Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

L'action nationale, 1933-01, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" SX UBRIS 971.405 A188n v.l 8111 3?3 Première année 1er semestre 1933 L\u2019ACTION RATIONALE REVUE MENSUELLE Directeur: Harry BERNARD VOLUME I -\tMAISON BELLARMIN AV R 5 1943 biblioth' que 1961 EST, RUE RACHEL, MüHTI®.LIGUE d\u2019ACTION NATIONALE 840, RUE CHERRIKR MONTRÉAL 811 L\u2019ACTION NATIONALE publiée par la Ligue d\u2019Action nationale, est un organe de pensée et d\u2019action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l\u2019élément français en Amérique.Les directeurs de la Ligue sont: MM.Esdras Minville, président, Hermas Bastien, secrétaire, Pierre Homier, l\u2019abbé Lionel Groulx, Eugène L\u2019Heureux, Olivier Maurault, P.S.S., Anatole Vanier, l\u2019abbé Albert Tessier, Harry Bernard, Arthur Laurendeau, René Chaloult, Wilfrid Guérin, Léopold Richer.Directeur de la revue: Harry Bernard.Tous droits réservés \u2014 Ottawa 1033 L\u2019Action nationale La revue que nous lançons aujourd'hui n\u2019a guère besoin de présentation.Son programme est connu.Il est simple.Il se résume en deux mots: catholique et canadien-français.La revue sera catholique.Elle ne sera pas pour cela ce qu\u2019on appelle une revue religieuse.Soit dit seulement qu\u2019elle envisagera sur le plan catholique les problèmes qui sollicitent notre peuple, qu\u2019elle mettra au premier rang de ses préoccupations le catholicisme au Canada français et les rapports intimes du catholicisme avec la vie sociale, politique, économique, artistique et littéraire, voire scientifique, de notre pays.La revue sera canadienne-française.Ce terme doit être pris dans son sens le plus large.Il n\u2019implique pas de doctrines desséchantes, ni aucune forme de nationalisme restreint ou stérile.Nous saurons tenir compte de notre époque, de ses besoins, de ses aspirations et de l\u2019évolution des idées chez nous, depuis un quart de siècle.En d\u2019autres mots, la revue sera éveillée, combative, constructive.Elle sera de son temps.Elle s\u2019occupera, il va sans dire, de tout ce qui intéresse notre originalité ethnique et l\u2019avenir de notre peuple.Elle mettra au premier plan le respect des droits constitutionnels des nôtres et défendra énergiquement, 4 l\u2019action nationale dans tous Iss milieux, la langue française en Amérique du Nord.Cela signifie qu\u2019elle s\u2019adresse non seulement aux Canadiens français de la province de Québec, mais à l\u2019élément de langue française où qu\u2019il se trouve, tant en Acadie que dans l\u2019Ontario, tant aux Etats-Unis que dans les provinces de l\u2019Ouest canadien.Des rubriques et des articles seront consacrés, selon les événements, aux differents groupes français du continent.L\u2019Action nationale ne s\u2019arrêtera pas en aussi beau chemin.L\u2019époque paraît toute désignée pour que l\u2019on traite sérieusement des grands problèmes économiques et sociaux qui confrontent notre pays.Nous discuterons à l\u2019occasion des choses de l\u2019enseignement, tant dans le domaine supérieur que dans les milieux secondaire et primaire.Nous accorderons aussi une attention plus grande que jamais aux questions d\u2019art, de littératurede sciences.Non seulement il importe de réclamer partout nos droits, mais il faut aussi souligner, dans les divers milieux intellectuels, l\u2019excellence du travail qu\u2019accomplissent les nôtres.La revue s\u2019occupera aussi de la chose politique.Il n\u2019est pas possible d\u2019ignorer ce domaine.Il est entendu dès à présent, toutefois, qu\u2019elle traitera des problèmes politiques en dehors de toutes préoccupations des partis ou des hommes au pouvoir.Les lignes qui précèdent indiquent assez clairement que l\u2019Action nationale n\u2019aura l\u2019action nationale 5 rien d\u2019une chapelle littéraire ni d\u2019un monde fermé.Elle ouvrira ses pages à tous ceux des nôtres qui savent tenir une plume et pensent droitement.Elle se fera un devoir de révéler au public les jeunes talents, réveillera ceux qui sommeillent.En un mot, la revue a ïambition d\u2019embrasser, dans la mesure du possible, toute la vie intellectuelle au Canada français, de lui imprimer au besoin l\u2019orientation que requiert notre idéal national.A cette fin, et dans l\u2019espoir de réaliser aussi pleinement que possible son double programme, elle sollicitera la collaboration et l\u2019appui de tous ceux qui, au pays, ont quelque autorité dans le monde des idées.Qu\u2019on ne la juge pas sur la seule liste de ses directeurs.Cette liste est brève, pour des raisons d\u2019administration.Ses collaborateurs, d\u2019autre part, seront nombreux et choisis dans les groupes les plus divers.Tous ceux qui ont quelque chose à dire chez nous, qui peuvent aider au développement intellectuel des nôtres, à leur progrès religieux, social, économique, à la création d\u2019un sens national averti, robuste, militant, chez notre peuple, seront tour à tour invités à prendre la parole.Harry BERNARD Problèmes de l'heure Le problème de la terre En vérité, on ne cesse pas de prêcher quand on demande aux catholiques d\u2019appliquer leur tête et leur cœur au problème de la terre.A cette question sociale, le Royaume de Dieu est immédiatement intéressé.Je m\u2019en tiendrai d\u2019ailleurs ici aux propos que j\u2019échange depuis quatre ans avec les admirables curés des paroisses anciennes et nouvelles du Bas Saint-Laurent.Faut-il refaire la thèse de la nécessité où nous sommes de rétablir l\u2019équilibre rompu entre notre vie urbaine et notre vie rurale ?Tout le monde l\u2019admet en gémissant.A la veille de la Confédération, notre monde rural était descendu à 80% du chiffre total, au Bas-Canada.Alarmé du fait, Antoine Gérin-Lajoie écrivit son Jean Rivard.Qu\u2019écrirait-il aujourd\u2019hui, où le chiffre de 40% est discutable?Faut-il compter comme des ruraux les villageois groupés autour de scieries poussives ?Il vaut mieux l\u2019admettre franchement, sans vouloir faire de peine à ces braves gens et à leurs curés qui les aiment bien, leur sort n\u2019a rien qui empêche de reconnaître que \u201cla déchéance de notre classe moyenne\u201d est un fait historique de trop grande ampleur.Je m\u2019empresse de signaler un heureux signe LE PROBLÈME DE LA TERRE 7 des temps: les citadins cessent de se louer de l\u2019accroissement monstrueux de nos cités.Ils consentent même à penser à nos difficultés de ruraux.Il faut souhaiter qu\u2019ils aillent tous jusqu\u2019à comprendre que l\u2019organisation professionnelle catholique est aussi nécessaire et urgente chez les cultivateurs, que l\u2019organisation catholique chez les ouvriers et les patrons, dans nos villes.Si l\u2019on veut bien appliquer jusque là les enseignements de l\u2019Église, ce ne sera pas encore le paradis sur la terre : Rome laisse à Moscou cette criminelle illusion.Ce sera la vie supportable, méritoire, mais supportable et même heureuse.Si l\u2019on veut minimiser la doctrine sociale catholique, se contenter de la grande organisation paroissiale, avec le service dominical, l\u2019affluence des fidèles aux fêtes, la corvée à l\u2019occasion des bâtiments à reconstruire, l\u2019aumône aux pauvres et le recours des malades aux derniers sacrements, ce sera encore beaucoup en vue de l\u2019éternité bienheureuse.L\u2019on finira bien par y arriver, sans doute.Mais, pour la vie quotidienne d\u2019ici-bas, ce sera encore la détresse de l\u2019isolement continuée chez les individus, l\u2019impasse inévitable chez les demi-pauvres et leur croissant appel à l\u2019État pour la solution de difficultés financières qui devraient relever de notre travail rural mieux socialisé.On ne laisse plus passer à la frontière américaine les victimes de notre individualisme rural.De sorte que même ceux qui ne voudraient 8 L ACTION NATIONALE pas voir que l\u2019absence d\u2019organisation est un mal, sont bien obligés de le constater sous les espèces de tant de pauvres diables qui défilent dans les bureaux de placement, dans les antichambres des ministères ou simplement devant les directeurs de nos sociétés charitables et les distributeurs du secours direct.En d\u2019autres pays, des doctrinaires ont lancé le mot d\u2019ordre: Politique d'abord.Chez nous, où les idées suivent généralement les faits, il nous faut rétablir l\u2019ordre dans les faits: Travail social d\u2019abord.Il restera toujours suffisamment à faire à la charité.Notre politique du bien commun ne pourra qu\u2019y gagner force et santé.Nos mœurs électorales aussi.Car on ne voit pas bien ce qui empêcherait nos gens de donner leur vote à ceux qui auront le mieux compris le bienfait de la primauté du social dans notre vie nationale.Quel homme public, chez nous, voudrait se refuser le mérite d\u2019avoir encouragé nos ruraux à résoudre eux-mêmes les problèmes qu\u2019ils peuvent résoudre à condition de s\u2019entr\u2019aider par l\u2019association?Ceci posé, je me contente d\u2019aligner les têtes de chapitre et d\u2019y ajouter quelques brèves indications: la tâche du colon et celle du cultivateur; le rôle nécessaire de l\u2019association professionnelle catholique chez l\u2019un et l\u2019autre; la part de l\u2019État. LE PROBLÈME DE LA TERRE 9 I Ce que nos héroïques petits curés prêchent au colon, c\u2019est qu\u2019il a le devoir de tâcher au plus tôt de se suffire en comptant sur son travail.A la femme et aux filles du colon, ils demandent d\u2019accepter le devoir d\u2019état avec ses austérités: horticulture au plus tôt; basse-cour hâtivement peuplée entre les souches mêmes; lingerie obtenue du foyer ancien et remaniée pour le nouveau, en attendant que la terre donne la laine et la toile.Je pourrais citer telle colonie implantée dans des bois de haute futaie, et qui, en moins de douze mois, aura pu présenter aux regards tous ces signes du travail courageux.Il est inadmissible que le colon n\u2019ait pas d\u2019aliments en octobre.Quelqu\u2019un chez lui aura manqué à sa tâche.L association professionnelle doit se former chez les colons dès le début.Ils en ont besoin pour conférer sur les moyens de vaincre ensemble les difficultés du défrichement et des premières cultures.Sans elle, ils voudront tous avoir pour chacun des bêtes de somme qu\u2019ils ne peuvent encore nourrir, ou des machines qu\u2019ils ne peuvent payer.L\u2019association professionnelle est urgente chez les femmes des colons.Sans cela elles n\u2019apprendront point ce que la génération actuelle a cessé d\u2019apprendre, depuis que l\u2019on achète les vêtements fabriqués à 10 l\u2019action nationale l\u2019once par la grande confection juive, et les aliments mis en conserve à Toronto.Les plus intelligents guideront les moins expérimentés, et les plus débrouillardes enseigneront aux autres le secret de la femme forte de tous les temps : celui d\u2019obtenir de grands effets avec des moyens limités et modestes.L\u2019association professionnelle aidera les colons à opter sans tarder pour la terre et à se libérer de la servitude du chantier, qui doit n\u2019être plus que saisonnier, et, comme métier, doit rester le sort de ceux qui manquent de talent et de caractère.C\u2019est quand même une minorité, Dieu merci.L\u2019association professionnelle doit encore servir à protéger le colon contre toutes les formes d\u2019exploitation dont certain commerce accable sa misère.Il y a de la coopération possible et nécessaire chez les colons, qu\u2019il s\u2019agisse de la vente du bois ou qu il s\u2019agisse des achats inévitables.II Il se peut que nous retournions à un état de choses où le cultivateur plus ancien puisse compter sur de gros bénéfices financiers, mais je n\u2019en sais rien.L\u2019on ferait bien de ne pas mettre trop d\u2019illusions dans sa conception du progrès et du standard de