opération de charme à Washington pour mettre un terme à ce qu\u2019ils percevaient comme un « changement de ton » avec leurs partenaires d\u2019affaires américains.Un sondage effectué par le National Post à la même époque démontrait que deux chefs d\u2019entreprise sur trois étaient d\u2019avis que leur chiffre d\u2019affaires serait affecté par les relations tendues entre Ottawa et Washington.Si un souci aigu de ménager la susceptibilité américaine s\u2019est installé, c\u2019est parce que, durant la période qui a précédé l\u2019invasion de l\u2019Irak, les États-Unis ne se sont pas gênés pour exprimer eux-mêmes leur mécontentement à l\u2019endroit du Canada.Cela a d\u2019abord pris la forme d\u2019un communiqué de presse laconique du département d\u2019État exprimant la « déception » de Washington.Puis ce fut la déclaration choc de l\u2019ambassadeur Cellucci, déclaration qui avait, a-t-il admis plus tard, reçu l\u2019aval des plus hautes instances américaines.« Il n\u2019y a aucune menace à la sécurité du Canada que les États-Unis ne seraient prêts, désireux et capables de combattre.Il n\u2019y aurait aucun débat.Il n\u2019y aurait aucune hésitation.Nous serions là pour le Canada », a-t-il alors lancé dans un élan lyrique.La conseillère à la Sécurité, Condoleezza Rice, a déclaré pour sa part aux médias canadiens que la blessure prendrait « un certain temps à guérir».Début 2003, le président Bush annulait une visite prévue à Ottawa et, dans les coulisses, des sources anonymes faisaient savoir que M.Bush ne viendrait au Canada que lorsqu\u2019un nouveau premier ministre aurait été choisi.Il est vrai que le meneur de la course, Paul Martin, a fait, lui, des plaidoyers en faveur de liens accrus avec les États-Unis.Imprimatur américain Tout cela a eu son effet : peu après le refroidissement créé par l\u2019invasion américaine de l\u2019Irak, Paul Cellucci et l\u2019administration américaine ont vite retrouvé de l\u2019audience dans la presse canadienne.et au parlement.D\u2019importantes décisions canadiennes ont été soumises au diplomate américain dans l\u2019attente de ses ses commentaires.Un exemple : la décriminalisation de la marijuana.M.Cellucci ne s'est pas fait prier pour prévenir les Canadiens qu\u2019un relâchement des contrôles au Canada (réel ou perçu comme tel par la population) pourrait se traduire par d\u2019importants ralentissements aux postes frontaliers.« Si le message envoyé laissait entendre qu\u2019il est facile de se procurer de la marijuana au Canada, cela créerait de la pression à la frontière.Mais si, dans les faits, ce n\u2019est pas ce que fait la loi, alors il revient au gouvernement de faire entendre le bon message», a-t-il déclaré en entrevue au Devoir.Début 2003, le président Bush annulait une visite prévue à Ottawa.915 Le Québec, le Canada, le monde 50 % des Canadiens pensent que les différences entre le Canada et les États-Unis s'estompent.Deux semaines avant le dépôt du projet de loi, le ministre de la Justice, Martin Cauchon, s\u2019est rendu à Washington.Le Bloc québécois a accusé le ministre de s\u2019y être « fait indiquer le chemin à suivre par le gouvernement américain».Docilité ou convergence de points de vue ?Le gouvernement a annoncé son projet législatif en mettant l\u2019accent sur sa politique antidrogue et en n\u2019utilisant jamais le mot « décriminalisation ».Parallèlement, le Canada est revenu sur certaines de ses positions impliquant les États-Unis, ce que beaucoup ont vu comme une façon de se faire pardonner la divergence sur l\u2019Irak.L\u2019ouverture subite du Canada au bouclier antimissile en est un des exemples les plus frappants.Sans avoir jamais fermé la porte à une participation canadienne à ce projet, le premier ministre Jean Chrétien n\u2019avait jamais manifesté un grand intérêt pour ce gigantesque «parapluie » nord-américain, censé pouvoir intercepter des missiles balistiques hostiles.Pourtant, un beau matin, au cours d\u2019un débat à la Chambre des communes, le