demain.Partons de ce qui est.On vient de nous exposer que le commerce universel est anéanti, que LE PROBLÈME DE LA TERRE 11 l\u2019industrie gît par terre, que la bourgeoisie est franchement ruinée.L\u2019argent, comme richesse, reprend son rang, qui est celui d\u2019un signe.Le signe serait aujourd\u2019hui à zéro.On nous a encore établi que c\u2019est le cultivateur qui devrait le premier recouvrer un certain pouvoir d\u2019achat, si l\u2019on veut que le commerce et l\u2019industrie ne restent point prostrés sous le coup d\u2019une si ahurissante soustraction.Sa propriété et son travail sont la seule richesse qui puisse pour le quart d\u2019heure se représenter par un chiffre qui ne soit pas fictif.Les propriétaires moyens, dans les villes, ne sont-ils pas menacés d\u2019être absorbés par des agents de trust à qui la crise n\u2019a rien appris ?Je crois que ces propositions sommaires résument les remarques de M.Romier.Dès lors, ne vous paraît-il pas évident que le cultivateur doit commencer, comme le colon, par le commencement ?La femme du pays rural doit consentir aux sacrifices de son état.Il lui faut accepter que l\u2019on ne se donne pas à la campagne le train de vie de la femme du citadin cossu.Si c\u2019est pour elle une consolation dont elle a besoin, qu\u2019elle se dise que le citadin cossu est une espèce devenue rare, en ce temps de déflation.C\u2019est l\u2019association professionnelle catholique qui suscitera le mieux chez le cultivateur et chez l\u2019intelligente ménagère les renseignements voulus, et qui développera les concours essentiels.Les cercles 12 l\u2019action nationale d\u2019études et les cercles de fermières doivent être unis ou fédérés à travers la province, comme deux sections de l\u2019association professionnelle, et cette association doit être catholique.Il ne faut pas moins que les forces de la religion pour la cure d\u2019âmes qui s\u2019impose.Il faut toute la religion pour maintenir chez les uns et restaurer chez les autres la justice et la charité, sans lesquelles on continuera d\u2019encaisser des échecs, de se défier les uns des autres et de ne s\u2019associer que les uns contre les autres, dans la lumière crépusculaire qu\u2019affectionnent les meneurs locaux de la politique électorale.Leur terrorisme nous a fait assez de mal.La coopération chez nos bonnes gens sera ce que nos cercles d\u2019études y auront mis.Aussi est-ce sur le travail d\u2019éducation chrétienne et d\u2019instruction professionnelle que l\u2019association catholique de nos cultivateurs doit maintenir l\u2019accent.Qu\u2019on ne dise pas qu\u2019un tel état d\u2019esprit, s\u2019il amène notre classe agricole à se suffire par l\u2019association des efforts familiaux, par la mise en œuvre des produits de la ferme pour les vivres et le vêtement, par l\u2019appui temporaire que les comités paroissiaux d\u2019un ancien centre peuvent donner à ceux des colonies plus récentes, devra nuire au commerce en diminuant les achats.Quand nos cultivateurs auront donné l\u2019effort que doit fournir l\u2019agriculture familiale, quand ils auront associé ces efforts pour se libérer des intermédiaires parasi- LE PROBLÈME DE LA TERRE 13 taires, et pour constituer enfin, par la généralisation des Caisses populaires bien gérées, la meilleure forme de crédit rural, la forme coopérative, ils auront assaini d\u2019autant leur condition économique, et, dès lors, pour les choses que la terre ne donne point et qui sont aujourd\u2019hui plus nécessaires, ils auront recouvré tout leur pouvoir d\u2019achat.De cela le commerce sain et l\u2019industrie normale ne pourront que bénéficier.Les autres formes du commerce et de l\u2019industrie, étant de luxe, n\u2019auront qu\u2019à reprendre un rang plus modeste, sans grand dommage pour l\u2019ensemble de la société.') III Quant à l\u2019État, ses lois actuelles en faveur de la colonisation offrent au colon ordinaire prime de défrichement et prime de labour, avec le secours de travaux publics dans la construction des routes.Le colon prudent peut y trouver son soutien, à condition qu\u2019il opte pour une vie simple, laborieuse, qu\u2019il ait l\u2019ambition de se suffire au plus tôt par les ressources de la terre, et que l\u2019association professionnelle ne le laisse pas à la merci d\u2019un commerce 1 Chemin faisant, l\u2019association professionnelle devra instituer son système de Caisse-Dotation pour l\u2019établissement des fils de cultivateurs.Insoluble pour la plupart des familles laissées à elles-mêmes, ce problème angoissant est aussi insoluble pour l\u2019État.C\u2019est à la profession organisée de trouver une issue.Sinon l\u2019exode rural ira s\u2019aggravant. 14 l\u2019action nationale inhumain qui pourrait spéculer sur son inexpérience ou sur son dénuement.Nos lois actuelles sur la coopération sont saines, au jugement de nos meilleurs sociologues.A nos cultivateurs de se mettre, par le cercle d\u2019études, en état de les utiliser.Que nos gens ne soient pas tiraillés entre trop d\u2019organismes divisionnaires; qu\u2019on les laisse s\u2019associer au meilleur de leurs intérêts; que nos techniciens continuent d\u2019être au service de tous les cultivateurs et de ne pas bouder celui qui désire travailler à ce que les cultivateurs comme tels se portent aide et concours selon l\u2019esprit de la justice et de la charité.Et puis qu\u2019on fasse confiance à l\u2019organisation catholique de notre société du pays rural.L\u2019action catholique n\u2019a rien que de positif et de constructeur.Elle ne se dresse pas contre quelqu\u2019un.Elle est pour quelqu\u2019un et pour quelque chose de précis.Que nos hommes publics, pour qui nous avons beaucoup de sympathie, nous accordent que nous n\u2019avons que des tracas et des dérangements à nous imposer quand nous réclamons ainsi pour nos gens le droit de s\u2019associer sous les auspices de leur religion, conformément aux plus impérieux de nos devoirs.La besogne à accomplir est tout ce qu\u2019il y a de plus accablant.Il y faudra, à nous prêtres, et à nos fidèles de l\u2019action catholique rurale, beaucoup de désintéressement, de bonne humeur et de LE PROBLÈME DE LA TERRE 15 constance surnaturelle.Mais j\u2019en crois capables nos prêtres et nos cultivateurs.Je sais aussi que nos techniciens ne demandent qu\u2019à accomplir chez nous une tâche sociale, honorable entre toutes.Jamais, pour ma part, je n\u2019ai fait appel à leur dévouement et à leurs lumières sans recevoir, pour nos cercles d\u2019études de l\u2019association professionnelle catholique, le plus cordial empressement.Nous leur avons d\u2019ailleurs toujours valu les plus intéressants auditoires et les mieux disposés à recevoir un enseignement.Le problème rural se pose sans doute à l\u2019école.Déjà le monde de nos institutrices et de nos inspecteurs est à l\u2019œuvre.Dans plus d\u2019une paroisse nos institutrices s\u2019inscrivent au Cours à domicile de la Terre de chez nous, que le Ministère de l\u2019Agriculture a rendu possible en indemnisant le journal de l\u2019U.C.C.C\u2019est un mouvement à généraliser.L\u2019école rurale y trouvera tout profit.Mais le problème agricole reste surtout post-scolaire, puisqu\u2019il s\u2019agit de reprendre ou de continuer dans les intelligences et dans les volontés le travail d\u2019éducation sans lequel on ne ressaisira pas la conscience professionnelle.Diverses formes d\u2019enseignement postscolaire peuvent se concevoir.Il y a plusieurs manières de faire le bien.Aucune, à mon avis, ne peut supprimer ou supplanter le cercle catholique d\u2019études de l\u2019association professionnelle des cultivateurs de la province.L\u2019obli- 16 L ACTION NATIONALE gation, pour nos cultivateurs, de traiter avec le gouvernement fédéral, n\u2019est pas une difficulté.Après cent soixante-treize ans de rapports avec l\u2019hégémonie anglaise, il y a longtemps que nous n\u2019avons plus besoin de lui demander pardon de notre origine et de notre religion.Moins que jamais en ce moment, où les plus clairvoyants de nos concitoyens anglais s\u2019avisent que notre fidélité à la foi de nos pères constitue, contre les forces de l\u2019impiété et du communisme, un rempart que des sectes évanescentes ne sauraient dresser sérieusement.Terminons par des paroles d\u2019espoir.D\u2019une part, si l\u2019on veut étudier avec sympathie notre problème rural, il y a lieu d\u2019espérer que nos citadins examineront la question de la coopération chez les consommateurs.Qu\u2019on n\u2019arguë point des échecs du passé pour ne rien tenter.Tout le monde, sauf certaines machines tentaculaires, pourrait y gagner.D\u2019autre part, devant la nécessité où nous sommes de ne pas nous engager plus avant dans des ornières, si nous voulons éviter ce que d\u2019aucuns appellent du socialisme d\u2019État, et qui pourrait s\u2019appeler plus proprement une dictature larvée, celle du patronage et du fonctionnarisme, je ne peux pas me résigner à penser que l\u2019Association catholique des cultivateurs de la province de Québec, pour rendre à notre pays des services dont il ne peut pas se passer, sera obligée de vaincre des défiances et des inquiétudes chez LE PROBLEME DE LA TERRE 17 ceux qui ont la garde du bien commun.J\u2019estime, en tout cas, que nous devrons avoir le courage de rendre ces services, et nous devrons y mettre tant de bienveillance et de loyauté, que la méfiance en soit désarmée.Avec la grâce de Dieu, la nation, tôt ou tard, nous en devra reconnaissance.t Georges COURCHESNE Ev.de Rimouski EN FÉVRIER Notre livraison de février contiendra, entre autres choses un article de M.Albert Rioux, agronome, président de l\u2019Union' Catholique des Cultivateurs de la province de Québec, sur le problème et la nécessité de la coopération dans le domaine agricole.Aussi un article de M.Eugène Lapierre, directeur du Conservatoire National de Musique, Montréal, sur l\u2019aspect national de la musique; un portrait de Mgr Mélançon, le nouvel évêque de Gravelbourg; des études de l\u2019abbé Philippe Perrier, de M.Esdras Minville; une chronique franco-américaine, etc., etc.VOTRE ABONNEMENT Envoyez sans délai le montant de votre abonnement, ($2), à VAction nationale.Nous en avons besoin.L\u2019Action nationale veut vous intéresser, vous servir.Mais assurez-lui pour cela la subsistance.La revue est une œuvre à base de sacrifice.Ses directeurs, ses collaborateurs, ses propagandistes font leur travail à titre absolument gratuit.Ne feriez-vous rien, de votre côté?Toute personne lisant la présente livraison devrait envoyer le prix de son abonnement.Ét pourquoi chaque abonné, déjà inscrit, ne trouverait-il p as à la revue un autre abonné ? La chose littéraire Histoire naturelle et littérature L\u2019histoire naturelle est un domaine que la littérature ne peut pas ignorer.L\u2019une complète l\u2019autre, l\u2019étoffe, la nourrit, dès que l\u2019œuvre littéraire veut être réellement vivante, que les sciences se dépouillent de l\u2019appareil barbare qu\u2019on leur prête volontiers.Faisons d\u2019abord une distinction.Parlant lit-lérature, nous entendons ici les genres appelés créateurs: roman, poésie, théâtre.Ces genres sont avant tout humains.Ils reflètent la vie et ils ont l\u2019homme pour centre.Nous vivons dans un monde réel, qui s\u2019adresse aux sens autant qu\u2019à l\u2019intelligence.Comme il n\u2019est guère possible, sans verser dans l\u2019invraisemblable, le factice, le ridicule, de présenter l\u2019œuvre littéraire en y séparant l\u2019homme de son milieu naturel, il importe de donner à ce milieu l\u2019importance, le relief qui lui sont propres.La li térature étant le miroir de l\u2019homme, tout ce qui se rapporte à l\u2019homme peut y avoir sa place.Sans doute il importe de choisir, mais ce choix relève de l\u2019écrivain: question de goût, de tact, de doigté, rapports de l\u2019art et de la morale.Il n\u2019y a dans ces données rien de nouveau.Nous voulons seulement fixer ici certains points du jeu littéraire, adapter de vieilles idées à des conditions nouvelles, HISTOIRE NATURELLE ET LITTÉRATURE 19 rappeler des vérités souvent inaperçues, ou méconnues parce que trop simples.La littérature est affaire de culture générale.On n\u2019échappe pas à cette vérité.Or les sciences, qu\u2019on le veuille ou non, sont partie intégrante de la véritable culture, au même titre que les humanités, l\u2019histoire, la philosophie.Et l\u2019expérience de la vie.Gardons-nous d\u2019oublier la vie! Comme le disait l\u2019automne dernier M.Edouard Montpetit, à l\u2019occasion d\u2019une conférence de Lucien Romier, nous avons trop longtemps cherché notre culture dans les livres, alors qu\u2019il aurait fallu se pencher davantage sur la vie.De son côté, et à une autre époque, Alphonse Daudet n\u2019écrit-il pas: \u201cLa vérité, c\u2019est l\u2019accord parfait entre l\u2019écrivain et ce qui l\u2019entoure, entre ce qu\u2019il conçoit, perçoit et ce qu\u2019il exprime\u201d.1 Le roman, qui est essentiellement vie, réalité transposée, s\u2019affaiblit lui-même, et volontairement, s\u2019il néglige ce vaste domaine, si varié et si fertile, des sciences naturelles.Mauriac lui-même, dans son admirable livre: Le roman, rappelle \u201cque la préoccupation d\u2019être humain, le désir de ne rien laisser échapper de toutes les réalités de l\u2019homme\u201d, sont les sentiments qui dominent les écrivains d\u2019aujourd\u2019hui.Dans cette préoccupation d\u2019ordre général, la science et le souci des sciences entrent de plein pied.Rien de ce qui est humain ne doit échapper au romancier.Par humain, ') Léon Daudet: Alphonse Daudet. 20 l\u2019action nationale entendons l\u2019homme et le milieu propre à l\u2019homme, avec tout ce que cela comporte.Ce qui s\u2019applique ici au roman vaut pour la poésie, le théâtre, bien que dans des proportions moindres.Les données scientifiques, avec la terminologie spéciale qu\u2019elles supposent, se doivent naturellement de ne pas encombrer ni maquiller l\u2019œuvre littéraire.Elles sauront s\u2019y incorporer.Elles lui donneront en l\u2019enrichissant une densité qu\u2019elle ne connaîtrait pas sans elles.Il n\u2019est pas question, et que cela soit entendu une fois pour toutes, de vider les manuels dans les œuvres d\u2019imagination.Il ne s\u2019agit pas de faire, pour l\u2019émerveillement de la galerie, un étalage de connaissances hybrides.Ne répétons pas l\u2019erreur de Zola qui, pour donner le change sur son savoir universel, décalquait les ouvrages techniques qui lui tombaient sous la main.Ce jeu est d\u2019un enfant.On a beau dire, notre littérature a marché.Elle n\u2019a plus les hésitations qui l\u2019empêchaient hier de s\u2019affirmer.Elle tâtonne de moins en moins.Les jeunes écrivains savent ce qu\u2019ils veulent, et où ils vont.Ceux des nôtres qui s\u2019occupent sérieusement des lettres sont de leur époque.Ils refusent d\u2019imiter la France intellectuelle à cinquante ans de distance, et se sont mis à l\u2019étude des meilleurs maîtres, tant français qu\u2019étrangers.Il y a quelques années, M.Olivar Asselin fit pour son plaisir une enquête sur le niveau des lectures, dans nos milieux HISTOIRE NATURELLE ET LITTÉRATURE 21 dits cultivés.Il trouva ce niveau fort bas.Cela se passait vers 1925.Si M.Asselin recommençait aujourd\u2019hui l\u2019expérience, ses conclusions seraient désuètes.Le temps n\u2019est plus où Radiguet était chez nous une sorte d\u2019épouvantail, où les noms de Mauriac et de Morand, de Maurois, de Claudel ou de Jules Romains provoquaient l\u2019hilarité, quand ce n\u2019était pas de sceptiques haussements d\u2019épaule.Mieux armés que jamais pour la mêlée littéraire, nos écrivains manifestent des vues qui vont chaque jour s\u2019élargissant.Ils cherchent moins leur voie, leur manière, et les moyens d\u2019y atteindre.Partant, ils ont une audace qu\u2019on n\u2019avait pas accoutumé de trouver chez nous.Par audace, je n\u2019entends pas les outrances d\u2019expression, ni l\u2019impudeur étalée par désir de scandale.Ceux qui s\u2019arrêtent à pareilles niaiseries sont des naïfs.Esprits inaptes à mûrir.Us peuvent se croire novateurs, ils ne sont que rétrogrades.Dès que nos écrivains envisagent avec plus de sérieux leur tâche, ils doivent nécessairement se rapprocher de leur pays.Us apprendront à le connaître mieux, pour le peindre mieux.C\u2019est ici que les sciences, et plus particulièrement les sciences naturelles, entrent en jeu: zoologie générale, ornithologie, entomologie, botanique, géologie.Tout ce qui se rapporte, en somme, à la faune et à la flore, aux terrains et à leur formation, de notre pays.Nous vivons au 22 l\u2019action nationale Canada et nos livres, pour être franchement canadiens, se doivent de réfléchir les caractères qui donnent au Canada sa physionomie.Quand les poètes, dans leur langage imagé, chantent l\u2019âme et le visage du paysage, ils n\u2019emploient pas les mots à l\u2019aventure.Ils savent ce qu\u2019ils disent, pourquoi ils le disent de telle façon, non de telle autre.Plus ils sont familiers avec le décor qui les entoure, plus ils ont de bonheur à l\u2019interpréter.S\u2019ils sont formés à bien voir ce qui se passe autour d\u2019eux, ils ne commettent plus les impairs d\u2019un trop grand nombre de leurs devanciers.Ils sont plus vrais parce que moins livresques, plus naturels parce que moins obsédés de visions artificielles.Ils savent, pour s\u2019être ouvert les yeux sur les choses de chez nous, que la pervenche ne fleurit pas les champs du Québec, que le thym et la marjolaine y sont également inconnus, que le chant du rossignol ne saurait déchirer le silence des nuits laurentiennes.En quoi ils se montrent plus avisés, ou moins ignorants des réalités contingentes, que leurs grands-oncles.Sans doute le décor de l\u2019œuvre ne constitue pas l\u2019œuvre elle-même, et il faut se garder de donner à l\u2019accessoire une attention qui fasse négliger l\u2019essentiel du récit, ou le lyrisme profond du poème.Mais l\u2019un va de pair avec l\u2019autre, et l\u2019écrivain doit ambitionner de les marier au point de donner l\u2019impression d\u2019ampleur, de fini, de plénitude qui ressortit à l\u2019œuvre d\u2019art.Cela n\u2019est pas facile. HISTOIRE NATURELLE ET LITTÉRATURE 23 Cela est au contraire très difficile, et oblige le romancier, ou le poète, à une somme considérable de travail, qu\u2019il ne découvre qu\u2019en s\u2019y attachant.A la vérité, l\u2019écrivain est un homme qui doit tout connaître, un homme qui doit savoir, dans les limites du raisonnable, tout ce qu\u2019il est humainement possible.Pour peu qu\u2019on y réfléchisse, il apparaît que la faiblesse, les carences, les déficiences de nos lettres, telles que nous les apercevons, s\u2019expliquent par la préparation insuffisante, inadéquate, sommaire au point d\u2019être puérile, de ceux qui manient la plume.La plupart ne sont pas suffisamment instruits.La grande pitié, c\u2019est qu\u2019ils ne soupçonnent pas le lamentable état qui est leur.Conséquence: ils envisagent leur métier, souvent une occupation d\u2019à-côté, comme un art d\u2019agrément où 1 effort sincère est superflu.Ils écrivent comme d autres pianotent ou barbouillent de la toile, pour le seul plaisir de perdre agréablement leur temps.En quoi ils ont tort.On écrit ou on n\u2019écrit pas.Mais pour écrire, il faut avoir quelque chose à exprimer.Et la génération spontanée, dans la sphère intellectuelle, n\u2019est pas plus fréquente que dans le monde biologique.Ceux-là qui sont trop mous, ou trop insouciants pour se mettre résolument à la tache, n\u2019ont qu\u2019à briser tout de suite avec une carrière pour laquelle ils ne sont pas nés.Nous aurons toujours assez de mauvais ouvriers. 24 l\u2019action nationale Comment exploiter la nature au bénéfice des lettres, comment transporter le monde physique, les êtres et les choses qui nous entourent, dans l\u2019œuvre littéraire ?Affaire de discernement, de compréhension, d\u2019interprétation.Mettez un enfant devant un paysage et deman-dez-lui, s\u2019il a douze ans, quinze ans, de décrire ce paysage.Il vous montrera la courbe d\u2019une rivière, un champ en culture, un coin de bois où coule un ruisseau.Neuf fois sur dix, il vous confiera qu\u2019il voit des arbres, des fleurs, des herbes, des oiseaux et des insectes, des pierres, peut-être quelques bêtes sauvages, un écureuil ou un mulot.Un homme peu habitué à observer décrira de la même façon.Cela n\u2019est pas suffisant.U y a partout, dans tous les paysages du monde, des arbres et des plantes, des roches, des oiseaux et des insectes.A moins qu\u2019il ne s\u2019agisse du désert, où rien ne vit.Et encore ?Non seulement il est bien de voir bêtes et plantes, mais il importe de les nommer, de les décrire, de dire un mot de leur habitat ou de leurs mœuis, d\u2019expliquer en quoi elles se distinguent d autres bêtes et d\u2019autres plantes.Les oiseaux qui fréquentent les cours d\u2019eau ne sont pas les mêmes que ceux des champs; les animaux des bois diffèrent de ceux de la plaine.Les terrains de mon pays de Saint-Hyacinthe, où la glaise est partout abondante, la roche sédimentaire, riche en fossiles, fréquente, n\u2019ont rien de commun avec les sols des HISTOIRE NATURELLE ET LITTÉRATURE 25 Laurentides, habituellement maigres et sablonneux, dévorés par les roches ignées, de formation granitique et calcaire.Ce sont là, dira-t-on, des détails.Mais ce sont ces détails qui situent le récit, insufflent aux descriptions la vie, accusent le caractère d\u2019un livre.C\u2019est par de tels détails enfin compris, s ajoutant à la trame d\u2019un roman, soutenant le lyrisme d\u2019un poème, que nous finirons par donner au Canada français une littérature.Nous croyons sincèrement que le salut est là.Le livre canadien ne sera vrai, vivant, original, qu en tant qu\u2019il reflétera l\u2019âme de notre pays, qu\u2019il interprétera le terroir en le transposant.Des connaissances précises et une grande justesse du terme, dans les choses de la nature, sont indispensables à qui veut écrire.Elles enrichissent l\u2019observation et la langue, permettent, en définitive, de donner à une œuvre le galbe de la chair et la chaleur du sang.Qu\u2019on n\u2019aille pas croire que les écrivains canadiens font totalement abstraction de la nature.Ils le voudraient qu\u2019ils ne le pourraient pas.Le malheur, c est qu ils ne prennent pas la peine de regarder autour d\u2019eux, de voir la nature telle qu\u2019elle est.Ils la cherchent dans leur cabinet de travail, à travers les livres qu\u2019ils lisent, et qui, la plupart du temps, sont de provenance étrangère.Le résultat, c est qu ils nous montrent des paysages ultra-fantaisistes, ne correspondant en rien à la réalité. 