ministre de la Défense, John McCallum, annonçait que le Canada allait se joindre aux pourparlers officiels pour en savoir plus.Le changement de cap, ont expliqué par la suite de hauts fonctionnaires, était devenu nécessaire parce que le gouvernement Bush avait décidé de déployer les premiers éléments du bouclier en Alaska dès l\u2019automne 2004.Le Canada voulait faire partie du processus au moment où les décisions importantes \u2014 comme le contrôle de ce bouclier \u2014 allaient être prises.Des différences qui s\u2019estompent Selon un sondage publié par l\u2019institut C.D.Howe en juillet 2003, 50% des Canadiens pensent que les différences entre le Canada et les États-Unis s\u2019estompent de plus en plus.Le chiffre correspondant en 2001 n\u2019était que de 28 %.Le député libéral John Godfrey prend tout ceci avec un gros grain de sel, lui qui, avec son collègue Clifford Lincoln, avait été à l\u2019origine de la pétition sur Kyoto.Selon lui, les Canadiens veulent se rendre importants en s\u2019imaginant qu\u2019ils ont froissé le voisin américain : «La réalité, il faut l\u2019avouer, c\u2019est que nous ne sommes pas importants dans la vie quotidienne américaine.» M.Godfrey pense qu\u2019il est erroné de mettre tous ces différends dans le même panier.« C\u2019est nous qui faisons tous ces liens.Le groupe américain qui s\u2019est offensé pour notre position sur la marijuana n\u2019est pas le même que celui qui s\u2019inquiète de notre position sur le bouclier.Ce sont les membres de l\u2019Alliance canadienne qui vont à la télévision américaine pour provoquer leur mécontentement.Us leur disent : \u201cVous n\u2019avez pas noté que nous avons fait ceci ou cela ?Vous devriez être offensés !\u201d » L\u2019histoire démontre que le refroidissement des relations canado-amé-ricaines n\u2019est pas sans précédents.Les relations n\u2019étaient guère meilleures, par exemple, entre Lyndon B.Johnson et Lester B.Pearson.Lors d\u2019une altercation célèbre en 1965, ce dernier s\u2019était fait agripper par le veston par le président des États-Unis parce qu\u2019il avait suggéré, dans un discours à Philadelphie, que les États-Unis auraient dû cesser les bombardements au Vietnam.« Ne viens pas ici pour pisser sur mon tapis », lui aurait alors lancé Lyndon 916 Le Québec et le Canada Johnson.À l\u2019époque, un quotidien d\u2019Ottawa avait conclu que les relations canado-américaines étaient dans un « creux historique ».Et que dire des relations entre Pierre Elliott Trudeau et Richard Nixon.Ce dernier avait traité le premier ministre canadien de « trou de c.».Ce à quoi M.Trudeau, avec son tact bien à lui, avait répondu : « J\u2019ai déjà été appelé de plus mauvaise façon par de bien meilleures personnes.» La Terre n\u2019a pas arrêté de tourner pour autant.?Rassurer les États-Unis, profiter du libre-échange et rester indépendant Daniel Schwanen Économiste, IRPP Les événements du n septembre 2001 ont aiguillonné, dans maints secteurs de la société canadienne, le débat sur l\u2019avenir des relations canado américaines.Et pour de bonnes raisons.Profondément entremêlées, les deux économies ont souffert du resserrement de la sécurité des frontières, consécutif aux attaques terroristes.Et les autorités américaines envisagent d\u2019autres mesures de réduction des risques qui pourraient fortement entraver la circulation des biens et des personnes entre les deux pays.Or, si la libéralisation des échanges est avantageuse pour l\u2019économie américaine, elle est carrément indispensable pour celle du Canada.Avant même cette date fatidique, de nombreux commentateurs et instituts de recherche canadiens avaient déjà commencé à s\u2019interroger sur ce que devraient être les prochaines étapes de l\u2019intégration économique.Au Mexique, le président Vicente Fox avait évoqué la possibilité d\u2019une union douanière.Et aux États-Unis, un ouvrage de l\u2019influent Institute for International Economies avait préconisé la mise en place d\u2019une « communauté nord-américaine ».Plusieurs estimaient déjà que l\u2019Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) de 1994 était devenu nettement insuffisant pour absorber l\u2019essor aussi extraordinaire que protéiforme des relations entre le Canada, les États-Unis et le Mexique.Les questions de sécurité occupent, depuis, une place prépondérante dans les hypothèses sur l\u2019évolution des relations canado-américaines.Cette insistance sur la sécurité est légitime.Mais s\u2019il est nécessaire d\u2019envisager une intégration combinant économie et sécurité, nous verrons qu\u2019il peut être hasardeux de supposer que cette combi- 917 Le Québec, le Canada, le monde naison serait avantageuse pour le Canada.Certains misent sur la conclusion avec les États-Unis d\u2019une série de traités, accords, contrats ou autres ententes combinant économie et sécurité dont le Canada profiterait directement.On trouve parmi eux nombre d\u2019adeptes d\u2019un bilatéralisme sans complexe.Or, s\u2019il est vrai, comme le veut l\u2019adage, qu\u2019à Washington tous les enjeux sont reliés l\u2019un à l\u2019autre, rien n\u2019assure que les com- promis possibles créés par ces liens soient à notre avantage.Pour mieux illustrer ce point de vue et mettre en lumière les conséquences d\u2019une telle situation, ce texte propose de décortiquer les éléments du débat sur l\u2019intégration Canada-É.-U.en trois dimensions qui seront examinées séparément: 1)\tl\u2019accès au marché ; 2)\tl\u2019intégration normative des standards, règlements et lois ; figure i Dimensions de l'intégration Contrôle politique de l'intégration Choix de s'intégrer Aucune marge Adoption unilatérale du dollar É-U Convergence Intégration des normes Accès au marché Source : Institut de recherche en politiques publiques, 2003.918 Le Québec et le Canada 3) le niveau de contrôle politique sur les conditions de l\u2019intégration tant économique que normative.Ces dimensions ne renvoient pas directement aux résultats (renforcement de l\u2019économie, de la sécurité et de la démocratie) mais aux dispositions, processus et institutions qui leur servent de toile de fond.L\u2019interaction de ces trois dimensions peut s\u2019illustrer par l\u2019image d\u2019un cube (voir figurer).Les flèches longeant les deux arêtes épaisses, à la base et à la verticale gauche, indiquent le sens d\u2019une intégration graduellement plus poussée des dimensions économique et normative.D\u2019un point de vue canadien, cela signifierait un accès élargi au marché américain et une convergence grandissante des lois, standards et mesures entre le Canada et les États-Unis respectivement.La flèche longeant la troisième arête épaisse du dessus du cube indique un degré progressivement plus important de contrôle exercé par le Canada sur le processus d\u2019intégration.Le cube suggère visuellement qu\u2019il y a certes une séparation fondamentale des trois dimensions, quoique cette séparation ne soit pas complète.On peut les nommer comme suit : (1) « avoir accès » au marché américain ; (2) « être identique » aux États-Unis ; (3) « exercer un choix » quant à notre intégration économique et normative.La figure 1 montre l\u2019endroit où se trouve, sur le cube, ce qu\u2019on pourrait appeler la «situation idéale» pour le Canada.Cette détermination ne découle pas d\u2019un examen scientifique des enquêtes d\u2019opinion, mais plutôt d\u2019impressions tirées de la lecture des nombreux documents et propositions sur l\u2019intégration canado-américaine.Il en ressort nettement que les partisans, tout comme les détracteurs de cette intégration, souhaitent que le Canada jouisse d'un traitement favorable sur le marché américain.tout en conservant ses propres normes et politiques, de même qu\u2019une grande autonomie de choix.Au-delà de ces attentes communes, des différences marquées opposent toutefois les deux camps sur les compromis nécessaires pour atteindre cette situation idéale.Par conséquent, la « situation idéale » est définie comme consistant, pour le Canada, en un accès maximal au marché américain (comparable, disons, à celui dont jouissent les États américains entre eux), caractérisé par une compatibilité avec les normes américaines plutôt qu\u2019une convergence généralisée, et permettant d\u2019exercer un contrôle politique sur les conditions aussi bien économiques que normatives de l\u2019intégration.Il reste alors à établir si quelque prescription politique relative à l\u2019intégration nord-américaine ou canado-américaine pourrait nous rapprocher de cette situation idéale.Pour ce faire, il faut examiner plus attentivement ce qui se passe dans chacune des trois dimensions.On souhaite un traitement favorable sur le marché américain, tout en conservant une grande autonomie.L\u2019accès au marché La prodigieuse croissance des échanges de biens et de services entre les deux pays depuis 1989 (ALE), et plus encore depuis 1994 (ALENA), est un fait établi.Les spécialistes s\u2019entendent pour dire que ces deux accords ont fortement stimulé les échanges commerciaux, même s\u2019ils divergent sur l\u2019importance de ces accords par rapport à d\u2019autres 919 Le Québec, le Canada, le monde facteurs comme l\u2019essor de l\u2019économie américaine dans les années go et la faiblesse de la devise canadienne.Mais il reste indéniable que l\u2019augmentation de ces échanges a dopé la productivité et les salaires canadiens, bien que la réduction des barrières ait mis en évidence, dans un premier temps, les sérieuses lacunes de certaines compagnies canadiennes, ainsi que le niveau insuffisant des compétences des employés de certaines industries.Et ce, alors même que d\u2019autres secteurs d\u2019activité récoltaient tout de suite d\u2019appréciables dividendes.L\u2019écart Canada-États-Unis en matière des revenus s'est encore creusé.L\u2019avantage mitigé du libre-échange Durant les années go, on s\u2019est abondamment interrogé sur la performance économique du Canada, en matière de commerce et d\u2019investissements, par rapport à celle des États-Unis.Par exemple, on a relevé que, malgré la croissance des exportations du Canada vers les États-Unis, beaucoup d\u2019entreprises canadiennes n\u2019ont pas fait mieux, en matière de pénétration du marché américain, que l\u2019ensemble de leurs concurrents d\u2019outre-mer.La part canadienne du flux des investissements directs à l\u2019étranger (IDE), tant ceux destinés à l\u2019Amérique du Nord que ceux destinés au monde entier, a d\u2019ailleurs chuté au cours de cette période.Ces inquiétudes sont souvent exagérées.Par rapport à la plupart de ses concurrents traditionnels, le Canada a quand même fait bonne figure sur le marché américain, alors même que les deux pays étaient inondés d\u2019importations en provenance d\u2019économies émergentes ou en transition comme la Chine.Les exportations du Canada dépendent maintenant moins des ma- tières premières, ce qui est le signe d\u2019une économie plus dynamique.Et la part canadienne des investissements étrangers « entrants » reste supérieure à sa part de l\u2019activité économique mondiale, et ce, malgré la vive concurrence d\u2019importants marchés aux quatre coins du globe qui se sont récemment ouverts aux IDE.Il n\u2019en reste pas moins que l\u2019écart Canada-États-Unis en matière de productivité et de croissance des revenus s\u2019est encore creusé, alors qu\u2019on espérait que le Canada le comblerait grâce à la libéralisation des échanges.Certains se plaignent aussi d\u2019un « exode des cerveaux» canadiens et du transfert à l\u2019étranger d\u2019emplois liés aux sièges sociaux, deux phénomènes qui, sans constituer des vagues importantes, sont inquiétants.Et si la forte création d\u2019emplois a plus récemment contribué à une éblouissante performance économique, cela s\u2019explique davantage par la faiblesse du dollar canadien que par une productivité exceptionnelle.Plus grande dépendance du Canada Ces tendances observées depuis