26 l\u2019action nationale Ils trompent le lecteur avec des descriptions et des aperçus français, anglais, russes, mais non canadiens.Loi du moindre effort.Car il est plus facile de décalquer un livre étranger que de créer soi-même.La loi du moindre effort, ajoutée à une ignorance inavouable des choses de chez nous, a mis dans nos œuvres, entre autres choses, une flore et une faune ridicules.Elle a paralysé le développement de notre littérature et dégoûté l\u2019homme cultivé des livres canadiens.Qu\u2019on apprenne donc, une fois pour toutes, qu il n\u2019y a pas au Canada de pervenches, de marjolaine, de thym ni de verveine; que la bruyère et le genêt ne croissent pas dans la province de Québec, que le trille fleurit au printemps, le lis tigré à l\u2019été, l\u2019aster à l\u2019automne.Qu\u2019on sache que le rossignol n\u2019est pas connu en Amérique du Nord, et qu\u2019on ne confonde pas avec lui le pinson chanteur; que 1 écureuil est un animal actif toute l\u2019année, hiver comme été, et le suisse, (tamias rayé), un hibernant; que 1 achi-gan est un poisson carnassier, au même titre que la truite, le brochet ou le doré; que 1 alouette construit son nid près du sol, l\u2019épervier sur les hauteurs, le grand héron bleu dans les arbres élevés, et seulement à ces endroits appelés héronnières.Qu\u2019on ne vienne plus nous faire croire, comme Constantin-Weyer dans un de ses livres, que le canard noir est incomestible, alors qu\u2019il est le plus estimé de nos oiseaux aquatiques; ni, comme Adolphe Nantel, HISTOIRE NATURELLE ET LITTÉRATURE 27 que l\u2019ours a ses petits à l\u2019automne; ni, comme Albert Ferland, que le bison est un animal des monts lau-rentiens; ni encore, comme Olivar Asselin, (ne vous en déplaise, seigneur!), que le rat musqué se glisse à l\u2019eau en douce, et qu\u2019il ne sait pas plonger.Il est temps que nous prenions contact avec les êtres, les choses, la nature sous toutes ses formes.Il importe, plus que jamais, d\u2019ouvrir les yeux sur ce qui nous entoure, de nous pencher sur les mystères que propose le triple règne animal, végétal, minéral.Les écrivains d\u2019autres pays se sont mis à ce travail depuis longtemps.Pourquoi les nôtres s\u2019abstiendraient-ils?Seraient-ils les seuls, sur la planète, à qui l\u2019on refuse les rapports avec le bon sens ?Qu\u2019on le veuille ou non, la nature est une mine pour l\u2019écrivain.Elle lui donne, en plus de connaissances qui étayent son récit, une richesse de vocabulaire que le profane ne soupçonne pas.Cela a son importance, en un pays où le vocabulaire courant est d\u2019une pénurie honteuse.A-t-on idée, par exemple, des jolis mots que l\u2019histoire naturelle la moins pédante peut fournir au romancier ou au poète ?Prenons le domaine botanique; de simples mauvaises herbes, que nous voyons chaque jour ou presque, s\u2019appellent nielle, chicorée sauvage, tanaisie, passerage, vaccaire ou silène, pigamont ou pain de couleuvre.Ces noms sont populaires, mais ce sont ceux-là qu\u2019il nous faut, ceux qui peignent les choses, que tout le monde 28 l\u2019action nationale comprend, et que le peuple n\u2019a pas choisis sans raison.Mis à leur place dans une phrase, et dans le décor qui convient, ces noms valent bien les termes généraux plante ou fleur, ou le savoureux bouquet de nos habitants.Ils ont de l\u2019allant, ils sonnent français.Que veut-on de plus?Dans le monde des oiseaux, non moins intéressant que celui des plantes, n\u2019avons-nous pas des mots aussi expressifs, aussi satisfaisants que macreuse, balbusard, oriole, grèbe, aigrette ?On se rappellera ici l\u2019usage intelligent, bien que légèrement fantaisiste, qu a fait de ses connaissances ornithologiques un écrivain comme Pierre Benoit, dans son roman: L\u2019Ile verte.Le lecteur, de moins en moins ignare, est fatigué de nos prés aux mille fleurs et aux mille couleurs, des multitudes d\u2019oiseaux qui piaillent dans les branches; des bêtes féroces de nos grands bois.Nous l\u2019avons saturé de ces banalités.Elles lui donnent la nausée.Nous voulons que le livre canadien soit lu, mais faisons donc un livre canadien qui soit lisible.Il y a moyen d y arriver.Comment ?Par le travail, et par le travail seulement.Notre pays est là, sous la main, qui nous offre ses trésors, anxieux de nous les voir utiliser.Pourquoi hésitons-nous ?La réponse est simple.Elle est toujours la même : parce que le travail en perspective est ardu et que nous sommes, dans une proportion si généreuse qu\u2019elle en est humiliante, des paresseux.Harry BERNARD L\u2019action nationale Une tâche entre quelques autres Des erreurs de méthode ou de tactique, sont au principe, avons-nous dit, de la défaite du droit minoritaire au Canada.Nous avons aussi parlé d\u2019erreurs de psychologie, celles-ci expliquant celles-là.A la rude fierté anglo-saxonne, à son réalisme tenace, à son inflexible esprit de suite, les Canadiens français n\u2019ont-ils pas trop souvent opposé la douceur fluctuante, la gentillesse naïve, la vigilance paresseuse qu\u2019une étrange loi de l\u2019histoire, estime-t-on, fait apparaître chaque fois qu\u2019une cause perdue, un peuple décadent ou pris de vertige attend l\u2019entrepreneur de funérailles?Nulle part la faiblesse ni la concession outrée ne sont génératrices de paix ni de respect.En des luttes comme celles que nous venons de raconter, comment dire le profit de la légitime intransigeance ou de la simple politique aux yeux ouverts ?Qui osera prétendre que l\u2019histoire canadienne s\u2019écrirait de même façon si les descendants des fondateurs de ce pays, au lieu d\u2019encourager les premières audaces des persé- 1 Ces pages sont empruntées au chapitre-conclusion de L\u2019enseignement français et les minorités franco-catholiques au Canada, ouvrage dont la publication est quelque peu retardée par la rigueur des temps, mais qui paraîtra d\u2019ici deux ou trois mois.(N.D.L.R.) 30 l\u2019action nationale cuteurs par des attitudes de cadet humilié, avaient énergiquement fait entendre que des fils de la culture française ne se laisseraient point arracher leur langue comme on arrache son dialecte ou ses totems à une race primitive?On peut également se demander si leur éducation, à quelque degré que ce soit, de la petite école à l\u2019Université, prédestine efficacement les Canadiens français à une mâle conception de leur droit et de la vie publique en un pays tel que le Canada.Eux qui, dans leur foi religieuse et son transcendant idéal, pourraient trouver de si splendides ressources pour le développement de la personnalité humaine, savent-ils pleinement utiliser cette incomparable richesse éducative ?On veut, paraît-il, que le peuple cana-dien-français soit un peuple poli, gentilhomme.Et, certes, chacun le veut bien.Mais faut-il que ce soit à tout prix le gentilhomme joué ?Encore si la méthode offrait quelque valeur pratique à l\u2019égard des milieux anglo-saxons.Car nous estimons, pour notre humble part, que les Canadiens français ne doivent pas s\u2019en tenir uniquement à l\u2019action défensive, mais que le temps est venu, pour eux, de passer résolument à l\u2019action conquérante.Se défendre est bien, conquérir est mieux.Conquérir l\u2019opinion anglo-canadienne, l\u2019amener peu à peu UNE TACHE ENTRE QUELQUES AUTRES 31 à une meilleure intelligence des idéaux de l\u2019autre race, l\u2019enjeu vaut-il la peine d\u2019être tenté ?Ecartons tout optimisme chimérique.Aussi longtemps que l\u2019humanité portera la tare originelle, les luttes de races resteront des phénomènes inévitables.Des politiques bornés ou fanatiques se rencontreront en tout temps pour prétendre démarquer une nation comme on démarque un mouchoir, tout comme il se trouvera des exploiteurs de démagogie pour battre monnaie sur les passions religieuses ou ethniques.Faut-il nier pour cela même quelques signes d\u2019apaisement assez visibles au Canada, d\u2019autant qu\u2019à ce gain fort heureux des causes apparaissent qui sont loin d\u2019avoir donné leur plein effet ?Que des hommes d\u2019élite aient abouti à cette évolution par simple droiture et ouverture d\u2019esprit, rien de plus sûr.L\u2019heureux changement a pourtant d\u2019autres causes parmi lesquelles il faut inscrire la récente évolution politique de la Puissance.Naguère, au temps où l\u2019empire britannique impliquait l\u2019altière suzeraineté de la Grande-Bretagne, bien vainement eût-on demandé a 1 Anglo-Canadien, fils de la race métropolitaine, d envisager les problèmes canadiens sous un autre angle que l\u2019angle impérial.Dans l\u2019empire il ne voulait voir que l\u2019hégémonie anglo-saxonne; et le maintien de cette hégémonie, sur sa portion de territoire, constituait pour lui le devoir suprême.Le statut de Westminster est venu qui, en l\u2019esprit 32 l\u2019action nationale d\u2019un nombre toujours croissant d\u2019Anglo-Canadiens, a opéré une considérable révolution.L\u2019 Unity League du sénateur Belcourt aura en tout cas démontré qu\u2019au point de vue impérial, se pouvait substituer chez eux le point de vue canadien.C est en fonction de l\u2019intérêt canadien et de l\u2019union nationale que beaucoup désormais abordent le problème des minorités et des relations entre les races en ce pays.Nouvel état d\u2019esprit dont il est trop tôt pour marquer toutes les conséquences.Les séjours de quelques politiques anglo-canadiens à Genève n\u2019auront pas été non plus sans heu-reux résultats.Les horizons internationaux rame-nent à leurs justes proportions les visées de tout impérialisme, même britannique.Trop souvent unilingues, les délégués du Canada à la Société des nations n\u2019y ont pas observé inutilement le rôle prépondérant de la langue française.C est à son retour de Genève que sir Robert Borden osait dire à ses compatriotes, au centre même d\u2019Ottawa: \u201cNous devrions nous sentir honteux de ce que si peu d\u2019entre nous savent le français, tandis que là-bas 54 nations le parlent couramment\u201d.1 Le nombre va donc diminuant des Anglo-Canadiens pour qui ne parler que l\u2019anglais demeurait naguère le signe suprême de la haute culture.L\u2019apaisement se manifeste en particulier dans les milieux universitaires, et en quelques milieux i) Cité par le Droit, 18 nov.1930. UNE TACHE ENTRE QUELQUES AUTRES 33 politiques où la culture de l\u2019esprit n\u2019est pas tenue pour superflue.En ces quartiers c\u2019est un intérêt grandissant que suscite l\u2019étude de l\u2019histoire du Canada français, de ses paysages, de ses mœurs, de son état social.Chez beaucoup la propension s\u2019affirme à plus de tolérance et voire à plus de justice.Eliminer de la vie nationale tout ce qui pourrait gêner le libre jeu des fonctions économiques, entraver la formation d\u2019un esprit vraiment canadien, semble à tous ceux-là une tâche opportune.Ils aperçoivent le péril d\u2019acculer trois millions de concitoyens à un nationalisme exacerbé, à un dégoût souverain des institutions de 1867, dégoût qui, étant donnée la position géographique du Québec, pourrait mettre en question l\u2019existence même de la Confédération.Bien mieux, l\u2019on sait gré à la race canadienne-française de son apport à la vie commune, et l\u2019on estime chimère et folie toute tentative de l\u2019absorber.C\u2019est encore sir Robert Borden qui, dans ses leçons professées à Oxford, tient ces propos de claire et solide raison: \u201cLes qualités du tempérament français et de l\u2019anglais se complètent sur maints points.Chaque race est capable de rendre à l\u2019Etat de grands services, et chacune les lui a rendus.Ce n\u2019est pas dans la fusion, mais dans la coopération que les deux races peuvent rendre au Canada des services de l\u2019ordre le plus élevé\u201d.0 >) Sir Robert Borden, Canada in Commonwealth.\u2014 From the Conflict to Cooperation 34 l\u2019action nationale Par quels moyens fortifier ces bonnes dispositions, imposer pour jamais aux mauvaises volontés survivantes le frein victorieux?Au risque de heurter des opinions par trop courantes, nous dirons ici nettement notre pensée: le plus funeste et le plus décevant calcul serait de rêver de paix nationale par un rapprochement intellectuel ou spirituel des deux races, rapprochement qui se ferait, tout naturellement, par une atténuation des traits originaux de la race française.Entendons-nous.Nous ne préconisons, pour les Canadiens français, ni le système du vase clos, ni l\u2019encerclement de la muraille chinoise.Des intérêts vitaux leur interdisent de se replier sur eux-mêmes.Sous peine de suicide national, force leur est de se mêler aux autres, de prendre contact avec leur civilisation, ne serait-ce que pour y emprunter quelques-unes des forces dont ils ont besoin pour tenir le coup et durer.Nous ne voulons pas ignorer, non plus, l\u2019importance des facteurs psychologiques en toute vie collective, le profit de certains gestes publics, de rencontres ou de visites officielles pour la disparition d\u2019incompréhensions mutuelles, l\u2019apaisement de passions nationales.Il va de soi également que si l\u2019ordre international assujettit les Etats et les pays à des dépendances réciproques et à des collaborations, à plus forte raison en va-t- UNE TACHE ENTRE QUELQUES AUTRES 35 il ainsi entre groupes d\u2019une même nation et d\u2019un même Etat.Si l\u2019Etat fédéral a pour premier devoir d\u2019établir un état social à la faveur duquel provinces et nationalités s\u2019assureront leur plein et légitime développement, de même, en sens inverse, nationalités et provinces ont-elles pour obligation de contribuer au bien commun de l\u2019Etat fédéral.Pour leur propre bénéfice, elles l\u2019aideront à s\u2019acquitter de sa tâche de civilisation, le tout cependant sous réserve du droit individuel de chaque nationalité et de chaque Etat provincial, dans le respect absolu de leur liberté et de leur autonomie.Il faut, en effet, bannir cette illusion que la civilisation canadienne pourrait être un composé hybride, une sorte de terme moyen où la contribution de chaque race ne serait que le mélange informe de l\u2019une et de l\u2019autre.La civilisation canadienne ne sera et n\u2019aura de grandeur que si chaque race reste soi-même, produit l\u2019œuvre de son âme originale, l\u2019une et l\u2019autre se rencontrant et s\u2019harmonisant toutefois par les pointes, par ce qu\u2019elles auront puisé à la même nature, à la même patrie, à une histoire commune, et, dans une certaine mesure, à un idéal commun.En deux mots: rapprochement pour se mieux comprendre et collaborer, oui; rapprochement pour se plagier et se fusionner, non.Osons nous en persuader une fois pour toutes: la nationalité canadienne-française conquerra l\u2019opinion anglo-canadienne, comme toute nationalité conquiert le droit à la 36 l\u2019action nationale vie et au respect: par la démonstration de sa vigueur interne, de son aptitude à vivre d\u2019une vie à la fois riche et autonome.Ne jamais rêver que d\u2019une culture serve dont toute la gloire serait de vivre d\u2019emprunts perpétuels, qu\u2019est-ce autre chose, sinon tout le contraire d\u2019une attitude conquérante?Les Canadiens français auraient grandement tort de l\u2019oublier: ce n\u2019est point par la part d\u2019anglais qu\u2019ils portent en eux qu\u2019ils intéressent les Anglo-Canadiens, mais bien par ce qu\u2019ils ont de proprement français.\u201cOn ne se pose qu\u2019en s\u2019opposant\u201d, aimait à dire Brunetière.Axiome qui vaut pour les peuples comme pour les individus.L\u2019étranger se penchera sur l\u2019âme canadienne-française dans la mesure où elle pourra s\u2019appliquer le vers antique, formule hère et simpliste de toute originalité: J\u2019ai quelque chose aussi que les autres n\u2019ont point! Que si d\u2019ailleurs l\u2019on scrute le sentiment de quelques universitaires anglo-canadiens, l\u2019on s\u2019apercevra que c\u2019est en définitive à la découverte et à l\u2019intelligence de cette originalité que se ramènent pour eux les premières données du problème canadien-français.M.D.A.McArthur, de l\u2019Université Queens, écrit: \u201cS\u2019il existe un problème canadien-français, la solution s\u2019en trouve dans le Canada anglais et non en Canada français.Il sera résolu quand on aura reconnu l\u2019instinct et le génie UNE TACHE ENTRE QUELQUES AUTRES 37 du Canadien français\u201d.Plus explicite encore cette déclaration du Dr Sherwood, président de l\u2019Université Western Ontario de London: \u2018\u2018Lorsque chaque peuple connaîtra véritablement l\u2019autre, c\u2019est-à-dire lorsqu\u2019il connaîtra la profondeur de la vie, l\u2019essence de l\u2019âme de l\u2019autre et ses instincts, l\u2019harmonie dans l\u2019unité d\u2019action viendra d\u2019elle-même\u201d.1 * * * Fortifier puis révéler de façon robuste, éclatante, leur être, tout leur être national; édifier, sur leur part de pays, une civilisation à la fois originale et hautement humaine; en d\u2019autres termes, s\u2019imposer définitivement comme une réalité indestructible, par une floraison d\u2019œuvres culturelles issues de leur âme et de leur terroir; apporter du même coup au trésor collectif de la nation canadienne, leur contribution originale et magnifique, tel serait, pour les Canadiens français, le secret de leur force conquérante et de leur avenir: puissance qui suppléerait avantageusement bien des textes constitutionnels boiteux ou désuets.Veut-on ici quelques précisions ?Penchons-nous un moment sur la notion de civilisation.Civilisation! Tâche souveraine de tout peuple, œuvre de l\u2019homme s\u2019ajoutant à l\u2019œuvre de la nature, grand et suprême travail des fils d\u2019Adam pour aménager 1 Cité par le Droit, 3 mai 1929. 38 l\u2019action nationale le cadre de leur vie, l\u2019humaniser, le rendre propice au plus haut développement de leur personnalité.1 Qui n\u2019aperçoit, dès lors, et dans ses parties maîtresses, l\u2019œuvre spéciale et splendide réservée au petit peuple canadien-français?Cette œuvre, il l\u2019accomplit éminemment lorsqu\u2019il déploie, en son milieu et autour de soi, toutes les forces, toutes les ressources de son catholicisme.En ce déploiement, notons, en tout premier lieu, sa contribution généreuse aux entreprises d\u2019évangélisation lointaine, par quoi il enseigne à sortir de son particularisme pour embrasser l\u2019idéal universel de la fraternité humaine.La même œuvre civilisatrice, il la pourrait encore accomplir si, battant la route en législation sociale, il savait ébaucher, sous l\u2019inspiration de sa foi, des solutions neuves, victorieuses, génératrices de l\u2019ordre où, coûte que coûte, s\u2019établira pour vivre la société de demain.Sa vie politique lui offrirait la même ressource s\u2019il y voulait mettre un franc idéalisme, des vues ordonnées, les nobles soucis de l\u2019Etat organisateur; si, au parlement fédéral, se souvenant de leur qualité de catholiques, les représentants du Canada français y savaient apparaître avec un sens élevé de la dignité humaine, une élévation morale irréprochable, une intelligence compréhensive des problèmes de la nation.Et dans 1 R.P.de Munnynck, Le catholicisme et la civilisation, (Les grands problèmes internationaux de l\u2019heure présente), pp.161-87. UNE TACHE ENTRE QUELQUES AUTRES 39 l\u2019ordre économique ?Quel témoignage pourraient encore conquérir les Canadiens français s\u2019ils décidaient de porter là un sens hiérarchique des valeurs; s\u2019ils voulaient prendre le parti tout d\u2019abord d\u2019avoir une vie économique à eux, débarrassée des servages étrangers qui ont fait leur temps et qui sont en train de déséquilibrer irrémédiablement leur vie interne.Et il reste que nous n\u2019avons rien dit des ressources de l\u2019intelligence.Expression possible de tous les aspects de la vie, la création intellectuelle, qu\u2019elle prenne le nom de littérature, d\u2019art ou de science, peut devenir, à certains égards, l\u2019illustration par excellence de l\u2019âme d\u2019un peuple.Qu\u2019est-ce, par exemple, que l\u2019œuvre d\u2019art, sinon un revêtement, une forme idéale posée à la nature, une fleur exquise de civilisation qui améliore, humanise le séjour de l\u2019homme, en grandit la puissance de perfectionnement ?Mais alors quel champ ne s\u2019offre point ici à des fils de l\u2019intelligence française! Il est de mode de revendiquer la liberté de l\u2019artiste et de l\u2019art.Revendication légitime si elle ne visait trop souvent le droit à la légèreté, à toutes les déliquescences de l\u2019esprit.Les cénacles ne manquent point, non plus, où l\u2019on se moque abondamment de la littérature nationale, forme inférieure de l\u2019art! Moues d\u2019enfants qui voudraient renoncer au langage parce qu\u2019ils n\u2019ont encore entendu que leurs balbutiements! Moqueries de déracinés où se révè- 40 l\u2019action nationale lent beaucoup moins un désir de liberté que le mépris profond de la nature de son pays, du passé et de l\u2019âme de sa race, mépris qui n\u2019a d\u2019autre fondement ou d\u2019autre excuse que l\u2019ignorance.En définitive que demande-t-on aux travailleurs intellectuels?Ceci tout au plus: être de leur race et travailler ensuite avec toute leur âme.Et ceci encore que, pour être pleinement de sa race, la naissance de parents français sur un point quelconque du Québec ne saurait suffire, mais qu\u2019il y faut quelque autre chose, et, par exemple, s\u2019être approprié l\u2019héritage moral des siens, l\u2019avoir spirituel de son milieu historique et culturel.Formation d\u2019âme que n\u2019apporte point, faut-il le dire, l\u2019étude rapide d\u2019un manuel primaire de géographie ou d\u2019histoire nationales, mais qui requiert l\u2019imprégnation lente, active et profonde de l\u2019esprit par toutes les puissances de l\u2019atmosphère, de la terre et du passé.Qu\u2019il en advienne ainsi, et l\u2019on cessera de poser au \u201ccitoyen de l\u2019humanité\u201d, sans prendre garde que cette attitude hautaine procède, au fond, d\u2019un individualisme effréné.1 Et l\u2019on cessera aussi 1 \u201cNotons d\u2019ailleurs.qu\u2019individualisme et internationalisme ne sont des extrêmes qu\u2019en apparence et qu\u2019en réalité ils se touchent.L\u2019individualiste orgueilleux aime toujours à se proclamer citoyen du monde, ne fût-ce que pour mieux s\u2019opposer à sa patrie et à sa famille qu\u2019il renie.Les grands individualistes romantiques, à commencer par Byron, qui est le plus représentatif, se sont toujours proclamés citoyens de l\u2019humanité.\u201d (Gonzague de Reynold, Les grands problèmes internationaux de l\u2019heure présente., p.114). UNE TACHE ENTRE QUELQUES AUTRES 41 d\u2019imaginer toutes sortes d\u2019antinomies irréductibles entre art national et art humain, comme si la première condition de l\u2019art humain n\u2019était point de s\u2019appuyer sur le tuf d\u2019un pays et d\u2019une race.C\u2019est le grave historien Camille Jullian qui écrit, et à la date de 1931: \u201cIl manquera toujours beaucoup de charme aux peintres et aux poètes qui n\u2019auront pas reçu de leur patrie la marque du terroir.Célébrons la gloire de Shakespeare et de Dante, mais reconnaissons qu\u2019une part de leur grandeur est d\u2019avoir été des poètes nationaux; et je ne pense pas que l\u2019héroïsme de Corneille eût été diminué s\u2019il l\u2019avait moins dirigé sur Rome ou l\u2019Espagne, sur les Horaces et le Cid, et davantage sur Roland et la France\u201d.1 Parce qu\u2019il n\u2019ignore point les conditions de toute production de l\u2019esprit, un philosophe éminent comme le R.P.Delos, O.P., n\u2019hésite pas à nationaliser même la science: \u201cDe même parle-t-on d\u2019une science française, parce que la science, un.verselle de sa nature, comme l\u2019esprit humain, est fonction d\u2019un milieu donné, de l\u2019orientation intellectuelle qui y est imprimée, de l\u2019état des laboratoires, des académies, des écoles, du tempérament physiologique même de ceux qui la cultivent, de ce complexe, en un mot, que nous avons déjà appelé: la vie nationale\u201d.2 1\tAu Seuil de Notre histoire, II, (Paris, 1931), p.114.2\tSemaines sociales de France, Le Problème de la vie internationale, (le Havre), 1926, p.315.Voici un autre 42 l\u2019action nationale Liberté de l\u2019art et de l\u2019esprit, soit! Mais y a-t-il une liberté contre le devoir?Et le devoir nous ramène à cette dure constatation: ni l\u2019historien, ni le poète, ni le romancier, ni le dramaturge, ni le penseur, ni l\u2019artiste n\u2019ont encore paru qui aient donné de leur race, de son âme, de l\u2019une de ses attitudes, de l\u2019un des moments de sa vie, l\u2019expression immortelle où se révèle, plus encore que la main de l\u2019ouvrier, le génie d\u2019une nation.Posons ce problème de façon plus large, en même temps que plus concrète et peut-être plus simple.Le Québec est le plus vieux foyer de la race française en Amérique.Elle y vit depuis trois cents ans.Le temps ne lui a pas manqué d\u2019y graver son empreinte vigoureuse et impérissable.Terre la plus rapprochée de l\u2019Europe sur l\u2019Atlantique, le Québec est le portique oriental du Canada.Point d\u2019arrivée et point de départ de nombreuses routes maritimes et ferrées; demain, peut-être, point d\u2019envol et point témoignage de Gonzague de Reynold: \u201cMême dans les œuvres les plus abstraites, comme le Discours de la méthode, ou la Critique de la raison pure, on retrouve des caractères nationaux.Je puis me hausser jusqu\u2019à l\u2019universel, je puis représenter comme peintre ou évoquer comme poète des terres exotiques: je puis, comme romancier ou comme historien, me transporter bien au delà de mon pays ou de mon époque: la manière de voir, de peindre, de décrire, d\u2019évoquer, révélera toujours, non seulement ma personnalité à moi, mais encore mon origine, la sensibilité, le tempérament que m\u2019ont formé peu à peu ma race, ma terre, mon histoire.Je n\u2019atteins la vérité humaine que par cette vérité nationale\u201d.