l\u2019ALE sont apparues dans une conjoncture où le commerce et l\u2019emploi canadiens ont accru leur dépendance vis-à-vis des États-Unis, tandis qu\u2019un nombre croissant d\u2019entreprises, y compris bon nombre de grandes firmes basées au pays, étendaient leurs activités à l\u2019Amérique du Nord et au monde.Entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, cette évolution a entraîné une spécialisation.La spécialisation a suivi un axe plus souvent vertical (différentes tâches nécessaires à la fabrication d\u2019un produit étant exécutées dans différents pays) 920 Le Québec et le Canada L\u2019Institut de recherche en politiques publiques (IRPP) Fondé en 1972, l'Institut de recherche en politiques publiques (IRPP) est un organisme canadien, indépendant et non partisan.L'IRPP a pour mission de favoriser l'émergence de nouvelles idées et d'aider les Canadiens à faire des choix politiques plus éclairés de manière à promouvoir le développement économique, le progrès social et un régime démocratique sain.À travers des analyses rigoureuses et des propositions de politique innovatrices, l'IRPP désire favoriser une meilleure compréhension des enjeux politiques les plus chaudement débattus et permettre de mieux anticiper les problèmes qui se profilent à l'horizon.Outre la question de l\u2019intégration nord-américaine, l'IRPP poursuit présentement des recherches dans les domaines de l'immigration, de l'union sociale, de la politique familiale, de la sécurité nationale, de la démocratie, de la santé et de la croissance économique.Ses publications peuvent être consultées gratuitement ou commandées en ligne sur son site Internet à www.irpp.org.L'Institut publie également Options politiques, une revue bilingue de politiques publiques qui paraît dix fois par an.?qu\u2019horizontal (des tâches similaires étant réparties entre les trois pays, pour fabriquer par exemple différentes gammes d\u2019un même produit).Dans presque tous les secteurs industriels, les opéraüons canadiennes sont ainsi fortement intégrées aux systèmes de production nord-américains.Il est donc justifié de s\u2019interroger sur la position du Canada dans la chaîne de production nord-américaine.Le partage des tâches dépend évidemment des avantages que le Canada offre en matière de compétences, de coûts et d\u2019adaptabilité.Mais d\u2019autres facteurs sont peut-être en cause.S\u2019il est vrai que l\u2019application de l\u2019ALE et de l\u2019ALENA s\u2019est révélée à ce jour moins profitable que prévu pour le Canada, il faut alors se demander pourquoi.Trois explications sont possibles, qui se complètent sans s\u2019exclure.La première explication est que la libéralisation est encore insuffisante.À tel point que l\u2019expression « libre-échange » a pu sembler abusive aux yeux de nombreux exportateurs canadiens.L\u2019ALENA a certes accompli un travail de pionnier, mais un travail incomplet.C\u2019est surtout vrai des mesures dites « au-delà » de la frontière, qui restreignent l\u2019accès aux fournisseurs de services et aux contrats d\u2019approvisionnement publics, et de plusieurs autres mesures restrictives appliquées par les États et provinces.C\u2019est aussi vrai des barrières qui subsistent «à la frontière», comme la perpétuelle menace de droits antidumping et compensatoires, ou la 921 Le Québec, le Canada, le monde paperasserie servant à établir le « caractère nord-américain» d\u2019un produit avant de l\u2019exempter de droits de douane, cette dernière contrariété étant imputable au fait que les partenaires de l\u2019ALENA ont chacun conservé des politiques commerciales distinctes à l\u2019égard des pays tiers.La deuxième explication repose sur l\u2019hypothèse que les politiques canadiennes sont mal adaptées aux conditions d\u2019une compétitivité exercée dans le cadre d\u2019une intégration plus poussée.La question suscite un vif débat sur les réformes à entreprendre pour transformer le Canada en
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