(Les grands problèmes internationaux de l'heure présente, pp.119-20). UNE TACHE ENTRE QUELQUES AUTRES 43 d\u2019atterrissage de la navigation aérienne par-dessus la grande mer océane, le Québec sera longtemps l\u2019un des principaux carrefours de l\u2019Amérique du Nord, la terre la plus fréquentée de tout le Canada.Par sa physionomie spirituelle comme par sa géographie humaine, par le caractère de ses paysages et de ses monuments, par le visage de ses campagnes et de ses villes, le Québec fait-il aujourd\u2019hui à la patrie canadienne un portique d\u2019un style français assez pur, d\u2019une suffisante majesté ?Telle est la tâche en son impérieuse ampleur.Car un peuple impuissant à marquer sa terre de l\u2019empreinte de son génie peut-il bien entretenir des prétentions à la vie ?Et tant que la tâche suprême ne sera pas achevée à l\u2019honneur de leur race, les Canadiens français ont-ils le droit de changer leur itinéraire intellectuel pour s\u2019attarder aux aventures d\u2019un esthétisme décadent ?Fortifier, magnifier le génie de la race, voilà, à certains égards, l\u2019essentielle besogne.Oeuvre ardue, longue, austère! Il faut l\u2019accomplir en se souvenant qu\u2019il y a des forces dont la vigueur ôte l\u2019envie de les capter ou de les dompter.Et il y a des peuples à qui leur foi ôte le droit de ne pas rêver grand.Lionel GROULX, pire Science sociale La Xlème Semaine sociale du Canada La dernière Semaine Sociale du Canada, consacrée à l\u2019encyclique Quadragesimo anno, illustre de manière expérimentale une forte vérité d\u2019apologétique.Lorsque Le Play étudia en savant le Canada français, on sait la célèbre confirmation de sa d6c-trine qu\u2019il y trouva: la fécondité des forces sociales du catholicisme, lorsqu\u2019il imprègne les mœurs publiques et privées.Sans doute, il faut aujourd\u2019hui reconnaître à certaines infiltrations les délétères influences du continent nord-américain, naguère encore tout saturé de matérialisme \u2014 maintenant aux abois.Aussi, les meilleurs esprits du Canada savent-ils organiser la lutte de tous les instants, très souvent triomphante, jamais découragée.La devise des Semaines sociales: \u201cLa science pour l\u2019action\u201d, imposait l\u2019étude soignée du document pontifical qui développe la doctrine de Rerum novarutn.C\u2019est ce que firent à Montréal, \u201cla ville aux cent clochers\u201d, en quinze cours et autant de conférences ou de discours, des universitaires, édu- 1 Cet article a été écrit pour une revue européenne.Nous sommes heureux de le donner en primeur à nos lecteurs canadiens (N.D.L.R.). LA XI SEMAINE SOCIALE DU CANADA 45 cateurs, journalistes, hommes d\u2019œuvres sociales ou d\u2019action catholique, prêtres et laïques, qui se réunirent, du 29 août au 2 septembre 1932, à la Palestre nationale, l\u2019imposant immeuble mis à leur disposition par l\u2019Association catholique de la Jeunesse canadienne-française.* * * On peut dire, sans excès de simplification, que les premières générations de la Nouvelle-France vécurent surtout de l\u2019instinct social.La famille, chrétienne et prolifique, était le centre des préoccupations de ces petits agriculteurs, qui en 1763, lors de la cession du pays à la couronne protestante d\u2019Angleterre, comptaient tout au plus douze ou treize mille ménages, groupés en cent paroisses.Le sens social, cet éveil plus sensible et plus aguerri de la notion du bien commun, groupa dès lors de très près les Canadiens français autour de leurs prêtres, seul appui resté fidèle.Ce sens social trouva d\u2019amples occasions de s\u2019épanouir, en cent ans de luttes pour la conquête entière des libertés, religieuse, scolaire et politique, dont ce jeune peuple du Canada est fier à juste titre.L\u2019action sociale proprement dite s\u2019est développée au Canada catholique dès après le motu proprio de Pie X sur l\u2019action populaire chrétienne.Ce fut d\u2019abord la Jeunesse catholique, premier groupement au pays, en dehors des associations pieuses, 46 l\u2019action nationale à se consacrer officiellement au Sacré-Cœur.Puis vinrent les syndicats catholiques ouvriers, suivis du syndicalisme agricole, tous heureux d\u2019appliquer à la lettre l\u2019encyclique Singulari quadam.Il faudrait ajouter en détail quantité d\u2019autres œuvres de bien, en particulier la presse catholique, qui compte au Canada trois quotidiens influents et quatre grands hebdomadaires, tous de langue française.On peut mentionner aussi quelques hebdomadaires catholiques de langue anglaise, publiés surtout dans la province d\u2019Ontario.Les débuts du vingtième siècle virent mettre à profit et en pratique, avec empressement en plusieurs diocèses, les enseignements sociaux de l\u2019Eglise.Restait la science sociale, à élaborer sous le souffle de l\u2019Esprit qui vivifie toute action, et à disséminer d\u2019abord parmi les élites, et tout aussitôt après dans le peuple, heureusement demeuré très rapproché de son clergé.Dès après la dernière guerre, c\u2019est cette science sociale que des Canadiens français \u2014 qu\u2019on peut appeler les catholiques sociaux \u2014 ont implantée en Amérique du nord par l\u2019institution des Semaines sociales.Cette œuvre d\u2019enseignement supérieur s\u2019est maintenue fidèlement, sous l\u2019impulsion permanente d\u2019un jésuite, le R.P.Joseph-Papin Archambault, esprit vigoureux et réalisateur.Depuis 1920, chaque année, sauf deux exceptions, \u201cl\u2019Université ambulante\u201d de sociologie catholique a visité quelqu\u2019une des prin- LA XI SEMAINE SOCIALE DU CANADA 47 cipales villes de la province de Québec, \u2014 la province catholique du Canada \u2014 en plus de la capitale fédérale, Ottawa.Partout, suivant le mot du délégué apostolique, elle a fait \u201coeuvre d\u2019évangile\u2019\u2019.* * * Cette fois, la Semaine sociale traitait de L\u2019Ordre social chrétien.Un câblogramme du président-fondateur au Saint-Siège exprimait de la part des auditeurs et des professeurs leur reconnaissance pour les enseignements pontificaux et la résolution de les faire mettre en pratique.En réponse, Sa Sainteté envoya sa bénédiction apostolique en gage d\u2019heureuse réalisation du programme chrétien.Le Saint-Père avait fait adresser auparavant par le cardinal Secrétaire d\u2019Etat une belle lettre d\u2019encouragement aux Semaines sociales, leur recommandant de \u201csauvegarder, parmi les complexités de situations nouvelles, les admirables traditions chrétiennes des saines et robustes populations de votre Canada\u201d.S.E.le cardinal Pacelli y disait de l\u2019encyclique étudiée: \u201cA mesure que vos auditeurs entreront plus avant, à votre suite, dans l\u2019intelligence de ce document incomparable, ils admireront davantage la splendeur de la tâche qui s\u2019offre désormais aux vrais fils de l\u2019Eglise: parmi le désarroi des autres systèmes, la doctrine sociale catholique leur offre 48 l\u2019action nationale seule, en effet, les critères ou la clef de solutions réelles, conformes à la morale divine et adaptées en même temps aux problèmes qui se posent aujourd\u2019hui, sous des formes diverses, en chaque pays: des réponses de vie en un mot.\u201d L\u2019espace fait ici défaut pour résumer les cours professés devant un large public attentif.Citons seulement quelques titres: L\u2019Eglise et les problèmes économiques et sociaux; Le Régime capitaliste, sa légitimité, ses abus; L\u2019apostolat laïque; Le Retour de la mère au foyer; L\u2019Etat et les activités économiques.Les trois archevêques métropolitains ayant juridiction sur la province de Québec, ainsi que cinq évêques, participèrent à la Semaine sociale.A la messe d\u2019ouverture, S.E.Mgr Georges Gauthier, coadjuteur de Montréal, sous les auspices de qui se tenait la Semaine, inaugura l\u2019enseignement de sa parole \u201csi docte, si perspicace et si apostolique\u201d en matière sociale, suivant l\u2019éloge qu\u2019ii venait de recevoir de Rome.L\u2019encyclique, \u201cdocument capital, déclara-t-il, préparé pendant de longs mois, avec un soin extrême, et que le Pape a publié après avoir consulté \u2014 je le tiens de lui-même \u2014 les principaux économistes de l\u2019Europe\u201d.\u201cPeut-être nous faut-il moins d\u2019experts, avait déclaré S.E.au début, et un christianisme plus intensément vécu pour que les sociétés humaines retrouvent leur équilibre et se reprennent à vivre d\u2019une vie normale.\u201d LA XI SEMAINE SOCIALE DU CANADA 49 Le primat de l\u2019Eglise canadienne, S.E.Mgr Villeneuve, archevêque de Québec, dégagea la transcendance de l\u2019Eglise par rapport à toutes les autres organisations.\u201cL\u2019Eglise existe plus dans l\u2019éternité que dans le présent.Elle n\u2019est pas emprisonnée par l\u2019histoire non plus que limitée dans le temps.Ses principes, qui sont ceux de l\u2019Evangile, restent vrais, quels que soient les changements matériels dans la vie des hommes, quelles que soient les évolutions que le monde subisse.\u201d Les journaux de langue française de Montréal rivalisèrent de compte rendus durant les cinq jours de la Semaine.Mais les journaux anglo-protestants, seuls lus en général par la population catholique de langue anglaise, résumèrent aussi de leur mieux les commentaires de la pensée de S.S.Pie XI.Puissent leurs lecteurs protestants commencer au moins par suivre les lois de l\u2019Eglise, même sans lui reconnaître encore le droit de les dicter.Le compte rendu officiel de chaque semaine sociale publie sous un format volumineux les textes professés chaque année.Déjà, cette bibliothèque de sociologie canadienne offre aux hommes d\u2019action catholique l\u2019inspiration et le stimulant de plus de deux cents études.Elles abordent et scrutent les principaux aspects d\u2019une vie des plus complexes, celle d\u2019un peuple aux origines très pures, sans cesse en butte aux assauts de l\u2019apostasie individuelle, et toujours persévérant dans la tâche jamais finie sur 50 l\u2019action nationale terre du rétablissement de l\u2019ordre social chrétien.* * * Confirmation expérimentale d\u2019une vérité apologétique, avons-nous dit de la onzième Semaine sociale du Canada.Sans abuser des citations, il convient d\u2019en apporter comme preuve additionnelle cette très belle déclaration faite, quelques jours avant la Semaine sociale, à la bénédiction inaugurale d\u2019un pont, par le ministre de l\u2019agriculture dans le cabinet de Québec, M.Godbout: \u201cC\u2019est dû au clergé de la province de Québec si la crise n\u2019a pas été aussi grave chez nous; et la force de notre peuple réside dans ses croyances religieuses.Il faut sentir l\u2019autorité divine qui nous impose cette crise, et qui la maintiendra tant que nous n\u2019aurons pas compris la leçon que Dieu nous donne.Cette leçon, la voici: le monde a oublié la Providence, il a vécu sans se soucier trop des sentiments de la Foi.Et il faudra y revenir si nous voulons que la prospérité revienne.\u201d Ces paroles font honneur au détenteur de 1 autorité civile qui a osé les prononcer en terre d Amérique.Elles permettent d\u2019augurer favorablement du proche avenir et d\u2019espérer l\u2019adoption intégrale par certains hommes politiques du Canada de la doc'rine sociale de l\u2019Egl se.Wilfrid GUÉRIN Questions actuelles Le cinéma et les enfants Personne n\u2019a oublié la terrible tragédie du théâtre Laurier Palace.En quelques heures, le 9 janvier 1927, soixante-dix-huit enfants perdaient la vie.Tout le Canada, peut-on dire, fut secoué d\u2019un frisson d\u2019horreur.\u201cJe suis saisi de douleur devant tous ces pettis tombeaux, s\u2019écriait l\u2019archevêque de Montréal, à leurs funérailles, et j\u2019espère que le malheur qui frappe Hochelaga et Montréal sera une leçon non seulement pour nous, mais pour la province et pour le pays tout entier.\u201d Les autorités comprirent ce langage.Une enquête eut lieu.Et dès la session suivante un amendement à la loi du cinéma en interdisait l\u2019entrée à tous les enfants au-dessous de seize ans.Sage mesure.Les parents l\u2019accueillirent avec joie.Elle venait au secours de leur faiblesse ou de leur impuissance.Elle fortifiait leur autorité.Cette ère de sécurité dure depuis cinq ans.Les éducateurs ne furent pas lents à en constater les bienfaits: élèves plus attentifs, plus appliqués, plus sérieux.Mais la caisse des cinémas s\u2019est vite ressentie de cette restriction.On parla bien de revenir à l\u2019ancien régime.Trop foudroyante avait été la leçon. 52 l\u2019action nationale Il fallait attendre patiemment une occasion.Or voici qu\u2019elle se présente.Aux temps durs des concessions s\u2019imposent.Puisque les recettes diminuent de jour en jour, il n\u2019y a qu\u2019à ouvrir de nouvelles sources de revenus.Demande, en effet, sera faite bientôt à la législature d\u2019élargir les mailles de la loi afin que les enfants puissent y passer en troupes nombreuses.Consultez les parents soucieux de leurs responsabilités, les hommes d\u2019œuvres, les éducateurs, le clergé.La réponse sera unanime.C\u2019est celle que faisait le premier ministre lui-même, à l\u2019importante délégation féminine qui le rencontrait en décembre dernier: la loi ne doit pas être changée.Pourquoi ?Parce que le cinéma, tel qu\u2019il existe actuellement chez nous, constitue pour l\u2019enfant un triple danger: danger physique, danger intellectuel, danger moral.\u201cJ\u2019ai constaté, disait en 1927 le président du tribunal des jeunes délinquants de Montréal, le juge Lacroix, que chez les enfants de huit à quatorze ans, le cinéma épuise au point de vue physique, au point de vue moral et au point de vue intellectuel.Plusieurs de ces enfants traduits devant moi m\u2019ont dit qu\u2019ils sortaient de ces théâtres inondés de sueurs, à cause de la tension de leurs nerfs et de leur esprit à comprendre le spectacle.La chose se remarquait facilement d\u2019ailleurs à leur mauvaise santé.\u201d LE CINÉMA ET LES ENFANTS 53 Et la société médicale de Montréal, à une assemblée tenue le 18 janvier de la même année: \u201cLe séjour dans les salles de cinéma ne peut être que préjudiciable à la santé des enfants, parce que toutes les conditions qui y existent sont antiphysiologistes\u201d.Ajoutons que des catastrophes comme celle du Laurier Palace restent toujours possibles.Une panique se déclenche si facilement.Le danger intellectuel n\u2019est pas moindre.Tous les éducateurs s\u2019accordent à le signaler.Entendons l\u2019un d\u2019entre eux: \u201cQu\u2019est, règle générale, l\u2019enfant?Un être dispersé, que sollicitent d\u2019innombrables distractions, prêt à donner à tout ce qui passe une part de sa curiosité.Instable aussi, souvent, et inconstant.A quoi tend, à quoi travaille par ailleurs l\u2019éducateur ?Sinon à fixer cette instabilité, à briser cette inconstance, à concentrer cet être dispersé, à l\u2019habituer à tenir son esprit sur un objet déterminé, à fixer cet objet, à le pénétrer, afin d\u2019en bien prendre connaissance ?Que fait par ailleurs le cinéma ?Ne tend-il pas, par essence, à fragmenter l\u2019attention, à ajouter aux distractions naturelles de l\u2019enfant, à disperser sur d\u2019innombrables tableaux sa curiosité vagabonde ?Non ! même irréprochable au point de vue mœurs, le cinéma, par son caractère même, reste un danger pour la formation proprement intellectuelle de l\u2019enfant.Et il est bien regrettable que si peu de parents paraissent s\u2019en apercevoir ou y songer\u201d. 54 l\u2019action nationale Et un autre: \u201cOn peut trouver que les élèves ne font pas d\u2019aussi rapides progrès qu\u2019ils le devraient; mais il faut noter que les professeurs se heurtent à bien des obstacles auxquels les gens du dehors ne pensent pas toujours.Prenez, par exemple, le cinéma.Je voudrais que vous puissiez assister, invisible, à certaines classes.Le lundi, lorsque les externes rentrent du double congé du samedi et du dimanche, le professeur s\u2019adresse vraiment à des dormeurs éveillés.Le professeur parle grammaire, arithmétique, histoire; l\u2019imagination de l\u2019élève revoit les policiers et les voleurs qui se jettent par les fenêtres, toutes ces images détachées et sautillantes qui ont empli son regard pendant les deux jours précédents.Si, subitement, vous interrogez l\u2019un des enfants et lui dites: Mais de quoi parlai-je ?Résumez ce que je viens de dire.il vous répétera peut-être machinalement vos dernieres phrases, mais vous aurez tôt fait de constater qu\u2019il répète en phonographe.Il n\u2019a suivi ni le raisonnement, ni la démonstration.Votre parole pénétrait son oreille, son esprit était ailleurs.Entre les choses dites, sa pensée n\u2019établit point de rapport.Vous sortez de la classe avec la douloureuse conviction que ces élèves ont, comme vous, perdu leur journée.Dès le vendredi après-midi, vous sentez que les esprits s\u2019en vont déjà au cinéma du lendemain.Vous n\u2019avez plus qu\u2019une fraction de l\u2019attention de vos élèves. LE CINÉMA ET LES ENFANTS 55 \u201cCela m\u2019émeut d\u2019autant plus vivement, ajoutait ce vieux professeur, que j\u2019ai, pour ainsi dire, vu s\u2019opérer, sous mes yeux, la transformation dont je constate les pénibles effets.J\u2019ai enseigné dans les écoles éloignées de tout cinéma et j\u2019ai pu les comparer avec d\u2019autres dont les élèves sont des fanatiques du cinéma.Plus que cela, j\u2019ai vu le cinéma s\u2019établir dans le voisinage d\u2019une école où j\u2019enseignais; j\u2019ai vu, dans cette école même, sous l\u2019influence du cinéma, se transformer nos élèves.Ah! si les parents voulaient voir, s\u2019ils voulaient nous aider.\u201d *) Une enquête américaine, poursuivie à Chicago en 1921, concluait ainsi: \u201cLe cinéma constitue une entrave au travail scolaire de l\u2019enfant, lui fausse le sens de la vie et du devoir, provoque une maturité trop précoce en matière sexuelle, déprime la mentalité et les forces vitales, inspire le dédain des joies du foyer, exerce une influence néfaste sur les sentiments de pudeur, et est pernicieux pour la santé des enfants\u201d.Mais s\u2019il en est que ces arguments laissent froids, demeureront-ils insensibles à ceux qui concernent l\u2019âme même de leurs enfants?Le cinéma à ses débuts fut honnête, instructif, amusant.Hélas, des industriels sans scrupules comprirent vite le parti qu\u2019ils pourraient tirer de cette 1 On trouvera ces témoignages et plusieurs autres dans une brochure que nous avons publiée en 1927: \u201cParents chrétiens, sauvez vos enfants du cinéma meurtrier\u201d. 56 l\u2019action nationale merveilleuse invention.La mettre au service des plus bas instincts de l\u2019humanité c\u2019était l\u2019avilir, mais en même temps lui faire rendre des sommes considérables.Ils n\u2019hésitèrent pas.Et le cinéma ne tarda pas à mériter l\u2019épithète de corrupteur qu\u2019une main vengeresse lui colla un jour au front et qu\u2019il porte encore.On dira peut-être: un bureau de censure veille dans notre province.Il élague des films tout ce qui pourrait offenser la morale.Nous ne savons sur quelles règles les censeurs basent leurs jugements, quel critérium les guide.Chose certaine c\u2019est que maints spectateurs ne cachent pas leur étonnement et leur dégoût de voir se dérouler telle ou telle scène scandaleuse.Nous avons sur ce point des témoignages de première main.En outre, il est des films qui, sans faire étalage d\u2019obscénités, sont tout imprégnés de sensualisme et d\u2019immoralité.Aucune scène trop crue.Mais c\u2019est le sujet même qui est pourri.Une seule alternative: ou tout rejeter ou tout laisser passer.On laisse tout passer.Enfin, et c\u2019est là, dans la conjoncture présente, le point principal, cette censure ignore les enfants.\u201cLe théâtre de cinéma, déclarait il y a quelques années le président des censeurs, n\u2019est pas un endroit convenable pour les enfants.Les vues animées n\u2019ont pas été faites pour eux.Si nous voulions censurer LE CINÉMA ET LES ENFANTS 57 les films, en vue de les rendre convenables pour les enfants, pas un seul film sur deux cents ne pourrait subir l\u2019épreuve.Les scénarios sont trop suggestifs pour les enfants.Ils inculquent dans leurs petits cerveaux des idées qu\u2019ils ne devraient pas avoir\u201d.Et dans quelle atmosphère pernicieuse! \u201cQuand on songe, a écrit M.Léo Pelland, que c\u2019est dans l\u2019obscurité complice que se délivrent de si troublantes leçons; qu\u2019enfants, jeunes gens et jeunes filles sont à la merci de voisinages inquiétants, imprévus ou délibérément choisis; que le mal, enfin, se passe de maître ou qu\u2019il suffit d\u2019un tour de main pour l\u2019enseigner à qui l\u2019ignore, peut-on calculer la somme de ruines morales que représente un de ces spectacles d\u2019où émanent comme des effluves de luxure ?\u201d Nous pourrions accumuler ici témoignages sur témoignages.A quoi bon ?Ce serait vouloir prouver l\u2019évidence.Citons simplement ces lignes d\u2019un magistrat belge: \u201cLe cinéma constitue à l\u2019heure actuelle une des causes les plus importantes de la criminalité infantile.Il existe une névrose et une psychose cinématographique très inquiétante pour les jeunes.Les résultats sont là, vivants sous nos yeux, devant nos cours et tribunaux.Dix-sept Etats européens ont légiféré contre le fléau, la même tendance prophylactique existe parmi les Etats américains.Des médecins, des juristes, des éducateurs ont poussé le cri d\u2019alarme et ému les gouvernements par la précision de leurs constatations\u201d. 58 l\u2019action nationale Etait-ce pour parer à cette objection ?On a parlé de vues spéciales, de matinées éducationnelles préparées pour les enfants.Qu\u2019on nous permette de le dire franchement : nous n\u2019avons aucune confiance dans les compagnies actuelles de cinéma pour parfaire l\u2019éducation de nos enfants.M.Harry Bernard a démontré dans une étude publiée, en août 1924, par Y Action française, que les Juifs sont les vrais maîtres du cinéma.Quatre vingt-cinq pour cent des entreprises cinématographiques leur appartiennent.A Montréal, par exemple, il en est très peu qui ne relèvent pas d\u2019eux.Franchement, est-il raisonnable de vouloir faire de ces hommes les éducateurs de notre jeunesse?\u2014Mais on leur imposera des règles, une censure.\u2014Les observeront-ils ?Ne sont-ils pas assez puissants pour s\u2019en moquer et s\u2019épargner de justes représailles?Voyez ce qu\u2019ils font de la loi du dimanche.Ils la violent ouvertement, constamment et.impunément.Non, ne courons aucun risque.Notre nationalité n\u2019est pas encore assez forte pour l\u2019exposer ainsi.Le premier ministre a dit la parole juste: Il ne faut pas toucher à la loi.Telle est bien l\u2019opinion des pères de famille.Tel sera aussi, nous en sommes convaincu, l\u2019avis de leurs représentants à la législature.Joseph-Papin ARCHAMBAULT, S.J. La vie courante C(lîîlpûgnC de Au congrès que les directeurs de nos hebdomadaires français tenaient aux francisation Trois-Rivières, le 22 octobre dernier, un de nos directeurs, l\u2019abbé Albert Tessier, lançait un vibrant mot d\u2019ordre.Donnons-en quelques extraits: \u201cL\u2019année 1934 sera remplie par l\u2019évocation des événements qui ont marqué notre naissance catholique et française.Il me semble que l\u2019approche des fêtes qui ne manqueront pas de commémorer ces grands faits de notre passé nous fournit une occasion unique de reprendre avec plus d\u2019efficacité et d\u2019ampleur la campagne si souvent esquissée de francisation de notre province.Ne nous contentons pas d\u2019une campagne basée sur des arguments et sur des conseils de portée trop générale.Indiquons nettement les abus qu\u2019il faut corriger: suggérons des formules d\u2019annonces et d\u2019inscriptions françaises; fournissons des plans d\u2019affiches en bois sculpté ou peint, en fer forgé, avec des titres d\u2019auberges ou d\u2019hôtels inspirés des savoureuses enseignes de la Vieille France.Quel groupe prendra l\u2019initiative de lancer des concours de ce genre auprès des artistes et même du public ?Il faudrait que tous ceux qui ont quelque influence sur le public mettent la main à la roue!\u201d DépUté et ministre L\u2019idée était peut-être déjà dans l\u2019air.Elle devait, dans tous les cas, confiée \u201cà la roue\u201d\tà des journalistes, se répandre rapi- dement.Dès le 10 novembre, le député de la Beauce qui avait assisté au congrès des Trois-Rivières et le ministre de la Voirie, son hôte, déclaraient publiquement la guerre aux affiches anglaises.\u201cPourquoi, s\u2019écriait M.Perrault, ces inscriptions anglaises le long de nos routes ?Restons donc ce que nous sommes. 60 l\u2019action nationale Nous sommes une province française, nous ne devons pas en avoir honte.Pensez-vous qu\u2019en France, où Ton reçoit des touristes de tous les pays, on place des affiches anglaises et allemandes, par exemple\u201d?Puis M.Fortin annonçait que la Chambre de commerce de son comté allait s\u2019occuper sans tarder d\u2019en franciser les routes.Et ce fut bientôt comme une brusque poussée de patriotisme montant de tous les coins de la province, on pourrait presque dire du pays.*) Journaux, individus, associations collaboraient dans un vaste mouvement de refrancisation.Relever tous ces gestes nous mènerait trop loin.Signalons seulement, pour l\u2019instant, la résolution de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, constituant un comité spécial dans chacune de ses sections et l\u2019active campagne entreprise par la société des Arts, Sciences et Lettres de Québec.PoyS français Une remarque d\u2019un professeur français devait donner un nouvel élan à ces visage anglais initiatives.Dans une causerie sur les \u2019\u2019particularités de la race canadienne-française\u201d, M.Raoul Blanchard, géographe de l\u2019Université de Grenoble, avouait qu\u2019il avait failli nous prendre pour des Américains, trompé par le masque sous lequel nous cachons notre visage: \u201cLorsque je suis descendu pour la première fois en gare de Montréal, je n\u2019ai aperçu que des enseignes anglaises et je me suis dit: les Canadiens sont complètement américanisés.En arrivant à Québec, c\u2019était un peu différent, mais il restait un grand nombre d\u2019enseignes anglaises.Dans les campagnes, c\u2019était mieux, mais on remarquait encore des signes d\u2019américanisation \u2014 toujours ces enseignes! \u2014 même dans les villages les plus français\u201d.1 Quelques journaux que j\u2019ai sous les yeux permettent de mesurer l\u2019étendue au mouvement: la Liberté de Winnipeg,.(30 novembre) insiste au nom de 1 'Associetion d\u2019Education du Manitoba sur le français dans la famille\u2019\u2019; la Survivance d\u2019Edmonton réclame, à la même date, \u201cdu cinéma français\u201d, puis le Travailleur de Worcester, aux Etats-Unis, félicite un groupe paroissial pour sa \u201csoirée française\u201d, etc. LA VIE COURANTE 61 Cette remarque de l\u2019éminent professeur, l\u2019abbé Groulx devait la relever et la commenter dans un vigoureux article: Pays français, visage anglais\u201d.On connaît la manière de 1 ancien directeur de Y Action française.Lorsqu\u2019il entreprend de débrider une de nos plaies il y va d\u2019une main ferme et sûre, dussent les chairs en saigner.NOTHS de flies Décidément le mouvement était bien lancé.Il continue à croître de jour en jour.Encore faut-il cependant qu\u2019il soit bien ordonné, en accord avec les règles et le génie de la langue française.On a parlé, à l\u2019occasion d\u2019un livre récent de M.Pierre-Georges Roy, des noms que portent les rues de nos villes.Quelle réforme il y aurait à opérer dans ce domaine! Mais il ne suffit pas de plaquer un mot français là où il y avait un mot anglais.Avenue Parc ne vaut guère mieux que Park Avenue, et rue Père-Lejeune n\u2019est pas préférable a rue Lejeune.Disons: avenue du Parc, rue du Père-Lejeune, etc.Initiative La reforme officielle sera probablement lente v .\t.\tmais chacun peut la prévenir, la préparer, a imiter l\u2019imposer même en quelque sorte.Une importante imprimerie de Montréal n\u2019inscrit-elle pas sur ses nombreuses publications lancées chaque mois, par centaines de mille, à tous les vents du pays: rue de Bordeaux ?Combien pourraient l\u2019imiter! Il est déjà, d\u2019ailleurs, bon nombre de rues qui sont ainsi baptisées.M.Louis Francoeur a consacré à celles de Québec un intéressant article dans le Journal du 25 novembre: rue du Parloir, rue des Remparts, rue Sous-le-Fort, chemin des Foulons, côte de la Montagne; etc., etc.Montréal en possède peut-être moins.Il s\u2019en rencontre cependant.Quel plaisir, par exemple, en montant l\u2019élégante petite rue qui conduit au Séminaire de Montréal et aboutit au vieux fort, de lire ce joli nom, qui sourit de toutes ses lettres françaises: rue du Fort.Hélas, l\u2019indicateur du téléphone a mis sur cette beauté sa griffe 62 l\u2019action nationale brutale.La rue du Fort est devenue rue Fort.Le sourire s\u2019est mué en grimace.'\tLes compagnies de chemin de fer et de Chemins de jeT transport ne font guère mieux.Ainsi , la Compagnie transatlantique fran-et transport ça;se annonce sous le nom de French Line, (Devoir du 11 novembre 1932) et nos compagnies de chemin de fer sous leur nom anglais, même dans des revues de France: Canadian Pacific, 24 boulevard des Capucines, Paris.(Les Amitiés franco-canadiennes, novembre 1932).Est-ce parce que la dernière exposition annuelle de la Publicité s\u2019est tenue sur un paquebot que tous les exposants, même les Canadiens français, se présentaient en anglais?En 1931, la langue française n\u2019avait pas été ignorée; on en cherchait vainement quelques traces en novembre 1932.La carte d invitation, strictement unilingue, aurait pu faire prévoir cet ostracisme : Admit Bearer and Party to the Third Annual advertising exhibition Sponsored by the Advertising Club of Montreal on board the Cunarder, S.S.\u201cAurania\u201d, at Shed 2 November 15, 16 and 17, 1932 Salon\tNous souhaitons bien qu\u2019il n en soit pas ainsi au prochain salon de l\u2019automo-de Vautomobile bile qui s\u2019ouvrira à Montréal le 21 janvier.Et cependant la lettre adressée aux journaux français pour demander leur collaboration, bien que signée par un Canadien français, est entièrement rédigée en anglais.L\u2019association dont relève ce salon compte parmi ses directeurs quatre Canadiens français \u2014 si du moins on peut se fier aux noms \u2014 Messier, Mainguy, Gravel, Linteau.Ils auront sans doute à coeur d\u2019accueillir leurs compatriotes dans leur langue.Nous en reparlerons dans notre prochaine Chr0niqUe'\tPierre HOMIER Vie de l\u2019Action nationale Qui nous sommes Dès ce premier numéro, il importe peut-être de nous présenter à nos lecteurs.Nous sommes un groupe d\u2019hommes désintéressés qui voulons mener le bon combat autour du problème national envisagé sous ses multiples aspects.Le lecteur connaît déjà nos directeurs.Nos collaborateurs sont également connus.Tous sont des champions de nos luttes nationales, sociales et intellectuelles depuis vingt-cinq ans.U Action nationale sera le porte-parole de tout l\u2019élément française en Amérique.Revue de doctrine, elle étudiera, toujours en vue de notre avenir français et catholique, les divers problèmes religieux, nationaux, sociaux, littéraires et artistiques qui doivent intéresser l\u2019élite de notre peuple.Qu\u2019on lui fasse confiance et, dans peu de mois, on l\u2019aura classée comme revue de nécessité nationale.Nos espérances Ce sont celles que nous inspirent les dévouements qu\u2019a déjà suscités la simple nouvelle de notre naissance.De partout nous sont venus, sincères et vibrants, les encouragements et les offres de service.Dans cet ordre d\u2019idées, mentionnons la propagande que nous fait la presse catholique.L,'Action catholique de Québec, Le Droit, d\u2019Ottawa, Le Devoir de Montréal, Le Courrier de Saint-Hyacinthe, L\u2019Action populaire, de Joliette; les journaux franco-américains, les associations patriotiques du Canada et des Etats-Unis, ne nous ménagent pas leurs concours.Leur collaboration justifie notre entreprise. 64 l\u2019action nationale Les abonnements L\u2019Action nationale compte évidemment sur les abonnements.Déjà elle en a reçu un très grand nombre.Notre objectif serait d\u2019atteindre deux mille.Nous prions les personnes qui ont reçu notre circulaire d\u2019en remplir le blanc de souscription et de le retourner au plus tôt au secrétaire, Hermas Bastien, Palestre Nationale, 840 rue Cherrier, Montréal.Nous tiendrons nos lecteurs au courant de nos activités diverses que nous multiplierons dans la mesure où les abonnés s\u2019inscriront nombreux.Les Directeurs de la Ligue d\u2019Action nationale sont résolus à payer de leur personne et de leur dévouement mais il importe que nos amis, que tous ceux qui recevront ce numéro prometteur, s\u2019inscrivent au nombre de nos abonnés.Si chacun de nos abonnés actuels obtenait l\u2019inscription d\u2019un nouvel abonné, ce serait merveille.Les bonnes volontés ne manquent pas et nos amis devraient les découvrir et nous aider en nous suggérant des noms et des adresses.Au tableau d\u2019honneur Nous ne pouvons mentionner l\u2019activité efficace de tous nos propagandistes qui travaillent gratuitement pour le plaisir très noble de servir une cause.Qu\u2019il nous suffise, pour le moment, de citer en exemple le geste significatif des collèges de Saint-Hyacinthe, de Saint-Jean, de Joliette, de Valleyfield, de Rimouski, de Chicoutimi qui nous ont fait tenir les abonnements de tout leur personnel enseignant.Des collèges, Jean de Brébeuf entre autres, ont payé des abonnements collectifs pour telle ou telle classe.Bref, un bel entrain règne et la Ligue espère que son premier numéro sera un argument de plus auprès de ceux qui veulent, avant de s\u2019abonner à une revue, savoir à quel genre de périodique ils souscrivent.Etienne ROBIN "]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.